• TABLE OF CONTENTS
HIDE
 Title Page
 Front Matter
 Preface
 Chapitre I
 Chapitre II
 Chapitre III
 Chapitre IV
 Chapitre V
 Chapitre VI
 Chapitre VII
 Chapitre VIII
 Chapitre IX
 Chapitre X
 Chapitre XI
 Chapitre XII
 Chapitre XIII






Group Title: annâee terrible
Title: L'annee terrible
CITATION THUMBNAILS PAGE IMAGE ZOOMABLE
Full Citation
STANDARD VIEW MARC VIEW
Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00075414/00001
 Material Information
Title: L' annee terrible ou, 1883 a Jerâmie
Physical Description: 63 p. : ; 21 cm.
Language: French
Creator: Vigoureux, Gustave
Publisher: Imp. du "Centennaire"
Place of Publication: Jeremie, Haiti
Publication Date: 1909
Copyright Date: 1909
Edition: 1. ed.
 Subjects
Subject: History -- Haiti -- 1844-1915   ( lcsh )
Jâerâemie (Grand'Anse, Haiti)   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Record Information
Bibliographic ID: UF00075414
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - AEC8333
oclc - 23915752
alephbibnum - 000832694

Table of Contents
    Title Page
        Title Page 1
        Title Page 2
    Front Matter
        Front Matter 1
        Front Matter 2
    Preface
        Preface 1
        Preface 2
    Chapitre I
        Page 1
        Page 2
        Page 3
        Page 4
        Page 5
        Page 6
    Chapitre II
        Page 7
        Page 8
        Page 9
        Page 10
        Page 11
        Page 12
        Page 13
    Chapitre III
        Page 14
        Page 15
        Page 16
        Page 17
    Chapitre IV
        Page 18
        Page 19
        Page 20
        Page 21
        Page 22
        Page 23
        Page 24
        Page 25
        Page 26
        Page 27
    Chapitre V
        Page 28
        Page 29
    Chapitre VI
        Page 30
        Page 31
    Chapitre VII
        Page 32
        Page 33
    Chapitre VIII
        Page 34
        Page 35
        Page 36
        Page 37
        Page 38
    Chapitre IX
        Page 39
        Page 40
        Page 41
    Chapitre X
        Page 42
        Page 43
        Page 44
    Chapitre XI
        Page 45
        Page 46
        Page 47
        Page 48
        Page 49
        Page 50
    Chapitre XII
        Page 51
        Page 52
        Page 53
        Page 54
        Page 55
        Page 56
        Page 57
        Page 58
        Page 59
    Chapitre XIII
        Page 60
        Page 61
        Page 62
        Page 63
Full Text




G. VIGOUREUX.




L'ANNE

TERRIBLE

ou


1883


A JRMIE


PREmuBE EDITION.


JBXIE. Imp. du CENTENAIRE
P. PETIT, Directeur.
1909.







,':5 7 a 54 CI



ATTN
AMEICA















Je ddie cet ouvrage mon oncle S.
"Rouzier, en tmoignage d'estime et d'ad-
Vimiration.
v G. VIGOUREUX.







49












PRFACE.


En choisissant ce titre L'Anne Terrible pour dcrire *
les vnements qui se sont drouls en Haiti en 1883, je
crois tre rest dans la note just.
Considrant le bouleversement qui eut lieu dans tous les
curs, dans toutes les villes de toutes les parties de la Rpu-
blique ; considrant que le sang a coul Jrmie, Jac-
mel, aux Ctes-de-Fer, Bainet, Aquin, Cavaillon,
dans l'Arrondissement des Coteaux, dans celui de Tiburon,
aux Abricots, Corail et Pestel, Miragone et ses envi-
rons immdiats, au Petit-Gove et Port-au-Prince ;
Considrant que le Cap qui tait dj en bullition, ne fut
contenu que grce la presence d'une puissante garnison et
du Ministre de la Guerre qui y stationnait, Innocent Coco
( dit Michel Pierre ) : le choix de ce titre est amplement jus-
tifi.
En effect, cette anne a t la plus terrible de nos Annales,
par l'tendue du sacrifice des vies humaines, par l'exil de
tout ce qu'Hati comptait d'hommes comptents et clairs et
par le massacre des femmes et des enfants ( Corail ) ; par
le pillage et l'incendie tolrs publiquement par l'Autorit
(Port-au-Prince) ; par la fusillade sommaire (Jacmel), et
par les vexations de toutes sortes qu'a subies la socit ha-
tienne.
Cette revolution parties de Miragone, eut son cho J-
rmie : ce sont ses effects dans cette ville que j'ai cherch
retracer, me basant pour cela, sur des notes puises aux sour-
ces les plus officielles. Certes, j'ai t loin de chercher em-
brasser toute cette poque malheureuse. Je me suis canton-
n simplement a la Grand'Anse, tout en citant quelques faits


I _







-2-


passes ailleurs, entran par l'enchanement des vnemehts.
.e crois que cette chronique sera de quelqu'utilit pour
l'avenir, d'autant plus que j'y ai cit bien des faits encore
indits.
L'indit a toujours eu une saveur particulire pour l'cri-
vain, surtout pour l'historien. J'estime avoir de ce chef, droit
une certain part de consideration parmi eux, ne serait-ce
que pour la bonne foi qui m'a toujours guid dans tous les
rcits de guerre.
.Je l'offre donc l'apprciation publique. On constatera que
je n'y ai fait aucun commentaire et ceci pour cause.
D'abord, les faits sont trop rcents, ensuite certain faits
ne peuvent tre rappels sans soulever de lgitimes protesta-
tions.
Je reste donc, comme pour le volume prcdent, un sim-
ple, trs simple chroniqueur qui raconte sans arrire-pense,
les faits qui se sont drouls devant ses yeux.

Jrmie, le 19 juin 1907.
G. VIGOUREUX.











L'ANNEE


TERRIBLE

OU

1883 A JRMIE



CHAPITRE I.

DBARQUEMENT DES EXILS A MIRAGOANE. SES EFFECTS DANS
LE PAYS. PREMIERS COMBATS.

Dep:'is quelque temps dj, le gouvernement du gn-
ral Salonmon tait au courant des intrigues qui se tra-
maient Kinston, de la part des exils, mais aucun indi-
ce srieux ne put tre dcouvert par ses agents dissmi-
ns, tant dans cette ville que dans les autres miles des An-
tilles ; cependant l'inquitude se manifestait dans tous les
actes de l'Autorit suprieure.
Boyers Bazelais ne se faisait aucune illusion sur les dif-
ficults qu'il aurait surmonter avant de russir excu-
ter ses projects ; il ne perdait pas son temps ; il crivait de
tous cts, entretenant des intelligence secrtes dans
toutes les villes de la Rpublique, et tchait d'chauffer
le zle de ses partisan.; en leur envoyant cette circulaire:
MES CHERS AMIS ET CONCITOYENS,
Vous connaissez come moi, la situation du Pays, et








-2-


assurment, vous n'ignorez pas dans quel tat s'y trou-
vent partout les esprits.
De mon ct, je connais assez votre patriotism et
vos principles pour tre persuade que vos ceurs ne
peuvent que dsirer ardemment le changement de cette
situation. Il ne s'agit, en ce moment, que de donner, le
branle ; mais c'est l aussi quest la difficult. Chaque lo-
calit regarded sur l'autre et nulle part, on n'ose prendre
l'initiative. Si, en ce qui vous concern, vous autres du
mnme arrondissement que moi, la cause qui vous emp-
cherait de pouvair prendre cette initiative, c'est le manque
d'un hoimme de votre confiance pour diriger un mouve-
ment avec des chances de succs, je viens me mettre en-
tirement votre disposition pour ce rle, et je vous in-
forme qu'il vous suffira de me faire connaitre votre in-
tention pour que je me rende votre appel, soit qu'assu-
r de ma prochaine arrive, vous vous leviez d'avance,
soit que \vus prfriez attendre ma presence dans votre
rade, ou mon dbarquement sur quelque point convenu
d'avance, pour inaugurer votre movement. Rflchissez
et surtout htez-vous de me transmettre votre rponse
la priseule communication.
Salut en la Patrie.

J. P. BOYER BAZELAIS.

Kinston, le 10 Octobre 1883.

Aprs s'tre beaucoup dmen et s'tre assur la pro-
messe d'un concours effectit de bien des esprits dans le
pIys durant les annes 1881 et 1882, Bazelais acclra
subiitemient scs prparatifs de dpart. Il convoqua tous
ses compagnons d'exil, en leur faisant passer cette circu-
laire, le 7 Septembre 1882:

M.,
Ayant une communication important vous fire, ainsi
qu'aux autres compagnons d'exil, conjointement, je vous








-3-

prie de vouloir bien vous trouver ce soir, 7 heures, la
maison.
Bien cordialement,
J. P. BOYER BAZELAIS.

On sait par experience, que l'exil n'a jamais beaucoup de
fonds sa disposition ; il n'a de trop que le temps, CER-
TAIN de ses partisans qui lui avait prt de l'argent lui
rendait la vie dure, soit, pour qu'il lui rembourst cer-
taine valeur lui avance ou qu'il htat l'expdition pro-
jete. Nanmoins, elle fut retarde encore de quelques
mois, cause de la pnurie dans laquelle on se trouvait,
ainsi que l'atteste Bazelais lui-mme dans une de ses let-
tres : De l'argent que j'attendais par le Royal-Mail
d'hier ne m'arrivera que par le prochain Liverpool et quel-
ques advances que j'ai faites quelques amis n'ont pu m'-
tre restitues encore.
Mais, le 23 Mars 1883, l'expdition quitta dfinitivement
Kingston pour suivre ses destines ...
Boyer Bazelais s'tait embarqu sur un bateau de la li-
gne Atlas avec 50 autres exils destination d'Inague.
Il avait l'ide de se faire transborder en mer sur le navire
destin les conduire Hati, et qui devait les attendre
au large de la petite ile anglaise cite plus haut.
Le steamer qui les convoyait, fit escale Port-Morant
pour ne repartir que le lendemain, 24 Mars, en y laissant
involontairement, l'un d'entre eux, Dinosthnes Fils-
Aim, qui avait t en qute d'une tasse de caf.. Il dut
revenir pied Kingston o le journal salomoniste de
Powell Thompson s'amusa et amusa ses lecteurs, aux d-
pens du hros manqu.
Le 21 Mars, Bazelais trouva son navire fiddle au ren-
dez-vous. Mais . . il y trouva aussi le navire de guer-
re anglais FOAM qui les surveillait.
Les hatiens qui y taient avec Boileau Laforest,
avaient eu le temps le s'embarquer; mais, cause de la
presence malencontreuse de ce navire de guerre anglais,
le transbordement de Bazelais ne put avoir lieu ce mo-
ment.








-4-


Il d(, en consequence, dbarquer Inague avec ses
compagnons. Mais ils ont pu quitter, sans retard, par des
embarcations voile qu'ils avaient affrettes et se sont
trouvs runis bord du vapeur amricain Tropic
qui les conduisit sains et saufs Miragone, o ils furent
reus bras ouverts par la population et o ils prirent
pied sans coup frir, avec armes et bagages.
Se trouvant bien et suffisammment en suret, ils cong-
dirent le Tropic qui reprit la mer et arrival Port-
Antonio, le samedi 31 Mars. Le capitaine tlgraphia
son Agent :
Tout le monde dbarqu bien, les affaires marchent on
ne peut mieux.
Cependant le pays paraissait plutt froid ; il tait ton-
n de ce novel tat de choses, quoiqu'au fond, les par-
tisans de Bazelais fussent tous de cour avec le mouve-
ment imprim Miragone.
Ce n'est que plus tard, par la faute mime du gouverne-
ment, que Jrmie fut plac dans cette alternative : ou
de se d Jaciel ( au dire de M. Price sar sa lettre du 3 avril
18,3, ) o l'on se montrait si impatient de commencer
les hostilits, gardait le stalu quo aute, come les autres
points du pays. A vrai dire, ces villes montraient encore
plus de rpugnance servir les projets du gouvcrnen-ent.
On attendait les premires hostilits afin de savoir de
quel ct pencherait la fortune. Hannibal Pricc l'a expri-
ni d'une faon typiquie dans sa correspondence : Si yo
pas flanqu nhomme l terre tout dle suite, yo va rt
gtoumin avec-li.
A la date du 18 avril, les exils, Miragoane, avaient
dj repouss victorieusement 18 4TTAQUES de l'arme
assigeante. D'aprs les chiffres accuss par le Moniteur,
le gouvernement avait 7.000 HOMMES devant Miragone,
sous le commandement en chef d'Anselme Prophte.
Bazelais fut oblig d'abandonner le Pont o il avait
uia avant-poste, afin de concentrer ses forces. Ds lors, on
commena activement fortifier les positions extrieures
avec les tas normes de campche qu'on trouva sur
pinlce. En peu de temps, ces remparts purent dfier, sans








-5-


danger pour leurs dfenseurs, la masse formidable d'en-
nemis qui les assaillaient journellement.
C'est cette poque que firent leur apparition les vo-
lontaires chemises rouges, corps form de libraux
recruts par Salomon. Ils vinrent attaquer le rempart
Desruisseaux et y furent anantis.
Malgr ces succs rpts du ct de Bazelais, il parait
qu' un certain moment, le dcouragement fut tel que l'on
arrta l'vacuation sur Jacmel pour le 12 avril. C'est pour
cette raison que trois d'entre eux : Diogne Bras ( Jr-
mie. ) Magnan ( Cayes, ) Joachim ( Cap ) prfrrent se
risquer sur un frle cannot avec lequel, ils traversrent le
canal d'Hati prs 9 jours d'un voyage homrique.
Ils arrivrent Kingston le 21 accabls de fatigue. Ils
avaient relch, pendant un moment l'Anse d'Hainault
o Madame Bras les ravitailla amplement, grce la dili-
gence de Joachim qui se'dguisa en matelot et transpor-
tait les provisions sur sa tte jusqu'au rivage, 2 heures
du matin.
Ds que le gouvernement avait eu vent de la runion
des exils Inague, il s'empressa de prendre des measures
draconiennes contre toute vellit de prise d'armes pro-
voque par un dbarquement quelconque d'exils. En
consequence la prsente circulaire fut adresse tous les
commandants d'arrondissement :

LIBERTY, EGALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.

Port-au-Prince, 14 Fvrier 1883.
SALOMON,
President d'Haiti.

Aux Commandants des Arrondissements de l'Ouest, du Sud
et de l'Artibonite.

GNRAL,
Vingt-quatre des ennemis du gouvernement ont quitt








-6-


Kinsgton pour Inague, o ils sont arrivs le 31 du mois
dernier. Ils attendent, dit-on, un steamer pour aller d-
barquer sur un point du territoire de la Rpublique.
Sous ce pli, les noms de ces rfugis, la tte desquels
est Boileau Laforest.
En consequence de cet tat de choses, je vous ritre,
Gnral, les instructions que je vous ai donnes dans ma
dpche circulaire du 30 Novembre de l'anne dernire au
N 4722 par laquelle je disais de passer par les armes,
aprs avoir constat leur identity, tous les refugis qui
n'ont pas t gracis et qui seront trouvs dans votre
arrondissement, et d'excuter galement tout individu,
quelquie soit sa nationalit, que vous prendrez dans les
rangs de ces rfugis.
Les nomms Diogne Narcisse, Moulite, J. J. Guerrier,
Aldolphe Pinchinat pre et d'autres, ayant obtenu des
passe-ports ou ayant t gracis et n'ayant pas accept la
clmence du gouvernement, seront galement excuts,
s'ils tombent en votre pouvoir.
Inform temps des projects de nos ennemis, j'ai envoy,
en consequence, des ordres et des instructions mes
lieutenants des dpartements du Nord et du Nord-Ouest
que visent les dlgus ; et le gnral Michel Pierre, mon
secrtaire d'Etat de la guerre, nomm mon Dlgu dans
ces deux dpartements, vient de partir pour sa destination,
Boyer Bazelais qui est encore King(ston y attend, dit-
on, d'autres coreligionnaires ; c'est, sans doute, pour ten-
ter un coup sur un point du dpartement du dpartement
du Sud-Ouest et de l'Artibonite.
Dans cet ordre d'ides, vous mettrez au besoin la main
sur tous les complices, les suspects et les parents de ces
ennemis sans distinction de sexe.
Je compete, etc.,
Recevez, Gnral, etc.
( Sign : ) SALOMON.
P. S. --- Si votre arrondissement est attaqu, vous ne
devez pas vous contenter des forces rgulires, c'est--dire
les troupes soldes pour sa defense ; vous ferez appel, au
besoin, aux population. ( piqutisme. )







--7 .


