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Title: Explorations en Guyane
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 Material Information
Title: Explorations en Guyane
Physical Description: 20 p. : ; 27 cm.
Language: French
Creator: Coudreau, Henri Anatole, 1859-1899
Publisher: Impr. de Esp9erance Cagniard
Place of Publication: Rouen
Publication Date: 1892
 Subjects
Subject: French Guiana   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
General Note: "Extract du Bulletin de la Socièt9e Normande de Geographie (3e Cahier de 1892).
 Record Information
Bibliographic ID: UF00075396
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 000154688
oclc - 23443166
notis - AAS0969

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EXPLORATIONS


EN GUYANE

Par M. HENRI COUDREAU


ROUEN
IMPRIMERIE DE ESPtRANCE CAGNIARD
Rues Jeanne-Darc, 88, et des Basnage, 5






























Extrait du Bulletin de la Socidte normande de Giographie

(3 Cahier de 1892)























EXPLORATIONS EN GUYANE





MESSIEURS,

Voici le bilan de mes quatre dernieres anndes de voyage en Guyane
(de mai 1887 A avril 1891) :

I. L'dtude de la chaine des months Tumuc-Humac. II. L'dtude de notre group
indien de Guyane. Ill. Quelques autres rdsultats scientifiques. IV. Quelques
rdsultats pratiques.

I. oTUDE DE LA CHAINE DES MONTHS TUMUC-HUMAC

Les Tumuc-Humac m'ont cotlte beaucoup de mal.
On pense bien que ce n'est pas avec mes seuls itindraires que j'ai pu
dtablir ma carte de ces montagnes. Les itindraires ne laissent qu'une ligne
dtroite sur la carte et ne donnent aucune idee de 1'ensemble. C'est par les
hauts points de vue, les panoramas, que Fon peut juger de la configuration
gdndrale d'un syst6me orographique. Et des renseignements qu'il faut cons-
tater et discuter viennent brocher sur le tout.
Les panoramas sont rares dans les Tumuc-Humac.
II m'est arrived souvent, tant au Maroni qu'A I'Oyapock, de faire deux
ou trois jours de march pour arriver a quelque haut sommet don't
m'avaient parld les Indiens. En route, je n'avais qu'un maigre itineraire :
les petits affluents de quelque crique don't nous suivions la vallee A mi-c6te.
Arrived au sommet : rien, pas une dclaircie dans la fort serrde; je faisais
alors abattre des arbres, ce qui ddgageait le paysage, mais des collins pro-
chaines me cachaient le lointain, et je n'apercevais autour de moi que de












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vagues masses bleues entire les branchages des eminences voisines, ou bien
encore deux ou trois petites montagnes peu dloigndes qui me cachaient tout
'horizon. En hiver, c'est pis encore, d'dpais brouillards p6sent sur les hau-
teurs; il faut souvent attendre deux ou trois jours qu'une dclaircie se fasse
dans ce ciel de grisaille.
Pour jouir d'un panorama d'ensemble, il faudrait trouver de hautes
montagnes au sommet ddnudd; mais dans cette region sans savanes et aux
faibles altitudes, ces montagnes sont tres rares; je n'en ai ddcouveft que
trois sur plus de deux cents que j'ai escaladees ou vues : Mitaraca, dans
les hauts de Marouini, Tayaouaou, aux sources de l'Oyapock, et Tdmo-
mairem, aux sources de Couldcould et de Mapahony. Encore la premiere
et la dernimre seules donnent-elles un point de vue parfait, permettant de
prendre un excellent tour d'horizon.
Mitaraca est terminde par une dnorme roche granitique en forme de
c6ne, roche si completement dinudde qu'on n'y trouve mIme pas une touffe
d'herbe pour s'aider a grimper. Le sommet de la roche est A 58o metres
d'altitude. L'ascension est difficile et pdrilleuse, la roche, etant presque A pic
et nue, donne le plus beau panorama que j'aie vu pendant ces deux ans;
celui des Tumuc-Humac de Maroni a pr6s de vingt lieues a la ronde. Mita-
raca est un des giants de Tumuc-Humac, et la seule montagne de la chaine
qui prdsente, je crois, un aussi beau belvedere. De son sommet, le system
orographique de la contrde se ddcouvre tout-a-coup dans son ensemble,
comme a un brusque level de rideau.
Tayaouaou, dldvee seulement de 450 metres, est terminde au couchant
par une muraille granitique perpendiculaire, de too m6tres d'delvation.
Tavaouaou donnerait un aussi beau point de vue que Mitaraca si elle 6tait
ddboisde a son sommet. Mais on est oblige de.profiter de diffdrentes
eclaircies qui existent sur le pourtour pour embrasser successivement les
diffdrents points de horizon. Toutefois, moins levee que Mitaraca, son
champ visuel ne s'etend qu'A 12 ou 15 lieues alentour, jusqu'a la
chaine d'Eureupourcigne au nord; aux montagnes des sources de l'Oya-
pock au sud; et A la petite chaine d'Agamiouare au sud-est.
Temomairem donne un point de vue presque aussi beau que celui don't
on jouit du sommet de Mitaraca. Pour arriver a Tdmomairem, sur le sen-
tier de Mapaouy-Itany, on rencontre une sdrie d'dminences en gradins
successifs, dminences que domine la roche de Tdmomairem.
Au pied de la roche, s'6tendent des terrains granitiques sur lesquels











