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HIDE
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 Les activites culturelles...














Title: Conjonction
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Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00076567/00001
 Material Information
Title: Conjonction bulletin de l'Institut franðcais d'Haèiti
Uniform Title: Conjonction (Port-au-Prince, Haiti)
Physical Description: v. : ill., ports. ; 24-28 cm.
Language: French
Creator: Institut franðcais d'Haiti
Publisher: L'Institut
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1946-
Frequency: quarterly[1983-<1995>]
bimonthly[ former 1946-1982]
quarterly
regular
 Subjects
Subject: Civilization -- Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Civilization -- Periodicals -- France   ( lcsh )
Civilisation -- Pâeriodiques -- Haèiti   ( rvm )
Civilisation -- Pâeriodiques -- France   ( rvm )
Genre: periodical   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
France
 Notes
Dates or Sequential Designation: No 1 (janv. 1946)-
Numbering Peculiarities: Nos. 2-3 never published. Cf. Union list of serials.
Numbering Peculiarities: Some issues combined.
General Note: "Revue franco-haitienne."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00076567
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 03009058
lccn - 52032401
issn - 0304-5757

Table of Contents
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        Table of Contents 2
    Information generale: LEs divers aspects de la culture Francaise
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IIk '


III '


JANVIER 1946


I?;,
If-


III








COPNJONCTION
Est le bulletin mensuel de lInstitut Francais d"'Haiii.

SES BUTS
-Diffuser les iddes fondamentales qui caracterisent la pensee
francaise vivante.
- Resserrer les liens traditionnels unissant Haiti et la France.
- Apporter une collaboration effective a 1'epanouissement de la
culture baitienne.
- Rendre compete non seulement des activities de l'Institut Fran-
Cais mais encore de l'actualite intellectuelle d'Haiti.
<> n'est pas une revue de propaganda. Elle
ne vise a aucune action politique ou confessionnelle. Elle
sollicite la collaboration des auteurs haitiens et strangers.

SON MOT D'ORDRE
Tout faire pour que les hommnes diff&rents par leur h6ridite.
le milieu gdographique et social qui les a models. par les dis-
ciplines intellectuelles qui ont form leur pen se, puissent se
connaitre, se comprendre, et soient mis en measure d'apporter
leur contribution original A 1'Plaboration d'une veritable
conscience humaine.


SOMMAIRE
I.-INFORMATION GENERAL
Les diver aspects de la Culture Franciise P. Mabille.
il.--IES LETTRES
Le s.urrialisme Andr5 Bret-n.
Les letters en Haiti (4ime. trimcsire de 1945).
L'.--iS S_ 'i N_'CES
Les problnbes de la nutrition dans les territoises tropicaux de la
France d'Ou!re-Mer Med. Lt.-Colonel Cavalade.
L'Association pour le deveioppement des relations m6dicales.
IV.-L-S. AC LIViTES CULTURELLES A PORT-AU-PRINCE
L'ai'u'guration de l'Institut Francais.
Le sejour du docteur Cavalade Nouleiles des boursiers haitiens.
Andr6 Breton en Haiti.
Arrive des Professeurs Francais a Port-au-Prince.
La vie des Societes.

















LA REVUE CONJUNCTIONN>
parait chaque mois.

Les livres et les manuscripts
doivent ktre envoys
au
Directeur de l'Institut Frangais


3, Avenue Charles Sumner
Port-au-Prince

Le numero est vendu 1 gourde 50. $ 0,30

Abonnment annual f $2.00 en Haiti.
S$ 3.00 pour 1'Etranger.

Pour la publicity, qui est strictement limitee,
s'adresser ii 'lnstitut Francais.


PHARMACIE SEJOURNE
fondue en 1864
ETIENNE SEJOURNE (1864-1889)
FREMY SEJOURNE (1889-1937)
RAOUL ET MAX SEJOURNE: (1937)
LABORATOIRE D'ANALYSE
Laboratoire de preparation d'ampoules st6rilisees
Port-au-Prince


Avec les meilleurs compliments de

J. COTY
MAISON NADAL ET CIE.
agents generaux
Port-au-Prince
__ _______. ___














LES DIVERS ASPECTS DE LA CULTURE FRANCAISE (*)

par PIERRE MABILLE

Mesdames,
Messieurs.

Je suis tres sensible a l'honneur que m'a fait le Comit6 Haitien de
l'Alliance Frangaise en m'associant a la c6elbration de son quaran-
titme anniversaire.
Je voudrais remercier publiquement Monsieur Caius Lherisson, Pre-
sident du Comite, qui, plus qu'aucun autre, a contribu6 au succ6s de
votre Association. L'id6e d'assurer une march parallale a l'Alliance
Frangaise et i l'Association des Membres du Corps Enseignant a etk
une idee fructueuse.
Je desire feliciter M. Caius Lherisson pour l'ceuvre immense qu'il
a accomplie durant de si nombreuses annees. Au course de cette guerre,
malgre l'absence de livres, la precarite des resources et la carence
des subventions, vous avez continue, sans jamais vous lasser, a en-
courager l'6tude du francais dans les milieux scolaires populaires de
la Capital et de la province. Vous n'avez pas cesse de distribuer les
prix et encouragements aux meilleurs 61eves des classes de francais,
des lycees et des ecoles primaires. Le Gouvernement Frangais ne peut
que vous etre reconnaissant et vous temoigner sa vive gratitude. En
mon nom personnel, comme ami d'Haiti, je me permets de louer
votre action qui sert les interets veritables de votre Pays. Soutenir le
francais, n'est-ce pas servir votre langue, celle qui vous permet de
communiquer avec les grands courants intellectuals internationaux.
Je n'ignore pas que l'usage du frangais est r6serv6 pour l'instant a
une elite cultivee, et que la grande majority du people parole creole.
Le creole, ce delicieux parler de la masse, possede une saveur que
l'on gofite chaque jour davantage a measure que l'on en perqoit toute
la finesse et que l'on comprend combien il renferme de sagesse
paysanne, d'humour et d'images pittoresques. Cependant, nul ne peut

*Allocution prononcee le 4 Novembre 1945.


-1-








contester que cet idiome, par suite de son manque de fixation ortho-
graphique, de litter.ature ecrite, contribute i exclure la communaute
paysanne haitienne des &changes intellectuals qui ne peuvent se faire
que par la diffusion des livres, des revues et des journaux; il empiche
que l'instruction soit port6e a un niveau plus elev6 et ainsi constitute
une barriere qui limited 1'evolution de vos classes laborieuses. En dif-
fusant la connaissance du frangais, vous attaquez l'obstacle ct cherchez
i combler le fosse qui spare lune lite instruite. du people anaiiphalibe i:
c'est pourquoi, je Ie repete, votre action est celle de veritables pa-
triotes.






Nous ne comprenons encore que d'une fagon partielle et imprecise
ce que sont les langues; peut-etre, ne saurons-nous jamais la valeur
complete de ces instruments d'6change entire les homes : nous n'ap-
precions que la diversity et l'6volution des languages. Eclairer la que,-
tion serait pro.jeter la lumiere sur le Mystere du Verbe: or la pensfe
qui mene l'enquete s'est, au course des temps, form6e grace au lan-
gage, elle s'est elaboree grace aux mots qui lui ont servi de mat6riaux
nlementaires ou, pour le moins, de points de repbre indispensable:
elle est done include dans le problme qu'elle cherche it resimdre.

Les mots sont des signes que d'aucuns out compares it ceux de la
monnaie permettant les transactions sans avoir de liens directs avec
les choses qui sont les objets de la transaction. Nous connaissons mnal
la valeur du signe par rapport i la chose signifiee et, recenmment, un
auteur frangais faisait remarquer quIun mene son, celui de caracol,
evoque en Turquie une prison, en Espagne un coquillage. en France
un cheval fougueux. Je ne m'tendrai pas sur ce problem don't la
discussion a ete instauree it i'Universitd de Paris apres I'an 1.000 entire
les Realistes et les Nominalistes. Ia langutie lie se ciomps.c pas Inique-
ment de mots, elle est une construction soutenue par uin. svyntaxe.
elle est un style commandel par des rgles grainimaticales ct des ihali-
tudes oratoires. Cctte syntaxe, ces faconis de parler ct ld'crire, tra-
duiisent un certain fonctionnement de l'esprit et un nmode particulier
de la pensde. Aussi la langue reflete-t-elle la psychologic de la con-
munaute qui la parle et I'a cr6ee, son evolution suit sans contest celle
des nieurs et des id6es. Elle n'est en aucune facon un instrument
passif et indifferent, elle est un li6ment actif dans la formation d'une


-2--




















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La Citadelle Laferridre.


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culture; a celle-ci contribuent d'autres facteurs: les conditions histo-
riques, sociales, climatiques, her6ditaires. N6anmoins le facteur lin-
guistique ne peut &tre sous-estime, il explique dans une large measure
que, dans l'exemple haitien, ce pays soit demeure lie at l'evolution de
la culture frangaise.


S

Pendant les cinq ann6es de la guerre, de vibrants eloges ont ete
adress6s a la culture franqaise que 1'on s'est plu i declarer 6ternelle
et indispensable a l'humanite. Peut-etre y avait-il plans ces discourse
des formules oratoires i bon march; souvent il s'agissait pour des
amis eloignes de marquer it la France, aux heures sombres de la
guerre, leur emotion et leur sympathie profonde.
La chaleur des dithyrambes, parfois leur exaggeration n'ont pas
ete sans provoquer dans la jeunesse des reactions qui ne se sont pas
toujours exprimees ouvertement en raison des circonstances mais
que j'ai trop souvent percues pour ne pas les signaler: < sait-on, la culture frangaise a ete brillante, mais en quoi surpasse-
t-elle la culture allemande de Goethe, de Fichte, d'Hegel, de Jean
Paul Richter, de Marx. d'Engels et de tant d'autres, la culture an-
glaise de Shakespeare, du theatre Elisabethain, des romanciers du
dix-neuvieme, des savants biologists et chimistes modernes. En
quoi surpasse-t-elle la culture espagnole trop souvent meconnue en
Europe mais si puissante qu'elle a niarqu- tout un Continent t(d
sceau indelebile de son romantisme, et qui. au Mexique et au P crou
par example, a non seulement model les homes, mais encore a
donned aux paysages leurs traits particuliers.>> D)ans la jeunesse
de ce Continent, je percevais une admiration pour la culture russe,
celle du passe, de Dostoiewskv, de P ouchkine. celle plus moderne de
Maiakowski, de Pavloff, des savants, des poetes et des ecrivains pro-
letariens issues de la revolution. Je notais chez mes amis Nord-Ame-
ricains une legitime fierte pour leur propre culture illustree par les
noms glorieux d'Edgard Poe, de Melville, de Marc Twain et ceux
de leurs auteurs contemporains Cadwell. 1;aulkner, Steinbeck, V\hit-
man, sans computer les illustres savants qui,c dans toutes branches
de la recherche, ont permits l'extraordinaire developpement de ce pays.
Je sentais dans de plus petites nations un legitime orgueil pour
les oeuvres d'une culture locale, moins liici delimitee encore peiut-erc..
mais qui cherche a se develop]pe(r et a se degager de l'emprisc eio,-
peenne.






Quelques esprits, influences par la propaganda totalitaire, voyaient
dans les rjalheurs qui accablaient la France, un pr6texte pour accuser
sa culture de traduire l'incr&dulit6, l'individualisme libertin, la 16-
geret6 superficielle, tant il est vrai que le success impressionne toujours
une part de l'opinion.
Malgr6 ces reserves provoquees pour la plupart par des louanges
excessive ou maladroites, je veux retenir l'hommage spontan6 et
sincere apporte, depuis 1940 par le Monde rest libre, a la culture fran-
gaise et A son role dans l'6volution humaine.
Ces t6moignages chaleureux nous ont obliges a r6fl6chir, nous
autres Franqais, souvent plus habitues A critiquer les choses de
notre Pays qu'A les louer. Pour ma part, je me mis A rechercher ler
caracteristiques d'une culture qui m'avait semble jusqu'alors banale
puisque j'avais kt6 eleve en son sein et qui cependant paraissait si
exceptionnelle a mes amis strangers. Ce sont quelques-unes de ces
reflexions, naturellement incompletes et trop generales, que j'ose pre-
senterdevant vous.


*

L'un des premiers traits de la culture franqaise est d'etre aussi
peu nationalist que possible; chaque sickle a vu notre pays s'enthou-
siasmer et s'impr6gner des id6es ktrangeres; citerais-je la periode
italienne de la Renaissance, la p6riode espagnole du XVIIeme, I'en-
gouement pour les idees anglaises et americaines du XVIIIeme, au
siecle dernier, le prestige de tout ce qui venait d'Allemagne, et
plus recemment, de tout ce qui 6tait marque d'un caractere EXOTI-
QUE. Cette avidite de connaitre ce qui se faisait ailleurs, d'inviter
les artistes et les penseurs du dehors A venir chez nous, n'alla jamais
jusqu'A limitation ni jusqu'A la copie servile.
On measure toute la distance qui spare la renaissance italienne de
la renaissance francaise, le grand r1ve imperial de Philippe II de la
pompe moderee du Versailles de Louis XIV. le romantisme allemand
du lyrisme francais du XIXe. siecle, le movement psychanalytique
anglo-saxon de ce meme movement en France. Ie besoin de mo-
deler les idees reques de Il'tranger pour les mettre a la measure et
au gofit franqais caract6rise le g6nie de ce people.
Il entcnd discuter et ne pas adherer purement t et implement aux
elans qui lui sont proposes nmais dont il tient :i etre informed. Quand
je dis que la culture frangaise n'est pas nationalist je n'en veux pour
preuve que le nonmbre important des traductions faites avant la guerre


-4-






et lues avec enthousiasine par notre public; je n'en veux pour preuve
que les bibliographies que vous trouverez dans nos lives scientifiques,
elles rendent compete fidelement des efforts de touis les chercheurs
strangers ; nous soinmes surprise de constater souvent dans des ou-
\rages scientifiques publi6s ailleurs que seuls les auteurs nationaux
sont cit6s canlllne si une nation privilegiee avait apanagee de la decou-
\erie.

Devous-nous cette quit a uitne vertu particuliere qui nous rend
plus justes et plus probes, je ne puis le penser; je crois plutot quc
notre attitude resulte de 1'ide qe que e franais se fait du developpe-
ment intellectual. 11 consider l'honmme comine une entity identique
t elle-meme a travers le temps et 1'espace: les differences de couleur.
de langagoe, les diverse oIrganisatilon sociales ne sont pour lui quc
des accidents .superficiels qui n'atteignent pas l'essence meme de
'etre. D)es lors, les ho liness (quels qu'ils s()icnt out les lmemles devoirs
ct les llmeIes (druits de collaborer t l'evoluitimo de l'lumnanite. La dis-
crilmination que niIous operons entire I'essence et la substance, entire
1'absolu ct le relatif. entire l'absohl et le contingent, entire le permanent
ct l'accidentel, est une vicille habitude heritee de la Grace; c'est par
ele (I'ailleurs que la culture grecque avait acquis son caractere d'uni-
versalite et (d'(ternitie. (ette n tioin, tut Ie christianisme du moyen-
atec l'a 'discutee. critiqu(c, enrichie: elle est devenue le noyau .de la
rpenee franqCaisc. Noui cr)yons aux ildees et aux principles; nosil
i'av onps pa 'ii nmlre.si on avmir compris tant qu'un fait particulier
u'a pas p1u tre rainene ;I I'actinii d'une loi generale. taut que le phe-
nomnle n'est pas expliqub pIar un principle. C'ette facon de con-
duirc ia plen'ce s'Icppos radicalement a F'empirisme ang lo-saxon habi-
tuIc :a cIosideecr la ciutunl p!us (quI la loi. le ccmi(portement plus
q(iu: i Iprincipel. la serict des phliienomenes plus (que les systems
d'interpcretatinc NIous avLmIs etc railles pour notre souci des prin-
cipes. pour' ntre difficult ia concevoir les situations particulieres et
le> soluti onI. egaleient particulieres qui peuvent les r6soudre mo-
Ini.ntane6mnt avec success. ()n nolus a relinichie,. en croyant aux entit's
alsolues, de nous prendre iious-menmes pour de prototypes et Id jugier
Ic m1ndc et I'lionnme dans sa diversity en function du Flran.ais moyen.
(Queljues-unes dcces critiques s, int justifies en pratique, I'empirisnie
pragmatique, agnostique par de(finitio, nIecessairement relativiste, est
souvent plus souple et plus efficace. Les franqais neanmoins demeu-
rent fidelement attaches i la vertu des idees meres et des principles
essentials dans la conduite de la vie et de la raison. C'est parce qu'ils
croient que le principle shonine>> donine les caracteres particuliers






des individus qu'ils pensent que la connaissance de l'hoinie peut
aboutir a des conclusions valables pour l'humanit6 entire. L'audience
infiniment large qu'a trouv6e la culture franqaise tient a ce qu'elle
n'a reve que d'universalite.
On se tromperait n6anmoins en imaginant que cette culture pos-
sede dans son d6veloppement historique une orientation unique; bien
au contraire, elle est le r6sultat d'un combat incessant entire des ten-
dances opposees. Il ne faut pas supposed non plus que ce d6veloppe-
ment intellectual se soit op6re dans un climate de discussions libres et
ainables. Le Franqais, probablement parce qu'il croit auxi prin-
cipes est un nieme et a massacrer 1'adversaire pour le triomphe de l'idee. Etre
taxes d'opportunisme est une injure grave pour nous. Un bref rappel
de nos grandes p6riodes historiques montre que la lutte, les d6chire-
ments ne se sont jamais apaises. Dans ce conflict se reconnaissent deux
grands courants opposes, I'un tend vers l'ordre, 1'l6aboration d'un etat
plus fort, plus nnifie, d'une hierarchie plus rigide et de rigles plus
imnperieuses, tant en po6sie qu'en peinture et en architecture; I'autre
vise au contraire a se liberer des dogmes, des conventions, des hierar-
chies et a elargir sur le plan technique les possibilities de l'artiste en
le d6livrant de la discipline des regles.
Dis le XIeme. siecle, le people, souleve par une foi ardente, va tres
loin combattre 1'Arabe infidele: c'est le grand movement romantique
des croisades. Pendant ce temps, l'Universite de Paris, fondue en
1150, devient le centre de retentissantes joutes m6taphysiques et philo-
sophiques au course desquelles les articles de la Foi sont aprement
discut6s.
Dans les temps modernes, on a ridiculise ces dissertations scolas-
tiques; il semble a notre esprit actuel que l'on avait mieux a faire que
de parler de 1'Fternite A une 6poque oii la vie quotidienne etait encore
si precaire. On oublie que ces luttes spirituelles ont engendre un
noyau solide d'intellectualit6 qui est la base de notre tradition cultu-
relle; elles ont 6galement fait naitre les grandes hiersies qui demeu-
rerent longtemps d'ordre metaphysique.
Ces h6resies timoignent de la vitality de l'esprit critique et du non-
conformisme, soit qu'elles tendent vers un rationalisme encore tris
different du n6tre, soit qu'elles experiment les pouss6es en fleche d'un
mysticisme intransigeant (les cathares). Chez toutes, nous percevons
une aspiration vers une organisation social communisante oppose a
la structure bourgeoise qui se dessine dans les Villes et les Conmmunes
dis la fin du moyen-Age. Ces tendances reapparaitront sans cesse


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dans l'Histoire de la France sous le convert d'ideaux religieux ou en
dehors d'eux.
Lorsque le grand elan romantique ne peut plus trouver son exutoire
dans le depart collectif vers l'Orient, ii se manifeste par la constitution
des ordres religieux; ceux-ci couvriront la France de cloitres et d'ab-
bayes dans lesquels la culture sera preserve pendant les guerres qui
ravagent le sol national.
Au XIVeme. siecle, le system feodal triomphe mais une reaction
des Communes et des Villes s'organisent contre lui, une sorte de fede-
ralisme liberal aurait pu s'etablir si le pouvoir royal n'etait venu im-
poser l'idee de pouvoir central et d'autorite absolute.
Au XVIeme siecle, pendant les horribles guerres de religion, deux
parties en France se battent sans merci: durant cette exaltation passion-
nelle, que pen de pays ont connue aussi vive. la France voit son unite
s'agreger autour de la monarchie. Elle entire alors dans l'une des
periodes que l'on juge generalement comme la plus brillante de son
histoire intellectuelle Moliere, Corneille. La Fontaine, Boileau,
Buffon, Bossuet, la Cour de Versailles periode que je ne veux pas
minimiser, je demand seulement que l'on ne limited pas A elle seule
la culture franqaise. On remarquera d'ailleurs qu'a l'apogee de l'affir-
mation classique, 'esprit romantique est encore vivant; il est represented
par Pascal plus que par Racine; il anime d'autre part le courage des
explorateurs et des voyageurs qui decouvrent le monde. Le XVIIIe.
voit l'Universite se separer definitivement de la tutelle ecclesiastique;
le noyau de la culture gravite alors autour de la philosophies de la
nature, les rationalistes affirment avec clarte la position de la libre
pensee.
Au XIXeme. siecle, les luttes se poursuivent entire une France con-
servatrice et des forces revolutionnaires qui, d'abord, s'inspirent des
ideaux de 1789 pour prendre ensuite vers 1848 la signification plus
precise de revendicati6ns economiques et sociales. Avec Saint-Simon,
1'ecole saint-simonienne. Charles Fourrier nait dans le climate du
romantisme le socialisme francais; il prolonge dans une large measure
la tradition des movements heresiaques de jadis et recree jusqu'a un
certain point l'atmosphere des grandes communautes religieuses au
moment de leur formation. Ce n'est que vers la fin du siecle que ces
movements revolutionnaires seront canalis6s par le materialisme dia-
lectique et prendront l'aspect proletarien qu'elles ont aujourd'hui.
Durant ces cent dernieres annees. 1'elan romantique ne cessa de se
heurter au developpement de l'esprit positiviste. Ce conflict, que tous


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les systmines, toutes les ecoles out tour it tour pretentdu resoudre. se
retromve aujourd'hui it 'intierieur meine du surrealisme, aspect le plus
moderne de la pensee contemporaine; celui-ci fait appel A la plus total
liberation, rejette les regles esthetiques, les techniques traditionnelles
et en meime temps exige un rationalisme severe dans l'exanen des pr,-
blemes relevant de la conscience et aboutissant it action social.
Ce que je voudrais vous faire sentir, c'est 1'extraordinaire diversity
de la culture franqaise qu'on ne peut enfermer dans une definition
unique; elle nait du renouvellement incessant des courants qui portent
I'homme tant6t vers le ciel. vers le rive, vers la metaphysique et
de la culture frangaise, c'est evoquer i la fois le grand elan religieux
tantot vers la raison, la critique. le gofit du bonheur materiel. Parler
qui fit sortir de terre les cathedrales gothiques, les riches abbayes.
la volonte d'organisation l)olitique autour d'une hierarchie rigoureuse,
le rationalisme et les d6sirs de liberation social qui tendent A affran-
chir l'individu des contraintes economiques qui l'enserrent. Qui ne
regarded la France que sous un de ces aspects s'en fait une image
infidele.
Mais, dira-t-on. ces hurts entire le romantisme et le classicism,
entire la mystique et la raison. se retrouvent partout o)i I'hoimme vit
et pense, ils ne sont pa, I'apanage unique de la culture francaisc.
Certes, le fait n'est pas contestable, mais on se rend compete cependant
que l'un des caracteres de la France est de n'avoir jamais permis le
trionmphe difinitif d'un seul courant, conmme cela eut lieu en Espagne.
ou pendant longtemps le seul mysticisme triompha sous sa forme la
plus romantique, en A.llemagne. o(f I'esprit rationaliste fut ecrase
par les philosophies du ldvenir, en Angleterre. oft la position prag:ma-
tique fut bien vite maitresse. Ce balancement permanent que nous
notons en France tient p)robalblement -' la structure memnie (u pays
constitue A mnoities 6gales par des elements nordiquc-s et indliterra-
neens apportant I'antagoinise complementaire de leur genie propre.
i'eut-tre egalement faut-il faire jouer un role, dans cet equilibre sans
cesse rompu et sans cesse recherclihe aux conditions naturelles d'un
pays de climate modCier ofi les planes riantes et fertiles alternent avec
les montagnes. Peut-etre la succession rIguliere des saisons a-t-elle
tine vertu iquilibrante. Quelles que soient les explications, le fait de-
mueure qu'aucune tendance en France n'a pu vaincre definitivement
ni mime atteindre un degree d'exasperation lui enlevant toute measure.
Et cela nous fut reproche: combien de fois ne nous a-t-on pas raill's
de conserver un 6quilibre oft I'on a voulu voir la manifestation de
la prudence bourgeoise et d'un esprit mesquin; il est evident que nos


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romantiques ont rarement et6 jusqu'au suicide, que nos mystiques
n'ont jamais perdu le sens du boire et du manger et que nos mouve-
ments collectivistes abandonnent difficilement le sens de l'individuel
et de la libre critique. Cette impossibility pour l'individu comme pour
la collectivit6 de se laisser aller a un seul movement qui serait total,
ou pour mieux dire, >, ne constitute pas forcement une
faiblesse; elle est peut-etre une vertu. C'est que sur cette terre de
France si paisible oi les forces naturelles ont et6 depuis longtemps
enchainees et vaincues, mises au service de l'homme, le debat essen-
tiel reside justement dans l'amelioration du sort de 1'etre, dans le
progris de son esprit, dans l'accroissement de sa valeur, en un mot,
dans son salut a la fois temporel et spiritual. Prendre l'homme comme
but et comme unite de measure est le caractere fundamental de la cul-
ture frangaise.
Cette obsession de 'individu, rend notre culture essentiellement hu-
manifeste, c'est peut-etre par 1a qu'elle apparait aux yeux des peuples
du monde come indispensable aujourd'hui. Ne vivons-nous pas une
6poque oiu l'ichelle des valeurs et de la measure se transform. A la
cit6, A la Commune compose de citoyens ayant entire eux des rapports
quotidiens, se substitute aujourd'hui un Etat ou des centaines de mil-
lions d'etres anonymes ne sont que des numerous matricules; ai la vitesse
du cheval ou de la primitive automobile, se substitute la vitesse
impensable des avions stratosphiriques; au patrimoine limits de la
famille ne depassant pas les bornes de l'horizon visuel se substituent
les immense spaces ofi la mecanique seule est de mise; i 1'atelier
artisanal, l'usine gigantesque utilisant pnur un travail etroitement
sp6cialise des milliers d'ouvriers. Ii n'est pas un domain oil la measure
humaine ne se trouve infiniment depassee.
Dans ces conditions nouvelles que les homes de ma generation
unt vu se developper en quelques annees et que la guerre derniere a
imposees avec plus de rigueur encore, I'homme se sent perdu; il ne
pent plus comprendre ces entities monstrueuses qui se cr6ent et a la
measure desquelles il n'est pas. II sait que les problems individuals
demeurent. L'inqui6tude int6rieure persiste au fond de chacun de
nous, tres peu diff6rente de celle qu'eprouvaient nos ancitres: inquie-
tude de la vie et de la mort, inquietude de l'amour, inquietude de la
responsabilit6 vis-a-vis des enfants, angoisse de l'etre vis-A-vis de
lui-mime, de son essence. A toutes ce> interrogations qui se posent a
la conscience eveillee, come ita espritt endorni pendant le reve,
I'homme doit repondre sous peine de d6ch6ance; il se trouve ramen6
dans les limits qui furent et demeurent celles de la culture frangaise.


