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 Les champs d'or














Title: Les champs d'or (Afrique Portugais)
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 Material Information
Title: Les champs d'or (Afrique Portugais)
Uniform Title: Bulletin de la Sociâetâe de gâeographie
Physical Description: 29 p. : ; 26 cm.
Language: French
Creator: Pona, A. P. Paiva e
Publisher: L'Academie Royale des Sciences
Place of Publication: Lisbonne
Publication Date: 1891
 Subjects
Subject: Gold mines and mining -- Mozambique   ( lcsh )
Gold mines and mining -- Colonies -- Portugal   ( lcsh )
Discovery and exploration -- Mozambique   ( lcsh )
Genre: bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Bibliography: Includes bibliographical references.
Statement of Responsibility: par A.P. Paiva e Pona
General Note: "Traduit du 'Bulletin de la Sociâetâe de Gâeographie' par Antonio de Portugal de Faria."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00072075
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 18756161

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SOCIETY IE EGtOGRAPHIE DE LISBONNE


LES CHAMPS D'OR


(AFRIQUE PORTUGAISE)
PAR

A. P. PAIVA E PONA, M.s.o.L.
MEDECIN NAVAL

Traduit du ((Bulletin de la Soci6t6 de G6ographies
PAR
ANTONIO DE PORTUGAL DE FARIA, M.C.S.G.L.
Vice-Consul de Portugal A Cadix
DdIlgud de l'Alliance Scientifique Universelle A Cadix
Membre des Sociedts de Geographie de Paris et de Madrid
etc.




*~p

1LI; :Ii


LISBONNE
Imprimerie de l'Acad6mie Royale des Sciences
1891



















LES CHAMPS D'OR








Au commencement de ce siecle, la Hollande 6tait un royaume na-
polonien; et il nous semble que cette circonstance est la cause pour
laquelle le cabinet de Londres, qui avait declare guerre A outrance au
CUsar Francais, fit occuper par des troupes britanniques les richissi-
mes possessions hollandaises.
Ainsi le Cap de Bonne-Espirance, d'abord occupy provisoirement,
fut, en 1808, difinitivement annex.
En meme temps, lord Minto, dans les Indes orientales, ordonnait
l'occupation successive des iles de l'immense archipel malais, et sou-
tenait encore, en 1811, dans f'ile de Java, une guerre acharnee, 'esti-
nee A faire sombrer la domination colonial du people hollandais.
Le congress de 1815 restitua a la Hollande ses colonies de 1'Ex-
treme-Orient. La- colonies du Cap de Bonne-Esp6rance resta oubli6e.
Ce fut ainsi que I'Angleterre s'6tablit dans 1'Afrique australe.
De nombreux colons hollandais, animus de ce meme esprit d'in-
dependance qui avait pouss6 leurs anc6tres, deux si6cles auparavant,
a emigrer de 1'Europe pour se soustraire A l'intolerance religieuse, r6-
solurent d'abandonner la colonies.
Le movement, parti de Graaff Keynet, s'6tendit A tous les autres
points de la possession. Alors s'offrit au regard de I'histoire le singu-
lier spectacle d'un grand nombre de families s'Oloignant, avec tous leurs
troupeaux et leurs biens, a la recherche de regions oi elles pussent
replanter leur souche patriarchale.
Ces ,tracks) sont parfois signals par de cruelles deceptions,
quand interns dans des charniers devast6s, les betails s'etiolent et
meurent de disette. RBtrogradant alors, ces families infortunees aban-
donnent leurs membres les plus chers et les plus faibles, leurs fem-










mes et leurs enfants, prot6geant de leurs corps lass6s la d6route dB-
courageante du reste du clan.
D'autres fois, les tribus du pays, descendant aux valleys verdoyan-
tes du Stormberg, assi6gent le campement. Les femmes succombent en
combattant aux c6tes de leur maris, et les enfants tombent ecrasis sous
les roues des chariots qui formaient 1'enceinte du Quand ils ne meurent pas dans ces combats, ils meurent victims
de la perfidie des zoulous. Retief et ses compagnons subissent ce sort:
ils sont 6gorgbs A Weenen, dans la valle de Tugela, par les soldats
du roitelet Dingana, qui avait attire les migrants par de inches et fal-
lacieuses promesses.
Ainsi naquit la r6publique du Transvaal, couverte de lanes en-
sanglant6s par ses fils, pauvre, ayant pour guides la Foi et la Bible
qui avaient jadis franchi les oceans en compagnie de leurs ancetres.
Poursuivies par ceux qui s'6taient appropri6 le sol qu'ils occu-
paient, repouss6es par les sauvages, les families boers erraient au sud
de l'Afrique, comme la Ruth biblique glanant sa nourriture et celle de
ses enfants.
Un jour, cependant, on trouva des diamants A Du Toits Pan (Kim-
berley) et par tout le Transvaal on annoncait I'existence de l'or.
La Californie 6tait 6puis@e, I'Australie devenait un fonds immense.
Tous les affam6s d'or se precipitrrent en foule vers l'Afrique australe.
L'Angleterre, qui avait toujours porter un grand int6ret sur ceux
qu'elle continuait A appeler des vassaux de la couronne britannique,
profit d'une occasion ofi I'Europe avait-concentr6 son attention sur
1'Orient, pour charger sir Shepstone de d6clarer abolie et annexee la
republique sub-africaine.
Perdus A l'interieur de l'Afrique, completement isoles de la mere-
patrie, les boirs avaient acquis cette 6nergie sauvage et salutaire qui
leur a sauvegard6 l'ind6pendance.
La surprise ne recueillit pas les r6sultats attendus; mais 1'Eu-
rope, d6s lors, eut connaissance que non seulement le Transvaal, mais
toute la region au nord du Limpopo jusqu'a la rencontre du Zambeze
contenait de richissimes gisements d'or..
C'est dans cette vaste 6tendue de terrain qu'est compris le Mla-
chona (Mashonaland); et comme, pour arriver au Zambeze, l'Angle-
terre ne peut aujourd-hui passer au-dessus do Transvaal, elle met a
profit, dans cette vue, un trait fait avec Lobengula, roitelet des Ma-
tabelles, qui fait de Gubulavaio le centre des ravages exerc6s par lui
d'un c6tW dans le Bamanguato et de l'autre dans le Machona, don't il
asservit les pauvres et inoffensifs habitants.
Voyons comment:
L'Angleterre, 6tablie depuis seulement soixante ans dans 1'Afrique
australe, ne saurait contester le droit de la nation qui, depuis quatre
sibcles, a explore par mer et par terre les regions qu'elle occupe dans
cette meme Afrique.
Alors que fait-elle? Elle met en avant cet argument: que c'est
l'occupation qui engendre le droit a la possession d'un territoire. Nous
r6occupons le district du Zumbo: elle protest.









Un alli6 de I'Angleterre met A sac et asservit (avec des armes an-
glaises) les habitants de Machona. Le Portugal s'etonne naturellement
de cette mani6re d'agir. Mais l'Angleterre de mettre en jeu une pro-
testation, pr6tendant avoir droit a ce pays incursionn6-qu'elle n'a ja-
mais occupy.
Notons que la creation du district du Zumbo, qui donna lieu a la
note adress6e le 21 novembre dernier par le marquis de Salisbury au
ministry anglais A Lisbonne, n'Wtait autre chose que la continuation do
notre action administrative s6culaire dans cette region du ZambBze
don't il s'agit.
Ce n'est la, ni plus ni moins, qu'exercer le droit de faire chez
nous ce que la constitution du pays autorise et ce que recommande
l'interet de la totality ou d'une grande parties de la nation. C'est faire
dans nos colonies exactement ce que nous faisons dans le continent,
lorsque, nous s6parons une commune d'entre les autres, pour la ren-
dre autonomy.
Toute nation est libre de partager et subdiviser son territoire sui-
vant les formes qu'elle croit ncessaires et convenables A son admi-
nistration.
Nous autres, nous ne nous arrogeons point de droits a des terri-
toires que nous n'eussions jamais occup6s ant6rieurement, ou don't la
connaissance ne remonterait pour nous qu'a un tr6s petit nombre
d'ann6es.
Le droit qui nous soutient toujours, se fonde justement sur une
occupation de territoires s6culaire, occupation qui parfois s'est moins
accuse, mais ne s'est jamais totalement evanouie.
II n'est pas just de pr6tendre d6pouiller une nation qui, depuis
quatre si6cles, a continuellement parcouru la ctOe et explore des ser-
toys impraticables au prix d'innombrables existences, conqu6rant ainsi
a la civilisation une considerable parties du continent noir.
II y a des gens pour traiter de d6risoire l'addition de documents
tendant A justifier les pretentions a la possession d'un territoire.
II peut en 6tre effectivement ainsi, quand ces titres consistent en
des traits avec quelque roitelet brutal et feroce, a qui on veut attri-
buer la quality de souverain sur des territoires que sa tribu connait
seulement depuis un demi-siecle.
N6anmoins, quand on compete pour documents non pas quelques
simples affirmations de droit, mais des preuves d'un travail support
pendant des si6cles pour amener ces territoires a la communion de'la
civilisation europ6enne, il vaut bien la peine de fouiller les archives et
de feuilleter les livres poudreux des bibliotheques, afin de mettre en
lumier6 des faits si int6ressants pour I'histoire de l'humanite.
C'est pourquoi nous allons essayer de rappler dans une court
esquisse les travaux d'exploration accomplish par les portugais dans la
province de Mozambique et sp6cialement dans les champs d'or du
Mashona et du Macalaca; car ce furent exactement les mines de ces
territoires qui d6termin6rent I'organisation de la premiere expedition
portugaise a I'intcrieur du Zambeze vers le milieu du seizieme siecle.
Le siecle pr6ecdent, ce grandiose quinzieme si6cle qui vit naitre






