Citation
Cinq mois aux États-Unis de l'Amérique du Nord, depuis le 29 avril jusqu'au 23 septembre 1835

Material Information

Title:
Cinq mois aux États-Unis de l'Amérique du Nord, depuis le 29 avril jusqu'au 23 septembre 1835 journal de voyage de M. Ramón de la Sagra
Uniform Title:
Sabin Americana, 1500-1926
Creator:
Sagra, Ramón de la, 1798-1871
Place of Publication:
Bruxelles
Publisher:
Société Typographique Belge
Publication Date:
Language:
French
Spanish
Physical Description:
1 online resource (484 pages) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Travel ( fast )
Viaje ( qlsp )
Description and travel -- United States ( lcsh )
Descripciones y viajes -- Estados Unidos ( qlsp )
Estados Unidos ( qlsp )
United States ( fast )
Genre:
Electronic books.
non-fiction ( marcgt )
Electronic books

Notes

Citation/Reference:
Sabin,
System Details:
Master and use copy. Digital master created according to Benchmark for Faithful Digital Reproductions of Monographs and Serials, Version 1. Digital Library Federation, December 2002.
General Note:
Original paper covers.
General Note:
Cf. Howes 5-18.
General Note:
Reproduction of original from Library of Congress.
Statement of Responsibility:
tr. de l'espagnol par M. Rene Baīssas.

Record Information

Source Institution:
University of California Libraries
Holding Location:
University of California Libraries
Rights Management:
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Resource Identifier:
85887420 ( OCLC )
ocm85887420
Classification:
E165 .S13 ( lcc )

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GiFT or Prof. iharles A. Fofcid

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CINQ MOIS 3 AUX ETATS-UNIS DEPUIS LE 29 AVRIL JUSQU'AU 23 SEPTEMBRE 1835 j JOURNAL DE VOYAGE M. RAMON DE LaWaGRA, DIRECTEUR U JARDIS DES PLANTES DE l\ HAVANE ET MEMBRE DE PLUSIEURS SOCITS SAVANTES NATIONALES ET TRANGRES. TRADCIT DE L'ESPAGNOL PAR M. REN BAISSAS. SOCIT TYPOGRAPHIQUE BELGE ADOLPHE WAHLEN ET Ce. 1837

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CINQ MOIS AUX ETATS-UNIS DE L'AMRIQUE DU NORD.

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CINQ MOIS AUX TATS-UNIS DEPUIS LE 29 AVRIL JUSQU'AU 23 SEPTEMBRE 1835 j JOURIVAL DE VOYAGE Mi RAMON DE LAjSAGRA DIRECTEUR DU JARDIN DES PLANTES DE LA HAVANE ET MEMBRE DE PLUSIEURS SOClixS SAVANTES NATIONALES ET TRANciRES. TRADUIT DE L^ESPAGNOL PAR M. REN BAISSAS. •.< : •: BRUXELLES SOCIT TYPOGRAPHIQUE BELGE, AD. WAHLEN ET COMPAGNIE.

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1^37 6IFT OF CHARLES A KGFillD

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^ 2 PREFACE DU TRADUCTEUR Les tals-Unis semblent avoir pris tche de rsoudre quelques-unes des grandes questions qui s'agitent aujourd'hui dans le monde. Chaque jour celle contre marche grands pas dans la carrire des amliorations sociales? N au milieu de nous, enfant de la mme civilisation, le peuple amricain s'est trouv, pour ainsi dire tout conslilusur Icsrivesdu Nouveau ^ Monde; c'tait son heiceau un tre dj robuste, et qui n'avait besoin que de s'asseoir. Grce ses pnibles efforts, il est parvenu se placer dignement parmi les nations les plus avances du globe, et peserdans la balance de l'Europe avec la France et l'Angleterre. 11 est mme, certains gards la tl de la civilisalion moderne. Nulle part l'industrie n'a acquis d'aussi rapides dveloppements, le commerce des changes plus faciles, le travail ujje rmunration plus honorable. Partout une population sans cesse croissante, un bonheur assur ; des rseaux de canaux et de chemins de fer cnla 1 IVi1G9275

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6 PREFACE DU TRADUCTEUR. cent celte vaste tendue de pays; la hache et le feu ahattent des forts sculaires, la charrue fertilise les entrailles des terres encore vierges; des villages, des villes entires s'lvent comme par une puissance surnaturelle. Peut-on concevoir une vie plus active? Sans parler de ses institutions politiques, que pourrions-nous mettre en parallle avec le systme philanthropique qui prside ses institutions civiles? Que deviennent, chez nous, ces mes fortement trempes que la misre et Tgaremeiit ont jet dans le crime? Que deviennent ces jeunes infortuns, livrs eux-mmes, qui ont eu le malheur de commettre une premire faute? Pauvres enfants qui ne savent pas marcher, que la loi punit souvent pour n'avoir pas eu de mre, et que les tribunaux envoient se corrompre dans les prisons, au milieu du dvergondage le plus effrn. INolre systme pnitentiaire peut-il tre compar celui de laPensylvanie, du NewYork et du Massachusetts? Rien de plus admirable encore que le situation de l'instruction primaire aux tats-Unis. Si les hautes rgions de la science n'y sont pas culiives avec autant d'opitrel et de succs qu'en France le peuple y est aussi gnralement plus instruit. L'enfant qui grandit devient un citoyen; form l'cole ds ses premires annes, il apprend connatre les devoirs

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PHEFACI du TRAErCTEIJH, 7 que lui impose la socit; son cÂœur oublie rarement les leons de morale qu'il a reues de bonne heure. Il aime le travail, parce que le monde o il vit ne le mprise pas, mais l'honore. Quelle est la nation en Europe qui se compose de semblables lments ? Tel est cependant le peuple que j'ai voulu faire connatre la France d'une manire plus claire et moins vague qu'on ne l'a fait jusqu' ce jour, au moment o notre sol va tre sillonn de rails, o l'industrie manufacturire prend un nouvel essor, au moment, enfin, o la scurit politique semble nous annoncer des prsages de tranquillit et de bonheur. J'avais rsolu de publier quelques-unes des rflexions que me suggrait la position actuelle des choses, et d'y joindre les avis qui me paraissaient les plus propres gurir les plaies qui nous rongent, lorsque M. Ramon de la Sagra fit paratre son ouvrage crit en espagnol. Je fus frapp d'abord de la nouveaut et de l'importance des documents qui s'y trouvaient, del simplicit du style, de la navet de la narration de l'originalit des observations. J'abandonnai mon premier pi ojet, je rsolus de me borner au simple rle de traducteur, persuad que ma voix jeune encore se ferait mieux couler eu devenant l'interprte d'un homme qui depuis longtemps a fait ses preuves.

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8 PREFACE nu TRADUCTEUR. Tout en rvlant les prodiges de la civilisation amricaine, je suis loin de la croire sans dfants ; j'ai voulu seulement qu'on la considrt comme un de ces modles vivants que l'artiste fait poser devant lui non pour en reproduire les traits sur la toile mais pour avoir sous les yeux un objet qui aide sa mmoire et qui lui inspire quelque chose de plus parfait. L'auteur a fait un livre (comme il semble le dire lui-mme) sans s'en douter; voil pourquoi il l'a crit sous la forme d'un journal. 11 raconte ce qu'il voit, ce qu'il fait, ce qu'il prouve, ce qu'il pense, sans prtention mais avec une concision peu ordinaire de nos jours. On le suit pas pas, on voyage avec lui sur les chemins de fer et les bateaux vapeur, on visite les villes et les hameaux, on pntre dans les pnitentiaires, les maisons d'asiles, les manufactures, les coles, puis on parcourt les champs pour prendre la nature sur le fait. Je laisse au lecteur juger lui-mme de l'imparlialit de la critique, et de la haute porte des rflexions philosophiques que M. de la Sagra a semes dans le cours de son rcit. A l'appui de ses assertions, et souvent dans le but de nous faire mieux connatre le fond des choses M. de la Sagra s'laye des preuves irrfragables de la statistique. Que r|)on(lre en effet de bons calculs bass sur des chiffres authentiques? Celle partie,

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PREFACE DU TRADUCTEm. je n'en doute pas veillera l'attention des hommes srieux. La Revue Brilanniffue a publi d'excellents articles sur tous ces sujets M. Ramon de la Sagra les complte et en largit le champ. Don Ramon de la Sagra a pass douze ans dans l'le de Cuba consacrant ses jours tudier, sous toutes ses faces, cette belle partie de la monarchie espagnole. Il a t le seul de tous les libraux de la Pninsule, l'abri de la perscution politique dont ils furent victimes. Aprs la restauration qui suivit l'intervention de nos armes en 1823, il partit pour la Havane, ou il fut charg tour tour de la direction de plusieurs tablissements scientifiques de grande importance, et honor de l'amiti des autorits de la contre, qui confirent ses talents plusieurs travaux difficiles, o il dploya toute son activit. Excit par la nouveaut du thtre qui s'offrait sa vue guid par le sentiment de ses devoirs, et jaloux de se rendre utile il divisa son temps entre les diverses branches des sciences naturelles et l'histoire conomique du pays, son commerce ses revenus et sa statistique. Plusieurs ouvrages et mmoires qu'il a publis l'ont assez fait connatre en Europe parmi le monde savant. L'le de Cuba lui doit son Histoire d'conomie politique publie en 1851 une foule d'amliorations agronomiques, des instruments aratoires de moderne invention, la culture et la fabrication de l'indigo, la plantation du mrier de la Chine l'ducation du ver--soie.

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10 PRFACE DU TRADUCTEUR. Faligu d'une vie laborieuse sous le ciel ardent des tropiques, il prit la rsolution de repasser en Europe o il a apporl des documents trs-curieux, et des collections d'histoire naturelle qu'il avait formes Cuba (1). Paris, ce 25 dcembre 1836. Ren Baissas. (1) Nous Apprenons avec plaisir, qur M. de la S3{ra va publier tous ses travaux sur l'histoire naturelle de lile de CuJja, sous la protection du {jouvcrncnient espagnol.

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INTRODUCTION. En partant de la Havane au mois d'avril dernier, je me proposais de ne sjourner aux tats-Unis que le temps ncessaire pour nouer quelques relations avec les personnes qui cultivent les sciences naturelles; et je devais aussitt retourner en Europe par les paquebots amricains. Mais mon arrive New-York, je fus piqu par la curiosit, dont l'aiguillon se faisait sentir davantage mesure que je visitais les tablissements de cette contre. Deux mois s'coulrent sans que mon plan de voyage eut une couleur assez tranche. Avant d'avoir parcouru quelques-uns des peuples les plus avancs de l'Union, d'avoir examin les institutions destines amliorer le sort de l'homme malheureux depuis le berceau jusqu' la dcrpitude, depuis l'innocence jusqu'au crime, je n'avais nulle intention de publier mes observations. Si je jetais mes penses sur le papier, c'tait seule-

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12 INTRODUCTION. ment pour les joindre au\ tlociimcnls que j'ai rassembls toutes les poques de iu;i vie dans le but de m'en servir pour le bonheur de noire chre Espagne Ma rsolution prit une certaine consistance, mon retour du Niagara, pendant mon voyage dans le Massachusetts et le (lonnecticut. Ds lors j'esprai que les notes que j'avais recueillies sur mes tablettes pourraient tre de quelque utilit la rgnration de ma patrie. Enfin pendant mon sjour Paris plusieurs personnes distingues par leurs talents m'ont dcid les donner l'impression. Mais n'ayant pas le temps de refaire mon manuscrit et de le publier dans un ordre plus mthodique, j'ai d me borner supprimer, tantt des indications particulires peu intressantes pour mes compatriotes, tantt des observations qu'il ne serait pas prudent de leur offrir au moment critique oi se trouve le pays, et pourtant analogues la situalion d'un voyageur qui, parcourant les solitudes du Nouveau-Monde, disserte sur le sort d'une nation minemment rpublicaine. J'ai d ajouter ensuite des donnes statistiques extraites des documents que j'ai apports. Cet ouvrage est donc tel qu'il a t compos, dans les moments de icpos que me laissait le voyage, entre une arrive et un dpart, aux heures de calme que je

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INTRODUCTION. 13 passais sur les canaux et les rivires. Aussi le lecteur y Irouvera-l-il le caractre vari et irrgulier d'un journal mais d'un journal de vrit et de bonne foi, publi avec les vices de style et de langage, insparables d'un manuscrit peine relu et corrig. Peut-tre ce livre, bien que contraire l'ordre systmatique qui exigerait que les mmes sujets fussent traits sous un mme cbapitre, aura de l'agrment pour certains lecteurs, qui en parcourant ces pays, feront cause commune avec l'auteur et voudront jouir avec lui de la varitdes scnes. Comme aucune rclamation ne pourrait me relever des dfauts de ce journal, je ne demande aucun loge pour son mrite littraire, car je ne me suis propos que l'utilit qui doit natre de la publication d'un ouvrage dont le seul intrt dpend de la valeur intrinsque des observations qu'il conlienl. Quelques personnes remarqueront l'enthousiasme avec lequel je parle des institutions des tats-Unis, et penseront que, remontant aux institutions politiques et sociales, je dois les proposer pour modle notre malheureuse Espagne; maisje proteste ici contre une semblable intention. Ce ne sera pas moi qui prsenterai les fruits savoureux de l'arbre robuste qui vgte sur le sol piivilgi de l'Union au peuple espagnol si mal dispos pour les digrer.

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14 INTRODrCTION. Je conjurerai, au conlrairc, ceux qui aiment sincremenl le pays concentrer leurs efforts pour rpandre rinslruclion littraire, morale et religieuse dans les masses, avant de les exalter par l'image des biens qu'elles ne peuvent concevoir et qui par cela mme avancent rtablissement des principes sur lesquels reposent la flicit sociale et le dveloppement des forces productrices. Ce sont les seules cboses qui peuvent favoriser la vgtation du tendre arbuste de la libert. Laissons le temps et la nature accomplir leur course jusqu' la virilit, poque de llorescence et de fructification. Mes observations ne s'adressent pas seulement l'Espagne, je les adresse aussi l'Europe entire, toutefois en les modifiant. Qu'il me soit permis de poursuivre la mme allgorie. Je reconnais une varit extraordinaire dans la vgtation et dans les fruits de l'arbre de libert, selon les accidents du sol o il est transplant. Les rgles de son acclimatation ont lutter contre des obstacles plus insurmontables que la temprature, le terrain et l'exposition en horticulture. L'examen compar des diverses manires dont on entend la liberl chez les nations de l'Europe et de la quantit positive de bienfaits qu'elle y rpand m-

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INTRODUCTION. 1 5 rilerait d'tre discut par un habile crivain; et si ct de ce travail on prsentait le tableau des obstacles que rencontrent les hommes les plus philanthropes, pour amliorer la condition de l'Europe, il en rsulterait le vrai contraste des principes et des consquences de la thorie et des faits. En observant les institutions du vieux continent c'est avec peine que l'on voit la complication de la machine sociale l'agrandissement de tous ses ressorts qui contrarient les mouvements les plus propres au bien des nations. Mais pour ne pas multiplier les citations ou faire de cette introduction un trait de morale sociale il me suffira de m'attacher quelques contrastes offerts par nos institutions. D'un ct, il y a une disproportion alarmante entre les moyens ordinaires de l'existence, le prix du travail, la rcompense de l'industrie et entre la quantit des plaisirs sociaux qui excitent l'envie dans les masses actives et laborieuses. D'autre part c'est une population parasite d'enfants trouvs et de mendiants consumant strilement les ressources de la bienfaisance publique et particulire. Enfin au bout de ces deux routes d'ambition et de misre toutes les victimes viennent ensemble s'ensevelir au fond des prisons et des bagnes foyers horribles de corruption et de

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16 INTRODUCTION. perversit espces d'enfer de dmoralisalion d'o elles sont revomies dans la socit j)Our corrompre de nouveau les innocents. En rflchissant sur les principes errons qui fermentent et soutiennent les vices il parat que, nonobstant le degr nierveilleu.v de civilisation auquel elle est parvenue, l'Europe se trouve sous l'influence du gnie du mal qui attise le feu des dsordres, souflle son haleine exterminatrice sur les classes les plus nombreuses, et emploie comme matires combustibles le raffinement du luxe et les appts qui entranent les peuples avec une espce de fureur vers les plaisirs o le sacrifice de la vertu est presque toujours exig. Les philanthropes et les gouvernements s'efforcent d'teindre un incendie qui tend tout consumer, mais en vain ; car on n'a de puissance que pour cacher les blessures et pour touifer les cris des victimes. Au milieu de celte tonnante confusion que les hommes impartiaux et pivoyanlsne sauraient nier, on connat les principales causes du mal et de cette plaie de dmoralisation qui ronge les peuples les plus civiliss et les plus instruits. On aperoit la lumire du phare qui brille dans les tnbres de la tempte, mais on craint d'annoncer le port de salut, car son saint abri a t profan. La fureur des rformes ne se

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INTRODUCTION. 17 contente pas d'aballre tout ce qui est fond par l'homme, elle attaque aussi le sanctuaire de la divinit; et le nom qui devait servir d'asile et de rempart pour rgnrer une socit dmoralise rsonne de diverses manires aux oreilles de la multitude. Celte rapide peinture fera connatre la tendance plus morale que politique des observations que j'adresse ma patrie, et pour viter toute mauvaise interprtation je vais iire une lgre revue des rformes que je dsire qu'on y introduise avec la libert, et que je considre comme des rsultats directement eflicaces pour intresser les masses la consolidation du systme que Ton vient de promulguer. J'ai indiqu l'enseignement de l'enfance comprenant sous ce nom la morale et la religion comme fondements essentiels de la rforme sociale de la gnration future. Mais lesamisdel'humanil n'accompliraient pas leur mission, s'ils bornaient l leurs efl'orts bienfaisants; car on n'atteindrait que les individus mme d'tre instruits et les elfets ne se feraient sentir que lorsque la gnration naissante aura grandi. Cependant la srie de calamits qu'a souffertes le peuple espagnol a bris les liens sociaux, vici la puret des coutumes, dgrad la noblesse du caractre national jet dans le crime, en les pervertissant, quelques milliers d'in2

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18 INTRODUCTION. divitlus, corrompu une partie de la jeunesse, et enseveli dans la misre une foule de classes laborieuses. Tous ces malheureux sont comme suflbqus par une atmosphre qu'il faut renouveler, et ramlioration de leur condition rclame d'autres moyens que la simple instruction dont ils sont plus dpourvus que le tendre enfant qui sort du sein de sa mre. Si l'on considre que beaucoup d'tres infortuns qui gmissent nu fond dos prisons et des hpitaux ou qui vivent dans la misre et le crime, sont poux, pres de famille que les maux du vice et de l'indigence sont plus contagieux que les pidmies, on connatra l'importance qu'il y a de comprendre sous un mme point de rforme morale toutes les classes besoigncuses de la socit. Les dsunir pour faire le bien c'est nuire aux rsultats; car il serait impossible, d'obtenir la rgnration d'un arbre o l'on conserverait des rameaux et des racines caris. A quoi sert d'lever un enfant et de lui inculquer les meilleures maximes de la religion chrtienne, si, en rentrant sous le toit paternel il trouve dans ceux qui lui ont donn le jour un exemple constant des vices les plus honteux? A quoi sert d'tablir des chaires de saine morale si on conserve dans les prisons des acadmies de corruption ? A quoi sert d'assister l'enfance de la

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INTRODUCTION. 19 garer des mortels ennemis du premier ge, si bientt on l'expose contre la sduction, sans gide et sans moyens pour parer aux ncessits de la vieillesse'. A quoi sert de former d'excellents codes criminels pour chtier les dlits si on offre des appts aux vices, des stimulants la corruption et des primes aux luxe? C'est ainsi que le jeune homme abandonn et sduit, ne connat d'autres institutions que celles qui chtient; la socit, semblable une cruelle martre, reste muette et indiffrente lorsqu'elle le voit se prcipiter et ne fait entendre sa voix de tonnerre que pour le confondre et l'attrer quand il est tomb dans l'abme. On fonde aux frais des gouvernements des acadmies pour donner gratuitement aux enfants des riches la connaissance des sciences et des lettres; et l'on ne dispose pas d'un rayon d'instruction primaire en faveur du fils de l'artisan et du pauvre laboureur. On ouvre des muses et des jardins, on subventicmne de brillants spectacles pour blouir par la splendeur des arts et les raffinements du luxe le citoyen opulent qui jouit de l'exercice de tous ses sens et l'on mprise et l'on abandonne les moyens simples d'instruire les infortuns privs de la vue, de l'oue et de la parole. Serait-ce donc un si grand mal que de se priver de quelques plaisirs souvent envis, quand cette pri-

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20 INTRODUCTION. v.aiion n'entrane avec elle ni la misre ni la faim? Cette considration ne fait-elle pas de renseignement des aveugles et des sourds-muets un devoir imprescriptible de riuimanit ? Ce n'est pas assez d'tablir pour l'enfance, cette portion de la population qui rappelle les plus belles annes de notre vie, des institutions publiques et gnrales, de recueillir les malheureux abandonns par des parents dnaturs, il faut encore que la socit se montre leur vritable mre et leur vritable tutrice qu'elle continue l'ducation de ces cratures innocentes jusqu' l'ge adulte, et qu'elle se substitue la place des parents qui ne veillent point sur la conduite de ceux qui ils ont donn le jour. Ces devoirs paratront compliqus, mais ils sont ncessaires : en ngligeant de les remplir, les gouvernements se rendent responsables de tous les dsordres de la gnration qu'ils abandonnent elle-mme; et lorsque, pour rprimer les crimes qu'ils n'ont pas su ou qu'ils n'ont pas cherch viter, ils remplissent les prisons et rpandent le sang sur les chafauds, ils n'obtiennent aucun rsultat avantageux; ils attirent sur eux la rprobation des hommes de bien, la maldiction du ciel, et tombent enfin victimes du mme peuple qu'ils ont rendu malheureux. Oui, la gloire de

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INTRODUCTIOX. -il gouverner est attache la [)liis grande responsabilit. Que faut-il donc une socit constitue comme l'Espagne? — De V ducation et des rformes. Je ne parlerai pas de la rforme politique et administrative, objet de la rvolution actuelle et envisage de diverses manires par les partis qui dchirent le sein du pays. Le but que je me propose dans ce livre c'est de recommander l'ducation primaire et la rforme morale du peuple espagnol, rforme dont l'importance est sentie par tous les esprits; car, en luttant sans cesse contre la dmoralisation mesure que l'on avance dans le sentier des amliorations il faut commencer par le commencement si l'on veut btir avec solidit. L'aveuglement des gouvernements cet gard est vraiment dplorable : en me servant de cette expression avec franchise, je ne parle pas seulement de l'Espagne, dcharge en quelque sorte par la complication des affaires, mais je fais allusion aux grands peuples qui s'tant placs la tte de la civilisation dsertent la cause de l'humanit ne visant qu' un systme complet de perfection politique et industrielle, et ne s'altachant qu'aux masses, oublient entirement l'homme qui les compose. Ce tableau nous conduirait

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22 INTnODTCTON. trop loin, aussi me borncrai-je dire que mme les classes puissantes entranes par le tourbillon de l'action o les ont jetes de vicieuses institutions, adoptent des principes contradictoires de bienfaisance et de dmoralisation : elles les emploient en mme temps, et, en faisant leurs efforts pour sauver un malheureux, elles en sacrifient cent. Oui, en voulant secourir la misre, on jette la semence de la sduction avec tous les appts du luxe dont on environne les aumnes; en rpandant les bienfaits de la charit, on se fait prcder de la trompette de la renomme, et on s'entoure de tout le faste d'une vanit qui envenime le cÂœur du pauvre. Comme la dlicatesse des ressorts de la sensibilit de la classe opulente est mousse, on favorise avec une cruaut versatile les spectacles qui corrompent la jeunesse, au moment mme o l'on verse une chtive aumne dans les cloaques de la pauvret. On fait osten talion de luxe et do beaut pour ramasser un secours pour les pauvres; et, n'ajoutant que des puissants appts une espce de sensualit infernale, on ne verse pas avec ses bienfaits les douces larmes de la compassion sur l'humble grabat de l'infortun; puis, sans quitter la toilette d'un bal annonc sous un pr. texte philanthropique, et palpitant encore des motions

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INTRODUCTION. 23 (le plaisir, on court assister au spectacle sanglant des barrires (1). Aprs avoir expliqu la tendance morale de mon Âœuvre je me crois en droit de l'offrir aux hommes de tous les partis, libraux ou absolutistes, cbristinos ou carlistes, aux chefs comme aux soldats. Peut-tre que quelques hommes opinions exagres dans les deux camps, trouveront peu conformes leurs principes les doctrines que j'ai examines aux tats-Unis; les libraux, par exemple, s'alarmeront de la svrit des devoirs moraux et religieux sanctionns dans ce pays ; les absolutistes se scandaliseront aussi de m'entendre louer les mÂœurs et la religiosit d'un peuple de rpublicains. Mais je dirai aux premiers qu'ils essayeraient en vain de placer autre part le bonheur de la nation espagnole, et je conseillerai aux seconds d'imiter la conduite des fils de la libert, s'ils veulent rendre la religion aimable et respectable. Sous le rapport des matires intrinsques qu'il renferme, ce Journal peut tre considr comme un simple indicateur raisonn, qui a son complment dans les documents que j'ai runis pendant mon (1) Les personnes qui taient Paris au mois de fvrier 1836, l'poque d'une excution mmorable comprendront toute la porte de TalUision de l'auteur.

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24 iNTRonrcTiox. voyage. Il sera facile, en le lisant, de se faire une ide exacte des inslilulions bienfaisantes de l'Union, du systme de ses entreprises, et du degr de prosprit et de richesse auquel ce pays s'est lev. Ma collection servira donner au gouvernement des ides d'application, car je puis assurer qu'on en trouverait diflicilement d'aussi riche mme aux tats-Unis (I). Enfin si le succs de cet ouvrage rpond mes esprances, je tcherai d'tendre un jour le cercle des notes qu'il contient, et je publierai un second volume de donnes sur les tablissements de bienfaisance les chemins et les canaux, la situation du commerce et de l'agriculture les dessins d'instruments et de machines aratoires, et les plans des pnitentiaires que j'ai visites. Avant de terminer cette introduction je crois devoir avertir le lecteur que je n'ai donn de dveloppement certains dtails sur les instruments de culture, les frais de subsistance et de l'enseignement dans les collges, la valeur et le rendement des terres, et d'autres questions d'un intrt assez loign pour l'Espagne, que parce que les peuples de l'Amrique (1) L'auteur a donn la l)il)liolhque royale de Madrid cette collection prtk;icuse de documents, dont le calaloue est insr au commencement de l'dition espagnole.

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INTRODUCTION. 25 qui parlent notre langue, ont besoin, dans la nouvelle carrire de regnration qu'ils vont parcourir, des conseils et des indications des amis de rimmanit. Paris, 15 mars 1835.

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CINQ'M.lS,.^:'''C';"sNi AUX TATS-UNIS DE L'AMRIQUE DU NORD. Cliapitro Premier* Notre arrive New-York. — Aspect de la ville. —Chemin de fer New-York. — Canal Morris. — Thtres. — Promenade Brooklyn. — Cabinet mlnralogique du baron Ldrer. — Lyoe d'histoire naturelle. — Instruments d''ajjriculture. — Mused'histoire naturelle. — Etablissements de bienfaisance. — Maison de correctionpoiirlesjeunes criminels. — Hospice des fous. — Etablissement des sourds-muets. — Institut des aveugles. — Promenade Hoboken. — Fabriques. — Collections particulires.— Visite aux manufactures dePaterson. — Chemin de fer. — Systme de vie adopt dans les htels. — Mœurs. — Libert des jeunes filles. — Clbration du dimanche. — Beauscxe. — Ecolesdu dimanche. — Victoire des artisans, — Travaux des prisonniers. — Accroissement des journaux. NewYork, 23 avril. Nous sommes arrivs, dimanche i9. Malgr le mauvais temps, les quais taient couverts de monde; des voilures publiques lgantes et commodes stationnaient l'entre des rues qui du reste sont gnra-

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AUX i:TATS-LNrS. 29 plus anim et plus piquant. Sur loule la longueur des quais, s'lve une fort des mais appartenant des vaisseaux de toutes les nations, et aux bateaux-vapeurs, destins changer les communications entre les diffrents tats de l'Union. Sur la rivire du nord dans la baie et le bras oriental, se croisent sans cesse de magnifiques s/6'ftt-/?oa?5, qui partent et arrivent toute heure du jour et de la nuit, chargs de passagers, de marchandises et de matires premires. A ces btiments, qui sillonnent les eaux dans tous les sens, se mlent une infinit de petites barques, charges de gros bois de pierres et d'autres matriaux qu'une industrie active et tonnante prpare dans des pays loigns. A quelque pas de l, en quittant la rue du Centre, j'ai trouv le chemin de fer, qui conmienant la rue Bowfry, la parcourt jusqu'au dehors de la ville et se termine enfin Harlem, une distance de sept milles et demi. Les rails y sont pratiqus dans la pierre; mais comme ils ont peu de saillie les voitures ordinaires, peuvent les croiser. Les wagons du chemin de fer sont trans par deux chevaux, transportent plus de trente personnes, et marchent avec une vitesse de six dix milles par heure. Aprs avoir examin le chemin je me suis dirig vers le quai, o dbouche Courland-strcet, et d'o parlent chaque dix minulcs de petits bateaux--vapeur pour Jersey. Je me proposais d'observer le chemin de 3

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30 CINa MOIS fer que l'on a construit de celte ville Ncwarck. Il y a quatre dparts le matin, quatre le soir, et autant de retours. Les voitures sont toujours pleines de voyageurs, et tranes par dcuv chevaux. En moins d'une heure, elles parcourent neuf milles; le prix du trajet est de 3 schellings on 3 raux d'argent (1) par j)ersonne. Pour construire ce chemin un grand nombre de terrains bas ont l combls avec de la terre et de la pierre sche, et levs jusqu' quinze et vingt pieds (2). Ensuite on a plac sur des dormants ou ti-averses de bois de cliarpente presque tous loigns de trois pieds les uns des autres, des montants de pin sur lesquels on a fix, partir du bord intrieur, la lame de fer qui sert de rail. La grosseur de ces montants est de cinq pouces, la largeur des lamesde deux pouces et demi, et leur paisseur d'un demi-pouce. Celte construction a t encore simplifie dans les ramifications provisoires, qui conduisent du chemin principal aux carrires; car il n'y a que deux seules voies de deux montants de pin fichs dans le sol iii(1) La piastre ou dollar se divise aux Etats-Unis en huit parties que les Amricains appellent schellings et les F.sj)a{;nols reals de plala\ c'est de celle dernire expression (jue je me servirai quand je parlerai de fractions ou de huitimes de piastres. On la divise encore en cent parties ou centimes ; le schelling en vaut douze et demi. (2) Je ne parle que du pied anglais, qui est au pied espagnol ; : 1 ; 1,09 ; il contient plus de 13 pouces de ceux-ci.

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AUX ETATS-UNIS. 31 velc et sur lesquels on fait passer les roues des chars attels d'un cheval. C'est par ce moyen que l'on transporte des poids immenses avec beaucoup de rapidit, et sans employer de grandes forces. Newark est une jolie ville bien situe et btie l'embouchure du canal Morris qui s'tend depuis la Delaware dansl'lat de Pensylvanie,vis--visEaston, jusqu' une dislance de quatre-vingt-dix milles. On a tabli par ce moyen une communication facile entre la rivire dont nous venons de parler et la Passac qui se jette dans l'Hudson. Le canal Morris approvisionne NewYork des charbons de Pensylvanie et les fabriques de Paterson des matires premires dont elles ont besoin. Comme dans un grand nombre d'cluses, il n'y a pas assez d'eau pour tablir le niveau, on a eu recours aux plans inclins,au moyen desquels les barques montent et descendent sec sur des chars ou des charpentes roues et sont tranes ensuite par un double cble. L'angle ou la hauteur de la section de ces plans est du quart de la base qui est de cent pieds anglais. Les cluses sont faites de manire que lorsque l'une se vide pour mettre sec la barque qui descend l'autre s'apprte recevoir celle qui monte; on ferme ensuite, le bassin se remplit ; la porte qui le spare du canal s'ouvre et la barque reprend le cours de sa navigation. Le soir, nous avons assist au thtre italien. Il est petit beau et richement dcor. Les loges sont tapis-

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32 CINa MOIS ses, ornes de glaces et de soplias. Au premier tage, il y a des galeries commodes o les personnes qui veulent s'asseoir, trouvent pour une piastre des banquettes leur disposition. L'alluence n'tait pas nombreuse et devait-il en tre autrement ? Si l'on excepte madame Fanti, la troupe tait mauvaise. On m'a dit que les Amricains ont fort peu de got pour l'opra. 25 avril. Hier, dix heures du matin nous nous dirigemes vers le quai Fulton et nous passmes en cinq minutes par le bateau--vapeur, Brooklyn ville situe sur l'autre cl du bras oriental de la baie. Brooklyn est une ville magnifique, btie comme par enchantement et bien perce; elle possde de riches magasins et de superbes difices ; le but de notre promenade tait d'assister aux courses pied et cheval qui devaient avoir lieu dix milles de l sur le chemin de Jamaca. Il y avait un concours prodigieux de voitures et de cavaliers. Nous traversmes un territoire sem, pour ainsi dire, de maisons de campagne, jolies et frachement construites les unes en brique les autres en bois, mais to.-iles faites avec lgance et ornes de portiques et de colonnades. Dernirement, on avait la fureur d'acheter des terres dans cette le : la mme dmangeaison rgne

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AUX ETATS-I'MS. 33 aujouriVhiii. On attribue tout cela aux fortunes que les propritaires y ont ralises ces dernires annes. Les terrains achets cinquante piastres, il y a deux ans, se vendent prsent jusqu' trois mille. D'autres acquis presque pour rien il y a cinq ans ont dans ce moment une grande valeur. Je n'ai vu partout que des gens qui cherchent faire des achats pour construire et planter. A peine M. Parmentier at-il vendu sa proprit qu'on l'a divise de manire tirer parti de sa position fort avantageuse d'ailleurs cause du chemin de fer que l'on construit Jamaica et qui se prolongera jusqu' Greenport loign de cent milles. Les voitures vapeur de Stomigston, o se termine le chemin de fer de Boston Providence, passeront par l. La distance qui spare cette ville de New-York sera rduite deux cent vingt-cinq milles et demi. Les courses m'ont amus quelque peu, mais pas assez pour me faire supporter avec patience le vent froid qui soufflait. La campagne doit tre fort agrable au printemps. Aujourd'hui les arbres dpouills qui l'entourent lui donnent un air de tristesse et d'aban'don. 26 avril. Les spculateurs ne s'occupent que de l'achat des terres Long-Island. Un de mes amis vient de me ra3.

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34 CINQ MOIS conter que trois individus qui avnicnt arlielc il y a treize mois, pour une valeur de six mille piastres, ayant vendu leurs lots hier, en ont obtenu chacun un dividende de qualre-vingl-cinq mille. Cependant quelques personnes moins empresses s abstiennent de ces opralions, et croient que tout cela finira par ruiner beaucoup de monde; il n'est pas probable en effet, que les champs achets deux ou trois milles de Brooklyn acquirent plus lard del valeur, car il reste encore une dislance moins loigne de iNew-York et dans le mme district de grandes portions de terrain qui n'altendent qu' tre exploites. J'ai tabli des relations d'amiti avec le baron Ldrer, consul-gnral d'Autriche, recomniandable par ses bonnes qualits et par ses talents. 11 est possesseur d'un riche cabinet de minralogie gnrale et d'une collection minralogique des Etats-Unis classe par contres, o j'ai vu des zolithesde la iNouvelle-Ecosse, des sulfates de sirontiane du lac ri des tourmalines du Maine, des pidotes, des staurolitcs et des danates de Franconie des spinellcs,desscapolilhes, des spodumnes et des statites ciistallises du Massachussetts des iolithes cristalliss, des marbres verts et jaunes, des tourmalines, des bryls et des schorls varis l'infini des topazes du Connccticut des zircones en cyanite de belles amantes opaliforuies du Vermont une jolie srie de grands spinelles rouges noirs verts jaunes et gris des sparragui-

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AUX TATS-UNIS. 35 nos et (le magnifiques anipliil)o]os de New-York des cuivres, des zincs, des saphirs ou conridon bleu, des spinelles sur des amphiboles de NewJersey; des graphites des plombs, des manganses et des charbons abondants de Pensylvanie, des fers et des cuivres du Delaware enfin de l'or de Virginie de Ja Caroline et de la Gorgie des rutiles et des gergones des tats du Sud. Aprs avoir jet un coup d'Âœil rapide sur toutes ces richesses, fruit de dix-huit annes de constantes recherches, nous avons visit le Lyce d'histoire naturelle ; tablissement remarquable, fond et soutenu par quelques habitants de New-York qui s'adonnent l'lude de cette science. Il possde une bibliothque, une collection de coquilles parfaitement classes; des oiseaux, quelques poissons, quelques reptiles et une srie rgulire de minraux et d'ossements fossiles trouvs aux tats-Unis. C'est l que j'ai fait connaissance avec M. W. Cooper, qui consacre ses moments de loisir l'tude des oiseaux du pays, homme fort instruit principalement sur toutes les branches de la zoologie et sur ce qui regarde les poissons et les coquilles. La socit se runit tous les mardis, et publie chaque anne des mmoires, dont A volumes ont dj paru. J'ai parcouru les magasins pour connatre l'tat des manufactures. Je suis entr dans ceux de G. Dunn et Co's, Walter-strect, n 195, o l'on ne trouve que des

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36 CINa MOIS inslrumenls aratoires et de culture. J'y ai remarqu entre autres choses des charrues simples dont le soc et le versoir sont en fer de fonte, du pri.v de sept quinze piastres, et parmi celles de ce dernier prix, une dont le versoir peut passer d'un ct Tautre pour les terrains monlueux; un cultivateur cinq socs, arms de deux pointes que Ton substitue Tune l'autre mesure qu'elles se dtriorent, d(;s hache-paille simples et d'un prix trs-modr ; des moulins grener et moudre le mas dans tous les genres, depuis dix jusqu' vingt piastres; enfin un assorlimcnt complet d'instruments pour les travaux manuels. 29 avril. Le baron Ldrer m'attendait hier neuf heures pour visiter les deux muses publics. Celui que l'on appelle muse de Peale est fort mal en ordre. Il renferme quelques quadrupdes de l'Amrique du Sud et du Mord, grand nombre d'oiseaux, peu de poissons et peu d'insectes, des reptiles assez varis, quelques jolies espces de tortues, dont trois, appartenant la contre, sont en vie, beaucoup de ptrifications mles, et confondues avec une infinit d'objets de pure curiosit et quantit d'armoires remplies de mannequins, dfigures de cire, de vtements, d'armes, d'ustensiles etc. Les murs d'une des salles de cet tablissement sont recouverts de portraits d'hommes illustres de l'Union.

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AUX TATS-UNIS. 37 Le muse Amricain, situau coin de la rue Broadway, en face de Tglise de la Trinit, est un peu mieux tenu. Les oiseaux occupent le salon du premier tage et y sont classs par genres et par espces. Au second tage, ce sont les grands quadrupdes : l'lphant, les lions, les tigres, les panthres, le cervus virginianus, et une quantit d'autres petites et de moyenne grandeur de l'Amrique du Nord, tels que le sciurus niger, la nmslela lierniina, la musUda vul^ (jars^ le lepus americanm la condilusa cristata la sccdops canadmss le didelpliis opossum et le virgin'ianus. Parmi les espces bien conserves, je citerai le vespcrtUio vampirus de Jada, le f/rt/eo/?i^/iicH5 fariagatus des Moluques, et les grandes tortues, l'argus coriacca la testudo calcarata, la tesfudo mydas, etc, La section des poissons est assez bien soigne ; je n'ai vu que peu d'insectes et peu de coquilles, mais de magnifiques polypiers et une infinit d'ustensiles, d'armes, dfigures de cire et de bagatelles. Le prix d'entre de ces muses est fix deux raux d'argent. C'est la nuit, m'a-t on dit, que la fonle s'y transporte, car cette heure l, les collections claires par le gaz paraissent plus brillantes; on y fait de la musique, et l'on tale aux yeux du public des vues optiques des villes et des monuments remarquables. Il est fcheux qu'avec le grand nombre d'objets qu'ils contiennent, ces muses ne soient pas dans un tat plus convenable. Pour l'honneur scientifique de

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38 CINa MOIS la conlrco, les professeurs devraient coordonner chaque espce d'individus, car ce n'est qu'ainsi qu'on peul satisfaire la curiosit du public, gnraliser les ides d'ordre, de classification et l'amour de la science. Qui empcherait de dresser des catalogues que l'on placerait l'entre des salles, et o l'on insrerait des notices sur la vie et les habitudes des animaux? J'ai dj pris des notes sur les tablissements de bienfaisance de New-York, que l'on doit la philanthropie des habitants. Mon ami,M. D. Leonardo Santos Suarez, membre de la socit de harmony homme bien veillant qui rend de si nondjreux services aux espagnols qui s'adressent lui, m'a procur les moyens d'entrer dans les principales maisons que je visiterai. 11 est remarquer, que ce n'est qu' force d'investigations et de questions, que je suis parvenu savoir qu'il y avait ici des institutions admirables. Du reste comme la masse active de la population ne s'occupe que d'affaires de commerce, et que l'autre ne se compose que d'trangers, entirement adonns aux spculations et aux changes, il faut sortir de ces tourbillons si l'on veut apprendre quelque chose, sur la charit publique, et sur les moyens qu'on emploie pour amliorer la condition des malheureux. 3 mai. J'ai trac sur mes lablciles la relation des courses

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AUX JiTATS-tJNIS. 39 et des visites que j'ai faites les jours derniers. Les impressions profondes que j'ai prouves serviront me rendre plus faeile la rdaction de mes notes. En examinant les divers tablissements de bienfaisance, je me suis rappel avec douleur, que l'Espagne n'en possde pas; cela m'a suggr l'ide de prendre d'exactes informations, qui peut-tre seront un jour ma patrie de quelque utilit. Nous sommes alls d'abord la maison destine la reforme morale des jeunes condamns, et qui porte le nom de House of Refuge. Le surintendant de l'institution, M. Hart, en nous tmoignant les plus grands gards, nous a fait accompagner dans les ateliers, et dans les classes, etc. L'difice se compose de deux corps de logis spars; dans l'un se trouvent les filles, et dans l'autre les garons. Sur le ct sont les ateliers et quelques autres dpendances. Cet tablissement fut fond en 1824, par plusieurs habitants de la ville, qui avaient compati au sort des jeunes condamns. En rflchissant sur les causes du crime commis cet ge, ils se convainquirent, que l'abandon, la perte des parents, la misre, Tignorance et la sduction, exposent ou conduisent la prison, la plupart des jeunes infortuns des deux sexes. Ces cÂœurs nobles et vertueux conurent le projet d'arracher au ci'ime les enfants qui sont placs sur le bord du prcipice, et de rformer le moral corrompu de

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40 CINa MOIS feux qui ont en le iiialhcur d'y loniber. Bientt on excita rallciition gcnialc, on forma une socit, qui au moyen de souscriptions abondantes fonda la maison du Refuge, destine renfermer les jeunes condamns et ceux qui, convaincus de vagabondage, dlaisss par leurs parents, ou placs dans des circonstances semblables, sont exposs devenir criminels. La lgislature, en prtant un noble appui cette pense gnreuse, a laiss la sagesse les fondateurs, le soin de faiie eux-mmes les rglements, de manier les fonds, de dterminer le nombre des employs, et de fixer le temps que les jeunes dlenus doivent demeurer enferms; enlin elle a accord la socit le droit de tutelle sur ceux qui n'ont pas encore atteint l'ge de vingt ans. Cette maison est base sur la morale et les travaux industriels d'une utilit bien reconnue. Les prisonniers la regardent eux-mmes conmie une vritable sauvegarde contre le malheur et le crime; car ils y sont traits avec cette douceur qu'in.
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AUX KTATS-UNIS. 41 se joignent iiaturellernent les ides que leur suggre une nouvelle condition. Tenus avec propret habills, nourris, occups d'une manire agrable des travaux qui ne sont jamais au-dessus de leurs forces, ils reoivent en outre une instruction qu'ils n'avaient point gote, ils prennent avec desjeunes gens de leur Age des rcrations innocentes et utiles la sant, ils sont excits par les bons exemples qu'on leur met sous les yeux, et rcompenss s'ils s'en rendent dignes. Ds les premiers jours, ils tablissent eux-mmes des comparaisons, car ils s'aperoivent de ce passage subit, de la vie du vagabond vie de nudit, de privation et de dangers, l'existence douce et tranquille du Refuge. C'est de ce moment que date la rforme du pauvre enfant. L'institution dveloppe ensuite ce germe par tous les moyens qui sont en son pouvoir. 1 On leur enseigne lire, crire, l'arithmtique, la gographie, etc., etc. L'ignorance est chose si commune parmi le jeunes dtenus du Refuge, que sur 19 i entrs en 1833 il y en avait 105 qui ne savaient ni lire ni crire, et 129 dans le mme cas sur les 218 qui sont entrs en 1834. 2 On les forme des habitudes d'industrie et de travail. Il y a dans l'institution des ateliers de fabricants de chaises, de cordonniers, de tailleurs, et de cloutiers. Les filles lavent, cousent, ou raccommodent le linge. Lorsqu'un des prisonniers a amende sa 4

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43 cixa MOIS conduite, et qu'il sait assez pour tre plac deliors, on le met en aprenlissage; mais on conserve sur lui, jusqu' vingt ans le droit de tutelle. S'il ne se comporte pas bien, on le fait rentrer. 3 On rforme leur cÂœur on excite en eux de nobles sentiments d'mulation et on leur inspire l'accomplissement des devoirs religieux et sociaux. A l'arrive d'un dtenu, le surintendant lui donne des avis affectueux dans lesquels il lui rappelle les malheurs de sa condition passe et lui assure pour l'avenir l'oubli de ses fautes. Il l'exhorte ne jamais mentir, et obir de son mieux quand on le commandera; ensuite, il lui met au bras la plaque de la classe n" 1. Si pendant le premier mois, le nouveau venu remplit ses devoirs, on le fait monter la classe d'honneur; mais s'il s'est mal conduit, on le fait descendre la classe n2,3,4, selon qu'il le mrite; on le prive, soit de rcration, soit d'une meilleure nourriture ou bien encore on l'enferme dans sa cellule au pain et l'eau. On n'a recours que trs-rarement aux punitions corporelles. Voici quelle est la distribution du temps : les prisonniers se lvent au point du jour, chacun fait sa chambre et se rend au vestibule au signal donn ; ils vont au lavoir leur tour ; puis dans la cour la revue du linge et de propret, enfin dans la salle o, la prire finie, ils assistent la classe jusqu' sept heures au printemps. Ils preimcnl un moment de repos avant djeuner, cl passent aux ateliers jusqu' midi; pour

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ArX ETATS-UNIS. 43 se laver et pour dner, une heure; d'une heure cinq au travail; puis la rcration, au souper et l'tude jusqu' huit. La journe se termine par la prire du soir, laquelle prside le surintendant. Aux ateliers, j'ai remarqu de petits enfants de six ans fort heureux et trs-appliqus; en gnral les dtenus n'avaient pas quatorze ans. Dans le quartier des filles, il y a plus de propret, et surtout beaucoup de dcence; une commission de dames de la ville est charge de rinspeciion et de la direction de cette partie de l'tablissement, et publie chaque anne un rapport. Des matresses et des surveillantes dirigent l'ducation et veillent la conduite. Ds que nous avons paru, ces jeunes prisonnires ont entonn un cantique; bientt nous avonsaperu les vtements des garons qu'elles confectionnent et les autres branches de leurs travaux manuels. En entrant dans ce dparlement, vous croyez tre dans un pensionnat, en parcourant celui des garons, dans une manufacture : rien ne rappelle l'esprit ni violence ni chtiment ; l rgne l'ordre et la douceur ; ici l'activit et la gaiet. La plupart des enfants du Refuge, sont ns de pres trangers (1) qui les abandonnant l'inexprience de leurs pauvres mres, vont chercher fortune dans l'Ouest et les autres tats. Ce qui augmente consid(1) Parmi les 218 jeunes dtenus qui ont pu dclarer leur naissance, 78 seulement taient ns de pres amricains et 30 seulement de couleur. Le reste appartenait des trangers.

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44 CI sa MOIS rahlement le nombre des jeunes gens qui ont du penchant vers le crime, ce sont les suggestions des hommes adonns la boisson, et pour les filles, la coquetterie le plaisir des spectacles et la dmangeaison de vouloir s'lever la hauteur des classes suprieures. La dgradation morale des femmes, lorsqu'elle est un effet de la prostitution ne se corrige que trsdifficilement, tandis que les vices des garons se rforment assez vite; les rapports publis annullement sur cette utile institution, les rcits de leur vie antrieure, que font eux-mmes les prisonniers des deux sexes, et les correspondances que les apprentis entretiennent avec le surintendant, sont une riche source de donnes o l'on puise une foule de rflexions sur les poques critiques de la jeunesse et sur l'normit du mal que commet la socit en facilitant les jeux et les spectacles qui exaltent les passions et troublent la paix de l'me. Au commencement de 1855, il y avait dans la maison ir>9 garons et 5G fdles; dans le courant de l'anne il entra 155 de ceux-l et 41 de celles-ci. Pendant cette poque, il sortit 126 garons et 54 filles. Sur 186 garons et 45 fdles qui restaient au commencement de 1851, il est enlr 180 de ceux-l et 57 de celles-ci, ce qui donne un total de 466 dtenus. Depuis sa fondation jusqu'au 1" janvier 1855, il est entr 1120 garons et 560 filles; total 1480, sur lesquels 1148 ont t mis en apprentissage. Parmi

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AUX ETATS-UNIS. 45 les 190 garons cl les 67 filles crous au commencement de celle anne, il y avait 104 fabricants de chaises, 67 clouliers, 6 cordonniers, 2 tailleurs, 11 enfin employs diffrentes choses. Les iilles taient leurs occupations ordinaires. On peut voir dans le tableau suivant l'tat des recettes et la distribution des fonds ces deux dernires annes. RECETTES. 1835. 1834. Balance antcrieiire P. 1,228 56 P. 786 44 Produit des ouvrages des jeunes dtenus par cont'"at 93,94 41 4^123 13 Versements faits par l'hpital des marins 8,000 8,000 • — par les quatre thtres. 2,000 2,000 — par la ville 4,000 4,000 I^onations 597 97 7,744 93 P. 20,G97 44 P. 26^654 50 DPENSES. 1833. 1834. Hahillemcnt P. 2,206 52 P. 1,909 81 Nourriture 5,843 87 G, 000 9 Chambres et mobilier .... 1,127 22 834 81 Chauffage et clairage .... 889 16 823 48 Honoraires 3,G74 24 5,820 96 Rparations diverses faites dans les ateliers et dpartements des jeunes dtenus de cou1^"' 4,527 42 8,152 64 F""^ f'ais I,8i2 57 1,22 82 P. 19,911 P. 25,08r62

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46 CTNQ MOIS En 4835, rallenlion publique se porta sur les jeunes condamns de couleur, qui sont plus exposs au vice et la corruption que les blancs, et l'gard desquels on n'avait encore pris aucune disposition. Pour procder avec certitude dans cette importante matire un recensement de la population de couleur fut ordonn. Il rsulta de ces recherches que la ville de ]Ne^v-York possdait dans son sein 13,000 garons de couleur, dont le dixime, ou si l'on prfre, 1 ,300 appartenaient des hommes constamment occups; 0,aOO des hommes qui ne l'taient qu'accidentellement; 3,250 des hommes qui ne l'taient que d'une manire fort irrgulire; 780 en contact avec la dissipation et le crime et les autres 1,170, la charge de pres et de tuteurs qui en avaient peine soin. On s'assura encore que le nombre des jeunes ngres envoys la Pnitentiaire comme criminels et la maison de Charit comme vagabonds, s'levait 220 parmi lesquels il y avait plus de 90 filles. Ce rsultat douloureux rveilla les sentiments philantropiques des directeurs du Refuge, qui votrent la fondation d'un dpartement capable de contenir 120 enfants de couleur, et le dotrent de 17,000 piastres. Dsirant seconder de tous ses efforts une si noble entreprise la ville donna le terrain o l'on devait btir, et ajouta une somme de 5,000 piastres, ce qui, avec les fonds accords par la Socit d'afl'ranchissement et

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AHX ETATS-rNIS. 57 quelques autres sommes permettra cette anne d'achever les constuclions. Avant de terminer notre visite et de prendre cong du surintendant je n'ai pu m'empcher de faire observer aux personnes qui m'accompagnaient conmie la physionomie de M. Hart est empreinte de noblesse et de douceur, qualits si essentielles un homme revtu d'une fonction aussi importante. L'hospice des fous appel Btoomingclale asijlum est sur une belle colline, six milles environ de la ville, au milieu d'un terrain de huit acres d'tendue qui lui est annex (1). Il y a longtemps, plusieurs mdecins de New-York, de concert avec quelques habitants, ouvrirent une souscription pour la cration d'un hpital, et le 15 juin 1771, le gouvernement accorda cette socit des lettres d'incorporation. En 1821, fut ond V Asile des fous qui peut contenir jusqu' douze cents malades ; l'tablissement a coul 200,000 piastres. Le jardin qui lui sert d'entre offre de l'agrment, et les distributions intrieures, pour les hommes et pour les femmes, sont bien conues; les boiseries des vitrages sont en fer et sans qu'on s'en doute remplacent les barreaux. On remarque dans tous les quartiers et leurs dpendances une nettet parfaite, et nous n'avons pas aperu une (1) L'acre contient 4,822 mtres carrs et rpond 1;10 de l'hectare franais.

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48 CINQ MOIS seule lche sur les murs; loiit est si bien lav que je n'ai jamais vu d'iiabitulion particulire aussi propre. Depuis sa fondation jusqu'en 1852, cette institution a reu 1,557 fous, dont 661 sont sortis pleinement guris, 292 avec de notables amliorations, 545 sur la demande de leurs parents, et 109 sont morts. A la fin de dcembre 1855, il restait 80 bommes et 40 femmes. Dans le courant de 1854, il est entr 67 de ceux-l et 55 de celles-ci ce qui Aiit un total de 222 malades secourus. Sur ce nombre, 58 hommes et 15 femmes ont t guris et 8 de chaque sexe considrablement soulags. Le prix de la pension est de 2 piastres par semaine. Ceux qui veulent jouir de plus de commodits, donnent 10 piastres pour des appartements plus beaux et des soins plus assidus. Les dpenses se sont leves l'an dernier 22,955 piastres, dont 6,457 ont t affectes aux traitements des employs, et 1,228 aux rparations. Les recettes, qui ne comprennent que les pensions des malades ont form une somme de 55,505 piastres. Cet tablissement ne rpand aucun bienfait dans le sein des classes indigentes, moins que la charit des habitants ne vienne au secours des infortuns. Du reste, il y en a beaucoup dans ce cas, d'aprs ce que l'on m'a dit. Pour subvenir celte lacune, on btit actuellement, aux frais de la ville, Long-Island un

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AUX l'TATS-UNIS. 49 hospice de fous pour les pauvres. Ce qui donna naissance ce projet ce fut le rapport du docteur James Macdonald, mdecin de l'asile de Bloomingdale, auquel deux commissions donnrent leur assentiment au commencement de i8o4. On s'tait born d'al>ord copier, sauf de lgers changements, Tasile de Limerick en Irlande; mais depuis, aprs avoir tudi les plans de celui du comt de Middlesex aux environs de Londres, la connnission proposa au mois d'octobre -1854, un projet modifi, comprenant un btiment central carr de quatre-vingt-dix pieds sur chaque face, deux ailes deux tages de deux cents pieds de long, traverses par un corridor de dix pieds de large avec de petites chambres sur les deux cts, de dix pieds de long sur huit de large et onze d'lvation. L'difice pourra contenir trois cents malades et offrira les divisions convenables qu'exigent la diffrence des sexes, les degrs de folie, les officines, en un mot toutes les dpendances ordinaires. Ce plan a t approuv le 5 janvier de celte mme anne, et mis en excution immdiatement quant ce qui concerne le corps central et une des ailes. On publie annuellement des rapports sur l'hospice des fous ainsi que sur l'hpital-gnral qui fut tabli d'abord, et qui est maintenant rue Broadway, o on me Ta dsign. Depuis 1792, anne de sa fonda! ion jusqu'en 1822, il a reu 29,^91 malades, y compris les fous. Surcenombre, il y a eu 5,228 morts, 20,iGi

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60 ciNa MOIS rendus une sant parfaite et 1,952 amliors. De' puis 1822, poque o les alins eurent un tablissement spcial, jusqu'en 1852 inclusivement, il est entr dans l'hpital 18,155 malades, sur lesquels il y a eu 1,827 morts, 15,44G sortis radicalement guris et 1 ,588 en tat d'amlioration. Dans le courant de 1855, il est entr 1,455 malades payants et 417 pauvres. Sur ce nombre il y a eu 140 morts, 1,590 guris et 108 amliors. Enfin, en 1854, il est entr 1,505 malades payants et 550 pauvres, sur lesquels il y en a eu 174 morts, 1 ,200 guris et 09 amliors. En rsumant toutes ces donnes et celles que nous avons cites sur l'asile, il rsulte que l'institution de rh|)ital gnral de New-York a reu dans ses divers tablissements depuis 1792 jusqu'au commencement de cette anne, 55,094 malades, parmi lesquels il y a eu 5,508 morts, 57,542 rendus une sant parfaite et 5,825 amliors. Les autres sont sortis sur leur demande ou sur celle des parents, et quelques-uns se sont chapps. Dans le total de ceux qui sont entrs durant cette priode de quarante-trois ans, on doit compter 5,288 fous, parmi lesquels il y a eu 287 morts, 1,474 guris et 557 amliors. La plupart des malades qui l'on a donn des soins se compose d'trangers, car sur 45,000 individus entrs dans l'espace de trente-cinq ans seulement 25,727 taient ns auxlatft-L'nis, et l'anne dernire, sur 1,905, il y avait 940 trangers.

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AUX TATS-UNIS. 51 J'ai vivement dsir visiter les institutions des sourds-muets, lorsque j'ai su qu'il y en avait dans l'Union. Car c'est en Espagne que cette ide gnreuse a pris naissance, comme mille inventions utiles que l'on voit surgir aujourd'hui, cachant sous le vernis tranger une origine espagnole qui se perd dans les temps reculs o l'Europe marchait la remorque de notre civilisation (1). Desdocuments irrfragables constatent que le bndictin Pedro Ponce enseigna des sourdsmuets ds l'an 1570; deux frres et une sÂœur du conntable de Castille. Non-seulement il leur apprit lire, crire, l'arithmtique, l'astronomie, les langues vivantes et plusieurs aulreschoses; mais encore prononcer quelques mots. Ponce n'a point laiss d'crits sur sa mthode : c'est ce que font les hommes de gnie de la Pninsule ; soit paresse soit modestie cette conduite mrite de svres reproches. Toutefois les deux premiers ouvrages qui ont t publis sur cet art merveilleux sont sortis de la plume de deux Espagnols, Juan Bonnet et Uamireade Carrion, vers l'anne 1020. Le docteur Holder Wallis en 1659 essaya pour (1) Ce n'est pas pour flatter Tamour-propre national que je dis ceci mais seulement pour revendiquer un fait. Nous devons avoir assez de sincrit pour reconnatre notre civilisation peu avance ; mais aussi puisque aujourd'hui nous faisons tous nos efforts pour effacer cette tache par des amliorations nouvelles et de grande importance osons dire ce que peut le guie espagnol en rappelant les travaux de nos anctres.

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52 cii\a MOIS la premire fois en Anglelerre d'enseigner des sourds-niiicts et de leur apprendre parler ; depuis on a toujours continu. En i 748, Tespi^guol Pereyra \int Paris, prsenta ses lves l'acadmie royale des Sciences et reut les lmoignagcs les plus flatteurs des savants du sicle. Ce fut alors que le clbre abb de rpe qui avait tudi les auteurs espagnols, conmiena tablir en France des institutions de ce genre. Le peuple amricain ne tarda pas introduire dans sa nouvelle socit ces utiles tablissements. Celui de Now-Yoi"k fut fond par le zle dos babitanls qui ouvrirent une souscription et obtinrent de la lgislature l'approbation et des secours pour construire la maison et la soutenir. Commence en 1827, elle fut termine en 18:29, cota 51 ,000 piastres que l'tat dboursa, assignant en outre des fonds pour l'entretien des lves sans fortune. Cette institution est sur une belle colline auprs du cbeniin de fer de Harlem, une lieue de la ville. Dirige par um commission spciale elle ne se soutient que par des souscriptions annuelles de 50 jusqu' 200 piastres, par les dons que font quelques damespour leurs protgs, et lar ladolationde l'tat. On y reoit tous ceux (jui peuvent payer la pension annuelle qui est de 150 piastres, non compris l'habillementque l'on foi.rnit pour 50 piastres au gr des parents. Kn parcourant les salles j'ai recueilli divers rcu-

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AUX KT ATS -UNIS. 53 seignemenls sur la mthode qui y est suivie et sur toutes ses ramifications. On n'emploie pas le langage des signes dactylologiques conventionnels, mais les signesdialogiqucsinvents naturellemenlpar les sourdsmuets. Il parat cependant qu'il n'y a pas encore bien longtemps l'on se servait de la premire mthode dont les nombreux inconvnients ont t sentis enfin par la commission comme elle le dit dans l'expose de son rapport. Il a t admis en principe que les lves apprennent la langue par les mmes moyens que les persouies qui entendent et parlent. On leur montre d'abord un objet ou le dessin qui le reprsente, puis le nom qui le dsigne et qu'on leur fait crire ; c'est ainsi qu'ils apprennent la fois connatre les mots et les ides. De l'alphabet crit on passe l'alphabet par signes. L'criture est donc, dans celle maison, le moyen le plus en usage pour exprimer les ides ; elle est d'ailleurs le canal qui doit faciliter ces infortuns les communications avec la socit. Les signes ne servent qu' expliquer la valeur des mots et des ides, mais ou les abaidonne ds que l'criture est devenue familire. D'aprs le rapport de la commission que j'ai sous les yeux, de toutes les mlhodes d'enseignement l'usage des sourds-muets, on n'a pas fiiit, dans cet tablissement, l'essai de lamimo!ogie,de la stnographie, de l'articulation, de la lecture sur leslivresetdeladactvloloiic sy llabi(iue. Il paratqu'il n'y a qu'un trait de la premire, 5

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54 CINa MOIS qui n'est enseigne que par M. Piroux Nancy. Quant l'alphabel syllabiqne pour les doigts, la commission assure qu'il n'est guresplus en usage, quoiqu'il ait t recommand par l'abb de Tpe, et essay par le clbre instituteur Prire. Elle pense que l'articulation est possible aux sourds-muets, parce qu'ils connaissent dj l'accentuation et la tborie des syllabes. On trouve aux tals-Unis l'exemple de trois potes privs de l'oue et de la parole dont les compositions se distinguent par la perfection des rimes; et ce qui est plus remarquable, c'est que la cadence de leurs vers n'est jamais fautive; pour s'en convaincre, on n'a qu' lire les posies de Nack, dj si connues. J'ai eu l'occasion d'observer moi-mme, cliez quelques-uns de ces tres intressants, un profond sentiment d'harmonie musicale, entre autres chez un jeune ngre africain que j'avais pour domestique dans mon sjour la Havane. Il dansait mieux en cadence que tous ses camarades et marquait constamment les mouvements des pieds en battant la mesure de ses mains. Je ne doute pas que les ides de rhylhme et de mesure de temps (i) ne (1) Je crois avec les partisans (rime cole allcmanile que les ides de temps et d'espace sont indpeiulantes des sens et qu'elles sont dans la pense comme des lois de coordination et d'existence indispensables les premires pour les sensations les secondes pour les ides des corps. Sans leur secours, il est impossible de concevoir ni celles-ci ni celles-l, et il y a par consquent un temps pendant lequel les unes se succdent, et uu espace o les autres c\istcnt.

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AUX TATS-rNIS. 55 soient indpendantes du son; et c'est oc qui m'explique l'exactitude de la versilication des sourds-muets et la danse de mon domestique. La commission a cherch de plus dterminer les moyens de faire entendre les sourds divers degrs ; elle embrasse ce sujet les doctrines du docteur Itard, mdecin de l'institution royale des sourds-muets de Paris, et se promet d'heureux succs pour l'avenir. Le jeune professeur, M. David Etienne Bartlett a eu Textrme complaisance de nous accompagner et de nous donner toute sorte d'explications. U y a dans la maison 140 lves distribus en diffrentes classes, occups la lecture, la traduction des signes en criture ordinaire, l'arithmtique, la gomtrie, la gographie au dessin et aux ateliers. Dans la classe de dessin, le professeur dit un jeune lve de 15 ans que nous tions Espagnols; prenant aussitt la craie, celui-ci a dessin grands traits et avec puret, sur la planche un personnage vtu comme on l'tait en Espagne au xvi'' sicle. Parmi les nouvelles amliorations introduites rcemment dans cette institution on doit citer l'acquisition d'une bibliothque d'un cabinet de physique et d'astronomie et les leons du soir, qui ont lieu trois fois la semaine, sur divers sujets d'histoire naturelle, sur le progrs des arts, l'histoire ancienne et moderne, les devoirs du citoyen etc. choses ncessaires la vie sociale et qu'on enseigne avec simplicit, pour ne

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56 CINQ MOIS pas faliguor la mmoire des lves auxquels on les remet par crit afin qu'ils les appremienl lorsqu'ils le peuvent. L'ordre l'conomie et la douceur paternelle, telles sont les rgles et la mthode morale que Ton observe leur gard. Il rsulte des tableaux statistiques que j'ai sous les yeux, qu' la fin de 1855 il y avait 154 lves, qu'il y en a eu 21 entrs dans le courant de l'anne 1854 et ^8 qui sont sortis. Les dpenses se sont leves 24,927 piastres, sur lesquelles il en faut compter plus de 8,000 employes la construction d'un tage du corps de btiment cl des nouveaux ateliers. Les honoraires du surintendant, de l'conome, des professeurs, du jardinier, etc., out absorb 6,295 piastres, la nourriture des lves 5,572, le cond)ustible et l'clairage 964 etc. Les recettes provenant des souscriptions particulires de l'association des dames et des bourses que donne l'Etal, pour la plupart etc., se sont leves 25,877. Ces bourses entrent en ligne de compte pour une somme de 12,269 piastres. L'tat fait de semblables sacrifices en Aiveur de l'institution de (janajohane, qui possdait en 1854, au prix de 90 piastres chacun, 54 lves, qui forment avec les 154 de la maison centrale de New-York un total de 168. Les lois actuelles autorisent l'ducation et l'cntreiien de 120 lves pauvres, et ont affect

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AUX ETATS-UNIS. 57 cela une rente de 5,000 piastres pendant cinq ans. La maison de Canajoliarie ive plus de cent sourdsmucls. L'on avait propos de la transporter la ville, ou plutt de la refondre avec celle de New-York, mais elle sera conserve, parce que sa position, de beaucoup prfrable ofTi'e plus d'avantages pour Tinstruclion agronome parfaitement analogue la classe d'enfants qu'elle reoit dans son sein. Il rsulte des recberclics dj faites, que l'tat et la ville de New-York donnent de l'ducation tous les sourds-muets qui ont atteint l'ge de dix ans. La France n'accorde ce bienfait qu' 1 sur 4; la Hollande, la Belgique et le Brunswick 1 sur 1 et 1/2 et l'Europe entire 1 sur 7 d/o. Nous sommes passs, bientt aprs, l'cole des aveugles qui n'est qu' peu de distance et presque eu vue de celle des sourds-muets. Sur un simple billet du bon M. Barllett, la porte nous a t ouverte, et nous avons reu mille honntets de la part de MM. les professeurs. (^ct tablissement doit son origine au zle philanlroi)ique du docteur Samuel Akerly et de M. Samuel Word qui, en 1851, engagrent plusieurs habitants respectables former une association. Ils rsolurent de commencer par apprendre lii'e et crire trois jeunes aveugles, et de les montrer au public pour exciter de l'intrt. Le docteur Buss enseigna trois garons de la maison de charit ; un plein succs cou-

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88 CINa MOIS ronna les esprances que les fondateurs avaient conues (le la hienvciilance de leurs compalriotes. On se mit aussitt instruire trois autres enfants, et le d3 dcembre 185:2 ils furent montrs, dans la Maison-deYille, comme un des triomphes de le civilisation. Les membres de l'association souscrivirent pour 25 piastres une fois donnes, ou 2 piastres par an. Ces souscriptions et quelques autres donations formrent une somme de 1,158 piastres. Les fonds furent successivement augments, soit par des assignations au nom de la ville, soit en Aiisant participer rtablissement aux secours dlivrs auxcoles. Ladpense occasionne pour l'entretien et l'instruction d'un aveugle, ne pouvant pas tre moindre que pour un sourd-muet, car il faut aux premiers une foule d'objets plus coteux; la commission a fix 130 dollars le taux annuel qu'elle leur rserve. En visitant les diverses parties de la maison je me suis mis mme de porter un jugement sur l'enseignement intellectuel et manuel qu'on donne aux aveugles. Ils apprennent lire sur des livres imprims en relief et publis pai' l'inslilution de la cit de loslon. On a essay de mettre en usage les caractres angulaires, invents Edimbourg par un aveugle; mais on s'est aperu qu'il tait plus diflicile de les distinguer au tact, et qu'ils n'offraient d'autre avantage que celui de rduire le volume des ouvrages, parce qu'ils con-

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AUX ETATS-UNIS. S9 tiennent un plus grand nombre de mots dans une page. On se sert de reliefs pour enseigner la musique et la gomtrie et de cartes laites d'aprs ce systme pour la gographie avec le trac des divisions de territoire, des ctes, des rivires, etc. et de petits trous pour indiquer les peuples et les villes. Ces cartes ont l'inconvnient de ne pouvoir tre rpandues comme les livres imprims en relief, cause de leur prix lev. Nous avons entendu des enfants et des hommes d'un certain ge, aveugles de naissance lire avec une telle rapidit que l'on pouvait croire qu'ils y voyaient. Les lves apprennent crire sur des ardoises o sont des lignes releves, qui leur dirigent la main. Cette mthode offre cependant des difficults dans la pratique, car il n'est pas aussi ais qu'on le pense de suivre les lignes, surtout lorsqu'elles ne sont pas bien marques. Pour leur faire acqurir la facilit d'crire sur du papier ordinaire, on a invent divers petits instruments, dont le meilleur parat tre le plus simple. Il consiste en une espce de cadre sur lequel glisse paralllement un rglet ou fdet horizontal qui court volont d'un bout l'autre; on a encore fabriqu du papier avec des lignes releves que parcourt en crivant le petit doigt de la main droite de sorte que la plume est toujours une distance fixe et constante. C'est ainsi que l'on parvient obtenir des lignes parallles.

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GO CINa MOTS Pour qu'un aveugle puisse lire rcriture d'un autre aveugle, on a invent des caractres mobiles, Ibrnis avec de petites pointes, qui se rangent les unes ct des autres sur un tableau, et o l'on applique la feuille de papier pose sur un morceau de drap. Celte crilure pique est assez lisible au tact. On fait l'arithmtique sur une caisse, o l'on place des numros mobiles d'une certaine faon, qu'il est plus facile de concevoir que d'expliquer. Du reste tous ces moyens sont connus, et doivent leur origine aux. institutions europennes, aussi je ne crois pas ncessaire d'en parler plus longtemps. Je me bornerai citer avec quelle vitesse les aveugles excutent de mmoire, des calculs compliqus, qui exigeraient pour d'autres personnes le secours de la plume et quelques minutes de rflexion. Le surintendant de l'tablissement a propos dans un mmoire un systme de caractres, pour la lecture, qui diminuerait considrablement le nombre de mots et de lettres. Il consiste en un alphabet de 40 caractres dont on peut voir la forme et la valeur dans le tableau joint l'crit que je viens de citer. Ils reprsentent chacun un son simple, qui, soit seul, soit combin se prononce toujours de la mme manire; et 24 autres destins reprsenter quelques sons composs, ou des terminaisons connnunes. Ce qui fait en tout, G 4 caractres, au moyen desquels on peut exprimer promptement et avec simplicit toutes les ides.

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AUX TATS-rNIS. 61 Nous avons vu dans les ateliers fobriquer des nattes, des tapis ordinaires, de petites corbeilles, des paillassons de chaises etc., avec beaucoup d'adresse et de clrit. On reoit dans rtablissement tous les aveugles qui peuvent payer, depuis l'ge de huit ans jusqu' vingt-cinq, et pour tendre plus loin les bienfaits de l'institution, on reoit les enfants un prix modr ; ils doivent rester au moins un an dans l'tablissement. 8 mai. La saison me parait rigoureuse moi, qui ai fait un sjour de douze ans sous le beau ciel et le climat ardent de Cuba. Dans cette le, mon activit naturelle tait pour ainsi dire stimule par la chaleur, tandis qu'ici, je suis arrt comme par un frein Malgr tout, j'ai couru beaucoup ces jours derniers, et vu plus de choses que je n'en pourrai dcrire. Mon esprit commence laborer un nouvel ordre de choses se crer un nouveau systme d'ides sur les scnes qu'offrent mes yeux les Amricains et leurs coutumes. Je n'ose pas encore les juger. Mais il me semble qu'ils comprennent bien la vie. II rgne un certain air de froideur, de calme et de silence, bien diffrent de ce que j'avais cru d'abord, mais ce calme n'est pas de l'indolence, ni ce silence de la tristesse. Ici, l'activit serait-elle donc Iran-

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62 ciNa MOIS quille, et le bonheur silencieux? Je serais presque leiil de le penser. Ces jours derniers ayant lu dans le Courrier des EtatsUnis un passage sur la promenade d'iloboken, extrait du petit ouvrage de Miss Fannij Kemble (1), j'ai pris la rsolution de me transporter cet endroit. C'tait le dimanche et la foule clait nombreuse, quoique le temps ft assez froid, et que la campai.';ne, encore sans verdure n'offrt aucun agrment. La plupart de ceux qui s'y rendaient, taient, ce qu'on m'a dit, des domestiques et des artisans, qui ce jour l vont s'y promener avec leurs familles. Quel silence! quelle retenue! Je n'ai pas entendu un cri, pas un clat de rire, pas mme le vagissement d'un enfant. Dans une pareille runion, en Europe, ce serait un vacarme n'y pas entendre, il ne serait pas prudent d'ailleurs de se mettre en contact avec des hommes de celte classe sans corps-degarde ou sans agents de police. Mais sous les alles et les bosquets de Hoboken se promenaient et conversaient tranquillement plus de trois mille personnes brillantes de sant, portant sur leur physionomie des marques d'aisance, et sans qu'il en rsultt la plus lgre scne de dsordre, ou la moindre dmonstration de joie. Je ne puis dfinir leur situation, qu'en (1) Journal of Franccs Ayxnc Butler Pamphlet sur les costumes de rUnion plein de critiques puriles auxquelles les Amricains donnent pliisdimportance qu'<;llcs ne mritent.