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LE SURREALISME


par ANDRE BRETON

Monsieur le President,

Messieurs les Ministres,
Mesdames,

Messieurs,

M'adressant il y a quelques jours a mes amis les jeunes poetes hai-
tiens, je soulignais en passant que la condition de l'homme est ici
fort different de ce qu'elle est dans les pays 6conomiquement plus
evolues. J'observais que si, a certain 6gards, cette condition est A
coup stir plus precaire, a d'autres regards elle m'apparait comme beau-
coup plus privil6gi6e. Je crois devoir eclaircir tout d'abord ce pro-
pos trop laconique: soyez assures que j'ai pleine conscience de tout ce
qui manque au people haitien. La carte du monde, en 1945, est telle
qu'elle accuse encore, par rapport au passe, le contrast entire la mi-
sire des uns et le bien-etre des autres, au moins sur le plan materiel.
Et il est peu de signes qui permettent d'augurer d'un prochain nivel-
lement des besoins et des resources a l'&chelle interfiationale. Devant
la justice don't nous revons rigoureusement la mime pour tous -
je sais qu'aucune nation tant qu'Haiti n'est fondue a dresser centre
l'indiff6rence pratique et l'exploitation plus ou moins d6guis&e un
plus accablant requisitoire. La grandeur de son passe et de ses luttes,
qui devrait en faire un point de mire pour le reste du monde, est bien
loin de lui avoir acquis les concours indispensables auxquels son
6nergie et sa vitality exceptionnelles l'autorisent a pretendre. En
raison de tels attendus, la condition de l'homme haitien n'est pas seu-
lement pr6caire, mais encore elle est path6tique. Le premier devoir
de ceux qui, comme moi, ont it6 amen6s A l'observer de pros doit
&tre de la faire connaitre au dehors et, tant dans cette France don't
par le language et le cceur vous restez si proches qu'A l'int&rieur des
organismes internationaux qui travaillent a assurer une meilleure r6-
partition des biens de ce monde, d'attirer par tous les moyens ap-
propri6s l'attention sur elle, de faire prendre forme concrete A la
sympathie elective qu'elle r6clame.


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En quoi, des lors, puis-je bien tenir cette condition pour privil6giee?
Je la tiens pour telle dans la measure oif elle maintient l'homme a
l'abri de 1'ali6nation de lui-meme qui le guette si elle ne l'a pas d6ej
terrasse dans les pays industries. Du fait mime de ce que cette con-
dition a de tres dur, du fait qu'en d6pit des efforts des gouvernements
les plus soucieux de l'inter&t populaire elle n'est ameliorable que dans
des limits en parties independantes de leur volonte, l'homme reste, ici,
en contact 6troit avec les forces naturelles. Certes je suis encore bien
loin d'avoir pu mesurer ce qu'est en Haiti la tiche humaine dans toute
son ampleur, mais je crois pouvoir dire que je me la figure, depuis celle
du chef de navire et de ses officers hautement responsables scrutant
l'horizon sans grande 6claircie des temps actuels jusqu'A celle du
matelot perdu dans les mats mais en mnme temps camp entire tous
devant le devenir human qu'est le coupeur de cannes. Et, comme on
regarded une statuette 6gyptienne merchant a travers les siecles de
son pas 6gal et inigalable, j'observe aussi, en function de cette tache
qui est bien pres, A nous hommes blancs, de nous apparaitre comme
surhumaine, 1'allure, qui prend si ais6ment un aspect all6gorique pour
coute votre ile, de la femme haut charge qui se rend au march ou
en revient par les chemins difficiles et longs, avec cette aisance sou-
veraine et ce port de tfte que la beauty classique lui envie, et qui de
ma fenitre volatilise au dessus d'elle le fardeau, fait a chaque geste
apparaitre en merveilleuse derive le centre de gravity. Et je sais aussi
que ce people, qui comme aucun autre a eu raison de l'esclavage et
des oppressions successives, ne peut manquer de disposer d'un grand
secret. Ce secret, il serait bien surprenant qu'il ne faille le chercher
dans son union et dans ce qui la scelle. Je n'h6site pas A admettre que
ce secret, qui n'est rien moins que celui de son genie et don't 1'apport
a la communaut6 humaine ne pourra manquer d'etre tenu pour inap-
precialle de l'instant oi cette communaut6 aura cess6 de se nier et
de se dechirer pour se comprendre, je n'h6,ite pas a admettre, dis-je,
que ce secret reside dans son infrastructure exceptionnelle. N'en d6-
plaise A ceux ils sont legion partout qui se montrent honteux de
leurs origins et se rapetissent d'autant eux-mimes, il me parait
evident que le destin de ce pays est inseparable de ses croyances et
de ses id6aux s6culaires, des l'instant oiu ceux-ci se montrent encore
si vivaces. Ce qui lui a donned la force de supporter, d'abord, puis de
secouer tous les jougs, ce qui a ete l'ime de sa resistance, c'est le pa-
trimoine africain qu'il a r6ussi a transplanter ici et a faire fructifier
malgr6 ses chaines. Il est, selon moi, admirable et & tout jamais
exemplaire que les mysteres de l'animisme africain, don't, comme le


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note le Dr. Price Mars, les traditions orales ont 6t6 transmises au
paysan haitien par 6soterisme, que ces traditions, dis-je, aient r6ussi
a primer en les englobant purement et simplement les myst&res de la
religion chr6tienne, qui 6tait celle de l'oppresseur. Admirable aussi
que les myst&res de la religion indienne, celle de la terre nouvellement
occup6e, se soient fait un chemin A travers les v6vers du culte vodou,
comme l'a mis en lumiere le Dr. Maximilien et comme il me parait
hors de doute apres avoir vu, a quelques mois de distance, l'Indien
Navajo et le houngan, d'une main qui ob6it incontestablement A
la meme command, (tirer la farine,. Ainsi s'opere sous nos yeux
la fusion de trois cultes au benefice d'un culte initial et s'accomplit
une experience tendant, sous le coup de la necessity la plus impe-
rieuse, celle de survive, a retrouver et a faire valoir l'unite des
premieres aspirations humaines. Je ne voulais pas parler du sur-
realisme en Haiti sans avoir, au pr6alable, jet6 un tres respectueux
regard sur ce qui conditionne l'elan imprescriptible de liberty et l'af-
firmation de dignity & toute 6preuve de votre pays. Mais certain
d'entre vous savent dejA et d'autres sont appel6s A decouvrir que le
surr6alisme verifie li une de ses theses fondamentales, A savoir que la
premiere condition de persistence d'un people, comme de viability
d'une culture, est qu'ils puissent, I'un et I'autre, se retremper sans cesse
dans les grands courants affectifs qui les ont ports A leur naissance,
faute de quoi ils p6riclitent rapidement. Consid6rant sous cet angle
la condition de l'homme en Haiti par rapport a ce qu'elle est dans les
pays qui se targuent d'etre A I'avant-garde du progris technique, je
n'h6site pas A penser que c'est du c6ti de ces derniers que sont la
misere spirituelle et la plus pressante d6tresse. Il y a moins d'une
semaine, Pierre Mabille brossait, pour les plus jeunes d'entre vous,
le tableau de ce collage d'apprentis-sorciers qu'est une cat6gorie de
savants d'aujourd'hui dechainant des forces comme celle de la d6sin-
tigration atomique don't ils ne nous promettent pas de garder le con-
trole. Peu avant mon depart de New York on d6clarait, dans les
milieux psychologiques sp6cialis6s, qu'il fallait s'attendre A ce qu'une
telle d6couverte engendrat, sur le plan litt6raire et artistique, un
grand nombre d'oeuvres de purs d6sespoir et insanity, sur lesquelles
serait appel6 A se modeler le gofit A venir. Sans meme en venir A ces
extr6mit6s, bien qu'elles n'aient rien de chim6rique des ethnologues,
totttes informations prises aupres des physicians, attestent qu'on est
en presence de la plus grande d6couverte humaine depuis celle du feu
et que cette decouverte modifie de fond en comble les perspectives
dans tous les domaines il suffit du moindre coup d'ceil retros-


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pectif pour s'assurer que le progres mecanique, que 1'homme y con-
tribue par son travail ou qu'il se borne a en jouir, tend A l'isoler
dans un monde abstrait oii se d6preie de jour en jour le sens de son
effort ou de son plaisir, quand il ne le precipite pas par surcroit dans
la disillusion la plus cruelle. On l'a assez vu avec l'aviation salute
au depart comme l'instrument ideal de rapprochement, entire les
peuples.
Le passant toujours press des grandes villes americaines ou euro-
peennes est a cet 6gard une dupe perp6tuelle. Il ne sait plus d'ofi
vient, moins encore oiu il va. II aurait tout A rapprendre du paysan
haitien.




Je crois pouvoir dire que le surrealisme a repondu historiquement
A la necessity de r6ajustement de la condition humaine sous ces deux
aspects: materiel et spiritual, don't mes amis et moi avons tres vite
apercu la compinetration. Ces deux aspects,.a partir de IA, nous nous
sommes refuses obstinemenit et nous nous refuserons toujours A les
dissocier.
Je me sens assez libre maintenant pour ne plus avoir a m'6carter de
l'objet precis de cette conference, qui est d'aider A comprendre ce
qu'est le surrealisme. Une certain ambiguity immediate continue
dans ce mot (sur-r6alisme) peut en effet conduire a penser qu'il d6-
signe je ne sais quelle attitude transcendantale consistentt A se placer
au-dessus du r6el) alors qu'au contraire il exprime et d'embl6e a
exprim6 pour nous une volont6 d'approfondissement du reel, de
prise de conscience toujours plus nette en mEme temps que toujours
plus passionn6e du monde sensible. Toute 1'evolution du surrealisme,
de ses origins a ce jour, r6pond du souci qui ne nous a pas quittes,
qui s'est fait, de jour en jour, plus imperieux, d'6viter a tout prix de
considerer un system de connaissance comme un refuge, de le voir
s'eriger de loin en tour d'ivoire, du souci de poursuivre toutes fenEtres
ouvertes sur le dehors nos investigations propres, de s'assurer sans
cesse que les r6sultats de ces investigations sont de nature A affron-
ter le vent de la rue.




Le surrealisme, de movement po6tique puis artistique qu'il a com-
menc6 par ktre A movement intellectual beaucoup plus general qu'il


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est devenu, ne saurait A coup stir se concevoir comme un ph6nomene
de generation spontan6e. Non seulement il plonge ses racines dans
l'aube de la pens6e humaine et se trouve d'illustres r6pondants dans'
des textes comme les fragments recueillis d'Heraclite aussi bien que
le Popol-Vuh ou l'Apoca'lypse de Saint-Jean, mais encore il est etroi-
tement tributaire du movement general des id6es qui annoncent la
Revolution francaise et de celles qui se sont donned course par la suite.
II est, par consequent, quelque peu artificial, quelque peu abusif de le
presenter sans lui avoir m6nag6 d'abord un climate pr6paratoire, sans
avoir commence par rendre compete des determinations historiques
qui sont les siennes. Mon premier movement eut 6t6 de n'en venir
pour vous- l'expos6 du surrealisme qu'apres vous avoir entretenus
des divers chemins qui y menent, qui tendent A le faire tenir pour un
aboutissant necessaire, et cela en po6sie et en art aussi bien que dans
la maniere plus gendrale de concevoir la vie. Ce n'est done pas tout
a fait ma faute si les circonstances en d6cident autrement et si, pour
ne pas decevoir un d6sir abrupt que vous pouvez avoir de me connai-
tre, je ine vois oblige de me passer de tout parrainage. Dans des cau-
series ult6rieures plus intimes, je me propose d'ailleurs d'6tablir avec
grand soin la relation de cause a effet qui relie le surrealisme a un
certain nombre de movements collectifs ou individuals qui l'ont pre-
cede.




J'ai 6et amen6 A exposer bien des fois en quoi consiste la trouvaille
initial qui me mit sur la voie de 1'activit6 surr6aliste A laquelle mes
amis et moi nous nous sommes consacr6s depuis vingt-cinq ans et je
m'excuse si, pour certain d'entre vous, je me redis.
C'est en 1919, que mon attention se fixa sur les phrases plus ou
moins partielles qui, en pleine solitude, a l'approche du sommeil, de-
viennent perceptibles pour l'esprit sans qu'il soit possible de leur
decouvrir de relation avec notre pensee consciente ant&rieure. Un
soir, en particulier, avant de m'endormir, je perqus, nettement articulee
au point qu'il 6tait impossible d'y changer un mot, mais distraite ce-
pendant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me
parvenait sans porter trace apparent des 6venements auxquels, A ma
connaissance, je me trouvais mele a cet instant-la de ma vie, phrase
qui me parut insistante, phrase oserai-je dire qui cognait A la vitre.
Je l'examinai mentalement et me disposais A passer outre quand son
caractere organique me retint. En v6rit6 cette phrase m'6tonnait, je


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ne l'ai sans doute pas retenue textuellement par la suite, c'6tait quelque
chose comme: mais
elle 6tait d'une grande puissance concrete, accompagn6e d'ailleurs de
la representation visuelle faible d'un homme merchant et tronqonn6
i mi-hauteur par une fenetre perpendiculaire a 1'axe de son corps
A y r6fl6chir quelque peu il ne pouvait s'agir que du simple redresse-
ment dans l'espace d'un homme qui se penche a la fenitre. Mais la
fenetre ayant suivi le diplacement de l'homme pendant qu'il se re-
dressait et se maintenant avec lui plus longtemps que de raison dans
le meme rapport de structure, il en r6sultait a mes yeux une repr6-
sentation de type bouleversant, qui me d6couvrit en un eclair de nou-
veaux horizons po6tiques, don't j'etais d'ailleurs et don't je suis tou-
jours tres avide. :
cette court phrase, a la prendre de l'exterieur, 6tait peu de chose et
je n'en suis pas moins a distance port a admettre qu'elle 6tait une
cl6. Je ne l'eus pas, en effet, plus tot saisie et retourn6e en tous sens
qu'elle fit place a une succession a peine intermittent de phrases qui
ne me surprirent guere moins et me devoilerent la continuity de jaillis-
sement d'une source verbale demeuree jusqu'alors presque insoupqon-
nee, source aussi de pens6e po6tique par excellence et n'entretenant
manifestement avec la pens6e que chacun se connait, avec la pensee
consciente, que des rapports lointains.
En ce qui regarded la continuity de jaillissement de cette source,
et aussi la possibility de la deceler en lui-meme pour tout etre human,
qui sont le principal postulat longtemps discute du surrealiste, je
crois devoir faire remarquer qu'elles sont aussi plausibles, aussi pro-
bables que la continuity du reve et la gen6ralisation du processus
onirique A tous les individus de 1'espece humaine. Je sais qu'en disant
cela on enfreint dans bien des pays qui ne sont pas celui-ci un v6-
ritable tabou. Le rationalisme et I'action tout utilitaire qui le prend
pour support ont si bien 6tabli leur h6gemonie sur le monde moderne
qu'il est tris courant d'entendre des gens protester avec une nuance
de vanity qu'ils ne revent jamais mais ceci, a mon sens, ne donne que
la measure de leur refoulement, c'est-a-dire de leur profound disaccord
avec eux-memes. Et aussi, il faut bien l'ajouter, de leur ignorance,
car tous ceux qui se sont occupies professionnellement du problem
dui reve ont observe que leur m6moire tendait a leur retracer leurs
propres rives de plus en plus nombreux comme de plus en plus pricis,
ce qui tendrait, pour ceux qui l'examinent de pres, a faire du reve
human un tissu a peine lacunaire qui s'6tend de la naissance A la
mort. Encore les lacunes qu'il pr6sente ne d6robent-elles que ce don't


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la conscience meme la plus lib6r6e, pour des raisons de censure indi-
viduelle, ne veut a aucun prix. Je suis profond6ment convaincu que
le reve ne peut en aucune maniere 6tre localism et circonscrit dans le
sommeil. Dans l'activit6 de veille la plus prem6dit6e, la plus fievreuse,
la plus accaparante, le reve chemine simplement sous roche. C'est ainsi
qu'en Haiti, oi certaines contraintes ne jouent pas, on peut d6cou-
vrir sur un banc de parc des ecoliers qui etudient une lecon dans
un livre tout en chantant sans y prendre garde un air qui charrie
leurs croyances ancestrales et couve le gofit, qu'ils ont herite avec
elles, de la liberty.
Pour en revenir a la petite phrase de 1919, je lui sais gr6 de m'a-
voir fait entrevoir le monde surrealiste et de m'avoir permis d'y
p6netrer, aide de cette lanterne sourde. Tout occupy, en effet, que
j'6tais de Freud a cette epoque et familiaris6 avec ses methodes d'exa-
men que j'avais eu l'occasion d'experimenter durant la guerre, je r6-
solus d'obtenir de moi ce qu'a des fins curatives on cherche A obtenir
d'eux, soit un monologue de d6bit aussi rapide que possible, sur le-
quel l'esprit critique du sujet n'ait loisir de faire porter aucun juge-
ment, qui ne s'embarrasse par suite d'aucune reticence, et qui trans-
gresse au possible le precepte qu'on inculque A l'homme des son en-
fance d'avoir A de parler>). Il m'avait paru, et il me parait encore, la phrase deja
citee en t6moignait, que la vitesse de la pens6e n'est pas sup6rieure
a celle de la parole, et qu'elle ne d6fie pas forc6ment la langue, ni
mime la plume qui court. C'est dans ces dispositions qu'avec un ami,
Philippe Soupault, A qui j'avais fait part de ces premieres r6flexions,
j'entrepris de noircir en toute hate du paper, avec un total mepris
de ce qui pouvait s'ensuivre litt6rairement. A la fin du premier jour,
nous pouvions nous lire une cinquantaine de pages du contenu des-
quelles nous n'avions gard6 aucun souvenir, commencer a confronter
nos r6sultats. Dans l'ensemble, nos textes pr6sentaient une remar-
quable analogie: mnme vice de construction, mmmes d6faillances, si
l'on veut, par rapport A tout ce qui s'6crit d'elabor6, mais aussi, de part
et d'autre I'illusion d'une verve extraordinaire, un tres haut rende-
ment 6motionnel, un choix considerable d'images d'une quality telle
que nous n'eussions pas ete capable d'en preparer une seule de lon-
gue main, un pittoresque tres special et, de ci de 1l, quelque proposi-
tion d'une bouffonnerie aigue... Le titre ((Les champs magn6tiques,
sous lequel furent r6unis peu apr&s des textes de Soupault et de moi
repondant a la meme aspiration mais don't, de chapitre en chapitre,
nous avions vari6 delib6rement la vitesse et le genre, du recit A la


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forme dialogue et au poeme, de maniere A fire rendre au nouvel ins-
trument tout ce qu'il peut donner, ce titre. ((Les champs magn6tiques
rend parfaitement compete de cette propriet6 d'aimantation que nous
venions de decouvrir aux -formes spontanees, 6ruptives du language
et don't nous demeurions eblouis. Plus j'y songe, plus j'estime que
cette revelation ne fut pourtant pas suffisante a donner essor au
surrealisme qui attendra cinq ans avant de se formuler en 1924, dans
mon Premier Manifeste. C'est qu'en effet il me fallut formuler tres
vite des reserves, sinon sur l'6criture automatique, du moins sur di-
verses contrefagons qui en circulaient parmi nous. I1 fallut lutter,
sans grand succes, centre la tentation du plus grand nombre qui 6tait
de la faire entrer en composition avec certaines directions conscientes
dans l'espoir de se la soumettre, apres l'avoir <>. Je pen-
se que ce fut la une premiere grande h6ersie dans le surr6alisme
naissant. Elle consista a faire primer l'ambition individuelle sur
I'interet g6n6ral qui commandait qu'on fit abstraction de soi pour
6couter, come nous avions voulu mettre tout homme en posture de
le faire, pour 6couter, selon l'expression mime de Victor Hugo, que dit la bouche d'ombre>>.



Ma deception de ce c6t6 avait et6 si grande que, tenant le message
automatique pour compromise dans son essence, je m'6tais tourn6 en
1922 vers les recits de reves qui, du moins, offraient beaucoup moins
de prise a la stylisation. Mais une second revelation m'attendait,
de nature et de force a confirmer avec 6clat la premiere et A accroi-
tre considerablement sa port6e. Elle se produisit a la faveur de crises,
autrement dit de ph6nomines nerveux creis par auto-suggestion, que
presenterent coup sur coup et par simple contagion d'un seul, jouant
le role d'initiateur, un certain nombre de mes amis. Ces crises, j'ai
d'autant mieux pu les observer que, de soir en soir, durant des mois,
elles eurent pour thietre mon appartement a Paris. A l'origine, elles
se produisaient dans l'obscurite, les personnel pr6sentes disposant
leurs mains en chaine ininterrompue autour de la table, ainsi que
procedent les fervents des <>. Au bout de quel-
ques minutes de silence, le bruit sourd d'un front s'affaissant
centre la table indiquait que l'un des participants venait de s'endor-
mir. On allumait, on tachait d'interpreter son d6sir en 1'assurant
qu'on l'6coutait s'il paraissait vouloir parler, en lui passant du paper
et un crayon s'il paraissait vouloir 6crire ou dessiner, on l'interrogeait
s'il paraissait attendre qu'on l'interrogeat. Durant les premieres s6an-


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ces tout au moins il convient de noter que la gesticulation du sujet
endormi 6tait extremement sobre, ce qui peut s'expliquer peut-ftre
par le fait que assistance etait en majeure parties compose de poetes.
Il imported bien davantage de souligner qu'aucune croyance et qu'au-
cune th6orie preconques ne hantaient l'esprit de ceux qui etaient la,
qu'ils donnassent ou non prise au ph6nomene. C'est assez dire qu'au
moins dans sa genese, la crise observee alors differait fondamentale-
ment de la haitienne. D6pourvue de toute base religieuse,
elle se d6roulait sur un terrain strictement experimental.

Ce disant, je suis bien loin de vouloir marquer une sup&rioriti quel-
conque en faveur de ce qui animait alors, d'une maniere fort d6sordon-
n6e, le petit group que nous formions. Je dis qu'il est en soi-meme
significatif, pour ne pas dire augural, que dans les dispositions d'esprit
et de cceur ou nous etions alors, mal remis du disespoir oA nous
avaient laiss6s la premiere guerre mondiale et la table rase qu'elle
avait fait des valeurs admises de notre jeunesse, en quEte d'une issue
improbable et n'ayant a mettre en commun que notre total disponi-
bilit6, nous ayons retrouv le geste qui, par delay l'esclavage oiu tout
a bien plus forte raison pouvait paraitre perdu, depuis des siecles
soul&ve au-dessus de lui-meme le paysan haitien.

