• TABLE OF CONTENTS
HIDE
 Title Page
 Foreword
 Preface
 Sommaire
 Introduction
 Une conférence sur Haiti
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Group Title: Une conference sur Haiti : en reponse aux detracteurs de ma race notamment a Sir Spenser-St.-John, ministre plenipotentiaire de S.M.B. au Mexique.
Title: Une conférence sur Haïti
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Title: Une conférence sur Haïti en réponse aux détracteurs de ma race notamment à Sir Spenser-St.-John, ministre plénipotentiaire de S. M. B. au Mexique
Physical Description: 35 p. : ; 23 cm.
Language: French
Creator: Bowler, Arthur
Publisher: E. Dentu
Place of Publication: Paris
Publication Date: 1888
 Subjects
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Statement of Responsibility: Traduite de l'anglais par l'auteur.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00075423
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001508959
oclc - 24019170
notis - AHC1868

Table of Contents
    Title Page
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        Page 4
    Foreword
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    Preface
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    Sommaire
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    Introduction
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    Une conférence sur Haiti
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Full Text





UNE


A.- -- -


CONFERENCE SUR HAiTI



En rdponse aux lddtracteurs de maj'ace
notamment d Sir Spenser-St-John, Ministre plenipotentiaire
de S. M. B. au Mexique



TRADL'ITE DE L'ANGLAIS PAR L"AUTEUR

ARTHUR BOWLER
AVOCAT


PARIS
E. DENTU, EDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES
3, PLACE DE VALOIS, PALAIS-ROYAL


1888

S- .T^-, .


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fMEk1CA


UNIVERSITY OF FLORIDA i



3 1262 04498 6601




1 1 -. -. ,, 7 + ^ ; :
I o














Cette publication m'ayant 6tc demanded par un grand
3
nombre do mres compatriots, soucicux, commue m1oi, de
Snotre honneur national, je me suis fait un devoir do
r6pondre au bionveillant appel qui m'a ,t6 fait, heureux
S de pouvoir assurer en meme temps a ma race et a mon
pays qu'en toute occasion je kilUlonnerai la preuve de
Smon attachment (t do mon d6vouoment.

SP ARTHUR BOWLER.






SIr septembre 1888.



L,






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eL~;:"


PREFACE






MESDEAMS ET MESSIEURS,


S Cdant A la bienveillante demand de mes amis, je vais

avoir l'honneur de vous parler de mon pays et de son his-

toire, en mgme temps reliever des attaques injustes et fan-

' taisistes dirigees centre ma race et la Republique d'Haiti.

S Cette tache, je ne me le dissimule pas, pour m'Otre agr6a-

ble ne m'en est pas meins difficile. Et j'aurais desire qu'une

voix plus autorise que la mienne en fit chargee. Mais, ayant

la plus grande confiance dans votre indulgence, je me mets

de tout coeur a I'wuvre.


2



5-7..-.-



S..


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r ;
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--




































I j, cr1'ptioll g# grIajlli l jii -t Ilistoriqui' d e Vile. Les ennelnis de ]a rare
noLire. i\I.: Sponsepr-s ai nI-Jcin ct sts dia trihr,: eontre IlHati. Le
C. tlit Anglo-Ianitiei. Le commandant cle vnik.s'an allenmand Rakit.,
..Ic- Irtilhilille dans la rnilp (il porn-aln -111Ili-'.

















UNE CONFERENCE SUR HAITI





Vous ii'ItespointA vous: letenps, les biens, 1a vir.
lion nI vons tipparliint, tilt est Ai la pntrie!

)0 iillrie. dloux nnom qui '1'xil fait compriedre!
C. DIt..\vrsE.



L'lle d'Haiti est, apres Cuba, la plus grande de l'archipel des
Antilles. Iepuis 1844, deux Etats so la partagent, les habitants do
la parties oriental, -l'ancienne possession espagnole, appel&o au-
jourd'huila RWpublique dominicaine,-ayant profitE, pour se d6ta-
cher de la RApublique haitienno, 1'ancienne colonie francaise, -
les troubles qui y survinront un an aprls la chute Over.
Cette scission est regrettable a tous les points de vue, j'ose
nieme dire qu'elle est absurd. Mais il serait oiseux. apres un tel laps
Ile temps, de chicaner sur les responsahilitks et les faits accomplis.
D'ailleurs, je ne veux pas ici parler politique; seulement, je
souhaite du plus profound de mon coeur que le jour vienne ofi les
deux peuples fr6res, plus sages que dans le passe, penseront
serieusement a l'ennemi common, lequel jette ses regards
sur le golfe de Samana, ou les promene sur l'ile de la Tortue, -
car ils comprendront enfin qu'on ne saurait 16ser les inthrets de
l'un sans mettre en peril les int6erts de l'autre.
Et, s'inspirant alors de cette belle devise : L'uniQn faitla force ),
les deux R4publiques antil6ennes se rapprocheront sans arriere-
pensee, et, par des concessions reciproques, la main dans la main,
travailleront avec ardeur h obtenir une bonne place au concert



i








- 10 -


des nations civilisees, et cela pour la plus grande gloire de la race
a laquelle elles appartiennent toutes deux.
II pourrait meme en resulter par une sage politique toutefois
et sans aucune commotion, d'autres solutions heureuses sur les-
quelles, pour le moment, je demand la permission de faire des
reserves...
SituBe a l'entr6e du golfe de Mexique, entire le 17e degr6 55 mi-
nutes et le 20e degree de latitude septentrionale, et les 70e et 71e
degrPs de longitude occidentale du m6ridien de Paris, cette tie a
660 kilom6tres de longueur, du cap del Engano au cap Tiburon,
sur une larger de 260 kilomntres du nord au sud, du cap Mongon
a la pointe Isabellique, et 1,400 kilom. de circonf6rence.
Sa surface, independamment des lies adjacentes, est value a
83,200 kilometres carries. Elle s'allonge de 1'est a l'ouest et offre la
forme d'un caiman don't la gueule est b6ante.
A l'ouest s'ouvre le grand golfe de Leogane, et a l'est s'Wtend la
vaste presqu'lle de Sainana, qui donne son nom a un golfe magni-
fique, termin6, au sud, par le cap Saint-Rapha6l, et naissance h
la bale San-Lorenzo-de-las-Perlas et a la baie Escondido.
Les c6tes, tres sinueuses, sont decoup6es par une multitude
d'autres bales tres sitres et tr6s commodes pour les navires qui y
cherchent-un abri. Elles sent en g6nPral assez 6lev6es, a l'exception
de celles de l'est, et entourkes d'un grand nombre d'iles, don't les
plus importantes sont :
La Tortue au nord-ouest est couverto de verdure. Cette lie a 36
kilometres de longueur sur 10 kilometres de larger. Elle se trouve
sur la route de Panama, et cc fut un des premiers points oft des
aventuriers franrais et anglais s'4tablirent en 1630;
Puis, la Gonave, a 1'entree de la baie de Port-au-Prince, la plus
considerable de 1'ile; elle renferme des bois pr6cieux de toutes
sorts et des richesses minerales tres importantes.
Les Caimites forment un group de petites miles ravissantes
dans le golf de LBogane et produisent de beaux bois de cons-
truction.
Enfin. au sud-onest. File a Vaches ainsi nommAe a caused la
grande quantity de vaches que les boucaniers y trouv6rent; -
1'Alta-Vela sud-sud-ouest de la BAate; la B4ate au sud, Saona a
l'extr6mite sud-est, Catalina ou Sainte-Catherine a l'ouest de
Saona, Catalinita au nord de cette dernire.








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Au centre de 1'ile s'WlPve un system de montagnpe d'oi partent
divers rameaux qui sillonnent touted son etendue et offrent des
sites pittoresques.
M. Spenser Saint-John se trompe absolument quand il repre-
sente les chaines de montagnes la Selle, la Hotte et les montagnos
Noires comme Rtant les plus remarquables.
La chalne la plus important de l'ile la coupe de l'est a l'onest
et s'61eve a son point culminant i 3,140 metres : c'est la Hileia
central. etendant une parties de ses ramifications jusqu'~ la ner.
oh elles ferment une multitude de presqu'iles et de promontoires,
etc. Ses pentes s'abaissent graduellement du nord au sud, pour so
perdre dans de vastes savanes.
La chalne du Cibao, qui forme un group considerable, s'6tend
du nord-onest. au sud-est, et atteint, par son pic le plus leve,
2,2.5 metres. Elle est couverte de forts vierges et seculaires, qni
ombragent toute 1'ile. Et plusieurs rivi6res poissonneuses prenneott
leur source a cette chaine de montagnes, en portant la fertility
dans toutes nos contr6es.
Les principals sont la Yuna, le Yacki-del-Norte, 1'Artibonite,
la Neyba ou Yacki-del-Sur et I'Ozama. Je reparlerni de ces
rivi6res.
La Selle, le Mexique et le Bahoruco forment la mAme chaine,
qui est d'une altitude moins Mlev6e que le Cibao. Elle se dirige de
l'ouest h 1'est, puis, decrivant une course vers le sud, elle va se
terminer h la pointe de la BWate.
Une troisi6me chaine de montagnes, le Monte-Christi, qui pr!-
sente une serie de pics d'altitude vartee, occupe les regions septen-
trionales de File.
La chalne de la Hotte est sitube A l'ouest; elle est moins Blev6e
que les pr6cedentes. D'autres chaines moins considtrables sil-
lonnent aussi les parties occidentales du pays.
Presque toutes les montagnes d'Haiti offrent jusque sur leurs
cimes les plus levies des terrains fertiles, et gAn6ralemcnt an
sol propre A la v6egtation et aux cultures de 1'Europe ; cells qui,
trop hautes ou trop escarp6es, se refusent a la culture, sont sil-
lonn6es par des ravins qui entretiennent une constant humidity,
et oi croissent, avec la derni6re vigueur, des bananiers, des pal-
miers, des mimosas de toute esp6ce.
II rAgne sur leur sommet une temperature bienfaisante : elles









