Citation
Voyage en Hollande et en Belgique sous le rapport de l'instruction primaire

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Title:
Voyage en Hollande et en Belgique sous le rapport de l'instruction primaire des établissements de bienfaisance et des prisons, dans les deux pays
Creator:
Sagra, Ramón de la, 1798-1871
Place of Publication:
Paris
Publisher:
A. Bertrand
Publication Date:
Language:
French
Edition:
T. 2
Physical Description:
1 online resource (2 volumes in 1.) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Education -- Netherlands ( lcsh )
Charities -- Netherlands ( lcsh )
Prisons -- Netherlands ( lcsh )
Education -- Belgium ( lcsh )
Charities -- Belgium ( lcsh )
Prisons -- Belgium ( lcsh )
Charities ( fast )
Education ( fast )
Prisons ( fast )
Beneficencia ( bidex )
Educación ( bidex )
Prisiones ( bidex )
Belgium ( fast )
Netherlands ( fast )
Bélgica ( qlsp )
Países Bajos ( qlsp )
Genre:
non-fiction ( marcgt )

Notes

System Details:
Master and use copy. Digital master created according to Benchmark for Faithful Digital Reproductions of Monographs and Serials, Version 1. Digital Library Federation, December 2002.
Statement of Responsibility:
par Ramon de la Sagra ...

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Source Institution:
University of Ottawa
Holding Location:
University of Ottawa
Rights Management:
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Resource Identifier:
612866309 ( OCLC )
ocn612866309
Classification:
HV298 .S63 ( lcc )

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Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/voyageenhollande02sagr

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VOYAGE EN HOLLANDE ET E.\ BELGIQUE.

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IMPRIMERIE DE MAULDE ET RENOU, rue Baillcul, 9 et n prs du Louvre.

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VOYAGE EN HOLLANDE KT EN BELGIQUE SOUS LE RAPPORT DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE DES TABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE ET DES PRISONS, DANS LES DEUX PATS. TAU DSFO il LOI COITkl D*Ur 4611. iSMIftl i IIIIHISI'OIIIUM il '' institut ROVM Dl \ n 4 s I \ Il TOME II BELGIQUE. PARIS. AKTHIS BERTRAND, EDITEUR, ru r. n ai rr ki i u i | 90 1839

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LC ^1

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VOYAGE EN HOLLANDE ET EN BELGIQUE. 4k&A&.%&$L& fe .lM,^,^.*^^^ >\$i&&G Belgique. CHAPITRE PREMIER. 1)f l'ixsii'.iaio.v ri.iMviiu BN BsLOIQUI : COUD il'u'il historique; — progrs sous la domination hollandaise; — dcadence aprs 1s rvolution de 1 830 1 — influence du clerg catholique i — ailles d'asile ; --coles primaires fuies dominicales et industrielles. Un rapide coup d'oeil historique jet sur l'tal de l'instruction primaire, telle qu'elle tait autrefois, fera mieux connatre les vices qui l'affligent aujourd'hui el qui sonl en grande partie la consquence des premiers principes transforms successivement en des usages invtrs* l.n effet comme le remarque trs judicieusemenl M. Duoptieux dans son nouvel ouvrage sur le mme su vnv. 1 M 101 r i \ i i i <. II i

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— 2 — jet(*),la libert de l'enseignement sanctionne par la constitution de 1830 n'est pas un systme nouvellement introduit en Belgique puisqu'elle existait dj sous la domination de l'Autriche et de la France ; mais cette poque la libert tait le rsultat dplorable de l'indiffrence rciproque des gouvernans et des gouverns, tandis qu'aujourd'hui c'est un principe sanctionn. Malheureusement nous verrons que cette diffrence dans les procds ne se reproduit pas dans les rsultats. La plus ancienne ordonnance qu'on trouve dans les vieux recueils relativement l'enseignement date de l'an 1586 et renferme un article qui enjoint aux magistrats de veiller ce que les enfants et les domestiques, hommes et femmes, se rendent aux coles, les autorisant en outre a infliger un chtiment aux pres de famille qui ne les y enverraient pas. Ce n'est pas la seule dtermination de ce genre que nous pourrions citer et qui annonce un commencement de coopration de la part de l'autorit, coopration qui se manifestait par moments, et qui tait aussitt suspendue. Dans un autre arrt, dat de 1771 le conseil de la province de Luxembourg prescrit aux pres, aux tuteurs, aux curateurs et aux autres personnes charges du soin des enfants, de les envoyer rgulirement au (*) De l'tat de l'instruction primaire el populaire en Belgique. — Bruxelles, 1838. 2 vol. in-/ 2.

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— 3 — catchisme, qui se faisait dans l'glise, et l'cole, sous peine tic subir une amende de 7 sous par chaque enfant. Le mme dcret dfend de se faire matre d'cole sans avoir t prcdemment examin et approuv par le cur du lieu, et condamne le dlinquant payer 10 florins d'or. Cependant l'instruction primaire restait toujours plonge dans la langueur et la strilit ; il n'y avait pas de bons matres, l'instruction tait trs rare trop peu de temps tait consacr aux soins de l'cole, et il y rgnait un mauvais systme individuel ; qu'on ajoute cela la dplorable indiffrence des parents pour l'ducation de leurs enfants, et l'on trouvera tous les tristes caractres ([n'avait alors en Belgique l'institution la plus intressante des temps modernes. Joseph II essaya de la rorganiser sur le modle des fondations de ce genre dans ses provinces d'Allemagne, en commenant par l'tablissement d< \s coles normales ; mais dans cette occasion, comme en beaucoup d'autres, UIl principe erron de libralisme malentendu lit laisser l'tal de projet les mesures minemment librales du pouvoir suprme, qui S6 vil rduit ne point insister sur leur application^contentant de recommander aux tats du Luxembourg les rformes qu'il avait proposes. Voici comment M. Ducptieux signale cette poque de dcadence qui prcde celle de la domination franaise : • Faute d'organisation rgu-

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— 4 — lire, le caprice et l'arbitraire des autorits locales et des familles continurent disposer des coles ; chacun pouvait ouvrir son gr une cole, s'tablir cet effet o il voulait, composer son enseignement de ce qui lui plaisait. L'intervention de l'tat tait nulle dans ce systme ; aucun lien n'unissait les coles lmentaires, elles taient affranchies de tout contrle et de toute surveillance. C'tait le rgime de la libert absolue dans toute son tendue ; c'tait celui de la concurrence illimite ouverte quiconque se sentait la vellit de se faire le prcepteur des autres Dans l'poque suivante, sous la rpublique, les lois dcrtes pour organiser l'enseignement primaire, en raison des vices dont elles taient frappes, ne purent oprer la rforme : car il aurait fallu substituer une grande vigueur et une puissante nergie d'action l'apathie et l'indolence des conseils communaux, au ddain de la masse mme du peuple et savoir excuter ce que ce peuple ne pouvait dsirer et ce que les conseils taient incapables de bien accomplir. Sous l'influence d'une loi qui favorisait le relchement de tous les ressorts, les vices qui subsistaient sous la domination autrichienne ne firent que s'enraciner et s'tendre, et amenrent un vritable tat d'anarchie, a Ici c'taient quelques pres de famille qui se choisissaient une espce de pdagogue pour se dbarrasser de leurs enfants pendant les travaux dmes-

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— \ tiques de l'hiver ; l c'tait le cur qui faisait le choix exclusivement ; ailleurs c'taient quelques membres de l'administration communale. On s'adressait le plus souvent des inconnus roulant les campagnes comme des domestiques qui vont chercher des conditions; on prenait des manœuvres dont la cessation des travaux champtres avait rendu les bras libres: des maons, des tisserands, des cordonniers qui changeaient provisoirement leurs outils contre la frule et l'a, b, c. On les engageait, non en raison de leur savoir, c'tait ce dont on s inquitait le moins mais selon la modicit du prix auquel ils se soumettaient servir (*). Un autre crivain impartial et comptent en cette matire, dont l'ouvrage tout rcent a t bien accueilli du gouvernement belge emploie les mmes couleurs pour' peindre le sombre tableau de l'instruction primaire l'poque dont nous parlons. Dans les villes elle se trouvait confie des hommes absolument ignorants dans Tait de l'enseignement ; dans 1rs villages, on la remettait des individus dont le talent se bornait lire mal les caractres imprims, et h crire plus mal encore le peu de phrases qu'ils connaissaient. Souvent l'cole tait dirige par le clerc ou i I >u |. l icM\

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— 6 — quelque chantre au lutrin qui venait y taler ses ridicules prtentions ; d'autres coles diverses taient conduites par deux ou trois femmes qui formaient entre elles une espce de communaut pour l'exploitation de l'intelligence. Une chambre servant la fois d'cole et de cuisine, quelques bancs en bois de peuplier une chaise pour chaque matresse, autant de baguettes au moyen desquelles on pt atteindre les enfants indociles aux quatre coins del chambre, voil le mobilier de ces coles. Quant l'instruction les enfants apprenaient en un hiver l'alphabet, depuis la croix qui prcde Va, jusqu'au z; on leur enseignait les annes suivantes, peler, et puis lire pniblement des caractres gothiques ; aprs quoi, lorsque les parents jugeaient convenable de pousser l'ducation plus loin on enseignait aux enfants tracer quelques lignes droites ou btons, et enfin, quand les matresses taient assez adroites pour savoir tailler quelques plumes elles apprenaient mme crire leurs lves (*). Nous nous sommes arrts un peu extraire les opinions impartiales sur la question qui nous occupe, et donner ainsi une ide prcise des vices de l'instruction primaire en Belgique du(*) Essai sur l'instruction primaire et en particulier sur les coles gratuites de Gand par T, J. Van Nerum. — Gand, 18138.

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rant la domination franaise, afin que l'on put mieux apprcier La ncessit de la rforme adopte par le gouvernement hollandais cpii l'avait dj organise dans les provinces septentrionale), partir de l'annn 180G, ainsi que nous Ta vous dit dans un chapitre spcial. La nouvelle administration connut bien vite les vices qu'elle avait corriger; commenant par la base, elle s'appliqua former des matres capables dans les deux coles normales tablies, l'une Harlem pour les provinces que nous avons dj cites, l'autre Lierre en 1818. Llle donna mme des assignations sur le trsor quelques instituteurs capables qui s'taient levs au dessus de la foule ignorante, el cra douze places nouvelles dont les Irais taient prlevs aussi sur les fonds publics; mais on accordait de prfrence les pensions aux prcepteurs qui possdaient un local convenable pourunecole *). En 1817, une commission, compose de personnes instruites des diverses provinces de la Belgique, se reunii Bruxelles pourdlibrer sur les intrts de l'instruction primaire. In des bons rsultats qu'amena cette commission fui l'institution d'unjuri temporaire pour l'instruction primaire el moyenne, compos de cinq membres (*) Kappoi i lui la situation 1 m tu m l'anna 1816.

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— 8 — pour chaque province, mesure qui fut approuve par le roi le 9 septembre 1819. En vertu de ses instructions, cette assemble tait charge d'examiner ceux qui dsiraient tre reus instituteurs, de veiller sur leur conduite sur leurs mœurs aussi longtemps qu'ils exerceraient cette profession, et de runir tous les matriaux qui devaient un jour servir perfectionner l'ensemble du systme. C'taient de vritables mesures fondamentales, car elles tendaient former de nouveaux professeurs, interdire l'entre de la carrire aux ignorants en les intimidant par un examen svre, et amliorer la situation de ceux qui avaient quelque mrite. En outre le gouvernement concda de nouvelles pensions, accorda plusieurs communes des subventions pour les aider construire et rparer les coles, et prit elle-mme les devants par les tablissements d'enseignement qu'elle forma dans le dpt de mendicit de la Cambre et dans quelques autres villes de garnison; le tout en faveur des enfants des militaires ou des habitants (*) Les juris des provinces rendirent les plus grands services l'instruction primaire, soit en accomplissant, dans le cercle de leurs attributions, des rformes essentielles, soit en clairant le gou(*) Rapport sur la situation des coles en 1837.

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— 9 — v< rnement et en lui soumettant d'utiles mesures. En J 81 8, il existait dj onze coles modles; l'tal consacrait 25,000 florins rtribuer cent trente prcepteurs dans les provinces mridionales, et une somme peu prs gale pour les subventions dont on a parle plus haut; Lige, Tournay, Haie et Lierre se firent remarquer par les meilleures dispositions; Anvers fonda une cole la Lancastre pour les pauvres, et le gouvernement, tout en n'approuvant pas ce systme, considrait son tablissement comme un moyen qui lui tait offert (rtablir une comparaison avant de rsoudre d'une manire dfinitive les importantes questions suivantes : lLa mthode laneaslrienne prsente-l-elle des rsultats aussi durables (pie prompts? 2 Le systme qui Fournit les moyens d'acqurir rapidement quelques notions lmentaires est-il galement favorable au dveloppement et l'exercice des Facults morales? 3 Est-il certain qu'il convienne particulirement de l'appliquera l'ducation des pauvres, o l'tude de la moralest dune Importance suprieure celle de l'instruction proprement dite? i ( le que cette mthode laisse dsirer sens ce point de vue, esi-il suffisamment compens par l'conomie du temps et la rduction des dpens* Cependant les coles normales de Harlem ci de Lien e elaienl toujours en voie de progrs; la

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— 10 — premire avait donn 10 instituteurs, ds l'anne 1819, la seeonde en avait produit 5, et la fin de cette mme anne toutes deux comptaient 60 lves. Dans le mme temps, on excitait et on rcompensait le zle des prcepteurs afin qu'ils s'occupassent entre eux des diverses branches de l'enseignement. Et en effet, l'imitation des associations formes en grand nombre dans les provinces septentrionales (180), et renfermant un total de 1986 membres, ils en organisrent avec le secours du gouvernement une dans le Brabant mridional, trois dans les provinces de Limbourg, et deux dans celles d'Anvers, lesquelles comptaient 200 membres. Pendant Tt de cette mme anne, on ouvrit un cours de pdagogie dans la capitale du grand duch de Luxembourg, auquel tous les instituteurs furent invits assister. Et en effet 172 d'entre eux s'y rendirent. Les frais de voyage se trouvaient acquitts par les contributions volontaires des bourgeois, par les subsides des administrations communales et du gouvernement lui-mme. D'autres cits, telles que Mons, Mastrich et Lige imitrent ce noble exemple. Dans beaucoup de communes on augmenta le salaire des instituteurs; on fonda des coles, on en rpara d'autres; enfin un mouvement gnral de bienveillance se manifesta dans le public en faveur de l'instruction primaire. On voyait sur tous les points des particuliers se constituer

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— lien socits cl concourir par le sacrifice dune partie de leur temps, de leur fortune et de leur travail oprer quelque chose d'utile. On peut citer pour exemple les socits d encouragement de l'enseignement primaire, organises dans le Luxembourg, Bruxelles, Masirieh, Lige, etc., qui tablirent des coles leurs frais, principalement pour l'ducation des enfants pauvres, et lurent seconds dans leur noble zle par les autorits communales, les commissions des hospices et les bureaux de bienfaisance (*)-Ln 1820, les progrs lurent encore plus rapides, et en 182 I on introduisit dans les provinces de Limbourg et d' envers L'utile surveillance exerce par les inspecteurs de la loi Hollandaise. Des principales mesures qu'ils prirent naquit une espce d'instruction provisoire pour la commission d'enseignement dans les provinces mridionales. Su sivement on substitua les inspecteurs des coles aux juris temporaires de 1SI7, et en 1824 (œuvre de l'organisation administrative des coles fui dfinitivement accomplie. Les commissions des inspecteurs se formrent ; chaque province lui divise en districts d'coles, el on adopta enfin les rglements mis en vigueur depuis 1806 dans les provinces septentrionales, de telle sorte que l'administration des coles se soutint sur la mme Rapp< rld< M

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— 12 — base et se gouverna d'aprs les mmes principes dans tout le royaume. Cette poque mmorable par ses rformes dans renseignement primaire des provinces mridionales, le fut encore par l'adoption d'une mesure minemment importante dont nous devons ici faire une mention particulire parce que seule elle contribua peut-tre le plus miner sourdement l'difice lev par ladministration hollandaise jusqu' ce que ruine complte s ensuivt en 1830. Je veux parler du dcret royal du 1 er fvrier 1824 qui claircissait tous les^doutes relatifs a la questions de savoir si les membres des associations religieuses et civiles, se consacrant l'enseignement, taient dans l'obligation de se soumettre aux dispositions gnrales de la loi. Mais comme l'exprime trs bien le rapport du ministre : De semblables doutes ne devraient pas exister, puisque cette soumission avait t, d'aprs les statuts, une condition expresse de reconnais sance, et que par la nature mme de la chose, on ne peut tolrer aucun corps enseignant qui se trouve en dehors de la surveillance du pou voir civil T). D'ailleurs un dcret, du 25 juillet 1822, bas sur la loi du 6 mars 1818, avait dj dtermin le genre de peine applicable contre (*) Rapport de i824.

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— 13 ~ ceux qui seraient assez hardis pour enseigner sans en avoir le droit (*)• Une telle mesure tait indispensable pour maintenir ce principe : que personne ne pouvait enseigner sans avoir pralablement prouv qu'il possdait les talents ncessaires ; principe fondamental sur lequel reposait L'espoir d'un meilleur avenir. Mais le clerg catholique, domin sans doute par le louable zle de la charit chrtienne qui lui fait considrer l'ducation des enfants comme une œuvre de pit, lit entrer cette tche dans ses attributions, et se crut exempt de L'observation des conditions imposes par la loi. Se voyant donc contrari dans le libre exercice de son ministre, et confondu avec les autres classes de la socit, le clerg reut le dcret don' nous avons parl, comme une attaque directe ses prrogatives, comme muoffense faite ses sentiments. Ds loi joignant ce motif de mcontentement divers autres griefs qu'il avait contre l'administration hollandaise, i! s'apprta saisir le moment favorable pour la vengeance. Toutefois le progrs de l'enseignement primaire tait vident ; dj les coles normales et les leons pdagogiques des coles modles avaient produit un grand nombre d'instituteurs distingues. I ne socit d'encouragement, sem• Rappoi i de 1 1

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— 14 — blable celle du Luxembourg, s'tablit Namur, et, en 1817, une autre s'organisa Lige. Ce systme d'coles modles pour former de jeunes matres prit bientt une nouvelle extension en s'appliquant l'ducation normale des femmes (*), et les assembles de ces professeurs, dj au nombre de 336, sur 4,939 personnes, amenaient chaque jour d'heureux rsultats dans la science de l'enseignement. Les institutrices de Bruxelles et de Lige imitrent cet exemple. Pendant ce temps les coles croissaient toujours en nombre; en la seule anne de 1 826 plus de deux cents furent fondes ou entirement rgnres, tandis que dans la mme proportion l'tat, les provinces et les communes augmentaient les subventions qui servaient maintenir ces coles. Enfin, en 1827, l'instruction des femmes devint l'objet de certaines mesures spciales et efficaces, consistant soit tablir aux frais de l'tat des coles royales modles pour les petites filles, soit crer 20 bourses en faveur d'un nombre gal djeunes personnes qui se destinaient l'enseignement, soit enfin perfectionner le systme gnral de toutes les coles de ce sexe. Afin que rien ne manqut au systme que l'administration hollandaise se proposait d'tablir, on chargea, en 1827, les corps municipaux du soin de fonder des coles gar(*) Rapport de 1824.

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— 15 — diennes ou salles d'asile pour les enfants de la classe indigente auxquels Leur ge interdisait encore l'entre ds coles primaires. Par suite de toutes les dispositions prises cette poque dans les provinces mridionales du royaume, dont la population montait 3,771,623 mes, Il y avait : 170,000 garons assistant aux leons des coles primaires; 131 ,580 petites (illes; 31,429 lves des deux sexes pour les coles infrieures; 1 1,333 lves des deux sexes pour les coles de travail; Ce qui l'ait au total un nombre de 353,3 12 lves qui, relativement (a population indique plus haut. donne un (lve par 10,7 habitant. Dans quelques provinces comme le Luxembourg, Ytmiir, llainaut, la proportion tait plus avantageuse : il \ av;iit un lve par 8,4— s ,7 et babitans. Dans les provinces on comptait 2,054 coles commun. les ci 18? coles particulires; les premires comprenaient 187,722 levs, ce qui donnait 525 lves, terme moyen, par cole. Dans les secondes, L'enseignement tait transmis 119,853 lves ou 246 par cole. Ce nombre total d'lves assistant aux coles primaires donne la proportion de 79,44 sur 1,000 habitants des

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— 16 — provinces mridionales, tandis que les provinces septentrionales, o la rforme du systme tait plus ancienne, offraient 109,21 lves sur 1,000 habitants. Quoi qu'il en soit, les progrs obtenus en Belgique taient d'une haute importance ; on les apprciera d'autant mieux en comparant l'tat o l'instruction primaire tait parvenue alors ce qu'elle tait en 1817. En effet, partir de cette poque jusqu'en 1828, on a construit ou rpar 1,146 coles et 668 habitations. Le nombre des lves qui tait de 152,898 dans les coles communales, s'leva 247,496, et le crdit accord pour les matres, et qui montait 157,580 fr. 5 fut port a 488,150 fr. Une augmentation plus considrable se remarque dans les deux dernires annes ; car les lves qui taient au nombre de 187,722 en 1826, se trouvrent 247,496 en 1828, ce qui donne un accroissement de 59,774 dans le court espace de deux annes. Quoique Ton n'ait pas publi de documents postrieurs de l'administration hollandaise, il est probable que l'impulsion donne continua de produire ses bienfaisants effets dans les annes suivantes, jusqu'en 1830 que la rvolution emporta cet difice dans le naufrage gnral des institutions hollandaises. Pour expliquer les causes qui motivrent la ruine d'une organisation scolastiquc qui semblait devoir subsister en dpit de tous les changements

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— 17 — politiques, il serait ncessaire d'entrer dans lcx.i men de beaucoup d'lments qui ne sont point de notre sujet; d'ailleurs, dans les circonstances dlicates o l'on se trouve aujourd'hui, il y aurait peut-tre quelque Imprudence prsenter nos raisons avec l'impartialit convenable. Nous nous bornerons donc indiquer les motifs signals dans les journaux, laissant au parti qui a renvers |e >\-,tmc hollandais de renseignement primaire la grande responsabilit de ne point encore lui en avoir substitu un autre. D'aprs l'crivain belge clair que nous avons dj cit (*), ds 1828 commena se manifester la raction de l'opinion dans les provinces mridionales contre le monopole attribu l'tat en matire d'instruction : Ce systme, auquel les libraux avaient d'abord accord leur assentiment et leur appui, mais regard duquel les catholiques avaient fait leurs rserves, fut ouvertement attaqu par les uns ti les autres dans ses tendances avoues DU &Berles : on lui reproehail de n'admettre aucune concurrence et de transformer l'instruction en moyen de propagande hollandaise ei protestante ; la proscription des congrgations religieuses en peignantes qui n'avaient pas voulu se soumettre a (•) Ducptieux, De l'tat de t'intli ictinn primaire n H tgtquc tome j> ng 8 1 • \ <>\ 1 N li .1. I M

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— 18 — la formalit des examens et des brevets, avait aussi soulev de justes rclamations, La substitution de la langue nerlandaise la langue franaise dans renseignement de plusieurs coles, les dgots dont taient abreuvs les instituteurs qui refusaient de passer par les preuves prescrites par les rglements, l'espce de pouvoir discrtionnaire exerc par les inspecteurs des districts au nom du gouvernement, froissaient des intrts et des susceptibilits faciles s'mouvoir et prendre l'alarme. Comme on peut facilement le reconnatre, parmi ces accusations, les unes venaient simplement de l'aversion plus ou moins juste avec laquelle on regardait le gouvernement hollandais, et d'autres s'adressaient au systme de l'enseignement primaire tabli par lui. Nous ne nous arrterons pas combattre les premires, parce que, fondes ou non, les causes cessrent avec la rvolution qui dtruisit la domination hollandaise; quant aux secondes, aujourd'hui que les opinions rationnelles ont eu Je temps de se rtablir en Belgique nous ne comprenons pas comment il peut se trouver quelqu'un pour soutenir et dfendre les attaques diriges, en des moments d'effervescence contre une institution aussi recommandable que l'tait celle adopte en Hollande depuis l'anne 1806 pour le rgime des coles.

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— 19 — Ouand les provinces mridionales s'unirent sous la mme autorit suprme, le gouvernement, connaissant le dplorable tat de l'enseignement primaire dans ces contres s'occupa d'y introduire le mme systme qui prosprait dans celles du nord. Il tait en droit de se rserver la direction, car au gouvernement seul il appartient de l'exercer conformment aux lois organiques manant, comme toutes les autres, des corps constitus pour les former. L'exercice de celte facult n'est pas un monopole, c'est une attribution qui, devant appartenir quelqu'un, se trouve mieux entre les mains du gouvernement suprme que de tout autre corps. L'ducation d'un peuple est une chose trop grave pour qu'il la puisse laisser la merci des opinions inconstantes des partis, et qu'on la fasse dpendre dans ses progrs du caprice, (le l'ignorance ou du zle puivoque de telle association civile ou religieuse. Son organisation doit tre stable, elle
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— 20 — cela il ne peut tre tax ni d'injustice ni d'usurpation. Quant la transformation de l'enseignement en un moyen de propagande hollandaise et protestante c'est une accusation qui porte en ellemme un caractre d'inimiti politique suffisant pour lui ter tout crdit. D'ailleurs, la domination hollandaise cessant, elle n'avait plus que faire d'une influence impossible exercer. Relativement au protestantisme, la loi hollandaise exclut des coles toute espce de dogme pour ne laisser entendre dans leurs murs que la voix de la morale et de la religion que toutes les oreilles peuvent couter, et qui trouve le chemin de tous les cœurs. La propagande protestante n'aurait pu se faire que par les ministres de cette secte, et les coles leur taient fermes comme aux prtres catholiques; et s'il s'agit de l'esprit qui domine dans les deux clergs ce n'est certainement pas au catholique que doit tre attribue la plus grande part de tolrance, La proscription des congrgations religieuses enseignantes, qui n'avaient pas voulu se soumettre la formalit des examens, loin de fournir un motif d'accusation contre les principes du gouvernement hollandais, prsente au contraire, selon nous, le plus juste sujet d'loges pour sa sagesse et sa prvoyance, el, au contraire, nous ne

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— 21 — trouvons point d'excuse pour la conduite des enfants d'une glise qui s'opposent aux ordres de l'autorit constitue. Si l'exercice de l'enseignement peut tre considr comme un acte de bienfaisance et de pit, ce caractre n'autorise point ii le laisser entre les mains de quiconque se sent anim du noble sentiment de faire le bien. Si l'enseignement de l'enfance est incontestablement une bonne action, son exercice requiert, outre une me bienfaisante dans le matre, un fond d'instruction convenable qui est absolument indpendant de la bont du cœur. Pour enseigner, il est ncessaire de savoir, et savoir ne veut pas dire seulement possder une me charitable et chrtienne. Les congrgations religieuses qui, sans \ tre appeles, prtendaient diriger' renseignement de l'enfance, purent bien agir ds le principe en vertu (Fun sentiment de pit que nous sommes loin de combattre ; mais du moment qu'une loi le l'tat tablissait l'avance la ncessit d'un examen pour l'exercice du professorat, les membres de ees congrgations qui se croyaient ls qualits et les connaissances ncessaires pour s'acquitter de cette mission, devaient se sonmetln aux Formalits exiges. On dira que l'exercice des .mires vert US chrtiennes n'est pas soumis (le semblables formalits, que jamais l'on nes'esl btsi de prescrire des conditions pour soigner les malades dans les hpitaux, consoler les affligs, secou

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— 22 — rir les malheureux; qu'ainsi Ton ne eonoit pas ie motif de ces exigences pour l'ducation de l'enfance. Ce raisonnement est vicieux, et nous avons dj signal la diffrence essentielle qui doit exister entre les diverses bonnes œuvres recommandes parla morale et la religion, et l'ducation du peuple. D'ailleurs il n'est pas exact dans son application, si l'on prtend fonder sur lui un droit suppos des associations religieuses la direction de l'enseignement primaire sans examen ni permission pralables ; car la loi imposant cette condition aux autres classes de la socit, celle du clerg ne doit point en tre exemple. Les autres vertus chrtiennes peuvent tre exerces librement par tout le monde, et les associations religieuses en se consacrant de telles pratiques remplissent un des devoirs les plus sacrs de leur institution. Nanmoins il appartient au gouvernement de veiller sur l'impulsion et la direction donnes la charit chrtienne, et personne ne lui contestera le droit de la rprimer si elle peut tre nuisible la socit. Par exemple, la distribution des aumnes qui, loin de produire le bien en secourant la vritable indigence, alimente le vice et accrot la mendicit; le faux zle qui, dans les prisons ei dans les maisons de fous, peut mler aux exhortations et aux bons conseils, des maximes contraires au systme pnitenciaire adopt, ou des ides nuisibles l'tat mental des malheureux privs de rai-

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— 23 — son, etc.. Nous n'exposerons pas les motifs qui donnent au gouvernement le droit d'intervenir dans renseignement primaire, et mme dans les exercices de la charit chrtienne; cela nous conduirait trop loin: nous nous contenterons de bien (ixer nos principes sur ce point, nous rservant d'en faire plus loin l'application. Si les congrgations religieuses pouvaient tre blesses de se voir prives d'un exercice aux conditions lgales duquel elles ne voulaient pas se conformer nous ne concevons pas nanmoins comment M. Ducptieux peut appeler justes leurs rclamations. INous regrettons de n'tre pas d'accord avec cet crivain sur un [joint aussi essentiel de la question qui nous occupe, nous regrettons aussi que ses ides en laveur de telles congrgations, puissent augmenter la puissance de l'invasion du clerg belge dans les affaires civiles et politiques qui ne sont point de sa comptence, et qu'elles soient de nature entraner de funestes consquences pour la nation e! pour ceux mmes qui les produisent. La rvolution de 1830 proclama le principe de la libert d'enseignement \ comme si le peuple el t soumis auparavant un despotisme prjudiciable sur ce point. Mais voyons l'usage que l'on a fait de celte large voie ouverte au zle, la charit et la bienfaisance du public et des

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— 24 — congrgations mmes qui firent tant pour l'obtenir. Les rsultats vont parler avec plus de force que les raisonnemens. Le gouvernement nouveau ayant abdiqu, comme dit M. Ducptieux les droits de l'influence exercs par l'autorit tombe, tout ce qui avait t cr par cette autorit se ressentit de cet abandon. L'on commena par dpouiller les commissions provinciales du pouvoir corcilif dont elles taient armes -, on cessa de regarder comme obligatoire la condition des diplmes d'examen; l'on changea le personnel des inspecteurs des coles, et ils finirent par tre totalement supprims ; l'on rserva l'autorit une facult vague de faire inspecter les coles de la manire qu'il lui conviendrait. Le ddain avec lequel furent traits les meilleurs matres de l'poque prcdente, les rduisit laisser le champ libre des intrus sans connaissances ; les jeunes prcepteurs forms dans les coles normales abandonnrent une carrire qui ne leur offrait plus aucun attrait ; on ferma l'unique cole normale qu'il y et en Belgique; les associations importantes de matres et les socits d'encouragement de l'enseignement primaire furent dissoutes: il n'y a plus que celle de Lige. Il est intressant d'couter les hommes qui dans cette poque firent de si gnreux efforts et se livrrent une si noble activit, et avec quelle justice ils se plai-

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2r — gnenl de la dcadence o est tomb l'enseignement primaire (*). Un crivain comptent, M. Van Nerum rple les mmes plaintes; et M. Ducptieux lui-mme, malgr son opinion favorable aux agens du bouleversement, avoue le dsordre qui en lut la consquence, dans ces remarquables paroles de l'introduction son intressant ouvrage: Qu'avons nous lait depuis 1830? Nous avons (ait aulre ment il est vrai, mais avons-nous (ait mieux que sous le rgime hollandais? Hlas! non : nous avons renvers l'difice, mais nous n'avons rien reconstruit; le sol depuis plus de sept ans est jonch de dcombres, et peine songe-t-on le dblayer. Ce se lut point le gouvernement nouveau qui donna le coup fatal l'instruction primaire en Belgique, mais bien le parti libral lui-mme, qui lit sanctionner le principe de la libert absolue dans une institution o la libert n'est point profitable. I .e gouvernement, tout en connaissant le mal, lut impuissant l'empcher : n (Tune n folution il m subissait la loi, loin de pouvoir la dominer. Nanmoins il (it beaucoup pour saute i les tablissements crs par l'administration pr< dente; m;iis il rencontra d'invincibles obstacles dans (*) Cotnptei rendus do la situation linancin el des h le li Soci le l'encoui ii*cnn nl nom l'instruction Lie 18 ,i. iS h

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— 26 un aveugle esprit de parti et une dplorable indiffrence pour les intrts moraux du pays. M. Van Nerum rvle des faits importants extrmement honorables pour le gouvernement belge acluel : divers instituteurs forms dans les coles de Harlem et de Lierre, qui s'taient vus rduits quitter leurs coles, obtinrent des emplois publics, et plusieurs malres hollandais, distingus par leurs talents, furent maintenus la tte de leurs tablissements (*). Les ides troites des conseils communaux se substituant la direction claire du gouvernement, ont introduit dans le systme d'admission des matres les mmes vices dont on se plaignait auparavant durant la domination franaise. Le sujet qui offre ses services au meilleur march est prfr, et les bons matres se voyant dgots et humilis abandonnent la carrire (**). Les faits officiels que vient de publier M. Ducptieux sur l'tat actuel de l'enseignement primaire en Belgique, et les consquences qu'il tire, donnent l'ide la plus exacte que l'on puisse se faire de la dcadence qui a suivi la rvolution de 1830. De ces faits il rsulte qu'en 1826 il y avait dans les provinces mridionales 2,54 1 coles communales, mixtes et particulires; en 1833, (*) Mmoire cit, page 43. (") On peut voir dans l'ouvrage cit de M. Ducptieux, loine i, p. 78 et 83, les moyens employs par diverses administrations corn* munales pour dgoter les matres les plus apables.

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— 27 — 5,529 ; en 1 835, 5,563, et en I 833 5,622. Cet accroissement fut le rsultat de la concurrence illimite autorise par la constitution; car il existait en 1826, 2,05 \ coles communales et mixtes, et ce nombre, en 1835, ne fui port qu' 2,79 i,donl2,035 coles communales seulement, tandis que les 487 coles particulires de 1826 s'augmentrent jusqu'au nombre de 2,7 69 en 1835. Mais l'accroissement des lves ne suivit pas la mme proportion. Kn 1826, on en comptait 353,442; en 1833, 370,996, et 411,543 en 1835. Ces nombres offrent, comparativement la r c;uilation du royaume ces diverses priodes, un lve par 10,7 habitants pour la premire poque, un par 11,3 dans la seconde, et enfin un par 10,1 pour la troisime. Dans les coles primaires la proportion des sexes fut ainsi qu'il suit : |26. 1833. 1835. Carrons, 176,000. 207,31.). 233,510. Filles, 13 1,580, 163,651. 178,0 Les consquences que dduit M. Ducptieux de œ observations cl d ces calculs sont : lQu le nombre des lves es! bien loin d'tre proportionn celui des individus capables de recevoir les premiers lments de l'instruction ; 2 Que l'dtlcation donne au\ enfants ne se trouve nullement en rapport avec leurs besoins;

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28 8 Que les petites filles sont instruites avec bien moins de soins que les petits garons ; 4 Que si le nombre des coles et des prcepteurs s'est accru d'une manire sensible depuis la rvolution, celui des bonnes coles et des instituteurs capables a diminu dans une proportion peu prs gale; 5 Que les institutions complmentaires sont dpourvues totalement d'un bon systme d'instruction. Enfin voici dans ses propres termes le rsum que fait M. Ducptieux du dplorable tat actuel: Nous avons dj signal l'insuffisance des coles gardiennes, et l'absence totale d'coles d'adultes et normales ; les runions d'instituteurs, la cra tion de bibliothques leur usage, l'institution des cours de pdagogie dans les principales villes du royaume ont peine laiss quelques traces dans les localits les plus favorises ; tout en couragement l'amlioration des mthodes d'en seignement a, pour ainsi dire, disparu : les so cits d'instruction lmentaire du Luxembourg, de Namur et du Hainaut ont abandonn leurs utiles travaux; la socit forme Bruxelles pour la propagation des bons livres d'cole et de lecture a, depuis plusieurs mois, suspendu ses publications; le sort et l'avenir des institu leurs et de leurs familles sont remis au hasard d et au caprice de l'opinion: vous pour la plupart

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— 29 — une existence toute de privations ci de sacri (ices, rien ne leur garantit clans leur vieillesse la rcompense de leurs pnibles travaux. Les subsides allous par l'tat, les provinces et les communes, en laveur de l'instruction, sont de beaucoup au dessous des besoins auxquels il importerait de satisfaire Au milieu de cet abandon presque gnral de l'instruction primaire en Belgique, on doit remarquer l'activit que mit le clerg catholique combler le vide que laissaient le gouvernement et les administrations provinciales et communales. Entranes, si l'on veut, par un louable zle mais aussi enllamines d'une nouvelle ardeur d'envahissement peu compatible avec leur sparation des affaires civiles, les congrgations religieuses ont pris la place des matres ordinaires, ci poussant mme plus loin l'esprit de coopration, elles ont tabli un grand nombre d'coles pour les enfants pauvres de l'un cl de l'aulre sexe. M. Ducptieux, considrant seulement la la question de diffusion d'ducation ci d'enseignement dans ces classes, donne des loges de semblables efforts, et se plaint de ce qu'ils n'ont pas t plus gnraux : Les coles des frres et des scBurs de la doc trine chrtienne, dit-il, supprimes par les ar •> rcles arbitraires du gou\ erncnienl hollandais se propagent incessamment dans les prinei

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30 — pales localits et portent des fruits salutaires. Mais le nombre de ces utiles tablissements est encore trs circonscrit ; il est bien loin de r pondre aux besoins : fonds presque exclusive ment dans l'intrt de la population des villes ils manquent dans les communes rurales qui demeurent livres le plus souvent l'exploita lion de l'ignorance et du charlatanisme. Je serais vraiment afflig d'entrer dans cette question dlicate par une voie qui peut m'exposer des jugements pnibles pour moi de la part de personnes honorables qui confondent avec l'impit et l'irrligion toute atteinte dirige contre les prtentions du clerg catholique, et je proteste contre une semblable interprtation et j'espre dans mes crits comme dans ma conduite politique, donner une dmonstration irrcusable des principes qui m'animent en faveur du sacerdoce et contribuer par tous les moyens en mon pouvoir lui faire obtenir la place leve qu'il mrite, et toute la prpondrance et l'influence imaginables dans la sphre morale et religieuse laquelle il appartient ; mais en mme temps, voulant surtout la paix des peuples et la tranquillit des classes religieuses, non seulement je m'opposerai avec nergie ce que ces classes sortent du cercle o elles doivent se tenir renfermes, mais encore je dnoncerai l'opinion publique toute mesure, toute dtermination pouvant

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— m — contribuer directement ou indirectement leur donner de l'influence sur la politique de l'tat. C'est pour avoir laiss dans d'autres temps cette influence perturbatrice s'tendre au del de toute limite, que Ton a vu de grands dsastres fondre sur diverses nations, et l'Espagne pleine aujourd'hui et pleurera long-temps encore les consquences de ce genre d'abus. L'opinion claire qui suit sa marche progressive travers tous les obstables finit par en triompher et se trouve assez forte pour les dtruire. Mais aux jours funestes des rvolutions, les masses, une fois mises en mouvement, renversent tout ce qu'elles rencontrent, et confondant tout dans leur aveugle exaltation, ne laissent subsister ni les abus ni les institutions elles-mmes. Alors la vritable religion ses ministres les saintes croyances, tout est renvers avec mpris toutes les digues sont rompues : la licence el l'immoralit font irruption, les peuples ne conservent pins rien dans le COSUT ni dans la eonseienee, el quand on s'occupe de les rgnrer, on ne trouve plus les bases qui ont disparu. Telle esl la situation de la France, telle sera celle de l'Espagne quand elle reviendra du vertige auquel elle se laisse emporter* La prpondrance du clerg catholique en Belgique nous annonce un triste avenir pour luimme, si, avec le temps, il ne modre pas ses pi i

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— 32 — tentions. Le voyant, peu satisfait de l'influence que lui a donn une rvolution habilement dirige par lui, envahir galement l'ducation du peuple et profiter adroitement de l'tat d'abandon o celte instruction se (rouve, nous avons trembl pour les consquences d'une telle conduite. Nous ne voulons point dire par l qu'il existe un plan de domination prmdit de la part des congrgations religieuses qui s'emparent de la direction de l'enfance nglige par les administrations civiles ; mais le rsultat sera toujours le mme, parce quil suffit de laisser l'instruction primaire abandonne l'industrie particulire, pour que les partis politiques, les sectes religieuses se saisissent des coles afin de les exploiter leur profit et dans l'intrt de leurs vues exclusives... L'instruction primaire devenue peu peu la proie des passions, des intrts, des ambitions, serait bientt morcele et brise dans le mme pays (*). Pour faire voir que ces ides ne sont pas seulement les miennes mais qu'elles sont partages aussi par des hommes instruits de la Belgique, je vais transcrire un paragraphe du discours lu au mois d'aot dernier, par M. Auguste Visschers, l'assemble gnrale de la socit d'encourage(') M. Gindrez, De L'Instruction primaire dans le canton de Vaud.p. H.

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— 33 — ment pour l'instruction lmentaire de Li^e. Ceux qui prtendent que la volonl nationale, la loi (car je dclare toute autre autorit incomptente) ne doit pas intervenir afin de suppler ce dfaut, a cette impossibilit d'action des familles, ont trop souvent pour but de faire une trop belle part aux corporations ecclsiastiques qui donnent gratuitement l'instruction aux enfants des pauvres. Mais ces corporations mmes ne peuvent pas tout faire, et comme elles agissent sans contrle, nous ne pouvons pas permettre qu'elles agissent seules. Il y a une association qui, nos yeux, offre bien plus de garantie : en fait d'instruction, les efforts isols sont le plus souvent striles ou sans porte. Nous n'entendons parler ordinairement que d'association en matire d'enseignement primaire; or, l'association en laquelle nous pouvons mettre toute notre confiance, telle qui possde des titres et offre des garanties qu'aucUde autre ne prsente, c'est l'association de tous les citoyens, c'e$l la nation, Ttat, en d'autres termes ; il exprimes;! volont par la loi: les provinces et les communes n'en son! que les excuteurs. Nous ne citerons point de laits particuliers l'appui de notre opinion, quoique dans le cours (le notre voyage nous en ayons recueilli beaucoup de trs concluants. II nous suffit de montrer combien est assur le principe le la coopration et de l'influence du clerg dans l'instruction primaire de vm ai; in iku i i \ n i c II

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— 34 — la Belgique, pour que Ton en puisse tirer toutes les consquences. Beaucoup de personnes pieuses considrent cet tat de choses avec indiffrence et mme avec satisfaction, comme l'auteur que nous venons de citer. Je visitais les coles de Verviers, ville manufacturire de la province de Lige, en compagnie d'un personnage trs influent dans le pays. Comme jelui faisais quelques observations sur le grand concours d'ouvriers et d'enfants pauvres, dont les uns assistaient l'cole industrielle tablie et dirige le soir par un abb, tandis que les autres allaient couler les leons des frres de la doctrine chrtienne qu'ils prfraient l'enseignement de la ville, il me rpondit par ces propres paroles : Jamais cette philosophie ou cette phi lanthropie du sicle n'atteindra les rsultats qu'a obtenus la charit chrtienne de ces personnes voues faire le bien. — Je suis de la mme opinion que vous, lui rpliquai-je, relativement aux œuvres de bienfaisance qui exigent seulement de la part de ceux qui les exercent un fonds de pit et de charit chrtiennes que l'on ne doit jamais esprer de rencontrer dans des personnes simplement salaries. C'est pour cela que j'admire et vnre la sainte rsolution que montrent les sœurs de la charit soulager les malades, la vocation avec laquelle elles se consacrent la rforme morale des femmes, au soutien des insenss, renseignement des aveugles etdes sourds-muets;

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— 35 — mais je ne puis penser de la mme manire relativement l'enseignement primaire qui exige une ducation convenable et toute spciale dans ceux qui l'exercent, et la pit ne suffit pas pour donner ces qualits. Il est remarquer que des personnes claires, et connaissant fort bien le but vers lequel doit tendre l'ducation d'un peuple, n'hsitent pas la confier aux frres de la doctrine chrtienne qui, sans que cela doive tre regard comme une offense leur pit et leur honorable simplicit, nous paraissent tre les vritables reprsentants des pauvres d'esprit de l'Evangile. Nous avons cit l'opinion de M. Ducptieux; M* Cousin ne craint point non plus de dsigner ces congrgations comme les plus propres exercer l'enseignement des enfants pauvres dans les coles gratuites des communes, comme nous confions, ajoute-t-il, aux sœurs de la charit le soin des malades dans les hospices ( ). L'illustre professeur confond aussi l'enseignement avec les autres envies pieuses, et ne considre point les consquences de confier une classe influente l'usage de l'arme la plus puissante. Cette mime simplicit et cette tournun un j lourde et commut de ces bons frres, dut tes exposent d quelque raillerie^ leur humilit, leur (*) Ouvia^f citt, chan. ria Roltei Intn,

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— 36 — patience, surtout leur pauvret et leur absolu dsintressement (*) peuvent les rendre propres pour l'exercice philanthropique et tout chrtien de la charit; mais le professoral exige encore d'autres qualits indpendamment de l'instruction, sans que pour cela nous prtendions recommander l'air pdant et prtentieux de quelques pdagogues. Si l'on dsire donner cette profession la dignit qu'elle mrite dans le public et dans l'esprit de ceux qui s'y livrent, il ne faut pas, ce me semble, avoir recours l'original du portrait que fait M. Cousin des frres de la doctrine chrtienne. Malgr son opinion, qu'il donne d'ailleurs ses risques et prils, comme il l'avoue ingnuement, ce savant ne va pas jusqu' confier aux bons frres la direction absolue de l'enseignement primaire, il veut seulement leur remettre les coles des pauvres, proposant qu' leur ct s'tablisse dans chaque arrondissement un nombre peu prs gal d'coles primaires publiques et payantes. Mais mme avec cette restriction, nous ne trouvons pas de motif pour exempter de l'obligation de l'examen les membres des associations religieuses qui s'adonnent renseignement des pauvres, et en voyant soutenir un semblable privilge, ne semblerait-il pas que nous vivions dans le sicle o le cur du lieu savait seul lire et crire? (") Paroles de M. Cousin.

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— 37 Le dsir le plus sincre du bien et de Ja prosprit des peuples, et la volont de conserver au sacerdoce l'influence religieuse qu'il doit exercer, en le mettant l'abri du choc des partis politiques et des dsastres des rvolutions, m'ont dict les observa lions prcdentes ; convaincu que cette noble et salutaire position du clerg ne peut lui titre assure s'il sort du cercle de son institution, j'lve la voix pour son propre bien et pour la prpondrance des principes religieux qu'il est si ncessaire d'affermir dans la socit moderne. Le pays dans lequel je suis n, et la religion que je professe doivent me donner un caractre d'impartialit non suspecte. Mais par cela mme que l'Espagne m'a offert un triste tableau des rsultats et des consquences du systme que je dplore, je conseille aux autres peuples de se mettre en garde, et au clerg Catholique des autres pays de se maintenir sur la ligne o toujours il sera respect ci rendra respectable la religion qu'il exerce. Revenant la rorganisation de l'enseignement primaire qui est d'un intrt si pressant pour la n.ition belge, nous trouvons dans le rcent ouvrage de M. Ducplieux (IVxeellenls principes tablit d'une manire absolue que nous approuvons, mais qui nous parussent en contradiction avec ceux que I auteur semble professer sur d'autres points: *l ne impulsion mane du gouvernement, dit-il, qui

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— 38 — est la reprsentation des intrts, des ides et des affections de la nation tout entire, pourra seule donner l'instruction publique une direction nationale, forte par son unit, en mme temps que par son origine. Les progrs d'un peuple ont deux points de dpart : l'un se trouve dans les coles, parce qu'elles renferment la gnration progressive; l'autre appartient au gouvernement, parce qu'il a mission d'encourager tous les mouvements qui se concilient avec la libert, avec les lois et la moralit publique. Lorsque les coles sont places sous la surveillance et la direction actives de l'tat, il y a dveloppement harmonique et quilibre dans les progrs parce que l'instruction populaire graduellement amliore prpare pour les hautes fonctions du gouvernement des hommes de plus en plus habiles et honntes ; et ceux-ci sentant plus vivement le prix des lumires et de la moralit, font, par un juste retour, servir leur influence au perfectionnement de toutes les institutions publiques. L'auteur appuie ces sages observations des suivantes de madame Galti de Gamond(*) : Le mot d'ducation nationale serait drisoire appliqu la foule des tablissements particuliers o chaque instituteur emploie ses propres doctrines. Cette sorte d'ducation n'offre qu'un amas de connais (*) De la Condition des femmes au dix-neuvime sicle.

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— 39 — sances incohrentes qui n'ayant d'ailleurs point de liens intimes avec la vie pratique, ne mrite pas rellement le nom d ducation. Une ducation nationale doit relier et harmoniser la socit, en lui offrant un code uniforme de doctrines morales et politiques; une ducation nationale doit faire participer la socit entire aux progrs des sciences el des lumires. Mais quand s'appliquera -t-on formellement organiser de cette manire l'instruction primaire de la Belgique ? Nanmoins la ncessit est pressante et les vœux des hommes impartiaux rclament imprieusement la rforme. La socit d'encouragement de Lige s'exprime franchement dm cette manire (*) : Esprons, messieurs, que le gouvernement et la lgislature feront sortir des la cession prochaine l'enseignement primaire de l'tat de langueur o il est plong. Six aniu a d'abandon accusent cruellement les maux de toute situation transitoire Si un essai malencontreux d'mancipation illimite de l'enseignement publie a t fait dans noire pays, esprons qu'une exprience le sept annes aura suffi pour clairer le Icgislalc;; l Mais les hommes amis du bien cr, lignent qu'en reculant trop loin le moment de la rforme on ne la rende difficile OU impossible ; car le parti C Complot rendus. Ifl 16, I

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— 40 — actif qui aujourd'hui s'empare de l'enseignement et sait tablir des coles partout offrira bientt d'une manire extrmement conomique des satisfactions apparentes aux besoins du peuple sur ce point et adoptant un langage patriotique, il dira aux chambres : L'intervention et la coopration du gouvernement pour soutenir l'enseignement primaire seraient sans doute un devoir, si l'annonce de la libert de son exercice le zle public et priv n'tait venu offrir son concours. Mais quand ce zle est parvenu doter le peuple d'coles diriges de la manire la plus conomiques qu'il soit possible d'imaginer, la coopration du gouvernement est inutile, et ses secours deviennent superflus. Tout au plus pourraient-ils s'appliquer quelques communes qui manquent encore d'coles. Si la prsentation d'une loi organique est retarde jusqu' ce que les ennemis de la rforme puissent tenir un semblable langage, leur triomphe sera compltement assur, et l'institution la plus puissante, la plus influente, la plus intressante des temps modernes, se trouvera en Belgique absolument mancipe de l'action du gouvernement ; elle sera dans sa marche la merci des opinions des partis et remplira les vues de ceux qui savent y exercer leur activit. Nous allons maintenant donner une ide un peu plus complte et plus dtaille de l'tat des

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— 41 — tablissements que nous avons visites pendant notre voyage, et des nobles efforts que l'on fait dans quelques villes en faveur de renseignement primaire. Salles d? asile, on coles gardiennes. La recommandation faite par le gouvernement hollandais en 1827 en faveur des tablissements o les enfants au dessous de six ans reoivent un commencement d'ducation morale et intellectuelle, fut entendue par les administrations provinciales et commerciales. Bruxelles fut la premire ville en former, et en peu donnes Namur Lige, Verriers l'imitrent* Les salles d'asile de la Belgique sont une imitation exacte de celles de France tant par leurs dispositions matrielles que dans l'ordre et le mode des exercices, la tendance morale de l'duCatiOD (pie l'on v donne. M. Ducplienx fait \ peine mention de celles qui existent en Belgique, et, en lisant le chapitre qui traite de ces tablissements on Serait tente de croire qu'ils n'ont point t introduits dans sa patrie, Use plaint jn^ tei ii eut (pie dans le projet de loi prsent aux cl kii libres il n'en soit point question. L'Espagne a i plus heureuse, et son gouvernement, au milieu dc^ luttes (le la guerre civile, n'a oubli dans la loiorj nique do l'enseignement primaire promulgue tout

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— 42 — rcemment (*), ni les salles d'asile ou coles de petits enfants, ni les coles d'adultes. J'ai visit avec attention plusieurs de ces ta blissements Bruxelles, Lige et Verviers. Les meilleurs et les mieux organiss se trouvent dans cette petite cit manufacturire, soutenus par une souscription particulire et une lgre subvention de la ville, et dirigs par une commission de dames bienfaisantes. On comptait trois de ces coles gardiennes et aujourd'hui une quatrime doit tre tablie. Deux de ces tablissements renferment 300 enfants ; dans le plus grand, que j'ai visit, on runit ordinairement 200 lves, et il s'en trouve environ 250 sur le registre d'inscription. Le local de cette cole est le plus beau et le plus vaste que j'aie jamais vu ; le btiment fut construit exclusivement pour sa destination. Il est prcd d'une vaste cour. A l'entre est une petite pice, puis une autre pour laver les enfants; il y a des latrines trs bien tablies. On entre ensuite dans une salle immense o jouent les enfants dans les jours pluvieux et dans la saison (*) Le nouveau projet de loi sur l'instruction primaire, rdig d'aprs la loi franaise de juin 1833, contienten outre un article o le gouvernement offre d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour gnraliser les coles des petits enfants, et un autre o il s'engage de mme pour les eoles d'adultes. Ce projet a t prsent aux corts dans le commencement du mois de fvrier 1837 ; mais n'ayant pas eu le temps de le discuter, le congrs, Sa clture* a autoris le ministre a le nieltre en pratique.

