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HIDE
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 Declaration preliminaire
 Petition de Me. Antoine Alcius...
 Anse-a-pitres
 Si vis pacem, para bellum
 Les chances de succes






Group Title: Petition aux membres du Corps legislatif.
Title: Pétition aux membres du Corps législatif
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 Material Information
Title: Pétition aux membres du Corps législatif
Physical Description: 59 p. : ; 25 cm.
Language: French
Creator: Charmant, Alcius, 1856-1936
Publisher: V. Valcin
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1932
 Subjects
Subject: Claims -- Haiti   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
General Note: Cover title.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00074024
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 000134887
oclc - 23195713
notis - AAQ0940

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover 1
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    Advertising
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    Declaration preliminaire
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    Petition de Me. Antoine Alcius Charmant au senat de republique et a la chambre des deputes
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    Anse-a-pitres
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    Si vis pacem, para bellum
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    Les chances de succes
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Full Text




t


I

_ /1


I


PETITION
DE Me ANTOINE ALCIUS CHARMANT
AUX MEMBRES DU CORPS LEGISLATIF


V. VALCIN, IMPRIMEUR
Rue du Docteur Aubry on du R6servoir


.PORT-AU-PRINCE ( HAIl ).
., 1932

_ -I


~1;518,




- 1


AVERTISSEMENT


Par un contre-temps regrettable et indepen-
dant de ma volonte, la petition ci-contre n'a
pu dtre deposee qu'hier matin sur les bureaux
du Senat et de la Chambre.des Deputes, apr6s
la emission du Cabinet don't faisait parties Mr
Ernest Douyon, ex-Secretaire d'Etat desFinances
et charge du Service Domanial, le principal
interesse.
11 n'importe I D'apres le principle administra-
tif qu'il n'y a pas de solution de continuity
dans .les affaires publiques, c'est a son suc-
cesseur qu'il revient de r6pondre aux ques-
tions qui font l'objet de la sus dite petition.
Port-au-Prince, le 31 Mai 1932,







* k.








Port-au-Prince, le 30 Mni 1932

AUX SINATEURS DE LA RIPUBLIQUE
AUX DEPUTIES DU PEOPLE
Messieurs les Stnateurs.
Messieurs les D(pnlts,
Avec la prl'sente, je vous remets quelques exemplai-
res imprimds d'une petition que j'ai I'honneur de vous
dresser, par laquelle je vous demande de bien vouloir
inviter Ie'Sacrttaire d'Etat des finances, charge du do-
maine prive de 1'Etat haltien, A se presenter it la seance
de votre H tute Assemble pour s'expliquer sur les
faits suivants:
A la date du 17 Fevrier 1931, I'Etat haTtien, represenle
par le Secritaire d'Etat des finances, a eu a signer avec
nmoi un contract aux termes duquel je lui abandonne
mes droits sur cent carreaux de terre, aux Anses-i-Pi-
tres, don't dt.pend le B,)urg de ce nom, et lui, il s'oblige
de me payer, it titre d'indemniti, la some de sept
mille cinq cents dollars, don't deux mille sur le dou-
zieme du mois de Mars 1931, le sold (soit cinq mille
cinq cents dollars), devait etre porter sur le Budget de
I'exercice 1931-1932.
D'apres le inene contract, I'Etat s'oblige egalement de
presenter ai la sanction du :orps Legislatif un project de
loi lui autorisant I'echange de trois emplacements de
son domaine priv6, sis iA Jacmel, contre quatre cent
cinquante carreaux de mes terres, sis aux Anses-a-Pi-
tres. Cependant, jusqu'ici le Ministre s' -bstine systema-
tiquement dans son refus, non seulement de me payer,
mais aussi de presenter z votre sanction le project de loi
en question
C'est pour avoir de lui des explications officielles,
nettes et precis3s, que j'ai I'honneur de soumettre Ie
cas-i vote hate Assemnblte, e'per.ant que vous daigne-
rez le prendre en serieuse consideration.
Veuillez agrter, Messieurs les S6nateurs, Messieurs
les Deputes, mes bien respectueuses salutations en la
pa trie.
A. CHARMANT, av.





-J B. ^ -,- :. ., .- ^ .


* ^-.vL















DECLARATION PRfLIMINAIRE

Serbtc rolent, script manenit
Vivant dans un pays et ;i une epoque de detaillance
gentirale,ol I'Ame haitienne semble s'evanouir et s'Otein-
dre dans la honte avec les derniers souvenirs des temps
herotaque,: tpoque d'aibaissement des caractres,de man-
que de sincerity et de courag-, civique, du mpris de
l'opinion et des principles de justice et de liberties publi-
ques, en un mot de toutes ces belles choses qui font la
gloire d'un people et I'hoiieur d'un gouvernement;
vivant, dis-je, dans une tell atmosphere de honte, il
m'a paru prudent et sage avant d'aborder le sujet qui
fait I'objet de la petition ci-contre que j'ai I'honneur d'a-
dresser aux Membres du Corp.s Legislatif-- de declarer
que ma demarche n'a aucun caract-ere politique.
* Du reste, comme tous ceux qui s'en font gloire, je re-
vendique, moi aussi, le droit de proclamer hautement
que le Gouvernement de M. Stenio Vincent est mon oeu-
vre, pour avoir contribute -- dans la sphere de mon in-
fluence dans les Arrondissements de Jacmel et de Sal-
trou a son election come Senateur aux elections
du 14 Octobre 1930.
Mon choix n'avait point Mte inspire par aucun interest
sordide; et je suis fier de pouvoir me rendre ce public
temoignage que jusqu'ici je n'ai encore sollicite deM. le
President Vincent aucune faveur, aucun emploi, ni di-
rectement ni indirectement. Pourtant, nous sommes
lies depuis trente ans par une amitie qui ne s'est pas
jusqu'ici dementie. Au contraire: elu Pr6sident de la
Republique, cette vieille amitie s'est raffermie davanta-
ge, s'il faut en juger, tant par la volumineuse correspon-
dance priv6e 6changee entire nous, que par la grande
effusion de coeeur et de sentiment avec laquelle tout
Jacmel et moi aussi I'avons requ le 30 Avril dernier.
Aussi, est-ce pourquoi il disait un jour A Monsieur Er-
nest Douyon, son ministry des finances: ( Dans la rd-
partition de cent mille gourdes que les Chambres ont
votees, il faut penser & Charmant: c'est un ami sAr de
mon gourernement. v (1)
(1) Cette particularity m'a ete rapportie- par M. Ernest Douyon lui-meme.


-- I--~ __c-----~__










-4-


Quand un chefd'Etat de la competence et de in clair-
voyance de Mr Stenio Vincent est arrive Ih rmettre ullt-
telle opinion sur le cornpte d'un de ses iuirnbreux nmis,
c'est que vraiement cet ami-la occupe une place a part
dans son affection.
De mon c6te. i nationalist integral et irr,ductible,
j'avais toujours souhaite I'vivenement au gonvernement
d'un nationalist eprouvt. ayaiit la conflance de la Na-
tion. A ce point de vue, il mi'a sembhl que le pays nii
saurait fair un choix plus heureux en y appelant Mr.
Stenio Vincent. Aussi, j'estime qu'il doit fire un de-
voir imperieux i tous les nationialistes dignes de cc
nom de se grouper autour de son gouverneient, afln
de lui faciliter la tache et de lui permettre de fire lace
a 1'envahisseur.
Sans doute, le Gouvernement de Mr. Vincent, ne
dans les conditions exceptionnellement difficiles que
tout le monde connait, n'est pas sans peche. Mais, c'est
le juger trop s6evrement lorsqu'on a pr6tendu qu'il a
failli 6 sa mission.o Non, il n'a pas failli A sa mission,
le chef d'Etat haltien qui eut A lancer au President Hoo-
ver, le 4 Juillet 1931, le cAblogramme si plein de digni-
td et de patriotism qu'on a lu a l'epoque. i l'occasion
de Panniversaire de l'ind(pendance des Etats-Unis du
Nord, et qui disait dans son discours du 11 Fevrier der-
nier aux Gonalves: fll n'est pas possible, Haiti 6tant le
seul pays du monde entier 6 faire face, depuis des an-
nees, et par anticipation, aux inttrets et 6 l'amortisse-
ment de sa dette publique que, pour une miserable
some de quarante millions de dollars due aux Capita-
listes amrricains, I'appareil militaire et politique des
Etats-Unis continue A peser plus longtemps sur les des-
tinees d'une R6publique americaine, la second de ce
Continent A conqu6rir son indipendance!
En lacirconstance, que pouvait fire encore M.le Pr6-
sident Vincent qu'il n'ait pas faith pour son people? Quels
sont les efforts qu'il eut pu tenter et qu'il n'ait pas ten-
test Quelles sont les demarches diplomatiques qu'il eut
pu entreprendre au-pres du gouvernement des Etats-
Unis et qu'il n'ait pas entreprises pour apporter une
prompted amelioration A notre triste situation economi-
que et politique? Qu'oni soit adversaire ou ami, mais on
ne peut nier que c'est Ah inlassable et louable perseve-
rance de son gouvernement que nous avons pu obtenir
cettelarge concession du gou.vernement Americain-qui
nous permit de drogevr T 1a Convention dtu 16 Septem-


.^A'BLA Bt











bre 1915. en rachetatt i'emprunt de 1922 avant le tcrm6.
convenu ellllre k's Hautes parties cointrmtantes, c'est-i-
dire avant 1937.
On m'exciiser cette longue digression, mais elle
tiait nicessuii'e pour mieux fire ressortir que ma peti-
lion au Corps Legislatif ne s'idresse pus it Monsieur le
President Vi'entl, i la personnel de qui je reste proton-
dcment uttuch, ii moins d'8tre contraint iA dire comme
I'auteur: a Si votes donne; cotre amitie a quelqu'un et
:qin'il ne considdre pas cette auitied sa haute grandeur,
gardez-voas de la prodigiter avant qu'iI n'arrice au
dedain supreme', Je suis I'ami de M.Vincent, mais je ne
le flatte pas pour avoir ses faveurs. Du reste, les flat-
teurs tie sont pas toujours les plus sinceres! Je me repete,
tmon crit ne s'adresse qu'au Secretaire d'Etat des finan-
ces, commune etant seul responsible par la constitution
des faits relevant de son administration. En tout cas, I'a-
mniti6 a ses droits, et le patriotisme ses devoirs: mon at-
tachement a la.personne de Mr Stenio Vincent n'im-
plique pas abdication de ma personnalite, iii n va pas
jusqu'a m'interdire le droit, legitime d'ailleurs, d'expri-
4.er mnes idees et mes opinions sur des questions d'inte-
r6t commun, ni celui de defendre mes inter6ts propres,
et encore moins celui de m'adresser aux Membres du
Corps Legislatif pour obtenir du Secretaire d'Etat des
finances des explications offcielles, nettes, claires et
precise sur Iinececution du contract intervenu le 17
Fuorier 1931 entire I'Etat haitien et moi. Comme je l'ai
dit en commengant, nolis vivons a une Cpoque d'abais-
sement de caractebes odt tout est fausse dans i'Etat.
Aussi bien je ne serais pas, 6tonne de rencontrer des
gens pour desapprouver ma demarche aupres du grand
Corps, si constitutionnelle soit-telle. Mais je ne m'arre-
terai pas a leurs cris interesses et perfides, n'ayant ja-
mais eu peur de prendre la responsabilit6 et toute la
responsabilite de mes actes, quelles qu'en puissent 6tre
les consequences immediates ou lointaines. Et nune
erudimini !














PtTITION
DE Me ANTOINE ALCIUS CHARMANT
AU SINAT DE RIPUBLIQUE ET A LA CHAMBRE
DES DEPUTIES



Messieurs les Sdnateurs,
Messieurs les Deputes,
Victime de l'Etat haitien d'une injustice qui domine et
absorbe ma vie depuis vingt ans, c'est avec une absolute
conflance dans votre haut esprit de justice et d'impar-
tialite que, mettant en exercise le droit de P6tition que'
m'accorde I'article 22 de notre Charte Constitutionnelle,p
j'ai 'honneur de vous dresser la present. Elle a pour
but de vous exposer qu'en l'annee 1910 le gouverne-
ment haltien-sur les rapports que lui en avaient faits
ses agents diplomatiques A Sainto-Domingo que le gou-
vernement de ce pays se pr6parait A la guerre centre
Haiti avait cru devoir driger les Anses-h-Pitres en
Quarter, puis en Commune de 5Mme classes par la loi
du 16 AoQt 1912, au m6pris des droits des tiers, particu-
liirement au mepris des miens.
A ce moment-IA, alors que de toutes parts des mani-
festations inspires par le patriotism Ik, plus pur, le
plus ddsinteresse, se produisaient pour defendre la Pa-
trie en danger, je ne pouvais que donner tacitement
mon adhesion 6 une measure que je considerais d'ail-
leurs comme un acte de pure tolerance. Mais des que le
danger fut conjure, je m'empressai de porter mes rd-
elamations devant le gouvernement.
Le Departement de l'Interieur ayant invoque contre
moi la prescription duiterraipn revendique, un proc6s.
s'engagea entire I'Etat et moi; process qui dura huit ans,
et qui, apres avoir parcouru les games chromatiques
de toutes les jurisdictions contentieuses, se terminal par
un Arret du Tribunal de Cassation, sections reunies, en
date du 6 Fevrier 1920.












A.I; dale dui 28 Mars 1921, I'Etat haltien, acquiescant
a la decision du Tribunal Supr6me, prit initiative
d'une proposition de Transaction, qui me fut communi-
quee par Mr. Dliabarre Pierre-Louis, alors administra-
teur principal des finances de Jacmel.
Le principle de la transactioii ayant 6tC accept. le
Secr6taire d'Etat de I'lnterieur d'alors. Mr. Barnlave
Dartigueinve, 6crivit le 12 Kvril 1921 i l'Administrateur
principal des finances, et lui dit: ( L'idde de la transac-
tion etant arrdtde enprincipe, mon DIpartement vous
autorise t la fire 'abotir ac mieicu des interdts de
I'Etat. (1)
Entire temps, Mr. Delibarre Pierre-Louis a k6t appel6
a Port-au-Prince comme Conseiller d'Etat; et j'avais
des raisoni s persoinelles pour lei pas reprendre les nd-
gociations avec son successeur. Bieintt arriverent le
termne du mandate presidential de monsieur Sudre Dar-
tiguenave et I'lection de Mr. Louis Borno a la Premie-
re Magistrature de la Republique. Cette fois encore, ce
fut le Gouvernement qui avait pris I'initiative de la nou-
velle proposition de transaction: J'eus le rare bonheur
de voir presenter mon affaire deviant le Conseil des Se-
cr.taires d'Etat par Monsieur le Piesident Borno lui-
nmme. C'est ainsi qu'a la date du 22 Septombre 1922,
Monsieur Arthur Rameau, alors Secretaire d'Etat de la
Justice, nm'ecrivit la lettre suivante, sous le Numero 775:
* Le Conseil des Secrdtaires d'Etat m'a autorise de dis-
cuter arec cous un project de transaction, en oue de
mettre fin au litige qui existe entire cons et l'Etat. Je
suis prdt a rececoir totes les communications que vous
pourre3 acoir a me fire 4 cet regard. v
Api-es plusieurs reunions tenues au Palais meme de
la presidence, auxquelles le President Borno nous avait
fait l'honneur d'assister, nous avions pu trouver une
formule de transaction qui conciliat tous les interets en
jeu. Malheureusemeiit Mr. Arthur Rameau, pour des
raisons d'ordre prive, dot se retire bient6t du Ministe-
re.Et lorsqu'en 1925.je voulas reprendre les pourparlers
le Gouvernement n'etait plus dans les memes disposi-
tions qu'en 1922.
Voila, Messieurs les Seniateurs, Messieurs les Depu-
tes, dans quel etat se trouvait I'affaire des Anses-h-Pi-
tres, lorsque prit fin le mandate du President Louis Bor-
no, en Mai 1930. Depuis, en d6pit des difficulties de tou-

(1) Lettre du 12 Avril 1921 au No 407


1










8 -

tes sortes qu'oi prenait plaisir a susciter sous mues pas ;
malgre la deloyaute des uns et I'hypocrisie des autres
pour contrarier la solution de cetto affuire, je conser-
vais obstindment toute ma foi dans le success fill, at-
tendant toujours .'ttablissement d'uin gouvernemeint
nationalist, qui viendrait enflu reparer toutes les iijus-
tices et toutes les tracasseries doutj'ai ete jusqu'alors
victim.
SEn Fevrier 1931, quand je crus le moment venu, je
presentai une troisieme fois I'affaire des Anses-Ai-Pilres
devait'le Conseil des Secretaires d'Etat, qui autorisa le
Secretaire d'Etat des Finances, alors Mr. Perceval Tho-
by, de discuter avec moi un nouveau project de transac-
-tion.
pr6s l'examen des pieces, titres, jugements et Ar-
rots, atu nombre de quarante, nous passames i la dis-
cussion des clauses et conditions de la transaction. (1)
M'etant base sur le prix de 350 dollars le carreau que
'PEtat haltien avait pay6 a Mr. Louis Borno pour ses
terres de Damien, j'avais demand inoi-ineme 150 dol-
lars le carreau pour mes terres des Anses-ij-Pitres.
Mr. Thoby, m'ayant faith 'observer que c'etait mon
droit -de concessionaire q:ue 'Etat achetait, seloi les
terms memes de I'Arret du Tribunal de Cassation je
*dus accepter les 75 dollars le carreau au lieu de 150 que
j'avais tout d'abord reclaims. Voici, d'ailleurs, la con-
tre proposition formulee par le Gouvernement haTtien,
qui a 6et acaeptee pur noi :
lo. Me'Antoine Alcius Charmant touchera de l'Etat
hattien t titre d'indemnitd pour cent carreaux de terre
soixante luinie dollars par carreau, soit 7.500 dollars
au lieu de 15.000 dollars proposes par l'intdressd.
2o. II sera accbrde & Me. Charmant iune concession e
'perpdtuitd de trois emplacements 6 Jacmel, en change
des quatre cent cinquante autres carreaux indument
occupds par lEtat aux Anses-a-Pitres et pour restitu-
tion des droits dejermage perpus par 1'Etat sans droit
hni quality sut' cinq cent cinquante carreaux.
30. II demeure entendu que si les disponibilitds du trd-
sor le permettent, cette valeur sera payee integralement
d Me. Charmant, dans le cas contraire, il sera porter
une valeur de deux, mille. dollars dans te douzieme du
mpis de MaVs 1931, et le sold inscrit au prochain bud-
get de l'exercice 1931-1932.