EXPLORATIONS EN GUYANE


aucun arbre n'a pouss. C'est une petite savane, belvddere natural, d'oh
1'ceil embrasse distinctement, par un ciel clair, l'horizon de Timotakem et
de son group, et celui des montagnes du chemin du Parou.
Gravit-on la roche, dlevde d'une cinquantaine de metres en dessus du
dernier gradin du plateau, on ddcouvre (si on ne s'est pas rompu le cou
en faisant l'ascension des rochers a pic) un horizon splendidement
dlargi. Par deld les vagues verdoyantes de la mer des forts vierges, on
embrasse les pilliers de l'immense arene circulaire, de grosses masses aux
sommets blancs de quartz servent de soubassement A I'azur. Al'ouest on
volt jusqu'A Tdirokem sur le chemin du Parou; A Pest, on saisit nettement
les groups de Mitaraca, de Timotakem et de la chaine de Chimichimi.
Temomairem et Mitaraca valent, A elles seules, le voyage de Paris en
Guyane central.
Tayaouaou, Mitaraca et Tdmomairem m'ont suffi pour jeter les bases
d'une premiere triangulation des Tumuc-Humac. De chacun de ces trois
sommets, je prenais, au thdodolite, les angles des sommets visible et je
mesurais ensuite au podometre le plus de bases que je pouvais. Tout cela
est approximatif et grossier sans doute, mais encore cela est-il fait.
Je puis aujourd'hui donner, sans crainte de me tromper, une descrip-
tion geographique sommaire de 1'ensemble de la chaine des Tumuc-
Humac.
L'ensemble de la chaine fair E.-S.-E. environ ; par consequent elle est a
peu prs parallel A la c6te. II n'y a pas de chaine de s paration des eaux.
Les Tumuc-Humac se composent de chainons brises, jets sur les plateaux
comme au hasard et sans logique apparent.
Les Tumuc-Humac occidentales, ou du Maroni, se composent de deux
chaines sans parallelisime, distantes l'une de Pautre de 40 kilometres envi-
ron et ayant chacune plusieurs contreforts. La chaine du nord commence
aux montagnes de la Haute-Itany, passe par le piton Apoikd, Palouroui-
m&nepeu, Mitaraca et le pic d'Amana, et compete une vingtaine de sommets
principaux. La chaine du sud commence aux montagnes du.Parou et passe
par Timotakem. Elle compete une douzaine de sommets. Mitaraca est le pic
le plus level de la chaine nord et Timotakem est le plus dleve de la chaine
sud. Timotakem peut avoir 800 metres d'altitude absolue. L'altitude maxi-
mum des Tumuc-Humac francais est done A Timotakem. La chaine nord
envoie entire Itany et Marouini un important chainon qui a quinze ou
vingt sommets principaux et qui s'embranche a Mitaraca. Elle envoie de la












6 EXPLORATIONS EN GUYANE

chain sud, entire Itany et Mapahonv, un chainon de sept sommets qui
s'embranche a Tendnek Patare, par ou passe le sentier de Mapahony. A Pest,
les deux chaines sont relies ensemble par plusieurs chainons faisant N.-E.,
chainons que j'ai vu se prolonger jusque non loin de Paritou, sur les rives de
FAraoua et qui sont l'amorce de la grande chain, haute comme les Tumuc-
Humac, qui, par les chainons du haut Sinnamary et de la montagne
de Plomb, court du sud au nord de la Guyane franqaise, des Tumuc-
Humac ia l'Atlantique.
Au-deli des chainons lateraux, N.-E., on s'embranche la grande chaine
S.-N. de la Guvane, les Tumuc-Humac ne donnent plus leurs eaux aux
affluents de Maroni, mais a ceux de l'Ovapock, ce sont les Tumuc-Humac
de l'Ovapock ou les Tumuc-Humac orientales.
Les Tumuc-Humac orientales se composent de trois chaines disposees
en ventail. plus dcartees les unes des autres que les chaines des Tumuc-
Humac occidentales, et s'dcartant de plus en plus, au fur et i measure
qu'elles avancent vers le Levant. La chaine nord semble s'embrancher
aux prolongements orientaux de Timotakem et passer par Tapiirangnan-
nawe et Eureupoucigne louitire; elle parait levee de plus de 5oo metres.
Fen ai vu cinq grands pics au nord de la riviere d'Eureupoucigne. La
chaine central s'embranche ia Tapiirangnannawe et par de petites col-
lines arrive aux montagnes de Tacouandewe et de Tayaouaou, et se pour-
suit par les collins de Moutaquouere, pour finir aux montagnes du bas
Ourouaftou. T'v ai comptd plus de cinquante sommets principaux. Ses
plus grandes altitudes paraissent etre de 5oo metres. La chaine sud passe
pour etre la plus elevie, elle s'embranche a Timotakem, et, coupant les
hauts de Couyary et de Kouc, elle se pursuit par les montagnes de la t4te
d'Ourouaitou de Mapari, de Caroni et d'Araguary. Je lui connais une
quinzaine de sommets principaux. Elle envoie un chainon N.-E. rejoindre
la chaine du centre. C'est a ce chainon que l'Oyapock prend sa source,
beaucoup plus au sud que ne l'avait suppose Crevaux. La chain sud se
continue E.-N.-E. jusque dans la bas Araguay, ot je la vis en 1883 lors de
mes premiers voyages dans les regions de lAmdrique dquinoxiale.
Pour ce qui est des sources des grands course d'eau, je me bornerai aux
certitudes que j'ai acquises. L'tany prend sa source beaucoup plus A
l'ouest qu'on ne P'avait suppose, i quinze lieues au moins du village
d'Apoikd. Marouini vient de fort loin dans le sud, probablement di
Timotakem, qui donne aussi la source de Pilili-Ouanapi, grand affluent de












