• TABLE OF CONTENTS
HIDE
 Front Cover
 Table of Contents
 Note preliminaire
 Les lettres en Haiti
 Chronique














Title: Conjonction
ALL VOLUMES CITATION THUMBNAILS PAGE IMAGE ZOOMABLE
Full Citation
STANDARD VIEW MARC VIEW
Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00076567/00002
 Material Information
Title: Conjonction bulletin de l'Institut franðcais d'Haèiti
Uniform Title: Conjonction (Port-au-Prince, Haiti)
Physical Description: v. : ill., ports. ; 24-28 cm.
Language: French
Creator: Institut franðcais d'Haiti
Publisher: L'Institut
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1946-
Frequency: quarterly[1983-<1995>]
bimonthly[ former 1946-1982]
quarterly
regular
 Subjects
Subject: Civilization -- Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Civilization -- Periodicals -- France   ( lcsh )
Civilisation -- Pâeriodiques -- Haèiti   ( rvm )
Civilisation -- Pâeriodiques -- France   ( rvm )
Genre: periodical   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
France
 Notes
Dates or Sequential Designation: No 1 (janv. 1946)-
Numbering Peculiarities: Nos. 2-3 never published. Cf. Union list of serials.
Numbering Peculiarities: Some issues combined.
General Note: "Revue franco-haitienne."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00076567
Volume ID: VID00002
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 03009058
lccn - 52032401
issn - 0304-5757

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover
    Table of Contents
        Page 1
        Page 2
    Note preliminaire
        Page 3
        Page 4
        Page 5
        Page 6
        Page 7
        Page 8
        Page 9
        Page 10
        Page 11
        Page 12
        Page 13
        Page 14
        Page 15
        Page 16
        Page 17
    Les lettres en Haiti
        Page 18
        Page 19
        Page 20
        Page 21
        Page 22
    Chronique
        Page 23
        Page 24
        Page 25
        Page 26
        Page 27
        Page 28
        Page 29
        Page 30
        Page 31
        Page 32
Full Text
V46
5m
A,
v


'1946,
ANN'
Wt
""I w




53
co 6v-jo
A


C,
Al
'A UX 0 R 17A P-0 F




S-OMP4AIRE:
1. % No.te pORrm',paire
4,
Re'n6 Be ce:.- Introdu on 441a PoWe
suivie d'un choixde po6wes ,ontomporalm
J -Batiste P 146
eaft aaftain moke 9,
trie.,ej' Haittlilri&C6 Par .1 p equ'
Butterlin (f&aits
Les 6
tra: I"
U14 Chm*que
A M Mjaflo doir

T "'i
W lk Dt. VINEMIT, UT FRANg Drif
POW AU PRINCE
V11











CONJUNCTION

Est le bulletin de l'Institut Francais d'Haiti.

SES BUTS

- Diffuser les id6es fondamentales qui caract6risent la pens6e
frangaise vivante.
- Resserrer les liens traditionnels unissant Haiti et la France.
- Apporter une collaboration effective a l'6panouissement de la
culture haitienne.
- Rendre compete non seulement des activities de l'Institut Fran-
cais mais encore de 1'activit6 intellectuelle d'Haiti.
vise a aucune action politique ou confessionnelle. Elle sollicite
la collaboration des auteurs haitiens et strangers.

SON MOT D'ORDRE

Tout faire pour que les homes diff6rents par leur h6redite, le
milieu g6ographique et social qui les a models, par les disciplines
intellectuelles qui ont forms leur pens6e, puissent se connaitre, se
comprendre, et soient mis en measure d'apporter leur contribution
original a l'l6aboration d'une veritable conscience humaine.


SOMMAIRE
I. Note preliminaire
RenB Belance: Introduction h la po6sie haitienne
suivie d'un choix de poimes contemporains.
Jean-Baptiste Romain: M6moire sur I'anthropom6-
trie en Haiti pr6fac6 par le Professeur Jacques
Butterlin (Extraits)
II. Les Lettres en Haiti (ler semestre 1946)
III. Chronique
A la L6gation de France.
A l'Institut.












Avec les meilleurs compliments de

J. COTY
MAISON NADAL ET CIE.
agents gen&raux
Port-au-Prince


Les livres et les manuscrits doivent 6tre envoys
au Directeur de l'Institut frangais.
3, Avenue Charles Summer Port-au-Prince IHaii
Telephone : 5452

Abonnement annuel:- (6 numeros):
i Port-au-Prince:- 1 dollar 40;
en Province :- 1 dollar 60;
a l'Etranger :- 2 dollars.
Le num6ro est vendu :- 1 gourde 50

Pour la publicity, qui est strictement limit6e, s'adresser
i l'Institut francais.



PHARMACIE SEJOURNE
fondue en 1864
ETIENNE SEJOURNE (1864-1889)
FREMY SEJOURNE (1889-1937)
RAOUL ET MAX SEJOURNE: (1937)
LABORATOIRE D'ANALYSE
Laboratoire de preparation d'ampoules st6rilis6es
Port-au-Prince











NOTE PRELIMINAIRE


Conjonction reparait.

Elle ose a peine y croire. tant fut grand le nombre des emp&-
chements qui, depuis la publication de sa premiere livraison, sont
venus se mettre a la traverse.
Le Dr Mabille, notre Fondateur, nous a quitt6s. en mars dernier,
dans les circonstances dramatiques que l'on sait. Depart regrett6
et regrettable A tous 6gards. A la suite de la revolution de janvier,
pendant de longues semaines, la vie de la capital fut celle d'un
val6tudinaire. Le professeur Lando, actuellement responsible de
l'Institut, n'est arrive que fin avril. C'6tait le temps oh les impri-
meries allaient 6tre requises par les Autorit6s en vue des
elections ...
Homme de science admirable, en meme temps qu'ecrivain de
grand talent, Pierre Mabille avait pr6par6 le premier num6ro avec
la g6nerosit6 qu'il d6ployait chaque fois qu'il servait 1'amiti6 franco-
haitienne. Depuis, l'experience et une connaissance plus precise
de nos possibilities et de nos limitations nous a amends a pro-
ceder a certain amenagements. Qu'il demeure entendu, d'ailleurs,
qu'en tout 6tat de cause la period des tAtonnements constructifs
n'est point terminee pour notre Bulletin. II a 6t6 decide de sortir,
en principle, 6 numeros i environ 32 pages chacun par an. Voilh
pourquoi, par une convention que nos amis voudront bien,
nous l'esp6rons, ne pas trouver trop arbitraire, la livraison
de janvier est assimilke a 3 units et le present num4ro affect du
chiffre 4.
Une circonstance historique : la foundation meme de notre jeu-
ne Institute; des hasards heureux : le passage a Port-au-Prince de
personnalit6s parisiennes illustres, ont donned a notre cahier de
janvier un caractere trop exclusivement franqais. En inserant, cet-
te fois, deux articles consacr6s h des sujets haitiens par des au-
teurs haitiens nous avons entendu reagir. Puisse l'6quilibre ainsi
r6tabli agreer a nos lecteurs ...
La phase de l'exp6rimentation, nous le rappelons, n'est pas en-
core close pour Conjonction. Les suggestions de nos amis, de
nos abonn6s et de nos lecteurs passeraient a nos yeux pour une mar-
que d'int6ert a laquelle nous serions particuli6rement sensibles et
reconnaissants.


CONJUNCTION.














INTRODUCTION A LA POESIE
HAITIENNE

par Ren6 Bl6ance.

