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Title: Poeme de la tranch'ee
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 Material Information
Title: Poeme de la tranch'ee
Series Title: Poeme de la tranch'ee
Physical Description: Book
 Record Information
Bibliographic ID: UF00001297
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltqf - AAA0392
ltuf - AKP2706
alephbibnum - 002054725

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POEME DE

\ TRANCHEE


D I TI ON S


DE LA


t$QUVELLE REVUE FRANQAISE
Sl5 & 37 RUE MADAME
PAR IS


o '. .
*, .











LE POEME DE
LA TRANCHEE















DU MEME AUTEUR:

AUX CAHIERS DE LA QUINZAINE

A CHAQUE JOUR, 'POMES. UN CAHIER, JUIN 1904
NOUS, POSIES CHOISIES. UN CAHIER. JUILLET 1914

A LA LIBRAIRIE DU MERCURE DE FRANCE

A CHAQUE JOUR, POEMES, EDITION AUGMENTEE, UN VOL., 1907
AU LOIN, PEUT-ETRE.... 9POtMES, UN VOLUME, 1909
HUMUS ET POUSSIERE. 'POMES. UN VOLUME. 1911

A LA LIBRAIRIE CHAMPION

PRISME STRANGE DE LA MALADIE, POMEE. UNE PLAQUETTE
HOURS COMMERCE (COLLECTION..LES AMIS D'tDOUARD") 1912

C H E Z C A M I L L E B L O C H

PiGUY ET LES CAHIERS, UNE PLAQUETTE, 1914

AUX EDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANCHISE

LE DESSOUS DU MASQUE, 9POMES. UN VOLUME, 1914
L'ARRET SUR LA MARNE, 0'OME, UNE PLAQUETTE, 1916
NOUS, 'POMES CHOISIS, UN VOLUME, 1916












BIBLIOTECA

ALBERTO BAEZA FLORES






FRANCOIS PORCH


LE POEME DE

LA TRANCHEE


EDITIONS


DE LA


NOUVELLE REVUE FRANCAISE
35 & 37 RUE MADAME
PARIS
1916


UilVERSITY OF FjfPIjDALISR'fE'


..... . . ..... mi --- - -1








IL A ETE REIMPOSE ET TIRE A PART
SUR HOLLANDE 4 VAN GELDER ZONEN*
ONZE EXEMPLAIRES HORS COMMERCE
NUMEtROTES DE I A XI ET
SOIXANTE EXEMPLAIRES NUMEROTES DE I A 60




2.631

P<
5a3













TOUS DROITS DE REPRODUCTION, DE TRADUCTION
RESERVES POUR TOUS PAYS, Y COMPRIS LA RUSSIE
COPYRIGHT BY LA NOUVELLE REVUE FRANCAISE 1916




-_.~~ I ~-i~-~-~~ --r -wI- I 7-F *~


A MAURICE


BARRaS


EN TMOIGNAGE
D'ADMIRATION. DE DEVOUEMENT,
DE RECONNAISSANCE INFINIE















LA VEILL.E



I


La pluie 6paisse dans la nuit
Partout pittine a petit bruit.
Chaque rafale qui se penche
Entoure un cou
De son bras mou,
Se relive et froisse une branch
On ne sait oh.

L'ombre en bas filtre et s'icoule
Et murmure un long secret;
L'ombre en haut resonne et roule:
I1 pleut sur une fort.
9


I









SLE POEME DE LA TRANCHEE
* L'eau du ciel s'abat sur la terre
De tout son poids,
Du meme sombre elan qu'elle avait autrefois,
Quand les premiers humans s'6tonnaient dans les bois
De son triste mystere.




Et le vent, c'est le meme vent
Dans les feuilles obscures.
Nous avions vu pleuvoir et venter bien souvent,
Mais savions-nous auparavant
Combien les averses sont dures?




Les hommes n'ont-ils plus comme les animaux
Qu'un couvert de pauvres rameaux ?
Quel destiny les condamne a ployer sous l'automne,
Et, revant jour et nuit des anciennes maisons,
A contempler sans fin la face monotone
Des maratres saisons?
10









LA VEILLE












La bise a souffle
Plus aigre,
Les collins ont enfl6
Leur dos maigre.


Sous le fouet la terre expie,
Accroupie,
Un tres vieux crime inconnu.


Tout a froid dans sa chair tendre,
Tout se sent debile et nu
Et chatie sans comprendre.
11


.