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AUX TATS-UNIS. 63 disant qu'elles jouissaient de toutes les douceurs de la promenade. Pourquoi donc miss Fanny souhaitet-elle ces bonnes gens, un autre genre de flicite qui troublerait probablement celle qu'ils gotent en paix? Le raffinement des plaisirs est-il donc un si grand bien social? Le soir, j'ai t au thtre amricain, rueBowery Je me dispenserai de parler du mrite des pices qu'on a y reprsentes, car chaque peuple a ses gots. Je n'ai port mesobservationsquesur les spectateurs. Il tait curieux de voir le parterre rempli de mariniers et de forts de la halle, la tte enfonce dans le chapeau, mangeant de la ptisserie, grignotant des pommes,ets'bahissant devant les scnes populaires qu'on jouait tandis que les personnes qui composaient le reste de la salle ne semblaient y assister qu'avec indiffrence. Ayant pay chacun leur billet ils exeraient dans toute sa plnitude, le droit d'couter, de juger, d'applaudir, quand bon leur semblait; mais pas un seul n'a commis la moindre indcence, ne s'est permis le moindre regard dplac ou le moindre geste insolent vers les loges. En entrant en sortant ils ont donn des marques de respect et de dfrence l'gard des dames et tout cela d'une manire simple et naturelle sans tude et sans affectation. La basse classe fait preuve partout d'une sorte de civilit rustique, dpourvue il est vrai de formes lgantes mais que l'on peut

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64 GIN a 31 OIS ranger dans la catgorie du respect ohscMjuicnx. J'ai remarque dans mille occasions, que rAniricain est fort tolrant et presque indiffrent pour ce que font les autres quand cela ne le regarde pas ; qu'il mprise les petitesses de la vie sociale, qui ne conduisent rien d'utile ou de rel, et qu'il n'estime que l'utile l'essentiel cl le solide. 8i cette observation est exacte, elle sera confirme pendant mon sjour, par une quantit d'exemples d'application et de constance, d'ordre cl d'conomie de prudence et de vertu. 20 mai. J'ai visit diverses fabriques, plusieurs ateliers et manufactures entre autres la raflirieric de sucre de M. Samuel r.uppy, Duane street,n" J 16. J'y ai vu oprer quatre cliaudires, cuisant dans le vuide, selon la mthode Ilooward, au moyen d'une macliine vapeur, qui sert clarifier le sirop, cbaufTer les fours et les schoirs, et conserver une temprature convenable. Elle rafTine par jour peu prs ^,500 pains pesant 9 livres d'Amrique, et peut en rendre jusqu' 2,500. L'tablissement de produils chimiques de MM. J. Lo-Wolf et compagnie mrite d'tre cit pour les bons articles qu'il fabrique. Du reste, il les fournit bien meilleur march qu'en Kurope car il achte bas prix les matires premires ou les reoit sans dbourser aucun droit. La branche de cette industrie

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AUX TATS-UNIS. 65 devient chaque jour plus considrable New-York. Le capital de lasocictceii fonds ou proprits est valu l,i247,461 dollars. La manufactures de toiles impermable de MM. H. Raymond, Pearl slreet, n 21 1 est une dpendance de celle de l'tat de Massachusetts; on y fait toute sorte de confectionns de bonne qualit, depuis les souliers jusqu'aux chapeaux, un prix presque gal celui des habits communs. Les (\ibriques de cristal de Jersey et de Brooklyn produisent des articles de forme lgante, de bonne qualit et d'un dessin correct. On y fait aussi des verres communs et de la porcelaine suprieure aux qualits ordinaires. Partout la vapeur est applique comme agent, ici dans d'immcnScs scieries de bois, l pour rabotter, mortaiser, rabattre et arracher des tenons, l pour les douellesde tonneaux, pour laminer le fer, etc., tantt ce sont des machines grande puissance dans les Dry Docks destines tirer les vaisseaux et les mettre sec et tantt une quantit d'autres plus petites consacres la fabrication de certains objets usuels, tels que la compression du gaz acide carbonique dans l'eau de Scllz, l'imprimerie strotypi que, etc. J'ai parcouru, avec M. Cooper la collection de coquilles de M. P. Jay bien classe, riche et tenue avec luxe. La section des espces des tats-Unis, forme f

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66 CINa MOIS des sries spares, places sous leur numro respectif, et sur un catalogue raisonn qui contient la description de 1800 espces. M. Jay m'a paru plein de douceur et dsireux d tre agrable. 11 a eu la bont de m'offrir des doubles de sa collection en change des espces comestibles de l'le de Cuba, que je me propose de lui remettre. M. Cooper m'a indiqu M. Lecomte comme possesseur d'une riche collection d'insecles des EtalsUnis, que j'ai eu le plaisir de visiter depuis. M. Lecomte, entomologiste zl, pour soustraire sa coUeciion aux avaries qu'prouvent constamment ces objets par l'action destructive de l'humidit ou des vers, a eu la patience de dessiner, avec le plus grand soin chacune de ces espces sur une feuille de papier spare, et a form fine collection dessine gale la collection naturelle et toutefois unique en son genre. 11 m'a montr'de jolis dessins d'une foule de reptiles de ce pays, et surtout de sa srie de tortues. 22 mal. Hier matin, j'ai t, pour la seconde fois, avec un de mes amis, qui ne connaissait i)as les plans inclins du canal Morris sur le territoire de Newark, dans rinlcntion de visiler ensuite Paterson o se trouvent quaulilc de iiiauufuclures de colon. A Ncwark,

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AUX ETATS-UNIS. 67 nous avons pris un cabriolet, mais la pluie nous a forc de rester en chemin. J'ai profit de cette circonstance pour demander le prix des comestibles qui sont du reste un tiers meilleur march qu' New-York, quoiqu' une dislance de dix milles seulement. Le repas abondant que Ton a servi Thlel pour un piastre nous deux, nous en eut cot quatre la ville. Jusqu' cinq heures du soir, il nous a t impossible de continuer le chemin et nous sommes arrivs Paterson, tout mouills et grelottant de froid. Nous nous sommes logs l'hlel de Passaic, mais peine rechauffs, nous avons t voir la chute ( Passaic FalLs ) que fait la rivire un mille de l. Il pleuvait toujours; la fin, nous avons admir celle cascade pittoresque qui tombe d'une couple de rochers de 72 pieds d'lvation perpendiculaire et que traverse un pont de bois si hardi qu'on le croirait bti en l'air. La fume, les vapeurs qui, semblables une fine poussire, s'lvent du fond du prcipice, et moulent vers le ciel, donnaient ce paysage un air rustique et sauvage, digne d'un habile pinceau. J'ai pris, quoique mal mon aise un lger croquis de quelques-uns de ces jolis points de vue et nous sommes rentrs nous reposer, rservant pour le lendemain le plaisir de visiter les fabriques. J'apportais des lettres de M. Suarez M. Travers, propritaire de quelques manufactures. 11 ne s'est pas

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68 CINQ MOIS trouv chez lui; mais, sa fille nous a reus avec toute l'amabilil d'une Espagnole, la douceur d'une Amricaine, et nous a donn un guide pour nous accompagner aux fabriques. Mademoiselle Travers ce que j'ai su depuis, runit aux grces naturelles et ses minenlcs qualits, les avantages d'une ducation distingue. La plupart des fabriques qui se trouvent ici, sont des fabriques de coton. Il y a encore des fonderies o l'on fait toutes les pices ncessaires aux mcaniques de fdalure et aux wagons, etc.; outre cela, de vastes ateliers pour limer, polir et monter les pices, construire des bobines, des montures de bois, etc.. J'ai encore vu avec plaisir les mtiers de fdalure d'invention anglaise, cl les fonderies pour le pices excessivement petites. Unegrande roue hydraulique sert d'agent tous les mouvements, et met en action les souflets cylindriques qui allument les feux des fours de fonte. Nous avons vu quelques mtiers lisser du chanvre et l'impression des calicots par les meules de bois, moyen dispendieux et trs-imparfait. APaterson, un commerant fait quatre annes d'apprentissage et gagne 5G piastres par an. L'ouvrier gagne 9 schellings par jour, en enq)loie 5 pour la nourriture et le logement, et en met par consquent G de cl. Les ouvrires qui travaillent aux fabriques sont en gnral ou Irlandaises ou Allemandes, et ne gagnent que 10 schellings par semaine mais

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AUX ETATS-UXIS. 69 on les nourrit. Les prix de l'holel o nous nous sommes logs m'ont paru plus modrs qu' New-York. Un th la chambre et le djeuner ne nous ont cot que 17 raux. A notre retour Jersey, nous avons pris la diligence du chemin de fer, dont le prix des places est de 4 raux pour une distance de seize milles. Elle n'est encore trane que par des chevaux, mais dans peu de jours on doit y mettre une locomotive. Les traverses du rail-way sont de ccader fjunipcrus virginana) et les montants de pin les lames de fer de 2 '/. pouces de large et d'un demi-pouce d'paisseur. Pour tablir ce chemin il a fallu couper des collines combler des marais d'une grande tendue. Les massifs ne sont point revtus de btisse, ils sont disposs en talus forme que prennent naturellement toutes les terres de sorte que dans leur coupe transversale ils offrent la figure d'une trapze dont la base suprieure est un peu plus large qu'il ne faut pour les deux voies d'alle et de venue. L'coulement des eaux a lieu par de petits canaux de bois appuys au talus dans toute sa hauteur. Le pont de bois qui traverse la rivire d'Hackensack a 1,700 pieds de long; il a t construit d'aprs le systme du colonel Long systme qui permet aux vaisseaux de passer avec leur mture. Ce chemin fut commenc en 1851 et la premire partie en tait dj termine au printemps de 185:2. 6.

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70 CINQ MOIS 2G mai. La pcinlure que j'ai faite ma femme de la campagne de Palerson et de la jolie cataracte, a excit en elle le dsir de s'y rendre ; je suis donc revenu dans ce charmant endroit. Un artiste y passerait agrablement deux mois de printemps esquisser les vues les plus pittoresques. Sur la partie orientale de la roche que la cascade partage au-dessus de la plaine charmante que domine le paysage et la partie basse du fleuve, un vieil irlandais a tabli un restaurant et des jeux. C'est le propritaire du pont jette sur le prcipice, de sorte que personne ne peut le traverser pour aller au quartier qu'il appelle Forckpi Gardcn sans dbourser G cenlcmes. Nous avons eu bientt parcouru les principales fabriques, o nous avons t reus avec les plus grands gards. La temprature avait chang et la chaleur du milieu du jour tait suiTocante dans le bassin qu'occupe Palerson. Quand il a fallu revenir, il y avait tant de voyageurs que nous avons d prendre une autre voiture. Cetaccidcnl a t causede plusieurs haltes et nous a forcs d'attendre des endroits dtermins la ligne de voitures : ce qui arrive dans tout chemin une seule voie. Revenus New-York un peu lard, nous sommes entrs au restaurant Delmonico, le seul tablissement

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ATJX ETATS-rNIS. 71 qu'il y ait ici, ou l'on puisse dner et djeuner toute heure, et o les mets soient ports sur une carte, absolument comme en France. Le systme des htels est ici plus rgulier et plus uniforme; et ne permet pas cette complication si commode pour les voyageurs et les hommes d'affaires. On ne connat que deux sortes d'tablissements convenables, les htels et les pensions (Boarding IIouscsJ. Dans les premiers sont admis tous ceux qui entrent; mais pour tre reu dans les seconds, il faut tre prsent par quelqu'un dj connu ou bien le matre de maison prend des informations. Il arrive de l que la socit que l'on trouve dans les pensions est ordinairement compose de personnes de bonne ducation et forme une espce de famille qui malgr l'entire indpendance avec laquelle chacun vil dans son appartement; se runit la mme table et dans les salons destins aux visites et aux soires. Aux htels, comme aux pensions, les heures du djeuner, du dner et du th sont annoncs par le tintement d'une cloche; table, la place d'honneur est rserve au matre de maison et la seconde la dame. Le prix des meilleures maisons de ce genre, y compris le logement et le service, est de 10 14 pialres par semaine. Gnralement dans les pensions on ne conclut les marchs que par semaine: et dans les htels par jour ou par fraction de jour, car dans ceux-ci logent aussi les voyageurs qui ne font que passer. Les salons de socit sont destins, comme je l'ai dit, aux

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72 CINQ MOIS visites, car il n'est pas d'usage de recevoir dans les cliambres ou dans les appartements particuliers, moins qu'on ne les loue exprs. Aussi les dames qui habitent la maison s'y rendent le soir, et les demoiselles viennent y chanter et loucher du piano. Ds que l'on connat les personnes qui composent la compagnie, ces petites runions sont fort agrables cause de la libert dont on y jouit, sans tre oblig d'autre tiquette que celle qu'exigent la bonne ducation et les gards ds au beau sexe. La table est peu varie dans ces maisons, elle est mme d'une uniformit qui lasse bientt les trangers. Le service se tait avec la plus grande propret; la frugalit des repas y est compense par le nombre car presque dans tous les htels on se met table quatre fois et souvent cinq fois par jour. Le confortable et l'ordre qui y rgnent sont en parfait rapport avec ce que l'on observe dans toutes les classes de la socit amricaine. Depuis la porte de la rue, jusqu'au dernier tage partout le carreau est couvert de tapis; les meubles sont Aiils de bois prcieux, et d'un joli got. On trouve des chemines commodes, l o il n'y a pas de poles qui apportent dans toute la maison une temprature uniforme et agrable au moyen de tuyaux cachs. La distribulion du temps, les prvenances des domestiques, les minuties qui font le charme du service tout est si

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AUX ETATS-UNIS. 73 bien ordonn qu'il suffit en entrant de laisser par crit le nombre de personnes, et de demander un appartement; il n'est plus besoin de prononcer une parole jusqu'au moment de rgler les comptes. Cependant le silence, et la tranquillit qui caractrisent ces htels, la vie demi-commune que l'on passe avec des personnes que l'on n'a jamais vues et cette division des heures peuvent ne pas convenir beaucoup d'trangers. Parmi les hommes estimables que j'ai frquents New-York je citerai le consul espagnol D. Francisco Staughton d'un caractre franc et aimable, toujours prt rendre service ceux qu'il en juge dignes, et qui a tudi avec soin les mÂœurs amricaines. Les profondes connaissances qu'il a acquises m'ont procur des moments fort agrables, lorsque, surtout il a eu la bont de m'expliquer des coutumes dont je n'aurais pu saisir le but moi seul. Nous nous sommes entretenus souvent de la libert extraordinaire des jeune filles sans que la morale publique ou prive en soit offense. Leur ducation, m'a dit ce bon Monsieur, est gnralement plus solide et plus intressante aux Etat-Unis qu'on ne parat le croire en Europe. On a ici des principes lis pour ainsi dire l'opinion publique qui repousse sans exception et de la manire la plus svre les fautes commises contre la morale ou les mÂœurs domestiques. Voil pourquoi il ne survient que fort rarement des cas rprhensi-

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74 CINa MOIS bles, et pourquoi une jeune fille dans la fracheur de l'ge et dans tout l'clat de sa beaut, est toujours certaine d'tre respecte en public, soit qu'elle voyage seule sur un bateau vapeur, soit qu'en l'absence de ses parents elle danse dans une runion, aux fles de INiblos-Garden ou aux promenades solitaires de lloboken et de BrooklyJi. Quoi donc, ai-jc rpondu, les jeunes gens ne font-ils point de tentatives? ne sduisent-ils jamais? — Les jeunes gens, a repris M. Staugbton, sont peu sducteurs par temprament d'ailleurs le genre de leurs occupations ne les porte gure l'tre. Si, par exception, il en tait un qui devit de la rgle, sa rputation serait perdue dans le inonde, qui pardonne la jeunesse sa dissipation, mais qui n'oublie jamais les attentats ports contre l'honntet des familles. M. Staughton m'a souvent rpt qu' mesure que je voyagerais dans l'intrieur de la Confdration je comprendrais mieux les mystres de la socit amricaine. Le dimanche est ici strictement observ ce qui n amuse pas toujours les trangers. Du reste, l'on m'assure que la svrit que je remarque NewYork, n'est que peu de chose, eu gard celle de Philadelphie de Boston et des autres villes de l'Union. Ces jours-l, les rues ont un aspect fort curieux. A peine si quelques voitures roulent sur le pav; magasins et bouti(|ues tout est ferm, et l'on ne voit que pitons se dirigeant vers les temples. Les fa-

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AUX ETATS-UNIS. 75 milles y vont la nuit et le matin; les domestiques ne s'y rendent que le soir, et comme ceux-ci sont aussi bien mis que leurs matres, il faut une certaine habitude pour les distinguer. La runion est brillante rue Broadway, dans ces jours o, comme le disent les vieux Amricains, Ton quitte les mÂœurs puritaines, et o l'on se donne le plaisir de la promenade aux heures que ne consacre pas la prire. L'afluence gnrale, la dcence des costumes, la beaut des femmes, la physionomie angliquedes enfants, tout cela donne ces runions un aspect magnifique. Accoutums sans doute, aux formes superbes des femmes de leur Pninsule, la fracheur de celles du nord, la grce de celles du midi, les Espagnols ne trouvent les Amricaines ni bien faites ni sductrices. Je n'en ai pas vu une seule en effet dont les charmes puissent tre compars ceux de nos vives Espagnoles. Mais elles ont en revanche, un teint serein, des traits rguliers, un air de timide rserve et une certaine douceur. En gnral elles sont assez bien New-York; il y en a mme de trs-belles. Elles s'habillent toutes avec uneextrme propret, et chose remarquable, rarement voil-on dans les rues celles d'un ge avanc. Si j'en jugeais par les promenades et les grandes runions, je serais icnt de croire qu'il n'y a point de vieilles dans ce pays, ou que du moins elles ne sortent jamais. Les petits enfants offrent mon crayon un tableau forl intOressaiU car je les aime beaucoup. Le diraan-

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76 dsa MOIS clic, on les voit par longues files se diriger deux deux vers les temples. Aynnt observ ces sortes de processions prcisment aux heures o il n'y a point d'exercices religieux je me suis dtermin les suivre, et j'ai t conduit sans m'y attendre, jusqu'aux coles du dimanche, sur lesquelles j'avais plusieurs notes; mais, je ne sais pourquoi, je n'y avais plus pens depuis mon arrive. Ce fut une trouvaille; je n'essayerai pas de dcrire l'impression que produisit sur cette multitude d'enfants qui allaient aux temples recevoir une instruction morale et religieuse et apprendre les lments de la lecture, sous la direction djeunes prcepteurs, appartenant aux premires familles de la ville. On consacre cet exercice deux heures le malin et une heure le soir, avant les offices, et l'on s'attache inculquer dans l'esprit de ces petites lves les douces maximes du christianisme, et les principes de l'enseignement primaire. La plupart des matres taient des demoiselles d'une douceur de caractre admirable, qui donnaient des leons aux enfants de deux sexes avec un amour vraiment fraternel. Elles faisaient peler les uns, lisaient des maximes morales, ou des contes d'autres ; enseignaient tous se tenir convenablement. Ce qui m'a le plus tonn, c'est que ces bambins dont le plus grand n'avait pas six ans, se rendaient l'cole seuls, sans y tre contraints et qu'ils semblaient s'estimer heureux d'tre placs sous la

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AUX TATS-UNIS. T7 tutelle de leurs jolies institutrices. Et comment n'en serait-il pas ainsi ? Je suis sorti de ces asiles sacrs d'innocence et de vertu, plein de rentliousiasine que peut inspirer une institution aussi utile et me proposant de prendre des renseignements ce sujet. Voici les notions les plus essentielles que j'ai puises dans le dernier rapport de la socit des coles du dimanche de NewYork que je me suis procur hier. Ce systme fut introduit en 1816. < Le nombre actuel des coles, soit dans les temples, soit dans les salles est de 67 toutes diriges par 965 matres, fds de lamilles ou prtres, et par 1,050 demoiselles. Le nombre des lves appartenant aux paroisses de l'Union est de 15,505 savoir : 4,i01 enfants blancs, 582 ngres, 151 adultes de couleur, 5,542 fdles blanches, 478 de couleur et 275 femmes de couleur. Mais comme dans cette numration nous n'avons pas compris les coles du dimanche des glises mthodistes, piscopales et hollandaises rformes qui selon toute prohabilit contiennent autant d'enfants que celles de l'Union, il rsulte que le total des individus qui assistent aux coles de la ville surpasse 26,000. 28 mai. J'ai reu du baron Lederer des chantillons rain6' ralogiqucs et de M. Cooper plusieurs coquillages 9

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78 CINQ MOIS terrestres et fluvialiles de ce pays pour le Muse de Madrid. I.es personnes qui s'occupent de sciences naturelles me conseillent d'aller Philadelphie o j'aurai occasion, disent-elles, d'changer avantageusement les doubles que j'ai apports de l'le de Cuba. Ce voyage compltera mes ides sur l'tat de la science, car Ton trouve dans cette ville un plus grand nombre d'amateurs. Press en quelque sorte par ces conseils et le dsir de visiter les tablissements de la Pensylvanie, je me dcide partir. A mon retour je continuerai examiner ce que j'ai vu ici ; le temps sera peut-tre plus favorable. L'esprit dmocratique de la classe proltaire a donn ces jours derniers une grande preuve de sa prpondrance et a mme obtenu une victoire en faisant porter une loi par laquelle il est dfendu d'exercer dans les prisons des mtiers qui puissent ouvrir concurrence avec le pays. Il y a quelque temps les ouvriers se plaignirent du systme qu'on avait adopt dans les pnitentiaires, 1 parce que, d'aprs leur manire de voir, les malfaiteurs en les exerant avilissaient les professions; "2" parce qu'en sortant des prisons o ils avaient appris un tat, ils entraient dans les ateliers et se trouvaient en contact avec des citoyens honntes; 3 parce que le bas prix des contrats permettrait aux achninistralions de vendre les -ouvrages un prix trop infrieur pour que les ouvriers pussent soutenir la concurrence sans se ruiner. Pour

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AUX TATS-UNIS. 79 remdier ces mau\, les artisans soulevrent tous les ressorts de l'opinion publique, crivirent des articles, firent des ptitions et formrent des associalions spciales. L'an dernier, le 20 janvier, ils tinrent New-York une assemble fort nombreuse et au mois de juin nommrent des commissaires chargs d'aller Ulique se runir au congrs des mcaniciens qui y taient convoqus pour le 20 aot. 99 dlgus reprsentaient 34 branches d'industriels. Les commissions lurent des mmoires sur les mauvais effets des travaux des prisons on en discuta tous les points l'on dsigna une commission centrale qui se cra des correspondants dans chaque canton et il fut rgl que tous les ans, le 3 aot, il y aurait assemble gnrale jusqu' ce qu'on obtnt du gouvernement ce qu'on demandait. Pour dmontrer les deux premiers points, ils eurent recours aux doctrines de la dmagogie la plus outre qui sont en contradiction palpable avec les rsultats importants qu'offre la discipline des prisons de l'tat et les principes philanthropiques qui ont prsid au projet de rformer le moral des condamns et de les rendre la socit comme hommes utiles. Selon leurs ides, le malheureux qui acommis un dlitdevrait,aprs l'avoir expi dans les cachots, tre exclu de la socit et marqu du sceau de l'infamie; car c'est cela que revient le refus qu'on leur a fait. Quant au troisime point, qui regarde les effets du bas prix auquel on

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80 CINa MOIS vend les ouvrages des prisonniers au prjudice des artisans, la question semble assez raisonnable, et en Texaminant sous toutes ses faces, on se range bieu vite du ct des ouvriers. Cependant les directeurs des pnitentiaires cherchaient leur tour quels taient les vritables effets que produisait l'extrieur le travail des condamns, bien convaincus qu'il est non-seulement utile mais encore indispensable la discipline. Le surinlcndant de la maison d'Auburn, qui est celle qui possde le plus d'ateliers diffrents adressa grand nombre de circulaires sur certaines questions importantes; sur la quantit des objets confectionns dans les prisons, vendus dans les villes et les campagnes; sur Finlluence nuisible que pourrait exercer la concurrence, soit par rapport cette quantit ou au prix soit par rapport plusieurs autres choses. Sur 107 lettres en rponse qui parlaient des objets travaills dans les prisons et mis en vente aux endroits d'o elles venaient, 1 52 soutenaient qu'on n'en avait pas vendu un seul. On s'y plaignait de l'inlluence des articles qu'on supposait sortis de ces ateliers, ce qui du reste tait faux. Quant celles qui parlaient de l'influence qu'exercent les manufactures, 18 rpondirent aflirmalivement, 282 ngativement, et d9 restrent neutres. Quoique les rsultats de ces recherches scniblent op[oss aux assertions des ouvriers, il eslccrtain que ceux-ci prsentrenldans leurs assembles beaucoup de faits conlradic-

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AUX ETATS-UNIS. 81 toires et se monlirent fort alarms du plan d'exploration adopt par le surintendant d'Aulnirn. Il parat que dans la seule ville de Bufalo on vendit des anieles sortis de la prison pour plus de 15,000 piastres, ce qui causa la ruine de quelques tablissements et en fit chanceler bien d'autres; car la matire ouvre fut cde souvent un prix infrieur celui de la matire brute. Enfin, les moyens runis qu'employrent les ouvriers, la puissante influence que les classes proltaires exercent aujourd'hui tout cela a forc la lgislature, le 6 du mois dernier, approuver une loi qui prescrit que ds que les travaux commencs dans les prisons seront termins on suspendra les ateliers et qu'on ne s'occupera que de ce qui fait l'objet du commerce tranger et des manufactures de soie. Encourags par ce succs, les ouvriers maons et charpentiers tentent d'augmenter leur salaire jusqu' 2 piastres par jour. Ayant tout coup arrt une inhnit de constructions, car les propritaires ont refus d'acquiescer leurs demandes, ils se sont coaliss pour ne travailler que lorsqu'ils seront parvenus leur but. La position commode et indpendante que leur assure une haute paye el les pargnes leur permet d'attendre. Gomme on a plus besoin de bras qu'on n'en trouve, il est vident qu'ils obtiendront ce qu'ils dsirent, jusqu' ce qu'il y ait autant de bras qu'on en 7.

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82 CINQ MOTS demande. Sur i2 raiix d'argent que gagne l'ouvrier, il en peut mellre 8 de ct : les heures de travail sont en plus petit nombre qu'en Europe, et la main-d'Âœuvre est encore simplifie par mille moyens ingnieux. Le sort des artisans est assur, si, aux heureuses circonstances que ce pays offre l'industrie, ils savent joindre l'conomie.

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AUX KTATS-rNIS. 83 Cliapltre II* Voyage Philadelphie. — Coutumes en usage dans les bateaux vapeur. — Propret de la ville. — Aspect des rueg, — Athne. — Socit philosophique. — Acadmie des sciences naturelles. — Naturalistes. — Muse. — Prtentions des artisans. — Prdominance de l'opinion dmocratique. — • Visite la grande pnitentiaire. — Machine hydraulique sur le Schuylkill. — Asile pour les marins. — Hpitaux du gouvernement. — Maison de correction pour les jeunes condamns. — Promenades publiques. — Edifices. — Jardins. — Institut de Franklin. — Ecoles pour les jeunes artisans. — Education du ver soie. — Exposition annuelle des plantes, — Exposition priodique d'agriculture. — Ecoles du dimanche. — Mon plan de voyage, Philadelphie 1er juin. Nous sommes partis avanl-hier de NewYork, dans un des magnifiques bateaux vapeur qui font ordinairement le trajet. La journe tait belle, et nous avons joui de l'admirable spectacle qu'oflrent, du ct de lu mer la ville, les riantes ctes de Statcn-Jsland cl de l'Etat de New-Jersey. Elles forment toutes les deux une espce de canal o l'on vogue commesur un llcuve jusqu' l'endroit o commence le chemin defer.Quelle varit dans ces paysages si dignes d'tre reproduits

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84 CINQ MOIS SOUS le pinceau d'un artiste Le ciel tait aussi pur que dans les beaux jours de Tile de Cuba, et je contemplais avec calme ces scnes charmantes au milieu d'une ville ambulante, qui ne troublait point mes rflexions. Trois cents personnes des deux sexes, de toutes les classes et de toutes les conditions voyageaient avec nous. Pendant la navigation il en entrait et il en sortait lorsque nous louchions quelque part. Cependant, malgr leur nombre et leurdiversil le plus grand ordre et les plus grandes convenances ont toujours rgn. Tout le monde, hommes et femmes, s'amuse lire, ou se contente d'une pacifique conversation trois ou quatre. On ne forme pas de groupes bruyants, on ne s'agite pas, on ne rit pas aux clats, on ne s'chaufl'e pas en causant, on ne se Hkhe pas. Chacun discute avec tranquillit; rinlerloculeur dit ce qu'il veut, et on l'coute sans rintcrrompre. J'ajouterai qu'on parle fort peu et qu'on ne s'adresse jamais qu'aux personnes que l'on connat. Les dames, les demoiselles mme, gardant le dcorum qui leur convient, ne s'inquitent gures de ceux qui viennent bord; les hommes se conduisent absolument comme s'il n'y avait pas de femmes. Point de galaFitcries, point de signes, point d'Âœillades, et jamais la moindre grossiret, lemoindre oubli. Chacunjouitde la libert qu'il dsire et ne s'occupe d'autrui, qu'autant qu'il lui cause de l'incommodit. Tout cela me semble trs-convenable, ncessaire mme, chez une nation o l'on

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AUX ETATS-UNIS. 85 voyage par milliers. S'il iail reu d'adresser la parole aux dames indiffremment, ou de se mler avec les hommes que l'on n'a jamais vus le bon ordre rgnerait-il longtemps ? Pourrait-on conserver cette libert inapprciable, le premier de tous les biens dans la vie de socit comme dans celle des voyages? Un quart d'heure aprs l'entre des voyageurs dans le bateau, la cloche sonne le recouvrement. Le trajet de New-York Philadelphie cote trois piastres par personnes pour une dislance de 96 milles et par mer et par terre. On dne pour une demi-piastre. Les quipages sont placs la proue sur de grandes caisses roue; arrivs au chemin de fer, on les attache derrire les voitures. L'intrieur des bateaux vapeur est propre, dcor mme avec luxe. Il y a un salon pour les dames, des cabinets de toilette et nombre de domestiques, des chambres pour les hommes, puis la salle basse qui s'tend d'un bout l'autre de la coque et autour (le laquelle est dispose une ligne de canaps et de cabines pour reposer ou dormir quand on voyage de imit. Le service de table se fait rapidement, mais avec propret simplicit et certaine monotonie. Point d'liqr.ette; cependant les messieurs montrent beaucoup d'attention servir les dames qui ne sont point accompagnes. Du reste tous ces soins ne sont dicts par aucun intrt, car on ne leur adresse la parole

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6 CINa MOIS que pour leur offrir ce qu'elles dsirent, et l'on se lve lie table sans les rej^arder. Au premier abord, vous prendriez cela pour de Tincivilil mais rflchissez avant de juger; moi je crois celle conduite trsavantageuse rindpendance individuelle. Il n'y avait sur le chemin de fer qu'un seul remorqueur pour douze voilures divises chacune en trois parties o l'on pourrait [dacer huit personnes en face Tune de l'autre. Aprs le wagon de bois qui suit immdiatement la machine, vient un autre char beaucoup plus grand destin aux domesliques et aux passagers de proue, puis les voilures; enfin celle longue srie se termine par les deux caisses o sont les quipages. La vitesse moyenne m'a sembl de io milles, car nous avons mis un peu plus de quatre heures en route. Sur les limites de l'tat de Delaware, nous sommes entrs dans un autre bateau vapeur plus petit qui nous a conduits jusqu' Philadelphie. Nous n'avions mis que huit heures dans tout le voyage. J'ai l surpris de la rgularit et de la beaut des rues que nous avons traverses d'abord jusqu' la maison de M. John B. Smith, avec lequel j'avais entretenu de la Havane une correspondance sur la botanique : ce monsieur m'a forc de loger chez lui. Son habitation, vraiment dlicieuse, est btie au milieu d'un beau jardin plant d'arbres fruitiers et sem de fleurs. M. Smith, Suisse d'origine, connat la botanique et la culture. Ses serres sont vastes; et quoique j'aie eu peu

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AUX TATS-UNIS. 87 de temps pour les visiter, j'ai pu cependant en apprcier les riches collections et les espces rares. 2 juin. J'ai dj commenc distribruer mes lettres, faire des courses et voir des tablissements. La ville est trs-belle et d'une propret dont je n'avais pas d'ide. Quoiqu'on m'en et parl NewYork, il a fallu me transporter Philadelphie pour savoir vraiment ce que c'est. Il n'y a pas un seul tas de balayures au coin des bornes, pas une tuile sur les trottoirs, pas la moindre salet sur la faade des habitations. Les domestiques s'occupent, pour ainsi dire, continuellement balayer, frotter et laver. Les vitres sont toujours parfaitement nettes, et aussi transparentes que celles de l'intrieur. L'escalier qui sert d'entre est ordinairement de marbre blanc et les balustrades de fer rehausses d'ornements de cristal ou de cuivre dor. L'aprs-midi, on laisse couler une partie de l'eau des canaux, qui lave le milieu des rues, destin aux voitures et au commerce. De grands espaces plants ombragent agrablement les trottoirs, et les maisons neuves et propres, entoures d'une verdure sombre offrent l'aspect le plus calme que l'on puisse imaginer. L'aflluence est peu nombreuse dans les rues, except dans celle de Ckesnut, centre du commerce, o sont les boutiques et les ma;

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88 cixa MOIS gasins; les aiilres semblent dsertes. Cette solitude, rlendue de la ville, sa rgularit, sa propret, le paisible ombrage des arbres l'aspect grandiose des habitations et des difices ; tout cela donne Philadelpiiie une physionomie singulire de majest que ne prsente probablement aucune autre ville du monde. J'ai visit l'Athne, tablissement consacr aux sciences et l'tude. Le rez-de-chausse est destin aux sances de la socit d'horticulture qui se prparc actuellement l'exposition des plantes. Au premier tage, se trouvent la bibliothque et les salles de lecture, o l'on reoit les journaux nationaux et trangers. J'ai eu l'avantage d'y tre prsent, et de jouir du privilge que les socitaires se font un devoir de procurer aux voyageurs. Au second, sont les dpendances de la socit philosophique, qui y clbre aussi des sances hebdomadaires. J'ai fait connaissance avec M. Waugliam, pour qui j'avais une lettre de recommandation de M. Lederer. M. Waugham est consul du Brsil et de plusieurs autres nations, l'me de la socit philosophique, l'ami des trangers et le bienfaiteur des classes malheureuses. Malgr sa Vieillesse, il est d'une activit sans gale. Le clbre Franklin a t le premier prsident de cette socit, l'poque o, sous le nom qu'elle porte aujourd'hui, les deux qui existaient alors dans la ville furent runies. La salle des sances est dcore du portrait de tous les prsidents, depuis le commence-

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ALX ETATS-INIS. 89 ment jusqu' M. Peler Duponceau, franais tabli depuis i:;rand nombre d'annes dans ce pays. Le cabinet conlient des minraux, des coquilles, des ossements fossiles, parmi lesquelson distingue ceux de la mchoire infrieure du mastodonte et du llracaulodon, et des antiquits mexicaines et de l'Amrique du nord. On y conserve l'herbier de M. Mulhcnberg, en d 8 volumes ou caisses, o sont dposes 2,500 espces, dont les dnominations rpondent aux descriptions de Wildenow, avec lequel il avait de frquentes relations; Therbier de B. G. Barlon, renfermant plus de 1,500 espces, la plupart tires de Virginie; un carton de plantes de la Nouvelle-Hollande, envoyes aussi M. Baiton, par M. Smith, botaniste de la contre, et prs de :200 espces de l'xVnirique du sud. J'ai visit l'Acadniic des sciences naturelles, fonde en 1812, par quelques amateurs. Elle fut incorpore en 1817; sa prosprit a t croissant, grce au zle et aux travaux des membres honorables qui la comj)osenl et qui la soutiennent par des cotisations annuelles de 10 piastres, et par de frquentes donations de livres et d'objets. La bibliothque conlient 5,000 volumes dont 2,000 traitent des sciences naturelles; l'herbier gnral comprend 10,000 espces dtermines, et les collections, disposes autour de la rotonde cl dans une galerie suprieure de la salle des sessions, se composent de 5,000 sujets minialogiques ou gologiques, de 1,200 coquilles, 500 oiseaux, 200 8

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90 cma MOIS reptiles, de quadrupdes et de poissons, enfin d'un grand nombre d'ossements fossiles, tudis par quelques-uns des membres tels que les docteurs Morlon, Harlam, etc... L'herbier est la charge du docteur Pickeryng, savant botaniste. C'est un jeune homme d'une application soutenue, d'une bont de caractre qu'on ne saui'ait comparer qu' l'imperturbable tranquillit de son me et au sang-froid qu'il montre en donnant des explications. On se figure peine que, sous cet extrieur simple et indiffrent, se cache un fond d'instruction aussi solide et des qualits aussi minentes. Le libraireDobson, que ceux qui aiment les sciences devraient aller voir en passant par Philadelphie m'a donn une foule de renseignements sur la librairie et les ouvrages priodiques qu'il reoit d'Europe. Je me suis aperu qu'on est ici plus au courant du progrs des sciences qu' New-York, et que les amateurs ne sont pas rduits, comme dans cette dernire ville, recourir leurs ressources pcuniaires, pour savoir ce qui se passe au dehors. Dobson est quelque chose de plus qu'un rudit, c'est encore un homme du monde Irs-serviable, mme l'gard des trangers. Le muse est aussi mal en ordre qu' New-York quoique confi aux soins de M. Pcale, naturaliste d'un mrite reconnu. Il possde peu de quadrupdes, mais nombre d'oiseaux qui occupent toute une vaste galerie; une belle collection de papillons, la plupart d'Alurique, et diverses grandes espces de poissons, de

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AUX ETATS-UNIS. 91 de reptiles, etc.. Parmi les fossiles, on distingue un squelette complet de la grande espce de manmouth, trouv dans l'tat de NewYork. La collection des portraits des Amricains clbres est considrable. J'ai tmoign M. Peale le dsir que j'avais de faire des changes. Ma proposition a paru lui tre agrable. 3 juin. J'ai assist une sance de la socit des sciences naturelles, assemble calme et tranquille, comme toutes celles des Amricains. On a trait d'abord de la gologie en gnral, puis des fossiles qui se trouvent journellement dans ces contres. Le docteur Harlam a prsent des chantillons que l'on n'avait pas encore dcrits, et M. Pickeryng a port ses observations sur une collection de plantes rcemment offerte la socit. Danses runions, le rapporteur prend seul la parole; les membres, qui la matire offre peu d'intrt, lisent en silence des brochures distribues par le secrtaire. En me rendant avant-hier l'athne, et traversant la place magnifique de la maison de ville, j'ai rencontr une runion d'artisans, qui clbraient un incetincj, et se concertaient pour ne travailler que dix heures par jour, ou, ce qui revient au mme, que jusqu' six heures du soir. Ces ouvriers taient la plupart charpentiers. J'ai appris que dernirement les

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92 CIMQ MOIS maons el les tailleurs avaient form de pareilles assembles, et que les autres corps de mtiers se prparaient suivre leur exemple. La classe des proltaires est nombreuse, hardie et })res(jue toule-puissanle, cause de la protection que lui accordent les agents actuels du pouvoir excutif; aussi est-elle l'me des lections. Le systme lectif reu dans TUnion est vicieux; car il permet, par le fait, qu'une quantit d'individus, sans domicile et sans qualit, viennent apposer leur vote dans l'urne. Comme il n'y a pas de passe-ports, et que le parti dominant veut accrotre Bcs rangs, il est difficile de vrifier les litres, lorsque surtout on a de l'intrt les annuler. C'est ainsi que tous les trangei's Irlandais donnent aujourd'hui leur vole, sans en avoir aucun droit. La hardiesse de ces classes se reconnat toutes les ptitions qu'elles font propos de leurs intrts matriels, comme New-York et ici. Je crois, malgi cela, qu'elles n'ont pas conscience de leur force; car, lorsqu'il en est ainsi. Ton peut compter sur des dsastres, tristes effets des folles prtentions d'un j)arli, qui malheureusement n'est pas le plus clair. L'aristocratie est moins active, et met plus de lenteur dans ses projets, par la raison, peut-tre, qu'elle compte dans ses rangs les personnes les plus fortunes. Les catgoiies de noblesse sont choses vaines et ridicules dans une l'publique; en outre, les riches sont soumis au proltaire, (jui peut conomiser les six huitimes de sa

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AUX ETATS-UNIS. 93 paye journalire et de plus la merci du systme d'associalion et de crdit qui souvent place au sein de l'opulence un homme sans capitaux, auquel une entreprise industrielle russi : l'aristocratie amricaine n'est donc base sur aucun fondement solide, inaccessible et n'est soutenue par aucun lien. Ce ne sera que par l'instruction que l'on assurera les principes d'ordre, en faisant pntrer dans toutes les classes la profonde conviction des devoirs mutuels, et en raffermissant les vertus sociales, qui forment le caractre dislinctif du peuple amricain. Le bon M. Waugham, m'a paru enchant des objets que je lui ai remis pour la socit et s'est occup d'obtenir l'autorisation de me donner un double de pltre des os maxillaires infrieurs du mastodonte et du tlracaulodon dcrits par le docteur Ilays, dansun mmoire curieux qui se trouve la suite de collection des actes. J'ai rendu une nouvelle visite M. Peale, qui m'a montr sa belle srie de papillons, dont il a dj publi quelques espces nouvelles. Il est malheureux que le got public ne soit i>as assez rpandu cet gard, pour couvrir les frais de l'impression, aussi ce savant ne pourra-t-il publier les espces d'oiseau et d'insectes qu'il a trouvs dans son voyage au lleuve de la xMadeleine. En parcourant les doubles de ces deux classes, il m'a pri de choisir parmi les insectes de celte contre, du Brsil et du Bengale, de Java, et de la Chine surtout, ceux qui me 8.

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94 ciwa MOIS feraient plaisir. C'est un trait de gnrosit, dont je lui suis reconnaissant. 8 juin. Vendredi soir, M. Tacon, ministre plnipolentaire d'Espaj!;ne, est venu nous prendre, pour aller la clbre pnilenliaire de rlat, car je dsirais depuis longtemps avoir une ide des prisons o le systme de rclusion el d'isolement est adopt. L'iat de Pensylvanie est le seul qui conserve la discipline pnilenliaire dans toute sa svrit, et o, pendant la dure del peine, le dtenu soit isol dans un cachot, et sans communication. Pour remdier aux trisles effets de la soliiude absolue, qu'une fatale exprience a dmontr funesle dans la grande prison d'Auburn, on a introduit le travail dans les cellules; ce travail sert aux prisonniers, non-seulement de distraction, maisencore de consolation. C'est un besoin sans lequel ils ne pourraient vivre Occups, mais seuls avec la conscience, ils se livrent aux rflexions que leur posilion leur suggre. La lecture de de la Bible, les exhorlalions du ministre de la religion adoucissent leurs maux, l'exercice les dislrail; le rayon de l'espoir que la pliilanlhropiedeslois viendra pcul-li e les allcindie jusque dans leur cellule les soutient, et les entretient dans des penses pacifiques; elles les porle la rforme morale et les prpare devenir des hommes honntes, s'ils pratiquent les

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AVX TATS-rNIS. 95 maximes qu'on leur inculque et s'ils exercent le mtier qu'on leur enseigne. La faade de la pnitentiaire de l'est Philadelphie, et d'un style svre, et unit la majest du gothique, une certaine ide de force, qui indique parfaitement l'objet de l'difice. Aprs la porte de fer extrieure, on entre dans une grande enceinte destine au matriel. La maison est construite en forme d'toile, afin que de la rotonde centrale le surintendant puisse inspecter les sept galeries qui y aboutissent. Ces galeries ont deux tages de cachots, 136 dans chacune des quatre les plus longues, et 100 dans chacune des trois autres; de sorte que, le btiment termin, il y aura 844 cellules et 28 cachots. Cet difice a t commenc en 1822, conformment un acte du mois de mars 1821. Il est bti sur une surface de 10 acres de terre, entour d'un mur de 30 pieds d'lvation et aura cot 560,000 piastres, y compris la septime galerie actuellement en construction et qui louche sa fin. M. Samuel Wood, qui jouit d'une juste rputation de probit, nous a reu avec les plus grands gards, et nous adonn les renseignements que nous dsirions ; par son ordre, on nous a montr les cachots, quelques dtenus et lesdpcndances de la maison. Je vais transcrire les notes que j'ai recueillies dans cette visite et faire un extrait des nombreux documents que j'ai obtenus ce sujet.

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96 ClNa MOIS Depuis que rtablissement est sur pied c'est-dire depuis le mois d'octobre 1829, il est entre 557 condamns, dont 15 sont morts, 80 sont sortis aprs Texpiralion de leur peine, et IG ont t pardonnes : ce qui donne par consquent 218 individus dtenus au commencement de cette anne. Sur ce nombre, il y avait 258 blancs, 95 de couleur et i femmes de couleur. On conq)lait 25 bommes babiluellement pris devin, 65 souvent, 157 par occasion; d'une sobrit naturelle 80, d'une sobrit incertaine 10. Ldessus, 67 ne savaient ni lire ni crire, 78 ne savaient que lire, 192 savaient l'un et l'autre, mais fort peu avaient d'autres connaissances. Dans les cacbots les condamns taient occups fder, tisser, faire des souliers, des babits, etc. Ils avaient l'air calme, et paraissaient bien portants. Les cellules, assez spacieuses, sont votes, parquetes, cbauflesen biver par un tuyau de pole, et reoivent le jour par une claire-voie, (pie cliacun peut ouvrir ou fermer volont. L'ameublement se compose d'un lit, d'un banc, d'une table, d'une cbaise d'aisance inodore, o passe continuellement un courant d'eau. Attenant cbaque cacbot est une petite cour, o certaines beures le condamn peut aller respirer, s'cbaulfer aux rayons du soleil et faire un peu d'exercice. Le servant n'enlre jamiiis dans les cellules et remet la nourriture jKir un giiicliet, mesure qu'il la prend de dessus un cliarriol qui court le long

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AUX ETATS-UNIS. 97 (le la galerie sur le plancher dans celle d'en bas ; et au milieu de l'espace compris entre les deux balustrades des corridors, dans celle d'en haut. Les prisonniers reoivent du caf et une livre de pain, compos de deux tiers de seigle et d'un tiers de mas djeuner ; la soupe grasse, trois quarts de viande et de la bouillie de farine de mas dner; de la bouillie et de la mlasse souper. La bouillie et la mlasse discrtion. On fiiit la cuisine dans de grandes cuves de bois au moyen de la vapeur nue lance par un appareil fort simple. Il parat d'aprs les documents que j'ai consults, que le travail des condamns dans les cellules n'offre pas d'aussi bons rsultats, que le travail en commun dans les ateliers, en usage aux pnitentiaires des autres tats. En 1855, celui des tisserands a subi une perte de 1,556 piastres, et celui des cordonniers oblenu un gain de 1,154. Ces rsultats ne doivent pas tonner car l'tablissement est nouveau et les condamns passent ordinairement la premire anne apprendre leur mtier. D'un autre ct, le travail solitaire de ces hommes, absorbs dans de mlancoliques mditations, n'est jamais aussi considrable que lorsqu'ils sont runis dans les ateliers, sous l'inspection d'une personne intresse les faire produire. Cependant en 1852, les frais ont t couverts, non compris toutefois les honoraires des employs; mais les inspecteurs pensent que lorsque le

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PU CINa MOIS systme sera bien en vigueur, toutes les dpenses seront largement balances. S'il en est ainsi, on devrait imiter ce plan, et se passer des entrepreneurs, dont le contact expose les prisonniers des sductions difiiciles viter. Les avantages du systme de silence absolu et d'isolement en usage dans cette maison viennent, 1" de ce que la soliludc empche la corruption qui dcoule de la runion des dtenus, ou assure du moins qu'ils ne sortiront jamais plus vicieux qu'ils ne sont entrs; elle les force d'ailleurs rflchir, ce qui est le meilleur moyen de les gurir sans tre cruel. Le prisonnier, ne connaissant pas ses camarades, ne craint pas qu'en i entrant dans la socit, quelqu'un vienne le dnoncer et divulguer sa conduite passe Le chtiment qu'on lui inllige, malgr sa duret, n'exaspre pas son esprit et ne l'irrite pas de manire le mettre en guerre avec Ihumanit. H peut considrer sa position comme une transition entre deux existences, dont l'une a t crinnnelle, dont l'autre sera honorable, s'il le veut; 2" le iravdil calme l'esprit du prisonnier qui, seul avec sa conscience, se laisserait abattre ou se monterait l'imagination; il rend possible l'tat solitaire, qui sans ce puissant secours serait cruel, trisie, dsesprant; il donne enlin au dtenu les moyens de vivre dans la socit. On a Ait des objections contre les ateliers des pnitentiaires; mais j'en ai assez parl l'occasion des

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AUX ETATS-UrCIS. Vf artisans de New-York ; cependant ce qu'on a dit me parat dnu de fondement. Le mal qu'prouvent les ouvriers libres ne provient pas de l, mais seulement du genre d'ouvrage et du mode d'excution. D'un autre cl, comme l'observent avec raison les crivains qui traitent cette matire, en supprimant le travail, on renverse le systme pnitentiaire, irralisable autrement. Les inconvnients de la mthode de Pensylvanie viennent, 1 des normes frais que cotent les prisons cause de l'tendue que demandent les cellules et les cours, 2" de ce que gnralement elles ne peuvent pas se soutenir elles-mmes; 3 de ce qu'il est diflicile d'empcher la communication d'un prisonnier avec son voisin, A de la difficult d'introduire un bon systme d'ducation et d'enseignement moral et religeux, 5 enfin, de ce que les effets du rgime solitaire nuit et jour, des mois et des annes entires, sont quelquefois nuisibles la sant des dtenus et leur esprit. Quant au second inconvnient, nous devons dire que si le systme de la pnitentiaire de Philadelphie n'est pas productif, il obtient en compensalion des fruits moraux bien plus prcieux. Sur plus de cent dtenus, sortis de l'tablissement, il n'en est rentr que trois, encore n'avaient-ils pass que peu de temps dans la maison. L'effet moral de l'isolement et de la solitude est si efficace qu' peine a-t-on besoin de recourir d'autres corrections; on n'emploie ja-

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100 ciNa MOIS mais aucun clilimcul corporel pour des infraclioiis la discipline; les opinitres sont punis au pain et Feau, matres de suspendre eux-mmes le chtiment en redevenant obissants. Le docteur Lieber, dans un crit fort intressant sur celte pnitentiaire propose, entre autres amliorations qu'il croit devoir tre appliques ce systme de donner aux condamns, outre la Bible, des livres d'hisloire des Etats-Unis et des ouvrages populaires sur l'histoire naturelle qu'ils lisent avec plaisir. Sous l'aspect de Tordre et de la propret, cet tablissement rpond parlaitenienl la bonne ide qu'on en a en Europe. La visite que j'y ai faite m'a suggr la pens e d'en voir quelques autres, de runir loules les informations que je pourrai qui serviront peuttre l'Espagne le jour o Ton songera y tablir le systme pnitentiaire, et changer en maisons de rforme morale les prisons qui ne sont aujourd'hui que des coles de crimes et de vices. 9 juin. Nous avons employ la soire de vendredi une promenade la machine hydraulique ( wnlcr works) qui abreuve la cit, j'en avais vu la description dans plusieurs ouvrages; il y en avait mme une la Havane, qu'on avait construite ici pour former des jets d'eau dans un jardin particulier.

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AUX ETATS-rWIl. 10 1 L'endroit o elle est siluve, sur. les bonis, du Schiiyikill est un des plus beaux et oos plds piltorcques. Le fleuve est magnifique, la campagne gracieuse et vivante. Aux environs, on trouve jardins, jets d'eau, statues et quantit d'autres ornements; deux ponts magnifiques, dont un d'une seule arche, tablissent la comnmnicalion entre les deux rives ; la beaut du paysage, les commodits qu'offrent les divers htels en ont fait une des promenades les plus suivies du voisinage de Philadelphie. Le mcanisme qui sert lever l'eau est un modle de simplicit et lonne par ses rsultais. Il se compose de cinq pompes horizontales mises en mouvement par autant de roues, ou mieux par autant de cylindres hydrauliques. On a publi en Europe des plans et des descriptions exactes de ce walcr works. Avant celle-ci, une machine vapeur faisait le service, et il parat que ce fut M. Latrobc qui, en 1779, dirigea le premier les oprations. Au mois d'aot 1812 on commena les travaux dans Fairemount, et au mois de septembre 1815, la ville de Philadelphie fut abreuve par elle. Mais ce moyen occasionnait de grands frais, et en 1818, on se dtermina employer l'action du ileuve lui-mcmc, dont on dtacha une partie des eaux par une digue de 4,41 G pieds de long qui les rejette six milles au del et prpare une chute assez puissante pour mettre les roues en mouvement. Les excavations furent

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^02 .c ; : ciNa mois eorimenees ca i819 la premire pierre pose au mois d'avril iS21 cl les travaux pousss avec tant de clrit, qu'au mois de juillet de l'anne suivante la villetait abreuve parla pompe du n 1, au mois de sepleinbre par celle du n 2 au mois de dcembre par celle du n" 3; plus tard, cause du progrs de la population et des probabilits de son accroissement, on en a tabli deux autres la quatrime en novembre 18:27, et la cinquime en 1852. Depuis la premire anne, c'est--dire depuis 18:22, on ne se sert plus de la machine vapeur et les machines hydrauliques fournissent seules alternativement au grand rservoir la quantit d'eau ncessaire aux besoins de la population. La pompe du n" 1 lve en 2 4 heures 1,315,280 c^'Celles des n 2 et 5 2,001,800 Celle du n" 4 1,015,680 Total 5,020,700 Il faut dduire un quart de cette somme cause des mares et des geles qui irrgulariscnt son action 1 ,405, 4 40 Il reste donc un produit journalier de 4,215,320 galons, quantit bien sup(';ricure aiiv ncessits de la ville et des faubourgs qui, en 1831, en employrent

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AIX ETATS-UNIS. 103 deux millions par 24 heures et trois millions au plus dans rl, poque o la consommation est plus considrable cause des arrosemenls et du lavage des rues. Le grand rservoir lev 102 pieds au-dessus de la mare basse et 56 au-dessus de la ville a une superficie de plus de 500,000 pieds carrs et peut contenir 20 millions de galons. Les pompes montent Teau jusqu' 96 pieds.Les frais qu'a occasionns cet ouvrage ont t valus un million de piastres ; il en rapporte par an plus de 70,000; il n'en cote par jour que 5 ou 4 pour l'entretien des btiments et des machines. Du haut du rservoir o l'on monte par diffrentes chelles, places intervalles, et des pavillons de repos, l'Âœil s'arrte surunevucmagnifique. Parmi les difices remarquables que l'on dcouvre, on distingue sur le Schuyikill, f Asile des Marins, difice prodigieux par le luxe de sa construction et dans lequel le gouvernement fdral a voulu montrer l'estime qu'il fait des bons serviteurs de Tlat et prouver qu'il n'oublie par la dette sacre qu'il a contracte leur gard. Par un acte du Congrs, du 26 fvrier 1811, on vota le choix et l'acquisition des terrains destins aux hpitaux de marine, o malades, invalides et vieillards pussent trouver des secours et des soulagements. A cet effet, on acheta des terres Chelsea, aux environs deBoston,Brooklyn, vis--vis de NewYork, au voisinage de Korfolk dans la Virginie, et sur

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104 CINQ MOIS les rives du Scliuylkill. La maison balie dans ce dernier endroit fut dsigne comme la demeure permanente des marins sans domicile en se retirant du service. La faade est de 385 pieds, le corps central de 142 de large, et de 155 de profondeur. Elle est orne d'un portiqnede marbre blanc, compos de huit colonnes de l'ordre ionique, de 5 pieds de diamtre. La partie basse du btiment est d'un beau granit; les trois tages de marbre, entours de galeries, sont soutenues par 88 colonnes de fer de fonte poses sur des bases de granit. L'intrieur est vot et l'preuve du feu; le toit du centre couvert de lames de cuivre et d'ardoises. Cet difice aura cot, quand il sera fini, 24:2,000 piastres. Il faut remarquer que la commission a fait beaucoup d'conomies, soit sur la direction de l'ouvrage, soit sur l'achat des matriaux qui sont de premire qualit. Le mme acte qui a ordonn la construction des lipitaux aux frais de l'tat, donne les rgles ncessaires l'entretien des marins. La suivante me semble mriter d'tre cite. Pendant le sjour d'un marin dans l'tablissement, le commissaire peroit sa solde. Les offciers de haute paye, comme les simples soldats et les mariniers, ont droit aux mmes bienfaits; mais les premiers ne les demandent pas, car leurs familles subviennent ordinairement leurs besoins. C'est ainsi que par un moyen indirect l'Etat, se trouvant dciiarg du plus grand nombre, fait retomber tous les avantages

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AUX TATS-UNIS. 105 de celle institution sur les classes infortunes qui ne reoivent qu'un malheureux prt, insufisant aux ncessits (le la vie d'un vieillard. En parcourant les diffrents documents que j'ai sous les yeux, je me suis convaincu que le gouvernement, n'ayant aujourd'hui aucun hospice sa charge, envoie les malades de la marine aux tablissements publics et particuliers de chacun des lats de l'Union, et qu'il paye pour cela une certaine somme. Il rsulte encore de la lettre du secrtaire du trsor, du 19 avril de celle anne, que les fiais d'tablissement et de secours donns 4,770 marins se sont levs 55,572 piastres, ceux du mdecin 6,618, des remdes 4,549, et que y compris frais de voyage, d'enlerrement, etc., le tout s'est port 71,034 piastres. On peut voir comment celle somme a t distribue aux divers hpitaux et tablissements de chaque tat dans un document qui y est annex. Le docteur R. E. Griffilh, un des principaux rdacteurs du Journal de Pharmacie, m'a fourni diverses notes sur l'tat de la pharmaceutique sur les publications scientifiques qui ont t faites aux talsUnis cl sur les ncessits o est le gouvernement de secourir les tablissements de sciences naturelles, trop coteux pour tre entretenus aux frais des amateurs. IjC docteur, qui tudie surtout les substances mdicinales indignes, m'a offert une collection des principales, et a donn naissance une correspondance qui 9.

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106 CINQ MOIS me sera doublement agrable, car elle me fera participer ramabilil et rinslniclioii de ce savant amricain. Il possde encore un iicrhierdu pays riche en espces de cette sorte, et nous sommes convenus de faire des changes avec nos doubles. Un autre professeur recomniandable que j'ai eu rbonneur de voir ici, quoi(pic j'eusse dj l'avantage de le connatre par correspondance, c'est le docteur Mac-Euen, un des membres les plus actifs de la socit des sciences naturelles et qui dans ses recherches n'oublie aucune ramification. Il m'avait envoy la Havane quelques notes sur l'absence des jardins botaniques Philadelphie, car ceux qui sont annexs aux collges etauxuniversits ne mritent pas ce nom. Kn effet, les espces n'y sont pas classes d'aprs un ordre systmatique, et ils manquent des sections essentielles qui avec l'cole en font des tablissements de ce genre. Les conversations de ce savant, qui fixe ordinairement son sjour la campagne, m'occasionnent souvent du plaisir, soit cause de son caractre franc et jovial, soit cause des connaissances varies qu'il a acquises en Franceet en Italie, soit enfin cause de tout ce qu'il sait sur son pays. Quoique jeune encore, il occupe un rang distingu parmi les naturalistes amricains. C'est avec lui que, ma femme et moi, nous sommes alls visiter V Asile des orphelins et la Maison de vorreciion pour les jeunes condamns. Elle fut fonde

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Al'X ETATS-rNIS. 107 l'instar de celle de NewYork, et l'on y observe les mmes rglements pour les travaux, l'enseignement et la discipline quelque chose prs. Chacun a sa lciie; une fois remplie, il peut aller la cour jouer, ou Lien continuer son ouvrage qui lui est pay et dont on lui remet le montant la sortie. Ce moyen me parat excellent, car il stimule l'application et suggre des ides d'conomie et de proprit. Les entrepreneurs paient la journe des jeunes gens raison de 1:2 centimes et demi au plus. Les petits ne produisent presque rien, et les apprentis peu de chose. Le temps que Ton doit passer dans les ateliers est de sept heures et demie neuf, et celui de l'cole de trois heures et demie quatre, selon la saison. L'numration des classes commence par le numro 4, et l'on lve successivement la troisime, deuxime et premire le prisonnier qui se conduit bien sans franchir plus d'un degr par semaine. Aprs trois mois de bonne conduite il est pronm la classe d'honneur, divise en trois catgories. S'il devient irrgulier et rprhensible, on le fait descendre, ou l'on emploie les punitions, mme les corporelles. Les bonnes actions sont rcompenses par des fruits, etc., et l'appliciilion l'cole par des livres. Les ateliers que nous avons parcourus sont destins la fabrication de carcasses de parapluies, de chaises, de clous de mtal, de souliers et la rebure.

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108 CINa MOIS Les filles dtenues s'occupent exactement comme New'-York. Depuis sa fondation jusqu'en 1855, celle maison a reu 551 garons cl 158 lilles; total 689. 29ii garons et 45 filles ont l mis en apprentissage ; 54 sont sortis pour mauvaise conduite 57 par surcrot d'ge ; 68 ont t rendus leurs parents ; l25 ont pris la fuite; 4 sont morts; les autres, moins les 154 existants, ont l destins diverses maisons de charit, des asiles d'enfance, elc. Du mois de janvier 1854 jusqu'au mme mois de celte anne, 85 garons et 40 filles ont l admis : total 125. Il y avait alors 24 garons et 55 filles. II tait sorti 80 des uns et 26 des autres : savoir, 59 mis en apprentissage, 18 retirs par leurs parents, 9 avancs en ge; et il restait encore 104 garons et 01 filles. L'ge moyen des jeunes dtenus a t de quatorze ans sept mois pour les garons, et de quatorze ans cinq mois pour les filles. Quant la nourriture, on leur donne du caf et du pain de seigle djeuner ; de la viande des pommes de terie, de la soupe trempe avec du pain de seigle, quelquefois des navets et des lgumes dner; du riz, de la bouillie faite avec de la farine de mas et de la mlasse souper. Le vendredi du poisson sec au lieu viande et de soupe. Nous avons assist un de leurs repas. Les jeunes prisonniers passent de la cour au rfectoire deux

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AUX TATS-rNIS. 109 deux, se placent au banc et demeurent debout pendant la prire. Au signal donn, ils s'asseyent; il n'est pas permis de prononcer une parole. Celui qui a besoin de quelque chose lve la main, et l'un des servants vient lui. Les servants sont choisis parmi les dtenus. Ceux qui ont commis des fautes punies par la privation de nourriture sont relgus dans un coin de la salle, tmoins de l'apptit de leurs camarades. Nous avons vu, en sortant, le matre qui prsidait envoyer quelques gros morceaux de pain ces pauvres affams. L'tablissement a cot 85,582 piastres. Le produit du travail donne un revenu de 2,000 2,500 piastres; les dpenses moyennes sont de 12 ou 53 mille. En 1855, on a employ en vivres, habits, combustibles, honoraires, remdes et rparations, 15,745 piastres, tandis que le travail n'en a produit que 2,912. Les rsultats moraux de l'institution semblent trsavantageux, d'aprs les renseignements que l'on reoit annuellement. Sur 157 garons et 55 fdles, 100 de ceux-l et 12 de celles-ci ont obtenu de bonnes notes; 16 et 5 des notes incertaines, mais favorables; 1 et 2 des notes incertaines mais dfavorables ; 1 et 1 des notes de mauvaise conduite; enfin, 5 ont t punis de la prison. Je dois dire que l'on compte aujourd'hui parmi les souscripteurs un individu lev dans la maison. Nous nous sommes retirs enchants des

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110 CINa MOIS attentions qu'ont eus pour nous le surintendant et MM. les employs, el pleins (l'admiradon pour le bon ordre, la propret et l'exaclitude qu'ils font rgner. 11 nri'a sembl que le rgime est plus svre ici qu' New-York, sous le rapport des chtiments surtout. Je ne crois pas cependant que par les moyens rigides on obtienne la soumission et Ton opre la rforme morale avec plus d'efiicacil que par le dquceur paternelle du surintendant de New-York, M. Allen. Toujours accompagns par M. Mac-Euen, nous avons t au magnifique collge qui, d'aprs les dispositions testamentaires du philanthrope Girard se construit aujourd'hui pour les sourds-muets. Les fonds destins cet tablissement sont de deux millions de piastres; et la commission charge de l'excuter se propose de le btir avec le produit des intrts. Nanmoins, d'aprs le plan cl le prix des matriaux il sera dilicile de tenir cette promesse. L'difice reprsente le temple de Minerve dans de grandes proportions. Le pristyle et la superbe colonnade du tour, de marbre blanc reposent sur un massif de 20 pieds d'lvation. Termin, ce monument sera le plus beau plus rgulier cl le plus sompiucux des talsUnis (i). (1) Je n'en ai pas not les proportions; il me semble cependant qu'il est d'I^G plus graul que l'glise de la Madeleine Paris.

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AUX TATS-UNIS. III lOjuin. L'agrable temprature du printemps me permet de mettre en jeu mon aclivil; du reste, il ne suffirait pour m'exciter que le plaisir que j'prouve parcourir dans tous les sens cette ville superbe. Les parcs sont dlicieux; les plantations qui bordent les rues offrent tant d'agrment qu'on devrait en mnager partout. On plante indistinctement le qiiercus alba; Yaccr ercarpum, inibruni, nigrum et sacharinum; le (jmnocladum canadcnss; le titia europea et pubescens; le fraximis vrds, platijcarpa et americana; la broiisonetiapapijrifcra; la bignonia catalpa, et depuis peu, \e liquidambar stiraciflua el aylanllius glandulosa. Dans les parcs, on mle toutes ces espces avec le platanus occidentalis ; le popidus argentea;\c larix aniericana; le robinia pseiido acacia cl viscosa; lequercuspaiiistris, rubra, cnerea et phelox; le liriodendron tiUipifera; le fraximis tomentosa, lUmus rubra et aniericana; le geditsia triacantlws ; le lilia alba; le uorus rubra; lepopulns tremuloides et les toujours verts; Vabiesalba et canadensis; le pinus strobus; le cupressus disticlia et bien d'autres qu'il serait trop long d'numrer. Au milieu de ces riches plantations, s'lvent des maisons et des difices de marbre blanc, dont les entres sont embellies par de petits jardins, et des arbustes en

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112 CINQ, mois fleurs. Parnii les nombreux monuments que possde ville, cl qui se font remarquer par la ri;ularit de rarcliitecture, on distingue la banque des tals-Unis qui acol environ un demi-million de piastres, et qui reprsente le temple de Thse ; la banque de Pcnsylvanie copie du temple d'ilysus Ailines. Cet ouvrage a t dirig par M. Latiobe, ingnieur dont j'ai parl en dcrivant les tablissements hydrauliques. La banque Girard qui a t achete l'tat par un franais de cenom;rhtel des monnaies, de Tordre ionique, autre copie du temple d'Ilysus ; l'glise Congrgationnelle des unitaires, etc. De toutes les villes des tals-Unis, Philadelphie est celle qui possde le plus de monumenls publics, et chaque anne les particuliers et rlat emploient des sommes considrables pour en construire de nouveaux. L'amour des plantes et des fleurs est gnralement rpandu, dans les familles quakeresses surtout, chez qui cette passion est analogue l'innocence de leurs mÂœurs. Les jardins des environs sont cits comme les meilleurs du pays, et je n'ai pas besoin de sortir de chez moi pour jouir d'une belle colleclionde fleurs. M. vSmilh s'est entirement adonn, comme sa spcialit, la culture des plantes de serre-chaude; force d'tude et de sacrifices il est parvenu runir une grande varit d'iicas, d'eucalyptes, d'azales, de crus, d'orchides, de crassules et une collection nombreuse de camlias qu'il a enrichis de nouvelles I

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AVX ETA'JS-tNlS. U3 varits. La socit crhorticuUure cncournge autant qu'elle peut l'amour des plantes et ouvrira dans peu de jours son exposition annuelle. J'ai visit Ylnstitut de Franklin, cr par une socit particulire et soutenu par des souscriptions de 5 piastres annuelles ou de 25 une fois donnes. Le l)ut qu'on s'est propos en l'tablissant, c'est d'encourager et de rpanure les arts. l possde une bibliotliqne, un cabinet minralogique, une collection de modles de macbincs qui se compose pour la plupart de locomotives de chemins de fer, entre autres de la macbine liante pression d'Adams; de presses, de ponts, etc.. On y distribue des piix et on y publie une feuille priodique extrmement intressante qui a pour litre : Journal de CInslut de Franklin. C'est dans cet crit qu'a t insre la srie des oprations du professeur qui m'a accompagn dans cette visite, le docteur Jeferson sur la rsistance des diffrentes espces de fer dans les rails, sur le calorique latent des mtaux leurs divers degrs de fusion, au moyen d'un appareil ingnieux qu'il a lui-mme invent; cniin les expriences importantes sur la chaleur, la vapeur et ses applications. Ces travaux ont servi de guide la ccmniission qui, au mois de mai 1852, adressa au congrs un rapport sur les explosions des bateaux vapeur, etc., etc. Pendant les soires d'hiver, on fait des cours de physique, de chimie, de mathmatiques et de dessin, auxquels assis10

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114 CINa MOIS tent de jeunes ouvriers et nombre de dames. M. Jefcrsonesl charg des leons de pliysique.L'tablissement n'a pas beaucoup de fonds; cependant cause de l'utile influence qu'il pourrait exercer, il mriterait la protection de l'tat et la coopration des bons patriotes. On trouve Philadelphie dix douze mille jeunes gens qui professent les arts mcaniques et parmi eux il en est peu qui aient les moyens de s'instruire. En 1851, fut forme pour l'enseignement moral et intellectuel de cette classe intressante, une institution, o l'on donne tous les soirs plusieurs centaines d'ouvriers des leons de physique, de mcanique, de gographie. Elle possde un salon o sont dposs tous les livres et les journaux utiles. Le dimanche ces artisans se runissent dans une chapelle pour y remplir leurs devoirs de religion. On trouve encore ici une autre institution philantropique, fonde par une socit appele Compagnie de la bibliothque des apprentis. Son objet est de stimuler et d'entretenir le got de la lecture chez les adolescents qui quittent les coles. Le nombre de ceux qui prennent des livres et qui profitent des avantages qu'elle leur offre, fait honneur la jeunesse de Philadelphie. Cette socit fut incorpore en 1820; la bibliothque contenait en 1832, 8,000 volumes. Les salies sont ouvertes quatre fois la semaine, la nuit. A celte poque, 021 jeunes geus prenaient des I

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ArX TATS-UNIS. 115 livres, et depuis sa fondation elle en a prt plus de 6,000 : c'est ainsi qu'elle coopre d'une manire active au dveloppement des progrs de l'lude et des vertus morales. Un de ces soirs M. d'Homergue est venu chez moi. J'avais fait sa connaissance chez mon vieil ami, le consul de France, iM. Dannery. M. d'Homergue a beaucoup tudi la filature de la soie brute et les diverses manipulations qu'elle exige; il avait t dsign comme directeur de la fabrique modle propose au gouvernement gnral. Il m'a lu des lettres de M. Du Ponceau et le rapport de la commission du congrs, dans lequel on demande une allocation de 60,000 piastres pour l'tablissement d'une manufacture normale. Cette loi a t discute et vote, mais des inimitis particulires que je ne puis rapporter, ont paralis cette affaire. J'ai reu de nombreux renseignements sur la production de la soie aux tats-Unis pendant les deux dernires annes de ma rsidence la Havane comme j'introduisais dans ce pays la culture du mrier de Chine et l'ducation du ver matires dont j'ai parl dans un mmoire (1). Les expriences faites avec soin principalement dans le Connecticut dmontrent que l'on peut obtenir de la soie sous le climat de l'Union. Dj, dans l'anne 1760, le mrier blanc avait t (1) Memorias de la Institucion de la Habana. 1834.

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1 1 6 cixa MOIS introduit Mansfiel.l, mais c'tait peu de temps avant la guerre de 1783, poque o Ton accorda une prime d'un sclielling par cent arbres plants et 3 sous par once de soie crue, (les encouragemeuls Turent continus jusqu'en 1793. Le succs couronna les moyens car bientt les trois-quarts de la population s'occupa de celte nouvelle braiiolie d'industrie. Le produit annuel dans cet endroit et dans les environs est de 6 7,000 livres de soie values 50,000 piastres. Eu 183i, on offrit une prime d'une forte piastre par cent pieds de trois ans et 50 cents par livre de soie dvide. En 1831, la nivme prime fut accorde au mrier doEhine, niorus niidt'icaulis et on fonda une compag!iie pour le fabrication de la soie, laquelle la l)anque de Hartford prta 15,000 piastres. D'aprs des calculs rcents, le produit moyen d'un acre de terre est de quarante livres de soie, dont la valeur est de 200 piastres. Les frais de solde, d'entretien, de dvidage sont valus 11 i piasti'cs, de sorte que le produit net est de 80 piastres ou -43 pour 0/0 du produit brut. D'aprs les doimes publies par une feuille piiodique de New-York que je lisais le mois dernier (la Gazelle du 20 mai), la com},ag:)ie de soie de Providence continuait avec nergie a cultiver le mrier, lever le ver et fabriquer. Elle a dj obtenu des toffes de bonne qualit, et emploie une njachine vapeur de la force de six chevaux. Elle possde plus de 20,000 mriers de ijuatre cinq

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AUX ETATS-LNIS. 117 ans, dont la production moyenne est d'une demilivre chacun. D'aulies tals marclient sur ces traces; et la lgislature de NewYork, en supprimant rtablissement des manulactures indignes dans les prisons va donner une nouvelle impulsion la production de la soie. Par un acte du 11 avril dernier, il est enjoint aux inspecteurs des pnitentiaires d'introduire les fabriques d'toffes de soie dans le plus bref dlai et d'acheter les cocons de l'inlrieur et de l'tranger. Il est ordonn encore aux inspecteurs de la maison de Sing-Sing de consacrer les terrains annexs aux corps de btiments, la culture du mrier blanc ou de toute autre espce afin de donner ces arbres gratuitement ou un prix modr et d'encourager l'ducalion du ver. Enfin il est prescrit tous les age^its des prisons de recueillir de la graine de mrier blanc, qui doit tre donne gratis aux surintendants des hospices des villages et des campagnes, afin que partout l'on tende cette culture dans les terres jointes aux maisons de pauvres. 12 juin. La socit d'horticulture a ouvert son exposition annuelle des plantes dans le Massonc-Hall et M. Smiih a t charg de la dcoration de la salle et de la distribution des groupes. Le coup d'Âœil qu'offrait celle collection tait un des plus agrables 10.

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118 CINQ MOIS cause du nombre, de la varit des plantes, et de la manire dont les arbres fruitiers taient rangs sur les gradins au milieu des vases de Heurs les plus jolies. La forme du salon, sa dcoration, les flots de gaz, ajoutez cela un essaim des dames et djeunes gens qui semblaient venir disputer le prix de beaut Flore et Pomone, tout contribuait donner ce spectacle quelque chose de brillant et d'anim dont on avait peine se rendre compte. L, j'ai rencontr, comme au centre de son empire, le pacifique docteur Pickeryng qui, je crois, ne quitte la salle ni la nuit ni le jour contemplant avec bonheur les objets innocents de ses prdilections. Parcourant avec lui la salle dans tous les sens, je notais en passant sur le carnet les espces remarquables, laissant mon compagnon le soin difficile d'observer les particularits, et d'en parler dans le rapport qu'il va publier. Une protea argenlea d'une belle \^lt\on,\)\us\eurs cacliis specimiss'wmn,clctra maderensiSj melrosideros lneans erica rubidu, combretum purpurcum, alslroemeria psitissima, ptunia phenicca ciinonia capensis, mespiliis japonka, mcsenbriancmum crmaforms, banksia grandis, ficus elastica, pandanus spiralis, zamia IwrndUy un cofea arabica de huit pieds de hauteur, une grande varit de palmiers, une superbe ravenalea madagascaricnsiSy cicas circinalis et revoluta, une infinit d'orangers couverts de fruits.

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AUX TATS-UNIS. 119 Les expositions contribuenl rpandre le got des belles plantes et introduire de nouvelles varits d'es[ices comestibles. Chaque jour le catalogue des plantes usuelles acquiert deTextension, elles journaux des tats-Unis, consacrs ces spcialits, renferment des documents trs-intressants sur l'agriculture l'horticulture et l'conomie rurale de la contre. J'ai recueilli plusieurs documents sur le nombre de ces publications priodiques, et j'ai pris dans les bibliothques les litres des suivantes, que je ne cite que pour donner une ide de l'accroissement de ces utiles sciences. The New-York Quarterly Journal of Agriculture, mensuel. Southern Agriculturist and Regisler of rural Alfairs, Charlestown, Id. Famer's Register Virginie /ci. Cultivator, Albanie Id. Tennessee Farmer, /(/. Fessenden's Praclical Farmer, Boston, Id. Rural Library publication mensuelle de 52 pages. Farmer and Mechanic, Cincinnati; semi-men suel. Farmer and Gardener, Baltimore. Genesee Farmer, Rochesler; hebdomadaire. Goodsell's Genesee Farmer, Id. New-York Farmer, Id. Famer's Register, Richmond, Virginie /t/.

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.20 nixa MOTS New England Farmer, Boston /(/. Maine Fariner, Winlhrop Iil. Oliio Fariner and Western liorliculurisl, Batavia, /(/. Southern Planter, Maon, en Gorgie, Ici. NorlLern Farmer, Newport dans le New-llanipshire. On publie encore Boston V American gardencr's Magasine et Vllorlicullural Ilegister, spcialement destins ragricullurc et paraissant tous les mois par cahiers. 13 juin. A mesure que j'examine les tablissements de rUnion, l'intrt que j'prouve augmente elle cadre de mes observations s'laigil. Il y a dans ce pays tant de choses nouvelles qu' peine puis-je indiquer les plus esscnlielles sur mon Diario. Ici l'on a beaucoup de temps, car on en perd fort peu ; tout le monde est dispos me rend.re service, et chacun le fait avec ce calme qui rend les confrences bien plus profitables. Si quelqu'un me reoit avec un air d'inquitude ou s'il est occup, je ne sais que lui dire et n'ose entamer la conversation; et euss-je demeur avec lui une demiheure, j'en retire beaucoup moins de fruit qu'avec celui qui ne nj'aura accord que quinze minutes tranquillement cnqdoyes. l^resque tous les amricains sont ainsi; ce n'est p;is un effet de Toisivel, mais c'est

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AIX TATS-rNIS. 121 qu'ils sont exacts et mihodiques. Avant do causer avec un ami, ils ont rgl les affaires de manire n'avoir dans Tesprit que ce qu'ils font au moment. Que dirai-je de leur ponctualit et de leur exactitude remplir les promesses? Quand un Amricain a laiss tomber de sa bouche ces mois : < je vou:^ aU.mcls, on j'irai vous voir telle heure, je vous fournirai ce que vous demami'z, je vous enverrai telle chose y y on peut cire certain de la sincrit de la parole et compter sur son accomplissement. Ces qualits ne sontelles pas prfrables l'lgance des manires et mille autres fulilils qu'on les critique de ne pas avoir ? J'ai visit plusieurs coles o rgne autant d'ordre que dans celles de iNew-York. Le sistme d'enseignement qu'on y suit est le lancaslricn. Pour avoir une ide juste de la situation de l'ducation priniaiie, j'ai runi quelques documents o j'ai vu que malgr les gnreux efforts tents jusqu' pisent, il restait encore beaucoup faire. En i809, on avertit les parents qui n'avaient pas le moyen de payer l'cole de leurs enfants, d'en informer qui de droit alin d'()!)lenir le bienfait de l'inslruction gratuite aux frais (lu comt. Celle dislinclion entre riclies et pauvi'cs tablie par une loi, la dclaration que ceux-ci devaient doiner, tout cela tait une faute chez un peu[)!e o la pauvret dshonore pour aiiisi dire, puisqu'elle n'est ordinairement que le partage des vagabonds et des honnnes vicieux.

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122 CTNa HOTS La commission, nomme une de ces dernires annes, dit que sur 400,000 enfants de cinq quinze ans appartenant l'tat de Pensylvanie, 150,000 seulement assistent aux coles. Le nombre de ceux qui reoivent les bienfailsde l'ducation, est au total comme d est 5. La nouvelle loi fixe une mise de fonds, en affectant cela le prix des terrains, ventes, etc. ; en outre, elle dcrte un impt gnral rparti sur toute la nation qui sera ajout aux sommes premires jusqu' concurrence de i 00,000 piastres d'intrt annuel. Ce revenu ralis, les distributions auront lieu dans les comts. La mme loi prescrit encore l'enseignement gratuit et gnral des enfants des citoyens imposs; mais ces dispositions rencontrrent dans la dernire lgislature une forte opposition de la part des ennemis des lumires et de quelques dmagogues qui veulent faire de l'ignorance la base du systme de leur domination. Ils eurent recours divers moyens d'allaques et n'oublirent pas le plus ordinaire et le plus facile, celui d'exalter l'esprit des proltaires, en bruitant partout que les pauvres allaient tre imposs pour payer l'ducation des enfants des riches. Si la cabale ne dtruisit pas la loi, elle en paralysa les effets. Le projet fut modifi et l'on fixa la cration d'une caisse pour les coles, au secours de laquelle contribueraient les habitants, mais en laissant aux comts la libert de voter cet impt ou de le rejeter. Dans le premier cas la loi dit qu'ils participeront au

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AUX TATS-UNIS. 123 bnfice du dividende annuel; dans le second que les intrts ne seront distribus qu' ceux qui auront contribu. On a calcul que jusqu'en 18i0, le revenu des coles ne produirait pas les 100,000 piastres; mais pour parer cet inconvnient, et ceux qui rsultent du systme inefficace et irrgulier de l'enseignement tabli, une commission a propos un projet de loi sur l'enseignement gnral. Celui-ci a t adopt. Dans son rapport, la commission rappelle quelques faits remarquables, entre autres que le nombre de votants de l'Etat ne sachant ni lire ni crire, s'lve 100,000, et que tous les ans il y a 2,500 nouveaux lecteurs dans la mme ignorance. A Philadelphie les coles lancastriennes ont 8,344 lves des deux sexes, 4,588 garons et 3,786 filles, et dans les lieux sans coles de ce genre cause de la dissmination des habitants on ne compte que 1,200 enfants aux meilleures coles communales du voisinage : ce qui fait un total de 9,544 lves instruits aux dpens du public. Les six dernires annes, plus de 60,000 taient inscrits sur la liste des coles de Philadelphie ou du premier district, mais le nombre en est considrablement rduit, eu gard la population qui s'lve plus de 168,000 mes. Les sommes reues en 1834 par les contrleurs pour les coles gratuites, taient de 54,44J piastres et les frais de 55,782; il y avait seulement 44,554 piastres de frais d'coles et de meubles.

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124 cI^a MOIS Sous le nom do Anicncmi Sundaij-school Vmou, il existe une association forme de la runion de toutes les socits des coles du dimanclie, qin a pour but de soutenir et rpandre ces institutions, de faire circuler des crits analogues, etc. Une cotisalion annuelle de trois piastres, on de Ij-enle une fois payes, donne le titre de membre : le catalogue des socitaires est fort long. D'aprs le dernier rapport qui vient d'tre publi*, on compte aux Klals-lnis J0,7i5 de CCS co!cs, 92,87:2 matres et 021,554 lves; en d834, le cbiil're a augment de 705 coles, -iOGT matres et 55 ,8 47 lves. Les recettes se sont leves 92,548 piastres, dont 91 ,427 ont t dpenses, savoir : 7, H 4 pour traitements des employs, pour diteurs et libraires, 6 555 pour les agents et les missionnaires que la socit envoie rpandre les lumires de l'vangile, 8,720 pour le papier, 7,750 pour les j)ublicalions strotypes, environ 1 4,000 pour les reliures, elc Malgr les nobles elforts de cette compagnie il parat que trois millions de jeunes gens de la pf)pulalion amricaine sont encore privs de rinslruclion du dimanclie. Voici le rsum d'un tat gnral qui indique le nombre des socits auxiliaires dans chaque tat, et celui des coles qui en dpendeni, de leurs lves, de leurs matres; il est extrait de la The cicvnilh arDuial report of thc Jwcrican Sunday sckool Union. May 20, 183o. — l'UadcIfhi.