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— 43 — d'hiver. Tout autour on a pos deux lignes de rayons o se placent les petites provisions de bouche que les en fonts apportent. Ces provisions sont renfermes dans de petites cantines consistant en deux compartiments de forme ovale en fer blanc et superposs, l'un pour la soupe, l'autre ppur les pommes de terre ou la viande. L'tablissement achte ces petites cantines de ses deniers, de mme que les cuillers, et quelques petits tabliers les donne au prix modr qu'ils lui cotent; mais au lieu d'exiger l'argent) il demande en change un nombre dtermine de billets d'application et de progrs reprsentant une valeur de '2 centimes ou I sou chacun. Aprs la grande salle de rcration se trouve celle des exercices, suffisamment spacieuse aussi, avec des gradins au fond, les boulUers compteurs pour la numration, et une sorte de lit de camp pour les enfants qui Rendorment; plus, quelques objets pour renseignement. Mais ce mobilires! trs rduit. La grande cole gardieu ne de Verviers, et probablement les inities, manquent de easier dYehan lillon pour les explications des objets; elles n'ont pas non plus les des numrots, ni les lettres dtaebees de l'alphabet, ni les figures de gomtrie, ni la collection varie d'estampes, ni les boulliers pour expliquer les fractions; elles manquent entin d'une infinit de choses pu contribuent jelei

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— 44 — de l'agrment sur l'instruction qui se donne aux enfants, en offrant en mme temps autant de ressources la matresse pour varier et modifier l'infini les exercices, viter le dgot de la monotonie, grand cueil de toutes les salies d'asile. Les enfants de celle de Verviers apprennent chanter et nous ne saurions trop recommander l'utilit de cette pratique aux dames directrices. Le chant est le grand moyen de provoquer des sentiments doux et affectueux dans l'me de l'enfance, et comme tel c'est un puissant auxiliaire pour l'ducation. Quand on est parvenu faire vibrer les cordes du cœur, je ne dis pas de l'enfant seulement, mais aussi de l'adulte, rien n'est plus facile que de faire natre toutes les ides bonnes et gnreuses; l'me les reoit comme un aliment compatible avec sa nature, et l'intelligence s'initie aux maximes de la morale religieuse en les gravant profondment et avec cette nergie qui laisse d'ineffaables souvenirs. Dans l'ge mr lorsque les peines les malheurs et les souffrances physiques nous reportent par la pense l'poque de notre ducation, le souvenir des maximes qu'on nous a inspires revit alors, et dans les plus intimes profondeurs de notre me fait retentir les sons simples et harmonieux des chants de l'enfance. L'influence de ce souvenir n'est jamais strile dans l'homme malheureux et dans le criminel lui-mme. Ils pieu-

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— f> — pfll d'attendrissement et bientt ci s larmes succde la rsignation ou le repentir. A Verviers, la directrice ou la sous-matresse de la salle d'asile lient plusieurs registres sur la filiation des enfants, sur leur assiduit, sur les prix qu'on leur accorde cl les fautes dans lesquelles ils sont tombs, l'tat de leur sant et l'opinion du mdecin. En examinant ces livres, je no pus in'empcher de rflchir au plaisir que doit prouver, au dclin de sa carrire, l'homme heureux ou malheureux qui rencontre dans ces registres de l'enfance, la premire page de sa premire existence physique et morale. Peut moi, je sais que si je rencontrais colle do ma vie, j'y attacherais | lus de prix qu'il tous les litres et tous les diplmes du monde. A 6art les imperfections que nous avons signales, et qui proviennent de l'absence des divers objets ncessaires pour l'ensgncmeni ei la distraction des enfants, l'cole gar (lionne de Verviers esl bien dirige. L'institutrice ainsi (pie la seus-maitrosso sont des personnes affectueuses, armant les enfants, pleines de docilit, ei toutes disposes a favoriser les progrs. La commission des dames no laissera pas de condor d'aussi excellentes dispositions, en procuranl res matresses les objets de peu de valeur (pii son! ncessaires pour aider aux moyens naturels. Les coles gardiennes de Lige, .m nombre de

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— 46 — six, ne sont pas organises sur une aussi grande cheieque celle deVerviers. Elles sontencore dans l'enfance. Cne sont, dit la Socit d'encouragement dans son rapport de 1837, que de grandes salles avec les quatre murs blancs garnis de bancs pour les enfanls.Leur tablissement est tout nouveau, et il faut esprer que le zle de la socit auquel on les doit continuera ses efforts pour les lever au degr de prosprit et d'influence qu'elles rclament. Pour encourager les parents envoyer leurs enfans, on donne ceux-ci une soupe dans la saison rigoureuse de l'hiver. ABruxelles, il y a aussi plusieurs de ces coles; mais d'aprs l'aspect qu'elles prsentent, on ne pourrait croire qu'elles sont les plus anciennes de la Belgique. Les locaux sont mesquins, troits, sales ; ils manquent presque absolument du mobilier ncessaire pour l'enseignement; il y a peu de propret chez les enfants, peu de vivacit, peu de gaiet dans les rcrations, tout annonce le dfaut de centre actif d'o ces tablissements puissent recevoir la direction et puiser la vie. Nous avons trouv nanmoins que les institutrices possdent les qualits requises, mais elles restent dans une sorte d'abandon. Rcemment on a tabli, rue des Sacrifices, une petite salle d'asile modle; pour la soutenir, plusieurs dames de Bruxelles se sont associes : elles ont eu mme le concours de la vertueuse reine

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— 47 — Louise. Cette cole, que visite journellement mademoiselle Josphine Even, offre dj un aspect intressant pour le bon ordre, l'air de propret et l'excellente direction donne l'enseignement. Elle manque encore de beaucoup d'objets pour les exercices; mais ce besoin ne se fera pas longtemps sentir, grce la gnrosit de ses illustres patronnes. J'ai aussi visit, Gand, un tablissement que Ton appelle en cette ville cole gardienne, et qui est simplement un lieu destin garder les trs pelits enfants; mais aucune ide philosophique n'a prsid son organisation, aucun sentiment philanthropique lev de la nature de ceux qui servent aujourd'hui de bases des tablissements si utiles ne se manifeste dans sa direction. < )n v trouve environ 200 enfants des deux sexes, sales el mal tenus, jouant dans une cour. La directrice est une jeune personne peu gracieuse. D'aprs les rponses qu'elle fit nos questions, nous reconnmes qu'elle ignorait compltement le sj stme des salles (I asiles, et les moyens qu'elle devait employer pour bien conduire les intressantes cratures qui luitaienl eonliees. Ce n'est point la faute de Cette jeune femme, si elle n'est point en tat de remplir la mission dont elle est charge ; le tort est Tau torit municipale qui lui a donn ce poste, ne se faisant pus plus qu'elle une juste ide de l'impt lance des salles d'asile.

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— 48 — Il n'y a aucun de ces tablissements Anvers, malgr Tardent dsir du bourgmestre clair, M. Grard de Grele. Je m'entretins avec lui sur ce sujet intressant, lui recommandant d'appliquer ses soins de telles fondations, et l'exhortant faire prcder leur organisation dfinitive Anvers, d'une socit de dames pour les inspecter et les surveiller : car c'est seulement a l'aide de ces moyens que l'on peut esprer des salles d'asile tous les avantages qu'elles sont destines procurer la gnration future. De mes observations sur les tablissemens de ce genre que j'ai visits en Belgique, j'ai conclu que leur organisation n'est pas suffisamment connue; qu'il n'existe pas en leur faveur d'enthousiasme philanthropique clair capable seul de les tirer de l'tat imparfait o ils se trouvent, et que cela vient du dfaut de systme, d'unit, dcentre d'action pour l'enseignement primaire. Quoique le dcret royal du 29 aot 1833 et la circulaire du 22 aot 1834 recommandassent aux administrations communales l'tablissement d'coles gardiennes pour les enfants au dessous de six ans, la nouvelle loi municipale offre sur ce point une lacune sensible, car elle les oublie absolument dans son numration des tablissements qu'elle remet au zle des bourgmestres et des chevins. L'administration des pauvres de la ville de Tournay a suppl ce dfaut, en votant la cra-

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— 49 — lion et l'entretien de salles d'asile pour 400 enfants pauvres, confies au soin de l'administration des hospices et du bureau de bienfaisance; pour celte œuvre rccornmandable, ladite administration et le conseil communal accordrent chacun pour moiti la somme de 2,000 francs, se rservant d'augmenter le nombre des salles et les subventions annuelles en cas de ncessit. Eco les Priai a ires La description que nous avons faite de l'tat gnral de renseignement primaire en Belgique et des vices dont il est affect, pourrait nous dispenser de parler en dtail des coles que nous avons visites. Nanmoins nous indiquerons rapidement l'impression qu'elles oui laisse sur nous, et les nobles efforts que nous avons reconnus dans diverses administrations locales. Avec la libert de l'enseignement subsiste, comme on doit s'y attendre, la pratique de tous les systmes. Chaque matre peul adopter son gr celui qui lui convient le mieux, m celui que lui indique l'association ou l'administration qui le soutient. Ce manque d'unit est certainement nuisible; mais ce qui est plus affligeant, c'est que les corporations provinciales ci communales ne se sont point pntres des principes qui doivent prsider ii l'enseignement du peuple, c'est--dire l'associalion de l'ducation l'instruction. Si elles taient \ (M EN lOI I I 1 > 11EI (i III. I

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— 50 — convaincues de cette salutaire maxime, elles n 'employaient pas leurs fonds crer des coles lancaslriennes, dont le systme machinal, mcanique, absurde, est directement oppos au but de Tducation populaire. A Bruxelles, j'ai visit la grande cole de cette classe rtablie rcemment dans un magnifique local et dans laquelle viennent se runir 300 petits garons et 150 petites filles; le directeur a modifi en quelques points le systme de Lancastre ; mais le fonds est rest le mme : la rptition mcanique de l'enseignement par les lves; la transformation du principe du dveloppement progressif de l'intelligence en une simple habitude de la mmoire; le retranchement de tout lment rationnel d'activit et de vie dans l'esprit de l'enfance, et, ce qui est plus triste, de tout moyen de raction sur les sentiments moraux, sur le cœur, unique source o rside l'avenir secret et inconnu vers lequel la mthode adopte doit donner une sage direction. Le matre usant probablement des facults discrtionnaires qui lui ont t donnes, fait apprendre ses lves certaines notions de physiques et d'histoire naturelle trangres au cercle de l'enseignement primaire, expliques peut-tre (ce que nous ne prtendons point examiner) d'une manire peu convenable pour l'enfance. Les lves apprennent aussi le dessin linaire, en suivant les beaux modles publis par la socit d'encoura-

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— 51 — gement de Lige. Les petites filles reoivent l'enseignement des travaux de leur sexe dans une grande salle spare de celle des garons et sous la direction d'une matresse. La province de Brabant, laquelle appartient la capitale, comptait, en lSoG, deux cent une coles communales, prives et mixtes, dans les villes, et 561 dans les communes rurales, avec 35, G 1 G lves garons et 27,G35 filles, au total 63,251, qui, comparativement la population de ladite province, de 592,250 habitants dans Tanne sus mentionne (*), donnent un lve par 9,4 habitants. Les deux coles modles riges Bruxelles et Louvain se sont soutenues ; les confrences d'instituteurs se sont renouveles en partie Nivelles, et une troisime cole communale s'est ouverte rcemment ;i Bruxelles: Nanmoins, dit le rapport de la commission administrative, les ressources pour l'instruction de la classe indigente dans la capitale sont loin d'tre proportionnes aux besoins. Le mme organe avoue que dans beaucoup de localits les bonnes mthodes son! abandonnes depuis la rvolution de 1830. Les coles d'adultes ouvertes Bruxelles, en 1835, parle sle de la socit pour l'instruction lmentaire, n'ont (*) Nous prenons quelques dtails statistiques
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— 32 — pu se soutenir, el furent fermes, en 1837, faute d'aliment et d'encouragement. Comme le dit fort bien IVL Ducptieux (t. 1, pag. 68), l'augmentation de 253 coles dans cette province depuis 1829 ne suppose pas l'existence d'un progrs rel car la plupart sont mauvaises ou mdiocres, beaucoup de prcepteurs manquent de la capacit ncessaire pour l'enseignement, et la dure des leons est trop courte en gnrai pour que les lves en tirent le parti dsirable. Pour apprcier les effets de l'enseignement primaire dans les provinces, on a form, en 1835 et 1836, une classiQcation des miliciens selon le degr de leur instruction ; on a trouv les rsultats suivants : 1835. 1836. Sachant, lire, crire et compter 1,591. 1,427. — lire et crire. .... 833. 661. — lire seulement. 162. 368. Ne sachant ni lire ni crire. 2,833. 2,456. Total. ". 5,419. A ,896. D'o il suit, que plus de la moiti des adultes de 1 8 ans qui ont tir au sort pour la milice pendant les deux annes dont nous avons parl, se trouvait dpourvue de toute espce d'instruction. {Expos de la situation administrative au Bradant en 1836). Pendant ces deux dernires annes l'instruction primaire a fait de remarquables progrs dans la province de Lige. La seule cit de

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Lige possde 10 coles communales, frquentes par 2,21 3 lves des deux sexes, et 45 coles particulires, qui en comptent 4,531. La petite ville de Ycrviers renferme cinq coles communales e.l gardiennes, qui reoivent 1,261 lves des deux sexes, et 19 coles particulires qui en ont 2,293. En 15, 4!)i coles communales, particulires et mixtes, auxquelles assistaient 20,678 garons et 16,129 filles, composant un total de 36,807 lves, ce qui, comparativement une population de 390,715 habitants, donne un lve par 16,2. r.clte proportion, connue on peut le voir, laisse beaucoup (aire au zle des corporations et des habitants de la province. Mais cen'est pas seulement sous le point de vue conomique que doit tre considr l'tat de l'enseignement primaire Lige; il faut l'envisager sous l'aspect mme de l'enseignement que Ton procure dans les coles. Les efforts de la socit d'encouragement se sont dirigs sur ce point essentiel, procurant de bons livres de lecture pour les lves et d 'excellents manuels instructifs pour les matres, parmi lesquels je citerai PAmi dt sEcoliers imit en partie de l'allemand de Willmsen, qui a dj eu cent onze ditions eu Allemagne. Enfin, les princii

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— 54 — qui dirigent la socit dans ses importants travaux se trouvent consigns dans les paroles suivantes du rapport de sa commission en 1837 : Nous n'oublierons jamais, messieurs, que c'est par le sentiment de ses devoirs que l'homme s'lve au dessus du niveau terrestre o restent les autres objets de la cration. Qu'est-ce en effet que l'instruction sans l'ducation morale et religieuse, c'est--dire sans la discipline des mœurs et des croyances? C'est l'oubli de ces vrits que nous devons le triste spectacle que nous a trop souvent offert un peuple voisin, o chacun, se prfrant ouvertement son semblable, mcontent de son sort, avide de richesses, tentait chaque occasion de bouleverser l'tat, et ne repousse pas mme l'ide du crime pour assurer l'excution de ses projets. C'est du mpris, de l'ignorance ou de l'oubli des saintes lois de la morale que drivent ces scnes affreuses d'meute et de dvastation, ces calomnies publiques ou secrtes, ces rivalits effrnes, ces tendances ouvertes vers le mal, cette familiarit avec le crime. Cette socit si utile a pour objet l'amlioration des moyens de renseignement offrant bas prix les meilleurs livres lmentaires et contribuant introduire les meilleures mthodes. Elle tient une session publique une fois par an, au mois de septembre, et son conseil d'administration, compos

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55 — de 20 membres se runit au moins une fois par mois. Il se subdivise en commissions dont les rapports et les propositions servent de base aux travaux de l'assemble : par exemple, la premire section recherebe et indique, en conseil, les livres qui offrent des connaissances utiles exposes avec simplicit et destines rpandre le got du travail et l'amour de la vertu ainsi que ceux dont la traduction pourrait contribuer aux mmes rsultats; la seconde section prpare les moyens de faire la distribution la plus avantageuse des livres de la socit et cet effet elle runit les renseignements ncessaires et s'occupe de classer les ouvrages selon les degrs d'instruction et les besoins des localits, etc. La rapidit de la vente des livres que publie cette socit peut servir mesurer le bien qu'elle produit. En 1s;o, alors qu'elle comptait peine trois annes d'existence, elle avait plac environ (S(),()0() exemplaires, et depuis nom origine jusqu'en 1836, elle imprima ouacquil 316,416 volumes, Les publie, nions allrent constamment en augmentant : 18,451 exemplaires furent vendus en 1832, 23,954 en 1833, 28,073 en 1834 25*670 en 1835, 33,250 en 1836. Dans cette dernire anne seule la socit imprima 67 ,000 exemplaires, et aucune dition ne fut tire moins de 3,000 exemplaires; le magasin contient plus de 120,000 volumes de i(J ouvrages diffrents.

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— 56 — Parmi les publications intressmes de cette socit, je citerai plus particulirement les cahiers de dessin linaire, d'arpentage et d'architecture, les cartes gographiques et les globes des prix trs modrs. Les travaux de cette association se sont tendus d'autres branches importantes qui compltent le cercle de son influence et que j'indiquerai rapidement. En 1836, elle tablit, de concert avec la rgence de Lige une cole normale primaire dont l'enseignement est entirement gratuit; les lves n'ont plus songer qu' pourvoir leur subsistance, et mme on a obtenu de suite une subvention de 6,000 francs du conseil municipal en faveur des jeunes gens qui habitentdesdistricls loigns. [Les sous-maitres et leurs aides ainsi que les sous-maitresses des coles normales doivent assister aux cours ; ces cours se divisent en deux parties : 1 cours permanents de huit mois de dure, depuis octobre jusqu' mai, dont les leons ont lieu le soir au moins pendant cinq jours de la semaine, savoir: trois pour les garons et deux pour les filles ; 2 cours temporaires auxquels se rendent], durant les mois des vacances des cours permanents, les instituteurs ruraux de la province qui ont besoin de se perfectionner, et ils y assistent tous les jours deux heures dans la journe et deux heures le soir. La subvention de 6,000 francs se distribue de la manire suivante:

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i>i 1 2 bourses de 300 francs sont affectes aux lves des cours permanents cl 18 quarts de bourse de 75 francs sont destins aux instituteurs qui suivent les cours temporaires*. Les 1 ,0.*>0 francs restant servent couvrir les (rais gnraux de rtablissement. Cette cole est un externat: les lves sont logs dans les auberges du lieu indiques ou approuves parla commission, afin qu'ils se trouvent constamment soumis l'inspection du directeur de l'cole et des membres de la commission. Le prix de la pension est fix 1 fr. 25 c. par jour, ce qui, pour huit mois, donne les 300 fr. indiqus. L'attention de la socit s'est porte aussi sur les salles d'asile ou coles gardiennes, comme nous l'avons fait remarquer en parlant de ces tablissements, et sur les coles de Biles. Ls en fantsdece sexe frquentent les coles de Belgique en bien moindre nombre que les petits garons ; car, sur un total de \ I 1,5 3 elv s au commencement de I 835, il n'y avait que l / 8,033 petites tilles; enfin les efforts de la socit en laveur des coles d'adultes se voient couronns d'un plein succs. Ces coles sont de deux espces : dans les unes on s'occupe seulement de corriger les vices de l 'instruction prmairc donne la jeunesse* des deux sexes \ et elles sont trs imparfait is, car I enseignement ne s'\ donne qu'une lois ou deui par semaine, et par consquent n'offre point de continuit;

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— 58 — l'autre, dite cole industrielle est destine complter l'instruction des classes ouvrires, en les initiant au secret des professions auxquelles elles se destinent : elle existe depuis environ sept ans, et elle est soutenue par la ville. Elle se compose de deux parties : l'une, appele cole prparatoire industrielle, avec huit professeurs, et dans laquelle on donne l'enseignement primaire, en exceptant la gographie, plus de 400 jeunes artisans, durant deux ou trois ans, aprs lesquels, moyennant un examen, ils passent la seconde, ou cole industrielle proprement dite., seconde par trois professeurs. Les cours de celle-ci durent deux annes: 1 dessin, gomtrie lmentaire et descriptive, physique et chimie; 2 dessin linaire, gomtrie des courhes, mcanique, chimie et minralogie : 80 lves environ assistent ces leons pendant deux heures de la soire. La ville envoie ses frais quelques-uns des jeunes gens qui ont subi les meilleurs examens annuels, pour continuer leurs tudes d'industrie pratique en d'autres pays. M. Devillelhiry, excellent professeur de dessin, qui m'accompagnait dans ma visite prouvait quelque peine en me montrant la collection mesquine de machines et de modles, bien diffrente certainement de celle de Gand, et aux lacunes de laquelle on pourrait facilement suppler avec une partie du riche assortiment qui existe comme un

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— 59 — pur objet d'ostentation dans le muse de Bruxelles. Le mme professeur a compos le Cours lmentaire de dessin gomtrique appliqu aux arts, pour l'usage des coles primaires et industrielles de la Belgique, dont j'ai parl en traitant des coles de Bruxelles, et qui certainement honore son auteur. La socit d'encouragement a publi en outre divers ouvrages pour le mme tablissement. Les fonds dont pouvait disposer ladite socit, dans Tanne termine en juillet 1837, montrent 9,665, dont 1 ,226 de contribution des membres de l'association 1,700 francs de subvention du conseil communal et du conseil provincial et 5,230 francs, produit des ventes de livres el d'articles pour l'enseignement. Les irais s'levrent 17,052 francs et les paiements faits 9,624 fr.; par consquent, il y eut un dficit de 7,428 francs que l'on devra couvrir l'avenir au moyeu de la vente des livres en magasin, dont la valeur est de 21,000 fr. au moins. La Flandre orientale compte 155 coles dans les villes, et 667 dans les campagnes ; les premires comprennent 8, 1 70 garons el 6,269 filles; les secondes 26,270 garons el 20,965 lilles, au total <> I ,61 I sujets, qui, compares a la population de la province, de 58,906 habitants, donnent un lve par 1 2,8 habitants. Il n'y Mit pas d'coles gratuites Gand avant

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— GO — l'anne 1828. Le gouvernement dsirant alors organiser le systme intellectuel, entra en ngociation avec la municipalit, et l'aide de la subvention qu'elle lui accorda, on tablit trois coles. En consquence du mouvement produit par la rvolution de 1830, les matres hollandais furent congdis; mais la rinstallation de la rgence, on pensa srieusement rorganiser les coles sur le pied o elles se trouvaient. En 1 837 il v avait dans la ville de Gand sept coles; trois pour les garons, deux pour les filles, une cole centrale de Franais pour les garons, et une autre de mme espce pour les filles, auxquelles se rendent, en totalit, 3,360 lves, dont 2,200 garons et 1,160 filles, qui, compars la population de la ville, donnent un lve par 26 habitants. Les coles de garons se trouvent soumises une commission de surveillance de douze personnes distingues membres du conseil de rgence ou des tats provinciaux ; les coles de petites filles se trouvent sous une commission de dames. Ces commissions se runissent tous les jeudis pour entendre les parents, les lves ou les matres, et dcider les affaires pendantes. La charge d'inspecteur passe mensuellement a tous les membres. Chaque cole a un directeur et quatre assistants, et chacun de ceux-ci est charg d'une division, de sorte que les sept sries dans lesquelles se subdivisent les coles forment quatre classes diriges

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— 61 — sparment par les assistants, (le grand nombre (1 e sous-matres, qui s'lve trente-trois, offre au corps municipal une ppinire de professeurs ; maisceia ne constitue pas une vritable cole normale, dont l'existence manque en Belgique. Dans chaque cole se lient un registre des absences et des bonnes notes d'application et de progrs; la 6n de chaque semaine, on fait le rsum de ces notes, l'on proclame les noms des quatre sujets les plus favoriss, et ils restent inscrits sur un tableau durant toute la semaine. A la (in de l'anne, on distribue des prix aussi aux quatre lves les plus avancs dans chaque classe. La seule punition que l'on inlli^e ceux qui la mritent, consiste en une augmentation
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— 62 — commencer l'enseignement de cet idiome dans une des coles primaires, d'y consacrer deux heures tous les soirs en admettant aux leons les lves les plus avancs des autres coles. Aujourd'hui 400 lves viennent recevoir l'enseignement de cinq matres, et constamment 400 sujets sollitent la mme faveur. D'aprs ces bases sont diriges trois grandes coles que nous avons visites, deux de petits garons contenant l'une plus de 700 et l'autre plus de 300 sujets, et une dernire de petites filles o se runissent plus de 500. lves. Leur aspect est presque entirement semblable celui des coles hollandaises dont on a adopt le systme intellectuel d'enseignement. Les locaux sont extrmement resserrs. L'cole la plus nombreuse de petits garons est dirige par M. Van Nerum, auteur de l'intressante Notice sm* l'instruction primaire^ que nous avons souvent cite dans cet ouvrage, professeur zl et profond consacr exclusivement son important ministre, et l'un des hommes de Belgique qui connaissent le mieux la bonne manire d'enseigner l'enfance. Il y a en outre Gand un tablissement appel cole gardienne, o se runissent 2 300 enfants au dessous de six ans, et dont nous avons dj parl prcdemment; une ancienne cole dominicale laquelle assistent 1,400 garons et 1,600 filles, et 4 autres plus rcentes ayant chacune H

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— 63 — 700 lves. Comme complment l'instruction qu'on donne Gand la classe ouvrire je dois cher l'cole industrielle cre en 1826' pour lui donner un enseignement analogue ses professions respectives, et dont l'organisation dfinitive pour les travaux actifs ne date que de 183o ; elle fut forme l'aide d'une subvention de l'tat et d'une autre de la ville ; 4 professeurs y enseignent l'conomie industrielle, l'arithmtique, la gomtrie, le dessin linaire, la mcanique, la physique et la chimie. Plus de 400 lves assistent aux cours qui se font en langue flamande, pour en faciliter L'intelligence. M. Jacquemyns, directeur de rtablissement, jeune homme d'une grande capacit, ayant des ides fort leves, a publi dans la mme langue un trait dit de mcanique appliqueJ'ai visit en sa compagnie toutes les parties de cet utile tablissement, la bibliothque, l'amphithtre, le laboratoire de chimie, et le cabinet des machines ou se trouve une belle collection de tous les objets ncessaires aux lves, et qui certainement honore les autorits de la ville de ( and. I tans la Flandre occidentale aussi on a augment le nombre des coles el des lves, sans que pour cela le systme d'enseignement se trouve bien organis* Dans les villes o un bourgmestre actif et clair stimule les progrs, les coles primaires offrent un tableau satisfaisant ; dans les autres, el particulirement dans 1rs communes rurales, elles

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— 64 — sont abandonnes aux vues de l'intrt priv. Connaissant ce mal, la dputation des tats provinciaux attend avec anxit la promulgation d'une loi organique. Le gouverneur, dans son rapport de 1833, dnonce un fait scandaleux : quelques rgences municipales, rebelles au conseil de l'autorit suprieure, rayrent de leur budget les sommes destines l'enseignement et privrent d'habiles instituteurs de leurs traitements. Conformment aux donnes officielles que nous avons sous les yeux, il y avait, en 1835, dans toute l'tendue de la province, 302 coles communales avec 19,419 petits garons et 10,041 petites filles, et 311 coles particulires runissant 9,197 garons et 7,828 filles, ce qui prsente un total de 48,485 lves, lesquels, comparativement une population de 627, 1 28 individus, donnent un lve par 12,9 habitants. Nous avons visit Bruges la plus nombreuse des deux coles primaires que la ville entrelient par une subvention de 8,000 fr., et qui en outre ont obtenu du gouvernement un secours dont le montant vient d'tre pori 3,200 francs. Le local de ladite cole non seulement est trop restreint pour les 613 lves qu'il renferme mais encore il ne remplit pas les conditions exiges pour sa destination. C'tait autrefois une abbaye que trs heureusement le clerg dsire acqurir de nouveau et pour l'achat de laquelle il offre

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— 65 une somme qui subviendrait aux irais de la disposition d'un local convenable. Il est divis en deux parties : une pour les lves de la vritable cole primaire, au nombre de plus de 500, tous serrs sur leurs bancs de manire ne pouvoir remuer les bras, cl l'autre, o sont runis les trs petits enfants, parfois au nombre de 200. Beaucoup d'entre eux restent tout le jour Pcole, et nous les vmes jouer sur le terrain situ devant la maison. C'est trs improprement qu'on donne le nom de gardiennes aux coles de Bruges, parce qu'elles ont sous leur surveillance les pet ils enfants de six ans, car elles n'offrent dans leur organisation el dans leur rsultats lien de ce qui doit constituer ce genre d'tablissement : ce sont tout simplement des coles primaires gratuites o l'on admet de petits enfants au dessous de six ans, qu'ol se borne maintenir tranquilles pendanl le temps que les plus grands s'acquittent de leurs devoirs el en attendant les heures heureuses de la rcration. On a adopt aussi Bruges, pour |\ usegnemenl la mthode de Pestalozi, modifie par Prinsen, ou le systme intellectuel; notais l'cole que nous avons visite laisse encore beaucoup dsirer comparativement eelles de la Hollande. Outre ces deui coles, o affluent plus de 800 enfants pauvres, il en existe une autre dii ige paj r. EH UOJ i i i s i u. Il

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— 66 — les frres de la doclrine chrtienne, et aussi l'cole du dimanche, auxquelles se rendent plus de 3^000 enfanls qui y reoivent une instruction gratuite. J'allai voir enfin une autre cole de la classe de celles qu'on appelle en Belgique coles modles; elle compte 120 lves payants, et ses leons assistent les jeunes gens qui se destinent au professorat. Le local est une helle maison o les enfants occupent deux salles spciales ; on les instruit sur toutes les branches de renseignement primaire par le systme intellectuel. L'honorable abb Carton, directeur de l'institution des aveugles et des sourds-muets Bruges, m'accompagna dans ces visites, et m'apprit qu'il y avait un grand nombre d'coles infrieures pour l'ducation des petites filles pauvres, diriges dans les campagnes par des sœurs de charit, qui suffisait ainsi avec leur zle l'abandon des autorits municipales. L'institution de ces femmes vertueuses prend une grande extension en Belgique; les sœurs se consacrent Penseignenment des filles pauvres, au service des hpitaux et des infirmeries, au soin des fous, l'instruction des aveugles et des sourds-muets, ainsi que je le dirai plus tard. Ces occupations leur procurent une espce de carrire utile, et, avec les moyens exigus dont elles disposent, leur attirent la considration et le respect du public en mme temps qu'elles leur donnent la satisfaction de lame.

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— 07 — Les congrgations des frres de la chai. lvent en Belgique 4,538 garons, ci les urs plus de 2,000 filles (?)$ une notice unprm l'tal du cierge catholique apprend que parmi les .! couvents ou congrgations religieuses femmes, il y en a ll pour les hospices el I consacrs l'enseignement. Beaucoup d'autres tablissements de chariti livreur l'instruction primaire, mais ces demi int de vritables collges internes, la plupart destins aux orphelins et ifants abandonns, nous les dcrirons lorsque nous muterons d tal aents de bienfaisance. Dans la province d'Anvers ui i mulati s'est dclare en laveur de l'ens it priroaire; c'est ainsi que les coles offrent en gnral un tableau plus satisfaisant que dans 1rs deux Flandres Il existait an commencement r l'anne 1637, I6 coles communales, auxquelles assistaient 10,328 garons et 7,1 42 filles; l(i<> coles particulires ayant .*), et 1,796 filles, et ta mixtes avec 1,003 garons el 2,488 Biles, ce qui forme un total de 3 i 7 et t 34,1 2 i lye Les associations particulires de bienfaisance, les hospices d'Anvers, ceux de Malines et ledpl de mendicit de Hoogstraeten, ainsi hue la prison Binvi *phJ di >1. I rti \n

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— 68 — de Saint-Bernard, donnent en outre l'instruction un grand nombre djeunes gens des deux sexes, sans parler de plus de 3,000 qui se rendent aux coles du dimanche de la capitale, et dont nous traiterons en particulier. Tous ces tablissements runis prsentent un ensemble de 38,000 lves, qui, comparativement la population de la province, comprenant 360, 1 80 habitants, donnent un lve par 9 habitants. La province d'Anvers possdait avant la rvolution deux coles primaires modles, Tune dans la capitale, l'autre Malines. Celle-ci fut rorganise en 1832, et celle-l en 1834; chacune sous la direction et les soins d'un conseil d'administration compos d'hommes clairs, qui ont su donner l'impulsion et la tendance convenables ces tablissements. — Ainsi, apprciant l'importance commerciale de la cit d'Anvers, ce conseil fait en sorte que l'cole normale enseigne les langues les plus en usage, l'anglais et l'allemand, l'histoire du pays et l'arithmtique applique; celle de Malines embrasse aussi dans ses tudes les langues franaise, allemande et anglaise, la gographie, l'histoire, le dessin linaire, la dclamation et le chant. La premire desdites coles voyait se presser dans ses classes, en 1837., plus de 200 lves, et la seconde 150. Aux coles publiques, prives et mixtes d'Anvers se rendent plus de 5,000 enfants, sans comp-

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— 69 — ter ceux des tablissements de bienfaisance el des coles du dimanche. Le lolal n'est pas au dessous de 9,000, qui, proportionnellement la population, donne un lve par 8,5 habitants. Il y a 3 coles communales gratuites, divises chacune en
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— 70 — ne s'est pas faite encore en Belgique; mais la question chez d'autres nations ayant t rsolue contre renseignement h la Lancastre, Anvers ne devait pas tarder si longtemps le proscrire pour lever son systme d'cole la hauteur qui lui convient. Une autre institution laquelle la jeunesse d'Anvers doit plus de reconnaissance encore sous le point de vue de l'instruction comme de la moralit, est l'cole du dimanche, soutenue dans les sicles passs avec une modeste simplicit, et qui fut rorganise, en 1827, par trois dames bienfaisantes, sur des bases plus solides. Toutefois, elle eut d'abord lutter contre les obstacles de l'poque : car le gouvernement refusa l'autorisation que la loi exigeait pour la runion d'un certain nombre de personnes. Les 24 jeunes gens qui formaient alors l'cole du dimanche, cherchrent un abri dans les dpendances de l'glise cathdrale ; l s'enracina l'enseignement; le nombre des lves s'augmenta jusqu' 100, et le bienfait s'tendit aux jeunes filles parle moyen de 2 dames institutrices qui se chargrent de l'enseignement gnral dans deux locaux spars. Bientt le nombre des lves s'accrut de telle sorte qu'il fallut penser disposer un local convenable ; on y parvint, grce au concours d'mes charitables. Telle fut l'origine de la belle cole 4ciuelcmen f i en activit;, et, son exemple, s'en

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71 formrent d'autres dans les diverses paroisses; aujourd'hui on compte six divisions dans autant de paroisses, o plus de o,000 lves reoivent gratuitement, tous les dimanches et jours de fte, l'instruction religieuse, morale et sco las tique. La modestie des dames rgnratrices de l'cole dominicale d'Anvers gale leur charit et leur persvrance. Leurs noms ne se trouvent crits que dans le cÂœur des lves et des habitants (jui admirent un si noble zle; L'auteur mme de l'intressant mmoire sur cet utile tablissement n'a pas eu la permission de les citer (*). Leur rcompense, la seule qu'elles ambitionnent dit cet crivain, elles en jouissent en radiant que, tous les jours de fle, 200 membres socitaires el plus de 3,000 enfants et jeunes ge :s deux sexes bnissent leur mmoire, devant au ciel des vÂœux ardents pour la conservation de jours si prcieux leurs concitoyens et la classe ouvrire. Je ne rvlerai pas non plus le nom de quelques-unes de ces dames que j'eus l'honneur de c< nnaltrc et d'admirer; mais elle an moins dans ces lign< s de ji i\^ s mon admiration el de mon respecl pour leur conduite chrtienne, Voici l'ordre de l'en ni, el la di Uribulion des heures que l'on y con : neul I Y. : ,.!. minic le, consid il imcnl '< bonheur
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— 72 — heures, tous les jeunes gens se rendent au local de l'cole, o ils coulent une instruction religieuse donne par un des ecclsiastiques membre de la socit; ensuite trois autres membres interrogent les lves qui leur sont confis, pour connatre s'ils ont compris les vrits expliques, et les expliquer de nouveau, s'il est ncessaire. Cette rptition termine matres et lves se rendent la messe, laquelle assistent aussi les jeunes filles, spares des garons car l'autel est construit de manire pouvoir tre vu du rez-dechausse o se trouvent les filles, et du premier tage o sont les garons. Pour empcher aussi le contact, l'instruction religieuse des filles, petites et grandes commence aprs la messe ; d'aprs le mme systme, les dames institutrices rptent les explications que fait un de messieuis les vicaires. L'instruction morale et scolaire se donne aprs midi, de 3 6 heures, chaque sexe y en des locaux diffrents; de 3 3 heures 1/2, un certain nombre d'lves s'exercent crire, tandis que ceux qui le savent dj reoivent des leons de franais: de 3 heures 1/2 4 heures, les plus en retard apprennent l'alphabet la lecture, et en mme temps les plus instruits dans la lecture et l'criture s'exercent au style pistolaire qu'on leur fait analyser et appliquer leurs professions respectives; de A 4 heures 1/2 on enseign l'arithmtique, en suivant des tableaux

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— 73 — i m pimcs cet effet, et dans la section des jeunes gens, cet exercice est, suivi d'un cours de dessin linaire el d'architecture; de 4 heures I ? S heures 1/2 le directeur fait une explication de l'vangile du jour, prsent sous le point de vue moral, pour les engager fuir le vice et pratiquer la vertu ; de 5 heures \ 2 6, ils assistent, dans la chapelle de l'institution, au salut qui termine les exercices du jour. En suivant le principe dominant dans les coles d'Anvers, on a adopt dans les coles dominicales la mthode de l'enseignement mutuel; mais il faut esprer qu' mesure que l'opinion claire se formera dans cette partie, les membres zls de la socit d'Anvers ne tarderont pas substituer celte mthode celle de l'enseignement simultan, propre favoriser le dveloppement des facults intellectuelles et morales des lves. Quand s tablit l'cole dominicale, on pourvut, ;i I aide d'une souscription aux Irais de l'tablissement et la distribution des prix ; mais il fallut de suite recourir d'autres moyens, el aprs en avoir discut plusieurs l'on convint de faire une exposition publique d'objets d'arl et d'agrment, au bnfice desdites coles du dimanche ide qui tut favorablement accueillie, et dont on commena la ralisation la premire exposition qui se lil au mois de \v\ lier 1 Si i ( '.oinme on devait l'esprer, la main dlicate des dames du rang le plusli

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— 74 — rivalisa avec le talent exerc des artistes; elles fournirent un grand nombre d'objets aussi admirables pour la perfection du travail que pour la richesse de la matire. A ct des brillantes offrandes de l'art ou de la fortune, se voyaient les tributs modestes, mais non moins apprciables, des classes ouvrires et le tout produisit la somme de 12,000 francs. J'eus occasion d'admirer la richesse et la varit de l'une de ces expositions, au mois de juin, quand je fus Anvers: elle tait forme par les dons de toutes les classes, et prside par quatre dames socitaires,dont l'amabilit correspondait auxvertus qu'elles pratiquent. A la fin de chaque anne scolaire on distribue des prix aux lves ; ce sont des vtements complets ou quelques parties d'habillement et des livres d'tude. Tous les jeunes gens qui ont frquent l'cole reoivent quelqu'une de ces rcompenses; car on en donne, non seulement dans la vue de rcompenser les sujets avancs, mais encore clans l'intention de stimuler une assistance rgulire aux cours. J'eus la satisfaction de me trouver cette crmonie qui se fait avec une certaine solennit dans le chœur de l'glise cathdrale, en prsence des familles des lves, des dames patronesses et d'un nombreux concours de spectateurs, et qui est prside par les autorits ecclsiastiques et civiles. Parfois une petite circonstance augmente de beaucoup l'ide de l'ina*

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n portance que La jeunesse attache aux actes dam lesquels elle figure. La prsence d'un tranger, qui venait d'Espagne [jour tudier les coles de la Belgique, et qui se complaisait voir les progrs des lves, devait donner un double prix aux couronnes que ma main posait sur le iront des jeunes gens des deux sexes, les plus distingus de l'cole dominicale d'Anvers. L'influence de celte institution, tant sur l'ducation de la jeunesse que sur les mÂœurs de la classe ouvrire d'Anvers, est immense; elle a cl dmontre sous tous les rapports par le respectable M. hramp, directeur cl trsorier de l'cole dominicale, (pie j'eus le plaisir de connatre et d'apprcier. Dans son intressant crit, il donne moyens de gnraliser, dans tout le royaume, cette institution si salutaire, qui offre en outre l'avantage de ne coter absolument rien ni au budget de l'tat, ni celui de la province. Dans un autre chapitre il traite de l'influence nuisible des chants obscnes ci des mauvais livn i la >se ouvrire; du moyen de co ce vi< cration d [u s pu gratuit s ; de lu f< iiidus. pour la jeune Sous v ue, le nobl< tvramp Ul'OUli d'un hem uou tions dene pouvoir enlrer dai

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— 76 — ciales qui l'ont conduit jeter les bases de son difice. L'introduclion en Belgique de la broderie sur tulle fit ngliger et presque abandonner la fin la fabrication de la dentelle, autrefois si productive. Ce changement, ou cette substitution d'une industrie qui exige la runion des jeunes filles dans des ateliers, une autre qui s'exerait au sein de la famille, et isolment, a eu une grande et nuisible influence sur les mœurs des personnes qui s'y appliquaient. En outre, elle produisit le grand mal de leur affaiblir la vue, car presque toutes les jeunes brodeuses de tulle ou sont dj myopes, ou sont prs de le devenir, ce point que les trois quarts des lves de l'cole dominicale qui appartiennent cette profession ont besoin d'un nombre double de tableaux pour apercevoir les caractres dans les cercles de lecture. Outre ces inconvnients, un autre encore est venu menacer l'existence de cette classe laborieuse : c'est la concurrence effrne qui la ruine. Dans la seule province d'Anvers on occupait plus de 30,000 femmes et filles; leur travail a rencontr une concurrence terrible dans les ateliers de l'Allemagne et de la Suisse, o la main-d'œuvre est un prix infiniment plus bas qu'en Belgique; l'exportation immense que ce dernier pays faisait dans le monde entier, a diminu dans une telle proportion qu'elle ne s'lve plus la dixime partie de ce qu'elle tait autrefois et le peu qui

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i I — se Fabrique est tomb vil prix. Faire revivre l'ancienne industrie de la dentelle, tait la lois un utile projet industriel et moral, et pour le raliser, il fallait viter aux jeunes filles les Irais d'un long apprentissage, motif puissant qui leur avait lait prfrer la broderie du tulle parce que ec travail offre tout d'abord quelques prolits. L'heureux hasard qui fit concider le projet philanthropique de M. Kxamp avec le voyage de Lopold, ce roi si clair, et de sa vertueuse et gracieuse pouse procura les moyens de mettre ledit projet excution, grce la gnrosit de leurs majests, et le roi accorda une subvention pour tablir une cole modle de fabrication de dentelles que j'ai eu le plaisir de voir en activit, accompagn de son digne fondateur*, et dans laquelle s'occupaient dj 75 petites filles, faisant de notables progrs Les dsirs du roi Lopold, en couvrant cet tablissement de son auguste protection, ne furent pi seulement de former des ouvrires en dentelles, qui, au sein (le leurs familles, pussent g igner plus OU moins leur vie, mais aussi de les pousser dans l'enseignement decet art un degr tel qu'elles acquissent la clbrit dont jouissait jadis cette branche importante, formant ainsi un lment de prosprit et de gloire pour le pays. La nouvelle cole se trouve dirige par deux matresses habiles, sous l'inspection quotidienne

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— 78 — des dames institutrices de l'cole dominicale qui ont promis M. Kramp leur active coopration. La rgence de la ville, rivalisant de zle, a accord une subvention annuelle de 2,000 francs, et approuv son rglement intrieur. Quoique je n'aie pas visit les coles des provinces de Limhourg, Hainaut, Namur et Luxembourg les rapports publis par leurs conseils respectifs d'administration, et recueillis dans l'ouvrage de 3VL Bucptieux, me permettent de consigner ici les rsultats suivants, pour complter le tableau statistique gnral de l'instruction primaire en Belgique. Dans la province de Limbourg il y avait, au commencement de 1837, 449 coles communales, particulires et mixtes, o se rendaient 18,536 gracons, et 3,8!5 filles, au total 32,351 lves, qui, comparativement la population de 331,305 habitants, donnent un lve par 10,2 habitants. Un rglement, approuv le 26 octobre 1836, a organis les commissions d'examen pour les matres salaris que doit payer la province, ce qui est un progrs essentiel; et, en consquence de cette mesure, se prsentrent l'examen 45 instituteurs de l'poque prcdente. Dans la province de Hainaut il y avait, en 1 835, et il parat que le nombre n'a pas augment depuis, 859 coles, dont 654 taient frquentes pendant toute !';mnc par 56,797 lves, et 205

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— 7<) seulement pendant l'hiver par 12,058, au total h\S,8."), qui, comparativement la population 634,579 habitants, donnent un lve par 9,3 li :bitans. Dans le total de 66*425 lves que i un autre ouvrage tout rcent {Essai sur la Staiisti(]i;e), il y avait 37,1 J 2 garons el 29,3 1 3 611 Dans le rapport du gouverneur sur la situation de la province en 1833, se trouvent des rvlations* importantes sur les vices de l'org ion 'aire, les ides mesquines de quelques administrateurs locaux, les perfides suggestions aux* quelles d'autres obissent, l'esprit de v oce qui anime la plupart contre de dignes instituteur de l'poque antrieure que, selon le vœu du mme fonctionnaire, a leur aptitude et leurs anciens services auraient d garantir d'une semblable injustice. Comme remde tant d'abus, Fauteur de l'crit en question recommande l'exacte observation du second paragraphe de l'art. 17 de la constitution, dans lequel est autorise Cinstri t on publique aux fraude l'Etat, La situation scolaire de la province de Vonur est beaucoup plus avantageuse, grce ap zle des autorits, aux subvoulions du gouvernement, ( t ia continuation de l'ecolc modle fonde par l'administration prcdente. 11 existe k21 coles communales, particulires e( mixtes, avec I lves du sc\r masculin et 19, 106 d itresexe.

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— 80 — ce qui fait un total de 33,567, qui comparativement a une population de 227,074 mes, donne un lve par 6,8 habitants, ce qui est la proportion la plus favorable en Belgique. Dans la province de Luxembourg, l'instruction primaire loin de progresser pendant les trois annes qui suivirent la rvolution a dclin, non que les coles soient moins nombreuses, et qu'elles manquent d'lves comme ledit le gouverneur dans son rapport, mais parce que le grand nombre d'institutions improvises, par leur tat leur origine et leurs rsultats, offrent un symptme de dcadence. L'explication de ce fonctionnaire rvle des faits d'une importance non moindre que ceux consigns dans le rapport du gouverneur de Hainaut, lesquels dmontrent jusqu' 1 vidence, l'urgente ncessit de l'intervention du gouvernement dans cette anarchie que prsente l'instruction primaire en Belgique. Il existe dans cette province 865 coles de toutes classes, avec 25,480 lves du sexe masculin, et 20,147 de l'autre sexe, au total 45,627, qui, comparativement la population de 334,451 mes, donnent un lve par 7,3 habitants. Je n'tendrai pas davantage mes rflexions sur l'instruction primaire en Belgique ; celles que j'ai os prsenter peuvent en provoquer d'autres non moins importantes, et ceux qui dsirent comparer

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— 81 — simplement les laits, trouveront dans l'ouvrage de M. Ducpctieux tous les tableaux et les renseignements les plus rcents, soit qu'on les considre d'une manire absolue, soit qu'on les compare aux rsultats que la mme espce d'institution peut offrir en d'autres pays. n 01 BS B0L1 R M IB.0 — U

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— 82 — CHAPITRE SECOND. Des tablissements de bienfaisance en Belgique : Bureaux de bienfaisance ; — hospices des pauvres, des orphelins et des enfants trouvs ou abandonns ; — hpitaux des fous ; — maisons de maternit; — ateliers de travail ; — dpt de mendicit : — colonies agricoles } — coles pour les enfants pauvres 5 — coles de travail } — institutions des aveugles et des sourds-muets ; — monts de pit 5 — caisses d'pargnes 5 — institutions pour les femmes repentantes. Les tablissements de bienfaisance en Belgique tant, dans le principe de leur organisation, semblables ceux de la Hollande, portent encore aujourd'hui la mme physionomie, tant en eux-mmes que dans le nombre et le genre des infortunes qu'ils cherchent secourir ou faire cesser. Nous pourrions donc, en les dcrivant, observer l'ordre que nous avons antrieurement adopt en commenant par ceux qui se chargent de soulager les pauvres et de prvenir la mendicit et rservant pour la fin ceux qui se proposent de l'teindre, savoir : les commissions tablies pour la distribution des secours, des vivres et du combustible, les maisons de Dieu, les asiles pour les femmes en couche, les hospices et les infirmeries destins recueillir les orphelins, les vieillards, les in valides et les fous, les monts de pit, les caisses

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— 83 — d'pargnes, les coles industrielles pour les enfants pauvres, les maisons d'dueatiori pour les aveugles cl les sourds-muets, les ateliers de travail, les colonies agricoles et les depuis de mendicit. Si nous nous proposions de donner la notice exacte des tablissements de bienfaisance qui se trouvent en Belgique, nous devrions la faire prcder d'un coup d'oeil historique sur les mesures de prvoyance et les arrts qui leur sont relatifs, soit pendant la domination franaise, soit sous l'administration hollandaise, soit enfin l're nouvelle qui a commence pour ce pays en 1830. Pour faire un semblable travail, il serait encore ncessaire de prsenter l'ensemble de l'organisation de la bienfaisance publique, de descendre jusqu'au) dtails, en examinant dans chacune des provinces le nombre des tablissements, retendue qu'ils embrassent, les fonds qui leur sont destins, et les vices dont li! systme est plus ou moins affect dans ses diverses parties. Pour l'accomplissement de cette oeuvre, nous avions notre disposition un grand nombre (Je documents officiels, et nous aurions pu recourir la complaisance de nos amis pour nous procurer ceux dont nous aurions eu hesoiu 5 mais la grande abondance mme de documents publis ferait de ce travail une simple rdaction, et sou utilit serait S< n; bien plus pour le pays dont il est question que

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— 84 — pour l'Europe en gnral. En effet, d'une part le Code administratif des tablissements de bienfaisance, approuv par e gouvernement el publi par l'administration gnrale des tablissements de charit et des prisons de la Belgique, recueil du plus grand intrt, qu'on doit Thonorable zle de M. Soudain de Niederwerth, renferme toutes les lois et les ordonnances promulgues en laveur de ces tablissements, et suffit pour donner une ide exacte de leur organisation administrative ; de Fautre part, les rapports sur la situation de chaque province et de chaque commune, qui, conformment la loi (*), sont prsents tous les ans leurs conseils respectifs, offrent les lments ncessaires pour l'œuvre dontnous parlons. Mais tel n'est pas notre projet, ainsi que nous l'avons indiqu en parlant de la Hollande, et, en en outre, celte œuvre ne suffirait pas non plus pour atteindre le but vers lequel nous tendons, parce qu'un grand nombre des tablissements de bienfaisance de la Belgique, dus au zle et la (*) Chaque anne l'ouverture de la session ordinaire du conseil la dputation lui fait un expos de la situation de la province, sous le rapport de son administration : cet expos est insr au Mmorial Administratif. {Chap. 115 de la loi provinciale promulgue le 30 avril 1 836.) — Tous les ans, avant que le conseil s'occupe du budget, le collge des bourgmestres et chavins fera, dans une sance laquelle le public sera admis, un rapport sur l'administration et la situation des affaires de la commune. — (Art. 70 de la loi communale, promulgue le 30 mai 1 830.)

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— 85 — charit des institutions religieuses ou de quelques particuliers philanthropes, se trouvent places hors du cercle de l'administration publique ( ); et ma pense dominante tant de faire connatre les divers moyens auxquels on a recours pour amliorer le sort des malheureux, je me bornerai dcrire ce que j'ai vu et examin pendant mes voyages, laissant d'autres le soin d'tudier el de comparer les lois qui rglent la matire dans ces pays. Un chapitre trs intressant du rcent ouvrage de M. Ducptieux, sur la rforme du systme pnitenciaire, mrite d'tre cit ce sujet: il prsente un tableau gnral de l'organisation de la bienfaisance publique en Belgique, signale ses dfauts et propose divers moyens pour v remdier. Dans l'expos du rsultat de mes observations sur ce pays, je suivrai l'ordre que cet crivain a adopt, et je considrerai les tablissements de bienfaisance divises en trois catgories, selon le sujet qui les occupe ou les œuvres qu'ils ont pour objet; 1 offrir un asile et des secours aui pauvres el aux ncessiteux; 2 .prvenir el i< primer la mendicit; 3 l'empcher en offrant au.v. classes industrielles et misrables les moyens d'assurer leur indpendance. Lu premire calhgorie comprend les bureaux de bienfaisance les hospices des vieillards, des ( K ) Ds que le ministre
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— 86 — incurables, des orphelins, enfants trouvs ou abandonns les hpitaux de fous les maisons de maternit; la seconde embrasse les ateliers de travail, les dpts de mendicit, les colonies agricoles; la troisime renferme les coles des enfants pauvres les coles de travail les maisons des aveugles et des sourds-muels, les monts de pit, les caisses d'pargnes et les maisons des femmes repentantes. Comme il m'est facile d'enrichir ma narration de ce que j'ai vu et observ, je ne ngligerai pas de le faire en y joignant les donnes numriques tires des documents officiels que je possde toutes les fois que je le croirai utile ou ncessaire l'accomplissement du dessein que je me propose Etablissements qui offrent des secours et un asile aux pauvres et aux indigents, dans la vieillesse; aux malades et aux infirmes, D\NS L'ABANDON ET DANS l'iNFORTUNE. 1 Bureaux de benfa'sa?ice cl hospices de pauvres. llya des bureaux de bienfaisance dans presque toutes les communes: ils distribuent des secours, soit permanents, soit temporaires, aux ncessiteux, par l'intermdiaire des matres de pauvres ; mais ces charges qui devraient tre trs recherches, ont perdu de leur noblesse et de leur im-

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8; portancc par le mauvais esprit de quelques dispositions des rglements municipaux : par exemple l'ordonnance du 20 octobre 1820, de Bruxelles, dit dans son article ( J : Quiconque, sans des motifs admis par le collge des bourgmestres et chevins, se sera refus remplir les fonctions de matre des pauvres scia condamn une amende de 50 (lorins et un emprisonnement de trois' jours (*). C'est ainsi que s'avilissent les fonctionsjles pins honorables par un caractre de conlrainle qu'elles ne doivent jamais avoir, pour les personnes philanthropiques et charitables seules en tat de les remplir. L'article 8i del loi communale investit les conseils de rgence du droit de nommer les membres des administrations des hospices el des bureaux de bienfaisance, et l'article 92 recommande aux bourgmestres et aux chevins la fondation de l'un de ces bureaux dans chaque commune, et dans cet le o la masse de la population s'lve plus de 2,000 mes, l'tablissement de commissions de charit pour la distribution, domicile 9 de secours aux indigents; enfin l'article 91 place sous la surveillance de collges communaux les hospices les bureaux de bienfaisance el les monts de pit. Les revenus des hospices el des hpitaux civils I)iu'|m li. n\, uu\ i BgQ I ilC.

