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HIDE
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 Lettre à les concitoyens
 Attitude d'Haiti vis-a-vis des...
 Economique, agriculture, domai...
 Code forestier
 Finances et commerce
 Travaux publics
 Force publique - regime penitencier...
 L'enseignement
 Justice
 Cultes














Group Title: Discours - programme : prononce le 6 septembre 1930 ...
Title: Discours - programme
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 Material Information
Title: Discours - programme prononcé le 6 septembre 1930 ..
Physical Description: 16, 23, 8 p. : ; 21 cm.
Language: French
Creator: Mayard, Constantin, 1882-1940
Publisher: Imp. Modèle
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: [1930]
 Subjects
Subject: Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
General Note: Cover title.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00074087
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001130183
oclc - 23830402
notis - AFM7425

Table of Contents
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    Lettre à les concitoyens
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    Attitude d'Haiti vis-a-vis des Etats-Unis et vis-a-vis du traite
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    Economique, agriculture, domaine
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    Code forestier
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    Finances et commerce
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    Travaux publics
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    Force publique - regime penitencier service d'hygiene
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        Page C-3
    L'enseignement
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    Justice
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    Cultes
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Full Text












DISCOU RS -PROGRAiEI





PRONONCE

LE 6 SEPTEMBRE 1930
SUR L'HABITATION LABORDE
QUATRIME SECTION RURALE DE LA PLANE A JACOB
COMMUNE DES CA YES




PAR



Monsieur Constantin MAYARD


Candidate au Sinal et d la Prisidence d'Haili


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DISCOURS-PROGRAMME

PRONONCE
LE 6 SEPTEMBRE 1930
SUR L'HABITATION LABORDE
QUATRIEME SECTION RURALE DE LA PLAINE A JACOB
COMMUNE DES CAYES


M1Ionsieur Constantin IMPA.YAR.D
Candidate au Sgnat et & la Prisidence d'Haiti




Mes chers concitoyens,
Vous qui me faites l'honneur de m'ecouter ici, vous qui m'avez
accord l'accueil chaleureux et affectueux qu'un corps de famille
reserve A un de ses membres rest longtemps en voyage, vous de-
vez tous comprendre A quelle inspiration pieuse j'ai ob6i en venant
sur cette Habitation Laborde pour, de ce lieu, exposer mon pro-
gramme prssidentiel et lancer mon appel au Pays.
Oui, certes, je salue avec emotion cette terre illustre des Ca-
yes ol I'homme don't j'ai I'orgueil de descendre, naquit, v6cut, et
travailla, oil, un jour de grand trouble public, il interrompit son
travail et concut lPhdroiquedessein de jouer sa fortune et sa vie
pour lib6rer ses freres de I'esciavage.
Mais je dois avouer que si j'ai desire, au moment culminant de
cette champagne pour le triomphe de fha plate-forme, de caracthre
avant tout dconomique et agricole, venir A Laborde communier









-2- AM

avec cette population dans des traditions qui cnt pour elle ccrrme
pour moi des traditions de famille ; si j'ai voulu, de cette place,
remonter A travers tout un siccle, jusqu'A mon grand ancetre,
c'est autant parce qu'il a Wte un des fondateurs de la liberty de sa
race que parce que, suivant son illustre example, ayant avec une
foi et un amour pareils, vou6 ma vie a la plus noble des professions,
je concois comme Andre Rigaud, que le salut et la liberation de no-
tre people resident seulement dans le travail de la terre. Et c'est sur-
tout parce que ayant fait de ses idWes des actes, ayant fait de ses
convictions sa vie meme, Rigaud 6dicta, rapporte l'Histoire, de si
sages reglements de culture qu'au terms des deux annees du
gouvernement departemental du Sud, cette parties du Pays connut
une ere de prosperity incomparable. Je m'enorgueillis moins des
gloires de sa carriere de soldat que du succes de ses measures
d'administrateur appliquees A la production agricole, la produc-
tion agricole don't il avait une experience pratique personnelle.
SQuand Borgella fit sa soumission a P6tion, le h6ros philosophy bru-
lales archives du gouvernement d6partemental pour 6viter de con-
naltre, raeonte-t-on, les compagnons de Rigaud contre qui il de-
vrait avoir A sevir a l'occasion de la scission.
HMlas a la suite de cet acte inspire par une sublime generosit6,
les reglements de culture de Rigaud, I'organisation qu'il avait don-
nee ses administres, surtout ceux des classes rurales, disparu-
rent aussi dans les flames.
C'est 1l une perte irreparable.
J'ai toujours 6prouv6 un amer regret de, n'avoir pu trouver au-
cune trace 6crite de ctte organisation, de ne pas savoircomment
Rigaud, cet amant de' la liberty, comme on disait dans le style de
son 6poque, avait su concilier ses principles liberaux avec la discipli-
ne appropriate aux esclaves de la veille devenus des hommes et des
travailleurs libres. J'aurais Wte curieux de compare ce regime avec
le regime de fer de Christophe, don't les resultats materiels furent
d'ailleurs excellent et avec le regime de P6tion, dans I'Ouest, ofi
tandis que les institutions r6publicaines 6taient en honneur dans
1'Etat, le paysan, quoique ayant cess6 d'etre juridiquement un es-
clave, demeurait quand meme, en fait, un serf attach f la glibe.
Mais, detournons-nous de ces retrospections d'un int6ret pure-
ment documentaire et regardons le present, regardons surtout vers
l'avenir.


Le present, qu'est-ce ?







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Les rgglements de culture d'Andrd Rigaud sont pour nous A ja-
mais perdus et cette merveilleuse contr&e, berceau de la liberty, n'a
plus rien de sa prosperitO agricole d'il y a Cent dix huit ans.

Qu'est-ce encore le present ?



Mes chers concitoyens,

Notre pays traverse une periode de fermentation et de revendi-
cation de droits qui n'est pas loin d'avoir une certain analogie avec
celle d'il y aura bientit un sikcle et demi of, dans cette contr&e tu-
multuaire des peaplades sans nombre au soleil enchaindes se sou-
leverent enfin au souffe de la haineet de la liberty. "
Avant d'aller plus loin, je veux examiner devant vous, par le
rappel de mes principes connus et surtout de mes actes depuis quin-
ze ans, si j'ai le drcit de parole: au nom de mon people et de ma race,
comme man bisaieul le fit si glorieusement A son 6poque.



En juillet 1915, j'6tais President de la Chambre des Deputes
quand une armee de marines americains sous les ordres de l'Amiral
Caperton, d6barqua a Port-au-Prince.
Depuis plusieurs mois, les marines ambricains stationnaient dans
les eaux du Cap-Haitien a board du Washington et meme ils
S avaient ddja oper6 des d6barquements en armes, une premiere fois
S la chute du gouvernement de Zamor, et une second fois, lors de
I'insurrection de Vilbrum Guillaume Sam, du 15 janvier 1915.
Les 6venements des 27 et 28 Juillet furent pour les Americains la
expected opportunity l'occasion attendue La Capitalc fut
occupee. Le Pouvoir Executif Haitien venait d'etre emportO dans
un ouragan sanglant. Le Pays 6tait plong6 dans une stupeur hor-
rifi~e par suite des deux inoubliables journ6es rouges auxquelles
aboutissaient quatre ann6es de guerre civil et d'anarchie durant
lesquelles sept presidents s'6taient succid6 au pouvoir. Sept presi-
dents en quatre ans !
Je n'avais pas 6t0, Dieu merci. au service de ces presidents. Je
n'avais pas 6t6 m616 ni de pros, ni de loin aux revolutions qui les
amenerent au pouvoir ou a celles qui les en renverserent. Jamais de






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ma vie je n'ai touch a une carabine revolutionnaire. Jamais mnme
je n'ai fait usage d'une manchette de bataille. Jamais meme je n'ai
vu, de mes yeux, entrer par un des portails de Port-au-Prince, un
Chia d'arm6e triomphante promise A une presidence de demain. Au-
contraire, durant ces annees terrible, comme parlementaire et com-
me publiciste, je prononcai nombre de discours A la tribune, je pu-
blai nombre d'articles de journaux fletrissant les regimes de coups
de force et les reactions populaires qu'ils provoquaient. A la Cham-
bre, au course de deux Legislatures, j'osai une chose qu'aucun hom-
me public avant moi n'avait ose. Je tentai et fis presqu'aboutir une
reform constitutionnelle qui, sous un gouvernement militaire pr6-
sidd par un General et en pleine guerre civil, visit A la suppres-
sion du gouvernement militaire en conformant les institutions locales
aux regles democratiques. en introduisant ia responsabilite dans tou-
tes les parties de administration, en degageant le centre rural et la
commune de l'emprise des soldats pour favoriser l'essor de la pro-
duction et stabiliser la paix publique.
Oui, je pensais et j'agissais ainsi deji avant 1915. Le journal Le
Matin ", le Moniteur official et les Archives de la Chambre des D6-
Putes contiennent les preuves irrecusables de ce que je dis 10,


A ce momenttragique de notre histoire, 1915, les droits indivi-
duels n'existaient que comme de vaporeux postulats dans nos insti-
tutions ecrites. Les droits politiqqes du people haitien avaient passe
aux mains inconscientes des guerrilleros et la souverainet6 national
n'6tait aue l'ombre d'une fiction servant A l'amusement macabre
des bandes anarchiques. Je rapporte ici des falts d'histoire que j'ai
vecus et don't j'ai indiciblemcnt souffert comme d'autr s haitiens de
ce temps-lA.
II serait profitable p)ur les citoyens qui viennent d'atteindre leur
majoritM politique, mais qui en 1915 n'etaient que de tout petits en-
fants, d'aller aux documents pour essayer de connaitre ce qu' 6taient
les conditions de l'epoque et quelle fut la vraie conduite des-hommes
d'alors, afln de se determiner d'une facon conscienscieuse et rifl-
chie dans I'accomplissemment de leur propre devoir civique en ce me -
ment.

Ces douloureuses circonstances ayant fourni une justification his-
torique A I'Intervention ktrangere qui, pourtant, n'agissait qu'en
vue de ses fins proPres, je pris rapidement ma decision.








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President de l'une des branches du Corps LAgislatif, la seule des
survivances constitutionnelles, la plus apte a agir au nom de la Na-
tion, je considerai qu'il fallait au plus vite et dans des conditions de
libre concurrence, reconstituer I'Ex6cutif, competent pour cau-
ser avec les Representants des Etats-Unis.
Je considerai encore que, dans tous les cas, puisque la Nation
6taits par suite des d6chirements interieurs, reduite A une inertie
epouvanthe qui i'empkchaitde reagir come en 1804,il fallait par tous
les moyens possibles, s'opposer a une solution de continuity dans 'in-
d6pendance. II fallait faire a2te de sou eriinet6 en n6gociant, en nd-
gociant un trait pour enlever A l'Intervention au plus t6t son carac-
tere et sa porthe militaircs, pour lui donner un aspect juridique ad-
mettant la discussion, en conditionnant I'action am6ricaine, en la
definissant, partanten la limitant au lieu de la laisser s'6tendre mi-
litairement jusqu'a plus l'infini.
D'ailleurs, on 6tait au temps de la Grande Guerre. Le Droit avait
subi une complete eclipse et la Force 6tait la seule Maitresse du
Monde.

Sous l'empirede ces considerations, I'entandement ouvert a ces
realit6s, sans vouloir tenir compete des dits et contredits des fac-
tions, soucieux de m'inspirer plutSt des n4cessites et aspirations
vitales de notre Peuple, je pris une large part a la formation du
Gouvernement du 12 aoilt 1915 et j'en devins le Ministre de
l'Int&rieur.



