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Essai historique sur la colonie de Surinam

Material Information

Title:
Essai historique sur la colonie de Surinam
Place of Publication:
Paramarivo
[Amsterdam]
Publisher:
[S. Emmering]
Publication Date:
Language:
French
Physical Description:
1 online resource (2 volumes in 1.) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
To 1814 ( fast )
Jews -- Early works to 1800 -- Suriname ( lcsh )
Economic history ( fast )
Jews ( fast )
Travel ( fast )
Description and travel -- Early works to 1800 -- Suriname ( lcsh )
Economic conditions -- Early works to 1800 -- Suriname ( lcsh )
History -- Suriname -- To 1814 ( lcsh )
Suriname ( fast )
Genre:
History ( fast )
Early works. ( fast )
non-fiction ( marcgt )
History ( fast )
Early works ( fast )

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Source Institution:
University of Minnesota Library
Holding Location:
University of Minnesota Library
Rights Management:
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Resource Identifier:
858261065 ( OCLC )
ocn858261065
Classification:
F2423 .E77 ( lcc )

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THE LIBRARY C G gle

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ESSAI HISTORIQUE C 0 SUR LA L 0 D E N I E S UR I NAM, Sa fondation, fes rvolutions, fes progrs, depuis fon origine jufqu' nos jours, ainfi que les Cqufes qui dpuis quelques annes ont arret le CUrsde fa prosperit; avec la rlefcription & l'tat actuel de la Colonie, de mme que fes rvenus annuels les charges & impots qu'on y. paye, comme aufli plufieurs autres objets civils & politiques; ainfi qu'un tableau des murs de is habitans en gnral. AVEC VHistnire de la Nation Juive PortMgaife & Al Jemande y Etablie, leurs Privilges immuni ts & franch i fes: leur Etat politique & moral, tant ancien que moderne : La part qu'ils ont eu dans la dfenfe & dans les progrs de la Colonie. Le tout redit?; fur des pieces authentiques y ointes, &.: mis en ordre par les Rgens & Rprfentans de ladite Nation Juive Portugaife. P R E M I ER E P A R T l E. A PARAMARIBO 1788. gle

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[ili] S. EMMERING AMSTERDAM 1968 Unchangcd reprint of the original edition Paramaribo 1788 Printed in The Nethcrlands Go gle

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Pauvre, ateUgles que noua Commes. Ciel demasquo les Imposteurs, Et foret leurs barbares curs, A ,ouvrir regarda des hommes. J. J. ROUSSEAU, Oevtlr.Pos.t., TOffl. XII, pat, 60. EPITRE Co gle

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[ 1 li Go gle lR.S fY OF j 1 1

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EPITRE DDICATOIRE ';dUX NOBLES & TRES PENER.ABLES SEf. GNEURS, L'/!.S DIRECTEURS & REGENS DE LA COLONIE DE SURIN.AM &c. &,, &,. Refitlant .dmjlniam. Noaus & Tai, Vz1'DAiL11 Sro1r1aal La Nation Juive Portuguaife tablie Suri 11am depuis fa fondation jusqu' ces jours, dfe vous prfenter un ouvrage qui contient en par. tie le prcis de l'hiftoire de vos domaines dans r Amerique cSt c:elui d'un Peuple qui quoique malheure\llt bien d'gards s'estime cependant fortun de vivre fous les Loix de la Rpublique des Provinces Unies, & fous votre noble protel-ion. Vos bienfaits, votre bienveil .. lance fon gard, tient cette nation comme enGhaine votre Colonie & vos Interts. Ses S d .. C gle

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EPITRE. devoirs envers vous; tes hommages qu'lle vous doit tant de titres; ont inf pir ceux qui la rprfentent, le courage de vous offrir cette foible produHon comme une marque du respe, & de l'attachement qu'eux, & leurs anctres ont toujours eu pour votre Gouvernement. C'est u:i devoir, c'est un hommage Nobles & Trs Vnrables Seigneurs! qu'ils esperent que vous daignerez accepter favorablement. Et c'est dans ces fentimens que nous avons l'honneur dtre avec le plus profond respet. No!Jles & Tr_s Ynlrahles Seigneurs I Vos trs humbles & trs obeisfans Serviteurs. Les R~gens ac les rprfentans de la Nation Juive Portuguaife de Surinam. Surin. & Para m. Mos. P -' na LEON. c,:~oFcvrier 1788. Go gle SAML. Hco. DE LAPAR._A. lsitAK DE LA PARR.A. D11v1n DB 1s. C. NASSY. SAMUELWwu..BaANnoN. J>RE!

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PRFACE. Ce n'est point l'ambition, ta vanit ou 1amour propre qui nous ont mis la plume en main pour compofer l'ouvrage que nous offrons au public. L'exemple Journalier de tant de mauvaia ouvrages qui fort,ent continuellement des preafes, & qui n'exiftent le plus fou vent qu'a\ltanc quon a befoin pour les parcourir, ne fauroic non plus nous aveugler jusq\l"au point de vouloir agrandir leur nombre. Au contraire le titre d' Auteur nous impofe ttop pour vouloir en abu fer, & jamais nous n'aurions of mettre au jour une prodution litteraire fi les circonfiances ne nous a voient mis dans le cas de devoir le faire. d'Ailleurs, ns an~ un pas ou l'ducation n"a rien de tout ce dont a befoin pour cul~ tiver 011 d~velopper un esprit quelconque; privs des connoisfances necesfaires forcs er, quelque faon d"crire dans une langue qui n' tant point la ntre c) nBSI fut apprife moins par des principes que par une routine peut. tre mme vicieufe ; & ne connoisfant point en ou tre d'autre endroit de l"univers que la contre () !.Ile est la Portuguaf(e & l'Etpagnol~ 4 l gl qui

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v111 P R E F A C E qui nous a vu naitre, tout cela forme certaine ment dos desvantages qui devroient nous rbu ter dans une entreprife de ce genre. Mais nous le rptons, des raifons particulieres nous-y-ont obligs. d' Ailleurs le resfentiment naturel du malheureux tat de Juif en general; la verit; la justice; nos droits comme hommes (l'ayant t avant que d'tre dvnus Juifs) & comme citoyens; nous ont infpir le courage de profi ter de la conjont:ure heureufe que les fenti mens vertueux d'un clbre crivain politique mous ont offert ; & fans craind1e la critique, nous avons of compofer cet ouvrage, dont le rfultat & les confequcnces qui en doivent dcouler, pourront peut-tre contribuer en quel '.que maniere au bonheur d'une partie fouffrante du genre humain. Et pour donner plus de jour la caufe qui donna naisfance cette entreprife, & qui fait: honnur la vert de celui qui l'a conue, & nous l'a pour ainii dire inf pire; nous mettrons fous les yeux de nos Leteur ie cas fortuit qui l'a fait naitre. L'ouvrage que Mr. C. G. DoHM, conreiller de Guerre, archiviste & fcretaire priv au De~ partement des affaires Etrangres de S. M. le Roi de Prusfe, & atuellement fon Ministre Pl nipotentiaire au Cercle du Bas Rhin, fit publier en allemand & imprimer Berlin en 17 8 1 f-U.S c Go gle

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P R E F A C E. IX fous le titre, ber die hrgerlich, veroesferung der Jude,z, traduit en foite en Franois par M. J. Bernoulli de l'academie royale des fdences & belles lettres &c. de Prusfe fous celui de la Reforme Politique des Juifs, D1sfau dains la Lt/Jrairie des .Auteurs & des Artistes 17H2. in 8. est conn de tout le monde. La connoisfance de cet ouvrage tant parve nue jusqu' nous par fon precis infer dans la Gazette Litteraire du mois de Mai 17:84. Cha cun s'empresfa de le faire venir de la Hollande. Un malheureux respire, prend haleine espere, lorsqu'il entend une voix qui le plaint, qui prend fa dfenf e ou qui s'interesfe fon fort. Le nom de Mr. Dohm, fcretaire }?riv d'un grand Roi tant Heros que Philofophe 1 celui du traduteur academicien clbre, conn aLvantageufement dans la Rpublique des Lettres: contri buerent augmenter le defir de la Narion de lire un ouvrage dont le contenu fuiva111t fon pr cis toit un phenomne rare, mme dans le fie cle eclair & Philofophique ou nous fommes ; cependant malgr nos efforts nous n'avons pu obtenir l'ouvrage qu'en Fevrier 1786. Nous en .fimes enfuite dans notre Colige de l.itterature ( conn fous le nom de Docendo Docemur dont nous parlons dans cet ouvrage) ; une lel:ur~ fuivie; & l'ayant trouv rempli de raifonnemens 5 fo. G gle

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x P R E F A C E. folides, & d'une impartialit lumineufe, qni caratrife l'ame de l'Auteur ;les llgens de la Na tion Juive l?ortuguaife en Surinam (quoique la reforme que deftgt1e Mr. Dohm, n'a du rapport qu'au Juifs de l'Allemagne & de la Pologne; & qu'a l'gard des immunits & franchifes dont ils jouisfent en Surinam, elle n'a rien de com mun avec leur tat) voulant rendre au clbre an teur les hommages qui lui font dus titre de Philofophe & de Politique eu gard au bien que fon ouvrage pourroit operer en faveur de leurs frres en Europe, ils prirent la libert de lui adresfcr une lettre de remerciement en date du iode Mars 1787. rendant en mme tems les justes hommages la mmoire du traduteur l\Jr. Bernoulli, mort, depuis quelques tems; voyez la lettre la fuite de cette Prface. Cette lettre donc envoye par la voye de la Hollande fon adresfe Berlin, les rgens ne penfoient plus fur l'effet qu'elle opereroit en particulier l'gard du Mr. Dohm. & fe con tentoient d'avoir rempli au moins un devoir que la rconnoisfance & l'amour de leurs freres Alle mands & Polonois, leur avoient infpir; mais le cur vertueux de Mr. Dohm fes fentimens honntes, oubliant en faveur de l'humanit fes occupations frieufes au fervice de fon Roi, a daign honorer les rgens d'une rponft: en date du Go ge

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P R E F A C E. xt du 19 Janvier 1787. & qui leur est parvenue par le Capitaine Dalmeyer arriv le 2.9 Juin 1787. qu'on trouvera galement la fin de cette Prface; par laquelle il fait fa voir aux Rgens, les interts qu'il veut encore prendre pour le bonheur de la Nation en gneral; requirant en mme tems des notices fur la Colonie de Suri nam, & fur les Juifs y tablis, afin de pouvoir par des exemples frappants, foutenir la thfe de fon ouvrage & co-operer autant qu' il est en lui quelque revolution favorable leur gard. Les Rgens mis par une lettre auffi complaifante qu'avant3@;eufe pour leur Nation, dans le devoir de fatisfaire Mr. Dohm au fujet des Juifs, furent en quelque rnaniere forcs, malgr leur incapacit de rdiger le prefent ouvrage, avec tout la clrit & le foin posfible ; donnant en mme tems connoisfance de cette entreprife Mr. Dohm, par une autre lettre date du 5 Juil let 1787. de forte que d'aprs ce recit,perfonne ne pourra avec raifon nous accufer de vanit ni d'amour propre, encore moins de l'envie de figurer dans le monde en qualit d'Auteurs, au fujet de la publication de cet ouvrage. Notre premiere intention toit de nous borner fimplement l'Hifi:oire des Juifs en Surinam & leur tat prmitif & moderne, fans nous me Ier de rien qui ne les concernoit diretement, & C gle

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s11 P R E F A C E. & d'envoyer l'crit l\1r. Dohm, moins comm" un ouvnge que comme une rponfe fa ldtre. Mais ayant examin nos archives & rasfembli plufieurs faits ifols ; confult des fragmens pars & presque oublis ; nous avons trouv rHifi:ore des Juifs tablis en ;,minam tellement lie & pour ainfi dire identi5e avec celle de la Colonie en gneral & les vnemens qui depuis l'origine de la Colonie distinguerent les premiers .Juifs qui s'y font rendus, ausfi enchains avec ceux des autres habirants de la Co]onie, qu il nous a t moralement imposfible de les feparer pour n'en faire que l'Hifiore particu1iere de la Nation. d'Ailleurs, quel intret une chaine de petits vnements arrivs une poigne de Juifs dans l'espace de t 30. ans dans une partie de la Guyane Hollandoife, pourroit elle produire, pour fixer l'attention du lel:eur ? La preven tion; l'indifference envers eux; ne feroient elles pac; asfs puisfantes pour faire rejetter d'abord no tre ouvrage? -En outre, Mr. Dohm qui nous demanda dans fa derniere lettre quelques noticu hifloriques fur le forl que la Colonie a es/ uy depuis fan commencement, avec ce qui concerne fan Etat aluel politique & moral, ne nous avoit il pas mis encore dans la ncesfit de nous ten dre un peu fur la Colonie en gneral? Rfolus donc d'enchainer de nouveau les vn G gle

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p R E F A C E. XIII nemens arrivs aux Juifs avec ceux de la Colo nie pour en faire un precis Hiltorique de tout ce qui la concerne, nous n'avons pu dispofer de notre ouvrage envers qui que ce fut, fans en donner en mme tems une connoisfance pralable nos vnrables bienfaiteurs les Seigneurs territoriaux de la Colonie en Hollande ; & de leur faire conjointement l'offre d'un prcis Historique qui renfermat les vnemens de leur Co Ionie, & celle des Juifs y tablis, cemme un foible hommage pour la protetion paternelle, & la bienveillance dont les Juifs de Surinam, depuis le commencement de leur regie en qualit de propritaires jusqu' prfent, leur font rdvables; nous ofons en confequeGce nous flatter que Mr. Dohm au lieu de nous con dam .. ner de ne lui avoir pas envoy cet ouvrage di retement, fuivant le conten de notre derniere lettre, nous faura bon gr, d'avoir obi au de. voir que la gratitude & la rconnoisfance des bienfaits reus, nous ont impofs. Pour remplir cette tache nous fumes obligs de confulter plufieurs ouvrages fur l'Amerique, & principalement ceux, publis fur Surinam tant par les Nationaux Hollandois que par les Etrangers, & de les comparer enfuite avec ce que nous avons trouv de fragmens dans nos archi es: & ayant trouv par le tfultat de nos re .. cher-J gle

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X J V p R E F A C E. cberches que ces ouvrages font defeB:ueux plufleurs gards, nous primes le foin de compotr l'HHl:oire abrege de la Colonie, qui quelques vnemens prs, n'a rien de commun avec ce qu,on a crit fur elle; &. remarquant en outre, que malgr l'incorporation des Juifs avec le res. te des habitans de Surinam, malgr leur zle leurs exploits leurs richesfes mmes ; ils ne font nomms dans ces ouvrages qu'avec une in" difference qui dcle clairement la prvention de ces crivains, nous nous fommes trouvs dans la necesfit indispenfable de nous ~tendre fur tout ce qui les concerne & de rapporter les faits les plus intreifans, pour les faire conno, tre plus particulierement ; fans perdre de vue ce qui concerne la Colonie en gneral. A l'gard de l'Hifioire de la Nation, qne nous avons l'honneur de rprefenter ah1ellement en qualit de rgens, nous avons t obligs de confirmer plufieurs faits dcrits dans cet ouvrage, p1r une quantit de pices justificatives & authentiques-y-ajoutes, de trop ou inutiles peut tre dans tout autre ouvrage; mais indispenfa ble d~ns celui ou il s'agit des Juifs; car rappor .. ter des faits fans preuves, ce feroitnous compro11 mettre avec le pyrrhonisme qui regne envers les Juifs; mais les corrfirmer ces faits, dvelopper ce .que des Auteurs ont foigneufe111ent cach, ce n'est Go gle

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PREFACE. xv n'est que fermer la bouche nos antagonistes il, n'oferont au moins nier le tout avec effronterie. Et comme notre nation & nous en gneral, nous ne regardons la Colonie que comme une Espece de Patrimoine Politique ( s'il nous est permis de nous fervir de cette expresfion) ou nous jouisfons des la Libert & de la Franchife; fon bonheur, fon opulence, le bien tre de nos aimables quoiqu'a beaucoup d'gards, ingrats c habitans nous interesfent asfs pour que nous fa. crifierions volontiers tout ce que nous avons de plus prcieux pour leur confervation. Nous avons galement dans plufieurs endroits de cet ouvrage, developp les caufes de leur decadene en gneral, & demontr avec la force dont nous fommes capables les droits de nos colons en gneral ,&. la protetion qu'ils font en droit de rclamer & d'attendre fuivant la justice & l' quit de leur mre .. patrie & des negotiants de la Hollande, envers les dettes fur leurs Plantations: nous avons dtaill en confequence les rvnus de la Colonie depuis 17 50. jusqu'a 1787. Les fraix les impots auquels font fujet les produl:ions, les profits que la rpublique tire de la Colonie, & le peu que les malheureux Planteurs tirent de tous leurs foins, & de tant de peines qu'ils y endurent continuellement ; daps e tablea n nous

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n1 PRE FAC & nous n'avons point flatt les murs & le caractre des habitans de la Colonie, tant Chretiens que Juifs en gneral; nous avons au contraire developp leurs fautes avec franchife, & fuivant notre jugement, fans craindre la critique, cnr elle n'a aucune prife fur des curs qui ne cher chent point immoler fur l' Autel de la flatterie 9 la candeur, ou la verit. -Suivant ce principe nous nous plaignons en mme tems de la prvention &. les prjugs qui y regnent en core contre la Nation Juive en gnral, & nous avons mis les accufations & l'apologie de celle de Surinam fous les yeux du public clair & ~quitable, pour qu'il nous juge d'aprs nos fautes, & d~aprs nos befoins ; nous ayant fait en n:me tems une gloire d'avouer avec la fatisfaction la pluS' complette, les obligations, qu'elle a la protection paternelle de nos vnrables bienfaiteurs en Hollande, & galement aux amitis & la bienveillance de plufieurs perfonnes distingues de la Colonie, fans hfiter un moment de les nommes ouvertement, & de leur donner les loges qui leurs font des, fi nous avons bles-f leur discrtion la dcsf us, nous leur en deman dons excufe; & n'est ce pas asfez d'ailleurs, que :nous cachions les noms de nos Zoi1es, fans di,~ fimuler encore ceux de nos Mcnes Con Go gle

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P R E F A C E. \71 t Concernant la forme que nous avons dnn et ouvrage elle nous a paru la plus con forme un Esfai hiftorique qui renferme des ides & des vues peu analogues peut~tr avec l'abreg d'une Hiftoite d'une Colonie, t)U Ja partie politique n'est point du resfort dts A\l teurs: & comme fon fujet principal est l' Hifto~ re des Juifs, nous avons ramasf tout te dont nous avons eu befoin pour les mner det1ui s le bannisfetnent du Portugal & de l'Espagne, au Brefil, enfuite en Hollande, Cayenne, jus qu' les placet en Surinam; tans oublier l'HHl:i re de leur premier tablisfement en HoUand, & leurs franchifes dans la rpublique mme. L~$ ouvrages dent nous avons tir~, la connoistanc de la plus grande partie de tout ce qui fe trou ve dans cet esfai, y font cits fcrupuleufemertt; mais fans nous tenir dans un rspet fervile nou! les avons fuivis, jug, critiqu mme, fuivant nos fobles lumieres & nos onnoisinces lo ales. A l"gard du fiile, nous avons dj avou ntre incapacit, en confequence nous ne doutons nul lement qu'on y trouvera des phrafes peu franoie!i du barbarisme fi l'on veut, mais nous nous fon\11 tnes efforcs autant qu'il nous a t posllbld de le rendre clair & intelligible ; & nous nous j\at Go g l e

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XVIII P R E F A C E. ftattons qe Je public indulgent voudra bien nos pardonner les ngligences qui s'y trouvent, en fa .. veur du droit de l'humanit que nous rcla mons; des motifs denus -de prtentions qui nous ont fait crire cet ouvrage. Cependant, fi dans le cours de cet esfai il f e trouve des articles peu i-ntr~fans pour le co11r mun des lecteurs, &: beaucoup de disfertations en faveur des Juifs, nous nous ftattons que nos vnrables bienfaiteurs en Hollande ; que Mr. Dohm ; que les vrais Phiiantrophes ne nous fauront pas mauvais gr d'avoir mis. fous leurs yeux le dtail de ce qui concerne la Nation en Surinam pour que chacun dans la f phie ou il fe trouve plac, & le pouvoir qu'il a en main ~ puisfe en tirer ce qui fera convenable fes bonnes intentions, & rejetter le reste comme inuti le; d'ailleurs s'il est permis un individu accuf de dereglemens dans les murs de parler de foi mme, & de dire ce qu'il a fait de bien pour dementir fes accufateurs, c,tte defenfe est plua forte raifon permife & mme ncesfaire une Nation entiere qui f e trouve dans les mmes cir conftanees, &: fi malgr nos peu de prtentions, 1Dalgr la candeur & la vrit que nous nous fommes prfcrit en compofant cet ouvrage, 1a voix de la critique feconde _par des prejugs r-: li;. Go gle

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p R E F A C E. XIX llgieux ou nationaux veut cependant nous accufer d'tre prfomptueux, & vains, & pour corn ble de perverfit, accabler la Nation d'avantage avec de nouvelles invetives, au lieu d'obferver fes fautes dans l'intention de la corriger de celles qu'elle peut avoir:, & de nous metre en tat d'amliorer notre ouvrage, nous mettrons les critiques au nombre de tant de noires calomnies repandues fur les Juifs en gnral, & nous leur appliquerons d'avance, ce qu'a dit Menipe Jupiter ,, Si au lieu d, m, ripondre 1u prend, -,, les Foudre,, tu as lorl/' Lettre det Auteurs Mr. C. G. Dohm, atJ fojel de /on uuvruge fur lu rd forme des Juifs. M0Ns11ual mustre, digne ami de l"Humanitl Penetrs des fentimens que donne la rcon noisfance aux curs honntes, nous ofons rom..pre les bornes de la prudene pour faire pasfer cette lettre jusqu' vous; l'ho11;1mage que l'hu Jllal\t vous doit de. fi justes titres; l'terneJle ~ i;i obli : J

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n P R E F A C E. obligation que vous a la Nation Juive en gn ral, vos ides. votre philofophie votre impar tialit, & votre zle envers un peuple malheureux im!llortaliferont votre nom ; ceux qui en font les objets vous doivent fans cesfe des hom mages. Permettz donc, digne ami de l'huma nit, que nous, en qualit de R gens & de r prfentans de la Nation Juive Portuguaife, ta blie depuis plus d'un ficle en Surinam dans l' Amerique, vous en rendent par cette lettre: vous remercient. de votre zle pour l'ouvrage que vous avz bien voulu publier, concernant fa r forme politique, ouvrage qui, quoique imprim depuis 1782. n'eil: parvenu notre connoisfane que le mois pasf & quoiqu'en vertu de cette tolerance Philofophique qui efl: la devife de l'au gufie rpublique d'l Iollande !I notre mre patrie, nous nyavons qu' nous fliciter de notre fort; nous ne pouvons pourtant pas nous dispenfer d'admirer, Monfieur votre desintresfement; de benir le Dieu qui vous a inf pir cette vert fu. blime qui rgne dans votre cut: de rgarder votre ouvrage comme l'antidote de tous ces pr .. jugs, qui regnent dans le cur des hommes, envers ceux qui adorent le mme Dieu quoique ivec d'autres manires; qu'enfin connne le flan qui Go gle

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P R E F A C E. xxt qui crafera aux yeux des fages ceux qui nous perfcutent, &. l'gide qui nous dfendra aux yeux de l'univers. Recevz donc Monfieur, notre foible hommage. Que l'ame du vertueux M. Bernouilli, vo tre digne tradureur, trouve auprs de notre pere commun la rcompenfe de fes vertus de f on humanit & de fon zle, & pardonnez Mon fieur le transport de rconnoisfance qui nous a anim vous crire, agrez les vux ardens que nous & toute la Nation faifons pour tout ce qui vous concerne; que le Dieu de l'univers vous donne le pouvoir, vous cede la force d'tre con .. ftamment l'appui des malheureux, & le dfenf eur des opprims. Nous fommes avec le plus profond respefr. Monfieur! Vos trs humbles, trs rconnoisfans & trs obesfnts Serviteurs. (figne) Les Rgens de la Nation Juive Portuguaife de Surinam. D. D. J. C.N.\ssv, J.H. DR BA1tnrosJn,S.H.BRANDoN; Mos. P. DB LEON, S. H. DE LA P ARRA, Is. D.E LA P Ali.A. Surinam ce 10 Mars 1786, Monfieur L' .. G. Dhm, confeiller de Guerre, Archiviste & Scrta ire pri v~ au Deparcement des aff ; ires tm1w geres de S M. le R,oi de Prusfe 3 Co gle

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Ult P R E F A C E. Riponfe de M. C. G. Dobm, la prfoden1,, Lettre. t MESSIB.UllS! Ce n'eft que depuis peu, que la Lettre obligante dont vous m'av~z voulu honorer en date du 10 Mars de l'anne pasfe m'eft parvenue par Berlin que j'ai quitt depuis quelques mois, puisque le Ro~, mon Maitre, m'a confi ici le pofte de f on Miniftre Plenipotentiaire au cercle du Bas-Rhin. Je ne faurois qu'tre agrablement furpris en apprnant par votre lettre que mon crit~ qui rg:irde votre Nation fi injuftement malheureure presque par tout, a pu percer jusqu vous; les fentimens qui m'ont guid en le compofant, devraient tre ceux de tous les hommeis de bien de tous les vrais chrtiens & de tous les vrais politiques; leur fimpllcic, je l'espre, 'les fera pratiquer ausn dans la fuite par les Gouvernemeus, & je me feliciterai toujours fi j'aurols p\1 tre aafz heureux pou, y coperer en quel que manire ; mais jusqu' ici' je n'ai ps enore eu cette rcompenfe ; je viens d'apprendre au contraire presque dans le ni~me moment que fai r~u votre lettre I qu'on a bru16 mon livre P ns G gle

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. P R E F A C E. &XII t ris, fespre que cela n'eil: fait, que par un mal entendu, qu'on fe hatera de rparer. L'approbation que vous me tmoignez, Mes fleurs 1 de l'autre bout du monde m'1eil: d'autant plus confolante ; que vous jouisfez du bon heur de ne connoitre que par les traditions de vos anctres, la manire dont on d.eprave votre Nation en Europe; votre fituation fournit une preuve convaincante de ma th~:fe que les Juifs ont capables, comme nous autres, d'tre de bons citoyens, des qu'on le leur piermet. Jen pourrois faire peut-tre une application utile, fi vous voudriez me communiquer quelques dtails fur ks avantages que votre Gouvern1ement fage & clair vous accorde ; je ferois curieux fur tout de fa voir, fi on fait ausfi, l ou vous tes, quelques difiintion entre votre Nation & les autres Habitints Eil-ce ql1e toutes les occupa .. tions, mtier~ genre de commerce vous font permis? jouisfez vous du droit de posfder des Plantages en propriet parfaite f n'avc~z vous pas des impots particuliers ? le nombre de vos famil le: eit-il born, avez vous le droit
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X~IV' P R. E F A C E. coup, & vous m,.obligerz de m'en donner u~ rponfe authentique & dtaille, en y ajoutant au~fi quelques notes hiftoriques fur le fort que votre Colonie esfuy depuis fon commencem e nt, dont je ne fais la date ; fur les changemens qu'on a pu faire dans vos privilges & droits civils, fur l'tat moral & politique de la Colonie & fur les fentimens que la jufike du Gouvernement du infpirer -aux Chrtiens envers vuus. S'il vous voulz m11onorer d'une rpon~, je vous prie de la faire pasfer par le couvert du Mr. HeUeman van Eickelnberg, Conful ;du Roi. Vlisfingen:-Avec les vux les plus fincres pour la dure 110n interrompue de votre bonheur, je vous tmoigne la plus haute eftime que votre lettre m' du infpirer .. .,eft avecces fentimens que fai l'honneur p'tra~ MesfieurJ. l Votre trs humble & trs obesfant Serviteur 1 Cologne Sur le Rhin, ~ ~e i9 Janvier 1787 .. Au~ dger.s & Rpr(entana, la Naii.ol) Iui~r; ,o,tuguam, ~urlnim~ Go gle (/i&ni) DoHM, lN,

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IN TR 0D UC TION. Le mepris avec lequel on traite la Nation Juive dans toutes les parties du monde, la haine qu'on lui porte, eft un fait auffi avr que ifficile comprendre, fr tout dans ce ficle de lumieres ou les Monarques femb1ent fe disputer entre eux Je titre de bienfai.fans, & de peres de leurs fujets. Les ~rits de ~1onfieur de Voltaire pourrontpeut tre donner la folution de ce probleme de morale; ce grand homme fait pour clairer le monde, au mi lieu de fes carts contre les Rligions, prechant ta tolerance foulant aux pieds tous les cultes, a pris conjoint:ement le malheureux plaifir d'crafer la Nation Juive, & de la rendre hideufe aux yeux de l'Univers (1). Ses adorateurs, ou pour mieux di. re, l~. s proflytes que cet homme clbre a fu fai:re (~) ont fuivis conftamment la dral?eau, & 13 d vife de leur Apotrt\ C'eft peut. tre encore lui & fes adherens, qui font Ja caufe, de e que 1a mora le de Jefu.s Chrift, la fimplic;it de l'Evangile, au des (1) Voyez. fon trah fur la Tolerance, qui ne doit tre regard que comme un trait coinplet de Fanatisme Philofophique. b) Q11'on Ce fbuvienne de ce qu'il a dit lui mme ,, je ,., frs plus en mon temps que Luther & Calvin", Epitre. 1 Auteu.r des 3 Impofteurs 5 gle

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xxvr INTRODUCTION~ desavantage m~me des Juif.s (3).fe trouvent eonfondues, & pour ainfi dire amalgames avec les carts funestes du facerdoce. Il eut beau dire M. de VQI t~ire dans fon pitre fur les trois Impofteurs, ( qui commence par dfendre l'e.xifience de Dieu, & efl: termin par des farcasmes contre les Juifs, & M. Freron) Qrrige I, V11l,1 J mai, rtfpt!lt /1 m11itr,. Ses disciples ont abuf de fes lumieres & dans Jeurs garemens l'imitation de leur aptre, ils ont pris la Nation Juive, pour l'objet de leurs turlupi nades. Le monde eft rempli malheureufement de vains, & d'orgueilleux esprits, & de trs peu de vrais favante. Dans cette ingalit I quel espoir pourroient jamais concevoir les Juifs au milieu de la pliilofophle qui regne aluellement en Europe? ce n'eft que dans la vie prive de chaque individll, qui compofe une Nation, un Corps de Societ quel COI (3) Le Pape Gregolre IX, temorg11a en faveur d'eux ,, qu'll ne Coat nullement coupabl11 dea crlmo, que le ,, Chretlen, leur, Imputent pour avoir leurs bien, en ,. ahufant de la 1\elfgloa, i,our donuer quelqu11 couleun ., i leur avarice; & d1n1 l'an n36," Il icrlvit encore une Lettre de R.lll datde du p Septembre, ou e!I dit 1111 ,. lu Chretlea, nerolent enver, eux da cruaurd ., laoul11 &: ne prenn,at p11 garde qu'il ronL r,deva... bl11 auz Juif de, fondement dt Jtar a,11,1un", Lot' ,, tre d'un Mrlord i Con correapoadtat l 1'1rl1, .Londroa ~. 1767. ,,,. s 01. Go g e

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INTRODUC.TION :icxvn conque, libre des entraves de cette urbanit f pecieufe; dont on caratrife l'homme poli ; qu"on peut connotre le caraa:ere diftintif d'une Nation. C'eft dans leur vie prive, c'eft de leurs rapports avec leurs familles respelives, leurs amis, qu'on connot leur morale & leur faon de penfer & de vivre ; fans cela, tous les jugemens portent faux, toutes les confequences font errones. Un tel peut tre doux, aimable, bienfaifant, lorsqu'il ea hors de chez lui la gloire, l'orgueil la vanit, l'amour propre, le forcent fouvent demontrer en apparene ce qu'il n'efi: point en effet, & ce n'eft que chez lui, que de ces petites ations, ou la Nature eft la feule qui p~rle qu'on peut pntrer ce que c'eil: que fon ame; y-eut-il jamais en confequene, des per fonnes bien desinteresfes des hommes pasfionns pour la vrit, des philofophes fans prjugs, qui fe foyent donn la peine d'tudier les Juifs, de frequenter Jeurs maifons fans crainte d'tre blami? ton-Jamais compar Jeurs carts, avec leurs ncesfi tis, leurs nombreufes familles t\ lver, avec leur peu de resfc.mreo leur peu de fatisfadion d'exifter, ." la vue de taflt de mpris, avec la negligence n~ cesraire dans l'obfervation des r~gtea de la bien feaneV Non,' les Juifs n'ont eu jmais ce hGnheur l. Tout ce qui leur app~rtient, tout ce qui fort d'eux ou qui 'du rapport avec eux s'il n'etl iolnt rfgoureufement Jn~pr~f, efi: au molns de daignd. Peut-~tre que fi les deux Buxtorfe1, & BartQ loccl C) gl

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XXVIII INTRODUCTION. locci dans Ja vue de noircir la Nation & la rili gion (4) n'a voient point tudis, les R abins, que la nomenclature mme des crivains Juifs ferait enfevelie autant que le font les alions qui pourraient les faire connaitre avantageufement dans l'hHl:oire du genre humain. C'eit pour cette m~ .. me raifon que les Juifs, qui ont fu fe diftinguer par des al:ions morales, & par des fervices ren dus diverfes puisfances de l'Europe, ne furent trouver leur place dans le Dil:ionnaire des hom mes Illuftres. Les ingenieux compilateurs ne de figureroient certai"nement pas leurs ouvrages, s'ils y avoient fait entrer le nombre des Juifs qui fe font ditl:ingus avantageuf ement, & qui eurent le bonheur d'avoir t decors des titres qui font la gloire de la Natian. Au milieu de tant de defaO:res Bienvenida Abarbanel, qui dans le XVJ. ficle mrita l'honneur d'avoir t choifi pour l ver Donna Leonor de Tolede, fille du Vice Roi de Naples, & enfuite epoufe de Cme de Medicis Grand Duc de Toscane, qui conferva cette Juive le titre de Mre jusqu' fa mort; Gracia Nasfy, cnunue en Italie pour une femme de beau-coup (4) Pour reconnottre la haine du dernier, qu'on lire feq. lement dans fa bibliothque Rab inique, les accufatlons ma .. ligne& contre le Rabin Menasfe en(Hollande. V. la des fus Hiolre Univerfelle, traduite de: {'Anglois Tom. iJ. pag. ss2.. 8-ss3. Go ge

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INTRODUCTION. xn,c toup de dHl:inHon, qui la fameufe Bible de Fer rare de 1553. fut dedie, qui eut pour gendre le clbre Duc de Naccia fon neveu ; l'heroisme, de chastet cle fa fille Ester, qui meriteroit d'tre confign, Samuel Alvalenfi,fes heroismes en faveur du Roi de Fez, dcri _ts dans la Chronique de Xarifes, ctedie Philippe Il. Roi d'Espagne, & beaucoup d'autres qui exirent dans le XVI. Sicle. (S) Et dans le ficle pasf, Alexandre & -Alvaro Nunez da Cofi:a (6) Mach ados (7). Le Comte de Belmonte 9 dont parle Morery dans l'article Amfterdam (8); les (s) V. Nomologie d'Aboab, Part. 2. pag. 30.J. &ftqr. Amfterdam. 1a29. Cs) Alexandro & Alvaro Nunes da Costa fervirent en Hollande en qualit d'agens de la Cour de Lisbonne; on peut confulter ponr ceux ci, & pour ceux qui fui vent. Gregorio Lety, dans fon c.ompendio delle virtu Eroiche. 'Jart. 11. page 113. Franfisco Xnier d'Olivera, Scretaire d'Ambasfade d11 Roi de Portugal, dans fon voyage en Hollande. Lettres de que]quea Juifs Mr. de Voltaire, To111, r. pag. 20 &jtJq, Paris 1775, (7) Machados coit un des favoris du Roi Guillaume. & ca monarque rconnofsfoit qu'il avoit rendu de grande feuiea fes armes en Flandre. (8) Le Comte de Belmonte fut employe par la Cour do Madrid, en qualit de fon Agent eo Hollande, & ho nor du titre de Haron 6: en fuite de celui de Cowte par rEmpereur. C gl

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,ixx INTRODUCTION. Jes Texeiras (9); les Soasfos ( 1 o); les Mo los ( 11) ; les Mesquitas (1~); & encore dans notre ficle, le ]3aron d'AquiJar (13); les Gradis (14), furtout les Mozes Mendels-zoon (s) ne font pas indignes d y avoir (9) Les Texeiras furent Agen du Roi de Suede en BolJande, & i Hambourg; (10) Soasfo fut cre Baron d'Avercas par le Roi J'Es pagne. (1 t) Franfisco Molo fut employ par le Roi de Polo gne en Hollande. (u.) Dard. Bo. de Mesquita fut rfident du Prince Ch; ltrost Marquis de Brandenbourg, Duc de Prusfe, & Agent Gqral en Hollande du Duc de Drunswic &: Lunebourg, il eut un gendre Francisco Fernando Mora, qui eut de charges minentes au Hrefil & en Etrurie. v. Encore fur eux, l'tablisfement des JuifsenHollande par Miquel de Banios, la fin. ( 13) Le Baron d' Aquilar, fut cre Baron par l'Empereur, & rut employ en qualit de fon treforier par ~a Reine o'Hongrie; il a'toit retir Londres avec la permisfion de l'lmperatdce Reine, ou il eff mort dans l'An 1764. ou 176~. Lettre d'un Miiord page 56. (14) Gradis efl trop Connu en Frane pour avoir befoi11 de le nommer, & nous citerons feulement fon gard cc que Mr. d'Arnaud rapporte de lui dans le Tom. II. des delasement de l'homme fenfible page 49. La Comme qu'il f ut facrifier en faveur de fes dbiteurs monte beaucoup a\l d,el de 200. mille Livrer. (1s) Quelle n'eft point la clbrit de Mr. MendeJs~ zoon Go gle A

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INTRODUCTION} xxxu avoir t nomms. Les Titres de Barons, de Com tes, de Treforiers, d'Agens &c. dont ces hommes furent decors pendant leurs vies par les premieres Puisfances de l'Europe, mriteroient d'tre confer vs, ne fut ce que par la fingularit de ces titres, combins avec le malheureux nom de Juifs qui fuppofent pourtant de plus grands mrites, & de vertus perfonnelles plus minentes que s'ils eusfent t donns des Chrtiens. En oppofition de tout c;ela, nous n'avons pas be foin de faire l'biftoire des calamits qu'a esfuy la Nation Tuive, tant ancienne que moderne, ni rapporter les horreurs des perfcutions, qu'elle a en dure dont le clbre Mr. Dohm fait l'effrayante Hiftoire: d'ailleurs il n'eft pas tonnant que dans les Siecles de barbarie, d'ignorance, & de grosfie ret, lorsque les Juifs toient presque les feuls fa. vants de l'Europe (16), la haine, l'envie, & fur tout zoon? Ses ouvrages traduits dans presque toutes les langues de l'Europe, font jufte titre regards comme des Chefs d'uvres de pn~tracion en mtaphifique & en bon ne morale. Nous pourrio11s fana beaucoup de peine grosfir cetta liste de ptufieurs autres perfoones de la Nation qui furent fe diflinguer d:ms le ficle pa s f principalement de ceux qui produifirent de grands ouvrag~s comJDe Don Antho nio Henriques Gomes, Irabel de Corrca, Silveira, & plll fieur1 autres. (16) ., Dana le XII. Siec!c les Ju ifs ~cablircnt des Uni ,, ve,-gl

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INTRODUCTION. tout l'avarice; les ayent fait perfecuter avec la cru aut, qu9on ne trouverait guere chez les tigres, com ,, verfits ou Academfe dans !es cnvfrons de Niwes; cett-e ,, Nation produifit alors des Hommes rcommandables ,, par leur favoir. Le Rabin Abraham profesfeur Vau ,, vert, fe voyoit des disciples des pays Jes plus loigns; ,, il ajoutait fou\'ent au don de fei; connoisfances celui ,, d'une partie de fes biens pour fubvenir aux befoins de ,, fes lves indigcns". Voyez abrg de l'HHloire de Ja Ville de Nimes Amftetdam 176;7. ptJg1 24 & 2s, & ce 4ui eft encore plus roiarquabfe, cemme pourfuit l'Au teur. ,, Si nor11 n' ,oions des monumew certai,rr fur : me pat ,, tie tle l'Hifloire de l'Esprie humain;: (lu lettrer) onauroit 1 aujourtl'iui bien de la peine Je p~r/uader 1u'un .1uif ait ,, eu cette gnrofit; f f"' c'eft cme Nation fUe f on doit ,, dans l'Europe, la rnaisfan1e der lettres & des beaux .rt,". ibid. V. lettres fur les Juifs du Baron de Cloots du Val da Grace, page 09.jusqu' 73. Berlin 1783. ibid. pour lapartie des fiences; de Colmenar annales d'Espagne & du Por tugal 4-pariie, pag. 8. Amflerdam in 4 Jofephus Scaligerus, Auteur du XVI. Siccle, fur le1 s ann~es judaques u .. vre s. Peut tre que le premier Pome Epique qui parut fur l'atlronomie, fut celui du Rabin Guebirol, auteur du XU. ficle, quoique fon fifime n'efl: fond que fur celui de Ptolom'e qui alors toit en vogue .. Nous mettrons encore fous les yeux: de nos Ieaeurs, Je paralelle de quelques morceaux de Pofie de nos Rabins, avec ceu1 des deux plus grands Potes de la .P'rane, J. o. Jlousfeau & Vultairo, lui mme qui a fuppof aux Juifs Ja G gle

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INTRODUCTION. nxm comme le .r~marque Je reverend Pere Simon dans fa Bibliothque critique Tom. I. page u5, II
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XXXJY INTRODUCTION. & 118. Tom. IIJ. pag. 12 & 13. & plufieurs autres. Le Pape Paul IV. fur une a-icufation contre les Juifs a J. B. tou1feau. Stances. Que l'homme eO: durant la vie Un parfait miroir de douleurs, Des qu'il respire, il pleure, il crie Et femble prevoir fe, mal heara. Dans l'enfnce toujours des pl1ur1 tJn Pdant porteur do tris tesfe Des Unes do toutes couleurs Le Rabin Guebirol. L'homme depuis fon e1is tene eO: opprim, abhattu, mortifi & afflig: des fon commence11ent il eft un ftu que le vent emporte det qu'il fort du ventre de fa mere, il pasfe la nuit dans le_gemisfcmens, & le jour dans la triflesfe. Aujourd'hui il eO: lev demain li 1ft ron g par les vers : un f cu le fait rcoler une pine 11 blesfe: S'il eft dans l'abon Des chadmena de toute es dance, il devient, mecb1nt, pece. fi le pain lui manque, il r, L'ardente & fougaeufe jeurend criminel. Il vient au ncafo monde & il ne fait pas pour -Le met encore en pire tat. quoi; il fe ,,Jouit, & il n Dos crancler1 une mai fait pas de quoi; il Yit, d uesfe, ne fait pas combien. Pen Le tourmentent comme un dan& fon enfane Il fuit fa forat. dpravation : quand la rai Dans l'aga mur, autre com-fon commene donner de bat. la force fon ef priL il L'ambition le follldte, cherche avec vigilance ac. Riche1fe1 dignits klat cumuler des biens. De tout Soinl de famille, toutl"agitc. t'elus il cft fuJet aux inquiet Vieu ua G gl

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INTRODUCTION. xxxv 1 dit fans mon bon Jefuite j'tois damn, car ,, j'eusfe fait mourir tort les Juifs! je prie De0: qu'il Vieux, on le mpri!'e ~n tudes, & aux accidens qui l'vite furviennent dans la vie, jus-Mauvaife humeur,. infirmit qu ce q!l'il devient char~ Toux, gravelle, goOte, pl ge lui mme, & que fon tuite miel fe convertit en fiel de Asfigent fa caducit. viperes ; quand les incomo-Pour comble de calamit dits de fa vieillesfe au~ Un Dire'teur s'en rend lo maitre Il meurt enfin, peu regrett C'toit bien la peine de naitre. Otu'Urts de :J. B. Rorufeau Tom. u. p,g. 33S gmentenr, fon esprit s'afFof. blit, les enfaos fe jouent do lui ils deviennent fon mal tre, il eft charge aux gens de fa fa mille & il en m6-connu de fes propres pa~ rens. Page -443 & 444-Qu'on confulte pour la t,artie mtaphifi-rue les icrit des Rabins Jeuda Levy & Bahie ~u Xij. Siecle, fur toue leurs traits fur l'xiilene & l'unit de Dieu, & fur l'im mortalit de Pame; qu'ou -les compare fans prvention avec ceux des mtaphyficiens modernes, & qu'on pronon ce. Mals malheureufctmenc, ce ne font pas ces crits la qu'on lie &: qu'on examine pour tn juger. Le Tol,nud, fea rveriea, fes apologues orientaux, ( fuivaat la dfini tion qu'en donnent nos antagonistes,) eft ce qi occupo lr1 critiques; le Marquis d'Argens dans fe1 favaos memoi rea fur l'esprit humain, a t'il fait tant de rc:herches. fus loa premiers comme il a fait fur le dernier 1 Si lo Tatmud a cil,~ C) gl

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~xxvr INTRODUCTION. ,, qun les convertisfe, mais tant que je vivrai, (il mourut en J 559.) je ne les harai point, ni ne ,, les molefierai" (*). l\1ais que dans le ficle pasf ficle des beaux arts ficle hrillant de la Frane, qui vu nitre Descartes, Corneille, Boi leau, Racine, on aye fait un procs horrible aux Juifs de Metz, & brul vif Raphael Levy le 17 Janvier 1670. ( 17) que Louis XIV. qui cenfirma les lettres Patentes de Henri II. celles d7Henri Ill, & en tendit mme les dispofitions en faveur des Juifs en date de 1656. aye enfant fon code Noir (18) que les Marchands de Paris ayent forg~ dea ca-alfte, & G le fameu-s Maimonides eut la force de le com menter; n'en e1ifl t'il pas ph1fieur1 autres? Neuton, le grand Neuton no l'a t'il pas comment tout de m!me, Quel Jea que puisfer.t ftre fes rveric:s de tous tes llablns t:nfcm ble, remferment elles plus de !>!tifes que les fermons
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INTRODUCTION. XXXVII calomnies atroces contre les 'Juifs dans leur R qute de 1765 ou 17ti6. ll9) qu'on ayc imprim le libe11c connu fous le nom des obfervations d'un Alfacien. Sur les affaires des Juifs en Alface, dont l'Auteur pasfe pour un
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-,txXVltl INTRODUCTION. Ier des larmes cette malheureufe Nation. A Ja vue de tant d'ignominies qui bannisfent l'espoir de Jeurs curs navrs de peines & de foucis, ce n'e(l que de la rpublrque d'Hollande, de l'Au. gu!le Jnfeph II. du Bienfaifant Louis XVI. de Fre deric Guillaume le bien aim, de Leopold de Tos cane &c. &c. qu'ils attendent leur falut. Que les ouvrages du clbre 1\11. Dohm, qne fon i:npartia lit pentre jusqu'au pieds des thrones, & qu'a fon imitation les philofophes daignent reunir leurs voix la fienne pour operer l'heureufe rvolution dt: banuir toute difli lion envers une Nation hae & perf ecute depuis 18 fiecles Et pour co perer amant qu'il eft en nous, malgr nos peu de connoisfances, cette heureufe rvolution ; nous mettrons fous les yeux du public & particulire ment fous ceux de notre bienfaiteur Je clbre M. Dohm, l'Hiftoire des Juifs tablis Surinam, 1,our confirmer autant qu'il nous fera posfihle, ce qu'il foutenu dans fon ouvrage fur la rforme politique ,, de ce que les Juifs peuvent devenir ,, gnralement ausfi bons concitoyens que les ,, Chrtiens, des qu'on le leur permet". Cette th fe confirme par les faits que nous avons rappor t, & que nous rapporterons encore dns la fuite de cet ouvrage, prouvera incontestablement,, que la rpublique d'Ho1lande, en augmentant fon credit & fon commerce; fut faire de fes provinces & de fes tablisfemens en Amrique; le fjour de la libert, & Je rfuge des m:ilheureux, dveuus force de fes bienfaits des citoyen, utiles & de fidlcs fujets de la rpublique. ES. Go ge

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ESSAI HISTORIQUE SUR LA C 0 N I E D E S U R I N A M. A prs Je bannisfement des Juifs de l'Espagne, en 149~. au nombre de 800 mille perfonnes, fuivant le Pere Mariana ( ) & en fuite du Portu gal en 1497. aprs y avoir esfuy de grands malbeurs comme on peut Je voir dans Hitl:oria ge neral d'Espagna (t) les Juifs fe rpandirent dans les quatres parties de l'univers; la plupart fe rendirent ~n Italie ou ils furent reus & protegs par les Papes Alexandre VI. Paul IV. () Sixte V & d'autres; aux tats du grand Seigneur &c. Ils a p porterent avec eux des richesfes immenfes en or~ en pierreries & autres effets, outre l'argent monoy qu'on fait monter au de la de 30 Millions de Du-(~ Tom. 9-pog. 189 & rs,o. ( t) Hiftori, der Jootlm of fJeroolg fJan Flavius jofepbru Cbp. 6. 7 & 8, pag. 516. & fuiTJaru,Amjlerdam cbe~ tr4PI Gulilt 17g4, (J) V. Ibidem P"I' S5>~ju$frlA,CSol\ t\ Co gle

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:a ESSAI HISTORIQUE SUR LA Ducats ( ). La rfolution du bannisfement des Juifs de l'Espagne, dit le Pere Mariana ibidem pa ge 193. fut toujours rgard~e comme une atl:ion en tout rprhenfible; car des gens ausfi riches qu'u tiles, ne fauroient, point tre obligs quitter leur patrie fans caufer des dommages les plus fenfi bfos toutes les provinces d'un Royaume. Ceux qui avoient Jeurs rkhesfes places affetes credit ou en biensfonds, conferverent le nom de nouveau Chrtiens ( Mriana, ibidem,) & lorsqu'on commena les fouponner d'tre infi~lles la r ligion qu'ils feignoit:nt de croire, & que leurs ri chesfes rveillerent l'avidit de leurs perfecuteurs, pour esquiver le coup fatal qui les attendoit ,& pour mettre leurs biens l'abri des pourfuites du dtes table tribunal de rinquifition ils envoyerent la plus grande partie de leurs rkhesfes L,ondres & en Hollande ; ils fe fervirent de lettres de change qu'ils a voient invente quelque, tiecles avant. Admi fes enfui te par toutes les puisfances de l'Europe, comme le dit Montesquieu (t) ,, Philippe Il. qui ,, tendit peu aprs !es loix fur le Portugal, r gla que ceux de fes fujets ,qui descendaient .d'un ,. Juif ou d'un Maure ne pourroient tre admis ,, ni dans l'tat Eclefiastique, ni dans les charges civiles : ce fceau Je rprobation qu'on impri ,, moit pour ainfi dire fur le front des nouveaux ,, Chr (-, Rljlo,ie tle, jooden, pag. so9. Ct) D11n1 fora Espril tl,s Loi:&. LiTJrl XXI. page 310. Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 3 ,, Chrtiens dgouta les plus riches d"uo fcjour ,, ou leur fortune ne les prfervoit paii de rhu ,, miliation, & ils apporterent Jeurs capitaux Bor. ,, deaux, Anvers, Hambourg, & dans d'aurres ,, villes avec lesquelles ils avoient des Jiaifo~ ,, fui vies(~ & malgr ce dcret de Philippe II. Les ,, grands d'Espagne ont beau prendre des prcau,, tions, changer de nom & d'armes ; il eft ce,, pendant connu qu"ils fartent de peres Juifs. Les ,, Monasteres en font remplis ; la plupart des ,. l\1oines, des Inquifiteurs, & des Evques for" tent de cette Nation. Cette migration <.:ornme le ,, rmarque encore l'Abb Raynal page 9, devint ,, l'origine d'une grande rvolution: cendit plu fieurs contres l'induftrie jusqu'alors concentr~e ,, en Espagne & en Portugal, & priva les deux ,, tats des avantages que run tiroit des Indes Orien" tales, & l'autre des Indes Occidentales"'. Anterieurement, ces dernieres poques les Juifs que l'lnquifition pourfuivoit fans rlache taient exils en grand nombre au Brefil ,, quoique de ,, pouills de leur fortune par ces fangfues infatia bles, ils rusfirent tablir quelque cultures, ce ,, commencement de bien, fit fentir la Cour de ,, Lis-() Ra,n11l tom. 5. pag. a. Edition de Cenn:~ 178 !. Yid. m outr, Bielfeld ln/li&wio,, Politiquer. to11& 3, 13. Jog, 17. Jtlirion de Ley
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4 ESSAI HISTORIQUE SUR LA ,, Lisbonne quune Colonie pourroit devenir utile ,, fa mtropole autrement que par des metaux''. (*) Cependant quoique bien tablis au Brefil & leur aife, le mpris attach en Espagne & en Por tugal au nom de nouveauxChrtiens les rendoient plus opiniatrcment attachs au Judasme, ila ne cher choient donc en con fequence, que des occafions fa vorables pour s'approcher de leurs frres & ils ffoient en attendant des rmifes en barres d'Or &. d'Argent leurs correspondans & frres tablis dj en Hollande & en Angleterre. La prife du Brefil par les Hollandais fous le commandement dl~ Prince Maurice Ju Nasfau leur ouvrit les moyens de remplir leurs vues ( t ). Pour donner une marche plus reguliere cet ouvra ge nous dvons; avant aentrerdans ce qui concerne la Colonie de Surinam par rapport aux Juifs qui s'y font tablis envifager t~tat pi;-mitif de ceux qui s'tablirent en Hollande. Suivant Basnage () les Juifs Portugals Espa g_nol$ M lbldem m~me page. (t) Voyei en outre chez Cardoro c-, l'Hioire des Juifs tablis Paraiba au Brefil; en enfuire rerfrc!s en Hol. Jan de, & ce qui efl arriv au Juif dei Ca(bo Tartl, fortl de l'Amrique & brul par l'lnquUition en Portugal, eo 1650. (*) Calomnies d,s llebreux Amjlerdo111 1679. ftlge 82 ... () Hifloire tles :,Ui/1, tom. 9, page 292. Don Miguel de Barrios, rui{on tl, 1ob. ,.,, ii fi 13. Du Lignon Bi~ tli~ Go ge

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COLONIE DE SURINAM. J gnols s'y fonts fixs depuis 1588. ou 1589, au nombre de 648. tous circonis, depuis 1554. par Uri 11 Levy Embden, & dans la fuite par fon fils lillrOII Lruy, 931. perfonnes fuivant Je rapport ,, Lirur11 c.!t tl Abo~b rapports par Barrios page 2 & !3 de forte quon peut calculer que le nombre des Juifs Portugais & Espagnols, ta.-. blis conft!CUtivement en Hollande depuis 1554,. 1usqu11 1588, montoit 1579. l'exception dei femmes & des fi lies. Depuis ce tems jusqu' ranne 1595. les Juifs y cachaient leur Judasme. Les protefians avec les rigoureufes recherches du Calvinisme contre les Images Papifies, fouponnerent les Juifs d'tre atteints du Catholicisme, & ils attaquerent en confequence une maifon ou ils s'toient rtirs, le jour de leur Kipur de l'an 1595. pour y faire Jeurs pri res ; une foule de gens arms tomberent fur eux, & avec la mna~e de les tuer, il, leur demanderent leurs reliques, hofties, crucifixs &c. cette de. mande les tonna, & ils dclarerent qu'ils n'taient que des Juifs rfugis, caufe de l'Inquifition de r&pagne & du Portugal; les Hollandois peu fa. tisfaits de cette reponfe, vont 'dans leurs demeures & n'y ayant trouvs que des livres en hebrcux, lt's lacherent fous condition neanmoins de prier Dieu t0us llllo1b1qut juilatfut, pogt 38. L,ytlt 1769. Wa~enaar, .A,a flwda,,. in z,n ,phmsi fi, .Jmflerd~m dea Tiri,n 1765. ,,,, 21g p,ii, s, & plufieurs autre,. gl

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6 'ESSAI HISTORIQUE suR. LA tous les Samedi pour la prosperit~ du Gouvernement dAmfterdam. Aprs cette poque, eu gard aux changemens arrivs au Gouvernement Hlllandois en 1578. Sui vant le fentiment de M. Wagenaar, les Juifs y eurent la libert de btir leur Synagogue & de pr& fesfer leur religion ouvertement. M. Wagenaar ne parle point de l'attaque imprevue que les Calvinis tes firent fur les Juifs, & que nous venons rle rap porter, mais Don Miguel de Barrios auteur qui crivit dans le fiecte dernier, rapporte le fait dans toutes fes circonftances t*). Malgr cette admisfion des Juifs en H o llande, & la tolerance qui caral:rife la rpublique, & malgr tout ce que dit Sav:iry dans fon ditl:ionnaire fur le mot Juif (t) & ph,1fieurs autres crivains politiques, concernant le profit que Je commerce d'HoUande a tir de tout tems de l'indufirie & de ralivit des Juifs Portugais & Espagnols, leurs privilges comme citoyens y font bieD borns ; M. Wagenaar dans fon ouvrage (S) rapporte tout ce qu'ils ont & peuvent encore avoir de bnefice dans tout ce qui fe rapporte au commerce fimplement; tous les me tiers, l'exception de ceux qui ont du rap-<-) Ope,e Jupra cllato. pog. 67. (t) Kueman R.echt~geleerd Woordenboek t ardd, ,oaden. Ricbtsjis d, la Hollande, ,..,. 1. page 501. () per, Jupr1, tilMo, 3. parti, page 324-Go gl

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COLONIE DB SURINAM. 7 rappot:t a Ja medeine, leurs tant interdits, & ils ne peuvent entrer aux maitrifes. Nous ignorons, fi ces obtlacles n'o~t pas beau oup contribu la dcadence des Juifs en Bol lande, & au peu de lumieres que la Nation y fut acquerir dans la fuite, au milieu de tant de libert religieufe; ignorance, dont on l'accufe encore fans avoir pentr le peu de profit qu'elle auroit pu tfrer de fes peines-, en s'appliquant aux arts & fciences avec asfiduit : fi dans le corn mencement au lieu du courtage, & du commerce de5 ations, les Juifs y aur01ent pu avoir des atte. liers & des manufal:ures en propre; s'jls avoient ptl entrer aux maitrifes inditlinl:ement, & pro fiter ainfi de Ja richesfe & du luxe de fes frere,, la Nation ne feroit point tombe en Hollande -comme elle l'eft aprefent; fon bonheur contribueroit ausfi l'avantage mme de la rpublique, & les Juifs Hollandois qui pasfe~ent en Amcrique, auroient fourni aux Colonies beaucoup plus d'artifans & de gens de metier qui s'y fixeroient per petueltcment. Le premier feu de la Religion ; cet attachement beaucoup de prejugs & d' habitu des que le desuvrement & le mpris teroi fent malheureufement, saffoibliroit, fe disfiperoit mme infenfiblemnt l'avantage des Coloaies ou ils fe f eroient placs ; & combien de bras vigc,ureux ne pourraient tre employ~s encore en Hollande mme pour rlever l'tat dplorable ou fe trouvent reduites les fabriques nationales. Soi xaute mille Juifs qu'on compte dans la feule Ville d'Am-: gle

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8 ESSAI HISTORIQUE sua LA d'Amfl:erdam, font un objet digne de rtf/txion. L. II. P. lei tati gnraux ont bien fenti la nces. fif Je rformer cette branche de richesfe, lors qu'ils ont pris leur rfolution du 6 Juillet I7i3 manes fur la rprfentation de Madame la Prin cesfe d'Orange & de Nasfau, Gouvernante de la Hollande (). Monfieur van den Heuvel dans fon memoire qui a remport le prix fur la queftion propofe par la fociet des fciences de Harlem, faifit galement avec un zlt! vraiment Patriotique, cette rforme ausfi utile que ncesfaire, il pretend dans cet ~crit ,, de diminuer le nombre des Pe ,, ruquiers de marchands de Modes, de Parfu meurs &c. & d'obliger en particulier les Juif.~, ,, lver de fa. hriques de tapisferies, de porcelaine, ,, de miroirs & autres manufatures qui jusqu' ,, prfent n'ont pas t entreprifes en Hollande ,, & auxquelles ils devraient employer ceux de ,, leur Religion qui aujourd'hui ( faute d .. au,, tres resfources) courent les rues & font un ,, trafic plus nuible que ncesfaire des diffe ,, rente marchandifes, & paniculierement de bil 1 lets de loterie &c."' (t) Nous attendons cependant de la ,fagesfe du Gouvernement de la Rpublique, des dispofitions, qui peuvent embrasfer a la fois & le bonheur de 1'11 HoJ. (j V. Riclmft d1 la Hollarule, to,n. 11. p1111 42S f Jui'uantes. ~t) Ibidem, .p1111 483. Go ge

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COLONIE l>E SURINAM. 9 Hollande, & celui d'une grande partie de fes fideles fujets ; c'efi: elle encore, c'efi: cette rpubli que ., qui ouvrira la premiere aux Juifs les moyens rle leur fubfifi:ance, de mtme qu'elle fut la premiere qui les reut dans fon fein avec tant d'amour & de bienveillance. Que les puisfances Europennes fe resfouviennent ,, que cette mme libert (ausfi ,, borne qu'elle l'efi:) fait venir en Hollan ,, de nombre de Juifs Espagnols & Portugais ,, qt,1i fe font anterieurement tablis Amfi:er ,, dam ou ils occupent une grande partie de ,, la Ville, que ces Juifs y ont apports non feu .. ,, liment leur fortune, & leurs richesfes, mais en ,, outre une correspondane avec les Juifs tran-" gcrs fur tot avec ceux du Lev:mt dont ,, les effets durent ncesfairement 2ugmenter le ,, commerce & la navig:ition" (* ) Puisfent donc les Juifs repandus dans les quatre partiei de mon de implorer le Dieu d'Isral pour le falut d'une rpublique ausfi bien fai fan te qu'claire Aprs que ces Juifs fe font tablis en Hollande que par la richesfe qu"ils y ont apports, ils talc!rent un luxe l'gal des chrtiens, & fu rent fe concilier refme gnrale;, jusques mme avoir dans la fuite des emplois diflingus au fervice de plufieurs ttes couronnes, comme nous avons dj rapport dans l'introdution de cet ouvnge: plufieurs autres Juifs s'y rendoient de tou-te (~ R.ichesrc Je la HoUando, to111. 11 l"E 501, gle

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JO ESSAI HISTORIQUE SUR LA te part, & ceux qui vivoient au Brfil ne cherche rem que des occafions favorables pour s'y rendre, comme nou~ l'av~>ns dit plus haut. Il y avoit alors au Brfil une quantit de ceux i dont les familtes fe trouvoient dj tablies en Hollande, &. qui foupiroient pour leurs freres abfe'ns, cxpof~s 2ux terreurs qu'infpire l'Inquifition. Les plus bra ves de ceux de la Hollande prirent la rlolution de fe rendre au Brfil avec Ja flotte Hollandt1ife deftine pour en faire Ja conqute, & ils fervirent dans l'anne comme volontaires. Ce fait efi: con fiat par des morceaux de Pofie en Espagnol fait dans le temps meme dont on trouve des fragmens la fin de l'ouvrage de D. Miguel du Ilarrios que nous avons cit, & dont nous rap porterons quatre vers pour donner plus de jour ac~ que nous avons avancs. ,, Con el HoJlandlo en el Rrafil ardi ente ,. Se opone al Portugues la Nation fantL ,, Y etle ane cm buda al f mperid quebrante .. Que la amenaa con furor ambiente." ce qui veut dire. 'IJt& lu Holl11doi1 dans /1 Br,. fil brulant l11 faint1 N11tion soppofo aux Portugais, 8 Jrout11 dans &tltt 11nnt /11 f or&e i,nptrialt, IJII wu/oit /ubjug11tr 111 RpablilJ"' Ces Juifs donc, rencontrant an Brfil leurs fr~ ies ils leurs perfuaderent de lever le voile qui cachoit leur Juda~sme: .ceux du Brfil taient Ja plupart des gens de condition, & trs verfs dans le Go gle

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COLONIE DE SURINAM, tr l cotnmere & l'agriculture & pendnt les huit :innes; qu'pres la conqute du Brfil le Prince Maurice du Nasfa u y rella comme Gouverneur; les Juifs ramasferent leurs richesfes pour attendre l'is fue qu'auroit cette conqute malheureufement le rappel que les Provinces Unies firent du Prin ce en 1644. diminuerent au pojnt les forces Hollan doifes au Brfil, que la Rpublique perdit tout ce qu'elJe avoit conquis fur les Portuguais (*), & les Juifs du Brfi1 prirent alors le parti de fe retirer avec leurs richesfes dans les vaisfeaux qui portoient les 2000 hommes de troupes qui toient fous le commandement du Prince, les plus difiingus de ceux qui pasferent en Hollande avec leurs familles, furent le clbre Rabin Ifak Aboab, les N11sfys, les Mezas, les Pereiras, & quelques autres(t). Ce fut dans ce tems que David Nasf y, fa fatnil le, & fes compagnons, accoutums dj au clitnat du Brfil, & aux trava\lic de l'agriculture prirent la rfolution de s'tablir rechef en Amerique. La ma (*) Yo-,ez Martiniere rlil. Geograpbi9ue in fo. artide Br/ .. fil page 4S8. col. ij. fs tegmwoordige flaat vo1n America~ Jmjlerdam, cbez Tition 1761. tem. 2. pag. 291. (t) Poyez Mig. de R ,1rri
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12 ESSAI HISTORIQUE sua tA manie ou la fureur de former des Colonies dans le nouveau monde, toit alors gnrale, & confervant le mme desfein, il obtient pour lui & fes asfocis de la fociet de la Compagnif des Indes occ.identales dans l'asfemble appe11e des XVII. le 12 Septembre 1659-le privilge pour former une Colonie dans l'IOe de Cayenne avec le titre de Patro" Mllitr~ voyez pice jufiificative N. 1. ou les articles 2 ~, 4, s, 6, 7 & 8, font furtout rlJlarquables fur ce qui fait le fujet de cet ouvra ge. La terre ferme de Cayenne, loigne de l'le de ce nom d'environ 4 5 Lieues, appartenoit aux. Franois depuis 1624. fous la rgie de la fociet de Rohan; quelque annes apres, une nouvelle fo. ciet fous le nom de Compagnie du Cap du Nord chasfa la premiere & s'en rendit maitresfe & malgr l'espoir que cette nouvelle Compagnie con ut de Cayenne les inimiti~s & les querelles qui s'lverent parmi les Direleurs, mirent la Colo,:iie dans une fi terrible combuftion quelle fut la fin de 1653 entierement anantie. Les Hol landais profitant de cet vnement, prirent posfesfion de cette partie de la Guyane en 1656. ou en 1657,. fous Gerrit Spranger ils s'tablirent fur la terre ferme (* ). Et c'eft en vertu de cette posfes fion, r) Voyez Sar cette Hiftoire le Voyage da Chevalier de Marchais par le Pere Labat, tom. 3. depuis Pg,? 9 fu1qu'1 8,i~ llyoal, Hift. PhiL ,ana. 1 IC lJ fui Vlllf G gle

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COLONIE DE SURINAM, 13 fion que la Compagnie des Indes Occidentales tda au nomm Nasfy la Charte du 12 Septembre 1659 &. fixa par i'article t. les limites avec rautre Colonie fonde fur la terte ferme. Les Hotlandois donc, tant Ch retiens que Juifs furent les posfesfeurs tranquiles de Cayenne, jus qu'au 15 Mai 1d6.t. c) qu'ils furent chasfs par les Franois, au nom de la Compagnie de ia Fran te Equinoxiale fous le commandement du Lieu tenant de Marine; Mr. de la Barre, qui amenoit un grand nombre de Chrtiens &: de Juifs de la Rochelle Cf). David Nasfy, en ~rtu de fa Charte s;toit gi lement fix avec ne quantit prodigieufe de Juifs dans l'Ifle qui fui appartenoit en propre depuis 1660. & repandant partotit la nouvelle de fan acquifition ies Juifs de Livourne au nombre de Jj'2 prfonnes partirent en Juillet 1660. pourfe rendre Caycn ne. Voyet les ations de grae qu' its rendirent Dieu de leur heureufe arrive en vers Espagnol, imprims la fin de J'ouvrage de D. Miguel de Bartios, & lorsque les Franois fe rendirent galement lea maitres de leur Ifle, ils fe retiterent tous avec ce 'tant at que rapporte : Berchryving van Guyane par Hartfibk I Amfterdam 1770, tom. 1. pagi 1 6 i. & fuiv. ira 4to. () Yitl. Suiler, gijcbittlmisfa, tom. 2. ebap. 35. art. 12. (f) YO'jog, du CIINJolier du Marchais, tom. 3. pag. fl B.n/iM o,,,, /pr dtou, '"' 1. pa,1 63. 1~ .J gl

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If .ESSAI HISTORIQUE sua LA ce qu'ils a voient encore Surinam, qui appartenoit alors aux anglois (). Si la Rpublique n'eut point esfuy ce malheur. & que les Juifs comme fjets de la Hollande, n'eusfent point fubi ce fort; peut-tre qu'en pos fedant Cayenne en propriet lgitime, le prjug qui les confidre comme ne faifant point un corps de Nation quelconque, feroit banni & produiroit des exemples qui feroient imits par les plus ri ches de la Nation. Des caufes encore plus petites, ont produit de grands vnements l'avantage du genre humain & M. l'Abbe Raynal qui a fenti cette vrit avec la force qu'on lui connoit, ver roit foo delir accompli depuis plus d'un fiecle; voyons ce qu'il dit dans fon Hiftoire Philofophl que tom. VIL page ~75. ,, Puisfe le peuple Juif, ,, d'abord esatave, puis conquerant, & enfuite avili pendant vingt fiedes, ~,afeder un jour Je,, gitimement, la Jamaque ou quelqu'autre le riche ,, du nouveau monde, puisfe t'il y rasfembt~r tous ., fes enfans & les lever en paix dans la cultu,1 re & le counnerce, rabri du fanatisme qui ,, le rendit odieux la terre, & de la perfecution ., qui l'a trop rigou,euf ements puni de fes erreurs ,, Que les Juifs vivent enfin libres, tranquilles & ,. heureux dans u.n coin de 1univers; puisqu'ils ,, font noa-freres pas les fiens de l'humanit & ,, nos prcs pas les dogmes de la rligion. De t-} ru1. Tc,pnwoorcllge R11t Y&DAIDtda a, p. s~ Go ge