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— 88 — s'levrent clans l'anne 1 832 4,246,503 francs et ceux des bureaux de bienfaisance 5,308,099 francs. La totalit des legs en faveur de ces tablissements durant les cinq annes de 1830 1834, fut porte 2,131,004 francs; le terme moyen des individus admis ou assists dans les 318 hospices du royaume fut de 22,880, et le nombre de ceux auxquels les bureaux de bienfaisance distriburent des secours de 61 7, 128 pendant un espace de quatre annes, depuis 1831 jusqu' 1834. Ce dernier nombre, compar aux sommes distribues donne un secours moyen de 8 fr. 60 c. accord annuellement chaque indigent; le nombre des individus assists dans les hospices et les hpitaux, donne, comparativement h la population, un indigent par 182 habitants, et la dpense moyenne monte tous les ans 486 francs (*). Grand hospice de Bruxelles. L'hospice de Bruxelles est l'un des plus considrables que possde la Belgique; l'administration y envoie 500 pauvres des deux sexes classs dans certaines cathgories, selon leurs besoins plus ou moins grands. Il y en a d'absolument pauvres, qui ne paient rien ; il y a des pensionnaires de premire classe qui donnent 300 francs par an, et ont (') Essai sur la statistique de la Belgique. — 18HS

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— 80 — un logement particulier, compos d'une chambre et (J'un salon avec un lit, une commode, des chaises et un pole ; ils reoivent en outre six mesures de bois pour l'anne, el les secours de la mdecine ; les pensionnaires de la deuxime classe contribuent pour 2
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_ })() — lire de bire et le reste de la livre de pain qu'on leur passe. Les femmes ne reoivent pas pi us d'une ralion de bire. Les malades qui gardent le lit ont une soupe au lal • Le terme moyen de la dpense pour chaque individu est de 80 centimes par jour, en comprenant dans ce calcul tous les frais pour les pauvres comme pour les pensionnaires. La nourriture des premiers est value 30 centimes. La dpense totale de l'tablissement en comptant 200,000 journes 80 centimes se monte 160,000 francs. L'tablissement de Bruxelles est mont sur un trs bon pied quant ce qui concerne la commodit, la propret et la salubrit du local les soins donns aux malades, la nourriture et l'habillement de tons les individus qu'on y secoure; mais la beaut mme de l'difice, la recherche des aliments m'ont paru contraires l'objet d'un tablissement de bienfaisance, qui consiste accorder sa protection et. tendre ses secours au plus grand nombre possible de malheureux avec la plus grande conomie. Les dpenses faites pour les 500 personnes que l'on y soutient, pourraient indubitablement suffire pour en entretenir 800, si l'on adoptait certaines rformes, qui ne diminueraient en rien les soins que rclame la vieillesse, et feraient disparatre un certain air de luxe qui rgne dans ce palais des pauvres. Par un sentiment de compas-

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— 91 — s ion, Jesfbndateurs de l'hospice de Bruxelles ne prescrivirent le travail aucun de ses habitants : cependant le travail est un moyen d'hygine, c'est une distraction aussi bien pour la vie de communaut, que pour la vie solitaire, et c'est enfin le meilleur prservatif contre ces querelles puriles qu'engendre le contact familier, qui rpandent tant d'amertume sur les dernires annes de l'existence, et dont le triste spectacle affaiblit dans les mes bienfaisantes la sympathie pour la vieillesse. Hospice Paclirco. L'hospice Pacheco est encore un des antiques tablissements de Bruxelles. On le doit aux dispositions testamentaires, en date du 17 juin 17 13, de dame Marie-Isabelle, baronne des Marcs, comtesse de Rmi, veuve de D. Augustin Pacheco, gnral des armes, gouverneur el grand bailli de la ville et du pays de Tcnnonde. Cet tablis ment & t transfr rdifi o ii se trouve maintenant en i 836, aux Irais de l'administration des hospices de Bruxelles. La fondatrice le destinait a l'objet auquel il esi consacr aujourd'hui, donner asile 12 femmes ges, veuves ou orphelines d'officiers. ( hiire le logemenl elle > reon en) un secours quotidien de 16 c, quatre stres do bots par an, trois de charbon, l oo fagots el un I i de fer. ( lhacunc de ces 1 untiics habite une pi-

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— 92 — spare, commode, claire, avec une belle vue, cl toutes ont un petit pole o elles prparent leurs repas. L'tablissement paie un chapelain directeur de la maison, une portire et deux domestiques pour le service gnral. Une commission de dix membres est charge de l'inspection et communique avec le conseil d'administration. En jugeant seulement d'aprs les bases de l'organisation de cette maison qui fournit le logement et certains secours de malheureuses femmes, leur laissant en mme temps la libert de sortir durant le jour et d'employer le temps leur profit, il semblerait qu'elles dussent jouir du bonheur compatible avec leur tat; mais il n'en est point ainsi : l'indpendance mme que leur accorde le rglement donne lieu chaque jour mille dbats, et loin de chercher dans une socit mutuelle le moyen de rendre leur vie plus agrable et plus conomique, elles restent isoles, pleines de jalousie et de dfiance rciproques, s'accusant de larcins rels ou supposs; enfin elles sont dans un tat permanent de guerre domestique que l'autorit du directeur rprime et modre avec peine. Parmi ces femmes il y avait trois couples de sœurs; un seul vit en compagnie, cause de l'intrt mutuel, car l'une des sœurs est aveugle et l'autre sourde. Tel est le caractre insociable de ces vieilles, que, dans le cas de maladie, elles prfrent payer le service d'une garde, plutt que de recevoir les

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— M — soins de leurs compagnes; toutes se refusent se prter des secours et des conseils mutuels. Tel est le spectable que de toutes paris nous prsente l'espce humaine aux diffrentes poques de la vie : intressante et remplie d'attraits dans l'enfance ; aimable, noble, vertueuse dans la jeunesse; vicieuse et avilie dans l'ge mr; goste, cruelle, inhumaine dans la vieillesse. L'organisation gnrale de la socit moderne contribue beaucoup dvelopper ces passions mauvaises pour lesquelles les vieillards ont du penchant, et il est bien triste de voir que les tablissements de bienfaisance qui leur sont destins iraient pas cherch calmer cette irascibilit lcheuse qu'amnent les ann en inspirant aux vieillards des sentiments plus doux et plus, affectueux, et surtout en leur inculquant les principes de la charit chrtienne, utile et recommandable tous les ges, mais ncessaire dans la vieillesse Ce viee affecte presque tous les hospices, (pli, ii (ore de l'avoir tolre en se bornant seulement en rprimer les excs, semblent le considrer comme invitable. Un systme de travail modr proportionn l'ge, l'exercice frquent des pratiques religieuses, la lecture de livres pieux, les exhortations souvent ritres d'un ministre! de l'vangile, la recommandation de la charit envers leurs compagnons, comme un devoir imprescriptible, contribueraient puissamment amliorer le caractre, des habitants des hospices,

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— 94 en adoucissant les maux de la vieillesse et de ses derniers jours, et la prparant dignement la vie ternelle. Les asiles pour les incurables manquent dans beaucoup de parties de la Belgique, et sont partout moins nombreux dans ce pays que les hospices de vieillards. Cette lacune n'est remplie que d'une manire partielle et incomplte parles dpts de mendicit et par diverses congrgations religieuses qui, conformment aux principes de la charit chrtienne, se consacrent avec un saint zle l'assistance de ces malheureux, en leur offrant un abri et des conseils contre les misres de la vie. Divers hospices infrieurs. Le chanoine Triest, qui jouit de la juste rputation de bon chrtien et de vrai philanthrope, a fond par lui-mme un grand nombre de ces congrgations, dans quelques-unes desquelles, comme dans la maison de Saint-Vincent de Paule Gand, on a adopt le systme d'occuper les septuagnaires qu'on y reoit, en leur accordant la jouissance du produit de leur travail. Outre la maison que nous avons cite qu'on nomme la JByloae, et qui renferme 200 vieillards nourris et vtus par la commission des hospices, les frres de la charit ont encore sous leur direction la maison de V Immacule Concep-

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— 95 lion Anvers., quj donne asiiC quelques ncessiteux de ce genre. L'institution des saurs de la c/unite, qui doit aussi sa fondation ce respectable ecclsiastique, accorde ses secours HO individus des deux sexes, incurables et malheureux, dans la maison de Noire-Dame de Terhaegcn, Gand ; 28 dans celle de Saint-Vincent de Paule, Saffelaere, et 30 dans celle de Notre-Dame des Anges, Lovcndegen, toutes deux louchant la mme ville: 38 dans celle des Saints-Anges, de Court rav; 20 dans celle de Saint-Jean l'Evangliste, situe aux environs de cette cit; 34 dans la maison de Saint-Bernard, de Bccrlhem, prs de Louvain ; l. r )0 dans celle de Saint-Charles-Borrome de Tournay; 7(j dans celle de Saint-Antoine de Padoue, de Bruges ; 50 dans l'hpital de la maison de Bethlem, de Kenaix; il 25 dans la mai-ion de la Prsentation de la SainteVierge, de Melsle ; 1 12 dans celle de Notre-Dame de Lorette d'1 cloo; et 10 dans celle de Notre-Dame des SeptDoulcurs, de Bruxelles; c 'et -dire qu'en tOUt il \ a 13 hospices aTec 920 individus confis aux soins des frres et des sœurs de la charit, e( assists de la manire que recommande la pins belle des vertus chrtiennes.

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— 96 — Hospices des orphelins et des enfants trouvs ou abandonns. Comme le plus grand nombre des institutions de charit, sous le rgime de la lgislation que donna la France au temps de Napolon, fut modi< fi par divers rglements et diffrentes dispositions du gouvernement des Pays-Bas; la loi Beige, du 30 juillet 1834, fit succder un rgime positif dans la partie financire la marche incertaine suivie jusque alors. Les frais occasionns par les enfants trouvs continuent d'tre avancs par les tablissements de bienfaisance chargs de recueillir ces malheureux; mais aux chances usites ces frais leur seront rembourss, moiti par les communes o les enfants ont t exposs, moiti par la province laquelle ces communes appartiennent. Les autorits provinciales et communales calculent, selon les dpenses moyennes des annes prcdentes, l'allocation qui devra figurer pour cet objet, et dans la proportion fixe par la loi dans leurs budgets annuels. Mais si les frais des enfants trouvs, c'est-dire ns de pres et de mres inconnus, se divisent entre beaucoup de caisses, il n'en est pas ainsi relativement aux enfants orphelins ou abandonns dont on connat les parens. La loi nouvelle tablit la juste consquence d'une distinction que le dcret du 19 janvier 1811 se bornait dfinir.

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— 97 — Elle a assimil les derniers aux indigents ordinaires, les mettant exclusivement la charge du lieu de leur domicile de secours (*). Les nouvelles lois se sont aussi propos pour but de prvenir les expositions et les infanticides, au moyen de certaines mesures de prudence et de bienfaisance, qui cependant n'encouragent pas le vice ; elles consistent recommander aux autorits locales la cration d'institutions destin* soulager l'infortune sans offenser la morale publique; telles (pie les hospices de la maternit. les comits de charit maternelle, les coles gardiennes ou salles d'asile, etc. Les victimes de la sduction, sachant qu'elles peuvent se soustraire la honte en cherchant un asile dans lesdits hospices, n'hsitent pas profiter des bienfaits de celte institution plutt que de commettre un crime qui, d'aprs les mesures prescrites par la loi, doit tre infailliblement dcouvert. Quant aux tours, la lgislature Belge ne voulut pas commettre l'inconsquence de prescrire des mesures tendant faire diminuer le nombre des expositions, el de sanctionner en mme temps un usage qui les favoi et les Facilite : il y a donc une sorte d'annulation tacite des dispositions relatives l'tablissement des nouveaux tours; mais on craint de prononcer (*) \ oyci l'nsti u ti i \ 10 Al I 9 '. i ( Sodo il minif i il if i \ i>\ IN ll"M l'T |N I i I .. 11

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— 98 — la suppression totale ou immdiate de ceux qui existent, a cause des consquences inhrentes toule mesure brusquement adopte. Le silence mme de la loi annonce le dsir formel de voir tomber cette institution en dsutude et cependant on laisse aux administrations provinciales et communales le soin de saisir le moment opportun pour la dtruire. Il n'existe des tours que dans cinq hospices, savoir : Bruxelles, Louvain, Anvers, Gand et Mons ; ceux qui se trouvaient Tournay et Malines ont t supprims en 1834, M. Ducplieux discute avec sagacit la loi du 30 juillet 1834, et la censure en ce qu'elle se borne la partie financire et laisse subsister l'ensemble de l'ancien systme sur le placement, l'ducation et la tutelle des enfants. Si d'une part elle offre aux communes certains moyens pour remdier aux abus des expositions en les chargeant d'une partie des frais qu'elles entranent, de l'autre part elle affaiblit et neutralise ce mobile en prsupposant l'allocation d'un subside sur le budget annuel de l'tat lequel concde cet effet une somme en bloc de 200,000 francs, rduite 190,000 pour 1837 ce qui est une vritable inconsquence. Le nombre annuel des enfants trouvs et abandonns fut, terme moyen, de 8,849 pendant les annes de 1821 1832; en 1834, il

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— 99 — ne fut plus que de 8/i9G; en 1835, de 8,478; en 183G, de 8,207. Consquemment il y a diminution graduelle, quoique la population ait subi une augmentation. Sous le point de vue des naissances illgitimes les nombres extrmes se trouvent dans la Flandre orientale, qui en 1836, en comptait une sur douze, et dans le Luxembourg o il s'en trouve une sur trente-trois. La France offrait la mme proportion avant 1821; depuis, elle est descendue 3G, 41). La comparaison de ces nombres, diverses poques et dans diffrents pays, ne donne pas un expos bien exact de l'tat des mœurs, car tandis que le nombre des naissances illgitimes reste le mme, la proportion varie puisque celui des mariages a diminu : par exemple, on compta en France en 1801, 1,31 enfants issus de mariages, et maintenant ce chiffre est descendu 3,33 ; il faut, comme le fait observer M. Remaclc(*), que certaines babil udes de prvoyance aient commenc s'introduire parmi le peuple ou qu'il y ait moins de puret dans les mariages* La dpense moyenne qu'exige l'entretien des enfants trouvs en Belgique a t porte, pendant les annes de 1821 1832, 640,723 Iran. ce (pii fournil une somme de 72 fr. 40 <'. dpens chaque anne pour chaque enfant* (*) Des Hotpieet des enfavi trouvt, pas 145 P v t

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— 100 — Hospice des Orphelins G and. Un des plus considrables des hospiGes d'orphelins que j'aie visit est la maison de SaintJoseph^ G and, dont le local, ancien sminaire, fut converti dans Tanne 1617 en une maison de petits garons, auxquels s'adjoignirent aussitt les Garons biens. Tous sont compris sous le nom de Kulders, du vtement de cuir qu'ils portaient autrefois. La commission des hospices appela la direction de cet tablissement les frres de la charit, qui furent installs le 29 avril 1833. Il contient 180 orphelins qui entrent fort jeunes et sortent l'ge de 21 ans. Ils reoivent l'instruction primaire et tudient les langues flamande et franaise. Aprs leur premire communion ils vont dans les ateliers pour apprendre un mtier, et reviennent prendre leur nourriture et coucher l'tablissement. — Un inspecteur est charg de visiter les ateliers o travaillent les apprentis, afin de s'y informer de leur conduite. On leur donne leur sortie la quatrime partie de leur gain et 136 francs de plus. Ceux qui demeurent dans la maison emploient les heures pendant lesquelles les classes sont suspendues, exercer les tats de tailleur et de cordonnier, sous la direction de deux matres, et on leur alloue pour leurs fonds de rserve, un sou par jour pendant la premire anne, et deux durant la seconde et la troisime.

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— loi — La nourriture se compose de bon pain, de soupe, de bœuf bouilli cl de bire aux deux repas. Les dortoirs sont de grandes salles o l'on voit ranges des lils de fer, un par un contre la muraille, et deux par deux au centre. Entre ces lits jumeaux se trouve une haute planche de fer, et tous ont de mme une autre planche semblable au dossier, de telle sorte que les jeunes gens sont parfaitement spars. Des surveillants couchent dans les dortoirs qui sont clairs toute la nuit. L'aspect de ces enfants m'a paru convenable, mais l'difice est trs ancien et n'offre pus une gale propret dans toutes les parties. Hos])ices des Orphelines de G and. L'hospice des Filles bleues est une autre institution religieuse de Gand, qui procure la sul stanee et l'ducation d petites filles pauvres; on commence mme leur enseigner le franais. Cet tablissement se trouve parfaitement conduit par 18 sœurs de la Visitation, don! la suprieure rend compte L'administration des hospices. 1 petites Biles sont velues de drap bleu avec un tablier de percale de couleur moins fonce; elles porteni un bonnet e! un mouchoir blancs et dis bas bleude laine. Les mmes Sœurs consacrent aussi leurs soins une cole de petites Biles, dans le n,cm< couvent o se rendent l ftO

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— 102 — l y a aussi Gand un hospice des filles au& Corsets rouges, appeles ainsi de leur costume, semblable celui des orphelins des divers hospices des Pays-Bas; elles sont au nombre de 68, filles ou orphelines de parents misrables, et sont confis aux soins de 14 sœurs carmlites, appeles Marolles, qui dirigent leur ducation avec le plus grand zle et la plus grande douceur. Cette maison est un modle achev de propret. L'administration se trouve rgle de la mme manire que dans l'autre hospice, et les jeunes filles ne peuvent sortir ni de l'un ni de l'autre avant d'avoir accompli leur vingt-troisime anne. Enfin, il existe Gand un autre hospice que je n'ai point visit ; il est charg du soin des enfants trouvs et abandonns, en attendant qu'ils soient placs chez les nourrices de la campagne. La totalit des orphelins soigns danslesdits hospices est de 32f3, cotant par jour chacun 63 c. ; et celui des enfants trouvs et abandonns de 711, n'entranant qu'une dpense moyenne et quotidienne de 27 centimes. Ecole Bogaerde de Bruges. J'ai visit aussi la clbre cole Bogaerde de Bruges, dont l'existence date du treizime sicle, et qui fut fonde par des frres du troisime ordre de Saint-Franois. Elle subit des vicissitudes jusqu'en 1513, que la magistrature, d'accord avec l'auto-

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— 103 — ril ecclsiastique, lil une grande rforme dans l'tablissement et y envoya ^0 jeunes pauvres ; enfin le couvent et ses dpendances passrent l'autorit civile, qui fut charge d'y soutenir et d'y loger des enfants pauvres. Son systme d'enseignement et le plan qu'on a adopt pour les lves mettent leur porte toutes les connaissances qui peuvent les rendre utiles la socit. En effet cet tablissement a produit des hommes de beaucoup de mrite, dont les noms et les notices biographiques ont l insrs dans un livre que Ton montre aux visiteurs. J'eus un grand plaisir parcourir celle honorable biographie et noter sur mes tablettes les noms des vques Pierre Simoens et Santiago Btaseus; d'gide Walliens, professeur L'universit ; de Christian Van den Berghe, prsident du sminaire piscopal; de Jean de Meulemeestre, fameux graveur des Loges de Raphal, et de divers autres non moins dignes d'tre cits. Cet tablissement, dirig par un ecclsiastique <•! deux matres qui professent l'instruction primaire et la langue franaise, contenait 75 lves; la maison renferme en outre un atelier de charpentier; les lves peuvent apprendre les autres mtiers dans 1rs ateliers le la ville o chaque jour ils se rendent en foule; aux heures convenues ils viennent prendre leurs repas et coucher rtablisse ment.

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— 104 — La nourriture et les soins sont les mmes que aans l'hospice de Gand; l'difice extrmement vaste, pourrait contenir un nombre d'lves trois fois plus considrable, et ne mrite pas d'tre cit comme un modle de propret. Un dit d'Albert et d'Isabelle, en date de 1615, concde cette maison le droit d'hriter pour on tiers de ce que laisseraient d'anciens lves morts sans enfants lgitimes. La surveillance gnrale est livre l'administration des hospices. Hospices de la cite d'Anvers. A Anvers, cette administration, parmi les divers tablissements confis son zle, en dirige trois, dont la destination est d'accueillir les enfants trouvs, abandonns et orphelins. Je les ai visits en compagnie de M. Hendrick, membre actif et clair de cette mme administration, ainsi que de M. Gh. Grard de Grelle, fils an du bourgmestre. U hospice des enf ans trouvs, fond en 1532, est le dpt provisoire de tous les enfants sans distinction que l'administration admet en attendant qu'on les place, soit la campagne, soit dans tout autre hospice selon leur catgorie respective. Lorsque j'ai visit l'tablissement ceux de la premire taient en trs petit nombre, il n'y en gtvait environ que huit gs de 3 ans, les autres

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taient gs de 10 14 ans. Des nourrices jeunes et robustes sont charges du soin des petits enfants; celles qu'on emploie la campagne reoivent une somme annuelle de 7o francs pendant l'allaitement des enfants, et parfois jusqu' ce qu'ils aient 3 ans ; ensuite on diminue leur salaire dans la proportion de francs chaque anne. Quand les enfants atteignent l'ge de 1 i ans, on ne donne plus rien aux familles qui les gardent, et de cette manire les dpendances de cette maison runissent toujours de 1,300 1,400 jeunes gens des deux sexes. Toutes les fois qu'un individu quitte la campagne pour cause de maladie ou pour loti! autre motif, l'hospice l'accueille et lui cherche un emploi dans les ateliers de la ville. Au moment de ma visite, les garons taient la promenade et les Biles se divertissaient dans le jardin; elles sont proprement velues et ont un air de sant et de fracheur; Outre l'instruction primaire, on prte aussi dans cette maison une gl andr attention l'ducation morale et religieuse. L soins les plus empresss sont donns l'enfan< la nourriture est saine et abondante; clans les dortoirs, les petits garons comme les petites fille; sont couchs deux deux. Ce dfaut existe presque gnralement dans tous les hospices d enfants dans les Pays-Bas, ainsi que je le 6s remarquer lorsque je parlai des tablissements d< I Hollande

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— 106 — Js'hospice des orphelins, fond en 1 528, pour les jeunes gens de 1 2 18 ans, ouvre de prfrence un asile aux orphelins issus d'un mariage lgitime et fils de citoyens honors dans la cit, ceux qui en entrant possdent les premires notions de quelque mtier, et ceux-l enfin qui, d'une constitution trop dbile pour se livrer aux travaux de l'agriculture, ont besoin d'apprendre un tat pour gagner leur vie. L'tablissement les place comme apprentis dans les ateliers de la ville, et leur accorde la nourriture et le logement. Les matres leur donnent tant par semaine, doublent la somme la seconde anne, et la triplent la troisime, etc. La septime partie de cette somme est mise en rserve pour tre rendue aux jeunes gens leur sortie de la maison, poque laquelle on leur donne en outre un habillement complet. On attend pour fixer leur situation d'une manire dfinitive, qu'ils aient 1 8 ans accomplis, ou qu'ils aient atteint l'ge de la conscription ; cependant jusqu' 21 ans l'tablissement conserve toujours sur eux le droit de tutelle. Pendant une demi-heure, aprs le repas, on leur enseigne lire, crire et compter; et il suffit de ce court espace de temps pour qu' la sortie de la maison tous en sachent assez pour satisfaire aux usages les plus ordinaires de la vie. Ils couchent spars et enferms dans de petites cellules construites autour d'une grande cour,

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— 107 — dont la disposition et l'isolement ne m'ont pas para sur un bon systme pour celte classe de jeunes gens. V hospice des orphelines fut tabli en 1500; il reoit jusqu' 100 jeunes filles de la mme condition que les garons de l'autre hospice, et ges de 13 20 ans. Elles sont exerces aux travaux du mnage, aux premiers lments de l'instruction, et auxouvragesde femme, dans lesquels elles sont trs habiles lorsqu'elles quittent l'tablissement. Leur travaux de couture et de broderie produisent l'tablissement plus de 12,0001. annuels. Aux heures de loisir et derercation, on leur permet de travailler pour elles, et ensuite elles peuvent faire l'acquisition d'un bonnet de mousseline avec quelque ornement : la maison leur donne seulement une coiffure unie decouleur brune selon l'ancien uniforme. Ce moyen produit l'application, niais il excite la vanit et des rivalits mutuelles entre les jeunes tilles; il vaudrait mieux leur donner toutes le bonnet de mousseline, en se rservant la Facult d'en dcompter le pril Sur le produit de leur travail particulier, et de le leur retirer comme chtiment, en CBS de manque d'application ; niais exciter une rivalit dans (le jeunes mes, cela ne nie parait point une bonne combinaison Que Ton ne s'tonne point de me voir fixer l'attention si fortement sur ces petites choses : des passions qu'elles engendrent dans la jeunesse dpend tout l'avenir
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— 108 — femme. —Les jeunes filles les plus avances dirigent une cole de couture, laquelle assistent beaucoup de petites filles de la ville qui paient 4 fr. par mois quand elles y restent toute la journe, et 2 fr. si elles y passent seulement la matine ou l'aprsmidi. Les lves couchent aussi deux a deux dans le mme lit, mais Ton s'occupe de rformer cette coutume. Quand elles sont places dfinitivement, la maison leur donne un vtement complet. Les frais de ces trois tablissements, dans l'anne 1836, montrent 86,158 fr. et 5 c, savoir : 30,962 fr. 76 c. pour les enfants trouvs, 29,209 fr. 71 c. pour les orphelins, et 25,985 fr. 58 c. pour les orphelines. Ces sommes rparties entre la population respective, qui fut, dans ladite anne, de 148 sujets, dans le premier de ces hospices, de 95 pour le second, et de 100 dans le troisime, donnent une dpense moyenne annuelle de 209 f. pour chaque enfant trouv, de 307 pour chaque orphelin, et de 260 pour chaque orpheline, ou par jour 57, 84 et 71 c. Le premier janvier de la mme anne, le nombre total des enfants trouvs et abandonns la charge de l'administration des hospices de la ville d'Anvers tait de 974, et la mme poque, de 1837,de948J

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— 109 — 3. Hpitaux et tablissements pour les fous Les tablissements destines en Belgique aux malheureux alins sont rests arrirs d'une dplorable manire, et offrent, pour le plus grand nombre, les mmes vices, les mmes dfauts, la mme ngligence rprhcnsible, qui, malheureusement, sont assez communs dans les autres pays* On a forme nanmoins divers projets de rforme, mais on n'en a ralise aucun ; le jour mme o le mal parat tre arriv au point d'appeler l'attention du public, le gouvernement et quelques administrations locales s'en occupent. Les alins se trouvent dissmines dans divers tablissements publics, clans les hospices, dans les hpitaux, dans les dpots de mendicit, dans les prisons, et dans des maisons spciales, vie ne parlerai que des dernires, parce que les autres ne prsentent que des sujets de compassion et de critique. Leshospices pour ces malheureux ne lais? sent pas d'tre suffisamment nombreux! mais le nombre ne constitue pas la bont* Dans la Flandre orientale, il en existe T ; savon i Gand, un Termonde, un Velsique, el Saint-Nicolas, runissant au total 54 I alins. Dans la Flandre occidentale, il \ en a I dont (*) Ducpetieux, De li Rforme du systme pnitenciairo. — Goislain Eipo I \\ ni lu< I
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__ uo — 2 sonl situs Bruges, un Menin et un autre Ypres, prsentant un ensemble de 427 sujets. Dans la province d'Anvers, les tablissements de ce genre runissent 222 fous ; la ville mme d'Anvers possde une de ces maisons ; Malines et Lierre se trouvent un grand nombre de runions de frres appels Alexiens ou Celites % qui se consacrent au service des fous, et les reoivent en pension dans leurs maisons : quelques autres de ces infortuns sont relgus la campagne, et ceux qui paraissent les plus dangereux sont envoys Gheel, village et commune rurale dont je parlerai en particulier. L'administration des hospices de Bruxelles, qui manque d'un local convenable, envoie aussi Gheel ses alins, et dans toutes les autres parties de la province du Brabant se trouvent 9 tablissements particuliers; 2 Louvain, 2 Diest, un Tirlemont, un Coekelbergh (qui a t supprim rcemment), 2 Sainte-Josse-ten-Noode et un Uccie; les 8 premiers renferment 162 alins. Ceux de la province de Namur sont envoys au dpt de mendicit ; ceux de celle de Lige sont en partie relgus dans deux mauvais hospices qui contiennent 164 individus, et dans deux maisons particulires qui peuvent en renfermer de 25 30, La province de Hainaut accorde un asile a 146 alins dans les hospices de Mons, de Tournay,

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— 111 — deWcz-Velvain, Froidemonl et Brugelette; enfin les provinces du Luxembourg et du Limbourg ne possdent pas d'tablissements spciaux ; seulement, dans le dpt de mendicit deReclhem, on a dispos quelques cellules pour recevoir ceux que le Limbourg y envoie. Ces donnes se rapportent Tanne 1 83 4 pendant laquelle M. Ducptieux value le nombre des fous 2,000 environ dans tous les tablissements de la Belgique, c'est--dire la moiti de ceux qui existent dans le royaume. Le mme crivain dcrit la situation et les dfauts de ces tablissements avec cette impartialit et ce jugement sain qui le caractrisent. La mortalit, d'aprs les recherches du docteur Guislain, correspondait au mauvais tat desdits tablissements. Avant 1823, sur 2,928 individus entrs dans les hospices, 809 sont morts, ou ce qui revient au mme, la mortalit est d'un sur 3,62. Dans leshospices o l'on tenait note des entres et des sorties, il n'y avait qu'une sortie contre l() entres. Dans 1rs tablissements que j'ai visita i aux Etats Unis do I Amrique du nord tablissements construits tout expris et dirigs avec le soin le plus scrupuleux, tels que le Mocleati Js//lamde Boston, et le( onnecticafretreat > pourcenl sur les sujets qui taienten traitement. La mortalit fui de 9,5 par cent sur les malades admis dans les deux

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— 112 — maisons que je viens de citer, 30 par cent sur les cas anciens, et 92 1/2 sur les cas nouveaux [Cinq mois aux Etats-Unis. — Paris, 1837). Hospice des femmes en dmence de G and. Dans les villes de la Belgique le mauvais tat o se trouvent ces tablissements ne m'encourageait pas les visiter ; car mon voyage avait pour but de recueillir ce qui tait bon plutt que de censurer le mal : ainsi je n'ai vu que le village de Gheel l'hospice d'Anvers et celui des femmes en dmence de Gand, o de notables amliorations ont t introduites par le vertueux abb Triest et le savant mdecin Guisain qui ont rencontr un puissant auxiliaire dans le zle des sœurs de la charit. Elles se chargrent de la maison de Gand en 1808, et donnent leurs soins environ 200 femmes insenses. 151 de ces malheureuses cratures sont places l par la commission des hospices de la ville; 31 paient pensions 9 sont la charge de leurs communes respectives, et les autres sont entretenues gratuitement. Tout est l parfaitement dispos. Le docteur Guisain a tabli des classifications importantes observe le caractre des malades rgle le rgime individuel selon ses observations, montre aux personnes charges du service les principes du traitement moral qu'exige l'alination mentale, et tient un

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— m — registre exact de tout ; comme moyens de repression, on emploie la camisole et la ceinture de cuir; la douche et le fauteuil rotatoire, quand on le juge ncessaire. La construction ancienne de l difice ne s'accommode point aux amliorai ions sanctionnes aujourd Imi par la science. On voit encore dans de longs corridors donnant sur la cour des barres de bois peintes en noir, imitant le fer, des escaliers difliciles et dangereux ; peine y a-t-il des bains, et Ton manque de vue agrable, de promenades et de jardins. Quand je visitai la maison dans une salle particulire se trouvait dner une jeune personne intressante par sa navet et sa douceur, qui avait, ce qu'il parait perdu le jugement par exaltation religieuse. Elle nous invita prendre part son modeste repas. La soeur de charit lui dit que nous aurions plus de plaisir ii l'entendre jouer de la harpe et chanter. Nous passmes donc dans sa cellule o tait son lit dont elle se servait rarement car elle prfrait dormir sur le sol, par pnitence; il y avait en outre 3 chaises, une petite table avec des ustensiles de couture, une harpe, et, contre le mur, quantit d'images de saints. Tel tait le mobilier del demeure de cette infortune. Elle se dfendit beaucoup de jouer de son instrument, craignant que M Moreau Christophe et moi ne lussions des professeurs... Encoi e de la vanit au milieu de la folie! Que chanterai-je? demanda-t-elle h la fin lu sœur, t :i \ n\ I -\ IH'I l I \ Il i i.

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— 114 — hymne, lui rpondit avec douceur la jeune religieuse; alors elle accompagna sa voix tremblante de l'harmonieux instrument. L'infortune! elle chantait les louanges de l'Etre suprme, et aussitt implorait son pardon ; son me ressentait les aiguillons du repentir pour des fautes imaginaires Cette voix douce et timide qui demandait appui et protection un Dieu de misricorde, en rsonnant dans cet asile de l'infortune faisait une pnible impression sur nous. Je ne sais pourquoi la sœur lui dit que j'tais Espagnol... L'infortune dposa sa harpe, et, les yeux baigns de larmes, elle vint moi comme si elle esprait apprendre une nouvelle intressante... L'Espagne, dit-elle, ah! oui la patrie de sainte Thrse!... Avec quel plaisir j'irais en Espagne... mais je ne sais pas l'Espagnol... N'importe, sainte Thrse me l'enseignera!... — Thrse tait le nom de cette malheureuse et intressante jeune fille. L'tat sanitaire de cette maison s'est singulirement amlior depuis que le docteur Guislain le dirige. En 1829 et 1830, sur 168 personnes qui taient entres, 85 sortirent guries, c'est--dire 51 pour cent. Dans les annes antrieures de 1824 1827, sur 148 qui avaient t admises, il n'en sortit que 46 ou 31 pour cent. Un tablissement du mme genre pour des hommes, dans la mme ville de Gand, se trouve

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— 115 — dans le vaste local des Alexiens et contient 1 6'0 sujets confis aux soins de 9 frres de la charit. Le plus grand nombre paie pension ; d'autres reoivent des secours gratuits. Le rapport de l'administration de la ville, en 1836', dit expressment que cet hospice n'est susceptible d'aucune amlioration, et que, par consquent, il n'y a de remde que dans sa translation. Les deux hospices de Gand contenaient 223 individus en 1837, et les dpenses moyennes de leur entretien qui taient de 79 c. dans les annes antrieures, furent rduites dans les commencements de celle-ci 70 c; maintenant elles sont def>8 c. Hospice des fous d' Anvers. L'hospice d'Anvers, tabli en 1532, reoit tous les insenss des deux sexes qu'envoie l'administration communale. Ils sont traites gratuitement, sauf les rclamations (pie Ton adresse aux Familles de ceux qui ne sont point indigents, pour une pension plus ou moins forte, dont le maximum esl fix 280 fr. L'tablissement reoit galement des (bus d'autres provinces, moyennant une indemnit annuelle de 300 IV. En 1834, avec 188 individus, il dpensa 38,618 il*. ou environ 30 C. par jour, par personne, Cet ancien difice, quoique construit spcialement pourcel objet, lui lev dans \\\^ temps o

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— 116 — l'administration se proposait seulement la scuril des malheureux insenss, sanssonger amliorer leur tat ou les gurir par un traitement. Il fut rebti en 1760, et nanmoins il offre l'aspect d'une vritable prison. Des cellules solitaires avec de fortes grilles, de doubles portes avec force verroux et cadenas, des galeries longues et troites de petites fentres, des moyens dfectueux de ventilation, etc.. Chaque cellule renferme des latrines ; les murs sont lambrisss ; le lit est de bois, fix au plancher et en forme de caisse. Il y a deux divisions principales pour chaque sexe, avec leurs cours respectives: l'une pour les fous mlancoliques et furieux, l'autre pour les sujets calmes et pour les idiots ; mais j'ai observ que les premiers eux-mmes avaient un air tranquille et serein. Il y a des hommes qui s'occupent quelques ouvrages domestiques; mais la plupart ne font absolument rien, parce que l'on n'a point de travail leur donner. Les femmes taient plus occupes : elles cousent et font de la dentelle. On admet des pensionnaires de la ville moyennant 280 fr. annuels, et du dehors pour 300 fr. Les pauvres sont reus gratuitement. L'tablissement est bien tenu; il est visit frquemment par un membre de l'administration des hospices. Quand je m'y rendis, il contenait 145 individus: les femmes y taient en majorit ; et il parat que l'on a fait partout la mme observation.

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— 117 — Etnblissemoit de. GJieel. Le village et la commune de Gheel, dont les habitants reoivent depuis un temps immmorial des fous en pension dans leurs maisons et Tintrieur de leurs familles, avaient piqu vivement ma curiosit, et je dsirais fortement les examiner par moi-mme, quoique j'eusse lu plusieurs notices sur ce sujet. En effet, en revenant des colonies agricoles de Wortel et de Merxplas, quittant la route qui conduit directement de Turnhout Anvers, je pris le chemin de Gheel. Gheel est un joli village, situ dans la Campine, avec une population de 7,695 habitants dans toute la commune. C'est une vritable colonie de fous, comme L'appelle M. Guislain ; car il y en a dans les champs, dans les chemins, dans les maisons et dans les glises. Une de ces glises esl consacre sainte Dvmphna, patronne des insenss., ne, selon la lgende, en Angleterre, la un du sixime sicle, cl qui vinl Gheel en fuyant la poursuite incestueuse de sou pre : ce monstre courui sur ses traces et la tua dans un lieu voisin o maintenant se trouve l'hpital, el o I on a plac une 1res mauvaise sculpture reprsentait la dcapitation de Dvmphna. Cet vnement Jeter mina bien des aimes aprs la construction de L'ermitage de Saint-Martin, o l'on supposai qu'avaient cl dposes les restes de la sainte et

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— H8 — ceux de son compagnon de martyre, le prtre Gerebern, qui l'avait accompagne d'Angleterre. Les populations des alentours accouraient pour lui rendre hommage, et son intercession tait implore pour gurir toute espce de maux, spcialement la folie. Je n'ai pu trouver dans la vie de la sainte, que j'eus la patience de me faire traduire du mauvais flamand dans lequel elle est crite^ l'origine de cette particularit. Ce qui est constant, c'est que l'affluence de monde et de malades tait considrable ; il se forma un pelit village, et en l'anne 1286, le premier seigneur de Gheel, Berthouds deMalines, fonda un hpital pour les insenss, qui taient traits et guris par la faveur de la sainte. L'glise dite de Sainte-Dymphna est grande et offre diverses particularits anciennes. Dans une petite chapelle, qui est plus particulirement consacre la patronne, est reprsente, sur un grand tableau peint sur bois, la dcapitation de la sainte et du prtre qui l'accompagnait; ct de cette peinture, et plus bas, il y a onze petits mdaillons reprsentant, en bas-relief sur bois, divers passages principaux de la vie de Dymphna ; un de ceux-ci la montre gurissant un fou et une folle: le premier est assis avec les menottes et des fers briss dj retirs des pieds; la seconde est debout, et parat en proie la dmence. Un diable danse sur sa tte : c'est une reprsentation de l'ide que l'on

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— 119 — avait alors de la folie-, produite par l'esprit malin. Divers religieux et de simples particuliers accompagnent la sainte qui opre ses miracles. Le grand autel, d'une poque beaucoup plus rcente que l'glise et que les bas-reliefs dcrits ci-dessus, offre divers beaux groupes d'insenss et de mendiants infirmes implorant la faveur de la sainte qui occupe le centre de l'autel. Comme on le voit, la coutume d'envoyer les insenss Ghecl, date d'une poque trs recule ; elle est soutenue par une croyance superstitieuse. Je ne prtends point qu'elle soit partage par les administrateurs des hospices qui les y envoyent, mais il n'y a point de doute que ces faits n'agissent fortement sur l'opinion du vulgaire. Les habitants du village ont intrt fortifier L'influence miraculeuse de la sainte, et ils citent des cas de gurisons prodigieuses. A les entendre on ne peut douter du grand nombre de cures que l'on \ obtient, du changement presque instantan que produit l'air du pays; le rgime modr des alimenis, du laitage m des ?< ltaux,
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120 — tiens imprudents, des paroles grossires, indiscrtes, et trs souvent indcentes, de la partdes oisifs ; l'usage pernicieux de demander l'aumne et de dpenser le tribut ainsi lev dans les cabarets; au contact funeste des deux sexes, etc. Cette mme latitude dans la libert d'aller de tous cts force l'adoption de certaines mesures de prcautions contraires l'humanit, comme de mettre des fers aux pieds, ainsi que j'en ai vus divers fous qui erraient par les chemins ; et les familles du village et des habitations voisines se trouvant dans la ncessit de veiller de plus prs leurs affaires et leurs travaux qu'au soin du fou qui leur est confi, il en rsulte qu'elles ont trop frquemment recours l'emploi des chanes, des cordes, des camisoles et des ceintures de force; ces moyens mcaniques et cruels doivent suppler la surveillance active et inquite qu'elles ne peuvent exercer. Si Ton rflchit enfin que le traitement de la dmence exige une portion de moyens moraux, dont l'application suppose toute l'intelligence et la discrtion des hommes spciaux, l'on peut conclure qu'il est absolument impossible qu'ils soient mis en pratique par les habitants de Gheel. Nan moins je dois dire que le caractre de ces gens m'a paru doux, humain et charitable ; que par l'effet de ces qualits, ou de leur habitude de vivre avec des fous, ceux-ci ne sont en butte ni des impertinences ni des perscutions. Les enfants les re-

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— 121 — gardent avec indiffrence, et beaucoup de vieil!, s folies ont charges du soin des enfants avec lesquels elles jouent el se divertissent. Les Ions de < ihecl qui ne sont point occupes dans les champs, ou quelques travaux domestiques, errent dans les rues. Le second jour de nia rsidence dans ce village tait la Fte-Dieu, et je vis assister au service divin dans l'glise principale un grand nombre de ces malheureux avec la mme componction que les autres habitants pieux, desquels je ne les aurais pas distingus s'ils ne m'avaient t signals par les personnes qui m'accompagnaient. Dans les rues, la scne tait diffrente, parce qu'aux groupes d'habitants ci de fous paisibles vtus de l'uniforme de l'hospice de Bruxelles, s* 1 mlaient divers extravagants avec des plumes, des rubans et des grelots, les uns imitant de grands personnages, d'autres couverts de haillons et dans l triste tat de l'esclavage, pouvant peine marcher avec les fers et les liens qu'ils tranaient ; leurs piedsi Les recommandations <;ue j'apportais me permirent de recueillir quelques notions statistiques, plus prcises que les renseignemenlsdjh publis, et je pris la peine de les extraire desregistres de la commune el delu commission de l'hospice de Bruxelles. Une certaine indiffrence pour ('es matires de la statistique dans cette contre, et la n< de l'autorit qui n'a point exig des tats clairs et

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— 122 — prcis, ont malheureusement fait perdre toutes les indications que cette ancienne colonie de fous aurait pu offrir aujourd'hui aux hommes studieux. Sur le grand registre le seul qui existe et que tient le commissaire de police, depuis le 4 dcembre 1828 se trouvent inscrits, jusqu'au 4 mai 1838, 471 insenss. Sous l'inspection du mme commissaire de police, il y avait alors 134 sujets privs de raison. Sous la surveillance de la commission de Bruxelles 301 Sous celle de diffrents individus, et provenant de divers points de la Belgique et de la Hollande. 203 Total. 638 Dans les 301 provenant de l'administration des hospices de Bruxelles, et envoys par elle, il y avait 132 hommes, 167 femmes et 2 enfants; dans le mme nombre figuraient des idiots, 57 hommes, 76 femmes et 2 enfants ; il y avait 13 hommes et 26 femmes susceptibles de gurison ; 62 hommes et 65 femmes taient regards comme incurables. Le registre correspondant Bruxelles s'ouvrit en 1803 et depuis cette date jusqu'au jour de ma visite (13 juin 1838), l'administration de cet hospice avait envoy Gheel 520 insenss. Ladite administration alloue aux familles pour chaque

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^.) fou qu'elle envoie, 170 francs annuellement pour la nourriture et les soins, et 200 pour ceux qui sont furieux et difficiles garder; en outre elle leur fournit les vtements. J'ai parcouru les feuilles du registre de Bruxelles, pour comparer les entres avec les sorlies et les morts, depuis 1833 jusqu'aujourd'hui; ce travail m'a donne les rsultats suivants : Dans les 5 annes de 1 833 1 837 inclusivement furent envoys 127 hommes et 143 femmes qui, avec la population dj existante au l* r de janvier 1833, de 68 hommes et 84 femmes, donnent un total de 11)5 pour les premiers, et 2'27 pour les secondes; sur ce nombre, il sortit 34 hommes et 37 femmes; il mourut 53 hommes et 03 femmes. Il n'est pas possihle de vrifier si toutes les sorties furent la consquence de la gufison ou de l'amlioration des sujets. Quoiqu'il en soit, ce nombre correspond 16,8 pour cent, proportion beaucoup moins favorable que celle offerte aujourd'hui par les hospices les mieux tenus de la Belgique, comme ceux de Gand el infrieure encore a qu'offraient anciennement les mmes tablis! ments. Les morts, comparativement la population, se trouvent tre de 27, 1 pour cent, La proportion que j'ai cite prcdemment de la mortalit qui se manifesta avant 1823 dans les tristes h< pices de la Belgique, et qui tait de 21 ,6 pour cent, n'excdait pas beaucoup, comme on le voit ccll<

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— 124 — que prsente actuellement le systme de Ghcel, tant vant par les habitants. Pour ceux qui veulent faire des comparaisons plus dtailles, je vais donner le rsultat du dpouillement que je fis du registre des fous de Bruxelles, anne par anne. Existant au 1 er janvier 1833, 68 hommes, 84 femmes: — entrs durant Tanne, 12 et 14; — sortis 2 et 4 ; — morts, 4 et 4. En 1834 : — entrs, 23 hommes, 26 femmes; — sortis, 6 et 7 ; — morts 1 5 et 1 7. En 1835 : — entrs, 31 hommes, 32 femmes; — sortis 10 et 11 ; — morts, 18 et 20. En 1836: — entrs, 31 hommes, 34 femmes; — sortis, 7 et 8 ; — morts, 9 et 12. En 1837 : — entrs, 30 hommes, 37 femmes; — sortis, 9 et 7 ; — morts, 7 et 10. Dans les 5 premiers mois de 1838 : — entrs, 1 hommes, 9 femmes ; — sortis, 2 et 4 ; — • morts, 2 et 6. D'un opuscule intressant du docteur Guislain, sur l'tat actuel des alins en Belgique, il ressort que depuis que la loi confre aux communes le soin et la surveillance des insenss, ces malheureux sont devenus l'objet d'une investigation plus ou moins gnrale. La province de Lige songe des plans de rforme celle de Hainaut est sur le point d'en excuter de trs importants ; la Flandre occidentale a' teindra bientt un but si minemment

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— 12.3 — salutaire, et dans la Flandre occidentale on s'oc* eupe activement de la gurison des alins. Il faut esprer que le concours de ces efforts partiels, et les lumires qui distinguent l'administration centrale, parviendront rformer cette partie si retarde des tablissements de bienfaisance de la Belgique. \ Maisons de maternit. Dans quelques provinces de la Belgique les hospices n'offrent d'asile aux pauvres femmes en couche que quand elles sont maries et prsentent un certificat favorable; dans d'autres, on ne les admet pas mme dans les hpitaux (*). Celte svrit, que je n'hsite pas qualifier de barbare, ne se rencontre pas seulement en Belgique: d'autres nations civilises, qui offrent dans les progrs de l'esprit humain autant de prodiges que Ton rencontre de plaies dans leur constitution, prsentent aussi dans leurs codes el leurs rglements municipaux cette duret de principes que Ton voudrait en vain dcorer d'une apparence de vertu simplement thorique. A propos de cette matire, je ne puis m'empcher de manifester mon opinion contre certaines mesures rpressives non du vice mais de ses consquences, et dans lesquelles, s 'attachant seule (*) Ducn
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— 126 — nient obtenir la diminution des expositions d'enfants on ne tient nul compte de la vie de ces malheureux ni des souffrances morales de leurs pauvres mres. Pour les lgislateurs qui proposent de telles mesures l'une de ces mres est un tre moins digne de compassion et de piti que le dernier des assassins; car non contents de la svrit inflexible de l'opinion del socit, qui humilie et dgrade ces victimes de la passion, de la sduction ou de la perfidie ils ont recours au moyen barbare de faire lutter la plus tendre affection du cœur, l'amour maternel, contre l'ide du plus horrible des crimes l'infanticide. Les gouvernements gostes et insensibles, en gnral, se prtent facilement l'adoption comme moyens prventifs, de ces atteintes aux sentiments affectueux et naturels sur lesquels reposent nanmoins la socit et la famille; et en mme temps qu'ils dploient une impassible svrit pour faire sentir la douleur du chtiment dans les entrailles mmes des victimes du vice ils sont apathiques et indolents pour arrter les causes qui les produisent et draciner les abus qui les provoquent. En passant en revue les actes des gouvernements les plus sages de l'Europe, il ne sera pas difficile de dcouvrir dans leurs dterminations la tendance exciter la vanit et le dsir de briller dans le sexe fminin, enflammer son imagination par des tableaux anims et sducteurs, qui, sous les fleurs,

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— 127 caclicnL les pines du viec. A cette tendance gnrale des institutions exciter les jouissances physiques, qui font la prosprit des arts et de l'industrie, au dtriment de la moralit des masses, s'unissent les efforts individuels des hommes vicieux des hommes riches qui vivent dans l'oisivet, des militaires des garnisons sdentaires, pour attaquer la pudeur des jeunes filles, abuser de la misre et de l'infortune, et profiler des moyens que donne la richesse pour sduire et corrompre. En mme temps la passion de l'amour et l'gosme dominant du sicle augmentent le nombre des victimes car le mariage est aujourd'hui une spculation commerciale comme toute autre. De toute manire, les jeunes filles qui faillissent sont toujours victimes ou d'une passion, ou d'une sduction, ou d'une erreur, ou de la misre, dont la vertu ne peut pas toujours triompher. Si nombreuses sont les embches | si grandes les tentations, si pressantes les ncessits qui entourent les jeunes filles, qu'il faut plus admirer celles qui se sauvent, que s'tonner du nombre de celles qui se perdent. Les hommes le savent bien, car tous Connaissent plus OU moins les passions et les vices dont ils peuvent faire parade devant la socit moderne, socit hypocrite, qui tolre dans un sexe ce qu'elle ne pardonne jamais ses victimes. Quels sont les hommes purs et vertueux qui peuvent se 1 glorifier de n'avoir jamais mdit

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— 128 — une sduction contre le sexe faible, de ne jamais lui avoir tendu un pige? Combien se trouvent innocents d'avoir provoqu une passion malheureuse, ternissant la puret d'une jeune fille et la disposant ainsi au vice? La faute de ces vielimes, quoique grave et condamnable, ne porte point cependant le caractre d'un crime; et par toutes les considrations exposes plus haut, elle ne doit point provoquer l'indignation et la vengeance, mais plutt exciter la piti et la compassion. Ce sont l les sentiments que les gouvernements doivent faire en sorte de mettre en mouvement pour secourir el soulager les maux inhrents un tat social pour la rforme duquel seront mieux employes les mesures rigoureuses et nergiques. La passion ardente qui fascine la jeunesse n'est point arrte par la terreur d'un chtiment final quand le mal n'a plus de remde, car nous voyons l'insuffisance de l'opinion publique, dont la svrit ne sert qu' pousser les malheureuses victimes dans l'abme du vice, seule porte que la socit leur laisse ouverte. Les hommes qui font les lois ou qui proposent de nouveaux moyens de rpression, devraient tre plus gnreux et plus impartiaux, en laissant retomber sur eux-mmes, comme auteurs directs du mal, la part la plus considrable du chtiment ; et relativement aux femmes ils devraient diminuer les causes excitantes de leur sduction mettre leur existence

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— 129 l'abri de la misre, les prolger et les 5011161111' dans toutes les circonstances o l'infortune les menace, empcher que l'aspect du vice ne puisse tre plus sduisant ([lie la pratique de la vertu ; cl, pour les cas funestes dans lesquels tous les moyens prventifs ont t impuissants soutenir la faiblesse, lui ouvrir l'asile de la charit chrtienne. Tel est le but que se sont propos les trois socits de maternit de Gand, Verviers et Lige, remplissant avec leur zle philanthropique les lacunes que j'ai indiques dans l'administration publique. Celle de Gand est une congrgation de (Lunes appeles de la charit maternelle, fonde en 182'?, parle chanoine Triest ; mais les vertus qu'elles exercent se trouvent resserres par une prescription du rglement qui borne leurs secoure seulement aux femmes maries. Dans la pratique de la charit chrtienne on doit considrer seulement l'infortune el jeter un voile sur l'origine. Chacune des femmes secourues par cet tablissement reoit une lavette, et durant les neuf jours qui suivent les eouehes, on leur donne du bouillon et I fr. La reine si charitable des Belges, a nvov plusieurs lois des seeours el oeuvre de son BUguste protection cette intressante congrgation. Les deux autres socits qui existent dans les villes de l ige et Verviers disposent d'une petite lotation; mais le produit drs souscriptions do* I Rft UOLL. FT F* rtlC. Il S

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— 130 — dames socitaires et des collectes domicile est assez considrable pour qu'il leur soit possible de distribuer aux femmes en couche de nombreux secours en vtements, layettes, ou en argent. La socit de Lige reoit de la ville un subside de 1,049 fr. En 1836, elle secourut 719 femmes, en distribuant parmi elles la somme de 12,445 fr. IL Institutions destines a prvenir et rprimer LE VAGARONDAGE ET LA MENDICIT. Dans cette catgorie je comprendrai les ateliers de charit, les dpts de mendicit et les colonies agricoles. Ateliers de charit. Cette manire de secourir l'indigence par le moyen du travail est la plus conomique pour l'administration, et en mme temps la plus conforme aux principes de la charit, la plus fertile en rsultats moraux. Les sommes destines secourir les ncessiteux s'augmentent par ce travail: on favorise, on excite le got de l'occupation, on combat la fainantise, et Ton parvient ainsi donner un soulagement en rcompense d'une verlu. D'un autre ct, il n'y a point relchement des liens de familles : on n'loigne pas de leur pays natal les malheureux qui n'y trouvent point les movens d'employer leurs forces les privant ainsi

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— 131 — <3c la jouissance morale des habitudes et des relations unique plaisir dans la misre ; au contraire, on les laisse en possession de toutes leurs affections: ils ont l'usage de leur libert pour se consacrer une autre occupation plus lucrative, quand on la leur procure. Enfin le secours est nonseulement opportun mais encore proportionn rtendue de la misre laquelle on se propose de remdier; et cette misre cessante, l'administration se trouve dcharge du poids de secours inutiles. Le gouvernement belge actuel qui, dans ses sages dterminations, est entr dans une voie qui doit assurment le conduire au bien, eu amliorant la condition physique et morale du peuple, convaincu de la vrit des principes ci dessus noncs, a recommand, par une circulaire du 22 septembre 1835, aux gouverneurs ds neuf provinces, la prompte installation d'ateliers libres de charit, ordonne dans divers dcrets du temps de la domination franaise, el dans un autre du roi Lopold, du 29 aol 1835. Quelles que soient, dil ce dernier dcret, les mesures que prenne le gouvernement dans le but d'extirper le flau de la mendicit, on ne parviendra un rsultat vraiment satisfaisant que lorsqu'on aura i tout prtexte la Fainantise, en ouvrant des atc* liers publics destins d'abord aux mendiants valides mais paresseux qui allguent le d! (Fou v rage, lors mme qu'il abonde: ensuite i ceux

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— 132 — que leur tat physique peut bien empcher de vaquer aux travaux ordinaires des fabriques et manufactures, quoiqu'ils soient encore trs aptes de plus lgers travaux. Le rdacteur clair de la collection administrative o nous copions ces paroles, a joint comme note explicative la circulaire dont il vient d'tre question (pag. 309 du Code administratif), quelques fragments de celle que le gouverneur de la Flandre orientale adressa dans le mme but, le 25 septembre 1835, aux administrations locales des villes et communes de sa province, et du rapport de la commission charge d'occuper les pauvres de la commune de Peteghem. De ce curieux document, il rsulte qu'au moment o commena cette bienfaisante entreprise, il y avait 66 familles oisives, ne faisant rien autre chose que mendier et vagabonder, formant un total de 248 personnes, dont 156 pouvaient travailler. Pour les occuper, on acheta de l'toupe, du lin et des rouets. Les fonds disponibles taient de 4,005 fr. 82 c. de subsides, 1,017 fr, 27 c. de ventes d'toupes; les produits montrent 13,446 fr. 52 c, ce qui forme un total de 18,469 fr, 61 c. Les frais correspondant l'acquisition de la matire premire et aux rouets furent de 9,913 fr. 56 c, et les paiements pour salaires, de 6,420 fr. 92 e., au total 16, 334 fr. 48 c. Par consquent les dpenses furent de 2,135 fr. 13 c, infrieures aux ren-

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— 133 — trcs. Du calcul fait par la commission, il rsult que le travail fourni (>(> familles, composes de 218 personnes, a coul la commune, pour toute l'anne 1833, 1,330 fr. seulement, ce qui fait un peu plus de 5 fr. par personne ; en mme temps, la somme distribue en journes, correspond 41 fr. par travailleur, et rpartie sur toutes ces familles, elle donne plus de 26' fr. par personne. Voil comme le secours de 5 francs bien administr et dirig s'est plus que quintupl, occupant en outre, utilement, un grand nombre de mendiants et de vagabonds. Atelier de charit de G and. J'ai visit l'atelier de charit de Gand, qui jouit d'une juste clbrit. 11 fut tabli en 18*17, dans le but d'teindre la mendicit. L'administration en est confie une commission de quinze membres, sous la prsidence du bourgmestre, d'un viceprsident qui remplace le bourgmestre en cas d'absence, et d'un secrtaire : les deux decniei sont lus parmi les membres de la commission et ceux-ci M>nt renouvels par cinquime par le conseil de rgence, sur la prsentation de candidats que fait la commission. La commission administrative m 4 runit une lois par semaine dans le local de l'tablissement. Les sances s'ouvrent par l'admission d'ou\ ici s. ToUI ncessiteux, de tout sexe et de tout ge, a droit iitri

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— 134 — fecu, moyennant une dclaration du commissaire de police qu'il a son domicile dans la ville. Ensuite la commission s'occupe des dtails de l'administration. Le secrtaire en dresse le procs-verbal, qui est lu et approuv dans la sance suivante. Toute la machine de l'administration est dirige par deux employs seulement : un directeur de travaux et un caissier teneur de livres. Indpendamment de ces employs, chaque atelier a son contre-matre ou chef ouvrier, charg de donner les matires premires aux ouvriers, de surveiller leurs travaux, de les guider et de les instruire individuellement. Quoique l'administration reoive indistinctement les ncessiteux de tout ge, presque tous sont invalides, soit pour cause de vieillesse, soit en consquence d'infirmits; ce n'est que dans les mois les plus rigoureux de l'hiver que l'on recueille dans l'tablissement quelques ouvriers valides. Dans les annes ordinaires, exemptes de calamits, la population moyenne monte, dans l'hiver, 800 individus, dont moiti femmes, et dans l't de 4 500. Dans l'anne dsastreuse de 1831, le nombre s'leva 1,800, et cet accroissement excessif ne permettait pas de faire observer l'ordre. La branche la plus importante des travaux est la toile a sacs et emballages qui se confectionne avec les derniers rsidus du lin ; mais quoique ce soit l la base principale de la fabri~

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— 135 — que, on fait en sorle d'utiliser les ouvriers qui connaissent, quelque autre mtier, comme les tailleurs, les cordonniers, les charpentiers, les (abri, cantes de dentelles, les couturires, etc. Tout ouvrier rcemment admis est assujetti l' preuve durant, trois ou quatre semaines, et il est pay selon l'ancien systme, raison de 3 \ c. par jour; ensuite on le paie la pice. (^uant aux sujets absolument invalides, comme les aveugles, les estropis ou les paralytiques on Jes paie la journe, et ils sont charges de tirer quelques toupes. Il y a peu d'annes encore, les bnfices de la fabrication, taient. .1 peu prs nuls, et les matires fabriques suffisaient peine pour couvrir le cot de la matire premire et les dpenses d'administration. Mais aujourd'hui les rsultais sont bien diffrents. Nanmoins l'atelier de charit de Gand ne peu! se suffire lui-mme sans un secoure ou un subside. [1 ne faut pas s'tonner de cela quand on connat l'inutilit de beaucoup d'ouvriers, el le peu d'aptitude d'autres qui doivent comment par apprendre. La commission administrative de l'tablissement croit que, par ces motifs et en roi* son de la faible journe de 20 25 c. que gagnent aujourd'hui les iileuscs de campagne, en travaillant jusqu' l'arrive de la nuil jamais on no par* viendra rivaliser avec elles, el par consquent couvrir les frais avec les produits.