LE POEME DE LA TRANCHEE
Lentement s'6carte un pli
De la brume;
L'orient se trouble et fume;
Tout implore en vain I'oubli.


Comme le prisonnier qu'on arrache au sommeil
Et qu'on traine au supplice,
Tout veut parler, prier, tout resiste et tout glisse
Vers I'horrible soleil.


Des vapeurs blanches
Un arbre sort :
Trois, quatre branches
Sur un tronc mort.


LA-bas l'or&e
D'un profound bois,
Si tristement doreel


Pas un oiseau, pas une voix.
12


* 1









LA VEILLE
Vide et silence : une clairiere
Et, par derriere,
Un talus gris.


As-tu compris ?


As-tu compris le sens des foug&res trouees
Et ce que guette au loin I'oeil aigu du veilleur
As-tu compris dans tes nuees
Ce qui se passe ici, Seigneur?









L~ve-toi, jour transi,
Montre oi nous en sommes,
Dis & Dieu: # Les voici,
Les hommes!
13










LE POEME DE LA TRANCHEE
Aube sinistre,
Plane sur eux,
Montre le bistre
Des fronts terreux.


Montre la boue
Et le boyau,
Montre la fibvre sur la joue,
Montre les pieds dans l'eau.





*




Partout ce couloir d'insomnie,
Glac, glissant,
Va roulant sa fange infinie,
Tourne bois et pris, grimpe et redescend.









LA VEILLE
Partout, la nuit, le long des crates,
L'obscur cheminement dans les canaux bourbeux,
Partout les mines pretes
Sous les sentiers herbeux.


Argile ou sable, humus ou craie,
Partout le sang qui se d6laie
Dans le sol noir ou jaune ou blanc;
Partout, des montagnes aux dunes,
Dans les brouillards visqueux et sous les froides lunes,
Les hasards d'un sort accablant.








Est-ce done pour d6fendre une aussi dure vie,
Ou les souvenirs d'un bonheur perdu:
Les enfants sur le seuil et la table service
Pour le maitre attend,










LE POEME DE LA TRANCHEE
Que, piochant dans son trou, casematant sa hutte
D'epais rondins et de ciment,
L'homme ici lutte
Comme un dbment?



Lorsqu'A la hate il enchevatre
Les fils de fer avec les pieux,
Sert-il quelque dessein qu'il ne peut pas connaitre?
Aveugle et soumis, est-ce lui, pauvre tre,
Qui doit preter main forte aux dieux?



R6pondez, sacs de terre, et vous, plaques de t$le,
Boucliers de trous ronds percds,
Et vous, glaise et cailloux que sa pelle a verses
Par-dessus son epaule,
Vous, ses temoins, ses confident,
Ses amis 6pais et prudents,
Son humble et terne et lourde armure,
Redites-nous les mots que sans cesse il murmure,
La pipe aux dents.
16









LA VEILLE
Je sais pourquoi je sape et frappe,
Pourquoi j'ai mis la chausse-trape
Pr&s du glacis;
Pourquoi l'averse me flagelle,
Pourquoi je gele
Dans mes brodequins retricis;
Je sais pourquoi sans feu ni lampe
Dans mon caveau je vis, je rampe
Avec les rats;
Pourquoi, dressed, le casque au ras
Du parapet noir qui s'egoutte,
Longtemps j'ecoute;
Je sais pourquoi mon dur pain gris
Est plein de terre;
Pourquoi, la nuit, dans les abris,
II faut se taire :
C'est qu'ils sont la caches. Tout dort,
Tout fait silence,
Mais ce rideau de somnolence
Masque la mort.




17
2










LE POEME DE LA TRANCHEE


II


Voici bient8t deux ans qu'ils se sont cramponnes
Aux champs en friche, aux bois, aux murs abandonnes.
Infiltris dans le sol comme une source impure,
Ils cherchent A titons quelque 6troite fissure
Qui pfit ouvrir la route a leur immense flot.
Mais nous, doublant leur voie, eventant leur complot,
Tant qu'ils ne font un pas qu'un autre pas n'dpie,
Nous retournons contre eux leur patience impie.


i;P"L~-41Ln;;r~PI~+i -*-- ---------~-------- ----- -









LA VEILLE
L'espace entire les camps est creuse d'entonnoirs.
Derriere un massif bas de choses heriss&s,
Nos cr6neaux et les leur font de minces traits noirs
Comme des paupiires plissies.