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.ont assez hautes pour y attirer de-; alliess, qul tornhent hdesi
'poqu(r14 roigulifres Ot tntr'tifcinncnt ine 414 uice fraieheiir.
la saio-on pluviale 4st ordinairement tlan- tolte sa forep aux
ai-l'naui t et de septenhre : 1'eau toiaba' alors par torrents: des
ni-i-'sau'.%- se tra,1sf_,onrnt Pit rinvx1rc 41t in'nondent Ia vampagnl-.
Lt t'rni 14 ii nle sofait vntir 14-rptcttli]1(14 Dlw t 0 o-4z viveruft it
vlil i- ttiinc-4 i-ions dec nos m o-ntagno-s.
~141 rlic 14' (1'ailleurs. das t '-soln ens]4414viii1iine gran11 var!Wt*




tern, tt'M]14%1-1111 si-Ilsibli'c llen ot In rlw~vlln1 0 1.4,t;1141c lit J.'s nili ., te
i 4 ott4 44 11 igiiratil.)fl ;o 4it M.\. (14, Saint-MAolry. et Ili htautenr
144411m 4c, (1 14441tagn0-., 4's cause qiie, aalgni la, \ aste -telldc doe
1414I-i.4Ui$ jsbi [11(5 4lorsqilOf voit File A iinfl vi41taiii 14 ititance, (414,
jonnoit mmitutlllii.-w dans s a tutalit(. O-t que son a;\,,pevt (,st bicn 61oi-
(it, Is vl4jwwle 't i 'Wlidt'e tia4vo11le (411101 1oit (,n avoir. Makis 14)14
-'l~iI 1011 (Ijli conteniple ss eltaines 41(to, m1144ti4gl15 et touts las
111 44-a rtiI (pi I'fl pFI rtellt c(44fl1e Xm l tr114 rc 141ileil)nil pour ailer
4114441 lC 14114. raflhjinia tiols Sillms-U.Se Sur 1ol01' It la mi-face d O'ilO.
y4 '(id. qa Immt a crtlle-ci, la Citit10, do4 sa, fertltW. Fiminew1C'fl V45QVVroiv
441'i s eClll ll1lentf les ian(Ii'i 411 de-. riviores san, nomlbre, vont On-
stile r'pa ndre partout: nfl moycn destiuo pal-lit nWtni-' Li tenlp~rer
loll-It d'un soleil ardent, ht arriter lIt ltiuguc 1'-. vents, a varier la
14141perature ct mifiiiC inultiplier les ressources et les conibilnli-
Jol-ie 41in' ustrie humaine; ontin, lo sul 414stinlt7 A porter j415t1u'i'
1a fin 41."i sit'c les fortits bit'nfaai it4'-1. quli, dclplnis Ia riaissallee
4141 11b01de p4'ut-istre, ret-oivont las ca1ux pIropices pw' lesi fim's' 14'-
cgleit (lull-ur stinS ft qui, pal leurPitliationfa Ithiic. s'4lt I4rot~g4-s
4( intre la. dogo e 4ihomnile. dolft 1TO gunie f'est 1pa1 t441jours C(Oil-

A cII- vm,1-.ii CI r1tiow1s plilisoliolphl te,, un 4criivaif haltijn ii aj44ut6
4404' 01oq-4r\14 ii l 411411 lloills iruportallta :
G.'s. liIX 414f1'4'Ites, a 'lit M. Aidoiin. ont k6t et seront toljours
k0 I44)4levtt'tl do In libert% et te l'indi~iendance national.
All pied1 die cI's montagnes s'ktellenet des vallhes inagnifiquees,
p1r'o4'ata 0 I (1('s pa vsa ges enchd anteurs. Admjrablument tarros'es
par d(aboiidantes rivhires, cps vallkes sont dune exdrfme f~con-
dihi, et une chaleur tempi'roe -v dcveloppe une vogtaftion luxu-
riante.








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La valle de la V4ga-Real au nord-est, la plus grande et la plus
riche de File, ayant une moyenne de 320 kilomytres de longueur.
est situee entire deux chains: le Monte-Christi et le (Cibao: ell
est parcourue. embellie et fecondee par une multitude de rivires,
notamment la Yuna, dent les eauxrapides se percent dans le golf
de Samana. Sa principal production est le tabac, qui est id'ne
,exellente quality.
L, Yacki-del-Norto traverse la vall6e de Santiago et se jette
dlans la baie de Monte-Christi.
L'Artibonite, la plus considerable do nos riviPres. pwuplhe d1
caimans, se dirige a l'ouest. rec.oit I, Guayamuco, le Rio-Canas, etc.
Cette riviere prond sa source an vorsant nmiridional du Cilao et
,et connue sous Ie nomn de Joea jusqlu'aux environs de lacommnnlell
de Banica. I',tendue de son parcours, l'abondancI de se's eaux, la
variWte des contrees qu'elle arrose, les eveneients historiques
dont elle a t6 le trmoin, assurent Lt sa region hydrographique In
premiere place parmi tous les basins fluviaux d'Haiti. Une richer
vallie, qu'elle parcourt pendant 210 kilomrtres, en porte le nom
et est fecond~ e par ses d4bordements, comme le Nil pour I'Egypt'.
Cette vaste et belle contr6e de l'Artibonite pourrai a elle scule.
rd apres le Progrvs d'Harti, un ancien journal du pays, avec deux
cent mille migrants, fournir a I'Europe une quantity de coton
presque gale A celle que fournit 1'Amirique du Sud.
C'est que, outre incomparable fertility do ce sol, dit M. Mel-
vil-Bloncourt, l'hiver y est inconnu et la vegetation pernma'nete.
Malheureusement l'insuffisance de bras et de capitaux estdepuis
lungtemps un obstacle t l'exploitation tlis grande cultures cn
Haiti.
L'Artibonite sw j-tto dants le golfe de [a Gotunae. Le Yacki-
del-Sur et FOzama coulent du nord an suld et se dtlersent dans la .
mer des Caraibes.
Quatre beaux lacs conpletent eI systktme hydraiulique dle ce pays
fertile; l'un d'eux, le lac Henriquille, qui se trouve it 37 kilomintres
de la c6te m6ridionale, a 37 kilom6tres de long sur 7 de large et
88 kilometres de tour; il se fait remarquer par ses flux et reflux
periodiques et par l'ilot a Cabris qui s'l6ve dans son sein.
Les eaux minerales froides et thermales abondent en Haiti. Les
priucipales sources sonteelles de Port-au-Prince et de Batica. Les
communes de Dame-Marie, des Irois, de Tiburon, de Jacmel, de








14 -

Mirebalais, etc., possedent aussi d'autres sources, qui, pour Wtre
moins abondantes que les precedentes, n'en ont pas moins des pro-
prietes curatives tres remarquables.
L'aspect et la nature de ce sol privilegie annoncent dans bien
des localits des mati6resinorganiques d'une tres grande richesse:
gisements de diamant, mines d'or, d'argent, de cuivre, d'etain et
de fer; des gisements de soufre, de mercure, d'aimant, de cristal de
roche, de jaspe, de porphyre, de marbre, de houille, revenue
l'Wlement indispensable de toutes les industries perfectionnees ,.
Ces gisements carboniferes s'6tendraient sur une parties consi-
derable du territoire de la RWpublique, suivantle rapport d'uninge-
nieur haltien qui explore ces localities par ordre du gouvernement.
Le bassin houiller, toujours d'apres M. Eugene Nau, aurait 240
kiloimtres de long sur 240 de large.
Dans les grandesplaines d'Haiti paissent'a l'envi d'inmnenses
troupeaux. Une multitude d'arbres et d'arbrisseaux, qui donnent,
la plupart sans culture, des fruits d6licieux ; caf,, canne a sucre,
cotton, tabac, indigo, bois de construction, d'ameublement, de tein-
ture de toutes sortes: des plants alimentaires et tinctoriales, d'au-
tres plants encore inconnues ou plutot inapprecies, et qui pour-
tant fourniraient des resources inupuisables a la science mbdicale:
tout se trouve dans cette ile splendite, decouverte par Christoph
Colomb le 6 decembre 1492, et que le c&l6bre navigateur genois,
s'adressant a la cour d'Espagne, proclamait, dans son enthou-
siasme, sans doute exag&r, le meilleur pays du monde.
J'ai lu autre part qu'Haiti tient dans l'archipel le second rang
par son 6tendue et le premier par ses richesses nacturelles. Enfin,
d'autres 6crivains ont dit que la nature l'a comblke de ses dons les
plus magnifiques, et l'ont surnommbe tant6t la perle, tantOt la
reine des Antilles.
a J'ai parcouru presque tout le globe, a ecrit M. Spenser-St-John,
et je puis dire qu'il n'y a nulle part une ile aussi belie que Saint-
Domingue. Aucun pays ne possede une plus grande paissance de
production; aucun, une plus grande variWte de sol, de climates et
de products ; aucun, une semblable position g6ographique. Nulle
part les revers des montagnes n'offrent de plus magnifiques spec-
tacles et ne permettent de crier des sejours d'et~plus ravissants et
plus sains.
II est hors de doute, dit le g6nbral Mathieu Dumas, que, si la