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*-. m — La commission administrative a publi, en 835? mi mmoire intressant dont nous avons extrait les donnes prcdentes le systme de comptabilit de l'tablissement et le rglement intrieur. L'article 45 ordonne que les enfants des deux sexes seront exercs le matin un travail particulier; et l'on fera en sorte que ce travail puisse leur servir l'avenir comme moyen de subsistance. Aprs midi, ils passeront dans une salle pour recevoir des leons de lecture, d'criture et de morale. La commission accordera des gratifications ceux qui les mriteront par leur conduite et leur applU cation. L'article 57 parle des primes et des listes de bonnes et de mauvaises notes. Chaque contrematre ou matresse prsentera une liste gnrale des ouvriers qu'il ou qu'elle dirige ; et la fin de chaque semaine, ces listes seront remises au directeur qui les transcrira sur unregistre particulier, o tous les ouvriers de l'tablissement auront leur compte ouvert pour les bonnes ou les mauvaises notes : ce registre servira de base pour la distribution de gratifications que fera l'administration. Dans l'anne 1837, la population moyenne de l'tablissement tait de 407 individus, et l'on occupait 30 personnes au dehors. Le maximun de la population fut de 505 internes, et de 39 externes au mois de janvier; le minimum, de 36 1 internes en aot, et de 23 externes en octobre.

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— 137 — La valeur des matires donnes aux travailleur fut do 55,783 fr.25 Le produit des malires fabriques, de 83,421 07 Excdant du produit 27,636 12 Les frais consistrent eu paiements (ails aux ouvriers. 55,£>5 1 46 Distributions de vlements. 5D ( J 58 Primes et rcompenses 799' 78 Soupes conomiques Vd^ 82 •7,950 64 Dpenses d'administration, clairage, combustible, etc. (),05() s 7 Total gnral 64,001 51 qui, compar aux produits, laisse un dficit de 36,365 19 La rgence a contribu par un subside de 28,000 francs pour couvrir la diffrence entre 1 les rentres et les sorties. Dans les annes antrieures ce subside ne descendit pas au dessous de 50,000 francs, ci l'on esprait que, pour 1836, il n'excderait pis 1,000 francs, La somme de 36>365 lianes (le dpenses eileetives, distribue parmi la population moyenne secourue, donne 83 francs de liais annuels pai individu; mais comme les ouvriers reurent en paiement de journes ei en secours une somme d<

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— 138 — 57,950 francs, ou plus de 1 34 francs par personne, il en rsulte que les fonds employs ont fourni un secours presque double de ce qu'il aurait t, distribu simplement en aumnes plus, l'utilit morale et la repression de la mendicit. Voici la composition de la soupe conomique, et le cot de 550 rations. 2 1/2 sacs de pommes de terre (104 kil. le sac), 5 fr 12fr.50e. 16kil. de beurre, 64 c 10 24 22 1/2 kil. de riz, 19 fr. 75 c. les 50 kil 8 80 20 pierres (52 kil.) de carottes, lie 2 20 Sel, poivre, etc 1 20 Total. 34 94 ou 6 1/2 c. le litre ou la ration. Ce secours, ou cette soupe, se donne dans l'hiver et des poques calamiteuses, tant aux ouvriers qui vont rtablissement qu' d'autres ncessiteux. Un fonds form des souscriptions, est appliqu cet objet et les souscripteurs reoivent des billets pour faire des distributions aux pauvres qu'ils connaissent. Les billets reviennent au prix de 2 sous ^ ou 10 centimes. A l'poque dsastreuse du cholra c'est--dire du 28 novembre 1831 au 28 aot 1832, on distribua 304,000 rations de soupe.

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— 130 — Alelicr de charit l Ul Commission de bienfaisance les secours ordinaires; mais sous la condition qu'ils travaille! ont dans l'tablissementi Le matin, aprs qu'ils ont entendu la messe, ils reoivent
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— 140 — La soupe pour 30G rations se compose de 128 kilogrammes de pommes de terre, ou 8 mesures ; 16 kilogrammes de riz; 25 litres de pois; 4 kil. de sel; 1 idem de beurre; 3 pains, ou 4 1/2 kilogrammes. Les dimanches on y joint 40 kilogrammes de viande. Avec le produit de leur travail, ils doivent couvrir les frais de leur nourriture ; mais on secourt de la mme manire ceux qui nepeuvent ou ne savent point travailler. Les sujets qui gagnent plus que la valeur du repas, reoivent l'excdant en argent. L'tablissement se trouve aujourd'hui confi aux soins de l'administration du bureau de bienfaisance; pour le gouvernement et la discipline, il y a un directeur, membre du bureau mme de bienfaisance, dont les fonctions sont gratuites; un receveur et un contrleur les mmes que ceux de cette administration ; un inspecteur et divers employs subalternes. Le nombre des pauvres qui frquentent les ateliers varie selon les saisons et les circonstances. Dans les annes ordinaires ce nombre est de 150 200 durant l't, et de 3 400 pendant l'hiver. Quand je visitai rtablissement, au mois de juin dernier il y avait 184 personnes de tout ge et de tout sexe dont 24 taient de petits enfants ns de pauvres ouvriers runis dans une salle fort sombre et mal tenue, sous la direction d'une vieille femme qui ne savait que faire de ces pauvres cra-

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— 141 — turcs. Il y a des poques dans l'hiver o il en vient jusqu' 300. J'tais accompagn dans ma visite par le digne M. Grard de Grelle, bourgmestre d'Anvers, qui ne pouvait mconnatre le dfaut signal tout l'heure, ainsi que d'autres que prsente la maison, et qui sont en grande partie la consquence de la mauvaise disposition des pices, del vtust de l'difice et de son exigut. Dans les rformes qu'il mdite, parmi lesquelles l'introduction des salles d'asile Anvers, il n'oubliera pas certainement les pctilsenfants de L'atelier de charit, qui rclament d'importantes amliorations dans leur tat. L'tablissement contient 8 mtiers Fabriquer des tapis de foyers et des bords de bourre lapis de laine pour tables, des couvertures de laine, de la flanelle, des bayes et des bas tricots des tissus de crin pour chaises et casquettes, du crin Bl pour coussins el matelas, des nattes de soie de sanglier, des toiles d'emballage el des couvertures d'toupes. En l8o7, on fabriqua 15,911 kilog. d'echevaux gris poil de vache, •">,< <(iT idem idem blanc 10,289 mtres de tapis de poil de vache 509 idem idem poil de sanglier, 1,735 idem lapis de laine, 231 idem lapis de table, 364 kilog. (il de poil de sanglier, 934 mtres de tissus idem idem. 1 1 y a en outre un atelier pour teindre la laine. I i fabrication la plus productive l'tablissement esl celle des lapis et depuis que la Hollande m peut

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— 142 — plus introduire les siens, sinon grands frais, les demandes ont augment un tel point que malgr la rivalit de deux nouvelles fabriques, l'administration s'est trouve dans l'impossibilit d'y satisfaire, en raison du petit nombre d'ouvriers propres ee travail D'aprs le compte rendu par le receveur de ces tablissements, le capital industriel qui, au 1" -janvier 1836, tait de. 140,075 fr. 27 c. montait au i er janvier 1837 152,611 99 Ds lors il y avait augmentation de. / 12,536 72 Les ateliers n'avaient, d'aprs le mme compte, aucune dette passive, et le solde de caisse s'levait, au 1 er janvier 1837, . 4,767 fr. 99 c. En outre, les recettes arrires sur 1836 et exercices antrieurs, montaient 9,490 23 Total de l'actif. 14,258 22 Les efforts de l'administration de l'atelier tendent h augmenter successivement le capital industriel. Pour arriver cette fin, elle demande que la ville lui assure annuellement l'excdant de ses dpenses sur ses rentres, sans considrer la situation financire particulire, rsultant des bnfices de la fabrication. Pour 1837 on accorda l'ate-

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— 143 — lier 1.2,500 francs de subside; la ville se rservant d'examiner ultrieurement, et avec la maturit ncessaire la question relative a l'augmentation graduelle du capital industriel de cet utile tablissement. Des notes que j'ai prises dans ma visite, il rsulte (pic la valeur des tapis fabriqus en 1827 a t de 12,355 fir. Celle des effets sortis de la teinturerie 2,606 Celle de divers autres objets. 26-'j 15,224 Le subside de la ville a t de. 12,500 Total des rentres. 27,72-i Los (Vais montent 25,930 i Il reste en sus des frais 1,794 qui, dduits des 12,500 du subside, rduisent le cot de l'tablissement 10,706 Divisant cette somme par la population moyenne 182, on a 59 fr. de irais par individu, OU un peu plus de l(> e. par jour. Il faul remarquer que dans les liais gnraux soui compris oeus du pain et
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— 144 — vieillards et les enfants que l'on recueille durant l'hiver, et les secours donns aux balayeuses de la ville qui sont galement nourries par la maison, sans fournir aucun travail. On voit donc combien est productive la somme employe dans cet utile tablissement qui, malheureusement, ne possde pas un local assez vaste et commode o les ouvriers se trouveraient mieux, avec beaucoup moins de frais de combustible qu'il n'en faut maintenant pour chauffer des pices et des greniers loigns les uns des autres, mal clos, et tombs dans un triste tat de dtrioration. A cette amlioration il faudrait joindre le renouvellement des rouets filer, qui sont presque hors de service, et l'introduction de mtiers tisser conomiques, et d'autres ustensiles dont manque l'tablissement. 2 Dpts de mendie li. Les dpts de mendicit de la Belgique datent du dcret du 5 juillet 1808, qui prescrivit la formation de l'un de ces tablissements dans chaque dpartement de l'Empire franais. La svrit du Code pnal se trouve adoucie dans la pratique; car on met en libert, aprs un certain temps de dtention, et aprs le remboursement des frais, les mendiants qui sont rclams par leurs familles ou par leurs communes, et qui peuvent gagner leur vie. La dputation d'Anvers, par exemple, fit cette rclamation. Les communes sont dans l'opinion

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— U — qu'il leur eu cote moins de soutenir par ellesmmes leurs mendiants invalides, que de payer les Irais de leur entretien dans les dpots; ainsi elles refusent, de les y envoyer, ou les rclament quand elles peuvent (*). Outre qu'ils servent de lieu de rclusion pour les vagabonds et les mendiants que la loi condamne, les dpts sont aussi des refuges pour les indigents valides ou invalides qui ne peuvent cire soutenus par les quartiers de leur domicile de secours. Sous ce point de vue, ce sont des espces de succursales des hospices et des bureaux de bienfaisance. Comme je Ifai indiqu en parlant des enfants trouvs, conformment la loi du 13 aot 1833, les (Vais d'entretien dans les dpts de mendicit sont la charge des communes du domicile de secours respectif, et celle de l'tat quand le domicile n'est pas connu* La mme loi lixe les bases (le l'organisation d ces dpts, et les attributions de leur conseil d'iicprct ion. Ainsi que l'observe avec raison Al. Ducplieux, Malgr tous les efforts 61 les instructions ritres pour amliorer ces dpts, leur tal n'a pas vari depuis la rvolution, et ils continuent offrir les mmes vices, dont beaucoup sont inhrents B leur organisation! Les diverses catgories d'indigents Mi'iiuh al administrai if. \ i \ \ o> \ Il "I i I n I ; I .. Il H

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et de mendiants sont toujours confondues; les travaux mal combins, la majorit des reclus reste oisive, et l'instruction morale, intellectuelle et religieuse des enfants, est toujours ou incomplte ou entirement nglige. Dans la visite que je fis deux des principaux dpts de mendicit de la Belgique, j'ai trouv quelques exceptions heureuses ce sombre tableau trac par M. Ducptieux, sans que pour cela je prtende recommander, sous aucun rapport, le systme des dpts de mendicit. Sur ce point, je suis de la mme opinion que le savant crivain belge, qui condamne de telles institutions, en faisant ces judicieuses rflexions: La socit politique doit une entire protection a tous ses membres dans leurs personnes, leur rputation et leurs proprits; elle doit aussi la subsistance ncessaire ceux qui ne peuvent se la procurer eux-mmes. Les lois pnales qui tendent supprimer les dlits sont les consquences de la premire obligation, et les moyens qui tendent soulager la dtresse sont les consquences del seconde. Ces deux obligations sont troitement lies. Les lois pnales ne peuvent jamais avoir pour objet que d'atteindre les actes positifs, les dlits ; le soupon seul ne suffit pas pour attirer le chtiment: les prcautions de police ne peuvent pas se convertir en pnalit. — Les moyens qui tendent soulager la dtresse sont multiplis, de mme que les causes de la mi-

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147 — sre. Aux indigents et aux mendiants infirmes et invalides, incapables de subvenir leur existence l'aide du travail de leurs mains, sont ouverts des asiles spciaux, les hpitaux, les hospices, etc. Pour les indigents ou mendiants valides qui veulent travailler, mais qui ne peuvent se procurer de l'ouvrage dans le commerce ordinaire, on peut ouvrir des ateliers, crer des Tonds d'avance, organiser des travaux domicile, etc. ()uant aux mendiants validesqui peuvent travailler, tuais qui restent oisifs par inclination et non par dfaut d'ouvrage, le meilleur moyen assurment de les corriger est de leur refuser l'aumne. Il existe en Belgique six dpts de mendicit : celui de la Cambre, prs de Bruxelles; ceux de Bruges, de INamur, de lloogstraeten, dans la province d'Anvers; de Mous et de Keckheim, dans le Limbourg. Kn 183i, on comptai! dans le premier de ces tablissements 1,024 individus; dans le second, 362; 21 i dans le troisime; 245 dans le quatrime; 2ldans le cinquime, et i" dans le sixime : total 2,320. La totalit de la dpense desdits dpts s'e leva, dans la Blme anne, [2 I ,6 I i le., (I en la comparant l'ensemble de la population durant les quatre. annes de 1 83-1 1834, on trouve une dpense moyenne de 1 63 fr* 64 e. par an, ou an peu plus di' i i e. par jour pour chaqui individu, l'ai dil plus haut, nue l ,v > frais dan9 les hospk

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taient, terme moyen, de 180 fr. par sujet. J'ai visit trois des dpts de mendicit dont je viens de parler: celui de la Cambre, ceux de Bruges et de Hoogstraeten. J'exposerai brivement les observations que j'y ai faites. Dpt de Mendicit de la Cambre. L'difice consacr ce dpt, tait anciennement une abbaye; autour s'tend un terrain que cultivent les pauvres et qui produit des pommes de terre pour un mois et tous les lgumes ncessaires la consommation de l'anne. L'tablissement est divis en quatre dpartements principaux, pour les hommes, les femmes, les garons et les jeunes filles. Les enfants demeurent avec leurs mres ou avec d'autres femmes qui on les confie jusqu' l'ge de neuf ans. Ils passent alors avec les adolescents, et l reoivent l'enseignement primaire et l'instruction morale et religieuse: les jeunes filles, sous la direction de trois sÂœurs de la Providence; les jeunes gens confis aux soins de trois frres des Bonnes-Âœuvres. On les instruit les uns et les autres dans les diverses branches de l'enseignement primaire, et on leur apprend le catchisme et l'histoire sainte pendant une demi-heure tous les jours. L'cole et l'instruction religieuse qu'on y donne, orment la principale occupation des jeunes gens des deux sexes; et pendant le reste du temps on exerce les

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— 149 — filles aux ouvrages qui conviennent leur sexe, l les garons aux divers travaux de l'tablissement A l'poque o je m'y rendis, ou les employait ii niveler le terrain de la cour de leur nouveau dpartement. Il y a 68 garons et 58 jeunes filles : tous jouissant d'une bonne sant et prsentant un aspect de satisfaction parfaite. L'influence de la bonne ducation que leur donnent des personnes pieuses se dcouvre en eux l'instant. L'heureuse amlioration apporte par la sparation des jeunes gens des deux sexes, dans (\q^ logements spciaux, est Tune des plus importantes que prsente ce dpt, amlioration dont on apprciera l'utilit quand on s wira qu'au* paravant les jeunes gens taient mls avec les adultes et les jeunes filles confondues avec ls femmes de mauvaise vie. L'introduction d< Mrurs et des frres perfectionna cette oeuvre, que je me plais mentionner ici la louange de l'administration du dpt de la Cambre. Chaque dpartement de jeui on hpital particulier, o les soins sont multiplie il en est de mme dans ceux des hommes et des femmes. En outre chacun dv
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50 — hpitaux. Il y a aussi une salle de maternit pour les femmes en couche. Tous les sujets valides sont dans l'obligation de travailler jusqu' Page prescrit par le rglement. Dans ce dpt, on reoit tout individu qui se prsente en demandant une occupation. Aprs l'avoir inscrit et class, on avertit le gouverneur de la province qui s'adresse a la commune laquelle appartient l'individu, pour en obtenir les secours ncessaires, et celle-ci les accorde parce que rellement elle ne peut lui fournir d'occupation, ou bien elle les refuse. Dans ce dernier cas, le pauvre est gard pendant quelque temps dans le dpt, et la dpense qu'il occasionne est mise la charge de ladite commune de la manire que j'ai indique en parlant des hospices. Pour chaque individu, rtablissement compte 35 c. par jour de frais, et la somme que fournissent ces rentres, en y ajoutant le produit net des ateliers, constitue son fonds ordinaire. Sur la population qui s'y trouvait alors, et qui comprenait, outre les 126 jeunes gens, 546 hommes et 464 femmes., c'est--dire un total de 1,136 pauvres il n'y avait que le quart de ce nombre qui y ft envoy par le gouverneur de la province, comme mendiants en contravention au Code. Les autres taient des ncessiteux qui volontairement avaient t chercher de l'occupation. Ladite popu-

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— 151 — lalion tait classe de la manire suivante : a ( J i employs au service de l'intrieur, dont (43 hommes el 42 femmes; 1 J 3 hommes, A 1 jeunes gens et 149 femmes, utiliss dans les ateliers; (>() femmes et 40 jeunes filles occupes dans la salle de couture. Dans le nombre total il s'en trouvait 967 bien portants; les autres taient malades, infirmes ou en punition. Ces derniers taient au nombre de 7, .*> hommes et ? garons. Le chtiment consiste tre enferm et mis au pain et Teau ; mais tous les trois jours on donne une ration complte. Les leons des coles sont suivies par 55 jeunes -eus et :> >7 jeunes tilles, par fin' hommes et autant de femmes, tous spars, ainsi qu'on doit bien le penser. ( )n s'occupe dans les ateliers de hier et de I issci (le la laine, de tricoter et de couche. ( h\ partage les heures de la journe ainsi qu'il suit : on sonne la cloche ii 5 heures du malin clans fl, et 7 dans l'hiver, et on distribue aux reclus une livre de pain avant de commencer les travaux, QUI les tiennent occupes jusqu' midi; ils djeunent, se reposent jusqu' I heure l/2j reprennent leurs occupationdans les ateliers jusqu' u' heures |/2, o Us dnent. Jusqu' 8 heures, ils se promnent ou se livrent la rcration. Mois on serend dans Ls dortoirs o Ton rcite une prire; 1 heures la cloche sonne pour uue loui rcntr<

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— 152 dans le silence, et on ferme la porte du dpt. Le pain est d'une bonne qualit, et celui qu'on emploie pour la soupe et pour les malades est excellent. Tout se fait dans rtablissement. Les aliments sont bien prpars et consistent en une soupe midi et en un potage dans l'aprsmidi, composs de la manire suivante : soupe, pour 100 rations; 66 kil. de pommes de terre ou de riz, 1,20 de pain blanc, 0,30 de beurre, 1,40 de sel, 0,015 de poivre, 0,60 de vinaigre, 10 de lgumes, 1 d'ognons : potage ou ratatouille, pour 100 rations ; 90 kil. de pommes de terre, 0,45 de beurre, 0,90 de sel, 0,015 de poivre, 0,36 de vinaigre, 20 de lgumes, et 1 d'ognons. Le pain est fait avec du seigle pour les reclus jeunes, avec du froment pour les septuagnaires et les enfants, et il est blanc pour les enfants la mamelle. La ration varie selon l'ge de ces individus. On accorde aux ouvriers la rtribution d'une partie stipule de leur travail, on leur en remet la valeur la fin de chaque mois; et ils peuvent employer cet argent acheter certains objets dans les cantines que tient l'tablissement l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Les cantines sont cdes un entrepreneur, qui paie tant l'administration du dpt : systme vicieux, qui, comme je l'ai dit, a t rform dans les prisons de la Hollande. Dans le dpt de la Cambre, on a lait en sorte de diminuer les in

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— 153 — convnienls au moyen d'un rglement qui fixe d'avance le prix des objets des cantines, et combien de lois les pauvres peuvent aller y faire des achats. La salubrit et la propret rgnent gnralement dans cet tablissement, dont les murailles sont blanchies annuellement. Les lits sont garnis crime paillasse, d'un matelas 1 de deux draps et de deux couvertures. La paille se renouvelle trois l'ois par an et les bois de lits sont lavs frquemment au savon. Ce qui recommande principalement ce dpt, c'est l'ordre et le silence qui j rgnent, quoiqu'il y ait peu de personnes employes dans sa police ; on n'y compte que trois surveillants et deux gendarmes, et il n'est presque jamais ncessaire d'avoir recours ces derniers. Ces circonstances peuvent dj'i rvler les qualits du commandant M. Fotiez, ancien major de Tanne, qui runit un caractre humain, compatissant pour les infortunes, et nfeeluei pour la jeunesse ei l'enfance, la rectitude ei la svrit convenables pour se faire obir : l'ordre es! sa ( le \ i se. .l'eus un plaisir in Uni m entretenir avec cet homme respectable, qui, ayant connu le motif de mon voyage et mon dsir uY m'instruira dans l'organisation des tablissements de bienfaisance, mil aussitt tout en mouvement, afin de me procurer les instructions prcieuses pour mon nbp'l

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15M — Par ce (jiie j'ai pu observer dans une longue visite, les habitants du dpt de la Cambre se trouvent bien traits, sont contents, et aiment et respectent leur chef. C'est ainsi qu'ils rcompensent son zle constant et ses efforts continus pour amliorer leur tat, rformer les vices del construction ancienne, viter les motifs de plainte, calmer les querelles qui rpandent de l'amertume sur l'existence de la vieillesse, et se montrer enfin en vritable pre de ces malheureux. Les frais gnraux de cet tablissement montrent 150,335 fr. dans l'anne 1834, 178,210 en 1836, et 171,093 en 1837. Le maximum des sujets, dans ces poques, fut de 1,350. Dfit de Mendicit de Bruges. Il est tabli dans un trs mauvais local, cause de graves inconvnients que ne peuvent viter l'administration la plus claire, ni le zle actif que j'ai reconnu dans le commandant. La population, au 1 er avril 1838, tait de 264 hommes, 121 femmes, et 15 jeunes gens. Quand je le visitai (le 6 juin), il y avait 308 hommes et jeunes garons et 103 femmes, total 411 individus. L'insuffisance du local fait que tout s'y trouve resserr, les ateliers comme les lits ; mais on y remarque une extrme propret que je ne puis qu'admirer. Le rgime alimentaire est mme meilleur que dans le dpt de la Cambre. Les reclus

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— 166 — se lvent avec le soleil, se lavent dans la cour, et vont aux ateliers jusqu' 8 heures; alors ils reoivent 3/4 de kil. de bon pain et du lait coup, lis retournent au travail de 9 12 ; mangent la soupe, se reposent jusqu' 1 heure ; alors ils rentrent dans les ateliers o ils restent jusqu' \ heures; nouveau repas d'une heure et travail jusqu' 7 alors ils mangent le potage ou ratatouille. A 8 heures, ils rentrent dans les dortoirs. Deux fois par semaine, on joint la ration 1/i de kil. de viande. Les lits sont de la mme espce (pie ceux de la Cambre, mais tous les reclus ne couchent pas sparment : un grand nombre st placs deux ii deux, et dans le dortoir, j'ai vu DO larges lits pour ("es couples. On ne conoit point comment l'administration laisse subsister un s\stme si vicieux, qui, dans un tablissement le mendiants, rpugne la dcence et la moralit. L'hpital se trouve dans un local diffre ni cl dans un autre quartier de la ville; H prsente aussi un bien triste aspect Les Fonds avec lesquels cet tablissement put iire (ace ces obligations, en (638, ci. lient de I0!),T()() Ir., et les dpenses montrent I 06,050. Les toiies Fabriques dans la maison et autres produits montrent 13,834 6\ On assure aux pauvres 1/6 de la valeur de leur travail, et C€S rtributions montrent ,'t 1,080 Ir. dans l'anne. Des toiles Fabriques, une parti

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— 156 — s'emploie dans la maison et le reste se vend. 11 y en eut dans ladite anne pour une valeur de 34,920 fr. Je sortis du dpt de Bruges en plaignant son commandant; car, la douleur qu'il manifestait en me montrant les dfauts et les vices auxquels il ne pouvait remdier, je reconnus que l'indiffrence et l'abandon ne pouvaient lui tre attribus. Dpt de Mendicit de Hoogstraeten. La visite que je fis ce dpt, le 12 juin, mon retour des colonies agricoles, effaa en partie l'impression dfavorable que ces dernires avaient laisse dans mon esprit, et le pnible souvenir que je conservais du dpt de Bruges. Celui de Hoogstraeten est un tablissement mixte, en partie industriel, en partie agricole, et sous ce double aspect, il mrite d'tre tudi. Situ l'extrmit de la province d'Anvers, non loin de la frontire de la Hollande, et environn de bruyres comme les colonies agricoles, il a, pour btiment principal l'ancien chteau des princes de Salrn. Le gouvernement franais, au temps de Napolon, fit construire une grande aile semi-circulaire avec une galerie haute et une galerie basse, qui, jointes l'difice primitif, environnent une trs vaste cour. Cette aile n'est pas acheve, mais la partie qui a t excute renferme les rfectoires des hommes et des femmes.

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— 157 — • les pices o ces dernires s'occupent filer el coudre, et tous les dortoirs. Ce sont des sali spciales contenant des lits en Lois, garnis comme ceux des autres dpts; elles sont parfaitement propres, bien claires et commodes ; l'air el la lumire leur viennent par de grandes fentre, pratiques de chaque cot; il y a aussi des trous au niveau du plancher pour le renouvellement de l'air. Le terrain annex ce dpt a une tendue de 81 hectares, dont 50 oui t dfrichs el livrs la culture depuis l'anne 1 -"> 7 li*. 68 e. bout 1 les intrls du capital dpos, ei a 33,201 l'r. 28c. de subventions accordes par les communes raison de -'{2 e. pour chaque individu envov l'tablissement, forme un total de 58,867 fr, 38 c, excedanl de 899 fr, ;>() <. | rs fais levs a 57,968 fr. 18 c. Ce( tablissemenl se soutien! donc par ses propres ressources, sans recevoir aucun subside. La dpense moyenne pour chaque individu

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— 158 — nionla l c. 1/2 par jour, tout compris. La nourriture et l'habillement revenaient a un peu plus de 36 c. par personne, y compris les frais qu'exige la nourriture des employs. La population est de 248 individus, dont 131 hommes, 71 femmes, 26 garons, et 20 jeunes filles : sur la totalit on compte 86 personnes valides, 146 malades ou hors d'tat de travailler, 12 infirmes et 4 prisonniers. Le premier janvier de l'anne 1837, il y avait 314 habitants; il en entra 1 18 pendant le cours de cette anne, et sur cet ensemble de 432 personnes, il en mourut 36, ce qui fait 8,3 pour cent. Si l'on compare la totalit de la population subsistant au commencement de 1833 avec celle qui entra durant les cinq annes suivantes, c'est-dire 797 individus, l'ensemble de la mortalit pendant le mme espace de temps se trouve avoir t de plus de 13 pour cent. Les reclus reoivent une partie du prix de leur travail, qu'on divise en trois portions, dont une seulement leur est donne chaque mois ; les deux autres sont mises de ct pour leur caisse de rserve. La valeur desdits salaires accords aux reclus fut de 1,119 fr. 79 c. La ration consiste en 1/2 kil. de pain pour les adultes, et en 0,40 seulement pour ceux qui sont plus jeunes; pour les enfants, de la bouillie, du

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— 159 — pain et 1/2 litre de lait. Le matin on leur donne du cal de chicore ; midi, de 1,8 2 litres
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— 160 — par l'autel, disposition avantageuse pour que les hommes et les femmes puissent assister la messe sans se voir mutuellement. Le chapelain est charg de l'instruction religieuse de tous les reclus, et de clbrer le sacrifice de la messe non seulement, les dimanches et les jours de fte, mais encore deux fois par semaine, pour toute la population, et une pour les infirmes dans l'hpital. Les btiments d'exploitation sont vastes et bien tenus. Il y a 45 vaches, 7 chevaux, et beaucoup d'animaux de moindre espce; les veaux sont spars de leur mre et nourris avec une partie de leur lait, qu'on leur donne ml a de l'eau. Quand ils sont plus grands ils mangent de la bouillie de farine, des pommes de terre cuites, du lait, etc. Les champs sont trs bien cultivs. Dans ma visite, je ne pus prendre note des produits comparativement la superficie, mais seulement de leur valeur. Voici quelques extraits tirs de mon agenda : seigle, environ 8 hectares, a fourni pour 1 ,188 i\\ 50 c, ou 188 fr. par hectare; froment, sur 2 hectares, pour 1 ,027 fr., ou 514 fr. par hectare ; pommes de terre, sur 7 hectares, pour 5,770 fr., ou 822 fr. par hectare; 'n 300 fr. par hectare; avoine, 233 fr,, etc. Les habitants de ce dpt offrent en gnral un bon aspect, et le systme agricole lui donne de grands avantages sur les autres. Le commandant, M. Bausart,qui ses connais-

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— 101 — sauces runit une exprience inapprciable acquise depuis 1810 que lui furent confies la cration et la direclioo de cet tablissement, remplit sa mission avec un zle et une affection admirables. Il sait distinguer les qualits des rlus et apprcier la bonne conduite de beaucoup d'entre eux, comme elle le mrite. Grce son action efficace, le champ de culture s'tend chaque anne, et la proprit territoriale de ce dpt s'accrot progressivement. 3 Colonies agricoles, La Socit de Bienfaisance^ fonde dans les provinces mridionales de l'ancien royaume des Pays-Bas, sur le modle de celle qui fut tablie dans la Hollande en I8IS, ouvrit ses oprations au commencement de L'anne 1822, par l'acquisition de 532 bonn i ers [*), 26 perches de bruyres dans la commune de // Orttt, et par la construction de (29 petites fermes e! de btiments au centre, qui formrent les colonies Libres numros l et 2 lai 1823, la socit entra en ngociation avec L* gouvernement, relativement 1 la fondation d'un nouvel tablissement agricole destine recevoir une pallie de la population valide des dpts de mendicit; et, cet effet, la mme anne, elle passa iiii contrai pour l'admises Un bon nier cquiroul | i i un In-, i ire, VOT. IX nOLL. ET B> i > Il I I

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— 62 — sion de 1 ,000 mendiants dans la colonie de rpression. Le prix convenu pour les frais d'entrelien de ces 1,000 mendiants devait tre remisa la socit tous les six mois, raison de 17 f. 50 c. (*) par tte, ou, ce qui revient au mme, 17,500 fl. par semestre, pour un espace de 16 annes encore bien que le nombre des mendiants vnt diminuer. La socit acheta 516 bonniers, 36 perches de bruyres, dans les communes de Mcrxplas et de Ryckevorsel pour tablir cette colonie de rpression ; elle lit construire un dpt pour les 1,000 pauvres, et 4 grandes fermes, qui commencrent tre habites la fin de 1 825. La socit, ds lors, lit face toutes les dpenses 1 l'aide du produit des contrats passs avec quelques administrations communales et hospices civils, pour donner asile des familles et des orphelins des colonies libres; 2 avec le produit des dons et des souscriptions volontaires des habitants; 3 avec les emprunts; 4 au moyen du subside de 35,000 fl. accord annuellement par le gouvernement, pour l'entretien de 1,000 mendiants reclus du dpt de Merxplas et de Ryckevorsel; 5 avec les produits des colonies, et avec les retenues faites aux colons. D'aprs les calculs donns le rsum des ren(*) Le florin vaut 2 fr. 11 c.

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— 103 — Ires annuelles des tablissements coloniaux, depuis leur origine jusqu' la fin cie 1836, (ut de 1,389,939 Q. 93c, el la dpense de 5, 108,857 il. 15 c. Dans les fonds rentrs on comprend !e montant des emprunts contracts par la socit 1 1 sYlevant une somme de 803,000 11. Sur celle somme, elle a rembours 134,000 11., de manire qu'elle doit encore 6G9,000 11. La socit devait rembourser annuellement .'>7,000 11. pour satisfaire aux conditions des emprunts, sans parler (rime avance de
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_ 164 grand nombre de sommes restassent payer, ainsi que je l'ai dit plus haut. Ce rsultat indique dj que la dcadence dfinitive des colonies de la Belgique date de l'poque de la rvolution, c'est-dire de 1 830. Dans quelques annes antrieures cette priode, telles que 1822, 1823, 1826 et 1829, les rentres surpassrent les dpenses, tandis que le moindre excdant des dpenses sur les rentres, depuis 1830, fut de 70,000 fl. en 1835, quand le paiement entier des intrts des emprunts fut suspendu. Les intrts de ceuxci s'levrent au commencement de 1837 427,063 fr. 50 c., et la dette contracte envers les diffrents cranciers de la direction des colonies G,148 fr. La dette sociale s'levait au premier janvier 1837 1,908,084 fr. 23 c. La valeur approximative des objets, tant meubles qu'immeubles, appartenant la socit, tait, la fin de 1831, de 1 ,178,737 fr. Cette valeur a subi une diminution partir de l'poque susdite. Dans le dernier inventaire, elle n'tait porte que pour une somme de 992,891 fr. 41 c. Del dduction de cette somme sur le montant de la dette la mme poque, rsulte encore un dficit effectif de 915,192 fr. 82 c. A cot de ce rsultat, ajoute M. Ducptieux, il serait difficile, si ce n'est impossible, de trouver quelques lments sur lesquels on pourrait fonder

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l'espoir, non d'un bnfice futur mais seulement de l'extinction de la dette. Cet espoir ne peut se raliser que par l'effet de la rduction progressive des (rais comparativement aux colons; de l'accroissement ou de la bonification des produits des colonies; de la cration de quelques dbouchs, etc. Mais examinons le produit des annes antrieures. Le nombre des colons libres, qui, en I 822, tait de 127, et de 100 en 1823, fut port 565 jusqu'en 1829 et 1830; ds lors il alla toujours en dcroissant, et fut rduit 272, chiffre que prsentrent les tats de 1836. La situation des mendiants offre les mmes rsultats : sur 703 subsistant la fin de 1829, il n'y en avait plus que 258 en 1836. Nonobstant cette diminution progressive, la comparaison dos produits el desdpenses des colonies m'a fourni le rsultat suivant Les produits de 208,5 1 5 fl., chiffre qu'ils atteignirent, en 1829, ou si l'on veut, de I 13,320 o ils taient, en 1830, furent rduits 17,500 il. en 1 836. Pendanl cette t Km nire anne, chaque colon libre ne produisit pas plus que pour une val( de 70 tl.(>, chaque mendiant pour 109,5; les deux classas runies ne rapportrent par individu qu'un produit moyen de moins de 90 tl., tandis qu'en 1829 les produits de ces deux classer donnrent] par individu, un rsultai moyen de 164 fl. i I lorsque cette dcadence pro : essive ci fmu

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— 166 — a t connue l'opinion publique cessa de favoriser l'entreprise qu'elle avait crue d'abord utile. Le produit des souscriptions, lequel, pendant les annes qui ont prcd 1830, s'tait maintenu entre 62,000 et 48,000 fl., a baiss de cette dernire somme 8,476, en 1836. La subvention de 35 florins pour chacun des mille pauvres qui devaient tre admis, ou, ce qui revient au mme, de 75,000 fr. par an, a t jusqu' prsent continue dans ces proportions, et alloue dans toute son intgrit aux colonies, malgr la diminution considrable de leur population. Ce seul subside, pour l'entretien annuel de chaque mendiant valide, cote au gouvernement 291 fr. ou 8o c. par jour, pendant que les mendiants infirmes qui sont entretenus ne rien faire dans les hospices, lui entranent une dpense tout au plus de 30 35 c. par jour; mais les frais effectifs, pour ceux des colonies, sont beaucoup plus considrables, et on peut les dduire en comparant la population moyenne de chaque anne avec les dpenses totales. Cette dcadence des colonies agricoles de la Belgique, est un fait grave et de grande importance relativement l'opinion que l'on peut se former d'tablissements de ce genre dans d'autres pays. — Le jour o divers gouvernements s'occupent avec ardeur de raliser les moyens de rprimer et d'teindre la mendicit, l'indication des

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— 167 — causes qui ont amen celle dcadence ne laissera pas d'exciter l'attention des personnes rflchie Nanmoins je n'entrerai pas dans de lon^s dtails pour dmontrer l'opinion que je m'tais formel car ce que j'ai dit en traitant des colonies agricoles de la Hollande, offre les principes elles observations sur lesquels elle se fonde. — Ce chapitrel esl donc le vritable avant-propos de celui-ci, et pourra lui servir de complment. Je n'ai pas l'intention de recommander l'ide des colonies agricoles comme un moyen sage ci philanthropique d'teindre la mendicit mais seulement de montrer les bases sur lesquelles se fondent et se maintiennent lesdits tablissements, el l'tat de prosprit ou de dcadence o se trouvent ceux que j'ai visits en Hollande cl en Belgique* Voyageur et observateur je rapporte je compare et je juge; parfois mme j'irai plus loin peut-tre: quand une grande masse d'observations pratiques m'aura fait mieux connatre les avantages el les dfauts des systmes en usage, je pourrai poser les principes de ce qui me paratra plus eflicai el plus applicable. Par consquent, on n nnera pas de me % <>ir avouer qu il existe un vice capital dans le principe sur lequel se fondent les colonies agricoles pour rprimer la mendicit; c'esl le mme dj indiqu par divers crivains de mrite, el tout rcemment encore par M Ducptieux : de se trouver en opposition directe avec le bul pi in< inal les

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— 168 — rgles fondamentales de la charit publique; des secours F indigence, oprant autant qu'it est possible sans produire de dplacement dans les indigents; des efforts constants pour rendre les particuliers et les associations locales capables d exercer la charit sans hielle s et V abdication volontaire de la part du gouvernement le jour eu l mancipation est possible (*). Mais en convenant de tous ces principes, le vice de l'institution en elle-mme n'expliquera pas la dcadence des colonies agricoles de la Belgique. Je ne puis non plus en trouver le motif dans les obstacles numrs par M. Ducptieux: la trs mauvaise qualit du terrain, l'insuffisance des bras pour le travail, les erreurs dans la construction primitive des difices, l'isolement et le grand oignemenl des populations, etc. ; car les colonies de la Hollande, tablies prcdemment, ont eu lutter contre des obstacles non moindres, et elles n'avaient pas les leons de l'exprience. Nanmoins elles ont prospr, et celles qui les ont suivies n'ont fait que dcliner; et il est trs remarquable que l'poque de cette dcadence concide avec celle du renversement du gouvernement qui les avait cres. Nous avons vu, en effet, que depuis leur tablissement primitif jusqu'en 1830, la population des colonies agricoles de la Belgique a flott constamment entre 12 et 1400 individus, et que pour les produits compars ( x ) Ouvrage cit, lome II, j>;ti, r <> 190.

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— 10JJ — aux entres, si une anne prsentait une diffrence dsavantageuse, une autre la prsentait favorable. Nous voyons qu'alors elles payaient avec rgularit les intrts des emprunts contracts, avaient un capital en meubles et immeubles de 1,178,737 fr., et que la culture se dveloppait; car, en 1 832, il n'y avait que 488 bonniers incultes; mais depuis eette poque la population a diminu au point de ne plus offrir que 272 colons libres et 2.58 mendiants ou au total 530 individus : le dGcil annuel a t toujours croissant; les produits comparativement la population ont. diminu dans une proportion plus rapide encore; le paiement des intrts a t interrompu, la valeur du capital s'est amoindrie aussi, et enfin la nature du sol reprenant sa force, grce la ngligence de l'industrie, les bruyres ont envahi de nouveau plus de (i? bectares. Ces laits sont positifs, et leur langage est si clair qu'ils n'ont pas besoin d'explication, Tous les raisonnements de !M. Ducptieux etdes personnes claires que j'ai eu la satisfaction de consulter en Belgique, condamna ni l'institution des colonies agricoles, militeront autant qu'on voudra contre ce systme de rpression le la mendicit; mais ils ne pourront en aucune faon disculper l'administration belge de la dcadence el de la ruine invitable o elle a hisse tomber les colonies de ^ n territoire.

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— 170 — M. Ducptieux, qui, avec ses lumires et son patriotisme, ne pouvait conseiller l'abandon absolu de ces tablissements en dpit des sacrifices improductifs qu'ils ont cot, et du triste tat de dcadence qu'ils prsentent, expose quelques ides pour leur rforme, proposant certaines mesures qui font connatre la porte de son esprit en matire debienfaisance, et cnrecommande d'autres qui ont t dj introduites dans les colonies agricoles de la Hollande. Mais le point essentiel et vritablement fondamental pour le systme et le progrs de telles institutions, c'est l'adoption de moyens capables de rsoudre favorablement la question agricole et industrielle, c'est--dire que le produit du travail des mendiants et des orphelins dans les champs ou dans les ateliers couvre les frais de leur existence, sinon en totalit, du moins dans une proportion telle que la diffrence donne pour chaque individu une dpense moindre que dans tout autre tablissement de bienfaisance. Tel est le rsultat que prsentent les colonies agricoles de la Hollande, et auquel auraient pu arriver aussi celles de la Belgique avec un systme agricole et industriel semblable celui de leurs devancires, systme dont j'ai dmontr les avantages et que j'espre fajre mieux ressortir avec quelques donnes que j'ai recueillies dans les colonies de Worlel et de Merxplas Ryckcvorsel.

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— 171 — Colonie Mcrxplas RyckevorseL Quoique d aJ'aprs le conirat pass enlre le gouvernement et la socit de bienfaisance des provinces mridionales, celles-ci se fussent engags entretenir ( ,000 pauvres, moyennant le subside de 35 (1. j>ar individu, la population de ladite colonie tait seulement de 250 individus a la Gn de 1835, cl de 244 la (in de J. A l'poque de ma visite, i! y avait '2-Y.) individus, donl 1 17 hommes, 86 femmes, 15 jeunes gens et 11 jeunes Biles. La population indique tait ainsi distribue au mois de juin dernier : 28 personnes employa au service intrieur, (>7 dans les ateliers, 138 h l'agriculture, 7 malades, 8 invalides 1! destins aux colonies libres. L'tendue territoriale de la colonie est de 568 hectares, 83 ares, dont 101,16 sont livrs la culture, 165^67 sont plants de pins, les uns gs de 1 I I ans, et la plus grande partie de I it 8; 8,65 de gents; 1,66 ont t occups par des difices, 286,66 sont rests incultes ou fournissent l'espace pour les chemins 0,60 sont loues 1,43 sont arrangs en jardins. Les champs cultiv.s rapportent des pommes de terre, du seigle, de l'orge, de l'avoine, du mas, du bl sarrasin, du coi/a, du lin, de laspergule, du chanvre, des lgumes et des herbes potagi La colonie posst de 6 chevaux, 3 bœufs, 20 vaches
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— 172 — pour la culture et les transports consistent en 17 charrues, 12 herses et 23 charrettes. Les animaux que nous avons mentionns et la population ne fournissent pas une assez grande quantit de fumier pour la culture des 101 hectares; on ne cherche pas suppler, du moins les employs ne m'ont pas dit qu'on mt. en usage les engrais de vgtaux ; au contraire, on m'a fait entendre que le manque de fumier tait la cause pour laquelle on ne pouvait tendre la culture sur un espace de plus de 286 hectares, dfrichs et dfoncs la bche, jusqu' la profondeur de 3 et 3 pieds 1/2, dans la colonie de rpression et de plus de 296 hectares, jusqu' la profondeur de 1 et 2 pieds, dans les colonies lihres. Ce dfaut de fumier dcida le gouvernement envoyer en cantonnement Merxplas, un escadron de cavalerie. La colonie libre de IVortel comprend 516 hectares, dont 31 seulement sont en culture; 161 sont plants en bois de pins gs de 1 7 ans, et 5 environ sont occups par des constructions. Les jachres et les chemins en occupent 297; et un peu plus de 13 hectares sont lous des familles particulires. — Pour le travail et l'exploitation on compte 4 chevaux, 2 bœufs, 11 vaches, 121 moutons; 5 charrues, 7 herses et 10 charrettes. Lorsque je visitai cette colonie libre, il y avait 186 individus des deux sexes et de tous les ges,

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— 173 — mais je ne pus vrifier le nombre respectif de t divers individus, car le directeur de la colonie ne le savait pas avec exactitude, el il n'tait pas indiqu dans le registre des mutations journalires que j'ai examin. Dans celui de la colonie de rpression, cet le diffrence est signale tous les mois. Du rsum que je fis l, sur place, par un calcul rapide, rsultent les entres suivantes : 1834. 1835. 1836. 1837. Colonie force. 70 148 10 1 123 Colonie libre. .M 18 I i 39 Conformment un autre tableau, il paratrait que la population moyenne et annuelle de ces colonies fut de 564 individus en 1834, de 521 en 1835, 531 en 1836 et de 463 en 1837. Va\ comparant celle population la dpense annuelle, on trouve, pour terme moyen des quatre annes, un rsultat de plus de A 36 il. par individu. — Mais comme ce calcul a t fait pour 1 totalit de la population des colonies, on ne sait pas rellement les frais qu'entrane chaque mendiant. Le rgime intrieur de la colonie de rpn ssion, le vlement, la nourriture, le systme des dortoil s avec des hamacs suspendus au toit, tout est, avee trs peu de diffrence, semblable aux colonies du mme genre dans la Hollande, qui on! servi de modles celles de la Belgique. Des enfants r< rendent matin et soir l'cole des heures diverses; en outre une femme forme les petites

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— 174 — filles aux travaux de leur sexe. Dans les colonies libres, GO enfants environ des deux sexes vont galement l'cole et apprennent le flamand ainsi que le franais; leurs familles travaillent la journe pour le compte de la colonie, et quelques-unes reoivent 9 et 10 fr. par semaine, aprs la retenue que prescrit le rglement. Des tats publis dans un ouvrage rcent [Dietionnaire de Gographie de la province d' Anvers), il rsulte que dans la colonie de rpression de Merxplas les receltes se sont leves, en 1831, 52,61 1 IL, et les frais a 95,353 fl. ; dans la colonie libre de Wortel, les recettes furent de 35,273 fl., et les dpenses de G9,661; clans cette anne on trouve donc un total de recettes de 87,884 fl., et un total de dpenses de 165,014 fl. En ajoutant aux premires le subside accord par l'ancien gouvernement, le produit des contrats particuliers et des souscriptions volontaires, le total dfinitif des recettes monte 150,882 fl., et portant avec les frais desdites colonies ses dpenses gnrales d'administration, le remboursement annuel sur les emprunts et le paiement des intrts, on les lve ainsi 238,600 fl. Des tats publis par M. Ducptieux il rsulte que les recettes, dans ladite anne, ont t de 174,770 fl., et les dpenses de 286,573. Des livres des colonies j'ai extrait les notes suivantes : En 1834, le produit de l'agriculture, y

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I.t — compris Ja vculc du bois et tics troupeaux, moule 20,) i I fl., et les dpenses s'lvent 56,672 11.; dficit, 35,731 il. Enl835, produit de l'agriculture, -20,278 11.; frais, 36,984 il. ; dGcit, 16,706 11. En 1836, produit de l'agriculture, 28,274-fl.; (Vais, 49,661 fl.; dGcit, 21,387 11. En 18:17, produit de l'agriculture, 28,539 il. ; irais, 39,651 (1. ; dficit, 11,1 12 il. Ce qui donne le rsultat annuel moyeu suivant : Produits de l'agriculture, 24,508 flor. ; Irais, 45,742 jj dficit, 21,23 j il,, ou une somme peu prs gale aux produits. Pour les fabriques et les ateliers, les rsultats ont t plus avantageux. En 1834, les produits des fabriques lurent de 20,915 (1. ; les Irais de 20,225 fl., ce qui prsente un bnfice de 690 11. En 1835, produit des fabriques, 21,383fl.; dpense, 21,587 fl.; dficit, 204 11. En 1836, produit des fabriques, 23,320 fl. ; Irais, 22,906 H.; profit, 1 1 i il. En 1837, produit des fabriques, 17,651 fl. ; Irais, 17,515 11. ; profit, 136 H. 11 rsulte donc que les ateliers ne fonl que couvrir leurs frais. La fabrication du pain a donn des bnfices plus constants, el j ai d< duil de la comparaison des produits avec les dpenses des quatre annes

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— 176 — mentionnes, un profit de 1 ,4 17 fl. terme moyen ; mais dans la dernire anne, cette manufacture elle-mme offrit un dficit, car ses produits ne furent que de 19,682 il., et les frais montrent 22,703 fl. — Par consquent la dcadence des colonies agricoles de la Belgique se manifestant sur tous les points, il parat que le mal a pntr dans toutes les parties de son organisation. Le gouvernement belge a pris deux dispositions sur les colonies agricoles, depuis la rvolution de 1830. La premire est une circulaire adresse aux gouverneurs des provinces, en date du 7 septembre 1 83 1 relative au transport des mendiants dans lesdits tablissements, dicte par un esprit philosophique de bienfaisance qui tend modifier, autant que possible, la funeste influence morale du principe de sparation de la famille, que sanctionne malheureusement l'organisation des colonies agricoles. Dans le document auquel je me rfre, brillent les maximes d'une sage philanthropie qui prside aux dterminations du nouveau gouvernement : Les principes gnreux, dit-il, adopts en Belgique, semblent interdire de relguer, pour toujours peut-tre, l'extrmit du royaume, loin de leur lieu de naissance et de leurs parents, comme si on pouvait en disposer comme d'autant d'tres sans volont ni sentiment, et privs de leurs droits civils, les pauvres qui se trouvent reclus dans les dpts de mendicit des provinces.

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— 17/ — Il recommande donc d'appliquer celle mesure avec la plus grande discrtion, la limitant au cas o se trouvent les pauvres absolument dnus de toute ressource, sans aveu, sans domicile, sans parents, les reclus pour rcidive, les vagabonds d'habitude et les mendiants de profession. La seconde circulaire, du 3 avril 1835, a pour objet d'offrir aux communes qui veulent envoyer leurs mendiants valides la colonie de Worlel, un rabais de 35 fl. pai individu, sur le contrat que le gouvernement avait fait d'abord avec la socit de bienfaisance, pour 1 ,000 de ces pauvres. Cette offre a pour but de repeupler la colonie qui, ne contenant celle poque que 225 individus, imposait alors l'administration une chai de 36, 000 11. contracte pour 1,000 colons, et la somme devait continuer se payer jusqu'en 1641 • A cet effet, le gouvernement recommande aui administrations communales ds'entendre avec la gendarmerie e1 l'administration provinciale, afin de prendre immdiatement 1rs mesures ncessaire* pour foire ar, teret livrer au jugement des tii:>umtax, .es vagabonds ei tes mendiant* biade* Los individus mis la disposition dll gouverne* ment, ri reconnus valides, devront tre dire vers l'tablissement de Merxplas-Ryckevorse). L'esprit de cette circulaire a un caractre de svrit bien diffrent de la prcdente; mas il parait que le gouvememenl se vit Ion d'adopl vin r \ mu i > i • \ i r i .. Il

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— 178 — la mesure qu'il recommande, pour arrter les progrs de la mendicit que favorisait l'indiffrence de la plus grande partie des administrations communales, ainsi que je l'ai indiqu en parlant des dpts. J'ignore si les communes ont profit de l'offre pour faire de nouveaux contrats; mais je dois prsumer que non, si j'en juge par la population des colonies. L'expos prcdent me parait suffisant pour dmontrer les principaux rsultats conomiques et financiers offerts par ces tablissements en Belgique, et que l'on peut comparer ceux de la Hollande dcrits dans un chapitre spcial de cet ouvrage. III. Etablissements pour viter la pauvret et assurer l'indpendance de la classe ouvrire. Ils comprennent comme je l'ai indiqu, les coles pour lesenfantsetadult.es pauvres, celles d'industrie pour la mme classe, les institutions pour l'enseignement des aveugles et des sourdsmuets, les monts-de-pit, les caisses d'pargne et les maisons des femmes repentantes. Dans les chapitres prcdents, je me suis occup suffisamment de l'enseignement primaire en Belgique, des coles consacres le procurer aux classes ncessiteuses, et dans le second, j'ai*parl

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— 179 — des tablissements de bienfaisance clans lesquels on donne en outre aux enfants une instruction industrielle analogue a. leur tat. Ces tablissements n'offrent pas en Belgique cet aspect de sage bienfaisance qu'ils prsentent en Hollande ; mais au moins Ton signale une tendance salutaire donner le complment indispensable d instruction aux enfants de la classe ouvrire. M. Ducptieux se plaint de ce dlaut, et recommande vivement d'y porter remde. L'instruction donne aux classes laborieuses se borne frquemment quelques notions de lecture, d'criture et de calcul, qui, faute d'exercice, s'oublient promptement ; et rduite ces proportions, une moiti seulement de la population la reoit. Au sortir de l'cole, la socit abandonne le fils de l'ouvrier, car rien n'est prpar pour lui. Il faut qu'il ait une profession pour vivre. Eh bien! qu'il l'apprenne comme il pourra. Ensuite, M. Ducptieui parle des vices du s\ stme actuel d'apprentissage, des inconvnients de sa longue dure pour le jeune homme qui reste ainsi, sans ncessit, occupant seulement ses forces physiques, tandis que s'arrte tout le dveloppement moral et intellectuel qui seul pourrait lui donner les moyensde lutter contre les mauvaises passions qui viennent I assaillir, el trop souvent le subjuguer. Nous allions oublier qu'au sortir poulains! dire de l'apprentissage, l'ge de la conscription arrive, et voil tout le Fruit, toutes les peines du

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— 180 — travail, s'ily a rellement eu travail, dtruites, perdues Les peuples les plus civiliss en sont la ; aussi sommes-nous ports a croire qu'il ne faut pas aller chercher plus loin une des principales causes de ces graves perturbations qui agitent tantt sourdement, tantt avec clat, la vie intellectuelle des peu. nies. Eclairez les classes infrieures ramenez-les i 7 ainsi par la raison la morale aux sentiments religieux sans lesquels les socits se perdent ; et pour cela facilitez-leur par tous les moyens possibles l'accs toutes les carrires qui leur sont destines ; faites qu'elles y trouvent non seulement du bien-tre, mais encore l'occasion d'exercer et de dvelopper la raison que le ciel leur a dpartie(*). 1 Ecoles primaires et industrielles pour les Enfants pauvres. Dans le chapitre prcdent de l'instruction primaire j'ai dj parl du nombre d'tablissements consacrs l'enseignement gratuit, tantt pour le compte du gouvernement, tantt pour celui des administrations provinciales et communales. Ici je ferai mention seulement des diverses coles confies aux soins des congrgations religieuses qui, ainsi que je l'ai dj dit, se consacrent l'enseignement des enfants pauvres, comme œuvre pieuse et mritoire. (*) Dueptieux, de l'Etat de L'Instruction primaire en Belgique.