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Al'X KTATS-t'NiS. 25 lin tlii roppoi'l que j'ai sous les yeux, et dont je u ai lire que ce qui rci^ariie les pi cniircs. SOCITS AUXILIAIRES ET COLES. Maine Ncw-Hampsliire Vermont Massachusetts. llhodc-Island. Conneclicut New-York iSe\T-Jerscy Pensvlvanie 102 Piidadelphie elle Delawarrc Maiyland. Virginie Caroline du iNord Caroline du Sud Gorgie Alabauia. Mississipi Louisiane Tennessee Konlucky Ohio scu le Socits.

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126 CINQ, MOIS Socits. coles. Indiana 37 179 Illinois 9 349 Missouri 3 8-4 Territoire de Michigan. A 63 Id. d'Arkansas 3 5 Id. de Floride .8 11 District de Colombie 4 22 Haut-Canada .... 1 1 Total. 1,198 10,725 Le nombre des socits auxiliaires de chaque tat n'est nullement proportionnel celui des coles ou des lves qui les frquentent; car, par exemple, dans l'tat du Maineo il n'y en a qu'une auxiliaire, il existe 929 coles et 33 ,633 lves; dans le Massachusetts, on compte 7 socits, et 69,138 lves; enfin la Louisiane, pour 10 socits, on ne trouve que 19 coles et 963 lves. 14 juin. En rflchissant, je me suis convaincu qu'tant porte d'tudier les utiles tablissements de ce pays, je dois apprcier ma position. Le sacrifice pcuniaire que je ferai pendant quelques mois sera largement compens par l'instruction que j'acquerrai sur tant de choses ncessaires l'Kspagne, et que le gouvernement ou le peuple songeront peut-tre un jour in-

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AVX TATS-UNIS. 127 troduire. Je veux parler des prisons, du systme pnitentiaire des maisons de refuge pour les jeunes condamns, des hospices pour les pauvres, des institutions pour les aveugles et les sourds-muets, assez peu rpandues dans la Pninsule, quoique connues, des maisons de fous, des asiles pour l'enfance, les orphelins et les vieillards, enfin de toutes les institutions tendant amliorer le sort des hommes qui soit pauvret, vice, mauvaise ducation, ou toute autre cause indpendante de leur volont, tombent sous le puissant empire du malheur et de l'infortune. On peut considrer l'ignorance et la corruption commelessources principales du crime et de la misre ; c'est aux institutions cres pour rpandre et perfectionner l'enseignement, extirper ou diminuer les inclinations dpraves, diriger les vues de l'homme qui aime ses semblables. Anim du dsir de voir progresser les classes besoigneuscs et les peuples, j'aime les grandes entreprises qui favorisent les communicatitms, les compagnies et les banques qui facilitent le commerce, les caisses d'pargne qui assurent le repos la vieillesse; la diffusion de l'esprit d'association, de cet esprit qui peut tout, auquel rien ne rsiste, capable de former des colosses de richesse et d'action en runissant des fractions perdues dans les masses des individus isols. Les tats-Unis sont, mon avis, le pays classique de ce genre de recherches. Favoris de la fortune, actif et en bonne sant, il sera doux pour

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128 CINa MOIS moi qui ne nie proposais d'apporter do celle contre ma pairie que des productions naturelles pour le Muse de Madrid, de rinitier des notions utiles sur les inslilulions pinlanthropicfues et les entrepi'ises industriel les. Je n'aurai pas le temps, il est vrai, de raliser le plan qui doit dcouler de ces rdexions; mais je ferai tous mes efiorts, et ce sera plus que je n'esprais en parlant de la Havane. Detniiii ou aprs demain, pour ne pas attendre r|)0'iue des fortes cliajeui's, j'irai Baltimore, si riche en lablisseinents utiles, de l Washington pour voir dans le bureau des patentes ou dans le conservatoire des arts amricains des inventions de ce pays. Ensuite je retournerai continuer mes explorations IMiiladcIphie et NewYork ; j(; visiterai l'intrieur et les frontires de l'tat, pour avoir une ide de son agriculture et voir la prison d'Auburn; je passerai enfin dans le Massachuselts et le Connecticut, pour tudier les pnitentiaires, les hpitaux, la situation des sciences et les progrs spontans de l'instruction primaire dans laNouvelle-Anglelerre. Je n'tendrai pas mes excursions jusqu'aux tals du sud, car je n'en ai pas le loisir; d'un autre ct, le tabler.u de l'esclavage rveillerait eu moi des sentiments de tristesse. Tels sont les projets que j'ai forms Philadelphie, ville charmante, o j'ai trouv ne socit qui m'a rendu en quelque sorte l'enlhousiasnic (!e la jeunesse, assoupi depuis longues annes parles labeurs d'une vie toute scientili.jue, et l'in-

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AVX ETATS-L'NIS. 129 flucncetrim monJe qui ne saurait lesconiprenilre. Souvent je reviens la vie des senlinient tendres et philanthropiques, et je bnis le pays qui m'a procur un retour si agrable et si inespr 11 est des fois que cet enthousiasme me prJispose dire adieu l'lude des sciences. 11.

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130 CINQ MOIS Cliapitrc III. Voyage Baltimore. — Chemin de fer. — Canal. — Visite aux tahlissements de bienfaisance. — Infirmerie. —Hpital. — Librairie. — Situation de Tinstruction primaire. — Fal)rique de produits chimiques. — Collge de mdecine. — Voyage gologique aux Etats-Unis. — Matriaux emj)loys dans les constructions. — Produits des mines d'or. — Muse d'histoire naturelle. — Peintures. — Cathdrale. — Collge de Sainte-Marie.— Collge du mont Sainte-Marie. — Promenade aux environs. — Tannerie. — Cheminsdc fer et canaux. — Scnes sociales. — Pnitentiaire duMaryland. — Dpt demendicit. Baltimore, 16 juin. Conformment mes projets, je me suis embarqu hier six heures dumalin, laissant regret ma femme pour quelques jours d'aprs les conseils de plusieurs personnes qui pensent que la partie du sud oi je suis maintenant, et Washington surtout, ne sont pas habitables en t. Dbarqus New-Castle, vers huit heures et dedemie, pour prendre les voitures du chemin de for, nous sommes arrivs Frencblown une heure aprs midi. Le premier de ces deux villages est situ sur les bords de la Delaware, et le second dans l'tat de Maiyland sur la baie de (^hesapeake; l, dans de ma-

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AUX TATS-rNIS. l3l gnifiques bateaux vapeur, a eu lieu la dernire traverse jusqu' Baltimore o je suis arriv deux heures et demie du soir. Le trajet cote 4 piastres par personne, et le djeuner 2 raux. Rien de plus dlicieux que de naviguer sur la Delaware, fleuve paisible qui ofl're l'Âœil du voyageur mille sites charmants. La baie de Chesapeake avec son horizon plus tendu n'tale pas d'aussi gracieux paysages. Le chemin de fer (Ncw-Castlc and Frenchtown railroad) a 16 i/ -2 milles de long avec des courbures fort douces. On ne se sert encore que d'une seule voie, mais la seconde sera bientt termine. Les fondements sont, presque dans la moiti, de troncs d'abies Canadienss, les traverses de chne et les montants de pin. Les planches sont cloues et leurs extrmits fixes sur d'autres planches plus petites. La seconde portion du chemin repose sur des ds de granit de 15 16 pouces de base, auxquels sont attachs des montants de pin. Il a t fini eu 1832, et aura cot 400,000 piastres, y compris l'achat des terrains et les dpenses de la machine locomotive qui peut traner 14 voitures avec 150 voyageurs et 5 tonneaux de bagages : ce qui, avec le poids des chars, forme un total de 50 mille livres. Outre ce facile moyen de communication entre la Delaware et la baie de Chesapeake, en 1829 on a ouvert un canal qui commence 4 milles au-dessous de NewCaslle et en occupe 14 de long dans une direction

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132 CINQ MOIS presque parallle \ celle du rail-way. Les btiments de cabotage peuvent y naviguer. Il est revtu de pierre dans toute son tendue, dpc;ise, qui, jointe celle des grandes excavations qu'on a t oblig d'y pratiquer, lve ce qu'hl a cot 2,1200,000 piastres. Cette ligne de communication parallles, qui fait partie du grand systme de la navigation le long de l'Atlantique, se runit au systme de dfense de la frontire maritime, dont on peut voir des descriptions dtailles, tout fait en deliors de mon plan dans l'intressant ouvrage de M. Poussin qui a pour litre : Travaux d' amliorations intrieures dans les EtatsUnis. Baltimore me semble un sjour trs-riant cause de la largeur des rues, de la campagne que l'on aperoit leur extrmit, et d'une certaine vivacit qui caractrise les liabilants Ds demain, je commencerai mes excursions avec le docteur Dunglisson, qui, liiei' lorsque j'ai t le voir, m'a tmoign beaucoup d'gards etd'enq)ressement. Le jeune M. LKler avec qui j'ai li connaissance bord pondant ma traverse de la Havane New-York, a eu la bont de m'accompagnercet aprs midi. Ensemble nous avons visit le monument qui fut rig en honneur de la victoire remporte en 1814 a North-Point, et enmnmire des soldats Baltimoriens qui y prirent et dont les noms sont gravs sur le pidestal. Puis nous avons salu la colonne leve Washinglon : elle est toute de

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AUX TATS-UNIS. 133 marbre blanc, de 210 pieds de hauteur, et place sur une minence au milieu de villas et de bosquets. Nous avons pnli dans le Ihe Exchange y o se traitent les affaires de la Bourse, dans plusieurs htels et dans un entre autres appel Eiilaw, je ne me doutais pas de sa beaut. Du haut de la coupole se dcouvre un paysage tendu et vari, et une grande parlie de la baie de Chesapeake. Ces difices publics sont mieux encore que ceux de NewYork et de IMiiladephie. Leurs corri
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134 CINQ MOIS chirurgiens, Iiuil sÂœurs de charit et quelques domestiques. Chaque malade paye 5 piastres par semaine, et il parat que les recettes servent couvrir les dpenses, donner aux sÂœurs une gratification de 60 piastres et un modique traitement aux mdecins. Les lves assistent la visite du professeur; un certain nombre d'internes sont attachs rtablissement comme praticiens. Les oprations chirurgicalesse font dans une grande salle dispose en amphithtre. Il m'a sembl que l'on soignait assez bien les malades, que la maison tait administre avec le plus grand ordre et beaucoup de propret. De l nous sommes passs l'hpital difice vaste, situ sur une des hauteurs qui forment l'chelle de coUines o se trouve Baltimore, et au nord du chemin qui conduit PhiUidelphie. Fond aux frais du comt, il a cot 140,000 piastres. En 1807, il fut afferm par le docteur Makcnzi; le fils de ce mdecin le dirige aujourd'hui aux mmes conditions que son pre, sous l'inspection des visiteurs nomms' par la lgislature, et qui ont le pouvoir d'exercer des actes directifs. Une partie des btiments est destine aux fous, et le reste aux personnes affectes d'autres maladies. La ville y envoie une certaine classe d'individus, pour lesquels elle donne 100 piastres par an. C'est avec cet argent et celui des autres malades que l'tablissement se soutient. Le btiment central est compos de quatre tages; il a 64 pieds de faade et 56 de pro-

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AUX TATS-UNIS. ISS fondeur. Chacune des deux ailes latrales a trois tages, 120 pieds de ade, 56 de profondeur, et est entirement construite en briques. Ds le principe, cette maison avait t dcrie, il parat, cause de quelques ngligences; mais elle est aujourd'hui desservie par sept sÂœurs de charit. A peine y voit-on d'autres domestiques; je laisse penser quelles sont les occupations et les travaux de ces filles qui prodiguent leurs soins plus de 50 malades, au nombre desquels on compte 35 fous. J'ai demand une de ces dames si elles recevaient beaucoup de femmes parmi les alins, elle m'a rpondu que non; puis, avec une douceur anglique, elle a ajout : Cependant une seule nous donne plus de peine que dix hommes. Ces bonnes sÂœurs, isoles dans un difice immense qui n'est presque habit que par des fous, sont d'une fermet et d'une patience tonnantes. Elles soignent les malades et prviennent leurs besoins avec l'ordre et la jiropret la plus parfaite, et avec cette bont que savent mme apprcier les infortuns. Souvent au milieu des accs de fureur qui rendent inutiles les forces de plusieurs infirmiers, une d'elles vient interposer son influence, et d'une caresse calme tout coup leur irritation. Admirable elfet de la douceur et de l'amabilit de la femme! Je n'ai pu m'empcher de rllchir sur le caractre de ces filles qui ont dit adieu aux passions de ce monde, se sont arraches aux plaisirs pour se consacrer la

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130; ciNa MOIS pratique de pnibles devoirs et d'auslrcs vei Ins. On ne saurait attribuer qu' une foi ardente, qu' l'esprance dans une rcompense ternelle la rsignation et la tranquillit d'esprit avec lesquelles elles snpporlent leur vie de privation. Les malades payent gnralement 2 piastres par semaine, et ceux qui dsirent d'autres avantages donnent quelque cbose de pins. La nourriture est bonne et varie; la cuisine se fait dans un fourneau conomique dont le plan suprieur est tournant, de l'invention de Stanley, et appel Bolanj cooidng stove. Le disque o sont places les marmites, a prs de 5 pieds de diamtre, et le foyer 28 pouces de large et 20 de profondeur. L'institution possde une collection de prparations anatomiques de cire. Nous avons aussi paicouru les pices accessoires, telles que : tuves, bains, laiterie ; tout cela de la plus grande propret. En sortant de l'bpital, nous avons t une briquetterie (pii, sans aucun corps de btisse, se trouvait au bord du chemin. On fait les briques la main dans un petit moule. In bomme aid de deux manÂœuvres peut couvrir en un jour une surface de 02 d'un ct et de -iO de l'autre c'est--dire en confectionner 2,-480. Trois ou quatre ouvriers, un cheval pour triturer la terre-glaise, une table, un hangar foi ment l'ensemble de ce qui est ncessaire cette fabrication ; car le four est conslruit en briques crues. ^otrc course du matin s'est termine par la Li-

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AUX tTATS-UNlS. 137 hra'iriCf clahlissemcnl particulier IoikI et soutenu au moyen des cotisations de 500 actionnaires qui versent chacun 4 piastres par an. Elle admet des souscripteurs qui ne s'al)onnent pour lire ciiez eux que certains livres au prix de 7 piastres par an. Elle possde 11,000 volumes; le gouvernement anglais lui a fait prsent des actes publics du parlement, cadeau que les autres bihliolliques des Etats-Unis ont galement reu. Je me suis procur des documents sur la situation de renseignement primaire. 11 parat que dans celle ville, il y a plus de 0,000 enfants distribus en 175 coles, sans compter plus de 1,000 autres qui vont celles de charit. Malgr cela, le nombre des enfants entre cinq et quinze ans, fourni par le recensement de 1850, est de 1 4,270. Les sommes qui soutiennent les coles dcoulent de trois sources, savoir : des pensions des lves; de l'impt sur la ville; enfin d'une partie de la caisse gnrale destine aux coles, et qui s'lve plus de 140,000 piastres, dont 48,000 viennent des secours verss paiquelques conts pour l'ducation des enfants indigents. La rtribution exige pour l'enseignement est de 4 piastres par an. Eu 18:21, on dcrta une loi en faveur des coles primaires de l'Etat, par hujiiele les comts furent diviss en districts, les banques charges d'une contribution de 12,000 piastres, et les villes et les comt autoriss s'imposer directement pour augmenter le 12

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138 CINQ MOIS fonds. Il rsulta de l que les uns s'imposrent, que beaucoup s'en abstinrent, et qu'il est aujourd'hui des populations sans cole, tandis que d'autres ont fait cet gard de notables progrs. Dans les comts, chaque lve paye gnralemenl une piastre par trimestre pour frais de livres et d'enseignement ; ce qui est ncessaire l'entretien des coles, on l'obtient au moyen d'un impt sur les proprits, comme cela se pratique Baltimore. Le jjroduit des banques est rparti par le surintendant, selon qu'il ie juge propos. Le systme d'enseignement suivi est le lancastricn modifi. La lgislature n'a pas encore song l'instruction des enfants de couleur qui n'en reoivent d'aucune faon, quoique leur nombre soit considrablement augment, et qu'il y en ait plus de 51,000 audessous de dix ans. L'incendie qui s'est manifest depuis peu et qui a consum VAlliiie, a caus au\ sciences et aux belles-lettres une perle douloureuse; car, l se runissaient diverses associations intressantes, telles que l'Institut de Maryland, pour l'encouragement des arts mcaniques, soutenu par des souscriptions annuelles de 500 piastres, et par une allocation de 'bnds qu'on avait obtenue de la lgislature. Celle institution possdait une bibliolh([ne, des cabinets de dessin de mcani(jue de physiijue el de chimie; c'(!st eucorc l'Alhcue que s'tait fixe l'Acadmie des

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ATX KTATS-TNIS. 139 sciences et de lillrature, avec ses collections d'histoire naturelle et de plirnologie. 18 juin. Le premier tablissement que nous avons visit aujourd'iiui, c'est la fabrique des produits chimiques de M. Ellicolt, o j'ai remarqu entre autres choses le chrmate de plond) que l'on vendait autrefois 2 piastres 1/2 l'once et qui est cd maintenant i)Our 45cenlimes la livre. Cet habile chimiste obtient 2,000 livres par semaine de cette substance 250 d'hydrocyanate de fer, 750 d'acide nitrique en trente-six heures; 3,500 d'acide sulfurique 66 ou 4,000 livres par semaine ; dans le mme temps 1,200 livres de sel d'Epsom, 1,000 d'acide tartarique en poudre, etc. On y fabrique encore, en quantit, du nitrade de soude, du sulfiite et du brmale de potasse, du deuto-chlorate de mercure, du sulfate de cuivre, etc. Pour obtenir le sulfate de fer employ dans la fabrication de Thydrocyanale, on se sert d'une espce d'antracite, mle avec des pyrites, qui ont favoris la dcomposition, en l'humectant l'air libre. J'ai pris quelques chantillons des plus beaux produits cristalliss, ainsi que des substances minrales Inutes, telles que le soufre, le chrome, le silicate de magnsie, etc. Ensuite nous sommes venus au Collge de mde-

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140 ciNa MOIS cine, dont les balinients Mpparticnnejit Tlat qui le loue aux professeurs 1,500 jasires par an, fournit en retour les o!)jels ncessaires au laboraloiie et p:)yc les domestiques. Celte spculation esl, mon avis, peu digne de la lgislature; il vaudrait mieux que rdifice ft cd ceux qui il est destin, en leur abandonnant toutefois les soins du service. Les professeurs sont au non!>re de six. Ils reeaivent do chaque lve une llribulion de ^0 ()iaslres pour le cours des leons qui dure quatre mois. Cet tablissement renferme un Muse avec des pirparalionsen cire, des pices injectes dont que!(|uesunes envoyes de Paris, un cabinet physique avec d'excellentes machines et de beaux appareils pour l'explication des phnomnes de la vision, nn lahoraloiie de chimie, une salle pour les dissections, et un amphithtre anatomiquequipeutcontenir 500 lves. Ces deux dernires salles font partie d'un btiment circulaire, entirement spar du corps principal. J'aurais dsir faire la connaissance de M. Ducalel professeur de chimie; mais il parcourt dans ce moment le territoire de l'tat avec l'ingnieur civil, M. Alexandre, aux frais du gouvernemenl. Ces deux savants sont chargs de dresser la carte topographique, gologique et minralogique du Maiyland. J'ai enlendu pai'Ier de semblables travaux excuts dans cinq autres tats de l'Union. Le professeur Hilchcock a fini les recherches gologiques du Massachusetts,

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AUX TATS-UNIS. 141 et dtermin les productions animales et vgtales de la contre. Cet intressant crit a t dj dit. La lgislature de Tennessee a nomm dernirement le docteur G. Troost pour une exploration de ce genre. Le congrs fdral a dsign M. G. W. Fealherstonliaugli pour faire les reconnaissaices gologiques et minralogiques du territoire d'Arkansas, dont on achve de publier les recherches. La Socit gologique de Pensylvanie a charg M. Clenisson d'explorer la mine d'or rcemment dcouverte dans le comt d'York, et d'en faire un rapport. Enfin la lgislature de l'tat de New-York s'occupera, dans la prochaine session des moyens de raliser une reconnaissance exacte du territoire avec la dtermination des productions minrales, vgtales et animales, conformment au but de l'Institut amricain, et votera les fonds pour l'impression de trois mille exemplaires de la carte gologique et du texte que l'on y joindra. Toutes ces donnes prouvent qu'il s'opre sur divers point de l'Union un mouveuicnt fovorable aux sciences naturelles, et que les gouvernements sont convaincus de l'utilit de leur application immdiate. Les constructions bourgeoises s'enrichissent journellement de nouveaux matriaux dcouverts de courtes dislances, et les moyens de transport rapides et conomiques en facilitent le charroi des endroits loigns. Philadelphie doit le luxe de ses monuments aux marbres blancs, gris et noirs des carrires de Lentz 12.

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142 cixa r.ois Hcndersons, Hclners et Dagers. A Baltimore on prodigue les marbres dans toute espce de btisse et une compagie a labli un chemin de fer aux carrires de l'tat. A New-York, s'lvent aussi de superbes difices avec les marbres de Sing-Sing sur le Iludson, de Pensylvanie de West Slockbridge dans le Massachusetts, avec les beaux granits de Quincy (1), etles grs rouges et blancs du Connecticut, etc. Il serait trop long (l'numrer le parti que tirent les autres Etats de leurs mines de fer, de cuivre, de zinc, et, de leurs houilles. Il me semble assez curieux de transcrire ici le tableau de la valeur de l'or envoy rhiel de la Monnaie de Philadelphie, depuis 1824 185i inclusivement, par chacun des tats qui le produisent. La Virginie P. 252,500 La Caroline du Nord. 2,054,000 La Caroline du Sud. 200,500 La Gorgie 1,159,000 L'Alabama 1,000 Le Tennessee 12,000 Total P. 5,(370,000 (2) (1) L'htel magnifique que Ton construit dans cette ville vis--vis le parc est tout entier de ce granit azur ; moi-mme j'ai vu amener des colonnes monolithes de 3 pieds de diamtre environ. (2) Ce tableau a t copi d'un rapport du directeur de la Monnaie, prsent au congrs ?.u mois de janvier de celte anne, n 7i des documents.

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AUX ETATS-TTNIS. 143 Aprs midi, M. Dunglisson, mon savant cicrone, est venu me prendre pour aller voir la collection minrale de M. Tison. Ce cabinet renferme beaucoup d'chantillons de formations primitives de l'tat du Maryland, sur la constitution duquel il m'a donn quelques aperus. Nous avons ensuite travers la belle rue Market aujourd'hui fort anime par la prsence d'une compagnie de miliciens de Boston, qui est venue visiter celle de Baltimore. Les Amricains brlent de la curiosit des enfants, quand il s'agit de militaires. Ils n'ont, du reste, l'occasion d'en voir que lorsque leurs troupes pacifiques se rendent des visites d'amiti. Heureux les peuples qui, pour conserver le bon ordre, n'ont pas besoin de baonnettes! Je me suis transport ensuite au Muse avec M. Elder. On y remarque un squelette de mammouth presque entier des quadrupdes, des oiseaux, des reptiles prcieux, mais tout cela ml dans la plus tonnante confusion. Il y a encore une salle de portraits et de tableaux historiques, de paysages, de marines, de Heurs, etc. J'ai t frapp surtout de l'ide de l'une de ces toiles. Le peintre a reprsent un enfant cueillant des lleurs au bord d'un prcipice; la mre pouvante est dans l'indcision. Ne sachant que faire pour soustraire son fils au danger, car le moindre mouvement peut tre funeste, elle dcouvre une de SCS mamelles qu'il regarde avec indiffrence tandis

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144 CINft MOIS qu'elle n'ose s'approcher, de crainte de ne pouvoir le sauver. Le contraste de la terreur de la mre et de rindilFrence de l'enfant sont exprims avec vrit et produisent le plus bel effet. On serait tent de reprocher l'artiste de ne pas nionlrcr la ligure de l'enfant; mais peut-tre est-ce dans l'intention de laisser deviner quelque chose au spectateur. Le bon M. Elder m'a fait voir, avec une sorte d'amour-propre provincial le portrait de Booth, tra^^^^ique de Baltimore, qui est aujourd'hui Londres, et celui de VVarren, clbre comique de la mme ville. Sans recourir ces minuties, Baltimore a proiluit assez d'autres hros dont le souvenir est bien propre flatter l'orgueil patriotique de ses habitants. Enfin, j'ai pass la soire chez le docteur R. S. Stuarl, mari une lille de l'ancien consul gnral d'Espagne, M. Bernabeu, mort depuis quelque temps; c'est l que se runissent les sÂœurs de madame Stnart que j'ai t d'autant pluscharjn de connatre, qu'elles se sont comme divis une portion gale d'amabilit et de douceur. Elles m'avaient invit une partie de campagne qu'elles avaient projet ,mais mon genre de vie ne m'a pas permis d'y assister. Ici je ne perds pas un instant peine si la nuit je trouve le loisir d'extraire mes documents et de jeter la hle des renseignements sur le papier. J'espre cependant que ces quelques mois, tels (ju'ils sont me piocureront plus d'un agrable retour.

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AUX TTATS-CNTS. 145 19 juin. Aprs avoir accompagn le tocleur dans ses visites, j'ai pris la bihlialhque de rinfiniierie des notes snrlesnoni)reuscs traduclionsd'ouvrages franais de mdecine, qui datent dj de plusieurs annes. A midi, j'ai d quitter le doclcnr et rejoindre M. Elder qui m'a conduit la cathdrale et au collge. La cathdrale a la rputation d'tre un des plus beaux ou si l'on vent le pins beau temple des Elals-Unis. Elle renferme de bons tableaux donns par des rois de France. Je ne dcrirai point cet difice, car je ne saurais qu'en dire de remarquable. Le collge de Sainte-Marie est parfaitement situ et contient 70 lves internes et autant d'externes. On y enseigne les langues vivantes et mortes, les humanits, les mallimatiques et ses applications la godsie, la physique, la gographie, et la tenue des livres, pour 230 piastres par an et quelques autres frais accessoires. On y trouve aussi des professeurs de musique, de dessin et de danse. Il est considr comme universit, et jouit du piivilge de confrer les degrs. Il possde une bibliothque, un cabinet de physique et de chimie un joli jardin et une serrechaude pour les plantes du tropique, mais point de carr classifi. Je n'ai pu assister aux exercices littraires, parce qu'on a (:oniu> cong cause de la so-

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146 CINa MOIS lennit du jour chez les catholiques L'glise du collge, qui est superbe, est entoure du verger du sminaire ecclsiastique, agrable bosquet o l'on jouit d'un ombrage et d'un frais dlicieux, elqui m'a sembl propice la mditation. Le jeune Elder a l lev dans l'autre collge, assez loign de la ville qui porte le nom de MontSamle-Mare assis au pied de la chane des montagnes Bleues, une distance presque gale de Washington et de Baltimore. Le systme d'enseignement qu'on y suit est trac sur une chelle plus vaste que celui de la maison d'o nous sortons ; on y reoit les grades, et on y trouve l'avantage de la retraite, des sujets d'exercices et de distiaclion et les soins prcieux des sÂœui's de charit en cas de maladie. Les frais de pension s'lvent 350 piastres par an. 11 y a dans ce collge, comme dans celui de la cit, beaucoup de jeunes gens de l'Amrique espagnole. L'aprs-midi j'ai fait une promenade trs-agrable; j'ai vu la maison des bains, biic avec got, et les fontaines, chose rare dans les villes des Llals-Lnis, car il y a des ponipes partout. J'ai travers la colline, sur laquelle a l rig le monument de Washinghton et autour de laquelle les miliciens de Boston ont tabli un campement. J'ai gravi la machine hydraulique, qui porte les eaux du petit ruisseau, le Jones dans un premier rservoir, qui approvisionne quelques quartiers de la ville et dans un second bassin I

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AUX TATS-UNIS. 147 plus grand, que Ton construit afin de pourvoir aux besoins des faubourgs de la partie basse. Nous avons t la tannerie de M. Y. W. Jenkins dont on m'avait beaucoup vant les produits. Cet industriel employ deux sortes d ecorces, celle du spansli oak regarde comme la meilleure, et celle du Cliestmit oak (ffuercus montana) ; mais il ne fait pas usage de celle du liemlock ( abics Canadenss ) ; il m'a assur qu'on s'en servait NewYork. M. Jenkins laisse le cuir jusqu' quinze mois dans la cuve, l achte l'corce raison de 9 piastres la corde mesure qui quivaut 28 pieds cubes. A peu de dislance, commence le chemin de fer de Susquehannah dans la Pensylvanie; il aura 70 milles de long jusqu'au village d'York, et conduira Baltimore les produits du fertile bassin de la Susquehannah et des riches comts d'York et de Lancaster. Il y en a dj 26 milles de termins, et 50 dont les travaux sont avancs. Le paysage est trs pittoresque, cause des ondulations du terrain, de la richesse de la vgtation et du grand nombre de maisons de campagne dont il est parsem. Le ruisseau serpente au milieu de gracieuses valles, et est travers par un pont de bois d'une bonne architecture Le commerce de Baltimore doit sa prosprit ses moyens rapides de conimunication excuts par des compagnies qui continuent leurs oprations encourages par une noble rivalit. Le canal de la baie de

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148 ciNa MOIS Chcsapeakc rOlio proniol la facilite du iransport aux comts du Maryland qu'il partage; mais peine clail-il comnicnc qu'une autre socit a entrepris la construction d'un chemin de fer, qui conduira dircclcmcnt de cette ville l'Ohio, en parcourant la chane des Allcghanys, sur une tendue de deux cent cinquante milles dont quatre-vingtquatre sont achevs. De cette manire la communication du centre commbrcial de l'tat avec les eaux de l'Ohio, qui est nagivable jusqu' Wheeling o se terminera le rail sera plus prompte. La socit fui incorpore en 1827, avec un capital de six millions de piastres, mais jusqu'en 1835, elle n'avait ft que peu de progrs, car les prparatifs et le nivellement des terrains avaient exig de grandes laboratio!JS. Les travaux des premiers treize milles ont cot plus de 510,000 piastres, ou 29,000 pia.^lrcs par mille, et la maonnerie 47,160. En 1854, la recette obtenue sur la partie dc^ finie a t de 89,182 piastres pour les voyageurs, et 110,255 pour les marchandises. — P. 205,457. Rparation du chemin machines et frais de Iransport 152,805 : aj)rs liquidation il y a donc eu 72,574 P. de gain. En 1855, les bnfices s'taient levs 57,125 piastres, ou, ce qui est la mme chose, avaient produit une augmenlalion de 15,579. On a pi-ojet de construire un chemin de fer qui passant par Pm Dcposit suivant la ligne nord de

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AUX TATS-tiNIS. 149 llat, et joignant le cliemiii dOxford formera entre cette ville et Philadelphie une communication de cent dix-sept milles de voies. Les plans rcemment levs dmontrent la possihilil d'oprer avec conomie. Son tendue sera de cinquante-deux milles. On songe galement tablir de Baltimore Annapolis un nouveau rail-^vay de trente milles de long. De retour, l'obscurit de la nuit tait profonde, la foule se promenait aux environs du monument avec la musique de la retraite qui rentrait au camp. La lumire des maisons et de quelques rverbres jetaient assez de clart pour y laisser voir. La temprature tait dlicieuse et Tair embaum de l'arme sensuel de la fleur des arbres. Celte scne moiti militaire et moiti bourgeoise, qui se passait l'ombre de la nuit autour de ce glorieux trophe, chez un peuple heureux et par ses mÂœurs digne de l'tre, tout cela a excit dans mon cÂœur de bien douces sensations. Le silence rgnait partout, comme dans les runions des Amricains; la musique seule faisait entendre ses accords. Je penche beaucoup croire que ]c bruit et les folies ne sont pas toujours les signes vritables du boidieur : le malheureux qui boit un moment pour chasser les soucis et calmer ses peines aime le fracas, sans doute; mais le citoyen forlim prfre la tranquillit, la jouissance des institutions librales et des plaisirs de la vie domestique. En Europe le pauvre artisan s'tourdit le dimanche, dans 13

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150 cixa MOIS les faubourgs des grandes villes et cherche oublier qu'il n'a pas de pain donner le lendemain sa fa* mille nombreuse; Cuba, j'ai vu rire, chanter, danser des esclaves bruyants, enivrs d'eau-de-vie excits par une lascivel que l'exercice irrite davantage tandis que les hommes libres des tats-Unis vivent tranquilles et silencieux. Ici plus j'observe la soci.'"t,plus elle m'tonne. Quelle ide m'tais-je fait de cette rpublique comme on se trompe en Europe, quand on dit que la libert est toujours la compagne du dsordre, de l'immoralit et de l'irrligion! Si les superstitieux et les fanatiques, et ceux qui sous le manteau de la pit dgradent la religion et la discrditent, venaient aux tals-Unis observer les mÂœurs d'un peuple minemment indpendant, qui jouit avec calme de tous les avantages de ses institutions, ils ne montreraient pas tant d'horreur pour les innovations, et ne poursuivraient pas avec acharnement les voix gnreuses qui prchent la libert. Absorb dans ces rflexions je me suis rendu chez le docteur, pour y prendre le th, avec son intressante famille. J'ai retrouv dans cette runion un nouveau tableau de la flicit domestique. Le docteur Dunglisson est Anglais; appel, il y a longtemps, diriger les tudes mdicales de l'Universit de Virginie, il vint l'Union; ses talents, sa conduite et ses qualits lui ont mrit une juste rputation. O'cst un I

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AUX ETATS-UMS. 151 savant, un citoyen respectable, un homme aimable et mme un galant chevalier. En causant avec lui de la situation de la mdecine et de la pharmacie aux tatsUnis, il a eu la bont de me donner quelquesnotes que je lui avais demandes. 20 juin. J'ai visit la Pnitentiaire et la Maison des pauvres. Le premier de ces deux tablissements est rgi par un rglement diffrent de celui qui est suivi Philadelphie, o les prisonniers sont isols et travaillent dans les cellules. Le silence y est observ, mais l'ouvrage se fait en commun dans de vastes ateliers, surveills par des employs, et dirigs par les entrepreneurs ou leurs agents. Les cellules, au nombre de trois cent vingt, sont petites, reoivent le jour par une des grilles qui donnent sur la cour extrieure, et le guichet des portes de fer qui s'ouvrent sur le corridor central. Il y a des deux cts cinq tages de ces cachots, qui composent un btiment carr long divis par le milieu. Les portes des chambres sont fermes de deux deux par une planche qui se lve et s'applique sur le mur, avec un gros cadenas. A parties travaux de construction d'un nouvel difice o seront situs les ateliers, les dtenus fdent, tissent des toiles, des lapis, fa briquent des peignes, des souliers et des brosses. Chaque priironnier a .sa tche, el lorsqu'il l'a remplie, il

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152 CINa MOIS peul s'occuper pour son compte. Les tisserands sont rtribus raison de trois centimes par mtre. Les alelierssont ouverts depuis le lever jusqu'au coucher du soleil; la nuit les condamns sont enferms chacun dans leur cachot. Ils l'ont trois repas par jour; celui que je leur ai vu servir dans un long corridor se composait d'un plat de pommes de terre et de viande fort abondant et bien apprt. Le pain qu'ils mangent est trs-savoureux; on leur en donne une livre troisquarts. L'infirmerie, situe l'tage lev d'un corps spar de celui des cellules, ne renfermait que sept malades; elle est claire, bien are, sans odeur, quoique les lieux d'aisances soient dans la salle, afin que les prisonniers n'aient pas le prtexte de sortir. J'ai observ, en traversant les ateliers et le rfectoire, qiiela maison renfermait plus de ngres que de blancs, quoique d'aprs le dernier recensement la population blanche soit la plus nonibreuse. Dans le dpartement des femmes, mme ordre et mme propret ; elles filent du colon cousent, lavent, etc., sous l'inspection d'une surveillante. Le nombi'C d'employs la garde de trois cents prisonniers aux soins de l'infirmerie, etc., n'est que de dixsept. Le docteur Baxbey, qui nous accompagnait m'a fourni plusieurs rapports sur cette prison; un entre autres que l'on achve de publier, et qu'il a rdig en visitant les pnitentiaires des Etats du nord, voyage qu'il avait entrepris dans le seul

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AVX ETATS-UNIS. 153 hiil de fiiire adopter Baltimore le rglement le plus convenable. Je vais donner un extrait de tous ces documents. La pnitentiaire de l'Etat de Maryland a t dcrte en 180i, et a cot 46,833 piastres. Le systme disciplinaire adopt ds le commencement ne prescrit pas le silence, il n'exige le travail qu'en commun et l'isolement que pendant la nuit; mais ds que les nouveauv ateliers seront termins, on suivra celui d'Auburn : il n'est pas probable qu'il soit permis aux prisonniers de travailler pour leur compte, quand ils auront fini leur tache ; car dans le dernier rapport, les inspecteurs rclament contre cet abus. Le nombre des prisonniers la fin de 1835 tait de 363 et de 125 pour ceux qui sont entrs en J834 ; total 480 Il en est sorti cette mme anne 83 pour fin de peine, 14 gracis, et il en est mort 10; total 100 A la fin de 1854 il en restait 377 Sous le point de vue pcuniaire, cette piison a presque constamment offert un excs de recettes sur les dpenses, aux dernires annes prs, o les frais sont monts plus haut cause des nouvelles constructions : car depuis 1829 les bnfices nets diminuent, puisqu'on 1831 il ne restait en caisse, que 2,338 piastres. On aurait obtenu Tanne suivante 13.

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154 CINa MOIS un gain de 4-iO piastres, sans les dpenses occasionnes par un grand ouvrage qui en a cot 1,421. En 1835, les bnfices furent de 881 piastres, les dpenses totales pour Tentretien des prisonniers et les traitements des employs s'levrent 35 ,082 : somme qui, avec quelques intrts payer et certains recouvrements, forme un total de 40,479 piastres dbourses. A la fin de cette anne, la eonimission a propos un nouveau plan qui a t adopt. En 1854, il y a eu un dficit de 2,780 piastres; car les dgts d'un incendie ont ncessit beaucoup de rparations. Voici l'tat des frais intrieurs : Nourriture, habillement, etc. P. 4,454 88 Traitement du principal. 1 ,500 — de la surveillante. 400 — des autres employs 10, 172 64 Rparations majeures pour l'incendie, balance des intrts, etc. 6,255 31 Tolal 22,580 83 Les recettes provenant du travail des tisserands et des teinturiers ont t de P. 11,658 35 — des fabricants dpeignes. 3J4 53 — des cordiers. 1 ,426 56 — des scieurs de long. 1 ,645 28

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AUX TATS-UNIS. 155 — des cardeurs et fileurs de laine. 4,360 58 Valeurs stipules par contrats. 5,515 55 Tolal 19,700 45 Le total de l'argent dpens par la pnitentiaire de Maryland, depuis son origine en 1804 jusqu' aujourd'hui y compris 40,000 piastres destines aux rparations occasionnes par l'incendie de 1817, s'lve 285,512 piastres; elle a produit dans le mme temps, soit par les ouvriers soit par les intrts un capital de 253,687 piastres, de sorte qu'elle n'a cot l'tat pendant trente ans que 29,829 piastres. En rappelant ce beau rsultat, la commission dit, par opposition, que dans le New-York, de 1797 1828, on a employ construire et entretenir la vieille prison de INewgate la somme norme de 1 ,257,544 piastres, sans obtenir aucun rsultat moral on pcuniaire. Le btiment destin aux ateliers que l'on btit prsent se composera de trois rangs et d'une tour centrale; celte disposition facilite la surveillance et permet d'tendre les difices peu de frais, quand besoin en est. La tour octogone servira de logement, de centre d'observation et de surveillance; elle aura deux tages, une galerie autour du second et un escalier qui aboutira jusqu'au toit. De ce point, partiront trois coiriois de quatre pieds de large qui se-

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156 CINQ MOIS ront continuels par le centre eltout le long des ateliers dans les deux tages. On disposera encore des galeries transversales la tte des ateliers; et le plancher sera plus levde deux pieds, afin de faciliter la surveillance travers les ouvertures [natiques dans les cloisons. Par ce moyen les ateliers seront croiss de visuelles longitudinales et transversales : ce qui fera croire aux prisonniers et ceux qui les dirigent (ju'ils sont sous l'inspection immdiate du surintendant ou du garde principal. Ce plan a obtenu l'approbation de tous les directeurs des grandes pnitentiaires, et a t dcrit et dessin dans le rapport de la commission des directeurs nomms ce sujet, et imprim le mois dernier. Je suis sorti de la prison charm du docteur Baxley, et des explications qu'il m'a donnes; ce monsieur a eu la bont de nous accompagner lui-mme la maison des pauvres, situe sur une magnifique colline loigne de trois milles de la ville, et environne d'arbres touffus et de vertes prairies. Avant d'y arriver, il faut passer au milieu de proprits et de maisons d'agrments, dont le sjour doit tre dlicieux. La faade de l'difice est fort tendue et produit un bel effet cause de sa couleur jaune-clair. Le pristyle, le portique et le corridor de l'enlre que j'ai vu d'un coup d'Âœil ne rveillent pas coiq) sur l'ide de la pauvret de ceux qui riiabitenl. Le docteur

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AUX TATS-UNIS. 157 Cabell, mt^tlecin de 1 tablissement, est venu au mme instant. Ce jeune liomme, fort inslrtiit et plein (l'allenlion, nous a montr jusqu'aux, minuties. A peine tions-nous entrs, que la cloche appelait au dner; nous avions t invits avec tant de franchise qu'il n'a pas t possible de refuser. Dix couverts taient mis. Le directeur, le docteur Cabell, les praticiens et nous, tels taient les convives; le repas a t abondant, tout l'amricaine, et servi avec la plus grande propret. Pendant que nous tions table j'ai tach de m'instruire de certaines particularits. Dans la ville de Baltimore il y a quatre tuteurs, nomms chaque anne par le maire, de concert avec le conseil; les trois autres nomms par le gouverneur de l'tat, rsidant dans les comts. Ces tuteurs visitent l'institution, font des rapports, placent les employs, etc. Il y a en outre douze directeurs de district et douze d'arrondissement; la cour de justice institue les premiers, et le maire et le conseil les seconds. L'autorit del magistrature est borne envoyer les pauvres de son cercle respectif, dresser des rapports sur leur conduite, etc., mais ces services sont purement gratuits. En parcourant ses diverses parties, j'ai eu l'occasion d'admirer souvent le bon ordre et l'extrme propret de la maison. J'ai vu les dortoirs des hommes, des femmes et des ngres, les cuisines, les infiimeries, les rfectoires, les salles des enfants et des

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158 CINa MOTS orplielins, et celles qnisonlconsacres nuxenfantsdcs pauvres reus clans Tiiistiluiion. Les salles d'infirmerie sont classes d'aprs les maladies; on en trouve une destine aux femmes en couches. L'tablissement possde encore un ampliillitre anatomique un petit cabinet de prparations faites par les internes qui assistent aux visites, une jdiarmacie et une bibliothque. On enseigne aux enfants lire, crire et calculer; les femmes filent du coton, lavent, cousent le linge ; parmi les hommes, les uns cultivent la terre annexe l'difice, les autres se livrent aux occupations de tisserands, de cordonniers, de tailleurs, de charpentiers, etc. Les lgumes, le lait, le beurre que l'on consomme, sont une production de l'industrie de l'tablissement et des animaux qu'on y lve sur une tendue de 515 acres de terre. La nourriture des pauvres est saine et abondante ; au djeuner ils reoivent du caf de seigle dulcor avec de la mlasse, et du pain. Le dner change trois fois la semaine, et se conq^ose de viande avec la soupe, ou de porc sal et de lgume, ou de poisson, de mais, de })Ojnmes de terre et de riz. La ration de pain de ceux qui travaillent est de 20 onces, et celle des autres de 10, comme pour les enfants; la ple est faite avec de bon froment mlang quelquefois un tiers de seigle. 4,70i livres de farine rendent 0,2)0 livres de pain ; la viande se distribue par ration de 8 onces et 5 de porc ceux qui sont gs de plus de trois ans.

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AUX LTATS-i'NIS. 159 Tout intlivitlu qui entre est oblig de mettre la main l'Âœuvre; on dresse alors un inventaire des effets qu'il apporte, et Ton ouvre un compte de ce qu'il produit et dpense. Il est charg de 25 centimes pour les journes d'hpital, et de 50 lorsqu'il reste dans la chambre, afin d'carter des convalescents la propension la fainantise. L'ouvrage est pay aux hommes raison de 7 1-4 centimes, et de 6 10 aux femmes. Avec leur produit, ils doivent couvrir les dpenses, et ne peuvent sortir qu'autant qu'ils se sont acquitts. En cas de fuite, ce dlit est puni par une sur-taxe; on chtie ceux qui refusent de travailler soit en leur laissant tomber de l'eau sur la tte, soit en les enfermant au pain et l'eau. INous avons visit le quartier des fous et celui des femmes enceintes, tenus avec propret. Je vois dans les rglements qu'on m'a donns, que les accouchements se payent raison de 20 30 centimes par jour, et que pour l'entretien des enfants naturels, on prend la mre 50 piastres par an ou une commutalion de 210. Il n'appartient qu'aux tribunaux de procder la recherche du pre et de le forcer payer les pensions et les soins. Les mres peuvent sortir de la maison quand il leur plat, et emporter leur enfi\nt, s'obligeant toutefois, si elles le laissent, venir lui donner tter certaines heures du jour. Quelques-uns des derniers rapports m'ont t fournis, et je vais en donner les extraits suivants. Tous

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160 CINQ MOIS les ans, on value quoi se portent les secours que rclament les pauvres tic l'tat; aprs cela, on tablit un impt. La rpartition, Baltimore, s'est leve, pour Tanne termine en 183^, 48,300 piastres, et en 1833 a 10,000 environ, sur une population de 70,000 mes. On distribue bien des pauvres de bonne conduite qui vivent chez eux, des secours proportionns, (pii ne dpassent pas 40 piastres par anne. En 183i, il y eut dans la ville 05 personnes qui reurent i ,417 piastres, et 53 dans les comts qui en reurent 1,21(). Voici comment on a supput le nombre des pauvres existant dans la ville et les comts: 1,020 hommes blancs, 333 de couleur. d,9l7 femmes id. 4G2 id. 1,007 enfants id. 100 id. 4,504 005 5,409. La ville de Baltimore dans l'espace de 12 mois, finis en avril 1834, a employ leur enlrclicn 18,385 piastres, et n'en a reu que dO,:292 : ce qui a occasionn un dficit de 2,093 piastres. Le sur-intendant jouit d'un Irailenient de 700 piastres, le mdecin de 000, la surveillante de 150 et le jardinier de 400, etc. En 1833, il y avait dans la maison 415 individus; jusqu'au mois d'avril 4834 o en a admis 928 i)en-

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AUX TATS-UNIS. 161 danl ce leinps il en esl sorti 806 ; ce qui a rduil le nombre ii". Le terme moyen des pauvres dans cet tablissement esl de 150 : 555 de la ville, 49 des comts cl 48 trangers ; sur les 928 entrs dernirement, on a compt 557 trangers. Dans le mme nombre on distinguait : 475 buveurs ivrognes. ) 65 — modrs. > 788 248 — incertains. ) 50 enfants ns de pres ivrognes, i 25 — modrs. \ 440 05 — incertains. \ Total 928 En visitant cette maison, j'ai eu la pense de runir sur ces sortes d'institutions tous les documents que je pourrai, et je vois avec douleur que la plaie du pauprisme s'tend partout, d'une manire alarmante. Les pauvres de TLnion n'ont pas, gnralement parlant, l'aspect de ceux d'Espagne ; robustes [)mv la plupart, c'est plutt par vice que faute de travail qu'ils entrent dans cet asile. Il conviendrait de former un systme bien arrt de rpression de mendicit, systme svre, rigide, qui tendrait la fois mettre un frein la corruption clitier les vicieux, intimider les fainants, et secourir les vrais ncessiteux incapables de travailler. Le docteur Dunglisson commence se fatiguer du 14

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65 cma MOIS continuel exercice que nous avons fait, et quoiqu'il ne m'ait rien dit, ni rien manifest, je m'aperois que nous avons vu lout ce que Baltimore contient d'inlressant. De mon cl je crois avoir parcouru les choses les plus essenliellcs, et je suis persuade que, sans regretter le temps, je puis partir demain pour Washington, et continuer mes explorations. Dans ce but ce soir mcuje je me suis spar des personnes aimables que j'ai frquentes ici, craijjjnant de n'avoir pas le loisir de les revoir mon retour. Qu'elles soient assures de la reconnaissance profonde d'un tranger, qui ne leur a caus peut-tre d'aulre distraction que celle de ses nonjbreuses demandes.

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AUX ETATS-UNIS. 163 Cbapitre IV. Voyage Washington. — Chemin Je fer. — Aspect singulier de la capitale. — Travaux pour la dtermination et la mesure des ctes des Etats-Unis. — M. Hassler. — Comparaison des poids et mesures. — Promenade aux environs. — Situation de la campagne. — Visite au bureau des brevets. — Machines d'agriculture. — Arsenal d'artillerie. — Capitole. — Archives. — Collge de Georgetown. — Pnitentiaire. — Promenade aux cascades du Potomac. — Canal de Chcsapeack l'Ohio. Washington, 21 juin. Comme je me Ttais propos, je suis parti de Baltimore ce malin 8 heures, dans une lourde voiture trois banquettes, qui portait neuf voyageurs; les quipages suivaient derrire. Tout cela tait tran par quatre chevaux, dont nous avons chang quatre fois. Nos btes allaient avec rapidit, surtout dans les descentes o elles courent bride abattue ce qui me semble dangereu.v. Trois piastres par personne, voil ce que cote ce voyage, assez dsagrable d'ailleurs cause des nombreuses ondulations du terrain. Les vues sont assez peu varies; on traverse des forts de chnes d'une vaste tendue dont la monotonie est peine coupe par quelques magnoliers

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164 CINQ MOIS et des houqwls (\e junipcrus. Nous avons remarqu sur divers points les travaux du rail-way qui sera lientl lormin et qui cotera dans son extension totale de 57 milles 1/2 Washington, l,-4.">8,()4i piastres ; c'est une des ramifications du chemin (jui conduit l'Ohio et il est dirig par la mme compagnie. Je suis arrive dans cette ville deux heures et demie : j'ai t frapp de son aspect vraiment singulier. (j'esl [duttune cit en projet qu'une capitale actuelle. Les rues sont traces d'une longueur et d'une largeur dmesures, mais il est diflcile de les distinguer, car plusieurs n'offrent pas une seule habitation. Dans les ])lus peuples, on ne voit par intervalles que des maisons bassets, d'un seul tage: ce qui donne encore plus de disproportion l'tendue de ces voies et la grandeur des trottoirs. Cet isolement qui se dessine par groupes irrguliers ces champs entremls avec des demeures, le peu de mouvement industriel, le nondjre rare de personnes qui passent le superbe capilole, sanctuaire de la libert el boulevart de l'Indpendance amricaine, qui domine cette scne silencieuse, tout cela reproduit un enscnd)le qui a fait prouver mon cÂœur des sensations nouvelles. Il fallait, je crois, un peuple original une capitale unique aussi dans son espce; il fallait que, contrairement aux autres nations du monde qui runissent dans leurs cours ce qu'il y a de plus agrable de plus bruyant

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AUX TATS-UNIS. 105 et de plus actif, Washington prsentt le tableau le plus grave, le plus solitaire, le plus silencieux des tats-Unis. A l'poque du Congrs celle ville est, dit-on, plus anime; cependant, pour qu'elle et quelque chose de la vie d'une capitale d'Europe, elle devrait possder trois cent mille habitants, dployer une activit industrielle qui, je ne le pense pas, doive se trouver l en hiver, et disparatre au printemps comme par magie. Washington est probablement l'pofpie du Congrs, ce que je la vois aujourd'hui, une ville extraordinaire et la seule capitale de ce genre au monde. Il est dix heures du soir ; je viens de me promener dans la rue principale, solitaire comme ses sÂœurs. Je n'ai pas t embarrass pour me diriger car les trottoirs sont spacieux. N'ayant rencontr me qui vive, je ne me suis heurt contre personne. Un aveugle en eut fait autant. En cas de doute, je pouvais, il est vrai, me guider sur le ple reflet de quelques rverbres et sur la faible lumire des boutiques dissmines, qui, de certaines distances, et comme des jalons godsiques, dterminaient la ligne. Je marchais comme au milieu des ruines dsertes d'une antique cil, lorsqu'apercevant de loin un grand difice resplendissant de lumires, j'ai suivi des passants qui traversaient la rue. Je me suis trouv tout coup au milieu d'un vaste iiiarch o taient tals de la viande de boucherie, de la volaille, des lgumes, des fruits, en un mot,

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166 CINa MOIS toutes sortes de comcslihlcs. C'est anjourdlui isnmedi ; et comme il est dfendu de vendre le dimanche, ce soir chacun fait les provisions pour demain. Il y avait l beaucoup de monde, du mouvement, de la clart, et un silence presque absolu. Devant les portes, on n'entendail ni la voix des vendeurs ni celle des chalands ; ce n'est qu'en entrant que je me suis aperu qu'ils causaient. Les marchandises sont ranges avec ordre et propret, et l'clat que jettent les flots de gaz sur ces objets que je n'tais pas accoutum voir runis celle heure, m'a sembl d'un bel eflet. Euss-je cru me trouver au milieu d'une capitale euss-je pens que chez un peuple qui jouit de la libert la plus complte, dix heures du soir je n'entendrais pas le moindre bruit, pas mme le caquetage d'un domestique c'est l cependant la ralit. Dans ce moment je suis plong comme dans un ocan de calme et de tianquillit; rien ne bourdonne autour de moi, que le silllement de mon haleine, la crpitalion de la lampe, et le reflet vacillant de la flannne mle aux cercles obscurs que fait l'ombre sur le plafond et qui m'annoncent le sommeil. 22 juin. J'ai li connaissance avec le docteur T. Jones, charg de la direction du bureau des brevets, pour lequel j'ai fait en grande parlie mon voyage celle

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AUX ETATS-UNIS. 167 ville. Ce monsieur m'a conduit chez un homme distingu par ses talents, et bien plus digne d'estime encore par la noble indpendance de son caractre. Sa rputation est europenne cause des crit intressants qu'il a publis. Cet homnje, il sufft de le nommer, c'est M. Hassler, Suisse de naissance, mais tabli aux tats-Unis depuis trente ans. Il demeure ici et termine dans ce moment la rdaction des oprations excutes le printemps dernier pour mesurer et dterminer les ctes des tats-Unis, et qu'il dirige p;ir ordre du gouvernement fdral. La loi qui ordonna les travaux fut dcrte en 1807, mais ils ne furent commencs qu'en 1816. M. Hassler fut envoy Londres pour surveiller la construction des instruments ncessaires. En 1817, on mesura une base provisionnelle au voisinage de New-York on tablit les points de triangulation et une base de vrification Cravesend dans Long-Island. En 1818, les opralions furent suspendues jusqu' ce que le Congrs vott des secours pour les continuer : ce qui arriva en 1852. Ce savant recommandable m'a accord un entrelien de plus de deux heures; mais je ne me suis pas aiflig lorsqu'il m'a parl des obstacles que l'ignorance oppose ses nobles entreprises.il raconte cette affaire avec tant de vivacit, y mle tant de piquantes allusions et dploie un caractre si beau et si origi nal, qu'on ne songe pas le plaindre en voyant sur-

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168 CINa MOIS lout combien il est suprieur aux inlrignes des hommes qui se sont constilus ses ennemis. Le projet de M. Hassler tait aussi vaste que son rudition; il embrassait la question sous tous ses points de vue qui ne sont cachs que pour ceux qui n'aperoivent que la superficie des objets. Il avait projetentre autres choses la dfense militaire du territoire, en indiquant sur la carte les positions topographiqnes et les ressources du pays depuis les ctes de l'Ocan atlantique jusqu' la chane des Alleghanys, c'est--dire la moiti du territoire des Etats de l'Union. Il se proposait, pour raliser ces travaux, les savants modles qu'ont oll'ert la France et l'Angleterre, et qu'il est capable de suivre sur l'chelle qu'il a conue. Mais, par un jeu du destin, cette excution dpendait de la volont de quelques hommes trangers aux sciences de ces cerveaux qui ne saisissent que les entreprises d'une utilit pratique et immdiate, parce que leur intelligence ne leur permet pas de percer plus loin. En vain M. Hassler leur a-l-il donn toutes les explications ; en vain leur a-t-il dmontr les avantages qui en devaient rsulter Inutiles efl'orts! il ne pouvait tre compris que par des esprits suprieurs. Ceux qui il s'adressa, loin de cder ses avis, s'olfensrent de l'nergie avec laquelle il soutenait ses principes. M. Hassler ne rveilla aucune sympathie; qu'y avait-il de commun, d'ailleurs, entro ce savant et les fonctionnaires publics actuels? Malheureusement le

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AUX TATS-UNIS. 169 plan ne sera mis excution qu'en partie car le Congrs, n'en connaissant pas l'importance, a craint de faire une dpense trop considrable. Celle crainte a t manifeste dans le vote de la loi de 1852, par laquelle on ordonne la continuation de la mesure des ctes, avec cette clause ridicule, (/non n'eiilend d'aucune manire autoriser la construction d'un observatoire. Il est bon de dire que le monsieur dont je parle avait propos celle rection comme centre des oprations, qu'il la croyait utile et mme ncessaire une nation qui possde une marine respectable. L'acte qie je viens de relever est une tache que laveront difficilement les ennemis de ce savant. M. llassler m'a montr les instruments qu'il a invents pour tablir les comparaisons entre les poids et mesures des tats-Unis et les types des autres pays. On en trouve la description ainsi que les rsultats dans un rapport de 1852, intitul: Comparaison of Wei()lils and Mcasurcs of Lengtli and Capacitij prsent au Congrs et imprim sous le n 299 des documents. J'ai vu, dplus, les dessins en dtail du double cercle rptiteur qu'il attend de Londres et qui est de son invention comme tous les appareils des expriences pyromtriques; le mcanisme ingnieux au moyen duquel on peut sparer les fils croiss dans le micromtre en faisant concider les deux images du limbe au moyen d'une vis qui rapproche deux verres objectifs; un appareil baromtrique qui permet

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170 ciNa MOIS d'apporter dans les voyages des tul)Os remplis de mercure et de les monter au besoin, etc. Ses travaux sur la dtermination des ctes et la mesure de la base de 15,000 mtres sur un banc de sable troit de Long-Tsland ont t insrs dans les rapports prsents au congrs et dans les volumes 2 et 3 des Transactions de la Socicl pllosoplikjnc de Philadrlphe, nouvellesrie. M. Ilasslerapiddi divers traits de mallK'malifjues adopts dans renseignement, et des tables trigonomtriques trs-portatives, calcules de seconde en seconde par le premier degr, de dix en dix par le deuxime et le troisime, et de demi en demi-minute par les suivants. Celte dition est recommandable par sa correction la petitesse du volume, et la clart qu'offrent les caractres qu'il a invents et qui cmpcbent de confondre le cbiffre 5 avec le 5, et le 7 avec le 9, cic. Sa bibliolli(jue, compose de livres anciens de matlimatiques est d'un grand prix, et renferme des exemplaires uniques de plusieurs ditions aujourd'hui perdues. J'ai trouv ici M. Michel Chevalier, qui voyage aux fiais du gouvernement fianais, et que je dsirais connatre. Ce monsieur a publi dans le Journal des Dbats quelques lettres sur les Klats-Unis, et semble beaucoup s'occuper de politique. Ds que nous nous sommes renconlis, il m'a demand ce qu'(!mbraSvSait mon plan. Je lui ai rporulu : 2'out, excepl la polit'ifiue. 11 m'a dit alors, ce que j'ai appris avec plaisir, qu'il ne

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AUX TATS-UNIS. l7l s'y consacrait pas aussi exclusivement que je le pensais; que, bien au coiitraire, son but principal tait d'tudier les branches qui se rallaclicnt sa profession, chemins, ponls, canaux, digues, fonderies, etc Un voyage Niagara entrant parfaitement dans le domaine de ses investigations, nous sommes convenus de le fiiire ensemble. Vers quatre heures je me suis rendu chez M. Hassler qui m'attendait. Quatre chevaux ont t attels une espce de carrosse fort original, et nous sommes ailes nous promener aux environs. Avant de partir j'ai examin celte voiture, qui a t construite d'aprs le dessin de mon ami, de manire renfermer instruments, vivres et rafrachissements. Sortis par le ct occidental, nous avons vu le commencen>ent du canal et son union avec Alexandrie au moyen de l'aquduc que Ton btit sur le Potomac. Une machine vapeur puise l'eau des caisses de bois o se jettent les fondements. Puis, ayant travers le village de Georgetown, dont le souvenir est si doux l'aristocratie amricaine qui en avait fait son sjour de prdilection, nous nous sommes mnag une halte auprs des collines qui entourent la ville. L nous avons remarqu des ravins escarps et pittoresques, et observ la situation des campagnes. En gnral, le travail des champs est nglig ; peine si l'on songe amender les terres, et l'on ne se met pas en jMine de prparer du fumier. On ne connat point la rotation

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172 ciNa MOIS de culture, on n'introduit pas les pturages entre les moissons. Aussi les terrains se dtriorent par la rcolte continuelle des crales, et les prairies naturelles s'amaigrissent et sont charges de plantes parasites. Le paysan ne se sert que d'une seule espce de petite cliarrue. Il sme le mais et les pommes de terre en lignes parallles une distance de trois pieds, afin de pouvoir introduire Tinstrument et bouler lgrement les ])lantes en dtruisant les lierbes. Les his et les seigles sont liols, le mais et les pommes de terre rabougris. M. Hassler m'a assur qu'il ne connaissait pas d'endroito la culture fut pratique selon de bons principes. Les vignes faisaient piti. Retourns la ville du ct du Capilole, je me suis rendu l'iilel pour donner ordre de transporter mes effets celui o logeait M. Chevalier. Puis avec ce dernier j'ai visit M. Pageot, charg d'affaires de la lgation fianaise en l'absence de l'ambassadeur. Ce monsieur m'a adress sur la statistique de l'le de Cuba une cinquantaine de questions, auxquelles j'tais heureusement mme de rpondre (1) ; enfin, je suis sorti fatigu d'avoir tant parl de statistique. 23 juin. M. T. Jones m'a introduit dans le bureau des brevets (1) L'auteur fait allusion aux grands travaux qn"il a piiltli's sur celte malicrc et qui lui ont valu les suffrages unanimes des savants. {Nvlc du traducteur ) I

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AUX ETATS-UNIS. 173 (Patent Office) et une permission verbale du secrtaire d'Elat m'a procure la facilit de prendre tous les dessins que j'ai voulu. La collection en est extrmement considrable; elle occupe les deux tages de rdifice, et, malgr cela, les modles sont entasss les uns sur les autres. Il f;\udrait au moins deux mois entiers pour savoir ce qui s'y trouve. Malheureusement, ne pouvant disposer de tout ce temps, j'ai d me borner jeter un coup d'Âœil gnral et me planter en quelque sorte, le crayon la main, devant les armoires qui contiennent les instruments d'agriculture. Le jeune M. Charles Keller, machiniste du bureau, m'a donn cet gard quelques explications intressantes. Content de ce que j'ai recuilli dans la matine, j'ai quitt le bureau des brevets pour aller au ministre : en passant, j'ai observ la belle maison du prsident des Etats-Unis, entoure de jardins l'anglaise, et prcde d'un petit parc demi-elliptique, et de deux alles latrales qui ont la mme direction et sont fermes par une grille de fer orne de rosaces. A peu de distance, s'lvent quatre corps de btiments destins aux ministres; mais tout cela d'une simplicit et d'une beaut surprenantes. Autour de ces paisibles demeures vse trouvent des habitations semes et l dans la plaine, au milieu de jardins. Vous diriez plutt des villas (pie des maisons ordinaires. Le docteur Jones m'a montr divers documents 15

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174 ciNa MOIS fort prcieux que l'on conserve dans les archives dn ministre et que j'ai considrs avec plaisir; entre autres, les manuscrits originaux de l'acte de la dclaration de l'indpendance et de la constitution gnrale des Etats-Unis ; les traits de commerce et les actes de reconnaissance de la nation amricaine par les puissances de l'Europe et de l'Asie ; les cadeaux offerts aux ambassadeurs ou aux gnraux par des souverains car les prsents des rois sont mis en dpt et il est dfendu tout fonctionnaire de les garder ; enfin les lettres autographes de l'inmiortel Washington collection inapprciable que M. Jones droulait devant moi les yeux mouills de larmes. lienlt nous avons parcouru les bureaux, dont la simplicit et la tranquillit causent d'agrables impressions. Point de gardes, point de pages, point de laquais inl\Uus d'eux-mmes et chamarrs de galons. Vous trouvez tout bonnement dans le corridor, rentre de l'antichambre de l'appartement o travaille chaque ministre, un portier prvenant et sans prtention qui refuse rarement de vous introduire. J'ai visit le charg d'affaires de la marine, M. Deikerson parce que je dsirais prendre l'arsenal maritime une certaine quantit de pices de bois de construction. Ce monsieur m'a bien accueilli et m'a remis une lettre pour le Commodore Hall chef du Navy-Yard. J'ai fait aussi la connaissance de M. Greeham, interprte du ministre de l'tat. 11 m'a montr la biblio-

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AUX FTATS-TJNIS. 175 lliqiic (le son (Icpartement, fort considrnblcdu rcsle, et o j*ai vu les divers tomes de la collection sur le commerce, les rentes, etc., des tats-Unis, publis actuellement par ordre du congrs. M. Chevalier a eu la bont de me prsenter au gnral Gratiok, chef des ingnieurs, homme de cabinet et de salon, et au colonel Abert, du mme corps, recommandable par son extrme complaisance et son rudition tonnante, laquelle on a recours aujourd'hui dans les travaux du canal de TOhio. Ce savant m'a offert le rapport gologique de M. G. W. Fealherstonhaugh et quelques coquilles fossiles du district. Au dpt topographique confi aux soins du colonel Abert, entre autres plans intressants, j'en ai vu un des tats de l'ouest, o sont les possessions prises sur les sauvages. Cette carte a fix mon attention et j'aurais dsir en retenir un double; mais le gnral Gratiok m'a fit l'amiti de me donner un autre plan des terres laisses aux Indiens, et m'a permis de copier de celui du bureau les dernires additions et le rapport qui a t fait ce sujet. Enfin, j'ai termin la matine avec M. W. Rich, botaniste, ami de mon compatriote M. Lagasca, dont j'ai appris le retour Madrid avec plaisir. Il m'a montr son herbier et quelques espces rares qu'il cultive dans son petit jardin. Ce soir je me suis transport l'arsenal maritime avec M. Carballo, charg d'affaires de la rpublique

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176 cixa MOIS (luCliili. Le Commodore Hall expliquait deux Anglais les dtails de construction de la frgate la Colombie. Il a lu avec froideur la lettre du ministre, s'est enquis de notre demande et a continu causer avec les deux Anglais. Nous les avons suivis, visitant avec eux les ateliers o l'on remarque autant d'activit que si c'tait la veille d'une guerre. J'avais observ la mme chose New-York et Philadelphie. Il nous a montr les grandes ancres de 11,669 livres pesant, pour le vaisseau la Pt'nsiilvanic, de i40 canons, que l'on construit Philadelphie. C'est au moyen d'une seule machine vapeur que les scies, les tours et les tarires des ateliers o se fabriquent les poulies, sont mis en mouvement, ainsi que les forges o se travaillent les grosses pices. L'indiffrence avec laquelle le commodore avait accueilli ma demande m'avait fait craindre pour son succs : il m'a dit cependant que je pouvais envoyer le lendemain au soir. Jusqu' neuf heines, j'ai eu un entretien fort instructif avec M. Hassler, dont je ne cesse d'admiier les connaissances profondes et le caractre original. 24 juin. J'ai t occup la majeure partie de la matine dans le bureau des brevets faire des dessins d'instruments d'agriculture. Voici quelques indications gnrales.

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AUX ET.VTS-UiNIS. 177 Il ne parat pas que dans aucun tat de l'Union amricaine on se serve de charrues composes ou roues. La forme de celles qu'on emploie ressemble plutt la charrue simple d'Ecosse qu' aucune autre. Le timon et les mancherons sont de bois, le soc, le versoir, les piliers et les seps de fer fondu, ainsi que le fond et le talon qui est presque toujours enfonc. Les rgulateurs du trait sont en forme de crmaillre sur l'anneau de devant, afin qu'on puisse le hausser, le baisser, le fixer mme sur deux points droite ou gauche, pour donner de l'inclinaison l'instru ment dans les endroits montueux.Peude modles ont de contre. Dans la Virginie, on trouve une charrue de l'invention de Stephen Mac-Cormick (brevet au mois de janvier 1826), dont le versoir et le pilier sont de bois; le sep est uni au soc, et, s'ouvrant par derrire, offre un bout qui doit tre insr dans le mancheron gauche. Le mancheron droit s'applique dans la partie intrieure du versoir, comme je l'ai remarqu jusqu' prsent. Outre la charrue Davis ordinaire dont je parlerai bientt, on a encore adopt dans la Pensylvanie une nouvelle charrue construite Pittsbourg, par M. Faden (brevet au mois de septembre 1835). Elle se compose d'un seul pilier trs -solide, d'un versoir de bois, et d'un soc surmont d'une crte qui fait l'ofiice de contre; les deux mancherons sont assujettis au timon qui est plac dans une direction horizontale et parallle au sep. 15.

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178 ciNa MOIS On a introduit en 1835, dans le Dclaware, une diaiTuc de P. Ififilings (brevet du 19 dcend)re), dont le talon renfonc et le soc superpos la parlie anti'icure de l'oreille ont avec elle une mme surface. Dans le New-York on laboure avec une cbarruc dont la construction est plus complique : elle a t invente par M. George Mixou (brevet du 25 juin 1853). Le soc et le pilier sont forms par deux pices unies qui dans leur ligne verticale, offrent un corps capable de servir de contre. Le pilier assujettit une
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ATJX ETATS-UNIS. 179 Pour les terrains monlueux, on a construit diverses charrues dont les versoirs sont tourne-oreille. La plus simple est celle dont l'usage est le plus gnral ; elle est dispose de telle sorte que, lorsqu'il fiiut labourer en montant la partie qui remplit l'ofice de soc sert de pilier son tour quand il faut descendre; la surface du versoir est courbe des deux, cts. Toutes ces pices, le soc, le pilier et le versoir, sont jointes ensemble et ne forment qu'un seul corps qui se change facilement, ou que l'on fait tourner en-dessous du sep, droite ou gauche, en relevant une cheville et en suspendant la charrue. Un fort pilier de fer, qui unit le timon au sep, maintient la solidit de la monture et est tout fait indpendant du soc et du versoir. Les deux mancherons sont aussi indpendants; ils parlent de la tte du timon et divergent galement des deux cts. C'est encore pour labourer les terrains montueux qu'a t construite une autre charrue invente par Joseph Jenklcr ( brevet du 2 mars '1855 ), dont on a fait l'essai dans la Virginie, et qui m'a paru beaucoup plus ingnieuse qu'utile. Elle est compose de deux corps de versoir et de soc tournant sur un axe central qui traverse le timon; l'un d'eux ne sert de rien pendant que l'autre opre. Une petite pice additionnelle complte la surface du versoir dans les deux cas. Les mancherons ne sont joints qu' la tte extrieure du limon.

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180 cma MOIS Pour ameublir la terre, il parat que l'on commence employer dans l'ouest une autre espce de charrue, de Tinvention de Benj. Johnson (brevet du 20 fvrier 1855). La modification qu'elle a prouve consiste en ce que le versoir n'est pas plein et ne prsente, jusqu' la moiti antrieure, qu'une surface contiime; de plus, on a ajout la partie postrieure trois bandes ou trois lames horizontales qui suivent la mme couche. Cette premire moiti de l'oreille est le vrai soc, puisqu'il n'y en a point d'autres; le sep s'lve sur le derrire, presque en angle droit, pour y adapter le limon auquel sont joints les deux mancherons. Les petits cultivateurs deux branches mobiles et cinq socs ont t aussi introduits. L'un est d Nathan Stanton ( brevet du 9 juillet 1852), l'autre que j'ai vu dans les magasins de New-York, et dont les socs deux pointes durent deux fois autant, est de l'invention de Waldren Beach, et me parat bon. J'ai encore vu, du mme auteur, une charrue fort ingnieuse (brevete du 28 dcembre 1852), dont le soc est triangulaire, et prsente successivement chacun de ses cts ; une petite barre de fer, qui forme la pointe du soc, peut avancer successivement mesure qu'elle s'use, J'ai observ quantit de semoirs dont on ne se sert plus, et plusieurs grnoirs bl, dont la principale construction consiste dans un cylindre horizontal

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AUX ETATS-UNIS. 181 (lents, qui tourne peu de distance d'un plan concave dents entre lesquelles passent les pis. En rentrant chez moi, j'ai trouv une jolie collection de bois, et de plus, une petite caisse faite avec du bois de la frgate la Couslltiition le tout accompagn d'une lettre trs-polie du commodore Hall, qui m'avait sembl d'un caractre bien diffrent. C'est ainsi que l'on se trompe, lorsqu'on juge par leur froideur apparente ces hommes qui se distinguent par leur complaisance et leur exactitude. Aprs dner j'ai continu dessiner jusqu' quatre heures et demie ; puis je suis all avec M. Chevalier chercher M. Hasslcr pour nous rendre l'arsenal d'artillerie, o nous avons remarqu la mme activit dans les travaux qu'aux autres tablissements qui appartiennent aux ministres de la guerre et de la marine. Une machine vapeur de la force de douze chevaux met en mouvement les forges les scies et les tarires pour les pices de mtal : nous avons vu les nouveaux affts en fer pour les mortiers et la grosse artillerie de campagne, les canons de bronze mal fondus et d'un alliage mal prpar que M. Hassler appelle cloches. Aprs avoir parcouru le magasin d'armes qui en possde de fort curieuses on a encaiss devant nous pour la garnison de la frontire les nouvelles carabines qui se chargent par la culasse, et qui ont t fabriques Middlelown dans le Connecticut, enfin, les bois de fusils, que l'on fait en peu de temps aune

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1§) CINQ MOIS espce (le tour dont le modle est dpos au bureau des brevels. Notie promenade raiscnal s'est termine par les fours de fonte, que dirige M. Ilassler, et o ee savant fera le bronze employ dans les poids et mesures que le gouvernement l'a charg de confectionner pour les douanes des Ktals-Unis. Les espces dont il se sert sont l'oxyde de zinc de Sparte dans le New-Jersey et la blende de Perkiomen dans la Pensylvanie. 25 juin. Accompagn de M. Hasslcr j'ai jet un coup d'œil sur la srie des portraits des chefs indiens, qui se trouvent dans le secrtariat du ministre d'tat, puis sur les types des poids et mesures trangres (jui ont servi mon honorable guide tablir ses comparaisons. M'ayant manifest le dsir de possder une collection comjdle de celles d'Espagne, je lui ai fait remarquer que celle question n'est pas encore rgle chez nous malgr les excellents mmoires que l'on a crits ce sujet et les travaux des connnissions du congrs toutes les poques o il a eu lieu. Le reste de la matine s'est pass visiter le Capitole si souvent dcrit. Je dirai seulement en passant qu'il n'est pas de marbre blanc, comme on l'assure, mais d'un grs de celte couleur sem de veines d'oxyde de fer qui le tachent l'air, (i'esl pour celle

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AUX KTATS-tJNl^ I8S raison qu'il est peint en blanc ce qui a donn lieu r<|uivoque. Au moment de sa construction, on ne connaissait pas encore dans le district les carrires d'aucune espce de marbre. Les gradins, les pilastres et les socles, sont d'un grs rougetrc assez dur et trcs-liomogne. La peijiture dont il est barbouill nuit l'impression qu'il cause, et lui enlve cette majest et cette apparence de solidit, qui semblerait devoir dfier le temps. La bibliollique du congrs est la plus riche des tats-Unis en ouvrages amricains. Les archives conlienncnt un grand nombre de doubles des rapports et documents prsents chaque lgislature. Grce une lettre de recommandation du secrtariat j'ai pu choisir ceux qui m'taient de quelque utilit; messieurs des archives ont montr beaucoup d'empressement m'en fournir de trs-dlaills sur les chemins, les manufactures ou les canaux, et ont mis ma disposition les grandes tables de population que je dsirais surtout compulser. Dans l'aprs-midi, nous avons visit le collge de Geonjclown situ dans une gorge pittoresque sur le Polomac et la baie : c'est une des vues les plus agrables que vous puissiez vous figurer. Le cours des ludes est universitaire et se termine en sept ans, pendant lesquels on enseigne la grammaire anglaise, les langues fraiiaise, latine et grecque, la calligraphie, les mathmatiques, la gographie, la physique, la logique et la philosophie morale, les humanits l'his-

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184 f ClNa MOIS loire, la composition anglaise et franaise. Comme classes accessoires, on y donne des leons de langues vivantes, de tenue des livres, de musique de dessin cl de danse. Le prix de la pension est de 150 piastres pour frais d'enseignement de nourriture de blanchissage, d'encre et papier, et de 5 piastres pour l'infirmerie. La bibliothque contient 1:2,000 volumes, entre autres plusieurs rares ditions des classiques latins, et quantit d'histoires et de voyages. La partie des sciences me parat la moins riche. Enfin, le collge possde un petit cabinet de physique et de curiosits naturelles. Kous nous sommes promens dans les dortoirs, les classes, le rfectoire, la chapelle elles autres pices, o rgnent l'ordre et la propret la plus scrupuleuse, puis dans le jardin tenu d'ailleurs avec soin ; enfin nous avons pris cong du directeur et de quelques professeurs, tous prtres de la Compagnie de Jsus. Ces messieurs nous ont reus avec politesse. Le ciel tait beau; M. Hassler, M. Chevalier et moi, tous trois de compagnie, heureux de jouir des agrments du printemps, nous nous sonnnes enfoncs dans la canqiagne, travers les collines et les vallons incultes, paysage enipreint d'une sorte de sauvaget. Sur une des hauteurs, vous trouvez une vacherie l'instar de celles de la Suisse; c'est l'unique en ce genre que j'aie vue aux lals-lnis. A la chute du jour, nous avons savour un bol d'un lait dlicieux

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AtX TATS-13IS. 18* et pur que de jeunes filles nous ont servi sous une tonne de feuillage. Je jouissais alors d'une existence paisible, exemple de peines et d'ambition; mon esprit tait sous rinflueuce de toutes les circonstances physiques qui rendent la vie aimable. Pendant une demi-heure j'ai comme got le bonheur que procure famili et la paix de Tme. De retour la maison, j'ai commenc extraire les documents que j'ai runis ce matin sur la population le commerce elles manufactures. 26 juin. Presque toute la matine, j'ai continu mes extraits, puis j'ai consacr le reste du jour prendre cong des personnes qui m'ont accueilli dans cette ville. Que le brave docteur Jones, si bon, si modeste, si recommaudable par son amour pour les arts et par la rectitude de ses piincipes ; que la famille aimable de M. Carvallo, que M. Rich, et les nombreux employs qui ont eu tant de complaisances pour moi, soient assurs de ma profonde reeonnaissane et de mon ternel souvenir. Dans l'aprs-midi, M. Hassler m'a conduit la pnitentiaire du district de (Colombie, rcemment leve. On y a adopt le systme d'Auburn c'est-dire, le silence, le travail en commun dans les ateliers et la rclusion solitaire durant la nuit. 16

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186 CINa MOIS Les cellules au nomhre de :21 4, se trouvent sur deux carrs longs; l'un de i50 pour les hommes, et l'autre de 6i pour les femmes, isols tous les deux par une galerie spacieuse, et ferms par un mur dont les fentres donnent sur les cours. Il y a quatre tages dans le corps des cellules. Except celui de dessous, ils sont tous entours d'un corridor de communication auquel aboulissenl des escaliers. Les portes des cachots sont en fer, pleines dans le bas et avec uu grillage dans le haut: une forte bande horizontale fixe au centre les assujettit au mur et la serrure. On compte dans ce moment 0^ prisonniers, dont la moiti de couleur: du reste point de femmes; il n'y en a jamais eu plus de 4 la fois. Les habits sont blancs ou bleus, alternativemant. Les dtenus travaillent des ateliers de charpentiers, de cordonniers; on va leur monter des mtiers de tailleurs, de tisserands; les invalides dmlent Ttoupe. Ils ont djeuner du caf et du pain; et deux fois le jour du pain une livre de viande et des ponmies de terre discrtion. La ration du souper est si copieuse, que les prisonniers peuvent en garder une partie pour le djeuner du lendemain. Chacun doit remplir dans le jour sa tche qui lui est impose : quelquefois ils la dpassent, mais le surplus ne leur est pas pay ; car on s'est aperu qu'il est dangereux de laisser de l'argent leur disposition. Cependant quel inconvnieut pourrait-^il rsulter de

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AUX KTATS-rXIS. l87 leur remettre la sortie le pi'oduit de leur application, lorsque surtout ils rentrent dans la socit pour y exercer un tat sans aucun moyen de parer aux premiers frais d'tablissement? La surveillance est faite dans les ateliers par trois gardes et au dehors sous les murs de la prison par quatre sentinelles armes. J'ai remarqu laplus grande propret dans tous les quartiers; la salubrit y est si parfaite qu'il n'y a pas de malade et qu'on n'a eu dplorer qu'une seule perle pendant le cholra. Cette pnitentiaire a reu des condamns pour la premire fois au mois d'avril 1851 ; depuis lors, jusqu' la fin de 1852 il en est entr 42 ; plus tard elle en a renferm SO, terme moyen. Fonde depuis peu, on ne saurait encore apprcier les rsultats du travail. En 1852, les objets vendus produisirent j, 057 piastres, et 2,035 en 1855. On pense que, ds que des ateliers de marbriers seront tablis, les produits deviendront plus considrables cause du voisinage des carrires qui sont sur la ligne du canal l'Ohio. Celte prison a cot environ 180,000 piastres; mais la construclion en a t dirige avec un certain luxe, principalement dans ce qui est ncessaire au corps des cellules o sont les habitations. Des sommes destines par le Congrs celte Âœuvre et son entretien, restait la tin de 1852, entre les mains du trsorier 17,820 piastres : ce qui, avec les subventions de 11,457 du gouvciiiemenl en 1855, et le

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188 ciiva iois produit (le la vente dont nous avons parl, a form un total de 34,41 piastres. Les honoraires de 1853 se sont ports P. 7,G26 Frais de nourriture et d'habillement des dtenus 7,984 Combustible et infirmerie 413 P. 11,023 Restent 17,038 piastres qui ont servi \ de nouveaux ouvrages, dos rparations, l'achat de matires premires et d'ustensiles. La discipline de la maison est svre. On y emploie le chtiment corporel pour forcer au travail, et le carcan de diverses formes pour les contumaces. L'ducation religieuse et inlelleclucUe des condamns n'est pas nglige ; ils se runissent le dimanche dans l'oratoire pour assister aux leons des chapelains. Les plus avancs servent de rptiteurs leurs camarades : du reste, ils ont tous de Tmulalion. Le nombre des hommes de couleur qui se trouvent dans les pnitentiaires a fix mes penses sur les malheurs de celle race plonge dans le crime et le vice faute d'ducation. J'ai lu une foule d'crits o les auleurs assurent que la libert est le bien suprme de l'esclave : pour moi je crois que la libert est le plus funeste des dons que l'on pourrait faire au pauvre

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AUX ETATS-UNIS. 189 Africain qui n'y a pas t prpar. Je suis persuad qu'elle serait j)Our lui mille fois pire que la fortune pour le jeune tourdi qui vit au milieu de la dissipalion des grandes villes; mille fois plus fatale que les objets de sduction pour une innocente fille qui suit le sentier fleuri des plaisirs. L'esclave est une machine un tre abruti par sa position, priv des jouissances morales et limit dans ses jouissances physiques la possession incomplte d'une femme. Tout cela est dplorable sans doute, et l'amlioration du sort du ngre mrite d'attirer l'attention de nos philanthropes; mais quel bien obliendra-t-on en lanant l'esclave, l'enfant de l'infortune et de la misre, la face d'une socit qu'il ne connat pas, en le mettant en contact avec tous les piges qui le feraient invitablement tomber dans le prcipice ? Tant que la libert des ngres ne reposera pas sur une ducation morale et religieuse il vaut mieux ne pas y penser. Mais est-il juste, me diront quelques philanthropes, de les laisser dans leur tat d'abjection? Mais est-il humain, rpondrai-je mon tour, de faire des criminels? Dans l'le de Cuba o j'ai vcu douze ans, aux tats-Unis que je parcours avec admiration, j'ai trs souvent observ que de toutes les classes, la plus dmoralise et la plus perverse tait la classe libre de couleur; l'on ne saurait en effet comparer ses vices qu' son irrligion et sa stupidit. Pourquoi une chose ne serait-elle pas la consquence de l'autre? 16.