', A


UNE


4~NFEEN~I


S [B HAITI


- .-'








- 15 -


France avait pu conserver Saint-Domingue comme colonie, elle
n'avait plus besoin de souhaiter aucune possession dtrangere.
Cette lie seule etait preferable a toutes les autres colonies r6unies;
elle eCt suffi pour porter au plus haut degree de prosperity et de
puissance le commerce et la marine francaise.* Note de M. Mel-
vil-Bloncourt, lequel a cette rtflexion ajoute la sienne : Le ge-
ndral Mathieu Dumas, dit-il, avait raison quand on pense a ce qu'6-
tait la parties frangaise d'Haiti, t ce tiers de I'lle, plus productif que
la totality des possessions anglaises dans les Indes occiden-
tales V.
Oblig6, moi, A plus de reserve, je dirai seulement que notre ile
occupe une brillante place d'6toile dans le beau ciel bleu de l'archi-
pel amnericain.





Appelke Ispanolia par les Espagnols, Saint-Domingue par lei
Francais, elle a repris, en se rendant indfpendante, son nonmprimi-
tif: Haiti, qui veut dire au pays des montagnes v. Les aborigines
I'appelerent aussi Quesqueia ou Grande-Terre.
Christophe Colomb y fonda sur la c6te nord la premiere ville
europeenne en AmBrique, a laquelle il donna le norn d'Isabelle, en
honneur de sa souveraine; et en 1504 fut bAtie celle de Santo-
Domingo, qui fut l'origine du nom de Saint-Domingue, donnd
plus tard i la colonies frangaise.
Lorsque le grand navigateur en fit la d6couverte, Haiti btait
habitde par des peuplades indiennes independantes les unes des
autres et que gouvernaient cinq caciques vivant ensemble presque
toujours en paix. Rtant h la fois les chefs de la religion, ils avaient
sur leurs sujets une tr6s grande influence. Ils pratiquaient la
polygamie. La puissance 6tait h6r6ditaire dans la famille des
princes indiens et avait le prestige de la noblesse.
Ces insulaires avaient des moeurs simples et douces et des goats
pacifiques. Leur plus grande passion ttait la pkche et la chasse.
Pour chasser aux oiseaux et a d'autres betes des bois, dit un 6cri-
vain haitien distingu6, ils se servaient de petits chiens muets, de
flMches, de zagaies, de frondes et de haches de pierre. Ils pechaient
avec des rats qu'ils tissaient habilement. Ils 6taient persuades que








-146-

le monde ne s'etendait gukre au-deli de leur ile, qui, d'aprds eu k
en 6tait le centre.
Voici d'utres traits de naivete de ces peuplades primitives. Je
les ai empruntes aussi i M. Enile Nau, dans son Histoiec des
caciques d'Ha'ti :
o Elles disaient que le soleil et la lune s'etaient un jour elancs
l'une de lours cavernes sacries pour monter plans ]e ciel. Elles
:ppelaicnt le soleil Huoion :t la lune Nonun : ces deux astres
mnarihaient autrefois de concert. La lIne, jalouse de voir l'clat
'uIn soleil effacer le sien, s'enfuit el 'ulla cacher de honte. Depuis
elle no s'est montree que la nuit. Le soleil avant ee divorce 6tait
mutl l'objet de touts les adorations : mais, depuis qu'elle 6claire In
nuit ilune si douce et si chaste lumiire, Nonun a trouv6 les
Indiens qui prif-rent seo lendres clartes aux feux tblouissants
de Huoiou. La plupart de ces insulaires conmptaient leurs mois
par Ii lune, et reglaient leurs jours sur son course. Au lieu d'un
Inois, ils disaient une lune. Us no disaient point : Combien mettrez-
vous dejours a tel voyage? mais: Combien dormirez-vous de nuits
on route ? Aux epoques de nou elle lune, I'astre etait attend. On
epiait son apparition, et, des qu'ilsemontrait, les Indiens sortaient
cn foul de leurs cabaues, et s'criaielt : Nonun, Nonun! voici la
lunch Duns les buurgades populeuses. c'ktait un 61toi general, un
concert de cris de joie. un co.url linis un bruyant moment de
fite.
ln aiitre trait de leurs uinurs a'hlve d'attester la candeur
nalve dc ceo natures inoffensives:
Afin quo on tme plt errer ,oaus trouble sous les dlicieux
oimbrages de Mamneys (t ul'ldieu. don't la plus grande joie etuit
la perspective d'en savourer ,ternellement les doux fruits, se fai-
stait transnlirtr Jdns les clhaunps aux approaches de la inort, et t.
lai .is -,.ul. et suspendu daus un laniec aux branches des aurbres,
il pa-sait Itvc sent'nitO du calnwlte d h solitude au calme de 1'eter-
nite..
Mais pourquoi u'eurent-ils pas tous le bouheur de voir la ralli-
sation d'un reve si innocent it si cldarmant? Car voici que subite-
imont, un joiu, d'avides conqutrants envaSlissent ces malheureux,
qu'ils det.ruisent sans piti. a lia vlte d leurs lilons d'ur, ou dout
u


4) Abricotier des Antilles.








17 -

ils remplissent la mort d'amertume par les 6pouvantables traite-
ments qu'ils leur font subir dans les mines ou dans les plan-
tations. Et les horribles envahisseurs dureat, d&s 1533, repeupler
Haiti d'esclaves arrach6s au sol africain.Il tait reserve a ceux-ci
de venger ceux qui les avaient precedes sur cette terre.




Les Espagnols possBdaient paisiblement Ie pays depuis pros
de 130 ans, lorsque. vers l'an 1630, les flibustiers vinrent se fixer
dans la parties occidentale, et s'y maintinrent malgr6 les efforts de
ceux-la pour les en chasser.
En 1640, la France regularisa par son occupation la colonies
qu'avaient fondue dix ans plus tot les aventuriers francais, et
en 1697, h la paix de Ryswick, l'Espagne sanctionnait son droit
de possession.
Les Francais, h I'instar des Espagnols, firent la traite des n6gres
et transporterent d'Afrique dans cette partic de l'ile des millions
de cultivateurs. Mais, si bientot la colonie franmaise devint tres
florissante, elle ne devait pas moins plus tard traverser des pha-
ses douloureuses et disparaitre, car cette prosperity dipendait d'un
esclavage qui violait toutes les lois divines et humaines.
En dehors de 1'esclave il y avait bien 1'homme libre, connu sous
la denomination d'affranchi.
Cependant, malgre leur liberty et leur education, les affranchis
ne parvenaient pas h se placer vis-a-vis des colons sur le pied de
1'egalitO, lorsque, le 28 mars 1790, 1'Assembl6e national decr6ta
que noirs et mulAtres libres jouiraient des memes droits que les
premiers.
Les reactionnaires coloniaux voulaient bien s'affranchir du
regime colonial et conqudrir leur ind6pendance administrative,
mais ils refuserent de partager leurs avantages avec des hommes
qui, apres avoir salu6 en France la revolution de 1789, s'en 6taient
retournes dans leurs foyers d6cides de mourir plut6t que de vivre
plus longtemps dans l'humiliation.
Quelle l6geretdt quelle imprudence surtout, de la part des
colons, de n'avoir pas compris que des hommes 6nergiques, qui
avaient contribute si vaillamment au succes de l'ind6pendance des