Un project de convention nous fut presented deux jours apres
l'6lection du President Dartiguenave.
C'6tait, avec un peu de modifications, le meme project que celui
dejA admis en principle par le precedent gouvernement ( Vilbrun
Guillaume Sam ) le meme project qui avait te& presented avant cela
A Davilmar Theodore et A Oreste Zamcr.
Une depkche du D6partement d'Etat A 1'Amiral Caperton et don't
ont peut lire le texte dechiffrd dans le recueil des Hearings de
la Commission d'Enquete Sonatoriale de 1920-21 dit: Pendant plus
d'une annee le Gouvernement Haitien a eu le temps de se familia-
riser avec les terms du trait contenu dans les instructions du D&-
partement en date du ler juillet 1914, traits don't les dispositions
principles ont d&ja obtenu son agriment. "










Toutefois, malgc' 'e fait qu'un accord de principle 6tait intervenu
entire la pric6:ente a i-ministration et le gouvernement amdricain, Le
nouveau gouvernament Dartiguenave se livra, d'apres le t6moignage
des document; amiricains eux-mimrn s, A des discussions tres lngues
et tres ardues.
C'et l'honnsur de ces six ou sept haitiens, le President Dartigue-
nave et sas Ministres, que presses par les circonstances, presses par
uLne opinion publiqaue ceuaree et lasse de l'oppression anarchique des
bindes revolutionnaires et d4sireuse de stability laborieuse, que pres
ses par I'arrogance des militaires del'Occupation,que presses par le
souci patriotique d'avoir un traits plac6 sous la garantie de la bon-
ne foi international et constituent une limitation juridique aux ex-
c!s du gouvernement de la loi martial, ils aient quand m@me dis-
catO de nuit et de joar pour obtenir a leur patrie ce qu'ils pouvaient
de conditions satisfaisantes pour son intiret et sa dignity.
C'est mon honneur personnel, je le crie hautement, qu'au moment
cu d'autres, la pmnsee en desarroi par la pear des responsabilit6s,
s'en al!irent de la bataille, j'ai vu,pour ma part,qu'il ne fallait pas d6-
serter le post ingrat du devoir, qu'il fallait soutenir le courage par-
Yois vaciliantdu Chef de l'Etat, qu'il faiiait butter en traitant, traiter
en luttant et, a force de came et defermet6, de bonne foi evidente,
de souplesse toujours digne, dc finesse toujours en eveil et prompted
a prendre advantage sur l'interlocuteur et a n'en jamais perdre A son
profit, A force d'energie jamais lasse, d6fendre nos positions et
finir par raaliser un regime de droit, qui, tenant compete du present,
reservait l'avenir.
Et il y avait du merite A demeurer a pareil poste de combat, car si
mes propres scrupules d'honnatet6 ne devaient pas me preserver, moi,
des dilapications des fonds publics, on ne pouvait gagner dans ma
position que ses appointementi de Ministre et non de grosses preben-
des comme au temps jadis, l'occupant ayant occupy aussi nos finan-
ces.
Ce sopt de ces situations comme je les aime, car il n'y a que de 'hon-
neur A y r6colter et, quelquefois, l'ingratitude de certain de ceux
paur qui I'on se sacrifice.
Quand en Septembre 1791, les affranchis, parmi lesquels le Gkn&-
ral Rigaul signerent le Concordat de la Croix des Bouquets, ils
n'envisageaient pas de gagner un seul sol tournois, ils ne faisaient
-nuilement tort A la cause de la liberty g6n6rale. Au contraire, l'His-
toire reconnait qu'ils en pr6paraient le triomphe. Quand. a cetfe oc-
casion, les Blanes royalistes, les maitres d'alors, manquaient & leurs
engagements envers nos PNres, ceux-ci ne peuvent pas etre incrimi-









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nes d'avoir Wte dEcus par les plus forts. Au contraire, la posterite
leur fait un mdrite d'avoir lutt6, d'avoir obtenu leurs droits, puis
trompes, d'avoir repris les armes pour revendiquer toujours, quand
mnme, ces droits reconnus et meconnus. L'histoire est un eternel
recommencement.




Le 30 acit, dit l'Amiral Carpertcn a la Commission Senstoriale
d'Enquete, le Charg6 d'affaires ( B. Davis junior) eut (sans la prr-
sence des militaires) avec le President Dartiguenave et son Cabinet
un entretien qui dura plusieurs heures. Ils convinrent de ne signer
le traits que dans une forme modifiee.
Et les viendments qui suivirent jusqu'au 15 mai 1916, date A la-
quelle je quittai le pouvoir, ayant succomb6 scus les coups de la dic-
tature militaire, montrentparticulibrement en ce qui ccncerne mon
attitude et mes actes, que le trait ne fut pas sign seulement dans
une forme modifiee.
D'un article paru le 27 janvier 1927, d'une serie d'articles consa-
cres par moi dans le journal Le Temps "a I'action americaine,
j'extrais ce qui suit:
C'est pour realiser cette vue d'un caractere seulement tempo-
raire A donner A l'aide am6ricaine que le President de la Chambre
devenu Ministrede l'Int6rieur, s'6vertua, au course des n6gociations-
parmi les autres changements que le gouvernement obtint A
faire modifier 'article 9 du project concernant la Gendarmerie, la
nouvelle force publique destine A remplacer notre arm6e et notre
police.
Le texte original du project disait seulement : Cette Police sera
organis6e par des am6ricains qui en seront les officers.
Et il n'dtait pas pr6vu qhand cela finirait, ni si cela finirait.
Dansle contre-projet, le Ministre r6dacteur du nouveau texte,
fit admettre par le Conseil qu'on proposerait aux amAricains l'envoi
seulement d'une mission d'ihstructeursqui s'en iraient aussit6t apres
avoir inculrou aux jeunes haitiens les methodes americaines mili-
taires et de police.
Nous devons dire que c'6tait 1i une suggestion que le gouverne-
ment avait accueillie des articles de la Presse ind6pendante de 1'6-
poque.









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Cette proposition rencontra l'opposition la plus nette et la plus
categorique de la part des americains.
"' C'est alors que sur la table meme des n4gociations, le Secr4taire
d'Etat de l'Interieur redigaa un troisieme texte transactionnel qui
devint le teste d6fiitif conwernant la gendarmerie ( article X).
D'apres cet article, la gendarmerie serait organis5e et commander
par des officers ambricains. Mais ils seraient remplac6s par des
Haitiens, lorsque ceux-ci, apres un examen effectu6 par un Comit6
choisi par l'offlcier sup4rieur charge de l'organisaticn de la gendar-
merie, en presence d'un dledgu6 du gouv3rnement haitien, seront
juges aptes A remp!ir canvenablement leurs functions. "
"Apres deux jour3 d discussions tr6s vives, cette addition fut
admise, fixant le caractere tempcraire dp l'organe americain de con-
tr6le politique et, rar consequent, le caraccere temporaire du con-
trble pol tique lui-m me, au moins en verta du Trait&. "
C'est mon honneur personnel d'avoir conqu's un tel changement.
Changement profound, cqr non seulement ce texte modified comporte
virtuellement le retrait de l'occusation militaire, mais encore il com-
porte un caractere de temporaneite A& *h6ance plus on moins breve
du contrOle politique et militaire par la r recessionn graduelle et com-
plete aux Haitiens de l'administration p ir eux-mames de leur force
publique, principal attribut le la souverainet6.
Changement, profound vu l'usage que je devais, de plus, faire bien-
t6t de ce texte modified (Article X ).



Le traitA ayant Ut6 vot6 par nos Chambres Haitiennes des les der-
niers jours ~ie sepLembr; 1915, je deposai devant le Conseil des Se-
cretaireN d'i.ac un memorandum eoncernant le modus vivendi & eta-
blr entire Ics deux gouvernemencs en attendant la conclusion des ac-
cords de mise en oeuvre de la Convention que nos Commissaires dis-
cutaient a Washington. J'y demandams nettement le retrait des trou-
pes d'occupation.
Voici quelques extraits de ce Memorandum:
"En ce moment of le pays est completement desarme et of le
traits a 4taoli, au moins pour Haiti, des regles en vue de rapports
normaux avec les representants du gouvernement americain, l'or-
gane de police ne peut plus 8tre que cette constabulary don't parole
l'article X de la Convention, c'est-a-dire une police national avec








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une parties rurale et une parties urbaine, compose d'Haitiens et com-
mandee par des officers americains qui, ces derniers, seront tous rem
places, au fur et A measure, par des Haitiens, comme prevu dans la
Convention.
L'occupation militaire n'a plus d'objet pour Haiti ni en Haiti puis-
que la paix y regne.
Toutefois, s'll peut paraitre que des troubles sont encore possi-
bles sur quelques points du territoire, I'occupation militaire doit per-
dre son caractere insolite de gouvernement stranger sur le sol hai-
tien, elle doit cesser d'exercer sa jurisdiction exceptionnelle sur toute
notre vie publique. Elle ne pourrait, en tout cas, demeurer qu'une
force A attributions de police dans les parties trobl6es du pays. Et,
d'une facon g6n6rale, elle doit rester soumise aux lois nationals et
aux magistrats civils responsables".
"La stability 6tant d6sormais assure, nous ne pouvons plus tar-
der A instituer le gouvernement civil, seul capable de favoriser la Ii-
bre activity des individus et le developpement materiel de la Nation".




Un peu plus Icin, 'e Memorandum disait, A propos de la gendar-
merie etde son adaptation aux institutions haitiennes:
Elle est le seul organe haitien de I'ordre. Puisque 'article 10 de
la Convention stipule que c'est le gouvernement haitian qui criera
cette gendarmerie ", que le gouvernement revetira de l'autorit6 n&-
cessaire et soutiendra dans I'exercice de leurs functions ", les ame-
ricains organisateurs et commandants de cette gendarmerie, il res-
sort du texte m6me que le gouvernement haitien, source de l'autori-
t6, conservera son autorite entire sur cette institution. Voici d'une
facon generale comment;
La Direction Generale de la Gendarmerie sidgeant la Capitale,
cessant d'etre une d6pendance de l'arm6e exp6ditionnaire am6ricaine
adressera continuellement ses rapports de service au D6partement
de l'Interieur. Si le corps ne doit reliever d'aucune autorit6 executi-
ve indigene dans les localities, elle restera soumise aux r6quisitione
1gales de la justice et des municipalities dans les communes, et le
Departement de l'Int6rieur aura action et contr6le sur toute la Gen-
darmerie par les communications constantes qu'entretiendra avec lui
la direction g6nerale de Port-au-Prince. Cet arrangement ne doit
nuire en rien au caractere special et au libr, jeu de l'institution pour








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qu'elle soit efficace, mais au contraire, cet arrangement devra rendre
plus efficace, par plus de cch6sion et d'unitO, la police g6ndraie au
Pays. "
Le Memorandum insistant ensuite sur les devoirs de la police ur-
baine et rurale toujours A la requisition de la justice et h la requisi-
tion de l'administration civil elective charge des interats commu-
naux, envisageait le cas des sections rurales, proposait la suppression
des chefs de section, cette autorit4 toute puissante et sans recours
dans la ruralit6 ", proposait un regroupement rationnel des commu-
nes, un groupement nouveau par les D6partements de l'Interieuret
de l'Agriculture, des sections en communes rurales dotees de la
vie administrative sans representation politique individuelle. Et il
concluait a ce que cette organisation entierement civil, venant A rem-
placer notre vieille administration militaire, il ne fut pas possible de
concevoir,.A plus forte raison, que le gouvernement et l'administra-
tion du pays pussent dependre d'une autre organisation militaire,
6trangEre cette fois, I'armbe, don't, par une experience seculaire nous
avions appris qu'elle etait absolument impropre a assurer ]a vie libre
et ordonn6e a un people ni un regime 16gal favorable au travail
fructueux et a I'6ducation social des masses. ( Le Temps du 28
janvier 1927. No, 1225).
Le gouvernement am6ricain trouva la demand pr6matur6e et re-
fusa d'y satisfaire.
Je ne pouvais pas 6tre de cette meme opinion. Quatre mois apris,
je revins a la charge.
J'extrais encore de mes Etudes publides dans Le Temps a la
datedu 15 fevrier 1927,1e paragraphe suivant:
"A la fin du mois de janvier 196, le Ministre de l'Int6rieur re-
vint done devant le Conseil des Setertaires d'Etat lui demander
de decider que chaque Secretaire d'Etat ferait un expose des
difficulties qu'ils rencontraient de la part des agents amdricains et
que ces exposes serviraient A composer un memoire en vue d'une
discussion g6n6rale A ouvrir avec le gouvernement de Washington a
propos du fonctionnement de la cooperation.
Done, le memorandum du Secretaire d'Etat de l'int6rieur s'expri-
mait ainsi dans sa premiere parties :
Mes observations revetent un caractere de politique generale;
car les faits americains particuliers int6ressant mon Ddpartement
sont en eux-memes moins graves que I'dtat d'esprit qu'ils rdvelent