EXPLORATIONS EN GUYANE


droite de Marouini, Camopi, Yaroupi, Kerindioutou, Kouc et Couyary
viennent du massif de Tapiirangnannawe.
Le regime des sources de l'Oyapock est singulier. Changeant trois fois
de nom, s'appelant d'abord : Kerindioutou, Ouatdou, puis Souanre, le haut
Oyapock s'avance entire Rouapir et Pirarouiri, affluents du Yary qui
prennent leurs sources a quatre ou cinq jours de march plus au nord que
lui. L'Oyapock, sous le nom de Souanre, descend du mont Ouatagnampa,
au sud du point oit Crevaux s'embarqua dans Ourouari (en oyampi: Oroua-
reu), branch de Rouapir qu'il prit pour cette grande riviere et qui lui
cofta les difficulties que l'on sait. Un des affluents de gauche de Souanre,
Tditetou Reyawe communique, 1'hiver, par marais avec Ourouari, sous-
affluent du Yary, unissant ainsi les eaux de I'Oyapock a celles de 1'Ama-
zone.
Au sud de Ouatagnampa, qui se trouve sur le chainon reliant la chaine
central a la chaine du sud, le fleuve Cachipour, sous le nom d'Ourouitou,
reqoit ses premieres eaux. Leux grands affluents de droite, Mapari et Caroni,
et un affluent de gauche, Agamiouare, prennent dgalement leurs sources
dans les grandes montagnes de la chaine du sud. En continuant au levant,
on traverse deux affluents du Yary, Inipocko et Moucourou. Enfin, un peu
plus loin, a une forte montagne de la mgme chaine sud, au month Icawe,
l'Araguary prend sa source dans le versant nord du pic, tandis que le ver-
sant sud donne naissance 'Iratapourou, grand affluent de gauche du
Bas-Jary. L'Araguary couple d'abord N.-E., parallelement a l'Ourouaitou,
puis ce dernier fleuve, a un grand saut qui se trouve a environ deux jours
en aval du confluent de l'Ourouaitou et du Mapari, envoie, dit-on, un bras
rejoindre 1'Araguary qui ne coule qu'i un jour de la. A partir de ce point,
l'Ourouaitou (ou Cachipour) coule dans sa direction premiere, c'est-a-dire
parallllement a P'Oyapock, mais I'Araguary tourne brusquement a 1'est
pour couler E.-S.-E., longeant ou coupant la chaine des Tumuc-Humac.
C'est le haut Araguary que j'ai donno pour frontiere orientale a mes
investigations.
Des lacs, don't j'avais entendu parler par de vieux auteurs, point. Seu-
lementdes pripris, mardcages de tres petite dtendue, pouvant a peine figu-
rer sur une carte au I 250 oooe et qui se dessechent a peu pres complete-
ment pendant I'dtd : marais, pripris d'ailleurs jamais parniculiers a la
region, et que 'on trouve assez frdquemment a peu pres partout dans les
Guvanes de I'Atlantique a I'Amazone. Je n'ai ddcouvert qu'un seul lac












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permanent, celui de Tacouandewe, qui a tout au plus 3 kilometres de long
sur 5oo metres de large.
A c6td de cette esquisse oro-hydrographique des chaines et des chainons
des Tumuc-Humac, je ne donnerai point une description de paysagiste qui
ne pourrait etre que fastidieuse. Je me proposals d'en rapporter des photo-
graphies. J'aris appris de mon mieux mon metier de photograph et j'avais
obtenu a Cayenne des resultats satisfaisants. Je pris, dans les Tumuc-
Humac, quatre-vingts paysages et types. Pour ne pas m'encombrer, je
n'avais pas emporte les products necessaires pour tirer les positifs, je con-
servais mes cliches en plaques impressionndes, soigneusement enfermees
dans des boites a iabri de lhumidite. Mais rien n'est a I'abri de l'humiditd
dans ces hivernages aux Tumuc-Humac, et lorsque je voulus rdevler, la
gelatine avait could et je n'obtins aucun resultat presentable. Heureusement
que i'avais dessind des doubles de tout ce que j'avais pris. Les papers
pour les positifs se gatent au bout de trois ou quatre mois de sdjour en
Guvane. Les photographs amateurs de Cayenne le savent bien. Pour
op rer aux Tumuc-Humac, ii faudrait toute une sirie de ravitaillements
rapides et bien organisms.
Les passages des Tumuc-Humac ne sont point d'ailleurs mouvementds,
pour la plupart du moins. Qu'on se reprdsente des valldes profondes entire
des pentes abruptes, des mardcages au fond des ravins. Sur les montagnes
une haute futale, rembourrde d'dpais taillis; sous ces taillis des petits pal-
miers, des plants grasses, des feuilles mortes. C'est un d6dale de plusieurs
centaines de sommets hauls de 400 a 800 metres, ne dessinant des chaines
que par a peu pres, avec des criques au fond des briches, beaucoup de
chutes d'eau dans ces criques, beaucoup de marais de ruisseau a ruisseau,
un labvrinthe ou il faut la moitid du temps patauger dans la boue ou esca-
lader des montagnes et, par dessus la tdte du voyageur, une dpaisse masse
de verdure sans une dclaircie, pas de soleil pendant le jour et pas d'dtoiles
pendant la nuit. La vie se manifeste dans ces deserts par des grouillements
d'insectes, des rencontres de reptiles de toute nuance et de toute taille; des
gambades de macaques, de couatas etde singes rouges, qui causent A leur
manidre dans les hautes branches a 40 metres de hauteur; de rares defilds
de hoccos, d'agamis, de cochons marrons, animaux sociables qui vont par
bandes, de rares tite-a-tdte avec des solitaires, tels que le tigre ou le
caiman. Et parfois on march deux ou trois jours sans trouver rien a
mettre au bout du fusil : pas un agouti, pas un petit oiseau. Telles appa-












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raissent actuellement les Tumuc-Humac et telles elles se montreront jus-
qu'a Pheure lointaine oil on les aura ddboisdes.