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190 CTNQ MOTS Pourquoi ne pourrait-on pas remdier la corrliplion en diminuant Tignoranec? Au milieu de ces considrations je vois s'avancer une poque critique pour le pays d'oi je viens, si heureux jusqu' prsent. Les doctrines qui prchent l'mancipation des ngres retentissent dans l'Europe entire et auront de l'clio dans le congrs national d'Espagne. Quelques hommes passionns verront un moyen d'obtenir une facile popularit en rptant ce qu'ont dit tant d'crivains avant eux; d'autres, excits par un amour dsintress pour l'humanit, et par amiti sincre pour les malheureux de cette classe uniront peut-tre aussi leurs voix loquentes aux clameurs irrflchies des premiers. Le triomphe sera certain puisque ce sera le triomphe des ides du jour : mais que l'on prenne garde aux effets qui en rsulteront Un dcret d'mancipation lanc sans les prliminaires indispensables de l'ducation religieuse et intellectuelle, sera une loi de calamit qui ouvrira sous les pieds des infortuns dont on veut amliorer le sort un abme immense de crimes et de misres. Que ceux qui sont assez hardis pour l'appuyer, que ceux qui ne tremblent pas pour les consquences, s'apprtent fonder de vastes prisons, et lever des chafauds! Les hommes avancs des Etats-Unis, en tablissant une socit d'aff'ranchissemcnt pour envoyer les esclaves la colonie de Librie sur les ctes d'Afri-

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AUX KTATS-rMF, 191 que ont adopt Tunique moyen de donner une libert utile cette caste que l'on soustrait ainsi aux prjuges; car, lors mme qu'elle serait devenue instruite et religieuse, elle et t squestre de la compagnie des blancs. Ce moyen seul, joint un systme bien calcul pour remplacer les ngres par des Europens, peut sauver nos possessions des Antilles. Mais tout cela exige une coopration si constante et si active de la part du gouvernement, des autorits locales et des propritaires, qu'il me parat difficile d'y arriver. 27 juin. Ce matin, je me suis lev le corps moulu; est-ce donc si tonnant, aprs la vie que je mne? Hier au soir, M. Ilassler m'a trac le plan de mon voyage au Niagara et m'a indiqu tout ce que l'on doit visiter sur le chemin ; il veut que je monte jusqu'au Canada, et que j'aille rendre visite aux Iroquois ses bons amis avec lesquels il a vcu. Je crains cependant de n'en avoir pas le loisir avant le mois de septembre : oblig de me rendre dans le Massachusetts et le Conneciicut, il me faudra, autant qu'il me semble, trop de temps pour examiner les institutions qui rclament mon attention. Nous tions convenus, M. Chevalier et moi, de faire une promenade sur les bords du canal jjis-

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192 CINQ MOIS qu'aux cascades duPotomac, que l'on m'avait peintes comme trs-pittoresques. Nous sommes partis sept heures du malin avec le colonel Abert, et un ingnieur civil, charg de diriger l'aquduc, qui traverse la rivire dont je viens de parler, et qui joint le canal Alexandrie. J'ai appris auprs de ces messieurs quels sont les grands ouvrages qui s'excutent; il m'a suffi d'entendre cet gard les conversations de M. Chevalier qui tudie cette branche avec soin et de lire quelques nouveaux mmoires. Nous allions tous cheval ; celui que j'enfourchais tait magnifique et me valait mille compliments de la part de mes compagnons, mais le trot en tait si dur que j'avais les membres dmis. Il parat qu'ici on ne fait gure attention ce dsagrment, car j'ai vu les Amricains, hommes et femmes, monter toute espce de chevaux, et ne pas se plaindre d'y tre la moiti du temps en l'air. D'aprs l'opinion des savants, le canal del haie de Cliesapeak l'Ohio est une anivre qui n'a point d'gale, soit pour les travaux immenses qu'elle exige, soit pour les avantages politiques, commerciaux et militaires qui doivent en rsulter. Destin ouvrir une communication entre rAtlanli(pie et TOIiio, entre les Etats de l'est et ceux de l'ouest, il mettra en contact environ deux millions d'hommes qui habitent les contres qu'il divise, augmentera la valeur des terres, fournira un dbouch leurs nombreux produits,

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AUX ETATS-UNIS. 193 lablirale commercedansles tats qui n'enonlqnepar le golfe du Mexique, et l'agrandira dans tous les endroits qui n'en ont sur l'Atlantique que par le canal troit et iusufiisant de New-York. Enfin, en l'embranchant celui qui parcourt l'tat del'Oliio depuis Portsmouth et Cleveland, sur le lac Eri et un des autres moyens de jonctions que les tats de l'ouest projettent avec les lacs, il compltera la ligne tendue des communications militaires; c'est ainsi qu'en rapprochant d'une manire prodigieuse les frontires du nord des frontires maritimes, il offrira une source d'avantages dont la valeur et l'imporlanee sont inapprciables. Les tats de Virginie, de Maryland et de Pensyl \ vanie, les corporations des trois villes de WashingloFi, d'Alexandrie et de Georgetown et quelques parliculiers ont form une socit pour la ralisation de ce vaste projet. L'tendue totale de ce canal, depuis r.oorgeto\vn jusqu' Pitlsbourg, sera de 341 milles et 1/4. Ce qu'il cotera, d'aprs le calcul des architectes amricains s'lvera 22,575, 428 piastres ; mais, depuis, la compagnie des ingnieurs a rduit la premire estimation 9,5 47,400. Commenc en i 828, sons la direction du clbre M. Benjamin Wrigli, on en a dj termin la partie qui va jusqu' Williamsport, de 1 10 milles d'tendue, et qui a cot 2,650,000 piastres; on continue la section appele Section de l'csi, qui conduit jusqu' Cumberland dans la Pen-

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194 CINQ MOTS sylvanie, o se Iroiivcnl les mines inpuisables de charhon de pierre. En clieminant, nous avons admir le long de celle Âœuvre tonnante les grands travaux qu'a coul la partie dj icrmine les hrcclies faites au roc vif, les murs d'appui de GO pieds de hauteur et pierre sche, destins soutenir le canal du ct du fleuve qui coulait nos pieds comme au fond d'un prcipice; les gots souterrains pour rcoulenientdesruisseaux qui viennent des montagnes; les bords du canal btis en pierre sche par un procd durable et peu dispendieux; les cluses de construction simple, mais de forte rsistance, cl dont la pierre de taille esl lie avec du ciment hydrauli(jue, etc. De Georgetown aux cascades, le canal a 80 pieds de large et 7 de profondeur; des cascades Ilarper's Ferry, terme moyen, 00 pieds de large et de profondeur; mais de ce point jusqu'au Cumbcrland, il n'en aura que 50 sur 6. Il est question d'tablir sur celte ligne une navigation ii vapeur, qui ne sera point arrte par les ponts, car le seul qu'on y rencontre est 17 pieds au-dessus de la surface de l'eau. Le colonel Abert, savant gologue, m'a donn une ide des formations que nous parcourions et de la constitution du bassin de la Viiginie, dont les mines d'or, chose assez particulire, donnent plus d'argent mesure que l'on avance vers l'ouest. Comme je croyais que les mines de la Kouvclle-Es-

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AUX ETATS-UNIS. 195 pagne talent une continuation de celles-ci, le colonel m'a fait observer qu'on trouve dans les premires de l'argent aurifre et dans les secondes de For argentifre. Les cascades du Potomac piquent la curiosit cause de leur varit et de l'aspect sauvage du lieu o elles sont situes. Le fleuve s'largit sur une surface rocailleuse de GOO pieds, se prcipite par fractions et diffrentes reprises, jusqu' ce qu'il arrive enfin dans le lit infrieur. L il continue sa course irrgulire travers des rochers et des bosquets coui verts d'une vgtation riche et monotone. Par un sin1 gulier contraste, ct coule le magnifique canal qui, suivant une direction parallle olfre sur un mme plan le tableau de l'industrie humaine et de la nature vierge. Aprs dner, nous sommes revenus la ville au milieu d'une campagne inculte mais varie, que la pluie nous a empochs de contempler. Soit ingalit : des pas des chevaux, soit maladresse des cavaliers, nous nous sommes spars chacun comme nous avons pu. Baie de Cheapseak, 29 juin. J'cris sur le bateau vapeur qui me ramne Phi*ladelphie, et dont les vibrations me permettent peine de terminer nioa journal de Washington

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196 CINa MOIS Ballimorc, croi je suis parli ce malin de l)onnc heure. Le soir du retour des cascades du Poloniac j'ai cl clicz le i'espectal)le M. Ilasslcr qui m'a tmoign l'amiti la plus cordiale; quoi(|ue d'un ge trs-dillrent, nous sympathisions tis-bien. A notre sparation, nous avons l'ait connue les enfants. Tendres motions d'une amiti pure et sincre, vous tes pour moi comme l'effet d'une cause relle (jui unit les hommes entre eux pour rendre leur vie dlicieuse et les soulager dans l'infortune!.... Parli de Washington huit heures, et devant aller de INcw-York Niagara avec iM. Chevalier je suis arriv Baltimore deux heures. J'ai pass l'aprs-midi recueillir les chantillons des minraux du Maryland, que m'a offert M. Tyson, prendre cong de quelques personnes; puis je me suis rendu chez le docteur Dunglisson enfin chez l'aimable famille Bermdjeu. L, nouveaux adieux, nouvelles marques de tendresse et de sensibilit. Notice sur la situation (le la mdecine et de la pharmacie aux Etats-Unis. L'histoire de la mdecine aux tats-Unis remonte aux notions que les premicis colons emportrent de leur [)ays. A celle poque, le cleig seul exerait celle noble prol'cssion; mais bientt arrivrent des mde-

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AUX TATS-UNIS. 197 ciiiS europens, et (les insliliiiions furent formes. Jusqu' la lin du sicle dernier, mme au commencement de celui-ci, tous les mdecins venaient de TIranger, et les tudiants amricains allaient recevoir leurs diplmes l'universit d'Edimbourg. Le souvenir le plus ancien que l'on ait gard d'une opration analomique, est la dissection d'un criminel excut >(ew-York en 1750. Six ans aprs, un cours d'anatomie et de cliirnrgie fut ouvert Ne\vport, dans Uhode-Island par le docteur \V. Hunter, membre de l'universit d'Edimbourg. On ne suivit cependant aucun systme d'enseignement rgulierjusqu' la fondation de l'cole mdicale de Philadelphie en 1765, fonde par les docteurs Sliippin et Morgan ns dans celle ville, mais levs Edimbourg. Bientt fut tablie une autre cole annexe de l'universit de Pensylvanie; mais en 1791 elles furent runies, et on y envoya les lves de l'Union. La seconde cole d'aprs Tordre chronologique fut celle de New-York, fonde en 1707, et ouverte l'anne d'aprs au collge royal. Les travaux furent interrompus pendant la rvolution jusqu'en 179. En 1800, on rigea encore un collge d'o naquirent des rivalits qui se terminrent quand le preniier de ces lablissements fut rorganis sous le lilre de ColU'ija de midcc'nis cl de chirurgiens. Dans le Massachusetts, renseignement de la mdecine commena en 178:2 l'universit, mais l'his17

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198 GiNa MOIS loirc de ses progrs ne doit coniincnccr qu'en 1810 poque de la translation de l'cole Boston. Celle laculte est depuis lors une des institutions les plus inl* Fessantes du pays. La quatrime fut tablie en 1797, dans le eollge Darniouth Hanovre, tat de New-Hampshire, par le docteur Nathan Smith, pre du professeur actuel de chirurgie de runiversit de Maryland. Par un acte dat de 1807, elle fut rorganise comme collge, et leve en 1810 au rang d'universit de mdecine de thologie, de lois, de sciences et arts. En 1812, fut ouvert New-York un collge de mdecine et de chirurgie, dont nous avons dj parl ; en 1813, le dpartement de mdecine de l'universit de Yale New-laven, dans le Connecticut; en 1818, celui de l'Ohio, l'acadmie de mdecine de Yermont Charleslown et l'cole mdicale de l'universit de Transylvanie Lcxinglon, dans le Kenlucky; en 1820, l'cole de mdecine du Maine; en 1821, le dparlement mdical de Providence, Rliode-Island ; eu 4822, l'cole mdicale de l'universit de Vermonl ; la mme anne celle de Berkshire Piltsfield dans le Massachusetts; en 1824, le collge de mdecine de Charleslown, dans la Caroline du sud, et l'cole mdicale du collge Jefcrson, Philadelphie; en 1825, le dpartement mdical du collge de Colombie, Washington, actuellement dtruit. Le dparlement mdical de l'universit de Virgi-

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AUX TATS-UNIS. 199 nie, Cliarlottesville, fut ouvert en i82o, et Ton chargea de toutes les branches de l'enseignement le docteur Robley Dunglisson, qui venait exprs d'An* gleterre. Trois ans aprs et sa demande les chai* res furent rparties entre trois professeurs. Depuis cette mme anne, on a tabli les coles qui sont dans les autres tats de l'Union. Baltimore en avait deux, l'une agrge l'Universit de Maryland et une au collge de Washington ; la Caroline du sud deux : on en comptait une dans l'universit de Gorgie, et une rcemment fonde la Louisiane. Le nombre des professeurs varie, mais ne dpasse jamais six. Les branches de l'enseignement sont : l" l'anatomie et la physiologie ; 2" la chirurgie ; 3" la mdecine thorique et pratique; 4 les accouchements; 5" la matire mdicale; G" la chimie. Quelques coles ont une chaire de mdecine lgale unie d'autres. Dans l'universit de Maryland le mme professeur enseigne la thrapeutique, la matire mdicale, l'hygine et la mdecine lgale. Pour obtenir le grade de docteur il en cote 200 290 piastres. Le nombre des professeurs dans les 25 collges et les coles de mdecine de l'Union est de li8, et celui des tudiants d'environ 2,000. Le temps d'tudes est en gnral de deux ans; mais les rglements exigent en outre que les lves passent une anne de plus sous un mdecin distingu; cet article est peu observ. Dans l'universit de Virginie le grade de docteur n'est confr qu'

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200 CINa MOIS ceux qui en sont dignes. Les cours y ont lieu dix mois de Tanne, tandis qu'ils ne sont que de quatre dans les autres. Ce n'est pas assez de deux ans pour une tude aussi longue et aussi pineuse ; mais comme le mal piovient d'une rivalit mal entendue qui n'a d'autre but que de favoriser l'entre du temple d'Esculapo, il sera difficile d'y remdier. On a publi dans l'Union plusieurs journaux de mdecine. Tlic American Journal of thc Mdical scicncca, paraissant Philadelphie tous les trois mois, est habilement rdig par le docteur Hays. Entre les crits mensuels, je peux citer les Archives des sciences mdicales et cfiirnrfficales publies Baltimore par le docteur Geddins; le Journal de Mdecine et de Chirurcjie de Boston, rdigt par M. J. V. C. Smith ; le Magasin mdical de la mme ville et le Journal mdical et chirurgical des Etats-Unis, publi NewYork. Parmi les ouvrages amricains sortis de la plume des mdecins contemporains on distingue celui d'anatomie gi-nrale et descriptive du docteur Homer de Phila(lel[)hie, qui sert de texte aiix leons; celui de mdecine pratique du professeur Eberle du collge mdical de TOhio; celui de chirurgie du professeur Gibson de l'universit de l^ensylvanie ; celui sur les accouchements du docleur Dowes de la mme universit; celuides maliros mdicales du docteur Chapman et du professeur Eberle, et les dispensataires de I

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AUX TATS-UNIS. 201 M. J. R. Coke de Pliiladelpliie et des docteurs Wood et Bake; celui d'hygine du docteur Dunglisson ceux de physiologie du mme auteur; et un autre, intitul Principes de mdechie, du docteur S. Jackson de Philadelphie; celui de mdecine lgale du professeur I. R. Beck du collge de New-York et quelques autres livres spciaux sur diverses branches, parmi lesquels je citerai celui des maladies du poumon du docteur Morton de Philadelphie. Enfin l'on publie encore quantit de traductions des meilleurs ouvrages europens, et les sciences mdicales sont tudies avec soin. La premire socit de pharmacie convenablement tablie fut le collge de Philadelphie. Elle fut incorpore le 50 mars 18^2, dans le but de propager et de rpandre la thorie et la pratique de la profession, d'empcher la fraude et les altrations des remdes, de perfectionner l'tat du march, quant la qualit en empchant l'introduction des drogues adultres ; enfin, d'enseigner la pharmaceutique dans une cole spciale o l'on rigerait des chaires en nombre suffisant et un cabinet d'chantillons. Le collge de New-York a t incorpor en 1850 dans un but tout--fait semblable, mais ce n'est encore qu'une association volontaire de droguistes, qui n'a d'auli'c privilge que celui de confrer des grades ceux qui veulent ouviir une officine. On y fait tous les ans des cours de chimie et de matire mdicale. Pour 17.

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202 crwa MOIS recevoir le diplme il faut avoir assist aux classes pendant deux ans, tre rest un an dans une pharmacie et exhiber de son palron un certificat de capacit et de moralit. Dans les autres tats, les pharmaciens ne sont soumis aucun rglement, et Ton y permet la vente de toute espce de drogues, et des poisons les plus violents. Les deux institutions que je viens de mentionner ont contribu amliorer la situation de la pharmaceutique; j'ai parl d'ailleurs, de rexccllcnt journal qui, sous le litre de Tlic American Journal ofPharmacij, parat Philadelphie.

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AUX TATS-UNIS. 203 Cliapitre V. Retour Philadelphie. — Suite de mes excursions, — Dpt de mendicit. — Institution des aveugles. — Ecole de sourdsmuets. — Collections d'histoire naturelle. — Promenade Mount-Pleasant. — Chemins et canaux de Pensylvanie. — Etat de Tagriculture. — Retour New-York. — Promenade Brooklyn. — Situation de l'enseignement primaire et secondaire. — Vices de ce systme. — Moyens de rforme. — Travaux manuels dans les collges. — Nouvelles entreprises. — Chemin de fer au lac Eri. — Conduite des eaux la ville. — Visite de la pnitentiaire de Sing-Sing. Philadelphie 5 juillet. Me voici occup continuer l'examen des insliliitions utiles et recueillir des documents intressants. Le dpt de mendicit, situ hors de l'enceinte de la ville et dont une des faades donne sur la rivire est un vaste et somptueux difice, digne de porter le nom de Palais des pauvres y qu'on lui donne gnralement. Ce btiment a t construit par ceux mmes qui riiabilenl. 11 a quatre cts et n'est pas entirement termin. Il renferme 1,100 pauvres classs par quartiers, selon l'ge, le sexe, la caste, etc. On y trouve des salles pour les valtudinaires, pour les

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204 CINa MOTS cnfanls-lrouvs les fous etc. ; des ateliers pour divers mtiers, des rfectoires spacieux et des infiimcries bien ares. Une commission de l'tat a visit les tablissements de ce genre des villes de Baltimore de New-York, Boston et Salem, afin de connatre leur rgime administratif et conomique, et d'introduire dans celui de Philadelphie les amliorations qu'on jugera convenables. Comme il n'est fond que depuis peu de temps, il n'offre encore aucun rsultat qui mrite d'tre cit. M. Waughani m'avait beaucoup recommand de visiter l'institution naissante de Pensylvanie, consacre l'ducation des jeunes aveugles. Elle est dans la rue Sassafras-street, n'a que deux ans d'existence, et contient 22 enfants des deux sexes, qui reoivent des leons de lecture, d'criture, de calcul, de musique vocale et instrumentale, de gomtrie, de gographie, et exercent des arts mcaniques qui leur fournissent les moyens d'existence. Quand on commence les faire lire, on se sert de gros caractres en relief poss sur des tablettes; ils apprennent crire, d'abord au nmyen de caractres mobiles qui ont une lettre en relief la partie suprieure, et par-dessous une semblable lettre en petites pointes qui marquent sur le papier; ensuite on leur distribue des ardoises lignes saiMantes, enfin du papier. Les cartes gographi((ues sont moins releves que celles de l'tablissement de New-York; mais elles ont aussi l'incon-

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AUX TATS-UNIS. 205 veillent (l'tre fort chres et de ne pouvoir tre mulliplies facilement. Cette institution prit naissance le 21 fvrier 1855, avec un fonds permanent de 5,600 piastres, form par cent vingt souscripteurs, et une rente annuelle de 2,000 piastres environ, par des souscriptions de douze cent douze membres et quelques donations. Au mois de novembre eut lieu le premier exercice gnral et l'exposition des produits industriels; cet acte d'clat rveilla l'enthousiasme du public, procura la maison des souscriptions plus nombreuses, son incorporation et des secours de la lgislature. Sur 21 lves que l'on y comptait en 1854, 4 seulement payaient la pension ; et au tableau des recettes annuelles qui s'lvent 17,277 piastres, les produits des enfants figurent pour une somme de 528. Les frais de nourriture, d'habillement et d'enseignement, se sont ports 2,808 piastres, les honoraires 5,547. La lgislature a accord 10,000 piastres de fonds permanent et a offert de soutenir, raison de 160 piastres chacun pendant six ans 56 enfants pauvres. Ces secours ont permis d'tendre le programme de l'institution, d'ouvrir un cours de mathmatiques, et d'augmenter le nombre d'ateliers sous la direction de M. John Roxburg, aveugle de l'cole d'Edimbourg, venu exprs. Les garons font des matelas, des corbeilles, des tapis ordinaires. Les filles cousent, tricotent ou confectionnent des ouvrages dlicats, tels que

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206 CIIfQ MOIS petits pnniers, cordons, fleurs, qui sont vendus ensuite au profit de la maison. Pour exciter l'attention gnrale et obtenir des secours des autres Etals, en rpandant sur eux les bienfaits de l'institution, le directeur, accompagn de quelques lves, fit dans la Delaware et le NewJersey un voyage dont le succs couronna les esprances. Enfin, l'impression des livres et les moyens d'enseignement ont pris beaucoup plus d'extension. L'vangile de S. Marc a t publi au compte de trois directeurs; et il est question de faire celui de S. Jean sur cuivre, enfin de rendre l'dition plus compacte et plus commode. M. Suider s'est engag donner cent exemplaires relis et les plancbes raison de 400 piastres; il s'ofl're, pour le mme prix, imprimer l'usage des aveugles tel ouvrage que ce soit, de 120 pages de 8 pouces de large sur 10 de haut. La maison des sourds-muets est un autre tablissement d au patriotisme des habitants de Philadelphie. En 1821, quelques-uns d'entre eux formrent une socit. Les premires souscriptions fournirent un commencement de fonds auquel furent ajoutes 8,000 piastres parla lgislature, qui pronjit de donner en outre 160 piastres annuellement pour chaque enfant pauvre qui serait admis. En 1824, s'levrent les constructions de la supeibe btisse qu'occupe l'inslitulion ; elles furent diriges par M. llaviland,

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AUX TATS-XJXIS. 2W cclhrearchlteclc, quia allach son nom aux difices les plus remarquables de la cit. Depuis sa fondation il a reu grand nombre d'lves : le terme moyen est de 100. La mthode d'enseignement est celle de la majorit de ces sortes d'coles au-del des mers. Peut-on s'empcher d'admirer l'inslinct qui porte les Amricains crer des institutions de bienfaisance, et la noble indpendance qui les leur fliit fonder, sans compter sur le secours du gouvernement jusqu' ce qu'elles existent? Ici, chose bieli diffrente de ce qui se passe en Europe, les habitants donnent l'exemple l'autorit, et lui indiquent quels sont les tablissement protger. Telle est, il me semble, la marche rationnelle que devraient suivre les entreprises chez les nations amoureuses du bien public. Oui, c'est aux peuples pousser les gouvernements, leur montrer ce qui est utile ou convenable; car les chefs de l'lat ne sont la portion la plus noble du pays, que lorsqu'ils s'associent aux talents de l'poque, et qu'ils se font prter leur appui. 8 juillet. J'ai parcouru les riches tablettes conchyliologiques de M. Leea, naturaliste bon et serviable, dont les sries des espces terrestres et fluviaiiles de l'Union SOul les plus couipllcs que l'on connaisse. M. Hayde

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208 CINa MOIS possde aussi un prcieux cabinet du mme ordre. Ces deux collections sont, mon avis, les deux plus belles du monde pour ce qui regarde les espces de la contre. J'ai conserv de la reconnaissance pour ces deux professeurs qui ont eu la bont de me cder plusieurs doubles, quoique mes chantillons de Cuba n'offrissent pas les mmes avantages. Tant de choses, les oiseaux et les insectes de M. Peale, les herbiers contre lesquels les docteurs Pickenyng cl Crililh ont fait des clianges avec moi, les ossements fossiles que j'ai reus de la socit philosophique et dont j'ai dj parl ceux du mgalonix dcrit par le docteur Harlam, et la collection de trilobiles par le docteur Greens, quelques antiquits mexicaines, des morceaux de minerai des lals-Unis, et une srie des marbres et bois employs dans les constructions bourgeoises; voil ce que j'ai pu envoyer la Havane pour le cabinet royal d'histoire naturelle de Madrid. J'ai perdu beaucoup de temps runir tout cela et l'emballer; si je n'avais t aid par M. Smith, si je n'eusse log dans une maison aussi commode, je ne serais gure venu bout d'empaqueter avec ordre, et sans exposer aux risque du Iranspoit, ces objets fragiles. Cependant, depuis hier ces travaux sont finis, et j'attends la premire occasion [)our les embarquer. Dbarrass de ce tracas je pourrai consacrer mes instants recueillir des documents et visiter des institutions, sans sa-

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AUX ETATS-tJNIS. 209 crifier mon temps, comme je l'ai fait, au milieu des collections particulires qui ne sont (raucune utilit d'aprs le plan de mes recherches. Les relations que j'ai tablies avec des naturalistes, leurs bibliothques que j'ai parcourues, et l'rudition du docteur Grillith, m'ont donn une ide claire et exacte de la situation des sciences naturelles aux tats-Unis, et des ouvrages que l'on a publis sur cette matire, dont je conserve le catalogue. Pour me dlasser je me suis dirig ce soir vers les bords de fe rivire. J'ai suivi le chemin de fer qui conduit Colombie, cl suis mont dans une des voitures qui vont jusqu'au premier plan inclin : ce trajet sert comme de promenade la ville. La diligence renfermait une quinzaine de jeunes bonnes avec leurs enfants. La soire tait dlicieuse, le paysage des plus agrables : moins fatigu que mon corps mon esprit se laissait aller mille rllexions. Je ne me suis occup d'abord que de la scne qui se passait immdiatement autour de moi. Quelle candeur chez mes compagnes de voyage! quelle simplicit dans la manire d'tre! quelle dcence dans le costume! quelles convenances dans la conduite! En contemplant ces filles et les petites cratures qui reposaient sur leur sein je ne savais dcider si le cÂœur de ces innocents prouvait plus de calme que celui de leurs gouvernantes. Elles parlaient peu comme il arrive toujours ici, caressaient leurs bambins et regardaient les dif18

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210 ciNd MOIS frentes vues qui se succdaient nos yeux. Cependant, pas le moindre signe de bonheur, pas la moindre marque de l'agrment qu'elles gotaient au milieu des beauts de la nature. Je ne pourrais les conq)arer qu' une glace travers laquelle les sensations passent comme les rayons de la lumire sans augmenter de force par l'enthousiasme ou d'intensit par les passions; car tout cela, chez elles, tait dans une complte inaction. Cette manire de jouir de la vie sans que l'imagination ou les passions y prennent part, me semble le souverain bien : c'est le plaisir pur sans satit, la jouissance sans les fatales consquences qu'elle amne, et je ne puis lui donner d'autre nom que celui de paix de l'existence. Un homme apathique et paresseux, un tre priv de sentiments, dont les vices et l'ge auraient mouss la complexion, ne pourraient faire de pareilles rflexions. Il est, je ne crains pas de le dire, peu d'mes aussi ardentes et aussi chaleureuses que la mienne; cependant, au milieu des vives sensations que je ressens, je m'aperois que je suis loign d'un certain degr de bonheur que je ne gote pas, que je conois pourtant, et dont j'ai vu le tableau dans les mÂœurs amricaines. L'observation qui chappe ma plume fera je le prvois, sourire quelques lecteurs, mais qu'importe? Je raconte ce qui se passe en moi; je dcris l'influence que les scnes dont je suis tmoin produisent sur une imaginalioa mridionale, I

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AUX KTATS-TTNIS. ^W certain que bien des personnes seront de mon avis. Toujours en ctoyant, nous avons suivi les dtours de la superbe Schuyikill, que nous avons enfin traverse sur un pont couvert, de plus de 300 mtres d'tendue; c'est l que commence le plan inclin, qui est loign de Philadelpbie de 5 milles environ. Le trajet cote un rau et moiti prix pour les enfants. Au bout de la promenade, devant le pont et sur les bords de la rivire s'lvent des htels et des cabarets. J'ai gravi le plan, dont la hauteur est de 181 pieds ou d' 1/15 de la base d'aprs les mmoires que je consulte. A peine arriv la cime, on achevait de dtacher de la locomotive plusieurs charrettes et une voilure remplie de voyageurs qui venaient de Lancaster, ville florissante du comt de ce nom. De l le chemin conduit Colombie, et se prolonge ensuite jusqu' la Susquehanna, dans le canal de Pensylvanie. Son tendue totale, jusqu' Colombie, est de 81 milles et demi; il a cot, avec les machines, 5,595,810 piastres. Tandis que l'on faisait les prparatifs pour la descente, j'ai contempl la vue magnifique que l'on dcouvre de ces hauteurs. Mon Âœil embrassait les bois touff'us, une grande partie du lit du fleuve, les prairies mailles qui embellissent ses rives ; enfin avec sa belle architecture, la tte du pont couvert jet au milieu de cette plaine immense et ondoyante qui commenait nos pieds. Tout--coup la voiture s'est ap-

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212 ciNa MOIS proche; aprs l'avoir attache fortement au cable qui court entre les rails, on l'a pousse au moment o j'entrais. Nous avons suivi doucement la pente par l'impulsion de notre poids. Quoiqu'il y ait l une machine vapeur, je ne vois pas qu'elle soit ncessaire pour descendre. Sur l'autre voie le cable destin ramener les voitures, au moyen de la machine montait seul. Notre vitesse ne dpassait pas 3 milles par heure. Arrivs au bout, des chevaux ont t attels, et nous avons continu notre route par le mme chemin qui passe au bas de Fair-Mount, o se trouve le rservoir. L, comme la nuit approchait, je me suis arrt pour respirer l'air pur et frais du plateau. La lune se refltait sur la rivire et blanchissait les jardins de ses rayons. A travers sa lumire ple, mais plus vive que celle du crpuscule, on distinguait les personnes qui se promenaient autour desjets d'eau. Je serais rest plus longtemps dans un lieu aussi agrable, si je n'eusse craint de ne pas trouver plus tard un moyen de retourner. Il a donc fallu descendre les cent marches qui me sparaient du niveau des jardins, et je me suis ml aux nombreuses finnilles qui se dirigeaient vers les voitures. Philadelphie est unie, par la navigation de la Delaware, de la Schuylkill par des canaux et des chemins de fer, avec les points les plus marquants du NewYork, du Delaware et de Baltimore, et avec les tats de l'ouest et les lacs. Ces dernires comniuni-

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AUX TATS-UNIS. 213 cations, surtout, sont extrmement prcieuses et offrent aujourd'liui la capitale de la Pensylvanie des avantages considrables sur New-York, qui n'a d'autre voie qu'un troit canal o, plusieurs mois de l'anne, les geles interrompent la navigation. Elle communique par le canal Bristol, latral la Delaware et le canal Morris du New-Jersey avec ce dernier et la rivire d'Hudson ; elle exploite les charbons de terre qui, de xManch-Chunk viennent par un chemin de fer au canal de Lehigh continu jusqu' Easlon. Les charbons sont transports de Lakawaxen Philadelphie et NewYork par diffrentes lignes de canaux ou de rails construits aux frais d'une compagnie. Le canal de la Delaware Raritan prolonge le systme de navigation intrieure parallle aux ctes et tablit des relations commerciales assez commodes entre les deux villes, ainsi que le chemin de fer de Camden Amboy, et celui qui va de New-Jersey New-Brunswick en passant par Newark et dont j'ai dj parl au commencement de cet crit. Le canal de la baie Cheapseak celle de la Delaware runit en quelque sorte ces deux rades et procure Philadelphie un second port. Le chemin de fer de New-Gastle Frenchtown se joint la ligne qui conduit Bal timor. Enfin, la vaste communication avec l'ouest entre Pittsbourgh et Piiiladelphie se fait par le canal latral la Schuylkill, continu de ReaJing Middletown sur la Susquehanna jusqu' Frenchtown par ua 18.

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214 CINQ MOIS canal Toucst, jusqu' Johnslown par un rail dont 800 mtres environ sont en souterrain; le chemin traverse enfin la chane des Aileghanys, et se termine par le canal qui va Piltsbourgh. La longueur de cet ensemble de voies est de 451 milles, plus 200; ce qui forme un total de 051 milles de canaux, et de 118 1/2 de rails, construits aux frais de l'tat, non compris les autres ouvrages de ce genre tablis aux frais des particuliers. 9 juillet. J'ai tudi la situation actuelle de l'agriculture en Pensylvanie, et le docteur Measse a eu la bont de me fournir ce sujet quelques notes. D'aprs ce qu'il a vu de ses yeux, les varits de bl cultives dans cet tat sont celles de bl mou car on mange assez peu de vermicelle et de macarroni pour que les varits en bl dur soient ngliges. On sme gnralement le mas, et parmi ses varits on prfre une espce trs-sucre trouve chez les Indiens; comme les pis en sont trs-petits, on ne l'a pas introduit dans la grande culture. Le bl sarrasin ( polyjonum fcigo})ijrum ) est la crale favorite de toutes les classes riches ou pauvres; mais les Amricains ne connaissent pas les divers usages ordinaires qu'on en fait en Russie. On cultive encore le seigle et l'avoine, dont on lire un bon parti. Voici quel est l'ordre de la succession

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ATTX ETATS-TNIS. 215 des rcoltes : d'abord le mas et le Irflc ou tout autre pturage; au printemps d'aprs, l'avoine, et le bl en aulonme. Tout bon fermier ne sme le bl que dans le cliamp qu'il peut amender, car il est reconnu que les terres souffrent lorsqu'elles ne portent constamment que des gramines. Le printemps d'aprs, il sme le trlle ml avec Yorcliardgrass (dactylis glomerata) ou avec le thmoty grass ( pbleum pratensis). Au printemps suivant, on rpand du pltre cru, raison d'un boisseau par acre : ce qui produit des rsultats tonnants. Ensuite le sol est dlaiss pendant trois ans et sert la dcpaissance des bestiaux. Au second tour durant les travaux du labourage, on jette de la chaux teinte raison de trente boisseaux par acre. C'est ainsi que Ton a rajeuni les terres de l'tat, appauvries par des moissons successives. L'effet de la chaux est si eflicace que l o elle a t verse le plaire donne des rcoltes plus abondantes. Pendant que les champs se reposent et aprs avoir t fums par les bestiaux eux-mmes, parat la poa vind'is herbe qui crot naturellement et que l'on conserve tant que l'on veut en amendant le terrain. Elle a la proprit d'engraisser les troupeaux et de donner aux vaches un lait trs-pais. Les grandes prairies qui avoisinent Philadelphie sont toutes formes de ce gramine. Aux avantages dont jouit celte plante, se sont unis les efforts des socits d'agriculture pour l'amliora-

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21G CINQ MOIS tion (les troupeaux dans l'lat de Pcnsylvanic comme clans ceux du centre et de l'est soit en publiant des mmoires, soit en encourageant les expositions annuelles soit en proposant des prix et des rcompenses. La premire de ces socits fut tablie Philadelphie en 1809, comme on peut le voir dans un ouvrage du docteur Measse, qui a pour titre : Archives des connaissances iililes ( Archives of Usefull Knowledge, etc.), collection intressante, en trois volumes, consacre l'agriculture et l'conomie rurale, au commerce et aux manufactures. Les bonnes races de chevaux, de bÂœufs et de moutons ont t amenes d'Angleterre : en les croisant avec celles du pays, on a obtenu des varits fort utiles. Depuis plus de cinquante ans, les chevaux de labour de Pcnsylvanic sont justement renomms pour la beaut de leurs formes, leur vigueur et leurs forces. Aussi les prfre-t-on aux bÂœufs pour la charrue et pour le trait. L'introduction des mrinos a puissamment contribu la richesse des fermiers des Etats-Unis, et principalement de ceux de Pcnsylvanic. En 1805, le docteur Measse fit venir quatre de ces prcieuses bles; le New-York et le Connecticut n'en possdaient alors que deux. La nature sche du climat et la constitution montagneuse du sol sont assez propices leur venue, et influent, principalement dans les districts de l'ouest, sur la finesse de la toison. Le seul comte de Washington exporte deux millions

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AUX ETi.TS-UNIS. 217 de livres de laine par anne. En croisant la race espagnole avec la saxonne, on a obtenu une varit de forme meilleure que les mrinos de notice Pninsule. L'amlioration des btes laine est due encore au croisement de la race anglaise Blackwell avec les moutons longue queue de Tunis, dont deux avaient t envoys, il y a trente ans environ, au gouvernement amricain qui rsidait alors Philadelphie. Ces deux espces engraissent beaucoup plus vite, et sont trs estimes. Le cochon a subi une transformation complte aux tats-Unis, grces l'introduction des bonnes races et au soin qui prside aux accouplements. Au lieu de l'animal primitif longues pattes, au ventre troit, difficile s'engraisser, vous en trouvez un autre pattes courtes, au corps rond qui se nourrit de trfle et d'eau, qui devient normment gras, et dont la chair a un got trs dlicat lorsqu'il est enferm en automne, et nourri avec du mas, des pommes de terre et de la courge. Le mais, dont se sert le fermier amricain pour engraisser les animaux, donne celui-ci de grands avantages sur le fermier anglais car il communique la chair une saveur et une fermet que ne peuvent donner ni l'herbe, ni les pommes de terre, ni les navets. C'est cet aliment que l'on doit les veaux de d,oOO 1,800 livres, qui sont vendus frquemment dans les riches marchs des villes de l'Union.

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218 cma mois Les pommes de terre consiilucnl une partie dos rcoltes de la Peiisylvanie, dans toutes les terres qui ne sont point exclusivement consacres aux pturages; et grce aux soins des agriculteurs, les varits actuelles sont infiniment meilleures que la primitive qui a contribu rpandre son usage car il n'y a pas de table, riche ou pauvre, oii Ton ne serve ce tubercule en abondance. Je connaissais dj le docteur Measse de rputation; ce monsieur avait eu mme la bont de m'envoyer la Havane son ouvrage sur Pliiladelpliie. 11 s'occupe aujourd'hui d'un travail statistique sur l'Etat. Dans les entretiens que j'ai eus avec lui il m'a tmoign le dplaisir qu'il prouvait en lisant les crits de quelques voyageurs qui payent par d'injustes critiques Thospitalil qu'ils reoivent ici, et m'a droul une foule d'observations judicieuses sur les difficults immenses qui empchent les trangers de porter un jugement motive sur les dfauts de la civilisation amricaine. Si je n'tais un des amis de la famille du docteur, j'aurais pu souponner que celte sortie m'tait adresse comme conseil ou connue avis; mais il m'a sembl que ces paroles taient un appel mon impartialit contre les censures de la comdienne britannique. Quoique j'aie dcouvert ses intentions, je n'ai pu cependant partager toutes les ides du docleur parce que la question m'a sembl fort dlicate. Dans d'autres circonstances, je dirais hautement,

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AUX TATS-UNIS. 2X9 comme je l'ai dj fait en prsence de plusieurs Amricains, que je ne sais ce que je dois regarder comme le plus ridicule, ou la purilit des critiques de miss Kemble censurant une socit digne du respect de tout homme sens, ou la vanit d'un peuple qui s'arrte de telles niaiseries. Il sufft de jeter avec rapidit un coup d'Âœil gnral sur cette fdration de voir le progrs merveilleux qui s'est opr dans son sein depuis le peu d'annes qu'elle existe ses admirables institutions comme nation libre, ses pas gigantesques dans la civilisation et l'industrie, les nobles et constants efforts qu'elle fait pour avancer dans les sciences, les bases durables du bien-tre individuel qu'elle a sanctionnes, pour avoir une juste ide du ridicule et de l'impertinence d'une femme qui, n'ayant pas mme l'inslruclion rigoureusement ncessaire pour juger de ce qu'il y a de solide et d'essentiellement bon chez les Amricains, se plat les critiquer et les dchirer pour des futilits qu'elle prtend qualifier de dfauts. Pauvre dame, qui avez la bonhomie de reprocher de si petites choses un pays constitu comme celui des tats-Unis! Sans perdre le temps les rfuter je puis en dire autant des sarcasmes de miss Trollope. J'ai pass fort agrablement la soire avec les messieurs de la Socit philosophique et je me suis longtemps entretenu avec M. Duponceau. Malgr l'ge et les iufirniitcs habituelles quelle ardeur dans celle

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220 CINa MOIS me gnreuse pour les entreprises pliilanlhropiqncs elle bien des peuples! En convenant avec moi tics inconvnients du luxe et du dveloppement que la civilisation a donn aux plaisirs bruyants et raffins il s'est plu retracer le tableau flatteur des biens rels que les nations ont acquis. M. Duponceau pense qu'aujourd'hui l'espce humaine, gnralement parlant, est meilleure que dans l'antiquit, puisqu'on n'entend plus parler des horribles cruauts et des froces excs du Ainalisme, et que Ton aperoit chez toutes les nations polices une certaine tendance vers l'utile, heureux prcurseur d'un plus doux avenir. L'homme s'est amlior! s'criait en versant des larmes le respectable M. Duponceau. Qui serait tent de lui rpondre : La socit s'est coirompiie? Enfin j'ai pris cong de mes amis de Philadelphie qui se trouvaient l presque tous : je conserverai dans mon cÂœur le souvenir de leurs excellentes qualits. 11 juillet. Avant-liier nous nous sommes embarqus Philadelphie, dans un bateau vapeur o le bon M. Smith est venu nous accompagner, ^ous avons quitt ce digne ami en lui tmoignant toute notre affection, et nous sommes retournssur le soir ]Ne>v-York,par la mme voie que nous avions suivie en allant.

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AtlX f:TATS-tJNIS. 221 Celte aprs-midi, nous avons cl faire Brooklyn un tour de promenade au milieu des rues plantes solitaires et paisibles comme leurs habilanls. De jeunes tilles taient aux fentres, lisant ou causant avec calme. J'ai beaucoup admir cette sorte d'existence, cette sioLplicil de mÂœurs chez les femmes, qui, mme au printemps de la vie, jouissent d'une libert illimite, qu'elles perdront ds que lagalanterie s'introduira dans les relations ordinaires, et que l'amour viendra troubler la tranquillit de leurs mes : je parle ici de lainour comme d'une passion sociale, insparable do la coquetterie chez l'un des sexes et de la sduction chez l'autre. Quand cela arrivera (et malheureusement ce sera bientt NewYork) les jeunes lilles pourront dire adieu la
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2S ciNa MOIS boals qui agitent avec bruit les vagues dans une atmosphre calme, o restent suspendus des nuages de feu et de fume comme marques de la puissance de la vapeur. 14 juillet. Pendant mon premier sjour New-York, j'ai runi quelques notes sur les coles du dimanche, et, afin de complter mes connaissances sur l'ducation primaire, j'ai consult divers documents. D'aprs les crits que je viens de compulser, l'autorit publique exerce dans le New-York une espce de tutelle l'gard des coles primaires par l'entremise d'un surintendant. La lgislature a fond une caisse spciale pour les aider, mais n'a donn qu'une partie des fonds; car les plus grands frais psent en gnral sur les habitants et les parents des lves. Les coles publiques sont soutenues au moyen de trois classes de contributions: l'une dcrte par l'tat, l'autre que les comts s'imposent eux-mmes, et qui atteint tous les particuliers; la troisime, que l'on peut appeler volontaire, comprend les rtributions que lesparentsremettent aux professeurs. Les 55 comts sont diviss en 835 cantons ou districts d'coles, qui sont surveills par des commissaires chargs de Icxanjcn pour l'admission des matres, et de distribuer les fonds du gouvcrncmenl. L'anne dcruir>'

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ATIX ETATS-UNIS. 223 en i 851, 0, 8G5 coles reurent, en qualil de secours, 316,154 piastres. La caisse dispose de 1,791,322 piastres; avec les intrts de ce capital, on distribue annuellement 100,000 piastres aux cantons, qui doivent s'imposer eux-mmes pour une somme au moins gale. Voici d'aprs les meilleurs calculs ce que cotent les coles de l'tat : Intrts 6 p. 100 de 2,116,000 piastres valeur foncire. ... P. 186,900 Frais annuels de livres pour 531,210 lves, 50 centimes chacun. 265,620 Bois de chauffage 95,800 Somme distribue par les commissaires 316,154' Traitements des matres .... 398,137 Total P. 1,262,671 Pour couvrir ces dpenses, l'tat dbourse, je l'ai dit, 100,000 piastres; la population gnrale des cantons 197,61 i, non compris 18,539 qui constituent le revenu des fonds particuliers de quelques-uns ; les liabitants contribuent encore par des impositions volontaires pour une somme de 398,137 piastres rserve aux matres. Le reste est donn par les parents et les tuteurs des lves; de sorte que l'on peut dire que l'tat verse pour rcnlrelien des coles J/12, les im-

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224 CINQ MOIS pots directs des cantons 2/12, les taxes volontaires 3/12, les pres et les tuteurs des en(\\nts ()/12. Les 3/4 de la somme sont comme Ton voit pays volonlairemcnt par les ciloyens. Le nombre des lves qui ont assist aux coles eu 1834 tait de 531,240; compar au total actuel des enfants de Ti 10 ans, cl la population gnrale de l'tat, ce cliifre dmontre que presque tous reoivent de l'ducation, et qu'il y en a un d'enseign par chaque 5,05 d'habitants. Les moyens d'inslniclion scnd)lent s'tre extrmement rpandus dans le ^CNv-York; cependant on a remarqu dans le systme plusieurs vices provenant : 1' du modique traitement des matres, qui s'lve, leinie moyen, 12 piaslies 1/2 tout au plus par chacun des huit mois que dure l'enseignement : ceci oblige tolrer des prcepteurs ignorants, qui suivent des mihodes impaifaites au j)rjudice des progi's; 2" de ce que la loi ne donne pas les moyens de retenir les lves dans les coles ds qu'il sont inscrits sur les registres; car, puisque l'on accorde une espce de])rime pour chaque enfant catalogii, pourquoi n'ajoulc-t-ou rien en cas qu'il continue ? 3" de ce qu'on manque d'encourager les progrs pour payer les coles depuis qu'elles sont tablies. Les coles de New-Yok sont la charge d'une association spciale, appele Socii'li; dcsirolrs pnhli(jurs, (jui nomme des commissaires pom* la sui'veil-

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AUX ETATS-tMS. 225 lance. On a tabli des coles primaires o vont les enfants avant de passer aux coles publiques. Dans les premires ils apprennent l'alphabet la lectuie et compter, puis les lments d'arithmtique et de i^ogiaphie et les principes de conversation ; les petites lilles, un peu de coulure. Quand les uns et les autres savent crire sur l'ardoise, ils sont envoys dans les coles publiques, o l'enseignement de la lecture on ajoute la signification des mots, la calligraphie, l'arithmtique, la gographie, l'usage des globes, le dessin des cartes la grammaire anglaise, la composition et la dclamation le tenue des livres, les lments d'histoire et de mathmatiques jusqu' la trigonomtrie plane. Les filles apprennent en outre le complment des ouvrages d'aiguille. Il y a dans les coles publicarons. rnics. ques et dpartementales I)rimaires o,31G •4,:>08 Dans les coles primaires I,i27 1,-404 Et dans les deux classes des enfants de couleur 011 031 7,354 0,543 Le total des frais de ces coles s'est lev l'anne derrire, 1834, 115,519 piastres, sur lesquelles 36,947 pour les honoraires des matres et des aides, 0,541 pour livres, caries et meubles, 2,085 pour combustible eic. 19.

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236 ciNa MOTS La mme caisse soutient encore la socit des mcaniciens, l'asile des orphelins et les tuteurs de l'cole libre africaine. La Socit d'affranchissement des esclaves a cd l'an dernier celle des coles publiques tous les droits qu'elle exerait sur les coles des ngres, et a reu, y compris la valeur de celles-ci, une somme de 12,130 piastres. L'ducation secondaire, qui se fait dans les collges, est confie aux soins d'une corporation appele Universit de l'lat de NewYork qu'il ne faut pas confondre avec celle de New-York tablie depuis peu et classe au rang de collge. Cette association est compose de vingt et un membres, appels rgents y au nombre desqiiels sont toujours le gouverneur de l'tat et son lieutenant. Elle est charge de l'inspection et de la surveillance des collges de la distribulion annuelle des secours, de donner les diplmes, et de faire des rapports annuels la lgislature. Tout tablissement littraire qui veut jouir des bienfaits de celte socit, revtir un caractre public, doit solliciter et obtenir, par l'entremise de l'universit, des lettres d'incorporation. Au surplus, on reconnat la libert de fonder des coles et des collges sans aulorisation de la part du gouvernement ; mais ces maisons ne sont considres (jue comme des tablissements particuliers : le nombre en est trs-considrable New-York et dans les autres comts.

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AUX TATS-UNIS. 227 L'universit, d'aprs son dernier rapport, comprend six grands collges, notamment celui de mdecine et de chirurgie de l'ouest, l'institution des sourdsmuets, et 68 acadmies, sans compter l'universit de New-York et le collge de mdecine et de chirurgie de la mme ville. Il y avait dans les collges dont je viens de parler, et dans 65 desdites 68 acadmies, l'anne mme o ce rapport a t fait, 5,296 lves parmi lesquels 3,741 ont constamment suivi les cours de quatre mois. Les rgents ont distribu en secours une somme de 12,000 piastres, ce qui donne, pour les frais d'un jeune homme qui tudie les branches leves de l'ducation anglaise, 5 piastres 21 cents. Le fonds permanent s'lve aujourd'hui 561,472 piastres, et consiste en difices, livres et l'attirail des acadmies. Le revenu produit par les pensions est de 75,472 piastres, le nombre des professeurs de 217, leurs appointements de 68,924 piastres. Dans les collges et les acadmies, on enseigne l'arithmtique, l'algbre et la gomtrie, la grammaire anglaise la bonne prononciation la composition la dclamation, la gogiaphie, la physique (qu'on appelle du nom de philosophie naturelle) et l'histoire gnrale. Dans un grand nombre, on enseigne, en outre, les principes d'astronomie, la chimie, l'histoire des tatsUnis, la logique, la philosophie morale, la rhtorique, la tenue des livres, l'arpenlage, la langue franaise et la musique; dans quelques-uns, les maihematiqiies

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228 CINQ MOIS ti-anscendantes, rarclii(ocliire, la hiogrnplue, In rlroiiologic, l'Iiistoire naluielle, la navigation, la technologie la stalislique le dessin et l'art de professer. Le prix que paient les lves varie selon les maisons et les districts. Ils sont indiqus sur le rapi>ort que je consulte (1), et parat tre de IG 20 piastres par anne scholaire ternie moyen ; de 5 piastres 1/2 5 pour les cours ordinaires, et de 4 5 pour les accessoires. 1/ignorance de quantit d'instituteurs primaires a donn l'ide de crer des tablissements pour les former. De tous les plans proposs, on s'est arrt celui de doter de 500 piastres une acadmie dans chaque district snatorial, pour l'achat des livres cl instruments l'usage de ceux qui se destinent l'enseignement. Le programme embrasseia : La langue anglaise, l'criture et le dessin ; L'arithmtique et la tenue des livres; La gographie et l'histoire gnrale combines ; L'histoire des tats-Unis; La gomtrie la trigonomtrie l'arpentage et la godsie ; La physique et les lments d'astronomie ; La chimie et la minralogie; (1) Anntial Report of the Piet/enls oflhe l nivcrsihj of t/ie S la te o/'yeiv-York. ~~ 1835.

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AUX tTATS-L'NIS. 229 La constitullon des lals-Unis et du New-York ; L'lude des statuts et des devoirs des fonctionnaires puijlics; La morale et la philosophie intellectuelle ; L'art de professer. Les cours au nombre de deux par an seront de (|uatre mois, et l'enseignement sera donn en trois ans (1). Il me semble que l'on a trop abrg le temps consacr acqurir tant de connaissances, pour des hommes destins surtout au professorat ; car je ne crois pas qu'il soit possible de les apprendre demi. Une instruction superficielle est plus nuisible qu'une instruction incomplte et c'est ce vice que l'on peut attribuer les maux dont les matres sont causes dans l'Union. Si le nouveau systme adopt ne corrige pas cette faute, la corporation qui est la tte des ludes publiques ne devra rapporter qu' elle-mme les mauvais rsultats que je cite. Le mme dfaut a t reproch avec raison aux coles primaires. On y enseigne en peu de mois mais mal. Trouve-t-on en effet aux tats-Unis beaucoup d'instituteurs capables de professer les diverses connaissances que comprend le plan des coles? Ne serait-il pas plus sage d'enseigner moins et bien? Ne (1) Jiinual Report of t/tc Sitpcrinlendcnl of Common Schools, etc. — 1835.

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230 CINa MOIS vaudrall-11 pas mieux, lorsqu'un cla])lissement normal n'a pas fourni assez de prcepteurs capables rduire l'ducation primaire ce que savent ceux, dont on peut disposer? A quoi sert de dsigner sur le progrannne d'autres lments de mallimaliques que l'arithmtique ou la composition anglaise la gographie le dessin si la plupart des matres ignorent tout cela ? Ne serait-il pas idus raisonnable de donner de bonnes leons de lecture, d'criture et de calcul ; d'inculquer au moyen d'un catchisme les maximes de la morale chrtienne et avec les livres de classe les premiers rudiments de l'histoire du pays, de sa topographie, de sa population, de son industrie, la porte des jeunes intelligences? Enfin, pourquoi forger des cadres impraticables ou ce qui est encore pire, qui ne peuvent tre raliss que d'une manire trs-superficielle ? Je pourrais faire les mmes observations et les mmes critiques au sujet des collges et des acadmies. Vous n'entendez parler dans les programmes, qu'anatomie, chimie, botanique, etc., et la plupart des institutions manquent totalement des moyens d'enseigner ces matires, sans parler de la capacit fort douteuse des professeurs. Heureusement que les vices que je viens de signaler ont t relevs par une foule d'crivains distingus et que le public est dispos les corriger. On cherche de toutes parts former des maisons pour les insti'uteurs des deux sexes. \ Jackson-Ville dans

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AUX TATS-UNIS. 231 rillinois on a fonde un tablissement pour l'ducation des matres, compos d'hommes qui y ont t excits par le triste aspect des coles de l'ouest; et la lgislature a assign 200 piastres par an chaque collge destin l'enseignement de quelques sciences spciales aux lves qui y consacrent leurs tudes. L'tat de TOhi a dj fait un pas honorable en nommant une connnission de cinq membres charge le premier mardi de chaque mois, d'examiner les matres qui se prsentent pour tenir les coles de chaque comt: ce jury ne dlivre de certificat que lorsqu'il est convaincu de la capacit morale et intellectuelle des candidats sans jamais tendre leur privilge plus de deux ans. La commission choisit dans chaque comt une dame pour l'examen des matresses. Au comt d'Essex, dans le Massachusetts il y a une association d'instituteurs occups rformer les mihodes d'enseignement et dont les rsultats indirects ont pour but d'ennoblir le caractre de la profession. L'extrait de la sance que cette socit a tenu l'an dernier Topsfield (i), donne une ide des avantages qu'on en peut retirer et de l'importance des matires qu'on y discute. La ncessit et si j'ose le dire, l'urgence qui force a s'occuper des instituteurs paratra plus pressante si l'on considre que, malgr le progrs de l'cnsci(1) JntiaUo/'Jiducaiion, — feb, 1835.

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2'2 CINa MOIS ^iiement primaire aux lats-Uiils pciulaiil les dernires annes il faut encore des coles pour plus d'un million d enfants principalement dans les tats du sud et de l'ouest; que le nond)re de ceux qui sont saus instruction augmente tous les ans dans la proportion de 78,000 ; qu'outre les matres actuels, on a besoin d'un renfort ainiuel de 2,")00 ; (pie la plaie de l'ignorance augmente avec l'entre de plus de 150,000 trangers, dont la plupai't, ainsi que leurs enfants, sont dpourvus de loulc science; enfm (pic dans la Pensylvanie seule, connue je l'ai di'j dit les deux tiers de la jeunesse ncrcoivent aucune ducation. En prsentant ce tableau, je ne veux pas m'riger en critique, mais seulement dmontrer la ncessit des nobles efforts que l'on lente pour ])arer au mal. Je sais que cette peintuie perdrait beaucoup de sa teinte mlancolique, si j'oflrais en parallle le raccourci de ce qui se passe dans la majeure j)artic des nations de la vieille Europe; mais mon but n'est pas d'tablir des conqiaraisons, et le peuple amricain n'aura |)as rccoursce moyen trompeur pour clierclier s'abuser sur le systme et l'tendue de l'instruction publique. Je sais aussi que les mi'cs supi)lenl, par la puret de leur me et la varit de leurs connaissances sur plusieurs points de science et de littrature, C(; qui man(pie au prograrume des classes et la capacit des instituteurs. Enlin, je dois prvenir que les vices dont je parle ne ressorlent qu'aux yeux des per-

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Al'X liTATS-rSIS. 233 Sonnes qui approfondissent la situation de renseignement, et qui disposent de tous les moyens de connatre Tclat des coles et des collges ; mais je doute qu'il y ail au monde une nation o les lments de Tinstriielion soient plus dissmins. Il est trs-rare de rencontrer ici, except parmi les trangers migrs, un individu qui ne sache lire, crire et compter. Le got de la lecture est rpandu d'une manire tonnante : je ne citerai pas les cafs les cabinets les iitels o roii voit des lecteurs toute heure ; je ne rpterai pas ce que j'ai vu dans les bateaux vapeur et les diligences, o honjnu'S, femmes, enfants, lisent sans cesse. Ce qui m'a le plus frapp, c'est que dans les marelles, les endroits publics o l'on ne passe que quehiues heures chacun cherche dans la lecture des jomnaux un moyen de s'instruire et de se distraire : c'est ainsi que les Amricains offrent aux trangers un tableau neuf et curieux du commerce alli l'inslruclion. Cet amour gnral pour la lecture est ce qui soutient laiit d'crits priodiques. Dans l'tat de iSewYork, on en compte :2G0; el dans la ville seule, 65, part les Magaz-ines, 15 quotidiens, 11 demi-hebdomadaires, 51 hebdomadaires, 5 demi-mensuels et 5 mensuels. Pour ne pas ciler les autres villes populeuses, je ne parlerai que de Homer, simple village du mme lat, qui, n'ayant qu'une population de 5,000 personnes, reoit 450 exemplaires de journaux hebdouiadaires, 500 de mensuels, 115 de Ma(ju:iuics, 20

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234 ciNa MOIS 450 (lu Temprance Becorder, 28 du Cliildrcn's Magazine, et 8 du Parleifs Magazine. Dans ce petit bourg, il y a 2 acadmies et 32 coles publiques. Mais dira-t-on peut-tre que tous les crits priodiques des tats-Unis ne contiennent pas de sujets instructifs? Ce n'est pas l la question; je n'ai voulu dmontrer pour le moment que la gnralit de l'amour de la lecture dans ce pays. Plt Dieu que je pusse en dire autant de mon infortune patrie Parmi les innovations utiles indiques sur le programme de certains collges il faut placer en premire ligne celle des arts mcaniques, ide fconde en heureux rsultats; car, 1" elle procure aux lves une distraction aprs les tudes ; 2 elle contribue conserver la sant que des occupations sdentaires pourraient altrer ; 5" elle ofre un moyen d'existence qui ennoblit l'mc en inspirant de beaux sentiments d'indpendance fonde sur les propres forces et les ressources de riiomme ; 4 elle dtruit, partout o il est enracin, le prjug mortel qui tend avilir les professions mcaniques; 5" enfm elle diminue, par le produit du travail manuel le prix de la vie et les frais de l'enseignement des lves pauvres. Ce systme a t appliqu avec succs dans le collge de Walerville, de i'Klat du Maine. IMus de la moiti des lves travaillent trois heures par jour dans les ateliers; et ce qu'ils gagnent varie de 50 cents 2 piastres oO cents pur semaine bcloii leur hubilcl. Il rcI

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AUX TATS-UNIS. 235 suite que, terme moyen, ils balancent avec leurs ouvrages les frais de nourriture, qui se portent rgulirement une piastre chaque semaine. Dans les tats du sud le prjug qui dfendait aux blancs d'exercer des professions mcaniques commence se dissiper. La paroisse Concordia de la Caroline du nord a achet une ferme l'ouest de l'Etat pour fonder une cole industrielle. Chaque lve est oblig de travailler aux ateliers ou aux champs comme moyen de conserver la sant, d'augmenter les forces et de se crer des ressources d'conomie. Afin de remdier aux maux invitablement attachs la vie sdentaire on a organis sur un plan semblable le collge de Bristol et celui de Sud-Hanovre, Indiana. Cette institution, qui a pris naissance sous une cabane de bois, est maintenant situe dans un vaste difice qui contient 200 lves et G matres dont la sant n'a pas t altre, lors mme que le cholra svissait aux environs d'une manire alarmante. Les tuteurs assurent que les ateliers occuperont 50 ou GO lves deux heures par jour. Ceux qui sont laborieux peuvent gagner de 10 15 piastres dans la dure des cours; les plus habiles, davantage. Les dpenses ne dpassent pas une piastre par semaine pour chacun. Les articles que le docteur Blythe, prsident de ce collge, a publis dans le Slanihird de Sud-Hanovre, dmontrent que les professions mcaniques font plier les jeunes gens des habitudes d'industrie et d'conomie, d-

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236 ciNa MOIS vcloppent et forlifient les seniimenls (riiidpendanco, conservent la sant, augmentent les forces et relvent le gnie. liC sminaire des instituteurs de Madison, dans rindiana, renferme 50 lves qui payent leurs dpenses par le travail sans que leurs tudes en souUVent. Dans rOhio, le collge Rserve, compos de 8-4 lves, possde des ateliers o vont s'occuper ceux qui le dsirent. On en voit qui cet exercice procure la sant ; d'autres chez qui il dveloppe les facults de l'esprit, douce compensation de deux heures d'activit corporelle; il en est encore qui ont diminu par ce moyen le prix annuel de la pension, (jui cote 150 piastres. Le collge Marion, dans le Missouri, exige 70 piastres pour frais de nourriture et d'instruction. Chaque lve doit mettre la main l'Âœuvre : en travaillant trois heures par jour, soit dans les ateliers, soit aux champs, il peut gagner de quoi couvrir la plus grande partie de la somme. Tiois persomies connues par les bienfaits qu'elles rpandent, ont dot cette institution de 5,000 acres de terre et se sont chaigcs de les prparer la culture. Ces faits, ajouts bien d'autres que je pourrais citer dmontrent que si le systme d'enseignement n'est pas exempt de vice, que si l'instruction n'est pas assez gnralise, les Amricains ont la noble franchise de l'avouer, et sont assez bons patiioles pour chercher en rformer les dfectuosits.

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AUX KT.iTS-rNIS. 237 15 juillet. La valeur des proprits du New-York s'lve d'aprs les meilleurs calculs -459,675, J 55 piastres. Les revenus viennent des ventes de terres, des droits de transport par les canaux, etc. Les ventes ont produit 195, 470 piastres, et les droits de transports 1,405,715. Les revenus de la cit de New-York se sont ports l'anne dernire 1,472,258 piastres, qui ont t dpenses pour les tablissements de bienfaisance, pour l'clairage la propret des rues, la surveillance de nuit, etc. Le fonds des 90 banques en activit est estim 34,781,400 piastres. Il y a dans la ville 14 socits d'assurances maritimes, avec une valeur de 4,550,000 piastres, 29 d'assurances contre l'incendie, avec 10,450,000 piastres, sans compter 27 compagnies qui existent en dehors, avec 4,501,751 piastres de capital. La prosprit des moyens et des ressources deTtal comme de la ville de New-York permet aux citoyens de former de grandes entreprises d'utilit publique. Je n'en citerai que deux pour donner une faible ide de la grandeur de l'chelle des plans que l'on met en excution dans ce pays : le chemin de fer de NewYork au lac ri et l'aqueduc destin conduire de l'eau potable la ville. La construction du canal ri a t pour le New20.

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H8 ciNa MOIS York et la ville maritime de ce nom, d'une importance commerciale
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AVX TATS-UNIS. 239 au moins 40 pieds aux aqueducs ; 4 que les travaux commenceront immdiatement entre Albany et Syracuse. Voyons maintenant quel est le remde que l'on appliquera au chmage caus par les geles. Le canal ri n'est pas navigable ordinairement depuis le 20 novembre jusqu'au 20 avril ; tandis que les canaux de Pensylvanie sont ouverts depuis le 10 mars jusqu'au 25 dcembre : ce qui donne ceux-ci un avantage de deux mois et demi, prcisment au printemps et en automne poque si prcieuse pour le commerce. Bien plus les glaons amoncels dans le port de Bufalo pendant les mois de mars et d'avril mme aprs l'ouverture du canal interrompent encore les communications; tandis qu' Piltsbourg la navigation de rOIiio est parfaitement libre et que Philadelphie reoit les produits de l'ouest par la ligne des canaux et chemins de fer que j'ai mentionns plus haut. On songe aujourd'hui agrandir tous ces moyens, en ouvrant des communications entre Pittsbourg et le port de Cieveland sur le lac Kri, par des canaux latraux et des rails dans l'tat de l'Ohio : ce qui privera New-York d'une grande partie du commerce que fait cette ville exclusivement avec les districts du nord de l'tat et avec ceux d'Indiana d'illinois et de Michigan. De toutes ces considrations et de quelques autres raisons qu'il serait trop long d'exposer, on a conclu

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240 cixa MOIS qu'il est urgent de conslniirc un chemin de fer de ^'e^v-Yo^k au lac Eri. Va\ 1832, Ton a accorde des lettres d'incorporation une compagnie qui voidait entreprendre cet ouvrage, et l'on offrit en outre des secours abondants et le crdit de l'tat. Les annes d'aprs, cette affaire fut appuye de nouveau par diffrentes mesures; mais jus(ju' prsent on n'a pas encoi'C dtermin, d'une manire cei'laine et explicite, le complment des ressources qui seront ncessaires pour soutenir et aider la compagnie dans rexculion d'un projet si vaste. D'aprs les devis et les plans, il est dmontr qu'un chemin de fer, de la rivire d'IIudson au lac ri, d'une tendue de 483 milles qui pourraient tre rduits -i(>0, et parcourus en moins de 48 heures, devra tre fini eu cinq ans, au prix de i, 702,000 piastres une seule voie et le chemin nivel pour deux (1). Le crdit et les secours prts par l'tat, les souscriptions que la compagnie a recueillies, et les donalious de terrains le long du rail, permettront de commencer bientt. Ce chemin passera par les villes de Hockland et d'Orange; profitant des pentes douces de la Dclaware, (1) if'oi/eZy ce sujet ce qu'un Journal amricain rapporte d'une machine locomotive dont la vitesse est de un mille par minute .-Par ce moyen, ou pourra, aj)rs avoir djeune' >> New-York dincr Hufalo et aller lejour suivant Dtroit Michi{;an une distance d'environ 800 milles.

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A.VX TATS-rNIS. 241 (le la Susquehanna et de l'Alleghanys, il traversera les valles feililises par ces rivires. Les pentes n'auront que (le 5 30 pieds d'lvation par mille et ne dpasseront 60 qu'en cinq endroits. A i milles du lac ri, il y aura un plan inclin, que l'on vitera quand on voudra (1). A cet immense rseau viendront se joindre des canau.v et des chemins que l'on rendra tributaires de la nouvelle entreprise. Dans l'ouest du comt d'Orange, il aboutira au canal de la Delaware l'Hudson que nous avons dj dcrit ; dans le comt de Brown au canal de Clienango, ramification du grand ri, qui va d'Ulique la Susquehanna. Dans le comt de 1 ioga, il embranchera le canal de Chemung, qui unit la rivire de ce nom avec le lac Sneca; dans le comt de Dehuvarre, il se joindra un bras qui conduira jusqu' Delhi; dans le comt de Otsego, il communicjuera par une autre saigne avec la valle de Una(1) Le numro du 5 septeml)re de V American Rail-road Journal, publi dans les derniers jours de mon sjour NewYork a annonc qu'on allait construire immdiatement, le long del valle de la Delaware, une quarantaine de milles de chemin de fer, et que 35 autres l'est de la montagne Shawangliunk, seraient prts au printemps prochain. Le plan inclin et la machine stationnaire q\ie Ton croit ncessaires pour vaincre l'lvation de 100 pieds qui se trouve aux environs du lac seront vits par une tonnelle d'un demi-mille, estime 15,000 piastres, mais qui, en dernire analyse offre de vrilahles conomies.

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242 cina MOIS (lla Clique, opration utile pour laquelle clos lettres d'incorporation ont t accordes et des fonds runis. Une autre ramification, en traversant la valle de la rivire d'Onondaga et le comt de Cortland communiquera avec les salines de Syracuse. A Oswego le chemin de fer qui est dj termin jusqu' Itaque, runira la ligne principale avec le pays fertile qui avoisine les lacs Cayuga et Sneca, et sera abouch par la navigation des bateaux vapeur sur la Susquehanna avec la valle de Wyoming et les contres chai'bonnires de Pensylvanie. Si l'on prolonge cette voie de quelques milles de rails de Kochester Dansvillepar exemple, elle coupera le nouveau chemin de fer tabli dans le comt de Stewben ; dans celui d'Alleghanys, il interceptera le chemin projet entre Rochester et d'Olean ; enfin en se joignant dans le comt de Cataraugus avec la rivire d'Alleghanys, il ouvrira une communication directe entre INew-York, les districts et les cits populeuses de la valle de l'Oliio. En mme temps, on pourra par le mme moyen assortir en quarante-huit heures les ports de Dunkerque et de Portland dans le lac Kri; et profitant de l'AUeghanys, dont la navigation est dj libre au mois de fvrier, et avec les bateaux vapeur en toute saison le march de NewYork assortira les villes de Pittsbourg, Cincinnati et autres de la valle de l'Oliio, avant l'ouverluredcs canauxde Pensylvanie. Ces avantages extraordinaires, unis ceux de la dfense du territoire en

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AUX ETATS-UNIS. 243 ouvrant des moyens de coniniunicalion entre l'Atlantique et les frontires avec une rapidit sans exemple, prsentent un ensemble tel qu'on ne saurait en calculer rimniensil. Je me suis tendu sur cette description afin de citer un exemple de la grandeur et de Tinlluence des projets qu'entreprennent les habitants cl les autorits de cette contre vraiment prodigieuse. Le second travail dont je veux parler est la conduite des eaux de la rivire de Croton, dans le comt de Westchesler jusqu' NewYork dont elle est loigne de 41 milles. Cette œuvre est purement municipale. L'eau arrivera, par un aqueduc ferm et des tuyaux de fer, jusqu' la colline de Murray, situe 08 milles. L'aqueduc et 107 milles de tuyaux pour la distribution dans les faubourgs coteront 5 millions et demi de piastres. La Croton peut fournir 50 millions de gallons par jour. La pente du terrain est de 15 pouces par mille depuis la rivire jusqu' la colline, qui dj)asse ue 7 pieds les difices les plus levs de la ville, etd'environ 1 15 la mare haute. Il rsulte de l'vaUialion que Ton a faite, que la facilit de se procurer de l'eau cotera chaque famille 8 piastres par an : ce qui donnera la ville un revenu de 510,516 piastres. L'excution de cette vaste enlicprisc a t approuve et dcrte au moins de mai dernier (1). (1) Les personnes qui dsireraient avoir de plus {jrands dtails peuvent consulter la collection des actes et rapports du conseil de \cw-York. — lb55.