CHAPITRE II.


DILEMMIE POSE A JRMIE -- PRISE D'ARMES DE CETTE VILLE --
INSURRECTION D'AQUIN, DES COTEAUX ET DE TIBURON --
PREMIRES HOSTILITS.--

Ds le dbarquement des 106 exils Miragoane, le gou-
vernement les dclara hors la loi, leurs ttes furent mises
prix et, pour s'assurer de la fidlit des villes, il se fit
envoyer et au besoin exigea des Adresses de tous les points
de la Rpublique ; certes on en rclama ausside Jrmie.
Personne ne fit attention une demand aussi intempes-
tive de l'autorit. Depuis le dpart du 2e bataillon du 18e
Rgirhent deette ville o taient incorpors nombre dejeu-
nes gens connus pour leurs sentiments libraux, le mcon-
tement public tait son comble : on vivait sur des char-
bons ardents, agrments des menaces et des provocations
du Gnral MENTOR VICTOR, commandant de l'Arrondis-
sement. On rsolut donc d'en finir, une fois pour toutes,
en courant aux armes. On tait presqu'assur que bien
des ttes importantes paieraient la tmrit de s'tre refu-
ses la signature de l'adresse rclame par Salomon.
Le 23 Mai 1883, 11 heures du matin, la population se
sauleva come un seul homme. Il n'y eu pas de sang ver-
s, mais les principles autorits: Mentor Victor, comman-
dant de l'Arrondissement ; Philias Azor, administrateur
des finances; Ch. Potel et Thog Gnest envoys en d-
lgation par le gouvernement, furent conduits au Consu-
lat franais.
Messieurs Ney Cayemitte et Normil Laurent y entr-
rent aussi, mais volontairement, pour ne pas participer
un movement contraire leurs sentiments politiques.
Le gnral PAULIN LAFOREST tait en tourne la
champagne. Aussitt qu'il et appris la prise d'armes, il








-8-


rebroussa chemin et retourna son commandement, la
Place. Il eut des velleits de faire une reaction en faveur
du gouvernement, et il faisait turner la pice de canon
place devant son htel, mais envelopp par les citoyens
en armes, il fut immobilis et ne put absolument rien fai-
re qui put contrarier le fait accompli.
On fit partir immdiatement un cannot porteur des actes
de la Rvolution destination de Miragone pour annon-
cer Bazelais et ses compagnons que le Sud. tait en
communion d'ides avec eux.
Ce cannot tait mont par deux marines expiriments,
nomms Milfort Robert et Zoune, deux hommes sur la fi-
dlit desquels on pouvait computer.
Arrivs devant Miragone, ces malheureux furent captu-
rs et mis aux fers, bord de la Sentinelle ; ils faillirent
payer de leur vie leur gnreuse tmrit.
Le lendemain matin, 3 coups de canon d'alarn~ rent
tirs pour avertir les campagnes environnantes, du nou-
vel tat de choses. Des citoyens furent dlgus au Corail,
Pestel et aux Abricots pour les soulever et les rallier
la Revolution. On n'eut gure de difficults pour Corail,
tandis qu' Pestel o commandait Fatal Lubin, il y eut
une chauff C'est grce au gnral SABOURIN qui
s'interposa, en pregnant les armes, que les missaires (le
Jrmie parent retourner dans leur foyers. Ces trois mis-
saires taient Edouard Blanchet, Coriolan Laforest et Ed-
mond Guilbaud.
Le gnral KERLEGAND fut nomm chef d'excution.
M. D. Roulet eu le commandement de la Place, et Jules
Prpetit celui de l'arrondissement.
Un comit central rvolutionnaire fut form et compos
des citoyens suivants :
Allain Clri, N. Lataillade, M. Gabriel, L. P. Acluche,
C. Chassagne, A. Lescouflair, Pressoir Jrme, Ami-
cl Boncy, Maitre Lamour.
Et Eugne Margron, Prsident.
On rdigea le Manifeste suivant qui fut expdi par tou-
tes les voies, aux diffrentes villes de la Rpublique.







--9-


LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.


Manifeste.

( Comportant les griefs formils par la population de la
Grand'Anse, contre le gtuvernement de Salomon. )
Quand, il y a trois ans environ, la Nation confiait au
gnral Salom3n, les rnes du pouvoir, Elle s'attendait
ce qu'il se conformnit au moins aux prescriptions de la
Constitution, non qu'elle s'est donne, mais qu'il lui a im-
pose, Elle croyait qu'il avait oubli, au centre de la civi-
lisation europenne, d'anciens prjugs qui ont marqu
ses premires tapes dans la vie politique ; Elle esprait
qu'il emploierait la direction des affaires de ce Pays,
non seulement ses lumires, mais encore et surtout toute
l'exprience mise la sagesse et la bonne foi que le
Pays lui supposait ; mais, hlas I que l'on s'tait tromp I
Que la Nation, dans ce court space de temps a eu re-
gretter le choix, qu'Elle a fait d'un tel homme I Qu'elle
s'est sentie rabaisse et insulte, dshonore par un sys-
r- tme politique que Machiavel ne renierait point, et qui
rappelle en mme temps Tibre l'me noire, mfiante,
cruelle et perfide I Et come vite le gnral Salomon,
imitant ce prince odieux, se dmasque, ds qu'il croit'pou-
voir donner carrire ses passions.
Ne citons point ses excutions en masse : Vingt-huit
victims immoles en mme temps, et parmi elles, des
citoyens qui honoraient le plus le Pays par leur intelli-
gence, leur patriotism et leur bravoure. Ils taient seule-
ment souponns de conspiration I Ne citons point ses
nombreuses arrestations qui font regorger les prisons de
la Rpublique, et principalement les cachots de la Capitale,
d'innoncents citoyens, capable d'inspirer par leur carac-
tre indpendant et nergique, de la crainte ce gouver-
nement cruel et ombrageux. Le rgne de la terreur et un
affreux systme d'espionnage, obcurcissent la face d'Hati
et banissent des cours la joie et la confiance.
Une police secrte, mprisable moyen de dmoralisa-







- 10-


tion et de dfiance, s'engraisse des deniers publics, alors
que d'honntes pres de famille, serviteurs de l'Etat, sont
depuis longtemps privs de leur salaire ; de grands d-
bours d'argent pour des choses qui ne sont d'aucune utility
relle et pour d'autres qui auraient d tre l'objet de la
Chambre et du Snat ; des decisions prises par ce gnral,
en dehors et sans le consentement de ces grands Corps de
l'Etat, n'est-ce pas l un faible specimen de son despotis-
me et de son trange faon d'appliquer l'conomie, cette
conomie qui est pourtant si imprieusement commande
par l'tat d'appauvrissement des resources du Pays ?
D'un autre ct n'est-ce pas, sur le canevas longtemps
caress par le gnral Salomon : la division de la famille
parla distinction des nuances de l'piderme; n'est-ce pas di-
sons-nous, sur cet affreux canevas qu'il travaille sans relache
son oeuvre de destruction contre toute une caste d'hom-
mes I Quoi I dans ce sicle qui s'affirme par les plus belles
conceptions de l'esprit, par les plus grandes ides de pro-
grs, de philanthropic et de haute philosophie, laborer froi-
dement un plan de perfidie barbare, de mchancet inouie
qui consiste tablir, entire noirs et jaunes, une difference
et des procds qui font honte l'humanit entire I Le
people justement indign vous condamne, indigne Salo-
mon, qui faites de ce moyen barbare un pouvantail aux
jaunes, et de la perfidie, le fond mme de votre politique I
Mais le gnral Salomon, appel ironiquement le Pre de
la Patrie, comptait sans la rprobation des hommes clai-
rs, et de bonne foi, il comptait sans le bon sens et la
clairvoyance des niasses, don't les sentiments sont gnra-
lement bien plus nobles et plus levs que les siens ; on
sait que ce chef sanguinaire, rougissant de ce systme sa-
crilge et dshonorant qui a produit dans l'esprit du peu-
ple, un effet tout autre que celui qu'il en attendait, feint
aujourd'hui de le condamner dans les journaux, organes de
sa politique ; mais n'en a-t-il pas t le crateur, lui ? Cet-
te ide anti-chrtienne et infernale don't il a laiss le
champs libre ses principaux soutiens, n'est-pas celle que
ses lieutenants ont la mission de propager secrtement ?
n'est-ce pas l le poison de Salomon infiltr goute a goute
travers ses discours toujours menaants. Gnral Salo-
mon, vous vous trompez trangement sur les instincts et







- 11 -


les dispositions du people hatien, il est bon people, il est
infiniment meilleur que vous; il vous connait actuellement
mieux que vous ne le connaissez vous-mme. Vous l'avez
assez tromp par vos fallacieuses promesses. Qu'a-t-il ob-
tenu de vous en retour de tant de soumission et de patience
qu'il a eues ? Rien, sinon la plus grande dception, la plus
affreuse misre ....... r.t en dpit de tout ce que vous
avez pu imaginer et faire pour vous maintenir au pouvoir,
les noirs et les jaunes restent unis, il sont fiers, issues d'un
mme Dieu, d'un mme Pre common, ils s'aiment com-
me il convient des frres de s'aimer, ils vont tous en-
semble la main dans la main et vous tre impuissant
rompre la fraternity et briser le lien sacr ; impuis-
sant dtruire lesjaunes, ou les liminer de ce sol qui est
l'hritage commun eux et leurs frres noirs.
La Rvolution s'impose en dehors de ce que vous ap-
pelez malicieusement .nationaux et libraux. Elle
est tout--fait trangre aux denominations des parties po-
litiques. Elle s'arme contre vous seul Salomon, contre
vous qui devenez impossible au Pays ; elle ne s'arme que
contre vous don't la Nation ne veut plus, parce que vous
avez tout fait pour l'avilir. La Rvolution, sachez le bien,
est gnrale ; elle se prsente sous deux formes pour s'uni-
fier avant longtemps.
Debout, et en armes Miragone et dans la Grand'An-
se; vivace et latente dans chaque coeur hatien, mme
la trs faible fraction d'hommes que l'intrt ou l'gosme
attache fatalement ou honteusement votre destine.
La Rvolution gnreuse et brave n'est point avide
de sang. Non, oh non.
Elle ne veut et ne demand qu'une chose : Votre
abdication I
( Fait Jrmie, ce 23 Mai 1883 an 81e de l'Indpen-
dance.
( Suivent les signatures des membres du Comit Rvo-
lutionnaire. )

Quelques semaines auparavant, le Renaud , petit va-
peur du Service acclr qui contribuait avec le
Bois-Chne et la Sentinelle tablir un blocus ef-







-- 12 -


fectif devant Miragoane, fut expdi dans le Sud, mais ar-
riv au large de Jrmie, il fit collision avec un steamer
du Royal-Mail et en fut gravement endommag. Le capi-
taine vira de bord et vint, toute vapeur s'chouer l'An-
se--Cochon, pour ne pas couler pic, dans le canal. On
en dbarqua une pice de dix et quelques munitions.
Lors de la prise d'armes, ce fut peu prs tout ce don't on
put disposer, en fait de munitions de guerre. La situation,
sur ce point, ne fut, par consquent, gure rassurante ....
L'architecte Joseph Louisiade fut charge, par le Comit
rvolutionnaire, de la construction du Rempart de la
Source; ce rempart fut solidement construit en ma-
driers avec de sres meurtrires, suivant les meilleurs,
principles de l'art ; ce qui protgea la haute ville,
d'une faon plus efficace.
Plac sous la direction d'AristhomCne Gaveau au dbut, le
remplrt fut plus tard command par le Gnral Valmont
Gachette. Le fort Tlmaque , mis sous les ordres de
Hortancius Merlet avec une nombreuse garnison, bien rem-
parde, contint l'extrme Sud de la ville.
Les anciens blockhaus, construits en 1868, tombaient
en ruins ; ils furent remis en tat et pourvus de vaillants
dfenseurs et surtout de tireurs mrites.
Le Consulat de France, o se trouvaient les rfugis Sa-
lomonistes, fut gard par une colonne place sou:s les or-
dres de Dupr Marertmt et Louis Lapointe Fils, comman-
dant en second. Cefe colonne tait aussi appele vo-
ler au secours des points menacs par l'ennemi, elle
tait dsigne sous le nom de VOLANTE ; elle a ample-
plement justifi la confiance place en elle, durant toutes
les hostilits.
Le contre-coup de la prise d'armes se rpercuta dans les
arrondissements voisins. Aquin prit les armes ; niais at-
taque par les forces suprieures, amenes des Cayes par
le gnral Chevalier, cette ville dut se soumettre. Les C-
teaux et ''iburon chassrent les autorits places par So-
loinon ; ils furent, leur tour, envahis par l'arme victo-
rieuse des Cayes qui march contre eux. Ce fut une pro-
menade militaire pour elle, car aucun point fortifi n'exis-
tait en ces parages, qui pt l'arrter.







- 13 -


Les Abricots seuls la tinrent en chec. Les rvolution-
naires des arrondissements dissidents, en retraitant, s'y as-
semblrent et y livrrent un combat sanglant, le 23 juin.
Une resistance aussi nergique donna rflchir F. Che-
valier ; ds lors, il s'avana avec prudence sur Jrmie.
Ce jour-l, tomba mortellement frapp, Miradeau La-
forest.
Une colonne de secours tait parties d'ici, dans le but de
de les renforcer ; mais arrive une certain distance,
l'ordre fut envoy de regagner son cantonnement. On ve-
nait d'apprendre que les braves dfenseurs des Abricots
taient en retraite sur Jrmie.
Le gnral Poteau, en s'chappant de l'Anse d'Hainault,
o il commandait, avait pris gite Chambellan, dans les
hauteurs de Jrmie; il attendait le soulvement en mas-
ses des campagnes pour reparaitre sur la scne politique.
Il y resta prs d'un mois, inactif, prtait l'oreille tous les
chos qui lui parvenaient des partisans du gouvernement
rests Jrmie ; ce n'est que plus tard, qu'il s'enhardit
descendre jusqu' Glin o il appela ses cts, les chefs
de sections rurales qui se tenaient en ville, attendant les
vnements.
On eut la maladresse de laisser s'chapper de nos mains,
Tlisma Cazeau et le fameux Louis-Charles, les premiers
promoters du soulvement dans les campagnes de cette
poque.
Le gnral PAUL EMILE PIERRE-LOUIS le hros de la
Guinaude, rassemblait Duranton, tous les partisans
de la Rvolution; il voulait y tablir un camp, mais soit
raret de munitions de guerre et d'armes, soit raret d'argent
pour le rationnement de ses hommes, il dut lever la march
et rentrer au Fort Tlmaque avec prs de 300 hommes
qu'il emmenait.
Les hostilits recommenaient sous de trs mauvais aus-
pices, tout manquait ; on n'avait mme pas, comme en
1868, la resource des cantonnements.








-14 -


CHAPITRE III.


RETOUR D'EXIL DU GNRAL ST. LGER P. J. Louis PRISE
D'ARMES DE JACMFL ET DES COTES-DE-FER -- COMBAT DEVANT
MIRAGOANE -- ATTAQUE GNRALE ET TENTATIVE DE D-
BARQUEMENT -- BLESSURES DES GNRAUX HENRI PIQUAND
ET D'ANSELME PROPHTE.

Le gnral ST-LGER P. J. LOUIS venait de dbarquer
de l'exil, le 9 Juin.
Ds son arrive, le comit lui crivit la lettre suivante
et l'envoya en dlgation dans les communes de Corail et
de Pestel.
La possession d'une pareille pe tait un bienfait fort
apprciable pour la Rvolution.

LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
IRPUBLIQUE D'HAITI.

LE COMIT RVOLUTIONNAIRE DE LA GRAND'ANSE
Au gnral de division St. Lger P. Jn.-Louis.

