Title: Tousard, lieutenant-colonel du régiment du Cap, à la Convention nationale
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Title: Tousard, lieutenant-colonel du régiment du Cap, à la Convention nationale
Physical Description: 36 p. : ; 22 cm.
Language: French
Creator: Tousard, Anne Louis de, 1749-1821
Publisher: Nyon
Place of Publication: Paris
Publication Date: 1793]
 Subjects
Subject: History -- Haiti -- Revolution, 1791-1804   ( lcsh )
History -- France -- Reign of Terror, 1793-1794   ( lcsh )
Genre: bibliography   ( marcgt )
individual biography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Bibliography: Includes bibliographical references.
Citation/Reference: Martin & Walter
General Note: Caption title.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00028654
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001128225
oclc - 10894778
notis - AFM5415

Full Text




















































'''





* '^















TOUSAR D,

LIEUTENANT- COLONEL

DU REGIMENT DU CAP,
A
LA CONVENTION NATIONAL.

Votre dcrit n'a point fait, d'un brave militaire
Un traitre, un affa0li7 un hlche incendiaire.
Affuier chacun fes '' .. droits,
Et mourir, s'il le faut, pour wonder fur les Loix
La Liberty, la Paix, la Fortune publique ,
Tels font mes vceux; voila toute ma politique.

L oR sQ u E, focus un autre hemisphere, je verfois
mon fang pour la liberty; que j'enlevois aux An-
glois une piece de canon, & que je perdis le bras
droit a cette adion memorable ( ) : j'etois loin
d'imaginer alors que le bras qui me refte feroit au-
jourd'hui force de tracer ma dfeenfe; que je ferois
accuf6 de manoeuvres & de complots centre la
liberty du pays qui m'a vu naltre, & que j'aurois

(1) Voyez la piece I."
A








(2)
pour accufateurs & pour juges, les delegues &
fubd6legues du people Francois, pour l'etablif-
fement de fa liberty.
Le caraf&re augufte don't mes accufateurs font
revetus ne m'en impofera pas (i): ils ont fait ufage
de leurs jimmenfes pouvoirs pour deforganifer un
Regiment diftingue par fa foumillion aux loix &
des chefs, qui n'ont jamais ceffT d'en donner
1'exemple. Pour nous 6crafer ils ont abuf6 du
nom facre des loix ; ils ont adopt & fervi les
pafflons & les vengeances d'une faaion, fous le
joug de laquelle ils font maintenant affervis. La
Convention national ne verra plus en eux que
des hommes, & elle trouvera en moi un citoyen
injuftement opprime par eux.
L'crit des Commiffaires nationaux civils, de-
legues par le Pouvoir ex6cutif aux Ifles fous
le vent, contenant les motifs des fufpenfions &
deportations en France, qu'ils ont prononc6es
centre les Officiers civils & militaires employes
A Saint-Domingue, & particulierement centre
moi, & les questions qui m'ont ete faites d'apris
cet 'crit, par le Comite colonial de la Conven-
tion m'ont enfin fait connoitre la caufe ou


(j) Les Citoyens Polverel., Sonthonax & Ailhaud,
de 6guis par le Pouvoir Executif, le :7 Juin 1792, aux
miles fous le vent de I'Amnrique.









(3)
plut6t les pretextes des traitemens que j'eprouve
depuis trois mois, & de ma detention actuelle
dans les prifons de 1'Abbaye.
II me fera facile d'6tablir que les Militaires
des diff&rens grades fervans au Regiment du Cap,
font, ainfi que moi, vi&imes de leur patric-
tifme, de leur obeiffance aux loix & aux ordres
de ces memes Commiffaires, & qu'ils ont iuc-
combe fous la haine implacable autant qu'a&ive
des intrigans & des faaieux, don't la conduit
dtoit perpetuellement en opposition avec la leur,
& fur-tout avec leur attachment tant de fois
eprouve aux principles de la rigeneration fran-
coife.
Ma conduit perfonnelle mes fentimens &
mes opinions calomnids dire&ement, me forcent
"A publier ma ddfenfe particulikre.
L'ecrit des Commiffaires, en date du 22 Oc-
tobre 1792, don't je viens de parler, porte ce
qui fuit en ce qui me concern :
i. Que M. Toufard partageoit avec M. Cambe-
fort les memes fouppons de principles contre-r&-
volutionnaires & d'intelligences avec les Efclaves
revoltes;
20. Qu'il 6toit venu nous declarer que l'ordre
par nous donned a M. Cambefort, de fe rendre
par-devers nous, ne fe-roit pas ex6cute; que fon
Regiment ne le fouffriroit pas;
Az









(4)
30. Qu'il a cherch6 A engager les Gardes na-
tionales duDepartement de 1'Aifne dans la meme
revolte, A laquelle il croyoit avoir determine
le Regiment du Cap;
40. Qu'il a pour le moins partag6 avec les
Officiers, Sous-officiers & Soldats ci-apr&s nom-
mes la reifilance A notre ordre concernant
Fembarquement de M. Cambefort.
Ces quatre accusations fe reduifent a deux.
I. SOUPONS de contre-revolution & d'intel-
ligences avec les Efclaves revoltes.
2. RISISTANCE A l'ordre donned a Cambefort
par les Commiffaires, en engageant le Regiment du
Cap & le Bataillon de Gardes nationals du D&-
partement de 1'Aifne A s'y oppofer.
Quant aux foupgons repandus fur ma conduite
& jufques fur mes intentions, je vais les detruire
par le feul narre des faits; & l'accufation ridi-
cule de re'volte & de refiflance en etabliffant mon
obeiffance paflive aux Loix, & aux ordres des
Commiffaires agiffant en leur nom. Le simple recit
de ma conduite contiendra plus de preuves qu'il
n'en eft neceflaire.
Abfent depuisJix mois de Saint-Domingue, l'epo-
que de l'arriv&e des Commiffaires qui m'accufent,
jen'y etois de retour que depuis doue jours, quand
its ont pris contre moi leur Arr'td du i O&obre.