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244 cma mois lOjuillel. Ce malin je me suis eniharqu avec qiiclqncs amis sur le baleau vapeur qui va journellemcul la l\;nilenliaire de Sing-Sing, assise aux rives de rHiulsoii et que depuis longtemps je dsirais visiter. La manire dont cette maison a cl blie est empreinte d'un tel caractre d'originalit et de hardiesse, qu'on aurait peine le croire, si ce n'tait un fait rcent. La ville de New-York fit d'abord construire la grande Pnilenliaire d'Auburn, qui, en peu d'annes, devint insulfisante; bienlt on se dtermina en fonder une autre dans un endroit plus rapproch, et Ton choisit SingSing ou MoHUt Plcasmil, soit cause des carrires de marbre qui s'y liouvent, soit cause de la facile communication qu'offre la rivire du Nord. M Elaui Lynds, alors directeur de la prison d'Auburn, prit avec lui cent condamns et les transporta Sing-Sing, o il n'y avait ni btisse pour les loger, ni huiles pour les mettre l'abri de l'inlemprie de la saison. Dans cette solitude chanq)(re, sans autre moyen de dfense que le respect qu'il s'attirait par la ferjnel de son caractre, et comme s'il et dirig l'lalilissement d'une colonie pacifique, il entreprit la construction de l'difice qui devait enfermer les prisonniers eux-mmes. Les travaux durrent quehpies annes, durant lesquelles le nombre des condamns augmenta sensible-

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ACX TATS-UNIS. 245 ment ; et ce qui m'lonne c'est que pendant tout le temps o M. Lynds n'avait sa disposition d'autres moyens de discipline que le silence et le travail, la volont d'une seule tte a sufli pour conduire tant de repris de justice sans qu'on ait eu dplorer le moindre attentat ou le moindre excs. La partie principale del Pnitentiaire de Sing-Sing fut termine en 1828, et ds-lors habite. || La ville n'est qu' une distance de 55 milles, que nous avons parcourus sur le bateau admirant les bords de la rivire, tantt escarps et arides, avec leurs formations de trapp couches verticales sur la rive droite, tantt ondulcux gracieux cl peupls de villes sur la rive gauche. En approchant de Mount Pleasanty le i)aysage devient chaque instant plus sauvage et se termine enfin par une montagne coupe de carrires dans le site o s'lve la prison. On aperoit au bas cet difice, imposant par son tendue et sa simplicit, baign, en quelque sorte, dans les eaux du Ueuve. Quoiqu'il y ait un quai, les bateaux nes'ar, relent pas et vont dposer les voyageurs au village. 1 Nous avons gravi escarpements et rochers ; et dirigs \ vers le haut de la montagne, nous sommes descendus j la prison. Du ci des terrasses, la faade est simple M et uniforme, c'est une grande muraille perce de cinq i rangs de petites fentres. Le corps-de-garde est [dac sur une des lvations qui dominent la prison alin que les soldats puissent surveiller les condamns oc21

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246 ciNa MOTS cups dans la cour extrieure aux carrires voisines. Nous avons vu d'abord le grand corps cellulaire qui contient mille cacliotsencinq tages. Autour rgne une large galerie qui l'isole et les cinq lignes de fentres qui donnent la lumire et la ventilation ncessaires. Dans la mme galerie sont les poles dont les tuyaux parcourent ce vaste difice de 484 pieds de long et 44 de large. Les portes des cellules se ferment en les poussant, et une barre de fer qui court sur les cadres permet d'en fermer vingt-cinq la fois par le seul mouvement du levier de rextrmil. Les dtenus taient disperss dans les carrires, les ateliers de scieries de marbre, de charpente, de serrurerie, de tissanderie, etc. Au coup de cloche, ils se sont rangs par sections dans la grande cour el se sont dirigs par liles simples les uns colls contre contre les autres, vers l'intrieur de la btisse cellulaire, et sont passs par devant la cuisine, o ils prenaient leur ration ; puis ils ont mont les escaliers dans le mme ordre et sont entrs dans leurs chambres respectives. Au premier coup de silllet donn, ils ont tous retir la porte sur eux et ont laiss passer une main entre les barreaux du guichet. Le gardien a pouss le levier qui fait glisser la barre de fer et ferm tout une ligne de portes. A la cour lorsqu'ils se runissent dans les rangs, et en entrant dans la prison, le gardien compte les prisonniers qu'il surveille; aprs leur entre dans les cachots, il c-\auiinc

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AUX TATS-UNIS. 247 pour la troisime fois s'il en manque quelqu'un. La revue termine, chaque garde va l'annoncer remploy principal. Enfin, on ferme les portes exlrieures, tandis que mille individus environ sont dner sans prononcer un mot, sans occasionner le moindre bruit. L'aspect de ce grand et pacifique difice, inond do criminels soumis aux rgles rigoureuses d'un silence que nous n'aurions pu concevoir si nous ne l'avions observ de nos yeux a laiss dans notre cÂœur une vive impression. Nous ne savions qu'admirer le plus de ce silence absolu ou de cet ensemble de conditions qui supposent que les employs remplissent strictement leurs devoirs. Nous avons vu dfiler 800 condamns, robustes et vigoureux, dirigs par une demidouzaine de gardiens. Un seul choc, un seul mouvement aurait pu annihiler la faible troupe de surveillance; mais cette ide qui vient naturellement l'esprit des visiteurs et dont l'excution parat si facile, est malgr cela impossible raliser; ce qui le prouve, c'est qu'elle n'a jamais t tente. On a vu plusieurs cas d'vasion, des rsistances particulires, soit au travail, soit d'autres rgles de discipline, mais jamais un soulvement pas mme une tentative. Quel est donc ce mobile prodigieux et secret qui met un frein tant de criminels pourvus d'instruments qui pourraient devenir entre leurs mains des armes terribles? Quelle est cette cause occulte qui les empche de

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248 CINQ MOIS tenter, en gorgeant les gardes, une vasion qui serait favorise par la solitude des lieux qu'ils habitent? Cet agent n'est autre chose que la lgle svre du silence sans laquelle le systme pnitentiaire est irralisable, et tout espoir d'viter la corruption des dtenuschimrique. Le prisonnier isol ne peut compter que sur ses efforts partiels, et ignore s'il trouvera dans chacun de ses compagnons un appui ou un obstacle, un bras qui l'aide.ou une main qui le retienne : ce doute et cette crainte sont partags par tous ces hommes, et brisent leur force physique et leur nergie morale, qui deviennent, par l'obligation du silence, comme une partie des rouages d'une machine dont le mouvement est la voix du directeur, laquelle chacun doit obir toute la journe dans les ateliers. (Jependaut arrive l'heure mlancolique du recueillement et celte unit disparat, la condamn reprend alors son existence individuelle ; mais U a dans sa cellule un coujpagnon inllexible et insparable qui l'empche de concevoir de tmraires projets et l'ide de les excuter. Ce compagnon c'est la conscience, forte et puissante dans la solitude, qui laisse en lepos l'imagination du criminel pendant les heures d'occupation mais qui l'assige la nuit, en lui rappelant ses mfaits, son infortune, les dsagrments qu'il cause sa famille les pleurs de sa femme la misre de ses enfants. Pour se rconcilier avec ce juge svre et se le rendre supportable, il ne songe pas de nouveaux

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AUX ETATS-UNIS. 249 crimes; et convaincu de son impuissance et des malheurs qui psent sur son existence et celle des tres innocents qu'il chrit, son anie se radoucit et revient des sentiments plus tendres. Il reconnat la ncessit de corriger les vices de son cÂœur, et retrouve l'espoir de devenir un jour honnte homme chef d'une famille heureuse, qu'il doit soutenir et lever en exerant la profession qu'il aura apprise dans son mauvais destin en pratiquant les maximes de morale qu'on lui a inculques. Ds qu'un rayon d'esprance a pntr dans la cellule, l'imagination du prisonnier l'accueille et le caresse; la conscience nagures son juge et son bourreau, se transforme en ange de paix; ds-lors il ne regarde plus le cachot avec horreur et les gardiens avec haine : il considre la prison comme une cole de rforme, et le temps de sa condamnation conirae une poque transitoire entre une vie orageuse jet une existence tranquille; enlin les surveillants comme les auteurs de sa conversion. Au milieu de ces penses survient le sommeil consolateur de l'infortune, il s'y abandonne avec plus de douceur; et lorsque le malin il entend la cloche qui l'appelle au travad, il se lve avec rsignation, et va aux ateliers comme si l'Âœil du surveillant ne le regardait pas. Telles sont, je m'imagine, la vie et les rflexions des prisonniers amricains. Celte rgularit, cette application au travail, les rapports des employs, et le fait remarquable qu'il n'y a pas un seul exemple de I

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250 CINQ MOIS soulvement, tout vient l'appui dmon opinion. Ma femme cl les amis qui m'accompagnaient dans cette visite ont reconnu avec moi qu'aucun des prisonniers n'avait, ni sur la physionomie, ni dans les manires, rien du criminel. La srnit de la mditation se montre sur leur visage, la rsignation dans leurs regards, l'obissance dans leurs actions ; en les examinant de prs, on ne conoit plus la crainte que leur nombie et leurs forces peuvent faire natre. L'ordre qui rgne dans tous les dpartements la propret gnrale la modration des employs la bonne qualit de la nourriture la distribution des travaux conomiques, la visite de l'hpital et de la chapelle ont At l'objet de nos observations le resie du temps. La ration de chaque dtenu se compose de 10 onces de bonne viande sans os, ou 12 onces de porc de 8 onces de farine de seigle et 12 de mas avec un dcmi-quarleron de mlasse. Par chaque cent rations, en donne A mesures de seigle pour le cal, 2 bouteilles de vinaigre, 2 onces de poivre et 3 boisseaux de pommes de terre, pendant dix mois de l'anne, et depuis le 15 juin jusqu'au 15 aot, 40 livres de riz. Le poids lolal de chacune de ces portions y compris le pain ptri avec les faiines dont nous avons parl, est de 6 livres 9 onces. L'aumnier prside l'cole du dimanche laquelle assislem plus de lOOdicnus, qui ont hdi ces dcr-

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AUX TATS-UNIS 251 nires annes des progrs tonnants. Quant Finslruction religieuse, ils apprennent tous les jours un verset de la Bible, et le dimanclie le prtre prend pour sujet de sa prdication l'ensemble des versets appris pendant la semaine. Divers documents que l'on m'a donns dans la prison, m'ont mis mme de connatre les recettes et les dpenses, les devoirs des employs et des dtenus, rduits trois prceptes : application au travail, obissance sans bornes silence inviolable. En cas de rsistance on a recours au fouet chtiment que l'on inflige au moment o la faute est commise, comme le seul mode efficace pour maintenir la discipline indispensable dans les prisons. Les opinions sont partages sur la ncessit de ce moyen violent de rpression et l'exemple de quelques pnitentiaires o il est entirement proscrit, semble corroborer les sentiments de ceux qui le dsapprouvent. Malgr cela, avant de dcider cette question il convient d'entendre les raisons des deux camps, de comparer les indications fournies par l'exprience des directeurs des grandes pnitentiaires o le chtiment corporel est employ, avec ce qui se passe dans les petites o il est proliib. Voici des documents statistiques sur les prisonniers, les dpenses et les recettes de l'anne derniie, commence en octobre 1833 et finie en seplcmbic 1834:

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252 CINa MOIS Dtenus crous en 1833. ... 811 Entrs en 183i 258 Total 1,069 Sortis dans la mme anne pour fin de peine 155 Par grce 53 ^ Morts 18 Rests en 1855 845 Les recettes se sont leves .P. 76,091 Les dpenses 55,594 Profit. 21,597 On a employ, en outre, 9,590 piastres l'entretien des femmes croucs dans la prison de Bellevue, NewYork, 2,065 en matriaux pour les blinicnts de Sing-Sing et 404 pour conduire des dtenus Auhurn : ce qui fournit un total de 11,857 Qui, dduction faite des frais antrieurs, donne un bnficr net de 9,540 En ajoutant ce chillre ce qui restait de l'anne prcdente 4,541 On trouvera une somme de P. 14,081 mise en caisse.

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AUX TATS-UNIS. 253 L'espoir que Ton avait conu que cette prison couvrirait par le travail des condamns les frais d'entretien, est aujourd'hui plus que ralis; et si l'on n'a pas obtenu ds le commencement un rsultat aussi satisfaisant, on doit l'attribuer l'obligation o l'on avait t, jusqu'en juin 1851 d'enlever aux ateliers les dtenus occups la construction matrielle des difices. Les ouvrages par contrats dans les ateliers ont produit . '. P. 42,551 La vente des pierres des carrires 55,960 Petites sonimes affermage des terres, etc., la somme qui reste jusqu' concurrence de 76,991 L'entretien des prisonniers figure, dans les dpenses de la mme anne, pour une valeur de .P. 22,2 40 i ^n o^n, 26,6/ 9 Eclairage et chauffage

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IS4 CINa MOIS Sur 845 prisonniers crous la fin de 1854, G68 travaillaient aux ateliers; les autres taient employs, pour le compte de la maison aux champs, diverses choses, des ateliers particuliers, la cuisine rinfirmerie. Nous sommes sortis de cette clbre pnitentiaire trois heures api esmidi, pour prendre le bateau vapeur qui devait nous conduire ISe>v-Yoi k o nous sommes arrivs six heures. Le voyage cote 5 raux et le djener bord autant.

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ArX ETATS-UNIS. 255 Cliapitrc VI. Voyage sur la rivire du Nord, — Ecole militaire de WestPoint. — Fonderie. — Albany. — Chemin de fera Schenectady. — Collge d"Union. — Voyage par le canal. — Histoire des canaux de llj^tat de New-York. — Une nuit sur le canal Erl. — Utique. — Instruments d'agriculture. — Cascades de renton. — Progrs de la population. — Syracuse. — Auhurn. — Genve. — Situation del campagne. — Instruments aratoires. — Rochester ; tat de sa population. — Moulins bl. — Influence des institutions. —Chemin de fer. — Arrive Niagara. — Impressions. — Passage sous la cataracte. — L'migr de Montral. — Dpart de Niagara. West-Point, 19 juillet. Nous sommes partis hier matin de New-York avec M. Chevalier, sur un des pyroscaphes qui font en dix ou douze heures le voyage d' Albany, et parcourent 444 milles pour 2 piastres par personne. Quelques concurrences, qui ds le principe conduisaient les passagers pour rien n'exigent qu'une piastre; mais leurs bateaux ne sont pas aussi luxueux que ceux de la ligne que nous avons prise. Sur noire poupe avaient reflu 500 personnes dans le mme ordre et le mme maintien que j'ai observ durant les autres voyages. L'acadmie militaire de West-Point est situe dans

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256 CINa MOIS un endroit de ce nom sur la live droite de riludson 50 milles de New-York, au centre d'une localit extrmement pittoresque. Arrivs l, les bateaux dbarquent les passagers qui le dsirent; nous avons t du nombre. On trouve sur la bauteur qui domine la rivire et dans le gracieux vallon situ au milieu de collines, de montagnes couvertes d'une ricbc vgtation et de la belle plaine o est btie l'cole militaire avec les babitations des professeurs, une bonne auberge confortablement servie, o plusieurs familles vont goter les agrments de la saison. M. Clievalier a eu la bont de me prsenter au major de Bussy, directeur de l'cole, et au colonel Bartlett, un des professeurs, qui s'est ofcrt m'accompagner l'aprs-midi dans les dparlements. Le colonel M. W. S. Williams, ingnieur civil et moi, ayant commenc la visite trois beures, nous l'avons termine l'entre de la nuit. Depuis l'an 1790, la cration d'une cole militaire avait t propose par le gnral Knox alors secrtaire de la guerre ; et plus tard ce piojet fut recommand par le prsident Wasbinglon dans ses discours au Congrs, en 1795 et 1790. L'anne d'aprs, on vota la fondation d'un corps d'artillerie et d'ingnieurs, auquel on devait agrger buit lves; mais ce ne fut qu'en 180!2 que l'acadmie de \Vcst-Point fut confie la direction du gnral Jonatlion Williams, chef du corps des ingnieurs, avec l'adjonc-

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ALX ETATS-UNIS. lion (le deux matres, run de franais, Faiilre de dessin. Aprs la guerre, le nombre des professeurs et des lves fut augment, le programme des cours tendu, et les rglements qui le rgissent aujourd'hui entirement adopts. Les branches d'enseignement sont : 1 La lactique d'infanterie et le code militaire; 2 Les mathmatiques ; o" La langue franaise; 4 Le dessin ; 5 La philosophie naturelle ; G" La chimie et la minralogie; 7 La lactique d'artillerie, la science de l'artilleur, les travaux du laboratoire militaire ou pyrotechnie ; 8 L'art de l'ingnieur et la stratgie; 9" La rhtorique, la morale et la politique; 10" L'escrime. Le cours des mathmatiques comprend l'algbre la gomtrie, la trigonomtrie, la godsie, la gomtrie descriptive, la perspective, la gomtrie analytique et les fluxions. Sous le nom inexact et vague de philosophie naturelle, on enseigne la statique, lu dynamique, Thydrostatique, Thydrodynamique, la physique et l'astronomie. La politique embrasse l'exposition des principes de la libert civile, les divcr22

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258 CINa MOIS ses formes de gouvernement, el principalement celle du gouvernement conslitulionnel, la jurisprudence des Etats-Unis, le droit public, les devoirs des citoyens, etc. Les cours sont de quatre annes, et distribus de la manire suivante : Premih'C anne. Dc\oii& du soldat ; langue franaise; algbre; gomlrie; trigonomtrie; application de l'algbre la gomtrie; mesure des plans et des solides. Seconde anne. cole de compagnie el devoirs des caporaux; premire partie du cours d'artillerie ; franais et mathmatiques ; premire partie du cours de dessin. Troisime anne. Ecole de bataillon; devoirs du sergent; seconde partie du cours d'artillerie; suite du cours de dessin; philosophie naturelle; premire et seconde partie du cours de chimie. Quatrime anne. volutions de ligne; devoirs du sergent et de l'oflicicr d'ordonnance; troisime partie du cours d'artillerie; minralogie et gologie: science de l'ingnieur et stratgie; rhtorique morale et politique; escrime (1). Les leons n'ont pas lieu deux mois de l'anne, en juillet et aot; mais les lves demeurent camps (1) On peut voir les |)io{;ranimes de cette acadmie dans les statuts publics eu lb52 par ordre du ministre de la guerre.

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AUX ETATS-UNIS. 259 comme s'ils taient en campagne. C'est ainsi qu'ils sont aujourd'hui au sud de l'esplanade; leur systme de vie est purement militaire la discipline rigoureuse la conduite exemplaire et l'tude redouble. Nous avons visit les salles : celle de chimie n'est pas riche en appareils, celle de physique m'a sembl bien pourvue; outre les instruments d'un usage gnral, on y remarque quantit de machinespour expliquer la dcomposition des forces la chute des graves les phnomnes de la friction sur les plans inclins, le choc et la rpression des corps, la vibration des corps sonores; d'autres, pour la vision, la lumire directe et rllchie; plusieurs appareils lectriques et lectro-galvaniques; celui qui a t invent par le docteur Henry des Princeton de NewYork, au moyen duquel on donne au fer, par un courant galvanique, une force magntique capable de soutenir un poids de 1,400 livres, etc. J'ai vu, dans la salle d'architecture, des modles en pltres de tous les ordres et de diverses constructions spciales, la coupe des pierres de vote et d'arceau des chantillons de matriaux et des copies de monuments clbres de l'antiquit, fidlement excutes sur une petite chelle. Dans la salle de dessin, o se font les cours de dessin naturel, de paysage et de dessin topographique, il y a des statues, des bustes, des bas-reliefs, et des croquis en relief el en pltre.

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260 ciixa MOIS La classe de fortifications renferme des modles ncessaires expliquer les rgles de l'attaque et de la dfense des places, les systmes les plus suivis, etc. La classe de pyrolcchnie me sendjle bien pourvue et faire l'objet d'un soin tout spcial : de plus que les autres salles destines dmontrer les principes de la science elle renferme des laboratoires et des ateliers pour les mlanges, les fuses incendiaires, les carlouches, les sacs mitraille, etc. que les lves confectionnent eux-mmes dans toutes comme dans chacune de leurs parties. La bibliothque qui, d'aprs le catalogue, contient environ trois mille volumes, est dcore de plusieurs portraits de soldats illustres et de professeurs de l'cole. Elle possde les meilleurs ouvrages europens sur l'art militaire, la stratgie et la science de l'artilleur et de l'ingnieur civil et militaire un grand nombre sur les sciences naturelles, la gographie, la godsie, etc. ; elle est en mme temps abonne aux journaux les plus remarquables et se trouve au coura?il des dcouvertes rcentes. Les habitations des lves sont dans un autre btiment ; les classes de mathmatiques et une assez jolie colleclionde minraux dans la parlie basse. Les chambres des lves taient vides, causedu campement; et, afin de ne pas interrompre pendant l'hiver les exercices et les volutions, on construit en ce moment un vaste local couvert. Enfin, nous avons visite'' l'Ii-

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AUX ETATS-rXTS. 261 pilai, un demi-mille environ, tenu avec la plus scrupuleuse propret. L'entretien et renseignement des lves est au compte du gouvernement, qui donne cet effet 28 piastres par mois, somme qui comprend la ration et le prt. L'cole cote par an 118,000 piastres, terme moyen, dont 95,000 sont destines payer les matres et les lves, et 25,000 aux ncessits ordinaires de l'tablissement, livres, instruments, modles, chaufliige, etc. Le colonel Barllctt m'a paru aussi instruit que grand amateur des sciences physiques dont il est professeur; il a satisfait mes nombreuses questions. L'instruction est gnrale pour tous les lves, mais, ceux qui se sont le plus distingus aux examens et promotions, sont les seuls qui passent dans les corps d'ingnieurs ou d'artillerie; les autres entrent dans la ligne. Ce systme me parat vici(;ux car l'enseignement de l'cole de West-Ponl est trop tendue pour de simples olTiciers d'infanterie et de cavalerie qui, probablement auront dans leur vie peu d'occasions de faire l'application de ce qu'ils auront appris. Comme je faisais celte rflexion, le colonel m'a dit que le but (lu gouvernement lait de rpandre mme dans la ligne, les principes des sciences, afin que l'arme ait un noyau d'oflicicrs de gnie prts tre employs en cas de guerre. Je lui ai lpondu qu'on n'en ferait jamais que de mauvais officiers de gnie ou d'artillerie,

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262 ciNa MOIS soit parce qu'ils n'ont appris qu'imparfaitement ce qu'on leur a enseign l'acadmie, soit parce qu'ils l'oublient dans la ligne. Il me semble qu'il serait plus naturel de donner aux lves l'instruction gnrale qu'exige l'tat militaire, et une ducation spciale ceux qui sont destins aux corps scientifiques, comme cela a lieu chez les nations de l'Europe que je connais. Tandis que je fais cette observation, une autre rflexion me vient l'esprit au sujet du nombre des connaissances fixes par le rglement pour les quatre annes d'tudes. Il est certain que Ton n'enseigne que superficiellement les sciences physiques et naturelles dans les collges militaires, et je crois qu'il en est de mme pour les sciences politiques et morales. Mais pour ne parler que des mathmatiques, des fortifications, de la stratgie, de l'art de l'artilleur et du dessin qui sont d'une essentialit reconnue il mesemble que le temps destin ces tudes est beaucoup trop court, quand je songe surtout qu'on en consacre une partie au cours militaire, l'exercice et aux manÂœuvres. L'ide d'avoir sur pied une petite arme permanente et sans de plus grandes dpenses un cadie d'ofiiciers scientifiques, serait avantageuse si elle tait possible; mais elle est impraticable moins qu'on nu veuille se contenter de mdiocrits. Cette acadnne est la seule de ce genre, aux EtalsUnis, c'est aussi le seul tablissement scientifique, entretenu aux frais du gouvernement fdral ; au

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AUX TATS-UNIS. 263 mois de fvrier de cette anne, la lgislature de Kentucky, a charg ses reprsentants au congrs d'obtenir Taulorisation d'lablir dans cet tat une acadmie militaire. Outre ces deux centres d'instruction, les ingnieurs civils pourront se former l'avenir dans Tinstitut de Rensealer d'Albany, o l'on a tendu dernirement le programme d'enseignement aux connaissances ncessaires cette profession, qui reoit clin que jour de nouvelles applications. Cette acadmie ou section de l'institut est la premire qui ait t organise. Le professeur M. Eaton fait les leons des branches purement spciales; et M. Hall des sciences naturelles. Le titre de bachelier s-arts aussi inexact que vague, a t chang en celui de bachelier s-sciences naturelles, et au mois d'octobre pi ochain on doit donner des grades huit jeunes gens. Nous avons t ce matin de bonne heure voir la fonderie de M. Kemble, situe du ct oppos au ieuve : c'est une des plus considrables de l'Union. On y emploie une varit >de fer magntique, qui contient quelque peu de soufre et parfois du cuivre. On brle du bois dans le grand fourneau, qui rend de 7 8 tonnes de fonte par jour le minerai rend de oO 52 pour cent. Une roue hydraulique de fer, met en mouvement des ventilateurs, des soufflets, la batterie qui sert rompre le minerai, etc. Dans la partie basse du terrain se trouvent les forges cl les fourneaux pour

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^64 CiNa MOIS les secondes fontes de pices de machines vapeur de conduits et de canons. Albany, 20 juillet. Nous sommes partis hier onze heures et demie de West-Point, sur Yn, bateau vapeur aussi beau que celui qui nous a men de New-York; et aprs avoir fait une agrable navigation de six heures, nous sommes arrivs prs d'Albany, un certain lieu o nous attendait un pyroscaphe plus petit, et construit tout exprs pour la partie de la rivire que nous allions parcourir, car le lit y est encombr des terres et des sables charris par les ravins. On recreuse actuellement le fleuve jusqu' Troie, et l'on en revt les bords sur une tendue de 20 milles; par ce moyen, la navigation aura son libre cours jusqu' Albany ; ce travail cotera 500,000 piastres. Quatre machines draguer extraient chacune 00 mtres cubes de sable. Hier dimanche, les rues taient dsertes et les tablissements publics ferms. J'ai visit plusieurs glises, et j'ai trouv, dans une d'elles, une cole de dimanche, dirige par des jeunes gens des deux sexes qui y enseignaient quaiante enfants. Ce matin, j'ai l'ail la connaissance de M. Dix, secrtaire d'tat et sur-intendant des coles publiques: liaison qui pour ces deux raisons sera pour moi fort I

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AUX TATS-TJNIS. 265 intressante. Ce monsieur a eu la bont de me donner ses rapports et de m'offrir d'autres documents mon retour du Niagara. Nous sommes convenus d'aller ensemble Scheneclady o Ton clbre la fte littraire de la fin des cours du collge de l'Union, solennit que l'on appelle je ne sais pourquoi commencernent. Aprs-midi nous avons t Troie joli village situ de l'autre ct de la rivire dont les bords charmants sont entours de vues pittoresques et longs par un chemin qui m'a fourni l'occasion de voir le commencement du canal Eri. Mais la partie qui conduit Schenectady, avec ses dtours, ses 24 milles et ses 27 cluses, rendent cette navigation passajblement ennuyeuse : du reste, les voyageurs prfrent suivre le rail. Sclicncctacly, 21 juillet. Nous sommes entrs neuf heures dans la voiture du chemin de fer. Des chevaux nous ont trans jusqu' la crte de la colline, dont la pente douce a t aisIment franchie par nos btes. Ce rail a t construit en il 830, pour viter les sinuosits et la lente navigation du canal. La Socit fut incorpore en 1826, avec un ;fond de 000,000 piastres. Le chemin qui n'a qu'une voie, a cot 700,000 piastres, et a prs de 16 milles d'tendue. La rapidit moyenne est de 1") niilles

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266 ciNa MOIS l'heure ; dans quelques endroits nous avons parcourm un mille chaque 2 minutes 40 secondes, vitesse qul correspond plus de 22 milles par heure. Les railsl sont des bandes de fer; cloues sur de longs montantii de pins qui reposent sur des ds de pierre et des massifs de caillons casss et mac-adamiss. Avant d'arriver Schenectady, on descend un plan inclin et Ton reprend les chevaux. Le prix du trajet est de 4 raux par personne. Plusieurs rgents de TUniversil de New-York taient avec M. Dix; ces messieurs et quelques autres se sont logs dans Thtel avec le vice-gouverneur de l'tat. Celte circonstance m'offi'ail l'occasion devoir le corps acadmique du collge de l'Union; mais je n'ai pu visiter l'institution, car les professeurs se trouvaient fort occups. Nanmoins j'ai recueilli beaucoup de notes, que j'ai compltes avec des rapports qu'on m'a donns. Outre les fonds que cette institution reoit du Gouvernement, elle possde encore diffrentes proprits et 300 acres de terre l'entour ; avec les intrts de 50,000 piastres dposs par l'tat, on enIretient plusieurs lves pauvres, qui sont nourris la table appele de tanprcuice pour 30 piastres; cette somme, jointe 12 pour le chauffage et le blanchissage, lve 48 piastres les frais d'entretien de chacun. Les autres lves paient 112 piastres par an, pour rinslruclion, la nourriture, etc. Le prsident

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AUX TATS-UNIS. 267 jouit d'un traitement de 2,500 piastres, et les professeurs de 1,250, avec le logement et l'usage des lgumes du jardin. Le programme de l'enseignement est divis en deux parties, l'une appele Cours classique et l'autre Cours scientifique. On exige des lves qu'ils sachent leur entre au collge les principes du latin du grec de la grammaire anglaise, de l'arithmlique et de la gographie. La premire anne du cours doit tre employe l'tude des auteurs classiques, allernalivement avec l'algbre, la gomtrie, la logique et l'Odysse d'Homre. La seconde est destine la trigonomtrie, aux sections coniques, aux mathmatiques mixtes, l'conomie politique, au grec et au latin. Latroisime, la philosophie intellectuelle, la physique, l'astronomie, la philosophie morale, la critique, la chimie, la botanique et la minralogie. Le cours scientifique commence, la premire anne, par l'histoire, l'arithmtique, l'algbre, la gomtrie, la logique et l'histoire naturelle. La seconde, c'est par la trigonomtrie et ses applications, les calculs, la gomtrie descriptive, les mathmatiques mixtes et la langue franaise. La troisime, enfin, la mcanique, la physique l'astronomie la philosophie morale la critique, la chimie, la botanique, la minralogie, l'analomie et la physiologie. En faisant cette numration, les mmes rflexions que j'ai retraces plus haut au sujet du programme

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268 ciNa MOIS des collges, me reviennent l'esprit : je ne pense pas qu'il soit ncessaire de les rpter. Canal Kii, 22 juillet. Au sonde cloche, nous sommes descendus de rhlel dans un des bateaux qui vont sur le canal, connnenant un voyage tout--fait nouveau pour moi, eu gard la manire d'aller et au pays que j'allais traverser. La barque m'avait paru d'abord extrmement basse et assez peu confortable, mais une fois entr j'ai reconnu que je m'tais tromp, car notre tte ne touche pas au plancher. La distribulion intrieure est commode, les ornements faits avec got, et tout me semble fort propre; il y a pour le moiiis avec nous quarante passagers, parmi lesquels beaucoup de dames qui ds leur entre se sont disposes passer le jour de diverses manires. Les unes lisent, les autres font des ouvrages d'aiguille. Les hommes montent sur le tillac et appellent souvent l'attention de ceux qui demeurent en bas pour aller voir les beaux sites qui se prsentent. Ds le premier instant, je me suis trouv trs-bien, car je voyage comme si j'tais dans mon cabinet avec mes livres, mes crayons et mon journal sur la table. (]es bons Amiicains ne m'intcrronijK'nt gnrcs, et je peux crire mon aise. J'entends le doux inouvej

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AUX TATS-tNIS. 269 iiienl du bateau, le foible bruit des petites vagues qui frappent les bords du canal, le pas des chevaux. Tout se prle aux iilusionspacifiques, analogues Tagrable situation o je suis dans cette maison flottante. Mais il est ncessaire que je me forme un plan d'occupation, pour ces heures de navigation monotone, qui pourraient la fin, me paratre longues, si mon imagination venait se lasser de cette existence qui me semble le bien suprme. Voyageant par le clbre canal de New-York, il faut que je sache quelle poque et comment on Ta construit, ce qu'il a cot, ses produits et ses utilits. Heureusement, je tiensenmain les documents dont la seule lecture mefourniraitde l'occupation pendant huit jours; mais un voyageur a une autre manire de lire plus expdilive, surtout quand, arriv au terme de ses excursions, mille occupations doivent l'empcher d'enrichir la collection de ses notes. Je vais donc commencer mes extraits. L'tendue et la fertilit des rgions de l'ouest, et la richesse des terres qui avoisinent les grands et les petits lacs semblent prophtiser ce territoire un accroissement de population et de produits plus diflicile calculer qu' concevoir. Le port de New-York tait dj la fin du sicle dernier, le centre du commerce des tals du littoral, et ses habitants ne pouvaient se dissimuler Tinimense prpondrance qu'ils obtiendraient, s'ils pouvaient s'attirer les productions de 23

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270 CINa MOIS Touest, et s'unir par quelque moyen avec les mers mditerranes ou les lacs. Examinons d'abord s'il tait possible d'obtenir ce but en se servant du cours des rivires, car les socits pour la navigation de l'ouest au nord tablies en 1792, se bornrent presque cette sphre de recherches. Nanmoins, l'histoire du canal commence rellement ces travaux, puisqu'ils suj^grrent l'ide d'ouvrir une communication entre le lac Eri et le fleuve de l'Hudson, sur un point o la mare ne pouvait remonter ; et l'anne 1808,1a lgislature de l'tat de NewYork, nomma une commission pour examiner et former le plan d'excution d'un semblable projet. On commena donc par visiter le terrain puis on fit la leve des plans, le trac de diverses lignes, avec des fonds destins cet objet; eulin il rsulte de ces opralions et des calculs que la possibilit de l'entreprise est dsormais dmontre. Chez ce peuple tonnant, un projet utile peut tre considr comme demi-excut, quand la possibilit en est prouve, car on n'y met aucun obstacle, et on n'y oppose aucune diflicult pour le seul plaisir de retarder. Si le gouvernement ne les aide et ne les favorise pas du moins il ne les contrarie jamais et n'intervient nullement dans l'exercice du droit qu'ont les citoyens d'entreprendre et de terminer les ouviages d'utilit gnrale. Avec quel uoble orgueil se forment des

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AUX ETATS-tJNIS. 271 associations indpendantes dn pouvoir pour excuter de colossales entreprises, qui auraient fait hsiter certains ministres dans nos tardives et vieilles monarchies. Avec quelle rapidit avec quelle simplicit on les mne leur fin! Il nemanque ce canal pour mriter entirement les loges que Ton a donns d'autres qui en taient moins dignes que d'lre fait par des particuliers. Mais s'il n'en est pas ainsi, c'est que l'Etat s'est ht de s'en charger, se proposant d'effectuer une grande ide et d'en recueillir de hons rsultats. Il n'est pas probable, en effet qu'une compagnie privilgie et voulu supporter dans la perception des droits de navigation, les baisses successives qu'a fait la lgislature de NewYork; et la recette, en enrichissant seulement quelques ngociants, n'et pas rpandu, comme il est arriv de grands bienfaits sur la masse gm raie, en diminuant les autres impts. Cependant suivons le progrs de celte Âœuvre sous la direction de praticiens honorables qui exercent le pouvoir avec dsintressement et avec ce zle ardent si commun chez le peuple amricain. La lgislaiure de 4810 poursuivit activement les prliminaires du projet, et, en 1811 elle avait prsent le rsum de toutes les oprations avait divis les travaux en trois sections, dont on peut voir la description elles dtails dans les rapports que j'analyse, et dans l'ouvrage de M. Poussin, que j'ai cit plus haut.

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272 CINa MOIS I/artleur avec laquelle on travaillait achever celte opration, tait un effet de cet intrt avec lequel on regardait une Âœuvre qui devait procurer aux tats des avantages immenses qu'il tait impossible de dterminer, puisque ce canal allait assurer au pays le monopole du commerce des lacs et faire du port de NewYork, le centre des marchs de la contre, et le dbouch de ses produits. Dans ce mme temps, les recherches topographiques avaient montr que le cajial pouvait se joindre tous les districts au nord et au sud, puisqu'une ramification jusqu'au lac Ontario et quelques autres peu coteuses avec les lacs Sneca et Cayuga par de semblables moyens devait attirer encore le commerce d'Oswego ou ce qui est la mme chose, les productions du littoral du lac Ontario et par le canal Champlain que l'on projetait alors, appeler les produits de l'tat de Vermont, les bois magnifiques et les mtaux utiles des contres qui avoisinent le lac de ce nom. Quant l'excution de ce projet, j'ai dj dit que l'tat de NewYork s'en tait lui-mme charg, qu'il avait vol les fonds ncessaires en imposant un droit sur la navigation, j)ourleremboursement de dpenses, les frais d'entretien, pour aider l'avenir les entreprises publiques, et diminuer les autres impts. iMais la guerre avec l'Angleterre suspendit ce plan jusqu'en 1816, o l'on dcrta dfinitivement l'ouverlure du canal entre le lac Kri et la riviro d'Hudson

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AUX TATS-UNIS. 273 Albany, et entre ce dernier point et le lac Champlain. Les travaux furent organiss en 4817; on en confia Texcution des ingnieurs habiles et Ton commena les excavations dans la section du centre. Sans numrer la srie de ces travaux que les personnes intelligentes connaissent dj, je ne parlerai que des rsultats; en 4819, toute la section du centre fut termine, et comme par enchantement se formrent aussitt sur ses bords de nouvelles villes bien traces, qui peuplrent ces contres absolument dsertes et entoures de forets sculaires. En 1821 les deux sections de Test et de l'ouest furent ouvertes simultanment, et la navigation fut ainsi tablie depuis Scheneclady, jusqu' l'extrmit occidentale de la section du milieu. En 1822, cent dix-sept milles taient dj navigables, en 1823, cent soixante; en 1824, deux cent quatre-vingts; en 1825, le canal fut achev, et la navigation ouverte pendant 220 jours, sur une tendue de 563 milles, depuis Albany jusqu' Bufalo, sur le lac ri. L'entreprise a cot 9,027,456 piastres. Tandis que l'on poursuivait la construction de ce canal, on avanait celui du Champlain, qui, malgr son tendue de 16 milles a t prt en 1823, et a cot 1,179,872 piastres. Avant qjie le canal ft termin, lorsqu'il n'tait navigable que sur certaines parties, on jjouvait dj apprcier les recettes qu'il produirait mais ds qu'il 23.

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27-4 CINQ MOTS fut termin elles augmentrent considrablement, et les produits des dernires annes font croire que capitaux et inlrls seront rembourss longtemps avant 1846 contrairement aux calculs. Pendant et aprs ces oprations, plusieurs ramifications projetes ont t aclieves et d'autres commences. De ce nombre sont : 1 le canal Oswego, entrepris en 182G et termin en 4828, qui unit le canal Eri au lac Ontario par une navigation de 58 milles, moiti par le canal, moiti par la rivire. Pour faire connatre l'importance de celte communication, qui attire au port de New-Yok le commerce d'Oswego, il me suflit de citer les faits insrs dans les colonnes d'un journal que je lis sur le moiivement commercial du port du lac Ontario pendant les trois derniers mois de cette anne, avril, mai et juin. Tonnes. Btiments amricains venant de pays trangers d5,140 partis pour les 1 2,572 1 venant des poits de rUnion 18,251 partis pour. 19,702^ Btiments trangers venant des \ ports trangers 25,041 \ 40,144 partis pour les 25,105) Tolal 109.879

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ATJX TATS-UNIS. 275 En comparant ce rsultat avec celui des mornes mois de Tanne prcdente on voit que l'accroissement de tonnage amricain, d'entre et de sortie, est d'environ d,oOO pour 100; que celui des effets trangers correspond 59 pour 100 ; celui d'importation 600 pour 100, et celui d'exportation 6C0 pour 100. Cependant il ne parat pas que le nombre des navires qui font le commerce du lac soit suffisant, car ceux qui font ce trajet ralisent un gain de 50 100 pour 100. 2 Le canal de Ccujuga et Sneca, construit en 1828, qui va depuis Genve, dans le lac Sneca, jusqu' Molezuma dans le canal ri. 3 Le canal Cliemnng depuis le lac Sneca jusqu' la rivire de Chemung ou Tioga termin en 1852. 4 Le canal Crokcd depuis le lac de ce nom jusqu'au lac de Sneca, termin en 1855. 5 Le canal Chcmamjo, qui unit le canal ri, Ulique, avec la Susquehanna, Bringliampton d'une tendue de 95 milles, et qui sera achev l'an prochain, et aura cot 1,960,456 piastres. 6 Le canal B lacliRiver qui s'tendra depuis Rome jusqu' Higli-Falls, sur la rivire du mme nom pour joindre le canal ri avec le lac Ontario, prs de l'embouchure du fleuve Saint Laurent. J'ai ici le rsum del largeur, du prix et des pro-

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276 CINa MOIS tliiits des canaux termins dans l'tat de New-York d'aprs les rapports prsentes dernirement.

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AUX ETATS-UNIS. 277 nus par leur entremise l'Hudson s'est leve 13, -405,022 piastres, prix de march. Je suis tellement occup de mes extraits, que j'oublie d'observer ces bords si sauvages et si charmants. Nous admirons les travaux; et je prvois qu'il sera nuit quand nous passerons prs des ouvrages difficiles de soutnement sur les cascades du Mohaw et prs de l'aqueduc qui prend ses eau\ dans le canal de ce nom. J'ai t de nouveau interrompu dans mes recherches par le dner occupation foit importante mon avis et qui a offert sur notre bateau une scne assez piquante. Tout s'est pass dans le plus grand ordre et avec la propret la plus parfaite : il semble impossible que dans un lieu aussi troit et avec une cuisine aussi resserre, on ait pu donner un dner aussi bien compos que celui que nous a servi le capitaine. Utique, 23 juillet. Nous avons dormi en voyage. Rien mme en fait de changements de dcoration au thtre ne peut tre compar la transformation de la chambre du paquebot; lorsque les tables de th ont t enleves comme par une vertu magique, les canaps qui figuraient tout autour sont devenus des lits. Au-dessus, une distance gale la hauteur d'un honune couch, on a suspendu d'autres ranges de graljats sur le ct,

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278 CTNa MOTS ce qui faisait trois lignes de lits aulour de la chambre. Les tables disposes au milieu de rlroile enceinte ont t prpares pour recevoir des dormeurs. On a fait avec des rideaux une sparation provisoire pour les dames. Ce changement s'est opr en un quart d'heure, sans qu'il manqut le moindre des objets ncessaires dans pareilles circonstances, je veux parler des matelas, coussins, couvertures... Un domestique est venu distribuer des pantoufles et enlever nos bottes et nos souliers qu'il a cirs crmonie dont il eut pu se dispenser, car assurment nous n'avons pas t incommods de la poussire en chemin. Si nos voisines eussent eu cette dmangeaison de parler que les hommes attribuent gnralement au sexe, nous serions rests longtemps sans dormir. Mais quoique la scne dont nous faisions partie eut pu fournir des saillies agrables, les amricains semblent n'avoir jamais de motif sufisant pour s'autoriser troubler la tranquillit. Une demi-heure aprs le coucher, le plus grand silence rgnait bord, on n'entendait que le bruit de la poupe, et par intervalle le son du cornet qui prvenait les clusiers de notre approche. Nous avons dbarqu Utique six heures du malin, j'ai |)ass la premire heure me promener dans les rues principales qui sont plus larges qu' Philadelphie ; les maisons sont belles et peintes en couleurs claires et ;joi-si///c-s'. Entre les diverses habitations il y a

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ACX ETATS-UNIS. 279 ordinairement un petit jardin d'un ct et un passage de l'autre, ce qui joint leur propret offre un joli coupd'Âœil. Dans la rue Broadway n. 18, j'ai vu une fabrique de charrues de S. D. Daniel, de l'invention de L. D. Bark de Sangersfield dans le New-York. Ce sont des modifications de Davis, mais plus simples et plus fortes. Elles cotent de six huit piastres selon les dimensions; les pices de fer se vendent raison de cinq centimes la livre. Hier en venant du canal, j'ai visit une grande fabrique de charrues au village de Canajoharie, 41 milles avant d'arriver Utique. J'ai aussi remarqu un grand rteau tran par un cheval et conduit par un homme, il servait dans une ferme amonceler le foin rcemment fauch. Le conducteur hausse de temps en temps les deux mancherons qui relvent le radeau d'o tombent des monceaux de fourj rage. Une charrette qui parcourt paralllement le champ les enlve. Tout cela me semble facile et expdilif. J'avais fait connaissance bord avec le rvrend J. M. Vickar, professeur de morale et d'conomie politi(jue au collge Colombie. Nous l'avons rencontr ce matin avec sa famille aux cascades de Trenton, ramassant des trilobilcs. Cet endroit est trs-pittoresque et a fourni des sujets aux pinceaux de plusieurs artistes, surtout une demoiselle de Boston qui a publi six dessins des chtes sous diffrents points de vue. Nous iions \y,\ilh hier huit heures et demie dans une calche conduite par un cocher de quatorze

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280 cL\a MOIS ans, vif et emport comme on l'est i son ge. Dans la descente il fallait aller au galop ; la voiture roulait avec tant de vlocit qu'il semblait qu'elle tait au moment de se briser. Vers midi, plus de quatre-vingts personnes taient runies dans l'auberge de ce lieu sauvage situ auprs de la rivire. Ce dernier fait peut donner une ide du plaisir qu'ont les Amricains voyager en t. Nous sommes repartis quatre Iieures, traversant toujours avec la mme rapidit des plaines immenses couvertes de crales, coupes de bois touffus et de terrains rcemment dfrichs. La vgtation est riche, le payage vari, les plantations fort bien sarcles et laboures profondment. L'aspect des campagnes, le systme des travaux ruraux, l'odeur du foin nouvellement fauch, me raj)pelaient ma chre patrie que je n'ai pas vue depuis douze ans. Mon esprit tait frapp avec tant de vivacit des images chries de ma jeunesse, que j'ai oubli o je me trouvais. Plein de souvenirs agrables, ballot par les cahots de la voiture j'ai cru un moment parcourir les campagnes de l'Espagne. Rapide et trompeuse illusion qui rveillait en moi des penses dures et mlancoliques, lorsque je comparais le tableau des vnements qui se passent aujourd'hui dans mon pays la tranquillit de celui-ci! Canal 24 juillet. Hier je me suis lev de bonne heure pour arriver

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AVX KTATS-IJNIS. 281 temps ail dpart du paquebot qui nous conduit Syracuse. Syracuse, Rome, Ulique, vos noms produisent une agrable illusion En deux jours nous avons travers toutes ces villes, et il n'y a pas d'imagination capable de faire croire au voyageur qu'il est transport au milieu des ruines, o sont attachs tant de souvenirs mlancoliques. La traverse n'offre pas de vues aussi agrables que celle d'hier, le canal croise une grande partie de terres nouvellement dfriches, mais l'aspect triste et monotone, le progrs extraordinaire que fait l'agriculture par ces rcentes acquisitions dans de si vastes territoires ne laisse pas que d'tonner. Il y a six ou huit ans, ces lieux n'taient point habits, et dans les champs les plus anciennement cullivs, les troncs d'arbres sont encore noircis par le feu. Dans ce moment je vois sans cesse monter des barques charges de personnes robustes, d'migrs de l'Europe puise, qui viennent exercer leur industrie sur cette terre heureuse o le travail est rcompens par la fortune et par la jouissance des instilulions libres, qui assurent l'exercice des nobles droits de riiomme. J'ai dj parl de l'largissement du canal, projet que l'on va raliser car on a reconnu qu'il est insuiiisant jiour le commerce actuel et venir; je conois ce qu'il en est, maintenant que je vois les choses de mes yeux : il ne se passe pas deux minutes sans que nous rencontrions une barque qui va ou qui vient, et 24

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282 CINtt MOIS la quantit des effets qui descendent des lacs et des rgions de TOuest est vraiment prodigieuse. Sans compter les bateaux chargs le canal est encore sillonn de longues distances par ces radeaux sur lesquels le conducteur tout seul a tabli sa cabane. Dans les cluses nous sommes toujours arrts par des barques et de grandes masses de matriaux flottants. Genve, 25 juillet. Nous sommes entrs Syracuse neuf heures du soir, et conmie il pleuvait, nous n'avons pu rien voir. Ce matin avant le dpart j'ai eu le temps de faire un lourde promenade dan^ la ville, qui ressemble assez Utique. J'ai vu quelques fonderies et plusieurs magasins de charrues et d'instruments d'agriculture. 11 parat que la charrue commune a sept dimensions qui sont distingues par numro, que l'on emploie respectivement selon le plus ou moins de rsistance des terres. Elles cotent de 6 10 piastres, y compris le rgulateur : les pices spares se vendent raison de 5 cents la livre, et celles de la charrue numro 5, en psent 65. J'ai vu aussi des charrues versoir mobile, pour les terrains onduleux. On s'en sert beaucoup dans l'ouest, m'a-t-on assur ainsi que dans le voisinage. En sortant de Syracuse, par terre, du ct d'Auburu, j'ai appcru les clbres salines, mais la voi-

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ATIX TATS-UNIS. 283 ture allait si vite, qu' peine ai-je pu me former une ide de Ttendue considrable qu'occupent les caisses de bois destines la condensation du liquide opration qui se fait l'air libre; ces rservoirs sont protgs par des liangards, pour viter les eaux pluviales, placs environ 3 pieds au-dessus du sol : les hangards sont excessivement bas, et n'ont que ce qu'il faut de pente pour l'coulement de la pluie. En chemin j'ai observ la situation de la cultureOn coupe le bl avec de grandes faulx, dont le manche a la forme d'un S, ce qui force le moissonneur courber beaucoup le corps; on se sert gnralement pour ramasser le foin et le bl fauch, du grand rteau que j'ai vu sur le chemin d'Ulique Trenton. On prpare aussi des portions de terrain qui semblent avoir t en jachres. On laboure avec deux bÂœufs attachs par le cou et l'on herse avec trois chevaux de front ; les herses sont en forme de carr long de quatre pieds sur un peu plus de deux, avec des dents de fer : on les fait traner par un des angles. Le terrain est onduleux, il ne m'a pas sembl trs-fertile, et je n'y ai pas vu de fumiers. Des maisons de campagne situes sur les chemins et prcdes de plates bandes de gazon ou d'un petit jardin, refltent leur blancheur au milieu des champs ordinairement travaills avec soin. La propret et le luxe des cits s'tend ici jusque dans les campagnes; toutes les habitations ont de jolis meubles et des rideaux, et le

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284 cixa MOIS planclier est couvert de lapis, commencer par la porte et l'escalier. A midi et demi nous nous sommes arrts Auburn, o nous avons pass quelques heures, ce qu'il fallait pour faire une courte visite la prison rservant pour mon retour du Niagara, m'instruire fond de Tensemble du systme et de la discipline. Le directeur M. Levi Lewis, qui nous accompagnait, m'a offert de me montrer plus tard les plans de l'intrieur de l'difice que je veux copier. Puis, continuant notre route pour venir coucher Genve, nous avons travers le village de Cayuga, sur les hords du joli lac de ce nom, et le pont de bois de plus d'un mille d'tendue, situ tout--fait au nord, o je me suis assur que les planches n'taient pas cloues; observation que j'avais faite sur d'autres ponts et que je n'ai pu vrifier qu'aujourd'hui. Ce procd me parat plus convenable, soit parce que le bois dure davantage, soit parce que cela empche les chevaux de glisser. Nous avons enfin franchi la rivire de Snca, le canal Cayuga et Snca ramification du canal principal, qui vient comme je l'ai dit, de Motezuma; puis nous avons vu un bourg agrable appel Sencca-FalU, o les maisons sont neuves et peintes en couleurs claires. Les habitants y ont utilis les petites chutes de la rivire et tabli des manufactures de coton, des scieries, des moulins et d'autres fabriques, qu'on ne peut distinguer de la voiture; de l'autre ct,

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AUX KTATS-imiS. 285 se trouve Waterloo, joli village assez bien situ et sorti du nant comme le prcdent, depuis l'ouverture des canaux. Enfin, nous sommes descendus au niveau du lac dlicieux de Snca, entour de gracieuses collines, sillonn par mille barques et les sleam-boals. Au nord, et sur le penchant mridional d'une hauteur, se trouve le village pittoresque de Genve, couronn par la riche vgtation des forts primitives, dont le feuillage fait ressortir les clochers et les flches des temples. Rochester, 26 juillet. Je me suis lev de trs-grand matin, pour jouir, des fentres mmes de l'htel Genve, de la vue magnifique et tranquille du lac Snca; j'ai ensuite arpent les rues dont les magasins sont ferms, car c'est aujourd'hui dimanche, A neuf heures, nous avons pris le chemin de Cmnandaujua, et nous sommes sortis par une grande alle de robiniers longe de maisons ornes de jardins et de balustrades blanches d'un trs-bel effet. Pendant le voyage, j'ai esquiss des cltures, chose commune dans ce pays o le bois et les terrains sont en si grande abondance. Les cltures se font avec des troncs fendus, superposs horizontalement en plans irrguliers, et formant des angles saillants et rentrants. Aux points d'intersection, on enfonce deux pieux 24.

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286 CINa MOTS croiss dans le sol. Ces cloisons dfendent la proprit des grands animaux; mais comme les petits, tels que les marcassins et les oies, pourraient passera travers, on leur met des colliers au cou. Les campagnes sont couvertes de vergers plants de pommiers, quelques-uns d'accr sncliar'mum et de vastes champs de mais de pommes de terre et de bl en rcolte, aux environs de Cunandaigua, j'ai vu des herses carres, dents de fer, qui avaient six pieds de ct, des rouleaux plus grands de vingt pouces de diamtre, et d'antres dents de bois pour lompre les mottes. Ces instruments sont d'une simplicit rare. On se sert de la charrue pour labojirer et boutter; je n'ai vu ni cultivateur ni extirpateur, ni houes cheval, ni d'autres instruments de nouvelle invention pour suppler la pioche et au sarcloir dans la grande culture. Nous sommes arrivs Cunandaigua, vers onze heures et demie, et je n'ai pas t tonn de trouver la ville solitaire. Les rues sont larges, tires au cordeau comme dans tous les villages que nous avons traverss, fort propres du reste, ainsi que les maisons, les temples et tous les dilices qu'on est dans l'usage de peindre et de blanchir l'extrieur; ce qui donne aux villes un air de bien-tre et de joie, et fait croire souvent qu'on y dresse des prparatifs de ftHe. Aprs dner, nous avons repris notre route : le terroir commence tre arneux. Sous toute la par-

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ArX TATS-UNIS. 287 tie (lu sable mouvant (embcmkemnt) le canal passe dans un lit artificiel d'une hauteur prodigieuse, de sorte que de notre voiture nous voyions les barques charges de passager et de marchandises naviguer GO pieds au-dessus de nos ttes, depuis Pillsford, la campagne est magnifique et l'on aperoit dj au nord la puret du ciel du lac Ontaiio. L se trouvent des fermes cultives, limites comme par une muraille de forets. De toutes parts les travaux de riiomme sont en parallle avec la nature sauvage mais la hache, le feu et la charrue tendent bien vite le domaine de la civilisation, et en peu d'annes, la nature sera docile et subjugue. Au milieu de ces rflexions, je suis arriv Rochester au dclin du soir; demain, je parcourrai les rues. 27 juillet. J'ai dj pass un jour entier dans cette intressante cit et je ne crois pas avoir perdu mon temps. Rochesler n'a rien de l'aspect agrable des autres villes car dans la partie plus belle que divise la Genesse, les {}.q{\\ rives sont couvertes de fiibriquos noircies par la fume, de constructions en bois, peu lgantes. Malgr cela, il y a quelques vues magnifiques et fort animes par le mouvement industriel et quantit d'tablissements manufacturiers. Le voisi-

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288 ciNa MOIS nage du lac Ontario, le canal, la proximit des fertiles valles qu'arrose la Genesse ont fait de Rochester le dpt du commerce et de rinduslrie du NewYork occidental. C'est ces circonstances que celle ville doit son rapide et prodigieux accroissement. Le terrain qu'elle occupe et sur lequel on a plac tant de capitaux n'a t vendu en forts il y a trentecinq ans, que 2, 000 piastres. J'ai visit avec M. Chevalier les grands moulins bl. Le grain arrive par la rivire, est mont au dernier tage au moyen d'un simple mcanisme mis en mouvement par la roue hydraulique, et charri avec tant de clrit qu'on enferme ainsi 5 ou 600 boisseaux l'heure. Le grain est dpouill de sa pellicule extrieure entre deux planches mtalliques, percilles, de forme conique, et descend aux pierres meulires. Quatre boisseaux trois quarts de bl donnent un baril de farine; le boisseau pse 60 livres et le baril en contient 196 ainsi 245 livres de bl rendent 196 liv. de fleur de farine. Chaque baril contient un boisseau de son ordinaire et un demi-boisseau de petit son. Le premier se vend raison de 5 et 4 cents; le second de 7 20. La farine de premire qualit se vend 6 piastres et demie le baril. Un des moulins que nous avons visits, avait neuf meules qui allaient -la-fois; terme moyen elles rendent en vingt-quatre heures 450 barils, quelquefois jusqu' 550. Les propritaires

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AUX TATS-UNIS. 289 qui apportent leur grain moudre, reoivent un baril de farine par chaque cinq boisseaux, plus dix livres de bl, ou par chaque 510 livres; l'administratiou leur fiiit cadeau du baril qui est valu 50 cents. La farine au soutir de la meule descend dans des rafraichissoirs o des palettes en croix l'parpillent en spirales sur le sol, puis elle arrive un trou central d'o elle passe dans des blutoirs qui en sparent le son. Elle est transporte de la meule aux rafraichissoirs et des rafraichissoirs aux blutoirs par de longues spirales semblables la vis d'Archimde, les unes horizontales qui vont d'une pice l'au're, les autres verticales qui descendent des tages suprieurs. Enfin elle arrive au magasin o elle est enibarille par une presse hydraulique. Inutile de dire que toutes ces oprations s'excutent au moyen d'une grande roue hydraulique modifie dans sa force et sa rapidit par les mcanismes ingnieux que je viens de dcrire. Ainsi ta farine descend doucement des meules se rpand rgulirement dans les rafraichissoirs, passe dans les blutoirs, sort enfin pure et prte tre embarille. Quelques ouvriers suffisent pour arranger les pierres, remplir et boucher les barils, mais dans les autres parties de la manufacture on n'en trouverait pas un seul. Je crois que j'ai assez rest dans le moulin de M. H. Ely qui a eu lui-mme la bont de nous donner toutes les explications dont nous avons eu besoin.

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2901 CINa MOIS Je suis sorti muni d eclianlillons de bls, de farines et de sons; puis j'ai visit les fabriques de cuirs oi Ton emploie Tcorce de Vabics canailcnsis et du qucr^ eus mo)itana ; ensuilc une fonderie d'instruments aratoires et d'industrie rurale, parmi lesquels il y avait deux nouvelles espces d'grnoirs bl et une machine mondcr, que l'on pourrait appliquer au riz. C'est une invention de Filzpalrick et Child de Mount Morris,comtedeLivingslon,brvet du 16 de ce mois. Elle monde 200 boisseaux par heure ce qu'il dit, et cote 200 piastres avec le mcanisme accessoire de roues dentes qu'un cheval met en mouvement. L'grnoir de M. John 11. Wheeler qui a t construit ici par S. Tultle se compose de deux cylindres de disques canels et horizontaux, dont les axes sont placs une distance d'un rayon et demi. Il coule 50 piastres, le mange roues dentes dOO, le Ionien fonte. A l'Arcade, magasin de Reynold et Baleham, n" 5, on vend des semences et des graines des plantes ordinaires, des instruments de petite culture entre lesquels une petite brouelte semer assez simple invente par A. H. Robirs, et du prix de 15 piastres, a fix mon altenlion. J'y ai fait ensuite une collection de 15 varits de mas cultives dans le pays ; il y en a de blanches ou de jaunes pis grands et pais enfin des varits sucres des Indiens qne l'on sert sur les tables et dont nous avons parl au sujet de la note du docteur Measse de Philadelphie.

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AUX ETATS-UNIS. 291 L'industrie se dveloppe partout, et je suis tonn de raclivit qu'elle droule mes yeux. A peine puisje m'accoulunier l'application et la constance de ces hommes qui semblent considi'er avec indiffrence le raffnement des plaisirs sociaux, qui peuvent en procurer ou s'obtenir par les richesses. Ici l'industrie est inne comme l'indolence et la paresse chez d'autres nations. En observant les Amricains, j'ai eu la pense de les comparera mes compatriotes; et, malgr mon admiration, je me suis convaincu qu'il ne sont suprieurs aux Espagnols ni par le cÂœur ni par le caractre, ni par l'aptitude. L'Amricain n'est pas en effet plus industrieux que le Catalan, plus actif que le Valencien, plus robuste que l'Aragonais, plus sagace que le Biscayen, plus honnte homme que le Gallicien. Pourquoi donc si nous possdons dans nos qualits physiques et morales et dansles circonstances de notre position tous les lments de prosprit, pourquoi restons-nous slationnaires et comme ensevelis dans une lthargie honteuse? Pourquoi ne pas nous exciter par l'exemple de celte nation qui toujours en butte entre un climat rigoureux et une natine sauvage, vole pour ainsi dire dans la carrire des amliorations et lve en triomphe l'tendard de la civilisation, aumilieudes frls dsertes, transformes en cits populeuses et en campagnes florissantes? Douloureuse pense! c'est parce que nous n'avons pas de sages institutions, parce qu'un mauvais gouver-

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282 ciNa MOIS iienieiU a souill sur le sol fertile de l'Espagne une laleine corrompue, plus fatale mille fois que les pestes et les tremblements de terre. C'est de nous que dpend le remde dans ce moment surtout o nous rentrons dans le sentier des rformes sentier que nous n'abandonnerons pas je l'espre car c'est le seul qui conduise au bonheur. La communication du lac Ontario avec Rochester ne peut avoir lieu directement par la rivire qui offre diffrentes chutes dans son cours; pour parer cet inconvnient on a construit parulliement un chemin de fer de 5 milles jusqu'au point o peuvent arriver les barques et les bateaux vapeur du lac. INous l'avons parcouru sur des voitures tranes par des chevaux, et nous avons examin au bord de la rivire les grands magasins btis sur rescarpement o montent les sacs de farine au moyen de plans inclins et de chevaux qui tournent le cabestan. Les wagons qui vont la ville portent 500 boisseaux et sont trans par deux chevaux, malgr 44 pieds de pente sur un tiers de mille d'tendue, ils employcnt do minutes pour venir, vitesse qui est approximativement de 12 milles l'heure. Dans presque toutes les villes de quelque importance on publie des conducteurs o le voyageur trouve des notices fort intressantes. J'ai sous les yeux celui de llochcster et je vais en faire les extraits suivants.

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Acx tats-unis. 293 Le capital employ blir les moulins est de 280,000 piastres; la somme qui sert annuellement l'achat du bl des barils et des articles ncessaires ces niaimfaclures de 1,415,000 piastres, et la quantit de farine dpasse 500,000 barils. Le capital des fabriques de colon et de laine s'lve 157,000 piastres et son produit annuel 197,000; la valeur des fabriques de cuir s'lve 51,000 piastres et leurs produits 153,000; les fonderies d'ustensiles, armes, etc., 27,500, leurs produits 80,000; celles de savon et de chandelles 9,595, et leurs produits 47,589; les scieries de bois, de pierres, etc., 09,000 et leurs produits 215,450 piastres; cnlin le commerce en dtail est valu 2 millions de piastrespar an. 28 juillet. Nous sommes arrivs dans une petite htellerie, isole sur le chemin; elle nous a servi d'abri contre la pluie qui nous a surj)ris l'entre de la nuit. C'est la plus pauvre des auberges que j'aie rencontres dans mes excursions : elle ne fait pas foule, il est vrai, cependant tout y est piopre, et j'ose dire que nous y avons assez bien soupe. Partis de Rochesier, six heures et demie du malin par un temps pluvieux puis la journe est devenue plus belle. La route (jue nous avons suivie entre 25

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294 C'INa MOIS le canal et le lac Ontario est assez dsagrable, cause de la formation du terrain. Nous avons dn Gainsville, deux heures aprs-midi, et continu le chemin presque sans nous arrter. A sept heures, nous sommes passs par Lockport oii nous avons eu la curiosit de voir les doubles cluses du canal. Ce lieu est trs-pittoresque et le plus rustique que j'aie vu aux tats-Unis. Le village est bti sur l'escarpement de la montagne, et le canal qui arrive par la valle du Genosse monte, au moyen de cinq doubles cluses, jusqu'au niveau de onnewanta, franchissant ainsi la colline qui longe les rives du lac Ontario. Ce village, qui contient aujourd'hui environ 3,000 habitants n'est pas plus ancien que le canal. La roche sur laquelle il est assis, est clbre parmi les minralogistes, cause de ses belles cristallisations calcaires de ses sulfates de strontiane de zinc et de plomb, et de beaucoup de prtrifications organises; cependant je n'ai pas voulu m'arrter, car je devais aller coucher Lewiston sur les bords du Niagara plus de 15 milles. Niagara 50 juillet. Me voici enfin au milieu de cette magnifique scne qui m'a fait oublier tout ce que j'ai vu dans le voyage tant est forte l'impression qu'elle m'a cause. 11 m'a sembl que j'avais t transport ici subitement de

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AUX TATS-UNIS. 295 New-York, et si je n'avais piis des notes sur mes tablettes, j'aurais perdu le souvenir de ce qui s'est pass la dernire auberge o nous avons couch, notre dpart d'hier matin, et notre arrive Lewiston, Dans ce dernier village, nous avons pris une voiture: chemin faisant, le conducteur s'est arrt plusieurs fois, tantt pour nous montrer de loin l'immense cataracte, tantt pour nous conduire sur les bords escarps du Niagara, o le fleuve sautillant et s'chappant en torrents roule ses eaux comme au fond d'un sombre abme. En arrivant, nous sommes descendus l'htel Amricain, et peu de temps aprs, je me suis dirig vers la cataracte. J'ai franchi le pont long et vacillant qui est jet sur la rivire, sous lequel s'agite comme une espce de mer en courroux, qui se hle de suivre la rapidit du courant o elle se prcipite. Guid par des inscriptions attaches aux arbres je me suis gliss sous les alles ombrages de la fort qui s'lve au milieu de l'le. A un demi-mille environ de chemin aprs avoir tourn un angle qui coupe le sentier, je me suis trouv tout coup en face de la cataracte, et quoique bien averti de la magnificence de la scne dont j'allais tre le tmoin, j'ai senti malgr moi comme un soulvement gnral dans tout mon tre. Appuy un tronc d'arbre qui s'avance sur l'abme, j'tais ananti, le sang s'est port la tte : bientt le frisson a succd celte ardeur su-

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296 cixa 3I0IS hite, et j'ai commenc sentir s'lever dans mon cerveau un volcan d'images potiques, vagues, informes, mais grandes et sublimes comme le tableau qui les inspirait. Dans mon enthousiasme j'levais la voix j'exprimais les sensations que j'prouvais dans un langage potique et entrecoup. Je n'accouchais que de la moiti d'un vers, et quand je tenais le dernier hmistiche, j'avais oubli le premier; je ne pouvais finir ni un alexandrin, ni une seule phrase. Mon imagination tait si ardente, les ides se succdaient avec tant de rapidit que j'aurais eu besoin d'une langue qui d'un seul mot et reprsent une priode et d'une criture qui d'un seul trait et exprim une pense. Cette premire chaleur qui avait tout le caractre de l'inspiration la plus vraie, a t remplace par le calme. Alors j'ai t dlicieusement absorb dans la contemplation de la chute majestueuse de cette masse d'eau qui se dchire diverses lvations de son enfoncement et de sa disparition au fond du prcipice. Les tourbillons semblables au chaos, grondant d'une voix continuelle et sourde, se transformaient en montagne d'cume. Les vapeurs o se refltaient les brillantes couleurs de l'arc-en-ciel s'levaient d'abord denses et confuses, puis claires et diaphanes comme un lger nuage, et s'vanouissaient enfin avec l'cho faiblement rpt dans le lointain. Ce n'est qu'au retour l'htel Amricain que j'ai

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AUX KTA-TS-rNIS. 29T nppris combien de temps avait dni mon illusion, et pour mieux jouir de ces douces impressions, j'ai rsolu de me loger riitel Anglais situ du ct oppos dans une assiette plus avantageuse. Nous avons pass la rivire peu de distance de la cataracte en nous traant un chemin au milieu des vapeurs dtaches par le vent qui arrivaient jusqu' nous comme une pluie abondante. Le petit canot suivait le courant des Ilots qui tombent; une pratique consomme peut seule apprendre traverser un passage qui semble infranchissable. On descend sur le bord du lleuve par un mauvais escalier de 474 pieds, mme hauteur que la cataracte. L'lvation correspondante de la rive oppose se surmonte par un chemin tortueux o les voitures ne montent qu'avec peine. Plac de ce cot, le spectateur voit en face les deux cataractes que forme le Niagara qui n'est autre chose que la masse d'eau du lac Eri, alimentant par sa chute une autre mer intrieure appele Ontario avant de dboucher dans l'ocan par le Saint-Laurent. L'une est comme un grand rideau plis ondoyants causs par les irrgularits des bords; l'autre, d'une tendue trois fois plus grande, est concave, semblable un fer cheval et dverse une prodigieuse quantit d'eau qui conserve nanmoins sa transparence bleutre. L'hlcl Anglais o nous sommes logs est au bout du plateau et domine ces deux tableaux la petite le qui le spare du village, le canal et les belles plaines du 25.

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298 CINQ MOIS haut Canada, qui se confondent avec l'azur du ciel du lac Eri. J'ai choisi un appartement au second tage l'angle S. E., position recherche des voyageurs, car la scne que l'on y dcouvre est si magnifique que je ne pourrais jamais la dcrire. La plume de l'crivain, le pinceau de l'artiste racontent ou dessinent facilement le pittoresque des tahleau.vanims par une nature riante, mais ces scnes de suhlime majest o un tout immense s'offre !a vue de l'observateur tonn sur une chelle prodigieuse dans son tendue et dans son mouvement, qui pourrait les transmettre avec fidlit sur la toile ou le papier? J'ai vu plusieurs esquisses de la cataracte du Niagara qui, avant de la connatre, ne m'ont pas fait la moindre impression. Qu'ajouter? Des copies mesquines, infidles et pauvres, d'une nature grande, sublime, surprenante, ne disent rien l'Âœil ni l'imagination. J'appliquerai la mme critique avec autant de justesse aux peintures des forts vierges et des campagnes tropicales brles par un sol de feu que quelques artistes ont os baucher. Il semble que le Nouveau-Monde a besoin d'un ordre suprieur d'heureux gnies qui pntrs de l'enthousiasme qu'une socit libre et un jeune paysage peuvent seuls produire, sachent arracher l'art de nouveaux secrets et ranimer l'existence dcrpite des Europens.

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ArX TATS-UNIS. 299 31 juillet. J*ai dress mon bureau dans la galerie mme de l'htel qui regarde la cataracte, de manire que j'cris sous son inspiration et presque envelopp dans ses vapeurs matinales. Cet immense tableau absorbe toute mon existence. La socit, les hommes, leurs machinations, leurs intrigues, leurs calculs, leurs esprances, tout me semble petit et mprisable : on doit ici, je crois, oublier jusqu' l'infortune. Une vague sensation rappelle mon me un souvenir confus de ma vie passe, de mes tribulations, de mes dgots et des mille contrarits que j'ai souffertes. Dans d'autres occasions, o ma mmoire me rappelait de semblables choses mon cÂœur se soulevait contre l'injustice des hommes leur ingratitude et leur perfidie ; maintenant, c'est comme un songe de la ralit duquel je me convaincs peine. iMon esprit est calme, et les cruels souvenirs qui m'exaltaient auparavant disparaissent comme les vapeurs qui s'lvent du fond de cet abme : ma vie s'coulera dans la suite avec la mme tranquillit, je l'espre, que les flots du Niagara, si agits et si battus dans leur chute; et, aprs les iours d'orage et de tourbillons, elle suivra paisiblement son cours Imposante cataracte, je te bnis je dois ton influence d'avoir connu la petitesse des I>eines qui nous alfligent, et mes ennemis te devront

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300 CINQ MOIS le pardon cl rlerncl ouhli do leurs mcliancels Eu conlemplant la calaraclc situe sur les limilcs d'une terre heureuse, qui doit, Teau sa prosprit et ses prodiges, il me semble qu'il faut considrer cet lment comme une divinit protectrice. L'antiquit lui aurait rig des temples somptueux, et ses pitres auraient consult comme des oracles sacrs cette vaste nappe, sa chute bruyante et la forme de ses vapeurs. Mais l'Amricain, plus industrieux et moins enthousiaste, en utilise le cours, les chutes et les rservoirs naturels; il la renferme dans des canaux et des aqueducs pour faire communiquer des rgions loignes, et, non content de la dominer sous la forme liquide il la transforme, et remplace par la vapeur les forces des animaux, surmonte tous les obstacles et franchit les plus grandes distances avec la vlocit de l'oiseau. Si l'on jette un coup d'Âœil sur la carte des tatsUnis, on ne peut retenir son admiration en voyant le nombre immense de canaux, de rivires navigables et de chemins de fer qui se croisent dans tous les sens. Des milliers de locomotives parcourent les campagnes, gravissent les hauteurs, sillonnent les eaux, apportent la civilisation et les richesses : la matire hrule, soumise la puissance de la vapeur, se plie des formes mervoilleus"s cl dveloppe une industrie qui rivalise avec celle de l'I-^urope. Les contres leves du nord et de rouest envoient leurs produiis

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AUX ETATS-UNIS. 301 sur les cles de rAtlanlique et du golfe mexicain par cent voies difTrenles; et toute cette srie de vie industrielle favorise par elle, l'eau prside dans le sublime temple de Niagara. Il n'y avait qu'une nation aussi tonnante qui dt possder la premire merveille du monde! J'ai fait connaissance djeuner avec un artiste anglais M. Daniel-Thomas Egerlon qui a demeur si\ annes dans la Nouvelle-Espagne, et qui apporte son pays un riche all)um de points de vue du Nouveau-Monde. Il m'a invit passer dans son appartement, o il m'a montr des dessins purs et corrects et des peintures animes; entre autres, diverses bauches de la cataracte du Niagara, les meilleures que j'aie vues, mais qui taient loin de reproduire fidlement la ralit : ce jeune artiste pense avec moi qu'il est impossible de peindre cet immense tout dans un seul tableau. Peut-tre qu'un jour l'art du panoramiste sera plus heureux. Un de ces dessins reprsente le passage sous la cataracte, et n'embrasse qu'une seule partie de cette grande scne qui est assez bien saisie; c'est ce qui m'a dcid aller prouver l'impression forte et neuve que cause ce passage sous la vote des eaux. A midi, nous nous sommes transports dans une maisonnette sur le bord du fleuve; et revtus d'habits de toile cire, propres la circonstance, nous sommes descendus par un mauvais escalier auprs du lit

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302 ciNa MOIS et au bas tie la cataracte. Puis, longeant Tescarpenicnt, nous avons t jusqu' Touverture forme d'un ct par la roche et de l'autre par la chute qui laisse un vide caus par ravanccnicnt de la crte. L'air comprim par le choc terrible de cette masse liquide et ml une pluie paisse, semblable des tourbillons, s'chappe avec tant de violence qu'on perd la respiration. La poitrine op})resse, les yeux ferms, le corps mouill, nous suivions le sentier ttons, nous cramponnant auxaprets du roc, de crainte de glisser dans l'abme o le Niagara s'ensevelit. Le bruit tait si assourdissant que nous ne pouvions entendre les quelques paroles qu'il nous tait permis de prononcer au milieu de ce vent et de cette jduie battante. Cependant j'ai essay d'ouvrir les paupires pour examiner cette singulire galerie, et j'ai t tonn de la scne de confusion qui se dployait. A une hauteur que je ne pourrais dterminer descendait une montagne d'eau qui laissait peine passer les rayons du soleil, tant elle avait d'paisseur; mes pieds un gouffre sans fond recevait cette mer verticale et la relanait sous la forme de bouillons, de jets et d'cume. Le choc occasionnait un vent imptueux, accompagn de sifflements qui se rptaient dans la concavit de la vote o se prcipitaient avant de sortir des bouffes d'une plnie senddable la grle. (]ette complication extraordinaire de sons, cet aspect singulier des rayons brillants de la lumire, qui per-

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AUX ETATS-UNIS. 303 aient quelquefois la chute des eaux, cet atmosphre si vivement secou sous une caverne forme par une roche verticale et une mer qui tombait del cime, en offrant mon esprit une image relle du chaos ont produit sur mon cÂœur une impression si neuve, si forte, que je ne l'oublierai jamais. J'ai cru que j'allais vers l'ternit mystrieuse au milieu des ruines du monde, sans que mon me ft un instant trouble par le dgot la crainte ou toute autre passion. Le souvenir de cette grande secousse physique se joindra toujours dans ma mmoire celui d'une nouvelle poque dans mon existence morale qui datera de mon voyage aux tats-Unis, Niagara, 1er aot. Le hasard m'avait prpar aujourd'hui une scne de simplicit remarquable qui a fait contraste aux grandes impressions. Je passais par le chemin de la plaine qui longe la rivire et qui est hrisse d'un bois touffu, lorsqu' un mille environ de l'auberge j'ai aperu sur une des rives une maison comme je ne me serais jamais dout qu'il en existt. Elle avait la forme d'une voiture, le toit semblable un hangar et le fond d'un bateau. Cette demeure originale tait place sur quatre petites roues. A peu de distance, un homme travaillait faire des barils l'ondjre d'un arbre. Son costume et sa physionomie portaient les

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304 CINQ MOIS traces (le l'infortune et de la rsignation. Je nie suis approch de lui en le saluant ; il ni\i reu avec amabilit, et voyant que je m'intressais lui, il m'a racont l'histoire de sa vie. C'tait un Franais qui habitait Montral, o il vivait du produit de son labeur comme tonnelier. Mais la grande alllucnce d'migrcs irlandais fit diminuer peu peu le prix et la demande des barils. A la mme poque, une bonne action causa la ruine de sa petite proprit qu'il avait hypothque pour rendre service un ami malheureux. Priv de secours et d'esprance il ramassa le bois qui lui restait et en construisit la maisonnette que je voyais et qu'il avait rendu propre naviguer et courir sur les chemins. L'arche faite il y enlra lui sa femme et sa petite lille; et remontant le cours du Saint-Laurant, il arriva au lac Ontario qu'ils traversrent de la mme manire jusques au fort C.eorge l'embouchure du Niagara. L il loua quatre bœufs pour gravir la cte, et poursuivant son cheniin quelques milles encore paralllement au fleuve, il fixa sa rsidence dans la fort, car l'absence totale des choses ncessaires l'avait empch de continuer le voyage. Il a ajout en souriant : c Du reste il m'tait gal d'tre ici, car lorsque je suis parti de > Montral, je ne savais o me diriger, et c'est la pro> vidence qui m'a conduit. J'ai pris mes outils, plac • mon tabli au pied de cet arbre, et avec quelques I morceaux de bois et quelques douellcs que j'avais

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AtX iTATS-lNlS. 206 > sauves, je me suis mis faire deux sceaux que > j'ai bientt vendus. Depuis huit jours, grce > Dieu je ne manque pas d'ouvrage. Chaque baril > me rapporte deux scheliings de bnifice, et je puis > en faire mon ,aise trois par jour. A peine notre migr venait-il de prononcer ces paroles, que tournant la lle, j'ai aperu sa femme, peieonne robuste et bien portante, qui m'a salu avec douceur. < Vous avez la bont, monsieur, d'couter notre triste histoire, m'a-t-elle dit, cependant, (jrce Dieu, nous avons du pain. La petite fille de cinq ans, jolie comme un amour, a descendu l'escalier et a couru se placer ct de son pre. Aimable et caressante comme on l'est son ge, je me suis attendri en la voyant expose la misre et l'infortune. Mais heureusement, celte ide n'effraye pas le cÂœur de ses parents. Ils m'ont engag entrer et prendre part leur modeste djeuner. Cette invitation a excit en moi une foule d'ides, et j'eusse plutt refus un prince qu' cet homme rsign et content au milieu des privations. Donnant la main l'enfant, j'ai mont les cinq degrs de l'escalier qui est plac devant la porte, et je suis entr sous le toit anqdiibie o la table tait mise avec beaucoup de propret. Deux plats, l'un de viande, l'autre de pommes de terre, un norme pain et une carafe d'eau, voil de quoi se composait le service. J'ai observ le caractre iie ce mnage, et en adressant diverses questions, je 2d

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306 CINa MOIS faisais parler l'enfant ; tandis que je causais j'ai eu une ide vague d'abord, mais qui, bientt claire et prcise est devenue pour moi une conviction aussi intime que celle de ma propre existence, c'est que cette misrable hutte mouvante transporte par l'infortune dans une fort dserte du Canada sur les rives du Niagara tait le sanctuaire du bonheur conjugal. En quel lieu, grand Dieu, devais-jc admirer un tel exemple c'est auprs d'une des merveilles de la nature dont l'immensit m'avait fait connatre la petitesse des peines de l'humanit, que je voyais, sous l'aspect de la dtresse et entoure de tous les attributs de la pauvret, la seule flicit relle laquelle rhonnne doive aspirer sur la terre. Providence ineffable! me suis-je cri en moi-mme, tu accordes la paix de l'me, la rsignation dans les contre-temps l'imprvision des fatales consquences de la misre, les plaisirs purs de l'amour et de la tendresse filiale l'homme simple et obscur qui, ballot par le malheur, tablit comme les oiseaux du ciel son nid au milieu des arbres, et tu glisses le souci, l'ambition dans le cÂœur de riiomme opulent, en faisant de son palais la demeure de l'goisme, de la perfidie et de la haine. L'heureux mnage m'a expliqu comment il avait pu raliser une navigation dans le lac Ontario. Ils avaient plac dans l'intrieur les roues et l'escalier, dress la llchc et une perche semblable sur le toit

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AUX ETATS-UNIS. 307 €11 guise de mut, pour hisser les voiles confies aux soins du mari ; la femme, laissant les dispositions ncessaires l'enfant qui faisait la cuisine, dirigeait par les deux fentres latrales les cordes du gouvernail. Cette singulire machine n'a pas plus de 15 pieds de long sur 6 de large; elle est divise en deux pices intrieures par un rideau, qui spare la chambre de la cuisine et de la salle manger : sous le plancher, il y a un espace consacr garder les provisions les outils, la voilure les cordages, quand on ne navigue pas. De retour l'htel, j'ai vu regret les prparatifs du dpart. Je demeurerais ici trois ou quatre mois pour donner mon me l'aliment savoureux des fortes sensations : cependant je ne puis oublier mes devoirs d'employ espagnol. Je dis donc adieu aux cataractes du Niagara les yeux mouills de larmes, car j'aime ce sublime spectacle qui me donne de sublimes leons, me fait participer des joies pures, adoucit mes sentiments et verse dans mon me le baume de la paix.