Jusqu'aux environs de l'ann6e 1925, les poetes haitiens n'avaient
pas le courage de vivre par eux-m6mes et d'eux-memes. Obnubi-
16s par les oripeaux de la tradition classique, ils attendaient, le
coeur confiant, apres certain petits sonnets ou rondeaux, quel-
ques vigoureux chants de gloire a la grandeur du pays ou de nos
morts illustres, ils attendaient que leur parvint de France, a
la faveur de la politique, la consecration officielle de 1'Acad6mie
Francaise. Quelques-uns r6ussirent a chapter 1'attention. N6an-
moins, un fait demeure : la po6sie haitienne n'avait jamais d6pass6
le cadre national. On apprenait avec satisfaction que ladite Aca-
d6mie avait couronn6 les oeuvres d'Etzer Vilaire, que Sully Prud'-
homme s'6tait 6merveill6 A l'audition d'Idalina d'Oswald Durand,
que Ferdinand Brunot avait fait dire un po&me de Duracin6 Va-
val sur la tombe de l'abb6 Gr6groire. Et le tour 6tait jou6. En
dehors de quelques petites r6ussites d'occasion, la po6sie haitienne,
drape trop mollement dans ses beaux langes d'emprunt, s'en-
nuyait 16lgamment : petites chansons pour jeunes filles, descrip-
tions insignifiantes de coucher de soleil. Dans cette ile incandes-
cente, elle se mourait de froid. Si certaines transcriptions pho-
tographiques prenaient forc6ment les teintes de notre bonne terre,
la vie s'6tiolait entire les doigts de nos poktes en jaquette dans la
gymnastique compass6e des strophes a bouts rim6s. Aucune fi-
d61it6 fonciere a 1'air que respirent nos poumons. On disait la
chose, non I'6tre. Considerations philosophiques, themes patrio-
tiques, mi6vreries, dans tout cela rien de nos r6alit6s. Et quand nos
poktes refaisaient, deux siecles trop tard, les fables de la Fontaine,
l'asphyxie 6tait total. Ou, pour ktre plus pres de la v6rit6, nous
suivions les modes de Paris vingt ans apres.
Mais, tumultueusement, quelques jeunes 6crivains, d'aucuns nou-
vellement rentr6s de France, ont os6, en d6chirant le voile du tem-
ple, d6tr6ner les idoles. Ils s'appellent Normil Sylvain, Jacques
Roumain, Antonio Vieux, Philippe Thoby-Marcelin, Emile Roumer,
Carl Brouard. A d6faut d'cevres fortes, ils apporterent un enthou-
siasme irr6vencieux, un refus d'ob6issance p6remptoire et, surtout,


-4-










la conviction in6branlable que leur action seule pouvait Ctre cr6-
atrice et salutaire. C'6tait le scandal. On ne saurait trop sou-
ligner l'importance d'un tel movement qui pr6tendait rompre d6-
finitivement toute all6geance avec la tradition. II prit delib6rement
le contre-pied de tout ce que faisait une cole r6prouv6e qui, soit
par un d6savoeu coupable de sa propre condition, soit par incom-
pr6hension, n'avait pas su se pencher sur le sort angoissant fait a
notre people. Pour les litt6rateurs qu'il combattait, la po6sie ne
pouvait etre autre chose qu'une recette de courtisans. Le m6rite
de la g6n6ration de 1915 est d'avoir compris que 1'artiste ne peut
jamais turner impun6ment dos aux traditions populaires, renier
ses origins, et se lancer dans une sorte d'6vasion au bout de la-
quelle il n'etreint que le vide.
Le point de ralliement des hommes de 1915 fut la Revue Indi-
gene, lance en pleine p6riode douloureuse. Notre pays pliait sous
le joug de l'occupation. Rompre avec violence toute attache avec
les g6n6rations pr6cedentes, manifester ouvertement le d6sir de
puiser a la source de nos origins en utilisant le francais come
v6hicule de la pens6e, proclamer 1'urgence d'une liberty total a
1'egard des regles jusque la reconnues infaillibles : tells 6taient en
definitive les teaches accept6es et poursuivies avec enthousiasme :
c'6tait, du m6me coup, jeter le discredit sur une facon de vivre en
deniant a quelque force ext6rieure que ce fit le.droit de juger
de nos affaires internes, ou de modifier nos attitudes.
Sur les ruines fumantes d'une abolition aussi systematique, quel-
ques figures anciennes purent a peine tenir debout. I1 n'est pas
exag6r6 d'affirmer que, parmi les po6tes, seul Oswald Durand trou-
va grace devant l'intransigeance de ces r6volt6s.
Tentative audacieuse pour < ger, en brClant les tapes, l'. En d6pit
de l'absence presque total d'oeuvres solides (exception faite des
d'Emile Roumer), ce m6me mouve-
ment gardera a son actif une clairvoyance feconde: les g6n6ra-
tions suivantes ne manqueront pas d'en retenir le message charge
de consequences. En d6pit des contradictions rencontr6es de-ci de-
Ta dans la formulation des principles, nous trouvons certaines d6cla-
rations de ces jeunes th6oriciens d'alors d'une cuisante actuality.
Tous les 6crivains qui ont succ6d6, sans peut-ftre s'en rendre tou-
jours compete, doivent a leurs ain6s de la Revue Indigene la connais-
sance de tous les chemins qui, les barrieres bris6es, pouvaient s'of-
frir a leurs tr6buchements. Tel est le cas de Magloire Saint-Aude
lui-m6me, ce grand fou railleur, ce po6te irr6m6diablement fie-
vreux et boudeur qui r6cuse impitoyablement et sans appel toute.

-5-









autorit6. Il 6difie, il est vrai, un monde ferm6 ou nul acces n'est to-
ler6, oi il est prot6g6 par la garde vigilante de ses tabous, oi, sous
les lampes magiques, se profilent les lignes chaudes des Magde-
leine, Edith ou Maud, ces 6tres de son cauchemar. Mais, ne r6alise-
t-il pas des d6couvertes magnifiques qu'illustre cette declaration de
Normil Sylvain: ...
nos sens qui nous permettent de l'aborder (le monde) sont aigus et
neufs, des sens vierges de sauvages et de primitifsl ? (1)
Si la Revue Indigene n'a pas b6n6fici6 de la vie longue qui nous
eut permis de suivre l'6panouissement de son influence, par centre,
elle a suscit6 assez de pionniers et combatants de premiere ligne.
Quelques-ons ont m6me fait, ample provision d'exp6riences, d6-
couvrant dans le socialisme un humanisme don't ils ont tir6 des
substances utiles pour l6argir leurs visions. Normil Sylvain, h6las,
ne r6pondra pas h l'appel, fauch6, avec Louis Diaquois, en pleine
jeunesse. Emile Roumer se retirera dans le silence de la province,
loin de la scene litt6raire. Carl Brouard, le pokte vagabond d6-
laissera les bouges et la plume pour peupler de ses meditations mys-
tiques, reniant toute une jeunesse aussi d6sordonn6e que fruc-
tueuse, les sacristies des 6glises et les chapelles de couvent. Mais
d'autres continueront de porter le flambeau. Philippe Thoby-Mar
celin obtiendra le second prix de roman au concours pan-am6ricain
et publiera son grand poeme < tandis que Jacques Roumain, apris avoir marque de son empreinte
maints jeunes intellectuals, laissera des oeuvres posthumes de l'im-
portance de < (2) et des po6mes d'une
belle tenue lyrique. La relive se pursuit, de nouvelles recrues
viennent grossir les rangs: Morisseau-Leroy, Roussan Camille, Re-
n6 D6pestre, Hamilton Garoute, etc. La po6sie semble d6finiti-
vement gagn6e a la cause de ceux qui souffrent et Regnor C. Ber-
nard se d6pouillera volontiers de l'emprise de Samain pour, en
nouveau Tyrt6e, se lancer dans la me1le.
Voilh une po6sie populaire qui doit son success a son pouvoir
d'etre entendue de tous. Si elle a su conqu6rir de nombreux suf-
frages, en r6pudiant la veine sentimental sur laquelle pese d6sor-
mais un discredit d6finitif, elle ne peut 6tre accept6e pour r6volu-
tionnaire que par son contenu id6ologique. Elle est description
lin6aire de 1'homme vu du dehors. Affiche de propaganda, elle
porte, dans son ultilitarisme fundamental, dans ses qualit6s oratoires
ou narratives, un caractere de d6veloppement superficiel. Elle ne


(1) La Revue Indigene 1927, 2eme Num6ro.
(2) Roman paysan 6dit6 en 1944 par 1'Imprimerie de 1'Etat.


-6-











suppose aucun d6bat qui travaille 1'6tre dans son intimit6 et, selon
toute evidence, refuse, de parti-pris, tout 1eement de creation. Elle
essaie de descendre au niveau de la foule. Une telle po6sie, malgr6
la g6n6rosit6 6vidente qui l'anime, ne peut saisir, pour les mettre au
grand jour, les pens6es secretes du people. Elle se d6veloppe en
surface, suggere l'action ou. si l'on veut, entreprend de convertir a
un credo. Mais jamais elle ne puise sa seve dans la v-rit6 du mi-
lieu parce qu'elle ne pousse pas de la terre meme.
C'est uniquement, par la, je crois, qu'on peut parler d'un 6chec
du movement de la Revue Indigene.
Tout porte a croire que cette po6sie de combat creuse son pro-
pre foss6, parce qu'elle n'arrive pas a se degager des entraves de
la rh6torique politique. Pour ma part, je garde la conviction qu'elle
porte en elle-meme le germe de sa destruction ineluctable en tant
que forme d'art. Le salut est ailleurs : dans une r6flexion habile
de notre pens6e sur les r6alites brilantes qui composent la cons-
cience collective, dans le contact avec nos traditions originelles (le-
gendes, croyances, coutumes). Face a la barbarie universelle, cause
de nos inqui6tudes, en puisant A m6me les sources, la po6sie hai-
tienne pourra d6couvrir les sentiers qui conduisent vers les tresors
lumineux encore inexploit6s.