II. ETUDE DE NOTRE GROUP INDIEN DE GUYANE

Heure lointaine assurement que celle oti 'on aura deboisd les Tumuc-
Humac, car ces montagnes pourraient nourrir une population dix fois plus
nombreuse que celle d'aujourd'hui sans cesser d'etre forces vierges.
Les Tumuc-Humac, difficiles d'acces meme pour 'lndien, ont vu les
populations indigines se repartir autour d'elles, parfois prendre possession
de leurs passages, mais le massif n'a jamais edi serieusement occupy par
l'Autochtone. Les regions de la Haute-Guyane, au nord et au sud des
Tumuc-Humac, sont beaucoup plus peuplees.
A ce propos, je dois m'expliquer de suite sur un point qui pourrait me
faire accuser de contradiction. Je viens de dire que les Tumuc-Humac sont
un desert, et j'ai dit autrefois que j'avais ddcouvert des populations nom-
breuses en Haute-Guyane. Tout est relatif, et, dans l'espece, tout depend de
la faqon don't on compete.
Les geographes's'en vont recopiant, depuis environ soixante-dix ans,
que la population de la colonie est de 2 ooo i 3 ooo individus. Ce chiffre
fut donn6 vers i82o, dans une notice officielle sur la Guyane, assurdment
au hasard, et seulement pour boucher un trou de statistique.
Si Pon n'avait voulu parler que des Indiens vivant entire les frontieres
strictement incontestees, ce chiffre de 2 A 3 ooo aurait meme et6 au-dessus
de la vdrite, mais, on avait sans doute en vue, ainsi qu'il convent, le
group de tribus vivant ou venant commerce surnotre territoireinconteste.
Revenant a la facon de computer notre population indienne sur notre
territoire indien de Guyane, pense-t-on que la statistique qui ne donnerait
que le chiffre d'lndiens vivants sur notre terrihoire stric!ement incontestd
serait une statistique bien intelligence?
Si, par example, ces populations de notre territoire indien etaient
separees de notre population creole par de grandes chutes rendant impos-
sibles les communications avec la c6te, et si c'etait exclusivement a l'Ama-
zone que ces populations iraient changer leurs products et travailler chez
les civilises, ces populations indiennes etablies sur notre territoire seraient-
elles en rdalite de quelque utility pour nous ? D'aucune assurdment.
Or, voici ce qui se produit : de grandes difficulties de communication











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et des prejugds, dloignent de l'Amazone les Indiens du sud des Tumuc-
Humac. Au contraire des relations d'amitid dtablies depuis longtemps les
amenent a changer et h travailler sur notre territoire, A I'tany avec les
negres Bonis, et i I'Ovapock avec les Oyampis civilises et jusque avec les
creoles.
II existed IA un movement, un courant parfaitement dessines, courant,
movement etablis depuis plusieurs gdndrations. La question du contest
avec le BrTsi[ n'a rien i voir ici. Je suppose les territoires au sud des
Tumuc-Humac acquis i la grande Rppublique voisine. Les frontieres poli-
tiques des nations civilisdes ne pouvant prdvaloir contre les interets, les
besoins, les habitudes des populations sauvages, nos peuplades indiennes
n'en continueraient pas moins a graviter vers 'Itany et 'Oyapock.
La question est done celle ci : combien d'lndiens pouvons-nous utili-
ser? Nous pouvons utiliser non seulement ceux qui sont chez nous, mais
aussi ceux qui y viennent. J'ai visit naguere les frontieres du Bresil, du
c6td de la Guyane anglaise, du Vdndzuela et de la Colombie; j'ai vu partout
les Indiens des frontieres se porter du c6tn oil ils avaient des facilities et de
vieilles relations etablies. Personne ne songe a s'y opposer et personnel ne
pourrait s'y opposer.
Toutes les populations indiennes qui vivent a peu pres au nord du
premier aegrd de latitude nord et entire le 54o et le 58 de longitude ouest
ne viennent commerce et travoiller qu'a l'Itany et a l'Oyapock et ne vont
pas i I'Amazone. Le group indien, qui gravite dans Paxe de notre colonie
incontestde, est done en reality rdparti sur une vaste surface ddpassant de
beaucoup nos frontieres incontest6es. On peut ivaluer la superficie total
de ces territoires indiens a pres de too ooo kilometres carries, don't 40 ooo
dans notre colonie. 1oooo dans l'ancien contest franco-hollandais, et
5o ooo au sud des Tumuc-Humac, dans le contest franco-brisilien.
La statistique de 1820 et les retouches qui v ont dit faites depuis
avaient bien en vue routes les tribus gravitant sur notre territoire, puisque
parmi les quatre tribus cities : les Galibis, les Emerillons, les Oyampis
et les Roucouvennes; les deux dernieres, les Oyampis et les Roucou-
vennes, ont leurs derniers villages a des centaines de kilometres de nos
frontieres incontesties. Je puis done dire que j'ai d6couvert des populations
nombreuses, puisque j'ai dicouvert 16 tribus, pour 4, que donnaient,
dans le mime pirimetre, les statistiques officielles.
II n'en est pas moins vrai, toutefois, que la Haute-Guyane rest un


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EXPLORATIONS EN GUYANE


desert, puisqu'a la density pr6sumee de ce peuplement indigene la France
entire n'aurait que 30 ooo habitants !
D'autre part, lechiffre d'lndiens que je donne plus basest-il d'une exac-
titude rigoureuse? Non, assurdment. Jedonnai d'abord un chiffrede to ooo
comme maximum, aujourd'hui je reduis encore ce chiffre. Je donnai ce chiffre
de to ooo quand j'dtais dans les Tumuc-Humac occidentales, oi je fus frapp6
de importance numerique des Roucouyennes et des autres tribus du S.-O.
Je l'aurais diminud dans les Tumuc-Humac orientales ot je trouvai les
Oyampis rdduits A quelques centaines d'individus. Si j'eusse pu etudier te
contest franco-hollandais, j'aurais peut-&tre encore augment le chiffre
que j'indiquais au retour de Pilipou. Au Yary, mes essais de statistique me
confirmerent dans l'idee que mon evaluation premiere dtait un peu au-dessus
de la vdritd. Mais je m'abstiendrai ici de ces statistiques a vue d'ceil qui
experiment une probability, meme une conviction, plus qu'une certitude,
et, maintenant seulement que l'assertion de notre group Indien est plus
important qu'on ne le supposait, je me bornerai a une enumeration des
seize tribus que j'ai reconnues.
Enum6rer les tribus, computer les villages de chaque tribu, le nombre
de cases de chaque village, c'est la tout ce qu'on pent faire, et encore n'en
tire-t-on pas une approximation suffisante. Parfois, la case, le pacolo des
Roucouyennes, l'oca des Oyampis compete 30 personnel abritees sous son
toit, parfois. un couple seulement. On a beau visitor les villages les uns
apres les autres, la population s'y transport avec vous, repeinte a neuf;
vous ne reconnaissez plus vos h6tes de la veille et ne pouvez distinguer
quels sont ceux qui sont les vdritables habitants du village que vous visitez.
Parfois, c'est le contraire. A I'approche du voyageur les femmes et les
enfants courent se cacher dans la fort. Si l'on se renseigne aupres du chef
du village, il lui rdpugne de vous enumerer en detail les hommes, les
femmes et les enfants de son petit centre, et il ne saurait les evaluer en bloc
puisqu'il ne salt pas computer au-dela de vingt; il se borne done a dire :
qu'il y en a beaucoup (cold, ydcoi); pas mal : (colepsic, yecoi-micic); on
que le village est moins people qu'autrefois (naicoye-coupa, aouempo-chi-
maldld). Rien n'est plus variable d'ailleurs, que le total d'une population
indienne. Qu'il surgisse quelques chefs intelligent, les abatis se mul-
tiplient, la natalite augmente, et en deux generations la population a double,
triple. Vienne une dpidemie de variole, et en deux mois la tribu perd la
moitid de ses membres. Quelques colons civilises, de bons exemples