(1) Voir propositions et contre-propositions a la page.. pieces annexes.


~i


I^:- ^










-9-

De tout cc qui precede, il resort avec la derniere evi-
dence, Messieurs les S6nateurs, Messieurs les Deputes,
que la transaction intervene entire l'Etat et moi est
loin d'avoir le caractere d'une faveur: Elle est Aion seu-
lement rtguliere en la forme et just au fond, mais elle
est autorisee par la loi et base sur des decisions de
nos tribunaux, passes en force de chose definitive-
mentjugae; notamment sur I'Arret du Tribunal de (as-
sation, sections runiies; auquel il a 6tW fait allusion
plus haut.
J'insiste: Je dis que in transaction d1i 17 F 'vrier 1931
n'est pas une faveur que le Gouvernement actuel m'a
faite, en cee sns que le principle en avait OtW deja pose
et accept, tant par le Gouvernenent du President Dar-
tiguenave que par celui de M. Louis Borno, en vue de
mettre fln au litige.
Messieurs les S6nateurs, Messieurs les Deputes, dans
le gouvernement de la Republique, il est des fautes
qu'un Ministre avis6, conscient de la mission Mlevwe
qu'il remplit, ne comment pas sans 6ter une aureole au
gouvernement auquel ii appartient et it iui une sympa-
thie. En effet, les regles les plus elhimenttaires de la mo-
rale veulent que les conventions legalemeint formees
entire les parties soient executees de boiie foi. Or,
I'Etat haltien 6tan t la plus haut'e persiiiiifficaioin mor'a-
le et juridique de la Nltioni. auraitl dlf ettre premier i
donner i ses administPes I'exemple de morale et de
bonne foi. Ma lheureusement, c'est I'exemple contraire
que leur a dounu le Secr6taire d'Etat des Finances,
charge du donmine prive de I'Etat HaTtien. Mais quelle
conflance peut-il inspire aux citoyens le Ministre qui
Ie dit pas toute la verile aux Representants de la Na-
tion pour obtsnir un vote dans une affaire i laquelle ii
ost peut-etre interesse ...
On sait qu'i la stance du 5 Aout 1931 du Senat de la
Republique, Monsieur Douyon avait demand de lui vo-
ter d'urgence un credit supplementaire de cent mille
gourdes, pour acquitter, disait-il, certaines creances
pourjugements rendus centre I'Etat qui ont acquis I'au-
torile de la chose jugee. Et comme PIhonorable Sena-
teur Antoine Telemaque etait oppose au vote de ce cre-
dit, M. Doiiyon lui rappela a qu'a I'une des seances de
ce grand Corps, il avait fait allusion a Me A. Charmant,
qui est creancier de I'Etat et qui n'a jamais 6te paye.
Mr. Douyon ajouta que I'affaire Charmant presentait
certaines difficulties qui n'ont jamais pu 6tre surmon-









-* 10 -


tees; que ce n'est quo ces jours-ci que Ie gouvernement
a enfill reussi .' les surmonter. c'est pourquoi Ie gouver-
nement a cru raisonnable de solliciter ce credit supple-
mentaire pour liquider ses dettes.
Eh.! bien, Messieurs les Senateurs, Messieurs les De-
putes, vous allez etre tout etonnts d'apprendre ,que de
ces cent mille gourdes, M. Douyon a eu it payer quatre-
vingt six mille cinq cents gourdes ai Mr Suirad Villard
tout seul, refusaint systemnatiquement de me rien don-
iier. Mais, d'of vient cetle preflrence, cette distinction,
Le pays, serait-il divise par hasard en deux humanit6s?
Serait-il I'heritage exclusif d'une classes d'haltiens .qui
seule doit connaitre toutes lesjoies de la vie e.t avoir
tous les.prijvileges, toutes les faveurs du gouvernement,
et I'autre routes les miseres, toutes les souffranees,
toutes les injustices, toutes les humiliations?- Non f il
ne peut en etre ainsi fait de moi Je protest, o(1 i11 pro-
testation, je lejure, n'est pas un vaiin sinulacrei; ou
peut m'en croire.
MaIs, n'est-ce pas moa nomin que Mr Douyoii avait mis
en avant A cette s;iaIce du 5 Aoit 1931 du SMntl, come
pour laisser I'impression aux Membres de .e grajid
Corps, que le gouvernemient voulut rdparer toutes les
injustices don't j'avais 'te viclime i propos de cette
affaireo ,
.Sice fut i& la noble peznsie du gouvernemeneit, d'oO
vieit que:Mr Douyon ait tenu uiie conduite si contraire
Ia mon guard ? i 'est ce qui me parait interessantltde sa-
voir. Tout d'abord, *le Ministre devra fair .cciitaitre
l'emploi qu'il a fait du sole du credit de cent mille
gourdes qui lui avait ete ouvert pour me payer,.et de-
duire aussi les raisons qui avaient pu le dete:ininer a
ne pas porter.au Buidge- de 1931-1932 ma crdance de
7.500 dollars ni ii ne pas presenter i la sanction du
Corps Legislatif le project de loi autorisant I'echange des
trois emplacements de l'Etat, sis i Jacmel, centre mes
quatre cent cinquiate carreaux de terre des Anses-t-
Pitres? Enfin, M. Douyon devra dire aussi pourquoi,
cette annee encore, il n'a pas porter la valour sur le bud-
get du prochai'n exercise 1932-1933, don't il a effectue
le dep6t sur le bureau de la Chambre des Deputes dans
sa seance du 20 Avril dernier ?-Est-ce parce quej'ai eu
la pudeur de ne lui avoir pas parld le language de Ca-
lipso au depart d'Ulysse t..........
Mais, sommes-nous revenues Ai '1'poque oC les Minis-
tres savaielt prelever- leur petite dime sur toutes les










- 11 -


valeurs que devait I'Elat aux particulierst Eln tout cas.
une colnuile si contraire aux principles d'hoanieur et de
ioyialll qui doivent ciractlriser tout honnete lhomme
dans I'cxecutior des ,'ontrats de cette nature est certai-
nement indigne d'uni Ministre d'Etat. Ailleurs, les mi-
nistres sottjaloux d ie lpa.- laisser avilir d ums leurs
mains I'iutm itoe qui leair est tonifiee. imais en Haiti la
plupart des Secretaires d'Elat se tigurelit qu'il suffit
d'etre ui g and ienteur, labile dans I'art de tromper
les gens., i'a pportaut dais les affii, es publiques aque
lear bonne votontc., pour renidre Ie people heureux!
Est-ce n quoi conisiste loute la science tiniancire de
I'hom ine .... .........
Pour ma part, j'avoue que Ie people qui consentirait
i vivre plus longteinps sou. un tele regime, serait en de-
lhoJi du.droit public des peulles libl es.
. Depuis'le I.te de ce credit suppleiiieiiaire 'le cent
mille gourdes par le Corps Legislatit, de nombreux do-
cumllenls relatifs i mfa cireaiie.nt south passes sous les
yeux. lis soul venus etablir d'uioe iaiiiee 110on equivo-
que que Mr Douyoii avait surprise la bonte foi des hono-
ruibles Senateurs de la Republique, lorsqu'il leur disait
a la seance du 5 Aout 1931 ( qtue I'affaire Charmant prd-
ssetuit des di fuiltes que le gonioernement n'a pIusr-
nmonter que ces jotrs-ci; c'est pou'quoi ii a cra ri'ison-
ntu ae de solliciter ce credit pour liquiider cette dette.
Ehi! bien, Messieurs les Siealeurs, Mcssieuis les De-
pute., vous allez etre tout surprise i'apprendre que ctcle
declaration de M. Douyon etait fausse. archi-rausse. A
'appui de a denenigation, je vous -apporte des preuves.
S'il etait vrai, comine vous l'utflimait Mr Douyoi, que
le gouvernement avait surmonit toutes les difficulties
dans cette aufai'e, d'ot vient que l'accord du 5 Aout
1931 ag ant aboli le visa du Conseiller financier, laissant
a Mr Douyon le droit d' disposer sans control preala-
ble des credits all'ouds a son Departement, faisant de
lui seuljuge des tirages taits centre pieces justiflcati-
ves, de leur quantum et de la necessity de la defense;
d'oo vient, dis-je, que jusqu'ici je ne suis pas encore
payve Laveiite est que jusqu'ici M. Douyon, soit par
incoempetellce, soit par la peur du bIlaec, n'a eu ii sur-
monter aucune difficult relative it I'aftaire Charmant.
Voici en qyoi consiste la premiere difficult: M. H. A.
Pixley,'*eiller financier adjoint, digne 6mule de Mr
le Dr W. Cumberland, qui:n'a jamais perdu une seule
occasion de critiquer avec un certain dedain les d6ci-









12 -

sions de ia justice haltienne, a eu 6 declarer a qu'il ne
visera le mandate de pavement des 7.500 dollars que me
doit l'Etat qu'apr&s qu'il aura examine lesjugements
et arrets sur lesquels le Gouvernement s'est base pour
transiger avec moi, ajoutant que celui-ci aurait dd le
consullter avant de s'engager dans cette voie.
La these de Mr R. A. Pixley n'ayrantjamais 6et com-
battue par M.Douyon,aucune difficult relative l'affaire
Chairman t n'a pu douc tre logiquement surmontee.C'est
le contraire qui est vrai: c'est plut6t done moi qui eus
& ia combattre dans un exploit que j'avais fait notifier a
M. Pixley, minister de l'huissier Hippolite Camy du
tribunal de Cassation de la Republique, et oi je lui di-
sais: S'il est incontestablement vrai que le territoire
d'Haiti est occup6 par les forces militaires du gouverne-
ment de votre pays, en violation des principles les plus
6elmentaires du droit des gens et de la problem interna-
tionale, mais ii est non moins evident que, juridique-
ment, Haiti conserve encore tous les attributes de sa
souverainet6; que, dans ces conditions, son gouverne-
ment n'avait pas a consulter I'office d'un fonctionnaire
place sous ses ordres pour exercer un droit de solve-
rainete sur une parties quelconque de son territoire. En
outre, j'avais rappele A M. Pixley le principe constitu-
tionnel de I'ind6pendance des pouvoirs-principe d'a-
pres lequel il est radicalement incompetent pour s'im-
miscer dans les affaires du Pouvoir Judiciaire; d'autant
moins qu'il n'est ecrit nulle part dans la convention du
16 Septembre 1915, un article qui lui confere le droit
exhorbitant d'examiner en dernier resort les decisious
rendues par des tribunaux haitiens, notamment celles
rendues par notre Haute Cour de Justice. Mr Douyon,
au contraire, soit par manque de courage ou de volon-
te, n'a jamais osd opposer une resistance opiniAtre aux
points de vue du Conseiller financier. II en a du rest
fait lui-m6me l'aveu dans sa lettre du 5 janvier 1932 A ce
fonctionnaire, publiee au Moniteur. Faisant allusion A
mon affaire, M. Douyon a eu A faire cette confession :
Sque de lourdes condamnations judiciaires prononctes
centre l'Etat, non encore acquittees et don't les interdts
et les astreintes s'accumtlent dans une proportion fan-
tastique.
Repondant au Ministre Douyon, le Con finan-
cier lui a formellement declare, dans a: e du 28
janvier 1932, qu'il considere I'6tat actuel dea lgisla-
a tion haltienne-en ce qui concern les jugements ren-









- 13 -


a dus.contre l'Etat-comme representant un facteur tres
daugereux et subversit pour l'avenir du pays.
*ll ne sera jumais possible i I'Etat HarTien, a-t-il ajou-
Std, de mainteiir un budget bicni equilibre, ni d'admi-
" nistrer les finances publiques d'une facon reguliere et
* mdthodique, bLtt que toutes les resources du tresor
a resteront sujettes i la decision d'un juge. Et il con-
clut en ces terms: a Si les jugements et reclamations
existants, pour lesquels les interets ou les astreintes
a s'accumulent dans uine propt tion. fantastique. etaient
* pays &l'heure actuelle, ils reduiruient si consid6ra-
Sblement les disponibilitls du. Tresor qu'il en resulte-
, rait une interruption des fonctios -erdinaires et ne-
Scessaires du gouvernement. C'est lI une situation qui,
,si elle tait adinise en pratique-comme en principle, ne
t ferait que susciter des measures exceptionnelles qui,
" pareleur essence m4me, rejetteraient le system en
* question.* Coinme vous le voyez, j'avais raison de
vous dire; Messieurs les Senateurs, Messieurs les Depu-
tesi que Monsieur Douyon vous avait cache la v6rite
quand ii vous d6clarait que le gouverrement avait sur-
monte toutes lesdifficultes i relatives i l'affaire iharmant.
Le passage ci-dessus de la lettre du Coiiseiller financipr
est le dtuienti le plu? former qui puisse .tre inflig6 a sa
declaration au Senat.
En tout cas, M. Douyon a fait preuve d'une faiblesse
coupable en acceptant A subir le joug humiliant du Con-
seiller finacier, qui a.declarue que s'il paye a I'heure
actuclle les condamnations pecuniaires prononcees
centre I'Etat haTtien, elles r duiront considerablement
les disponibilits du Tresor. *
Commnentt il n'y pus d'argent pour payer aux hal-
tiens, et le Conseiller financier, en trouve pour payer
spar anticipation a la City Banque des interets sur
l'emprunt de quatorze millions? II n'y a pas d'argent
pour payer aux haltiens lesicondamnations prononcees
en leur faveur centre 1'Elat, quand le Conseiller finan-
cier, dans sa lettre du cinq janvier 1932 au Ministre des
finances, pr.voit d6ja que le nouveau contract de la
'compagnie national (f) de chemin de ftr qui n'est
meme pas encore 'sqjctinnne par le orps Legislatif-
n6cessitera un debours Ide.plu d'un million de gourdes
en l'ann6e 1933t (1)
.(1) Ce c itean nouveau grelot que le gouvernemnent nous attache
an cou. Avee noa companies de camions et d'autos, je. ne vios vraiuent
pas Ia nmaee ite d'uoe coiupagoni de .* chlin di- fer, di'antant .qu rI n ir'









- 14 -


Le Conseiller financier va plus loin: en vue de prote-
ger exclusivement les interets des. amdricains, ses com-
patriotes, il a sugg6re au Secretaire d'Etat des finances
de ne pas payer aux haltiens des dettes legalement
contractees envers eux, de maintenir plut6t ses reser-
ves de facon a pouvoir faire face aux obligations que
l'Etat a contractees enivers les companies amnricaines
de chemin de fer. Et dire que .M. Douyon. dans sa re-
ponse au Conseiller financier, n'a pas relevA cet outra-
ge fait au gouvernement haltien. A entendre dire le
onseiller financier il n'y a a pas d'argent pour payer
aux haltiens des: obligations contractees envers eux par
l'Etat haltien, cependant dans sa lettre du 11 Decembre
1931 au Secretaire d'Etat des Finances, il a ddnonc6
Existence, pour I'aunde 1931, d'une some disponible
de huit cent trente sept mille gourdes au credit' de 1'E-
tat haltien sur les valeurs qui avaient Lte votees pour la
construction et refection des routes. II n'y pas d'argent,
dit le Conseiller financier, pour payer des cr6ances de
'Etat haltien, cependant il en avait trouve en Septem-
bre 1931 pour payer cinquante mille dollars de faveurs-
sous forme d'indemnitds- aux fonctionnaires ameri-
cains qui s'en aliaient chez eux, apres avoir suce le plus
pur sung des pauvres haftiens! II en avait trouve enco-
re pour payer les frais de s6jour, dans leur pays, 'des
officials du trait en cougd, ainsi que leurs indemnites,
agrementdes de leurs frais de deplacement?
II n'd pas d'argent pour me payer, cependant on en a
trouv6 pour payer les titulaires de certain emplois de
taveurs qu',n a' creds tout recemment, ainsi que cer-
tains postes consulaires 6 I'dtranger qu'oi a 6galement
cr66s pour des amis et parents! Mais qu'attend M. Er-
nest Douyon pour me payer t Que je suis mort et
que ma memoire soit oublidecomme cells de Mass6-
na Pdralte, de Georges Sylvain, d'Auguste Aibert, d'Ar-
thur Franiois, d'Auguste Holland, d'Hamilton Killick,
de Benoit Batraville, de SaOl PDralte, de Clement
Domingue et d'Elie Guerin !
On sait que le 5 Aout de l'annde derniere, le Corps
16gislatif avait vote une loi accordant des rentes via-
g6res A leurs veuves, filles et soeuliJusqu'ici M. Ernest
.Douyon ne s'est pas souci6 de presenter cette loi au

vons pas de route de pdn-tration, quand nous sommes dja si pauvmr, avec
une dette de 14 millions sur le dos. Avee eette compapie amdricaine,ce ser*
tWujours I'occupation aminrivaine, sons une formne dfpis .".-


''
~I










- 15 -


President de la Republique pour etre promulguee. A
ces conditions, i quoi r)oo pousscr son patriotism jus-
qu'au supreme sacrifice desa vie, quand on est si vite
oublie par les siens I I:ni presence de cette douloureuse
constatation, ne suis-je pas en droit de me demander
si j'avais raison de repousser, come je le fls en 1914,
les offres-seduisantes que m'auvit faites le gouverne-
ment dominicain, par I'interntdiaire de son Consul i
Jacmel, pour mes terres des Anses-A-Pitresl.... (1)
Messieurs les Senuteurs, Messieurs les Deputes, I'at-
titude passive et rresignee qu'& prise M. Douyon dans le
reglement de mon afiiire avee le Conseiller financier,
m'a laisseIl'impression que mes interets u'avaieit tre
defendus avec toule la competence et toute la fcrmete
voulues, trop occupy qu'il efait peut-etre au reglement
de certaines autres affaires de I'Etat bien" plus impor-
tantes.
Ma supposition est base sur le fait que dans sa lettre
du 9 janvier 1932, adressee au Secretaire d'Etat des fi-
nances, le Conseller financier tie s'est 6leve que centre
a les condamnations judiciaires, pronounces centre
I'Etat haTtien, et pas plus. (2)
Or, cette categories de creances differe tres sensible-
ment de la mienne, qui n'est resultee d'aucune con-
damnation judiciaire : II s'agit purement et simple-
ment de I'exedution d'une convention inter venue libre-
ment entire I'Etat haitien et moi le 17 Fevrier 1931. Cette
convention n'a pas le caract6re d'unjugement suscep-
tible a de cider le tresor detoutes ses reserves !disponi-
bles s. Au contraire : aux terms de cette Convention,
j'ai abandonne a 1'Etat. les droits que j'avais sur les