Choix de PoNmes Contemporains
AREYTOS
Poeme Indien
Ta chair brune fleurit dans I'ombre du hamac,
Ta chair brune, sans pagne, Higuamota la douce ...
L'esprit des eaux surgit d travers le ressac ...
Ta chair brune, sans pagne, Higuamota la douce;
La lune est un arc d'or dans le clair firmament,
Regarde ses rayons bleuissent sur la mousse.
La lune est un arc d'or dans le clair firmament,
Tes yeux sont un etang profound baigne de lune
Et j'y plonge mes yeux d'amour profondement.
Tes yeux sont un etang profound baign6 de lune ...
Je tiens entire mes bras ton beau corps parfumd
Des fleurs oil ce matin tu roulas ta chair brune.
Je tiens entire mes bras ton beau corps parfume
Des lines en fleurs don't tu tresses ta couche
La pulpe de ta livre a le gout du mamey.


-7-










Des lines en fleurs dont tu tresses ta couche,
Un ar6me subtil se degage, troublant,
J'en recueillc l'essence au baiser de ta bouche.
Un ar6me subtil se degage troublant ...
Et, grisd de cactus, I'Esprit des Eaux divague,
Ecoute, I'Ccho vibre d son rire insolent.
Et grisc de ce cactus l'esprit des Eaux divague.
Ta chair au grain soyeux, delicieux au tact,
- Je donne a ton beau corps le rythme de la vague ...
Ta chair brune fleurit dans l'ombre du hamac.

(Poemes d'Haiti et de France) Emile ROUMER


L'AMOUR LA MORT

Pour son desespoir une dole venineuse
Regard hagard d'escarbille d'hirondelle
sourire poignarde
fltrissure aiguisee du sang
l'araignee tire le fil d'une ride:
toute honte bue au soupirail de cette bouche

*

Un battement de cil de l'aube
et ie pollen du soleil couvre ta joue
Un nid d'ailes ta chevelure
Si l'haleine du vent l'effleure
Beauty ravie au movement du sang
tes mains offrent un sacrifice de colombes
Sur tes genous invincible.

(Bois d'Ebene) Jacques ROUMAIN


NOUS

Nous
les extravagants, les bohemes, les fous,
nous
qui aimons les filles,
les liqueurs fortes, ,
la nudity mouvante des tables


-8-











ou s'erige, phallus,
le cornet a d6s.
Nous
qui aimons tout.
tout
1'eglise
la taverne
]'antique
le moderne
la th6sophie
le cubisme.
Nous
aux cceurs
puissants comme des moteurs
qui aimoris
les combats de coqs
les soirs 1eegiaques
le vrombissement des abeilles
dans les matins d'or,
la melodie sauvage du tam-tam,
Tharmonie rauque des klaxons,
la nostalgia poignante des banjos.
Nous
les fous, les poetes.
Nous
qui 6crivons nos vers les plus tendres dans les bouges
et qui n'apportons point la paix
Mais le poignard triste
de notre plume
et encore rouge de notre coeur.
Carl BROUARD



ELEGIES

I

Dehors, le vent humide
Cueille les mangues

Et des 6toiles qui tombent
Sans que tu passes un souhait.

La nuit ramene un nuage
Sur ton epaule

-9-











Ou l'aimerait s'appuyer
Doucement.

II

Toutes croyances effac6es,
Comme avec 1'6ponge,
Et des enfants chassent le soleil
A coup de pierres, avec des cris.
La ronde des moustiques m'annonce
La nuit blanche si longue.
S'il n'y avait plus rien a aimer
Ou hair ...
III
C'etait 1'6tW, je me souviens, un 6t6
Mouille, impur, avec
Des exhalaisons chaudes,
Une ombre a l'agonie
Rampant vers la fontaine,
Et des arbres qui g6missent
L'6cho d'une lourde peine ...
Une femme don't j'avais reve
M'attendit jusqu'a la nuit.

IV

Le temps d'aimer
Reviendra-t-il,
Le temps d'aimer
Oi vous m'avez si mal aim6 ?
Mon cceur pourrissait
Mon chant pur s'elevait,
- Le parfum m6me de la contree
Et les guepes qui bourdonnent
Autour des mangues mrrissantes ...

V

L'ombre d'une palme a saute dans la chambre
Oi rien ne s'est jamais passe
Que des actes quotidiens
Accomplis sans amour.


--10-










Que'qu'un s'approche enfin ...
La main de quelqu'un
Sur mes yeux, tellement douce,
Que jc -I'ai pas m&ritee ...
Mais si vite le bonheur s'effarouche
Qu'il faudrait se retourner,
Comme en songe, sans bouger.
Je souris, La vie coule.
VI

Le matin est humide et voil6.
Des mornes paissant comme les vaches
Baignent dans l'herbe jusqu'au venture.
Et toutes les goelettes du soir,
Qu'il avait brilees,
Renaissent aujourd'hui que je vous aime,
Beaut&, mon doux regret.

(La Negresse Adolescente) Philippe THOBY MARCELIN



PAIX

Mon coude en un envol de bias.

f c..e it.r mes yeux, pieuses Iaispnreince .,-
ats en echelle. dp pb'r'e de Ifi,;. "
>'' 1 fioi, et crochi'ka ft mon r
S'\ : '. '- ':
X 6 ur le bel lo,de mNes paupneres, *
.. .i glsse, je descend'. je in'enbse
bams la famne de mon coma
Boit conimme le lait de la sieste.
Nier, retourner
Les plis de ma soif de Peuhl,
Cavalier de tulle d'os de glace,
Visiteur en guide ovale de nutt,
Et
En habits de gala de lord sans crane ...

(Dialogue de mes lampes) C1. MAGLOIRE SAINT AUDE


- 11-











JE NE VIENDRAI PAS'

Je ne viendrai pas ce soir
tisser au fil de ton regard
des heures d'abandon
de tendresse
d'amour
des camarades de bronze
ont convig ma jeunesse
a i'assaut de cette citadelle
qui s'dcroule.
Je ne viendrai pas
noyer ma tristesse
dans le flot tumultueux
de tes cheveux d'dbene
une etoile de pourpre luit & I'horizon.
Je ne viendrai pas
mirer mon fol espoir
dans le cristal de tes prunelles sauvages
car quel sens donner
a nos 6treintes
a ce soir brilant de fievre
si notre amour reste indifferent
aux appeals ddsespirds de la souffrance humaine.
(Ftincelles) Rene DEPESTRE


L'Institut frangais d'Haiti (Fagade)

-12 -










J. B. Romain : -M6moire sur I'anthropometrie en Haiti.
(Extraits)

PREFACE

C'est apres beaucoup d' hsitation que j'ai accept de pr6facer
l'essai de M. J.B. Romain. Je me sentais peu digne de cet hon-
neeur, ne possedant que des rudiments de connaissances en Anthro-
pologie. Mais, sur I'aimable insistence de l'auteur, je me suis de-
6id6 a soumettre aux lecteurs quelques reflexions d'un c fane> sur cet ouvrage.
Comme il destin-2 cet essai urtout a un public de non initibs, M.
Romain a eu l'heureuse idde de commencer itlr poser les bases es-
sentielles de la science anthropometrique. La comprehension de la
parties central de l'ouvrage, < ve giandement facilitde. L'expbse des recherches anthropometri-
ques effectuees en Haiti et des possibilities de developpement ul-
tdrieures de cette discipline est tr6s clair. tout en 6tant tres appro-
fondi .- Le plan est extremement net, les divers aspects de la ques-
tion nous sont presents avec beaucoup de soin. Rien n'est laisse
dans I'ombre Les planches qui accompagnent le texte nous mon-
trent que l'auteur s'est astreint a effectuer des mensurations tries
precises et le tableau de comparison des measures anthropom6-
triques dans les diverse races humaines est extr6mement sug-
gestif.
L'ensemble de l'ouvrage laisse une impression de travail s6rieux
et complete et la lecture en est facile grace, surtout, a la sobriety et
a la concision du style de l'auteur.
Nul n'dtait d'ailleurs plus qualified que M. J. B. Romain, laur6at
de la premiere promotion de l'Institut d'Ethnologie et anthropolo-
giste distingue, pour traiter un tel sujet. Dfit sa modestie en souf-
Trir, je me garderais d'omettre qu'il est en m6me temps licencid en
droit et avocat. Bel example d'6clectisme haitien.
Mais la lecture de son essai inspire 6galement des remarques d'u-
ne port6e plus general. La science haitienne est jeune encore, mais
elle a a son actif, grfce au labeur acharne de quelques savants
- malheureusement encore trop peu nombreux des acquisitions
de grande valeur. Or, dans les 6tudes scientifiques, il n'est pas inuti-
le de faire periodiquement le point, de mesurer le chemin parcouru,
et de poser les jalons de la voie future.
C'est ce qu'a fait M. Romain dans son domaine, c'est ce qu'il
est souhaitable de voir se generaliser.

