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HIDE
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 Errata
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 Deuxieme partie: Examen des...
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Group Title: études sur la Constitution de 1867.
Title: Études sur la Constitution de 1867
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 Material Information
Title: Études sur la Constitution de 1867
Physical Description: 88 p. : ;
Language: French
Creator: Laporte, Gaston
Publisher: s.n.
Place of Publication: Aux Cayes?
Publication Date: 1878?]
 Subjects
Subject: Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Record Information
Bibliographic ID: UF00001567
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001117614
oclc - 23365979
notis - AFL4425

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover 1
        Front Cover 2
    Errata
        Errata
    Premiere partie: Etude generale
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    Deuxieme partie: Examen des textes
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SUR

LA CONSTITUTION
de 1867.









ERRATA.


Pages 6, ligne 34, au lieu de de parlementarisme, lisez du parle-
mentarisme.
41 27 au lieu de Pouvoir executif lisez du Pouvoir
executif.
S 11t 4A h la fin de la ligne lisez, et l'on doit.
I 11 42 "' est veritablement.
i 17 13 au lieu de anti-civilisation lisez anticivili-
sation.


au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu

au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu
au lieu


civilisatisiu lisez civilisation
blanche lisez blanche.
essentille lisez essentielle.
avens lisez avons.
dublique lisez publique.
en aurait exige lisez en aur
e


aient
xigi.


cestaines lisez certaines.
encourrait lisez encourraient.
innocentes lisez innocentees.
compete's lisez composes.
reietire liscz remeltre.
objeter lisez objected.
accorcde lisez accordee.
sous-traites lisez soustraite.
craints, lisez criante.
anti-patriotisme lisez antipatrio-
tipme.
cre'e'er liscz crier.
233 lisez 133.
ddfinitton lisez (deinition.
,1 1, 1,. : lisez A ,,1 ,;' ., 1 .
prc',se's('ment lisez pre'cisement.
doit vraic liscz doit dlre ri'rc.






"a f


PIRE IIERE PARTIES








t T | 7"


La session legislative qui va s'ouvrir etant la drr;iv. de la I4e
legislature, est done celle au course de laquelle les Pouyoirs publics
comp6tents out le droit de dclarer s'y a lieu de modifier la Cons-
titution. t,
D6ji une parties de la Presses'est prononc6e pour la revision; nous
ne pouvons prdvoir qucllo sera, sur cttle delicate question, la penl8ad
de ceux qui dirigent la multitude 16gislative ; mais le remarquable
discourse du President d'Hait, du ler Janvier de cette ann6e, nous
permit de croire que le Pouvoir ex6cutif a reconnu la nucessit6 de
la itrisi.ion et proposera d'impaoil.iriitk modifications anotre pacte foa-

Le moment est done venu de faire do notre Constitution un dxa-
men scrupuleux et approfonldi; de rechercher si elle mdrite la critique
ou' l'exaltation don't elle est tour A tour 'objet, et si Pon peut jus-
tement l'accuser des malhours que nous avons 6prouvds aux 6poques
oi elle a 6te cens6e loyalement pratiqu6e.



Ii est inutile de rappeler que lorsque IVon parole d'6preuve loyale
de la Consliul;on, l'on ne remote jamais A cette Epoque n6taste of,
le gouvernement di pays ayant 0t6 confiN au malheureux Sylvain Sal-
nave it y eut coinm une eclipse total de la Constitution et des
principles libbraux au nom desquels avait 6te faite la revolution de 1867.
Cc Chef fut-il seul coupable ? Plusieurs de ses ministries ne le
firent-ils pas autant et peuat4tre plus. que luir Qoi qu'il en sois,
les immenses malheurs de .4868 et 4869 ne sont point impu-
tables A la Constitution; ils doivent retomber de tout leur poids
sur des faux libdraux, sur cos apostats do libertO que fl6trira l'Histoire.
-/
.


\ "


_~ II l






- 2 -


Une pratique a peu pres sincere de la Constitution n'a commence
qu'en 1870, apr6s I'election de Nissage Saget i la pr6sidence d'Haiti.
Par suite de la d6bonnairct6 de cc vieillard, les choses allerent tant
bien que mal jusqu'en 4873; mais, pendant cos trois ann6es la
Chambro des deputes s'6tait attachee, pour ai!si dire a rendre la
Constitution odieuse au Chef de lrEi':ulif.
En effect, ne trouvant rien dans les autos du President et des Se-
cr6taires d'Etat qui puit motiver la mise en accusation, soul mode
constitutionnel effectif de la rcsponsabilit( du Pouvoir ex6cutif, et
voulant s'arroger sur les membres de cc Pouvoir une autorit6 que la
Constitution n'attribue en aucune faoon a I'une ou I'autre branch du
Pouvoir 16gislatif, la Chambre des repr6scntants, par ses membres di-
rigeants, inventa un systlme d'apres lequel usurpant la souverainct6
du people, et se transformant en Convention national, elle foudroyait,
comme Jupiter tonnant, surpercilio moventi,. et sans discussion, le Clhei
de 1'Etat et le Cabinet que celui-ci se croyait le droit de choisir a
sa convenance.
Niss*a Saget ne sut pas reconnaltre que le Parlenentarisme an
moyen duquel on voulait I'annuler, n'existait pas dans la Constitution,
et celle-ci devint l'objet do sa haine la plus ardent.
La champagne de I'election pr6sidentielle approchait; le parli do-
minguiste, qui revait I'aneantissement -de la Constitution, mit tout en
euvre pour empecher la reunion rgulibre du Corps Legislatif.
La dissidence kclata et rendit impossible la session ordinaire de
1873. Nissage Saget, servant, sans le vouloir peut-etre, la Consti-
tution menacee, convoqua le Corps L6gislatif a l'extraordinaire.
Cette convocation aboutit; la session extraordinaire put s'ouvrir le
30 juillet 1873; alors le pays respira, pensant que le fonctionne-
ment r6gulier de la Constitution allait so r6tablir, et que rinn no
s'opposerait plus ddsormais h la reunion de I'Assembl6e national a
la date redoutable d'avril 41874.
Le group qui s'intitule liberal avait done un interet superieur
et de premier ordre B cet exercise complete ct sans trouble de la
Puissance 16gislative, devant avoir pour effect de d6truire le plan du
parti dominguiste, en levant tout obstacle i I'dlection constitutionnelle
du successeur de Nissage Saget.
Ce resultat important aurait Wte obtenu, ct nos maheurs auraicnt
WtB conjures, si ce grope s'6tait renferm6 dans la pratique sincere du
gouvernement dCmocratique ; s'il avait voulu no reconnaitre pour rigle
que la leltre indiscutable de la Constitution.
I6elas ii n'en fut rien ; le pays assist au spectacle douloureux du
plus strange defaut de sens politique; los inventeurs du parlemen-







tarisme.sacrifibrent tout a la fantaisie d'un vote de non-confiaice
donned a deiix Secretaires d'Etat par l'Assemblie Nationale.
Nsl~sJig' Sa, rt refuse de s'humilicr devant ce vote sans valeur cons-
titutionnelle, et, par un-d6cret, prononca la cloture de la session ex-
I,'oo li,,ire.
Alors le rigandag' financier cominenca; le triomphe du part
dominguiste fut. d6sormais facile, le group liberal, si bougueux dans
le PdalenI:nl, ayant jug prudent de disparailre de la scene politique.
Vingt mois d'une administration de hontes et de ruines nous ont
montri i quoi devait nous conduire le vote de non-confiance do l'As-
sonlblP Illour l '. :
Qui faut-il accuser de ces malheurs?
La Constitution de 1867 ou r.eux qui ont voulu, malgrfe sa lettre,
cr6er en Haiti le tgouverncmentdc la Chambre des Communes?
Evidemment la Constitution n'est pas coupable. *
Si, tout receminent encore, nous afons eu h subir un malheur,
inoins grave, ii est vrai, mais, sans doute, regretable an pa iri d vLc
dI-s intktdts du pays, la retraite de deux SecrOtaires d'Elat 1fikis,
piroi,-sisl:s, laborieux, an 46 mois de la session legislalii, [1 Iaute
n'en est pas a la Constitution mais au faux systmme qu'en d6pit
d'elle, I'on tend a fair privaloir dans notre pratique gouvernemon-
tale.
Nous pou ions done alliimrr hardiment qu'aucun de nos malheurs
publics ,ne peut etre, avec justice, mis a la charge de la Constitu-
lion.-
Poursuil'on inmaintenant le course de niotre etude, et p.i.trons, s'iI
est possible, au fond de la discussion don't cc Pacte est I'objet.



Avant d'aller plus loin, recherchons (e qu'il y a de fbndi dana
un grief vague, it est vrai, mais souvent arli-ule centre la Coiistitu-
tion, 'a savoir qu'elle a Wte une mouvre de de'fance personnelle.
Si, par la l'on entend dire (et c'est souvent la pens6e) qu'elle a Wte
une machine fabriquie centre Salnave et pour lui mettre, come on
dit vulgairement, des batons dans les roues, lon se mfprend, croyons-
nous, sur la pensic des constituents.
Si au contraire, -'on veut dire que les legislateurs do 1867 se
sent trop souvent inspires de la disastreuse experience du gouier-
nement'de Fabre Geffrard, Ja pens6e, selon nous, devient parfaitement
exact.
II semble, eon effect, que l'Assemblie constituante s'ktait impose la





-- 4 -


tahW. d'empccher le. retour des abus qui avaient marinII le passage
de `effrard au pouvoir, et que, les attribuant au syst6me constitu-
tionnel et non aux homes, elle avrit cru devoir Blever des barrieres
dans la nouvelle Constitution..
Cette pi'occcupation s'ytrahit'mainte fois, notamment- dans Ie mode
si 6minemment vicieux de la formation du Snat, et dans cettedb-
fense, sou'ent rep6t6e, ducumul desfonctions salaries par I'Etat, de-
fense inspire par des scandals qu'il est inutile de rappeler aujourd'hui.
Certes, sous l'empire d'une telle preocupation, les constituents ont
pu parfois aller trop loin, et, sous ce rapport, leur oeuvre offre plus
.d'une imperfection don't l'experience a dUmontrA la rforme urgent
et n6cessairc.

IV

Que si maintenant nous voulons 6tudier pourquoi la Constitu-
tion it ddcribe par les uns et vant6e par les autres, nous nous
heurtons tout d'abord A une idbe radicaiuem nt fausse, qui fait pour-
tant la base des convictions constitutionneUle des adversaires comme
des enthousiastes de cette Constitution.
Une classes de citoyens que M. Thoby appelle volontiers la bour-
geoisie, classes affamee d'ordre et de shcuritB, et n'attendant ces bien-
faits que d'un Pouvoir exdcutif fortement constitu6, accuse la Cons-
titution de. 4867 de ruiner, le prestige n6cessaire de ce Pouvoir, en
r6duisant le Pr6sident d'Haiti et ses Secretaires d'Etat au role de
soliveaux politiques instruments dociles des caprices de la Chambre
des communes.
D'autre part, la Constitution est exaltee par une casse de poli-
ticiens audessous du mediocre, qui, sentant leur impuissance et leur
neant, et se disant qu'il *st plus facile pour eux d'endormir une
Chambre des communes par des Mlucubrations indigestes, que d'ad-
ministrer la chose publique, veulent neanmoins jouir du privilege
exorbitant de harceler I'Exkcutif de chicanes saugrenues, de renver-
ser des Cabinets, de mystifier des homes qui leur sont infiniment
superieurs et qu'ils sont incapables de supplier dans la lourde be-
sogne du gouvernement de 'Etat.
Ces 6ternels envieux de toute sup6ririit morale on intellectuelle,
ces eunuques de la politique et de administration, felicitent la Cons-
titution d'avoir cre6 un systeme dc gouvernement donnant, en toutes
choses, la suprmiatie A la Chambre des representants, don't l'accbs
leur est facile.
La Constitution ne justified ni le reproche ni I'rloge ; I'un et 'au-




--5-


tre parent d'une fatsse intelligence de son dconomie g6dnrale, et la
suite de ce travait d6montrera sans r6plique que bourgeoisie et poli-
ticieas se trompent; que la Chambre basse n'a pas, dans notre sys-
tOme gouvernemental, le rBle anarchique que I'on veut lui recon-
naitre,. et que le Pouvoir executif n'est pas une ombre de Poivoir
comme les uns Ie d6plorent et les autres s'en r6jouissent.



Dans I'Atat actuel de la science politique, il est gundralement
reconnu n matirre d'organisation gouvernementale, ,que la dl6egation
nicessaire de la souverainete du people doit Wtre partagde entire des
Pouvoirs diffdrents, tant par leur mode de constitution que par
leurs moyens .d'action"
Le principle d'une deddgation tripartite est parlout adopt. A la
Puissance 1Igislative, le vote de la loi, son attribute essential, pui
Inaction et le contrble sur los finances de l'Etat; la Puissance
executive, la politique et administration g6ndrale, la mise en mouve-
ment et la direction de tons les services publics ; A la Puissance
judiciaire, la mission de statuer sur les conflicts nis des intdrdts matdriels
ou moraux des citoyens, sur les crimes et les dilits ddfinis par la Loi.
Pour les pays de liberty, les plus grands problbmes constitutionnels
sent ceux de I'organisation des Pouvoirs publics et des rapports des
diverse branches du gouvernement centre elles.
Dans une Rdpublique, dit Mr A. de Chambrun ( Le Pouvoir
dxecutif aux Etats-Unis, page 4 ) c'est le Pouvoir exicutif qui
est le plus difficile A organiser. It faut qu'il soit vigotireux, capable
< de suffire aux ndcessilds du gouvernement, et, d'autre part,
< il ne doit pas etre un obstacle au ddvelopperment des libert6s du pays .
Sans doute, les Constituants de 1867 n'avaient pas manqud de
concevoir la gravitO du probl6me ; nous allons done 6tudier comment
ils Pont rdsolu et rechercher si leur solution est a P'ari de toute
critique.
A la vCrit l'on se demand tout d'abord si, dans un Etatpure-
ment democratique come Haiti, ce problitne 6tait aussi difficile
qu'il semble l'dtre pour des pays ayant un passe monarchique, et ot
se fait sentir la ncessitd d'une conciliation entire les principles demo-
cratiques, qui forment la .foi des generations nouvelles, et les principles
dynastiques, qui ont fait la base des institutions ktablies.
Pour nous, la rdponse est negative ; bien des difficultss que ce
problem emprunte A des circonstances propres a certain Etats eurp-
phens, no se prCsentent pas dans notre pays.





-6-


Si aillours it a fall, A un certain moment, trouv'r un modus vivendi
entire un roi de droit divin ou de droit populaire octroyant des
libertis a son people, et la democratic d6clarant le people souvrain ;
s'il a fall laisser regner le -roi ct fire la Nation gouverner par
des representants .rdnis en Cabinet, it est incontestable que rien
n'a jamais impose a notre Republique la n6cessit6 de ce regime
bitard sans loyaut6 et sans franchise, I'un des products les plus
d6fectueux de l'clectisme moderne.
Ainsi l'hypoth6se d'un Chef de Pouvoir ex6cutif sans initiative, sans
politique personnelle, parce qu'il est sans responsabilite ( comme 6tait
Louis-Philippe et comme est Mac-Mahon ) n'a jamais ddise presenter
a I'esprit de nos Constituants,
Si meme, pour se guider, its ont cherch6 au dehors des modules
d'organisation de Pouvoir exdcutif, it est certain qu'entre le systlme
francais d'un Roi parlementaire et le system am6ricain d'un Prdsident
d6mocratique its n'ont pas dfi hisiter.
La logique de la d6mocratie veut, en effete, que tout d6l6gu6
du people souverain soit- un fonctionnaire personnellement responsible
de sa conduite officielle ; l'irresponsabilitM du Chef de 1'Etat est un
non-sens dans un pays. de droit populaire.
C'cst dans cette pens6e que la Constitution dans ses articles 120.
et 123 a consacr6 la responsabilit6 personnelle du President de la
R6publique.
< Art. 120 Le President est responsiblee de tous les abus
< d'autoritL ct exc6s de pouvoir qui se commellent dans son adminis
< tration, et qu'il n'aurait pas r6primes.
Art. 423 La Chambre des Communes accuse le President et
,le traduit devant le S6nat en cas d'abus d'autoritd et de pouvoir,
do malversation, de trahison, on de: tout autre crime commis dans
< I'esercice de ses fonctions.,
Cctte responsabilit6, que l'on serait tentl de trouver exagdrBe, n'est,
h nos yeux qu'une consequence naturelle de I'initiative et de la
grande force d'action laiss6e au 3hef de l'Etat.
Loin que, suivant lcs fictions do parlementarisme des ministres
le couvrent de leur responsabilit6, il est au contraire responsible des
negligences des fautes, on des mefaits des SecrBtaires d'Etat qu'il
n'aurait pas revoquds et fait poursuivre.
I1 on r6sulte une plus grande force de cohesion dans le Pouvoir
exkcutif: car la solidarity qui existe entire ses membres oblige
le premier Magistral de, la Rdpublique i ne prendre pour ministres
que des homes en parfaite harmonies de vues et d'opinions avec
lui ct conduit ces derniers, qui doivent itre les serviteurs ob6issants




-7--


de sa politique, a n'accepter de la servir que si elle est en m6me
temps la leur.
De' cctte facon, I'Executif n'est pas expose i ces tiraillements qui
sont indvitables lorsque l6 Cabinet doit chercher un point d'appui
dans 'un autre Pouvoir.
Comme on le voit nos constituents ont, h pen pr6s, calqu6 notre
syst6me: gouvernemental sur celui de la Constitution ambricaine.
En Haiti come aux Etats-Unis, 1'ind6pendance des Pouvoirs est
hautement proclameo ;-* toute subordination d'une branch du Gouver-
nement I'autre est bannie de la Constitution.
Pour g'arJniir I'iindiend.i i. et la separation des Pouvoirs dans les
deux pays, les. constituents ont cr6 uhne incompatibilitM radical entire
les functions de membres du Corps L-iisthlif et toutes celles, la
nomination du Pouvoir ex6cutif.
A I'inverse de la pratique oblige du- gouvernement parlementaire,
les Secrdtaires d'Etat, non sculement ne doivent pas mais encore
ne peuvent pas appartenir a I'une, des deux Chambres.
Pour soustraire plus complttement encore l'ExButif rl'oppression
du LUgislatiil, la Constitution haitienne abandonnant le system
am6ricain dispense de la ratification du Senat, les nominations aux
emplois 'publics faites par le President.
Le pirieir Ma;istral de la Republique responsable de la politique
et de I'adlminislraalon g6nerale du pays doit avoir le droit de ne
s'entourer que de. fi.i,.tioinnaires de sa coniance ; c'est cc que consacre
notre Constitution par ses articles 143 et 115, qui accordent au
President le choix et la revocation des Secr6taires. d'Etat, come
de tous les cmployes ou administrateurs places sous ses ordres.
Nos constituents allhrent plus loin ; comprenant que chez un people
jeune combine le n6tre apathique, et surtout pauvre d'hommes sp6ciaux
et avanc6s il serait imprudent de ne pas accorder. ''mitiative.des,
Lois an Pr6sident de la R6publique comme au Corps LEgislatif,.
ils partagerent cotte initiative entire les deux Pouvoirs. (Art. 82).
Cette initiative reconnue, it devenait nicessaire en consequence,.
de donner I'entr6e des Chambres, mais sans voix deliberative,. aux
Secretaires d'Etat, charges de faire connaitre et de soutenir ta pens6e
du Chef de l'Etat ; c'est ce que decident les articles 89 et 131
de notre Constitution. Si chez nous, a en croire le texte de 'art
90 en son dernier alina t le. President de la Rdpubliquo exerce
le droit d'objction on vto suspensif dans des conditions moins favo-

t Art. 90 L'admission des objectionset les amendments aux quels
peu-ent donner lieu, sont vot6s aux deux tiers des voix et au scrutiny secret.




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Srables qu'au E:is-Unis, ce serait precis6ment parcequ'il a le droit de
fair prescnir.r lultes ses observations dans chacune des .deux Chambres
iu'ndanrt la discussion de la loi. .
Tvll. ,est, dans ses grandos lines, organisation du Pouvoir
exialili dans le systEme de la Constitution de 1867.
jN'e't-' pas h tort qu'on lui teproche de frapper de faiblesse un
Pouvoir ex6cutif que nous avons demontr. plus fortement constitu6 que
celui des Etats-Unis d'Amerique?
Quoi le Prbsident de la RBpublique responsible il est vrai,
comme. le veut imphrieuscment le droit d6mocratiquc mais, faisant
concourir tout le personnel administratif du Pays, qu'il compose a
son choix a la r6alisation de ses desseins sous l'autoritM et le
contrble de la Loi que lui mime contribute a faire rendre n'a-t-il
pas le maximum de force que I'on puisse accorder a un homme
sans danger pour la liberty et la richesse d'une Nation ?
Dans le cercle d'activith 16gale que la Constitution trace au Chef
de l'Etat, n'y a-t-il pas. de la place pour le d6veloppement meme
d'un vaste genie ?
Telle- est notre conviction, et n'Wtaient la restriction que l'art.
90 parait apporter au droit d'objection et a court dure du term
de la Presidence, nous proclamerions irrdprochable le syst6me de notre
gouvernement.
II est done desirable selon nous que la Constitution ne soit
pas retouchde dans ses parties qui contiennent l'organisation du
Pouvoir ex6cutif, si ce n'est pour mieux assurer I'exercice du droit
d'objection et prolonger le terme presidential si .mieux l'on n'aime
effacer le principle de la non-relection,

VI
Le second problem non moins difficile, et se rattachant intime-
ment au premier est, comme nous 1'avons fait remarquer plus
haut, celui des rapports des Pouvoirs publics entire eux.
Partout Ton a reconnu necessaire de placer en dehors et au dessus
des passions politiques et des influences exterieures le Pouvoir ju-
diciaire don't 'ind6pendance et l'impartialit6 sont les premieres con-
ditions d'existence,
Nos constituents ont cru assurer suffisament cette ind6pendance et
cette impartiality en consacrant le principle de rinamovibilite des juges,
( principle discatable et discut6 ehez ious,) et en reconnaissant aux
tribunaux le- droit de se refuser A I'application des Lois qu'ils ju-
gent inconstitutionnelles. (art. 148 et 161, )




-9- -


De hautes considBrations d'intlret social avai6nt d6jh conduit les
h1gislateurs A donner aux jugements d6finitifs un caraclbre d'immuta-
bilitW nous dirions presque, d'lternite, qu'aucune Loi, pas m6mo
la Constitution ne saurait revetir sans contrarior les progrbs poh-
tiques, sociaux et 6conomiques da Pays.
Quelque critique que l'on fasse de certairs points de notre or-
ganisation de la justice, on n'en.doit pas moins se ftliciter de la s6-
paration marquee, de la *reelle independence et de I'essence k cer-
tains 6gards, supirieure du Pouvoir judiciaire.
Aussi bien le difficile n'ktait pas de r6gler les rapports de celte
branch du Gouvernemeilt avec les deux autres, mais de d6finir los
rapports do ces dernieres entire elles.

VII

Dans routes les Constitutions ddmocratiques, le dernier mot du
systme 6tant I'obCissance absolute h la Loi ct calle-ci 6tant vote
par le Pouvoir l6gislatif il semble qu'il y ait en faveur de ce Pou-
voir une suphriorit6 d'attributions relativement h cellos de l'Ex6cutif.
En y r6fl6chissant attentivement, I'on arrive a concevoir que c'est
la simplement une question de tempBrament, car tel homme poli-
que est plus a l'aise dans le rble de fabricateur do la Loi, tandis-
que tel autre se complaint dans I'action et la mise en pratique.
Dans tons les cas, sup'rioritW morale d'attributions no peut si-
gnifier supr6matie de I'un et subordination de 1'autre.
II n'y a point de doute que par son droit exclusif de voter los
lois et le budget de la Ripublique par son droit d'equ6te sur
tous les actes de administration, droit qui s'exerce comme celui
d'interpellation, dans le but de rendre effective la responsabilit6 du
Pouvoir ex6cutif, il n'y a pas de doute que le Corps 16gislatif ne
soit puissamment arm6 centre 1'Exkcutif.
Mais aucun homme d'Etat vraimcnt liberal no saurait y trouver i
redire.
Ce n'est pas que cette sorte de suprematie qui semble rompre
l'quilibre des Pouvoirs ne soit susceptible d'abus ct ne rtcele de
graves dangers; aussi le soin du l6gislateur constituent doit-il 6tre
d'organiser le Corps ldgislatif et de rCgler ses rapports avec l'Exd-
cutif de facon que ces dangers soient los moindres possible.
La est le n(eud du probleme.
Pour 6viter tout conflict tout tiraillement entree les Pouvoirs les
constituents haitiens 6carterent come on I'avait fait aux Etats-Unis,
le syst6me dit parlmientaire reposant sur l'irresponsabilild du Chef






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de. 'Exculif, etle droit, en sa favenr, dedissoudre 'uone des deux
branches de la Pissanice gisative ( art 75 Const. 1867 ).
La responsabilit6 d'opinion, qui place le Cabinet a la merci d'un
Chambr fut, par eux, consid4rto common dangereuso pr6cis6ment
par ce qu'ello a pour contrepoids n6cessaire le droit de dissolution.
La responsibility ligale on respotsabilit6 criminelle fat seule consacree.
Ainsi les mcmbres do Pouvoir Executif ne sent justiciables des
Chambres quc lorsqu'is ont viol6 la loi on n6glig6 de la fire ex6-
cuter.
Mais quand its se meuvent dans leur sphere d'activit legae ,
quelle quo soit la politique qu'ils suivent, elle kchappe a l'influence
du Corps lIgislatif, car aucun de leurs actes ne peat 6trc incri-
min8 s'il n'est manifestement contraire i une loi.
Partout Yon a observed la tendance irresistible des assemblies po-
pulaires i absorber les pouvoirs de 'Ex6cutif, on du moins i em-
pi6ter sur sos attributions.
Pour y obvier et diminuer I'action des ambitions aveugles qui
voudraient, de parti pris, contrarier la march do Pouvoir dirigeant,
la Constitution, sone-element permet que les organs do ce Pou-
voir discutent les Lois daos le sein des deux Chambres et reserve
au President le droit d'objection apr6s le vote mais encore cite
renouvelle fr6quemment le Corps l6gislatif. (La Chambre des commu-
nes intlgralement tous les trois ans, et le S&nat par tiers tous les
deux ans).
Ces precautions ont Wt. prises en vue de diminuer l'intensit6 ou
la dureo des conflicts quo des divergences d'opinion peuvent souvent
provoquer estre I'une on Iautre Chambre et le Pouvoir Exkcutif.
Les conflicts, nes toujours de I'arbitraire des Pouvoirs, sont,
sans doute, regrettables ; mais, dtant donn6c I'impossibilit6 d'organiser
dIs pouvoirs politiqucs sans lcur laisser une part d'arbitraire Ics
inconvenients de cc mal nocessaire ne penvent 4tre completemcnt an-
nulks que par les progr6s constants de la raison publique.
Quand on song & l'immcnsilt de force d'initiative et d'action
laiss6e au Pouvoir ocxcutit, et au mat qui ponrrait en r6sulter si ce
Pouvoir 6tait sans frein, 'on ne saurait trouvcr exorbitant le peu
d'arbitraire laissA au Corps l6gislatif, arbitraire contend dans des
limits aussi restreintes que possible.
Mais, ou s'est r6vdldo. cerlaiaenlent la plus haute sagesse de I'As-
semhlie constituanto, c'est dans 'organisation dn Pouvoir 1egislatif
cn deux Chambres.
Le principle d'unc assetuble unique a longtemps pevalu chez tes