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— 181 — Les frres de la charit ouvrirent en 1S2I une de ees coles dans la maison de Saint-Vincent de Paule de Gand, appele de la Byloque, o se rendaient en 1826 mille enfants. L'influence qu'elle exerait dans renseignement primaire tant contraire aux principes du gouvernement hollandais, elle fut suppi ime, mais elle se rouvrit iimncdialement aprs la dvolution, et elle compte aujourd'hui oOO lves. Dans la maison de rYoidmont, prs de Tourna y 9 les mmes frres ouvrirent une autre cole o se rendent 100 enfants .Dans la maison de SaintAntoine de Padoue, Bruges, destine principalement cet objet, l'cole renferme 400 enfants. Dans ia maison de l'Immacule Conception d'Anvers, les frres ouvrirent en 1832 une autre cole qui compte aujourd'hui 350 lves. Dans celle de Saint-Antoine de Padoue, de Louvain, ils donnent des leons depuis la menu 1 anne 400 enfants; dans celle de Saint-Augustin, appele de Sain t-T rond, ils ouvrirent des cours en 1833, auxquels se rendent 260 lves. Les sœurs de la charit distribuent l'enseignement dans la maison de Notre-Dame des A iu<> prs de Gand, 110 lves; dans l'Ecole Dominicale, 162 filles et 264 petits garons; dans la maison des Sainls-Anges, de Gourtray, 50 lves; dans celle de SaintaJean-l'Evangliste, prs de la mme ville, 150 ; dans celle de Saint Bo

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— 182 — nard, prsdeLouvain, 120; dans celle de SainteThrse, prs de Gand, 90; dans celle de la Prsentation de la Sainte-Vierge, prs d'Anvers, 120; dans celle de Notre-Dame de Lorette, Ecloo, 270; et dans celle de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, de Bruxelles, 200. Dans diverses de ces coles, les petites filles apprennent faire de la dentelle, et dans toutes on les applique aux travaux de leur sexe. A Anvers, j'eus occasion de connatre les principes adopts dans une cole particulire de charit, dirige par les vertueuses sœurs qui se sont propos pour but spcial de leur lche, la rforme des femmes publiques repentantes, institution dont je parlerai plus loin et en dtail. A l'cole sus-mentionne se rendent 200 petites filles pauvres qui reoivent des prix la fin de l'anne scholaire ; mais cette distribution ne se rendent ni le public, ni les parents. Les dames qui dirigent celle cole adoptent sans doute le principe important que la gloire de la femme ne doit pas sortir de l'enceinte domestique, vitant leurs lves avec le plus grand soin toutes les occasions dans lesquelles peuvent tre excits leur vanit, le dsir de briller et de se faire connatre par leur mrite et leurs qualits. L'exprience qu'elles ont acquise, dans l'institution pour la rforme morale des femmes, leur a fait connatre tous les torts graves causs par la passion de vanit qui rside dans ce sexe ;

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— 183 — ainsi elles se proposent de la combattre et de l'touffer comme un germe funeste de dmoralisation et de vice. Les personnes qui ont observ philosophiquement les moyens adopts dans l'ducation de l'enfance pour punir et rcompenser, sont unanimes reconnatre les inconvnients de beaucoup de mesures mises en pratique dans la plupart des coles, adoptes gnralement sans critique et sanctionnes par l'usage. Dans la circulaire (*) adresse par M. Visser, inspecteur des coles, dans la province de la Frise en Hollande, et qui contient des observations trs judicieuses sur le mode de former le caractre de l'enfance, il y en a de trs profondes sur le point que j'ai touch. La pratique lui a lait dcouvrir que l o les distinctions ne sortaient point de l'enceinte de la classe, et o Ton n'y attachait pas Irop de prix, elles eurent des consquences beaucoup moins sensibles et moins pernicieuses; l, au contraire, o Ton y attachait une importance dmesure et o l'on cherchai! leur donner de i la publicit, en les communiquant aux parents i et aux personnes de leur connaissance, on vit a se former ces jeunes pdants, ces tres pri> somptueux el vains qui sonl si charge h socit el ceux qui les environnent Ce (*) insorcc uant le lomc II l ifjuc en Hollande

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— 184 — mode de rcompenses faisait nailre chez les uns des sentiments d'orgueil, d'ambition et des pr tentions insupportables, tandis qu'il excitait chez les autres la jalousie, l'envie, le dgot et le dcouragement. Cet usage sert encore ex citer et entretenir dans le cœur des enfants le dsir de voir rcompenser et honorer chaque y> marque de zle et de docilit que prsente leur conduite, dsir qui ne peut tre satisfait plus tard dans le monde, et qui devient par l nui sible la socit, puisque chaque fois que les esprances sont dues, il en rsulte du m contentement et de l'indiffrence pour l'intrt gnral, dsir enfin qui est diamtralement op pos aux principes de la religion, de la morale et de la charit chrtienne. Dans la cit de Bruges existent beaucoup d'institutions pieuses en faveur des enfants pauvres des orphelins et des enfants abandonns des deux sexes ; quelques unes d'entre elles ont fix davantage mon attention, parce que l'enseignement primaire a t associ l'instruction industrielle qui leur procure les moyens de gagner leur vie. L'institution appele de Meyses Stede ScIigoI, fut fonde par M. l'abb de Foere, aid de quelques personnes charitables de la ville, qui la dirigent et se consacrent l'instruction des petites filles pauvres, leur enseignant en outre les travaux manuels et particulirement la fabrication de la dentelle.

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i — Elle contient 100 petites filles auxquelles on avance, le fil et les ustensiles pour faire la dentelle, et on paie aux parents ou tuteurs, ions les 15 jours, le prix du travail qu'elles ont fait. A 20 ans, lorsqu'elles sortent, on leur donne 100 fr. de gratification. — Le loe.il est excellent, parfaitement ar, et la pice de travail est garnie de (uvaux de fer-blanc verticaux et horizontaux qui reoivent et laissent sortir la fume des chandelles que l'on brle le soir. Les lves font trois repas par joui comme dans tous les hospices d'orphelins de la Belgique, et il y entre toujours de la viande. L'cole industrielle de charit pour les petites filles pauvres fut fonde en 1816 par le mme abb Foere ; elle reoit 1 50 filles ds l'ge de (> S ans, lesquelles peuvenl y demeurer jusqu' 21. Le systme d'enseignement scholaire moral et ieligieux, est absolument le mme que celui de l'hospice prcdent ; on v apprend aussi faire de la dentelle, et pour cette fabrication l'tablissement achte le (il et paie aux parents, par quinzaine, le travail que les enfants ont fait. J'ai vu une toute petite fille qui, au bout de 5 mois seulement d apprenti gagnait dj six sm.s par jour ; d'autres, plus avances, gagn lient un franc. Le produit net des dentelles fabriques l'anne dernire par 130 peiites filles dans les heures laisses libres des autres travaux, a mont environ 12,000 fi r? religieuses consacres cette œuvre recomman-

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— 186 ~ dable dirigent toutes les branches de l'instruction ; et l'application des petites filles, outre le prix qu'elles reoivent de leur travail est rcompense par le don d'un vtement. L'asile de Saint-Joseph est une autre institution de bienfaisance de Bruges que j'ai visite aussi en compagnie du respectable abb M. Carton : il est destin k lever et entretenir 45 petites filles de la classe qui se trouve expose suivre la pente si glissante du vice, parla conduite ou la position malheureuse des parents. Les 8 sœurs de Saint-Joseph qui en sont charges, recherchent avec un saint zle o peut se trouver quelqu'unede ces innocentes menace par le vice, afin de la prserver de l'abme. L'tablissement date de cinq ans et il est parfaitement dirig. Les filles y restent jusqu' Page de 20 ans, alors que leur ducation est forme. Elles apprennent lire, faire les travaux de leur sexe, et particulirement la dentelle ; les dimanches elles reoivent des leons d'criture. Tout se trouve a o dans l'tat le plus parfait, et l'ordre le mieux tabli ; seulement dans les dortoirs les lits m'ont paru trop rapprochs. L'ide industrielle qui a prsid l'tablissement des hospices et des coles des filles de Bruges que je viens de nommer, est la mme dont j'ai dj fait mention en parlant de l'Ecole Dominicale, d'Anvers, dans le chapitre prcdent: faire revivre l'art de la fabrication de la dentelle. Dans le grand bgui-

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— 187 — nage de Gand, j'avais dj vu une cole de charit pour 50 petites filles pauvres, dirige par irois excellentes bguines; on leur enseigne aussi particulirement faire de la dentelle; le prix du travail est remis aux parents et quelques-unes de ces petites filles gagnent jusqu' 100 ("r. par an travaillant seulement quelques heures chaque jour. J'ai vu Bruges un petit tablissement particulier, dont je conserverai un doux souvenir; car il m'a dmontre, par la pratique, tout ce que l'on peut obtenir. Un prtre dou d'une belle aine, M. Yall se proposa de recueillir dans sa maison 20 enfants pauvres, de les lever les diriger, el leur enseigner une profession lucrative, sans exiger aucune pension sans calculer lui-mme si ses moyens de fortune pourraient suffire aux Irais que la ralisation de cette ide pouvait entraner. Consultant seulement son cœur, esprant (pie Dieu ne l'abandonnerait pas dans son entreprise, il l'organisa de la manire la plus simple (M la plus conomique, afin d'arriver au rsultai qu'il prvoyait et de la soutenir par lui-mme. Il a prelei e donner ii ses lves l'tal de tisserand, et aussitt qu'ils font bien appris, et que leur ge les nul en elat de sortir de l'tablissement il les place dans des ateliers de la ville ou bien leur procure du travail pour leur compte, leur avanant la matire pre mire et leur achetanl la toile. De la mme manire, il procure
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— 188 — leurs domiciles respectifs cl de la sorle il peut satisfaire toutes les obligations et toutes les dpenses que l'tablissement suppose. La distribution du jour entre l'cole et le tissage, donne l'exercice industriel le temps suffisant pour qu'il soit utile aux jeunes gens et productifs la maison. Il est curieux de voir comment se trouve dispos l'atelier dans une petite pice au rez-de-chausse, occupe par les enfans tisseurs, et sur un balcon peu lev se trouvent placs les tours et les dvidoirs o six enfants disposent le fil pour ourdir et tisser. Durant le travail, il leur est dfendu dparier, mais non de chanter. Cet exercice forme une autre partie de l'enseignement, que M. Yal leur procure. Leur repas est sain et abondant ; les lits le rfectoire et la maison sont d'une simplicit conomique admirable; tout se trouve parfaitement dispos, et nanmoins le personnel est rduit ce bon prtre et un cuisinier conome. Le cot de la nourriture de chaque jeune garon revient 30 centimes par jour. 2 Etablissements pour les Sourds-Muets et les Aveugles. La nouvelle administration belge a droit aux plus grands loges pour les sentiments d'humanit qu'elle dploie en faveur des aveugles et des sourdsmuets; et dans ses dterminations, elle offre un bel exemple suivre d'autres gouvernements

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— ISi) — qui ngligent entirement l'ducation de ces malheureux, ou laissent tomber dans un tat de dcadence dplorable les tablissements crs force de soins et de sacrifices. Le paragraphe 27 de l'article 131 de la loi communale met h la charge des communes les frais d'entretien et d'instruction des aveugles et sourds-muets indigents, sans prjudice des subsides fournir par ies provinces ou par l'tat, lorsqu'il es! reconnu (pie la commune n'a pas le moyen d'y pourvoir par ses ressources ordinaires. Dans la suite de cet article, nous verrons comment le zle et la charit chrtienne de diverses congrgations religieuses ci de diverses personnes vertueuses, se sont empresss de remplir le vide qui existait avanl (pie la loi prescrivt aux communes le devoir de soutenir et d'enseigner celle classe d'infortuns. En 1827, lorsque la Belgique tail encore runie la Hollande, le ministre de l'intrieur prsenta aux tats-gnraux un rapport sur les lablissements de bienfaisance des Pays-Bas. D'api es ce rapport, il yavail alors 2, 166 sourds-muets, ce qui, dans une population de 6,166,854 donne un sourd-muet par 2,847 habitants; mais on doit prsumer que le nombre tail beaucoup plus considrable, car des investigations Statistiques faites en 1835 ei dues M. Sauveur, il rsulte que, dans ladite anne, le nombre total des sourds-muets, seulement en Belgique, tait A

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190 — ,900 (*). Voici un rsum, par provinces, de ces investigations : Anvers,

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— 191 — Ouant aux aveugles, les investigations (ailes en 1835 ont donn les rsultats suivants : Anvers,

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— 192 — enseignements, et d'associer les aveugles et les sourds-muets, M. Dufau, professeur distingu de l'institution royale de Paris, les a exposes dans le mmoire couronn par la Socit de la morale chrtienne et par l'Acadmie franaise (*). Dans toute la Belgique il y a huit tablissements consacrs l'enseignement des sourds-muets et des aveugles, dont le plus ancien est celui des jeunes filles deGand, fond en 1808; puis viennent suivant leur ordre de dates, celui de Lige, tabli en 1 820; celui des garons de Gand, en 1825; celui de Bruxelles pour les petites filles, en 1834; celui des hommes de la mme ville, en 1835, et celui de Bruges dans la mme anne. En 1 834 s'tait tablie une autre institution confie aux soins de la sœur Constance que j'ai connue Paris, en 1837, et qui, aprs la mort de cette digne religieuse, fut transfre Ypres dans un meilleur local et dans une situation plus convenable. Enfin, dans la prsente anne 1838, onvientd'ouvrir Mons sous la direction de M. E. George, un institut particulier de la mme classe, en faveur duquel on espre la protection du gouvernement et du conseil provincial de Hainaut, comme l'ont mrit les autres (*) Essai sur l'Etat physique, moral et intellectuel des Aveuglesns. Paris, 1 837. Le prix de la Socit de la morale chrtienne a t partag avec madame Niboy, dont le mmoire contient des observations dlicates et profondes qui rvlent l'esprit et le tact de son sexe.

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— 193 — dans leurs provinces respectives. En cfiet, lous les tablissements de ce genre en Belgique ont commenc par tre soutenus par le zle et la charit de personnes bienfaisantes; quatre d'entre eux ont du l'existence au seul chanoine Triest et obtinrent dans la suite la protection et les subsides de l'tat des provinces et des communes respectives. De celle manire, ils ont pu tendre leurs bienfaits sur un plus grand nombre de malheureux, et offrir en mmo temps, dans de telles institutions, les avantages dont les membres des classes riches de la socit dsirent jouir. Les premiers desdits tablissements bornrent leur enseignement aux sourds-muets jusqu' ce que M. Sauveur organist en Belgique celui des eugles, le ministre de l'intrieur ayant envoy M. l'abb ( larion Paris, en 1 837, pour qu'il compltt ses tudes dans celle branche, ei ensuite en Angleterre, en Ecosse el en Irlande Des tablissements dj mentionns el ( onsacrs l'enseignemenl des aveugles el des sourds-mue! s de la Belgique, j'en ai visit cinq : celui di 1 Bruges des jeunes sourds-muets el aveugles des deux sexes ; l< i s deux de Bruxelles aussi pour les sourds muets et les aveugles, un pour chaque sex< ; celui de G and pour les petites filles sourd< ") ( )n peul roir Im impoi lanti rsuli iu M. Carton dans lo journal qu'il j ubli i qui .1 it. rot i\ uni i i i i \ i i i '. — Il

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— 194 — muettes el celui de Lige pour des sourds-mucls des deux sexes. L'examen de ces cinq tablissements, et plus particulirement du premier, et mes rapports avec son honorable directeur, l'abb Carton, m'ont permis de connatre avec exactitude l'tat de ces branches de l'enseignement en Belgique. Etablissement des SourdsMuet s et Aveugles de Bruges. La commission des hospices civils de Bruges, apprciant toute l'utilit de l'institution des sourdsmuets et aveugles, affecta, en 1836, cet objet, l'ancien couvent des jsuites ; la rgence de la ville lui accorda une somme de 6,000 f. pour les frais de premier tablissement, et la dputation des tats provinciaux, une autre somme de 7,500 fr. Avec ces subsides et ceux du gouvernement, M. l'abb Carton second par la congrgation des sœurs, forme cet effet par lui, sous le nom de Sœurs de l'Enfance de Marie, rigea l'institution de Bruges qui, par son extension et son genre d'enseignement, est dj une des premires de son espce. Les cours durent cinq ans; la pension des lves particuliers est de 400 fr., et celle des sujets que soutiennent les rgences des communes, est seulement de 275. L'abb Carton a expos, dans le journal qu'il publie Bruges, et Paris devant l'assemble

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— 195 — des professeurs de l'institution royale des sourdsmuets, les principes de son systme d'enseignement. Il y a, dit-il, quatre ordres d'ides que la langue exprime : 1 les faits extrieurs, c'est--dire les choses avec lesquelles nous sommes en relation par le moyen de nos sens; 2 les Faits intrieurs, ou tous les phnomnes que nous observous et dont nous avons conscience, commeyafi^T) pe?iser vouloir, tristesse; 3 les vrits rvles; et 4 les vrits d'exprience sociale, ou les sciences. L'intelligence de la langue dpend de l'observation et de l'tude des deux: premiers ordres de choses : la langue ne peut tre apprise, sinon avec l'interprtation des faits. L'impression que les faits font sur l'homme doil exister avant que l'on puisse donner l'expression, c'est--dire la chose exprimer doit, avoir t perue avant que l'expression ou la parole; puiss tre comprise. La langue ayant t apprise et comprise avec l'interprtation des faits, on peut, par cette langue, communiquer les deux autres ordres d'ides > et i \ La fin de l'ducation doit donc tre : l q en gner la langue en prsence ds faits extrieurs et intrieurs ; 2 communiquer, par la langue acquise, la connaissance des vrits rvles et des vrits d'exprience soei.de. Quant l'enseignement de la langue l'abb Carton pense que, pour connatre une chose, il

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— 196 — est ncessaires de connatre le nom, l'origine, la cause ou l'auteur, la matire dont elle est faite, sa forme, sa longueur, sa largeur, son paisseur, son poids, son prix, ses usages, les relations qu'elle soutient avec une autre chose. Dvelopper l'intelligence de l'enfant sourd-muet, parla langue, c'est lui enseigner exprimer tout cela dans nos idiomes; mais comme toutes ces choses ne peuvent lui tre enseignes la fois, voici l'ordre adopt par mon honorable ami : Il prsente successivement ses lves les diverses parties du discours, les choisissant suivant l'importance qu'il donne a chacune : 1 V objet j 2 lef, 3 la relation, A l'attribut. L'attribut n'tant, en ralit, jamais spar de son sujet, n'a pas d'abord, pour les sourds-muets, toule l'importance du sujet et de Faction. Ensuite il se propose, 1 de leur donner tous les jours quelque chose de nouveau 2 de ne jamais leur proposer qu'une seule difficult la fois 3 de faire en sorte qu'une difficult vaincue les aide en surmonter une autre. M. Carton avec divers exemples qu'il serait trop long de transcrire ici, explique le mo} T en de raliser cette mthode. Dans la premire partie du cours, il ne donne pas plus d'un mot ou d'une expression, sinon aprs que l'lve a peru clairement l'ide; et il peut agir ainsi, car l'lve se trouve en relation, par le moyen de ses sens et de sa conscience, avec l'ide

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— 107 — dont on veut lui donner l'expression. Mais dans la seconde partie du cours, quand on s'occupe de faire connatre l'lve les vrits avec lesquelles il ne se irouve point en relation par ses sens, l'instituteur lui donne d'abord le mol, puis il groupe autour de ce mol, par le moyen des expresssions que possde dj l'lve et des ides acquises, toutes les notions qu'exige la nature du mot. Pour cet enseignement dlicat, M. Carton commence par faire sentir seslves la ncessit d'un tre suprieur l'homme, qui a cr ce que riiommen'a pu faire, comme le soleil, la lune, les toiles, la terre, etc. et il lui donne le nom de Dieu. Ce n'est encore l qu'un mot; mais avec la langue dj connue, il groupe autour de ce mot tout ce que nous savons de Dieu : Dieu a toujours \ccu. Dieu ne mourra jamais, Dieu n'a pas de corps. Dieu voit tout, connat tout. Dieu gouverne tout -, il. a tout cr de rien, etc. De cette manire, M. Carton explique Dieu a ses lves, tout en disant expressment qu'il n'a pas besoin de leur prouver son existence* sourdsmuets croient avec amour, quand on leur rvle Dieu ; dos
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— 198 — Je ne m'tendrai pas transcrire les principes d'enseignement de M. Carton; ce qui a t dit peut suffire pour donner une ide au moins de son importance. Quant au langage des signes, pour expliquer la langue et donner des ides aux sourdsmuets, l'abb Carton a adopt les sages principes de l'cole moderne. Il connat leur importance et avoue qu'ils sont le premier moyen de communication du matre avec les sourds-muets comme iis le sont des parents avec leurs enfanls. Mais quand ils ont acquis le mot qui exprime l'objet, l'action ou la relation^ c'est--dire quand le sourd-muet possde la traduction du signe, M. Carton abandonne l'usage de celui-ci, se servant dans la suite des mots connus pour expliquer les inconnus, afin d'attacher immdiatement les ides aux mots et non pas aux signes, de familiariser les lves avec la langue, tandis que quelques instituteurs de sourds-muets au lieu de se borner enseigner la langue par les signes, font des signes mmes une langue, un systme complet, et l'enseignent leurs lves. Enfin M. Carton ne conteste pas la possibilit d'un semblable enseignement jusqu'au point o il peut tre utile, mais son utilit hors de ses limites, et soutient le danger d'une semblable instruction parce que cette langue mimique ne donne pas d'ides prcises parce qu'en la supposant mme parfaite, v\\c esl de tous points inutile dans la socit, o

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li)) elle n'est pas connue, et parce que son usage fait (juc le sourd-muet nglige et abandonne la langue vritable, ee qui est extrmement nuisible aux progrs qu'il peut foire seulement par ce moyen! I )• L'articulation et la prononeialion entrent aussi dans le plan d'enseignement de l'institut de Bruges, et les exercices que firent devant moi diverses petites fd les me donnrent en me me temps connatre Je mrite de la mthode et l'tat de perfection auquel peut arriver cet enseignement. J'en ai dj parle en traitant de l'institution de Gronngue; je vais exposer ici la mthode de M. Carton. Tour suivre en tous points le principe si important de ne jamais procder que du connu l'ineonnu de ne pas pousser l'intelligence, mais de la guider, il commence par faire 4 constater aux sujets ce qu'ils sont dj. Il n'a jamais rencontre de muets; on dit qu'il y en a, il n'en sait lien : tous ceux qu'il a rencontrs jusqu' ce jour parlaient ou mettaient des sons, ils disaient / (/, /d, ///o, etc. Il a remarqu que naturellement, ou du moins avant qu'on ail essay de leur enseigner L'articulation les sourds-muets prononcent une voyelle et mu 1 consonne ou une consonne et une voyelle, ab et //
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— 200 — Il commence par leur faire constater ce son quand il l'entend en leur indiquant de mettre la main sur la poitrine; il leur fait signe que s'ils sentent une vibration dans la poitrine, il les entend ; ils aiment rpter cette exprience. M. Carton constate en second lieu que lorsqu'ils font vibrer la poitrine, ils mettent du souffle. Il leur fait remarquer, au moyen de leurs deux mains, ces deux oprations la fois ; ensuite il leur fait voir qu'il donne diffrentes positions ses lvres, et que pour lettre qu'il crit, il ouvre la bouche, etc.; que pour# il avance un peu les lvres, en laissant cependant une ouverture ronde, etc. Par ce moyen ds le troisime jour au plus tard on prononce toutes les voyelles. Ils savent maintenant ce que c'est que la vibration, du moins quand ils font vibrer la poitrine. L'instituteur leur dit alors que pour les lettres qui vont suivre, ils ne doivent pas faire vibrer la poitrine. Il commence par leur faire fermer les lvres et il crit p en leur faisant constater que la poitrine ne doit pas tre branle, qu'elle ne doit vibrer que lorsqu'ils joindront aou o etc., ce/?,/? a p.. ..o: il leur montre ainsi successivement/?, d, i 9 fjV 9 ?, z,etc. La vibration del poirine constitue donc la diffrence entre ce que l'on appelle voyelles et consonnes ; dans le classement de M. Carton, /// et n sont des voyelles : elles font vibrer la poitrine. Fermez la bouche, faites rsonner la poitrine, la

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201 respiration sortira ncessairement par le nez, el vous aurez une espce de mugissement; joignezy a, et reniant aura dit nia. Pour leur apprendre, ou plutt pour les habituer exprimer deux syllabes pendant une seule expiration, il commence par ce qu'ils savent : ma, marna, mamama, mamamama; il varie ensuite moma, mona, mola, mi//o, malala\ ds lors ce sont des mots complets de la langue qu'ils doivent apprendre, qu'ils prononcent. La lecture sur les livres est corrlative l'articulation, ils l'apprendront sans qu'on la leur enseigne. Celte mthode n'offre pas de rsultats aussi gnraux et aussi surprenans, parce qu'elle n'est tablie que depuis peu d'annes; mais ce qui a t dj obtenu, et particulirement la clart et la puret du son que les lves mettent, suffisent pour recommander, d'une manire toute particulire, les Lai en s et les soins du directeur. Cependant je ne sais sur quoi peut se fonder son opinion, que tous ses lves ne russiront pas dans l'articulation, ainsi qu'il l'indique lui-mme dans une lettre M. Ordinaire, directeur de l'institut royal des sourds-muets de Paris, en date de juillet 1837 (*). D'aprs ce que j'ai vu dans son cole mme, el ce que j'ai observ dans celle de Groningue, l'enseignement de l'articulation tous les (' '"in n •! 'il.', lOIIH I n i_. l s ''

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_ 202 — sourds-muets, me parut possible, except ceux dans lesquels se trouvent des vices organiques incorrigibles. Mais M. Carton croit que tous russiront lire sur les lvres avantage prcieux, comme il le dit lui-mme; car on peut ainsi rpter plus frquemment, plus facilement et plus propos, les expressions dont la valeur ne peut tre bien saisie qu'aprs avoir t prsente dans plusieurs positions diffrentes et il peut y avoir aussi plus de simultanit entre l'expression et l'ide; et enfin, Ton peut continuer l'instruction sans interrompre ni le travail ni les jeux. L'enseignement des aveugles forme une autre partie essentielle de l'institut de Bruges et pour le porter la perfection dsire, M. Carton a fait, sur cette matire des tudes profondes et spciales. Afin de connatre l'antique institution rovale de Paris, il vint dans cette ville au mois de juillet 1837, et j'eus alors la satisfaction d'y faire sa connaissance. Ce voyage lui permit de connatre les caractres employs dans les EtalsUnis, pour imprimer en relief les livres consacrs l'usage des aveugles ; ces livres mmes, les cartes gographiques imprimes Boslon, et enfin toute la collection des objets et des notices que j'avais runis pendant le cours de mon voyage. Pour mieux satisfaire sa juste et louable curiosit, je lui donnai communication de la notice que j'avais lue au mois de fvrier, l'Acadmie des sciences rao-

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— 303 — raies et politiques de l'Institut royal de France, sur les sujets dj mentionns, et des avantages (juc le systme amricain avait sur l'ancienne mthode, suivie encore dans l'cole de Paris [*). Depuis, M. Carton (it en Angleterre, en Ecosse Et en Irlande, un voyage du plus haut intrt, dans le but d'tudier les institutions des aveugles dans ces pays, et il parvint rassembler un recueil considrable de notices et d'observations qui, jointes ses talens et son zle pour l'amlioration de l'tablissement qu'il dirige, russiront l'lever jusqu' la perfection. Les tudes de M. Carton sur l'ducation intellectuelle des aveugles, comprennent la rforme des caractres pour l'impression des livres, celle des caries gographiques, et un systme d'criture aussi pour les aveugles. Quant aux caractres d'imprimerie, M. Carton a adopt ceua de Forme ordinaire, avec quelques lgres niodilications quj les rendent plus sensibles au toucher, sans cependant changer leur aspect la premire vue. La grande raison qu'il donne pour ne plus admettre des caractres conventionnels invents, est ee principe trs essentiel, qu'il ne fout point >m,menter encore, chez les aveugles, cet isolement auquel les condamne la privation duo de leurs organes. (*) Celle noli I' u l'.iM. ( '.,11 lou ogc i D9

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— • 204 — • Un systme particulier de caractres d'imprimerie, diffrents de ceux qu'emploient les clairvoyants, et d'autres, diffrents aussi pour l'criture, malgr les avantages qu'ils offrent quant la clrit d'excution, ne prsentent pas une compensation au grave inconvnient de n'tre pas connus des clairvoyants. Un systme philosophique et transcendantai d'ducation, pour les aveugles, doit tendre leur procurer aussi bien les moyens d'acqurir des connaissances, que d'tablir des communications intimes avec les clairvoyants. Dans une lettre qu'il m'a rcemment crite M. Carton me dit que son gouvernement fait dj fondre les caractres qu'il a proposs, afin qu'on imprime, en Belgique, des livres l'usage des aveugles. Ces caractres offrent un relief uni, et non pas pointill comme ceux qu'a invent M. Gall d'Edimbourg, et qu'on a dj employs dans l'impression de divers livres. Ces lettres sont formes par une suite de points-, relevs et soutenus comme par une srie d'arches, et ainsi elles rsistent beaucoup mieux que l'autre relief la pression laquelle elles sont soumises pendant la lecture. En outre, une lettre pointille est plus palpable qu'une ligne unie, et tous les aveugles, au loucher desquels on prsente lesdites impressions, m'ont confirm ce principe. M. Tayor, surintendant de l'cole d'York, assurait M. Carton que nulle part il n'avait vu les aveugles lire

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2o:> — a vecautant de rapidit qu' Berlin, o les leltressont pointilles. Le directeur de Bruges est convaincu de la supriorit de celte mthode; niais il n'est pas parvenu convaincre les personnes qui s'intressent celle impression, et qui craignent que l'asprit ne nuise la dlicatesse du toucher des jeunes aveugles. Cette crainte n'a aucun fondement, et ces mmes personnes qui les prouvent n'hsitent pas faire apprendre aux aveugles des mtiers o ils sont rduits s'occuper de travaux manuels, rudes et grossiers, comme la sparterie, l'tat de cordonnier, et mme celui du typographe, qui durcit tant l'extrmit des doigts. L'abb Carton vient de faire connatre dans important rapport (*) sur les institutions de la Grande-Bretagne qu'il a visites avec tant dtruit, les 16 alphabets conventionnels qui ont t envoys la socit des ails d'Ecosse, pour le concours un prix qu'a propos cette dernire. La socit n'a adjug la rcompense promise aucun de ces alphabets, et l'a donne aux caractres de M. IVv, de Londres, adopts immdiatement par M, AJston, de Glascow, ei ayant la Forme du caractre romain, lgrement modifie, ou des lettres capitales. M. Gall, d'Edimbourg, emploie des lettres minuscules, mais modifies et angulaires, et tout nouvellement, ainsi que je l'ai dit, il les a Faites Impi imc dani !<• S < il. rie ^"ii joui nul.

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— 206 — pointilles. En dernier lieu, on en a tent l'essai, et M. Carton m'a montr et m'a procur diverses preuves de la mme impression caractres pointills sur les deux cots del feuille, comme dans les impressions ordinaires. A cet effet, on spare davantage les lignes afin que celles de la page oppose occupent l'espace intermdiaire. Celte mthode rend les livres beaucoup moins volumineux, et la confusion qui apparat la vue par ces deux reliefs opposs sur la mme page, n'a pas lieu pour l'action du toucher qui suit rigoureusement la ligne, sans s'occuper de ce qu'il y a au-dessus ou audessous. Enfin, il parat qu'un grand mouvement s'opre en faveur de ces institutions en Angleterre, car M. J. H. Frre vient de proposer un nouvel alphabet arbitraire, et l'aide des souscriptions qui se font en sa faveur, on a dj pu imprimer, avec ces caractres, une grande partie du Nouveau Testament. Quant l'impression des cartes de gographie, M. Carton s'est occup de perfectionner et de simplifier les procds, de manire qu'on puisse non seulement les excuter avec toute la perfection dsire, mais encore les procurer des prix trs modrs. Les essais qu'il m'a montrs, fruits d'une ingnieuse invention, annoncent dj que le problme qu'il se propose est sur le point d'tre rsolu, et qu'il amnera un bien incalculable dans les institutions des aveugles qui, gnralement, se

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— 207 — trouvent trs mal pourvues de caries gographiques (*). Une mthode d'criture est une autre partie i ssenticllede l'ducation iulcllectuelle de aveugles. Ni le crayon ni la plume ne peuvent servir; le premier marque d'une manire imparfaite, la seconde trace des caractres que L'aveugle efface sans le vouloir, cl ces deux genres (rcriture ont l'inconvnient d'tre illisibles pour l'aveugle. Le systme des polygraphes, d'aprs lequel on crit sur un papier noirci, qui laisse sur la feuille blanche l'empreinte des lettres qu'on y trace, peut tre employ pour les aveugles avec certaines modifications (pie j'ai indiques M. Fournier, de Versailles, et qu'il a mises en usage dans sa correspondance avec les clairvoyants. Cette mthode offre l'avantage de laisser l'aveugle une copie crite en relief, qui suffit, quoique trace lg rement, pour conserver ce qu'il a crit* Mais aucun des moyens indiqus ne peut servir pour la correspondance mutuelle avec les clairvoyants, car si ces derniers lisent ce que les aveugles leur (•ciivcnt, ceux-ci ne peuvent s'instruire par euxmmes de ce que les autres leur rpondent. ( !ettc (*) M. Howe, directeur du collge des aveugles de Boslon m'a envoy* dernirement les beaux atlas de gographie gnrale qu'il i f.ut imprimer, et les cartes particulires de tous les tats de la oonfdration, accompagns de dvcloppemens statistiques. Mus son systme d'impression n'.t rien d'analogue avec relui dont supe l'abb ( I u ton

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— 208 — rflexion dmontre la ncessit d'inventer an systme d'criture, pareillement en relief, qui, facile mettre en pratique, pourrait tre [aussi adopt par les clairvoyants dans leurs rapporls avec les aveugles. Ce n'est point ici le lieu d'exposer l'tat o se trouve cet important problme; je me contenterai de dire que divers aveugles s'y appliquent avec constance, et que le laborieux M. Braille, lve distingu de l'institution royale de Paris, l'a dj fait avancer. Avec l'introduction des mthodes perfectionnes, la constance et l'activit infatigablesde l'abb Carton, et l'heureuse ide del formation d'une congrgation religieuse de sœurs consacres l'enseignement des aveugles et des sourds-muets, Finstitutionde Bruges sera une vritable colenormale qui rendra le systme uniforme et donnera des matres zls et intelligents toute la Belgique. Mais je ne dois pas quitter cet tablissement sans parler d'un tre infortun qui s'y trouve, et qui est doublement intressant, puisqu'il est priv non seulement de la vue mais encore de la parole. Aveugle et sourde-muette de naissance, la jeune AnnaTemmermans vivait dans un tat difficile dcrire. Considre comme un monstre qui la nature avait refus les movens de communication avec ses semblables et mme les facults mentales, abandonne dans un coin d'une misrable demeure, prive d'exercice, couverte de haillons et

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„ __. 209 — de souillures, dj elle tait livre eu proie aux maux physiques lorsque l'abb Carton dcouvrit son exislence. L'me philanthropique de ce vertueux prtre s'enflamma d'un saint enthousiasme l'ide d'arracher cette victime la misre et un sort funeste. Ses efforts ne furent point inutiles; la jeune Anna fut mene dans rtablissement de M. Carton, qui regarda une telle acquisition comme un triomphe inapprciable. Les premires observations par lesquelles sa sagacit parvint pntrer dans l'intrieur de cet tre dgrad lui rvlrent l'existence de l'intelligence, et il rendit grce la Providence d'avoir conserv sa malheureuse pupille la plus noble des facults. Durant mon sjour Bruges, j'ai vu l'lve de prdilection de l'excellent Carton, non plus couverte dr lpre et prive de mouvement comme auparavant, mais propre, vive, et sVxereanl au tricot (pie dj elle avait appris. Docile la volont de son matre et des bonnes sœurs qui l'entouraient de leurs soins, elle connaissait dj une certaine quantit de choses, et pour Cela il n lui avait fallu que peu de semaines. La communication tait dj tablie, et il ne s'agissait plus (pie de la perfectionner el d'enrichir Sn dictionnaire. I \n effet, l'abb Carton la dote successivement des moyens employs avec les sourd sau eu cl les nveugl< des signes naturels comme moyens d'ena la langue crite, de l'alphabet en relief, de l'alphav
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— 210 — bel digital, elc. Quand je la vis, eile avait dj divers principes, et le fonds d'observations faites par M. Carton tait aussi riche qu'intressant. Ensuite on a march plus rapidement, et le mme professeur m'explique les nouveaux progrs dans les termes suivants, extraits d'une lettre qu'il m'a crite tout rcemment : Ma sourde-muette et aveugle marche pas de gant : rarement il se passe un jour sans qu'elle me demande de nouveaux mots. Son dictionnaire est dj suffisamment tendu. Elle lit des phrases entires, et montre chaque jour plus d'intelligence et de dispositions pour l'tude. Je lui fais dcouvrir la nature et ses productions, progressivement les arbres et leurs fruits, les lgumes, les instruments, etc.; les noms de ces objets sont maintenant le but de ses tudes; mesure qu'elle comprend l'usage d'une chose je lui dis son nom. Elle ressemble une petite fille qui on aurait donn une robe neuve et qui la montrerait tout venant. Quand elle a acquis une nouvelle expression, quand eile est parvenue distinguer une nouvelle ide elle l'exprime dix ou vingt fois le jour et parait y trouver du bonheur. Elle continue manifester par ses actions qu'elle me connat pour son matre. H y a peu de jours, elle fit entendre par signes une petite aveugle dont elle est trs contente, que j'avais dfendu une certaine chose.

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— 211 — L'enseignement de la jeune aveugle sourdemuette de Bruges concide avec un autre fait semblable dans l'institution de Boston, que me fait connatre le savant J\l. Howe, directeur de cet tablissement*). On doit prouver un grand plaisir voir ainsi rendre ces malbeureux l'existence sociale; mais, en outre, ces deux cas offriront une grande importance pour l'tude et l'observation des progrs de l'intelligence humaine, et pour la dcouverte des moyens propres diriger son ducation. Mais il est temps de terminer cette digression, et de continuer la relation de ma visite aux autres tablissements de la Belgique. Institut des Jeunes ri/ les Sourdes-Mu ( ttt de G and Il fut tabli par le zle du chanoine Trient, qui, en 18 L 20, envova Paris deux sœurs de la Cdil(•) La petite fi lie de Boston non seulement csi aveugle et sourdemuette, mais encore prive de L'odorat d'un autre ct aea fa ulls intellectuelles ont une grande activit et sa constitution physique ne laisse rien dsirer. Elle .1 fail n lui avait demand o tait son bonnet, elle rpondit comme il suit : Bonnet nouveau Laure lit D#vts;c'est-a-dire le bonnet nouveau de 1 aure isi nu*dessus du 1 1 il' mademoiselle Dimv rouiours • !< fuil usacodea mots suivant la disposition ou 1 1 coordination natun des ideS| et dans l'ordre suece 1 lies se ; nt son cs|)iii. prfrant employer les signes naturels

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— 212 — grgation de la Charit qu'il avait fonde, afin qu'elles apprissent la mthode d'enseignement pour les sourds-muets. A leur retour Gand s'ouvrit l'eole, dans la maison appele de NotreDame de Terhaegen, local de l'ancienne abbaye de ce nom, et qui sert aujourd'hui de noviciat pour les sœurs, de rsidence pour le suprieur gnral, et de bureau central de l'administration. Ce local contient en outre l'hospice des incurables, commenc en 1806, quand M. Triest vint avec six sœurs de Lovendegen, berceau de l'institution de charit. Cette maison de petites filles sourdesmuettes renferme aujourd'hui 52 lves et peut en contenir 60. On les admet depuis l'ge de 10 jusqu' 18 ans; elles y restent ordinairement sept annes. Le plus grand nombre est compos de pensionnaires reues moyennant 2 300 fr., que paient les parents ou les communes respectives. Quelques unes, appartenante des familles aises, paient 400 fr. Toutes reoivent une instruction primaire complte, par le moyen de la langue franaise. Cette cole a un assortiment considrable d'objets de sculpture qui reprsentent les instruments employs dans les arts, les professions mcaniques, les travaux de l'agriculture, etc. Les bonnes sœurs ont essay d'enseigner l'articulation quelques petites filles; mais elles y donnent peu d'importance. Quant l'tat sanitaire, l se confirme l'observation dj faite dans les autres ta-

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— 213 — blissemenlsdece genre : la frquence del phlhsie pulmonaire. 1 lis lit n lion des Petites Filles Sourdes-Muettes et Aveugles de Bruxelles. Dirige aussi par des sœurs del charit, quoique sur une petite chelle, elle offre un modle de simplicit, d'ordre et de propret, enfin la belle harmonie d'une vritable maison de charit. Dix soeurs s'acquittent de l'enseignement envers 30 petites i I les sourdes-muettes et aveugles, et de plus elles tiennent une cole gratuite pour 200 petites filles et un hpital pour 12 incurables. La directrice de la classe des petites aveugles avait introduit dj le systme de l'criture avec des [joints, et par ce moyen chacune crit son catchisme. D'ailleurs, cette institution manque de beaucoup d'objets, les uns utiles, les autres ncessaires, pour l'enseignement des deux classes d'infortunes qu'elle runit. Institution des Jeunes Sourds-Muets et Aveugles Bi u u lies Elle admet des pensionnaires des classes aises pour iOO fr. annuels, linsi que des p. un res envoys ei soutenus par le gouvernement, la province, les communes, les hospices, ou par des pei

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— 214 — sonnes charitables, raison de 275 fr. par an* L'on donne tous les lves un enseignement primaire complet, et en outre on apprend aux sourds-muets le dessin linaire, la peinture et la gravure sur pierre, ainsi que les tats pour lesquels ils sont propres ; les aveugles, on les forme la posie, la musique vocale et instrumentale et diverses occupations: on tche d'en faire de bons musiciens et de bons organistes; et pour les distraire on leur apprend les jeux de cartes, de dames, le domino et les checs. Quand je visitai cet tablissement, il contenait une soixantaine de jeunes gens, dont 25 taient aveugles. Le systme d'enseignement pour les uns et pour les autres est le mme qu' Paris. Les cartes gographiques pour les aveugles sont des cartes ordinaires, dont on a rendu les divisions saillantes au moyen d'un petit cordonnet de soie coll au-dessus. Quant aux muets, on accorde la prfrence au langage des signes, sur l'alphabet digital, et relativement l'articulation et la prononciation des mots, quoiqu'on en donne quelque ide aux lves, ils ne s'y exercent jamais. Dans la musique, les jeunes aveugles de cet institut ont fait de notables progrs. Le directeur, le pre Bernardino Peeters, est un homme d'environ 32 ans, bon et affectueux, qui exerce l'enseignement dans plusieurs branches, et remplit en outre les (onctions de comptable. Tous les ouvrages de la maison, jusqu' la cuisine et ;i la

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— 215 — lavanderie, sont laits par fcept frres de la charit, et tout s'excute bien, sans que l'on ressente l'effet du manque des femmes pour ces soins domestiques. En observant l'occupation de ces bons frres, leur patience, leur constance, leur dvouement ardent aux intrts des malheureux, j'admirai pour la millime fois cette charit chrtienne qui excelle prter secours et assistance, adonner de l'ducation et des conseils aux infortuns, sans qu'il s'y mle aucune ide personnelle de rcompense, de gloire ni de clbrit. Comme je l'ai dit prcdemment, cet institut lut aussi fond par le chanoine Triest, au commencement de 1835; ensuite M. Alexandre Uodenbach, aveugle illustr par ses talents, et membre actuel de la chambre des reprsentants, s'est constitu le protecteur, le pre des lves, et mme s'est lait ollaborateur des frres (le la charit *). Institut des SourdsMuets de ic'gt i et tablissement esl d au zle d'un homme instruit ci bienfaisant, K< Jean Pouplin, qui se forma seul l'art d'enseigner les sourds-muets, < i partir de 1819, runissant un nombre considrable de ces infortuns dans sa maison, et les son [* ) ( )n i cul voir diTera crits de cfc savant ave ugl nal de l'abb < n Ion

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— 216 — tenant a ses frais, il parvint provoquer L'attention dames charitables qui l'aidrent aussitt dans son entreprise philanthropique. Cet homme bienfaisant mourut en 1828, laissant un digne successeur dans le jeune M. Clment Pouplin; mais cet hritier de ses vertus, de mœurs douces, d'une loyaut et d'une obligeance peu communes, avait une sant dlicate, et il mourut au mois de juin de Tanne dernire, g de 31 ans. Quand je visitai rtablissement, le 25 juin 1838, il se ressentait de cette perte si cruelle. 11 se soutient aujourd'hui avec le produit des pensions de quelques lves, avec les souscriptions de particuliers, et avec les subsides accords par la ville de Lige et par la province. Les enfants sourds-muets logs en ville, sont admis gratuitement dans l'cole, sur la prsentation d'un souscripteur. Le prix de la pension est de 275 fr. par an. Il y a de plus divers ateliers rattachs l'tablissement, et les petites filles apprennent tous les travaux manuels, sous la direction de madame veuve Pouplin, qui se trouve a la tte de l'institut. La commission administrative de cet tablissement a le projet de runir dans un mme local les sourds-muets et les aveugles de beaucoup de provinces ; il parait que cette ide va se raliser, car on a fait l'acquisition d'un bel hlel avec une cour spacieuse et un vaste jardin.

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— 217 3 Monts -dePct. Celle institution, ne d'un sentiment de charit salutaire et bienfaisant, a de graves inconvnients attaches son administration, et d'autres vices encore, outre ceux qui lui sont inhrents. En effet, non seulement ces monts-de-pit encouragent la paresse, dispensent le peuple de toute prvision et lui font contracter des habitudes contraires l'esprit d'conomie et de prudence qu'on devrait fomenter par tous les moyens possibles ; mais ils aggravent la position du malheureux qui a recours eux, parles intrts exorbitants qu'ils exigent gnralement. Des conomistes distingus et des patriotes ont lev la voix contre les intrts normes que peroivent les monts-de-pit sur les sommes qu'ils prtent aux ncessiteux. M. Charles Dupin lait valoir l'immense service (pie le gouvernement pourrait rendre la classe ouvrire, s'il diminuait les droits normes ou plutt la vritable usure de l'administration du mont-de-pit, qui peroit 12 pour cent sur le montant des prts dans le bureau central, et qui permet ses commissionnaires de prlever 13 pour cent dans les bureaux respectifs (' i Fou ii |i •itltn in e§ i i comi • <
  • .2 '-'.'.

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    218 — Le mont-de-pit de Paris rapporte annuellement une somme assez forte aux hpitaux, observe M. le comte d'Esterno dans un mmoire rcent (*); mais ce n'est pas le seul effet qu'il exerce sur eux : s'il les enrichit d'une part, il les peuple de l'autre ; s'il nourrit ceux qui y sont, il y amne ceux qui n'y sont pas. L'institution des monts-de-pit est vicieuse. La pense de secourir par un prt d'argent un ouvrier que quelques avances faites propos peuvent sauver de la misre, tait sans doute excellente, dit M. de Villeneuve, et ce fut elle qui prsida l'institution des monts-de-pit; mais offrir indistinctement cette ressource toutes les classes de la population, et spculer sur l'imprvoyance et sur les passions des pauvres, ce n'est plus l de la charit, c'est toujours de l'usure, c'est l'usure autorise, lgale, rgularise, et par consquent bien plus dangereuse. Peu importe au profit de qui elle s'exerce ; le nom de celui qui profite, quelque sacr qu'il soit, ne lui te pas son caractre et sa nature dislinctive, etc. En Belgique, un crivain (**) galement recommandable par ses lumires et son patriotisme, a (*) De l'usure et des monts-de-pit ; troisime numro du journal la Providence, recueil plein d'intrt que publie depuis le mois d'aot, Paris, M. Peigne. (**) M. Arnould. Avantages et inconvnients des monts-depit, mmoire couronne par l'Acadmie royale du Gard, en 1820; imprim Namur.

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    — 219 — aussi lev la voix contre do semblables abus, el a t assez heureux pour tre entendu, puisque nous le trouvons cit dans une circulaire du gouvernement, en date du G mars 1.">, a Bruxelles. Cette circulaire recommande la runion des caisses d'pargne aux monts-dc-pit, ide que l'orateur a dveloppe dans une instruction approprie au sujet. L'administration actuelle s'occupe des moyens de faire diminuer l'intrt des sommes prtes par les monts-depit (*). Les monls-de-pil sont au nombre de 23 dans toute la Belgique. En 1 (), ils reurent 1,205, 1 1 5 objets, et prtrent eu change 8,716,658 fr. IV ces objets, on en retira 1,18,475 pour une valeur de 7,582;6 ir. Par la comparaison des prts avec les obje on trouve qu'il rsulte pour chacun de ceux-ci un prt moyen de 7 fr. 28c.en 1836, el que la valeur moyenne la moins considrable a t de ."> ir. 90c. (*) L'Espagne, dai i I organisation 'lu montde -i i< le de VI idrid, offre une particularit digne d'tre cite. Ses prts sui Ion t au tel me il'uii m il pi us, si l'un demande une prolongation, et on n'exige aucun intrt. Si a 1 prs rite on n'npast Caire la rclamation des ibjcls, ils son! rendus, m us l'excdant sur l.i valeur prte reste •> I. disposition du pi pri taire des oh" jets. Le mont-de-pit de Madrid doil s, m origine, en Ion Francisco Piquer, chapelain lu couvcnl des! ri denauss qui dposa dans une caisse un seul rel d'argent I i loua] ; : voyant crotre les aumnea, il pensa former lo monl-de-pi l En l'anne 1831, cet tablissement vint su secours de 1 1,930 pci sonnes avec cne nomme de 1,1 IV A

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    — 220 — en 1831, anne de misre el de stagnation industrielle et commerciale. 4 Caisses d } Epargne. D'aprs les noies consignes par M. Ducptieux dans l'ouvrage que j'ai cit plusieurs fois ici, l'institution des caisses n'a pas fait beaucoup de progrs en Belgique. On en avait tabli quelques unes avant la rvolution de 1830, mais la plupart d'entre elles suspendirent leurs paiements. En 1 833, une caisse centrale pour tout le royaume a t ouverte Bruxelles; l vont aboutir toutes celles qui sont rpandues dans les villes. Les dpts s'levrent durant ladite anne de 3 a 4 millions de francs et, en 1835, ils furent de 13,707,348 dont 10,170,385 avaient t confis par des particuliers au nombre de 8,480, ce qui donne au dpt une valeur moyenne de 1,199 fr. 33 c. ; le reste, savoir 3,457,7 15 fr. par diverses administrations publiques, et 79,248 par les administrations des prisons pour le compte des dtenus. — Successivement les dpts ont subi des augmentations et dans le courant de l'anne, "-en mars, il y avait 39,971,634 fr. La loi communale place sous la protection de la dputt ion permanente des conseils provinciaux les rglements organiques des administrations des monts-de-pit, et confie au collge des bourg-

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    — 221 — mestrcs chevins le soin de les surveiller, leur recommandant de plus (art. J2) l'tablissement de caisses d'pargne dans les cits manufacturires charge de rendre compte chaque anne la rgence de l'tat de ces caisses. Outre les banques d'pargne, il existe aussi en Belgique quelques caisses particulires de prvoyance, mais elles ne sont pas en aussi grand nombre, ni organises d'une manire aussi complte qu'on pourrait l'exiger dans un pays o l'industrie manufacturire est si active. A Lige M. Yisceers vient de publier sur ce sujet un mmoire trs intressant dans lequel il recommande particulirement rtablissement de caisses de prvoyance, en faveur des ouvriers mineurs, que de frquentes, infortunes exposent a la misre. Par ce motif, il cite (pie dans la province de lac. seulement, depuis 1832 jusqu'au milieu de l'anne actuelle, il y eut 243 ouvriers lues et 82 blesses par des accidents dsastreux arrivs dans des mines de chai bon de terre. Maisons de Femme* Repentant Les tablissements que j'ai passs en revue dans cette troisime section, ont pour objet, ainsi que je 1 ai dit d'empcher la misre el (\^ procurer a la classe ouvrire l'indpendance qui lui est ncessaire pour la soustraire aui embches du vice;

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    — 222 — mais malheureusement ces moyens n'ont pas encore acquis la vigueur suffisante pour dtourner de la mauvaise voie et combler l'abme o courent se prcipiter des milliers de victimes. Le retard apport dans l'ducation publique, l'instruction populaire trop incomplte pour le but et la situation des classes ouvrires, les attraits du luxe, la modicit des salaires, la vie d'atelier, l'imprvoyance dans les mariages, la rsidence sdentaire des garnisons dans les villages, et le dveloppement imprudent descnes de sduction et de plaisir par lesquelles les gouvernements enflamment l'imagination des gens du peuple et stimulent leur penchant naturel aux jouissances, toutes ces choses runies sont autant de causes actives et puissantes qui alimentent le vice dans les deux sexes, et surtout la prostitution des jeunes filles. En parcourant les villes de la Belgique et de la Hollande, j'ai pris des notes sur l'tat moral de la socit et du peuple, et faute de temps pour raliser le plan d'observations successives et mthodiques qu'exige ce genre d'tude, j'en ai adopt un autre rapide et hardi qui, s'il n'est pas aussi sr pour explorer la manire dont le vice se rpand, est plus certain pour dcouvrir les causes qui l'engendrent et saisir ses consquences dsastreuses. Au lieu d'tudier la constitution de la famille, la vie du peuple et les relations intimes entre les classes dont l'examen prolong m'aurait

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    — 223 — enfin rvl les voies secrtes par lesquelles la sduction el le vice se propagent, j'ai prfr | lnlrer dans leurs cloaques infects, interroger les victimes et examiner les lieux qu'elles frquentent. L, au milieu de l'allgresse momentane d'un plaisir iactice, ou dans la tristesse plus habituelle de l'ennui et de rabattement, la vrit remontre sans dguisement, et Fou entend de francs aveux sur les causes de la ruine et de la misre. Celte manire d'observer est assez dangereuse, car elle expose des scnes dsagrables* et elle exige en outre un caractre rsolu:, indpendant, et surtout une volont nergique toujours tendue vers le but propos, sans craiule des prils, ni de la censure des hommes. Souvent il y a de pnibles sacrifices (aire, semblables ceux (pie Tel mie de la mdecine impose la sensibilit des professeurs* mais c'est de la sorte seulement qu'on peut dcouvrir les plaies de la socit moderne ei l'pidmie qui menace les familles les plus vertueuses. Ce n'est point ici le lieu d'exposer le rsultai de mes observations en Belgique el en Hollande, sur la question que j'ai indique; je ne sais pas mme quand je pourrai le faire avec la tranquillit et le calme (pie suppose un semblable travail, cause de sa dlicatesse mme et de son importance. Je me bornerai maintenant dire que la connaissance de* cuises qui conduisent le plus ordinairement a la prostitution, a augment dans mon cour le sen-

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    — 224 — liment de compassion que ses victimes y excitaient auparavant, et je dplore le funeste ddain avec lequel on considre leur infortune la plus grande de celles qui affligent l'humanit. La connaissance de ces causes est assez gnrale ; mais ce que Ton ne sait pas, c'est la puissance avec laquelle elles agissent sur des tres faibles, sans dfense/auxquels une socit dmoralise offre mille sentiers de perdition cachs sous les rieurs, et pas une seule voie de salut. Les privations, la souffrance, la rsignation sont faciles recommander de la part de ceux qui jamais n'ont eu occasion d'y recourir ; mais leur pratique suppose une nergie de caractre que tout le monde ne possde pas, une ducation morale et religieuse que la socit moderne doit encore ses enfants, et enfin une organisation sociale qui est bien loin d'exister. Certaines personnes gardent leur compassion comme une monnaie sans usage, et ajoutent a la misre de l'infortun dchu, parle ddain qui irrite et ne gurit pas, et cependant elles n'hsitent point prolger des institutions vicieuses et des entreprises industrielles directement contraires la moralit des classes infrieures. La fatale substitution de l'atelier commun dans les fabriques au travail domestique et l'admission des jeunes filles dans les manufactures de coton, ont fait plus de victimes des vices qu'elles n'ont conduit de sujets la richesse et au bonheur.