-13-










La redaction de tels bilans facilitera grandement les recherches
nouvelles et permettra peut-itre a certaines vocations de se reve-
ler. -
M. Romain a demand A un membre de 1'Institut Francais de pre-
facer son euvre. Biblioth6caire de ce meme Institut, il connait,
mieux que personnel, l'interet que nous portions aux travaux hai-
tiens, dans tous les domaines de la pens&e. Notre veu le plus
cher est d'encourager et d'aider les chercheurs locaux et les soci6-
tes savantes, trop heureux de contribuer, pour notre modest
part, a 1'essor intellectual de ce beau pays antillais et a la floraison
d'ceuvres aussi brillantes que celle que notre ami Romain nous pr6-
sente aujourd'hui.

Mai 1946.
Jacques BUTTERLIN,
Professeur a l'Institut Francais de
Port-au-Prince.






DOMAINE D'APPLICATION
III

En un apercu de synthbse, nous venons de coordonner les efforts
divergents, prives et officials, en les soumettant A la norme chro-
nologique. Jusqu'A plus ample inform, ces mensurations demeu-
rent les seules tentatives connues ... Insuffisantes, evidemment:
Et dire pourtant que l'emploi des donnies anthropom6triques et
l'6tablissement des fiches en Haiti presente une economie du double
point de vue intellectual et pratique.
A.- Domaine intellectual --
Le problem de la constant indienne dans notre communaut6
sollicite ethnologues et historians.
En th6se g6n6rale, le d6bat se r6duit a 6lucider le c6t6 psycho-
logique de la question. Mais entire le doute expectatif du Dr. Price
Mars et d'auttes opinions contradictoires, la contribution de l'an-
thropom6trie peut trouver place. Et cette transposition du probl&-
me sur le plan de la somatologie repose sur deux points de vue : ,


-14 -











1) Quoi que disent les historians du massacre general des in-
diens dans toute 1'Ile (1), il est admis, declare Kleber G. Jacob, que
le Dominicain descend de 1'Indien et de 1'Espagnol (2).
L'argument d'analogie postule le g6niteur indien en Haiti sous
reserve, bien entendu, de la faiblesse num6rique.
2) La logique de ce raisonnement est confirthe par des faits,
puisque des lots d6mographiques indiens persistent parmi nous.
Louis Emile, dans son Histoire d'Haiti, parue en 1914, cite (tome
premier) : les Zip-Zip sur les crtes de la Grande Rivibre du Nord,
les Viens-Viens de Saltrou, les metis de l'habitation Lamarque a
Kenscoff, ceux de Lebrun et de Poulardier a Petit-Goive,...
Des lors, toute hypoth&se de puret6 originelle 6cartee chez ces
survivants indiens, la fiche anthropom6trique tri-partite du Dr.
Mabille modifiee serait apte a determiner leurs caracteristiques
physiques parallelement a l'enquete des ethnographes. A notre
sens, le d6bat gagnerait en int&ret par le nouvel appoint de la
morphologie compare.
-Mais ce n'est lh qu'un volet du diptyque.
Aujourd'hui les etudes raciologiques poussent bien loin leurs en-
quotes. Elles en viennent, apres avoir d6tect6 les composantes ra-
ciales d'une ethnic, a essayer de les distribuer respectivement sur
un ensemble de territoire. L'anthropom6trie intervient pour dres-
ser les cartes en function de la stature, de l'indice c6phalique ou
d'autres 6lements.
Or, Haiti realise une veritable mosaYque ethnique. Si done les
facteurs, espagnol, anglais, allemand, voire indien que l'on con-
teste, ne se r6vdlent pas a l'examen parce que noyds, attention
peut se concentrer sur un relev6 du cantonnement des differentes
races reparties a travers l'6tendue du pays. Les donn6es du pro-
blame se formulent ainsi: nos masses des montagnes et des cam-
pagnes, constituent 85% de notre population, vivent en vase close,
et ne se renouvellent par aucun apport exterieur. Leurs traits
physiques, perpetues par le jeu des transmissions hereditaires ne
se modifient pas sensiblement h St. Domingue, vu que les con-
ditions climateriques, par example, y sont presque identiques a





(1) Haiti partage 1'Ile avec la Dominicanie
(2) Kleber G. Jacob, In 1'Ethnie Haitienne


-15-










celles de la patrie d'origine. L'histoire rapporte d'ailleurs, que la
raison g6ographique a pr6sid6 aussi a la selection des negres pour
les travaux des plantations. (1)
Au surplus reserve formellement faite que les comptoirs de
St Domingue ne discriminaient point les types raciaux dans les o-
perations de vente qu'ils pratiquaient, l'anthropomntrie en se ba-
sant sur les comparisons, peut r6pondre aux questions suivantes:
Quel est, sur l'6tendue du territoire haitien, le mode de distri-
bution departemental ou regional des Fons, des Gabonnais, des
Mandingues, des Soudanais, des Dahom6ens ?
Quel est, parmi ces groups raciaux, celui don't la physionomie
moule le fond de notre communaut6 ?
A la verite, cette derniere question a recu une solution histo-
rico-culturelle quand L. Denis et F. Duvalier d6veloppaient i la
society d'Histoire et de Geographie, cette th6se: Les Congos for-
ment-ils la majority du people haitien ?






CONCLUSION:-

1) De cette 6tude, que devons-nous conclure ? Que l'anthopo-
metrie n'a pas dans notre pays l'importance qu'elle m6rite:
a) dans le domaine intellectual :

1) Carence de documents anthropomltriques sur 1'Indien, no-
tre 6lement formatif ]e plus archaique. Malgr6 la richesse de nos
grottes, l'6parpillement de nos sites A travers Dondon, Merger, L6o-
gine, (l'ancienne Yaguana) voire meme la survivance d'ilots demo-
graphiques, nos collections de cranes de naturels de Quisqueya
demeurent infimes : (3 specimens ;)
2) Carence de documents anthropometriques sur notre origine
africaine et sur la r6partition des diff6rentes tribus et races dans
les diverse regions de notre R6publique
b) dans le. domaine pratique:


(1) Les conditions 6conomiques n'ont gurie change.


- 16-










Carence de documents anthropom6triques en ce qui con-
cerne nos 6coliers et nos etudiants, nos soldats, carence aussi en
criminalogie.
En derner analyse, qui connait la stature moyenne de l'Haitien ?
Sommes-nous un people de haute ou de petite taille ? Quelle
fiche caract6rise nos types raciaux ? Comment interpreter l'anti-
nomie social ville-campagne sous les rapports de poids, de l'indice
c6phalique et du prognathisme ?
En verit6, semblables questions restees sans r6ponse lais-
sent perplexe et nous accusent, a une 6poque ou la statistique est
reine. Elles handicapent litteralement nos tentatives de classifi-
cation. Et comme tout s'enchaine, cette insuffisance vicie le c6t6
physique de notre p6dagogie. Car au concept du dualisme hu-
main consacr6 par l'exp6rience des siecles, s'oppose dans les temps
que nous vivons, la theorie non moins s6duisante de notre unite
biologique. Les deux entitds corps et Ame sont confondues en
tn tout indivisible. Et ce postulat de l'6cole nouvelle d6finit le sens
de notre apostolat.