(I) ConuWJat de Rdpwblique Dominicaine
Jaemel (HBati)
Jaemel, le 20 Aout 1914.
A Monieur A. Charmant,-Avocat
E ville
Monsieur i'avocat,
Dans moa rapport du mois de Juin dernier, j'avais attire 'attention de
aoon gouveaememit sur un avis que vows aviez fait publier par le Journal
SLa Pate a, anmmno la mise em vente de ves terre aux Anses.a-Pitres,
ur la rive oceedeitale de Il Riviere des Pideruales, dans la parties dite frans
gaise.
Mon gonuemeawt, s6uceuo de mnttre Afn aux contestations qui divisent
les deur wlpl lique au sujet de cette parties de Is fronti.re Domnicaine-.
Haitienne, m's donnl plioc pouvoir'de diseuter avee vous les conditions de la
vente de vsn tetm&.
(9) Voir lettre publiAd dabslda rmuli bidU: jauvier 1939'du Mbditeut.












cent earreaux .de.,terre. don't depend le Bourg des.
Anses-A-Pltres, mayeuna*t.une .indemnite de sept-mille
cinq cents dollars.. L'Etat tire de cette transaction. I'i-
nappreeiable advantage de n'6tre pas tenu de me resti-
tuer les trente cinq mnile goudes pro.venant des droits
locatifs et de fermage de ces terreq qt'il peroit sans
droit ni quality depuis vingt ans et qu'il continue- encore.
a percevoir. (2)
D'autre part en admettatt un. instan 'khypothbse
que ma creanee fet le rtisultat-od'une coiEdamnalion
judiciaire quelconque, maisen quoi cela eegarder~it-il.
leconseiller financier't En effect, aux terms de.'article
5 de la convention du 16 septembre 1915 conciue entire
le gouvernemenL des Etats-Unis et celui de la Republi-
que d'Haiti, il est stipule ce: qui suit: -aToutes les va-
Sleurs recouvrees et encaisees parole Receoeur General
Sseront appliques : lo au pavement des appointments
et locations du Receveur General, de see auxiliaires et
employes et des depenses du bureau de la recette, qui
comprendront les appointments et les defenses du
Sconseiller financier : 2o 4 l'intert et de I'amortisse-
Sment de la dette publique de la Rdpublique d'Haiti ;
a 30 I'entretien de la police visde 4 I'article 10 et le

*Ai-je'm6d e besoin de vous recommander la plus grande discretion pouei-
ble sur ma lettre jusqu'au moment de la passation des aces, tant dans vos
int6rBts que daoa les miens.
Avant tout, ne penaez vous pas qu'il serait ancessaire que nous ayons un
iehange de vue iur lea diffrents points de la route qui traverse vos terres?
Ces conversations prdliminaires me permettraient de cunnaitre vos prtten-
tions d'une maniere positive. A cette fin, je vous prie de bienvouloir me fixer
un jour et ine heure auxquels nous pourrions nous reunir, Sit chez vous on
chez moi. Dans I'espoir que vous ferez un accueil sympathique a ma ddmar-
che, je vous prie d'agreer, Monsieur I'avocat, mes salutations trAs distinguees.
EUG. GARRIDO
Jaemel, le 24 Aoli 1914.
A Monsieur Eugenio Garrido,
Consul Dominicain
Jaemel
Monsieur le Consul,
Je m'empresse ddevous. accuser reception de votre lettre du 20 de ce
mois, don't le eontenu a.en ma meilleur attention. Je sais.au regret de-.vous
dir que le sentiment du patriotinae le plus eldmentaire m'empdche d'entrer
en conversation avec vous au sujet des terres en question. J'epere qu'en bon
patriote dominicain que vous hteo, vous comprendres moo attitude reservee
et n'isisteres pas sur Ia question. Veuillex agrder,. monsieur le Consul, mee
sineres et symupathique. salutations.
A. Chwrmaun,--avocat.
(2) Voir lere t e Administrateur:des finaees de.Jaemel.


- 16 -


L~' r_. i~-8: ~-~I~-~~-Y~PC-I










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, sole a'i gouoernement haitien poawr .ses depenles
* courantes. .
Or, de l'aveu mime du Receveur G6neral, tant dans
son dernier rapport mnesuel que dans sa lettre du 30
septembre 1931 rappelee plus haut, adressee au Secre-
taire d'Etat des finances I'exc6dent affected au tresor
public s'dleve it seize millions quatre cent soixante
trois mille gourdes.
L'existence de cette valeur au credit de l'Etat haitien
etant officiellement denioncee et constat6e, on est A se
demander pourquoi Mr le Secretaire d'Etat des Finan-
ces, en vertu du dernier alinea de Particle 5 de la con-
vention reproduit plus haut, et 6 de 'accord du 5 AoQt
1931, 2Ame, 3eme et 4eme alineas, n'a-t-il pas fait dres-
ser le mandate de pavement des 7.500 dollars qui me
sont dus en verlu du contract du 17 Fevrier 1931 t Et,
puisiqu'il s'agit d'acqui-ition de proprittes immobilie-
res, je suis encore a me demander pourquoi Mr Ernest
Douyon n'a-t-il pas fait prendre un arrett par Ic Pre-
sident de la Republique pour painimnt dte cetle valeur
en vertu de la loi du 23 Decembre 1925, qui dispose
en son article premier, 2eme alinea : a que les acqui-
sitions de propridtes immobilibres don't la ,aletir n'ex-
cddera pas cent mile gourdes, pourront 6tre juites en
verti d'un arrdte dit Prdsident de la Republique pris
en conseit des Secrdtaires d'Etat sur le rapport des Se-
crdtaires d'Etat de lIntdrieir et des Finance.s P. I1)
Mais, n'est-ce pas en conformity de cette loi que le
gouvernemrent haitieii a eu a faire de Mr Georges 0.
urand I'acquisition de 6 hectares 45 ares de terre si-
tu6s a Duverglas, daus la sectionn de Saint-Martin, com-
muae de Port-au-Prince, pour'la some de trois mille
deux cent huit gourdes ?
N'est-ce pas en conformity de cette m6me loi qu'un
credit de dix-huit mille cinq cent quatre-oingt six
gourdes avait 6te ouvert aux Ddpartements de l'lnte-
rieur et des Finances pour 'acquisition du meme Geor-
ges O. Durand d'une propri0te nue situee sur le grand
chenin conduisant A LeogAne, de 40 metres 35 de fa-
cade, sur 32.metres 50 du c6t6 oppose sur 168m. 25 de
profondeur.t (2) .

(I) Voir Ioniteur du 28 Dinmbre 1925
(2) Voir arn t du 16 Mar 1926, Moniteur du 26 du m6me moist, mime
anae.










- 18 -


En outre, le 4 -Septembre 1923, n'avait-on pas vu le
president Borno prendre un arrtel ouvrant un credit de
huit mille cent dollars au department de la Justice,
pour payer des condamnations prononc6es contre I'Etat
par arret du 4 Fevrier 1921 du Tribunal.. de Cassation
de la Republique d'Haiti, au profit du a Comptoir Fran-
Cais, sous une astreinte de dix. dollars par jour de re-
tard I a Pourtant, toutes ces valeurs ont etA payees par
le tresor public, au moyen des disponibilites de 1'exer-
cice en course, sans la moindre protestation de la part
du Receveur General. D'oQ vient I'attitude hostile que
prend aujourd'hui le m6me fonctionnaire vis-A-vis du
gouvernement de Mr Vincent ? Aurait-il rencontre dans
ce gouvernement moins de resistance que dans celui
de Mr Borno, ou bien parce que la cooperation 6tait
plus franche avec le dernier 1. Ah I Messieurs les S6na-
teurs, Messieurs les Deputes, ayons le courage de I'a-
vouer : n'est-ce pas ce manque de courage et de fer-
mete qui a permits A I'americain d'etendre son influen-
ce pernicieuse comme il le fait, dans toutes les sphe-
res de l'activite national ?...
Et, n'est-il pas vraiment triste,-rien qu'j le penser.-
que:si j'obstiens un.jugement de condamnation contre
1'Etat haitien et que je vende ma creance au premier
americain venu, cet heureux exotique sera paye du
jour au lendemain de I'integralite de la valeur par Mr
Ernest Douyon I..
Ah n'est-ce pas que Fred6rique Marcelin avait rai-
son d ecrire a que c'est un bien triste heritage que celui
d'etre ne... haitien a
J'en fais aujourd'hui la triste experience, malheureu-
sement a mes depens et beaucoup trop tard !
0 nationalism haitien : tu n'es qu'un mot ...
Avais-je done tantsouffert,et fait tant de sacrifices de
ma sante, de ma fortune. et de ma liberty pour 6tre
trait aujourd'hui avec si peu d'egards par, un gouver-
nement nationaListe ? (1)
J'arrive maintenant A la question d'echange de, pro-
priates.- Dans toute democratic, ce sont les actes qui
decident de la valeur d'un gouvernement : 11 s'agit de
savoir une fois pour toutes, si le gouvernement actuel
(1) Mon martyr eat legendaire: il eat conou de tout le monde, haiiens et
strangers. De 1924 a 1927, j'ai eu a subir' einq condamnations judiciairet,
ua Penitencier National, i Port-au.Prince, et dams Ila priom de Jaemel, pour
/a defense de la cause national.










19 -

entend courber, lui aussi, une tete docile devaut I'om-
nipotence du Conseiller financier et reioncer 6 son
droit de gouvernement libre et" independent, ou bien
s'il est decide exercer ce droit avec toute la fierte qui
convent i toutgouver~neienit ayunt une pleine cons-
cience elde ses droits et de ses devoirs, soutenu par
I'estime et de la conflance des patriots!
Le 17 Fevrier 1931, I'Etat haltien, dans la plenitude de
sa souverainete de nation libre et independante, sign
avec moi un contract d'tchange de proprietds, sous la
reserve de la sanction du Corps Legislatif. (1)
En execution de ce contract, les trois emplacements
qui ei font l'objet turent designs ai Departement des
Finances par na lettre du 10 Mars 1931. Et par la sien-
no i-n duale diu 22 du meme mnis, uiem e ailiee, au No
473, le Miniistre porta A ma connaissance que ces empla-
cements ont'et& hldiques i I'offlce du Conseiller finan-
cier. Depuis, j'ai ph savoir, de o source semi-oficielle.,
que ce ftonctionnaire se serait oppose i I'execution du
contrat,idd6clarant que 1'Etat hattien,n'ayant pa.s la libre
disposition de son domaine, aurait dd consulte"r son offi-
ce au prealable. Mais ce qui est triste ii dire, Messieurs
les Seianteurs, Messieurs les Deput"s, c'est que M. Dou-
yon a acceptW froidement cette avrnie, qui aitteint si
protimndemtnt le prestige et la dignity inmen du gou-
vernement auquel it appartient...
S'il est incontestablement viai que le Conseiller ji-
nancier n'est pas qu'un Conseiller financier, il est un
dictateur financier et que ce qu'il dit sefait sans discus-
sion ) parce qu'il exerce un pouvoir absolu sur les acti-
vit6s financi6res d'HaTti; mais il est non moins vrai que,
grace a la faiblesse et a l'incomp6tence notoire du Mi-
nistre Douyon en matiere de finances, le Coniseiller fi-
nancier exerce une dictature plus humiliante encore
sur le domaine national. En'eftet, lorsque le gouverne-
ment d'un pays i'a pas administration et to contr6le
de ses finances, et qu'. ce grarjd malheur est venu s'a-
jouter un autre bien plus grand encore: la perte de l'ad-
ministration de son domaine, peat-il so considered se-
rieusement comme un people libre, independant et
souveraiu I...
Pour ma part, j'avoue que je me mtfierais d'un gou-
vernement qui consentirait a vivre sous un tel regime,
sans tenter aucun effort pour s'en d6barrasser.
(I)-Voir annexe, No....









- 20 -


Je comprends Messieurs les Stenateurs, Messieurs les
D6putrs, que le people haltien subisse l'Occupation de
son territoire comme un fl6au, un inalheur public, par-
ce qu'il est un people faible et sans defense, ne pouvant
m6me pas computer sur le concurs d'aucune puissance
amie pour venir a. son secours. Je comprends aussi
que ce que dit le conseillqr finaincier,h propos de nos fl-
nances,se fasse sans discussion parce que la convention
du 16 Septembre 1915 lui en confle la garde et I'Admi-
nistration. Mais, lorsque, au contraire, c'est le gouver-
nement lui-meme qui, de propos delibirir, snis vergo-
gne, livre A l'amiricain I'adiniistration de son territoire,
la question devient autrement troublante. En effet, le
fait en soi u'implique-t-il pas un aveu d'impuissance ou
d'incapacit6 d'administrer soi-mAme son propre terri-
toire N'est-ce pas, du mnme coup, avouer qu'i n'y a
pas dans le pays d'hommes suffisamment probes, suffl-
samment houn6tes et comp6tents auxquels on puisse
confler la Direction de cette administration ?.. .
S'il est vrai que la responsabilit6 de ce. deplorable ctat
de choses retombe tout entire sur I'adiniiistration de
Mr. Louis Borno, manis le Minlltre Douyon i'est pas
moins coupable de voiiloir le perpituer, s'il faut en juger
par. la.fiblesse qui a pr6sid a i I'ccord du 5 AoQt 1931,
don't le moindre quele pisse dire est de n'en rien dire m.
II est encore coupable d'ovoir faith .revivre la Compagnie
Nationale.de chernin de fer d'Hatti, au m6rpris par trop
brutal de l'arr6t du Tribunal. de Cassation de la R6pu-
blique qui en avait pronoiinc la dech6ancie.. Apr6s quoi,
peut-on s'6tonner que le Conseiller financier, suivant
'exemple part d'en haut, m6connaisse, lui aussi, des
decisions de nos tribunaux et refuse de s'y. conformer?
Messieurs les S6nateurs, Messieurs les DLputdts, on a
fait beaucoup de biuit autour de la question d'laltiani-
sation des services publics. Mais, n'en doutcz pas, cette
question ne se comprend pas sans I'haltianisation du
Bureau des Contributions'. II n'est pas possible que le
people haltien continue a vivre plus longtemps sous le
r6giine vexatoire et humiliant de la loi qui a institu6 ce
tiureau; non-seulement parce qu'elle est inconstitution-
nelle, mais parce qu'elle constitute une honte pour cer-
tains haltiens,-si elle ne l'est pas pour d'autres.
Une r6forme complete de cette loi s'iinpose .sans tar-
der. 4,omment, en effet, uak nation peut-elle se dire
libre, quand les delxa branches les plus essentielles de


. ,









- 21 -


son administration tchapplent totaleient a son contrtlc
et se trouoent dans les mains de Cdtranger I
La loi qui a institute le B11reau des Contributions,at qui
a permis au Conseiller financier de declare a que l'Etat
haitien,'a pas la libre disposition de son territoire est
incoustitutionnelle: d'abord, parce qu'elle viole le Cons-
titution eunses articles ler, :$. 29 et 75. imrne alinuda.
La Rpublique d'Hatti dit l'article ler e.st tine et in-
divisible. Elle est essentiellement libre, socueraine et in-
Sddpendante; son territoire est inviolable et ne pent dtre
alidnd par aucun trait ont par atcune convention. i
Doic, la constitution a tde inanifestement violee. Et
dire que c'est M. Douyon, le grand nationalist d'hier,
celuiqui tcrivait en 1929, dans le journal a La Presse ,,
que le pays en avait assesde l'occupation, et qu'il ne com-
prenait pas quele fls reste impassibte quand on assassine
la mere,, c'est M. Douyon, dis-je qui devenu aujourd'hui
Ministre, se fait:l'instrument de l'oceupant pour conti-
nuera assassiaer la mere commune! Nul ne peut le coti-
tester d'apres la loi'sur le service des Contributions, le
Ministre de Firnances relieve du directeur de ce service
puisque c'e t bietr ce dernier qui nornme aux emplois et
tfontions publiques, notamment les Inspecteurs et Pre-
poses de Contributions,. contrairement a I'article. 75.
6teme.alinea de la Copititution. Cette loi est encore in-
constitutionnelle, parce.qu'aux terms des articles 28 et
29 de la Constitution, aucun des trois pouyoirs ne peut
deleguer ses attributions ou sortir des limits. qui lui
sont fixees. \In r6alile, le service des Contributions n'est
autre chose qu'une d6llgation du Pouvoir Ex6cutif a
so.n Directeur general. Cette loi viole enfin la Constitu-
tion,.paice que la loi du.4Aoit 1924, en supprimantl'ad-
ministration des finances, avait laiss6 aux prtefels des
arrondissemtents.toutes les attributions qui etaient devo-
lues au premier; mais la loi du 26 juillet 1927 ayant
abrog -celle du 24 Aoot 1924,. I'administration du po-
maine prive de l'Etat eat pass6eau service des Contri-
butons, c'est A dire 6 un fonctionnaire blanc, design
par le President des Etats-Unis. En resume, c'est le
Conseiller financier qui a raison, quand il a declare que
SIEtat haltien n'a pas la libre disposition de son domai-
ne. -
Vous savez d6ij, Messieurs les Senateurs, Messieurs
les Dpputes, ce qui en est resulted : armed de cette loi cri-
minelle.et anti-patriotique le Bureau des Contributions
s'estjivr~ da ps toute la bRpublique A la depossession et