18 -


Etats-Ujis pouvaient, devaient mettre au succ6s de leur propre
cause ces mnmes armes, cette mrme 6nergie don't ils avaient fait
usage au profit d'une parties du continent ambricain!
L'un d'eux, encore tout jeune son nom 6tait Vincent Ogf -
apres avoir vainementessaye, par la persuasion, de faire executer le
decret qu'il avait si eloquemment contribu6 a obtenir, pronongait
ces paroles dnergiques et males, qui font honneur a sa grande
memoire: < Une fois que nous serons reduits a des moyens deses-
p6res, des milliers d'hommes traverseront en vain 1'Atlantique
pour nous ramener h notre premier 6tat ).
Enfin la r6volte 6clata, et le valeureuxjeune homme et un de ses
compagnons, Jean-Baptiste Chavanne, faits prisonniers, et la face
tourn4e vers le ciol, eurent bras, jambes, cuisses et reins rompus
vifs.
Ces victims du d6vouerment et de la liberty moururent avec
un rare courage. Quoi de plus beau que de sacrifier sa vie au bon-
heur de la collectivity opprimbe!
Naturellement, en r&clamant pour eux-memes, les affranchis
s'interesserent en meme temps au sort des esclaves, qui, courbes
sous le joug de la plus infAme suji'tion, 6taient traits a 1'8gal du
bdtail; mais, ne croyant pas a la possibility d'obtenir pour ces
malheureux la liberty immediate, ils avaient demand qu'elleleur
fit accordee progressivement, c'est-h-dire a des 6poques et dans
des conditions determin6es.
Et si hl, comme dans leurs propres revendications, ces hommes
furent accueillis avec une dilaigneuse froideur, leur revolte de-
vait non-seulement contril)uer h assurer leur propre triomphe,
mais aussi celui de cette autre classes d'itres humainsnion moins
digne d'interet.
Car bient6t surgit Toussaint Louverture, et les esclaves se joi-
gnirent a ceux qui, quoique.jouissant pour la plupart d'unemeil-
leure education que les colons, avaient vecu jusque-lh sous le
poids de leur mepris et dans une condition humiliante.
La colonie franfaise fut h feu; 1'insurrection s'opr'a au milieu
des plus terrible dSvastations et reprcsailles; et, le 29 aofit 17-3,
la liberty gencrale des esclaves 6tait proclam6e par les agents de
France a Saint-Domingue.
Les colons qui avaient pu Bchapper a la mort, s'obstinant A
vouloir reconquerir leurs ridicules et odieux privileges, appelerent








- 10 -


A leur secours les Anglais et les Espagnols; mais, par suite du
trait de BAle, que ces derniers conclurent avec la France en 1795,
les Anglais se trouv6rent seuls les maltres d'une parties de la
colonies jusqu'en 1797.
En recompense des services rendus contre les armies BtrangBres
coalisees, Toussaint Louverture fut nomm6, par la Convention,
general en chef des armies de Saint-Domingue en 1798.
En juillet 1801, s'6tant octroy6, par une constitution qu'il pro-
mulgua, le titre de gouverneur A vie, le gouvernement consulaire,
auquel il en demandait la ratification, s'en 6mut, et d6p6chadans
la colonies, pour en prendre le commandement, le g6n6ral Leelere,
avec une armne de 25,000 hommes.
Le beau-frbre de Bonaparte s'empara par surprise de Toussaint
Louverture, et 1'envoya en France, of le grand homme mouruten
1807 au fort de Joux.
L'arrestation et la captivity du premier des noirs ayant exasper4
les indigenes, ceux-ci recoururent aux armes, et, avec le depart
des debris des troupes frangaises, Saint-Domingue, le lor janvier
1804, redevint Haiti.





De charitable publicistes, ou les partisans de ceux qui ne veu-
lent pas croire a la perfectibility de la race noire, pretendent
qu'elle a donn6 dans mon pays, depuis 1'Ind6pendance, la measure
de ce qu'elle peut fair ou de ce qu'on peut attendre d'elle.
Ces doctes personnages en remonteraient aux augures de I'an-
cienne Rome. Caton, Tite-Live et Ciceron les eussent mime tenus
en grande consideration. Et il ne leur manque plus qu'un t6les-
cope d'honneur.
Quoi qu'il en soit, je vais teacher de les suivre sur ce terrain par-
ticulier, ces pass6s-maltres dans 1'art de sonder les horizons.
Certes, je n'ai pas la pr6tention de dire ni meme de croire que le
people haitien, nd dans des conditions si malheureuses, ait atteint
en moins d'un siecle d'existence tous les grands progres r6alis6s
par les vieux peuples civilises de la terre; mais j'ai le droit et le
devoir d'affirmer que mon pays n'est pas demeur6 stationnaire,
I'en atteste les hommes de bonne foi.








20-

Deja, du reste, des voix autorisbes se sont gen6reusement 6le-
vWes de toutes parts contre ces d6nigreurs obstines de ma race.
Elles ont declard qu'on ne devait, qu'on ne pouvait pas desesprrer
d'un people qui avait d&ji donnr tant de preuves de vitality.
Sans doute, par ses ddplorables querelles interieures, Haiti a eu
des moments d'arrkt, je le reconnais et le regrette profondmment.
Mais que le people qui, pendant son enfantement, n'a pas eu les
siens ose lui jeter la premiere pierre.
A ce propos, j'ai lu dans un ouvrage public en France ces temps
derniers, et qui a pour titre : A Panama, que ( les entrepreneurs
de revolutions dans mon pays 6taient des jeunes gens de couleur
qui, pour la plupart 6leves a Paris aux frais du gouvernement, ne
trouvaient pas h leur retour des situations i la hauteur de leur
merite et de leur education liberal.
a Le seul moyen, a dit I'auteur, d'arriver a une position en har-
monie avec les aspirations et les goilts civilis4s d'un jeune home
qui s'est promen6 sur nos boulevards et don't les nerfs olfactifs
ont Wtd caresses par 1'odeur suave des cuisines de nos restau-
rants a la mode, c'est de s'emparer du pouvoir qui distribue les
places et du budget qui les retribue, sans oublier les profits des
Jobs ,.
Les nerfs olfactifs caressdspar l'odeursuave des cuisines, etc.,
voila ce qui peut s'appeler une rhetorique distinguee. Et dire que
c'est la une des causes des revolutions soi-disant faites par ceux
mImes a qui on reconnalt pourtant du merite et une education
lib6rale!
J'avoue que, a 1'6gard de tout autre, je me fusse permis une
plaisanterie, oh mais pas bien m6chante : j'aurais dit, par
example, que cette phrase sent la cuisine.Mais je m'incline devant
ie correspondent de l'Institut, le redacteur en chef du Journal des
Economists : M. G. de Molinari, l'auteur.
Quoi qu'il en soit, les rdles sont intervertis, et c'est plutot l'odo-
rat de M. de Molinari qui a Wte si bien caressed par l'odeur
suave des mnels haitiens, que cet 6crivain n'a pu oublier le menu
d'un ( diner presidentiel > auquel il avait assist, dit-il, en Haiti.
On trouvera ledit menu a la page 214 de son livre.
DBcid6ment M. de Molinari a un faible bien prononc6 pour la
cuisine I
Mais je reprends mon sujet, et j'ajoute: Sije reconnais que Haiti







- 21 -


pourrait fair mieux qu'elle n'a fait jusqu'ici, on ne saurait nier
toutefois qu'elle a fait beaucoup.
D'ailleurs, pour bien se p4entrer de 1'6tat actuel du pays, il faut
se reporter h 80 ans en arriBre, ofi toute une population, a quel-
ques exceptions pres, par une avidit6 que seule maintenait la
force brutal, ne connaissait de la civilisation que le travail force
et rien de la liberty.
Que voyait-on en outre? Cette meme population desherite ne
sachant ni lire ni 6crire, les colons ayant tenu 1'esclave dans l'igno-
rance la plus profonde par la crainte de son emancipation intellec-
tuelle, don't on redoutait les effects. Quoi encore? Des etres humans
vivant dans la plus complete promiscuity et ayant pour toute reli-
gion les croyances grossieres des tribus africaines.
Telle 6tait la majority de nos populations lorsqu'on se leva avec
acharnement pour secouer le joug du despotisme colonial. Et apres
la guerre de l'Independance, le pays presentait l'aspect le plus
lamentable : grades plantations brilees ou devast6es, les usines
incendiees, les villes detruites, pas de capitaux! enfin on voyait
portout la desolation. Ajoutez qu'une anarchie profonde avait suc-
cede au regime colonial.
I1 fallut pourtant reagir et sortir de ce chaos. Deux elements
precieux d'ordre et de progrks D s'y preterent h merveille. Et de la
discipline et du bon vouloir des uns combines avec les moyens
d'action veritablement 6nergiques des autres, ou de quelques
hommes Melaires inities a la civilisation europeenne, sortit peu a
peu, pour la plus grande gloire du jeune people naissant, la cons-
titution regulibre de la sociWtd haitienne.
Et l'instruction publique, cette necessit6 premiere de toute or-
ganisation social, qui au debut eut naturellement ses phases
d'elaboration et de tAtonnement, ne devait pas tarder ~ entrer
dans la voie prospere. On serait injuste d'ailleurs de meconnaitre
influence heureuse qu'elle a exeree sur le d6veloppement
moral et intellectual du people haitien.
II n'est pas jusqu'd nos campagnes qui n'aient leurs 6coles. Et
dans les ktablissements superieurs notamment dans les lyc6es
des professeurs franqais enseignent les langues anciennes et
modernes, les math~matiques, la physique, la chimie, les sciences
naturelles, les arts industries, l'agriculture, etc.
I1 y a A Port-au-Prince, la capital, une cole de droit, une