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et 1'effet qu'ils sont susceptibles de produire touchant le prestige et
la dignity du gouvernement national, c'est-A-dire, sa vie m -ne.
Des le moment que la Convention etait signee et acceptee par
tous les organes compktents de la Nation et par la Nation elle-meme,
il me parait que I'occupation devait perdre sa physionomie et ses
proc6des de Force Etrangere ind6pendante du gouvernement indi-
gene, le dominant et l'annulantpresque ; tenant en mepris les regles
de la legislation publique qui obligent les plus hauts rouvoirs natio-
naux; s'installant dans administration de tousles services civils
de l'Etat et des communes; les dirigeant en ne pregnant pour loi que
son propre jugemeut.
Cependant, un moduis vivendi (?) a 6ete tabli qui met provisoi-
rement en vigueur la Convention. Or, laConvention est un trait ofi le
Gouvernement haitien est la parties dominant, au moins, quant a I'as-
pect juridique. Au lieu d'etre en fait cette parties dominant, le gou-
vernement est plut6t un 6elment en tutelle, tutelle qui, chaque jour,
devient plus prononcee par le fait du pouvoir militaire de 1'Inter-
vention. Ce pouvoir militaire est tellement agissant et envahissant
qu'il ne domine plus seulement le gouvernement haltien, mais ii do-
mine aussi, ce semble, le pouvoir civil del'Intervention. (I1 s'agissait
de l'Amiral Caperton et de son entourage qui, en opposition tres
nette de points du vue d'avec le Colonel Waller, chef de l'armee ex-
p6ditionnaire, montraient, eux, une certain disposition A laisser a
notre gouvernement l'administration civil et autonome du Pays,
une fois la Convention vote. )
Ce sont des officers de l'arm6e americaine qui sont experts finan-
ciers, ce sont des officers qui font oeuvre d'Ingenieurs civils, ce
sont des officers qui sont administrateurs municipaux, etc ".
Une nouvelle fois, la parties americaine se d6roba. Elle ne tint pas
compete de cette reclamation reit6r6e.
C'est alors que je m'avisai de demander la creation d'une Ecole
d'Officiers en vue d'une application prompted de l'article X, Il est
evident que des que cette Ecole d'officiers que je parvins A faire
etablir apres des difficulties inouies, aurait form des haitiens aptes
A remplir les functions de commandement, nous recouvrerions
la direction de notre force publique et nous nous affranchirions
du contr6le politique et militaire des Etats-Unis.
C'est 16 la consequence que J'avais prevue, sans en rien dire a per-
sonne, en introduisant sans faire semblant de rien, cette redaction
d'une portfe capital dans le Traitd.
D'un article de la s6rie don't j'ai parle ( voir Le Temps du 31 jan-
vier 1927 ) je tiens A reproduire les phrases suivantes :








-12-


Evidemment' des militaires executant un traits ne peuvent le
livrer qu'a une... execution sommaire, s'il est permis de risquer
cette plaisanterie.
Car les solutions d'autorit6 sont les seules qu'ils puissent con--
cevoir et leur education meme les rend inaptes a considerer les so-
lutions de discussion.., "
Rien de plus just, car en principle le gouvernement de la martial
law amiricaine en s'exerCant sur un territoire a pour vertu de sus-
pendre toute la legislation locale et meme le droit public internatio-
nal de ce territoire, c'est-A-dire, dans notre cas, le trait de 1915
avec les Etats-Unis. VoilA!
C'est par moi que cette lutte centre la stratocratie, celle am6ri-
caine apres celle indigene, fut mende sans trove, sans rdpit, malgr6
les d6faites et malgre l'injustice de mes adversaires. Je ne voulais
servir que le point de vue haitien et non les politicians. Comme on
le voit, je ne suis pas de ceux qui disent: je vais faire ou je veux
faire. Je montre par des actes, faits et documents ce que j'ai accom-
pli et en toute logique ce que je dois et veux continue de faire.
Au course de la periode de preintervention, comme Depute et com-
me publiciste, je combatis le regime haitien d'autorit6 au profit d'un
regime de discussion et de responsabilit6, le gouvernement militaire
au profit di, gouvernement civil. Je le fis aussi 6tant Ministre, lut-
tant contre le chef de I'arm6e exp6ditionnaire americaine. Je jouai et
perdis dans cette lutte le ministere et la grande influence que je poss&-
dais, ayant moi-meme former le gouvernement. Je savais ce que je
faisais et n'ignorais nullement ce que je risquais.
Et pendant quatorze ans, apres que la Force Am6ricaine que j'a
vais affrontee m'eut bris6; pendant quatorze ans, je continual d'u-
ser de tous. mes moyens Iuttant pour le gouvernement constitu-
tionnel contre la dictature militaire.
En 1927, apres avoir pris, en 1915, .Sis- responsabilit6s d'homme
de gouvernement, je me presentai aux; suffrages du Peuple comme
candidate au Senat pour voir qu'elle sanction recevrait ma conduite
politique. L'occupation americaine combattit ouvertement ma candi-
dature. Je suis le seul de mes competiteurs d'alors qui eut ce privi-
lege.
Je triomphai quand meme de la maniere la plus 6clatante. Je fus
blus Senateur bt mon influence etait si grande alors pnrmi les Deputes
elus que je fis entrer en meme temps que moi au Senat, au grand
mecontentement de mes amis du gouvernement, les leaders les plus
en vue des groupements nationalists, lesquels 6taient pourtant mes







- 43-


ennemis personnel. C'est que je n'ai pas d'ennemis quand il
s'agit pour moi de l'int6ret national, etpr6cis6ment, dans la circons-
tance, je pensai que l'int6ret national exigeait que la voix de toutes
les fractions de la Nation, et non la voix d'un group de citoyens,
m)n group, fut entendue par la Puissance intervenante et par
1' Univers civilis6.

Je m'6tais battu au Pouvoir. Rentr6 dans la retraite, je pers6v&-
rai a me battre encore pour la meme cause.

En 1919, mon ami Mr. Charles Moravia 6tait Envoyd Extraordi
naire et Ministre Plnipotentiaire A Washington. Nous nous fimes
les complices d'une irr6gularit6 grave. Je le confesse aujourd'hui.
On nous absoudra pour le motif qui nous inspira. Mr. Moravia pr6-
senta le 5 avril 1919 au Departement d'Etat une note diplomatique
qui est le plaidoyer le plus fort qui ait 6t0 produit durant ces quinze
dernibres ann6es contre le maintien de I'occupation militaire ici.
Dans notre commune passion pour la liberty individuelle et pour la
liberty de notre people centre la tyrannie, j'envoyai a Moravia le
r6cit de nombre de faits locaux et d'arguments topiques qu'ils osa
introduire dans ce document sans que le gouvernement de Port-au-
Prince les lui eut officiellement mandds.
J'6crivis quantity d'articles dans LL Matin ", puis mes amis,
M M- Moravia et St-Aude etmoi nous fondames Le Temps pour
opposer le Droit 6crit de la Convention au fait de I'occupation mili-
taire et pour, en invoquant la Convention, r6clamer et obtenir la
d6soccupation, r6clamer et obtenir la discussion, r6clamer et obtenir
au profit de notre people la libre disposition de soi dans la limited de
notre droit public interne et et externe.
Nous n'avions pas cre4 cet organe dans un but electoral et en vue
d'une candidature pr6sidentielle. Non de telles vues personnelles
ne nous guiderent point. Nous luttions pour la liberty et pour le
droit. Nous luttions pour notre Peuple et pour notre Race. Et Mora-
via, le propridtaire et directeur du journal, ancien d6pute, ancien
Consul General A New York, ancien Ministre Plenipotentiaire A Was-
hington, I'un de nos ecrivains les plus f6conds et les plus distingu6s,
connut quatre fois la prison et faillit y laisser sa vie. Nous pouvons
pourtant dire que, cette cause sacree, nous ne l'avons pas monnaybe
et que nous n'avons jamais demand A personnel de subsidier nos
activists patriotiques. Nous nous sommes contents de nous ruiner








- 14-


personnellement a cette oeuvre qui 6tait celle du Peuple haitien tout
entier.



Candidat a la Presidence en 1926, parmi une foule d'autres can-
didats qui se retrouvent encore tous dans la lice actuellement, je fus
le seul qui, me presentant devant le Conseil d'Etat, osa mettre en
tate de son programme ces postulats aventureux & ce moment: D&-
soccupation et Chambres L6gislatives ". Oai, le seul. Les papers
publics de 1'6paque en font foi. II y a seulement quatre ans de cela.



Et c'est maintenant, quand s'6croule l'occupation militaire que j'ai
combattue avec perseverance pendant quinze ans, soit que je fusse
in, soit que je fusse out, maintenant qu'elle s'ecroule sous le poids
de ses propres fautes, ses fautes que je signalais encore, au course de
l'ann~e 1929, dans une serie d'articles du "Temps" sur l'inconve-
nance et les consequences desastreuses des measures fiscales et 6co-
nomiques de la dictature, a la veille et A l'occasion de la venue de la
Commission Forbes, ses fautes que je signalais de plus par une si-
rie de questions redigees pour le Nouvelliste et que ce journal a pu-
biiees au milieu d'une grande sensation, c'est maintenant, alors que
le President Hoover en vient, dans l'interkt de son people A nous
accorder ce que depuis quinze ans je r6clame dans l'int6rt de notre
Peuple, c'est maintenant que centre les convictions de toute ma vie,
centre toute logique dans ma .conduite depuis l'Intervention, moi
qui le premier en Haiti ai rappele le grand cri de guerre des Insur-
gents am6ricains: NO TAXATION WITHOUT REPRESENTA-
TION,je me trouverais,- mais pourquoi,-Seigneur ? -change, com-
me le veulent mes adversaires, en agent et d6fenseur du maintien
de I'occupation militaire am6ricaine chez nous.



Et mes adversaires, ce sont qui ? Pour la plupart des gens qui tan-
disque je me battais pour obtenir l'ordre nouveau, s'accomodaient
de l'ancien regime de force et qui en jouirent et qui pour jouir enco-
re des changements qui sont promise se mettent au pr mier rang de







-15-


]a reaction, arborant le pompon nationalist A la mode et se livrant A
mille extravagances de propos susceptibles de retarder plut6t la li-
beration de notre Peuple.

Tant d'enseignements se dUgagent A cet 6gard de faits passes
et presents!
Et je sacrifierais ie vceu et l'int6ret populaires en leur cedant le
pas, A ces gens ? Mais non !
En pleine paix avec ma conscience, fort de mon devouement loyal
A la cause de mon pays, fort de la confiance populaire s'exprimant
sans equivcque en ma faveur centre les factions politiciennes, je suis
venu : n' ce lieu ofi repose une parties des restes de 1'Ancktre qui fut
le premier ouvrier de la liberty de notre Race sur ce sol. Et je crie
A son ombre auguste : "Forgeron des droits de l'homme et du cito-
yen, Ancktre qui mit dans mon sang avec ton orgueii irreductible,
inapte a tout mensonge, ta devotion ingenue et passionn6e envers la
Liberty, l'Egalite et la Fraternit6, ai-je en quelque point dem6rit6
de toi ?