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COLONIE I>E SURINAM. 5 De ce que nous venons de dire, il eft incontefia hie que )es Juifs qui f:.irent rendre fertile le Brfil comme le dit l'Abbe Raynal ,tom. 5. pag. 9. toient alors, tant par Jeurs connoisfances dans l'agriculture, que par les r1chesfes qu'ils apporterent ctu Por tugal en tat de rendre Cayenne plus importante qu'elle ne le ft1t jamais; & fi la France au lieu de les avoir chasf de leurs foyers, caufe de leur r ligion, les avoient admis comme fujets de la Frane, elle auroit tir beaucoup plus d'avantage de .la Colonie, qui coute tant d'argent la Couronne. fans quelle puisfe tre compare mme allx plus pe tites que la Hollande a dans Ja Guyane, & pour juger de l'tat de cette Colonie on na qu' lire le proes verbal de Monfieur Malouet Ordonnateur & Commisfaire Gnral de Cayenne, du 7 Janvier 1777. imprim Surinam, chez N. Vlier (). Cette Hi1loire que nous fume~ fores de rappor ter en abreg pour venir notre fuj~t, efi une preu ve convaincante que les Juifs qui s"tahlirent les premiers Surinam, furent presque tous des gens de merite, trs CQpables & trs riches, & quen confequence, il n'eft pas tonnant, qu'ils ayem eu la plus grande panla fondation, & l'accroisfe 111ent de la Colonie, malgr la disfimulation cet gard, () Voyez en outre Hiftoire Phlof. & Polit. des 11le1 Franoire, 4301 les lndea Ocddentale,. J..aufanne 1784' ""' oi. & ru1v. C gle

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1~ ESSAI HISTORIQUE sua tA gard, de ceux qui ont tach d'crire fon Hiftoir~ Nos nous flattons que perfonQe ne rvoquera en oute ce que nous avons avanc, en par~icutier des Juifs, d'autant plus qu'il fe trouve dans les archives de la Nation des rfolutions, par lesquelles il fut ctabli ,, que les Inftitutions Eclefiafiiques Suri nam, feront d~ mme contenu que celles qu',jl$ ,, ont eu dans leur O o lonie de Cayenne" & dans une autre d'Avril 1674-Il y eft ced aux Filles du Sr. J. ~randon Amfterdam 8ooo fJ de Sucre pour chacuns de fes Filles qui viendroient fe marier, & cela ajoute cette Rfolution ,, parce ,, qu'il fut un des lhdividus de notre congrgatio~ ,, de Cayenne". De forte qu'il eft clair comme le jour, que les Juifs 1.,. ont merit d'avoir obt~ nu galement avec les autres fidets de la Rpubli que des oarois pour fonder une Colonie, & pour la posfeder en propriet lgitime. ~0 Que cette charte ou privil ge, C\lt iout fon effet, ce qui fup.pofe du talent & du mcrlte dans ceux qui fe font transports Surinam. Avant d'entrer dans ce qui concerne leur tabli~ rement Surinam, il nous paroit convenable (pouf remplir une des demandes de Monfieur Dohm) de donner ausfi brivement q'il etl: posfible une der cription du premier age de la Colonie pour etre plus en tat de parler dans la fuite de cet ouvrage de fes v~nemena tant an~iens q\le mo &rnes. De tous les Auteurs qui ont crit rHloire de Sil Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 17 Surinam, aucun ce qui nous femble, n'a tent~ de faire des rcherches fur l'tymologie de ce mot; au contraire, il y en a plufieurs qui ont de clard n'en pouvoir rien conjelurer~ Nous hafar derons cependant notre fentiment. Parmi les dif ferentes Nations qui occupoiont la partie de l'Amerique meridionale il y en avait une qui de meuroit dans une des contres du pays des Amazo nes, qui fui va nt l'ltlas de f Abbe R aynal, (carte N. ~9-) n'efl: efoign de! Surinam que d'environ 9 degr~s de latitude feptentrionale. Cette province s'appelloit Surina, & les peuples qi l'habitaient taient les $11rint,r, & les Cor,iplnts, Nations, fui vant M~ de la Martiniere ,, dans fan ditionnaire ,, geogr. en folio, les plus adroit, de toute l'A 1 merique, furtout en ouvrages de bois, ils ,, font ( d 'it-il) des Bancs, & des Sieges en fi ,, gures d'animaux &et Ces fignes caratrifti ques fe trouvent encore ici dans des morceaux de bois, & notamment fur les masfues ou Casfettes des lndiens que nos ancetres ont pris d"eux, & que quelques uns eurent la curiofit de conferver, ou fe trovent des figures d'animaux &c,, mieux fculpts qu'auune figure! indienne, ce qui donne lieu de croire que Jes premiers habitants de la Co lonie furent les m.!mes, ou appartenoient au moins la provine de S.14ritlf!, fitue au Pays des Amazones. De forte quil efl: tres apparent que la pre miere Nation Europenne qui vint dans es paraaes I ou.t appell la riviere du DODJ de la nation B 4 ln C) gl

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18 ESSAI "HISTORIQUE sua u Indienne qui l'habitoit d'autant plus que le mot GuJ""' employ dcja par les Franois pour la C.yenne. comme le remarque encore Martiniere. ne pouvant fervir galement pour toutes les par ties de la Guyane, lis appellerent la riviere Sul ou Surinam. Quelque foit donc l'origine de ce mot Surinam dans la Guyane, fur les ctes de l'Amerique m6-rldionale, elle eft fitu fuivant roblrvation du M. de la Condamine, faite fur les lieux mmes, le 28 Aollt 1744 au s degr 49 minutes de latitude feptentrionale (*J La riviere qui donne fon nom toute l'tendue du pas c-0ule presque du midi au nord, & a fon embouchure entre les Rivicres Marony & Sara.maca. Avant d'y entrer, on rencomre gauc un grand banc de fable mel de vafe, connu tou jours fous le nom de P11,b111111-P1a1, ou Cap dl Wil-. /Qrlgbby of Parhlllll, appell aprs par corruption_ S,11,,,,spun1, nom quil conferve encore aujourd'hui Elle conferve depuis fon embouchure jusqu'au confluent de l;a Riviere de Co.mmewine, (qui fait ac .. tueJlement la ricbesfe de la Colonie) environ l de lieue, de largeur, &. ces deux riviei:.es font fi pro fndes 1 principale~nt celle de Surinam qu .. elles pe~vut porter les plus gros batimens aichands jus~ qu'_ () V. Voyage la Rivlero des Amazones, Maaftriht 118, pa,e aog. Go ge

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COLONIE DE SURINAM. 19 qu' 4 ou 6 lieues en la remontant. A deux lieues & de l'embouchure de Surinam, fe trouve Ja Fortresfo appelle nouvelle Amfttrdam, & prs d'une lieue plus haut, eft plac le Fort Zlandia rhati neuf par les Zlandois en 1M7 plu~ bas de quelques centaines de pas que la Ville e Para maribo, chef lieu de toute ]a Colonie. Nous don nerons la fin de cet ouvrage une courte descrip tion de l'tat de la Colonie en gnral. Voyous fon origine. Suivant l'opinion de plufieurs crivains, la presniere Nation qui prit posfeffion de cette partie de la Guyane fut la Franoife, d'autant plus facilement qu'aucune autre ne s y etoit tablie & que depuis 1624 la Compagnie de Rohan s'toit fixe Cayenne. David Pieterfe de V ries dans fes voyages, rapporte d'y avoir trouv en 1634 plufieurs habitationa Europennes. Les malheurs arrivs la dite Com pagnie de Rohan 1 & aux autres qui la fuivirent dans fes desaftres (comme nous l'avons marqu plus haut) ne pouvoient ncesfairement oprer rien de favorable l'gard de Surinam; d'aiJleurs l'-air infetle qui s'evapnroit des marais & des eaui croupisfantes cau!e du peu de defrichement, fora les Franois rabandonner. La rvolution d'Angleterre avant, & fous le Gouvernement de Cromwel, infpira plus d'ardeur aux Anglois de former des Colonies en Amerique ; 1~ Lord WilUaqi Willoqghby paftit donc de l'Eutope Cou fuiva11t d'autres de la Barbade donc il B s toit gl

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[, 90 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA toit Gouverneur) en 1650 avec un Vaisfeau, des provifions n6cesfaires, & fe rendit -Surinam, il fut favorablement reu des natwels du Pays & aprs y avoir fcjourn quelque tl!ms, des maladies furvenues fon quipage, le i forcerent de rtourner en Europe. Deux ans aprs, il-y-renvoya 3 Vais~ fea~ avec pluf,ieurs FamilJes ta.nt angloifes, que juives, chargs de m~nitions ,_ de marchandifes & de tout ce dont ils avoient befoin pour y fixer leur demeure. La Colonie malgr l'iir infet qui caufa beaucoup de mortalit parmi les nouveaux Colons, eut au moins tant de fucces, qu'elle fixa les rg;,.rds de Willoughby~ de forte que malgr ce qu'avancent M de la Maniniere & plufieurs au tres, on peut fixer l'poque de Ja fondation de Su"! rinam en l6t;O. quoique ce ne fut qu~en 166~ que le Lord Willoughby & Laurent Hyde obtinrent de Charles li. Roi d~A1>gleterre, la concesiion de tou tes les terres fermes dans la G1,1yane depuis la Ri-viere de Copename, jusqu'au de l de celle de Ma-. 100y, en vertu de la Cbane de~ Juiq 1662. qui fe ~e hea Hartfink (t). De tous les Auteurs qui ont crits fur l'Amerque,. aucun n'c!ut de mprifes plus impardonnables que M, de la Porte,. dans fon 'l;O'Jllg1ur Frntois, pour peu qu'on compare ce qU;i y M Bellin description de la Guyane page r-4,. Tegens woordlge ftaat van Amer ica, tom. II. page su. (t) Tom. II. en Angiola & en B0Uandois,111g, su,jus-iu' '51 Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 5U y cil dit ( ) avec ce qui eft rapport~ ci des fus, & ce qu'on verra dans le cours de cet esfai ron trouvera que M. de Ja Porte s'efi donn trs pu de peine poqr rconnoitre le commencement de la Colonie, fes premiers habitans fon climat & les murs des Colons tant anciens que moder~ nes; cet ouvrage peut-tre regard comme un Roman g~nral de l' Amerique, ou la verit de l 'Hiftoire 1 les dates des v~nemens fe trouvent confondues depares par des anecdotes fingulieres, & des con :es faits plaifir. Les Anglois posfesfeurs tranquiles cle Surinam chercherent tous les moyens posfibles d'en tendre les limites fur un terrain habitable: & comme depuis l'embouchure de la Riviere jusqu' 10 & Il lieues en la rmontant 1 presque tous les ter.tains ne font que de terres basfes rengorges de marais, avec des bords remplis de mangliers ils fe fixercnt plus haut le long de la Riviere & dans celle de Para, qui fe jette dans le Surina,n, ce fut dans ces deux endroits que les premieres habitations de la Colo nie furent formes, dont Je nombre fe montoit 4" ou 50, fucre, l'exception de celles ou l'on faifoit des esfais fur la culture du tabac ( qui n'a jamais reuffi) & de celles encore, ou l'on exploitoit des bois pour les moulins qui n'taient alors que trs fimplement cootlruits, 4 ql.li fe tournoient p.ar des G gl

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li ESSAI HISTORIQUE sua I.A des chevaux ou des boeufs (*). Les briques dont i1s l\'Oient befoin pour la maonnerie des haudie res rafiner Je Sucre, toient travailles par eux mc!mes, un nombre de Colons fe rasfembloient fou vent dans un endroit defn, & ils travaillaient en commun ce dont ils avaient be foin, & c'eft caufe de cela que divers batimens anciens de la Colonie toicnt en brique entr'autres la fynagogue des Juifs la Savane (t). Les Hollandois, & les Juifs chasfs de Cayenne,() & non pas les Franois comme Je dit M. Firmin dans: fon Tableau de Surinam c) fe rendirent a Surinam en 1664, &. grosfirent le nombre de fes Habitans, jusqu' faire une population asfez confiderable principalement du ct des Juifs. Ceux ci fe rasfemblant avec ceux qui taient venus d'Angleterre avec Willoughby dont nous avons des al:ea dans nos archives dats depuis Septembre 166~ obtinrent des Anglois, de~ privilges ausfi favorahies, qu'ils furent mis fans diftintion au niveau de autres Habitans au point de pouvoir tre re-vtl.1$ (lit) Ce n'etl qu'apr~s plufieurs annes, Jorsq_u'on ~OQ1 snena defricher les terres basfea, que les moulin, Eaq furent conftruits Surloam. (t) Voyez la des fus rihes(es de Ja Hollande, Tum. 1. Jage 304-() Comme Je porto Tegenswoordige ftaat ,an Amo,. rica, To,. sa. page -1so. () fa(c l Go gle

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COLONIE DE SURINAM. ~!I v~tus d'emplois dans la Colonie. (*) En vertu de ces Privilges, 6t la concesfion de 10 acres de terre en Torrica-y mentionne, ils formerent en 1672 fur un terrain lev, fu auprs de ces 10 acres, apputenants aux Juifs D11,ofl & Salis, une petite bourgade avec une petite f ynagogue pour s'y rasfembler aux jours def&:e,qui futnan moins abandonne quelques annes aprs, par la confesfion de la Savane, faite par M. Samuel Nas fy, la Nation, en feptembre 1682 &. en aollt 1691 fuivant les rfolutions de ces dates. Dans cc premier Bourg, (e trouve encore aujaurd'hui ran cien cimtiere de la Nation pour I9enterrement d es familles anciennes qui veulent tre enterre1 auprs de leurs anctres. Cette afiluence de nou veaux Colons aids des moyens qu'ils apporterent de Cayenne mit Ja Colonie en tat de dvenir mme depuis fon commencement, une des plus opu lentes de l'Amerique; malheureufement la guerre furvenue entre la Hollande & l'Angleterre renverra toutes ces belles apparences. Les tats de Zelande, voulant attaquer lt!stablisfements qu'avoient les Anglois fur la cte de la Guyane, firent quiper s Vaisfeaux de Guerre &: quelques petits bati. ments monts de 300 foldats d'lite, & cette es cadre mit la voile au til-Ois de Decembre 1666. fous le commandement du Capitaine Abraham Cryns-() V. Piece NP. 2. date de 16 Aot 166s, Co gl

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24 ESSAI HISTOilIQUE sua L\ Crynsfcn avec les Capitaines P. J. Lichtenbetg & Maurice de Rame, & elle fe rendit Suiimmi le !26 Fevrier 1667. Le Lord Willoughby toit alors abfcnt, & le comtnandement du peu de gar nifon qu'il y -a.voit, teit entre les mains du Gouverneur Biam. La Colonie t malgr le nombre de fes habitants, n'avoit encore aucune fortification 1 dameurs l'loignement ou fe trouvoient les bourgeois & leur fparation caufe de leur habitations fitus au haut de la rivicre & trop avant dans les terres, donna la facilit l'Amiral Zelandois d~ fe ren~re maitre de la Colonie, & obligea les An glois capituler, plantant le drapeau de la Rpu_bHque fur un petit fortin qu;il y avoit; &: auquel il donna le nom de Zelandia, qu'il conferve jus qu'aujourd'hui, avec 150 hommes pour le garder. M. l'Aminl Crynsfen commit M. Josfeph Nasfy en qualit de Commandeur des rivieres E,11,alio & CnamantJ ainfi qu~on peut Je voir dans l'ale ~uthentique qui exifie la Scretairerie ,l' .. ~mfl:et. dam, date du 6 De~cmbre 1700 (). Mr. Cryn sren parmi diverfes declarations folemnelles qu'il fit -aux Habitants de la Colonie au nom de--la fouverainet de Zlande t dclara tn paniculier aux Juifs, qu'ils jouiroient l'avenir, des Privil ges ce ds par les Anglois ; & par le 3 & 4 {->Voyez Piece N. 3. VoyezencoreHiftofreG~nrl des Voyages, Tom. 1. 1. pag, ?S Amfterdam 1t74. &. Hart Qlik To-. 2. page SS9-cab1ea11 de Surinam, pagt 23 1, [ Go gle

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COLONIE DE SURINAM. !$ 4 ime article de fon ade date du 6 Mai~ 1(>67. approuv par les ~tats de Z~lande le 30 A vrii de l'anne fuivante, il y efi ajout ,, que tes Juifs fe,, ront reputs comme s'ils eusfent t des HoHau dois ns"() & aprs avoir fait confiruire de nouveaux ouvrages la Fortresfe, & entre autre garnir de fortes palisfades, y avoir mis 120 hommes de garnifon avec 15 a ~o pieces de Canons, des vi-vres & des munitions pour 6 mois; il partit avec fon Escadre pour f rendre aux autres lfies, -& chargea bord diune flute qui partit pour la ?.~lande le butin fait fur les Habitants opiniatres qui aimoient trop pasfionneme .nt le gouvernement Aoglois, valu plus de 400 mille Florins. Qu"on compare ce butin fait fur un endroit conquis dans rintention de le conferver, & de l'agrandir mme l"avantage du Conquerant, avec ~e que Mr. Jac ques Casfart ptl tirer en 1712. de la Colonie, dans l'intention de la piller ; & l'on verra que Surinam toit proportion plus riche & plus opulent en 1667. que presque un demi ficle aprs. Dans l'intervaJle de ces conquetes & d"autroe que l"Am1ral Crynsfen avoit fait fur d'autres Colonies, la paix fut figne Breda le dernier Juil let 1667. lequel trait portoit entre autre que tou tCI les places conquifes par Jes ennemis respeas avant le 10 de Mai refieroieot au conquerant~ mais que toutes celles conquifes aprs cette date feroient y. Picco N, 4 C gl

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ESSAI HISTOllIQUE stnt t.A rofent r~mifes fes anciens proprietaires, & c trait fit entrer Surinam conquis depuis fevrier, fous le pouvoir des Zlandais, & la nouvelle Yorck t qui appartenait aux Hollandais dans l'Amerique feptentrionale au pouvoir des Anglois;'. Evne ment qui fit croire plufieur1 pcrfonoes que ces endroits n;ont chang de maitres que par la voye d'un troc formel, fait 1amiahle. La nouvelle de la paix qui toit alors ignor par Jes escadres ennemies qui croifoient en Amerique, caufa Surinam de plus grands mal heurs ; car la Colonie qui venolt de faire une perte confiderable d~ns la prife que fit fur elle la Zlande eut encore foutenir 8 mois apr~s le$ horreurs dune nouvelle attaque. Le Capittinc Job. Hermans fur les nouvelles de la prife de Su rinam par les Zlandois, partit de la Jamaque avec 7 Vaisfeaux de Guerre mon ts de 1 hommes, & aprs avoir ruin Cayenne, fut les Franois, il fe rendit Surinam en Olobre 1(>67. & rt!prit aprs quelque rfiftencc de la part des Colons aid par le Chevalier de Lezy qui s' toit retir de Cayenne avec ~oo hommes ta Colonie ou tout fut abandonn au pillage des foldats ; plus de 500 habitant,, la plupart An glois & Juifs dont les plantations fcre 1'tendoient jusqu' 10 milles en rmontant la Ri viere virent leurs moulins au nombre de 30 ou s~ detruits ou enlevs ; aprs un fcjour d'environ s femaincs I il s'en ietourna la ar G gle

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COLONIE DE SURINAM. A7 Barbade, ou il mit terre fes prifonniers avec le Commandant de Rame & autres O.fficien Hollan dois. Willoughby, qui la prife de la Colonie par les Zlandais a voit cauf les chagrins les plus cuifans, ne pouvoit cependant fe rcjouir de la rprife qu"en avaient faits les Anglois, caufe que le trait de Breda toit dj venu fa connoisfance la Barba. rle ou il toit Gouverneur, quoiqu'il faifoit fem blant de l'ignorer. Cependant il fit transporter ]es ptifonniers la Martinique en vertu de la paix. qui dans cet intervalle a voit t figne avec la Fran e & envoya tout de fuite fon Fils Henry Wil. loughby avec 3 vaisfeaux de guerre, & 3 navires marchands Surinam, pour perfuader les Habitants de quiter la Colonie pour fe rendre Antigoa & Montferrat, & d'y transporter leurs moulins fu .. cre avec leurs claves: cette perfuafion toit accompa gne aune declaration, par laquelle les Habitants qui fe refuferoient d'y acceder, feraient reputs comme rebelles.Douze cens hommes fuivant Harris, partirent volontairement pour la Jamaque, dont la plupart taient de ces Juifs qui taient venus avec Willoughby de l'Angleterre Surinam, & c'e!l: enco re par le foin & les travaux de ces hommes venus de Surinam en 1670. la plupart Juifs ,, que la ,, culture de la Jamaque, donna du courage, & ,, infpira de l'mulation aux autres Habitans." (*). La () M. Raynal Tom. 7. pag, 171. LPAR.TU. C G g

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!l.8 ESSAI HISTORIQUE su~ LA La nouvelle de la rprife de Surinam par le; Anglois tant arrive en Hollande, les Provinces Unies, deman
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tOLONIE ni! SURtNAM. !9 dte le-plus fouveftt notre rcours divers autreS' Uvtages, &-principalement dans ce que nous avons trouv dans nos archives afin de donner autant qu'il toit en nous; plus de liaifon cet crit~ Nous remarquerons cependaht que malgr les discusfions dans la Rpublique entre la Zlande & les autres Provinces, la premiere tefi:a nanmoins la maitresfe de Surrnam ; &: quoi qu'il fut declar6 que la t ouverainit de cette olonie appartiendrait aux Provinces confderes & que les habitamY tespel:ifs auraient la libert dy naviguer &. de traflqner fans aucune diffinl:ion ; la Zlande envoya toure feule pouT Gouverneur de fa nouvelle Colo..nie le Capitaine Julius Lichtenberg, qui y arriva en Fevrler tUvernement Hollandois, voyant que les calamits qu~ils noient esfuys pend atlt la derniere Guerre, coill menofent cesfer; s'adresferent au nouveau Gou\lCmettr, &, dermmderent la confirmation de leurs privilges ; avec de nouveaux articles pour leur fcurit, lesquls furent conceds pleinement en date du 1 Otobre 1669. voyez. Piece N. 5. C 2 Quoi Go gle

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30 ESSAI HISTOR.IQUE sua LA Quoique la Colonie par tout ce que rious venons de dire appartenoit deja aux Hollandois depui1 la P,lix conclue Breda en 1667 & que Mr. Lich tenberg toit deja tabli en qualit de Gouverneur depuis 1669. on ne peut cependant fixer l'Epoque de cette propriet rconnue ans les fonnes, que depuis l'an 1674 en vertu du trait de \Veftmin fter fign aprs la feconde Guerre que la Repu blique eut foutenir contre l'Angleterre. Suivant le 5 & 6 article ~udit trait par lequel les Anglois conditionnerent ,, quil feroit permis ,, aux Habitans 4e Surinam de partir avec leurs ,, biens & Jeurs esclaves ou bon leur fembleroit" ce qui eut lieu encore en 1677. I9gard de 10 familles Juives & leurs esclaves, au nombre de 322 perfonnes qui abandonnerent la Colonie apri avoir port des plaintes l'Angleterre de ce que les Hollandois leur avoient dfendu d'en fortir (). Pendant ces intervaJies les Provinces Unies eurent encore arranger quelques difficults furve nues avec la Province de Zlande, qui formoit des prtentions, ou au moins des droits fur le dom11i ,11 util~ d'! la Colonie quoique la plupart de, Vaisfeaux employs pour Ja conquete de Surinam fous r Amiral Zlandais Abraham Crynsfen ne fu rent expedis qu~au fraix des tats generaux, & 11 () v. Huctiot, nm. 1. p,g, 59g. Go gle

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COLONIE Dl! SURINAM. 31 la Zlande pour ne pas s'expofer des discusfions malheureufes cda la Colonie 11nx Etats Genera11r fous une condition remarquable, qui a echapp fans doute aux auteurs de rouvrnge fur Esfeque-1,o & Demmerary contre la Compagnie des Indes Occidentales que les auteurs de cet ouvrage, at taquent ouvertement. Il femble parce qu'on trouve confufeme n t chez les auteurs cits, que cette Comp agnie fur je ne fi quel fondement faifoit ausfi des prten tions fur Ja Colonie, & que fuivant les :ipparen ces elle toit feconde par les Etats Generaux. La Zlande donc, lorsqu~elle fe vit frce ceder la Colonie la Generalitet en 167 0. mit pour condition ,, que cette Colonie ne pourroit jamais ,, tre cede la dite Compagnie tant parce ,, qu'elle n'y avait aucune pretention, que parce ,, qu'elle ntoit point en tat de la garder, ni de la ,, proteger, ou fconder les vues des habitans (*) & quoiqu"en vertu de cet arrangement Ja Colonie fut mife fous le Domaine de la Gnralit, les Etats Generaux cderent fa regie la Zlande, & aprs la mort ou le depart du Gouverneur Lich tenberg, elle commit fous l'approbation de L. H. P, Monfieur Johan Heinfius, comme Gouverneur, en Septembre 16713. Il femble que pendant ces differentes rvolu tians lea naturels du Pays ~toicnt depuis quelque, () V. HartGnk Tom. 1. pog1 600. Cs Go gl

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~2 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA. ques annes comme des fpebteurs tranquilles, fans avoir cauf le moindre trouble aux Blancs.lh s2eveillerent enfin de leur asfoupisfement, nous ignorons par quel motif; m.2is fuivant ce que no~ avons par tradition de nos anciens, ils ne VOU }oient pas que leur pays fut gouvern par nne au tre Nation que la premiere qui y fjourna c'eft dire les Anglois ; quoique dans leur temps ils firent qurJques dgats fur de petites habitations. lis commencerent en confequene deva!1:er lel habitations & masfacrer les Blancs qui eurent le malheur de. tomber entre leurs maius. Les Co Jons dans l'impodibilit ou ils fe trouvaient de r6, primer ces hostilits prierent le Gouverneur Hetnfius de s'adresf~r L. H. P. qui engagcrcni enfuite l'amiraut de Zlande d'envoyer 150 hom. mes de troupes au fecours de la Colonie qui 110 furent cependant d'aucune utilit; de forte que les Habitants domicilis vers le haut de la Riviere 1 la plupart Juifs, fe virent obligs de faire de re-. tits detft.chements pour courir fur les Indiens qui devenoient deja fort redoutables, ce qui leur fut en bien des cironftances plus favorable que tout cc qu'on faifoit ailleurs. Dans le mlme tenips & apr~ la mort du Gouverneur Heinfius, qui M. 4 Verboom fucceda provifionnelldnent, les princi paux colons Chretiens & Juifs (parmi les dernier, tt0ient Nasfy, Meta Aboab) (*) firent des r mon () VoJez Cur M, Aboab ~ entietlen1 Cur divers fil .. Go g e

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COLONIE M SURINAM. !Sl fhontrances la Cour de Polie contre la rgie de la Colonie, en date d'e 6 Mai 16130 & vou hirent changer tout ce qui jusqu~alors toit tabli, qui ne rpondoit nullement aux imerrs de fa Colonie en general: & quoique les prindJlaux ar flcles e cette rmontrance furent ced's,, tout reftia cependant dans le mme tat, caufe du peu d'ordre qui y regnoit alors.(*) Il n 'arnvoit dar1s ce temps l & plufieurs annes aprs rien de fe rieux ni rien qui eut du rapport avec le bonheur de la Colonie fa regie & le rapport mutuel de fs Habitants, q-ne les Juifs n'eusfent t confults, & qu'ils n'eusfent eu tout la mme prpon derance que les Chretiens. Nos archives font rem~ plies de lettres de fuppliques, & de communication fur toutes fortes de matieres, & quoique ces faits font peu interesfants pour l'Hiil:oire particuUtre de Surinam, ils fervent nnnmoins de beau coup dans celle des Juifs, & fi l'on examine avec attention les divers venements de 1ft Colonie, Ja trempe de fes premiers Habitants leur capacit & me.me leur richesfes l'on verra que Surinam eut le bonheur d'avoir t fond, ~ -en fuite agran di par d'honntes gens que tes perf~curions de l'lnquifition9 celle de Cromwel, la rvocation de l'dit lajet1 d~Hiftofre de Rligion & de Critiqu~ Londre1 1t70. page 13, & foiv. pendant fon fjour en Surinam. () Voyez la rmoutran,e & !a rponfe, ,hez Harcfin1' ,.,e Go9, jil'ql'l tli. G gle

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!4 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA l'dit cle Nantes, & mille autres circonfl:ances, y jetterent comme par hafard. Ce ne fut ~ertainement pas avec des vagabonds & des miferablea tirs des cachots de tAngleterre & ailleurs, que la Colonie, comme plufieurs autres de l'Ameriquc fut fond~: on nous objetera peut-tre que plu fleurs vagabond de la Hollande y ont t envoy, fuivant la permi sfion que les Etats Gnraux par leurs rfolu ~ions du ~o Juillet 1684 donnerent la Ville d'Amfie-rdam (*) mais cependant cette permisfion n'ayant t donne qu'en 16H4 la Co lonie etoit en confequene age alors de plus go ans ainfi ce ne fut ni avec des vagabonds ni avec Jes criminels tirs des cachots qu'elle fut fonde. Qu'il y fait venu dans la fuito du tems foit de la Hollande foit d'ailleurs une grande quantit de ces fortes de gens tant Chretiens qua Juifs ne tire abfolument aucune confequene contre notre asfertion ; & que rien n'eft plus cer tain que c'eft avec des agriculteurs hahilei, avec l'argent qu'ils y apporterent que la Colonie pu faire dans peu d'annes des progrs r3pides qui furent uniquement arrets par les querelles des Puis fances en Europe. Et pour donner plus de jour a ce que nous avanons principalement pour ce qui concerne la Nation l'influene qu'elle eut dans la Colonie & J'efiime. que fes mrites lui cmt procur; nous entrerons dans quelques autres de () Suivant van Zurt. Codex Bat~vu1, i"Ge 217. Go gle

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COLONIE D'I SURINAM. 3.f details fur l'Hifl:oire de Surinam, qui en bien de circonfl:ances eft Jie a celle de fes Habitants Juifs. Le but qu'on a incontcftablcment lorsqu'on veut fonder une Colonie; le defir qu'ont les nouveaux colons qui fe pretent volontairement aux vues du Gouvernement ; & le but que fe propofe la rnre patrie en le fondant; ne peuvent jamais tre heu reux, lorsquon a Je malheur de faire des entre prifes dans le temps que la Guerre en disfipe tous les moyens, & arrache pour ainfi dire l'espoir des curs des nouveaux colons. Les Anglois, & aprs eux les llollandois ont fenti ces terribles effets mais cependant ce ne f'ont que les colons qui prou vent la blesfure, dont la cicatrice eil: prete a s'ouvrir au moindre coup qu'elle recoit; les facrifices continuels que doit faire la mre patrie pour ti rer enuite du bnfice de fes avances, font incon teil:ablement les uniques moyens de rparer les malheurs arrivs fes fujets fi l'on nglige ces moyens, le corps devient cacochyme, l'on vit, & l'on respire, mais on languit toujours dans un tat pitoyable de dtresfe. Si caufe de la Guerre qu'eurent foutenir les Etats Gnraux le ficle pasf, il ne leur con venoit point de prendre la Colonie fous leur do mination immediate pour rparer fes malheurs fore de bienfaits dont les Provinces Unies au raient fenti enfuite les heureux effets. Si la Z lande de fa part ne pouvait ou ne vouloit point con ferver cc 'l\l'elle avoit conquis, quels que puisfent C 5 avoir 0 g

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!6 ESSAI HIS"roRIQUE sua J.A avoir t Ces raifons: cette Province, malgr ra df. daration faite en 1670 au desavantage de la Compagnie Occidentale lors qu'elle cda la Colonie aux Etats Gnraux, fit dclarer aux Etats en No. vembrc 1679 qu'elle toit dans rntention de C'der )a rgie & fon domaine utile de la Colonie la di te Compagnie moyennant le payement de deux cents foi1ante mille Florins, fous des conditions qu'on trouve dans Hartfink l), & les Etats G 11raux accedant cet accord, la Compagnie con .. ctut fon achat le 6 Juin 1682 fortant ptine du far. d'eau pfant de fes dettes, qui n'toient pourtant ffU'arrangs de faon pouvoir par de grands d~lais s'acquitter peu a peu
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COLONIE n~ SURINAM~ S1 fuivante au mme prix qu'elle avGit ~chete de k Zta.ode~ u11 tiers de fa proprit 1.a Ville d'Amftenlam 9 un autre tif. rs MonfieurCorneHivan Sommelsdyk, qui formerent enfemble une asfocia. tion .rlave la Colonie de Surin~, connue foua Je .nom de fodet otroye de Surinam, qui fut chang en q78 en celui de Direleurs & Rge de la Colonie:. (Direaeuren en Rqeerderi 'der Colonie.) ,Les ~tats Gnra~ agrant tette 110uvelle ~ quidon de ces deux co--proprietaites, .les Zlan. doia qu.i cralgt1oient tellemtut que Surinam ne tombt fous l'adm.iniikaticm ma en .la puisfance de quelque proprltaire de la Religion Romaine, ne donnere nt .leur onfentemcnt dans l'asfetnble des -Etats GnrJut que fous lt Claufe E-xpresfe ,, qu'on ,, n~et:orderoit aucune dire\:fon ou adrninifttatiol'l ,,, diins la dite Colonie, aucune perfonne de ce, ,, Provinces ou domicili~e Surinam mme, f"at-. ,, .fant profe~fion de la Religion Romaine, & que ,, jamais ptrfonne de l:i dite Religion ne pour. ,. rolt participer la dite asfociation -ou Compa,, gnie, ni conferver la part qu'elle pourtit y avoir ,, dj, Refolution des :t:tats G6n6rau~ du 5 oa~ 1686 (*)". Mr. de Sommelsdyk donc (.ommc co-proprl~tai rc de Surinam, fuivant le 6 article de la convenon fattt entre les propddnires de la Colonie partit ,., Rich, de la H,llande, 1om, 1. page 2~3. in notfl. Go gle

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98 ESSAI HISTORIQUE suR Li\ tit de la Hollande Je 3 Septe1J1bre HS83 avec 300 hommes de troupes pour fe rendre Surinam & y prendre posfrsfion de l'emploi tfe Gouverneur Ge. nerat; il y arriva Je 24 Novembre de ta mme an ne, le Commandeur etant M. L Verboom qui avoit futced M. Heinfius en 1680 dans la regie de la Colonie. Surinam fe trouvoit alors dans un Etat bien matheureux la rgie toi t fans forme ni reg le quelcon que la confufion que caufa dans le gouverne ment la rmontrane des colons faite la cour de police en 1680 aprs la mort du Gouverneur Hein 1ius, que nous avons rapport plus haut, & le chan gement, qu'on fe propofoit de faire, & qui n'toit qu'lud dgouta les colons d'une maniere bien fenfible. d'Ailleurs les pertes continuelles que b guerre leur a voit cauf; la quantit de monde par tie pour Ja Jamaque, & les holl:ilits continuelles qu'ils prouvoient de la part des Indiens; tout s"accumuta faire regarder Ja Colonie comme deux doigts de fa perte : en confequence ds Je commencement de l'anne 1684 Je Gouverneur Sommelsdyk tablit au contentement des Habitants, un confeil de police, & de juClice, & fit des Ioix pro pres rendre la Colonie florisfante fi fon tat valtudinaire auroit pu fupporter des remedes vio lem. Le caratre de M. deJ Sommelsrlyk ctoit en outre fort au(lre, il vouloit rendre la Colonie ru. bitement ou comme par un effet d'enchantement 9 la plus conflerable la mieu; gouverne de teutc Go ge

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COLONIE DE SURINAM. 39 toute l'Amerique, il avoit d'ailleurs un zle fort ardent pour rendre la religion ref pehble, & mme redoutable aux yeux des colons, dont la plupart n'toient point de Calvini!l:es. 11 fut le pre mier qui tenta de contrarier les Privilges de la Nation l'gard de travailler librement fur fcs ha bitations les jours de dimanche & de mettre des bornes la libert cede par les privilges au fu. jet des contrats de mariage pasfs entre eux fuivant les Joix, us & coutumes. Ces traits chagrinerent fenfiblcment les Juifs, car ils ajoutoient la perte de Jeurs franchifes, le prfage d"un avenir encore plus func(le, d'autant plus q~'ils voyaient dans la perfonne de M. le Gouverneur un co,.propritaire, & en confequence ils lui fuppofoient des pouvoirs fans bornes. La dcifion que cependant, l'asfociation propritaire en Hollande, donnerent le 10 decembre 1685, fur les Privilges des Juifs en general, & la reponfe qu'ils firent aprs, en date du 9 aoi\t 168CS fur la defenfe du Gouverneur par rapport aux jours de dimanche, par la quelle on lui declaroit ne pouvoir point confentir la rvo cation de cette libert, autant quelle ne cauferoit du fcanrlale au detriment de la Religion du Pas (Pieces N. 6. & 7.) tranquiliferent les Juifs, au point de fe fliciter du changement de maitre & des propritaires de la Colonie en Hollande. Heu reufement que ce bonheur fut ralif dans la fui te, & qu'il n'prouva aucune fecousfe de la part de Gouvernement, depuis cc temps jusqu' nos jours; ce gle

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40 ESSAI HlSTOltIQ'.t.JE sua tA ce fut aum cette f'licit qui leur inf pira des fort le courage d'ajotJter la fynagogue qu~its av
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COLONIE !JE SURINAM. 4f pas, & qu' cette caufe-les lndieus ont appell cette Bourgade ( car il a du y avoir une ava nt l'arrive des Europeens) Pan~ui-bo, qui veut dire place ou Bourg d'amis, & qui dans Ja fuite ft corrompu en :elui de Paramatibo, dont le premier mot Paramari ne fignifie rien en langue indienne-i au. lieu que P4n,ri 'leQt dire-amis, & ho, bour-.. gade, Oll hameau, n'toit alors qu'une pet-ite Boll.f.o, gade; il y av. oit feulement une petite Fortresfe, qui pris enfuite le nom de Zlandia l:a Ville Capitale toit fitue de 10 I~ lieues de l'E bouc hure de Surinam, app:He Paramburg ou fuivant l es anciens Regi!l:res de la Nation Suri nnamsburg chang enfui ta par les Zlandois contre celui de Nicuw Middelburg. l'Elojgnement de cette Ville les obftacles qu'prouverentles Vaisfeaux venus d'Europe pour s'y rendre, forcerent les flabi~ts de form_ er -1~ Ville 3iprs de teu, petite Fo,tresfe ,_ 4' lieuea d e l!E.mboqc_bure. CepeQdllnt, Jor,s de l'aidv!! d e M de Somme1s. dy.Jc, caOe ci n'tojt qu'un hameau de 100 a 1 '.lo maifon~-fans ordre ni form, e qJJ.elonque, & ce fat par f es foins, que la Ville,appelle Paramaribo. eut Q.D c ,OlftJDQ.ncement, en fora,c reguliere. Elle de,vjpt enfui te qne des plus bc:Hcs d.e l' Amerique & nous en parlerons d.ans la fuite. M, 4~ Sommelsdyk aprs avoir donn fes-or dies fur l~s tr:tY.l\Ul( nc~s.tidres.. de la fortresfe, ac, ari;ang. a1na11t. qqe posfihle les. autres Branches de foo G,Pu.v~nemel)t,. touma f~. vQ.ea w,r le degae que gl

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41 ESSAI HISTOR[QUE SOR LA que faifoient les Indiens fur les Plantations, & ne fe trouvant point avoir des forces fuffifantes pour soppofer leurs hoftilits, il prit la refolution de chercher les moyens de faire la paix avec eux. La Nation Juive fuivant fes traditions, fe glorifie en core d'avoir beau-:oup facilit cette paix, caufe que Mr. Samuel Nasfy qui avoic conn11 ces ln diens depuis le cems des Anglois,(lorsqu'ils toient plus familiers avec les Blancs) leur perfuada de dpofer leurs mauvaifes intentions envers les habi tans. Ce fftt lui auffi, qui force c?e prfens con clut avec eux une espee de paix prliminaire, qui ne devoit avoir cependant aucune fuite, qu' condition que le Chef de la Colonie ne prit une fille de leur Chef en mariage car fans ce lien difoient ils, nous ne pouvons point nous fier at1x Blancs. Mr. de Sommelsdyk fur ce rapport., con clu la paix defire gnralement, & prit en confe quence la prtendue Princesfe Indienne pour fa concubine, qui ne laisfa pas de contribuer l'entre tien
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COLONIE n~ SURINAM. 43 na que par le masfacre du Gouverneur; ~tant un jour ( Je 19 Juillet 168R) la parade, les foldats s'adresferent lui, & lui firent leurs rmontran ces, avec priere d'allger Jeurs travaux, & d'au gmenter la quantit de vivres qu,'on leur difiri buoit; en reponfe, le Gouverneur fuivant fon caradre qui toit fier & emport, lva fon fabre, lorsque tout d'un coup, plufieurs coups '1e fufil le coucherent fans vie fur le carreau; cette dchar ge blesfa en outre M. le Commandeur Verboom d'ailleurs fort aim des foldats, fi grivement, qu'il en mourut le ~a du mme mois, 9 jours aprs le Gouverneur. Malgr l"aufrerit du caralre qu'avoit M. de Sommelsdyk il ne merita certainement pas une fin fi tragique ; & fi la Colonie avoit eu le bon heur de ravoir etl pour Gouverneur quelques an nes aprs au lieu de l'avoir dans le tems de la confufioo & du desordre elle aurait fenti le heureux effets de fa rgie ; fes impetuofits prs, it avait le zle le plus difiingu pour le bonheur de fes habitants & fa capacit l'aurait mis mme de fe corriger de fes fautes & de rendre la Colonie ftorisfante. Aprs cette ation les rebelles au nombre de presque !lCO hommes s~mparerent de la Forteresfe, & de toutes les munitions de guerre; le Comman deur tout blesf qu'il toit, voulant appaifer ce tu multe, & prevenir des fuites plus f:.metles encore, fit faire incesfamment des propofitions de paix, lit L P A&TII, D of C gl

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44 ESSAI HISTORIQUE sUR. t.\ offrit aux reheJles tin pardon gnral, que leur m~ 1 fiance rendit inutile. Les principaux Habitants de la Colonie & plufieurs memhres
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COLONIE DE SURINAM. ~s fuivant, 6 Jours aprs la mort du Commandeur Verboom & 15 aprs celle de l'infuttun Mr, de Sommelsdyk. Quoique Samuel Nasfy eut fait des aHons mmorables dans ces circonfiances, fuivant un rnaauscript crit en Portuguais dans le tems mme, que nous avons fous les yeux, cepen. dant les .HHloriens de Surinam ont obmis de les rapporter; mais comme la vrit finit toujours enfin par percer au travers les tenbres, Mr. Hartfink ("') rapporte au fujet de la Guerre avec le Franais du Cas fe, arrive en 1689 ,, quon a voit confi Je poile prin ,, cipal de la Forteresfe Zlandia au Capitaine Nas ,, f y avec 84 de fes Bourgeois Juifs, caufe Je la ,, fidelit, & de la Bravoure du dit Capitaine Iora ,. de l'asfasfinat du Gouverneur Sommelsdyk"; rapport qui confirme ce que nous avons dit fon gard. Sur la connoisfance donc de la mort tragique du Gouverneur Sommelsdyk, Mesfieurs les Direleurs & Propritaires de la Colonie en Hollande, en of frirent le Gouvernement M. de Chatillon fils du premier Gouverneur, devenu aprs Vice-Amiral en Hollande, & mort g~nralement regrett en 1740-A fon refua. on commit pour Gouverneur M. Jan van Scberpenhuyfen dans le tems que la Guerre entre la France & la Hollande tait declare, & il arri-() Dao.a Con Hioire de Ja Guyane, pag, 676. D .2 C) gle

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46 ESSAI HISTORIQUE SUI\ LA arriva Surinam avec un renfort de troupes le 8 Mars 1(589-Peu de jours aprs fon arrive, il crivit en Eu rope, ,, qu'il avoit trouv la Colonie dans l'Etat ,, le plus dplorable, la forteresfe en fi mauvais ,, tat qu'elle n'toit pas capable de faire au,, cune rfiftance en cas de 1a moindre attaque ; ,. la magiftrature fans ordre ni forme quelconque; ,, des inimitis & des disf en fions parmi les gens ,, d'glife; enfin que, les Juifs de leur ct s' ,, toient revohs contre leur Capitaine Nasfy, ,, caufe que celui ci vouloit les gouverner despoti ,, quement, & donner atteinte leurs privilges ,, & leurs ceremonies religieufes ()". Nous ne pouvons pas concevoir d'ou M. Hattfink a tir tout cela, ni comment M. de Scherpenhuyfen a pu faire fes Maitres en Europe un rapport pareil: car pour ce qui concerne les affaires gnrales de la Colonie; nous avons deja vu que le Gouverneur Sommelsciyk, quoique d'un caratere clur & inflexible, a voit introduit Surinam de fort bons ordres, & avoit rform la Magiftrature au gr de tous les habitants. Il avoit fait en outre de grands travaux la Forteresfe, puis qu'elle fut en tat comme nous Je dirons aprs, de drouter l'Ecadre de M. du Casfe, deux mois aprs l'arrive du M. Scherpenbuyfen Surinam. Pour ce qui concerne les Juifs, tout CO (*) Hartfink page CS? 4e Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 4? cc qn'il it Jeur gard fe trouve dmenti par cc que nous trouvons a nnot d ans les archives de la Nation. Nous convenons fuiv a nt nos tra ditions, que Je Capitaine N a sfy a tent quelques fois d'6ter Ja force aux prejugs de la N a tion, principalement l'gard de l'immenfit des jours rle ftes, qui ne fe trouvent point ordonnes d ans les Livres faints; m:1is il ny eut jamais rien d clatant, & une lettre
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48 ESSAI HISTORIQUE SUR LA commettants: & comme il toit fier de fon naturel, il a voit beaucoup de mpris pour la Nation & de l'averon pour foo Capitaine, comme nous le dirons aprs. La population des Juifs dans ce teins J, autant quon a ru calculer par la lifte des contribuins, fe montait .o~ familleJ fans -y-compter 10 a J z des Juifs allemands qui y taient alors unies aux Panuguais l'e:'!Cception du lien de mariage; & une c;inquantaine de clibataires qui n'appartenaient point ces familles; de forte quen donnant 5 per fonnes chaque fymille, l'enfemble monteroit a 56o ou 575 perfonnes de la Nation c). Ils posf doient deja 40 Plantations Sur.re, prsque toutes avec des moulins btes, & au de l de 9JOO esclaves noirs : car en juillet 1~ la Nation con (*) Nous ne pouvons coneYoir fur quel fondement M. Bellin asfure que dans l'anne 1683, l'arrive du Gouverneur M. de Sommelsdyk 011 comptoit deja Suri~im jusqu' fix cent Familles qul y toient tablies, qui frnit w1e population de 30)() Blancs, except le nom bre de pres'lue de ,soe qui partirent pour la Jamaque ac. d'AUleur1 on a calcul la population dea Juifs t de celle des Cbredens, & par Je no01bre de familles que nous trouvons avoir it~ en Surinam environ l'an 169C>, nouJ ne pouvons calculer la population que de 300 a 3S0 Fa milles eo gnral, qui froit le nombre (S pcrfonncs par famille) de presque 1800 habitans (a). (1) Voyez BeWn Dla. Geo&rphique, 1 Parti, ,,.,r, n,; G gle

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COLONIE SURINAM. 49 contribua proportion des autres habitnts de la Colonie pour les travaux, de la Forteresfe avec 50 esclaves, & en 1691 encore avec 86, donnant en outre gratis pour la conftruHon d'un nouveau hopital !lJ905 & de Sucre: ayant pris en atten~ dant I!l milit a ires & un Adjudant ,pour les alimen~ ter & les guerir Jeurs fraix Dans e mme tcms au mois de may 1689 deux mois aprs l'arrive du Gouverneur Scherpenhuy fen, M. du Casfe, chef d'une escadre Franaife attaqua la CoJonie presque l'improvifi:e avec 9 Vaisfeaux de Guerre, une Bombarde, & plufieurs autres Batimens, ou fe trouvoit l'exception des troupes un bon nombre de volontaires venus de Cayenne, fur l'appat du Butin qu'ils fe propofoient de faire. M. de Chatillon, fils de M. de Sommelsdyk~ fe trouvait alor~ Surinam, y tant ven pour arranger les affaires particulieres de feu Mr. fon pere. M. du Casfe fit pasfer par un fodien une lettre Mr. de Chati!Jon I qu'il traita de Seigneur de Surinam, qui il temoignoit tre charm de ren contrer un fi galant homme dans la Colonie ; maia ce Sei~neur qui malgr~ fa jeunesfe avait llj donn des preuves clatantes de fa fagesfe, &: de fon ati\1it dans la Marine, au lieu tie fe laisfcr irprendre par ce beau compliment, mit d'abord la Colonie en ew de dfenfe, & plaa en confequen-D 4 ce Co gle

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so ESSAI HISTORIQUE SUR LA ce rartilterie dans la forteresfe de 1:i faon la plus convenable, avec prs Je 250 folats, & 231 bour geais pour la garder, fa voir 84 bourgeois Juifs fous le commandement du Capitaine Nasfy; 69 au tres fous le C3pitaine Lucas Coudrie ; & 78 fous le Capitaine Swart. Le feu continuel de l'artillerie ainfi que celui des Troupes & de la Bourgeoifie contre l'escadre enne mie, qui pour abattre les ba~tions de la Forteresfe plus facilement, s'toit approch fort prs de terre, ft1t fi vif, que malgr plus de 2000 coups de ca non, & 137 bombes qu'ils tirerent fur la Forreresfe, les ennemis furent c.terouts, au point que dans l'obfcurit de la nuit du mercredi II du mme mois de may, i l s {e fauverent prcipitamment avec une perte confiderahle de monde, qu'ils jettoient dans la Riviere attachs deux deux avec de grosfes pierres au col pour les faire couler fond ; apparemment pour drober aux colons la connois fance de leur perte ayant outre cela Jeurs vais feaux fort delabrs par l'artillerie. l'Hiftoire gnrale des voya ges rapporte Tom. XXI. page 4S. quon avoit fait prifonniers la plupart des volontaires venus de Cayenne fur l'esca1ire de M. du Casfe, mais nous n'avons point trouv cela dans l'ouvrage de Mr. Hartfink; ni dans le dtail de ce combat qui fe trouve dans les archives en ma nufcript espagnol qu'on fuppofe tre un espce de Journal du Capitaine Nasfy, fait fur le lieu le dans le tems mme, &: qui nous a fourni des parti-CU Go gle

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COLONIE DE SURINAM. JI cularits qui ne fe trouvent point chez Hartfink.. Et fans nous arrter fur ce qui eft rapport ci desfus, il efl incontellable que les bourgeois braverent cette occafion tous les periJs, & montrerem du cou rage & de la fidelit pour le falut de la Colonie. M. de Chatillon fe difiingua dans ce combat avec un herosme au desfus de fon age au point qu'af frontant tous les perils, il chargeoit & dechargeoit lui mme les canons; de forte que malheureufe ment un coup tant parti trop tt, il fe hlesfa au vifage & aux mains, au grand rgret de tous les habitans, mais il fe rtablit heureufement en peu de jours; & les asfiegs ne perdirent dan$ cette atta que aucun homme, il y eut feulement quatre de blesfs, 3 Chretiens & un Juif, nomm Mcsqui ta (*). Le dtail de ce fait, prouve fans conteflation que la Forteresfe n'tait point en fi mauvais tat de dfenfe ni qu'il regnoit Surinam une espce d'anarchie parmi les colons en gnral comme M. de Scherpenhuyfen a tach de Je perfuader fes Maitres; car deux mois aprs fon ~rri ve la -Colonie, elle fe trouva en tat .de drouter un escadre de 9 vaisfeaux de Guerre, dune galiothe bombes & de ptufieurs autres batimens comme nous l'avons fait voir; mais le defir de trouver des fautes, enfante fouvent des fautes jmaginaires. Aprs () 'Manuacrlp .. ~id. van Hartfink depuis pag, 676. jus 1u 680. am. Philof. Polie. des lllea F,anaife& p. 30 D5 Go gle

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5~ ESSAI HISTORIQUE sDll LA Aprs ce triomphe, M. de Scherpenhuyfen montra du zle pour le bonheur de Ja Colonie, mais malhcureufement fon humeur altiere, le peu de d:)uceur qui rgnoit dans fes ordres ; rendoient le plus Couvent f es foins moins utiles, que rprocha hies. Ausli malgr~ les exploits des Juifs, leur fi dlit & leur attachement pour la Colonie, M. le Gouverneur avoit de l)verfion pour eux & prin cipalement pour leur Chef Sam. Nasfy, dont l'influence & la richesfe lui donnoient de l'ombrage; la moindre bagatelle, un petit desordre, un rien mme qui arrivait chez les Juifs, toit capable de l'allarmer contre la Nation, ainfi qu'on peut le voir par diverfes lettres remplies de plaintes qu'il adresfoit aux Rgc;ns, & qui ..fe trouvent en origi nal dans les archives de la Nation. Sam. Nasfy prefagant de tout cela le fort de la Nation fous la rgie de M. de Scherpenhuyfen & ne voutant point s'expofer devenir lui mme la viHme de fa mativaife humeur, prit courageufement la rfolution
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COLONIE DE SURIN~M. 53 bre 168.f & en aot 1686, rnouvellerent le 10 juillet 1694. la mme dfenfe & firent un autre pour ter aux findics de la Nation le titre de R gens qu'ils avaient pris depuis le commencement~ en vertu de Jeurs privilges; on rconnoit encore le peu de moyens que ce Gouverneur fut em ployer pour fe concilier l'affetion de ceux de la Nation, dans le fait, que nous allons citer pour DQUS mettre l'abri de toute forte d'accufation '1e panialit envers lui. Il y a dans les archives de la Nation une let. tre dudit Gouverueur, crite aux Rgens, date du 16 Mai 169'. p a r laquelle il prie la N a tion de vou loir contribuer gnreufement la collette qu'on faifit pour batir une nouvel Hopital P a ram a ri bo & dans la mme lettre pourfuit le Gouver neur ,, rai trouv fort trange que vous vous :lro,. gis despotiquement le titre de Rgens de b ,, Nation, & en confequene je vous fais favoir .,, que j'ai trouv bon de vous dft!rrdre de porter ., dorenavant ce titre car il ne vous appartient ,, que celui de Rgens de la fynagogue, .vou's en ., recevrez en confequence une rfolution de la Cour, &c.'' N'efi: il pas fingulier que dal}s le tems qu~on demande des contribution;, par forme de bienfait, l'on fasfe des rprocbes fur une affaire ou dans le fond il n'y avoit point de mal 7 Auffi ce Gouverneur avoit un autre but, il defiroit de rencontrer des rf us de, la part des Juifs, fur une af-

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54 !:SSAI HISTORIQUE sua ~A affaire qui concernoit Ja Colonie, mais ceux ci mprifant Je picge tendu de loin, & ne voyant que leur dvoir contribuerent gnreufement feJon que leurs facults le leur permettoient. Notule dt AR Ju,n 1695. qu~ nous avons cit plus haut. Les Juifs acabls en outre par le depart de M. Nasfy, qui leur fervoit "l'un 1upport fenfible, fe voyant vexs dans leurs droits & ne pouvant fouf frir le dommage que leur cauferoit la perte des travaux fur leurs plantations un jour de plus dans chaque femaine, crivirent tout de fuite Samuel Nasfy, & au Baron de Belmonte comte Palatin, Jeurs deputs, en Hollande, & dmanderent leurs bons offices auprs des Seigneurs de la Colonie pour la rparation de ces griefs. M. de Scher penhuyfen venant fa voir cela, asfembla la cour, & tenta de faire une procedure criminelle aux r gens, caufe de I9audace qu'ils avoient eu de for mer des plaintes Samuel Nasf y, contre rdit du 10 Juillet 1694. & contre la perfonne du Gouver neur en particulier, & fuivant une lettre du 10 Mars 1696. les rgens furent fomms de compa roitre en perfonne de v an.t le confeil & d'appor. ter avec eux copie de fa lettre qitils crivirent en Hollande avec fa tradufrion en Holl:mdois. Re gcres de la Nation, dat. du 25 avril 1696. Les Juifs alarms de cette acufation auffi de r:1ifonnahle que despotique, puisqu'elle donnoir at teinte la libert naturelle qu'ont les fujets de quelque emJroit que ce fojt, & de quelque con dition qu'ils puisfent tre, de porter leuri plaintes fous Go ge

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COLONIE DE SURINAM. J; fous les yeux du Souverain pour fc mettre rabri du despotisme de f es fbdlgus. Ils cherche rent des raifons fpecieufes pour luder de compa roitre devant le confeil; declarant nanmoins par une lettre, qu'ils avoient demand Sam. Nasfy~ de foigner le maintien des privilges de la Nation, & que fi Sam. Nasf y a voit port des plaintes con tre le Gouverneur en particulier au fujet de fa rgie, qu'il n'y avoit point de leur faute. Heureufe ment avant que de n0uveaux ordres du confeil pusfent mettre la Nation dans de nouvelies atar mes, Nasfy & Belmonte obtinrent la rparation de tous ces torts, & au mois de Juin 169tS Je confeil fans faire mention des ordres venus de Ja Hol lande avec le nouveau Gouverneur Paul van der Veen dclara par une publication que l'Edit du 10 Mai 1694. n"avoit pas t fait pour les Juifs, & que ce n'toit feulement que dans ,l'intention d'viter du fcandale contre la rligion 2ux jours de dimanche dans la Ville de Paramaribo &c. voyez piece N. 9. & la lettre originale de Sam. Nasfy d'Amft. dat de Decembre 1695, par laquelle il communique aux rgens ,, que fur des conferen ces confecutives qu"il eut en HoIJancte avet: M. ,, Valkenier, Prfidant au confeil des Seigneurs ,, de la Colonie en prf ence d'autres membres ,, par rapport la Nation & la Colonie en g ,, nral; les griefs faits aux Juifs toient rpars, & ,, que. M. de Scherpenhuyfen avoit perdu fa Plae, ., qui M. Paul van der Veen alloit fucceder, en qui G gle

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~6 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA ,, qui la Nation trouveroit un autre Lichtenberg, ,, c'eft a dire, un homme doux, aimable, & bien,, faifant'' (*). M. de Scherpenhuyf en fut en effet rappell en Hollande pour fe purger de plufieurs iccufations que les colons avoient forms contre fon gouver nement, (t) il arriva en Hollande aprs avoir t6 fait prifonnier de Guerre par les Franais, en oc tobre 169(>, & M. Paul van der Veen lui fuccda comme Gouverneur le 14, mai 1696. () jusqu'en otobre 17o6 qu'obtenant fa dmisfion, il eut pour fuccesfeur M. Willem de Gooyer. Surinam, pour ce qui concernoit fon agriculture toit devenu alors trs florisfant.., quoiqu'on ne con noisfoit encore que la Plantation du fucre, & quel ques envois de bois de lettre. ,, La Nation Hol landoife, dit un Auteur, deftine cultiver des ,, marais a apport Surinam le genie de fon ,, pays" & ce n'eft que par l,que fur un' folhumide & bourbeux, (vitant les fraix normes & la grande quantit de bras qu'exigeoit la mc!chode des Anglois,) elle eft venue hout d'tablir une Colonie, digne de caufer e l'envie toutes les autres de l'Amcrique. Cpendant, malgr l'a vancement de la Colonie cet gard, & malgr6 les rmontrance~ qu~ firent les colona aprt.1 l'atta-que (., Voyez regiflre de la Nation. (t) HartGnk, page 681. (1) Ibidem, page 68o. Go gle 1 J

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COLON DB SURINAM, 67 que de Ducasfe, qu'on trouve dans Hartfink (*; & le tableau <1e Surinam (t) les moyens cle la mettre en furet contre )es in va fions ennemies, toient tout fait ngligs i au point que fept ans aprs cette attaque elle fe vit encore menace d'une nouvelle de la part de M. d~ Gennes, Amiral d'une nombreufe flotte Franoife qui fe trouvoit alors Cayenne en 1696, dont Je Gouverneur M. de F ro!i devoit raccotnpagner dans cette xpedition avec une partie de la gamifon mais ayant {u qu'il y avoit Sutinam 2. gros vaisfeauit de Guer re de 70 pieces de Canons pret mettre la \toile, les Franlis ne jugerent pas la cuconftane propre J'execution de leur entreprife. La Guerre tant rallume avec la Frane, Pui rance qui connoisfoit mieux que tout autre (par fon voifinage de la Cayenne) l'importane de Surinam en fait d'~griqilture, & le peu de force qu'il y a voit pour s~oppofer quelque attaque ennemie, on petmit Jacques Casfart, chef d'Escadre de s'y rendre; il s'y rendit en effet en Juin 171~. & fans aucune rusfite ; mais mols aprs tant rvenu avec une flotte de 8 Vaisfeaux de Guerre 7 Barques &. 30 Bateaux plats, monts de 3000 hommes, il rusfit, aprs une rfiftance courageufe que firent lea Bourgeois mettre la Colonie fous une con tribution qui monta en esclaves, en fucre &c. la fom (., Depuis pag, f91. jusqu' CS~f. (t) P1111 u,. gl

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s8 ESSAI HISTORIQUE sua LA f omme de622 soo Florins argent d'HolJande qui faifoit fuivant la calculation que fit aprs le Confeil de PoJice prs de 10 pr. et. des Capi taux appartenants aux hahitants les plus aifs. (*) Les efforts que les habitants firent clater dans cette occafion pour la dfenfe du pas, dans les quels les Juifs fous le commandement de leur Capitaine Ishak Pinto fe diftinguerent avanta geufement, fe trouvent detaills dans l'ouvrage de Hartfink utre ,, qu'ils furent ,, obligs par le Confeil de garder la Forteresf e, qui ., toit alors fans garnifon, parce que les Burgeois ,, Chretiens rfufoient abfolument de s'y porter.'' Suivant les traditions &. ce qu'on trouve dans les archives la Nation n'eut point fe plaindre des Franais lorsqu'ils fe rendirent les maitres de la Colonie ; car M. Casfart avant mme que les effets mentionns dans rade de ranonnement, cusfent t livrs aux propritaires, fit rendre aux Juifs tout ce que les foldats avoient pris de la Synagogue la Savane, & entre autres des couron nes d'argent, ( dont les rouleaux de la loi font or ns), avec ordre de respeter la Synagogue & les crmooies qu'on y faifoit. Cette Guerre qui fit poque Surinam doit tre () Voyezl'Ale fign par Casrart,Je ~7 Oetobrc 1711, dans Hartfink, page 714, o & 7:u. (t) Po: 6.93 & 69+-Go gle

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COLONIE ne SURINAM. 69 e.tre regarde avec raifon comme ayant arrte! le cours de fa prosperit, car ontre les frafx normes que les colons avoient faire dans un tems o\l leurs pertes fuccesflves n'toient pas encore rpa res, outre la contribution Casfart, outre le des ordre fur les Plantations & les alarmes conti nuelles pendant le fjour de l'ennemi depuis oto bre jusqu'en decemhre i ils curent encore le mal heur de voir quune audace rvoltante regnoit par mi leurs esclaves qui ne fe termina que par la fuite d'un grand nombre, qui dans la fuite forme tent des peuplades au milieu des Boia, laisfant l'empreinte de la rvolte dans les curs de ceux qui en apparence itoient refis fideles leurs ma. tres. Si ce coup n'acheva pas de ruiner la Colonie, il la mit au moins dans un tat bien trifte. Pour comble de malheurs, les colons appefantirent alors le joug fur Jeurs esclaves, croyant que la crainte feule, & lei exemples des chatimens horribles, froient les moyens les plus capables de les detour ner du penchant naturel de chercher leur libert & au lieu de tes traiter avec plus de douceur, ils ne chercherent que des moyens de rendre l'esclaYage plus dur & plus infupportable. Ces mauvais r:iifonnements, cette politique fpecieufe qui faifoit croire, que la moindre marque de douceur envers les negres, fuppofoit de la crainte ou de la foibleE fc de la part des blanc,, opera un effet contratre :..u point de remplir les Bois de Marrons, qui trou. wient un afile prct, chez ceux qui les a voient de.-L PARTI~. B C gl

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6o ESSAI msTORIQUE ,un LA vancs. Que chacun fe rappelle le terns pasf de la Colonie 6c. fasfe enfuite le paralelle au tems moderne, au fujet de resclavage; & l'on trouvera que ce n'efi: qu'aprs la Guerre de Casfart que la fuite des esclaves, & la tirannie des maitres furent plus fre quentes; & que fi nous avons le malheur de fentir encore les effets de la mchancet! de nos esclaves, nous n'avons point gnr.alement parlant nous r procher depuis plnfieurs annes, de la tirannie en vers eux; malgr les calomnies de quelques cri.vains politiques & priodiques ct gard. Il eft donc bien 1t1alheureux pour ceux qui font les objets des tproches continuels, que lorsqu.,on fcnt gnralement les m!mes dfaftres, dota ls ef .. fets font par tout les m!mes, on aie la mauvaife loj d'inculper les Juifs de Surinam fur la fuite des esclaves du tems de Casfart; avancant que te11x fJ" nt gro1p /1 nombrt titi m11rron1 depui1 le tems dei A11gloi1, pp11rtt11oint /11 plupart 11a.1: Juif: ( ). Nous pasferions fous filence ce rproche, fi nous n'entendiona encore plufieurs perfonues de difiinc tion, foutenir cette opinion avec une opjnia"tret-qui rvolte les curs honnetes, y ajoutant pour corn ble de malheur, le titre de tirans & de bourreaux de leurs esclaves; mais pour ne pas rompre te fil de notre hiftoire, nous rfervons le dveloppement de cet article, ,pour le placer daas fon lieu, rmar quant feulement qu'il n'arrivait alors ( depuis Je tems () Bardin~ p,z, 1S6t Go gle

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COLONIE DE SURINAM. ft tems mme des Anglais) rien de ferieux, que Jea rgens de la Nation n'en eusfent connoisfance, qui ne fut termin par eux, & qu'ils n'en ayent con~ fervs des notes exates ; & que lorsqu'il s'~ gisfoit de quelque rvolte fur 1me PlantJtion de Juif, ou quelque cas qui toit du resfort du M _agiClrat Superieur; le confeil renvoyoit toujours aux rgens le foin de terminer l'affaire, ajoutant dans fes lettres, (ce font les propres mots) f4ilts W Ire dt'Volr pour p4rtner du fr6X .i l Natitm,11-1,mzent elle p111eroit au Ji'iual ee qui lui rt'Z,)ient pour lu molumms de fti ex11mi11t1tion1 & ,. Let tres originales qui fe trouvent dans l'archive depuis 1680 jusqu, l'an 1720. 0 tempota! 0 mo res de forte que nous dvions avoir au moins une partie des connoisfances qu'eut celui qui fournit des memoires M. Hartfink pour compofer fon hiftoire, & qui a donn peut-tre Ji~u l'crit violent de Mesfieurs dEsfequebo & De:nmerary, prefent au tribunal des X en Hollande en 1775. c,u 17. &. qui a t imprim Amfi:erdam en 1785. (*) nous ne favons pas mme, comment l'aveugle ment de ces Mesfieurs, n'a pas attribu rinftuen ce des Juifs, la rvolte des Negres arriv~ aux Ber4' bices en 1763. Malgr le devoir que nous nous fomrnes f mpofs en tompofant cet ouvrage ,, nt 111s foir, d11 .. (t) Voya l'lntfOdu&lon de cet ouvrage N6te i411 E~ C gle

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61 ESSAI H1STORIQUE SUll tA 01,f,"'ation, fur l'~tat politique de la Colonie, noua ne faurinns dans la circonfiance atuelle, rfifit'r au ddir de hafarder quelques ides fur les caufe1 morales & politiques qui ont beancoap contribu l fes desa(lres anciens ; d'autant plus fJUe les chan gemens heurenx qui eurent lieu dans la fuite, mal gr nos impors, & les clameurs de '}Uelques efprits cauftiques: ont prodoit l'avantage qNC nous atten di.,ns toujours de la fagesfe de Nos Seigneurs. Nous prendrons dorrc en conf equence l'poque de l~nvafion de Casfarr, pour l'endroit le plus propre au ddveloppement de nos obfervations depuis Je com mencement de la Colonie jusqu'alors, c'eft dire depuis us,-o. jusqu'en 1713. Nous avons vu que la Colonie, malgr fora foibf e commencement-pendant i-o 12 ans., s'eft 3ccrue aprs la date de la Charte de Charles II wn. Joughby & Hyde.au pnint de donner l'efpoirleplus flatteur ces deux Propritaires qui toient ~ns conteftation en un rle la rendre la plus flo-11i.sfante de-toute l' Amerique meridionale fans excepter m!me les Portuguaife1 & Espagnoles. Ce qui eB aMiv aprs la rprife que firent Tes An. glois fur les Z'landois, la quantit de inonde qui partit de Surinam le pi1fage qu'y fit Willouglihy & fon Fils & le butin mme que firent les Zlandois en 1 fur les Habitants ; prouvent les proJ?rs rapides que fit la Colonie en 1~ oa 15 an t!s de tems. Qu'on re rappelle l'Etat ou fe troqvoit Ja. Hollan Go ge