Votre arrive parmi nous a t salue avec enthousias-
me, la Rvolution, don't vous tes le plus intrpide cham-
pion, semble avoir puis de nouvelles forces, par votre
presence qui rpand partout la confiance.
Votre concours effectif l'accomplissement de l'oeuvre
sainte que nous avons entreprise assurera le succs que
nous nous flattons d'obtenirbientt contre l'odieux rgime
que nous combattons. Aussi, est-ce avec un empressement
qui se conoit assez, que nous acceptons votre offre pa-
triotique (le vous transporter au Corail, votre lieu natal,







-15 -


la ville aux souvenirs hroques, l'effet de soutenir l'ar-
dcur de ses braves dfenseurs et de rassurer les esprits ti-
mides s'il pouvait s'en trouver.
Partez, brave gnral et estimable concitoyen, le Comit,
en vous nommant son dlgu dans la commune de Corail,
attend de vos measures dans cette ville, les plus heureux
rsultats. C'est dans ces sentiments que le comit vous
prie d'agrer ses salutations en la Patrie.
Nous vous ritrons, citoyen gnral, nos vives saluta-
tions en la Patrie.

( Suivent les signatures )
P. S. La ncessit s'tant fait sentir de vous dlguer
aussi dans la Commune de Pestel, vous tes invit la vi-
siter et y remplir la mme mission qu' Corail.

La nouvelle de la prise d'armes de Jacmel, le 23 Juillet,
apporta un moment de joie et de bonheur aux Jrmiens ;
on sentait que les forces de Salomon seraient dissmines
devant tant de points en insurrection ; ce qui serait une
faiblesse pour lui et une force pour les libraux.
Aussi elle fut publie ici, avec de grands transports
d'allgresse.
Mais, il y avait un dcousu gnral dans la march des
affaires du ct rvolutionnaire : pas de movements d'en-
semble, ce qui avait permis l'accomplissement de si gran-
des actions en 1868 ; il y avait aussi beaucoup d'ostenta-
tion de la part des insurgs de Jacmel. Tout un ministre
y avait t cr, qui prenait son rle au srieux ; cela
indiquait clairement qu'ils s'attribueraient les premiers
rles. Cette faon de procder rendait le succs final fort
alatoire.
Sur ces entrefaites, l'cho de l'attaque gnrale de Mira-
gone nous parvint.
Il paraitrait que le gnral Henri Piquant, auquel Jr-
mie avait offert le patronage de sa prise d'armes par une
demand officielle, voulait, en un supreme effort, enlever
Miragoane ; il attaqua donc par mer avec une parties de
l'arme tandis que Prophte devait attaquer toute la ligne







-- 16 --


de circonvallation qui s'tendait de Desruisseaux la Sour-
ce Espagnole.
Mais le fort Malet, par un coup) d(e canon heureux, d-
mantilula la Sentinelle qui s'choua sur le rivage.
L'attaque fut manque et Piquant, mortellement bless,
fut envoy la Capitale o il languit quelque temps avant
de mourir, empoisonn, dit-on, par Salomon.
Du ct d'Anselme Prophte, l'attaque ne fut pas plus
heureuse, repousse avec d'immenses pertes, son arme
battit en retraite. il y fut bless au front quelques temps
aprs, blessure ingurissable qu'il garda jusqu' sa mort.
Franois Manigat s'en alla devant Jacmel, don't il eut
la direction de ce sige.
On sait comment il se cra une triste clbrit dans la
repression de l'insurrection de cette ville. Il donna son
nom un cimetire et mrita le sobriquet de BassinSang .
On affirma que c'est grace au gnral Cloville Mod
que cette attaque gnrale fit fiasco. Sa colonne tait par-
venue jusque du ctde l'Eglise, lorsqu'il rebroussa subite-
ment chemin. Peu aprs, on eut des doutes sur sa fidlit.
Il prit les armes, son tour, et se mit en rapport avec les
insurgs des Ctes-de-Fer. Il fut d'un bon secours pour
Miragone qu'il soulagea, quoique tardivement, en faisant
une demonstration derrire l'arme assigeante, Masure
Arnoux , ce qui attira l'arme de A. Prophte sa pour-
suite.
En attendant la faim se faisait sentir d'une faon atroce
parmi les exils dbarqus Miragone. Je m'en vais citer
deux faits raconts par le gnral lardignac lui-mme,
qui donneront une ample ide de l'horreur de leur situa-
tion :
Nous tions tous assis, le venture creux, ruminant les
moyens de trouver quelque chose manger ; on avait con-
somm mme les couvertures (le malle en peaux de boeufs;
on en tait frire des feuilles de coton, ce qui nous don-
nait de la diarrhe.
En regardant du ct de l'ennemi, nous vimes un offi-
cier mont sur un superb cheval, passer devant nous en
caracolant. Quelqu'un dit alors : Comme je mangerais
avec plaisir un morceau de ce cheval 1 Un homme du
people (lui faisait parties de la garde du rempart rpondit :







- 17--


Si nous, vi, m'a sorti lan nuit l, demain martin n'a man-
g li.
Savez-vous, au moins, l'endroit o il est attach ?
Mais oui, ici, moin ou li tous les soirs. Effectivement, il
sortit en rampant, la faveur de la nuit et ramena la bte
vers les 2 heures du matin. Elle fut immdiatement abat-
tue, saigne et dpece.
Ce fut un jour de gala pour ces affams, tous les pos-
tes en eurent une bonne part et la peau fut rserve pour
les bouillions ultrieurs.
Le lendemain, dans l'aprs-midi, tous ces exils repus,
fumaient tranquillement leurs pipes, comme des heureux.
Ils remarqurent l'tonnement du fringant cavalier de la
veille, venu la recherche de sa monture. Ne le trouvant
pas, il s'tonnait, regardait droite et gauche ; de guer-
re lasse, quelqu'un parmi eux qui l'observait, lui cria du
rempart : Officier, c ti choal l, ou p cherch. ? Nous
mang li ? L'autre pensait sans nul doute qu'on se mo-
quait de lui et ne fit aucun cas de ces appeals ritrs. Ou
pas cou nous ? Gard On lui montra la peau du cheval.
Il rpondit alors par des jurons, en montrant son
poing. Un immense clat de rire partit de tous cts et
l'officier s'en alla indign.
A une autre occasion, le nomm Petit-Blanc,
grand sorcier de Logne, alla offrir ses services Ansel-
me Prophte pour pntrer Miragone et assassiner Ba-
zelais. On lui fit comprendre que ce n'tait pas chose fa-
cile ; mais il tint bon et rsolut de mettre execution son
project insens.
II partit donc, en se faisant mettre un croc de bois au
cou comme on en met d'habitude aux porcs ; il imitait
la perfection le grognement de cette bte, si bien que la
sentinelle du rempart alla porter la bonne nouvelle qu'elle
se dirigeait du ct de la ville. On faisait dj bien des
projects sur les ctelettes, les grillades de cette chair suc-
culente. On appela trois des meilleurs tireurs qui l'ajus-
trent et firent fea. O.1 s'lana d'un bond pour l'enlever;
mais, surprise I c'tait le cadavre de Petit-Blanc.
De sorte qu2 ce fut un croulement total de leurs espran-
ces, peu prs comme La laitire et le pot au lait de
Lafontaine.







- 18 -


CHAPITRE IV.


OFFRE DE SOUMISSION PAR SALOMON AUX INSURGS DE JRMIE.
-- ASSAULT DU FORT SALOMON. -- CONDUITE HROIQUE DES
JRMIENS.

Le 27 Juin 1883, le Comit reut la visit d'une dlga-
tion envoye par le president Salomon, compose des ci-
toyens suivants : C. Fouchard, F. D. Lgitime, M. Moreau
et N. Conille, accompagne de Monsieur Boulanger. Chan-
celier de la lgation de France Port-au-Prince.
Le s/s Mont-Rouis mis sa disposition, avait arbor
le pavilion franais. A 10 heures du matin, ces dlgus
se rendirent l'Hotel du Comit et offrirent la popula-
tion de la Grand'Anse de mettre bas les armes ainsi que
l'oubli du pass. Une amnistie gnrale serait accorde
tous, sans restriction.
Pour toute rponse, on s'cria: Vive la Rvolution, 1 A
bas Salomon I La dlgation fut reconduite sur le quai,
aux accents de la Marseillaise.
Le Comit publia, le mme, un ordre du jour, en ces
terms :

Citoyens et Soldats,

Le gnral Salomon, en nous offrant hypocritement
aujourd'hui l'olivier de la paix, nous offre, en mme temps,
la preuve que les lauriers de la Victoire lui sont impossi-
bles.
La dlgation que nous avions congdie 5 heures
de l'aprs-midi, s'est rembarque sur le Mont-Rouis.
En portant ces faits votre connaissance, nous ren-
dons ici un clatant hommage au gnral Kerlegand, chef
d'excution et aux officers de l'arme qui, comme nous,







-19-


ont repouss les propositions du Tyran de la Patrie en
poussant vigoureusement vers le ciel, ces cris mille fois
rpts de:
A bas Salomon I
r Vive la Rvolution I
Donn au Quartier-Gnral de Jrmie, le 27 Juin 1883,
an 80" de l'Indpendance.
Eug. Margron, L. P. Acluche, C. Chassagne, Pr. Jrme,
A. Lescouflair, N. Lataillade, M. Gabriel, Amicl Boncy,
M. Lamour.
Ala jacta es.. I
L'arme assigeante avait fait choix d'une position domi-
nant la ville, Mal-Genou, au quarter de Fond-Rouge.
Non satisfaite d'avoir mis en batterie, sur l'habitation
Doucet , une pice de 10 qui lanait des obus inoffen-
sifs, elle avait train bras, depuis l'Anse--Cochon, par
des chemins affreux, une pice de 30 raye qui jeta la ter-
reur et la dsolation dans les families.
Tout ce travail tait fait sous bois, en pleine fort; puis un
beau jour, le rideau d'arbres qui cachait le nouveau fort
notre vue fut abattu et l'on put voir ce que le coco-maca-
que, nergiquement administr, peut faire excuter aux
hatiens.
Ce fort prsentait l'aspect d'un carr presque rgulier,
construit en abattis avec de la terre au milieu, comme rem-
blai ; ce mur en bois et terre, d'une grande paisseur, res-
tait l'abri de la pntration des obus.
Malgr le dboisement mthodique des environs imm-
diats, certain renflements de ce terrain accident domi-
naient l'intrieur du fort et le rendaient intenable pour la
garnison au moment d'une attaque.
Comme ouvertures, il y avait, d'un ct, l'embrasure de
la pice et, par derrire, une barrire en zig-zag, appele
vulgairement : barrire-ngre-sot .
C'est cette position formidable, occupe par une nom-
breuse garnison, que les Jrmiens devaient enlever avec
une bravoure et une intrpidit dignes du pass de notre
brave et valeureuse jeunesse.
Le Aot 19 1883, 4 heures du matin, trois colonnes







- 20 -


sortirent de Jrmie, profitant de la demi-obscurit de
l'aube naissante, dans le but d'enlever par surprise le fort
Salomon. Les trois colonies taient places sous les ordes
de P. E. Pierre-Louis, de V. Gachette et de V. Rosambert.
Deux, des trois colonnes s'garrent dans ce fouillis im-
pntrable du Fond-Rouge, l'autre colonne, mieux pilote,
parut en face du fort. Chemin faisant, on avait rencontr
un homme porteur d'une calebasse qui allait chercher de
l'eau. A la vue des soldats Jrmiens, il prit la fuite, on le
poursuivit. Les tambours et les clairons du fort battaient
et sonnaient la diane. Un des soldats, emport d'ardeur;
tira un coup de carabine sur le fugitif qui alla donner l'a-
larme l'ennemi.
Immdiatement le canon commena grounder et le fort
ouvrit un feu de Remington. Il tait trop tard pour recu-
ler ou diffrer l'attaque, malgr l'absence des deux autres
colonnes. On l'attaqua imptueusement ; on reut bout
portant, deux autres coups de canon, puis, ce fut tout. On
pntra de vive force par l'embrasure de la pice et les
canonniers y furent tus sur place ; peu peu, les assail-
lants y pntrrent, tandis que de l'autre ct, une parties
d'entre eux allrent se poster prs de la fameuse barrire
par o devait fuir les dfenseurs affols du fort.
En effet, on en fit un massacre effroyable et l'on resta
maitre de la position. Un grand et ample butin y fut fait.
L'ennemi y perdit 146 hommes, tandis que du ct de la
ville, on n'eut que 9 tus et une dixaine de blesss.
Malheureusement, ces 9 tus taient tous des hommes
d'lite, remarquables par leurs qualits intrinsques.
Par manque d'initiative ou confusion dans les comman-
dements, aprs l'assaut, on y laissa la pice qui fut jete
dans un ravin proximity du fort.
Elle devait, un mois aprs, recommancer son tir homi-
cide.
I'ennemi revint la charge et tenta audacieusement de
chasser les vainqueurs de la position, mais, arrt par le
feu nourri des fusils rption et par le tir assur des vo-
lontaires, son lan fut rompu et il vint mordre la poussi-
re devant leurs lignes.
C'est ce moment que tut tu le sanguinaire Louis
Charles, la terreur de Fond-Rouge . Il venait tmrai-







- 21 -


recent se mettre sur la ligne de retraite, de faon couper
le chemin de la ville aux libraux ; mais une balle la
tte, l'obligea rester tranquille pour jamais.
Le lendemain de cette journe de victoire, part l'ordre
du jour suivant :
LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.

Ordre du jour.
L. C. KERLEGAND,
Gnral de division, Snateur de la Rpublique,
Chef d'excution de la Grand'Anse de la volont
des, populations,
Citoyens et Soldats.
Ce fut en vain que nous avions reprsent aux sicaires
du gnral Salomon combien est injuste et draisonnable
la guerre qu'ils ont entreprise contre les dfenseurs de nos
liberts, combien leurs criminelles operations contre la
Revolution sont prjudiciables l'unit national, notre
malheureuse Patrie qui, depuis l'avnement du Tyran au
pouvoir, porte aux flancs des places de plus en plus sai-
gnantes.
Tous nos efforts furent inutiles et dans les serviteurs du
Tyran, nous avons reconnu la mme pret pour le pilla-
ge, la mme crainte, la mme mauvaise foi que, dans un
pass encore trs rapproch, amenaient d'tranges guer-
riers habiles dcouvrir les cachettes les mieux dissimu-
les, alertes dvaliser les caves et trs exigeants sur la
question des victuailles.
Citoyens et Soldats,
Depuis plus d'un mois, F. Chevalier et consorts ont os
poser le sige devant la fire et invincible cit de Jrmie,
comprenant que nous avons complt nos lignes de rem-
parts, grossi notre artillerie, rform nos forteresses, gar-
ni nos arsenaux et approvisionn nos magasins.