"Ai-je demerite du Chef de la Legion de l'Egalite du Sud,le cham-
pion de l'affranchissement des esclaves de Saint-Domingue ?
"Ai-je d6m6rit6 de ton frere bien-aime,l'africain Augustin Rigaud?
le h6ros candide qui aima les hommes jusqu'A l'oubli de soi et qui
dans sa proclamation revolutionnaire sur la place d'Armes d'Aquin,
poussa le cri fameux : Vive la Libert6, Vive 1'Amour ? "

Bientbt, j'irai aux Gonaives, la ville baptismale de l'Ind6pendance,
oa naquit celui don't je porte le nom, celui qui mourut A Miragoane
d'une balle au front pour la cause que je sers, la cause du gouver-
nement civil et de la participation la plus grande du people au gou-
vernement de ses affaires, j'irai et je poserai aux manes vener&s
de mon Pere la meme question anxieuse : PNre, ai-je d6m6rit6 de
toi ? "

Et je sais bien qu'incapable, physiologiquement, de mentir aux
autres ou A moi-meme, A moi-meme, c'est-A-dire A mes morts que je
continue, j'entendrai retentir dans mon Ame leur voix ardente,m'en-
courageant A poursuivre contre les sectateurs de l'int6ert personnel,
les acteurs de la Com6die de I'Ap6tre, aussi bien que contre les ty-





_ _.._.__ IRREGULAR


PAGINATION I


- 6-


rannies de toutes les couleurs, la lutte pour les droits et l'int6rst de
mon Peuple.
Et maintenant que je me suis si longuement introduit devant la
Nation par le rappel de mes actes plut6t que par de vagues et illu-
soires promesses 6lcctorales, par des faits et documents touchant
la situation reelle du Pays et ce que j'ai compris et accompli A ce su-
jet plutbt que par des propos fielleux et calomnieux sur les perscn-
nes, comme le sterile esprit de rivalitg et d'ambition personnelle en
inspirent A certain, sans nul profit pour notre collectivitd, je
viens et il en est bien tentps A faire connaitre la pofitique que,
les adherents A mon programme et moi, nous nous proposons de
suivre pour ]a solution de graves et delicats problemes poses devant
la Nation, dans toutes les branches du service public.
( Voir suite a la deuxieme parties page 1 & suivantes )





AVIS IMPORTANT

Pour hiter 1'impression de ce discours-programme, nousavons
du r6partir l'ouvrage entire notre imprimerie et deux autres; c'est
rourquoi il y a trois num6rotages distincts.

at; no wo m *0 av =1 tan 4st an anf *4








-I-


ATTITUDE D'IIAITI VIS-A-VIS DES ETATS-UNIS
ET VIS-A-VIS DU TRAITE

Tout d'abord, nous voulons faire connaitre notre pens~e
entire a propose de nos relations actuelles et a venir avec les
Etats-Unis du Nord et a propos de la Convention.
Nous serons naturellement arenC a parler ici 6galement
de nos relations avec les autres Puissances, de nos finances
en general, en mnme temps que de nos finances par rap-
port a l'action ambricaine.
II n'est pas possible de trailer de pareils points sans exa-
miner auparavant les tendances de la politique continental
presentement en honneur \Vashington.
Par bonheur pour nous et pour tous les petits Etats de
l'hbmisphlre, !a pensee lib6rale a fait du chernin aux Etats-
Unis. Elle entire mme dans une phase d'application pratique.
La politique du goo i will semble vouloir crder dans le nou-
veau monde un esprit pareil a l'esprit locarnien d'Europe qui
reserve A la bonne conciliation parmi les homme es e fonc-
tions internalionales q'Ie, tout recemment encore, la seulc
Force brutale s'attribuait. Ce courant d'opinion liberale qui
a eu ses moyens d'expansion les plus actifs dans l'eloquence
et les nobles efforts des Borah, des King, des ilaine et de
nombreuses organizations amrricaines, parmi lesquelles celle
pour i'avancement des hommes de couleur, a trouv6 son
realisateur dans I'lliustre fPrsident Iloover. Le ddveloppe-
ment de cette opinion liberale et la conception du President
Hoover ont about ponr les Republiqules latines de notre zone
A la decision par les Etatk-Unis de ne plus se faire repre-
senter au dehors par des Marines et ont a'!ou)l pour nous
specialement, a la decision prliiniiaire de cette consultation
populaire qu'i doit psr:n-attr a'ix 11 titans de choisir leur
chef et de disposer eux-rnmnes de leur propre destin dans la
limited de leurs obligations initernation'! es.
Si Ia politilue que j'avais suivic, 6tAnt Miuistre ca 1915-16,









2--

n'avait pas change apris mon depart du gouvernement, si on
avait continue A lutter pour faire sortir de I'article X du
trait les consequences avantageuses que j'avais entendu y
introduire, la pensee g6nereuse du President Hoover de nous
alfranchir du contr6le po!itique et militaire et de nous rendre
A la vie d6mocratique et autonome aurait 6t rdalisee par
nous-m6mes et dans le cadre du trait depuis quatorze ans.
Mais puisque nous y arrivons enfin avec ce long retard,
que va-t-il falloir faire pour ameliorer encore nos rapports
avec les Etats-Unis dans le sens d'une recuperation plus
ample de notre dignity et de notre Ind6pendance de Peuple,
dans le sens de rapports plus normaux entire deux Etats
souverains'
Pour notre part, nous pensions qu'une fois aboli le control
politique et mililaire qui a fait tant de mal A I'amitid et aux
int6rets rtciproques des deux peuples, il nous faudra nous
retourner vers I'autre face de l'Intervention: le Contr6le
Financier.
Au moment de la conclusion du traits de 1915, ce contrdle
financier n'avait pour objet que ]e a capital americain pro-
tPg6) que l'emprunt de 1910 avait introduit chez nous,
premier acte de l'intervention amdricaine dans nos affaires.
Cet objet se precisa et s'amplifia par I'emprunt de 1922
((d'americanisation D de notre dette publique.
Ces combinaisons financiBres-qui, sous les auspices du
gouvernement americain, avaient favoris6 l'iniplantation en
Haiti d'interets civils americains expliquaient, s'ils ne justi-
fiaient pas, la main-mise sur nos finances.
Que nous faut-il faire en presence de ces interets civils? A.
notre avis, ce point depend encore plus de nous que du gou-
vernement americain.
A notre avis, ce point est celui qui affGcte le plus serieuse-
mont notre destin. A notre avis, tons les efforts de la Nation
doive it se concentrer sur sa solution. On n'est pas libre
quand on c;t un d6biteur. Ce ne sont pas les imprecations










politicienoes qui permettront a Haiti d'acquitter sa dette et
de recouvrer son Ind6pendance integrale. A ce compete, la
moindre livre de cafe en plus, la moindre quantity de denree
imposee don't notre production national s'augmentera, fera
plus pour notre liberation definitive que tous les discours A
fracas des demagogues oisifs qui croient avoir sauvd la Rd-
publique quand ils ont constitute une petite faction en iste on
une gazette A scandal.
C'est pour cela, mes chers concitoyens, que le plus essen-
tiel de notre programme, que tout notre programme se rd-
sume dans un ensemble de mesores propres 4 favoriser I'essor
des forces 6conomiques du Pays et a augmenter nos res-
sources en augmentant le volume de notre production. Nous
en parlerons plus amplement tout a I'heure.
En attendant, il nous faut envisager que 1'accroissement
de la confiance que nous devons inspire au cr6ancier nous
sera indispensable pour atteindre A notre ideal national. Si
par l'application de notre programme comportant une orga-
nisation administrative plus favorable a la paix publique et A
l'augmentation des resources publiques, comportant un
ensemble de measures Bconomiques emprunides A l'expbrience
de peuples voisins qui ont rapidement atteint ua grand de-
veloppement materiel, le creancier arrive a prendre confiance
dans notre serieux et dans notre regularity a observer nos
engagements, nous nous proposons d'obtenir qu'au lieu du
contrdle douanier survivant pour la garantie des porteurs de
I'emprunt, comme h Santo-Domingo, notre pays revienne A
1'ancien syst6me des taxes d6l1gu6es don't nos crdanciers
d'avant 1915 et d'avant 1922 n'avaient pas eu A se plaindre.
Mais it nous faudra aussi, moins une rupture brusque dans
nos rapports avec les AmBricains que des arrangements ami-
caux et loyaux pour une liquidation en common de I'ordre
de choses, crA6 par eux ici. Car si, d'une part, il ne faut pas
que le maintien de creations utiles faites par eux nous trouve
sans resources suffisantes pour y faire face convenablement









-4-


et fructueusement, il ne faudrait pas non plus que la sup-
pression radical de semblables creations all.t nous faire
passer pour improgressifs aux yeux du monde et a nos
propres yeux. Ce serait mentir au Peuple ou s'exposer a
manquer a son inter6t que de pr6tendre que le prochain
gouvernement peut ou doit, dans la liquidation de I'ordre
ancien, agir par lui seul comme si les engagements du debi-
teur pouvaient 6tre rompus quand ce d6biteur, au surplus,
ne dispose pas d'une force m;litaire imposante, capable d'in-
timider son creancier.
Dans notre faiblesse, nous ne pouvons nous prot6ger nous-
mdmes que par notre loyautd, notre droiture, notre respect
de nos devoirs et notre respect du droit des autres.


Ce sra, d'ailleurs, cette formula, cello de nos rapports
avec toutes les Nations du Monde.
Nous avons des obligations anciennes vis-i-vis de 1'Europe
et vis-a vis de la France par l'emprunt que nous leur avons
faith de leurs institutions, de leur conception de la vie, de
leur civilisation et de leur langue. II est ditlicile de pr6voir
que nous pouvons contractor aucune alliance politique avec
eux, mais nous ne devbns jamais manquer d'adhdrer a routes
les organizations internationales cretes, dans le but de dive-
lopper le i'6glement pacilique des con!lits par la voie de
I'arbitrage, I'esprit d'dgalit6 international des peuples, en
un mot, nous devrons pratiquer vis-a-vis de ces o-ganisations
liberales sur toute la terre ce qu'un homme d'Etat frangis
a excellemment appeld la politique de la presence ,.
Tout le monde comprend que la former id6ale de nos rap-
ports avec les Etats-Unis, c'est cell d'une action amtricaine
dconomique s'exergant clez nous A la place de tout imp4-
rialisme financier ou politique ou militaire.
Si c'est I'interet des Etats-Unis de Lrouvar clihz no'u un
march pour leur inlustrie, c'est notre intredt d'avoir un











volume de mati6res premieres et de degrees de consomma-
tion de plus en plus important a exporter chez eux suivant
un tarif douanier de l'uu et l'autre pays v6ritablement favo-
rable pour nous deux. Mais l'enorme territoire am6ricain
6tant aussi producteur de denr6es tropicales, cela peut 6tre
l'intdrdt des deux parties que notre exportation aille dans
d'autres pays d'Europe plut6t qu'aux Etats-Unis. Par conse-
quent, nous devrons garder le souci de r6aliser des accords
commerciaux avec ces Pays d'Europe chez qui nous pouvons
trouver le meilleur prix pour nos products.
Nous aurions do r6server pour en parler plus loin ce que
nous pensions sur ce point, mais comme il est evident que,
I'arrangement moderne du monde et la position que notre
faiblesse num6rique et territorial nous crdent vis a-vis des
Grandes Puissances, nous font l'obligation de donner pour
base a nos relations ext6iieures les questions 6conomiques
plutot que toutes autres, il nous a paru bon d'en parler dBs
maintenant.
Ce que nous disons ainsi a propose de notre politique dtran-
gbre, nous consid6rons que c'est vers une telle conception
que devrait 6voluer notre politique vis-A-vis des Etats-Unis,
leur action chez nous pregnant la forme exclusive d'une action
6conomique et commercial. Nous mettrons tous nos soins
a nous rapprocher de la Republique Scour dominicaine, con-
siderant qu'il faut, elle et nous, oublier tout ce qui nous
divisait et nous rappeler 6ternellement ce qui ayant affected
ou menagant, d'une mani6re pareille, notre destin, ferait de
nous deux come un seul pays, comme un m6me people et
come une m6me race en d6pit des apparences et tout en
gardant nos deux personalities nationals distinctes.
Nous nous 6vertuerons 6galement a multiplier nos points
de contact avec tons les Pays de 1'Am6rique latine et en toute
occasion, nous affirmerons notre solidarity avec eux.
Les r6publiques de l'Amerique latine nous sont, pour la
plupart, d'un honorable example.









-6-


Elles demeurent spirituellement latines, espagnoles ou
portugaise, elles se ddveloppent nationalement dans le plan
de leur gdnie original de race, mais le grand animateur de
leur d6veloppement Dconomique, ce sont les Etats-Unis d'A-
mdrique, et il en doit r6sulter dans l'h6misphere une harmo-
nie qu'aucune influence venant d'aucune autre parties du
monde ne saurait profonddment troubler.
En attendant, comme je prdfdrerais renoncer a toute ma
carriere plut6t que de fair A notre people le tort grave de
lui mentir pour gagner sa faveur en flattant chez lui des
espdrances qui ne reposent sur rien de consistent, comme
j'ai pris 1'engagement envers moi-mdme, de toujours me con-
duire en citoyen bonn6te et de bonne volont6, je veux pour
conclure sur ce point, prdciser ainsi I'attitude a faire prendre,
selon nous, A Haiti envers les Etats-Unis et envers le Trait6.
Vu une stipulation du protocol de l'emprunt de 1922, le
trait ne nous lie pas seulement au Gouvernement am6ricain,
mais il nous lie aussi aux prdteurs qui exigent pour la garan-
tie de leur argent le maintien de ce trait jusqu'au rem-
boursement de la dette.
Nous pouvons nous en affliger, mais nous ne pouvons pas
direj: Nous rdsilions la Convention a si nous ne pouvons pas
payer le creancier jusqu'au dernier centime, ou s'il n'en
convient pas, lui-meme expressement, ou si nous ne pouvons
pas soutenir notre decision par une force national plus
serieuse quo les rodomontades des politicians.
Seulement, nous devons, et c'est lA ma maniere de voir
et celle de tous les adherents a mon programme faire
jouer les dispositions du Traite qui abolissent le control
politique et militaire americain chez nous ainsi que tous les
services qui en d6rivent.
Nous devons surtout, et cola c'est le point essential de
notre problem, de notre probl6me actuel et de notre pro-
bleme permanent: Organiser le Pays, il ne I'a jamais Wte,
pas plus avant 1915 que depuis 1915, I'organiser en vue








--7-


d'y crier la stability, sans utility de la contrainte et en vue
d'y intensifier la production. De cette unique facon, nous
acquitterons vile l'emprunt et nous serons int6gralement
liberds tout de suite apres.