t l'expulsion brutale de nos pa.uvrespaysans sans defen-
se, qu'il consider comme.uneproie livrte i.-son aviditY.
Pour ma part, j'estinme que la question. agraire, qui
est I'16ment vital de toute nation, ne devait pas etre
traitee avec cette pueriite d6sinvolte: Dans tous les pays
du monde o6 domine le sentiment de l'honneur et de la
dignity national, c'est I'Etal lui-meme qui administre
son territoire, soit directement, soit par del4gations
donnees 4 des fonctionnaires nationaux choisis par le
Chef de I'Etat et commissionnds par lid. Done, la loi sur
le service domanial et celle sur le service des Contribu-
tions, qui livrent I'administration du territoire dela Re-
publique d'Halti aux iamritaiis d6eigigns par le Prtsi-
dent des Etats-Uniset nommes par le directeur general
des Contributions, derogent aux articles ter, 29 et 75,
66me alinea de la Constitution; et cette derogation n'est
autre chose qu'une alienation dgguisee du territoire,
une oatteintte port6e au principle constitiitionnel de 'in-
violabilit6 du territoire et de la souverainete national.
La justiceetl'honneurnational protesteilt non se.ilement
centre la violation de ces principles tutelaires, mais en-
core contre la violation du principle objectif inherent a
t'inviolabit6 de la'propri~te.
En some, Messieurs les Senateurs, Messieurs les
D6putes, en quoi consistent. la Patrie la. sou~verainete
national et tout ce qui fait la raison d'etre d'an people,
si ce n'est la libre disposition de solt Pourtant, voilia
que le Conseiller financier a declare *quie legouverne-
ment haftien n'a pas la libre disposition de son territoi-
re .-et le Ministre Douyon n'a pas eu le.courage de re-
lever I'outrage.Ne l'oubliez pa.,Messieurs les Seuateurs,
Messieurs les Deputes, le -territnire national constitute
un des legs les plus precieux faits par nos a;eux it leurs
descendants. Ceux-ci doivent recueillir ce legs avec
l'heureux pressentiment de le conserve et de le trans-
mettre intact a leurs enfants et arrieres ljetits-tils. Or,
une loi qui accord volontairement i I'etranger, it Ien-
vahisseur~, le droit d 'aditinistrer le territoire national et
de contraindre des citoyens sans defense,. celte loi ne
pcut etre considered que comme un suoet permanent de
l~gitimes mtecontentemeats, susceptible d'entraltier lh
people des campagnes, si amoureux de ses terres, a uwn
soul vement general pour'defendie ses droits,
Ce n'etait pas assez de nous'engreisder deson satig,
de aibus abreuver de sa sauegr', sa'ns aoir jamais peris
qu'il iA droit de la pait 'de nos gotivernements &- ~' peu











de; piti6 et i certain dadotmrnagesmits pour lout ce
que nous lui avons fait souffrir; ce n'etait, pas assez
qne nos injustices I'avaient.chass6 du sol natal; ce n'e-
tait pas assez d'avoir traflque de so'n malheur, mais
voild qu'apres l'avoir ainsi spolie et T'avoii envoy" com-
me des parias, trainer la honte national h Cuba et h
Smito-Domningo, nous le livrons maintenant h la rapaci-
te de l'Americain par des Jois ciiminelles, qui le replon-
gent dans un esclavage plus dur que celui du temps
colonial. Le pauvre paysai est toujours ainsi le souf-
fre douleur de la Nation.
X Pour lui, nous ne crQyonS.devoir jamais, lui reserve
que ce qu'il y a deplus dur. C'est lui qu'o'i. ea.vp.ie aux
corv6es, qu'on condamie*, uan travaux forces et qu'on
fail endosser la casaque du torcat. Lui seul p.~e se irum-
p6ts et seuls nous en retirons, tous les avaiitagg~ AsTi (st
temps que le President Viticent pense seriq semibnti;
reparer cette injustice par I'abrogation ou lf iaitifick-
tfon de toutes ces lois,' qul cojstitueit uneP hQ.nte, noii
seulemnent pour le gouvernemeit d' Mr. Louis Born'i
quinesaavti.tft.iaftr t r mais aussi pour ceiui qui in'urait
pas le courage ou la valonte do les raipporter. 11 faut
vraitnent n'etre pas patriot pour ne pas ressentir un
sentiment de profonde indignation, en entendant le
Conseiller financier d6clarer que l'Etat Haitien n'a
pas la libre disposition de son domain priod. N'en
doutez pas. Messieurs les Senateurs, Messieurs les De-
putes, ces propos ont e'6 proferes par M. R. A. Pixley,
le Conseiller financier adjoint; et c'est precisement la
raison pour laquelle Mr Douyon ne peutjusqu'ici pre-
senter a votre sanction le contract d',change en.tre I'Etat
et moi. A ce propos, le.jo..wd- e-ANoutelliste du 25 juil-
et 1925 rapport un fait'identique: Le redacteur de I'ar-
ticle dit; que sous legouvernement de Mr Louis Borno,
le Ministre de 'Interieur avait tait aboutir au bureau
des Contributions des pieces relatives a un change de
propri6tes entire l'Etat et un particulier; que Mr W.
Dunn s'etait permis de retourner les pieces au D6parte-
ment en dtsupprouvant la transaction et en ordomiant
au Ministre de fire le contraire. Celui-ci lui dcrivit pour
lui apprendre que c'etait par pure forme qu'il lui avait
&crit pour lui en donner coinaissance, et non pas pour
lui demander son approbation.
-Comnme on voit, les temps ne sont pas les memes ni
les hImmes non plus! Quelte tristesse ........
Dans-le cas particulier qui me concern. il me semble









- 24-


qu'ure explication s'itmpose.fiAu de pOuvoir tixer les
responsabilit6s.
Messieurs les S6iateirif iMessieurs les Deputes, celui
qui a l'honnetir de vous adresser li presente petition a
deja depass6 'Ae des illusions: penche lourdement vers
la tombe.il ne lui rest plus que quelques ours element
Svivre. C'est wvous dire que si au course de cette present
session legislative le Secr~taire d'Etat desfinances, char-
ge du service du doin'ine riv de IEtat, ne prsete
pas A votresanction le Projet de loi autorisant l'echan-
ge des dites proprielts, il no me restbra plus que aI
resource supreme d'aller demandert Ia'justice la reso-
lution du eontrat. Reprenant i'exercice de mes droits,
Dieu seul salt ce qui eii adviendrait !............
*J'attends avec conflance, Messieurs les Senateurs,
Messieurs les Deputes, votre sage et 'iatriotique d~dl-
sion. En attendant, le saisis avec empressement cette
occasion de vous presenter I'hommage de mnn profond
respect irec mes bipn .patriotiques salutations.
SA. CHARMANT,-Avocat.












I *


f;.I














DEUXIEME PARTIES


ANi83E-A-P~rIT REai ( 1 )
lo. Sa situation fg/ofralphique, son importance stra-
tdgique militaire, par rapport la line frontiere et
son ddoeloppement dconomtquee; 2o. La derniere phase
de la question desfrontieres depuis le trait dui 21 Jan-
vier 1929, non encore ratife par lAssemblee Nationale
de la Reputbliqiied2HaTti.
II
Depuis 1874, tous les gouvernements qui se sont suc-
cede A la tote du pays, ne se preoccupant que de leur
propre conservation, ne se sontjamais soucies d'orga-
niser d'une manire s6rieuse la defense national. C'est
ainsi que, p6riodiquement, les haitiens voisins de la li-
gne frontiere de I'Anse-A-Pitre, abandonnes a eux-me-
mes, sans protection, sont I'objet des plus humiliantes
provocations de la part des dominicains qui desolent la
region par leurs incursions.
Ce lieu merite d'etre mieux connu qu'il ne l'est jus-
qu'ici de nos hommes de gouvernement; et c'est pour
leur permettre d'en bien appiecier l'importance, qu'il
m'a paru necessaire de consacrer ces quelques lignes a
leur intention.
Ainsi que l'indique la carte ci-contre, l'Anse-a-Pitres
ou les Anses-a-Pitres forment une presqu'ile, situde
sur le versant mdridional de lile d'HaIti, aux confines
de la limited frontiere des deux Republiques-Haiti et
Santo-Domingo. Le territoire que couvrent les Anses-a-
Pitres est beaucoup plus vaste et plus riche en forts
vierges qu'aucun autre de I'Arrondissement de Saltrou
et meme de celui de Jacmel.
Les forces des Anses-a-Pitres fournissent depuis des
siecles, non seulement les bois les plus rares et les plus
recherches A la teinture, a 1'ebenisterie. A la construc-
tion et & toutes les applications de l'industrie, tels que:
galac, acajou, cdre, pin, etc, etc, mais aussi des pro-
duitsde V'Agriculture, qui offrent d'inepuisables mo-
(1) On erit gniralement -Les Anses-a-Pitres je ne sais pas pourquoi.


bhsruI of PAdio Ukuad












yens d'echange, tels que: cafe, coton, tabac, cacao,
toutes ces denrees d'exportation si pr6cieuses, qui font
un imperieux besoin pour I'Europe et PAmtrique
Le sol,legerement sablonneux,est d'une fertility ijncom-
parable. 11 est d'une surface absolument plane c'est
une plaine. Tout le terrain est arros6 par la riviere P6-
dernales, qui ne taritjamais. L'eau peut 6trd conduit
partout oi la main de I'homme le voudrait pour I'arro-
sage des champs.
La ve6gtation y est luxuriante et se renouvelle sans
cesse. La fertility de l'Anse-i-Pitres tient particiliere-
ment a la protection energique que ces forts exercent
sur I'humidite du sol, et qui soustraient vigoureusement
At celle-ci aux influences ordinaires de l'atmosphAre. La
temperature y etant plus basse, il pleut nicessairement
davantage sur ce sol boise que sur un. sol nu, puis que
la condensation des vapeurs y est plus abondante. C'est
pourquoi, tandis que, pendant des 6tds tout entiers, cer-
taines regions de culture sont desolees par la secheres-
se et attendent que des orages, venus de loin, leur ame-
nent des pluies, celle des Anses-h-Pitres 6chappe a ce
funeste effet, 6tant plus froide, plus brumeuse que les
premieres. La temperature y est gale du jour i la nuit,
d'un jour a I'autre, de saison en saison; les chaleurs et
les froids subits, s'ils n'ontpas de duree, ne s'y tont pas
sentir. Le jour, le climate est tempered par la brise de la
mer: la fraicheur don't on jouit ajoute dans la saison
des chaleurs un charm de plus a toutes les sensations
que I'on eprouve i la vue de tant de richesses. La nuit,
si le ciel n'est voile d'aucun nuage, on a le plus magnifl-
que spectacle qui puisse s'offrir i l'admiration de l'hom-
me. Sous ce rapport, on peut dire qu'aucune autre par-
tie de file n'a 6te plus heureusement partagee.
La nature a dote les Anses-a-Pitres d'une rade magni-
flque, aussi large, profonde que poissonneuse. A certai-
nes 6poques jde l'annee, des baleinieres americaines y
viennent fire la peche. Elle est abrit6e, au Sud-Est,
par les ties de la a Beate v; A 'Est par le morne a Baho-
ruco, et a 1'Ouest, par la pointe des Pieges .Au Nord,
le Bourg des Anses-a-Pitres est protge6 par le morne
Cachiment. Au sommet du morne, le panorama qui s'of-
fre aux regards est des plus ravissants, et ron a peine
A s'en detacher. A l'extrdmit6 Sud-Ouest du morne; s'6
tend un petit lac, border de tous c6tes par des man-
gliers. On eut dit un vaste miroir encadr6 dans la ver-
dure. La surface,parfaitement came, etincelle au feu











d'un saleil ardent, et sa riclie ceinture embellic par tou-
tes les nuances du feuillage, trouve un eclatant reflet
dans le cristal de I'eau.
Tout au pied du morne du Cachiment se dresse, soli-
taire, le Bourg de l'Anse-A-Pitres cuche au sein d'une ri-
che verdure. En face de soi, on a la mer bleue, ecumii-
te, qui va se perdre dans un lointain immense.
Quand on tourne les regards ii gauche, vers la rive
Orientale des Pedernales, on voit les grldces forms cil-
mes et silencieuses avec leur feuillage kternellement
vert. Plus loin, les regards s'arretent aux grades chai-
nes de montagne qui forinent, ii I'horizon, u1n epais ri-
deau de verdure : c'est le Motit Bahoruco, le dernier re-
fuge du Cacique Henri. a
Jusqu'ep I'ann(-e 1877. I'Anse-ii-Pitrcs in'etit guere
qu'une vaste fort, habittle par quelques ra'es pecheurs
hartiens, des nomades, qui, sous le bendfice du trait de
Novembre 1874 entire Haiti et Saint-Domingue, faisaient
un traflc de peaux de cabrits, de bceufs, de moutons
marrons, de tabac, de cire, de miel et de comestibles
avec les dominicains de Bani, de Banica, de Petit-Trou,
d'lmani et de Barahona.
C'est vers cette epoque qu'un trancais, Mr. Antoine
Mallet, alla fonder a I'Anse-a-Pitres une vaste planta-
tion de canne A sucre et de tabac. II y fabriquait aussi du
tafla etddu rhum qui recurent des medailles ;i I'exp-si-
tion agricole de Jacmel, en 1880, organisde par le Con-
seil Communal.
Malheureusement, des malveillants dominicains,
ayant seirti le tort que M. Antoine Mallet faisait leur
trafld, et inquiets de voir les Haltiens wonder it I'Anse-i-
Pitres une ville frontiere, ne tarderent pas i se livrer,
nuitamment, a la ddvastatioin de ses plantations, qu'ils
incendierent ensuite.
Peu-a-peu, les progress successits de la civilisation, le
developpement de sa population, de son industries et de
son commerce, ne tarderent pas taire des Anses-A-Pi-
tres un centre important, au point de devenir une en-
tit6 administrative.
En I'ann6e 1890, le President Flor vil Hyppolite, en
tournee i Jacmel, s'6etit rendu jusqu' I'Anse-i-Pitres,
sur la frontiere. A son avis, ce coin de terre meritait
une attention touteoparticaliere. II disait: a que les do-
m minicains avec lesquels les haltiens peuvent avoir offi-










- 28 -


acieusement d'excellents rapports, peuvent se laisser
ovaincre par Ienvie de guerroyer et endosser leur habit
amilitaire.Nous saurions bien les arreter ici par ces defi-
alets; mais enfln ils peuvent peirser A faire ce que nous
avons manqut en 1856. *
Le bourg des Anses-A-Pitres, par sa situation geogra-
phique et son importance strat6gique militaire, otfre au
gouvernement haitien un interet particulier, comme
l'avait bien pense le President Hyppolite. C'est, en effet,
le seul point de toute la c6te mdridionale de Vile qui offre
une base d'operations militaires et de ravitaillement
sore au gouvernement haltien en cas d'un conflict arm6
entire les deux Republiques Dominicaine-Haltienne.
Les frontieres des Pedernaies, aux Anses-a-Pitres,
sont pour Haiti ce que les frontieres du Rhin sont pour
la France, par rapport a I'Allemagne. Car, c'est le seul
point oQ, en cas de guerre, nos voisins puissent debar-
quer leurs troupes, se rendre maitres des debouches de
la plaine du Cul de Sac et aller planter leurs drapeaux
conquerants i la Capitale d'Halti, en passant par Bois-
Tombe, la Mission, les enfants-perdus et Petion-Ville.
Si les Anses-A-Pitres talentt serieusement gardes, ce
poste serait une sentinelle avancee qui, la main sur la
gachette de son fusil, surveillerait et se preparerait a
donner I'alarme. Les dominicains ont si bien reconnu
l'importance de ce point, qu'ils ont fondU, il n'y a pas
encore cinq ans, une ville frontiere & l'endroit connu
sous le nom de Dandlope v, sur la rive orientale des
Pedernales, a mille metres environ du Bourg des An-
ses-a-Pitres.
La Colonie dominicaine qui people a Dandlope ,, est
log6e et entretenue par le gouvernement de Santo-D -
mingo. Elle est bien armee et toujours prete I fire face
A toutes les 6ventualitds.
Poursuivant son plan d'organisation et de defense na-
tionale; le Gouvernement Dominicain a installeN h Dand-
lope ), en Septembre dernier (1931), un service de com-
munication par avions entire ce poste militaire et la Ca-
pitale de Saint-Domingue.
Les dominicains attachent une telle importance i ce
point que le president Ulysse Heureaux a eu a le visiter
quatre fois durant sa pr6sidence-ce qu'aucun chefd'Etat
haltien n'a jamais fait. II lui 6tait arrive, par deux fois,
d'aller assister aux travaux des Comimissions mixtes de
delimitation nomm6es par les deux gouvernements.










- 29 -


On sait aussi que le president Raimoi de Cac6re', en
juillet 1910, sans en avoir nimnme donnti avis au gouver-
nement haltien, avait fratnchi la ligne frontiere et p6nd-
tre jusque dans le Bourg inrme des Anses-ii-Pitres, ter-
ritoire haltien, qu'il avait explore pendant quatre Ai ciaq
heures, accompagne des oficirls ido sn; maison mili-
taire.
Mais pour avoir une idde plus exact de l'importaince
que le Gouvernement Dominicain attache ih cette parties
de la frontiere Sud desdeux Republiques, il faudrait lire
toute la correspondence echangee, en 1907, 1913. entire
Honorable Dr. Henriquez Y Carvajal, alors Ministre
Pltnipotentiaire, envoy Extraordinaire de la R -publi-
que Dominicaine en Haiti, et I'lionorable Mr Jacques
Nicolas L6ger, alors Ministre des Relations Exterieures
de nl Republique d'HaTti i Port-au-Prince. (1)
II faudrait lire aussi cette autre Correspondance
6changee centre notre Ministre Plenipotentiaire et en-
vovy Extraordinaire ii Santo-Domingo, I'honorable Mr
Fdlix Magloire, et le Colonel de la Marine des Etats Unis
d'Am6rique, gouverneur de Santo-Domingo; le Colonel
Rufus H. Lane, qui avait cru pouvoir trancher la ques-
tion de frontibres de sa propre autoritd. (2)
11 n'est peut 6tre pas sans interet de fair connaitre le
motif pour lequel le gouvernement Dominicain con-
centre depuis quarante ans tous les efforts de sa diplo-
matie sur cette parties de la frontiere des deux Republi-
ques.
Le motif, c'est que de tout temps I'objectif de l'etat-ma-
jor dominicain a ete de se rendre maitre des defiles de
la Vtalle des Anses-fi-Pitre, qu'il a toujours c<,nsider's
comme le point strategique indispensable pour la guerre
de convenance que prepare @ontre Haiti le gouverne-
ment Dominicain. D'apres les nombreux documents
historiques, strat6giques, g6ographiques, typographi-
ques etstatistiquesrecueillis des archives dominicaines,
cette guerre d6butera par I'invasion du territoire d'HaY-
ti, c'est-i-dire qu'elle sera une guerre offensive. II n'en
pourrait etre autrement, et cela pour plus d'une rai-


(1) Voir Le livre Bleu des Relations Extirieures de la Republique d'Haiti,
de 1913, pages 31 a 45.
(2) voir l re li e Ble des Relations 'ixterieures de la Republique d'Haiti,
annde 1922, pages 5 a 54, du mois de Decembre 199 a Avril 1921.