Cette entreprise de notre part, toute privee de caution et abandon-
nee au hasard qu'elle fft, le temps me manque evidemment pour vous
la rendre plus sensible par le detail. Elle donna lieu A d'innombrables
improvisations verbales et graphiques absolument pures de toute h6-
sitation ou retouche, ces improvisations pouvant en certaines occa-
sions commander l'identification du dormeur avec un personnage his-
torique aussi bien que son identification avec un caillou situ6 sur une
route precise en un lieu bien determine. La plus troublante manifes-
tation de cette activity, parce que la moins reductible a une operation
mental reconstituable A froid, demeure la production presque A jet
continue de don't la vertu poetique de tout premier
ordre semblait 6tre function de leur rigueur math6matique et que Ro-
bert Desntos declarait &crire sous la dict6e d'un etre f6minin fictif,
Rose Sl6avy, qui constituait une personnalit6 d'emprunt de Marcel
Duchamp, alors a NewYork. Desnos certifiait alors qu'il pouvait
suivre outre-Atlantique tous les gestes de Marcel Duchamp a qui son
cerveau etait uni au point que Rose Sl6avy ne lui parlait que si Du-
champ avait les yeux ouverts. Quelles que soient certaines des par-
ticularites qu'il present, je pense que rien ne distingue ce cas des cas
de possession.


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A ,, ddbarque le 4 Dj-
cembre, le grand dcrivain franqais
Andrd Breton, accompagnd de sa
femme.








Le pokte est requ l'adrodrome ,par
de nombreux amis et admirateurs .
parmi lesquels on peut remarquer:
(a gauche du couple Breton) M.
Paul Laraque, Mme. W. Lam, Dr.
P. Mabille, le peintre Wilfredo Lam;
a droite: Rend MBlance, Mme. Ma-
bille, Regnor Bernard, Edris St. Ar-
mand et M. de Peillon, Ministre de
France.


j -






Pourquoi nous sommes-nous assez vite detournes de cette voie?
Parce que dans l'etat de non-preparation oui nous 6tions par rapport
A ce qui y survenait et menagait plus encore d'y survenir, la resistance
croissante qu'opposaient les dormeurs au riveil et plus generalement
a la vie de veille, les impulsions au meurtre et au suicide auxquelles
j'ai vu donner alors des commencements d'ex6cution m'ont fait crain-
dre pour la sant6 mental et pour la vie de certain et persuade que
nous m6susions d'un pouvoir auquel nous ne savions pas par tradition
dans quelles limits il est permis de recourir.
Mais de cette experience, j'avais pourtant retenu deux hoses: la
premiere, c'est que dans une periode d'extreme d6sarroi intellectual
et moral que j'avais connue, le bond vital avait cherche a s'accomplir
par une plongee a corps perdu dans l'inconscient. Cette idee trouvait,
d'ailleurs, A se corroborer par le souvenir des scenes de convulsions
qui, deux siecles plus t6t en France, au moment of la foi chr6tienne
pour la premiere fois sans doute avait kte reellement ebranl6e par
le triomphe des J6suites sur les Jans6nistes, s'6taient deroul6es autour
du tombeau du diacre Paris au cimetiere de Saint-Midard. Telle est
la double consideration qui a d6cid6 pour une grande part de mon
attitude ulterieure et de celle du surrealisme. Cette attitude, je m'y
suis si obstin6ment tenu qu'elle m'a fourni tant la conclusion d'un
livre: Nadja, public en 1928 que le point de mon depart d'un autre li-
vre: L'Amour fou, public en 1937. Cette conclusion et ce point de de-
part tiennent dans une seule phrase mais dans cette phrase je me plais
a penser qu'Haiti est sertie come aucun autre pays du monde:
< Les sommeils hypnotiques m'ont confirmed aussi dans 1'id'e que l'au-
tomatisme mental, loin d'tre un leurre, est le moyen ideal qui s'offre
a nous d'agir sur la vie par l'intermediaire du language. que ce language
soit le language oral ou ecrit, le language graphique, aussi bien que celui
du chant et de la danse. Le Verbe, s'il a 6te mis doit garder le pouvoir de tout recr6er. Parlant naguere, A l'epoque
oiu ils venaient de se produire, des > de Desnos et en
eux j'incluais toute la demarche automatique j'6crivais d6ja: comprenne bien que nous disons <, quand ce sont nos
plus spires raisons d'etre qui sont en jeu. Les mots, du reste, ont fini
de jouer. Les mots font l'amour.


C'est seulement arm6 de ces certitudes que j'ai cru pouvoir en 1924
lancer le Manifeste du surr6alisme. Par une singuliere fortune, la


-19-







definition que j'y propose du mot surr6alisme a fait le tour du monde
et le jour meme de mon arrive en Haiti, j'6coutais avec une &motion
intense le grand poete Magloire Saint-Aude la citer par cceur a quel-
ques-uns d'entre vous: : Automatisme psychique
pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par
6crit, soit de toute autre maniere, le fonctionnement reel de la pens6e.
Dict6e de la pensee, en l'absence de tout contr6le exerce par la rai-
son, en dehors de toute preoccupation esth6tique ou morale.
Le surrealisme repose sur la croyance a la raalite sup6rieure de
certaines formes d'associations neglig6es jusqu'a lui, a la toute-puis-
sance du reve, au jeu d6sint6ress6 de la pens6e. Il tend a ruiner d6fi-
nitivement les autres mecanismes psychiques et a se substituer a eux
dans la resolution des principaux probl&mes de la vie.>>
La revendication, surrealiste s'exprime a cette epoque dans toute
son intransigence originelle. On peut la tenir pour parfaitement
libre en ce sens qu'elle ne se reconnait aucune espece de limits ext6-
rieures a elle-meme. Comme le proclame la couverture du premier
numero de la revue La R6volution surr6aliste, < nouvelle D6claration des droits de l'homme>>. Cette revendication est
essentiellement celle des droits du reve, du rive que les pretendues
civilisations modernes signent leur arr&t de mort en abandonnant de-
daigneusement aux collectivites techniquement inferieures d'autrefois
et d'aujourd'hui.
Rimbaud avait dit des 1873: < sommes pas au monde.> A plus d'un demi-siecle de la je proposals
pour but A l'activit6 surrealiste la determination de ce l'esprit d'oi la vie et la mort. le reel et l'imaginaire, le passe et le
future cessent d'etre pergus contradictoirement>>. Le grand philosophy
allemand Feuerbach, qui fut a bien des regards le maitre de Marx et
d'Engels, avait 6tabli que l'<> qui hante l'esprit de l'homme
etait en fait r6ductible a la nostalgia d'un en-degh et c'est encore
cette pensee qui tendra, dans le surrealisme, a se rendre agissante par
!a voix de Paul Eluard, precisant: mais il est dans celui-ci>>.
Le surrealisme, au point oi je l'envisage, en est pourtant encore
a sa phase intuitive. Il s'en faudra peu apris d'un traumatisme affec-
tif particulier pour qu'il entire dans sa phase raisonnante. La premiere
de ces phases peut se caract6riser sommairenent par la croyance qui
s'y exprime en la toute-puissance de la pens6e, tenue pour capable
de s'6manciper et de s'affranchir par ses propres movens. Cette cro-
yance traduit un sentiment que j'ai regard par la suite comme tres


-20-

































































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Fer forge d'usage cultuel.
(Musfe d'Ethnologie)


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ficheux, qui est le sentiment de la primaut6 de la pens6e sur la ma-
tiere. Durant les annees qui suivent, en effet, la premiere guerre mon-
diale, sanctionnie par un trait qui, a nos yeux, accentuait encore la
d6sharmonie permanent et renforgait les causes de conflict, l'activite
surrealiste reste confine a ses premieres donnees th6oriques tout en
continuant a se faire le v6hicule du integral qui
lui vaut une s6rie ininterrompue d'adh6sions. Aucune determination
politique ou social vraiment coherente ne s'y manifeste jusqu'en 1925,
c'est-a-dire jusqu'a ce que le gouvernement d'alors, malgr6 l'opposition
des masses populaires, engage la France dans une guerre colonialiste
centre le Maroc, montrant par 1 le peu de cas qu'il faisait du droit
des peuples A disposer d'eux-m6mes, pour lequel, entire autres, on avait
demanded a toute une generation de se sacrifier. Cet evenement place
le surr6alisme devant la n6cessit6 d'une protestation publique. Une
telle protestation, A elle seule, marque la rupture avec toute une ma-
niere de penser; elle cr6e un pr6c6dent caract&ristique qui va decider
de toute la conduite ulterieure du movement. L'activit6 surrealiste,
en presence de ce fait brutal, revoltant, totalement impossible a ho-
mologuer, va etre amen6e A l'interroger sur ses resources propres,
Sen determiner les limits, elle va exiger de nous une attitude precise,
ext&rieure a elle-meme, en face de ce qui excede ces limits. C'est alors
que nous rencontrons le mat6rialisme dialectique comme seule force
d'opposition puissamment organisee, comme seul barrage aux egois-
mes nationaux, comme seule promesse de concorde et d'harmonie uni-
verselles. Nous eprouvons le besoin imperieux de franchir le fosse qui
nous en spare en raison de nos origins non ouvrieres. II y va d'une
necessity et d'une urgence telles que d'embl6e le problme est pose
parmi nous de la maniere la plus s&che, que durant des mois nous
nous concertons sur le moyen de r6aliser ce passage et de le rendre
d6finitif. En cela, nous ne faisons d'ailleurs que reproduire pour notre
compete toute la demarche de la pensee moderne, cette pens6e qui est
venue normalement a Marx par Hegel, comme elle etait venue nor-
malement A Hegel par Maitre Eckhardt et par Kant. Ind6pendamment
des determinations poetiques auxquelles il etait moins que jamais
question de nous soustraire, nous subissions l1 des influences qui, en
se composant avec celles des Encyclop6distes du XVIIIe., ne pou-
vaient manquer de produire une resultante d'action pratique. J'en-
tends par lI vous faire saisir comment I'activite surrealiste, par r6ac-


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tion centre un fait ext6rieur de caract&re bouleversant, intolerable, a
pu etre amenee a r6fl6chir, en quelque sorte, sur elle-mime, la cons-
cience qu'elle venait de prendre de son insuffisance relative. Com-
ment, A partir de la, elle a dfi cesser de se contenter des r6sultats (tex-
tes automatiques, r6cits de reves, morceaux improvises, poimes,
dessins ott actes spontan6s) qu'elle s'6tait proposes initialement. Com-
ment elle en est venue a ne considerer ces premiers r6sultats que
comme des materiaux a partir desquels tendait in6luctablement a se re-
poser, sous une forme toute nouvelle mais conditionn6e de la maniere
la moins empirique, le probl&me de la connaissance.

Toutefois, ce probleme, nous n'avons jamais cesse de nous opposer
A la fusion de ses donnies et de celles d'un autre probl&me. J'y ai
insist A maintes reprises: le probleme de la connaissance, tel qu'il
se pose A nous au XX' siecle, met A l'ordre du jour les rapports de
I'inconscient et du conscient. Il nous a 6t6 donn6 d'appliquer a sa r6so-
lution une m6thode particuliire qui n'a cess6 de nous paraitre des mieux
adapt6es et que nous tenons pour tr&s perfectible: nous n'avons aucune
raison d'y renoncer. A c6t6 de l'economie don't nous n'avons garde
de reduire l'importance, il y a un 616ment lyrique qui conditionne pour
une part la structure psychologique et morale des societes humaines,
qui l'a conditionn6e de tous temps, qui continuera A la conditioner.
Il n'est que de toucher Haiti pour se convaincre que cet 616ment ly-
rique, bien loin d'tre comme ailleurs le seul fait de sp6cialistes, se
digage des aspirations du people entier. L'autre problem qui se
pose A nous est celui de l'action social, action qui, selon nous, pos-
side sa m6thode propre dans le materialisme dialectique et don't nous
pouvons d'autant moins nous d6sint6resser que nous tenons la lib6-
ration de 1'homme pour la condition sine qua non de la liberation de
'esprit. Sans perdre un instant de vue que ce dernier probl&me est
aujourd'hui plus brfilant que jamais, j'ai dit et je maintiens que les
poites et les artistes se doivent de ne pas laisser se rompre le fil de
leurs recherches specifiques. Quittes a faire a l'activite social une
part important de leur vie, j'estime que de toute necessity ils doivent
rester a leur poste au meme titre que les chimistes et les diff6rentes
autres especes de technicians.

Du fait meme qu'il a &et et qu'il reste un movement vivant, c'est-
a-dire en constant devenir et, de plus, appuye sur le concrete, observez


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que le surrealisme a englob6 et englobe encore des hommes de tem-
peraments divers qui, individuellement, obeissent ou r6sistent, chemin
faisant, a des sollicitations variables. II va sans dire que leur accord,
passage ou durable, ne saurait etre interpreted comme adhesion aveu-
gle A un fond plus on moins inerte d'idees communes, mais bien comme
volont6 d'aller plus loin, toujours plus loin dans le sens de l'inconnu,
en qukte de la pierre philosophale que seule peut etre la reconciliation
de 1'homme avec lui-meme. De temps a autre, butant sur un obstacle,
I'un de ces hommes se casse une jambe, cela s'est vu: la tite, s'en-
fonce plaisamment dans un marecage ou meme se declare fatigue.
Le surrealisme qui, jusqu'a ce jour, s'est passe de voiture d'ambulance,
tient alors ces gens pour quittes. Ceux qui restent en auront laisse
bon nombre derriere eux. N'importe, 1'essentiel est que la relive se
poursuive et qu'on puisse voir toujours plus loin, qu'A condition de
ne pas demeriter de ce besoin de beauty, de liberty, de v6rit6 qu'on a
pu 6prouver passionnement dans la' jeunesse on decouvre sans en
manquer un seul les paysages nouveaux, qu'on puisse certifier que la
percee a ete op6ere en droite ligne, que tout s'est accompli sans arbi-
traire, sans lacune, afin que d'autres, ensuite, puissent parcourir le
chemin mentalement, en toute s6curit6, d'un seul trait, pour repartir
en toute assurance du point que nous aurons atteint sans avoir A re-
faire le chemin que nous avons fait.




Je crains. Messieurs, de n'avoir su vous donner ce soir qu'un avant-
goit de ce qu'est le surrealisme. Je ne pouvais d'ailleurs pr6tendre
extraire en quelques minutes le suc d'ceuvres d'ores et d6ja assez nom-
breuses pour former une bibliotheque et pour meubler plusieurs mu-
sees. En ce qui regarded la sante morale de ce movement, je me bor-
nerai a rappeler que mes amis et moi, nous ne sommes pas de ceux
qui ont attend le commencement ou la fin de cette guerre pour de-
noncer le fascisme, puisque c'est a nous qu'au lendemain mime de
ce 6 Fevrier 1934 oi fut tented le premier coup de force fasciste en
France, il appartint de prendre l'initiative d'un Appel a la lutte qui
put paraitre le 10 Fevrier demandant la proclamation de la grave g6-
nerale. Le ler Juin de cette mime annee 1934, parlant A Bruxelles,
j'exhortais moi-mEme nos camarades beiges de ne pas sous-estimer


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le p6ril. < gagn6, ces derniers temps, sur l'Europe. Hitler, Dolfuss, Mussolini
ont noy6 dans le sang ou fait passagerement d6faillir sous l'humilia-
tion corporelle tout ce qui 6tait l'effort de generations tendues vers
une existence un peu plus tolerable, un peu plus digne... Ce n'est pas
un climate pour la pensee que de ne pouvoir consid6rer le monde ex-
t&rieur sans y trouver aussit6t a se nier et A fr6mir. Or le fascism,
c'est precisement l'homologation de cet etat de choses, aggravee au
possible par la resignation durable qu'on cherche a obtenir de ceux
qui en pitissent. N'etait ajoutais-je, le role historique evident
du fascisme: retablir momentanement la suprimatie chancelante du
capital financier, role qui suffirait a lui valoir tout ce don't nous dis-
posons comme haine, nous tiendrions encore cette resignation de com-
mande pour un des plus grands maux qui puissent etre infliges a des
etres de notre espece et ceux qui l'infligent meriteraient, selon nous,
d'etre abattus comme des chiens>. Cette attitude, je n'ai pas besoin
de vous assurer qu'elle s'est publiquement exprimee de maniere de
plus en plus v6hemente A propos de la guerre d'Espagne. Si l'une
de mes declarations de ce soir peut s'empreindre de quelque fiert6,
que ce soit done celle-ci: de tous ceux qui sont passes par le surrealis-
me, en y comprenant par suite un bon nombre de transfuges, il n'en
est pas un qui, aux heures les plus sombres de l'occupation du terri-
toire, ait abandonn6 la lutte contre l'ennemi fasciste alors que jusqu'ici
je ne connais pas en France un autre groupemnent anterieur a la guer-
re, de quelque nature soit-il, don't on puisse en dire autant.

Cette position du surrealisme, position base de notre part sur la
fid6lit6 aux principles, sur la rigueur et le refuse obstine de tout com-
promis, contrastant avec la faillite sinon la banqueroute frauduleuse
de toutes celles que, dlans l'intervalle des deux guerres, on lui opposa
furieusement, cette position a done trouve objectivement dans les
derniers 6venements sa pleine justification historique. < serai pas, dis-je dans Les Vases communicants, d'opposer a l'imp6-
rieuse n6cessite actuelle, qui est de changer les bases sociales par trop
chancelantes et vermoulues du vieux monde, cette autre n6cessite non
moins imp6rieuse qui est de ne pas voir dans la Revolution a venir
une fin qui, de toute evidence, serait en m&me temps celle de l'histoire.
La fin ne saurait etre pour moi que la connaissance de la destination
eternelle de l'homme, de l'homme en general que la Revolution seule-
entendez, bien entendu, la Revolution mondiale -- pourra rendre plei-
nement a cette destinations.


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Citant tout recemment ces derniers propos dans une revue, Mau-
rice Blanchot, auteur le deux des ouvrages les plus marquants de
cette derniere periode, interpreted le sentiment des jeunes en les con-
mentant ainsi: Cette derniere affirmation indique pour quelles rai-
sons les surrealistes se sunt tournes vers Ie marxisme. Dans l'6tat
actuel de la society, tons les problems sont fausses, les problems
poetiques comme les autres, ou plut6t les problemes potiques avant
tons les autres, puisque la poesie est connaissance et manifestation
de l'homme dans son ensemble. Par la faute de l'Etat capitalist,
I'homme n'est pas seulement opprimei et limited, mais il se voit autre-
ment qu'il n'est: par example, il a conscience de son angoisse et de
son dechirement, mais il ne se rend pas coiipte que dechirement et
ang'isse sunt travestis par le desarroi propre it une society qui s'ef-
fondre. De mime. tant que le prollerme de la liberty pour l'ensemble
des homes n'est pas regle concretement, le problem metaphysique
de la liberty ne pent etre pose legitiiiement. C'cst lorsque la liberty
de 1'honime ne sera plus a faire, lorsqu'elle sera donnee dans les faits,
r6alisee dans toutes ses conditions, c'est alors que la liberty prendra
conscience d'elle-meme, conscience d'elle comme de ce qui d6passe
toujours ses conditions, de ce qui n'est jamais r6alise, jamais (onne,
ni fait. L'homme sera libre... parce que dans une soci6te libre oPi il
ne pourra que se choisir libre, il lui faudra tout de meme encore se
choisir lui-meme sans pouvoir se decharger sur personnel de ce soir,
ni en etre jamais. Ainsi le service que le surr6alisme at-
tend du marxisme, c'est de lui preparer une society oft, d'une part,
tout le monde pourra etre surr6aliste, mais ofi surtout toutes les visees
surrealistes seront menees a bien, dans toute leur puret6, sans tra-
vestissement ni falsification. Comment la poesie se d6sint6resserait-
elle de la revolution social? C'est cette tache de la revolution qui,
loin de lui masquer la sienne propre, perspective>, car, grace a elle, elle comprend qu'il n'y a vraiment
d'existence et de valeurs poetiques qu'au moment oh l'homme, n'ayant
plus rien a faire, parce que tout est fait, d6couvre le sens et la valeur
de ce rien, objet propre de la po6sie et de la liberty>.




Messieurs, les journaux haitiens d'hier et d'avant fier reproduisaient
de tries hauts propos touchant les imperialismes nullement conjures
de cette fin de guerre et ce jeu de la souris avec le chat qui se pour-
suit cruellement entire les id6aux proclam6s et les 6goismes 6ternels.


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Ces propos devaient itre appel6s a s'illustrer pour moi d'une manmbre
poignante en tournant la feuille ofi je les lisais. Un entrefilet de se-
conde page donnait en effet de terrible pr&cisions sur la misere o6
deux annees de s6cheresse ont r6duit File de la Gonave. Sous le coup
de cette nouvelle qui m'atteint autant que vous, je puis dire que je
m'abimai de honte pour l'espece humaine. Durant un temps qui me
parut fort long, je vous avoue que je fus assailli de sentiments d'in-
dignit6 et pris de panique A l'ivocation de l'accueil inesp6rable que
j'ai requ de vous en Haiti. Me revenait A l'esprit cette fin d'une con-
versation que j'eus, il y a longtemps, avec Andre Gide, et j'entends
encore sa voix: < Et Valery ajouta: < l'admirable question de Cervantes: Comment catcher un homme?...*
Puis je repris confiance en pensant a la devise central de votre dra-
peau.


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LES LETTRES EN HAITI


4eme Trimestre 1945


Pendant le dernier trimestre 1945 de nombreux livres ont 6t6 pu-
blies a Port-au-Prince qui mdritent de retenir I'attention du public
de langue franrgaise.

POEMES

H. Garoute: Jets lucides avec preface de Paul Laraque.-C'est le
premier recueil d'un jeune officer qui manifeste des dons 6vidents ser-
vis par une liberty d'expression et d'images remarquable. Jacques Ste-
phen Alexis a consacre une longue etude a ce poete dans les d'Haiti, Roger Gaillard, dans du 8 octobre en parla avec
emotion dans un magnifique article intitule moment oii nous tournons diliberement le dos a un certain r6el, fruit
imparfait de l'iducation et de l'habitude, nous sommes sur la voie qui
nous conduira a ce qui est vraiment la reality. Pour l'emprisonner a
jamais, il faut la fuir. Pour y pInetrer a fond, il faut d'abord en
sortir. Et seule la poesie surrialiste opere un tel miracle et une telle
rev&lation. Et il ajoute plus loin: mensurable de nous, les membranes secretes d'un ecouteur dress centre
le ciel peuvent retentir de notre appel, et une maille nouvelle se juxta-
pose a la chaine qui, plus que jamais, resiste a l'injustice et au didain>.

E. Philoctecte: VOIX DANS LE SOIR, est egalement le premier
recueil de poemes d'un jeune J6remien, dans lequel nous trouvons la
marque indubitable d'une sensibility authentique.

Pierre Carrie livre au public son premier cahier de Poemes en prose
qu'il intitule precde& d'une preface de Stephen
Alexis; celui-ci ecrit: II chantait a mi-voix ses premieres d6sillusions,
la tragedie du rave et de la realiti, l'amertume des amours bafouies,
le mensonge des itoiles, dans une page concentree, noire et boulever-
sante oii je croyais apercevoir dans une marge blanche, pleine de silence,
des gouttes de sang meles a des petales de jasmin. MES> c'est de la musique de chambre de fine qualities. Nous y perce-
vons pour notre part, cette distinction raffinee qui contribute a 1'en-
voftement des Antilles.


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THEATRE
Jean Coradin public un drame lyrique intitule qui
evoque certain episodes de la revolution Mexicaine.
Roger Dorsinville a fait representer une com.die dramatique
qui reflfte un des aspects de la lutte de classes; celle-ci
se cache sous le masque d'un conflict entire les mulatres et les noirs. Les
sont si hautes que meme l'amour de deux jeunes gens est
souvent incapable de les franchir.

CONTEST ET PROVERBES
Signalons la deuxieme edition de I'amusant recueil de G. Thdard,
et, 6galement ridig6 en
creole, I'ouvrage du Pasteur Mac Connell: RABOL YO>.

ROMANS
< de Marc Verne, public d'abord en
feuilletons dans , a connu un grand succes, peut-ftre
le plus grand success de librairie enregistre en Haiti. Ce roman histo-
rique decrit les mceurs du Cap-Haitien il y a 50 ans, alors que la vie
patriarcale, le luxe des planteurs, imprimaient A une society insoucian-
te un charme que l'6poque moderne ne connait plus. Le livre a donned
lieu a des discussions passionnees, en particulier au .