(5)
Qui peutdoncleur avoir donned une con n.;:! ,1
auffi intime de mes fentimens & de mes opinions
politiques, & leur infpirer des foupfons qu'ils
annoncent comme g'6nralement repandus?
Sont-ce les DRAGONS de toutes les couleurs.
de la ville du Cap ?
Ce n'eft pas fans doute A Ia barriere de Du-
plaa qu'ils m'ont foupronne d'avoir des intel-
ligences avec les revoltis ? La je leur ai appris
A ne pas craindre des ennemis mdprifables; la je
leur ai procure la douceur de venger la mort de
leurs freres maffacres; le premier je les ai cor-
duits au milieu de ces brigands, malgre le feu de
_trois pieces de canons que nous leur avons pris;
& fi quelques-uns de leurs camarades ont ct6
bleffis a mes co6ts, le fang qu'ils ont verf6 a et6
complettement expid par la mort de MATHURIN
& d'une multitude des fiens.. Cefouppon ne vient
point d'eux.
LES GRENADIERS PATRIOTIQUES du Cap font
la plupart d'anciens militaires ; meilleurs Juges
de la valeur, ils ont appr6cie celui qui marchoit
a leur tite;. ils n'ont jamais eu de parcilfoupfon.
Ils n'ont point oublie nos campagnes de Limo-
nade; les difficulties de cells du LLimb vaincues,
& les remparts fur lefquels je les ai conduits (i)

( i ) Voyez le journal de la Campagne de Limb,.
A --









(6)
non; je n'en doute pas: je conferve des droits
a leur eftime.
Ce ne font pas les VOLONTAIRES NATIONAUX
du Cap; compagnons inf6parables de nos Cha-
feurs, don't ils partageoient la gaietY, la bra-
voure au milieu des dangers; ils font incapables
d'avoir infinue des fouppons auffi odieux fur un
Chef auquel ils avoient accord leur confiance:
toujours ils m'ont fuivi, & toujours je leur ai
dC des fucces (i).
BRAVE JEUNESSE du Cap, vous don't je difois,
A mon retour du Limbe, en vous prdfentant a la
reconnoiffancedes Corps populaires: J'aitrouv"
, tous les genres de courage dans des jeunes gens
, pleins d'honneur, que leur education n'avoit
, pas defines ni accoutumes aux travaux & aux
, fatigues militaires. II eft impoffible que vous
ayiez 6nonce un pareilfoupFon. Je ne changerai
jamais d'opinion a votre igard (z).
Une accusation auffi atroce n'a point et6 fug-
ger6e par les HOMMES LIBRES, ci-devant de Cou-
leur ; ils ne peuvent avoir oubli6 que ma voix
s'eft fait entendre le z5 Aoilt 1791, dans 1'Affem-
bl6e colonial, & a provoque en leur faveur
I'Arr&t6 des deux Affembliesreunies; quej'ai ete

( I ) Voyez les journaux.
S2 ) Voyez la piece 2.









(7)
les arracher de l'Eglife des Religieufes, oh on Ies
tenoit renfermes; que je me fuis occupy de les
armer; de les mettre a n i ni.: d'aider au R6giment
a ddfendre la ville du Cap ,. &d'en repouffer
les brigands; qu'aide par les Corps populaires,
en quatre jours je les ai mis en champagne, arms
& montes; que pendant celle du Limbei, leur
confiance en moi produifit 1'effet que je m'dtois
propof6 dans une Proclamation que je leur
adreffai (i) puifqu'elle en fit rentrer plus de
400 dans leurs veritables devoirs, & les rattacha
"a la caufe des Blancs; que le 8 Novembre 1791
je me fuis oppof6 a la fan&ion de l'Arr&te du 5
du meme mois qui remettoit apres la paix a
ftatuer fur leur dtat politique. Ils fe fouviennent
encore du difcours (2) que je prononcai h ce fujet,
don'tt lesbafes ont ete juftifides par les Reprdfen-
tans de la Nation, dans un D6cret du 28 Mars,
fan&ionne le 4 Avril I791, & qui m'a cottd ma
popularity. Je ne puis croire qu'ils ayent enonce
des foupFons qui m'ont fait longer dans des
cachots, lorfque j'ai employed la confiance que
les Corps populaires & les Citoyens m'accor.
doient, pour en tirer ceux des leurs qui y gemif-
foient (3).

( ) Voyez la pi6ce 8.
( 2 ) Voyez la piece 9.
( 3 ) Voyez la piece io.
A4









(8)
Ce fouppon 6maneroit-il diretement des Com-
miffaires ? Ils ne me connoiffoient pas! Je ne puis
done en accufer que la faction qui les entoure
& qui les opprime. C'eft elle qui a accompli les
projects concus depuis l'Arrete de l'Affembl6e
de Saint-Marc, dans lequel on avoit ofi pro-
noncer le licenciement des troupes. Ceft elle qui a
rempli la ville du Cap d'une multitude d'hommes
a fes ordres, tires de la Saline, du M6le, des
Cayes, du Port-au-Prince, & qui fe font couverts
du fang de Ferrand-de-Baudieres, Codere, Guit-
ton, Molay, Grelier, Palerme, & d'autres vic-
times.
Ces effrends formant un affemblage inoui
d'etres inconnus aux Citoyens le plus ancienne-
ment domicilies a Saint-Domingue, fe font reunis
a ceux qui dans la ville avoient provoque &
execute les affaffinats des 25 Aout 1791 & 14
Aott dernier, journ6es oi la deftrudion des
gens de Couleur avoit ete folemnellement juree.
Voilk les veritables auteurs de la d6forgani-
fation & des denonciations fous le poids def-
quelles nous gemiffons en ce moment.
Cs foupfons de contre-revolution font done
denuds de la vraifemblance qui pouvoit les
infpirer; il en eft de meme dc ceux que les
Commiffiires pretendent, dans leur 6crit, avoir
cte concus fur des intelligence criminelles avcc