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un movement d'audacieuse entreprise dont r6sulta un si grand essor
pour le genie de I'hommc, s'ouvrit en Portugal par les decouvertes
dries A la t6nacit6 et A 1'esprit hardi et entreprenant de I'immortel in-
fant Dom Henrique.
Le passage du Bojador par Gil Eannes, en 1434, fut la premiere
tape dans cette brillante voie que le z6le des portugais parcourut,
d'une maniere ininterrompue, jusqu'aux extremes confins de l'orient.
Dom Joao II, I'habile continuateur de I'ceuvre de l'infant, laissait,
lorsqu'il mourut, une flotte d6ej 6quipie et prate A partir pour 1'Inde,
ce pays merveilleux don't ses envoys lui avaient apport6 d'amples in-
formations. On sait que ces envoys avaient Wt6 s'informer, pour lui,
de 1'existence et de la situation de 1'empire du Pretre Jean des Indes,
personnage legendaire, revotu d'un caractere semi-monarchique et
semi-sacerdotal, si celebre dans ces Ages-lA, et don't on racontait en
Europe des choses extraordinaires.
Pero da Covilhi, le pr6curseur de Vasco de Gama dans l'Inde,
avait Wte A Sofala et y avait vu l'or des mines du Monomotapa que les
arabes trafiquaient.
Et c'est ainsi que le Portugal recut la premiere nouvelle de l'exis-
tence abondante du m6tal precieux A l'interieur de la province de Mo-
zambique.
Au commencement de l'annee 1498, apres avoir passe an de 14
du fleuve 1'Infante (Great Fish River) dernier point of s'etait avanc6
Bartholomeu Dias .. et apres avoir d0couvert la terre A laquelle il donna
le nom de Natal, Vasco de Gama, qui cherchait la route de l'Inde, ne
s'arreta qu'en trois points de la cote de Mozambique.
*II fit aiguade dans la terre de Boa Gente, un pen au nord de la
baie de Lourenco Marques, et dans le fleuve des Bons Signaes ou
fleuve de Quelimane, un des bras du ZambBze; et le 2 mars il deccu-
vrait l'ile de Mozambique.
Se dirigeant ensuite, entire I'ile de Zanzibar et le continent, vers
Mombaca et Melinde, il parvenait a faire la traverse de l'oc6an indien.
Affonso de Albukerque, en 4506, charge Vasco Gomes de Abreu
d'6difier la premiere forteresse A Mozambique, au lieu oft fut fond,
depuis, le couvent de Sao Paulo (aujourd'hui palais do gouvernement).
Cette forteresse fut substitute par I'actuelle, de Sao Sebastido, que fit
construire le grand Dom Jolo de Castro en 1545.
Sancho de' Toar, un des officers de Pedro Alvares Cabral, aborde
pour la premiere fois A Sofala en 1501.
Sofala, par son importance commercial, captive bientot attention
des portugais. Ils y 61event une forteresse en 1505. Pero de Anhaya
est choisi pour en 6tre le capitaine, et est nomm6 chef de tous nos
6tablissements de la c6te orientale d'Afrique.


1 ,La nuit suivante nous ffimes en panne, parce que nous dtions a la hauteur
du fleuve de l'Iffante, c'est a dire de la terre la plus reculee qu'avait decouverte Ber-
tolameu Diz, -Alvaro Velho, Itinhraire du voyage de Vasco da Gama, public par
Alexandre Herculano et le baron de Castello de Paiva.






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Lourenwo Marques explore longuement la baie de Lagoa r6cem-
ment d6couverte, et connue aujourd'hui sons le nom de ce navigateur.
En un mot,-les caravelles portugaises, A l'aller et au 'retour de
l'Inde, parcourent divers points de la c6te comme ports d'escale.
Parfois les lamentables naufrages des richissimes navires le I'Inde
engloutissent, ensemble avec ces tr6sors, de precieuses notions sur les
plages de notre possession naissante.
De tels d6sastres creusent dans 1'Ame d'un people de marines un
douloureux sillon, que le temps a toujours W6t impuissant A combler.
Alors le rude marinier trace dans les feuillets sublimement sim-
ples de l'Histoire tragico-maritime, les impressions ineffacables qui han-
tent sa m6moire, touchant les tristes kv6nements ofi il s'est vu m616.
Le po6te astreint a son language rythm6 l'6mouvante narration de
faits don't la posterit6 no se souviendra qu'avec une poignante tris-
tesse.
Les ombres de Sepulveda, de Dom Paulo de Lima, planet dans
l'histoire de notre 6pop6e indienne, imprimant une note de tristesse
aux fetes 6clatantes qui 6tourdissaient Lisbonne, alors que cette ville
6tait A l'apog6e de la splendeur et de l'opulence.
Avant la fin du seizieme siecle, les portugais avaient done une mi-
nime connaissance de cette cbte.
Les r6sultats de toutes les observations faites furent recueillis par
Manuel de Mesquita Perestrello dans son llindraire des ports, routes ma-
rines, hauteurs, caps, reconnaissances, abris et profondeurs sonddes qu'il
y a le long de la cdte, depuis le Cap de Bonne Espdrance jusqu'd celui
des Correntes, recueil dedi6 par l'auteur an roi Dom Sebastilo, en 1575.
Ce trait apparut imprim6 dans 1' Arte de naoegar (art de naviguer)
de Manuel Pimentel en 1681, et fut traduit en franQais par Manevillette
dans la magnifique collection du Neptune Oriental.
En meme temps que la c6te 6tait ainsi 6tudi6e et connue, les por-
tugais p6n6traient dans l'int6rieur.
A cette 6poque, deux mobiles d6terminaient les portugais a s'elan-
cer outremer: c'etait tant6t la ferveur dans la propagation de la foi,
tanltt l'ambition d6mesur6e des richesses.
De nos jours, oil les voyages maritimes sont si commodes et si
rapides, oh de confortables paquebots de six et de sept mille tonnes
nous transportent vitement d'une extr6mit6e l'autre du globe, il est
difficile de comprendre qu'A moins d'une impulsion prodigieusement
forte, il y eit alors des hommes qui, months sur des nacelles de cin-
quante, cent on tout au plus deux cent tonnes, osassent s'aventurer
sur des oceans vierges des efforts de l'homme, bravant les courants
les plus forts et les orages les plus effrayants.
Les richesses 6normes qui venaient de l'orient, les articles que le
Portugal langait dans le commerce, firent driver de Venise-la reine
opulente de l'Adriatique-le grand movement commercial, et firent
de Lisbonne le plus riche march de l'occident.
Deja la Perse nous envoyait les perles de Baharem; 1'Inde, ses
piments et les rubis, les diamants de la Golconde et du Vijapor; Cey-
lan, la canelle; les Moluques, leurs myrtes: mais A'hfrique oriental






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retenait encore son or, et la hardie m6tropole ne tarda pas a le con-
voiter.
Ce fut 1A le motif qui amena le gouvernement de Portugal i or-
ganiser une expedition militaire pour la conqu6te des mines d'or du
Monomotapa, existantes precisement dans les territoires qui sont au-
jourd'hui un objet de litige, parce que 1'Angleterre y pretend exercer
son influence.
Nous voulons parler de l'exp6dition de Francisco Barreto.
II est just, toutefois, de rappeler auparavant le nom du pr6tre
Gonaalo da Silveira, le protomartyr de la foi et de la civilisation portu-
gaise dans l'Afrique oriental. Fils du comte da Sortelha, il d6daigne la
brillante carribre que la fortune et la consideration de sa famille lui
offraient, p6n6tre sans armes dans l'int6rieur du Monomotapa en 1560,
et est massacre dans le ZimbauB par les maures, les 6ternels ennemis
des portugais, jaloux de l'influence qu'il exercait sur les dignitaires
noirs du potentat africain.
Le pr6tre Antonio Fernandes, sur l'ordre de cet infortun6 h6ros
qui 6tait son compagnon, p6netre plus avant dans l'int6rieur du conti-
nent noir, et, accompagn6 de quatre cafres, arrive jusqu'A la capital
de l'Otongue, parcourant trente lieues A travers la region du M1unhay
ou Mocranga, noms par lesquels les portugais designaient alors ordi-
nairement cette region i.
L'ardeur religieuse avait done son premier martyr. La convoitise
de l'or en reclamait un: elle l'eut. Ce fut Francisco Barreto, qui suc-
comba, victim de haines et d'intrigues.
Pendant les premieres annees de l'occupation de la cote africaine,
le Portugal avait maintenu les bonnes relations et le commerce de la
capitainerie de Sofala et Mozambique avec les peuples de l'int6rieur.
Cumme ii s'apercut, cependant, que la possession immediate et
directed des mines du Monomotapa lui fournirait de grandes resources
pour la sustentation de l'Ntat de l'Inde, ii resolut d'etablir un nouveau
gouvernement dans l'interieur du pays.
Aller rechercher dans l'interieur un chemin pour les mines, loin
de la protection des 6tablissements de la cBte, a travers des populations
nombreuses et peut-6tre hostiles; s'emparer de ces territoires envies,
et y asseoir la domination portugaise, c'6taient li des entreprises qui
apparaissaient h6rissees de difficulties meme aux regards des plus au-
dacieux.
Aussi etait-il n6cessaire d'organiser une expedition qui en imposit
Saux indigenes, et de choisir un chef don't les qualities garantissent le
succes de l'entreprise.
Or Francisco Barreto 6tait un homme A la hauteur de la situation:
il unisait en lui l'autorite du nom a un entendement droit, que forti-
fiait l'experience des affaires.
Dans l'Inde, ofi il avait 6tW gouverneur depuis 1555 jusqu'en 1558,


1 L'abb6 Francisco de Sousa: Oriente conquistado, Lisbonne, 1710:-conq. i,
div. in, 25.








ii avait illustr6 son administration par de sages measures promulguees
en vue du bien de l'Etat, et par I'habilet6 qu'il avait apportee A resoudre
diverse n6gociations avec les rois voisins.
Son courage avait t e6prouv6 par de nombreux combats: on le
vit surtout 6clater brillamment lorsqu'il repoussa les forces d'Idalcao
qui, tres nombreuses d'infanterie et de cavalerie, 6taient descendues de
Belagate jusqu'aux terres de Salcete et de Bardez, et menacaient Goa.
Barreto, qui 6tait a Bacaim, accourt aux appeals de la ville en danger:
indomptable dans sa bravoure, il force le passage de Durubate, inflige
une d6faite a l'ennemi dans les planes de Ponda, et le met en com-
plete d6route.
Le gouvernement portugais le charge done de l'execution de ses
projects. 11 lui donna le titre de gouverneur du Monomotapa et de con-
querant de ses mines; il mit sous ses ordres trois navires, le faisant
capitaine de l'un deux, et donnant Lourenco de Carvalho et Vasco Fer-
nandes Homem pour capitaines aux deux autres. Ces trois navires por-
talent mille hommes d'armes, sans computer bon nombre de cavaliers
illustres, de ceux-lh qui aimaieht a accompagner toutes les flottes sor-
tant de Lisbonne, pour aller A la recherche de la fortune dans l'Inde.
Arrive Mozambique, Barreto s'adjoignit encore quelques hommes;
et, convenablement muni de barques, de quelque artillerie, de chevaux,
de chameaux et d'autres betes de transport, il remonta de Zambeze
par le bras du Quelimane, et alla s'6tablir a Senna.
Mettant a profit la sagacity qu'on lui savait, il saisit l'occasion des
difftrends survenus entire le Monomotapa et le roi de Mongas, son vas-
sal, s'offrant an souverain pour aller chAtier de rebelle, et demandant
en meme temps qu'il lui ffit permis de passer aux mines de Manica
et d'Abutua.
Le souverain de Monomotapa fut sensible aux offres de Barreto
et promit de l'aider avec cent mille hommes. Mais le capitaine, confiant
d'ailleurs dans I'excellence de ses forces, refusa prudemment ce ren-
fort.
Il sortit de Senna, et suivant presque toujours la ligne du Zam-
beze, il s'avanca dans la direction de la ville de Mongas, au dBlA des
crates de Lupata.
Lorsqu'il fut entr6 dans la ville et qu'il eut vaincu la foule innom-
brable qui lui disputait le passage, Barreto, laissant le commandement
A Vasco Fernandes Homem, retourna a Mozambique afin d'apaiser les
discordes qui s'y 6taient levies.
Quand il revint A Senna, il mourut au bout de deux jours, des
suites passionnees du chagrin que lui causerent les invectives de Mon-
claros, par qui il 6tait accuse d'avoir sacrifi6 trop d'existences dans
l'expedition.
Faria e Sousa, en terminant la narration de ces WvBnements, ajoute
ces mots:
et cette vie qui avait kchapp6 h tant de balles parmi les indiens, A tant
de flches et de dards parmi les cafres, et aux astuces d'un traitre,
succomba A I'insolence d'une voix religieuse.D