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d6mocrales francais; mais nos conslituans. n'avaient pas manque d'en
pressentir tout le danger.
La puissanc, 16gislative est cxerc6e par deux Chambres repr6-
sentatives, uho Chambre des communes ct un Shnat', (art. 44.
Si le mode de composition du S6nal peut 6tre justement critique
comme donnant t ce Corps one source trop peu flifftrente de cell
*de la Chambre basse, et, partant, des eldments trop peu dissemblables i
ceux do'cette dernikre il n'en est pas moins vrai que la Consti-
tuante a, dans uno large measure, pare 6 l'eventualitO du despo-
tisme dn Pouvoir k6gislatif, despotisme inevitable quand ce Ponvoir
cst aux mains d'une seale Chambre, despotisme plus odieux et plus
redoutahle que elui d'un Chef d'Etat, car il conduit tout droit a
I'anarclie.
D'aprbs la Constitution Ic Ponvoir I~gislatif nc peut prendre au-
cune decision. Edicter aucune measure aant un caractlre obligaloiie
pour Ics Pouvoirs et les citovens et commandant leur ob6isssance, que
sous la forme d'une loi ou d'un d6crct quo chaquo AssemblBe vote
succcssivement et article par article.
Uue decision isolde de 'une des deux assemblies n'est pas un acte
du Pouvoir 4Igislatiif et ri aucune valpur constitutionnellc pour la
Chambro qui no I'a pas vote ni pour les Pouvoirs Ex6cutif et
Judiciaire lesquels peuvent n'en tenir absolument aucun compete.
II n'y a exception a celte r6gle que dans le cas de la mise en
accusation du Pr6sident de la Rdpublique ou de ses Secr6taircs
d'Elat.
C'est qu'alors Ic Corps legislatif dovipnt une juridiclion spicialc,
cr6te pour juger les membres de Pouvoir ex6cutif et frapper Ics cou-
pables de la phnalit6 politique qu'ils ont encourue ; et des attribu-
tions particuliri:s sont r6servkes chaque Assembl6e.
Dans I'institution m6me de cettc juridiction los constiluants ont
sagement distingu6: au S6nat qu'ils supposaient plus capable de ma-
turit6 de poids et d'impartialit6 dans les decisions, ils ont rbserV6
le rble de juge donnant i la Chambre basse, d'ordinaire plus jeune
ct plus fougueuso, celui d'accusateur.
Dans ce systime, la Chambre des communes remplit au tribunal
politique appel6 b juger Ics membres du i'Ex6cutir, la function que
remplit pros les judirictions ordinaires Ic ministbre public.
Illo rcclcrchte ls crimes ct les dilits les rdinonce au S6nal;
mais, en aucun cas et sons aucune former, elle ne pcut, clle m6me,
declarer la culpabilil4 ce appliquer la pcinc.
Nous voila cerlaincment bien loin du parlementarisme ct I'on
dolt bicn reconnailrc que le systlme de notre Constitution cst v6-





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ritahlement pclin de sagesse, et de nature a 6viter ces conflicts irri-
tants qui d6solent les pays of le micanisme gouvernemental repose
sur la responsabilit6 d'opinion etle droit dc dissolution, conflicts qui
entravent la march progressive de ces pays et usent leurs forces
dans des luttes st6riles.
Nous n'ignorons pas que 1'exposition rigoureusent exact, que
nous venons de faire de notre organisation constitutionnelle est dia-
m6tralement oppose aux iddes et au system de toute une cole de
politicians; aussi est-ce UN D9FI que nous posons a cette cole.
L'heure des silences calculus est passe; que ceux qui nous croient
daus 1'erreur descendent dans I'arene et nous combattent.
Pour nous nos .6tudes nous ont conduit aux consequences sui-
vantes :
lo C'est & tort que l'on rcprohe a la Constitution de cr6er un
Pouvoir executif impuissant et d6pendant de la Chambre des Com-
munes;
2o Cette Chambre n'a aucun moyen' constitulionnel -d'influencer
la march de 1'Ex6cutif, ce que le Corps Ligislatif seul peut fair
par des lois on des decrets.
3o La responsahilit6 des membres de l'Executif, n'ayant d'autre.mo-
de effectif que la mise en accusation par la Chambre et le jugement
par le Snat les decisions isoldes, de l'une des deux Assembl6es
concernant les dits membres de l'Executif, et autres que leur jugement,
n'ont aucune port6e constitutionnelle et n'ont, pour ces derniers, aucun
effet obligatoire.
4o Que, partant, les votes de regret, de regret-confiance, de re-
proche, de bidme, de non-eonfiance et d'antipatriotisme, nesont
qu'une pure logomachie politique, en contradiction avec notre sys-
teme de gouvernement et ne militant que le mepris des homes
d'Etat sdrieux.
Nous concluons done en disant qu'il n'y a pas lieu de modifier
la Constitution dans ses parties qui rfglent les rapports des Pouvoirs
publics, et qu'il faudrait considdrer come des presents de grecs 'in-
troduction de I'irresponsabilitd du President et du droit de dissolution,
si l'on proposait de les introduire dans le Pacte fundamental.





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DEUXIEME PARTIES

EXAMEN DES TEXTES.


VIII

L'Blude de l'organisation des Pouvoirs dans notre system cons-
titutionnel nous a d6montr6 qu'au moins dans ses parties importantes,
la Constitution de 1867 ne reclame pas de modifications essentielles.
NManmoins, dans le course de notre travail, nous avons 6galement
reconnu que certaines dispositions d'une moindre importance exigent
une prompted revision. Nous allons done examiner ces diverse dis-
positions dans l'ordre meme des articles de la Constitution, et indi-
quer les changements qui nous paraissent ou seulement utiles ou
absolument indispensable.
Au debut de cctte etude nous nous ,heurtons a une question d&-
licate, pleine de difficultds, parceque souvent on la discute plut6t avec
les arguments de la passion, qu'avec ceux d'une raison froide et 6clair6e.
Nous voulons parler de ces dispositions constitutionnelles qui ex-
cluent de la nationality haitienne les homes de race blanche et r6-
servent le droit de propriWt6 du sol aux seuls citoyens d'Haiti.
Au lieu de nous servir de ces questions comme de themes propres
h soulever les passions de la foule, nous devrions en border l'Ntude
avec tout le calme et toute la maturity quo leur gravity command.
Ce sont des questions d'une haute importance et que nous som-
mes conduits a examiner chaque fois que, r6flechissant sur un pro-
blime quelconque de notre organisation social ou politique, nous
arrivons h reconnaitre que nous n'en pouvons obtenir une solution
heureuse sans un accroissement de population.
A la verite, c'est k cette question de population qu'aboutit infailli-
blement l'6tude de toutes les difficulties que nous trouvons dans notre
march vers la civilisation. Que I'on appartienne a l'dcole r6trogade
et anti-liberale qui rave, en matibre industrielle et commercial, le
despotisme et la tyrannie,. ou que,. consequent aux doctrines du libd-
ralisme' moderne, I'on r6clame la liberty du travail et du commerce
comme cell de la press et de la tribune ; cn un mot, que l'on soit
sisyphiste, come le dit spirituellement F. Bastiat, on que I'on soit
progressiste, I'on est d'accord que notre nalionalit6 ne peut se d6ve-
lopper, qu'Haiti ne peut prosp6rer, sans un accroissement de sa popu-
lation.




- U4 -


Le but a alteindre serait done de delermipcr chez nous un fort
.courant d'immigration, afin d'implanter sur notre sol une parlic do
ces populations don't cerlains pays surabondent.
Eh bien! notre sysitme constituionnel y oppose des barribres do
deux sorts: P'trangcr est exclu du droit de propridte en Haiti, et
le blanc repouss6 de la nationnalild haitienne.
Nos peres qui avaient la franchise de leurs idoes sur cc point,
parcequ'aussi bien, de leur temps, elles 6laicnt naturelles etjustifides,
ecrivaicnt dans leurs constitutions: aucun blanco ne pourra mieltre le
pied sur le sol d'Haiti, ih itre de maitre et de propridtaire. D
Les considerations qui avaient dict6 cette proscription de toule une
race, de cell qui, dans l'6tat present du monde, possede plus que
touted autre, ii laut bien l'avouer, l'intelligence et les aptitudes ci-
vilisatrices, cos considerations ont perdu de leur valeur.
Depuis plus de vingt ans on l'a compris ainsi, mais, soit crainte
de frrisser des pr,' 6s chim6riques soit erreur involontairo, au lieu
d'aborder de fion, la difficult et de reliever, au nom d Ila aison,
do la justice ct de -'humanit6, Ia. proscription prononcee par nos
percs, on a cherchd i turner L'obstacle et T'on a pris un biais.
L'exclusion de la race blanche est dcrile dans notre derni6re Cons-
titution plutbt par preterition que d'une fagon formelle; et,. pour elu-
dcr, cn quelquo sort, cetl- disposition, I'on a permits a la femme hai-
tienne qui epouse un e'.tanger de conserve sa quality d'haltienne, et,
par consequent, le droit de propriety.
L'expBrience nous a d6montre que cct expedient, come toutes les
demi-mesures, a produit de deplorables consequences; il en est rdsul-
i6 une foule de conflicts ouverts on latents, de droit international pri-
ve, soil an sujet des devoirs politiques, soil au sujet des droits de pro-
priet6 des enfants nes- d'haitienne el, d'6tranger sans computer des
difficullds sans nombre A propose les. droita de patentc.
bes voix genereuses s'etient pourtant levees pour nous conseil-
ler d'accorder aux strangers Ic droit de propriWt sur notre territoire.
cL'Btranger, nous disaient elles, possede les capitaux qui vous man-
quent pour la creation du travail clicz, vous; soul il pourrait y en-
treprendre de grades exploitations agricoles, edablir des usines con-
siderables et fonder des ateliers d'arts et m6tiers. II ne pout le fair
jusqu'h ce jour, parcequc vous vous refuse a ce qu'il soit le pro-
pridtaire de sa ferme, de son usine, ou de son atelier et des bati-
ments qui y sont n6cessaires. Donncz-lui Io droit do propridt eot vous
le verrez accourir, avec sa richesse mal6rielle et son intelligence, en-
richir cl pays par le developpcment du travail.,
Autrefois it diait de mode de rdpondre quc si lc droit de proprioti





- '15 -


6tait accord aux strangers, les blancs (car c'est tonjours d'eux qu'il
est question, les hommes d'autres races pouvant 6tre propriftaires du
sol en se naturalisant hailiens) les blancs viendraient en grand nom-
bre s'dtablir dans Ie pays, et, peu a pea, au mayen do leurs richesses,
ils monopoliseraient la propriWte fouci6re, ct, avac l'appui de leurs
gouvernements, r6tabliraient I'esclavage en Haiti. L'on comprend ai-
sement combien un tel argument paraitrait ridicule do no; jours;
aussi ne se produit-if plus dans la discussion.
Les partisans du status quo alleguent nos accs frequents d'insur-
rection, les troubles p6riodiques qui d6solent notre malheureux pays et
Sla suite desquels, disent-ils, de nombrouses r6slamations pour dom-
mages aux propri6t6s 6trangBres no manqueraientpas de nous Mtre adres-
sees, appuye6s de la force brutale de cells des nations 6trang6res qui
n'ont de ia civilisation quele vernis.
Si effrayante qu'elle paraisse, celtc objection n'? aucun fondement
s6rieux; les craintes 'que l'on pretend avoir des 5~sneIdps d'indemnites
.ne sont justifiees que par l'exp6rience de, ces deriieres annees, et
1'on. peut en conclude quo le syst6me on vigueur ne nous met pas a
'abri des humiliations aux quelles nous sommes exposes par notre na-
ture de nation faible.
Sous la 16gislation actuelle, I'6tranger n'est pas propriefaire du sol,,
mais il. est tolrB dans nos campagnes comrrT exploitant des pioprie-
tIs de sa femme et comme traficant dans nog '>lles commerciales.
Comme c'est en ce4 deux qualit6s qu'il a eu a souffrir de nos \
sordres et qu'il nous a faith h.umilier et spolier par ses commandants
de frigates, it faudrait, pour eviter le retour do ces humiliations et de
ces rapines, chasser entierement i'dtranger do note territoire, et no
I'y toltrcr a aucun titre.
Telle est la consequence derni6re de l'objection; mais ceux qui la
soutiennennt n'ont jamais ose pousser jusquc l la l ogique de leur sys-
t6me. La v6ritd est quo cette argumentation vicieuse cache des pas-
sions et des arriere-pensees inavouables. Pour la masse des- mdio
crit6s envieuses qui d6shonorent notre patric par lear insatiable ap-
p6tit de functions publiques, dangoreux serait l'av6nement i la natio-
nalit6 haitienne. de nouveaux citoyens ou plus laborieux ou moins igno-
rants; le monopole don't elle jouit A I'heure present strait menace;
c'est pourquoi tous ses efforts tendent 4 empccher la venue d'un e16-
meant nouveau..
Peut-on pensor qu'dl chappe aux hommes s6ricux et r6fl6chis que
la vraie solution de la question des r6clamations etrangBres cst dans
t'organisation de la skcuriti publique, ce premier ct, i pen pres, uni-
que devoir des gouverinemets libdrau-x ?. Quoi qu'il en soit, I'on a





- 16 -


voulu manager des susceptibilites et faire taire les ambitions aveu-
gles qui 6garent les passions du people en vue de se reserverle
privilege d'exploiter son ignorance et sa credulit6.
Comprenant que objectionn des indemnits aux strangers n'a au-
cune porteo dans la question de la nationality hpitienne a rendre ac-
cessible aux homes de toutes les races, d'autres penseurs ont dit:
a Nous croyons a la possibility d'une organisation de la s6curit pu-
blique et nous en considerons Faccroissement de population un .616-
ment nkcessaire: pour cela, et pour toutes les raisons cconomiques que
chacun pent entrevoir ( et que nous avons rappelees plus haut), noug
desirons un accroissement de la population haitienne, et nous no
comprenons pas que l'on Bcarte systematiquement un contingent quel-
conque de citoyens deja fagonnes A liordre et au travail; que l'on se
prive du concours de tell race d'hommes parle qu'ils ont la peau
blanche.
Nous souhaitons A Haiti un plus grand nombre de citoyens in-,
tiress6s A la s6curit6 da pays et A la defense de la paix et de 1or- -
dre; un plus grand. noinbre do citoyens tirant a la conscription et fai-
sant le service .dela garde national, un plus grand nombre de ci-
toyens cntin,. supportant le fardeau des functions publiques hoinnte-
ment ocfapdes.
C'co'pourquoi nous vous conc6dons de rcserver, comme une prime
A naturalisationn, le droit de proprile aP l'haitien ; mais, enr m6me
te fps, nous voulons abattre la barriere Clev6e dans nos institutions con-
/ tre le capitalist et le travailleur b!ancs; nous voulons que la quality
d'haitien, a laquelle csl exelusivement attach le droit de propri6te en
Haiti, soit accessible aux hommnes de toutes les races et de toutes les
couleurs.
Le fantome du sauvage commandant Batsch interviendrait sans r6sul-
tat dans cette question; les strangers naturalists, qucl .que soit leur
Cpiderme, ne peuvent plus invoquer contre Haiti les brutalites des na-
tions plus puissantes; il n'y a done aucun danger pour le people hai-
tien a admettre dans son sein, et h titre d'haftiens, les hommes de
race blanche qui veulent vivre et travailler sur. notre territoire.
On object que sons cette 16gislation les Btrangers blanks n'use-
ront pas de la faculty de se naturaliser haitiens, parceque les avantages
de leur position dans le. pays consistent pr6cis6ment en leur qua-
lite d'Atrangers et qu'ils demandent, non l'acces A notre nationalitM
mais bien le droit de propridt,.
Cette objection est purement specieuse; car, s'il est vrai que par
suite do nos dissensions frequentes, les strangers pecheurs en can
trouble ont tire advantage de leur quality d'etrangers, il n'cn est pas moins






incontestable que, la tranquillity publique tendant h s'asseoir surdes bases
de plus en plus solides, dans un avenir tres-prochain it ne leur sera
plus possible de spMculer sur nos malhcurs.
D'autre part, .ls tolerances, administrative don't on les fait jouir, it
cause imn6me de lcxclusion injuste decrit6e centre eux, pregnant fin avea
I'abolition de cette exclusion, ieur position, en tant qu'Ctrangers,'ne lais-
serait pas que d'6tre asscz rigourcuse pour en determiner un grand nom-
brc h-s'associer francihmenit l notre nationalta ,
Du reste, sans avoir besoanm dexaminer le cas que feraient les 6tran
gers blanks de. la .nouvielle f4icilt qiu nous lur accorderions, nous pen-
sons qu'il imaorte. aiinot~i: hbnheur. el. i notre dignity d'effacer toute
trace du pr6jug;:hontoux, actuellem ent. crit dans la Constitution, et cela
pour nous meltrc a l'abri de lout reproche d'anLi-civilisation.
A la Iiguaur, nous pouvons dfendre ou, du moins, faire excuser
Exclusion prononc6e centre les trangers, quant a la propri6te do sol,
en alliguant 1'cxemple de nations plus puissa'tls et plus avanc6cs ; tnais
it n'cn est pas de m6me de la proscription prbnorice contre la race
blanche par notre loi fondamentale.
Si Haiti n'est pas I'unique Etat qui rdsurve h scs seuls citoyens la
proprieit fonciere, Alle est Ie seul qui repousse cat6goriquement do sa
nationality, pour la cbuleur de son 6pidcrme, touted une race pleine
d'aptitudes a la civilisation.
Apres toutes ces considBrations, l'on serait port i croire que ceux
qui, tout en maintenant I'exclusion des 6trangcrs do la propriet6 territo-
riale veInlnt rendreo a nationality Ilil wi a3cessibile a toutes les ra-
ces, no rencontrent plus de contradictcurs strieux.
Aussi n'est-ce pas sans un douloureux Olonnenent que l'on trouve des
homern s d'Elat, so rCclamant di lib6ralisme, qui, lout en appelant dans
le pays, ct a tire de contromeaitres pour dcs ateliers nationaux, les
strangers blanks, conservent n6anmoius la pensue de lear interdire la
nationality haitienne.
Connaissant leur amour avougle pour l'indusltrie national, vous vou-
driez peut-6tre leur fair observer qu'avec des co tt'emaitrcs 6trangArs
leurs ateliers. cessent d'etre nationaux dans le sens cxclusif qu'ils dB-
sirent, tandis qu'en admettant ces contremaitres a la nationality haitien-
ne, its r6alisent plus exatemcnt lours fameux ateliers nationaux.
Mais, h leurs !youx, -ce n'est pas le .caractere national do I'industrie
qu'il s'agit de maintenir; ce caractere so maintiendrait par la natura-
liWation des contremaitres deo race blanche.
C'est Ia nationality elle-meme qu'il imported de d6fendre de toute m--
salliance, car elle a, dit-on, un but precis, celui do r6aliscr la civili-


^ 1-7 -




-- 18 -


station noire, but qui no serait pas poursuivi avoc sinc6rite, si des 616-
ments blancs dtaient appelIs a y concourir.
Nous ne voulons pas insisted sir la contradiction de cetle industries
noire qui so cr6e ct se d6veloppe au moyen de contremaitres blanks;
de cette civilisation noire qui se r6alise par des entrepreneurs do
points, de quais, de chemins de fer, etc. tous blanes; mais nous nous
demandons ce quo pent bien signifier, au XIXo siecle, cette civilisation
noire don't on nous parole A tout propos et dans chaque discours.
Innocent que nous sommnes, nous avons toujours pense quo cetto eu-
vre de progrls qui se pursuit sans relache A travers les si6cles itait
la civilisatisu humaine, et non uno civilisation blanche d'un c6tO, et
une civilisation noire de I'autre, et nous confessions humblement n'avoir
pas d6couvert de motif pour changer d'avis.
Que nos nationalists A but prdcis nous expliquent ce que c'est que
leur civilisation noire par opposition A la civilisation blanch, et nous ver-
rons s'il convient de depouiller notre foi primitive.
D'ici 1A, nous adoplons l'avis de ceux qui, pour une oeuvre do ci-
vilisation humaine, recherchent Ie concours de tols les bons 6l6ments
humans, sans distinction de couleurs, et demandent que la nationali-
t0 haitienne soit accessible aux houimes de toutes les races.
Cette r6forme une fois admise, il devient facile, autant qu'il est ur-
gent, de faire disparaitre I'anomalic consacr6c dans nos lois a I'en-
droit de la femme haitienne marine a un stranger.
Le principle que la femme suit la condition de son maria, est celui
que les peuples civilisds ont i pen pros universellement adopl6 ct
auquel il conviendra do revenir, lorsque nous aurons detreit I'cxcln-
sion qui nous avait ports A nous en 6cartcr.

iX

L'article 9 de la Constitution dispose: < La quality de citoyen
d'Haiti se perd: to par la naluralisation acquise en pays Atranger.
Ce texte content une lacuno qu'il nous parait just de combler;
ii laisse la porte onverte A cc scandal rdvoltant des ren6gats qui,
par lAchet6 ou par un Btroit 6goisme, vont acheter a l'ltranger une
naturalisation quelconque, et reviennent travailler en Haiti, exploiter
l'anoicnne patrie qu'ils ont reni6e, et la mcnacent alors des canons
do ta nouvelle.
II y a lieu, selon nous, de mettre fin i cette 6cceurante comr-
die en compl6tant comme suit le premier paragraphe de l'article 9:
< La qualitM de citoyen d'llaiti se perd : 1t par la naturalisation




1t) -

acquise en pays Btranger suivie de residence definitive hours
< d'Ilati.


Les articles" 15 et i6, dans leur redaction actuelle, sont de ceux
qui out donnu naissance A plus de discussions, et laiss6 le plus do
prise aux fausses interpretations de la malveillance.
Chaque fois que dans les cas de conspiration, de cris saditieux,
ct autres crimes poli!iqi es, I'autoritO procdde a des ariettations prd
ventives, 'Fon voit surgir de :nouveaux' amants de la Constitution;
cc sont les' onspiralelrs nobles victinies d'acles arbitraires, .qui,
dans des petitions adressdes anx Chambres, invoquent les articles 15
et 4G de la loi fondamentale.
Ces articles ont-ils abroge 'article '40 du Code d'iilruc ion cri-
m'nelle qui prescrit h tous les agents de police d'arr9ter tout indi-
vidu surprise en flagrant delit on ddnonce par la clameur publique
SCela semble rdsulter du texto de l'article 16 de la. Constitution,
mais est absolument coutraire a la raison contraire aux n:cessitds
du maintain de l'ordre et de la sdcurite publique.
Ponr que la liberty individuelle ne soit pas en pril, faut-il que
i'agent de I'autoritd auxiliaire do la police, judiciaire, qui saisit des
conspirateurs en plein conciliabule, se retire pour demander A un
juge' d'instruction le inandat d'anener laissant ainsi aux coupablcs
le temps ct la liberty de se soustraire A, larrestation.
11 nous semble souverainemcnt absurd qu'un commandant de place,
par example qui rencoutre dans les rues des perturbateurs appelant
les citoyens aux armes, au cris de o A bas: le Chef de I'Etat, ,
soit oblige de laisser grandir l'Hmeute, et d'aller rdveiller le Com-
missaire -du Gouvernement ou le juge instructeur, pour que ces. ma-
gistrats procedent A I'arrestation des 6meutiers.
11 n'en est pas moins vrai que les. textes que nous ddnoncons so
prBtent a toutes ces interpretations ddraisonnables et inadmissible.
L'article 15 ainsi conu : a La liberty individuelle est garantie.
- Chacun est libre d'aller, de rester, de partir, sans pouvoir itre
c arretd ou dtenu, que dans les cas prevus par la Loi, et scloni
, Ia forme qu'elle prescrit., ; pourrait, sans inconvenient, dtre d -
barrass6 de cette derniere phrase, ridicule avec ses aller, rester,
partir, suffisamment exprimds lorsqu'il est dit : La liberty indi-
viduelle est garantie. >
L'arlicle 16 pourrait alors etrc molifid come suit:
Nul, hours le cas de flagrant delit, no pcut Wtre arrWtC ni






c dttenu que sous la prevention d'un faith puni par la Loi, et sur
c un mandate d'un fonctionnaire 16galemeni competent.
a Pour quo ce mandate puisse Utre execut ii faut : io qu'il cx-
Sprime formellement le motif de l'arrestation ou de la detention,
< et la disposition de loi qui punit le faith imputd.
2o qu'il soit no.ifi6, et qu'il en soit :laisse copie & lapersonne
t arrkthe 'ou dktenue,
Toute arrestation on detention faite contrairement a ces disposi-
< tions;, toutes violence ou rigueurs employees sans nkeessit, dans
Sl'ex6cution d'un mandatet sont des actes arbitraires centre lesquels
< les parties l6sbes peuvent ,'sais autorisation prialable, 'se pourvoir
< par devant .es' tribunaux comp6tents, en en poursuivant soit les au-
Steurs;, soit les ex6cuteurs. ,
Les changements que nous proposons puuvent se dispenser de tout
commenlaire.
.XI

.L 'article 18 renferine une db ces disp osiions qui, par d6faut de
precision, sont excessivement dang'ereuses : a La maison de' oute
Spersonne habitant le territoire haitien est un asile in,irolble. D
Qu'esl-ce que vttre nature d'asile reconnue a' toute ma'ison en Haiti,
et qu'est-ce qie ce caractere d'ii'iolabilite que la Constitution y at-
tache?
Cela veut-il dire qu'un coupable, un condamn6, ou mfme un pr6-
venn, ne puisse Wtre arret6 dans sa propre naison on dans le do-
micile quelconque d'une personnel habitant le pays?
La justice et Ie bon sens protestnt centre cctte inlerpr.iahon ;
ma f'l'lt de t 'arled article 8 l'a4 ntorise.. Le 2e. paragraph ainsi
-cono : a Aucune visit domiciliaire; aucune saisie de papers ne peut
' avoir lieu qu'en vertu de la loi, et dans les formes qu'elle pres-
a crit, V.ne vise que les papers, du moins d'une facon formelle.
Nous pensions qu'il conviendrait de dinner h cet article la redac-
tion suivante, qui. dans sa generalhtj, nous ssenbl,. mieux embras-
ser tous les cas, tout en consacrant siffisamment, le respect du do-
micile de chacun :
Aucun' fonctionnaire on agent de I'auto.ith publique ne peut pe-
ntrer dans ie domicil d'iune pi.rsonin; habitant le territoire haitien
a que daris. les cas privus par la loi, et dans les formes qu'elle
N prescrit. .
XII

Nous arrivonf s 0 l'e'aii,: de cc fameux article 23 qui, dans ces


- 20 -




21 -

dernieres anndes, a tant encourage, tant enhardi les entrepreneurs
d'insurrections.
La peine de mort sera restreinte h' certain cas que la loi d&b
terminera.
< En matiare politique, elle est abolie.,
Cette disposition est completee par celle de 'article 213 quirem-
place, e rymatiire politiquc, la peine capital par la detention. perp6
tuelle.
Pour Btudier avec fruit ces *prescriptions.constitutionnelles, il convieni-
drait d'etre fix6 sur ce qu'il faut entendre par crinms politiques, do
se rendre un compete exI.:t de ceux de ces crimes que la loi punis-
sait de mort avant la Constitutiont, et que celle-ci a voulu exoar'rer de
cette rigueur A cause de leur nature politique
Seraient-ce les attentats contre la persoune du Chef de I'Etat,: ceux
ayant pour but de dbtruire ou de changer le gouvernement, :ou-d'ex-
citer les citoycns A la r6volte?
Seraient-ce les crimes tendant A trouble I'Etat par la guerre ci-
vile, par la devastation et le pillage publics, ou par I'illgal emploi
de la force armde?
L'lasticitB de l'expression maticrc politique pr6te a toutes ces in-
terpritations aux quelles ript.pune ia conscience publique.
Le sujet est des plus delihals, et nous no l'abordons qu'avec une
extreme timidity, craignant que notre pensEe ne soit mat comprise- ou
maal intcrprette.
Qu'est-ce qu'un crime politique?
C'est celui qui attaque I'Etat dans son organisation essentille.
Sans voiloir enter dans une 6tude approfondie de droit pinal pour
analyser la nature juridique des attentats que nous avons rappel6s plus
haut, qu'it nous soit permis, noanmiius, d'essayer quelques explication's
a ce sujet. "
Celui qui concoit le dessein de renverser le gouvernement, soit pour
en changer le~ membres, soit pour en changer la forme, con~oit un
pens6e politique criminelle, pjrce que, m6me s'il obLit a des convic-
tions, c'est A la persuasion, et non A la violence, qu'il doit en. dc
mander le triomphe.
Ndanmoins, cette pens6e criminclle, sans manifestation exterieure, ne
peut etre atteinte parla loi plnal-.
Qu'elle soil coCnimuniilu.!,, a des gens qui y donnent leur adhesion
et qui.concertent les moyens de la mettre a execution, le complot nait,
Ie crime est saisissable, et la loi te panit.
Que, le complot non .dcouvert, les conjures ouIeIIIIItIIut I'exdcu--






tioiu de Jeur plan cL marchcnt en arms contrc l'autorilti Mlablie, l'at-
tentat est complete, et c'est de la peine capital que le code le punit.
Cerles, quand le crime s'est arr6t6 ce degre, la rigueur de la
loi pent paraitre excessive, parce que c'est A ce degr6 seul que le
crime est purement politique.
Le crime politique est d'nue nature toute sp6ciale qu'il imported do
bien consi.ldre ete pas perd de pa e vue.
"'11 serail absolument inexact de penser qu I'attecntat corsiste dans
la cohsommalion entire du project; ii n'existe que lorsque li dessein,
au coritraire, nest qu'incompteement execut6.
Expliquons-nous : en faith, renverscr un gouvernement, soil en abat-
tant Chef de I'Etat, soit on portant les citoyens A se rIvolter con-
tre son autorite, n'est poursuivi come -crime que lorsque l'on n'y a
pus reussi. ..
Le triomphe complete de l'insurrection, le- renverscment du gou-
nement n'est jamais d6f6rd i' la vindicte des lois : il est evident
que le parti vainqueur prend, les r6nes du gouvernement, ct ne se
traduit pas devant les Trihbun;ux criminels.
Done ce que la loi punit come attentat, ce n'st pas le- ren-
versement .dui gou irnenieinl, c'en est la tentative infructucuse ; du rcsle,
I .mot attentat explique assez la circonstance dc I'irisuccs.
Que I'Qn ne s'6tonne done point de voirle Code penal punircomr
me crime un project don't l'ex6cution est h: peine commen6ee et se
trouve arr6t6e avant qu'il on soit r6snilt aucun dommage.
Mais d'autre part, rappelons-nous que c'est le maximum de per-
version politique que la li. puisse pr6voir, to .fait consomme ne pou-
vant Wtre puni ; l1 est le. plus grand crime politiqne possible.
Nous savons que l'attentat ne s'arrle -pas toujours au point que
nous avens indiqud ; pour arri\er A la rfalisation do leur project
les conjures emploeint dcs moyans qui ,en euxi m6wes, sent dcs cri-
mes, mais des crimes en tout 6tat de cause. On attente aux jours
du Chef de l'Etat; pour attiree' hours do son palais, on assassin sa
fille au moyen d'une arme A forte detonation ;: pour se fire des par-
tisans, on autorise le pillage et la devastation; bien plus, on les com-
mande. Voila des crimes que la Loi punit de moit dans routes les
circonstasnces ordinaires, Pillage et devastation A main arm6e assassi-.
nat.l dune f1enime, avee prAmin.l'iialion et guet-a-pens, mdurtre d'un
homme.. crimes frappes de la peine capital;.
Eh liiin peul-il Wtre pcrmis d'ltendri a de' tels forfaits la cl6-
mence que nous inspire I'attentat-qui a pris fin avant de s'ltre souil-
16 d'aucun crime? Non certes, la justice protest !
Vous avcz assassins un hoinme vous 6les pInsiibl Id la pine de


- 22 .