(9)
ces brigands!...... Accufateurs mechans ou
aveugles! Pourquoi done les amis que vous me
fates fervir fi gratuitcment ont-ils ddvafte mes
plantations (i) brile mes poffefflons avec un
acharnement que perfonne dans la Colcnie
"n'ignore; pas meme vous ? ..... Pourquoi m'ont-
ils done reduit a mes feuls appointemens, que
la fufpenfion, quoique provifoire, de mes fonc-
tions vient encore de m'enlever ? Pourquoi done
al-je 't6 forc6 d'arrachet ma femme & mes enfans
a la flamme & au fer qu'ils dirigeoient contre
eux, & de les envoyer fur une terre etrangere
( a Philadelphie) oh une penfion leprix de mon
fang, eft toute leur reffource ? .... Et vous ofez
dire que je mdnageois & ma vie & la leur Vous
pouffez plus loin encore votre criminelle audace,
puifque vous accufez nos Chefs, mes braves
Compagnons d'armes & moi perfonnellement,
d'intelligences criminelles avec ces aflaffins, ces
incendiaires, ces devaffateurs des propritcds
coloniales. Lifez done cette lettre (2) que m'd-
crivit le Prdfident de l'Affembl6e provincial :
Nous avons eu, Monfieur, par M. le Gou-
verneur, le detail de vos evolutions d'hier.
Nous avons' vu avec une tres-grande fatisfac-

( i ) Voyez Ia i-i-ce 2.
( 2 ) Voyez la piece 4.








( o )
tion que vous etiez forti fain & fauf de l'ac-
n tion que vous avez eue. Nous permettrez-vous,
Monfieur de recommander a votre prudence
o d'arreter les elans quelquefois trop impetueux
', d'une bravoure qui pouvoit compromettre les
jours precieux d'un General qui nous eft cher i
tant de titres ?
Scrutez ma vie militaire depuis la revolte des
Negres & des autres rebelles aux Loix de la mere
Patrie ; arretez-vous un infant fur les temoi-
gnages honorables de confiance que les bons
Citoyens m'ont toujours accords & qui les
porta a me demander au Gen&ral pour les com-
mander (i). Examinez mes a&ions mes dd-
marches jufqu'au moment ont ma fante delabrce
me forca de folliciter un conge pour aller la
retablir a la Nouvelle-Angleterre. Les details de
tous ces faits font confignes dans les papers
publics & dans mes journaux depofes au Comite
colonial de la Convention; on peut les conful-
ter; je dois me border a les indiquer.
Ce conge (2) devenu neceffaire par les fati-
gues d'une auffi longue champagne & l'air mal-
fain du Fort-Dauphin, eft revetu de toutes les
formes civiles, militaires & patriotiques que
j'avois a remplir comme Officier, comme bon
(1) Voyez la piece 4.
(2) Voyez les pieces 5, 6 & 7.









(II)
Citoyen, pere de famille & cultivateur; s'il toit
vrai que le plus leger Jbupgon eit flott6 fur
moi, la surveillance des trois corps populaires
Ctoit alors tres-afive; les denonciations etoient
admifes & fr6quentes, on eGt mis obstacle a mon
ddpart. Eh bien!je n'ai recu que des temoignages
d'eflime, de regrets & du defir de me voir reve-
nir promptement.
C'eft i Philadelphie que j'ai 6td; j'y ai paffl
les fix mois de mon cong ; & ce n'eft pas aupres
du grand Washington & des chefs de la Repu-
blique americaine qu'on puife des principles
contrc-revolutionnaires, qu'on exhale des fenti-
mens ou des projects liberticides: ceux qu'on y
profeffe hautement pour la redgndration & la
liberty de la France, en font trop oppof6s.
C'eft ainfi que dans ma jufte indignation, j'ai
d i repouffer des foupgons de centre revolution
& d'intelligences avec des brigands & des revol-
tes : fi je n'dtois accufi, ils ne pourroient exciter
que mon mepris.

Si j'examine enfuite les delits militaires don't
on argue centre moi, je refte convaincu qu'au
moment meme oi l'on en tragoit les details, les
Commiffaires, dans leur confcience, n'y don-
noient aucune croyance. Il eit en effet impof-
fible qu'ils fe foient veritablement mepris au









motif & A l'Npoque de la vifite que je leur ai
faite; & j'en ai pour garant les remerciemens
qu'ils me prodiguerent fur de fimples avis que
je leur donnois pour le retabliffement de l'ordre
& de la paix dans toute la fincerite de mon ame.
Au furplus, quels ont ete ces avis? Je les enga-
geai, je les preffai meme de chercher quelque
remede aux maux & aux troubles qui s'annon-
coient & de les employer fans delai; je les
conjurai de fe rappeler I'affaffinat de Mauduit,
& d'eloigner un malheur femblable, qui mena-
coit un excellent Militaire, *un Citoyen irr&-
prochable, A qui la Colonie a dui fouvent fon
falut; & ce Militaire, c'efl le Colonel du Rdgi-
ment ol je fers! 11 me feroit difficile de rappor-
ter jufqu'aux expreffions don't je me fervis en
cette circonflance; mais le motif qui m'a con-
duit chez eux, dtoit pur : ils n'ont pu s'y md-
prendre, & ce font eux que j'ai maintenant acquis
le droit d'accufer. Je leur demand comment ils
ont ofd prefenter comme une revolt une demar-
che toute pacifique, que je faifois de mon propre
movement comme simple particulier, n'etant
que fubalterne, & n'ayant ancun titre pour la
faire officiellement ?
Loin d'avoir determine le Regiment du Cap
a la r6volte, je n'euffe jamais imagine que fa
conduite meritat cette qualification : jelevoyois,








('3)
ainfi que tous mes camarades, pe6ntr6 de douleur
de l'ingratitude & de l'injuffice re'voltante don't
on ufoit at l'gard de fon Colonel; mais il a
exprimt fon voeu tranquillement, fans tumulte.
On voyoit dans la contenance, comme dans les
difcours des foldats, des hommes profond6ment
indignes & affligs mais determines a obeir au
feul mot de LA LOI. C'eft ainfi qu'ils fe font
conduits envers le Commiffaire Sonthonax; ils
lui ont exprime leur voeu & leur chagrin. Mon
caraaire loyal & franc ne me permet pas de
diffimuler ici que j'ai partage leurs fentimens.
Suivez fa conduite, le 19 O&obre, il eft aifd
de voir que ni les Officiers, ni moi n'avons fait
de refifjances aux volontes des Commiffaires. Je
les defie de produire un feul ordre donn6 lega-
lement, que je n'aie pas fait executer fir-le-chamnp
dans cette fatale journee, qui femble avoir etc
preparee & dirigee pour operer la diffolution
du regiment. Les demarches de tous les Officiers
& particulierement les miennes (puifqu'on me
force d'etablir ma ddfenfe), n'ont eu pour objet
que la paix, & meme au plus haut prix, & non
de fouffler l'efprit de revolte & de, rejfltance. Les
Officers municipaux Picard & Domergue, m'en
rendront temoignage.
Une rdvolte announce des projects hoffiles; &
c'eft moi qui ai fait demonter nos deux pieces