- 22 -


Fontange Chevalier qui n'a pas confiance dans le succs,
a mesur la distance incommensurable qui existe entire les
valeureux dfenseurs de la Patrie et les fanatiques placs
sous ses ordres. Sachant bien qu'une mort fatale et cer-
taine attend tout tmraire qui oserait se prsenter devant
les remparts de Jrmie, il fit construire au quarter de
Font-Rouge de cette commune une forteresse qu'il bap-
tisa du nom de Fort Salomon, et qu'il arma d'une pice
de fort calibre.
Il la disait imprenable et l, hors de tout danger, il lan-
ait des projectiles sur la ville.
Citoyens et Soldats,
Vous avez frmi d'indignation en voyant tomber vos
cts, 2 innoncentes victims, deux femmes !... Vous avez
comprise que vous touchiez l'une de ces heures la fois
redoutables et bnies, o le cri de la conscience est si im-
prieux qu'il ne reste qu' l'couter o mourir. Frappant
nergiquement sur les crosses de vos carabines, vous avez
pris la resolution inbranlable et hardie d'aller travers
mille affreux chemins, battre dans sa prtendue cita-
delle l'ennemi qui trop longtemps se faisait attendre. Tra-
versant en moins d'une heure les haies de piques sanglan-
tes de cette horde de brigands, vous avez, aprs une vive
fusillade, pouss un cri vainqueur au sein d'une fortifica-
tion prise d'assaut, et don't la garnison impuissante quoi-
que nombreuse, a t broye et disperse.
Une pice de canon de 30 ray avec des boulets et ses
gargousses, 21 caisses de cartouches de tous systmes ;
les drapeaux du 33em' des Coteaux et ceux de la garde na-
tionale d'Aquin ; 13 prisonniers ; 85 fusils ; la volumineuse
correspondence des chefs et leur registre de copie-de-let-
tres; 5 tambours ; 3 clairons ; de l'argent qui devait tre
affect au paiement de la ration ; des chevaux et des mu-
lets avec selles et brides ; des provisions consistent en vi-
vres du pays ; des haches, pioches, pelles, paulettes, re-
volvers, sabres, etc. 46 cadavres dans le fort et peu prs
une centaine dans ses environs,'sont les rsultats de cette
journe mmorable.
Citoyens et Soldats,
Si vous avez vaincu, hier, toutes les forces don't dispo-







-23-


saient devant Jrmie, Fontange Chevalier, Ren Delsoin
et Louis Charles Franois, l'adorateur des dieux ftiches ;
si dans cette journe qui appartient l'histoire, vous avez
dcor d'une immortelle gloire le drapeau de la Rvolu-
tion, n'oubliez jamais nas hroques coiipagnns d'armes,
cas valeureux martyrs que nons avons conduits au champs
du repos. L'histoire impartiale burinera en lettres d'or,
dans ses annales, les noms de Brutus Adrien, Stoute
Printemps, Clotaire Chron, Audant jeune et Eug. Barthe-
lemy ( de Jrmie ); Hendrick Samadeck ( des Cayes ),
Luxama Guerrier et Paulus Porus ( de Port--Piment, )
Iron Gaspard (des Ciiardonnires) morts pour la sainte cau-
se de la libert. Gloire eux I 1
Honneur au president du comit central de la Grand'An-
se et ses dignes collgues qui ont constamment donn
l'exemple d'un courage toute preuve en combattant
comme de simples soldats nos cts I
Honneur aux gnraux Gachette, N. Rosambert, Bouget
Pratt et Nicolas Ain qui firent si bien coincider leur atta-
que avec celle du brave gnral P. Emile Pierre-Louis,
et qui tous habitus faire mieux que leurs ains, se cou-
vrirent de gloire 1
Citoyens et Soldats,
Ceux qui ont chapp notre fer tireront de cette prodi-
gieuse victoire une leon profondment morale ; c'est qu'on
doit se garder d'irriter les vrais patriots. En lassant leur
patience, en provoquant leur indignation, on leur procure
des forces surnaturelles qui djouent tous les calculs et
surmontent la puissance mme de l'art le plus consomm.
Si, aprs avoir dmoli cette fortification, je vous ai ordon-
n de rentrer en ville, c'est qu'il tait inutile de garder
cette position et que vous avez ailleurs d'autres lauriers
cueillir.
Bientt, grce vous, la libert ne sera plus un vain mot.
Elle sera fonde, une fois pour toutes sur la justice et le
respect des droits de chacun. Vous aurez la gloire immor-
telle de sauver la Patrie. Elle sera libre dans son action,
et la paix, une paix solide et durable, la laissera pour tou-
jours maitresse de ses destines.
Vive la Rpublique une et indivisible I







-24-


Vive la libert I
Vive la Rvolution I
Donn au Quartier-Gnral de Jrmie, le 20 Aot 1883,
an 80"f" de l'Indpendance.
KERLEGAND.

Tandis que ces exploits glorieux avaient iieu au fort Sa-
lomon, un parti de piquets avaient cherch is'emparer du
blockhaus situ au Fond-Berquir; mais, prvenus temps,
c quelques citoyens se hatrent de l'occuper'et ouvrirent tin
feu volont sur l'ennemi qui prit la fuite selonsa noble
habitude.
Conjointement avec l'attaque du fort, le comit, pur
obliger l'ennemi une diversion, avait ordonn une sortie
du ct de la Digue. On s'tait fait accompagner par une
pice de champagne ; lorsque cette colonne:parut au code
de la Grande-Rivivire. les piquets posts de l'autre ct
du Bac, tirrent des coups de carabines qui incommo-
daient la march. Le canon y fut braqu, on tira le coup,
une explosion eut lieu et le malheureux canonnier fut tu:
il s'appelait Geffrard . Ce brilliant fait d'armes inspira
le pote : F. H. Laraque, et les strophes suivantes attes-
tent l'impression potique qu'il en ressentit.

PRISE DU FORT SALOMON

La Revolution, dployant sa bannire,
A fait pour le tyran sonner l'heure dernire.
Miragone, en avant Jacmel pressez vos pas !
La Grand'Anse debout, nous ne faillirons pas.

Sur le plateau du morne, au-dessus de la ville,
Le Jrmien voyait se dresser immobile
Le rempart Salomon qu'avec le plus grand soin
Avaient fait lever Chevalier et Delsoin.
C'est l que mditant les plans les plus atroces,
Se mettaient l'abri ces gnraux froces,
Qui rveillaient l'instinct de voraces soldats.
En promettant des viols et des assassinate.







-25 -


Avec la torche en main, allumant l'incendie,
Menaant la fois la fortune et la vie
Mme' du malheureux attaquant le rduit,
Le Piquet profitant deshombres de la nuit,
Pour que sa lche main, frappant une victim,
Ne lt point aperue au moment de son crime,
Et que, vil assassin, il pt en libert,
Satisfaire sa rage avec impunit.

Ce n'tait pas assez: cette horde sauvage
Voulait multiplier les horreurs du carnage,
Et lanait sur nos gens, les croyant effrays,
Les obus clatant de ses canons rays,
D'aprs ses sentiments, elle jugeait des ntres.
Du Vaudoux elle a d croire les aptres.
Tas de vils ignorants, bandes de forcens,
C'est pour servir ce dieu que seuls vous tes ns.

Les boulets destructeurs de ces tres infmes
En brisant nos maisons, n'atteignirent que les femmes,
Une fois, on put voir, tout arros de sang,
Dans les bras de-sa mre un petit innocent,
Qui, soustrait la mort par une main divine,
Attirait les regards sur sa plaie enfantine
La mre, laissant choir son enfant sur le dos.
Prsentait ses deux bras, fracasss jusqu'aux os.

Un boulet qui venait de laisser les murailles
Epargnant par hasard, le fruit de ses entrailles,
Avait son enfant enlev tout soutien.
Mais; Dieu l'ayant voulu, hlas I tout tait bien
L'air pensif, et le front inclin vers la terre
*Chacun semblait songer aux horreurs de la guerre
'Cependant sur les lieux arrivent nos guerriers,
Poussant tous ce seul cri : mort, mortaux meurtriers !

Dj le lendemain, note vaillante arme,
-Par la voix de ses chefs aux combats anims;
Evitant avec art le guet de l'ennemi,
Dans le bois qui craquait sous son pied affermi,
Chemiaait grands pas, vers le sjour du crime.
Tout a coup nos soldats, sortent de tous ct,
Fondent sur les piquets surprise, dconcerts,


Universit) of Fiida Librari








-26-


Le valeureux Printemps sur le rempart s'lence,
Suivi du bouillant Pratt , qui perce de sa lance
Le premier qui voudrait arrter son lan.
Voil qu'en ce moment, on voit dans notre rang
Se faire un vide : hlas c'est le fougeux Ctoute,
C'est Brutus Adrien, don't le sang goutte goutte,
S'infiltrant au cur de la cit,
Doit de la statue sceller la libert.

A nous, Gachette, nous Nicolas et Valtange,
Vite, anantis sous les hordes de Fontange...
L'ennemi lche pied, et le rempart est pris.
Les piquets en tombant, poussent d'horribles cris.
Au fond de la mle on peut voir Paul Emile
Qui, par ces coups hardis, se distingue entire mille.
Le digne comit, prsidant au Combat,
Communiqua partout son ardeur au soldat.

Cependant l'ennemi revient et se rallie.
Pour reprendre le fort il risque en vain sa vie,
Chass de toutes parts en dsordre il s'enfuit,
Et ne peut rsister au bras qui le pursuit.
Kerlegand, survenant, achve la victoire,
Et recueille du jour les honneurs et la gloire
Tandis que nos guerriers, sur des poutres assis
Contemplaient des fuyards, les dgotants dbris.

Dans le feu du combat, nos terrible athletes
Oubliaient tous les maux comme aux beaux jours de fte
Quand, bientt revenues leur tat normal
Ils sentirent au cour un froid qui leur lit mal :
Nous avons soif, boire, oh donnez-nous boire
S'criaient-ils tous : c'est qu'avec la victoire
La nature sur eux avait repris ses droits
Qui servit au combat meurt bien de soif parfois !

Margron, toujours present, toujours froid, impassible,
Roule dans son esprit, incertain, le possible,
Et comme pris soudain d'une inspiration
Etudions, dit-il notre position !
Convient-il d'occuper ces remparts du sauvage ?
Avons-nous en tout point, termin notre ouvrage ?
Jusqu'au Numro 2 poursuit-on l'ennemi ?
11 imported de prendre, a l'instant, un parti ?







- 27-


A ces mots, les guerriers, dans un profound silence.
Sollicitent des yeux leur chef avec instance
Ils voudraient aux piquets porter un coup mortel.
Kerlegand more et ple, et d'un ton solennel,
Leur dit : Nous n'avons plus qu' regagner la ville.
Le rempart Salomon nous est fort inutile.
11 ne sert qu' des gens qui combattent de loin
D'un pareil monument qu'avons donc besoin ?

Le soldat obit aux ordres qu'on lui donne ;
Chacun travaille au son du clairon qui rsonne;
Paul Emile le soin d'enclouer les canons;
Chassagne des blesss a vrifi les noms;
Laissant l'pre chagrin percer sur son front sombre,
Et Lescouflair des morts a dj pris le nombre
On entasse partout un immense butin,
Qu'a' mnag pour nous le bienveillant destin.

Poudre canon, fusils, vivres de toutes sorts,
Carabines, tambours, uniforms d'escortes,
Cartouches et drapeaux, argent, jambon et vin,
Chanes et montres d'or, tout leur avoir enfin,
Qui tomba dans nos mains ; tait gisant terre.
Voil ce qu'a voulu pour eux l'affreuse guerre,
Que vient de provoquer par sa mchancet.

L'tre le plus pervers de la chliennet.
Leurs morts et leurs blesss, plus de trois cents en nombre,
Rougissant notre sol, jetant un clat sombre,
Mais tombs sans horreur et sans conviction,
Pour tout gaide, ayant en leur seule passion,
Peuvent-ils comprendre, la perte de nos hommes ?
Soldats et citoyens, oh oui, tant que nous sommes
Rendons un just homage ceux qui ne sont plus,
Car de ce jour heureux les honneurs leur sont dus.

Source de toute vie, toi, qui sur nos ttes,
Tiens la mort suspendue au milieu des temptes,
Tu ne souffriras pas que les loups menaants
Egorgent, sans piti, tes enfants innocents,
A travers les boulets, travers la mitraille,
Tu guideras nos pas sur les champs de bataille,
Et fort de ton appui, nos guerriers triomphants
Feront mordre la terre aux piquets arrogants.







28 -

La Revolution, dployant sa bannire,
A fait pour le tyran sonner l'heure dernire,
Miragone, en avant Jacmel, pressez vos pas!
La Grand'Anse, debout : nous ne faillions pas.

L'auteur de cette posie regrette, que pour courter cette
pice, il a omis de mentionner les noms des blesss : Du-
manoir, Numa Laraque, S. Chapoteau, E. Rey, P. Cav,
A. Fourcand, C. Margron, J. Cassamajor, E. Barthelemy,
D. Balmir, S. Roland. Ces trois derniers moururent des
suites de leurs blessures.
Un jeune volontaire Cubain, Oswald Taquechel que le
sentiment de la liberty transportait jusqu' l'enthousias-
me, mrite aussi une mention honorable qu'il serait in-
juste de lui refuser.




CHAPITRE V.


STAGNATION DES HOSTILITS. -- ARRIVE DU CROISEUR LA
PATRIE . -- TENTATIVE DE DBARQUEIENT A MIRAGOANE.

Aprs la destruction de ce boulevard de Salomon, au
Fond-Rouge, l'ennemi terrific de tant d'audace, se montra
fort timide, fort circonspect et n'osa se mesurer aux rvo-
lutionnaires. D'aprs la logique, on devrait pousser le suc-
ci jusqu'au bout et marcher victorieusement au Numro
Deux contre Fontange Chevalier qui ne demandait qu'
lever son camp.
On s'tonnera, bon droit, qu'on ait gard le statu quo:
la prudence le conseillait et la defensive tait la seule atti-
tude prendre, avec la pnurie d'argent, de provisions de
bouche et de guerre don't souffrait le Comit Rvolution-
naire, au lieu de cette offensive hardie qui prcipiterait les
vnements en faveur de ses armes. Ainsi, malgr des suc-
cs rels, on devait, faute de moyens, perdre la fin, une
parties si favorablement commence. On resta donc en


j-







-29-


place, se contentant de temps autre, de faire le coup de
feu contre les postes-avancs de l'ennemi.
C'est cette poque que l'on eut l'ide de construire sur
l'un des trois mamelons juxtaposs que la nature a placs
sur la proprit O. Merceron, l'embouchure de la Gran-
de-Rivire, une position fortifie qui pt faire face au
camp du Morne-Chateau, situ en face, et donner la ma-
trise de tous ces parages aux rvolutionnaires.
Elle fut arme d'une pice de 12 et place sous le com-
mandement du gnral Bouget Prat, don't elle reut le
nom : Fort-Bouget.
Sur ces entrefaites, l'ennemi qui travaillait rparer ses
dsastres, russit dsenclouer la pice du fort Salomon
qui, on se le rappelle, avait t bouscule dans un ravin
avoisinant cette position.
Soudainement, le bombardment de la ville recommen-
a avec acharnement, causant les mmes angoisses la
population, mais, cette fois-ci, le Comit ne put prendre
aucune measure prservatrice et salutaire : sans doute, il
n'en eut plus les moyens. On subit stoquement, nuit et
jour, ce tir agaant et dangereux. De temps autre on
ripostait du fort Lapointe, mais on tait oblig de mna-
ger la poudre, on n'en avait gure.
La providence devait envoyer, cependant, une consola-
tion phmre la population si prouve, consolation
qui faillit turner au tragique. Le 25 Octobre, part de-
vant le port, un norme steamer roues, et l'on faisait
mille conjonctures sur sa national measure qu'il appro-
chait, l'motion publique augmentait, lorsqu' un moment
donn, il se tourna un peu obliquement, on put ds lors,
distinguer les couleurs de son pavilion. O bonheur 1
C'tait le navire de la Rvolution, navire impatiemment
attend : La Patrie I
Son commandant eut l'ide saugrenue de faire teindre
les feux, ds qu'il eut jet l'ancre. Aussitt, un bombar-
dement acharn commena contre ce malheureux navire,
il subit au moins 18 coups de canon sans tre touch. Mis
immdiatement sous pression, il put nanmoins sortir de
ce mauvais pas.
Aussitt hors de la porte des boulets ennemis, il se re-
tourna et riposta par son canon de 60 ray, qui l'armait



g ''







- 30 -


en poupe ; ds lors, le fort Salomon se tint tranquille et
ne donna pas signe d'hostilits tout le reste de la journe.
Tout de mme, l'motion avait t bien forte en ville, et
ce moment fut dur passer.-
On le fit partir pour Corail o il convoya le gnral S1-
Lger. Sa presence jeta la terrreur chez les brigands de a
Patte-Large. Les canots ennemis n'osrent se montrer
hors de leurs repairs, de peur d'tre capturs ou couls.
Il repartit ensuite pour Jacmel o il devait prendre des
troupes destines au dbarquement projet Miragone.
En effet, il s'en retourna quelque temps aprs, avec un
contingent d'hommes qu'on augmenta ici d'un nombre
respectable de volontaires. On partit pour le but dsign,
mais les moyens n'taient pas en proportion des difficul-
ts surmonter ; on essaya vainement de communiquer
avec Bazelais. Une batterie place sur l'llet, incomman-
dait la Patrie par son feu incessant ; on tira dessus, il
est vrai, quelques coups de canon de gros calibre qui mi-
rent en fuite, les navires du blocus. Somme toute, on
abandonna la parties pour le moment et le navire alla croi-
ser devant Petit-Gove d'o il repartit pour le Sud le 31
Octobre 1883.





CHAPITRE VI.


CAPTURE DE PLUSIEURS VOILIERS CHARGES DE CAF. CONS-
TANTIN VIEUX, PRISONNIER DE GUERRE. COMBAT INOPIN
A DIQUILLON.