ESSAIS ET SOCIOLOGIE
Cette branch est comme d'habitude la plus fournie, mettant ainsi
en evidence I'interft que portent les Haitiens aux problemes sociaux.
Notons:
Joseph Baguidy < NATIONALE> Ces considerations sont un melange d'amertume et
d'espoir. Nous lisons: haitienne se refuse a la vie national, c'est une v6rite qui, sans s'abuser,
apparait avec evidence. L'insouciance, la legerete et l'incomprehension
avec lesquelles il a toujours voulu envisager nos problems et don't ont
toujours faith preuve la plupart de nos aines dans la gestion des choses
publiques, expliquent encore assez pourquoi la conscience national
n'a pas pu ne pas subir, dans l'6volution des progres et des idees, des
atteintes considerables... I'ignorance du people, sa misere seculaire et
sa nalvete itablissent une situation idaale et qui ne peut que le rijouir,
puisqu'elle constitute pour le maintien de ses privileges et la realisation


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de ses tendances et de ses principles de domination, un terrain on ne
peut plus propice>... mais une nouvelle force, une nouvelle energies
trop longtemps continue, 6touffee, se gonfle affligeant I'6difice bour-
geois de lIzardes profondes.
Ces lignes annongaient les evenements revolutionnaires de Janvier
1946.
Oscar Boisgris dans sume une longue experience personnelle acquise dans l'Enseignement
Rural. Cet expose clair rendra de reels services aux 6ducateurs hai-
tiens.
Louis E. Vernet, journalist apprecie, fondateur du Mouvement
Coopiratif en Haiti, a public < Felicitons I'auteur de sa lutte opiniatre pour le triomphe d'une idke
noble; nulle part ailleurs qu'en Haiti, le pays des Combites, la struc-
ture cooperative n'a plus de chance d'etre acceptee par la masse.
Le Dr. Catts Pressoir a trace dans fresque des progris de l'6vangilisation dans la Republique. On re-
trouve les qualit6s de serieux et de precision qui depuis longtemps ont
assure au Dr. Pressoir une notori6te exceptionnelle dans le milieu scien-
tifique port-au-princien.
Daniel Fignole: < Nous rendrons compete longuement de cet ouvrage dans un prochain
numero a l'occasion d'une etude sur les different courants qui parta-
gent les membres du corps enseignant haitien.
T. C. Brutus a public un ouvrage remarquable sur Toussaint Lou-
verture intitul < saint Louverture a 6et6 difiie non pour une 6poque passagere mais
pour routes les epoques. Elle n'a pu 8tre d&truite, car son oeuvre por-
tait en elle une grande verite qui lui donnait une grande force morale
et materielle: 1'6galite de tous les hommes, de toutes les races, leur ap-
titude au gouvernement. De l'id6al entrevu par les plus hauts esprits
de l'humanit6, Toussaint Louverture a fait une reality: la capacity de
l'homme noir a organiser une nation, a s'6lever dans tous les domaines
de la pensee, de l'esprit, dans tous les arts, dans toutes les sciences,
preuve manifeste par des actes de son egalit6 avec les autres hommes
qu'il peut considered comme des egaux> telles sont les notes du Gene-
ral Nemours, historiographe de Toussaint Louverture, consacrkes a
ce livre dans < le drame de Toussaint Louverture. Malgre un antagonisme seculaire,


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il brisa les cadres 6troits de la famille humaine pour y faire entrer et
y poser un nouveau membre et, de toutes pieces, lui crea une maison
bien a lui: la Maison Haitienne.>
Stenio Vincent, dans le cinquimle et dernier volume de SANT LES JALONS>>, relate les &v6nements politiques qui ont mar-
que son passage a la pr6sidence d'Haiti. Dans l'avertissement aux lec-
teurs, M. Stenio Vincent decrit I'atmosphere qui entoure un Chef
d'Etat, il souligne la bassesse de certain courtisans et hauts fonction-
naires qui passent trop facilement de l'adulation la trahison, n'ayant
d'autres mobiles que l'ambition, le lucre et le disir de jouissances ma.-
terielles. Ces observations depassent le cadre ha'itien et valent pour tous
les Chefs de Gouvernement qui percent le contact avec les masses po-
pulaires, avec les realites politiques, iconomiques et sociales du people.
De telles monstruosites psychologiques seraient impossible dans une
forme reellement democratique de gouvernement.
Le livre du Major Louis Maximilien intitul6 TIEN> pr4face par le Dr. Pierre Mabille, fera l'objet d'une analyse
detaillie que nous publierons dans un numero ulterieur. Ce sera pour
l'occasion de publier une serie d'etudes docu-
menties sur l'Ethnologie haitienne.

SCIENCES
Le Dr. Francois Duvallier, collaborateur de la Mission americaine
de lutte centre le plan, a public un resume de ses observations sous le
titre: Le pian constitute une maladie don't l'importance social est conside-
rable dans certaines provinces de la Republique puisque le pourcentage
des pianiq'ues depasse dans quelques sections rurales le taux de 85%
et que l'index de contagion est encore &levW malgr6 deux campagnes
americaines de lutte, 1'une datant de l'Occupation, l'autre actuelle con-
duite depuis trois ans par le medecin si distingue qu'est le Dr. Dwinell.
FeTicitations au Dr. Duvallier pour son important travail.

EN ANGLAIS

Deux livres ont paru en anglais: Jules Hiraux HAYTI>, un interessant guide pour les tourists Americains.
Mercer Cook et Dantes Bellegarde .
Recueil bien fait, destiny aux etablissements scolaires ha'tiens, 4crit
dans une langue claire et facile accessible aux lives des classes d'an-
glais.
30-











LE PROBLEM NUTRITIF DANS LES TERRITOIRES
TROPICAUX DE LA FRANCE D'OUTRE MER (*)

Le Docteur Cava[ade adresse d'abord ses remerciements aux auto-
rit6s haitiennes, pour I'accueil qui lui a e6t reserve. II salue ses confreres
ciils et militaires et continue ainsi:

Le sujet que je vais d6velopper devant vous est h la fois un sujet
d'actualit6 et une question d'importance primordiale.
Vous savez que vient de se r6unir a Qu6bec, dans la second quin-
zaine d'Octobre, la premiere Conf6rence de la Food and Agriculture
Organization (en abr6g6 F. A. O.) aux deliberations de laquelle je
pris part comme d6lgu6 frangais et oi d'ailleurs j'eus 1'honneur et
le plaisir de rencontrer M. Edouard Baker, repr6sentant le Gou-
vernement d'Haiti.
Cet organisme international permanent r6sulte des accords ela-
bor6s A Hot-Spring, Virginie, en Mai-Juin 1943, au course d'une Con-
f6rence des Nations-Unies, r6unie sur l'initiative du Gouvernement
des Etats-Unis d'Am6rique.
Le principal objectif de la F. A. O. est nutrition d'un bout a l'autre du monde, et non seulement de lib6rer
tous les peuples des menaces de disette ou de famine, mais encore
de leur assurer le mode d'alimentation indispensable h la sant6>.
C'est que si les circonstances n6es de la guerre ont fait surgir de
maniere dramatique dans certaines contrees des causes aigubs de
malnutrition, il n'en demeure pas moins qu'en periode normal des
populations nombreuses connaissent un niveau nutritif deficient et
que, meme chez les peuples jouissant de conditions sociales et 6co-
nomiques propices a un standard de vie 61ev6, les erreurs alimen-
taires sont fr6quentes don't l'action nocive, bien qu'insidieuse, ne
manque pas d'avoir une repercussion grave sur la sant6 publique.
Or la guerre, malgr6 sa malfaisance, a, la comme en d'autres do-
maines, permis l'acquisition de connaissances nouvelles, la r6alisa-
tion de progres don't le fruit ne doit pas 6tre perdu.
Certes ce n'est pas d'aujourd'hui que le probleme de l'alimenta-
tion a retenu l'attention des milieux scientifiques internationaux. La

*Conference prononcee d la Facultc' de MIdecine de Port-au-Prince le 5 Decembre
1945.


- 31-






correlation 6troite entire les facteurs alimentaires, 6conomiques et
sociaux apparut tres vite. Sur ces donn6es, la Soci6t6 des Nations,
des 1935, s'attacha a 1'Ptablissement des regles essentielles d'une ali-
mentation dirig6e. Les conclusions auxquelles 1'on aboutit demeu-
rent valables et les conferences issues de la guerre, malgr6 leur ap-
parence novatrice, n'en sont pas moins redevables a ces travaux d'un
large emprunt doctrinal. Cependant la guerre a permis la mise en
application dans certain pays, sous le contr6le gouvernemental, de
ces regles essentielles. L'exp6rience de leur valeur a 6et faite sur
une grande 6chelle. Et c'est ainsi qu'est apparu, pour la Grande
Bretagne en particulier, que malgr6 les restrictions imposes par la
guerre, grace A une r6partition et une utilisation judicieuses des
products vivriers disponibles, le niveau nutritif de la population
avait ete, physiologiquement parlant, nettement augment et qu'il
en 6tait r6sult6 une amelioration probante sur la sant6 g6n6rale.

Mais pour que les pouvoirs publics puissent diriger comme il con-
vient 1'alimentation d'un pays, ils doivent s'appuyer sur des notions
scientifiques pr6cises don't la connaissance est indispensable. Ils
doivent 6galement, et cela est particulierement important lorsqu'il
s'agit des populations tropicales, tenir compete sur le plan 6cono-
mique, psychologique et biologique, des possibilities d'adaptation et
d'6volution progressives de groupements humans auxquels on ne
peut pr6tendre, sans grave erreur, imposer en bloc les normes ali-
mentaires d'une civilisation epanouie dans des conditions differentes
et sous d'autres climats.

C'est cet aspect particulier du probleme que j'ai ete appele a ex-
poser, au nom de la d6elgation franqaise, lors de la Conference de
Qu6bec et que je vais essayer de d6velopper devant vous.

Je m'excuse au prealable de devoir parfois avoir recours a des no-
tions techniques un peu rebarbatives. La connaissance scientifique
s'exprime souvent par chiffres et coefficients don't cet expose ne sau-
rait se passer. L'ampleur du probl&me alimentaire des populations
tropicales de la France d'Outre-Mer m'entrainera forc6ment hours
d'Amerique et, par deld 1'Afrique, jusqu'en Asie. C'est done a une
venture geographique que je vous convie et pour ce voyage en
commun, forcement un peu long et au course duquel je ne voudrais
pas lasser votre attention, je r6clame d'avance toute votre indul-
gence.


-32-






QUELLES SONT TOUT D'ABORD LES REGLES
SCIENTIFIQUES DU PROBLEM ALIMENTAIRE?

Trois grandes lois dominant la physiologie de la nutrition:

PREMIERE LOI: La ration alimentaire doit apporter chaque
jour une certain quantity d'6nergie nicessaire au fonctionnement
de l'organisme.
Les principles 6nergetiques sont repr6sentes par les glucides, les
provides et les lipides, don't la combustion d6gage respectivement au
gramme 4-4 et 9 calories.
Le m6tabolisme basal ou besoins en 6nergie d'un sujet au repos
complete, a jeun, a une temperature ext6rieure moyenne, 6quivaut
environ 1 calorie par kgr. et par heure. Un certain nombre de
calories supplementaires sont n6cessaires pour l'accomplissement de
l'activit6 d6ploy6e dans la vie courante. Les efforts physiques, la
lutte centre le froid, r6clament un complement d'energie; de meme
chez les enfants et les adolescents, le travail de croissance. L'homme
adulte, de taille moyenne, n'accomplissant pas de travail musculaire,
professionnel ou autre, doit trouver dans sa ration journalibre l'6qui-
valent de 2.400 calories.
Du point de vue 6nerg6tique les trois sortes de principles sont in-
terchangeables principless de l'isodynamie) mais on ne saurait se
passer d'un minimum de chacun d'eux (glucides: 60 gr., provides 60
gr., lipides 40 grs.). Les besoins en proteines, comme en sels min6-
raux, sont proportionnellement plus grands pour les enfants que
pour les adults; il en est de meme pour les femmes enceintes et
allaitantes.

DEUXIEME LOI: La ration alimentaire doit apporter chaque
jour a l'organisme tous les principles nutritifs non 6nerg6tiques, in-
dispensables a la vie.
Ce sont:
a) les acides gras indispensables: acide linol6ique et linolinique;
b) les acides amines indispensables: valine, leucine, isoleucine,
thr6onine, methionine, lysine, ph6nylanine, tryptophane, histidine;
c) des 6elments min6raux: soufre, phosphore, chlore, sodium, po-
tassium, magnesium, calcium et les oligo-elements: fer, zinc, cuivre,
iode etc...
d) des vitamins: don't, a l'exception de la vitamin D et dans une
certain measure de la vitamin A, l'organisme ne peut faire la syn-
these.


- 33-






e) la cellulose: indispensable pour assurer au bol alimentaire un
volume suffisant; elle active le p6ristaltisme intestinal;
f) l'eau: don't le rl1e est primordial dans tous les ph6nom&nes de
nutrition.
TROISIEME LOI: II est n6cessaire que les principles nutritifs in-
dispensables a la vie existent dans les rations en proportions conve-
nables. Les constituents des rations alimentaires doivent etre con-
venablement 6quilibres...
Equilibre i r6aliser entire les diff6rents principles 6nerg6tiques:
LEFEVRE indique comme r6partition normal des calories entire
les provides, lipides et hydrates de carbon, les chiffres suivants:
Adultes 11 20 69 soit le rapport 1 2 6 7
Enfants 14 50 36 soit le rapport 1 3,5 2,5
Toutes les prot6ines n'ont pas la m&me valeur, certain acides
amin6s n'6tant propres qu' t &re brfll6s, d'autres 6tant indispen-
sables pour des raisons 6troites de constitution mol6culaire; parmi
ces derniers, quelques uns n'existent, ou ne sont repr6sent6s en pro-
portion suffisante, que dans les albumines animals dites providess
de sdcurit6>.
Le rapport Proid vgtal~ peut osciller entire 0,6 et 1,2
Pour des raisons analogues on doit avoir un rapport
Lipides animles variant de 1 5. 3.
Lipides vcgtlales
Equilibre acide-base.-Les aliments d'origine animal (sauf le
lait) les graines des c6r6ales, (pain, pites) donnent naissance dans
l'organisme A un exces d'acidit6. Le lait et les aliments d'origine
v6g6tale (sauf les graines) produisent un exces d'alcalinit6. Un
rapport as"d" alimentaires convenable est n6cessaire pour faciliter
le maintien d'un taux voisin de 7,4 du P. H. des milieux int6rieurs.
Rapport calcium-phosphore.-Le calcium est apport6 par le lait,
les fruits, certain v6g6taux frais. Le phosphore est fourni par les
viandes, les poissons, les ceufs, les graines des c6r6ales et des legu-
mineuses.
Le rapport (_ doit etre voisin de 1 (dans le lait: 1,33).

Rapport entire les diverse vitamines.-
Rapport vitamines-sels.-Les vitamins agissent en correlation les
unes avec les autres et en correlation avec les autres principles. C'est
ainsi que la vitamin D. r6gularise le m6tabolisme mineral et com-
pense le d6s6quilibre calcium-phosphore.


-34 -





Rapport entire les substances energetiques et les substances non
energetiques.-
La vitamin B. joue un r6le pr6pond6rant dans le m6tabolisme
des glucides: < Sun organism n'entretient celui-ci ou ne permet sa croissance que
si le rapport Vi-,i- ne descend pas au dessous d'une certain
valeur>>. (RANDOIN)
De meme, la croissance et la f6condit6 sont troubles si le rapport
,,IT.- est tris sup6rieur a 11.
On voit qu'a la notion ancienne d'6nergie et d'6quivalents calo-
riques, a laquelle s'6tait ajout6e ulterieurement la connaissance des
principles non energ6tiques vitaminse, acides gras et amin6s indis-
pensables, sels min6raux) vient se juxtaposer, avec une importance
primordiale, la loi des rapports entire les divers constituents 6nerg6-
tiques ou non 6nerg6tiques de la ration.
G6n6ralement, lorsque l'alimentation, suffisante en quantity, con-
nait une diversity convenable, ces exigences sont respect6es empi-
riquement. II en est ainsi chez la plupart des peuples de civilisation
europeenne qui, en temps de paix, grace h la vari6te de leurs res-
sources alimentaires, de production locale ou importees, r6alisent
un equilibre nutritif of la f&condit6, la sant6, le bien-Stre, atteignent
du moins le minimum n6cessaire.
Pourtant, meme chez ces populations, les erreurs abondent, tra-
ditionnelles ou d'introduction r6cente. L'optimum est rarement at-
teint. CARREL, biologist et philosophy, pose le probleme dans
toute son ampleur et se demand si l'accroissement du poids, de la
taille, de la long6vit6 est un bien en soi et quelles habitudes alimen-
taires doivent correspondre a une meilleure formation de 1'esprit,
du caractere, des qualit6s morales aussi bien que physiques qui per-
mettent a une race d'61ever son niveau et de faire surgir le maxi-
mum d'individus d'l6ite.
Pour en rester au domaine corporel, il est de fait que les tech-
niques industrielles modernes ont perturb6 l'alimentation tradition-
nelle souvent dans un sens d6favorable, creant des carences larv6es
en principles indispensables, d6clenchant parfois sur une vaste
6chelle des syndromes d'avitaminose, introduisant presque toujours,
avec des habitudes alimentaires nouvelles, un 16ger d6s6quilibre nu-
tritif don't les consequences lointaines ont une grande importance.
sant toujours dans le meme sens pendant toute la vie ou pendant


- 35





plusieurs g6n6rations puisse, A la longue, d6terminer des modifica-
tions de la constitution chimique et de l'6quilibre physico-chimique
du sang et des humeurs, des transformations profondes du terrain
humain...> (RANDOIN).
A s'en tenir aux seuls faits bien 6tudi6s, on connait le group dit
des maladies de la nutrition, diabete, goutte, obesity, rhumatisme
chronique etc... dans lequel le rl1e pathogene de l'alimentation est
incontestable: l'organisme r6agit sans cesse, en vertu des apports ex-
terieurs, pour maintenir 1'6quilibre rigide des cellules vivantes et
celui, comportant une certain marge d'oscillation du milieu int6-
rieur (sang, spaces lymphatiques, liquides intercellulaires). C'est
dans ces reactions r6p6tees et fatigantes des tissus et des organes
que doit Stre cherch6e l'origine de nombreuses maladies de la nutri-
tion et des plus cruelles d'entre elles.
On peut se demander si la nutrition, c'est-a-dire l'ensemble des
ph6nomenes qui, intervenant dans l'assimilation et la d6sassimilation
des substances alimentaires introduites dans l'organisme, concourt
au maintien et au developpement de cet organisme, n'est pas sujette
i variations selon la race.
Les facteurs raciaux, l'adaptation ancestrale ou tout autre pro-
cessus 6volutif function de l'ambiance climate terrain, genre de vie
etc...) n'interviennent-ils pas pour cr6er des conditions optima de
fonctionnement ou d'6quilibre diffdrentes dans les divers cas. En
bref, les donn6es que nous poss6dons sur la nutrition de la race
blanche en pays temp6re, sont-elles int6gralement valables pour les
races exotiques?

DONNEES CONNUES SUR LA NUTRITION
DES RACES DE COULEUR
Je dois imm6diatement vous dire que dans ce domaine nos con-
naissances sont limit6es.
Examinons tout d'abord les constantes biochimiques do l'orga-
nisme.
La connaissance des constantes biochimiques, indispensable en
m6decine gen6rale, a 6galement une grande importance pour juger
de l'6tat de nutrition. Il y a done un int6r&t primordial A savoir si
ces valeurs subissent une influence racial.
En ce qui concern les habitants des territoires tropicaux de la
France d'Outre-Mer, nous poss6dons un certain nombre de travaux
don't les principaux sont ceux de PALES et MONGLOND pour le
noir d'A. E. F. de LEFROU et BONNET, pour le Guadeloup6en, de
GIRARD et WOLZ, pour le Malgache, de Ch. AUFFRET, AUTRET,


-36-







GUILLERM, COUSIN, MEYER-MAY, DINH VAN THANG pour
l'annamite.
PALES, dans une 6tude encore in6dite sur le comportement des
africains transports en France fait le bilan des connaissances ac-
quises pour les diverse races vivant sous les tropiques.
Urge sanguine-Chez le blanc l'ur6e augmente au course des sejours sous les
tropiques. *
Chez l'annamite au Tonkin, son taux est legal ou tres legerement inf6rieur
A celui de l'Europien.
Chez les noirs soudanais transplants en France, ce taux est comparable A
celui des metropolitains, mais tend A s'elever au course du sejour.
Acide urique.-Les europeens en Europe, les indochinois en Indocine ont
un taux comparable.
Les noirs soudanais transplants ont un taux relativement plus Alev6 que
les precedents et qui varie souvent en raison inverse de l'azot6mie. Il flechit
dans les premiers temps du sejour, puis tend a se reliever et a reprendre sa
valeur premiere.
Glucides rdducteurs.-Les Malais A Java auraient un taux voisin de celui
des europeens en Europe.
Les Cordens et les Japonais auraient des valeurs plus fortes.
Les Hindous semblent atteindre a des moyennes plus 6lev6es que les autres
groups humans.
Les Indochinois chez eux, les noirs en A.O.F. et en A.E.F. ont des taux
faible', plus bas chez les seconds que chez les premiers semble-t-il, mais de
toutes falcons inferieurs pour tous a ceux des blancs dans la Metropole. Ce
taux se relive chez les noirs transplants en France, mais semble flechir apres
la premiere annee du s6jour.
Cholest6rol.-Son taux s'6elve chez les europeens au course des sejours tro-
picaux.
I1 est anormalement Aleve chez les noirs de la Guadeloupe.
I1 est relativement faible chez les autres exotiques examines dans leurs pays
d'origine: Jaunes, malgaches, noirs africains.
Chez tous il se relive au course de la transplantation puis flichit au bout
d'un an.
Bilirubine.-Les exotiques chez eux, comme les blancs sous les tropiques,
sont pour une tres forte proportion en 6tat d'hyperchol6mie latente. En retour,
ce taux tend A s'ameliorer par le s6jour en France quell que soit ]a race consi-
derbe. Mais chez les noirs, les s6n6galais et les guin6ens ont des taux plus
eleves que les habitants du Soudan, du Niger et de la C6te d'Ivoire, les Dano-
meens avant une position interm6diaire.
PALES pose la question de savoir si ces taux ont une valeur ra-
ciale. Examlinant les facteurs susceptibles de modifier les r6sultats
logiques qui, lorsqu'ils sont propres au milieu auquel appartiennent
les individus: soleil des tropiques, modes de vie des autochtones,
maladies end6miques, peuvent 6tre consid6r6s comme des facteurs
ethniques. PALES conclut que la valeur de ces taux ne permet pas
actuellement de distinguer entire les races siologiques sont variables en un temps tr&s bref sous l'influence des
facteurs ethniques.>
-37-







A la lumiere imparfaite de ces donn6es, abordons maintenant le
probleme purement nutritif.
Je vous dirai l'opinion classique. Elle est simple: du point de
vue de la nutrition, les besoins des diverse races sont sensiblement
comparable. Par centre, ce qui semble diff6rer, c'est la resistance
a une alimentation incormplete et d6s6quilibr6e. En ce qui concern
les vitamins, il existe de grandes differences de susceptibilit6s,
souvent individuelles. D'une maniere g6n6rale cependant, les races
de couleurs semblent plus sensibles aux carences alimentaires (avi-
taminoses B et PP en particulier) que la race blanche; le noir 6tant
plus vulnerable que le jaune.
Le reflet de cette opinion classique se retrouve dans la g6n6rali-
sation de ce que l'on appelle les normes de Geneve qui, vous le
savez, ont determine pour 1'6tre human les quantit6s et les rapports
optima des divers elements devant entrer dans I'alimentation jour-
naliere.
Pourtant une remarque s'impose: les 6tudes complexes et les
observations attentives qui ont te. faites pour 1'6tablissement de ces
normes ont port essentiellement sur l'europ6en vivant en climate
tempered.
L'6quivalent n'a pas encore Wte r6alis6. de maniere approfondie
pour les races exotiques et c'est la une lacune s6rieuse qui laisse
planer un doute.
Deja la Conference de 1'Hygiene rurale en Extreme Orient qui
s'etait reunie a Bangkok en 1937, avait demand que soient mises
a 1'6tude pour les populations asiatiques, des normes <>.
La determination des > qui, dans les
enquates alimentaires familiales, permettent en function du sexe,
de I'age et de l'occupation, d'6tablir le bilan par uniti6 de consom-
mation> avait donned matiere a critique. Et il 6tait apparu qu'en ce
qui concern les populations exotiques, le probleme nutritif com-
porte des donn6es particulieres qui doivent le soustraire a une g6-
neralisation hAtive issue de nos connaissances sur la nutrition des
populations, en majority de race blanche, vivant dans les pays tem-
p6r6s et dans le cadre de la civilisation occidentale.
Car si les facteurs raciaux purs ne semblent pas devoir changer
selon les lieux, les donnees du problem nutritif, les facteurs eth-
niques-et nous avons vu quelles sont a ce sujet les conclusions de
PALES-paraissent avoir une influence d6terminante. Cela est
d'autant plus vrai pour les pays ofi l'action de la civilisation occi-
dentale n'a pu encore modifier les conditions de vie de fagon pro-


--38-









































N;


L'arbre des voyageurs.




fonde et soustraire celles-ci A 1'influence 6crasante du milieu phy-
sique.
Quelques observations precises doivent retenir notre attention.
On admet qu'en climate tempered, pour un homme effectuant un
travail mode6r, la ration brute doit fournir 3.000 calories. Une parties
de l'energie est perdue par rayonnement lorsque la temperature ex-
t6rieure est inferieure a 250. Mais une d6perdition sym6trique
d'6nergie par augmentation des combustions internes se produit au
dessus de 250 et d'autant plus que l'atmosphere est plus humide,
sans doute a cause de la vaso-dilatation.
Pourtant, l'exp6rience montre qu'un chiffre de 2.500 calories suf-
fit g6enralement au travailleur moyen des tropiques, et cela proba-
blement en raison de 1'adaptation du metabolisme basal. Le meta-
bolisme basal diminue en effet chez les sujets acclimates aux tempe-
ratures levees. Cet indice qui donne la valeur efficient de la ma-
chine humaine m6rite done d'etre syst6matiquement recherche.
Nous avons vu que chez les noirs de l'Afrique Occidentale, l'hy-
poglyc6mie 6tait habituelle. La cause en est difficile a pr6ciser puis-
qu'on la rencontre en dehors de toute insuffisance alimentaire et que
ces populations ont un regime riche en hydrate de carbon.
R1le d'une flore intestinale sp6cifiquement adapt6e, fonctionne-
ment particulier du foie ou du pancreas? On ne peut se prononcer.
Mais ce qu'il y a de remarquable c'est que cette hypoglyc6mie peut,
dans certain cas pathologiques, atteindre un niveau excessivement
faible, sans provoquer chez le noir d'A. O. F. les troubles ou les
accidents qui sont alors de regle chez le blanc. On ne peut done
rejeter l'hypothese d'une hypoglyc6mie physiologique.
La lithiase urinaire est fr6quente en Extreme-Orient. Or, alors
que son alimentation est tres pauvre en nucl6o-proteines, l'annamite
pr6sente presque toujours des calculs a noyau uratique. Vis-a-vis
de la lithiase urinaire, l'annamite et 1'europeen se trouvent aux an-
tipodes l'un de l'autre.
En Afrique Frangaise nous avons pu observer une race, Les Mos-
si, particulibrement remarquable par son nombre qui s'6lve a plu-
sieurs millions d'habitants, sa vigueur physique, son endurance, sa
prolificit6. Or les Mossi sont exclusivement des v6g6tariens. Dans
leur alimentation, les provides que l'on appelle de premiere quality,
ou de s6curit6, n'exis'tent pratiquement pas et le rapport protie.s n male,
protidcs vegktales
que l'on considere si important pour la croissance, est gale a z6ro.
Vis-a-vis des normes nutritives les Mossi constituent done un para-
doxe et ce d6faut d'orthodoxie doit 6tre pour nous une legon.
Il nous enseigne qu'en dehors des facteurs raciaux, l'adaptation
ancestrale ou tout autre processus 6volutif function de l'ambiance:






climate terrain, genre de vie, interviennent pour crier des conditions
optima de fonctionnement ou d'6quilibre, diff6rentes dans les divers
cas.