( i4)
de canon. Je me fuis port a la bouche de ceux
que les fa&ieux conduifoient contre nous, &
prefque tous les foldats etoient affis par terre.
Temoins de mon devouement, les deux Officiers
municipaux que j'ai nommes, m'ont embraffi les
larmes aux yeux : Lachaife lui-meme, comman-
dant une des quatre colonnes aux ordres des fac-
tieux, m'a donn6 le baifer de paix !
Enfin, les vifites que j'ai faites chez les Com-
miffaires n'annoncent elles pas ma confiance
en eux & la purete de mes intentions? S'ils en
euffent doute, ils 6toient les maltres de ma li-
bert6 dans ce teams, comme ils l'ont 6td depuis;
ils n'avoient qu'un mot A dire, j'etois chez eux,
& leur maifon etoit environnke de troupes! Ah!
ils favoient bien que je n'avois pas envie de
trouble la tranquillity du Cap: moi! eh! n'y
avois-je pas place mon bonheur ? Dans quelle
rue, dans quelle maifon n'aurois-je pas trouve
un parent, un frere, un ami ?
Ouant a 1'accufation d'avoir voulu f6duire le
bataillon de l'Aifne,j'y reponds en peu de mots;
c'eft une calomnie de plus. Ce qu'elle a de par-
ticulier c'eft d'avoir et' prefentee de maniere A
n'exciter d'autre sentiment que celui de la piti6.
Elle repofe fur une simple affertion; on ne l'a
pas meme entouree de. ces details, de ces lieux
communs don't elles font ordinairement tiffues,









& la den6gation fuffit centre une telle abfurdite.
Javois cru jufqu'ici que les Comnmiffaires m'accor-
doient du bon fens, & je demand s'il y en auroit
eu a moi a me jouer aux Gardes nationals du Di-
partement de l'Aifne, pour leur infpirer la difo-
bdiffance a la volonte des Commif/aires nationaux ,
& fur-tout apres le refus qu'ils avoient fait le
matin d'obeir l d'Efparbis Gouverneur ge-
ndral (i)?
J'ai repondu par des faits conflans & notoires
Sde fimples foupgons.
J'ai prouve, par le detail de ma conduite, que
les autres accusations 6toient auffi peu fondues.
Je me refume: on m'a accuf6 de partager avec
Cambefort, Colonel du Regiment du Cap, les
memesfoupgons de contre-revolution & d'intelli-
gences avec les Negres rdvoltes.
Je les detruits, ces foupcons, par les preuves
d'une afivite continuelle contre ces memes
Negres revoltes; par l'enonce de mes combats
& de mes fucces contre eux; par une abfence
de fix mois, que j'ai paff s a la Nouvelle-Anglc-
terre avec ma femme & mes enfans ; ce n'eft
pas la la march d'un contre- revolutionnaire.
Mon conge; fa publicity & les formalities que
j'ai remplies en quittant Saint-Domingue; enfin

(t) Voyez le Mimoire de Defparb.s.








( 16 )
mon retour dans cette colonie qui, n'etant an-
terieur que de douze jours a l'a&e qui prononce
ma fufpenfion & ma deportation, n'a pu meme
laiffer le teams de naitre aux foupqons fur lef-
quels on a cherch6 le motiver. Mes plantations
devaftees; mes habitations incendides; l'achar-
nement avec lequel ces brigands, nos pretendus
amis, m'ont pourfuivi dans ma pcrfonne, dans
celle de ma famille & dans la deftruaion de
mes ppropriets : les lettres (i) infiniment ho-
norables que j'ai reques des Prdfidens des Corps
populaires & en leurs noms; la reputation don't
j'ai toujours joui dans ma conduite publique &
privee : la terreur que mon nom feul r6pandoit
parmi les Negres en revolte ; le fucces de mes
diff6rentes campagnes centre eux; plus de qua-
rante bouches a feu (i) que je leur ai enlevtes.
En eft-ce affez pour repondre aux fouppons de
ces Commiflaires ?
Ils me reprochent enfuite ma refJJfance A leurs
ordres la revolte pretendue du Regiment du
Cap & celle a laquelle je me fuis efforce de deter-
miner les Gardes nationals du Departement de
1'Aifne, relativement A l'embarquement de Cam-
befort prononce par eux.

(i) Voyez les pieces 8, 9, 1o & iI.
(2) Voyez les Journaux.
On









( 17 )
On a vu au contraire dans le recit simple
& vrai de ma conduit, mon obEiffance pafive ,
mon amour de la paix & de la tranquillity des
citoyens du Cap; il fuffit de lavoir lu pour
etre convaincu que j'ai fait depuis la revolution,
& notamment le 19 Ofobre dernier, tout ce
que l'on devoit attendre d'un Militaire experi-
ncnt6 & prudent, & fur-tout d'un excellent
citoyen & d'un pere de famille.
Je rougis de tracer ici mon eloge; mais ma
ddfenfe & celle de mes camarades compagnons
maintenant de mon infortune l'exigent impe*
rieufement.
Si j'etois charge de 'honorable miffion de
juftifier le Regiment (i), je ferois connoitre
fa conduit exemplaire dans tous les teams, dans
toutes les circonflances; fa fubordination inal-
terable ; fon devoucment abblu A la colonie,
qui lui a coat les deux tiers de fes Soldats &
la moiti6 de fes Officiers. Je montrerois ce brave
& incorruptible Regiment comble de temoia
gnages de l'attachcment & de la reconnoifiance
des citoyens, des eloges & des benedifions des
Corps populaires jufqu'au moment oh les Com-
miffaires atuels font defcendus dans cette in-

(i) Voyez le Mmnoire de Cambefort, Colonel de ce
RKgiment.