:- 23 -

mort ; cet home est le Chef dle 'Etat; et la penalit6 sera moin-
drc!
Alors le caractier public de la victim, la position dlevie qu'e le
occupait los interCts sup6rieurs qui sent mis en p6ril par sa mort,
l'ordre social quien est profond6ment trouble, sont done autant de
circonsiances attdnuantes en faveur du criminall!
L'assassinat de cette femme innocent, possible d'ordinaire de la
peine capital, perd-il de sa gravitO et de son horreur parcequ'il s'y
ajoute d'autres crimes plus graves dans leurs consequences atla-
quant, non plus une vie et des intlrits individuals, mais la vie et
les intlirts de la social enli.re 9
Ah! il faudrait, convenir que cot article 23 est un horrible, non-
sens s'il fallait l'interprtter ainsi!
Pour nofs quand nous cherchons la pensie des constituents,
wfous croyons reconnaltre qu'its n'ont vaiu diminuer les rigueurs db
Ia Loi que pour I'attentat qui n'a Bt6 accompagne d'aucun autre crime
16sant des intIrhts ou prives ou publics; car c'est alors sculoment
que I'atlentat est ua crime purement politique.
Mais on noes soumet l'objection suivante:
Comment conciliez-vous avec la peine de mort en' cas d'attentat
suivi de combat, le devoir quoe Particle 205 de la Constitution impose
a tout bon citoyen de renverser par les armes les gouvernements
iiconstitutionnels ? Les insurges peuvent avoir pris les armes pour
la plus sainte. des causes et leur gn6reuse tentative sera punie de
mort, parce .qu'elle n'aura pas triomph6
Celle objection sentimental est purement specieuse; nous n'avons
qu'" examiner les fits de pros pour nous en convaincre.
Etablissbns d'abord que si nous devons reconnaitre aux ciloyens
le devoir .I'insurrcction centre les gouvernements despotiques et
inconstitutionnels nous devons aussi fl6trir ~nergiquement, punir
sdvireimeno tus ces coups de main tents par I'ambition et la cupi-
dilt centre des gouvernements constitutionnels.
Eli bien si Ic gouvernemwnt est despotique, c'est-i-dire s'il miconpait
Fautorild dc la Constitution c'est on vain que vous y aurez icrit
I'abolition de la pine do mort en matitre politique ; Ic despole fera
ti de cette disposition comme de toutes les autres, et mime plus queo
do toutes les autres.
Ceux qui se devouent a la Patrie en poursuivant par les armes
le renversement d'ua government despotique savent bien qu'ils
s'engagent h vaincre ou h mourir; qu'en cas d'insuccs il n'y aura
pour ex ni grtice ni merci et qu'ils n'ont rien atllndre d'uno '
cl6mense de la Constitution rin i attendre de la loyault d'un tyran.




24 -

Dans l'hypoth6se des mauvais gouvernements, I'abolition do la pine
de mort on malihre politiquc strait une [cttro morte, inutilc- ecrire
dans la loi fondanimentale.
D'autro part les gouvernoments constitutionnels conre lesquels
on a louij'urs lo tl de se revolter; ne sauraient 6tre trop protgess centre
ces aventuriers politiques qui aspirent a houleverser le pays, dans le
hit de disposed de la caisse p'ihlipi', ah leur guise, ou d'assouvir
de criminelles passions.
Est-oe on provision de tels gouvernements que nous devons par
une disposition constitutionnelle arracher ces coupahles au just
chltiment de lurws forfeits ? Evidemmcnt non.
Nous.ne pouvons done coniservr ce texte igml jn.ii.;, .A force d'dtre
Blastique do notre article 23.
II y 'a lieu de pensor que les I. u-uiIt.i.: eon .e votant, avisi.n
en ue d'attdnuer I, ii .i--,'- dce la toi penalc pour les- attentats
qui 6chouent avant qu'aucun autre crime ne soit yenu s'y ajouler.
SUn fait surtott ,.lr\ it avoir influ suraleor- pensde celui ,do
I'attentat Lamy Duval au I'r[t-,'u-Priii'. .
Pas une detonation n'avait mome inquii'i .la Capitale pas une
gill.li, de sang i'avail Rth verse6 ; cependant il -s'Btait 0commis
un attentat centre la slir. i,. publique dans le but de i',ii:'ir le gouver-.
nement attentat entrainant contre ies aul,-'us la pine .:,iit, le.
Que dans des. circonstances pareilles celte pdnalit paraisse x ,rbi-
tante, rious le redonnaissons; mais n'allons pas; 6endre a la sedition
injuste et partant hideuse entreprise par :des .rnii:llit.:rs politiques
et suivie d'dffusion de sang at i,'hlrreu.is de toute, sorte', la pitil
, qnu nous inspirent des movements avort6s etsans r6sultats i .1pl1r,l,.'.
En r6sum6 nous estimons ju'Cl convient -,,disons mieux, qu'il est
urgent d'introduire, soit daus la Constitution m6me, A la site de
Particle 23, soit dans. ne loi spkciale, una disposition reglant d6fini-
tivement la matibre, et pour laquelle nous.proposons 1I ridactio.: suivante:
< L'attentat centre la sArlet de I'EI:l ou dans le but de changer
Sle gouvernement', lorsqu'i. n'aura 6t6 preced accompagnu ni
,-suivi d'aucun autre crime important la peinc de mort, sera puni
de la detention on du bannissement it ttemps ou a :perpetuiie.
Les pdnalitds ,dictdes ici nous paraissent rip,ondre le micux, la
pensde qui a ddtermin Il'abolition de la pine de mort .n matiere,
politique.
S XII

L'objet de cette edude est, come on a pu le voir d6ji, d'oblenir
que la C.,iilituriion soit d6barrass6e de ,:llres les dispositions qui, faute.





- 25 -


de pIdcision oet de clartS, et par fois fate do measure sont de nature
a donner credit i de faasses idWes siir notre systlme gouvernemental,
cc qui est utn iahnrr pour la paix dublique dans notre dtat social actueL.
Au point :de vue dde la perfection' de notre Loi fondamentale, d'une
harmonic plw. i,:gnli''r, de ses diverse parties, ii n'est pas moins nd-
ccssairc do fair disparaitre les contradictions que prCscntent quelques
textss, dc mome que certain prinrip;-. inexacts ou inutiles parce qu'ils
n'ont point de portie pratique.
L'article 30 est, ainsi;conGu :. Le jury est 6tabli.en jiu f,'ir. cri-
minelle'et pour d6lits politiques ct de la press '
De ce texte it rdsPlterail que le, const;tuants, ne tenant pas conpte
des difficulties quo prdsente Ic fonctionnement do l'institution du jury
chez u!is en aucait e.i;,I le concourse pour le jugcment des delits
politiques de toute nature et mnie,, do ious les d6lits commis par
la voice de la pressed et que le language ordinaire appelle improprement.
ds- dClits de pressc.. I '
Or, on cherche vainement le molif qui aurait pu inspire un tel statute.
N'y a-t-il pas plutdt lien de croire que la second conjunction et est ir. "'
une icrrur do copic ou d'impression, et qu'il faudrait lire simploment: t' 2^
Sct. pour Idlits politiques de la press, ?
Si 'on.recherche :la pens6oqui .a dict6 .ette disposition, la raison
de cotte jurisdiction sp6ciale cr6ed.cn., faveur de certain dclits. I'on re- ;,-'-..N
'o1nnait. que e Igislateur constituent a dti avoir en.vue do. protiger
la liberty de la Presse politique,.dont la miniio consisted a manifester
l'dtat de I',p'inintl i.-ul i lhi' .
Lors dgne que la P'rosse politiquc senble. faillir a cell mission ct
corfmetre In ecart il ost convenable que l'opinion publiqne soit
appele i so pron.oncor. C'ost pourquoi il a paru utile do remcltre
an jury, tribunal pris an hasarl dins Ic soei do. la soezitd et don't
Ic verdict pout, .h hori droit, passer pour l'dr' ',a ii:i de l'opinion, pu-
biique, let 'i:,"-it. des. dlits reprochus iM.la press; politique. Quand
*o! jury condamne, c'cst qe l'Opiniun,. !a Socit renic sls pensces ex-
primees cn son nom., on qu'on. lni propose d'adopter ; landis que s'il
about, c'est qu'au contraire la S.i.-i'llt d6sapprouve la poursuite.
C'est ainsi que cestaines hardiesses du jonrnalisnIe qui encourrail s -
remcnt- des conirl,,.in li It tribunal ordinaire appliquant slrictoment ls
lois, sont parfois innoci.ntos par io jury, don't la conviction ne peut
tire soumise t des r6gles de.prno.i-diire.
Si de tells raisons ont pu d6tei:tmianr je ii l.iii r conslituant a
soustraire aux- Tribunanx .correctionnels ordinaires la connaissance [des
delits politiques db la Pressb aysxquols .o dait rksrver I'appclation
de ddlits de press, il n'a pu en etre, d e mdic des d6lits de droit






common commis par la voie de la pressed ; on no conioit pas la n .-
ccssit de delfrer ccs (1'rniers a une jurisdiction de favour. Ainsi il
est evident que la diffamatioa d'un citoyen privO par uh article do
journal West pas un d61it que, pour la sauvegarde do la pressed, il
convienne d'arracher h la jurisdiction du Tribunal correctionnel- ordi-
naire pour le souncttre au jury.
En r6tsun6, quclle qu'ait ~t6 la pens6e des- constitualts, il nous pa-
rait n6ccssaire aujourd'hui d'liiiiner celle malencontrcuse conjunction
et, afin do u'aucorder Ic jugement par jury qu'aux delits poliliquea.

XV

I)6nonpons, pour mdmoire, la redaction diffuse de I'aricle 31 rela-
tif au droit de reunion, et qui poarrait ltre sirmplement conpu en ces
termnes;: droit de reunion n'est assujetti ~ aucune autorisation pr6-
alable a Los rassemblements sur les voics et dans los lieux publics
resent soumis aux lois de police. I

XV

Maintlnant quc sous de myst6rieuses et ndfastes impulsions com-
moncent a s'agiter dans le pays do malsaines lthories de droit an so-
cours, hitons-nous d'extirper de I'article 30 le principle dangereux des
u tablissemints de secours publics.
Un pays coinmc 1, nolre qui, malgre sa. r@pugnanc pour Ic tra-
vail, peut se flatter doe 'a'oir eu juisqu'ici dans son scin ni paupt-
risme, ni proldlariat, ne pourrail cr6er des ktablissements de secours
publics quo connue encouragement i la paresse national.
Laissons h li charitl privde lc soin d'6ntrclcnir des hospices pour
les iufirmes ct les incurahles: transformons, si l'on vent, nos debris
d'hbpitaux militaires on do serieux hl6pilaux civils; mais arrachons de
notre Constitution le germc fatal des secours publics.

XVI

Puisqu'il convient de no pas familiariser le people avec des nmn-
songes olliciels, suprimons done do l'article 43 ctte derni6re phrase.
SLa responsLbilit6 cst attached i chacun des acres des trois Pou-
VOIrs.
Exacte pour le Pouvoir exccutif et pour le Pouvoir judiciaire,
cette disposition bst radicalemont fausse en ce qui touched le Pouvoir
I gislatif. Lc mode effectif de la responsabilit6 des premiers est ri..


- 36 -





- 27 -


gli par la Constitution ct par nos codes, landis que I'on ne voit
nulle part comment so verific la responsabild du Pouvoir l.gislatif.
La vbrit6 est qnc les Chamb'rs sont absolument irresponsables:
quelquc crime quelles commlttent centre les lois, quelqu'injustice qu'el-
les consacrent, quelque violation tie la Constitution don't elles sc rcn-
dent coupables, (et nous n'avons plus i en attendre des exemples ),
elles n'encourent aucun jugement et ne sont exposes A aucune con-
damnation.
No trompons pas le people en ini laissant croire que les lois
punissent lcs extravagances criminelles on d6lictucuses des Chambres;
enseignons lui h r1-l66hir mirement avant de deposcr son bulletin
dans I'urne b6lctorale, en lui apprenant, au contraire, que, par I'd-
lection, il confire aux membre3 du Corps LUgislatif one sorte do
dictature, un pouvoir *arbitraire en bien des points, et souvent sans
frein positif, un pouvoir dangercux aux mains do gens qni manquent
d( sagesse et de lumi6rcs.
Puisque Ic Pouvoir ligislatif est pratiqucminco irresponsible et que
d'ailleurs il n'cn petit etre autremncnt, effaoons done ti la Constitu.
lion le principle mensongcr ct impossible de la responsabilit6 de ce
pouvoir.

XVII

Une negligence coupable des Pouvoirs dtablit conslittue depuis dix
ans I'article 48 do la Constilution en flagrant d'6li de mensongc.
D'apr6s celte disposition, notre organisation judiciaire devrait conm
prendre des tribunaux d'appel; ct non sculement I'on n'a jamais
pensed les crier, mais encore on, no s'cst jamais preoccup6 d'en prdparcr
les' elements pour un avenir plus ou moins prochain.
L'enseigucment du droit, 'nous le constatons t regret, n'a pas pro-
voqu6 la ollicitude de nos gouvernements, m6me depuis 1870; il
cn cst result, un mal considerable qui ira chaque jour croissant, si
I'on ne sc hate d'y porter remaed.
Les ldgislateurs de 1867 no s'6taient pas borcds de I'illusion de
doter im'nediatement le pays de I'institution des tribunaux d'appel;
ils savaient que notre personnel judiciaire no pouvait en fournir les
61inments ndccssaires. Mais its avaient pens6 qu'en posant dans la
Constitution le principle de ces tribunaux, ils dtermineraient leurs
successeurs i fair le n6cessaire pour arriver h en organiser le fone-
tionnement.
Cclle provision no s'est pas justified ,' t par suite de cette nd-




- 28 -


gligence dle nos ,onv,.rnanTil A pri'pai'rr des Magistrats pour I'avenir,
ii est devenu tres ,dillil,-., prsonne ne l'ignore de .'ompos.ri des
tribunaux civils ldi premiere .instance, meme .midiocrcs .; a. de rares
exceptions prs Ylon. i'y trouve maintenant que des .individus on
complAtement rangers A la science du droit, ou ne possedant quc des
connaissances insuffisantes A.: 'accomplissement de leurs devoirs aussi
pnibles que ddlicats.
Est-ce dans ces tribunaux que nous pouvons esperer de trouver
des Megistrats d'une capacity superieure pour en faire des juges d'appel ?
Le barreau devrait 6tre ui. p6pinidre naturelle de bons Magistrats;
mais aprcs les abus qui I'on rendn libre, qul en ont faitht une sort
d'arene de plein pied, p. chacnn peut venir, sans 6tudes prdalables,
compromettre et sacrifier les inlerets des malehoreux plaideurs, peut-
on cspirer davantage .d'ytrouver l,!s elements d'une magistrature s,-
ricuse ? Evidemment non.
II n'y a plus personnel qui soumette avec seourith une constes-
tation aux tribunaux ; si, souvent, la bonne foi no leur faith pas d6faut,
on ne saurait en dire itlnlt dis lIiiii I-rrs...
11 n'y a tpa, une:. minute a pcrdre; nous devons au contraire es-
sayer de rattrapper le temps perdu: plus que jamais nous allons
avoir besoin de magistrate 6clairds pour nos tribunaux civils, puisque
1'exp6ricnce nous a dmnontrd qu'il faut supprimer' les Tribunaux de
commerce que ne comporte pas le degr6 moyen du d6veloppement des
lumirres en Haiti.
Cos Tribunaux, cuwposAsi-; la plupart du temps, A quelques excep-
tions pros, dce cinonr i.inLt pen iistriils el I.tonrvs ovu de toute no-
tion des lois, font preive d'un dfaut complete de soucis. de leurs
devoirs, d'une ii'rri:Ldi il. inluli ralle:, A ,'ii,: de leur i.'apa. ilrl notoire.
Quand ils n'ont pas A statuer surr le.dlai dlriilanlL par an d6-
biteur poursuivi, on peut comptor que chacuna de,:leurs jiu inesl- cAst
une erreur judiciaire base sur uue hbrasie Ic doctrine.-,
Aurait-on le .droit de se montrer exigeant envers cs. Magistrals
d'occasion, quabsorbent les sons deloeur n,',oi., et qu'aucun intd-
rEt, ne convie A consacrcr leors loisirs A I'etude aride des lois.
Certainement non, puisque c'cst A peine si 'on obtiont des dd-
cisions moins mauvaises des Magistrats salaries par 1'Etat.
Quoi qu'il en soit de ces derniers, le pays a .Ie droll d'exiger d'eux
des 6tudes et une application c\(cluslv, puisqu'il leur fournit un trai-
tement ; c'est pourquoi nous airnous miexs encore voir remetire aux
Tribunaux civil la connaissance des affairs commerciale, que de
persister dans le deplorable system actuel des tribunaux consulaires.
Chaque Tribunal civil utile, ( car ii est:'des tribunaux .ivils don't





- 29 -


la suppression est urgent) pourrait Wtre compost de deux sections,
lfin que les justiciables n'aient pas h souffrir de trop longs retards.
Peut-6tre cette r~forme .nous conduirait-elle du meme coup la .com-
binaison d'un system, d'appel .qui permeltrait a la parties condamn6e
par une section du Tribunal d'appeler de la decision devant les sec-
tions reunies,' les premiers juges 6tant .exclus tie la composition.
Quoi que l'on pense de cette combinaison, nous ne persistons pas
moins h r6clamer la suppression radical dos tribunaux de commerce.

XVIll

Le chapitre dti Pouvoir l6gislatif 'nois parait sujet 4.de nombreu-
ses modifications qui, tout en.n'affeclant pas le fond du systeme cons-
litutionnel, doivent n6anmoins introduire'plus do sagesse dans certaines
parties du m6canisme gouvernemental ct on faciliter lefonctionnement
regulier et paisible.
Pour quo la Chambre des reprdsentants; par example, qui est, en
theorie, 1'6manation la plus directed du suffrage populaire, remplisse
avcc autornt le r6le qui lui est d6volu, no faut-il pas qu'elle soit
I'expression sincere, loyal et surtout eclair'ee de l'opiuion publique ?
Expression ctaire'e? nous ne pouvons pourtant esp6rer qu'elle le
soit, tant que des assemblies primaires composes de nouf ou dix
citoyens illettres et ignorants, auront le d&6it d'infliger au pays des
pensionnaires triennaux a $ 800 par an, sous le titre pompeux de de-
put6 du people.
II est difficile, pour ne- pas dire impossible, do trouver dans eha-
que commune un citoyen assoz dclaire, possddant assez do serieuses
connaissances, pour m6riter un siege de LUgislateur; et m6me, si l'ou
ne veut tenir compete de l'6troit esprit de localisme qui domino les
petils centres, et objeter qu'ils peuveit choisir leurs. representants
ailleurs que dans leur scin, I'on doit reconnaitre qu'il est tres diffi-
cile de trouver:i mdme en les pregnant dans les grands centres de
population, soixante quinze citoyens aptes h Wtre plus utiles que nui-
sibles au pays dans la Chambre des deputes.
Seloi nous, il n'importe pas aux int6erts gendraux et politiques du
Pays que la representation soit aussi large que dans le syst6me en
vigueur.
Les Chambres inutiles on brouillonnes que nous avons cues n'ont
d4 tous leurs d6fauts qu'au nombre excessif des incapacilts qui y si6-
geaient, constituent des majorit.s A la remorque des premiers intri-
gants venus.
Expression rdelle et sincere de l'opinion publique ? pouvons nous da-





- 30 -


vantage espyrer qu'une Chambre, meme peu nombreuse, Ic soit, tant
que l'6lection d6pendra d'une majority d'olectcurs inconscients, sur la-
quelle peuvent s'exercer et s'exercent routes sorts de corruptions ?
11 imported la dignilt de la representation, a sou autoritl morale,
que le choix des d6put6s ne soit confiM qu'h des ilecteurs possedant
un certain d6gr6 de lumibrcs.
La Chambre des repr6sentants devrait se composer d6sormais d'un
depute par arrondissement.
Les arrondissements du Cap, des Cayes, de .acmel, des Gonaives
et de Jer6mie en nommeraient deux, et I'arrondissement du Port-au-
Prince trois.
De cette fapon la Chambre sc composerait d'une trentaine de mem-
bres; ce qui serait d'abord une s6rieuse economic pour le Trdso; pu-
blic. II en resulterait en mmme temps plus de sagesse, plus de matu-
rit6 dans les delibrations, avantages non moins reels pour la Nation.
Du mrme coup disparaitrait l'un des vices les moins discus, de la
Constitutiou ; I'on ne verrait plus, come sous 1'empire du system ac-
tuel, le S6nat absorb par la Chambre des representants, quand les
deux Corps so r6unissent en Assemblec national.
En 1870, lorque s'agita la question d'un emprunt pour le retrait
du paper monnaie, I'avis de la Chambre sur ce point n'itait pas. celui
du Senat: ce Corps, pour ne pas risquer de voir ses 25 on 30 votes
se perdre dans les 60 ou 70 de la Chambre, dut violer la Cons-
titution et refuser do sc rendre rA'ssemble national pour con-
naitre du drcrct relatif A l'emprunt; et il n'y avait centre Ie Snat
aucun moyen coercilif.
Le systeime que nous proposons coupe court a ce mal incontestW.
Pour des motifs que chacun appreciera, nous croyons qu'il convent
que les d6put6s soient pays par seance ct non par mois; dans tous
les cas, tle e mois de la session nc devrait donner droit a aucune
indemnit6. L'expirience a ddmontri que trois mois suffisent ample-
ment au peu do travail scri6ux qu'entreprcnd la Chambre des d6pu-
t6s.
Nous espdrons avoir prouv6 que routes Ics reforms quc nous pro-
posons sont d'une incontestable utility Passons maintenant an chapitre
du S6nat.

XIX

L'experience du Gouvernement de l'ex-Pr6sident Geffrard a port
les constituents, malgr5 l'avis des plus sages d'entr'eux, i no pas con-
iicr au Chef de 1'Etat le soin do designer a la Chambro des 'd6-





- 31 -


puts des candidats au S6nat, ioincuiirruihnint avec les colleges dicc-
toraux d'arrondissoment.
D'un syst6me. exclusif, qui avait ses ildCfaul, sans doute, ils ent pas-
se a un syslIme non moins exclusif, et non moins d6fectueux.
Aprbs les abus du syst6me praliqu6 de 1859 'a 1866, nous avons
pu constater ceux du systeme en viguillr depuis 1867.
Le sufflagte, m6me au second degrd, est soumis a des intrigues qui
rpungneront toujours a certaigs homes honn6tes et capable. Nous
risquons de voir dans le Senal des m6diocrit6s, alors que dc v6rita-
bils lumieres brillent en delors de ce Corps.
le serait-il pas just el profitable aux int6erts publics que le Pre-
sident de la Rlpublique, ou le Senat lui m6me pat designer an
choix de la Chambre lels ciloyens v4'ritabloem,.nt verses dans la science
polilique tels autres qui se sont distingu6s dans les carri6res pu-
bliques, ou ont honorablement servi leur ipa)s ?
Nous n'y voyons aucun mal, alors surtout quo les candidates ainsi
presents seraient en concurrence avec ceux du suffrage populaire.
Ensuite, pout la morality des operations des colleges 6lectoraux d'ar-
rondissement, il nous semble utile d'introduire dans la Constitution une
disposition qui rende indligibles les membros de ces assemhb6es.
Ainsi disparailraeent les honteuses intrigues don't lles offrent sou-
vent le speclacle.
1I y a 6galeni nl, h faire cesser la contradiction que Fon remar-
que entire les articles 65 et 68 de la Constitution.
D'apr6s ce dernier texte, le S6nat est permanent, mais il peut s'a-
journer quand il n'y a pas de session legislative ouvertc. Do la per-
manence du S6nat et de la simple facultd d'ajournement qui lui
est accorcee, on inf6re logiquemient que ce Corps peut aussi no pas s'ajour-
ner, ce A quoi il n'y aurait, en vdriti, pas grand mal, puisque les s6na-
teurs sont pays toute l'annee.
II y aurait, au contraire, A cela cerlainS avantages: en se r6unis-
sant en dehors des sessions, le S6nat pourrait dtudier los lois d6ja
votes par la Chambre, ou cells que. 1Exncutif croirait devoir lui
soumettre en premier lieu.
En traitant plus loin do la nomination des juges, que uous vou-
drions voir confide au S6nat, et de celle des membres dc la Cham-
br.e des competes, nous aurons I'occasion d'indiquer comment la r6u-
nion de la Chambre haute peut-6tre encore indispensable dans l'intcr-
valle des sessions. Si, par exsemple, cc qu'h Dieu no plaise, la Cham-
bre des complies so voyait r6duite par In mort de plusieurs de scs
ienibres, clie .no pourrait 6tre compl6tde qu'au moyen d'nne session






16gislative extraordinaire, ce qui cointerait au moiii $ 5,000 pour lne
indcmnif6 d'un mois A Mlessieurs les deputies.
L'on conPoi.t done qu'il pourrait 're utile de r6unir le Sdnat soul
dans crrlains cas, cc 'que l'article 68 declare possible
Eh bien! I'article 65 d6cide, an contraire, que le Shnat no peut s'a-
sembler hours idu temps des sessions l6gislatives, ordinaires ou exlraor-
dinaires.
Que signiiie done la permanence d'un corps qui ne pout s'assem-
bler que dans Ie course d'une session, et dent 'ajournement, faculta-
tif d'apres une disposition, cst obligatoire d'apres une atre ?
II y a hi une 6vidento contradiction que I'on ne peut laisser sub-
sister plus longtemps.
XX

L'extension actuelle des attributions de l'Assemblde national fail
perdre au Pays. dans des circonslanicts de haulte iriportance. le b6n,-
lice de la sage organisation dd Poiuvir 16gislatif en deux Chafmbros.
On s'dtonne a bon' drdit qu'apres avoir reconnu nCcessaire do
soumettre routes les lois a une double discussion, discussion h la Cham-
bre des repr6sentants d'abord, etau S6eat, ensuite et une double
deliberatlon les Conslituants aient confie6 l'Assembl6oe ntionale le
droit de voter, aprbs une discussion et une deliberation unique :
1o les declarations de guerre et les mesures.qui en d6coulent;
2o les trails do toute nature consentis par le Pouvoir ex6cutif;
3o les emprunts a contractor sur le credit de la R6publique;
40 la creation et l'organisation t'une Banque national.
Est-ce a cause de leur gravity et de lour importance qne cos
matieres out dtd sous-traites a la competence du Corps l6gislatif pour
dtre d6f~rees h la decision de l'Assemblhe national? Cola serait
certainement illogique.
On essaie de justifier exception touchant la declaration de guerre
par '' promptitude que piut rdclamer la decision. Mais celte promp-
titude i me n'est-elle pas un danger pour le pays et no serait-il
pas plu; sage do faire rfflkchir a deux fois les mandataires de la
nation, vant qu'ils ne la lancent dans une entreprise don't les cons6-
quences sont toujours funestes ?
II est probable que c'est pour donncr qudque cousistance une
sorte de vie propre a cette nouvelle creation d'une Assembl6e natio-
nale, q,ie les constituents ont voulu doter ce Corps de quelques
attributibns spkciales, autres que celle d'tlire le Pr6sident de la
Il6puh'que; i!s ont 6tc, n6anmoins, malheureux dans le choix des
matir is don't ils ont r6servd la connaissance i I'Assembl6e national.