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d'hygi6ne, quelques saines pratiques mddicales, de la vaccine, moins de
polygamie, et la population s'accroitra vite. Du tafia A discretion, et sa dis-
parition est prochaine, apr6s une p6riode de hideux abrutissement. Aucune
des tribus de notre group indien, heureusement, n'a fair encore une trop
ample connaissance avec le tafia, pas plus celles de la Haute-Guyane que
cells des Tumuc-Humac. Les difficulties d'accession de leur territoire les
ont prdservees du fldau. Seuls, quelques petits groups c6tiers ont det com-
pletement contamines.
Ce n'est pas une liste complete de ces tribus que j'ai la prdtention de
donner. Elles ne sont pas sans doute encore toutes ddcouvertes. Je citerai
seulement celles que j'ai vues et celles don't 1'existence ne prdsente aucun
doute. On m'a souvent parle d'autres tribus vivant retires, caches au plus
profound des bois; mais je ne m'en occuperai pas, n'etant pas bien assured de
leur existence (comme, par example, des dix tribus d'entre Haute-Itany et
Haut-Parou).

Voici quelles sont les tribus de notre group indien de Guyane :

1. Galibis, Bas de Sinnamary, d'lracoubo, de Mana,
du Maroni.................... ........... 400
2. Indiens creoles du bas Oyapock ................. 200
3. Palicours, Rocaoua............... ..... ..... 200
4. Arouas, Ouassa ................. .......... too
5. Emerillons, crique Sai................ ..... ..... 120
6. Tayras, haute Mana et haute Abounami............ too
7. Oyaricoulets, riviere Oulemarv................... ooo0
8. Coumayanas, riviere Arou ...................... 5oo
o. Yacopoyes, haute Itan. ......................... 200
to. Roucouyennes, Itany, Maronini, Yary, Farou..... I 5oo
S1. Trios, haut Parou, savanes d'Itany, Tapanahony.. I ooo
12. Oupourouis, entire moyen Yary et moyen Parou... 3oo
S3. Coussaris, haut Couyary ........................ 3oo
14. Elelianas, haut Ouanapi............... ....... 3o0
15. Calcouchianes, Ourouareu et moyen Yary......... 50
16. Oyampis, Oyapock, Tumuc-Humac orientales..... 3oo

16 Tribus................. 5 670
Ce sont les Roucouyennes et les Oyampis que j'ai dtd amend, par mes


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travaux dans les Tumuc-Humac orientales et occidentales, t dtudier plus
particulierement. J'ai assist maintes et maintes fois a toutes les pratiques
de ces Indiens. La relation de Crevaux sous les yeux, j'ai rectified, complete.
J'ai fait, sur notre grande tribu caratbe et sur notre grande tribu tupi, des
ddcouvertes plus difficiles a faire que les ddcouvertes gdographiques, celles
qui touchent au g6nie intime des races indiennes et aux origins amdri-
caines. Et j'en ai rempli de gros cahiers, commencement d'une oeuvre
scientifique pour Pach6vement de laquelle il me faudrait encore quelques
voyages, de la santd, de patients dtudes et la continuation de la gdndreuse
sollicitude du gouvernement.

iI. QUELQUES AUTRES R'SULTATS SCIENTIFIQUES

En sus de mon etude des Tumuc-Humac et de celle de notre group
indien de Guyane, je pus aussi obtenir quelques autres rdsultats scienti-
fiques. Et cela malgrd les difficulties v6ritablement exceptionnelles de cette
longue champagne de quatre ans.
Ces exp6ditionsen Guyane ne sontguere susceptibles, en effet, de valoir
au voyageur de bien dclatantes victoires. C'est une tiche ingrate que d'dvo-
luer ainsi dans une toute petite contr-e presque deserte, sans passe, d'un
avenir incertain, sans renom, et oh toutes les difficulties d'accds et de pene-
tration semblent s'etre donned rendez-vous. Les grands itindraires seuls
attirent quelque peu F'atention, a eux seuls est acquise quelque noto-
ridtd; quel retentissement pourraient avoir d'obscurs et modestes travaux
dans un champ trop restreint, triste canton perdu, des plus ternes et des
plus oublies qui soient au monde? Cependant, pour ingrate et sans eclat,
la tache n'en a pas moins dtd dure. Moi aussi, j'en ai faith de grands itind-
raires J'ai naguere traverse, comme tout le monde, I'Amdrique du sud
dans toute sa larger, A travers ses cantons les plus fermes, du cap Nord A
la tete du Uaupds. Eh bien, ce voyage ne m'a pas coutd le quart des fatigues,
des ennuis, des privations, de Pl'nergie physique et morale qu'exigeait celui
que je viens d'accomplir.
Ce voyage dans le centre de la Guyane a &te dispendieux et difficile.
Dispendieux, A cause de I'influence de exploitation aurifere qui, de
proche en proche, a rendu tr6s exigeantes les populations de la Guyane,
des crdoles de la c6te aux sauvages de l'intdrieur; A cause aussi, pendant la
second annde, de la famine qui rdgnait dans l'Oyapock, et qui me valut,