- 30 -


son. La premiere, c'est que, reclamant de vieux droits
qu'ils pretendent avoir sur les provinces de Hinche,
Lascahobas, Saint-Raphael et Saint-Michel, en vertu du
trait d'Aranjuez conclu en 1777 entire la France et i'Es-
pagne, provinces quie Toussaint-Louverture avait occu-
pees au nom de la France plus de trois quarts de siecle
avant qu'ils fussent nls it la vie national ; c'est i eux
qu'il revient done de prendre offensive pour reconque-
rir ces provinces. Mais quant ai nous, haitiens, nous ne
saurions renoncer i, nos droits sur ces provinces sans
combattre, et par pure conviction de la rea'it. de nos
droits: nous preferons defendre ces provinces,- ce qui
est plus honorable et plus natural que de ceder IAche-
ment a des pretentious aussi injustifiles que tem6rai-
res. La second raison, c'est que les dominicains ont un
reel advantage i porter les hostilities sur le sol d'Haiti,
puisque ce n'est pas on restant chez cux que ces
provinces iront les trouver. La troisieme raison, c'est
qu'en portant eux-meimes ra guerre en Haiti, ils evite-
ront le ravage do leurs provinces par nos armies; en-
fin, la quatrinem' raison, c'est qu'ils front la guerre a
nos depiens, puisqu'ils auront mis toutes les chances
morales de leur c6te, en excitant l'ardeur des leurs, et
en frappant au contraire nos populations des frontires
de stupeur des le debut de la guerre, par les horreurs
de toutes sortes qu'ils auront commises sur elles.
D'apres toutes les donnees historiques et scientifiques
qui precedent, i! est doic bien entendu que la prochai-
ne guerre que nous preparent les dominicains, sera une
guerre d'invasion c'est-A-tdire une guerre offensive.
Le caractere de cette guerre 6tant nettement d6mon-
tre, et l'evenement ne faisant doute pour personnel, it
me semble qu'il ne peut avoir pour le gouvernement
haltien un intter't plus imnmediat que celui d'organiser
la defense du territoire.
Gouverner, c'est prevoir. De tout temps, on rencon-
tre en dominicanie des exalts pour animer ce pays d'un
vertige faiatique, et essayer de'le precipiter sur Haiti.
Dans ces conditions, le gouvernement ne peut negliger
ses frontieres, sous quelque pretexte que ce soit, sans
se rendre vraiement coupable d'une negligence impar-
donnable aux yeux de la posterite, puisqu'il aura prepa-
re des humiliations A son pays.
Loin de moi la pensee que le gouvernement haltien
doive tout sacrifler A la defense de sa frontiere, ce serait










31 -

l& une absurdity de ma part (1) mais la prevoyance
6tant la mere de la strete, la sagssse la plus elementai-
re ne lui cormmande-t-il pas de se premuuir centre tou-
tes les eventualities possibles d'une guerre que j'ai toutes
les raisons de cioire iinevitbhle entire nIous et njos voi-
silns?
En admettant un instant cette hypotliuse, il pout etre
interessant de savoir de quel cite des fronitieres com-
mencerout les hostilities, c'est-ii-dire I'invasion ? Pas
de doute, elles commencerout par los frontieres Sud.
auxAnses-a-Pitres, car c'est le seul point,lese.al, par oC,
sans motif plausible, sans mrnie aucune explication
prealable ni declaration de guerre, les dominiicauls peu-
vent. it notre insu. envahir notre territoire et atteindre
Port-au-Prince. avant que nous ayons seulemnent le
temps de soupconner le danger qlui nous menace.
On le sait, d'apres la strategic militaire moderne, le
point objectif de 1'eiuemi, c'est I'occupation de la Capi-
tale du pays avec lequel ii est eq guerre, afinu de deer-
miner, son gouvernement it la paix. C'est en grande
parties des debuts de la guerre que I'arrme d'itnvasion
fait (dpendre generalement Ic resultat final. C'est la
brusquerie, c'est-i-dire la soudainete de l'action qui de-
cide la victoire, come dans la guorre franco-alleman-
de en 1870 et en 1914 et comme dans cell russo-japo-
naise en 1903, en Manchourie. C'est par un coup decisif,
sans transition ni declaration de guerre, que les domi-
nicains pensent pouvoir s'emparer de Port-au-Prince,
la Capital d'Haiti et mettre Ie government haitien
en face d'une situation qu'il lui sera alors impossible
d'esquiver, ne trouvant d'autre refuge que dais un
trait de paix qu'ils lui dicteraient, et don't les trois pre-
miers articles seraient: 1o une indemnity de dix millions
de dollars, 2o. la restitution des provinces de Hinche,
de Saint-Raphael, de Laschobas et Saint-Michel; 30. la
ratification du trait du 21 Janvir 1929. Theoriquement,
ce plan de champagne peut bien n'etre pas celui d'un
fou, quand on consider 1'etat d'Ame du people haltien,
sa mentality, le despotisme seculaire de nos gouverne-
ments, leur injustice envers la masse paysanne et le
pr6juge de routes sortes qui desagrege notre society et
6teint chez un tres grand nombre d'haitiens presque

(1) Je suis si peu partisan de tout sacrifier i la defense de notre frontiere,
que je demand acte des maintenant de ce que j'offre de souscrire pour dix
dollars alors pour la foundation d'nue cole d'aviation, et dix autres pour la
restauration de nos monuments historiques.










32 -

tout sentiment de Patrie. Mais dans la pratique, ce plan
est absolument irrealisable. Tout d'abord, I'arm6e qui
march i P'ennemi a contre elle tous les desavaitages
resultant des obstacles du terrain b franchir pour abor-
der la ligne de son adversaire; quelque plate que soit
une contree, il y a toujours des inegalites dans le ter-
rain, des ravins, des buissons. des villages i empor-
ter.
L'invasion d'HaTti par le Nord n'est pas h redouter,
6tant une operation militaire tout i fait irrealisable, en
raison des multiples obstacles de toute nature que far-
mde peut y rencontrer, et qu'il est indispensable de
prendre en consideration dans un plan d'op6ration.
Supposons que 1'arm6e penetre sur le territoire d'Haiti
par la route de Saint Jean, Las Matas et Commandador,
villes dominicaines, traversant la ligne fronti(re de Bel-
Iadere, ville frontiere haftienne, envahissant tout le
plateau central et tout le DIpartement de l'Artibonite,
mais elle sera (ldfaite, aneantie en moins de huit jours
par toutes les forces haitiennes venues de tous les
points des Departements du Nord, du Nord'Ouest et de
l'Artibonite avant meme d'arriver aux Gonalves ou a
Saint-Marc.
Dans l'hypotese que I'objectif de l'armee serait d'occu-
per militairement les trois provinces que les dominicains
convoitent; mais elle y serait prise comme dans une
souricire par une force numerique quatre fois supd-
lieure A la leur. D'ailleurs, l'impossibilite o6 elle se trou-
verait de pourvoir A son ravitaillement, en raison de la
distance et des asp6rites de la route, etde couvrir toutes
ses lignes de defense, en raison de la grande 6tendue
de terre occupee, la conduirait uncessairement ou a une
honteuse capitulation, ou A une evacuation clandestine,
Pobligeant ia repasser la frontiere sans atteindre son
but: l; Capitale!
Supposons, au contraire, que Parm6e d'invasion pe-
n6tre sur notre territoire par Santiago de los Caballeros,
Monte-Christi et Dajabon, villes dominicaines,en traver-
sant Ouanaminthe, ville frontiere hartienne, pour s'eten-
dre dans les Arrondissements du Trou, de Fort-Liberte,
de Valliere, de Mont-Organise et du Cap-HaItien, mais
elle sera encore 6cras6e avant d'arriver au Cap-HaItien,
voire Port-au-Prince, la distance etant de douze a quinze
jours de march, sans computer les difficulties de la route
et I'impossibilite de manceuvrer. L'armee dominicaine,
pour se porter en avant et atteindre le Cap-HaItien, de-









33 -

vra commencer pat' combattre et pacifier touted les vil-
les, afln de n'etre pas assaillie h la fois en tbte et en queue.
Entre temps, la ville du Cap-Hattien, tenue sur la defen-
sive, avec ses batteries de gros calibre, arrete 1' plus
loin possible, I'impulsion de son attaque et seme le trou-
ble dans ses 6olonnes. Mai une tell entreprise serait
impossible ou du moins tres hasardeuse. Car eni raison
de la nature du pays, 'armee peut etre facileneiit cou-
pele a I'improviste et subir echec decisif, pour pcu que 'u^
sa sphere d'operations soi trop prolojngte.
De toutes nos lines frontieres, celle qui offre des avan-
tages serieux et tr6s serieux aux dominicains, pour la
mise a execution de leur plan d'invasion, c'est l'embou-
chure de la Riviere des PCdernales, aux Anses-fi-Pitres.
Comme dans le Nord,'invasion du territoire haltien par
la frontiereSud, est tout aussi impraticable: d'abord,
parce que la distance de Santo-Domingo ii Baraho-
na, et de ce point au Petit-Trou, A'la.savane Sanson et a
Marc-h-Chat, est plus de deux mille kilometres, d'une
route peiiible, q'u'il n'est mere Pas possible de tranchir
it dos d'animaux A certain endroits; ie sol Rtant coup
tant6t par des ravins, tant6t par des crimes abruptes, qui
forcent i de tres longs detours et menagent des surpri-
ses fort desagreables. D'autre part, la distance qui se-
pare la capital de la Republique d'Haiti A la frontiere
des Anses-it-Pitres 6tant dix fois moindre que la distan-
ce qui spare ce point de la capital de Saint-Domingue
en admettant l'hypothese que les deux armies partaient
des deux capitals le meme jour et it la meme heure,
celle d'Halti aurait une advance de troisjours au moins,
sur celle de la Republique Dominicaine don't la defaite
serait certain. Mais autre chose si le gouvernement
haltien, faute d'un nombre suffisant de troupes de cou-
vertures, laissait aux domicains le temps de debarquer
aux Pddernales avec leur mnateriel de guerre, leur ar-
tillerie lourde, leurs mitrailleuses, de concentrer leurs
forces A w Dandlope et d'occuper le morne du Cachi-
ment, qui command tout le defill qui conduit it Tete
SI'eau et dans la plaine du Cul-de-Sac,
Une fois d6ja maitresses de ces positions, aucune
force armCe haltienne ne sera capable d'arreter leur
march triomphale sur Port-au-Prince: en moins de
trente heures elles seront aux portes de la Capitale
d'Halti, come elles avaient tented de le fire en janvier
1911. C'est pour toutes ces raisons, et particulierement
pour prnvenir la repetition d'une si coupable negligen-


**;?^. '*










- 34 -


ce que je crois devoir attirer l'.llentionl diu gouverne-
ment haltien, par cet ,crit, sur la nicessite qu'il I a
pour lui de fortifier les Anses-h-Pitres, sias pls' tarder.
En attendant qu'il lui soit possible dc mettre cc project
i execution, je suggere I'idWe d'y dtablir un camiIp d'avia-
tion, sur le more du Cachiment et un autre sur le
plateau Oriental de Petion-Ville. Le premier po'itt do-
mine A la fois a Dandlope ville frontiere dominicaine,
toute la bale et la pointe de 'lle de La Bdate, toute la
plaine de Bahoruco et totat le d6fll qui done acc6s i la
vallde de T6te a l'Eau, de Bois-Topmb6, de Boucain palate
et & la route qui conduit au Fdiid-Pa riSiel et h Ganthier.
Le second camp, plac6 A Pdtion-Ville, dominera toute
la plaine du Cul-de-Sac, les Missions, Thofmazeati et la
region des Etangs, jusqu'a Imapj. Au'moyen de ces
deux escadrilles d'avions, ha'bilemert dirigges, le pro-
blime d'invasion sera resolu.
Pour ma part, je clois avoir re~Wpli ma tAche de cito-
yen en signalant h la fdis le danger et indiquant les re-
medes qu'il convient d'appliquer. Le dernier mot est at
gouvernement.


I tf .














TROISIEME PARTIES
81 VIS PACE, PARA BELLUlM

Ceux qui ont parcouru avec quelque peu d'attention
1'histoire militaire contemporaine de la Republique Do-
minicaine de I'poque de sa second independence,
le 27 Fevrier 1844, i nosjours ne peuvent s'etonner
de l'attitude belliqueuse. hostile et aggressive que prit en
Janvier dernier le general Rafinel PTrujillo, resident de
la R6publique voisine contre Haiti. Neanmoins, ii me
semble qu'il y a urgence pour ie gouvernement haTtien
de penser, sans plus tarder a assurer d'une facon st-
rieuse la defense national, afn de ne pas se laisser
surprendre par les dominicains comme en Janvier 1911.
II ne faut pas que, come Napolon III, .qui ne s'etait
rendu compete de la chute de son empire que lorsqu'il
se. vit oblige de capituler, & Sddan, en 1870, a la tte
d'une armide de cent mille hommes, le President Vincent,
se bouchant systinatiquement les oreilles aux conseils
de 'experience et de la prudence, se laisse surprendre
par les dominicains.
L'organisation que je preconise devient d'autant plus
urgente qu'on croit savoir que le government des
Etats-Unis ne tardera par i ordonner le depart des Ma-
rines de I'Occupation. Dans cette hypothese, attendra
t-on qu'ils soient parties avant de pren dre certaines dis-
positions militaires,necessaires a li defense de nos fron-
ti6res, a l'examen des ligines don't les combitaisons
offrent les bases essentielles de la science strategique ?
N'est il pas necessaire d'arreter, sans plus tarder, un
plan entier d'op6ralions en rapport avec le but qu'on
veut atteindre ? Ne lit-on pas connaltre au plus t6t le
systeme de guerre qui dome l'6tat-r ajor dominicain,
la difference dans la force constitutive des armies et
dans leur armement, la geographique et la statistique
militaire de certain points? Ce sont i6 a mon humble
avis,autant de connaissances auxquelles I'etat-major hal-
tien doit 6tre initie, sous peine de trouver de cruels me-
comptes dans leurs.calculs.
Monsieur le president Vincent, &,qui iacoibe toute, a
responsabiiti de la formation, A bref detai, d'une Com-










- 36 -


mission mi'itaire compdtente--:)i le jacoritisne et le
nepotisme doicent dtre bannis--doit y appeler des liom-
mes de merite et de genie,*qui avaient deia acquis cer-
taines experiences 'militaires pour avoir connu les
emotions des batailles et qui out l'oreille comee le
musiciea), exerc6e aux combats. IEu reste-t-il encore
beaucoup, les vtertans de la guerre de 1868, 1875, 1879,
1883, 1889 et 19141 En tout cas. les membres de cette
commission devront avoir toute la liberty d'agir, en
employant leur temps aux. travaux preparatoires pour
toutes les (ventualites de guerre possible.
Pour cela, il est essential que les membres de la
commission soient reerutes dalis toutes les villes de la
Republiques oi il seia possible d'en trouver. remplis-
sant les conditions requires, et qu'ils soient permanent
dans la capital.
Les documents de la guerre ne seront autre chose
que le plan de 1'etut-hiajor general, sauf it lui donver
une section secrete pour les documents qui devront 6tre
caches aux officers des corps d'arm6es.
Est-il meme n6cessaire de rappeler au President Vin-
cent cet adage d'une grande sagesse: Gouvernerc'est
prevoir. Et comment ne pas y penser quand on se trou-
ve en face de I'evidence? Cela ne fait plus aucun dou-
te pour personnel, la guerre entire Haiti et Saint-Domin-
gue est presque impossible a eviter. Elle nous sera im-
posee, bon gPm mal gre par'les provocations extravagau-
tes des jacobins dominicains. C'est done en vain que le
president Trujillo et le president Vincent essaient de
retatder l''6vnement, en s'adressant mutuellement des
tel6grammes de congratulations: le premier, fi l'occa-
sion de l'anniversaire de l'ind6pendance national d'HaT-
ti le premier Janvier 1932 et le second, h P'occasion
de la fete de la second Indtpendance de la R6publique
Dominicaine le 27 Fevrier de:la meme ann(e. (1) C'est
encore en vain que le president Trujillo, pour essayer
de tromper la vigilance du gouverniment et du people
haltien, a eu h envoyer en aeroplanes le 21 Mars der-

(1) Rafael Leonidas Trujillo Molina
An
President Stdnio Vincent
A I'occasion de la commemoration de la grande date de 1'lndpendance
d'Haiti, je former des voeuni indcres pour que les deux Peuples et les deux
gouyerhemerits; seentent chaque joirplus. idsntiques, et je prends plaisir











37 -

nier, une delegation au president Vincent. alors en
tournee dans le Departement du Nord, pour lui apporter
sou salute. Les aeroplanes etaient pilots par les offli-
ciers de I'arinee: M. Henry Otenger et William D.
Konx. Un message eloquent et trds cordial de reapfirma-
tion de la solidarity et des liens d'amitie des deux peu-
ples et desdeux goucernements, a et0 remis au President
Vincent, dit lejournal Listin Diario du 23 Mars 1932.
Les membres de l'armn e nationdle porteurs du message
etaient le lieutenant colonel Fernando A. Sanchez. pre-
sident de la Commission, le niajor Cuomano, le major
Jesus Garcia, les capitaines Antonio Levba et Pou, le
capitaine Anibal Vallejo, le capitaine Cocco. le capitai-
ne Hermandez et les lieutenants Frank Felix, Louis
Felix et Ortez.
Le Message du President Trujillo dit: a s'inspirant du
desire du plus 6troit rapprochement des deux Etats, for-

a exprimer mla sympathie pour plus de grandeur du people haitien et pour le
bonheur personnel de votre Excellence.
RESPONSE
Du President Stenio Vincent
Les veux formulas par votre Excellence a I'occasion de la FAte glorieuse
de riendpeodance d'Haali pour un rapprochement de nos deux gouverne-
ments et nos deux peoples soot de realisation facile, vu I'esprit sincere d'a-
mitid et de concession qui jusqu'i present, caractlrise nos cordiales relA-
tions.
A Son Excellence President Trujillo
Santo-Domingo
Sentiments de sympathie exprimds en votre nom par Ministre Henriquez,
occasion anniversaire indipendance dominicaine, m'ont vivement touchi.-
Conscients des lemons du passed, nos deux peuples doivent, par les voices pa-
cifiques qui seules concilient et rapprochent, rechercher l'ajustement des
problems qui lea confrontent. Je forme meilleurs vneux pour le bonheur
personnel de votre Excellence, le succAs de son gouvernement et la plus gran-
de solidarity de nos deux nations. Stdnjo Vincent
President d'Haiti
A Son Excellence Stinio Vincent
President d'Haiti
Je suis trees reconnaissant de I'eloquent message de Votre Excellence don't
lea veux pour l'dtroite union et 'inalterable paix entire les deux peuples r6-
pondent d'une maniere exact a mes sentiments personnel que j'ai manifes-
tis plusd'une fois, etsont en harmonic avec les aspirations du people domi-
nicain. Je suis heureux de vous reit6rer mes souhaits les plus fervents pour
Ia solidarity des deux nations, pour le bonheur personnel de Votre Excellen-
ce et le suces de son administration.
Rafael L. Trujillo
President de la RdpubliqueDominicaine