De ce rapide expos de nos connaissances sur la nutrition des
races de couleur, on voit quel champ d'investigation est ouvert aux
chercheurs dans les territoires tropicaux. Ces 6tudes doivent etre
entreprises ou poursuivies en function des populations locales et
correlativement avec les 6tudes sur l'alimentation et les divers fac-
teurs de l'ambiance.
Tout se tient en effet dans l'6quilibre nutritif de chaque group
human. Encore faut-il, sans id6e pr6conque, 6tablir la limited entire le
physiologique et le pathologique.

L'6tude des maladies de la nutrition et par carence doit 6clairer
cette recherche en donnant toute sa place au facteur alimentaire.


L'ALIMENTATION DES POPULATIONS TROPICALES
DE LA FRANCE D'OUTRE-MER

Faire la g6ographie alimentaire des territoires tropicaux de la
France d'Outre-mer d6passerait le cadre de cette conference.
Le mode de vie cependant conditionne l'alimentation indigene. Sur
ceLte base le tableau ci-contre a pu etre 6tabli.


Classification selon le e Rie Alimerntaire des Populations Tropicales
de la France d'Outre-mer


C lonii's


Populations
de


A.O.F. TOGO........................................
A.E.F. & Cameroun......................................... 15
M adagascar... ......................... ..................
Indochine............... ............... ..... ................. 10- 0
R du n io n ...................... ...... ...........................
A ntilles......................... ... ........ .... .....
G uyan e........................... ............ ........ ..... 1
St.-Pierre C M artinique....... ......... ........ ...
C6tes Som alis............... ............. ............. .
Possessions du Pacifique.......... .. ........... ...........

T tInd Aux.................... .............. 126 5G


0 000




3- 0.000
1?; 5001
........


...........


Populations
d' leveurs


0
z










65.0"00
...__........


- 7 ;

2 000 0e0) ,11 .00 000
750.00) 5 2.5e 0,
56000 2.600 0'0
45 0(H 21 8(OO 000
5 0(0


................ ................



120 (00

S:;155,0) 41 6,;35 000


-40-


70) 000
250.000
450.000
i.000.000
215.000
A40.000
34 000
4 .200
4.000
38.000
165.000






Vous y voyez que les agriculteurs a alimentation vegetale predo-
minante constituent le plus grand nombre: 41.665.000 sur un peu
plus de 50 millions d'individus.

a) Regime des Agriculteurs Alimentation veg6tale pr6domi-
nante.-
La caract6ristique de ces regimes est d'une part la n6cessit6, pour
satisfaire aux besoins 6nerg6tique et surtout protidiques, d'une
grande quantity de nourriture, d'autre part leur uniformity. La
quantity a pour corollaire indispensable, soit la possibility de grands
spaces cultivables, soit un rendement important.
En Afrique.-Les proc6des primitifs de culture maintiennent le
rendement h un niveau faible.
Les grands spaces cultivables n'existent pas en fort oif la pr6pa-
ration du terrain exige des d6boisements p6riodiques extr6mement
penibles.
Dans la savane ou la brousse arbustive, le terrain ne manque pas
mais celui-ci est souvent de quality mediocre; la couche de terre
arable, peu 6paisse, est soumise a de rudes alternances climatiques:
ensoleillement et s6cheresse intense ou au contraire ravinement
par les pluies torrentielles. En l'absence d'assolement, les sols sont
rapidement 6puis6s. D'autres causes s'ajoutent pour accroitre la dif-
ficult6 en diminuant le rendement: la subordination aux chutes de
pluie qui limited la dur6e utile des travaux agricoles et, en cas de
regime irr6gulier ou insuffisant, compromet gravement la r6colte;
l'action des animaux d6pr6dateurs (b6tes sauvages, passereaux,
sauterelles).
Une parties de la r6colte doit 6tre vendue pour subvenir aux autres
besoins (imp6t, v6tement, dot, etc...). Enfin, le manque de pr6-
voyance, 1'insouciance des autochtones qui vivent a-t-on dit juste-
ment <>, font que des reserves raisonnables
sont rarement constitutes.
L'alimentation sera done en outre tres irr6gulibre avec des p6-
riodes d'abondance, de gavage et des rudes semaines de soudure.
Par gofit, l'africain n'est pas un v6g6tarien exclusif. Au m6me
titre que les autres humans, il est friend de la chair des animaux.
Ce besoin imp6rieux des graisses et albumines animals cherche
partout a se satisfaire. Rien n'est neglig&: les insects, chenilles,
sauterelles, termites ail6es; les animaux h sang froid, 16zards, ser-
pents, les rats, sont pourchass6s par les enfants et m6me les adults.
Un peu de poisson, un peu de gibier am6liorent chaque fois qu'il
se peut l'ordinaire du cultivateur. Quelques animaux de basse-cour,


-41-






un petit 6levage domestique fournissent a l'occasion un complement
azote a l'habitant des z6nes d'end6mie trypanique. Mais il faut en
Afrique continental, quitter l'aire de la ts6-ts6, border au pays des
mangeurs de mil pour qu'apparaissent les troupeaux d'ovins et de
bovins qui permettront une consommation de viande moins excep-
tionnelle.
La encore il faut distinguer: rares sont les cultivateurs propri6-
taires de boeufs. Beaucoup de paysans par centre possedent des
moutons. Mais l'abatage familial est accidental. L'elevage domes-
tique est surtout pratiqu6 dans un but commercial, pour faire face
a des besoins non alimentaires. Dans la brousse la consommation de
viande de boucherie reste done tres r6duite.
En Afrique, on doit distinguer parmi les regimes a predominance
v6getarienne deux categories: ceux qui font surtout appel aux
graines de cereales sorghoo, fonio, mais, riz) et ceux qui compren-
nent essentiellement des tubercules ou des fruits farineux (manioc,
patate, taro, banane). Les premiers sont acidifiants, les autres al-
canisants. Etant donned la predominance marquee de 1'aliment prin-
cipal, 1'equilibre acide-base est perturb6.
La ration est fortement d6s6quilibrbe au point de vue plastique
il y a exc-s de glucides, surtout dans les regimes oiu dominant les
f6culents et la banane. MARGAT, dans l'Ogou6-Maritime cite, chez
les mangeurs de manioc, des rations quotidiennes ne renfermant que
37 Grs. de provides. De plus, le rapport pro-i" im est bien sou-
protidcs vcg&talcs
vent 6gal a z6ro.
Dans cette ration proti'que v6egtale, tous les acides amines indis-
pensables sont d'autant moins fournis que l'alimentation est plus
uniform. Par contre, d'apres A. S. Von VEE de Batavia, < les proteines vegetales sont demand6es a des origins diverse,
provenant de plusieurs vegetaux melanges dans la ration, il apparait
que la valeur global de ces prot6ines se rapproche davantage de
la valeur optimum...> L'absence de proteines de premiere quality
pourrait &tre compensee par l'abondance de la ration. Selon le
Professeur TERROIRE, < la matiere prot6ique prendra soin d'elle-meme>. Ce n'est malheu-
reusement pas le cas d'une maniere g6n6rale.
Les lipides provenant de I'arachide, du sesame, du palmier A
huile, du karite, d6passent en general le minimum indispensable de
calories fournies par les glupides
40 Gr. par jour. Cependant le rapport- --s s r -- i est nette-
ment sup6rieur au rapport optimum qui, pour RICHET, se situe
aux environs de 3,5. La combustion du carbon se fait done dans
des conditions d6favorables.


-42-







Le rapport "ipid'" nimas qui doit varier de 1 A 3 est trbs voisin de
lipidcs vegktalas
zero.
D'une maniere g6n6rale, les sels min6raux sont en quantity insuf-
fisante. Le rapport a" qui, sous peine que la fecondit6 et la
glucides
croissance soient profond6ment troubles, doit se situer aux environs
de 11, atteignait et d6passait 25 dans les regimes studies par
MARGAT. Pour beaucoup d'autochtones d'Afrique, le sel est une
raret6, un objet de luxe. Ils y suppl6ent par le lessivage de centres
souvent complexes et dissemblables, d'oh le chlorure de sodium est
g6n6ralement absent. Cependant, les regimes hypoazot6s exigent
plus de Nacl que les regimes riches en viande.
L'alimentation est- trbs pauvre en calcium, les agriculteurs ne
buvant pour ainsi dire jamais de lait, qui est la source de calcium
assimilable par excellence. Par ailleurs, chez les mangeurs de c6r6-
ales, la ration renferme un exces de phosphore (3.000 a 4.000 mllgr.
par jour) et exige donc, pour la mobilisation et la fixation du cal-
cium, l'intervention d'une quantity accrue de vitamin D.
Si l'action solaire peut pallier a une insuffisance habituelle en
facteur D, les r6girmes v6getariens n'en sont pas moins d6ficients en
1eements protecteurs. Les vitamins liposolubles A et E existent en
quantity variable selon que le regime renferme plus ou moins d'huile
de palme (tres riche en carotene), de piment, de feuilles vertes (lipo-
chromes) de cer6ales avec parties de leurs enveloppes.
Quant aux vitamins hydrosolubles, B ne manque pas chez les
mangeurs de mil, grace au d6corticage par le pilon et au vannage
mod6r6 de la farine qui respectent suffisamment germe et cuticule.
Sa d6ficience est au contraire marquee chez les mangeurs de manioc;
ce qui r6duit sensiblement la valeur des hydrates de carbon ingeres.
Le facteur C depend de l'apport en feuilles vertes, 16gumes et
fruits et subit done une influence saisonnibre.
Il est a remarquer cependant que les feuilles vertes, les brides,
parmi les populations forestieres comme chez l'habitant des savanes,
entrent obligatoirement dans la cuisine coutumiere (feuilles de bao-
bab, oseille de Guin6e, feuilles de patates, de haricots, etc...) Signa-
lons enfin l'int6r&t de 1'arachide comme source polyvalente de vita-
mines.
En r6sum6, l'alimentation des agriculteurs africains se caract6rise
au point de vue composition par sa monotonie; au point de vue
energ6tique par son insuffisance ou son irr6gularit6; au point de vue
qualitatif par un d6s6quilibre g6n6ral portant tant sur les aliments
plastiques que sur les l16ments protecteurs.


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Ces d6ficiences sont surtout marques parmi les populations de
la grande fort 6quatoriale don't le regime B base de manioc et de
banane entretient un 6tat de sous-alimentation chronique. Ces popu-
lations sont peu actives, peu resistantes aux infections et peu proli-
fiques. Par centre, chez les mangeurs de c6reales, on trouve des
groupements essentiellement v6g6tariens come les habitants de
la Volta, qui constituent les races solides et A etat d6mographique


En Indochine.-Les regimes A bases de riz.

Le riz est l'aliment de base de l'Extreme-Orient.
En Indochine, un 6elment protidique constant figure dans la ration
sous forme d'un condiment azot6: nuoc-mam, prah6c ou pradoc pr6-
par6s a partir de pousson frais, nan-t6m resultant de l'auto-digestion
de crevettes de mer. La viande, surtout de pore et le poisson, cons-
tituent un appoint variable selon la classes social. Le soja qui pour-
rait fournir un complement important d'albumines et de provides
n'est pas, faute de place suffisante pour la culture, r6pandu en
Indochine comme il l'est en Chine et au Japon. Des legumes et
6ventuellement des fruits apportent leur contribution en 61lments
protecteurs. Le lait n'est g6n6ralement pas consomme. La ration
est pauvre en graisses.
En fait, malgr6 un regime apparemment mixte, la grande ma-
jorit6 des Indochinois ont une alimentation vegetale predominante.
Au Tonkin, en particulier dans la basse region, l'ouvrier agricole
qui repr6sente la classes la plus pauvre et la plus nombreuse de la
population, ne connait guere que le riz additionn6 de saumure
comme condiment habituel.
Le Riz pose un double probl6me de quantity et de quality. faut en moyenne 250 Grs. de riz par jour a un annamite, ce qui
n6cessiterait un rendement de 500 tonnes de paddy au kilometre
carre dans les provinces surpeuplees, les plus fertiles 6videmment.
Or, dans les bonnes ann6es, le maximum de deux r6coltes excep-
tionnellement heureuses ne d6passe pas 350 tonnes sur lesquelles
le riziculteur arrive p6niblement a conserver la moiti6 pour sa
nourriture>>. (Dr. de RAYMOND).
Le riz est une c6raale d6s6quilibr6e naturellement et le d6corti-
cage accroit ce d6s6quilibre, surtout lorsqu'on a recours aux pro-
e6d6s industries qui enlevent du grain l'enveloppe adh6rente A
l'amande et le germe conserves dans le d6corticage familial.


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L'usinage du paddy a pour effet d'augmenter, au detriment des
provides et lipides, la teneur en glucides. Les pertes dues au polis-
sage sont, de 29% des provides, 79% des lipides, 84% de la chaux,
67% du fer. Comme les hydrates de carbon, le soufre augmente
par le polissage; le phosphore et le manganese sont peu touches.
(Roselande de Singapour).
Le polissage, en faisant disparaitre les 3/4 des lipides, 6limine
la plupart des acides gras non satur6s don't la presence est indis-
pensable pour permettre dans 1'organisme une combustion conve-
nable des hydrates de carbon.
Alors que le phosphore reste a peu pres constant malgr6 le polis-
sage, le calcium est fortement diminu6, d'oii une atteinte du rapport
CA/P qui doit intervenir dans le primum moyens de la maladie
b6riberique (MERCIER).
Le d6corticage industrial altere en outre gravement la teneur
du riz en vitamin B.
AUFFRET donne les chiffres suivants:
Milligramme de vitamin B par kgr. de glucides
BI. B2.
Riz entier ................ 0,55 1,33
Riz blanc ................. 0,27 0,93
Or la quantity minima de vitamin B1. exig6e par l'absorption de
1 kgr. de glucides est voisine de 1 mllgr.
En fait Indo-chinoise semble en relation avec l'industrie du d6corticage...
Le Tonkin qui est le pays le plus peupl6 de l'Union et oii cette
industries est actuellement la moins d&velopp6e a, d'apres les statis-
tiques,... un nombre de b6rib6riques tr&s inf6rieur A celui de la
Cochinchine et de l'Annam>. (AUFFRET)
Le Nuoc-Mam.--est le r6sultat de la mac6ration du poisson dans
une solution concentr6e de sel marin. Il renferme des mati&res
albuminoides de poisson qui lui donnent sa valeur nutritive et du
sel qui assure sa conservation. Il est riche en phosphore mineral et
organique.
Les mati&res azot6es sont constitutes par des traces d'albumines
non transform6es, une tr&s faible quantity de peptones et en ma-
jeure parties par des acides amin6s.
Le nuoc-man est a la fois un condiment et un aliment car, sous
un faible volume, il offre une r6elle richesse en mati&res azot6es,
particuli&rement en acides amines indispensables.


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Le professeur SCHAEFFER de STRASBOURG estime cependant
que < vention de bacteries qui d6truisent une parties des acides amines par
d6samination et d6caboxylation, les corps qui r6sultent de cette des-
truction 6tant d6pourvus de valeur alimentaire.>
La valeur du nuoc-man en 61lments protecteurs est diversement
appreci6e: r6elle pour certain, quasi-nulle pour SCHAEFFER qui
signal que les vitamins liposolubles A et D continues dans les
huiles de poisson sont 6limin6es au course de la fabrication et que
les hydrosolubles type B n'existent qu'en faible concentration.
AUFFRET a montr6 que la vitamin B1. n'existait dans le nuoc-
mam, comme dans le poisson, qu'au taux de 0.1 A 0.2 dixieme de
milligramme par kilo.
Quoi qu'il en soit, les 40 Grs. de nuoc-mam consomm6s journelle-
ment par l'annamite repr6sente 0 gr. 60 d'azote, soit 7,5% du taux
normal.
Les populations riziphages de l'Indochine competent pres de 23
millions d'habitants. R6parties sur une surface gale A presque une
fois et demie celle de la France, elles donnent une density moyenne
de 28 habitants au kilom&tre carr6. Les annamites constituent la
race dominant avec 16 millions d'habitants.
Ils occupent en maitres le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine.
C'est dans la proportion de 95% une masse paysanne attache la
boue fertile des rizifres. Les deltas cochinchinois du M6kong et
Tonkinois du Fleuve Rouge constituent leurs deux poles d'attrac-
tion, le dernier, don't l'aire n'atteint pas la moiti6 du premier, a une
population plus de trois fois sup6rieure: 9 millions d'apres certaines
estimations avec une density moyenne de 430 habitants au kilo-
metre carr6 qui, de 100 a 300 dans la moyenne region atteint 1.000-
1.500 et parfois davantage dans le sud. Alors que le delta cochin-
chinois ne nourrit que 2.500.000 bouches et export 1.500.000 tonnes
de riz, le delta Tonkinois arrive tout just a faire manger sa popu-
lation. La race est cependant tres prolifique. L'exc6dent annuel
des naissances est de 20 pour mille; la rizibre tonkinoise s'accroit
de 200.000 individus par an. Cet aspect d6mographique donne au
problkme alimentaire une importance primordiale. Toutes les
terres sont cultiv6es avec des rendements variables selon les pos-
sibilit6s d'irrigation, mais en g6enral satisfaisants. Pourtant, la pro-
duction du riz est toujours insuffisante et delta Tonkinois aboutit fatalement a un 6tat de d6s~quilibre ali-
mentaire que toute s6cheresse ou inondation prolong6e transfor-

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merait en catastrophe si 1'action gouvernementale n'intervenait
pas pour importer, en cas de crise, les vivres complementaires.>>

b) Regime des Bleveurs nomades et semi-nomades.-
Les pasteurs constituent de vastes groupements tant en Afrique
qu'd Madagascar.
En Afrique quatre grandes races se livrent essentiellement g
l'elevage: les Peulhs, les Maures, les Arabes et les Touaregs.
Le cheptel comprend par ordre d'importance: le boeuf, le mouton,
la chevre et le chameau, ce dernier 6tant l'apanage du Touareg.
Les Peulhs, qui sont de loin les plus nombreux, ont une aire
d'extension limitee seulement par les possibilities de vie de leurs
bovins: la rar6faction de 1'eau et l'appauvrissement des pAturages
vers le desert, la pullulation des glossines et l'apparition des trypa-
nosomiases vers la z6ne de savane ou de fort, font qu'ils nomadisent
surtout dans la brousse soudanienne et saharienne.
Comme tous les 6leveurs africains dont-le troupeau constitute la
richesse, ils abattent exceptionnellement des bates pour leur usage
personnel.
Le troupeau fournit presque entierement h leur subsistence par
le lait et les products d6riv6s. Quelques gramin6es, des feuilles et
des fruits sauvages, un peu de mil achet6 ou 6chang6 aux cultiva-
teurs s6dentaires constituent un leger appoint h la ration. Celle-ci
comporte done un d6esquilibre marqu6 au detriment des glucides
qui ne representent qu'environ 40% des calories d'entretien.
Ce regime a base de lait et surtout de petit lait est alcalinisant.
Le rapport calcium-phosphore est tris superieur i 1. L'apport vita-
minique est faible meme en facteur A qui, 6tant donn6 le mode de
r6colte et de conservation du lait ou de preparation du beurre, est
rapidement d6truit par oxydation.
D'une maniere g6n6rale d'ailleurs, la valeur 6nergetique de la
ration est faible et descend fr6quemment au-dessous de 2.000 ca-
lories.
L'insuffisance quantitative et le d6s6quilibre qualitatif de l'ali-
mentation aboutissent, pour les Peulhs en particulier, a un d6ve-
loppement physique retard.
c) Regime des chasseurs et des p&cheurs.-
Ce sont des regimes oii pr6dominent encore les provides et les
lipides. Cependant on ne constate pas de troubles nutritifs appa-


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rents ni d'6tats carentiels. C'est que la ration est riche en 6elments
protecteurs. Les chasseurs en effet consormnent le sang et les vis-
ceres des animaux fraichement tues ainsi que la moelle des os, crus
ou avec le minimum de cuisson pr6alable. Les pecheurs font de
m6me avec les visceres de poisson. En outre ils savent extraire
I'huile de poisson par chauffage a feu doux et certain utilisent
cette huile non seulement pour la cuisine, mais aussi, en saison
fraiche et pluvieuse, comme fortifiant pour les enfants.
d) Regimes mixtes 6quilibres.-
Ils int6ressent surtout les habitants des villes et les individus
appartenant a des collectivit6s don't I'alimentation est rbglement6e
et contr6l6e (tirailleurs, travailleurs). Egalement certaines races de
cultivateurs a qui le voisinage des fleuves et des estuaires, les res-
sources de la brousse en gibier ou les possibilities locales d'1levage
et d'abatage permettent un recours assez frequent a la viande et au
poisson. Ces races fournissent des individus r6sistants, actifs, a
developpement physique souvent remarquable. Elles sont 6galement
prolifiques.
Pour terminer il convient de dire un mot des peuplades presentant
une survivance des regimes alimentaires primitifs. Bien qu'elles ne
soient repr6sent6es dans nos territoires tropicaux que par quelques
tribus n6grilles de la fort 6quatoriale africaine et que l'on soit mal
renseign6 sur leurs habitudes alimentaires, il y aurait int6r6t a
en raison des pr6dominances marques de certain 616ments, et en
raison du long temps depuis lequel ces habitudes alimentaires sont
invariablement suivies, de les consid6rer comme de v6ritables exp6-
riences. Ces peuplades pr6sentent en effet, pour la plupart, des
caractbres somatiques, psychiques et physiologiques qui ont pro-
bablement 6t6 fix6s par le regime alimentaire et le genre de vie>>.
(MERCIER).
De cette longue 6tude il resort que les autochtones des territoires
tropicaux de la France d'Outre-mer, en majority agriculteurs, ont
une alimentation A predominance v6g6tarienne et qui, pour sa na-
ture, depend essentiellement de l'espece v6g6tale don't le rendement
est le plus important dans 1'aire g6ographique consideree.
L'homme mange les products qui poussent sur son sol.
Les techniques de preparation primitives et empiriques, partout
oiu elles n'ont pas 6t6 boulevers6es par l'introduction des m6thodes
europ6ennes, conservent aux aliments de base leur plus grande
valeur alimentaire.


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Le goft ancestral, qui souvent correspondent h une n6cessit6
physiologique, intervient aussi bien dans le choix de certain com-
pl6ments de la ration que dans sa presentation culinaire, pour
compenser ou att6nuer les d6ficiences de 1'aliment principal. L'adap-
tation rigoureuse a une nourriture donn6e procure d'autre part a
celle-ci, le maximum d'utilisation nutritive.
Cependant, en relation avec des conditions permanentes ou acci-
dentelles, cette alimentation est souvent insuffisante en quantity et
qualitativement d6sdquilibr6e ou carenc6e, ouvrant ainsi la voix a
des manifestations morbides qui tiennent une grande place dans la
pathologies des populations exotiques.