fortune Colonie. Je peindrois tous fes mou-
vemens pendant la farmeufe.journee du 19 iOo-
bre, & je dmontrerois que le jour qu'on femble
avoir cholfi pour offer i'accuflr, a mis le comble
"A l'evidence de fon patriotifine & de fon ob6if-
fance paffive aux ordres Cmands d'une auto ite
ldgitime; je dirois que les Officiers en ont donned
les premiers 1'excmpie en executant fans au-
cunes r&clamations 'ordie d'embaiquer le Rd-
giment. Qui pourroit done leur fire un crime
aujourd'hui de s'e&re foumis a cet ordre meme;
d'avoir fitivi leur chef& bravd les humiliations &
les dangers don't leur depart a cd accompagnd ?
CIrOYE lS NOS REPRL, SENTANS examinez la
condau:te du RIgiment du Cap depuis la rdvolu-
tion, & voycz tous les pilges dans lefquels on a
voulu l'engager.
Voyez-le fiul, centre une horde d'aflhflns &
d'incendiaires fe portant par-tout malgrd la
difproportion inouie de fes forces; difperfd fur
pres de foixante lieues de c8tes, & maintenant
par-tout 1'ordre public, faifant refpeder les loix
& les proprit6s ; inipirant la confiance.aux ci-
toyens, & leur montrant ians ceffe lexcmpie
du vrai patriotifme, du courage & de la fubor-
dination.
Voyez la moitid des braves gens don't il dtoit
compofd, plus heureux helas! que nous ne le









( I9)
fommes en ce moment, fuccomber aux fatigues
ou fous le fer des brigands, avec lcfquels on ofe
pourtant les accufer apres leur mort, d'avoir
etd d'intelligence ; d'autres forces de .i. en
France, dans I'&at le plus deplorable & pro-
noncez fur le fort de ceux don't les CcamimTaires
du Pouvoir exscutif ont ordonne la deportation;
qui, A leur ari-lve en France, ont et6 conduits
de cachots en caciots & jetSs en;n dans les pri-
fons de l'Abbaye.
FONDATEUrS DE L 4 Pf ePUELIQUE FRANOISE,
nousvous croyons :naccibles A toute efpece de
prevention. Ne vous lail:ez pas entrainer par celle
que pourroicnt vou.s do.ner les CommifTaires
du r.-.-lvoir executif. fltcz-vous de (i.i :r les
doutes qu'on a voulu vous infjlirer fur les fen-
timens & Ie pa!:iiotlfinc des C du .'.. r,
du Cap : jugs-lc3 par lour conduite.
Pour moi, j'ai Ferdu un bras pour fonder fur
des bal s inbranilabls la 1ibert america;ne. Je
vous '.. : celui qui me refie. Si les diff'rens Mi-
:, :':: qui ie font ficc'de.d, avoient exfcut6e ,
mon gard le; dcrets ds ces .. .. f confituante
& :. ;i .- vouns m'auriez vu depuis longtems
fur les frontieres ou mon rang d'anciennete me
; les lctres que j'ui (cies A ce fijet font
demeurecs fans reponfe. J'avo's cu1 qu'il fuflifoit
de lour indiquer quae on nom fC trouvoit avan-
B '2










tageufement place dans tous les papers publics;
cctte maniere de folliciter une faveur qui m'etoit
due, n'6toit pas fans doute cdle que je devois
employer, puifqu'lls font reftes fourds A cette
voix.
CONCITOYENS, c'efi A vous qu'il appartient de
reparer leurs injuftices, mettez A profit min zele
& celui de braves militaires calomnies de la ma-
niere la plus atroce & qui b;tclent, ainfi que moi,
d'aller de nouveau repandre leur fang pour main-
tenir dans toute fon integrity le territoire de la
Republique. Le mien eft accoutum6 a arrofer les
terres oh la liberty s'dleve; faites-lui reprendre
fon course natural; que la verite dans la bouche
d'un foldat, plus accoutume6 manier les armes
que la plume, brille enfin a vos yeux ; puilT6-je
vous avoir demontre l'innocence de tous les
militaires accuf6s du Regiment du Cap !
Calomnies & prefque facrifies du moment qu'on
a prononc6 nos fufpenfions & nos deportations;
avilis enfuite & traits en criminals, notre pre-
miere entree fur cette terre de liberty, a ete
marquee par la privation de la n6tre; mais nos
ames fl tries par l'injuftice & les humiliations,
reprennent toute leur eneigie, lorfque nous pen-
ions que nos Juges font les citoyens don't la France
entiere attend fes loix & fon bonheur.
ToUs VAR, Lieutenant-Colonel
du i ctrent du C(ap









( ZI )


EXTRAIT
Des Pieces jufificatives que j'ai cities (i).

N. I.
Une Lettre flatteufe de Henri LAURENS, Prejident
du Coigres qui accompagne le Refolved, don't
l'extraitjuit :
L'une & l'autre piece traduite & certifieepar Benjamin
FRANKLIN, en dace du 29 OJobrz i77S.

AYANT requ une lettre...... qui content un
expof6 de la conduite courageuie de M. To.fard,
Capitaine d'Artillerie du Rdgiment de la Fere,
en S'EMPARANT D'UNE PIECE D'ARTILLERIE de
1'ennemi, dans laquelle aalo.i il a PERDU UN BRPAS
par la decharge d'une piece qui lui etoit oppofee.
REsotu que l'intrepidite de M. Toufard dans
la derniere a&ion de Rhode-Ifland, mdrite les
plus grands eloges, & que le Congr-s, ,n con-
fideration de fon zele & du malheur qu'il a
dprouv4, eleve ledit M. Toufard par brevet au
grade de Lieutenant-Colonel dans les armies des
ktats Unis & qu'il recevra une penfion de

(i) Les originaux de ces pieces font depofees au Comit6
Colonial.
B3








( -
30 dollars par mois, d;rant I vie fur Ie tr;lor
des Etats-Unis de i'Amcique.
Extrait de la minute. Si;:c Charles TnoaMpsoN, Scrnailc.
I .
EXTRA IT de mon .- course a li,'. -.. colc-
nialc, i mon rczour da Liibc', Ic 6'Novem:re r7 i.
S. D i. j.a j'oul, ainfi que mes braves
compagnons u'aimes de la reconnoiflince de
toutes les mailhreurees vili:mss que nous avons
arrachl'es des mains des brigands, & cu'il a faliu
rechercher dans le fond des bois, de retraite en
retraie ; j'en ai ddjA faith palicr au Cap foixantt-
trois: aujourd'hui vous en ailez voir arriver un
pareil nombre, fans computer plus du double de
femmes & enfans de Gens de Couleur libres.
Dcja plus de 500 .''... & Negres libres
font renduts aux deux camps que j'ai itablis : une
parties d'cnti'cux a etc armie par les habitans.
........... Enfin le territoire
du Li,-nb! ne fera plus fouill du fang des frd-
quentes videlnes que la rage de ces forcends im-
moloit A leurs friquentes fantaifies.