- 38 -


mule des voeux fervents pour la cordialitd eternelle des
deux Republiques, pour le boniheur del'Etat haTtien et
pour la felicite personnelle de votre Excellence. v Tout
cela est fourberie, mensonge et duplicity, ainsi qu'on Ic
verra plus loin.
Le mome journal rapporte, dans son edition du 22
Avril de la meme auine: a que le 21, A 4 heures de
i'apres-midi, au Palais National, le president Trujillo
recevait en grande poinpe la Mission Militaire Halien-
ne, envoyee eii Dominicanie avec le raitg d'Ambassade
speciale, par le President de la-.Rpublique occidentale
soeur.
La mission haitienne a etL presentee au President de
la R1publique Dominicaine par le Ministre Plnipoten-
tiaire d'HaTti i Santo-Domingo, M. Adalbert Lecorps.
Elle secomposait du Cadet EmileZamor, des lieutenants
Roger Villedrouin, Astrel Roland, Duly V, Lamothe, de
Gaston Saint-Victor, des Capitaines Roche Laroche.,
Durce Armand, Fianck Lavaud, Gustave Laraque, se-
cretaire de la Legation d'HaTti, Maurice Laudun, consul
general et le Major B. O. Alexandre.
Le Chef de la mission, le Major Jules Andre, en remet-
tant la lettre autographed de'Monsieur le President de la
Republique d'Haiti, dit: La mission que je preside a la
charge special de reiterer les expressions de gratitude
de Monsieur le President Vincent pour l'heureuse et ai-
mable idee qu'a eue votre Excellence d'envoyer une
Mission Militaire le saluer au cour de son recent voyage
dans le Nord du Pays. *
( Cette mission vous apporte 6galement, Monsieur le
President, les salutations de la Garde d'HaIti, avec I'ex-
pressioln que la Fraternit6 de nos armes contribuera h
un haut degree i attenuer les rumeurs qui de temps en
temps, agitent l'opinion publique des deux c6tes de la
frontiere; et avec I'esperance aussi que les deux peuples
haitien et dominicain, & avoir ses officials se serrer lo-
yalement les mains, comprenant une fois pour toutes
qu'il n'est pas mort i'ideal de paix, de solidarity, de se-
curit6 indispensable a notre evolution mutuelle vers un
plus grand progres, une plus grande civilisation.
Voici le texte de la lettre autographe du President
Vincent:
A Son Excellence le g6enral Rafael Leonidas Trujillo
Molina, President de la Republique dominicaine.
SGrand et bon ami: J'ai demanded au Colonel Ger-
L










- 39 -


nando Sanchez de vous exprimer, tout le plaisir que j'ai
eprouve, en revenant Ah la Capitale, A recevoir la Mission
Militaire' que votre Excellence, par une idWe delicate, a
charge de me transmettre I'expression de son amiti6 et
de ses sentiments cordiaux pour le people hailtien.
SJ'6prouve un grand plaisir ii charger une Mission
Militaire, commander par le major Andrt, de la Garde
d'Haiti, de vous tmroigner de nouveau ma satisfaction
pour tous les gestes et toutes les demonstrations bien
senties destiznes i4 conserve nios relations un carac-
tei-e amical et f-aternel.
D'accord avec mes desirs de dissiper toutes les ru-
meurs que periodiquement peuvent laisser la dsagrta-
ble impression que nos deux nations ie comprenneit
pas bien I'ideal (d'un destiny common, dans le cadre de
leur indepeidance, de leur souverainetl et de leurs
droits reciproques.
Je desire que la bienveillante reception que Votre
Excellence reserve a cette mission, fera que lors de la
rencontre a Santo-Domingo de vos officials et des n6tres
ii regne une atmosphere de cordiality et de franchise,
creant un nouvel essor de nos antiques et heureuses tra-
ditions d'amiti6 et d'hospitalite, et que l'entente amicale
de nos armies, symbol de la plus chaude sympathie,
serve-un sincere et loyal rapprochement de nos deux
peuples.
K Avec cet espoir, je vous demand d'accepter, Grand
et bon ami, I'assurance de mes plus hauts sentiments
de consideration signed ) St6nio VINCENT.
Pour ma part, ayant une claire et nette vision de la
rIalitA, je ne peux qu'admirer la souplesse et la beauty
du style du grand penseur, de i'6minent homme d'Etat
haTtien, don't la profondeur de vue ne fait pour moi au-
cun doute. Mais il aura beau vouloir se detourner la te-
te ou essayer d'ajourner I'echiance de la guerre par des
subtilites diplomatiques qu'il i'y parviendra pas: la
guerre est fatale, elle est inevitable, elle est imminent.
Dans I'intur6t de l'humanite, je souhaiterais ne pas la
voir jamais eclater; mais est-ce une raison pour rester
impassible et ne pas jeter le cri d'alarme, en presence
de l'armement de nos voisins, des violations r6it6eres
des lignes de notre frontiere par les officers de la Gar-
de dominicaine, armies de pied en cap, de leurs excur-
sions dans la ville du Cap-HaTtien, de l'arterrissement
d'un de leurs aeroplanes a Port-au-Prince sans autori-











- 40 -


station prealable du gouvernement, des insultes et des
outrages que les journaux a La Opinion a et l Listin
Diariow prof6rent gratuitement it 1'adresse du Pr6sident
de notre Republique et du.Peuple Haltien? Pouvons-nous
ne pas nous en alarmer, quand dans tous Icurs actes
offlciels les dominicains ne se geinent pas pour r6clamer
l'execution du trait du 21janviter 1929, qui n'est meme
pas encore ratifl6 par I'Assemnble Natioiile Haltienne (1)
Je maintiens mon point de vuc: In guerre entire les
deux peuples est inevitable, et les causes efficientes en
sont multiples: II faudrait un volume pour discuter tou-
tes les circonstances qui peuvent la determiner. Nean-
-moins, sans vouloir m'engager trop loin en trailant i
fond un sujet aussi complique, ii me suffira pour le but
que je nme propose d'atteizrdre d'indiquer quelques-unes
des principals causes qui devront I'engendrer infailli-
blement.

()Le journal a La Phalange du Nord du 22 Avril 1932 rapport que des
citoyens de la parties de 'Esttous arms de pied. en cap, et qu'on dit Atre des
officers travestis de I'armie de Trujillo, ont ett sur la requisition d'un exile
dominicain, arrates.
Dans son edition du ,29 du mime mois, le mme journal relate: a Des
guards d guises se sont introduits sur le territoire haitien, en passant par
Capotille, on affirme qu'ils sont arms jusqu'aux dents.
c La Phalange du Nord dans son No du 18 Mars 1932, dit que 200 fenm-
mes haitiennes, chargees d'enfants, en guenilles et mourant de faim oat ite
chases de la parties de I'Est, apres avoir et6 battues. II n'est pas possible que
pareils attentats aux regles du droit international public se perpetuent
chez nous, avec ce luxe de inystefe et cette cffrooterie, la barbe meme
de ceux qui sont investis de la mission de nous defendre. Sinon un de ces
quatre matins nous verrons surgir dans les quarters excentriques de la ville,
deo ombres nocturnes de banditA exotiques qui nous -mettront dans 'alter-
native on de r6agir ou .d'abdiquer nos i droits' essentiels. Oui, il y a Ia une
question de prestige et de dignity national et nous estimons impossible que
le gouvernement de M. Vincent consialre ces diffErentes manifestations de la
,dltique de Trujillo en Haiti comme de simples faits divers. a
a La Phalange du Nord du 8 Avril 1932 dit: certain quarters de la
ville ne sont plus habits que par des dominicains que I'on dit Atre des exi-
Ies et qui ont tout I'air d'etre autre chose. On ne fait pas un discours aussi
.categorique que. celui du President Vincent sur la question des frontieres,
pour qu'en presence d'un militaire de la valeur du President Trujillo, I'on
se repose uniquement sur un appui aussi lointain que celui des forces ame-
ricaines.
SNos eeurs et nos bras sont ouverts pour recueillir nos voisins perseu-
t6s, mais nous n'aimerions avoir affaire qu'i des perseutes. L'esprit de so-
lidariti humaine n'exelut pas la prudence. *,
( La Phalange du Nord .: Trois haitiens de la notabilitd de Mont-Or.anise
ont recu la mort, ces jours-ci, par df dominicains, sur la line frontier en
contestation, dans la dite Commune. Des guardes patrouillant lea y out ren-
contris, i la recherche de leurs beifs egares, et firent feu sur eux.










- 41 -


Premiere cause : Les dominicains, se considerant
come appartennait ii uie race superieure ia la n6tre, t
la race caucasique probablement, considerent leur voi-
sinage avee les haltiens come un danger permanent
pour leur race, qui peut Atro absorbh(t il la tongue par
ceile-ci, come elant trois fois plus nombreuse et plus
proliflque. Cet 6tat pliysiologique et ethnique denieu-
rant 6ternellemeit sans chalngement, la guerre ie peut
etre jamais conjure par aucuie volontI i humaine.
Haiti demeurera une menace perpetuelle pour les do-
ininicais, qui 'ont eii leur pouvoir d'autre moyen de
resoudre le problhme que la guerre. Or, une tell guer-
re n'a pas le caractere d'une guerre intestine, qui est
ordinairement le r6sultat d'uie lutte d'opinions, d'esprit
de parti politiqtie ou religietx. Elle n'a pas non plus le
caractere d'une guerre de conquete, qu'on peut entre-
prendre pour se donner des limits naturelles, pour ob-
tenir un advantage politique ou commercial quelconque,
ou enfln pour exiger la reparation d'une insulate grave
faiteau Chef de la Nation ou a P'un des citoyens d'un
Etat. Non, ii s'agit ici d'une guerre de races c'est-a-dire
d'une guerre d'extermination de l'une ou de i'nutre des
deux dans toute son horreur. Voila pourquoi j'ai dit que
la guerre entire les deux peuples est inevitable; qu'elle
6clate aujourd'hui ou demain, qu'impprte!
Second cause: Les dominicains, bien que poss6dant
dejh les deux tiers de I'ile, preteudent Cnanmoins eten-
dre leur h6gemonie sur I'lle entire; d'abord, parce
qu'il leur repugne, disent-ils, de se trouver en contact
avec des gens d'une race inferieure; ensuite, parce que
se basant sur I'absurde et stupid pretention que le trai-
te d'Aranjuez de 1777, entre la France et I'Espagne, ils
pr6tendent avoir un droit de jurisdiction sur les provin-
ces Saint Raphael, Saint Michel, Lascahobas et Hinche,
que nous occupons avant meme qu'ils fussent n6s A la
vie national. Dans ces conditions, nous prefererions
nous easevelir plut6t sur les ruines de ces provinces
que de les abandunner lAchement ia des gens que nous
avons gouvern6s pendant vingt deux ans, sous Jean-
Pierre Boyer, et don't les ancetres devaient leur liberty
A Toussaint-Louverture, eln 1802. Tant que les domini-
cains n'auront pas renonc6 i leur folle pr6tention de re-
conqu6riris provinces, la guerre entire eux et nous
demeurera toujours une chose possible, subordonnee
aux caprices du premier brigand dominicain au pou-
voir.










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Troisidme cause : Les dominicains don't le jugement
dans les questions militaires prend invariablement pour
guide 1'orgueil national et.les rtcits emphatiques de la
guerre de leur indpendance, en F6vrier 1844, et les in-
cidents fortuits des deux campagnes militaires entrepri-
ses contre eux par Soulouque, en 1855 et 1859, pensent
qu'il n'y a pas de regles de conduit B la guerre et que
tout l'art consiste i se jeter sur I'ennemi. C'est ainsi
qu'en Janvier 1911, le jeune g6ndral Victoria avait cru
qu'il tui suffisait de d6barquer aux Pederna'es douze a
quinze cents soldats, plus ou moins irrtguliers, arms
jusqu'aux dents, sans discipline et mal v6tus, criant: A
Port-au-Prince! A Port-au-Prince! pour faire la coinqu6-
te d'Halti! -
Son arm6e, influence par toutes les* causes mo'ales
rappelees plus haut, I'enthousiasme avait flni par ga-
gner les plus poltrons, tant la croyance de la victoire
6tait profond6ment enracinee dans leurs coeurs.
Violemment servis par la legende et la publicity, qui
entretenaient dans leur esprit une sore d'illusion, ces
nalfs seldats du general Victoria concluaient dej& au
succes, oubliant que ce fut avec la. Idgende de Fonte-
noy, de Rancour et de Lawfeldt que les armees de
Louis XV allrent b Rosback; que ce fut avec'la legen-
de d'Austerlitz, d'I[na et de Wagram que les arimees de
l'Empereur Napoleon ler alalrent a Moscou; que ce fut
avec la 1Igende de S6bastopol, de Magenta et de Salfe-
rino, que les armees de Napoleon III allurent & Reichsf-
fen et i Sedan; que ce fut avec la Idgende de I'Alsace-
Lorraine et de Paris, en 1870, que I'Empereur Guillau-
me II alla A nl Marne et A Verdun en 1914-1918.
L'histoire etant un perp6tuel recommenceient, Dieu
seul sait ce que la prochaina guerre Dominicano-Hal-
tienne reserve a I'arinme du President Rafael Leonidas
Trujillo Molina.
Quatridme cause: Quand-on etudie I'histoire de la R(-
publique voisine, on decouvre ce tait particulibrement
strange, que ce n'est jamais le peuple-ce people bon,
chevaleresque, sensible, paisible-qui veut de la guerre.
Au contraire, ii ne demand pas mieux que de fraterni-
ser avec nous dans un ideal de paix, d'amour et de soli-
darite international: Ce sont genfralement les hommes
politiques-pour la plupart des faussaires, dels kchappes
de bagne, gens sans prestige, sans popularitA, ancient
agent secret de I'Occupation.qui, apres avoir usurped le
Pouvoir, soit par une. revolution, soit par un couple










- 43 -


main heurcux, soit par la trahison, I'exicitent centre les
haltiens. Ne pouvant se maintonir .au Pouvoir que par
la terrcir..l'assassinat, la corruption et le despotisme,
il leur faut un derivatif.
Preoccupes uniquement it s'enrichir aux depens du 4
people, don't ils exploitent le patriotism exalted; et sou-
tenus generalement par une Presse stipendide et une
armee composee de mercenaires, sur la .fidlite.de In-
(uelle ils ne peuvent computer qu'en lui prodiguant beau-
coup d'airgent-argent qu'ils ne trouvent pas totljours
dans la caisse publique.-Ces chets d'Etat dominicalin
6taient obliges de recourir aux exped(ients les plus hon-
teux, les plus criminrels. meme attentatjres i I'intlopen-
dance de leur Pays, i I'inslar de S*.Wlniwpide Baez, de
Cabral, d'Ulysse Heureaux, de Victoria, de Ramon, de
Cace6rs qui trafiquaient, eux aussi, de l'ind&pendance
de leur Patrie avec I'Espagne, I'Angleterre. la France et
les Etats-Unis. (1)
Ayant tnujours un pressanit.heoin d'argent pour ali-
menter leur popularity etouffer .les conspirations ou
combzittre les insurrections, ils n'avaient d'autrs res-
sources que l'emprunt.
Le president Ulysse Heureaux s'6tant trouv( auxpri-
ses ii la tois avec Ia hanque de France, h Santo-Domin-
go, avec les capitalistes beiges et allemands, fut le pre-
mier chef d'Etat dominicain qui souleva, en 1884, la
question des frontieres, faisant de cette question sa pla-
teforme Blectorale it la presidence et une mine d'or ex-
ploiter. II en tire de tres grands avantages d'Halti, qui
eut iA lui verser plus de six cents mille dollars. Depuis,
chaque Chef d'Etat dominicain impopulaire qui usur-
pe le Pouvoir dans les conditions du Pr6sident Rafael
Leonidas Trujillo Molina, agite la question des frontie-
res comme une 6pouvante, uniquement dans le but de
grouper autour de lui la sympathie national et de bat-
tre monnaie.
La revolution qui eclata h Santiago de los Caballeros
le 23 Fevrier 1930, ayant mis fin au gouvernement du
President Horacio Vasquez, le ColesW dominicain lui
donna pour successeur le chef de sa garde, le g6ndral
Rafael Leonidas Trujillo Molina, I'ancien chef du part
mililaiie rdvolutionnaire.
Ce general inaugurason gouvernement par la terreur,

(1.) L'Histoire n'excepte que lea presidents: Mqria Gonzalez, Monseignerr
Carior Nol, Imenes, Louperon, Vasquez, Don Francieco Henriquez y Carvajal.