- 32 -




- 33 -


Nous pensions qu'il conviendrait de distraire de la competence de
cette Assembl6e les objets sus-vis6s pour les replacer dans le domain
du Corps l6gislatif.
XXI
Ainsi que nous avons eu 'occasion do l'oxprimer deja le texte
actuel de l'article 90, qui consacre le droit d'objection du Chef
de l'Ex,"itif, nous parait profond6ment vicieux. .
Combien dierisoireserait le veto suspensif accord au President de
la Republique, si pour Atre admises, ses objections devaient l tre
appuyees par les deux tiers des '.membres do chacune des Chambres
1gislalives !
Supposons, en effet, qu'une loi soit vote h la Chambre par 38
ddputds contre 37, et au S&nat par 16 voix centre 14.
Si le President soulAve des objections et, par son argumentation,
change les convictions, deplace 12 voix a la Chambre et 5 au Senat.
Los partisans de la loi vote seront en minority dans les deux Cham-
bres; mais la loi ne tombera pas. Davis soutenu par Ie Chef de
'Elat ..aurait pour hli 49 d6put6s centre 26, et 19 s6natcurs centre
11 : mais come 49 d6putBs no forment pas les deux tiers de la
Chambre basse, et 19 senateurs ne constituent pas les deux tiers de
la Chambre haute, les objections de I'Executif ne seront pas advises;
la volont6 de la minority primer celle de la majority et la loi
restera telle que 26 etll I 'ont voulue centre 49 ct 19.
A.ceux qui s'amusent aujeu des cormbes, nous 'signalons cette
combinaisori come le comble de l'absurdit6.
Dans toute democratic la loi doit 6tre P'expression des sentiments
de la majority et non cell de la volont6 d'une minority. Co 5e
paragraph tdo l'art. 90 est done. impossible dans sa version actuelle.
Le texte que nous critiquons ne traduit pas, selon nous ,la veritable
pens&e des Legislateurs constituents.
Ils ont voulu probablement doter le President de la Republique
d'un .droit de v6to suspensif et conditionnel semblable a cclui. qu'aux
Etats-Unis exerce le Pr6sident.
SComme chacun le sait, pour que l droit d'objection accord au Chef
de l'Ex6cutif s'exerce avec fruit et dans l'esprit du v6to suspensif que la
democratic comporte, il faut que la loi frappee d'objection et soumise a une
nouvelle discussion ne puisse acqu6rir force de loi que si une imposante
majority de LUgisIateurs l'impose a l'Ex6cutif. La majority absolute de la
moitie plus un est insuffisante dans ce cas; une loi contested par le Chef de
I'Exdcutif, demand pour commander obEissance du people, Un
accord plus parfait au sein mAme de la L6gislature. C'est pourquoi,




- 34 -


dans les pays dimocratiques, l'exercice du veto suspensif est ainsi
r6gl6 que la loi qui a motive les objections du IPouvoir dirigeant,
n'est d6finitivement loi que si deux tiers au moins des membres
du Pouvoir 16gislatif la confirment, et condamnent les vues de
l'Ex6cutif.
Le droit d'objection n'a de portie que dans cos conditions, et
nous aimons h esp6rer que l'on ne tardera pas plus longtemps a
restituer au 5e paragraphe de Particle 90 le seul texte qui soit
normal: < Le rejet des objections est vot6 a la majority des deux
tiers et au scrutiny secret.,
La precaution du scrutiny secret r6vele que la pens6e des constitu-
ants Blait d'accord avec cell que nous venons d'exposer; car ce
scrutiny secret n'a pour but que de sauvegarder l'amour propre de
ceux qui, ayant vote la loi a sa presentation auraient change d'avis
apr6s les objections de l'Ex6cutif.,
XXII

Nous signalons a qui de droit les articles 99 et 100 qui, sui-
vant nous, r4clament de profondes modifications. D'aprBs le premier
de cos articles, les membres du Corps 16gislatif sont inviolables.
Ou cette disposition n'a aucune signification precise, aucune port6e
pratique, et alors elle est ridicule ; ou it en r6sulte, par argument
a contrario, qu'en general tous les citoyens sont violables, puisque
c'est par exception que les s6nateurs et les d6put6s sont inviolables.
Or nous protestons hautement centre cette violabilitd que l'art.
99 veut nous infliger.
D'autre part, les d6put6s et senateurs toujours aux terms de
cet article 99, ne peuvent gtre poursuivis pour les opinions par
eux dmises h l'occasion de l'exercice de leurs functions. Tout cela
est bel et bien quand il s'agit d'opinions politiques ou administra-
tives touchant l'int6ret general.
Mais lo mandate de L6gislateur ne doit pas etre un brevet d'impu-
nit6 accord6e des gens laches ou mal 616v6s et les autorisant a
prof6rer dans les Chambres toutes sorts de diffamations centre des
fonctionnaires publics ou centre des citoyens priv6s. Nous avons tous
droit au respect de Messieurs nos L6gislateurs et il est just que
le Code penal nous protege centre leur intemperance de langue,
et que la Constitution ne couvre pas d'une fin de non-recevoir leur
lIchet6 ou leur mauvaise education.
L'article 99 est a modifier dans ce sens.
L'article 100 accord aux deput6s pendant 3 ans et aux S6na-




-- 35 -,


te rs pendant 6 ans, Ie droit de ne pas' payer leirs dettes commer.
ciales. S'ils commettent le stellional, pendant la m6me dur6e ils
resteront 6galement impunis. On ne peut exercer contre' eux aucune
contrainte. par corps !
Cette disposition, profond6ment immorale, est d'une crainte iniquit6.
Pour la dignity de la representation national, il y a lieu de d6cr6ter,
an contraire, qui les membres du Corps 16gislatif, qui doivent au
people rexemple d'une severe probit6 et d'une haute morality, sont,
comme tous les citoyens, plus que les autres s'il est possible, con-
traignables par corps en ajoutant qu'ils sont d6pouill6s de leur
mandate du jour ou la contrainte est exerc6e, si elle ne soul6ve pas
de contestation, et en cas de contestation du jour oi la contrainte
est valid6e par les tribunaux comp6tents.

xxi
XXIIl

Le temps nous semble avoir fail justice de la disposition suran-
n6e de l'article 106 qui exige que pour' tre elu President d'Haiti,
I'on soit n6 de pare haitien. Dernier vestige des prejug6s ct des
craintes de nos peres, (ette restriction doit disparaitre de notre Loi
fondamentale, car on ne peut la justifier par aucun raisonnement sdrieux,
La presomption de patriotism que le texte semble rechercher ,
n'est-elle done pas suffisante quand le citoyen a 6lire est n6 haitien
ou l'est devenu depuis quinze on vingt ans'? Nous le croyons, et
nous proposons de modifier I'article 106 dans ce sens.
Nous avons deji exprim6 notre opinion sur I'article 107; nous
inclinons vers le principle de la reeligibilil6 du President de la R6pu-
blique.
Depuis dix ans la vie a tellement encheri en Haiti que nos gou-
gouvernants ont reconnu equitable d'augmeutcr, successivement, de cin-
quante pour cent les appointments de presque tous les fonctionnaires
publics. Pour le meme motif, nous pensions qu'il est just d'dlever A
$ 25,000 l'indemnitM annuelle du Pr6sideut d'Haiti et ah ; 7,200 celle
accordde aux Secr6taires d'Etat, les quelles sont fixees par les articles
125 et 434 i $ 20,000 et $ 5,000.

XXIV
L'on est jusqu'h present si domino du prejug6 que chaque haition
a des aptitudes universelles, que l'on n'h6siste pas a conficr a un inme
Secretaire d'Etat des departements exigeant les connaissances les plus
diffirentes,




- 36 -


Pour ne prendre qu'un example, les portefeuilles de la Justice et'
de 'Instruction publique sont, la plupart du temps, confi6s a un.
seul et meme Secr6taire d'Etat, tandisque I'on comprend dans des
pays meme beaucoup plus avanc6s, que chacune de ces .branches
importantes de I'administration publique exige des connaissances sp6-
ciales qu'un seul home poss6de rarement.
En Haiti, quand le ministry charge de ces deux departements a
appartenu i la Magistrature, il n6glige 1'Instruction publique; quand
il a appartenu &a 'Enseignement, il neglige, au contraire, la Justice au
profit de 1'Instruction publique, et parfois, 6cras6 par la double tiche,
il n6glige 6galement les deux d6partements.
II se rencontre bien parfois des Secr6taires d'Etat ayant servi dans
Ia Magistrature et dans l'Enseignement et poss6dant des connaissances
dans les deux branches ; mais cela' constitute l'exception et non pas
la regle.
Nous concluons h la creation d'un cinquieme Secr6taire d'Etat.

XXV

Pour mettre fin a la dispute que soulevent invariablement les
Commissions d'information institues par 1'Ex6cutif a la suite des
movements insurrectionnels, il nous parait convenable de donner plus
de precision A l'article '443 de la Constitution. Si l'on entend pro-
hiber les commissions d'cnquic que cela soit dit formellement; si,
au contraire, on vent les autoriser que l'on l6imine de l'art. 443,
le mot commissions qui donne lieu a routes les contestations que
nous avons rappel6es.

XXVI

Deja nous avons dmis note avis sur la suppression des Tribu-
naux de commerce et la creation de Tribunaux d'appel. Nous allons
maintenant, dans l'organisation judiciaire, 6tudier le mode de recrute-
ment de la Magistrature.
Aux terms de I'article 147 de la Constitution les Juges de tous
les Tribunaux sont nommes par le President de la R6publique,
d'apres des conditions et suivant un ordre de candidature A r6gler
par les lois organiques, et ces Magistrats, sauf les Juges de paix, sont
inamovibles, au vwu de l'article 148.
L'inamovibilit6 d'un fonctionnaire est un principle exorbitant; c'cst




- 37 -


un mal auquel on no doit avoir recours que pour obtenir un bien:
plus grand I'ind6pendance absolue des Juges honn6tes et capable.
Mais on ne pense a assurer 'ind6pendance que lorsque l'honn6-
telt et les lumirres sont d6ja certainement acquises.
Est-ce le cas de notre malheureux pays ? Non!
Nos juges sont, la plupart du temps, nomm6s comme h l'6ssai-;
non pas en vertu de leur savoir djia acquis, mais sur la promesse
qu'ils font d'6tudier les Lois aprds leur nomination.
Est-il besoin de dire qu'une fois nantis de leurs functions inamo-
vibles its oublient l'engagement qu'ils avaicnt pris d'entreprendre
de p6nibles etudes ?
Consequence funeste de I'inamovibilit6.
D'autre part, depuis la Constitution, aucune loi organique n'est
venue rdgler les conditions de capacity et l'ordre de candidature que
nous promettait I'article '147.
L'embarras Btait grand, a la v6rit6 surtout pour la determination
des conditions de capacity. Nous n'avons pas de Facult6 de droit;.
il est presqu'impossible de songer a un dipl6me comme preuve de
connaissances. La matibre d'un examen pourrait atre d6crdt6e et Ic
dipl6me offert aux postulants de I'dlude libre qui auraient satisfait A
I'cxamen; mais, ii faut vite l'avouer, des dipl6mes de l'etude libre,.
il no sortirait pas vingt magistrates ; lo barroau est l'objectif de tous
ccux qui entreprennent, pour leur compete, les difficiles 6tudes de droit.
Admellons que domain le pays so couvre de Facult6s de droit et
qu'une nude do jeunes homes instruits soient disposes a consacrer
leur savoir au service de administration de la Justice. Toutes les
places ne seront clles pas occupies, et ad vitam par les magis-
trats insuffisants que nous avons maintenant ?
Puisque notre situation actuelle est anormale et que nous fa consi-
ddrons comme passagrre, c'cst & dire transitoire ayons pour eli&-
tine o legislation transitoire; rendons, temporairement au moins, la,
magistrature amovible.
Le personnel judiciaire doit pouvoir tre- amilior ,. 6purb chaque--
jour ; pas d'entrave a cette amelioration.
Si l'on se mifie du Pouvoir ex6cutif pour ce travail' d*'puration',.
quo Ie soin en soit confiU an S6,at de la R6publique.
Les Magistrats honndtes et capable n auront rien A redouter de-
cette r6forme.
D6cidez-vous h quelque chose Messieurs les L6gislateurs; mais.
rappelez vous quc le sentiment public protest centre 'inamovibilit.
de I'ignorance dans la Magistrature.





- 38 -


XXVII

Si les modifications que nous avons proposes I'organisation de
la Chambre des d6put6s 6taieril prises en consideration ii devien-
drait n6cessaire de remanier profond6ment l chapitre des Assem-
biles primaires et 6lectorales.
La pratique de ces derni6res annees nous a r6v616 en m6me
temps que la representation est trp large et que la ,apacit6 elec-
torale est trop 6tendue.
Sur quelles bases plus rationnelles couviendrait-il d'asseoir notre
syst6me electoral ? Nous ne voulons pas poor le moment border
1'6tude de cette delicate question.
Tout observateur impartial ne peut s'empecher de reconnaitre que
le suffrage pr6tendu universal, duquel sont exclus les femmes et les
enfants, a cause de leur incapacity intellectuelle suppose, n'est qu'un
d6cevant mirage une dangereuse imposture, puisqu'aucune condition
de capacity n'est impose aux hommes a qui le droit de vote est
accord.
Le probl6me est gros de difficult ; nous ne pouvons que Pindi-
quer ici.
XXVIII

Aux terms des deux premiers paragraphs de I'article 174 les.
imp6ts sont votes annuellement, et les lois qui les 6tablissent n'ont
de force que pour un an, si elles ne sont pas renouvel6es.
De cette fagon, si, par suite d'6venements imprivus, d'une dissidence
parlementaire, comme cell don't nous avons vu un example, et don't le
retour n'est malheureusement pas impossible le Corps 16gislatif est em-
p6ch6 de se rdunir, I'administration doit Wtre suspendue et tout gou-.
vernement cesse d'exister.
Que l'on n'all6gue pas que le but de cette disposition est d'int6a,
resser le Pouvoir exccutif lia reunion regulibre et constitutionnelle
des Chambres, et de lui retire toute intention de coup d'Etat:
le Pouvoir ex6cutif qui r6ve un coup d'6tat ne s'arrtte pas devant
les inconstitutionnalit6s. S'il peut former violemment les Chambres,
il pr6tendra pr6lever les imp6ts au moyen de simples d6crets prolon-
geant les lois fiscales; et Punique rem6de a tout cela, c'est la
revolution.
D'autre part les. 6vnements de 1873, la dissidence qui sur-
vint alors, nous ont appris que le Pouvoir l6gislatif peut 6tre en-
trav6 dans son fo,nctio,anement r6gulier, sans aucune action per-
turbatrice de la part du Pouvoir ex6cutif,





- 39 -


Le systeme actual de I'article 174 fait un peu trop abstraction de
ces difficulties, que d'ailleurs les constituents avaient pu ne pas pr6-
voir; nos constitutions pr6cedentes etaient bien plus sages sur ce
point.
II en r6sultait que les lois d'imp6ts, de meme que le bud-
get des depenses continuaient d'avoir force et vigueur quand le
Corps 16gislatif n'cn avait pas autrement dispose.
A la chute de Domingue, la nouvelle [administration prit pour gui-
de le budget de l'exercice 1872-73, sans y dtre ni autoris6e ni
contrainte par'aucune disposition constitutionnelle; quant aux imp6ts,
elle les percevait absolument sans droit. o
Puisque I'explrience nous a d6montr les vices du systeme de l'art.
174, pourquoi ne pas revenir aux principles qui nous regissaient an-
tdrieurement ?
Nous avons, au sujet de I'art. 188 a renouveler les .mmes
observations. Suivant le 2e paragraph de cet article, la loi qui fixe
le contingent militaire n'a do force que pour un an si elle n'est pas-
renouvel6e.
II en r6sulte qu'au cas d'un emptchement du Corps legislatif, ou
m6me d'un quatrieme mois de session tres-laborieux (puisqu'il est
cntendu qu'on ne travaille pas les trois premiers mois ), od la loi
du contingent n'aurait pu etre renouvele -la force publique cesserait
d'exister.
II convient, selon nous, de parer i cette eventuality d'une disso-
lution complete de l'arme, dans le cas od le Pouvoir lIgislatif n'aorait
pas pu renouveler la loi du contingent militaire.

XXIX

Revenant a I'article 174 nous y trouvons un 3e paragraphe, dent
la suppression on la modification sont impCrieusemcnt rdclamdes au nom.
de la fortune publique et de la sccurite du travail national.
La Nation, i qui la reform de noire syst6me monetaire a cofit de
si grands sacrifices, a entendu dctruire a jamais, non seulemcut lepa-
pier-monnaie, mais le principle mCme de cot expedient dangereux et fu-
neste.
Ce n'est pas que des ambitieux de bas stage et des politicians mal-
faisants n'agitenl les classes oisives (cl n6cessiteuses uniquement parsuite
de leur oisivelt) en leur faisant entendre que de nouvelles emissions de
papier-monnaie auraient pour effect magique de changer en mieux la de-
plorable situation economique que nous devons i I'incurable parcsse d'une
population trop i 'aise sur notre territoire, I'instabiliti politique qui





- 40 -


s'ensuit, et A la muraille de Chine Blevde :autour de notre pays, cause
initial de tous les iaux qui nous affligent.
Mais dans la masse des v6ritables travailleurs. au sein des popu-
lations vraiment laborieuses ces theories aussi criminelles, quo sau-
grenues, ne trouvent point d'echo; I'honnkle homme qui, serieuse-
ment veut vivre de ses bras on de son.intelligence sait qu'il
ne doit demander a 1'Etat autre chose que la security qui est la
garantie effective de la proprite6 ; il sait que toutes les panac6es,
offertes par les charlatans, aggravent infailliblement les maux qu'elles
ont la pretention de guerir; il sait enfin que toute violence et toute
spoliation qu'elle s'accomplisse la nuit an coin d'un bois ou qu'en
plein jour elle revete la forme odieuse d'un tarif douanier prohibi-
tif, ou cell d'une mission de papier-monnaie, est un crime centre
lequel protestent la Justice et la Raison.
SPourquoi done laisser plus longtemps dans l'article 174 de la
Constitution ce troisimme paragraph ainsi concu : Aucune 6mis-
sion de papier-monnaie ne peut avoir lieu qu'cn vertu d'une loi qui
en determine 1'emploi et en fixe le chiffre, qui, en aucun cas, ne pour-
ra Wtre d6pass6 ,.
Si le Chef actual da Pouvoir executif nous offre assez de ga-
rantie d'honn&tetW si le Corps l6gislatif nous permet encore de lui
supposed assez de pudenr politique pour que nous ne craignions pas
une tentative immediate de resurrection du papier-monnaie, ii n'en est
pas moins vrai que nous ne pouvons prdjuger des gouvernements de
I'avenir; et ii nous income le devoir de sauvegarder cet avenir.
Aucun politique liberal, tenant a mettre un pen de consequence
apparent dans le r6le qu'il a choisi, ne voudra s'opposer a 1'extir-
pation de ce paragraph, car ilse ferait supposed des arriere-pen-
s6es et serait justement soupponn6 de se reserver le move do nous
affliger plus tard de 1'horrible papier-monnaie avec l'aide de Cham-
bres dociles.
S'il faut que notre. Constitution conserve .un souvenir de ce fatal
instrument de ruine que cc soit dans un textc qui, formellcment,
le proscrive B jamais. Disons : Aucune emission de papier-monnaie
ne pourra jamais avoir lieu ,.
Le texte actuel permeltrait a.un gouvernement faible de succomber a la
-entation ; assurons l'avenir en rendant toute d6faillance impossible.

XXX
-II y a des textes do notre Constitution qui n'ont jamais dveill& lec
6chos du Corps legislatif; tel est celui de Particle 180 qui im-




- 41 -


pose aux Chambres l'obligation d'arr'ter, chaque ann6e, les comptes
de I'exercice ou des exercices precedents.
Le Corps 1gislatif a toujours r6gulikrement trahi cct imp6rieux
mandat; depuis 1867, nos dictateurs n'ont jamais verifi lia comp-
tabilit6 publique ; ils d6daignent ce mode serieux do contr6le, bien
quo toutes leurs usurpations de pouvoirs, et tous leurs exces d'auto-
rite pr6tendent se justifier par la n6cessite d'un contrble efficace.
A l'ouverture de chaque session 16gislative nous voyons ces fa-
rouches et intraitables contrbleurs r6gulariser leur paresse bien en-
tretcnue en invoquant Particle 181 et en suspendant tout travail
sous pr6texte d'attendre le Budget et l'Expos6 de la situation; ja-
mais il n'est question des comptes g6neraux de la R6publique.
Parfois pour jeter de la poudre aux yeux, I'on va jusqu', frois-
ser la letter& et l'esprit de la Constitution, en exigeant de certain
Cabinets leur comptahilitl a brief delai; mais tout cela n'est
qu'une cceurante com6die qui se compose de cet acte unique.
C'est que la verification des comptes, en tant qu'elle doive se faire
consciencieusement, est un travail p6nible au dessus des capacities (? ? ?)
des neuf dixi6mes de nos 16gislateurs.
Dans cet 6tat de choses quelle est la position 16gale des Cabi-
nets qui out administr6 ? Quelle est cell du Chef de l'Etat qui a
gouvern6 ? Quid de l'hypotheque qui gr6ve les biens immcubles
de ces hauts fonctionnaires ? Point de solution h ces questions.
N'est-il pas just d'introduire dans notre legislation, ainsi que cela
existe croyons-nous en France, une prescription spCciale on fa-
veur des membres de l'Executif, laquelle commencerait a courir du
jour du dip6t de leurs comptes an Corps l6gislatif.

.XXXI

Le Pouvoir 1@gislatif profitera de la circonstance pour fairer6ta-
blir dans le texte de Particle 203 la particule ou omise entire les
mots imminent et effectu6e.
Dans sa forme actuelle cette disposition prssente un non-sens don't
tout le monde convient; il y est dit qu'aucune parties du territoire
no peut Etre declarde en etat do siige que dans le cas de troubles
civils ou dans celui d'invasion imminent effectude de la part,
d'une force 6trangere. '
Les constituants avaient sans doute vot6 invasion imminent ou
cffectuke ; car il est evident qu'une invasion imminent n'est pas
une invasion effectu6e et qu'une invasion effectuee a cesse6 d'dtre




42 -

imminente est un peu plus qu'imminente, si nous osons nous ex-
primer ainsi.
11 s'agit done de deux cas diff6rents il faut la particule dis-
jonctive.
XXXII

Eniin le titre qui traite de la revision nous semble necessiter
quclqucs modifications.
Si c'est A I'Assemble6 national quest confi le soin de statue sur
ies changements proposes pourquoi faut-il que ce soit le Corps 16-
gislatif, et non I'Assemblee national qui, a la fin d'une|llgislature,
vote le principle de ces changements, et, h la 16gislature suivante, ac-
cepte on rejette le principle de la revision?
Que loute la procedure soit dBferie lI'Assembl6e national exclu-
sivement ou au Corps l6gislatif, mais le systkme embrouill6 des ar-
ticles 206 et 207 ne doit pas subsister car il n'a absolument
aucune raison d'dtre.
L'article 208, en son premier paragraph, semble poser un prin-
cipe special au cas de revision de la Constitution: q L'Assembl6e
national ne pent d6lib6rer ( sur la revision ) si deux tiers au moins
des membres qui la composent ne sont presents. D
C'est pourtant le principle g6n6ral de la reunion de I'Assembl6e
national; chacun sait que ce Corps se compose du Sdnat et de la
Chambre des d6put6s confondus; et chacun sait 6galement que S6nat
et Chambre ne sont conslituds que par la reunion des deux tiers
de lcurs membres (art. 184) ii cst done .vident que I'Assembl6e
national n'est rdguli6rement constitute que si deux tiers de ses mem-
bres, sdnateurs et d6put6s, sont r6anis,
Si I'on vent d'une competence, pour ainsi dire, enforce ii faut
trouver autre chose.



Nous voici arrive au terme d'une lachc cntreprise avec autant de
conscience ct d'impartialit6 que de m6fiance dans nos moyens de la
remplii dignement. Nous n'avons pas cspder rencontrer an assenti-
ment unanime ; loin de l1, car quelques unes des r6formes que
nous proposons s'atlquent a des int6drts tout puissants, incapab.Ies
do puiser dans un pur patriotism J'abn6gation n6cessaire pour con-
damner eux m6mes leurs privileges.




-.43 -


Quoi qu'il en soit,'nous pensions avoir accompli un devoir. Si
I'on v:ut se rappeler que depuis dix ans que la Constitution de
1867 est critiquee et d6cribe, c'est la premiere fois qu'uno voix
convaincuc de son excellence essen'tielle, en meme temps que de ses
imperfections, pour ainsi dire, accessoires, se 16ve pour en d6fendre
l'6conomie gdnbrale centre de dangereux adversaires, s'en donnant
pour de sinceres amis, et pour preciser a la fois les points d6fec-
tueux qui justifient une demand de revision, si Ion vent bien se
rappeler cela I'on sera certainement indulgent pour nos etudes.
Que do plus savants prennent la plume i leur tour, soit pour com-
battre les idces que nous avons ,6mises, soit pour combler les la-
cunes de notre travail, en signalant des imperfections qui nous auraient
ichapp6 ; ils front en cela cuvre de patriotism, car un tel sujet
ne saurait Btre trop discut6.
Pour nous, quel que, soit le sort de la revision au Corps 16gis-
latif, nous nous sentirions assez pay6 de nos peines, si nous avions
seulement provoqu6 chez quelques uns de nos concitoyens, jusque
li inattentifs, Ie ddsir d'etudier plus mirement notre syst6me cons-
titutionnel.
Au rest tous les gens disintlressb s se le demandent, pourquoi
carter Ie principle de la revision, pr6vu et r6gl6 en notre loi fon-
damenlale.
De deux choses l'une: ou la Constitution tell qu'elle est, etdans
tous ses details continent pr6cisnment la foi politique de la majo-
ritc du people haitien, et elle n'a rien & craindre de I'6preuve d'une
discussion, puisqu'elle en sortirait intact et y gagnerait m6me une nouvel-
Ic consecration; ou clle n'est pas en harmonie avec les convictions' et
les aspirations de cette majority, et alors it est 16gitime qu'elle soit
modified.
II serait cerlainement perilleux d'ajourner la revision as moyen de
celte 6chappatoire qui consiste & dire: la Constitution va, il est inop-
portun et dangereux de la r6viser.
La v6rit6 est qu'elle ne va pas, mais qu'on la train aprbs soi,
et qu'elle en est toute meurtric et dechir6e. Le President Boisrond
Canal qui la pratique avec une loyaut6 et parfois une humility
nieme que chacun se plait reconnaitre declare qu'il s'y est
heurlt i des entraves, et I'on refuserait m6me de discuter les chan-
gements proposes !
Un tel procdd6 rappellorait trop la boutade dictatorial de l'As-
sembl6e national se targuant de sa dignity (?) pour se dispenser
d'examiner les objections du President au decret de l'Emprunt Do-
mingue ; et un tel coup d'Etat ne se renouvellerait pas impundment.