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COLONIE DK SURINAM. 6J Jande tors de la prife de Surinam; la hreche que devoit faire fon commerce ces 350 Navires que les Franais a voient pris fur eux en 1657; la ligue formidable entre la France & l'Angleterre pour affoiblir foo commerce" & les Guerres que la Rpublique fut oblige de foutenir depuis 1660 jusques mme en 17i1, contre rrefque toutes les Puisfances de l'Eurnpe; conjonture certainement peu favorable pour former de nouvelJes Colonies en Amerique. D'.Ailleurs la Zlande qui avait pris Surinam des J\.nglois n'toit pa1 en tat de la rendre floris fante car les int~rets de cette Province n't0ient paa non plus d'avoir des tablisfements auffi loigns ou fes fujets ne pouvoient point (fuivant m! me la nature de la confderation des fept Provin s Unies) y faire un commerce exclunf; enc.ore malgr tout cela fi la Rpubliqu: au Heu de ce der l'acquifition que.fit J~ Corn:pa.gnie des lndescddcnta le de cette valle contre,elle l'avoir prife pour une des provinces appartenantes la confdtration; ou, fi au lieu d'av()ir ced encore la Compagnie des 3 co-propri6~aires qui fe formait alors; la Ville d' Amflerdam puisfnte & riche par fon commerce, l'eusfe prifc en propriet, peur-tre que la Colonie n'auroit point prouv les malheurs qu .. elle esfu~ dans ta fuite. Quelle gamifon avoit elle .eu pour fa d~fenfe, depuis la conqucte des Zlan dois, jufqu' l'iovafion de Casf~rt, pour s'oppofer contre les Indien,? Sur la rmontrancc des colona, E 3 la C gl

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~... ESSAI HISTORIQUE SUR LA la Z!ltnde y envoya en 1679, 150 hommes de troupes; M. de Sommelsdyk amena encore 300 hommes (dont la pluspart caufe de leur rvolte dans l'asfafinat du dit Gouverneur, furent condam ns fe rtirer de la Colonie) & enfin M. de Scherpenhuyferi encore un petit renfort; & fi nous devons croire !'Auteur de la richesfe de la Hol lande, les Seigneurs propritair~s fe trouvoient dj en 1CSH8 dans l'impuisfance crenvoyer les provifiona ncesfaires la garnifon qui fe ttouvoit alors la Colonie (*). Lorsqu'on confidre ces malheurs, & la runion de tant de dsavantages, on eft furpris de vofr, corn,. ment la Colonie a pu encore fe rlver de fa rhute, former de nouvelles habitations, augmenter ta masfe de fes rvenus, & dvenir dans 15 ans de temps, plus riche & plus opulente qu'elle ne l'avoit jamais t: & fi l'on confidere encore comment cette mme Cofonic, aprs avoir tomb dans Je nouveaux malheurs qui n'eurent des caufes aum compliques que dans fon avant derniere chu te, au Heu de fleurir, elle n'a pu ft: rlever ni rvenir a fon premier tat (quoique prfentement par le prix avantageu~ des produits,elle commen ce fe rta,blir.) Cependant il nous femble en avoir penetr la caufe, & cette caufc eft le luxe, mconnu alors, & (t') n,,,. r, ,,,, 294, Go gle

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COLONIE M SURINAM. 6J & embrasf dans la fuite: car 1. on ne connoisfoit gnralement parl:lnt pas ce que c'toit de l'ar gent pris interet; 2 .. on abhorroit 1~ fuperflu, & l'on vivoit dans l'abond:mce des objets de pre miere ncesf. Point de difntion mafheureufe par111i les habitants & point de ce fafre vain & orgueilleu,c q~'entraine un luxe defi:ruteur fur les habitations dent les effets devinrent plus fi:n!' fibl~~ aprs qe r~rgent fut ptis interet de la Hollanfie. Nous parlerons de tout cela plus en a,. tail &. Roqs dmQntrerons que no, ides font juaes.; en attendant, Pourfuivons notre Biftoir.e. Peu avant ri~taqt;1e de Casfart les habitants de Surinam; voyant Je peu qu'avoit oper leurs rmontrances au confeil, s'adresferent leurs hautes Puisfances en date du 17 Septembre 171,, & y for,nerent des plaintes contre les Seigneurs Pro pritaires, & contre 1e confeil de police, tant l'gard des impofitions contraires l"otroy, qu~ rgard du mauvais tat ou fe trouvoieot alors Jes Fortific.ations (*) ; &. le 1~ Otobre de la m~me anne lors de l'arrive de Casfurt, les Capitai l)es de Bourgeoifies protefterent contre les dommages qu'avoient esfuy les colons caufe de leur ngligence, & rfuferent en confequene de gar () V Hutfink, pagt 69~ E4 gl der

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66 ESSAI HI~TOR (QUE SUR LA der la furteresfe qui fut leur rfus, occups paf les Juifs, comme n0us l'avons obforve ci desfus, Le confeil de police fon tour forma des plaintes cantre les colons qui rfufeient obfnement de con .. tribuer aux traV1ux des fonifications ncesfaires, Les Etats apr~ avoir entendu les Seigneurs Propri .. uires "ordonnerent aux habitans de contribuer avec leurs contingents & d'obeir aux ordres du con feil c ). De nouvelles plaintes s'l~verent encore dans l'ann~e fuivante. Les Planteurs vouloient tre dedommaga de tout ce qu'ils avoientcontribupour le ranonnement Ca sfart, Yu que par le mauvai~ itat dea Fortifications qui fuivant l'ohoy toit la charge des Seigneurs Proprietaires Casfart s'en f!toit rendu le maitre ( t ). Sur ces nouvelles plaintes Jes Etats condamncfCnt encore le 28 Juillet ~713 Jes colons aux frais de Casfart, & ordonnerent au confcil de mettre de nouvelles taxes mqdiques fur eux, pour pourvoir aux befoins de b Colonie. Dans ces intervalles & au milieu de toutes cei tracasferies, les )Qifs qui rauO:erit du Gou verneur Scberpenbuyfen faifoit craindre le retour des anciennes perfcutions, & qui malgr la prote\iQn vraiment paternelle des Se~gneurs de l Colonie qq'ilt prouvoient !ans cesfe 1 crurent que le mooftre de l'envie & de, prtju_gs ~efpiroit coco rc t'> Hardink, P"i' 7aG (t) Ibid, l"I.' JJ. G g e

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COLONIE DE SURINAM. Gr re comme l'Hydre de la fable qui pousfuit de nou vclles t4tes mefure qu'on les abattoient, pri rent en confequence le parti d'obeir aux rglemen, du confeil, & de s'attacher fortement ces Seigneurs cromme leurs uniques fupports, & fur la communication que le tonfeil (lett,e originnle dans l'archive) a.voit fait aux rgens en May 1713 d'un plan poul.' Jes fortiftcations, aprs avoir donn leurs avis, ils contribuerent fur le champ tout ce qu'on exi geoit d'eux, mais comme le refte des habitants lu. doient leurs payemcms, le plan n'eut pour lors au cun effet. l'.Efprit de coneorde qui regnolt alors parmi les Juifs & les fautes de leurs co-habitants, quis'toient jett~ dans un abime de difcusfions ouvrirent les yeux la Nation qui fe tint tranquille fur fe llabitations, & mit fes individus, malgr les desas tres de la Colonie, dans un tat encore trs floris f.tnt, & les eouvellet asfrances qu'ils avoient reus quelques annes avant, de la protenon des Sei ... gneurs Propritaires en Hollande par une lettre de M. Geronimo de Haas de George, ancien Bourgemaitre d'Amfterdam, faite au Gouverneur de Goyer, (*) en paniculier de maintenir la Nation dans fea droits & Privilges, qui eut tout Je fucces qu'on en attenr4oit, tranquilifa la Nation fur tous les point. Ce fut alors qu'elle renouvelloit l'affcB:ion qu~ene avoit toujours eu 1,our Je bien tre de fes co-habitanu. Es Car () C Lenr1 f! Jo rlp,nft dlltit de 1uln J7Q7, fa fr 41., les ,rditJ11. gl

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68 ESSAI HISTOR.IQUE sua LA Car les Juifs aiderent les Planteurs Chretiens avec tout ce qui toit en leur pouvoir; nous nommerons quelques uns de leurs bienfaits. Le 12 Juin 1707 ils donnerent au Gouverneur W. de Goyer 12 bons charpentiers pour achever la maifon du Gouvernement, & en JuilJet 1110: fuivant les Rgiftrea de cette date, on lui fit encore un prfent de 7~ barila de Sucre, pour l'aider en fon particulier. Le Gouverneur Couticr qui fuc. ceda ce dernier eut 4 vaches & deux genisfe& avec jQ barils de Sucre, fuivant les Rgiftres de Novembre 1719, & au Commandeur de Raif)ev~J 10 ba1ils de Sucre, ayant en outre donn au dit Gouverneur 24 boni Ngres pionniers, pour tra vailler fur fa Plantation jusqu' la fin de l'ouvrage. Le Co111mandeur de V ries eut encore 24 bons N gre. pour la mme effet, & la raifon pourquoi il les demand au:x Juifs eft porte dans fa 'lettre de fptembre 1731. parttfjllt /11 ami1 Cbretie11s 411oie111 11111aqu1 Ill 1rotM;/t f/U'ils lui 111oient f aitu. I\ l'~xeutption encore dts mat~riaux pour l~s batirnens &c. que noua ohm et cons de nommer, pour ne pa& grosfir le nombre de ces dons gratuit"s ni faire ta lage d'un devoir jufl:e & indispenfable entrt;! c,te vriiis & utiles colons, qui doivent fe traite r mu .. tijellement en frres. Nous proteftoos folemnellement devant Je Dieu fijprme, que nous n'avons point r;lpport ces faits pour les rprocher perfonne, mais nous fommes forcs dm.ontrer par des preuves authentiques que Go gle

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COLONIE DE SURINAM. fJ9 que la Nation n'abhorre point (comme avancent malicieufement fes antagonifies) les fujets du fou. verain qui les tolere ; qu'au ontraire eJle les aime & que lorsqu'elle fe trouvoit en tat, elle donnait des preuves bien clatantes de fon attachement envers eux, fi malheurcufement elle ne fe trouve plus dans le cas de le faire, Ces malheurs en font la caufe, mais non pas fes bon nes intentions. Suriname ne connoisfoit alors, ni avant l'an11~ 1720 ou 1721, que la culture du Sucre, on y a fait beaucoup d'esfais fur le Tabac, & le Roucou, qui n'eurent fuivant les Auteurs aucun effet dfirablc: ce n'eA: qu'en 1720 que les premiers, esfais de Caff fur~nt faits Surinam de quetquea petites plantes qu'un certain Han,JbMb avoit apport de l'Hor1u1 M1di,11s d'Amfterdam, (*) quoi que le t:1bleau de Surioam attribue fe.s progrs l\.1r. dt Ne,J1 (t.>-Cette plante fit dans la fuite &. pour beaucoup d'annes la richesfe de Surinam. quoiqu'tlle caufa d'abord la ruine de plufieurs plantatiQni Sucre qu'on avoit abandonn pour fe donner fa culture; denre qui avec les moyens fuffifants pour l'entretenir, eft vraiment une riches 1 plus fixe & plut asfure que le Caif; malgr~ lea ftaix d:s moulins, &. les f.:0U11fee 4!1t'prou" cette denr~ d~s les prix en Europe, principa lement en tema de paix. (Ili:) Hartflnt, lort 741. (t) hie li-3-G gl

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70 ESSAI HISTORIQUE sua u Depuis cette poque la Colonie fe trouve ,ncore augmente avec la culture du Cacao com mence en 1733, & le Coton en 1:,35 (} Sui Suivant Mr. Hartfink, Pie 741. Pour ce qui con,erno les denres & l'poque de leur introduftion dans la Colonie en contradia!Qn de tout ce que di(enc les hillQ riens de Surinam, nous avons fait nos rcherches la des. Cu,, et avec !,c,aqoup de foin exalitude, nous rommea ven111 bout cle former un tableau gnral <\c ~outes le, denres de la Colonie exportes en Europe dei,uis Je com-111encement de ce fiecle, jusqu' nos jours, qu'on trouvera 1 la fin de la premlere partie de cet ouvrage. Dans ce tableau l'on verra que mal&r la fappofition g'1~rale qu'on a communement adopt, de co que les ter rains de la Colonie n'toient propres que pour Je Sucro Je CafF & le Cacao et aauellement pour le, Coton, on y a (ait cependant beauoup d'es(ais Cur dautret denres ~ai auroientea les f1fue1 les plus favorables, fi l'inconftance dea olon1 ravofent permis. Le Tabac par effmple, fut com .. .nenc depuis 1706. & anne par anne, on a export une a1fz grande quantit, pour en avoir t des esfals, & que mme en 1749 on a export 30000 fi eo Hollande. Le Roucou, eut encore wic fortune plus brillante, r {ortl du creux do quelques petites habitations, ou on ea tVGit plant plus par curiofit flUC pour en faire un cammerce, on envor depuis IOQ jusqu' 1000 pat an. en Hollande. Mndigo dont tous les Auteu11 3ttribueut l'intred1&fon aus folns de Mr. van Jever & l'OJJicier l'Eftrade voyes tableau de S~in. l'll ... Bartfiok page 141. dan l'an 167.-G gl

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COLONIE Dit SURINA M. 71 Sui\1.ant le calcul le plus exaa: tir de la Carte gnrale de la Colonie de Surinam par Lavaux, & d'autres crits ancdens; le nombre de Plantages qui fe trouvoient Surinam daus l'an n~e 1764. ou environ) fut deja cultiv Sarlnam depurs 1708. &t deux annes aprs Jusqu' l'an 172, on avoit envoy, .iepuls 150 jusqu' 1328 en Hollancfe, qu'H fut cntiere,, ment abandonne pour introduire le Caft', dont les pr mlers grains furent ports en 1720. comme noua l'avont ~marqul ci desfas. Le Cacao qui fulvant M. Hartflnk, ,,,, 741. tabl. de Surin. page 256. fut introduit en 1733, & le Coton en i735, furent cultivs r.o Surinam depuis 1706. En outre encore de ces produttions lea anciens Habf. tants do la Colonie f f oient leurs fpeculation1 fur toutes Cortes de matieres de commerce: jusques mme A tirer de la Cire brute des ruches que les abeilles forment fur les arbres dans les f orts immences de la Colo.,,fe, fitues la hauteur de la riviere de Surinam: ils fi. rent mme des esfals (ur les mineraux de la Colonle c!c dans l'an 1736, on envoya 5 onces d'or fin en Hollande; ce qui encouragea une fociet particuliere forme e1pres fement en I 741 pour les travaux de1 mine,, qui cepea dant n'eut aucun effet (o). L;e tableau fusdit montrera plufieurs autres denres exportables de la Colonie: ce qui en s'y appliqaanc, ferofc itendre les travaux Cur toutes les clatfes des citoyen,, pour <> Voyez la dafu1 Hut1iat depui, pag, 74, iwfiui 7S4-Gog

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1'-ESSAI HISTORIQUE SUR. LA ne 1730. grands & petits, fe montoient 401. ravoir le long du Surinam depuis 3 lieues de fn embouchure, jusqu' ~o lieues en le rc moutaht, (Y compris la riviere de Para, &: autres criques) 224. & le long du Commowine, fes rivieres & crique, 177. De ce nombre les Juifs posfdoient alora9 dans la riviere de Surinam, fes criques &c. 93 habitations & en Commowinc, Sarua Casfewine &c. 22 qui font enfemble le nombre de 115 habitations la plupert Sucre, & fans pourquoi efl ce qu'on a abandonn le tout pour ne plus s'adonner qii'au Sucre, le Caff & le Coton, qui demandent des moyens pour leur culture, dont 11 plupart da Co!Ofls_font ddlicus? Pour rpondre l cet argnmcnr, on n'a qu' alleguer l'inconftance des colons; vu gue, l'e1perience nous a montr mille fois que chaque nou velle denre leur ffoit changer facilement les cultures qu'ils avoient. Nou1 avons vO qu'aprs l'lntrodulion du Caff QD a abandonne une gr:mcie partie du Sucre; le Cacao, perd peu a peu de fa culture le Coton eft aluelJement en vogue, & les premieres denres que le hafard conduira ici, feront abandonner celles ci leur tour; du moins fi Jes colons qui ont aluellement fi peu de moyen, 1occupoir.nt travailler fur d'autres branches tfagri calture que fur du Caif' & d11 Coton ; pourquoi oublient t'll le bois de Teinture? pourquoi oublier le Beaume de Copabu, la Cire, le Tabac, le Roucou mfme qui ne demandent pas tant de Ne;res pour les travaux T voyez ta de1(L11 les {avantes' rfleJCloa, de M. Firmin dam fGQ tableau de Surinam page S7 & Cui,; Go ge

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COLONIE DE SURINAM. ~3 &. fans un fol de dette ; car les avances pris aprs des negotiants de la Hollande, n'toient p2S alors connus ; d'ailleurs leur faon de vivre t oit fort fimple & rguliere le luxe leur toit tranger, & jamais leurs habitations ne furent embellis avec des batiments fail:ueux, ou inutiles. Propret, com modit de la vie, qttelque profufion dans leurs tables aux jours de fte la ~avane, voila tout leur luxe, toute leur prodigalit; les ftes finies, cha cun rtoumoit fur fon habiraton pour y foigner lui mme fa culture & c'tait peu prs auffi la faon de vivre de quelques Planteurs Chretiens de ce tems J. Et malgr les fecousfes que les Juifs prou voient de tems en tems de la part du confeil, ils menoicnt cependant une vie fort tranquille & mme heureufe jusqu't ce que les fuites des esclaves, les attaques des Negres marrons fur leurs habitations qui devenoient trs frquentes, leur ont fait perdre la douceut, & l'aifance de leur vie champ@tre. Depuis le tems des Anglais, mme avant l'po. que de 1665, il y avoit deja des l'legres fuyards dans les bois, outons leur Hilloire en abre~ par M. Hartfink lui mme (*) qui la page 756 attribue tout aux Juifs, comme nous l'avons r marque ci desfus, fon rapport mettra au jour fes contradiaions. ,, Les Depuis pog, 1SS Jasglla 757 Go gle

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14 SSAI HISORIQUE sull u ,, Les Negres de Srama,11 (ditil) tirent leur ,, origine de quelques esclaves noirs qui stant ,, foustraits la domination des Anglois par la ,, fuite, fe font enfuite fixs le long des riviere, ,, de Saramaca, & de Copename dans des con,, tres remplies de forets, & ils y ont form~ une ,, espece de rpublique, deja du tems que les An ,, glois toient encore posfesfeurs de cette partie ,, de la Guyane. Quelques uns ne ces Negres trou., verent moyen de fe faire un rtranchement dan1 ,, Para fous un chef nomme Ytnn~1 Negre de Co. r-romanlin, & del ils venoient infulter & inquie ,, ter les Plantations voifines". Nots que les Juiff n'eurent jamai I plus que deux Plantations dans la riviere de Para leurs habitations n'toient que clans le haut de la riviere de Surinam, loigns de Para de 6 lieues, & ce n 'efi: encore que pluteurs annes aprs, qu'ils ont commenc travailler les terres b:isfes, aprs que les Cultivateurs l:IoJlandois leur en ont fait voir la posfihilit & tutilit & alors ils n'eurent cependant des habitations que depuis la Plantation GeJ,ierland, k>i &ne de 4 lieues de la ville de P iramaribo; ,, Lel nombre de ces fugitifs (pflurfuit il ) ~toit es ,, tim 5 ou 6 mille en 1701 & en 1702 : s',, tant jetts fur Para ils y masfacrerent le Pro pritaire d'une Plantation, le Gharpentier
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COLONIE D! SURINAM. 7! ,\ m:iltrai~erent fa fetnme, & finirent pu emporter ,~ tout. Pendant la regence de M. Temminck ,, l'an I 721 ou t7 n, ils pilletent non feulement d:ios ,, Commowine la Plantation d'un Ridderbak; mais ,, emmenerent encore Jes esclaves dans les bois; ;, Ces cruelles vifites ugmenterent d'anne en an. ,, ne, & devihrent de plus en plus defrrulives. ,, Avant & du tems de 1\1. de Cheusfes en 1730 & ,, 1734, ces fugitifs ruinerent diffrentes Planta ,, tions en Para en Tempaty & en Peniica, & !t ils y gorgerent non feulement tous les blancs ,, qu'ils y trouverent, mais des esclaves mmes, ,, emportant enfuite tout ce qu'ils croyoient pou ,, voir leur fervir, & ils tomberent usfi fur la ,, Plantation BergenJaal, appartenant au dit M. de ,, Cheusfes." Voil bien des rvoltes, des fuites & des masfacre, arrivs fur les habitations des Chretiens par leurs propres esclaves qui ont certainement grosfi de beaucoup Je nombre de marrons dans le tms mme de Casfart ; de forte que le rapport que fait M. Hartfink au fujet des Negres des Juif.c; por te faux, & fon asfertion eil d'autant plus ha farde, qu'il ignoroit mme les hofiilits de cette nature arrives particulierement fur les habitations des Juifs; nous les rapporterons (fans crainte de donner du poids f0n rapport) nettement comme nous l'avons trouv dans nos archives, pour que les gens impanials puisfent voir, fi l'or. peut attribuer t la Nation Juive Ja caufe dil malheur de la Co-l'... 10 .. G g l

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)5 ESSAI HISTORIQUE SUR LA Ionie cet gard, ni les accufer en confequence de plus de tyrannie envers leurs esclaves, quon non attribue aux autres habitans de la Colonie. A l'exception de Ja fuite de 2 ou 3 esclaves, ce qui arrivoit fouvent aux Plantations en gnra], il y eut dans l'anne 1690, une rvolte fur une Plantatfon fitue dans la crique de Casfewine derriere Ja favane, appartenant un Juif nomm Imaiml Machado, ou aprs avoir tu Jeur matre, ils s'nfuirent, emportant tout ce qu'il y avojt, avec eux, & en 1738, une autre, appartenant Manul Pereyra, prouva le mme fort. Le premier malheur de cette nature arriv la Nation dans la perfonne de Machado, eft fl:Jrtout rmarquable par un trait qui prouve la haine que le Gouverneur vnn Scherpenhuyfen porta aux Juifs ; il laisfa le foin de rparer ce malheur aux Juifs feuls, & il leur avertit par une lettre date du 18 Fvrier 1690, qu'ils pouvaient venger la mort de leur frre s'ils le vouloient, tout de mme comme fi Machado & fa Planta tion, ne faifoient point parti de la Colonie. Les Juifs lui oberent pleinement, & dans une courfe qu'ils firent contre les rebelles,ils en tuerent beau coup & en emmenerent quelques uns qui furent punis de mort fur le lieu mme. Un exploit pa reil fut fait par la Nation en 1738; c'efi: l que perdit la vie un nomm Pcreyra, dont aucun His torien de Surinam n'a daign parler; nous y re viendrons en (on lieu. Depuis ce tems l, & jusqu' l'poque de 1a paix Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 71 paix que fit la Colonie avec les deux Bourgades de Marrons connus fous le nom de S11rama,11~ & Jlltd, il y eut des attaques continuelJes fur les Plantations & c'ei proprement depuis ce tems, & non pas depuis l'inv afion de Casfart en 1712, que le nombre de fugitifs s'efl: accru; nous ne compterons point les attaques ou un nombre pro. digieux de Negres ont fuis dans les bois. Dans l'anne 1749,les Negres de fa Plantation de M. Roma, fe rvolterent & aprs mille ,hoil:ilits ils s'enfuirent & fe rjoignant ceux des Juifs, & c6ux d'un nomm Salmer, qui avaient un petityillag_e fitu fur b crique de Juca, loign de sresque !l5 go lieurs du bord de la riviere de Surinam dans l'intrie~r des Bois dont nous parlerons dans la fuite plus en dtail; ils augmenterent cet Etablisfement, qui de rien qu'il toit alors, fc fit dans la fuite rdoutabl.e, principalement aprs ]a fuite des Negres ,le 6 grandes habitation~ qui re fouleverent Ja fois Tempaty en 1757, (en droit ou il n'eut jamais aucune habitation de Juifs,) app:irteoants l\'Iartin Pater, & d'autres, dont le nombre enfemhle avec ceux de Toma, peut tre port fans exagration malgr ce 'lue dit M. Hartfinck celui de ,oo 6oo esclaves. l'Anne fuivante, ils attaquerent lJ Plantation Palmaribo fitu ct de Ja Savane des Juifs, dont les Negres qui ~voient t d'in telligence avec eux s~nfuirent au nomhr e de presque 150. La lllantation la Providence .en Su-F 2 ri Gog

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78 ESSAI HISTORIQUE sUR LA rinam & la Plantation Onoho en Casfewine, ap partenants aux Juifs, fubirent dans hl mme an ne, le mme fort, & tprs que les rbelles curent incendis les batimens, ils emmenercnt avec eux le nombre de presque ,~c esclaves. Nous avons par qui vient d'tre dit vu, l'tat ancien d~ Ja C o lonie en gnral & en parcicutier ainfi que celui des Juifs par rap port leurs richesfes depuis le commencement de la Colonie jusqu' l'anne 171~. Voyons pr fent leur tat politique aalors, leurs influence, leur pouvoir & la bienveillance mutuelle des Colnns en gnral. Les pieces justificatives qui contiennent les pri vilges de la Nation montrent incontefablement que tes Juifs Portugais fe font tablis en Surinam, fur un pieJ plus heureux & plus favorable que dans aurun endroit de l'univers ; ils toient mis en un mot alt rang
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COLONIE DE SURINAM. 79 ei~ns rgistres de la Nation,) pour aucun cas dont Ja fomme des prtentions toit au cksf()us de f 600 florins. Leurs individus formoient une cnmpagnie de Bourgeois fous le commanoement di rect dun Capitaine & fes Officiers. l5r ceux ci aux ordres du Cofdl; air.fi toute la Nation coit fous fa fubordination d'un nombre de perfonne s qui formaient le tribunal politique, civil & ecl f !lique connu fous le nom Hebreu de Mahamed, ou R gens dputs de la Nation Juive Ponugaife: & tout ce qui ne contrarioit point aux loix du Pays, & qui ne trou voit Ja dispenfation exprime dans les Privilges, toit jug par les Rgens en dernier resfort, & en vertu lie l'octroy de L. H. P. cd aux Proplitaires de la Colonie en 1682, ils contrib1,10ient galement en qua lit de Bourgeois la nomin:ition des MagiO:rats Politiques de la Colonie. Et fi ,ies le commencement les Juifs n'avoient point rnonc d'av oir des connoisfances for des affaires criminelles de la Nation au moir.s en premier rsfort, le droit d'autonomie ansienne ment connu d'eux dans le temps des romains y ferott complet dans toutes fes circonO:ances. Et quoi qu'au fujet des emplois honorahles & lucratives de la Colonie, les premiers Juifs riches & leur aife, ignorant d'ailleurs la langue du Pays ne fe donnerent point la peine de s'en rvetir fuivant leurs droits, la piece juO:ifi.catire No. 3., montre ce. pendant l"employ honorable & difngu qu' eut Jojeph NJu/1, en vertu de la commison du Vis-F l Go gle

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80 ~SSAI HJSTORic1tJE ~cil L.\ '-ce-Amiral Krynsfcn, & dans la fuite du rems, nous trouvons encorB dans nos a rchives, que les Rgens croient les emplois dont ils avoient befoin pour le fervice de la Nation. Sam11el N11sjy outre fes emplois, & Jeof. S11n:at41, furent Notaires Publics connu fous le nom de Jur"lltor, & Ab N11n11, fut fait en Janvier 1682, arpenteur jur, qui fervoit aux Chrtiens & aux Juifs galement, & dont les c a rtes fe trouvent encore aujourd'hl!i fuivant l'aveu des arpenteurs fuccesfifs, tre ocs plus exactes. Leurs mariages f e faifoient alors parmi eux avec Je droit de toute lgitimit & Jeurs contrab de mariage pasfs devant Jeurs Rabbins fuivaot leur rit, a voient Je droit de prfrence fur toutes les dettes, en faveur des femmes. Leurs rentes de meubles & immeubles pasfs fimptement entr'eux, a voient le droit de proprit des qu'ils toienr enrgiftrs dans rarchive de Ja Nation; & de 1:t mme faon toknt leurs teftamems, & autres dispnfitions fans Jamais avoir hefoin de remplir les formalits quexige fa jurisprudence devenue un Cahos & un fla u pour fes hahitants des Colcr.ies, par rapport aux dlais qu'ils ~prouvent dans leurs affaires & les fraix normes quils ont payer la Secretairie, auquel abus cependant on vient dans ce moment felon que nous fommes informs, d'apporter des rmdes qui ont t propofs tapprobation des Seigneurs Propritaires. Tout cela ne caracteriferoit encore rage d'or de la Nation en Surinam fi elle ne jo~dsfoit conjoinc-Go gle

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COLONIE DE SURINAM. St joinctement de la confidration de la part des Co lons en gnral, aime, rvere mme par eux. lis jouisfoient de la flicit la plus complette; car quimporteroit les Privilges d'une Nation qu'importeroit fes droits, fi elle ne pouv a i t point fe concilier l'affection du peuple parmi lequel elle vit. Nos privilges feraient certainement encore aujourd'hui le bonheur des Juifs de la France & de l'Allemagne, & peuttre mme de ceux de l'Italie, fans exepter ceux qui vivent fous la domination du bienfaifant Leopold de Toscane, la vue du lieu de la fcne ou leurs ancetres furent perfecuts & caufe de Ja mme rligion qui ls tolere aujourd'hui ils devroient s'fmer heureux; mais pour les Juifs de Surinam accoutums fe voir confiders, de riches qu'ils taient, devenus pauvres, & pour furc;roit de malheurs ddaigns & fans aucune autre rcffource que celle que leur donne leur imlufirie, ils ne fe trouvent cerrajnetn~nt pas dans la mme circon!l:ance que leurs freres en Europe; il faut des yeux philofophiques qui connoisfent le caractere &. les rplis du coeur humain, pour fet1tir cette vrit dans toute fa force: d'ailleurs chaque hom me, chaque Nation doit remonter la caufe qui a produit fes immunit! & la caufe qui les leur a fait perdre, & fi le caral:ere & les prjugs de la plupart des peuples parmi lesquels ils vivent fe trouvent en contradiction avec les vues fajnes & la protection difiingue de ceux qui nous donnent b loi en Europe, & que par l'loignement du F 4 lieu G gl

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~h ESSAI IIISTORIQUE SUR 1.A Jieu ou refide Je pouvoir legisbtif, 1:i bienveill:m~ ce, fe trouv affoibli-e, la masfe du o;ial augmente, & le depit qu'prouve la morale rejaillit mme fur. le phyfique. La fuite de cet ouvrage montrera f;i nom~ nous trompons ou non; pourfuivons. Les 1irivilges de la Nation n\!sfl1ierent en onf-equence aucun chan.gement esfentiel hormis en un feu! point. Dans le commencement les Juifs fe mariaient entre eux conforme leurs lob,, l'gard de leurs parentes; les Etats gnraux par des raifons rferves la fouverainet, ont trouv bon d'ordonner par une rfolution date du 30 l\'lai 1704, que d'oren:ivant auun habitant de la Colonie ne fe marierait, que f.ivatlt le contenu des ()rdonnances politiques des Etats d'HoUande & de 1'I Frife ocidemale de l'an l~So:. ddarant neanmoi-ns CJ.Ue les mariages contrats jusqu' b date de la rfolution avec les enfons qui en font ns, pour l gals, & legitimes, & pax: rapport ceux qui s'en fivroient ils ne fotont point concter.s comme lgitimes, moins que l'alliance ne foit fakc devant deux magiilrats de la G:olonie, fui-va nt la loi de b :r:publique. Cette ordonnance tt fon eff-et, & lorsqu~un Juif vouloiem fe marier avec f-a parente permis par la loi de Mofe & dfendu par ce He de J. C. ils s'adresfoient au confeil pour dmander J.a dispenfation l'xemple de ce qu~on fait ordinaii:e en Hollande & la cimande toit toujours accor
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COLONIE ni SURINAM. 83 f=al de la Colonie; mais dpuis quelques annes, le Fiscal ac1uel, M. Karsfeboom aprs avoir d onn de bons avis la desfus dans les annGs prcdentes, trouv bon de marquer atue11ement des Joutes (peuttre fonds) dans les rapports qu'il donne au confcil, ce qui nous est inconnu, dforte qu'avaut qu'un Juif puisfe fe marier en vertu des Privilges il faut qu'il attende la dispenfation des Etats Gnraux, d0nt la bont & 1a bienveillance ne manquent jamais d?.accorder la dmande qu'lon leur fait ce qui cependant occafionne beaucoup de fraix. C'est ici le lieu ou nous devons parler des Juifs allemands, qui n'ayant t en 1690 qu'au nom bre de 40 a 50 perfonnes s'agrandirent au point d~ compofr al:uelltment, plus de la moiti du nom bre de leur freres les Portuguais; ils taient a lors fous Ja dpendance de ceux ci, qui les aiderent dans tout ce qu'ils avaient befoin & comme leur tat toit celui du Commerce & du traficq, Us fe fixe rent Paramaribo; aids enfuite du travail de leurs mains fans courir les risques ni les defastres at tachs l'agriculture, ils commencerent peu peu ameliorer leur fort : leur nombre s'agrandit par ceux de leurs freres qui venoient en foule de rEu rope. Leurs cercmonies Religieufes taient la facon des Portuguais, & ils ne connoisfoient mme point, ces manieres ridicules qui les font tant tlistinguer des Juifs Portuguais, comme le remarque le Ba-F S ron gle

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84 ESSAI HISTORIQUE sua LA ron de Bielfeld '(*). Et quoigu'Hs n'eurent jamais s'ingrer dans la regie de la Nation, ni fe mler avec les Portuguais par des mariages, ils vivoient cependant avec eux dans une bonne intelligence, comme resfortant du nombre des individus de la Nation en gnral; mais auslitot qu'ils commen cerent fe fentir au peu pf us leur aife, ils fusciterent des querelles aux Portuguais, & oblige rent aux ci pour eviter des fuites qui pourroient leurs devenir dangereufes fe feparer d'eux entierement; ils s'Jdresferent en confoquence aux feigneurs de la Colonie qui firent un arrangement entre eux fuivant un ate authentique infer dans le livre es Privilges en date du 10 Septembre 1734. de forte que ces deux nations fe trouvent depuis ce temps fepares, ayant chacune fa Synagogue & fes r. gens, indpendants l'un de l'autre.; & quoique les Prvilges furent ceds au Portuiuais, ils jouisfent cependant de toutes fortes d'inmunits, tant comme Juifs que comme Bour~,eois., l'exeption d'avoir des propriets la Stru1t11,, du droit d'avoir un tribunal de Justice Civile & de .Bourgeoifie particuliere de la Nation, & quoiqu'il n'aye point parmi eux des particuliers ausfi riches que quelques Port4guais, com-() lnitutions politiques. tom; :,. page 18. Leide 1772. Du. Lignon Bibliotbque judaique, page 39, de Pinto, apolog!o des Juifs, page 17. Martiniere, Savary dans leurs dictionnaires au mot AJ12fferdam, & plufiewa aauts. Go gle

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COLONIE DE SRINAM. 8J l g~nral de la Nation n~ayant pas eu des occafions comme les Portuguais facrifier un~ partre de leurs biens pour foutenir les Privilges de la Nation, ni befoin de fe mler des querelles du Gouverneur Mauritius, (dont le detail fe trouvera dans le cours de cet ouvrage) les Juifs a llemands fe trouvent en beaucoup meilleur Etat que les Portuguais; peuttre quon ne trouvera nulle part, des Juifs alle mands pris en gro5, qui :iyent les manires de ceux de Surinam, & les rflexions de ces auteurs qui remarquent de la diffrem:e entre cs deux nati ons feraient bien deplaces ici car txception de quelques fuperfiitions ridicules, & un peu trop ae bigoterie, (gnralement parlant) la diffrence en est fort-peu fenfible, & elle ne Je feroit nullement, fi une prodigieufe quantit de Polonais venu ici p:ir intervalles, ne les avaient pour ainfi dire gars en introduifant leurs manieres. Nous avons fait. voir par le recit ci. desfus, ,tat de la-Colonie en gnral, par rapport ce queHe eut eifuyer dpuis fon commencement, jufqu'au malheureureux venement avec Casart Voyons prfent le rfultat d~ ces venemens, qui produi .. firent des mcontcntemens & des plaintes contre les Seigneurs Propritaires & l'gard de l'tat des fortifications., & des ordres f.uprmes de LL HH. PP. en 171i & 1713. Quoi qu'il en foit de ces ordres, il fe pasfa encore plufieurs annes avant que ron pt convenir de gle

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8G ESSAI HISTORIQUE sua LA de quelque chofe, & ce ne ft que fur la fin de 1733, que les feigncurs de la Colonie arretrent avec les colons quelques articles qui furent approu rs par L. H. P. en date du 19 Decembre, de la mme anne, & en vertu desquels, ,, la Colonie ,, dvoit tre mife dans te terme de fopt annes, en ,, bon tat de dfenfe, au moyen des fortifications ,, que l'on fe propofoit d'y confiruire; les Direc ,, teurs s'engagoient y envoyer de l'Europe les ,, ouvriers, & les materiaux necesfaires & les ,, Colons fourniroient un nombre convenable 's,, claves pour travailler ces ouvrages, & que pcn,, dant ces fept annes les Direl:eurs contribueroient ,, annuellement pour la fomme de vingt miHe ,, florins, & les habitants, pour celle de foixaute ,, milJc, perus fur ne taxe qu'on impoferoit fur ,, les produits de l'agriculture, & fur les habitans ,, qui n'taient pas compris dans la clasfe des Plan,. teurs'' Quelques diffrens qui s'taient lvs dpuis entre les deux parties contr-atantes au fujet de l'excution de cette convention ont do11n lieu, de nouveaux articles figns Paramariho Je 6 Mar.i 1748. & ratifis enfuit parL.H.P. le16Janvier(*) de forte que la Forteresfe nouvelle Amfte.rdam, fi. tue de manire qu'elle dfend l'entre des rivieres. de Surinam, & de Comawyne, ne fat acheve que pre.s-(*\ Suivant Hartfink, dpuis page 718 jusqu' 739. Go gle

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COLONIE nit SURINAM. St presque 16 annes aprs la date de la premiere con vention. Ce fut le bonheur le plus fenfible que la Colonie ne fut point attaquE-dpuis Casfart jusqu' ce temps l, ce qui auroic t d'une confquence bien triste, vu les disfentions qui rgnoient depuis 30 ans parmi les Colons, les Magifirats de la Colonie, & parmi une partie de ceux ci avec 1e Gou verneur, d'autant plus que les attaques des mar rons toient devenues fi frequentes, que perfonne n'ofoit fe tenir longtems dans les habitations, fitu~es vers le haut des rivieres. La Colonie dvenue le thatre d'une guerre per .. ptuelle, & les habitants fe voyant ainfi perfcu ts par leurs propres sclaves, furent contraints de faire marclier contre eux des detachements de troupes, pour les reduire par la force des armes. On a fait en confequence plufieurs campagnes, qui ont cout des fommes immenfes, la phlpart fans fcces ; de tems en tems les Colons eux mmes ont pourfuivi les rebelles fous le Com mandement du Capitaine de la hourgeoifie Juive David C. Nasfy, & du Lieutenant 1s. Carrilhos, pour la rlviere de Surinam, & M. M. van Vhee len & Lemmers pour celle de Cattica. Le dernier avec fon detachement, fit une courfe opiniatre en 1730, ou aprs avoir traverf plus de 36 montagnes il entra dans les demeu res des marrons, fans y avoir trouv perfonne ; cependant il ruina leurs vivres &:: tout ce qu'il y lrOY G gle

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88 ESSAI HISTORIQUE sua LA trouva & bruJ leurs cabanes, & aprs fon retour la ville, le Confeil dpcha le Capitaine Nasfy, pour y tenir ferme avec un detachernent de fa com pagnie bourgeoife., & dans la mme anne au mois de Juillet, on dtacha encore un granl detache n:~nt fous les ordres du Capitaine Bedloo & de l"Enfeigne militaire Swallenberg; ce detachement, couta p1us que tous les autres, & n"eut cependant aucun effet fur quoi les Seigneurs Propriet4ires prirent la rfolution de ne faire marcher contre les marrons que des foldats, qui dan~ ce temps la eu rent moins de fucces qui Jes Bourgeois, ce qui le, :fit dans la fuite rvenir eux; & dans une expedi tion qu'ils firent Saramaca, ils prirent .!26 Negers Marrons Vifs, & 16 de tus, & ces detachement furent continus dans la fuite p;ir Beinet, Nasfy, Visfer,, van Gieske, Metschler, Knoffel, van Daalen, Brouwer, &c. (*). Da.ns le reit, que font ces auteurs des xpe ditions des Bourgeois contre les marrons les Juifs ne font nomms qu'avec indifforence; rien, de tout ce qu'ils avoient fait avant & dans l'intervalle de ces dates n'a point merit de trouver place dans leurs crits: ainfi nous tacherons de mettre au jour les expeditions les plus heureufes qu'ils firent contre les ennemis communs du pays ; ofant foutenir en fa. () HartGnk, page 758 jus.qu'4 Ri,beffe delfl HolJande, tom. 1. pog. 305 jusqu' 31~. T,bllau tle Swinara, 14ge 138, 141 fi ISh Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 89 face de tout l'univers, que fi leurs dtachements ne firent pas plus de progrs & moins de fr a ix que tous les autres, ils furent au moins galer les chrtiens en courage, en ordre, & dans le zle ar dent de fervir la Colonie. Le Capitaine David C. Nasfy, fut de tous temps un homme rohuste, accoutum aux travaux des Plantations, &
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90 ESSAI HISTORIQUE SUR LA ,, faire (*).,, Il n'toit alors qu'Officier fuba! terne fous le commandement du Capitaine desjuif8 Jacob d'Avilar; en confquence il fit dans l'anne 171~ dans la riviere de S a r a m a ca une expedi tion contre les m~1rrons
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COLONIE n-.: SURINAM. 9r au Capitaine Nasfy, de faire un dtachement com pof de fes Bourgeois, pour renforcer Boey en cas d'att2que ou de dcouragement; Nasfy par tit fuivant fes ordres, accompagn de fes Indiens, & au milieu du chemin, il rencontra Boey qui fe retiroit avec prcipitation parce tl}U'il avoit eu le malheur d'avoir en route un homme de tu6 par quelques fugitifs, qui par hafard rncontre rent le detachement en chemin; Nasfy eut beau le prier de pourfuivre l'xpedition avec lui, qu'il fe faifoit fort de Je.s attaquer dans 2 ou 3 jours tle temps, Boe}' r~fufa net; de forte que Nasfy prit fur lui de mar~her ft!ul avec fon detache ment contre les ennemis, qu'il eut le bonheur d'attaquer dans leurs habitations, ou il fit quel ques prifonniers & en tu, 1 un bon nombre. Sur ces entrefaites on fit un procs criminel -l'officier Boey,qui fon tour accufa le Capitaine Nasfy, & fur la pourfuite que fit M. le Fi,Gal contre les deux, M. Boey fut deelar cou pable, & enfuite puni; ce fait est attest par des loges, & des vaudevilles que compota en ef pag nol un pote juive, nomme Bien 'IJtnida dll Monte, l'honneur du Capitaine Nasfy. 0.Jns l'anne 1738, les Negres d'une Plantation en Sarua appartenant au Juif Manuel Pereyra compof des Negres de Coromantin, les plus r doutables de tous ces Afriquains, fe rvolterent, f(. tuerent leur matre comme nous l'avons QlU ~ue ci desfu~. M. J s. Arrias, ancien officier da L p Al\ 'Ili. G Il Go gle

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91 ESSAI HISTORIQUE SUR LA la Bourgeoi{ie Juive qui avoit deux grandes habita tions aux environs du lieu de 1a rvolte, dpecha un nombre de Bourgeois volontaires fous le commandement de deux fubalternes Ifaak Nasfy & Ab. de Britto, dans laquelle expedition M. Ar rias, fournit tout ce que le detachemeflt avoit be. foin fes fraix, envoyant encore en outre tous ls bons Negres qu'il avait fur fes habitations; fexpedition fut fi heureufe quaprs 6 femaines d'abfence, fans que perfonne fut le fort de ces volontaires le detachement rtourn:i avec 47 prifonniers & 6 mains de ceux qui nvoient t tus; ausfi le conf eil fuivant nos archives pour r compenfer leurs exploits, gratifia de f 75. chacun des officiers, de / 36. chaque Uourgeois, de/ 2c. chaque Negr arm,& de f 5 chaque Negr porteur de Vivres: mais le genereux 1\1. Arrias, qui cette expedition caufa beaucoup de perte fes habitations n'eut ce que nous favons aucu ne rcompcnfe, pas mme un rmertiement par crit de la part e M. M. du Confeit .. 1\1. Hartfink, rapporte encore q.l'un vilfage desrbelles, connu fous le nom de ceux de Creoleit (nom qu'on donne ceux qui font r.s dans le 11ays) )es plus rdoutables de tousJ les ennemis, caufe des rufes & des connoisfances qu'ils ont acquis par le commerce des blancs depuis leur nais fance, fut dans l'arme 1731 attaqu & ruine de fond en cornbl~ par le Capitaine Bley; cepen dant il eft connu que cette troupe de .Negres fui-vo G gle

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COLONIE DE SURINAM. 93 voit toujours fon train dans les hostilits COLtre ies Blancs, & que ce ne f11t que clans rar.ne J 7.43 dans le tems du Gouverneur Mauritius~ qu'elle fut anantie a point que depuis ce tems on ne cnnnoistoit plus ce vi11age fous Je nom qu~il avoir av:1nt, & cela encote par le courage intrpide du Capt. D. C. Nasfy. Celui ci quoi qui deja: fort aj!,partit au mois d'aoutdeladiteanne avec 27 Bourgeoi ~ 1 f oldats, 15 indiens, 165 Negres & 60 Canots, fuivant un plan qu~il a voit form, & prfent au confeil Je 1 Juil1et 1743: aprs avoir mont la riviere de Suriname & paif plutieurs catarates qui fe rncontrenteri montant Ja riviere; H fe mit en marthe & les ennemis furent attaqus dans le j o ur de Kipoar, 011 d txpiatrDn dis j lJi(i & fans aucun menage. ment pour ce jour facr, il pourfuivit les enne.; mis., mit le feu a Jeurs cabanes ruina le village de fond en comble arracha ctc la terre les racineS' de leurs vivres,fit 14 prifonnfers, & tua un grand i10mbre. Cet exploit tonna toute la Cofonie, & l'envie qui ~toit dpuis longtempsdeclare contre les anons de ce Capitaine, eut de quoi exer cer fa noirceur cauf de quelques fautes corn tnis par le dit Capitaine, malgre un fuccs ausfl brillant ~*J. Voici le fait ; le apitaine a~oit def or. (') Pour confirmer tout cela, en tontradiaion de co -,ac dit M. Hartfink, page 766, on peut demander aut N~ G gle

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9~ ESSAI HISTORIQUE SUR LA ordres dentrer dans le village de ces croles, d~ les attaquer de ruiner tout & d'en donner ince~famment avis au confeil, faus fortir de l'en. droit jusqu' nouvel ordre; mais au lieu d'obfer ver ces ordres fa troupe parmi laquelle il y avoit un de fes frres & un fils, qui les Indiens & les Negres firent croire que les marrons, avoient em poifonn les criques & qu'ils n'auraient dans la fcheresfe ou ils toient, point d'eau boire, commencerent murmurer fi fortement, qu'il fut forc de retourner avec fes prifonniers & d'appor ter lui mme la nouvelle de fan expedition. A fon arrive, qui fut le 14 Otobre de la m~me anne, fes amis lui firent connaitre 1a faute qu'il avoit faite, & qu'il dcvoit fe prparer fe disculper au moins avec l'apparence de raifons, car fes enne mis & envieux taient prets le noircir devant le confeil: mais lui fe flattant que la rusfite d'une cxpedition qui toit regarde comme presque im-pos-Negres de juca, nos nouveaux allis, ra verit de ce fait&: alors on [aura qu'ils ont nomm ce vill~ge, rie CreoJes raf par Nasfy, de deux mani~res; ~ri -gti. & Nasfy Broko. Gri-gri dans le jargon du pays, ou Negrean glois fignifie metaphoriqucrment le fon qae font les piecfs nuds fur la terre, lors qu'on court vite; dem ron gri. gri veut dire, ils ont CQUru tr 'Vite en fuyant, Nasf 1 Brolco, fignifie, Nasfy la dmolit. car Broko, veut dir~ d~ak,ment dmolir, caafer, romprt, ruiner, &c, G gle

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COLONIE DE SURINAM, 9:; p-0slble lui ferait obtenir quelque indulgence de la part du confeil s'y prefenta que lques jours aprs fon arrive avec toute la confiance posfible. Le confeil, principalement le Gouverneur Mr. Mauritiqs l'accabla de mille accufations, entr'autres d'avoir t des mains des Negres apparte nant des chretiens qui fe trouvaient dans cette expeditions, le bJtin)qu'ils firent for les marrons pour les donner ceux des Juif,; d'avoir depenf trop de vivrei qu'il avoit ;ipport aux bois; &. fans entendre fa dfenfe, on le condamna rp1. rer les prtendus torts fait aux Negres ex quel qqes Indiens, '5 QQ lui prpara en outre n Pro ces Criminel. Cette rception & les accufations inattendues qui faifoit crouler d'une fois l'difi ce de toute fa gloire, firent un effet fi terrible fur le cccur de ce brave homme, qu'il prit une fievre, qt termina fes jours l'ge de presque 07. ans. Par fa IllOrt M. Js .. Carrelho fut lu Ca pitaine fa place, fuiv2nt fon ate date de De embre de la mme anne I 7 -4-3~ Malgr toutes ces expeditions quelques fois fort heureufes des Bourgeois chrtiens & juifs, les bois fe remplisfoient de jour en jour de nou veax fugitifs, les hem~ns des rtraites, ou la connoisfane des forts toit devenue trs facile aux efclaves caufe des .expeditions continuelles qu'ils faifoient avec les blancs, & qui leur enfoi gnoient pour ainfi dire les fentiers frcrts pour: fe fjo111lre aux marroni : cette r;\ifon & beaucoup G 3 d'au gle

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p6 ESSAI HISTOR[QUE suR L4 d'autres firent concevoir un plan au Gouvern~ur Mauritius, l'imitation de la J arnaque pour faire la paix avec les marrons de Saramaca~ qui toient en plus grand nombre, & en fuite aiclt par eux de de truire ceux de rautre cot de Surinam ; ce rlan f~t propof au confeil, & aprs mille
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COLONIE DR SURINAM. 97 deux detachements dvoient fe rj oindre en e u de befoin apr s quelques tems d a n s un c e rt a in ~ndroit l,a hauteur de ces deux riviere s lVT. Naar eut le bonheur da rncontrer des traces de fugitif s &. marchant fur fes traces, il dcouvrit en les fuivant une grande peuplade qu'il att a qu & rduifit en c~ndres a y ant fait 37 Negres pri fonniers & entr'autres le Chef des rebelles nom ,:n Coridon, que Je Confeil avoit ordonne de prendre viv~nt, fi cela toit posfible ; il l aisfa en outre un fort deta chement pour p o urfuivre ceux qui taient chapps, lequel amena encore io Negre s viv a nt s ce qui fit le nombre de 57, outre un grand nombre que le detachement dt: Mr. Naar, a voit tus cette occ afioa, Ceux des rbe11es qui cependant chapperent de l' a tt a que eurent le malheur de tomber du c t ou mar choit M~ Rynsdorp, qui en fit prifonnier un grand nombre, .ce fait e s t confi:a t p a r un prfent de 1~ valeur d e / 15.,. & une caffetiere d'argent que le conf eil fit au dit M, Na ar, avec lei armes de 1a Colonie graves de sfus (*). Les rage que les Blancs conurent contre l e s Negres le s fupplicc s cruel s qu'ils firent fouffrir aux deferteurs ne contribueren,t comme n o u s ra .. vons dj remarqu qu~ugmenter leur audace, & le 0 (*) Voyez deux rfolutions du Confeil du 10 & u Mars 17$0 piece No, 10, 1 & 2 L0 G4 gl

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S>R ESSAI HISTORIQUE~ SUR LA le penchant qu"ils avoient 1fa defertion. Parnu une quantit de villages de rbelles pars dans les forets immenfes de la Colonie, lo igns des habi tations de 25 30 lie us, il y a voit une petite bour-gade fur une crique appel Juca derriere une mon~ tagne d 'une hauteur pr.odigieufe : ces Negres, cnm me nous l'avons marqu ci-desfus ne fe trou. voient point jusqu' 1749 en nombre fuffifant pour commettre des hostilits m'1.is cependant comme dans la mme anne leur nombre : s~accrm par celui des Negres de Toma, ils eurent le courage de fe jetter fur l'habitation d'en Juif ,connu fous le nom de Auca, fitue plus haut que lia Savane, ou il y avoit 50 sclaves fans aucune dlefenfe; ils y brt1-Jerent les ma.ifons pillcrent tout i!( enleverent prs que tous les Negres grands & petits qu'il s'y trou .. voit ; cc fut la premire hostilit i que cette Bourgade de Juca devenue fi rdoutable apr s la fuite des Negre5 de Tempaty en 1757, ~1ye fait: & quoique Gette attaque confi:erna & mit en allarmes tous les habitants du haut de Ja riviere, ils la fuppofuient pourtant ~tre caufe par les Neg 1res de l'habitation mme qui senfuirent rl'eux mmes, fans avoir t pris par les marrons. rOfficier d i e Bourgcoifie Juive, M. If. C. Nasf},, jeune encore & fans exp rience encourag malheurcufement par cette der ... 12iere fuppofition, connoi s fant en1 outre le peu rle force qu~avoit cette habittion d'Aut, ramasfa la h4te douze de fes amis tous jeunes g~r.s accompagns de leurs meilleurs esclaves, & avec peu Go gle

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COLONIE nE SURINAM. 99 peu de munitions de Guerre & de provifions pour 10 12 jours ils partirent fans perte de tems la pourfuite des fugitifs, & fuivant leurs traces, il, rconnurent qu'ils avaient faire une troupe de Gens arms, & en gr:ind nombre. l'intrpidit de l'Cfficier au lieu de rculer, le porta les attaquer, & foutenir une escarmouche des plus fanglantes; quoique la force toit fi ingale, les blancs fou tinrent le combat depuis le matin jusqu',mfoir, mais ayant eu le malheur de voir tomber ct d'eux le Bourgeois Abm. de Britton un mulatre juif, & 3 ou 4. de leurs bons esclaves, ils perdirent courage; l'Officier Nasfy, qui daus l'action avoit reu un coup de fufil dans fa jambe fit de grand efforts pour ranimer fes gens, mais ce fut en vain, ils prirent la fuite dan, Je plus grand desoPdre, de for. te que le pauvre Officier, qui ne pouvoir presque marcher t caufe de fa blesfure delaisf par les fiens, ft pris vif par les ennemis, qui lui firent fubir (iivant le rapport que ces inhumains en ont donn lors de la paix conclu.e avec eux en 1760) la mort la plus cruelle; ils nous ont asfurs plu -fieurs fois d'avoir perdu dans ce combat plus de 20 hommes, entr'autres deux des principaux chefs de leur boargade, & que fi ce n'avoit t caufe de la mort de ces chefs, dont les familles s'a charnoient tirer vengeance des blancs ils J!auroient gucri & entret~nu pour avoir le plaifir de f e faire f ervir par un blanc. Tous ces exploits & beaucoup d'autres faits par G 5 les Go gle

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JCO ESSAI HISTORIQUE SUll LA les Juifs, (qui, quoique connus de la Nation, nous ne decrirons point, parce que les archives de la Colonie, ne nous ayant point t ouverte, nous ne pouvons mentionner les dates de, expditions, ni le nombre de fugitifs amens, par diffrens Officiers de Bourgeoifie ,) mriteroient certainement d'avoir t configns, dans l'Hiftoire de Surinam; d'autant plus, que de tous les faits qui y font rap ports, aucun neff: accompagn de tant de progrs que ceux des Juifs, do.nt mous venons de faire mention; & fi nous avons rfolu de debrouiller le cahos de nos vieiJles archives d'examiner les diffrens papiers des Cipitaines & Officiers de Bourgeoifie qlle chaque famille refpective eut foin de confervcr, & de nous informer eucore de-nos vieillards qui fe trouvent en vie, ce n 'etl JJUlleme.nt dans l'inten 'on d'lver le mrite de ta Natron au-desfus des Chrtiens nos compatriote,; mats c'efi rlans la vue de faire connatre, la disfimulat:ion ou bien rigno-rance des Auteurs qui ont crit fur Surinam, Les Juifs ont e tour tems contribu de Ielir fang, de leur argent, au bien-tre de la Co Jooie; ils ont brav tous les prils, facrif, leurs prjugs rligieux, faerifice, du, fans flattetie la protection que les Seigneurs Proprietaires leur on.t toujours ac-corde quoique mille fois lude leur insu par Ja haine & l'envie heureufemeut fort gratuites q1fon leur portoit. Nous nous flattons que perfonoe ~e nous faura mauvais gr d'avoir nous rnme tach (le jufiifier par le {apport des faits vddjques, la Na. G gle

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COLONIE !)E SURINAM. I~ Nation laquelle nous appartenons. d'Ailleurs,~n rapportant ce que les Juifs ont faits, on n'abaisfe point 1~ mrite des braves Chrttiens, qui ont fat tout ce qui toit en leur pouvoir, pour le bon heur de la Colonie. Cette espece de victoire remporte par le$ ennemis leur nombre devenu prodigieux 31>r~ Panne 1757 comme il ef marqu ci-desfus. augmenta le courage des Marrons, & mirent la Colonie deux doigts de fa perte, au point qu'il ne retl:a d'at.ttre rsfource que celle de faire la paix avec eux; de forte que ce que la
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10, ESSAI HISORIQUl'i~ SUR LA fur les disfentions domefi:iques de la Colonie, qui lui furent fort onercufes. L'accord que les Colons firent avec les Sei gneurs Propritaires en 173~, au fujet des fortifi cations approuv par L. H. P. en date du 19 Dcembre de la mme anne_ & que des difficults empcherent d'avoir lieiu, comme nous l'a vons dit ci desfus; fut de toute:mps le germe de la discorde. Les Colons devient par le dit accord contribuer annuellement penda1t1t fept annes la fom. me e foixmte miJ1e florins,, & ces Seigneurs cel\e de vingt mille. Quelques autres diffrens qui s'etoient lves entre les demi: parties comractan tei au fujet e la pereeption de cet argent & l'execution de tct accord; ont donn lieu de nouveaux articles figns Paramaribo Je 6 Mars 1148 & ratifis encore par L. H. P .. les Etats Gnraux le 16 Janvier de r~tnne fui vante; pa, lequel les articles 27 & 30 de l'octroy
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COLONIE nE SURINA M. 103 fur des bagatelles de peu de confidration cher chant fouvent des querelles contre tous ceux qui leur fembloient attachs aux Seigneurs Propri~taires & combinant ces diffrens avec des particula rits perfonnclles ils formerent un cahos de plaintes & de tracasferies contre le Gouverneur Mauriti .us t & quelques Confeillers au fujet de la paix qu'ils avoient faites avec les Marrons de Saramaca, que nous avons rapport ci rlesfus & au fujet de quelques impofitions qu'ils vouloient met trt-fur les objets de luxe de la Colonie en Gnral. La politique de M. Mauritius. fa capacit, posfedant plus les lettres, que tous fes adverfaires cnfemble, &. qui ref prit porique f tifoit lacher ,1uelq11efois des expresfioni un peu mordantes ou fatiriques contre ceux qui s'oppofoient. fes ides, trop fines pour etrc fenties d'abord, exciterent la haine ontre lui; & attribuant toutes fes actions au feul penchant de dominer, ils fe mirent confidrer fon adminillration & ceIJe de fea matres avec trop de prtvention. Mr. Maut1tius. d'abord tranquille, & enfuite agit par les pas ons perdit galement de vue les bornes de la discrtion, & tout fut mis dans l'tat de la discorde la plus complette ; chaque parti ne cherchoit qu' augmenter le nombre de fes partifans, pour s'entre-dchirer par des crits foudroyans & li centieux dans toute la rigueur du terme. Le dpart pour la Hollande en 1747, de M. Du Pies fi5, ennemi mortel du M, Mau.dtius pour former de1 gle

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JC4 ESSAI HISTORIQUE sU& LA des plaintes contre lui fournit des occafions favorables pour y ajouter de nouvelles, contte le Gouverneur & contre les Seigneurs Proprie taires Le Juif," dit M. de Pinto, Lettres de tJltel ques Juifs Mon'fieur de Voltlire f tom. 1. tng, 1:3-,, en un Camlton qui prend partout ls couleurs ;, des diffrens climats qu'il habite ,. des diffrents ,, peuples qu'il frquente, & des diffrentes formes ,, de gouvernemeri-t.s fous lesquels il vit, "en confe guence au milieu de tant de discusfions; les Juifs ne furent fe tenir JJeUtres; la partie adverfe de M. Mauritius fa: gagner M. J. Carilho, Capitaine de la Bourgcoifie Juive, homme riche, & d'un grand crdit parmi les Juifs, & chez qui l'aufietit des moeu.r & l'intrpidit tenoient lien de politique & de f agacit. Celui-ci fe jofgnit dbnc au parti oppof4 au Gouverneur, figna an nom de la. Nation en G nral divers crits contre lui. M. Mauritius, confidrant Je tOTt' que les plintes d'une Nation en Corps; dont le nombre des incliviriu s formaient plus d'un tiers de la population des blanC1', pour toit lui faire aL'Prs de fes matres en Hollande, it fcs plainte, au Rgens de la Nation; ceux .. ci qui en qualit de Rgens font fiva-nt les Pri\1il-' ps les uniques rptefentanta de fa Natio, fani 11 concurrence des Capitaines de .Bourgeoiac, firent un procs ~-Carllho tant caufe dt la facult qu'il avoit pris de fignet des rqute& Ill DOm de la Nation,. qll\ cauf d'avoir contri l>u G gl

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COLONIE SURINAM. to5 bu tendre leurs Privilges & fratrchnes d'une lgalit douteufe au d~avantage de fes freres, i..es deux partis qui fe dchiroient pa:rmi les Chrtiens, ptirent fous leurs protections leur, ad. herans parmi les Juifs, &. mirent la Nation cntiete dans la diS!ention la plus nialheureufe, c :nrfant rnme par la, a l;cxeeption de la pretendue caufe commune qu,1s defendoient, de fortes discusfions fr la rgie interieure de la Sinagogue la nature de leur confiitution leurs Privilges leurs Ceremonies rligienfes de forte qu Mgere & le monfire du fanatisme s;lverent parmi les Juifs & rendirent Jeurs habitation& comme la Colonie en gnral le thtre de la discorde. Depuis ce moment les Etats Gnraux fe virent accabls de rqutes d'une part, & de rpliqrs de l'autre, jusqu ce qu~enfin L H. P. prirent le Dcembre 1747, la rfofution dienvoyer toutes les pieces crites p a r Du Plesfis & CanHho au Gouv~tneur Mauritius, avec ordre de leur faire parvenir au plutt fa jufl:ification, &c. Dans la innie anne les Juifs craignant tes fui tes funestes de ce qvi 2\loit lieu dns la Colonie, & le tort -que eela pourroit faire leurs Ptivilf tes, addresfercnt une lettre aux Seigneurs Pro pritaires pour les prier d'employer leur intetcesfion auprs de L. H. P. & ils reurent par la voye du Gouverneur, l eurs aslllrances cet gard par Go gle

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106 ESSAI HISTORIQUE sua LA. par une lettre date du 6 Juillet 1747 ou ces Seigneurs approuvercnt la conduite des Rgens tenue dans cette occafion (*). Aprs mille dbats de cette nature les chofes rcs terent cependant dans un ~tat d'indccifion jusqu'au 3 de Fvrier 1750, que L.H. P. trouverent pro ros de rmettrc toutes les pieces u procs au Haut Confeil pour qu'aprs les avoir examins, il fut dispof la desfus en conformit de fon avis. Ce pendant, par une autre rfolution du 22 Mai de la mme anne, les Etats Gnraux ayant rquis & authoriffonAlt. le Prince d'Orange de prendre inces famment les mefurcs qu'il jugeroit les plus propres au rtablisfement de la tranquilit, ainfi que de la furet de la Colonie alors trouble plus fortiment paa les incurfions des Negres fugitifs, fon Altesfe Srnisfime fut d'avis d'y envoyer des Commisfaires avec quelques troupes & 1ton forma un rgiment de 600 hommes tirs de toutes les garnifons de l'Etat;le commandement de ces troupes fut donn Mr. le Baron de Sporcke, Major Gnral d'Infan tcrie, avec le titre de premier commisfaire, au quel on joignoit en cette derniere qualit, Mr. Bosfchaart Penfionnaire de la Ville de Schiedam & Mr. de Swart Steeni1 Confeiller de celle de Gorcam, qui toie1tt chargs de prendre c-onnoi& fan G gle

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COLONIE D SURINAM. 1~7 fN,ce de l'Etat des chofes dans la Colonie, & d'y fai.re les dispofions qu'ils jugeroient i,eesfaires. Ces Commisfaires tant arrivs Surinam a mois de Dcembre 1750. y rendirent le 14 d'Avril de l'anne fui vante, une Publication conue en ces termes .,, Les Dputs de S. A. S~ Mgr. le Prince d'O,; range & de Nasfau &c. font fa voir, qu'aprs ,, avoir pris les informa tions n cesfaires au fujet des ,, troubles qui fe font levs entre la. Rgence; & ,, quelques uns des Propritaires des Plantations de ,, ce t te Colonie, les Comfuisfaires Bosfch a ai't & ,, Steehis, font dans la rfulution Je rtourner au ,, pltot en Holl.mde pour en faire un rapport xat ,, S. A. S. ainfi que des diff rens griefs qui leur ~ ont t tmis au nom & de la part de quelques ,, uns des h~bitants de cette Colonie; afin que fa ~, dite Altesfe en juge fivant fa h a te fagesfe &c: ,, & qu'enfin comme nous avons jug nccsfaire ,, d'envoyer en Hollande M. J. J. Mauritius, Gou,, verneur de ette Cc.,lonie, (fauf fon honneur, & ,, la confervation de fe:; appointemens ,) nous avons ,; provifionellement charg de. cet employ le Baton ,, H. E. de Sporcke, Major Gnral au fetvice de ,, la Rpublique & Commandant des Troupes qui ,, fe trouvent al:uellement dans cette Colonie, lui ,, !:onferant le mme pouvoir & la m~me autorit i; qua eu jusqu' prfent M. Mauritius." Ces dc!UX derniers Commisfaires de rtour en Hollande au mds daout fuivant, a'Vec M. Mau-J, PARTIE~ H ri ,, -.o gle

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108 ESSAI HISTORIQUE rua LA ritius, r~mirent conjoinctement avec d'autres picces une dmonftradon figne par des Bourgeois, conte nant des griefs en 5!2. articles fort dtaills., dans laquelle, les articles XII, Xlll & XLIII, font clater toute leur haine. envers la Nation Juive en g nral, fans mnagement pour Carilho qui tait de leur parti; mais Je premier feu de la pasfion tant pasf, ils n'avaient plus befoin de rgarder un Juif pour un de leurs partifans. Qu"on faste le paralelle de cette rmontrance, avec la rqute prefente par eux mmes au noms de 41 Bourgeois, en faveur de M. Carilho en Octobre 1747. qui fi! tfouve daos le rcueil de M. Mauritius, & l'on verra d'une fa oo bien claire combien on fe contredit, on fe dment, en parlant des Juifs : obfervadon qui doit fournir des leons lumineufes la Nation pour lui apprendre, tre fur fes gardes, dans de pa reils cas. Cependant, s'il n'est pas permis, s'il est mme condamnable de perfcutcr ou de Calom. nier une Nation entiere fans caufe valable, il est plus forte raifon, plus condemnabte encore de tenter dnigrer les Juifs dune Colonie, dont l"o rigine &. fes prqgrs, leurs font en beaucQup de cir con(lances rdevable,& auxquels .le Souverain & les Seigneurs Propri~taires ont donn fouvenr dei marques de contentement, & ont fait jouir de toute l~rs protection. d'Ailleurs, quela cr-imet avoient a>Da Go gle

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COLONIE DE SURINAM. Id~ commis les Juifs pour qu"on pOt ls calbmnier ail point de les :iccufet comme on ra fait dan s ces articles. Principa1ement dans l'article Xli, ou l'on compare leur Savane un rpaite de voleurs; & o ron fuppofe leurs voit vnales la nomination de" Confeiliers de Police, au gr du Gouverneur. Si, a lieu de fe rendre l fomcitation des particuliers, les Rgens ne connoisfant point les talens de ceu:;c qu'on dftine la nomination, s"informent du Gouverneur de la perfonne fa plus propre tre nomme; &: lorsque Ia Nation fe fixe dans fon c.:hoix. l'union de fes membres fait triompher leut petit nombre, fur celui des autres Celons qui fe divift!nt rouvent, & ,forment de petites cabales ; est-ce un critne. Et fppofant encore (ce qui n"est nullement prov) que le Gouverfteur leur dmande leurs vdix, ne reroit ce pas encore un devoir de la Nation Iorsqu"elt~ ne condamne point fa cc,n. fciente, d'tre plus attach au Gouverneur, qu;au:t autres qui ottt cherch de tout teiups l'accabler de mpris, tandis que la protefon de ceux q ce mme Gouvetn-eut rprf ente t les a voient mis l'J.bri dtre perfcute ? & qu"est ce que veut dire encore ce p(ivilge de contribuer la nomina. tion des Maglfir~ts de la Colonie Y un Negre libre qui une Baraqe ou 011 morceau de terrein en propr.e,ne jouit-il pas du tnc!me droitl Cette efpe ce de libert dmocratique que le pouvoir lgiflatif a cd aux habitants d'une Colonie qui tt;tvaillent 6ialement, & pour leur bonheur & pour cteJui de H s la G gle