LES MALADIES DE LA NUTRITION ET PAR CARENCE
CHEZ L'AUTOCHTONE

Les maladies de la nutrition.-Telles qu'on les entend en patho-
logie g4n6rale sont mal connues chez les autochtones. Bien qu'elles
ne semblent pas fr6quentes d'apres les statistiques, il y a h1 matiere
Senqu&tes pour determiner l'incidence de la goutte, du diab&te, du
rhumatisme chronique, des divers lithiases, etc... en function de
l'alimentation racial et par comparison avec les constituents bio-
chimiques du sang et des humeurs.

On connait mieux les maladies par carences.-Les avitaminoses.-
En pathologie humaine et particulierement exotique, le syndrome
carentiel est accentu6 par divers facteurs tels que le climate, le para-
sitisme intestinal, les affections intercurrentes, des troubles fonc-
tionnels, qui modifient la nutrition de l'organisme et r6duisent
l'assimilation des aliments absorbs. Done la carence alimentaire
n'est pas tout. Il existed A c6t6 d'elle des carences a point de depart
digestif ou nutritif.
Les maladies par carences revetent trois aspects cliniques: les
formes affirm6es, les formes frustes et les dystrophies inapparentes.
On a d6montr6 qu'une hypoalimentation relative pouvait emp&-
cher ou retarder les signes classiques de certaines avitaminoses
exp6rimentales (b6rib6ri, scorbut, rachitisme). Cette notion est
important a retenir en pathologie exotique.
Les oedemes de famine constituent le type du syndrome carentiel
d'origine multiple: insuffisance de l'apport alimentaire, inaccoutu-
mance a une nourriture nouvelle, d6s6quilibre quantitatif et quali-


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tatif des composants de la ration, absence de facteurs indispensables,
d6ficience d'un ou plusieurs 6lments protecteurs, auxquels s'a-
joutent parfois des causes morbides intrinseques: parasitaires, infec-
tieuses, ou organiques.
Parmi les populations exotiques ces cedemes se rencontrent, soit
sous forme de cas isol6s: enfants, mis6reux, vagabonds, soit parmi
des collectivit6s sous-aliment6es (prisons par example).
Le diagnostic diff6renciel, apres avoir l6imin6 les maladies or-
ganiques, doit se faire chez l'autochtone avec les oedemes b6rib&-
riques, les bouffissures de la trypanosomiase et de l'ankylostomiase.
Ces deux derni&res affectations sont d'ailleurs une cause important
de d6nutrition, soit indirectement par reduction de l'activit6 des
collectivit6s atteintes, soit directement par lesions digestives.
Les diarrh6es-la Sprue.-
L'alimentation carenc6e et souvent toxique se rencontre A l'ori-
gine d'un grand nombre d'affections digestives- qui, dans les milieux
sous-aliment6s, connaissent une recrudescence saisonnicre. La p6-
riode de soudure qui precede la nouvelle r6colte est d'autant plus
fertile en incidents de cet ordre que la r6colte pr6c6dente a 6tC
plus d6ficitaire.
Parmi les populations islamis6es, le jefine du Ramadan vient
souvent prolonger cette phase de d6nutrition. Aux r6jouissances et
agapes qui le terminent succede une p6riode de relative abondance,
mais qui coincide en Afrique Centrale avec l'apparition de la saison
fraiche. Le refroidissement nocturne ou matinal d6clenche chez ces
sujets A 6tat digestif instable, des diarrh6es d'une extreme gravity
a type chol6riforme ou dysent6riforme.
Dans la poly6tiologie de ces diarrh6es, une part important revient
a 1'alt6ration de l'6pith6lium intestinal par suite de la d6ficience en
facteur A.
La sprue est le type des diarrh6es chroniques oi pr6domine un
polyavitaminose. Fr6quente surtout en Extr6me-Orient, elle pr6-
sente certaines analogies cliniques avec la pellagre et des 16sions
intestinales comparable.
Parmi les affections oculaires.-La x6rophtalmie; manifestation
majeure de l'avitaminose A. Se rencontre en Indochine mais moins
fr6quemment qu'en Chine.
En Afrique, I'h6m6ralopie trbs r6pandue chez l'autochtone peut
&tre consid6r6e comme une manifestation mineure de cette avita-
minose.


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La carence en vitamin A a 6te invoquee dans le trachome, la
fragility de l'6pith6lium conjonctival favorisant 1'inoculation par
Rickettsis trachomatis.

Autres manifestations de I'avitaminose A.-
Outre la diarrh6e, les lesions de l'endoth6lium digestif se manifes-
tent sous forme de stomatite aphteuse, d'ulceres molaires, de Crom-
bie, surtout de pyorh6e alv6olo-dentaire et gingivite expulsive si
frequentes chez les enfants dans certaines regions d'Afrique; dans
ce dernier cas, une carence en C peut etre egalement incriminee.
A l'avitaminose A a 6et rattach6e la fr6quence de 1'ad6noidisme
chez les enfants en Indochine; de m&me la lithiase urinaire, en
Indochine et a Madagascar.
BeribBri.-La frequence du b6rib6ri est parallle a l'importance
de la consommation du riz usine.
L'Indochine est de loin la plus atteinte. En 1939, sur 29.059 cas
de berib6ri signals dans les territoires tropicaux de la France
d'Outre-Mer, 20.430 int6ressent 1'Indochine, 555 1'A.O.F., 428 Mada-
gascar et 488 la Nouvelle-Cal6donie.
La dose de vitamin B, indispensable pour 6viter les accidents
berib6riques doit etre comprise entire 0,750 mllgr. et 1 mllgr. par
kgr. de glucides. AUFFRET a trouv6 dans la ration ordinaire du
tonkinois un chiffre voisin de 0,600 mllgr.
Pellagre.-Depuis quelques temps, attention des m6decins colo-
niaux s'est portee sur la pellagre don't un certain nombre de cas
ont Wte identifies, tant h BRAZZAVILLE, chez des adults, man-
geurs de manioc (GAUGIER, FERRY, NICOL) qu'A DAKAR par
GRALL, chez des b6b6s, nourris apres sevrage avec des bouillies
de mais.
Scorbut.-Manifestation essentielle de la carence en C., le scorbut
est rarement signaled dans les possessions franqaises. Parmi les ma-
nifestations mineures, citons la fr6quence chez les enfants d'6tats
an6miques avec gingivite expulsive.
Les osteopathies de carence et de rachitisme.-Bien que les mul-
tiples carences qui conditionnent les osteopathies soient frequentes
dans l'alimentation des autochtones, les lesions osseuses sont chez
eux exceptionnelles, ce qui semble indiquer l'action protectrice pr6-
pond6rante du facteur D, toujours present, grice h l'action de la
lumiere solaire.


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La resistance aux infections, 1'immuniti.-I1 est certain que la
sous-alimentation constitute une cause favorisante dans 1'apparition
des maladies infectieuses. Les vitamins de leur c8t6 semblent
jouer un r6le protecteur vis-a-vis des infections.
On a pu se demander si l'on ne devait pas attribuer a la carence
en A, la susceptibility des autochtones aux affections pulmonaires
et A la pneumonia en particulier.
HUARD et MEYER MAY estiment que l'hypoavitaminose B
joue un r6le important dans la forme pyomyosique des staphylococ-
cies, forme si fr6quente en Afrique comme en Indochine.
Exp6rimentalement, la carence en B1. raccourcit la p6riode d'in-
cubation de la lepre murine, ce qui est A rapprocher de l'importance
du facteur alimentaire dans l'6volution de la lepre.
Chez l'homme tuberculeux l'avitaminose C est fr6quente.
D'une maniere g6n6rale, l'hypoalimentation carenc6e doit 6tre
consid6r6e, d'apres THIROUX, comme une cause essentielle de la
perte des diverse immunit6s, ce qui expliquerait l'extension rapide
des 6pid6mies parmi les populations de certain territoires tropicaux.
Carences alimentaires et demographie.-Exp6rimentalement, on
a montr6 que le regime intervient dans les functions de reproduction
par plusieurs 1eements; un 1eement salin, un 1eement vitaminique
et vraisemblablement un troisieme l16ment mal d6termin6 qui tien-
drait soit a la presence d'un acide anim6 special, soit a un minimum
indispensable de provides animals, peut-6tre de lipides.
Parmi les avitaminoses qui retentissent sur la procreation la ca-
rence en E tient la premiere place. A et B interviennent 6galement.
L'incidence d6mographique des avitaminoses se retrouve encore
dans 1'allaitement, le m6tabolisme de chacun des composants du
lait etant respectivement sous la d6pendance des facteurs A, B et
D. La lactation soustrait t la mere 60% de la vitamin B qu'elle
assimile. Pendant la grossesse d'ailleurs les besoins en B deviennent
3 A 4 fois plus important.
La vitamin A, appel6e parfois vitamin de croissance, tient une
place primordiale dans le d6veloppement des jeunes.
Dans les territoires tropicaux de la France d'Outre-mer le rappro-
chement est facile a faire entire l'6tat de nutrition des populations
et leur indice d6mographique.
En Indochine cependant la remarquable f6condite des populations
sous-alimentees du delta Tonkinois constitute une contradiction ap-
parente; THIROUX l'explique par le fait que ces agriculteurs pau-


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vres ont encore recours au d6corticage familial du riz qui conserve
la cuticule et le germe, principles sources v6getales des facteurs
E et B.
Observons 6galement que la ration est riche en 616ments mindraux
et qu'elle convient avec des prot6ines animals, un grand nombre
d'acides amin6s.


Politique de I'alimentation dans les territoires tropicaux
de la France d'outre-mer.

Et maintenant, apres avoir examine quels 6taient au point de vue
nutritif les besoins de nos populations tropicales, comment elles y
satisfaisaient, quelles d6ficiences on pouvait constater dans leurs
regimes et quelles repercussions avaient ces deficiences sur la
sant6 et sur la race, il nous reste A rechercher comment il est pos-
sible d'6viter la malnutrition et d'y rem6dier lh ou elle existe.
Parmi les populations tropicales, la malnutrition r6sulte d'une
part de la sous-alimentation, d'autre part d'un regime mal 6quilibr6.
D'une mani&re g6n6rale, la sous-alimentation se rencontre en deux
circonstances: soit lorsque la population est insuffisante pour la
mise en valeur de la terre, soit au contraire lorsqu'il y a exces
d'habitants sur une surface trop exigue quoique parfaitement uti-
lis6e.
Lorsqu'on parle d'une population insuffisante pour la mise en
valeur des terres capable d'assurer sa subsistence, on 6voque deux
hypotheses: celle d'une nature du'sol trop pauvre qui exigerait une
extension considerable des cultures ou celle d'une nature trop riche
don't l'exub6rance est un obstacle insurmountable au d6veloppement
des champs. C'est ainsi que les habitants du desert dissemin6s dans
d'immenses 6tendues et les habitants de la grande fort, enserr6s
dans d'6troites clairieres, se trouvent places dans une situation 6co-
nomique comparable.
Une politique vivriere qui voudra agir sur les deux facteurs de
malnutrition devra mettre A la disposition des populations les vivres
quantitativement et qualitativement n6cessaires, soit en ayant re-
cours a l'importation, soit en am6nageant les resources et les possi-
bilit6s locales, soit enfin par un m6lange judicieux des deux me-
thodes.
L'importation massive de vivres.-A premiere vue, elle semblerait
devoir d6couler automatiquement des recommendations de la Food
and Agriculture Organization, don't un des principaux buts est d'as-


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surer une meilleure r6partition des products alimentaires A travers
le monde. Mais l'importation de vivres a une contre-partie qui est
son financement. Et d'embl6e elle se heurte a un obstacle majeur
qui est le faible pouvoir d'achat de l'autochtone. On peut chercher
a vaincre cet obstacle et justement en augmentant le pouvoir d'achat
de 1'habitant des tropiques, en 1'int6grant dans le circuit 6conomique
international, en en faisant un producteur de marchandises expor-
t6es. Cela est-il toujours r6alisable?
Lorsqu'il y a exces de main-d'oeuvre, on songe a orienter vers
1'industrie ce potential de travail, soit qu'il s'agisse d'exploitation
de resources naturelles telles que les mines et les bois, soit qu'il
s'agisse d'industries de transformation. Peut-on envisager logique-
ment le d6veloppement sur une grande 6chelle de products de cul-
ture non alimentaires, puisque la surface des terres cultivables est
d6ja insuffisante pour nourrir les habitants? II faut etre prudent
en la matiere et 6viter d'aboutir a ce paradoxe de retire une part
de vivres que I'on est oblige d'introduire par ailleurs et sous une
forme la plupart du temps moins bien adapt6e. Dans les regions ou
la surface ne manque pas mais qui sont en g6n6ral des pays de faible
density d6mographique, I'organisation de cultures industrielles peut
etre entreprise, a condition de reclamer a des moyens mecaniques
l'effort que ne peut fournir une main-d'oeuvre trop rare.
Ainsi c'est a un 6quipement industrial des pays tropicaux que
pourra- tre demanded 1'616vationdu pouvoir d'achat de l'indigene
susceptible de lui procurer, par l'importation, les vivres qui lu'
manquent. Mais en admettant que le bilan soit favorable des res-
sources exploitables et de la main-d'oeuvre disponible, il convient
dans chaque cas ofi cette transformation semble souhaitable, de
peser attentivement les multiples incidences de ce changement.
Le problme n'est pas simple. Allons-nous nourrir et parfois
exclusivement l'habitant des tropiques avec des products qui ne
poussent pas sur son sol, alors que nous ne pouvons assurer que la
valeur des normes alimentaires admises l'ePchelle humaine, lui est
int6gralement applicable? Alors que nous savons combien l'accou-
tumance a 1'alimentation ancestrale fait parties int6grante d'une
physiologie ethnique.
Nous avons d6ja parl6 de l'influence 6crasante du milieu physique.
Cette influence nous la retrouvons primordiale dans le domaine
psychologique et l'organisation social. Ainsi se sont model6es des
moeurs et des coutumes, perp6tu6es des traditions, des modes de
penser, lents A se modifier. Il ne faut pas oublier que le milieu


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physique, malgr6 nos efforts, risque de demeurer irr6ductible a
certain 6gards, quant a la nature du climate par example.
Du point de vue 6conomique, int6grer entierement le travailleur
des tropiques dans le circuit international, c'est le faire d6pendre
de toutes les fluctuations de ce circuit et pour une question aussi
vitale que la nourriture quotidienne.
Le recours done aux vivres import6es ne peut etre une solution
g6n6rale et pour longtemps encore l'am6nagement des resources
vivrieres locales demeurera une necessity.
Certes, cet am6nagement suppose des solutions nombreuses. Et
dans le domaine agricole ou du g6nie rural, qui n'est pas le mien, les
possibilities sont grandes et diverse.
Cependant, il est un aspect du problkme qui resort en grande
parties de la discipline m6dicale, pour mieux dire biologique.
Des le d6but, je vous ai dit que pour agir, il fallait connaitre. Et
vous avez vu qu'en matiere de nutrition des populations tropicales,
notre connaissance 6tait limit6e. Elle doit se compl6ter a la lumiere
des enquftes alimentaires et sur l'6tat de nutrition, correlativement
et syst6matiquement men6es. Dejh nous pouvons soupgonner com-
bien cette 6tude peut etre fructueuse. Je vous ai parl6 du paradoxe
que constituait le magnifique 6quilibre nutritif des Mossi a alimen-
tation exclusivement v6g6tale. Lorsqu'on se penche sur cette ration
on y discerne des products utilis6s surtout sous forme de condi-
ments, et don't les proprietes et la valeur nutritive nous sont a peu
prbs inconnues. A la Conf6rence de Quebec, j'ai rencontr6 l'occa-
sion d'une tres int6ressante conversation avec le M6decin mexicain,
Docteur Manuel Martinez Baoz, qui rn'a fait part des r6sultats
remarquables qu'avait donn6 dans son pays l'analyse de certain
products, en particulier de cueillette, utilis6s par des populations
d'origine indienne. Certaines babies renferment en un seul fruit des
quantit6s de fer, de calcium, de vitamins, tres sup6rieurs aux
besoins journaliers d'un homme.
De meme la valeur de certaines prot6ines vegetales est meconnue.
C'est done en reclassant les aliments, en retrouvant ceux don't
l'usage a pu etre oubli6, en donnant a chacun leur importance dans
l'entretien de la vie humaine, que 1'hygi6niste ou ceux qui l'assis-
tent apporteront une contribution fondamentale a l'am6nagement
de la production vivriere.


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L'hygi6niste devra en la circonstance se doubler d'un ethnologue
de fagon a aboutir a une connaissance complete des besoins et des
possibilities, physiques comme moraux, ces deux aspects du r6el
qu'il ne convient jamais de s6parer des que l'on aborde l'humain.

C'est en nous appuyant sur ces donn6es fondamentales que nous
avons entrepris dans les Territoires Tropicaux de la France d'Outre-
Mer, d'augmenter le niveau nutritif des populations autochtones.
Et non pas par le recours exclusif a l'une ou A 1'autre des m6thodes:
industrialisation des pays pour aboutir A l'importation de vivres
ou d6veloppement maximum des productions vivrieres locales; mais
par un ajustement judicieux des deux possibilities.

Et en nous inspirant 6galement des recommendations essentielles
de la grande physiologiste frangaise Mme. Randouin:
< < pondent divers products alimentaires particulibrement bien adapts
<< l'organisme des individus vivant sur ce terrain.
< Ce serait une grande erreur de changer, dans une region donn6e,
< le regime traditionnel. Celui-ci ne peut &tre modifi6 que l6gere-
< ment en vue de la mener peu-a-peu vers un 6quilibre nutritif plus
< satisfaisant >>.


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L'ASSOCIATION POUR LE DEVELOPPEMENT
DES RELATIONS MEDICALES

Le Professeur Pasteur Valdry Radot lors de son passage a Port-au-
Prince demand au Dr. Armand, Doyen de la Faculte de Midecine de
designer deux reprisentants de l'Association pour le d6veloppement
des relations medicales. Les Drs. Louis Roy et Yvonne Sylvain, furent
choisis; ils entreprirent aussit6t de reunir un group de medecins dans
le but de discuter en commun les questions scientifiques.
La premiere reunion tenue en avril 1945 chez le Dr. Sylvain grou-
pa seulement une douzaine de praticiens. II fut alors d6cide de sur-
seoir a la constitution officielle de l'association et de se contenter de
reunions mensuelles le premier jeudi de chaque mois pour la lecture
de travaux originaux et la presentation de cas cliniques.
Le 3 Mai, le Dr. A. Bellerive resuma l'experience acquise par lui
au course de cinq annies passes au Service du Contr6le de la Malaria.
Ce contr6le systimatique utilise comme critire l'index splenique et les
examens himatologiques. On recherche les zones infest6es, on deter-
mine les types d'anopheles et les gites a larves pour permettre une pro-
phylaxie qui se fait par le drainage des terrains, 1'emploi de larvicide
et par la chimioth&rapie humaine.
En juin 1945, le Dr. Bridy attire l'attention sur l'un des fleaux
haitiens: le pian. En juillet, la discussion sur le plan est continue
grace aux communications du Dr. Prtrus, du Dr. Michel et du Dr. Ja-
mes Dwinell.
Le 2 Aoat, le Dr. Louis Roy, professeur de Physiologie a la Faculth,
president de la ligue antituberculeuse, pr6senta en son nom et en celui
du Dr. G. Simpson une communication sur l'oxyg6notherapie dans le
traitement de la tuberculose pulmonaire.
Apres un expose historique de l'oxygenotherapie, l'auteur passe en
revue les indications actuelles des inhalations d'oxygine en therapeu-
tique.
1) Insuffisance de la ventilation pulmonaire profonde;
2) Chute de pression d'oxygine dans l'air inspire;
3) Besoin d'oxygine anemique;
4) Besoin d'oxygine circulatoire (affections cardiaques);
5) Besoin d'oxygene tissulaire (intoxications);


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II discute ensuite les bases theoritlues de I'application de l'oxygine
tires des principles physico-chimiques et biologiques qui permettent
1'6quilibre des changes gazeux au niveau de I'6pithelium respira-
toire ainsi que ses applications adjuvantes possibles dans la Tu-
berculose, maladie anoxemique, anemiante, disassimilatrice et toxique
par excellence (cf. les travaux de Dautrebande et de Barach).
L'originali.t6 du travail semble resider dans l'emploi de I'oxygene
comme traitement de base de certaines formes de tuberculose pulmo-
naire.
L'auteur expose d'abord son point de vue sur la constitution des
infiltrats pirifocaux tuberculeux, d'abord aspicifiques, puis specifiques
et la part important jouee par la mecanique thoraco-pulmonaire et le
< de Forlanini dans leur formation, ainsi
que la consequence anoxemique locale et g6nerale de leur persistence
dans un foyer pulmonaire.

L'oxyg6nothdrapie a montr6:
1) une action rigionale en diminuant le traumatisme respiratoire
par I'apport d'un surcroit d'oxygene dans les alveoles et la diminution
de la stimulation des centres respiratoires par accumulation du Co2
et en combattant les phenomines traumatisants tels que: toux, dysp-
nee.
2) une action locale en aidant A combattre la stenose bronchiale
des couches superficielles des exsudats perifocaux, arrftant l'extension
ulterieure de ces derniers.
3) Une action gn&rale en combattant les phinomenes toxiques,
fievre, sueurs, inappetence, perte de poids, qui d6bilitent le tubercu-
leux.

Parmi les cas presents, se trouvent des lesions tuberculeuses avan-
cees, des types bronchopneumiques ou largement caseeux des cas
moyens et des cas 14gers ou I'infiltrat constituait la presque totality des
lesions.
Les resultats obtenus dans les uns et autres cas semblent se cantonner
surtout a la reaction aspicifique perifocale plut6t qu'au foyer de des-
truction tuberculeux. Ils sont cependant loin d'etre A dedaigner vu
l'importance de cette reaction dans le developpement ultirieur des
foyers.
La technique est encore A preciser et d'autres cas A rassembler avant
de porter un jugement definitif sur la methode.


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En septembre le Dr. Sajous, recemment revenue du Liberia oit il diri-
geait le Service d',Hygiene, fut recu par le group de la A.D.R.M. Un
banquet fut donn6 en son honneur. A cette occasion le Dr. Armand
adressa aux medecins haitiens *un appel en vue d'une cooperation plus
Itroite sur le plan professionnel et scientifique.
En octobre, le Dr. Maurice Armand fit une communication tres in-
tiressante sur le Traitement exclusif de l'eclampsie par les injections
intraweineuses de solutions hypertoniques de sulfate de magnesie.
D'apres l'auteur, le facteur lc plus important de la crise &clamptique est
le spasme vasculaire qui provoque le ralentissement du courant sanguin
avec transsudation dans les tissues interstitiels (en particulier cedime
c6rebral) l'augmentation de la viscosity sanguine avec modification de
la composition albumineuse, lipoidique.et minerale du sang et dishy-
dration de celui-ci. Le sulfate de magnisie en solution hypertonique
faith c6der le spasme, abaisse la tension arterielle presque immediatement,
provoque la transpiration et une diurese important. II parait avoir
un r61e anesthisique. La mithode employee par l'auteur consiste 1
injecter 10cc. de solution de sulfate de magnesie a 50% dans la veine
toutes les quatre heures jusqu'. la disparition des troubles. Les re-
sultats ont 6t6 satisfaisants puisque, sur vingt sept cas presents, aucun
cas de mort n'a ete enregistri. Les observations concernent dix-huit
primipares; trois multipares; cinq femmes ont &t6 vues au course de
la gestation, quatre pendant le travail et douze dans les suites de cou-
ches. Dix-sept etaient en crise don't cinq dans ,un coma profound, qua-
tre 6taient des pr6e-clamptiques. Dans quatre cas l'accouchement s'est
fait normalement.
En novembre, le Dr. Pierre Mabille fit une communication sur le
r6le de l'equilibre acido-basique des humeurs dans les phbnomines
douloureux et dans certain 6tats morbides. Il exposa les theories du
Dr. Reivici et apporta le resultat de son experience personnelle.
En dicembre, le Dr. Cavalade entretint l'assistance des problimes
de la nutrition dans les tropiques.
En janvier, les 6venements revolutionnaires empecherent le group
de se reunir.