La Patrie , en faisant route pour Jrmie capture
la hauteur du Tetit-Trou-de-Nippes, plusieurs voiliers char-
gs de vivres et une golette bonde de cafs que condui-
s lit Port-au-Prince, un digne homme, un paisible cour-






- 31 -


tier de commerce appel Constantin Vieux qui fut fait
prisonnier de guerre et conduit ici avec tous les gards ds
a son caractre honorable.
On comptait sur ces cafs pour acheter des munitions
de guerre aux Etats-Unis pour le service de la Rvolution ;
mais cette affectation fut un leurre ; jamais on a pu savoir
l'emploi qui a t fait des fonds provenant du produit de
la vente de ces denres.
Depuis l'arrive de S'-Lger P. J. Louis, au Corail, il
voulait tenter la pacification de cette commune, il avait,
en maintes fois, fait d'incessantes demands de munitions
de guerre pour tre en tat d'entrer en champagne. **
Les piquets devenaient entreprenants ; ils barraient tou-
tes les routes en y construisant des remparts, derrire les-
quels ils poussaient l'audace jusqu' insulter la garnison
de la ville ainsi que le dtachement de volontaires j-
rmiens amens par le gnral commandant cette place.
Une combinaison tait l'tude entire le gnral St-Lger
( Corail ) et le gnral Sabourin ( Pestel ) pour manou-
vrer de faon attaquer simultanment et prendre, entire
deux feux, tous les postes ennemis tablis entire ces deux
villes.
Mais le courage bouillant des jrmiens devait prcipi-
ter les vnements. Le 27 juin. le gnral Trois Boutons,
prvenant toute diplomatic, se concert avec ses camara-
des et sans avertir son chef hirarchique, march l'en-
nemi, dans la direction de Diquillon, sur la route de Pestel.
Vivement abord, l'ennemi prit la fuite avec prcipita-
tion, abandonnant vivres, munitions de guerre et une vo-
lumineuse correspondadce qui fut achemine au Comit
Central Rvolutionnaire. Il n'y eut qu'un seul bless de
son ct : Ption Lorquet . Grce aux bons soins qui
lui furent prodigus par le Dr Jean Papillon et Mirabeau
P. Cupidon, il fut bientt en tat de regagner ses pnates,
Le mauvais climate de Corail agissait beaucoup sur le
corps expditionnaire, de nombreux soldats furent atteints
de fivre paludennes. Ainsi le gnral Paulin Laforest
expdi en mission, emmena avec lui, le capitaine Arthur
Vorbe, le capitaine Georges Villedrouin et le soldat Louis
Caze qui devaient remplacer le capitaine Numa Laraque.
Nicolas Lavaud, secrtaire, et le soldat Edouard Rey.







- 32 -


CHAPITRE VII.


EXPEDITION CONTRE GRAND-BOUCAND ET LES BASSES-DSAS-
TRES. -- FAMINE A CORAIL ET A PESTEL. -- ARRIVE DES
VOILIERS DE KINGSTON. CAPTURE PAR LE CROISEUR
DESSALINES D'ARTHUR ALLEN ; SA FUSILLADE. -- IMMO-
LATION DE L'QUIPAGE.

Plusieurs transfuges, sortis du camp ennnemi taient
venus faire leur soumission Pestel : les trois frres Jeu-
dius et deux matelots, ils y furent cordialement reus et
donnrent d'amples renseignements sur l'tat des esprits
Grand-Boucan et aux Basses. Ils furent charges en cons-
quence, d'y retourner et de soulever le premier village
contre l'autorit du gnral Salomon.
Ils s'y rendirent en effet, et soulevrent ces populations,
mais ils ne purent les armer, faute de moyens.
Le gnral Piquant, en apprenant cette extention du mou-
vement rvolutionnaire, s'embarqua avec des troupes sur
le Bois-Chne et vint se prsenter devant le Grand-
Boucan. Il bombarda le village, le samedi matin, 15 sep-
tembre 1883, et il y dbarqua des soldats qui y mirent le
feu. Toutes les cases furent rases, mme la chapelle ne
fut pas pargne.
Les trois Jeudius, Desroches et quelques fidles parti-
sans, se jetrent dans les bois. Ce fut un dsastre complete.
La famine, en attendant. se faisait vivement sentir Pes-
tel et Corail, o l'on ne faisait pas de sorties qui pussent
les ravitailler en vivres du pays. Dardignac, mu d'une
telle situation en fit part au gnral S'-Lger, alors J-
rmie, par une lettre qu'il lui crivit et don't nous extray-
ons le passage suivant :

La situation d'ici est dplorer, la famine ne peut tre
plus grande, plusieurs personnel se sont prsentes au Comit







- 33 -


sollicitant des laissez-passer pour sortir hors de nos lignes.
J'ai conseill au dlgu Papillon de porter ce fait la con-
naissance des autorits du chef-lieu.
Heureusement que le Bois-Chne qui bloquait Jrmie
partit pour la Capitale. Cela permit plusieurs voiliers
sortis de Kingston, charges de provisions, de rentrer au
port; ds lors, les souffrances furent notablement att-
nues. L'arrive heureuse de Jules Laville bord d'une
golette anglaise galement bonde de provisions, mit une
sorte d'abondance cette pnurie extreme don't on souffrait.
Le bateau du capitaine Alfred n'eut pas autant de chan- **
ce : rencontr en mer par le Dessalines, aprs son
combat naval avec La Patrie, il fut capture et conduit
l'Anse--Cochon.
Arthur Allen, Edouard Sylva, Nol et un autre citoyen
qui y avaient prient passage de Kingston Jrmie furent
forces de dbarquer. La cargaison fut saisie pour le comp-
te de l'arme assigeante et ces malheureux, ainsi que
l'quipage furent impitoyablement fusills.
Quelques jours aprs, les avant-postes ennemis l'annon-
crent haute voix, et pour narguer, ils annonaient qu'ils
avaient mang les provisions qui taient destines aux as-
sigs.
Aprs avoir affirm sa presence, dans les eaux de Jr-
mie, le Dessalines passait effrontment notre vue,
plusieurs reprises, pour aller au Petit-Trou-des-Roseaux.
On lui prparait une chaude reception. Le fort Lapointe
tait arm de 3 pieces de canon, qui furent pointes de fa-
on atteindre, l'insolent navire, la ligne de flotaison.
Un aprs-midi, il fut signal, sortant de l'Anse--Cochon,
il rasait la terre comme s'il n'y avait aucun moyen de lui
faire du mal. On charge les canons, puis, lorsqu'il arriva
la hauteur du fort, on y mit le feu. Les coups de canon
partirent successivement. Il s'arrta pour riposter, mais
son boulet tomba mi-chemin du fort, puis, il fila toute
vapeur dans la direction du large, pour se mettre hors de
la porte du canon ray.
Le canon du fort Lapointe avait une trajectoire plus
tendue que la sienne. Ds ce moment, il passa perte
de vue jusqu' la ligne de l'horison.







--34 -


CHAPITRE VIII.


BOMBARDEMENT DU FORT SALOMON. -- UN BOULET SUR LE SS
ALPS . DPART DE RFUGIS POUR LA JAMAIQUE. -
UN BOULET AU CONSULATE AMRICAIN.

On a dj vu dans un des prcdents chapitres, que la
pice du fort Salomon, rpare dans un court intervalle,
recommanait son tir agaant de nuit et de jour : on a lu
l'accueil fait au croiseur la Patrie . Eh bien, la rage
de l'ennemi en recommanant le bombardment, ne con-
nut plus de bornes. Les obus dmolissaient les maisons
particulires, les unes aprs les autres. C'tait une dsola-
tion I
Le blockhaus du fort Tlmaque o travaillaient des ar-
tificiers, fut frapp d'un obus, qui bien point, y clata
l'irtrieur et blessa un malheureux Martiniquais qui y ga-
gnait son pain quotidien. On ripostait, il est vrai. Un jeu-
ne cayen, inon;iim Ilolland tirait avec la pice raye, mais
faut e e poudre, on fut oblig de modrer la riposte. Il
'ait remarquer, qu' chaque fois que l'on rpondait,
coup pour coup, l'ennemi se tenait tranquille.
On imagine alors de former un corps francs-tireurs qui
fusillaient les artilleurs ennemis, ds qu'ils paraissaient.
En effet, le moyen tait pratique: la canonnade recomman-
ait-elle, aussitt une grle de balles s'abattaient sur la
pice, tuaient ou blessaient les servants, travers l'embra-
sure du fort Salomon, qui se fermait par une caponire.
On tait sr, par ce moyen, d'avoir la paix toute lajourne.
Je fais ici une disgression, en publiant la correspon-
dance du gnral Chevalier au gnral Delsoin, avant l'af-
faire du fort Salomon ; elle offrira beaucoup d'intrt au
lecteur.
Il y avait alors, Bordes, quelques jardiniers anglais
qui, de temps autre, venaient en ville trouver leur Con-








- 35 -


sul. On en profitait pour tirer d'eux toutes sortes de rensei-
gnements utiles. Ils faisaient des commissions pour certain
soldats de l'arme ennemie, telle que tabac et achat de
chaussures, par example.
Il parat que les salomonistes de la ville signalrent ce
fait au gnral Chevalier, qui s'empressa de passer l'ordre
suivant, au chef du Camp de Bordes :
LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.
N? 2257
QUARTIER-GNRAL DU No 2, 11 JUILLET 1883.
A. F. CHEVALIER,
Gnral de Division aux armes de la Rpublique ;
Aide-de-Camp honoraire de S. Ex. le Prsident d'Hati ;
Commandandant de l'Arrondissement des Cayes ;
Chef suprieur des operations militaires du dpartement
du Sud ; Prsident de la Dlgation du Gouvernement
dans ce dpartement.
Au gnral DELSOIN JEUNE,
oprant contre la ville de Jrmie, au Camp de Bordes.
GNRAL,
Ds la reception de la prsente, vous m'expdierez
tous les anglais qui se trouvent dans votre cantonnement,
car on m'a rapport qu'ils voyagent rgulirement en ville
et vont mettre les insurgs de Jrmie au courant de no-
tre situation.
Je les attends sans retard, tout est calme et tranquille
ici.
Recevez, gnral, l'assurance de ma haute consideration.
A. F. CHEVALIER.
Le Consul anglais avait protest contre le bombardment
commence sans notification auprs des gnraux ennemis.
La lettre parvint Delsoin jeune qui s'empressa de l'ache-
miner au Quartier-Gnral du No 2, son chef hirarchi-
que.







- 36 -


No 2456
QUARTIER-GNRAL DU N 2, 28 JUILLET 1883.
Gnral F. CHEVALIER, commandant etc.

Au gnral DELSOIN JEUNE,
Comandant les forces militaires oprant contre la vitle
de Jrmie.
GNRAL,
Je vous announce que j'ai reu la lettre contresigne du
vice-Consul de S. M. B. que vous m'avez achemine au
Quartier-Gnral. Rponse y a t faite.
Je viens d'apprendre que l'ennemi emploie tous les
moyens possibles pour connaltre la position de nos rem-
parts et l'endroit o est situe notre pice raye, aux fins
de les dominer par leur artillerie du fort Lapointe et du
rempart La Source.
Pour obvier toute surprise de la part des rebelles, do-
rnavant il ne faut plus recevoir des exprs que le Consul
anglais ou tout autre vous envoient dans votre camp. Je
suis convaincu, gnral, que les exprs qu'on envoient de
temps en temps Bordes, sont expressment expdis
pour pier les positions militaires que nos troupes occupent.
Tenez-vous sur vos gardes et ne recevez l'avenir au-
cun exprs ou envoy des Consuls venant de la ville. Dans
la rponse que je viens de faire au Consul anglais je lui
ai formellement dit que toutes les lignes d'investissement
taient fermes ses exprs, notamment le camp de Bor-
des, et que s'il avait crire, il ferait passer ses lettres par
la ligne de la Grosse Chaudire qui conduit directe-
ment en mon Quartier-Gnral. Gnral, donnez des or-
dres vos avant-postes du camp de Bordes de ne rece-
voir aucun tranger ni exprs, car l'ennemi pie nos mou-
vements assurment dans le but de nous attaquer. Je viens
d'apprendre par deux prisonniers que nos boulets n'ont
produit aucun effet; ils sont passs en l'air et alls tomber
dans la mer : il vous faut faire baisser le pointage de la
pice. La dlgation vient d'crire au Prsident pour lui
exposer la reclamation du Consul anglais qui prtend








-37 -


qu'aucune notification n'a t faite ses nationaux et lui :
cependant, si l'ennemi lance des boulets contre notre camp,
il faut lui rpondre coup pour coup.
Acusez-moi reception de la prsente et recevez, gnral,
l'assurance de ma parfaite consideration.

A. F. CHEVALIER.

Quelque temps avant l'affaire de l'Alps , M. V. Gos-
talle, Consul de France et sa famille ainsi que M. L. T.
Rouzier, Consul des Etats-Unis et de S. M. Britannique et
sa famille quittrent Jrmie. Le consulate de S. M. B. alla,
par intrim, M. Eug. Wiener, tandis que celui de France,
alla galement, par interim au frre Sabbas, de l'Instruc-
tion chrtienne.
C'est depuis cette poque que le gouvernement anglais
supprima, Jrmie, toute representation consulaire.
On affirmait mme, l'poque, que l'amiral anglais, si-
geant Port-Royal, aurait blam, l'agent consulaire d'avoir
quitt son poste un moment critique.
Le 20 Septembre 1883, le steamer Alps de la Com-
pagnie Atlas, vint mouiller en rade de Jrmie, se basant
sur la non-reconnaissance du blocus ineffectif du dit port
par le Ministre Plnipotentiaire de S. M. B" sigeant au
Port-au-Prince, de qui il relevait; il fut canonn, contrai-
rement au droit des neutres.
Nombre de families fuyaient les horreurs du bombarde-
ment, le steamer tait bond de femmes, d'enfants et de
vieillards qui y avaient pris passage pour Kingston. Un
obus clata au milieu de la salle manger; mais la Provi-
dence voulut cependant que personnel ne ft touch.
Le Consul anglais p. i. qui se trouvait en ville, ce mo-
ment, s'empressa de se rendre bord, pour protester con-
tre cette insulte au pavilion anglais, tandis que l'Aps sif-
flait et rompait sa chaine pour pouvoir se nettre hors de
la porte des projectiles.
La lettre suivante fut envoye, deux jours aprs, au
Quartier-Gnral ennemi du N 2.







- 38 -


Jrmie, le 22 Septembre 1883.
Au gnral A. F. CHEVALIER,
Commandant en chef des forces militaires opr centre
Jrmie, au N" 2.

GNRAL,
Je viens vous donner avis, que le Consul gnral de
S. M. B. au Port-au-Prince, m'ayant annonc que le blocus
du port de Jrmie tant reconnu non-effectif, il a donn
ordre au capitaine du steamer Alps , de toucher dans
ce port, afin de recevoir tous les sujets de S. M. B. et les
autres trangers qui y resident, et les transporter, Kings-
ton. Le bateau Alps , comme vous ne l'ignorez pas, a
pris mouillage dans ce port dans la matine du 20 du cou-
rant, et au moment de remplir cette mission toute huma-
nitaire, vous avez, sans conscience aucune, gnral et in-
tentionnellement ordonn le bombardment du dit stea-
nier Et sur trois boulets lancs, l'un a travers le point du
navire et a clat dans la salle manger, lequel a occa-
sionn des dgts considrables.
Heureusement que le capitaine de ce bateau a eu la
chance de n'avoir constater aucune mortality.
Immdiatement aprs, je me suis transport bord oi,
de concert avec le capitaine, nous avons dress procs-
verbal, constatant cette infraction qui est une insulte grave
faite au pavilion anglais, ce qui a port le bateau conti-
nuer sa route, en laissant tous les trangers qui se trou-
vent dans cette ville exposs aux horreurs du bombarde-
ment.
La frgate anglaise Fantme , ayant appris cette
insulte, est arrive hier matin, 21 du courant. Le comman-
dant de la frgate, aprs avoir confr avec moi et ayant
reu toutes les pices y relatives, est repartie pour le Port-
au-Prince afin de faire son rapport au Consul-gnral et
d'avoir une reparation d'honneur de l'insulte faite au pa-
villon anglais, tout en vous tenant personnellement res-
ponsable avec votre gouvernement.
Je vous dclare, en outre, que la frgate Fantme
nous a apport hier, la nouvelle que le bombardment de







- 39 -


Jrmie n'a jamais t notifi aux Consuls des puissances
trangres Port-au-Prince.
Recevez, gnral, l'expression de ma haute consideration.
EUG. WIENER,
Vice-Consul de S. M. B.
Le gnral A. F. Chevalier semblait ne pas trop se sou-
cier de cette protestation, car le bombardment continue
comme auparavant, tantt acharn, tantt avec des alter-
natives de repos.
Le Consulat anglais, lui-mme, fut lgrement corn par
un obus.
C'tait le comble I







CHAPITRE XI.