-44--


l'assassinat et le despotisme le plus farouche, 6crivit
I'annee derniere M. Lester Pasvar, membre correspon-
dant de l'Associated-Press des Etats-Unis, envoy A
Santo-Domingo.
Si l'on pouvait en douter, la longue liste de ses.victi-
mes publiee par les journaux strangers et la presence
sur notre propre territoire des centaines de r(fugies do-
minicains, qui sont venus y chercher un refuge, dissi-
peraient ce doute. Cependant, le Pr6sident Trujillo avait
force quand m6rne I'admiration et la sympathie de tout
le people haltien, lorsque, dans le beau discours qu'il
prononca aDDajabon en Avril 1931, il disait: Destines
comme ils sont,,pes deux peuples 6 vivre unis, ii main-
tenir leurs viiflles Felations commercials dans les re-
gions> de la frontiere, le developpement des autres rap-
ports, qui s'attachent 6 leur amiti6 reciproque fera plus
sores et stables ces relations-la, & cause de la facility
avec laquelle se resolvent les difficult6s entire hommes
et peuples, quand le sentiment de la confraternite est
developp6 et entretenu entire eux.
Pr6cis6ment, ce fut la necessity. d'une meilleure
comprehension entire les haltiens et les Dominicains
pour leurs bones relations amicales qui m'obligent i
fire des demarches pour la creation des marches i
Dajabon s, K Re.tairacion Commandador et Ter-
ra-Nueva comine move de rendre plus 6troites ces
relations et les changes commerciaux.
( Le recouvrenent de I'imp6t d'immigration, qui a 6t6
frequemment une source de collisions entire les cito-
yens des deux pays, ne sera plus une cause de discordes
grAce A la soigneuse reglementation don't il a ite I'objet.
Ceci 6vitera les diffcultds qu'oii trouvait dans les mo-
yens de le. mettre en Ipratique.
*Je fais ces declarations--que les amis haltiens qui
m'entendent pourront pond6rer-aujourd'hui surtout,
car I'idWe d'amour A humanity. objet primordial don't
les efforts de la Societ6 des Nations,attend de tous les
hommes d'Etat une contribution morale A la I'oeuvre de
paix universelle qui reponde aux nouvelles ideologies
organisatrices que le monde instamment demand
apres tant de sang verse sur les .champs de bataille h
un heures fatale pour Pheureux 6quilibre des Nations.*
Tandis qu'il parlait ainsi, le g6enral Trujillo se prdpa-
rait A la guerre contre Haiti, pregnant pour pretexte une
interview que le President Vincent avait donn6e A un










4-P -

journaliste dominicain,j Mr F. Elio Aleantora, qui lui
aviit deinande ce qu'il pensait du traits du 21 janvier
1929.
SSi vous parlez de li determination precise du Irace
decrit dans le trailed rpoindit le President Vincent, elle
est bien loin d'etre resolue. Ce trace i( sctra (ldfinitif
que lorsqu'il aurna 6t enti.reient deilimite par les com-
imissions des dtlux Etats,et apr s avoir ete iraifit par les
pouvoirs puhlics comnpetents qui constitueintl les Hautes
Palrtlis.conitractujtes. Jusqu'alors les deux Nations sont
dunis le droit strict de s'len tenir it i ljigne frontiwre du
passe. .
11 u'en fallut pas davantage pour enflammer outre me-
sure le paltriltisme du farouche general Trujillo, qui,
aussit6t, so decida a traitor la question par la force ou-
Verte. Ce fut dans cette intention qu'il s'elait propose de
former unearm ee de cinquante mille homines, de fire
I'acquisition d'un navire de guerre, de trois ou quatre
aeropliaes, des armes et des munitions el! France, des
bonbes I.crymogwnes, enu mime temps qu'il faisait cons-
Iruiire h Banica un ou. deux aerodromes.
Or, pour s'engager dans la voie des dnpenses aussi
extravagantes au lendemain meme du cyclone don't
tout! l'peuple dominicain ressent encore les dcsastreux
effe., eo au' moment surtout oO le charge( d'Affaires do-
minicaiit, I'honorable Mr Morillo parlait de la banque-
route du gouverirementt dominicain danssa lettre du 27
Octobre 1931 au.Direc'eur du journal a. Le Temps ; pour
s'engagei,dis-je, dans de si grosses depenses. n'en faut-
il pas conclude que les avantages a realiser talentt ap-
preciables.
Malheureusement, I'emprunt de cinquante miflions
de dollars qu'avait voulu contractor le President Tru-
jillo aux Etats-Unis. ne put aboutir, malgre les efforts
desesperts de la mission financiere qu'il avait envoyee
A'New-York et i Washington. Deux companies: Ulen
et Cie et I. G. White Engineering company avaient
offertl'unie dix millions et I'autre cinq millions de dol-
lars. Mais le Secretuire d'Etat Stimson, qui avait et
pr.eve-u de l'usage que le President dominicain comp-
tait faire de cet argent, opposa un veto sur les deux em-
prunts demandant qu'il soit nomme un controleur ame-
ricuin pour en contr61er I'emploi. C'est Mr W. Dunn,
l'ancien directeur des Contributions en Haiti, qui a et6
nomme a cette function.










- 46 -


Ce fut vers la m6me 6poque, que. des soldats domini-
cains firent brusquement irruption sur le territoire hal-
tien, aux Anses-A-Pitres, et tuerent une dizaine de nos
compatriotes, apres une resistance 6nergique.
C'est h ce propose que les honorables Depules Cineas
et Lamartiniiere Leroy avaient propose 8i la Chambre
d'inviter le Secretaire d'Etat des Relations Ext6rieures
a se presenter dans son sein pour donner des expica-
tions sur le traits des fronitieres.
11 n'en fallut pas davantage pour alarmer les politi-
ciens et les journalists dominicains: Le journal Le
Listin Diario du 22 Mai 1931, s'6cria : a La question des
frontieres est en train de prendre un aspect grave, car
il ne s'agit pas de 'attitude personnelle d'un ou de plu-
sieurs membres de la Chambre des Deputes, mais de
1'Assemblee elle-meme..Cette affaire important, dit le
r6dacteur de Particle, reclame I'action patriotique de
notre jalouse Chancellerie.
Le journal L'Opinion du 26 Mai 1931, euvisageant la
question A un tout autre point de vue que son c61gue
Listin Diario, s'exprima avec beaucoup,plus de calme
et de raison : Ni la Chambre ni le gouvernement hal-
tien, dit-il, n'ont tendance A s'opposer au trait des fron-
tieres. La Chambre a seulement interpelle le Ministre
des Relations Exterieures. 11 faut maintenait conside-
rer cette iiiterpcllation, preter attention h ce que dit le
Ministre, ettvoir ce que deoidera la Chambre:,
11 conclut par cotte sage rIflexion: a Si rdellement il
avait exist ii Port-au-Prince une ambiance defavorable
au trait,.taunt dans les spheres officielles que dans les
cercles particuliers, notre g uvernement en aurait 6et
inform~ et aurait donni une plus grande attention A
cette affaire.
Ce u'est pas le paisible et laborieux people domini-
cain, ai-je dit en commenQant, qui desire la guerre A
propos de la question des trontieres; ce sont plut6t des
speculateurs politiques dominicains.
Mr Andre Faabert, ancient Ministre Pl6eipotentiaire
d'Halti a Santo-Domingo a fait une fort remarquejudi-
cieuse dans un ecrit public, par le journal a Le Temps
du 18 AoOt 1931. II dit: Plus on cherche etmoins I'on
trouve la raiseo du trait des frontieres de 1929, v6rita-
ble pomme de discorde-traite, si jamais il etait devenu
un accord dfinitit liant les deux peuples, serait telle-
ment iamcceptable qu'au lieu d'etre un monument de









- 47 -


paix et de concorde, engendrei-ait fatalement un conflict
armed. Car Hulli, dans cette affaire allait jouer le r6le
du dindon de lu farce. eMonsieur Augustin Malagon hijo,
apres unc honiinte historique de la question, dit que
I'existence d'une line fronti-re discutable. le long de
laquelle, de bonne fi. peuventse produire des incidents
quotidiens entire les forces armies des deux pays, est
sans doute une source continuelle d'inquietudes et un
ferment de mauvaises passions pour les deux peuples.
Eliminer une cause semblable de maleitendus serait
sage. Quoique de race, de coutumes et de langues dif'6-
reutes,les deux r6publiques out des inter6ts identiques;
leus destinues marchent indvitablemeljt en lignes pa-
ralliles, m6me quand des intr'ets secondaires s'effor-
cent (d'etablir pour elles des objectifs divergent. Quel
avaintage peut ~re trouv6 A maintenir une cause d'irri-
tation latente? Pour atteindre aux hates finalites, reye
des vrais, hommes.d'Elat, il fHut toujotirs se disposer A
realiser.le grand effort. A ce mArite. peut pretendre le
gouve'inement dominicain, qui n'i pas h6site, meme a
SI'encontre de prejuges ancestraux, A sacrifler ce qu'il
croyait n6cessaire pour arriver a l'accord.
a La prepondtrance, I'une sur I'autre, des deux races
qui occupent llle, il i 'est pas possible de I'admettre en
ce moment a quelquq point de vue qu'on se place. Ni
l'une ni 'autre n'a la puissance suffisante pour 6tablir
son heg,,monie par la force. ni une superioritL suffisan-
te pour I',tablir par I'intelligences.
a Dans ces conditions, le respect et I'estime r6cipro-
ques forment 'unique line de conduit qui convienne,
non seulement dans esprit des conducteurs, mais dans
les coeurs des deux peuples, jusqu'au jour of l'on pour-
ra arriver A ce qui n'est un songe mais le resultat fatal
des circonstances dans lesquelfes les deux nations se
trouvent places: leur confederation a un bloc respec-
table de cinq millions d'Ames, capable de se faire en-
tendre et de se faire sentir dans le concert du monde
principalement dans iburs diffmcultts possibles.e
SMais auparavant unus avons besoin de prouver que
nous sommes capable de nous entendre et de resoudre
raisounablement nos propres simple problems. C'est
Ia toute la question. Mlheureusement, il s'en trouve,
par centre, A St-Dbmingue,des hommes exalts comme
Mr Espaillat-de La Moto, qui animent le people domini-
cain d'un vertige fanatique et 'veulent quand. mnme le
pr6cipiter sur le people haltien. A Penwcroire, il n'existe












pas dans le people dominicain uti ideal nu-lional; it taut:
e creer. C'est ainsi qu'il a preconise dars le journal
La Opinion du 22. Dtcembre 4930, importation de
cinq millions de b.i cs.pour coloniser Haiti, I'augmenta-
tion de l'armee, 1 .construction des fortifications moder-
nes tout lelong des fioontiLres. '
li dit: La souv.erainet6 de 'lle de' Saint-Domiiigue est
- divisee en dPux Republiques iide6peidantes, de races
Set de langues distinctes; ii y a dans la composition
c ethnique de I'ile un dconceptant desequilibre nocifde
la R6publique Dominicaine ..
Nous croyons qu'ev consideration de la desoccupa-
Stion d'Haiti en 1935 par les forces amdricaines, le cpn-
t.ingent de l'armrne national devrait aller en augmen-
tant.annueliement, progressivement, de maniere qu'a
SPciiecomplissement decet heureux,6veniement de lad-
a occupation de la partie de POuest, nous puissions nous
a rejouir de pouvoir assisted ii des parties militaires de
q quatre mille-hoinmes de troupes sur les froitieres et
de six mille sur les. autres. points strat6giques de la
Republique. a (1)
- ,Nous -tessavons laquelle, des deux RepubliqueS la
iProvince doniera e spectre du gouver'nemernt insulai-
a re. Si ecest a celle d'Harti,' le gouvertiement serait uni-
ata'ire, indivisible, a'vec uie cit)yennete haitieiine col-
Sl&ctive et forcee pour touts les dominicains. Et si c'est
, In Republique Dominicaine, le gouverniement serait di-
a visible, double et sa Constitution se calquerait, sans
a.prejudicief uaux principes 'r6publicains, sur celle de
a I'ancien royaunie de Suede et de Norv6ge ou sur celle
a de 1i'aicien empire d'Autriche-Hongrie. Pour la conve-
a nance des deux peuples, les frontieres seraient main-
.tenues, et chacune coniserverait sa citoyeiiiete parti-
Sculiere, except dans les cas de naturalisation indivi-
a duelle. .
L'aut6ur continue : On parole de pacifisme et d'anti-
a militarism et on parole aussi de I'impossibilit6 des guer-
a res internationalesdans le nouveau monde en sugg&-
a rant qu'il y des limited : la souverainete des belligt-
( rants. Y a-t-il Il de la sincerite?- Non, tous croient a
k la possibility de la guerre, mais par la lchete, pour ne
a pas fournir l'imp6t du sang, on preche I'antimilitaris-
(I) Voir le journal gLa Opinion diu 22 D&cembre 1930 et a Le Temps .
du 13 Mars 1931. .
SlKa Opinion du 16 janvier. 1931.










- 49 -


a me, ce. qui equivaut i une champagne anticipee contre
Sales possibles lois de service militaire obligatoire de
* neuf mois, de facon que dans 15 a 20 ans, on puisse
' computer sur une grande arme,et de plus, sur de nom-
brehses reserves completement organisdes et pr6tes a
* r6pondre I toute eventualit.
Gouvernement et people dominicains des 6poques
Spass6es ont gaspilie Ie temps en luttes inesquines et ste-
riles sans s'occuper de donner a l'arm6e une organisa-
i tion technique, et aujourd'hui le chef actuel se voit
dans la necessite d'implanter une organisation dflini-
tive en toute hAte, car si au bout de vingt prochaines
Siinn6es. on n'augmente pas la force d'infanterieet on ne
cr6e pas en outre, des corps d'artillerie, de cavalerie,
Sd'aviation militaire et une marine de guerre, la loi
d'immigration en vigueur ne pourra pas s'accomplir,
O sinon a demi.
a Que la frontiere soit surveillee, qu'elle soit d4claree
SZone militaire sur todtp sa longueur et sur une larger
*de six:milles ou plus selon les sinuosites du terrain, et
Squ'on 6eimine compl6tement de la Zone les ecoles, les
pretres,.les instituteurs et les missionnaires. Dans la
SZone militaire, ne doivent exister que des casernes,
a des camps d'aviation, des ecoles de regiment, et
ades colonies agricoles militaires. Qu'on indique les
points par lesquels soit permise la circulation entire les
deuxpays. Qu'on installe des phares sur chacun de ces
points pour eclairer pendant la nuit les voyageurs in-
ternationaux et qu'on ferme tout le reste de la frontiere
Aau moyen d'un r6seau, ou d'un ensemble de r6seaux
de fl de fer barbel6. De cette tacon et A I'aide de corps
de garde,'de la vigilance de la cavalerie et des avions,
on eviterait d'un c6tO la contrebande et I'immigration
clandestine et de 'autre le vol de bestiaux si prejudi-
a ciable h nos eleveurs.
On aura beau vouloir s'en defendre de I'autre cote de
la frontiere et se dissimuler de ce c6te-ci, on ne peut
ne pas le reconnaltre et I'avouer, que c'est.exactemenit,
en parties, ce plan d'organisation militaire que le Pr6si-
dent Trujillo a mis & execution. En effect, des le mois
de Septembre 1931, de graves rumeurs circulaient,
d'apr6s lesquelles le gouvernement du President Tru-
jillo activait ses armements, en vue du reglement par
la force, de la question des frontieres dominicano-hal-
tiennes. D'apres Mr Abel Leger, Ministre des Relations
Exterieures d'Hatti,.le gauvernement haltien avait des












raisins :de croire que 16"lPresident Trujiilo' 'arm'ail
pour assurer la trainquillit& iltrieulc' de In Republique
Dominicaine. il ajocitait que le -gouvertement Dopnili-
cain avait doinne au n6tre TAissyratice officielle que ces
arnyiements n'Wtaient pa, di-igies cdijtre la'Riptiblique
d'Haiti; que le gendrai Trujillo, eli perisonne avait spon-
tanimeien doinne cette assurance i n6tre i- gation A San-
to-Domingo. Et come le Directeur du jourInall i Le
Temps, demandait -uMr Ldgerbce que ferait le gouver-
nement haltien si', malgre-toutes ces assurances,; I'rmie
dominicaine traversaRiL Hosliglos froIttiL rs, ii rpondit:
si cette'armle- s'oub'iait-cc qui i'~tait lpas probable,
etant donuee la, bon'ne volonitt evidence du general Tru-
jillo et de son :gouvernement--e'est Une pure hypoth&se
de votre-part--i occuper:nne portion quilconque-du ter-
ritoire.Haitien, note gouver pement, en presence d'une
pareille rupture des liens conventionnels, n'aurait qu'h
s'esti.mel,hbire du Traitei de 1929,-et notre garde s'otu-
blieraiti., son tour ih rmaeneer- imm6diatement, par la
m6me proodurIe, la force dominicaine en territoire:do-
ninicaiun. (1.) .. : '
Tandis que de ce c6teci ile la ffOntier', Mr. Abei: Li-
ger tena'it avec une certaine'crineerie elangage qu'on
vient de firb, de l'autire'c6t, le Pra.id lt Trujillo, Iii,
prenalnt le haul comrhaiidei'lnut 'Id l'arm6e dominicai-
ne, s'eiibarqudit i borld d'ui intmvire marchahd etl q- ger,
affrt 6 ia cette fil 'pour ciliil riille dollars, partait en
Sguerre 'ila"t~te d'une armrie de mille homes (sic),
masique en t6te; Soit qui'ce fu't iiiquement l'histoire
de se miblat'er au public sous sa belle uhiforme ,de ge-
neral de'divisint, ln poitriu'ornlee d e decorations;' soit
que ce fut'pour troiniper le peuple ddmintcain et lui
laisser Pinripression qu'il parniiit A Id cohquete d'flali;
soit; enfln, parce qu'il aurait lu I'article du journal Le
Temps qui lui rappelait que, attaquer Hat:i, c'6tait I'af-
faire ,qui regardait Washington; que tout le temps que
ceipays sera eoceup6 et qu'iH sera sons le regime du trai-
t6 du 16' Septembre- 1915, c'est WastMiuLgtn qui a -la
charge de defenidre notre Indep6ndanee, il n'importe!
mais ce qui est trAs vrai, c.'est que des deux c6tis de la
frontiere, on n'avait pas tard(6 aetre Mdifie sur I'algara-
de de la brillante armnse d' President Trujillo, doubt une
parties des troupes seulement avait eivahi :le territoire

( 1) Voir le journal (Le Tempsidu 21 Septembre.1931:


-- :>--










- )1 -


hItiitil d la:is hI I gion dds Anses-ii-Pitres, en dcclariat
airx hautoitts.locates qu'ciles agissaient conforimement
auiiri-drcv du 'gouvernement. ( I)
'Coinlinel. bieintloii pense, celtte nouvelle violation de
motre Lerrnilou't-i'.ivait pa.s mainlu de lproduire la plus
pniilible itfprs.iolln l;ans to1ut le pays oio dejih les esprils
coinmmellcienlc'il s'cha;uffc'r. Les luhlliens habiltnt cette
regiol effray.s piir les visits riilterecs de ces holes
iienl.i(,iits, et privs (de I'plJpui du gouveirnement, har-
celetinnii|quitiit de tout, sont completereniit decoura-
gets ditijni l ('l tie obliges (d'abndonner leurs hablila-
lions:'. .
Det(uiJ ,litvier 1932 les troupes dominiacmines sont
rest-~te.m iiitresses de la parties de notre terriloire con-
quisc. oanc le gQitrernement dominicain est en pleine
riiptire fles'.aitas .conventionneli. Pourtant, la Garde
d'Haiti poiur parler come Mr. Abel Lgqer ne sest
pas elle-ndme oribliie, e son tour, a les ramener par la
mnait rirocditre, en 6err itoire dominicuin, s'il taut s'en
teliir aux terrt'ns d'un receipt rapport date du mois,
d'Avrii 1932 iu Prefet de Jacnel au President Vincent.
S'il enest aiasi,.il me semble que la question est as-
sez grave pour reclanier un&. declaration nette, sincere
et precise de In part du g'uvernement, a qui doit. fer-
mer rresolumenLt le cycleides tergiversations, en adop-
tant allIgrdemnt une politique de defense national. )
De ce qui precide, il resulte que le journal Le Nouiel-
liste du 15 Fevrier 1932 a etot tr(s ma I renseigne, lors-
qu'il a declare qu'heureusement tout est arrange: qu'i
la suite des demands d'explications du gouvernement
d'HaIti, le President Trujillo a ordonne a ses soldats de
repasser la frontiere. .
Non, il n'y a rien d'arirang : le President Vincent
parlant de la question des frontieres ne I'a point dit ni
dans le discours du ler F.vrier 1932 qu'il prononoa aux
Goralves, a l'occasion de I'installati'on du Major Mauri-
ce Lafonmtat.,ni dans celui qu'il prononca au Cap-Hal-
.tien, en Mars dernier, lors de sa tourutee dans le Depar-
tement du Nord. Au contraire. Dans son message an-
nuel au-Congres dominicain, le President Trujillo s'ex-
primant sur la question des frontieres, a dit: a En vertu
du trait signed le 21Jantier 1929, et don't les-ratifications.
apres. I'approbation 'de I'Assemblee Nationale de. I'une
et de l'autre Republiques furent echangees a Santo-Do-

(1 I Voidle journal LC Nouvellisteu du 15 Fivrier 1932.
I. .