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110 ESSAI H1STORIQUE SUR tA la mre patrie est il fufceptfle d'obferwtions ausfi puerilcs qu'injustes 1 M. Hartfink, fans vouloir fentir Ja vrit de ee fait, entrain peuttre p~r fes propres prjugs, dit (*) ge tette liber,, t/onne ous Juifs blesft eco,e le eoe14r du au,re1 habitant,, pourquoi n'y a t'il pas ajout le mot iinjuJJement pour montrer fon impartialitl? Les trois artic .les cidesfus mentionns qu_'on trolf vera dans la piece No. I!l. combins aux faits que nous avons cita dans cet crit, juffieront ce que nous venons de dire &_, Je paralogisme, la pasfion & la haine mt!me, qu'on y trouve est la meilleure preuve que peut avoir la Nation pour dmontrer fon innocence, ausfi la dcifion de L. H. P. mife cot de ce, 3 articles, leurs rolu tions du 24 Avril 175J Ct> mettent encore. le fceau cette verit, & font triompher les Juifs cet gard. -Mais. rtoumons aux affairt=s de. M. Mauritius pour rveoir celle des Juifs qui dans ce cas ci fe trouvent-identifies avec tout ce qui fe pasfoit alors en Hollaedo, au fujet des !roubles de. la Colonie. Le jugem-ent. du haut Confcll en Hoflande -au fujet dll procs entam pour. & contre M. M auri tius acheva de faire clater l'innocence dudit Gouverneur : n8US ne disfimulerons point cepe&r dant, () I! age 87.cS. ,t) l'iec.e, No. s.-Go g l e

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l COLONIE DE SURINAM. 1U dant, fuivant des rapports-que nous avons eu, que M. Mauriti.us, p,.a1e t felon fa coutume un peu lnconfquent; mais nullement d'un aractere amfl 1,prochable que le fuppofent les auteurs des Lettres fur Esfequebo & Dmerary que nous avons cits, & nous p~nfons, que, fi les Colons avec moins de pasfions, moins d'imptuofit & plus de modration & de fagesfe avoient fu lui faire leurs rmontrances fon zle pour Ja Colo. ~ie auroit fait rgretter longteJns fon Gouvernement. d' Ailleurs Mr~ Du Plesfis, qui fut l'autorif df: fa partie adver.fe, n'tait point d'un caractere propre pour de femblables commisfions; Us firent, lui & fes adherans tant d'argurrens pueriles contJ1e fon adverfaire que la politique de M. Mauritius eut prife fur eux l'avantage de fa caufe., & qu'ainfi fur des procdures criminelles que le Fiscal de la Gnralit entama tout de fuite centre M. du Plesfis (qui mit dj mis en prifon) il ne fe tira d'a air~ ()11':i la faveur de l'amnestie gnral~ du 20 J~1illet 1753
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l ,IQ ESSAI HISTORIQUE SUR 1,~ confquence; & la demande des principaux in~ teresfs & habitants de Surinam, S. A. R. Mad. la Princesfe Goavernante avoit t rquife par une rfolution des Etats Gnraux d !lo Octobre de la mc!me anne, d~ vouloir fe harger de l\ c .ommisiion jusqu~ l'entiere dcifion de toutes les ffaires, & fur ta prnpofition de feu S. A. S. pn arrta le 22 Juin 1752 de continuer encore pour une anne Je fejour des troupes de rEtat dans la Colonie, ainfi que de vei\ler pour les fond ~ aeftin$ lers entretien. Le$ Rgens de Ja Nation toient dans ces ~ntervalles aux prifes avec 1\1. Carilho foutenu avec clat pQr la partie adverfe de M. Mauritius, (*) qui aprs le dpart dudit Gouverneur fut encore foutenu d'avantage p.ar le Baron de Sporcke, caufe des fortes ~commandatior:is gui lui toient venues de la Hollande en faveur de Carilho de la part de Mr. Soasfo de la Hay.e, ami intime dudit M. de Sporke, ce qui enhardit tellement Mr. Carilho qu~il fu_ t e.ncore fair.-e d mettre Mr Abm~ -Dacosta de l"employ de Rgent, fous pr texte qu'il tait trop jeune pour en ~tre rvtu, Sur quoi les Rgens ptirent la rfolution denvoyer des ommisfaires en Ho11:mde au nom de la Nation, & commirent pout ceue fln Mr. Jak Nasf y qui partit de Surinam au mois de Jtllet 1751. e ~ui fi:t que ~r. Cuilho envoya fix (~ Voyez ette precoduro tltns Je r,ueil de Maari~ thls folio tom. 3. Co gle

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COLONIE D& SURINAM. IT3 1ix m0is aprs fon Fils M. de Barrios charg de fa procuration pour tenir t~te au Cornmisfaire des Rgens, qui fut encore fuivi par Je jeune Dacosta lui merne; cte forte que tout ce qui concernoit les affaires de Surinam, tant gnrales <)Ue particu~ieres des Juifs & des Chrtiens, fe trouvoient gale ment en Hoilande, & toient dfendues par )es co mits de toutes les p~nies: & quoique les affaires de ta Nation occupoient galement S. A. R. & fai. foient une rartie bien fenfible des troubles de ]a Colonie, a11cun historien de Surinam n'a daign en faire le moindre rapport, apar~mment pour ne pas 1-,ublier les pri vilges que le Souverain lui-mme avoit conced pour leur bonheur & leur tranqui~it, comme on peut le voir par les pieces justifica~ tives (*) dont nous parlerons bientt. Dans cet amas de discusfions, qui caracteri.fe d'une faon bien fiaguliere hi foiblesfe de l"prit humain, fes carts en morale au dpens de fa tran quilit & de fon bien lcre; & qui dmontrent com. bien le caprice feu!, & la pasfion de dominer, ont p1l changer les moeurs fimples d~s hahtans dune Colonie agricole tant Chrtiens que juifs, & produire des effets :iusfi malheureux, fur lesquels. nous pourrions dire avec Stace : o gle

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'.fi4 ESSAI HISTORIQUE SUR L.\ L. H. P. par une rfolution date du !ZO Juillet I 753 qui contient dans le plus grand dtail les mfures cnncertes entre les ('ommisfaires de S. A. R. & les dputs des Seigneurs P1opritaires mirent fin i1 cette affaire. Voici Je pr~cis de cette piece; le I e point. rgardoit Ja fatisfaction donner :m Gouverneur Mauritius qui l~Dn payeroit pour une fois la fomm~ de quinze mille florins, Je 2e, ge & 4e concernnit Je rappel des Troupes
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COLONIE DE SURINAM. 115 qui d~(endoient avec zle tout ce que leur ami Mr. Sporcke avoit fait Surinam. S. A. R. dans la mme intention, "' fans aucune diffrence ni dans les termes de fon dcret ni dans rien qui auroit pu dceler d'avoir conu quelques indiffrence pour les Juifs, dont la tranquilit devoit fervir galement au bonheur de la Colonie en gn~ral crivit une Lettre aux R~gens de la Nation date du 1).7 May 1754 dans l3quelle parmi divers au tres articles s. A. R. leur d~clare que fuivantl'arrangement qu'ell~ avoit prife avec les S~igneura. P.ropritaires, & le comit de Ja Nation Mr. If. Nasfy, elle pris fur elle de faire une nouveltc lection de Rgens pour cette fois, & fans c011/I quence pour l'avenir, fuivant la nomination y inclufe &c. leur ordonnant en outre que, vu lei plaintes formes contre les Privilges de Ja Nation, les Rgens auroient foin de lui envoyer in c;esfament le r,cueil de tous ees Privilges 1 afin d'tre eiamins (): enfui te S, A. R. pour don ner plus de fondement fa dhpofition & mett~ la nation l'abri de toute forte de perfcutiona, fit examiner les inftitUtions cclefiafco politique de la Nation, & c~lles q~i ont du rapport fon iribunal de procedure. civile contest plufieurs fois par le c~nfeil de P.olice, & par la rc!mon trance des Planteurs art. 12. dont nous avons par (..) 110,es Pite, ;Juflif. N~. 13. Hs gle

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116 .!SSAI HISTORIQUE SUR LA parl plus haut; & aprs avoir entendu les deux parties, elle donna fon approb a tion ce corps de loix connu fous le nom hehreu d" /Jscamoth. () Il ne rtloit pour terminer ces diff rens que l'ex amen du rcueil des Privilges de la Nation (fuivant fa lettre du 27 May 1754) depuis le Gouvernement Anglois, jusqu' ce tems & m a lgr les injutles ob fervations de la plupart des Colons, Leurs Hautes Puisfances fr l'examen de toutes les di~pofitions faites par S. A. R. aprs l'avoir rmerci du foin quelle avoit eu pour le bonheur de )a Colonie, L" H. P. donnerant leur approbation aux privil&es des Juifs (t). U feroit peutetre fort inutile de nous tendre d"a vantage fur les objets de ces malb_eureufes discus fions qui porterent des coups funestes au bien-tre rles Colons & firent nalLre en eux un penchant dcid pour les pro cedures qui en pu.ifan~_ Ies finan ces rendent les moeurs peu douces & peu loua"! bles Celui qui voud ra avoir le plaiftr de connatre plus en dtail ces a ffaires peut confulter les 5 volu'! mes in folio qui furent imprim en Hollande en 1752. &. !'Histoire gnrale des Voyages, tom. XXI. depuis page 104, jusqu' Ill Cette con noisfance quoique dans le fond firile feroit pourtant de quelque utilit poui: les habitans ac-tuels (~ Voyez Lettre de S A. R, crite' aux Rgens en, dace du n AoOt 1754. Piece ju/lificafuir(, No. ,._. ( tl Yo1e1. Piece jMjl if.. No, J S Go gle

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COLON DE SURINAM. u7 tuels de la Colonie en gnral ; car en conder.mt les dfauts de nos anctres, les maux que leurs caprices & Jeurs emportemens Jeur ont caufs, i. honte de tant d'infultes & d'ignominie:s de pan & d'autres qui ont rempli s volumes in ~olio leurs donneroient des Jeons fort difiantes pour viter tes cueils que les dreglemens des pasfions, nous offrent dans chaque infi:ant de Ja vie & qui met troit cet gard pour ainfi dire la morale en action. La Colonie malgr ces di:;pofitions & les foins qu'eurent L. H. P. & les Seigneurs Proprietaires pour le bonheur des Colons, ne tira cependant anun profit de tous ces arrangemens; d'a:illeurs, les dettes contractes par les Colons dans Jeurs proccdures pafres; la fuite continuelle de11 esclaves; les incurfions es marrons; le peu de fo iin, que par tant de caufes runis, ils purent donner la culture de Jeurs habitations; & pour comble die malheur, le luxe introduit epuis quelques annc~e~, & augment prodigieufement apr$ rarrive des Com misfaires de 1'-IJnfeigneur le Prince d11Orange & aprs le fjour du Gnral Baron de ~p,orcke; mi rent la Colonie dans un Etat peu fvoll'able. Pour fubvenir tant d'inconvenients & rf:mplaccr le dficit des Negres fur les Plantations, iil n"y avoit d'-autrcs moyens que celui de prendre les avances ncesfaires des ngociants .ie la Hollande. Amfterdam fe trouvait alors en tat de place i r beaucoup d'argent intert, & perfuad que le calme, qui devoit r~gner Surinam aprs tous ce51 temps d'o-n C gle

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n 8 ESSAI HISTORIQUE SUR LA rages, feroit ameliorer les habitations & tendr-e la culture du caff & du fucre qui donne tant de bnfice la mrepatrie r ausfitot que les propritaires de ces Plantations auroient des moyens d'obtenir les avances pour augmenter Je nombre de leurs esclaves, & fubvenir au~ autres fraix nces faires; conut en confquence l'ide de faire offrir de l'argent un intert de 6 pet. par :m, fous des hypothques lgales; & ce fut Mr. le Bnurguema tre Deutz, qui forma le premier le plan de ces. avances qui furent imits tout de fuite par les ngotiations de~ autres Provinces dt: la Rpuhlique. Les ColC1ns, nivrs encore de leur folie, accou tums d J tout ce qui pouvoit l!;!ur donner de l'clat; rurent cet offre avec avidit: & tous les Plante1:1rs, tant Chrtiens que Juifs prirent indiff remment part ces nouvelles ngotiations & hypo thquerent Jeurs Plantations. La facilit d'avoir tout ce dont lis avaient befoin, en remplisfant feu. lement une demi feuille de papier qui confiirnoit des lettres de change tir~s fur les orres1,ondans; robjet, de l'efpece fonnante qui ne fraupoit point leurs yeux, leur firent mpdfer pour ainfi dire l'ar gent, &.
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COLONIE DE SURINAM. irp rvolutions, & de prjugs funestes: & n'arrive t'il pas mme encore de nos jours gnralement parlant) la meme chofe l'gard de notre mon noye de papier; fixe t'on la m~me peine nous d~pouiller d'une Carte de dix Escalins que d'un piastre en argent Jors'1u'on achete crdit : Je plus econome, le plus mesquin mme rgarde t'il de fi prs fon achat, que lorsqu'il le fait argent comptant'? Si la ncesfit donc de rparer des fottifes commifcs pendant l'intervalle de 10 12 ans cusfe t fentie plus longtemps, & que Je raifonnement eut dmontr aux Colons que ce n 'toit, que des travaux continuels fur leurs habitations que d rendoit Jeur resfource peuttre que la Colonie ne feroit pas ii en1lette qu'elle l't:st prfent; & les Colons avec moins de rcol:cs annueJles & moins de r~venus, conferveroit la proprit de Jeurs habitations, & la Colonie auroit encore fes propritaires au-lieu d'agents qui ont 1'9admini firation de la plupart des Plantations,. dont le$ matres font en HolJande. l\1ais au lieu d'avoir fenti ce befoin pour prouver dans la fuite la felicit d'tre fage & au lieu que l'argent offert crdit payable, en vingt annes eut t employ augmenter Je nombre de leurs esclaves pour faire accrotre la eu hure, ils 3buferent du crdit qui leur fut ouvert; & ce qui dans un autre temps & dans dautres conjonctures auroit fait le bonheur de la Co-o gle

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Jto ~SSAI HISTORIQUE sua tA Colonie, ne contribua alors qu'a J'emhellir ex t t.; rieurement, il est vrai; mais endetter, au dtri ment & la ruine des Planteurs, qui talerent f'ur leurs Plantations un luxe cxceffif en batimens inutiles & en jardins d;ostentation qui furpasfent les meilleurs de l'Amrique. Ce fleau d1a utant plus, fenfible pour une colonie, qui ne doit f & ne peuttre rgarde que comme agricole accompagn de la fuite des esclaves ~e fix grandes Habitations titues au Tempaty en 17s7, & les hoflits commifes par les marrons fur celles clc! Palmeneribo, la Providence, Onobo & quelques autres en Cottica & Commowine, comme nous avons r m a rqu cidesfus (); acheverent malgr toutes les belles ap parences qu'offroit Je nouveau erdit, de ruiner l a Colonie de fond en comble, ou au moins prp::irerent le germe de la dtrioriation & du dfastre qui clatat quelques annes aprs, dont les coups fe foot fentir encore, & qu'on fentira plus longtcms moins que les n~gociants de la .Hollande ne fe prtcnt aux moyens d'y rl1ldier. Heureufement enco(c que les allarmes continuelles ou fe trouvaient plongs les habitants, caufe dea incurfions. des fugitifs9 forcerent le Confeil de Police. faire la paix avec eux. Leur nom ke fuivant le calcul d~auteurs cits, montoit alors-au () Et qu'on peut voir plus en dtail dans Hartfiok; ,-g. 777 &' 779 Tablca1& do lminam depll,fa pa&-JfS lltqu'l 1Je. Go gle

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COLONIE Dl SURINAM. 111 au del de !lO mille ( ), de forte que ce qui caufa tant de querelles, &
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ESSAI HISTORIQUE SUR LA Vdyer c prfens, le confeil dpcha des Commis .. faires en Avril 1760, & non ps en 1761 comme le marque Hartfinck, pag. 797 por arranger quelquea articles de l'accord dont on n'toit pas encore fina lement convenu, & en Otobre de la mme anne i760 & non pas en 1761 comme le marque encore Hartzink, (*) le Major ~ feyer partit avec un gros dta chement charg des prfents convenus; & cest alors que les Negres fans vouloir ober aux ordres dd Confeil, qui portoit de ne pas ler livrer le prfent fans prendre d'avance un nombre fuffifant de prin tipaux enfans en otage pour tre livrs entre les mains des blancs; prirent avec 1'2!grment dudit Major Meyer, tout ce qui leur toit dfn, fous prnmesfe de porter eux mmes aux blancs les otages ruis, ce qui fut obferv aprs le dpart du dta chemtmt: & c.. 'est alors._ & non pas avant, comme le dit Mr. van Hartfink, ( t) que le chef des Negres Porno, confia un de fes Fils aux blancs, pour tre duqu par eux, ce qui auroit t imposfible avant que la paix n'eut t tondue dans toute fa forme ; dont la date malgr ce que
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COLONIE DP-SURINAM. 123 762 () & pour rco~notre encore plus en dtaU, le gnie, les ruf'es. & la. prvnante pollitique de ces Negres, (que l'on traite partout comme des btes fomme ,) on peut confulter Mr. Hartfink (I,) ou l'on trouvera conjointement la dc!scription de leurs demeures, & le con tract qu'ils ont figns avec les blancs I avec d'autres anecdotes fort CU rieufes, for tout pour ceux qui ne connoisfent pas le caractere & le gnie des Negres dans l'Amrique. Ct! que nous venons de rapporter au fjet de la Colonie en gnral, fait galement le tableau de l'tat des Juifs en particulier; fols, atrabilaire comme les autres co -habitants identifis pour ainfi dire avec eux, lorsquou en avoit befoin pour crafor mutuellement la partie adverfe, &. mpri fs enfui te des que ce malheureux bef oin cesfoit; ils devofent s'attirer beaucoup plus de malheurs, caufe de l'aveLigl prven .tion qu'on i contre eux. d'Ailleurs, qui ignore l'influence du. Gouver nement fur 1es citoyens, & fut lep euple d'un en' droit quelconque; qui ignore encore la force que lts fentimens des grands ont fur l'opinion du peuple? Cette verit fut fi bien fentie & obferve par de granJs auteurs,que nons n'ofons point d-v~ (11) Voyez en outre fur le d,cail de cette Jpals: Je ta bleau do S11rioam, pago 154 Ju1qu'a J 72. IU,b,s(c do If Bolland~, tom. L page 325 IU1qu 3JI (b) Depuis page 779 jusqu' a I s L PA&Tll, 1 o gl

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1~4 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA vlopper nos ides la desfus ; il fuffit pour l'hom .. me clair de rconnotre que quels que foient les carts des Juifs, leurs pasfions, leurs crimes 9 & Jeurs vertus, ils font en tout fens les mmes que ceux des autres peuples en gnral: & fi l'on fe donne encore la peine d'examiner avec des yeux tant foit peu philofophiques, les effets que pro duifent l'indigence, le mpris, les invectives contre un individu, contre un corps, ou contre une Nation quelconque, & que l'on ca tcule enfui te, lescarts, les dlits, & les peines de ceux qui en font les objets; le rfultat de ces obfervatfons pronon cerait peuttre plus en faveur des Juifs f qu'en faveur de quelq'autre peuple qui fe trouverait dans les m@me circontl:ances (*): mais patgnons nous la peine de ces tristes obfer.vations, & pourfui vons le fil de ntre Histoire, le temps actuel de la Colonie nous fournira des matieres pour jetter un coup d'oeil gnral fur notre tat. Ces rl Voyez la desrus la lettre qu'un doteut de Sor 1,onne crivit Mr, J. de Pinto ,connu avantageufement dans la Rpublique des lettres par fes ouvrages, & mort la Haye le 20 Septembre 1787; au fujct de fon apologie pour les Juifs contre les crits de Mr. de Voltaire. L'Extraft de cette lettre est imprim dans un ou,. -.rage anonyme d'un Venetien, fous le titre de rflexion critiques fur l'apologie pour la Nation Juivo, par Mr. J. de Pinto, Londres 1768. Go gle

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COLONIE t>E SURINAM. l~S Ces diffrens traits a.vec les Negres marrons de JtJc & de Sar11m11ca, dont nous avons fait mention ci desfu s, n'ont pas asfur entierement le rpos de la Colonie, ni emp!ch la fuite des escla ves, car l'anne aprs la conclufion de la paix en Juillet 1761, il y eut des familles de Plantations en tieres rvoltes & beaucoup de Negres deferterent par intervalles; entramres la Plantation Rttour, apartenant Mr. Sal. de la Parra, Juif Portuguais, fans avoir fait le moindre mal leur matre, prirent la fuite; Jes Fils de cet habitant accompagns de leurs jeunes amis, & quelques vo lontaires, au nombre de 9 blancs & de 48 bons Negres de leurs voifins qu'ils ramasferent h la hte, marcherent incesfamment la pourfite des fugitifs, dont les traces malgr toutes leurs rcher ches pendant presque 3 femaines, ne furent point tconnues, & comme les vivres leur inanquoieni dj, ils prirent la rfolution (pour ne pas s'expofer plus longtems quelque malheur) de fe rendre au village de Juca. () Ii ~oit dfendu aux Bourgeois de quelques ctndi tions qu'ils fusfent, & pour quel cas qu'il put ftre, de fe rendre au village de Juca & de Sramatd, appar tenants nos nouveaux allis. Nous ne favons pas il tette dfenre na pas contribu longtemps tenir ces Negrea dans Jeurs mnvaifes habitudes, & i confrv~ plaa longtemps leur haine contre les blanca~ l 2 Go gle

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l!26 ESSAI HISTOR[QUE SUllt. LA Les nouveaux allis furent trs tonns de tei voir & aprs un long filence ils montrerent une grande fatisfaction difant: ,, qu'ausfitot qu'une ,, poigne de blancs eut le courage de pnetrer ., jusqu'au fein de leur demeure fans aucune ,, apprehenfion c'toit une preuve convainquante ,, que les blancs a voient de la eonfi:mce en eux, & ,, que la paix toit fonde fur la candeur, & non ,, pas fur la disfimuhltion des blancs, comme la ,, plupart d'eux l'apprehendoient encore/' En confquence, iJs fterent ces Juifs de toutes manieres, & chacun s'cmpresfoit leur prodiguer des vivres, leur offrir pour une marque d'une affec tion illimite leurs propres Femmes & Filles.Le jour d'aprs la rjouisfance un nomm Fosfo, chef abfolu de tous les Negres, & qui appartenoit autrefois aux Juifs dclara fes confreres te plaifir qu'il avoit conu du bon accueil qu'ils faifoient gnralement fes anciens matres;. mais ce, pendant, que leur g.arde & leYr aoufervation lui appartenoit de droit legitime d'au~ant plus que Mrs. la Para appartenoient la famille des Nas fys, dont il fut autrefois l'esclave, & aprs quelques dbats, on laisfa Je foin des blar:cs au dit Fosfo. Se rfrvant nanmoins la libert de leur rendre conjoinrement tout .les fervices qui clepen. doient d'eux; & comme c e fut la premiere & la derniere fois que les Bourgeois ont vifit ces nou veaux all\s, il nous femble que perfonne ne nous (aqra mauvais ar;r de cc que nous nou& tendons ua pe ~ Go ge

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COLONIE DB SURINAM. t~, peu fur cet article. Ausfitot que la garde des bl:mc1 fut confie, particulierement au Vieillard Fosfo il envoya fes Negres d'armes pour y tenir une cfpece de garde continuelle & le matin & foir lor~quns toient occup~s faire leurs prie ,es la maniere Judaque, & qu'ils chantoient haute voix p1us d'hymnes qu' 1'ordinaire" ce Chef toit la porte de la maifon qu'il avoit fait vuider pour Jeur fervir de -96meure expresfement pour impofer filence 1 jusqu' ce que la Priere fut finie. Un aprs midy de jeudi, il fit publier par tout, qu'on devait apporter aux blancs des Volail les & tout le ncesfaire pour qu1Hs pusfent prparer le lendemain leurs mets pour le famedy ce qui fut fi ponctuellement obferv que les Juifs ne favoient que faire avec la quantit de Volaille, que chacun voulait qu'on tuat; pour avoirle plaifir de dire que les blancs profitrent de leurs prfents. Le famedi au matin, leur maifon toit entoure d'une q1_.1antit~
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I~B ESSAI HISTORIQUE SUR LA ,, adorent d'employer les moyens de les ai,, der dans leur entreprife," cette harangue avoit penetr l'ame de tous les Negres en faveur des Juifs, d'autant plus que ceux ci ayant apperu des les premiers jours leur penchant l'gard des Ceremonies rligieufes ils talerent beau coup plus de manicres & de courbemens qu, l'ordinaire. En confequence, leur a{femble prit f~ance, dont Arabi tait le Chef, ils y firent asfeoir les blancs avec eux pour d~liberer en Jeur pr~fence, & conclurent de donner un escorte aux blancs, avec les provifions nece5faires pour les m~ner jusqu'en lieu de furet & qu'en outre on enverroit un autre escorte pour cherchef les fugitifs, & pendant qu~n faifoit les prpaiatifs, le lieqtenant de la Bourgeoifie, Mr. Gre l]ada, qui avoit march tout de fuite avec un d tachement de Bourieois volontaires contre les fu gitifs) deu~ jours aprs 1e dpart du fils dudit Mr la Parra,) eut le bonheur aprs 6 jours de marche, de renQontrer les memes fugitifs, dans un endroit oppof~ au chrmin que le premiel" dtachement avoit pris & de faire conjointement 38 Prifo~niers & quelques uns de tus: &. fachant que le pre mier dtachement avait pris la route pour le vil ]age de J11ra, il dpecha un avis aux cnfans de Mr. la Para pour leur donner connoisfance de fon heureufe rusfite. Cette nouveJie fut reue avec des acclamations par les nouveaux allis, & hata le dpart dea Juifa qui y toient alors, & aprs Go gle

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COLONIE DE SURINAM. t '? aprs les avoir rmercis de leur bon accueil iJa fortirent fuivis de leur escorte, avec toutes fortes de provifions & eurent le bonheur de ren contrer en chemin & de faire prifonniera 13 de leurs fugitifi, dont quelques uns par une fenten ce de la cour furent punis de mort ; nous avons tir tout cela
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130 ESSAI HISORIQUE SUR. L& continuelles contre les esclaves qu'ils rencontroient occups de leurs travaux, & qu'ils emmenaient pour agrandir leurs peupla.des. Pour s'oppnfer donc ces hotl:ilits, la Colonie eut befoin d'implorer les fecnur s de la Rpubli que, & fur la priere qui en fut faite aux Etats G: nraux, L. H. P. y envoyerent en 1772 un Corps de 500 hommes de Troupes fous les ordres de Mr. Forgeoud, homme
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COLONIE l>E S:uRINAM. t3l en Hollande mme; de forte que fi l'efprit de la pluq part des Colons n'avoit pour ainfi dire t asfoupi par la dtrioriation rmarquable dans lems affai res particulieres on auroit vu renatre les horreurs des disfentions arrives dans le tems de Mr. Mauritius: cependant on ne fe menageoit point de !~entredchirer mutueJlement par des crits tant ici, qu'envoys en Hollande-. Tandis que ces demls .fubfloient, on avoit pris un arrangement dans la Colonie pour la met ... tre co1,1vert des hoflits des Negres, au moyen d'un cordon de defenfe, qu'on fe propofoit d'y former; fur le rapport fait aux Etats Gnraux, L. H. P. cederent aux infi:ances du Magifi:ratd'Am fterdam & donnerent les ordres pour faire r~ tourner les troupes & alors la Ville d'Amfier. dam, fournit fa part aux tlaix de l'envoy du ren fort; cep_endant de nouvelles rprefentations de Ja part des Colons au Confeil de Police firent fejourner ces troupes encore pour queJgues tems, quoiqu'on ait prtendu que les Troupes de fEt~t n'avoient t d'aucune utilit dans les opc.tations, c ontre les Negres, il est nanmoins cer,. tain, comme le rmarque l'Auteur de la richesfc de la Hollande que le Commandant Fourgeoud avec Paide des Troupes de.$ Seigneurs Pro pritaires qui fe trouvoient dans la Colonie, & de la bravour.e, & bonnes dispofitions de quelque, Officiers, (entr'autres Mr. Frederici, ~ctuellement ~ieutenant Colonel de nos troupes, q1,1i joint 15 Go gle

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JS!2. ESSAI HISTORIQUE sUll u fes aimables qualits perfonnelles u11e adresfe furprenante pour faire des courfes dans les bois, &. pour reconnotre les rufes les plus caches des Negres) est parvenu faire cr a indre aux mar rons les armes de la Rpublique, & garantir les Plantations dea hostilits, qu'avant lui, toient fort frequentes; mais cependant fans poufer au cun parti, ni ajouter foi aux recits tronqus & exagers des amis & des antagonistes de Mr. Fourgeoud, nous ne craignons point de dire que dans la fuite Mr. Fourgeoud auroit pu mieux faire que ce qu'il fit en effet, car l'extirpation des marrons, nos ennemis redoutables, auroit du ~tre ( notre avis) la bafe de toutes fes opera tions. Nous ne disconvenons point cependant, que l'ide de mettre les habitations 1 abri de leurs infultes ne fusfe Ull bonheur pour la Colonie ; mais fe borner fimplement cette ide, pendant l'espace de quatre ans, courir les bois, fatiguer {es troupes fans rlacbe, & fans penfer que ni lui ni elles ne fauroient agir de cette rna niere perptuellement & qu"loigner les m a rrons, n ~toit certainement pas les extirper pour qu'ils ne puisfeni dans la fuite, fe rasfembler, & fe ren dre plus agiles,plus rufs,& en confquene pls 1edoutables ; ~toit une ide fi non defiitue de bon fens, au moins fort trange. d'Ailleurs pour quoi (fans qu'on eut pu paetrer les raifons de Mr. FourgeoUd) viter foigneufement toutes lea occafions de porter des coups terribles aux mar rons~ G gl

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COLONIE D~ SURINAM. t93 ,ons 7 pourquoi ~luder toujours de les attaquer 1 pourquoi mnager leur foyers 1 pourquoi en core, flatt de garantir les Plantations {ce qui ne pouroit pas fe faire toujo11rs) montrer en quelque$ manicres dans les deux derniers annes de fon fjour, une efpece d'indolence envers ces rbelles, & dune apathie decide envers fes propres anta gonistes '1 pourquoi donc tout cela? parceque Mr. Forgcoud tait d'un caractere fort doux, & facile fuivre les caprices de fes amis qui vou\oient chagriner Mr. Nepveu, fans cela peuttre, que fon Plan mieux imagin mieux combin, auroit eu un fucces heureux, qu'il n'aurait point t traverf dans fes operations, & que la Colonie fe feroit trouve dans la fuite moins expofe au pillage de ces mmes fugitifs qui f e rendirent dans la fuite fi redoutables. Le Plan du Cordon fut donc mis en executiott en 1774, & depuis la Savane des Juifs, jus qu' la hauteur de la riviere de Commowine, & de l:i jusqu' la mer qui coupe par derriere toutes les Plantation$ fitus fur le ct gauche de la ri viere de Surinam, & fur lei deux cts de celle de Commowine &Cottica, il fut fait dediftan ce en diftance de petits forts palisfads & gar ds par des foldats proportion de la force de I Colonie. Cette excucion prouva ,les Je commencement de fortes contradictions caufe des fraix enor mes, qu'elle couteroit la Colonie ; mais fi d''un cot G gle

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Jl4 ESSAI HISTOR.IQUE !Ull LA cot les impots s'accrurent pour fon entretien, te debouch que les habitations bois en trouverent dans la vente de ces fortes de proJuits, & d'u ttes chofes indispenfables pour l'entretien & le rnouvellement de leurs batiments, & fur tout Ja tranquillit qu'prouverent dans la fuite les ha. bitations qui font au desfous de cette ligne de defenfe fit regarder ce plan comme le meilleur & le ph~s utile pour la confervation de la Colo nie; &. comme il ne nous convient point d'entrer. dans la moindre obfervation politique l'gard de la rgie interieure & de la Police de la Colonie qui s'approche de notre tems, nous Iaisfe. rons ce fujet Mr. Fermin, qui l'a dj trait dans fon tableau de Surinam: mais nous devons avertir le lecteur de ne pas fe laisfer furprendre par le raifonnement de l'auteur, pour croire aveuglement tout ce qu'il y dit. Car Mr. Fermin y a vd beaucoup de chofes avec trop de prevention, & n'a compof fon ouvrage que ,fur des informa. tions de perfonnes prevenues contre la rgie in terieurc exterieure de la Colonie; d'ailleurs, plufieurs objets de fa critique dependent plutot d'autres c-aufes que de celles que Mr. Fermin, leur attribue, & pour ne pas nous compromettre en aucune maniere envers lui ni envers pcrfon ne, nous prferons plutot de nous taire, au lieu de dvelopper. nos obfervations ce fujet & nous nous contenterons feulement d'indiquer en mm iems, la lecture d'un certain ouvrage imprim i Lon

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COLONIE Dl SURINAM6 155 Londres en 1779 fous le titre de remarques critiques fur le taMeau historique & politique de Surinam par Mr. Fermin, dont l'autewr quoiqu'il s'an nonce pour anonyme, est un certain Mr. Sanfini' Ex-jefuite Italien, qui vect1 aiuelques ann~es Surinam ; cet auteur en rlvant beaucoup de fautei de Mr. Fermi, fur la matiere politique de fon ouvrage, tombe lui mme dans d'autres dfauts en core plus condamnables] c'est-dire de l'ingratitude envers les habitans de J.a Colonie & d'une pasfion aveugle contre tout ce qu'il y a de bon, & cachant avec une malignit rvoltante le beau cot des ha bitants, il na fait que dvelopper avec amertume tout ce qu'il y avait de mauvais, ce qui n'est pour tant que trop commun pcuttre toutes les Colo nies de l'Amrique en gnral. Le rfultat de tout ce que nous avons dit dans cet ouvrage toit fuffifant pour plonger la Colonie dans un tat fort peu heureux ; cependant il lui fallut encore l'apparence d'un bonheur futur rour la rplonger enfui te dans de nouveaux dfatl:res,, l'exception des peines & des fatigues continuelles quon prouvoit cau(e des fuites des esclaves, cc, qui en confequence droutait les v1:1es desPJanteun & diminuait leurs rvenus fenfihlement. Les Ng~ tiants de la Hollande qui avaient faits des avan <:es fur les habitations fans toucher leurs intc rets annuels, ne cherchaient que 1es moyens de la perfcution pour rparer leurs pertes. Le comp., toir de Mr. Deutz, connu aprs foua ,clui de Mar (eu, Go gl

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136 ESSAI HISTORIQUE sua LA felis, ouvrit la fcene, & depuis 1765 & 1766 on ne voyoit que des Plantations vendus & mifes en fequeftration pour dettes contractes fous des hypotheques. Ceux des Planteurs Chrtiens qui a voient Jeurs resf0urces d'autre part, des adminirateurs; & des employs furent mme de parer les coups pour quelque tems, mais ceux qui n'avaient point ces resfources f e virent dpouills de leurs biens: on peut confiderer que les Juifs ne furent pas le plus pargns dans ces malheurs, & ~e fut alors qu'ils perdirent la plupart de leurs habitations, qui tom berent presque toutes entre les mains des agens des
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COLONlE DE SURINAM. 137 en Pr6, mettoit cependant ces Ngotiants dans tin tat d'indecifion: Une heureufe expedition que fit faire le Confeil contre les affaillal1$ ou les Negres du nomm Planteau furent rpris, (nouvelle qui fut exagere en Hollande au de l: de la verit) accompagne de deux annes d'une recolte favorabte de Caff, ralluma le defir des Negotiants de placer leur argent encore Sutinam, & dans l'anne 1769 & le commence ment de J 770 on n ~entendoit d'autres nouvelles dans la Colonie que celles des Plans pour avan cer de l'argent aux Planteurs ; il fembloit alors que l'age d'or s'toit rnouvell pour Ja Colonie en gnral, les malhent! de la guerre pasfe, les defaftres, les hoftilits mme des marroni, tout, en un mot ~toit oubli & les Colons encore dans leur iv-resfe le comptoient dj les plus heu reux de ceux de l'Amrique .. Por comble de calamits, la plupart des fonds qu'on a voit deftin en Hollande pour Surinam, n'toient rien moins que fonds fur de bons principes & fur des asf u. tances fiabfes & permanentes ; cependant dans chaque rue de Paramaribo on ne trouvait que des agens munis de procurations pour offrir au premier venant de 1argent credit, cette ivrtsfe ne frappa point feulemen~ les yeux de la demiere clasfe des Planteurs & habitants de la Colonie; mais elle fit le mme effet fur tous les habitants en gnral & depuis le Gouverneur Nepveu, jusqu'au dernier des .Bourgeois, tous s'aveuglerent pi-Go gle

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138 ESSAI HISTORIQUE sull t..\ toyablement. Les riches; ou ceux qui poafedoier-t s ou 3 habitations, ceux qui n'en avaient plus qu"u. ne, ne cherchaient qu' vendre leurs effets un prix cnorme, & d'en acheter d'autres plus con wenables leurs vue1. On avoit rle l'argent, des acheteur$ ne rnanquoient pas non plus, mais pour fe procurer Jes moyens d'en avoir autant qu'on en avoit befoin pour faire ces achats c'toit le point le plus difficile. Ce nud gordien fut d'abord c:oup courageufement; des Estimateurs en g rand nombre favoient trs bi:;:n le fecret de la pierre phi Jofophale & l'on estimoit en confquence les Plantations 3 4 fois plus que leur valeur rel le. Les ordonnances que le Gouvernement de Suri nam fit faire cet gard, la punition que fubirent mme quelques Estimateurs, prouvent la verit de ce fair. Le fameu~ Mr. la Croix, le plus ruf de tous les agens qu'il y eut jamais, avoit des ordres pour dispofer de l'argent fans limite pour compte d'un Papillon Ephemere, c'est -dire un comptoir en Hollande rig fous le nom dt S,bo1111 & r.-11111, & moyennant une certaine fomme quon devoit payer en particulier audit ag.endaire tout le monde pouvoit 6tre aid d'abord; alors 1 Chre tiens, Juifs, gens de MetienJ Coronniera mme 'fU n'avoient point le fol pour acheter les cuirs ne~eafairet leurs metier tous vouloient etre Planteurs, & Monfieur l'ngent, avec un coup de plume formoit des agriculteurs & des Planteurs, plu, vite fl'lC. Pyrrha ue fo,moit des hommes a coups Go gle

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COLONlE n.E SURINAM. 13, coups de pierre, de forte qu'on n'entendoit :lUtre chofe que ds achats & des ventes, & on ne voyoit que des Cordonniers petit s matres & des Bouchers devenus grands Seigneurs; en confoquence la prodigalite l protufion & un luxe 1mmodere inondaient la Colonie. Le changement de matre fur les habitations qui s'en fui voit fans cesfe, faifoit craindre quel. ques malheurs l'gard des esclaves qui fe con fideroient, (ce font Iers propre8 termes) comme d, /11 Vo/11ille iJ"i 'INI d'une main r11"1re, jusqu'd 'litnir fur /11111/,/1 pour /er1Jir de m,u: ausfi cet apparence de bonheur ne Jura que trs peu de tems 9 c.ar les lettres de hange que les nouveaux Planteurs avoient tires fur leur& correspondans a 1'ordre de leurs agens, prmcipulement celles de Ja Croix furent toutes prc,te6t't:s, de forte que ce qui l'anne prcdente paroisfoit beau, ne fut alors que confu1ions tragiques xecutions de ces meme effets, & pourfuis contre plufieurs autres habitants qui dans l'asfurance que ces iettres de change etoient valables n'hefiterent point de Jes endosfor pour les faire pasfer plua facilement. Quelques autres acheteurs des Planta tic,ns, qui avoient eu le bonheur d'avoir pris l'ar gent d'autres comptoiri, fubirent galement Je mme fort, (quoique fours lettres de change furent pays en Hollande ,) a caufe du prix prodi gieux qu9ils avoient donns pour les Plantations9 & J:i cherte des esclaves qui toit outte me l: P A'R -rm. K fll Go gl

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14~ ESSAI HISTORIQUE stJR tA fure. Quon s'imagine une Colonie charge! avant ce tems, d'une dette de plus de 50 mil1ions de florins aux negotiants de la Hollande, & fnrtout plonge dans l'abime des perfcutlons caufe de l'vnement de 1770; & alors on faura I4tat ou fe trouvoit la Colonie en gnral, fans oublier pourtant ce qui est arriv dans itanne 1773 jusqu'en 1776 caure des discusfions arrives dans Je tems de Mr. Fourgeoud que neus avons cites -ci desfs .. D;aprs ces obfetvations & aaprs les faita que nous venons d'annoncer, connus dans la Colo ftie & en Hollande &. que perfonne ne pourra rvoquer endoute l'homme le plus preveou rcon notra d'abord qu'une grande partie des malheurs arrives i la Colonie prend fa fource mme dea Colons en gnral. La dtrioration des Planta tions, la fuite des efclaves, le furctoit des dette1, t'imposfibilit des payer les intrts dus aux ngotiants de la Hollande, les excutions qu'ils ont esfuy~~ le changement de matres, tout fut fenti lgalement par toutes tes clasfes des PJanteurs, & des habitants de la Colonie fans .aucune diftinctioa quelconque: cependant on ne manque pas dattri-buer tont ce qui arriva, aux Juifs & ce qui leur arrive encore, l'ignorance quon leur fuppofe de tout ce qui a du rapport l'agriculture, la ~au vaife r~gie qu'ils eurent envers leurs esclaves, & leur rligion m!me, par rapport leurs ftes, & leur faon J'envifager les chofes. Cette fuppofition, qui .fous rapp~renee ~e pbin dro Go gle

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.COLONIE n SURtN.:\M. 141 tre la Nation, enfonce le poignard dans le coeur de fes individus, fit de tot tems beaucoup de tort aux Juifs; car en leur coupant pas l les moyens d'tre occups fur les Plantations on ote une partie des cohabitants de la Colonie une des rcs.-fources les plus faciles & Ja plus utHe, les faifant rgarder en outre comme des membres inutiles pour toutes Jes Colonies agricoles. Pour cbmbattre cette fuppofition ausfi foible qu'abfurde il nous fr. firoit d'alleguer ce qu'a dit l'Abb Raynai, fur les Juifs
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142 ESSAI HISTORIQUE SUI\ LA nous ayions pris fa ferme rfolution de ne pas nou~ ahaisfer jusqu' rpondre des Calomnies aus atroces qu'on y trouve tpandues; cependant nous ne pouvons disfimulet la peine qtt'il nous cauf par rapport ce qu1il y est dit fur l'agriculture, ., Jondl, eomm, ils lt diftilt fur des 1nformlltions ,~11& ,, tu fJtli// ,voi,nt rtfllS Il, S11tinam rtllliflu pat ,, du ,x,mpl,1 Journ"'itrs,de u qu il 'l llrtive, () de forte qu'tant fur le point de l'agriculture, eu gard ce qu'on fupp(lf aux Juifs, nous mettrons au jour nos obfervatfons Ja destus. A l'gard de l'agriculture entr les tnain s des Juifs~ ils ont eu des le commencement de la Co,# loufe d'ausA grandes habitations & en ausfi grand nombre que les Chttiens. Il est vrai qu'ils n'a voient eu la connoisfance ignore alors gnrale ment, de dfricher les terres hasfes, & par confe quent ils ne fe fixercnt que vers le haut de la riviere de Surinam. Quelques annes aprs rconnoisfant leurs erreurs, ils ont fait eux m! mes des plantations depuis celui nomm le Gelder land fitu 4 lieues de Paramaribo jusqua plu fiears lieues plus haut ; leur produit ne ceda alors en rien celui des Chrtiens. lis ont fait de rcoltes 6 fois plus abondantes fur leu1 s Plantations que lorsque ces mmes habitations ont pasfe entre les mains des Chrtiens. La defertion de leurs esclaves les hoftilits qu'ils commi rent furent proportion moins thez eus, que che~ -kt. Go gl

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COLONIE Dit SURINAM. 149 \es autres l,abftants de forte quo Jeurs malheurs 11c font pa~ venus ni de letir ignorance ~n fait d'agri culture, ni de leurs ftes, encore moins de tecr aiaQvatfe rgie envers leurs ei-claves, comme leurs aveugles adverfaires Je leur fuppofent (a~. La cauf~ de {11) Lorsqu'on combat ceux qui s'attachent l'opinion d'attribuer tout A l'ignorance ces Juifs fur l'agriculture, {ls detournent leurs ju1emen$ fpecieux fur la multitude,. de leurs f.ces qui enfantent dlfent ils l'ojfivet~ la m:digr.it parmi (eurs Negr.es : cependant les Juifa n'ont que quatorze jour, de f.tes fans compter les famt di, (gui font chang~s pour les dimanches) favoir en Avri_l leu~s pa.1ucs 4 jours ; en Juin leur pentecotc 2 jouis; en Juillet leur jeune I jour ; & en Olobre, le mouvel an joar d expiation, & cabanes 7 jours, ce q~1i fait enfc:nle 14 jours par an; & dans ces Jours & leurs {amedi, les Negres travaillent encore pour eu:r dant leurs terrains, comme on fait St. Domingue, -Cayen ne & ailleurs. Ces J.f jours de perte pour. les Planteur~ Juifs dans chaqae anne, ne font point un objet aff~z c,nfidei:ahle ~our btir un Cyfteme au prjudice d'une rortion dl,1 genre humain. e dit Q.uvrage fur Esfe., qttebo, page. 7~ & 73 .. ou il, est dii encore que ,, let ., juifs ne pouvant pas. travailler autant q!)e les Chretkn1 ., forcent leur Efclaves a travaiHer plus fortement, en re" compenfe de la perte de leurs Jours de repos &c." eft ~rronni. lei en Surinam, on les accufe de mauvais exemples q'ils donnent envers leu; efclaves, eaafe du pe qu'ils travaillent & 1 caure de leari f!tes tt jours de Sabbat, 4 l Demmen.ry, (ou ron dit av.oir eu dt1 informa &Ions de SSJrtoam) on les. accufe du trop de tuv.1il qu ,k K 3 ~Ull G gle

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,~144 !SSAI lDSTORIQUB sua ~e leur malheur, la dcadence de leurs dfct3 ont des caufes trs cmmunes & tr~ phyfiques que tout h~mmc impartial reconnotra d9a bord. Les terres de la rivicre de Surinam comme :ayant ~t les premieres ultives furent nece sfai rement les pfe.rnieres qui perdirent leur fertili t & cela est fort naturel puisqu'en Suri nam on n\:ngraisfe l'oint les terres, & qu'on ne. fait aucun esfai quelconque pour les ameliorer comme en Europe. Cependant les Juifs fa1;1s au-tre resfo~rce que leur agriculture ont confcrv6 leurs effets fans dettes & fans engagements jus qu' la fin de l'ann6e 1750. Mais la perte conti nu1lle de leurs esclaves, tant par les mortalit~ que p~r les fuites, les obligerent l'imitation des Chrttiens de prendre part l'offre que le comp. toir de Mr. Deut~ fit faire aux Pbnteurs; ce fut le coup fatal pour eux c!< pour leurs desccn dans, dl.autant pl us que les p rlncipaux parmi eux,, fe trouvoient dj d~labrs par tes fraix norme~ qu~ les procedures du tems de M Mauritius, leurs avaient caufes. Ce premier argent ('ris avec aviditt les a mis dans Ja nce;;fit d'en prendre de nouveau, & de cette facon les terres qui de .. Ve donnent i ~eurs eCclaves. Ces deux accufations ne Cool elles pas contradilofre, mais cela importe trs peu ces Mesficun, ,car ce n'est pas la premlere fois qu'on fe con~relUt, quoo deralfo.nno lois .gu,'il 'a&it d'accablcf les Juifs. Go gle

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COLONIE nz SURINAM. 145 v~noient de plus en '.plus arides, le peu de. produits qu'ils tirerent de leurs habitations les intr~t qu'ils devaient payer annuellement leurs corresponpans, l'ahaisfemcnt du prix de leur denres, &. l'augmentation des fraix en Hollande, dont les cor respondans favoient faire leur compte les ont mins peu peu, jusqu' ce que les dettes les oot tout fait accables, & que leurs effets ont te ven dus par xecution depuis Ji66 jusqu' ces jours. Ces vicisfitudes n'ont elles pas t fendes par les autres habitants galement, & y-a-t'il quelque diffrence, quelque chofe de plua beau de plus moral ou de plus noble dans l'histoire de la deca dence des Chrtiens Planteurs, de Ja Colonie 7 On nous dira peuttre, les Cbrttfms, fl /0111 po11rt11nl jotJt1n111, & [t fo111ienntnt mcort, Jeurs Pl11ntation1 font tncore e11tre l,urs main1 & ln juifs n"e11 otJt prtsque plus. Voila des argumens dont on blouit Je petit reuple au desavantage de la Nation. La mfiance que le& fourpisfeurs d'argent crerlit con urent contre les Juifs effet malheureux de la diffrence de la religion, la prevention de quelques agens de la Colonie, qui prou~ant eux mmes Jeurs propre& fautes, fo.urniifoient des mauvaifes intrmations contre les Juifs, leur a fait rfufer lo 4:redit nccesfaire pour acheter des efclaves, & pour~ voir lel{rs autres befoins; rnafl il arriva -Je con traire aux Chrtiens, leur credi t toit fans borne,, ces. t pour cela m~me que fyr chaque Planta de Chr~tieQS vendu par ciecution, ltis l\e. "' i~ G gle

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146 ESSAI HISTORIQUE (UR LA gociants de la Holf ande perdirent, & perdent en .. core beaucoup plus que fur dix d e s Juifs enfemble: dameurs, qu'on n
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!GOLONIE DE SURINAM. l47 Plantation NittJ'Wt S111r, Mrs. Arlaud & Baek, Jouefent lui de Gt/derJ,,,J, Drit Gtbrotder.r, Dncanco., Goofen Cabo Verdi, Canp dt Gotdt Hoop, GtlilgaJ. BotJ Yizi,h11nc11, qui tous, de beaux & fertiles ter rains font tomh au pouvoir des Chr~tienr. Cependant ou font les progrs qu'ils fitent fur ces terrains les meilleurs de toute fa riviere de Surinam? Leur fciencc, leur art, dan! la culture des terres, leur rgie, fuperieurem.ent bien ca1cules devoient ~clater d'une maniere ou d'autr~, pour pouvoir ave~ raifon fietrir les Juifs de ce qu'on leur accufe cet gard. La difft!rence gu"on marque Jans leur tat actuel de dcadence comp a re ceux des autres, ne tire non plus aucune con fquence. S'il y avait eu parmi les Juifs des in-. dividus qui eusfcnt gagn depuis, 10 ~o jusqu~ JO mille fll)rins par an, dans des adminifiration-_ fur tes Plantations, dont les propritaires font en Hollande; s'ils eu:ifent gagn~ encore depuis 3 J :Jsqu" J 5 mille florins annuellement par cies profts que donnent plufieurs employs dans la Colo nie, ils fe trouveroient encore dans le rr.me tat qu'eux & fi le contraire fut arriv, ce f~roit alors le tems de les regarder comme des t.tres inutiles dans une Colonie agricole, fi dans l'Am ~ique (ainfi q,ue ces Mesf.eurs d' Esf~quebo & Demmerary le prctendent) tous les individw des Colonies fans exeptions doivent tre laboureurs avant de pouvoir y tre admis. Dlns les rivieres de Cottic~,. de CJrnmowine, & K S leu : ~ G gl

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~4,S ESSAI HISTORIQUE tua r.A leurs bras qtti font maintenant la plus grande partie de la ricbesfe de la Colonie les Juifs h'ont jamais pu obtenir des temins ; ils devaient fe contenter de ceux qu'ils posfedoient depuis longtems en Surinam, quatre ou fix perfonnes de la Nation qui ont pu cependant avec beaucoup de peine y en acquerir, ont fait autant de progrs que les Chrtiens; temoins les Plantations de Aron Polak, de Pardo _. de Hartog Jacobs., des heritiers de Gerrit Jacobs &c. (tous gouvem~s travaill~, & rg1s par des admini firateurs Juifs) qui ne cedent en rien, ni dans la culture, ni dans l'ordre, ceux des autres habitants. Dans ces deux rivicrcs, dont le premier defrichement ne fut commenc6 que pr d 'un demi fiecle apr~s ceux de Surinam la plupart de l~rs habitations ge prodld(ent atuellement que quelques unes la moiti, d'autres le tiers c% le quart de ce qu'elles ont produit dans Je commen ~ement, caufe evidente de la dcadence des Plan tation des Juifs en Sur-in:im, fentie 115 30 ans d'avance. Outre cela on attribue encore ,la pro prit de la Savane & l'~tablisfement de fa Syna gogue pour u .ne des caufes de la ruine de la Nation I car l'attach,ement cette place ~it on fit que les J~s ne purent quitter leurs habitations,. 6tues fur Ja hauteur de Suriname plus ages de 20 ans que I Savane, pour fe placer ailleurs,. fans penfer, (fuppofant qu'avec de grands effett ils eusfent pu ac4uerir des terraiAs ~n Comm~ wi Go gle

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COLON[~ SURINAM. 140 wine, ce qui est fott dputeux) que de grandes habitations dj formes, un nombre prodigieux d'esclaves R tranfporter qui ne quirent qu' regret leurs f.oyers rendraient cette entreprife moralement im rosfible difficult qui a t fentie par les Chr tiens qui eurent leurs Plantation la hauteur de Surinam, qu'ils onfervent encore fans avoir eu une Savn1., pour les y attacher. A cette caufe on ajoute encore celle de la prodigualitt dans leurs ftes &c. qui n'e$t rien moins que bien fonde ; car une dpenfe extraordinaire de ~oo 300 flo,. rins, que couterojent le fuperflus de ces res an nuellement chaq\Je famille, ne feroient pas capa 6les de les ruiner, encore moins la perte de quel ques jours de travail de quelques uns de leurs esclaves, pour le hefoin les comodits de ces jours de ftes. Nous avons montr ailleurs leur faon de vivre lorsqu'ils taient leur aife, en confdquence pn -ne peut leur accfer de luxe ni de prodiga _Jit demefure fur leurs habitations ni ailleurs. Quels que foyent don les effo.rts de Penvle de trouver des caufe, particuJieres pour en attribuer la ruine aux Juifs, on ne trouvera que des ciufes communes en gnral. Si Ja ruine des Planteurs Juifs t donc cauf.e par des malheurs phyfiques, les Chrtiens tablis dans la riviere de Surinam prouverent les mmes defaftres, fi le detangement Jans leurs affaires ont frapp, & les uns, & les autres galement, pour. gu_oi ta~er les Juifs en particulier d'un malheur o~-G gle

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4!5Q ESSAI HISTORIQUE sua LA commun tous les Planteurs en gnral. Quoo cefi"c: en Hollande d'avancer plus d'argent & de prolonger le credit aux Planteurs de Cottica & de Commowine ; que ceux qui confervent encore Jeurs effets, quoique furchargs de dettes nayent poi11t les profits de Je.urs adminill:ration~; qu'ils ayent ~nfin & en tout fens ausfi peu de resfources que les Juifs, & nous verrions s il rest .eroi_t beaucoup de Plantations entre les mains des propritair~ actuels. Cela fuffi.t pour dmontrer que Jes }ujfs t!( Jes, Chrtiens ont eu des 1nalhe11rs, ont commis des {autes, ont perdu des habitations, fe fonts ruins, les uns & les autre~ par les memes raifons & pat les mmes caufes; & que les dogmes de la rligion Judaique, fes tes, les moeurs de la Nation, leur Savane &c. n'ont rien contribu dan~ tout cet a. Ls, Juifs ont faits comme nous l'avons dj p[ouv eq plufieurs endl'.oits de et ouvrage, le~ mmes prc grs en Surinam que Jes Chr t iens, ils y furent ausfi ricb,;s, & ausfi bons Planteurs (\U't:u:it comme eux ils fe funt a_ppauvris. li est vrai qu'i~ y a actuellement peu dh~bitations appartenante~ aux Juifs, & que la plupart de celles qu"ils on~ ~e, font actuellement entre les maiQ~ des Chrtiens, tJ1ais qu'on confidre, que ces derniers, en perdant les Je ars, elles ont retournes fous le oouvoir d'autres Chrtiens, en qualit d~agens des Nego ciants enHotlande; 6c que, fi~ au lieu qae les four JJiafears de cet argent donn. intrt, eusfcnt tt Go gle

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COLONIF; DE SURINAM. 15t tt6 par exemple des Juifs ou des Turcs, & non pas des Chrtiens, l'objet n'auroient il pas chang de face, &. la moiti~ des Habitations de la Colonie, n'apparticndroient ils pas actuellement ces deut peuples circoncis D'Ailleurs comment est ce que les Juifs en Surinam pourront ils dmentir par des exemples actuels l'ignorance qu'on leur attribue en fait d'agricultureY y eut-il jamais (du moin$ depuis longtems) quelqu'un de la Nation employ comme directeurs ou comme adminHl:rateurs fur quelque Plantation appartenant des Chrtiens 'i Cet esfai qui ouvriroit peut~tte les yeux la plus aveugle prc!vention, couteroit beaucoup fans doute faire, mais on doit facrifier les prjugs en faveur de la raifon. Ignore t'on gnralement que pour travailler les bois de Charpente les Juifs avec un trs petit nombre de Nt>gres & de Iletail font beaucoup plus de rvenus par an que les grandes Plantations des Chr~tiens defiinees cette forte de travail! Pourquoi ne les employe t'on pas quelque part? Pourquoi les conflte t'On, fe fett on de leur capacit pout les travaux des Bois, fous la promesfe trompeufe de les favorifer avec des di reetions, pour les rjetter en fuite caufe qu'ils font Juifs, comme il -est arriv trs rcemment 'I Ne fait on pas que le Juif qui a esfuy,demierement ce rfus est capable de faire dans une anne plus de revenu qu'un autre dans 3 ans: fi donc Ja ngligence du Directeur Chrtien y tabli fe faifoit alors con,. ooiue, ne feroit il pas toujours 110 bonhcr po~ le gle

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1_,.2 ESSAI HISTORIQU suR. r.A Je propritaire en Hollnde d'emploier le premier? & dans l'un & l'autre cas, ne feroit il pas encore trs jufie de confiderer que les Juifs denus d'employs dans la Colonie, n'ayant pas befoin d'asfistcr toujours la Ville, font plus maitres de leuts tems que les autres adminiftrateurs; & qu'en confequencc ils pourroient donner plus de foin aux travaux de$ Plantations. Si le profit que donnent ces adminiftrations fut mieux & plus fagement distribue, il en rfulteroit beaucoup d'P.vantages pour la Colonie en gnral car 1 au lieu d;un ou de deux employs fur un grand nombre de Plantations, ~S & 30 perfonne Chrtiens ou Juifs pourruient avoir leur fubfitl:ence dans la diftrihution du total de la fomme qu'un feul idminiftrateur tire annuellement; ce qui conttibue roit ~e l'aifaccc d'un grand nombre d'hahi tants, par rapport i d'autres profits qui S"erifuivroient ncesfairement : car un endroit quelconque est plus riche avec un quart d'un revenu fixe, par tag entre fes membrct, qu'avec dix fois autant parmi un trs petit nombre, pendant que le reste des individus fe trouvent dans un tat de pauvret! i 6: 3e les Plantations feraient adminiftres avec pltts de foin, car l'ambition de celui qui auroit la petite resfourfe de 2 ou 3 adminiftrations employc roit rlus de zle s"acquiter de fon devoir qu'en ayant 40 ou 6o ; mais cette vcrit qui frappera tout homme raifonnable ne fera point realif, car la crainte de quelque rvolution venir, a donn6 du a,oid la calomme de l;iguorance, & de la mal hou,. Go gle

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COLONIE ne SURINAM. 153 bonnetet en fait d'agriculture rpandue fur les Juifs. En confquence donc de ce ptestige que bous fommes malhcureufement forcs de prfentet dans tout fon jour, ne pourrions nous donc Pa ajouter toutes nos obfervations, Je discours d'un pafan fur ragricultUre qui fe trouve dans l'esprit des journaux du moi de May 1787. page 384 & dire avec Phonnte laboureur & avec des change mens convenables notre fujet, ,t eh dans notre ,, fituation le pouvons nous? un inenage foute ,, nir, des enfans lvcr, des gages payer; nos ,, batimens rparer,. nos bestiaux remplacer. ~' nds journaliers fatisfaire nos occupations, t, nos outils, nds vetetneils, nos maladies, nos ,, impts/' nous pouvons ajouter les fraix dans nos ftes., nos mariages, nos entetreiilens, l'entretien de nos Synagogues,. une quantit de pauvres nourrir &c, Voila en racourci, pourfuit le payfatll honnte t ,, nos befoins nos devoirs 1 & notre ,, fituation & quelles font dos resfources, grand ;, Dieu!' notre genie, notre induftrie., & plus qu tout cela f notre rfignation; parls Mesfieurs, n'est il pas infenf & me!:hant, que de nous accufct de nos malheurs. Nous avons fait autant qu;il nous ft po,fibte un rcit exact & fidle des principaux vnemens de la Colonie de Surinam depuis fon commencement jusqu~ ce jour, avec l'histoire abrege de tes habitants Juifs, l'gard de Jeurs Privilges, les rvolutions heureufes. malhcureufes qu'ils y G gl

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154 ESSAI HiSTOR1QUE suit LA y ont esfuy, & nous ofons foutenir, qu nous n'avons rien avanc que de vrai 9 rien dit avec prevention ni employcs des fophimes pour dfendre la Nation de plueurs accufations dont on l'a charge depuis longtcms. Nous avons fuioi les auteurs qui ont crit fur la Colonie far1s bous impofer aucune obligation de les copier la tertre, ni de les troire fur leur parole ; au contraire, nous avons avoue les fautes que nous y avons trouve, en laisf:tnt au lecteur le foin de les 3uger. La connoisfance que nous avons de nos archives, avec ce que nous avons entendu de noB peres ainfi que quelques notes curieufes qui f,: trouvent chez les anciennes fmilles Juives-, nous ont mis en tat de rediger ce qu'on trouve dans ce foible esfai. Et par fun rfultat nous nous flatt0ns que l''homme impartial appercevra, que les Juifs, ~aigre leurs PriviJges, maigre la pro tecton confiante qu'ils ont re_u de la part des Seigneurs Propritaires & quel qtie furent leur mrite leurs foins, leur 1.le envers la Colonie en gnral, ils font cependant dedaigns & envi fages par leur, cd-habitants comme une clase d'hommes dont la liatfon la bonne intelligenc & l'amiti, font toujours inutiles ott dangreufe1 pour tous teux qui profesfent une autre religion. Ce prjug qai f"ait autant de tort la philofophie de ce fiecle qu' la politique,&quinefertqu'enfe velir tout ce qu'un Corps de Nation peut avoir fit de bon; nous a mis dans la ncesfit de pari~ Oll' Go ge

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COLONIE DE SURINAM. JJS ouvertement l'gard de la ~ation, & de la com parer avec celle fous laquelle elle vit en Surinam. Suivant cette methode nous avons port l'histoire de ce qui h concerne jusques l'poque de 1a dcadence a rrive en 1770, & comme ces vnemens fune s tes ont augment de beaucoup ces mmes prjugs, tendu Je mepris, enfant des calomnies & d'invectives fon desavantage, & que grace la philofophie du chef actuel qui nous gouverne, & de ceux qui ont l'honneur de le frequenter plus familierement; l'objet hideux ,ie l'aveugle prvention commente changer de face, nous jugeons ncesfaire, tant pour couper la derniere tte l'hydre qui nous mnace, que pour p.ofer de6 fondemens plus fiable ce changement heureux, de faire un corolaire de toue Cc que nous avons dit. A l'cx e ption de ce qui s'est pasf avec le Gouverneur Scherpenhuyfn, aprs le depart de Mr. Sam. N a sfy pour la Hollande, les Juifs n'eurent a fe chagriner que fur des petitesfes qui quoi-que fusceptibles ~entrainer de mauvaifes conf quences n'taient pourtant pas des maux rels: & nonob( lant quelques fcou~ifes, qu;ils prouverent l'~gard de leurs Privilges, & le mpris que pir intervalle les autres habitants leurs mon traient, tout cela toit pour ain dire rpar par raifance dont ils jouisfoient alors, ce qui a dur du plus ou du moins jusqu' l'poque du Gou-\Pernemen de Mr. Maridus; mais ausfitt que J. PARTIE. L les gl

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156 ESSAI HISTORIQUE SUR LA les Juifi; perdirent leur aifance, & que la pauvre .. t fe fit fentir, toutes les rcsfources leur furent fermes, & ce ne fut que cles m pris cont inuels qu'loignement pour tout ce qui les interesfoit, & Je mot infultant de Smo#s, fut prodi gu aux Portuguais & Allemands ind i stinctement jusqu' devenir dans la fuite Je mot favori employ p a r les esclaves mmes pour defigner avec mt pris tout Juif quelconque : efft!t ma lheureux de l'hahitude des enfans dans les m a ifons de Jeurs peres, & des efctaves dans celles de Jeurs rnaltres. En confquence, les rna ifons des Juifs ne furent plus frequentes par les Chretiens, ja mais ils ne furent invits chez eux dans aucune fte ou rejouisfance p a rticuliere ou publique. On leur parlait mi!me avec arrogance, & plnfieurs foi s les Juifs ont prouv ( la c o nd amna tion Juridique prs) ce qu' dit C11ndid~, Jorsqu"il est venu Surinam. Cet loignement enfanta d ans la fuite une indiffrence ausfi rmarquable, qui fo tian& mettant de ptre en fils! Je gros drs Chretien s at ta~herent une espece rle basfesfe d'avoir de la familiarit avec Jes Juifs. Oublis donc de leurs co. habitants ils rprirent chez eux d a us Jeurs mriages une rnaniere de vivre, qui q!Jnique loi gne du faste & d'une proprt minutieufe &. for~e est peut tre plus natureJJe, & plus morale aux yeux d'un bon obfervateur philofophe que ce qu'nn fait ailleurs. Cette indiffrence qui donnant cowrs la prevention, produitit la haine, ft Go gle

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COLONIE r.E SURINAM. 157 ft caure qu' Ja moindre faute commife par un de fes individus, la Nation en toit accufe. Ja mais tel Juif avoit commis telle faute ou tel crime; mais, lts Juif 1 /'one commis, & quoique plu fleurs grie(s faits la Nation furent conftamment rpars par la conduite toujours uniforme des Seigneurs Propritaires la prvention fuivoit fon cours. Quand ces malheurs furent gnralement fentis, la nature de l'esprit humain qui attribuefes defafires au peu d'attachement fon culte, & qui jette fouvent les hommes dans le s g ouffres du bigotisme 9 produifit en confquence un effet (rappant fur la Nation Juive en Surinam. Dans le tems primitif de la Colonie. les premiers Juifs, quoique d'ailleurs fort estima-hies par leurs proceds portrent du Portugal cet efprit d"intolrance qui inflige des peines fur la moindre faute de teHgion; tout toit jug6 alors p:u les Rgens avec la derniere rigueur: teux qui -nvoient echarp aux flammes du tribunal hideux de l'inquifition toient alors les plus riches, les plus favanrs, & en confquence les plus puisfans de tous, & le despotisme religieux qui en fortoit comme de fa premiere fource d'accord avec les ides funestes de la fuperfiition firent il atre des ordonnances fauti vs qui regnent encor dans la Nation. Si l'on compare les perfecutions que les Juifs de la Hollande firent esfuyer Spinofa & Uriel da Costa avant que Jeur atheisme tut lclat, & la date des premieres infiimtions L s Ecclc G gle

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t58 ESSAI HISTORIQUE suit LA ccleastiques des Juifs Cayenne & en Surinam, on trouvera qu' peu prs dans la mme poque, i'efprit de fana tisme regr.oit par tout. Cette pasfion dangereufe jointe au peu d'edutation que re cevaient les habitants de la Colonie en gnral, enfanta parmi )es Juifs des discusfiorls continuel les qui donr.rent plufieurs fois leurs antagonistes des prifes contre eux. Le rennuvellement des infi:itutions Ecclefiastiques approuves par S. A. R. dans ranne 17.54 calques fur de vieilles coutumes, & que la confufion des questions ou fe trou voit alors la Nation, n'avoit pas permis de lui donner une autre forme & un autre esprit; mit le fceau tout ce qu'il y avait de dangereux. Le re.wfentiment des querelles pasfes, mettoit plutt en oeuvre les perfcutions fur la moindre faute, les malheurs & les defaflres enfin devaient ce qu'il femble tre rpars force de bigotia me. Ce f yfime innocent commun : toutes les rligion eri gnral & qui enfanta de tom tems des ceremonies fuperfiitieufes qui deparcnt le fondement du culte divin, comme le r marque Mr. de Tou!faint dans fon immortel ouvraie fr les l\1oeurs, fut fuivi parmi la .Nation Jwve en Su rinam depuis 1756. Plonge donc dans ces ides lugubres, & prenant tout ce qui lui arrivoit pour des chatiments celestes, les Juifs ne chercherent point avoir rparation de plufieurs griefs contre leurs Privil ge~ & leurs franchifes. Plufieurs petits employ.s <1u'il,1 c Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 15Q qu'ils avoic:;nt eu dans d'autres tems Jeur furent ts; pendant que des Metis & des Mulatres. tant batards que lgitimes ont des employs lucratifs au detriment de ces malheureux blancs, qui camp tent parmi les meres de ees Mulatres beaucoup de leurs esclaves affranchis par eux mc!mes (a). Leur tribunal de jufce avili la Savane fentit plufieurs fois des fecousfes, la Compagnie Bour geoife dans des exercices publics prouva Je ni. pris le plus omr comme on peut le voir par une dcifion des Seigneurs Proprietaires l'gard
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16o ESSAI HISTORIQUE Slt LA cution (fuivant une rfolution du 14 May de la mme ann~e) fut fuspendue ju5qu'au I May de l'anne fuivante. On a encore rfolu mal .gr une remontrance vigourcufe de la part de Mr. le Gouverneur Crommelin, faite atL Confeil le 1 May 1767, de ne pas confentir le fjour des Negres des juifs Paramaribo, fous le pretexte qu'ils avoient leur Sav:m ou ils devoient prendre leur Domicile &c. fuivant une lettre adresfe aux Seigneurs Proprietaires en date du 17 Aout 17~7, rendue Vaine par Ja rponfe qu'ls en rcuicnt en date du 18 Novembre de Ja mme an. ne. Outre cela les Juifs ne pouvoient point tre .ni boulangers, ni marchands graisfiers connus en Hollande fous le nom de Smokktlur ou 'Utile Wari,r, & fi, fur la rmontrance que fit Mr If. de Pinto de la Haye, au nom de la N,tion quel ques membres dr la direction des Seigneur Pro pritaires ce tribunal bienfaifant n'avait point donn fe~ ordres Ja. desfus, aucun J.uif ne feroit actuellement ni boulanger, ni 'Vtllt wrier. L 'Em ploy de Notaire Public de la Nation, connu de puis \e tems du Gouverneur Sommelsdyk fous Je nom e Jurator que la focit rendit en Hollande en 1754 Mr. If. Nasfy, lorsqu'il s'y tro~voit pour les procedures de Ja Nation avec Mr. CarriJho employ qui fut cr e,qpresfernent l'Our la facilit de Ja Natlon caufe des fraix normes qu'dle devoi~ payer pour l'interprtation de quelques actes en Hollandois parce qu'une grar. Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 161 grande partie de la Nation ne connoit fon d Je geni~ ni les tours de cette langue pour fe mettre l'abri de quelques prjudices fort commun dans les actes Judiciaires est devenu prfent ptesqu'inutile, car les Jurators rvtus de cet em. ploy aprs Ja mort du Mr. Nasfy, furent interdits avec dfence eux de pasfer aucun ate quelcon ~ue Paramaribo parceque Mrs. les Secretaires pour ne pas perdre un produit
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J62 ESSAI HISTORIQUE SUR LA fans cesfe, & compromettre ln Nation :ive c fcs co-habitants qui plus prs d'elle pourraient lui faire encore beaucoup de mal indpendamment des loix du pas 'l Cette raifon & beaucoup d'autres ont perfuall la Nation de fe rgner frn fort jusqu' ce qu'une occafion favorable fe p r fenteroit d'elle mme. Plut Dieu quelle n'arrire jamais, & que la Nation en oubliant fes irricfs pasfs, f contenre d~un bonheur yenir que le prfent lui donne lieu d'attendre; cependant perfonne ne nous faura mauvais j!T d'avoir mis fes droits & fon apologie fous les yeux dn Public & de ceux qui l'ont toujours protegs, & qui ont Je pouvoir d'y rmdier d'une maniere ou d'autre. Ils fauront avec fatisfaction, nous nous en fiat tons du moins, que ce ne fut pas une Nation ingrate qu'ils ont accord leur bienveillance & qu'en qualit de Rgens & Propritaires de Ja Colonie, ils trouveront beaucoup de chofes qu'ils ont ignor peuttre. Eh, grand Dieu, dans que lie circonfi:ance les Juifs ont ils manqu leur devoir de citoyen, contribuant aux impots fans murmu re, ils fe font toujours attachs aux Gouverneurs fans autre profit que celui de fe dire reconnois fants ces augustes commettants, depuis la mort des Gouvemfura Nepveu & Texier. Malgr mille :petites chofes qui fe font pas fes, ont ils manqu leurs fyfime. M. Beeldfnyder lui mme, n'a t-il pas reu les hommages qui lui toient ds en qualit de Gouverneur tant Paramaribo qu' la sa ..

