Citation
Histoire physique, politique et naturelle de l'ile de Cuba

Material Information

Title:
Histoire physique, politique et naturelle de l'ile de Cuba
Creator:
Sagra, Ramón de la, 1798-1871
Place of Publication:
Paris
Publisher:
A. Bertrand
Publication Date:
Language:
French
Edition:
v.3 pt.1, v.4, v.6-7, and v.11 pt.1-2
Physical Description:
1 online resource (volumes) : tables ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Natural history -- Cuba ( lcsh )
Botany -- Cuba ( lcsh )
Botany ( fast )
Natural history ( fast )
Travel ( fast )
Description and travel -- Cuba ( lcsh )
Cuba ( fast )
Botánica ( qlsp )
Historia natural ( qlsp )
Viaje ( qlsp )
Temporal Coverage:
Abolition of the Atlantic slave trade ( 1836 - 1867 )
Abolición de la trata de esclavos en el Atlántico ( 1836 - 1867 )
Spatial Coverage:
Cuba

Notes

System Details:
System requirements: Internet connectivity; Web browser software.
Statement of Responsibility:
par M. Ramon de la Sagra.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
UF Special Collections
Rights Management:
This item is presumed to be in the public domain. The University of Florida George A. Smathers Libraries respect the intellectual property rights of others and do not claim any copyright interest in this item. Users of this work have responsibility for determining copyright status prior to reusing, publishing or reproducing this item for purposes other than what is allowed by fair use or other copyright exemptions. Any reuse of this item in excess of fair use or other copyright exemptions may require permission of the copyright holder. The Smathers Libraries would like to learn more about this item and invite individuals or organizations to contact Digital Services (UFDC@uflib.ufl.edu) with any additional information they can provide.
Resource Identifier:
035640732 ( ALEPH )
748455949 ( OCLC )
Classification:
QH109.C9 S3 ( lcc )
42.75 ( bcl )

Full Text
..... . . . .
Aw or
Att
:44,
NNW ........ . . . . .
. .. :,QV
NT .:. v k,
you
rm
6 ,
AN fy
ICA
inn
Ofn
sx,
lim w: JI!
'1 0 Any AW
ff. I., A
4 ;rp .. MA:
At
loss
Fj
Av
L4 AI
16w z. VUL 'lt
vt




AI

7




#
lb VY",
"a 0--"40 "1 AA
006,OA l4v
40
A
a.- Aiow lk
A7 '14
.4F'
qr
. .. .......
4r
qp
Vi'4F
4r
4b
LAM
04 VX
"DW
40 41
et
VA.
41
At
I YA-1,
4.



















HISTOIRE
PHYSIQUE, POLITIQUE ET NATURELLE
DE
L'ILE DE CUBA.
MAMMIFERES.
INTRODUCTION.
L'histoire naturelle d'une contree peut 4tre consid re sous le rapport des especes indigenes, afin d'en determiner la classification scientifique et de faire connaitre leur utilitd, ou hien encore on peut l'envisager sous un point de vue purement &eonomique, c'est a dire sous le rapport des esp"ces que l'homme a assocides a ses travaux ou a rendues tributaires de ses besoins. De ces deux genres d'etude, le premier a pour but la recherche de nouvelles conqutes pour accroitre les produits de l'industrie et du commerce, et le second met I'histoire naturelle en contact avec celle des peuples, en fournissant a l'observateur les documents ncessires pour rdsoudre les problmnes les plus difficiles, so t l propose de dterminer l'origine et la provenance ions 6tablies dans le cercle de ses explorations, n u ille suivre les migrations des penples nomade s deux cas, I'homme marche toujours accom imanx domestiques, et son 4tat de
sociabilith est mni ent en rapport avec le nombre de
MAMMIFERE S.*




9t
II MAMMIFERES. ,
especes qJ'il a soumises a son empire. En effet, cette association, dont sa puissance et son industrie resserrent les nceuds, facilite et agrandit ses conquetes, et rdagissant ainsi sur le caract6re primitif, elle modifie les mceurs et les coutumes des peuples guerriers qui passent de la vie agricole celle de pasteurs.
L'examen de cette influence reciproque qu'ont 6prouvie les diverses races d'hommes et d'animaux domestiques offre un cours d'itude du plus grand intirAt, car il est fonda sur un grand nombre de considerations secondaires relatives aux types primitifs, a leurs diffirents points de depart et a leurs stations dans certains climats. Effectivement, la rencontre d'animaux domestiques chez une nation inculte peut faire presumer son origine et ses migrations, avec plus de probabilite que ne pourraient le faire les mots d'une langue morte, conserves dans le dialecte d'un peuple sauvage, pour en dtduire l'anciennetd d'existence ou la transmigration accidentelle d'une nation civilisde. Pour resoudre le premier problme, on retrouve des monuments vivants, qui, en indiquant la race et la provenance du peuple auquel ils appartinrent, semblent dire l'homme a passd par la; tandis que, pour arriver a la solution du second, on n'a guere que des indices muets et isol's d'une generation perdue.
Dans notre introduction gn"rale, nous avons tch de jeter quelques lumibres sur la question de l'origine des iles parses dans le grand archipel amricain, en tudiant leur constitution gdologique et les animaux indigenes qui les peuplent, puis en comparant les risultats de nos observations avec ce qu'on connait de plus positif sur la constitution du continent voisin et sur les especes qui lui sont propres. Il serait aussi utile et non moins important d'emplofyer ce m~me syst~me de recherches analytiques, pour etudier l'origine et la provenance des diffirentes races de l'espce humaine; mais la solution de cett~ second question exige, avant tout, des notions pricises sur l'origine des verses varitis d'animaux domestiques, de m me que,




INTRODUCTION. II
pour rasoudre la premiere, il importe de fixer prialablement les vraies limites gdographiques du territoire qu'habitent les especes sauvages. Sous ce point de vue philosophique, l'tude gindrale et comparative de toutes les especes indigenes existantes ou perdues conduit a la solution des deux grands problmes gdologiques que nous venons de faire entrevoir ; et l'observation special des races domestiques nous amene a la connaissance de l'histoire de l'homme et de tout ce qui se rattache h cette question difficile. Mais on s'est encore peu occupy de ces deux genres de recherches, et les donndes qu'on a pu se procurer jusqu'ici pour obtenir des rasultats probables ne sont ni assez nombreuses, ni assez pricises. Contentons-nous donc d'enrichir les archives de la science de quelques nouveaux faits.
L'histoire naturelle des mammif6res des Antilles se trouve rdsumde dans un tres petit nombre d'especes, parmi lesquelles nous comprenons d'abord les indigenes qui existent encore, quelques autres qui y furent trouvies A l'dpoque de la conqu te, et les animaux domestiques introduits par les Espagnols. Si nous nous en tenons aux noms cites par les anciens auteurs, et aux descriptions qu'on lit dans leurs ouvrages, il paraitrait, en effet, que certaines espaces out disparu, soit que cette disparition dipende de la grande consommation que les compagnons de Colomb firent de plusieurs d'entre elles, ou qu'elle rdsultc de la voracity de quelques unes de celles qu'on introduisit, ce que semble indiquer le texte meme des historiens.
Christophe Colomb fait a peine mention, dans le journal de son premier voy age, des quadrupedes qui habitaient les iles qu'il decouvrit, et ne parle gubre que du chien qui n'aboyait pas (el perro que no ladraba). Mais le capitaine Diego Fernandez de Oviedo, dans sa Relation sommaire de l'histoire naturelle des Indes, imprimde en 4526, et dans la Chronique ge'ne'rale qui commenca h paraitre en 4535, donne des notions circonstancides sur les animaux qu'on trouva aux grandes Antilles. a Tons les an-




ciens colons, n dit-il, ( assurent qu'il y avait dans cette ile (l'Espagnole) cinq animaux qu'on appelait IHutia, Quemi, Mohuy, Cori et Chiens de petite race (ou Gosques) (4). Gomara, dans son Histoire gendrale, s'exprime en ces termes : I1 n'existait dans cette ile (l'Espagnole) aucun
animal de quatre pieds, si ce n'est trois especes de lapins ou, pour mieux dire, de rats, qu'on appele Utias, Cori, Mohey y Quemis, qui ressemblent a des livres, et des Gosquejos de plusieurs couleurs (2). n Andrds Bernaldes, dans son Histoire des rois catholiques, dit aussi : Il n'y
avait pas d'animaux h quatre pieds (h Saint-Domingue), sauf quelques Utias et des petits chiens (Gosques), blanks et bruns et de toutes couleurs (3).n
On trouve de semblables citations dans l'Histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes occidentales,
de Jean de Laet (4), et dans les autres ouvrages des premiers historiens de l'Amrique. Ces notions ont ddji servi aux naturalistes modernes qui ont decrit les quadrupades des Antilles, comme nous le verrons bient6t; mais il existe aussi sur cette question deux passages tr6s intdressants, l'un d'Oviedo et l'autre de Fr. Bartolomd de Las Casas (5), que nous reproduirons textuellement par cela m&me qu'ils ont itd jusqu'ici passes sous silence. Oviedo, dans le chapitre iv, livre XVII, qui traite de l'ile de Cuba, dit expressdment : 11 existait dans cette fie les memes animaux de
(I) a Todos los antiguos pobladores cristianos dicen que habia en esta isla cinco animates que se laman Hutia, Quemi, Mohuy, Cori y Perros Gozques de los pequenos. )) Voy. aussi lib. II, cap. xm1; id. lib. XII, cap. i, 1, iI, ii, iv, etc., de son ouvrage (Hist. gen. y nat. de las Indias).
(2) a No habia en esta isla animates de cuatro pies, sino tres maneras de conejos h por mayor decir ratas, que laman Utias, Cori, Mohei et Quemis, que eran como liebres, y Gozquejos de muchos colores.... ) Voy. dans la premiere et seconde partie de l'istoria general de las Indias.
(3) N No habia alimaias de cuatro pies, salvo aquellas Utiasy unos Gozques pequeios que son blancos y pardos y de todas colores. ) Historia de los Reres catblicos. Cet ouvrage manuscrit fait partie de la bibliothbque royale de Madrid: I'auteur l'dcrivit d'aprbs les relations verbales de Christophe Colomb qu'il logea chez lui.
(4) Novus orbis, 1633.
(5) Historia general de las Indias. Ce manuscrit se trouve aussi i la bibliothbque royale de Madrid.

MAMMIFERES.

IV




INTRODUCTION. V
quatre pieds que dans l'Espagnole; mais il s'en trouve aussi d'autres maintenant plus grands que des Lapins, etc...... cet animal s'appelle Guabiniquinar......; il y en a aussi un autre qu'on nomme Ayre, de la grandeur d'un lapin...... (4)
Plus loin, le mbme auteur, parlant des grandes couleuvres de l'ile de Cuba, s'exprime en ces termes : << Et l'on trouve souvent dans leur estomac six ou sept et plus encore de ces animaux qu'on appelle Guabiniquinares, comme j'ai ddji dit, qui sont plus grands que des lapins et qu'elles out avalds tout entiers (2). Gomara s'en rapportait sans doute a l'ouvrage d'Oviedo, lorsqu'en traitant des memes couleuvres il nous apprend qu'elles se nourrissaient de Guabiniquinares.
Le passage de Fr. Bartolom6 de Las Casas est ainsi coneu: SOn faisait dans cette ile (Cuba) une sorte de chasse fort profitable et trbs abondante que les Indiens appelaient celle des Guaminiquiiiaces; especes d'animaux de la grandeur des petits chiens, qu'on rencontrait en grand nombre, comme j'ai dedji dit, et dont la chair tait trbs savoureuse Un seul servait la nourriture de deux hommes, ou du moins deux pouvaient suffire pour trois on les tuait a
pied et h coups de biton, ou plus souvent encore avec des chiens, car ils ne savaient gubre courir. Quand nos porcs furent lichis dans File, ils en finirent bien vite avec les Guaminiquifiaces, comme il 4tait arrived dans l'autre ile (Saint-Domingue) pour les Utias, esp~ce que l'on chassait aussi (3).
(i) aE ovo animales mismos que en la Espailola, de cuatro pies ; pero tambien hay presente otros que son mayores que conejos etc..... este animal se llama Guabiniquinar..... y tambien hay otro animal que ilaman Ayre, tamailo como un conejo....... n
(2) a Y hallanles muchas veces en el buche seis o siete y mas de aquellos ani males que. he dicho que se Ilaman Guabiniquinar, juntos que han tragado enteros, que son mayores que conejos. > Lib. XVII, cap. VI.
(3) Iabia en aquella isla una especie de caza harto provechosa y abundance que los indios nombraban Guaminiquifiaces ; estos eran tan grandes como perillos de Halda, tenian muy sabrosa care y com dije habia de ellos grande abun-. dancia : tenian dos hombres para comer en uno al menos dos para entrc trc :




VI MAMMIFERES.
L'autorit d'Oviedo et de Las Casas est d'autant plus respectable, que ces historiens furent temoins oculaires des faits mentionnds dans leurs ouvrages, ou du moins on doit supposer qu'ils parl6erent d'aprbs les relations des naturels du pays dont ils acrivirent l'histoire. Quant h Gomara et ~a Laet, leurs livres ne sont que des compilations des ceuvres de leurs devanciers.
Dans le premier 'voyage de Colomb, il est fait mention d'ossements trouvis pres du port de Nuevitas, qui ressemblaient a des os de vache par la forme et la grandeur. Cette dicouverte fit croire h l'amiral qu'il devait exister des animaux pareils dans l'intdrieur de lFile de Cuba (4). Le Dr Roulin pense que ces ossements 6taient ceux de quelque Tapir ou Danta (2), espece alors tr6s commune sur tous les points de la C6te-Ferme, et il presume que ces fragments pouvaient provenir des viandes sales apporties par les Caraibes qui frdquentaient les grandes Antilles. Cette opinion ne nous parait gubre probable, et peut-6tre qu'un jour la decouverte d'ossements fossiles du Tapir dans l'ile de Cuba donnera lieu & d'dtranges conjectures.
Outre les quadrupedes qui ont it6 decrits particulirement par Oviedo, Saint-Domingue et Cuba possadaient, a
matabanse por pies y con un garrote, r macho mas con perros, porque eran en correr muy torpes. Despues que hubo puercos de los nuestros, los acabaron todos, como en esta isla (Santo Domingo) las Utias; que eran otra especie de caza. )
(i) Voy. le journal de Colomb. 29 octobrc, Colec. de Navairette.
(2) Ces animaux sont connus sur la bande occidentale du golfe d'Uraba, dans lc Darien, sous le nom de Vacas mochas, parcel qu'ils manquent de cornes (Fernandez de Enciso, tratado de Geografia universal, i519). Les premieres notions sur cet animal parvinrent en Europe vers la fin de 15 1o, et des l'annie suivante l'auteur des decadas occeanicas en fit mention dans une description tris inexacte sans doute, mais qui permet toutefois de reconnattre cette espce a la trompe qui la caracte'rise d'une mani re particulire. Cette bate, a dit P. Martyr, c est de la grandeur d'un bcuf; elle porte une trompe come les dliphants, et ce n'est pas un iliphant; sa couleur est celle d'un bceuf, et ce n'estpasun boeuf; elle a des sabots comme un cheval, et ce n'est pas un cheval. ) (We decad., liv. IX). Oviedo on donna plus tard une meilleare description (&'umario, cap. xu). Voy. aussi Roulin, /e imoires sur le Tapir Pinchaque, dans la collect. des m~moires de PInst. royal.




INTRODUCTION. VII
Iepoque de la conqute (4), diffrentes especcs de Mammifbres, telles que les chauves-souris, dont ce meme ,crivain fait mention dans le chapitre vii de son XIVe livre, en traitant des oiseaux, car ii les rangeait dans cette classe. II dite aussi les Baleines (chap. ii, livre XIII), les Dauphins et les Loups marins (chap. vi), et le Manati qu'il decrit tres au long (chap. x), et qui vivait dans les rivibres les plus profondes des deux miles. Les quadrupedes qu'on trouve egalement dans les autres Antilles ont etd decrits et figures par les voyageurs francais. Le premier animal qu'on rencontra fut un Pdcari: les soldats de Colomb le tubrent le 17 de novembre 41492 (2), dans une des petites iles voisines de Cuba. Cet animal leur parut avoir des ressemblances avec le Porc sauvage, qu'on decouvrit plus tard dans les autres Antilles, et plus abondamment a la C6teFerme, d'oii probablement il provenait. Acosta (3) a donned une longue description de la chasse des Pe'caris, qu'il appele Sainos et qu'on connait la Guiane sous le nom de Paquiras et ailleurs sous celui d'Iavaris. Le P. Dutertre (4) et Rochefort en ont donned des descriptions et des figures dans leurs ouvrages; ils ont parld egalement des -4goutis et des Piloris, dont nous traiterons plus avant, de 1' Opasum (DIDELPHIS, Linn.), de l'lrmadille on Tatu (Dasypus, Linn.), et des petites martres d'un beau pelage appeldes Manicous, probablement les Coris de l'ile de Cuba. Mais le Pcari, l'Opasum et l'Armadille ne peuvent Atre considdrds comme des especes'propres au sol de cette ile; nous limiterons seulement nos recherches a celles qu'on y trouva et dont nous aurons pu obtenir des renseiguements, et nous passerons ensuite a la determination scientifique de celles qui existent encore.
(1) Journal de Colomb, Colec. de M. Navarette.
(2) Cap. xxxviii, lib. IV.
(3) Tom. II, trat. 6, cap. 1.
(4) Rochefort, Relation de file de Tabago, chap. vi, p. 3, Paris, i566.




MAMMIFERES.