- 44,-


Si dds modifications proposees paraissent inacccptables, c'est par
la discussion qu'clles doivent ctre comlattucs ct 6cartdes; et m6me apr6s
I'admission du principle dc la revision, restera 'dpreuve de l'Assem-
bl6e de revision.
Mais il imported d'6ter tout pr6texte aux rdvisionnistes de mauvaise
foi qui commenceront une nouvelle champagne contre les institutions
lib6rales si la Constitution n'est pas loyalement mise en discussion.
CAVEANT CONSULES.
G. LAPORTE.
Aux Caycs, Ic 25 Juin 1878.


Depuis que nous avons 6crit ccs lignes, le Pr6sident de la RBpubli-
que, fiddle a la promesse qu'il avail faite au Pays, a pr6sentd au Corps
l6gislatif un project de revision qui a C61 rejet6 de la facon la plus
scandaleuse et la plus attristante pour I'honneur de la Nation.
Le 2 aooit, le Sdnat recevait le d6p6t de la proposition de ]'Ex6-
cutif ct adoptait le principle de la formation d'une Commission spd-
ciale, pour f'examen de ce project.
Le mnme jour, Ic Cabinet sc rendait A la Chambre des DBput6s,
qui, on 'attendant, calmait son impatience par la lecture de plusicurs
rapports, ct d'un project de loi du d6put6 Price, modifiant quclques
articles de la Constitution sur le mandate des ReprBsentants du Peuple.
Ici, les choses ne devaient pas sc passer avec celte dignity came
quo le S6nat venait de montrer; la Chambre bass, si r6signee
6 la lecture des rapports dout I'assommaient ses comit6s, si froide a
la demand de revision de son Pr6sident, n'allait pas larder 6 se
transformer en un club de jacobins on delire.
Le project de l'Ex6cutif Btait attend ; le part liberal s'y 6lait
d6ja d6clar6 hostile sans Ic connaitre ; et depuis quelques jours,
circulait, dans les couloirs de la Chambre, un ordre du jour qui
devait rejetor a prior la demand de revision. Un auditoire nom-
breux, profitant des p6niblcs loisirs de la morte-saisoi elait venu
. se procurer le spectacle gratuit d'une multitude legislative en d6bauche
de souverainet6 et de dictature.
Les Secretaires d'Etat so pr6sentent convaincus qu'un orange les
attend ; M'. Archii l'un des auteurs de la Constitution homme
d'ailleurs d'une competence indiscutable en la mati6re, donne lecture
du project de l'Ex6cutif. Le tumulte est grand d6s le commencement,
mais une veritable tempdte se decline quand le Secr6taire d'Etat arrive
aux dispositions additionnclles ayant trait au droit de dissolution.






- 45 -


Des cris sauvages, des hurlements de bWtes fauves remplissent le
Palais 16gislatif; dcs insanites, qu'aucune plume ne voudrait rapporter,
de peur de se souiller, sont vocif6r6es de toutes parts.
Quand un calme relatif s'est r6tabli, Mr Hannibal Price descend
de son fauteuil de President de la Chambre pour se mettre au niveau
du r6le qu'il avait acceptS; ii vient proposer I'ordre du jour signed
d'avance par une majority.
Ce rble n'6tait pas, dans 1'histoire de nos Assemblies publiques,
une invention nouvelle; a une 6poque, reccnto encore, alors que ,
Septimus Rameau voulait faire ,carter a prior le premier project de
la Constitution de 1874, ii avait imagine de fair presenter a sa
Constituante une proposition, signee par une majority pour condamner
cette cuvre sans discussion prealable.
Cet homme que l'on condamne et que l'on fletrit, l'on est parait-il,
comme subjugu6 par la grandeur de son audace, et l'on sent le
besoin de l'imiter, tant le temperament doctrinaire conduit fatalement
aux numes fautes.
Et le rble que Septimus Rameau n'avait pu confer qu'i l'immortel
Charles Dannel, quel serviteur du parti liberal osera l'assumer ?
SLa gloire t6n6breuse de Charles Dannel, cellt gloire faite do tous
les servilismes, troublait-elle le sommeil de quelque membre de ce parti 9


Ah dtournons notre esprit de eette pensie douleureuse; arrachons
nous la p6nible 6treinte de cet affreux cauchcmar, et reprenons
notre compete rendu !
Les d6put6s Suire et Lespi.s demandent le renvoi du project de
1'Ex6culif a une commission sp6ciale le premier surtout, dans deux
improvisations oh il a retrouve les accents de la plus haute elo-
quence, essaie de rappeler celte Chambre affolde au sentiment do sa
dignity et des convenances parlementaires.
II 6choue! Pouvait-il en Btre autrement? 11 s'6tait servi d'un
language stranger A ceux qui 1'6coutaient; il avait parld a cette mul-
titude de dignity et de convenances.
Des divagations 'diverses r6pondent a ses paroles et l'ordre du jour
de Dannel. pardon, du depute Price est vote par l'Assemblec.
Et pendant cc naufrage de la dignity et de la pudeur de la Cham-
bro que faisait le Cabinet? Ah! le Cabinet .. 11 se ressen-
tait de son mode de formation; les 616ments lh6trognes qui le com-
posent allaient chacun de son cot6 ..........
Non, no disons pas ce que faisait le Cabinet.
Depuis ce jour do scandal, le Moniteur > a rcmpli la doulou-




- 46 -


reuse tiche de communiquer au pays tous les documents relatifs h
cette lamentable histoire.
C'est a la Nation maintenant a se prononcer sur la conduite de
ceux qni pretendent la repr6senter.
Pourquoi la demand de revision de la Constitution a-t-ello WtL
kcartie sans discussion prealable, au gr6 du parti liberal?
C'est ce que l'on ne peut comprendre, m6mo en se placant au point
de vue le plus etroit, celui des interets de part.
Le principle de la rielection du President 6tait propose et le part
liberal redoutait qu'il ne fit profitable au Chef actual de 1'Etat; pour-
quoi ne pas faire repousser ce principle soul, apres discussion, et dans
les formes ordinaires par cette majority docile et inconsciente, 5
qui l'on a fait tout rejeter ai prior et sans discernement ?
Pourquoi ne pas en agir de meme a l'Hgard du droit de disso-
lution, que nous avons combattu nous m6me, dans Is course de nos
6tudes sur le syst6me de la Constitution ?
En un mot, pourquoi tout rejeter, p6le-mele, quand il y avait pos-
sibiI6 de discerner ce que ce project renfermait de r6formes incon-
testablement n6cessaires, de ce qu'il proposait de moins urgent, ou de
moins susceptible d'obtenir un accord des opinions diverse ; quand
il y avait moyen de repousser une parties de ce project et d'cn ac-
cepter I'autre ?
On se le demand en vain... A moins pourtant que la Constitu-
tion ne soit d6clar6e irr6prochable dans sa forme actuelle, avec les
incorrections grammaticales du texte official de I'article 90, la contra-
diction du Senat permanent qni ne pout s'assembler hors du temps
des sessions, et le droit .pour le President de repartir h sa guise
les attributions des departments minist6riels, c'est-h-dire de faire di-
riger les affairs de la Justice par le Secr6tair'dl'Etat de la Guerre,
et les affaires de la Guerre par le Segr6taire d'Etat de la Justice.
(art. 127) .
Mais, surmontons la tristesse que nous inspire la lecture des do-
cuments publi6s par le aMonitour' du 47 aoft ; lisons, encore une fois,
le proces-verbal de la stance du 2 aoit, de la Chambre des com-
munes, pour chercher 'explication de son vote.
Dans la pensee de ceux qui ont 6cart6 le* principle de toute re-
vision, la Constitution est elle parfaite ?
Nous ne savons vraimont trop a quoi nous arr6ter. Mr. H. Price
s'exprime ainsi: La Constitution est loin d'6tre parfaite, nous le
savons.
Cette opinion est sincere, car celui qui l'a emise a senti le be-
soin d'introduire dans la Constitution des causes do d6cheance qu'elle





- 47 -


n'avait pas pr6vues, et, au risque d'en violer I'article 38, il a sou-
mis a la Chambre un project de loi dans ce sens.
Mr. Hue, de son cote, affirmed que les d6put6s de cette 16gislature,
n'ayant pas, depuis plusieurs annees, lavt leurs mains qui l6aient,
parait-il, teintes du sang de leurs concitoyens, doivent, pour etre con-
sequents, ne pas retire un iota de cette Constitution qui, seule,
garantit les droits de la nation.
Done, pour lui, elle est parfaite. Cela ne nous 6tonne pas; du
reste, a 1'Anse-h-Veau, 1'on pense rarememt de la meme fagon qu'a
la Petite-Riviere.
Mr. Berthaud est applaudi pour les paroles 'suivantes: < Je ne
Scesserai pas de d6fendre l'intdgrit de notre Constitution ; (fau-
< les ddfectuosit6s n'en seront pas constatees jamais je n'accepterai
d de revision.
Done, pour Mr. Berthaud, I'integrite de la Constitution est parfaite.
SCe n'est pas lui qui votera la loi Price, en vue de pr venir
les dissidences parlementaires que la Constitution est impuissante a
emp6cher; il ne voit pas de.acune, cette loi est inutile.
Pour lui, il n'est pas evident que si cette ann6e l'election
pr6sidentielle avait df se faire, le nouveau President n'aurait pu
eptrer en functions le 15 mai, puisque l'Assembl6e national, charge
de l'61ire, n'a pu se r6unir que le 16 mai; tout cela ne lui r6vBle
pas une d6fectuositO qui exige une prompe reformation.
Contrairement a Mr Price, I'aigle des Gonaives professe que la
Constitution est irr6prochable.
Mr E. T. Laroche soutient que la revision ne pent 6tre que
pr6judiciable a notre patrie ; que la majority saine de la population
haitienne n'entend pas, ne pretend pas qu'on change pour le
< moment, une seule lettre de la Constitution. ,
Mr Laroche a tort, sclon nous, de supposed que la majority saine
du Pays partage son affection pour les contradictions et les faules
de grammaire qud renferme la Constitution.
II aurait df parler seulement en son nom, car ii n'a absolument
aucune autoritl pour s'exprimer au nom de la majority du Pays.
Ainsi, it serait pr6judiciable a la Nation de faire disparaitre de la
Loi fondamentale I'absurditA d'un Senat permanent mais incapable de
se r6unir hors du temps des sessions; prejudiciable, d'empecher quo,
pour la Constitution une invasion effectuee ne soit qu'immimente,
comme le veut 'article 203, en depit du bon sens et de la raison !!
Soit ; il n'en est pas moins vrai que pour Mr Laroche, le d6putd
Price est dans l'errcur et la Constitution est parfaite.





- 48 -


Cette contradiction entire Messieurs les souteneurs du part liberal
prouve au moins une chose a savoir que le mot d'ordre avait 6et
mal donn6 et que trop de liberty de parole avail 6t6 accord aux
jeunes.
-Quelque regret que nous en 6prouvions pour les trois inviolables cites
les derniers nous n'accorderons aucune autorit6 h leurs paroles ;
nous prendrons plut6t comme expression de la pens6e du pacli liberal,
et de la Chambre qu'il mene I'opinion du d6put6 Price conform,
d'ailleurs, aux aveux du < Drapeau national. ,
La Constitution n'est point parfaite ; elle est done perfectible, c'est-
a-dire susceptible de perfectionnements, de modifications, en un mot,
de revision.
Telle est certainement I'opinion do tons ceux qui ne se sont pas
arr6t6s au degr6 d'6tudes de M. M. Hue Berthaud et Laroche.
Puisque ]a Constitution 6tait r6visable, en faith, il reste a se deman-
der si, en droit, dans l'opinion de la Chambre, la demarche de
l'Ex6cutif 6tait conforme *ou contraire a notre Loi fondamentale.
Le d6put6 Price se fourvoie et contest la l6galit6 de la revision;
mais le d6putl Suire, en citant les textes prouve la contitution-
nalit6 de la demand de !'Ex6cutif, autoris6e par les articles 206
et 207 de la Constitution; et l'imperturbable Mr Berthaud lui m6me,
confesse cette constitutionnalit6 en ces terms : Je n'ignore pas qu'il
t y a un article de la Constitution qui consacre Ic principle de la
, revision ; c'est d'apr6s cet article que le Pouvoir Ex6cutifa pr6sent6
< un project de revision BlaborB a longue haleine.
Done en droit come en faith, la Constitution elait r6visable !! !
Mais pent-on se demander encore, est-ce que dans la conscience
de son insuffisancc la Chambre avait manifestW au Pouvoir Ex6cutif
le d6sir de ne pas s'occuper d'une question si delicate et exigeant
de si s6rieuscs etudes pour 6tre comp6temment discute 9
I1 n'en est rien ; nous trouvons, au contraire, dans la bouche de
Mr Price les paroles suivantes :
< Vous le voyez, M. M; vous 6tes engages A examiner avec calme
< avec maturity, avec justice, les embarras signals par Ic Pouvoir
Ex6cutif. ,
L'impossibilit6 de compreidre la conduit de la Chambhre augmonte
au fur et h measure qu'on clierche a la dissippr.
La Constitution a des vices la Chambre le. reconnait ; la demand
de rem6dier a ces vices est r6egli6re. et constitntionnelle clle cn
convient; elle est engage a ex6cuter cette operation delicate c'est
son President qui le proclame !





- 4.9 -


Au tnoyen de .quels pr6textes de quels sophismes va-t-elle done
le refuser a cetid tiche ?
C'est ce que nous allons rechercher dans les paroles de ceux qui
ont d6cid6 son vote.
Mr H. Price, apris avoir rappel6 A la lChambre qu'elle est en-
gag6e a 6tudier les modifications proposees 4 la Constitution, lui demand
de n'en rien faire et pour les raisons suivantes que nous allons
examiner une a une.
lo VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT, dit-il, de fair AUJOUR.
D'HUI la revision de notre pacte fundamental. >
On se demand si, s6rieusement, Mr Price ignore la Constitutiou
au point de ne pas savoir que c'est seulement a la fin d'une 16gis-
lature que la revision du pact fundamental peut 6tre entreprise ; et.
que, partant, c'est pretis6ment aujourd'hui, c'est-h-dire dans le course
de cette derniere session de .la 15e 16gislature, que lI Corps legis-
latif avait le droit, autant que Ie devoir, de der6ter le principle de
la revision.
G'est done en niant en lacerant los articles 206. et 207 de
la Constitution que Mr Price d6nie a la Chambre le droit de s'occuper
aujourd'hui de la demand de r6vi'son, Le premier motif don't it
6layait son ordre du jour n'ltait qu'unc h6r6sie constitutionnelle ;
le d&put6 Suire en a faith justice et Mr Berthaud lui m6me Mf
Berthaud, des Gonalves, Mr' Berthaud, enfin, 1'a solennellement con--
damnae !
2o. c If ne peut so fire quo, tous les trois ans, on vienne re-
i mettre en question les principles les plus essentiels de notre droit
c constitutionnel, e't s livrer a une discussion th6orique de la Con-
titution,,
Ne dirait-on rpas, i entendre Mr. Price, que c'est la cinquibme
on sixicme fois, que, de trois ans en trois ans, une demand de
revision se present au Corps i6gislati? Ne dirait-on pas qte' le
project du Pouvor Executif remet en question les principles vrai-
ment cssentiels de notre Constitution, ci propose d'6tablir en Haiti
nne monarchie au lieu d'une Ri6publique? Quelle discussion thcoriqne
de la forme gonvernemeh ale demandlait-on au Corps 16gislatif?
En v6ritl, tout cela n'est-il pas une fantasmagorie de language
propre 'a blouir res niais ?
S11 no peut se fire que toas tes trois- ans, on vienne remet-
Ire en question....., Mais c'est la premiBre fois depuis onze ans
que la Constitution aurait it6 soumise i l'6preuve d'une discussion,
si les meneurs de la Chambre avaient W6t assez loyaux pour ne pas,





- 50 -


frustrer la Nation des amdliorations que ce pacte reclame impdrieu-
sement.
En droit, la Constitution emp.che-t-elle que tous les trois ans on
la remette int6gralement en discussion?
Mr. Price seul, qui parait ne pas la connaitre, on qui, du moins,
semble en avoir arrach6 les articles 206, 207 et 208, peut sou-
tenir une telle h6ersie.
A la fin de chaque 16gislature, les Pouvoirs comp6tents peuvent
decider de soumettre la Conslitution h une revision on total ou
partielle ; rien n'emp6che que l'on ne propose de substituer le system
monarchique d'un gouvernement paternel au systeme rdpublicain
don't le people haitien n'a ni les meurs ni l'intelligence.
Le 2e motif all6gu6 par Mr. Price est done une deuxieme h6rdsie
constitutionnelle.
80 La session ordinaire a pris fin (le 2 aoft !) et quelques jours
Spourront-ils nous suffire pour discuter cette revision de la Constitution?,
A part ie doute emis sur la capacity des membres du Corps 16-
gislatif, ce troisi6me argument content la preuve definitive que Mr.
Price ne connait pas la Constitution.
En effet, la session 16gislative, ouverte le 46 mai, ne prenait
constitutionnellement fin que le*16 aoft, quatorze jours plus tard que
le croyait Mr. Price; le Sdnat s'est charge de lui fair la lecon sur
ce point, en r6visant le d6cret de prolongation.
Le Corps 16gislatif avait done quarante-cinq jours pour 6tudier
seulement la n6cessit6 de r6viser les points indiqu6s par 1'Exdcutif,
car ii est bon de se rappeler qu'il n'avait pas a discuter et a vo-
ter les nouveaux textes proposes ; ce travail n'incombait qu'h I'As-
sembl6e national, charge de la revision en 1879.
Si les quarante-cinq jours ne suffisaient pas a Messieurs les d6-
put6s, qui, par 6tat,' doivent connaitre les d6fectuosit6s de la Cons-
titution, pour les signaler a l'Assemblee de revision, il faut procla-
mer qu'ils sont radicalement au dessous de leur mandate.
Si c'est l~ la signification du vote de la Chambre, nous y sous-
crivons volontiers, et nous renongons 6 la revision. Mais ce n'est pas
ce que Mr. Price a voulu dire; son troisi6me motif n'est alors qu'une
troisi6me h6resie constitutionnelle et une troisi6me erreur.
40 11 serait indispensable, dit encore M. Price, avant de toucher i
< aucune des dispositions du pace fundamental, que les points a moo-
t difier fussent livr6s, quelque temps avant le vote des Cbambres,
Saux appreciations de l'opinion publiquc et qu'ils fussent mfris par
I les mandataires de la nation ce qui n'est plus possible dans le
mois qui nous rest pour voter le budget. D




- 51 -


II faut, nous le disons a regret, que Mr. Price ignore compl6te-
ment ic mdcanisme de la revision d'aprs la Constitution, pour n'a-
voir pas vu que routes los conditions qui, pretendait-il faisaient
d6faut dans la circonstance, se trouvaient, au contraire, r6unies.
Avant touto revision, ii faut que I'opinion publiquc et les L6-
gislateurs constituents aient pu Rtudier quelquc temps les modifica-
tions proposes. Tout Ic monde est d'accord sur cc point, ot la Cons-
titution n'a pas permis qu'il pOt en etre diffEremment.
Mais, demanderons-nous h Mr. Piice, h quelle 6poque la Consti-
titution serait-clle rIvis6e, si la demarche de I'Executif avait tdi ac-
cueillie autrement qu'elle ne I'a Wtd? Au plus tbt en avril on en mai
4879, suivant le vmu de I'article 207 de la Loi londamentale.
Donc, du mois d'aoft 18,78 au mois d'avril 1879,'l'opinion pu-
blique et les membres encore ignorants di Corps I6gislatif auraient
sept mois plains, entiors ct cons6culif pour 6tudier les revisions
proposocs ct les admeltre ou les rejeter.
Le 4e argument de M. Price portrait done a faux comme les pr6-
c6dents
50 < La Constitution, dit Mr. Price, requiert, avant loute chose, UNE
STABILITYE qui ne pout 6tre que le. RESULTAT DE LA CON-
SECRATION DU TEMPS.,
Quand on considered que cellte succession do sons n'est pas une
phrase improvise on ne pout s'emphcher de plaindre Mr. Price
d'avoir &t6 victim du d6mon de la logomachie.
Qu'est-ce, en offet, qu'une stability qui doit dtre Ic r6sultat 'de
la consecration du temps ?
Pour qu'il y ait consecration du temps, il faut absolument qn'il
v ait eu stability ; en genera I, la stability prkcdde touted consdcra-
tion du temps II est done evident que pour quo I'on puisse dire que
le temps a consacre uno Constitution il faut qu'olle ait 616 stable
dans son application.
11 cn rsulle que 'la consecration du temps pout suivre la sta-
bilild, mais la stability quo requiert une loi pour so fair consa-
cror no rdsulle jamais de la consecration du temps, puisque cotte
stability doit prec6der la consdcratiou.
Mir Price a-til voulu dire que !'on doive laisser au temps Ic
soin de d6montrer les vices de la Constitution?
Cclle ponsec so support, mais ne conclut pas au reject de la re-
vision proposed.
Applicable aux principles rellement nouveaux que la Constitution
de 4807 aurait introduits dans notre dioit public, clie est sans
portl6 cn c ce qi concorne les dispositions surannces, vicillies, anti-




- 52 -


liberales quelquefois, qu'elle a emprnnties i toutes celles qui I'ont
pr6cCd6c.
Notre legislation touchant les strangers blancs, legislation illib6rale ct
anti-civilisatrice, et qui est une honte pour tout lHa'lien bien nb, n'est
pas .une creation de la Constitution de 1867; elle date de 1'em-
pereur Dessalines; depuis 75 ans nous I'exp6rimentons ; depuis 40
ans nous en constatons les d6sastreuses consequences, et vous venez
nous parlor d'dpreuvcs. nouvelles de cette 16gistation absurd Allons
done, Messieurs, vous n'ttes que de faux lib6raux !
Go c Le principle qui doit pr6sider h la transmission du pouvoir
Sn'a recu jusqu'ici aucune application; done iI n'y a pas lieu do
Sreviser la Constitution.,
Comprenons bien cette 6normitO de dialectique.
La transmission pacifique du pouvoir pr6sidentiel n'a jamais pu
so fair depuis 1867 done il n'y a pas lieu do supprimer les
tribunaux de commerce, de r6duire la representation national, de
modifier le principle de l'inamovibilit6 des joges ct d'effacer de la
Constitution le Senat permanent et I'invasion imminent effectuie!
Voilk la logiquc des chefs du parti liberal!
La v6rit6 est que cet argument ne pourrait scrvirqu'A ajourner
la discussion sur Ic principle de la non-re6lection, mais non i ex-
pliquer le refus d'examiner les autres modifications demandees.
Mais, d'autre part, qu'y a-t-il de vrai dans ce d&faut absolu
d'application de la prbsidence pour quatre ans, sans r66ection 9
Ce qu'il nous rest a en experimenter, ce sont les avantages,
car nous avons pu d6ja en decouvrir tous les inconv6nients.
Est-il sage de s'interdire la vtelection d'un Chef d'Etat dans un
pays oa I'on trouve trbs difficilement des homes vraiment aptes i
Btre Presidents de la Rdpublique ?
Ne faut-il pas Wtre aveugle et sourd pour n'avoir pas comprise
le danger de ces campagnes Electorales pr6sidpntielles ouvirtes long-
temps a l'avance, campagnes qui passionnent le pays, le troublent
profondsment et le corrompent jusqu'i la moclle des os?
L'expBrience de la champagne Dominguiste et de cells qui nous
affligent Pheure present, no suffit-elle pas pour 16gitimer, chez
les classes conservatrices, le d6sir d'une pr6sidence a plus long
terme ou seulement renouvelable ?
Reconnaissons done que Mr. Price n'a produit a l'appui de son
ordre du jour aucun argument sbrieux. Des imperfections, des vices
capitaux existent dans la Constitution, ii le proclame avec nous. Faut-
il, avant de les fair disparaitre, laisser qu'ils aient acquis la con-
sdcralion du temps ?




- 53 -


Co strait le comble de I'absurditd, et, pourlant, c'est i quoi. M..
Price a conclu et c'est cc qu'a votd la Chambre.
Est-il n6cessairc, apres cela, d'examiner Ics discours des homes
politiques, jeunes et entiercment nouveaux, qui ont appuyv le dputd
Price, tout en le combattant?
Quclle est I'autorit6 de ces jeuncs gens?
Au mois de mars de cette annde, Mr. Berthaud dcrivait, dans le
journal I'Haitien quc le Pr6sident d'Haiti no poss6de pas le droit
du v6to suspensif, ct chacun sait que ,cc droit est 6crit dans l'ar-
ticle 90 de la Constitution. A-t-il eludi6 cetle Constitution depuis ?
Quoi qu'il en soit, nous avons ddji montrd la dissidence qui
existe centre Io President de la Chambre et le jcune journalist dos
Gonaives.
Cclui-li soutient que la Constitution est dfcctucuse, mais que la
Chambre n'a pas le droit d'en demander la revision A la dernihre
session d'unc 16gislature ; celui-ci affirmed, au contraire, que la Cham-
bre a cc droit, mais qu'il n'y a pas lieu pour elle de 'exercer,
la Constitution n'6tant pas susceptible de perfectionnements.
II est contraire i la revision parcel que, personnellement, il ne
voit pas les imperlections de notre Loi fondamentale et l'esprit
public no lui en a pas rev&ld Ios points d6fectueux, et le Pou-
voir Ex'cuctif n'a pas de'duit les raisons qui notivent la ndces-
silt die son project.
Nous admettons, i la rigueur, que M. Berthaud n'ait pas compris,
ou meme n'ail pas lu, les articles de journaux signalant les vices
de la Constitution, et qu'il nie la manifestation de l'esprit public;
mais sa deuxinme assertion cst manifestement contraire A la v6rit6.
Le Secr6taire d'Etat de la Justice avait positivement annoned A
la Clambre quc I'Ex6cutif a~i 'it fai imprimer Ie project en portant
, en marge les raisons des diverse modifications i inlroduire dans
Sla Constitution.,
C'est done cn s'appuyant stir des allegations d6nudes de vdrilt
et do sincerity que M. Berthaud a votl I'ordrc du jour du ddpu-
t6 Price.
Le dlpult6 des Gonaives ajoute que la Chambre ne peut, SANS
UNE ENQUETE, croire que la Constitution entrave Ics progress du
pays, car ce fait, scion lui, doit tre prouvb par des TEMOIGNA-
GES PUBLICS !!
Grand Dicu faut-il qu'on s'.arrete a discuter de telles propositions?
Les autres discoureurs sont rests dans la platitude de la phra-
soologic ordinaire: Ics revolutions laitls au nom de la Constit u-
tion, Ics larmcs qu'ils out vers6cs et qu'ils sont prdts A reverser





- 5.4


pour elle et sur elle, Ic sang rdpanilu, Brice et Monplaisir Pierre,
quo savons-nous encore ?
Tout cola pout motture en d&lire utn audituire do badauds, mais
n'est pas faith pour convaincre Ics gens s6ricux.
Parmi Ics motil's avouds du rejet dc la demanded do revision nous
n'avons pu d(couvrir absolument ricn qni ait r'apparcnce d'une rai-
son, ct nous no voulons pas divulgueIr hs mo1ifs inavous de cc
reject scandalcux.
Mais pour nous, come pour OLus lOs esprits indpdendants qni
no so trainont pas i la rcinorque d'un part, la Cliambrc des dd-
putds a confirm l'opinion que l'on se fait d'clle depuis trois ans;
lie a tenu i clore sa carritre en se lonnant un vote d'incapaci-
t6 ct d'anti-palriotisme.
Le role du S6nat dans cette aflaire faith oublier routes sos tra-
ditions d'ind6pcndance ct de dignity.
II a trouv6 noble do se metlre liumblcmennt au diapason de la
Chambre des communes.
Nous n'augmenterons pas la tristesse de cette dtude en exami-
nant en detail la conduits du S6nat.
11 nous rested une satisfaction icrsonnelle, c'est de voir quc Ics
deux Cihainbrs ont, dans :ctli occurcnce, juslitll tout cc quc nous
avons dcri d'ellcs dans le course do nos Ctudes conslitutionllnllcs.
Quand et commit nt la Constitution de 1807 scra-t-clle rivisde ?
L'avenir soul nous I'alpprcndra I !