NOUVELLE TENTATIVE DE DBARQUEMENT A MIRAGOANE PAR LE
CROISEUR LA PATRIE . -- APPARITION DU DESSALINES .
-- COMBAT NAVAL ET RETRAITE DES DEUX ADVERSAIRES. -
ARRIVE A BORD DE LA PATRIE DU GENERAL DARDIGNAC,
SORTANT DE MIRAGOANE.

Malgr l'avortement de la premiere tentative de commu-
nication avec Miragone, le Comit de Jrmie, d'accord
avec celui de Jacmel, grce aux ngociations actives de M.
Eugne Margron et de M. Pressoir Jrme, se dcida
une nouvelle expedition, un nouvel effort qui dt,
cette fois-ci, aboutir un rsultat satisfaisant.
En vertu de cet accord, un contingent de troupes fut em-
barqu Jacmel avec une certain quantit d'armes et de
munitions, puis la Patrie se mit en route pour Jrmie
o tout tait dj prs, il y arriva le 10 Novembre 1883.
On tenait cour avoir le mot de l'nigme, on voulut sa-







-40-


voir si c'tait une operation qui presentait quelques chance
de succs et si elle pouvait tre accomplie d'une faon pra-
tique.
Le gnral Bouget Pratt y reut le commannement des
forces de Jrmie, et plusieurs membres du Coriit en fi-
rent aussi parties. On se mit en march, petite pression
pour tre l'aube devant Miragone.
En effet, peine la Patrie parut-elle devant ce port,
que la batterie de l'llet commena lui lancer des obus.
Le navire changea ainsi quelques coups de canon avec
cette batterie et les diffrents forts ennemis tablis autour
de la malheureuse place assige. Les canots furent mis
l'eau ; ils taient charges de troupes et dj on se
dirigeait vers la terre, malgr la canonnade et la fusillade
qui faisaient rage et se croisaient sur eux de toutes parts.
Tout coup, on voit surgir, sortant de la ville, un cannot
contenant un home.
11 se tenait debout, impassible l'arrire, tandis que
deux rameurs tiraient ferme sur leurs avirons.
De temps autre, il faisait signe aux canots les plus rap-
prochs de rebrousser chemin, car ce serait aller une
mort certain, un dsastre que de persister dans cette
voie.
Cet homme tait le gnral Dardignac qui s'tait dvou
pour prserver la vie de ses camarades. On rembarqua sous
le feu ennemi, ses hommes et les canots, ainsi que celui
du brave officer qui venait de rendre un service aussi si-
gnal. La Patrie croisait sur le littoral; il alla mme,
au large de Petit-Goave, o il jeta la panique.
En attendant, les petits navires de Salomon n'osaient
prendre la mer ; ils allrent se mettre sous la protection
de Fl'et.
Dans la matine du mme jour, une canonnire anglaise
paraissant l'horison, fit mine de communiquer avec la
terre, puis repartit immdiatement pour Port-au-Prince.
On a toujours prtendu que ce navire tait venu espionner
nos movements et avait signal notre presence, devant
cct': ville, Salomon.
Toujours est-il que, vers les 4 heures de l'aprs-midi,
une fume parut l'horison. On faisait mille conjectures
sur sa nationalit ; mais en se rapprochant de la Patrie .







- 41 -


on vit distinctement ses couleurs. Le steamer arborait le
pavilion amricain.
On avait rsolu, au prime abord, de lui tirer un coup de
la pice de 60 raye qui armait l'avant du croiseur; mais,
la vue d'un pavilion ami, on se contint.
Cependant, tous les yeux continuaient regarder atten-
tivement les volutions rapides de ce navire qui marchait
avec tant de vitesse. Il semblait obir, comme un coursier,
la volont de son maitre, le commandant Cooper, offi-
cier amricain trs distingu, qui avait pris du service en
Hati.
Il se rapprochait d'une faon inquitante, se dirigeant
droit sur la Patrie ; puis subitement, passant babord,
lcha un obus qui clata au milieu d'un group de volontai-
S res des Ctes-de-Fer ; ils furent tous hachs en morceau.
Ds lors, abattant le pavilion tranger, le pavois natio-
nal fut hiss sa hune.
Le combat s'engagea d'une faon terrible. Heureusement
qu'une garnison de 400 hommes, bien arms, dfendait la
Patrie . On ouvrit un feu de mousqueterie sur le
Dessalines qui tournoya et pris chasse car les balles
pleuvaient sur son pont tellement drues, que sa chemine
fut perce comme une cumoire : un de ses officers fut
tu sur la passerelle. Il restait, ds lors, distance, lan-
ant tantt d'un ct, tantt de l'autre, des coups de canon
tirs trop haut.
L'quipage de la Patrie traina les pieces de 12 rayes
qui l'armaient, force de bras, et ripostait qui mieux
mieux.
Il est remarquer que le Dessalines se tint constam-
ment l'arrire de la Patrie : c'tait le ct faible du
navire insurg, de faon viter d'tre'coul par la pice
de 60 raye.
Il tait suprieurement dirig. Quand son malheureux
adversaire, c'est grce la vaillance de sa garnison, qu'il
dut de ne pas tre honteusement train, come prise de
guerre au Port-au-Prince. L'armement et la disposition de
l'artillerie de ce navire taient pitoyables.
Le Dessalines abandonna le premier la lutte ; on af-
firma que son quipage avait t dcim. La Patrie
s'en retourna le 17 Dcembre Jrmie, o, une parties








42 -

des volontaires jrmiens dbarqurent. Il repartit imm-
diatement pour Jacmel.
Le capitaine anglais William s'tait lchement conduit,
pendant le combat naval ; il se cacha dans l'intrieur du .
navire.
Le gnral J. B. Souffrant en avait pris d'office le com-
mandement et y fut lgrement bless.
Bref, part ce poltron d'anglais, chacun fit son devoir.
Le 18 Novembre, le Dessalines parut pour la pre-
mire fois, dans nos eaux ; il inaugura son arrive en cap-
turant le petit bateau du capitaine Alfred sur lequel se.
trouvait Arthur Allen et don't le rcit de la fusillade a t
prcdemment fait.
Ds ce moment, les jours de la Rvolution taient cpmp-
ts.







CHAPITRE X.



ATTAQUE ET PRISE DU FORT CHATEAU. ATTAQUE GNRALE
DE JRMIE 13 DCEMBRE 1883. PRISE DU FORT BOUGHT
PAR L'ENNEMI.

L'chec de l'expdition de Miragone attrista tous les
coeurs, ds ce moment, on commena raliser, mme
parmi les optimistes la triste situation de la Rvolution.
Le gnral Kerlegand avait quitt la direction des af-
faires ; il tait remplac par le gnral St-Lger P. J. Louis
qui lui succda comme chef d'excution.
Depuis quelque temps, circulait la nouvelle venant de
l'ennemi, qu'un nouveau fort tait en construction au Mor-
ne-Chteau ; le Bois-Chne avait dbarqu Tesltel
une pice de 10 qui devait canonner la parties base deF
s .


''*








43-

ville, tandis que l'autre pice place Doucet, conjointe-
ment avec le fort Salomon, devraient rendre la vie intol-
rable la parties haute.
On tait trs bien renseign ici sur les dispositions de
l'ennemi. On se dcida donc enlever le fort, avant que
Q' les travaux dfensifs n'en rendissent l'assaut trop meur-
trier.
Le 13 Dcembre 1883, par une pluie fine et par le bruit
des vagues de la mer souleves par le vent du Nord qui
- s soufflait avec violence, une forte colonne traversa l'em-
bouchure dela Grande-Rivire, march du ct de la mer,
o l'amoncellement du sable la cachait entirement la
vue~de l'ennemi. Elle tait sous le commandement en
che du gnral Bouget Pratt, second par le gnral Paul
SE. Pierre Louis.
SL'avant-poste ennemi qui gardait le rempart construit au
pied de la position fut tourn et ses dfenseurs qui dor-
Smaient, moiti ensevelis dans des sacs vides, cause de
Sl'humidit de la saison, furent gorgs.
Le gnral P. E. Pierre Louis, escalada la rampe abrup-
,- te qui conduisait au fort Chateau, o la veille, la pice de
10 raye avait t hisse. Son arrive fut salue par trois
coups de canon mitraille; mais pointe trop haut, il n'y
eut aucune victim dplorer.
Un fait typique se pass l'entre du fort : un neveu du
gnral Pierre Louis, qui faisait parties de la garnison du
dit lieu, s'cria : Main Paul Emile , et lui tira un coup
W : de baonnette l'paule gauche ; mais lui, nouveau Mu-
cius Scoeola, il retigt~4. ne dans la blessure, puis tira sa
manchette et lui fit sa la tte d'un coup de revers. Sui-
vi de ces invincibles slts la place fut conquise en un
tour de main. On incendia les cases du fort o s'taient
cachs de nombreux ennemis ainsi que nombre de blesss.
On faillit, ce jour-l, enlever le gnral Drolus Demor-
nes, qui arrivait la tted'une troupe. Qui Vive I lui cria-
t-on Drolus-Salomon , rpond-il. On dcida de le laisser
r s'approcher du fort ; mais Philippe Dfay, emport d'ar-
deur, lui tira un coup de carabine et le manqua ; ds lors
comprenant le gupier dans lequel il allait se jeter, il s'en-
fuit prcipitamment, suivi de ses hommes. Un allemand
qui travaillait Bayard avait eu se plaindre des nom-







-44-


breux vols don't il tait l'objet. Il vint la soire prcdente,
faire ses rclamations auprs d'une dlgation compose
des Messieurs O. Cameau et F. Ducasse envoys par le
gouvernement pour lui faire un rapport sur la situation de
l'arme devant Jrmie.
Il y fut rudement trait, sans aucun gard pour sa na-
tionalit et mis sous la consigne. Lorsque l'attaque eut
lieu, cette Dlgation se sauva toutes jambes.
M. Muller racontait toujours agrablement cette bouscu-
lade, la fuite pique des potentats de la veille.
Tandis que ces vnements se passaient Chteau, une
attaque formidable se dessinait contre Jrmie, depuis le
fort Tlmaque jusqu' la Source ; l'ennemi croyait pou-
voir enlever la ville par une attaque de vive force.
C'est ce moment que tomba mortellement frapp
l'aine Dupr Margron qui, attir par la fusillade contre le
rempart de Jubil , s'y rendait afin de faire son devoir;
d'ailleurs, une me hroque animait tous les membres de
cette famille valeureuse.
Mais, le gnral Bouget, averti temps, rentra en ville
la tte de sa colonne et en conduisant la pice conquise
qui, ce jour-l, tonna contre ses maitres de la veille.
Ses soldats renforcrent les positions les plus chaude-
ment diputes. Jamais, de mmoire de jrmien, on n'en-
tendit autaut de coups de canon, ni de fusillade plus in-
tense. De vritables nappes de balles dchiraient l'air,
mais grce la perfection de nos remparts nous n'emes
que peu de victims et, grace au dvouement de tous,
I ennemi qui s'tait avanc jusqu' Capiel et y avait mme
plant les drapeaux de ses regiments, fut rompu, dcim
et cras ; il battit en retraite, laissant le terrain couvert
de ses morts.
On estima ses pertes plus de 300 homes.
Mentionnons ici la belle conduite du gnral Aurus
Guillaume, qui se mit dcouvert, durant l'attaque pour
canonner l'ennemi plac sur la butte du Jubil.
Le fort Bouget, priv de ses dfenseurs qui taient tous
alls Chteau avec leur chef, tomba au pouvoir de l'enne-
mi qui en profit pour enlever la vieille pice de 12 qu'on y
avait place. L'ennemi traversa l'embouchure de la Gri.
Rivire et vint occuper la maison de MO. .Merceron, la


O








- 45 -


dernire du ct Sud de la ville, o s'lve aujourd'hui, la
charmante villa Versailles, appartenant au gnral Arnaud
Merceron, ancien commandant de l'Arrondissement de la
Grand'Anse. Il l'incendia quand il comprit qu'il ne pour-
rait y rester sans danger.
Sur le piton dnud d'un des trois mamelons situs sur
cette proprit, le Comit avait commenc la construction
d'une redoute encore inacheve, les.piquets s'en empar-
rent et ouvrirent un feu incessant sur le fort Tlmaque.
C'est le tir de cette redoute qui blessa le gnral P. Emile
P. Louis, qui tua Montaneau, qui blessa au pied Achille
Sansaricq et plusieurs braves dfenseurs du fort.
Le fort Lapointe tira plusieurs obus sur la masse som-
bre des troupes enemies qui s'tendaient de la Grosse-
Roche jusqu' Chteau, sur une longue line.
Un coup heureux abattit le drapeau arbor par l'enne-
mi sur le fort Bouget conquis le matin.
Vers les 5 heures du soir, le fort Salomon, allongeant le
tir de sa pice, lana un obus just l'intrieur de la re-
doute qui incommodait le fort Tlmaque. L'ennemi pen-
sait, sans nul doute, qu'elle tait occupe par les libraux.
Tout de mme, le mnoyen en fut efficace, car ce feu in-
fernal cessa tout coup.






CHAPITRE XI.


TRAHISON ET PRISE DE CORAIL PAR VERTIL ST.-GEORGES. --
MASSACRE ET INCENDIE. -- EVACUATION SUR PESTEL.

Depuis sous le commandment du gnral S'-Lger, la
trahison talait sa face hideuse au Corail, seulement sous
sa direction ferme et puissante, et appuy sur les volon-
taires de Jrmie qui l'y avaient suivis, il tait maitre de








-46-


la situation. Ces esprits pervers taient compromise et main-
tenus sur la voie de l'honneur ; vint ensuite, comme rem-
plaant, le gnral Pauiin Laforest ; les esprits, comme les
choses, changrent de phase ; moins svre et. surtout
moins mticuleux, il laissait, sans le savoir, ou tolrait un
certain laisser aller don't profitaient les ennemis de l'int-
rieur et don't ils taient les premiers en tirer parti.
Ds lors, une correspondence suivie s'tablit entire la
ville et les camps ennemis. On savait, d'avance, au-dehors,
toutes les measures prises.
Plus tard, ce dernier fut remplac son tour par Jean
Papillon, president du Comit Rvolutionnaire de Corail,
qui fut charge de la defense de la ville ; les choses -empi-
rrentcomme le tmoigne une lettre du gnral Dubrocard,
en date du 28 Novembre: Garnison-livre jle mme, r-
bellion dans les postes, refus de fairele service, negligence la
nuit, tolerance pour une parties, en* situation des plus dan-
gereuses. nhC
Ds que ce bilan de l'tat an ique de Corail parvint
au Comit central Jrmie, pleins pouvoirs furent don-
ns au gnral Sabourin; une compagnie de 20 hommes
lui fut envoye pour soutenir, la resistance chancelante de
ce poste.
Voici la lettre de service reue par le nouveau chef en
date du 29 Novembre.

Au Gnral SABOURIN,
Chef des operations militaires de Corail.
N 109.

GNRAL,
J'ai l'avantage de vous informer que suivant la decision
du Comit central rvolutionnaire, vous tes charge des
operations militaires de la commune de Corail. Vingt hom-
mes parent avec vous ce soir pour renforcer cette garni-
son.
Connaissant les sentiments qui vous animent pour le
triomphe de la Rvolution, je ne puis que vous dsirer tout
le succs possible dans cett-dlicate mission et nous







-47 -


comptons sur votre nergie pour maintenir la situation
cote que cote.
Comptant sur votre patriotism dans les circontances
prsentes, je vous offre, gnral, mes sincres et affectueu-
ses salutations en la Patrie.
Pour le Comit Central
Le Chef d'excution,
ST-LGER P. J. LOUIS.