Son mestre-de-camp, Vasco Fernandes Homem, lui succ6da dans
sa charge. Sofala devint son point de depart; et il se dirigea, A tra-
vers le Quiteve, vers les mines de Manica dans le royaume de Chi-
canga.
LA, il assist aux proc6des primitifs de l'extraclion de 1'or; et at-
tire par la renomm6e de certaines pr6tendues mines d'argent exis-
tantes dans le Chicova, sur les rives du Zambeze, au nord de Manica,
ii prit cette direction.
Les cafres, pour abuser les portugais, placaient cA et IA quelques
insignifiants lingots d'argent. Le gouverneur, decourag- et a bout de
munitions, partit pour chercher des subsides, laissant IA le capitaine
Antonio Cardoso de Almeida avec deux cents homes.
(Quand Vasco se fut 1loign6, dit encore le chroniqueur, les cafres
vinrent dire A Cardoso que puis qu'ils ne trouvaient pas en ce lieu la
veine argentifere, ils iraient la montrer A tous les siens; et, ayant con-
duit Cardoso et ses hommes par des chemins qui ne menaient pas aux
mines, mais A la mort, ils les 6gorgerent tous jusqu'au dernier.s
Ces faits, que nous rapportons succinctement, se passerent entire
les annees 1569 et 1576.1
Comme on voit, les rssultats ne justifierent pas I'espoir que le
gouvernement portugais avait fond sur cette affaire. Tootefois, cette
expedition accomplie, A trois siecles de nous, au coeur de l'Afrique, est
tres caracteristique..
Francisco Barreto avail 6tabli deux forts dans le Zambeze: celui
de Sao Margal de Senna et celui de Tete. Le Monomotapa nigocie de
la meme maniere avec les portugais, qui parcourent son territoire en
tous sens, exercant une influence de plus en plus pr6pond6rante sur
le Zimbau6 du souverain care. Quiteve, d6fait, s'etait accord avec Bar-
reto pour consentir a l'exploration des champs aurif6res.
Le gouvernement de la m6tropole continue done A avoir en vue
l'affaire des mines d'or. C'est ce don't temoignent les documents de
1'6poque.
Dans une lettre datee du 20 mars 1591, le cardinal Alberto, beri-
vant au nom du Roi a Mathias de Albukerque, vice-roi de l'Inde, lui
dit: i... j'avais mand6 au vice-roi Dom Duarte de Menezes,-que Dieu
pardonne-, par lettre du 12 fevrier 1587, que tant que je ne ferais pas
prendre de resolution touchant la conquete des mines du Monomotapa
on le traitement du commerce de ces forteresses, on en observAt les
r6glements que le Roi Dom Joao III, mon mAitrd, que Dieu garde, fit
donner A Vicente Peguado qui en fut capitaine, afin que, en confor-

1 Manuel de Faria e Sousa, Asia portugueza, tome ir, Lisbonne, 1674, pag. 596
et suivantes.-L'ouvrage de Faria e Sousa a et6 traduit en anglais sous le titre sui-
vant: The portuguese Asia; or, the History of the discovery and conquest of India by
the portuguese written in Spanish by Manuel de Faria and translated into English by
John Stevens, London. 1695.
L'abb6 Prescot, dans son Histoire gindrale des voyages, Paris, 1749, inclut dans le
tome xvii une relation de expedition de Francisco Barreto. Le rapport de cette ex-
p6dition a 0t6 public par la SociWti de Geographie, dans son Bul. 4" sfrie, ps. 492,
etc.










mite avec eux, on fit 1'6change des marchandises qui devaient 6tre
6changBes pour le compete de mes finances.))
C'est vers cette Bpoque que le gouvernement s'informe, par le
vice-roi de 1'Inde Dom Duarte de Menezes, de l'utilit6 qu'it y aurait
dans la conservation des forts de Senna et de Tete:
Et ainsi je suis inform que sur les rives du Cuama sont rests
deux forts ou postes du temps of Francisco Barreto alla a la conqudte
des mines du Monomotapa, dans lesquels se r6fugient quelques per-
sonnes; et comme il me conviendra d'examiner I'utilit6 de ces postes,
ainsi que de statuer s'ils doivent se conserver ou non, afin qu'il ne
s'y introduise point de chose que 1'on soil oblige d'y laisser ensuite,
je vous recommande de vous informer de ceci et de tout me relation-
ner tres parliculierement, en I'accompagnant de votre opinion., 2
En meme temps que l'on songeait A assurer 1'exploitation des bords
du Cuama, on s'occupait avec une gale activity du traffic de l'or. Dans
une lettre royale du 31 mars 4593, ou disait au vice-roi de l'Inde: (j'ai
r6solu de faire r6diger la provision qui va par ce meme courier, parce
qu'il est de mon bon plaisir que, des sa publication dans ces contrees,
on ouvre aussit6t les trafics d'or de la forteresse de Cofala, des fleu-
ves et des ports ou on I'a trafiqu6 jusqu'ici, afin que toutes les per-
sonnes, de quelque quality et condition qu'elles soient, puissent aller
le trafiquer, en payant a mon tresor le cinqui6me de toute la valeur
d'or ou d'argent qu'ils recueilleront; et, afin de reserver aux capitai-
nes de ces forteresses certaines choses don't ils puissent tirer profit et
utility, ii me plait de leur reserver pour eux seuls le traffic de tout
l'ivoire, de toute l'ambre, de tous les coudrans et matieres filamenteu-
ses de ces regions; ils pourront acquerir toutes ces choses sans payer
pour elles aucun droit a mon tr6sor, et il leur sera attribu6 la dixieme
parties de tous les cinqui6mes d'or qui seront percus pour mes finan-
ces; et, en vue de ce mode de traffic et de commerce g6enral, it me
convient d'ordonner 1'Ftablissement d'une administration douaniere dans
la foireresse de Mozambique, oh l'on paiera un droit de six pour cent
sur tous les articles qui entreront dans le port et qui y viendront, comme
cela se pratique deji, vis a vis de mon tresor, dans toutes les autres
douanes de cet 6tat, que ces articles soient du capitaine et des offi-
ciers de ladite forteresse ou de touted autre personnel qui y viendrait;
il me pliit que toutes les marchandises entrent dans ladite douane,
qu'elles y soient d6pechkes et scell6es, et en soient retirees moyennant
les droits que je prescris; que les marchandises privees du sceau de
ladite douane soient considerees comme perdues, que lesdits cinquie-
mes d'or soient pays dans ladite douane, et qu'ils soient charges en
recette sur l'intendant de la forteresse de Mozambique, qui fera, en
m6me temps, office de Juge de cette douane; la dite recette sera faite
par l'ecrivain de la dite intendance, qu'il me plait de nommer aussi


1 Joaquim Heliodoro da Cunha Rivara, Archivo portuguez oriental, fascicule mi,
pag. 316. Nova Goa, 1861.
2 Archivo portuguez oriental, fascicule ii. pag. 124.










6crivain de administration douaniere, come il est statue plus am-
plement dans les terms de la provision ci-jointe.
all reste bien entendu, toutefois, que vous m'aviserez de votre
opinion, s'il vous parait que je fais ici aux capitaines des concessions
trop large, ou qu'au contraire elles sont insuffisantes et qu'il convient
de leur en faire davantage; cependant j'entends que l'on applique aux
trafics de ladite forteresse toutes les prescriptions de ma provision, a
laquelle vous ferez imm6diatement donner execution sans doute ni em-
p6chement aucun.D 1
Il y avait un siecle que nous avions jet6 l'ancre sur les cbtes de
Mozambique; le commerce prosperait d6ji dans les fleuves; et nos ef-
forts pour nous 6tablir dans l'int6rieur etaient salisfactoirement cou-
ronnes.
Une incursion des Muzimbas vint neanmoins jeter quelque 6moi
dans nos 'tablissements du Zambbze.
Au delA du Tete, sur l'autre rive du Cuama, il y avail deux na-
tions de Cafres: l'une 6tait celle des Mumbos, I'autre celle des Zimbas,
ou Muzimbas.
Les portugais, pour s'y 6tablir, protegeaient ceux qui leur t6moi-
gnaient un accueil favorable. Ainsi, voyant qu'un care etait opprim6
par un vision plus puissant, ils passerent le fleuve dans la direction
de Chicaronga, et forcerent le chef Mumbo a reconnAitre l'autorit6 por-
tugaise.
Les vainqueurs revinrent A Tete, amenant avec eux beaucoup d'es-
claves des Mambos, qui 6taient sur le point d'etre devores par ces can-
nibales.
SEn 1592, Muzimba, autre chef cafre que I'exemple du Mumbo
n'avait pas corrige, osa attaquer un autre care alli6 des portugais dans
le voisinage de Tete. Le gouverneur de Senna. Andre Santiago, pre-
nant loyalement le parti de son protege, se mit en champagne avec l'aide
du gouverneur de Tete.
Les portugais, Bgar6s A beaucoup de lieues de la cote, ayant 6puis6
leurs munitions de poudre, les seuls susceptibles de tenir en respect
l'innombrable foule des sauvages, furent massacres. Avec eux succomba,
combattant avec vaillance dans les rangs des soldats, Fr. Nicolau do
Rosario.
C'etait au prix de flots de sang que nous p6nterions dans l'int6-
rieur. Ce sang portugais, verse il y a trois sibcles pour soustraire l'Afri-
que au joug de la barbaric, vaut bien plus que toutes les incursions
de ces voyageurs modernes, de ces aventuriers qui A l'ombre de notre
drapeau ont parcouru l'int6rieur africain pour nous intriguer ensuite
aux yeux de l'Europe.
L'annee suivante (1593), le gouverneur m6me de Mozambique,
Dom Pedro de Sousa, marcha centre le Muzimba avec deux cents por-
tugais et mille cinq cents cafres. II parvint A corner le Muzimba et a
le reduire i la capitulation; mais, se d6partissant de l'extreme vigi-