Rien ne peut divertir ces longs yeux verticaux
De leur vigilance inflexible :
Chaque regard qui meurt dans I'ombre de la cible
Fait place A des regards nouveaux.



Quand l'herbe d'un cWtC medite une surprise,
L'herbe d'en face a des soupcons;
A peine si, parfois, une calotte grise
Se montre a travers les buissons.



Plus rarement encore un chant tfiste s'6l6ve,
Oh plane en des mots inconnus
Un reve hostile a notre reve.
19










LE POEME DE LA TRANCHEE
Tout est cote, chiffri : taillis, spaces nus,
Tout a son sort marque sur des hausses de cuivre.
Chaque moment prepare au moment qui va suivre
Un abominable rveil.


Deja sur l'horizon s'incline le soleil.


Nous reclamons leur vie, eux rclament la n6tre.
Nous n'avons de commun que cette soif. Rien d'autre.










Un frisson lent, part
De la second line,
Court sous terre : a ce signe
Chacun est averti.
20


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LA VEILLE
Approche ton oreille,
Puis chuchote a ton tour :
Aujourd'hui c'est la Veille,
Demain sera le Jour.



Si tu sens que ta levre
Sche et tremble, dis-toi :
* C'est un frisson de fi&vre *,
Et fais n'importe quoi.



Mange ou graisse ton arme,
Et, si ton cour se fend,
Ne crains rien d'une larme,
Mon courageux enfant.


Tu peux encore ecrire
Sous le faible rayon -
D'un m&chant bout de cire
Une lettre au crayon.
21









LE POEME DE LA TRANCHEE
Puis, la pliant d'un pouce
Qui la fripe et salit,
Rever d'une peau douce
Dans la tideur du lit;


Revoir dans l'ancien monde
Brusquement entr'ouvert,
L'Utroite clarte ronde
D'un came abat-jour vert,


Une vieille abimde
Au coin de l'Atre obscur,
Une fleur imprimbe
Sur le paper d'un mur,


Un petit aeil qui brille,
Un duvet fin et blond,
Et le choc d'une bille
Contre un soldat de plomb....
22








LA VEILLE
La chandelle est Cteinte,
Quelle heure?... Pas un bruit.
Rien dans le sol qui suinte
Que l'attente et la nuit.










Pendant ce temps, I&-bas, dans les maisons tranquilles,
L'enfant dort, un rameau de buis a son chevet,
Comme les autres soirs la femme se devat,
Et les derniers passants circulent dans les villes.


O vieille vie, 8 bruit des pas,
S&curite des murs, sommeil de l'innocence,
Fievre des beaux bras nus que tourmente I'absence,
Votre misere A vous c'est de ne savoir pas.
23










LE POEME DE LA TRANCHEE
Un volet clos vous trompe, un rideau sourd vous leurre.
C'est un piege a present que le repos d'un lit.
Reveillez-vous, prions. Qui peut connaitre l'heure
Oi le sort s'accomplit?



Prions dans les cit6s avec le hall qui fume,
Avec les rares feux qui clignent dans la brume
Sous les balcons deserts,
Et prions dans les champs avec les mitairies,
Avec tout ce que I'oeil au-dessus des prairies
Voit d'etoiles par les soirs clairs.



Prions avec les seuils, avec les bancs, les tables,
Et les vieux puits sombres et purs,
Avec les souffles chauds qui sortent des tables,
Avec les toits qu'on croyait sirs.



En avant des convois ronflant de ligne en ligne,
Plus loin que les tracteurs et les canons peasants,


---- 7 ~









LA VEILLE
Prions pour tous les fronts dcja marques d'un signe,
Prions pour les agonisants





Prions pour tous ceux qu'un doigt touche
Pris du sourcil:
Celui qui glisse une cartouche
Dans son fusil;
Celui qui tient une grenade
Pr&te A son poing;
Celui don't la fanfaronnade
Ne trompe point;
Celui qui tire ses cisailles
De leur etui;
Celui qui, seul dans les broussailles,
Reve; celui
Qui, trouble, s'applique A retordre
Un fil tordu;
Celui qui, parti sur un ordre,
Se sait perdu.









'LE POEME DE LA TRANCHEE
A genoux, a genoux! voici l'instant terrible
Oil les grains confondus, jets ensemble au crible,
Vont s'envoler vers leur destiny.
Faisons de la priere une autre prise d'armes,
Prions comme on combat, avec des yeux sans larmes,
Voici le tranchant du matin.