- 22 -


cole de medecine et de chirurgie, une cole de musique mes
compatriotes ont un gout tout particulier pour cet art, une cole
de dessin et de peinture, une cole d'arts-et-mntiers. Et lee Hai-
tiens privilegies viennent achever leurs 6tudes en Europe.
L'Bducation de la femme n'est pas non plus negligee. Des 6coles
bpdciales ont ete fondees pour elle dans tout le pays. On a institu6
en outre dans nos principles villes une cole superieure de de-
moiselles sur le module de celle de Port-au-Prince.
t Quand l'intelligence s'eclaire, a dit un 6crivain franqais, la ci-
vilisation commence, la lumiere dissipe les tenebres, l'homme sent
mieux sa dignit : il se moralise; une ambition legitime vient le
stimuler: il n'asplre qu'a s'6lever. ,
Or on a detruit l'ignorance en Haiti : comment done desespbrer
de son avenir
D'ailleurs, le pays a deji une litterature riche en ceuvres po6-
tiques et historiques, et une jeunesse qui est son espirance.
Des hommes d'6lite ont donn6, soit h la tribune, soit dans le
barreau, etc., des preuves incontestables d'une reelle competence.
Plusieurs sont morts pour la plus grande perte d'Haiti, car une
jeune nation devrait toujours pouvoir conserver toutes ses forces
et toutes ses lumieres.
Trois pouvoirs forment dans mon pays le gouvernement de la
RBpublique; ce sont : le l8gislatif, l'executif et le judiciaire.
Le pouvoir legislatif reside dans une Assemblee natiouale com-
posee d'un SBnat et d'une Chambre des reprssentants. Celle-ci est
Blue par le suffrage universal. Elle a 86 membres, et nomme le
Senat, qui est compose de 30 membres.
Le pouvoir exdcutif est confi6 h un president, Blu par I'Assem-
blee national pour sept annees, et a cinq ministres responsables.
Le pouvoirjudiciaire comprend un tribunal civil, un tribunal
de commerce et de police, tous fonctionnant dans chaque chef-
lieu de department et quelques chefs-lieux d'arrondissement. II y
a aussi un tribunal de paix pour chaque commune. Toutes ces
jurisdictions relevent de la cour de Cassation, qui siege a la capi-
tale.
Nos lois sont codifies. Des traits ont Wt6 conclus avec les puis-
Sances, notamment un trait d'extradition avee 1'Angleterre et les
Etats-Unis. Nous avons consacr6 dans notre constitution la li-
bertt des cites, mais le catholicisme est la religion de 1'Etat; un










trait unit mime Haiti au Saint-Si6ge. Naanmoins on y rencontre
beaucoup de protestants.


Qu'ilme soit maintenant permis, Mesdames et Messieurs, d'expri-
mer toute la surprise que m'a fait eprouver la lacune que n'ont
pas su combler ceux qui attaquent mon pays.
J'ai dit lacune ,, mais vous voudrez bien reconnaltre que le
mot est indulgent, ou du moins que les convenances sociales ne
m'ont pas autorise a rendre ma pensee par une expression autre-
ment energique.
Qu'on prenne le premier livre venu critiquant Haiti : a chaque
mot, a chaque phrase, 1'on verra le parti-pris et le mauvais vou-
loir. Pourtant, il n'est pas natural qu'un people, meme avec ses
plus grands d6fauts, n'ait ses qualit6s, si petites soient-elles. Pour-
quoi done ne pas en parler, lorsque surtout 1'on pretend faire
de la philosophies ?
On suppose, sans doute, le lecteur avoir tellement besoin de
rire qu'il n'a pas le temps de la rftlexion, et, par consequent,
celui d'etre impitoyable dans son jugement...
Je regretted de trouver 1'Honorable M. Spenser Saint-John parmi
les d(tracteurs de ma race. L'auteur d'Hati oi la Re'publique
noire a particuli6rement -tonn6 les Haitiens, et tout le monde a
ddplore que 1'ancien Ministre resident a Port-au-Prince ait suivi
dans son livre le plan fantaisiste et surtout fantastique de ses
devanciers.
Ce plan consiste a toujours g60nraliser les faits isoles, et rap-
pelle 1'histoire de cet autre elranger qui, h la vue d'une femme
rousse h Boulogne, ou il vient de d6barquer, prend son cale-
pin et ecrit gravement : < Toutes les femmes sont rousses en
France ).
M. Saint-John, lui, pour prouver que 1'amour de la v6rit6 est
une vertu que les parents inculquent rarement a leurs enfants en
Haiti, raconte ceci: ( Un commercant, de position trWs modest,
envoyait son fils, d6jh assez grand, pour finir son education. h
Paris, et, comme il n'y connaissait personnel, il pria un de mes
amis de demander a sa famille de s'en occuper un peu. En con-
sequence, une dame alla, un jour, chercher 1'enfant a sa pension
et le mena promener au jardin du Luxembourg. En passant devant


- 114 -










les bassins, elle lui dit: a Je ne pense pas qu'il y en ait de pareils
dans votre pays Et il r6pondit: c Papa en a d'aussi beaux dans
, ses proprietes ,.
C'est li une de ces nombreuses v6tilles que 'on est tout ktonn6
de rencontrer sous la plume de M. le P16nipotentiaire, et cela de-
viendrait un veritable travail de bLncdictin de s'y arrkter. Aussi
m'en garderai-je bien. Du rest, je ne saurais oublier le respect
que je dois a mon auditoire.
Mais voici qui est plus grave : L'education premiere est tres
d6fectueuse en Haiti, et les m6res, depourvues d'instruction, ne
peuvent inculquer A leurs enfants les principles de d6licatesse qui
leur manquent. Jo vais citer un example, continue le critique :
un visiteur stranger avant price une dame de lui acheter un objet
don't il avait besoin, celle-ci se charge de la commission, et 1'en-
voya chercher par son fils, Agd de dix ans. L'enfant revint avee
son acquisition, qu'il avait payke 27 dollars. Sa mAre lui dit alors:
a Va chez notre ami, et informe-le que tu as trouv6 ce qu'il desi-
rait au prix de 40 dollars: nous partagerons la difference ,.
Certes, je ne me permettrai pas de soupponner la bonne foi
du Ministre anglais ; mais il m'est permis, je crois, de constater
la grande credulit6 de M. Saint-John, et d'en exprimer tout mon
6tonnement. Ii est evident que, dans ce cas, comme dans d'autres
circonstances d'ailleurs, il a W6t la dupe d'un mauvais plaisant
quelconque.
Mais le diplomat a d'autant plus tort de s'Atre fait 1'6cho d'un
recit aussi invraisemblable que mechant, qu'il a expos le lecteur
naif A le croire sur parole et sans examen prlalable.
On en conviendra, une mere, a moins d'etre folle, et folle a lier,
n'eilt pas ut6 assez imprudente pour charger un telingenu d'une tell
besogne et surtout lui tenir ensuite le language immoral" en ques-
tion. Et fat-elle la plus corrompue d'entre les femmes, il m'est avis
que le gros bon sens de cet Atre fictif l'aurait empechM de se fier h
la discretion d'un enfant Ag6 seulement de dix ans.
Outre toutes ces considerations, il parait plus rationnel que cette
personnel se fIt elle-meme charge de sa besogne ; car elle eft
Wte, je crois, seule maitresse de son gain illicite, nullement oblige
par consequent de le partager avec son enfant. Et d'ailleurs, celui-
ci, h son Age, n'aurait su que faire de tant d'argent.
Neanmoins je mets tout au pire, et je suppose que ce fait soit







-25-

reellement arrive. Mais si, quoique isol6, il suffit h M. Saint-John
pour juger de la morality de la soci6te de mon pays, il me semble
que, en homme loyal, il n'aurait pas di se dispenser de dire aussi
qu'il existe h c6t6 de cette meme society, ou dans la classes inf6-
rieure de nos populations, un fond d'honnoetO ayant frapp6 tous
les strangers appel6s a vivre au milieu d'elles. Mais il a trouv6
plus commode de dire precisement le contraire, par example ceci:
c Le n6gre a une grande propension au vol ( (1).
a On peut parcourir le pays tout entier sans escorted, dit
M. Alexandre Bonneau, et le voyageur, filt-il charge d'or, trouve
dans les communes les plus retirees, et jusque dans les gorges des
montagnes, la meme skcuritW que dans les rues de Port-au-
Prince. x
Je me permets, en outre, de demander a notre contempteur
s'il peut affirmer serieusement que certain strangers haut places
ne commettent,ou qu'il ne se comment dans des contrees etrangeres,
des monstruosites bien plus grandes encore que celle don't il a
fait mention; monstruosites d'autant plus grandes qu'elles se pas-
sent en pleine civilisation et ne denotent pas souvent la moindre
absence cer6brale chez ceux qui en sont les auteurs (2).