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    — 2:?5 — Mais en tolrant les progrs de la dmoralisation et le ddain goste aux couehes infrieures des elasses aises qui se contentent de laisser tomber leur mpris sur celte corruption, sans s'occuper d'y remdier l'aide des moyens que leur donne la fortune, il semble que la Providence divine prpare ces classes un chtiment dans le progrs mme du vice qui menace d'envahir leurs propres familles. Me bornant la Belgique, quoique mes rflexions sur cette matire soient gnrales, je dirai que plus d'une fois j'ai vu dans des estaminets obscurs, des servantes de familles distingues de Bruxelles et de G and, accompagnes de leurs amants, se livrer toute I a libert que de tels lieux comportent, el cela en prsence de jeunes filles de huit ou dix ans que des mres insoucieuses ou imprudentes leur avaient cou lies. Quel est votre dsir? me demanderont peuttre quelques personnes honorables par leur digne conduite, et leur charit chrtienne, mais qui craignent de prter un appui aux victimes de la prostitution? -Mon dsir est d'tendre le principe de la bienfaisance ce genre d'infortune, ainsi qu'on a dj organis un systme de secours pour les coupables et. les criminels. Aux mesures de chtiment et de rpression, il faut associer des moyens de secours etde protection .en faveur de ceux qui dsirenl sortir des voies infectes du vice, TOI i II.

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    — 226 — et pour cela il est ncessaire de faciliter cette sortie, et ne pas la rendre impossible par un mpris cruel, par une sorte de rpulsion fatale qui ne laisse aux infortuns aucune esprance hors du vice lui-mme. C'est ainsi que leur caractre se dprave : d'une atteinte aux mœurs publiques elles passent au dlit et au crime, et quand toutes les classes de la socit vont inhumainement leur fermer les portes, les malheureuses cratures se dclarent en guerre contre la socit, et la lui font terrible en corrompant la jeunesse et l'enfance, en semant dans la gnration naissante le vice mme que les parents n'ont pas su draciner. Cette influence des femmes perverties, dans les crimes sociaux, se trouve malheureusement dmontre par l'exprience. En parcourant l'histoire des hommes condamns, on trouve presque toujours quelques femmes vicieuses qui jouent le rle principal dans la vie du criminel, et des prostitues dont les exigences n'avaient pu tre satisfaites que parle vol. Aussi il est reconnu qu'une femme qui a renonc la pudeur et la vertu, marche d'un pas beaucoup plus rapide dans la carrire du crime, et met beaucoup moins de temps que l'homme passer d'une premire offense de peu de gravit aux forfaits les plus hideux. 11 y a une moindre distance entre le vol commis par la femme et sa disposition commettre un empoisonnement ou un incendie par jalousie et par vengeance, qu'il n'y

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    — m — en a entre le vol ou le faux commis par l'homme et le meurtre ou la piraterie. Un criminel peut exercer le mtier de voleur pendant une longue srie d'annes, et cependant prouver autant do rpugnance que Fhoimte homme tremper ses mains dans le sang humain. Il n'en est pas lout-fait de mme de la femme criminelle : il parait, au contraire, que la plupart des attentats inscrits en lettres de sang dans les annales des cours de justice, ont t commis par des femmes ; ce sont des femmes qui se sont montres les adeptes les plus redoutables du crime le plus atroce, l'empoisonnement (*). Des raisons analogues celles que je produis ont prsid l'organisation des socits pour la reforme morale des prisonniers el pour les institutions utiles du patronage en faveur des jeunes dlinquants. El pourquoi ne formerait-on pas des associations semblables pour sauver les victimes de la prostitution? L'œuvre ne serait ni moins chrtienne, ni moins mritoire, ni moins bienfaisante, ni d'une utilit moins signale ; on appellerait v concourir les dames mres de famille des classes aises. A l;iis ce <|u<' ces dames n'on! pas encore Fait, ne lui ce que pour prserver leurs enfants rfe IV^') Observation! de M. Lieber dans la prl ice de ^.i iradu< lion de "ouvrage de MM. de BaumonletTocauevillc sur le vsi< niicniiuir en Amrique. Ducpcticux ouvra .11. p.

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    — 228 pidmie dont les progrs sont de plus en plus menaants, a t entrepris par quelques associations de femmes vertueuses dont la vertu pratique mme leur fait regarder le vice avec horreur et nanmoins avec compassion. J'ai visit deux de ces institutions de bienfaisance, Tune Anvers, l'autre Bruxelles, et j'ai tudi plus particulirement les principes qui prsident l'organisation de la premire. Les confrences que j'ai eues avec la sœur Sophie, fille et compagne de la vertueuse directrice, madame veuve Guillaume Bernard Vancelst, m'ont fait dcouvrir une si belle runion de qualits morales et intellectuelles, une telle association du talent que donne l'habitude d'observer le cœur humain, et de l'exercice constant de la charit bien entendue, que je suis rest merveill de la maison d'Anvers, et tout tonn que de telles institutions ne soient pas plus nombreuses et plus protges. Dans l'article des coles des enfants pauvres, j'ai indiqu les principes qui prsident l'enseignement des petites filles leves dans cette maison d'Anvers ; maintenant je vais exposer ce qui concerne l'institution essentielle pour les femmes repentantes. Dans l'anne 1824 le bourgmestre d'Anvers M. Van Ertborn connaissant les qualits distingues de madame Bernard Vancelst qui s'occupait par charit de l'enseignement des petites filles pauvres, l'invita a essayer de rformer la moralit, et de

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    — 229 — ramener au sentier de la vertu quelques malheureuses victimes du vice, qui dsiraient l'abandonner. La vertueuse veuve, craignant une semblable mission et ne se croyant pas capable de la remplir, demanda conseil Dieu et se dcida essayer ses /ores. Quand elle fut l'hpital pour chercher les malheureuses cratures, me dit sa digne (ille, elle tremblait comme une coupable : l'aspect d'un semblable lieu, et le caractre des personnes qu'il renfermait, taient pour elle des objets aussi nouveaux que repoussants. Mais aussitt qu'elle eut adress quelques paroles aux filles abandonnes paroles d'une vertu compatissante qui accueille le cœur vicieux et criminel, elle sentil augmenter ses forces mesure qu'elle reconnaissait l'influence de ses moyens. Elle emmena la lin trois de ces femmes qui la suivirent volontairement la petite maison (le Campagne qu'elle habitait alors; et au bout de quelques jours, elle fui satisfaite de son travail. Successivement elle 4 admit jusqu' quinze et vingt de ces femmes dans un autre local; mais l'tablisse meut ne lut pas Organis avant que ers dames pussenl acqurir la belle maison qu'elles oecupent en face de l'glise de Saint-Jacques, et v faire les travaux et les changements convenables. Mais quels furent les fonds, quelles furent les ressources pour ce coteux tablissement ? / charit % me rpondait toujours la s. nu Copine, baissant

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    230 — humblement les yeux pour ne pas lire dans les miens que j'avais dcouvert la vrit de tous les sacrifices que ces saintes femmes s'taient imposs pour mener fin leur entreprise mritoire. Aujourd'hui leurs charges ne sont plus aussi considrables et quand elles se trouveront libres de tous leurs engagements elles repousseront le subside impur que la ncessit les oblige aujourd'hui de recevoir, produit de la contribution de 9 sous par semaine que les femmes publiques d'Anvers paient la ville. Selon les informations que j'ai pu prendre le travail des femmes repentantes que contient la maison, couvre une grande partie de leurs frais, et l'administration est si conome et si zle, que certainement elle ne fait point de dpenses inutiles. Madame Vancelstet sa fille Sophie ont obtenu que diverses demoiselles de familles aises d'Anvers se consacrassent avec elles l'œuvre sainte de la rgnration morale des malheureuses femmes repentantes ; exemple admirable de charit chrtienne qu'il est doux de citer en l'honneur du sexe fminin! Ces demoiselles qui, malgr leurs vœux, peuvent rentrer dans la socit quand bon leur semble, quoique nulle ne l'ait fait encore, partagent entre elles le travail difficile de la direction de la maison de l'enseignement et de la direction morale et religieuse des femmes renfermes en ce lieu; et de plus elles donnent des leons, comiiF

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    — 231 — je l'ai dj dit, dans une cole de 200 petites filles pauvres. L'tablissement se trouve sur un pied surprenant d'ordre, de propret., de discipline; sous les deux premiers points de vue, c'est un modle difficile imiter ; sous le troisime, j'ai entendu de la bouche de la sceur Sophie, les principes de la plus sage et de la plus profonde prvision de la justice la plus rigoureuse en rapport parfait avec l'humanit et la religion et qui forment comme le code pnitentiaire de la maison. Ce codo n'est pas crit : il fut le rsultat de l'observation constante des laits que la maison mme a offerts, de la connaissance intime du cœur de la femme que les directrices possdent au suprme degl et de la bont de leurs mes. La sœur Sophie eut l'obligeance de me rapporter divers cas curieux qui venaient confirmer mes principes, et qui dmon* traient jusqu'il l'vidence que la Providence divine peul seule sauver une jeune fille de l 'abme du vice. Dans certains cas aux sductions les plus puissantes, aux intrigues les plus viles, s'taient joints l'excitation ci les conseils de l'tre auquel la nature mme a confi l'existence el l'ducation premire ; dans d'autres, la malheureuse position de ce mme tre avait pousse la iillo au vit comme unique ressource contre la misre la faim, et parfois CODtre la mort de toules deux ; el o\ms d'autres la sduction avait pris une allure plus i ile encore ei plus horrible: car elle s'tait offerte

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    — 232 comme condition indispensable pour sauver l'honneur, ou pour prserver d'une peine infamante les auteurs de l'existence de la victime. La sœur Sophie me rapporta aussi les moyens indignes que l'on employait pour retenir dans l'abme les malheureuses victimes et comme on embarrassait leur route lorsqu'elles avaient la volont bien arrte d'en sortir. La connaissance de ces faits y que j'ai indiqus lgrement dans mon introduction, souleva dans mon me un sentiment d'indignation qui me conduisit les dnoncer l'autorit de Bruxelles; et celle-ci, comme je l'ai su depuis, a pris diverses mesures qui font honneur ses principes. Mais la bonne sœur Sophie tait bien loigne de s'imaginer que les claircissements que je tenais de son tablissement, devaient faire tourner des traits de lumire contre l'organisation vicieuse des maisons publiques de la Belgique. L'admission d'une femme repentante dans la maison d'Anvers est un acte spontan de sa volont; il en est de mme de sa sortie, quand elle ne veut pas se conformer la discipline svre de l'tablissement. Dans ce cas, on exige seulement qu'elle mdite d'abord sur sa rsolution dans le silence d'une cellule durant vingt-quatre heures. Rarement cette mesure a manqu son efit en faveur de ces malheureuses femmes, qui finissent par consentir persister dans la bonne route. Quand elles entrent, elles se trouvent sous le

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    — m — poids d'une existence nouvelle, ordonne, simple, svre, monolone, qui les accable. On commence par leur couper les cheveux et les revtir de l'uniforme grossier de la maison, et cette opration les abat et les anantit. Les directrices ont reconnu la ncessit et l'influence utile de ce premier abattement qui, dtendant partout, dtruit toute rsistance et produit la docilit la discipline, docilit qui s'obtient d'abord de la convielion, et que l'habitude finit par assurer. Ensuite vient l'expos des principes auxquels elles doiveni se soumettre, el del pratique des devoirs moraux el religieux qu'il leur faut remplir. Quand je visitai la maison, il y avait 50 femmes dont la conduite satisfaisait les sœurs. Je les ai vues la drobe, runies dans la salle de la couture: car, avec nue bien juste raison, on ne les expose pas aux regards des visiteurs, dont la curiosit sur ce point ne conduit aucun rsultat utile, et aurait de graves inconvnients pour ces malheureuses. La prcaution est pousse jusqu'au point de leur cacher de semblables visites; ainsi tandis que je les contemplais, elles ignoraient la venue d'un tranger la maison. Les habiles directrices savent bien que l'imagination est un terrible ennemi pour les lemnies. En nie retirant, je les entendis chanter un cantique religieux, et les Voix douces et calmes de ces 50 lemnies, SOUS traites la e.n 1 1< i v du vice, cl qui demandaient

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    — 234 — Dieu la force ncessaire pour persvrer dans le bon sentier, firent sur mon rne une forte impression qui fut augmente la vue des dortoirs. Mon imagination, agite par les faits que m'avait rapports la sœur Sophie, me reprsentait le concours d'intrigues, de misres, de sductions auquel parfois avaient cd les victimes ici runies dans les heures silencieuses de la nuit... de la nuit !... et combien de souvenirs poignants, combien d'ides tristes et mlancoliques doivent assaillir l'esprit de ces femmes Rarement peuttre vient se glisser quelque souvenir de plaisir, mais souvenir vague, fugitif, et comme perdu dans la mmoire qui conserve si vivement les privations, les mauvais traitements, le mpris, les humiliations! Quelle existence, grand Dieu!... et pour terme quelle horrible perspective! La prison ou V hpital! Les lits sont disposs en files, bien spars; deux sœurs couchent dans de petites salles, la tte des dortoirs, ayant de la lumire, et vue sur ces dortoirs. Les lits sont entours de rideaux, sur lesquels sont attaches ordinairement diverses images des saints que ces femmes y placent spontanment. L'tablissement d'Anvers a reu depuis son origine 280 femmes repentantes. En dduisant celles qui restent et celles qui en grand nombre son! mortes, les autres se trouvent dans l'aisance,

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    — 23r, — vivant honorablement, et l'on n'a pas d'exempte qu'une seule soit retourne la prostitution. Quarante se sont maries, et beaucoupd'entre elles ont une famille et sont heureuses dans leur tat. La grande mortalit qui frappe ces cratures vient de la situation terrible laquelle les conduisaient leur vie relche, la misre, les privations de tout genre, l'excitation constante des passions violentes et les maladies. Beaucoup en entrant ici sont alletes dj de la phlhisie pulmonaire laquelle elles succombent. Pour viter, autant que possible, les progrs du mal, et refaire ces constitutions dlabres, le rgime alimentaire de la maison est excellent, el un mdecin spcial les secourt avec le plus grand soin. Les directrices de la maison d'Anvers ont form d'habiles lves qui en ont organis une autre semblable Bruxelles. Je Lu visite aussi, mais sans nf instruire des dtails que la suprieure m'adil tre les mmes qu' Anvers. Elle a aujourd'hui i i femmes, et malgr la dalercente de son existence, elle a dj obtenu d'heureux rsultats. La mortalit v esl aussi -trs considrable; depuis 1 830 plus di 1 H) de ces recluses onl succomb. I els son! en rsum les tablissements de bien faisance de la Belgique, qui prsentent des secours ou un remde aux maux de l'humanit, >u qui tendent prvenir le vice el la misre dans les classes ncessiteuses. Telle esl la revm d'un

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    — 236 — nombre considrable d'institutions prives, o la charit s'exerce par des mes pieuses et bienfaisantes. La description que j'ai donne de leur organisation et de leur tal actuel peut faire connatre qu'au milieu du zle patriotique et chrtien auquel elles sontdues, elles prsentent un dfaut qui les affecte toutes, et dont le remde multiplierait, l'aide de nouveaux sacrifices, le bien qu'elles sont destines produire : ce dfaut, c'est le manque d'unit; le remde, ce serait la centralisation.

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    — m — UIAPITRE TKOIS1KME. 1)ks POISONS on la BeLGIQI : Ide gnrale des mesures adoptes par la nouvelle administration; — rsum statistique des prisons centrales de la Belgique ; — visite aux prisons de Gand, de Yilvorde, de Saint-Bernard, d'lost, et quelques maison-; d'arrt. Dans le chapitre qui correspond celui-ci, dans mon voyage en Hollande, j'ai dcrit l'tal des prisons du royaume uni des Pays-Bas et la rforme gnrale introduite par la loi el les dcrets qui ont suivi celle-ci. J'ai examin dois quel tail le caractre de la loi ci la rforme essentielle qu'elle a introduite dans les prisons, savon-: un bon rgime de secours pour les dtenus, et un systme de travail auquel toutes les autres parties du rgime administratif et pnal paraissaient se soumettre* Ensuite j'ai expos les modifications apportes cette mme loi, el l'tal actuel des prisons de la 1 lollande. Quant celles de la Belgique l'administration \ tait absolument comme dans les premires, puisqu'elles se trouvaient diriges d'aprs les mmes principes. En les pu oanl donc cette poque, dj connuepar ce que j'ai dil sur la Hollande je l s suivrai ensuite dans lediverses modifica-

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    — 238 — tionsquele nouveau gouvernement y a introduites depuis Tanne 1830, ce qui suffira pour donner une ide assez exacte de leur tat actuel, ide que je complterai par la relation de mes visites chacune des grandes prisons. Dans cette notice, je me bornerai parler des prisons pour peines, et je ferai, seulement en passant, quelques rflexions au sujet des maisons d'arrt et de justice que j'ai visites, en adoptant la marche que j'ai suivie dans le tome prcdent. — Pour me guider dans ce travail, je me servirai du Recueil des Arrts et Rglements concernant les Prisons de la Belgique, publi Bruxelles, par l'administration du ministre de la justice, dans les attributions duquel se trouvent les prisons, en vertu d'un dcret du 17 janvier 1832. Il y a en Belgique quatre grandes prisons pour peines, savoir: la Maison de Force de G and, pour les prisonniers condamns aux travaux forcs; la Maison de Rclusion de Vilvorde^ pour les reclus; la Prison correctionnelle de Saint-Bernard, pour les condamns correctiomiellement ; et la Maison de Dtention militaire d' Alost, Les femmes correctionnelles sont envoyes dans un dpartement de la maison de Gand; les condamns aux travaux forcs et la rclusion, dans la prison de Vilvorde, ainsi que les militaires condamns des peines infamantes qui ne leur permettent plus de retourner sous les drapeaux ; car la maison d'A

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    — ?39 lost est rserve exclusivement aux condamns pour dlits militaires. Classifications. Elles doivent se comprendre sous trois conditions : le sexe, l'ge et la moralit. Classification des sexes. Avant 1830, la sparation des hommes et des femmes, en divers dparlements, existait dj ; nanmoins ils avaient ensemble de frquentes relations (*}. Un des premiers soins de l'administration actuelle, fut de corriger ce vice autant que possible, en commenant par faire transfrer dans la maison de Vilvordc les femmes condamnes aux travaux forcs et la rclusion, qui se trouvaient dans la maison de Gand, et transporter dans celle-l les femmes condamnes dos peines correctionnelles qui taient dans la maison de Saint-Bernard (arrt du ) novembre 1832). A cette mesure succda la substitution de surveillantes aux gardiens pour les femmes dtenues; plus tard celte rgle s'tendil toutes les prisons secondaires arrt du dcembre 1835 et en dernier lieu on a Confi la surveillance cl la direction morale desdites femmes aux sœurs de la Providence qui } tant dans la prison de Gand que dans celle de \ ilvonle, ont exnrr une heureuse intluenee. — On travaille maintenant la construction d'un (*) Ducptieux, Dei Pn ri -i il
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    — 240 — pnitencier spcial pour les femmes dlinquantes Namur, dans le local du dpt de mendicit, dont les pauvres seront transfrs celui de Mons. — Chaque dtenue restera dans sa cellule durant la nuit, et pendant le jour s'occupera dans les ateliers communs, sera soumise une surveillance continuelle; surveillance qui sera confie aux mmes sœurs de la Providence, par l'tablissement d'une espce de rgle monastique pour les femmes condamnes. Les rsultats que j'ai cits dans l'organisation de la maison des femmes repentantes d'Anvers, autorisent esprer beaucoup de bien du dvouement des sœurs charitables et chrtiennes, pour la rforme morale des malheureuses appartenant leur sexe. [Foyez plus haut, pag. 228.) Classification par ge* Avant la rvolution de 1830, cette classification se trouvait compltement nglige. Les jeunes condamns correctionnellement, gs de moins de 16 ans, dtenus SaintBernard, n'taient que nominalement spars des dtenus adultes ; les condamns criminels de moins de 18 ans taient confondus Gand et Vilvorde, avec les criminels d'un ge mr (*). La circulaire du 29 avril 1833, prescrit que les jeunes condamns de moins de 18 ans soient envoys dans un quartier entirement s(*) Ducpetieux, ouvrage cit.

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    — 241 — paie de Ja prison de Saint-Bernard. Un autre arrt plus rcent (6 mai I8] autorise l'administration des hospices d'Anvers tablir dans un quartier de L'hospice des insenss, une maison de correction lgale pour les enfants appartenant cette administration. Ce quartier sera soumis, comme maison de correction, aux rgles prescrites, pour assurer la surveillance des prisons et garantir la libert individuelle. Classification selon la moralit* Pour parler avec exactitude, tout est encore Paire dans cette partie, car la sparation des condamns aux travaux forcs des reclus et des correctionnels, sparation qui a t tablie conformment aux dispositions ministrielles du 9 novembre et du 18 dcembre 1832, el aux circulaires du "il janvier et du 13 juin 1833* et qui destine chaque classe une prison spciale, tout cela ne constitue pas une vritable classification morale, mais seulement une classification criminelle. aujourd'hui, tous les genres de vice et de cor* luption se trouvent confondus dans les prisons de la Belgique, autant pendant le jour dans les ateliers, les eours et les rfectoires, ijiie dans les dortoirs durant la nuit. Lit, dans quelques prisons, les communications sont encore plus monstrueuses parce que trois ou quatre dtenue trouvent ensemble dams de petits cachou, ce qui est !,i plus mauvaise des combinaisons qu'on TOTi M 101 L. ii FH i i-i <.. — II. |(",

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    — 242 — puisse imaginer. Ds que les femmes seront transfres Namur, on pourra tablir le systme cellulaire de nuit dans les prisons de Gand et de Vilvorde; mais le vice du travail en commun dans les ateliers subsistera encore, ainsi que les communications de toutes les classes dans les cours et les rfectoires. Dans le chapitre qui traite des prisons de la Hollande, j'ai expliqu le systme de classification qu'on a adopt dans celle de Leeuvarde, et qu'on tablira bientt dans toutes les autres, systme que je suis trs loin de recommander comme parfait, mais qui, au moins, est le meilleur qu'on puisse introduire dans les maisons actuelles et qui prsente des avantages incontestables : il n'exerce qu'une influence indirecte sur l'accomplissement de la rforme morale des dtenus, mais il est beaucoup plus propre empcher la propagation du vice et exciter l'mulation parmi les dtenus. Sous ce rapport, je n'hsite pas a assurer que l'organisation hollandaise est suprieure celle de la Belgique. — Elle tend aussi ses avantages sur deux autres points capitaux : 1 la sparation des femmes dans une prison spciale; 2 celle des jeunes dlinquants de l'un et de l'autre sexe dans deux maisons de correction. La classification d'aprs la moralit, si l'on considre son titre et son objet ne peut tre qu'individuelle; quelles que soient les autres com-

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    — 243 — binaisons que l'on intente, on n'atteindra jamais le but dsirable. Les hommes spciaux qui s'occupent de cette matire importante, tant en Europe qu'en Amrique, semblent dj d'accord sur ce point capital, et leurs opinions ne diffrent que relativement la question secondaire de la possibilit plus ou moins probable d'introduire le systme de la rclusion individuelle dans l'un ou l'autre pays (*), et aussi relativement la dpense matrielle des constructions, et la ncessit de modifier le Code pnal, etc. — M. Ducptienx, dans le rcent ouvrage que nous avons cit, s'tend particulirement sur cette question, cl traite, dans un article spcial, du caractre de la peint de l'emprisonnement eu Belgique, de ses abus cm de son efficacit. C'est en ces mots, cl (Tune manire qui n'offre que trop d'exactitude, qu'il dfinit ce chtiment: une garantie contre la misre, un encouragement l'imprvoyance* Le coupable ajonte-t-il, tant libre, doit pourvoir pniblement sa subsistance; lorsqu'il est renferm, on lui pargne cette peine et ce souci; innocent, il mourait de faim, OU n'obtenait la sueur i-au Christophe, publie numro lu moii de novembre, de l Revue Franais* el Ktraneit;.

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    — 244 — abondante, saine, substantielle : on lui remet en outre, chaque semaine, une petite somme d'argent avec laquelle il peut se procurer, dans les cantines, de la bire, de la viande, du beurre, du fromage, du caf, du tabac, et toutes douceurs dont il ne jouissait pas avant son crime et son chtiment. Et, comme si ce n'tait pas assez de satisfaire aux besoins du prsent, on pourvoit encore son avenir en fondant, en sa faveur, une pargne dont il a la disposition a sa sortie de prison. Puis il examine si ces avantages ne sont pas compenss par la peine d'un travail rude, la perte de la libert, la privation de tout rapport avec le sexe, etc. M. Ducptieux est de l'opinion que non, et je partage son avis. Mais sans recourir mme la grande rforme pnitentiaire qu'il propose, je crois que l'on pourrait rendre la peine beaucoup de ses caractres de gravit, en adoptant des mesures semblables celles de la Hollande. Je ne m'tendrai pas davantage sur ce point; car mon objet n'est pas de traiter de la question pnitentiaire mais d'exposer l'tat des prisons dans les pays que j'ai visits. Organisation du travail. Elle date de l'poque que j'ai mentionne propos des prisons de la Hollande. L'tat fournit le capital ncessaire pour alimenter les ateliers. La somme annuelle qui lui est destine, augmente du bnfice prsum de la fabrication, figure dans le budget des

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    — 245 — recettes — Les dtenus iraYaillenl exclusivement pour l'quipement de l'anne, et la confection des objets ncessaires au service des prisons. Les ateliers des prisons centrales fournissent, anne moyenne, pour plus d'un million d'objets fabriqus (*). Les achats des matires premires se font ordinairement par voie d'adjudication publique et pair l'intermdiaire des commissions administratives. Pendant les cinq annes de 1831 1835, les produits des prisons centrales s'levrent 6,767,900 fr., et les matires employes avaient coi 5,965,26*5 fr., ce qui prsente un bnfice de 802,635 fr., c'est--dire 13 1/2 pour cent sur le capital employ; et bien que ce profil paraisse assez lev, 31. Ducptieux dmontre que cela ne donne pis, ii beaucoup prs, l'ide de tous les avantages que le gouvernement tire du travail des prisonniers. 11 parait que ers bnfices sont plus considrables en Belgique qu'en Angleterre et eu Suisse, si l'on excepte la nouvelle prison le Berne, et qu'ils galent ceux des pnitenciers d'uburh et de Philadelphie. Afin que le double objel du chtiment, l'intimidation et la rforme du condamn soit rempli, autant que possible, ou a apport quelques modifications aux rglements sur les salaires et les primes tablis par la loi du novembre 1821. lui | l'licux, ouvrage eilc.

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    — 246: — On dcret du 28 dcembre 1835 dcide, conformment au Code pnal et d'autres dispositions* qu'il n'y a aucune classe de prisonniers soumis des travaux, auxquels la loi accorde le droit de toucher un salaire d'aprs cette considration que les rcompenses concdes comme telles et comme primes d'encouragement, faisaient natre chez les dtenus une fausse ide de leur position. On se proposait toutefois d'encourager en eux l'habitude du travail ; on supprima, ds le 1 er janvier 1836, tout salaire et toute prime pour les dtenus des prisons centrales, et on concda seulement des gratifications proportionnes la quantit et la nature du travail auquel les dtenus seraient employs. — On dtermina la manire de rgler ces rcompenses, et on voulut aussi qu'elles consistassent en argent comptant et en masses de r serve de la manire suivante : 1 aux condamns correctionnellement militaires ou civils, aprs la dduction de 5/10 prlevs sur le prix de leur travail r au profit du trsor, pour argent en main, 5/10 de l'excdant, et mme somme pour la masse de rserve ; 2 aux condamns la rclusion et aux militaires dtenus dans une maison de dtention militaire, aprs la dduction de 6/10 au profit du trsor, 3/5 de l'excdant pour argent en main et 2/5 pour la masse de rserve ; 3 aux condamns aux travaux forcs et aux militaires qui ne peuvent tre rhabilits, aprs la dduction

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    — 247 de 7/10 pour l'tat, 3/5 pour argent en main et 2/5 pour la masse de rserve. Quand un prisonnier sort, on lui remet sur le total de sa masse de rserve seulement l'argent dont il peut avoir besoin pour se rendre sa commune, et de crainte qu'il ne dissipe le reste, on l'envoie au bourgmestre. On avait coutume de Faire passer cet argent par la voie du courrier, ce qui occasionnait aux librs une perte de 5 pour cent. L'administration suprieure tablit un autre moyen moins dispendieux : par une circulaire en date du 23 avril 1832, elle dcida que les fonds seraient remis par l'intermdiaire desgouverneurs des provinces o sont situes les communes des librs. La comptabilit de ces masses de sortie se trouve parfaitement fixe par les rglements des 2 1 mai et 28 juin et les instructions des 23 mai et 29 juin 1833. — Une autre circulaire du 15 juin 1835 recommande aux gouverneurs des provinces de proposer aux commissions administratives l'exemple adopt par la maison de force 8, a rgl la nourriture des dtenus des prisons du

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    — 248 — royaume des Pays-Bas; la nouvelle administration a fait les modifications suivantes dans la composition de la soupe. Soupe A. Soupe B. 7 liv,de viande. 1 1 liv. de gruau. 7 pain de froment. 7 pain de froment. 40 de pomm. de terre. 25 depomm. de terre. 7 de riz. 1 1/2 de beurre. 5 de lgumes verts. 8 de lgumes verts. 1 1/2 de sel. 1 1/2 de sel. 3 1/2 dc. de poivre. 3 dcagr. de poivre. La circulaire du 2 mai 1832 avait dj fix la portion de ration qu'on devait donner aux enfants des dtenus, de la manire suivante : de 8 1 2 ans, 3/4 de la ration; de 3 8 ans la moiti de la ration, et aux enfants au dessous de 3 ans, 1/4 de la ration. Le rglement du 4 avril 1833 fixe d'une manire uniforme le rgime de la pistole et le service des cantines dans les maisons d'arrt et dans celles de sant civiles et militaires; et le 29 dcembre 1835, on a dcid qu' partir du commencement de 1836,1e tarif des objets vendus dans les cantines des prisons pour peines, serait fix sur le prix de revient calcul sur le prix des achats runis aux frais indispensables du service des cantines. — Par consquent celles-ci ne peuvent plus donner aucun bnfice distribuer

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    — 2** par voie de primes pour 1rs dtenus, comme on le faisait auparavant, cl ainsi que cela se pratique encore en Hollande. L'administration a cru convenable de faire celte rduction, se fondant sur ce qu'il y avait une vritable usure vendre aux dtenus avec un bnfice de 55 pour cent sur le prix courant, pour obtenir d'abondantes recel tes, propres provoquer Tl val ion du chiffre des primes et d'autres inconvnients divers, sagement exposs dans la circulaire du i janvier 1 836, Sous le point de vue de l'conomie, la dpense moyenne de tous les jours, pour chaque dtenu dans chacune des prisons de la Belgique, est ainsi qu'il suit: de 37 C. dans les maisons de sret civiles el militaires, de 39 c. dans les prisons de Gand de 42 c. dans les quatre prisons centrales de 59 e. 1/2 dans les maisons de passage, el de (> c. dans les maisons d'arrt. instruction scholaire et religieuse. Les mesures recommandes dans les dcrets organiques sur les prisons des Pays-Bas onl continu d'avoir leur coins, pour ce qui est relatif l'instruction, suivant le dcret du 21 juillet 1832, qui fonde une place de prcepteur principal dans la maison de correction de Saint-Bernard, sous la direction duquel on plaa celui qu'elle avait dj, en le charinl outre cela de la comptabilit morale. Sans ngliger l'enseignement des adultes, le dcrel recommande particulirement l'instruction des i

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    — 250 — ns condamns, en leur rappelant les devoirs de la morale et de la religion et en leur inspirant le got du travail. — Peu de temps aprs, et suivant un dcret du 7 novembre de la mme anne, il y eut autorisation de procder la nomination d'un instituteur dans toute maison d'arrt ou de sret civile et militaire, quand on le croirait utile ou ncessaire. Ds que les femmes de la prison de Saint-Bernard furenttransfres, l'instituteur principal resta seul charg de l'instruction des adultes et des jeunes gens. (Dcret du 12 novembre 1833.) Enfin, l'administration connaissant les bons effets qu'avaient produits les bibliothques circulantes qui existaient dans quelques prisons remit divers catalogues d'ouvrages utiles, convenables pour les prisonniers, aux gouverneurs des neuf provinces, afin que les collges de rgents des maisons d'arrt et de justice dsignassent ceux qu'ils prfraient, et en recommandant les me* sures adoptes par la maison de sret de Mons, pour la conservation desdites bibliothques. (Circulaire du 27 mai 1 835. ) Relativement au culte, les dispositions gnrales du dcret organique du 11 octobre 1826, furent dveloppes dans celui du 27 avril 1 833, et dans l'arrt ministriel du 13 fvrier 1834, qui rgle le service du culte protestant dans les quatre grandes prisons del Belgique. Patronage. L'administration, peu satisfaite des

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    — 251 — mesures nonces plus haut pour l'amlioration d< l'tat physique, intellectuel, religieux et moral des prisonniers, s'est encore efforce de leur faciliter les moyens d'amliorer leur condition, s'ils dsirent vritablement rentrer dans les voies de la vertu. Attribuant justement la multiplicit des rcidives que Ton remarque malheureusement dans les dtenus, l'abandon dans lequel beaucoup d'entre eux se trouvent lorsqu'ils sortent des prisons, le ministre de la justice, M. Ernest, esprit distingu et fort instruit dans ces matires, a prsent au Roi, le 4 dcembre 1S3.>, un rapport et un projet de loi pour organiser la surveillance des condamns librs, dans 1 intrt de la tranquillit publique, et tablir aussi en leur faveur un patronage bnvole. Par ce motif, L'administration numre tout ce qu'elle a fait en faveur des dlinquants, pour amliorer leur tat dans la prison; comment elle a spar les adolescents des adultes, et leur a fait faire l'apprentissage de mtiers utiles, prenant un soin particulier de leui ducation intellectuelle, religieuse et morale. Mais elle demande qui maintiendra el Fortifiera dani la bonne voie ces jeunes gens rendus aux ^< ductions el aux liaisons qui les oni conduits au dsordre el au crime? El faut-il s'tonner si, malgr leur captivit, plusieurs d'entre eux s'exposent de nouveau aux rigueurs de la justi< C'esl particulirement aprs leur mise en libert

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    — 252 — qu'il importe de tendre une main secourabie aux jeunes librs, soit en les plaant en apprentissage, soit en les mettant mme de complter l'instruction qu'ils avaient reue, et d'exercer la profession qu'ils auront apprise dans la prison. Le mme ministre de la justice, adressa, le 25 janvier 1836, une circulaire aux gouverneurs des provinces pour l'excution de la mesure propose, et il est esprer que les commissions administratives des prisons de la Belgique et les autres personnes qui connaissent l'importance de cette ide, se prteront avec plaisir et enthousiasme la seconder. La mme administration belge, connaissant les inconvnients et les maux que produit le systme actuel de translation des dtenus d'une prison une autre, dans des charrettes dcouvertes, ou pied, en les exposant aux regards et aux insultes du public, proposa au Roi, qui l'approuva par un arrt du 25 aot 1837, l'adoption de voitures fermes, avec des sparations convenables, l'exemple de ce qui se pratique dj en France avec les condamns aux travaux forcs aux bagnes de Brest, Rochefort et Toulon. Mais l'administration centrale des prisons se propose d'organiser ce service pour toutes celles du royaume, par voie acclre, dans le but de supprimer presque entirement la rsidence dans les petites prisons. Dj antrieurement, par un arrt du 27 avril

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    253 — 1833, avait t dcid le transport, en des voilures fermes, des prvenus el des accuss des prisons aux tribunaux, et v.ce versa ; mais la dernire dtermination perfectionne celte mesure. Tel est, en rsum, l'ensemble des mesures en faveur des dtenus et de la discipline des prisons, adoptes par l'administration belge depuis la sparation de la Hollande, el d'aprs cela on peut connatre qu'elle n'est pas resie en arrire dans la carrire de la rforme. Maintenant je vais donner une ide ne la population, et de la statistique des prisons centrales de la Belgique, ou un rsum trs abrg des documents publis par le ministre de la justice el habilement compars par M. Ducptieux aux rsultats qu'offrent d'autres pavs. (.elle revue servira comme d'introduction nalui elle la visite faite dans les prisons centrales. La population des trois grandes maisons civiles de Gand, Vilvorde mis. 23 idem enh e I (> el I 8 .iih. i") idem 1 .S et 21 I 3 i idem H)."> idem 328 idem 1 7 S idem 21

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    — 254 — 84 pour mille entre 50 et 60. 30 idem 60 et 70. 4 idem au dessus de 70. Dans ce nombre de condamns, les femmes sont aux hommes comme 1 4,2 pour les cas de condamnation criminelle et correctionnelle 6 mois et plus de prison, comme 1 7 pour les condamnations criminelles, et comme 1 2,6 pour les condamnations correctionnelles 6 mois et plus de prison. Sur 100 accuss et prvenus de crime, 7,12 le sont pour des attentats contre les personnes 92,88 pour des attentats contre les proprits ; il y a 1,33 accuss de faux, et il n'y a qu'une proportion de 0,76 pour les attentats aux mœurs. De 1826 1830, il y eut en Belgique un accus sur 5,007 habitants, et de 1831 1834 un sur 6,724. Comparant les accuss dans chaque province la population respective, dans les deux poques, on voit que dans toutes les provinces il y a eu diminution de crimes, ainsi qu'on le remarque dans le total, mais en des proportions diverses. Dans la province de Brabant la diminution a t de 42 pour cent ; dans le Limbourg de 40, Namur de 38 dans le Hainaut de 34 Anvers de 31 dans la Flandre occidentale de 21, Lige de 11, dans la Flandre orientale de 5, et dans le Luxembourg de 4. Il est intressant de connatre dans quelle proportion s'est opre la diminution de

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    — 255 — chaque espce de crime; voici connue elle m prsente, en comparant les tats de la justice criminelle de 182G 1829, avec ceux de 1831 1834: Coupsenvcrs desascendants 4 7 p. de diminution. Incendies. V. Faux. 40. \ mis. 30. Banqueroutes frauduleuses. 28. Vols. 24. Coups et blessures. !). Assassinats, empoisonnements, parricides. 6. Infanticides. 0. Menaces sous conditions. 0. Les meurtres et la fausse monnaie ont seuls offert une augmentation, de 7 pour cent el de 33 pour cent. M. Ducpiieux appelle l'attention sur ces rsultats consolants pour la Belgique, une poque o l'Angleterre voit augmenter ses crimes dans une forte proportion, o en France ils semblent rester siaiionnaires. L'tablissement du juri a pu, sans doute, influer sur le nombre de condamnations; mais la diminution dans les accuss est on indice de moralit el de bien-tre, moins que la poursuite des crimes ne se soit relche depuis la Rvolution. fous les condamns des prisons de !. Belgique

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    — 25S — ne sont pas des nationaux : car, en 1834, sur une population moyenne de 2,657 dtenus civils, dont 2,131 hommes et 526 femmes, 205 parmi les premiers et 43 des secondes n'appartenaient pas au pays. En comparant le nombre des dtenus civils dans les trois grandes prisons de la Belgique, en 1835, celui des dtenus pour rcidive on trouve qu'il est de 2,6 1 pour les hommes et de 2,9 1 pour les femmes dans les condamns 6 mois et plus de prison ; de 4,9 1 pour les hommes, et de 5,4 1 pour les femmes dans les condamnations la rclusion et aux travaux forcs ce qui donne un terme moyen de 3,5 1 proportion moins favorable encore que celle des maisons centrales de France qui donnrent en 1 83 1 cas de rcidive sur 4 dtenus. Ce mal si grave plus redoutable encore dans les jeunes coupables, provient des vices du systme d'emprisonnement, et par consquent, ce n'est que de la rforme de ce systme que l'on peut esprer un remde efficace. Le degr d'instruction intellectuelle des 3,220 condamns dans les quatre grandes prisons centrales del Belgique, en 1833, offrait les rsultats suivants: 1,972 quinesavaientnilireni crire, 472 qui savaient lire et crire imparfaitement, 776 qui savaient bien lire et bien crire. Pour tenir compte de l'influence de l'ignorance des classes sur leur

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    — 257 — criminalit respective, il ne faut pas seulement prendre en considration les donnes de l'instruction de l'entendement, mais encore celles de l'ducation du cœur. La premire donnant les moyens de se pntrer des devoirs sociaux et religieux, et de gagner plus facilement sa vie, travaille certainement en laveur de la moralit des individus et des niasses; mais la seconde est celle qui rellement prvient le vice et le crime; car tant bien dirige, non seulement elle enseigne ce qui est bien en soi mais encore en montre la pratique. C'est pour cela qu'il laut si fortement recommander l'ducation dans les coles : car l'instruction seule ne dlivrera pas la socit des Lacunaires et d'autres monstres semblables. Enfin, sous le point de vue de la mortalit, les prisons de la Belgique ont prsent des rsultats trs variables entre eux, dans des annes diffrentes. I ne comparaison de la population totale qu'il y avait dans les quatre grandes prisons avant et aprs 1830, avec le nombre des morts, donne un morl par 28,09 dtenus dans la premire poque', et un sur 31,34 dans la seconde. La maison centrale d'Ainsi offre le rsultai plus favorable d'un dcs sur 57 ,25 dtenus; puis viennent celles de Gand qui donne 1 sui 1,30; celle de \ ilvorde, I sur 33,0? ,et celle de Saint-Bernard 1 sur 20,87, Les maisons de sret el d'arrJ ooJ dooiu X I M I > I I I I I I N 1 II I 1 1 M

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    — 258 — pour terme moyen, de 1831 1836, un morl sur 82,84 dtenus. Il en rsulte donc que la mortalit dans les maisons centrales de la Belgique est moiti moindre qu'en France. Comparant celte mortalit dans les prisons celle des gens libres en Belgique, parmi lesquels on trouve un dcs sur 40 habitants, on pourrait conclure que la mortalit n'est pas plus grande dans la prison de Gand que dans les situations libres, si les deux populations compares taient composes d'lments suffisamment semblables. Mais le chiffre dj cit, d'un mort sur 40 habitants, qu'offre la vie libre, a t tir d'une comparaison qui prsentait les ges de la jeunesse et de l'enfance, sur lesquels la mortalit est beaucoup plus considrable que parmi les adultes qui forment la population des prisons; c'est--dire que l'on a pris un terme moyen de la mortalit dans tous les ges de la vie libre pour comparer la mortalit moyenne des ges qui habitent les prisons, ce qui est inexact. Maison de Force de Gand. On a tant crit sur cette prison, justement clbre pour l'poque dans laquelle elle fut construite, qu'il est inutile d'exposer ici l'origine de sa formation et l'tat qu'elle a prsent dans les poques distinctes et sous les gouvernements di-

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    — 259 — \< ts qui se sont succds en Belgique [*). Je me bornerai donc exlraire de mon journal de v< >ya les rflexions que je fis dans ma visite ladite prison, au commencement du mois de juin dernier. La disposition en polygone de cet difice et la cour que Ton a laisse 4 au centre, Pont que chaque dpartement a la (orme d'un trapze, dont le plus petit des deux col es parallles correspond ladite cour, sur laquelle il a sa porte, et dont le plus grand fait partie du primtre octogone exierieur de la prison. Les deux ligues latrales divergentes sont les rayons qui divisent le polygone en huit parties semblables. Chacune de ces parties offre une vaste cour indpendante : Tune sert d'entre gnrale la prison ; dans une autre se trouve l'hpital gnral et la cuisine, et une troisime qui n'est pas occupe, contient le petil difice cellulaire d'essai, appel quartier d'exception, boni je parlerai (oui l'heure. Les Femmes Occupent un dpartement spar; un autre contient la maison d'arrt et de justice. Les deui rayons du dpartement des criminels et des relaps sont occups parles cellules, sur quatre tages ; au fond sont les ateliers, le rfec* toireet neuf pices plus petites de rclusion pour {*) On priii m.ii l.s uvragei ixin ma : Histoire dei Prisons d'Europe, par Jules Howard, Parii 199. — Description
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    — 260 — les nouveaux venus. L ces derniers restent 16 jours dans l'isolement. Les cellules sont au nombre de 284, distribues dans les 4 tages dont il vient d'tre question, et donnant toutes sur une galerie, avec vue sur la cour. L'espace de ces cellules est de 10 mtres cubes; elles ont un hamac suspendu, garni d'une paillasse, d'un oreiller, et des draps et couvertures selon le rglement. La porte est de bois, avec une grille jusqu'au tiers de sa surface. Ces cellules pour loger individuellement les prisonniers durant la nuit, n'existent que dans les deux dpartements destins aux criminels et aux relaps. Dans lesautres, les cellules contiennent tantt 4 hamacs, tantt 6, sur deux fdes superposes: l'espace de ces cellules est de plus du double des autres ; on les a formes de deux cellules de la construction primitive, en supprimant le mur de refend, et transformant une des portes en croise. L'administration hollandaise se vit oblige d'adopter ce changement vicieux pour loger le grand nombre de prisonniers que l'on destinait cette maison. L'administration actuelle a commenc a tablir, dans deux quartiers, les anciennes cellules individuelles; mais pour tendre ce systme tous les dpartements et obtenir prs de 900 cellules, il faudrait voir diminuer le nombre des dtenus : ce que l'on obtiendra par la translation des femmes JNamur.

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    — 261 — Les ateliers offrent en gnral des mtiers us ^cr, dans de grandes salles contenant chacune 10, 60, 70 mtiers et plus, disposs perpendiculairement aux murs latraux, sur trois liles en long de la pice; deux sont ranges contre les murs, une au centre. De cette manire deux passages restent libres sur la longueur de l'atelier pour la circulation des surveillants. Comme on peut le reconnatre, l'inspection (pic peuvent exercer ces surveillants, se trouvant sur une extrmit de l'atelier, est simplement dans une direction longitudinale du passage que laissent les mtiers; mais les ouvriers se cachent derrire leurs mtiers, et, pour tes voir, les surveillants ont besoin de passer tout contre eux. Rien de plus facile que de tromper leur vigilance; car les ouvriers les voient venir de loin sans tre vus eux-mmes. Si Ton avait pratiqu une galerie secrte d'inspection contre les murs latraux, les regards du surveillant se dirigeraient dans une direction transversale il verrait les ouvriers leurs mtiers sans tre lui-mme aperu. .Mais ee systme aussi simple qu'avantageux* et le seul qui puisse mener i une surveillance rgulire dans les ateliers en commun, ne sVsi encore introduit dans aucune des prisons de Belgique ni de Hollande (*). — A (*) On peul voir II description de cet galeries d'in (Uni mon voyage iqi l£ui*4Jmt, lui chapitre! relatif* im grands pnitcnli lires
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    — 262 cause du vice ci-dessus indiqu et d'autres qui sont inhrents au systme d'ateliers en commun, il est impossible d'obtenir le silence dans ceux de Gand. Quand je visitai la prison, dans le premier quartier il y avait 224 dtenus, et 242 dans le second; le troisime en contenait 267 de la mme catgorie, mais dont la peine approchait de son terme; le quatrime tait rserv pour les reclus qui travaillent des ouvrages particuliers ou qui aident aux travaux de la maison : c'est donc un vritable dpartement d'exception; il renfermait 102 individus. En raison de ce nombre infrieur, il n'occupe que la moiti de l'un des grands trapzes, dans lesquels se trouve divise la prison ; l'autre moiti contient l'hpital parfaitement desservi par les sœurs de la Providence, mais qui, tant unique dans la prison, voit confondues toutes les catgories de criminels. Le mdecin qui dirige l'hpital de la prison de Gand, M. Mareska, est un homme d'un grand mrite, qui, en 1836, a donn une notice extrmement instructive sur l'tablissement qui lui est confi (*). Il en rsulte que, durant ladite anne, il est entr dans l'hpital 283 individus sur une population moyenne de 883, et que, dans ce nombre, on en compte 45 qui furent l'hpital en se supposant malades Sur ces malades, il y eut une mortalit de 20 (*) Insre dans le tome 111 de l'ouvrage de M. Ducpticux, page 317.