Adieu, pere, epoux, fils, frire, ami, tous les n6tres.
Vous n'avez point dormi comme les onze ap8tres
Autour du Maitre abandonne.
Adieu, vous voila tous merchant la tete droite,
Difilant pour mourir par une birche 6troite,
Adieu, I'heure a sonne.




t


- '-"Pr

















LE JOUR



I


Quatre eclairs brillent sur un bois;
Quatre coups rageurs parent a la fois;
Le ciel jette un grand cri, Dieu remote et s'efface
Rien que les hommes face A face.

Quatre autres coups, brefs, irrites,
Emportent dans leur vent les brumes de 1'aurore,
Puis quatre encore,
Prcipitbs.
27









LE POEME DE LA TRANCHEE
Le jour se leve : on entend battre
Tous les flNaux quatre par quatre.
L'epi sur I'aire late au loin.
Chaque fleau bat dans son coin.



*


Tous, soixante-quinze et quatre-vingt-dix,
Ceux-ci sonnant comme une cloche,
Ceux-la voix dure, oeil sans reproche,
Aciers gris de la veille, aciers noirs de jadis,
Le cou tendu, tapent ensemble
Droit devant eux :
Le rocher tremble
Comme un meuble boiteux.

Hors des caissons, sous~les ramures,
Les obus frais, luisants comme des pommes mures,
Sottis A la hite un par un,
Vont en terre promise exhaler leur parfum :


ipr









LE JOUR
De mains en mains passe et repasse
Le mame fruit,
Dont le depart emeut 1'espace
Du meme bruit.





Les torses en nage,
Les leviers ardents
Sont comme les dents
D'un seul engrenage;
Un fil de laiton
Nasille dans 1'herbe,
Le tir prend un ton
Toujours plus acerbe;
Les cils rapprochs,
Le pointer se penche;
Sur les pres fauches
La fumee est blanche.










LE POEME DE LA TRANCHEE


En arriere, les cent-vingt longs
Ronflent, la gueule haute:
Les hameaux font les morts dans les creux des vallons,
La vitre saute.


Trapus, tasses sur leurs patins,
Les cent-cinquante-cinq ecrasent d'un feu courbe
Les rails lointains,
La gare et la route oh 1'essieu s'embourbe.


Et, lent et lourd, le deux-cent vingt
En cherchant dans sa tete trouve,
Pour tous ceux qui n'ont foi qu'aux choses qu'on leur prouve,
L'argument qui convainc.
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LE JOUR


La flamme a delivr6 de leur contrainte morne
La foule obscure des metaux :
Leur regne est arrive, leur march horrible ecorne
La face antique des coteaux.


Du beau livre des champs rien ne se peut plus lire :
Ce qu'apres Dieu le laboureur
Dans la marge avait pu sous l'oeil du Maitre inscrire.
Est efface comme une erreur.


Le fortin perd son epaule,
Le pin s'abat sur le saule,
La levre des entonnoirs
Brule et miaule.
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LE POEME DE LA TRANCHEE
Pointilles de lueurs, d'ipais tourbillons noirs
Deroulent sous les vents de grands rideaux obliques.


Les pions broient la fort.


Le soleil, comme au temps des coleres bibliques,
Tribuche et disparait.


Soudain, du sol ouvert,
Haute de cent pieds, blanche, 6tourdissante,
Une gerbe s'panouit :
Dans sa monte et sa descent
Un blockhaus vert
S'&vanouit.









LE JOUR


A present dans le vacarme
On ne distingue aucun son.
Un choc arrache une larme,
Un autre imprime un frisson.


Au troisieme, de l'oreille
Sort une goutte vermeille....


L'air n'est plus, gris pale ou bleu,
Ce vin leger, ce delice,
Mais, solide, un bloc de feu
Qui brusquement craque et glisse.










LE POEME DE LA TRANCHEE


II


Dans le boyau d'attaque, un pied sur les gradins,
Lents, pareils a des morts r6veilles dans leur tombe,
Tous se haussent pour voir, a chaque obus qui tombe,
Voler les sacs et les rondins.

Sur les rampes du ciel les trains sinistres roulent,
Ferraillant et sifflant, jusqu'aux butoirs, I -bas....
Dans un nuage ocreux les parapets s'croulent,
Mais les cris ne s'entendent pas.
34


-T.~~-b --








LE JOUR
PMtards A la ceinture ou baionnette prete,
Ils attendent, 1'Gil pale, assourdis a moitie;
Le casque bas leur fait a tous la meme tete,
Plate, fermne a la pitie.