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INAUGURATION DE LA BIBLIOTHEQUE DE
L'INSTITUT FRANCAIS

Le 24 septembre 1945, un Accord Culturel Haitiano-frangais 4tait
sign au Palais National a Port-au-Prince par S. E. le Secr6taire
d'Etat aux Relations Etrangbres, M. G6rard Lescot, S. E. le Secre-
taire d'Etat A 1'Instruction Publique, M. Maurice Dartigue d'une
part, et par S. E. le Ministre D616gu6 du Gouvernement Provisoire
de la R6publique Frangaise, M. Milon de Peillon et M. le Dr. Pierre
Mabille, Charg6 de Mission Culturelle en Haiti d'autre part. Cet
Accord pr6voyait l'ouverture d'un Institut Frangais en Haiti.
A la mi-octobre, le Gouvernement Haitien mettait h la disposition
de la France, une villa situ6e dans un quarter central 3, Avenue
Charles Sumner. Les travaux de reparations, de peinture et d'am&-
nagement furent conduits avec rapidity. Les meubles furent com-
mand6s A l'Ecole Nationale des Arts et M6tiers, dirig6e avec compe-
tence et d6vouement par les Freres Sal6siens.
L'Institut comprend au rez-de-chauss6e deux grandes sales lar-
gement a6r6es ouvrant sur des galleries qui servent de bibliothbque.
Derriere, deux pieces spacieuses jouissant d'un excellent 6clairage
permettront d'agrandir la biblioth&que le cas 6ch6ant, aux heures
d'affluence, et de presenter au public des expositions de peinture, de
reproduction de tableaux, de livres et d'objets d'art, de photogra-
phies. Au premier 6tage, trois bureaux sont r6serv6s au Directeur
de 1'Institut et aux Professeurs r6sidant A Port-au-Prince.
Conform6ment A 1'Accord sign, les Professeurs frangais donne-
ront leurs course A l'Universit6 Haitienne, sous I'6gide des Doyens des
Facult6s int6ress6es; ils seront ainsi int6gr6s a 1'effort cultural hai-
tien. Seules des conferences publiques de port6e g6n6rale seront
faites A 1'Institut. L'absence d'un local suffisamment vaste obligera
dans la plupart des cas A transporter ces conferences, soit dans le
hall de la Facult6 de Droit, soit dans des sales priv6es ad6quates.
Le 7 d6cembre eut lieu l'inauguration de la bibliotheque de 1'Ins-
titut en presence de S. E. le Pr6sident de la R6publique, des Mi-
nistres des Relations Etrangbres, de 1'Education Nationale, du Sous-
Secr6taire d'Etat A la Justice, de S. E. l'Ambassadeur des Etats-Unis
et Mme. Orme Wilson, de Leurs Excellences les Repr6sentants di-


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plomatiques de France, du Mexique, de Cuba, de la R6publique Do-
minicaine, de la Belgique, des Doyens des Facult6s, des Professeurs,
des plus notoires intellectuals de Port-au-Prince. Plus de deux cent-
cinquante personnel 6taient pr6sentes, parmi lesquelles on remar-
quait M. et Mme. Andr6 Breton, r6cemment arrives, le c6lbre
peintre Cubain, M. Wilfredo Lam et Madame.

A cinq heures, le Dr. Pierre Mabille, Directeur de 1'Institut, lut
I'allocution suivante:

M. le President de la Rdpublique
MM. les Ministres
M. I'Ambassadeur
Mesdames .
Messieurs,

Le project d'dtablissement d'un Institut Frangais en Haiti remote a de nombreuses
annies. Rappellerais-je les nigociations de 19'38-1939 entreprises par I'intermidiaire
des ministres Chatelain, Abel Leger, Lion Laleau, par le Docteur Armand et Monsieur
14ucien Hibbert qui trouvirent un appui chaleureux chez 'illustre mathimaticien
frangais le Professeur Danjoie. Le project aboutit en 1939 d un dicret qui fixait I'ou-
verture d'une Ecole Normale Supirieure; des boursieres haitiennes devaient partir a
Paris d I'Ecole Normale de Sevres. Au mois de juillet 1939, Monsieur Raymond
Doret se rendait en France pour choisir les professeurs qui devaient venir des la rentrie
i Port-au-Prince preparer les cadres de l'enseignement secondaire haitien. La guerre
suruint et rendit impossible la rialisation des accords envisages. Et cinq annies pas-
serent qui modifibrent profondiment la.situation.
L'un des rdsultats les plus nets du conflit mondial a etW le deieloppement de toutes
les republiques latino-amiricaines. Haiti, sous l'impulsion du gouvernement du
President Elie Lescot, entend constituer aujourd'hui une Universite national. Une
Faculty des Sciences vient d'etre institute a c6tr des Facultis de Droit et de Mddecine
qui fonctionnent d6ja a la satisfaction gin6rale.
Les intellectuals haitiens pour leur part cherchent a crier une culture particulire
exprimant la rialiti ethnique de leur pays, correspondent d l'individualiti propre de
celui-ci, une culture qui ne soit pas un rellet ou une imitation mais un jaillissement
original et indipendant.
Cette prise de conscience que nous retrouvons dans chacune des nations du continent
amdricain est un phinomBne d'une grande importance historique. Les Etats-Unis,
bien qu'engagds dans la guerre mondiale, guerre que leur technique et leur organisa-
tion ont permis de gagner, les Etats-Unis, dis-je, tout en se constituent en arsenal
et en entrainant des armies immense, ont pendant ces dernibres annies aide au dive-
loppement des nations encore iconomiquement faibles de l'himisphere et ils l'ont
faith grdce d un effort de solidarity continental tout d faith remarquable.
Nous savons, et il imported de toujours se le rappeler, les liens qui unissent cette
famille continental: liens iconomiques, liens de defense militaire et d'autres plus
profonds encore qui tiennent au fait que les jeunes ripubliques du Nouveau Monde
ont acquis leur indipendance en luttant centre l'esprit colonial, centre l'emprise des
nations europdennes et qu'aussi elles ont ete fondles gidnralement par des populations
transplantees.


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Mais a c6td de ces rdalitis geographiques et historiques, il en existed d'autres qui
tiennent a la langue, d la culture et a la formation intellectuelle. La langue n'est
pas seulement un instrument d'9change entire les homes; elle constitute un mode de
pens6e et une discipline d'esprit. Il existe une relation etroite entire la forme et le
contenu, entire la morphologie exterieure et l'energie qui crde la forme, ii existe ainsi
une union indissoluble entire le mot et l'idie qu'il exprime, entire la phrase et le
ddeveloppement de l'idee. La commu.naute de langue et de formation intellectuelle
engendre des liens tres puissants et trBs reels. De telles relations etroites existent entire
la France et Haiti comme aussi entire la France et I'elite intellectuelle de l'Amerique,
puisque cette elite venait traditionnellement chez nous perfectionner son instruction
et prendre contact avec nos artistes et nos savants.
Des 1940, le people frangais a senti, par les marques innombrables de sympathie
qui lui ont ite apporties par les voix autoris6es de l'Amerique, combien solides
dtaient ces liens intellectuals et affectifs. Aussi, des la dllivrance, le gouvernement
francdis preside par le general Charles de Gaulle, a juge qu'il Itait urgent, en m~me
temps que l'on reconstruisait le pays, de donner un nouvel essor aux relations cultu-
relles que notre pays entretenait avec les nations du continent americain. La France
a voulu temoigner ainsi sa reconnaissance. D'autre part, elle a conscience que les
donnCes essentielles de sa culture n'ont pas et6 atteintes par la defaite de 1940, ma-:s
que tout au contraire, elle pouvait apporter le concours utile de son experience, de sa
passion de la liberty dans l'elolution present des jeunes republiques du Nouveau
Monde. Les projects anciens furent repris, de nouveaux furent mis au point, et c'est
pourquoi nous nous trouvons reunis aujourd'hui.
Permettez-moi de rendre un hommage public au Gouvernement du President Elie
Lescot, a son Excellence le Ministre Gerard Lescot, a son Excellence le Ministre
Dartigue, a Monsieur Henri Laugier, directeur des Relations Culturelles a Paris, a
Monsieur Milon de Peillon, Ministre de France en Haiti, don't les efforts conjugugs
ont permis la signature, en Septembre 1945,'de l'Accord Culturel Haitiano-Franaais.
Il restait a realiser en pratique les terms de cet Accord, malgre [es difficulties de
I'heure qui compliquent routes choses et, en particulier, retardent les communications
entire nos deux pays. Un nouveau Ministre de l'lnstruction Publique etait nomme,
S. E. M. Andre Liautaud, j'ai trouv6 chez lui la plus vive comprehension et la
plus aimable sympathie. Nous avons pu mener a bien l'ouvre commence avec son
predicesseur; d l'un et a l'autre, je veux dire mes remerciements.
De l'Accord signed devait nattre l'lnstitut Francais en Haiti. Je voudrais signaler
I'appui que j'ai rencontre chez le Doyen Lucien Hibbert, chez le Secretaire de l'Uni-
versit6 M. Louis Hall, comme chez les Doyens Maurice Armand et Pierre Liautaud.
Et vous entendez les mrmes noms que ceux que j'evoquais tout a l'heure a propos
du project de 1938-1939. Ainsi les modifications politiques, non seulement n'ont
pas emplchi l'evolution normal et naturelle des choses, mais, bien au contraire,
Iont favorisee. Nous venons mime de recevoir une lettre du Professeur Danjoie qui
nous dit son disir de venir apporter sa sympathie d la Ripublique d'Haiti et assisted
aux premiers pas de notre Institut.
Je tiens d remercier les Membres de la Colonie Franaaise qui ont constitud un
Comite de Soutien de l'Institut et ont ruuni des fonds grace auxquels nous pouvons
entreprendre des ameliorations substantielles de notre Etablissement.
A I'hbure ou je vous parole, les boursiers haitiens qui n'ont pas recult devant les
difficulties matirielles de la vie en France, sont installs a Paris et logs a la Cite Uni-
versitaire, c'est-a-dire dans les meilleures conditions pour etudier. Je sais que


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Inauguration de l'Institut Frangais d'Haiti.








S. E. M. Serge Ddly a puissamment contribud a cette reussite et je veux l'en filiciter.
Deux professeurs frangais, M. Colles et Butterlin, sont en mer et arriveront a New
York au debut de la semaine prochaine. Monsieur Landau, professeur de Lettres,
a iti retarded par le concours de l'agrigation; il nous arrivera au debut du mois de
Janvier. Monsieur Robert Tenger sera des n6tres les premiers jours de Janvier;
pourvu de titres frangais et amiricains, il fera la FacultW de Droit un Cours de Droit
International Compari qui pourra rendre les plus grands services a vos itudiants.
Enfin, nous inaugurons ce soir la bibliothique de l'Institut. Lors de mon recent
passage a Paris, j'ai pu, grdce a Monsieur Joubert, Chef du Service des Livres aux
Relations Culturelles, riunir ces volumes don't la plupart sont devenus rares par suite
du manque de paper en France. Notre bibliothique. n'est pas inorme, environ 2.000
livres et revues. Sa valeur reside dans le fait qu'elle ne content pratiquement que
des ouvrages ricents, les plus anciens remontant a 1937. La plupart des livres que
vous trouverez ici ont ite publics pendant la guerre sous l'occupation allemrrnde;
vous aurez done 1h une expression ricente de la vie intellectuelle franfaise; vous
pourrez vous persuader ainsi que, malgri l'oppression, malgre les restrictions, malgre
la repression farouche du nazisme, la pensie a continue et des travaux tris nombreux
ont pu itre menes a bien. Ceci vous prouvera que la vieille Europe n'est pas encore
a l'article de la mort.
Notre bibliotheque constitute d6s maintenant un instrument modest certes, mais
non nigligeable mis a la disposition de la jeunesse universitaire haitienne. Pour la
commodity de celle-ci, nous avons etabli un catalogue par matibre, qui permettra d
chacun de trouver plus facilement les renseignements qu'il desire. Ce catalogue, les
Frires de l'Instruction Saint-Louis de Gonzague ont bien voulu se donner la peine
de la mimiographier, je ne saurais trop les remercier de cette contribution nouvelle
a la culture. Un exemplaire du catalogue sera dis demain envoy a chaque etablisse-
ment d'enseignement. Ainsi les professeurs et les leaves sauront a l'avance ce qu'ils
peuvent trouver a l'Institut. La bibliothBque sera enrichie prochainement par de
nouveaux envois qui me sont promise par le Dipartement Frangais des Relations
Culturelles; elle pourra alors etre digne de l'Institut Frangais.
Nous nous excusons, etant donned la pricarite de nos resources, de ne pouvoir
consentir le prit des livres. C'est pourquoi nous nous sommes efforcis dans
cette maison mise a notre disposition par le Gouvernement Haitien et reparee par lui.
de crier une atmosphere agreable au lecteur. Les cartes d'entrie seront delivrees gra-
tuitement pour permettre aux etudiants necessiteux de pouvoir travailler comme
leurs camarades plus aisis. La bibliotheque sera ouverte le matin de 8 heures et'
demie a midi et l'apris-midi de 4 heures et demie a 8 heures. Les livres constituent
un instrument de travail mis a la disposition de la jeunesse universitaire de ce pays
sont places sous la sauvegarde de celle-ci et nous sommes persuades qu'elle apportera
le plus grand soin a leur conservation.
Nous avons le plaisir d'avoir ce soir avec nous deux hommes bien diffirents, le
mddecin lieutenant-colonel Cavalade, adjoint au Directeur du Service de Santi Colo-
nial a Paris, medecin de grand talent et organisateur apprecie, et le grand poete et
icrivain Andri Breton don't le prestige international me permet de ne pas vous le
presenter plus longuement; son sejour de trois mois parmi vous vous oermettrai
d'ailleurs de prendre un large contact avec lui. Monsieur Henri Laugier, Directeur
des Relations Culturelles, a tenu a ce qu'il vint en Haiti pour presenter de la France
un des aspects les plus modernes et les plus vivants. Je salue egalement Monsieur
Wilfredo Lam, ceiibre peintre Cubain, qui tst un des elements les plus brillants de
notre Ecole de Paris. Je le remercie d'etre des n6tres aujourd'hui.


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Le Colonel Cavalade vous parlera ce soir des plans de riorganisation de la Santi
Publique et de I'Hygiine dans la France d'Outre-Mer. Les probltmes que rencontre
administration frangaise pour combattre les ipidimies et les endimies, pour amilio-
rer le sort des masses populaires africaines ont une itroite similitude avec ceux que
le Gouvernement Haitien confront chaque jour. Et il m'a semblI interessant que
la voix d'un technician franaais soit entendue d Port-au-Prince au moment mrme
oa le President Lescot entreprend ici une riforme profonde de l'Hygiene Publiqut.
Les autoritis sanitaires frangaises possident une experience dij& longue des problimes
tropicaux, experience itablie sur des millions d'habitants pauvres et souvent peu
evolues quant d leur instruction gindrale, mais elles n'ont pas voulu s'enfermer
dans cette experience; aussi, ont-elles disigne le Docteur Cavatade et deux autres
de ses confrbres pour venir aux Etats-Unis recueillir dans les milieux compitents
de l'armee et de la marine, I'enseignement que l'on peut retire de la guerre actuelle
qui s'est faite en grande parties tant en Afrique qu'en Asie et en Oceanie dans des
regions tropicales malsaines. II est evident que l'organisation americaine pour la
prevention et le traitement des maladies tropicales a triomphi ld encore de difficulties
qui paraissaient insurmontables. Ce succis mirite de retenir notre attention et vient
completer heureusement les connaissances que nous avions ddjd. La mission du
Docteur Cavalade s'inscrit dans le plan giniral des changes culturels qui, laissez-moi
I'espirer, deviendront chaque jour plus itroits.
Tout l'interit des Antilles, et plus particulibrement de la Ripublique d'Haiti, est
de constituer un lien ideal de confrontation entire les techniques et les cultures diffi-
rentes. Comme je vous le disais il y a quelques mois, la France est ardemment disi-
reuse d'apporter son concourse a cette confrontation et ainsi, de servir a l'Itablisse-
ment des cultures autonomes qui doivent se ddvelopper sur ce Continent.
Le problime de I'HygiBne Publique, la lutte centre les epidimies, I'amilioration
de la nutrition populaire, sont autant de problimes essentials dans l'evolution du
Continent Amiricain o0i des masses humaines considerables vivent encore dans un
etat peu satisfaisant.
Mais faut-il pour cela nigliger l'dvolution intellectuelle et sensible des elements
qui se sont digagis, avec quelles difficultis nous le savons, de la pauvret6, de la
misere et surtout de l'ignorance? II ne le semble pas. Nous arriverions sans cela a
un etat collectif oi tout r8ve, tout effort human pour transgresser les conditions
actuelles de la pensee, serait devenu impossible par suite de l'itablissement d'une
midiocritr conformiste uniquement attachee d des problimes matoriels et iconomiques.
C'est pourquoi la lutte pour la transformation de l'homme dans tous les domaines
doit itre maintenue aussi imperieuse et aussi exigeante; la presence du poete Andri
Breton sera bienfaisante car elle apportera a ce feu interieur djda si vif en vous, un
renouueau de chaleur et d'enthousiasme. II faut que nous puissions envisager les
transformations de demain, non pas comme un fardeau que I'Histoire rend ineluc-
table, mais avec tout l'espoir qui animait jadis les grandes ginirations rvoolution-
naires de 89, de 48 et de 1804.

Puis la parole fut donn6e au Lieutenant Colonel Cavalade qui
prononga une interessante conference sur les Plans de reorganisa-
tion du Service de Sant6 de la France d'Outre-Mer. La revue
<(Conjonctions en publiera le texte dans son prochain numero.
Apres ces manifestations oratoires, chaleureusement applaudies,
eut lieu une reception qui retint jusqu'd 8 h. et demie la brillante
et sympathique assistance.

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Frequentation de la Bibliothique


La Bibliotheque a commence a fonctionner des le lendemain de
son inauguration sous le contr6le du biblioth6caire M. J. B. Romain.
Au 15 Janvier, plus de 250 cartes ont 6te d6livr6es. Une trentaine
de lecteurs viennent chaque jour consulter les ouvrages.


LE SEJOUR A PORT-AU-PRINCE du MEDECIN
LIEUTENANT COLONEL CAVALADE

Le Lieutenant Colonel Cavalade, M6decin du Corps de Sant6
Coloniale, adjoint au Directeur du Service de Sant6 au Minist6re
des Colonies, est un specialiste eminent des Maladies Tropicales.
Envoy6 par le Gouvernement Frangais, comme D616gu6 h la Con-
f6rence international de Qu6bec, il est aujourd'hui charge de mis-
sion aux Etats-Unis; il doit prendre contact avec les Services com-
p6tents de l'Armee et de la Marine Am6ricaine pour recueillir les
fruits de l'exp6rience acquise par ces Services pendant la guerre
dans les diff6rents pays tropicaux oh les troupes ont combattu. Dis-
posant de quelques jours de liberty, le Colonel Cavalade a eu l'heu-
reuse id6e de venir en Haiti pour se rendre compete des probl6mes
d'Hygiene Publique qui s'y posent et des moyens utilis6s par le Gou-
vernement Haitien pour combattre les maladies tropicales.
Il a 6te regu a son arrive A la L6gation de France et A 1'Institut
Frangais, a pris contact avec les Autorit6s Haitiennes qui avec une
extreme obligeance lui faciliterent la visit de 1'H6pital Gen6ral, et
de quelques dispensaires ruraux. Il prononga dans le grand amphi-
th6itre de 1'Ecole de M6decine la conference que nous publions
dans ce num6ro. Sur l'invitation des Drs. Camille Lh6risson et
Maurice Armand, il fit deux course aux 6tudiants de la Faculte.
L'Association pour le d6veloppement des relations m6dicales don't
les del6gu6s h Port-au-Prince sont les Drs. Sylvain et Roy lui
demand de participer a sa stance mensuelle du 6 d6cembre. Au
course de cette reunion, le Dr. Cavalade discuta avec cordiality
et simplicity certain points de la pathologies exotique.
Le 7 d6cembre, a l'occasion de l'Inauguration de 1'Institut Fran-
gais, il fit un remarquable expos des Plans de r6forme de la sant6
publique qui vont ktre appliques par le Gouvernement Frangais en
Afrique.
Le sp6cialiste Francais a 6t6 touch de l'accueil qu'il a regu des
Autorit6s et du Corps M6dical Haitien, que nous voulons remercier


-65 -








ici en son nom. Il s'est rendu compete de la similitude des problemes
d'Hygiene Publique en Haiti et en Afrique et des difficulties ren-
contr6es ici et 1a par le Service de Sant6. II a form le vceu que des
contacts plus 6troits soient assures entire la Facult6 de Medecine de
Port-au-Prince et les Facult6s Frangaises specialis6es de Marseille
et de Dakar.
Remarquons en passant que les boursiers Haitiens, qui vont a
l'etranger faire leurs 6tudes ou perfectionner leur instruction, se
dirigent toujours vers des centres universitaires 6tablis dans les
regions temp6eres, c'est-a-dire, places dans des conditions qui ne
seront pas celles de leur pratique ult6rieure. Il serait souhaitable
que les jeunes m6decins Haitiens puissent visiter les organizations
sanitaires modernes cre6es par la France dans les Tropiques, en par-
ticulier a Dakar, ou ils pourraient profiter de l'experience d6ja an-
cienne acquise par le Corps de Sant6 Coloniale dans le domaine
de la pathologies tropical.


LES BOURSIERS HAITIENS EN FRANCE

Le Gouvernement Frangais met dix bourses d'6tudes et de per-
fectionnement a la disposition de la jeunesse haltienne, telle est la
nouvelle publiee dans les journaux de Port-au-Prince h la fin du
mois d'Aoft. Plus de cent cinquante candidates viennent s'inscrire
A la Legation, la selection commence, elle est rendue difficile par
l'excellence des r6efrences pr6sent6es. Dix jeunes gens sont retenus:
Le Dr. Bellerive, le Dr. Beaubceuf, Lucien Carrie, 6tudiant en
Medecine, Pradel Pompilus, professeur de lettres, M. Boisson, pro-
fesseur de math6matiques, M. Pierre Cauvin, licenci6 en droit,
Herv6 Boyer, Joseph Chatelain, licenci6s en Droit, Daniel Flambert,
architect, Gerard Raoul Rouzier, Sciences politiques.
Les conditions difficiles de la vie en France effrayerent quelques-
uns de ces jeunes gens et cinq d'entre eux seulement d6ciderent de
partir. M. Bloncourt, Frangais, brilliant 6lve de la Faculte de M6de-
cine de Port-au-Prince, se joignit a eux.
Arrives a New-York, ils durent attendre plusieurs jours et furent
regus aimablement par MM. Seyrig et Claude Levi-Strauss, Con-
seillers culturels frangais. Les boursiers sont a Paris depuis le 30
novembre et sont logs a la Cit6 Universitaire. Carri6 et Bloncourt
pr6parent l'externat des H6pitaux de Paris; le concours sera difficile
cette ann6e, plus de 4.000 candidates pour 500 places don't la plupart
sont r6serv6es aux rapatries d'Allemagne et aux d6mobilis6s. Cauvin


-66-






Chatelain, Boyer, les trois mousquetaires de la Facult6 de Droit
6crivent: < il valait la peine et nous avons l'Age oi I'on va facilement A la
grande venture, surtout quand au bout du chemin on tombe sur des
monuments comme le Pantheon que nous avons visited le 5 d6cembre.
Nous sommes descendus dans la crypte pour voir les tombeaux de
Victor Hugo, de Voltaire et c6toyer un peu l'ombre de ces grands
hommes.>>
Nous souhaitons bonne sant6 et bon succes a ces jeunes gens si
sympathiques et si enthousiastes.


ANDRE BRETON EN HAITI

Andr6 Breton 6tait attend avec impatience par la jeunesse hai-
tienne. Depuis plusieurs semaines 1'annonce de son arrivee avait
suscit6 de nombreux articles dans la press. On allait enfin voir le
pare du Surr6alisme et entendre une voix puissante de la France
moderne; voila qui allait changer des personnages falots comme Ge-
nevieye Tabouis, Henri de Kerillis, Andr6 Maurois auxquels 1'ami-
ti6 traditionnelle d'Haiti pour la France avait seulement accor-
d6 une reception officielle dict6e par la courtoisie et don't les
conferences, expression de rancceur et d'amertume, avaient laiss6
un souvenir plut6t desagr6able. Le professeur Henri Laugier, Di-
recteur des Relations Culturelles h Paris, qui a eu l'id6e d'envoyer
a Port-au-Prince Andr6 Breton, peut Etre satisfait du succes rem-
port6 par ce brilliant ambassadeur des Lettres Frangaises.
Le 4 d6cembre, Monsieur et Madame Andr6 Breton 6taient requs
a la Pan American Airways par les repr6sentants de la po6sie hai-
tienne. Le lendemain, au Savoy, une premiere prise de contact avait
lieu entire le pokte francais et MM. Michel Roumain, Edris St.
Amand, Roger Gaillarl1, Thoby Marcelin, Jean Brierre, Ren6 B&-
lance, Pierre Mayard, Cimrnent Magloire St. Aude, Paul Laraque,
Ren6 D6pestre, R6gnor Bernard, F. Morisseau Leroy, Roussan
Camille.
Un grand banquet fut offert deux jours plus tard par la jeunesse
intellectuelle A Andr6 Breton. < du jeudi 13 d6cembre, publiait une important interview recueillie
par Ren6 B61ance don't nous extrayons ces lignes:

< les plus douloureux m'entrainaient a d Lier de la voice royale qui est la sienne et a
tourner en rond sur elle-m'mrne en un point crucial de cette voie. Son rdle est de se


-67-







porter sans cesse en avant, d'explorer en tous sens le champ des possibilities, de se
manifester-quoi qu'ii advienne--comme puissance imancipatrice et annonciatrice
par deld les convulsions qui saisissent les regimes et les socictes, ii faut pour cela
qu'elle garde le contact avec le fond primitif de l'"tre humain-angoisse, espoir,
inergie crcatrice--qui s'avcre le seul ri5servoir de ressources... La poesie de circons-
tance nee de la guerre est un phinomene cruptif sans lendemain. Je reconnais qu'elle
a vehicule des sentiments tres louables, au moment od it n'avait pas licence de s'ex-
primer sous une autre forme. Ceci, sur le plan de la lutte immediate, est de nature d
la justifier. Au reste, < en bloc. Nous manquons de recul pour dire a coup sar, si, de tout cet cphemere, on
a r6ussi ou non a fair jaillir de l'dternel. Ce qui est certain, c'est que la poesie de
circonstance a perdu dts maintenant tout droit a se maintenir au moins come genre
prdponddrant. Attendons non sans inquietude de voir comment s'en digageront ceux
qui s'y sont voues et lui doivent des success plus ou moins grisants, auxquels la oraie
valeur poetique reste etrangcre. Le retour d la peinture realiste, tel qu'on croit l'ob-
server en France (non en Angleterre et aux Etats-Unis) marque une reaction pure et
simple, consequence de la speculation effr/nfe et aveugle qui porte sur les tableaux
comme sur le reste. Cette peinture pst absolument sans avenir parce qu'elle va centre
les determinations historiques de la peinture m8me, qui sont d'ailleurs inseparables de
cells de la poasie, de la philosophic et des sciences, parce qu'elle se targue effronti-
ment ou naivement de contrarier la march du temps-.