DU CHIEN DOMESTIQUE DE L'ILE DE CUBA.
Des leur arrive dans le Nouveau-Monde, Christophe Colomb et ses compagnons trouverent une race de Chiens domestiques vivant avec les Indiens insulaires. Ces animaux, fort ressemblants h ceux d'Europe pour la forme et la couleur du corps, avaient cela de particulier qu'ils n'aboyaient pas. Dans le journal du premier voyage, qui fait partie de la Collection de M. Navarette, on lit les passages suivants, tous relatifs h diffrents points de 'ile de Cuba. (28 octobre...... L'amiral s'embarqua dans la chaloupe et fut h terre : il s'approcha de deux maisons qui lui parurent appartenir h des pecheurs et dont les habitants effrayds prirent la fuite. I1 trouva dans une d'elles un chien qui jamais n'aboya (que nunca ladro)..... n Et, le jour suivant, en parlant d'un village situd sur la c6te du Rio de los Mares: ( 29 octobre....... I1 y avait des chiens qui n'aboyaient jamais. ) Puis le I I novembre : < Ils ne virent aucun animal de quatre pieds, si ce n'est des chiens qui n'aboyaient pas. n Le fils de Christophe Colomb (1) fait mention du premier passage que nous avons cite, en parlant de l'arrivWe de l'expddition sur les c6tcs de Cuba: << Ayant dt6 aux maisonnettes qu'ils avaicnt apercues pres de lh, ils les trouvrent vides; les habitants s'taient enfuis de peur,'abandonnant leurs filets et eurs autres engins de peche et un chien qui n'aboyait pas. Oviedo, comme nous l'avons deji observe, parle du chien des Indiens insulaires, et consacre tout le chapitre v de son XIe livre a la description circonstancide de cet animal : < On rencontra dans cette ile et dans toutes celles que les Chritiens ont peuplies, n dit-il, (( des petits chiens domestiques que les Indiens dlevaient dans leur maison; mais aujourd'hui on n'en trouve plus.... Ces chiens taient de diffdrentes couleurs,
(0) Hifstoria del almirante de las Indias D. istobal (Colomb, cap. xxv. lerera, Historia dc las Indias nccidentales dec. j lib. I cap. xv.

VIII




INTRODUCTION. IX
comme ceux d'Espagne, les uns d'une seule teinte, les autres marques de blanc et de noiritre; il y en avait aussi de roussAtres et de toutes les couleurs et pelages qu'on observe dans ceux d'Espagne, de laineux, de soyeux ou a poil ras, mais en general plus rude que celui de nos chiens de Castille, avec les oreilles droites, et alertes comme les loups. Tous ces chiens etaient muets, et, soit qu'on les appelat ou qu'on les tuht, on ne les entendait ni se plaindre, ni gemir, ni aboyer. Les chritiens qui vinrent d'abord avec l'amiral, lors de son second voyage, les mangerent; car ils mouraient de faim et n'avaient pas de vivres. ) A la C6teFerme, le mme auteur vit des chiens semblables appartenant a des Indiens caraibes archers (Indios caraibes flocheros) : (( On trouve li, n ajoute-t-il, ((des petits chiens (Gozques) qui vivent dans les maisons, et de toutes couleurs, comme ceux d'Espagne, les uns tres velus et les autres poil ras, et ils sont muets, car jamais ils n'aboient, ni crient, ni hurlent, ni jamais ne se plaignent, mdme en les assommant a force de coups; ils ont l'air de petits loups, mais ce ne sont pourtant que de vrais chiens. Et je les ai vu tuer moi-mime sans se plaindre ni dnir; je les ai trouvis aussi au Darien, ou ils avaient etd apportis de la c6te de Carthag~ne et de la terre des Caraibes, obtenus par change pour quelques hamecons; et jamais ils n'aboient, et ne font autre chose que boire et manger: ils sont plus farouches que les n6tres, except avec leur maitre et ceux qui les nourrissent et auxquels ils timoignent leur joie en remuant la queue et en sautant de plaisir, comme pour prouver leur reconnaissance et plaire A leur maitre et bienfaiteur (4). n
Nous avons vu que Gomara, en traitant des animaux qui existaient & Saint-Domingue, fait mention des Gosquejos ou petits chiens de diverses couleurs, qui n'aboyaient pas et ne faisaient entendre aucun cri t On s'en servait la chasse, ajoute-t-il, et on les mangeait ensuite lorsqu'ils

(I) Relacion sumaria, cap. xxvil.,




X MAMMIFERES.
taient gras. Le mme auteur, dans sa description de l'ile d'Acuzamnil ou de Santa Crux, assure qu'on y trouva une
AC
espece de chien qui avait la tate et i'aspect du renard, et que les naturels avaient coutume de chtrer et d'engraisser pour les manger; il observe, en outre, que ces chiens n'aboyaient pas. Jean de Laet dit expressement qu'i l'dpoque de la dicouverte, il existait, a Saint-Domingue, une race de petits chiens qu'on employait a la chasse, mais qui taient absolument muets. Pierre Martyr fait aussi mention des mmes chiens qu'on trouva dans une petite ile voisine de la c6te de Cumana; il en parle comme des animaux d'une intelligence tres borne et qui n'aboyaient pas. Le pare Dntertre, dans son Histoire gendrale des Antilles, en traitant de la chasse des Agoutis, dit que les naturels y employaient des petits chiens qu'ils dlevaient a cet usage (1). En un mot, tous les anciens historiens sont d'un commun accord sur les chiens domestiques qui existaient dans le Nouveau-Monde avant sa d4couverte, et sur le manque de voix qui les caractdrisait d'une maniere si particulibre. Du temps d'Oviedo, cette race avait tout a fait disparu du sol des Antilles, bien qu'elle existt encore en grande abondance sur le continent.
Le chien d'Europe, qu'on croit originaire des regions septentrionales, a suivi l'homme dans ses migrations vers le midi; il l'a toujours accompagnd et servi dans ses entreprises. Compagnon inseparable de ses disgraces, a peine a-t-il partage ses plaisirs. La fiddlitd, cette quality si caractdristique du chien, a 4td observee dans toutes les contrees o l'homme s'est 4tabli, sur le vaste continent de I'Amirique, aux Antilles, a la Nouvelle-Hollande et aux miles de la Socidtd. Ce phinomene pourrait faire croire que le chien est une espce cosmopolite, qui, comme l'homme, parcourt tous les climats, si l'origine des races ne venait dans les deux cas compliquer la question.
I1 existe, en effet, dans les bois de Cayenne une espce

() 2r parties, pag. 297.




de chien sauvage (Canis cancrivorus), decrite par Buffon, que les habitants il vent dans leurs maisons et dressent i la chasse des Agoutis. Ce chien, on du moins une espece trbs voisine, a dtd observe par le docteur Roulin durant le cours de son voyage. Le chien sauvage de la NouvelleHollande et le chien antarctique des miles Malouines sont aussi en 4tat de domesticity, et les naturalistes croient devoir rapporter aujourd'hui les diffdrentes races de chiens prives, distinctes de celles d'Europe, non pas au meme type originaire modified par l'influence du climat et de l'dducation, mais bien h divers types primitifs et encore existants parmi les especes sauvages (1). M. A. Desmoulins observe avec raison, dans l'article que nous avons cited, que le chien domestique de Saint-Domingue et des autres Antilles n'avait pas dans ces miles son type sauvage, et considirant d'une part l'existence de ces animaux en si grand nombre sur le continent voisin, d'apres l'autoriti d'Oviedo, et de l'autre les frequentes excursions des Caraibes a la C6te-Ferme, il ne doute pas que la race domestique qu'on a ddtruite lors du second voyage de Colomb, pour apaiser la faim des equipages, ne fut apporte aux Antilles et ne provint du Continent.
Les naturalistes modernes, qui n'ont pas os4 nier l'exactitude du fait observe par tous les voyageurs, ont tich d'expliquer de difftrentes manibres le mutisme du chien d'Amirique. Les uns, supposant que les chiens du Nouveau-Monde provenaient du mn me type europden, croient que le changement de climat aura influx sur leur organisation, et qu'ainsi ils auront perdu la voix dans les pays chauds, et se seront rabougris dans les regions plus froides. Cette opinion, selon eux, se trouve appuyde par le caractere que prssente cette race de chien, d'avoir les oreilles redressdes comme l'esp6ce originaire, le chien de
(I) Voy. Dict. d'hist. nat., artic. CHIEN. Dict. classiq. des scien. nat., idem.
LINK, M noire sur lacclimatation des vdgetaux, dans le premier cahier du second volume de la collection de Berlin intitule: Die Verhandlungen des vereins zur Bef xcrderung des Gartenbaues in den kceniglich preuszichen Staaten.

INTRODUCTION.

Xf




XII MAMMIFERES.
berger, a laquelle ils la rapportent, et qui, en effet, est celle qui jappe le moins. Les autres, et c'est le plus grand nombre, partant du principe que les chiens transports d'Europe en Amirique perdent en partie la faculty d'aboyer, pensent que ceux qui naissent dans ces climats restent entibrement muets, par cela meme qu'ils n'entendent jamais japper les autres. Leur opinion, a cet igard, se fonde sur plusieurs faits: les chiens sauvages ou Cimarrones (1), des miles du Chili, furent apportis par les Espagnols vers la fin du xvIIe siecle, afin de ditruire les livres qui abondaient dans l'ile de Juan Fernandez, et de priver ainsi les pirates d'une de leurs principales ressources. En 1741, lorsque l'amiral Alson aborda dans cette ile, les chiens s'y etaient multiplies d'une maniere prodigieuse. Don Antonio de Ulloa y relihcha aussi au commencement de 1743, durant son expedition scientifique, et ayant eu occasion d'observer ces chiens, il se convainquit qu'ils n'aboyaient pas. Ceux qu'il fit embarquer sur son navire rest6rent sans voix jusqu'd ce qu'on les rdunit h d'autres chiens qu'ils commencerent a imiter d'abord assez mal. Le docteur Roulin (2), qui a cited ce passage de la relation d'Ulloa, est d'avis que l'dducation aurait 4td moins facile et plus longue sur des animaux appartenant "t une race habituellement muette, que sur les chiens de l'ile de Juan Fernandez provenants de pares qui aboyaient. Ce naturaliste cite pour preuve deux chiens originaires de la rivi're Mackensie, apportis en Angleterre, et qui n'avaient jamais fait entendre que l'espece de hurlement propre a cette race, mais dont un petit, nd en Europe, apprit bient6t a aboyer.
Les historiens francais qui ont 4crit sur les Antilles sont plus d'accord entre eux que les Espagnols, sur la perte de la voix chez les chiens apportis d'Europc. Du reste, ce phenombne n'est pas confirmed par des observa(j) Voy. plus avant I'explication de ce nom.
(,) Mldmoire sur les changements qu'ont eprouvis les animaux domestiques en Amdrique, la Ic 29 septembre a8.8 ; voyez aux /Melmoircs (les savants et; angers de lInstitut, t. vi.




INTRODUCTION. XI1
tions faites sur le continent americain, et bien que le docteur Roulin attribue, pour les chiens sauvages de BuenosAyres, la faculty d'avoir conserve le jappement, a l'incorporation dans leur bande d'individus ilevis chez les colons ou abandonnis par les voyageurs, et qui, par leur exemple, renouvellent et fortifient cette faculty, cette cause semblable n'existe pas dans les Antilles.
Les auteurs espagnols Oviedo, Gomara et Acosta par16rent de chiens sauvages qui s'ttaient multiplies avec rapiditi dans plusieurs pays; mais ils ne disent pas s'ils avaient perdu la faculty d'aboyer et, si par cas, ils l'avaient retrouvie dans des circonstances analogues a celles que nous venons de citer; s'il en fut ainsi, il est probable qu'Oviedo en eit fait mention. Toutefois, le phre Dutertre (1), qui visita l'Amirique en 4640, s'exprime sur ce sujet de maniere a faire croire que, parmi les chiens Cimarrones, il s'en trouvait qui aboyaient encore; mais ni Oexmelin en 1666, ni le pare Labat en 1701, soixante ans aprs Dutertre, ne disent rien sur la perte de la voix des chiens de la Guadeloupe.
Enfin, si le jappement du chien est plut6t une faculty innie, une habitude acquise, comme le pensent beaucoup de naturalistes modernes (2), et s'il est vrai de dire que les chiens de nos races domestiques sont d'autant plus criards que la socidtd dans laquelle ils vivent est plus abrutie, comme on l'observe chcz les chiens des bergers dont la voix se fait rarement entendre, des lors le phnomne de l'extinction du jappement peut s'expliquer par les raisons precedentes, sans toutefois rien assurer de positif sur la disparition totale du hurlement chez les chiens sauvages ou Cimarrones des Antilles. Mais ces preuves laissent toujours la question indicise, sur la cause du manque de voix des chiens domestiques, qu'on trouva dans ces iles et sur le continent h l'arrivie des premiers colons; car ces ani(i) Roulin, Miemoire cite.
(2) Dict. d'hist. nat., voy. au mot CHIEN. Guldenstaed, Nov,. comm. Petrop., etc.




XIV MAMMIFERES.
maux, en contact avec une sociata plus civilisde, auront d aboyer davantage que leur type primitif. Cette observation ferait soupconner que l'espece primitive du chien domestique trouve en Amirique chez les Indiens caraibes eut bien plus d'analogie avec l'espece du meme genre (Canis) de la section des Chacals, qu'avec les vrais chiens. En examinant les divers passages des historiens, on verra qu'ils s'accordent tous sur le fait de domcsticite relatif h cette espace, h laquelle ils donnent dans leurs descriptions une physionomie et un aspect qui n'a rien de commun avec la race ordinaire des chiens privis. Uls ressemblent beaucoup aux petits loups, ) dit Oviedo....., < Si nous voulons rapporter cette varidtd domestique a un type primitif, le chien sauvage des forces de la Guiane est le seul qui puisse nous offrir des caracteres semblables d'analogie. Le capitaine J.-G. Stedman, dans son voyage h Surinam et dans l'interieur de la Guiane (1I), observa ces animaux dans l'6tat de domesticity: ( Les naturels les dl6vent, )) dit-il, < pour s'en scrvir h la chasse; ils out le museau along, les oreilles droites, le poil court et hrissi. Buffon (2), qui les a decrits aussi comme ayant de grandes ressemblances avec les loups ou avec les renards gris du Paraguay, rapporte que l'espice la plus petite est celle que dressaient les sauvages pour la chasse des Agoutis.
Dans le mimoire du docteur Roulin, nous avons remarqud le passage suivant: L'observation de Colomb sur un chien espagnol qu'il retrouva muet, lors de son second voyage a Saint-Domingue, est sans doute une erreur. On aura rapport probablement aux chiens venus d'Europe
(i) Tom. II, p. 245. Dict. des sciences nat., art. CHIEN.
(2) Suppldn., t. VII, pl. xxxvi.




INTRODUCTION. XV
quelques phdnomenes relatifs aux chiens, ou plut6t aux Chacals amricains, qu'on rencontre en grand nombre dans plusieurs les de l'archipel des Antilles, a l'dpoque de farrivede des Espagnols, mais seulement en dtat de domesticite. n Ayant consult ce savant naturaliste pour savoir si l'observation qu'on vient de lire etait le rdsultat de sa propre conviction, ou bien une notion rapportde de ses voyages, j'acquis la certitude de son opinion : le docteur Roulin est convaincu que le chien muet, trouv4 dans les Antilles, n'est qu'une varidtd domestique du Chacal amdricain, on Canis cancrivorus, faussement appeld aussi Benard cravier, puisqu'il n'a pas les papilles rondes, mais bien tous les caracteres d'un vrai Chacal, y voyant mieux l' la lhieur du cripuscule qu'a la clarti du jour, et bien plus ressemblant au Chacal du Sin*gal et de l'Inde qu'a aucun autre. Ce voyageur en a garden plusieurs dans sa maison pendant sa residence en Amirique, et a eu occasion, par consequent, de les observer avec cette sagaci14 de jugement dont il a donned des preuves dans ses intiressants travaux. En definitive, le docteur Roulin pense que cette esp'ce est originaire du continent d'Amrique, et qu'elle fut apportde aux Antilles, par les Indiens, ddja en etat de domesticite, comme on peut l'induire de certains passages des anciens historiens.
Si l'on prend en consideration, pour decider la question des esp~ces primitives, tous les caractres d'analogie et de ressemblance que prisentent l'anatomie interne et la fbrme extirieure des animaux, leurs moeurs, leurs habitudes soit dans l'itat sauvage, soit dans la domesticity, l'opinion du docteur Roulin parait aussi bien fondle, relativement au petit chien des Antilles, que celle de Pallas et de Guldenstaed sur le type primitif et originaire du chien d'Europe, que ces auteurs ont cru retrouver, non dans le chien de berger, mais mieux dans le Chacal on Schakall des Tartares, des Tures, des Persans et des Russes (Canis aureus, Linnd). Lorsqu'on aura rduni un plus grand nombre de documents sur les animaux du continent d'Amiri-




XVI MAMMIFERES.
que, de l'Asie, de l'Afrique et de la Nouvelle-Hollande, on pourra resoudre, dans toutes ses g6ndralitis, le probl6me des esp6ces primitives, et probablement on reconnaltra alors dans le chien mexicain, dans le loup roux et le loup gris du Paraguay, dans le chien sauvage de Cayenne et le chien antarctique des Malouines, dans le chacal de l'Inde et du Senegal, ainsi que dans les especes trouvies h la Nouvelle-Hollande, les divers types originaires des nombreuses variatis du chien domestique, ce fiddle compagnon de l'homme dans toutes les parties du globe.
DES RONGEURS DE L'ILE DE CUBA.
De tous les anciens auteurs qui out crit sur l'histoire naturelle du Nouveau-Monde, Oviedo est sans contredit le plus exact, et ses ouvrages sont ceux qui presentent le plus d'intiret par les citations d'un grand nombre de faits et l'importance des observations. Les autres derivains l'ont tous copid ou compile; il serait done superflu de ious en rapporter a leurs opinions dans le sujet qui nous occupe. En nous en tenant h l'autoriti d'Oviedo, nous avons dit qu'outre le chien muet et les quatre quadrupedes dicouverts dans l'ile de Saint-Domingue, il fait mention de deux autres de l'ile de Cuba. De ces six animaux, cinq appartiennent indubitablement a l'ordre des Rongears, savoir les Houtis, les Quemis, les MJohuis, les Guabiniquinares et les Coris; quant au sixieme, appeld Ayre, les notions que nous avons de cet animal sont encore si obscures, qu'on ne peut gubre decider a quelled famille il appartient.
Nous reproduirons d'abord les descriptions d'Oviedo.
De l'animal appele Hutia (4). Il y avait dans cette ile des animaux appeals lutias, quatre pieds comme les lapins, mais un peu plus petits et avec les oreilles plus courtes et semblables a celles des rats, ainsi que la queue.

(i) Cronica de las Indulias ,lib. II, cap. i.