- 52 -


mingo le 29 Avail 1929, ii fut nomme une commission
delimitative des frontitres, compose de delegues tech-
niques des deux pays pour tracer sur le terrain la ligne
frol.tiere decrite.dans Iarticle ler du traits. Les deux
sections, dominicaine et haltienne, de cette commis-
sion, travaillerept activement iusqu'h la flu de I'minde&
1930 et tracrent cette ligne, d'un common accord, sur
80 o/o de son extension, ce don't font foi les cartes par-
tielles signdes par les Commissaires. s
a Seulement en cinq endroits, il y eut desaccord entire
les membres des deux sections de la commission, de d-
limitation at les points qui donunrent lieu A cette diver-
gence de vues furent consigies dans cel acte. Au com-
riencement de I'aunne 1931, la section haltienne de la
commission ne rejoignit pus la section dominicaine et le
gouvernement 1'Halti ne continue pas de poser les bor-
nes dont le coot et I'execution I.ui etaient attribues dans
lcs lieux ot l'accord s'est fait.
a Par 1'intermrediaire de notre Legation A. Port-ou-
Prince, se fit une just demand de continue la tache
commence, et la chancellerie haltienne declare que la
suspension des travaux 6tait simplement temporaire.
4 Posterieorement, le fleuve Artibonite en crue em-
porta quelques bornes et le gouvernement d'Halti ne
"tesrkecot-itrissitpau. ette'paralysation des travaux ten-
dant a la fixation de la igne frontiere entire les deux
pays, conform6ment'aux terms du trait, a (t6 la cau-
se indirecte de divers incidents de frontieres qui heu-
reusement ont eu peu d'importance;
a:Toute une annee s'est ecoule sans que le gouverne-
ment d'Halti ait essay m6me de renouer les. travaux
interrompus de demarcation; et cependant, les diver-
gences de vues entire les commissaires de I'une et de
,'autre parties ne cr~erit pas de problem insoluble, car
'e trait meme les a pievus et en meme temps indiqu6
les moyens ad6quats pour les resoudre. Le trait qui,
comme il fallait, a ete enregistre A la Societi des Na-
tions, indique des points assez precis et concerts pour
la fixation de la ligne frontiere et on ne saurait penser
que l'une ou l'autre des hautes parties contractantes ait
'intention d'eluder l'accomplissement de cette obliga-
tion international. La paralysation des travaux, qui
prend d6jA le caractere d'etre ind6finie, etant donnee
I'attitude du gouvernement d'Halti, n'est avantageuse
ni pour I'une ni pour I'autre des deux Republiques et
peut engendrer des frictions, qui raisonnablement doi-










- 53 -


vent etre evitte.-; c'est pourquoi j'entretiens la ferme
esperance que le gouvernement de la nation voisine re-
prendra le plus t6t possible les activities necessaires
pour I'extcution du traits et so montrera dispose dis-
siper amiablemnent, par I'interrntdiaire des deux chan-
celleries. les difficulties qui n'on! pas pu se resoudre
d'autre facon. ,
Pour ceux qui n'iraient pas au fond de la question, ii
semblerait que tout le tort est du cote du gouvernement
haitien. Mais quand on saura que dans la conclusion du
traire du 21 junivier 1929 en question, les interets de la
Republique d'Halti n'Wtaient ddfendus que par notre Mi-
nistre a S:into-D'minlg, tandis que le gouverneinent
dominicain etait assist. d'une douzaine d'experts, con-
naissant les regions limitrophes aux points de vue geo-
graphique&s mniitaires et 'agricoles. *; quand on saura
que, possedant deja trois fois moins de terre que les do-
micains, nous ne saurions consentir i leur abandonner,
dans ce trait, plus de quatre-vingt a cent mille carreaux
de terre, alors qu'il avait 6et admis, en principles, par
les traits precedents, que si nous arriverions i recon-
naitre que nous occupions du teri'ain appartenant a la
Republique Dominicaine, nous paierions pour garder
ce territoire ; principle que le trait du 21 janvier 1929 a
ecart6 syst6matiquem rntj|i.Pii i,) n- Viiwt. Mmk t N
adit fort judicieusemnenitddans Son discourse prononce au
Cap-HaTtien le 28 Mars dernier: a Une grave erreur se-
rait de raisonner comme si le traits de 1929 constituait la
premiere demarcation des frontieres. en faisant abstra-
tion des signatures, des sanctions et des ratifications du
passe. Un trait de cession territorial doit comporter
une renonciation express du droit de souverainete d'un
Etat sur une portion d6termin6e de son territoire et pre-
ciser les conditions dans lesquelles la cession sera operde.
Le mode de consultation des populations,l'effet de la ces-
sion sur la nationality des habitants sur la dette publi-
que, etc.
SRien de la sore n'est stipule dans I'accord de 1929.
Et rien de la sorte n'aurait pu etre stipule en raison des
dispositions Constitutionnelles de la Republique d'Halti
qui proclament I'inalienabilite du territoire national, et
u Trait6 de 1915 avec les Etats-Unis par lequel nous
nous sommesinterdit tout transfer de territoire au pro-
fit de n'importe quelle puissance.
oJe crois qu'il serait dangereux de vouloir interpreter
systematiquement le traitt6 de 1929 dans le sens de ces-


g_ a~cd~r
~tY~ CL~COL















LEi C CES RE SUCCiS


D'aprIs toutes les donntes de I'Histoire, de la science
et de la strategie militaire moderne, si les dominicains
imposaient la guerre i Haiti, toutes les chances de suc-
ces seraient du c6te de celle-ci. En effet, de quelque
point de la frontiere que nous viendraient les hostilities:
nous viendraient-elles par terre, par mer, dans Pair, et
m6me des trois c6tds a la fois, les dominicains seraient
vaincus, tailles en pieces, harcel6s jusque chez eux, et
cette fois pour tout de bon. Car, il ne faudrait pas
qu'apres la victoire ils pussent se moquer de nous, en di-
sant come on disait d'Annibal que nous avons su
vaincre, mais que nous n'avons pas su proflter de la
victoire. C'est le m6me reproche que les francais firent
a Georges Cl6menceou, qui, pour plaire au President
Wilson, n'avait pas fait entrer I'armee francaise A Ber-
lin, en 1918.
En matiere de guerre, la ciassique enseigne qu'il faut
autant que possible, mettre toutes les chances a prevoir
de son c6te, de favon A ne rien laisser aux caprices du
destin. Or, les dominicains aspirent A etendre leur hege-
monie sur l'ile tout entire; c'est done a eux qu'il re-
vient de prendre l'offensive. Voyons tout d'abord quel-
les sont leurs chances de success.
L'Histoire des grandes operations militaires nous ap-
prend que la guerre d'invasion n'offre pas toujours de
serieuses chances de succes. En effet, celle qu'entreprit
Napoleon contre l'Espagne, en 1808, lui fut fatale, ainsi
que celle qu'entreprit ce grand capitaine contre la Rus-
sie, en 1802 et que Guillaume II entreprit contre la Fran-
ce, en 1914.
Si nous ouvrons les pages de notre propre histoire,
nous verrons que l'invas,on du territeire dominicain
par Dessalines en 1805, & la t6te de 25.000 hommes, cel-
e par Riviere Herard en 1844, A la tete de 18.000 hom-
mes, pap le President Soulouque, en 1849 et par 1'Empe-
reur Soulouque, en 1855, a la tete de 15.000 hommes de
troupes, presentent les m6mes sympt6mes de rtsistan-
ce national que celle tentee en 1845 par les domini-










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cains, qui avaient pu s'emparer des provinces de Hin-
che et de Lascahobas a la faveur de nos dissensions
intestines. Leurs troupes, harceldes par les ge6nraux
Samedi T61emaque, Morisset et Jacques Louis, furent
poursuivies jusque sur le territoire dominicain. Malhe-u-
reusement, l'arm6e haltienne se content de rester b
Azua.
En admettant 'hypothese d'une action combine des
Dominicains sur terre et sur mer, et qu'ils eussent pu
op6rer un debarquement de troupes sur notre territoire,
mais ils ne pourraient jamais s'y maintenir: Avec nos
fortifications intArieures, la configuration geographique
du s6l et nos defiles, nous pourrions soutenir avanta-
geusetnent la guerre pendant trois ans comme les boers
et'les philippins, et les epuiser, d'autarit plus facilement
qu'ils ne pourraient guere esperer d'6tre soutenus en
aucunie facon et par aucune puissance etrangere. D'au-'
tre part, il faudrait que le President Trujillo pQt deplo-
yer une masse de forces proportionnee a la resistance et
aux'bbstacles que celle-ci pourrait rencontrer; qu'il pot
calmer clez lui les passions populaires et deployer en
'ii6me temps un grand melange de politique, -de dou-
ceur et de sevirit6. Mais, si I'on rassemble tous les ac-
tes r6prehensibles, que les journaux et les dominicains
exiles erilaiti ont tTis a sa charge, il est evident qu'on
ie' peut rien attendre de tout cela du President Trujillo.
Et lui, petit-il attendre au spectacle du movement
spontane de tout le people dominicain pour le suivre
danssa fo.le equipee centre HaIti?- On a pu voir tout
un people, exalted par des opinions politiques, par I'a-
mour sacr6 pour la Patrie ou anim6 d'un noble amour
pour son Chef, s'armer & sa voix, se pr6cipiter au de-
vant de 1'ennemi pour defendre ce qu'il a de plus cher:
Sa patrie! Mais, ne peut-on pas se demander si avec
tous les sujets de mecortentements legitimes du people
dominicain contre lui, le President Trujillo peut comp-
ter serieusement sur des levees nationals et mettre
dans la balance tout le poids de sa puissance personnelle
pour une action decisive ?-J'en doute.
II y a du reste, trop de motifs de divisions en domini-
canie pour qu'il soit possible au President Tujillo de de-
clarer la guerre & Haiti : son arm6e n'aurait pas fait une
journle de march que la revolution, qui couVre sous
les cendres depuis un an, 6claterait derriere lui, sur son
propre territoire, le inettant par ainsi entire: deux feux.
I y aurait aussi a computer avec les reactions qui pour-




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raient se produire dans son propre armee, en course de
route ou A la moindre deroute.
Pour les memes raisons de divisions internes. il lui
faudrait mobiliser une force autrement considerable
que celle en march pour surveiller toutes les villes de
son territoire; au moins trois a quatre mille homes.
J'ai fait allusion tout a I'heure 6 I'action combine et si-
multanle de terre et de mer recommandde par Mr Es-
paillat de la Mota dans son article centre Haiti reproduit
plus haut.
Vraiment, on ne peut concevoir qu'un si grand stra-
testiste (1) puisse parler d'action combine de terre et de
mer, quand la R6publique Dominicaine ne dispose ine-
me pas d'une goelettea gasoline pour assurer le sei vice
de ses c6tes! Apparemment, M. de la Mota s'est rappel6
qu'il avait appris A l'ecole que les Carthaginois avaient
pass le detroit de Cadixet etaientalls coloniser les lies
Balears et de la Sardaigne; que les flottes de Themisto-
cle furent la terreur des Perses; qu'Annibal et Scipion
avaient porter les aigles romaines jusqu'h Carthagene,
don't la conquete ruina pour toujours cet empire. Tout
cela est de I'Histoire ancienne. A notre 6poque, il est
aussi absurde que ridicule de croire a la possibility
d'une telle action: de croire que les dominicains puis-
sent op6rer simultanement un d6barquement de trou-
pes dans tous les ports d'Harti et livrer aux haltiens un
double assault, par mer et par terre Quelque grande
que puisse 6tre la repugnance que les dominicains pre-
tendent 6prouver de se trouver en contract avec les hal-
tiens, maisje ne peux supposed qu'ils puissent leur faire
l'injure de douter de leur amour de la Patrie, de leur
courage, de leur orgueil, de leur endurance, de leur
volont6 de vaincre, de leur foi dans le succes, 6tant do-
mines par I'honneur de la race et le souvenir de leur
origine.
Toutefois, pour une si gigantesque operation, il fau-
drait aux dominicains au moins douze navires de guer-
re ou marchands bien 6quipts, bien arms de pieces de
canon b longue portee,de forces proportionnees r cells
de terre.
D'ailleurs, des operations aussi hasardeuses offrent
toujours de multiples inconvenients, suttout quand il
faut border le littoral. Avant tout, ne pourrait-on pas
poser la question a M. de la Mota: oC sont vos amiraux,
vos vice-amiraux, vos enseignes de vaisseaux et vos
marines? Et puis, o- le gouvernement dominicain trou-










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verait-il de 'argent pour faire I'acquisition de ses navi-
res ou meme pour en payer la requisitiojn. Avec quoi fe-
rait-il les trais d'approvisionnement et de rationnement
de ses troupes, quand on sait que ses depenses sont
controldes par Mr W. Dunin, qui repr6senite lh-bas les
banquiers americains et qu'il no lui reste plus pas meme
mille carreaux de terre du domaine national suscepti-
bles d'etre hypotheques ou vendus aux Compagnies
americaines.
La derniere hypoth(se qu'il me rest i envisager- la
plus s6rieuse des trois c'est celle relative A l'attaque
combinee par terre et dans l'air A laquelle a fait allusion
M. de la Mota.
J'avoue sans scrupule que ce plan de campagne n'offre
pas les m(mes inconvenients que les deux premiers; et
c'est pr'cisement pour cette raison que, dans un jin6-
ret eminemment national, j'ai pense qu'il pouvait etre
necessaire de pousser moon 6tude jusqu'au extremes li-
mites de la strategic moderne, tout en gardant le silence
le plus absolu sur mon.plan, 6 moi.
La guerre adrienne est d'invention nouvelle: quand je
quittai I'ecple polytechnique, en 1875, on ne connaissait
pas encore le sous-marin, le torpilleur, I'aeroplane, le
gaz asphyxiant ni le gaz lacrimogene. Toutes ces inven-
tions ou decouvertes sont venues modifier sensiblement
.l'ancien system de guerre. On sait, en effet, quel r61e
important remplirent les torpilleurs et les aeropla-
nes dans la guerre mondiale de 1914-1918, comme dans
la recent guerre sino-japonaise.
La France et I'Angleterre les employerent avec suc-
ces, il n'y a pas encore trois ans, pour combattre et
6touffer dans le sang les insurrections dans leurs colo-
nies. Les Etats-Unis s'en sont servis au Nicaragua con-
tre Sandino, avec autant de success.
Si I'emploi des bombes n'offre presqu'aucun danger
pour les bellig6rants qui en font usage, mais, par centre
celles-ci exercent une influence d6sastreuse, non-seule-
ment sur l'espi it des populations qu'elles demoralisent,
mais aussi sur celui de l'arm6e. Ainsi, les dominicains,
par surprise et sans nulle declaration de guerre, peu-
vent facilement sous pretexte de parades militaires
comme cellS entreprise en DWcembre 1931 par le Presi-
dent Trujillo operer un d6barquement de troupes aux
Pederrrales, en le faisant coIncider avec le bombarde-
ment aerien de nos villes, 'b commencer par la Capitale.
Pour me resumer, je conclus que d'apr6s toutes les pro-









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babilitds, nous somm" en presence d'une prochaine
guerre aerieIne.
Sans doute, le danger pcut etre conjure, et tries faci-
lement, si le government haltieie, loin de s'occuper
de mesquins interets personnel et Agoistes; loin de
poursuivre avec tawt d'acharnement la liquidation du
nationalism, don't on a pu constater la force et la disci-
pline, taut i I'ppoque de l'arrivee de la Commission
Forbes qu'i I'dlection du President temporaire, en Mars
1930, il se livrail sincerement et serieusement i I'6tude
du problem de la defense nationale, et adoptait une
diplomatic plus ferme et mieux avisee i 'ldgaird des do-
minicains. Tels sont les vceux que, en terminaiit cet
ecrit, je forme pour mon pays et p)ur la gloire du gou-
vernement de Son Excellence le President Stenio Vin-
cent.
A. CHARMANT Avocat

Post-Scriptum
Si vis pacem, para bellum.
D'apr6s les conclusions de cet ecrit, la prochai-
ne guerre Dominicano-HaYtienne sera aerienne.
Or, j'ai ete patriotiquement heureux d'appren-
dre par le journal dernier (1932), que la grande fabrique Suisse
d'Avions. la compagnie Oberlikon, a offert ses
services au gouvernement haYtien, avec des
conditions tries avantageuses pour celle-ci.
PLAUDITE GIVES !
Je m'associe de toute la puissance de mon
patriotism aux voeux formulas par le grand
quotidien haltien, pour que le gouvernement
tombed'accord avec le chef de la Garde pour
I'acquisition immediate de douze avions mili-
taires ou de guerre.
En attendant, commencons par ouvrir une
cole d'aviation avec vingt-cinq bodrsiers, don't
le Directeur serait l'aviateur haTtien Paris. II se-
ra accord une prime d'encouragement aux dix
6elves les plus meritants.




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