La Bibliotheque de l'Institut


S17 --


': ::













LES LETTRES EN HAITI (*).
(ler semestre 1946)

POESIE .-
Clement Benoit :- RythmesNegres: (Editions H. Deschamps)
.-Des vers situ6s dans les cadres de notre anti-conformisme litt6-
raire et caract6rises par une absence total et lucide de <>,
de recherches oratoires et de d6veloppements anecdotiques. Le
message de la race vigoureusement capt6 et transcrit en mots sim-
ples et sinceres ou rutilent parfois les vocables mysterieux et so-
nores du Dahomey ou du Congo.
Des vers centr6s aussi dans la realit6 social haitienne et dans
le movement r6volutionnaire du monde. Une defense du n6gre
et une defense de l'Homme, les deux soud6es ensemble. Dans un
article-critique paru dans , Ren6 D6pestre place < thmes Negres>> dans l'elan po6tique prol6tarien et advance, avec
justesse, qu'ils quette de combat d'oi jaillit le lyrisme le plus pur.
Signalons la presentation soign6e de la couverture avec un des-
sin en deux couleurs de Geo. Ramponneau.
Georges-Jacques FIGARO:- Dialogue avec une Ombre.
Sous ce titre a paru h I'Imprimerie de l'Etat un poeme de 78 vers
que le pokte d6die A la memoire de Jacques Roumain. Apres ((Ecrin
de mes reves) et Ailes aux Vents), Georges Jacques Figaro sem-
ble mettre sa lyre au service des idees qui ont apport6 une foi
nouvelle aux 6crivains de la jeune g6enration. Ce poeme plaira
a tous ceux qui garden un souvenir ineffagable du grand leader
disparu pr6maturement.
Marcel DAUPHIN:- La Serenade des Opprimbs (Imp. College
Vertieres).
C'est agalement un recueil de vers, le troisieme public par le pokte.
Dans GiHislain Gouraige salue avec un enthousiasme dis-
cret le lyrisme sous-jacent qui filtre de chaque pore de ce florilege. II

* .-Les auteurs sont pries d'adresser directement a 1'Institut Fran-
gais les ouvrages don't ils desirent faire rendre compete dans cette ru-
brique.


-18-










note: < tristesse et de morne abattement, passe, comme imperceptiblement,
une lueur t6nue d'espbrance> ; et plus loin: < truit 1I proces de la society, non h la maniere de ces inutiles 6ner-
gumenes qui deversent leurs biles d6pit6es sur toutes choses. Mais
avec une douce maitrise de ses elans, il s'enfouit dans la boue jus-
qu'aux genoux et montre, avec un calme reproche, les pourritures
infectes que l'insouciance de ses freres a provoquees>.
Franck FOUCHE:- Message (Imp. Thelhomme).
Apres avoir public, il y a quelque temps, dans l'hebdomadaire
((Maintenant) ses cBillets a Florelle d'une allure galante et quel-
que peu mi6vre, Franck Fouch6 prend place parmi les nombreux
6crivains qui entendent faire de la po6sie une arme de combat.
Dans ce sens < est un grand plaidoyer en faveur des op-
prim6s. L'l6oquence, la nudity du verbe, chez lui, semblent distil-
ler la croissance des images et ceci dans le dessein apparent d'ac-
ceder aux foules. Nul doute que la p6riode de transition une fois
franchise, le poete ne nous livre des ceuvres qui r6pondent a notre
espoir.
Romans.-
Morisseau LEROY :- Rcolte (Les Editions Haitiennes).
,R6colte> est l'analyse fiddle et 6mouvante d'un d6bat int6rieur.
Le h6ros Paul Jean-Louis doit choisir entire les joies sordides d'une
vie bourgeoise et I'exaltation d'une existence consacr6e humble-
ment A la resurrection de nos masses rurales. Tel est le probl6me
qui se pose devant sa conscience et qu'il r6sout, en fin de compete,
en s'arrachant A ses habitudes, a son education, A ses amitibs et A
ses amours. Beaucoup ont cherch6 dans l'ouvrage une 6tude sur
la facility plus ou moins grande de nos paysans i s'int6grer dans
un systeme de cooperatives. I1 s'agit 1i d'un aspect accessoire
du livre. L'int6ret psychologique reside autre part: il se place
dans les admissions et les conquetes de Paul Jean-Louis, dans son
magnifique effort pour balayer son inqui6tude spirituelle et s'6pa-
nouit dans 1'action.
L'6criture du roman est neuve, d6pouill6e de phrases ronflantes
et de d6veloppements faciles. La prose est directed et frappe droit
au but. Lyrisme et r6alisme, deux qualit6s harmonieusement con-
cili6es et qu: donnent tour a tour a l'ouvrage 1'aspect savant d'une
6tude de moours ou la pathetique allure d'un poeme.
ETHNOGRAPHIE.-
Dr. Louis MARS :-
La Crise de Possession dans le Vaudou. (Imprimerie de l'Etat):-.
Tout en 6tant un apport considerable a 1'Ethnographie haitienne,

-19-










la Crise de Possession dans le Vaudou est une contribution 4 la
psychiatric compare qui, selon le Professeur Devereux dans la
preface de 1'ouvragc, est le premier livre de synthese du domaiie
de cette branch de la science a paraitre < langue et dans n'importe quel pays>. Grace A un style souple et at-
Irayant, le Dr. Mars projette une lumiere sur les moindres ph6no-
m'nes dl la crise de possession pour en indiquer la complexity et
le processus t-oublant de ses diverse manifestations. Par une a-
nalyse clinicque consciencieuse des nombreux cas soumis a son exa-
men et des observations recueillies tant aux Etats-Unis que daris
les c6rdmonies vaudouesques, il arrive a des conclusions d'une hau-
te importance. Apres avoir etudi6 toutes.les phases par oui passe
le criseur de loa pour atteindre A l'automatisme : troubles de lan-
gage, ivresse motrice, personnalit6 second etc, il definit le ph6-
nomine de la possession come une dissociation de la personnali-
te. Un tel travail n'a pas manqu6 de provoquer des discussions
prssionnantes. Milo Rigaud lui a consacre dans les colonnes du
< une longue etude :ou il met en relief ses id6es p6r-
sonnelles Lur la question.
Emmanuel CASSEUS PAUL:- Notes sur le Folklore. d'Haiti,(Imp.
Thelhomme, (Pr6face de Kl6ber Georges-Jacob) -
Une tres int6ressante etude sur les Proverbes et Chansons .de
nos mornes d'ou il resort que ces monuments de notre litt6rature
orale naissent dans la masse paysanne pendant que ]e<
preside les daises de joie et improvise des paroles sur des airs
connus. L'auteur d6montre aussi que ces proverb6is"ont pour ob-
jet de sanctionner par le ridicule ou le blame des erreurs morales
de la vie individuelle, familiale ou social. Le jeune 6tudiant en
Ethnologie conclut en montrant que ces ceuvres naissent d'une part:
d'un mode de PENSER original s'apparentant a celui des Franals ;
d'autre part : d'un mode de SENTIER'se rapprochant de l'Afrique>.
C'est une brochure a la lecture extremement attachante autant
par le texte que par les innombrables citations de proverbes qui
traduisent la sagesse, la <, la clairvoyance en m6me
temps que l'humour A l'emporte-pi6ce de nos populations villa-
geoises. Une contribution important a notre litt6rature folklorique.
CRITIQUE .-
Prosper CHRISTOPHE:- L'Apres-Guerre (Imp. Thelhomme)
L'auteur dedie cette oeuvre <. Sa
brochure a pour but secondaire de prouver qu'avee nos biblioth6-
ques mal garnies et nos muses vides, nos compotriotes peuvent
quand meme'concourir pour la licence litt6raire et faire preuve du


-20-











talent de ia race. L'objectif principal du livre est de rendre hom-
mage a Massillon Coicou, au Frere Macaire, a la < Cinq Glorieuses>> qui constituent quelques-uns des phares de l'a-
pres-guerre et vers qui, dans les minutes de d6sespoir, nous de-
vons turner les yeux. La documentation de l'ouvrage est abon-
dante et sile, le style agr6able et facile. Malgr6 la confusion de-
certains passages. l'ceuvre plait et l'ensemble sonne bien.
ESSAIS ET SOCIOLOGIE.-
James G. LEYBURN :- Les Deux Castes. (Imp. de 1'Etat) (tra-
duction: Ernest Bonhomme) .-
Une brochure de vingt pages qui a provoqu6 une veritable pol6mi-
que dans la press. Philippe-Thoby Marcelin donna la r6plique A
I'auteur dan? un article vigoureux et d'autres journaux 6mirent,
sous la rubrique , des appreciations favorables
ou tendancieuses. L'ouvrage est le fruit des r6flexions d'un obser-
vateur am6ricain sur notre pays. < lite et la masse. Elles sont aussi diff6rentes que le jour et la nuit,
un noble et un paysan ; et elles sont aussi s6par6es que l'huile et
l'eau>. De cet angle l'essayiste examine notre <>,
le marriagee et plagage>, la , couleur>, la et le < sistance>. Il est A noter que les jugements sur le contenu de 1'6-
tude sont d'une grande diversity ; la critique individuelle s'impose
done dans ce domaine et c'est sans aucun doute le signe de l'intre&t
extraordinaire que pr6sente l'ouvrage.
Thimoleon C. BRUTUS:- La Rancon du Genie (Edit. A. The-
odore) (t. II)
L'historien Thimoleon Brutus a public le second tome de son im-
posante monographie sur Toussaint Louverture. Son confrere Pla-
cide David a fait paraitre dans le Soir une 6tude sur ce livre oi
nous lisons :
des preuves nouvelles de la transcendence du Chef Noir. II a 6-
tudi6 son g6nie sous ses divers aspects et dans ses principles de-
marches ... Brutus est aussi un narrateur. II a donned deux r6cits
des combats de .a Ravine a Couleuvres et de la Crete h Pierrot...
Le reproche que je fprais a Brutus, si je devais lui en adresser
un, ce serait de montrer dans son livre une admiration trop obs-
tin6e et trop d6bordante pour son h6ros qui prend ainsi les appa-
rences d'un &tre module et parfait, d'un cerveau infaillible. Le
tableau est pouss6 trop au beau ...Un historien haitien ne saurait
rendre un plus digne hommage au Precursseur qu'en dediant a
sa memoire, comme l'a fait Brutus, un ouvrage qui rappelle tous les