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308 cisa MOIS Cliapifrc VII< Retour du Niagara. — Bufalo. — Attentions des Amricains pour leurs enfants. — Avon. — Valle du Gnesse. — Ferme de M. Wadsuorlh. — Ktat de ragiiculture. — Auhurn. — Visite la Pnitentiaire. — Syracuse. — Situation des salines. — Effets de Tintemprance. — Diminution de la consommation de Teau-de-vie. — Influence des socits de temprance. — Vues du canal. — Fermes d'Albany. — NewLehanum. — Visite aux Quakers danseurs. — Situation de cette secte. — Son industrie. — Northampton. — Elucatiou des vers h soie. Bufalo 2 aot. Nous sommes partis liior mkli du Niagara, par le chemin bas qui longe la clo fleurie du Canada; j'ai tourn continuellement la tte, et j'ai senti mon cœur se serrer mesure que s'loignait le bruit de la cataracte, dont j'accueillais les faibles clios comme les adieux d'une matresse. Quand je n'ai plus rien entendu je n'ai pu m'empchcr d'prouver un sentiment de solitude et d'abandon, comme si j'eusse craint de retourner dans ce njonde sans son gide. Pendant les trois jours que je suis rest sous son inlluence et comme ideiUili avec son immensit je

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AFX r.TATS-UNIS. 309 nie suis cru nu-dcssns des peines cl des chagrins. Mais main tenant que je n'aperois plus cet aspect grandiose fyic je n'entends plus ce bruit terrible, mon Ame, qui chrit les sublimes sensations dignes de sa noble orii];ine et de son immortelle destine, se laisse abattre par l'ide d'impuissance; et ni les bords verdoyants de la rivire, ni la campagne maille du Canada n'ont pu m'arracher mo!i abattement mlancolique. A Waterloo, nous avons travers le Niagara sur une barque (liorse-hoat) dont les rames taient mises en mouvement par des chevaux. De l'autre ct, nous sommes entrs dans une voiture qui pouvait contenir trente personnes et qui a t trane par un seul cheval sur le chemin de fer parallle au fleuve. Nous sommes arrivs Bufalo ville rebtie comme par enchaniement depuis le terrible incendie qui la rduisit en cendre en 1814, et descendus dans le bel et grand htel de l'Aigle, o nous avons trouv M. Chevalier qui nous avait quitts au moment d'arriver Niagara. J'ai parcouru avec admiration quelques endroits de cette cit, situe sur le lac ri et au commcnceuient du canal de New-York conduit des richesses de l'ouest. Nous avons t au thtre qui, bti en trois mois, a t ouvert il y a peu de jours. Il est beau dcor avec lgance clair au gaz au moyen d'un petit appareil tabli exprs. 26.

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310 CINQ MOIS Avon 3 aot. Hier matin nous avons quitt Bufalo o nous avons laiss M. Chevalier, qui se prpare poursuivre son voyage jusqu'au Canada et retourner NewYork par le lac Cliamplain. Je l'accompagnerais volontiers, si le temps ne me pressait. Nous nous sommes spars de cet excellent monsieur, qui a eu nulle attentions pour nous pendant le voyage et qui je dois en particulier la connaissance d'une foule de personnes instruites. Nous avons suivi le chemin bas par le comt de Gnesse, traversant les jolis villages de Williamsville Batavia et Caldonie. Batavia semble s'lancer de terre, par sa propret et la joie qu'elle respire. Un mnage amricain a pris place avec nous dans la voiture, menant un enfant beau comme un ange et d'une docilit qui nous a enchants. Ces qualits assez communes ici, sont un reflet de l'extrme douceur des mres. Pendant nos courses souvent en contact avec des enfants (car les parents les tranent partout), nous n'avons pas eu de motifs de nous plaindre de leur socit ; et nous n'avons jamais vu une amricaine, je ne dis pas frapper ces prcieuses cratures, ce que je considre comme une cruaut, mais mme se Aicher contre eux. Quand l'enfant fait une faute, efTet de la vivacit et de l'inexprience de l'ge, la mre entame une longue conversation fait des ob-

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AUX TATS-UNIS. 31 l servalions sur les consquences qui rsultent d'une mauvaise action lui prouve d'une manire claire et la porte de son intelligence que le plus grand prjudice retombe sur lui. Puis elle raconte une fable ou un conte analogue la circonstance : l'enfant coute les rflexions de sa mre avec attention, et quand elle le juge convenable elle met fin la conversation par un doux baiser. Comme tous ceux de leur ge, les enfants amricains fout beaucoup de questions et les mres ne manquent jamais les satisfaire en mlant propos leurs rponses une foule de remarques et de petits faits dont elles ont recueilli un ricbe rpertoire, dans le systme d'ducation qu'elles reoivent aux sminaires et dans les lectures. Ces conversations avec l'enfance doivent tre une source inpuisable des plaisirs qui font de la vie domestique le centre de l'existance de la femme amricaine. Arrivs Avon dix heures et demie du soir, par un froid dsagrable, les deux grandes auberges se sont trouves remplies de voyageurs, et peine avonsnous pu obtenir une chambre pour passer la nuit. Ce matin j'ai couru les champs, qui sont assez bien. J'ai aperu pour la premire fois une charrue versoir de bois, renforc d'une plaque de fer; car, je n'en avais encore vu qu'en fer fondu. On se sert gnralement de l'grnoir dont le modle est Washington dans le bureau des brevets : il parat runir plus d'avantage que les autres et ressemble celui de B. W.

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312 CINQ MOIS Bills deMount Morris, brveti; au mois de fvrier de celte anne. On emploie encore une fort petite charrue dont j'ai pris note aux environs d'Alhany. Elle est sans versoir, a le soc en pointe arrondie et incline sons un ani^le de 45 degrs. Elle sert comme cultivateur entre les lignes plantes. Je me suis dirig vers les eaux minrales, analyses par le docteur John W. Erancis {Ammcan Jiail-Road y journal aiigust. y 25, 183-i); le mcanisme qni sert extraire l'eau du puits et remplir la fontaine, est assez curieux. 11 consiste en une pompe mue par une petite roue dispose de manire que l'excdant de l'eau de la fontaine la fait tourner. Ellle est comme l'on voit mise en action par la mme eau qu'elle extrait : l'appareil peut valoir 5 4 piastres. Gnessce 4 aot. Sortis hier une heure et demie d'Avon nous avons t Gnesse, o j'tais attir par le dsir de connatre quelques-unes des grandes fermes de culture et de btails; et j'avais danse hnt, pendant mon sjour New-York, demand mon ami I). Leonardo Santo Suarez, une lettre de recommandation pour M. Wadsworlh, riche propritaire de ces lieux. Le voyage a t des pins agrables : varit de vastes paysages riches piairies couvertes de troupeaux, bois touffus, vergers charmants,

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ArX TATS-UNIS. 313 champs dors par les moissons ; des villas dont les blimenls jaunes et blancs ressortent sur le fond de verdure de la campagne ; dans le loinlain un horizon de colonnes de fume qui s'lvent des forls incendies comme signes du progrs de la popuhjlion ou prcurseurs de la culture, tel est le tableau qu'offre la valle dlicieuse de Gnesse, vue de la hauteur qui domine le village. Aprs dner, j'ai t chez M. Wadsworlh, qui ne se trouvait pas chez lui, mais j'ai rencontr son fils M. Williams, qui m'a dit avec politesse : Mon pre, qui vous aitend depuis quelques jours ne tardera pas revenir de la promenade avec ma sÂœur Elisabelh. A peine avait-il prononc ces paroles, qu'en effet tous deux ont paru et m'ont fait l'acceuil le plus cordial. M. Wadsworth est un vieillard d'un aspect noble et vnrable dont la bont est peinte sur la physionomie; la demoiselle, jeune et jolie, est l'image de la navet et de la douceur. Ds qu'elle a su que ma femme m'accompagnail, elle m'a demand la permission de llnre toilette et d'aller auprs d'elle. Aujourd'hui, aprs djeuner, j'ai commenc mes excursions avec M. Williams, jeune homme d'un caractre aimable, qui se consacre l'agriculture comme son respectable pre. iNous avons visit M. Piffard propiitaire instruit et laborieux qui demeure trois milles, parcouru les champs des environs, les fertiles praiiics de M. Wadsworih, les

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314 CINa MOIS habitations tic ses travailleurs, les lables de ses troupeaux, la vacherie, la laiterie, et toutes les dpendances de cette belle proprit. De retour la maison et pendant la soire, nous avons tenu diffrentes conversations dans lesquelles le pre a dploy ses connaissances agronomiques et la fdle toute son instruction. Pour se distraire dans la solitude de la campagne, qu'ils habitent au printemps, cette demoiselle a fait un herbier de jolies plantes. Elle parle trs-bien le franais et rend sa beaut plus intressante encore, par la bont anglique de son me et la tendresse dont elle entoure son pre ; c'est pour ce respectable vieillard un ddommagement de la perte de son pouse. Gnesse possde trois coles communales, outre celles du dimanche, diriges par les prtres et plusieurs demoiselles, dont quelques-unes qui demeurent une certaine distance, restent dner au village, pour ne pas priver leurs lves de la classe du soir. Des professeurs viennent alternativement donner des leons publiques pour lesquelles ils reoivent une rtribution forme par des souscriptions volontaires, parmi les familles aises : on y fait des cours de gographie, de chimie de mathmatiques; et rcemment une demoiselle y a donn des leons d'histoire. Ici TinsIruction se rpand partout, et les plus humbles hameaux sans collges ne sont pasprivs de renseignement des sciences.

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AUX ETATS-UNIS. 315 5 aot. Nous sommes encore aujourd'hui au milieu de Taffcclueuse amiti de la famille WadsNvorth. Le pre m'a montr plusieurs mriers multicaulis; il a essay d'lever des vers soie, que nous avons vus ce soir. Le jardin et le verger contiennent une grande varit de fruits exquis et de fleurs rares, cultives par mademoiselle Elisabeth. Pendant la promenade, j'ai eu mille fois l'occasion d'admirer l'ordre qui rgne dans cette proprit, ainsi que dans l'intrieur de la maison. L'on y respire dans un atmosphre de bien-tre, de paix, d'amour paternel; je la regarde comme la demeure du vrai bonheur. Tout y est simple, commode et propre : les meubles, le service, la table rpondent la fortune du matre et son bon got ; cependant on n'y voit ni luxe, ni ostentation, ni vanit. Tout y est bien et d'accord avec les douces passions de ceux qui l'habitent; et cette sainte harmonie m'apprend qu'il ne peut y avoir rien de mieux. La position de la maison ajoute la douceur de la vie qu'on y passe. Elle se trouve une extrmit du village, au milieu de vergers et de jardins, et domine l'ouest les riches vallons du dlicieux Gnesse o paissent les troupeaux, elles champs peupls de travailleurs qui se trouvent heureux d'tre sous la protection paternelle de leur vnrable matre. L'agriculture et ce qui la concerne tel est l'objet

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316 eiNa mois (le la conversation de M. Wadsworlh avec les personnes qui viennent le voir; il possde une bibliothque bien assortie d'ouvrages scienliliques, d'histoire, de voyages et d'conomie politique qu'il aime beaucoup. INous sommes alls voir les essais d'ducation de vers soie. Quand la calche est passe devant le cimetire, ce respectable vieillard m'a pris la main et l'a pose sur son cÂœur, en me faisant un signe de ses^eux, mouills de pleurs; j'ai compris que c'est dans ce sjour de la mort que reposent les restes de sa tendre pouse, digne mre de l'aimable Elisabeth!... Je n'ai pu retenir mes larmes en considrant que ce vieillard si bon, si vertueux, avait aussi bu la coupe amre du malheur, et que sa belle me n'tait pas exempte de peines. Pauvre humanit!... Les vers soie se trouvaient leur dernier ge, et plusieurs fdaient; j'ai dit la femme qui les soignait que la nourriture n'tait pas suffisante : ce qui donnait aux cocons une certaine mollesse. Elle avait entendu dire que l'excs d'aliment rendait le ver malade. Du reste celle ide est rpandue dans d'autres endroits o l'on l'ait de petits essais ; si cela est vrai pour le premier ge, cela ne l'est pas pour le dernier, o il faut l'insecte le plus de dveloppement possible et par consquant autant de nourriture qu'il veut en prendre.

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AUX LTATS-iMS. 317 6 aot. Etant rest trois jours en rapport avec des personnes instruites, j'ai eu la facilit de connatre Ttai de l'agriculture dans ce territoire. Je vais en transcrire les principales donnes. On cultive le bl, l'avoine, l'orge, le seigle, le mas, les pommes de terre et les pturages. La culture du bl est la plus rpandue et la plus productive. M. AVadsworth croit avec d'autres agriculteurs, qu'on obtient les meilleures rcoltes dans les terrains calcaires : cette opinion parat tre contirme par les exemples de cette valle et de la Virginie. On a fait des remarques fort intressantes sur la nature de ces sols, dans un mmoire rcemment publi comme supplment au Fariner Rccfislcr. La production minime du bl est de 25 boisseaux par acre, contenant chacun 05 livres de grains. Le maximum, dans quelques localits privilgies monte jusqu' 45 boisseaux. On sme en septembre et la semence reste dans la terre jusqu'au printemps d'aprs; la moisson a lieu au mois d'aot et le champ se repose jusqu' l'anne suivante, de sorte que l'on n'obtient qu'une rcolte tous les deux ans. Quelques fermiers ontintarcal depuis peu de temps une semence de Irlle entre deux de bl ; d'autresenterrent en vert unercolle de cette lgumineuse pour amender leurs terres, pratique dont on espre tirer un trs grand avantage. 27

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318 CINa MOIS L'avoine est raliinciit gnral des chevaux, et sa production est de 50 boisseaux par acre; on la rcolte tous les ans, alternant, sur le mme terrain, une semence d'avoine et une de mas. L'orge n'a t introduite que depuis peu, et M. PifTard en a obtenu d'excellentes rcoltes les quatre dernires annes. Le seigle est trs-peu cultiv. Les fermes ne se composent gnralement que de prairies; le rapport entre le terrain destin aux pturages et les animaux nourris est d'un acre par bÂœuf et de deux par vache. Le trfle rose et blanc le Iriticiim rcpcns et les deux gramines appeles ihmolhij grass (phleum pralense) alred-lop (agrostis stricta), sont les espces les plus conmiunes. La premire se trouve dans tous les champs de trfle, la seconde est considre comme une nourriture excellente pour engraisser les bestiaux. Les champs sems une fois et moissonns annuellement se conservent en tat de production pendant vingt, trente, et quelques-uns jusqu' quarante ans. M. Wadsworth a fait l'essai d'une machine moissonner dont j'avais vu le dessin dans un numro du Farmer de ISew-York ; elle est monte sur un char et trane par deux chevaux; mais M.Williams m'a dit qu'on l'avait abandonne parce qu'elle n'offrait pas les avantages que faisait esprer son inventeur. Il y a certaines choses que la main de l'homme seule peut bien excuter. Dans l'agriculture comme dans les arts, l'exercice des machines ne peut s'appli-

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AUX ETATS-rNIS. 319 quer avec grand succs, quand les mouvements exigent une modification irrgulire et alterne, dans la force ou dans la direction selon les obstacles et les rsistances. Je crois que le travail du moissonneur se trouve dans un cas semblable. Pour remuer le foin dans les champs, Ton se sert d'un cylindre de huit neuf pieds de long et de trois de diamtre, hriss de dents de bois de sept pouces, lequel est suspendu une espce de char tran par un cheval et reoit un mouvement rapide de rotation au moyen d'un pignon qui engraine la circonfrence d'une des roues. Celles-ci ne sont pas places l'extrmit du mme essieu; et l'une se trouve au bout du cylindre et l'autre plus avant, pour engrainer avec le pignon qui est l'autre extrmit du cylindre. On emploie dans celle ferme diffrentes charrues, dont la forme est tout ordinaire. Quelques-unes ont un grand versoir de bois recouvert de plaques de fer et pourvu d'un fort contre vertical dont on ne se sert qu'une seule fois dans les terres o il y a beaucoup de racines. Pour ramasser le foin et le mettre en tas, on se sert d'un grand rteau que j'ai dj vu aux environs d'Utique; celui-ci a un double rang de dents, de sorte que quand on en fait tourner un pour dposer l'herbe qu'il a recueillie, l'autre continue l'opration sans que l'animal s'arrte. Une paire de bÂœufs coule de 70 80 piastres et

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320 CINQ MOIS une paire de chevaux de labour 120. Les gages d'un valet de forme se paient raison de 12 piastres par mois avec le logement et la nourriture; mais dans le temps de la rcolte, on prend des hommes la journe, pour 10 et 12 schellings. Un bon ouvrier moissonne 5 acres de terre par jour, mais gnralement deux hommes ne moissonnent et ne lient les gerbes que de deux acres. L'tendue moyenne des fermes est de 100 120 acres, dont 50 ou 40 en bois, leur service exige deux bÂœufs et deux chevaux, sous la conduite de deux hommes. Les fermes de M. Wadsworth sont si considrables, qu'on en compte les acres par plusieurs milles. Celle de M. Williams en'a mille et se trouve dans une prcieuse situation avec la laiterie et la fabrifjue de fromage, presque au centre d'une valle pittoresque que traverse un bras du Gnesse. Le produit d'une vache quivaut 12 ou ;1 5 piastres par an. Les veaux et les bÂœufs vendus pour la consommation donnent une rente presque gale avec moins de travail. Quant au fiomage, le produit des vaches se monte trois cents livres par an. On donne du sel une fois par semaine tous les animaux, on fait usage du pltre dans les champs de trfle, raison d'un boisseau et tout au plus d'un et quart par acre. Les effets en sont surprenants. On connat l'influence bienfaisante de la marne, et c'est cet engrais que les terres du comt doivent leur fertilit. Plusieurs mmoires font mcnlion des bons rsultats que l'on en a obtenus

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AUX ETATS-UNIS. 32! dans la Virginie o l'on avait oubli depuis plusieurs annes cette ancienne pratique des premiers colons. Le pri.'^ des terres est aujourd'hui de iO 60 piastres l'acre. Quelquefois les forts ont autant de valeur que les terrains cultivs cause de l'emploi des bois utiles qui y vgtent; l'intrt que les propritaires retirent de leurs fermes est trs considrable, puisqu'il dpasse dix: pour cent. M. PifiU'd, qui dirige sa proprit, retire jusqu' 15 pour cent, et m'a parl d'une ferme achete il y a 4 ans au prix de 60 piastres l'acre qui a dj rembours capital et intrts. Cet accroissement de richesses provient en grande partie de l'ducation des moutons mrinos, dont le produit est valu chaque anne 3 livres par tte; la laine se vend dans les marchs de Boston et de NewYork raison de 70 centimes la livre. Le croisement de la race espagnole avec la saxonne dans ce pays, a contribu amliorer la dernire en diminuant la vigueur de la premire. AL PifTard emploie, pour grainer le bl, un grnoir cylindre commun, mais dont les dents, cloues vis, peuvent tre remplaces avec facilit; de plus la position de l'essieu du cylindre est fixe, tandis que le plan concave est le seul mobile graduellement. Cet agronome distingu a soumis aussi une modification avantageuse le mcanisme qui sert mettre en action l'grnoir et l'ventoir et fait suivre aux quatre chevaux une marche i^ale. Cette disposition ing27.

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32 ciNa MOIS nieiisc est applical)le loules les machines mues par (les animaux allels aux extrmits de leviers horizontaux. Il serait piquant de voyager dans l'intrieur des tats-Unis, pour tudier les inventions particulires des habitants de la campagne; isols et manquant des moyens ncessaires, les paysans ont souvent recours aux efl'orts de leur gnie. Les pages de mon album sont couvertes de croquis de mcanismes simples, recueillis en passant dans nos excursions rapides. Cela me prouve l'esprit inventif de ces gens l leur tendance vers le progrs et leur mpris pour toute routine. Bien difrent du laboureur europen, l'Amricain pense et discute en cultivant : il lit beaucoup, reoit les journaux d'agriculture et d'conomie rurale, qui circulent en grand nombre dans les fermes, apprend les nouvelles dcouvertes et nourrit ainsi son got de la science de la profession. Le soir, la famille du respectable M. Wadsw'orlh ressemble une socit amicale d'agriculture. Rochcslcr, 7 aoiit. Hier aprs-midi, nous avions dpens nos moments sur le gazon, devant la maison de nos estimables amis, au milieu de la franche cordialit qui ferait de ce mon(!e un paradis leneslre, si eUe pouvait unir tous les hon;mcs. (.cite dcrniie scne a lendu

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AUX r.TATS-lJNIS. 323 no5 adieux plus pnibles encore et nous avons fini par nous promellre de nous voir ce matin. Mais cela n'a servi qu' augmenter l'attendrissement. A notre sparation, nos yeux ont pay un tribut la douleur : nous avons pleur en nous embrassant, comme si notre amiti et commenc avec la vie. Auburn 9 aot. Partis hier de Rochester huit heures du matin, nous avons dn vers dix heures Cunandaiga ; de l nous sommes alls Genve que nous avons travers deux heures, et nous sommes arrivs ici dix heures du soir. Le soleil allait se coucher quand nous sommes passs par celte jolie ville dont le nom europen rveille tant d'ides. Je ne saurais dcrire le lac au moment o l'image vacillante du soleil se peignait dans les flots, les forts sombres et silencieuses, vues la chute du jour, les campagnes renaissantes la lueur du crpuscule, et le lac Cayuga au reflet de la lune. Je me souviens qu'un voyageur mexicain (1) a racont que les rives romantiques de quelques lacs lui inspirrent un vhment dsir de vivre la campagne; mesure que je traverse les campagnes riantes quiavoisinentles lacs de Cunandaiga, Seneca et Cayuga (1) Don Lorcnzo Zavala, clans son Voyage aux Etats-l'nis ^ ouvrage crit avec une noble impartialit, et oxi l'on trouve des documents fort intressants.

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324 CINQ MOIS aux licurcs silencieuses du soir celle ide se prsenle mon esprit avec loules les sduclions d'une existence heureuse. Une pense vient toujours se placer ct des tableaux que j'aperois dans mes voyages et qui leur donne une teinle magique : je suis convaincu que les habitants de ces rgions fortunes sont heureux. Celle pense si consolante ne se prsenie presque jamais l'esprit de celui qui parcourt les campagnes europennes, o la misre, l'arbitraire et le fanaslisnie, remplissent d'amerlume la vie du malheureux mortel qui mme au milieu de la relraile silencieuse des champs ne peut se soustraire la fatale influence des instilulions vicieuses. Avant de visiter la pnitentiaire, j'ai pris note de certains instruments agronomiques. Quelques grnoirs ont le cylindre en squelette mais les barres de la monture sont de bois et recouvertes de plaques de fer. Ils sortent de la fabrique de (iraffet Townsend de Genve, et cotent 150 piastres avec le mcanisme de roues dentes. Ceux de Little Falls, construits par Fox et Borland, du mme prix, ont le cylindre en bois recouvert de plaques de fer ; leur plan concave repose sur quatre ressorts en spirales, disposs extrieurement deux de chaque ct : ce qui permet aux pis de passer quand ils s'amassent sans que la machine coure aucun risque et sans qu'elle bronche dans ses mouvements. On en fait aussi Auburn, chez Burges et Hyde, successeurs de E. Patchen.

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AUX ETATS-rNIS. 325 La prison (rAn])urn commence en 48IG est la premire o le rgime pnitentiaire a t introduit Les essais furent funestes dans l'origine, car on avait adopt le systme d'isolement absolu dans les cellules sans les occupations manuelles. L'exprience convainquit de la ncessit de joindre le travail la rclusion et au silence, bien que les prisonniers fussent spars dans des cellules, comme Philadelphie, et que l'isolement ne dt exister que pendant la nuit, car on les runissait dj dans les ateliers pendant le jour sous la rgle d'un silence svre. Tel est le rgime d'Auburn adopt avec de lgres modifications dans toutes les pnitentiaires des tals-Unis, except en Pensylvanie, o l'autre est rigoureusement observ, comme je l'ai dit en dcrivant la maison de Cherry-Hill aux environs de Philadelphie. Ds le principe la cellule tait occupe par deux prisoimiers, mais celte mthode a t abandonne quand la construction des nouveaux btiments a permis de donner un cachot chacun ; c'est alors qu'a vritablement commenc l'application du systme pnitentiaire. L'aile du nord, dispose en forme d'querre, fut termine,en 1822 ; elle contient G50cellules spares, sur cinq tages, et est ceinte d'une galerie spacieuse. En 1832, la lgislature accorda la construction de l'autre corps cellulaire au sud; celui-ci contient 220 cachols; il fut termin et occup ds les

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826 ciNa MOTS premiers jours de 1833. Celle partie de Tdifice peut servir de modle pour sa solidit et sa simplicit, la ventilation et la clart, etc. II renferme cinq tages de cellules, 44 ou 22 de front dans cliacun de il pieds de long sur 3 pieds 6 pouces de large et 7 pieds de hauteur. Entre l'difice cellulaire et les murs extrieurs rgne une galerie de 13 pieds de large. Les escaliers sont soutenus par des piliers de fer fondu. Dans tout cet difice, on n'a employ d'autres bois que les planches du parquet des corridors que l'on a poses sur des plaques de fer. Le btiment a cot 12,376 piastres, ce qui revient 52 piastres 2 raux pour chaque cellule. Oncile celle construction comme la plus conomique qui ait t faite en ce genre aux tals-Unis. Les ateliers occupent un grand espace, et sont consacrs plusieurs sortes de professions, que je notais mesure ; 1 barils, cuves, montures de toute espce d'outils de charpentier, manches; 2 scierie de marbre; 3 tissage de coton; 4 cordonniers et bottiers, mtiers de bas de laine; 5 pendules de chemines; () tailleurs; 7 chaudronniers; 8" serruriers, divers ouvrages de fer, fonderie; 9 ouvrages d'caill et do corne, comme peignes, coibeilles, etc.; 10" fabriques de tapis; 11 tours filer le coton ; 12" bnislerie, lits, canaps; 13 chaises en paille et en crin; 14 sellerie, ornements accessoires. Vous trouvez dans chaque atelier un garde et l'agent de l'entre-

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AUX ETATS-UNIS. 327 preneur qui se charge de recevoir un prix stipul, l'ouvrage des dtenus : ou y observe le silence le plus rigoureux ; et afin que le directeur puisse sans tre vu exercer une vigilance constante sur les prisonniers et les employs rarchilecte a mnag tout autour une galerie secrte avec petites ouvertures d'inspection dans la cloison. J'ai parl de ce systme en dcrivant les ateliers de la pnitentiaire de Maryland, Pour conserver la discipline on fiut usage du fouet ^ comme Sing-Sing, mais le cas est rare. Le directeur croit que ce chtiment est aussi indispensable, que l'autorisation discrtionnelle qu'ont les employs subalternes de l'infliger, ncessaire pour le maintien de l'ordre. Le dpartement destin l'autre sexe renfermait 25 prisonnires, occupes diffrents travaux, sous l'inspection d'une surveillante. Le systme pnitentiaire n'y est pas aussi exactement observ, parce qu'il est fort difficile de soumettre les femmes la rgle svre du silence et que l'difice n'offre pas en lui-mme le nombre de cellules ncessaires l'isolement pendant la nuit. F^n tablissant les grandes pnitentiaires, on n'a pas song aux femmes, cause du petit nombre de criminelles qu'il y a gnralement chez le sexe; de l vient que les quartiers qui leur sont consacrs sont ordinairement peu convenables, mal distribus el presque toujours provisoires. A Au-burn, on fait coucher quatre femmes par cellule.

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328 ciNa MOIS Ces cliambres, ainsi que les salles de travail, sont, au reste, fort troites, places un troisime tage, loignes du centre et servies par des hommes : ce qui tablit une communication prjudiciable. Les commissaires-inspecteurs de cette prison et ceux de Sing-Sing ont demand la construction d'un quartier pour les femmes dans les deux pnitentiaires, comme offrant plus d'conomie que celle d'une prison spciale spare. Nous avons parcouru l'infirmerie, oi nous n'avons vu que trs peu de malades, puis les cuisines et la chapelle. Tous les dimanches, 35 tudiants du sminaire font la classe dans l'oratoire plus de 200 condamns. Les jeunes professeurs assurent que leurs lves avancent rapidement, qu'ils sont dociles et appliqus. J'ai assist au prche et la prire du ministre; le recueillement religieux des dtenus la douceur de leurs physionomies, ont produit sur moi une profonde impression : je ne pouvais me convaincre que ces hommes fussent des criminels, et je me souvenais que la mme observation tait venue mon esprit dans les autres pnitentiaires de l'Union. Parmi les hommes que j'ai vus dans les cinq prisons que j'ai parcourues, pas un n'avait l'aspect froce et audacieux des condanms espagnols. Ils ont ici un air tranipiille, rsign humble : dans les ateliers, ils sont actifs; dans la cellule oi je les ai visites aux heures des repas et du sommeil, leur douceur et leur recueillement exci-

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AUX ETATS-UNIS. 329 tent la compassion ; dans le temple leur rsignation clirlienne a fait bnir ces institutions philantliropiques, filles d'une socit morale et religieuse. Je dois dire que les tats-Unis fournissent peu d'exemples de ces grands crimes et de ces atrocits qui supposent un abandon total et la perversit de l'me. Les dlits les plus communs sont des vols et des attentats commis dans l'ivresse le plus souvent par des trangers; les journaux annoncent rarement des cruauts, et lorsque cela arrive, le peuple n'est pas avide d'en lire les dtails et ne court pas avec joie assister aux spectacles sanglants de la justice. On sait qu'il y a des tats o la peine de mort a t abolie, et que d'autres en ont limit l'application fort peu de cas que tout le monde regarde ce supplice avec peine et la niasse des habitants avec horreur. Ces ides sont le rsultat de l'ducation, du caractre pacifique et des sentiments religieux de la nation amricaine. Ma visite la chapelle, pendant les offices, m'a suggr des ides qui me conduiraient trop loin; une scne plus pathtique encore a excit en moi de nouvelles rllexions. Pendant que les prisonniers rentraient dans les cellules, le ministre fiiisait une prire. IMac dans un des coins du grand difice, il s'adressait plus de 800 criminels appuys sur les balustrades des vastes corridors, au moment o ils allaient mditer, dans le silence et la solitude la plus abso^ 28

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^I9# ciNa MOIS lue, sur les maximes consolantes qu'ils venaient d'entendre. Le surintendant, M. Levi Lewis, m'a accompagn avec la mme bont qu'il nous tmoigna il y a quelques jours mon passage avec M. Chevalier. 11 a pouss la complaisance jusqu' me permettre de copier les plans et les dessins de la maison occupation qui m'a pris une bonne partie de la journe. Ce monsieur m'a fourni divers rapports o j'ai trouv les donnes suivantes sur les recettes les dpenses et le rgime de cette clbre pnitentiaire. A la fin de septembre 1855 on y comptait 81 1 prisonniers, et durant les douze mois qui suivirent jusqu'en septembre 1854, il en entra 258 : total, 1,069. Pendant la mme poque, il en sortit 155 pour fin de peine, 55 par grce, et 18 moururent : total, 220: lequel, dduit du nombre prcdent, donne pour la fin de septembre 1854, 845 dtenus. D'aprs le rapport des inspecteurs publi au commencement de cette anne pour 1854, on ne comptait la fin de dcembre que G49 condamns, parmi lesquels 565 blancs, 57 de couleur; 17 femmes blanches, et 10 de couleur. Les frais se sont levs, cette mme anne, 50,628 piastres, dont 11,185 ont t destines aux traitements des employs, 5,222 aux gardes, 15,587 aux provisions, 5,650 l'habillement, 2,550 au combustible et l'clairage, eic. Soat comprises dans celle

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AUX TATS-rNlS. 331 somme, 10,000 piastres, pour ouvrages et rparations. L'entretien de la pnitentiaire s'lve 42,229 piastres, et le produit du travail des prisonniers 47,724 : ce qui offre un excdant de 5,495 piastres. De 747 prisonniers crous au mois d'aot de la mme anne, 205 n'avaient reu aucune ducation et ne savaient pas mme lire, 511 fort peu ; 221 avaient assist aux coles communes, 8 aux acadmies, et 4 seulement aux collges. Considrs sous l'aspect de la boisson 287 taient profonds ivrognes 274 un degr infrieur 177 modrs et 9 ne buvaient pas d'eau-de-vie. Sur ces 747 448 avaient commis leurs dlits sous l'influence des liqueurs. D'aprs les rapports de l'aumnier, qui examine avec som la conduite antrieure et l'tat de l'instruction des prisonniers, il rsulte que la majeure partie sont compltement ignorants, et que si quelques-uns ont bris avec les prceptes de la religion le plus grand nombre en ignoraient les maximes et les principes. Sur plus de deux mille, trois seulement avaient assist aux coles du dimancbe. La proportion des bommes maris et des clibataires condamns est de beaucoup plus forte pour ceux-ci dans les pnitentiaires que dans la socit. J'ai dj parl, quelque part, de la circulaire du surintendant de la prison d'Auburn, au sujet de la question des travaux des condamns, et des rponses qu'on y a faites. Quant la conduite des dtenus dans

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332 ciNii MOIS le monde une fois aprs Texpiralion de leur peine il rsulte que, sur 288 individus dont on connaissait la rsidence, io-4 offraient l'exemple d'une rforme complte, 45 d'un notable amendement, 59 taient passablement corrigs, et 5 seulement dans le mme tat qu' leur sortie. L'ordre et la propret qui rgnent dans celte maison sont vraiment admirables, et contribuent puissamment conserver la sant des prisonniers. D'aprs les rapports que j'ai sous les yeux le nombre de ceux qui ont t soigns l'infirme! ie, ou dans le reste de l'difice, pour de lgres indispositions, est de 2 i/2 sur cent. La moralit est de 1 et neuf diximes sur cent. Les frais d'infiiuicrie ne s'lvent qu' 900 piastres. La nourriture se compose de 8 onces de porc ou 12 onces de vache sale, de 10 onces de farine de seigle, de G onces de farine de mas, deux livres et demie de pommes de terre, et, par chaque cent rations, de deux mesures de petits-pois, d'une demi-livre de poivre, de mlasse, de sel et de vinaigre en proportion : un jour de la semaine on donne de la viande frache, et les autres six jours de la viande sale et du porc allernalivenient. Les repas ont lieu au rfectoire. Sur 2,400 prisonniers environ crous dans celte maison depuis son tablisseuicnl, on compte 500 trangers criminels, pour intemprance, ignorance ou mauvaise ducation. Sous le rgime d'Auburn le

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AUX TATS-UNIS. 333 prisonnier est oblig de travailler toujours; la discipline ne lui accorde pas de temps pour s'occuper son bnfice, et former un pcule qui puisse lui servir subvenir aux premires ncessits de sa sortie. Ce systme svre est adopt dans les autres pnitentiaires, except dans celle de Baltimore parce que l'on a reconnu qu'il tait dangereux de laisser de l'argent la disposition du dtenu. Mais quel inconvnient y aurait-il ce que ces malheureux pussent gagner une petite somme qui les mettrait mme d'viter les conflits d'une position avantageuse, pendant les premiers jours o, sans relation et sans travail ils reviennent dans la socit? On devrait tendre les bienfaits des banques de secours {saving banlis) si rpandues dans l'Union, aux prisonniers des pnitentiaires, aux jeunes gens des maisons de correction et aux pauvres des hospices; donner ces infortuns les surintendants et les directeurs pour tuteurs et destiner une caisse de prvoyance le produit du travail qu'ils font au-dessus de la taxe ordinaire plac intrt compos. Il me semble que ce serait encore un acte de justice, de consacrer au mme objet les sommes que les pnitentiaires encaissent comme bnfice net, aprs avoir couvert les dpenses, les frais de nourriture d'entretien et d'enseignement. On pourrait distribuer l'intrt de ces fonds en l'ajoutant ce qui revient chacun comme une fraction de gains gnraux dus l'industrie de tous, rservant 28.

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334 cTNa MOIS toutefois la maison une partie aliquole, proportionnelle aux services qu'elle rend. En sortant j'ai remarqu dans la salle du surintendant une certaine quantit de soie en rame, que Ton avait achete pour substituer les nouveaux travaux ceux que Ton y a faits jusqu'aujourd'hui, en excution de la loi dont j'ai parl. Syracuse, 10 aot. Je suis venu visiter les salines et prendre quelques notes ce sujet; car mon premier voyage INiagera,jene lsai vues qu'en passant. Les formations de sel de la rgion septentrionale de l'Amrique, s'tendent depuis les monts Alleghanys jusqu' la mer Pacifique, entre le 31 et 45" de latitude nord. Dans ce vaste espace on a trouv plusieurs fois le sel en roche, mais le plus souvent l'tat liquide. Les sources qui appartiennent au New-York, sont dans les comts de Onondaga, Cayuga, Sneca, Ontario, Niagara, Tompkins, Waync et Oneida. (^'est par l'bullition que l'on concentre la dissolution saline aux tablissements de Syracuse. Ils renferment chacun dix-huit ou vingt chaudires de la capacit de 120 gallons, ranges sur deux fdes au-dessus d'un fourneau de maonnerie, afin d'en faciliter le service. Au-dessous et trois pieds de distance du

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AUX TATS-UNIS. ) 335 plancher, est un grand feu sans cesse aliment avec du bois. Dans deux de ces fabriques, on obtient le sel par l'vaporation qui se fait l'air chaud avec des tuyaux. Le rservoir de la saline principale peut contenir 40,000 gallons et le tuyau qui le traverse est chauff par un fourneau intrieur. L'eau est extraite des puits au moyen d'une pompe qui la distribue aux tablissements des salines de Syracuse ; la quantit qu'on en tire s'lve environ 120,000 gallons par jour. Les rservoirs de bois, o le liquide subit l'opration prliminaire l'air libre sont si nombreux, et leur grandeur est telle que, placs sur une mme ligne ils occuperaient 30 milles de long. On compte 135 manufactures qui renferment 3,076 chaudires; la production annuelle du sel dpasse 30 mille barils. D'aprs les calculs de M. Poussin les salines des tats-Unis produisaient deux millions de hangas sans compter ce qui s'obtient par l'vaporation solaire sur les ctes de l'Atlantique; de plus l'imporlalion lrangre s'lve annuellement trois millions de^ hangas, ce qui porte la consommation totale plus de cinq millions. D'aprs les donnes rcentes que j'ai sous les yeux, la production de sel fabriqu dans le pays s'lve 5,500,000 boisseaux par an et l'introduction trangre 4,500 000. La valeur du sel gemme a t estime 2 millions de piastres, et celle des tablissements o on le fabrique 7 millions.

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336 CINQ MOIS Canal, 11 aot. Je reviens celte pacifique existence que Ton retrouve sur le canal, la manire daller la plus agrable et ia plus commode mon avis, qui ait jamais t invente, l^es voitures meurtrissent, les vaisseaux donnent le mal de mer, les bateaux vapeur fatiguent les chemins de fer permettent peine de prendre une note. Quelques personnes diront peut-tre que la navigation par les canaux est extrmement lente; mais qu'importe, si Ton peut utiliser le temps que l'on passe ne rien faire en voyageant par d'autres voies. J'ai crit plusieurs lettres mes amis de la Havane sous l'impression des magnifiques souvenirs du Niagara et des tendres motions du Gnesse. J'ai forme des extraits, recliii plusieurs dessins. A la nuit nous aurons fait 76 milles, car je ne m'arrterai pas Llique que j'aperois dans ce moment, mais au village de Ilerkimer ^15 milles del. 12 aot. J'ai trouv sur la table, parmi les nombreuses brochures que l'on a toujours sous la main dans cette contre, le numro de fvrier de V Americanquaterly temprance magane, qui contient des obser-

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AUX ETATS-TJfCIS. 337 valions fort importantes et qui m'a tlonn l'ide de passer quelques moments mettre en ordre les notes de mes tablettes. L'usage de l'eau de vie tait, il y a vingt ans, aussi rpandu aux tats-Unis que le tabac dans Tle de Cuba; et l'abus y tait si grand, que les excs et les crimes auxquels il donnait naissance avaient fait craindre aux bommes pbilanthropiques, les consquences fcheuses d'un vice qui, par ses dsastres, attaquait l'existence individuelle, l'industrie, l'instruction, la religion en un mot, et toutes les institutions civiles et politiques. La ville de Boston qui semble destine donner l'exemple utile des associations de bienfaisance a vu, en 1815, fonder la premire socit de temprance, dans le but de prendre tous les moyens directs et indirects qui tendent diminuer ce vice, en prsentant au public ses fatales consquences, en dmontrant ses inconvnients, en excitant l'esprit d'association qui semble produire des effets magiques sur les Amricains, et en assujettissant les membres de la socit la rgle svre de l'abstinence de toute liqueur fermente. Cette institution a produit de bons effets, celui surtout d'clairer l'opinion publique par ses crits et de la disposer la grande rforme qui se prpare aujourd'hui par la chaleureuse coopration de quantit de philosophes inscrits sur le catalogue des membres de la socit amricaine

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338 ciNa MOIS (le temprance tablie en 4826. Depnis lors il s'est form, aux Etats-Unis, plus de cinq mille socits (le temprance qui runissent plus d'un million d'individus, lis, engags par le mme devoir; l'on peut infrer de l quelle sera l'influence directe et morale de cette association nombreuse de personnes disperses dans les familles, dans les fabriques et les ateliers. Ds cette poque, on a supprim plus de deux mille fabriques d'eau-dc-vie, et ferm plus de six mille boutiques de dbitants. Dix mille ivrognes, chose extraordinaire, ont totalement abandoim l'usage des boissons ; 700 btiments marchands amricains naviguent sans qu'on y fasse usage d'eau-devie et l'quipage ne s'en porte que mieux quelque soit le climat qu'ils parcourent. De 95 btiments qui chaque anne quittent le port de New-Bedford dans le Massachusetts, 75 partent sans provision d'eau-devie ; et comme la suppression de cet article bord diminue les risques les compagnies assurent un prix moins lev. La diminution de l'entre des liqueurs fermentes est encore une consquence des efforts des amis de l'humanit. J'ai ici des donnes qui pourront la faire connatre. Dans les premiers mois de chacune des annes i 828, i829 et 1850, le nombre des barriques d'eau-de-vie entres au port de New-York diminiia de la manire suivante : 18,541 la premire anne, 15,560 la seconde, 5,061 la troisime. Dans la seule anne de

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AUX TATS-UNIS. 339 1828 1829, la consommation de New-York a diminu de 4,847,258 gallons 2,515,878. Au port de Frdricksburg, dans la Virginie, celle diminution a t depuis 1820 jusqu' 1850, de 126,275 gallons 58,950. Dans New-Hawen pendant le mme espace de temps, de 1,760 barriques 160 ; et la douane de Middletown, qui en 1828 avait reu 168,845 gallons, n'en a eu, les six premiers mois de 1850, que 4,000. La consommation des eaux-de-vie nationales a faibli considrablement. Ce fait est constat par la suppression d'une foule de fabriques et de cabarets. Quant aux tats du centre, on a calcul que la consommation du wisky avait diminu d'un tiers au moins; et l'importation des eaux-de-vie trangres, depuis l'existence des socits de temprance de 50 pour cent. On pourra juger de l'iniluence morale de ces institutions quand on saura que sur les 9 millions de piastres qui servent l'entretien annuel de plus de 15,000 prisonniers, plus de 6 mdlions sont consacrs ceux que l'intemprance a conduits au crime, et que 2 millions et demi sont rservs chaque anne secourir les pauvres rduits la misre par ce vice dplorable. Le numro de la revue que je lis, rend compte d'une excursion faite dans toutes les prisons, pnilenliaires et maisons de pauvres des comts du JNew-York dans le but spcial de voir combien de personnes sont entres pendant l'anne el quelle tait sur ce nombre

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340 CINa MOIS la proporlion de ceux qui s'abstenaient de la boisson des niodrs et des vicieux. Je ne puis faire un extrait de ce travail, car chacune de ces parties est digne d'observation; cela seul suffirait pour dmontrer la ncessit d'un prompt remde et rurgcucc de l'utile rsultat que se proposent d'obtenir les socits de tenq)rance. Dans les prisons et les hospices qu'on a parcourus, la presque totalit des dtenus taient vicieux, et peine y en avait-il de modrs. De send)lal)l
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AUX TATS-riSlS. 341 telle prcaution est ridicule et inutile, puisque le vin ne fait pas de mal quand on en boit avec modration. Mais celle observation qui d'abord parat vraie est toujours la cause majeure du vice et de ses excs. Il n'y a pas, en elFet, un seul ivrogne qui, ayant commenc par boire un peu ne se soit bas sur ce principe, et n'ait attribu l'usage raisonnable du vin et des liqueurs fortes une inlluence salutaire. Le premier pas fait, les autres sont glissants: et quoique bien des gens sachent ne point en abuser la plupart outrepassent la rgle. On peut en dire autant de tous les vices, du jeu, del dissipation, etc Les hommes judicieux et observateurs de l'Union, ont la louable coutume d'approfondir les questions avant d'en faire le base de rforme; et c'est ensuivant celte marche qu'ils se sont convaincus qu'on ne pouvait extirper l'ivrognerie qu'en conseillant une abstinence absolue. Si le lieu et l'occasion me le permettaient, j'tendrais la porte de ces remarques d'autres coutumes du peuple amricain critiques par des voyageurs superficiels et par des femmes incapables de juger; je parlerais de la religieuse observation du dimanche, du mpris des speclacles, de l'loignement pour ce qui est ruineux et sduisant. Si l'on fait une concession aux plaisirs toute petite qu'elle soit plus lard on abandonne entirement le devoir ; et quand il faut se corriger, ou cela devient impossible ou le chemin est sem de victimes du 29

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342 CINa MOIS dsordre. New-York esl lu ville des tals-Unis qui plal le plus aux trangers, car elle offre le plus de diversions et Ton y observe le dimanche avec le moins de rigueur. Eh bien! ce relchement, tout minime qu'il semble, a caus de funestes effets; et si les personnes qui proposent aux Amricains d'adopter les mÂœurs europennes, connaissaient le mal qu'ont occasionn leslgres modifications introduilcsdans cette riche cit, si elles taient mme de prvoir quoi aboutirait Texculion de leurs conseils irrflchis, je suis certain, moins que leur cÂœur ne ft corrompu qu'elles se repentiraient de les avoir donns. Je ne dirai pas de quels moyens je me suis servi pour pntrer les secrets de la dmoralisation et de la corruption da certaines classes par suite de la tolrance des usages introduits New-York, mais je me bornerai noncer les rsultats. J'offre celui qui ne croit pas mes paroles des preuves irrfragables de ce que j'avance. Me voici loign sans le savoir, de l'objet essentiel qui m'occupait, en montrant la base sur laquelle reposent les efforts des socits de temprance. Il me reste dire maintenant ce que leur histoire fournit d'exemples remar(|uables de chaud patriotisme, de dsinlressement et d'amour de l'humanit. Un journal racontait, il y a peu de jours, que cinquante riches messieurs, la tte desquels se trouve M. Stephaa Yau-Keasselaer, justement appel le Pa-

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AUX ETATS-UNIS. 343 ron (CAlbamj avaient vers i ,000 piastres chacun pour fonder une imprimerie, exclusivementconsacre publier des ouvrages sur la lemprance : j'ai vu le nom de cet honorable citoyen sur quantit de listes de souscriptions destines soutenir des institutions de bienfaisance. Heureux Tliomme qui sait faire un tel usage de sa fortune! Nous voguons travers les sites les plus riants o serpente le canal, et que je n'avais pu admirer en allant, car il tait nuit. Voici les petites chutes de Mohawk : de noire modeste bateau qui navigue, au milieu d'un aqueduc suspendu sur des murs secs, auprs d'une montagne, nous dcouvrons une vgtalion sauvage parmi des formations perpendiculaires et de pittoresques ravins, des rochers escarps couverts de verdure, des torrents argents et bouillonnants, des guirlandes de fleurs qui suivent la sinuosit des crtes. La solitude anime de la nature est aussi pure que lorsque Dieu la cra pour le bonheur de l'homme qui la transforme maladroitementpour tendre le domaine de ses jouissances. Le Niagara, le Gnesse et Little Faits, trois tableaux d'un caractre bien diffrent, conviennent diverses situations de l'me. Le premier me semble rpondre la position de l'homme poursuivi par le malheur, le second au cÂœur dsol qui cherche de tendres motions, et le troisime l'activit du rveur qui veut se plonger dans la mditation. Les lgrets de la jeunesse emporte par les pas-

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344 ciNa MOIS sions, le froid dsencliantement de l'ge mur, et la rflexion qui vient l'hiver de la vie tels sont, je crois, les sentimenls qui conviendraient aux lieux dont je parle, et que je considre comme autant de signes analogues aux trois poques de notre existence. Albany, 13 aot. Dbarqus Schenectady, o je me suis arrt cinq minutes, nous sommes entrs dans les voitures du chemin de fer. J'ai eu l'avantage de faire connaissance avec M. William Van Rensselear, fils du respectable patron d'Albany qui est absent. Nous avons vu sa demeure embellie par la prsence de sa fille, le dlicieux jardin aux Lords de l'Hudson et les bois, prcieux souvenirs pour cette estiniable famille. J'ai visit avec ce jeune homme instruit la ferme de M. Buell, rdacteur du journal mensul llic CnUivalor publi dans cette ville, auquel il communique des travaux rsultats des expriences qu'il a faites dans ses proprits sur la culture des crales, les fruits, les lgumes. Les ppinires sont abondamment fournies, et j'y ai remarqu beaucoup de Ihiodcnclron lulp'ifcrn, magnolia grandi flora, acuminata eltripclala, diverses espces de rhododendron cl les plates-bandes couvertes d'a.s7t'r, de tigridias, d'/icmerocaliSy et d'une belle varit de dakalias. Comme j'admirais la grandeur de ces fleurs et le brillant de

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AUX ETATS-UNIS. 345 la couleur des ptales M. Von Reiisselaer m'a rpondu avec une froideur qui formait un singulier contraste avec ma vivacit : < Dans les Etals du Sud, > on nourrit les cochons avec leurs racines. > Observation bien capable d'abattre l'enthousiasme le plus ardent. Dans la matine, nous avons parcouru la ferme de son frre le gnral situe trois quarts de milles d'Albany sur la rivire et le chemin qui conduit Troie. Elle contient 80 ttes de gros btail, dont 19 de pure race anglaise constituent la base des produits de la proprit. Il y a 15 vaches et 4 taureaux dont un, g de trois ans, est magnifique et d'une grosseur extraordinaire; deux ans, il pesait 2,200 livres. Les veaux qui proviennent de ces superbes btes se vendent desprix considrables.On en a vendu un 500 piastres pour le Massachusetts. J'en ai vu un autre de quatre semaines qui a t vendu 125, et un de trois mois achet pour Utique 200 p. Une vache rend journellement 5 gallons ou 20 quarts de lait, et quelques-unes en ont donn jusqu' 30, entirement destins aux jeunes veaux. Le produit que l'on retire de ces animaux de race durham, s'lve 3,000 piastres par an. Nous sommes entrs en passant dans la maison des jeunes orphelins fonde et soutenue par la charit des habitants. Elle a cot 20 mille piastres et renferme aujourd'hui 45 garons et 34 filles, tous gs de

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84 CINQ MOTS moins de six ans qui reoivent une instruction lmentaire. Les petits garons, sous la direction d'un jardinier cultivent le jardin qui produit les lgumes ncessaires, et les filles font des fleurs artificielles. La surveillante nous a dit qu'on avait vendu 120 piastres celles qui ont t fabriques depuis le mois de mars dernier. La nourriture de ces enfants est aussi simple que leurs habits; et l'on pourra juger de ce que sera le rgime conomique et l'administration de la maison quand on saura qiie la valeur des aliments pour chacun d'eux ne dpasse pas 12 centimes ou un rau par semaine. New-Lebanum, 14 aot. Nous sommes partis d'Albany onze heures du niatiUj par une pluie battante; malgr cet inconvnient j'ai pu apprcier le bon tat des cultures et la beaut des campagnes. Nous sommes venus dans ce lieu o jaillissent des sources d'eaux minrales qui ont une certaine rputation, presque en mme temps que le bon M. Van Rensselaer avec lequel nous devons aller l'tablissement des Quakers danseurs espce de secte qui s'est tablie au milieu des montagnes. Nous avons trouv l'auberge Columbia-house y plus de cinq cents personnes distingues, appartenant aux principales villes des Etals-Unis. J'y ai vu quelques Espagnols, des familles de la Havane, les frres Sanlos Suarez, le consul Espagnol Slaugh-

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AUX TATS-UNIS. 347 ton et plusieurs autres amis. Cette grande runion offrait une scne plus anime que toutes celles o je m'tais rencontr jusqu'alors quoique nombreuses. Cette diffrence vient de ce que la majorit de ces personnes se connaissent et sont unies souvent par des liens de parent circonstances qui permettent plus d'essor la franchise, et plus de douceur dans les relations. On pourrait dire avec raison que toutes ces familles n'en forment qu'une. 16 aot. J'ai pass la journe d'hier et une partie de la matine d'aujourd'hui, chez les Quakers danseurs. On connat assez l'origine de cette secte et M. Zavala en parle avec beaucoup d'exactitude dans son rcent voyage. Je dirai seulement que cette socit appele des Millnaires, est divise,pour une plus grande commodit domestique, en familles distinctes, soumises aux mmes rgles. La conmiunaut se compose de 600 personnes environ, le nombre des femmes dpasse de 50 celui des hommes. Les uns et les autres vivent sous le mme toit spars par de simples cloisons, observant le vÂœu de chastet avec la plus stricte rigueur. A en juger par la beaut du sexe,les tentations ne doivent pas tre trs-fortes. Les femmes sont gnralement maigres, blmes;leurs habits les font paratre si fluettes et si longues qu'elles ressemblent plutt des squelettes qu' des personnes vivantes. Les hom-

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348 CINQ MOIS mes sont aussi gnralement ples, mais robustes et lestes. Je n'ai pas pu me rendre compte de celle extrme pleur chez des gens qui, souvent en plein air, sont exposs aux intempries du ciel, pendant les travaux des champs. L'autorit rside dans un ministre compos de quatre personnes des deux sexes, lesquelles, avec le concours des anciens et des tuteurs gouvernent et administrent la socit dans toutes ses ramifications. On n'emploie jamais ni violence, ni force pour l'observance de la rgle, car il sufTit de la raison, de la foi et de la conscience. La socit reconnat trois degrs : 1 celui des novices, qui vivent dans leur famille, et dirigent leurs affaires temporelles. 2" Celui des junior, agrgs aux familles de la socit, qui leur prle ses services, et les fait participer ses bienfaits; ceux-ci peuvent cder, en tout ou en partie, la proprit la famille laquelle ils s'agrgent, et se sparer d'elle quand il leur plat, selon les clauses du contrat. 3 Celui des senior, form par les personnes d'une vocation prononce dcides se consacrer Dieu et pratiquer les vertus vangliques; ces derniers donnent leurs biens la socit, et se sparent entirement des affaires du monde. En visitant cette espce de moines j'avais un autre but que celui de m'instruire du calhchisme de leur religion ou de l'exactitude avec laquelle ils observent les rudes privations qu'ils s'imposent; j'tais

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ArX ETATS-UNIS. 349 dsireux de connatre le systme conomique et administratif de cette association originale, le genre de ses occupations industrielles le nombre et la qualit de ses produits, et les bnfices que rend le travail en communaut. Ce n'est que sous cet aspect que pouvait m'offrir quelque intrt une secte dont les principes d'isolement, d'gosme et d'abngation des doux plaisirs de la famille ne trouvent aucune sympathie dans mon cÂœur. Je vais transcrire les rsultats de mes investigations ce sujet, que je n'ai pu obtenir du reste qu'avec beaucoup de peine; car messieurs les Shakers ou Quakers comme on voudra les appeler malgr la puret de la vie qu'ils prchent montrent l'gard du prochain une dfiance que ne conseille pas l'vangile. Il m'a follu recourir mille dtours et commencer par leur donner des notices utiles sur les arts qu'ils exercent, avant d'obtenir quelque chose de leur complaisance; ils me rpondaient d'ailleurs avec tant d'obscurit que j'tais toujours oblig de leur faire rpter ce que je voulais savoir, en leur adressant des questions indirectes conduisant au mme but. Je dois avertir que les hommes runis dans cet tablissement, appartiennent la plus basse classe du peuple; ils sont adroits soigneux dans leurs mtiers mais il n'ont aucune instruction scientifique et littraire. Il parat que les terrains qui composent leur proprit occupent une tendue de plusieurs acres, partie en culture, partie en forts et en pturages

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350 CiNa MOIS naturels. Ils -ont 4,500 montons, 50 bÂœufs, 200 vaches, 60 ol)evaux, i,200 cochons et un nombre considrable de vohiille, quelques oies sauvages, etc. Ils cultivent le bl, mais pas assez pour leur consommation, l'avoine, le seigle, le mas, la charde foulon (dijpsaciis fu/lonum ) qui sert dans les fabriques parer les draps, et de bonnes varits de plantes de jardinages et de mdecine. Ils ont reconnu l'utilit de bien fumer, et prparent leurs engrais en mlant le pltre et la terre au fumier des curies, des tables, et celui qu'ils achtent aux auberges voisines. Tous les ans ils amendent les terrains destins aux plantes potagres, et les autres quand ils le peuvent; ils sment une anne du bl, puis sur ce mme sol du tifle pour fourrage pendant trois ou (juatre ans. Les produits du champ sont obtenus par la commune coopration des membres de la socit. Ils ont des moutons longue toison et chaque animal donne par an de 5 7 livres de laine que les femmes filent elles-mmes. Ils possdent 100 ruches, qui rendent trois livres de cire chacune et une quantit variable de miel. Les fabrications d'ouvrages la main sont trs-nombreuses j'en indiquerai les principales. Ils font des charrues, environ 80 par an, des fromages de trs-bonne qualit avec une propret d gne d'admiration, du drap cl de la toile ordinaire de laine et de colon. Ils se servent pour teindre en noir de Tcorce de Butlcrnut ou Juglans cincrea, fabri-

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AUX ETATS-UNIS. 351 quent du sucre avec Vacer sacclummun, des balais avec les liges du gramine appel broom corn (ijolcus saccharaius) : ce qui leur procure un gros bnfice. Ils vendent la charde foulon raison de cinq piastres le mille, et ont consacr la culture de cette plante quinze acres de terre, qui rapportent chacune 100,000 ttes. Parmi les ouvrages manuels nous avons vu des corbeilles, des tamis, des brosses, des pelotes, des fouets, etc. Les produits annuels de l'agriculture et de l'industrie, dans les fabriques et les ateliers s'lvent environ d 50,000 piastres, non compris ce qu'ils emploient pour leur entretien et leur usage particuber dont ils ne tieiment aucun compte, ce que je crois. Le tuteur, qui nous accompagnait, nous a dit que la vente des semences des plantes potagres et mdicinales produisait 10,000 piastres par an; et les ouvrages de main que chaque voyageur s'empresse d'acheter cause de leur perfection autant. Le catalogue des plantes mdicinales qu'ils cultivent contient 440 espces : ils font en outre beaucoup d'extraits, d'onguents, de pillules, etc. Ce qui attire surtout l'attention des voyageurs dans les tablissements des Shakers ou Quakers danseurs, c'est la propret extraordinaire que l'on aperoit dans les habitations les ateliers et les dpendances. On peut se figurer quel degr doit se porter cette propret, puisqu'elle m'a frapp chez un peuple o elle est regarde comme une des lois fondamentales de la

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352 ciNa MOIS conslitulion. Cette vertu, chez les Quakers est en effet une rgle rigoureusement observe ; et d'aprs ce que j'ai vu on lui a subordonn, ou du moins on en a fait dpendre la pratique religieuse et le rite de la prire et de la danse dans le temple. Nous avions t avec plusieurs familles assister la comique solennit du dimanche qui, d'aprs le tableau qu'on nous a fait, en une espce de danse monotone et rustre, que les hommes et les femmes excutent rangs surdeui lignes, en chantant des airs aussi dsagrables que ces braves gens le sont eux-mmes: mais comme il avait plu, ils ont retranch cette crmonie pour ne pas salir le pav. Nous avons repris le chemin de l'htel sans avoir satisfait notre curiosit, qui cependant n'a pas t assez forte pour me dcider rester sept jours de plus. Je me suis dtermin poursuivre mon voyage dans l'Etat de Massachusetts o j'espre voir des institutions plus utiles l'humanit que la socit des fanatiques de New-Lebanum. Northampton, 17 aot. Nous avons couch Pittfield joli village o l'on trouve au milieu de la grande place un arbre de toute beaut et d'un meilleur effet que les statues ou les oblisques. Depuis cet endroit les terrains sont extrmement ondulcux et montagneux ; ils offrent de beaux points de vue et de gracieux ravins avec des

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AUX TATS-UNIS. 353 ruisseaux, dont on utilise les chutes pour des fabriques et des scieries. Nortliamplon, o nous sommes arrivs six heures du soir, est encore un superbe village, embelli par de jolis difices : il est entour de collines couveries de villas avec des vues sur les bords du Connecticut, qui ds lors devient navigable. L commence le canal Hampslire et Ilompden qui se joint bientt au Farmhujlon en formant une ligne de navigation de 78 milles jusqu' ^'e^v-Haven. J'ai visit l'atelier d'ducation des vers soie de M. Whiimassh, l'un des plus spacieux des tats-Unis, et pourvu d'excellents tours dvider. Mon allenlion a t attire sur quelques cadres de bois avec un treillage de cordes, joints deux deux au moyen de charnires, laissant entre eux un espace d'un peu plus d'un pouce o les vers s'tablissent pour faire leur cocon. Cet appareil simple, substitu aux rameaux secs, me parat plus utile : il est facile placer ; on en dtache les cocons avec rapidit puisqu'il ne faut qu'ouvrir les deux cts ;i il peut en outre servir plusieurs annes. Le midlicaulis est l'espce de mrier employ par cet habile agronome pour nourrir les vers soie. 30

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3ft4 ciNa MOIS Cbapitre TIII. Arrive Boston. — Aspect Je la ville. — Athne. — Maison d'industrie. — Maison de, correction pour les adultes. — Refuge des jeunes condamns. — Cimetire de MountAuhurn. — Hospice des fous. — Pnitentiaire. — Notices statistiques sur les prisons. — Arsenal. — Socit d'histoire naturelle. — Situation de Thorticulture. — Universit. — Solennit littraire. — Hpital gnral. — Revenus de l'Etat, — Banques. — Notice sur l'industrie de fabrique des EtatsUnis. — Maison d'aveugles. — Ecoles pour les enfants agriculteurs. — Enseignement primaire. — Journaux. — Voyage Lowel. — Manufactures. — Ecoles. — Ouvrages publics. Boston 19 aot. Nous avons quitt Northampton, hier sept heures et demie du malin ; nous sommes arrivs Worcesler cinq lieures du soir, et comme les voitures taient parties quatre heures nous y avons pass la nuit. Aujourd'hui six heures prcises nous sommes entrs dans les voitures du chemin de fer, qui commence Maine-slreet; ces diligences sont spacieuses, ont les banquettes de front et contiennent vingt-six personnes chacune. La dislance entre Worcesler el Boston est de 4i milles, qui ont t franchis en deux heures trois quarts quoiqu'on ait fait plu-

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AUX TATS-UNIS. 355 sieiirslialtespourprendre et laisscrdes voyageurs. Nous avons parcouru quelques milles en deux minutes et demie, et quelques autres, c'tait le plus souvent, en trois. Le pav, ou fondement, le long des rails, est de pierre, et coup de dislance en distance par des ds o reposent des poutres tranversalcs. Cette construction cotera 4,200,000 piastres, y compris une ramification de 3 milles de Grafton Millbury les dpts pour l'eau et le bois les machines et les voitures. Elle fut commence au mois de septembre i852. Ce n'est qu'avec beaucoup de difficults que nous avons trouv un logement confortable, car les principaux htels taient pleins. J'ai remis mes lettres, et demain je ccmimcncerai mes visites aux tablissements utiles et philan tropiques avec M. William Brott qui s'est gracieusement offert me servir de cicrone. L'aspect de Boston est bien diffrent de celui des autres villes de l'Union par l'irrgularit des ruesetl'ingalit du terrain sur lequel elle est btie. On y remarque de beaux monuments en granit de Quincy plusieurs difices sont faits de cette pierre demi Irj^vaille, ce qui prsente l'Âœil un certain aspect de rudesse, et contraste avec les ouvrages bien finis. A ma premire sortie, j'ai vu la Maison d'lat, assise sur une petite colline qui domine un vaste parc l'anglaise et une partie de la baie, l'htel Trmont, le plus grandiose des tats-Unis, plusieurs difices de banque de bonne architecture, et de trs-belles maisons. Le pav

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3S6 CINQ MOIS do plusieurs rues est en pierre mac-adamise ; mais aiusi que pour la rue de Broadway, de New-York on a employ des fragmenls de granit qui se pulvrisent promplement, et forment une poussire insupportable en l. Avant mon dpart de la Havane, Testimahle capitaine-gnral acon avait adopt le mme systme d'empierrement pour les rues de la ville et je crois que celles qui sont termines avec des fragments de silex et de cornes, seront un modle de solidit et de propret. Les petites pierres s'arrangent avec tant de soin, qu'elles reprsentent leur superficie une mosaque, que ni les torrents de pluie, ni la multitude des voilures, ne peuvent endommager. 21 aot. Nous avons vu d'abord l'Albne : les btiments en ont t cds par M. Parkins, dont le nom est associ diverses entreprises de bienfaisance de Boston. Les frais de fondation ont t faits par une socit de membres, qui ont souscrit pour 500 piastres chacun, et qui soutiennent l'tablissement par des rtributions annuelles de iO piastres. On y trouve une bibliothque de 30,000 volumes, un cabinet de lecture avec quantit de journaux nationaux et trangers qu'ils mettent avec cordialit la disposition des voyageurs, une galerie de statues et d'antiques pris Paris, et une galerie de peinture. L'Acadmie des beaux-arts tient ses sances au premier tage.

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AUX ETATS-UNIS. 357 La maison des pauvres, celle de correction des adultes, et celle de rforme pour les jeunes condamns, sont situes sur le mme terrain, hors de la ville, et offrent une grande faade ayant vue sur le port de la campagne. Nous avons commenc par la premire appele maison d'industrie (the house of industry) qui renferme maintenant 498 individus; savoir, 199 hommes et 95 jeunes gens et enfants, 151 femmes et 55 filles et petites filles. Chaque sexe habite une aile de l'difice; les enfants demeurent ensemble jusqu' trois ou quatre ans, sous la direction de trois femmes, mais aprs cet ge ils sont levs sparment. On a ouvert plusieurs ateliers pour les hommes robustes, les vieillards et les femmes s'occupent des travaux sdentaires et au matriel de l'intrieur. Une ferme de 60 acres d'tendue, dont 5 sont destins la maison de correction, y est annexe'. Ce terrain produit les lgumes ncessaires la consommation le reste s'envoie au march. Il y a 15 vaches, 2 paires de bÂœufs, 2 chevaux et plusieurs cochons. Elle est cultive par 13 pauvres, dont le travail quivaut celui de 7 hommes robustes, sous la direction d'un jardinier pay raison de 300 piastres par an. Le produit net de cette ferme parat tre de 2,666. Les dortoirs ont 4 ou 6 lits; les pices sont trspropres, la nourriture saine et abondante. On donne chacun trois quarts de livre de viande frache tous les jours de la semaine, except le vendredi o ils ont 30.

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358 CINa MOIS du poisson; ils mangent d'excellent pain blanc midi, du pain ordinaire fait avec trois quarts de mas et deux de seigle djeuner, plus un quarteron de viande pour ceux qui travaillent, et du th noir. Le souper est comme le djeuner, avec la diffrence qu'on substitue au th une infusion dulcore. On ajoute toujours au plat de viande de vache ou de porc servi midi un plat de pommes de terre, de riz ou de haricots, etc. Les petits enfants djeunent avec une soupe au lait, et soupent avec du lait ml avec de l'eau de la mlasse et du pain ordinaire. L'anne dernire, les frais de cet tablissement se sont levs 23,524 piastres, parmi lesquelles figurent pour 15,104 de provisions 5,570 de solde et salaires. Chaque individu consomme 12 centimes et demi de piastre par jour. En ajoutant la premire partie 5,188 piastres des intrts du capital employ dans la maison, le total des frais s'lve 28,712 piasres, lequel, avec 14,570 donnes aux pauvres du dehors, se monte 45,570 piastres. Les recettes, la mme poque, ont consist en 2,688 piastres, retires du produit de la ferme, et 16,525 des assignations de l'Etat et des remises des districts pour subvenir au soulagement des pauvres : en tout 19,205 piastres. II y a eu par consquent un dficit de 24,566 piastres, et c'est malheureusement ce qui arrive chaque anne dans tous les tablissements des pauvres des tals-Unis. Depuis sa fondation jusqu' ce jour, cette maison

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AUX TATS-UNIS. 359 a reu 8,241 individus, et l'on a employ pour les soutenir une somme de 240,000 piastres environ, et en secours pour les pauvres du dehors 450 ,000. A la fin de dcembre 1855, on y comptait 552 pauvres, dont le nombre s'est augment, pendant l'anne 1854, de 979 rcemment entrs, et de 52 enfants ns dans la maison; ce qui fait un total de 1,545. La mme anne, 955 ont t renvoys, ont pris la fuite ou sont morts. Ces derniers sont au nombre de 150, savoir, 57 hommes, 44 femmes et 29 enfants; le reste, au commencement de l'anne, a t de 610. Comme les sorties ont lieu gnralement pendant l't, et les entres en hiver, il n'en existe actuellement que 498. En examinant les notes sur la conduite antrieure des habitants de ces institutions, et les tableaux de leur ge, l'on voit que la dcrpitude et l'infortune ne sont pas les causes qui les conduisent l, mais les vices et le dsordre de leur vie. En 1855 le nombre des pauvres tait de 1,275, dont 950 adultes et 545 enfanfs. 11 y avait parmi les premiers 670 ivrognes, 101 fous, imbciles et invalides, que l'on peut considrer comme modrs, et 159 d'une conduite douteuse. Sur les 545 enfants, 257 taient fils de pres ivrognes; et parmi les 86 restants, peine 20 devaient-ils leur existence des pres modrs. D'aprs l'opinion des directeurs, les sept huitimes sont entrs pour excs de boissons, et il n'est pas

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360 CNa MOIS rare d'y voir runies jusqu' trois gnrations de buveurs, aeuls, pres et pelits-fils. Les trangers migrs contribuent augmenter chaque anne aux tals-unis le nombre des misrables, des criminels et des vicieux. Sur les 1,545 individus de l'anne dernire, il y avait 558 adultes et 283 enfants, ce qui forme un total de 8-41 pauvres d'origine trangre. On comptait 447 adultes amricains, et 95 enfants de mme souche; en tout 541 : le reste ne comprenait que des fous et des imbciles. Sous le rapport de l'ge parmi ces 1,545 ou mieux ces 1,585, en dduisant 160 fous et imbciles, il y avait 857 gs de 12 60 ans, c'est--dire vigoureux; 578 jeunes et petits enfants^ et 148 vieillards entre 60 et 90. Dans un pays ou l'industrie offre de si grands secours l'homme appliqu et o l'agriculture manque de bras, il ne devrait y avoir d'autres pauvres que les invalides d'ge. (Cependant ceux qui jouissant d'une forte constitution, tombent dans l'indigence, peuvent tre considrs comme des bonmies de mauvaise conduite, et sur lesquels la socit doit exercer une action correctrice. Ce principe une fois admis, il me semble qu'il conviendrait de changer le plan des maisons des pauvres, en diminuant les commodits qu'on y rencontre dans quelques-unes et en adoptant dans toutes une discipliiie plus svre et un systme de travail plus actif, pour

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AUX ETATS-UNIS. 361 Inspirer une salutaire crainte du vice, cooprer la correclion des fainants par le rgime auquel ou devrait les soumettre. Il faudrait laisser la charge de la charit prive, ou d'un fond spcial administr avec sagesse, le secours des veuves et des orphelins, que l'infortune a rendus victimes de l'indigence. Si Ton ne prend ce moyen ce beau pays sera envahi par la mendicit, flau mortel qui menace de dvorer les revenus de plusieurs tats en Europe. Le Massachusetts, d'aprs le rapport des commissaires des pauvres que je consulte sur 458,499 habitants ou 212 districts, fournissait des secours, au commencement de cette anne, o,0o4 malheureux : ce qui, en supposant une augmentation de population depuis l'poque du recensement, donne un pauvre par chaque cent habitants. Il y avait, sur ce nombre, 2,598 hommes et 2,656 femmes; 4,216 blancs, 287 de couleur, 551 douteux; 1,251 maris, 2,605 clibataires, 1,200 douteux; 1,555 avec de la famille, 2,573 sans famille. Ces donnes confirment l'observation que j'ai faite dans les pnitentiaires que la plupart des criminels et des vicieux qui se rencontrent chez les classes de clibataires et de ceux qui sont privs des douces jouissances de la famille, i nous considrons les boissons comme cause occasionnelle de la misre, nous trouverons que sur 5,054 pauvres qui ont obtenu des secours, 1298 taient ivrognes, 2,541 modrs, et

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362 ciwa MOIS 4,415 douteux, enfin, sous le rapport de leur ignorance ou de leur inslruclion moyenne, il est reconnu que 951 ne savaient ni lire ni crire, que 1,012 savaient fort mal et que 3,811 savaient peine ces lments. Les frais d'entretien de 3,504 pauvres dans les tablissements spciaux, se sont levs Tanne dernire 84,717 piastres, et les secours donns ceux du dehors, raison de 85 centimes et demi par semaine, 53,724 : total, 138,441 piastres. Il existe dans celle ville deux corporations pour les pauvres : la Surintendance et la Direction de Charit. La premire se compose de douze membres, un pour chaque fiuibourg, qui, choisis tous les ans par le peuple, exercent gratuitement leur emploi. Ils sont chargs de la distribution des secours domicile, en bois et en argent, et des aumnes pour les pauvres honteux avec un fonds spcial de donations et de legs qu'elle administre sous sa responsabilit. La direction de la maison d'industrie se compose de 9 membres, nomms annuellement par le conseil. Ses attributions sont d'envoyer les pauvres des faubourgs l'tablissement, de Its visiter chaque semaine et des jours indtermins, de mettre les enfants en apprentissage, de placer et congdier les employs, de faire les grands achats conformment aux demandes du surinlendaut, et de prsenter un rapport. Les habitants de Boston ne paient aucun impt

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AUX ETATS-UNIS. 363 spcial pour le pauprisme ; mais sur les fonds ordinaires de l'tat on destine une somme qui est gnralement de 55,000 piastres; 20,000 p. pour la maison et 15,000 pour les secours du dehors, valus 75 centimes par semaine pour chaque adulte, et 42 pour les enfants gs de moins de 12 ans. Nous sommes passs ensuite la maison de Correction des adultes, unique tablissement de ce genre aux tats-Unis, qui compte peine deux ans d'existence depuis qu'on l'a transfre de la prison de Levrct-Street dont elle fait partie. Elle est destine aux personnes corrompues qui ont commis des dlits contre la proprit ou la morale publique, mais que l'on peut ranger, la dure de la peine tant plus courte, dans la catgorie des criminels condamns aux pnitentiaires. Le rgime et la discipline de cette maison appartiennent au systme d'Auburn modifi par une philanthropie plus douce que celle del grande prison. Elle renfermait 165 hommes et 95 femmes tous soumis la rgle commune du travail dans les ateliers, du silence absolu et de l'isolement aux heures des repas et de la nuit pendant laquelle il leur est permis d'avoir de la lumire pour lire la Bible. Les hommes sont vtus d'habits blancs et gris, et sont bien chausss. Les femmes ont une robe de coutil et un fichu au cou; leur tte est peigne avec soin. Il y en avait la moiti de couleur. Les heures du lever du coucher, du travail, etc., sont annonces par la

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364 CINa MOIS cloche; les employs commandent les volutions de marche, rentre aux cachots et la fermeture des portes. Les chtiments corporels, les menaces mmes, sont entirement proscrits. Pour conserver la discipline on n'emploie jamais d'autre punition que les arrts au pain et l'eau, et la privation de la lumire. Il faut, pour infliger celte peine un ordre crit du surintendant, et les gardes n'ont aucun pouvoir discrtionnel sur les condanms. Malgr celte modralion dans les moyens de rpression on n'a eu constater jusqu' prsent ni tentative ni excs, qui indiquent la ncessit d'autres peines plus svres. Cinq personnes, y compris le surintendant, sufisent pour faire rgner l'ordre le plus parfait, et j'ai vu un atelier de 40 prisonniers, qui taillaient de la pierre sous la surveillance d'un seul gardien. Le corps principal de la prison ou si l'on veut de l'difice cellulaire, est construit d'aprs les principes dont j'ai parl en dcrivant les autres maisons. H a cinq tages, et dans chacun 56 cellules, 18 de front de 7 pieds de long, de 5 et demi de large, et de G pieds 8 pouces de haut. Les corridors qui tablissent la communication entre les cachots sont en dalles, soutenus par des pilliers de fer qui s'lvent du sol jusqu'au toit ; des uns aux autres distances gales, courent dans chaque tage sur une direction horizontale, trois barres de mme uilal qui font l'oflicc de balustrades et de balcons.