1 Archivo portuguez oriental, fascicule in, pag. 391.










lance indispensable envers ces peuplades, il se laissa surprendre, et
dut se retire avec perte de gens et de munitions.
Dans les documents officials de 1'6poque, le chef muzimba, don't
parole Joao dos Santos, est d6sign6 par son nom de Tondo.
En Portugal, on suivait avec inter6t ces Wv6nements, et I'on re-
commandait au vice-roi de l'Inde, don't d6pendait l'Ntat du Mozambique,
la plus grande attention pour les faits qui s'y produisaient.
La premiere alarm relativemente aux affairs du Zambeze se ren-
contre dans le document que voici:
I Comte Amiral, vice-roi, ami. Mathias de Albukerque m'a 6crit
que, par lettres de Dom Pedro de Sousa, capitaine des forteresses de
Sofala et Mozambi4ue, il avait su que ce capitaine 6tait sur les boards
du Cuama avec pros de quatre vingts soldats de ceux qu'il avait em-
men6s avec lui, pour chasser de ces terres, A main arm6e, un negre
qui y entravait le commerce; c'est pourquoi je vous recommande que,
quand vous passerer par la forteresse de Mozambique, vous vous in-
formiez de l'otat de cette guerre et y laissiez des ordres sur la ligne
de conduite A suivre, ou bien que, si vous n'allez pas A Mozambique,
vous arr6tiez A ce sujet, aussitBt arrive dans 1'Inde, les dispositions que
vous jugerez les plus convenables.) 2
Dans une autre lettre, du 21 novembre 1598, il Btait dit au m6me
comte Amiral:
eEt, ainsi vous me dites que vous vous etes enquis, A Mozambique,
du resultat de la guerre que Dom Pedro de Sousa, capitaine de Sofala,
a e6t faire au cafre Tondo pour le bouter hors et loin des rives du
Cuama; et que vous avez Wte inform de ce que, dans la rencontre,
qu'il cut avec ce negre, il se retira subissant une perte de soldats et
d'artillerie. 3
En vue de ce d6sastre, Nuno da Cunha ayant demand A aller
venger les 6tablissements portugais, on l'envoya de 'Inde, avec des
renforts pour ravitailler et munir les fortresses du Zambeze, et la no-
mination A la capitainerie de Sofala.
Dans la lettre royale adress6e au m6me comte Amiral en 1598, le
21 novembre, on lit: eVous me dites aussi que les forts de Cena et
de Tete sont important, et qu'ils ne sont pas fortifies, mais que vous
enverrez tantit A Nuno da Cunha les choses n6cessaires pour les pour-
voir comme il convient, et qu'il vous demandait I'autorisation d'aller
infliger un chAtiment A Tondo.)
Effectivement, Nuno da Cunha sut repousser les aggressions des
Muzimbos, et Tondo, renoncant i la fin A poursuivre la guerre contre
les portugais, se dirigea verse le nord, A la tete d'une horde de milliers
de combatants, d6vastant toutes les terres tur son passage. Aprbs

1 Frere Joso dos Santos: Ethiopia Oriental, Evora, 1609.-Un r6sum6 de cet
ouvrage a ete public en frangais par Gaetan Charpy, sous ce titre : Histoire de l'Ethio-
pie Orientale, traduite du portugais de Jodo dos Santos, Paris, 1864.
2 Archivo oriental, fascicule in, pag. 583, lettre A Dom Francisco da Gama, Ecrite
a Lisbonne le 28 janvier 1596.
3 Archivo oriental, fascicule in, pag. 918.
4 Archivo oriental, fasciculo mi, pag. 927.










avoir W6t assi6ger Quiloa et MombaGa, il 6choua A Melindre, don't il
pretendait s'emparer.
D6s la fin de la guerre, le vice-roi Mathias de Albukerque faisait
r6parer le fort de Senna, et le faisait mettre en 6tat de resister aux
incursions futures. Et comme le commerce se trouvait maintenant ras-
sure, on concentrait de nouveau l'attention sur les mines d'or. Le meme
vice-roi r6glementait les dispositions qui devaient 6tre observes A ce
sujet.
On rencontre la suivante allusion A cela, dans une lettre royale
6man6e de Lisbonne en date du 24 f6vrier 1595, et adress6e A Mathias
de Albukerque: xLes r6glements que vous me dites avoir faits et or-
donn6s en vue du traffic et du commerce des mines de Cuama et de
Cofala, ainsi que celui qui a 6te fait pour la nouvelle douane de Mom-
baga, ne sont pas venus avec vos lettres comme vous annonciez; c'est
pourquoi, s'ils ne viennent pas non plus par les navires qui sont at-
tendus cette ann6e, vous me les enverrez par les premiers en parlance;
je continue d'examiner ce qui concern l'exploitation das dites mines,
et je vous manderai dans une autre lettre ce qu'il m'aura plu ordonner
qu'on fasse A ce sujet.))
Une charte royale donnee A Goa le 13 janvier 1597 6tablit alors
la valeur de l'or qui circulerait dans-le Mozambique:
eEt par les presentes, j'ordonne que d6s le jour de leur publi-
cation, tout l'or en poudre qui servira, dans le Mozambique, a des
paiements envers les habitants de ma ville de Goa comme envers ceux
de la dite forteresse et tous autres, soit tel qu'il reponde a quatre-
vingt quatre seraphins par marc; toute personnel don't il aura 6ti prouv6
qu'elle a pay6 en or correspondent A une valeur inf6rieure, sera punic
par la perte de la valeur dudit or ainsi pay6, qui sera 6galement r6-
parti entire les ayant-obligation et l'accusateur, et par la condemnation
a trois ann6es de deportation a Ceylan; et lorsque quelque personnel
aura A se plaindre d'un paiement, A elle fait moyennant un or de va-
leur inferieure A celle que determine ma pr6sente loi, elle devra re-
querir par devant I'auditeur, lequel le fera examiner par les personnel
de meilleure autorit6 en cette mati6re: et l'auditeur, si l'or est recunnu
6tre d'une valeur inf6rieure A celle prescrite de quatre-vingt quatre
s6raphins par marc, fera completer la some imparfaite, et condamnera
le payeur frauduleux aux peines Blablies dans cette loi; et j'ordonne
que les pr6sentes soient publi6es dans les lieutx publics de la forte-
resse de Mozambique, qu'elles soient promulguees sur les cbtes et en-
registrees en l'6tude de l'auditeur de ladite forteresse, afin que l'on
sache notoirement que telles sont mes volontes, apr6s conseil et avis
des juges competents.D 2,
Le seraphin (en portugais: exerafim)) oupardao valait cinq tangas
et correspondait A une demi-roupie (rupia) de Goa; ainsi la valeur du
marc serait de 256200 r6is (140 francs) en monnaie de Goa. Si l'on a
Bgard A la valeur de I'or en notre temps, le marc serait actuellement

A Archivo oriental, fascicule in, pag. 492.
2 Id., pag. 747.










repr6sent6 par 800 roupies de Goa, on 400 roupies de Chir6, soit
128F000 r6is (711 francs, 14 centimes).
Nuno da Cunha, qui avait r6tabli la tranquillity dans le commerce
de l'int6rieur, poss6dait alors le contract des mines de l'int6rieur de
Sofala, pour lequel ii payait A 1'Etat quarante mille pardaos.
L'activite portugaise etait A la veille de se d6ployer magnifique-
ment; et, au sibcle suivant, I'interieur du Monomotapa allait etre sil-
lonne dans toutes les directions par les missionnaires et par les n6go-
ciants portugais, qui 6difieraient des temples et fonderaient des feiras
(foires) don't les ruines 6tonnent aujourd'hui l'imagination des voyageurs,
aux yeux de qui elles surgissent dans les points les plus ignores de
ces regions.
SLe 20janvier 1608, Dom Estevam de Athayde communiquait avoir
fait un voyage d'exploration au lieu des mines dans le royaume de
Chicova, A 25 lieues de Tete. I
Dom Estevam de Attayde, qui 6tait venu courageusement d6fendre
la forteresse de Mozambique centre deux assauts que les hollandais
lui avaient faits, avait laiss6 dans l'interieur Diogo Simbes Madeira,
poursuivant 1'oeuvre pr6conis6e et commence par Francisco Barreto
et par Vasco Fernandes Homem.
En 1614, il s'y trouvait encore, explorant toute cette region de
Chedima et Mucaranga; ii lancait ainsi les bases solids de notre do-
mination sur le territoire de Monomotapa, ofi affluaient les marchands
portugais, et qui commencait A se couvrir de foires et de forts.
C'est de la mnme annee que date le d6cret lui ordonnant d'envoyer
une parties des gens qui l'accompagnaient garnir la forteresse de Mo-
zambique, tant que n'arriveraient pas les renforts qui 6taient attendus
du royaume.
Ledit d6cret, 6man6 du vice-roi de l'Inde, est date de Goa, du 20
janvier 1614, et porte les terms suivants:
qui verront le present d6cret, que:- Consid6rant qu'il imported haute-
ment au service de Sa MajestB, et au bien et A la conservation de cet
Etat, que la forteresse de Mozambique soit toujours pourvue de gens
susceptibles de la maintenir en. s6curit6 et de la d6fendre centre tous
ennemis, qui l'attaqueraient; que, par suite du grande manque de gens
o i' on est actuellement, motive en partie par la non-arrivee-du Royau-
me-des navires de l'ann6e derniere, 'on ne peut pas en envoyer main-
tenant par le navire du tyafic; que, pass cette occasion, il n'en est
nulle autre oft cela se puisse faire, et qu'il ne convient pas que, dans
le doute (oi l'on est,) que lesdits navires puissent s'y trouver, on laisse
de donner aide A cette forteresse;-ayant propose et trait cette ma-
tiere en Conseil d'Etat, et sur son accord et son avis, j'ai r6solu que,
lesdits navires n'6tant pas A Mozambique, on supplee A leur n6cessit6
avec les gens que peut avoir Diogo Simoes Madeira, de ceux que Dom
Estevio d'Athayde lui-laissa de la conquete des mines; at que, de ces