Rien ne subsiste en eux qu'un grand disir farouche.
La femme a ce moment ne reconnaitrait plus
L'homme qui tant de soirs a gemi sur sa bouche.

Ils escaladent les talus.







Ah voici notre vieille terre,
Qui d'un seul coup jette en avant
Le plus haut feu de son cratere,
Son jeune espoir le plus vivant;
Voici la save qui bouillonne
Sur I'arbre emond6 par le sort;
35









LE POEME DE LA TRANCHEE
Voici I'acier nu qui rayonne
Comme un rameau rigide et fort;
Voici notre jour qui se hate,
Armi des conseils de la nuit;
Les rouleaux ont petri la pite,
Voici le four oh le pain cuit;
Voici 1'essaim hors de la ruche;
Sur les pas du loup qui debuche
Voici bondir meute et veneurs;
Apris le bicheron qui cogne,
Voici pour la fine besogne
Les menuisiers et les tourneurs.







La raison suspend son contrBle,
S'obscurcit, laisse aller la main:
L'improvisateur de son r6le
Aura tout oublie remain.
36









LE JOUR
Nuque bass il court, il se livre
A tous les vents d'un sombre Esprit....
Et pourtant, Seigneur, sur ton Livre
Ce drame aveugle 6tait "crit.







La fougasse late
Et crache un feu noir,
L'ceil fou se dilate,
On tire sans voir.

La terre s'abreuve.
Tac-tac.... le moulin!
Une femme est veuve,
Un fils orphelin.

Passez les cartouches!
La clameur des bouches
Se perd dans le bruit.
37










LE POEMIE DE LA TRANCHEE
Soudain, il fait nuit
Sous trente paupibres.

Pareil au gamin
Qui lance des pierres,
Le grenadier s'ouvre
Un sanglant chemin.

Que le ciel te couvre,
Innocente main!










Le ciseau coupe,
Le fusil part,
Un petit group
Travaille a part.
38









LE JOUR
Un sifflet bref
Dans 1'herbe roule,
Le corps du chef
Bute et s'croule.

Le pied a'accroche,
On se rapproche....

L'un a jete
La passerelle,
L'autre a saut6
DNjA sur elle.
Le reste suit.

Dans chaque sape,
La crosse tape,
Le couteau luit.









LE POEME DE LA TRANCHEE


Murs de terre A gauche, A droite,
L'homme en gris et 1'homme en bleu
Dans cette vall6e itroite
Se rencontrent devant Dieu.

C'est le soir. Le paysage
N'a que quatre pieds carries.

- Souviens-toi de ce visage
Avec ses yeux effares.
Souviens-toi pour n'en rien dire
De ce mannequin de cire.

D6ej le masque noircit.

Souviens-toi pour mieux te taire,
Imite en cela la terre
Qui ne fait aucun r6cit.
40


1"" r 'qr" v









LE JOUR


L'herbe veut qu'on la nettoie.
Va, 1'homme en bleu, cherche, fouille,
Mais que ton bras s'apitoie
Quand l'homme en gris s'agenouille.


Les fosses sont pleins de morts,
Va toujours, pi&tine, enjambe;
Le ruisseau rougit ses bords
La nuit tombe et le ciel flambe.


Des feux brillent, blancs et verts,
Et tes forces sont uses.
Comment vois-tu I'univers
A la clart6 des fuses?
41









LE POEME DE LA TRANCHEE
Comment sous 1'inclinaison
De ces pales lueurs braves
Te vois-tu, toi, ta maison,
Tes amis, tes anciens reves?



De ton ame d'autrefois
Que reste-t-il A cette heure?
Un corps se traine, une voix
De plus en plus faible pleure....



Les mains grattent la terre, un jet brilant qui poisse
Inonde les cuirs en lambeaux.
Nous te crions, Seigneur, qu'aupris de cette angoisse
L'ombre est douce dans les tombeaux.



L'horreur de second en second
Grandit avec la flamme et les gemissements.
Les bataillons fourbus sont s6pares du monde
Par des rideaux d'6clatements.
42









LE JOUR
L'enorme vague sombre un instant repoussee
Vient au pied des coteaux ecumer a son tour.
La Nuit avec fureur s'est soudain redressie
Pour effacer l'ceuvre du Jour.