APPENDICE.







LE PARTI LIBERAL ET LA CONSTITUTION,



(Extrait du Constilutionnel du 27 Octobre 1877. )

II n'est pas rare d'entendre des personnel ,trangeres on hostiles an
grand parti liberal, arguer d'inconstitutionnalit6 certain actes ou certai-
ncs measures, provoques dans nos Assembl6es delib6rantes par les chefs
reconnus de ce part.
C'est quo ces personnel basent leurs critiqnes sur l'ancien texte vot6
en 1867 par 1'Assembl6e constituante, et ne tiennent aucun compete
des divcrses modifications qui y ont Wte successivement apportees par
Ic parti liberal lui-mime aux 6poques of il a domino dans les Chambres.
Nous croyons done rendre un veritable service cn plagant sous les
yeux des lecteurs de ce journal, le nouveau texte modifi6, en regard
du texte primitif; notre travail facilitera la discussion des questions de
constitutionnalit6. et fera disparaltre, nous l'esp6rons, bien des diver-
gences d'opinion qui n'avaient d'autre origine que la confusiondes textes.
Ainsi, en 1870, peu apres l'ouverture de la 're session de la 13e
legislature, les articles 38, 42, 43, eIr alin6a, 75 et 208 de la Cons-
tilution, furent, par la Chambre des repr6sentants, amends ou modifi6s
comme suit:


TEXTE PRIMITIF.
Art. 38. La loi ne pout ajouter ni
d6roger A la Constitution.
La lettre de la Constitution doit tou-
jours pr6valoir.
Art. 42. Ces trois pouvoirs forment
le gouvernement do la R6publique,
lepuel est essentiellement d6mocratique
et repr6sentatif.
Art. 43. Chaque pouvoir est ind6-
pendant des deux autres dans ses at-
tributions qu'il exerce s6par~ment,

Art. 75. Le Corps 16gislatif s'assem-
ble de plein droit, chaque annee, le
p emier lundi d'avril.
La session est de trois mois. En


TEXTE NOUVEAU.
La loi ne peut ajouter ni ddroger
A la Constitution don't la lettre doit
toujours pr6valoir, sauf ce qui est dit A
l'article 208, 3e. alin6a.
Art. 42. Ces trois pouvoirs forment
Ie gouvernement de la R6publique, le-
quel est essentiellemeut parlementaire.
Art. 43. Le pouvoir 16gislatif doit
jouir d'une prominence marquee sur
les deux autres, qui lui sont subor-
donn6s et sur les attributions des-
quels il pout empieter A volont6.
Art. 75. Le Corps 1egislatif s'assem-
ble chaque ann6e, quand il lui ilait ,
pouru que ce soit apres le mois de
Mars.
La session est de quatre mois.





- 58 -


cas de n6cessit6, elle pent tire pro-
longec jusqu'a quatre, soit par le Corps
16gislatif, soit par le Pouvoir ex6cutif.
Titre VI.
De la division de la Constitution.
Art. 208. L'Assemblhe national ne
peut .dlibbrer si deux tiers an moins
des membres qui la composent ne sont
presents.
Aucune declaration ne pent tre fai-
to, aucun changement ne peut 6tre
adopt qu'i la majority des deux tiers
des suffrages.


Titre VI.


De la rIvision de la Constitution.

Art. 206 et 207 maintenus.
Art. 208. Texte maintenu.





Neinmoins lorsque l'Assemble na-
tionale, on l'une des deux Chambres,
seront ginnes, dans leur oeuvre pa-
triotique, par une disposition de la
Constitution elles pourront simplement
passer outre et leur jurisprudence,
traduite en une formule, tiendra lieu
du texte &cart6.


Tel fut le point de depart des modifications post6rieures qui ont
change radicalement notre sysltme de government.
11 n'est pas hors de propos de faire remarquer que c'est on ver-
tu du nouveau lexte de I'article 43 quo la Chambre des d6put6s
put, en 1874, prononcer, centre le citoyen J. F. Covin une condam-
nation en restitution, et en 4872, lors du rclrait du papier-monnaic,
crB6er la Commission dite executive, extraite en grande parties, du
sein du Corps l6gislatif.
Dans Ie course de la session de 1870, sur la proposition des
asnateurs Dupont jce, Granville et autres, le Senat amenda come
suit I'art. 45:


STEXTE PRIMITIF.

Art. 45. Les deux Chambres se rdu.
nissent on Assembl6e national dans
les cas pr6vus par la Constitution.


TEXTE NOUVEAU.
Art. 45. ler. paragraph maintenu.

NManmoins si le SBnat n'est pas
d'accord avec la Chambre des d6put6s,
sur une question de la competence de
I'Assembl6e national et craint que
ses votes ne soient perdus dans ceux
de la Chambre, plus nombreuse il







pourra refuser tie se rdunir a clle-
ci pour former I'Assemblde nationade.

C'cst au moyqn de celte modification quo le S6nat empecha d'a-
boulir I'accord qui existait entire la Chambre et l'Exhculif sur la ques-
tion d'un cmprunt pour le retrait du papier-monnaie.
A l'ouverture de la session de 1871 la Chambre des d6putts,
dans sa memorable seance secrete du 24 avril modfia sur la
proposition de Messieurs Bazclais, Paul, Thoby et Camille Nau
(qui depuis. mais alors ...) les articles 81, 113, 119, 120,
123, 132 et 133.
Voici Ics nouveaux textes de ces articles, tels qu'on peut les lire
au proc6s-verbal de cclte stance di 24 avril, ins6re au Moniteur.


Art. 81. Les stances des Cham-
Jhres et de l'Assembl6e national sent
publiques.
Nannmoins chaque assemble se for-
nm en comit secret, sur la deman-
de de cinq membres.

Art. 113. Le Pr6sident nommeet
r&voquc les Secrdtaires d'Etat.






Art. 119. Aucun acte di Pre-
sident, aatre que l'arret6 portant no-
nination ou revocation des Secritai-
res d'Etat, no pout avoir d'effct s'il
n'"st contrcsign6 par un Secrftaire
d'Etat, qui, par cela scul, s'en rend
responsible avec lui.
Art. 120 Le Pr6sident est respon-
sable do tons les abus d'autoritc et
excis de pouvoir qui sc commettent
dans son administration et qu'il n'au-
rait pas r6prim6s,



Art. 123. La Chambre des com-


Art. 81. ler. paragrapke maintenu.

Ndanmoins chaque assemble se for-
me en comit6 secret sur la demanded
de un on plusieurs membres, notam-
ment quand il s'agit de vote de non-
confiance.
Art. 113. Le Pr6sident nomme les
Secretaires d'Etat, et I'Assembl6e na-
tionale on I'une des deux Chambres
lcs rdvoquent.
Cette revocation est prononcee sons
la forme d'un vote de non-confiance,
donn6 en I'absence des Secr6taires
d'Etat et sans qu'il soil besoin de los
appeler.
Art. 119. Aucun acte du Presi-
dent autre que I'arrdt6 portant nomi-
nation des Secr6taires d Etat, no pent
avoir d'effet, s'il n'est contresign6
par un Secr6taire d'Etat qui, par
cela soul, s'en rend SEUL responsible.

Art. 120. Les Secr6taires d'Etat
sont seuls responsables de tous les abus
d'autorit et exc6s de pouvoir qui se
commettent dans le pays et que le
President n'aurait pas r6prims.
La responsabilit6 dn Presidentn'est
en jeu que lorsqu'il n'y a pas moyen
de le convrir par colle des Secre&
tires d'Etat.
Art 123. La Chambre des conm-


- 69 -





- 60 -


munes accuse Ic Pr6sident et le tra-
duit devant le Shnat en cas d a-
bus d'autorit6 et de pouvoir, de mal-
versation, de trahison ou dc tout au-
tre crime commis dans l'exercice de
ses functions.
Art. 132. Les Secr~taires d'Etat
sont respectivement responsables, tant
des actes du. President qu'ils contre-
signent que de ceux de leurs departe-
ments, ainsi que de l'inex6cution des
lois.
En aucun cas I'ordre verbal ou
dcrit du President ne peut soustraire
un Secretaire d'Etat a la responsabilit'.
Art. 233. La Chambre des com-
nunes accuse les Secr6taires d'Etat et
Jes traduit devant le S6nat, en cas de
malversation, de trahison, d'abus on
'd'exces de pouvoir, et de tout autre
crime on ddlit commis dans l'exer-
cice de leurs functions.


munes accuse le President et le tra-
duit devant le Stnat to. s'il assas-
sine ouvertemeni dans les rues, 2o.
s'il pille publiquement a main armee,
30. s'il tente de trafiquer, -avec sos
Ministres, de Ind6pendance national.
Art. 132. Les Secretaires d'Etat
sont los boucs 6missaires, seuls res-
ponsables, tant des actes de leurs
d6partements et de l'inexecution des
lois, que des actes du President con-
tresignes on non par eux.
En aucun cas l'ordre mime 6crit
du I'r6sident ne le rend solidairemeut
responsible avec les Secr6taires d'Etat.

Art. 133. ler. paragraph main-
tenu.



Neanmoins, en cas de simple an-
tipathie cortre les Secretaires d'Etat,
ils peuvent etre revoquis comme il
est dit en I'artiele 113.


Ce premier pas dans le parlementarisme accompli, tl devenait
n6cessaire de retoucher les articles 180 et 181 ; on y substitua
les texts suivants :


TEXTE PRIMITIF.
Art. 180. Chaqie ann6e les Chambres
arrdtent to. le compete des recettes
et defenses de l'annee ou des annses
prcdentes, solon le mode &tabli par
'article precedent; 2o. le budget ge-
n6ral de I'Etat contenant 1'aper u
des recettes et la proposition des fonds
assigns pour I'ann6e a chaque Se-
crBtaire d'Etat.
Art. 181. Les comptes gCndraux
et le budget prescrits par I'article
precedent doivent dtre soumis aux
Chambres par le Secr6taire d'Etat des
Finances, an plus tard dans les huit
jours de l'ouvcrture de la session.


TEXTE NOUVEAU.

Art. 180. Chaqne annec, dans les
trois derniers jours de la session,
les Chambres arretent le budget g6-
n6ral de 1'lEtat contenant I'apercn des
reccttes et la proposition des fonds
assigns pour l'annee 't chaque Secr6-
taire d'Etat.

Art. 181. ler. paragraphe maintenu.


Ndanmoins. en d6pit du delai de





- 01 -


six mois reconln nhcessaire, entire la
fin de l'annee administrative et l'ou-
verture dc la session, pour la prc-
sentation des competes, les Chamnbrcs
pourront, quand elles auront use dn
droit consacro par 'article 13, exi-
'er quo les competes des Secr6taires
d'Etat revoquns, leir soient presen-
tes dans un dMlai de 24 heures an
moins et d'un mois au plus.

En 1873, I'Assembl6e national, qui n'qvait pas jusqu'alors use du
privilege que lui accordait I'arlicle 413 modifi6 profit de la session
extraordinaire convoqu6e par lc PrIsident Nissage Saget, et consacra
par un faith le droit qui lui elait reconlnu.
Sur la proposition du s6nateur D. Lamour, d61Cgu6 i attacher le
grelot, I'Assembl6e donna un vote de non-confiance a deux Secr6taires
d'Etat, ot, pour 6tablir I'harmonie entire les articles 45 et 73, ajouta
a ce dernier un 9e paragraphe ainsi conu :
<9o. de donner des votes de non-confiance aux Secr6taires d'Etat
qui lui sont antipathiques. ,
D'aucuns soutiennent que cet acted a Bt6 la cause de tous los
malheurs qui ont suivi; cela regarded I'histoirc, et nous lui laissons.
Ic soin de poser son jugement.
En '187G, sur la proposition du d6put6 Bazelais, I'Assembl6e na-
tionale ajoula a cet article 73 un 10e paragraphle ainsi concu
,10o d'interdire touted action du pouvoir ex6culif sur les emprunts
d6jh contracts. Pais, sur cell du d6putB Thoby, modifia le e ati-
n6a de 'article 43.
La r6daction du text nouveau fut confi6 au sinateur Louis Audain,


qui, en m6me temps, obtenait die
tide 90.

TEXTE PRIMITIF.
Art. 43. Ancun d'eux (les trois
I'ouvo rs) ne peut los d6lcguor (ses
attributions) ni sortir des limits qui
lui sont fixdes.

Art. 90. Toute loi admise par los
deux Chambres est immn diatement
adressee au Pouvoir Ex6cutif qui ,
avant de la promulguer, a le droit d'y
fire des objections


l'Assembl6e la modification de I'ar-


TEXTE NOUVEAU.
Art. 43. L'Assembl6e nationale.
expression exquise, ultme, sacre et
consacre des volontes de la Nation,
pent d u16guer it des commissions sos
ponvoirs, qui ne sont limits que par
sa volont&.
Art. 9 ler, paragraph maintemut




- 62 -


Le droit d'objection no pent s'exer-
cer centre les d6crets de l'Assem-
bl6e national, pr6sumbe infaillible, vu
sa nature d'expression ultime des vo-
lontls du Peuple.

Pen apris, la Chambre des d6putls subslitua au texte ancicn de
I'arlicle 56 celui que nous rapportons plus bas, en vertu dnquel
clie percut cinq mois d'indemnit et cr6a diverse commissions.


'EXTE PRIMITIF.
Art. 56. Pendant la durde de la
session 16gislative chaque reprdsen-
tant du people recoit du Tr6sor pu-
bliqu uine indemnitV 6valu6e a deux
cents piastres fortes par mois.


TEXT NOUVEAU.
Art 56. Chaque reprcsentant du
People reCoit du Trdsor public une
indemnity do deux cents -piastres for-
tes par mois, tons les ans, a partir
du jour de la constitution de la Cham-
hre jusqu'" la fin de la session, et
mIme apris, s'il est membre d'une
commission queleonque.


La s'arr6tcnt los modifications d6ji acquises par Ic part liberal; it
en a it6 propose deux autres qui n'ont pas encore t66 admises.


TEXTE PRIMITIF.
Art. 21. La propriLtd est inviola-
ble et sacrce. Nul no peut Wtre pri-
ve de sa propriCt, que pour cause
d'utilit6 publique, dans les cas etde
la manifre 6tablie par la loi, et mo-
yennant une just et pr6alable indem-
nit6.


PROPOSITION DE M. E. PAUL.
Art. 21. La proprit6t est invio-
lable et sacr6e.
Nul no pent Otre priv6 de sa pro-
pri6t6 que pour cause d'utilit6 pu-
blique, moyennant une just et pr6-
alable indemnity uu au profit; do
quelques categories d'ouvriers, mais.
alors sans aucnne indemnity.


La derni:re modliicalion i I'ordre du jour est cclle de I'article 409,.
proposed par les journaux ultra-libhraux le Deimocrale et I'Indd-
pendance d'lHaii.


TEXTE PRIMITIF.
Art 10~ Si le Prisident se trou-
ve dans l'impossibilit( d'exercer scs
functions, le Conseil des Sccr6taires
d'Etat est chlarg& de 1'autoritd exIcn-
tive, tant que dure l'empdchiemecnt


PROPOSITION DES JOURNAUX
CI-DESSUS.
Art. 409. Texte maintenu en ajon-
tant: NSanmoins si l'empichement r,-
suite d'un voyage i l1'tranger n0-
cossit6 par tine grave maladie, le
President se:a tenu de donner sa d6-
mission, et son successeur scra choi-







si parmi les candidates des joujrnaux
d ( provinwo.'
Celle proposition attend la sanction de I'Assembl6e national.
Nous esp6rons qu'aprbs celle publication do nouveau texte consti-
tutionnl ,les gens de mauvaise foi cesseront de dbcJamer con tre le
Parti Jib&ral et dte lui reprocher des violations de ceite Constitution,
don't le maintien integral et le respect absolu sont ses plus chers
soucis, come il le d6dlare en toute occasion.

------BOO---
S Aux Cayes le 28 mars 1878.

A. M. L'ADMINISTRATEUR DU JOURNAL L'HAITIEN ,

Gonaives ,
Monsieur 1'Administrateur,
A propos d'un discours que j'ai cu I'honncur d'adresscr au Pr6-
sident de la R6publique A son arrive aux Cayes, discours dans le-
quel j'ai exprim6 avec uno scrupuleuse fid6litC les convictions ct lcs
aspirations politiques do toute la population an nom da laquclle ji
parlais, un w(olaborateur de I'Haitien a cru devoir me ddnioncei
au Pays combine un rdactionnaire et presquc come un iibecile.
Malgr6 ma qualil6 d'agcnt de votre journal, je-n'ai pas recu de vous
le no du 16 mars qui continent celte d6nondiation injustifialie ; etj'au-
rais pu ignorer cnti6rement sans la charitable provenance d'un ami
du Port-au-Prince, qui, indign6 do me voir maltrait9 df la sort ,
m'a envoy Icl num6nro en question.
Vou's conviendrez qu'il est de mon devoir i1 do mon droit de
protester hautement centre les imputations que je consider calom-
nicuses de Particle sign B. ct que I'impartialit6 vous oblige A ac-
cueillir ma proteslation dans les colonnes de 1'Haitien.
Jo dois tout d'alord pour l'6dification de ceux tic vos lecteu rs
qui n'auraient pas lu mon discours au lMonitcur du 9 mars met-
tre sons leurs ycux 16 passage incrimin6.
Y Vous imposcrez a tons un religieux respect des principles sa-
lulaires de cetto Conslitution, ct vous continuerez h donner I'exem-
pie dc votre soumission A sa lettre indisculable. Si elle a crudevoir
atlacher a vos functions ine responsabililt pcsante et sdvero, c'est
qu'cn consideration dc notre 6tat social, ellc vous a laiss6 une large
initiative.






< Nous avons confiance en votro- loyaut6 et en votre courage, Pr,
sident, et nous esperons quo vous revendiqucrez toujours cette ini-
tiative et cette responsabilit contrairement aux pr6tenlions de ceux
qui, sous pr6texte d'un parlementarisme stranger a notre systime
constitutionnel, voudraient vous irduire au r6le mesquin d'un Roi
faineant. ,
Voil. ce que M. B. appelle le passage sophistique de mon dis-
cours.
Ainsi, j'affirme la nkcessitO d'un respect religieux de la leltre in-,
discutable de la Constitution, c'est un sophisme ; je rappelle au Chef
de 1'Etat la lourde responsabilit6 attache a ses functions, c'est un so-
'phisme; je l'invite a ne pas s'endormir', sous pr6texte de parle-
mentarisme, dans la b6ate quietude d'un Roi faineant, c'est encore
un sophisme et je suis un r6actionnaire partisan du despotisme et
de la tyrannie !
N'ai-je pas le droit de douter de 'intelligence on de la bonne
foi de mon d6nonciateur ?
Quoi! du texte si net, si positif, si pr6cis de mon discours, il
deduit que je demand:
lo Le v6to suspensif pour le Pouvoir Ex6cutif;
2o La predominance de I'Ex6cutif sur le L6gislatif;
3o La construction d'un ExBcutif prepond6rant, entourm de Chnam-
bres services ;
4o Une politique de just milieu t bicler sur les 'derniers ves-
tiges du despotisme:
5o Le droit poir le President d'Haili de dissoudre la Chambre
des Communes et qu'enfin je provoque to President. faire fi de
routes les responsabilits a se placer au-dessus de la Constitution
et des Lois, ct A dire: La Rdpublique, 'est moi
Je le dis h regret, mais toutes ces inmputations prouvent incon-
testablement, de la part de lour auteur, on un manque absolu de
bonne foi ou une ignorance profonde de la science politique et do
droit conslitutionnel.
Quel esprit srieux et impartial ne voit la contradiction manifesto:
qui existed entre les theories du discourse an President et cells, qu'--
vec trop de gdn~rosit6 et pas assez de loyaut ,. l'on prtle a son;
auteur ?
Examinons ces dcrniBres une a ue :
4o Jo n'ai mnme pas i demander pour le Pr6sident le vsto sus-
pensif puisque l'art. 90 de la Constitution le lui accorde: mon d6-
nonciateur ignore cc que c'est que le veto suspensif;, le rcprovche
u'il m'adrcsse h vet dgard est d'ua ridicule achev ;






Sgo Quand j'affirme, comme dans mon discourse, la rosponsabilit6
du Chef de I'Ex6cutif ,.responsabilit6 h laquelle. la Constitution n'a
d4iermin6 d'antre mode pratique: que la mise en accusation phar la
Chambre et e1 jugement par le Snal, ilest evident que je ne revoe
pas un Ex6cutif pr6poid6rant du predominant et des Chambres ser-
viles ;
3o La politique de iuste milieu politique funeste, consist ;pri-
cis6ment a avoir un Chef de Pouvoir Executif irresponsible: tell est
la politiquc parlementaire. Quand* done j'exige 1'exercice du droit do
mise en accusation centre:' I!Pe6sident, je 'ais tout au plus.de: la
politique iradicale, de Ia- potilique ddmocratique riais non de la
politiquc de just milieu; ,.
40 Pour tout home sense, le principle *de'la responsabiliti per-
sonnelle .du. Chef de I'Etat est cdl6usif du droit .de dissolution : quand
done je reclame le premier, it est'absurde d'en d daire quo je rJia-
me le second; c'est .une deduction purement fantaisiste.
Enfin, il est 6minemment sophistiqic. de reproc her h celui qui in-
sisle sur la responsabilit severe pesanu sur: e tihef de 1'Etat:, :d
conseiller a ce dernier de se substituer aux autres Ponvoirs publics
et de dire : La R6publique,. c'est mioi i
C'est li le mot d'un: autocrate et non d'ua Chefl'di.Eat persii.nel-
lement responsible ,. come I'est celui:i de union discourse.
I1 est. done clairement. d6montr6 que les imputations de 'r;' 'iiio,
lanc6es centre moi sent ddnuees de tout fondement.
Je vais rechercher' maintenanl a tiavers les nuages .d la pens6e
de mon .d6nonciateur, pourquoi il 'r'accuse de fai sser les thdories-in-
discutables diu gqotvernemeat denmocratiqure.
Du passage de mon discours rapport plus haut, ii rossort net-
toment deux id6es.
lo Le. President est pprsonnellement responsible, parcequ'il a- dro;t
a une politique personnelle.
2o Le parlementarisme, reposants.sr I'irresponsabilitM du Chef de
I'Executif,, et le Pr6sident d'Haiti 6tant declard responsible par ia.
Constitulion., le parlementarisme est ,contraire et, par consequent,
stranger a note systmne constitutionne'l.
El bicn ce sont ces' ides que NM. B. declare coutraires au gou-
vernement d6mocratique. Tout le 'monde, except hii, sait q!e to gou-
vernement americain est essentiellement dmocratique,, et que *pourtant
il ne reconnait d'autres principles que ceux que je viens do rappclor.
SEst-ce que M. B. ignorerait que gouverncment d6mocratiquc et gou-
vernement parlementaire ne sont pas une seule et mnme chose, .et
-qu'il y a centre eux des differences capitals ?




-'66-
11 n'a qu'. l'avouer pour que je me fasse un devoir de 1'Mclairer
sur ce point par une deuxieme lettre toute sp6ciale.
Etranger h Ja question, il aurait pu

i Imiter de Conrart le silence prudent )

Mais non, son parti etait pris; quelqu'un n'appartenant pas i la petite
Eglise qui se d6cerne le monopole du liberalisine, a os6 lever la
voix centre les consequences funestes du parlementarisme qu'on tente
d'implanter en Haiti, malgre la Constitution, vite il faut I'aneantir.
Pour y parvenir, tous les moyens sont bons, les armes les moins
loyales seront mises en usage.
M. G. Laporte a dit, comme il apens une chose claire avant
un sens positif: le parlementarisme est stranger a notre systlme
constitutionnel ,, nous effacerons cela nous le fausserons nous y
substituerons une ineptie; au lieu de cette affirmation, que le par-
lementarisme est Btranger a notre syst6me constitutionnel nous met-
trons dans sa bouche qu'il qualified les actes constitutionnels du
Pouvoir LUgisIatif de parlementarisme stranger 9
Nous aurons alter6 la verit6 nous aurons pcrp6tr6 sur son dis-
cours une sorte de crime de faux; mais, par ce moyen, nous au-
rons facilement raison de cet adversaire et la fin justified les mo-
yens.
Fi done, M. B
Maintenant que j'ai d6voild votre supercherie, persisterez-vous h re-
procher h mon discours de n'avoir pas donn6 une difinitton positive
a on dc l'expression parlementarisme stranger.
L'expression n'est pas dans 'mon discours qui, limpide comme du
cristal de roche n'avait ni A donner de definition ni h s'en accom-
pagner.
Je n'ai pas plus h repondre A sa tirade oa il me faith qualifier ceci
et cela de parlementarisme stranger ; mais pour son instruction je
lui dirai :
Lorsque l'Assemblbe Nationale comme lors du d6cret de I'emprunt
Domingue, d6l gue ses pouvoirs h une commission en d6pit du texte
formel de l'art. 43 de la Constitution, et refuse d'examincr les ob-
jections que I'Executif lui soumet en vertu d'un droit formel 6crit
dans l'art. 90, M. Georges Laporte et les lib6raux de son cole qui
comprennent par lib6ralisme l'observance scrupuleuse des lois fr6mis-
sent d'indignation et crient a la tyrannic et h la violation de la Cons-
titution;
Lorsque la Chambre des communes, simple fraction du Pouvoir




- 67 -


Legislatif, usurpe la Souverai.cte Nationale dont ce Pouvoir n'a qu'une
delegalion d'un fliers, et souleve, pour des v6tilles, des conflicts irri-
tants qui arrachont de la. faiblesse du Presidpt iBoisrond-Canal qu'il
consent a so passer du concours precieux, de MM. Liautaud Ethlart
ct Thoby don't pas un chef'de I'intrigue n'a os6 prendre la succes-
sion, Mr. G. Laporte et son .cole, interpr~tes de la saine opinion pu-
blique, que soixante moutons de Panurge ne sauraient repr6senter i
la Chanibre, crient a la tyrannie et la violation de la Constitution,
qui n'admct d'autre mode de responsabilitd des Secr6taires d'Etat que la
misc en accusation par la Chambre et le jugement par le Sdnat;
Lorsqu'cnfin la Chambre bass cr6e des pensions triennales au pro-
fit de quelques uns de ses membres, sous prtlexte de commissions
de ceci et de commissions de cela toutes commissions don't le Pou-
voir Ex6culif n'a que faire, et qui nous vaudront peut-6tre bientbt
I'humilialion du canon de L'Ctranger, M. G. Laporte et son cole, qucl-
que regret qu'ils cn eprouvent h cause des personnel on jeu, crient
au favoritism ct i .la violation de la Constitution, mais ne disent pas
cette ineplie: parleimntarisme stranger.
Voilh de quelles theories respectueuses de la Constitution et in-
contestablement favorablcs aux vrais intdrets du Penple I'on verra
toijours M. G. Laporte sc montrer I'ardcnt d6fenscur.
Ah Mr. B. nous parole des enseignements de la politique franchise
de ces. dix darniers mois.
11 m'cst permis de doctor qu'il ait tire de cos enseignements u'itile
leton qu'ils comporlent en eux memes.
Si, suivant I'exprcssion de M. Paul de Cassagnac la France a
did bousculde ct tenue pendant six mois sous la menace des plus gra-
ves perils savez-vous, Mr. B. A quoi elle le doit ?
3'est au parlementarisme don't le droit de dissolution est un 61d-
ment essential.
Si Mac-Malion n'avait dti irresponsable et armn du droit de dis-
soudre la Chambre aurait-il renvoyd si cavalidremcnt le Cabinet Jules
Simon pour lancer son pays dans l'avcnture du 16 mai?
Le malheur de la France c'est qu'elle vit sous un regime bitard;
son systime constitutionnol, laissant poser toute la responsabilitb du
Pouvoir Exdcutif sir le Ministlre qui doit 6tre tire dela majority parle-
mentaire don't il devient I'esclave, a dfi, pour r6tablir, en quelque
sorte, 'dquilibre des Pouvoirs, consacrcr, comme dans tous les pays
parlementaires, le droit de dissolution qui constitute le Pays Blectoral
juge des divisions dc la Chambre et du Ministire.
Allez aux Etats-Unis d'Amerique celtc terre ddsormais classique
de la ddinocratic et de la liberty, et don't la Constitution a servi de




- 68 -


module a la n6tre et demanded si le pays est expose i ces crises
funestes don't la France vient de souffrir.
L'on vous r6pondra que le Congres n'a d'action centre le Pouvoir
ExBcutif qu'en cas de violation de la Loi, et que I'unique mode pra-
tique de cette action c'est i'impeachment ou mise en accusation; que
les Pouvoirs y sont ind6pendants; qu'il n'y a nulle predominance de
l'un sur I'autre: ii y a coexistence libre dans la sphere de la Loi;
coordination, mais non subordination. Alors, Monsieur, ouvrez, pour
la premiere fois, cette Constitution haitienne que vous n'avez certal-
nement jamais lue ( car je ne veux pas supposed que vous l'ayez
lue sans la comprendre) ; ouvrez-l et vous y verrez les m homes prin-
cipes : Ind6pendance des Pouvoirs dans leur sphere d'activit, 16gale,
responsabilit6 personnelle du Chef de 1'Etat, aiant pour mode effec-
tif la mise en accusation etle jugement, interdiction formelle de tou-
te dissolution ou prorogation du Corps Legislatif.
Je vwus recommande cola, Mr. B., parce que je desire que les jeu-
nes gens intelligent d6pouillent cettc apathique ignorance des fruits
sees de la politique qui demandent h certaines officines des idees
toutes faites, et qui rip6tent que le gouvernement haitien est parle-
mentaire, uniquement pour l'avoir entendu dire par certain oracles.
DWsormais Monsieur, quand vous rencontrerez sur votre route un
ddmocrate pur de l'ecole de Mr. Georges Laporte proscrivant le
droit de dissolution, r6clamant la responsabilite du Pouvoir Executif
en meme |temps que son ind6pendance et sa fermeth, I'action vigilante
et le contrble severe du Corps Legislatif se traduisant par la mise en
accusation et le jugement, mais condamnant les usurpations de souve-
rainet6 de la Chambre basse, A qui n'est dovolu, sons aucune forme,
le droit de condamner 1'Ex6cutif; quand vous rencontrerez un de ces
democrats, vous don't le liberalisme sans courage s'arrete au par-
mentarisme, laissez passer sans injures ce pionnier de l'avenir qui
march, le front haut et le coeur fier, vers la democratic.
Avez-vous Wt6 assez respectueux de la verit6 quand substituant
la r6ponse du President an Magistrat communal a cell qu'il m'a
faite, vous pr6tendez que le Chef de I'Etat m'a r pondu et retorqu6 ?
Si alors le Pr6sident s'est servi du mot parlementaire, il n'a pas en-
tendu pour cela retracter les substantielles paroles qu'il m'avait adres-
s6es: it s'en est servi comme it aurait fait du mot liberal en-
train6 h cela par la confusion qne les politicians du jour ont r6ussi
a introduire dans la langue officielle.
It est si vrai que tons vous confondez liberal, dcmocratique avec
parlementaire, que, pour vous le d6mocrate qui n'est pas parlemen-
taire n'est pas liberal.