Voyons comment organiser le Pays dans cette double vue'.
de la paix a y acclimater d(linitivement et de surproduction
A y favoriser. Un' peu d'histoire pour chercher le mal et
chercher le remade.
Apres 1789, un grand tumulte s'6lait Oleve sur ce terri-
toire.
Sous le nom de revolution de St.-Domingue, plusieurs
revolutions a multiples tendances et i 614ments dilffrents se
croiserent et s'entrecrois6rent pour aboutir a la chose mira-
culeuse: la liberty generale et l'Ind6pendance des negres,
c'est-a-dire la race asservie expropriant et expatriant la race
maitresse. Les esclaves des ateliers qui avaient pris part au
grand acte historique a un titre 6gal et avec des droits 6gaux,
du fait des sacrifices pareils,allaient devoir former les classes
de la production agricole. Ils n'avaient naturellement aucune
education social et les cadres oi ils auraient pu l'acqu6rir
et se d6velopper en devenant des hommes libres du cheptel
qu'ils constituaient auparavant, ces cadres avaient 6t6 brises
dans la grande toirmente, cadres administratifs et cadres
economiques dtablis dans la contree au course de trois sickles
par I'ancienne caste expulsde de la Nation.
Une masse servile allait avoir a s'organiser, en creation
spontan6e, pour vivre de la vie d'un people. Comment con-
cilier cette n6cessitM d'un ordre public avec l'individualisme
sans frein qu'un regime de violence l1gale avait faith naitre
dans ces homes qui n'avaient jusqu'alors pu trouver leur
supreme protection que dans le marronage, la chose la plus
dissociante qui soit?
Dessalines essaya. Mais ses propres instincts de violence









-8-


opposes aux instincts de violence de nos anc6tres de la cam-
pagne, ne pouvaient donner de resultats consistants et dura-
bles. Sa fameuse ordonnance souminetant ces nouveaux libres
et ces r6cents vainqueurs a la flagellation par les houssines
de bayahonde pour leur faire rallier I'iabitation natale et le
ravail agricole, ne pouvait que perp6tuer la revolte et I'irr6-
dentisme dans leurs ames.
Peut-tre qu'a l'epoque il n'y avait pas beaucoup de moyens
de proceder autrement. Mais fallait-il tant d'ann6es que cela
pour que l'instinct de s'associer, si fort dans notre esp6ce,
joudt chez ces 6tres rendus a eux-m6mes?
En tous cas, les dirigeants perdirent pendant longlemps,
pendant trop longtemps de vue cette grande veritB formul6e
par Aristote, le pere de la politique: t L'homme est un ani-
mal sociable et ceux qui succdd6rent a Dessalines, des
esprits plus 6voluds que lui, calquerent leur organisation,
une organisation pour eux seuls, sur l'organisation liberale
de la vieille soci6t6 frangaise et tinrent la grande masse pro-
ductrice, la plus nombreuse de notre Nation, dans un regime
d'exception, jugerent a tort que l'unitt humaine dans cette
masse 6tait irrem6diablement inapte a se goaurner soi-
m6me et A vivre de la vie collective et l1gal, faute d'ins-
truction, l'instruction qui n'est en some que chose artifi-
cielle. C'est strange, pendant longlemps, jusqu'd bier encore,
les anciens libres porterent sur leurs freres nouveaux-libres
le mnme jugement faux que les Blancs avaient concu des
premiers, ou a peu pros. C'est de Saint Simon, je crois, cette
remarque si vraie: a On est toujours le vilain de quelqu'un ).
Dans la pens6e des dirigeants successifs, la masse paysanne
ne pouvait vivre de sa vie en group et se d6fendre, il fallait
la prot6ger en la tenant en lisiere, ii fallait I'isoler. Oh!
I'isoler, la grande faute et le grand crime! Cette thdorie ne
fit qu'aggraver le mal et en tout cas n'y r6media point. Au
lieu de favoriser I'expansion libre de l'instinct social, la pro-
tection compressive d'un tuteur militaire, le chef de section,








-9-


berger qui mangeait le troupeau, accusa et fortifia l'instinct
oppose du marronnage. Si bien que cet instinct de mar-
ronnage a entretenu ce plinomnne des petites cases isoldes,
6parpilldes ga et 1 dans la montagne, d grande distance
les unes des autres, alors que la necessity social et eco-
nomique pour la nouvelle nation voulail, au contraire, la
constitution de villages, en stimulant chez les individus le
besoin de se conceotrer pour se livrer ensemble aux soins
de certaines utilit6s collectives proprement locales, indispen-
sables a ua plus grand rendement du travail de chacuu.
C'est a ce vice de notre formation publique qu'il convient
de remddier. II en est temps, grand temps. 11 imported de
laisser le centre rural se r6aliser. Comment? Ce soin re-
vient a 1'Etat autant qu'aux populations. Avec mes amis dans
tout le pays, j'ai 6tabli dans celte vue les bases d'une orga-
nisation sons le nom de a Ligue des Agriculteurs pour la
defense des inLidrts agricoles D. Je la ferai aboutir, quelle
que soit l'issue des evenements politiques actuels. II existait
dans le droit coutumier de I'ancienne St.-Domingue un cer-
tain Conseil des notables compose des habitants propri6taires
ou procureursdes grandes propri6ets qui se rdunissaient pour
decider ensemble au sujet des questions de voirie vicinale,
des questions d'arrosage ou autres questions de port6e pure-
ment locales.
C'dtait en some l'embryon de la Commune.
Le regime militaire haitien ne ressuscita pas l'institution
apres 1804, mais elle en conserve le souvenir dans notre or-
ganisation. Le notable devint un agent de police. La dicta-
ture militaire amdricaine tua jusqu'au nom. Elle fit pis. Sa
preoccupation de concentration intensive et d'6tatisation mili-
taire, remontant plus haut encore dans la hidrarchie admi-
nistrative, elle tua la Commune elle-meme qui v6egtait tant
bien que mal, autant que pouvaient lui permettre de sub-
sister les guerres civiles et les chefs ombrageux, f6roces A
n'envisager que la conservation de leur fragile pouvoir.


-0drsit) ot Florida Uhsraes









-10 -

Depuis 1804, et depuis 1915, c'est le sabotage syslematique
du gouvernement local, des Conseils ddlibdrants A tous les
degr6s et la suppression de I'admission des travailleurs a la
connaissance de leurs affaires. En sorte que notre pays n'a
pas de base. Tout l'edifice social repose sur des subtructions
d'argile.
Nous voulons creer la communaut6 rurale pour pouvoir
obtenir la reaction des individus les uns sur les autres, pro-
voquer par 1'dmulation le gout chez l'un d'avoir autant de
commodit6s dans son foyer que chez l'autre, stimuler l'aug-
mentation de la capacity d'achat par l'augmentation du besoin
de depenser.
Nous voulons par la constitution de ce centre rural, faci-
liter la diffusion de 1'enseignement au sein des masses pay-
sannes, car 'obligation de I'instruction primaire demeurera
a 1'etat de gdnereuse intention constitutionnelle tout le temps
que les families resteront 6parpilldes dans les campagnes.
Dans le centre rural, nous pouvons propager par I'action
d'ensemble et par l'action d'une individuality sur l'autre la
r6forme des m6thodes culturales, des notions d'hygi6ne indi-
viduelle et collective, de la morale par les religion Car on ne
pratique les superstitions qu'en se cachant, et lorsque nos
paysans vivront en group, il y a des certitudes que ce seul
fait de vivre en group sera plus efficace pour combattre le
vaudou que toutes les interdictions sev6res du Code penal
contre ce trait du folk-lore que le mysl6re seul rend redou-
table et qui est chez nous, actuellement plus grossier encore
que dangereux.
Dans le centre rural, les habitants se livreront A la pratique
de la vie civil et du gouvernement par soi-meme. Suivant
un ph6nom6ne sociologique couramment observe, le sens
de 'election d'un par tous s'eveillera de soi, la notion se fera
jour de l'dquilibre n6cessaire du droit de l'un avec' le droit
de I'autre, du droit de l'individu avec le droit de la collecti-









- li -


vitg et le sens de la liberty dans I'ordre s'acquerra par nos
elements sociaux qui sont h la source de la richesse.
De plus, les necessities communes de la vicinalit6, de la
distribution d'eau d'arrosage et d'alimentation deviendront
la preoccupation commune. Et la condition capital du credit
agricole: la solidarity entire producteurs d'un mmme produit
sera realisee.
Tous ceux qui, comme moi, ont v6cu dans les campagnes
savent que ces milieux sont pr6ts pour une telle r6forme.
Combien, souvent n'ont-ils pas observe ces soci6tds de travail
particulibrement en honneur dans les campagnes du sud et
qui montrent que la masse rurale depuis son av6nement A
la vie libre en 1804, a aujourd'hui amassed de suffisantes ha-
bitudes de vie en common. L'homme des villes qui faith la
loi ne s'est pas apergu de la march du ph6nomnne et s'en
tenant au criterium errone d'aprbs lequel la vie collective et
civil depend de I'instruction exclusivement, il ne s'est pas
rendu compete qu'il a suffi a l'instinct de sociability de jouer
pour faire de notre producteur rural un citoyen.
Et I'homme des villes a mis son frere des campagnes sous
un regime d'exception.


De ce point du centre rural A favoriser d6coule naturelle-
ment la necessity de reliever la Commune de sa dechdance.
Nous voulons, reagissant centre I'esprit militariste et cen-
tralisateur des Haitiens de la pre-intervention qui paralyserent
I'essor de I'institution communale, reagissant centre les pro-
cedes de la dictature militaire qui vers 1923 tua les Edilit6s
en attribuant A la D. G. T. P. les travaux publics communaux,
seule raison d'etre de la municipality, donner la plus grande
force, la plus grande efficacit6 au gouvernement local en
reduisant au minimum ses rapports de ddpendance vis-A-vis
de I'Etat.
Nous voulons supprimer entiBrement le syst6me des Com-









- 12 -


missions Communales en assurant la bonne conduite des
Ediles par leur emancipation, par leur soumission A la res-
ponsabilit6 de gestion sous le Controle d'une Cour des Comptes
ind6pendante, elle aussi de l'Etat. La Commune deviendra
ainsi l'Ecole de la vie d6mocratique comme elle l'est partout
ailleurs,elle d6tournera les citoyens des dangereuses activit6s
de la politique gdndrale au plus grand profit des affairs
locales, la reform rendra la Nation plus apte a vivre dans la
paix, en meme temps qu'elle profitera aux populations des
Communes memes, les ndcessites de port6e communale ou
inter-communale pouvant 6tre plus opportunement et plus
convenablement satisfaites par les organismes locaux que
par I'Etat, malgr6 toute sa technique et toutes ses resources.
En 1918, on a cr86 un pr6fet sans cr6er la prefecture. Le
Prefet actuel n'est qu'un Commandant d'Arrondissement qui
dissimule sous on appareil bourgeois, son sabre et ses gallons
et qui demeure dote de la meme autorit6 oppressive et
touche-4-tout.
Nous cr6erons la prefecture en en faisant I'organe du lien
inter-communal, un surveillant de la march des Communes
pour le compete de I'Etat, cela nonobstant son e-tre r6le dis-
tinct de procurateur de I'Etat en ce qui concern les devoirs
de ce dernier dans la locality.
De cette maniBre, nous insistons A le dire, les populations,
depuis celles du monde rural, jusqu'a cells de la Commune
et des divisions administrative d'un plus haut degrd venant
A pourvoir elles-memes A leurs besoins communs locaux rele.
vant de leur competence sans l'interf6rence d'un organe
omnipotent du pouvoir central, acquerront le sens de la res-
ponsabilite, se d6prendront du souci de la politique gen6rale
pour celle plus profitable et plus normal d'affaires qui sont
pour elles d'un int6rit imm6diat, concourront d'elles-memes
a la conservation de leur paix, la paix publique, et auront
en main les premiers moyens publics de favoriser leur pro-
duction et leur surproduction.