1 L'abb6 Francisco de Sousa, Oriente conquistado, vol. I.










gens, soit aussitbt dirig6 sur la forteresse le nombre que son capitaine
jugera n6cessaire.
xEn vertu de quoi j'ordonne au dit Diogo Simbes que, lorsque ce
d6cret on son contenu authentique lui aura e6t pr6sent6, accompagne
d'une lettre de Joio d'Azevedo, capitaine de la forteresse, ou de tout
celui qui serait en son lieu, par laquelle avis lui sera donn6 du nom-
bre qui est necessaire d'entre les gens rests sous ses ordres,-il les
envoie, et les dirige effectivement sur la forleresse, of ils resideront,
pour sa defense et sa garde, jusqu'a I'arriv6e des navires du royaume:
alors ils seront remplaces par les gens venus sur ces navires, et pou-
vont Wtre retourn6s A Diogo Simoes). 1
Cette circonstance de demander des renforts A Diogo Madeira en
une occasion exceptionnelle, et cette recommendation de ramener a
l'int6rieur les gens auxiliaires aussit6t qu'arriveraient les navires du
royaume, montrent clairement combien 6tait intense ce travail d'instal-
lation dans des regions si BloignBes de la cbte, et combien nombreuses
6taient les forces des portugais et de leurs allies, qui pouvaient deta-
cher des gens pour la c6te sans abandonner les points qu'ils occupaient
dejA dans le Monomotapa.
Le gouvernement de la m6tropole entourait cette entreprise de la
plus grande sollicitude, et la recommandait constamment au vice-roi
de l'Inde.
Nous citerons pour example la suivante lettre royale, date de
Lisbonne, du 27 mars 1618:
des parties de l'Inde, que dans les navires qui vont maintenant A la
faveur de Dieu partir pour ces regions, j'envoie vingt-deux mille cru-
zados en reales de huit et de quatre, remis.aux maitres de l'un et de
l'autre, avec l'argent des poivres, pour etre, avec la plus grande some
que vous pouvez avoir du revenue de cet 6tat employee, en lines et
autres choses pour le pourvoiement et le traitement de la conqu6te des
mines du Monomotapa; et comme il est particuli6rement de mon plai-
sir que cet usage se fasse et se transmette A la dite conquite moyen-
nant une personnel qu'en mon nom vous choisirez pour intendant de
ses finances, et par les ordres de cette personne,-je vous ordonne
que le dit argent, avec le plus grand revenue que vous pourrez joindre
de cet 6tat, comme j'ai dit, soit affected au dit usage, et passe an ter-
ritoire conquis, sons la vigilance du dit intendant des finances; et que,
en aucun cas, quelque urgent et forc6 qu'il soit, vous ne preniez ni ne
fassiez prendre le dit argent, pour etre d6pens6 A aucuns autres effects
que celui que je determine, etc.
Vers cette 6poque, les portugais allaient deja chercher au Butanga
de l'or qui circulait dans le Mozambique A cent vingt pardaos pour
marc.
Les missionnaires acqu6raient dans le Monomotapa une influence
toujours croissante. Le pr6tre Julio C6sar, invite par l'empereur lui-


1 Archivo Portuguez Oriental, fascicule vi, pag. 1009.
2 Id., pag. 1133.









meme, accompagne en 1620 au ZimbaoeIl'ambassadeur portugais Gas-
par Bocarro. Le missionnaire a laiss6 un itineraire de ce voyage. 3
Le Zimbao6, ou court de l'empereur, 6tait 5 l'occident de Tete et
presque a la meme hauteur; il avait une lieue de ,circuit. Les portu-
gais mirent quinze jours A franchir 1'espace entire lesdeux peuplades.
Peu de temps apres, Dom Nuno Alvares Pereira Rtant alors capi-
taine de Sofala et de Mozambique, Manuza, empereur du Monomotapa,
c6dait les terres a l'entour de Tete et plusieurs autres, en pleine sou-
verainet6, au roi du Portugal.
Par-ce trait, date du 24 mai 1629, il conc6dait encore un certain
territoire a la foire de Luanze, la premiere que nous avions Rtablie a
l'iriterieur. '
II s'obligeait aussi B conserver au capitaine portugais de Massapa
(autre de nos foires), les terres que le Monomotapa lui accordait cou-
tumibrement. Et ii prenait aussi a sa charge le maintien du capitaine et
des soldats portugais qui si6geaient'dans son Zimbaoe.
II s'engageait A ne donner aucune terre d'or A aucune personnel,
de quelque quality qu'elle fit, pour ne point porter prejudice au n6-
goce et Ai I'exploitation de la forteresse de Mozambique, et a participer
au capitaine portugais de Massapa la d6couverte de quelque mine nou-
velle qu'on rencontrit.
En outre, le Monomotapa consid6rait le Movanga, qui lui restait
en patrimoine, comme recu du roi de Portugal, don't ii se reconnais-
sait -vassal, pretant hommage de vasselage a tous les capitaines qui se-
raient pr6poses a la forteresse de Mozambique.
Les portugais, en toute scuiritO, multiplierent alors le nombre des
foires, des temples, des forts, constituent au course m6me de ce si6cle
quelques-unes de leurs riches foires et de leurs villes florissantes, comme
nous verrons plus loin.
Auparavant, nous dirons deux mots touchant le Monomotapa, que
le Portugal' venait de vassaliser.
Les portugais rencontrbrent dans l'Afrique orientale deux grands
empires:'l'un, au nord du Zambize, au delA du Macuane, 6tait le MoB-
enmuge, depuis appel6 le Maravi; I'autre, au sud, Btait le Monomo-
tapa.
Celui-ci, compose de divers royaumes, qui, suivant la relation don-
nee d'eux par Faria e Sousa, atteignaient le nombre de vingt cinq, don't
les rois dependaient de l'empereur, embrassait, a computer de la c6te,
deux cents cinquante lieues vers l'interieur.2
Un g6ographe moderne, Thomas Banker, cite par Sebastiao Xa-
vier Botelho, dit en parlant de cet 6tat:
< de Sofala, a l'ouest par les montagnes de la Cafrerie, au nord par le


1 Oriented Conquistado, loco citato.
S2 Judice Biker, Colleciio de tratados, vol. I, pag. 234; Boletimt do Estado da In-,
dia, n.o 29, du 15 avril 1864.
3 Asia Portugueza, tome Ii, pag. 601.









fleuve Cuama qui le spare du Mono6mugi, et au sud par le fleuve de
de l'Espirito Santo. II est situ6 entire 41 et 56' de longitude oriental,
et 140 et 25' de latitude sud, ayant 960 miles de longueur de l'est a
l'ouest, et 660 de larger du nord au sid. Ce pays ast divis6 en six
provinces ou petits royaumes, qui sont vassaux du Monomotapa, a sa-
voir: le Monomotapa proprement dit, Quiteve, Manica, Inhambane, Inha-
mur, et Sabia ou Save.,
Mais, sans nous arreter a la.question de son extension et de ses
divisions, ce qui est notoire c'est qu'A cette 6poque-la 1'empire du Mo-
nomotapa 6tait un 6tat tres puissant.
Le nom m6me du monarque africain attestait son importance et
son pouvoir.
Muene-motapa signifie a(Seigneur de tout;D Manamotapa, que
nous disons, est une alteration de cette locutions, nous dit um mis-
sionnaire du temps. 2
\ Effectivement, les anciens auteurs 6crivent indiff6remment Mana-
motapa, Monomotapa, et parfois Benomotapa,-comme le fait notre
grand pique dans une stance of it rem6more le trepas du pr6tre Gon-
calo da Silveira, massacre dans ces regions en l'anne 41560:

V6 do Benomotapa o grande 'imperio,
De selvatica gente. negra e nua;
Onde Goncalo more e vituperio
Padecera pela F6 sancta sua;
Nasee por este incognito hemispheric
0 metal, porque mais a gente, sua:
V6 que do lago, d'onde se derrama
0 Nilo, tambem vindo estA Cuama. 3

%Vois le grand empire du Benomotapa, compose d'une gent sau-
vage, n6gre et nue, of Gontalo, pour sa sainte Foi, endurera le blame
et la mort; au prix de 1'effort plus grand, le metal nait dans cette h6-
misphere: inconnue; vois que du lac don't sort le Nil, sort aussi le
Cuama,
Joao de Barros, Faria e Sousa, le,pr6tre Francisco de Sousa, et
d'autres, nous ont fourni des renseignements circonstanci6s sur cet
empire; mais aucun d'eux certainement n'est si minutieux ni si complete
que le Frere Joao dos Santos'dars son Ethiopia Oriental.
Son ceuvre, traduite, r6pandit dans 1' Europe les notions les plus
claires et les plus exactes touchant l'int6rieur de cette region, comprise
entire le Bembe et le Zambeze,. qu'il connaissait de si pres et qu'il
avait parcourue pendant beaucoup d'ann6es.
En deux traits il nous pr6sente le grand empire africain':
S Ce royaume de Monomotapa est situ6 dans les terres qu'on

1 Sebastiao Xavier Botelho, Memoria estatistica dos dominios portuguezes na Africa
oriental, 1837, 2.* parte, pag. 61.
2 Frrre Antonio da Conceifao, Tratado dos Rios de Cuamna, publiU dans le Chror-
nista de Tissuary, en 1867.
3 Cam6es, les Lusiades, chant x, stance 93.









nomme Mocaranga, comme ii reste dit, lesquelles firent toutes autrefois,
parties de I'empire du Monomotapa, et sont aujourd'hui divisees en
quatre royanmes, A savoir. le royaume que possede aujourd'hui le
Monomotapa, le royaume de Quiteve, le royaume de Sedanda et le
royaume de Chicanga.
((La cause de cette division partit d'un empereur Monomotapa,
lequiel, ne pouvant gouverner des terres si distantes, en fit gouverneurs
trois de ses fils: il envoya l'un d'eux, appel6 Quiteve, pour gouverner
le royanme qui s'6tend le long du fleuve Sofala; un autre, appel Se-
danda, pour gouverner les terres que coupe le fleuve Sabia, lequel se
jette dans l'ocean Ethiopique, en face des miles Bocicas; et le troisieme,
appel6 Chicanga, pour gouverner les terres de Manica, oiu il y a de
tries fecondes mines d'or.
aCes trois fils gouverneurs, lorsque le .pre mourut laissant l'em-
pire A un autre tils qui vivait A la cour, se soulev6rent avec les habi-
tants de leurs terres respective, et ne voulurent plus obbir A ce Mo-
nomotapa ni A ses successeurs, allegnant chacun de son cote que l'em-
pire lii revenait. Tel est le motif pour lequel il ne se passe presque
pas d'ann6e qu'ils ne guerroient les.uns contre les autres. De telle sorte
que'de ce grand empire du Monomotapa se s6parerent trois royaumes
tres grands, de beaucoup de vassaux, sans que pour cela le royaume
i meme que possede aujourd'hui le Monomotapa ait laiss6 d'etre beau-
-coup plus grand que les trois autres r6unis. Tous ces cafres sont ap-
peles Mocarangos parce qu'ils parent tous la langie Mocaranga, si l'on
except les rivages de ces royaumes, sur quelques-uns desquels on,
parole des langues diffrrentes, particulibrement la langue Botonga, d'of
il suit que l'on d6signe par ce nom de Botongas, ces memes terres,
ainsi que leurs habitants.)
Suivant le meme auteur, 1'empire s'6tendait depuis le royaume de
Abutua, dans le haut Zambize, jusqu'A la mer, en-exceptant le royaume
de Sofala, qui, depuis son occupation par Anhaya, appartint toujours
exclusivement aux portugais.
Les peuples qui habitaient ces pays recurent le nom de cafres,
deriv6 de kaffir ou ,infideleo, par lequel les maures 6tablis sur la cbte
designerent aux premiers ftavigateurs les naturels du pays, parce qu'ils
ne suivaient pas lu loi du khoran.
L'auteur de 1'Ethiopia Oriental s'6tend dans une 'description si
detaill6e du pays, de son histoire, de ses us et costumes et des su-
perstitions de ces peuples, que son ouvrage, le premier qui a informD
1'Europe au sujet de l'int6rieur du Mozambique, est encore aujourd'hui
consider comme tres exact et complete.
Un des auteurs qui se sont le plus adorin6s aux 6tudes ethnogra-
phiques dans l'Afrique du sud, rend homage A la clart6 d'exposition
et A la droiture d'observations avec lesquelles ii relate les coutumes de
ces peuples.
Cet 6crivain, cherchant dans la bibliotheque de Graham's Town
les oeuvres de Valentyn et de La Valliant don't il avait besoin, y ren-
contra une traduction anglaise de l'Ethiopia Oriental du Frere Joao
'dos Santos.