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COLONIE :r,E SURINAl\t 163 Savane? Dans tous les befoins presfants de la Co lonie, la Nationn'a t-elle pas pris les armes ga Jement? Lors du malheureux fuccs de Tempaty en 1757, fes Bourgeois n ont ils pas t emplors fous le commandement des Capitaines de la Bour geoifte Chrtienne dans le Jieu mme de la r volte, & ainfi de fuite jusqu4 la paix avec les mar rons? Dans ces circonftances ne ra t'on pas vu facri fier en faveur de la dfence de la Colonie Je r~pos du Sabbath, ou les ftes Ecclefiaftiques? n'Est il pas connu de tout le monde que lors de la der niere guerre fur l'indpendance de l'Amrique fep tentrionale au moindre foupon des mouvemens des marron: dt Boni, les Juifs ont ten poste :\ la Savane, & mont la garde les famedi & ftes au mois de Septembre 1782 indistinctement? La Nation n'a t'elle pas pris le mme intrt dans cette guerre que les autres Habitants? Voyez le mandement du jeune,(*) traduit du Portuguais:en confqnence -t'dle donc mrite par la prtendue faute de quelques Bourgeois Juifs fous les armes lors de l'enterrement du Gouverneur Texicr, une r folution du Confeil ausfi fltrisfante pour la Nation, qu'illegale aux yeux du Public? Vrryez pit ce No. 19 dont nous parlerons plus en dtail. A l'exception de toutes ces raifons la politique ne prscrit. il point de rgarder les Juifs de su. rinam avec des yeux plus favorables 1 Les Juifs L 5 ri (*) Piece 18. o gle

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l~4 ESSAI HISORIQUS SUR LA riches ou p a uvres ne restent ils pas toujours aux endroits ou ils fe font fixs une fois? Le contraire n'arrive t'il pas journellement avec Jes ind i vidus des autres Nations ? Ceux ci ausfit6t q1,1'ils fe trouvent un peu leur aife, vont dpenfer leur argent dans leur p a trie, confque~ment, il n'exifte pour le loctl ni profit ni circulation. t o ut est perdu por l'endroit qui leur fi1 urni l'oc afio n & la facilit de s'enricher comme p armi eux il fe trouve beaucoup d'trangers, la mre patrie mme n'e n tire que trs peu d'avantage. Combien o'~xemples de cette nature ne pourroit-on pas citer la desfus pour prouver incontefiablement, que ce ne font que les juits,
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COLONIE DE SURIN/lM. 165 ~ent respectables par leurs qualits perfone11es que par leur attachement pour la culture des let tres d'accord avec quelques autres pcrfonne s bienfaifantes, que nous nous ferons une gloire de ~mm mer dans fon lieu, conurent de l'affection pour quelques individus de la Nation dont, ( ce qu'ils eurent la bont de dire,) la lecture le jugement n'toient point mprifer, & ils commencerent les encourager; les vifites continuelles qu'ils fai .. foient la Savane, accompagnes de grandes fuites caufe des travaux du Cordon qui arrivaient ordinairement dans Jes jours de ftes Judaques de Septembre & d'Octobre; les accueils que leur faifoit Ja Nation en gnral, joints des informations gu'ils rcevoiem continuellement des Officiers Militaires posts la Savane & au Cordon de la cordialit, bont & hospitalit envers ~ux & leurs fubordonn,, firent une rvolution heureufe pour la Nation, & ces Mesfieurs r~connurent combien la prvention & la mfiance peuvent touffer la rputation d'un peuple en gnral, & le mrite par ticulier de plufieurs de fes individus. Ce futi rlans ce mme tems que Mr. Je Fiscal Wichers quelques uns de fes amis, crigeant Paramaribo une Socit d'histoire naturelle, fit ad mettre comme membres tant effectifs qu'honoraires les juifs fana difiinction; l'loge qu'il y fit de Mr, Je Mdecin d' Anavia membre de la dite focit mort en u81, fit autant <.\'honneur la Philofophie de C gl

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1 ~ ESSAI HISTORIQUE stJJl LA de Mr. Wichers, qu' la mmoire du feu M~ cio Juif. Ce fait, ddomma1rea la Nation avantageufe.. ment de la dfenfe, qu'une Compagnie d'amateurs firent aux Juifs d'tre les fpectateurs d'un thfl tre Hollandois qu'ils rigerent en 1775 ; dfenfe inoue dans aucun lieu du monde, ou les Juifs ont la permisfion de vivre. Qu'on ne penfe pas que ce thtre est un thltre de Socit, il n'est tien moins que ela, tout ~e monde muni d'un billet y entre, & il-y-a parmi J;s actem:s de.s fem mes penfionnes en qualit d'actrices. Les Juifs fe foucierent trs peu de cette fltrisfitre & furent par rprfaille riger l'anne fuivante, un autre thitre Hollandois, qui fuivant l'aveu des connoisfeurs eut beaucoup plus de mrite que cehd des Chrtiens & posfedoit de meilleurs acteU(S quoique compof de jeunes gens de Ja Nation Portuguaife AIJemande gui n'ont jamais vu l~urope. onfults fur cet art icle ce q~t'a dit Mr. Sanfini Napolitain dans ]es rmarques fur Je ta bJeau de Surinam, page 61 qui a vu les meilleurs thtres e l'EurQpe, & est en confquence en tat de juger. Ce thtre des Juifs frquent rar Jes perfonnes de la premiere distinction fut tout fait rform en 1784 (") Tant l'~gard d'un beau ha .. (") Celui de, Chrtien, est encore Cur le mm pied que la YU Mr. Saofini. / G gl~

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1 I J COLOME n:1 SURINAM. 167 15atiment fait expres, qu' l'gard des dcoration$ & des habillemens ; fur tout par des bons acteurs accnutums dj au thtre, talent rdevable en tout fens eux mmes, & aux effets que produit l'mulation. Dans le fpectacle des Juifs furent admis indistinctement tous les habitants cic la Colonie munis de hillets qui font distribues gratis par les con tribuants l'exeption feulement des Acteurs & Directeurs du thtre Hollandois, qui l'entre est dfendue, il y a en outre des place:s de di ftinction faites exprs pour le Gouverneur & le, Confeillers cie Police qui ont l'entre gratis dont plufieun rcompenfent ce don gnreufe. ment. Le dpart du M. le Fiscal Wichers, por la Hollanrle en Mai 783 & la mort du Gouverneur Texier arrive en Septembre de la mme anne, firent craindre la Nation quelque malheureufe rvolution;& comme il y avoir encore des vices & des dreglemens dans fon infiitution, & beaucoup de contraste fur le feus qu'on donnoit aux Privi l~ges, fon desavantage, on ne favoit point les moyens de rconcilier les opinions cet gard. Le changement des deux premiers magiftrats de la Colonie, rendoit la chofe encore plus donteufe, d'autant plus que Mr. Beeldfnyder, qui fuc ceda provifionnellement Mr. le Gouverneur, & Mr. Karsfeboom M. le Fiscal, n'taient point verfs dans les affaires conomiques de la N ... tioo Ce, gle

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G l'68 ESSAI HISTORIQUE SUR I.A Ces obfervations firent concevoir un des mem. bre actuel de la rgence de ta Nation, qui fut de tout tems pa~cher fon coeur une perfonne qui l'honorait de fa protection, de lui adresfer en Hollande en 1783 une lettre, dans laquelJe il lui dtailla avec la force dont il toit capable, rrat de la Nation tant envers fes individus rspectifi, qu'envers les autres habitants de la Colonie, & comme ce tte lettre & le foin ardent qu'eut cet ami de protger la Nation en Hollande a opre le changement dans fa rgie, arriv en 1785; nous tran scrirons fon contenu avec celui d'une autre let tre crit ce fujet au Colonel. qui eut le bonheur d~tre mife par les foins de Mr. If de Pinto, de fa Haye, fous les yeu~
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COLONIE D'-SURINAM. 169 ,., nous honorrnt de leur amiti au fujet du Corps ,., gnral de la Nation, tout fut envain chacun ,, parle en philofophe, chacun prche Ja morale, ,, & cependant malgr les beaux discours, la hi ,; ne nationale les prjugs de l'tnfance, operent ,, fans oh0:ac1e : votre ahfe11ce, l'tat dplorable ,, ou fe trouv la fanr de M. le .. nous prfa ,, ge beaucoup de peines. J'ai tourn en conf ,, quence mes vues d'un autre cot, j'ai penf que ,, fi l'on pouvoir corriger Ja N3tion de quelques ~, petites fautes & de quelques anciennes habitu~ ,, des, que la tranqui lit interieure & mutuelle, ,, entre Juif & Juif, rcompenferoit de beaucoup ,, au rs d'une gr ande p a rtie des bons particuliers, ,, ce qu'elle p erd a u prs du gnral. ,, J'ai tudi en confquence le genie, le carac., tere, les vices &. les vertus de ma nation, & ,, quoique Juif, je ne me trompe pas for elle. Mais ,, cependant dans Je c:i lme des pasfi0ns je fuis ,, port conclure que );loignement de la bonne ,, c,>mpagnie fe3 anciennes habitUdes jointes au
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170 ESSAI HISTORIQUE SUR LA :-, Suivant ces principes je me fuis dit mille fois; ,, une nation dont les membres par principe de ,, rligion (abftraction faite de quelques individus ,, comme partout ailleurs) font bons Maris, bons ,, Peres, amis des Pauvres (a), Hospitaliers tant ,, en-Ca) A l'exception de la cais(e gnrale des pauvres la Nation Juive Portuguaife malgr fa dcadence ac tuelle, & la conttlbution aux impts de la Co lonie &. les fraix pour le maintien de fes deux Synagogues l'une la Savane 4c l'autre Par amaribo; tro i s confrcries l'une pour l'toterrement des morts & l entretien des cimetieres l'autre pour fournir les fua ire.a ou linceuils ,~cercueil, pierres de fepulcture &c. & entretenir les familles pauvres pendant les fepc jours du Dueil & la truleme pour asfitler lea malades & ieur fournir ce qu'ils ont befoin. Les trois enfemble font un objet di, presque quatre mille florins p:ir an donr.s pour la fubCfiance des Pauvres, l 'e xception ncore de flx huit mille florins, que dpenfe annuelmenc avec la caisfe gnrale peur l'entretien des famil les des Veuves, dea Orphelins, &. de ceux qui ne font point en ,at, de gagner leur vie, ftns comp~er les i;ayemens pour les mdecins &: la md!cine, &c. Eh, grand Dieu avec quelles resfources ? Leur induitrie. Honntes Chrtiens aimables philofopbes, politiques profonds fouverafns. enfin, ouvrez une fois les yeu.lCi fur cette malbeurcllfo Nation &: vous auteurs du li belle !orti d'E1fequebo & Demmerary, rougi1Icz de voa -~~timcn,, no c;alomDldz point le1 Juifs Portuguais par rap-Go gle

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COLONIE DE SURJN AM. J7I ~, envers fes autres freres, qu'envers les tran ,, gers. Une nation dont Je11 femmes donnant ,, l'exemple ,de l"honnetC;t font fort attaches ,, leun maris, qui mprifent les parures, & don,, nent tous leurs foins leurs mnages. Une nation ,, encore parmi laquelle on trouve des focits ,, compofes de vrais &. fideles ami.! (a)'; qui ja ,, mais ne fe rvolta contre fes fouverains mais ,, qui fa.it ober aux loix du pays contribuer aux ,, impots, &. qui la. moindre marque d'affection ,, ou d'quit dei Magiftrats envers elle, la flatte ,, au point de fe croire aime, n'est point une na. ,, don dont les petites fautes foie nt incorrigibles. Non Mon-upport charit qu'ils exercent envers leurs freres. J c. Jui. meme l'a prche, & le cur de l'homme fenfiblc l'ordonne. (o) Nous convenons, qu'il y a parml les Juifl beaucoop de dlffentions, comme parmi J'utres Nations; mais cepen dant ceux qui fe difent amis, le font veritablemeot dans toute la force du terme, fermes confiants, & toujours avec candeur, ils Cavent apprecier ce don celefte de l'a miti & racrlfier en conr quence tout ce dont on a befoio pour l'entretenir, beaucoup de circonftances, beaucoup de petites plaintes doivent cooprer enfemble avant que ce lien une fois clment, vienne fe rompre; mais une fols rompu Us deviennent rdoutables l'un l'autre, & c'eft CJufe de leur lmpetuofit4 i cet gard_ quo Jeurs inimitis clateDt en Surinam plus que celles des Ch1i tlens. L PARTIE. M Go gle

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172 ESSAI HISTORIQUE sua. LA ,, Monfieur, les Juifs font des hommes & des ,, hommes encore extremement fenfibles. Ils ont ,, les mmes organes, ]es mmes pasfions que les ,, Chrtiens. La fenfua1it travaille, opre fur tous les hommes en gnral ; chacun ne cherch que ,, ron bonheur, s'il s'y trouve des vices, i1 s"y trou ,, v des vertus, & leur mlange n"est que l"ar,, panage de l'humanit. Abhorrer donc les Juifs ,, par r a pport leur croyance, les mprifer parce .,, qu'ils n"ohfervent pas en tout point les regles de ,, cette urbanite fpcieufe dont on trompe l'univers; ,, c'est Je comble de la folie & de la mechancet Les ,vantages d'une Nation (dit Mr. de Zimmer,, man datJs fon 011vraffe fur l'orgueil n,tionnl )font ., ou rlels, ou chimeriquer ; tll~ tjl pre{omptueuft ,, quand e lle s'en a tribue &e qui ne lui appartient ,, pas, & orgueilleuft quand elle est trop con vain ,, c11e de Jon merite. Aprs un court expof de l"tat primitif des Juifs, compar avec lt:ur tat actuel t a nt politi que que moral on ajoute. ,, 11 feroit dfirer ,, qll'au lieu de Privilges, ils cusfent l'affection ,, du peuple parmi lequel ils vivent, & que ceux ,, de fes individus qui mritent d'tre difiingus ,, de la foule, pusfen t jouir de la rcorupenfe que ,, la loi de la nature donne aux individus de l"es,, pece humaine. Frquents honors des pre,, miers Colons, la nation entiere tachant -d"y par ,venir aura de l'mulation de l'envie mme, ,, pour fe mettre au niveau de quelques uns de ,, fea Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 175 ,, fc!s freres ; cette distinction qui les f pare des ,, Chrtiens, une fois disfipe, les privilges, les .,, franchifes (abftraction faite de celles de prier ,,! Dieu leur maniere) deviendraient inutiles, & ,, onereufos aux yeux mme des Juifs ;mais pendant ,, que cette ingalit de condition aura fon exiaen,, ce au de l des bornes quitables, les Juifs r ,, garderont leurs privilgcs comme un bien fupr ,, me, & verferont leur fang pour les conferver ,, intactes. Une Colonie donc dont la p0pnla ,, tion est divife en deux nations moiti Juif, ,, moiti Chrtien, forcs fc voir obliquement, ,, peut-elle fe promettre beaucoup Javantages (a)'l ,, D'ail (a) Nous avouons cependant avec plaifir (& nous re; rlor.s mme des Ingrats fi nous ne le reconnoisfions point,) les amitis, dont plufieurs Juifs font redevables plufieurs Chr~tiens de la Colonie; mais en gnralifant ce fait, nous ohfervons que le nomhre de ces Chr~tiens eft fi petit, que leur ~ont &: h1ur bienveillance devient presque inu. tile pour le corps gnral de la Nation envers le reO:e del habitants qui ne font point p ris du mme fentiment; d'ailleurs le monde veut tre fr!pp pu des oh jets vifibles i qu'importe la Nation qu'eJle aye des particuliers aim, pour ainl1 dire en fecret ou dandestinc=ment par quelques perfom~e, de dillinctions, lorsque ces mme s Juifs ne font point honors chez eux par ces Chrtiens? De frquentes vifiles rendues aux Juifs; les inviter lors de quelque partie de leurs f~tes, les rendre peu peu familiers avec les autres perfounes de leurs compagnies, encowager par Ma. la G gle

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17~ ESSAI HISTORIQUE sua. LA ,, D'alleurs quelles font les caufes qui font pcr. ,, dre aux Juifs, dans leur tat de pauvret, les ,, avantages qu'ils eurent lorsqu'ils toient plus ,, leur aife 7 la raifon m'en ell entierement incon ,~ nue, cependant je me flatte que perfonne ne fe,, ra en tat de foutenir encore moins de prou ,, ver, que leur infllit ou leur incapacit en ;, foit la caufe, car il n'y a peuttre aucune Na ,, tion qui foit plus attach~e fon matre, & qui ,, fasfe plus d'efforts pour l'obliger, que la Juive, ,, & cest par cette mme raifon qu'il n'y a presque ,, aucun comptoir dans la Colonie qui n'aye pas de1 ,, Juifs pour crivains: & pour fe convaillcre de ce ,, que J leurs fsmmes & enfans, fup;,ofe du mrite Ja Na tion, & desfillera les yeux aux plus prvenus contra elle; mais proteger quelques uns, les aimer mmes fans rendre l'objet (pour ain dire) vifible, ne fuppofe qu'une affeaion individuelle, & r jaillit trs peu fur la Nation ea gnral. Nous fommes par des faits conants pntrs dea {entimens de bont de Mr. le Gouverneur Wichers, dLI Colonel Frederici, des Confc:illers Lemmers de Graaf & quelqu~s autres du Mdecin Scbilliog & de quelque, particuliers: nous faifons une gloire de mriter leurs af. fections; mais cependant (que cet lan de notre cur en faveur du Corps de la Nation nous foit permis) ces Mesfieurs n'agHfent-ils pH plutl)ten hommes vertueux &raifonnable1, qu'en citoyens du pre111ier rang, qui peuventdonner le ton &: difier le refte dea habitants de la Colonie, eover, les Juif,. G gle

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COLONIE DIE SURINAM. 175 ;, que leur fubfiftance & l'entretien de leurs famil ,, les ne vient que de leur indufirie calculez ,, Moneur, timmenfe fomme d'argent qu'on d,, penfe annuellement dans la Colonie en appointe ,, mens & autres bnfices, dont les Jnifs font en .,, tieremens privs. A v0<.ats, Procureurs, Clercs ,, jurs de la Secretairie, & des diffrens bureaux ,, de la Colonie & du Gouvernement : les em pl ois de la garnifon les Huisfiers de jufrice, ,, ou E:cploi,teurs, &c. &c. ajoutez cela les avan ,, tages de ce nombre prodigieux d'adminifiratioris ,, fur les Plantations, & milie aucres objets de ,, cette nature. Examinez en outre avec votre ,, quit naturelle la faon de vivre ., & les moyens ,, de la plupart des Colons Chrtiens, & en tant ,, du nombre gnral abfrraction faite des Direc ,, teurs & officiers blanc.s fur les Plantations, 150 ,, ou ~oo perfonnes qui tirent leurs fubflence ,, comme les Juifs du travail de leurs mains & ,, de leurs indufirie, dires moi fi l'entretien & l'ai" fance de toutes les autres, ne procdent point des ,, avantages de leurs charges, & de leurs ad mini,, frrations. ,, S'il exiile uoe diffrence fi prodigieufe entre ,, les moyens des J uifa & ceux des Chttiens, fi ,, l'aifance des uns, la ncesfit des autres, font ,, que leurs resfortS n'ont point la mme force, ,, ou qu'ils ne tendent point produire les mme, ,, effets, pourquoi donc xigera t'on des Juifs tant de prcautions, & de fcrupule dans leurs trafics, M 3 leurs Go gle

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175 ESSAI HISTOilIQE suR. t.\ ,, leurs manieres & rordre dans leurs maifons? & ,, en leur fuppof,~t encore de petits escamotages. ,, n'est-il pas vrai & incontefiable que la tonte ,, (comme le dit un auteur bien fenf (*) eJt m,/" le, 01' le m4ri: injufle pr c tde le ,rjme l C'est en ,, applanir la route, (continue t'il) que dt cowv,ir ,, d'flpprobre ceux qui nes'enfant pas rendus &oNpables 1 ,, Les dreglemens donc d'un peuple qui fe trouve ,, dans ce ~as fes dlits mme, ne pourraient ils ,, pas tre attribus avec jufce ceux qui en font ,, la caufe. ,, Pour foulager donc la Nation de fes blesfures, les Juifs doivent par une ncesfit abfolae fe fuf,, fire & fe concentrer pour ainfi dire 1 en eux ,, mmes. Pour arriver ce but, il eft ncesfaire ,, de purger nos inftitutions eccleflaftiques de leurs ,, fautes, de draciner nos vieilles habimdes & d'battre nos prjugs, comme l'urigine de tou tes nos divifions. ,, Et pour vous mettre mme Monfieur 'ufer ,, de vos bons Offices envers nous auprs de nos illus tres matres en Europe j'aurai l'honneur de ,, vous faire mes obfervations fur l'economie g,, nrale de la Nation, felon ce que ma mmoire ,. me les fuggerera. ,, Il est connu, que chez tons les peuples civilifs ,, de l'univers les loix furent faites fuiv:int l~s ., moeurs, les pr~jugs & les circonftances de ,, rpoque qui les a vu natre: des rvolutions pas ,, fes, () i,ettre des Juifs Mr. de Voltairo, com. 1 pag, 23. G gle

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COLONIE DE SURINAM. l?'f ,, fes, apprennent l'homme & fes erreurs, & ,, fes devoirs futur s ; aucun peuple, aucun Gou ,, vernement n'a conferv fon coe fans alteration; ,, laisfons part ce qu'on nous dhite des Chinois ,, & d'autres peuples anciens encore ces loix ,, prctendues ternelles, font la. bafe de mille pra ,, tiques harbares. Aprs un rcit exact & des obfervations trs justes fur le bon.. & le mauvais ; l'utile & le nuifible de la confiitution des Juifs en Surinam, eu gard l'tat actuel de la Nation; on conclut cef article, en y ajout~ht. ,, Voila Monfieur, l'xpof fidlc de notre con,, dition, de nos erreurs, & des vices de nos infii. ,, tutions Politico Ecclefiafi:iques. Je vous ai pul ,, avec fincerit, & je vous ai ouvert le dernier ,, repli de mon coeur, en confquence je vous ,, prie de me dire, s'il e s t posfible qu'un College ,, de Regen's dnt les membres doivent tre chan,, gs chaque 6 mois, borns en outre d:ms kurs ,, facults malgr l'tendue des Privilges ex,, pofs aux murmures du peuple & obligs fur ,, la moindre plainte de fe dfendre devant le ,, Gouverneur & le Confeil continuellement en ,, dispute fur le fens quon veut donner aux ,, Privilges de la Nation, () ayant en outre ,, travailler toujours avec de nouveaux mem-M 4 ,, bre s ('41) Voyez une ~tfncclle de cette vrit dans fa p ; e c e No. 20 du 15 Otobre 1784. aprs Ja mort du Gouverneur Texier, & pendant l'abfence de Mr. le Fi,cal Wichers. G gle

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178 ESSAI HISTORIQU! 1ua LA ,, bres, & confquemment avec de nouvelles ides, ,, &. de nouveaux caprices, puisfe tre en tat de ,, rectrcsfer les infi:itutions, & mettre de l'ordre ,, dans la rgie de la Nation & fes individus, fans ,, que le pouvoir Jegiflatif qui donne des loix tou ,, te la Colonie, ne veuille co-oprer, & authori ,, fer les Rgeos, ou les plus capables de la Na., tion, rdiger les infiitutions, fous l'approba" tion de L. H. P. & des Seigneu rs Propritaires. ,, Je ne doute point des controverfes que nous au" rons esfuyer de la part de nos individus; ,, mais tout cela n'etl: rien, Je refpcct du aux Sou. ,, verain impofera filence. -,, Mais hlas ,, permettez moi encore une petite obferva tion: vous etes actuellement auprs de nos ma,, tres, vous tea philofophe, vous nous connais ,, fez, pouvons nous efperer fi la fortun~ noua ,, fera une fois propice 7 Il s'agit de la condition ,, ou fe trouve actuellement les Juifs, gnralement ,, parlant par rapport aux moyens de gagner ,, leur vie, ,, En remplisfant les vues que je me fuis propo,, fes fur le changement de la rgie de la Nation ,, ci -desfus mentionne en mettant du calme ,, la pasfion &. en venant encore au but de con,, centrer la Nation dans elle mme I pourrons ~oui ,, nous flatter de li rendre heureufe, pendant que ,, les resfources prodigues aux autres cohabitants ,, Je la Colonie fot:it fermes pour fes individus 'l ,, Si la bienveillance de noa Souverains, & la boot6 H (;Oil Go gle

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COLONIE Dit SURINAM. 17s, ,, continue de nos matres ne co oprent l ,, rendre les Juifs fsccptibles tous ces profita ,, defns aux habitants de; la Colonie en gnral, :, fuivant le fens de leurs Privilges pourrons ,, nous nous promettre les heureux effets de ,, l'mulation prife dans de justes bornes de l'am,, hition & de l'amour propre mme. Si vous ., voulez, la lftterature la connoisfance dans la ,, jurisrrudence, les beaux arts, l'agriculture & ,, le commerce, tout n'est pas perdu pour eux~ ,, d'ailJeurs ou est rEtre asfz moral qui travail;, le, qui veuille acq uerir des connoisfanees fans ,, compter fur les hnfices, & les avantages qun ,, en tirera? Ainfi toute divine qu'est la morale de J. 1 Christ, qui prfr.:rit la propre fatisfaction pour ,, toutes for~es de rcompenfes, toutes excellentes ,, qui font cet gard les maximes de Socrate ,, de Platon, & de Jean Jaques Rousfeau, cette ,. fatisf'action donc toute divine qu'elle puisfc ,, !tre donne t'elle du pain? met elle ceux qui ,, la posfedent l'abri du mpris? au contraire ,, plus on est fenfible, plus on con fuite Je droit ,, de l'homme fond fur la nature elle mme, & ,, plus on fent l'incompatibilit de ces leons da ,, morale." Heureufement Mr. Wichers, Gn~ral l\1ajor au fervice de L. H. P. (titre dont avant lui aucun Gouverneur de la Colonie n'a t rvcti) arriva Suri-nam le ,, Dcembre 1784 en qualit de M 5 Gou-Go gle

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110 !SSAI HISTORIQUE SUI. LA Gouverneur Gnral de la Colonie, & fon arriv~ mit le comble aux fouhaits de la Nation, d'autant plus que dans ce mme tems caufe de quel ques dr~glemens dont s'taient rendu coupables deux individus de la Nation, qui toient fous les armes, lors de renterremcnt du Gouverneur Texier, la Cour de Police fans entrer dans les raifons qui devaient fervir d'xcufe aux Juifs, put trou ver bon de fiatuer qu" ravenir les Juifs ne paroitroient plus fous les armes la rception d'un nouveau Gouverneur (*): & quoique cette rfolution a t modifie en leur faveur par une autre promulgue du tems de Monfieur Wichers ; cette derniere n'ayant point rdresf Jeurs griefs tous gards, ils fe font de nouveau adresfs aux Seigneurs Proprietaires ,1ans l'attente d'une dcifion plus favcrable. IJ feroit fouhaiter qu'elle fut.termine, afin d'eviter les mauvaifes confquen ces que cette rfoJution du Confeil, prife dans Je tems du ad interim Gouverneur, M. Beeldfnyder, & la foidifante rparation faite le 15 Fvrier 1785 dans Je tems de Mr. Wichers, peut faire au dtri ment de la N atioo. Les principaux membres de la Nation, conce. vant beaucoup d'efpoir avec Ja rgie de Mr. Wichers, dont les bonts fe firent connocre avanta geufemcnt lorsqu'il exercoit encore l'employ de pre-mi~ (*} Voyez plece justificative, No. 19 G gle

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COLONIE nz SURINAM. 18r mier Fiscal de la Colonie, prirent la rfolution d'eriger un Coll,ge de litterature fous le titre de Do,endo Dor.emur dans la maifon de Mr. de Mon. tel, vieillard ausfi aimable par fes vertus, que mal heureux par fes bonts, & fur un profpectus qu'ils firent, & la protection qu'ils rurent de Mr. le Gouverneur, le ColJege eut des fuites heureufes, ayant eu en -outre l'honneur d'avoir pour membres effectifs & honoraires, Mr. le Gouverneur, le Lt. Colonel ,Frederici, Mr. van de Poli, Mr. le Mdecin Schilling connu avantageufemcnt en Europe par fes ouvrages & principalement par celui fur la lpre,Mr. J. Caucanars, Confeiller de 'juftice civi te, des Officiers Militaires, & plufieurs autres. Les Rgens de la nation, en confquence des prieres faites Mr. Wichers lors de fon dpart pour la Hollande & fuivant le contenu de deux Let. tres dont nous avons donn l'extrait dans cet ou vrage; aprs de mures dliberations, rfelurent Jans leur asfemble gnrale compofe des Rgens adjoints, d'abandonner les affaires de la nation con cernant la rforme de leurs iilftitutions & leur R-, gence, aux foins & au jugement quitable de Mr. le Gouverneur, afin qu'il en jug_eat fuivant fa fagesfe, & fur une rmontrance qu'il lui fut adresfe le 8 Mars 178;. le Gouverneur dispofa de tout, fuivant le contenu des pieces No. sa3. 1 & !2 part. qui (*) Voyez la desrus le profpectus piece No. 21. & la Lettr9 de Mr. io Gouverneur piece No. 22. Go gle

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182 ESSAI HISTORIQUE SUtl LA qui caracterifent la fagesfe, & l'amour du biert public de Mr. Wicbers (). Les nouveaux Regens, en vertu de la commis fion dont Mr. le Gouverneur voulut bien les char ger, concernant la rrlaction des nouvelles loix, .fur le gouvernement conomique de la Nation, donnerent leur foin prparer les esprits de fes fodividus, & peu peu, ils vinrent bout de for mer des qouvelles inftitutions ou As,amotb qui fu. rent prfentes l'a sfemble Gnrale de la Na tion pour tre examines & enfuite approuves, ce qui ayant t fait avec l'ordre & les circuna fiances rquifes, ce corps de loix g~nrales & conomiques de la Nation Juive Portuguaife, est prt tre prfent Mr. le Gouverneur, pour etre envoy enfuite Mrs. 1es Seigneurs Proprie taires en Hollande afin de rexaminer, & don ner fon approbation, pour avoir enfuite celle 1..le L. H. P. les Etats Gnraux. La premiere anne de la rgie des nouveaux Rgens, nomms par le Gouverneur, est marqu~ par (a) Mr. le Gouverneur Wichters fut ajouter i fea bienfaits l'emplny de fous commis du Magazin des Vivres pour le cordon tabli la Savane, dont il favorifa Mr. J. H; de Barrios (mort regrett de fea ami en Deceu1bre 178~.) employ qui malgr6 ra pedto courquence donna quelque e{poir la Nation, vu que jusqu'alors il n'y a volt pa, eu d'exemple, que quelque Juif eut t employ dans J'~tat utilitaire de la Colonie. Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 185 par l'poque du jubil de cent ans, de la Syna gogue des Juifs Portuguais la Savane, batie fous le G0uvernement de Mr. de Sommelsdyk en 1685. Il fut clbr avec toute la po1J1pe, dont la Na tion toit capable Je 12 Octobre 178J. Pendant ces interva11es, Mr. M. P. de Leon, co-rgent actuel de la Nation, Solliciteur postu Jant depuis 1.1 ans devant les commisfaires des petites caufes, fond fur fa capacit pour le barreau, & anim en outre par p]u{leurs perfonnes de distinction, demanda au Confeil de Jufi:i<;e Ci vile dy etre admis comme Proc.ureur postulant. Cette dmande alarma de forte le Corps d'Avo cats & Procureurs, que fur un antiotal qu'ils prfenterent, la demande fut pour le prejent rbu te. Ce qui a oblig les Rgens d'adresfer une rqute aux Seigneurs Propritaires accompagn de fort bonnes rcornmandations; les Avocats & Pro-() Voye! le
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184 ESSAI HISTORIQUE sui\ LA Procureurs, ne doutant pas que les Rgens & Mr. de Leon, ne laisferoient point de contraster 2vec leurs opinions fans avoir obferv les ~gards dus M. M. de la Direction ni attendre leur d~cifion pour s'adresfer enfui te 2ux Souverain, fuivant ce qu'on a obferv toujours, lorsqu'il s'agit de quel ques oppofitions ou prieres qui ont du rapport avec la rgie interiecre de la Colonie, ce corps rspectable des enfans de Then:is, s'adresferent avec empresfement L. H. P. avec une rqute fort longue, moins remplie de bon fens que de traits d'avarice, & de prjugs, car par les raifona qu'ils y ont allegus, ils ne fondent point leur oppofition fur quelque malhonnet~t ou inca pacit du dmandeur, mais fur ce qu'il n'y a point d'exemple en Hollande qu'un Juif ait t admis comme Avocat postulant, devant les cours r~pec tifs des Provinces Unies, fe plajgnant en outre de la perte qu0ils vien_droient faire dans leurs affaires Judiciaires, & dans Je temps que les pa piers des Rgens arriverent en Hollande, les Sei gneurs Proprietaires reurent de L. H. P. la r montrance des dits Avocats, pour qu'ils donnas fent leurs confidrations la desfus. En confquence, Mesfieurs de la Direction fournirent leurs avis, par un crit plein de cette quit noble qui ca racterife les ames Justes, & qui met en mme tcms le fceau totes les marques de bienveil lance qu' reue la Nation. Nou1 attendons de la rro-G gle

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COLONIE DE SURINAM. 185 protection de nos Souverains une isf ue favorable cette affaire c). 1 Nous fumes forcs d'ajouter cet esfai historique des faits & des vnemens detachs, qu entrent cependant dans notre fujet, & par le rfultat de tout ce que 11ous y avons produit, l'on verra que la Na tion dans fa dcadence, recoit par intervalle de pe tits coups de mpris qui l'accablent & la decoura gent fenfiblement, malgr la bont & Ja bienveil lance du Chef qui nous gouverne, & de ceux qui l"imitent dans fes fentimen,; en compofant cet es fai nous n'avons point cach ni les dfauts, ni les derglemens de la Nation, au contraire, nous l'avons depeinte avec des couleurs bien vives qui n~ laisfent aucune nuance qui puisfe drober fon caractere distinctif. Caractere fusceptihlt: d'une amelioration avantageufe, fi les moyens de leur fubfiftance, l'tat mme de la Colonie en gnral, fut galement amelior ; mais pendant que les chofes resteront fur Je mme pied, la Nation ne peut fe promettre l'gard de fa fubfiftance au cun bonheur quelconque, car l"tat de pauvrt ou fe trouvent fes individus en gnral est digne de piti () Le peu qu'ils gagnent aux compcoirs des ad. mi () Voyez Piece Justificative, No. XXIV. (i11) Nous ne dis.convenons pas qu'il y a parmi les Juir1 des gens trs riches: chez les P1>1tuguais, il y a des per foo. G gle

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186 ESSAI HISTORIQUE st7Jl LA miniftrateurs des Plantations &c. comme crivains & teneurs de Livres &c. ne fuffit pas pour leur entretien, & encore moins pour celui de leurs familles. La concurence confidrable de grandes boutiques, que les Negociants de la Hollande entretiennent dans la Colonie, moyennant un certain bnfice qui revient aux facteurs ou boutiquiers, rend onereufes ceJles que peuvent avoir les Juifs. Les emplettes qu'ils font l'encan & qu'ils vendent aprs en dtail toient leurs uniques resfources & ce font principale ment les Portugais qui entretiennent tous ceux qui fonnes & des familles qui po,Cedent encore depuis so ju1. ques mme 400 mille florins de capital; ramaff en grande partie par leur capacit dans le ngoce & le trafic d11 commerce Anglois &.c, & d'autres qui auront enco:e depui, ~o jusqu so mille florins de capital employs aux trava01 des bois, qui rend un rvenu annuel trs av_ anta geux. Chez les Juifs allemands il y a des tapitaliftcs, qui poil"edent jusqu' 150 200 mille, florins, & une grande partie qui ont des fonds {uflifants pour leur entreti~n. Pour celui des pauvres que nous avons marqui, & pour les contributions pour les Synagogues, &: autres foulagemens, qu'on donne aux ncesfiteux ; mais comme Jo reffe de la Nation (du nombre de plus de deux tiers) est pauvre, ce 11eft qu'eux, que leurs footfrances leur peu cfe re[ource, les entraves qu'ils proavtnt Jans leurs rra. fics, que noua envifageona dJDS tout ce qui fc: trouve dan Je teite de cetto nOte. Go gle

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COLONIE DE SURINA:M. 187 ~ui re font dans la Colonie; mais ce petit corn merce, le profit qui leur n revenait dcheoit fenfiblement caufe des grands fraix qu'on y p a ye 8t du peu de dbit qu'on trouve en vendant ces marchandifes par les rues, prin cipalernent lorsqu'on ne peut en charger les es claves munis de bmets pour courir les rues & dbiter les marchandifes, pendant que le rna tre est occup faire ailJeurs fes petites fpcula tians. A St. Euil:ache, & dans les autres Colonies, tant franoifes qu'angloifes il est permis aux Colons d'~taler leurs marchandifes devant 1:1 porte, & de vendre toutes fortes de denres qui ne font point dfendus par la loi fans excption, par eux & par leurs e s claves, par les rues, & ou bon leur femble, fans crainte d'~tre pris par les archers, ni d'tre condamn par Je Fiscal. Ces obil:acles qui portent u'a dtriment aux pauvres, accompagns d'autres vicis fitudes qu'on prouve gnralement, a ugmente l a peine de fe voir priv de toute forte d"occup:ition lucrative, foit fur les Plantations, ou ailleur s La pluralit des moyens, la diverfit de faons de gagaer la vie produit un t r a fic, &. un Commerce ava nt ageux proportion es moyens qu'on y employe; mais un nombre de presque 150 familles pauvres de Juifs Portu-guais & Allemands, dans une ville ou la population est fi petite, qui s : ido :ment toutes un feul tr:1fic, une feule fpculation, peut-il ie~,r etre avanta I. P .t\R. TIE N geux gle

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188 ESSAI HISTORIQUE sua tA geux principalement lorsque la plupart des fem .. mes ctu pas &. mme les plus distingues fonttout ceir trafics par la voye de leurs Ngresfes tant dans la Ville que fur les Plantations tant par } les n10yens de fuhfl:ance ceux qui n'ont abfolument d'autres resfourcs que leur indufrrie en fait de pe tit commerce qu'on y fait. En confquence donc de ces entraves & de tant d'autres dfavantages que la Nation prouve chaque infiant, les petits escamotages, l''escroquerie, ne deviennent ils pas n.cesfairement indi s penfable s ? Cependant qu'on parcourre les archives de la Colonie, qu'on exa~i ne la nature & Je poids des dlits qui furent ports devant le Confeil, & l'on verra fi les Juifs mri tent d'tre plus ttcufs, plus mal vus, que les in dividus des autres Nations, habit ans de la Colonie. Sur cet article nous entendons dj la voix de la critique & de la prvention nous dire, que notre allegation est foible, & fort fpcieufe, puisque les Rgens ont foin de rleguer hors de 1 a Colonie en vertu de leurs privilges, ceux de la Natiein qui ont commis q1:1elques crimes, afin de les fouftraire aux, mains de la Ju(lice; mais en dpit de ces obferva tcurs s nous fommes en tat de prouver par les ar chives de la Nation que depuis que Ja Colonie cxi~ te fous le pouvoir des Hollandois, jusqu' pr{ent, qui fait une espace' de 1~0 ans, les Rgens n'ont mis en ~ecution l'article de leura Privilges au fu. 1 at de leur droit d'ostra1isme, ou Poliliqw Vtrztfl-' ,;., Go gle

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-coLoNIE :e SURINAM. 1s9 "'".!, que fur 9 particuliers fans familles, & fur deux familles compofes de 7 perfonnes qui font enfemhle 'le nombre de 16 fujets, dont huit esfuyerent cette peine caufe de Religion & de desobsfance aux inftutions, &. non pas pour des dlits & des crimes. Qu'on fasfe de& rcl1er ches dans les archives du Gouvernement, (car fanCJ Mr. le Gouverneur, cet ostracisme ne peut avoir lieu) & qu'on le dmente fi l'on peut; mais le ontraire arrivera. En faifant ces rchetches on trouvera que fur deu, perfonnes que les Rgcns Qnt voulu riguer de la Colonie fur dts foupons bien fondes de Fausfaires, quelques cranciers Chrtiens s'y ont oppofs, jusqu'a rendre leur r folutions inutiles & ces Jeu:x mchans fujets, en dpit & la honte de la Nation &
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190 ESSAI HISTORIQUE sua L& frances; rendant pat ces dtails une rponfe pr. cife & exacte aux questions que M. Dohm a dai gn~ faire dans la lettre dont il a bien voulu ho norer les Rgens de Ja Nation Juive Portugua ife, en date du 29 Janvier 1787 () il nous femble ne (o) Voici le rrecis des question de Mr. Dohm, infer s dans fa lettre dont la copie fe trouve aprs la prface de cet esfai; 1. Sur les avantages que le Gouvernement de Surinam accorde la Nation J uivc. t,o. Si l'on y fait quelque difnction entre notre Na .. tlon & les autres habitants de la Colonie. 30. Si toutes les occupations, metfers genre de c01n merce leurs font permifes. 4, Si lil Nc1tion y jouit du droit de po1reder des Planta tions en proprit parfaite. so. Si la Nation y paye des impots particuliers la Colonie, comme dans quelques pals. 60. Si comme en quelques pais, le nombre de kurs familles y doivent tre borns. 7. Si la Nation peut dfendre la patrie comme foldats, ou c omme Officers civ i ls ou militaires. ao. Sur des notices bHloriques; fur le fort que la Colonie e!fuy depuis fon commencement avec la date d e fa fondation, & Je, changemens qu'prouve rent le-s privil ges cfe la Nation. 9 Sur l'tat politique & moral de la Colonie, en gn ral & fur ies fentimens que la juftice l'age & claire du Gouv e rnement ont du infpirer aus Chrtiens envtrs les Juifs. Go ge

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COLONIE DE SURINAM. 191 t1cesfaire d'ajouter cet ouvrage la description de la Colonie de Surinam, l'tat de fa culture, fes habitations, fa population, & fes rvenus, avec la description de la Ville tle Paramaribo. La Sawa ne des Juifs, les moeurs de fes habitants., foa gouvernement politique & militaire, mdecine, Iiterature &c. fans nous permettre cependant rien de tout ce qui concerne fon gouvernement politique actuel que nous dferons avec plaifir ceux qui font plus porte que nous, de connotre par leur capacit & liaifons les resforts qui donnent ac. tuellement du mouvement l'art de gouverner connoisfance imcompatible avec l'tat des Juifs en gnral, qui doivent tre pour la politique con. temporaine de l'endroit ou ils vivent, ce qu'est dans la grammaire Latine le genre neutrt: & pour remplir notre but, nous tranfcrirons ici l'esquisfe qu'a fait Mr. de Raynal, dans fon Histoire Po. litique & les auteurs dont nous avons cits les ouvrages dans cet esfai, & en rrraant ce qu'ils ont crit fur la Colonie, 11ous nous pennettrons la libert de fupprimer, d'augmenter, de rfondre, & de corriger ce qu'on y trouve doutr ou de dfectueux, d'aprs l'autorit que donne la v rit denue de toute prvention. Cet esquisfe de fon tat actul que la connoisfance du local nous met plus porte de connotre qe les auteurs qai ~crivent dans leurs cabinets & fur des informations tronques & confeqaemment pea vridiques, avec ce G gl

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192 ESSAI HISTORIQUE SUR. LA ENZ. ce que nous avons fait prcder dans cet ouvrage concernant Porigine de la fondation, & les rvo"!' lotions Politiques & Morales de la Colonie,formera en abreg fon hifioire complette, depuis fon co~ mencement jusqu~ tanne 1788. Fin de la premiere Partie. Go gle

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ESSAI HISTORIQUE C 0 SUR LA L a DE N I E S U R I NAM, Sa fondation, fes rvolutions, fes progrs, depuis fon origine jusqu' nos jours, ainfi que les caufes qui dpuis quelques annes ont arret le cours de fa pro~perit; avec Ja defcription & l'tat ac-tuel de la Colonie .. de mme que fes rvenus annuels, les charges & impots qu'on y paye, comme ausfi plufiears autres objets civils & politiques ; ainfi qu'un tableau des murs de fes habitansen gnral. AVEC L'Histnire de Ja Nation Juive Portugaife & Al Jemande y Et'blie, Jeurs Privilges, immunits & franchifes : leur Etat politique & moral, tat ancien que moderne: La part qu'ils ont eu dans la dfcnfe & dans les progrs de la Colonie. Le tout rel!ig fr des pieces authentiques y jointes, & mis en ordre par les R~ens & Rprfentans de ladite Nation Juive Portug.tife. S E C O N D E P AR T I E. A P A R A M A R l B O, 1788. G gle

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A

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t ~SSAI HISTORIQUE SUR LA C 0 L 0 N I E DE SURINAM. Les C o lonies, que les Hollandais posfedent dans le nouveau monde, font aujourd'hui la prin cip a)e fource de leur commerce, & de leur o pu lence. Les conferver, les augmenter encourager l'indurie de leurs habit a nts leurs cultures & les aider dans Jeurs befoins, est du cievoir cles Souverains quit a bles, & le feul moyen d'agrandir leurs Etats en g r : ral Vouloir mettre en p:ir aleHe la n 1 ture des Colonies modernes, a v e c celles d'Egypte, de Spar the & des Rom'.lins c'est prp a rer des fondemens pour exercer la th annic, & les dfordres 1 confequemmenr c nnfid rer letirs habitants avec moins de droits, moins d 'immunits & d'une cfr,s fe inferieu r c celle des h a bit,ints & rles cit0y ens de l a mre Patrie, est Je comble de la turp itude Cette vrit fut {entie par quelque-s auteurs d'un jugement quit able mais perfonne peut tre ne ra mife dans un plus btau jour, <]Ue l'f(lquc:nt auteur de la prtface nfere dans le premier v ulurr..t li. PARTIE. A 3 d e s G gle

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6 ESSAI HISTORIQUE SUR t.A des lettres t1' .Ari1tod1mu1 & Si11c11us, fur les Colonies de Demmerary & d'Esfequebo, que nous avons cit dans cet ouvrage ; prface digne de paratre en tete des productions immortelles des Montesquieu, des Rousfeau, es Raynal, & non pas d'un ouvrage ou la confufion, & Je dfordre dans dix volumes, touffent, & rendent mcon noisfable ce qu'il y a de vrai, d'.utile & mme, de fentimental. Sur une partie donc de cette vaste contre, baigne l'est par la Mer, au fu
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COLONIE DZ SURINAM. 7 de l'approche de quelque batimcnt ,) deux rdou. tes, une de chaque ct~ de la riviere, qui dfen dent ce pasf a,ge en tems de guerre. Ces rdoutea font face aux vaisfeaux qui voudroient rmonter ce fleuve, & avec leur batteries bien garnie d'ar tillerie, fecondent les efforts que la forteresfe Nou-velle .A.mfrerda~ fitu~e une demie lieue plus haut est en t~t de faire pour la dfenfe de la Cofo .. nie. Cette forteresfe commence en 1753, & termine en 1747 comme nous l'avons dj marqu. est fitue au cenfluent des rivieres de Surnam & de Commowine & au milieu d'un petit marais qui f01me un espece d'isthme rond. Entre ces deux rivieres, elle n'est abordable que par deux chauafcs troites ou l'artillerie carte toute approche;. & malgr la largeur c o nfidr ble de la riviere de Surinam l'endroit ou fe trouve la forteresfe, aucun vaisfeau peut pasfer fans s'eo approcher. caufe des grands bancs de fable, mles de vafe qui fe trouvent vis vis d'tlle, jusqu'a plus de la moiti de la riviere. A deux lieues plus haut fe trouve une ba.tterie masque destine t\ couvrir le port & la ville de Paramaribo, on la nomme Zlande. ette forte resf e enferme dans fon enceinte le magazin des, vivres des munitions I matei:iaux des Seigneurs_ Proprietaires, & a ordinairement un Bataillon d'Jn fanterie qui fait la g:irnifon cie la Ville. La Colonie a pour dfenfeurs un bon nombre, de u-oupcs qui confifient en 3 Bataillons d'Jufante .. A 4 J;ie gle

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8 ESSAI HISORIQUE SUR LA deux compagnies d'artillerie, un corps de genie~ un corps de chasfeurs, & !200 Negres affranchis. qui font le fervice des troupes legercs; chaque Bataillon fon Colonel ,ou fon Lieutenant Colonel, ou un M a jor qui le commande, fournis aux ordre s & aux commandemens du Gouverneur, en qualit de Gnral Major au fervice de L. H. P. les Etats Gnraux, & Colonel en Chef de toute la milice du P ai'..s Le Colonel Commandant du fecond Batail Ion ~st aauellement ~1r. van Baarle; & le Lieu tenant Colonel M. Frederici, Commandant du der nier, a en outre le dpartement du Cordon en qualit d'Infpecteur Gnral, la compagnie de Chasfeurs en qualit de Lieutenant Colonel, & encore celui -du Corps des Negres affranchis, co.mme Chef. Cc Corps s'est form depuis 177_'J des meilleurs es~ claves tirs de toutes les Plantations de 1~ Colo nie, & acpets un prix exorbitant. Cette com pagnie de Negres affranchi s est atuelle~ent au nombre de 20,0 hommes fans compter les Offi .. ciers ~ilitaires les conducteurs les autres employs ti. e fervice ; & fans oter du mrite qu'ont les corps qul compofent ln garnifon du Pas ce corps fubordonne au Commandemer.t d'un Chef habUe & entreprenant _,. est la milie la plus avantag eufe la Co.Ionie ; on 1es distribu~ par tout, & ces Negres, ruoyennant leurs petits ga~es, & autres bnfices exercs d'ailleurs a~ ~tier des armes, fous une disipline hiet;t regle, font d~s expditions contin~elles contre le5 ma~ rons~ Go gle

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C!OLONIE DE SURINAM. r-ons, & toujours, avec plus ou moins de fucces. 11 feroit, dfirer pour Je bonheur -de la Colonie qu'on fut en tat d'augmenter ce corps tant pour la tranquilit commune que pour extirper les m a r rons de Boni, ceux ~e derriere de Para & te nir tte aux Villages de Juca & de Saram aca, en ~as de quelque rupture. La Colonie a en outre p n ur fa clfenfe Je corps de milice Bourgeoife divif en 1 I Compagnies, qui forment autant de di'Jifions (dont quatre de Parama ribo font les premieres,) & de ce nombre est la Compagnie de Bourgeoifie Juive Portuguaife ; :iyant chacune fon Capitaine, deux Lieutenants & un Enfeigne Celles de P a ramuibo montent conti nuellement la garde tous les foirs aupres de la m aifon de ville, qui est conjoinctement l'glife de la rligi _on rforme & Je lieu ou s'asfernble le Con" fdl de Police ; les autres ne font rien qu'en cas cte befoin presfant; mais les troupes Militaires font divifes dans les Forteresfes" ]es Rdoutes, le Cordon, & ~ans divers postes de la Colonie qui entou rent les PJantations en gnral ; ces troupes font mieux entretenus Surinam que par tout ailleurs, il ne manque aux foldats rien de tout ce qu'ils ont befoio. Toutes les h.abitatiom; de la Colonie en goral font fitues dans la t"iviere de Surinam., les crique, de Para, de Paulus & d'autres qui s'y jettent, dans elle de Commowine fes rivieres C<:>ttica &. Perica & autres criques ; formant actu.ell, ernent A 5 Ill Go gle

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JO ESSAI HISTORIQUE s111. LA cnfemble le nombre de 591 habitations y conipri1 139 bois de charpente & vivres: de forte que le nombre de celles qui ont de la culture ne monte qu 452 habitations J fa voir, Commowinc, Cot tica, Perica & fur toutes les autres rivieres & criques qui s'y jettent, 331 Sucre, Caff, Cacao & Coton, de faon qu'avec 30 habitations bois & vivres, cette riviere de Commowine renferme dans fon fein le nombre cle 361 habitations; de ce nombre il appartient aux Juifs, 14, huit bois, & fix Caff & Coton. Il y a en Surinam y compris la crique de Para & toutes les autres qui s'y jet tent avec les tablisfements derriere la Ville de Pa .. ramaril,-,o, le nombre de 121 habitations Sucre, Caff, Coton & Cacao, lk 109 bois de charpente &. vivres, qui font er,fem.,Ie le nombre de !l30 habitations, quenferme cette riviere de Surinam: dont 3 2 appartiennent aux Juifs dont .12 bois & 10 C aff. Du total donc de ces habitations culture, dont le nombre monte comme nous avons dit cidesfus 45~, il faut ter le nombre de 16. qui ap partiennent aux Juifs ; de forte qu'il restera 436 habitations appartenantes :iux autres h~bitants, & de ce nombre 950 ont leurs proprietaires en 6o1Ian de, & 86 ici; le nombre actuel de fes habitation, en gnral furpasfe donc celui de 17 30 & I 735 de 150 Plantages, augmentation rdevable aux rivieres de Commowine, Cottica, Matapica, Pcrica, &c. Car au lieu de I 77 habitations qu'il y avoit en 1730 & 1735, il s'y trouve actuellement le nombre de 33. 1 Go ge

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COLONIE DE SURINAM. JI 331 Sucre, Caff, Coton & Cacao; avec des moulins Eau ( exept quelques uns fitue.i la hauteur des rivieres qui O_!lt encore des ~oulins btes) ou il y entre une trentaine d~habitations for. pies fur la hauteur des criques, qui ne font que du bois de charpente, pour fournir aux hefoins des t,atiments des Plantations en gnral; Je contraire est arriv avec la riviere de Surinam, puisque dans tes annes 17so 1735, il s'y trouvoit depuis fon em. bouchure, jusqu' 40 milles en rmontant la riviere, le nombre de 2~4 habitations, Caff Sucre, & avec des moulins bl!tes, & aujourd'hui y compris toutes fes criques & ceux qui fe font formes derriere la Ville
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u. ESSAI HISTORIQUE sua LA beaucoup au dela cles bornes du pouvojr qu'a Surinam. Les lieux augmenttc, mais om1Le les premieres dix annes de la dc:rn1ere f uppu ta G gle

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COLONIE n:s SURINAM. J!J cents mitle ffl de Cacao; l'an11e demiere 1787, qui fut trs mauvaife, n'a produit que 11,!289,72J' S de Caff entier & 84003 t et de Caff rompu, 838641 11 de beau Coton, & 114126 ffl de la qualit inferieure, 8o27'l4 a dt Cacao, & 15744 barils de Sucre. Le rfiJlrar des 10 am1es pr cedcntes, joint au prnduit de la rlerniere anne, rendent un calcul exact des produits nets de la Colonie une anne portant l'autre ,-872 barils de Sucre, mille livres par baril. 1 !l,004878 flf de Caff, 851483~ m rie Coton & 701,326 m de Cacao. Ces denres, estimes fuivant le prix qu'el les rencontrerent en Hollande, alternativement les fix dernieres annes, fans compter aucun fraix quelconque, donnent au Sucre un rfultat de fols la livre ou / 111. 10 par baril de mille Ji. vres ; al.i Caff IO: fols la ffl, au Coton !21 fols la 11; au Cacao 5 fols la tif; ce qui fait cnfemble une fomme de neuf millions, deux cents quatre vingt neuf mille, cent & neuf florins, deux fols & huit deniers d'Hollande: produifant par la une diminution de neuf cent, dix huit mille, cinq cents, quatre vingt trois florins, quatre fols & quelques deniers de moins que le rfultat des vingdix annes fuivant Mr. Firmin, & cela encore par rapport au prix des denres qui a hausf beau-coup tatlon, ont produit trs peu de Coton, Je rfulcat chi eompte moye11 ne rendit une anne pour l'autro quo Ccpt cent cinqqanto mllle -.o gle

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1-4: ESSAI HISTORIQUE sua coup plus depuis 6 8 ans, que dans lei ~6 an nes cnfemble,fuivant fon calcul (,). & pour r connoitre plus facilement la diminution des. pro duits en Surinam, caufe tant par la fterilit ac tuelle des terrains, que par rappon au peu d'e9-claves qu'on y transporte, & au peu de crcdit pour fe procuret les moyens de les fuppltr fur les Plantations, dont le nombre est confidirablcment diminu, tant caufe des fuites dea mortalits & de ceux qui ont vieillis fous les travaux ( on peut confulter le pualelle des produits que nous nattons ici bas (/,) par lequel on v~rra q\Ie (11) Dans Je tableau de Surinam, page :371. le baril de Sucre est calcul t f fo ici if 112. 10 Le Caff 8 fols ici i 10 fols. Le Cacao 6 fols ici s fols. Le Coton 8 fols ici 1 21 fol,. (1,) La Colonie produite une anne portant l'autre dans l'espace de m6 ans depuis 1750 jusqu'a 1n6, (voyez Tableau de Surinam page 372. pour l'anne 1771 a: pace 373 pour l'anne 1775 ,) par an, en Caff 2.o,s7~1H tl &: depuis 1777 jiqu' l fin de 1787. par an 12.0f4,878 fft ----ce qui fait an dimanftfon de 1,s07,~44 s Caff'~. Jarila de Sucre jusqua 1776 21127 jusqu'a 1787 1sli!1. domofu ss Bar do Saelt G gl

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COLONIE DE SURINAM. 15 que depuis 1777 jusqu' la fin de 1787 la Colonie a fait de moins que depuis 1750 jusqu' l'an 17:-6; 6!l55f bariques de Sucre, 8,507,144 11 de Caff, 665,307 ffl de Cacao, & quen rcom pence de ces rabais Je Coton na frpasf le r f ultat de ces s6 annes que de !279,269! de plus. Que l'on deduife p rcfentement de la fomnte de 9289109-2. !. qui est le rfultat du produit annuel de la Colonie, le fret de 50 vaisfeaux defi:i. ns la Navigation de Surinam, qui monte annuellement (fuivant le calcul qu'on trouvera la fuite de cet ouvrage & notamment l'article, Popu/Mior, NTJigation, Comment &c. feize mille florins par vaisfeau [800,000 & les commisfions, dcharges, asfurances, ventes magazins, charges, ahats, &c. raifon de 12 pCr. qui fait la fomme de prsque f 1114693) on verra que les ha bitans de la rpublique profitent annuellement fur les denres de la Coloni e prs de deux millions de florins ; fans compter les autres bnfices qu'on trouvera dans l'articJe que noui avons men. Cacao jusqua 1776 13~6,669 jusqu'a 1787. 701362 de moi111 Coton ja,qu'a 1776. 572114 1787. 851483-de plus !' J G gle tion-

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16 ESSAI HISTORIQUE suk LA tionn clans cet ouvrge, de forte qu'il est incon"' tefble que plus on cherche des moyens en Hol lande, plus-qu'on y fait d'efforts, pour amliorer l'tat de la culture en Surinam, & plus la mre patrie tirera un profit avantageux pour fes indivi-;. dus en gnral. Pour parvenir ce but, il ne manque que tle l'encouragement. Les terres cul tives de la Colonie, malgr leur ~puifement ac tuel font fusceptibles d'amlioration ; d'ailleurs les terrains fur les rivieres de Saramaca prient pour ainfi dire, tre defrichs pour fe rendre egaux ceux de Commowine, &c. Du credit, des bras vigoureux pour le travail, de la population en gnral c'est ce qui manque la Colonie, pour augmenter fa culture, & le nombte de fes habitations (.11). Le (a) Pour apprcier Je fort des malheureux Planteur, en Surinam, on n a qu deduire du total de leurs revenus annud, de / .9289109. la fomme de f u 14693 pour le fret des vaislcaux & les fraix pour la rente des produits que nous avons nonc~ ci desfus, & cet .. te fomme reunie f 829,188, pour des marchandifes, ferrures &c. envoys de la Hollande pour les Plantations fuivant le calcul que nous avons donn dans c:et ouvrage, & encore les gages annuels des Directeurs & Commandeurs au nombre de 1090 perfonnes {ur 545 habitations a/ 500 l'un portant l'autre, ce qai fait la fomme de f 45000. Les iDJprs (ur les produit des habitations. CJW peuvenc ftre ports tous enfemblc Go gle

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COLONIE t>E SURINAM. t1 Le plus grand nombre des ptopritaltes de ces hnbitations vivent en Europe, & leurs PI:tntation4 font adminifires par leurs agens, que la mdJo crit de leur fdrtune rtient Surinam. Il y a 1 cependant un petit nombre de' propritaires leur aife, & une foixantaine encore en moindre tat, qui ont eux mmes le foin de le Urs biens; les tonfommations de pareils habitants. & le refre des individus de la Colonie malgr ce que dit l'Abb Raynal ne font pas ausfi rotalement bornes qu'il le penfe & les navJgateurs e-la tntropole qui 1Tiennent chetther les ptoduttions cultives dans cette partie du _nouveau monde, an nombre de ,o 60 des plus grands vaisfeaux par an, apportent beaucoup de chofes de premiere ncesfit, galement que dei objets de luxe,. Et fi les aoglo-ame-ti i presque/ 600,000 & encore iintert de 6 pourCr. fur ne dette de 60 millions, que doit la Colonie, qui fait la fowme de 3,600,000. Ces fommes reunies forment n total de f 7,478881, de forte qu'il ne re11te au profit des Pfanteurs pour faite face i la mortalit -&. la tuite des esclaves, la rparation des batiQlns, fraix impre11us & extraordinaires &c. que la fomme de/ 2,210228; tans ompter encore les 1 o pourCt. que les propritaire, en Hollande payent pout l'admiuiftion de Jeurs ef fets, qu1 peuvent ~tre valus au moins fr 4ea deux tiers du total du rvenu de la romme de presque 1iJ: millions deux cent~ mille florins, dont les 10 pouret. font une drenfe annuelle de f 62.0,000. li. PARTIE. B Go gle

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18 1!SSAI HISTORIQUE SUR LA ricains font du profit dans leur commerce avte Surinam (que ces auteurs fuppofent ~tre unique, ment caufe des voies indirectes) d1ou ils tirent de la mlasfe &c. ce n9est que par rapport aux objets de -pure ncesfrt qu~ils apportent pour rentretien des esclaves fur les Plantations & des halJitants en gnral; objets qui ne viennent point de la rpublique en ausfi _grande qunntit ni de fa ~me qualit, cotnm~ du poisfon faJ, du ta .. !>ac en feuilles, des huiles de baleines,. de la fa. rine, des chevaux, des mulets, &c. Ces Navigateurs Americains emportent en payement de fa Mlas(e, du Rhum &c. (4,). La Ville de Paramaribo capitale du Pas fitue quelques centaines de pas plus haut que le Fort Zelandia & la droite de la riviere de Surinam en la rmontant, n,.toit anciennement comme 12ous ravons marqu, qu,.un hamew hahiti p:ir lei <) Le ngoce Anglois donr on vient de parler est d'une ncesGt~ abrotue pour ra Colonie, on n'y peut abfol&ment s'en pasfer: une chofe cependant est rmar quable, c'est l'importation d'une c;.uantitc! immen(e
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COLONIE :DE SURINAM. tt Jes Indiens. Les Anglois commencerent l'agran tlir, mais lorsque Jes l landois fe rendirent mattres de la Cdlonie, & mme lors de l'arrive de M. le Gouvemeur SommeTsdyk en 1583,ellc n'a voit que tout au plus 100 i~o maifons: depuis cette poque elle s'est :igrandie, principalement pendant le Gouvernement de Mr .Nepveu, par diverfes nouvelJ~s concesfions de terrains qu'il fit aux rnulatres & Ngres affranc~is, &. aux blanc; d'tin tat mdiocre, au point d'tre aUjourd~hui, 1a plus belle & caufe de fon climat, Ja plus faine J e l'Amrique. Ses maifons pacieufes beJles font tdutes, ( l'exeption de 4 ou 5 qui font en briques) baties en bois, il uy a aucunequi ne foit entou.re cle helles & larges fnltres, la plupart garnies de Carreaux ,1e vitres () Cette ville est batie fur un fond fabloneux & grave leux, rempli jusqu' la profondeur de 6 8 pieds e coquillages de diverfes qualits & couleurs (b). de ( .s) Mr. Flrniin, cJk dant ra pr&rendue drcrf ption glhrale de Surinam en 2 gros volumes. tom. I. page 24J que tes maifons foient toutes fans fenftres, p,r rapport t la grande chaleur, mprife qui ft Imite par 1-llistoiro gEorale de, voyages, & par le voyageur franco1s. (b) Suivant Je"s apparences il femble que l'endroit 011 est tu la ville, & tout Je morceau de terre, rempll do lnarais qui fe jette au nord, ,est forr;ne par qutlquo ancienne rivolaOD de la uture; la qoaDtit de coguil lS Ja-Go gle

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~o ZS~hl HISTORlQU.E~ sun t.A de forte que le] rav est partoiut fort commocfti; &. quoique en rvanche dans les : grancies chaleurs~ ce mme gravier chauffe prodigieufement le:J fou li ers, & jette fur le vifage des rflections de Jumieres qui incommodent beamcoup; un vent de nord est fouffle continuellement:, & tempere l'ar deur du foleil quoiqu'il leve de la pousfiere en au1fi grande quantit quelle caufe quelques foi9 es opthalmies opiniatres. Dans les temps de pluie flU commencent ordinairement depuis mi-~ovembre, & quelques fois plus tardl .. jusqu'en Mai & Juin, le"s rues font cependant fi feches qu'on peut marcher" fans fe Slllir mme les fouliers. A l'exeption de 3 ou quatres rues de traverfe, toU tes les autres font fort belles,. larges, & tires au cordeau, bordes de beaux arbres de tamarins & d'oranges; ces derniers lorsqu'ifa font en fleurs, ce qui est ordinairement depuis dcembre j usq.u'en mai, donnent les matins & les foirs le parfum le plus e:x-quis. On compte actue11ement dans la ville 1119-maifoiu, tant grandes que petitc : s -dont un grand nom-J~ges. productioa marine-qu'on y wouye, donne lieu 1 Je croire. Le reste de la Colonie est au contraire r~mpJie de grandes mottagnes & de morues d'un nombre prodi gieux entrecoupes cte 1randes, plaine11 trente lieues en avant dans les terres; mais les endroits voins de la mer font mar~c:agoux & r1mpli1 do bola -dt brctua-, faille~