-21-











faits m6morables de sa carriere>.
((Sur le vib> (Imp. de 1'Etat)
Tel est le titre d'une brochure que Me. Franck SYLVAIN consa-
cr6 aux derniers 6venements issues de la r6volte :;ans armes du 7
Janvier qui devait aboutir h la chute d'un gouvernement et qui
a pour objet l'amelioration de la condition social des masses po-
pulaires par l'instauration d'un systeme politique en accord avec
les idees d6mocratiques actuelles. Tout au long de la brochure il
6tudie les causes de nos miseres politiques et sociales. Stigmati-
sant la faillite de nos elites dans leur mission il fait des recomman-
dations judicieuses sur le destin future de la nation. Il conclut au
triomphe des idees de gauche, mais sous l'influence bienfaisante
du christianisme.
Schiller NICOLAS:- Bases Essentielles d'un Redressement E-
conomique (Imp. de 1'Etat).
Quelques reserves faites sur la presentation de la matiere de l'ou-
vrage et sur la langue un peu h6sitante par endroits, ce livre cons-
utue un document important et tout gouvernement progressiste
ne manquera .is d'accorder une attention sp6oiale a ce travail s6-
rieux, fruit d'une longue experience de la vie economique et so-
eiale de ce pays. Apres avoir bross6 un tableau sombre du cauche-
mar ou nous nous d6battons vainement depuis 140 ans et signal
*les causes profondes et multiples de notre d6s6quilibre economique
-et,'social,'Mr. Schiller Nicolas en arrive' cette declaration: < nomiquement, scientifiquement et sinc6rement, avec notre: system
'.imp5ts, qui est la negation math6matique de la production et de
la consommation, il est incroyable qu'iI n'y ait pas de bands de
gangsters qui violent en plein jour dans nos villes et dans nos cam-
pagnes>>. IL propose, pour apporter remade A l'6tat pr6caire re notre
situation, une r6forme de la politique gouvernementale base sur
1'61imination du fonctionnarisme parasitaire actuelle entretenu par
toutes, sorte de privileges ; l'organisation de Coop6ratives de Pro-
duction et de Distribution; le Socialisme d'Etat ; et enfin une Re-
distribution G6n6rale des Terres.

Ren6 BELANCE
et Roger GAILLARD


-22-











CHRONIQUE

SA LA LEGATION DE FRANCE:-
Remise des Lettres de Crance :-
Le 13 Juin 1946, au Palais National, en presence du Comit6 Ex6cutif
Militaire au grand complete, Son Excellence M. Chayet a re-
mis au Colonel Lavaud les lettres de cr6ance l'accr6ditant au-
pres du Gouvernement Haitien en quality de Ministre de France.
Arrive de M. Calabrese :-
Le 3 Avril a 10h. 30. cst arrive a l'a6rodrome de Bowen Field M. Joseph
Calabrese accompagn6 de Mme. Calabrese et de leurs enfants M..
Calabrese, qui exercera les functions de Consul de France en Haiti, a
passe 25 ans dans le Proche Orient o0 il occupait le poste de Chef de
Section a la Delegation Generale de la France au Levant.
Arrivee de Madame M. Chayet :-
Le 10 Juin est arrive a Port-au-Prince Mme Chayet, femme de son
Excellence le Ministre de France. MM. Calabrese, Consul de France,
Lando, Directeur interimaire de l'Institut Frangais, ainsi que de nom-
breux membres de la Colonie frangaise, ktaient venus la saluer a la des-
cente d'avion
Anniversaire du 18 Juin :-
Pour commemorer la date historique du 18 Juin 1940, Son Excel-
lence M. Chayet avait reuni a la Legation de France les membres de
la Colonie et les amis de notre poys. Au course de la reception M.
Chayet prononga une allocution qui fut fort applaudie. En voici la con-
clusion :
cAu nom des morts de cette guerre, je fais appel aujourd'hui a tous
ceux pour qui le mot de Patrie n'est pas vide de sens. Je compete sur
tous les Frangais et en particulier sur les membres des anciens Co-
mites de la France Libre ainsi que les associations patriotiques, don't
le r6le fut si grand au course des annbes de lutte. Enfin, nous ne de-
vons pas oublier aujourd'hui que nous avons trouve dans ce pays des
amis 6prouv6s qui ont partag6, aux heures'les plus sombres de la guer-
re, nos souffrances et nos espoirs et que des fils de cette terre hospita-
liire ont Wet nos freres d'armes et ont donn6 g6nrreusetient leur sang
pour la France.
,Celui qui nous a conduits dans le chemin de l'honneur et, de la gloire
nous observe de loin en silence ; montrons que nous sommes dignes de
lui. Je salue respectueusemnt la grande figure du general de Gaulle
et je fais avec vous les voeux les plus ardents pour la resurrection et.
la grandeur de la France..


-,,3 -










A L'INSTITUT FRANCAIS D'HAITI:-


Arrivee de Ml. Lando :- ,

Les cadres de 1'Institut se sont compl6tes grace A la venue d'un troi-
si6me professeur M. Simon B. Lando qui, en compagnie de sa femme,
est arrive parmi nous le 23 Avril dernier. 11 a 6et charge par M. le
Ministre de France de diriger provisoirement 1'Institut Frangais d'Haiti
- D'autre part en vertu de l'Accord Culturel Franco-Haitien sign& le
24 Septembre 1945, il fera des Cours et conferences de Lettres et de
Linguistique frangaises et classiques dans le cadre de la Facult6 des
Lettres de F'Universit6 de Port-au-Prince.
Agreg6 de 1'Universit6 dans l'ordre des lettres, M. Lando etait, avant
son depart de Paris, Maitre de Conferences a 1'Ecole pratique des
Hautes Etudes (Sorbonne). En butre, it dirigeait, a la Radiodiffusion
frangaise, Emissions ivers l'etranger, un important Service, em-
ploi pour lequel il etait particulibrement d6signe en raison de sa forma-
tion de linguiste et de polyglotte.
Pendant l'occupation, il a fait parties de la R6sistance et passe une an-
n6e dans un .maquis. des Monts d'Auvergne.
I1 poss6de a la fois des titres de professeur et de journalist.

Exposition :-

;Une exposition de Photographies consacr6e aux diff6rents aspects de
la vie litt6raire et artistique a Paris, est ouverte depuis le 15 Juin A
l'Institut Frangais.
Elle connait le plus grand succs ; la press lui a consacri des articles
elogieux et le Tout Port-au-Prince- d6file chaque jour dans les sales
de 1'Institut.-- Voici ce qu'en dit Roger Gaillard dans le Soir:
cle de la promenade, on constate que plus d'une heure a passe pen-
dant que se r6v6lait a' nous la beauty de Paris, de ses jardins, de ses
muses et de ses femmes..