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AUX TATS-UNIS. 365 Les lits sont en fer et disposs de manire qu'on peut les appliquer contre le mur. Les portes se ferment d'elles-mmes, en les retirant sur soi; puis on passe au-dessus la barre qui les lixe. La galerie du pourtour est spacieuse le plancher et les murs blanchis : ce que je dis l peut donner une ide de son extrme propret. Dans une pice spare, les femmes travaillent dfaire de Ttoupe, la figure tourne contre la muraille, position qui permet la surveillante de les voir plus facilement et de s'apercevoir si elles causent. La propret. Tordre la temprance, contribuent beaucoup la conservation de la sant des prisonniers. Les cas de maladie se prsentent fort rarement; cependant les mdecins dcouvrent chez bon nombre de dtenus, leur entre, le dciiriiim Iremens; cette infirmit terrible est un effet de Tabus des liqueurs fortes; elle est souvent mortelle si Ton n'administre temps une dcoction bouillante et trs-forte d'absinthe, le seul remde que l'on connaisse. La ration se compose de 18 onces de viande de bÂœuf ou de 12 onces de porc, moiti djeuner et moiti dner; de 10 onces de farine de bl et de o de mas ce qui fait 20 onces de pain ; d'une mesure de mlasse. Par chaque 100 rations, on distribue 2 boisseaux et demi de pommes de terre, 6 livres de seigle brl, deux bouteilles de vinaigre, deux onces de poivre et le sel ncessaire. Aprs le travail, les 31

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366 ciNa MOIS condamns se lavent la figure et les mains, prennent la ration en passant l'un derrire Taulre devant la cuisine, et vont manger en silence dans les cellules. Un appareil vapeur fort simple qui cote 200 piastres, peut cuire 800 rations par jour. Le chapelain est charg de Tinstruclion religieuse, morale et civile. Un rglement indique les heures destines la prire et aux exhortations, etc. Ce plan religieux, uni au systme d'exercice et de modration dans les repas, produit le calme des passions, et prdispose Fme la rforme que se propose l'instilution. Quant aux rsultats pcuniaires des travaux des condamns, ils couvrent dj les frais; et Ton espre que, dans quelques temps, ils deviendront considrables. Les dpenses de la dernire anne ont t values 9,516 piastres. Les dtenus taient principalement occups monter le toit destin au nouveau dpartement de la maison de rforme des jeunes condamns que nous avons aussi visite. Je n'entrerai pas dans les dtails matriels de cet tablissement, car le systme d'enseignement, de repas, de rcration, etc., est en tout semblable celui qui est suivi dans les refuges de New-York et de Philadelphie. Il n'existe de dillrencc que dans l'ducation et les moyens employs pour exciter chez les jeunes gens les nobles sentiments du point d'honucur, cl leur inspirer ceux de la dignit du rhoiume.

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AUX BTATS-UIfIS. 367 MM. Beaumont et Tocqueville, dans leur intressant ouvrage sur le Systme pnitentiaire des tats-Unis, donnent une description si exacte du systme moral et philosophique de celle maison, que je vais me borner transcrire leurs paragraphes. < A Boston les chtiments corporels sont exclus de la maison de refuge; la discipline de cet tablissement est toute morale, et repose sur des principes qui appartiennent la plus haute philosophie. Tout tend y relever l'me des jeunes dtenus, et les rendre jaloux de leur propre estime et de celle de leurs semblables: pour y parvenir on feint de les traiter comme des hommes, et comme les membres d'une socit libre. I Nous envisageons cette thorie sous le point de vue de la discipline, parce qu'il nous a sembl que la haute opinion qu'on inspire l'enfant de sa moralit et de sa conduite sociale est non-seulement propre oprer sa rforme, mais encore est le moyen le plus habile pour obtenir de lui une entire soumission. C'est d'abord un principe bien tabli dans la maison que nul ne pourra tre puni pour une faute non prvue soit par les lois de Dieu soit par celles du pays, ou par les lois de l'tablissement. Voil le premier des principes en matire criminelle proclam dans la maison du refuge. Le rglement contient aussi le principe suivant :

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368 CINQ MOIS < Comme il est hors du pouvoir de l'homme de pu> nir le manque de respect envers la Divinit, on > se bornera inlerdire celui qui s'en sera rendu > coupable toute parlicipalion aux offices religieux > abandonnant ainsi le criminel la justice de Dieu 1 qui l'attend dans l'avenir. > > Dans la maison de refuge de Beston, l'enfant loign des ofices religieux encourt, aux yeux de ses camarades et dans sa propre opinion, le plus terrible de tous les chtiments. 1 11 est dit ailleurs que les enfants ne seront point admis dnoncer les fautes les uns des autres ; et dans l'article qui suit, on ajoute que nul ne sera puni pour une faute sincrement avoue. Nous connaissons en France des tablissements publics o la dnonciation est encourage et o elle est exerce par les bons sujets de la maison. > Ilexisteaussi Boston un registre des moralits o chacun ligureavec ses notes bonnes ou mauvaises; mais ce qui distingue ce registre de celui qui se trouve dans les autres maisons de refuge, c'est qu' Boston chaque enfant donne lui-mme les notes qui le concernent. Tous les soirs les jeunes dtenus sont successivement interrogs; chacun est appel juger sa conduite de la journe ; et c'est sur sa dclaration que l note qui l'intresse est crite. L'exprience apprend qu'il se juge toujours plus svrement luimme qu'il ne serait jug par les autres. Aussi se

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AUX TATS-UNIS. 369 trouve-t-on ssuvent dans la ncessit de rformer la svrit, l'injustice mme de la sentence. Lorsque des difficults se prsentent sur le classement des moralits ou lorsque quelques jeunes dienus ont commis des infractions la discipline il y a lieu jugement. Douze jurs pris parmi les enfants de l'tablissement sont runis et ils prononcent, soit la condamnation, soit l'absolution de l'accus. > Chaque fois qu'il y a lieu d'lire parmi eux un magistrat ou un moniteur la communaut s'assemble procde aux lections et le candidat qui obtient la majorit des suffrages est proclam par le prsident. Kieo n'est plus grave que la manire dont exercent leurs fonctions ces lecteurs et ces jurs de dix ans. > On nous pardonnera d'tre entr dans le dveloppement de ce systme et d'en avoir signal les moindres dtails. Nous n'avons pas besoin de dire que nous ne prenons pas au ;srieux ces enfants citoyens. Mais nous avons cru devoir analyser un systme remarquable par son originalit. Il y a d'ailleurs dans ces jeux politiques qui s'accordent si bien avec les institutions du pays, plus de profondeur qu'on ne pense. Peut-tre ces impressions d'enfance et cet usage prcoce de la libert contribueront-ils plus tard rendre les jeunes dlinquants plus obissants aux lois. Et sans nous proccuper 31,

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370 CINa MOIS de ce rsultat politique, un tel systme est au moins puissant comme moyeu d'd ucation morale. > On conoit en eflct le ressort dont sont capables ces jeunes mes dans lesquelles on fait vibrer tous les sentimeni s propres les lever au-dessus d'euvmmes. La discipline a cependant d'autres armes dont elle fait usage lorsque les moyens moraux que nous venons d'indiquer ont tinsuflisanls. > Les enfants dont la conduite est bonne jouissent de grands privilges. > Ils participent seuls aux lections, et sont seuls ligibles; la voix de ceux qui apparliennent la premire classe compte mme pour deux : espce de double vote dont les autres ne sauraient tre jaloux, parce qu'il dpend d'eux d'obtenir la mme faveur. Les bons sont dpositaires des clefs les plus importantes de la maison ; ils sortent librement de l'tablissement, et quittent leurs places dans les lieux de runion, sans avoir besoin de permission; ils sont crus sur parole, en toute occasion, et on clbre le jour de leur naissance. Tous les bons ne jouissent pas de ces privilges ; mais quiconque appartient a une bonne classe a droit quelqu'une de ces prrogatives. Les peines imposes la classe des mauvais sont : > La privation du droit lectoral du droit d'li-

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AUX ETATS-tJNIS. 371 gibilil; de plus, ils ne peuvent entrer chez le surintendant, ni lui parler sans sa permission, et il leur est dfendu de causer avec les autres jeunes dtenus ; enfin lorsque cela est ncessaire on inflige au dlibrant une peine qui TafTecte matriellement. Tantt on lui fait porter des menottes ; tantt on lui met un bandeau sur les yeux ou, enfin, on le renferme dans une cellule solitaire. > Tel est le systme de la maison de refuge de Boston. Celui des tablissements de New-York et de Philadelphie quoique infiniment moins remarquable est peut-tre meilleur : non que la maison de refuge de Boston ne nous paraisse admirablement dirige et suprieure aux deux autres; mais son succs nous semble bien moins en eft du systme lui-mme que de l'homme distingu qui le met en pratique. > Nous avons dj dit que la confusion des enfants pendant la nuit est le vice grave de cette maison de refuge : le systme qui est tabli repose d'ailleurs sur une thorie leve qui risquerait de n'tre pas toujours parfaitement comprise; et sa mise en vij gueur entranerait de grands embarras, si le surintendant ne trouvait dans son esprit d'immenses ressources pour en triompher. > A New -York et Philadelphie au contraire la thorie est simple. L'isolement de nuit, la classification de jour, le travail, l'inslruclion, tout dans

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372 CINa MOIS un tel ordre de choses se conoit et s'excute facilement; Une faut ni un gnieprofond pour inventer ce systme, ni un tour de force continuel pour le maintenir. > En rsum sur ce point la discipline de Boston appartient un ordre d'ides bien plus lev que celles de NewYork et de Philadelphie ; mais elle est d'une pratique difficile. > Le systme de ces derniers tablissements, fond sur une thorie plus simple, a le mrite d'tre la porte de tout le monde. Il est possible de trouver des surintendants qui conviennent au systme de Philadelphie : mais on ne doit point esprer de rencontrer des hommes tels que M Welis. > Ce respectable monsieur n'y est plus aujourd'hui mais on suit encore son systme tel qu'il l'a laiss. ..e portier qui nous a ouvert nous a conduits aux appartements du chapelain, en l'absence du directeur. C'tait un jeune enfant d'une dizaine d'annes, qui portait sur sa physionomie des marques de vivacit et d'intelligence, et qui par l'excellence de sa conduite avait obtenu le privilge d'exercer cette charge. La maison renferme actuellement 60 garons et 20 fdles. La plupart de ceux-l, sont de petits enfants ; les filles ont toutes plus de neuf ans. Ils ont six lieures de travail par jour quatre de classe une pour les repas, une demi-heure pour la prire et une heure et demie de rcration. J'ai vu dans les ateliers un faible essai de vers soie levs avec le

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AUX ETATS-UNIS. 373 mrier blanc ; il y avait cinq six mille cocons. La nourriture est saine substantielle et abondante les vtements fort propres et l'aspect des dtenus extrmement joyeux. Nous les avons laisss sautant gambadant dans la cour et nous sommes partis en mditant sur refficacit des moyens de douceur dont on se sert. Il serait intressant de comparer avec tranquillit, et non avec la rapidit du voyageur, les divers systmes de discipline les circonstances dans lesquelles on les applique, et les rsultats que Ton obtient respectivement dans les pnitentiaires les maisons de correction et celles de rforme morale pour les jeunes condamns. A l'gard des hommes endurcis et criminels des premires, on applique les rgles svres du silence, de l'isolement, du travail continuel et du chtiment en laissant le coupable dans le cachot, aux heures mlancoliquesde la nuit seul avec sa conscience et sans autre consolation que l'espoir du repentir. Le remde aux cÂœurs corrompus de ceux qui sont dans les secondes, est un exercice constant, un aliment modr, des chtiments de simple privation le silence, la solitude continue, mais accompagne des consolations de la Bible. Enfin le jeune homme vici, mais non encore corrompu est soumis une discipline douce et paternelle qui tend relever son me abattue, lui inspirer de beaux sentiments, et lui donner une ducation base sur les principes de la

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374 ciNa MOIS morale sociale et de la dignit humaine. Celui qui considre les pniienliaires avec les yeux du philosophe, ne saurait s'empcher de bnir l'heureuse iniluence de ces institutions, fdles del plus douce philanthropie, ctahlies pour amliorer la condition et le sort futurdes malheureux. Aprs midi, nous avons t avec M. S. Swett, faire une promenade au cimetire de Mount-Aubimi situ sur une colline recouverte d'une riche vgtation, qui fait partie des terrains qu'acheta il y a quelques annes, la socit d'horticulture. On a laiss les boS' quets tels que la nature les a faits, mais on les a coups de sentiers et d'alles tortueuses; des petits jardins et des champs agrables y ont t intercalls. Cette tendue, qui est de quarante acres, a t rpartie en espaces de 300 pieds carrs vendus 65 piastres aux familles qui les destinent leurs spultures et qui les ornent selon leur got cl leur fortune. Ce cimetire a t consacr au mois de septembre 1851 et on en avendu dj 375 espaces. J'y ai salu le monument qui contient les restes du clbre Spurzhcim, mort Boston en 1832. M. Swett nous a conduits auprs d'un tombeau (c'tait le sien) o l'on allait placer une croix de marbre avec le mme calme et le mme plaisir que s'il eut liiit les honneurs d'une maison de campagne. Je pourrais citer cent autres exemples d'une pareille rsignalion chlienne chez les Amricains que j'ai connus pendant mou voyage.

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AUX ETATS-UNIS. 375 23 aot. Aujourd'hui c'est un jour de silence et de tranquillit, car le peuple de Boston observe dans toute la rigueur du prcepte la solennit du dimanche. De sorte que j'ai tout le temps ncessaire pour dvelopper mes notes sur la maison des fous et la prison de l'tat, que nous avons visits hier. A neuf heures et demie, M. Brott, homme ponctuel, est venu me prendre pour aller Charlestown, faubourg o se trouvent ces tablissements. Le premier porte le nom de Tlie Mac Lean Asylum for the insane, en mmoire de son fondateur. 11 est situ sur une belle colline qui commande la ville et le port; il constitue une section de l'hpital gnral. lia t ouvert en 1818, a coul 186,000 piastres, et, commeon l'a construit exprs pour les alins, on y a observ toutes les rgles convenables. Les caves contiennent les fourneaux et les poles, dont la chaleur se distribue par les tuyaux de fer dans chacune des pices de la maison; les dpts de bois, d'eau, les douches et les cachots solitaires pour ceux qui ont besoin de rpression, sont chaufls par des tuyaux souterrains, afin que, si le malade dchire ses habits ou casse son lit, il ne se trouve point en contact avec le pav froid. Dans les chambres qui sont, du reste, bien claire^;, spacieuses, ares cl sur de belles vues,

PAGE 384

376 ciNa MOIS les croises sont en fer disposes de telle sorte que les fous ne peuvent les ouvrir ou les fermer sans le secours du garde. On a pris de semblables prcautions au bain, au lavoir, dont les robinets se ferment d'eux-mmes dans les subdivisions des degrs des escaliers afin d'viter les chutes violentes, dans la forme et le placement des portes pour retenir les fuyards, etc. A chacune des ales de l'difice, on a mnag des ventilateurs dont les tuyaux montent au-dessus des toits, descendent dans l'intrieur des murailles, et prsentent des bouches soupapes pour tablir de doubles courants d'air dans toutes les pices. Les malades paient trois piastres par semaine plusieurs quatre et demie pour des chambres plus vastes, et quelquefois davantage pour des apparlemenls bien meubls. Mais les soins sont les mmes pour tous, ainsi que la nourriture, qui est aussi la mme que celle du surintendant, du mdecin et du chapelain. La plus grande propret rgne jusque dans les dparlemenis les plus loigns; et les employs traitent les malades avec une douceur et une alabilil extrmes. L'usage des moyens moraux a fourni d'excellents rsultats. Depuis sa fondation au mois d'octobre 1818, jusqu'au mois de janvier 1824, on y a reu 1,015 malades dont il est sorti : Compltement guris .... 5G2 Considrablement amliors 145 Amliors 140

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At'X TATS-UNIS. 377 Sans amlioicalion 193 Echapps ....... 21 Morls 89 On comptait l dessus ... 604 hommes. et 411 femmes. Parfaitement guris. 235 129 Amliors 130 153 chapps, morts. 73 47 En examinant le nombre de personnes guries diverses poques, relativement celui des malades qui ont reu des soins, il rsulte qu'il y en a eu: Depuis la fondation de rtablissement jusqu'en 1825 28 i/2 pour cent. Depuis 1824 1828. ... 45i/5 Depuis 1829 1833. ... 40 C'csi--dire 41 ip pour cent, dans l'espace des dix dernires annes. La mortalit des 948 qui ont reu des soins, sur 1,01 3, rpond 9 172 pour cent. Dans l'asile de W'akefield en Angleterre, elle a t de 24 peur cent, sur les malades admis dans celui de Lancaster de 24 1/2 ; et dans les hpitaux franais de 1822 1824, de 22 pour cent. ^ur ce total, 112 avaient perdu la raison par excs de boisson, 122 taient issus ce pres fous, et 59 issus de parents alins ; 264 taient des hommes maris, 548 des clibataires, 258 des femmes maries, el 475 des clibataires. 32

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378 cina MOIS Quoique les pensions des malades soient de 3 piastres et quelques unes de 4 1/2 par semaine les dpenses moyennes de chacun d'eux s'lvent 4 piastres 172; car le montant des salaires seuls est de 3,080 piastres par an. Depuis le mois de janvier 1834 jus
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Arx TATs-rNis. 379 celle prison, qui, aprs celle d'Auburn, me parat en runir plus que les autres. Le produit du travail a donn du bnfice, frais couverts, pendant les annes qui ont suivi 1831. J'ai crit ici la srie des pertes et des gains depuis fadopiion du nouveau systme. 1828 perte 12,167 piastres. 1829 id. 7,600 1850 id. 6,897 1851 id. 477 1852 gain 4,192 1855 id. 6,996 1854 id. 7,206 Il y a actuellement 281 prisonniers, tous hommes. Les femmes, selon la classe de leurs dlits, vont la maison de correction. Au commencement de 1854, on y comptait 230 personnes, et, pondant la mme anne, il en est entr 119. Sur ces 569, 4 sont morts et 88 sortis; 66 pour fin de peine, 17 par grce, 4 par ordre de la cour de justice, cl 1 qui s'est chapp. Sur les 119 entrs, 55 taient trangers, 41 des autres tats de l'Union, et 45 seulement du Massachusetts. Les dpenses, pendant la mme anne, se sont leves 29,476 piastres, dont 7,947 ont t employes pour provisions, 5,965 pour vtements, 2,151 pour clairage et combustible, 15,755 pour solde des

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380 CINa MOIS employs ; le reste, pour les rparations de l'difice, la conduite des prisonniers, l'hpital, etc. Les frais ont t couverts par une somme de 57,1^2 piastres, provenant du produit des carrires et des ateliers. Les carrires seules ont rapport 25,515 piastres. Les prisonniers sont habills moiti de bleu et moiti de brun. Ils travaillent conslannnent depuis le matin jusqu' la nuit, except au temps des repas qui n'est que de 12 minutes pour le djeuner, de 25 pour le dner en hiver et de 55 en t. Le dimanche ils assistent aux offices divins et l'cole, o viennent leur servir de professeurs des habitants respectables de Boston, qui ne ddaignent pas d'entrer dans une prison pour enseigner des malheureux, le plus souvent victimes du crime par un effet de leur iguorance. Ils passent le reste de la journe dans leurs cachots lire la Bible ou entendre les observations morales et religieuses du chapelain, qui a le droit de les visiter. Le corps cellulaire isol, d'aprs le systme d'Auburn, a quatre tages avec 7G cellules, 58 de front dans chacun ; en tout 504. Il est de granit, avec des corridors de 5 pieds de large autour de chaque tage, et des barres horizontales de fer pour viter les chutes. Les cellules ont 7 pieds de long, 7 de haut et 5 pieds G pouces de large. Elles renferment un lit, une chaise, une table, la Bible, un couteau, une cuiller, une fourchette cl un peigne.

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AUX TATS-rNIS. 38 1 La ration se compose d'une livre de viande de bÂœuf ou trois quarts de porc, de 32 onces de pain fait avec de la farine de seigle et de mais par moiti, de 2 boisseaux et demi dnommes de terre par chaque 100 rations avec une quantil proportionnelle de sel, de poivre et de caf de seigle ; les lundis et les vendredis on leur donne du poisson sal, des pommes de terre et du lard.... Le souper se compose en gnral de bouillie de mas, dulcore avec de la mlasse. Chaque ration cote 7 centimes 7/8 de piastre. Un appareil vapeur, ou chaudire cylindrique, de quatre pieds environ de hauteur et de 1 i/2 de diamtre sert faire la cuisine et chauffer la chapelle par des tuyaux horizonlaux. Ds que les prisonniers sont enferms, le gardien d'une division, aprs avoir visit la ligne dont il est charg va informer le second intendant (Dcpulij Keepcr) du nombre qu'il a compt. La nuit on allume, dans la galerie qui entoure le corps cellulaire,diverses lampes dont la lumire permet de voir quelqu'un d'une extrmit l'autre. La chaleur est produite par des poles placs dans les angles, et le renouvellcmeut de l'air se fait par des tuyaux qui courent dans le mur mitoyen des cachots et prsentent deux bouches l'une plus haute que l'autre pour tablir un courant avec les ventilateurs situs au-dessus du toit. L'ordre et la propret rgient dans toutes les pices; le systme de surveillance, d'assistance et de discipline, repose sur un gardien princi32.

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382 ciNa MOIS pal ou directeur sur un sous-ilirecleur, un gelier neuf contre-nialres, dix surveillants, un chirurgien et un aumnier. Pandanl les travaux dans les ateliers cinq sentinelles armes sont en diction aux angles de la muraille exlrieure. Les personnes qui dsiient connatre fond l'tat des prisons du Massaclinsells, doivent lire l'intressant rapport d'unecommission spciale, charge de les visiter, de proposer un projet de rforme, et de tracer des plans de constiuction pour les maisons de correction avec des ateliers correspondants et des divisions pour les criminels, les vagahonds, les mendiants et ceux qui sont coupables d attentat contre la pudeur. Il rsulte de l'important travail de cette commission qu'en i 855 il y avait dans les [)risons et dans les maisons de correction du Massachusetts 5,094 hommes, 516 femmes; 2,i08 blancs, 1C5 de couleur et 1,129 sans dsignation. Sur ce nombre 454 personnes taient maries, 510 clibataires et 2,G4G douteuses; 242 avec de la famille et 5,168 sans famille; 165 modrs dans la boisson, 587 ivrognes et 2,658 douteux. La collection des rapports annuels, publis rgulirement depuis 1826 par la socit tablie dans celte ville pour la discipline des prisons est l'ouvrage le pins riche en documents sur les prisons des tats-Unis : vous y trouvez les indications des vices qu'on y a observs, des amliorations qu'on y a introduites, et des projets que l'on a forms. Un

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ArX KTATS-UNIS. S83 grand nombre de rsultais sialisliquessurlesprisonset les liospicesdeBoslon pendanllesdix derniresannes, ont t insrs dans l'appendice du rapport de 1834; je vais en extraire les principaux articles. La maison de rforme a reu dans les 7 ans 7 mois compris depuis la fondation jusqu' la fin de l'anne dernire, 450 jeunes condamns. Les dpenses, pendant la mme poque, se sont leves 50,025 piastres. Le nombre des criminels crous dans la prison de Boston (Boston Jal), pendant les dix ans qui ont fini en 1834 a t de 9,936, et les frais se sont ports 20,798 piastres. Durant la mme priode, il est entr en outre 930 prisonniers pour dettes, et les frais de perquisitions, de citations de cranciers, etc., ont t valus 137,921 piastres. Les criminels entrs dans la maison de correction pendant ces dix annes, finies en avril 1834, taient au nombre de 5,61 1 et les frais d'entretien se sont levs 78,251 piastres. La pnitentiaire a reu aussi 404 condamns; nous avons parl de ses frais. La maison d'industrie ou liospice des pauvres a reu 7,588 individus et a dpens 194,088 piastres, plus 131,370, donnes aux pauvres du dehors. J'ai trouv dans cet crit les donnes suivantes sur

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384 ciNa MOIS les vices des hommes de couleur. Ce calcul me snggreles mmes observations que j'ai dj faites. Il faut remarquer que cette race fournit un nom'ure de criminels fort considrable, mme dans les tats o elle est peu nouibreuse. Dans le Massachusetts, dont la population ne dpasse pas 540,000 habitants et o celle de couleur n'arrive pas 9,000, le nombre des condamns a t de 51-4, dont 50 de couleur; c'est--dire que le rapport entre les deux populations tant comme GO i celui qui existe entre les condamns a t comme Cad ou dix fois plus grand. Sur 270,000 habitants 8,000 hommes de couleur, il y a eu dans le Conneclicut 117 criminels, dont 59 de couleur; c'est--dire que sur un i/34 de cette population i/s de criminels lui appartient. On comptait dans leVermont, dont la population de couleur n'est que de 918, 2i ngres crous. Dans le New-Jersey, qui possde, sur 77,000 habitants, 20,000 hommes de couleur, la prison de rEtatoflVait,sur7icriminels,2i individus deoouleur, c'est-dire un treizime de la population de couleur, et un tiers de criminels. En Pensylvanie, dont la population s'lve d,0i9,000 blancs et 30, 000 de couleur les pnitentiaires renfermaientun tiers de condamns de cette classe. Dans le Ncw-York sur une population de

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AUX KTATS-UNIS. 385 i ,572, 000 habilanls et de o9,000 de couleur, il y avait 657 prisonniers dont 154 de couleur ; c'est-dire que la population de couleur tant de i/5o, le nombre de ces criminels tait de 1/4. Il rsulte de ces donnes, recueillies en i826, et des observations faites les annes d'aprs que le rapport des criminels la population des Elats du nord est dix fois plus grand pour les hommes de couleur que pour les blancs, et que si du nombre des criminels on dduit les trangers, afin de ne pas tablir de comparaison qu'entre les naturels blancs et de cou leur des tats-Unis on trouvera le vrai contraste qu'offre la mortalit respective des deux classes. C'est ainsi que le quart des frais des pnitentiaires est occasionn par les criminels de couleur. Le Massachusetts leur a affect 17,754 piastres sur 106,405 dpenses en dix ans; le Connecticut 57,166 sur 118,500 dpenses en quinze: le New-York 109,166 sur -457,986 piastres dpenses en vingt-sept. Comme la population de couleur de ces trois tats est de 54,000 habitants, il rsulte qu'on a dpens, pour entretenir ces criminels, 164,066 piastres pendant les annesmentionnes; somme norme qui employe donner une ducation religieuse et intellectuelle cette classe abandonne, l'aurait protge contre les malheurs de l'ignorance, et aurait pargn de grandes pertes la socit thtre de leurs excs. Quelques observateurs philanthropes ont essay

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38G CINd MOIS d'expliquer la tendance au crime des classes de couleur et pensent qu'elle est une suite du mpris avec lequel on les traite, et de la difTicull qu'ils prouvent pour s'occuper ulilement. En effet, considr comme un Paria dans quelques tats de l'Union rejet de la socit des blancs comme un pestifr, et chass de leurs ateliers le ngre libre a recours au crime, l'unique ressource qu'une socit cruelle semble lui prsenter. Mais il n'en est pas de mme dans l'ile de Cuba, et malgr cela leur criminalit n'en est pas moins flagrante. A Cuba le ngre libre n'est pas regard de cet Âœil insultant qui contraste si tristement avec les institutions de l'Amrique du Nord : il est bien vu et accueilli quand il se comporte honorablement; il trouve mme les moyens de gagner sa vie plus facilement que le blanc migr ou sans amis; mais, si les hommes de couleur n'y sont pas victimes du ddain et de l'abattement, il peut exister d'autres causes de dmoralisation, provenant de la mme intimit de relation entre cette classe et celle des blancs: la plus forte et la plus puissante, c'est l'aveuglement intellectuel et religieux dans lequel on la laisse croupir. En comprenant ces deux pays sous le mme point de rforme que j'ai dj indiqu, j'ai eu la pense de recommander non-seulement l'ducation des ngres comme prliminaire indispensable de la libert, mais encore pour relever en eux dessentiments de noblesse et de dignit : ceci suppose que les blancs devraient

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AUX TATS-UNIS. 387 les traiter comme des Ijommes car tous les efforts que l'on ferait pour amliorer la condition d'une caste dgrade et abrutie seraient vains si ceux qui sont chargs de cette sainte et philanthropique mission ne commenaient par se dpouiller eux-mmes des prjugs sur lesquels repose le systme cruel et absurde que Ton a suivi jusqu' ce jour. Le rapport de la mme association de Boston de l'an 183i, renferme les dtails suivants qui ne sont pas non plus sans intrt. Le nombre probable des prisonniers existant aux Etals-Unis, en 1853, parat s'tre lev d2,620, parmi lesquels l'on compte : Dtenus dans les prisons des comts. 4,900 Dans les pnitentiaires ou prisons d'tat. 3,800 Jeunes gens criminels 5 080 Femmes criminelles 1 ^gQ Pauvres et fous, prisonniers J 000 Dtenus pour dettes q^q Le nombre probable des personnes envoyes dans les prisons la mme anne a t de : Criminels 5^,800 Dtenus pour dettes 53 940 Femmes i^^qq ^A'otal 113,540

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388 cixa MOIS Voici comment on a supput le nombre des parents de ces prisonniers : Enfants de criminels 112,0-43 Femmes de criminels 50,545 Fils de dtenus pour dettes. .... 74,958 Femmes de ceux qui ont t crous dans Tanne 20,301 Frres et sÂœurs des prisonniers. 555,626 Pres des prisonniers 9,253 Mres des prisonniers 58,042 Total des parents 818,568 Je recommande aux personnes qui dsirent avoir de plus longs dtails sur la statistique criminelle de l'Union, la lecture de cet ouvrage, les rapports annuels du procureur gnral du Massachusetts (>4f/orneij gnerai' s annunl report), et de celui du NewYork enfin les messages des gouverneurs des diffrents tats. Aprs notre visite la pnitentiaire, nous sommes entrs dans l'arsenal de la marine, fond en 1798, aux bords de la rivire Charles, sur une tendue de terre de 60 acres environ. 11 contient, outre des magasins vastes, bien assortis, et les habitations des employs, trois grandes maisons de bois pour la construction des vaisseaux et des frgates; elles sont semblables celles des arsenaux de NewYork Pliila-

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AUX TATS-rNIS. 389 ilelpliie, et Washington que j'ai visites. Dans celuici, Ton construit actuellement les vaisseaux le Vermont et la Virri'inie, et les frgates le Cumbei^land et la Sabina. Le bassin (Dnj-Dok) est une Âœuvre de grand mrite, en trs-beau granit bleutre, de 341 pieds de long, 80 de large et 50 de profondeur, qui a cot 070,089 piastres; on y voit aujourd'hui le navire V Indpendance construit dans ce mme chantier en 4814. 25 aot. J'ai reu au secrtariat d'tal, sur le commerce, les revenus et les dpenses, la milice, les contributions, les coles primaires et les banques, beaucoup de documents que je lirai pendant mes heures de dlassement. J'ai rendu visite M. B. D. Green, prsident de la socit d'histoire naturelle, fonde il y a trois ans, et dont nous avons parcouru les collections. Elles se trouvent au premier tage de ldilice de la banque de secours ; et malgr le peu de ressources de la socit qui ne peut disposer peine que de l'assignation annuelle de ses membres, elles m'ont paru assez nombreuses. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elles sont parfaitement bien classes, ordonnes et ranges avec got. Celle des minraux correspond la description gologique de M. Hitchock, dont j'ai 33

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390 CINa MOIS fait menlion quelque part, et possde de bons clianlillons. Celle des coquilles est aussi trs-rgulire ; on y voit quelques oiseaux, des quadrupdes, des reptiles et des ossements fossiles de l'Union. M. Grccn possde une collection de plantes du Prou par Bertero, et une riche bibliothque d'ouvrages d'histoire naturelle; j'y ai lu les deux premiers numros du journal qu'on a commenc de publier Boston sur cette science, et le catalogue des animaux et des plantes de l'tat de Massachusetts, qui constitue la quatrime partie du rapport gologique et zoologique de M. Edward Hitchock au st'nat. Ce catalogue comprend 45 espces de mammifres, 157 d'oiseaux, 54 de reptiles, 108 de poissons, 1G9 de coquilles, 58 de crustaces, 125 d'arachnides, 2,550 d'insectes, 27 de radiaires et 1,757 de plantes. L'agricullure et l'horticulture sont tudies avec ardeur par les hommes les plus appliqus; et sans parler de toutes les socits fondes pour la propagation des sciences agronomiques dans le Massachusetts, celle d'horticulture de Boston a fait bien des efforts pour en acclrer les progrs et introduire les dcouvertes modernes. Un des moyens qu'on emploie et qui auri) du succs l'avenir, c'est l'exposition des produits horticulturaux, le samedi de chaque semaine. Elle est ouverte ds les dix heures du matin. J'y ai vu d'excellents fruits et de belles Heurs quoiqu'en petit nombre. Quelques-unes des meilleures varits,

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AUX ETATS-UNIS. 391 pour lesquelles les jardiniers qui les ont cultives ont obtenu des prix, sont reprsentes sur des tableaux suspendus autour de la salle ; ce sont les poires Bart^ Icls, qui psent jusqu' 4 livres, la Andrews la fameuse Scckale Pensylvanie, la Lewis, la Dix et la Gorc's Hcathcot. Les rsultats de ces expositions publis dans \e JSew-England Fariner, m'ont paru extrmement piquants par cela mme qu'ils dmontrent bien mieux l'enfance de la science que ses progrs. Mon bon compagnon M. Brott tait tonn de l'intrt que je portais cet tablissement, et je lui en ai donn une explication satisfaisante, en lui disant que dans ma patrie, o tout est faire nous devons commencer par ces petites expositions hebdomadaires, pour exciter l'amourpropre et une certaine rivalit parmi les cultivateurs, et communiquer au public le got des professions les plus utiles. Si j'avais proposer un modle l'Espagne, ce ne seraient pas les riches expositions de Paris et de Londres o la varit des objets est si blouissante qt^'un peuple neuf dans la voie des dcouvertes pourrait en tre intimid; mais je prsenterais ces scnes modestes, dans lesquelles vingt, trente cultivateurs et jardiniers viennent dposer sur les autels du temple de la science les simples offrandes de quelques fruits et de quelques fleurs, rsultat de leur application et de la constance avec laquelle ils contribuent augmenter le catalogue des plantes utiles et agrables.

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392 CINQ MOIS La socit d'Agriculture favorise aussi les expositions des produits de la grande culture et de l'ducalion des animaux. On en clbrera une au commencement du mois prochain; les cultivateurs et les fermiers du Massachusetts y sont attirs par l'appt des honneurs et des rcompenses. J'ai visit, dans une rue qui tient au march et qui en porte le nom un grand magasin d'instruments aratoires de culture et de semailles, d'ognons et de tubercules. Je citerai la charrue de Charles Howard, dans laquelle le soc et le versoir ne forment qu'une pice; le cultivateur brevet, Howard and Scaver pour le mas et les pommes de terre ; le raieau ramasser le foin dans les champs, dont j'ai dj parl plusieurs fois ; les grnoirset ventilateurs pour le bl, de l'invention de David Flagg de New-York ; les barattesde 6a?//f; les presses pour les fromages dont font usage les Quakers de Lebanum, et quantit de hache-paille, d'grnoirs pour le mas et de moulins bras etc. 27 aot. J'ai pass presque toute la journe d'hier dans le collge Harward, o l'universit de Cambridge clbrait la solennit de la fin des cours appele Commcnccment. Le prsident, M. Quincy m'avait fait la politesse de m'euvoycr un billet et j'y ai t avec

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AUX KTA.TS-UNIS. 393 M. A. H. Evcrelt, liomnie d'un talent distingu, ancien minisire des Etats-Unis en Espagne, actuellement r Jacleur du Norlh-Ainericcui Review. L'glise tait remplie de monde. Un essaim de jeunes demoiselles lgamment pares s'y tait rendu ; la corporation acadmique, les autorits civiles divers membres du corps lgislatif de l'tat, dessnateurs du congrs et plusieurs personnages remarquables, avaient leurs places sur une estrade. Les exercices consistent en des discours, rcits par les candidats qui se prsentent pour recevoir les grades, les uns en latin, les autres en anglais, sur divers points de morale, de politique et de lgislation. La distribution des prix s'est termine par un discours latin, fort lgant d'ailleurs et excessivement galant pour les dames; puis on a distribu les diplmes. La musique, aprs avoir jou dans les intervalles de la crmonie, nous a accompagns jusqu'aux salons du collge, o l'on avait dress des tables pour le repas acadmique. Cinq cents personnes environ assistaient au dner, car on y admet les membres du corps les docteurs quiont faitleurs ludes dans l'tablissement, beaucoup d'trangers et certains particuliers de Boston. C'tait pour moi une nouvelle occasion d'admirer la navet des mÂœurs amricaines et les traces de la primitive simplicit religieuse des habitants de cette contre. Le service et les mets ne se ressentaient pas plus du luxe ctde la dlicatesse rafliuc du sicle au milieu duquel nous vivons, 33.

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394 C'h\a MOIS que la crmonie qui avait prcd le repas. Sous chaque couvert se trouvail un billet ii))prini,coiilenanl les versets d'un psaume surreniance, que Ton devait chanter la fin du banquet. On s'est assis aprs une courte prire de remerciement l'tre suprme, prononce Iiaute voix par un ancien prtre anglais invit comnie nous. Il n'est pas ncessaire d'ajouter que tout s'est pass sans clats de rire, sans bruit el sans toast. A la lin, nous avons chant l'hymne en chÂœur. Le soir, la femme du prsident a reu dans ses appartements, et l'on a servi des rafrachissements et du ih au son de la musique. J'ai eu l'occasion de faire connaissance dans cette runion, avec divers personnages distingus de Boston, des familles aimables, de jeunes demoiselles qui avaient reu en France une ducation bi illante, el des trangers invits, parmi lesquels se trouvait mademoiselle Martineau, Anglaise, qui voyage dans ce pays, connue par ses lettres familires sur l'conomie politique. Cette soire choisie, ainsi que plusieurs auties donnes par mes amis, MM. Everelt et Sweet, auxquelles j'ai assist, m'ont fait concevoir une ide du ton de la socitt de Boston. Elle est polie et fort instruite mais toujours grave et silencieuse. 28 aot. L'iipilal gnral de celte ville, dont je n'ai parl que d'une manire superficielle en dcrivant ma visite

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AUX TATS-UNIS. 395 la maison des fous, fut fond par des donations particulires; il est entretenu aujourd'hui au moyen des intrts qu'il peroit, des souscriptions volontaires de plusieurs habitants, et des pensions des malades. Son capital permanent, en proprit et en actions sur les banques et les compagnies, s'lve 159,750 piastres; le terrain et l'difice en a cot 144,500. Le btiment est d'un bon goleidistribu aveclaplus scrupuleuse exactitude, d'une manire convenable pour l'usage auquel il est destin. Avant d'examiner les sensations qu'a produites sur moi cet hpital, il ne sera pasinulile de rappelerquejesuis djhabituvoirdes tablissements dirigs et entretenus avec le plus grand ordre et la propret la plus parfaite deux qualits qui semblent insparables du caractre amricain. Je ne sais de quelles expressions nie servir pour donner une ide de cette propret aux Espagnols et pour leur faire croire qu'il n'y a rien d'exagr quand je compare les hospices et les prisons des tals-Unis aux salons des princes et aux galeries -des palais les plus magnifiques. Je pense qu'il suffira de leur dire qu'on ne peut de ce ct exiger rien de plus, quelque diflicile que l'on soit; et qu'il n'y a pas un endroit, pas un quartier qui fasse exception la rgle. L'hpital gnral de Boston est un type et un modle cet gard. On peut s'imaginer jusqu' quel pointa t porte l'observation do ces principes, lorsqu'un tranger fait une pareille remarque chez une nation comme celle-ci.

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396 cixa MOIS Cet tabllssonient, ou plutt l'association de l'hpilal et de l'asile de Boston, a t incorpore en iSll, mais l'difice est de beaucoup plus rcent. Depuis sa fondation, en septembre J821 jusqu' ce jour, on y a reu 5,778 malades, dont l'histoire et les soins sont consigns sur les livres des archives tenus avec exactitude. Le terme moyen de ceux qui y sont est de 90 100, logs dans des pices qui n'ont pas plus de 6 8 lits, confis aux soins d'une garde. Les malades qui le peuvent donnent 5 piastres par semaine, quelques-uns davantage ; mais la plupart y sont gratuitement. Les frais d'entretien de cet hpital et de l'asile, en 1833, se sont levs 14,823 piastres, dont 3,470 ont t alFecles ceux qui sont pauvres. Chaque malade a cot 4 piastres G2 centimes par semaine. Au commencement de cette anne, il y avait dans la maison 51 individus; dans le courant on en a reu 515, et il en est sorti, sur 506,272 guris, 87 amhors, 65 soulags, 53 sans amlioration, 14 qui ont pris la fuite, 31 morts. Le rglement donne le droit de disposer d'un lit moyennant une contribution annuelle de 100 piastres; de sorte que pour moins de 2 piastres par semaine, nue famille charitable peut prter des secours des malheureux. Ayant sous les yeux des documents du Massachusetts, je me suis form une ide exacte de sa richesse et de ses ressourses; en voici de lgers extraits :

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AUX ETATS-UNIS. 397 En 1831, d'aprs une valuation faite cette poque, les richesses de cet tat taient estimes 208,230,250 piastres, dont 80,2 i 4,20 1 appartenaient Boston, ce qui formait une valeur de 341 piastres, 15 centimes de proprit moyenne par chaque habitant. On y compte actuellement 103 banques, non compris la ramification de celle des tats-Unis avec un capital de 29,409,-450 piastres; 7,050,147 en billets en circulation; 1,100,290 en or, argent ou espces. Ces banques payent l'tat un impt de 1 p. 100, ce qui augmente ses revenus. Les compagnies d'assurances reprsentent un capital de 1 4 millions de piastres. Les caisses d'pargnes de l'tat au nombre de 20, ont un fonds de 3 millions et demi de piastres appartenant 24,250 dpositaires, qui reoivent 138,570 piastres d'intrts annuels. Les frais de ces institutions ne s'lvent qu' 10,969 piastres. Les dpositaires de la ville de Boston au nombre de 11,007 y sont engags pour unesommede 1,719,130 piastres ou la moiti du fonds total. La caisse de prvoyance des marins de cette mme ville a reu 32,932 piastres de 272 personnes. Les revenus de l'tat se sont levs l'anne dernire 019,510 piastres, provenant des impts (taxes) 310,179 piastres, de la contribution des banques 29-4, 452 piastres des quatre millions d'acres de terre qu'il possde dans le Maine et dont la

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398 CINQ MOIS valeur augmente constanmieul. Je vais donner le tableau de l'emploi de ces fonds pendant l'anne 1854. A l'hpital des fous de Worcester. P. 12,729 A la maison des aveugles 8,050 A l'asile des sourds-mucis de Hartford 3,878 Aux socits d'agriculture 3,914 Secours pour les pauvres 52,122 Le reste a t pay aux conseillers, aux snateurs, au gouverneur de TKlat, aux employs, etc. L'insdusirie manufacturire est fort en progrs dans la Nouvelle-Angleterre, et il est fcheux qu'on n'ait pas crit d'ouvrages de slalislique pour la faiie bien connatre. Les notices que j'ai recueillies ce sujet sont fort incompltes, malgr le grand nombre de documciils qu'on m'a fournis, car elles manquent d'ordre et d'unit. Il y a peu d'annes, les commissaires de l'association mainifacturire du Massachusetts, adressrent aux directeurs des fabriques une srie de questions sur la valeur et la puissance des tablissements, sur les produits, la quantit des oprations, le prix des journes, les heures de travail, les intrts et le rendement de la main-d'Âœuvre, les bnfices du conjmerce, l'usage des produits, en un mot, sur tout ce qui peut concerner l'insdusirie l'gard de la fabrication et de la concurrence etc. On

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AUX ETATS-UNIS. 399 a prsent aussi au Congrs fdral des rapports curieux sur le Maine et le New-Hanpsliire, et je viens de lire le Journal of llic Procecdings of tlie Frends of Domcslic Luliistnf hi General Convention met at tlie City of NewYork, october 26, 1851 et d'autres ouvrages dont on peut former un rsum instructif sur rinsduslrie manufacturire des tats-Unis; mais ce serait entrer dans un trop long examen, qui n'est pas de mon plan, aussi me bornerai-je en extraire quelques donnes. En 1831 dans douze tats de l'Union, la Virginie, le Maryland, le Maine, le Vermont, le NewHamsphire, le Massacliuselts, le Connecticul, le Rhode-Island, le New-York, le New-Jersey, la Peiisylvanie et le Delaware, 795 manufactures de cotoa taient en activit avec un capital en difices, machines et instruments immeubles, de 40,71 4.,98i piastres, y compris l,!2il),50 fuseaux, 55,508 mtiers qui produisaient 250,401,990 yarcls de toile de 77,757,506 livres de coton, ou 214,882 balles de 561 86/100 livres chacime. Elles occupaient 18,559 ouvriers mles, 58,927 femmes, et 4,601 enfants. Pour la construction des machines employes dans ces fabriques, le capital des ateliers tait de 2,400,000 piastres.

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400 CINa MOIS La valeur de celles qui ont t coiislruiles dans l'anne s'est leve 3,500,000 Les journes 1,248,000 Le total des journes, y compris celles qui furent payes dans les manufactures de coton, 12,155,725 Le montant des produits 32,056,760 La valeur des cotons manufacturs prise part. .26,000,000 Tous ces dtails occupaient 117,626 personnes. Il parat qu'il y a aux tats-Unis plus de 20 millions de moutons, qui rendent plus de 50 millions de livres de laine, lesquelles, au prix de 40 centimes, valent 20 millions de piastres, ou 40 millions quand elles sont travailles. Cette production extraordinaire augmente chaqueanne. L'importation trangre quifut en 1831 de 5,622,%0 livres, en 1852 de 4,042,858, a t l'an dernier (1854) de 591,515 piastres seulement. Perkins, dans sa statistique, pense que le NewYork possde 2 moutons par habitant, et le Vermont 2 \]'2. La quantit de drap de laine confectionn par les limiiileb dar.sle premier de ces deux Llats tait si considiable et tellement accrue, qu'il l'value 4 millions et demi de piastres au moins ; il croit que

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ATIX TATS-tMS. 401 les produits de la NouvelleAngleterre dpassent celte somme. Les manufactures de tapis ont dernirement augment : en 1834 il y avait au moins dans 18 ou 20 fabriques des tats-Unis 511 mtiers, dont 18 taient consacrs aux tapis de Bruxelles. Le produit total s'levait 1,147,000 mtres. Celte supputation a fait croire que dans peu de temps le march serait entirement assorti par les manufactures domestiques, malgr la consommation puisque on se sert de tapis dans toutes les maisons. On en fabrique beaucoup de qualit ordinaire dans les familles. Les ouvrages de lin et de chanvre sont difilcilcs >apprcier, car l'industrie domestique y contribue pour beaucoup. La valeur des cables et des cordes n'est pas au-dessous de cinq millions de piastres. La fabrication des sacs a augment cause de la grande exportation du colon; elle exige 5 millions et demi de verges par an, et comme rintroduclion trangre n'est que d'un peu plus d'un million, restent quatre et demi de la production nationale, lesquels, raison de 20 cents, font environ 880,000 piastres. La quantit de fer en barres fondue aux talsUnis en d810 ne se monte qu' 24,471 tonneaux, mais en 1850, elle tait de 112,865; celle industrie occupait 140,275 ouvriers, dont les journes se sont leves 8,770,420 piastres par an, non compris la nourriture value 4,000,490 piastres. Le fer brut 34

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402. ClNa MOIS tait estim 4 3,529,760 piastres et on en importe des pays trangers 51,800 tonneaux, valus 1,762,000 piastres. La quantit gnrale consomme pcjit tre value 1 44,666 tonneaux employe pour la majeure partie clans TUnion, comme nous l'avons vu. De plus on a introduit des manufactures de fer et d'acier pour A millions de piastres : ce qui, joint la partie antrieure de fer brut, forme 5,762,000 piastres. On peut estimer 40 ou 45 millions le total des fers et aciers produits, et ouvrs annuellement dans ce pays. En 1851 on a construit dans la seule ville de Pittsburg cent machines vapeur et pour une valeur de 100,000 piastres demande par Cincinnati. Les 202 fonderies qui existaient en 1851 ont fondu 118,620 tonneaux de lingots et 56,728 de fer, ou 155,548 tonneaux. Ceci ne parat pas tonnant quand on parcourt ce pays, o l'on voit tant de machines vapeur, de grilles, de balustrades, de chanes et d'ouvrages de cette sorte, sans compter le fer qui est employ pour les rails, l'artillerie, la marine etc. Les tanneries sont assez nombreuses dans le NewYork et la Pensylvanie. La quantit de cuir de semelle consomme aux Etats-Unis est de 52 millions de livres. Le New-York lui seul, en produit plus de 12 millions, et la valeur totale des manufactures de ce genre n'est pas au-dessous de 40 45 millions de piastres. Cependant on a besoin encore de la matire

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AUX TATS-UNIS. 40S premire et des peaux de l'tranger qui en importe pour 3 millions de piastres par an. La valeur des chapeaux fabriqus est estime 10,000,000 de piastres et l'exportation 500,000. Cette industrie occupe dans les ateliers 18,000 personnes, dont les salaires s'lvent 4,200,000 piastres par an. Dans le Massacliusetls on fait des chapeaux de paille et de feuilles de palmiers de l'le de Cuba, environ pour un million de piastres. Les Amricains travaillent assez bien les bois fins; et j'ai vu dans les magasins de NewYork et de Philadelphie des meubles d'un bon got parfaitement finis, et de bois recherchs cause de leurs taches et de leurs ramages. On estime 10 millions de piastres les ouvrages d'bnislerie excuts annuellement par 15,000 ouvriers qui gagnent environ 5 millions de piastres. Sur cette somme on exporte plus de 200,000 piastres, en grande partie dans la Havane, o toutes les classes talent beaucoup de luxe en ameublements. A cette mme espce de fabrication appartiennent encore les voitures, qui sont d'un joli got; on en fait pour quatre millions de piastres par an. Dans la seule ville de New-Haven, on en a construit, en 1834, 275,000 de diverses formes; ce chiffre n'est pas le i]io de celles que l'on fait dans toute l'Union. J'ai dit, en passant, que les manufactures de cristal de Brooklyn et de Jersey-City prs de New-York m'ont paru bien montes; et, par les documents que

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404 cma MOIS j'ai sous les yeux, je vois que les fabriques de l'Union assortissent dj presque tous les marchs. En 1851 il y avait 21 fourneaux avec 1 40 creusets, et le cristal ouvr fut valu 1,500,000 piastres. Le produit en vitres, bouteilles 1,200,000 : total : 2,500,000 piastres. Cette industrie emploie 2,000 ouvriers qui gagnent 600,000 piastres par an. La grande fabrique de flacons et de bouteilles de Dyott, toute seule aux environs de Philadelphie, en fait 1,200 tonneaux dans Tanne ; elle occupe 500 ouvriers. Plus rcemment on a calcul 5 millions de piastres la production annuelle de ces matires. Depuis plus d'un sicle on fabrique du papier dans la Non velleAngleterre La valeur de cette industrie est environ de 6 millions de piastres. Le papier confectionn dans le Connecticut en 1852, est estim 540,000 piastres. Le gouvernement a Hworis cette branche en imposant l'introcluclion trangre, qui est presque nulle dans ce moment, et en laissant libre l'entre de la matire premire. La valeur des chiffons introduits en 1852, a t de 466,587 piastres, presque la mme que celle de l'anne d'aprs; ils venaient le plus souvent de l'Italie et de riesle. On a manufactur le plomb afin d'obtenir les oxydes et l'actate, pour 1 million de piastres, mais plus particulirement Philadelphie. Les f^djriques de Salem ont une haute importance. Les ouvrages d'tain et de composition, de cuivre et de fer blanc, ont t

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AUX TATS-UNIS. 405 rcemment perfectionns, et leur valeur s'lve annuellement 5 millions de piastres. Les magasins sont si bien assortis, qu' peine existe-t-il d'importation trangre. Les manutaclures d'caill, de corne d'os et d'ivoire produisent plus que pour la consommation et fournissent l'exportation. Enfin je dois citer, parmi les objets de luxe, les ouvrages d'or, d'argent, de pierreries, de plaqu, que l'on peut comparer, pour la solidit et l'lgance, ceux de France et d'Angleterre; peine si on en importe de l'extrieur pour une somme de 100 mille piastres, quoique les besoins en exigent pour 5 millions par an. On fabrique assez bien la porcelaine comme je l'ai indiqu ailleurs ; mais je me borne dire que la belle manufl\cture de M. Hcmpliill, Philalielpbie fournit des qualits suprieures. Quoiqu'on 1851 le capital plac sur trente tablissements consacrs aux produits cliimiques ne dpasst pas encore 1,151,000 piastres, il donnait cependant 4 million de piastres de produit : ce qui confirme l'observation que j'ai faite ailleurs sur les avantages de celte brandie de l'industrie. Les matires premires sont^du pays, et trs-bon marcli; le combustible et la nuiin d'Âœuvre ont seuls une certaine valeur. Le combustible est estim 120,000 piastres par an. Enfin la pche de la baleine offre des bnfices considrables, et d'introduction est de 140,000 ba34,

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406 CINa MOTS rils (le blanc, et de 100,000 de graisse ortllnaire. Le blanc se consomme dans le pays la graisse s'exporte en Europe, ainsi que les fiuions. Le produit moyen est valu 5,500,000 piastres par an et la valeur des btiments employs la pche 7,500,000 p. Comme j'ai dj parl du sel en dcrivant mon voyage Syracuse, je terminerai ici ces extraits, (pii pourraient la lin devenir fastidieux pour plusieurs lecteurs. 29 aot. L'institution des aveugles de Boston est la plus ancienne des tals-Unis, quoiqu'elle ne compte encore que trois ans d'existence. Elle doit son origine aux efi'ortsdu docteur J. I). Fisher qui, en 1829, en a conu le plan et a obtenu la permission de faire une associalion philanthropique. Le docteur Howe fut charg d'aller en Europe tudier les mthodes adoptes pour l'enseignement des aveugles, afin d'tablir son retour la nouvelle cole. 11 la fonda au mois d'aot 1851, aprs avoir visit toutes les institutions europennes et recrut des professeurs aveugles, un Paris, et un autre Edimbourg, dpendant les fonds taient lares car on en tait rduit la simple assignation destine aux sourds-muets, qui s'levait 15,000 piastres cdes par la lgislature du Massachusetts et aux faibles sommes que produisaient les contributions

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AUX TATS-UNIS. 407 volontaires. On convint, malgr cela, de ne rclamer ni du public, ni du gouvernement, aucune espce de secours, jusqu' ce qu'on pt exciter la bienfaisance par un exemple de l'utilit de l'institution. A cet effet, le docteur Howe dirigea en particulier l'ducation de six jeunes aveugles, qui furent, au commencement de 1855, prsents au premier examen. Les lves tonnrent les personnes qui furent tmoins de leurs progrs et les fondateurs philanthropes obtinrent, aprs de laborieux efforts, le succs qu'ils attendaient. La lgislature accorda, l'unanimit, au nouvel tablissement une somme annuelle de 6,000 piastres pour l'entretien de 20 aveugles pauvres du comt; les souscriptions et les donations augmentrent ; les dames de Boston donnrent de gnreux exemples de patriotisme, et un habitant distingu, M. Perkins, offrit luimme une belle maison pour loger les lves, avec les terres qui y touchent, ds que la soct aurait runi un capital permanent de 50,000 piastres. Chez un peuple comme celui de Boston, cetle clause fit redoubler les efforts, et l'on parvint runir en peu de temps la somme demande, car plusieurs personnes marquantes avaient souscrit pour 5,000 piastres chacune. Ceci se passait pendant que les autres tats se coalisaient pour donner l'ducation aux aveugles d leurs divers cantons. Le Connecticut a assign cet objet 1,000 piastres pendant douze ans; le Vermont 1,500 piastres pour dix; le Maine 1,000, le New-

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408 CINQ MOIS llampsliirc 500, etc. Cet accroissement de secours est surveiiu si vile, que range dernire celle inslilution naissante a pu disposer d'un revenu d'environ 58,000 piastres. L'lablissemcnt renlcrmait cette mme anne, 120 hommes et 22 femmes, les travaux que l'on y fait permettront d'en recevoir jusqu' 100. Le programme embrasse loutesles branches dercnseignement primaire, et lesmalhmaliques, la langue franaise, la gographie la musique et plusieurs ouvrages de main. Tout rcemment, on y a tabli des classes de philosoi)hie et d'histoire, et trois lves se sont adonns spontanment l'tude du latin. Les aveugles sont actuellement dans une maison d'agrment des environs, oii ils passent la saison de l't tandis que l'on achve les constructions. Je n'ai pu les voir, par consquent ; mais le directeur M. llowe, homme aussi aimable qu'observateur et savant, a satisfait pleinement ma curiosit en me donnant toutes le^cxplications que je lui ai demandes. Une des branches dans lesquelles l'instulition naissante de Boston a fait d'admirables progrs, c'est sans contredit l'impression des livres et des caries gographiques en relief. M. Ho\ve a fait une lude spciale cet gard et obtenu des rsultats fort utiles. Il observa d'abord que le systme d'impression qui soulve le papier ct du relief, est dfectueux cause de la confusion qu'il occasionne; il s'est ensuite appliqu diminuer autant que possible la grandeur des carac-

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AUX TATS-UNIS. 409 tres sans que la perception du tact en souffrt; et il a modifi la forme de quelques-uns, de sorte que, quelle que soit la manire dont l'aveugle les touche, on puisse les confondre avec d'autres. Non content de ces innovations, il a diminu encore la hauteur du relief. Fond sur ce que les doigts ne touchent que le sommet de l'angle de la lettre il a conclu que sans nuire la perception on pouvait la rduire d'un tiers. Ces changements essentiels lui ont permis en mme temps d'employer une espce de papier beaucoup plus souple et d'obtenir par tous ces moyens une diminution des trois quarts du volume. En raccourcissant les caractres on peut introduire dans une page de 8 pouces de haut et de 7 de large, ou 56 pouces de superficie, 787 lettres; tandis qu'elle ne contient que 408 caractres franais et 509 angulaires d'Edinbourgh dont j'ai parl l'occasion de l'institution de NewYork. Les 70 pages des livres franais ont un volume de plus de deux pouces et demi d'paisseur ; et ceux de Boston ne dpassent pas un pouce et demi pour le mme nombre de pages. Ces deux rductions, savoir celle des caractres et celle du papier, produisent, comme je l'ai dj dit, une diminution totale gale au quart du volume. Quant la nettet du relief et la perfection du tirage on peut prsenter les livres de Boston comme des modles; il en est de mme des cartes gographiques, des figures de gomtrie et des caractres de

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410 CINQ MOIS musique. Le doclcur Howe a eu la bont de me faire cadeau de quelques-uns de ces divers ouvrages nouvellement publis d'un alphabet et des chiffres de mme porte. J'ai appris dans l'entretien que j'ai eu avec lui qu'jl ne s'est pas born faire les importantes modifications que je viens d'numrer, mais qu'il se propose d'introduire un systme d'impression simpliii l'usage de ceux qui il consacre ses veilles et ses talents. 30 aot. M. Samuel Swett m'a accompagn une cole du dimanche, aussi intressante que toutes celles que j'ai visites jusqu' prsent. Une jeune demoiselle enseignait l'alphabet, etdivers maximes moraleset religieuses de petits enfants. Dans d'autres salles djeunes matres des deux sexes, fils de familles, expliquaient le cathechisine, ou adressaient des questions leurs lves, qui feuilletaient la Bible pour y trouver des rponses. Sans considrer les coles du dimanche sous le point de vue de l'instruction qu'elles donnent, je crois qu'elles sontd'une puissante utilit; car elles tablissent des relations de mutuelles aflctions entre les diffrentes classes de la socit; elles inspirent aux enfants pauvres des sentiments de reconnaissance envers les lamilles riches qui leur donnent des soins el d'aimables professeurs; elles dveloppent une sorte

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AUX TATS-UNIS. 411 triiniforniit de principes et d'ides, et cimenlent des liaisons intimes entre les branches de l'arbre social qui doit porter des fruits abondants et savoureux dans l'avenir. Je suis toujours enchant de la douceur des institutrices, de la bont des matres, de la cordialit soigneuse avec laquelle on donne ces enfants d'utiles explications, de la tendesse paternelle des corrections, et de l'attention anglique des lves. On publie, pour les coles du dimanche, un grand nombre de petits livres lmentaires parmi lesquels j'ai copi les tilres suivants : Prmarij questions on sclect portions of scripturc, dcsicjncd (for sabbalh schools, par (Charles Hudson. A Calechism foryoing cliildren, calculated to instruct them in Piety and Virtuc, par Peaul Deau. Questions on slect portions ofscripture, desifjncd for tlie liiglier classes, in sab~ batli schools. Je vais consigner ici les notes les plus rcentes sur la situation de l'enseignement primaire dans le Massachusetts, d'aprs les rapports que je lis. Dans 261 districts, qui les ont fournis en 1854, on comptait 2,251 coles publiques auxquelles ont assist 151,227 enfants de 4 16 ans, 67,499 garons et 65,728 lilles ; en outre 24,749 lves de l'acadmie et des coles particulires. Ce nombre considrable d'enfants et de jeunes gens qui reoivent de l'ducation, fait voir que le nombre de ceux qui en sont privs est extrmement faible. D'aprs les recherches

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412 CINQ MOIS les plus exactes, il parat qu'il n'y a pas plus de ^58 personnes de IG 21 ans qui ne sachent ni lire ni crire. Chaque habitant de Boston paye 55 centimes pour l'entretien des coles, non comprisles sommes alloues annuellement pour cet ohjet sur les conlribulions. Des 2(il districts des coles de l'tat, iSl n'ont point de fond local; celles de Boston n'avaient point de revenu fixe jusqu' l'an dernier, poque o a t dcrte la nouvelle loi, d'aprs laquelle il est ordonn que l'argent restant de la vente des terres, les payements faits l'tat par le gouvernement fdral pour les pensions et les services militaires rendus pendant la dernire guerre, qui taient en caisse au l" janvier, et la moiti du produit des futures ventes de terres, seront appliqus au fond des coles jusqu' concurrence d'un million de piastres. Mais comme, quand on a sanctionn cette loi, 281,000 piastres seulement taient disponibles, il a t dcid qu'on n'attendrait pas que le fonds fiit complet, et que l'on procderait la distribution estimative de celui qui existait, i)roporlionnellement ce que chaque district paye pour l'entretien de ses coles. Ainsi, l'impOt destin aux coles, s'lve 31 0,1 79 piastres, et les contributions 45,141 piastres. Jl y avait 1,907 matres et 2,588 matresses; on donnait de 10 15 piastres i>ar mois aux premiers, et de 75 centimes 5 piastres par semaine aux secondes. Les

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AUX ETATS-rNIS. 413 rtributions payes par les parents dans les acadmies parliculirs, sont values 270,576 piastres; ajoutez cela 510,179 piastres, montant des impts, et 15,1 -41 des contributions, et vous formerez un total de 001,890 piastres, qui reprsente la somme consacre l'enseignement de l'enfance, dans le Massacbusetls. Il existe dans la seule ville de Boston quatre-vingts coles gratuites auxquelles assistent 8,423 enfants des deux sexes, et 4,018 qui suivent les cours des acadmies particulires. Les impts pour leur entrelien se sont levs 07,000 piastres, et les honoraires des matres 55,500, la dernire anne. Les pensions dans les acadmies prives ont t estimes 107,702 piastres. On enseigne dans toutes lire, crire, les principes d'arithmtique, de gographie et d'histoire, et dans quelques-unes le latin, le dessin, la gomtrie, etc. Parmi les tablissements qui ont encore rveill en moi une grande sympathie, je dois citer l'cole des jeunes cultivateurs, tablie dans Tile ompvson et appele Fanncr scliool. Il s'est form depuis peu une socit de personnes respectables pour ouvrir cet asile aux enfauls qui aprs avoir perdu leurs parents, ou en avoir t abandonns, sont exposs aux malheurs de la vie. On acheta le terrain et l'on btit un difice exprs o l'on ammena comme en triomphe ces tres intressants. La manire dont se fit cette installation avait 35

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414 ciNa Biois un caractre de vrit et de saintet philantropicjue difficile dcrire. Le directeur de la nouvelle maison, les membres de cette association paternellect plusieurs personnes respectables les accompagnrent sur un bateau vapeur jusqu' la.petile le, puis ils allrent la chapelle et rendirent grce Dieu de ses misricordes et de ses bienfaits. L'institution possde aujourd'hui soixante -cinq enfants, tous au-dessous de 12 ans: les btiments pourraient en contenir 200. On leur enseigne les principes de la religion, les lments de renseignement primaire, et on inculque dans leur cÂœur des maximes morales. Comme ils sont fort jeunes, peine s'ils font autre chose que d'approprier et de nettoyer les terres et de rcolter les grains; mais l'avenir ils seront chargs de tous les travaux proportionns leur ge, car ils doivent demeurer dans l'institution jusqu' 16 ans. Hier au soir en causant avec M. Everett sur les progrs de l'ducation Boston, progrs dus en parlie ce digne monsieur, j'ai pris quelques noies sur l'cole de M. Alcolt, fonde sur des principes minemment philosophiques, et rduire dans la pratique des confrences et des explications constantes avec les lves. M. Alcott a fait connatre sa mthode dans les Annales d'ducation ; et une demoiselle, miss Peabody, achve de publier le rsultat de ses visites cette cole sous le titre de Record ofa school '.exem-

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AUX ETATS-UNIS. 415 plifi yng the gnerai prnc'iplcs of spiritual cnllurc. Boston possde encore une socit destine aider les jeunes gens qui se consacrent au culte religieux. Elle fut tablie en 1815 sous le titre de : American ducation Society : elle renferme aujourd'hui beaucoup de sujets, et compte 47 succursales dans les divers tals de l'Union. 2, 258 lves y sont entretenus raison de 48 piastres par an pour la jiremire partie de leur ducation et de 75 pour la seconde et la troisime : on devient membre de la socit, qui a augment ses capitaux par des donations et des legs abondants, en versant 100 piastres une fois donnes. Les personnes bienfaisantes peuvent fonder des bourses permanentes ou temporelles, et pour 1,000 piastres entretenir toujours un lve ou pour 75 piastres par an pendant 7 ans. L'anne termine au mois d'avril dernier, le trsorier de cette socit a reu divers titres 90,142 piastres, dont on en a employ 08,445 l'enlretieu des jeunes gens, aux payements, impression d'ouvrages etc. On remarque, parmi les crits sortis de la plume loquente de M. Everett, un opuscule qui a pour titre : Nouvelles ides sur la population avec des observalio}is sur les tiiorics de Malllius et de Godwn. Je ne m'occuperai pas de ce livre que les personnes instruites ont connu avant moi pendant les douze annes d'isolement littraire o j'ai vcu;

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416 CNa BOIS mais je n'en parle que parce que les sentiments de l'auteur sont pftrfailcmenl conformes aux miens au sujet de ses compalrioles. J'avoue que la nation amricaine avait t un peuple tout fait tranger mes ludes avant mon sjour ici; mais je n'aperois rien de ce que prtendent les voyageurs ni des opinions qu'mettent lgrement certains Europens qui ont visit l'Union. M'lant propos de voir par moimme je n'ai consult et je ne consulterai personne ; si le jugement que j'ai port sur les institutions des Etats-Unis et le caractre de ses habitants est inexact ou erron cela viendra de ma manire d'observer. Enlisant dans l'ouvrage de mon ami M. Everett, Amricain instruit et impartial un vote de ratification mes observations j'ai prouv un vritable plaisir, car celte confirmation ne se rapporte ni aux institutions politiques, reconnues excellentes, ni aux admirables progrs de l'industrie dont le tableau vivant est devant les yeux de tous mais au caractre de la nation objet des critiques insultantes de quelques visiteurs et de la contradiction des sentiments de ceux qui jugent les Amricains. Aprs avoir dtermin l'influence qu'exercent le climat, les maux physiques et les institutions des tats-Unis sur les progrs de la population, M. Everett dmontre combien cette contre est peu favorise de ce ct; il dcrit les inconvnients qui durent surgir au premier tablissement des colons, dans un pays in-

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AUX I-TATS-UNTS. 417 culte, occup par des hordes sauvages; et fait voir, enfin, que les institutions poliliijues et les bonnes moeurs ont surmont cette action paralysatrice. I Plusieurs circonstances dit-il se runissent pour diminuer considrablement la funeste influence des vices privs. Il n'est aucun pays o le titre de citoyen ait plus d'importance, et soit environn d'une plus grande considration. Le plus grand nombre de citoyens est compos de propritaires. Le simple ouvrier qui peut, ds qu'il lvent, acqurir une proprit, se sent aussi indpendant et ne s'estime pas moins que s'il possdait une terre et la cultivait. > A ces causes prservatrices, il faut joindre celles dont l'action est positive et directe. Parmi des habitants pars sur un immense territoire, l'agriculture occupe presque tous les bras, et ses travaux si favorables la sant el au dveloij)ement des forces physiques, ne le sont pas moins la conservation des mÂœurs. On ne connat point dans nos provinces les vices raflns qui naissent au sein des cits o la population est entasse : on ignore aussi les plaisirs vifs et tumultueux des nombreuses runions d'hommes; mais on est exempt des maux qui viennent trop souvent la suite de ces plaisirs ; il y a plus que compensation. Chez nous le bonheur est chaste, calme, srieux. Chaque habitant peut se procurer l'abondance, et il n'en est aucun qui veuille s'en passer: mais elle est le prix du travail el de l'activit. Ainsi, 35.

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418 ciNa uois la temprance el l'induslrie sont les qualits qui caractrisent riiabilant des Etats-Unis. Il se plat au sein de sa famille; c'est l qu'il gote les charmes du repos aprs le travail, et toutes les jouissances de la vie. 11 connat peu les sentiments expansifs qui aiment se produire au grand jour; la vie intrieure convient mieux la simplicit des mÂœurs. Si des gots imprieux entranent quelques individus hors de ce cercle troit, c'est le plus souvent la politique ou la religion qu'ils se consacrent. Une telle socil jouit-elle mieux de la vie que celle o l'on sait varier et multiplier les plaisirs? JNous n'entreprendrons pas de rsoudre cette dillicile question : il suffit de faire observer que ces mÂœurs sont les plus favorables aux progrs de la population. > Rsumoms. La population des Etats-Unis a pris un accroissement plus rapide que celle d'aucune autre contre, parce que l'tat politique et la position gographique de ce pays lui ont procur tous les avantages des socits les plus avances dans la carrire de la civilisation ; qu'il en a reu les connaissances les institutions perfectionnes, les meilleures habitudes morales, sans importer en mme temps les vices des nations qui ont vieilli, la corruption, la paresse et rinq)rvoyance dont les elts destructeurs contrebalancent la fertilit d'un sol amlior par une longue culture. Ee phnomne de notre [)opulation est donc le rsultat d'un bon gouvernement el de

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AUX ETATS-UNIS. 419 bonnes habitudes morales; ou, si Ton veut, il tient ce que nous ne sommes ni trop mal gouverns, ni trop vicieux. Nous en tirerons cette consquence que le mal physique s oppose beaucoup moins l'accroissement de la population que les mauvaises institutions de la corruption morale; car, comme on l'a vu, la nature ne nous a pas mieux traits qu'aucune nation civilise. 1 Remarquons, en passant, que les mmes observations nous fournissent une brve et dcisive rponse aux calomnies de quelques crivains de l'Europe qui, je ne sais par quels motifs, essayent de fltrir le caractre moral des citoyens des tats-Unis. Si dans leur mauvaise humeur, ils nous reprsentent comme un peuple sans activit, sans mÂœurs et sans religion, nous produirons nos dnombrements : aucun sophisme ne peut rsister la force d'un tel argument. > J'ai souvent relu ce morceau, ne sachant en vrit s'il appartenait la plume de mon ami ou la mienne; car il renferme exactement toutes les observations essentielles que j'ai faites sur la nation amricaine, et que j'ai consignes dans cet crit, me mfiant d'abord d'une premire impression, convaincu ensuite de l'exactitude dmon examen. La tranquillit de l'existence, la paix de la vie, le calme dans les discussions, le srieux et le silence dans les runions de plaisir, tout autant de scnes nouvelles et tonnantes pour nioi, sont donc des marques dislinctives du peuple

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420 CINa MOIS amricain; et je pourrai le prsenter :\ mes lecteurs sous ce point de vue, sans manquer la vracil impartiale (l'un voyageur de bonne foi. Boston est la ville la plus savante de l'Union mais ce degr de cullurc intellectuelle est plus lev dans les sciences politiques et morales, la littrature et les arts, que dans les sciences exactes et naturelles. A peine si l'gard de ces deux belles branches du savoir, la nation amricaine sort de l'enfance, et le cadre des connaissances qu'elle possde est extrmement irrgulier et incomplet; malgr cela on a dj fait un grand pas, celui de reconnatre leur utilit et leur ncessit, et l'on peut dire que le peuple des Klals-Unis franchi la moiti de la carrire lorsqu'il a sanctionn en principe l'utilit d'une chose. J'ai appris depuis peu de jours l'tablissement des socits des sciences naturelles, avec des muses et des bibliothques, Cincinnati, Colunibus,Chilierte, l'est de rOhio. J'ai vu encore dans mon voyage au Niagara des collections de produits naturels Genve, Auburn, Rochesler, et dans d'antres villes qui peuvent facilement rendre des services la science. J'espre que dans quelques annes les tablissements scientifiques de Philadelphie Boston, I\ew-York, rivaliseront en activit et en rsultais posilifs avec ceux de riirope d'une manire aussi prcoce que pour les institutions poliiiques, philanthropiques et les entreprises industriel les.

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ArX KTATS-rNIS. 421 On publie dans l'tat de Massachusetts 14G journaux, dont 13 quotidiens, 15 demi-hebdomadaires, 82 liebdomadaires, et 38 revues, magazines etc. Sur ce nombre, 2 sont spcialement consacrs la mdecine, 1 la lgislation, 15 aux sciences, la littrature, la politique, etc., i l'agriculture, d la temprance, et H la religion. 1er septembre. Le village manufacturier de Lowel est un des objets les plus dignes de l'observation du voyageur qui va Boston, et j'avoue que lors mme que je n'aurais pas vu autre chose aux Etats-Unis, je ne croirais pas avoir perdu mon temps. J'ai consacr la journe cette agrable promenade par le chemin de fer de 26 milles que nous avons parcouru en 70 minutes. H commence aux environs de Leveret-street au nord ouest de la ville, passe l'est de l'le Cambridge, l'ouest de Charlestown et de Medford, l'est de Woburn et de ^Vilniington, au nord de Billerica et se termine devant l'htel Merimack Lowel. Il est construit sur un fondement solide de cailloux briss et les rails de fer fondu qui reposent sur des ds de granit, avec des renforts sur les cts fichs dans la j)ierre. La voie commence la fin de 1831 cot 1,200,000 piastres, c'est peut-tre la meilleure que l'on ail construit dans l'Union. Les ponts nombreux

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422 CINQ MOIS qui la croisent pour tablir les communications entre les terrains des deux cts sont poss sur des murs de pierres sches, espce de maonnerie fort en usage ici et compose de morceaux de granit cubiques ou paralllipipdes, d'un ou de trois pieds, que l'on emploie sans mortier. Le territoire au milieu duquel est situ Lowel tait dsert il y a dix ans, et ofl're aujourd'hui un de ces prodiges de population et d'industrie que peut seule prsenter une nation minemment libre, favorise par les sages institutions qui la rgissent. Le grand secret du gouvernement pour assurer les progrs rapides de l'agricullure et des fabriques ne consiste qu' laisser l'inlrt priv dans une complte libert, et calculer sagement les mesures fiscales, afin de ne pas engourdir la marche htive de l'industrie. Laissez faire telle est la maxime ternelle que les gouvernements ne devraient jamais oublier, et que l'exprience sanctionne tous les jours dans celte contre. Les neuf compagnies qui se sont comme divis Texistence manufacturire et industrielle de Lowel reprsentent un capital de G,050,000 piastres. On y voit des fabriques de drap, de tapis, de coton et une entre autres pour toutes les machines ncessaires. La plupart des ouvriers sont djeunes filles, au nombre de 5,051 ; il y a en outre 1,512 hommes. Ils produisent par an 39,1 70,0 iO yards de draps, et tissent 42,256,400 livres de colon.