INTRODUCTION. XVII
Les Indiens les chassaient avec des petits chins Gozques, privds et muets, mais bien prdfirables aux lIvriers et aux chiens qu'on apporta ensuite d'Espagne. La couleur de ces animaux etait brun gris, d'apres le rapport de plusieurs individus qui en virent et en mangerent et qui en parlaient comme d'une excellente nourriture. 11 y a encore aujourd'hui dans cette ville et dans l'intirieur de l'ile plusieurs personnes qui pourraient le certifier. Ces animaux sont maintenant en petit nombre. n
De l'animal appeled Quemi (1). < Le Quemi tait un autre animal de l'ile Espagnole, que je n'ai pas vu moimeme et qui ne s'y trouve plus; mais plusieurs assurent qu'il 4tait & quatre pieds et aussi grand qu'un chien podengo ou un chien clabaud de moyenne taille. Sa couleur 4tait brune comme celle de l'Hutia, de mAme que sa forme et ses allures; toutefois le Quemi etait beaucoup plus grand. Il y a encore plusieurs personnes dans l'ile et dans la cited qui en ont vu et mange et qui estimaient leur chair. ,
De l'animal appeld Mohuy (2). < Le Mohuy 4tait un animal un peu plus petit que l'Hutia, a poil plus clair, mais il s'en trouvait aussi de brun. C'4tait une excellente nourriture et la plus estimde des Caciques et des seigneurs de cette ile. Cet animal avait de grandes ressemblances avec l'Hutia, moins toutefois le poil qui dtait plus fort, rude, hirissi et redress en pointe sur le dos. Je ne l'ai jamais vu, mais j'en parle et je le ddcris d'apres le dire de plusieurs timoins, qui sont encore ici et qui en out vu et mange quelques uns, et qui en prdfiraient la chair h celle des autres animaux ddji cites. n
De l'anirnal appele Cori (3). < Le Cori est un petit animal 'at quatre pieds et de la grandeur d'un Lapereau de moyenne taille; il ressemble beaucoup au Lapin, bien que son museau soit comme celui d'un Rat, mais pas si pointu.
(I) Crbnica de las Indias, lib. XII, cap. u.
(2) Idem. cap. ii.
(3) Idem. cap. iv.
ai AMT MIVEIEA~.




XVIII MAMMIFERES.
Ses oreilles sont trs petites : il les tient si aplaties contre la tote qu'on dirait presque qu'il n'en a pas. II n'a point de queue; ses pieds et ses mains sont trbs greles depuis les jointures ou jarrets jusqu'en bas. 11 a quatre doigts, dont un plus petit. Ces animaux sont tout blancs, ou tout noirs, on en voit pourtant quelques uns tachetis de ces deux couleurs, il s'en trouve aussi de rougehtres et d'autres avec des taches rougeitres et blanches. Les Coris sont fort jolis, tres doux et si bien apprivoisis qu'ils trottent par toute la maison sans la salir. On ne les entend ni crier, ni faire aucun bruit, ni ronger, ni faire aucun dight; ils broutent l'herbe et une seule poignOe de celle qu'on donne aux chevaux suflit pour leur nourriture; cependant ils prdf~rent la farine de cassave qui les engraisse davantage, bien que l'herbe soit pour eux un aliment plus naturel. J'ai mange de ces animaux et leur chair m'a paru avoir le gost des Lapereaux, mais elle est plus tendre et moins sche que la viande de lapin. ))
Des Guabiniquinares. < Ils sont plus grands que des Lapins, avec les pieds semblables et la queue comme les Rats, longue, et le poil redress, qu'ils perdent, et alors ils restent tout blancs et sont bons a manger. On les prend dans les mangliers qui croissent dans la mer pendant
qu'ils dorment sur les branches les plus dlevies, les Indiens s'avancent sous les arbres avec leurs pirogues, secouent les branches et les font tomber dans l'eau; alors ils s'dlancent hors des pirogues et en prennent un grand nombre.... Ils ressemblent aux Renards, sont de la grandeur d'un Lievre et de couleur brune malke de roux, la queue garnie de poils et la tate comme un Furet. On en apporte beaucoup de la c6te de l'ile Fernandina, ok ils sont en grand nombre (4).
(z) Crbnica de las Indias, lib. XVII, cap. 'v.-Gomara, commentant Oviedo, parle ainsi du Guabiniquinar. ( C'est un animal comme un Lievre, de la forme d'un Renard, mais avec cette difference qu'il a les pieds d'un Lapin, la tte d'un Furet et le poil redress comme un Texo. Sa queue est un peu rousse, sa chair savoureuse et saine. a




INTRODUCTION. XIX
De l'animal appeld Ayre. (( Et il y a aussi un animal qu'on appelle Ayre de la taille d'un Lapin, de couleur brune et rousse. Sa chair est tres dure, mais cela n'emp-che pas de la mettre au pot au feu ou de la faire r6tir (1).
Dans un autre ouvrage (2), le meme auteur s'exprime en ces termes sur deux des especes cities : Les Indiens mangeaient les Coris et les Hutias dont nous avons ddjh fait mention. Les Hutias sont presque comme les Rats, avec lesquels elles ont des rapports de parents, et les Coris ressemblent aux Lapins ou aux petits Lapereaux, ne font aucun mal et sont fort jolis : il y en a d'enti6rement blanks, quelquefois de blanks et de roux, et d'autres de diffrentes couleurs. ))
Jean de Laet, qui a copid les dcrits des voyageurs espagnols, dicrit ainsi l'Hutia : Cet animal est semblable au Lapin, mais plus petit; il a les oreilles plus courtes et la queue comme une Taupe. Le Mohuy est plus petit quc l'Hutia, et le Cori a la taille d'un Lapin, le museau d'une Taupe, point de queue, les jambes courtes et tr's greles; il y en a de blancs et d'autres noirs, mais plus souvent des deux couleurs. Ils sont apprivoises. )
Telles sont les descriptions incompl6tes que nous ont laissies les premiers historiens espagnols les dcrivains
strangers, qui sont venus apr6s eux, ont fait mention des memes Rongeurs qu'on rencontra dans les autres Antilles, a Cayenne ou au Brisil. Les ouvrages du P. Dutertre, de Rochefort, de Marcgrave et autres sont remplis de notions sur les Agoutis, les A.4cuchis, les Caboyas et Rats inmusqus ou Piloris. 11 parait certain que les Agoutis, alors trds communs Cayenne et dans les iles Francaises, existaient aussi & Saint-Domingue; Buffon assure qu'il y en avait beaucoup dans cette ile, mais il est bien prouve que personne ne les connaissait parmi les anciens colons, avant
(i) Oviedo, op. cit.
(2) Relacion summaria de la historia natural de las Indias, Toledo, I~526, cap. vi, pag. 8.




XX MAMMIFERES.
que Moreau de Saint-Miry n'en eit pris plusieurs. La cause de cette ignorance provient sans doute de ce que l'd-poque de la destruction de ces animaux, qu'on doit attribuer aux defrichements, est anterieure h la generation qui apparut beaucoup plus tard.
Sous le nom gindrique d'Agouti (Agutia), on a compris gendralement les deux especes du genre Cavia de Linn6, savoir: le C. Acuti, dont la queue se trouve rdduite h un petit tubercule presque imperceptible, et le C. Acuchi, qui a six ou sept vertebres a la queue. Ces deux esp~ces sont, tant l'une que l'autre, plus grandes que les Lapins, vivent dans les endroits pierreux et dans les tanidres qu'elles se creusent ou dans les troncs des vieux arbres. Les naturels les chassent avec les chiens, ainsi qu'on le voit sur la planche 13, pag. 289 du second volume de l'Histoire ginderale des Antilles, par le P. Dutertre. La figure qu'il donne de l'animal est identique avec celle de Marcgrave, et a 4td copide ensuite dans quelques Pditions de Rochefort (1), sous la denomination du Rat musqude, bien que cette erreur ne se retrouve pas dans le texte. Je ne connais aucune ancienne figure de l'espece appelde Acuchi, et il est probable qu'apre's la dcouverte, les premiers colons confondirent les deux especes; la description de Dutertre tendrait du moins h le faire croire, car cet auteur n'oublie pas de dire que la queue 4tait degarnie de poils, et a soin de citer l'observation de Marcgrave sur le nom de Cotias qu'on leur donnait par corruption indistinctement.
Bomara (2) dit expressiment : UTIAS, Outhias, Coutias,
denominations igalement appliquees a icouchi, c'est a
(ki) Dans celle de Rotterdam de 1655, de Lyon de 1667, et dans quelques autres. J'ai examined a la bibliothbque du Musde (Jardin des Plantes) une traduction du mdme outrage en allemand, in-i6, publide 'a Francfort en 1668, et dans laquelle l'Agutia est figure avec son propre nom. Dans l'ouvrage intitul' The history of Caribby islands, on donne non seulement la fausse denomination d' Oppassum A 'Aguti de Rochefort, mais on indique aussi cet animal sous celui de IVMusck rat, c'est A dire de Pilori.
(2) Dictionnaire, etc. Voy. au mot UTIAS.




INTRODUCTION. XXy
dire la petite espace d'.dgouti. n Dans sa description, il fait remarquer qu'elle est pourvue d'une queue, tandis que l'Agouti n'en a pas, et it ajoute qu'elle habite la Guiane. Quant aux Hutias, ce naturaliste les ddsigne comme une espece de Lapin de la grandeur des Rats, originaire des Indes occidentales et qu'on chassait de nuit en s'eclairant avec un insecte lumineux connu sous le nom d'lcudia. M. Mac-Leay (1), critiquant cette assertion et voulant rectifier le fait, cite un passage de Laet relatif aux insectes lumineux ou Cucuyos, et ajoute h ce sujet qu'il est vrai que les Indiens s'4clairent la nuit avec ces coleopteres, mais qu'ils ne s'en scrvent que pour chasser les Niguas (2). Selon lui, Bomare aurait dcrit Utias pour Niguas. Quant a nous, la citation de Bomare relativement au premier fait nous parait aussi exacte que celle de Laet et d'Hcrrera pour ce qui concerne le second, car nous voyons, d'apr6s plusieurs historiens (3), que les Indiens de Saint-Domingue s'attachaient des Cucuyos aux mains et aux pieds pour aller a la chasse pendant la nuit. Gomara signale le mme fait en termes si precis qu'il est impossible de confondre les deux animaux mentionnis. Voici ce qu'il dit en parlant des Cucuyos < La lueur qu'ils rdpandent est telle que les Indiens peuvent veiller, filer, coudre, tisser, peindre et danser pendant la nuit a la clarti de ces flambeaux; ils s'en servent pour chasser les Hutias, esp6ce de Lapereaux ou de Rats (4). Oviedo, dans le chapitre viii du livre XV, qui traite des Cucuyos, s'exprime en ces termes Et dans les champs et pendant la chasse nocturne, ces gens font tout ce qu'ils veulent avec le secours des Cucuyos, sans que ni F'air, ni le vent, ni la pluie leur teignent la lumi6re, ni les empechent de trouver leur chemin. n Quant aux autres observations de M. Mac-Leay,
(j) Lettre a M. Vigors, sept. 1828, Zool.journ.
(2) NXiguas, insecte de l'ordre des Aptbres (Pulex penetrans).
(3) Rochefort, Ourage citd, art. 2, chap. xv.
(4) Gomara, are et ~e parties de l'Hist. gdndrale des Indes, idit. de i553. Ed Amberes, r554, p. 44.




XXI[ MAMMIFERES.
nous convenons avec lui qu'il nous parait diflicile de pouvoir chasser avec une lumidre aussi faible et irregulire comme celle que rdpandent ces insectes, h moins que les Indiens ne les renfermassent en grand nombre dans des petites cages, et ne s'en servissent pour aller ~'a la recherche des Agoutis dans les halliers et les terrains pierreux.
Les observations critiques de M. Desmarest (1) sur l'erreur d'Aldrovando, qui rapporte le nom d'lutias, pris d'Oviedo, au Dipsus jaculus de Linnd (2), nous out paru trbs judicieuses. Ce savant mirite l'approbation des naturalistes pour ses recherches sur les Hutias de Cuba et dans lesquelles il a trait& avec erudition une question des plus intiressantes : il s'agissait de decider s'il existait sur les Hutias de cette ile des observations postirieures a celles des 4crivains espagnols, ou bien si ces animaux itaient rests ignores jusqu'au jour ot il 4tablit son genre CAPROMYS. En examinant les ouvrages de nos historiens, nous ne trouvons, en effet, aucune citation, relative aux Rongeurs de l'ile de Cuba, qui puisse faire considdrer ces animaux comme diffirents de ceux des autres iles, d'apres les descriptions qu'on en avait donnies. Nous pensons que la ressemblance des noms Hutias, Cotias et Agutias a fait confondre tous ces animaux sous la denomination g&nerique d'Agoutis (Agutias). La definition explicite de Bomare tend a le faire supposer ainsi, et la circonstance d'avoir trouvi dans les Antilles plusieurs especes du genre CAVIA, et parmi elles l'Achuchi dont la queue est sans poils, semble le confirmer encore davantage. I1 est vrai que cette hypothese ne peut guere servir qu'ah clairer la question du double emploi des deux noms Hutia et Agutia, qui out tant d'analogie ou, pour mieux dire, conduire a la connaissance de l'origine de la seconde denomination cite par Oviedo. Mais il faut observer que la Chronique ge'ndrale de cet auteur, sa Belacion summaria et tous les anciens
(sI) 2Igmoires de la Soc. d'hist. nat., t. I, p. 47 et suivantes.
(s) Aldrov., Digit., p. 39b. Jaculus orientalis, cuniculus seu Lepus indicus, Utias dictus.




INTRODUCTION. XXIII
ouvrages traitent plus longuement des Hutias que des autres Rongeurs, et que la description de Gomara lui-mnme tend a faire considdrer les Hutias et les Agutias comme des varidtis d'un meme genre.
Catesby, dans son Histoire naturelle de la Caroline, ddcrit et figure sous le nom de Lapin de Bahama (Cuniculus (4) bahamensis) une espece de Rongeur analogue h celles de Saint-Domingue et de Cuba, que les naturalistes rapportent effectivement une des deux (2). Sous la ddnomination de Rats (Mus), Brown donna la description, vers le milieu du si6cle passe (3), de quatre especes de Rongeurs qui offraient aussi des ressemblances avec ceux dont avait parld Oviedo, et M. Mac-Leay a observe avec raison que les Hutias pouvaient avoir existed anciennement at la Jamaique, puisque Christophe Colomb approvisionna dans cette ile la memorable pirogue que Diego Mendez conduisit Saint-Domingue pour aller chercher des secours. La premiere espece est ainsi dicrite Mus subfuscus maximus, cauda oblonga, pilosa, ultra trientem albida; la designation de la seconde esp6ce est la suivante Mus maximus pullus, cauda oblonga, pilosa, dorso subsetoso; elle 4tait plus grande que la premiere, avec le poil rude et hiriss4 comme des soies de cochon sur la partie postarieure du dos. Voici les caracteres de la troisime: M-us major, fusco-cinerescens, cauda truncata; elle tait connue dans lFile sous le nom de Petit Lapin des Indes (the small indian Coney), avec la queue courte, tronquie, et qui n'excedait gubre deux pouces et demi de long. Cette espece parait bien 6tre le Cavia Acuchi, dont la queue est fort rdduite. Quant a la quatrime espce de Brown, le Cavia lgouty, elle est indiqude sous cette phrase Mus major, albo flavoque varia, cauda nulla.
Pour ce qui concerne le Pilori dont Dutertre, Rochefort et quelques autres avaient donnd des descriptions, on
(i) Tom. II, pl. 79.
(2) Voy. Bulletin de M. Feyrussac, tom. IV, Zoolo6ical journal, IV vol.
(3) The civil and history of Jamaica, 1756, p. 48'4.




a dmis des doutes sur son existence a cause du vague et de la confusion qui rdgnaient dans les planches des auteurs citis. Mais dans ces derniers temps M. Plde fils, naturaliste frangais, envoya un individu h Paris qui fut diss&qud au Jardin du Roi, et que M. Friddric Cuvier ddcrivit et figura sous le nom de Mus pilorides (1), dans la belle collection de Mammif&res dont il avait commenced la publication. L'erreur que ce naturaliste attribue Erxleben, qui, selon luini, crut reconnaitre le Pilori dans une figure de l'Agutia de Rochefort, depend plut6t des dditeurs qui, d'apres l'observation que nous avons ddji faite, ecrivirent le nom, de Rat musqude' sur la planche de l'Agutia.
Les Agutias et les Acuchias furent bien connus et ddcrits par les naturalistes comme especes du genre CAVIA de Linnd. II parait qu'on devrait rapporter aussi au meme genre l'animal appeld Cori, ou peut-6tre encore ah la varidtd domestique de l'espece nommde Cobaya, qui a dtd range maintenant dans le genre ANEMA de M. F. Cuvier. La description qu'Oviedo et les autres auteurs ont donnie de la forme, de la couleur et des moeurs de ces animaux prouve tvidemment que le Cori trouv h I'ile Espagnole et dlevi dans les cases indiennes etait le petit cochon d'Inde (Cochinillo de India, dnema Cobaya). Bomare avait ddja imis cette opinion dans son dictionnaire, et Sonnini (2), Mac-Leay et plusieurs autres naturalistes sont du meme avis.
On peut avancer avec certitude que, jusqu'd l'annie '1823, on ignora en Europe que l'Hutia de l'ile de Cuba fit un animal distinct des Agutias des auteurs francais. La ddtermination de cette espece est due aux observations que M. Desmarest fit sur deux individus vivants apportis de la HIlavane par M. Fournieri. Ce naturaliste reconnut avec la sagacity qui le distingue, mime avant de pouvoir exa(r) Mamn~fres, liv. LXIII.
(2) Dict. d'hist. nat., Cori. Mac-Lcay, Zool. journ.

XXIV

MAMMIFERES.