S20

11 compare les donnees fournies par 1'ecrivain portugais avecd'autres
obtenues de divers auteurs ou de I'observation personnelle; et il n'hsite
pas A dire, par example, que le pr6tre Santos, en un seul chapitre,
jetait plus de lumiere sur les costumes et institutions des cafres, qu'il
n'en rencontrait dans 420 pages du record, public par Moodie en 1687.1
Au dix-septieme siecle, les terres qui avaient constitute l'ancien
empire du Monomotapa talentt divisees en quatre capitaineries.
La premiere et principal 'tait celle de Senna, don't le capitaine,
qui avait le titre de capitaine g6enral des Fleuves (dos Rios) avait sous
son autorit6 les trois autres capitaines.
Suivaient les capitaineries de Quelimane, de Tete et de Sofala.
En avant de Tete commencaitle Mocaranga, ou Monomotapa pro-
prement dit, don't la domination avait Wet r6serv6e a ce souverain, ainsi
qu'une espece d'autoritO sur les royaumes de Barue et de Manica.
Dans le Mocaranga, qui embrassait un space de cent cinquante
'lieues, tant en larger qu'en longueur, les portugais avaient aussi leurs
-capitaines A Dambarare, Ongo6, Luari et Chipuraviri, subordonnis a
un capitaine general qui rsidait a Zimbao6. on cour de Monomotapa.
11 y avait aussi um capitaine A Manica.2
L'or attirait les traficants, qui parcouraient toutes ces terres cou-
vertes de foires portugaises.
La premiere etait celle de Luanze, a quatre journees au sud de
Tete; plus a l'int6ricur du Manica 6taient 6tablies les foires de Bocuto.
et de Massapa, et plis au sud encore celles de Massequeca et de Bandire.
Le royaume de Manica etait tout entier une mine d'or, mais d'un
titre inferieur. De Senna jusque Ia les traficants avaient.sept a neuf
journees de chemin dans la direction du sud-ouest. Au delay du Manica
il y avait le royame de Maungo, qui,confinait avec le grand royaume
de Abutua et qui produisait un or excellent.
L'Abutua etait ce16bre aussi par sa racine m6dicinale. Luiz Gomes
Ferreira, dans son Erario mineral (Lisbonne, 1735- pag. 461 A 463),
vante les vertus de la racine de la butua, qu'il consider come une
panache dans beaucoup de maladies, specialement dains cells du foie.
Selon Faria e Sousa, les negres de l'Abutua portaient I'or de 1 a
l'autre c6te, A Angola3.
Sisnando Dias Bayao, capitaine g6n6ral des flenves de Senna, qui
avait connaissance de ce fait, conquit ce royaume, et projeta d'6tablir
la communication entire Angola et le Mozambique.


1 iThe portuguese priest has in this single chapter (the forth) of his history of
the people of Sofala, whom he calls Kaffers, given us a greater insight into their man-
ners and institutions than find of any one tribe in the 420 pages of the Dutch records
which I have been abridging and commenting upon.,
Sutherland, Memoir respecting the Kaffers Hottentots and Bosjemans of South Africa.
Cape Town, 1845, pag. 230.
2 L'abb6 Manuel Barreto, Informaifo do estado e conquista dos Rios de Cuama
vulgar e verdadeiramente chamados Rios de Oiro, dcrite en 1667, et publide par la So-
cith de Geographie de Lisbonne dans son Bulletin n.o I de la 4.e series.
3 Asia Portugueza, tome n, pag. 603.











21'


Son project ne se r6alisa point, parce que lors de sa mort l'on
abandonna les chuambos ou forts qu'il avait 6tablis dans l'Abutua.
Dans le royaume de Manica les portugais poss6daient deux autres
Speuplades: Mabuca et Matuca..C'est dans la premiere que r6sidaient
le capitaine et le juge de Manica.
SMais c'6tait dans le Mocaranga que 1'or se trouvait en plus grande
abondance, et c'est 1a que s'6tablirent des foires et des populations con-
sid6rables.
ITout le Mocranga est une perp6tuelle mine d'or, tandis que dans
le Maravi, qui lui est limitrophe de I'autre cot6 du fleuve, ii n'y a pas
un seul grain d'or. Les principaux points of I'or se trouve en abon-
dance sont Dambarari, Ongoi, Macanca, Maramuca; ayant ce royaume
frais, sain, fertile et abondant en or, leurs rois choisirent pour cour ou
SZimboe un lieu sec, sterile et morbide, qui rend assez difficile au capi-
taine g6n6ral la charge d'assister et de singer A cette cour. II doit y
avoir quatorze jours de march de Tete a Dambarari, et vingt du Zim-
boe A Tete. Dambarari est une noble population et une ville raisonna-
ble, au cceur du Mocranga, et vient A Wtre aussi le coeur de cette con-
quete.)
Voila dans quels terms le pretre Manuel Barreto envisage I'im-
portance de notre principal foire a l'interieure. Le Frere Antouio da
ConceiCgo, dans son Tratado dos Rios de Cuama, marque les distan-
ces relatives des foires les plus importantes.
Dambarare 6taitla six didtas (journbes de chemin) du Zimbao6 du
Monomotapa.
Cette foire constituait un village; elle avait un convent de l'ordre
dominicain, et 6tait d6fendue par une forteresse munie de son foss6 et
de son artillerie. Elle 6tait situ6e au sud du Zumbo, dans l'espace com-
pris entire les fleuves Panhame et Oangua.
A trois journees de Dambarare vers l'orient 6tait la foire de On-
goB. Elle produisait moins d'or que la pr6c6dente; toutefois en 1691,
peu avant la destruction des foires, I'on y avait trouve une mine d'or
de grande importance.
A trois autres journees de Dambarare, mais vers l'occident, se
trouvait Quitamburzive. temps plus recules, et recemment encore quelques indiens y habitaient;
mais ils n'en tiraient pas beaucoup d'or parce que cette fire confinait
aux terres de Changamira, notre ennemi declare, et pourtant il y avait
1l beaucoup d'or, et beaucoup plus encore A l'occident, dans les terres
qui continent A cells d'Abutua. Peu de jours avant la venue de Chan-
gamira A Dambarare, on avait decouvert une mine a Quitamburzive.D1
II y avait beaucoup d'autres forts et d'autres foires par tous ces
territoires, le long de la frontiere de 1'Abutua, et le long d'une ligne
qui, partant de Tete, irait, par le fort de San Miguel et Monte-Doro,
finir A Tati sur le Cacha, laquelle est aujourd'hui tracee par les nom-
breuses ruines de ces forts.

1 Frtre Antonio da Conceigao, Tratado dos Rios de Cuama, ecrit en 1696, et
public dans le Chronista do Tissuary, par Cunha Rivara.













C'est A dire que F'action civilisatrice des portugais s'6tait dpploybe
dans tout le territoire qui s'6tend du Zambeze au Limpopo, don't le
Cacha est le principal affluent de ce c6tH-lA
Manuel Barreto a laiss une notice sur le mode et le temps du
travail de l'or.
L'or charrib par les fleuves 6tait pr6f6r6 A I'or des souterrains, que
l'on appelait oiro de bar.
Le meilleur or de fleuve du Mocaranga 6tait d'Ongoi, du Macanua
et du fleuve Mocraz. L'or du Maramuca Btait d'un titre infbrieur.
Dans le'Mocaranga on ne tirait l'oiro de bar que pendant les trois
mois d'aoit, septembre et octobre, epoque des pluies moderies, qui
fournissaient de l'eau permettant aux mineurs de vanner I'or.
En novembre seulement, les pluies abondantes inondaient les ma-
rondos ou puits ofi 6tait lave l'or.
Il y avait des puits qui donnaient un, deux et trois milliers de la-
mes d'or.
Les cafres ouvraient ces puits on marondos en faisant tout autour
un escalier taille dans le terrain. Its extrayaient ensuite par pelletees
le gravier mele d'or qu'ils appelaient mataca, ou le quartz aurifere on
pierre d'or, comme le d6signaient les marchands portugais, et qu'on
fracturait -avec des bAtons.*
Quand il arrivait une irruption d'eau dans la mine, les travaux
s'interrompaient, et l'on passait a ouvrir un autre marondo.
L'or coulait en abondance dans ces contrbes, les trafiquants des
Fleuves 6taient opulents, et ii semblait que notre domination se dilate-
rait plus encore dans ces regions de l'Afrique du sud.
Les portugais 6taient les seuls qui savaient exploiter le secret de
ce continent. Les hollandais de la colonie du Cap, suivant notre exem-
pie, tenterent A cette epoque de chercher l'or dans I'Afrique du sud,
mais l'avantage remporte par les portugais dans ces travaux est ma-
nifeste, et a Wte note par Sutherland.
II dit que si les hollandais avaient eu connaissance des ouvrages
du FrBre JoIo dos Santos et des explorations portugaises, ils n'auraient
pas entrepris des expeditions qui ont about a l'insucc6s .
L6 d6veloppement de notre action eprouva n6anmoins un obstacle.
Le BrBsil attirait A ce moment toutes les attentions de la metro-
pole.
L'etat de l'Inde 6tait trop affaibli pour preter un appui efficace A
nos ,tablissements de l'interieur de l'Afrique.
Une incursion d'un indigene notre ennemi, de Chingamira, d6-
truisit cet 6tat si florissant de notre Afrique oriental.
Dans les spaces qui separaient Dambarare, Ongoi et Quitambur-
zive il y avait beaucoup d'autres foires.

1 hman's Commentary published, the Dutch government of the Cape might have been
saved a great deal of trouble in their search after the gold mines of Monomotapa. But
Van Der Stell's journey into Amaqualand in 1685, might never have been undertaken
at all in'search of copper or gold mountains." Sutherland, op. citat., pag. 287.