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COLONIE DE SURINAM. !; J J'(Jmhre font baties deux tages. Il s'y trouve parmi Je nombre de ces maifom; s clasfes de bati mens., eu gard leur valeur. Il y en aura par exemple 4 6 qui ont couts depuis 50 jusqu' 70 80 mille florins, une vingtaine depuis 30 jusqu' 50 mille, une centaine depuis 15 jusqu' 30 mil le, & une centaine encore depuis 8 jusqu' 15 mille; le reste coutent toujours depuis 2500 jus qu' 5, 6 & 8 mille florins. Du total de ces maifons, les Juifs Portuguais posfedent en toute proprit lgitiqie, le nombre de 127 maifons de toutes les qualits & rangs, ( l'exeption de celles de la premiere clasfe ,) & les Juifs allemands ont encore galement 86,ce qui fait enfemble 213 mai ... fons, l'exeprion de fix, qu'ont ces deux nations defi:ines pour la demeure des pauvres, gratuite~ ment donnes par des particuliers. Le gouvernement est une maifon batie en bri. ques (acheve fous le Gouvernement de Mr. de qyer, au commencement .de ce fiec]e) laquelle chaque Gouverneur a eu foin d',ijouter quelque chofo pour !~embellir; mais comme fa prellliere conftruction est defectueufe, on ne peut p:is lui donner, ni la forme ni l'air d'un chateau ou de quelque maifon feigneuriale ; cependant s omme elle est hatie f U,r la place d'armes, qu'on nomm Pin, l5 accompa.gne de deux fuperbes ~tles de beaux arbres de tamarin, entoures de bayes de limon elle a l'air bien majestueufe,. ltt ct du Gouvernement ou 'fe trouv~nt ce, deu~ ll 3 al Go g l e

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,. ESSAI HISTORIQUE SUR LA alles de tamarins, largies & rendues propres & beltes par Mr. Je Gouverneurs Wicbers, est actaellement la plae defiine apprendre les voltions milit~ires aux foldat~, fous un ombre: contin~el fans Je, expofer, comme avant fon ar rive, 12 g heures de fuite rardeur du foleiJ. De ces alles on fe tranfporte en fe promenant la Fortresfe Zlaodia, en pasfant fur un Pontlevis qui couvre le fosf plein d'au qui entoure la FQrtercsfe. Toutes les maifons de Paramadbo, qui fe trouvent au ct de la rue par 011 tommence celle du Gouvernement, ont de heau, jardins ausfi artistement faits & quelqu~s un$ ausfi fornptueux, tel que celui de !~ancien C'onfeiller de Police, Mr. de Graaf, &. celui de feu M .. Benelle,& quelques autres; qu9ils ne le cedeot en rien i ceux de l'Europe. Le reste de toutes les 111ai .fons places dans les aut:es rues, ont chacunes plus ou moins leurs jardins potagers pour le mnage de la maifon, ce qul rend les demeures en garal utiles, agrables, & commodes. Dans cette mme-rue fe trouve encore un hopi., ial militaire bati par le Gouverneur Crommelio en 1758 ou 1760~ Ce batimcnt ne cedc pour fon objel aucn de l'Am~rique, gtand fpacicu,, ,pourvu en outre d'une pharmacie abondante, ,le t,eaui & larges appartemens pour les malades, foign~es pat le mdicin W~ Schilling-(que nous avons eu le plaifir de nommer dans cet ouvrage ,J de, Cnirurgiens lajors d'autrts iens oc l'art, C gl

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COLONIE DE SURINAM. 23 t art, en nombre fuffifant pour ne laisfer aucune plainte l'humanit fouffhnte. L'Eglife des Protefians rforme (qui est la dominante du pays) est fitue presque au milieu de la ville, ayant devant elle une place quarre, plant~e d'or:mgers, ou l'on enterroit les morts, djfendu aprs; mais cependant elui qui veut y faire inhumer un mort est oblig de payer une amen de de f 500, Cette glife, hatie de pierres quar. res qu'on tire de desfous la terre dans la ville mme, & qui n~est que de coquilles 6c de fable petrifis nomm mal pr~pos Surinam Klip fieen, qt.Ji veut dire pierre taille des rocs, a en core un fecond tage en bois. Si on confidere l'ar chitecture de ce batimcnt, on feroit tent de lui donner la vtust la plus recul~e, tant il est mas tif & lourd: quoiqu'il en foit cette glife qui est conjoinctement la maifon Je ville, ou fe tient ta feance du Confeil de Police, & J'archive politique, avec celle de la ehambre des Orphelins &c9 ne rpond en rien aux granrls Objets au.,,xquels ee batiment est deftin. Sur Je fecond tage ou fo tient l'glife qui .occupe toute la long\ieur du ha timent est plac une org~e fuperbe, orne d'un" bonne fculpmre en bois & dore. Outre cett~ glife les rtfoqns en ont encore une en Comma wine, & un auue en Prica, ou les Directeurs des Plantations fe iasfemblent les dimanches. Pour le fervice divin, chacun a fon ministre & celle de Paramaribo en a deux; il y avoit an<;ienoemen, 4 Ull G gle

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J4 ESSAI HISTORIQUE tut\~ un qui prchoit en franois, pour ]es rfugis d~ cette N a tion qui roieot en grand nombre, & qui n'.entendoie.nt point l'Hollandois ; mais comme actuellement tout le monde, tant bien qu~ mal, fait le pai:lef, les prdications ne f e font qu'en cette langue; on fait cependant de tems en tems quelques Sermons en Franoi s Les Lutheriens opt leur Egl~fe batie en btiques, & voute ou ils ont une orgue & une chaire d'une fcqlpture tr~ s fine & trs bien execute ; c;e n~est que depuis \.In demie fie~Je que Jes Lutheriens ont ol>tcnu la permisfion de batir une Eglife, d'exercer leur rligion ouvertement &: en rcompenfe de cette permi s fion, ils payaient annuellement la fomme de fix cents florins au profit de la maifon des pauvres de la rligion rfor ~e ; mais depuis quelques annes, ils ont rachet~ -t cette contribution annu~lle, avec un quivalent .-,our une fois p~y. Les Juifs Portuguais & Allemands ont chacun leur Synagogue trs bi _en batie en bois, & avec ~eaucoul> d'ordre; les Allemands fui vent les ma. nieres des l>ortuguais, d e qui ils obtiennent deu, chantres pour le fe:rvice de leur Synagogue (). Les freres Morave5ont galement leur Eglife i cette frl!tt!rnit exifte en Surinam comm_e ailleurs; ils y ont tent de donner des principes de rligiori aux () Voyez leur fparation civile avac les Portugu3i4 daos de c~t 01-vrage. Go gle

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COLONIE DE SURINAM. U ;iux Indiens, & rcemment aux Negres affranchis & efclaves, qui courroient en foule, plus par amout de la nouveaut que par (quelque enthoufiafme rligieu~ entendre les leons de leurs nouveaux prtres, qui pourtant ne produifirent aucun bon effet, car ils ont ajout leur mchancet naturelJe la disfimul.ation & l'hypocrifie, courant toujours aprs Jeurs anciennes coutumes &fuperftitionspayennes. Dans le commencement lorsque ces freres catechifoient les Negres, c'tait une chofe bien cu rieufe que d'entendre les Setmons que le ministre de tte confraternit y faifoit en Negre. anglois. jargon du pais, qui n'a ni r~gle ni ordre quelconque; les fforts qu'il faifoit cependant pour rco_dre en ce ja:rgon, les pasfages de la Bible, l'explication de l'eucharistie, le dogme de la tranfubftantiation &c,, mritoient d'tre admirs. Quelques pfeaumes font 1raduites 6galement en ce jargon, & on les chante ,ccompagns d'un clavecin qui leur tient lieu d'orgue. C'est depuis 1779, que cette tentative rli gieufe a eu fon tommencement, qui n'a du~ que 4 5 ans, c.ar actue,tement les nouveaux profelites frquentent trs peu leur Eglife, & ne vantent plU$ leur nouveau c~lte. Les Catholiques Romains, quel que furent leurs ~fforts, n'ont jamais pu obtenir la libert d'exer er leur rligiou en Surinam; nous avons parl dan, le cours de cet ouvrage des oppofitions qu'ils y ont tprouvs du tms mme du Gouverneur Sommels clyk; mais en 1 _785 ils ont obtenu avec l'agrement D 5 dei Go gle

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!26 ESSAI HISTORIQU.& stnt LA des Etats Gnraux & de M. M. de la Direc tion, la permistlon d'avoir une Eglife publique, & deux prtres Catholiques font venus de la HQllande au commencement de l'anne 1787, qui aprs avoir ramasf leurs brebis gare fur les Planta tions & ailleurs fans pasteur ni communion depuis tant d'annes, fe mirent en tat d'acheter Unj: belle maifon deux tages, dont la premiere est dell:ine pour la demture des prtres, est la feconde pouf l'glife. Tous les habitants des au. tres rligions, Chrtiens & Juifs, ont cQntribuii la collecte qu'ils firent, pour p
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COLONIE DE SURINAM~ ~, fent; .les Juifs, furtout ceux qui avaient quelques connoisfances de leurs ancien culte, s'tonnerent de voir beaucoup de paral~JJe ave la rligion, de Jerufalem dans le temps du faterdoce. Suivan~ ies apparences cette ~glife ne fera pas beaucoup de progrs, car le petit nombre de C',.atholiques ,1,tant pas fuffifant ni en tat de po1,1rvoir aux befoins pas mme pour les dettes contractes pour l'achat de l'Egllfc, de goutera fa.ns doute ceux qui refi:ent encore cac.hs ; d'ailleur~' un des prtres est rparti pour rEurope, & l'autre ~st !llOrt en :hJ'ovembre !787; ils en attendent cependant un autre. U n'y a peutetre dans aucun lieu du monde, un endroit ou la tolrance rligieufe ait plus d' tendue~ & foit plus ftr ictement obfervie fans qu'il y ait eu jamais ~ne discufion ou onuoverfe quelconque, qu~en Surinam. Chacun y prie Di~u fa maniere, & chacun y fait ce qui lui iemble le plus efficace~ pour le falut de fon ame. Nous rapporterons ce propos un bon mot d'un Difecteur d'un Plantation Franoife de nation; il racon toit un de fes compatriotes Lyon, (ou il a fait derniere~ent un voyage) & qui vantoit trop la tolefance de la France, d'avoir mang dans ~ne maifon en Surinam dont la famille toit compofe de payens, juifs catholiques rom ai nt, fchismatiques grecs,~ calvjnistes. Ils taient ajouta til toua table, g~is. contc;n~s, ~ -vivans en OU Go gle

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28 ESSAI HISTORIQUE stm. LA outre dans la plus parfaite union () Philofo. phes aimables, reunisfez vous pour implorer l'tre ~es tres pour Je falut J'un gouvernement, qui fans perdre de we les g~rds dus fon culte fut mettre ep vogue, & protger le contraire de ce qui a fait verfer des ruisfeaux de faRg en Europe. Que l'intolerance civile, & le prjug na tional puisfent tre bannis d~ la terre perp tuit. Le Confeil de Jufiice Civile s'asfembtoit ancien 11emcnt, ans le mme lieu que celui de Police., & lorsque les deux devoient s'asfembler en mc!ine tems, 011 prenoit l'Eglife pour le lieu de l'a~femble; mais depuis l'in 1774, la Colonie a ache 16 une belle maifon fitue vis. vis du Pl1i11 di.a Gouvernement, batie ( l'exeption de fon rez de &:hausfe) deux tages; le premief tage en Je lieu (11) Ce fait est vrai, uno bonn!te Julr de beaucoup dt lecture, & d'an boa jugeme,nt eut uoo Negreare pour concablae, qal lui a doon plulloura 1nfan1 lv4t dam la r,llgloo rforme. li maria enfulte legltlmement ~aine un veuf Catholique Romain, hammo do beaq coup do mrite; mala malheureux, qui avolt de foo premier mariage un Fila n en Rusno, ilv~ dan, lo .fYR:beme l!CC do forte que le pere toit Juif, la mre Payt:nne, le mari. Catholique, fa femme Calviniste, &t {on enfant fcbl1matlquo Grec i le mari tant ID.Ort, fa femme 1'e1t r,mar,o i un Anglican rlgoriato. Go gle

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COLONlE ns SURINAM, 29 1ieu ou aasfemble le Confeil avec un vestibul grand & fpacieux, fur le fecond s'aafemble la petite judicature civile connue fous le nom de Commisfaires des petites caufes, & Je Go/1,J, )!1die11m. Au rez de chausfe st la fcr6tairie civile t fort proptement enttetenue; & en bon or dre; nous par.1-erons de tous ces tribttnaux plui en dtail (). Outre ces batimena puhlics, Il y a deux Diaconies l'une rforme, & l'autre lutherienne ou l'on reoit les Orphelins indigens les Vieillards, & ceux qui font hors d'tat de gagner leur vie, Les Juifs n'ont point de .maifoo particulierc pou{ y entretenir leurs pauvres; mai, chaque famille a Une annuit proportionne fes befoios, de forte que l'on ne voit jamais de mcndians dans les tues con1me dans la plupart dea vmes de l'Europe, La rligiQn rformc!e a outre cela, encore une Ecole publique pour l'enfefgnetncnt des enfans de la Diaconie. GOUVERNEMENT POLITIQUE&: CIVIL D& LA COLONIE. Le Gouvernement Politique est choUl d'entrl les haf>itants, nomms vie par les habitants li bres domicilis, qui ont en outre des biens fonds fans diflincdon de rUgion ni de couleurs. Cette tsomlnatlon re fait en nombre double,&: le G ouwr-neut () V OJOI CW' '' artlcl,, la m4prl!e do M. Firmin, P 14 h G gle

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~c, ESSAI HfSTORIQUE sua LA ileur a Je droit d'lection entre ceux qui ont le pJut de voix, ce qui fe fait par des biUets Jus. par Je Sci'etaire haute voix; en prfence du Confeil & des votans. Le Gouverneur exerce une authorit fuprme l1ans toute la Colonie, au nom des Etats Gnraui & de la Direction; tant par rapport la Police qu' l'gard des affaires Militaires, par ce que le~ troures font fous fes ordres en qualit de Colonel en Chef; cependant dans les affaires politiques d~m portance;il est oblig de convoquer & de coilfultet le Confeil; dont il est .prfident, ausfi bien qu e du Confcil de Jufce Civile, & de tous les Colleges de la Colonie; il n'y qu'une voix~ mais qui est concluante; lorsqu'elles font gales; dans chaque tribunal. 11 nomme 4J interim toates les tharges vacantes; tant politiques que militaires a l'exeption de celle de Fiscal, Controtleur, & Prad ttifeur, jusqu"a ce qu'il en foit dispof autrement par la direction. II ordonne en gnral tout ce qu'il croit ncesfaire au maintien & la furet de Ja Coloniet & quoique le Gouverneur fait oblig '. convoquer le Confeil de Police fur des maticres d'importance 9 il peut nanmoins ordonner ou tablir Je contraire de ce qui a t dcid par la pluralit des voix, en fe dclarant responfable de l'venement jusqu' ce que les Seigners de la Colonie ~n dis pofent autrement; & fuivant cette autorit, aucun dit ne peut tre publi, fns le confentement du Gouverneur en qualiti de rprfentant de fes Sei-1nems, Go gle

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tOLONIE DE SURINAl\iL 3t neurs. Le Gouverneur y a encore le droit de patdon dans des dlits criminels tant civils qu_";? militaires; droit, qui lui a t conced par Je Souvetain. Le Confeil Politique &. de Juftice ctiminetJe qui tient fon fiege quatre fois par an t est compof du premier Fiscal ( qui a un fecond pour Je remplacer dans fon abfencc ou en cas de maladie;) Je dernier fans voix conc.Iuante; de neuf Confeillers ; d"un Controlleur Gnral, qui a le Departement de tous les Bureaux de la Clonie9 mais fans voix au Confeil; que fur ce qui cortcerne les Finances ; c!c d'un Secretaire; tout ce qui concerne les affaires criminelles, la Politique, les Fjnances ,& la Police gnrale du Pai~, est du resfort rle Cl! tribunal & toutes fes fentenccs font fujettes des revifions devant L. H. P. moins qu;elles ne fuivcnt un Procs Criminel extraordinaire. Le Confeil de Juflice Civile indpendant du premier Confeil, qui fiege galement 4 fois par an i ne juge que des affaires civiles en gnral; & on peut appel1er de fes fentences au de la de fix cents florins devant L. H., P. Il est compof du Gouver neur, de dix Confeillers qui font nomms par Je Confeil de Police pour fervir dans cette qulit pendant 4 ans, d'un prre advifour nomm par les Seigneurs de la Colonie, qui dispofe de tout ce qui concerne le civil dans l'abfence du Gouverneur; & d'un Scretaire. Cette charge J"avifeur fut cre '1epuis 1782 & ordinairement le fecond Fiscal en est Go gle

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:41 ~SSAI HISTORIQUE aull LA rvetu ; & perfonne ne peut la posfeder fans avoir l!t reu Avocat en Hollande. C'est fur fon ivfs que le plus fouvent lea procedures civiles fout jug6cs. Mr. Karsfeboom qui toit fecond Fiscal & Auditeur Gdm!ral ou Fiscal Militaire, fut-Je premier qui eut cet employ; deventt premier Fiscal (aprs l'arrive de M. Wicers, en qualitt! de Gouverneur Gnral,) Mr. l'avocat Meurs en fut rvetu conjoiilctement avec celui de fecond Fiacat, & d'Auditeur; mais par fa mort arriv~ en Novembre 1787 au rgret de tous ceu.:t qui l'avolent connu ; 1employ est rest vacllnt jus qu' ce qu'il a t confi par Jes Seigneurs d~ la Colonie, Monfr, l'Avocat Sichterman. Il y a encore un troifieme Confeil fbalterne on 1e traitent les affaires pcuniniaires de peu de conquence, qui a'leveot parmi les Bourgeois; on le nomme tommisf,on pnr li1 peti111 tll/Jfis, dont les fommes des procedures ne vont que de J 1 : -10 Jusqu' / ~.to : il est compof d'un vice Prefident, qui est toujours un vteran du Confeil de JuA:ice civile; de neuf Commffaires; & diuu Secretalr. Les procs au de l de f so, peuvent etre appell~ devant le Confeil de Juftf. te. Les Avocats & Procureurs qui postulent devut ce Confeil, postaient awfi devant les Commlsfafre1; mais ils ont cependant des Solliciteurs pour des procedures jusqu'/ 100, & parmi les derniers deux Juifs feulement y ont ~t admis de touttea. o gle

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COLONIE DB SURINAM. SS La Nation Juive Portuguaife a 6galement fon Confeil de procedure civile, ou fe terminent les difFrens qui sevent parmi Jes membres; tout Y es't dfendu fuivant Ja jurisprudence du :ras, ou l'on obferve autant que le local de la Savane le permet, les manieres & les ordres du Confeil de Juftice civile de Ja Colonie devant lequel les fentences fur des procedures au del de f 100, font appeJlabJes. 11 y a des Solliciteurs admis fos ferment pat les Rgens pour dfendre les .caufes ; mais Cependant, chaque individu a la permisfion de la dfendre 1u1 mme au par quelque autre, independamment du SoJlidteur, tnuni de fon at1thorifation. Les fraix des proce dures, &: les molumens de la Scrtairle Juive fonts..fort modiques, &les aft'aires fe terminent avec toute la Clrit posfib.le, fuivant le contenu & l'esprit du privilge en vertu duquel ce tribunal civil tst conftitu. Les Rgens outre ce qui concerne le civil dspofent de tout ce qui canceme les matieres ecclefiasriques & oeconomiqu~ de la Nation; mais lorsquil sagit de cbofes de grande confquence fut l Politique ou la Finance, ils doivent prendre l'~vi1 des adjoint, qui fonts le, vterans & ont dj fervi pour R~gens. Cf est fur cette Ville de Paramaribo, et en particulier des Juifs liabitants de Surinam en gn~ ral, que Mr. l'Abb Raynal dans l'avant derniere "1ition de fon Histoire Philofophiqu & Politi41ue, IL PAR.TI.!, C lllM o gle

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!4 ESSAI HISTORIQUE SUJl LA imprime la Haye en 1774 fut noncer (). ,.,11 99 n'est pcutetre (a t'il dit) d'empire fur Ja terre ~, ou cette malhcureufe Nation (la Juive) foit fi ,, bien traite,non feulement on lui a laisf Ja li bert de profesfer fa rligion, d avoir des ter ,. res en proprit, de terminer elle mme Jr.s ,, diffrens qui sievent entre fes membres; elle jouit encere du droit commun tous le s ci toyens, d'avoir part l'adminifiration gnra le, de concourir aux choix des Magifirats pu~ ,, blics ; tels font les progrs de ]'Esprit du ,, commerce, qu'il fait taire tous les prjugs des :, Nations ou de Rligion, devant l'intrt g~ne 1., rai qui doit lier les hommes. Quest ce que (pourfuit il) c~s vaines dnominations, de Juifs, ,, de Lutbericns de Franois d.ttollandois 4P Malheureux habitants d'une terre fi pcnible ,, cultiver. n'tes vous pas tous des hommes" &c. Ce morceau digne tous gar
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COLONIE DE SURINAM~ 3S lt, fond fur Je contenu du Privilge de Ja Nation; les Juifs de Surinam, grate aux bonts du Souverain & des Sdgneurs Propritaires, jouisfent de tous ces avantages rligeux &. politiques. Quelle pourra donc ~tre Ja raifon qu'est ce qu' pu moti ver Mr. Raynal, de fupprimer cet article qui concerne les Juifs en particulier, dans Ja derniere d~tion de fon ouvrage(). Sera ce pour ne pas infpi rer aux autre! puisfances, l'exemple de la to!eranc;.e de la Rpublique d'Ho11ande, exclufivement envers les Juifs de Surinam? Sera ce pour ne pas fuppofer aux Juif s des mrites distingues qui leur ont procur toutes ces protections? Non cert::iinement; le coeur du Phi lofopbe, qui mrtta de la divine Eli/ J Draper, & de cous les hommes fenfih!es & justes, le bew titre, la glorieufe pithte de Defenjcur dl l'humanit, dt la 'IJeri:I & dl I liber,; Cf); ne peut avoir conu des ides ausfi rprochables & ce nest que des mauvaifes informations, qu les prjugs & la haine lui avoient peuttre adresfs; qui ont pu luf avoir fait concevoir, la ncesfit de fupprimer ce morceau comme inutile ou contrai-te la v t, & lui faire ajonter encore dans fa 11ouve1Je ditfon quelques expresons fort dures envers les Juifs, qui opereront plus de maf quit ne le penf l! 1 ui mme & dont fon coeut auta pcutetre n ra) Imprm Geneve, chez Pellet 1781. (f) Voyez-Hi1t. Phil. Geneve 1781, tom.~. page 7S t: 2 G gle

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36 ESSAI HISTORIQUf~ SUR. LA encote fouffrir; puisqu'il devtit en vrai philofophe foutenir la tolerance de la Ho11ande, rapporter ls immunits des Juifs en Surina1111, rdvables la bienveitJance de Jeurs Souverai:ns & des Seigneurs de la Colonie, & s'lever en m"me t~ms contre le peu deffet que cette meme bii enveillance produit envers 1eu'ts co habitants, & d ire avec un auteur clbre, et ,lut p111 tout, ili~ nt p61 br11kr lt1 ttns comm,. dat11 r inq11ijllio" ; bruit ll'Vt& la plu m, & 1J'IJ1& /1 mtpris, & et fiiu tst tf 1111111111 p/111 rutl, qut fan tffe1 pas.fi ""~ g lnlratio11s fatures. Outre les Magiftraturts Politiques & Civiles fupericures & fbaltemes que nous venons de dcrire, il y a pour la ville, pour les chemins & les tra vaux publics, (Gemttu '/Y'tii1) des Commisfaires dont nous parlerons aprs, & deux comits vie pour la Chambre des Orphelin ,s" tant pour rgir les biens des mineors depourvus de tuteurs, que pour rcevoir les lioil'ies de ceux qui meurent fans testament. n y en outre des Arpenteurs jurs, un Esfayeur des Sucres ;un Jaug1eur pour la mlasfe ou firop f & 1,Jufieurs autres : employs tant Milftaires que Civils, ce qui 1ious ~tendroit trop loin, pour en donner des notfon: s en dtair. En 1782, on a cre un Colh~ge de Medecine, com_pofe d'un Prfident, qui eat toujours un Confeiller de Police, deux Medcin:s un Apothicaire, un Chirurgen, nomms par Je C onfeil de Police. Ce Collgc fert pour examiner les diplomea de ceux qui Go gle

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COLONIE DB SURINAM. 37 qi veulent exercer dans la Colonie l'art de guerir, pour taxer les comptes des medcins, apothicaires, chirurgiens, accoucheurs, &c. POPULATION, TANT DE LA VILLE DE PARAMARIBO QUE DE TOUTE LA COLQ. NIE EN GENERAL, LA NAVIGATION & COMMERCE. Suivant Je calcul le plus exact, le nombre des habitants de la Ville monte deux mille ame!, fans compter la garni fou du Pas, & les employs pour le fervice Militaire;. & dans ce nombre font compris 615 Juifs Portuguais, 430 Allem_ands~ qui font enfemhle 104; perfor111~s ; qui tbnt ainfi plus de la moiti~ de la Population des hlancs
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38 ESSAI HISTORIQUE SUI\ LA font annuellement des marchandifes venant d~ l~Europe & de rAmrique est inconcvable~ A proportion de fa population, aucune ville de rAm rique dpenfe autant que celle de Paramaribo; il y a actuellement un luxe ausfi deifur parmi les esclaves, qui ont form emr'eux une efpece d'ordre, qu'ils appellent Do11, par exemple, Dau d'or, Bigie dou, dou. d1 Diamnt. Ce qui veut dire, fait de Brillnt, d'or, gr1Jnd fi,il. Ce qui feroit bien nc~sfaire de rprimer; au moins les excs qui font dj bien fenfibles tant caufe du vols qui en doivent rfulter ncesfairement, qu' caufe du peu que les blancs peuvent leur impofer la des fus; ce qui leur fait prendre un o~gueil infuppor. table & un m~pris dcid pour les Dames dq Pas. La population gnrale de la Colonie y compris les deux mille blancs que nous calculons avoir dans Ja ville de Paramaribo, montera tout enfemblc Bla~cs & Negres ibres & efclaves 9 de JO jusqu' sscoc ames. Il y a dans la Colonie le-nombre de 591 habitation$ grandes & petites en gnral; de ce nombre, il aut dduire 46 ap partenantes aux Juifs que nous ne comptons point 1ci, parce que nous prenons leur Population a part, de forte quil reste 545 Plantations: fur ces Plan~ tations il y a depuis I jusqu' 4 n1ancs, entre Directeurs, Ecrivains & Commandeurs, quelques uneai n"en ont que deux, & Ja plupart quun Blanc; (le: forte qu'en donnant 1'un portant l'auue, deux Blancs Go gle

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COLONIE n& SURINAM. 39 Blancs fur chaque habitation en gnral, le nombre de 545 habitations, produira celui de 1090 perfonnes; la Population des Juifs Portuguais en gnral, y compris ceux qui demeurent Paramaribo, la Savane & aux Plantatfons, monte 834, & lesJuifs Allemands 477,qui font enfemble 1311 perfonnes en outre le nombre de presque I co MuJatres Juifs libres, de ces deux Nations; ajoutez au nombre de ces 1090 pcrfonncs des habitations, le nombre 955 Blancs cfns l Ville de Paramariho abftraction faite de 1045 Juifs, qui font enfemble le nombre de !200Q ames dans la ville, avec 13n /uifs, la Population des Blancs en gnral montera 3356 ames (); ce nombre ajoutez encore 0~o Mulatres & Negres Libres, y compris les 1 oo qu'on a compt parmi les Juifs ; la Population gnrale des perfonnes libres de la Colonie monte 4oo6 ames; de forte que dans la totalit de 3356 blancs dans la Colonie t il s'y trouve Je nombre de 13n Juifs, ce 'lui fait au de l du tien de la Population des Blancs en gnral. (") Sur les Plantations. Dans la Ville. Juifs Portugqai!. A~emarids. Go gle 1090 95S 831, 477 33S~ ~S.-' 4'0f Le

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4c, ESSAI HISTORIQUE s .uR t. A Le nombre des efclaves a diminu beaucoup d~puis pluGeurs annes; la mortalit les fuites, Je peu de tranrport qu'on fait d'eux ,des ctes d Gui" ne, Je nombte de ceu~ qui ont t affranchis po\K' le fervic.e de la Colooie (connu fous le nor:n de corps de Negres Jibres, dont nous avons parls) & de ,:eux qui font venus boQt d'.obtenir leu. r li bert; font les cauf~s de cette dimunition. Cepen da11t le nombre des efclaves en gnral, fuivant Je calcul le plus exact, tir de la runion de plufieur, informations que nous avons eu de diverfes perfonnes, monte de 4J 50 mille ai:res Que l'on confldere ce nombre avec ceux de la Popu13tion dt;, h9mmes Libres de la Colonie, & le proJuit ou rvenu annuel de toutes fes habitations, & qu'on les compare enfite avec le nombl'e jmmenfe dei Negres & la Population des Blancs :\ St. Domingue, & le rvenu de cette Ifle; & l'on trouvera qu' proportion Surinam fait beaucoup plus de rvenu que St. l)omingue & les autres IQes de l'Amrique: &. fi l'on a joute cette obfervation 1~ prodlgieufe quantit de comefbJes, de marchan difes, & de quincaillerie apports par les vaisfeaux 9ui arrivent de l'Europe, & qui fe cor Cu ment dans la ville & fur les plantations, on trouvera encore qu'ilucune Colonie de l'Am~rique fournjt un dbou ch ausfi avantageux pour la mre Ptrie, que Su rimm. Ces avantages runis au profit que rtire la Rpubliqu~ du fret de 50 6o gros vaisfeaux qui J n,vigeot l'une ann~e portant l'autre, miJle ILl Go gle

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COLONIE Dl SURINAM. 41 autres bnfices qui en rfultent pour les Negotians de la Hollande, au desavan~agc des Colons, on fi: convaincra du droit qu'ont les Colons d'attendre de l'quit de L. H. P. t des Seigneurs de 1a Colonie, & furtout des Negotiants & Geldflhitttr& ,:vJne,11rs d'4rgtnt, en Hollande, des facrifies gc!nreux pour librer la Colonie du fardeau d e fes dettes, & de la playe cancereufe de fes intrts. Le fret des marchandifes qu'on apporte la Colonie pour la confommation des habitations & pour les boutiques des fnticuliers, peuttre calcul une anne portant l'autre entre les 5 6 mille florins, & ccl depuis quelques annes, car avant que le credit de la Colonie eut tomb, Jefret de chaque vaisfeau, montoit plus de f 9000. L.e fret du rtour des denres, ptut!tre gal~~ent valu 16 mille floriDs (11) pour chaque vaisfeau., qui runis au fret de/ 5000 de l'importa. tion, fait f 2 rooo. Ce qui tant multipli par Jes 50 yaisfeaux qui y navigent, font monter la fomme de ce bnfice t 1,050 ooo, fans y comprendre celui du tranfport des pasfagers, ni mc!mc lei briques qui fc= veorlent un haut prix, & dont les vaisfeaux ne peuvc~t pres4ae fe pasfer d'ap,porter, car ils leurs fcr--(11) De ces So vaisCeaux Il y en a qui font dcpur1 1 4 Ja1qu'A 30 mUlo Borio1 do fret; do fcmo qu'on peut calculer Cana gratf Qn I es mlllo Borina pour cbaq110 v111reau, po~ to ot d'e1portatloa. C5 o gle

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42 ESSAI HISTORIQUE av~ LA fervent de lest. A ce bnfice ajoutez encore I dpenfe annuelle de toutes les Plantations en g n ral, pour des marchandifes quon fttit venir di r element des correspondans en Hollande, & pour c onnotre ces dpenfes par un calcul le plus na turel & Je plus exat, nous avons divif le nombre du totil de ,91 habitations qu'a la Colonie e n 9 cla$fe1, depuis/ !100 jusqu' /40'X' tant pour les v~temeiis
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COLONIE DE SURINAM. 41 ~gotiants de la Hollande ; le bnfice d?autrcf dbouchs conflrables; le fret des vaisfeaux, &: les fraix normes que coutent la vente des pro duits de Ja Colonie en Hollande, avec les asfuraoces un prix excesfif l'avantage lle la m tropole, formera fur un rvenu de presque neuf millions de florins par an que fait la Colonie en gnral, un proijt annuel de 5 6 millions, fans compter encore les intrts de l'argent pris par les colons habitaets de la Colonie en gnral, ce q4i :ius{i pcuttre regard comme un profit rl. Le commerce de Ja Colonie en ginral, tant pour c~ qui concerne celui qui a un rapport di ret avec la mtropole~ que celui avec les .Am ricains Anglois, entre colons & colons respecti vement confifte dans l'achat & vente de marhandifes !ches, & comeftibles, comme les fer rures, rnffes, draps, toiles, quincailleries, paru res, chapa~x, ustenfiles de cuivre, fayance, pDf celaines fines, vins, bicrre, eaux de vie, & enfin tout ce que le luxe des habillemens, & la bonne chere peuvent inventer de plus exquis: de l fa~ :rine, des f alaifons, fucres raos &c. Ote. four le dQit de cel:i, il s'est form une quantit prodigieufe de boutiques, la pluspart fituts au botd de la riviere; des magazins pour les comefbles & la plupart des choies, apport par les Amricains pour l'approvifionnement des Negres des Planta. ~ons: & tl lea jotrets de la Rpubltque pourroient per o ge

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, 1-ESSAI ffiSTORIQUB stm l-A permettre, de fair~ de Surinam, un port libre, & que les colons eusfent le permisfion de vendre e .ux m!mes Jeurs produits, la Colonie fentiroi.t fans doute un changement heureux, fans pourtant c:mfer la mtropole aucun dommage. Mais pour talifer cette ide & la rendre posfible profitable en nieme tems, il faudroit qu des grands genies {e rasfemblasfent une fais, pour concilier les intr~ts des coJons avec ceu~ de la mtropole ; & alors peuttre que cette grande vrit, dont nous ne concevons qu'une esquisfe entoure encore de nuages, paroitroit dans tout fon jour. Toutes les speces ont cours en Surinam, mais malheureufement il ne s'y trouve guere que des artes fabriques dans le pays, qui tiennent lieu de monnoye courante C), & encore des escalins danois, introduit en Surinam en grande quantit (lepuis 1768 ou 1769 particuUerement pu un mar hand graisfi.er (b), qui n'ayant tours en HoUande que (Il) Ces ca(tes da 2, 4 & 10 afcalins, de di~ fl.>rins, les obligations de f so jusqu'/ soo, furent Joventes en J 764: elles font fignes par deux Confei!lers de Police, & par le rceveur du comptoir des charges modiques, qJi at celui qui figne le papier ,imbr, & at,t milieu est :ippo{~ le feau de la Colonie. Voyez Hartfinck, page 857 & sss. (b) Voyez fur cet article le menfonge articul contre les Juifs dans Je libelle d'Esfequebo rgardant l'intro duction de cetre monnoye de mauvais alloy : Piece Ju.s 1i6cative du preDier tome. G gle

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COLONlE DE SURINAM. 4S que depuis s jusqu' 4 fols, pasfent ici pour 5 fols; profitant en outre de S pour cent, lors qu'on les change pour des cartes monnoys de la Colonie. ETABLISSEMENT & DESTINATION DES BUREAUX DE LA COLONIE, ET LES IM POTS QUE PAYENT LES COLONS & HABITANTS. Nous ferons fort concis fur cette matlere, &: pour ne pas nous expofer des informations in certaines, nous ne dirons
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46 ESSAI HISTORIQUE l5UR LA trois florins par last, & les bar~1ues a~ niron dll double, l'exeption de s pour c cnt pour chaque cargaifon qu"ils apportent la Colonie, & pour la Mlaafe qu'ils exportent avec: d autres droits qu'ils payent divers autres comptoirs. Le car. f qu'on exporte la mtropole Jpaye 15 fols pour chaque 100 a, le Coton 35 fols, & le Baril de Sucre un florin. Ces droits font perlJS par un autre Bureau tonnu fous 1e nom de ;,,. m uaitg,11nde Rttbttfl, iinpottation & exportation. Le bureau des ventes publique~s peroit 5 pour cent de dtoit pour tout ce qu"on y vend, la Charge de l'acheteur, l'e:,teption det; ventes ~eg Negres nouvellement apports des ctes d'Affrique; qui ne payent que !l! pourCt.~ nutre ce~a ceux qui font les ventes, payent 3 pourCr., de tout c qui y e$t vendu. Les produits nets de ces trois bureaux,, appat.; tiennent aux Seigneurs Propri~taireS des deux premier21, en vertu du domaine otile qu'ils ont fur la Colonie; & du dernier en faveur d'i'lnc con vention avec la Cout de Police:, confirme par LL. HH. PP. Outre ces contri6utiona le$ habitant payent divers impot1 qui font perus Jpar difFirens Buteaux, pour fubtenir aux fraix q1ai font : la Char ge dea habitants, fuivant des co111vtntions f'aits en dilFrentca dites, avec les Seignei urs Propritaire, tE 1pprouvea enfuite par L. H. P. comme non, l;a'fOft Go gle

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COLONIE DE SURINAM, t'avons marqu fa place. Pour fubvenir don 2ux fraix des dtachemens contre les Negres mar ron1, la dfenf e de la Colonie, & le maintien du Cordon, cest-dire pour la portion qui est la Charge des habitants ; on a tabli un Bureau contre les marrons connu fous Je nom de C1J1/ 1egm1" Wtglooptr1: l,. chaque Habitant & Ngotiant d clare fous ferment devant deux Commisfaires du Confeil Politique & le Receveur, les gains qu'ilJ font dans leur trafic, leur ngoce, le produit de leurs capitaux, & de la fomme qu'ils dclarent., ils payent depuis quatre Jusqu9 neuf pour cent, fuivant certaine divifion quon a fait en d~s clasfes diffrente& Les planteurs payent pour le, produits de leurs habitations de fa maniere fuivantef le prili de chaque livre de Caff~ est calcul fuivant le der nier Placard publi ep Dcembre r:-87, raifon da 7t fols le Cacao 3 fols, le Coton 19 fols, & chaque Baril de Sucre / 70; & du total de e qui forme Jes denres fait fur chaque habitation, on paye s perCt. au dit Comptoir. Outre cela chaque cesfion ou tranfport des biens fondst qu'un habi tant fait l'autre pour chaque fois que ces bierfs pasfent de nouveaux prgpri~taires ; on paye 3 pourCt. de la fomme de l'achat. Ce comptoir est deftin~ pour les fraix ncesf airea la dfnfe dll Pas, & pour payer le rtceveur qui tire ,pour fes gages un certain poorCt. de la fomme qu'il roif ~haque anne. Av ''1lptoil' 4e la c:ommunaut~, ou Gt1111tr1.t m,;. G g l e

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48 ESSAI HISTOlUQUE SUk LA 1Ptidt, ou paye pour la taxe des maifons feton lu valeur quon estime d'aprs leur louage annuel, !l pourCent par an, de mme que pour le partage ,les bestiaux; vingt florins pour un caresfe; dit pour une chaife & autant pour un cheval de felle; chaque pied de bois quarr qu'on dcharge dans la ville pour y tre vendu, fuivant la qualit & 1e calibre, paye depuis 4 dattes jusqu' un fol, & chaque planche de 15 pieds de longueur & t pouce d'paisfeur, 13 dattes & pout chacune de 20 pieds t pouce d'paisfeur 5 fols; le prodait de ce Bureau est defn~ l'entretien des chemins, des ports & des alles d'arbres plants fur les rues, & d'autres travaux ncesfaires & continuels pour l'embelli sfement de la ville. Le comptoir des charges mo'diques tnodiqt1t lasten peroit f S: 10 pour chaqoe b'aril de bierre ; !lO florins pour une barque dt vln ; 4 ftorins pour une cave d'eau de vie ou de gtnievre de 15 :flacons; & fols pour chaque bouteille Je vin indiftioaement qu'on apporte dans la Colonie; 500 fiorins par an pour chaque gtande auberge; & f 250 pour chaque autre cabaret, por le privil g de pouvoir entretenir cd maifons pl1bliques. Outre ces impots, ce Bureau peroit le droit du timbre, qui fait un objet confidrable; fon pro. duit eat deftin pour le payement des minifi:rea iclefiastiques de la rligion rforme, les gages du premier Fiscal, & divers autres befoins de la Colonie qui foat la Charge des habitants. Outre 818' G gle

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COLONIE nE SURINAM. 49 ces droits, ce comptoir roit encore pour le b nfice de fa caisfe le produit net du comptoir des exempts de la Colonie, connu fous le nom de celui du exploic1e11r1, pour ]es fraix faits fur les habitants au nom de ]a juice civile tant pour faifir les biens des particuliers e~ 1itige que pour ]es vendre !"encan, fuivant le droit; ce qui eau fe des fraiJ: ausfi grands que fon prouit net, aprs ]es payenens faits aux employs &c. Au reste ceci fait la partie la plus folide des entres du dit Comp toir des Charges modiques. .. DESCRIPTION DE: LA SAVANE & DU CORDON CLl~1A T DE LA COLONIE EN GENERAL, LES MALADIB'S, CARACTERE DES CREOLES &c. A 8 on 10 lieues de Paramaribo au ct gau che de la1 riviere de Surinam en la rmontant fe trouv le village des Juifs nomm fa Savane, (nom Espagnol, ru gnralement en Amrique, pnur defigner une prairie ou une tendue de terre en plaine, & fans bois) caufe des gr.io des prairies qui l'entourent ; elle appartient .en toute proprit la nation Juive Ponuguaife fuivant une concesfion formelle Ja nation-par Mr. Samuel Nasfy en Septembre 16H2, laquel1e il ajouta encore en Aotlt 1691, 25. acres de terre adjacentes fuivant la notule de ces dtes qi li. PAltTIE. D fe Go gle

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so ESSAI HISORIQUE suit LA fe trouvent dans les archives de la nation. Ce terrain fut tout de fuite aggrandi par la donation de 100 acres de terre que fi~ le Gouverneur van Scherpenhuyfen a1,1 nom des Seigneurs de la Co-Jonie en Hollande fuivant le W11rand qui fe trouve dans le rcueil des privilges, tit. 8, dt du 12 Septembre -1691. Cette Savane est' fitue fur une montagne qui s'leve depuis 30 36 pieds au desfus du niveau de la riviere, ayant chaque cot une profonde valle, qui fait prendre la Savane Ja figure complette d''un Isthme. Le terrein habit est form d'une terre argilleufe fort dure, mle de pierres d'une couleur rousfa tre qui .Jire un peu fur le noir. Mr. Renaud Botaniste Franois, qui fjourna quelques annes en Surinam & qui est atuellement en France, p,rtendoit y avoir trouv des Javt!s d'un ancien volcan, mais la grande quantit de fable blanc qu'on truve ~oo pas de cette montagne, rend cette ide fort domeufe & quivoque. La place ou fe trouvent les maifon~ rgulierement haties, forme un quarr de 450 pieds de long, fur 3eo de large, coupe par quatre rues de traverfe les maifons baties aux angles du quarr font grandes & commodes,'quoique d'une Architecture mdiocre qui fent encore l'conomie de nos anctres: il y en a-cependant quelques unes pasfablement bel les. Les maifons dont les derrieres fe jettent fur les deux valles de la -montagne & fur le cot de la ri vicre, & qui ont chacune leur petit jardin for-Go gle

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COLONIE DE SURINA M. jI tonn en pente, plants d'arbrisfeaux, & des ber bes pota.grcs pour le mnage rendent un coup d'il fort agrables quand on s'approche de l'endroit da dharqu ement. Au milieu de ce quarr (e trouve la Synagogue hatic en brique dans ran 1685, de la longueur de 90 pieds, fur 40 de large, & 33 de hauteur, fou tenue par de grosfes Colonnes ..-te Bois, .avec une voute proprement travaille, qui couvre le toit du batiment. D'un ct est l'appartement des femmes, fitu plus haut; & vis vis, dans rappartement des hommes, fe trouve une grande armoire de he_au cedre; o l'on garde les touleaux de la loi, d'urie trs belle architectur~ orn es de fcutptures trs bien executes qui fait beaucoup d'honneur c ~ lui qui (dans l'enfance de la Culonit::) I9a travai_ll. Cette Eglife a pour fes ornements en outre les couronnes d'argent dont on dcor~ les r o uleaux de la loi, & autres ameu hlemens ncesfaire du m~me metal, de grands lus tres de cuivre jaune plueurs branches, & des chandeliers de plufieurs espec:es qui ont cout beaucoup aux particuliers qui : les ont donns. Au desfous de ta Synagogue ou de i' a ppartement des fem mes, est la ch a mbre ou les Rgcns tiennent leurs feance .s, ayant ct les archives de la N _ation conferves en trs bon ordre; tout y est fi propre. ment bati, & la Synagogue a un certain je ne fais quoi de maje(lueux,que malgr que fa grandeur ne foie qu'ordinaire, elle attire l'admiration de ceux qi la voyent pour la premiere fois. D'un ctde h S~. D va-G gle

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5~ ESSAI HISTOR[QUE SUll LA vane fe trouve un poste militaire, & le magazin des vivres pour Je Cordon qui prend fon chemin d'un des arrgles de la Savane, vis vis la Synagogue Jlar ou commence la grande prairie, qui d'un ct renferme le cimetiere de la nation, & a dans fon milieu une enfoncement de plus de .200 pieds de cir confrence rempli de fable ausfi blanc que la neige, dont on fe fert pour divers ufages, qt1'on trans porte Paramaribo en grande quantit, tant pour Je fervice de l'hopital, que pour les particuliers &c. Aprs avoir pasf cet enfoncement on rencontre Je commencement des deux valles qui formeroient fi elles taient remplies d~eau Ja figure de deux golfes autour de la montagne. Ces deux valles, ont la mme tendue 8t la mme profondeur l'une que l'autre; au milieu d'elles il s~est form fur un fol de fable blanc, deux petites fources d~une eau ausfi froide que la neige, & dont la couleur un peu rou geatre annonce quelque matiere ferrugineufe au fein de la montagne. A la hauteur d'une de ces valles il y a encore une fource d'eau d'une faveur fort agrable, & de la plus belle couleur christaline. Cette fource vient de la cime de la montagne, & ferpentant jusqu'a fon milieu, elie fe fait un p:1.s fage & court rgulierement entre des petits arbrisfeaux. -Il femble que la nature en faifant traverfer cette masfe d'eau de la maniere prefcrite, a runi fes diffrens petits canaux dans un foui tuyau, qui coule comme par un robinet depui, que la S.1vane est connue, Jamais, foit en hiver, ou Go gle

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COLONIE DB SURINAAM. 53 ou en t, mme dans les fortes chaleurs, en n'a vu cette fource & les deux bas fins d'-eau taries, dimi nues, ou accrues. Mr. le mdecin Stuyvefant, qui a vecu Jongtems Surinam (demeurant actuel lement Utrecht) a fait plufieurs Esfais fur J"eau qui dcoule de la hauteur de la montagne, & il l'a trouv fort desobfl:ructive & diuretique, & l'exp rien ce que nous en avons fait mille fois, con{l:ate cette vrit: car lorsqu'on prenci de cette eau en Et, QU dans un tems ou l'on puisfc tre asfur qu'elle n't!st point mle avec l'eau de pluye, & que l'on en boit avec du vin de Rhin & du Sucre, on trou ,ve la mme:: effervesfence & Je mme effet que fi c'toit avec i'eau de Seltzer, ou de Spa, l'exeption de l'odeur & de la faveur faline qu'ont ces eaux, dont celle ci est exempte en toute m:iniere. Les Juifs en fo~t ufage dans la conval c s cenfe des fievres tierces, & des maladies d'ob firuction~. I Peu en avant cette montagne, commence le Cordon ou ligne de dfenfe de la Cnlonie (dont nous avons parl) form alternative:nellt d'un poste de Capitaine, d'un piquet, & dun poste de Scrgeant, &c. jusqu'au grand poste de Major, nomm Mauritz hurg ou est l'hpital dans lequel les maJ:idcs des autres postes font tranfports pour y tre foigns. A ct de c poste fe trouve l'habitation Oeconomique du Cordon, connu aprs le Gouver nement de M. Ileeldfnyder, fous Je nom de Gau 'lltr'1etJrt Lus,, & ci devant fous celui de Re/Jo-D 3 ho& Go gle

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54 ESSAI HISTORIQUE SUR LA bot (li). Cette hahitation r e nferme dans fon enceinte de beaux jardins, plants d'herbes & d\1rbrisfeaux fruitiers & potaers avec de grandes prairies ou une quantit fuffifante de betail e s t entretenu tant pour le fervice de l'hfital rle Mauritzburg, que pour les chevaux &. mulets ncesfaires pour le transport des vivres de la Sa vane & les diffrens postes qui fe trouvent en chemin. Tout y e!t fi folidement & rgutierement fait & entretenu que fans tomber dans aucun luxe quelconque, ni y avoir rien qui ne foit in dispenfable & ncesf:lire, l'habitation a un air fort agrable. Cest l ou les criminels tant Blancs que Negres enchains vopt travailler pour expier leurs crimes,~ qu'on peut nommer le Raspbui.r de Surinam. Du poste Major Mau~itzburg, par un chemin de 4 heures de marche on arrive fur la hauteur de la riviere de Comowinc: en la traverfanr, nn trouve le commencement du fecond cordon qui fe jette presque fur la mer. Le chemin du rremier cordon qui commence e ta Savane, de la largeur de 150 a 200 pieds fur un fond de fable blanc, d~un cot garni de postes, & d'autres d'un bcage pais, forme, fuit en carosfe ou cheval & mme pied, la plus belle promenade qu'on puisfe dfirer. IJ y avoit anciennemeut la Savane le nombre de {a) Mot hebreux qui fignifie rpos. G gl

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COLONIE DE SURINAM. ~5 75 80 maifons occupes p:ir 50 60 familles, dont chacne avec 4 6 esclaves & de vivres qu"ils a voient gratis des Plantations adjacentes, fai foient aux environs des planches & de bois de charpente dont ils trouvoient leur fubfl:ance. Actuellement comme la n a tion a perdu la plupart d fes habitations~ & que les i de fes individus demeurent dans la ville d~ Paramaribo, ce village est presque dfert, au peint, qu'il n'y a d'habitans que 2~ familles pauvres, & 49 maifons, toutes les autres ayant tombs caufc Je l'impuisfance des matres pour les rparer. Ces pauvres gens au nombre de Ioo 120 perfonnes qui y habitent, tiraient avant ce tems ci, leur entretien ~u trafic qu'ils faifoient avec les foldats & 1es officiers du Cordon ft qui ils fournisfoient tout ce dom ils avaient befoin au prix courant de Paramaribo ; mais comme malheureufement il fe trouve pr fent beaucou p cle coucurrens qui font ce ngoce avec les foldats les pauvres habitants de la S:wane, fe trouvent dans un tat ausfi dp1ornble qu"un jo ur ou l"autre ce vi11age va tre ncesfaire ment abandonn. Cepen _d~_ nt comme la Synago_gue &. la libert qu'on y trouve, attachen.t' les Juifs cet enclroit~ il ne manque pas du monde au mois <.:e Septembre de ~haque anne, pour la clbration de la fte du tabernacle quelquefois du nr.mbre de 200 ~50 perfonnes venues de Paramaribo~ des Plantations, qui alors re~plisfent'to~tes les m:1ifons. Dans ce mvis il ne manque ~usfi jamais d'un D 4 grand Go gle

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s6 ESSAI HISTORIQUE suR LA. grand nombre de Chrtiens, qui viennent galement vifiter l'endroit & fe promener au Cordon; & malgr l'tat dplorable de la nation en gnral, on y donne cependant des petite~ parties de danfe & de rjouisfance, qui font de cette place pour le tems de qm:tre femaines, un fjour agrable: &. comme l'air qu'on y refpire est p a r une exprience conftante le plus fain de toute la Colonie, & que 1a Savane est en outre l'unique place de rrraite ou l'on puisfe fejnurner & faire fon mn;ige avec toute la libert imaginable, il ne manque jamais d'tre frquent pendant la fte, mais aprs ce tems tout y devient triste & lugubre. L'enfemble de cet endroit confidr attentive ment offre fa maniere des beauts fimpks de la nature, dignes de rmarque. Le mlange de Ja verdure des herbes fur les prairici & d': ~ r hrisfeaux de diverfes qualits qui portent des fleurs & de petits fruits de diffrentes couleurs fems fur un fond de fable blanc; les deux valles qui accompagnent ?a mont3gne & qui dcouvrent galement d'un cot & de l'autre deux autres montagnes blanches comme la neige; l'ouest la vue de la Synagogue & du villag~ ; l'est le beau chemin du Cordon tir en ligne droite jusqu'a 5 heures de marche au nord de la descente des montagnes & la vu~ de la riviere; & au fud la verdure d9une fort immenfe, font une vue ausfi agrable que les tt an gers, entr'aum~s l'ordonnateur Gnral de Cayen ne, Monfr. de Malouet, qui l'a confid6r avec ~l.t ten Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 57 tention en 1776, ont t frapps, de voir que la nature dans fes pargnes fut encore embeliir l'endroit qu'dle rendu firile. Nous fumes obligs de nous tendre un peu trop peuttre fur la defcriptlon de la SNane, parce que nous avons rmarqu que de wus les auteurs gui ont crits fur SL1ri11am aucun n'a d aign ire quelque chofe de ce qui l a concerne. C'tait asfez quelle fut une b .)Urgade de Juifs pour n'en parler pour ainfi dire qu'en pasfont. Quant au climat de la Colonie en gnral, il est depuis que les grands dfrichemens faits fur les habitations, & les riviercs, qui fe font largies confiJrablement, ont donn aux vents un cours fort libre, le plus fain de route la cie de la Guyane. Les chaleurs y feroient excesfives, depuis Aout jusqu' mi-Novembre, 1i elle ne fusfent temperes par un vent de nord ouest, qui regne presque continuellement depuis Juillet j usquen Novembre. Il y a beaucoup de nuages qui modrent rardeur du foleil & qui donnent de pluies frquentes & abondantes & c'e~t alors que les vents changent quelques fois en fud .. est. Les jours & les nuits font presque gales tou te l'anne., c'est feulement au moins de JuiJlet jusqu'en mi-Aout qu'on rmarque que les jours furpasfent les nuits en longueur de ~5 30 minu tes. Les 4 faifons de l'anne qu'on obferve en Europe, ne font point fenfibles en Surinam ; nous comptons bien notre printemps~ depuis Janvier. D S qui G gle

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$8 ESSAI HISTORIQUE SUR LA qui varie continuellem~nt jusqu'en Mars, l'hiver depuis Avril jusqu'en Juin, l't depuis Juillet jusqu'en Aout, & l'aucomne depuis Septemhre jusqu'en Novembre, & que lquesfois jusqu'en Dcembre ou commencent les pluies; mais elles font fi mles de chaleur s de froids aux matines de pluies, de vents, & d'un foleil brlant, que les faifons fe confon.dent entre elles, fans avoir rien de fenfible pour le s faire diil:inguer. Les maladies qui y regnent le plus f ouve.nt font les catarres & les coqueluches, qui font beaucoup cle ravages p a rmi les eflfans: les flcvres de toutes les espece s principalement les hilieu fes; l'hydropifie, l'inffomation de la rate, la dis fenterie & toutes celles que produifent les maladies vneriennes, qui peuttre est la c:mfe d'une es pece d'Ele phantisme qui malheureufement com mence rgner Surinam, parmi les Blancs & les Negres. Les enfans fouffrent beaucoup des attaques des vers, & les nnuveaux ns des Negres, du tttano.r, qui enlve une quantit prodi gieufe fur les Plantations,, malgr~ tous les e&fais imaginables pour fa gurifon. Cependant malgr ces maladies, il n'y a aucune pi demie quelcon que, que quelque fois des disfenteries fur les Plantations, qui font ceptmdant trs peu de ravage proportion des autres endroits de l' Amri que, ou cette maladie s'est une fois manifes te. Au contraire toutes les maladies fe guris fent trs favorablement & plus vite qu'en au,cun au-Go gle

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COLO NIE' DE SURINAM. 59 autre endroit; mais en rvanche, la con va lcscence y coute be:1ucoup de foin & de peine, & peut tre que ce n'est encore qu' caufe du peu de rgime qu'on y obfcrve gnralement. Les h:!bitants font lestes, vigoureux & imptueux, ils font quelques fois des excs devenir m:ila des, & ils n'ont pas Ja patiene de fe tenir ,1u rgime, ni de conferver le tpos ,font ils ont be foin pour ne pas languir dans la fuite de Jeurs maladies. Chez les Chrtiens, le grand ufage llt! boisfons fortes, le peu de connoisfonce qu'ils ont gnralement de faire prcder la gurifon de Jeurs maladies, les mdicamens fimples
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6o ESSAI HISTORIQUE suR. LA les Juifs, dont les Allemandes, tant pour ce co loris vif & anim~ qui fait l'clat de leur fexe. que par leurs y eux ag a ants, mme par tout ailleurs, avec la diffrence encore qu' l'age de 12 14 ans ils connoisfent le talent de faire leurs femhlab1es, qui est tout de fuite cultiv avec le zle le plus ardent : ce Jefordre ne vient que de la communication ~vec les Negre s & du peu de foin qu'on a dans les maifons paternelles de fe contenir en prfence des enfans. Les propos libres &; G gle

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COLONIE DE SURINAM. Gl & capables d'aiguillonner les defirs, en font la caufe. Nous devons cependant Je dire avec plaifir que cette faute n'est pas fi commune chez les Juifs Portuguais gnralement parlant, princi pa1ement lorsqu'il s'agit de la moindre converfa tion tant foit peu libre devant les filles de la maifon; car Je premier foin des meres est de ne pas laisfer leurs filles avec des Negresfes, & de ne fortir jamais de la maifon, fans le, avoir ct d'elles, & c'est encore caufe de ce foin conti nuel, & ces efforts as fi dus que les en fans Juifs Portuguais en Surinam s'attachant plus leurs pa rens que dans aucun autre endroit. ,, Une vivacit d'esprit, une pnetration fingun liere une promptitude faifir toutes les ,, ides, & les rendre avec feu; la force de ,, combiner, jointe au talent
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6 ESSAI HISTORIQUE SUll LA touche la fenfibilit de l'homme, ne fut jamais apprife par aucun crole, jusqu' pouvoir fe nommer muficien : car rbuts des le commence ment de l'accord des ntes, & l'analogie des fons pour en former de justes mlodies, ils quittent & reviennent leurs leons par intervalle & toujours par fauts & bonds. La danfe, & toua les exercices du Corps, font ce qui les at tachent plus longtems. Sur la pofie & fur les parties des belles lettres, qui devroient en conf quence amufer leurs esprits vifs & tincelans ils ne font que des fauts continuels comme les oifeaux fur un arbre qui vont fans rlftche aune branche l'autre. En confquence donc de ces dfauts d'inconfiance dans leurs esprits, ne feroit-on pas tent de croire que les croles en gnral ne cannois fent pas l'amiti, & ne favent apprcier que ce qui peut frapper leurs gout5 'I & que mme rbu ts depuis le commencement de quelques entre prifes ils doivent t'.!tre vains & inconftants; ce. pendant il est inconteftahle, quits font conftam ment hospitaliers, 6t gnreux. 1!s aiment l'or; mais ne l'adorent pas, & ce n'est que pour le dpenfer & pour en faire mme des dons, qu'ils aiment posfeder de l'argent (a). ME-(a) Nous avertisCons que nous n'envirageons dans ce tableau que les croles fimplement, il ne faut pas confoo re les a11ue1 habitans de la Colonie avec eux. Extrememenc G gle

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COLONIE DE SURINAM. 63 MEDECINE, EMPIRISME, SUPERCHERIE DES NEGRES EN G-ENERAL. La mdecine y est exerce de la meme faon & avec la mme mcthode que partout ailleurs & quoiqu'on y doive fuivre le dispenfaire d' Am fierdam ou de la Haye, on prpare dans les phar macies toutes fortes de compofitions fivant les dispenfaires
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64 ESSAI HISTORIQUE sun. LA. de Chirurgiens; & huit A pot hic aires, 6 Chrtiens & 2 Juifs un Portuguais & un Allemand; trois ac. coucheurs 1 Chrtien, 1 Juif Espagnol, & I Allemand, qui entrent dans le nombre des mdecins & chirurgieus. L'art de gurir en Surinam, en fuppofant mme gnralement tous ceux qui le profesfent Je ta lent & l'exprience ncesfaire, n'y fera jamais au cun progrs fenfible du cot de l'art; ni contri buera beaucoup la fortune de ceux qui le pra tiquent : car le meilleur rmede la pius exacte obforvP.tion devient inutile par le mlange qu'on y fait gnralement de gurifons des Ne gres, qui jouent le plus grand rle avec leurs herbes & leurs prtendues gurifons, tant entre les Chrtiens qu'entre les Juifs, car malgr la fu. percherie de ces empiriques, malgr leurs affreu fes crmonies indignes de tous ceux qui profes fent une rligion, ils font tenus en Surinam comme des prophetes. Jamais auun miracle ne fut tant vant que ceux de ces l\legres, eu gard aux 3sfurances &. la foi que les hommes & furtour Jes femmes hlan ches du pas, y ajoutent, pour prner Jeurs mntes finguliers. Si un malade vient mourir entre les mains de ces empiriques les plus fots & tes plus fi:upidesqu'onpuisfeimaginer,ce nestpoint leur ignorance, ou leurs mcUcamens J employs fans ordre ni methode quelconque, qui ont c.ontri bu fa mort; mais c'est du poiiiln quon a donn au malade fuivaru le rapport du prtendu mdecin. Et Go gle

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cotONIE hE SURINAM. 6J Et jolltqnt foi ces fausfes asfrances, on a le malheur de tomber quelques fois dans l'injuA:ice envers ceu'fC, qui ont l accufs ou fouponns par ces Ngres, plutot empoifonneurs eux mmes que mdecins. Nous ne disconvenons pas cependant que plu fleurs malades ne foyent fortis heureufement d'en tre leurs mains, furtout ceux qui ont t attaqus de forts dlires aprs ou pendant quelque maladie a igue, ou aprs les couches; mais ces guri fons font le plus 'fouvent opres par des anti dotes qu'ils favent employer contre diverfs espe ces de p~ifons, qu'ils favent par des informations qu'ils prennent des Ngresfes de Ja maifon, avoir ~t donns aux malades ; & te plus fouvent une perfonne gurie par eux du dlire ou quelque forte tention de ventre. e s t d'abord fouponne avoir t empoifonne. Cette v~rit que l'exprien ce a couO:at plufieurs fois, est encore la caufe, que lorsqu'un malade meurt d'une maladie connue & que mme le mdecin de la maifon l'ait prJit, fa mort e&t d'abord attribue indistincte ment au poifon. Ce feroit aller l'infini 1l nous voulions mettre au jour les abus qui ont lieu a cet gard ; cependant nous donnerons un court expof de la faon ordinaire dont ces Ngres operent Jeurs gurifons. Lorsqu'un malade veut fe mettre entre les mains d'un de ces empiriques, dont le nombre est im .. menfe Jans les deux fexes il le fait appeler, celui-11. PARTI&. E ci gle

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6G .ESSAI HISTORIQUE sUll LA d ne vient jamais d'abord; mais ordinairement un, deux, ou trois jours rs pour fe pourvoir ap paremment de connoisfances f uflifantes de tout ce qui fe pasfe dans la maifon du malade, & pour cela ils y ont toujours quelqu'en tat de leur donner des informations. Etant arriv chez le malade, il lui demande ce qu'il a 1 des douleurs par exempte dans tel endroit du corps; la tte est prife,ou c'est la fievrc, ou inflammation du ventre &c. Sentez vous ces incom modits avec vh~menceou font elles moderes, &:c. L'Esculape fans s'informer d'avantage fait toujours des fagnes d~admiration. Et bien, on lui dmande, le guriras tu? Tout est en Dieu, je le verrai, mais il faut avoir patience, mais il faut donner Dieu quelque chofe pour m'aider de fes lumieres. Cette dmande qui est dj con nue, emporte toujours fuivant Ja puisfance du malade 9, 3, 1 o ou 20 BorinE. Le mdecin s'el'l va trs content, & rvient le mme jour, le len demain ou 3 jours aprs fuivant l'tat & le befoin du malade. En r6venent il demande un peu d'eau ,le vie il y jette du poivre d'Inde pil connu fous le nom de grana paradici ou Malgd frepr, poivre de Malaca il en boit enfuite un peu en donne galement au malade, & jette le reste par la fenetre en marmottant quelques mots. Aprs cela il demande la Ngresfe la plus fldle de la maifon j elle vient & il lui donne un morceau de racine ou d9herbea ace. pour les faire ,ui-G gle

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COLONIE n2 ,SURINAM, 67 cuire & le donner au malade, & depuis ce jour tout doit pasfer par les mains de cette Ngresfe. Si la maladie est fievreu~ c'est avec du poivre d'Inde mele avec des herbes, q11'11s appliquent. Si la tte est prife, c'est avec de la dcoction & du poivre qu'on la mouille. Si le ventre est en flamm, ou en cas d'hydropifie, c'est des vomi tifs les plus irritans & encore du poivre pour le frotter, qu'on Qpplique. S'il y a des douleurs, ill font des incifions comme pour appliquer des ven toufes, & par desfus 0n met encore du poivre mle avec de la cendre, qui aufe au malades des clou leurs les plus aigues, & dont les taches noir cis de la cendre qui penrre dans les incifions ne s'effacent jamais. Que ces incomodits ces maladies qu'on voit exterieurement, prenent leur origine d'une caufe quelconque c'est tou jours ,vec ces mmes rmdes qu'on prtend le gurir. Les uns (dont la compfection ou la nature, comme dit rvf. Lieutaud, fe moque de la maladie & du mclecin) chappent, & les autres meurent9 ou Janguisfent le) plus fouvent. Mille traits de fupercheries font employes pour la gurifon des Ngres malades nous avons vu fucer avec une pipe fur une playe des morceaux de fcorpions, & d'aut.re& infectes qu'ils prtendaient en avoir t tires" & que les asfiftans croyaient bonnement tre Ja v~rit. Cependant lorsqu'on les f"ouiUe avant de faire l'opration on dcouvre leur fupc:rcherie. Une Ngresfe fe trouvoit m:21 E aprs G gle

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68 ESSAI HISTORIQUE st1R LA aprs une fausfe couche;, elle dmandafod maitre de la laisfer gudr par un de ces Ngres. 11 vint, lui donna quelques boisfons, & dit d'a vance que dans s jours la Ngresfe jetterois les os d'un fecond fetus qu'elle avoit encore dans la matrice; le jour arrive, il fait fes grimaces & dit la Ngresfe de rgarder fur le pt aprs y avoir urin elle le fait, & i'tonnement des femmes on voit des petits os au fond du pot, on crie au miracle, & ce ne furent que des os de petits oifeaux ramasrs & jetts dans le pt au moment que la Ngresfe y alloit Une femme fe trouvait malade, on la difoit empoifonne le m~dicin parot, vous vomirez le poifon, dit-il la femme, il I ui donne en confq uence le len demain un vnmitif, la malade jette de la bile, & 2prs avoir vomi, le Ngre verfe l'eau, & mon tre aux asflants de petits pelotons de Coton & des Brins de Cheveux. Comment cela fut il introduit dans le corps du malade? Comment con cevoir la posfibilit du poifon, envelop dans du coton & des cheveux? Mais <.eci n~ fut pas cc qi occupa les asflans dvoiler; on prna le fuccs, & l'on dbita partout le prtendu miracle oper. Voila en gnral la faon dont la plupart des Ngres guerisfent les maladies en Surinam & le fondement qu'on y a pour ajouter foi leur pr~ tendues miracles. Cependant malgr toutes ces fupercheries, &. le drangement 11ue leurs metho-dea Go gle

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COLONIE DF. SURINAM. Gg des barbares caufent ra fant, & l'esprit de la plupart des femmes du pas, & mme des hommes; nous avouons qu"il y a eu de tous tems dans la Colonie, & mme actuellement quelques Ngres, qui ont une connoisfance particuliere des plantes mdicinales du pas, avec lesquelles ils ont faits des gurifons l'tonnement des mdcins. Nous com1oisf ons plufieurs perfonnes Blancs & Ngres, chappes a la mort par eux; mais ce n'est pas ces Ngres dont le nombre est bien petit qu'on a fouvent recours ; mais ceux qu'une Ngresfe ou autre, qui veut le favorifer asfure tre un bon mdecin. C'est asfez qu'on aye la couleur noire pour cre en tat de faire plus que tons les mdecins enfemble. Cette confiance aveugle, fait tomber le plus fou vent plufieurs femmes dans une crdulit rprochable beaucoup d'gards. Perfonne n'ignore la danfe des Ngres qu"on appelle vulgairement Mar11a, jusqu' tomber en dfaillance, & qui peut tre compar~ avec trs peu de modification a la unft dt St. Gui, que dcrit Mr. Lieutaud dans fon trait de mdecine pra tique. La prtresfe la plus renomme est une N gresfe appe!le Dafina ; elle a chez elle une chambre fecrcte ou fes inities ont une entre libre; cette chambre est entoure de petites idoles de figure humaine, & d'animaux, grosfierement fait de terre, un grand pt de terre rempli d'eau est dans un coin elle y entretient quelqijes E 3 PC G gle