Jo dois, Mefflcurs, faife: cc moment pour re-
mercier, cn predencc de cctte augufre ...-.;.!c
Melfieurs les Officiers & Soldats des troupes pa-
triotiques, du courage & de la conitance qu'ils







( 23)
ont montris pendant une champagne longue &
pcnfibk ; accoi.umics chez eux a l'aitance, ils ont
panlHge, ianrs mrI.ui-rer, la nourriture frugtle
que lcs circc::'.rce s ont fouvent ridnitc, avcc
nos trou)es de lne, Je me fuis plus fbuvent
appercu de Icur exceflive fatigue, qu'ils ne m' n
ont entictenu.
Mes cheers companons d'armes Je ne parole
pas a nos aug:. l-s R-prLfentans, de votre cou-
rage devant lcnne!ni ; je ne leur dis pas qu'il
m'cuit cti diGicie en vous conduifant fur ce
fameux ram-arit teint du fang de plufieurs d'entre
vous, d'afflurr fi c'cft un Volontaire, un Gre-
nadier ou un C .,!".r!- qui y eft monte le pre-
mier; que dans tous les ( ri'It.. .. que vous avez
rencontres, vous auriez voulu toujours etre les
premiers a vous mettre en avant pour les fur-
monter. J'ai trouve tous les genres de courage
dans des jeunes gens pleins d'honneur que leur
education n'avoit pas deffinds ni accoutumis aux
travaux & aux fatigues militaires.

RtPONSE DU PRESIDENT.

I I. Bis.
MONSIEUR LE COMMANDANT,
II m'eft bien doux d'&tre en ce moment For-
gane de 1Affemb!,e ..j .:.., S_. de pouvoir vous
B 4







(24)
offrir, au nom de la parties frangoife de Saint-
, Domingue, le tribute de reconnoiflance qui vous
eft dfi a tant de tires, ainfi qu'aux braves mili-
taires qui ont combattu fous vos ordres.
Le plaifir & l'empreffcment que tcmoignent
les citoyens a fe reunir fous vos drapeaux, ne
vous laitifent aucun doute, Monfieur le Com-
mandant, fur la confiance que vous avez fu leur
inipirer & 1'attachement qu'ils vous portent.
Animees par vote example, & affurees de la
fageffe de vos plans, & de la jufteffe de vos com-
binaifons, les troupes que vQus commander ne
trouvent point d'obitacles infurmontables, de
poftes imprenables, d'ennemis invincibles, & le
fucces le plus complete a toujours couronne vos
operations.
Mais tel eft le malheur des circonflances, que
tandis que vous retabliffiez l'ordre dans une parties
de cette depcndance, en exterminant les brigands
qui l'infdtoient vos pofefjons.devenoient la
proie des flammes : ainfi donc, vi&ime de votre
patriotifme vous avez fait taire votre interest
particulier devant l'inte&it gednral.
Jamais les habitans de la ville du Cap, de la
province du Nord, de la Colonie entire, n'ou-
blieront le zile que vous avez mis a voler A leur
defense ; jamais ils ne pourront oublier que votre
follicitude s'cfl principalement portde fur un grand









( 15)
nombre de femmes de vieillards & rd'" .
qui etoicnt au pouvoir des brigar', : ,
roient indubitablement Dis fus
fins, fi vous ne vous eti 'z emr-*c'
& votre nom, clhr a tous '(_ C('. '-i;., .
rera grave dans leurs cceurs en traits in, i ?._,_
Silne PETIT DESCHA.MPEAUX, F,J.' s.
BESNARD BOISSET, ic--Ptj lez;nt

II I.

L'Extrait de !a lettre de Domergue, Pr9fident;
eft mis dans le Memoire; l'original eft au Comite
colonial.
I V.

Ordre de Commandement.

D'apres le voeu de l'Affemblke provlnciale du
Nord, configne dans laa ,l.'^J n. de fon Prefident,
en date de ce jour nous autorifons M. Tou-
fard, Lieutenant-Colonel du Regiment du Cap
Saccepter le commandemcnt des forces patrio-
tiques dcftindes a reprimer l'infurreCfion des
atteliers, laquelle million remplie, M. Toufard
reprendra fes fon&ions dans fon Regiment.
Au Cap le 23 Aot i79i.
Si ne BLANCHELANDE
B 5









( 26)
V.
Extra;t du Conge accord' M. Toufard.
Sur la demand qui nous a ete faite par le
Citoyen Cambefort, Colonel du Regiment du
Cap d'un conge de trois mois, pour M,Tou-
fard, Lieutenant Colonel audit Regiment, a
1'effet de paffer a la nouvelle Angleterre pour
y r6tablir fa fante que les fatigues exceflives
qu'il a 6prouvees depuis la rdvolte des enclaves,
ent extremement derangee.........
Signi BLANCHELANDE.

V I.

Extrait des Regiftres du Greffe du Sidge-Royal
du Cap, du 30 Mars 1792.
VII.

Annonce du depart, par trois fois, le 31 Mars
1791 & fuivans. Journal des debats de i'Af-
femblee colonial de Saint-Domingue, p. 880.