(1) 11 y a lieu d'etre surprise que M. Saint-John n'ait pas pensd a dire que le
negre..... est surtout trWs expert dans l'art d'escamoter le porte-monnaic de son
voisin..... et qu'il n'est meme pas de pick-pocket qui le vaille comma dexterit......
(2) Que pense-t-il par example de ceci ? g II y a quelques anndes, une collision
eut lieu entire le steamer anglais le Bolivar et le Saint-Michel, de la marine
haitienne. Le Saint-Michel sombra et une soixantaine de personnel p6rirent. Le
gouvernement haitien retint le Bolivar a Port-au-Prince, et demand au consul
d'Angleterre, M. Maunder, de proceder en commun a une enquet. pour dtablir lea
responsabilites de ce sinistre. D'abord, M. Maunder protest centre le retard
impose au Bolivar, bateau postal, et il rend le gouvernement mattriellement res-
ponsable.de ce retard; ensuite il consent a la nomination d'une commission d'en-
qu4te, et il design de son c6t6 trois commissaires. La commission se reunit une
premiere fois, mais a la second les'commissaires anglais font defaut. Ils sont
parties, et le consul n'en a pas d'autres sons la main. Que faire ? Le Consula une
inspiration geniale. v Ayant, dit-il, I'honneur de reprdsenter une nation qui a
toujours port tres haut le pavilion de la justice, j'ai l'honneur de vous proposer
d'envoyer le Bolivar lui-m~me a la Jamaique, dans le but de demander au com-
mandant de la station naval de faire arriver ici, h bref delai, un bitiment do
guerre de S. M. B. qui nous mettra en measure de poursuivre l'enqudte -. a Le gou-
vernement haitien accepted naivement cette proposition, ajoute l'auteur de ces
lignes. (11 me semble pourtant qu'il ne lui 6tait pas possible d'agir autrement
devant la parole donnie par le reprssentant de l'AnglPterre.) Le Bolivar part pour
la Jamaique, et... n'en revient pas. La tour n'gtait-il pas ing6nieux, mais plus
digne de Scapin que d'un consul general de S. M. B. *, conclut spirituellement
M.G. de Molinari. (A Panama, page 209).









ai -

Pourtant, il n'est jamais venu a 1'esprit de personnel, il est
vrai par respect pour soi-meme et amour pour la v6rit6, d'en
inf6rer que tous les habitants de ces memes contrees Rtaient mora-
lement gangrenes : l'on s'exposerait tout simplement h ressembler
h ce tourist amusant precit6.
Je ne sais si je suis un indiscret, mais il me semble que, dans
le came de la reflexion, il dolt arriver parfois a M. Saint-John de
regretter d'avoir, sur un simple cas isole, si tant est que ce soit
meme la un cas isol,, d'avoir, dis-je, si peu charitablement atta-
qu6l'honorabilit6 de nos respectable et affectueuses meres d'Haiti.
Quoi qu'il en soit, j'affirme que ces braves femmes se sont, au
contraire, toujours dbvonies L l'aducation de leurs enfants, quel-
quefois mime au prix des plus durs et des plus pbnibles sacrifices.
Je plaindrais volontiers notre adversaire, une tell angoisse de la
conscience devant etre bien cruelle, surtout a son age; mais j'ai le
regret de ne le pouvoir, car, outre qu'il n'a eu aucune piti6 du
sexe faible, il a aussi oubli4 les kgards dus a la memoire de ceux
qui peuvent encore moins se defendre... On a vu d'ailleurs la fagon
don't il traite son d6funt ami D"'.
Les morts sont morts : laisse-les, dit Euripide. A quoi bon
reveiller les douleurs passes >
Mais ayant, parait-il, pris l'engagement avec lui-meme de fair
table rase de tout, 1'Honorable M. Saint-John avoulu se tenir parole.
Cependant, il a omis de dire que, 6tant donn6 precisbment son
manque d'Mducation, l'Haitien... n'a pas ce sentiment 61ev6 si
beau, si respectable, qu'on nomme le respect de la femme, et qui
est pourtant dI1 a celle-ci sans restriction et a quelque condition
social qu'elle appartienne.
On ne saurait nbanmoins valablement affirmer qu'il lui arrive
de manquer souvent de memoire.
N a-t-il pas dit : ( Mes amis et moi, nous avons observe et j'af-
firme que dans aucun pays les hommes ne sont plus adonnes a la
boisson et aL l'oubli de leurs devoirs de famille ( (1) ?
DBcidement, le critique ne sait pas dissimuler son untipathie.
Que lui ont-ils done fait, ces pauvres Haitiens ?

(1) M. Saint John aura vu trouble..., car il n'aurait certainement pas manqu6
d'ajouter que lorsqu'un... Haitien est ivre, il roule par terre... et qu'il n'y a pas
jusqu'aux femmesqui ne boivent... en Haiti. Gette lacune sera combl6e sans doute
dans une nouvelle edition.









Est-il plus heureux loisqu'il essaie la note gale ?
t Si vouis demandez, dit-il, a un Haitien pourquoi la voirie est
si negligee, ilvous rdpondra": v Bon Dieu gate li, bon Dieu pare li ,
ce qu'il a bien voulu traduire par cette phrase: Dieu l'a sale,
Dieu la nettoiera .
Sans doute, je ne me permettrai pas de dire qu'un diplomat a
eu une idWe fixe : celle de faire rire quand mmne son lecteur, oh
noni mais je ne pense pas abuser du droit de defense en affir-
mant qu'un Haltien bien l6ev6, meme n'ayant recu qu'une Bdu-
cation relative, n'ajamais parld creole a un stranger; a moins que
M. Saint-John avoue avoir peu de goit pour la langue francaise
et un tel faible pour le dialecte antilben qu'il fut le premier a s'en
servir en Haiti;
Autrement etje l'affirme beaucoup de mes compatriotes
pouvaient meme lui repondre en anglais; ce qui, du reste, lui
eut Wte... je ne dis pas plus commode..., du moins plus agreable.
A qui done avait bien pu s'adresser M. le Resident ?... La
reponse serait interessante.
Le temps me manquerait s'il me fallait repondre a toutes les
critiques... inustes de l'auteur d'Haiti oi la.Repulblique noire;
mais il est de ses attaques comme d'un Bdifice sap6 dans sa base
et qui s'effondre.
J'aurais pu, par example, prouver surabondamment que les Hal-
tiens sont tres hospitaliers, contrairement a son dire,- lui qui veut
que nous soyons hostiles aux strangers, paraissant ainsi avoir
oublid les nombreux t6moignages de sympathie et d'amitid don't it
a Wt6 personnellement l'objet chez nous.
C'est ainsi que, au moment de quitter Haiti, des habitants de
Port-au-Prince ont offer, le 15 mai 1870, au local du Lyc~e national,
un magnifique banquet au Ministre de S. M. B., lequel semble n'en
avoir pas garden le souvenir...
Quoi qu'il en soit, je ne puis ne pas dire un dernier mot a
M. Saint-John.
( Le noir halt le mulAtre, le mulAtre mdprise le noir ,, a-t-il dit.
Moi, je r6ponds : Noirs et mulAtres, nous formons une meme
famille, don't on serait fort mal venu de nier la consanguinite.
Allez dans notre pays, viitez nos villes et nos campagnes; revenez
en Europe, parcourez les lycees et les colleges, partout oi les
passions politiques et la mauvaise foi n'ont pas altB6r le.jugemnnt


- 21 -







28 -

et la raison, vous trouverez l'esprit d'union et de concorde qui
convient a des hommes n6s de la meme mere, a des co-partageants
d'un nime patrimoine (1).
Je protest 6galement de toute mon energie contre la prktendue
haine des mulAtres contre les blancs, car 1'ancien Resident a
dit aussi:
SIls haissent leurs pores et m6prisent leurs meres ,.
Pourtant je ne sache pas qu'il ait eu a se plaindre de son sejour
en Haiti. On sait d'ailleurs de quelle bienveillante manifestation
il a WtI le hdros h son depart. En efit-il Wte autrement, ce n'efit pas
6tW une raison suffisante pour 1'autoriser a pr6munir ses cong6-
neres contre notre sympathie. D'ailleurs, je prends a t6moin ceux
des Europeens qui, par suite d'un long sejour, ont fait souche
dans mon pays.
Je serais tent6 de trouver dans M. Spenser-Saint-John un fauteur
de discorde, si son titre de Ministre plenipotentiaire britannique
n'btait pas une garantie morale suffisante pour le mettre 1l'abri
de tout soupcon. Naanmoins, je affirmed e pas que d'autres ne l'aient
dbja juge ainsi.
II peut lui convenir el lui tre loisible, avec sa gaitW et sa chaleur
d'imagination, d'ecrire tout ce qu'il lui plait contre mon pays et sa
population. Toute une g6neration de vaudevillistes peut meme au
besoin puiser h cette fameuse source qui s'appelle Haiti ou la
Rdpublique noire, je n'en suis nullement 6mu.
Mais, au nom de la patrie absente, au nom de la solidarity natio-
nale, je declare protester, comme de fait je protest de toute mon
Ame, contre ses assertions inexactes sur certain details de la
guerre de l'independance haltienne.
Au reste, 1'histoire est lh, et l'histoire defend de parler legere-
ment des gloires immortelles d'Haiti.
a Elle a Wte sublime dans le passe, dit un publiciste frangais,
les pages de l'histoire immortelle de son independance n'ontrien h
envier aux pages les plus belles de l'histoire du vieux monde. Aprbs
avoir contribute dans la measure de ses forces, par le concours de ses
enfants ce qui est g6n6ralement ignor6,- a d&livrer cette ingrate
Am6rique, qui aujourd'hui la meprise, tout en la guettant comme

(1) J'aurais pu ajouter qu'on n'ajamais vu un muldtre, malgr4 son soi-disant
mfpris pour le noir, traiter celui-ci comma... M. Saint John, par example, traiterait
on Irlandais.