13 -

Nous croyons fermement que cette organisation mettra fin
A la grande disharmonie sur laquelle notre sociWtt a v6cu
depuis sa naissance et qui a divis6 les forces dconomiques
d'avec la force publique et qui les a mises en un dtat de
guerre latente et inf6conde.


ECONOMIQUE, AGRICULTURE, DOMAIN

J'ai cru bon de m'dtendre longuement sur l'organisation
nouvelle A donner au milieu rural chez nous pour rationa-
liser les services agricoles, lib6rer le producteur et intensifier
la production. Parce que c'est le seul moyen de nous affran-
chir vraiment. De nous affranchir d'abord de notre ilotisme
6conomique qui est notre pire ennemi, pire que I'ennemi
ext6rieur, puisqu'il entraine la guerre civil, I'atfaiblissement
du lien national ot du lien local, l'affaiblissement du carac-
tOre, la ruine et la mort.
De nous affranchir ensuite de nos obligations financi4res,
donnant lieu a une dictature financiere 6trang6re, plus du-
rable parce que plusjustifiable et non moins amoindrissante
que I'autre.
J'ai tenu a bien faire ressortir les rdformes primordiales
qui sont en tkte de mon programme et je demanderai a la
Nation entire, au Peuple comme a l'Etat, d'y contribuer.
L'heure n'est-elle pas venue de singer plus s6rieusement
a I'anomalie constitute par le fait que le cafe support la
grande parties du poids de la vie publique, alors que son
mode de plantation et de culture est si primitif et que c'est
la la cause des dillicult6s qu'il y a d'augmenter le volume de
la r6colte, Quelques pieds de caffier devant chaque case
isolate de la montagne ou bien' dans les anciennes grandes
caf6teries, ga et lA, des pieces de deux ou trois carreaux con-
fides a des de-moitid qui assurent la cueillette, sans soins
speciaux et sans souci d'extension de la plantation? Et corn-









- 14"-


parons avec cela les 6tablissements 6tendus of dans les
grands pays caf6iers du Sad-Amdrique se fait la culture in-
dustrielle de la feve sur des superficies allant jusqu'a 90.000.
acres. Comment concevoir une Nation vivant presqu'exclu-
sivement d'une denr6e de march international A la fixation
du prix de laquelle elle ne peut pas concourir?
L'anomalie est la m6me pour toutes les denrees coloniales,
sucre, coton, cacao, etc, a la culture desquelles notre people
se livre en tout petit. Tout le temps que nous ne pourrons
pas engager le capital ext6rieur A venir s'associer avec l'effort
indigene et la proprietd indigene prot6egs, dans des entre-
prises agricoles de grande 6tendue, se conformant A la tech-
nique moderne, tout le temps que nous ne pourrons pas
attirer ici des Compagnies comme les companies de fruits
don't la politique consiste A acheter des fruits plut6t que de
la terre et qui, par ce moyen, comme cela s'est vu A la Ja-
nmaique et A Costa-Rica, s'enrichissent tout en enrichissant
le pays, et en relevant le niveau de vie du capital main-
d'oeuvre, il sera plus profitable pour nous, vu surlout notre
regime de petite propridtd, de nous organiser pour I'expor-
tation de mati6res premieres et de denrees alimentaires (bois,
pois, mais, 16gumes, fruits etc) A destination/des pays voi-
sins trop avanc6s deja dans leur phase industrielle pour s'en
occuper.
Puisque des usines commencent A s'6tablir ici, nous devrons
aviser A mettre en force une legislation social et ouvriere
conforme a nos obligations comme membre de la Soci6et des
Nations.

Notre attention se tournera d'une facon toute particuli6re
vers le regime hydrographique du pays. Voilh la question
vitale pour nous. L'augmentation, la conservation et I'am6-
nagement des eaux destinies a I'arrosage occupent le premier
rang dans notre problime agricole et dans notre plan de
gouvernement. II est indispensable d'iastituer au plus vite









- 15 -


un regime legal pour la regularisation de la precipitation
atmospherique et pour la r6gularisation des course d'eau:
arborisation des crates et engazonnement des pentes, etc.
Pour les regions ou I'arrosage est indispensable comme le
Cul-de-Sac, il faudra revenir a la politique d'hydraulique
agricole que pratiqua l'agronorne francois de I'ancienne St.-
Domingue:l'emmagasinement des eaux aux p6riodes de sura-
bondance de pluies pour parer aux periodes de secheresse,
comme au Br6sil, en ce moment.
En beaucoup d'endroits, il faudra creer le syst6me des
puits et des pompes en utilisant a I'exemple des Hollandais
a Curacao, le vent comme force motrice 6conomique.
Une question de premiere importance fera l'objet de nos
preoccupations, c'est celle de I'alimentation en eau abondante
et saine des centres de populations urbaines et rurales.
Nous rappelant combien l'occupant espagnol de la con.
qudte tira de ( clair mdtal D des entrailles de cette terre
merveilleuse, nous donnerons un soin particulier aux lois
sur les prospections minibres et nous nous appliquerons a
attirer chez nous le capital et la technique en vue de I'ex-
ploitation des resources de notre sous-sol.


Dans notre programme, la question du domaine que nous
rattachons a I'Economique et a l'Agriculture, a une impor-
tance particuli6re. Elle est pour nous, dominee par les con-
sid6rations suivantes:
I ) La propri6dt chez nous a un caractere historique et
racial ayant r6sultg d'une guerre d'expropriation d'une race
par une autre.
2 ) Ensuite, elle a Wte une deuxibme fois acquise par I'in-
demnit6 aux colons que des generations successives n'ont
pas cess6 de payer depuis 1804, patrimoine provenant du
sang des pares et de la sueur des fils.
3) La terre est pour I'Etat une richesse moins quand il la









16 -

possede lui-meme sans la faire valoir que lorsqu'elle est aux
mains d'un particulier qui la cultive, en tire ses moyens de
vivre, ce qui enrichit le Trdsor public par la contribution
indirecte que le particulier paie sur ses achats.
L'6tat civil de la propridte privee est dans le plus grand
disordre A cause de l'incertitude meme de 1'6tat civil des
personnel, qui, suivant un Btrange trait des moeurs rurales,
changent de nom patronymique couramment dans la succes-
sion des generations, rendant extr6mement difficile la re-
cherche de la filiation entire le premier propri6taire et le
dernier occupant.
Nous nous proposons, en consequence, sans toucher aux
grande habitations non encore divisdes, de regler et de con-
sacrer le droit de l'occupant, surtout dans la montagne, par
une measure analogue A la squatter-law am6ricaine. Tout en
stabilisant les services de I'etat-civil, ce qui sera facility par
la creation du centre rural, nous proc6derons au cadastre de
la propriety privee. Nous reviendrons a la politique de dona-
tion de la terre A ceux qui la cultivent.
C'est dire que nous repudierons franchement la politique
agraire actuellement suivie. Dans I'impossibilile oni l'on est
de reconstituer par l'injustice et I'arbitrairzeies grands do-
maines, comme dans la legislation en vigueur, il nous parait
plus sage ei plus equitable de considerer que notre territoire
montagneux a, en general, la vocation de la petite culture et
qu'il faut, partant, penser moins 4 la preparation des grandes
denr6es coloniales qu'a la production des denries alimentaires
exportables, lesquelles n'exigent ni grandes superficies, ni
gros capital, ni technique cofiteuse.
De plus, notre contree, par la diversity et l'excellence du
climate, par la magnificence des sites panoramiques, a cause
des souvenirs laiss6s par les diffirentes occupations abori-
gene, espagnole, francaise, anglaise et .purement haitienne
qui en font une terre charge d'histoire, peut profitablement
etre organise en vue du tourism.








17 -

Rdpugnant A la vaine promesse dlectorale ch6re aux poli-
ticiens pour qui le Pouvoir est un but au lieu d'6tre un moyen
de r6aliser le bien public, soucieux de donner la marque
d'indiniable vdrit6 a ma parole en montrant ce que j'ai fait
deja plut6t qu'en Mtalant ce que je promets de faire, je repro-
duis ici A propos de la politique agraire que j'ai plus haut
pr6conis6e un memorandum qu'ktant Secretaire d'Etat, je fis
adopter par le Conseil des Secr6taires d'Etat a la date du 2
FEvrier 1916. Ce document a 6td public par le journal a Le
Temps du 16 F6vrier 1927:

( Suivant une suggestion faite par un des membres de
notre Commission a Washington, je propose au Conseil de
ddecider que la Section des Domaines sera rattachie exclusi-
vement au I)partement des Finances qui, actuellement, a
le contr6le de cette administration en m6me temps que le
Departement de I'Intkrieur. ( Art. 5 de la Loi du 29 Aott
1908 ).
a Et puisque dans l'interkt du principle de la coequation de
I'imp6t et de son plus fort rendement, ii peut devenir utile
d'organiser bientot une contribution fonciere et partant d'e-
tablir le Cadastre National, le Departement des Finances
s'entendra avec les Communes pour elIectuer df6initivement
le classement et la mensuration des biens du domaine de
I'Etat, du Domaine Communal et de la propriWte particuliere
en utilisant les services du Corps des [ngenieurs du Gou-
vernement.
( Cependant, pour rendre productive la contribution fon-'
ci6re et puisque c'est un principle verified que la terre aux
mains de I'Etat n'est pas unn richesse, qu'en tout cas, elle en
est une moins grande qu'6tant aux mains des citoyens qui,
la faisant valoir, en augmentent, en consequence, le volume
de la contribution indirecte, atteignant la consommation, je
propose d6s maintenant qu'au course du classement des biens
dur domaine, ii soit decide que l'Etat, a titre de concession








18

definitive, confirmera et,honologuera les titres des proprietds
des paysans qui occupent des portions du domain rural s'il
est demontre que ces occupants occupent et travaillent ces
terres, depuis dix ans sur une 6tendue minimum de cinq
carreaux et si, bien entendu, ces terres ne relevent pas du
domain public inalienable.
e Cette measure sera rendue effective par 1'Htablissement
d'une Commission de revision des titres de la propridtd pour
leur rdgularisation. La Commission fonctionnera en tenant
en vue que la measure d6coule d un regime constituent la
politique agraire permanent du Gouvernement, consistent en
ce principle que l'Etat doit le plus possible vider ses mains
de sa propri6td immobili6re rurale alienable entire les mains
des llaitiens qui la cultivent.
a De l'emprunt actuellement en pourparlers avec les ban-
ques de Chicago, ii sera reserv, .s'il est elfectu6, des titres
pour un million de dollars don't moiti6 servira pour la quote-
part de l'Etat dans 1'6tablissement du credit foncier et moitid
pour la quote-part de I'Etat pour I'etablissement du credit
agricole.
c Nos concitoyens seront int6grhs dans la terre national
et recevront les moyens de la d6fendre e-de la faire rendre
pour leur bien propre et pour le bieii commun.
c Inutile d'insister sur le caractere de prdvoyance politique
de cette measure tendant a approprier a l'Hiitien laborieux
de la ruralit6 la plus grade quintit6 possible da sol A li
veille des temps ou la nature actuelle des choses peut nous
obliger a donner le droit de propri6te a des inlivi ls d'une
civilization plus avancee, oavrant ainsi na3 portes large a
une immigration fructueuse et non spoliatrice. B
La proposition fat vJote a l'unanirnite par le Consoil.