14 EXPLORATIONS EN GUYANE

dans l'Erdapoure oyampie, de faire de plus fortes depenses pour vivre
comme un gueux qu'il ne m'en efit coitde pour hdberger ma petite troupe
au Grand-H6tel; dispendieux surtout a cause de mon naufrage de la troi-
siime annce, naufrage oh je perdis ooo0 fr.; dispendieux, enfin, parce que
pour des raisons multiples, ces alternances de voyage, de cantonnement et
de retour au chef-lieu, content beaucoup plus cher que de plus longues
et plus rapids traverses.
Difficile, car il s'agit ici de voyager dans un desert boisd, presque impe-
netrable, ou ii faut, la plupart du temps, se frayer soi-mgme son chemin A
coup de sabre, ou, le ravitaillement a la c6te etant impraticable, il faut
savoir s'accommoder de la famine et savoir tirer parti des resources qui
n'existent pas: ou, les creoles ne consentant pas a vous accompagner dans
un pareil pays, il faut rester a la merci de quelques indigenes don't il faut
changer sans cesse, et qui vous abandonnent gdneralementau bout de trois
ou quatre jours de march dans l'inconnu.
Aussi, en raison de ces difficulties, les rdsultas de mon voyage sont-ils
demeurds necessairement modestes.
Ces rdsultats sont de deux sorts: les resultats scientifiques et les rdsul-
tats pratiques.
Les rdsultats scientifiques de mon voyage sont : geographiques,
histuriques, etnographiques, linguistiques, sans parler des collections
rapportses.
Parmi les resultats geographiques, je citerai mes itineraires du
25 oooe au 0oo ooo, relevds a la boussole et appuyds de quelques observa-
tions de latitude et de longitude et de plusieurs determinations d'altitude.
Ces itineraires donnent plus de 9 ooo kilometres parcourus, don't 7 5oo en
riviere et I too dans les Tumuc-Humac. Ils sont au nombre de 38, et me-
surent 41 metres de longueur.
J'ai donned, le premier, un levd que je qualifierai de complete de l'Oya-
pock, du Maroni et de la grande riviere Marouini qui n'avait pas dte
explore avant moi. J'ai relevd dans ces course d'eau plus de 300 chutes et
rapides.
Crevaux n'avait pas laissi de levI du Maroni. Son level de I'Oyapock
au 250 000' ost exact, mais incomplete. Quant aux sources de ce dernier
fleuve, finfortune voyageur ne les avait mdme pas soupgonnds. Fidele a ses
habitudes de march rapide, Crevaux pass, sans les voir, entire les plus
hauts sommets des Tumuc-Humac orientales, et coupa, sans le savoir,











EXPLORATIONS EN GUYANE 15

le haut Oyapock, a quatre jours de march au sud du point qui lui
avait dte assigned pour sa source. Je me trouve donc &tre le d6couvreur des
sources de l'Oyapock vainement cherchies depuis deux cents ans, et qui sont
au mont Ouatagnampa, d'oiu 'Oyapock descend sous le nom de Souanre.
J'ai levd aussi, apr6s Crevaux, Kouc, Yary et Mapahony, mais A plus
grande echelle et beaucoup plus complete.
J'ai donned, le premier, les grands affluents du haut Oyapock :
Yaroupi, Yaoud, Motoura, Yingarari et Eureupoucigne. Par ma traverse
de la Guyane central : Inini, pays des Emdrillons, Inipi et bas Camopi,
j'ai ditermind, le premier, la figure exacte de cette region A peu pres
inconnue.
Enfin, j'ai donni le premier traced exact du course supdrieur de
l'Approuague et son course total, A grande echelle, des sources a Iem-
bouchure.
Pour ce qui est des Tumuc-Humac, inconnues avant mon voyage, mes
400 lieues de marche a pied dans ces montagnes pendant 125 jours m'ont
faith connaitre plus de deux cents sommets, reveld le svstime des sources du
Maroni, de F'Oyapock, du Cachipour, de l'Araguary et des hauts affluents
du Yary. J'ai relied, par une triangulation approximative, au thdodolite ou
A la boussole, les principaux sommets, et measure au podometre les distances
parcourues. Je ne crois pas qu'on puisse faire, de ces regions que j'ai d6cou-
vertes, une topographie beaucoup plus exacte jusqu'A ce que la contrde ait
dt6 en parties ddboisee. Je puis dire que j'ai rivIld les Tumuc-Humac : hier
encore, ces montagnes dtaientaussi mystdrieuses que celles des planetes voi-
sines; aujourd'hui, sans nous etre assurement aussi familieres que les
Pyrdenes ou les Alpes, elles nous sont au moins connues dans leurs traits
gdndraux.
J'ai dtudid les populations actuelles et les populations 6teintes, les vil-
lages existants et les villages disparus, les essences de la fort, le regime des
eaux, les systems de soul&vement. La ot Crevaux et mes autres prdddces-
seurs n'avaient fait que passer, rapides, en hate, et sans rien voir, j'ai dit :
je veux rester, je veux connaitre. Un naufrage m'a ruined; mes escortes
m'ont abandoned; mes forces m'ont trahi; la famine m'a assailli; les rhu-
matismes m'ont accabld (une maladie terrible en pareil cas); je me suis obs-
tind, j'ai vaincu. J'ai parcouru tous les sentiers existants, j'en ai ouvert de
nouveaux; j'ai entraind'les Indiens ext6nues, malades et toujours prets A
fuir, j'ai escaladd les pics, franchi les ravins, ddcouvert les hauts panoramas,