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ESSAI HISTORIQUE sua LA petites couleuvres, (a) & avant.d'entreprendre quel que malade gurir, elle confulte fon pt & fes figures qui font fes oracles donne de l'eau qui est dans le pt, boire aux malades. Malgr une qua ntit de fausfes gurifons de faux pro gnostics que fait fouvent cette Ngresfe, on la croit cependant fur fa parole, quoiqu'on ne laisfe pas de prendre un mdecin Blanc lorsqu'on a des malades, mais qu'elle trompe le plus fouvant, en ajoutant clandeftinement les rmedes qu'il ordonne aux fiens fi le malade est en danger, ou en les fupprimant totalement s'il donne espoir de gu-dfu~ -C'est le plus grand dommage cependant qu'on 11e fasfe point des efforts en Surinam, pour ach ter de ces mmes Ngres la quantit de plantes mdicinales qu'ils connoisfont, pour en faire une application heureufe, il ne faut que ds facrifices d'argent pour avoir tout d'eux, ce qui ferait d'un grand bonheur pour la colonie en gnral, &. furtout pour les Plantations; car combien Je racines&. bois (a) On n'ignore pas l'art qu'ont les affricaios pour apprlvoiler les couleuvres d'une certaine especc: l'esfai fur l'Inde de M. de la Flotte, Je dmontre & ce quo nous voyons faire aux Ngres de Huidta, nous en con vainc ufez pour ne pas li; fuppofer fi tonnant jusqu' Je croire ua miracle, comme ceux qul s'attachent A c,tte Ngresfe. / Go gle

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COLONIE DE SURINAM. 71 d'herbes n'avons nous pas ici, qui furpasfent Je bois de Quasf y dcouvert par le Ngre de cc nom,& qui a fait tant de bruit en Europe? Ainfi il ne faut pas croire que parceque ces Ngres font des fupercheries dans leurs gurifons, ils ne con noisfent pas les plantes destines plufieurs maladies, leur fimple rapport vaut mieux dans ce cas que tout ce qu'ils pprent eux mmes, cat ils ne connoisfent point les maladies pour les pouvoir appliquer heureufement ni favent calculer les caufes qui les ont produites, pour augmenter ou diminuer les dofes ou le m@ler avec quelque correctif proportion de la maladie; mais ces m dicamens bien connus & diftingus avec des notes exactes des maladies ou ils font aprlicahles, fuivant la dfinition de ces Ngres, feroit fuffifant pour en faire un trfor pour l'humanit, auffitt qu'ils feront dirigs par des mdecins exprimen ts. Le Ngre Quasfy qui donna fon nom au bois qu'il a dcouvert & fe rendit fameux en Surinam par fes prtendus fortilges occupa pendant une longue fuite d'annes, resprit de la plupart des Colons. On l'employoit fouvent pour aller aux Plantations pour dcouvrir les empoifonneurs parmi les Ngres; on le confultoit fur toutes fortes de maladies mme _pour donner des rmedes au f.1:rilit des femmes. La pntration de fon esprit; plufieurs connoisfances qu'il f ct acquerir des Indiens I chez; qui il toit presque continuellement; E 4 un G gle

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,i ESSAI HISTORIQUE SUft. LA un ton auftre & majellueux (..accompagn d'une figure colosfale) qu'il s'avoit employer ,lorsqu'il parloit aux Ngres, lui procura une influen cc ausfi dcide parmi eux qu'on le respec. toit comme un prtre qui Dieu daignoit ~couvrir fes dcrets. Il fut attaqu des fa jeunesfe du mal rouge, dont il fuc enfuite fe gu~rir r.adicalement, & malgr la perte des quatre doigts de la main, & presque tous ceux des pieJs qui furent rongs par cette maladie, il ne lui resta aucune tche quelconque fon vifage & tout fon corps, toit fi lisfe, & fi propre que perfonne n'oferoit croire qu'il eut t attaqu~ de cette funeste ma ladie (1), cette gurifon lui procura un grand cre-dit, (a) On a fait en Amrique, tant de rchercbes pour la gueriCon de-cette malaciie & toujoursi infructueufement, que nous fommes tents de croire que ce ne fut que det maladies vnriennes de la plus funeste qualit dont ce Ngre a t~ attaqu, & peut tre que, fi l'on s'attache: eo Surinam fur cette ide, on fera plus de progrs envers ceux qui font attaqus du fodifant Elphantisme. Que les fimpti>mes )es fignes horribles, qui accompagnent cette: maladie, ne viennent pas nous en impJfer, car en lifa' nt la brochure du miJecin Sancbes traduit en fraoois par le l'rofesfeur Gaubius fur l'apparition de la maladie Vnrienne en Europe. on verra qu'il a au moins une analogfe complette avec cette afFreure maladie tant da ct des tches que des atres fimptomea. Peur fortifier qtte ide, Doua av.ons l'e~Pdrience du ptu d'effet quont pro-G gle

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COLONIE DE SURINAM. 13 dit, & m me asfez d'influence parmi les blancs, qu'on ne fe rfufoit point le confu!ter clairement dans tous les -bcfoins; mais la trop grande con fianc-e fit abufer fou vent de la bont des Illancs, & tomber dans plufieurs fausfes accufations contre les Ngres car i fiant trop fur fes connoisfances il ne faifoit des rcherches ausfi exactes, ni ob. fervoit les mines & l'opration d'une conscience 2ccufe, qui fe decle fouvent fur le vifoge: car ce n'est qu'avec cette methode, accompagne de bonnes informations de la part des Ngres qu'il s'avoit acquerir d"avance, qu'il a fu dvi ner plufieurs fois des chofes qui paroisfoient les plus caches. Pour detromper ceux qui aveugls par les actions du Negre Quasfi, attribuoient tout des connoisfances furnaturelles ; un certain M. Pkhot prit fur lui d'en faire lui mme l'esfai. Pour parvenir fon but iJ prend de fa maifon 4 ou 6 fourchettes d'argent.,& les garde foigneufement fans communiquer fa dmarche perfonne; les fourchettes ayant manqus il menace les Ngrests de la maifon d'un chatiment terrible, fi on ne lui dcouvre le voleur. Les Ngresfes inno centes de ce vol demandent unanimement le produit ici les nouvelles decouverres par ls Espagnols a11 Perou, & prons par tous les journaux & GazettesLitter -ai. res. Suivant un memoire lu au Collge des rcherche1 fur la nature par M. Jor. d'Anaria, Chirwiien & Acco1. ~beur Juif. Es Go gle

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,. ESSAI IUSTORIQUE SUR u le Loato11ma11 !J!.,asf 'Y C'est dire. Lt Dl'CJi1J. Le ma1tre le fit venir & lui offrit un double payement s'il dcouvre Je voleur; il commena en confquence fes cremonies & apr a voir fait pasfer les cf claves devant lui comme de coutume, il les rappelle. une feconde fois, le fort tombe fur une d'elles, la pauvre accufe interdite & trem blante, nie le fait, fe contredit, balbutie, enfin te ton impofant du Devin, lui arrache l'aveu; PU font les fourchettes lui demande t'on? Il ne fait pas repondre, tu
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COLONIE Dit SURINAM. 75 la Devinati0n de Quasfi Je matre de la maifon reoit de fon correspondant en Hollande, qui il avoit envoy une cave de plufieurs flaons de confi turei dn Pas, une lettre de rmerciement, rendant fes hommages fa femme de ce qu'elle a apprtez de fes propres mains les confitures, car il lui renvoyait fa Bague d'or qu'il a voit trouv dans un des flaons. Mille tromperies de cette nature font ar rives avec e prtendu forcier, qui a voit d'ail leurs beaucoup de connoisfance, & qui est mort en 1787 fans qu'on eut tir de lui aucun fecrct quelconque. Cependant, malgr ces faits, & pfuficurs autres connus de toute la Coldnie, les habitants aiment I cncere ajouter foi, fans rflexion, aux fuperche. ries des autres Ngres, qui n'ont ni la capacit, ni le gnie du nomm Quasfi. Et pour rconnotre encore plus clairement l'ignorance de ces Ngres, on n' qu'a confulter les apothicaires de la Colunie, & alora on faura que la plupart d'entr'eux, n'ayant pas la moindre connoisfaoce des pl~ntea mdicinales du Pas, viennent acheter des drogues de mdecine, dont ils ignorent les vertus, & le plus fouvent le nom; qu'il aut deviner ou conjec turer pour les fournir. En outre & encore du desavantage, que ce que nous venons de rapporter produit ordinairement; la Chirurgie mme (quoique dans cette partie les Ngres ne fe mlent presque point) a encore des dommages e5fuyer, car les Chirurgiens qui entretiennent chez eux des infirme-ries Go gle

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15 ESSAI HISTORIQUE sua LA ries pour les Ngres accablJ de playes, ne peu. vent pas faire des progrs caufe que leurs malades pour fe fouflraire aux travaux des Plantations, ont to1uours des moyens que leur four. nisfent ces empiriques, pour entretenir leurs pJayes longtems, afin -de n'tre pas livr, leur matre, dans un tat de fant. On nous accufera peuttre d'avoir t long fur les fupercheries des Ngres de la Colo nie ; cependant fi l'on confidre attentive. ment les desavantages que les talents qu'on leur fuppofe ausfi gratuitement, caufe dans la Colonie en gnral, nous nous flattons qu'on nous excute ra le dtail que nous en avons donn, en faveur de notre bonne intention qui n'envifage que le bon heur de la Colonie en gnral & la rparation aux desordres qui fe fuccedeot le plus fouvenr. D'ail. Jeurs, fi le Pere Feijoo, Jfuite Espagnol crivit \ians fon thltre critique, plufieurs traits fur les fpehes &. les rvenans, dans l'intention de corrj ger fa nation de ces croyances aveugles; il nous femble tre ~gaiement permis de tenter au moins les moyens les plus propres pour gurir nos aimables-Colonistes d'une croyance av~ugle, qui leur caufc, fans J penfer, une infinit de maux. LI Go gle

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COLONIE DE SURINAM[. 1': LITERA TURE RN GENERAL, SOCIETES LITTERAIRES, BIBLIOTHEQUES &c. L'on a vu par tout ce que nous avons dit dans Je cours de cet ouvrage, que l'ducat'ion en Suri nam, ne fut de tous temps que trop borne. On n'y apprend que l'criture, quelques regles d'arith iretique un peu de Gramm:Jire les lmens de la langue du Pas, & de la Franolfe. Ausfitt qu'un enfant de l'age -de 12 14 ans, fait bien crire, on le met chez l'un ou l'autre, ):a Scrtairie ou ailleurs, pour apprendre l'art de Copier. Et lorsqu'ils fait bien crire,les parc11s font fatisfairs, & r~gardcnt leur enfant comme c~pa.hfe de foire des progrs rlans toutes les fciences. Conf eqnem ment la litt~rature ne pouvoit faire des progrs i Surinam. Avant le tems de Mr. Mauritius, on ne favoit gnralement rit!n de ce qui concernoit les lettres il ra dit lui mme dans plufie:urs endroits de fon ouvraie de pofie, imprim i Amfierdam chez Schouten 1753 page 166. Aprs ce tems ou commena peu peu fe procurer des livres Hollandois, Franois &. Espagnols, & avec raide de quelques Europens Franois venus ici par intervalles, le golt de la litterature <:ommena faire fortune; cependant aucune foci:t littraire ne s'est jamais forme, jusqu~au tems de Mr. le Gou-G gle

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78 ESSAI HISTORIQUE su-. u Gouverneur Texier, & par fes foins &: par ceux de Je Mr. FiscalWichers,qui riga le premier un ColJge de rcherches fur la Nature dont nous avons parls. ()Beaucoup d'annes avant ce tems,Mr. de Montel ,Juif Portuguais grand amateur de la littrature Fran (a) Le Collgo est compor d'un Prfident, qui est M. le Gouverneur, d 'un Trforier, n Secrtaire & le nombre futlifant de membre, effectifs qui dispofent de tput ce dont on a be(oin pour l'entretien du Collge, afnfi que d'un grand nombre do membres honoraire,. On s'y rasfemble une fois par mois & on y lit dei mmoires fournis par 111 membres en gnral qul ne font jamais d'yn autre contenu, que fur l'agriculcure du pay1 fur fon histoire naturelle, & fur tout ce qui a du npport la phyfiqul! & la mdecine, y obfenant conjoinctement & avec la plus grancie exaaitude, l'rat de l'atbmospbere la pfanteur de l'air Je, vents qui rgnent plus conftamment dan, chaque mol, avec la dgr du froid & de la chaleur, fui vant le Tbermomtre le Barometre; obfervation qu'on doit l'aafiduit ac la patience du Mdecin M. Schilling. Cette focit dont le but utile fait bonoeur l ceuz qui l'ont rig no peut faire aucun progrs fenfible, caufe que les membres honoraire,, & ceux qui demeurent fur les PJanta-1ion1 ( & qui ont du loifir de faire des obfervatlons) na contribuent fournir la moiDdro cbofe. Cependant Jes mimoires dj lus publlquement, qui ne font pas enco re publis par la vaya de l'impre,fion; fourairolent UD imprim de quelques volume,, iD quarto. Go gle

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COLONIE Dl SURINAM. 7-9 l"ranoife avoit ouvert une correspondance fuivie avec Mr. Marc Michel Rey, Libraire Amfterdam, & fournisfoit des ouvrages tous les ama teurs de Surinam. Feu M. le Gouverneur Texier, Mr. Wichers Mr. Je Lt. Colonel Fredrid le m~decin van Wiert, feu Mr. de Meinertshagen, Je mdecin Schilling, feu Mr. van Dam & plufleurs autres amateurs Chrtiens & Juifs firent natre en Surinam une Bibliothque ausfi vaste & ausfi remplis d'ouvrages fur toutes les ma tieres, qu'elle ne le cede aucune de toute IAmri. que, &. gale plufieurs grandes Bibliothqucs de l'E-urope. Le godt de la littrature ayant t form l caufe de la facilit de fe procurer des ouvrages dans les Biblfothques des particuliers qu'ils prtoient volontiers ceux qui en -demandoient, fit natre depuis quelques annes le got d'y former des focits littraires, l'imitation de celle des rcherches fur la n.ature ; mais fur d'au. tres matieres. Nous avons parl de celle des Juifs Portuguais, & infr~ mme le prospectus dans la pie'c justificative, No. outre celle l, il y en a deu1 ou les membres fe rasfcmblent une fois par mois pour fe communiquer le conte. mu des ouvrages qu'ils recoivcnt de la Hollande pour leur focit, & pour vendre p~rmi eux, ls mmes ouvrages. Un autre fous le .ncm de Surinaamfe Lettervrienden, s'est ~rig en 1786 ou l"on fait des esfais fur la pofie Hollandoife & Uf la puret de la langue; l, chaque membre fouf nit c Go gle

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80 ESSAI lllSTORIQUE sua LA nit ce que fon sprit & fon gnie lui fuggere de mieux qui est enfuite corrig en commun & cha que anne on fait imprimer Paramaribo un ou deux volumes des productions de pofie, fonies de ce Collge. Mais cependant malgr cette belle apparence les Jettres y font trs peu de progrs, car la plupart des habitants, & plufieurs membres mmes de ces focits fe donnent peu Cite peine s'entretenir avec un livre, ou entendre parler fur des fujets de littrature, ce qui caufe fou. vent que fes foire~ des asfembles, les cotlges fe trouvent presque fans membres fuffifants,pas meme pour encouragerceux qui fe donnent la peine de faire quelque travail lit traire. Nous dcvons,nous autres Surinalnoiscroles, qui n~.vons jamais vu rEurope, ni autre en llroit du monde que la contre de la Guyane que nous occupons actuellement; remercier ces Mes fieurs du geOt que plufieurs d'entr'eux nous ont donnez pour la littrature. La vaste collection des inftrumens de phyfique, de mdecine, d'optique & plufieurs autres cutiofits, du mdecin Mr. 3chil ling, nous a fait comprendre lllille partkularits de la nature, & appercevoir divers objet imposfibles concevoir, lorsqu'on n'a pas une ducation forme par des gradations ncesfaires; & fi l'on y a quelques notions gnrales, ce n'est que resprit pnetrant des croles, & leur gnie natU rel qui leur donnent ~n gnral la force de faifir les confequences fans les fecours ou l'asfiduit d'un Go gle

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COLO~IE DE SURINAM. Ir cl'nn matre. Ils font plus de progrs d'une fim, pie inll:ruction qu'on ne fer.a ailleurs dans deux annes d"cole ; mais cette inll:ruction ne doit pas fe borner fur Ja thorie d'une f cience, ou Ja logique Ja plus Jumineufo est c:ipahle de donner des notions fuffifante s quelque Euro pen fur quelque matiere que ce foit: il faut toujours que la pratique l'acoompagne en meme tems, les ohjets vifibles & leurs yeux pour air.fi dire, clairent leur esr,rit plus qu"ailleurs, & leur font concevoir la mar~he & ranalogie de ce qu'ils voyent plus facilement que les Europens mmes. Qu'on explique par e:pcemple un crole que rair que nous respirons, peut-tre pomp de nous ma chinalement & nous en priver entierement, il n"en concevra rien; mais montrez lui la ma chine pneumatique faites en fa prfence quelque petite exprience, il en comprend tout de fuite la posfibilit & l:i vrit, & fera meme capable de raifonner trs juste Ja des fus, & ain du reste. Si nos connoisfances n'toient pas ausfi bornes qu"ellc~ le font, ou fi nous fusfions capables d"en trer dans ce qui concerne la mtaphyfiquc de l'es prit hu,~ ,ain ,peut ~tre que nos petites obfervations conues encore fons Jiaifons pourroient fournir de matieres plufieurs rcherches Philofophiques dont la hafe feroit resprit & le gnie des cr~oles de r Amrique & furtout de S urinam. avec des cho Ces incompatibles en apparence, entr'tlleE. 11. PA~TI.E. F La G gle

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ESSAI msTORIQUE sua t.A La fangue qu'on parle g~nralement dans le pais, eat la Hollandoife, & parmi les Juifs Portuguais on y ajoute la Portuguaife & l'Espagnole, & quoique la langue Franoife est connue d'une gran. de partie des habitants, elle n'est point d'une ufage ausfi familier qu;en Europe. A l'cxeption du rcueil des infectes connu de tout le monde que depuis 1
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COLONI DE SURINAM. 83 VtE QU'ON MENE EN SURINAM, AMUSEMENS; THEATRES, &c. Il est rvoltant pour Jes habitants de la Colohie de Surinam, Ja defcription qu\!n donne l':mtcur du tegtns7JJoordig, Jll1at var, .America que nous avons cits plufieurs fois, de la vie qu'on y mne gnralement. Rien de plus faux, ni de plus calomnieux, que tour cc qu'avance cet auteur. Les Surinamois mriteroient dtre vus comme des gens les plus crapuleux, & les plus mp.rifables d e runivers fi la moindre partie de tout ce qu'il dit, fut vrai. Les habitants en gnral font laborieux, Jes tes dans leurs affaires & trop zls remplir leurs devoirs ravantage de celui qu'ils fervent. Il est vrai quils aiment les boisfons fortes & qu'Hs font en gnral beaucoup-d\1fage du Genivre & du Rum; mais pourtant ils ne font ni ivrognes, ni ne donnent jamais aucun fpectacle honteux; ce n'est que dans des petits cabarets frquents jusqu'a neuf heures du foir par les matelots & les gens de la demicre clasfe quon entend quelquefois du bruit. commun chez ceux qui font atteints divresfe; mais le reste des hahitants, fe tiennent toujours avec une modestie & une fagesfe aasfi rouable qu'on n'en trouvera pemcre que trs peu d'exemples dans les autres Colonies, Jamais rien de tout ce qui peut F 2 d~ Go gle

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li ESSAI {JISTORIQUE tua LA dranger rordre facial; aucune tumulte ans le, rues, aucune compagnie de jeunes tourdis pendant les nuits; enfin il est bien rare qu'une perfonne aye fe plaindre de fon voifin ou qu'il arrive quelques fracas dans l 0s rues; au contraire, c'est la vie la plus uniforme qu'on puisfe imaginer que l'on y m ne. S'il manque des nouvelles de rEurope tout y est morne, il n'y a pas mme de fujet pour ~entretenir, & faute de nouvelles ou quelques matierea neuves, on ne parle ordin~irement que fur les affaires gnrales du pas; chacun jafe fa volont~ & en toute libert, fur la politique, Je gouverne ment Oeconomique les procedures, & les faifon1 avantageufes ou desavantageufes pour la rcolte du Caff' du Coton &c. iur les Plantations. Ceux qui aiment 1a leture s'eotretiennent avec queJqu'autre amateur; mais aus fitt quil arrive du monde, on quitte cette partie pour s'amufer fur des bagatel les de peu de confquence. L'un entre chez l'autre lorsque bon lui femble, avec la franchife d'un bon ami, fe met table, reste, jafe, & s'en va fans faon ni gne; & 'est partout de mme: avec la diffrence que )es clasfes des habitants, malgr leur franchife univerfe))e, ne font point confondues. Plufteurs loges de franc. macons confiitues dans l'ordre rquis tant des Juifs que des Chrtiens, qui {e vifitent mutaellemenr, quelques parties de daufes, le plus fouvent compofes entre les parti culiers, qui font en commun la dpenfe; un ColJge puticulier de jeu pour les foires, plufieurs caba. rets G gle

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COLONIE DE SURINAM. 8J rets ou l'on va prendre des rafraichisfemens avant Je diner, Jes cercles forms parmi les gens de la premiere difiinl:ion chaque 8 ou 15 jours une foi~, chez l'un ou l'autre ; deux thetres de comedie Hollandoife ,_ un de Chrtiens, & l'autre de Juifs dont nous avons parls, ou l'on joue fur celle des Juifs, 12 pieces, & chez les Chrtiens 6 8 pie ces p a r an ; ,les promenades l'aprs midy cheval ou en carosfe entretenus par les perfonncs qui peuvent faire cette dpenfe &c.. voila en g nral tout ce qu'il y a d'amufements dans toute la Colonie. Encore la pluspart ne s'entretiennent que chez eux, & ne foflt ufage de tous ces endroits publics que de tems en tems; de forte que ron peut dire que la vi~ qu'on mne en Surinam, quoique la plus triste, & Ja plus fomhre q11'en :iucun endroit du monde, est cependant la plus falutaire. Tout ce que le plus riche peut avoir, le pauvre Je peut galement, <'St l'exeption de Ja bonne chere,
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86 ESSAI HISTORlQU& ~UR LA vent les vifites mutuelles
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" ,, Digit!: : Go gle O JI 1 fr n, UN VE~.SITY OF r,. "fESOTA

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ETAT DES EXPORTATIONS DE LA COLONIE DE SURINAM, D : : PUIS LE COMMliNCEMENT DE CE SIECLE JU~Q'A L'AN 1788. Annes. Barriques Livres de Sucre. oe 1700 105'00 1701 10550 1702 1057z JjOJ 10700 1704 UIOO 1705 n86o 1700 1468J 1707 18,.991 1708 unst 1709 184011 1710 Ip661 17 Il 2154,6f 1712 22695 1713 14568l 1714 220281 1715 19532f 1716 17tS39l 1717 14ss2i 1718 124351 1719 17316t 1710 1948oi 17::u ~58481 172i. 25)8661 1725 20754 Calf, 1714 2581B 5627 Go gle Livres de c,cao, Livres de Coton. 743 1543 2.03" 400 1780 800 900 708 1200 1488 76-1550 1180 u42 1540 914 Livres Livres de de Rocou. Tabac. IOO 1711 6865 4429 4700 187r 210() 2169 100()

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Livres Livres Livres Livrfs Gal-On-ffl de Visferux ot11cli. de bois de! cire de bois lens de tis lorc. '1e fouis de &O deLeme Brute. de Gom d'Or. lSym-Surinam. Tein-me de rouba. Po 11r la tu1e. Copa-H illande ba. 23co 3100 13~0 4700 6800 8700 5 -]0000 Db 10800 20 ,4500 14 7758 13 150 2000o 80 1:, 17 1v 138 30920 161 H 46645 46 '19 1328 18685 17 531. 9424 2ll 109 65611 I ') 24 > JOO 56o49 23 1100 18601. 6oo 13 17 So 35 1 lj 24 180 1500 ?\ 27JO 22 1000 20 o '!SO 20936 S7 $OS 82J8S 32 111713 !:aS 157908 F f 19 Go gle

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Annlcs, Bairiques Livres de Livru Livres Ll11ru Ll9rtl de !)ucrc:, Caff'. de Cacao, Co-de Ta-de ton bic. llocou, 1725 .22190* 46086 39o 865 I7'26 2.48 33t 142702 3~49 300 300 1727 .26660 20737 3 4659 350 96S 1728 25836 .230162 1372 210 1729 262481 272165 339 156 10464 3lS 1730 ~7100 503667 1731 23241 53003z 1130 783 JJ3Q 2735 6 1,101,147 3168 191 714 l733 20756 789097 26'4 82 s, l?34 22488 1 257,0,~6 sss 6f I73S 17169l 1,376,335 3875 316 173& 25525. 1,6~0.365 14550 533 1737 2.156ot 3 ,256,472 1'933 43? 302 1738 22648f li 40I 260 30315 1677 1739 19131 3,184,933 56951 no6 1740 .24228 4,971,24(5 77853 3 :34 1741 25362 4,863,447 U4011 1307 11.i 3o69~t ,.,76r,702 J2f058 111, 1743 19738t 3,oo7,014 156892. 876 3,1 1744 2.1342 3,497,121 4070&.1 1ois 1138 1745 2a853t J. 392.,776 6 74749 521 S6S 1746 196911 2.,s77,86+ 547'-JS fS7 t747 18134 4,IOOj00l 510 J748 2oo69 1,407,.547 310861 581 17,.g 21-z41t 5,167,011 287896 300 ,904s G gle

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Li11re. s Livres Llvrts Livres de Gallons Onces Vaia(eaux d'ln cte bois ,le cire bois de di: Gomd'Or. fords de _.igo. dcl.ettre. ~rute. Teinture me Je Surinam. Ccpaiba. pour la llollande. 17864 ~4 .,( 17000 ~9 5250 fQQ 28 t.7 ~7 :i9 1 T) 26 3~ 26 30 i.8 .) '":) If 5 3S 68,30 34 9250 31 36 J7021 3SS37 44 lf.) 50 4QS6 sa 170 11200 4(S 5~ 48 Lf'-> 6,03 4:1 !8 +o '1 G gle

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Annes. RArrlqnu 1.ivru de Livrts de Livres Li11ru Livre, de Su::rte C:iffi!. Cacao. cle de ~e Coton. Tabac. RoLOII. 1750 307541 3 ,536,339 338882 114 1988 1751 281531 4,331 29~ s05307 3S72 2168 1751, 28324 5,356 480 3,3218 5217 ~S75 1753 1s2so 2,~88,650 140319 8392 2730 liS4 1 .. sn.84 6 _350,745 145391, 4959 5627 1755 16417 2,872,572 8533!1 1803 142.0 1756 u501 6,763,627 163712 1449 17s7 18169 8,696,4~6 107404 18,s 11758 14,98 6 789,286 u384s 785 --i7r 9 18737, l 10,859,313 102012 2078 1760 2 -1014 10 2o6,4I? u848i Ucj2 17-61 22173 10,199 749 1427!24 1134 1761. 21961 12,219,co_! IIJ228 61 ,6 1763 21869 1 is,7111,281 u9108 870c 4(,3 0 J ?64 10630 9,454 390 / 1310]0 34341 116s 20UI 13,Uc9,ooo 16o530 50;80 1766 19810 14,aoo,2co 230300. 138119 1767 21019 13,780,400 29s132 208315 1768 21;63 Xo, 9o6,ooo 410532 !157 02 1769 20915 14,786,045 274320 ,27967 1170 1473 9,86o,750 !2305+7 16826<) 1771 io314 11,971,coo 465714 si398S 1?71 19780 12,680,125 39094S 93985 1773 16981 16 315, 131 3819 9 18s4s1 177 13313 12,016,111 s16cS30 1~s12s Go gle

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l,ivre1 LivrH Livres Llvtts Gallons Ouces Vabre111x d 'ln-. de bois de cire de bois de Gom-d'Or. fonis de Sil .cU&o. de Leccre. Brute. Tcinlure me Je rinam. pour Cop,lbs la Hollaodc. 11643 9891 439,~ 4,R61 1110 G gle !lOOO 1475 49 s'> 49 S? 1 39 Livres de 56 <.:orr. de / Sirnamu-38 ba. S117S) si SS 46 53 so ~ ) SS 62 / 7' / -16 64 t:i) 69 ,, 68 / S4 61 52 t css S3 S7 46 1 L\

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Annfes. Barriques t.lvru tle Livru de Livres de Livrei Livr9 de sucre. Calf~. Cacao. Coton. de de Tabac. Rocou. 1775 202ss 13,500,000 733338 1444U 1776 17350 11,750,000 650155 330117 1777 16300 11,950,500 ?20430 JI0I2S 1778 15975 11,150,300 630170 280000 1779 14795 13,100,800 530430 4-50175 1780 15700 Il ,750,000 570350 65080~ 1781 1cs,so u,97r,u6 571150 84o~co 1782 J/3'l7 10, 8 2,8r4 580345 97554,6 1783 15613 12,587, 53S 490855 1125454 1784 14324 u,913,465 560194 10105R7 178s 161?6 9,787,300 670136 93o413 1786 l 67 50 U.,976, l 70 675940 936700 1787 J 5744 12,129,756 802724 925967 Go gle

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Livres Livres Livres dIo. de bois de cire digo. de LcttR. Bruce. Go gle Livres de Gallons boi s de de Gom 'l'eimure. me de Copalba, Onces Vaisreaus dor. forris de Surinam. pour la Hollande.

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LISTE DES I EMPLOYES DE LA C 0 L 0 N I E, GOUVERNEURSGiNiRAUL Aprs avoir fini notre Histoire, il nous femble que l'on ne fera pas fch,de trouver ici la Liste des Guvernt!urs qui ont rgi fuccesfivement la Colonie de Surinam fous diffrens matres en Europe; ainfi que la nte des Commandeurf Fiscaux, & autres premiers emplois de la Colo nie, depuis fa fondation jusqu' nos jours. Sous la Domination Angloife. L'an 1665 Francis Lord Willougby van Pa ram, feul jusqu' l'an 1662. J ~61 jusSous le fusdit Lord Wil loughy & Laurent Hyde, en ver~u de la char. te de Charles II, Roi d'Angleterre, date du 2 Juin 1662. GOUVERNEUR. CJUes a 1667. Monfr. Biam Sous G gle

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1967. 27 Fcvrier. 166i Juin. LISTE DES' EMPLOYES. 97 Sous la Province de Zlande. Mi;. Abraham Crynsfen, Vice-Admirai, conquit la Colonie, & il y laisfa comme Gouverneur, Mr. le Capitaine Maurice de Rame, Gouverneur Gnral nomm par les Etats de Zlande fans la con. 1668 D.} curence des-Etats Gnraux. ~emb~e Monfr. Philippus Julius Lichtenberg, 1~u;iu en auquel fucceda par commisfion de leurs Hautes Puisfances, & le Prin ce aorange en vertu de Ja Souve veranit qu'elles ont conferv tou 1678 } jours fur la Colonie'._ j!s;~!en Monfr. Johannes Heinfius, mort la 1~80. fin d'Avril 1680. Depuis ce temps &. jusqu'en 16P.!l, il femble par une rmontrance dte du 6 l\1ai 1680, que les Colons vouloient qu'au lieu d'un Gouverneur il y fut nomm 1:i Confeillers de Police, au lieu de fept qu'il y a voient; dont chacun :iu-roit un mois de Prcence eu qualit de Gouverneur, & aprsdes dbats avec les memhres du Confeil qu'il y a voient alors, on con clut d'ajouter leur nombre, cinq perfonncs favoir t II. PAllT G 1 l\1onfr. G gle

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LISTE Dits EMPLOYES. I Monfr. Nicolaas Bruynings Wilder landt. s Mr. Ifak van Muldert. 3 Mr. Gerrit Wobma. 4 Philip Bregt. S Mr. Adriaan Hoogenkamp. Cet arangement (au moins pour la Prfidencc) n'eut aucun effet car par les PriviJes de la Nation Juive Portugaife, il conste que Monfr. Laurens Verboom, Commandeur fous Je Gouvernement de Monfr. Hcinfius ci desfus nomm gouverna par fa mort la Colonie en quaUtde Gouverneur dtl flltrim quoiqu9il n 'eusfe pris que le titre de Com mandeur; de forte qu'on peut met tre peur le fuccesfeur de feu Monfr. Hf'infs depuis Mai 1680, jusqu' l'arrive de Modi;ur van Sommelsdyk, comme on le verra dans la 1678Mai} fuire de-cette Liste. ju,qu Monfr. le Commandeur Laurens Verboom. Novbre J 683. Go gle SOUS ME~SIEURS DB. LA DIRECTION. Les Etats de Zlande, ccdant la Colonie. la Compagnie dej Indes '= 1

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[' LISTl DES EMPLOYtS. 99 Occidentales, & celle ci aux trois co. propritaires connus alors fous le nom de focft Octro)fe de Su rinam. Monfr. Comelisvan Aarsfens, Seigneur de Sommelsriyk un des co propritaltes ft nomm ; en vertu de leur accord, Gouverneur i!~br~~ Gnral de la Colonie. ju~qu'au Mr. Cornelis van Arsfens van Sotnmels-:/~:Ilet dyk 9 ci des fus notnm depuis i4 i688. 19 ') Juillet 1 jusqu'au dum me mois Novembre qu'il arriva en Surinam, jusqu'au 19 Juillet 1688 qu'il y fut asfasfin qui fucceda provifionellement.. !:!a!~ f Monrr. Laurens Verboom. ne. J J (588. 2f Juillet jusqu'au 8 Ma~s Id89. Le C"nreil de Police, vec le Comman .. deur Monft. Abraham van Vreedenburg; jusqu l'arrivde de } Monfr. Jan Vtln Schet~enhuyfen, lo 8 Mars .{689 & dmis en 169s. 1691-1706 Monrr. Paul v:in der Veen le ao Octobre 169.,.-, dt mis en 1706. G ll 1706-1707 G gle

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JOO LISTE DJ:S EMPLOYES. 1707-1707 Mr. Willem de Gruyter, te 13 Oc tobre 1706, & mort en 1707. 1707-171s Mr. J.m de Goyer, le JJ Avril 1707, & mort en 17,5. 1716-1717 Mr. Johan Mahoni,le!.22Janvier1716, & m_ort en 1717. 1718-1721 Mr. Jean Coutier, le 2 Mar~ 1718, & mort en 172,,. 1721-17!17 Mr. Henri Tcmminck, le I Octobre 17'l l ., & tl)OTt ~.D 1727. J7!28-17s4 Mr. Charles EmiJius de. Cheusfes, Je ~6 Juillet 17~8, & mort en 1734. 1734-1734 Mr. J. F. C. de Vries, alors Com mandeur, proviGonellement depuis Fvrier 1734 jusqu'au p Juillet de la mme anne qu'y arriva 17.34-1735 Monfr. Jacob Alexandre Henri de Cheusfes, Je 9 Juillet 1734 & mort en Fvrier 173S'. 1735-1737 Mr. Jean Ray, Je 6 Juillet 1735 & mort en 1737 17s7-1741 Mr. Gerard van den Schepper, le n Sept. 1737 & mort le premier Novembre 1741. 1742-17cs1 Monfr. Jan Jacob Mauritius le 7 Fvrier 174.2, envoy en Hollande par les Commisfaires du Prince fauf fon honneur & fes gages en Mai 1751, qui un mois aprs fuc. (1-! Go gle

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LJ,S TE DES EMPLOYES. 101 ceda provifioncllement .J~ Prflent des Commisfaires du Prince, 1751-1752 Monfr. le Baron de Sp()rcke en Mai 1751, & mnrt le 7 Septembre 175~ qui fucceda provifionellcmcnt le Commandeur, 1751-17.14 Monfr. Wigbold Crommelin en S p tembre 175!2 jusquau 6de Mars 17'4, qu'arriva le Gouverneur effectif, 1754-17.16 Monfr. Pieter Albert van der Meer, le 6 Mars 1754 & mort en Aout 1756 qui fucceda provifi()nellement par 'l'abf ence de M Jnfieur Crommelin, ci desfus nomm, I'fjf-1757 Monfr. Jean Nepveu, alors Fisc~ & Sl!cretaire du Confeil de Police du Pas, aprs avoir paff par tous les grades ; de for.te quon pem dire que Monfieur Nepveu courut la mme cariere en StJrinam, que M 1)nfieur Abr aham Patras Gouverneur aux Indes Orientales: & ce qui est encore plus rmarqu:ibJe; est que M Jnfr. Nepveu y commena fa carriere peu prs dans le mme tems que Monf:ur Patras finit la fienne aux grandes Indes c'est ~ dire en 1734 (). () Voyez vies dea Gouverneurs HollanJois 2u1 Imtc 1 Ormuales iD 4to. page su g. G3 G g l e

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.... 10, I.IS TE nzs EMPLOYES. Monfieur Nepvcu donc fervit omme (,ouvernec1r, jusqu' l'arrive du Gouverneur effectif, ,151~1769 Mr. Wigbold Crommelin, le Mars 1757. Il abdiqua fa plac, 2'Vec le, conf entement de MesfieQl's de la Direction Je. 27 Octobre 17CS9, 1769-1779 Mr. Jan Nepveu, ci-desfs nommd le 27 Octobre :ncs.o, tt mort le ~1 Fvrier 17791179-1783 ?4onfr. Bernard Texier, d'abord proviooellement, aprs d venu ef feclif. Mort le ,s Sepr, 1783 J783-17Q4 Mr. Wolfert Jacob Beeldfnyder Ma., noos,provifionellement par 1t dpart du premiel' Fiscal MQnneur J G, Wichers, poqr la IloUande avnt la 111ort d~ Mr. Tc.xier le $5 'Sept. l&'J jmqu'au ~3 D~mbre 1784 qu'y arriva le OUverneur effectif Gnral de la Colonie, av.cc: Je= titre I de Gni:al Major aux fenice d~ leurs Hautes Puisfans, 1784-Monfr. Ja.o Gerard Wichers, actUel, lement vivant, CO,fdllANDEURS. Noua ignorons ceux qui eurent c~ emploi ou fon quivale$ roua la dolD G gle

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LIS rE DB.9 EMPLOYES. 103 mination Aogloife ~gaiement que dans le tems de Meifieurs le Gou verneurs J. Lichtenberg & J ban Hein fi us, il y eut pour Commandeur fous les Zdlandoi,. Mr, Vernu,e, nomm le & mort ou parti pour l'Europe le Il lui fcceda encore fous les Zlan dfs, jusquen 1681, 1679-1688 Mr. Lauren$ Verboom, devenu Gouverneur ad interim par la mort de Monfieur Heinflus en 168o jusqu rarrive du Gouverneur van Zommelsctyks, que Monfr,. Verboom rprit fa place comme Commandeur, fous Mesfie,urs de la Direction, mort le 25 Juillet 1688, SOUS, MESSIEURS DE LA DJRECTION. li83 Le fusdit Mr. L. Verboom, qui ajout& fon emploi rle Comm2'ndeur, elui de premier Confeiller de Police remplaant en outre le Gouverneur dans toutes les aff'aires de la Colonie pendant fan abfence ou en ca s de ma ladie il fucceda au dit M ) nficur Verbooru, dans tous fe11 emplis, 1688-1703 Monfr. Abraham van Vreedenburg, G 4 le G gle

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10.f LIS TE r>E s EMPLOYES. le 3 Septembre J 688, parti pour la Hollande en 1703. 1703-1725 Mr. Francois Antoine de Raineval, le 3 Novembre J 703 demis le 3 Octobre 7,5. 17~5-,7~5 Mr. Johannes Bley, le 3 Octobre 1725, i usqu'au 16 Septembre 1728, dvenu Commandeur meri te, mort Je 8 Mars 1731. 1730-173,1 Mr. Joh. Franc Corn. de Vries I le 12 Avril 1730, mort Je 4 Mara 173.1 1735-1737 Monfr. Gerard van de Scheppcr, le 6 Juillet 173s devenu Gouverneur le II S e ptembre 1737, 1737-1742 Mr. Marcellus Brouwer, le 4 Dcem bre 1737 mort le 13 Dcembre 1742. 1742-1746 Mr. Philippe Chambrier, Je 30 Mai 1742, dmis le 30 Dcembre 1746. 1746-1748 Mr. Jean Louis Larcher van Kenen burg, le a2 Octobre 17,l6, mort le 10 Mai 1748. 1748-1756 Mr. Wigbold Crommelin, le 9 Octobre 17 48, deveiiu G o uverneur 11d ;,,. itrlm par la mort de Baron -de Sporcke en 1752 & Gouverneur effectif, par le mort du Gouverneur van der Meer en l\out 1756. 1756-1711 'Mr, Charles Egon Delanges de Beau vcfer, Go gl

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LISTE D'.!S EMPLOYES. IOS vefer le 4 Mai 1757, mort le 1r Avril 1771. 1771-1772 Mr. Arend de Jager le 3 Juillet 1771, mort le 30 Janvier de l'anne fui vante. 177!l-17R3 Mr. Bernard Texier, te 6 Mai 1772, devenu Gouverneur, par la mort de Jean Nepveu, mort en cette qualit le 25 Septembre 1783. Depuis Monfieur Texier, l'emploi de Commandeur & confque:nent de premier Confc:iller de Police fut fupprim, & fa place, on na qu'un Collonel Commandant, pour la Milice (actuellement Monfieur van Baerle ,) qJi ne fe mle de rien qui concerne la Police du Pas. F I S C /'J U X. 16.50-1683 Nous ignorons ceux qui en furent rv tus, du tems des Anglois & des Z Jandois; mais nous favons que fous Je Gouvernement de la Direction il fer vit Cmme Fiscal de la Colonie qui comprenoit alors & jusqu~ l'an 1745 pendant la Fiscalat de Monfr. J. IL van Werven l'emploi de prem.ier G $ exempt c Go gle

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1o6 LISTE n1u EMJLOYES. exempt de b Colot:iie, concernant les affaires civiles, 1683-1683 Mr. C. Glimmcr, 1683-17oz Mr. P. Mumi. 1702-1703 Mr. H. Muilman. 1703-J 708 Mr. C. e Hubert. 1708-1727 Mr. S,amuel Althufius. 17z7-1735 Mr~ Adriaan Wilter1s. 1735-1745 Mr. Willem Gerard van Meer. 1741-1746 Mr. Jacob Halewy1ri van Werven, ce fut dans fon tems ,1 qu'oo fepara l'em~ ploi d'exempt de lia Colonie pour la partie civile d'avec celui de FisaL 1746-1749 Mr. Nicolas Antony' Kohl,_ 1749-1749 Mr. Jacob. v -an llaede~ 1749-1749 Mr. Jan Bavius de Vries, provifionel lement. 17il9~1759 Mr. Samuel Paul Pichot nom n;i par les Commisfaires du Prin ce fur les aff'aires de Monfieur le Gouverneur M : auritius & jamai, rconnu pour tel par Mesfieurs de la Direc,tion. 1751-1754 Mr. George Cortius Piscal, pendant fon Fiscalat on <~tabllt deux Fis caux, & l'on ajouta l'emploi d'auJi teur ou Fiscal Mii litairc celui dQ fecond Fiscal qu'eut~ 1754-1764 ~onfr. Jan Nepvell, d Fiscal d~ V~ Go gl

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LISTE ngs EMPLOYES. 10? vena le premier par la mort de Monfieur Cordus~ ,764..,,.1772 Monfr. Bernard Texier 2d Fiscal & par l'avancement de Mr. Nepveu, la charge de Gouverneur effectif~ il fqt fait premier Fiscal en I & d venu Commandeur en 1772. t77l2-J18o Monfr. J. G. Wichers, 1r Fiscal. Monfr. J. H van Heemskerk, 2d Fiscal, celui-t devenu rceveur du bureau de la caisfe contre les marrons, lui fucceda. 1,80-17i5 Monfr. Corne,lis Karsfeboom, actuelle ment vivant & dvenu premier Fiscal par l'avancement de Monfieur J. G. Wi ~hers, Ja charge de Gouverneur en t784, il eut pour fecond Fiscal. 11ss Novbre 1787 Mr. vanMeurs,mortenNovbre 1787. Sa place de f econd fiscal d' A11di ltNr & de I>radvifeur du Confeil de Jriffice civile, dont no\1$ parlefons ap~s, font vaantes. CON. [ Go gle

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tel LIS TE J>Es EMPLOYES. c oNTROLLEUR GENERAL. ou MAIT&ES DIS FIN ANCE D& LA COLONIE. 1766 Cet emploi fut cr~ par Mesfieurs de la Go gle Direction, pendant Je Fiscalat de Mr. Jean Nepveu en 1765 ot1 en 1766, &: confi fa perfonne. Il eut alors trs peu de confidration, & fes gages n'toit que de f 1200 a la priere de Monfieur Nepveu. Cet emploi pa(fa au fecond Fiscal MooQ.eur Texier, qui il fucceda avec beaucoup de ch angem~ns, tant par rapport la facult, qua l'tendue de cette charge & fes gages~ Mr. F: E. Becker qui la remercia quelque tems aprs, Bt en fut rvetu encore avec plus d'tendue de pouvoir & d'augmentation de gags. Mr. W. J. Beeldfnyder Matroos, dvenu Gouverneur (Id in1eri111 en 1783, defirant aprs l'arrive du Gouver neur effectif M (mfieur Wichets en 17841 d'ttre r~veti de l'emploi de rce-veur

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LISTE DES EMPLOYE-S. 109 veur du Bureau d'importation & exporttion de la Colonje ; il eut pour f uc. cesfeur dans l'emploi de Controlleur, Mr. Frana Gomarus, actuellement vivant. PREADVISEtJR DU CONS-EIL D E J U S T 1 C E C I V I I. E. Cet emploi fut cr par Mesfieurs de la Direction pendant le Gouverneur de Monfieur B. Texier, le premier qui en fut rvetu fut 1781 Monfr. Cornelis Karsfeboom, fecond Fiscal de la Colonie & Auditeur, d~ve1iu le premier Fiscal en 1784, il eut pour fuccesfeur. 1781 Monfr. C. Meurs, mort en 1787. Cette place est actuellement vacante. SEC c Go gle

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tto LISTE DES EMP torts. SECRETAIRES DES DEUX CbN SE ILS. Sous le Gouvernement Anglois, 1~2-1667 Monfr. Jan Pary. Sous les Zlandois. 180 Monfr. A. van Gheluive. Sous la nirection. Depuis un certain poque,. il r eut deux Secretaires la fois, un pour Je Confeil de Police, &. l;autre pour Je civil que fervoient aux deux cour indistinctement. 1684 Monfr. Marcus Broa. 1688 Mr. Adriaan de Graat t 703 Mr. Abraham Kinkhuyzen. 1717 Mr. N. Strauch. nomms eniemb~ 1717 Mr. Abm. Gromm. 1717 Mr. Willem van d~r Waaijen. Ji~ Mr. Abraham Bols. Go gle

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LISTE '.DES EMPLOYES. Ill 17!26 Mr. Pieter Brand. 1734 Mr. Willem Gerard '/an Meel dvenu Fis,.;. cal en 1735. 1735 Mr. Ephraims Comans Scherping. 1737 Mr. Cornelis GraaflP.nd, Jacobszooo. 1746 Mr. Jacob van Bacrle, divenu Fiscal ea 1749-. 1749 Mr. Jacob Fredrik du Fay. 11JI Mr. Jean Ncpvcu, dvcnu fecond Fiscal en 17.s .. Cependant il fervit com~e Se crtaire, jusqu' l'arrive de 1755 Mr. Willem van Stamhorst le Jeune. 17s7 Mr. Anth. Voerst van Aver.sberg. SECRETAIRES. 1759 Monfr. Franois Ewoud Becker. 1764 Mr. Amadeus Conftantinus Valencyn. 1~8 Mr. Albert de Milly; dvemr rceveur du Bureau d'importations & xportations en 178o & rpatri en 1784. 1773 Mr. W. J. Beeldfnyder, jusqu' .fon dpart pour la Hollande, & pendant fon abfence le premier Clercq Jur Je la Scretairic. 1776 Mr. J. E. Vieir, occupa fa place. Monfieur Beeldfnyder, rrournant de la 1-iollande avec l'emploi de Controlleur entre pour Secrtaire. Go gle

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JI~ LISTE DES EMPLOYES 1780 Mr. A. Gootenaar. 1780 Mr. C. Graafland, rpatri en Novembre de la mme anAe. 1780 Mr. C. Rappardt mort en Dcembre 1711. 178o Mr. A. J. Halloy, quita fa place en 1783. 1783 Mr. J. J Wohlfahrt, actuellement pour le politique. 1786 Mr. Griethuyfen, la place de Monfr. Goo. tenaar mort dans cette anne, pour le civiL Les deux de:-niers font actuel lement en charge. PIE~ Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES, POOR L'ECLAIRCISSEMENT DE L'OU. VRAGE P.-\R RAPPORT A L'HISTOIRE DE LA NATlONJUIVE,ETABLIE EN SURINAM. No. 1. Vryhederi onder Exemptien; t!oar de Bewindhebberen van de Ge~ tioyeerde West. Indifch e Com p ,1gnie t~r Vergadering van de Negentienen geaccordeerd en !oegel1:aan aan D11,itl Nuft en Medefianders ; ais Patroon ofte Patroonen van ecn Colonie op 't Eiland Cajana ofte aodere Plaat fen aan de wilde Kust van West-. lndio, by haar op te richten. Art 1. De voorfz. ba:,id N4,Jj en MeJetlanders W'r den geconfenteerd en toegefiaan een Colonie op te tichten van vier of vyf mylcn lal)d cp het Ei-11. P All TIB. H laud G gle

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ir4. PIECES J'US TIF'ICA TIVES. land ofte Rivieren van Cajana, befrande in 20 ,eel Landeryen ais door de Coloniers zullen wer den gecultiveerd, mids blyvende zo verre van de Colonie op Cajana, dat zy de Ing ezetenen van dien alda ar niet hinderlyk en zyn z al, dezelve gehou den zyn de voorfz. Colonie .te hepotiveer e n enqcf bezetten in den tyd van vier eerstkom ende jaaren, aanvang neemende ten langfien op primo September 1660 op roene indien zulks op en binnen dientyd niet en komt te gefchieden, dat ais dan de <>ngecultiveerde onbearbeide onbewoonde of enbcheerde L a nden wederom zullen vervallen aan c1e Compagnie,. om by tyd en wyJe daa r mede zodaanig te handelen ais haar goed dunken zal. Art. ~. En zullen Je gemelde Dav !d.. Nas.fy en zyne Medefl:anders hebben en genieten de Jurisdictie aver de Baaijen die in zyne op te 1ichtene Cola .. nie bevonden werden,. en de helfte van de Ri vie iren die aan beide zyde van _de gemelde Colonie aar van hy nadere aanwyzinge re doen, gelegen 2yn ; mids dat de Compagnie voor haar en die aldaar uit haaren naam zoude rnogen verfchynen de vrye Vaart en Negotie in de gemelde Baaijen en op de voorfz. Ri vieren zo wel ais de op en ilcdervaart. aan haar-, is behoudende. G gle

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i>I.EC-ES JUSTIFICATi\lE& IJj rt. 3. Werd den gemelde~ David Nai/y en zyne Me:.. defi:anders ook toegeiaaten de vrye en relodiaale eigendom ten ecuwige dagen van de voorfz. Colonie met de appendentien .en de de_pendentien van dien voor zo veel hem -daat van en 2yne :Medeanders, in den tyd van vier jaaren za! zyn bevolkt, bearbeid, i1eheerd; aangeweezen en ge cultiveerd, .en zullen dien volgende dezelve daar van vermogen te disponeercn voor altoos by Testament Contract, Verointenis ofte ~nderszins, zo men hier van tyne vrye eigen Goederen vertnag te doen, zonder dat nogthans zodaanig Testament of Con tract plaats zal hebhen, i ndien de Colonie daar oor van deezen ftctat en Compagnie zouden werden afgefneeden en aan ander Landen ge bragt. Art. 4. En zal a e meergeme'Jde Colonie mede werdea geaccordeerd en toegeitaan hooge middcle ea Iaage Jurisdictie, die waargenomen Z; worden w ttnieren al' s in Articul 14. werd uitgedrukt. Ait 5. En zal de voorfi. Colonie by hem DniJ }la1/1 en. zyne Mi:d~ftanders bezeeten Wor\len by fonu Il a van Go gle

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116 PIECES JUSTIFICATIVES. van leen, ficllcnde ten dien efo
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PIECES JUSTIFICATIVES. 117 publique oefeningen van de Gereformeerde Reli gie, ais alhier te Landen is gefchiedende. Art. 8. De Compagnie ftaat aan den voornoemde D,vid N111/y .en zyne Medefi:anders toe vrydom van Tienden voor den tyd van twintig jaaren vab dewelke hy aan zyne Coloniers zal vermogen te p;eeven zo vcele jaaren vryom, ais hem geraade rlunken zal, ais mede vrydom van Hoofclgeld en andere Schattingen, dewelke na de expiratie van de tien jaaren tot de twintig jaaren toe zullen ontvangen worden, en gcbruikt worden tot vervulling van de gemeene Lasten, opbouwing van gemeene Werken ofre Fortifkatien aldaar, en zal na de expiratie van de twintig jaaren, 't een en ander, zo Tiende ais Hoofgeld, komen-ten behoe vi van de Compagnie. Art. 9. ltmand van deeze Coloniers, het zy door hem zelfs ofte iemand in hunnen dienst zynde, komen. de te nntdekken eenige Mineraalen van Goud, Zilver of cristalle Gefi:eenten, Marmoren, Salpe ter, ook Parelvisfcheryen, van hoedaanige nntuur dezelve zoude mogen weezen, zullen zy die als eigen voor ben mogen hezitten ende behouwen zonder daar van eenige La~ten of Rtco,rtien te ,H3 be-Go gle

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US PIECES JUSTIFICATIVES. hetaalen binnen den tyd van tien jaaren, maar naa~ verloop van dezelve tien jaaren zullen zy gehouden zyn een tiendc part aan de Comp~gnie te betaa..' len van bec geene daar van zal komen te proced~eren. 4rt. 10. De Coloniers in 't generaal, zullen yoor clen tyd Jan tien achter een volgende jaaren, ook vry zyn van des Compagnies gerechtigheid van al zodaanig~ goederen, ais ten dienfte van de L?ndbouw, het "earheiden van Mineraalen 's Menfchen onder. houdt, opbouwing van Huizen, Logien Vis ch ryen en diergelyke zaaken van noqden zyn, en van )lier derwaards zullen gebragt worden. Art. 11. Gel,yk deeze ook voor den tyd van vyf Jaaren zullen vry zyn van 's Compagnies gerechtigheid, van Go111men, Verwen, Balfemen Gew.isfen e1i a~dere waaren, geene u~tgezonderd, die in haare Colonie vallen en door haar induftrie gevonden, uitgemerk~ en hier te ~anden gebragt zullen WOJ,' den en zullen naar dien tyd daar van aan de Corn pagnie niet meer betaalen voor recognitie, als by andcr.e worden betaald die daar orntrent gelegen ~n daar de Compagnie posfesfie beeft. G gle

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Pl~CES J(}STIFICA TIVES. 11~ Art. 11. ne Coloniers zullen met haare eigen, gehuurde, bevrachte ofte wel cter Compagnie s Schepn,, indien eenige by geval daar mogte komen, ver_ mogen haare goederen alhier te Landt:n te trans porteeren en zullen gehouden zyn haare Equipa gie naa r de voorfz. Colonie ook alhier te landen, ter plaatfon daar eenige Kameren zyn te doen, ~n ten dien einde dat voor zy beginnen te laaden, ,/ ten Comptoire aangeeven de grootte, momeeringe en bemanninge van haare Schepen, ook ligten een behoorlyke commisfie van de Compagnie, volgena en in conformiteit van het gebruik van1 de Com .. pagnie~ en gelyk by aile anderen, vaarende in dt$ Limitien van des Compagnies Octroy, werd ge. daan, word mede toegeftaan aan een ieder aldaar zodanig Vaartuig tot haar gebruik te : bouden ais Z'f' lieden zullen goed dunken. Art. 13. De Coloniers zullen vermogen, zo die gelegen heid van de Colonie zulks mogte toeftaan, aldaar op te richten allerhande Vischeryen -:w van ge droogde als geiouten Visch, en zelve voor den tyd van twintig jaaren vermogen te brengen in de Wcst-Indifche Eilanden van den) Staat en eiders des dat zylieden niet en zuf:n vermo gen van dur onder dat dekfel weg te voeren H 4 eeni-Go gle

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a20 PIECES JUSTIFICATlVES. eenige Mineraaleo, Gewasfen en wat zulls ool~ zoude m ogen weezen op pne indien contrarie b~vonden word, dat de Verzenders derzelve, ten behoev~n vap de on1pagnie zullen verbeuren d~ waarde van al. dien, bepalven dat de goederen, zo die achterhaald en gevon~en worden ook verberd zullen ~yn tcn behoeven ais vo.orcn~ Art. 14. De Compagnie zal in de voorrz. Colonie fiellen een Schout om de J uftitie en Politie aldar waai te neemen mids dat de Colonie zodanig zynde, dat in dezelve particuliere Raaden of Rechtera zouden dienen gefield te worc1en, dat ais dan de P;itroon of Patroonen verdubbeld getal uit de be. kwaamfte Perfoonen die in de Colonie woonen zynde Nedcrlandfehe Christenen en van de waare 9ereformeerde Religie zullen v~rmogen te norni '3eeren op dat de Schout, ofte wel den geenc ~aar aan de Compagnie 'c oppercommando za hebben gedefereerd, daar uit de plaats mag ~el len. Art. 15. Alle zaaken, verfchilJen en detic en zullen by cle voorfz. Rechters getermineerd en de Vonnisfen gexecuteerd, behoude)yk nogthans dat zodaanige Vonnisten kwani~A te ex.cerdeer~n d~ fo.mme v~ vyf c Go gle

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PJECES JUST lFIC.ATIVES. 111 vyf hondert Guldens; dat van de gemelde gerechtcn zal mogen werde:1 geappelleerd a : m zodaanige Collegien, als d a ar te Landen tot het oppcrgezag door Hun ffoog l\1ogenden en de Compagnie zuI. !en werden gecommitteerd. Art, 16', En zullen de voornoemde Coloniers omtrent den Handel der Slaaven, voor zo veel zy z.ullen van nooden hebben voor haa1e Colonie;, zulke en zo. danige vryheden genieten, ais na deezen door de Vergadering van Negentieaen, op 't zelve vaar-1,vater zal worden beraamd tot accomodatie van dazelve, en altyd niet minder worden getaxeerd 1 :ib de Coloniers, forteerende onder de Colonie van de Kamer van Zeeland onder Esfequc~ Art. 17. Zullen zylieden ook
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J!J2 -PIECES JUS TIFICA TlVES. guldens per Slaaf, met dat beding, dat de vierdc part van de veroverde Slaavcn aldaar aan Land zullen moeten verblyven, tot behoef v~n de Colo nie of de wilde Kust. Art. 18. De Compagnie zal vermogen na de expiratie van de eerfie tien jaaren, aldaar te bouden, of te ftellen een Ontvanger van de Compagnies gerechtigheden, welke de Opperhoofjen van de Colonie en die van de Gerechten aldaar, ~ehou den zullen zyn de behulpelyke hand te bieden en maintineeren in het vorderen van des Compagnies ierechtigheden. i\ldus gedaan en gearrefieerd hy de Bcwind hebberen van de Kamer Amfterdam, op den 1~ September 1659. No. II. GENERAALE PRIVILEGIEN, Tit. I. Alzoo de Politie medehrengt tot augmentatie van een nieuwe Colonie te animeeren ieder een zoodanige Perfoonen van wat Natie ofte Religie zy moogen zyn, die met de Erven van Engeland in verband zyn, dezelve aan te lokken, om onder ons te willcn woonen en trafiqueeren., en alzoo wy t,evonden hebben dat de Hebraifche Natie, R,d, te Go gle

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PIE.CE 3 JUS TIF ICA TI VE S. 1 !23 t e vooren alhier refideerenl.le, zoo wel met haare perioonen a1s met haare goederen in benefitie van deeze Colonie zyn ,:reweest, en verder de voorn. N atie te animeeren tot continuatie van de voorn. Wooninge en Traficque al hier; zoo is 't dat wy goed gevonden hebben, met :iuthoriteit van den Gouverneur en zynen Raaden asfembl een ncte te continueeren als volgt. Dat ieder en alle Perfoonen van de Hebreeuwfche ftlatie tegenwoordig hier refideerende, en die i11 toekoo1J1enrle hier ir zullen koomen refideeren, t~ trafiqueeren onder ons, ofte onder de Districhten en Limiten van deeze Colonie zulJen genieten, en jouisfeeren alle de Privilegien en Vryheden der Burgers en Inwoonders van deeze Colonie vergunt, ais of zy Engelfchen g~booren waaren, zoo wel zy als haare Erfgcnaamen in dierveegen zullen haarc goederen genieten, zoo roerende ais onroerende. Werd ook verklaart, dat zy niet en zullen moogen werden gedwongen te komen tot ex~rcitie van eeni ge publicgue Bedieningen in deeze Colonie, ont fangende haar en haare goederen, zon prefent ais tpekoomende die zy nu bezitten ofte hier namaala zullen bezitten, ofce alhier zullen gebragt worden van wat ryk 't ook zou de moogen wee2en, onder ons Gouvernements pr o textie en defenfie noch verg~nne wy ben, zoo wel in 'c generaal als in fpe tiaal, dezelve Privilegien en Vryheden, zoo wy 2elve zyn genietende, 't zy Wetten, Acten en Cos4 tumen .zoo wel concerneerende onze Perfoonen ais on Go gle

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1s4 PIECES JUSTIFICATIVES. onze Landen en Goederen, beloovende verzekerende h a ar daar nier van alle \ geene zy bezitten. ofte zullen bezitten haar zal afgenoomen ofte ontvreemt worden van wat qualiteit 't ook zy, door ons ofte door eenige Per foonen ons beru.stende, maar ter contr a rie zullen vry zyn om te mogen planten en trafiqueeren, en alles wat haar goed z1l dunken tot haar beste profyt onder conditie dat zy zullen onzen Souveraine Kr,ning van Engeland. trouwe Vafats zyn, obferveerende de orders door hem getl:eld, en die in toekoo mende zullen getl:eld worden ; wel te verfiaan 9 dat 'er geen zulJen weezen de 't voorgaande contrarie zullen zyn. Ook werd haar vergunt en geconfenteerd vry en libre exercitie van h:iare. Religie, Ceremonien en Costumen, in de breedfie manieren als zoude kunnen weezen, volgefls haar gebruikt, mitsgaders 't gehruik van haare Testamente en Huwelyken alle obferveerende op haare maniere, insgelyke haa1e trouwe brieven zullen valideeren, zynde gemaakt voJgens haare Costumen, verder word verklaard, dat 1.y uie, zullen verhindert worden in haare Sahbathen en Feestdagen; zu11en die gecne die haar daar in trihuleeren, geconfidereerd en gefiraft worde a}s perturbateurs van de gemeene vrcede. Dat zy niet en zullen gehouden zyn te compareeren op de voorfchr. daage op de Courf ofte Magiftraat ca dat de Citatie op der tyden gedaan, zal zyn nul en van geener waarden, dat baar ook ~ei-'en zal p1z Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 125 prreduceeren 't weigeren van eenige betaa1ingen., die haar op dusdaanige daagen zal werden gepre fenteerd, en dierhalven in 't min!le haar regt verminderen haar wetd ook vergunt en gecon firmeert genut van tien akkers Land op Thoxari ca, om daar op te bouwen Huizen van Godsdienst en Leerfchoolen al o o k begraavinge van haare dooden, ook zullen zy niet gedwongen worden tot publicque Exercitien, ftellende een Perfoon in haare plaats, uitgezonderd in cas van Vyand, in welke geleegendheid zy meedc zullen compa reeren ais anderen, werd haar geconfenteerd, dat zy onder haar moogen pleiten en uitf praake gee ven, in cas van questie, door de Gedeputeerde van de N a tie tot de fomma van tien duizend pon den Suiker, waar op den Rechter en en tyd Executie zal verleenen op de Sententie by de Ge deputeerde gepronuntieerd, waar van 't Registcr en Prothocolboeken zullen houden volgens Costulllen; encie in cas van Eed znl de l\1agifiraat zich gedraagen volgens de Costumen v a n de Natie on der haar gebruikelyk, ,c welk in alle zaaken, van wat qualiteit die zou
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1!6 PIECES JUS TIFICA TIVE1S.; No. III. Op huyden den derdcn December 1700, ompareerde voor my Steven Pclgtom, Notaris Public by de Hove van Holland, geadmitteerd binnen Amfi:erdam reff deerende, en de naargenoemde Getuigen, de Heer Samuel Neuf y, Koopman, federt eenige jaaren herwurds gewoond hebhende in .de Colonie wn Surinaamen, tegenwoordig hier ter Steede, my Notaris bekend; endt: heeft in zyn coniientie, ten verzoeke van d e Edele Achtbaare Heeren Directeuren van de Geoct. Societeit van Suriname, geatte tleerd, getuicht ende verklaart, waar ~nde waarachtig te zyn, dat hy Attenant in of onttrent den Jaare 1664 perfoonlyk is geweest in Cajan1, ais wanne~r Monfieur ~ol, wegens de Franfchen, aan de Rivier van Sinamary een Fortrefie beefc gaan bouwen in dewelke de Franfchen, ondcr deszelfs commando aldaar guarnifoen hebben doen houden, toc dat de gemelde Fortre{fe naderhand in den jaare 1665 of 1666 (zonder den precifen tyd onthoudeo te hebben) door de Engelfchen is geno inen geweest, alvorens dat de Colonie van Suriname door de Provintie van Zeeland van de Engelfchen was hernomen. Voorts verkfaarde hy Attenant, na zyn beste geheugenis zeer wel te weeten, dat in de maand November 1668. ais wanneer de Colobie van Suri 11ame, by ofce van wegens de Edele Mogende Hee Go gle

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i>IF.ES JUSTIFICA TIVS. 11i i-ieeren Staaten van Zeeland is geposfideerd geweest, in Suriname voorfchr. gekomen is den Heer AmholJj lt Fere, lleere de la Hare, Raad van zyn Ko ninglyke Majefeic van Vrankryk in aile zyne Raa den mitsgaders Lieutenant Generaal van zyne wapenen in America; en d a t hy Atteibnt ars doen ferzelver tyJ alctaar mede prefent is geweest, als want1eer den gemelden Lieuten a nt Genera:il gehan deld en getracteerd heef met den Heer .dbr11h11r,1 c,.,n,jn Commandeur over de gemelde Colonie van Surinaame, ,,nn wegens de Ptovi"ntie van Zee land over het fubject van de Limietfcheidinge t tusfchen Cajana en Suriname voorfz., ende dat de. zelve doenmaals als noch waaren overeengekoomen en geaccordeerd, dat de voorfz. Rivi e r van Sinamary, zoude firekken tot fcheidinge 'i'an de Limi ten tusfch
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128 PIECES JUSTIFJCATIVtS., mietfcheidinge, wegens weJgemeJde Ed. l\1og. Hel"f. ren Staaten van Zeeland ongemolefieerd is geb]ee ... ven in de posfesfie en het commando van de Rivie re Eracubo en C:manama, gehoorende onder ret district van Suriname, ais wezende de uiterfl:e Rivieren aan deeze zyde van Sinamary ,ende overzulks 't geene voorfa. zeer wel weet, a1s hetzelve byge woond, gezien en ondervonden hebbende, respeetivolyk prefenteerende erhalven dezen des nood ende verzocht zynde ten allen tyde nader te fier. ken; dat aklu s pasfeerde binnen Amfierdam; ter prefentie van Pieter van H,p1 en Cotnraad 'tian E-r tet"wegen, al s getuigen hier toe verzocht ; (was get.) Samuel J.V6sfr,, P. i,m Hap1 en K. 'l/1111 Esttr 'IJJtgtn. De voorfiaande Copy gecolationeerd zynde te gens 't origincel, berustende ter Secretary der Stad onder de rninuten van wylen den Notaris S1,ph11n11i Pdgrom, is bevonden daar mede te accordeeren den sden Ju]y 1769. By my ondergefchreev en Senetaris der voornoemde S,ad. (getckend) J. H. DE HUYBER T. No. IV. Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 1~9 No. IV. EXTRACT uit de Articulen tan de Inwoonders van Suriname geconfenteerd, door den Capt. Comma odeur Abr1Jh11m c,ynrfin by de verov e ring v ~ m 't K a steel Zi:!l a ndia op de Engel fche gearrell:eerd den 6 May 1667 en door de Xd. .Mog. Heeren Staatcn van Zeeland 1 op den 30 April geapprobeerr; Art. g~ Dat alle Perfoonen, wie die ook zoudc tnnogen Weezcn, en van wat N:ie die ook zou de moo gen zyn 't zy Engelfche, Joorlen, enz. die te gens woordig met haar lyf en familie in Suriname woonende, middelen, L : mden en Goedeten, van wat :iart of f pecie die ook moogen weezen, dezelvo :tbfolutclyk voor haar gerefervcerd houdo en geconfirmeerd, voor haar en h a are Erf genaamen, m die voor altyd te bezitttm, te genieten enlie te erven, zonder de minfien tegenfiellingen, mo. 1eftatie ofte verhnderinge11. en dat integen l'et-l II. P ~ \.R 'l'I.E. I aUc G gle