INTRODUCTION. XXV
miner lec systeme dentaire, que l'fHutia devait former un nouveau genre qu'il appela CAPROMYS, de wrpo (sanglier) et tAw (rat), pour indiquer certaine analogie d'aspect relative aux poils rudes de ce Rongeur, a sa couleur foneee et a ses allures de sanglier. L'espece decrite fut appelee Fournieri, du nom du zld voyageur qui l'avait rapportie de Cuba (I).
Ce fut presqu'i la meme dpoque, que M. Thomas Say communiqua, h l'AcadImie des sciences naturelles de Philadelphie (2), un nouveau Rongeur provenant d'une des iles du golfe du Mexique et dont les caractbres servirent h etablir le genre ISODON. L'espece decrite par M. Say recut le nom de Pilorides. Les caracteres gindriques furent ddduits de l'examen approfondi des dents molaires, et ses observations osteologiques sur les parties du crane furent accompagnies d'autres remarques tris intiressantes du ce16bre Harlau sur le foie de l'animal.
En comparant les descriptions et les planches des deux especes publides par M. Desmarest et par M. Say, l'une Paris et l'autre Philadelphie, il est hors de doute que leur forme extirieure, aussi bien que leur syst6me dentaire, 4tablissent rdellement un nouveau genre interm&diaire entre les anciens genres Ms et CAVIA de Linnd. Des deux noms Capromys et Isodon que les naturalistes citis avaient crdis, on a conserve le premier, attendu que le second pouvait induire a erreur, M. Geoffroy l'ayant ddji employed pour designer un autre quadrupede. Quant aux
A
deux esp6ces, nous nous rdservons de faire connaitre les caract'res diffdrentiels de toutes les espices du genre CAPROMYS dicrites jusqu'd ce jour.
Pendant que M. Desmarest a Paris et M. Say Philadelphie s'occupaient de leurs observations sur les Capro(z) Metmoire sur un nouveau genre de Mammniferes de l'ordre des Rongeurs; par M. A.-G. Desmarest, lu dans la stance du 6 dcembre 1822 (Mdm. de laSoc. d'hist. nat. de Paris, t. I, p. 43).
(2) En novembre 1822 (Journ. of acad. nat. sc. of Philadelphia, vol. II, tom. '7, p. 332 A 343.




XXVI MAMMIFERES.
mys, M. Poeppig, voyageur saxon, explorait l'ile de Cuba et faisait la ddcouverte d'une autre espece du meme genre, plus sauvage que la premiere et qui, en raison de la longueur de sa queue, presentait certaines ressemblances avec l'animal reprdsentd dans l'ouvrage de Catesby sous le nom de Lapin de Bahama. M. Poeppig communiqua a l'Acaddmie des sciences naturelles de Philadelphie, le 4 5 juin 4 834 (1), la description latine de cette nouvelle espece, qu'il appella Prehensilis.
M. Ricord envoya, en 4 84 7, au Musdum d'histoire naturelle de Paris, deux individus d'une espece de Rongeur de Saint-Domingue, que les habitants de cette ile nomment Rat-Cayes, c'est a dire Rat des cases, parce que ces animaux r6dent aux alentours des maisons pendant la nuit. Ce Rongeur est plus petit qu'un Lapin, sa queue n'a que cinq pouces de long; elle est enti6rement pelee et couverte d'4cailles pentagones; son pelage est brun clair, d'un roux jaunitre sous le ventre, soyeux, 4pais et fort doux. M. Friddric Cuvier a public tout recemment cette espece sous le nom d'AEdium, comme type d'un nouveau genre, voisin des CAPROMYS et qu'il a appeld PLAGIONDONTIA, a cause de l'obliquit4 des festons d'imail qui caract&risent ses dents molaires et qu'on n'avait pas encore observee sur les autres Rongeurs (2). On pourrait peut-Atre rapporter A cette m~me esp~ce l'HJutia d'Oviedo, comme nous le ferons remarquer bient6t.
Enfin, M. Philippe Poey fit connaitre une autre Hutia, diffdrente du CAPROMYS de MM. Desmarest et Say et identique A l'espece de Poeppig. M. Gudrin la d6crivit et la figura, en 1 834 (3), dans son Magasin zoologique, comme une esp~ce distincte, sons la denomination de CAPROMYS Poey, en l'honneur du zild naturaliste de la Havane qui la lui avait envoyde. L'individu qui a servi de type a 4td ddpos4 dans les galeries du Museum.
() Elle est insdree dans le torn. iv de son journal.
(s) Ann. des scienc. nat., 2e srie, Zool., t. vi, p. 347, pl. 17.
(3) May. de zool., 4e annde (834), pl. i5.




Telles sont, jusqu'ai ce jour, les notions que la science a recueillies sur les Rongeurs des Antilles et particuli6rement sur ceux de l'ile de Cuba, qui out donned motif a plusieurs discussions savantes, soit pour fixer le nombre des especes du genre CAPROMYS dans lequel on range toutes celles que l'on connait maintenant, soit pour rapporter a ces diffdrentes especes les descriptions des anciens voyageurs.
11 est evident que le CAPROMYS Fournieri de M. Desmarest est l'Hutia appeal Conga par les naturels de Cuba, et que le C. prehensilis de Poeppig et le C. Poey de M. Gudrin sont l'Hutia que les colons nomment Carabali; mais ii parait cependant qu'on a confondu trois esp6ces sous la premiere denomination, comme l'a fait observer M. Mac-Leay dans l'article du Zoological journal que nous avons ddja' cited; et d'autre part, les habitants de Cuba, donnant aussi le nom de Carabali toutes les espaces d'Hutias qui ont la queue longue et pailleuse, les allures et les mceurs plus sauvages que les Congas, il serait impossible de rapporter ces denominations vulgaires aux diffdrentes especes viritablement existantes du genre CAPROMYs, dont les determinations n'ont rien encore de bien precis.
Plusieurs dissertations critiques out ddji 4td publides sur les caracteres que les naturalistes avaient assigns a ces espaces. M. Thomas Bell fit insurer dans le Zoological journal du mois de juin 4824 les observations resultant de la comparaison des descriptions de MM. Desmarest et Say, c'est i dire du CAPROMYS Fournieri et de l'ISODON pilorides; et quoique l'un ait fond4 son examen sur les caracteres extierieurs, et l'autre sur l'organisation interne, le naturaliste anglais trouve dans les deux animaux des differences suffisantes pour les considdrer comme deux espces distinctes. I1I tablit particulibrement ces diffrences sur la grandeur et la forme g4ndrales du corps, des oreilles, du nez, des pieds, sur l'aspect du pelage, etc. La queue du CAPROMYS Fournieri est beaucoup plus pointue et plus conique que celle de l'ISODoN pilorides, et en comparant

INTRODUCTION.

XXVII




XXVIII MAMMIFE'RES.
la planche de M. Say avec l'animal represents sur celle de M. Desmarest, ces deux Rongeurs paraissent en effet des esp&ces distinctes. Mais pour d cider la question d'une maniere positive et pouvoir la prendre en consideration, dans la determination des esp6ces particulieres h l'ile de Cuba, il faudrait avant tout connaitre la provenance de l'individu qui a servi de point de comparaison dans les observations du savant ambricain.
On peut en dire autant de l'animal rapport de l'ile de Saint-Domingue par M. Ricord et qui a etd deposd dans les galeries du Museum. Sa queue est plus courte et plus digarnie de poils que celle du C. Fournieri, la tote a plus de ddveloppement, sa couleur de pelage est gindralement plus claire, les moustaches tirent au brun sombre, de mme que les cils, et les ongles sont d'un blanc jaunatre. Pendant notre longue residence dans l'ile de Cuba, nous avons eu occasion d'observer sur les Hutias de semblables differences et mime d'autres encore; mais elles nous ont paru accidentelles ou ddpendantes du sexe et de l'age des individus, comme on peut s'en convaincre par l'examen des divers animaux de ce genre, qui font partie de notre collection de Cuba et sur les deux que M. Desmarest a gardds vivants, savoir celui du Museum et celui du cabinet de la Faculti des sciences.
Ainsi nous voyons que, sous la denomination vulgaire d'Hutia conga, on peut comprendre le CAPROMYS Fournieri de Desmarest et I'ISODON pilorides de Say. Quanta l'Hutia Carabali, il parait aussi qu'il existe des differences entre les individus qui portent ce nom. M. Mac-Leay (1), qui a ddji expos' ses doutes sur les caract6res que Poeppig assigne au CAPROMYS prehensilis, comparant cette espece a la description que M. Gudrin a faite de son C. Poey, a trouv4 aussi des differences assez saillantes pour former une autre espece. Nous avons examined avec MM. Desmarest et Gervais deux individus du C. prehensilis et l'es-

(i) Zool.joturn., vol. IV, p. 7q.




INTRODUCTION. XXIX
pece classee dans les galeries du Mus4um sous le nom de C. Poey, donned par M. Guerin; voici le resultat de notre comparaison :
CAPROMYS prehensilis. CAPROMYS Poey.
Pelage rude, chataigne obs- Pelage souple et flexible, de cur, blanc sale sous le ventre et couleur chataigne, tachet6 de 16garementjaunaitre. La tAte d'un jaune ferrugineux. Ventre blanblond dore, avec quelques poils chatre. roux.
Moustaches blanchatres a la Moustaches chataigne fonc6, base et roussAtres a la pointe. et blanches a la base.
Front blanc jaunatre. Front et joues jaundtres-ferrugineux.
Doigts couverts de poils blan- Doigts couverts de poils ferruchAtres; ongles d'un brun fonc6. gineux; ongles blanchAtres.
Queue un peu plus longue que Queue presque aussi longue la moitik du corps, couverte de que le corps, entierement conpoils 6pais, avec l'extre'mit6 pe- verte de poils herisses et longs. 16e en dessous.
La machoire infirieure du Prehensilis est plus forte que celle du Poey, et les replis de l'dmail de la premiere molaire d'en has prdsentent dans celui-ci une autre former que dans l'autre; mais ces diffrences paraissent plut6t accidentelles que constantes. Le caractre diduit de la presence ou de l'absence des poils a l'extrpdmitP infirieure de la queue peut provenir de l'usage plus ou moins frequent que l'animal fait de cet organe en saisissant les branches des arbres pour s'y maintenir. La difference de couleur dans le pelage, sur le front, sur les doigts et dans les moustaches se rencontre assez souvent dans les individus d'age et de sexe distincts, comme nous l'avons ddja indiqud pour l'autre cspece. Nous croyons, par consequent, qu'on doit rapporter au CAPROMYS prehensilis l'individu dicrit par M. Gudrin.
Mais a quelles especes de nos CAPROMYS doit-on rapporter les divers Rongeurs nommis et dicrits par Oviedo et les anciens auteurs ? Pour rdsoudre cette question, nous n'avons d'autres donnies que les descriptions ddjh cities et les




XXX MAMMIFiREs.
remarques et observations faites dans ces derniers temps sur plusieurs especes de Rongeurs des Antilles. Du reste, il ne serait pas tonnant que quelques anciennes especes ne se fussent 4teintes, comme cela est arrive sans contredit pour le chien muet, pour subvenir a la grande disette que les compagnons de Colomb eurent souffrir pendant le second voyage et qui les forca de ddtruire tous les animaux qu'ils trouv6rent (4).
La description que fait le m6me auteur de la veritable Hutia, bien qu'elle ne soit fondue que sur des notions vagues et incompl6tes, ferait soupconner pourtant qu'il s'agit du CAPROMYS aEdium ou PLAGIONDONTIA 1Edium de F. Cuvier, animal originaire de St-Domingue, et qu'on n'a jamais trouv6 dans l'ile de Cuba. Si, d'apr's les dimensions qu'Oviedo assigne A l'espece appele Quemi, nous ne pouvons la rapporter avec certitude h l'Hutia conga de nos jours ou au CAPROMYS Fournieri de Desmarest, nous ne saurions assurer non plus que cette espece soit rdellement le Carabali que le meme Oviedo dicrit encore plus vaguement. Le Mohuy 4tait, d'apres ce que nous en savons, un animal trop petit pour supposer qu'il appartint aux deux esp~ces d'Hutia existantes; cependant M. Ma-Leay a cru, pendant quelque temps, qu'il fallait le rapporter ?a l'espece dicrite par Say (2); mais il est revenu plus tard de cette premiere
(i) Oviedo, dans son Histoire gdndrale, liv. 1I, chap. xiii, fol. i8, s'exprime en ces termes sur cette destruction :
a Dans ce temps de disette les chrdtiens mang~rent tous les chiens Gozques qu'ils trouv'rent dans i'le, lesquels 6taient muets et n'aboyaient pas: ils man, gerent aussi ceux qu'ils avaient apportis d'Espagne et toutes les Hutias qu'ils a purent se procurer, tous les Quemis et les autres animaux que Pon appelle a Mohuy et tous ceux qu'on nomme Coris, qui ressemblent aux petits Lapereaux. > Non seulement ils mirent fin A ces espices d'animaux A quatre pieds, qui etaient a les seuls existants dans lile; mais quand ceux-ci leur manqubrent ils firent a main-basse sur les serpents qu'on appelle Yvana, lesquels out quatre pieds, et a dont l'aspect effraierait peut-4tre ceux qui ne les ont jamais vus. Ils n'dpara gnerent ni les Lizards, ni les Couleuvres qui sont aussi tris abondantes et de a couleurs trbs varies, mais nullement dangereuses. Ainsi, ils ne pardonnarent a aucun des animaux que je viens de citer afin de pouvoir vivre, et lorsqu'ils a pouvaient se procurer de Yvan (Iganas) pour les faire cuire, ils contentaient a leur appetit en dipit de cette nourriture si malsaine et si disagrdable A la vue. a
(2) Lettre A M. Vigors, insdrie dans le Zool. journal.




INTRODUCTION. XXXI
opinion et I'a considdrd simplement comme une varidtd de l'Hutia conga on CAPROMYs Fournieri (4). Selon ce naturaliste, le Mohuy d'Oviedo serait peut-Atre aussi notre Hutia Carabali, c'est a dire le CAPROMYS prehensilis. M. Desmarest veut reconnaitre dans son C. Fournieri le Quemi d'Oviedo, et dans le Prehensilis l'Hiutia primitive du meme historien (2).
Mais aucun de ces naturalistes n'a fait attention aux passages d'Oviedo, de Fr. Bartolomd de las Casas, de Gomara, etc., ddja cite (p. 5, 48), relatifs an Quabiniquinar, de l'ile de Cuba. Les formes et les allures de cet animal ont 4td decrites plus en detail que celles des autres Rongeurs : or, si on prend en consideration les caracteres que les historiens lui assignent et son habitude de vivre sur les arbres, le Mohuy doit Atre rapport probablement a notre lHutia Carabali, c'est a dire au CAPROMYS prehensilis de Poeppig, C. Poey de M. Guerin.
Ainsi, en adoptant pour les deux especes decrites de CAPROMYS les synonymies de Quemi et de Guabiniquinar, il nous reste encore a ddcider 40o si le Mohuy 4tait une simple varidtd de l'espece de Say on de celle de Gudrin; 20 si l'animal appeld lyre tait un Rongeur, ou le Pilori des Antilles francaises; 3o si le Cavia Acuchi qui exista dans les mmes iles, et les autres Rongeurs qui ont disparu, furent disignes anciennement par les denominations que les historiens nous ont transmises et qui n'ont plus aujourd'hui de rapports avec les n6tres. Ce serait sans doute beaucoup hasarder que de pritendre rdsoudre ces questions avec les notions incompltes que nous possidons, et nous terminerons li nos reflexions sur les Mammif~res indigbnes de lile de Cuba.
(i) Zool. journal, no i18.
(2) Poull. de Feyrussac, 1825, t. IVe, no io5.




MAMMIFERES.

DES ANIMAUX DOMESTIQUES.
Les especes apportdes par les Espagnols furent le Chien, le Chat, le Cheval, l'Ane, le Bceuf, le Cerf, le Lapin, les Rats et les Souris.
Le Chien d'Europe s'est aussi bien naturalist dans l'ile de Cuba que les hommes qui l'apport6rent : toutefois, les races des regions froides y souffrent beaucoup pendant l'td, surtout la plus belle et la plus noble de toutes, celle du Chien de Terre-Neuve, trop gros et trop fourni de poils pour supporter les chaleurs du climat. Un grand nombre de chiens d'Europe se sont faits sauvages et vivent par troupes dans les endroits depeuplds oi ils attaquent les cochons errants dans les corrales on petites bergeries. Ces chiens, quie l'on appelle dans le pays Cimarrones ou Jibaros (4), sont de moyenne taille, de couleur uniforme, brun roux; ils ont le museau pointu, les oreilles courtes et droites lorsqu'ils apient ou icoutent. Les varidtis domestiques sont assez fr6quentes, bien qu'en plus petit nombre que celles d'Europe.
On rencontre parfois quelques Chats devenus sauvages dans certains quartiers de l'ile. Les Chats domestiques sont tr6s communs et out conserve le meme pelage que ceux d'Europe, mais on n'en voit point d'aussi beaux qu'en France. Ils se livrent h la propagation dans toutes les saisons comme dans les autres pays chauds; ils ont presque enti6rement perdu le miaulement et ne se font pas entendre meme durant leurs ddbats amoureux. Ces modifications commenc6rent sans doute h s'opdrer peu apres leur introduction dans l'ile, car Oviedo (2) en faisait ddji mention en 4 535, et
(i) Ces deux expressions ne sont pas synonymes : le nom de Cimarron s'applique A tout animal qui vit dans un dtat sauvage ou aux plantes silvestres en gindral, et celui de Jibaro est employed pour designer les animaux errants deven us sauvages.
(2) Nous traduisons ici littiralement un passage d'Oviedo remarquable par la naivete du style:
(( Quant aux Chats, je dirai qu'en Espagne et en France, aussi bien (u'cn Italic