Aussitt qu'il en eut pris le commandement, il entreprit
de nettoyer et de purger les abords de la place, de con-
cert avec le gnral Dubrocard. Embarqu sur le bateau
Marie Josphine avec 25 hommes, tandis qu'il lanait
plusieurs colonnes par terre, ils battirent l'ennemi plate
couture le 5 Dcembre, leur brulrent cinq remparts et y
trouvrent plusieurs cadavres abandonns par les piquets.
C'tait le dernier acte de vigueur qui allait tre enre-
gistr au Corail, car deux jours aprs, un crime inou al-
lait tre consomm, qui devait causer la mort de la popu-
lation et la destruction total de la ville.
En effet, la trahison ayant fait son ouvre, la ville tom-
ba au pouvoir du nouvel Attila : VERTIL S'-GEORGES.
Voici le rcit official de ce massacre, sans prcdent, qui
fut envoy au Comit central de Jrmie :

LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.
No 35.
Pestel, le 12 Dbre. 1883, an 80"'m de l'Indp. 10 hs.
Le Chef Suprieur des Oprations militaires de la Rvolution,
Dlgu du Comit Central Corail
Au chef d'excution de la volont de la population
de la Grand'Anse.
GNRAL,
C'est avec le ceur navr de douleur que j'entreprends







- 48 -


de vous faire le triste narr de l'vnement malheureux
arriv Corail ce matin. Aprs avoir chapp une mort
certain, la divine Providence don't les dcrets sont imp-
ntrables m'a dpos, ainsi que les braves qui sont rests
fidles la Rvolution, en cette bonne ville de Pestel.
Ds le 10, j'avais remarqu la mauvaise tendance de
de quelques citoyens, soi-disant honorables de Corail ( ils
travaillaient une reaction ). L'estimable gnral Papillon
n'avait pas manqu non plus, de me faire part de ses crain-
tes cet gard. Ne voulant pas agir dans le vide, je sur-
veillais activement, afin d'en saisir le fil et mettre la main
sur les chefs. Pensant avec raison que nos munitions de
guerre qui taient dposes ordinairement au bureau de
la Place pourraient tre prises par un coup de main, je les
fis apporter au Fort, o il y avait un bon arsenal ; j'aug-
mentai aussi l'effectif de la garnison et je passai des ins-
tructions svres au gnral Henri Legagneur, comman-
dant du dit fort.
J'avais choisi cette position pour tre le lieu de tbtre
retraite, dans le cas o la ville viendrait tre envahie
par l'ennemi. Mais je comptais sans le traitre Ments Caye-
mitte qui devait le vcndre aux Piquets.
Le 11, 6 heures du matin, Cayemitte envoya une de
ses filles auprs de Vertil ; cette ambassadrice avait pleins
pouvoirs pour ngocier cet acte criminal ; mais comme il
entire dans les nobles habitudes des gens de cette localit
de ce couvrir les uns les autres ainsi que des parents, je ne
sus la chose qu'aprs coup.
Donc, ce jour, ds 10 heures du soir, selon le plan qui
avait t dress cet effet, la division Rodrigue s'tait cou-
che aux pieds du fort et, pour s'en assurer, le traitre Men-
ts ( nom mille fois maudit ) prtexta qu'il avait besoin
d'aller prendre certain chose dans sa maison, et en sortit.
Legagneur commit la faute militaire de ne m'en avoir
pas averti. Son inspection termins, le lche bien persua-
d que ses complices taient fidles aux rendez-vous, leur
laissa la barrire du fort ouverte, autre fautre que
fit Iregagneur de n'avoir pas visit aprs la rentre de cet
officer, s'il avait referm cette barrire. Le mot d'ordre
convenu entire eux tait : soleil, l'heure, 4 heures du martin.
A 2 heures, je sortis avec mon tat major ( ignorant








--49 -


tout ), pour m'assurer si tous les remparts taient en bon
ordre et si enfin les rondes de la nuit avaient t bien fai-
tes; ayant constat que tout tait ma satisfaction, je re-
montai dans ma chambre pour y prendre quelque repos.
A peine le cadran de ma pendule avait marqu 4 heu-
res, j'entendis des dtonations sur tous les points; je des-
cendis quatre quatre les escaliers et ordonnai ma vo-
.lante de se mettre en ordre. Remarquant que la fusillade
tait plus vive du ct du fort, j'envoyai cinq de mes hom-
mes renforcer ce poste et je dpchai le gnral R. D)uro-
card pour aller visiter les lignes et voir si elles faisaient
bonne contenance ; jusqu' ce moment, on avait encore
entendu un seul coup de feu dans la direction du fort.
Pendant ce temps, le commandant de la Place vint me
demander des cartouches pour quelques remparts qui se
battaient rudement ; au moment o j'allais dpcher quel-
qu'un pour aller en prendre au fort, j'entendis un seul feu
de division prcd des cris de : Vive Salomon
Le rideau tait lev I En avant, criai-je aux dix hom-
mes de la volante de Jrmie qui taient mes cts; ar-
rivs au pied du fort sous une vraie pluie de balles, je fis
la jonction du gnral Legagneur qui en descendait avec
prestesse, la tte nue, sans veste, la main gauche pendante
et les vtements tout rouges de sang.
O allez-vous I lui demandais-je, et que vous est-il
donc arriv ?
La rponse fut brve : Gnral, le fort a t vendu et
livr l'ennemi par le gnral Ments. J'ai t bless la
main par un coup de manchette. N'ayant pu tenir, aprs
avoir moi-mme mis le feu la petite pice de 12, je me
suis laiss choir en bas par une embrasure du fort.
Malgr cette fatale nouvelle, je voulus quand mme
continue l'ascension du fort, quand je fis rencontre avec
Edmond Guilbaud qui s'en retournait en me confirmant le
fait avanc par Legagneur.
Le gnral Trois-Boutons qui commandait la redou-
te venait aussi de l'abandonner ; le fort vomissait des tor-
rents de balles sur mes homes. Nos cartouches puises
et voyant que les colonnes enemies dbouchaient de tous
cts, je me dirigeai, accompagn du commandant de la
Place, de quelques membres du Comit et des hommes qui








- 50-


nous taient rests fidles, au bord de mer o nous vmes
avec tonnement beaucoup de canots charges de monde
qui gagnaient le large.
Nous nous embarqumes sur le bateau de M. Barth-
lemy Edmond et nous nous mimes hors de la porte des
canons de la ville afin de recueillir tous nos hommes.
Bien des families y embarqurent aussi et nous orga-
nismes une petite flotille sur la laquelle nous nous ren- *
dimes en cette ville avec deux de nos blesss.
Nous sommes en tout une centaine environ, dbarqus
Pestel, privs des premires ncessits de la vie.
Telle est la fin du triste drame, don't je suis, par de-
voir, oblig de vous faire le rcit.
En attendant le verdict de l'histoire impartiale, vous
trouverez ci-joint un acte dress par la garnison.
Je vous salue avec un profound respect.
SABOURIN.

Sur ces entrefaites, tait arriv un cannot de Jrmie avec
des provisions de bouche et de guerre envoyes au Comi-
t de Corail. Il tomba entire les mains de l'ennemi; seul
Albaret Marais chappa la fusillade. L'quipage fut pas-
s par les armes.
Ds le 17, des pourparlers furent entams entire la dl-
gation de Salomon et le Comit central de Jrmie pour
traiter de la paix. En consequence, la lettre suivante fut
envoye Pestel, adresse au gnral Ments Dflis.
N 126.
Au Commandant des forces rvolutionnaires de Pestel.
GNRAL,
Nous vous donnons l'ordre formel de suspendre les hos-
tilits contre les forces du gouvernement du gnral Salo-
mon et de garder vos positions jusqu' nouvel ordre. con-
formment une suspension d'armes qui a t convenue
entire nous et les dlgus du dit gouvernement dans l'ar-
rondissement de la Grand'Anse, aux fins de ngocier une
paix definitive entire les enfants d'une mme patrie.
Vous ne pouvez tirer que pour repousser une attaque








- 51-


qui serait dirige contre vous, et alors, vous serez dgag
de la reserve qui vous est prescrite.
Nous croyons que cette dernire hypothse n'est pas
craindre, parce que des ordres de mme nature ont t
transmises par les dits dlgus au Commandant de la
commune oprant contre la dite place. Vous rpondrez
notre prsente dpche par le mme exprs, sans retard
*aucun.
En attendant, Gnral, recevez l'assurance de mes meil-
leurs sentiments en la Patrie.
ST.-LGER P. J. LOUIS.
Approuv :
Le President du Comit Rvolutionnaire,
EUG. MARGRON

Malgr les prliminaires de paix, un autre cannot envoy
pour la mme cause Corail sous les ordres de Termitil,
adjoint du, port de Jrmie, eut son quipage maltrait et
lui-mme fut assomm coups de btons. Cette grave in-
fraction ncessita le dpart sur le Bois-Chne , des g-
nraux A. F. Chevalier et Ney Cayemitte qui mirent la
raison, ces brigands altrs de sang.





CHAPITRE XII.


TRAIT DE PAIX SIGN ENTIRE LES INSURGS ET LE GOUVER-
NEMENT DE SALOMON. ENTRE DE L'ARME A JRMIE, EN
PRESENCE DES OFFICERS DES BATIMENTS STRANGERS, CHAR-
GS D'ASSURER LA SCURIT DES FAMILIES.

Les ngociations pour la paix allaient bon train. De part
et d'autre, on mettait de la bonne volont en finir avec
une situation si intenable.







- 52 -


La population, apprenant la fin prochaine de la guerre,
affluait aux avants-postes ennemis pour chercher un peu
de nourriture. Le gnral Chevalier en avait retenu ainsi
une centaine en tout, recueillis tant la Source que du ct
de la Digue, comme gage, pour la scurit de son arme
lorsqu'elle entrerait en ville. On rpandait, fort fort mal
propos, le bruit que les forts et les remparts tait mins,
qu'on les ferait sauter si l'arme cherchait pntrer en o
ville.
Les commissaires dlgus par le Comit furent Aristho-
mne Gaveau et F. H. Laraque. Le 19 Dcembre, ils re-
urent la communication suivante :
Camp de la Grosse-Chaudire, le 19 Dcembre 1883.
OVIDE CAMEAU, Secrtaire d'Etat de la Justice et des Cultes
FABIJS DUCASSE, Dput du people, Dlgu du Gouverne-
nient dans les Arrondissements de la Grand'Anse et de Ti-
buron.
A Messieurs A. GAVEAU et F. H. LARAQUE, Commissai-
res munis des pleins pouvoirs du Comit Rvolutionnaire de
Jrmie.

MESSIEURS,
CONCITOYENS,
Nous avons le plaisir conformment vos demands et
nos promesses, de vous adiesser la prsente lettre auxfins
de vous donner la garantie formelle que les jeunes gens
de Jrmie ne seront aucunement dplacs de leurs pna-
tes pour aller combattre aucun point de la Rpublique qui
se trouve en armes.
Nous vous donnons, en outre, la ferme assurance que
nous recommandons la gnrosit et la bienveillance
de Son Excellence le Prsident d'Hati, le cas de M. Price,
que vous dites avoir dlgu Jacmel.
Nous n'avons pas le droit, Messieurs les Commissaires,
de nous prononcer sur cette question comme vous l'avez
apprci dans nos pourparlers. Nous nous faisons fort de
prconiser votre demand intressant M. Price.








- 53 -


Recevez, Messieurs les Commissaires, l'expression de nos
meilleurs sentiments.
OVIDE CAMEAU, FABIUS DUCASSE.
Avant de tomber dfinitivement d'accord, nos Commis-
saires voulurent intercaler une clause spciale qui enga-
get le gouvernement reconnaitre les dettes contractes
durant ces vnements; mais la dlgation se retranchait
derrire ses pouvoirs qui ne s'tendaient pas jusque l ;
cependant, par une lettre en date du 19 Dcembre, ces d-
lgus promirent d'user de leurs bons offices auprs du
Chef de l'Etat, afin de prouver leur bonne volont et les
sentiments qui les animaient vis--vis de notre population.
Ce point cart, on tomba d'accord et le Trait suivant
fut sign entire les parties contractantes.
LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.

Camp de la Grosse-Chaudire, le 18 Dcembre 1883.
En execution du protocole du 17 Dcembre courant. si-
gn du Quartier-Gnral de Bordes entire les dlgus du
gouvernement de la Rpublique d'une part, et de l'autre
part, Messieurs Grard Barthel, Vice-Consul des Pays-Bas,
charge par intrim du Vice-Consulat de France et Eugne
Weiner, Vice-Consul d'Angleterre, charge par intrim du
Vice-Consulat d'Amrique.
Reprsentant titre officieux du Comit Rvolutionnaire
de Jrmie aux fins de fixer le lieu et l'heure d'une conf-
rence qui doit tre tenue entire nous, soussigns : le G-
nral Ovide Cameau, Secrtaire d'Etat de la Justice et des
Cultes et le Gnral F. Ducasse, dput du people, dl-
gus, munis des pleins pouvoirs du gouvernement de la
Rpublique, dans les Arrondissements de la Grand'Anse et
de Tiburon, et Messieurs F. H. Laraque, Inspecteur des
Ecoles de la Grand'Anse et A. Gaveau, ngociant-consigna-
taire, Commissaires nomms par le Comit Rvolution-
naire de Jrmie pour traiter de la paix conformment
l'amnistie accorde par le gouvernement de la Rpublique
en faveur de l'Arrondissement de la Grand'Anse, laquelle








- 54 -


amnistie prendra force et vigueur pour avoir son plein et
entier effet en mme temps que les Dlgus reprsentant
le Gouvernement prendront possession avec l'arme rgu-
lire, des places, tablissements publics et du Comman-
dement de la ville de Jrmie. En consequence de tout ce
qui prcde, les parties contractantes, aprs l'change de
leurs pouvoirs respectifs, trouvs en de forme, arrtent
ce qui suit :
Art. 1er Il est proclam armistice entire les troupes des
deux camps, lesquelles garderont leurs positions respecti-
tives sans qu'aucune operation d'hostilits puissent tre
faite, de part et d'autre, auquel cas, la parties qui aurait
viol l'tat de suspension d'armes, sera responsible de
toutes les consequences fcheuses qui en rsulteraient,
sans prejudice des rparations auxquelles aurait droit la
parties lse qui serait ds lors dgage de toutes les obli-
gations y relatives.
L'armistice aura pour dure le temps qui sera ncessai-
re l'arrive de Port-au-Prince, des reprsentants des
puissances qui seront iucessamment demands au Gouver-
nement pour prendre part titre officieux, l'excution
des prsentes conventions.
Art. 2. -- La remise des places et fortifications de la ville
sera faite aux Dlgus du Gouvernement, ainsi que celles
des armes, munitions et autres matriel et ustensiles de
guerre gnralement quelconques qui s'y trouvent. Il en
sera de mme de la place de Pestel.
Art. 3. Des troupes rgulires en quantity strictement
suffisante seront introduites dans les places sus-vises pour
assurer le maintien de l'ordre public, de la scurit des
personnel et du respect des proprits et pour faciliter les
communications entire elles et la population de la Cit et
de celle des campagnes. Le Commandant gnral des for-
ces des Arrondissements de la Grand'Anse et de Tiburon
et de l'excution de toutes les stipulations qui prcdent et
qui suivent et inclusivement de tous les ordres interve-
nir par les Dlgus plnipotentiaires du Gouvernement de
la Rpublique sont confis aux soins intelligent, au patrio-
tisme cliar et l'honneur militaire de M. le Gnral A. F.
Chevalier, Commandant de l'Arrondissement des Cayes
chef suprieur des operations militaires, etc. Les Dlgus








55 -
pourvoieront au Commandant provisoire de l'Arrondisse-
ment et de la Place, par le choix de nouveaux officers de
competence, runissant l'esprit de conciliation ncessaire
au renouement effectif des liens de confraternit qui doi-
vent dsormais exister entire gouvernants et gouverns.
Les Dlgus prennent l'engagement de ne point fire
entrer dans la Place, des troupes irrgulires don't le ren-
Svoi est laiss leur diligence, sitt que le cas sera recon-
nu opportun.
Art. 4. Conformment l'arrt du Prsident d'Hati,
en date du 13 Novembre coul, amnistie pleine et entire *
est accorde, sans restriction aucune tousles citoyens qui
sont actuellement dans l'Arrondissement de la Grand'An-
se, y compris inclusivement tous ceux qui sont dans cet
arrondissement venus des autres points de la Rpublique
et notamment les condamns politiques frapps tant par le
le jugement que par arrt antrieurs et postrieurs la
date du 23 Mai de cette anne et celle de la signature
des prsentes.
Sont galement compris dans la dite amnistie tous les
jrmiens qui se trouvent Jacmel et aux Ctes-de-fer,
lesquels auront pour devoir, vingt quatre heures aprs la
signification du present acte, d'arrter toutes hostilits con-
tre le gauvernement d'Hati sous peine de perdre les b-
nfices de l'amnistie.
Art. 5. Pour ce qui est de Miragone et de Jacmel
qui ont toute la sollicitude de leurs frres de la Grand'An-
se et pour lesquels les Commissaires du Comit Rvolu-
tionnaires de Jrmie ont demand tous les bnfices de
l'amnistie, des Dlgus, aux fins de traiter de la paix,
ayant t envoys, soit par eux au gouvernemeut, soit par
le gouvernement eux, il a t dcid, qu'tant seuls ha-
biles ngocier une question qui leur est propre, les ha-
bitants de ces localits doivent avoir la libert de se dci-
der sur le parti prendre et s'ils sont dans les mmes dis-
positions que les jrmiens nous avons l'espoir que les
avantages demands leur seront accords dans le cas o le
Gouvernement n'aurait pas autrement dispos.
Art. 6. Quand la proposition prsente par les Com-
missaires du Comit Rvolutionnaire de Jrmie, touchant






- 56 -


la reconnaissance des dettes contractes par lui pour la
Grand'Anse, comme elle n'est pas de la competence de
l'excutif, la solution en est laisse qui de droit.
Art. 7. -- En vertu de l'arrt prcit du Prsident d'Hati,
en date du 13 Novembre coul, aucune measure ne sera
prise qui puisse tre attentatoire aux droits subsistants des
personnel auxquelles l'amnistie est accorde.
Nous soussigns, Dlgus sus-dits, assists de notre se-
crtaire, le capitaine Raynal Chalvir d'une part, eti les
Commissaires sus-dits aussi assists du citoyen LaSix
Lubin, notaire public du Port--Piment du Sud, notre se-
crtaire et en presence des honorables Vice-Consuls ci-des-
sus dnoncs, aussi soussigns, avons de bonne foi, clos
et arrt le present acte que nous dclarons vritable et
valuable.
Fait triple, au Camp de la Grosse-Chaudire les jours,
mois et an que dessus. Trois renvois en marge approuvs,
un mot ray nul, deux mots ports en marge bons.
F. DUCASSE, OVIDE CAMEAU,
F. H. LARAQUE, A. GAVEAU,
GRARD BARTELS, EUG. WEINER,
R. CHALVIR, Sec. LACROIX LUBIN Sec.