- 69 -


C'est pr6cis6ment pourquoi vous m'avez lanc6 l'excommunication ma.y
jeure ; mais cela ne me surprend ni ne me fiche; toutes les Egli-
scs qui prechent I'errour sont intolerantes et foudroient les schis-
matiques.
Je ferine cette lettre, deja beaucoup trop longue, sans vous avoir
tout dit; mais soyez convaincu qu'apres le sang verse et l'argent d6-
pens6 par le Pays pour conqu6rir des institutions d6mocratiques, je
ne r6trograderai jamais vers la fiction vers l'erreur du parlementa-
risme;. j'6leverai mon courage a la hauteur qu'exige la democratic,
et j'userai, s'il le faut toute mon 6nergie a la defense de routes
les liberty,
Veuillez agreer, Monsieur I'Administrateur, I'assurance de mes meil-
leurs sentiments.
G. LAPORTE.


Aux Cayes, le 6 Mai 1878.

A MONSIEUR L'ADMINISTRATEUR DE < L'HAITEN


Je vais enter dans I'examen des objections que I'on oppose i
mes theories constitutionnclles: mon nouveau contradicteur repond en.
meme temps A ma leltre A I'Haitiet et a mon etude publide dans-
les Nouvelles.
Pour la pleine intelligence du sujt ja vais pr6ciser autant quo'
possible, le point qui nous divise.
11 ne s'agit pas entire nous de l'excellence du government pare-
mentaire anglais ou du gouvernement ddmocratique ambricain.
C'est l une question d'appriciation que je discuterais si I'on
proposait de faire a la Constitution des changements dans le sens.
de ce que j'appelle le parlementarisme.
Mais le debit port sur une question de fit. Un faith incontest&
domine la discussion, et ce fait le voici: le systeme du gouverne-
ment anglais diffrre essentiellement de celui du gouvernement ambricain.
En Angleterre il y a predominance de la Chambre des communes
(je prie d'observer que le debat ne touche -pas le Pouvoir-ldgilatif) ;
le Roi regne et ne gouverne pas.
Aux Etats-Unis, tous les Pouvoirs, tous les Corps sont soumis
au joug d'une Constitution derite et de Lois faites par \.s deux




- 70 -


Chambres du Congrcs, qui forment le Pouvoir Idgislatif. L'opinion,
le d6sir, la volont6 d'une seule Clambre, pas plus do la Chamble des
repr6sentants que du Snat, ne pent influer sur I'action 16gale de
1'Ex6cutif, c'est-h-dire la determiner dans tel sels plut6t que dans
tel autre. Dans le systime amiricain, il n'y a done pas de pr6doni-
nance de la Chambre des repr6sentants.
No craignons pas d'insister sur ce qu'il fant comprendre par pr6domi-
nance de la Chambre. 11 est evident qu'il ne s'agit pas du droit d melltre
l'Ex6cutif en accusation quand il y a violation de la loi; ce n'est pas A
cela soul que tiennent les adeptos'du parlementarisme, parce que c'est la
predominance de la loi qui en r6sulte ct non celle de la Clamnbre. 11 s'agit
d'une influence a exercer, d'une direction a imprimer a 1'6gard des acts
mime legausx de 1'Executif. Pour bien fair saisir Ie prin"ipe, je
vais prondre un example : je suppose que I'ExBcutif, dans une pensCe
de conciliation, nomme A des emplois publics des citoyens, honnlces
d'ailleurs, ayant servi sous Domingue. La nomination A ces fonctions,
appartenant a l'Ex6cutif, ce qu'il a faith est 16galemont inattaquable.
Tel est le system d6mocratique.
Mes adversaires veulent que la Chambre des communes qui ne
pout, la loi n'ayant pas 16 violee, meltre I'Exdcutif en accusation
pour les nominations ci-dessus puisse ndanmoins les cmp6chler on
les fire rapporter, si elle los d6sapprouve. Elle votera une r6so-
lution ainsi connue : La Chambre des communes considlrant les
nominations faites par l'Ex6cutif comme dangereuses et contraires
A l'int6r6t public, declare qu'elle les blime, ct, que Io Cabinet n'a
plus. sa confiance., Celui-ci se retire, et les nominations sont rappor-
tWcs par les ministries qui lui succ6dent.
Voila le vote de non-confiance tel qu'il exisle dans le sysldme
parlementaire atteignant, non, pas I'acle illegal du ministry ,
car la mise en accusation existed pour ce cas mais atteignant le
Cabinet pour un acre l gal qni ne serait pas conform i I'opinion
de la Chambre des communes. C'est cc qui s'appelle la responsabilit6
d'opinion.
Pourquoi cela existe en Angleterre et n'cxiste pas aux Elats-
Unis nous n'avons pas A ie rechercher. Nous parsons de la'cons-
tatation du faith des differences ,- et nous nous posons une question
de faith : Quel system ont adopt les Constituants ? Pr6dominance de
la Chambre ou predominance de la loi ? En un mot, la Constitution
a-t-elle eu pour module cell de la Republique. am6ricaine, ou cello
de la Monarchie anglaise ? Question de fait r6soudre au moyen
des textes constitutionnels, et non point avec des considerations a
perle d'halcine sur le despotisme militaire des chefs d'Elat ct la




- 74 -


prdsomption d'un defaut de courage chliz les depites qui. auraient peur
do mcllre en accusation Ic President ou ses ministries. -
La question posse, pour elablir ma conviction, j'ouvre notrcLoi fonda-
mentale, et voici ce que j'y lis: La souverainetL national, qui reside dage
L'UNIVERSALITE DES CITOYENS, s'exercc par une d6l6gafion done
a trois Pouvoirs ind6pendants Iun de I'autre et excrgant leirstattributions
s6par6ment. Je constate done une abscence total de droit pour
la Chambre des communes d'avoir une action pr6pond6rante sur la
politique du pays et de la faire sentir par des votes do non-confiance.-
Je consulle la Constitution anglaise, et j'y troupe qu Icl Souverain,
c'cst le Roi; le people dil~gue a la Chambre des communes seule
la part de puissance qu'on lui reconnait, et la Chambre des Lords.
se compose de membrcs nommes par cc Roi, qui r6gne par la grace de
Dicu.
Je consulle la Constitution amdricaine, et j'y dicouvre que tout
Pouvoir 6mane du people, qui soul est souverain.
De l1, je conclus 16gitimeinent h I'identitd des constitutions hai-
tienne ct americamne, et i l'antagonisme essenliel des systlmes anglais.
et hailien. Et d'un.
Je remarque quo suivant notre Loi fondamentate, re Corps Lgis-
latif ne peut 6tre dissous ni prorog ; et, consultant la Constitution
ambricaine j'y vois exadcement le mime principle, tandis qu'en An-
gleterre le souvcrain peut, i sa volonit, dissoudre ou proroger la
Chambre des communes. he li je lire cette conclusion indiseulable
Identity des sysl&mes aim6icain ct hailien, et opposition formelle du
systlnme anglais. El de deux.
Je parcours la Constitution liailiennc, et jy consulate tn Taxe de
responsabililts ; il en est question m6me a propos du Pouvoir LUgis-
latif. Tout fonctionnaire laitien depuis l'agent de police jusqu'au,
President, est responsible des illcgalit6s, fraudulcuses on non. qu'il.
hli arrive de conmmeltrc.
J'Xludic lt Gouvernement des Etals-Unis, et j'y observe 6gaf ment
que tout fonctionnaire est responsible do sa conduit officiolle c'est-
i-dire peut itre Iraduit devant une jurlitdlion qu Icl condamne s'il
cst rcconnu coupable. Jo constate ,. d'autre part qu'en Anglcterre
ce principle souffre exception : le chef du gouvernement n'est respon-
ponsable qut'en cas de haute trahison; en cas do tout autre 'crime
administratif qu'il aurait commis, la v&'it& faith, place A une fiction:
la Reine on le Roi n'est pas responsible ; Ic fonctionnaire qui a cxcul&
I'ordre, ou le ministry qui l'a contresign6, est tenau pour soul coupablc.
Je d6duis done une troisieme identity sur cc point entire les
gouvernements d'llaiti et des Etats-Unis, une nouvelle difidrence, d'uie







haute importance,. entire cux et le Gouvernement de la monarchies
anglaise.
Je cherche le mode effectif de la responsabilit6 des fonctionnaires
en Haiti et je reconnais que comme aux Etats-Uuis, les juridic-
tions ordinairss so saisissent de plano de tons les fonctionnaires pr6-
venus.de crimes oude delits, except les Secr'btaires d'Etat et le Pr6sident,
qui passent d'abord devant une juridiction sp6ciale. La Chambre basse
prononce la mise en accusation, la Chamlre haute precede au jugement,
qui a un caract6re purement politique, car le grand fonctionnaire,
reconnu coupable est renvoy6 pour la phnalit6 de droit common ,
devant les tribunaux ordinaires. Sur ce quatrieme point, il y a encore
une identity complete entire les gouvernements hailien et am6ricain :
en Angleterre Ies choses so passent A pen pres de meme pour les
ministries, mais non pour la personnel royale, qui, en vertu de son
droit divin, n'est pas responsible de sa conduit publique.
Je recherche la nature des rapports qui doivent exister entire les
Pouvbirs 16gislatif et ex6cutif et les moyens d'influence de l'un sur
1'autre en Haiti.
Je decouvre qu'ici, comme aux Etats-Unis, 1'influence estpurement
morale.
Les Secr6taires d'Etat, non seulcment ne sont pas forc6ment tires
de la majority parlementaire mais encore', s'ils en fesaient parties,
ils cessent d'appartenir aux Chambres des l'heure qu'ils daignent
devenir ministries.
En Angleterre, la Reine, au contraire,ne pout choisir de ministres
en dehors de la majority do la Chambre. des communes et de cello
des Lords. II n'y a pas d'exemple de ministres anglais pris en dehors
du Parlement.
Le motif en serait facile A donner ; mais ce qui nous imported a
present, c'est la constatation du fait.
Je compete done une 5emr' indentit entire notre systlme constilu-
tionnel ct celui dos Elats-Unis, et une 5erne opposition flagrant du
m6canisme anglais.
Quelles que puissent 6tre les differences de detail je conclus done
ldgitimement d I'idenlited essentiel!e des gouvernements haitien et
americain.
Et come aux Etats-Unis on n'a jamais va aucane des Cham-
bres du Co;gris donzner le plus mince vote de bldme, de regret,
de regret-confiance, de non-confiance ou d'anti-patriotisme j'aftirme
hardiment quo notre Constitution ne permit pas qu'il en soit diff6-
remment dans notre R6publique. Voilh comment, sans considerations
philosophiques ou aulres, mais seulcmeni au moyen des textes existants,


- 72. --





-- 73 -


c'est--dire de v6rilables faits, j'6.ablis ma thWoric conslitutionnelle.
J'observe ce qui est, je compare, et je conclus: I'ecole parle-
mentaire d'Haiti pretend que le proc6d6 n'est pas logique.
Le public impartial et d6sint6ross6 jugera; que dis-je; il a d6jh
jugC !
Mais l'Eglise parlementaire repousse mes 'conclusions, et vous penscz
que sos apBtres et ses docteurs- vont d6truire mon argumentation
par des raisonnements ou -dAmontrer que les identilts et les diffi-
rentes que j'ai 6tablies i 1'appui de ma th6orie sont contraires a la
r6alit6 ?
Nenni; les identitds sont presque toutes reconnues el confesses,
mais la consequence en est seule contested.
Des textes an mioyen desquels le dangeresu innovateur a ruin6
le parlementarisme haitien, it ne sera point question ; I'on se perdra
dans des considerations 6trangeres au debat.
L Les Am6ricains ant pu etablir ce systeme que vous exposez, parce
qu'ils sont n6s A la liberty ; mais est-il admissible que les consti-
tuants de 1867 a moins d'avoir e' de parfa;ts ulopistes, aient
voulu organiser le mine systme. en Haiti ? ,
< Chez nous qui avons essay de dix Gouvernements, oh le Pou-
voir exkcutif s'est montr6 despotique ne fallait-il pas arracher le
despotisme des mains de l'Exdcutif et le placer entire les mains des
Reprsentants ? :( Vous exprimez mal votre pensde en disant : arra-
cher le pouvoir d'un Exicutif toujours despite, et le placer entire les
mains des Repr6seritants du Penple Cela signilierait une suppression
radical de I'Excutif : vous avez voulu seulement parler du d6place-
ment du despotisme). Vains efforts Messieurs du parlementarisme;
nous n'avons pas a consider ce qu'il fallait fire nous avons a
voir ce qui a tt6 fail.
Je n'ai pas i discuter si, par rapport i notre pays, la Constitution
am6ricaine est une utopie, come vous le r6pitez, et si, en I'imilant,
nos L gislateurs constituents ont 6t6 des utopistes.
Ce sont li des questions de pure appreciation, n'ayant point d'in-
fluence sur notre d6bat qui doit rouler exclnsivement sur des fails.
II s'agil implement de savoir si, utopistcs ou non nos consti-
tuants ont calqu6 leur ouvre sur la Constitution amnricaine ; question
de faits, affaire do textes; vous n'en abordez m6me pas l'examen;
et ma compendieuse demonstration rcste dcbout vous defier.
AprBs avoir essay de masquer l'absence total d'arguments par
une logomachie a trente lignes la phrase, mon adversaire conclut tout
bounement, mais avec une timidit, qu'on ne saurait trop remarquer,
que : loin que la Constitution soil calqu6e sur celic des Etats-Unis,




- 74 -.


t'on peut croire qu'elle a eu pour patronne la Constitution de la
monarchic anglaise. -
Mais, lui diroi-vous, et los differences esscnticlles qui vous out
l16 signalhes et que vous nc pouvez contester ?
Qu'i cela no tienne: pour vous salisfaire ii va vous rdv6ler les
identities que son gCnic a d6couvcrlcs.
1I n'y a pas identity entre le chef de I'Etat anglais on le chef de
I'Etal francais, tous deux irresponsables, et notre President ; l'identild
existed entre celui-ci et le premier ministry anglais !
Tons les deux parait-il, sont tenus de r6signer leurs functions
lorsque la Chambre bass declare n'avoir pas confiance dans le Cabinet.
Et, de cette identity Ic caracltre principal, duquel tout le rested
d6coulc, c'est lo mode de nomination !
Je tiens i fair noter en passant quo I'irresponsabilit6 du Pr6sident
d'Haiti n'est plus aujourd'hui un dogme comme il y a sept ans.
Les inventeurs du parlemontarisme, qui avaient nettement formulE
ce dogm Jdans la s6ance de la Chambre des dp-p:alts du 25 avril
1871 Ic jettcnt aujourd'hui par dessus bord ct reconnaissenl en
principle la solidarity du President et des Secr6taires d'Elat.
Bicn plus, il me rccominandent de professor cell thdorie a moi
qui la souliens control ux!! uoi qu'il en soit, examinons I'argu-
ment propose.
c Si Boisrond-Canal est responsible come le premier Minislre an-
glais, c'est qu'il est nomnm6 par I'Assenbl6e national do son pays.,
'Trs-bien ; mais alors comment so fait-il quo to Pr6sident de la Relpubli-
quc francaisc soit irrcsponsable, quand lui aussi, est nommnu par
l'Assemblee national de son Pays ?
Comprend-on hicn celle merveille de raisonnement ? Le mode de
nomination produit dans la grande France d'aulrcs effels que dans la
petite ; ici ii rend noire Chef I'egal d'un simple premier ministry,
landis quo la-bas il fail de Mac-Malhon un roi faineant temporaire !
Unc grande difference existed aux Elats-Unis, nous dit-on; Ic Pr&-
sident est Blu par le 'pouplc. Eli bien qu'elle est la consequence qui
en d6coule? Est-co que, nomm6 dilffremment que lo premier ministry
anglais, le President ambricain est irresponsible 9 Chacun salt le
conlraire. Quclle esl done la valour de l'argument tir6 du mode do
nomination ? Absolumnent aucun ;. la prldendue analogie est d'une
faussot!, radi;ale.
Mais je me vois oblige de relcver on passatl une nouvelle errour
do mon adversaire. 11 dit, en opposition A la nomination du Pr6si-
dent faite en Haiti par les mandataires d( la Nation qu'aux ELals-
Unis celte nomination so fait par le people, cc qui signilic ccrtai-




- 75 -


nement par le suffrage u iversel direct. Eh bien cela est enti6re-
ment inexact ; le peoplee amcricain comme le n6tre d61lgue ses
pouvoirs, mais h des 6lecteurs spciaux, qui font parvenir au Stnal
leurs votes sous plis cachetls. Si aucun candidate ne reunit une majority,
un second tour do scrutiny n'a pas lieu : I'lection prdsidenlielle est
d6volue A la Chambre des repr6sontants, qui choisit parmi Ies trois
candidates qui ont oblenu Ic plus de voix. Ainsi, clle peut nommer
celui qui n'a pas cu le plus grand nombre dc suffrages.
C'est ainsi que John Quincy Adams ful nommi President centre
le general Jackson qui, sans avoir obteni une majority alsolu ,
avail cu plus de voix que son comp6titeur. John Adams, nomm6 par
la Chambre dos Repr6sculants de son pays, l6ait-il President dcs
Elals-Unis comme Washington, on n'avait-il que Is pouvoirs d'un
premier ministry anglais ?
Avouez done, Messieurs que le mode de nomination n'est pour
rien dans la nature des pouvoirs d'un Pr6sident de B6publique et
dans I'espice de responsabilit6 attache ses fonctions.
Tont cola est rg'Il d'une favon bien autrement pri'ise; I'irrespon-
sabililt de Mac-Mahon est 6crite dans les Lois constitutionnelles de
la France ; cclle des Rois: d'Angleterre r6sulte du principle mime de
la monarchic h6r6ditaire et de droit divin, tandis que la responsabilit6
de notre President, qui dkcoule du droit d6mocratiquei, est fornellement
d6erdtc par notre Constitution.
Votre premier essai d'identitC est certainement malheureux; voyons
si, par la suite vous allez trouver mieux.
Pour prouver que l'identitA que j'ai elablie centre Ic systems
Constitutionnel d'Haiti et celui des Etats-Unis n'esl pas complBle,
mon adversaire, plus malheureux encore, trouve quoi ? < La responsa-
bililt ministdrielle ( qui existede en Angleterre ) formcllement cdrite aussi
dans notre constitution, landis qu'aux Elals-Unis elle n'existe pas.,
Cetle malencontrouse affirmation so reproduit trois fois sous la plume
de mon eminent condradicteur. Je tombe v6ritablemcnt des nues, et
je me prends a d6plorer sinc.rement qu'un chefdu clan parlcmenlaire
tfsse preuve d'un si complete ddfaul de connaissances sur lc meicanisme
gouverinemental des am6ricains.
Quoi il y a done aux Etals-Unis un fonclionnaire qui peut
comncltre lo nmal sans on 6tre responsible Les secr6taires anx
divers ddpartleninls, sont, d'apr6s mon contradicteur ddbarrasse's
de lonle responsabilitd! !!
Plaignons-le, parcel quo sa bonne foi ne peut Oire misc en dontc;
il cst convaincui de I'crreur qu'il profess avec tant d'assurancc.
Mais ouh 'one a-t-il dtudi6 Ic gouvcrnemenl americain ? Je sais





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bien qu'il y a dans son parti des 6conomistes cn chambre qui sans
sortir de leur maison 6tudient la misere des campagnards et des
oisifs des villes ; nmais e [ne pouvais supposer que le proc6de d'iso-
lenent edt igalement conduit mon adversaire a une si complete .
inmconniaissance do l'organisation des Pouvoirs aux Etats-Unis.
Pourtant, k ddeaut d'6tude dc droit public amnricain, des fails
re.cents ne pouvaicnt-ils le inmetre sur la trace de la veri ? Lors-
que le g6naral Belknap, secretaire de Grant au dipartement de la
guerre, ut it n'y a pas trois ans, accuse de fraud dans i'exercice
de ses functions, qui fut responsible ? Le Pr6sident ou le Secr6taire
ie la guerre ? Vous save bien quo Belknap seul filt responsible ,
et que la proposition de mise en accusation qui suivit la d6couverle
do ses fraudes ne menaca que lui ; car la responsabilit6 du Pr6sident,
loin do couvrir la sienne, n'6tait mime pas atteinte par la solidarity.
Le deuxi6me argument de mon contradicteur est come on le
volt, moins serieux encore que Il premier.
Dialecliciun capable parmi ce group des plus capables' il termine
sa battue aux identit6s par un circle vicieux do la plus belle venue.
Ainsi que je l'ai expos plus haut la question qui nous divise
est do savoir s'il y a dans la Constilution haitienne predominance
de la Chambre des communes sur le minisltre, come cn Angleterre,
oi s'il y a co existence libre, come aux Etals-Unis. Mon adver-
saire prouve la predominance de la Chambre uniqucment on I'affirmant.
II 6tablit une troisi.mo identity en ces terms: < On trouve en
Anglletre une predominance reclle du elgislatif, (la question ne
concerned quie la Chamnhre des Commtunes ) sur 'Ex6culif come elle
de'coule aussi de tout notre me'canisme constitutionnel.
Mais c'est prtsisLment ce qui est en discussion, quod est demons-
Irirndum No voycz-vous pas, malheureux, que vous pose comme
dmontrde la propositition mime dent vous devez fair la preuve,
ct ie vous souvenez-vous pas que cc proc6de de dialectiquc s'appelle
une pdlition de principle ? 11 parait que non, car vous conlinuez la
discussion an moyen du mmec argument.
Quoi h l'appii d'une thoorie qui vous est si chbre, vous 6tant si utile,
vous n'avea pu trouver autre chose qu'une analogies force entro le
President d'Haitt ct le premier ministry anglais une h6resic sur la
responsalbilil des Sec'rtaires d'Etat en Am6rique ct un miserable cercle
vicioux. Je vous le dis, en vBrit6, la fin du parlementarisme haitien est
procho : la doctrine s'6croule do toutes parts devant l'impuissance do ses
docteurs h la soutenir.
Unc autro perle de leur 6crin : Sur deux points, la Constitution





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haitienne s'ecarte des sysltmes parlementaires : responsabilite person-
nelle du chef de 1'Etat, et droit de dissolution refuse. ,
II n'y a cerles pas d'exemple de Gouvernement parlementaire
sans droit de dissolution; mais la secte haitienne cnscigne quo cc
droit n'est pas essential au parlementarisme. Je ne peux m'arrkter
en chemin pour combattre cette erreur fondamentale, mais je constate
alors que nos constituents auraient innov6 en cr6ant un parlementarisme,
sans droit de dissolution. Comment done peut-on nous dire que s'ils
n'ont pas rendu le Pr6sident irresponsible c'est que le prdc6dent
manquait ?
La raison est certainement mauvaise, car Ie precedent manquait
6galement d'un gouvernement parlementaire sans droit de dissolution,
et vous enseignez que nos constituents I'ont institu6 pour la premiere
fois. Vous, voyez done que vous nagez en plein sophisme.
Reconnaissez, Messieurs, que loin d'6tre gar6 M. G. Laporte
est dans le droit chemin ; votre erreur pent avoir huit ans de pratique,
sans avoir prescrit centre la raison publique et centre la vbtre propre ;
renoncez franchement h vos fausses theories.
Pour trouver an moins un point oi me combattre avec apparence
de success it vous a fall me pr6ter gratuitement une erreur.
c L'erreur radical de M. G. Laporte dites-vous est de vouloir
< que le President seul ait droit A une politique ct qu'il soit seul
t responsible. ,
Duquel de mes ecrits tirez-vous cette strange thUorie? Lisez Ics
Nouvelles, et vous y verrez que j'affirme surabondamment la respon-
sabilit6 ministlrielle ; quant A la theories de la solidaritl c'est pour
I'avoir rappele dans mon discours au President, que j'ai provoqu6
l'attaque de I'un de vos clients trompe par vos theories de 1871
et mal inform de votre nouvelle evolution.
Ne pouvant laisser p6rir sans secours la thWorie du vote de non-
confiance, vous croyez la legitimer en 1'dtayantiir le droit d'inter-
pellation qui, d'apres vous, strait sans poi'de, s'il n'emportait,
comme consequence 16gale et ndcessaire !e droit, pour la Chambre,
d'exprimcr son opinion par des votes condamnant les ministries a la
destitution. Tout cela est encore faux. La vraie theorie de notre Con-
stitution, c'est que la Chambre, si elle est soucieuse de la justice,
peut, avant de mcltre on Secrdtaire d'Etat en accusation sc ren-
seigner exactement sur les faits, soit on interpdelant cc fonctionnaire ,
soit en ordonnant une enqute, ( par une commission de Deputds
non pays h P. 200 par mois, hors session). L'interpellation apprend
la Chambre que la loi a W 8 violde ou non ; si oui la mise en
accusation s'ensuit, si non, ii n'y a rien a fair. Le droit d'inter-




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poller les Secritaires d'Elat, pas plus que colui d'inleroger les pre-
venus n'emporte pour la Chambre on le Minist6ie public ledroit
de condamner 'individu interpell 'ou interrogd.
Du rest vous I'avourez votre pralique prouve que Ic vote
de non-confiance no vous parait pas une suite do I'interpellation ;
trois fois vous I'avez Imis, et les trois fois, sans interpellation
pr6alable.
La loi du talion s'cst malheurensement excrute sur Mr Thoby:
votre complice en 1871 ct on 1873, ii a ti6 votre victim la
derni6re fois et vous avez entendu les hauls cris qu'a pouss6s ce
parlementaire qui se pique d'6tre correct.
En resume Messieurs, tous les fonctionnaires haitiens sont res-
ponsables, mais de la responsabilit6 1Igale ct non de la responsabilit6
d'opinion ; Ic vote de non-confiance, qui d6coulo de ce dernier syst6me
de responsabilit6 cst stranger et contraire a notre Constitution.
AprBs tout, je me le demand, avais-je besoin de tant dcrire
pour prouver quo j'ai raison et que. vous avez tort? Vous reniez
vos theories de 1871, ct vous me dites quc vous jugez les miennes
inadmissibles quaint a present ce qui veut dire qu'ellcs seront
reconnues vraies a une 6poque peu 6loign6e, sans double.
Et soulevant un coin du voile qni cache votre jou t6nldreux,
vous daignez nous montrer I'avenir. Vous nous annoncez. un- relour
prochain espercz-vous, a la vraie doctrine constitutionnellc, qui est
la mienne, quand le pays aura posseddl I'homme qui sera le directeur
de sa propre politique; un de ces capable par excellence que le
part a pour chefs vous pout-6tre, mon contradicteur!
Get acc6s de franchise nous procure beaucoup do joie; nous attendrons,
s'il le faut, jusqu'en 1880, le iriomphe de nos idWes. Le pays,
nous dites-vous, n'en 6tait pas digne gouvern6 qu'il tait par des
ignorants depuis Nissage Saget jusqu'h nos jours; mais euifin I'bre
des capacit6s commencera avec la nouvelle priiode pr6sidentielle.
Ah .a, Messieurs, ne craignez vous pas que le pays Blectoral ue
se lasso enfin de tant d'outrccuidance et de votre cynisme d'incons-
litutionnalit6 !
Abandonnant les audacieuscs erreurs que vous professiez en 1871,
vous nous enseignez aujourd'hui que come le premier ministry
anglais notre Pr6sident doit donner sa admission quand le Cabinet
cst frapp6 d'un vote tle non-confiance; vous rcconnaissez tI principle
de la solidarii6 pr6sidcnticllc, mais vous ajoulez, qu'en faith, il est
ndcessaire, il est indispensable de ne tenir aucun coipte dto cette
doctrine tant quc vous ne serez pas au pouvoir !
Quel respect voulez-vous que m'inspire une tell bonne foi: (c




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que venez-vons mc parler de vos hommes d'Etat honnmtes et supdrieurs ?
D'honnetes logiciens, en effect, sont ceux qui 6crivent d'une part:
il est' trop inddniable que lout acle du Pr6sident doit-61re contre-
sign6 d'un Secr6taire d'Etat, qui s'en rend. responsible avec lui, ,
et d'autre part : a il est nicessaire il est indispensable que ses
ministres Seuls supportent la rcsponsabilitl ,
Relisez le passage soulign6 de votre extrait du Messager : IIne
faut jamais oublier que la souverainete re'side a dans la nation
elle-mdme ,. C sont done dcs usurpateurs et des tyrans, ceux qui
disent que la Chambre est souveraine.
Vous carcssez de beaux r&ves d'avenir Messieurs ; je vous en
filicite; endormez-vous dans vis illusions, mais sachez qu'il y a en
Haiti des intelligence que vous n'cblouissez pas ct des yeux impar-
tiaux scrutate.rs de vos consciences que vous ne trompez pas.
Sur c Monsieur l'administrateur je vous prie d'agrker l'ex-
pression de mes sentiments distinguds.
G. LAPORTE,
"M6020-

Aux Cayes le 22 juin 1878.