XXXII




INTRODUCTION. XXXIIu
Gomara en parlait aussi en '1554. Ce ddsir continual, qui les porte vers la copulation et les rend propres h engendrer dans toutes les saisons, est une faculty presque gindralement acquise dans ces climats par tous les animaux domestiques, et qu'ils partagent avec l'homme. La gindration mensuelle, qui a offert en Europe des lois presque constantes, en rapport avec les variations de la temperature, ne prdsente pas les memes rigularitis dans l'ile de Cuba. Lorsqu'on aura fait un grand nombre d'observations de ce genre, non seulement sur l'espece humaine, mais encore sur totes les races d'animaux soumises a son empire, soit dans les climats du nord, soit dans les regions dquatoriales, l'opinion que nous venons d'dmettre trouvera sa preuve dans la comparaison diduite des faits qu'on aura observes.
Le Cheval, qui est redevenu sauvage dans plusieurs rdgions de l'Amirique, ne se trouve, dans l'ile de Cuba, que dans un tat de domesticity intermidiaire entre l'existencc qui l'assujettit au service journalier, et cell qui le laisse libre dans les bois et les plaines.
Les haras de l'ile (Estancias), ou l'on dlkve les Chevaux, sont des lieux sauvages friquentis seulement par les gardiens charges de l'inspection des troupeaux : ces animaux y vivent en liberty et se nourrissent des phturages du sol on bien de feuilles de diffdrentes especes d'arbres que nous ferons connaitre. L'uniformiti de couleur, qu'on remarque parmi les Chevaux de Cuba, est sans doute une consequence de
n et en Sicile, et dans tout ce que j'ai vu d'Europe et d'Afrique, lorsqu'ils com, mencent a se rechercher et que la nature les invite a se joindre pour la proa pagation, c'est ordinairement dans le mois de fivrier, soit quinze jours avant a ou quinze jours apris : et pendant tout le reste de l'annee ils sont exempts de Sluxure, et ne se recherchent pas, ni meme en idde; du moins ce nest que bien a rarement qu'ils se comportent d'une autre manidre. Mais, dans ces Indes, les a chats ont d'autres coutumes, et font leur affaire dans tous les mois et les saia sons de l'annie, et avec bien moins de cris et de bruit qu'en Europe; car, la a plupart du temps, au contraire, les choses se passent avec calme, sans incoma moder les voisins. Pour ma part, je dois convenir que, pendant ma residence en SEspagne, lorsque j'6tudiais ou bien que je lisais pendant la nuit, j'avais pris les a chats en grande haine, cause du sabbat qu'ils faisaient dans la saison des a amours; mais, aux Indes, comme je l'ai dit, pour eux tous les mois sont les a mames, et c'est toujours sans cris ni miaulemcnts, (Lib. Vi, cap. x.)
MA M Mr. sr r s,




la vie independante, comme cela arrive en Espagne pour tous les animaux qu'on laisse libres et chez lesquels la couleur baie domine toujours. C'est aussi la plus gendrale dans 1'ile de Cuba. Toutefois, on observe aussi quelques autres teintes, mais ces varidtis sont plus communes et plus constantes dans les petites propridtis 0au les races peuvent obtenir plus de soins; car ces animaux se trouvent l' dans un 'tat particulier de sociability tres different de la vie errante. C'est ainsi que les habitations de MM. Ano et Vega produisent ces chevaux d'un beau poil, et si estimes a la Havane a cause de leur brillante couleur.
LesChevaux deCuba sont, en general, de moyenne taille, et tirent en cela des Andaloux originaires de la race arabe; forts, vifs et ldgers h la course, ils n'ont pas cependant I'intelligence de leurs peres. Ordinairement, soit au pas, au trot ou bien au galop, ils portent la t6te a la hauteur de la poitrine, et cette habitude, qui semble dipendre de l'impulsion et de l'aptitude ndcessaires h la marche, nest pas modified par l'dducation, car l'usage du cavesson est plus commun dans file que celui du mors pour les chevaux de selle et de charge.
De toutes les allures du Cheval, l'amble est la plus usitie; les Poulains meme qui naissent dans le pays prennent aussit6t ce pas, qu'on prdftre h tout autre. Le docteur Roulin a fait la mdme observation dans la partie de l'Amirique meridionale qu'il a parcourue et ou les Chevaux qui vonI l'amble sont appelds Aguilillas.
L'Ane est peu commun dans l'ile de Cuba: le climat ne parait gnure lui convenir. Ces animaux proviennent des montagnes de Santander, et leur arrive est toujours annoncde dans les journaux, afin que les propridtaires des habitations o l'on levec des Chevaux s'empressent de venir au march. L'introduction des Anes n'a pas pour but spdcial la multiplication de l'espece franche dont on fait peu de cas en general, si ce n'est pour le lait d'Anesse, mais elle est rdclamde principalement pour propager la caste mitisse ou btarde des Mulets, dont on se sert beaucoup

MAMMIFERES.

XXXIV




INTRODUCTION. XXXV
dans toutes les propridtis rurales, surtout dans les sucreries, pour les transports. Le mauvais 4tat des cheinus rend ces animaux nicessaires, car, dans la saison des pluies, les routes sont impraticables pour les charrois. La race des Mulets de Cuba est petite, mais dure a la fatigue et tres sobre. Les Mulets sont tous employed aux champs; les Mules, au contraire, servent dans les villes pour trainer les chariots; on destine les plus belles et les plus grandes a l'attelage des voitures. Toutefois, cc dernier usage se perd chaque jour, a cause des exigences du luxe et de la coutume, car on ne veut maintenant que des Chevaux de prix, qui se sont assez multiplies dans l'ile pour entretenir les marches, et qu'on commence mme a exporter.
Les Taureaux, introduits par Christophe Colomb, lors de son second voyage, se sont propages en peu de temps d'une manire extraordinaire. Oviedo (1) a fait mention des exportations considirables de cuirs qu'on faisait de Saint-Domingue, oii les propridtaires de troupeaux laissaient perdre, dans les champs, la chair des boeufs qu'ils avaient tuds par centaines a coups de lance. 11 cite igalement plusieurs bergeries de la meme ile qui possidaient, sutir leurs paturages, des troupeaux de seize mille totes de Taureaux, Boeufs ou Vaches, et l'on trouve dans divers ouvrages l'dnumbration des dnormes produits de ce genre, qu'on exportait sur diffrents points du continent, mesure qu'on en faisait la conquete. En 1587, l'exportation des cuirs fut de 35,4/,4, selon Acosta, et ddji, a cette epoque, les districts de la Nouvelle-Espagne taient si abondamment pourvus de bestiaux, qu'on expddia la meme annde (1 587) 64,350 peaux pour les ports de la Peninsule.
Le Bceuf de l'ile de Cuba est enployd gindralement a tous les travaux des champs; non seulement on s'en sert pour les labours, mais on l'attelle encore aux lourdes charrettes qui transportent les produits du sol. La race en est belle, forte et d'une grosse corpulence, mais indocile.

i) Cronica gen., lib. III, cap. ii.




XXXVI MAMMIFEiRES.
Ce defaut provient du caractere des n6gres affects a la garde des bestiaux, car le Bceuf sait apprecier les bons traitements et se soumet alors avec docility h tous les travaux, tant qu'on ne le chatie pas avec trop de sdveritd. L'dducation fait le Bceuf ce qu'il est, suivant la direction qu'on lui donne, et, pour que cet animal ait les qualits requises, il faut que cette education soit calculde et rationnelle, au lieu d'etre capricieuse et violente. Le negre esclave, frdquemment maltraiti, se venge des injustices qu'il souffre sur l'innocent animal qu'il domine. Pour les travaux de labours, de meme que pour les transports en charrois, les Boeufs de Cuba sont atteles par la tete h un joug d'une forme particulibre, parfaitement calculd et bien construit; dans les deux cas, l'attclage est dirig4 par une corde lide h un petit noeud ou a un anneau qui traverse le cartilage intermidiaire des naseaux. Tous les Taureaux, Boeufs ou Vaches sont assujettis h cette espice de frein, qu'on appelle Narigon, et qui sert a les guider avec une grande facility. Ce moyen supple au difaut d'obdissance et de docility de l'animal, difaut qui ne provient, du reste, que de la mauvaise education, conmme nous l'avons ddjh observe.
Les Vaches ne sont pas employees aux travaux : toute leur existence se borne, pour elles, aux soins qu'clles doivent donner h leur progniture, h fournir le restant de leur lait pour le march, out on en conduit un grand nombre, et a s'engraisser dans les excellents piturages de l'ile, pour servir ensuite aux besoins d'un peuple qui, bien qu'il vive sous un climat oi la vegetation prodigue toutes ses richesses, n'en est pas moins iminemment carnivore. Une partie du lait des Vaches est riservie pour les Veaux on les Genisscs qu'elles nourrissent, et le reste sert pour la consommation. Elles cessent de produire aussit6t qu'on les spare de leurs nourrissons; mais on n'a pas, dans ce pays, la coutume pratiquce en Europe avec un avantage si gndralement reconnu, et qui consiste h traire les Vaches d6s l'instant qu'elles sont pleines jusqu'a l'dpoque qu'elles mettent bas, afin qu'elles puissent toujours donner du lait. II parait




INTRODUCTION. XXXVII
que, dans un district des Etats-Unis, pres de Charlestown, on a obtenu la production continue du lait, en chhtrant les vaches apres qu'elles ont mis has pour la seconde fois. Dans les habitations ou l'on el6ve les bestiaux, on ne s'occupe guere d'amiliorer les races au moyen du croisement d'individus qui prdsentent les qualitis requises pour donner lieu h de bonnes varidtis, telles que :1 la force ndcessaire pour les travaux de labour, 20 la facility d'engraisser chez les sujets qu'on reserve pour la consommation, 30 l'abondance du lait.
On ne saurait diduire du caractere de la beauty apparente les indices des qualitis que nous venons de signaler, surtout chez les Vaches. On a observe au contraire, en Europe, que les varidtis qui donnent le meilleur lait et en plus grande abondance, sont les petites flamandes, qu'dlkvent les Anglais. On a remarqud en meme temps que les races dont le poil est fin et dilicat produisent un lait excellent, qu'elles s'engraissent tr6s promptement et que leur chair est fort savoureuse. L'tude des races domestiques, dans le climat des tropiques, est de la plus haute importance pour le progrbs de cette intiressante branche de l'dconomie rurale, qui riclame d'utiles amdliorations.
Le Pore fut apport' h Saint-Domingue la seconde annie de la decouverte, et, dans l'espace d'un demi-sidcle, cet animal se multiplia depuis le 25e degrd de latitude nord jusqu'au 40e degrd de latitude sud. Sa propagation fut telle dans cette ile, qu'on fut oblige de prendre des mesures pour en arr6ter le trop rapide ddveloppement, car les Porcs faisaient de grands ddgats dans les plantations de cannes h sucre. Les historiens attribuent aussi a ces animaux la destruction presque complete de quadrupades indigines des Antilles.
Ce qui atait arrive a Saint-Domingue eut lieu aussi dans l'ile de Cuba : la multiplication des Porcs y fut extraordinaire, et Oviedo, qui en a fait mention, dit que ces animaux, devenus sauvages, parcouraient les bois par grandes troupes. n Le docteur Roulin a renconti aussi des




Porcs sauvages (cimarrones), dans les vastes plaines qui s'dtendent A l'est de la Cordilire des Andes, et principalement sur la rive gauche du Meta, entre Guanapalo et Pore, bien qu'il existe dans ces environs beaucoup d'animaux fdroces qui pourraient les ditruire; mais il parait que les Porcs risistent, par leur nombre, la voracitd de leurs ennemis.
Les Porcs de l'ile de Cuba ont un aspect farouche et sauvage, qui provient de la vie errante a laquelle on les laisse se livrer dans les propridtis rurales ou on les a introduits. Les habitants font une distinction entre le Pore Corralero, c'est h dire laissi libre dans les champs, et celui qui est nd dans les fermes (Estancias), et qu'on a assujetti h un certain system me d'dducation. Le premier, qui se nourrit principalement des fruits du Palmier royal (Palma real) qu'on appelle Palniche, on bien de glands de chene dans certains districts, et en general de fruits sauvages et de miais, est petit, agile et farouche. Sa chair est tres succulente et prend un godt particulier, dont participe toute la partie graisseuse, qui n'est pas en grande quantity et ressemble, par la couleur, h celle du Porc d'Europe. L'autre, au contraire, est beaucoup plus grand; il s'engraisse facilement, et on l'dl6ve principalemnent a cause de l'abondance de sa graisse. Les habitants de la campagne prdtendent qu'a la seule inspection de la rotondita des c6tes on peut distinguer le Pore domestique, qu'ils appellent Gallego, du Porc Cimarron ou devenu sauvage.
Le docteur Roulin attribue a la vie presque sauvage du Pore d'Amdrique les caract6res de forme qu'il pri'sente, et qui sont si diffrents de ceux qu'on observe dans l'etat de domesticity. Ainsi il appelle l'attention sur les oreilles droites, sur la grosseur de la tte, la prominence de la partie superieure et sur la couleur constante du poil. Les Porcs qu'il a vus dans la Colombie ressemblent ia ceux de France, et ne proviennent pas d'Europe, mais des EtatsUnis; leur introduction, dans cette partie dur continent amricain, ne date que d'une vinglaine d'anndes. II faith

MAMMIFERES.

XXXVIII




INTRODUCTION.X 1xix
dipendre cette analogie de ressemblance d'une origine commune, et il ajoute que le Porc des environs de NewYork, bien qu'il existe dans cette contree depuis longtemps, n'a pas varied dans ses caracteres primitifs, parce que le climat et l'dducation y ont beaucoup d'analogie avec l'Europe.
Cette diffrence entre les Porcs apportis par les premiers colons et ceux de race europdenne a 4td observe par la plupart des voyageurs. Dutertre (1) avoue qu'il ignorait le pays d'odi les Espagnols avaient tired les Porcs qu'ils laissercnt a la Guadeloupe, de meme que ceux qui existaient de son temps Saint-Christophe, i la Martinique et dans les autres Antilles, dont la physionomie n'avait aucun rapport avec ceux de France. Cet auteur fait aussi mention des memes differences que nous avons indiquees et du gofit savoureux de la chair. Le P. Labat (2) rapporte a deux especes distinctes et faciles a distinguer les Porcs introduits par les premiers colons dans les petites Antilles, et ceux devenus sauvages provenant de Porcs echappis des habitations, et qui ressemblent beaucoup a ceux de France: selon lui, ces deux races ne paraissent pas s'stre miles ensemble; remontant a l'origine de la premiere, il dit avoir vu, h Cadix et dans ses environs, la m~me race de petits Porcs noirs. M. Belin (3), parlant de la chair des animaux de la Guiane espagnole, dit qu'elle n'est pas aussi bonne que celle des animaux d'Europe, et attribue cette difference h la grande chaleur et a l'excessive humidity du climat, mais il excepte celle de Pore, qui est excellente. -La m~me remarque a dt6 faite la Jamaique (4), od la chair des Porcs espagnols est de meilleur goit et de plus facile digestion que celle des Porcs apportis d'Angleterre.
L'opinion de M. Roulin, qui attribue a l'influence de
(i) Loc. cit., t. II, Trait. VI, chap. 1, p. 295 de Pddit. de Paris, I 5i7
() Voyage aux tiles Jrancaises, t. -er, p. 31 de la 2e parties; i6%G
(3) Description gdograph. dc la Guiane, s763, se parties, p. 14.
(4) Collection de dio. voyages. Description dC la Jamaique, xt-o




XL MAMMIFERES.
l'Ptat sauvage la difference de fornie, ne saurait privaloir, car cette diffrence s'observe aussi bien chez les Porcs d'Andalousie que parmi ceux qu'on dlkve dans les estancias de Cuba en parfait 6tat de domesticity, meme apres un grand nombre de gindrations. Pour ce qui concerne le golt de la chair, cette particularity nous semblerait dipendre entibrement de la quality des aliments, si toutefois la chair des Pores reconnus pour d'origine europcnne, levPs dans les Antilles et nourris de la mAme maniere, pouvait acquerir la m6me saveur.
Ces considerations nous font soupconner que la race de Porcs introduits par les premiers colons appartient peute"tre a un autre type que celle qui a produit le Pore domestique h longues pattes, aux oreilles larges et pendants, et qui ne parait pas provenir du sanglier, comme on le croit. -Nous nous reservons, a cet gard, d'appuyer notre opinion sur quelques faits, en traitant des Chevres de Cuba.
Le Mouton, animal innocent et pacifique, conserve, sous le ciel des tropiques, ce caractere de douceur et de timidit qui semble inn6 chez l'csp&ce type, et, quoique la temperature de Cuba soit beaucoup plus dlevc que celle des contrics d'Europe ou prosper cette espece, les moutons de Cuba s'accommodent parfaitement du climat de l'ile, meme dans les plaines; mais il est vrai aussi qu'on les voit souvent se rdfugier dans les halliers et sous les arbustes, pour y chercher un abri contre les ardeurs du soleil. Bien qu'on et pu utiliser la chair de ces animaux, pour la nourriture des n&grcs des propridtes rurales, jusqu'a ce jour, les Moutons ne se sont pas beaucoup propagas dans File de Cuba. La race introduite par les premiers colons est la commune, dont la laine est grossiere; mais, comme cette substance n'est pas employee dans le pays, h cause de la chaleur qui ne permet guere de faire usage de matelas, on niglige entirement la tonte des Moutons. Ces animaux perdent naturellement leur lane; dts qu'ils sont adults, elle tombe par crodtes, et il pousse h sa place un poil luisant assez




INTRODUCTION. XLI
semb)lable a celui des Chevres. Le nime phdnomene a lieu dans l'Amdrique mdridionale. Ce faith a dtd observe depuis longtemps : au commencement du xvIu sidcle, un voyageur anglais, ddcrivant les forts de l'ile Espagnole peupldes d'animaux sauvages, fit mention des Brebis qui portaient poil au lieu de laine (4).
La Chevre est un des quadrupedes les plus utiles qu'on ait introduits dans l'ile, soit i cause de l'aliment que l'on retire de son lait, soit par l'important emploi auquel on destine cet animal intelligent. On a la coutume de lui faire nourrir les petits enfants blancs ou d'autres appartenant at des familles pauvres, car on redoute gindralement de les confier i des nourrices esclaves. Plusieurs causes, dont it n'est pas at propos de rechercher l'origine, influent dans ces contrees sur la ddbilite de constitution d'un grand nombre de femmes blanches, et ne leur permettent pas de nourrir leurs enfants, qu'elles font lever ordinairement par leurs nigresses, pendant les premiers mois de la nutrition, a moins, toutefois, qu'elles prdf6rent employer une Chevre, dont l'admirable docility ne laisse rien i desirer. La Chevre prend un soin particulier du nourrisson qu'on lui a confide; on la voit accourir vers lui d6s qu'elle entend ses cris, se placer aussit6t avec precaution et lui presenter ses mamelles que l'enfant saisit entre ses l6vres, en s'aidant friquemment de ses petites mains.
Ces Chevres sont appeldes Islehas, a cause de leur provenance des miles Canaries, et l'abondance extraordinaire de leur lait les rend tres precieuses pour l'emploi auquel on les destine et que nous venons de rapporter. La grande quantity de cette substance nutritive et le ddveloppement des organes qui la sicretent ne sont pas, bien certainement, le rdsultat de l'influence du climat de Cuba, et ne sauraient indiquer non plus une difference de temperature entre cette contrde et l'Amirique maridionale, oii le docteur Roulin a observe tout le contraire. a( Le caractere le
(s) Description du nouveau monde, par George Gardiner, ,n 16849; traduite on francais (RI'anusc de la Bibl, r1o. de Paris).