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130 PIECES JUSTIFICATIVES. alle die ge~ne die hier in Surinaame niet en wooncn, maar nochtans Goederen daar in hebben, nietteg ~nffaande zy al hier Perfoonen hebben, die haarc Perfoqnen en Familien reprrefenteeren, ah folmelyk buiten dceze Art. uitgeflooten zyn, ende dat atle haare Goederen, van wat aart ofte fpe, cie die mo_gte weezen van deeze uur of aan de I r Ed. Mog. Heercn Staaten geconfisqueerd zyn t\rt. 4. tbt atre tegenswoordige Inwoonders 1 van wat Natie die zoude moogen weezen zullen hehben ende genieten, alle gelyke Privilgien ais de Ne derlanders, die met haare zullen cohabiteercn. Gextraheert uit de origineele Acte van approb:itie der Ed. Mog. Heeren Staaten van Zeeland~ ter Secretarie van Suriname berustende.-No.~V Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 131 No. XV. Aan
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t32 PIECES JUSTIFICATIVES. onze fiaat alhier en hoe wy alhier getracteert worden, ha:ir bekeml te maaken, en gaarne voor ons en onze Naakomelingen, voor onze perfoonen en nnze goedcren, en voorts andere gunftige Privilegien die wy zoo wel van de Ed. Mog. Hee ren S raaten van ZeeJan
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PIECES JUSTIFICATIVES, 133 COPIE VAN DE ACTE, Vid. Piece, No, II. Poincten die wy meede verzoeken. t. Dat aile Kerkelyke Zaaken die door de Pt!rfoonen oner haar gekoozen, tot conferv:itie van de eenigheid on der har, zullen worden geor donncerd zullen kragtig weezen, en by manque .. ment van obedientic aan den Gouverneur aange kl:i~gt zynde ter Executie zullen gefield woi:den .. 2. In cas dat kwam te gebeuren, dat on.ter h .rnr eenige perfo o n ofce perfoonen turbeeren en vau een k waacl lel!ven werde gevonJen, waar uit te vreczen zoude fl:aar., dat 'c avond ofce morgen in de handen van de Ju!l:itie zoude raaken, ende alz o o een fch.andaal aan de Natie zoude toebren gen .,. dat in zno.lani~en cas den Gouverneur deZ.!IVe pt!rfoon ofie perfoonen door de Gedepureer de van de Natie a.an hem Gouverneur aangekbagt zynde, met fuffifante reedenen, geen dilf.:ulreit z il mJ.aken to~ voorkooming 'Van een fchamfaal vc.,or de Natie om dczelve perfoon ofle perfoonen uit de Colonie te doen vertrekken. 3. In cas eenige van de Natie hier zig koom ~n. ter neder zetten, die misfchien of door de inqliifi.tie ofte 2nderzints, haare goederen zyn verbeurd ver~ klaard, daardoor in fchult zyn geraakt, dat dezelve niet plotfelings zullen overvallen worden, m:ia~ l 3 doue G gle

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134 PIECES JUSTIFICATIVE S. door de Juftie gemakkelyk volgens de Costu men, in alle Co Ionien, alleen zullen geobligeerd worden, dan ~n dlln wat te betaalen, op d2t alzoo fubfiil:eeren moogen. 4. Dat ons mag gepermitteerd zyn op Zondag 1 op welke wy, als ook onze Neeger$ vermoogen te werken, de Privilegien moosen hebben om malkanderen te bezoeken, en dat de Maarfchalk ten dien f!inde ons rencontreerende, op de Rivier met niet anders ais met onze perfoonen en goederen, daar in welke prefu mptie van werk zoude moogen gce ven, gelaaden vindende gehouden zal zyn ons ongemolefieerd te laaten pasfeereu en repasfee ren. S Dat alle ~, booven gementioneerd, ter goedcr trouwe aan de Natie mag geconfirmeerd wor den en in toekomende indien mogte kocmen te vervallen, tot voordeel en henefitie van de Natie, 't zelve behoorlyk en met fundamcnt vcrzogt zynde, mag vergunt worden, (was onderteekent) David Nas!J, lfaa,k Pare'Jr", Ij1Ja, Arrias, Henriq1,~ de Caftres, Rnphafl Aboab Samuel Nas_f;, ljaac R. de Prado,. Aron dt Silva, Alims JFo11feea, Ifaak Mezo, Daniel Mc.r{illch, :f11cob Nunn, ljaac Gabay Cid, ljaalt da Cos1a, /faa& Drago, Bento da Co.ria. Gezien hebbende het Request van de Joodfche Narie, zoo is 't dat ik provifioneelyk aan haar by deezen in 'c jouisfemenr van '.c geene zy daar Jn v.erzoeken accordeeren zullende met de ee.rfte ge-G gle

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PIE C S JUST IF ICA TI VE S. J;SJ geleegendheid, zoo veel in myn is, omtrent Haar Ed. l\1og. trachten een Acte met haar handen en Zegel bevestigt, voor haar dies aangaande te wcr ken, op dat alzoo jn deezen verzekeft zyn. Actum Paramaribo den I October 1"69, 1(w:1s getekend) F. Lichttberg, aar neevens zyn zegel (laager fiond) accordecrc naar Coll:itie met zy11 authenticque Capie aan my gexhibeerd en gere gistreerd d e n 28 May 1734 dat ik gctuigc. {was getekend) ABRAHAM BOLS s Secretaris. No. VI. EXTRACT uit de Misfive door de Heeren Directeuren van de EJ. Geoctr. S ocieteit der Pro vintie van Suriname gesz, aan Zyn Excellentie den Heer van Sommelsd1!r, Gouverneu.r van de voorfz. Proventie in dato den 10 December ,\685. Voorts naargczien en gexamincerd hebbende jen ReqQeste en verder befcheide van de Jood fche Na\ie te lande toegezonden by Misfive van den ~o May deeies jaars. raakende verzoek om.-1 4 txcnt Go gle

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136 PIECES JUS TIFIC.TIVES. omtrent de continuatie van zoodanige PrivilegieQ en Vryhedn ais dezelve aldaar, zoo onder het Gouvernement van de Engelfche als anderzints, van tyd tot tyd fucc ffivelyk hebben geacquireerd, zoo hebben wy in confideratie, dat dezelve Privi legien n!et en zyn firekkende tnt nadeel oftc ver agtinge v~n de C o lonie, nogte ook geenige prreju di tic aanbrengen, voor die geene dewelke zich derwaarts koomen te begeevcn, goed gevonden U Hoog EJ .. by deezen aan te fchryven, die van de Joodfche Natie in Suriname voorfz. by dezelve baare voor deezen geacquireerde Privilegien, te maintineeren, in gclyke voegen ioo ais voorheenen daar te Lande gebruikelyk is geweest, en henlie den daar van kennisfe te doen geeven. Accordeert snet voorsz, Extract dat ik gctuige (en get.) "4 Gr~ Geregistreert den 30 November 1701 (laager ftond) accordeert met de rcgistrat~e ter Se. cretarie alhier in 'c Prothocol No. 3 7 Fo.148 verfo dat ik getuige ( en get.) N. S1rau,b, Seretari, .. ~o. VII. t, Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 131 No. VIL EXTRACT uit de Brief van de Heeren Directeuren van de Ed~ Geoctr. Societe~t van Surinam gefchr. aan Zyn Exellentie de Heere van Sommelsdyk, van dato 9 Aug. 1686 Voorts onze gedagten nader het.hende Ja:iten gaan, op UEd. Hoog Ed. Confideratien, aanhe Jan_ &end~ 't te doene bevel aan die van de JooJfchc l' atie, omtrent 't vieren van den dag des Heeren zoo a-1s hier te Lande gebruikelyk is, hebben niec kunnen vinden dien aanbelangende eenige de mir.fie veranderinge te maaken maar ter contrarie, als noch te perfitleeren by onze aanfchryven den 10 Det:rmber laastleeden op dat fubjec~ gedaan ,' ais hebbende daar omtrent niet geprocedeert zonder hehootlyke reflectie, maar naar ryp overleg J er zaaken ; zullende derhalven die voorzieninge dicnen te worden gedaan, dat de.zelve aldaar op den ag des Heeren leeven, zoo ais men hier te Lande ge ~oon is te doen zonder eenige ergernisfe ofce fchandaal aan ons Volk te geeven (ondertlond) accord eert met de vo.orfz. Misfive, voor zoo Vl!rre 'it gextraheere aanga:it dat ik getuige (en get.) A.. de Graaf. l 5 No. V III. G gle

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1sl PIECES JUSTIFICATIVES, No. VIII. EXTRACT uit de Notulen van de Refolucien genoomen by de Heeren Gouverneur en de Raade1-1 van Politic van Suriname. Vryt/11~ dtn 6 May 1695. Nademaal geremarqueerd werd dat de Regenten van de Joodfche Kerk haar Titulen Regenten van de Joodfche Natie, en zy ook zoo by mistellinge in de Notulen zyn genoemd, zoo is naar voorgaande deliberatie goe gevonden en verfi:aan 't zelve te herroepen, en haar niet verder te qualificceren ais Regenten van de Kerk of Sinagogue, 't welk haar zal werden bekend g~maakt omme ~e dienen tot haar gouverno. EXTRACT Go gle

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~IJCES JUSTIFICATIVES. 139 No. IX. EXTRACT uit de Notulen van de Refolutien, genoomen by de Ed. Heeren Gouverneur en Raaden van Politie van Suriname. Woe11.rdag den 3 ]uny 1693. 1s ter Vergadering geleczen de Requeste van Emanuel Baron dt Btltnontt en Samuel C. N,sb,, ais geauthorifeerd van de gantfche Natic deezer Provinti ~ gepref e nteerd aan
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140 PIECES JUSTIFICATIVES. :No. X. 1 1. EXTRACT uit het Register der Notulen en Refolutien v.;.n clen Hove van Politie en crimineele Jufiitie der Colonie Sutiname. M1u1 N1,r, C~ptcin Lui tenant der Compagnie .Burgcren van de Portugeefche Joocifche Natie, en als in die qualiteit commandeerent Officier van de uitgezondene commando naar Canavinika om cie flaaven v~n wylen de Heer Thomar te vervolr.en, op zyn verzoek hinnen gefi:aan, h~eft a:m den Hov~ mondeling rapport gedaan wegeos dezelve :iyne commando, en dat door dezelve waare gevangc of agterhaald 3 7 fiuks Neegers en ~gerinnen zoo groot ais klyn, dat dezelve reeds hier waaren aan gcbragt, en door hem de noodige ordres waarcu gefreld, om op de overige van clag tot dag te patrouil leeren en wagt te hnur;len, dezelve, als bezet z~n:de in de fwampe, niet wel kunnen ontkomen, dat hy ook onderricht was, dat na die tyd r.og 20 fiuks op G gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 141 op diffl!tente Piantagien in Casfencka geJeegen, waaren gevangeil of gefchooten, enz. Alle het welke gehoord, is het gem. rapport voor notificatie aanaenoomen, en dezelven Capitein Luitenant Mofl.t Naar, door den Heer Gouverneur, uit naame van deezen Hove bedankt, voor des zelfs betooncie yver, vigilantie en goede ~ienst in deeze expeditie ten voordeeJe van den Lande gedaao. EXTRACT uit 't Register dr No tulen en Refolutien van den Hove van Politie en Crimineele Juil:itie der Colonie van Surinam. Woonsd11g dt11 11 M11rt 1740. JJy refumptie der Notulen van gisteren, bJ den Hove in confideratie genoomen dat by Refo luti e n van den 4den deezer, aan eenige Opperof. ficieren van de command o ;., tegens de Wegloo~ pers zoo in Saramacke onder c ,mmando van den Ca pi.rein Luitenanr der Mi litie C o. Creutz, al& die tegens de Negers van wylen aen Heer .A. TIJ,. Go gle

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142 PIECES JUSTIFICATIVES. Thom voor haar aangewende devoir en goede officie, een prefent uit de Casfa der Wegloopers toegelegt, is goed gevonden de overige Opperof. ficieren, ,zoo van de Commando agter Pararnari ho, als Jie op de Slaaven van A. ThomtJ1 zyn geweest, meede uit gem. Casfa voor baar gedaane devoiren toe te Ieggen een prremie ais aan den Vaandraager der Militie Henftl, enz. De Luitenant der Burgery van beneeden Corn mewyne, Gabriel de L11fatte, enz. En laastelyk den Capicein Luitenailt der Bur gery van de Portugeefche Jo'.ldfche Natie, Moj, Naar, mede een geJyke Koffiekan ter waarde van circa f 150 guldens Hollandsch, en dat op de twee Jat!l:e ter gedachtenis het Wapen dGezet Colonie tal wcrden gegraveerd. No. XL Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 143 No. XI. EXTRACT uit de Brief van de Edete Groot Achtbaare Heeren Directeu. ren van de Edele Geoctroyeerde Societeit van Suriname, gefchree ven aan Zyn Excellentie de Heer Gouverneur Mr. J. 1-M"rititu, dato s July 1747. Ter zetver tyd is ons ook ter band gekoomen een Mi sfive van de Gedeputeerdens der Portugee fche Joodfche Natie, mitsgaders van de oude Re gcnten der Synagogue in Surinamen gefchreevcn aan Paramaribo i in dato den February deezes jaars houdende relaas van haare behandelin~en met Carrilho, en verzoek om verder by haar Pri vilegien te werden gemaintioeert. Wy hebben g oe geacht UEd. daar van kennis fe te geeven,en teffens aan te fchryven,dat UEd aan dezelve Gedeputeerdens der P ) rtugeefche Joodfche N atie, enz. zal gelieven kennisfe te gee. d at wy voldaan zyn over haar conduites en gedrag ten deezen gehouden, en dat UEd. ordre heeft bekoomen gelyk wy UEd. dezelve ~eeven mita deezen om dezelve Natie by haar 'ltl 'IJ"irttg1 P,:i1;ilegitfl te maintineeren. No.X li. Go gle

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144 PIECES JUSTIFICATIVES. No. XII. Verzoekpunten aan de ,, Uitfpraak van Haare Ed~le Mogende Heeren ,, Koninglyke Hoogheid Commisfarisfen van Zyne .,, op de nevens!l:aand Doorluchtige Hoogheid ,, Verzcsekrointen. den Prince Erffiadhouder, overgeleverd door de ondergeteekende Planters en Ingezetenen in de Co Ionie van Surinaame, waar o p by eene ootmoedige Request door dezelve Ondergeteekende hetnoo'dige Redres verzocht i-geworden.i VERZOEKPlNTf)N: Dat de J ooden hier te Lande mogen werden verfiaan geen betrekking te hebben in 't formeeren van nominatic der Raaden van Policie, tteunende deeze zeer eerbiedige beede op de volgende reedenen. Go gle Art. 11. In dit verzoek kan nfet werden getreeden, docb dat de Privilegien der Joodfch Natie zullen werden nagezien en gexa .. rnineerd Titi

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PIECES JUSTIFICATIVES. 149 Ten 1fien om dat nn der ~een Christen Mogend heden toegelaaten of geduld word dat Jooden in Regeeringzaaken zich mngen inlaaten, Jaat fia:m tot een nominatic van Raaden en Rechters; noch minder van onder haat Rechtbanken te moogen oprechten eeo Acte van judicattiure, 't gecn hier (tot groote verwarringen en disputen onder die Natie) g~fch!e,l, en dat op prretenf e PriviJegicn; die nooit door den Souvetain ( aan wien on der correctie, alleen competeerd dergelyke te ver foenen) maar alleen door de S JCieteit zyn geappro~ beerd fchoon evenwel uit de gantfche collectie van hunne prretenfe Pd vilegien dergelyke niet gevonden word. Ten 2den, zy biedeu hunne fiemmen aan den Gouverneur ot dezclve 11, PA& TI.le K Go gle

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14fs PIECES JUSTIFICATIVES. worden hua door belof. tcn of dreigementen af geperst, 't geen verfcheide maalen opentlyk en vooral onder dit Gouver. ncment gebleekcn is, en is ook een der voor-naamfi:e oorzaak van de tweef pait en haat on der die Natie. En ten 3-den wanneet er een nominatie van Raaden moet gefchieden, wcrd hunne Gemeente door haare pra-tenfe Re gemen ais gedwongen ottt af te komen aan Para.. maribo zynde de Hoofd. plaats onder dewelke Gemeente zich bevinden veele fchaamele, fugitive en banqueroutiers die drie dagen voor en drie dagen na de nomina.de, haar Siberien mogen verlaaten en komen jouisfeeren van zeker pr::1etens Recht onder we Jke tyd zy van aile vervoJging daagvaar-DI Go gle dfngt

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PIECES JUSTIFIC/1 Tl VES. 147' ding, exploicten, execu~ tien apprehenfien gy'" ieling, enz. bevryd zyn; '\vclke vryheid om geene andere reden word ver-gund d : m om meester van de fi:emmen te weezen, Art. !23. Dat iliel1land ter Se t:retarye tot Klerken tnoogen wetJen aangenoomen onder de vyf en twintig jaaren en tot Co pi sten niet onder de twintig jaaten 9 alzo de jongens, die th ans gem ployeerd worden,, meer om het f peelen den ken dan om hun pligt. Item dat geen jooden gcmployeerd mogen wor den ter Secretarye, het zy om te copieren, het 1.y om boodfchappen te doen. Dit Artiket word gcJaaten aan de directie van de Societeit, om daar in ; met overleg van Gou verneur en Raaden te voorzie"" K2 Art. Go gle

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[. 148 PIECES JUSTIFi CA TIVE s. Art. 43 Art. 43. Dit a1tons alte tuera. De wa:irneemingen der tive Ampten en Officien Ampten in perfoon werd door de perfoonen zelve ier mede vast gcfteld, ninete11 waargenoomen en bediend worden maar niet gelyk nu het Secre t a ria a t van de Weeskamer., dat thans door een jood word bediend en het keuren vari het Bees tiaai door een anderen mede waargenomen werd, zynd ~ Jtintk,ldy en Philip Edhart, Directeuren by den Heer Gouverneur 9 en dus zelfs niet kunnen aceeren tot de Ampten daar mede zy gebenefi. ceerd zyn fdt: Supplianten laaten over ter confidera tien van UE J. M, ,g. of het niet goed zoude zyn, dat de Keurmeester van tBees-tiaal en den Officier van "s L ,mds grond onder de fuhordinatie van de Ge. n1eene Weide werden gefteld. No. Xlll o gle

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flECE.3 JUSTIFICATIVE S. 149 P11rntJrjimr 1 mnt hebreu qui fignifie Rgens No. XIII. Misfive van Haare Koniriglyke Hnog. heid, Mevrouwe de Princesfe ~ n ne, Dou : riere wylen Zyn Dor,r. lugtige F{ongheid den lleere Prin ce van Orange en Nasfau enz. enz. enz. gefchreeven aan de Par nasfim1 der Portugeefch.e Joo
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:JSO PIECES JUSTIFICATIVES. wel, onder anderen, den perfoon van ljack Na~ [y, zig qualHkeerde getJ1a gtigden van Parnasfims en Gedeputeerd~ns van de Portugeefche Joodfche Sinagogue en van veeJe voornaame Ingezetenen en Planters der Portugeefche Joodfche Natie in de Colonie van Surinaame, van wegens den gemelde ljack Na,jj zyn a:m ons ter band gefteld verfcheide poincten van verzoek tot herftelling van de rust en vreede in de Colonie van Surinaame, onder die van de Portugeefche Joodfche Natie. Wy hebhn op die poincten doen inneemen 't 11dvis van anderen en wy hebben vervoJgens met Gedeputeerdens van de Societeit van Suriname ~oen overweegen en concenteeren, wat tot herfi:elling der rust en harmonie besc by ons daar omtre11t zoude kunnen worden in 't werk gefi:eld, na rype deliberatie hebben wy goed gevonden eenige dier verzoeken te approbeeren en toe te ftaan. Wy hebben ingevolge wel op ons willeu nee ~en voor deeze keer ( D zonder confequentie voor 't toekomende de Electie vau Parnasfims t~ Penningmeester te doen, wy zenden UEd. onze Electic vergezelt en geq. No. J. Wy gelasten U~d. dezelve te openen op de eerstkomende d ug ais men gewoon is tot de Elec tie van nit!uwe }:>,unasfims en Penningmeestcr te treeden; vervolgens dezelve op de gewoone wyze fe publiceeren, de daar in benoemde perfoonen in onze na
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PIECES JUSTIFICATIVES. 151 liaat en animofiteit, alleen daar op bedagt te zyn om 't welzyn, de rust, vreede en harmonie der Natie te herftellen en te handhaaven, en vervol gens dezelve in qu:iliteit ais Parnasfims en Pen ningmeester te erkennen en na behooren te respecceeren. Wy gelasten VEJ. meecle ten voorfz. daage en vervolgens van jaar tot jaar, te ftellen en te con fiitueeren een der Joodfche Ingezetenen van Para maribo, omme, ond c r de bena:iming van Parnasfim, op zich te neemen de directie over 't Gebedhuis ald:iar, tot welke aanfrellinge wy almeede de eer fte E ectie by ons gedaan aan UEd. toezendcn vergezelt en geq. No. 2. Wy ordonneeren UEd. den daar by gligeer-den en alle de in 'c vervolg .ildus a~n te ftellene Parnasfen, te doen jouisfeeren van alle de hon neurs aan die benaamfoge geattacheerd znnder dezelve nochthans de fiem en oud Rcgentenfchap in de Savane te accordeeren. Wy or.tonneeren en gelastt:n UE1t wyders, den perfoon van Ifack Na_s/y, wanneer dezelve in Suri name zal zyn g e retourneerd aanftonds wederom te hcril:ellen in zyn ampt ais AdjudantGabay of Penningmeester en Adjudant-Casfier van de Kcrk op zodanigcn voet, falaris en emolument, ais hy die voor zyu vertrek uit de Colonie heeft gehad en ten dien einde, de in dien post aangefielden Ferfoon van lf. de Britlo daar van te licentieeren ten eene;naal aan UEd. oordeel en di~ cretie over K 4 b Go gle

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JS1. PIECES JUSTIFICATIVES. Jatende of dezelve de Britto door zynen iever vlyt, bekwaamheid in 't w .. arneemeo van 't gem. ampt, zich heefc waardig g e maakt daar omtrent e~nigzints geremunereert te worden, in welken gc~ "alle wy UEd. reomplandeeren deqzelven met eene der eerstv a c:!en:nde lucrative posten, onder de Natie te begiftigen. E 1 dewyl wy, ingevalge onze uitfpraake op 't I'l Art. der Verzoekpoincten, aan ons door ver fcheide Planters en Jngezetenen der Colonie van .Surinaame gedaan ais nog genegen zyn de f rivilegien, van tyd tot tyd aan de Joodfche N 2 tic in Su finaame verl~ent, te doen examineeren, ten einde dezelve vervolgens aan Haar Hoog Mog. ter arpro batie voor te draagen, ordonneeren en gelasten wy UEd. alle dezelve P.Iivilegien aan oos op 't fpoe dig(le toe te ze~den. Wy verwagten dat UE, i. alle onze voorfz. ordre.s fiiptelyk zult naakoomen en in 'c werk ftellen, ons van 't verrigte zult rapport doen, en allezinti med9 werken tot on~ heilzaa m oogmerk, de herelling namentlyk der rust, vreede en hariuonie onder cts: Joodf~he Natie in Suriname. Waar mede r:r11tf.ut6 Discrete Lit7?e B;zondere Wy UEd. beveelen in Gods heilige protectie. In s Gravenh:1P,e, den 1 27 May H UEd. Goedwillige Vrkndinne. (was get.) ANNE. Ter O!'donnantie van Haare Koonglyke Hoo,heid (getJ J. J. D & U C K. No. Xl V. G gle

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PIECES JU~TIFICA TIVES. I5l No. XIV Erentfestt Dis&rttt Lil'Vt Byzondtrt Wanneer wy de gefchillen onder de Portugee fche Jood(che Natie in Suriname, n o pens hunne Ascamoth of Kerkelyke Inftitutien, fedtrt cen ge ruimen tyd ontftaan, ferieufelyk cverwoogen hehben en daar by nagegaan de differente Advifen en Berigten ons ten dien opzigten torgtkornen, h ebhen wy goed gevonden tot herfielling der har monie onder die natie, gern. Ascamoth te f:IJen in hancten der Parnasfims van de Portugeefche Joodfche Natie te Amfterdarn, met aanfchryvinge om dezelve te exarnineeren, en on.s te "lic-nen v::n hun advis, in hoe verre de voorfi. Asc a moth, overeenkomftig met het welzyn der Natie bevin .. den zouden. Ingevolge hebhen de gemelde P.unasfims, in prefemie van de Gevolmagtigden der hoofden v : m bcide de geweezene Partyen, zich hier te Jancie thans nog bevindende, die Ascamoth naauwkeurig onderzogt, en daar inne, zoo vi mogelyk, ,met goedkeuringe van gemelde beide Gevolmagtigden, zodanige veranderingen gernaakt, als zy gemeend hebben te kunnen verftrekkcn tot ondethoud der ~ust vreede en welzyn onder de Porrugeefche Joodfche Natie ,in Surin a ame. K f Wy Go gle

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.. JS.4 PIECES JUSTIFlCA TIVES. Wy zenden URd. hier nevens die Ascamoth aldus verapdert, wy aprrobeeren dezelve vnlko., mentJyk, en ordonneeren UEd.
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PIECES JUSTIFICATIVES. 1ss No. XV. EXTRACT uit het Register der Refolutien van de Hoog. Mog. Heeren Staaten Genei:'aal der Vereenigde Nederlanden. Jovi dtn 24 .April 1755. De Heer Raad Penfionaris, enz. Dat Haare Koninglyke Hooghei mede a .anfionds na de genoome Refoluden van Haar Hoog. Mog~ van den !lO July 17~3 gexamineerd heeft, het nog restcerende poinct, raakende de gefchillen oi1der de Portugeefche Joorlfohe Natie in Surina 111e, welke bevoorens niet hadden kunnen worden geapplaneerd, de papieren ftukken en befcpeiden, ,har toe relatif, aan Hoogstdezelveh als doen nog niet zynde tocgekomen. Dat H,tare Koninglyke Hoogheit\ claar omtrent eenige fchikkingen heeft doen concerteeren met de Directeuren van de Societeit mitsgaders met
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156 PIEC~S JUSTIFICATIVE~ Dat Haare Koninglyke Hongheid daar inne heeft gcrevifeerd, en ten riicn ein:le op het verzoek van de ~ernelde GevcJm:1gtigden der Natie wel op zich ht!efc w1llen neemen voor deezen keer en zond~r confequentie voor het toekomende de !lectie van Parnasfiqis en Penniogmeester te doen. Dat ingevolge van dicn, aan hoogstdezelve door de Gevolmagtigden van it'dl:r party~n, Lys.trn zyn ter band gefleld van onpartydiJ?l!D en pacifique Juiden onder de Natie, we!ke Lysren door beie partyen respective zynde gtxamineerq, Haare Koninglyke Hoogheid daar uit t:ene Electfo heeft getormeerd. Dat Hoogstdezelve meecte op verzcek der ge-, melde Gevolmagtigdens heeft geligee:rd een der Leden der Joodfche Na rie te Par"maribo om, ooder de benaa~insc van l'arnas, zorgc voor het Qeb~dehuis aldaar te draagen met aanf chryvinge aan de Parnasfims in Surinaame, om ecn dierge lyke perfoon voortaan van jaar tot j.ilar daartoe aan te ilellen. Dat W)dt:rs verfcheide klagtcn zyr.de ingekomen m,pens eenige defecten in de Ascam,,th of I{akclyke Confutien, Haare Koninglyke Hoogheid een exemplaar daar van Hoogstdeztfve door d~ bovengemelde Gevolmagtigdens ter band ge fteld, heeft toegezondeil aan de Parnufims der Portuget:fche Joodfche Natie te Amfkrdam, met aaufchryvfo~e om Hoogstdezelve te dienen van ad vis, Go ge

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PIECES JUSTittCATIVES. 1s7 advis welke van de voorfz. lnfiirutien met rle rust, de vreede en het welzyn der Joodfche Natie in Surinaame waaren overeer komende n welke daar vah devieerden, ten einde de eerstge melde vernietigd wordende alle verdtre dh.fetifien wegens dezelve in 't vervoJg m,Jgten komtn te cesfeeren. D .t gemelde Parnastims, ingevolge van die aan. fchryvinge, de Ascamoth naauwkeuri~ hebbende or.derzogt en de noodige correctien daar inne, zoo veel mogdyk, met goedkeuringe ctcr bovengemelde Gevolmagtigden gemaakt, Haare Koniuglyke Hoogheid denzebe volkomentlyk heeft goedgekeurd, en de Parna~fims der Portugeefche Joodfche Natie in Surinaame geordonneerd dezelve ftiptelyk na te komeri en te doen obferveeren. Dat Hoog~tdezelve verfcheide ordres en arrangementen hecft gemaakt, ()m aJte brouilleries en oneenigheden zelfs msfchen partkuliere Perfoo nen dier Natie in het vervolg voor te komen. Dat H a ate Koninglyke Hooghdd van aile de voorverhaalde fchikkingen kennisfe gegeeven h~b bende aan de P unasfims in Suriname, met ordre om ze ter execmie te ikl!eP Hoogstdezelve federt eenige dagen is toegekomen hunne rekriptie, in dato den 18 Ocrober 1754 daar nevens gexhibeerd, waar na dezelve, na betui~ir,gen hunner dankhaarhehl va: 1 haare verr:c aingen hebben rapporc gedaan, en aan Haare Konin~lyke l-Ioog h ~ id, op lioogstderzctver requifitie, hel>bea toege. Go gle

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158 PIECES JUSTIFICATIVE!; gezonden het receuil der Privilegien van tyd tot tyd aan hunne Natie in Suriname verleend; welke Privilegien, ingevolge de uitfpraak van Haare Ko ninglyke Hoogheid op het 12de Art. der bewuste Verzoekpoinr.ten, door Haar Hoog Mog. op den so JuJy 1753 geapprobeerd, nog moeste worden gexamineerd. Dat Haare Koninglyke Hoogheid, het gemelde Receuil gefteld hebbende in handen der DirecteU ten van de Societeit;. hunne confideratien en ad vis daaromtrent verzogt en bekomen heefr. Dat aan Hoogstdezelve vervolgens is voo!"gekomen, dat deeze Privilegien ind1ervoegen ais daar nevens zyn gexhibeetd door Haar Hoog Mog. tot meerder tbhilieering der nist en vreede onder de Portugeefche Joodfche Natie in Slirinaame zou de kunnen werden gcapprobeerd, met deezc wei nige reftrictien en veranderingen. Dat, dewyl Haare Koninglyke Hoogheid bereids op den !12 Augustus 1754 heeft geapprobeerd de Asca:moth van wegens die van de Portugeefche Natic in Suriname, aan HoogstdezeJve gepreien teerd aile zodanige Ascamots, ais in dit Receuil der Privilegien zyn vervat, en aan de bereids geap probeerde Ascamoth zouden mogeu contrarieeren niet anders geapprobeerd werden ais met de al teratien en modificatien in de Ascamot, door Haar Koninglyke Hoogheid op den voorfz. 2i1 Augustus 1754 gemaakt en geinfercerd. En dat met opzigte tot het P:rivilegie,. het geen op Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 1s9 op pap;. 7 en 99 van dit Recueil gevonden word, ommt lie perfoo,zm 'Vin k'IJ1, ?atl lte'IJtn ,n die em f,b,n I ""' dt N111i1 zoudm k#nnen t'Debre11,rm op a,t1Hagte van de Gtdtputttritn, 11it dt Coloni1 te dom wrtreiien. Haar Hnog Mog. verftaan dat dit Privilegie al leen betrekking zal hebben op arme, fchamele en van eiders fugitive Luiden, die geeu etablisfement in de Colonie hebbtnde,. zig aldaar zouden willen nederzetten" maar dat ten aanzien van Colonisten die in Surinaame geftabilieert en gegoed zyn Haar Hoog M ng. ordonneeren en ftatueeren t dat van nu af aan de politicqtre inftellingen, ingevolge de Privilegie niet zal kunnen worden geffec tueerd dan na gehouden deliberatie van de Gedeputeer
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1Go PIECES JUS Tl FICA TIVES. leenig, volgens privilegien ter volle judicature met den aankleeven van dien dependeeren van de P.arnasftms der Sioagogue of Gi:depu~ eerden der ~atie. Dat Haare K0ninglyke Hoogheid ten opzigte dier twee verzoeken gemeent heefc, dezelve te moeten renvoyeeren aan de Directeuren der Societeit, ais ten deeze best geinformeerd zynde, met recnmm:mdatie nogcbans om dezetve 11ttig en redelyk vlndende daar inne de Joodfche Natie favorabel te willen zgn. Dat vervolgeos Haare Koningly'ke Hoogheid verzoekt d:it Haar Hoog l\fog. alle de dtior Hoogstdezelve, ten opzigte der Portugeefcbe Jood fche Natie, in Suriname gemaakte fchikkingen; gelieven te aj,probeeren en te con6rmeeren. Waar op gedelibereerd zynde ; hebben Ha~r Hoog. Mog. Hoogstged. Haare K ,1ninglyk'e Hoog heid voor HoogstderzG!ver onvermoeide iever en vigilamie. ten beste van de ~oorfz. Colonie en deszelfs lt1gezete11en aangewend bedankt, en is voorts goedgevonden en verfi:aan. Ten derden, dat geapprobeerd zullen worden ,' zoo ais geapprobeerd wotden mits deezen, alle de fchikkingen by hoogstged. Haare Koninglykc Hoogheid tot herftellinge der rust, vreede en harmonie, onder de Portugeefche Joodfchc Natie in Surinaame gemaakt en hier beveo gefpeci6-ceerd. Ten G gle

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PIECES JUSTJFICAITI~~ES. 10'1 Ten vierden dat insgelyks geapproheierd zal worden; zoo ais geapprobeerd word mits deezen, het geethibeerde Recueil der privilegien v an de Por. tugeefi;he Joodfche Natie in Surinacoe echter met hyvoeginge der weinige restrictie11 en verane ctcringen hier boven gemeld. En zal Ex tract, enz. Accordeerd met zy n originecl, voor zoo veel bet gextraheer~ de aangaat, te. r Gouvernements Secretarye berustende. (was get;) H. STENHUYS, Ille Klerk. ll. i>.&ilT. c Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 16s Crommelin te fchryven, dat, zonder te treeden in detail van
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164 PIECES JUSTIFICATIVES, No. XVII. EXTRACT uit de Notulen varf de Refoluticnf, genoomen by de Edelc Achtbaare Hove vanPolitic en Crimineele Jus titic deezer Colonie Surina-ine, enz. enz. enz. lJontltrg im 14 lrl ay 1767. Den Hove op heden vergadert zyncte, enz. Gdcezen de Memoirie van de Regenten der Por tugeefchc Joodfche Sinagogue en Gedeputeerdens derzelver Natie, inhoudende verzock om te wer den ontheeven van ;t verbod by Notificatie, de dato 18 February 17~74 tcn hunnen opzigten fpe cfaa( genoomen. Ten welken opzigte Zyn Wei Ed. Ge!?renge em:. W a ar over gedelibereetd zynde. alsrnedc over de Memorie voorn. is goed gevonen en gerefol veerd te verklaaren, d a t de gemelde Rcfolutie en Notificatie van deezn H\lve ten opzigten der Portugeefche Jooden, fchoon geen Pl amers zynde, niet eerder zal fiant grypen dan met primo May J768. En zal de Demonfiranten hier van Extract gegee ven wordeo. J\ccordeert met voorfz. Rcfolutie. (was get.) 1-B. Yitir~, gefw. Clcrcq. No. XVW. G gl

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PIE CES JUST IF I C .AT I VE S. 165 No. XVIII. Traduction .du Mandement & Ex hortation pour obferver un jour de jeune & de prierc fokmnelle, art par le College du Mamad de la Nation Juive Portuguaife la Savane, le 24 Avril 1781. Le Coltcge du M11mad & dputs de la Nation Juive Portuguaife, comme rprfentant le corps de ntre Eglife potr de douleur la vue
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166 PIECES JUSTIFICATIVES. de St. Eu(bche eut t tra c dans cc premier moment de troubles, ou les objet s eflr.tyants, fe rprefentent aux amcs fenfibles & vertueufes fous des points de vue exagers & gigantesques; & que fi ce triste vnement t tel que la Gazette de l\1artinique nous le dit, que ce foit le ft:ul, l'unique exemple que puisfent trouver les fiecles avenir, d ans l e s annales es Nations. l\1alheur nous fi la providence nous abandon .. ne & nous rtire fa protecLion, & fi la Nation Brittanique rellement fltris fes buriei s St, Eu(hche, & que la destine nous livre entre fes mains, que n'avons nous p a s craindre? Un fort gal celui de nos compatriores & de nns freres; nos poafesfions dfoles, no:; mai fans pill~es, nos femmes & nos filles livres la hrutalit, & aux caprices des fo)dats ; malheurs plus rdoutables q~e la mort mme. S'il nous fuffit du moindre vr.ement fini(lre pour implorer les faveurs du citl combien ne devons -nous pas dans ce tems, lver nos voix vers le feigncur, & implorer fa divine mifericor de en ncre faveur pour qu'il daigne loigner de nous les malheur qui nous rnnacenr. C'est d'aprs ces justes motifs, anims, pousfs par le zle de ntre congregation, remplis d'amour & de reconnoisfance pour no s fouverains, & pour nos compatriotes que ntre Eglife a arrt de faire publier ainfi que cela fe fait par la prcfontc }t!ture, de fixer le lundi 30 Avril courant, pour ob G gle 1 1 1

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PIE CES JUST IF ICA TI VE S. 167 obferver un jour de jeune & de priere folcmnelle; afin que chacun de nos freres puiffe venir avec un coeur contrit, navr, rempli du St. Amour de Dieu implorer la majeO: divine & prier Je tout puisfant Dieu 'Isral, qui a fi fouvent par d'clatants miracles dlivr fon peuple des mal heurs qui l'ont fuccesfivement accabl depuis tant de fiecles; pour qu'il daigne jetter un rgard favorable fur cette Colonie de Surinam, & foutenir l'amour patriotique, le courage & .les autres vertus martiales qui clatant chez ]es Chefs qui nous gou vement, & chez ceux qui defendent ntre patrie; afin de fixer le laurier fur nos remparrs. Vous voyez avec combien de fermet, & de courage patriotiqut! nous devons nous facrifier pour la dfonce du Pai & prier le feigneur d'ac corder la vitoire ntre Rpublique, dont la fage ConO:itution ench a igant le fanatisme par ]a loi, Jaisfe dployer l'etcndart. de la tolerance &c. fait de la Hollande k fj11 ur de la libert, & la patrie de tous les homme~. Que le Diell
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168 PIECES JUSTIFICATIVES. puisfe rempir d'ausfi faints dvoirs; on publiera la prfente exhortation & mandement fuivent l'ufage, fupliant tous & iusfi chacun de nos freres venir dans une de nos Sinagogues le jour indiqu, joindre leurs vux & voix, pour exalter la gloire du feigneur & implorer fes bonts. Et le Mabamad dclare que dans ce jour de jeune tout 1ahid () & Congrtgilnt pour quelque caufe ce foit que rentre de la ~inagogue lui eut t deffendue, il peut y venir librement, fans que ceci puisfe tirer confquence pour l'avenir. () J abid mot hebreu qui veut dire Membre. Go gle

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. PIECES JUSTIFICATIVES. 1f9 No. XIX. 1. L0 N O T I F I C A T 1 :f!. Den Hove van Potitie en Crimincele Jufi:itic Jdagten zynde voorgekornen, wegens disordre en ongeregeldheden, veroorzaakt en gepleegt door eenige Burgers van de Joodfche Natie, wclke op den dag der begraaffenisfen van W ylen den \Ve l E.Jele GeO:rengen Heet Gouverneur Generaal dee. zer Colonie B. TeJtitr, r.evens de andere Burgeu onder de \Vapenen fionden! Zoo is by welgemetde Hove, tot voorkominge van diergelyke gebeurtenisfen goed gevonden en gerefolveert, de Burgers van de voorfz. Jood fche Natie te exhimeeren, omme by vervolg eeni ge F.!stiviteiten, waar hy de Burgery deezer Steede in de Wapenen verfchynt, als Schutters, by te w.oontn; en dat dienvolgens de1.elve in dusdanige gevall~n, door de Capiteins der respective Co01 pagoien, waar ondcr zylieden fotteren 1 niet zul len worden gecommandeert; alles nogthans onvcrmindert zoodanige verde,;e Burgerdienfien en Exer. itien ais waartoe die van meergem. Joodfch~ Natie verpligt en gehouden zyn J ende op dat hier yan geen ignorantie w.erden gapretenrleerd zal deezcn daar en zo men gewoon is, werden gepu bliceerd en geaffigeerd. /u:tum Paramaribo den 1$ D.ecc11\ber 178.J. L 5 (on. Go gle

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J70 PIECES JUS TIFIC ATIV ES. (onderftond) ter Ordonnantie van den Hoov,"' (en geteke!'l) Gootm1111r. Wy, Mr. Wolpbart jacob B e eldfayder M11troo1, Gouverneur Gl:nera Il ad interim cwer de Colonie Surinaame, Rivi::ren en Diftricten van dien, enz. enz. enz. Gezien en gexamineerd hebhende zekere Notificatie de dato 15 December 1,84, aan ons door Gouverneur en Raaden zynde voorgedraagen. hehhen, ais daartoe geauthNifeert zynde, oor Haar Edele Groot Achtbaare Heeren de Heeren Direc teuren, Regeerdcrs der Colonie Surina men, goed gevonden en verftaan, dezelve te approbeeren en ratificeeren, gdyk dezelve geapprobeert en geratificeerd word mits deezen. Actum Paramaribo den 21 December 178,4 (was get.) Bttltifoyder, Ml!troas ( onderftond) ter orcion nantie van den Heer Interim.r Guverneur, ( en get.) fi. s,houten, eerfte Clercq, (Iaager ftnnd) Accor-deert met zyn origineet len get.) J b. Dietllejit, provifionecl gezw. ~lercq~ No. XIX. Go gle

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PIECES JUSTIFICA fi V ES. 17, No. XIX, EXTRACT uit 't Registcr der Notulen en Refolutien van den Hove van Politic en Crimineele J uftie deezer Colonie Suri nam.e. Dingsdag dm 15 Fehrury l7ft5 Waarna geleezen de Requeste ioo van Regen-en der Pormgeefche Joodfche Natie ais ller Hoogduitfche, beide behelzende, na allegatien van zeer wydloopige middelen en pofitiven, hunn~ klagten wegens den innehouden van de Notific:i tie van deezen Hove, de dato 15 December laastIeeden waar by die van de Jo odfche N ,nie zyn geexhimeert omme ter occafie van Fes tiviteiten, alhier aan Paramaribo in de Wap~nen te verfchynen 1 hun lieder ldagten en doleanfe dcswegens fustineerende, met die hevryding aan merkelyk gegraveert te zyn, en mitsdien verzoe kcnde, clat gemelde Notificatie huit.en effect mag worden gefteld alles verder by gem, beide Re queste gexprimcert. Waar op gedelibereert, is goedgevonden en gerefolveert te vc:rklaaren, dat den Hove in aan_ zien van diverfe ongeregeldheden door eenige Leeden uit hunne Natie geperp~treert, ais onk OVel Go ge

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1}~ IHECES JUSTiflCA TIVES. ook over de zeer onheraamelyke ontmoeting door een der Regenten hunner Natie, met relarie tot den Wei Edde Geflrenge Heer lnterim1 Gouverneur, Mr. W J .Batld/nyder Matroos, ter gelegendheid van de begr ivenis van Wylen den Wel Ed. Gefi:r. Heer Gouverneur Gener,1al n,-,. urd Ttx~r, zig wel degelyk aan wanvoeglykheid en disrespect, met betrekking tot zyn Wei Ed. Gefi:r. hehben fchuldig gemaakt, en rlienvolgens de pofitiven, by de rnemorie ter nederge!l:eld van de goerle ordres ofte 't verpligten ref pect aan het hoofd der regeering eener Colonie nim mer te hebben gemanqueert niet der wa~rheid conform z.yn. Den Hove by h1:1nne genomene Refolutie, en daar op gedaane Notificatie, zoude kunnt.n per fifi:eeren, dan dat in overweegi nge genomen zynde hunne nederige fupplicquc en derzelver fubmisfi,; in deer:en en uit hyzondere eerbied voor de con fideratien en voorflel van zyn \Vel Ed. Gefl:rengen den Heer Gouverneur Mr. J. G. /if/ichtu voor deeze reize wel h tdden willen afgaan van de genomen Refolutie en cen dien eirde gedaane no tHkatie, de dato 15 December 1784 derzelve te fiellen buiten effect, en dus de Joodfche Burgers te admineeren tot de puhlique Exerdtie en Drillingen op den Cluden voet, in rlat vaste ver trouwen dat de Regenten der Natie, ais waardi ge Opperhoofden in het vervolg zullen zorgen dat den Hove nimmer eenige redenen tot mis-noe G gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 173 noegen zal worden gegeeven zoo door hun ofte eenige uit hunne Natfe. En indien door overhoopte evenemente het mogte plaats hebben; dat de Burgers der Natie op den dag dat hunne Sabbath inviel, wierde gc c0mmandeert in, de wapenen te koomen dat zy als dan op een dcente en refpecrueufe wyze den Wei Edele Geftrenge He .er Gouverneur zoodanige remonfirantien zullen doen, ais dan nodig zal be vonden worden. En zal Regenten, zoo det Portugeefche ais Hoogduitfche Joodfche Natie Copie authenticq van voorfchreeve Refolutie worden gegee~en om te firekken voor appoinctement op hun lieder bei der regten en tot hun narigt. 'Nn YV Go gle

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1,4 PIECES JUSTIFICATIVES. No. XX. EXTRA C T uit het Register der Notulen en Refolutien van den Hove v a n Politie en Crimineelc Jufiitic der Colonie Suriname. Heefc den Raad finaal voorgedragen D at, enz. W yders met ferieufe recommandatie aan de Re genten van gemelde Joodfche Natie zorge te draa gen d:it uit de aan hun zoo gratieufclyk verleen.ie Privilegien, geen verkeerde confequentien werden getrokken of werden gexteneert, -dan de duide Jyke Ictter van dien is medehrengende. E~ zal aan Rcgenten van meergcm. Joodfche Natie Extract worden gcgecven, tcn eindc zich daar na precifelyk te rcguleeren. Accordeert met... voorfcb. Register. (was get.) Ji,. DittJlt./11 prov, gezw. Clercq; Na XXI. Go gle

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PIECES JUSTIFICATJ'VES. 1;1 No. XXL PROSPECTUS D'U N C O L L E O l~ D E LITTERAT'URE SOUS LA PROTECTION Dl!! SOM EXCELLENCE MONSEIGNEUR J. G. W I C H E R S Gouverneur Gtntral dt la Colonit dt S11-rinam, &,. &,. &,. SOUS LE TITRE D E DOCENDO DOCEf\fUR. Celui qui defire Je s'inftruire & cherche Je, moyens G gle

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176 PIECES JUSTIFICATIVES. moyens pour y parvenir fait fan devoir; mais c~lui qui fe peine trouver des lumieres pour les partager avec fes compatriotes, est digne d'loge. Nous avons dans cette Colonie, non feulement parmi notre Nation, mais mme parmi les Chr tien'! une quantir de jeunes gens dous d'une perception fi fine. & d'une adresfe fi furprenante dans leurs inftinct naturel, qu'il ferait aif de lei rendre utiles la patrie & d'purer leursmurs; il !le leur manque exactement pour venir ce but que es ides rflchies pour acquerir des-con noisfances fi utiles :rnx arts liberaux & aux fcien ces, l'ame de la foci~c. Nos anctres etJ gnral malgt leurs richefies ngligerent de donner leurs enfans rducation ncesf~ire; 1' criture qu'on leur a fait apprendre; produit en gnral, de trs bons crivains; ru2is la langue du pas ft nglige. Point de notions de Geographie, rien du Commerce, aucune Litte rature n gnral. Notre jeunesfe enfin doue plus qu'ailleurs d'une prespicadt d'esprit fi ad mirabte, fe trouve cependant dans la plus crasfe ignorance. La pasfion du jeu qui femble ftre inne pour ainfi dire en eux; les loigne du dfir d'apprendre, & affoiblit leurs organes au point que fi l'on n'apporte un rmede quelconque pour leur donner de l'ducation, & leur faire f en tir ou cette disfipation les porte il en doit itlturellement rfultct des conf~quenccs affreufes. La Go gle

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PIECES JUS TIFICATIV.ES. 177 La nouveaut plait tous les hommes en gnral; elle piquer a certainement la curiofit~ de n tre jeune sfe, l'efprit n a turel de nos concitoyens, la chaleur du climat, cette vivacit de temper a ment, cette heureufe organifation que les Euro pens mmes foot forcs ieur accorder, nous donnent l'espoir de rusfir dans notre entreprife. Etablir quelque chofe d'utile qui puisfe fervir aiguillon la jeunesfe & qui fixe en rn!me tems fa curiofit naturelle en leur infpirant de l'mulation est fans doute une grande diffi. cult, nous la tentons ; mais quelle plus grande difficult, ne feroit-il pas encore que d tablir des Ecoles publicques?Defaut de fujets d'une c a p a ci t rquife qu'on ne pourrait encore fe procure r qu'avec beaucoup de foins & de dpenfes; dfaut de moyens dans fa plus part des peres & me res pour fubvenir es fraix, tant peu di s pen. diew qu'ils pui,fent tre; & apr s tout qu1eu rfulterait. fi ? Chacun fait que la plu s p art des coles publiques gere par quelque s m a tres, qu'i ne vifent qu' leurs intrti particulier, ne font point dens le cas de remplir ce qu'un C o llge d~ Litterature peut faire, ne fut-il que l a d cence & le refpect qu'in(pire ncesfairement, u ne focit qui veut bien facrifier fes momens de ioifir pour le bien de l'humanit'. Notre inclination mutuelle pour la littr ature; l'amour du prochain, le de!ir de remplit' les vues IL P A'R Ta;. M pa~ Go gle

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178 PIECES JOSTIFICATIVES". p a triotique de f on Exellence Monfeigneur le G o tiverncur 1-G. Wi,her.r,comme amateur des lettres nous ont occup mille & mille fois & cher chant les moyens de parvenir notre but nous n'en avons point trouv d"a utres, que celui d'employer nos foiblts lumieres pour difier la jcuneffe & la porter la vertu. En corif quence nous avons rColu dans notre 1bcic particttliere connue ici g\1 ralement par le rapp 0tc des fentiments, & d'une amitie fincere; dfecablir un CotJege de Littrature. Mor.fleur de Montel au declin de fes jours flatt de pouvoir contribuer au hien de fes compattiotes, offrit gratis u n appartement de fa maifon la dis pofition entiere de fa Biblioteque remplie de livres rares &. clasfiques dans lesquels on p t ~t trouver des notioi-1s fltr pres
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PIECES JUSTIFICATIVES. 179 qu' neuf .. & au d~faut de fa vans pour nous gui der dans cette tatriere, nous y fupplrons par la Iecteure des ouvrages f'uivaus. 1. Le discours prliminaire de 1Abb Millot, qui embr a sfe en racourci J'hHloire ancienne, c!c que fe trouve dans le premier tome des lments de fon histoire. 2. 1lhiftoire des Rois de Rome, par Paliffot. 3. La rvolution de la Rpublique Romaine, par Vertot. 4. La rvolution de l'Empire Romain, par Lin get ~ 5. Les anecdotes !ut Rome ; pour nous faird tappeler, & nous fervir de rpertoire de ce que nbus aurons dj lu. Enfuite nous prendrons pour la cloture de ce qui concerne l'Hiftoire ancienn. tS. La grndeur & la dcadence de Romains; par Montes quieu~Aprs avoir fini cet hHloir. e nous nous occupe Mns de celle de la N ation Juive, dont Prideau & Gour auront fa prference. En fuite nous prendrons l'hiftoire de la p:ftrie dont l abreg de Kerroux,nous femble tre le meilleur, & l'hif1oire moderne par l'Ahb~ Millot. En fuite nous nous occuperons du Commerce, de l:t Navigation & de l'Agriculture. l'Abb deCondil lac, Huer; Uftars,.RaynaJ, les intrts des Nations r ltiverncnt au Commerce, pourront nous fervir de &tJide. Eo. G gle

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180 PIECES JUSTIFICATIVtS. Enfuite nous prendrons la philofophie en grrai, & pour cette matiere nous croyons pouvait donner la prfrence. 1. A l'hifl:oite des progrs de resprit humain f dans les fciences & dans les arts qui en dpendent, par Monfieur Saverien. ~-!'Erudition complette de Bielefeld. 3. La philofophie du b
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PIECES JUSTIFICATIVES. 181 ment une ~onfiance entiere aux Emules, & fi mt!me dans Je cours de la lecture il fe trouve quel que difficult re foudre, on pourfoit i,oliment in terrompre le lecteur pour propofer fes doutes l'affc::mble & fuppof que les membres ne pus fent donner des folutions at,tx objections, la Compa gnie dans ce cas, travaiHera en fon pnticulier pour tacher
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182 PIECES JUS TIF ICA Tl V ES. Jeur foient plus agrables ; nous chercheron!i dans ce cas quelque autre manierc propre leur capacit, afin de les mettre mme de pouvnir nous fuivre dans le plan que nous nous fommes propof leurs promettant (s'il nous encou~ ragent par leurs attachement pour les lettres) que i:ious nous occuperons alors ferieufeipent faire choix d'un bon fujet capable de leurs enfcigncr par principe dans le ColJge, les lmens de Mi thologie, Geographie, l\'1athmatique~ Commerce, Agriculture &~. &c. En atten,lant nous frons tous nos efforts par le moyen de bon s auteurs connus, de nous mettre nous mmes porte de pouvoir leurs enfeigner. Veuille le Dieu de l'univers bnir n tre eotreprife & qu' raifon de la puret & de la droiture de nos intentions il lui plaife d'inf pirer =-la jeunesfe la vertu, le gout pour le travail, & l'amour pour les lettres, afin qu'ils puisfent contribuer au bjen tre gnral de la Colonie & rtalifcr par l, ce que dit, Rorac, Fr11&1u1 /11 t,oris glori11. Fait & figns par nous~ dans la maifon de l\1on fleur de Montt/, auj0urd'hui 16 Fvrier J?8J. Melllhres fe]on leurs ge, 1ig11~ de Montel, 7. H. de Brrio1 Jr., S. G. Scares, If. de ia Pa"n,_ fm,n11n11tl d'Atu1ri11, S. H. Bra11don, D. D. J. C. N11s/y, D N. Mon/a11to, M. P. dt L,on,M. de,., P11rr11 membres du College. Son Exellence Monfr~ le Go gle

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PIECES JUS~IFICAT'IVES. 183 Je Gouverneur WithtrJ',Monfieur W. """ dt f'.o/1, Monfieur le Lieutenant Colloncl Frtderi&i, Mon fleur le mdecin G. W. Sebe/Jing, :Me~fieurs S. H Jt la Parra, S11mutl Fer111111des J. Mtiu d, Chattlet1x, S. H. Moron btn11un Jusior, Jtof. de /11 P11rr11, E. Soesm11n, Abm. 4ft SmnMel Roblu Demtdina, If. C11uc11n11s, BrO'Wn. D H. Brndo11, Daniel Jn. L,,bo ]r., A. B11eno Bi/,,"" lfack tk 4brabam Bneno Demesquit11 M. H. N11b11r, Joj; 6aba-, Fon/eca, Abr11ham 811eno Dtmtsflll4 If ut !'/f!ar, MtZ4 Da'Vid Sarr11&0, Go gle

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184 PIECES JUSTIFICATIVES. No. XXII. Lettre de fon Exellence Monfieur fe Gouverneur j. G. Wi&hrr.1, aux membres du ollege Docen de Docemur 2 l'occafim du Profpectus que lui fut prfent. par les Commisfaires du dit College. MESSIEURS! J~ai reu avec beaucoup de: fenfibilit & des fentiments de rconnaisfance votre Profpectus d'un Collge de Littrature. j'aime tes fciences les arts je tes honore & ferai tout mon posfible pour les protdger, ain fi Mesfieurs votre Coll~ge merite non feulement mon aprobation mais je ferai chann~ de pou ver vous tre utile. Je 1,rend la Iibcrtd de vous communiquer mes rmarques. I. Premierement il faut enfeigne:r Ja Geographie. 1(. L'hitloire en gnral fuivant l'Abb Millot, Bosfuet Histoire Univerfelle Martinet, Waereldgefchiedenisfen. III. L'hiftoire Juive felon Pridcaux. IV. Hilloire de la patrie, l' hbrei de Wagenaar, Va-Go gle

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PIECES JUSTIFICATIVES. 185 Vaderlandfche Histoire, te Utrecht gedrukt. Engelbert, aloude Gefchiedenisfen der Vereenijde Nederlanden. V. La philofophie ou plutt la morale fuivant Bielfeld Erudition complette Pestel droit Naturel. Le temps claircira vos id~es, vous verrez Jes petits inconveniens & alors vos changement, feront plus jufi:es. Ctest avec beau. coup d'affection & d'estime que j'ai l'honneur d'tre. MESSIEURS! Votre tres humble & tres affectionn ferviteur (fign) WICHERS. No. XXIIL c Go gle

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le 186 PIEES JU~TIFICA TIVES. No. XXIII. -,Yel l;trwa,rd, Httrtn De Portugeefche J o odfche Natie, ruim een derde uitmaakencie van de blanke Inwoonders dezer Colonie, heeft reeds cverlang onzen aandacht be zig gehouden, om, indien mogeJyk, het verval dat onder dezelve Natie plaats hadde, weg te neemen, en een zoo aanmcrkelyk aantal van Jngezetenen nuttiger voo.r haar zelven en vpordeeliger voor de maatfchappy te maaken .. Doch wy wanhoopten hier in te zullen Oagen by gebrek van de nodige verlichting. en macht : dan door de kundige rmonftrantien van de Adjunct Penningmeester Dll'Did dt If. C. N,rjy, het cerftc verkregen, en by Rcfolutie van 'c Collrgie der Maha .m3d en Univerfeele Jnnta, de dato 8 Maart, tot het tweede in ftaat gefield zynde, waar by aan ons word opgedragen de IJ\3gt :n authoriteit om te disponeeren in zodanige rnidde len ais tot reforme en redres onder de Portugee fche Joodfche Na tic, zoo omtrent deszelfs Pivilegien, Ascamoth, Ufantien, Costumen ais Finan~ tien van de Sioagogues, nuttig en billyk bevinden. Zoo heb6en wy vervoJgFns gezien en naauwkeu~ rig onderzocht de mernorie van de gequalificeer dens van Mahamad en Ur,iverfcele Juma de ~:ito 8 M.a rt 1JM1vt:RS I ur 1 Mdu A

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PlEC ES JUS TIF ICA TIVES. 187 Maart laatstleeden en in Qverweeging neemende de noodzakelykheid van de door de Gedeputecrdens van de Natie voorgcftelde plan van reforme, tot he1 fiel, opbeuring, rust en tranquitit 1 eit der natie goedgevonden en verftaan, en alvoorens tot getnelde plan overtegaan, of eenige pointen van reforme of redres te beraamen, hoogstnoodig, ja zdfs on\'~ mydelyk g!;!acht het getal ller Regenten 1 te vergro0. ten, en dezelve voor eenc n J:rngeren tyd, dan by de Asat11oth is bepald, in gemelde .hun ampt te doen continqeer~n, om daardoor met g : efladigheid, zorg en vlyt te kunnen werken, en door eene gron. dige verkreegene ken ni~ van zaaken, in fia;t gcfietd te worden om een volledi g .en welgefidd plau vao reforme uit te werl;.en. Ais n.u daartoe overgaande COfalmitteeren en eti. geeren wy, gelyk gecommhteerd en ge~Jigeer
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188 PIECE-S JUSTIFICATIVES. Verleenende mirs deezen aan zodanige geligeerde perfoonen, buiten en hehalven de gewoone digni teit, magt en authoriteit, ais fungeerende Regen ten by Ascamoth competeert, daar en boven de niagt en faculteit om 't noodige plan van reforme en redres on der de natie (ingevo]ge de Refolutie van de Generaale Junta, dato 8 Maart jongstleeden en rolitieke demonfirantie van de Adjunct Penning meester ~-J. C. Nasf,y) te doen neemcn en incroduceeren, gelyk meede de volgende Electien van hun Parnaffims zodanig te bepalen, ais tot welzyn van de Natie is firt1kkende, met Iast het zelve plan aan ons te fuppeiteren, ten fine van onderzoek om goedkeuring, om ais dan op dat alles 't finale .. confent en aprobatie van Haar Edelc Gr. Acht b. t de Heeren Directeuren en Regeerders dezer Colouie te verzoeken en in te winnen. Gelastende rnits deezen aan aile de Ledemaaten en Congreganten der voorfchr. Gemeente, van wat qualiteit dezelve ook mogen zyn, de door ons gecommitreerde en geligeerde perfoonen,. ais wa._1re en wcttige Reger:ren te erkennen en na behooren te respecteeren, zonder eenige de min fie verzet ,if tegenfpraak, derzelver ordres en dispofitien te ob ferveeren, en aile h.iastigheid, twist en proceduures by te Jeggen, vertrouwencle dat een ieder to~ welzyn, rust en vreede, onder de Natie 2al trag ten te contribuecren, om de regeering van gemelde Parnasfims aangenaam, gerust en nuttig te maaken, en ~'..---~ ---------~!'!'!"'!'"""""""'!'!"'!'!1!'!""'!'~~!!!11!1!!11!1111!!111-.i Uk\HVtK::, i y Ur \J \Jt::,u IA

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PIECES JUSTIFIC.\ TIVES. 189 en daar door aan ons heilzaam oogmerk, aJleenlyk het welweezen van de Natie beoogende, het hunne toe te brengen; onder pne dat aile die geene, die deeze onze despofitie mogten contrarieeren, ais verftoordc:rs van de gemecne tust ztllleti werden gellrafr. En za1 deeze onze Retotutie, :tlvoorens de Electfe van Regenten te doen, in be1de Sinagogue worden gepuhliceerct, op d a t een ieder zulks kennelyk zy, en zig daar na kan gedraagen. Waarmede, Wtl Eerw111Jrde Httrm U Wei Eerwaarde in Godes heilige hoede beveelende blyven Go gle UWel Eerwaarde toegenegene Vrieod, de Gouvernur' Ge,. neraal van de Colonie Su riname. (Was get.) WICHERS. No. XXIII

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190 PIECES JUSTIFICATIVES. No. XXIIL Ingevolge den inhoud van onze dispofitien op i1eden gedaan.. over CD wegens de memorie van de Gedeputeerdens van Mahamad en Generale Junta. 1-Iebhn wy goed gevondn en verfiaan t uit de Regenten en Adjuncren vyf perfoonen, en uft ber midden v:rn de voorna.1mfle Ledematen, tw~ pcrfoonen uit te kiezen, om te zamen uit te maaken het getal van zcven Regenten, tcn fine als try gemefde onze Refolutie is vervat. Te weeten naa'r de rang als Adjuncte11 en" de ouJerdom der Ledematen de volgemle-. (No. 1. Ifa,c dt la Parr11. f 2. Dav d de If. C. Naft. Adjunten < 3. David Nunes Monj:mto. l -4. :Ja,ob E-Ienriq1111 de Barrios JI, L 5. &mueJ l:Ioheb Brandon. 6. Mofis P11r11de Leofl. Ledematen. 7. Snmu,J H. di /11 P rr11. En by weigering om deeze onze Electie CD cornmisfie te accepteeren, verbeuren de onwiJligc eene boete van vyf hondcrd guldens boven de rceds ge ftelde by de geapprobeerde Refolutie van de Juneta de dato 9 J ul y 1782, ten behoeve van een ar. me kas, blyvende daar en tegens aan deeze ge~ ~ommitteerde Regenten vry en onverlet om naar hcc dfovtK:i Or M lNNt::iO A

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PIECES JUSTIFICATIVES. 1
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gle 192 PIECES JUSTIFICATIVES. Voorts authorifeeren wy mits deezen gemelde Re~enten om io plaats van een Penningmeester of Galiny, zonder dilay een Ontvanger van lie de casfa's van gemeente onder behoorlyke borgtogt aante ftellen, op zodanige falaris en conditien ais zy zullen bevinden te bebooren. Waarmede m-1 Eerw11ttl1 H1tt111! U W cl Eerwaarden in Godes heilige hoede be veclende, blyve UWel Eerwaarde toegenegene Vriend, de GouverneurGeneraal van de Colome Sllrinaame. (wai get.) WICH.EllS~ HOOG UNIVERSITY OF MINNESOTA

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t PIECES JUSTIFICATIVES. 193 HOOG MOGENDE HEEREN Wy hebben ons vereert gevonden rret Uw Ho<'g Mop;ende gerespecteerde aanfchryving en Refolutie van den 18 Mey laatst)eeden, tcm einde Hoogst dezelve te dierfen van onze conftderatien en aclvis op de daarneevens gevoegde Requeste van Mr. 1//. J. P. Mtmtz, M. H. van Lobbrtchl, P. S. H1111-fen.., N. C, Lemmcrs, G. G. /Togt, P. Bogtl en P. Si,btermans alle Advocaaten en 'f. y, L,ymer, G. Conyttenherg, M. H. Wolff, T. Lolits en 'j. El. Hel per, :ille Procureurs, geadmitteerd en postulecrende voor den Hoove van Civiele Jufiitie in de Co Ionie Surinaame houdende, om redenen ,taar by vermeld verzek dat Uw Hoog Mog. mogte goeddunken en v~r!laan, dat geen Jooden, Heide nen, Mahometaanen of andere Ongeloovigen, tot ~dvocaaten of Procuretirs by eenfge Hoove of Collegten van JuH:itie binnen de Colonie Surina men in het byzonder en voorts in het algemeen bionen de Colon!e deezer Scaat zullen mogen worden geadmitteerd en aangeCl:eld, of ais zodanige, voor eenige Hoven van Juftie aldaar zul len mogen postuleeren of eenige llequesten Memorien of Schdfcuuren, onderteekcnen en pre. fenteeren. Terwyl de Suplianten dit hun .verzoek aan Uw Hoog Mog. niet hebben bekleed met eenige ree den ofte bewyzen, zo zouden wy ons merkelyk li. PARTIE~ N ver--G gle

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J94 PIECES JUSTIFICATIVES. verleegen hebben gevondcn om aan deeze Uw Hoog Mog. geerbiedigde beveelcn na behooren te voldoen, was het niet dat het Request door den Joodfchen Solliciteur Monfieui P.1r1ir11 tl, ,?eon, aan den Hoove van Civile Juftie in de Colonie Surinaame geprefenteerd, het geen aaaleiding tot dit adres van Surinaamfche Advocaaten en Procureurs aan Uw Hoog Mog. heeft gegeeven, reeds in de Colonie had veroerzaakt een Request Antidotaal, van het grootfle gedeelte der voorfz. Advocaaten en Procureurs, aan den Hove van Civiele Jufritie het welk door dit Hof aan ons is overgezonden. Hier door in fraat ge{l:eld zyndc de gronden van de Supp!ianten met meerdere kennisfe te beoor deelen, zo zullen wy ook met meerderc fidutie onze gedagten ten
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PIEC S JUfSTIFICATIVES. I~J' Joodfchen Solidteur dt Lton, om ais Procureur te moogen pdstuleren toe te tlaan. niet te min aal1 den dag legt deszclfs toegnegenheid om den Suppliant; ws het mogelyk, niet van d band te wyzen; er. zulks uit floofde van de wezendlyke en zwaarwigtige bedenking voor 't volgende uit het aanrnerkelyke getal Ingezeetenen v~n het Joodfche geloof, welke de Colonie van Srinamen-bcwoo'nen, en byna twee derde van het getal der lnwoo ners uitmaakt. En wanneei-wy da'ar by net onze zullen voegen zo kunnen wy niet anders dan deeze toegenegenheid van het Hof van Civiele Jufiitie bevestigen, en voor Uw Hoog Mog. erkennett, dat
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19<5 PIECES JUSTIPICA TIVES. Want offchoon deeze Advor.aaten en Procureurs met veel vlyt by elkanderen hebben gebragt :il h e t gel!n waarop zy vermeencn hua uitfluitend recht te mogen bouwen, zo hebben zy nergen~ kunnen bewyzen het geen eigentlyk beweezen rnoest worden, namentlyk, dat het door een wet aan eenig Hof van Civiele Jufi:itie verbooden zou de zyn Joodfche Procureurs te admitteeren, wan neer het zelve de om{landigheden daartoe ge fchikt mogten oordeelen, H e t geen zy uit de wetten der Keizeren van het Roomfche Geloof ofce van eiders bybrengen; do~ t ook in het geheel niets ter zaake, aangezien aldaar alle Gezinclheden, b e halven de Roomsch Catholicguc, worden uitgcflooten, of wel een plaat. felyke uitzondering gdyk in Friesland, (land grypt, of wel alleen v a n Advocaaten en niet van Procureurs gefproken word, terwyl het eene ze kere waarheid is, eensdeels, dat deeze beide be roepen, zo wel in bezigheden en num ais beloo loo n ing verfc.hillende zyn amlerdeels dat aile pnale pro h ibitive wetten nimmer door interpre tatie tot andere voorwerpen wordcn uitgeflooten, nemaar veeleer ingebonden. Nademaal dan, Ho g Mogende 1-Ieeren zig alhier veretnigt het welzyn der Colonie, waar in de Jooden buiten tegeof praak eene \)yzondere :ittentie en befcherminge verdienen, met de vry heid ea ver.lfa~g~aawbeid van ons Gemeenebesr, al r

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PIECES JtJS'tlFICATlVES. 197 lllwaar een ordentelyk beftaan tan eeJrlykheid ett kunde, onder wat gezintheid zy ook n10ien huisvesten zonder gewigtige redenen, niet ontzegd zal worden, zo maaken wy geene zwurigheid om Uw Hoog Mogende te advifeeren, ten einde op het verzoek ,,an de meergemelde Su1 rinaamfcbe Advocaaten en Procureurs voor zo verre de Jood fche Natie aangut, te verklaaren, dat in het zelve niet kan worden getreeden, en teffens Gou verneur en Raaden van Civiele Jufiitie in de Co. Ionie hy aanf chryving te authorifeere n omme zo wel op den Requeste van den Solliciteur Monfr. Pirtira dt lto11, ais alle andere, welke: in vervoJg van tyd. door eenige Jooden, tot de ~1dmisfie ais Procureur aan hunlieden zoude mogen voorkomen zoodanig te disponeeren, ais zy, na otnfiandighe den van zaaken, zou de vermeenen te behooren. Waarmede, enz. Amfterdam den 28 July 178ll. G gle

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