Ce m6me jour, le Conseil vota 6galemsnt la measure sui-
vante propose encore par moi;









- 19 -


CODE FORESTIER

< La demand de bois de construction et de bois de tein-
ture 6tant tr6s forte lext6rieur depuis quelque temps,
d'autre part, a l'interieur, un grand nombre de chantiers
utilisant de la chaux que les chaufourniers produisent en con-
sommant beaucoup de bois a bruler, il est arrive que partout
sur Ie sommet et sur le Ilanc des montagnes, plus intens6-
iment que jamais, on opere, sans m6thode et sans prdvoyance
ides coupes a blanc de toutes sortes d'essences forestieres.
a On a dedj remarqu6 que, par suite du d6boisement irra-
tionnel et excessif, 1'ordre des saisons a ete perverti, Je regime
ides pluies trouble, des sources ont tari ou leur debit a con-
sidBrablement diminue.
: En outre, sur le flanc de nos mornes, les eaux de ruis-
sellement n'etant plus continues par la vegetation, toute la
terre arable a et8 emportde laissant a nu sous l'action des
iavalasses, I'armature rocheuse de la montagne et de pareils
terrains deviennent completement infertiles.
S( 11 y a done urgence, pour sauver la (( Perle des Antilles)),
d'etablir le regime forestier du Pays en vue de l'am6nage-
iment des eaux et forts, la reglementation des coupes de
bois de I'Etat et des Communes, du reboisement des som-
mets et de l'engazonnement des pentes.
Ce regime forester reglementera 6galement 1'exploitation
des bois des particuliers.
e Les Conseils d'Arrondissement ai tablir auront dans
leurs devoirs, principalement le contr6le de la conservation
des Eaux et Forkts pour compete de I'Etat et des Communes.
( C'est A la diligence de ces Conseils d'arrondissement
que les reglements du Code forestier seront exdcut6s avec
l'appui requisitionn6 de la Gendarmerie, en attendant l'6ta-
blissement ati plus t6t d'yne Ecole pratique de Sylviculture
pour la formation d'inspecteurs et de Gardes charges de la









- 20 -


police forestiere suivant les m6thodes appropriees A Haiti.
SJe propose done au Conseild'autoriser le Secretaire d'Etat
de I'Agriculture a r6unir imme liatement en commissions
les Agronomes du Gouvernement pour la redaction: 1o des
Rbglements forestiers, 2 d'un project de 16gislation concer-
nant les maladies des animaux.
< 11 y a urgence ).
Le Conseil des Secreiaires d'Etat vota le Memorandum,
une Commission fut form6e, un rapport public au (c Moni-
teur)) et, apres ma retraite du Pouvoir, le project de r6gle-
ments forestiers fut fourrd dans le tiroir aux bones inten-
tions.


FINANCES ET COMMERCE

Nous avons deja parld en terms generaux des Finances et
du Commerce dans la parties consacrde a notre attitude vis-
A-vis de l'action americaine, vis-&.vis du trait6.
D'apr6s ce que nous avons dit, la formule'ioit 6tre: plus
d'introduction dans le Pays du u Capital prot6ge6 sous forme
d'emprunt politique comme celui de 1922, mais favoriser
I'influx chez nous de capital de production, sous forme de
capital argent, de capital machine, venant s'associer au capital
travail indig6ne et au capital terre indigene, ces deux am-
plement prot6egs par nos lois. Regime qui peut conduire
non plus a la cooperation entire deux gouvernements, le plus
fort dominant le plus faible, mais I la cooperation de people
A people, d'individu A individu soumis aux lois 6conomiques
6gales pour tous, soumis A la legislation interne protegeant
dgalement l'un et l'autre.
Pour ce qui est de la rigie de nos finances, aussiltt qu'au-
ront 6t6 Jiquid6s dans un cordial epprit de conciliation, les
services dout la creation ne s'explique que par la dictature










- 21 -


militaire qui a exist dans le Pays depuis quinze ans, ceux
qui devront survive fonctionneront suivant une application
strict de notre ancienne loi de 1871 sur la responsabilit6
des fonctionnaires.
S'il parait utile que soient conserves des offices sp6ciaux
comme le Service d'Hygiene, par example, ils devrout rece-
voir un statut pareil a celui des 6tablissements publics qui
jouissent de l'autonomie administrative et don't les directeurs,
par contre, sont soumis A la responsabilit6 et a de rigoureuses
sanctions comme administrateurs des fonds publics.
Au surplus, nous pensions que notre R6glement sur le ser-
vice de la Tr6sorerie devra 6tre rdtabli et perfectionnd avec
le contrele pr6ventif du Ministre des Finances sur I'adminis-
tration de ses colleagues et le controle a posteriori des comptes
par une Chambre das Comptes, la meme A laquelle seraient
soumis les Comptes des Communes.
II faudrait examinsr si le pr6fet, come organe de I'Etat
dans les localit6s, ne devrait pas remplir les attributions
autrefois devolues A l'administrateur des Finances pour I'or-
donnancement des d6penses apr6s verification par lui du
service que l'Etat doit payer.
Nous avons 0galement parle dans le passage concernant
nos rapports avec les Etats-Unis des questions relevant du
DNpartement du Commerce.
Nous avons dit combien il sera utile que soient d6veloppes
nos changes commerciaux avec les Etats-Unis sous la reserve
des-produits tropicaux qui, 6tant cultiv6s abondamment chez
nos voisins comme ils le sont ici, devront 6tre diriges par
notre exportation vers les marches non producteurs of ils
obtiendront de meilleurs prix moyennaut une politique d'ac-
cords avantageux avec ces pays acheteurs.
11 nous reste d indiquer que des negociations devront etre
ouvertes avec le Gouvernement de Washington pour la rd-
forme du Tarif douanier au sujet de taxes qui ne prot6gent









- 22 -


pas suffisamment notre production et surtout au sujet de
I'esprit tatillon de la procedure d'application don't notre com-
merce a A se plaindre.
Nos Consulats, nos Chambres de Commerce devront etre
syst6matiquement encourages en vue d'une propaganda plus
rationnelle et plus intense en faveur des products Haitiens
et en vue de la recherche de d6bouches plus avantageux.
A l'intdrieur, il conviendra de faire rentrer le sp6culateur
en denrees dans la loi en considerant qu'il est un commer-
cant comme un autre.
Comme le credit agricole devra 6tre 6tabli au plus t6t, les
reproches qu'on avait eu parfois des raisons de lui adresser
au sujet du traitement usuraire qu'il fait au producteur sur
les avances qu'il lui consent, n'auront plus d'objet.
Le speculateur en denrees pourra m6me, vu sa connais-
sance des lieux, des personnel et des moeurs, donner un
utile concours aux 6tablissements de credit agricole dans les
premiers moments.
A ce propose, nous avons a dire un mot des marches ru-
raux et de la liberty du commerce dansAe s campagnes,
measure qui a cause tant de mal aux villes comme a la ru-
ralite.
Tous les 6crivains du Droit Administratif et ceux de 1'E-
conomie politique sont d'accord pour se prononcer en faveur
de cette regle de la liberty absolue, au nom de la Justice
envers le paysan.
Chez nous, la measure n'a pas eu de plus vigoureux d6fen-
seur qu'Edmond Paul, notre homme d'Etat et notre Bcono-
miciste le plus savant et le plus consciencieux.
Aussi, a-t-il 6t6 tout natural qu'apr6s lui nos hommes pu-
blics, envisageant les choses peut-dtre avec la plus grande
bonne foi du monde, aient considdrd que pour civiliser le pays,
il fallait consacrer cette thdorie par la loi.








- 23 -


Malbeureusement, ces hommes publics ont regard la doc-
trine et n'ont pas consider I'etat de nos populations.
La doctrine demeure vraie, mais nos populations, A raison
de la particularity que nous avons amplement signal6e de
I'absence de vie en group dans les campagnes et de 1'6par-
pillement des individus, ne sont pas encore prates pour cette
measure scientifiquement irreprochable.
II est, en effet, facile de comprendre que si les populations
rurales 6taient concentries dans des hameaux, ces hameaux
pourraient sans inconvenient poss6der une 6picerie, une bou-
tique, une balance, une pharmacie de champagne, un marchde
jour fixe sans faire tort au commercant de la ville, ni au pay-
san lui-meme.
Tandis que dans l'dtat present des choses o6 les popula-
tions sont, pour ainsi dire, parrout et nulle part, les marches
s'dtablissent partout et tous les jours, les balances se dres-
sent en tous lieux, les paysans eux-memes delaissent leurs
jardins et se transforment en marchands ambulants, prejudi-
ciant, ainsi a la fois a la culture et au commerce des villes.
La r6gle du march rural qui nait de soi, dans un lieu dit,
un carrefour desservant la contree dans plusieurs directions
est un fait d'ordre natural et le point de depart des villes.
L'autorit6 n'a pas le droit de contrevenir i ce fait, mais,
suivant les conditions existantes et suivant les inconv6nients
consltt6s, il est du devoir de l'Etat de decider en faveur de
l'interet des populations, le principle 6tant chose secondaire
par rapport i l'intdret vivant et actuel du people.
Une loi sp6ciale devra 6tre faite concernant I sinceritd des
poids et measures et la falsification des denr6es. En France,
c'est une pareille loi de 1902 qui constitute le plus important
de ce que la legislation de Droit commun comporte de sp6-
cial a la vie rurale,




S.-- 1 IRREGULAR PAGINATION









(Voir suite a la page I et
suivantes de la 3e parties )







-1-


TRAVAUX PUBLICS

La D. G. T, P. est un de ces offices amnricains coliteux,
mais au sujet desquels il est impossible de dire que le
Pays abandonnera son organisation et ses m6thodes. Cet
organism a rendu tant de grands services, ses m6thodes
out etd si avantageuses pour le perfectionnement technique
de notre Corps d'Ingenieurs, les 6tudes et plans si utiles
que ce qn'il fant envisager c'est, comme dans le cas de la
Garde d'Haiti, le replacement des fonctionnaires ameri-
cains par des fonctionnaires haitiens qui out faith leur ex-
perience dans ce service.
II faudra surlout fair rentrer dans l'ordre constitu-
tionnel et 16gal I'application des allocations y aff6rentes-
Jusqu'i laI liquidation des services du Trait, dans l'esprit
amical que nous avQns dit, il faudra faire de la D. G. T. P
un 6tablissement public fonclionnant avec la responsabili-
Ld financidre correspondent A l'inddpendance de ce service
par rapport an Ministdre don't il relive.
En tols cas, la politique des travaux publics sera 6tabli
par le Goiuvernement responsible constitutionnellement et
le programme des travaux devra Otre arrWtd chaque annde
par le Conseil des Secr6taires d'Etat en vue de I'ordre
d'(lrgence i donner a chaque ceuvre dans le plan de l'ou-
til age economique don't il faut pourvoir la Nation.
SI)ans ce plan d'outillage, il y aura peu de place pour les
chemins de fer, notre pays de montagnes, notre territoire
a gri i l:s longuicurs des c6tes, nos petites planes, ne nd-
cessient Ipus un tel moyen de transport pour la p6netration.
II v aura plus de place pour In construction d'un rdseau
routier en montagne, et pour V'entrelien des grades voices
ddlpartementales.
Des les premiers moments, il faudra metire la main A ces
Irlis ordres de Iravaux. les routes, les canaux d'arrosage,
les rades.
Ils sont aussi tiles pour nolre development dconomi-
que que la constitution du centre rural.