XLII MAMMIFERES.
plus evident de domesticity, dit-il, qui est celui de la grosseur des mamelles, a presque entibrement disparu dans la Chevre ambricaine. ) L'accroissement volumineux des organes lactiftres de la Ch6vre de Cuba, la taille Blevie et les autres caractbres de forme de l'animal, sa Idgeretd, sa grace, tout, en un mot, semble indiquer en elle une origine diffl4rente de celle de l'espece connue en Europe, dont les dimensions diminuent gindralement en Amdrique et notamment celles des mamelles.
Les observations que nous avons faites en parlant du Pore, et celles qui nous occupent dans ce moment, nous portent a rechercher la provenance des animaux domestiques apportis aux Antilles par les premiers colons, et ceux qu'on introduisit ensuite sur le continent d'Amerique. Le second problme est plus difficile rdsoudre que le premier, car l'Amirique meridionale aussi bien que la septentrionale ont dtd peuplies par des colons de tous les pays. L'introduction des animaux domestiques dans ces contries a di presenter, par consequent, de nombreuses diffrences, soit dans les 4poques, soit dans les provenances. Quant au premier problme, c'est a dire pour ce qui concerne l'origine des esp~ces introduites aux Antilles par Christophe Colomb, et particulibrement de celles de Saint-Domingue, les anciens historiens nous fournissent a cet igard des renseignements assez precis. Dans le premier voyage du ce41bre navigateur, I'avenir incertain de son entreprise aventureuse ne lui permit guere d'embarquer des animaux vivants; aussi voit-on que parmi les avitaillements de ses trois caravelles, soit a sa sortie du port de Palos, soit apres sa reltche aux Canaries, il n'est fait mention que de l'eau, de la viande, du poisson et d'autres vivres (agua, carne, pescado y otras refrescas). Mais, dans le second voyage, Christophe Colomb fut pourvuii de divers bestiaux qu'on voulait propager, et les historiens en parlent explicitement. I1 avait embarqud, a son depart de Siville, des Vaches et diffcrcntcs especes de plants, ct il toucha aux iles Canaries pour faire le reste de ses provisions.




INTRODUCTION. XLIII
Ses vaisseaux, dit Oviedo dans sa Chronique ger'ndrale (i), s'y procurerent de l'eau et du bois, du pain frais, des Poules, des Moutons et de jeunes Chevres, des Vaches et de la viande sale, etc. Herrera, dans la
relation de ce second voyage, s'exprime en ces termes ( Le 5 du mois d'octobre, il aborda h l'ile de Gombre, odt il resta deux jours pour embarquer de l'eau, du bois, des Veaux, des Chevres, des Brebis et huit Porcs, au prix de soixante et dix maravidis la piece, et c'est de lh que proviennent les animaux domestiques qui se sont ensuite multiplies aux Indes (2).)
Ces renseignements ne suffiraient pas pour nous dclairer dans la question que nous traitons, si les races d'animaux domestiques existantes aux iles Canaries 4taient les mmes que celles d'Espagne; mais les differences qu'on observe dans les caractbres de forme et de grandeur, entre la Chevre et le Pore des Canaries et ceux des memes esp~ces europdennes, differences bien constatees du reste par tous les voyageurs, surtout pour ce qui concerne le Porc, dicelent assez une diversity d'origine dans les types primitifs des deux races. Notre opinion a cet agard se trouve tout a fait confirmed par l'authenticiti incontestable des renseignements historiques. Les Chavres et les Porcs existaient ddja aux miles Canaries h l'dpoque de la ddcouverte de ces iles (3); et ce fait une fois dtabli, il n'est pas probable que ces animaux eussent une origine diffirente de celle que les historiens attribuent aux premiers habitants de cet ar( ) t Toman alli los navios refrescos de aguay leiia y pan fresco y gallinas, y carnerosy cabritos :y- vacas en pie : y carne salada, etc. Oviedo, Crbnica general, lib. I1, cap. ix.
(2) (( El dia cinco de octubre tonmb la isla de la Gomera, ia donde se detuvo dos dias, proveyendose de aguay leila, y ganados, comno becerros cabras r ovejasy ocho puercas, h setenta maravedis la pieza, de las quales multiplicaron las quc de spues hubo en Indias. Herrera, Hlist. gen., dec. I, lib. II, cap. vi, p. 37, edic. de Amberes, 1728.
(3) Deux auteurs contemporains de la conqu'te s'expriment en ces termes ... et trouvirent Porcs, Chieures, Brebis, grand plant. (Histoire de la premiere descouvertc et conquestc des Canaries ,faire dbs l'an 4 4o2 par IMessirc Jean de Bethencourt; escrite du temps mesme, par S. Pierre Bontier et Jean le V'rrier, Paris, i63o, ,hap. Lan.




XLIV MAMMIFERES.
chipel. En effet, d'apr's les indices les plus vraisemblables, il faut croire qu'un peuple pasteur et guerrier, parti anciennement de la chaine de l'Atlas, avec ses troupeaux, et traversant dans sa migration un espace considerable, vint s'tablir dans les iles Fortundes (1). L'analogie des dialectes des Guanches avec la langue Schilla ou des Schilloaks, qu'on parle dans toutes les montagnes de l'Atlas, semble confirmer l'opinion de mes savants amis, MM. Webb et Berthelot, sur l'origine berbre des anciens habitants des Canaries.-Mais, comment ces peuples sontils arrives dans cet archipel? A quelle 4poque cut lieu cette grande emigration ? Quelles sont les causes qui ont produit plus tard l'isolement de ce peuple et l'altiration de son langage? -Telles sont les questions importantes dont la science demande la solution a la sagacity et au talent de M. Berthelot, qui s'occupe illustrer l'histoire de cet archipel.
Les petits Porcs noirs d'Andalousie, que l'on retrouve dans les Antilles, ne prouvent pas que la race provienne du meme type qui a produit le Porc domestique d'Europe; il est bien plus probable que ces animaux procedent des Canaries, et qu'apres la dicouverte de ces iles ils furent apportis sur les bords du Btis. La difference qui existe entre le Porc et la Chevre ne se fait remarquer ni dans le Cheval, ni dans le Boeuf, ni dans les Poules des Antilles, animaux qui proviennent indubitablement de races domestiques d'Europe, et qui n'existaient pas aux iles Canaries h l'dpoque de la conqubte. En resume, tous ces problmes sur l'origine et la provenance des races domestiques exigent, pour Atre risolus a fond, une etude comparative serieuse et approfondie de la gdographie et de l'histoire naturelle des peuples, de la langue, du climat, des animaux indig~nes; mais cette dtude est encore a faire, et nous devons nous contenter des indications pures et simples quc nous fournissent les faits consigns dans les archives de la science.

(i) Hist. nat des fles C(anaries, 836, tom. 11, Ire part., p. 124.




INTRODUCTION. XLV
Les Cerfs furent introduits dans quelques proprietes rurales an commencement de ce sidcle, et il ne parait pas qu'ils se soient beaucoup multiplies, ni qu'il existe un grand nomrnbre de ces animaux ? l'atat sauvage; du moins on cite dans l'ile bien peu de localitis ou l'on rencontre des Cerfs.
Les Lapins ont itd apportds aux Antilles des les premiers temps de la decouverte (4); mais it ne doit etre question ici que des Lapins domestiques peu estimes a cause de la fadeur de leur chair, et qui ne se sont pas beaucoup multiplies h cause de la guerre que les rats leur ont faite. Les Rats et les Souris abondent dans toutes les Antilles, et les historiens ont parld de leur existence d6s l'arrivie des Europdens: ces animaux s'dtaient tellement propages, qu'on les croyait de race indigene.-Oviedo (2), qui, en matiere de gdndration et de reproduction d'animaux, partageait tous les prdjugis de son sicle, croyait bonnement qu'ils existaient a Saint-Domingue avant la dcouverte, et qu'ils s'dtaient produits dans cette ile sans preexistence de mMes et de femelles. -Dutertre (3) pretend avoir passe cinq ou six ans a la Guadeloupe, sans avoir vu ni entendu parler d'aucun Rat; il ajoute qu'apres cc laps de temps il en apparut un tres grand nombre dans les maisons, qu'on disait avoir etd apportis d'Europe avec les Souris. L'dpoque a laquelle il faut rapporter la relation de cet rivain (1664) fait soup (i) Oviedo, Crbnica gen., lib. XII, cap. vii.
(2) Loc. cii., lib. XII, cap. vT.
(3) Loc. cit., tract. VI, cap. i, p. 3o5.







PARTIE DESCRIPTIVE.
La race d'hommes qui existait dans l'ile de Cuba, a I 'poque de la d6couverte, s'6tant eteinte, nous avons pens6, en raison de cette circonstance et d'apres le plan que nous nous sommes trace, pouvoir omettre de parler de 'homme americain, dont s'occupe actuellement un de nos amis et collaborateurs (1). Les animaux de 'ordre des Quadrumanes n'existent pas non plus "i Cuba. Ainsi les Mammif(res les plus importants dans l6chelle zoologique que nous rencontrons dans cctte ile sont les CHAUVES-SouRIs, qu'Aristote, Pline et d'autres philosophes avaient confondues avec les oiseaux, a cause de ]a facility qu'elles ont de voler, que Scaliger regardait comme un caprice et une monstruosith de la nature, et qu'enfin Linne et les zoologistes modernes out placees dans leur ordre naturel.
Lorsqu'on observe attentivement ces animaux, on ne tarde pas a reconnaitre que la singularity de leur forme et de leurs habitudes est le resultat d'une modification des organes du mouvement, qui n'influe en rien sur Plorganisation exterieure, ni sur les caractkres constitutifs de la classe a laquelle ils appartiennent. Le squelette, le coeur, le systame dentaire complet, la position et le nombre des mamelles, qui servent, dans la femelle, a l Palimentation des petits, la disparition des organes g6nitaux du male, etc., tout cela correspond effectivement i ce qu'on observe chez les Mammifres plus parfaits et d'une organisation plus compliquee dans P'chelle animale. Aussi tous les auteurs modernes ont class les Chauves-Souris dans cette cathgorie. Linn6 s'en servit pour former
(i) M. A. d'Orbigny, dans la relation de son grand voyage dans l'Amdriqtite mdridionale.




2 MAM31IFERES.
le premier ordre de la classe, en les r6unissant dans un mame groupe avec les Quadrumanes et avec P'homme. Illiger les separa des Quadrumanes et les placa a la suite des animaux depourvus de dents (lJdentis). Cuvier (et le plus grand nombre des naturalistes qui suivent ses principes) forma avec les Chauves-Souris le premier groupe on famille naturelle d'un troisiame ordre d'animaux qu'il appela Carnassiers, laissant Phomme dans le premier ordre et les Quadrumanes dans le second. Cette distribution s'accorde parfaitejnent avec les caractares deduits de l'anatomie compare et de l'organisation interne des Mammif6res; mais elle manque de precision, si l'on a egard aux moceurs et aux habitudes qu'on observe chez les animaux, et qui sont les consequences de certaines modifications, sinon fondamentales, du moins apparentes. Le prolongement des doigts des Chauves-Souris, et lPexistence d'une membrane mince et extensible, qui rounit les phalanges des quatre extrmits avec la queue, donnent a ces animaux la faculty de se soutenir et de se diriger dans l'air, faculty qui n'est pas partage par les Quadrumanes, auxquels its ressemblent dans la partie fondamentale de leur organisation. Cette observation indique assez qu'on ne doit pas les placer dans le meme ordre, comme le fit Linn6; mais il nous semble aussi qu'on ne saurait les ranger parmi les Carnassiers, d'apres Cuvier, Fischer, Lesson et autres, puisque les animaux de cet ordre n'ont pas la facult' de voler. Au reste, beaucoup de Chauves-Souris sont veritablement frugivores et non pas carnivores; le nombre de celles-ci va meme en augmentant a mesure qu'on decouvre de nouvelles espices sur le continent et dans les Lies d'Ambrique. Ces considerations nous out d6cid6 ae nous ranger de P'avis de M. Temminck (1), qui reunit aux Quadrumanes les Galdoptdques, qu'on placait auparavant dans la fa mille des CHEIROPTiERES de Cuvier, et qui ne comprend, parmi ces derniers, que les Chauves-Souris, et forme avec elles, sous une mine de nomination, son troisiame ordre des Mammiferes, qu'il place entre les Quadrumanes et les Carnassiers.
Brisson ne connaissait, en 1756, que neuf espces de Chauve Souris, r6parties dans les deux genres VESPERTILIUS et PTEROPUS; Buffon en decrivit vingt-six especes, et aujourd'hui on en distingue plus de cent cinquante, dont un tiers est exclusif PAmbrique. Le seul groupe des Vespertilionides, qui, au temps de Buffon, ne corn-

(i) Monographie deAlammalogie, Paris, 182s7, in-4o




MAMMIFiRES. 3
prenait que huit espces, en reunit cinquante dans l 'ouvrage de M. Fischer (1), et M. Lesson (2) en a ajoutk cinquante-six celles de lillustre naturaliste francais.
Nosanciens historiens ne mentionnent que succinctement l'existence des Chauves-Souris dans les Antilles. Oviedo, traitant des oiseaux nocturnes de l'File Espagnole, dit seulement que les Chauves Souris sont petites, et qu'il croyait qu'elles se retiraient promptement dans leurs retraites (3); en parlant de F'ile San Juan ou de Puerto Rico, il cite une espece que les Indiens avaient coutume de manger : Ce sont des Chauves-Souris, dit-il, que les
tndiens mangent, et les chretiens faisaient de meme pendant tout le temps que dura la conqute. On les pelait dans l'eau bouillante, et elles en sortaient blanches et aussi succulentes que des oiseaux en brochettes (4).))
En parcourant les ouvrages des auteurs qui out trait des Chauves-Souris des Antilles, nous ne trouvons mentionnees que douze espaces de ces animaux : nos excursions dans File de Cuba nous en out procure seulement cinq especes que nous allons decrire. Le genre de vie de ces animaux nocturnes, qui restent caches pendant le jour dans les cavernes et dans obscurity des bois, empeche de bien determiner le hombre des espaces d'un pays, par la difficulty de les saisir, et ce sera longtemps un obstacle I lktude de leurs mmeurs. Ainsi nous nous contenterons de dire que les Chauves-Souris abondent dans les cavernes calcaires de la seconde formation, tres repandues dans la partie occidentale de l'ile de Cuba, telles que dans celles connues sous le nom de Cuevas de Jaruco, San Marcos, Yumuriff, etc.; on en rencontre aussi dans 1'. paisseur des forces et dans les edifices isolks. Elles sortent de leurs retraites au crepuscule du soir et rentrent au point du jour. Pendant la nuit, elles parcourent en volant les espaces oui la multitude d'insectes qui peuplent l'atmosphre leur fournissent une abondante pature. Les especes frugivores se posent sur les arbres et font un grand dega't de leurs fruits, surtout de ceux des Sapotilliers (Sapota mammosa), de ceux des Acanas, Jocumas, Cuajanis et Cucuyos (arbres de la meme famille, et qui appartiennen t aux genres Achras et Bumelia); elles devorent aussi les fruits des Ocu(1) Synopsis mammalhum.
(2) Suites iz BuJbn, Mammifres.
(3) Crbnica general, lib. XIV, cap. vii, fol. iii.
(4) Idem, lib. XVI, cap. xvi, fol. I28.
AMMtFERES.




4 MAMMIFRES.
jes (Calophyllum calaba) et des Amandiers d'Inde (Terminalia calappa), etc. Durant leurs excursions, les Chauves-Souris sont souvent victimes des oiseaux nocturnes carnivores et des reptiles, qui profitent du silence et des tenebres pour sortir sans risque de leur tanie'res. Les Chauves-Souris ne peuvent opposer a leurs ennemis d'autre defense que la flexibility et la rapidity de leur vol, en changeant continuellement de direction pour se d6tourner de l'obstacle qu'elles apercoivent on sentent, par un moyen qu'on n'a pu encore s'expliquer (1).
CHEIROPTtRES (CHAUVES-SOURIS (2).
1. PHYLLOSTOMA PERSPICILLATUM.
Grand fer-de-lance, Buff., Supple'm., t. VII, pl. 74. Vespertilio perspicillatus, Linn., Syst. nat., edit. 42,
t. I, p. 47.
Phyllostoma perspicillatum, E. Geoff., Ann. du Mus.,
t. XV, p. 476, pl. 2.
Madataus Leavisii, Leach., Trans. Linn. Soc. of London, t. XIII, p. 82.
Phyll. j]amaicense, Horsfield, Zool. journ., III, 338,
pl. 21(4827).
Phyll. planirostrum, Spix, Vesp. du Bre'sil, p. 66,
pl. 36, fig. 4.
Phyllostoma patagio anali mediocri, emarginato;
cauda nulla : rhinophyllo duplici, verticali, hastato,
(i) On a fait l'experience d'aveugler diffdrentes Chauves-Souris, qui pourtant ont continue de se diriger, avec la mdme dextiriti, dans les labyrinthes de leurs cavernes ou dans les dpais bocages, sans broncher contre aucun obstacle.
(2) Les Chauves-Souris apporties de l'ile de Cuba ont itd itudides et d6crites par M. P. Gervais, aide-naturaliste au museum d'histoire naturelle de Paris, et la determination des nouvelles espices a etdid confirm par M. le professeur de Blainville, qui s'occupe maintenant de cette intiressante famille. M. le professeur Desmarest et M. Gervais ont eu aussi la complaisance d'examiner les CAPROars de la collection fate A Cuba, et de les comparer avec ceux du museum.