Monsieur Hfrard Roy,

Port-au-Prince.

Mon cher Herard,
Le d6vouement de Curtius, so jetant dans le gouffre pour sauver
le people remain m'a tonjours inspire une pitie melee d'admiration.
Votre article sur la Constitution, public dans le Drapeaut Na-
tional du 7 juin, a fait nail'e en moi un sentiment semblable.
La doctrine du parlementarisme haition qui reposait sur des sb-
plismes succombe sons Ics coups d'une argumentation serree et pres-
sante sans que ses inventeurs en prennent ouvertement la defense, et vous,
vous formez et gen6reux dessein do vous d0vouer a la tache et de
vous abimer dans an gouffro d'errours pour sauver le systeme qui
s'6croule. Concovoir lc dessein Mtait beau; le mlltre i 6x6cution est
certainement grand; mais, h6las! mon cher HWrard, vous Rtes vic-
time d'une loi ineluctable de 'esprit humain: le vrai se d6montre par
des raisonnements justes, 1'crrcur ne peut s'appuyer que sur des so-
phismes.
Vous avcz entrepris de prouver que cerlaines violations de la Con-




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stitution sont des actes constitutionnels ; vous deviez fatalement accumuler
erreurs sur sophismes, inexactitudes sur conlrc-vOritls, et c'est ce qui
vous est arrive.
Sans mauvaise intention, vous me classes parmi les adversaires de
la Constitution, parmi ceux qui l'attaquent, et cola malgr6 trois longs
articles que, dans les Nouvelles, j'ai consacrds a la dCfendre contre
ses ennemis de tout genre, notamment centre les Doctrinaires du par-
lementarisme, qui ne sont pas les moins dangereux.
Je n'ai pas il est vrai, dans la perfection de cette loi pure-
ment humaine la foi hypocrite qui porte un parti politique a en nier
les imperfections les plus dvidentes; mais si jo la critique sur des
points secondaires: j'ep soutiens les principles essentials avec plus de
sinchritd et de v6rit6 quo les faux constitutionnels du temps present.
Si, maintenant m6me, j'adjure les Pouvoirs publics compktents d'eli-
treprendre une revision partielle de la Constitution c'est parce qu'ell,
a prevu elle meme la n6cessite Aventuelle de modifications successive .
Vous vous d6clarez contraire A la revision comme inopportune et dan-
gereuise; ces deux mots sont vite ,erits, mais avez-vous provu i
quoi ils vous engageaient ?
Comme la foi aux oracles a disparu de notre monde politique et
qu'une affirmation h'est pas une demonstration, vous 6tes en demure
do discuter une a une les modifications proposes, et de prouver que
clacune d'elles est inopportune et dangereuse, sinon vous restez con-
vaincu d'avoir produit i la I~gcre, dans une matiere grave, une asser-
tion injustifiable.
Vous entrez dans la discussion du droit .des votes de non confiance
on condamnant vos condisciples dte l'Haitien qui invoquent, A l'appui de
votre these commune, la constitution anglaise, et vous nous annoncez
la d6couverte d'une nouvelle m6thode d'6tudier les lois.
Jusqu'a ce jour, les Facultds de droit, en France, imposent 1'6tude
du droit remain comme source de lumieres pour cell du droit francais,
et nous 6tudiants d'llaiti nous avions toujours pense agir suivant
une saine logique en ltudiant les codes fraonais pour nous 6clairer sur
les n6tres, qui, le plus souvent, n'en ont Wte que des copies. Vous
d6clarez ce proc6dt vicicux, et vous nous enseignez que, ( pour bien
se rendre compile de l'iconomie de la Constitution haitienne (la mime
chose doit vraic du code civil), il suffit do roster en Haiti ,, come
si les idgislateurs ha'itiens avaicnt cr66 de toutes pieces uue legislation
sans pr6c6dent, et sp6ciale 5 notre pays. Toute 6tude de l6gislations
compares est, non sculement infructucusc mais nuisible pr6tcndez-
vous.
Eli bien j'en suis fich6 pour vous, mon cher HWrard, ni les Fa-





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cults ktrarigres, ni les modestes 6tudiants d'Haiti lne consentiront a
abandonner leur ancienne m6thode pout so ranger t votre avis.
Vois proscrivez la comparison de notre droit constitutionnel avec
celui des Anglais et celui des Am6ricains, parce que vous reconnaissez qu'il
en r6sulte la condamnalion des faux principles que vous soutenez, et
vous oubliez que c'est en s'appuyant seulement sur la pratique anglaise,,
que les violatcurs de notre Constitution ont introduit chez nous le
vote de non-confiance.
Si vous interdisez h vos amis d'invoquer la pratique constitutionnelle
de l'Angleterre vous ruined leur doctrine; car it est si vrai qu'elle
ne repose sur aucun tcxte., que vous les avez vus r6duits a lajus-
tifier en affirmant l'existence, dans tous les pays repr6sentatifs de
certaines rOgles parlementaires non 6crites dans la constitution. v
C'est I'argumentation des chefs eux-mmes et vous n'avez qu't
retire le proces-verbal de la stance de la Chambre des d6putes du
24 avril 1874, pour voir que ce sont eux qui, en essayant de
fonder leur vote de non-confiance sur la pratique anglaise, ont con-
duit leurs adversaires i aller les combattre sur ce terrain. Vousn'ttes
qu'un parlementaire h6etrodoxe en .contestant la l6gitimit de cette
discussion ; c'est a tort que vous avez disavou6 les Docteurs de l'Hai-
lien P, surtout quartd vous ne deviez pas triompher oih ils ont succomb6.
En effect, moA cher Hdrard je le dis regret, mais vous n'avez
produit aucun argument que a l'Haitien D n'edt d6jh vainement invoqu. -
Faisant infraction a votre propre m6thode, vous vous lance dans
I'elude des constitutions compares et vous recherchez des diffdref-
ces iui puissent infirmer cctte idenditd essentielle que j'ai fait re-
connaitre entree Ie systime gouvernemental d'Haiti et celui des Etats-
Unis.
Vous auriez pa mo dire, come vos confrbres de 1'la'itien ,, quo fIune
est ecrite en anglais et I'autre en frangais et que les fonctionnaires
politiques et administratifs du rang le plus Blev6 qu'on appelle Ministres
en Europe so nomment, en Haiti, Secr6taires d'Etat, et, aux Etats-
Unis Heads of ddpartements; mais vous avez dvit6 ce ridicule-tout
en me signalant des differences aussi futiles, aussi peu susceptible
d'influer sur le fond du system.
< Aux Etats-Unis, dites-vous, Ic Pr6sident recommande par un
message la loi qu'il croit utile au Pays, et le CongrBs la fait ou
ne la fait pas; en Haiti, il en est diff6remment.'
Voyons comment cola se passe chez nous. II. est certain que ce
n'est pas notre Pr6sident, ni nos Seer6taires d'Etat, qui nous votent des
lois; c'est notre Congrs, tout come aux Etats-Unis. Mais alors oi
est la difference ?






SElle est dans le mode de recommander la loi: le President am6ri-
cain emploic *un message, le n6tre recommande les lois en presentant
:des projects libellIs.
Do cetts diff6rcncc vous diduiscz le droit du vote do non-con-
fiance. Eh bien franchement, jo serais curieux de saisir sur le vif
cette operation de votre entendement. Veuillez, pour mon instruction,
m'6tablir -ce raisonnement sous une forme scholastique syllogisme ,
,enthym6me ou sorite ; ne craignez pas l'aridit ; je saisirai meme plus
facilement votre argumentation ainsi dcliarine.
II faut, je crois, une bonne volont6 bien liberal pour arriver i
se figure que cette difference dans le mode de recommander une
Ioi puisse modifier sensiblement l'essence du systime. Dans la pratique,
lout se passe lA bas come ici; un grand nombre de lois sont dues
A l'initiative des Secretaires aux divers d6partements; seulement, des
reprbsentants, amis de l'Ex6cutif, se chargent de les soumettre auCon-
gres aprls le message pr6sidentieL '
Vous voyez une second differene sur un point oa l'identit6 est
generalement reconnue.
Aux Etats-Unis, dites-vous, il y a separation rigoureuse des Poo-
voirs ; le President estoblig6 de se courber devant les decisions du
CongrBs ( pas devant cells de la Chambre des reprisentants ) Mais
it me semble que chez nous 6galement le President ne pcut qu'obeir
aux decisions du Corps ligislatif, et qu'aux terms de l'article 43 de
notre Constitution chacun des trois pouvoirs est ind6pendant des
-deux autres dans ses attributions qu'il exerce sipardment.
Votre excursion dans le gouvernement ambricain. n'a pas tourn6
I'avantage des votes de non-confiance; ii faut en prendre votre
parti et teacher d'etre plus houreux sur un autre terrain.
Vous promette'z d'dlucider la question au moyen de la Constitution
mime, et quand on s'attend a vous voir produire un texte precis,
( la lettre doit pr6valolr, art. 38 ), vous invoquez sculement le so-
phisme le plus familiar a l'Ncole parlementaire.
Vous confondez involontairement ou non la Chambre des d&-
putis avec le Pouvoir lgislatif; e'est une confusion que j'ai mainte
fois signalee dans le course de la discussion, et je regrette, pour vo-
tre logique qu'elle n'ait pas d6daign6 cette equivoque.
Qu'aspirez-vous a nous faire voir dans la Constitution ?
Est-ce la predominance du Pouvoir legislatif, compose de la Cham-
bre et du Sdnat,. ou la predominance de la Chambre des ddput6s,
abstraction faite du S6nal ?
SC'est Bvidemment la predominance de la Chambre basse que vous
voulez prouvcr puisque vous cherchez a justifier. les votes d'anli-


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patriotism et d' non confiance don't cette Chambre seule s'est tow-.
jours assunm Ile ridicule el I'odieux voles auxquels le SInat a
I'honncur do n'avoir jamais participb, et qui n'ont done jamais 616
des actes du Pouvoir tlgislatif.
II est vrai aue ni vous ni personnel d- I'6cole ,. n'avez. jamais.
os6 6mettre nettement cette proposition subversive factieuse et in-
surrecionne ; < La Chambre des communes. est pr6dominalne ,;
mais en faith vous- tender i la. faire admettre an moyen d'un so-
phisme.
Cc raisonnemenl rl a que I'"co b parlementaire, ressasse depuis huit
ans, oicians, iidans sa- nudit6.:.
Tout. Pouvoir ldgislatif pir'dominant a. le droit d'6mettre des.votes:
entrainant la retraite du Cabineb;
Or,. e Pouvoir legislatif en Haiti, est predominant;.
Done la Chambre des comrwntans a le doit de donner des votes.
de non-confiance enr'ainant la chute du Cabinet.
Je ne veux contester paur le moment,,ni. la majeure ni la
mincure, qui sont pourtant tiusses; m.is en los admettant pour
vraics, jc d6ma:sque 'escainotage qne vous faites dans. [a conclu-
sion. Dans lcs deux pr6misses vous aflirmez ,. en t fft. des. attribults
du Pouvoir legislatif et dans la> conclusion, par un tour dc passe-
passe qui prtcnd. Ctrc hailed ,. vous substituez. Chambre des com--
munes h Ponvoir lgislatif, et vous affirmez pour la. Chambre un at-
tribut qne votre raisoinnlment autoriserait sculement t reconnaitre- an
Pouvoir 16gislalh
Cla s'appelle un sophism ,. ou.- h rogiqic( n'existe. pas.
La Chainbre des communes n'est pas le Pouvoir I6gislalif; ce qu:
est vrai de Iimn ne rest pas Ibrc6ment de I'autre.
Si predominance entraine volf de non-conliance, faites donner vos
votes par le Pouvoir ligislalifl
Pour ~lablir un syllogisme rigourt.x i' vous faudrait dire :
Toutle Chamnbre pr6dominante pent donner des votes de non-con-
fiance;
Or la Chambre des dcputls en Haiti,. est pr6ddiminante;
Done, la Chambre des d&puts. d'Haiti pout donner des votes de-
non-confiance.
eltte conclusion no peut d6couler d iua awtre raisonnament, etje
doute qiie vous rcconnaissicz cc syllogism- comnme v6tre.
Ce qui rtvele encore plus clairement I'infirmilt radical de ces.
doctrines partementaires c'cst qu'dlles se fondent sur deux propo-.
sitions disctlecs qui so servent mutuellement .d. preuve..
Qu'est-ce qui. prove a-c droil do la Cliambre d'ccetlre des votes





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de non-confiance ? Rep : La predominance du Pouvoir l1gislatif.
Qu'est-ce qui prouve la predominance de cc Pouvoir ? Rep : Le droit
de vote de non-confiance.
Quoi mon cher IHrard vnus avez pu ecrire celle 6normit6 :
L'immense influence accordfe au Pouvoii' executif no ditrinue en
a rien la predominance du Pouvoir legislatif, puisque le Cabinet qni
discute dans les Chambres doit se soumettre au vote de la majority
< de la Chambre des diput's en cas de vote d'anlipaitriotisme. ,
Ces derniers mots sont indispensables pour pr6ciser le terrain de
notre d6bat, puisque nous ne discutons pas l'obbissancc aux lois ren-
dues par la majority du Pouvoir I1gislatif.
Ce raisonnement est just I'inverse du soplisme quo tout a I 'hlere
je vous faisais toucher du doigt.
Vous voyez done que, ni plus ni moins que les rh6teurs de 1'Hla-
itien vous evez charge votre conscience d'une petition de principle,
en affirmant I'obligalion pour le Cabinet de so courber devant un vote
de la Chambre des communes, obligation qui est prkcisminnt en
discussion.
Vous avez encore suivi la trace de ces rhltteurs en rHp6tant leur
argument tire du droit d'interpellation, argument don't j'ai deji d6-
montr6 I'inanit6.
La Chambre ai-je 6crit, remplit au tribunal politique qui juge les
membres de 1'Executif, le r61e du ministire public pros les Tribuiaox
ordinaires. ( Dli de contester cette proposition.)
Or les officers du minist6re public, qui ort le droit *d'interroger,
d'interpeller les prevenus, afin de les traduire, en connaissance do
cause, devant le tribunal comp6lent', n'ont pas le droit de condam-
ner ces prevenus; ( 2e ddfi de conterter. )
Done la Chambre ne peut du droit d'interrogcr, d'interpeller les"
Secr6taires d,Etat faire d6couler celui de les condamner.
Est-ce assez clair ?
Vous ne niez pas, je suppose, quc le vote de non-confiance no
soil une condemnation a la destitution; eh hien aux terms de 'a.j-
tide 133 du Pacte fundamental, c'est le SCnat seul qui a le droit
de prononccr oette condemnation centre les Secr6taires d'Etat, et aprcs
les formalit6s protectrices d'un jugement.
Vous auriez 6vit6 l'erreur que je vous signal si vous aviez rd-
duit voire raisonnement A la forme simple d'un syllogisme. Exemple :
Toute autorit6 qui a le droit d'inlerpeller ou d'ilcerroger ( ce qui est
la idme chose ) a le droit de condamner;
Or, la Chambre a le droit d'interpeller les Secretaires d'E(at
Done clle a le droit de les coondmner,




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II est impossible de tirer cette conclusion de pr6misses differentes
mais vous Rtes incapable, n'est-ce pas, mon cher Herard d'avan-
cer une majcure aussi monstrucusement erronnee que cell de ce
syllogisme.
L'argument tire du droit d'interpeiler est done sans valeur.
II n'est pas necessaire, comme vous le crovez d'invoquer la res-
ponsabilitl pr6sidentielle pour combattre la 16galit6 des votes d'anti-
patriotisme ou de non-confiance ; personnel n'a jamais soutenu qu'en
Haiti la responsabilil6 du Pr6sident exclude cell des Secritaires d'E
tat; cette idee fausse est un Tant6me imagine par 1'ocole parlementaire,
qui a voulu avoir une erreur a combaltre.
On lui a seulcment oppose cc raisonnemnt : la rcsponsabilit6 d-s
Secr6taires d'Etat et cell du President, et le mode effeclif de ces
responsabilit6s, sont dcrits en terms idenliques dans la Constitution ;
Or personnel ne contest que la responsabilitl pr6sidenliello ne soit
purement 16gale; personnel ne soutient qu'il soit constitutionnel de
frapper le President de votes do blame ou d'antipatriolisme;
Done de tels votes no peuvent Utre conslitutionnels quand ils soot
diriges centre les Secrtlaires d'Etal, puisque le mode pratique de leur
responsabilit6 est identique 5 celui de la responsabilite pr6sidentielle
Voila i quoi personnel n'a jamais essay de r6pondre carr6ment
et sans biais.
Faisant une nouvelle infraction a votre m6thoi e de proscrire la
comparison des hegislations, vous revenez au gouvernement ameri-'ain
pour produire un raisonnement nouveau, digne d'etre note come si-
gne de d6faillance d'une intelligence en proic au sophisme.
Si aux Etats-Unis, dites-vous, Ics votes de non-conilance sont
inconstitutionnels c'est parce que les Secrotaires d'Etat ne portent
Sque la responsabilite delecurs actes personnel. ,
Cas votes sont done inconstitltionnels chez nous, puisqu'il est cer-
tain que nos Secretaires d'Etat no sont responsables que de leurs actes
personnel; et je vous d6fic d''tablir-le contraire.
Pour qu'ils partagent avec le President ( et non pas portent seuls
pour lui, come I'enseignent les parlementaires) la responsabililt des
faits et gestes de celui-ci, il faut qu'ils se les rendcnt personnel en
contresignant les acdes on ordres du Chef de I'Elat. C'est parce que les
actes -ainsi contresign6s deviennont personnel aux Secr6taires d'Elat,
que ceux-ci en sont personnellement responsab'cs. Ancun faith n'cst plus
personnel que de meltre sa signature au has d'un document public.
Mais je suppose que, faisant de la casuislique constitulionnelle, vous
appeliez actes personnel des Secr6taires d'Elat sculement ceux dout
le President n'est pas solidaire.




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D'apris vous pour ces acles-1 los votes de non-confiance de-
meurent iuconstitutionnels come aux Etats-Uois.
Elh bien! appliqucz cc raisonnement a Ilinscrlioni au Moniteur d'tun
note dc trois ligncs en Lote d'un project do loi rejet6 fail. personnel,
et exclusivement personnel a M'. L. Eth6art et prononcez la condam-
nation de vos amis de la Chambre qui, pout cc faith personnel, ont
donn6 un votre d'antipatriolismc. Votre loyault no vous pernet pas de
vous soustrairc i cette sevtrite.
Vous voyez que vos p6r6grinations aux Etats-Unis ont laiss6 dchout
la compendiouse demonstration.
Apris avoir hasard6 les deu; on trois sophisnes ct lcs inexacti-
tudes que je vions de rclever, vons proclamcez complaisamment que
vous croycz avoir d.montr' I'cxistence des votes de' blame et de
non-confiance dans la Constitution !
Qunc .'licle cortient ces votes ? Vous. no l'avez pas dit.
'Jc me '3rmets de penser qu'A la lccture de ma letter vous avez
perdu votre apparent conflance dans votre demonstration. Je doute
mime que celtt illusion vous ait berc6- longlemps, car vous vous
hfitz d'iuvoqucr un dernier argument, percmptoire i vos ycux; vous
nous dites que le people a consacr6 trois fois la lthoric des votes
do non-contfance en renversant des Chefs qui avaicnt combatlu cette
ineffable conception. Examinons.
Feu Sylvain Salnavn avant d'tNic hiss6 an ralal poteau, n'avait
pas cu la douce joic de voir Mclore la sublime theorie des votes de
inoi-oniacolce et vous faites que lo people ait venge sur lui :eollo
lthorie meconnue ; Ire inexactitudo.
Feu Michel Domingue n'a pas gouvern6 sous I'empire de la Con-
stitution de 1867 ; la question qui nous occupe no I'intlrcssail done
pas d'aulant plus que, sous son administration, le parlcmentarisme
haition s'cxrn;ait A Kingston Jama'iqne; les difficultds do Doiinguo
avec cl people haitien no partaient pas du tout d'une miconnaissance
do la thWoric des votes do non-conliance ct vous ddcouvrez dans
le renversemnnt de cc Chef la consecratiou de votre chlre thioric;
2c inexaclitude.
Convcnez mon cher H6rard quo nos revolutions n'ont jamais eu
pour objet de revcndiquer Ic droit mconnu du vote do non-confiance,
et qu'ellcs no prouvent rien a cel gard..
Dans une discussion do droit constitutional avc un adversaiie
a qui vous suppose quelque precision dans I'esprit vous auriez dli
vous m~lier do ces accs do lyrisme qui appartlinncnt au genre purc-
ment. litteraire et non a la science politique.
Aussi voycz le mal; unc foisinspir6 do cc souffle dillhyrambique,




87 -

vous vous Ccriez : Qui done a appris aux hailiens h aimer la con-
stitution ? Sont-ce les Ponvoirs Ex6cutifs ? Non. Sont-ce les Clambies ?
Oui, diles-vous, et sans crainte d'dtre dementi.
Pourquoi n'avoir pas employee plut6t le mot contredit il est ddicat
pour moi d'avoir B vous d6mentir, au lieu de vous contrcdire iim-
plement.
J'affirme sur l'honneur quo le sentiment hostile a la Constituion
quo j'ai rencontr6 dans le Sud quand .je suis venu m'y 6tablir il
Y a six ans ne provenait que des usurpations et des exces de pu-
voir de la Chambre de la 13c 16gislature, et qu'il n'a repris de
force qu'avoc les violations r6it6rees de la Constitution auxqudles
I'Assembl6e national et la Chambre des d6putess s sont livr6es je-
puis 4876.
S'il cst vrai quo l'on fait aimer une loi par Igl in, scrlpuleux lue
I'on met h ne pas la violer toute la gloire de I'atta ment de la
minorityt 6clair6oe notre Constitution revient plut6t a N. Saget hns
ses premieres ann6es et a Boisrond-Canal a ce dernier surtout
On no peut citer a sa charge une seule violation de la Corsti-
tution ; et cells cominises par les Assembl6es politiqucs se chiffient
ddjh d'une fa,;on inquiCtante.
*1o Perception de 5 mois d'indemnitM par la Chambro en 481 ;
2o Creation ill6gale de pensions de P. 200 par mois en faveui de
quelques deput6s, sous pr6texte de commissions diverse;
3o IRefus de I'Asscmblee national d'examiner les objections de 'E-
x6cutif au dccret touchant I'emprunt Domingue ;
4o D616gation des pouvoirs de l'Assembl6e i une commission;
5o Indemnity aux Conseillers d'arrondissement;
6o Vote d'anli-patriotismen
7o Vote d'une loi do spoliation, qui sous couleur de protuger lcs
ouvriers paresseux, porte une alteinte r6clle au droit de proprifit et
doit aggraver la mis6ro publique, etc. etc.
Vous le voyez mon cher HWrard j'ai le d6faul de ne pou'oir
laisser une discussion so perdrc dans le vague; jo t~chc toujairs
d'cn pr6ciser le terrain, et cela contrarie quclquefois mes ad'er-
saires.
Un conscil pour finir: vous admirez Ic syst6lne des votes de ron-
confiance de la Chambre des communes, system qui annule inconles-
tablement Faction du Sinat et r6duit A ricn lrs pouvoirs du fr6-
sident; el bien prenez hardiment, mais loyalement position.
Avouez que cotte th6oric est Ctrangere i notre organisation cn-
stitutionnelle ; r6clamicz la revision demanded un President irresnon-
sable une simple machine i 6Cuilibrer le Cabinet ct la Chamte ,






88 -r-

et, pour cela, arm6 du droit de dissolution; accordez-lui la nomi-
nation d'un Shnat strangerr au suffrage populaire. Aprcs ccla vous
aur(z le droit de pro:lamcr que les votes de non-coifiance sont
logiques.
lais tant que vous n'aurez.pas obtenu ces r6formes ces votes de-
meirent de.s pu6rilites antipathiques 5 la lettre et h l'esprit do la
Constitution et don't un Cabinet 6nergiquement sdrieux aura facilement
raion.
',e people am6ricain ne se ruine ni ne s'abetit dans les luties
arne'es et pdriodiques, et il a 1'heur de ne pas connaitre cos votes
quc votre sagesse nou3 vante. 11 parait qu'il trouve ses garanties
et sa s6curit6 dans des institutions moins illogiques ; nous talcherons
de faire comme lui, malgr6 vos conseils, et n'en d6plaise h I'cole
palcmentaire.
Sur ce, mon cher Hdrard je vous sorre cordialement la main.

G. LAPORTE.




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