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    — 263 personnes, dont 9 par consomption pulmonaire. Sur une population moyenne de 'M)0 femmes, dans le dpartement respectif, il y eut 1 1 dcs. Le total des journes de l'hpital lut de 2.*>,2.')2, ce qui donne une population moyenne quotidienne, dans l'hpital, de 63 personnes. Les lits sont en fer, et tout est dans un tat parfait de propret. Les femmes, au nombre de 284, se trouvent, comme je l'ai dit auparavant, dans un dpartement spar, sous la direction de quatre sœurs de la Providence. Elles sont vtues uniformment d'un costume de laine fonce, avec un tablier blanc, un bonnet noir attach par une bande blanche, 7 dlinquants quine

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    — 264 — savaient absolument ni lire ni crire; que dans ce nombre se trouvaient 39 hommes et 128 femmes; que dans la prison, 130 hommes et 22 femmes avaient appris lire et crire ; que durant l'anne, l'cole avait t frquente par 220 hommes et 57 femmes; et que, pendant ce temps, 23 hommes et 1 1 femmes avaient appris lire et crire. La population existante, au 1 e / janvier 1837, offrait l'tat d'instruction suivant : ne sachant lire ni crire, 453 hommes, 225 femmes; sachant lire, mais non pas crire, 126 hommes, 50 femmes; sachant lire et crire imparfaitement, 177 hommes, 18 femmes; sachant bien lire et crire, 87 hommes et 12 femmes; ayant une instruction suprieure, 19 hommes et 2 femmes. Le registre d'entres des prisonniers a offert, dans la mme population existante au 1 er janvier 1837, les curieux rsultats suivants : Condamns qui avaient une profession, 841 hommes, 307 femmes; sans profession, 21 hommes ; condamns qui appartenaient une classe suprieure, 5 hommes; la classe moyenne, 1 1 G hommes, 39 femmes ; la classe infrieure, 741 hommes, 268 femmes; condamns qui avaient une instruction religieuse, 862 hommes, 307 femmes; sans instruction religieuse, hommes, f femmes; condamns ayant des; habitudes d'intemprance, 11 hommes; ayant des habitudes calmes, 851 hommes, 307 femmes. Dans le mme nombre, il y

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    285 — avait : clibataires, 505 hommes, I I9 liomuies, 72 femmes; entants illgitimes, 47 hommes, 27 1cm mes ; ns de parents inconnus, 2 hommes, 5 femmes. Lacuisine commune se trouve dans le quatrime dpartement, et le repas se sert dans 1rs rfectoires. La ration est rgle par des dispositions gnrales; mais clic offre diverses modifications dansles diffrentes prisons. Dans celle de Gand, par exemple, on donne aux prisonniers de la soupe la viande quatre jours de la semaine. Le cot de la nourriture quotidienne d'un prisonnier a cl en 17, de 21 c. 1/4; avec les autres frais de blanchissage, de vtement, de chauffage, d'clairage, etc., les dpenses quotidiennes montrent ii 31 c 36 centimes, ce qui fait par an, en supposant qu'on ail donn la ration de th durant cinq mois d'hiver, 1 13 fr. 16 c. Le dixime dpartement (le la maison de force de ( iand est destin la maison de sret civile <*t militaire, par arrt du 27 juillet 1832. Le primtre du trapze a etc divis en une quantit de sections avec une petite cour et de grands dortoirs au fond, pour les diverses classes de dte* nus. A l'poque de ma visite, il y avaii 130 individus Provisoirement, el faute d'espace dans la prison d'AJoSt, il y avail aussi 30 militaires datlS une des sections. Dans les autres se trouvent

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    — 266 — parement les prvenus, les accuss, les condamns, en attendant qu'ils aillent leur destination fixe ; les prisonniers pour dettes, les femmes, etc. Quant celles-ci, leur dparlement n'offre aucune division: dtenues, accuses, condamnes, toutes se trouvent mles et confondues. Je les vis dans la cour de leur quartier, mal vtues, sales, faisant un grand vacarme, et prsentant un dplorable contraste avec le dpartement voisin des femmes condamnes la mme prison de Gand. Je ne m'arrterai pas exposer les dfauts de cette maison d'arrt; on les connat ainsi que ceux de toutes les maisons de ce genre; et quoiqu'ici Ton ait tabli quelques divisions importantes, il reste encore beaucoup faire pour atteindre le but auquel est destine une prison de cette espce. Le septime trapze est consacr au blanchiment du chanvre employ dans les ateliers de la prison ; en outre on a construit au fond un petit difice cellulaire, dans le but d'y faire un essai du systme d'emprisonnement solitaire de jour et de nuit. Il consiste en deux lignes de cellules, 1 8 suprieures et 18 infrieures, avec une galerie par-devant, au milieu de laquelle se trouve l'autel. Les cellules de l'tage infrieur ont une petite cour de 4 mtres 1/2 sur chaque ct avec des latrines; celles du deuxime tage manquent de cour et de latrines. L'espace des cellules infrieures est de -)2 mtres cubes. Elles ont une

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    — 267 — porte donnant sur le corridor commun de service, avec un petit guichet; une autre donnant sur la cour, et une fentre de pius d'un mtre 1/2 de hauteur. Les cellules de L'tage suprieur ont un toit deux pentes, sur lequel donne, l'extrieur, une Pntre que le prisonnier ne peut ni ouvrir ni fermer, cause de l'lvation laquelle clic se trouve, cl parce que la corde avec laquelle on excute l'opration va s'attacher en dehors de la cellule, au corridor de service. L'espace de ces cellules du second tage, est de r >o mtres cubes. Le chauffage se l'ait par le moyen d'un tube calorifre qui traverse les cellule-, dans les pices infrieures, ce tube court au dessous (lu plancher, au milieu duquel on a pratiqu une petite grille; nanmoins il doit se perdre, dans le trajet soute r rain, une grande quantit de calorique dont le dtenu ne profite pas. Dans les cellules suprieures, le tube Calorifre esl dcouvert, et il se trouve prs du mur un pied du plancher. Los lits sont en 1er avec un fond de grosse tode, et quoiqu'ils soient fixs au mur, ils peuvent tre levs par le moyen d'un mcanisme trs in nieux : pour Cela on fait tourner une (1rs deux barres longitudinales du lit, sur deux gonds fixs au mur; m;iis de plus, l'extrmit de ladite bai n forme une saillie carre en dehors de la cellule, sur le corridor commun, et l le surveillant adap lanl nue clef, peut I lever ou l'abaisser. D<

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    268 — manire le dtenu ne peut se coucher, sinon aux heures de la nuit, quand on a donn son lit la position horizontale, car, pendant le jour, le lit reste appliqu au mur, sans que lui-mme puisse le faire descendre. Ce petit difice; la construction duquel n'a point prsid un plan arrt, mais qui fut fait par portions, modifies successivement, a divers dfauts, dont quelques uns m'ont paru capitaux : 1 Le manque de latrines dans les cellules de l'tage suprieur va compliquer le service et rendre difficile la propret de l'difice. 2 La disposition des cours favorise la communication d'un prisonnier avec celui de la cellule voisine, mme quand on ne leur permettrait pas de sortir la mme heure dans la cour: nanmoins je ne sais comment on p ourra empcher que le dtenu n'aille la cour quand bon lui semble, puisque l se trouvent les latrines. 3 Il n'y a pas de systme de ventilation bien tabli, par le moyen de tubes dans le mur, ouvrant des hauteurs diverses sur l'intrieur de la cellule, de sorte que, dans l'hiver, quand il n'est pas possible d'ouvrir les croises cause du froid, il n'y aura pas moyen de renouveler l'air constamment, sans geler le prisonnier. En construisant le calorifre, il aurait t facile de procurer en mme temps le renouvellement d'un air constamment tempr. 4 L'autel (fui se trouve au milieu de la galerie

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    — 269 — commune, ne peut tre aperu que des quatre cellules du centre, au plus, ce qui lait huit cellules dans les deux tages. L'unique moyen de rendre 4 l'autel visible pour tous les prisonniers, d'un difice cellulaire, c'est de construire cet difice en (orme radiale, divisant au moyen d'une galerie centrale d'inspection l'espace triangulaire que laissent deux rayons de cellules, et disposant les portes de manire qu'elles puissent s'ouvrir du cot correspondant au sommet du triangle o es! situ l'autel. Durant le service de la messe, on laisse entr'ou vertes de quatre pouces ton les les portes des cellules, et les prisonniers ne peuvent ainsi voir leurs voisins, parce que la porte mme les en empche. La galerie centrale d'inspection ne permet pas non plus que les prisonniers d'un cot puissent voir ceux do l'autre, par le guichet, quand on leur sert le repas. L'ide de faire un essai d'emprisonnement solitaire dans une prison monte sur l'ancien systme, ne parait pas non plus convrnahle. L succs d'un semblable essai dpend de beaucoup des circons taneesen opposil ion directe avec le systme actuel des prisons de la Belgique; u devrait donc se fain part dans un diGce spcial, ci ans qu il \ eu de contact avec une autre prison. La grande prison de Gand considre miiis le point de vue de son organisation actuelle, el abstraction faite de tout principe pnitentiaire, et di

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    — 270 — toule tendance la rforme morale des prisonniers, se trouve parfaitement dirige. Les dtenus sont bien logs, bien vtus, bien nourris, bien secourus dans leurs maladies. Le travail qu'on leur impose, par sa nature mme et par sa dure quotidienne est bien loin d'tre pnible comme celui de la plupart des ouvriers libres. Les gratifications qu'ils reoivent pour cela, et qu'ils sont assurs d'obtenir avec une application constante, leur procurent les moyens d'acheter dans la cantine des aliments plus dlicats que ceux de la ration ; enfin l'on a tabli pour leurs fonds de rserve une caisse d'pargne qui leur donne 4 0/0 d'intrts. L'ordre, la propret et l'activit rgnent en outre dans cette maison. Les produits des fabrications sont considrables; ils excdent les frais d'entretien ; un commandant zl, ou habile directeur des travaux, et un mdecin distingu cooprrent, au bien et connaissent parfaitement ce qui serait ncessaire au rgime actuel pour obtenir les rsultats dsirs : cela dpend d'une rforme gnrale qui ne s'est pas encore introduite dans les prisons de la Belgique, mais vers laquelle se dirigent constamment les efforts d'une administration claire. Maison de Rclusion de Fiivorde. ( v )uandje visitai cette prison, elle contenait 1131

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    — 271 — dtenus, y compris ;"> C J0 militaires runis dans ce lieu en vertu de l'arrt du '22 aot I femmes; parmi les prcmici se trouvaient 536 condamns pour vols, et l&Q pour d'autres crimes, et dans les secondes 1 1 (> condamnes pour vols et 29 pour d'autres crimes. Les cas de rcidive frappaient sur 100 hommes et 43 femmes. L'tat civil, l'instruction et la religion des dtenus taient ainsi qu'il suit : clibataires 849 hommes el 98 femmes; mnes 130 et 36; veufs et veuves, 7 et M ; illgitimes 68 et 7 ; ns de parents inconnus, hommes; sachant lire et crire, 2 i i hommes, et l) remines; sans instruction, 742 et 126; assistant a l'cole, 182 el 30; catholiques, 974el 144; protestants 9 el I; juifs \, Dans les 590 Condamns militaires, 2 16 lavaient t pour vols, i)o pour dsertion simple, 158 pour dsertion avec circonstances ag ;i a vantes ,88 pour insubordination, el 3 pour complots de dsertion. Le commandant de cette prison, homme d'une activit et d'un zle infatigables, m'a procur une collection prcieuse de rsultats statistiques, fruits

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    272 d'observations faites en ce lieu durant l'anne 1837, et dont je citerai les principaux. Au commencement de 1837, il y avait dans lesdites prisons 989 prisonniers, dont 823 hommes et 166 femmes; durant la mme anne, il entra 390 hommes et 22 femmes; il sortit 238 hommes et 36 femmes. La population moyenne de l'anne fut de 1 ,063 individus, ou 908 hommes et 155 femmes. L'ge des dtenus offrait les rsultats suivants : entre 16 et 21 ans, 38; de 21 25, 149; de 25 30, 118; de 30 a 35, 59; de 35 40, 27; de 40 45, 11; de 45 60, 10. Sous le point de vue de l'instruction, il y en avait 9 1 qui savaient lire et crire imparfaitement; 27 qui le savaient bien; 5 dous d'une instruction suprieure, et 289 compltement ignorants, sur le total des 412 entrs dans ladite anne 1 837 Quant au total existant au 1 er janvier 1838, je me rfre l'tat semblable qu'offrait la prison l'poque de ma visite. Le nombre de journes de dtention fut de 389,495, dont 304,398 consacres au travail; 52,056 de repos pour ftes; 3,352 d'oisivet; 7,131 de chtiment, et 22,558 de maladie. Il y avait dans l'hpital, au commencement de l'anne, 34 hommes et 21 femmes; durant le mme espace de temps, il entra 847 hommes et 192 femmes; il en sortit 821 et 193; il en mou-

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    — 273 — rut 20 et 10 ; par consquent, il restait la lin de l'anne, 40 hommes et 10 femmes. Quand je visitai la maison au mois de mai, il v en avait il et -S. Le total des frais avait mont 130,374 fi\, dont 7f),770 l'r. pour la nourriture des prisonniers en bonne sant 7,268 pour l'infirmerie 26,760 pour solde d'employs, ete. Le cot moyen annuel pour chaque dtenu, tout compris, revint 128 lr. 29 cent. L'difice de la prison de Vilvorde est un vaste paralllogramme divis en deux cours principales, subdivises elles-mmes parles constructions qu'on y a laites. Le systme de travail et de discipline est identique a celui de la prison de Gand ; mais les travaux sont beaucoup plus varis et compliqus, car cette prison fournil l'quipement militaire de Tanne tous les objets de cuir et de laine qui peuvent y entrer* Certains ateliers sont dirigs et administrs pour le compte de L'tablissement, et d'autres par un entrepreneur, de la manire suivante : l'tal lui loue un certain nombre de prisonniers un prix dtermin, selon leur habilet ou leur adresse < % t l'entrepreneur s'engage leur donner du travail, e( tant par semaine comme gratification. Le gouvernement reoit les objets fabriqus un prix stipul d'avance, el de la sorte tout l'quipement militaire en schakos, sa s, epauleltes, tordons, brosses, etc., revient un prix trs peu lev i m m boi • n rv mlo. — Il ifl

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    — 274 — Mais ce systme introduisant dans la prison des personnes trangres qui ne visent d'autre rsultat qu'au travail qu'elles peuvent tirer des prisonniers, est le plus contraire qu'on puisse imaginer pour obtenir quelque rforme pnitentiaire dans les prisons: cette mesure les transforme en vritables fabriques, et une fabrique n'est plus une prison. Les dortoirs sont des cellules pratiques de chaque ct de vastes galeries. Jadis chaque cellule ^contenait seulement un prisonnier; mais l'augmentation de ces dtenus ft recourir la transformation de deux cellules en une, et on loge quatre prisonniers dans chacune de ces cellules, de mme que dans la prison de Gand. Il y a en outre deux dortoirs communs: l'un avec 1 18 hommes et l'autre avec 66. Le nombre total des cellules est de 283 et celui des prisonniers qu'elles renferment de 1,113. Ces runions d'un petit nombre de condamns dans une mme cellule sont plus pernicieuses encore pour les mœurs que les grandes runions en de vastes dortoirs. La prison de Vilvorde a offert rcemment la preuve des excs commis entre les femmes. Le rapport intressant de M. Mareska rvle les vices funestes de la prison de Gand, qui produisent des maladies incurables et entranent la mort d'un grand nombre de prisonniers ; on a essay de corriger ces vices en adoptant les com-

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    — 275 — binaisons impaires de prisonniers dans une inme cellule, ce qui n'a eu d'autre rsultai que de iaire de l'espionnage et de la dlation un mrite et une ncessit, ainsi que l'observe avec justesse le mdecin dj cit. L'instruction primaire est donneauxprisonniers trois ibis par semaine : elle se compose de la lecture, de rcriture, des calculs, et d'un peu de gographie. Les femmes sont sous la direction de sœurs de la Providence qui donnent aussi leurs soins a l'hpital des hommes, parfaitement tenu. Le commandant de cette maison aid d'une commission administrative qui runit des personnes d'une intelligence suprieure, est parvenu introduire un ordre aussi admirable que ncessaire dans la comptabilit complique de cette prison. Les autres parties du service se font sous une discipline exacte, constante et svre. Mai san de Correction de SaintBernard, ( '.elle prison est la seule de la Belgique O, BU* vaut un plan qui m'a t communiqu, <>n trouve (pjcl(|ue elassilication entre les individus qu'elle runit ; c;iroutre le dpartement des jeunes gens, il doit exister entre les adultes une distinction en deux catgories, Fonde principalement sur la diffrence entre ceux qui viennent en priaon expier unepremire faute, et ceux oui ont Bubi dj une condamnation ou plusieurs. On prend

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    — 276 — aussi en considration la nature plus ou moins grave du dlit, les circonstances attnuantes qui Font accompagn. Les mutations du dpartement n 2 ou des mauvais, celui du n 1 ou des bons, se font tous les trois mois, par le commandant ; il prsente la commission administrative une liste des dtenus de la seconde catgorie, qui, par la nature des circonstances de leur dlit, et leur conduite dans la prison, mritent de passer la premire. La commission entend en outre le directeur des travaux, pour savoir si l'application du dtenu est en harmonie avec sa conduite. Les relaps peuvent tre compris dans ces promotions; mais avant de les prsenter, le commandant s'assure auprs des surveillants si durant un semestre au moins leur conduite les a rendus dignes de cette laveur, et si leur rforme est le fruit, non pas d'un calcul hypocrite, mais d'un vritable repentir. Toutefois, si un relaps admis dans la premire catgorie, se rend aussitt indigne de cette grce, il perd pour toujours le droit de la recouvrer. Les dtenus de la premire catgorie, qui, par leur mauvaise conduite, ont mrit de descendre dans la seconde, ne peuvent regagner la situation perdue que par six mois au moins d'une conduite exemplaire. A cette distinction, on en a fait correspondre une autre dans le rgime de chacun des deux dpartements. Le premier reste sous l'empire des rgle^

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    — 277 ments en vigueur; niais on en retire les dtenus pour les emplois de confiance, d'crivains, de chefs d'atelier, de dortoirs etc.: ce sont encore les mmes qui jouissent des augmentations de primes d'encouragement tablies par les dcrets des 28 et 29 dcembre 18^5, dont le maximum est de 20 pour centdes gratifications obtenues durant le mois. Les dtenus du second jouiront seulement des gratifications ordinaires, tandis qu'il s'acquitteront du travail quotidien qui leur sera impos par leur surveillant immdiat, eu gard leur ge, leur force et leur habilet. La cantine leur sera ouverte seulement une lois par jour, et le nombre d'objets qu'ils peuvent acqurir est rduit, laquantit de bire est borne un demi-litre par jour; le genivre et les liqueurs spritueuses sont interdits maintenant tous les dtenus. Telle esl la base, tel est le mode de classification des dtenus de la prison de Saint-Bernard, qui mriteraient de fixer un peu l'attention, si en mme (emj)s se trouvait tablie une absolue sparation entre les prisonniers de chacune des deui catgories. Malheureusement il n'en esl pas ainsi : ions sont encore mls el confondus dans les ateliers ei dans les cours duraul les heures de rcration. Un article de l'instruction pour l'tablissement de (elles catgories, recommande au commandant et au directeur des travaux de s'entendre pour empcher, autant que possible, le conl

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    — 278 — entre les dtenus de chacune des deux classes tablissant des ateliers distincts; un autre article leur dfend de parler dans lesdits ateliers, ni dans aucune partie de la prison, except dans la cour Cette exception m'a paru inexplicable. La communication des dtenus de catgories distinctes, dans les cours, est plus funeste mme que dans les dortoirs pour favoriser la contagion des vices ; car l ils se livrent ouvertement des entretiens qui ne peuvent avoir lieu dans les dortoirs. En outre ce contact doit rendre illusoires les prohibitions de la cantine tablies pour les dtenus de la seconde catgorie et cela est suffisamment prouv par un article du rglement qui dfend svrement aux dtenus de la premire de leur vendre des objets provenant de ladite cantine. La translation annuelle des prisonniers d'une catgorie l'autre, que l'on a pratique durant l'anne 1837 dans la prison de Saint-Bernard, prouve peu en faveur de l'efficacit de cette classification : 16 dtenus ont pass ou sont monts, en rcompense de leur bonne conduite, de la seconde classe la premire ; mais en change 23 sont descendus, par chtiment, de la premire la seconde. On cite le fait que 55 dtenus de la premire ont obtenu des grces ou des rductions de peines. Mais cela ne prouve absolument rien en faveur de la classification adopte; tout au plus un pareil fait indiquerait-il en faveur du rgime

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    — 271) — de la prison qu'il permet quelque amlioration clans la conduite des coupables condamnes y tre enferms. Le systme d'ateliers est identique celui des autres grandes prisons que j'ai dcrites ; quant aux dortoirs, ce ne sont pas de petites cellules capables de contenir seulement deux, quatre ou six dtenus, mais de vastes salles, mal claires avec des hamacs superposes sur deux files assez proches pour favoriser la communication entre les dtenus, qui ne sont l soumis d'autre surveillance qu' celle d'un membre de leur classe mme, de la section des sujets de confiance. Dans une salle part se trouvent runis une certaine quantit de prisonniers plus gs, oisifs el abandonns, qui refusent de travailler sous prtexte de mauvaise sant. On a cru plus convenable de les runir dans une salle que de les maintenir dans les ateliers o leur mauvais exemple pervertirait les autres. Je ne condamne pas la mesure, mais la discipline d'eue prison qui la rend ncessaire. Ce seul fait dmontre qu'elle se trouve relche au dernier point ; autrement on ne pourrai! expliquer la persistance de certains individus dans une habitude de fainantise continue, sous le prteiie d'infirmits. On la comprendrait d'un ou deux sujets isolment; mais une section constitue ainsi, ne donne pas une lu nne ide du >\ sterne.

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    — 280 — Pour les chtiments, il y a trois systmes de rclusion : 1 dans des cachots spars, vots, avec une paillasse et une clart suffisante : cette peine peut durer jusqu' six mois; 2 en des cachots de bois, dans une galerie semblable une loge de btes froces, avec de la paille durant la nuit et des latrines l'intrieur : les portes ont une grille au-dessus par o regarde le prisonnier, et au moyen de laquelle il peut tablir une communication continue avec ses voisins :l, on est rduit au pain et. l'eau jusqu' 14 jours, au milieu desquels il y en a quelques uns de ration complte ; 3 des pices appeles d'isolement solitaire, entre lesquelles il ne peut y avoir de communication : elles sont grandes, propres et claires, bien ares, avec des lits : les condamns y sont aussi au pain et l'eau quatre jours par semaine. Ce grand nombre de cachots est nanmoins insuffisant pour la quantit de condamnations qui ont lieu journellement dans cette prison ; il en est de mme que dans la prison de Vilvorde. Des 398,165 journes de dtention qu'offrit la population ici runie en 1837, il y en eut 31 1,943 de travail, 58,973 de ftes, 431 d'oisivet, 23,243 d'hpital, et 3,575 de punition. Le secrtaire de la commission administrative des prisons de la province d'Anvers, M. Charles Ramaeckers plein d'obligeance, de zle et d'instruction dans les affaires de sa comptence, eut la,

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    — 281 — bont de me fournir les rsullata statistiques de la prison de Saint-Bernard, en 1837. lien rsulte qu'au commencement de janvier il y avait 853 adultes et 93 jeunes garons ; que durant l'anne il entra (ll des premiers et 120 des seconds; qu'il en sortit 549 des uns et 120 des autres, ri qu'il mourut 30 adultes et \ jeunes garons. La population moyenne annuelle a t de 91(3 adultes et lOi) jeunes garons, au total 1 ,022. — Des sujets entrs, il y avait 198 clibataires, 27 veufs et 206 maris. — L'ge des dlinquants entrs durant l'anne offre les rsultats suivants : 19 de 10 16 ans, 133 de 16 20, (39 de 20 a 25, 120 de 25 30 82 de 30 35, 81 de 35 10 4 1 de 40 M5, 3! de 45 50, 34 de 50 \ 60, ei 21 de (>0 80. — On peut donc remarquer que les dlits correctionnels ont lieu des ges plus avan< de la vie que les crimes entranant des condamnations aux autres prisons du royaume. La partie la plus intressante qu'offre cite prison esl le dpartement de jeunes dlinquauts, moins pour le mode d'aprs lequel il est tabli, que pour le bul auquel on tend. J'ai dj cit les efforts el les mesures de l'administration actuelle pour assurer le sort des jeunes gens qui sortent des prisons. La commission administrative de cell< de Saint-Bernard, en donnanl connaissance au bourgmestre de la commune respective, qu'un )euue libre se dirige sur ce point, Pinslruil le

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    — 282 — conduite dans la prison, des connaissances qu'il a acquises dans l'cole et dans les ateliers, et le recommande sa tutelle, afin que ce sujet soit plac dans une maison d'ouvrier ; il demande en outre des notes sur sa conduite ultrieure, tous les six mois. Pour l'organisation du quartier des jeunes dtenus de la prison de Saint-Bernard, on a vis en premier lieu la sparation absolue des adultes, puis l'instruction scholaire, morale et religieuse, et l'enseignement d'une profession utile qui procure auxdits jeunes gens un moyen de gagner leur vie quand ils sortent de la prison. Voyons jusqu' quel point on a pu atteindre ces buts divers. La sparation des enfants est extrmement incomplte, car la position du quartier est telle que le dortoir, l'cole, l'hpital, le bain et d'autres pices se trouvent dans les dpartements des adultes : on peut dire que l'on n'a spar absolument que la cour, les ateliers et le rfectoire. Quant la sparation oblige entre ces jeunes gens durant la nuit, tout reste encore faire : le dortoir est commun; il est garni de hamacs rapprochs, et n'est soumis d'autre surveillance qu' celle d'un dtenu adulte. Il n'existe ni classification ni distinction, relativement l'ge, la moralit, au dlit, la conduite, l'activit, etc. La direction morale des jeunes dlinquants exige du moins ces classifications, si l'on n'aime mieux recourir au moyen de l'isolement solitaire, qui me

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    — 283 — parat extrmement rigoureux pour la jeunesse et peu en rapport avee les circonstances d'un tel ge. Nanmoins, le directeur du dpartement de SaintBernard m'a exprim sa conviction sur la convenance de l'isolement des jeunes dlinquants, de nuit comme de jour dans les ateliers. Son exprience de trois ans et demi lui a fait connatre que beaucoup de ces jeunes gens sont dj pervertis par le vicieux apprentissage qu'ils ont fait dans la maison d'arrt, avant de passer Saint-Bernard, d'o il rsulte que leur communication rciproque leur est nuisible. Dans son opinion, on devrait seulement leur accorder deux heures de rcration pour le dveloppement de leurs forces physiques, en petites runions de 26 BU plus, en ayant toujours gard aux ges et la moralit res peetive des jeunes gens. L'assistance l'cole et aux exercices moraux et religieux, pourrait avoir lieu en commun. Quant l'enseignement, il esl donn avee un soin extrme par le directeur M. Marin ur. Au commencement de janvier 1837, il v avait 93 jeunes gens dans leole; on en admit I 19 durant le cours de l'anne, et il en sortit 101 Dans les sujets admis, 5 savaient bien lire el crire, I ."> imparfaitement, et le reste se trouvait dans une ignorance absolue. Des sujets sortis, 10 avaient reu nue instruction suprieure, K) savaient bien lire et crire, 35 imparfaitement, et 16 n'avaient i*ier

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    — 284 — appris; lf) jeunes gens passrent comme incorrigibles au dpartement des adultes : dcision fatale qui quivaut a sanctionner la sentence d'une ruine invitable. L'tablissement a divers ateliers, o les jeunes gens s'exercent et apprennent un mtier ; mais dans cette partie l'organisation de la maison offre un vice capital. La dure des condamnations prononces par les tribunaux est dtermine seulement d'aprs la gravit du dlit, et la proportion est fixe par le Code ou tablie par la volont discrtionnaire djuge ; mais, dans les deux cas, on ne considre pas la rclusion dans la prison de Saint-Bernard, comme un moven de rforme morai, mais bien comme une peine expiatoire du dlit. Ainsi la dure de cette peine, proportionne si l'on veut la faute, n'est point calcule pour obtenir la rforme du jeune condamn, ni pour lui procurer l'instruction scholaire et industrielle qui peut rendre possible la pratique d'une bonne conduite. En parcourant l'tat des condamnations des jeunes gens qui actuellement se trouvent SaintBernard, on reconnat l'impossibilit de leur donner l'instruction scbolaire et industrielle, et encore plus d'oprer sur eux une raction morale. Sur 120 sujets entrs, 29 taient condamns G mois; 44, 7, 8 mois et un an; 17, entre un an et 18 mois; et 30 seulement, dont 6 militaires, subissaient une condamnation de plus de 18 mois. Deux

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    — 286 ans au moins sonl ncessaires pour pouvoir oprer une rforme morale des jeunes gens susceptibles de la subir, et pour leur donner en mme temps l'habitude du travail. On a observ dans l'tablissement de Saint-Bernard que beaucoup de ces jeunes gens sont d'une ignorance et d'une stupidit extrmes, particulirement ceux qui viennent de la campagne, et que d'au 1res sont trs vicieux et difficilement corrigibles. La dure des condamnations devrait donc tre combine avec ces circonstances, pour que la maison pt marcher vers le but de son institution. L'organisation mme des ateliers est mal corn-* bine pour l'objet qu'on s'est propos dans rtablissement. Ils sont applicables seulement h quatre professions, ce qui n'offre pas la varit suffisante pour les inclinations des jeunes gens, et pour leur procurer des occupations lucratives. L'i.it de tisserand dcrot chaque jour, cause de l'extension (pic prennent les mtiers la mcanique. Quant (
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    — 286 — L'tablissement mme de ce quartier de correction pour des jeunes gens, dans une grande prison centrale de dlinquants adultes, contrarie le but moral que l'on se propose d'atteindre; il imprime une note dfavorable sur les jeunes reclus, et leur nuit beaucoup lorsqu'il s'agit pour eux, aprs leur sortie, d'obtenir une place honorable dans la socit. Quelque bien administr et bien dirig que se trouve ce dpartement, quelque libre qu'il soit de l'influence de la prison centrale, toujours les jeunes gens en sortant seront signals par l'pithte de dtenus de Saint-Bernard, qui inspire un sentiment de rpulsion. Un tablissement de ce genre doit provoquer d'autres ides et obtenir la faveur de l'opinion, de sorte qu'il soit pour le jeune libr une recommandation, et non point une cause de discrdit. Il est ncessaire de le constituer de telle sorte, que le jeune homme n'ait pas besoin de prsenter des certificats d'instruction et de bonne conduite, pour tre admis dans un atelier, et toutes les portes devraient s'ouvrir devant lui, aussitt qu'il nomme l'institution philanthropique d'o il sort. Voici un rsum statistique des jeunes gens du quartier de Saint-Bernard, durant l'anne 1837: Existant au 1 er janvier, 71 de la l re catgorie, 22 relaps ; total 93. Entrs durant l'anne, 93 del 1 re catgorie, 27 relaps; total 120.

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    287 — Libres, G2 de la l rc catgorie, 17 relaps; total 79. Passes aux adultes, i) de la l re catgorie, 7 relaps; total 1G. Gracis, 3 del l ,e catgorie, relaps ; total 3, Morts, \ del l rc catgorie, relaps; total I. Existant la fin de 1 Sol 87 de la I re catgorie 24 relaps; total 111. Dans cenoinbre, 20 taient de jeunes militaires; mais la commission sachant que leur union avec les jeunes gens de Tordre civil tait funeste, a dtermin de faire passer le plus grand nombre la la prison d'adultes. Le progrs des bonnes ides (huis la Belgique, les mesures adoptes dj par l'administration claire des prisons, du ministre de la justice, et d'autres (pie Ton mdite, corrigeront dans peu de temps les vices de l'tablissement de SaintBernard* Comme l'indique fort bien M. Ducptieux, ce quartier doit tre considr comme un essai plutt que comme une institution dfinitive, et les dfauts signales plus baul, de la courte dure dei condamnations pour le temps qu'exigent L'ducation et la rforme des jeunes gens, sont vits en partie par la disposition
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    — 288 — gnraux, de recommander, pour tre placs dans l-quartier de rforme de Saint-Bernard, les condamns gs de 16 18 ans, qui seront jugs capables de profiler du rgime de cet tablissement. Prison de Dtention militaire et Alost. Celte maison, qui pendant la Rvolution s'tait transforme en un dpt pour les prisonniers de guerre hollandais, fut rorganise d'aprs un dcret du 23 mars 1832, la destinant exclusivement tous les militaires condamns plus de six mois de prison, ou toute autre peine qui ne les rend pas indignes de demeurer dans les rangs de l'arme, ou d'y tre rincorpors l'expiration de leur peine. Les autres condamns militaires sont dirigs soit vers ia prison de Vilvorde, soit vers celle de Saint-Bernard, ce qui les assimile aux dlinquants et criminels civils (dcret du 13 fvrier 1835). Toutefois l'agglomration des coupables et l'exigut des lieux, font qu'un grand nombre appartenant ces dernires catgories sont encore laisss dans la prison d'Alost, et la petitesse de ce local mme fait qu'ils sont tous confondus, dans les ateliers, dans les dortoirs et dans l'unique cour qui existe, aux heures de rcration et pendant les repas, qui se prennent dans celle cour dfaut de rfectoire. — Aujourd'hui on construit un nouveau dpartement pour les condamns la rclusion, et un rfectoire.

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    — 289 — L'difice actuel ne lui bli que pour contenu '/00 prisonniers ; ds qu'il lut achev il servit en loger 600, ensuite 800, et maintenant il est destin en recevoir 1,200. — Lorsque je le visitai, il en renfermait 1 ,080 dont 1 ,00f> activement employs, 11 se trouvaient l'hpital, 21 taient vieux et infirmes, et i) au cachot. Tous les dtenus utiles travaillent dans les ateliers; il y en avait Go2 dans ceux du tailleur, 261 dans ceux du cordonnier, 1") dans celui des charpentiers, 6 parmi les forgerons, i cordiers, 3 fileurs, etc. Chaque grand atelier o se trouvent groups les dtenus est divis en 2i sections, au moyen d'une tablette numrote. Le commandant actuel a distribu, dans de petits ateliers spars, les dtenus plus jeunes. Le commandant exerce aussi les fonctions de directeur dis travaux, reoit les toffes tailles et apprtes, et les distribue dans les ateliers. Le gouvernement p;iie chaque pice quelque chose de moins que les ateliers publics ; on alloue aui dtenus tant de gratifications, et les majorits de la loi, de 10, 15 ou 20 pourcenl sur les gratifications ordinaires, dans le cas o ils les ont mrites par leur application. On leur en retient une partie, ainsi que je |'ai dit, pour la masse de reserve. La prison d'Alost renferme une cole la I castre; l'application des dtenus est satisfaisante; l'ordre le plus parfait et la plus grande ni prt OT K,\ MOI i ur KM III — Il

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    290 — rgnent dans toutes les parties de l'difie, nonobstant l'agglomration de ces individus dans un troit local; leur aspect n'a rien de dsagrable : jeunes, pour l'ordinaire, gs de moins de 30 ans, ils ont un air soumis et respectueux qui inspire la compassion. L'exigut du local a fait recourir aux moyens de ventilation qui ne se trouvent pas employs dans les autres prisons; on a tir parti de toutes les positions pour obtenir le renouvellement de l'air, tant dans les chambres, au moyen de fentres trs bien imagines, que dans les escaliers, en laissant un interstice entre les marches. Les dortoirs sont de vastes salles, o se trouvent les hamacs placs sur trois rangs, parfois sur quatre, suspendus par quatre crochets de fer aux barres de mme mtal, qui sont fixes des colonnes centrales. L'espace entre chaque double range de hamacs superposs est d'un mtre, et il y a trois de ces hamacs troitement unis dans l'intervalle qui spare chaque couple de colonnes, — L'un de ces spacieux dortoirs prsente ^colonnes de granit sur chaque file, ce qui forme 20 espaces pour trois hamacs ou 60 hamacs par range ; et comme il y a trois de ces ranges de chaque cot du dortoir, il rsulte que cette salle renferme un total de 2G0 hamacs. Une autre pice en contient jusqu' 290; d'autres encore 80 et 90, etc. — Ccllequi en renferme le moins en a 26; c'est un

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    — 291 — dortoir de jeunes gens. A l'extrmit de chaque salle il y a un endroit pour uriner, et pendant la nuit on place des baquets qui se retirent et se lavent le matin. La mortalit dans celte prison a t de 94 individus depuis 1824 jusqu' l'poque de ma visite, et 12 d'entre eux ont pri victimes du cholra. Pour terminer la relation de ma visite dans les prisons de la Belgique, je dirai un mot sur les maisons d'arrt et de justice. — L'administration a propos quelques mesures pour leur rforme ; elle a achev la sparation des sexes; elle a introduit une certaine classification selon les ges;Ue a amlior le rgime sanitaire, a pourvu aux besoins religieux et dans quelques unes a tabli des ateliers et des coles, ce que le gouvernement recommanda utilement dans sa circulaire du M fvrier I 83 i ; enlin elle a ordonn, que dans les prisons secondaires o le nombre des femmes dtenues est assez lev, un des -aides lut rcmpla. par une surveillante ou gardienne, charge Spcialement de surveiller et d'instruire les femmes dtenues dans l'tablissement, et de diriger leurs travaux. (Dcret du i dcembre 1835, Nonobstant toutes ces mesures, 1rs vices des prisons secondaires de la Belgique exigi ni une rforme radicale et gnrale, et je ne (n'arrterai pas ici rpter les mmes observations que je fis en traitant desEtats-l uis, dans un ouvrage sur a

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    — 202 — pays, el dans le premier tome de 'celui-ci sur les prisons de la Hollande. En Belgique, j'ai visit quelques unes de ces prisons, mais rapidement, parce qu'elles n'offrent rien qui mrite d'tre imit, et je sais beaucoup de choses corriger et qui sautent aux yeux ds qu'on pose le pied dans ces tablissements dfectueux. En dcrivant la maison de force de Gand, j'ai dit quelques mots sur la prison de sret qui a t runie l'un de ses dpartements ; maintenant je m'arrterais parler de la prison de sret civile et militaire de Bruxelles, si un nouveau rglement institu par la commission administrative et approuv par le ministre de la justice le 12 avril 1838, ne contenait pas certaines mesures pour rformer les vices dplorables que j'ai dcouverts dans cet tablissement quand je l'ai examin. Ce rglement tablit diverses classifications essentielles, ordonne que les visites du dehors seront reues dans un parloir, en prsence d'un garde ou d'une gardienne, fait cesser le dsordre indcent qui se renouvelait frquemment autrefois, prohibe l'introduction de vivres et de boissons par les visiteurs, opre la sparation des enfants, et recommande le travail et l'instruction pour les dtenus; mais ce sujet il y aura un rglement spcial. Dans d'autres parties du royaume, on a aussi introduit d'importantes rformes; la maison d'ar-

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    — 293 — rt de Malines renferme des eellules isoles pour loger sparment les prisonniers, et qui servent pour deux, depuis la dernire agglomration des dtenus. On achve en ce moment Arlon une prison o le systme cellulaire de nuit sera combin avec le systme des chauffoirs et des praux communs, durant la journe, et Lige on projette la construction d'une maison d'arrt et de justice, qui sera la premire en Belgique o Ton aura introduit l'emprisonnement solitaire de jour et de nuit. M. Ducptieux a publi le programme de cette nouvelle prison, dans laquelle on a mis excution toutes les bonnes ides, rsultat des observations et de l'exprience. Pour subvenir aux premiers frais qu'exige ht rforme du systme pnitentiaire en Belgique, le gouvernement a demand et les Cbambres ont accord une somme de 400,000 ff\ pour l'exercice de 1837. Il est esprer, dit l'crivain que nous avons cit, que cette allocation sera au moins continue, si elle n'est augmente les annos suivantes. Sur cette somme, 100, 000 IV. seront affects l'amlioration des prisons secondaires, qu'il est si important de Faire marcher du mme pus cpie celles des prisons centrales, Cl sans quoi on ne peni pas attendre tin succs assur de la i e gnrale qu'on mdite.

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    — 294 SUR LA CONDITION DE X.A CLASSE OUVRIERS EN BELGIQUE. Pendant mon voyage dans les principales villes de la Belgique, je fis en sorte de m'instruire sur l'tat, la manire de vivre, le degr de bien-tre, l'ducation et les vices de la classe ouvrire, particulirement de celle qui vit runie dans les fabriques. Mon attention, dirige presque exclusivement sur l'tat de l'enseignement primaire, des tablissements de bienfaisance et des prisons, pouvait peine se dtourner vers d'autres objets. Les renseignements que j'ai recueillis sur les points indiqus sont donc extrmement incomplets, et je les prsente non pas pour que l'on en tire des consquences gnrales, mais comme de simples notes qui pourront se complter par la suite au moyen d'observations faites plus longuement. Telles qu'on va le voir, ces notes ont t recueillies dans quelques fabriques de filature et tissage de coton dans beaucoup d'ateliers particuliers, de maisons d'ouvriers que j'ai visites, et

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    295 — dan:- tues entretiens avec les auteurs des pan vies. Ainsi que je l'ai tlil dans l'Introduction eet ouvrage, M. Villerni eut la bont de me communiquer la srie de questions que dans son voyage dans les dpartements manufacturiers de France, il avait adresses aux direc leurs des fabriques et aux personnes instruites del position des ouvriers. .1 ai pu aussi prendre connaissance des investigations personnelles de ce savant conomiste. Voici, en dfinitive, le r< sullat succinct des miennes dans les districts manufacturiers de la Belgique. La population lotaledela Belgique, montant, selon les derniers recensements, i,*J 12,600 mes, n'offre runis dans les villesquelttl ,1 i i habitants, tandis qu'il y en a &,2&l f 4£6 distribus dans les districts ruraux, c'est--dire que la population urbaine est la population rurale comme 1 &,22. Cette proportion varie dans les diverses pi ovin ces entre le maximum de I (>, ( .) comme dans le Luxembourg, et le minimum de I 1,90 qu'offre la province d'Anvers. La classe ouvrire forme peu prs les trois quarts de la population, el elle parait tendre augmenter; car l'industrie manufacturire a pie un grand dveloppement dans ces dernii annes. Heureusement cette nombreuse population in lustrielle ne vit pas tout entire concentre dans

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    — 296 — les manufactures : elle se tient dans ses maisons ou dans de petits ateliers. La plus grande partie de ces gens, dans quelques provinces, comme dans les deux Flandres, est occupe aux manipulations qu'exige le lin : les foi les sont fabriques, non pas dans de grands ateliers, mais la campagne, dans l'intrieur des maisons peu prs, et par les cultivateurs, quand le mauvais temps les empche de travailler la terre; la fabrication de la dentelle occupe aussi iwi grand nombre de familles auprs de leurs foyers. La premire industrie se trouve menace par la filature du lin la mcanique, pour laquelle ont t formes diverses compagnies; dj M. Cockerill possde Lige une grande fabrique de filature et de tissage de lin mise en mouvement par une machine vapeur de la force de 90 chevaux. L'introduction de l'industrie du tulle a fait dserter l'intressante occupation de la dentelle par un grand nombre de femmes, qui se sont appliques la nouvelle branche, et qui dj subissent les tristes consquences de la concurrence trangre, avec laquelle ne peuvent lutter les journaliers de la Belgique, comme je l'ai indiqu en parlant de l'cole dominicale d'Anvers. Dans les fabriques de coton de Gancl, et dans d'autres de la province, les ouvriers travaillent quatorze heures par jour; pendant l't, ils prolongent leur travail jusqu' dix heures de la nuit, dans

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    — 297 — quelques fabriques. En gnral la dure du travail des ouvriers se fixe 72 heures par semaine; ear, sur les quatorze dont il vient d'tre question, il faut dduire celle du dner, les chmages du lundi, etc. Dans les ateliers particuliers le travail dure onze heures. On accorde une heure de repos pour le dner, et ordinairement les travaux ne sont pas interrompus par le djeuner. Les ouvriers apportent la fabrique une tartine qu'ils mangent quand ils peuvent. Dans les fabriques o Ton n'accorde pas de temps pour djeuner, on donne aux ouvriers le samedi un quart de jour de compensation, ce qui quivaut au temps de repos accord dans d'autres. Le terme moyen de la fcondit des mariages en Belgique prsente 4,6 enfants par mnage. Les personnes qui connaissent bien les classes ouvrires, m'ont donn le nombre de 5 et mme (i enfants comme le terme moyen le plus constant par mnage. Ces familles d'ouvriers ont coutume de vivre plusieurs dans une mme maison, mais dans des pices spares. Leurs habitations se trouvent ordinairement dans de mauvais quartiers, dans des rues troites et humides, mal disposes pour recevoir l'air et la lumire. Le mauvais tal des logements de Bruxelles a provoqu rcemment une enqute d'une commission du conseil de salubrit, qui prsenta ion rapport instnaclil le

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    — 298 1 er fvrier 1838. L'aspect des localits qu'elle parcourut, dit cette commission, l'affligea profondment: c'tait partout une pauvret monotone, de la salet ; il n'y avait nulle part de cours ni de jardins ; la population agglomre manquait des objets les plus indispensables, car le plus grand nombre des maisons n'avait ni pompes ni gouts, et 70 mnages environ devaient se contenter du mme cabinet d'aisance et de la mme pompe. Le spectacle intrieur parut plus triste encore, s'il est possible. J'ai vu ces quartiers bas de Bruxelles o vit la population ouvrire, et qui rclament avec urgence les rformes indiques par la commission ; mais la position d'autres villes populeuses de la Belgique est plus avantageuse pour les quartiers des gens pauvres, parce que les eaux ont une issue facile et l'air y circule librement. Quand ces deux circonstances se rencontrent, les familles se tiennent avec plus de propret, car elles ne voient pas leurs efforts contraris sans cesse par deux obstacles insurmontables pour elles. Ainsi cette observation peut se faire Gand et Bruges o les maisons des ouvriers sont en gnral assez propres et rpondent la juste rputation de la propret flamande. En gnral, dans le lit mme des parents dorment les petits enfants ; les autres, jusqu' l'ge (je 16 ans, sont runis, les garons dans un lit,

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    B09 — les filles dans un autre ; les plus grands couchent au grenier. Le mobilier de ces habitations est des plus simples ; mais communment il est propre, surtout dans les deux Flandres. Le dner consiste principalement en une soupe de pommes de terre, de pain et d'herbes ; le vendredi il se fait avec du lait battu, des harengs et des moules; tous les repas ces gens prennent du cal. Rarement ils peuvent acheter de la viande, except les ouvriers qui gagnent deux lianes par jour et qui ont une famille peu nombreuse. Dans ce cas, ils font un potage au gras au moins le dimanche; c'est ce jour-l qu'ils se rgalent avec del bire, ainsi que l'aprs-midi du lundi, joui choisi par eux pour se livrer au repos. Ouant aux salaires, les enfants employs dans les fabriques de coton gagnent 50 c. par jour; les femmes depuis 1 fr. jusqu' 1 fr. 50 c. ; les hommes de 1 IV. ."><) <•. 2 fr. Les fileurs gagnent ordinairement de n> 20 fr. par semaine; les tisseurs qui diligent les mtiers 12 fr, ; les petits garons et les petites filles 12 l ans qui conduisent un mtier, (i fr. par semaine; les hommes attachs par un emploi continuel i un mtier, 3 fr. par jour. Ces gains sont ordinairement infrieurs aux dpensesde la famille quand elle est nombreux Peux poux gagnanl ensemble 3 fr. par jourj peu-

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    — 300 — venl soutenir 4 enfants; mais si ce nombre augmente, ce qui est ie cas le plus ordinaire, les besoins se font sentir, on vit de privations et la moindre interruption dans le travail livre le mnage aux plus vives inquitudes. Les hommes se marient en assez grand nombre beaucoup d'entre eux aussitt qu'ils ont pass la conscription la plupart sans songer se procurer quelque aisance dans la vie. Les femmes contractent ces liens entre 18 et 20 ans, rarement 17. Les conomies que quelques ouvriers peuvent faire sur leurs salaires sont bien rduites, et il faut un grand fonds de prvision pour dposer les pargnes dans une caisse, quand on a souffert tant de privations dans la semaine ; nanmoins ce genre de prudence n'est pas si rare dans les ouvriers de la Belgique. Sur 8 900 qui se rendent annuellement dans deux filatures de Gand, jusqu' 30 avaient fait des conomies; mais la rvolution de 1 830, interrompant les travaux, obligea ces gens dpenser leurs pargnes. La crainte de paratre se trouver bien avec la journe qu'ils gagnent, fait qu'ils cachent leurs conomies aux fabricants. En outre les caisses d'pargne n'inspirent pas assez de confiance la classe ouvrire. Le plus grand nombre des dposants sont des domestiques. Les ouvriers de diverses villes s'associent

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    — 301 — entre eux pour se porter secours dans leurs maladies. A Bruges, par exemple, il existe un grand nombre de ces associations: ordinairement il y cri a une par mtier. La contribution est d'un sou par semaine, et moyennant ce versement, les associs ont droit a recevoir des secours dans la vieillesse, et la continuation de la journe lorsqu'ils se trouvent dans l'impossibilit de travailler. Les secours sont de M sous 1 fr. par jour, selon les besoins et l'tat de la caisse. A ceux qui s'estropient, on l'ait une petite pension; ce qui, joint l'avantage d'habiter dans une maison de Dieu (God-huizen), assure leur existence. Les tonds sont administrs par une commission d'ouvriers appele Serment. AGand, divers jeunes mdecins se sont entendus pour visiter ci secourir gratuitement, trois fois par semaine, les ouvriers malades. Les matres des Fabriques viennent aussi leur secours, au moyen de la masse des amendes qu'ils leur imposent dans la manufacture, quand ces ouvriers font mal ovi perdent une pice, el dont le produit est destin leur procurer des mdicaments el des secours, lorsqu'ils sont malades OU estropies. Une grande partie du lundi se trouve consacre i des distractions par les ouvriers de la Belgique Dans quelques cantons, ils ont coutume de i< rendre le dimanche la fabrique pour nettoyej I atelier ; mais le lundi on ne peut obtenir d'eux

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    — 302 — du travail, surtout partir de trois heures de l'aprs-midi. Les plus laborieux travaillent sans s'interrompre jusqu' cette heure ; mais ensuite ils vont avec leurs familles ou leurs amis aux estaminets si multiplis des villes et des faubourgs extra-muros. La boisson la plus ordinaire qu'ils consomment est la bire ; quelques uns boivent du genivre qui produit de fatales consquences. Ces runions d'ouvriers, le lundi, et celles qui se font journellement quand ils sortent de la fabrique sont nuisibles a la moralit de cette classe. La vie mme de l'atelier, si elle est efficace pour dvelopper l'intelligence, n'a pas moins de puissance pour gter le cœur. Cette triste influence s'aperoit plus dans les jeunes filles, cause de leur contact avec d'autres et avec des femmes vicieuses qui les excitent au luxe et la corruption. Toutes ces jeunes filles des manufactures de la Belgique sont bien vtues le dimanche, et la faible journe qu'elles gagnent ne peut suffire leurs dpenses. Le costume de cette classe reoit chaque jour une augmentation de valeur, tendant le rapprocher de la toilette des classes aises; dj le chapeau forme une partie de l'habillement d'une jeune ouvrire ; mais le plus souvent ce chapeau est le prix du sacrifice de la pudeur et de la vertu. La vie des fabriques laisse peu de temps pour L'instruction des jeunes gens, et moins encore

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    — 30 — pour leur ducation morale et religieuse. Beaucoup d'enfants se rendent aux coles pendant le jour, niais ils en sortent avant le temps. Le manque de salles d'asile leur fait d'ailleurs perdre les premires annes pendant lesquelles ils pourraient avancer beaucoup, a(in de n'avoir plus besoin que de deux ou trois ans d'cole primaire. L'ouvrier belge, d'aprs ce que j'ai pu observer rapidement, m'a paru naturellement intelligent el actif, mais dpourvu d'instruction industrielle. La o il y a des coles spciales comme Gand et Bruges, il s'applique beaucoup et se montre tn avide d'apprendre. Ordinairement il est content de son tat, quoique souvent il soit fort peu satisfait de son sort; mais si ce soit s'amliorait, jamais l'ouvrier belge ne penserait sortir de sa situation. On le voit aussi s'engager dans les fabriques pour un temps qui va jusqu' cinq annes, ce qui prouve qu'il aime sa profession. L'intelligence des ouvriers belges peul avoir reu dans ces dernires annes une forte impulsion vers le progrs industriel el les ides politiques, mais il ne me parat pas certainement ils ne trouveraient pas le bonheui

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    APPENDICE. N* I. PLAN ETJRGLEMENT d'uni SOCIT POUR L'AMENDEMENT DES JEUNES DLINQUANTS, TANT l'IUSOHNIKBS QUE LIBERES. Par M. SURINGAR, de Leeuwarde. (Indit.) DISPOSITIONS GNRALES. Art. I r La Socit porte le nom de Socit pour tamendemenl des jeunes criminels, tant prisonniers y ue librs. Art. 2. On entend par prisonniers ions ceux qui, ayant commis quelque dlit, ont t condamnes parla sentence d'une cour de justice un emprisonncmcnlt; par consquent ne sont pus compris dans celte catgorie ceui qui sont nus en pri son pour cause de vagabondage. Aki. Les jeunes criminels prisonniers dont la Sovn M IOLL. R U niLC. M. ?0

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    — 306 — cit se propose de faire les objets de ses soins, sont ceux qui l'poque de leur emprisonnement seront au dessous de l'ge de 18 ans, et les jeunes librs devront tre au dessous de l'ge de 20 ans Ce ne sera que dans des cas trs extraordinaires et pour des raisons particulires que la Socit se dpartira de cette rgle, en prenant pour, objet de ses soins une personne ge d'un ou deux ans de plus. Art. 4. L'anne sociale commence le 1 er janvier et se termine le 31 dcembre de chaque anne, BUT DE LA. SOCIT Art. 5. La Socit se propose un double but : A. D'aider les jeunes prisonniers de l'ge de S ans et au dessous devenir, par l'assistance et la bndiction de Dieu, cls hommes meilleurs, et comme tels de les rendre la socit, et d'employer? pour y parvenir, les meilleurs moyens qu'elle pourra trouver, mais surtout l'influence de la religion. B. D'assister les prisonniers librs au dessous de l'ge de 20 ans, qui, pendant la dure de leur dtention, auront donn des preuves incontestables d'amendement, tant dans leurs opinions que dans leur caractre, et qui en outre tmoigne-

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    — 307 — ront avoir une intention srieuse el sincre; de se conduire l'avenir dans la Socit d'une manire rgle et bien ordonne; on leur fournira les moyens de se procurer une situation par laquelle ils puissent subvenir leur entretien et tous leurs besoins, par le travail de leurs mains ou par une honnte industrie. MEMBRES DE LA SOCIT. Art. 6. La Socit reconnat comme membres tous ceux qui s'engagent payer annuellement, jusqu' n vocation, une contribution annuelle de deux... ou plus. Ain. 7. Elle reoit, avec reconnaissance, tous les dons qui lui sont faits, comme contributions extraordinaires, donations, lgfc, etc. ORCINISV | loi DE L4 S')C,I T*. A h i s L Socit se compose de diverses Jivisom et rres'ponddnCi i, Ut. *.'. Pour pouvoir tablir mie division, il Paul qu'il se runisse dans une ville ou commune ;m moins 10 membres qui v aient leur domicile ou du men

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    — 308 — dans les villages ou hameaux voisins du lieu o la division doit tre tablie. Art. 10. Sans avoir gard au nombre des membres, il devra tre tabli une division dans chacune des villes suivantes, savoir Art. 11. Il sera pareillement ncessaire d'tablir une division de la Socit dans chacun des endroits o elle pourra trouver convenable de former une Maison de refuge pour les jeunes librs. Art. 12. Dans les autres villes ou communes o le nombre des membres de la Socit restera au dessous de celui de 20, on nommera un ou plusieurs correspondants chargs de surveiller les intrts de la Socit et d'en avancer et assurer les succs. Art. 13. Une commission, un comit ou bureau, portant la dnomination de Direction principale de la Socit, est charg de prendre cœur tous les intrts gnraux de la Socit et de s'en occuper spcialement.

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    — 300 — OBGANISATION DE I,\ DIRECTION. Art. 14. Le pouvoir de faire des rglements et de prendre des rsolutions appartient une Assemble gnrale, compose des membres du comit de la Direction principale et de ceux des directions des divisions composant ainsi la Direction suprieure de la socit ; quand cette Assemble n'est pas runie, elle est reprsente par le comit de la Direction principale. Art. 15. Le comit de la Direction principale est charg ; A. De l'excution de toutes les rsolutions prises par l'Assemble gnrale. B. D'agir au nom de la Socit, dans tous les cas imprvus, toutes les fois qu'il va urgence. C. De rdiger et prsenter ladite Assemble toutes les propositions qui peuvent contribuer la ralisation du bul de la Socit, ou L'avancement de sa prosprit. D. De surveiller les finances de la Socit et Fcinploi de ses revenus annuels, d'aprs le mode dtermin par l'Assemble gnrale, sur les propositions Faites par ledit comit. K. D'tablir el d'entretenir des rapporta suivis ivre tous les tablissements el toutes les Socits, tant du pays que de l'tranger, qui peuvent ti<

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    — 310 — utiles l'accomplissement des vues del Socit. F. De contribuer donner celle-ci toute l'extension dont elle est susceptible dans tout le royaume. Art. 16. Le comit de Direction principale se compose de membres ordinaires et extraordinaires, et tient ses sances (*). Art. 17. Le nombre des membres ordinaires est de douze, celui des membres extraordinaires est indtermin. Art. 18. Les membres ordinaires choisissent chaque anne entre eux un prsident gnral, un trsorier gnral, un secrtaire gnral. Art. 19. Le prsident gnral dirige toutes les assembles sociales. Le trsorier gnral est charg de toutes les recettes et de toutes les dpenses. (*) Pour membres ordinaires, il convient de choisir surtout des hommes revtus de hauts emplois judiciaires, ceux qui sont chargs de la surintendance des prisons, ceux qui tiennent le premier rang dans le clerg, et ceux qui ont des relations commerciales trs tendues, ou des fabriques et usines trs importantes. Les membres extraordinaires doivent tre pris parmi les ministres du roi et autres grands fonctionnaires de l'Etat.

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    311 — Le secrtaire gnral est charg de la corn> pondanee et de la conservation de tous les papiers et rapports, comme aussi de la garde de tous les procs-verbaux et de toutes les notes qui ont rapport aux affaires de la Socit. Art. 20. En cas de dcs, de retraite ou de maladie prolonge d'un des membres ordinaires, ses collgues pourvoient son remplacement. Akt. 21. Les membres extraordinaires sont nomms pai l'Assemble gnrale, sur la proposition qui lui en est laite par le comit de la Direction gnrale \u. 22. Les comits de direction de ebaque division s< omposent de cinq membres; celui de la capital* est de sept. .. 23. La Socit sollicitera du ^ouvcrneiuenl la uo minalion d'une commission spciale charge de la surveillance des jeunes condamns qui auronl < h spars des autres duos la capitale. Celte corn mission sera assujettie aux prescriptions que lui don nera l'autorit suprieure. tu La Socit s'efforcera d'obtenir que cette commission se compose de telle manire qu'il

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    — 312 — trouve deux membres du comit de la Direction principale, deux membres de celui de la division du centre, et trois des directeurs des prisons de la capitale. Art. 25. Le comit de direction de chaque division choisit, dans son sein, un prsident, un trsorier, un secrtaire. Art. 2&. En cas de dcs, de retraite ou d'empchement absolu d'un des membres des comits de la direction de division, les membres restants proposent au plus tt un autre membre pour remplir la place vacante. Art. 27. Les comits de la direction des divisions sont exclusivement chargs de la rdaction et de l'excution de leurs rglements particuliers et domestiques. Art. 28. Les correspondans de la Socit sont nomms par le comit de la Direction gnrale, sur la proposition qui lui en est faite par les comits de la direction des divisions dont ils ressortent. Art. 29. Le comit de la Direction gnrale s'occupera de dterminer les limites du ressort de chaque division, et de dcider quelles communes y devront tre comprises.

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    — 313 — Art. 30. Dans la composition des comits de la direction des divisions, on donnera la prfrence, pour la nomination aux chefs des administrations locales. assemblie gnrale. Art. 31 L'Assemble gnrale, compose des membres dsigns dans l'article H, se tiendra toutes les annes, au mois de...., ; on pourra mettre plus tard en dlibration si l'on doit la tenir dans une autre ville tous tes trois ou tous les cinq ans. Art. 32. Chaque membre prsenta l'Assemble gnrale jouit d'une voix; dans les cas douteux, la voix du prsident dcide. Art. 33. Chaque membre de la Direction d'une des divisions a voix et sance dans l'Assemble gnrale; mais il n'est accord de ddommagement pour frais de voyage ei de sjour* pendant la dure de la session, qu' un seul membre de chaque division; la quotit de ce ddommagement sera dtermine ultrieurement. A III Dans la sance de l'Assemble gnrale* le s

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    — 314 crtaire gnral fait, au nom du comit de la Direction principale, un rapport gnral, divis comme il suit : A. Des oprations du comit de la Direction principale. B. De celles de chacune des divisions de la Socit. C. De Ttat gnral de la Socit. Ce rapport s'imprime et se distribue gratuitement aux membres de la Socit. Art. 35. Aprs la lecture du rapport, on devra dlibrer sur les points de dlibration prsents par le comit de la Direction principale (voy. art. 15 lettre C), et ensuite sur les propositions des comits de la direction des divisions. Art. 36, Ces dernires propositions devront tre envoyes au moins deux mois auparavant par crit, au comit de la Direction principale, pour que ce dernier puisse les insrer dans la liste des objets de dlibration. Art. 37. Quatre semaines avant la tenue de l'Assemble gnrale, les points de dlibration sont ports la connaissance de chacune des divisions de la Socit.