MAMMFiIARES. 5
apicein versus utrinque emarginato : vellere fuscescente; volatus amplitudo, 20 poll. (0,491 millim.).
Cuba, Sagra; Haiti, Ricord ; Jamaica, Lewis fide Leach, nec non America (Guayana, Brasilia, etc.).
Cette espace est facile h distinguer a son poil brun, sa membrane interf6morale de 7 lignes de long, et plus developpe que dans le Ph. jamatcense, et surtout a Porgane en forme de fer de lance, tras large, paraissant recouverte d'une partie plus mince, comme echancre'e a son extremites, oi elle se termine brusquement.
Longueur du corps...................................... oo54 millim.
- de l'avant-bras............................... .. o,o62
M. Ricord a fait remarquer le premier que cette espece 4tait frugivore et qu'elle se nourrissait de preference des fruits du Sapotillier, comme il cut occasion de le verifier lui-m4me pendant sa residence & Saint-Domingue (1). Dans l'ile de Cuba, ces ChauvesSouris mangent plusieurs sortes de fruits; au jardin botanique de la Havane, elles rongent l'corce verte de ceux du Calophyllum calaba et du Terminalia Calappa.
Les deux individus apportks de cette ile furent compares avec celui de la collection du museum, qui avait servi M. Geoffroy pour sa description, et avec un autre dont lespece avait 6th aussi dterminde par le mame naturaliste et dont on tait redevable & M. Ricord. Nous pensons, conformmrnent a notre synonymie, que le Madatceus Leavisii, le Ph. jamateensis de Horsfield et le Ph. planirostrum de Spix, appartiennent a la meme espece que nous venons de d6crire. Le Ph. perspicillatum ressemble beaucoup aussi au Ph. jama'cense de Leach (Trans. Linn. soc. London, t. XIII, p. 75), a cause de l'absence de la queue.
(i) Voy. A ce sujet la lettre de M. BRicord, dans le cours d'hist. nat. de M. E. Geoffroy.




MAMMIFERES.

2. VESPERTILIO (NYCTICEUS) BLOSSEVILLEI.
V. Blossevillei, Lesson et Garnot, Bull. Sc. nat., t. VIII,
p. 95.
Voyage de la corvette LA COQUILLE, pl. 2.
Vespertilio dentibus primnoribus utrinque (, molaribus -; trago falciformi amplo ; cauda patagium
anale wquante inwoluta; patagio anali supra piloso; pilis rufescentibus; volatus aminplitudo, 12 poll. 3 lin. (0,284 millim.).
Couleur d'un roux marron brillant, sur tout le corps : poils de la meme teinte sur la partie superieure de la membrane interfemorale, et plus nombreux a sa base et au milieu que sur les bords et l'extremith. Les poils noirs de la base sont plus pales vers le milieu et d'un roux marron a l'extremith. Narines tres s6parees, oreilles rondes marquees de rides transversales prs du bord exterieur; opercule de Poreille arrondi; oreillon falciforme, assez large; une mche de poils de couleur de chAtaigne au point de jonction des m6tacarpes. Longueur totalec......................................... o,xoo rnillim.
- du corps et de la tite.............................. o,o54
- dela queue...................................... o,o46
- de 'avant-bras.................................. o,o43
- des bras....................................... 0,284
3. VESPERTILIO LEPIDUS, Gervais.
(SP. NOVA).
Vespertilio dentibus primoribus utrinque -, molaribus -, cauda involuta, patagiumn anale subtus raris pilis aspersum, supra nudum, wquante; trago dilatato, cupuliformi ; auriculis emnarginatis; corporis colore Javescente; volatus amplitudo, 7 poll. 7 lin. (0,163 mill.); long. tota, 2 poll. 4 0 lin. (0,066 millim.).
Couleur roux jaunatre; poils roux-jaunsXtres a la base, un peu bruns & l'extr6mitS cux de la face clair-sembs et noirAtres.




MAMMIFERES. 7
Crane spar, de la base frontale par une depression. Quatre incisives a la mandibule superieure, six a l'infbrieure; oreilles a conque evase, assez grandes, quoique peu levees, Achancr'es a leur base externe; oreillon peu lev6, presque cupuliforme, plus 6troit a la base qu'd son extremith libre, qui est dlargie, tronqube et comme bordee dans son contour. Quelques poils sur la membrane interf6morale et sur sa face infrieure, comme dans les Vespertilions du sous-genre Emballonura, auquel appartient notre V. alecto du voyage de la Favorite.
Longueur totale........................................ o,o66 millim.
- du corps etdela tte.............................. oo36
- de la queue ...................................... o,o3o
- de l'avant-bras.................................. o,o3o
- du talon........................................ ooo9
- de la jambe et des doigts......................... o,o019
- des bras........................................ ox63
4. VESPERTILIO DUTERTREUS, Gervais.
(SP. NOVA).
Vespertilioni subulato affinis : dentibus primoribus -, minolaribus 4; trago cultriformi erecto, obtuso; cauda patagiumin anale nudum paulluin superante; pilis in corpore fitsco-rufescentibus; volatus amplitudo, 12 poll.
10 lin. (0,279 mill.); long. tota, 4 poll. 3 lin. (0,098 mill.).
Couleur du corps brun roux; poils noirs a la base et roux de lion P'extremit, passant au roux chataigne dans les parties inf6rieures. Face deprime, couverte de quelques poils soyeux. Membranes claires, brunes et nues; l interf(morale pale en dessous a la base. Oreilles moyennes, en forme de cornets, Achancrees sur le bord externe; oreillon droit, obtus a son extremite, plus haut que large, 6galant la moiti6 de l'oreille, qui est pourvue, a sa base externe, d'un petit lobule. L'extre mit de la queue libre.
Longueur totale......................................... 0 o,o98 millim .
- du corps et de la tte............................ o,o54
- de la queue..................................... o,o46
- de la parties libre de la queue......................o,oo5
- de l'avant-bras............................... ... o,o47
- des bras ....................................... ,279




8 MAMMIFE'RES.
Cette espace est d'un tiers plus grande que le Molossus obscurus; ses dents incisives sont au nombre de six la mandibule inf~rieure et de quatre h la superieure; les deux du milieu de cette derniare sont plus grosses que les externes et crochues a leur extr6mit6~; la pointe interne est la plus forte.
Le caractbre le mieux marque de cette espace, Pextr6mit6 de la queue libre, existe aussi chcz plusicurs Chauves-Souris des autres parties du globe. La Noctule, si facile reconnaitre, en offre un exemple parmi los espaces curop~ennes, et 'Am"rique poss1de les Vespertilio subulatus (Say, Major's Long expedit., I, 167), Spixi (V. brasiliensis, Spix, non Is. Geoff., V. Spixii, Fischer, Synopsis, p. 111), et nous pensons devoir y joindre le V. subulatus plus encore que toutes les autres espces; mais celle-ci n'a que 2 pouces 5 lignes de longucur totale (voy. Say, loc. cit., Fischer, Synop. mam., p. 113, et Richardson, Faun. Amer., t. I, p. 3). Le V. caroliniensis a lPoreillon en forme de demicceaur, et les dimensions du V. Spixii sont de 21 lignes pour la longueur du corps et de 28 lignes pour la queue; ses oreilles sont tres longues, etc.
5. MOLOSSUS OBSCURUS.
Mlolossus obscurus, E. Geoff., Ann. du AMus., VI, 155,
Temm., iMonog. de mammal., I, 236, pl. -22, f. 2.
Molossus dentibus incisivis utrinque ; cauda ultra
patagium anale prolongata; auriculis ad frontem approximatis, ex illis linea ad nares decurrente; trago lenticulari; colore obscure rufescente; longitudo tota, 3 poll.
9 lin. (0,087 mill.), quorum '1 poll. cauda tenet.
Cuba! SAGRA. Fivit eliam in Brasilia nee non in variis aliis calidce Americce partibus; ex liartinica retulerunt etiam PLEE, CHORIs, etc.
Une moiti6 de la queue est libre et Pautre tient a la membrane. On apereoit dans les oreilles un petit tubercule mince qui replace I'oreillon, mais l'opercule est assez large et de forme arrondie. Le




MAMMIFIRES. 9
chanfrein offre une ligne saillante et longitudinale qui descend des oreilles jusqu'aux narines.
Longueur du corps et de la queue.......................... 0,087 millim.
- des bras........................................ o,302
M. Horsfield (Zool. journ., loc. cit.) rapporte au VYelox, tras voisin du M. obscurus, mais dont le chanfrein est aplati, une Chauve-Souris envoybe de Cuba par M. Macleay. Nous n'avons rencontr6 aucun individual de cette espece, parmi toutes les Chauves-Souris des Antilles que nous avons eu occasion d'tudier. Le obscurus a &tb trouv6 aussi a la Martinique par MM. Plee et Choris.
NOTE.
Pour compldter cet article sur les Chauves-Souris de Cuba, nous allons insurer a la suite un extrait d'un mdmoire que fl. Gervais nous a communique, sur les Mammiferes observers de nos jours aux Antilles.
1. GLOSSAPHAGA SORICINUM, indiqube par Fischer (Syn. Mamm., p. 132) comme originaire des iles Caribes.
2. PHYLLOSTOMA JAMAICENSE, Leach, non PH. JAMA iCENSIS, Horsfield. II vit a la Jama'que d'apr's le Dr Leach, et a la Guadeloupe, selon M. L'herminier.
3. PHYLLOSTOMA PERSPICILLATUM. On le trouve aux miles de la Jamalque, de Saint-Domingue et de Cuba.
4. BRACHYPHYLLA CAVERNARUIM, Gray (Proceedings zool. soc. London, 1833, p. 122). II vit dans lPile de Saint-Vincent, d'aprs M. Guildin g.
5. MoRumooPs BLAINVILLII. Leach (Trans. Linn. soc. of London, XIII, 77, pl. vii), Fischer (Synopsis Mamm., p. 124). I vit a la Jama'que, d'apres Leavis, cite par Leach.
6. MONOPHYLLUS REDMANNI. Il vit ]a Jamalque, d'aprbs Redmann, cite par Leach.
7. NOCTILIO LEPORINUS. Vesv. Leporinus de Linn. Nocti-




10 M1AMMIFERES.
lio unicolor, Max. Beitrag. On le trouve a la Guadeloupe, d'apres L'berminier.
8. VESPERTILIO (N cticeus) BLOSSEVILLEI. Lesson et Garnot.
- 11 est originaire de File de Cuba.
9. VESPERTILIO LEPIDUS. 11 est originaire de 1ile de Cuba.
10. VESPERTILIO DUTERTREUS. 11est originaire de Pile de Cuba.
11 VESPERTILIO MAUGEI, Desm. (Mamm., p. 145). Origi
naire de Puerto Rico.
12. MoLossus OBSCURUs. II vit la Martinique et a Cuba.
13. MoLossus VELOX.- De la Guadeloupe par M. Beauperthin.
14. SOREX PARADOXUS; Solenodon paradoxum, Brandt, Mdmoires de l'Acad. imper. des sciences de St-Petersbourg, vie serie, t. II, p. 459, pl. 1-2, 1833. On le trouve Haiti, d'apres MM. Joeger et Hearne.
RONGEURS.
Les Rongeurs forment, dans le systkme de Cuvier, le cinquieme ordre des Mammifbres et font suite aux animaux carnassiers. Dans la Monographie de Temminck, on les a places dans le sixiame ordre, cet auteur ayant reuni ensemble tous les Chdiropteres, que divers naturalistes rangeaient parmi les carnassiers, comme nous 'avons dbji observe.
Cet ordre nombreux qui, d'apres les ouvrages les plus complets, comprend aujourd'hui trente genres et plus de deux cent soixante especes (dont cent vingt, qui habitent 'Amrique, sont presque toutes exclusives ce continent), n'offre dans lile de Cuba que le seul genre CAPROMYS, qu'on croyait exclusif a cette localit. Toutefois, nous avons vu que les anciens historiens avaient fail mention de l'existence de ces mmes animaux dans les iles de Saint-Domingue et de la Jamaique (1); ce qui se trouve confirmed
() Outre les citations que nous avons faites dans introduction, nous trouvons dans le Suma de Geografia du bachelier Martin Fernandez de Enciso, imprime Seville en i5ig, le passage suivant sur les Hutias de la Jamaique a ..... et l'on troupe dans cette fle une generation nombreuse d'animaux avec poils, museau comme les rats et le corps comme les lapins, qu'on appelle Htias, et dont la chair est bonne h manger. '




MAMMIFERES. 1 1
par les citations de Brown (1), et plus recemment par M. Ricord, dans la description de Fespece rapportee de ces pays.
Le genre CAPROMYS, dont nous allons d6crire les espces de Cuba, a 6th plac6, par tous les naturalistes modernes, entre le genre HYDROMYS de Geoff. et le genre mus de Linne. Les caractares qui lui ont servi de base se trouvent bien d6crits dans les ouvrages que nous citons. I1 nous suffira done d'indiquer, par des phrases caract6ristiques les deux especes distinctes qui habitent 1'ile de Cuba.
1. CAPROMYS FURNIERI.
HUTIA CONGA.
Quemi? Oviedo, Hist. gen. y nat. de las Indias, lib. XII, cap. II.
Isodon pilorides, Say, Journ., of Ac. of nat. Sc. of Philadelphia, vol. II, p. 332, lam. 17.
C. Fournieri, Desm., Mdm. de la Soc. d'IHist. nat. de
Paris, t. I, p. 43, lam. 1.
Zool. journ., I, 230; IV, 269; no 148, 179. Bull. de Fdr., XXIV, 75.
Dict. clas. d'Hist. nat., pl. 90, 91. R. Owen, Proceedings of the Zool. Soc. of London,
II, 68.
Capromys cauda abbreviata squamnata, nec non pilosula; unguibus nigricantibus; colore supra fusco rufescente, subtus dilutiore; capite griseo subccerulescente; cauda basi rufa, apice fusca; longitudo variat.
VAR. A. HUTIA Valenzuela. Color lutescente, unguibus pallidis.
II vit dans les forts de Pile, soit sur les arbres, soit dans les halliers, oii il recherche l'ombre et Pobscurite.
(s) Sur la phrase que nous avons cite de Brown, p. 24, M. Fischer, dans ses additions atn Synopis mammalium, a formed I'espece Capromys Brownni.




MAMMIFERES.

2. CAPROMYS PREHENSILIS.
HUTIA CARABALI.
Guabiniquinar? Oviedo, Hist. gen. y nat. de las Indias,
lib. XVII, cap. Iv.
C. prehensilis, Poeppig, Journ. of the Ac. sc. of Philadelphia-, t. IV, no 1.
Zool. journ., t. II, p. 410.
f 9a nt e r, l 4
C. Poeyi, Guerin, Mag. de zool., 4e anne,t. lerpI 45. Fischer, Synop. mammr., p. 313.
Capromys vellus maximne nottei densum, pilis mollissimrnis; frons planiuscula; digiti pilis duris, albis nitidis; caudwe basi pilis jferrugineis, cute caudce subtus nuda.
VAR. A. HUTIA Poey. Vellere sub molli fusco ferrugineo; genis etfronte pallidis; gutture abdomineque albicantibus; cauda longa, pilis sublongis ferrugineis.
Pro dentibus similitudinem C. Fournieri refert sed capite minore; C. prehensilis dens primus inferior paululumin Jorma cellulce anterioris difert.
11 vit dans les forts comme le precedent, mais dans des endroits plus sauvages et loin des habitations. I1 se tient de preference sur la cime des arbres et se cache entre les rameaux, pour eviter la poursuite des nagres. I1 s'aide de lextremith de sa queue pour saisir les plantes parasites, au milieu desquelles il se refugie.
L'HUTIA CONGA est plus facile apprivoiser que PHutia carabali, et l'on parvient h la laisserlibre dansles maisons sans aucune entrave, comme le fit M. Desmarest avec les deux qu'il a 61ev6es. Le degr6 d'intelligence de ces animaux, d'apras les observations de ce naturaliste et celles de M. Macleay, parait superieur h celui des Lapins et des Li6vres, et son activit' physique est presque gale a celle des 6cureuils. L'oule, l'odorat et la vue sont trois sens tras d6velopp6s chez les Agoutis, mais ce dernier a plus de puissance pendant la

12




MAMMIFRES. 1 3
nuit, comme l'indique la forme des pupilles. Pour ce qui concerne le goat, bien qu'il soit assez ddlicat dans la perception des sensations, il nest pas aussi limited dans ses jouissances qun'on pourrait le croire, d'apres les observations faites en France, car dans File de Cuba les Agoutis mangent non-seulement les fruits, les feuilles et les corces, mais aussi la chair des animaux et surtout les Lezards du genre ANOLIS, qu'ils chassent avec une grande dexterity. Finalement, le tact est un des sens qu'ils exercent le plus, a cause de 1'habitude qu'ils ont de saisir les aliments et de les porter a la bouche, de grimper sur les arbres avec une l6garets et une promptitude extraordinaire. Ces animaux sont timides et toujours sur leur garde; s'ils se laissent caresser, c'est toujours chez eux leffet d'une longue habitude, qui pourtant ne garantit pas toujours celui qui les touche, car 'Hutia conga mord, lorsqu'elle ne reconnait pas la main qui l'approche et dont le moindre mouvement leffraie.
L'Hutia carabali est encore plus farouche et sauvage; ce nest qu'avec difficult qun'on parvient 'a Passujettir la vie domestique; elle refuse les caresses, se cache pendant le jour dans l'intrieur de sa cage, mord frequemment celui qui veut la toucher et travaille la nuit a ronger sa chaine. Dans cet 6tat d'esclavage force, elle mange peu, vit dans une continuelle agitation, maigrit et meurt promptement.
Les dimensions, la couleur et les autres caractares des deux especes que nous venous de decrire, se trouvent indiqu6s dans les m6moires de MM. Desmarest et Pceppig; mais l'Hutia conga atteint une taille plus grande dans les forests de 1Pile, et, clest pour cela que les ngres la preferent. Ils la chassent continuellement, non seulement pour se nourrir de sa chair, mais pour la vendre aussi dans les diffirents marches. Celui de la Havane est fourni journellement d'un grand nombre de ces animaux, que lPon vend &corch6s, secs, fumbs et aplatis, et que les gens pauvres achtent de prbf6rence. Cette viande conserve un gotlt desagreable et unc odeur forte, assez semblable a celle qu'exhale l'animal.
Nous venions de terminer les descriptions qui pr6cadent, lorsque nous avons recu de nouveaux renseignements sur un autre Mammifere qu'on rencontre dans Pile de Cuba, et dont M. Francis La-




14 MAIIF RES.
valle, consul de France a Trinidad, a rendu compte dans ses lettres. La science tait redevable, au zele de M. Lavalle, de plusieurs observations interessantes sur Cuba, observations que la Soci6th de geographie de Paris, a laquelle it les adressa, fit insurer dans son bulletin. L'animal dont il y est question a et6 decouvert dans les montagnes de Buenos-Ayres, Naranjos et Cimarrones, juridiction de Trinidad et de Cienfuegos; les naturels le nomment Tacuache. t11 est plus petit que les Agoutis et n'a aucun rapport avec eux. II vit dans les trous et les crevasses des rochers, sur la cime des montagnes. Une autre espace existe, dit-on, dans le Bayamo; ce n'est peut &etre qu'une simple vari6th. Au commencement de 1838, on en prit un vivant dans les environs de Trinidad, qu'on apporta a la Havane, ou il fut l'objet de plusieurs observations. D. Philippe Poey a fait, sur la tete de ces animaux, un travail special qu'il a l'intention de rendre public; d'apres l'annonce qu'il a insbr6e dans la Revue Cuvierienne et dans le numero du mois de novembre 1838 du Plantel, journal imprime a la Havane, et dans lequel on a donned une mauvaise copie de la planche du SOREx paradoxus que M. Branat, directeur du muse imperial de St-Petersbourg, publia pour la premiere fois en 1834 (1), avec la description de cette espece, trouvee dans l'ile de St-Domingue et a laquelle il faut rapporter probablement celle qu'on a dbcouvert tout recemment dans l'ile de Cuba.
Le SOLEDONON est un animal insectivore du genre SOREX ou Musaraigne, qu'on n'a rencontr4 jusqu'a present que sur le continent de l'Amerique meridionale. Dans un m6moire sur les insectivores, insere dans les Annales francaises et 6trangeres d'anatomie et de physiologic, M. de Blainville place le SOLENODON pros des DEsMANS; c'est, d'apr4s ce professeur, une espace terrestre de ce sousgenre de SOREX, plus voisine encore des vraies Musaraignes. En effet, le SOLENODON vit a terre et sa queue n'est pas comprimbe comme celle des Desmans et surtout du Desman moscovite. Ainsi ce nouvel animal vient augmenter le catalogue des Mammiffres de l'ile de Cuba.
(i) M&dmoires de l'Academnie des Sciences de St-Pitersbourg, ,e srie, Sc. nat.