(Au delA de Quitamburzive, dit le chroniqueur, suivent les terres
de Abutua, qui est la source de I'or; l'Age d'or de ces Fleuves fut pour
nous le temps off nous avions quelque contract avec les chefs indigenes.
Tout en r6sultait alors au profit de l'Inde; mais depuis que Thoroe se
souleva avec ces terres centre 1'empereur de Monomotapa, son suze-
rain, et que Changamira suivit son example, le success de nos affaires
diminua et se vit de plus en plus compromis.'
Changamira obtint de Monomotapa certaines terres dans le Moca-
ranga, limitrophes de cells d'Abutua que Thoro8 occupait alors
II se mit aussitbt A d6vaster les terres de l'Abutua, et, descendant
vers le Maongo o.u Maungo entire nos foires de Dambarare et de Mas-
sequeca dans le Manica, il s'occupa d'entraver notre commerce.
Le capitaine g6n6ral de Sena, Caetano de Mello e Castro, r6unis-
sant toute la force arme' des Fleuves, alla l'y attaquer; mais, apres
toute une journ6e de combat, il ne parvint pas A le deloger, et se re-
plia sur Tete.
Dans ces circonstances, Nhacunimbiri, empereur Manomotapa, se
croyant menace par les portugais r6sidant A Dambarare, poussa secr6-
tement Chingamira A attaquer cette ville.
SLes portugais, qui avaient accoutum6 de vivre disperses au de-
hors, furent facilement sfirpris le 16 novembre 1693. Quelques-uns
pur6nt encore se r6fugier dans la maison d'Antonio Rebello, I'habitant
le plus riche; mais ils tenterent inutilement de se d6fendre, et furent
massacres jusqu'au dernier. Dans ce d6sastre 'prirent aussi beaucoup
d'habitants de Sena et de Tete, qui 6taient all6s la pour negocier.
Les habitants d'Ongoi et ceux de Quitamburzive, A la nouvelle de
ce qui s'6tait passe A Dambarare, s'enfuirent vers le Zimbao6 du Mo-
nomotapa, of se trouvait, comme de coutume, le capitaine general Ma-
nuel Pires Saro avec la garnison portugaise.
Ce capitaine, connaissant alors la part de complice qu'avait eue
l'empereur de Monomotapa dans ce d6sastre, resolut de le tuer; mais,
n'ayant pas pu r6aliser son dessein, il se retira avec tous les siens
vers Tete.
C'est en decembre que la nouvelle de ces evenements parvint A
Senna, et que le capitaine g6n6ral des Fleuves, Manuel de Tavora e San-
paio, r6solut de mettre fin aux ravages commis par Chingamira.
Mais comme la bataille de Maongo6, A laquelle il avait assist, lui
avait r6v616 les forces 'consid6rables don't disposait ce chef, il s'occupa
de demander des auxiliaires A Thomi de Sousa Correia, gouverneur
de Mozambique, en meme temps qu'il op6rait la reunion de toute la
cafrerie des habitants de Sena.
Les capitaineries de Quelimane, de Sena et de Tete fournissaient
ais6ment 12:000 cafres d'elite.
Dom Pedro, un neveu de Nhacunimbiri, qui avait te elev6 et ba-
ptise par les portugais, instruit de ce qui se passait dans le Mocaranga,
sortit des terres de Manica, et vint A Tete, avec son frbre Chirimb6 et


1 Frere Antonio da Conceigao, op. citat.









500 cafres, offrir son appui, pourvu que les portugais promissent de
I'asseoir sur le tr'ne de Monomotapa.
Cependant, on pr6parait des secours dans l'Inde, oi ces nouvel-
les avaient produit une profonde impression, come on voit par une
lettre du vice-roi de cet 6tat au roi de Portugal, dans laquelle les 6ve-
nements survenus se trouvent relates.
Voici la teneur de cette lettre, que nous avons copi6e de l'archive
de Goa: '
aSire: J'ai d6jh, par voie de Surrate, rendu compete A Votre Ma-
jesth, que Dieu Garde, de la mort du gouverneur de Mossambique,
Thomb de Sousa Corr6a; perte considerable pour cet Etat, parce que
Votre Mag6ste avait en lui un vassal de si haut m6rite, qu'il n'en est
point d'autre qui 1'rgale' par toutes les Indes, tant pour les bons ser-
vices qu'il avait rendus A cet Etat dans la charge d'intendant des fi-
nances, que pour ceux qu'il a rendus dans la quality de gouverneur
de Mossambique et des Fleuves; et la raison sollicite de la grandeur de
Votre MajestB que de tels services soient recompenses dans les per-
sonnes de ses fils, qui ont tant perdu en lui.
,Le people a Blu pour Chatelain, en son replacement, 1'admi-
nistrateur et grand Alcaide Francisco Correa de Mesquita, guerrier
don't j'ai pu apprecier la vaillance durant les six. mois que je fus a
Mossambique.
SLes Fleuves restaient en 6tat de guerre parce que Chingamira, uni
auroi du Monomotapa,' s'6tait arm6 centre nous; ils avaient deploy6
de grandes forces dans les terres de Tete, et caus6 quelque dom-
Smage.
aEnsuite, ils s'abattirent sur la fire de Dambarare, don't ils pas-
serent tous les habitants A la pointe de I'6pee, et tu6rent deux religieux
dominicains. Tous les gens des autres foires, 6pouvantes, s'enfuirent,
et cette ann6e tout le traffic a Wte empech6, d'oii rsultent de grands
troubles sur tout le territoir6 des Fleuves.
aLa nouvelle en est parvenue au gouverneur ThomB de Sousa
Corr6a huit jours avant sa mort; et le Chatelain qui lui a succWd6,
moyennant une donation volontairement offerte par les habitants de
Mossambique, a envoy un bon sesours dans un sibar et dans une ga-
liole, avec du line, de la poudre, des balles, et avec une compagnie
de 40 homes munis de leurs armes, de deux pieces du calibre 3, et
des autres engines necessaires.
(cLes deux embarcations arriverent a bon port, et ces subsides
rendirent la vigueur A ces populations, qui se decourageaient deji.
aLes habitants commenc6rent A se joindre a lenr cafrerie. Parmi
eux, 6tait particulibrement en relief Joseph da Fonceca Coutinho a qui,
considerant son bon service et le besoin que Votre Majeste a de lui
dans ces terres, j'avais envoy la nomination de capitaine general des
Fleuves, par les navires de la saison derniere.
il m'est rendu compete de ce que, le 44 juillet, les habitants de Tete
6taient sortis avec le prince Dom Pedro pour aller le mettre en pos-
session du royaume de Monomotapa qui lui appartient, et que I'entre-









prise 6tait en voie de succs, parce qu'ils avaient livr6 combat aux gens
du roi et en a'aient tu6 un grand nombre.
qu'ils entraient dans celles du roi et y avaient deja chemine deux jours,
et qu'ils seraient bient6t pres du Zimbao6, qui est la forteresse oft r6-
side le roi Monomotapa; que deja les principaux des terres d'Inhapa-
rapara, le roi Miumuco, monarque tres puissant, et ceux d'autres terres
6taient venus pr6ter hommage de vassaux au prince; que Joseph da
Fonceca Coulinho, ayant recu ces nouvelles, s'appreter A aller a leur
aide avec toutes ses gens; et que l'on s'attendait a une prompted vi-
ctoire, riche de consequences: parce que, ce Prince une fois assis sur
le tr6ne, ii devenait facile de chAtier Chingamira, et les foires et les
Fleuves resteraient alors dans un 6tat meilleur qu'auparavant.
aParce que tout le monde m'ecrit uniformement des Fleuves, ce
sont les insolences des n6tres qui ont ete la cause de ces guerres,
parce que ceux qui ont du pouvoir et de nombreux cafres se livrent a
de tels exces, que ces Rois et ces Princes, scandalis6s, clatent violem-
ment de cette sorte; et tous demandent un gouvernement dans les
Fleuves; et ils disent que, s'il n'y a pas quelqu'nn pour dompter et
r6gir-ces puissants, tout se perdra.
aVotre Majest6 ne possede aujourd'hui dans I'Inde aucune autre
chose qui gale les convenances des Fleuves, et il n'est dans tout I'orient,
aucun Roi qui possede une domination si utile; c'est de cette posses-
sion que depend totalement l'Etat, et c'est lh la base fondamentale de
la compagnie. ,
4Ces consequences r6clament la plus grande attention; et les cla-
meurs des peuplades et la necessity de guerre m'ont oblige leur at-
tribuer pour gouverneur Dom Estevao Joseph da Gama, parce que son
d6sinteressement et ses qualities gagneront le respect de ces habitants
Set leur front suivre le droit chemin. Et quoique l'ordre expres de Vo-
tre Majest6 ffit contraire a cette resolution que j'ai prise, lF'tat ofi en
sont les choses dans le territoire des Fleuves me determine a croire
Sque Votre Majeste ne s'en 6~onnera point, et que.ce nouvel accident
n'etait pas pr6vu dans Son ordre, d'autant que la connaissance de ces
BvBnements a port un grand prejudice aux interits de la compagnie.
En effet, comme ils voient l'etat de guerre, et que les Fleuves sont
l'objet de toutes leurs esp6rances, cette crainte empechait chez eux
I'initialion, et pour les reduire de nouveau il a Wte necessaire de leur
promettre d'envoyer aux Fleuves un gouvernement et de bons secours.
une compagnie, qui sortira par le Navire du Royaume.
I

1 Le vice-roi fait allusion a la compagnie de l'Inde, que, a I'imitation de la com-
pagnie g6ndrale du commerce du Br6sil, le gouvernement portugais pr6tendait alors
fonder. Le commerce de Mozambique et des Fleuves etait inclus dans la sphere d'action
de la compagnie de l'Inde. C'est de l'archive du s6er6tariat du gouvernement de.Goa
que nous avons copies aussi les conditions de cette compagnie, dtablies a Lisbonne en
f6vrier 1693, et tous les documents relatifs a ce sujet.