16 EXPLORATIONS EN GUtANE

et ces sombres forces vierges m'ont livrd leur secret aussi vieux que le
monde.
Enfin, j'ai pu etablir sur plus de 2 ooo observations metdorologiques de
jour et de nuit, le climate veritable de la contrde, climate qui est temper
et assez sain.
Pour ce qui est des resultats historiques, j'ai dicouvert des pages
inconnues de I'histoire des peuples sans histoire. J'ai reconstitute le passe
des negres Bonis, leur grand exode des plantations de Surinam, oti ils
dtaient en esclavage jusqu'aux Tumuc-Humac ou ils vinrent chercher la
liberty. J'ai pu, dans les tdnebres du passed, suivre les origins et le ddvelop-
pement des Roucouvennes, la grande tribu des Tumuc-Humac; j'ai recons-
titud I'histoire des Ovampis et des autres tribus indiennes de I'Oyapock;
j'ai trouve des materiaux nouveaux pour servir a I'histoire de toutes les
autres nations de la Haute-Guyane. Les rdcits des vieux voyageurs, les
annales de la colonie m'ont guided; j'ai interrogd les sachems et les jongleurs,
je veux dire les tamouchis et les piayes; j'ai us6 de diplomatic pour arra-
cher leurs secrets a ces personnages soupqonneux. Je faisais causer les
enfants, trop heureux de raconter le peu qu'ils savaient, et les femmes, inca-
pables de celer longtemps leurs secrets. En dernier lieu, l'induction et la
critique m'ont reconstitud un passe par a peu pres.
II est glorieux sans doute de fouiller les palais ruins des anciens rois
d'Orient et de refaire I'histoire des dynasties avec les hidroglyphes de Rosette
ou 'inscription de Bisoutoum, pour moi, je pref6re suivre l'dvolution de
i'humanitd primitive en dcoutant le vieux sauvage dans sa cabane dphi-
mere, ou en me faisant expliquer, au sein des forts vierges, les dessins
graves sur les rochers des rivieres, premiere dcriture de l'homme r6cemment
6merg6 de l'animalitd. J'ai faith revivre les nations sauvages qui se sont
succedees depuis des siecles sur les hauts plateaux de la Guyane central. Ce
n'est pas encore la lumiere, mais j'ai allumd quelques foyers dans ces
grands tenibres.
11 me faudrait insistersur les resultats etnographiques que jeconsid6re
comme important, mais je ne puis que les enumdrer ici. J'ai rapport de
volumineux documents sur les mceurs des Roucouyennes, des Oyampis et
des autres tribus de la contrde. Ce sera une modest contribution A I'etablis-
sement de la sociologie g6enrale. L'histoire de la famille, de la propriety,
du gouvernement et de la religion y trouveront des faits nouveaux.
De plus, j'ai pris des mensurations anthropom6triques an nombre de











EXPLORATIONS EN GUYANE


20 par Indien, sur plus de 40 Indiens de sept tribusdiffdrentes. Enfin, j'ai
recueilli quelques morceaux de literature indienne, contesou legendes que
me disaient it la veillie du bivouac les vieux piayes et les vieux tamouchis.
Comme resultats linguistiques, je rapporte une dtude complete de deux
important dialectes, l'un tupi et l'autre caratbe, le dialecte oyampi et le
dialect roucouyenne. On ne possddait avant moi que 200 mots rou-
couyennes et autant d'oyampis, encore Crevaux, qui les avait apportds, les
avait-il pris de toutes mains, de sorte que son pretendu roucouyenne se
composait en plus grande parties de vocables d'un patois de trait boni-rou-
couyenne, et son oyampi de mots d'une demi-douzaine d'anciens dialectes
mixtures au hasard par les Indiens crdoles au bas Oyapock. De plus il
avait ndglig4 les formes grammaticales. Mes r 5oo mots et i too phrases
roucouyennes, mes i 800 mots et t ooo phrases oyampis front, de ces deux
dialectes, deux des plus connus, tant au point de vue syntaxique qu'au
point de vue du vocabulaire, de la grande famille linguistique caraibe-tupi
guarani. Dans mon dernier voyage j'ai rapport encore deux dialectes, l'un
caraibe, Fautre tupi : 800 mots d'Aparai et autant d'Emerillon.
Enfin, je me suis occupy d'une facon toute special de rapporter des
collections pour nos musees ainsi que l'attestent les onze caisses que j'ai
adress6es au d6partement.
Parmi mes collections d'histoire naturelle, je citerai des grains de
coumana, le specifique des Oyampis contre les morsures des serpents
venimeux. J'ai pu experimenter moi-mdme le coumana sur Laveau,
quand il fut mordu au poignet gauche par un serpent corail, au village
d'Ouira. C'est un remede externe anodent, infaillible et ires prompt.
Pour ce qui est de mes collections ethnographiques, qui m'int6ressaient
plus particulierement, je lea ai faites avec le plus grand soin, la plus grande
minute, et j'ai ete assez heureux pour conserver la plus grande parties de ce
que j'avais recoltd. Mes onze caisses d'ethnographie donnent en totality et
sous leurs divers aspects, le mobilier, le vetement, la parure, la vie domes-
tique des nations des Tumuc-Humac.