N. VII I.
Proclamation aux Gens de Couleur & Negres libres
du Limbe,

J'engage tous les Mulatres du Limb' venir









(27)
me rejoindre: que font-ils dans le camp des ef-
claves revoltes? Eft-ce aux enfans des B!ancs a
etre les efclaves d'infam-s brigands? J'ai jure
de les exterminer tous: craignez d'etre c -m
dans leur profcription profitez du momen c que
ma bonte vous accord; autrement, plus de
grace: vous, vos enfans, vos femmes & vos
habitations ferezla proie & du fer & des flam:mcs.
Venez avec conflance, je vousrecevrai de meme,
c'eft moi qui vous en donne ma parole.
Au camp du Carrefour, le 3/ Oobre y7/'.
Signzd T U S A R D.

N. I X.

Extrait du dzfcoursprononce par Toufard a la flance
de 'Affemblee colonial le 8 Ociolre i791 oi !es
trois Corps populaires, les Chefs de Corps civics &
militaires avoient ete'invites d'ajffer (i).

MESSIEURS,

Soldat citoyen, je vous dois, d'apres votre
invitation, la communication de mes pcnfces
fur le fujet qui vous occupe, comme je dois t
ma patrie le fecours de mon bras; fouvenez-vous

"(i) L'original eft la pi6ce 19 de la production de Cam-
hefort.









( 28 )
du jour oh, revenant de ma premiere exp6di-
dition vous daignates applaudir a mon zele.
Enhardi par la confiance que vous me t6moi-
gniez j'ofai cn levant la voix dans cette
enceinte, mettre fous vos yeux la foibleffe de nos
moyens militaires pour rdprimer la rdvolte &
eteindre les flames qui nous environnoient de
tous ctes ; frappd du fpeI acle qui s'ctoit prdfent6
"A mon arrivee,des Gens de couleur maffacres, le
refte cherchant pi s de vous un afyle & vous de-
mandant fauve garden; j'ofai, dis-je, Mefficurs,
vous prdfenter une grande verite; j'olai vous dire
qu'il vous dtoit impoflible de fauver la Colonie
fans armer les Gens de couleur & Negres libres:
cette motion reprife dans 1'apres-midi, adoptee a.
unanimitye par les deux Affemblees reunies, vous
a fur le champ procured un renfort de fix cents bons
& excellent Soldats.
Depuis ce moment, par juftice & par recon-
noifTance, vous n'avez ceffd de vous occuper
de leur fort & de leur dtat politique. J'ai fuivi
les difcours de'vos Orateurs a leur fujet & les
raifonnemens qui ont ddcidd vos ;.: 1, en leur
faveur des 6 & 20 Septembre dernier.
Je les ai preientds come motifs d'encoura-
gement a tous les braves geas qui m'ont procure
quelques fucces ; ils ont vu avec une fenfibilitd
qui a accru leur devoucment, que tandis qu'ils








( 9 )
combattolent pour la patrie, les auguftes Re-
prefcntans de la Colonie, don't ils font parties,
s'occupoient d'am6liorer leur fort & leur etat
politique.
Quel changement Mefileurs; votre arrfte di
5 detruit entidrement tout ce que vous aviez
annonc6 que vous ferikz en leur faveur.
Que pourront-ils penfer de vos difpofitions
Meffieurs. Que pourront-ils penfer de moi ? Que
vous les avez trompes, que je les ai tromp6s
de m^me.
Si M. le General fan&ionnoit un pareil arrete;
s'il devenoit loi pour les Gens de Couleur;
craignez, Meffieurs, que dans leur position,
ne croyant plus A vos promeffes, ils ne bra-
vaffent vos menaces & vos ordres. Non, M. le
General n'y donnera pas fa fantion; .....


Voici done Meflieurs ma profeffion de
foi : je fuis trop avare du fang de mes conci-
toyens & des Soldats qui front fous mes
ordres, & ils me rendront juffice a cet egard,
pour les mener dans tel quarter de cette pro-
vince oih il exifteroit une neutrality' arme' ot
des Gens de Couleur ,entraines a l'infurredion
par la defiance le decouragement & les me-
naces.







( 30 )
Je crois qu'il eft du plus grand interet pour
la Colonie de Saint-Domingue que l'affembl'e
gc9ndrale de fes Reprdfcntans ufant du droit qui
lui eft attribu par l'article 1ii du Decret du
24 Septembre -,,' I.- avidnment le pouvoir
d'accoider aux G'ns de Couleur comme un
bienfait, cc qu'elle dcoit dLcidce a keur accor-
der par niceiit & de les en mettre fur-le-
champ en poffelion.
Je crois que la i..:. ',;n .iT:. qu'excitera
dans le coeur des Gens de Couleur le part que
vous prendrez au moment cu la France vous
rend les arbitres de leur ktat, peut feul cimen-
ter inalterablement l'union intimn de leurs intc-
rots avec les notres ; que cette union eft abfc-
lumcnt neceffhire pour dCtruire nos ennemis
communs, &c........

IN .

Extrait des i g, .'e d .' ie',rac d la
paric fji.ofJ d Sai-i -. .. ( I).

De la f"a::ce du 7 0ibre 179i a eto ex:rait ce
qui ftit :
L'A .T ir.l. : cndralc ddiibirant fur le contmnu
d'une lettre de M. Toultrd, du 5 de ce mons,


(i) Ficecs 16 & 17 de la producion du C. Cambe^r.








(31 )
& aprIs avoir entendu le rapport de fon Com-
miffairefur les caufes de la detention des Hommes
de Couleur libres, en faveur defqucls M. Toufard
follicite les bones ile l'affemblee,
A .i. & arrete qu'' l'dggard des nommes
Gc6ard ; Jean-Louis d'Almettre; Pierre-Paul, dit
Minister; M. L.; Pierre Loufaur dit Dacutio;
Georges Bauregard; N. L. & Jacques Paul, fe
difant libres & qu'on croit appartenir a M.
Efdras, detenus dans les prifons royales de cette
ville aux ordres du bureau de Police, pour
flatuer ce que de droit: aquc'l effet expedition
du prdfent Arrcte ainfi quc de la lette de
M. Toiuard, fera remife au bureau de police;

Qu'en ce qui concern le nommc Charles Bi-
naud, M. L., :: condamne aux galeres pour
trois ans, pour fait de rebellion centre une
garden armie pregnant en grande confirmation
la demand de M. Toufard en fa faveur *......