2_0_


FORCE PUBLIQUE.- REGIME PENITENCIER
SERVICE D'HYGIENE
Par ce que j'ai dit au debut de ce programme. ih propos
de mes luttes concernant l'organisation de la Gendarmerie,
vous devez comprendre, mes chers concitoyens, combien
je considere que les services de la force publique doivent
etre entire les mains Haitiennes, les Haitiens ayant plus
d'interet que quiconque A empncher les ruptures de 1'ordre,
compromettantes surtout pour leur vie, leur propriOt6 et
leur ind6pendance national. Je precise ma pens6e.
Petite nation n'ayant pas A nourrir des revel d'expansion,
oblige de s'en remettre pour sa protection exterieure aux
garanties du Droit International et A sa propre bonne con-
duite, Haiti n'a pas a songer A se donner une organisation
offensive coiteuse, A l'instar des armres, institutions, qui
sont l'apanage des grades Puissances militaires.
Mais suivant le sage example de notre Sceur la Rkpubli-
que Dominicaine, nous conserverons notre Garde avec ses
attributions de force arm6e et de police A la fois en la ren-
dant sous le commandement de nos ofliciers indigenes ins-
truits et entrains, de plus en plus efficace pour la protec-
tion des personnel et des biens, en ville come A la cam-
pagne. Quand la d6soccupation sera enlierement realisee,
et comme cela doit etre au plus t6t, et qp( I'argent des gros
traitements pays aux am'ricains ,' tous les services,
cessant de leur 6tre vers6 A ln suite de la d6soccupation fe-'
ra retour au tresor, les cadres de la gendarmerie seroni
augments suivant les besoins. Car pour un gouvernement
civil, il taut une force publique puiissante en discipline (
en experience.
,De plus, nous devrons nous appliquer a encourager Its
sports don't le gofil en Haili est n& aux Cayes, il y a trente
aas, je me plais a le rappeler, A en dhmocraliser
la pratique a travers toute la Nation, particulierenmenl I:
pratique du tir, come en Suisse, of le peuplle n'est riei
moins que militariste, mais oi en un jour de peril public,
la Nation entire peut, sans aide extirieure, re dresser,







3-
unalnime el virile, pour une utile defense du territoire et de
I'honneur national.
Quand I'ordre acluel sera liquid en conformity du Plan
Forbes et en conformity de la pensde publiquement expri-
mee du Pr6sident Hoover en accord avec les aspirations
profondes du people Haitien, nous devrons introduire dans
le Droit public du Pays, une disposition qui assure la vie et
les biens contre les entreprises desrdvolutionnaires.
L'int6ret de la pIaix publique passe avant tout. Je pense
qu'il faudra decider, par example, que les individus qui se-
ront condamn6s par devant les tribunaux ordinaires pour le
crime d'avoir foment 1'insurrection devront avoir leurs
biens confisquns au profit des tiers qui auraient 0td 16s6s
dans leurs personnel et dans leur propriety parla sedition,
les poursuites tant A la diligence de ces derniers. Beau-
coup de petils pays de cet emisphere souffrant du mal des
guerres civiles, se sont trouves bien d'unk telle measure.
D'autre part, moi qu'une conception tres fausse de la li-
bert6 en general et de la lihert6 de la press en particulier,
a taut faii diffamer par des politicians exasp6r6s de me
voir plus pr6ocup6 des besoins du people que de leurs ap-
pIlils pnrliculiers, ce serait mon premier devoir, mon pre-
mi r aele et ma profonde satisfaction d'orgueil, de libdrer
la Plresse des lois d'exceplion idictles contre elle. Je ferais
e;ifrer imin6dialement le regime concernant la Presse dans
le droit common. Je ne mettrais pas la pens6e en prison. Le
reAime en honneur d;ns les pays libres est suffisant pour
mellre les honndles gens f I'abri de la calolnnie des mal-
faile,'r, d~e la plume.
II v :a inieux q(pe cela, in gouvernement IhoniiOe et bien
iilteilio iiln doit pouvoir se proteger par sa bonne conduite
coitre les criliques injustes. Mieux, vaut d'ailleurs, laisser
s'exprimer la critique injuste plut6t que de perdre le b6ne-
lice de la critique utile et fondue.
Pour le service d'Hvgiene, nous pensoni que non senle-
ment iin tel servicee doit etre conserve, mais encore qu'il
d )it Itre perfeclioniin et developp&.
la lutte contre nos epid6mies de fievres saisonnibres,
contre In malaria, la syphilis, ia tuherculose, le pian et les








-4-
autres maladies transmissibles el evitables, la lulte contre
la rage et les 6pizooties qui ravagent les basses-couas et le
cheptel, les littes contre les cryptogames qui affectent nos
esp&ces veg6tales, front 1'objet de notre principal souci.
La d6moustication des mares, la salubrification des villes
et des campagnes pour reg6nerer la race et revigorer l'616-
ment human de la production sont oeuvres d'eminente uti-
lile national ct social auxquelles on ne saurait aliouer
trop d'argent et donner trop de soins.
L'ENSEIGNEMENT
Nous l'avons dit, l'instruction primaire obligatoire de-
meurera come une g6ndreuse chimere inscrite dans notre
Droit public tant que la creation du Centre rural ne vien-
dra pas mettre l'Etat en measure de la donner aux paysans
et ces derniers en measure de la recevoir.
Nous savons bien que pour le monde de la production
agricole, I'enseignement qui convient doit d'abord toujours
Mtre un enseignement sur place et ensuite qu'il devra con-
sister en enseignement de la lecture, de I'6criture, du cal-
cul,des notionsd'economie rurale et,en plus pour lesfilles en
enseignement de travaux manuels et d'economie domestique.
Mais comment donner cet enseignement sans contrevenir
dangereusement A certaines particularilts des moeurs paysan-
lies, chez nous?
On a observe que souvent le pays:a seole iotre hostile ih
l'6cole pour ses enfants. C'est parce q,;e l'Fcole lui enleve
malencontreusement son ouvrier agricole pour toute la jour-
nee. Et la chose comporte son inconvenient pour F'enfa;l
lui-m6me. Car on ignore trep dans les gouvernements el
parlements composes guenralement de citadins, que des
I'Age de huit ann et parfois avant, I'enfant, garcon ou fille,
d'une famille paysanne, commence it apprendre son m6tier
de cullivateur dans I'atelier familial. D jit, it cet age, il
connait fort bien tout I'essentiel de nart de fire produilei
la'lerre.
I1 se comprend bien qne dans ces conditions, il faut avi-
ser A ce que l'enseignement du rudiment ne fasse pas tort a
l'enseignement agricole plus important encore.









C'cst la certainenicnt la cause du pen de success dans les
classes paysannes des ecoles rurales du Service Technique
d'Agriculture.
Par consequent, dans letat present des choses, la former
de 1'ecole la plus profitable, ce sera l'ccole de demi-temps
qui ne prendra pas A l'enfant toute la journee, q'ui le gar-
dera la moiti6 du temps et le laissera durant l'autre moitie
aller apprendre son mtLier de cultivateur dans l'atelier de
famille.
Quand par les soins des populations auxquelles s'ajoute-
ront les measures prudentes et avis6es de l'Etat, on aura mis
en train la constitution du centre rural, il faudra songer A
deux choses essentielles: la construction des maisons d'dcole,
suivant un type hygienique et appropri& et la formation de
'instituteur rural.
Pour le dernier point, il faudra crder dans chaque Depar-
tement des 6tablissements d'enseignement normal d'Institu-
leurs et d'iistitutrices. Les 6normes depenses que ces cr6a
lions necessiteront pourront lie couvertes par un am6na-
gement different des resources alloudes t I'enseignement
public et movennant une participation plus national des
communes a I'enseignenient primaire, lorsqu'on aure faith
cesser celle anomalie de 1'Etat se substituant aux commu-
nes pour la satisfaction des besoins communaux et des
c(ommurnes subventionnant 'Elat quand c'est le contraire
(iq i aIurnit di Ore.
a!, race hailienne a hirild du genie francais et elle s'est
approprie le gout de la formation frangaise et de la hierar.
chi- !'r:ncaise.
Chez nous of l'ceiivre de creation de la nation a ete le
faii t de Iors, classes dirigeante et masse des producteurs,
hien (clic la premiere soil, suivant le processus classique,
alimentee par la second, ces deux functions de la popula-
tion vivent en se compenetrant sans 6tre sdpar6es par au-
ciine difference essentielle come entire blancs et gens de.
c Mileur aux Elats Unis. 11 y a done une formation intellec-
Iuelle a dinner A f'une et une autre formation intellectuelle
A donner A l'autre, en plus de l'obligation genkrale que
'EIat a de fournir 1'enseignement du premier degrt6 cha-







-6-
ciun eCt a tous. Nous avons en cela suivi le imodele Ir'anCqais.
11 est indispensable que nous gardions dansnotre enseigne-
nient secondaire les humaniles classiques qui, dans le nou-
vean monde, donnent sa caract6rislique distinctive i notre
people de coulcur.
Notre Enseignement superieur, Ecole de MCdecine, Ecole
de Droit, Ecole des Sciences Appliquees, a fourni les risnl-
tats les plus appreciables. En y joignant l'insliut Technique
d'Agriculture, creation excellent qu'il faut pourtani r0orga-
niser suivant les resources et les vrais besoins du pays,
toutes ces institutions, ainsi que cells de l'enseignement
secondaire et de l'enseignement primaire devront 6tre grou-
p6es dans une Universilt d'Haiti, fonctionnant comme un
etablissement public antonome, avant sa responsabilil fi-
nanciile propre et restant ind6pendante de la polilique.

JUSTICE
Le 28 Aocfi 1915, an nomi du (ouverneneint form apres
I'intervention, je disnis aux Chambres dansla I)Iclaralion
ministd rielle: < Le manque de Justice ou sa rplirlilion inti-
gale est. en grande parties, ce qui a produit ce di-
sequilibre profound des forces nalionales, cette ficvre chro-
nique de commotions don't I'aboutissant est la passe redou--
nable oft nous nous t rouvons engagPs. Les Imem 11)res du ( Cal)i nct
prendront garden, cliacun daus le circle de ses attrilbutions
particulicrss autlant que dans I'exercic gei" 'ral du gouver-
nement, a ce que la justice, ce premi ',"Tdevoir' social du
Ponvoir dlrigealt, ine soil pi)s comim i ie parure splendcide
et fausie u miniliei dle is inistitlimli s.
( C'est !a l e ))sltulat essenltiel sur sequel win is 'croiis rI'-
poser Ia nouvelle organisaiion de I:n police. En de(mililari-
sant s-,st maitl(emnent les services charges de I'ordre p!-
blic, en lelur donllint poiir 'iAme et poiir mlteur le (Code,
nous csjeroi'rs poulvoir faciliter le changement des io(urii.
ecraser les distincilions de conlei' et e locally( cel rvPli-
ser le reve de voir surgir enfin ine Haili coitcienll et cn--
centree, cap:ille ide regirdl e r en face son deslin. ,
.e i'ai vie:i it njouler I a i)pense qu e j'expriniiii,. il v a
qlinze a' M;;is Il tl de m1 iu e, j :e ]e i'iV s pis Iruvcir









I ll')ireur de la .iuslice aminc iudlc, ce cecrime ie la diclalure
pire que les pires fails de notre llisloiie.
Notis rt'organliscrois la Juslice indlpcndaiinle, avec loultcs
ses garanlies et ses immnniils do manire a empicher qu'on
puisse critiquer nucua verdict des J;lges conime s'etant
adultlre de passion polilique, de nationalism, d'ignoran-
ce des textes on de la jurisprudence ou bien d'aucune
faiblesse due i la corru option on (i des ac es d'in imidation
de la p:irt diu pouvoir.

CULTES

Taine a fail ceelle observation profonde que le Catholicis-
mne est la religion dei; foiles ct le prolestlantisme la reli-
gion des eliles.
Pour nois, lniltins, (0dot le gnie originelest catholique
el franiais, nous, it qui il imported de conserver ce genie
come un moven certain de nous preserver de l'absorption
et de garder notre originality spiiituelle dans le nouveau
nonde, no(iu ne devons, au surplus, pas perdre de vue que
nos masses ie sont pas encore assez evoluees pour se d6-
i:reiildre des disciplines qui out le plus de prise sur les
imnig alinmii.s et los Aimes neuves.
IT ,ilefois, envisagelnt combien des le d6blit de noire his-
loire, (;hirisiolphe c P'ilion avaient songe6 lib6rer jusqu'A
'iAmen leirs concilovens fraichement 6mancip6s en les mel-
1;11l v! c oinllct avec des confessions religieuses plus ratio-
i:lisi,! Inous rai)lpelant comblien la mission baptiste pure-
niii iil iiiiienede Nossirehl lmhrisson et de Nerva Gousse a
extirpe la splersliltion des esprils et perfectionni moralement
ei econom iquemenl lespaysans de lacampagne de Jacmel et
de Leogane, nous nousferons I'obligation, suivant I'idWal d6-
nmocraliqie inscril dans nos constitutions de laisser une li-
l)erlt enliibe la toules les croyances et d'accorder une pro-
t1 -l ion (gale ai to!tes les religions se reclamant du christia-
n isie.
C'est d'aillieurs sf'lon n(oui:, iun devoir sacred pour tout
G;)veronemeitl de favoriser tout ce qui associe et groupeles







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ham!n.nes, coiumnne c'est a:i:ssi son devoir de comballte loti ce
qui, divisant, sterilise.
Mes Chers Conciloyens,
An moment d'achever cet expose de mon programme
pourle triomphe duquelje fais un appelardent t tous les hai-
tiens, je crois devoir vous dire que nos amis ct moi, nous
conformant A une id6e qui m'est chere et don't je ne me d6-
ferai pas, nous nous battons pour le succes, mais en envi-
sageant d'obtenir une victoire sans vaincus, une victoire qui
sera la victoire de la Nation et non la n6tre, car la plate-
forme que je defends n'est pas la mienne, elle est celle du
Pays. Le drapeau que je porte n'est pas nn drapean mayar-
diste, c'est un Irapeau Ilailien.











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