-29-

une proie, de la d6pendance de l'Angleterre, elle montra a 1'uni-
vers etonn6, dans sa lutte centre la France, ce que peutl'hUroisme
centre 1'esclavage; et, ses fers h peine brisks, elle volait au
secours de Bolivar, 1'aidait a secouer le joug de 1'Espagne, accom-
plissant ainsi, en moins d'un demi-sikcle, des actes de d6vouement
et de grandeur qu'on chercherait en vain dans les annales de la
plupart des peuples de 1'Occident. Admirable dans les combats,
in6branlable dans les perils, terrible dans ses resolutions, elle a
suffisamment prouv6 sa valeur guerriere, son vif sentiment de
liberty, ses tendances g6n6reuses (1).



Maintenant je constate que lecrivain a commis dehx erreurs
regrettables pour le diplomat:
a De meme, dit-il, que notre ancienne loi considerait la vie com-
mune comme 6quivalente au marriage, de meme la loi d'Haiti dB-
clare l8gitiines les enfants qui en resultent. v
M. le Ministre serait tres embarrass de citer le texte de cette
loi, qui n'existe pas.
Mais voici qui devient plus interessant : 'article 192 de notre
Constitution dit : a Nul Haitien ou stranger ne peut r6clamer d'in-
demnit6 pour les pertes subies a la suite des troubles civils ,. Et
opinion de M. Saint-John est que o cet article est absolument
ridicule et ne saurait lier en quoi que ce soit un gouvernement
stranger ).
Je crois pouvoir d6montrer que, s'il est quelque chose de ridicule,
ce n'est certainement pas cet article.
Je desire proc&der par ordre, c'est-h-dire r6pondre d'abord a 1'6-
crivain, puis au diplomat.
Il y a dans les Metamorphoses d'Ovidececi: a I n'est pas permis
h un dieu d'annuler ce qu'a fait un autre dieu P, et dans Euripide:
a C'est la coutume des dieux qu'il soit d6fendu de s'opposer a ce
qu'un d'entre eux desire ,.
Ce pokte grec a dit, en outre, dans les HWraclides : a Nous avons
droit dans le gouvernement denotre cite d'cxercer par nous-memes
une justice souveraine. Embellissez Sparte, qui vous est echue:
nous, nous aurons soin de Mycenes. ,
(1) MELVIL-BLONCOUBT, Des richesses naturelles de la Rdpublique hatieinns el
de sa situation economique.








-30 -


Je pourrais, en invoquant mes souvenirs classiques Rotam-
ment Virgile dans son Eneide augmenter ces citations, qui ne
tendent rien moins qu'a appuyer ce que j'entends d6clarer, 4 sa-
voir que nous sommes seuls maltres en Haiti: libre a nous par
consequent de donner au pays les lois qui lui conviennent.
D'ailleurs, % toute nation qui se gouverne elle-meme est un Etat
souverain n (1), quelle que soit sa puissance relative; et il me
semble que Haiti a pay6 assez cher son droit d'exercer sa souve-
rainet6.
Done aux strangers auxquels nos lois ne plaisent pas h s'ktablir
lh ofi elles sont plus conformes a leur goit et A leurs intrkits.
Le London News publiait, le 15 ftvrier 1862, i propos de l'inter-
vention enrop6enne au Mexique, la declaration suivante : ac Les
homes que l'esprit mercantile attire dans d'autres pays doivent,
en y allant, 6tre prepares a affronter, come les nationaux, les
perils auxquels tous sont exposes par les discordes et les dissen-
sions intestines ,.
Je vois a peu pros ce que, reprenant la m&re these, penserait
l'organe autoris6 de la press anglaise de l'opinion erronde de l'au-
teur de Haiti ou la Rdepublique noire.
En effet, il serait non-seulement souverainement injuste, mais
aussi profond6mentabsurde, que les dltangcrs fussent traitis avec
plus d'dgards et de consideration que les nalionaux memes du
pays qu'ils habitent (2).
Je sais qu'on a tent et on y a mime reussi quelquefois do
nous 1'imposer ainsi qu'h d'autres petits Rtats ambricains, mal-
gre les principles consacr6s par le droit des gens, lesquels, dans
plus d'une circonstance, ont et explicitement observes par les gou-
vernements d'Europe et des Etats-Unis; mais c'estlh un abus mon-
strueux qui ne saurait se renouveler.
D'ailleurs, c'est pr6cis6ment en cette provision que notre loi con-
stitutionnelle critiquee a 6t0 elaboree; c'est-h-dire quele 16gislateur
a tenu h coeur de couper court a toute chicane diplomatique qui
pourrait surgir dans l'avenir ce propos.
Admettre dans l'esp6ce la responsabilit6 des gouvernements,
c'est-h-dire le principle d'une indemnity, ce serait, ditCharles Calvo,
cr6er un privilege exorbitant et funeste, essentiellement favorable


(1) VATTEL, Droil des gens.
(2) CH. CALVO, Droil international.








- 31 -


aux Btats puissants et nuisible aux nations plus faibles, etablir
une inegalite injustifiable entire les nationaux et les strangers.
D'un autre c6t6, continue le publiciste francais, en sanctionnant
la doctrine que nous combattons, onporterait, quoique indirecte-
ment, une profonde atteinte a un des elements constitutifs de 1'in-
dependance des nations, celui de la jurisdiction territorial; c'est
bien li en effet la portee reelle, la signification veritable de ce
recours si frequent a lavoie diplomatique pour r6soudre des ques-
tions que leur nature et les circonstances au milieu desquelles
elles se produisent font rentrerdans le domaine exclusif des tribu-
naux ordinaires. D
J'ai dit que cette pratique consacr6e par le droit international
a Wtb plus d'une fois observe par les diverse nations d'Europe et
par les Etats-Unis d'Amn rique.
Toutes, en effect, et ce dernier gouvernement dans la guerre de
secession notamment, ont, dans les cas analogues, repouss6 6ner-
giquement et invariablement le principle d'indemnit6 et d'interven-
tion diplomatique.
On sait, du reste, ce qu'il advint de la reclamation de 1'Angle-
terre centre la toscane et le royaume de Naples en 1849, et la con-
clusion de l'ambassadeur de Russie, a l'arbitrage de laquelle le
gouvernement Toscan avait soumis le differend :
SD'apris les principles du droit international tels que les en-
tend le gouvernement russe, disait ce diplomat, on ne peut
admettre qu'un sourerain force par la rebellion de ses sujets de
reconqudrir une ville occ upec par les insurges soit oblige d'in-
demniser les strangers qui au milieu de pnibles circonstances
ontpu dtre victims deperles oul deprejudices quelconques.
Mais M. Saint-John parait mnome avoir oubliB les paroles que,
a propos des c61ibrcs reclamations p6cuniaires de don Pacifico,
lord Stanley pronongait la nmme ann6e au sein du Parlement
britannique :
SJe ne crois pas, disait l'homme d'Etat, que les gouverne-
ments soient tens, dans toute la rigueur de ce mot, d'indem-
niser les druLngers qui ont eprouve despeOres ou des prejudices
par suite o circonstances de force majeure. Tout ce qu'ils
peurent fire dans des cas semblables, c'est de protlger par
tous les moyens en leur pouvoir les nationaux et les strangers
centre des actes de spoliation et de violence.







- 32 -


11 va sans dire qu'il resulte de notre droit commun qu'en cas de
pertes ou de prejudices quelconques eprouv6s par 1'6tranger a la
suite de nos troubles civils, il peut avoir recours a la jurisdiction
territorial, si le gouvernement, l'ayant pu, a n6glig6 de le proteger
et de le mettre a l'abri de tout dommage (1).
Car voici ce que dit l'article 1169 du code civil d'Haiti:
Chacun est responsible du prejudice qu'il a cause, non-
seulement par son fait, mais encore par sa negligence ou par son
imprudence v.
D'oi je conclus que M. Spenser Saint-John n'a mome pas 1'ex-
cuse d'avoir fait une fausse interpretation de la clause 192 de notre
pacte social.