De plus, Garfan & Counbrellant, N. L. &
Picrre Lallemand, Q. L. :..........
Signe' PoNCIGN N.
Approve B LANC HELAND E.








(3 )

X I.

ZXTRAIT de differentes letres des PrJefdens des
differens corps populaires.

24 Septembre 1791;

MONSIEUR LE COMMANDANT,

SLes applaudiffemens au bruit defquels Vous
avez et6 accueilli & reconduit ce matin, quand
vous nous avez fait l'honneur de venir parmi
nous, ne vous ont exprime que foiblement le
plaifir qu'a eprouve 1'Affemblee A vous recevoir
dans fon fein, & a recueilli de votre bouche le
recit du fuccs de vos armes. .
Signed DOMERGUE jeune, Prefident.


MONSIEUR,
Cap, 9 D&cembre 1791;
L'Affembl6e provincial, A qui M. le Lieute-
nant au Gouvernement general a communique
vos dernieres depeches, me charge de vous te-
moigner qu'elle voit avec beaucoup de fatisfac-
tion la conduite pleine de fageffe & de fermete
que vous tenez A la tete de l'armee, qui doit
proteger la parties de 1'Ef de la province, fans



p








(33)
expofer un feul home, fans verfer une feule
goute de fang; vous avez jufqu'A prefent con-
tenu les brigands, & prefque ramene a leur devoir
les hommes de Couleur egar6s; 1'Aiemblee efpere
que vous terminerez glorieufement ce grand ou-
vrage; vous perfuaderez, vous vaincrez, s'il le
faut, & vous ajouterez de nouveaux titres I
ceux qui vous ont d6dj concilie 1'eftime & 1'at-
tachement de vos concitoyens.
Salut,
JOUBERT, Prefident.

Cap, ce Io Decembre 179r.

Votre derniere lettre a manifefte 1'Affem-
blee vos foins & vos follicitudes pour lintreft
de la Colonie & la profperite des objets qui vous
font confids; elle ne s'attendoit A rien moins do
votre part; & comme elle eft convaincue de vos
talens & qu'elle eft accoutumbe a vous voir
fuivre par-tout de la vi&oire; elle compete en-
tierement fur vos fuccs dans la commiffion
important ou vous vous 6tes voue & fera
toujours flattee d'etre 1'organe de la reconnoif-
lance de la Colonie pour le bien que vous lui
aurez fait, Salut,
DEMUN, Pre(Zdent,









(34)

LE PRESIDENT de 1'Afemblle colonial '
M. Toufard Lieutenant- Colonel du Regiment
du Cap ce 18 Dcembre '7'i.

Charged par 1'AfiCmblee colonial de vous
exprimer Ics fentimens que vous avez fi bien
merits d'cle ; je me flicite d'etre fon organe
aupres de vous. Elle a vu, M. le Commandant,
dans la !ottre (i) quc vous avez ad:efTde A Pun
des m.ii des brigands, lorfque vous les avcz
cong6edis, que vous favicz allier au meme degrd
les talens precieux du n6gociateur, & la fermet6
du chef militaire. Vous avez preffenti avec juf-
tefe la conduit que lui prefcrivoit fa dignity,
& vos vues fe trouvent parfaitement conformes
avec celles qui 1'ont dirigde, ainfi que MM. les
Commiffaires nationaux civils; elle en attend
le plus grand fuccbs pour la tranquillity de la
parties du Nord, qui doit autant votre carac-
tere personnel, qu'at vos vi&oires, le bonheur
don't l'Affemble colonial a tout lieu d'ef-
-'. que cette intdreffante province jouira
bientot.
Vous avez bien merited le repos, M. le Com-
mandant, mais la coic pubiiique eft toujours


(1r Cette lietre eft dans mon Joiur:nal.










(35)
en danger, & votre ame a&ive s'occupera de
fa ccnfervation, jufqu'a ce que vous ayiez acheve
votre ouvrage. Moiffonnez toujours les palmes
& les lauriers, il vous fera bien plus doux d'a-
voir a vous repofer fous leur ombrage.

Salut,
LE FAVARANGE President.

Pour extraits fidellement tir6s des pieces originales d6-
pofees au Comite colonial de la Convention. A Pais,
ce 16 Janvier 1793 'an second de la Republique.
Signe TOUSARD.

Nous foufignes, ayant pris connoiffance de
l'Adreffe du Lieutenant-colonel Toufard A la
Convention national, avons donn6 notre adhd-
fion a ce qu'eile renferme ; moi Cambefort,
comme temoin de la conduite de cet Officier
d:pris qie je f:ls Colonel du r.;,'.:,'" du Cap; &
nous Gabriel Lavalliere; Jofeph Labigne; Pierre-
Marie-Louis-Vincent Poitou ; Etienne-Francois
Lamorandipre, C,-irtaines; Paul Anceiet-d'Ay ;
Louis ManiSy; Charles Vauloger ; Pacal d'Al-
lard, Hen r-(,.. .i'. '. 3liere, Lieutenzcis; Fran-
cois Pico-Saint c-Maric; David Strunze ; Philippe
Landals, So:'s-Licuienarns; Andrd-Francois Nona,
Adljudant; Ambroife Girard, Sous-Oficir ; tous
du ..' 'i : du Cap, en ce moment d6tenus









(36)
i l'Abbaye comme temoins & ayant partage fes
travaux militaires, & notamment en ce qui re-
garde la journ6e du 19 Oftobre 1792 : en foi de
quoi nous avons figne la pr6fente adhdfion. A
'Abbaye, le 16 Janvier 1793, I'an deuxieme
de la Republique Franqoife.
CAMBEFORT.LAVALLIERE. POITOU. LABIGNE.
LAMORANDIFRE. ANCELET-D'AY. MANSUY.
VAULQGER. D'ALLARD. BAJOLIERE. PICOT-
SAINTE-MARIE. STRUNZE. LANDAIS. NONA.
GIRARD.

Nous Colonel & Commandant 1'Artillerie A
Saint-Domingue durant tous les evenemens rap-
portes au pr6fent Memoire, reconnoiifons &
donnons notre adhefion A tout ce qui y eft
rapport. Signi POMEIROLS.









De 1'Imprimerie de N. H. NYON, Lnprimeur
rue Mignon. 1793.


















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