Bibliotheque :-

Depuis quelques semaines, la Bibliotheque de 1'Institut s'est conside-
rablement enrichie grice aux dons g6enreux de la L6gation de France,
de 1'Ecole d'Agriculture de Damien, du General Nemours et d'au-
tres particuliers. De plus; douze caisses de livres envoy6es de France
sont A l'heure actuelle en douane et vont prochainement apporter en-
viron 2000 titres nouveaux au fonds dejA existant. Ce sont surtout des
ouvrages de litterature contemporaine, et les admirateurs de Sartre,
Camus et autres cexistentialistes, trouveront bient6t les ceuvres de


-24-









leurs maitres pr6efers. D'autre part, le fonds des ouvrages concernant
HAITI a Wet, lui aussi, consid6rablement accru. Enfin, des catalogues
r6cents des principles maisons d'edition frangaises sont mis a la dis-
position des Lecteurs.
L'Institut Frangais d'Haiti et la Presse Parisienne
L'hebdomadaire francais son numero du 23 Panvier 1946, un long article a notre institute sous le
titre: .Haiti et le Souvenir frangais..
Il rappelle 1'Accord Culturel Franco-Haitien du 24 septembre 1945 et
souligne son importance pour les changes intellectuals entire les deux
pays. Il insisted sur les liens qui unissent Haiti et la France, liens sen-
timentaux et liens spirituals, et en particulier, sur la jeune litt6rature
haitienne qui tient une place si grande dans le monde de langue et de
pens6e frangaises. Tout, dit-il en terminant, montre combien le
souvenir de notre pays est rest& vivace en Haiti et cela exige un effort
cultural important de la France.

Prise de contact avec les autres Instituts Francais d'Amerique Latine

L'Institut Francais de Port-au-Prince est entree en contact avec ses
voisins de 1'Amerique du Nord et de 1'Am6rique Latine.
II a envoy sa Revue ,Conjonction, aux diff6rents Instituts des deux
Am6riques et en a regu des r6ponses intiressantes.
L'I. F. A. L., Bulletin de I'Institut Frangais de Mexico, lui est adress6
regulierement.
Les Instituts de Buenos Ayres, de Rio, du Guatemala et de Quito (E-
cuador) lui ont donned le resume de leurs activities et lui ont promise les
prochains numeros de leurs bulletins.
Les professeurs frangais de Quito (Equateur) lui ont envoy des
nouvelles de leurs activities.
Ces rapports ont pour but non seulement de resserrer les liens entire
les etablissements frangais a 1'etranger mais de preparer des changes
intellectuals important (tournees de conferences, films, materiel
d'exposition).

Conferences :- '

Les eMardis) de I'Institut Francais : .

Le Mardi 25 Juin 1946, a 8. heures p. mi., a te inaug.ure en
presence.d'une nombreuse et brillante as-istance la salle ,de Con-
f6rences de 1'Institut Francais d'Haiti. On y remarquat,. Son


-25-









Excellence Monsieur le Ministre de France et Madame Chayet,
Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur des Etats-Unis et Madame
Orme Wilson, accompagn6s de Messieurs Horatio Mooers et Joseph
Montlor, Attach6s d'Ambassade et de Monsieur Ashton, Attach6
Cultural; LL. EE. Alcarez Tornel, Charge d'Affaires du Mexique
- Martial Martinez, Charge d'Affaires du Chili, le Dr. Gonzalo
Fernandez Puyo, Charg6 d'Affaires du P6rou, Monseigneur Le
Gouaze, Archeveque de Port-au-Prince, et de nombreuses person-
nalit6s haitiennes parmi lesquelles le Senateur Henriquez, M. Hib-
bert, Doyen de la Facult6 des Sciences, le Dr. Perrier, Doyen de
la Faculty de M6decine, Mme Kernizan, Pr6sidente du House
Committee de 1'Institut Haitiano-Americain etc ...
Apres une breve allocution de Monsieur le Ministre de France
et un discours-programme de M. Simon Lando, Agr6eg de 1'Uni-
versite, Directeur int6rimaire de l'Institut, le Professeur Yves Colle
traite devant un auditoire tres attentif des et humans de la vie paysanne en France>. Cette conference fut
radiodiffusee gracieusement par un des quatre postes d'6mission
de Port-au-Prince (H.H.B.M). Elle fut suivie d'une bande do-
cumentaire consacr6e A la vie et l'ceuvre de Rodin.
Les trois cents places assises etant occupies, un grand nombre
de personnel durent se tenir debout. Tous les grands journaux pu-
bliirent le lendemain des comptes rendus 6logieux.
Voici le texte de l'allocution de Son Excellence Monsieur Mau-
rice Chayet, Ministre de France:
L'Institut Frangais d'Haiti inaugure ce soir sa salle de Confe-
rences. C'est pour lui, une circonstance heureuse; le terme de
bien des efforts, le d6but de bien d'autres. En accourant si nom-
breux, vous lui apportez un tres pr6cieux t6moignage de sympa-
thie, un encouragement a amplifier et a approfondir son action. Au
nom de mon pays, c'est d'un cceur sincerement 6mu et reconnais-
sant qu'r toutes et a tous je dis: merci.
Monsieur le Professeur Lando va dresser dans quelques instants,
un bilan provisoire des activities de notre Institut franco-haitien.
Loin d'anticiper sur ses propos, je me bornerai a dire d'un mot
combien le gouvernement que j'ai l'honneur de representer ici
est satisfait et fier de voir les changes intellectuals reprendre et
se d6velopper harmonieusement entire nos deux r6publiques, u-
nies par tant d'affinit6s et de souvenirs.
Inter arma silent musae, dit la sagesse latine. Les agitations de
la guerre, puis, dans une certain measure, les soubresauts de la vie
publique de ce pays hospitalier, ont un moment quelque peu de-
tourn. les esprits des de l'etude et de la recher-


- 26-










che. Trouble passage. Les vrais amis de ce people ne peuvent
que se r6jouir du retour au labeur, de l'apaisement g6ndral qui, par
les signes les plus rassurants, se manifestent dans tous les domai-
nes. De cette stabilisation, de ce bonheur, 1'Institut Frangais ne
saurait manquer d'avoir sa part.
A tous ceux, jeunes ou vieux, qui participent a ses paisibles
travaux, secondent son action, 61argissent et f6condent son rayon-
nement, pour le plus grand bien de nos deux nations, je souhaite
bon courage et bonne chance. La cause est bonne; la voie est
large et droite: le succes est au bout.
Discours de Monsieur S. B. Lando, Agr6eg de 1'Universit6, Direc-
teur interimaire de I'Institut Francais.-
Monsieur 1'Ambassadeur,
Excellences, Monseigneur,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs.
L'inauguration de cette modest salle de conferences est une
tape. Elle a .6t pr6c6d6e de quelques autres. Laissez-moi vous
les rappeler brievement.
24 Septembre 1945 ....... Quelques semaines a peine apres la
victoire des Nations Unies en Europe, 1'Accord Culturel Franco-
Haitien est sign.
Un mois plus tard, en Novembre de l'ann6e derni6re, les pre-
miers boursiers, choisis parmi les jeunes intellectuals les plus m6-
ritants de ce pays, bravant les communications encore difficiles,
s'acheminent vers Paris pour y achever leurs etudes, amorcer des
recherches fructueuses et puiser aux meilleures sources. D'autres
vont leur emboiter le pas.
7 D6cembre 1945 ........ Grace a la sollicitude des autorit6s
haitiennes, l'Institut Francais, installed dans cette maison un
peu exigu6 mais coquette est officiellement inaugur6. La bi-
bliotheque, ouverte sept heures par jour, et comportant, dbs l'abord,
plus de deux mille volumes fraichement arrives de France, est
mise A la disposition de la jeunesse studieuse et des chercheurs
qui, a notre grande satisfaction, ne tardent pas h la fr6quenter as-
sidfiment. Depuis lors, on peut dire que c'est un flot ininterrompu
de livres qui nous est envoy de Paris par courier. Telles, au
crepuscule, les interminables theories des paysannes au port fier,
canephores antillaises, d6valent les pentes de P6tionville ...
Janvier 1946 ......... Deux professeurs, d6tach6s par le Minis-
thre de l'Education Nationale franqais, atterrissent a l'a6rodrome.
de Port-au-Prince et dispensent aussit6t un enseignement r6gulier