IV. QUELQUES RISULTATS PRATIQUES

Pour les resultats pratiques, j'ai vu ce qu'il y avait en Haute-Guyane
et ce que Pon y pouvait faire.
J'ai surtout dtd frappe de labondance de trois products spontands qui











18 EXPLORATIONS EN GUYANE

pourront peut-etre un jour transformer ces deserts en provinces prospAres,
je veux parler de for du caoutchouc et du cacao.
L'or dans la plupart des cantons de la Haute-Guyane est abondant,
plus abondant que dans la region c6tiere et moyenne, suffisamment abon-
dant pour permettre une exploitation tres lucrative.
On comprendra, sans que je dise pourquoi, mon silence au sujet de la
determination geographique exacte des gisements que j'ai reconnus.
J'ai trouve le caoutchouc partout, mais notamment dans le haut
bassin de l'Ovapock oit il est aussi common que dans les regions de
l'Amazone o0 ce produit est le plus abondant.
Le cacao est encore plus repandu. Je me suis faith reveler par les chefs
Indiens, dans les Tumuc-Humac de 1'Oyapock, huit'grandes forces A cacao,
donnant un produit en tout semblable A celui que l'on cultive dans le bas
du fleuve La plus grande de ces forts se trouve A Maipocold, les autres
sont : l'une a la tte de la crique Ouarapouroutou, affluent de droite du
haut Oyapock; une autre sur la rive gauche de la base Kerimdioutou;
une quatritme a la tdte de lacrique Ouarapouroutou, affluent de Maipocole;
une autre dans le bas de Ouenemousic, affluent de Maipocold; une sixieme
aux sources de Camopi; une septitme dans les hauts de Rouapir, A la
crique Toudrd, et la huitidme dans les hauts de Piraouiri, A la crique
Nagatiwe. Je n'ai pas parcouru suffisamment routes ces forts pour pouvoir
donner avec quelque exactitude leur superficie total. Les trois que je
connais le mieux, celles du bassin de Maipocold, mesurent ensemble
environ i 5oo hectares. Les cacaoyers y sont A peu pres en famille. La
production est abondante et, avec un peu d'entretien, le deviendrait autant,
je crois, que celle du cacao cultivd. Les Oyampis font peu de cas de ces
richesses; ils vont, une fois I'an, faire dans les cacaoyeres un cachiri de
pulpe de cacao, et tuer les singes qui, a l'dpoque de la maturity, viennent
par centaines manger les grains.
La salsepareille et fipdca ne sont pas moins rdpandus, notamment a la
riviere Eureupoucigne oh la salsepareille couvre de grandes 6tendues, et A
la riviere Moutaquouere ot l'ipdca est tres common.
Enfin, beaucoup d'autres products spontanas, ainsi que les cultures
actuelles des Indiens, ddmontrent la richesse de cette contree.
D'autre part, le climate, qui est semi-tempire est beaucoup plussainque
celui de la c6te, ne serait assurement pas un obstacle A la colonisation,
mime par des m6tropolitains.











.-.^.-.-^.~*agfe











EXPLORATIONS EN GUYANE 19

Toutefois, P'endroit de la mise en valour des territoires de la Haute-
Guyane, je me vois obliged de faire plusieurs reserves.
J'ai constant, il est vrai, que les races indiennes n'dtaient nullement
eteintes. Les trente-six villages des seuls Roucouyennes fourniraient assu-
rdment une main-d'oeuvre appreciable. Mais, a cause des difficulties de
communication, je ne prdvois pas de ce c6te d'exploitation prochaine.
Toutefois, il y a en Guyane du bien-etre pour beaucoup. De proche en
proche les Indiens creoles du bas Oyapock et les negres Bonis de l'Aoua,
pourraient etablir des petits centres civilises dans les hautes terres. Des
crdoles pourraient s'y dtablir et y prospdrer. Une petite migration m6tro-
politaine pourrait plus tard y trouver sa place, une race metissde pourrait
s'y former.
Mais il faudrait avant tout une action lente et perseverante sur cette
contrde pour la preparer A une utilisation ulterieure, il faudrait une instal-
lation, si modest qu'elle soit.
II est vrai que dans 1'6tat actuel des choses n'importe quel essai
d'installation, n'importe qu'elle entreprise, grande ou petite, d'exploitation
des products du sol, se heurterait a de tres grandes difficulties. Les tribus les
mieux connues, les plus sociables, les Roucouyennes, les Oyampis, les
Emirillons, ne parent que leur idiome indien, elles n'ont que des besoins
fort restreints, elle sont trop accoutumdes a leur sauvage inddpendance,
elles ne sauraient fournir un travail suivi et regulier.
II faudrait mettre ce group indien en contact plus intime avec nous,
le faire passer un peu par notre cole. Peu a peu les Indiens s'616veraient a
une civilisation plus avancee, ils arriveraient a fournir aux civilises, avec
lesquels ils finiraient par se mdler, le travail soutenu et intelligent qui
transformerait en cantons florissants ces territoires aujourd'hui ddlaissds.
Toutefois, nous avons fait en Guyane un trop grand nombre d'dcoles
desastreuses pour qu'on puisse aujourd'hui s'enthousiasmer A la lig6re.
Nous savons aujourd'hui, beaucoup mieux que nos pred6cesseurs, ce
qui manque a la Guyane. Ce n'est pas I'idment indigAne, qu'on pourrait
toujours utiliser, surtout les Arouas, les Palicours, les Oyampis, les
Emirillons, les Roucouyennes. Ce n'est point lasalubritd, le climate est un
des meilleurs des regions dquatoriales. Ce n'est point la fertility, de
nombreuses cultures en font foi. Ce n'est point la valeur morale de la
population crdole qui people actuellement le pays : cette population ast
une des meilleures de nos populations coloniales civilisIes.









'4












20 EXPLORATIONS EN GUYANE

Ce qui manque a la Guyane, injustement decride, injustement dddai-
gnee, ce sont les CAPITAUX. Que Finitiative privee fournisse des capitaux,
qu'elle en dirige elle-meme l'emploi, qu'elle se procure sur la c6te
d'Afrique ou en Indo-Chine cet autre clement primordial, cette autre base
de tout developpement economique, LEs BRAS, et For, le cacao, le caout-
chouc, le cafr, les bois, les savanes, donneront A ceux de nos capitalists
qui voudront faire en Guyane de la politiquecoloniale active des dividends
respectable.
On parole beaucoup aujourd'hui de nouvelles grandes Compagnies
Coloniales a charter, la Guyane est toute ddsignde pour devenir le siege
d'une au moins et peut-dtre de deux ou trois de ces grandes entreprises.
Cest a ceux de nos capitalistes don't la foi colonial est une foi sincere, je
veux dire une foi agissante, qu'il appartient de tenter quelque chose de
ce c6td.




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