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AUX ETATS-UNIS. 423 La journe des fileuses et des tisseuses s'lve ordinairement 5 piastres d 5 cents par semaine ; en dduisant 1 piastre 25 cents pour le logement et la nourriture, il leur reste un bnfice net de i piastre 90 cents. Les ouvriers qui lissent les tapis de Bruxelles gagnent une piastre par jour ; en dduisant ce qu'il iimt pour leur entrelien, il leur reste 80 centimes de bnfice net. Chaque tisseuse de coton est charge de deux mtiers, qui confecliounent 30 mtres chacun; elles sont payes raison de 51 cents ou 62 cents pour les GO mtres des deux mtiers. Le prix de leur entretien dduit, il leur reste deux piastres 52 cents par semaine ; mais toutes ne peuvent pas faire ce travail. Les compagnies ont construit de grands difices attenant aux fabriques pour le logement des ouvriers des deux sexes. Les rglements leur imposent l'obligation d'y vivre de la conduite la plus svre. Des employs surveillent les hommes, et des femmes de moralit reconnue les jeunes filles. Celles de Lowel ne sont pas sous la tutelle de leur famille, car, nes gnralement de fermiers des tats de la iNouvelleAnglelerre, elles viennent travailler aux fabriques pendant quelques annes de leur adolescence, pour se constituer une dot avec le fruit de leurs pargnes. Les rglements exigent que les ouvriers s'abstiennent du jeu de la boisson de tout dsordre et de tout drglement sous peine d'ctrc chasss ; l'observation des

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424 CINa MOIS principes de moralit est si rigoureuse elles jeunes lillcs lellcment pntres de riinporlance de conserver leur rputation intacte, qu'on ne connat pas une seule exception ; car s'il en est entre elles qui montrent une certaine tendance dvier du droit chemin, elles sont aussitt dnonces par leurs compagnes qui tremblent d'attirer sur elles une noie rprliensible. J'ai parcouru ces fabriqjies, pntr du vif intrt qu'excitent les produits d'une industrie rivale de celle de l'Europe, et d'admiration pour la vie exemplaircdcs filles jeunes et belles qui y travaillent. Ellcss'occupent les six jours de la semaine sans la moindre dislraclion et passent le dimanche l'glise, comme c'est l'usage. Elles emploient le fruit de leur application s'habiller simplement et avec propret, partagent ensuite ce qui leur reste entre leurs vieux parents et la caisse d'pargne, dont les fonds s'lvent dj 159 mille piastres, appartenant pour la majeure partie ces braves personnes. M. William Auslin, agent de la conqjagnie Lawrence, nous accompagnait, nous donnait les explications que nous dsirions, et a rveille notre adniiration quand il nous a assur que leurs fabriques n'existaient pas il y a trois ans et demi. Ea distribution des eaux comme force motrice est la charge de la mme compagnie qui fait les machines et construit aujourd'hui un chemin de fer parallle aux fabriques pour leur fournir tous les matriaux. Il faut chaque 5,500 fuseaux 45 pieds cubes d'eau

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WX HTATS-IIMS. 425 par seconde, de 17 pieds de liant, ou 72 i/ti pieds cubes de 13 de haut. Ces hauteurs sont celles des canaux destins alimenter les deux lignes d'tablissements qui sont Lowel sous deux niveaux diffrents. Les fabricants payent 500 piastres par an pour la quantit d'eau ncessaire aux 3,500 fuseaux dont le nombre s'lve dans les huit compagnies 116,804. Les roues motrices ont 60 pieds de long et 17 de diamtre dans les fabriques de la compagnie Lawrence que j'ai visites; mais les dimensions varient dans les autres. La chaleur se communique dans toutes les pices par des tuyaux de fer qui partent de deux appareils vapeur placs dans l'tage de dessous. On a calcul, que pour obtenir une temprature de 75 80 degrs Farenheit, 200 pieds cubes d'espace exigent la chaleur qui se dgage d'un pied de tuyaux en surface; mais, comme les tuyaux ont quatre pouces de diamtre, il rsulte que chaque pied d'tendue donne 1 pied carr en surface. L'tendue des tuyaux conducteurs est de 1,500 pieds, capables de chauffer un espace de 2,600,000 pieds cubes. Un des deux appareils, de forme cylindrique, a 5 pie^ls de haut, 2 i/2 de base et consomme 400 livres de charbon de terre par jour, et l'autre 800 ; mais les deux ne vont jamais la fois. Lorsque l'eau redevient l'tat liquide, elle retourne la chaudire au moyen de tubes de communication. 36

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426 CINa MOIS Les compagnies surveillent non-seulement la conduite des ouvriers, mais elles leur procurent les moyens de conserver et d'utiliser le fruit de leurs conomies dans une caisse d'pargne. Ce n'est pas seulement sous le rapport de l'activit industrielle de la moralit exemplaire, deTconomie, et du bon ordre tablis dans le rgime administratif des associations et des individus que le bourg de Lowcl est tonnant ; c'est encore par le systme de son enseignement primaire base du bonheur d'un peuple industrieux qui doit assurer son existence physique. Les coles primaires, pour les enfants au-dessous de sept ans, sont la charge de femmes responsables la commission des inspecteurs. A cet ge ils passent aux coles de grammaires, prsides par un matre assist d'un aide et de deux femmes. La plupart des coles n'ont pour lves que des petites fdles. On leur donne des leons d'criture deux fois la semaine : le mme matre consacre deux heures chacune des trois coles de grammaires; mais il parat qu'on va hii en adjoindre un antre, afin qu'il y ait une leon de quatre heures l'aprs-midi. Enfin, ceux qui sont capables d'apprendre le grec et le latin vont la grande cole. Le systme de ces tablissements est diffrent de celui des autres tals de l'Union. Les enfants sont diviss en classes; ils ne passent que dix minutes aux rcitations. Ils se rangent en ligne, suivant exactement les indications d'une peudulc qui rgle les mar-

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AUX TATS-UNIS. 427 ches successives des seclioiis. Chaque section commence au signal de la pendule qui prcde Theure de dix minutes. Celle regularil et celte division consianle produisent un eiet prodigieux sur les progrs des lves, car ils reoivent, en peu de temps, plus d'instruction que dans aucune cit des Etats-Unis. Ces coles, aussi simples qu'conomiques, auxquelles assistent annuellement 5,000 enfants appartenant aux ouvriers de Lowel, sont des modles d'exactitude, d'ordre, d'application et de constante discipline. De retour chez moi j'ai extrait un document important sur le projet de fournir de l'eau potahle Boston, qui n'en reoit actuellement que 50,000 gallons par jour, au maximun du rservoir de Roxbury A milles de distance. D'aprs le nouveau plan, l'ingnieur. M. Baldwin, propose de prendre celle des lagunes Farm et Sliakum de Framingham, et Long INaiick, qui occupent une tendue de 885 acres et peuvent donner jusqu' 5 millions de gallons par jour. On construit cet ell'et, depuis ces lagunes jusqu'au dpt deUoxhury, un aqueducferm, de 22 milles de long et l'on estime que ces travaux coteront 750,000 piastres. 2 septembre. J'ai consacr cette journe, la dernire que je passerai dans celte ville, visiter l'Univcrsil, son

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428 ciNa MOIS jardin la collection minralogique de M. Alger et plusieurs fonderies de fer. Je vais donner un pelit extrait de mes noies. Les premiers colons de la NouvelleAngleterre introduisirent avec leurs maximes religieuses les principes de bonne ducation des universits anglaises, et songrent, peine tablis, adopter les moyens de rpandre renseignement. L'universit de Ilarward fut la premire fonde, et c'est cette ancienne origine qu'elle doit plusieurs de ses pratiques simples et patriarcales. Plus tard le gouvernement et les habitants lui firent des dons en argent, en instruments, en livres et en legs. Aujourd'hui le capital de cette institution s'lve environ 020,000 p. La Facult littraire se compose d'un prsident, de JO professeurs, d'un nond)rc gal de prcepteurs d'une commission de 21 officiers, et de 216 lves. L'enseignement de la mdecine ne comprend que deux cours, un d'anatomie de 25 leons, et un autre de 7 sur l'art de conserver la sant. Ils sont faits par deux professeurs de la Facult de mdecine de Boston J'ai examin la biblliolhque, compose de 40,000 volumes, la pliis riche des Etats-Unis; la collection de minraux, extrmement considrable, qui n'est infrieure, d'aprs ce qu'on m'a dit, (pi' celle du collge Yale de New-Haven. Elle possde encore, quoique je n'aie pu en juger par mes yeux, un cabinet de

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AUX r.TATS-UNIS. 429 physique et de chimie, et un cabinet anatomiqne. Le jardin est situ la distance d'un demi-mille, il est bien soignet contientplusieurs espces de serreschaudes; mais il n'a ni cole de botanique, ni carrs d'tude. Les dpenses occasionnes par les traitements des professeurs se sont leves 24,850 piastres l'anne dernire, et les pensions des tudiants en ont produit 20,955. Les fonds universitaires servent couvrir le dficit annuel. La collection des minraux du jeune M. Alger est fort curieuse, principalement pour ce qui a rapport la Nouvelle-Ecosse. Ses chantillons ont servi de type aux descriptions qu'il a publies avec M. Ch. T. Jackson, dans le tome P' des Memors of tlie american academij of arls and sciences. La fortune de la famille de M. Alger est place sur les fonderies de fer, qui ont fait de grands progrs dans cet 'tat comme je l'ai dit autre part. On m'a donn des chantillons de bas reliefs qui ne laissent rien dsirer pour l'homognit et la finesse du grain ; et dans ce moment-ci on travaille tablir une manufacture qui, laissant au fer fondu presque toute sa mallabilit, offrira l'avantage de s'appliquer beaucoup d'ouvrages dont on avait exclu la fonte, qui n'avait pas cette qualit. Nous avons pass la soire au milieu de la fi\mille de ce jeune savant que je regrette de n'avoir connu qu'aux derniers moments de mon sjour Boston 36.

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430 CINQ MOIS Je laisse ici bien dos personnes dont l'aimable souvenir s'associera toujours, dans mon esprit, aux douces impressions que j'ai prouves dans ces heureuses contres.

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Alix TATS-NIS. 431 Cbapitre IX. Voyage dans le Conneclicut. — Worcester. — Maison des fous. — Acadmie d'antiquit.— Hartford. — Maison des sourdsmuets. —Collge ^^ ashington. — Pnitentiaire de Wethersiield, — Progrs supposs du crime. — Maison des fous. — Revenus et frais de l'Etat. — Banques. — Sminaire de demoiselles. — Moralit des filles. — Bases de Tducation du beau sexe. — New-Haven. Worcester, 5 septembre. En suivant le plan de mes visites aux tablissements de bienfaisance je suis revenu Worcester pour voir la maison des fous ( Lunatic Bospitalj, clbre par le bon ordre qui la dislingue et les rsultats pbilanlhropiques qu'elle obtient. Le docteur John Park, homme plein de bont et d'instruc ion et le surintendant de la maison, M. Samuel B. Woodward mont accompagn. Cet difice, construit tout expis et termin en 1832, se trouve sur une petite hauteur qui domine la ville. 11 consiste en un corps central et deux ailes que l'on termine actuellement. Le corps central a 76 pieds de faade et 40 de profondeui-, avec quatre tages ; les ailt'S ont UO pieds de l'aade par devant, 100 par

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432 CINQ MOIS derrire et 3G de profondeur avec trois lages. Klles sont disposes de manire que le coi'ps ecnlnd ncnipclie pas la ventilation, car ces faades ressorlent par derrire. Cet tablissement reoit, 1 les fous envoys par la cour de justice, afin qu'ils ne causent point de mal au public; 2" les fous pauvres, par ordre des autorits municipales ; 5 ceux qui sont attaqus de la mme maladie, de tout rang envoys par leurs familles, et soutenus parellesou parla cliaritdes babilants. Jusqu' prsent on a considr celte maison comme un hpital destin soigner ceux qui sont susceptibles de gurison totale ou parlielle; car les incurables passaient la maison des pauvres de loston ou dans leurs familles lorsque celles-ci avaient le moyen de les soutenir. Mais, ds que les deux ailes de l'difice seront finies, on les gardera. Pendant l'anne i83i, on a reu 165 hommes et 407 femmes, en tout 272 personnes, parmi lesquelles il y avait J55 malades anciens et 117 nouveaux. Il en est sorti 154 : reste 114. Depuis cette poque jusqu' ce jour, on en a reu 119, et il en est sorti dl5 : reste 118. Sur ce nombre, il y a 79 hommes, 39 femmes, 25 trangers 86 individus ns dans le Massachusetts, et 7 dans les autres Etats. Sur ces 115 sortis, on a compt 64 guris, 22 amliors, 46 stationnaircs 4 idiots, 8 morts, et 1 a pris la fuite.

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AUX ETATS-UNIS. 43 3 Le nombre des premiers rpond, ce qu'on voit, 55 3/4 pour cent. Mais comme sur les 115 sortis il y avait 49 cas anciensetGGcas nouveaux, il convient que nous observions le nombre des guris dans les deux catgories. Il rsulte, d'aprs les tableaux, que sur les 49 cas anciens 10 ont t guris, 16 amliors, 14 statonnaires, 4 sont morts, 1 a pris la fuite; et que sur lesGG cas rcents 54 ont t guris amliors 2 stationnaires et 4 sont morts. Par consquent le nombre de guris chez les premiers, a t de 20 1/2 p 100, et chez les seconds de 82 i/4 p. 100. La commission en faisant son rapport, cite les rsultats de quelques hpitaux trangers pour donner une ide de la supriorit de celui-ci. D'aprs les documents qu'elle a runis, il parat que la gurison des fous dans treize hpitaux d'Angleterre ne dpasse pas 55 pour cent. Dans cinq hospices de France le terme moyen est de 45 pour cent et dans quatre de A^l'Allemagne de 51 pour cent; dans deux tablissements trangers seulement la proportion a t plus forte, car ils avaient le droit de choisir les malades qu'on leur prsentait en renvoyant les incurables. La mortalit offre aussi dans cet hpital le terme minime de G ijo p, 100. Nous avons cit dans un autre endroit, au sujet de l'asile de Boston, le chiffre de 1/2 p. 100 comme de beaucoup infiiiieur celui des tablissements europens ; les rsultats de la maison de Worcesler paraissent tre pi us favorables. Telle est

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434 ciNa MOIS le fruit de la mlhodeminemmentpliilanlhropiquesiiivio l'gard de ces inforlmis, car on donnedes soins assidus aux plus furieux on leur procure des conversa lions, des distraciionsfrquentes, des vues riantes et des promenades agrables. On a observ qu'ils cdent plus facilement l'empire des moyens de douceur et que l'on obtient leur gurison sur une chelle plus grande que celle des fous modrs. Si jusqu' prsent de semblables principes avaient t adopts, on aurait guri plus de la moiti des malheureux qui ont pri dans les prisons, o ils taient traits sous un rgime barbare et tyrannique, mille fois plus svre et plus cruel que celui que l'on employait l'gard des coupables. En ellet comme l'observe la commission dans ses rapports on donne des habits au criminel le plus dprav quand on l'enferme, le ministre du ciel lui apporte des consolations on lui offre des moyens de distraction et d'ducation; tandis que les alins, innocentes cratures dignes tous gards de compassion taient abandonns, nus sur le pav froid et humide sans secours et dans la solitude du dsespoir le plus amer, conune si c'taient des victimes d'une vengeance implacable. Pouvait-on trouver un systme plus diamtralement oppos au but de ces tablissements et n'est-ce pas ainsi que Ton rendait incurables loulcs les personnes qui tondjaient dans la dmence? Je frniis d'horreur quand je considre qu'en 1829, la dure du icmps que d50 fous avaient

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AL'X ETATS-UNIS. 435 pass dans les cachots s'levait plus de mille ans. Heureusement on a port remde ces cruauts, mais ce n'est pas assez, il faut encore rpandre des institutions semblables dans tout le monde civilis afin que les infortuns privs de la raison ne gmissent pas enchans comme des btes froces sous le pouvoir d'un tyran. L'intrt qu'a excit en moi cette maison a encore plus d'attrait cause de la connaissance que j'ai faite de M. Woodward, de ses explications, de la manire douce et affectueuse avec laquelle il traite les malheureux qui en retour l'aiment et le respectent, obissant avec plaisir ses ordres, excutant les travaux et se prtant tout. Ils btissent des murailles font des terrassements, plantent des alles, cultivent le jardin; en un mot j'ai plusieurs fois demand si ces ouvriers taient vraiment des alins, car j'en doutais. Quand on parcourt cette maison on n'prouve aucun sentiment de compassion et l'on verse des larmes de tendresse et d'admiration sur les effets que produisent la bont et la bienfaisance qui prsident ces philanthropiques institutions. J'ai souvent essuy, jo l'avoue les pleurs qui coulaient de mes yeux en visitant les tablissements de ce pays; les impressions que j'ai prouves m'ont t infiniment plus agrables que les distractions et les spectacles du grand monde presque inconnus cette heureuse nation. Les recettes se sont leves l'anne dernire 18,972 piastres, dont 10,627 ont t donnes par

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436 CI^a 3101S Boston craulics villes et dos pnrliculiers pour roiiIrcticn des malades 7,000 par le trsor de la lpiil)lique et le reste provenant de diverses cessions lgales et obligations. Les dpenses se sont portes d 5,840 piastres, dont 5,207 pour solde, gratification et nourriture des employs, 5,577 pour les provisions, 1,917 pour cliauffage et clairage, 451 pour remdes, 4,004 pour rparation l'difice, etc. Comme le terme moyen des malades est de 117, il rsulte que les irais d'entretien de chacun s'lvent 2 piastres Go centimes i/a par semaine. On dpensera pour les deux ailes et les deux grandes cours (pie l'on construit, 23,000 piastres; de sorte que l'tablissement aura cot 75,000 piastres, y compris 5,000 piastres de mobilier. Dans les cloisons des cours intrieures, j'ai vu une chose digue d'tre rapporte; c'est qu'elles peuvent tourner sur un axe horizontal, pour l'aciliter la ventilation lorsque le cas l'exige. Les fous je l'ai dj dit cultivent un terrain de 12 acres qui fournit les lgumes et le mas ncessaires la cuisine, et produit un bnfice net de 250 piastres; l'on a valu 600 piastres les rcoltes de l'anne dernire. On forme ici tant d'tablissements pour le soulagement des malheureux, qu'il est probable que bienll on en tendra les bienl'aits tous ceux de l'Union. Le nombre probable des fous, dans chaque Liai, est comme suit, d'aprs les recherches les plus rcentes :

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AUX TATS-UNIS. 437 Maine 399 New-Hauipshire 269 Verniont 280 Massaclmsells 610 Rhode-lsland 77 Conneciicut 297 NewYork 1,918 New-Jersey 320 Pensylvanie 1,348 DelaNvare 76 Maryland 447 Virginie 1,211 Caroline du Nord 737 Caroline du Sud 516 Keniucky 687 Tennessee 681 Oliio 955 Louisiane 215 Indiana 139 Illinois 157 Alabaina 509 Missouri 140 Micliigan 31 Arkansas 30 Floride 35 Disirict de Colombie .... 39 Tolal 1J,9!9 37

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438 CINQ MOIS Nous sommes alls de l V Acadmie cCantiquits, appele aussi Franklin lioiisc, et cre en 1812 par le docteur Isayah Thomas citoyen recommandable qui a lgu celle institution sa riche collection de livres chroniques et manuscrits sur l'histoire de rAmriquc et une somme de 50,000 piastres. Les intrts du capital de la maison se montent quelques 6,000 piastres par an qui servent Tenrichir progressivement. La bibliothque contient plus de 12,000 volumes, et diffrents objets antiques, noyau, d'une collection qui sera prcieuse; mais la plus curieuse est celle des manuscrits regarde comme la plus riche des tats-Unis. Parmi la srie de journaux, on remarque le Massachusetts Spy rdig par le mme docteur Thomas et dont le premier numro du 7 mars 1771 jour anniversaire des scnes sanglantes de l'anne antrieure, Boston, et du cri solennel pouss contre l'Angleterre, contient une annonce ncrologique de la domination britannique. J'ai pass la fin de cette journe si bien employe, chez M. Levis Lincolm, gouverneur de l'tal, homme d'une extrme affabilit. Nous avons beaucoup parl des prisons des tats-Unis, des abus attachs au droit de faire grce abus qui diminuent mesure que les prisons deviennent plus vastes, enfin de la propret des tablissements publics, quoique dirigs par dee hommes ; car notre sexe comme l'on

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AUX TATS-UNIS. 439 sait, n'a pas la rputation de l'emporter cet gard sur les femmes. Ici cependant sans tre suprieurs les hommes peuvent rclamer un titre qu'ils n'ont pas chez bien des nations. Mon observation a fait sourire la fille du gouverneur qui soit dit en passant, est une des plus jolies femmes que j'aie vues dans mes voyages. Mes connaissances m'ont valu des lettres de recommandation pour des personnes marquantes du Conneclicut, pays que je vais traverser. Hartford 5 septembre. Nous sommes partis de Worcester hier 7 heure du malin dans une voiture semblable celles dont on se sert ici sur les routes ordinaires ; la campagne est belle et bien cultive. A dix milles avant d'arriver j'ai vu quelques plaines de tabac, qui m'ont rappel l'le de Cuba, o sont les meilleures qualits de cette plante capable par elle-mme d'accrotre indfiniment la prosprit commerciale et agricole de notre belle colonie. Pendant le voyage, ce souvenir tranger au pays que je parcourais a seul interrompu la distraction constante dans laquelle j'tais absorb, et, si les cahots de la voiture me l'eussent permis, j'aurais trac sur mon album quelques ides fugitives qui auraient bien caractris ma position. Enfin nous sommes arrivs cinq heures et

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440 CINft MOTS demie du soir, et descendus au Cily-Hotel, auberge assez confortable. J'y ai fait connaissance avec un jeune franais M. Bordenave qui depuis quelques annes rside ici. Ce monsieur s'est offert avec bont m'accompagner aux tablissements du petit district de Hartford. J'ai pass la journe visiter la maison des sourdsmuets, la plus ancienne institution de ce genre aux Etats-Unis. L'histoire de son origine et de ses progrs est unie des circonstances particulires telles que je ne puis rsister la tentation d'en dire quelque chose. Le docteur Cogswell avait une fille qui, l'ge de trois ans, tait devenue sourde-muette, et l'gard de laquelle on avait employ toutes les ressources de l'art. Convaincu de l'inutilit de ses efforts et connaissant les progrs que faisait en Europe l'art d'enseigner les infortuns privs de l'ouie et de la parole, il se proposa de suppler par l'ducation au vice de conformation de sa fdle chrie. Instruit de l'tat de ces institutions, il forma le projet d'en tablir une dans la ville qu'il habitait ranima le zle de ses amis, du rvrend Thomas H. Gallaudet surtout, et parvint facilement leur faire partager ses dsirs. M. Gallaudet rsolut, pour agir avec plus d'assurance, de passer en Europe au piintemps i8i6; s'tant prsent Paris chez le clbre abb Sicard, il en obtint toutes les indications. Il se lia eiisuile

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AUX ETATS-TJNIS. 441 avec M. Laurent Clerc, sourd-muet qui devint professeur l'ge de vingt ans, et qui occupa une chaire, pendant huit ans, dans la mme institution. M. Gallaudet reut de M. Clerc des leons particulires pendant trois mois, et lui proposa de le suivre aux talsUnis. M. Clerc quitta Paris au mois de juin 1816, et arriva Hartford au mois d'aot. Ds ce moment, les deux amis parcoururent les villes de la contre pour exciter l'intrt public en faveur de l'institution bienfaisante qu'ils allaient fonder. Le succs dpassa leurs esprances, car ils reurent beaucoup de dons, qui leur permirent d'ouvrir l'cole au mois d'avril 1817 sous le titre de Conneclicut Asijlum for llie Deaf and Dumb. L'anne d'aprs, c'est--dire en 1818, M. Clerc passa c Washington pendant les sessions du congrs : et ses confrences avec le prsident et plusieurs membres des chambres excitrent une surprise et une admiration qui fut favorable l'tablissement de Hartford. Bientt on leur accorda dans l'Alabama diverses terres, dont la vente produisit un capital suffisant pour l'entretien de la maison. Enfin les quatre premires annes, cinq Etats de la Nouvelle-Angleierre firent des donalionsproportionnes l'ducation de leurs sourdsmuets et l'cole fut dfinitivement organise sous le litre de American Asijlum at Hartford for tfie ducation etc. Le prix de la pension est de 200 piastres par an ; mais la situation avantageuse des fonds 37.

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442 ciNa MOIS a permis de diminuer successivement ce taux jusqu' 450, il5 et mme 100 piastres. Ainsi, pour deux piastres par semaine ces inlortuns sont enseigns et entrenus, c'est--dire pour une somme bien moindre que celle que payent les lves des collges les mieux accrdits. On tendra dans la suite les bienfaits de celte maison aux pauvres des autres tals de l'Union et probablement dans peu d'annes il n'existera pas un seul sourd-muet qui n'ait t lev de manire tre utile lui-mme et la socit. La proportion actuelle de ceux qui ont reu de l'ducation sur le tolal des sourds-muets de l'Union est comme un 2 i/2, mais dans le INew-York, la Pensylvanie et la INouvelle-Angleterre tous ont t ou sont levs dans les trois tablissements que j'ai visits. En Europe cela n'a lieu que pour un sur cbaque 7 i/5, et dans le monde entier pour un sur cbaque 25 selon les donnes qu'a publies l'inslilulion royale de Paris. J'ai parcouru avec un plaisir extrme celte maison dont le systme d'enseignement est en tout semblable celui des autres maisons de ce genre. On exige que les lves aient dix ou douze ans, car alors leurs progrs sont plus rapides et plus assurs ; ayant encore parcourir le plus bel ge de la vie ils saveqt mieux apprcier les avantages de l'instruction. L'ducation dure dequalre cinq ans, et l'on pense qu'elle ne peut point se faire en moins de temps. Depuis 1822, on a

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AUX ETATS-UNIS. 443 tabli des ateliers dans lesquels les lves travaillent trois ou quatre heures par jour. Celle ducation est extrmement utile sous tous les aspects, et, outre Tinfluence qu'elle a sur la sant, elle donne le sentiment de l'indpendance personnelle, consolation que l'on ne doit ngliger dans aucune classe de la socit et moins encore chez ces tres infortuns privs de la communication orale avec leurs semblables. Depuis la fondation de la maison jusqu'en 1855, on a lev 516 enfants, dont IGO exercent des proj fessions utiles, et dont 22 sont pres de familles bon ntes et laborieuses. En d855, la mme institution renfermait 150 lves et jusqu'au mois de mai de celte anne on en a admis 59 ; de sorte que le total jusqu' cette poque a t de 485. Afin de donner une ide des recettes et des dpenses de cet tablissement, j'extraierai les comptes du trsorier prsents en mai dernier correspondant l'anne qui finissait alors, pour l'entretien des 140 lves existants. Recettes. Reste antrieur. P. 4,555 Fonds assigns 21,820 1 Pupilles de l'tat. 9,557 } 45,406 Revenus de la mai son 10,494^ Total 45,406

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444 ciNa MOIS Dpenses. Solde des employs. 1 0,006 Entretien des piipilles 10,220 r^'^^'' Autres frais 21,759. Reste pour l'anne suivante P. 1 ,421 J'ai eu le plaisir de faire connaissance avec M. Edmund Booth, sourd-muet, l'un des professeurs, qui a t pendant quatre ans lve de la maison. Il crit correctement le franais et il m'a donn des notes particulires de son matre M. Clerc aujourd'hui Paris (1). De la maison des sourds-muets nous sommes passs au collge Washington, dont je n'ai pu visiter les classes cause des vacances ; un tiers des tudiants environ payent la rtribution exige par les rglements, les autres reoivent l'instruction gratuitement : c'est cela que l'on dpense les revenus du collge qui sont de 1,500 piastres environ par an. II a t tabli en 1823 ; et depuis cette poque il a reu 90,000 piastres provenant de dons particuliers et 11,500 autres donns par la lgislature. Le programme embrasse les mathmathiques l'astronomie, les langues mortes, l'art oratoire, les belles(1) J'ai eu Tavanla^e de faire connaissance, Paris, avec M. Clerc, qui a eu la bont de confirmer les observations que j'avais faites Ilariford. Ce monsieur est un bomme fort instruit et d'une iutclbgencc naturelle suprieure.

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AUX ETATS-UNIS. 445 lettres, la philosophie, l'conomie politique, les sciences naturelles, sous ce titre on comprend la minralogie et la chimie. Voici comment peuvent tre values les dpenses d'un lve : Compte du collge, raison de i 1 piastres par chaque terme, pour l'enseignement 1 pour l'usage de la bibliothque et 2 pour le chauffage et l'entretien 56 piastres. Logement et nourriture

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446 CINa MOIS (lu bas prix de la subsistance dans cette ville; il en est de mme dans tout l'intrieur des tats-Unis. La moyenne des lves de ce collge est de 00. On y compte six professeurs salaris. 6 septembre. J'ai visit la pnitenliaire de l'Etat et la maison des fons. Le premier de ces deux tablissements est situ dans le petit bameau de Wetbersfield trois milles, sur les bords riants du Connecticui. Il est construit d'aprs le systme d'Auburn ; le corps principal contient deux cents cellules en quatre tages, 2,j de front. Le dparlement des femmes renferme trente-deux cellules, quatre de front. Le premier a t termin en l827 et le second en 1830. Ils ont cot 55,000 piastres. Les piliers qui soutiennent les corridors et les escaliers sont de bois ainsi que les portes des cachots, qui ont un guichet d'un pied carr dans la partie suprieure. Elles sont toutes fermes clef, et indpendantes les une des autres. La cuisine est unie au corps de la prison et correspond un des angles de la galerie du pourtour o a t perce une petite fentre de communication. On place les rations sur un plan inclin rolatoire qui les prsente aux prisonniers par Touverture, au moment o ils dfdent pour entrer dans les cellules. De cette manire ils ne voient ni la cuisine, ni les servants, et l'on vite les prfrences que ceux-ci pourraient avoir pour

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AUX liTATS-UNIS. 447 leurs amis en leur passant les plats les plus copieux et les mieux garnis. Je n'ai vu qu'ici un service aussi bien rgl car la prison de Washington qui possde dans la cuisine un plan inclin a l'inconvnient d'tre en communication avec la grande cour par diverses portes ou fentres. La cuisine se fait dans de grandes cuves de bois, au moyen d'un appareil vapeur qui consomme deux cents livres de charbon par jour; une livre environ par indivivu. La ration se compose d'aprs les rglements, d'une livre de viande, d'un pain de mais et de seigle et de cinq boisseaux de pommes de terre par 100 personnes. A souper, on sert une soupe compose de 20 livres de mas et de 6 mesures de poids, avec le sel et le poie convenable. Quelquefois on remplace la livre de viande par trois quarts de porc, et l'on donne du cidre. Dans les ateliers les hommes font des harnais, des ressorts de voiture, des chaises en paille, des cuillers d'tain, des bottes et des souliers. Les femmes prparent du tabac et plusieurs d'entr 'elles sont occupes la cuisine et aux lavoirs. Les chtiments corporels sont autoriss, mais le coupable doit sortir des ateliers pour les recevoir. Les gardiens m'ont assur que la plupart du temps en ordonnant de sortir mme aux plus rcalcitrants, on obtenait d'eux une entire obissance. On termine dans ce moment un petit corps cellulaire de 16 cachots obscurs, pour y renfermer au pain et l'eau les dso-

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448 ClNa MOIS bissaiils et les perturbateurs. Peut-tre qualors les cliliments corporels, qui rcpugneul tant avec les institutions de cette nation pliilantropi(jue, seront retranchs. Au mois de mars 1854 la pnitentiaire renfermait iSd criminels, et Tanne d'aprs, qui finit au mois de mars dernier, 75 ont t crous; total :2G-4. Sur ce nombre Ai sont sortis pour fin de peine, 7 pardonnes par l'assemble gnrale, 2 renvoys par ordre de la cour de justice et i sont morts. Il n'en restait par consquent que 207, dont 144 hommes et 13 femmes blancs, et 44 hommes et femmes de couleur. La moyenne des prisonniers crous est de 190; le produit de leur travail et des aumnes de 2 schellings que dposent les personnes qui vont visiter la pni* tentiaire s'est lev 17,585 piastres : ce qui fait 01 piastres 1/2 pour chaque criminel. Les frais de l'anne dernire ayant t de 12,110 piastres, ou de 03 piastres 77 centimes par personne, il rsulte que chacun procure un bnlice de 27 piastres 73 cenlimes. Voici quels sont les frais. Rparation des difices. ... P. 359 Infirmerie 283 Vivres 4,842 Linge et lits 1,220 Cages, chaufl'age et plusieurs

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AUX iVlATS-UNIS. 449 dpenses 5,068 Faux frais 364 Total. 12,116 Recelle P. 17,585 Dpense d2,116 Bnfice net P. 5,269 Le fonds actuel de la maison consiste en manufactures meubles linge et provisions. ... P. 9,357 Crdit 9,096 Argent '. 3,285 P. 21,738 En examinant les lals criminels de cette pnitentiaire on a observ que le nombre des dlits augmente tous les ans, malgr les progrs admirables de l'ducation dans le Conneclicul. MM. de Beaumont et de Tocqueville ont fait aussi celle rflexion dans leur ouvrage en prsentant les rsums des pnilenliaires des Etats-Unis; mais ces savants pensent que Taccroisscment des crimes dans les pai lies les plus civilises de rUnion ne peut tre attribu l'arrive des migrs, la prsence des Irlandais ni d'autres causes trangres. Leur opinion ce sujet parat corrobore par les comparaisons qu'ils ont tablies la page 404 de leur crit entre le nombre des criminels originaires de 38

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450 CINa MOIS TEtat o le dlit-att commis et la population ellemme. Ces parallles ont donn les rsultats suivants. Dans le Massachusetts, depuis 182G jusqu' 185:2, il y a eu 1 criminel, originaire de l'Etat, sur 14,54 habitants. Dans la Pensylvanie, de 1827 1851, 1 sur 11, 821 -habitants. Dans le New-York, de 1827 1832, 2 sur 8,600 habitants. Dans le Connecticut, de 1827 1852, 1 sur 8,261 habitants. Dans le Maryland, de 1827 1851 1 sur 3,95i habitants. Voici quelle est, d'aprs ces tableaux, l'chelle de dmoralisation des tats que nous venons de nommer : le Maryland, le Connecticut, le NewYork, la Pensylvanie et le Massachusetts. Ces observations ont servi d'appui lord Wharncliffe lorsqu'il a prtendu prouver dans le parlement Britannique que l'ducation tendait augmenter la corruption; car il a cit particulirement l'exemple du Connecticut qui offre une chelle progressive dans le crime quoique l'enseignement primaire y soit plus rpandu que dans aucun lieu du monde. Cette question est une de plus importantes et des plus ardi/es qui puissent s'offrir aux investigations dci philosophe et du politique; elle mrite un profond examen de la part Uc ceux qui cherchent la rsoudre

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AUX F.TATS-TINTS. 451 dans le sens dsesprant et triste du noble lord. Ce ne sera pas moi qui !a dfendrai malgr l'vidence apparente de l'ensemble des donnes; mais je m'appliquerai auparavant montrer les vices de raisonnement que je crois apercevoir dans le langage de ceux qui la soutiennent, et l'inexactitude des moyens qu'ils ont employs dans leurs observations. Ce n'est pas une mthode sre que de juger de l'immoralil respective de deux ou plusieurs lats par le rsultat qui nat de la comparaison des condamns originaires de l'un de ces tals avec leur population gnrale. On ne devrait, dans tous les cas balancer avec les naturels que les criminels domicilis. Les commissaires franais se sont aperus en partie de ce vice, mais ils ne laissent pas de tirer les mmes consquences. La population se compose aussi d'trangers et de passants; et, sous le titre de criminels originaires, on peut comprendre un grand nombre de ceux-ci cjui, quant leur influence l'gard de la moralit du lieu, sont aussi trangers que les Allemands ou les Irlandais. S'il tait possible de prsenter le cens de la population sdentaire de chaque Etat de l'Union et de mettre ct le nombre respectif des criminels qui ont t condamns, les comparaisons que l'on ferait et les consquences que l'on tirerai!, acquerraient au moins un certain degr d'exactitude qui les rendrait dignes de foi. Au vice de la mthode avec laquelle on a analys

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452 ciNa MOIS cette question je puis ajouter les fiiits consigns dans tous les registres des pnitentiaires, et dont le tmoignage est moins rcusable que celui des supputations calcules sur des bases inexactes. En effet, pour tablir l'opinion de ceux qui prtendent que l'enseignement primaire ne tend pas diminuer le crime, et l'opinion plus funeste encore de ceux qui pensent que l'accroissement des dlits s'observe justement dans l'Etat ou l'ducation est le plus rpandue, il fimdrait dmontrer que le nombre des condamns de la classe d'individus qui recevaient de l'instruction, avait vritablement augment, et faire voir d'une manire palpable que les prisons des tats-Unis taient pleines de criminels qui avaient suc le poison fatal de l'ducation dans les coles, les collges et les universits. Heureusement les registres offrent des rsultats absolument contraires, car la plupart des criminels qu'elles renferment n'ont aucune notion des premiers principes des connaissances bumaines; fort peu savent lire et crire, et trs-rarement en trouve-t-on qui aient reu une ducation plus releve. J'ai cit, dans divers endroitsde cet ouvrage o j'ai parl des pnitentiaires et des maisons de correction, le degr d'ignorance des dtenus. Des 200 individus crous dans la prison de Wetberslield que je viens de visiter, 57 ne savaient ni lire ni crire, presque la moiti ne savaient pas crire et savaient peine lire, 17 avaient une instruction moyenne et savaient compter jusqu' la rgle de trois ;

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AUX TATS-UNIS. 453 mais aucun d'eux n'avait t lev dans un collge. Sur ce nombre il y avait 48 hommes de couleur qui ne savaient absolument rien, et d07 trangers. Quanta le(ir position sociale, les donnes suivantes me paraissent intressantes. Sur ces 200, 10 seulement avaient un tablissement rel, et la plupart venaient de la maison des pauvres; presque la moiti n'avaient plus de parents. 158 taient clibataires, 141 n'avaient jamais eu d'enfants lgitimes; des 62 qui avaient t maris, 32 seulement vivaient avec leurs femmes lorsqu'ils s'taient rendus coupables, et aucun n'avait t heureux en mnage; enfin 88 avaient commis leurs dlits tant pris d'eau-de-vie : presque tous les autres actes de violence personnelle ne dcoulent que de cette source. Tel est le tableau qu'offrent les prisons des tats-Unis aux personnes sages et instruites. Pourquoi donc en conclure que le nombre des criminels augmente l o l'ducation est le plus rpandue ? Si les crivains qui cherchent sonder la profondeur des plaies de la socit europenne, disaient que les crimes augmentent d'une manire tonnante dans les capitales malgr les progrs de l'ducation et les rafTmements de la civilisation, il faudrait en convenir, car il existe dans le sysline suivi dans l'autre continent un mal radical qui ouvre un accs facile tous les vices. En effet, la situation sociale de ces cits tend offrir des appls constants la corruption morale des classes moyennes. Il n'est pas jusqu'aux gou38.

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454 CINa MOIS vernements, qui, craignant le peuple, ne s'efforcent do le distraire en favorisant des spectacles brillants audessus des prix moyens de subsistance, incompatibles avec le prix des journes, et plus propres gler une nation qu' l'instruire et l'amuser. Ces rilexions nous mneraient fort loin et demanderaient plus de temps et de loisir que je n'en puis disposer. Peut-tre pourrai-je en Europe m'occuper de cette matire, et dmontrer d'une manire claire et convaincante que l'ducation est le meilleur moyen de diminuer le nombre des crimes, quand elle est base toutefois sur lu religion et la morale dont on la spare souvent. iNous sonmies passs de la pnitentiaire la maison des fous (Connecticut Relreut for tlic insanej, situe sur une hauteur d'o l'on jouit de vues tendues et agrables; elle est environne d'un beau jardin. Elle est compose d'un corps central de 50 pieds de ct avec 2 ailes de 02 pieds ch;icune, et termine par deux pavillons de 40 pieds de faade et de 50 de profondeur. Le btiment comprend 111 pices sur trois tages. Fonde avec le produit des dons et des souscriptions particulires, elle est aujourd'hui soutenue par ces mmes souscriptions et les pensions payes parles familles des malades. Les alins de l'Etal payent 2 piastres i/s par semaine, et ceux des autres tals 4, On admet les indigents des prix plus modrs, et les villages peuvent pour peu de chose faire soigner pendant six mois les malades qu'ils envoyent.

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Arx TATS-rwis. 455 Au commencement de 1854, la maison renfermait i4 fous : il en est entr 72 et sorti 66; il en restait par consquent 50 la fm de l'anne. Sur les 116 qui ont subi des traitements, il y a eu 42 guris, 5 convalescents, 14 bien amliors, 12 peu amliors 55 stalionnaires, 9 douteux et 5 morts. Le rsultat des cures obtenues ces dernires annes mrite d'tre cit : car en 1852 on a guri 25 cas anciens sur cent, et 92,5 cas nouveaux sur cent. 28,5 pour cent des premiers, et 90,6 pour cent des seconds en 1855. Enfin l'anne dernire, pendant laquelle 70 cas, dont 56 anciens et 54 nouveaux, ont t traits par la mthode curalive, on a guri 50 et 4/9 pour cent des uns et 91 i/o des autres. Les dpenses annuelles se sont leves H mille piastres; dans l'anne finie en avril 1855 11,207 dont 1,606 pour solde, 6,900 pour les vivres et petits salaires, 725 pour remdes en deux ans, 1,076 pour travaux dans divers btiments. Il m'a sembl que l'ordre et la propret rgnaient partout, que les malades taient bien soigns et que l'tablissement tait administr avec conomie. 7 septembre. J'ai obtenu au secrtariat d l'tat, le rglement des coles primaires, les rapports annuels et d'autres documents qui concernent le Conneclicut. Les recet-

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456 CINa MOIS tes paraissent s^tre leves l'an dernier 81,680 piastres, dont 52,000 venaient des impts. En voici la distribution : 05,000 pour les dpenses ordinaires, 1.800 pour la maison des pauvres, 2,500 pour celle des sourds-muets, 500 pour celle des aveugles de Boston, 000 pour encourager la culture du mrier et l'ducation des vers soie, et 1,000 pour la destruclion des corbeaux. Il restait par consquent un excdent de plus de 10,000 piastres. L'tat possde vingt et une banques avec un capital qui reprsente 5,708,015 piastres, 2,557,227 en billets circulants et 228,470 en espces, onze compagnies d'assurance et trente-huit journaux. La caisse d'pargnes a t tablie, il y a 16 ans, mais elle a fait peu d'affaires les premires annes. Jusqu' cette poque elle a reu de 3,300 dpositaires 550,000 piastres. L'anne dernire elle a reu 52,000 de 675 dpositaires, parmi lesquels on compte 405 femmes. Cette banque donne 5 p. 100 et incorpore les intrts par semestre Le fonds des coles primaires s'lve 2,019,021 piastres, dont 1,521,617 proviennent d'obligations et d'hypothques des divers Etats, 200,000 piastres d'actions de banques, 186,860 de terres et difices, elc. Depuis 1717, les socits paroissiales ont le droit d'imposer les habitants pour l'entretien des coles, et l'tat destine pour 2 mille sur la valeur des impts directs. Les secours des coles sont d'une piastre par lve et rcemment les fonds et

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ArX ETATS-US IS. 457 les assignations de l'tat ayant dpass les besoins de renseignement primaire, on a dcid que les parents ne payeraient rien ce qui a produit un mauvais effet. La socit des coles primaires qui fait les rglements nomme aussi les percepteurs chargs de recevoir les impts, les inspecteurs qui doivent visiter les classes, examiner les matres, les rejeter, etc. L'an dernier, elle a distribu 85,799 piastres pour un nombre gal d'lves assidus aux 209 coles des huit comts de l'tat. Le recensement de 1850 donne sur la population totale de 276,909 habitants, 69, 197 enfants entre o et 15 ans : ce qui ne contredit pas le chiffre de 85,799 enfants assistant aux coles, car l'ge de ceux-ci est de 4 16 ans. Hartford est une ville qui cause du bon march des denres, runit un grand nombre d'artisans et de collges particuliers. La quantit d'oifvriers employs dans les imprimeries et les ateliers de reliure, o New-York et Boston envoient beaucoup d'ouvrages, est considrable. Plusieurs jeunes fdles cousent les livres et se conduisent d'une manire exemplaire bien qu'loignes de leur famille et soustraites l'influence maternelle. Sous le point de vue moral, la population de Hartfort offre des faits qui mritent d'tre cits. Les jeunes fdles qui assistent aux sminaires se rendent seules ces institutions de tous les points del Nouvelle-Angleterre et du New-York ; elles vont au collge aux heures indiques par le rgle-

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458 cSQ, MOIS ment, et vivent dans les auberges dans l'indpendance lapins absolue, soumises toutefois des rgles de conduite et d'application, plus svres peut-tre que sous le toit paternel. J'ai visit un de ces sminaires, o plus de cent jeunes filles vont apprendre lire, crire, l'arithmtique, l'algbre, la gomtrie, la gographie, l'histoire des Etats-Unis, et les principes gnraux de physique et de mcani([ue. L'enseignement de ces choses cote ifi piastres pour 22 semaines; mais les arts d'agrment se payent part, la musique 20 piastres, le loyer du piano 5 la langue franaise 12 et autant le dessin. Le logement et la nouriture cotent 2 piastres et demie par semaine dans les auberges o, comme je l'ai dit demeurent les matresses, vivant en intimit avec les lves. Le rglement est fond sur certaines maximes de moralit et sur l'apprciation de la dignit individuelle prceptes qui devraient tre plus rpandus qu'ils ne le sont. • Il prescrit d'abord de traiter les lves comme si elles se comportaient toujours bien et de considrer leurs fautes comme provenant de la lgret de leur ge et jamais comme un cllet de la volont, En second lieu il ordonne de les croire sur parole sans tmoigner ni doute ni mfiance, et de traiter celles qui mentent quelquefois, comme si elles devaient dire la vrit l'avenir. Troisimement. Rprimander sans colre, mler la

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AUX EATS-UMS. 459 douceur la correction, de sorte que l'lve sache que sa faute a fait de la peine au cÂœur de son amie, la directrice ou la matresse. Quatrimement. Louer les rformes et les amendements, surtout dans les cas qui se rapportent des dfauts dont on s'est corrig. Cinquimement. N'exposer en public les fautes de personne, car toute correction doit tre particulire, except quand la faute a t commise devant toutes. Siximement. Exciter et encourager une pit et une moralit constantes. L'observation de ces maximes est unie certains principes dont la pratique dpend d'une thorie leve et profonde, base sur les mobiles du cÂœur humain et du beau sexe ; par exemple on ne donne ni honjieur ni rcompense celles qui se comportent bien et l'on ne punit jamais celles dont la vie n'est pas rgulire. On fait dpendre la bonne conduite de l'estime que chaque lve doit avoir d'elle-mme, et de raffeclion ou de la considration de ses compagnes et de ses matresses. Celles qui ne se conforment pas ces principes, ou qui auraient besoin d'autres moyens pour cire sages, sont chasses de Tinslitulion. Le rglement a prvu non-seulement les obligation des lves dans Te sminaire, mais encore les devoirs du dehors. Il fixe les heures de l'lude, les jours o l'on peut recevoir des visites, la dure des promenade; il limite les petites dpenses, etc Aprs

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460 ClNa MOIS leur runion dans la salle, tous les malins les lves qui ont commis quelque infraction aux rgles se lvent et font la directrice un aveu sincre des fautes dans lesquelles elles sont tombes le jour prcdent. Ces confessions sont remises aux parents deux fois en chaque session et l'on s est aperu que les jugements ports par les jeunes fdles sur leur propre conduite sont plus svres que ceux que prononcerait toute autre personne impartiale. J'ai cit, en parlant de la maison de correclion des jeunes condamns deBosion, un autre exemple de celle svrit dans l'aveu des fautes. Cela caractrise, je crois, la noblesse des sejitiments de la jeunesse, qui, voyant devant elle une grande carrire parcourir et encourage par le saint enthousiasme de la perfection morale, ne craint pas de s'accuser elle-mme, parce qu'elle dsire se donner ensuite pour modle. En consultant son nergie et les motions de son cÂœur, elle voit qu'elle possde toutes les ressources dont elle a besoin pour se rformer, et elle est certaine d'y parvenir : tandis qu'au contraire riiomme fait qui a commis une faute ne l'avoue pas, parce qu'il se croirait dgrad ; il tche de la cacher pour paratre meilleur, et acquiir injustement une estime qu'on ne peut obtenir que par une conduite sincre, car il n'a pas assez d'nergie pour s'amender. Les moyens mis en pratique Boston et Hartford, l pour oprer la rforme morale des jeunes cri-

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AtX ITATS-VNIS. 461 jninels, ici pour cimenler rducalion solide du sexe, m'ont rempli d'admiration, et m'ont expliqu la plupart des phnomnes de la vie des jeunes Amricaines. Leur instruction intellectuelle et morale tant fonde sur de semblables bases je ne suis plus tonn de les voir seules et comme isoles au milieu du monde, l'abri des sductions et du contact du vice. Connatre le respect que se doit elle-mme une jeune personne, c'est mon avis, une sauve-garde plus active et plus sre que la vigilance de la mre : on peut tromper l'une, on ne ment jamais l'autre. La surveillance d'une mre suppose la faiblesse de la fdle, et excite dans celle-ci une certaine ide d'indpendance morale qu'elle cherche se crer, puisque la mfiance obscurcit le brillant de sa bonne conduite. La conviclion intime que l'on inculque, au contraire, dans le cÂœur des Amricaines, de leur position dans la socit, fait qu'elles se gardent elles-mmes, quoiqu'elles ne soient plus sous l'iniluence et la volont de l'auteur de leurs jours. Cette observation m'a t confirme par plusieurs hommes qui connaissent l'intrieur des familles, les uns clibataires, les autres qui roni t, la plupart trangers, et par cela mme impartiaux. L'ducation est l'gide du beau sexe aux Elals-Unis; les cas rares d'infraction sont rprims par les lois svres de l'opinion publique qui ne pardonne rien, et contre laquelle aucune femme n'oserait rclamer. Tels sont les secrets qui mainliciment Hartford tant de jeunes filles, vi39

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462 CINa MOIS vant dans les auberges sans parents, sans tuteurs, comme de simples tudiants. On en voit Lowel 5,000 appliques et industrieuses, qui, par leurs conomies se crent les moyens d'apprendre un tat. Enfin de toutes parts, le sexe est en contact avec les hommes, et cependant l'abri de la contagion. Le bon M. Bordenave me parle souvent des lves de Hartford, qu'il connat et qu'il traite avec intimit. Il m'assure que, dans la conversation qu'elles ont avec les jeunes gens on observe les rgles les plus strictes de la dcence, et qu'elles ne permettent une cour assidue, que lorsque l'on prtend formellement leur main. Littrature et douce instruction, distractions innocentes, promenades pied dans les rues, ou en voiture aux environs, quelques runions CFitre anjies tels sont les seuls plaisirs que ces demoiselles se permettent : elles ne dsirent et ne font rien de plus. Le dimanche, jour de diversions, d'excs, de dsordres dans les villes de l'Europe, est consacr ici, comme dans tous les tals-Unis an recueillement et la prire ; mais avec tant de simplicit, que je ne saurais dcider si c'est un effet du caractre distinclif de la population de la NouvelleAngleterre ou de la disposition de mon cÂœur depuis mon retour du Niagara. Ce qu'il y a deccrtain, c'est que le souvenir du dimanche, Hartford, sera grav dans mon esprit avec tous ses accidents empreints d'originalit.

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AVX ETATS-UNIS. 463New-Haven 9 septembre. Nous sommes partis hier onze heures du malin de Ilarlford, ville tranquille o j'ai eu le loisir de fiiire toutes les rflexions dont je devais saturer mon me. Je les prfre cent fois toutes les connaissances scientifiques; car celles-ci se trouvent dans le monde entier, dans les livres, dans les chaires; tandis que le reste exige un concours de circonstances indpendantes de la volont de l'homme, que le hasard seul peut offrir. Nous sommes arrivs dans ce bel endroit six heures du soir, et, malheureusement pour moi, toutes les personnes pour qui j'avais des lettres sont la campagne ; je me dirigerai demain vers NewYork sans avoir pris la moindre note particulire. Un des tablissements les plus importants que je dsirais voir, c'est le collge d'Yale, dont la collection minralogique est, dit-on, la meilleure des tats-Unis. Le docteur Siliman est professeur d'histoire, et son journal a puissamment contribu rpandre ce genre de connaissances.

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464 ciNa MOIS Cliapltre X Retour NewYork. — Visite aux tablissements de Bellevue. — Hospice des pauTres. — Prison. Maison de correction. — Hpital. — Statistique du crime et de la misre NewYork. — Pnitentiaire de niackweirs-lsland. — Ferme pour les enfants pauvres, Long-lsland. — Le docteur Julius. — Notice sur la nouvelle pnitentiaire du Haut-Canada. — Visite la maison de dtention actuellement en construction. — Essai du pav de bois, — Fin de mon voyage. New-York 16 septembre. Ayant pris le bateau vapeur le 10 midi, nous sommes arrivts NewYork six heures et demie du soir; tous les htels taient occups, car l'aflluence des voyageurs est e.vtraordinaire. Il a fallu dmnager deux fois : nous nous sommes logs enfin au Boarding-Housc de M. Cooving, Murray-street. Tout y est parliiitenicnt bien, et nous y avons rencontr plusieurs familles honorables de Philadelphie et des tals du Sud. Me disposant profiter du peu de jours que je dois demeurer ici j'ai continu visiter les tablissements que je n'ai pas encore vus: hier j'ai consacr la matine visilcr la prison et la maison de correction.

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AUX ETATS-UNIS. 465 situes Bolleviie ct de l'hospice des pauvres et du grand hpital. M. Prosper Herrera, deniicreinent ministre de la rpublique de l'Amrique du centre Paris, homme recommandable par son amabilit, et par son ardent amour pour la civilisation, a eu la bout de m'accompagner. Le grand tablissement de Bellevue soutenu par les fonds de la ville, comprend, en difices spars quoique btis les uns auprs des autres, la maison des pauvres, la prison, la maison de correction, transfre de l'ancienne;, et l'hpital. La maison des pauvres n'offre pas, tant s'en faut, le tableau d'ordre et de propret des institutions de ce genre dans les autres tats. Elle est divise en quarante pices, dans lesquelles les pauvres sont distribus d'aprs leurs infirmits et leurs occupations. Un dpartement est destin aux petits enfants, la moiti de chaque sexe, sous la direction d'une pauvre aveugle qui les lave et les soigne avec le zle le plus ardent : ce quartier m'a sembl le plus propre. Pendant l'anne 1835, on a reu 5,163 personnes des deux sexes et de tous les ges 2,817 ont t renvoyes et il en est mort 899. L'anne d'aprs il en est entr 4,926, 2,614 ont t renvoyes 111 ont pris la fuite et il en est mort 508 ; il est rest par consquent la fin de cette mme anne 1,693 personnes, dont 548 hommes, 567 femmes, 377 jeunes gens et enfants, 201 filles. Surco nombre 703 taient originaires de New-York, 100 39.

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466 CINa MOIS (le l'tat de ce nom, 420 des autres tats et 764 taient trangres. L'administration de la maison distribue aussi des aumnes aux pauvres du dehors. Ces sortes de secours se sont levs 14,842 piastres il y a deux ans et d 5,1 73 l'anne dernire, en argent, combustible et pommes de terre. Les pauvres sont occups dans divers ateliers et cultivent le terrain attenant la maison, qui fournit des lgumes pour la consommation, de l'avoine des pommes de terre, des navets et du fourrage pour le march. La nourriture se compose d'une livre de viande de vache, cinq jours de la semaine, d'une demi livre de porc sal, le sixime jour; et d'une demi livre de poisson le septime, plus une livre de pain de seigle et de pommes de terre. Ils ont encore de la soupe et du pain avec du th noir au souper comme au djeuner. Quelquefois on substitue la soupe de la bouillie de mais dulcore avec de la mlasse. L'administration des secours des pauvres du NewYork est confie au soin d'un corps de surintendants qui veillent sur les familles indigentes, prsentent chaque anne au gouvernement le compte de la perception des fonds, et lui demandent les sommes ncessaires pour l'anne suivante. Voici d'aprs ces renseignements, quel est le nombre des pauvres secourus, depuis 1850. En 1850 15,r)06 pauvres 1831 15,564 id.

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AVX ETATS-UNIS. 467 1852 34,094 pauvres. 4855 35,777 id. 1834 52,598 id. Ce dernier nombre, qui correspond celui des pauvres secourus dans 55 conils a occasionn une dpense de 504,915 piastres. Le produit du travail s'est lev 3b,824 piastres, rduites 22,697 ; de sorte que la dpense annuelle de chacun s'est porte cette mme anne 50 dollars 78 cents et un sixime; l'anne prcdente elle tait de 52 dollars 21 cents, et en 1850 elle s'est leve 57 dollars 5 cents. L'tat a assign aux maisons des pauvres des divers comts des terres dont les produits contribuent diminuer les frais de subsistance. 11 y a maintenant 6,084 acres ce destines. La valeur de ces tablissements peut tre estime 959,784 piastres. L'anne dernire on a reu J 1,714 pauvres et il est n dans ces maisons 556 enfants. La mortalit gnrale a t de 1,421. Pendant cette priode, ont t renvoys 7,800 individus; 656 jeunes gens ont t mis en apprentissage et 986 ont pris la fuite. A la lin de l'anne, il en restait 6,457, dont 5,454 hommes et 3,005 femmes. Les nombres des trangers secourus tait de 5,686 : 809 fous, 255 imbciles, 58 sourdsmuets. 11 y avait encore 2,187 enfants au-dessous de 16 ans, dont 1,274 garons et 915 hlles. 1,825 ont reu de l'instruction pendant huit mois ; c'est le terme moyen de renseignement de l'anne. Tous ces chii-

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468 CINQ MOIS fros sont le minimum de Texpressioii vritable car quelques oomis n'ont pas prsent de rapports. Nous sommes sortis de la premire institution de Bellevue, situe presque au bord de l'eau, pour passer dans la seconde o sont les ateliers des pauvres ; puis nous sommes descendus dans une pice basse dont rentre est la partie postrieure de rdificc; c'est l que sont les femmes de la maison de correction, occupes dfaire des toupes. Le troisime difice com])rend la prison pour les femmes et la maison de dtention pour les hommes. Ces deux corps formaient auparavant la prison Bridwel, prs de l'htel de ville. J'ai parcouru avec un certain dplaisir cette institution fort mal tenue du reste, o lesprisonniers, entasss ple-mle, dans des pices malsaines, ne sont l'objet d'aucun soin. Pourquoi aux tats-Unis o les pnitentiaires peuvent servir de modle l'Europe entire, n'a-t-on pas fond des prisons bien distribues pour les prvenus, pendant l'instruciion et le jugement des procs? On observe rigoureusement les rgles du silence dans les pnitentiaires, et ce n'est qu'avec beaucoup de diUicults que l'on permet quelque communication, esprant obtenir par ce moyen la rforme des coupables; et d'un autre ct, on laisse exister dans les prisons un systme vicieux qui corrompt les mÂœurs des moins criminels, expose la vertu des simples dtenus et fait en un mot de ces maisons de vritables coles de di^pravalion. Avant d'entre-

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AUX ETATS-UNIS. 469 prendre la rforme des prisons il faudrait commencer par celles-ci, o vont non-seulement les criminels, mais encore les suspects et les simples tmoins, puis l'tendre aux maisons de rforme, enfin aux pnitentiaires. Mais l'ordre a t interverti; c'est un grand mal, heureusement reconnu, et que l'on cherche viter dsormais, en fondant les maisons de dtention sur de plus sages principes. Nous avons termin notre visite par l'hpital situ ct et soutenu par la mme administration avec les fonds de la ville. Cet difice est bien plac et parfaitement tenu mais certains vices de construction y influent d'une manire directe sur le bien-tre. Je veux parler de l'tat des pices destines aux malheureux fous qui vivent dans les parties les plus basses de l'difice, des rfectoires et des cachots btis dans des souterrains humides et obscurs. En parcourant ces tristes demeures, il m'lait pnible de penser que j'tais aux tats-Unis. Je ne dois pas censurer cet tat de choses, puisque l'on cherche y remdier, mais je ne laisserai pas passer l'occasion de manifester combien il est dshonorant pour la municipalit de New-York d'avoir des prisons, des hpitaux et des maisons de correction, aussi mal en ordre, tandis que les habitants ont cr et soutiennent des tablissements semblables, dignes d'tre prsents pour modle. Mais je le rple, le mal a t reconnu et Ton s'empresse d'y porter un remde prompt et efficace; c'est

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470 CINQ MOIS pour cela que l'on construit la fois une maison pour les fous, dont nous avons dj parl, une grande pnitentiaire BlackweH's Isliind, que je visiterai demain, et une prison de dtention dans le centre de la ville J'ai dit qu'avant la fin de 1834, la maison des pauvres renfermait 4,693 individus; la prison de Bridwell 72 hommes et 5 femmes; la pnitentiaire que je me propose de visiter, 286 hommes et 188 femmes ; l'hpital de la maison des pauvres r>8 hommes et 59 femmes, 57 fous et 58 folles : total 2,476 individus demeurant dans tous ces tablissements cette poque. Voici quelles ont t les entres dans la mme anne. EntrCe. Dans la maison des pauvres 5,i63 Dans l'hpital 701 .^ Dans la prison et maison de correction 2,675 Dans la pnitentiaire .... 911 Total. 9,450 Ces tablissements ont coi^t en 1833, 113,676 piastres, dont 58,158, y compris les salaires, taient destines la maison des pauvres, 4,185 la prison Bridwell 6,377 la vieille maison de charit 17,452 la pnitentiaire, 14,842 aux secours domicile etc. L'anne dernire, les frais ont t, d'aprs un

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AUX ETATS-UNIS. 471 calcul que j'ai devant les yeux, de 130,000 piastres. Le surintendant, qui est nomm parle conseil, a 1,600 piastres d'appointements, l'agent 800, le garde principal 750, le mdecin 1,500, chaque intendant de la maison et de l'hpital 500, la surveillante 200 etc. Cinq commissaires sans rtribution ont leur charge l'inspection des tablissements mentionns et de la ferme des petits enfants. De 701 malades entrs l'hpital, 524 ont t guris et 204 sont morts. Sur ce nombre on compfait 255 fous, dont 182 sont sortis et 43 ont succomb. Ces rsultats ne sont certainement pas ceux des tablissements de Boston, Worcester et Hartford. Parmi les 5,163 pauvres admis, il y avait 1,754 trangers, dont 1,488 sont sortis pendant l'anne, et 225 sont morts. Le nombre des trangers entrs au port de New-York dans la mme anne a t de 37,977 par consquent 5 pour cent environ sont passs la demeure de la misre. Sur 2,675 dtenus dans la prison et la maison de correction, il y avait 1,903 hommes et 290 femmes de race blanche, et 524 hommes et 158 femmes de couleur. Depuis 1816 jusqu' 1833 inclu sivemenl, 25,452 hommes et 3,757 femmes blancs, ^,296 hommes et 2,766 femmes de couleur, ont t crous dans ces prisons. Les rapports citent les dlits et les crimes de ces individus ; mais j'omets tous

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472 ciNa MOIS ces dtails, comme je l'ai fait en parlant des autres pcnilenliaircs, car je n'ai que fort peu de temps. 18 septembre. Toujours accompagn de M. Herrera, j'ai visit hier, comme je me l'tais propos, la pnitentiaire de BlackwcH's-Island et la ferme de Long-lsland o se trouvent les petits enfants de la maison des pauvres. La premire, loigne de 3 milles du centre de la ville, n'est pas tout fait termine; malgr cela, les prisonniers en habitent une partie. Elle est forme d'un corps central, o sont les habitations et les dpendances, et de deux ailes dans une direction au nord et au sud du corps central, avec quatre tages de cachots dans chacune. L'aile du sud est finie et contient 256 cellules, 52 de front, sur les plans d'Auburn, Sing-Sing, etc. La proprit attenant la prison, et qui forme la petite le, est de iOO acres de bonnes terres et renferme les canires dont la pierre, qui sert la construction de l'difice, a t retire. Les prisonniers btissent eux-mmes : on les voit maintenant disperss dans les carrires et les ateliers de charpentiers. On n'a pas encore pu y tablir de systme pnitentiaire : aussi n'offre-t-elle pas ma plume de rsultats dignes d'tre cits. La ferme {Long-lsland Farms), cultive par une section de pauvres de la maison, comprend en outre

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AUX ETATS-UNIS. 473 trois difices pour les petits enfants qui viennent de nourrice. Le premier contient l'cole, o 500 de ces intressantes cratures sont sous la direction d'un matre qui jouit de 600 piastres de traitement, et d'un adjudant qui en a 100. Le second runit l'infirmerie et les dortoirs pour les plus jeunes. Le troisime, les dortoirs pour les plus grands. Cette institution a t fonde pour donner aux jeunes gens de la maison des pauvres, une ducation propre aux cultivateurs. De retour chez moi j'ai appris l'arrive du clbre docteur Julius, qui voyage aux tats-Unis pour tudier le rgime pnitentiaire de Philadelphie et de Boston ; on m'avait dj dit que ce savant dsirait faire connaissance avec moi. L'amiti se forme ds les premiers instants avec les personnes aussi instruites et aussi aimables que l'est ce philanthrope allemand. Pourquoi ne nous sommes-nous vus qu'aux derniers instants de mon sjour en ce pays? Comme si nous nous fussions connus depuis plusieurs annes, le temps nous manque pour nous communiquer nos mutuelles observations : nous avons fait plusieurs courses ensemble hier et aujourd'hui car demain il doit partir pour Boston, et moi dans cinq jours pour l'Europe. Le D' Julius m'a parl de la pnitentiaire de Kingston dans le Haut-Canada et m'en a montr les plans o j'ai rectifi les ides que je m'en tais faites d'aprs la description insre dans les rapports de la socit de Boston. La lgislature de l'tat a vot 40

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474 CliNQ MOIS la somme de 12,500 livres sterling pour la commoiicer; on y suit le systme d'Auburn, perfectionna et uni la forme radiaire de celui de Pensylvanio. Elle pourra contenir 810 prisonniers, et de pins le dpartement des femmes, divis en trois rayons renfermant chacun ^70 cachots de 8 pieds 4 pouces de profondeur, avec une porte d'un ct et une fentre de l'autre. Chaque corps cellulaire est isol et divis en deux, par le moyen d'un corridor d'inspection dont la direction est la mme et qui a autant d'tages que de corps de cellules. Les portes des cachots correspondent cette galerie centrale, et les fentres la galerie extrieure du pourtour. Le garde, qui se promne l'un des tages, peut voir, par les ouvertures pratiques droite et gauche deux cachots et obliquement deux autres dans les tages suprieur et infrieur; de sorte que le prisonnier doit se croire surveill par deux gardes, l'un qui observe directement, et l'autre obliquement. Les fentres, construites vis-vis les portes, facilitent ces inspections, mme la nuit, en plaant des lumires dans la galerie de pourtour. Ce systme offre de plus l'avantage du lenouveler et de rchauffer l'atmosphre des cellules par une mutuelle et facile communication avec celle du pourtour des galeries o sont les poles. L'aile du sud, de 90 pieds 4 pouces de long et de 64 de large, a cot 10 mille livres sterling et a t termine en automne, ainsi que la rotonde qui contiendra

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AL'X ETATS-L'MS. 475 120 cellules. On a rserv pour plus tard la construction des ailes de lest et de l'ouest. Le prix total s'lvera 56 mille livres sterling. D'aprs les rapports que j'ai extraits, et l'opinion du docteur Julius, cette jinitentiaire sera la meilleure de toutes celles de l'Amrique. La lgislature du Bas-Cauada a dcrt aussi !a construction d'une autre pnitentiaire. Nous avons t ce matin voir ensemble la.nouvelle maison de dtention {House of Dtention) que l'on ])tit conformment aux plans de l'architecte, M. llavilland; elle est borne parles ruesElm, Lonard, (lu Centre et Franklin, et a une faade de 200 pieds sur la premire et la troisime de ces rues, de 253 pieds sur la seconde et 233. sur la quatrime. Elle est destine aux dtenus par la police, aux tmoins, aux prisonniers pour dettes, et contiendra : 1 La cour de justice, avec un salon pour les jurs et les tmoins ; 11 La section de police ; une salle particulire j)0urjuger lescas de filiation illgitime et autres matiles dlicates; deux pices en communication avec la iue,oles magistrats pourront faire des reconnaissances particulires et un dpt pour les objets vols. 111 Le corps-de-garde avec des dortoirs pour la moiti des militaires de garde et des cachots spars. 1V La maison de dtention capable de contenir 200 prisonniers des deux sexes eLdes deux castes, qui

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476 GIHa MOIS seront divisi en trois classes : 1 celle des prvenus qui doivent ire interrogs par le magistrat de police, et qui, parfois, attendent plus d'une semaine que le juge soit convaincu de leur innocence ou de leur culpabilit; 2 ceux qui vont tre jugs; 3 les vagabonds, les mendiants, les ivrognes, etc. J.e corps-dc-garde recevra un grand nombre de la premire et de la troisime classe sur la libert ou la captivit desquels prononcent les magistrats de police, aprs un simple interrogatoire. La section proprement appele Maisonde dtention, renferme 160 cellules pour les dtenus de la seconde et premire classes; quatre salles pour les vagabonds o l'on mettra quatre ou six personnes, hommes ou femmes, blancs ou de couleur. La destination de ces salles est purement temporaire pour les individus qui arrts dans un tat de malpropret ne peuvent point passer aussitt dans les cellules. Il y aura encore un dpartement de bains. V La prison pour dettes renfermera des cellules pour 50 hommes; car, dans le New-York, on n'arrte les femmes que lorsque le dlit est accompagn do fraude. Les pices auront 11 pieds de long, 6 et demi de large et ne serviront que de dortoirs. Les prisonniers pourront aller dans une galerie commune et se promener sur la terrasse. Cette partie a t construite de manire recevoir plus tard des criminels, car il est question comme dans plusieurs autres tats de supprimer dans le code la prison pour dettes ; ces b-

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AUX ETATS-UNIS. 4" 7 timerits seront peut-tre alors destines aux tmoins. VI'' La dernire section comprendra la cuisine le lavoir la boulangerie etc. La commission ciiarge de la direction et de l'cxculion de cette Âœuvre importante a ofl'ert une rcompense de 500 piastres l'auteur du meilleur projet d'une prison civile; ^ plans ont t prsents, tous assez remarquables mais aucun ne pouvait tre adopt en totalit. Ds lors la commission a divis la rcompense aux auteurs des meilleurs et a charg l'architecte M. Havilland de runir en une seule les ides de tous. Le nouveau plan a t approuv cette anne. On s'est aussitt mis l'ouvrage, et nous avons vu excuter les travaux dans la partie souterraine avec une activit extraordinaire. 22 septembre. Ces jours derniers on a essay rue Broadway, vis-vis le parc une sorte de pav de bois qui excite la curiosit du public. La premire ide en fut suggre par les journaux o fut annonc, il y a quelque temps, un systme de pav de bois employ dans les rues de Saint-Ptersbourg qui joint aux avantages de la dure celui d'occasionner peu de bruit au passage des voitures. Une commission de la municipalit a prsent un projet; mais on n'a pas voulu en faire l'essai avant d'avoir obtenu de nouvelles cx[)licalions d'un 40.

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478 ciNa MOIS voyageur rcemment arriv de Russie. Cet essai cotera 2,000 piastres pour une tendue de 200 pieds de long et de 30 de large. Les morceaux de bois sont de hemlock (abies canackfisis) de forme paralllipipde hexagone de 13 pouces de haut et de 9 de diamtre. On a pratiqu pour les placer une excavation proportionne en soutenant les trottoirs avec des dalles verticales. Le fond de cette excavation a t prpar en parties gales de quatre manires diffrentes : la premire avec une simple couche de sable ; la seconde avec un lit de cailloux mac-adamiss ; la troisime avec des pavs comme celui des rues ; la quatrime avec de petites dalles d'un pied de large. Une crte a t mnage au centre, afin dlaisser une pente correspondante, puis on a plac verticalement et parfaitement unis entre eux des paralllipipdes de bois ; du goudron a t vers sur la surface pour remplir les fentes et les vides; puis on a jet du sable l-dessus. Chaque morceau de bois a cot 7 centimes, et le tout 1,167 piastres 75 centimes : ce qui joint 800 piastres, prix des fondements, aux frais de charriage, gale la somme de 2000 piastres. Nous sommes passs pied et en voiture sur ce nouveau pav : s'il est aussi solide qu'avantageux et commode on l'emploiera, je pense, sur une plus grande chelle; car, en compensation de son prix lev, il offre de notables conomies dans les rparations. Dispos partir le 24, je n'ai pas le temps d'exa

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AUX TATS-UNIS. 479 miner eu dtail les tablissements de cette ville sur lesquels les nombreux documents que j'ai runis ces jours-ci ont rveill ma curiosit. Je dois une partie de ces prcieux crits la bont de M. Morton secrtaire de la municipalit, et M. King, rdacteur de V American y tous les deux hommes trs-recommandables. Me voici enfin au terme de mon voyage, que j'ai commenc sans plan et que je n'ai prolong qu' cause du vif intrt qu'ont excit en moi les institutions de ce pays tonnant. Outre les notes de ce journal les documents que j'ai recueillis me fourniront un vaste champ de travail si jamais j'ai le temps de les tudier. Aujourd'hui je me vois forc de plier mes tablettes ; je m'occupe de mon dpart et de mes adieux qui seront pnibles, car plusieurs personnes ont eu mille complaisances pour moi et m'ont rendu de vritables services. Parmi les agrables souvenir que j'prouverai en pensant aux tats-Unis il en est un qui nie sera fort doux. Je me souviendrai avec bonheur des amis que j'ai laisss sur les lieux de mon passage et de ceux que je vais presser sur mon sein peut-tre pour la dernire fois. Fl>.

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TABLE dzl; chapitres contenus dans cet ouvrage, Pages. Prface 5 introduction h Chapitre premier. — Notre arrive NewYork. — Aspect de la ville. — Chemin de fer Newark. — Canal Morris. — Thtres. — Promenade Brooklyn. — Cabinet minralogique du baron Ldrer. — Lyce d'histoire naturelle. — Instruments d'agriculture. — Muses d'histoire naturelle. — tablissements de bienfaisance. — Maison de correction pour les jeunes criminels. — Hospice des fous. — Etablissement des sourds-muets. — Institut des aveugles. — Promenade Hoboken. — Fabriques, — Collections particulires — Visite aux manufactures de Paterson. — Chemin de fer. — Systme de vie adopt dans les htels. — Mœurs. — Libert des jeunes filles. — Clbration du dimanche. — Beau sexe. — Ecoles du dimanche. — Victoire des artisans. — Travaux des prisonniers. — Accroissement des journaux. 27 Chapitre H. — Voyage Philadelphie. — Coutumes en usage dans les bateaux vapeur. — Propret de la ville. — Aspect des rues. — Athne. — Socit philosophique. — Acadmie des sciences naturelle. — Natura-

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482 TAiLi: listes. — Muse. — Prtentions desaili-ians. — Prdominance de l'opinion dmocratique. — Visite la grande pnitentiaire. — Machine hydraulique sur le Schuylkill. — Asile pour les marins. — Hpitaux du gouvernement. — Maison de correction pour les jeunes condamns. — Promenades puhliques. — difices. — Jardins. — Institut de Franklin. — Ecoles pour les jeunes artisans. — Education du ver soie. — Exposition annuelle des plantes. — Exposition priodique d'agriculture. — coles du dimanche. — Mon plan de voyage. 83 Chapitre III. — Voyage Baltimore. — Chemin de fer. — Canal. — Visite aux tablissements de bienfaisance. — infirmerie. — Hpital. — Librairie. — Situation de l'instruction primaire. — Fabrique de produits chimiques. — Collge de mdecine. — Voyage gologique aux tats-Unis. — Matriaux employs dans les constructions. — Produits des mines d'or. — Muse d'histoire naturelle. — Peintures. — Cathdrale. — Collge de Sainte-Marie. — Collge du mont Sainte-Marie. — Promenade aux environs. — Tannerie. — Chemins de fer et canaux. — Scnes sociales. — Pnitentiaire du Maryland. — Dpt de mendicit 13<^ TiiAPiTRE IV. — Voyage Washington. — Chemin de fer. — Aspect singulier de la capitale. — Travaux pour la dtermination et la mesure des ctes des tats-Unis. — M. Hassler. — Comparaison des poids et mesures. — Promenade aux environs. — Situation de la campagne. — Visite au bureau des brevets. — Machine d'agriculture. — Arsenal d'artillerie. — Capitole. — Archives. — Collge de Georgetown. — Pnitentiaire. — Promenade aux cascades du Potomac. — Canal de Chcsajieack l'Ohio H'^ iiAPiTRE V. — Retour Philadelphie. — Suite de mes rxcursions. — I>pt do mendicit. — Institution des

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DFS CUAIMTKES. 483 aveugles. — Ecele de sourds-muets. — Collections d'histoire naturelle. — Promenade Mount-Pleasant. — Chemins et canaux de Pensylvanie. — Etat de l'agriculture. — Retour New-York. — Promenade Blooklyn. — Situation de l'enseignement primaire et secondaire. — Vices de ce systme. — Moyens de rforme. — Travaux manuels dans les collges. — IS'ouvelles entreprises. — Chemin de fer au lac Eri. — Conduite des eaux la ville. — Visite la pnitentiaire de Sing-Sing 20 Chapitre. VI. — Voyage sur la rivire du Nord. — cole militaire de West-Point. — Fonderie. — Alhany. — Chemin de fer Schenectady. — Collge d"lJnion. — Voyage par le canal. — Histoire des canaux de l'Etat de New-York. — Une nuit sur le canal Eri. — Utique. — Instruments d'agriculture. — Cascades de Trenton. — Progrs de la poprdation. — Syracuse. — Auburn. — Genve. — Situation de la campagne. — Instruments aratoires. — Piochester. — Etat de sa population — Moulins bl. — Influence des institutions. — Chemin de fer. — Arrive Niagara. — Impressions. — Passage sous la cataracte. — L "migr de Montral. — Dpart du Niagara. 255 Chapitre VII. — Retour du Niagara. — Bufalo. — Attentions des Amricains pour leurs enfants. — Avon. — Valle du Gnesse. — Ferme de M. Wadsworth. — Etat de l'agriculture. — Auburn. — Visite la Pnitentiaire. — Syracuse. — Situation des salines. — Effets de Tintcmprance. — Diminution de la consommation de l'eau-de-vie. — Influence des socits' de temprance. — Vues du canal. — Fermes d'Albany. — New-Lebanum. — Visite aux Quakers danseurs. — Situation de cette secte. — Son industrie. — Northampton. — Education des vers soie .... r>08 Chapitre VIII. — Arrive Roston. — Aspect de la ville. — Athne. — Maison d'industrie. — Maison de cor-

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484 TABLE DES CRAI'ITRES. roction pour les adultes. — Refuge des jeunes condamnes. — Cimetire de Mount-uburn. — Hospice des fous. — Pnitentiaire. — Notices statistiques sur les prisons. — Arsenal. — Socit d'histoire natu-. relie. — Situation de l'horticulture. — Universit. — Solennit littraire. — Hpital gnral. — Revenus de l'tat. — Banques. — Notice sur l'industrie de fabrique des Etats-Unis. — Maison d'aveugles. — Ecoles pour les enfants agriculteurs. — Enseignement primaire. — Journaux. — Voyage Lowel. — Manufactures. — Ecoles. — Ouvrages publics 354 Chapitre IX. — Voyage dans l'tat de Connecticut. — Worcester. — Maison des fous. — Acadmie d'antiquits. — Hartfort. — Maison de sourds-muets. — Collge Washingthon. — Pnitentiaire de Wethersfield. — Progrs supposs du crime. — Maison des fous. — Revenus et frais de l'Etat. — Banques. — Sminaires de demoiselles. — Moralit des filles. — Bases de l'ducation du beau sexe. — New-Haven 431 Chapitre X. — Retour de NewYork. — Visite aux tablissements de Bellevue. — Hospice des pauvres. — Prison. — Maison de correction. — Hpital. — Statistique du crime et de la misre New-York. — Pnitentiaire de Black well's-Island. — Ferme pour les enfants pauvres Long-Island. — Le docteur Julius. — Notice sur la nouvelle pnitentiaire du Haut-Canada. — Visite la maison de dtention actuellement en construction. — Essai du pav de bois. — fin de mon voyage. 464 FIN DE LA TAULE.

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publiftions lloui^flU. LE ROI DES ROSSIGNOLS, ])ar E. Gonzals et MolGentilhomme; 2 vol. in-18. L'ILE DE LA TORTUE, ROMAN MARITIME, ^QT JllleS Lecomte; 2 volumes in-18. LA VIE iiiLiTAiRE SOCS l'empire par E. Blaxe; 2 V. LES ROMAKS ET LE MARIAGE, par l'auteur de c // Fiuere. 2 volumes. VOYAGE DB M. LB MARCHAL DUC DE RAGUSE ; 4 VOI. GAIN LE PIRATE. — LES TROIS ccTTERS, par le Capitaine Marryat, traduit de l'anglais par A,-J.-B, Defauconpret; 2 volumes. NEWTON FORSTER, OU LA MARINE MARCHANDE par Ic mme ; 2 volumes. SCNES DE LA VIE PRIVE par M. de Balzac; 4'n vol. LA MAISON ROCGE, par Emile Souvestre ; 2 volumes. l'hritire de BRUGES, par Thomas Colley Grattan, traduction de l'anglais par M. Delepierre j avocat; 3 volumes. de PRS ET DE LOIN ROMAN COl/TJGAL, par P, L. JaCoh ; 2 volumes, LA LUCIOLE, lit Emmanuel Gonzals et Mol -Gentilhomme; 1 volume. HMOIRES DE LA COMTESSE MERLIN, publis par ellemme ; 3 volumes. KiNG's OWH, par le Capitaine Marryat; 3 vol. MMOIRES DU PRINCE DE LA PAIX; 4 VolumCS. ALMARIA par le comte de Ressguier ; 1 vol. HARMONIES POTIQUES ET RELIGIEUSES, par Alph. de Lamartine; 1 vol. MDITATIONS POTIQUES, par /e W/we; 1 vol. PITI POUR ELLE par CouaWiac; 2 vol. RATTLIN LE MARIN par le Capitaine Marryat; 2 vol. LES MANDRES, par Lon Gozlan; 2 volumes. LA GRILLE ET LA PETITE PORTE, par Hippolyte Bonnelier; 2 vol. ^

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