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    — 315 — Art. 38. Le trsorier gnral rend compte, dans celte Assemble, de tontes les rentres qu'il a opres, et de tous les paiemens qu'il a faits. Art. 39. L'Assemble nomme, sance tenante, une commission compose de deux dputs des divisions chargs d'examiner les comptes du trsorier el d'en (aire leur rapport l'Assemble afin que celle-ci les approuve, s'il y a lieu. MOYENS A EMPLOYER POUR ATTEINDRE LE BUT DE LA SOCITI I. Soins prendre des prisonnier s\ A. Sr'paration des jeunes prisonniers. Ait. 40. La Socit doit avant tout s'efforcer d'obtenir du gouvernement, en s\ulressant directement aux autorits comptentes, pu en employant l'eutremise de la Direction des prisons, qu'il soit tabli une prison spare pour la rclusion de tous les jeunes eondanmes qui se trouvent dans la catgorie indique l'art. 2. La Socit contribuera, autant qu'elle le pourra, ui\ frais d'un tel tablissement Ain. h. Jusqu' l'poque o ce plan aura pu rocevoii sa pleine el entire e\rutinn, l.i

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    — 316 — cera d'obtenir de la direction des prisons, qu'une partie de la grande prison del capitale soit mise en tat, par une sparation complte du reste de la prison, de recevoir les jeunes condamns susmentionns, de telle manire qu'ils ne puissent en quelque faon que ce soit, communiquer avec les autres prisonniers. Art. 42. Aussitt qu'un local convenable se trouvera prt, la Socit sollicitera le gouvernement l'effet d'obtenir que les ordres ncessaires soient donns pour y faire transporter tous les jeunes condamns de toutes les prisons du royaume, soit immdiatement, soit par la suite, pourvu toutefois que le temps de leur dtention s'tende au del de quatre mois. Art. 43. Les comits de la direction de chacune des divisions s'efforceront d'obtenir que les jeunes condamns dont la rclusion devra durer moins de quatre mois, soient nanmoins, dans les prisons o ils se trouveront, spars des autres prisonniers. B. Instruction lmentaire et religieuse. Art. 44. Aussitt que les jeunes prisonniers auront t runis dans un local spar, la Socit s'occupera

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    — 317 — de leur faire donner une instruction rgulire tant lmentaire que religieuse, dont elle supportera les Irais ayant soin de se conformer en le faisant aux ordres du gouvernement., et en s'entendant avec les membres de la direction des prisons. On recommande particulirement de s'attacher donner le got et favoriser l'tude des chants religieux. Art. 45. Les comits de la direction des divisions feront en sorte que les jeunes prisonniers qui, en raison de la courte dure de leur rclusion, doivent rester dans les prisons qui se trouvent dans leur ressort, aient l'occasion de s'instruire dans la lecture, l'criture et le calcul. A ht. 4 6 La Socit emploiera un ecclsiastique particulier en faveur des jeunes prisonniers et se chargera de ces liais. Aiu. 47. Outre les exercices du culte auxquels ils assisteront les dimanches et les jours de fles, les jeunes prisonniers entendront aussi, dans le cours de la semaine, une explication du catchisme. Au.. iS. L'ecclsiastique visitera frquemment les jeunes prisonniers, il s'attachera connatre chacun d'eus en particulier et les difier ci conduire au bien

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    — 318 — par ses exhortations tant gnrales que particulires. G. Travail. Art. 49. Dans tous les cas o les jeunes prisonniers seront employs par le gouvernement un travail suffisant et convenable, la Socit n'aura pas besoin de s'occuper ultrieurement de cet objet; mais, pour accomplir les vues exprimes dans l'article 5, lettre A, elle s'efforcera de les faire concider avec les vues bienfaisantes et avec les arrts du gouvernement. Art. 50. Si aucun travail n'tait fourni par le gouvernement, ou bien si ce travail n'tait pas suffisant, alors la Socit, ou la Direction particulire de la prison pour les jeunes condamns, s'appliquerait faire apprendre un mtier ceux qui n'en connatraient aucun; et ferait en sorte que ceux qui ont la connaissance d'une profession quelconqne trouvassent les moyens de l'exercer, de sorte que tous eussent une occupation constante. Art. 51. Autant que cela pourra s'accorder avec l'ordre tabli dans les prisons et avec les rglements existants, on s'efforcera de faire apprendre aux jeunes prisonniers quelque mtier ou profes-

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    319 — sion dont on pensera que l'exercice pourra l< tre utile et avantageux quand ils auront obtenu leur libration. Art. :Y2. Le prix du travail sera rgl plus tard par des dterminations rglementaires; tous les profits en rsultant appartiendront aux prisonniers. Ils seront places au nom et pour le compte de chaque individu dans une caisse d'pargne, et formeront son pcule de sortie. D. Stipulations gnrales sur la manire de diriger les soins a prendre pour les prisonnier^ Aim. £j3. La Socit prendra soin qu'il v ait dans la prison pour les jeunes condamns une collection le livres cj polit nombre, mais utiles, pour leur servir d< lecture. Aiu. 54. La Socit pourra, si (die le trouve ncessaire, et sous la surveillance du comit de la Direction principale, Faire composer, ou faire traduire des langues trangres, des ouvrags plus particulirement propres servir (V lecture aux prisonniers. A ni. I La Socit, pour parvenir ce but propos des concours et promettra des prix, tftii'di tre dtermines puI assemble ^nfifrJe

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    — 320 — Art. 56. Libert tout entire sera laisse chaque prisonnier de faire usage ou non, d'aprs sa conviction et sa conscience, des livres ou crits qui pourront tre distribus dans la prison. Art. 57. Les directeurs de division devront, aprs en avoir demand et obtenu l'autorisation, visiter constamment les prisonniers et tcher d'oblenir une entire connaissance de leur manire de voir, de leurs dispositions, de leur conduite et de leur situation. Art. 58. On devra trouver la direction de la prison, des registres dans lesquels on inscrira le nom de chacun des prisonniers, son crime, la peine laquelle il est condamn, et on y notera ensuite tout ce qui concerne sa conduite pendant son sjour dans la prison. II. Soins donner aux prisonniers librs. Art. 59Les directeurs des divisions prendront soin de se faire informer aussitt que possible de l'poque ou chacun des prisonniers devra tre libr, ainsi que du montant du pcule de sortie qui lui revient, suivant l'art. 5, lettre B; ce qui mrite l'attention et les soins de la Socit un degr plus ou moins grand, selon les circonstances.

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    — 32! Art. 60. On mettra par la suite en œuvre tous les raovens dont on pourra disposer, afin de procurer ceux qui rentrent dans la socit l'assistance ncessaire pour qu'il parviennent gagner honntement leur subsistance. Art. 61. Pour arriver ce but, on adoptera les principes gnraux suivants : A. Chaque prisonnier libr fera en sorte, autant que la chose sera possible, de trouver de l'emploi dans le lieu de sa naissance, ou dan^ celui de sa dernire rsidence. B. On emploiera pour aider le prisonnier libr les Tonds rsultant de son travail, designs cidessus sous la dnomination pcule de sertie* C. Dans tOUS les soins que l'on prendra pour aider le prisonnier libre, et avec loute la bienveillance possible, on ne poussera pas l'intrt et le /le au point de causer du dommage ceux qui lOnJ demeures honntes (*) Voici ce qua j'entende parM Quand un emploi \ Nn sollicite par liv peraonnea, dont l'une svi un prisonnier li' m si l'on accordait In prfrence celui-ci, l'on rerail sert ans neuf autrea. Il faut ac garder de toute esuei iti d dana les soins <|iic l'on prend dea prinonnirrs libres, i-omnie iluis les qu'on lent accorde, poui ju 'on ne puisse pai conaidi n i un privilge d'aToii i ni quelque mauvaise action et que oeus q par exemple, ont drob, ne se tirent pas mieux d'affaire que oi .ont demeures hot n to 11 faut bien lei aidei m us toui il

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    — 322 — Art. 62, Trois mois avant l'poque d la libration d'un prisonnier, le comit de direction de la division o il se trouve, s'entendra avec la direction divisionnaire ou avec le correspondant de l'endroit o le prisonnier avait prcdemment son domicile, pour aviser aux meilleurs moyens prendre l'effet de lui procurer un gagne-pain ou une occupation convenable. Art. 63. cette fin, il sera fait, sur chacun des prisonniers qui se trouveront dans ce cas, un rapport qui sera dress d'aprs le modle annex la suite du prsent rglement, et ce rapport sera expdi de bonne heure l'endroit o le prisonnier se propose de se rendre aprs sa libration. Art. 64. Dans le cas o le comit divisionnaire de direction, ou le correspondant auquel on s'adressera, ne verrait aucune chance de pouvoir aider le prisonnier librer, on pourra rclamer l'assistance de la Direction principale. avec prudence et mesure. La nature et le droit leur donnent une place dans la socit civile : ils ne l'ont perdue que pendant le temps qu'ils ont pass dans la prison. Ils reprennent ensuite la place qui leur appartient, et il serait injuste de leur dire : Il n'y a pour vous aucune place. Mais voici ce qu'on peut leur dire : Non seulement vous devez vous contenter d'une petite place ? mais mme de la plus petite } car, par votre faute, vous avez perdu le droit de prtendre une meilleure; nanmoins l'amendement dans la conduite donne l'esprance d'un meilleur sort.

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    — 323 — Art. 65. La Socit tablira, par manire d'essai, une Maison de refuge pour dix prisonniers librs, afin d'y recevoir ceux qui mritent l'assistance de la Socit, mais qui, pour le moment, on ne peut russir procurer soit du service, soil quelque espce d'emploi. A m 66. On s'occupera ensuite rdiger et arrter un rglement pour le rgime d mie telle Maison de refuge, qui sera place sous la surveillance de la direction divisionnaire dans le ressort de laquelle elle se trouvera place. Art. I Les comits de la direclion des divisions de la Socit el les correspondants qu'ils amont tablis, exerceront une surveillance active sur la conduite des prisonniers libres qui seront devenus losob? jets des soins de la socit. A.u 6 Ils liendroni un registre dans lequel ils auront le soin d'inserire tout ce qui sera venu leur connaissance i elaiivemeni a la conduite de chaque individu de cette catgorie. Ut; En eas d urgence, ils pourront correspondre immdiatement avec la Direction principale,

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    — 324 — Art. 70. Ils enverront chaque anne au comit de Direction principale un rapport de leurs oprations, et de tout ce qui leur sera survenu tant l'gard des prisonniers que des librs. III. Finances, 'Art. 71 L'on encaissera chaque anne le montant des souscriptions tant ordinaires qu'extraordinaires, des membres de la Socit. Cette rentre s'oprera ainsi que celle des dons faits la Socit par l'intermdiaire des comits de la direction des divisions et des correspondants de la Socit. Art. 72. Les correspondants rendront compte de ces rentres dans le mois de juin de chaque anne, et en verseront le montant entre les mains du trsorier de la division laquelle ils appartiennent, en retenant leurs dbourss. Ils remettront en mme temps une liste des membres qui se trouvent dans le district affect leur correspondance. Art. 73. Les comits de la direction des divisions de la Socit rendront compte chaque anne, au mois de juillet, au trsorier gnral, tant des paiements que

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    32b — leur font les correspondants ci-dessus dsigns, que des souscriptions ordinaires, et extraordinaires, dons, etc., toujours galement sous la dduction de leurs dbours. Art. 74. Il sera nanmoins permis aux comits de direction des divisions, de retenir en caisse telle somme qu'ils jugeront ncessaire pour subvenir aux dpenses ventuelles qu'ils prsumeront avoir faire pendant le reste de Tanne pourvu toutefois qu'ils en donnent avis au comit de Direction gnrale. Art. 75. Dans le cas o une division de la Socit serait hors d'tat de suffire par ses propres rentres aux dpenses qu'elle aurait faire, elle pourra adresser la Direction gnrale une demande dont le montant sera, s'il est ncessaire, dtermin par un rglement ultrieur. Art. 76. Dans le cas de changement de domicile de quelqu'un des membres de la Socit, le comit de division, ou le correspondant demeurant dans la commune o ce membre rsidait donnera connais* sance de ce changement au comit de la direction de division ou au correspondant de la eomimme dans laquelle ou prs de laquelle le susdit membre aura Iransporle son domicile

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    — 326 — Art. 77. Le comit de la Direction principale emploiera pour le moins un quart des contributions annuelles, en y ajoutant tous les dons ou legs qui seront faits la Socit, pourvu toutefois que les dispositions des donateurs ou testateurs ne s'y opposent pas la formation d'un fonds assur portant intrt ; la rente provenant de ce capital sera verse dans la caisse gnrale de la Socit (*). Art. 78. Les comits de la direction de chacune des divisions envoient toutes les annes, avant le 1 er fvrier, au comit de Direction principale un tat contenant : A. Le nombre des membres de leur division, ainsi que le montant de toutes les recettes et contributions. B. Un relev semblable l'gard de chacune des correspondances de leur ressort. C. Le montant des frais d'administration et des (*) Dans le but d'empcher que 1 existence ou le succs de la Socit dpende du plus ou moins grand nombre des membres et pour en assurer la continuation la formation d'un fonds capital perptuel est de la plus haute importance. La Socit Nerlandaise pour l'amlioration morale des Prisonniers reoit de temps autre des legs qui lui sont faits par dispositions testamentaires Un philanthrope a donn, au lieu des deux rixdalers et demi, cent rixdaters banco au fond perptuel de la Socit, qui s'lve maintenant plus de 80,000 fl. courants de Hollan4e.

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    — 327 — dbours, tant de la division elle-mme que de chacun des correspondants. I). T.c montant des (rais et dbours faits en faveur des prisonniers. E. Le montant des dbours occasionns par chacun des prisonniers librs. F. Le montant des sommes remises au trso rier gnral de la Socit, tant celles qui lui on! t transmises compte ou pour solde, que celles qui ont t retenues pour parer aux dpens ventuelles ou prsumes. DISPOSITIONS GIRALRS. \im. 79. Il ne pourra tre lait aucun changement ni aucune addition quelconque ce rglement que sur une proposition particulire qui de\ ra et reprsente sur les points de dlibration soumis l'approbation de l'Assemble gnrale. Ut. 80. Aussitt que la Socit se composera de 600 membres, elle se considrera comme constitua Les fondateurs auront alors soin que le comit
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    — 328 — n il UN DES DISCOURS ADRESSS PAR M. SUR1NGAR AUX PRISONNIERS DE LA MAISON CENTRALE DE Z.EEUWARDE EN HOLLANDE. ( Indit. — Voy. pag. 309 du 1 er vol.) LES ENFANTS DES PRISONNIERS. Mes amis, Je veux vous parler aujourd'hui des chagrins et des regrets que doit veiller en vous l'ide de votre condition; certes, ils sont douloureux les regards que vous jetez sur vous-mmes dans cette prison o vous voil captifs. Mais c'est surtout vous, pres et mres de famille, que les tristespenses doivent se prsenter; vous songez aux enfants de votre affection, ces enfants dont vous tes spars, et que vousavez laisss dans le monde comme des malheureux abandonns. Vous le savez, n'estce pas, combien est prcieuse pour cette jeunesse inexprimente la prsence de ceux auxquels elle doit le jour? L'enfant a-t-il donc ici-bas quelque chose qui lui soit plus cher que ses parents ? peutil exister pour lui une perte plus douloureuse que celle de sa famille? Que sont, au prix de cela, tous les trsors du monde ? O trouvera-t-il cet amour illimit, ces soins tendres et dvous, dont il fut entour son berceau? Ira-t-il frapper

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    — 329 — la porte de l'tranger? ra-t-il implorer comme une aumne ces bienfaits paternels don! la source est dsormais perdue pour lui? Peut-il y avoir jamais, dans la gnrosit mme de l'tranger, rien qui puisse avoir autant de prix que l'amour de ceux auxquels on doit la vie? L'tranger travaillc-t-il le jour, veille-t-il toute la nuit, pour donner du pain l'enfant dont il n'est pas le pre? Et ces travaux, ces veilles ne sont pointant rien pour une mire dont toute l'existence est un long dvouement! Que dis -je, dvouement? n'est-ce pas pour elle un bonheur (pie de s'imposer pour son (ils les peines et les privations? n'est-ce pas un bonheur pour elle que de partager avec lui le pain del journe; que de renoncer pour lui-mme sa propresubsistance? Et quelle protection que celle des pres et mres Quels dangers ne bravent-ils pas pour prserver et dfendre l'enfant de leur affection! Que de morts ifalfronteraient-ils pas pour sauver l'existence de ces tres chris I Nous voyons dans l'histoire des exemples merveilleux de ee dvouement sans limite. Je veux vous ci 1er un de ces exemples; un fait qui s'est pass pendant la rvolution franaise: ce rcil vous intressera d'autant plus que la prison a t le thtre de l'vnement que je vais retracer. Dans ces jours de terreur, ee n'tait pas seurament pour lesCOUpableS que les prisons ouvraient Leurs terribles guichets. Quand la France opprim*

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    — 330 — gmissait sourdement sous la sanguinaire tyrannie de Robespierre, des milliers d'innocents taient entasss ple-mle dans les cachots ; l condamns mort sans distinction ni d'ge, ni de sexe, ni de condition, victimes acquises au bourreau ine leur restait plus qu' rpondre au dernier appel du gelier et monter sur la fatale charrette ; encore, dans ce? te large part qu'on faisait chaque jour l'chafaud, peine avait-on le loisir et la volont de s'assurer de ceux que la hache attendait : je le rpte, enfin, entasss plemle, ils mouraient aussi ple-mle. A cette poque, un jeune homme, du nom de Loizerolles, comparut devant le tribunal rvolutionnaire: c'est vous dire qu'il tait condamn, et que les portes du cachot allaient bientt se refermer derrire lui. Son pre l'y suivit: il n'avait pas voulu se sparer de son fils. Vieillard cheveux blancs, il voulait soutenir le jeune homme dans sa dernire preuve. Ce jour l mme la sentence devait tre accomplie : il ne fallait pas que le bourreau attendt long-temps sa proie. Fatigu de ses motions, abattu, accabl, le jeune homme s'tait endormi dansson cachot. Son pre veillait prs de lui ; tout coup le verrou crie, le guichet s'ouvre, le gelier, accompagn des sbires de la rpublique, se prsente une liste la main, et appelle, tour de rle, les malheureux dont la dernire heure a sonn.

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    — 331 — il appelle : hoiierplles > — Personne ne r* pond. Une seconde lois: Loizerollcs! — Loiszerolles Mme silence... Le pre seul a entendu cet appel de la mort. C'est son fils qu'on rclame, son (ils qui repose assoupi sans ide ni de la mort ni de la scne horrible laquelle il doit prendre part. < v )ue faire en celte circonstance ? l'veiller pour lui dire que le bourreau l'attend, rouvrir ses yeux pour les voir se fermer sitt sous le poids du sommeil ternel ? Au milieu de ces rflexions et de ces angoisses, le nom de Loizerolles a retenti pour la troisime lois. Alors une pense soudaine; traverse l'esprit du vieillard, une de ces penses qui ne peuvent jaillir que du cœur d'un pre: on appelle son (ils, c'est lui qui rpondra. Cette inspiration de dvouement, il l'accomplira en sijence ; une seconde fois, il donnera la vie sou Gis. 11 se prsente aux sbires, et se met a la 6 le des condamnes qui vonl partir pour l'chafaud. Mais, avant de quitter la prison, il revienl encore vers son Bls,ei se penchant i ers lui : "Dors, mon (ils, lui dit -il, dorsdu sommeil heureux qui te cache la vue de ton pre qui \.t mourir pour loi; ne Je rveille pas trop toi : attends que le sacriGce oit accompli, a A ansm i l'embrasser, de peur que ce baiser, en veillant son fils, ne vienne mettre obstacle a SOU Ocvouement il le quitte pour jamais; i! monte a l'chafaud, el tendant sa tte la hache, il luurmun

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    332 — ces derniers mots : Dieu, protge mon fils! Pres et mres! voil ce que peut l'amour paternel! Hlas, il faut l'avouer, tous les pres ne suivraient pas un exemple si gnreux! N'en a-t-on pas vus, et n'en voit-on pas encore, qui loin de regarder comme un prcieux privilge le nom sacr qu'ils portent, le considrent comme un fardeau ? N'en voit-on pas encore qui se soucient, peine des enfants que Dieu leur a donns; qui refusent de s'imposer pour eux le moindre sacrifice, qui ne songent pas leur donner une ducation morale ? N'est-il pas vrai que ces pres dnaturs vont jusqu' ngliger la sant de ces pauvres enfants ; et, chose affreuse dire, ils les laissent mourir dans ce triste abandon. Ils se consolent ensuite par cette pense dplorable et trop peu mdite: que pour les pauvres d'ici-bas, le cimetire est un refuge. Quels que soient les exemples de cette dpravation morale, il faut grce Dieu, reconnatre qu'ils ne composent encore que les exceptions. Il est rare de rencontrer ces tres sans entrailles, indignes du nom de pre, comme indignes de figurer parmi les membres de l'humanit; mais l'hte des bois, l'animal priv de raison a du moins cet instinct de la nature qui le porte soigner ses petits ; et l'homme, l'homme grand Dieu! ne semble-t-il pas. dans cet trange oubl

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    — 333 de la nature, fouler son enfant sous ses pieds! Pres et mres qui m'coulez! sans dente, j'en suis convaincu, vous n'ayez pas encore touf l dans votre cœur celle affection si puissante qui finis unit vos enfants. Sans doule, vous seriez prts pour euxlousles sacrifices. Vous avez pu sortir des voies de la vertu, vous avez pu manquer airs lois de la socit, tous avez pu ngliger l'ducation de ceux qui vous doivent le jour ; mais je vous rends la justice de croire que ces enfants ont h ut votre amour, que vous les prfra ;i tout sur la terre, el que mme, au prix de votre sang, vous voudriez acheter leur bonheur. Pourtant, ils sont loin de vous; vous vous tes spars de votre famille : ils vous manquent et vous leur manque/ vous dont ils avaient tant besoin. Et, quand vous les ave* quitts, ils taient jeunes, peut-tre; ils taient suspendus au sein de leurs mres, et maintenant abandonns, seuls au milieu du monde, ils n'ont d'autre ressource que La charit d'autrui. Ils ont grandi sans feu m lieu, errants et va-ahnnds, vivant au jour le jour; et quand on leur dni m
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    — 335 — monde! Les fils sont responsables des fautes de leurs parents. Votre cœur ne se brise-t-il pas ces tristes penses : pourriez-vous yoir de sang-froid se drouler ainsi devant vous le malheur de vos enfants? N'avez-vous point, par moments, de ces lans de Tme qui vous portent briser les verroux et les grilles pour vous prcipiter dans les bras de ces vritables orphelins. Que dis-je ? n'tes-vous pas tout prts mourir pour eux?... Infortuns! cette consolation mme et cette facult vous manquent: vous tes en prison, vous tes enchans, vos yeux ne peuvent contempler le sourire de vos enfants, vos oreilles ne peuvent entendre le doux nom de pre et de mre, ce nom qui rjouit le cœur! Hlas! mes amis, que faire a tout cela? Irezvous vous livrer des douleurs excessives? Vos soupirs, vos larmes, votre dsespoir ne cesserontils point? Une douleur sans bornes et d'impuissants souhaits troubleront-ils toujours votre sommeil, ou bien chercherez-vous dans les conversations abrutissantes et criminelles l'oubli de vos enfants? — mes amis, cette conduite serait dplorable, ce serait agir en insenss et non pas en chrtiens — Le pass est consomm, il n'y a plus rien y changer ; mais savez-vous quelle ressource vous reste ? Celle de supporter avec courage, d'une faon convenable et utile, cette sparation qui vous dchire le cœur. Dieu veuille que les r-

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    — 335 — flexions suivantes lassent natre en vos cœurs celte heureuse disposition. ( Celte sparation vous dchire le cœur; el quel est, je vous prie, le motif de celte souffrance morale? — Ce motif, c'est le pch. C'est le pche qui a enlev vos enfants de vos bras, qui les a privs de vos soins, et cependant vous voudriez encore le nourrirdans votre cœur; vous pourriez le prfrer ces tres in fort unes dont, il a empoisonn la vie, auxquels il a arrach ce qu'ils avaient de plus cher et de plus sacr dans le monde? Non, mes amis, il n'en sera pas ainsi: haine implacable au pch, l'ennemi de vos enfants! Tel doit tre le premier fruit de cette douloureuse sparation. 2 Votre faute et votre infortune ont compromis le sort de vos enfants ; les crimes qui vous ont amens dans cette prison ne sont pas retombs sur vous sc.'h : votre faute a etc pour eux comme pour vous une source de calamits. Si vos larmes vous le permettent, comptez seulement les mres qui sont ici enfermes avec vous, et comptez leurs enfants Le nom h reu scia grand, d' ces p invns infortuns laisss l sans secours, sans appui, sans protection. N'est ce pas l, je le demande, un spectaclc provoquer des pleurs;* () mesamisl reconnaisse/ vos fautes, ne cher < hezpas les amoindrir, A genou* devant le Dieu que vous avez ol

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    — 336 — fens, devant le pre des misricordes que vous avez attrist, demandez-lui grce et pardon! Il vous avait accord des biens prcieux dans vos enfants; vous tiez riches de leur amour, vous pouviez tre heureux ; vous vous tes rendus par vos crimes pauvres et infortuns Si les parents sont ici-bas les reprsentants de la divinit, n'estil pas vrai que vous avez failli votre mission, que vous avez misrablement dfigur votre modle, que vous avez abandonn en lches le poste o il vous avait placs ? Oh cette pense l doit encore aggraver le poids de vos fautes; elle doit redoubler encore tous les motifs que vous avez de vous humilier devant l'Etre suprme. Je vous convie donc, mes amis, un sincre repentir ; je vous appelle reconnatre devant le Crateur toute votre infirmit et toute votre abjection : quelque lgre que soit l'erreur ou la faute qui vous a conduits dans ce lieu, elle n'en a pas moins plong vos enfants dans l'abme, et ds lors, cette erreur est grave, cette faute est dplorable, et ce triste fardeau doit oppresser votre cœur. Dans les voies du repentir, le premier pas faire, c'est de s'humilier. Il est crit: Dieu tient rigueur aux orgueiiieux, mais il pardonne aux humbles. 3 Cependant il ne suffit pas de prendre le pch en horreur et d'entrer dans les voies du repentir : il faut encore se prmunir contre les tentations et les carts futurs. Il ne faut pas en-

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    — 337 — foncer de nouveau sur la tte de vos enfants la couronne d'pines que vous y avez mise par un premier crime ; il ne faut pas ajouter la misre dans laquelle vous les avez plongs. Si maintenant vous suivez ce sentier de dsordre et de crime dans lequel vous tes entrs, chaque jour apportera de nouvelles taches au nom de vos enfants, de nouvelles peines leurs cœurs. Voyez-les, ces pauvres cratures! Comme elles tendent les mains vers vous! ces mains encore hai^nes des larmes qu'ont fait couler vos souillures passes. O mon pre! o ma mre! s'crient-ils, reviens la vertu! suis-la pour guide et ne retombe plus dans tes anciennes erreurs. — Et cette voix d l'amour filial vous trouvera-t-clle sourds ses accents? Ne frapperat-elle ni vtre oreille ni votre cœur? Et n'est-il pas frai que l'intrt de vos enfants suliira pour vous retenir dsormais dans la pratique du bien ? r 11 ne faut pas toutefois que ce bonheur aprs lequel vous aspirez sans doute, vous lasse seulement abandonner le mal ; il tant encore que nous preniez la resolution de mettre le bu n la \)lact
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    — 338 — seuls que la Providence vous ait remis, et ici sur tout votre responsabilit est grave. Si vous-mmes vous violez plaisir toutes les lois de la vertu, comment pouvez-vous esprer, comment pouvezvous exiger que vos enfants y demeurent fidles? Lorsque vous leur donnez l'exemple du crime, peuvent-ils s'inspirer des sentiments du bien ? Ce seraient d'tranges leons dont on vous demanderait compte un jour. Car en supposant mme que, fidles jusqu' un certain point la mission qui vous est impose, vous ayez toujours eu soin de donner vos enfants les principes de la religion et de la probit, de quoi tout celapouvaii-il servir, lorsqu'ils vous voyaient si prompts dmentir vos prceptes, lorsqu'ils trouvaient en vous des exemples si contraires vos paroles? Oh c'est que les paroles sont de bien peu de poids, quand les actions ne les ratifient point! et, songez-y bien ici, les enfants suivent toujours la conduite de leurs parents, et ce n'est pas en vain que la sagesse des nations a dit y, tel /ire, tel fils. Ainsi donc, pres et mres apprenez bien faire pour que vos en fans l'apprennent de vous. Pensez-y bien, au jour du jugement, les mes de vos fils et de vos filles vous seront redemandes, et quand le grand Juge du ciel et de la terre vous dira, dans son imposante majest : Avezvous conduit vos enfans vers moi et vers le ciel? ou bien les avez-vous dirigs vers le lieu des ter-

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    — 339 — nels supplices? Pres et mres, quelle sera votre rponse? 5 Mais, me direz-vous peut-tre : t Que me sert-il, infortune, d'entendre et de savoir tout cela ? Les murs d'une prison m'environnent, et avec la meilleure volont, tous mes voeux et tous mes efforts ne me rendraient pas le pouvoir de faire du bien mes enlans. Il y a quelque vrit dans cette objection, et cependant je ne dsespre pas de la rfuter. Je vous ai dit que si vous aimiez vos enlans, il fallait rompre avec le mal et faire le bien dsormais. Mais ce n'est pas l l'ouvrage d'un moment, dune heure, d'un jour : pour briser avec l'un et pour adopter l'autre, il faut beaucoup de zle, beaucoup de persvrance ; il y a des combats livrer, des prires adresser au ciel; car n'allez pas ici vous imaginer que si demain vous retourniez vers vos enfinis, il serrt en votre pouvoir de ne plus leur donner (pie de bons et utiles exemples (le ne plus tre, pour eux, qu'un modle irrprochable ; re serait l une grande erreur. Vous tes ici placs sous une surveillance svre, el pourtant vous y faites le mal; que serait-ce donc si VOUS tiez livrs VOUS mmes ? \v.uil dV.spirer .1 conduire vos enfants, il faut apprendre ici vous conduire personnellement. Or, tant que vous servirez le pch, vous sera loin de pouvoir vous diriger en libert* L'homme qui es! astreint an

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    — 340 — pch n'est pas un homme libre, c'est un esclave : et mme hors de la prison, il entend toujours le bruit de ses chanes. Avant de retourner vers vos enfants, il faut que vous les aimiez plus que toute chose au monde ; et tant que vous pcherez, vous leur prfrerez le mal : vous sacrifierez au mal leurs intrts les plus chers. Sur tous ces points, mes amis, vous tes, j'en suis assur, d'accord avec moi ; vous avouez., avec moi, qu'il est bien difficile de secouer les habitudes du vice pour adopter celles de la vertu. Je vous le dis en vrit, il faut, pour cela, se livrer un exercice journalier. Or, celte pratique du bien n'est pas incompatible avec la prison : vous pouvez y consacrer le temps de votre captivit; chaque jour vous pouvez dompter quelque penchant vicieux cultiver et dvelopper quelque disposition honnte. De cette faon, mes amis, vous vous prparez devenir essentiellement utiles vos enfants; vous vous disposez a leur donner, aprs votre largissement, les exemples d'une conduite rgulire irrprochable et vritablement paternelle. Ainsi le temps de votre peine ne sera perdu ni pour eux ni pour vous : il vous apportera au contraire d'immenses avantages et vous gagnera des sicles dans l'ternit. N'est-ce pas en effet gagner un temps infini que d'tre sauvs dans l'ternit? Si au contraire vous voulez persister dans

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    — 341 — votre iniquit, il ne vous est plus permis cl 'aspirera revoir vos enfants; il ne leur est plus permis eux de souhaiter votre retour, car de quelle utilit peuvent tre un pre et une mre qui ne crai gnentniDieu ni les hommes:* Certes, au milieu de* trangers parmi lesquels ils se trouvent, ils rencontreront sans peine des gens qui leur sont plus utiles (pie de semblables parents. 6 Et en elt, un tranger vertueux n'est-il pas mille fois plus utile pour ces enfants qu'une mre et un pre vicieux? Sans doute, il ne les environne pas d'un amour aussi tendre, mais il leur donne une ducation sage et honnte; sa svrit mme ne lait que leur imposer une obissance ei une crainte salutaires. Oh de quelle reconnaissance ne doit pas tre rempli le cœur des parents, lorsque pendanl leur captivit leurs enfants peuvent rencontrer de tels protecteurs Mais souvent au contraire, au lieu d'exprimer ces sentiments de gratitude, les prisonniers ne foni entendre que des plaintes el des reproches. Souvent lorsqu'un gouvernement sage ou des citoyens charitables ouvrent pour les fils des captifs un asile o ils peuvenl se rfugier, ow regarde C6S dispositions protectrices comme un surcrot de chtiment. Je connais des parents qui s'ils osaient et s'ils pouvaient le Faire, ordonneraient ces enfants d'abandonner leur asile el prfreraient les VOIT mendier leur pain plutt que
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    — 342 — eur voir apprendre des choses bonnes et utiles. Est-ce l, je le demande, le caractre de l'amour paternel ? Non, mes amis. Spars de vos enfants, si vous voulez trouver quelque sujet de consolation, rappelez-vous quelquefois que par votre loignement, ils ont, certains gards, plus gagn que perdu. Voyez quel et t leur sort, si le mal que vous avez commis n'et pas t dcouvert, et si vos enfants, encourags peut-tre par votre impunit, fussent enfin devenus vos imitateurs ou vos complices. Rjouissez-vous donc l'ide des soins prvoyants dont ils sont maintenant l'objet. Gardez-vous de chercher mettre aucune entrave la sollicitude dont on les environne. Vivez en repos sur leur compte ; reposezvous en toute scurit sur les gens sages et vertueux qui ont assum toute la responsabilit dont vous avez t dpouills, et dites-vous quelquefois que si par votre perversit ces enfants sont devenus orphelins, du moins ils ne sont abandonns ni de Dieu ni des hommes. Je dis qu'ils ne sont pas abandonns, et vous pouvez en juger par vous-mmes. Sans doute vous avez eu quelquefois piti des enfants d'autrui; et qui sait? il y a peut-tre parmi vous des prisonniers qui, indigents eux-mmes et chargs d'une famille nombreuse, ont adopt par compassion des enfants abandonns ou orphelins : de semblables exemples ne sont pas rares. Rappelez-

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    — 343 — vous cela lorsque l'inquitude s'emparera de vos cœurs; songez qu'en gnral les enfants sont des objets de piti que bien des personnes vertueuses s'imposent avec plaisir tous les sacrifices ncessaires pour amliorer la condition de ces jeunes infortuns qui n'ont plus de famille. Lorsque dans cette prison vous comprenez combien il est affreux de laisser ces enfants la merci d'autrui, ne cherchez pas du moins entraver les actes de bienfaisance dont ils sont l'objet; efforcez-vous au contraire d'y contribuer autant que possible, et vous rendrez ainsi vos enfants un service important et salutaire. Peut-tre quelquefois vous a-t-on propos du les placer dans une institution publique, dans un asile de charit, et peut-tre avez-vous refus i offres bienveillantes. Vous avez mal agi, infortuns: vous-mmes vous ne pouvez, rien pour vos enfants, et cependant vous entrave/ les bienfaits dont on veut les combler; vous empche/ lsmes gnreuses de remplir la mission qui vous a t donne et a laquelle vous ne pouvez, suffire. Mais j'en ai dit assez l-dessus; je reviens mit ce principe que j'ai dj trait: Soi-nez ici voire ducation, pour que, rendus ?os enfants, vous puissiez soigner La leur. 7 (Mais CC mot : • rendus vos enfants je vois des larmes baigner les yeux de quelques uns d'entre vous ; j'entends de douloureux sou-

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    — 344 — pirs et je comprends ce qu'ils signifient. Quelques uns de vous me diront en effet : Mais personne ne nous attend ; nous n'avons point de famille au dehors, toute notre famille est ici prisonnire comme nous : nous sommes spars d'elle; et cependant sous le mme toit, le mme crime et le mme chtiment font gmir dans le mme lieu le pre et le fils, la fille et la mre Pres et mres qui me parlez ainsi, je dois le reconnatre, votre situation est des plus malheureuses, surtout si vous tes causes de ce malheur commun Vous tes donc tous criminels, vous el les vtres Et c'est de vous que les membres de votre famille ont reu les leons de l'iniquit! 0.0 1 Peut-tre, hlas dans cette ducation dplorable, l'lve a-t-il surpass le matre; mais dites-le-moi donc ici : que penseriez-vous d'un pre et d'une mre qui dchireraient plaisir les membres de leurs enfants ? Y aurait-il dans voire langue des expressions assez fortes pour caractriser ces horribles cruauts? Et qu'avez-vous fait, vous autres ? Vous avez bless, vous avez dchir leurs mes immortelles, et certes il vous sera demand compte de ces blessures. Pcheurs tandis qu'il en est encore temps, retournez donc Dieu, recommandez-lui vos mes et les mes de vos enfants. 8 Mais vous autres, pres et mres, qui savez que des enfants vertueux peut-tre vous attendent hors de ces prisons, sans doute vous craignez de

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    — 345 — reparatre devant eux. Hlas! c'est chose douloureuse que de voir des parents forcs de rougir en prsence de leurs enfants; mais c'est l encore un fruit amer du pch : il bouleverse Tordre social et dtruit le bonheur domestique. Peut-tre craignez-vous (pie ces enfants ne vous mprisent, qu'ils ne refusent de vous recevoir de vous reconnatre, ou au moins de vous rendre leur estime. Oh! ne vous forgez pas d'avance toutes ces craintes, tous ces chagrins qui, peut-cire, ne se raliseront jamais. Si vos enfants SODt vertueux, ils vous recevront avec plaisir et se conduiront bien envers vous ; cherchez seulement devenir meilleurs. Aimez Dieu, gardez ses commandements et vos enfants vous aimeront aussi. Que si je me trompe dans cette supposition, Dieu vous restera toujours; vous trouverez tout en lui : il vous sera plus qu'une pouse, qu'un enfant qu'un pre, qu'une mre, car il est Dieu et Die tout-puissant. '.)" Oui que vous soyez, pres et mres, quel que soit le lieu qu'habitent vos enfant s, quelle que v>it. leur Situation, leur conduite, il me reste encore un mot vous adresser, un moi pour vous tous. Voulez-vous loin tre utile pendant votre captivit?K levez maintes fois votre cœur vers le crateur ternel. Si vous ue pouvez travailler pour leur tre utile, vous pouvez du moins appeler mu leurs tus les bienfaits de la Providence. lnv<

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    346 — quez-la toujours; qu'elle protge et conduise vos enfants ; qu'ils soient jeunes ou avancs en ge, invoquez-la toujours ; suppliez-la de les garder, de les protger, de les guider enfin dans les chemins de la vertu! Implorez-la pour qu'il lui plaise de vous runir un jour les uns avec les autres, dans une plus heureuse situation de corps et d'me ; que si votre cœur, tout rempli du dsir de revoir vos enfants supporte avec douleur cette longue privation; recommandez-les Jsus-Christ, le grand ami de l'enfance; gravez dans vos cœurs attrists cette parole du Sauveur : Laissez venir moi les petits enfants, le royaume des cieux leur appartient. 10 Pres et mres, U esprance fait vivre. T)\~ rigez vos pas vers la vertu, et qui sait si Dieu alors ne dirigera point vers vous les pas de vos enfants? Pour quelques uns d'entre vous, le jour de la libert, ce jour si ardemment dsir n'est pas loign. Peut-tre, comme on l'a vu souvent, les fils de ceux dont l'largissement va avoir lieu, viendront-ils les chercher ici Un peu de temps encore, et vous les presserez dans vos bras Dieu le veuille L'esprance fait vivre] Je vous le dis aussi vous, qui avez encore compter ici de longues annes de rclusion. Esprez; mais esprez en Dieu : tout pcheur endurci base son avenir sur un sable mouvant. Esprez-donc en Dieu, et sa-

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    — 'Ml — vez-vous quel bonheur inattendu peut vous rserver encore ce Dieu d'amour? J'ai connu, dans une des prisons que j'ai visites, un prisonnier faible et maladif : il y comptait de longues annes de captivit. Il avait des enfans vertueux et n'esprait pas les revoir. Cependant le jour de son largissement arriva ; il a revu ses en fan s, il a t accueilli par eux avec la plus tendre affection : ils lui ont ferm les yeux. JJ esprance fait vivre \ Dieu seul peut savoir quelles heureuses annes vous passerez encore dans le sein de voire famille. Bannissez-donc les soucis ; que votre seule lude soit de pouvoir tre appels, vous-mmes, enfants de Dieu! Certes, quel cjuc soit l'avenir qui vous esl rserv, une esprance certaine vous esl toujours permise, celle de revoir vos enfants dans la patrie ternelle, dans la maison de Dieu, sjour de bonheur et de joie, o les liens qui vous retiennent seront jamais briss. \ fa. Lorsque ce discours lut prononc] h ,s femmes taient encore dans la prison de Leeu warde.

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    348 N. III. RESUME STATISTIQUE SUR LES PRISONS CENTRALES DE LA HOLLANDE. 1 Population moyenne. En 1835. — Hoorn, 432; Leyde, 660; Woerden, 368; Gouda, 221 ; Rotterdam, 36; Leeuwarde, 545. — Total, 2,322. En 1836. — Hoorn, 473; Leyde, 656; Woerden, 347; Gouda, 254; Rotterdam, 93; Leeuwarde, 570. —Total 2,395. 2 Journes des malades. 1836. — Hoorn, 894; Leyde, 1,219; Woerden, 602; Rotterdam, 110; Leeuwarde, 1,070. — Total, 3896. 1837. — Hoorn, 1,258; Leyde, 994; Woerden, 51 1; Rotterdam, 98; Leeuwarde 1,135. — Total, 3,988. Nota. Le service de sant dans la prison de Gouda n'ayant t organis jusqu'ici que d'une manire provisoire, cette prison n'est pas corn-

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    — 349 — prise clans le rapport gnral sur le service sanitaire. 3 Morlalilc. 1836. — Hoorn 17; Leyde 27 ; Woerden, 3; Rotterdam, 2 ; Leeuwarde Ji. — Total, 73. 1 8-3 7 — Hoorn, 22; Leyde, 2 ••, Woerden, i ; Rotterdam, 11 ; Leeuwarde, 30. — Total, 84. Nota. Le rapport du nombre des dcs au nombre des malades traits, a t en 1836 de 1,7 \ et en 1837 de 1 ,G0 pour cent, pour toutes les prisons du royaume ensemble. Quant la nature des maladies qui rgnent habituellement dans les prisons, on remarque X&phthisie et Vhydropisic comme suite du genre de vie des prisonniers avant leur condamnation ; des obstructions causes par la vie sdentaire des prisons, et des fivres, i" Frais de nourriture des prisonniers* 1835. Hoorn, 11. 17,954 12; Leyde 27,910,16 ; Woerden. 26,928,63; Gouda, 15,767,03; Rotterdam, 7,056,30; Leeuwarde, 20,:!2i,si. — Total, il. 115,941,48. Terme mot/m par individu pont chaq\ t p-n: Q. 9, 1 37. 1836. — Hoorn, il. 20,517,38 ; Leyde 27^830,M ; Woerden 20,480,60 ; Gouda 18,373,60; Rotterdam, 7,377,005 Leeuwarde,

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    — 350 — 22,130,41. — Total, fl. 122,709,38. Terme moyen par individu pour chaque jour, fl. 0, 14 1 5 Frais tolaux des prisons. 1835. — Hoorn, fl. 44,757,62; Leyde, 54,867,10; Woerden 42,552,03; Gouda, 24,120,19; Rotterdam, 15,042,92; Leeuwarde, 52,767,74. Total, fl. 234,107,60. 1836. — Hoorn, fl. 41,785,43; Leyde, 55,919,96; Woerden, 43,575,31; Gouda, 28,428,99; Rotterdam, 14,487,10; Leeuwarde 51,167,02.— Total, fl. 235,363,82. 6 Fixais totaux par individu et par jour 1836. — Hoorn, fl. 0,284; Leyde, 0,227; Woerden, 0,317; Gouda, 0,299; Rotterdam, 0,429; Leeuwarde, 0,265. — Moyenne, i.0, 21 6. 1836. — Hoorn, fl. 0,242; Leyde, 0,234; Woerden, 0,342; Gouda, 0,307 ; Rotterdam, 0,427 ; Leeuwarde 0,246; Moyenne, fl. 0,270. 7 Travaux faits dans les prisons. Hoorn. — Tissagede toile, 70 mtiers; confection d'objets de toile; id. de hamacs pour les prisons ; id. d'objets d'habillement de drap, etc.. filature de lin. Leyde. — Confection d'objets d'habillement et de chaussure.

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    — 351 — Woerden. — Tissage d'toffes de colon, calicots, bombasines, etc. (177 mtiers), pour la socit de commerce et le dpartement de la guerre, et des fabriques particulires. Le reste des ouvriers est employ aux travaux prparatoires, ainsi qu' l'entretien des btiments. Gouda. — Tricotage d'objets de laine, chaussettes, gants, bonnets de nuit; filature de laine tricoter; tricotage de bonnets de nuit de coton ; confection d'objets d'babillement de toile; id.de draps, de matelas, d'oreillers pour les bamacs. Rotterdam. — Travaux divers pour particuliers ; triage du caf et confection d'habits et de chaussure; filature de lin pour les travaux des prisons; confection des divers objets d'habillement. Leeuworde. — Fabrication de draps [25 mtiers) ; id. de couvertures de laine, de tretaine, etc, et de mouchoirs de toile ; filature de fil coudre; confection d'objets d'habillement. 8 Nombre approximatif des prisonniers employ* aux travaux* Hoorn, 376; Uyde, 680; Woerden, 390; Gouda, 270; Rotterdam, 76 ; Leouuar.lt>, 530. — Total, 1,222.

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    352 N. IV. RSUM STATISTIQUE SUR L'INSTRUCTION PRIMAIRE EN EUROPE ET EN AMRIQUE (*). BELGIQUE (1836). ECOLES. ELEVES. HABITANTS. Anvers 347 37,000 ou 1 sur 9,7 Brabant 762 63,251 9,4 Flandre occidentale 613 45,228 13,9 Flandre orientale 812 60,067 12,6 Hainaut 859 66,425 9,5 Lige 494 36,807 16,2 Limbourg 442 32,351 10,2 Luxembourg 865 45,627 7,1 Naraur 421 33,567 6,8 Total 5,615 420,323 10,7 HOLLANDE (1835). Brabant septentrional... 343 37,743 oui sur 9,5 Gueldre 354 39,104 8,4 Hollande septentrionale. 459 45,428 9,2 Hollande mridionale... 427 48,152 10,3 Zlande 165 17,603 8, Utrecht 141 16,822 8,2 Frise 341 34,074 6 t S Overyssel 226 27,888 6,2 Gronnigue 243 24,375 6,9 Drenthe 133 11,250 6, Totaux 2,832 304,459 8,3 (*) Extrait de l'ouvrage de M. Ducplieux, sur la Rforme pnitentiaire.

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    — 3,53 — FRANGE (18.r< us, 48,296; lves, 2, 449, 725, ou 1 lve sur l#,'9 habitants. ANGLETERRE ET PAYS DE GALLES (1833). coles des petits enfante.... 2,085, lves 8'.), ()(>:> coles journalires 35,985 1,187,942 coles de dimanche 16,828 1,548,890 Total 56,798 2,825,837 En supposant ces chiffres justes et en dduisant du total d'lves un cinquime pour les coliers qui suivent la fois les coles journalier {daily schvols) et les coles de dimanche [sunday schools)) restent 2,2(>0,837 lves, ou 1 sur 7 habitants. ECOSSE (1834). I les, -1,612; lves, 230,600, ou I colier sur 10 liiI niants. IRLANDE (1831). coles, 13, (',32; lves, 582,793, ou I feveftft 13,2 habitants. PRUSSE (1831). coles, 22,6f 2; lves, 2.021,421, oui lve mu t;.'. habitant! WURTEMBERG (1830). coles, 2,264; lves, 232,000, ,394; lves, 198,000, ou I lve sur 8 habitants \ ,\ in KOI i ii II j

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    — 354 — SAXE (1834). Nombre des lves, 274,305, ou 1 lve sur 5,5 habitants BOHME (1833). Ecoles,3,396; lves 701,042, ou 1 lve sur 5,7 habitants. TATS AUTRICHIENS (1832). Nombre d'lves, 2,000,000, ou 1 lve sur 10 habitants. SUISSE. Dans quelques tats, 1 lve sur 9 habitants; dans d'autres, 1 lve sur 12; dans d'autres 1 lve sur 20 habitants. SUDE (1830). coles, 212; lves 13,000, ou 1 lve sur habitans. NORWGE (1834). coles, 1,869; lves, 154,232, ou 1 lve sur 7 habitants. DANEMARCK (1834). coles, 4,600 ; lves, 278,500, ou 1 lve sur 7 habitants. RUSSIE (1831). coles, 1,206 ; lves, 68,367, ou 1 lve sur 772 habitants, ITALIE. Lombardie, 1 lve sur 12,6 habitants. — Provinces Vnitiennes, coles, 1,402 ; lves, 62,341, ou 1 lve sur 30,4 habitants,

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    35 i ESPAGNE. L'Europe a si peu de renseignements sur ee pays, ou plutt elle en manque si compltement, que, lorsqu'on le cite sous le rapport de l'instruction primaire et des tablissements utiles, on le place au dernier degr de l'chelle de la civilisation. M. Ducptieux, en prsentant un rsum de l'tat de l'instruction primaire en Europe, dit, en se fondant sur je ne sais quels documents, que l'Espagne est aprs la Russie le pays o elle se trouve le plus en retard, attendu que la comparaison des lves avec la population n'en donne que 1 sur 346 habitants. Quoique l'on manque d'une statistique exacte sur les coles d'Espagne, il y a nanmoins diver s documents qui mettent en tat d'apprcier le degr d'instruction du peuple espagnol. Durant mon sjour Madrid, au commencement de cette anne, j'ai examin les travaux de la Direction gnrale des tudes, rcemment entrepris, et que l'on continue avec le plus grand zle, malgr les dsordres que produit la guerre civile. Les donnes suivantes se rapportent non pas toute la Pninsule, mais une partie si considrable de ce pays, que, d'aprs les rsultats comparatifs elles peuvent servir pour la totalit. Les provinces qui manquent dans le tableau qiu j'ai extrait sont

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    — 356 — des plus claires de l'Espagne, de sorle que leui absence fait diminuer plutt qu'augmenter les proportions avantageuses. Dans 29 provinces de la monarchie, qui contiennent une population de 7,579,342 habitants, il y avait 960,229 hommes et 309,764 femmes qui savaient lire; 761,096 hommes et 165,155 femmes qui savaient lire et crire. Le total des deux classes, ou 2,196,244, correspond 1 sur 3,4 habitants, c'est--dire qu'un tiers environ de la population d'Espagne a reu l'instruction scholaire. Dans les mmes provinces, il y avait 5,852 coles publiques et 1,921 coles particulires pour les enfants, et 1,128 maisons publiques et 1 ,408 particulires pour l'enseignemeut des petites filles, ce qui donne un total de 10,309 coles diriges par un nombre gal de matres et matresses, dont 3, 1 32 sont examins. uxdites coles se rendent 205,964 petits garons et 88,595 petites filles de l'ge de 3 10 ans, et 93,246 petits garons et 41,820 petites filles au dessus de 10 ans, c'est--dire un total de 129,625, qui, comparativement la population, donne 1 colier par 17,6 habitants. Des termes de ces comparaisons, celui de la population est exact; car, dans ces dernires annes, le gouvernement a eu cent occasions de le connatre. Il n'en est pas ainsi des rolcs ni des

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    — 357 — lves: leur nombre ne peut se donner <|u iipproximativement; il est donn comme le minimum de la vrit ; nanmoins on peul savoir lves, Valence a\ 2,603, Salamanque avec T l >.> b Sai I ,008, Huesca ave< 3G i To\ le avec 310, Santiag e< 600, Ovie Bai

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    — 358 — lonne avec 625, Viltoria avec 42, Grenade avec 1,049, Sevillaavec 1 ,299, et aux Canaries, dont j'ignore le nombre des tudiants. — Les nombres cits ci-dessus donnent un total de 11,650 lves distribus selon les proportions suivantes dans leurs classes respectives; savoir : en philosophie, 4,043; en jurisprudence civile et canonique, 5,002; en thologie, 2,019; en mdecine 986. Pour l'enseignement des sciences ecclsiastiques il y a en outre divers sminaires, les uns indpendants, d'autres incorpors aux universits. TATS-UNIS. New-York, 1 lve sur 3,6 habitants. Massachusset, 1 sur 4. Maine, 1 sur 3. Vermont, 1 sur 4. New-Hampshire, 1 sur 3. Les 6 Etats de la Nouvelle-Angleterre, 1 sur A NewJersey, 1 sur 5. Pennsylvanie, 1 sur 9. Maryland, 1 sur 8,6. Ohio, 1 sur 4. Illionois, 1 sur 13. Indiana, 1 sur 17. Kentucky, 1 sur 17. Caroline du Sud, 1 sur 64. FIN DU TOME SECOND

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    — 3.59 — TABLE DES MATIRES. TOME II— BELGIQUE. CHAPITRE I. DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE EN BELGIQUE. Coup d'œil historique 1 Progrs sous In domination hollandaise 7 Dcadence aprs la rvolution de 1830 17 InOuencc du clerg catholique 20 Salles (V asile de Bruxelles, ig et Verviers il Ecoles primaires \\\ Socit d'encouragement de Lige ;Y,\ cole normale primaire de Lige .~>r, cole industrielle de Lige 57 coles primaires de Gand 50 cole industrielle de Gand (Y,\ coles de Bruges ; { Ecoles d'Anvers ... 1,7 coles du dimanche d'Arifett 70 CHAPITRE II DES TARLISSKMKNTS NI BI8NVMBANU, Ide gnrale sur ces tablissements

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    — 360 — I. tablissements qui offrent des secours et un asile aux pauvres et aux indigents dans la vieillesse ; aux malades et aux infirmes dans l'abandon et dans l'infortune. Bureaux de bienfaisance 86 Hospices 88 Grand bospice de Bruxelles 88 Hospice Pacheco 91 Divers hospices infrieurs 94 Hospices des orphelins et des enfans trouvs et abandonns 96 Hospices des orphelines de Gand 101 cole Bogaerde, de Bruges 102 Hospices d'Anvers 104 Hpitaux et tablissements pour les fous 107 Hospice des femmes en dmence de Gand 112 Hospice des fous d'Anvers 115 Commune et village de Gheel 117 Maisons de maternit 125 II. Institutions destines a prvenir et rprimer le VAGABONDAGE ET LA MENDICIT. Ateliers de charit 130 Atelier de charit de Gand 133 Atelier de charit d'Anvers 139 Dpts de mendicit 144 Dpt de la Cambre 148 Dpt de Bruges 154 Dpt de Hoogstraeten 156 Colonies agricoles 161 III. tablissements pour viter la pauvret et assurer l'indpendance de la classe ouvrire. coles primaires et industrielles pour les enfants pauvres. 180

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    — 361 tablissements poui les sourds-muets et les aveugles.. ISS tablissement des sourds-muets et des aveugles de Bruges I J Institut des jeunes filles sourdes-muettes de Grand 211 Institution des jeunes Biles sourdes-muettes et aveugles de Bruxelles 213 Institution des jeunes soards-muels et aveugls de Bruxelles 213 Institut des sourds-muets de Lige 215 MontSNde-pit 211 Caisses d'pargne. 22ll Maisons de femmes repentantes 221 CHAPITRE XII. DES PUISONS DE LA BELGIQUE Me.gnrale des mesures adoptes par la nouvelle administration ( llaSSication des sexes — des ges > j ( | de moralit 24 1 Organisation du travail • M Miment* 2 ", Instruction scholaire et religieuse 249 Rsum statistique fisiU M* [irisons Maison de force de (i.md Maison de rclusion de \ 'ilvorde Maison de correction de Saint-Bernard 27 Quartier des jeunes dtenus Prison de dtention milil lire d 1 Mosl s^ M iismis d'arrl > () Sou i.\ COflDI 1 ION i>i iv 1 vss, ,,, s km lvl 1 N Bl ) <.tOUK O.) I Vl>> I N nOI I MIN MICIl

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    — 362 — APPENDICE. N I. Plan et rglement d'une socit pour l'amendement des jeunes dlinquants, tant prisonniers que librs [indit) 305 N II. Un des discours adresss par M. Suringar aux prisonniers de la maison centrale de Leeuwarde, en Hollande {indit) 328 l\ III. Rsum statistique sur les prisons centrales de la Hollande 348 NIV. Rsum statistique sur l'instruction primaire en Europe et en Amrique. 352 FIN DE LA TABLE DES MATIERES. I'akis — Impimerie de Maiji.de 3T Renou, Rue bailleul 9 et 11.

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