Des malveillants rpandaient dans dans les campagnes
les nouvelles les plus subversives, tels points, que l'or-
dre du jour suivant fut adress par la Dlgation du Gou-
vernement au Comit de Jrmie, afin de lui montrer ses
sentiments amicaux et aussi de prouver qu'elle ne partici-
pait pas en de telles menes, et en y faisant le ncessaire
pour mettre fin cela.

N 1.
ORDRE DU JOUR
Au Comit de Jrmie et la population de cette ville.
CONCITOYENS,
Il nous est revenue que la malveillance qui exploit tou-
jours les graves circonstances come celle du moment







- ;51 --


actuel, pour pcher en eau trouble, fait colporter des pro-
pos tendant jeter dans les esprits, la mfiance, en excitant
au dsordre et au mpris des lois du Pays.
Considrant que ces agissements tnbreux sont de na-
ture faire mconnaitre la bonne foi des lois de l'autorit
du Pouvoir constitutionnellement tabli.
Avons-nous arrt et arrtons ce qui suit :
* Art. 1er. -- Le rgime des lois du pays est reconstitu
dans la ville de Jrmie et devra s'tendre toutes les Com-
munes qui ont pris part au movement de la Grand'Anse,
ds la publication du present ordre du jour dans les dites
localits.
Art. 2. Tout individu, sous quelque prtexte que se
puisse tre, qui se mettra propager des propos subver-
sifs, des bruits mensongers et alarmants contre la scurit
des personnel ou des proprits, sera arrt et dpos en
prison pour tre jug conformment aux Lois et dans l'in-
trt du droit common ou de qui il appartiendra. *
Donn de nous soussigns, les jours, mois et an que des-
sus.
F. DUCASSE, O. CAMEAU.
Vu : Bon tre public d'aprs l'autorisation du Comit
Rvolutionnaire de la Grand'Anse.
't#ommii,.mdnt de la Place et de la Commune,
DORSAN fils.
De notre ct, toutes les measures taient prises pour li-
vrer la ville de Jrmie aux troupes rgulires du gouver-
nement aussitt l'arrive du Corps diplomatique.
En consequence parut galement l'ordre du jour du.Chef
d'Excution ainsi conu :
LIBERTY, GALIT, FRATERNITY,
RPUBLIQUE D'HAITI.

ORDRE DU JOUR.
JRMIE, le 21 Dc. 1883 an 80'ne de L'INDPENDANCE.
Le Dlgu du Comit Central Rvolutionnaire dans les







58 -

communes de Corail et de Pestel, charge provisoirement de
l'Excutif dans le dit Arrondissement.
Au PEOPLE ET A L'AME.
CONCITOYENS,
La paix est conclue I La convention rglant les condi-
tions de cette paix a t signe par nos commissaireset.
les dlgus du gouvernement dans la Grand'Anse ; mais
elle ne sera pleinement excute qu' l'arrive du Corps
diplomatique, don't l'intervention a t offerte et accepte
come la plus haute garantie et la dernire sanction
donner cet acte solennel.
i La premiere condition de cette paix don't le pays a un
si grand besoin pour rparer ses dsastres est que le pass
soit compltement oubli, que les droits de tous seront res-
pects et nul ne pourra tre recherch en aucun temps ni
en aucun lieu pour sa participation une lutte don't cha-
cun a eu sa part de soaffrance et de dceptions.
Les parties intresses qui ont la mission de respecter
et de faire respecter dans toute leur teneur les clauses et
- conditions librement et solennellement acceptes, veille-
ront leur entire execution.
Il nous income aussi, nous qui avons eu en main la
garde de l'honneur de la Cit, de faire respecter les families
et les proprits et d'imposer par notre attitude ferme et
nergique aux malveillants qui ne rvent que carnage et-
destruction et qui croient facile la ralisation de leurs in-
fmes projects.
CONCITOYENS,
A cette heure solennelle, je compete sur vous, je serai
avec vous jusqu' ce.que la scurit soit assure cha-
cun, je serai mon poste jusqu' la dernire heure.
A vous aussi de faire votre devoir, de donner votre con-
cours l'arme du gouvernement pour protger les fem-
mes et les enfants, pour vous protger vous mme contre
la fureur des insenss qui veule encore le pillage et l'in-
cendie.
CONCITOYENS,
Quelque soit votre ge, venez donner votre concours








59 -

l'autorit, apportez la defense commune, au r-
tablissement de l'ordre et de la scurit, votre courage,
votre nergie et votre patriotism.
Jusqu' ce qu'il en soit autrement ordonn, tout citoyen
qui ne se trouvera pas son poste sera puni conform-
ment la loi.
Vive la Paix 1
Vive l'Ordre I
Vive l'Union I
Fait au Quartier-Gnral de Jrnie, les jours, mois et
an que dessus.
ST.-LGER P. J. LOUIS.

Le 23 Dcembre 1883 parurent l'horizon trois navires
de guerre trangers, le Jorge Juan ( espagnol .)
le Poirhattan ( amricain ) et le Faom ( anglais, )
qui arrivaient pour assister l'excution du trait de paix
sign sous la garantie du Corps 'diplomatique.
Ils prirent mouillage dans le port et vers les 4 heures de
l'aprs-midi, les ministres trangers accompagns des offi-
ciers de marine de leur nationalit, se transportrent les
uns, sur le fort Tlmaque et les autres la Source pour
donn 'ficiellement l'entre de la ville l'arme rgu-
lire
En violation du trait, de nombreux contingents de pi-
quets pntrrent en ville sous les ordres de Duclermont,
de Fatal Lubin, d'Anacron Lapointe et de plusieurs autres
du mme acabit.
Ceux-l furent cantonns la Basse-Ville o chacun agit
sa guise, battant les citadins, les' emprisonnant pour la
moindre futilit, faisant des visits domiciliaires, sous pr-
texte de rechercher les musicians, commettant toutes sor-
tes de mfaits, en violation flagrante du Trait. Ils rquisi-
tionnaient les homes les plus hauts placs pour dmolir
les remparts ; ils s'en taientpris mnme au Prsident du
Comit : M. Margron. Celui-ci se rendit auprs du gnral
Chevalier, le revolver la main, le sommant de faire ces-
ser ce dsordre.
Mme un contingent des fameux massacreurs de Corail







--60 -


taient entrs, come les autres; ils furent renvoys dans
leurs foyers, ds le lendemain cause de leurs mauvaises
dispositions.
A ce moment, le Bois-Chne voulut arrter un petit
voilier sortant de Pestel charge de refugis qu'on rapa-
triait et qu'une bonne brise faisait voler sur les vagues.
Rien n'y fit cependant, il tira un coup de canon pour le
summer de s'arrter, mais Trois-Boutons tait bord ; il
ordonna au capitaine de n'en faire aucun cas ; en effet,
ils dbarqurent tous sains et saufs. La fortune sourit tou-
jours aux audacieux.






CHAPITRE XIII.



ARRIVE DE SALOMON -- ARRESTATIONS ET FUSILLADE DES G-
NRAUX LAFOREST, DGUIREAU, GUERRIER MOUSSIGNAC, GA-
CHETTE, BARTHELEMY, ETC. -- COMMUTATION DE PEINE DU
COLONEL BAZII.E ET DU GNRAL ARISTIDE MOUSSIGNAC --
EVACUATION GNRALE DE L'ARME.

Le 25 Janvier 1884, le. President Salomon vint visiter sa
conqute amen par le Dessalines ; il fut reu avec
toute la pompe possible par les autorits et par l'arme
sous les armes.
Il alla assister un Te Deum auquel furent invits tous
ses gnraux, mme ceux qui s'taient rvolts contre son
autorit. A la sortie de l'Eglise, les arrestations commen-
crent.
Les gnraux Paulin Laforest, Suffrdy Barthelemy, Val-
mont Gachette, Guerrier Moussignac, Aristide Moussignac,
Joseph Dufour, Nmorin Beau, et le colonel Bazelais Ba-
zile furent dfrs au conseil de guerre. C'tait une grave








61 -

imprudence de leur part, que de s'tre rendu au Te Deum.
Aprs ce qui s'tait pass, ils devaient s'abstenir d'y aller,
o partir pour l'exil comme ceux qui s'taient embarqus
sur le Cuban, de l'ancienne Compagnie Liverpool.
Salomon se rendit sur l'estrade place sous l'Arbre de
la Libert pour haranguer son arme, aiusi que les
paysans qui taient accourus en foule pour venir le saluer.
.Aprs les avoir remercis de toutes les misres subies pen-
dant la dure de la guerre, au service du gouvernement,
le vieux renard finit par ces mots, dsormais historiques
qui ne peuvent que donner rflchir :
Mes amis la guerre fine, retournain lan habitations nous,
l qu'il est, c pou toute moune occup travail yo, surtout,
c pas nous qui ban moin Jrmie : C gnral farine . La
foule cria : Vive le Prsident Salomon Quel pays faci-
le, tout de mme I
La musique de l'Arrondissement qui avait jou la Mar-
seillaise , lors du dpart de Mont-Rouis ( avec les ins-
truments donns par Salomon ), pour narguer la dlga-
tion envoye sous la protection de M. Boulanger, commit
le mme manque de discernement en allant jouer, en la
presence du vainqueur, un air, clbre cette poque,
don't les paroles, composes, par M. Destinville Martineau,
doyen du Tribunal civil, commenaient ainsi :
Patriotes de Jrmie,
A Salomon, ouvrons nos ceurs,
C'est le Pre de la Patrie etc.
Paroles qui furent parodies et chantes par tous les
gamins des rues, comme une moquerie l'adresse du Chef.
On conoit aisment qu'il leur en gardait rancune.
Les musicians furent, leur tour, arrts et dposs en
prison, non sans avoir reu bien des horions et un pas-
sage tabac complete, l'entre de la prison.
Le Conseil de guerre, immdiatement form, s'occupa de
suite, de juger les officers coupables de trahison. On sait,
que l'habitude, la justice militaire ne chme pas, en pareil
cas.
Deux jours aprs, la condemnation mort fut pronon-








- 62 -


ce contre les dtenus, l'exception du colonel Bazile et
du gnral Aristide Moussignac qui eux, furent condamns
cinq annes d'emprisonnement.
Justement mu du sort de ces malheureux, le Corps con-
sulaire crivit au Prsident Salomon pour implorer sa gr-
ce en faveur de ces martyrs, la lettre suivante :
Les Vice-Consuls de France, d'Angleterre, ldes Etats-Unis.
d'Amrique et des Pays-Bas rsidant Jrmie
A Son Excellence le Prsident d'Hati
au Palais National de Jrmie.
PRESIDENT,
Convaincus que nous sommes des heureuses dispositions
de votre noble coeur, de la haute sympathie don't nous
sommes l'objet de votre part et de l'intrt que vous atta-
clhez toujours au service de la cause humaine, nous venons
au nom des Puissances que nous reprsentons, amies' de
la Rpublique que vous commander, solliciter de votre
bon natural, la grce sinon du moins une commutation de
peines en faveur des condamns politiques : Paulin Lafo-
rest, Suffrdy Barthlemy, Valmont Gachette, Guerrier
Moussignac, Aristide Moussignac, Joseph Dufour, Nmorin
Beau, et Bazelais Bazile, condamns mort parle jugement
du conseil militaire de cette ville.
Nous sommes d'avance persuads, Excellence, que votre
noble coeur fera grce ces Messieurs pour nous.
Dans cette intention, nous nous souscrivons come vos
bien obligs et nous vous prions de recevoir nos meilleures
salutations.
GRARD BARTHEL,
Vice-Consul des Pays-Bas et de France (p. i)
EUG. WIENER,
Vice-Consul de S. M. B. et des Etats-Unis d'Amrique.
Salomon resta insensible cette demand de grce, il se
retrancha derrire la demand formelle de son arme qui
lui rclamait cette satisfaction sa passion.
Il la rejeta aussi, sous prtexte que l'amnistie ne couvrait








- 63 -


que la population civil et que, par consquent, les mili-
taires coupables devraient tre traits avec toutes la ri-
gueur des lois.
Il a froidement laiss excuter ces braves soldats, mal-
gr l'acte de Capitulation qui les couvrait, malgr l'unani-
mit de l'opinion publique qui protestait contre ce crime
atroce.
. Ils furent passs par les armes, aux environs du Temple
de la fraternity : La Loge La Runion des Caurs, N 3 ,
don't il tait le Grand Protecteur.
Les musicians furent incorpors dans les 13e et 17e rgi-
ments des Cayes, au nombre de dix, savoir: Georges Marc,
Ponia Gaillard, Thomas Dgraff, Edouard Blanchet, Bre-
nus Orlando, Orlando fils, Nicolas Perrault, Granville Pi-
card, Thomas Cassamajor, et Edouard Rey, ainsi que Ch.
Lassgue leur chef.
Les citoyens suivants furent emmens par le gnral
Chevalier, comme prisonniers de guerre : Sidney Lemead,
Lamy Philizaire, Souvent Larrieux, Vauquelin Jacques et
Simon Gachette.
Ces citoyens ne reurent le pardon du gouvernement que
longtemps aprs, pour leur belle conduite lors de l'incendie
des Cayes. Cette demand gnreuse a t spontanment
faite paf la population reconnaissante de cette ville.
Le gnral Saint-Jean Scipion reut le commandement
de l'Arrondissement de la Grand'Anse ; ds lors une admi-
nistration svre centint la population don't toute la jeu-
nesse fut incorpore dans des diffrents corps de troupe.
L'arme des Cayes reut l'ordre de regagner ses canton-
nements, l'vacuation se fit rapidement.
Il y a cependant un fait constater aprs ces vnements,
c'est que Jrmie ne souffrit pas trop. A part le ct mili-
taire du gouvernement de Salomon, on dirait, au contraire,
que Celui-ci mettait une certain complaisance satisfaire
les rclamations lgitimes de cette ville ; c'est peut-tre
en reconnaissance de ce qui a t fait ici en sa faveur, lors
de la signature de l'acte de son bannissement : Jrmie"
seule ne l'avait pas sign.

G. VIGOUREUX.


k-a




University of Florida Home Page
© 2004 - 2010 University of Florida George A. Smathers Libraries.
All rights reserved.

Acceptable Use, Copyright, and Disclaimer Statement
Last updated October 10, 2010 - - mvs