Trois fois, de front, en masse, en epaisseurs funebres,
En rangs lourds et serres,
Ceux-ci disparaissant dans d'opaques tenibres,
Ceux-li brusquement eclair6s,
Trois fois les hommes gris escaladent la pente
En vain,
Trois fois pris du sommet leur colonne serpente
Et retombe au ravin.


Un faisceau de clarte balaie
La prairie et la haie.
Sous ce rayon tendu
Qui se dresse ou se penche,
L'oeil est fixe et la face est blanche.

L'appel du mourant n'est pas entendu.
43








LE POEME DE LA TRANCHEE
La main recharge l'arme et la tete s'incline,
La manivelle tourne au bord de l'entonnoir,
L'escarpement de la colline
Est tantot rouge et tantot noir.


Partout, des fosses retournes
Sortent, terreux,
Les cadavres sanglants des anciennes journmes.
Un bras fievreux
Bouche une breche.
De quelle soif la gorge est seche!
Le temps n'existe plus, le courage, la peur,
Tout se confond dans la stupeur.
Le fusil brile, on tire, on tire....


Jusqu'A ce que, la-bas, comme une eau se retire,
Laissant des flaques sur les pres,
Les derniers hommes gris, les epaules penchees,
Aient disparu dans les fourrfs,
Et qu'au-dessus des morts, des poutres arrach6es,
Des portiques croulants, des arbres abattus,
Les hurlements de I'air un par un se soient tus.

















LE LENDEMAIN






La pluie epaisse dans la nuit
Partout pi6tine A petit bruit....



L'un grelotte
Et I'autre sanglote,
Et le troisieme se tient coi.


Qui es-tu, toi?
45









LE POEME DE LA TRANCHEE

Le troupeau perdu se dcnombre.
Combien sont-ils
Au bord de l'ombre,
Clignant des cils?



Combien sont-ils dans la souffrance
Sur ce sommet?
Combien sont-ils dans I'ignorance
Du simple coeur qui se soumet?



Ils sont en vie :
Ils auraient faim
Sans cette envie
De dormir, de dormir sans fin.


Et toujours sur la joue
Le seul baiser du vent,
Et toujours 1'averse et la boue
Comme devant.









LE LENDEMAIN
Presque plus de force
Et jamais de treve,
Vraiment presque rien sous la pauvre ecorce
Que l'esprit qui reve.


Juste une lueur dans un coin de l'ame
Apres la demence,
Juste assez de flamme
Pour vivre et songer que tout recommence.


Juste assez de sang au creux d'un vaisseau
Pour guetter l'aurore,
Et donner demain ce dernier ruisseau
Qui palpite encore.









LE POEME DE LA TRANCHEE










Le petit jour, jaunitre et mou
Comme une eau lourde entire les sables,
Les trouve assis, meconnaissables,
Une quinzaine dans un trou.


Leur uniform a pris la teinte
Des sacs de terre et des remblais;
Leur voix qu'on pouvait croire eteinte
Est sourde au fond de leur palais.


Leur langue avec peine article
De rares mots, rauques et lents :
Le nom d'un mort parfois circle
Entre les casques ruisselants.









LE LENDEMAIN
Le temps passe, un nuage crave,
Un brouillard s'accroche au sapin;
Ils attendant qu'on les relieve
En partageant leur pain.



*


Dicouvrons-nous devant ces hommes.
Sachons, indignes que nous sommes,
Rester pris d'eux A notre rang;
Aimons en eux la France meme,
Comme il convient ici qu'on I'aime:
D'un amour grave et d6f6rent.

Sous le vieux tricorne A cocarde,
Sous le bonnet lourd de la garde,
Sous le schako du voltigeur,
Aujourd'hui sous la bourguignotte,
Demain, ayant repris la hotte,
Sous le chapeau du vendangeur,
49









LE POEME DE LA TRANCHEE
C'est une France peu connue,
Apre et profonde, austere et nue,
Pareille au sol noir des guerets;
Son cceur que I'emphase incommode
Prefere au ton pompeux de 1'ode
L'ardeur des sentiments secrets.


Les deux mots saints : mere et patrie,
Ce n'est pas elle qui les crie:
Avec le came entetement
Du paysan lorsqu'il laboure
Elle se tait, et sa bravoure
Est comme un mur sans ornement.

Janvier-Mai 1916.









I*.




















ACHEVE D'IMPRIMER LE IV
ABOUT MIL NEUF CENT SEIZE,
PAR DELACHAUX ET NIESTLE
NEUCHATEL (SUISSE)



















































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