Je vous price, Mesdames et Messieurs, de m'excuser d'abuser de
votre grande indulgence, mais je vais avoir bientot fini.
Je vous parlerai maintenant des rapports de mon pays avec les
puissances.
Haiti est representee, notamment en Angleterre et en France, par
un ministry plknipotentiaire et par des consuls. Je souhaite vive-
ment que les liens cordiaux qui l'unissent a l'ancien monde se res-
serrent de plus en plus, pour la plus grande gloire de son avenir.
Quji qu'il en soit, il est malheureusement survenu r6cemment
un conflict entire mon pays et le votre. Il s'agit de l'affaire Maunder,
don't le risultat a ete si injuste et si fAcheux pour la jeune R6pu-
blique. Je m'empresse toutefois d'ajouter qu'il ne peut avoir Wet
que le fait d'un malentendu regrettable.
En effect, il serait inadmissible qu'une grande puissance comme
I'Angleterre don't le nom est synonime de loyautW se filt de
propos delibere rendue coupable d'injustice envers le jeune people
d'Haiti.
Neanmoins je souhaite du plus profound de mon reeur qu'un tel
malentendu ne se renouvelle pas; car, voyez-vous, il cofite cher,

(1) a Les strangers Rtablis dans un pays en pruie a la guerre civil, et auxquels
cet etat de chose a occasionn6 des pertes, n'ont eux-mimes aucun droit a des
indemnites, a moins qu'il ne soit positivement 6tabli que le gouvernement terri-
torial avait le moyen de les proteger et qu'il a n6glig6 d'en user pour los mettre
& I'abri de tout dommage ,. (CH. CALVO, 1)roit international.)








- 33-
-)--


tres cher, et nous avons besoin de nos resources p6cuniaires
pour faire autre chose que pour payer ce que nous ne devons pas.
Il est done entendu que nous ne devions rien A Mme Maunder.
Ses heritiers sont au contraire nos debiteurs, cette dame n'ayant
jamais pay6 les redevances convenues pour 1'exploitation des bois
d'acajou de la Tortue. Et la concession Rtant par ce fait annulee, .I
fut l'origine du different survenu entire rEtat et la concessionnaire
Ce litige relevait du droit comntun. Une clause du contract stipu-
lait mme qu'en cas de contestation les contractants auraient re-
eours A un tribunal arbitral.
On a vu cependant le Foreign-Office, bien qu'il n'eit aucune
quality pour s'ing6rer dans nos affairs interieures, en faire une
question diplomatique, et subordonner a l'acceptation de ses pro-
tbg6s l'arbitrage du gouvernement francais, que celui d'Haiti
avait propose par esprit de conciliation.
I1 en est r6sult6 et il y avait lieu de s'y attendre .que
Mme Maunder, qui avait deja fui le pays pour se d6rober A l'ar-
bitrage priv6 stipule au contract qu'elle avait elle-meme signed, dO-
olina l'arbitrage international propose (1).
Le Foreign-Office ne continue pas moins A accorder toute sa
protection a celle qui n'avait pourtantd'anglais que le nom.
Les preuves en furent, du reste, donnees de la faqon la plus
concluante par la communication a Londres d'actes authen-
tiques de notre gouvernement (2).
Et d'ailleurs Mie Maunder fft-elle sujette de S. M. Britannique,
etant donn4 ce qui priecde,- le cabinet de Saint-James n'avait
point qualitW pour lui preter son concours diplomatique.
Non, cette dame, n6e de parents haitiens, n'appartenait point
par sa nationality a 1'Etat qui assuma la responsabilite morale de
ses reclamations p6cuniaires. Car son maria, Joseph Maunder, quoi-
que n6 en Haiti, en 1821, d'un p6re anglais, avait Wit force, comme
enfant natural, de suivre la nationality de sa mere.
C'est en 1860 seulement qu'une loi autorisa le marriage entire
Haitiens et strangers. Et a cette 6poque les pere et mere de Joseph
-Maunder 6taient d&ji morts, si je ne me trompe.

ili CuARLas VILLEVALRIN, ancient minister d'Haiti a Londres, Jouvra. Paris,
8 avril 1887.
'* Voir le Recaeil des aoeumente diplomatiques de la R1pabliqaud' ttl,'.
lfaife Maunder.








34 -

A supposed m6me que celui-ci pfit etre lbgitim6, il ne restait
pas moins citoyen haitien, car la legislation anglaise ne reconnait
pas la 1gitimation de l'enfant naturelpar le marriage subsequent
des parents.
Cependant il est des cas od des personnel issues de sang noble
et n6es avant le marriage ont Wet l6gitimees par acte special et prive
du parlement britannique. Mais ces sortes d'instances sont tres ra-
res, et les fruis en sont onormes. Elles sont surtout difficiles A
obtenir.


Permettez-moi, pour finir, je vous prie, Mesdames et Messieurs,
de reporter mes souvenirs a seize ans en arriere et de vous racon-
ter un malheureux et regrettable v6Enement. Je ne puis y penser
sans que mon cccur no s'6meuve et n'en soit profond4ment attristO.
En 1872, je pourrais citer exactement la date, pour en avoir
gard6 une mmuioire fide l,-deux frigates de la marine allemande
faisaient leur entree dans la rade de Port-au-Prince, et deux heures
aprfs le chef de l'expedition rlclamait au gouvernement, par une
d6peche, sous former d'ultimatun. le paiement <( a son bord, avant
le coucher du soleil ,,, d'une sonmme de trois mille lives sterling,
a, titre d'indemniti soi-disant due a deux sujets allemands, a la
suite de nos dissensions intirieures.
L'une des r6clamations avait Wte d6jh examine par une com-
mission, quLi conclut i une indemnity de cinq mille piastres en
faveur du rlclaimant. Mais celui-ci ne s'en content pas, et se
montra, au contraire, tres exigeant.
Comme bien F'on pense, le cabinet de Port-au-Prince ne s'en
occupait plus, et il avait parfaitement raison.
11 m'est penible de le dire, mais c'est l'exacte verite, cer-
tains Teutons et autres rapaces habitant mon pays sont de verita-
bles exploiteurs : outre qu'ils sont quelquefois les premiers A
poussey, dans l'ombre, a la guerre civil, mais alors qu'ils
n'ont rion on presque rien perdu, car; pour perdre, encore faut-il
posseder, ils pretendent etre absolument ruins, et r6clament
par consequent des indemnitbs imaginaires ou exagerees, qui les
enrichissent d'un coup. Et dire que de telles gens trouvent des
_gouvernements complaisants qui appuient de leurs canons leurs
deloyales pretentions! --








--35-

L Eafin, l'autre reclamation n'avait jamais Wte examine, car elle
portait sur des faits qui s'6taient passes, il y avait sept ans, dans
une ville rebelle, ofi le gouvernement n'avait pu par consequent
prot6ger les interets de la colonies Etrangere.
On pouvait at bon droit protester contre un acte aussi brutal et
un ultimatum lance sans negotiations prialables, en dehors de
toutes les r6gles du droit international.
Le gouvernement conserve namnn oins son came, et fit savoir
au capitaine de vaisseauwBatsh sa maniere d'envisager les rkela-
mations presentees et ( son desir de les regler conform6ment A
l'6quit6 et & la justice ), (1).
Le commandant ne tint aucun compete de cette franche d6clara-
tion, et, h 1'entr6e de la nuit, abusant des forces don't il disposait,
il s'abattit traitreusement sur deux de nos vaisseaux gardes-c6tes
qui se trouvaient dans la rade de Port-au-Prince. Inutile d'ajouter
que, dans cette lutte du fort et du faible, celui-ci dut ceder. Le
capitaine Batsh fut satisfait, et no; deux petits navires nous furent
rendus.
La force primant le droit est une hlirdsi politique indigne de
toute nation civ'lisee. Au nom du droit des gens et de mon pays,
au nom d'un people libre, qui no supplies pas, mais qui protest
contre l'injustice, je demand que la loi du plus fort cesse d'etre
la loi.

(1) Moniteur Of/ciel de la RBp'ulihque d'Haiti. 12 jula 1872.


Imp. LUCOTTE et C.Doux, -21, rue Croix-des-Petits-Ghamp'l, Paris.









DU MtME AUTEUR


POtU'H PARAITIRHE PRO(CHAINEMENT :


UN PEI DiE TOUT

ulH l ISPNlN I)AN( :ES. P( EMIQU ES. A.LIA ACTIONS

VOYA\GES. ETC.. ETC.



l:N: IP'~IARATION :

lIIs illlI BIP 11IQI ES

1Airl TILN ET M1' llNICAINE

NECESSITY ET POSSIBILITY
lt1: L' NI' ON I'P LI1,TIO'l : 14S 1 ) .I'. X i'TATr S


Ilriljitiri L].A, ,'Tir : uI ('C r i, o 'l, 11i' C.rox-dtls-Pelits C'liattips Paris




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