Le 20 decembre, la grande salle du theatre REX s'emplissait de
plus de six cents jeunes gens, pour la plupart 616ves des Facult6s.
Pierre Mabille, Attach6 Culturel en Haiti, pr6senta l'orateur en ces
terms:

Monsieur le President de la Republique, Messieurs les Ministres, Mesdames, Mes-
sieurs.
L'ceuvre d'Andre Breton vous est trop connue pour qu'il soit utile de vous la
rememorer. II vous dira lui-meme, dans un instant, quels ont ete et quels sont les
traits essentiels du surrealisme. Je voudrais seulenent temoigner publiquement I'ad-
miration que je nourris pour un homme que je connais depuis de nombreuses annees
et don't la vie est un example de continuity exceptionnelle de pensfe, de fideliteN
des principles reflechis et de respect absolu aux regles qu'il s'est fixees, rbgles qui rea-
lisent pour lui 'impiratif de la conscience dans ce qu'elle a de plus eleven.
Je voudrais insisted sur I'absence de route compromission dans la vie d'Andre
Breton. Son attitude resolument anti-opportuniste est un faith tries rare parmi les
litterateurs.
Breton a iou un role essential dans la transformation de la sensibility contem-
poraine. Autour de lui sont venus se grouper des jeunes gens arrives de tous les
coins du monde et qui avaient en common une insatisfaction fondamentale des con-
ditions qui sont faites de nos jours d l'homme; it a ete un point de cristallisation
de l'inquiltude artistique au course de ces 25 dernieres annees. Mais il a fet plus:
a son contact, dans l'ambiance de sa personnel, dans le champ magnetique qui se
cree autour de lui, les ctres ont donne le meilleur d'eux-memes, les dons impricis et
incertains se sont magnifiquement developpes et s'il fallait citer les families de son
atelier de la rue Fontaine i Paris, ii faudrait enumnrer tous les noms connus de la


-68-






poesie et de I'art moderne- Eluard. Soupault. Arugon, Peret. Char. Crevel et tant
d'autres. L'un do 'is fir rc'ents amis. i non ides nc.injries, est .A:mn Ccsuiir don't uous
ai'ez pu apput er / tIonnante tpersonrn, litt : iBretton a. plus qfu'ituccin autre. contribu;
a attirer sur son qenie attention tIternationale.
Je me t:lictei qiuAndri' Breton. (e centre e.xtrat rdtnuirce de forces, stt passe ern
Haiti, acant de ret tindre la [France o pu une parties inmpurtante de a jeunesse l'attend
aivec impatient t Idei'luion; etle esp 're becouii up de celut qui n (a Iamati transige et
qui demeure pour il it l tre det s raisins d' .sp :r,,'r cr ho:rmmes par ccs temps tie confusion
et de dEdouralemo4int
Pertma ttez- otii di' dJre l paiser lii paroul' on le remere int I' ac'anL e de sa com-
nyicnicatlion.


Puis Andre Breton prononqa la conference que nous reproduisons
dans ce numrro. L'auditoire fut emerveille et de la beauty de la
langue, des id6es 6mises, de la diction magistrate, de 1'autorit6 de
l'homme et des accents de fraternity que sut trouver le nouvel ami
d'Haiti.
Les fetes de Noel et du Nouvel An vinrent retarder les causeries,
plus specialisees sur la po6sie et sur 1'art qu'Andr6 Breton vient
faire a Port-au-Prince. Puis vint la revolution, qui forqa a les ren-
voyer une nouvelle fois.
Le vendredi 18 janvier, dans le hall de la Faculte de Droit, plus de
quatre cents personnel applaudirent avec enthousiasme une confe-
rence magistrale sur TES DU ROMANTISME FRANCAIS. VICTOR HUGO MECON-
NU>>.
Le mardi 22, Andre Breton, traita avec un nouveau su3ces du
theme suivant: TURE MODERNE: GEORGES SEURAT-HENRI ROUSSEAU
LE DOUANIER-. Cette conference fut illustr6e de projections. En
effet, Andre Breton avait pris soin d'emporter de New York une
serie de reproductions qui ont permis au public haitien de prendre
contact avec des tr6sors d'art que seuls quelques privil6gi6s avaient
pu admirer au course de leurs voyages a l'6tranger.


Les prochaines causeries de M. Andr6 Breton, traiteront de:
SPOFSIE T'cts; rL':s rurn. n:tiues de r;anie pe:cussin Altosius Bettrand,
Pilrus Borel, G:rard die Nertal.- Sittuation de Baudela.tire.
Evciution du concept de liherte a tracers le ronmantisme.--Les penseurs sociiaux
du romantisme: Henri dC Saint-Stmon. ie P rte kftantain. Charles Fourtert.-Libdra-
tion et Liberte.
Matllarmo.- -Rinbaud.
Les ,nouveaux frissons intellectutelst> et I .esprit mnodernr>>: .auti eOJmont. Alfred
Jarry. Guillaume Apollinaire.
Le surrealisrne et la poosie.

-69 -





PEINTURE: L'organisation de la sensation. Henri Matisse.--Rvolution pro-
voquee par la dlcouverte de l'art > (Afrique, Oceanie, Amerique).-La
grande adventure plastique: Pablo Picasso.
En marge du cubisme: abstractivisme, futurisme, movement Dada. Deux isoles:
Marc Chagall, Paul Klee.
Les pre-surrealistes: Georges de Chirico, Marcel Duchamp, Premibre vague surrea-
liste dans IFa-t (1921-1929): Max Ernst, Andri Masson, Joan Miro, Man Ray,
Yves Tangug, Jean Arp.
Second vague surrealiste (1929-1945): Rend Magritte, Salvador Dali, Alberto
Giacometti, Victor Brauner, Wilfredo Lam, Matta, etc..


M. ROBERT TENGER A LA FACULTE DE DROIT

M. Robert Tenger est arrive en Haiti aux frais du Gouvernement
Haitien et du Gouvernement Frangais. Avocat h la Cour d'Appel
de Paris, dipl6m6 de 1'Ecole des Sciences Politiques, M. Robert
Tenger est aussi Bachelor of Law de la Columbia University de
New York. Il est le secretaire g6enral de la r6daction du c1e6bre
journal du Droit International fond il y a soixante quinze ans par
Clunet et qui est rest l'instrument de travail des juristes de Droit
International Priv6 dans le monde entier. Il est le directeur des
editions francaises de la Maison Brentano's don't les publications
ont, A un moment oii les livres frangais ne pouvaient plus arriver
sur ce Continent, si puissamment contribu6 entretenir la vie de
la langue et de la pens6e frangaises A New-York.
II a commence le 21 janvier A la Facult6 de Droit son course de
Droit International Priv6 Compar6. Le Dr. Pierre Mabille n'avait
pas eu de peine a convaincre les Autorit6s Haitiennes de 1'int6ret de
ce Cours nouveau consacr6 A l'6tude comparative des systemes
frangais et am6ricain. Par sa position g6ographique, Haiti se trouve
entire le monde de la civilisation latine et celui de la civilisation
anglo-saxonne, entire le monde du Droit Civil et celui du Droit Cou-
tumier de la Common Law. Par sa position g6ographique Haiti,
pays de culture franqaise, se trouve en rapports commerciaux avec
les Etats-Unis. En enseignant le Droit Compar6, le Professeur Ro-
bert Tenger ne fait que continue la tradition des juristes frangaim
qui n'ont jamais voulu que leur enseignement restAt 6troitement
nationalist, ignorant syst6matiquement ce qui se faisait ailleurs.
Le Doyen Pierre Liautaud, les professeurs de la Facult6 et les
616ves ont r6serv6 un accueil chaleureux A M. Robert Tenger don't
l'enseignement durera un trimestre et sera sanctionn6 par un
examen.


-70-






LES PROFESSEURS FRAN(AIS A PORT-AU-PRINCE

Le 15 janvier sont arrives en Haiti MM. Colle et Butterlin envoys
comme professeurs par le Gouvernement Franqais.
M. Yves Colle est licenci6 d'Histoire et de G6ographie, dipl6m6
d'6tudes sup6rieures A la Sorbonne, grand admissible h l'agr6gation,
il a W6t pendant trois ans professeur au Lyc6e Berthelot de Paris.
Une section sp6ciale des course normaux sera ouverte des le d6but
de fevrier, M. Colle y enseignera l'Histoire et la G6ographie. Ce
jeune maitre, disciple du professeur Sorre de Paris, est sp6cialiste
en g6ographie humaine, il compete s'int6resser aux problemes de
l'Ethnographie haltienne et leur consacrer sa these.
M. Jacques Butterlin est un ancien 6leve de 1'Ecole Normale de
St. Cloud, titulaire du professorat des Ecoles Normales, Licenci6
d'agr6gation pour les sciences physique, chimique et naturelle, il
est sp6cialis6 dans 1'6tude de la g6ologie. Il fut prisonnier de guerre
en Allemagne pendant 5 ans. Il commencera sous peu ses course
de chimie g6nerale et de chimie industrielle a l'6cole des Sciences
Appliqu6es. Son project est d'6crire une th6se sur la g6ologie hai-
tienne.
Nous souhaitons bon succ6s a ces deux professeurs.










L P$ DJt


- 71 -









LA VIE DES SOCIETIES


La revue a demanded a toutes les Societ6s et
Clubs ha'tiens et strangers a Port-au-Prince don't les status sont
declares de lui faire parvenir des indications sur la composition de
leurs bureaux et sur les manifestations qu'ils comptaient entre-
prendre pour les mois de janvier et f6vrier 1946. Nous esp6rions
ainsi donner au public un tableau des activities culturelles et sociales
de la capital. Les 6v6nements r6volutionnaires sont venus modi-
fier la composition de certain comit6s directeurs et ont forc6 de
remettre bien des reunions projet6es. Nous esp6rons dans notre
prochain numero pouvoir fournir a nos lecteurs un tableau d'infor-
mations plus complete et plus correct. Nous pensions en effet qu'il
est interessant d'attirer l'attention sur des activitbs qui demeurent,
faute de publicity, limit6es a un public restreint. Nous prions les
Soci6t6s de nous faire parvenir le plus t6t que possible leurs projects
de reunions et de conferences avec la date et l'adresse et nous nous
ferons un plaisir d'en faire part gracieusement.


L'AMITIE FRANCAISE

La plus grande parties de la colonie franchise et beaucoup d'Hai-
tiens amis de la France, ont decide de constituer cette nouvelle Asso-
ciation au lendemain de la resurrection de notre pays. Une des
premieres manifestations de 1'Amiti6 franchise fut d'organiser a
l'occasion de la commemoration de l'armistice du 11 novembre 1918
un festival radiophonique. Le Comit6 avait sollicit6 le concours de
personnalit6s haftiennes, anglaises, am6ricaines et franchises. Ma-
dame Clement Magloire avait mis a sa disposition le poste de la
HHBM. Le Dr. Camille Lherisson et M. Dantes Bellegarde vinrent
affirmer une fois de plus, avec le grand talent oratoire qui les
caracterise, la profonde sympathie que nourrit Haiti pour la France;
ils exprimerent leur espoir dans la prochaine restauration mat6rielle
et morale de notre pays.
Le commandant Francis Taylor, M. Waterchoot, le R6evrend Pere
Varroa, anciens combatants de la premiere guerre mondiale, rappe-


-72-





























































Costume de carnival.
(Collection du Bureau d'EtLhooogie)


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lkrent combien l'Humanit6 avait souffert au course du premier con-
flit, quelle catastrophe fut la d6sunion des nations allies apres
I'armistice de 1919 et les devoirs qu'impose la nouvelle victoire
commune acquise au prix de tant de sacrifices d'hommes et de biens
mat6riels. Ils soulignerent le parallle qui existe entire les deux
conflicts et dirent leur espoir que cette fois-ci les nations unies
restent solidaires dans la paix comme elles le furent dans 1'effort
de guerre.
Dr. Pierre Mabille cl6tura l'6mission en exaltant la collaboration
international: < gandes insidieuses et malhonn&tes qui visent a introduire la discorde
parmi des hommes qui, hier encore, luttaient en commun avec l'es-
poir sincere de construire un monde plus just et plus fraternel>.
M. Armand Klang remplit avec autorit6 le rl1e de speaker b6n6-
vole permettant a cette manifestation de se d6rouler harmonieuse-
ment.
Le succes de cette mission est un encouragement pour la jeune
Association <.

< L'ALLIANCE FRANCAISE >

L'ALLIANCE FRANCAISE>, pr6sid6e avec autorit6 par M. L.
Caius Lh6risson, a fete en novembre le quatrieme anniversaire
de sa foundation. La premiere conference fut celle du Dr. Pierre
Mabille, Attach6 Culturel de la France en Haiti: < ASPECTS DE LA CULTURE FRANQAISE>. Le texte de cette
causerie est reproduit dans ce num6ro.
Le dimanche 18 novembre, Mme. Jeanne Perez, exalta le role de
la femme dans la soci6t6 moderne et fit un parallele entire l'heroisme
de la femme frangaise et de la femme haitienne.
Le 25 novembre, le Dr. Clement Lanier, le distingu6 animateur de
L'Alliance Franqaise de St.-Marc, lut une tres int6ressante 6tude
sur le grand patriote Haitien que fut Ant6nor Firmin. Il rappela
les id6es fondamentales du pedagogue et de l'homme politique, id6es
qui conservent aujourd'hui toute leur actuality.
La premiere et la troisieme s6ances furent suivies d'une distribu-
tion de prix et de diplomes attribu6s aux meilleurs 61lves des classes
de franqais de la capital et de la province. M. Caius Lh6risson et
ses collaborateurs peuvent 6tre fiers du succ6s remport6 par ces
manifestations de gala.
(L'ASSOCIATION DES MEMBRES DU CORPS ENSEIGNANT
President L. Caius Lh6risson, a 6t6 associ6e aux fetes de 1'Alliance
Frangaise.
-73-






LE CENTRE D'ART


Cet organism fond sous le haut patronage du Pr6sident de la
Republique et de 1'Institut Haitiano-Am6ricain, continue sous la
direction de M. DeWitt Peters son activity sympathique. En octobre
furent exposees les ceuvres des membres du Centre d'Art, peintes
pendant les vacances, un peu plus tard, les compositions destinies
A decorer ]a salle d'attente de l'aeroport de la Pan American Air-
ways.
En novembre eut lieu l'exposition des photographies venues des
Etats-Unis et de trois tableaux de Fougita prtd6s par M. Alexis.
En decembre furent exposees les toiles de Philome Obin, peintre
populaire haitien, trois tableaux de Wilfredo Lam et les lithogra-
phies de Kathe Kollwitz, prkt6es par M. Albert Mangones. En
janvier le Centre d'Art organisa la tr6s belle exposition des pein-
tures et dessins de Wilfredo Lam. Cette manifestation de tres grande
importance artistique laissera en Haiti un souvenir ineffaqable et
aura certainement une repercussion profonde sur l'6volution de la
sensibility de la jeunesse.
Une petite revue illustrde, tres heureusement pr6sent6e, a dt6
6dit6e A l'Imprimerie de 1'Etat par les membres du Centre d'Art sous
le titre . Relevons au Sommaire les articles de DeWitt
Peters, de Philippe Thoby-Marcelin, G6rald Bloncourt et Pierre
Mabille.


L'INSTITUT HAITIANO-AMERICAIN
Les course d'anglais ont repris, donn6s avec succ&s par Melle. Adele
Br6aux, le lundi, mercredi et vendredi de 10 heures a 11 heures, et
l'apreis-midi le lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 5 heures
a 6 heures 30. Le professeur Math6us, fait le mardi, jeudi et samedi
de 6 heures a 7 heures P. M. un course d'Anglais r6serve aux futurs
boursiers aux Etats-Unis.
Mme. Clovis Kernisan, le lundi et vendredi de 10 heures h 11
heures, et le lundi et jeudi de 5 heures a 6 heures p. m. enseigne le
franqais aux membres amdricains de 1'Institut.
Chaque mercredi a 6 heures p. m. cinema, films documentaires
ou d'actu:alit6. Le vendredi a 8 heures p. m. conference en francais
ou en anglais ou audition musical.
La bibliotheque comprenant des livres de langue anglaise et de
langue franchise est ouverte de 4 heures 30 a 8 heures p. m.


- 74 -







(AMBASSADEUR>.-Ce cercle mondain et sportif presid6 par
M. Yves Destouches, compete organiser une s6rie de conferences;
les evenements politiques l'ont oblige a differer ce project.

(CERCLE PORT-AU-PRINCIEN>>, President Albert Eth6art.
L'Association n'a pas de reunions prevues en raison des am6liora-
tions qu'elle est en train d'apporter a son local.
((ASSOCIATION VAILLANCE), President Claude Najac. Tient
ses seances regulieres chaque semaine le dimanche a onze heures,
au local de l'6cole Grace Merry Stewart, Ste.-Trinitf, Eglise Epis-
copale angle de la rue Pav6e et de la rue Mgr. Guilloux.

( PHARMACIE ET EN ART DENTAIRE>, President M. Adrien
Westerband. Deux importantes reunions plenieres ont ete tenues
le lundi 14 janvier a 10 heures et le mardi 15 janvier a 12 heures,
elles ont 6et consacr6es h l'6tude des 6v6nements politiques dans les-
quels la jeunesse des Facultes a tenu la premiere place. Le Comit6
de 1'Association se reunit le vendredi de chaque semaine a 12 heures.

Pierre Moravia-Morpeau. Les reunions qui devaient avoir lieu les
mardis apres-midi a la legation du Venezuela ont ete renvoyees en
raison de l'activit6 politique actuelle. La Garde d'Honneur du
Libertadorm entend ktre aussi celle des h6ros du monde entier, elle
organise des festivals radiophoniques en l'honneur de toutes les
personnalit6s qui honorent l'humanit6 en luttant pour sa liberation.

((LA SOCIETY BOLIVARIENNE D'HAITI>, President Victor
Cauvin. Nous informed que les dates de ses manifestations en janvier
et en fevrier ne sont pas encore fixees.
((L'AMICALE>, President Emile St.-L6t. En raison de la periode
revolutionnaire, ce cercle n'envisage pas de reunions pour l'instant.
((LA LIGUE POUR LA PROTECTION DE L'ENFANCE), Pr6-
sidente Mine. Jacqueline Wiener Silvera, organisa le 23 decembre
1945, une magnifique reunion l'occasion de l'arbre de Noel oftert
aux pupilles de la Ligue. La distribution des vetements et des
jouets a 6t6 suivie d'une seance de cinema fort appr6ciee des infants.
(L'INTREPIDE CLUB., President M. Roger Angiade. Cette 'As-
sociation qui dispose d'un vaste et agr6able local et group une
bonne parties de la Jeunesse des FacultIs a donned en octobre, no-
vembre et decembre une s6rie de fetes et de manifestations des






plus r6ussies, cocktail-dansant du dimanche matin, conferences sui-
vies de bal le samedi soir, etc. La s6rie des conferences 1945-46, fut
ouverte par une 6tude de Jean F. Brierre consacr6e h Toussaint
Louverture. Apres avoir rendu hommage aux deux leaders disparus
de la jeunesse haitienne: Jacques Roumain et Roger Cauvin, 1'ora-
teur traita avec sa maitrise habituelle de certain points de la vie
de Toussaint-Louverture, il montra que ce h6ros ne pouvait pas -tre
accuse de duplicity comme le font certain historians mal intention-
n6s. L'action de Toussaint Louverture a toujours 6te droite et
claire, elle n'a pas cess6 un seul instant d'etre tendue vers la lib6ra-
tion de l'homme noir, vers l'abolition de l'esclavage et la constitution
d'une communaut6 haYtienne libre et prospere. Jean Brierre requt
de l'auditoire enthousiaste, des marques de sympathie et d'admira-
tion nombreuses.
Lors d'une seance ult6rieure, le 15 d6cembre le Dr. Pierre Ma-
bille exposa devant une salle comble, les graves probl6mes actuels
que pose le d6veloppement de la science et de la technique moderne.
Le texte de cette conference a 6t6 public dans le numero de d6-
cembre de la revue des Etudiants en M6decine, en Pharmacie et en
Art Dentaire: <>...

COMITE ALEXANDRE PETION-SIMON BOLIVAR, President
Dr. Francois Dalencour. Le Comit6 a organism en decembre deux
manifestations commemoratives qui ont remporte un grand succes.
Une plaque a et6 appos6e sur les murs de 1'ancienne cath6drale de
Port-au-Prince. Quelques jours plus tard, un Te Deum fut chant
dans cet edifice religieux qui est un des plus anciens monuments
de la ville.
FESTIVAL FOLKLORIQUE donned par Mme. Odette Gloekl6 et
ses 6elves. Professeur de musique et de danse, Mme. Gloekl6 s'est
consacree a mettre en valeur le folk-lore haitien en essayant de
soutenir celui-ci par un style chor6graphique classique. Notre com-
patriote a prononc6 au th6etre Rex une passionnante conference
sur le Folk-lore entrecoupee d'intermedes de danses et de chants;
ses efforts nourris par l'enthousiasme artistique, par un profound
amour pour Haiti, conduits sans aucune aide officielle, m6ritent nos
remerciements et nos felicitations sinceres.
(CERCLE TIVOLIb, President M. Jacques Verna, nous informed
que ses reunions ont 6t6 interrompues par manque d'un local ad&
quat.


-76-









BOUEZ FRERES
Repr6sentants en Haiti des grandes maisons de tissus
Rue du Magasin de 1'Etat.
Port-au-Prince



NESTLE'S MILK PRODUCTS
(EXPORT) INC.
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LEURS SPECIALITES SUIVANTES:
Lait Condens6 Nestl6 El6don
Lait 6vapor6 Nestl6 Milo
Lait en poudre ((Nido) Pelargon
Lactogen Farine lact6e Nestl6
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PORT-AU-PRINCE


F. G. NAUDE
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Produits pour toute la
R6publique d'Haiti
D6partement de Pro d u i t s
Pharmaceutiques.
D6partement de Produits di-
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DBpartement d'Accessoires et
pieces pour autos, camions,
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centre incendie.
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D6positaire de
MICHELIN & Cie.,
Clermont-Ferrand
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P. O. Box A-147, Port-au-Prince,
Haiti Adresse t616graphique:
NODECO


Henri Deschamps
Successeur de
E. ROBELIN & Co.
Maison Fond6e en 1898
PORT-AU-PRINCE
HAITI



FOURNITURES
SCOLAIRES
D'IMPRIMERIE
DE BUREAU
COUTELLERIE
PA P E T E R I E
LIBRAIRIE
IM PRI M ERI E


I.

























"DUNBRIK"
ET
"DUNSTONE"
((DUNBRIK et DUNSTONE> construiient de meilleures
maisons, a meil!eur march et plus solides.
Demandez notre livret illustr6 ou vous verrez quelques-uns
des types de construction les plus populaires en magonnerie,
rendus posibles par 1'utiliation de la brique (Dunbrik) de
16 X 10 X 20 et des briques ((Dunstone) 6 X 20 30 cm. et 6X
20 X 30 cm.
La solidity d'un mur de magonnerie depend:
lde la solidity des mat6riaux qu'on utilise pour sa construc-
tion
2 du mode de construction
3 de la quality des joints de mortier qui relient les mat6-
riaux entire eux.
La DDUNBRIK) et la DUNSTONE) remplissent toutes
les conditions requises pour l'6rection d'un mur solid:
Elles sont r6gulibres, ce qui permet d'avoir des joints d'une
meme 6paisseur, et, par consequent, augmente la r6sitance du
m1ur.
L'adh6rence naturelle au mortier est renforc6e par le joint
de mortaise obtenu grace h la cavity de la Dunbrik, ce qui
donne au mur la solidit6 d'un monolithe.
Vous pourrez trouver aussi des briques celorees a votre choix.
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VOUS AUREZ SATISFACTION
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Last updated October 10, 2010 - - mvs