26

soldat tres valeureux, qui, dans maintes occasions oif il s'est trouv6,
s'est mis par son attitude au dessus de beaucoup'd'autres, de sorte que
sa conduit impose son election A I'approbation de tous. Que Dieu Garde
Votre Majeste, etc...-Goa, le 16 octobre 1694. 1
Le capitaine'de Mozambique, Jose da Fonseca Coutinho, arrival
avec ses gens a Tete. De lI, s'6tant uni au pr6tendant Dom Pedro dans
les terres de Nhabanzo6 et aux cafres de Gocha, il march droit sur le
Zimbaoi, et en expulsa Nhacunimbiri, sans que Chingamira, qui etait
camp entire Dambarare et le Zimbaoe, se fut decide A descendre, pour
dOfendre son maitre, les months de Chiquiziri.
Au mois de mars de 1695 Dom Estevao da Gama penetrait dans
le territoire des Fleuves, mais il mourut a Sena pen de temps apres.
Chingamira, qui 6tait alors dans le Maongoo entire Dambarare et
Massequega2, profit de cette circonstance pour assi6ger les terres de
Manica, et an commencement de juillet parvenait a Senna la nouvelle
de ce que la foire de Massequeca avait Wte completement saccagee
par lui.
Heureusement ces d6vastations cesserent au mois de janvier sui-
vant, par la mort de Chingamira et l'6tablissement dBfinitif de Dom Pe-
dro dans ses terres.
Le pouvoir que nous avions exerc6 dans ces regions s'etait sensi-
blement affaibli; mais les vestiges de 1'activite commercialede nos an-
cetres sont rests 1A, repr6sentes par ces nombreuses ruines de foires
et de forts, qui se rencontrent dans le haut Save et le haut Umfuli, le
long de l'antique Mucaranga et de la frontiere de l'Abutua, et qui s'eten-
dent, par le Macalaca et par le pays qu'occupent aujourd'hui les Mata-
belles jusqu'aux affluents du Limpopo.
En meme temps, les missionnaires, par la foundation de leurs 6gli-
ses, constituaient a c6t6 des forts le noyau mmee des populations et
des villages.
C'est ainsi que depuis Luabo et Quelimane (aux embouchfires du
Zambeze) le grand fleuve Wtait bord6 de cures et de populations, parmi
lesquelles se distinguaient surtout Caya, Senna, Chemba, Marangue,
Tete, et enfin Zumbo, oft le FrBre Pedro da Santissima Trindade eri-
gea la paroisse de Nossa Senhora dos Remedios (N.-D. des Remedes).
Depuis la mort de Chingamira, le commerce de For parut se ra-
nimer.
Parmi les foires ofi l'on continue a negocier ce metal, les plus im-
portantes 6taient encore les premieres que nous avions ktablies A Luanze
pr6s du Manzovo, A 35 lieues au sud de Tete, cells de Bocuto et de
Massapa.
Dans cette derni6re foire, A 50 lieues de Tete et 40 lieues de Bo-
cuto, r6sidait un capitaine' portugais, et tlait edifiBe une eglise sous
l'invocation de Nossa Senhora do Rosario (N.-D. du Rosaire)3.

I Livro das lnongoes (Livre des Navigations p6riddiques): n. 58, fol. 275.
2 La distance entire Massequega (Manica) et la foire de Dambarare etait.de sept
journees de chemin.
3Oriente conquistado, Lisbonne, 1710.


I I










Le capitaine g6enral Balthazar Manuel Pereira do Lago tenta en-
c'ore e restaurer la foire de Dambarare en 1769. En 1763 la foire de
Zumbo etait levee au rang de village.
Mais le temps des foires 6tait pass, et ces measures ne parvin-
rent pas A rendre aux peuplades de ces regions leur antique prosperity.
En 1788, quand un voyageur portugais, qui sortait de Senna, vi-
sita;les mines de Manica, il constata que I'or 6tait extrait comme au-
trefois des marondos on puits ouverts A c6t6 des fleuves.
Lorsqu'il y avait des inondations,-auxquelles les gens de Ma-
nica donnaient le nom de mafucureiras,-on recueillait toujours dou-
ble quantity d'or.
De I'autre cbt6 de l'Arangua ii y avait un petit fort muni de deux
pieces.
La foire de Manica occupait un space de deux miles de circon-
f6rence, entire les fleuves Revui et Mucuromazzi; elle avait une forte-
resse, et, A l'interieur de celle-ci, la paroisse de Nossa Senhora do
Rosario.
Au dehors de cette forteresse; et pas tr6s loin de la foire, se trou-
vaient les ruines de deux forts r6guli6rement construits et bien sites,
qu'y avaient 6lev6s les conqu6rants primitifs. Les portugais extrayaient
aussi quelque cuivre des mines de Duma, dans le Macalaca, entire Ma-
nica et Monte Doro VoilA ce qui restart des foires qui avaient &tale
leur opulence dans ces regions.
On doit attribuer la decadence et I'abandon de nos foires dans l'in-
terieur A deux causes principles.
D'abord, la chute de Baa'im en 1739 aux mains des mahratas, et
la perte de la riche province du nord de l'Inde portugaise, qui en fut
la consequence, firent d6vier un grand nombre de bras et de capitaux
qni avaient I'habitude de s'employer aux foires de l'interieur du Mo-
zambique.
En second lieu,,les mines d'or et les diamants que l'on commen-
gait A rencontrer dans le BrBsil, attiraient sur cette contr6e toutes les
attentions du gouvernement portugais, et faisait driver vers elle le
courant d'6migration qui se portait autrefois vers les richesses de
l'orient.
Anjourd'hui, I'attention de l'Europe s'est tourn6e vers l'Afrique
du sud.
Une nation puissante faith des r6clamations en vue d'ecraser les
droits d'nne autre nation qui.occupe depuis des si6cles ces territoires
privil6gies.
L'ambition se met au dessus de la justice, oubliant les sacrifices
accomplish par le Portugal A travers des centaines d'annees, pour chris-
tianiser et affranchir de la tutelle arabe les populations d'une 6norme
extension de territoire.

1 Manuel Galvao da Silva: Itineraire des voyages faits sur les terres de Manica.
(Bulletin du conseil d'outre-mer.)
Coux qui c6l6brent ces faits d6signent aujourd'hui les machonas sous le norn de
-dumas,.










Non seulement I'Angleterre'pr6tend avoir des droits sur le Mashona,
*mais elle en vient m6me A nier tons droits du Portugal A la region du
Chird et du Nyassa!
Or on doit remarquer que les portugais, en m6me temps qh'ils
trafiquaient au sud du Zambeze, dans ces champs d'or qui soulevent
aujourd'hui tant de jalousie, exerGaient deja le commerce dans tout le
Marave.
Il suffira de rappeler que, d6ej en 1667, Manuel Barreto, parlant
des Borores, fait allusion au Chire, qu'il appelle le fleuve Embebe.
aCette nation, dit-il, s'6tend de cinquante lieues de c6te vers Mo-
zambique, et de cinquante deux en remontant le fleuve jusqu'au fleuve
Embebe ou de Morambara, qui spare le Bororo du Maravi, et ses eaux
se joignent puissantes a celles Adu Zamb6ze, A huit lieues au dessous
de Senna, par les pieds de la fameuse chaine des months Morambara
(Morombala).
Et le m6me pr6tre Barreto nous dit que nos embarcations navi-
guaient par les vallees de la chaine, en remontant 1'Embebe (Chire)
jusqu'A la cour et au Chuambo de l'Aundo,.seconde personnel dans l'em-
pire de Maravi.
Le pretre Francisco de Sousa, dans son Oriente Conquistado, nous
donne des renseignements sur cette ville, situee sur la rive septentrio-
nale du Nyassa. Le pretre Luiz Mariano, qui avait vu le Nyassa au com-
mencement du xvue siecle, avait observe queoce lac 6tait influence par
les tourmentes du canal de Mozambique, et que, pour les petites em-
barcations, la navigation y Wtait sire au temps des bons vents perio-
diques (mongco), A commencer des mois d'avril et mai.
Le pr6tre Francisco de Sousa, qui parait avoir nl la relation de
son voyage A la region des Lacs, dit que le royaume de Maravi s'6tend
entire le lac Maravi (Nyassa) et le ZambBze, et que, en suivant les bords
du lac, l'on rencontrait au nord les royaumes de Ruengas et de Massi
(Masai), presque A la hauteur de Mombagap.
Et ce n'6tait pas seulement dans le Marave et le Chir6 que les por-
tugais n6gociaient.
Leur genie aventureux les poussait a pneltrer profond6ment a l'in-
t6rieur du continent noir.
Au xvun sickle les voyages des marchands portugais A l'empire du
Muatyanvua (Lunda), 6taient frequents.
Manuel Barreto dit que les Amvuas (Amuuas) restaient an delay du
Marave, pour qui remonterait les rives du Zambeze.
Ces peuples 6taient redoutes des Maraves, par leur multitude et
leur valeur, et l'ivoire y abondait A ce point qu'ils en faisaient des pa-
lissades a l'entour de leurs cases.
aTandis que j'6tais a Senna, un certain Antonio Gomes Braganga
de Curtarim vint aux Amuuas avec peu de chose; et avec ce pen, il

1 Oriente conquistado.-Le pritre Luiz Mariano, de la Compagnie de Jesus, est
celui qui accompagna le capitaine Paulo Rodrigues da Costa dans son voyage d'explo-
ration a I'ile de Madagascar en 1613, voyage don't il a laiss6 une relation, publi6e en
1837 par la SociWta de G6ographie de Lisbonne.








29

r6alisa cinquante ((baresD d'ivoire, don't il retira un pro de huit cents,
et meme plus, por cent.))
Quelques annees plus tard, ces voyages au Muatya oa 6taient d6-
crits dans les terms suivants par un auteur contempt in:
0On s'achemine vers les Anvuas a travers le dist ct des Mines,
en s'appuyant an Zambeze pendant trente journ6es, apr s quoi on tra-
verse ce fleuve et l'on fait route a travers le desert, en s nclinant pen-
dant huit jours vers l'orient, pour arriver A unn lieu appe 6 Uruano, ofi
se faith la plus grande parties du commerce.
.D'autres vont a sept ou huit journ6es de route plu avant, pour
atteindre Angoza, et, pins recemment, il en est qui che nent au-delA
pendant dix ou douze jours encore, pour arriver au Mozi no.
(L'on en rapport beaucoup d'ivoire, qu'on peut 6v luer a deux
cents abares) par an2, et une assez grande quantity de uivre. Dans
le Mozimo il y a aussi beaucoup d'or, mais nos portugais ne iennent au-
cunement A le recueillir, A cause de la grande sup6riorit6 e h6n6fice
qu'ils rencontrent dans l'ivoire, celui-ci abondant A ce poin qu'il suffit
a un habitant de ces Fleuves de faire deux on trois voyag de ce tra-
fic pour pouvoir lever firement la tete.
IDans les Anvuas nous n'avons aucune population; no obstant ce
/rianque d'assurance, les nitres vont et viennent avec beauc p de con-
Saince.> .
Le souvenir de tous ces faits nous fait passer sous les y tix les ru-
des efforts de nos ancitres durant des siecles, pour nous 16g er la pos-
session de regions que nous-m6mes avons d6couvertes, oc'upees, et
gagn6es A la civilisation.
II nous est inutile de parler des modernes explorations \portugai-
ses. Celles-la ont leur place dans toutes les m6moires, et leurs chefs
ont ull renom universal, qui est de strict justice.
Les braves officers portugais qui soutiennent aujourd'hui l'hon-
neur du pavilion national dans les regions les plus reculees sont les
dignes successeurs de nos herbs d'autrefois; ils maintiennent avec no-
blesse les traditions d'une nation A qui revient la gloire d'avoir decou-
vert et civilis6 ces immense territoires sud-africains.

1 Prktre Manuel Barreto, op. citat., p. 45.
2 Le bar, ou bahar, est un poids asiatique qui 6quivaut a trois cents livres en-
viron.
3 Frere Antonio da Coriceieao, Tratado dos Rios de Cuama.





Note.-Le present 6crit de notre confrere M. de Paiva e vona,
l6aborB6 la fin de 1889, comme materiaux pour quelque travail tl'au-
trui, a Wte publiB, en majeure parties, au mois de d6cembre de la nIme
annie dans un journal de Porto.-(La Redaction.)




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