-;27 -












dans 1'Universit6 Haitienne. Ils ont 6t. rejoints, dans le course
de cette meme ann6e scolaire, par un troisieme, nomm6, lui aus-
si, A titre permanent. Leurs efforts sont harmonieusement com-
pletes par le concours que leur apportent .conf6renciers, artistes et
universitaires franqais de passage. Des expeditions et explora-
tions scientifiques seront, d'autre part, organisees par nos profes-
seurs en collaboration avec leurs colleagues haitiens et. bierit6t,
nous I'esp6rons, avec des savants nord-americains.
Mars 1946 ....... <, bulletin de 1'Institut Fran-
cais, parait pour la premiere fois. Cette publication sera continue,
largement ouverte aux intellectuals et aux lettres de ce pays.
Nos expositions, plusieurs fois renouvelees depuis notre instal-
lation, attirent un public de plus en plus nombreux.
Enfin, nous voici au seuil des .
Dans quelques instants, M. le Professeur Y. Colle va y preluder
par une causerie oii il se propose de passer en revue les aspects
economiques et humans de la vie du paysan francais. Ce cycle
de conferences est destiny a permettre A nos professeurs d'attein-
dre un public 61argi. Mais il ne doit pas devenir un <
r6serv6e leurs seules joutes oratoires,. Notre voeu le plus cher
est, au contraire, de creer ici une tribune accessible h tout ce que
la Capital voire la province competent d'intellectuels, pen-
seurs, gens d'exp6rience.
Grace a sa bibliotheque, a ses expositions, a ses projections ci-
nrmatographiques et, d6sormais,. ses conferences, notre Insti-
tut deviendra, nous l'esperons, pour nos deux pays, un foyer vi-
vant d'6changes intellectuals, un trait d'union, un lien A la fois
souple et solide. La civilisation, si jeune et si courageuse, de cette
belle ile antillaise, est rest6e malgr6 les vicissitudes de la politique
et les fautes imputables aux ( plut6t qu'aux peuples, j'o-
serai dire: malgr6 la geographie, 6tonnamment et constamment
fiddle a la France qui l'a, en parties, faqonn6e.
Mesdames, Messieurs,
Quelques dates, la seche enumeration de quelques faits, et par
dessus tout, vos rangs si presses autour de nous m'autorisent, je
pense,, proclamer que la France, encore tout 6tourdie par la
secousse la plus redoutable de son histoire, est spirituellement plus
que jamais present en Haiti. Un lourd heritage du pass, ainsi
que les conditions g6ographiques, ont fait d'elle un glacis avanc6,
et particulierement expos, des civilisation occidentales. Submer-
gee, parce que seule h affronter le premier choc, elle devait, aux
yeux de qui la connaissait mal, sombrer d6finitivement. II n'en fut
rien; elle a su se montrer gale a la cruaut6 de son destin, parti-


-28-











ciper a la victoire, conqu6rir et occuper des territoires important
de l'ennemi. Les ann6es atroces pendant lesquelles un tres grand
nombre de ses fils 6taient pi6tines par la botte de 1'envahisseur,
n'ont servi qu'a mieux faire sentir combien sa voix 6tait indispen-
sable dans les conseils du monde. La voici qui, confiante dans son
avenir, s'emploie a reliever ses ruines. Elle panse ses blessures,
rouvre ses ports meurtris par la guerre, ses chantiers endommag6s
ou d6truits; elle repare ses sanctuaires. Dans cet age de fer oi
parfois tout semble devoir s'6crouler, son genie, universal et g6-
nereux, rayonnant d'un 6clat renouvel6, apportera a tous les hom-
mes sans distinction des raisons nouvelles de vivre, d'esp6rer et
de bitir. Oui, le monde a besoin de la France, de m&me qu'un
monde fraternel et pacific est n6cessaire a la France pour refl6ter
toute l'ampleur de son noble id6al.
Je ne peux mieux faire ressortir cette v6rit6 qu'en citant, pour
terminer, un de nos jeunes philosophes (*). Voici en quelques ter-
mes il interprete le message de la France :
< et des plus riches en saints, chez qui l'ath6isme se presente avec
les exigences et la foi d'une religion retournee, tandis que la sain-
tete n'exclut pas les attachements de la terre ou les bienfaits de
1'action, pays qui se situe toujours a mi-chemin du firmament
et du sol, pays de St-Bernard pleurant des larmes terrestres
pour la mort de son frere et de Proudhon, l'ath6e, entourant la
mort de son pare d'un respect presque religieux, pays de Montai-
gne et de Pascal, d'Auguste Comte et de P6guy, ce pays se trouve
maintenant au point central d'un drame oi il a failli mourir, pre-
miere victim parmi les peuples libres et les serviteurs de l'esprit.
L'6clipse de la France ......... avait consacr6 le d6clin de l'huma-
nite et annonce les catastrophes; souhaitons et faisons en sor-
te que son retour a l'histoire announce une p6riode neuve .........
On ne r6conciliera le monde que si on sait au pr6alable reconci-
lier 1'Ame humaine ...... ...II ne s'agit ici de precher ni pour au-
cune 6glise ou chapelle ni pour l'absence ou la negation d'aucune
d'elles. Il s'agit de parler, pour l'homme qui les a toutes 6difiCes,
qui en a beaucoup d6serte et qui voudrait y revenir avec la foi des
batisseurs et l'ardeur des neophytes .........>
Le cycle complete des Mardis radiodiffus6s de 1'Institut Francais,
privu pour la fin de l'ann6e scolaire 1945-46, comprendra, en ou-
tre, les conferences ou causeries suivantes:


(*) Robert Aron: Retour a 1'Histoire ,La Nef Mars 1945, p. 83.


-29 -










Le 2 juillet 1946 : (avec
projections) par le Professeur Jacques But-
terlin.
9 juillet 1946 : par le Professeur Simon B. Lando, Agr6g6 de
1'Universit6, Directeur int6rimaire de 1'Insti-
tut.
16 juillet 1946 : < par M. Lucien
Hibbert, Doyen des Facult6s des Lettres et
des Sciences de l'Universit6 de Port-au-Prince.
23 juillet 1946 : Le fait frangais au Canada par Monsieur Au-
guste Viatte, professeur a l'Universite Laval
de Qu6bec.
Ces conferences seront suivies de la projection de bandes ci-
n6matographiques frangaises (documentaires: Robin, La Tunisie,
1'Institut Pasteur, Branly, le Canada). Dans toute la measure du
possible, les prochaines livraisons de ((Conjonction) en donneront
de large extraits.


W- I -
La Salle de Conferences de l'Institut
-30-


4$

























"DUNBRIK"
ET
"DUNSTONE"
< maisons, a meilleur march et plus solides.
Demandez notre livret illustr6 oif vous verrez quelques-uns
des types de construction les plus populaires en maconnerie,
rendus posibles par l'utilisation de la brique ((Dumbrik de
16 x 10 x 20 et des briques ((Dunstone) 6 x 20 30 cm. et 6 x
20 x 30 cm.
La solidity d'un mur de magonnerie depend:
1 de la solidity des mat6riaux qu'on utilise pour sa cons-
truction
2 du mode de construction
3 de la quality des joints de mortier qui relient les mat6-
riaux entire eux.
La (DUMBRIK et la ((DUNSTONE) remplissent toutes
les conditions requises pour l'6rection d'un mur solide:
Elles sont r6gulieres, ce qui permet d'avoir des joints d'une
meme 6paisseur, et, par consequent, augmente la resistance
du mur.
L'adh6rence natural au mortier est renforc6e par le joint
de mortaise obtenu grace A la cavity de la Dumbrik, ce qui
donne au mur la solidity d'un monolithe.
Vous pourrez trouver aussi des briques color6es A votre
choix.
ESSAYEZ < VOUS AUREZ SATISFACTION
DENIS et CO. Distributeurs








BOUEZ FRERES
Repr6sentants en Haiti des grandes maisons de
tissues
Rue du Magasin de 1'Etat.
Port-au-Prince


NESTLE'S MILK PRODUCTS
(EXPORT) INC.
Recommande
LEURS SPECIALITES SUIVANTES:
Lait Condens6 Nestle Eledon
Lait dvapord Nestld Milo
Lait en poudre < Pelargon
Lactogen Farine lact6e Nestle
En stock chez
L. PREETZMANN-AGGERHOLM
Port-au-Prince


F. G. NAUDE
D1positaire d'articles et de
Produits pour toute la
Republique d'Haiti
Departement de Produits
Pharmaceutiques.
D6partqment de Produits
divers.
D6partement d'Accessoires
et pieces pour autos, camions,
toutes marques d'Assurance
cortre incendie.
Agent de Manufactures
Depositaire de
MICHELIN et Cie.,
Clermont-Ferrand
vous offre ses services.
P. O. Box A-147, P.-au-P.,
Haiti Adresse t6legra-
phique: NODECO


SDESCHAMPS.
N'EDITE QUE

DE BONS ROMANS!

Marc Verne:

Antoine Bervin:

Roger Dorsinville:
Marc Verne:

((Yoyo)

Antoine Bervin:

(Pantale i Paris)

Roger Dorsinville:


(Robert)




University of Florida Home Page
© 2004 - 2010 University of Florida George A. Smathers Libraries.
All rights reserved.

Acceptable Use, Copyright, and Disclaimer Statement
Last updated October 10, 2010 - - mvs