MAMMIFERES.

EXPLICATION "DES PLANCHES.
Feu M. Desmarest publia une excellente description zoologique des formes, des caracteres extbrieurs et des moeurs de 'espece de CAPROMYS, qu'il d6signa sous le nom de Furnieri. M. de Blainville a diss6qub, apres la publication de M. Desmarest, un des CAPROMYS observes par ce savant naturaliste, mais il n'a pas fait connaitre encore le r6sultat de ses investigations. On peut voir toutefois une planche representant le crane du CAPROMYS Furnieri, dans 'Atlas du dictionnaire classique d'Histoire naturelle, et M. Richard Owen a fait insurer recemment, dans les Proceedings de la Societh zoologique de Londres, des observations anatomiques sur un animal du meme genre.
Nous nous en ref6rons, par consequent, a M. R. Owen, pour la partie splanchnologique, et nous ne parlerons que du squelette. Toutefois, un autre organe du CAPROMIYS m6rite de fixer attention; le foie, qui est remarquable par les nombreuses subdivisions de chacun de ses lobules, caractare que M. Paeppig observa egalement dans le CAPROMYS prehensilis (voy. notre planche 8, fig. 1, d'apres Peppig), et qui existe aussi au m(me degr6 chez le CAPROMIYS (PLAGIODONTIA) wdium de M. F. Cuvier, comme M. Gervais s'en est assure. Le PLAGIODONTIA est, d'apr's ce dernier, un animal de 1'ile de St-Domingue, decrit par M. Alexandre Ricord, tres semblable aux vrais CAPROMYS par ses caractares extrieurs et par la forme des dents et le developpement de ses apophyses stylo'ides, plus grandes que chez les CAPROMYs; c'est une espece intermediaire entre ceux-ci et les CovYPous (MYOPOTAMUS Coypus).
Planche 1. VESPERTILIO lepidus (mAle), Gervais.
Fig. 1. Tte du mome.
2. CrAne de profll.
3. Dents incisives et canines, vues de face.
4. TAte du VESPERTILIO (Nycticeus) Blossevillei, de Lesson.
5. Oreille du m(me, pour montrer P'oreillon ou tragus.
6. CrAne du m~me.

15




16 MAMMIFERES.
Fig. 7. Arcade dentaire superieure, vue par sa face interne et montrant, apris les canines, la premiere molaire gemmiforme (de Blain.).
Fig. 8. Les deux arcades dentaires vues de face.
Planche 2. VESPERTILIO Dutertreus, Gervais; espece voisine du VESPERTILO carolinensis.
Fig. 1. Sa tate.
2. Son crane.
3. Ses dents incisives et canines, vues de face.
Planche 3. CAPROMYS Furnieri, Desm. Planche 4. CAPROMYS Furnieri, variety rousse. Planche 5. CAPROMYS PREHENSILIS (PoEPPIG), variety. Planche 6. SQUELETTE DU CAPROMYS Furnieri, Desm.
Les particularites que ce squelette offrit M. Desmarest sont les suivantes, d'apre's la description qu'il nous communiqua.
(( 1o Le crane est aplati sur la partie superieure, et la ligne Iona gitudinale qui unit les deux os du front pr'sente un lger sillon Svers la partie postrieure.
, 2o Le carre de Porbite est complet; l'arcade zygomatique, peu separee de la tte, est trbs levee; Fosdela pommette est anguleux Savers son bord inf6rieur; Fapophyse zygomatique du temporal Spresente un angle qui correspond a une saillie egalement anguSleuse et dependante du frontal; et entre ces deux saillies, on Sremarque (dans Pindivida que nous examinons) un cartilage ) ossifi6 tras mince et tendu comme un petit cordon, qui spare Sl'ouverture de la fosse temporale en deux parties. Cette fosse est Sassez grande.
) 3o Les deux lignes dentaires de la mandibule superieure con, vergent lVgarement en avant. Les dessins de mail, que pr6sente la couronne des dents molaires, sont disposes en sens inverse dans les deux mandibules, comme on l'observe chez les autres x Rongeurs dont les molaires ont la meme forme.
)) 40 La partie de Pos temporal qui contient la caisse du tympan est trbs diveloppbe, ce qui indique une grande capacity dans la a) cavity de lPoreille.




5o L'apophyse mast6ide des os temporaux est trs large, a n forme de croc, avec la pointe en avant comme la griffe d'un Mammif6re carnivore.
, 6o Les apophyses ptbrigo6ides de l'os sph6nolide sont sail, lantes, tres comprim es, dirigbes en arriere et en forme de Grille de charrue.
) 70 La cavity des os temporaux destines pour l'articulation de a la mandibule inf6rieure est presqtxe semi- cylindrique et fendue longitudinalement.
) 8 La maxillaire inf6rieure est assez notable; les deux os qui la forment font entre eux un angle d'environ 45 degrbs. Les a deux lignes dentaires sont assez rapprochees et 16gerement con} vergentes en avant. L'apophyse coronoide est saillante et an, guleuse; le condyle articulaire est ovale, longitudinal, plac6 au sommet d'une apophyse bien prononc6e, pourvue interieuren ment d'une crete en forme de contre-fort, qui se spare vers le bas pour s'unir a la crete du bord oppose et former avec elle une Large surface bomb6e vers la partie moyenne de la mandibule. Le a bord inf6rieur de chaque crete est tres aplati et forme un rebord a saillant tant6t en dehors, tant6t en dedans, de manire 4 proSduire une fosse assez large pour loger les muscles moteurs de la n mandibule. Ce bord aplati se termine posterieurement par un a long prolongement en forme d'6peron, arqu6 vers le bas, et a dont la pointe se dirige vers l'extr6mith de l'apophyse mastoide n que nous avons d6crite.
)) 90 Les clavicules sont fortes, droites d'abord et d'une gale 6paisseur sur les trois quarts de leur longueur, ensuite Sarquees et dlargies vers l'extr6mith qui correspond a l'omoSplate.
)) 100 L'omoplate est assez large relativement a sa longueur : a le bord interne ou vertebral offre une Achancrure bien marquee; a le bord externe est droit et le posterieur est uniformement arque. n Cet os presente la particularity suivante : sa crete 6piniare, qui est trbs 61evee vers l'articulation scapulo-humbrale, se trouve sur a les deux tiers de sa longueur, entierement separee de Pos princiSpal qui lui sert de base, au moyen d'une echancrure profonde di) rigee en has et formant un arc styloide, dont l'extremite, un peu e 'largie, est en relation avec la clavicule.
11 to Le corps de l'humbrus, qui est tree's pais, pr'sente en n avant, sur sa moiti4 suprieure, une crte aplatie lathralement,

17

MAMMIFARES.




Sdont la partie plus 6lev~e se trouve vers le milieu de la longueur de cet os.
120 Le cubitus et le radius sont presque d'6gale grosseur. L'aa pophyse ol6crane est tras saillante et la premiere presente une crte longitudinale, 16geremeut prononcee vers les deux tiers de a son bord superieur.
))t 30 Le f6mur est droit, long et fort; aplati sur sa face postn rieure et cylindrique sur Panterieure.
S14 o La rotule est oblongue.
150 Le tibia est fort, tras arqu6 en avant, avec une ligne saila lante, tras aigue*, qui se prolonge tout le long du bord externe, a et une protuberance anguleuse tres apparente vers la moiti6 du n bord anterieur.
)) 16o Le peron6 est mince, comprimb, droit, tres s6pard du tia bia vers sa moitik, a cause de l'arcure de celui-ci. L'extr6mite Ssuperieure est tr's aplatie et dlargie en forme de palette triana gulaire. )
Planche 7. CRANE ET MANDIBULES AVEC DENTS DU CAPROMYS Fur
nieri.
Planche 8. DETAILS DU CAPROMYS.
Fig. 1. Foie du CAPROMYs prehensilis, d'apres M. PCeppig.
2. CrAne du meme.
3. Sa mandibule inferieure.
4. Arcade dentaire inf~rieure (molaires) du CAPROMYS Poeyii de M. Guerin, prise sur P'individu meme decrit par ce naturaliste.
5. Arcades molaires superieures du CAPROMYS Furnieri, variety rousse.

FIN DES MAMMIFERES.

MAMMIFERES.

18




PARTIE DESCRIPTIVE.

MOLLUSQUES.
Ire CLASSE.
CEiPHALOPODES, CEPHALOPODA, Cuw.
Des plus avances par leur organisation dans l'4chelle des tres, puisqu'ils possadent au plus haut degr6 de perfection les sens de la vue, du tact, de l'ouie, ainsi que de puissants moyens de prehension et de locomotion (1); doues, des lors, de facultes plus completes que les poissons mmes, les Cphalopodes sont sans contredit les plus volumineux des animaux mollusques, se distinguant de tous les autres par la supbriorite de leurs organes.
Si nous jetons un coup d'ceil sur les revolutions qui se sont op&rtes parmi les Cephalopodes depuis le commencement du monde jusqu'a nos jours, nous verrons qu'ils out toujours joue un grand r6le. Deja nombreux, deji tres varies dans leurs details, ils se montrent avec les premiers animaux qui paraissent sur le globe. Leurs formes sont alors fort simples; ils ont des coquilles droites ou en(t) Voyez, a cet 'gard, les details gendraux dans lesquels nous sommes entrd, aux Considdrations zoologiques de notre ouvrage sur les Cdphalopodes Acitabulfeires.
MOLLUSQUES. I




2 MOLLUSQUES.
roulbes sur le mnme plan, divishes par des cloisons entibres. Les terrains siluriens les plus inf6rieurs nous montrent les genres Orthoceras, Cyrtoceras, Phragmoceras et Nautilus; mais bient6t, dans les couches plus sup'rieures des terrains de transition, on voit apparaitre les Goniatites, dont les cloisons sont un peu sinueuses.
Apres cette premiere 6poque disparaissent, sans exception, tous ces animaux; et, dans le groupe de terrains oolithiques qui les recouvrent, leur succide un bien plus grand nombre d'4tres tout A fait diff6rents. Avec les Nautiles et les Be61emmites, se montrent ces nombreuses Ammonites a cloisons dcoupbes et ramifiees, si remarquables dans leurs formes varies et dans leurs d&tails. Elles couvraient alors toutes les mers de leurs nombreuses especes souvent gigantesques, espaces dont nous n'avons plus d'analogues, quoiqu'd cette 6poque elles composassent des couches entieres; mais avec elles surgissent, sur ce nouvel horizon, les Cephalopodes sans coquille cloisonne, les Sepia, les Sepioteuthis et les Onychoteuthis, qui s'y montrent pour la premiere fois.
Remontons-nous d'un 6tage, passons-nous des terrains oolithiques aux terrains cr6tac6s, les Cephalopodes ne changent pas d'abord entierement de formes; ils se modifient seulement un peu, en diminuant beaucoup de nombre. Toutes les especes d'Ammonites que nous avons vues couvrir les mers disparaissent, remplac6es par des Ammonites de formes diverses et par d'autres coquilles a cloisons decoupees, telles que les Scaphites, les Hamites et les Turrilites; mais le regne de toutes ces coquilles a cloisons sinueuses touche sa fin. Elles s'effacent bient6t entiarement dans les couches superieures de craie, pour ne plus se montrer sur le globe. Cependant on voit encore des Bdlemnites et des Nautiles jusque dans les derniares couches du systame cretac6, ou les premieres cessent pour toujours d'exister.
Les terrains tertiaires les plus rapprochds de notre epoque ne nous montrent que quelques espaces de C6phalopodes, comme repr6sentants de cette classe. Plus de ces nombreuses coquilles droites un peu contourn6es des terrains de transition; plus de ces coquilles d'lgamment enroulkes, cloisons sinueuses ou ramifies des terrains oolithiques et cretaces; dans ce nouvel horizon plus de Cephalopodes que les Nautilus, les Sepia et les Beloptera, restes uniques de cette zoologie si varibe et si multiplibe des couches infbrieures on




MOLLUSQUES. 3
seulement des genres qui, prolongeant leur existence jusqu'a nous, sont devenus nos contemporains.
Aprs toutes ces successions, si nous voulons jeter un coup d'oil sur ce qui nous reste de C6phalopodes, nous pouvons dire qu'il n'en existe plus que des debris, comparativement a ces nombreuses especes cloisonn6es dont nous venons de parler; elles sont represent6es seulement par deux Nautilus et une Spirula, en tout trois espaces vivantes; mais nous voyons les Cephalopodes, dont les traces ne pouvaient pas toujours 6tre conserves dans les couches terrestres, nous offrir un grand nombre d'especes des plus singulibres par leur organisation, par leurs moeurs, et par le role qu'elles jouent actuellement. Leurs troupes innombrables peuplent le sein des mers sous toutes les latitudes ou pr6sentent sur nos c6tes un aliment abondant aux habitants du littoral des deux h6misphares. Ainsi, avec les deux genres que nous venons de citer, nous avons aujourd'hui les Octopus, Philonexis, Argo nauta, Cranchia, Sepiola, Rossia, Loligo, Sepioteuthis, Loligopsis, Histioteuthis, Onychoteuthis, Enoploteuthis, et Ommastrephes, sur lesquelles trois, les Sepia, les Sepioteuthis et les Onychoteuthis, vivaient des lpoque des terrains oolithiques, tandis que tous les Sepia, les Sepioteuthis et les Onychoteuthis vivaient ds le'6poque des terrains oolithiques; tous les autres ne nous sont connus qu'a lttat vivant, et pourraient bien n'appartenir qu'a notre 6poque.
Ce rapide apercu suffit pour demontrer que les Cbphalopodes ont toujours exists sur le globe et subi de nombreuses modifications; que des series entibres d'4tres sont venues en remplacer d'autres dans la succession des couches, et qu'enfin, s'il nous est rest peu de coquilles cloisonnes, nous avons encore une sbrie considerable d'4tres dont l'tude est de la plus haute importance, puisque seuls ils peuvent nous donner, par la comparaison, l'id6e des formes de cette zoologie 6teinte.
Pour proctder m6thodiquement, avant de parler des espaces de Cuba, nous devons commencer par dire que les caractbres zoologiques des Cephalopodes out, depuis longtemps, d6montr6 qu'il fallait les diviser en deux coupes primordiales, on ordres que nous allons indiquer. Le premier (les Acetabulifera ou Dibranchiata), contenant toutes les espices pourvues de cupules aux bras, et de deux branches, renferme A lui seul les espices don't nous devons nous occuper ici; le second (les Tentaculifera ou Te-




MOLLUSQUES.
trabranchiata) comprend toutes les especes sans cupules aux bras, dont la bouche est entouree d'un grand nombre de tentacules, et pourvues de quatre branchies. Pour ce dernier ordre, ou viennent se placer toutes les singulires coquilles cloisonnees dont les espaces sont perdues, et le Nautile vivant actuellement, mais ailleurs qu'aux Antilles, nous nous contentons de l'indiquer, n'ayant pas a en faire mention dans cette faune locale, oii il n'est represented par aucune espece vivante ni fossile.




ler ORDRE.

ACETABULIFERES, ACETABULIFERA, d'Orb. et Fer.
Cryptodibranches, Blainville ; Dibranchiata, Owen.
C616brbs dans l'antiquit6 par les postes grecs, types des plus agreables comparaisons, des fictions les plus gracieuses, ceux-ci regards comme sacr6s, ceux-la comme l'emblme de Pastuce, ou comme ayant enseign6 aux hommes la navigation (1), les animaux qui nous occupent sont encore aujoujrd'hui dignes de toute notre attention, et n'ont rien perdu de leur valeur rbelle aux yeux de l'observateur qui vent bien les suivre au sein des oceans ou sur les rivages des continents. Est-il, en effet, rien de plus 61dgant que les couleurs de ces 6tres tour a tour lisses on converts d'asperite's; rouges, pourpr6s, blancs on bleuAtres, qui, veritables Camcldons aquatiques, changent de teintes avec la rapidity de la pense'e, suivant les impressions qu'ils eprouvent, prennent, dans un instant, la plus belle couleur rouge on violette, on se perdent dans les eaux dont ils out pris la transparence cristalline? Parmi les animaux nageurs, en existe-t-il de plus agiles, de plus vifs, puisque, dans la natation, on les voit fendre Ponde comme la fleche la plus rapide, sans qu'on puisse, pour ainsi dire, les y suivre, on d6velopper assez de force pour s'dlever au dessus des eaux jusque sur le pont des plus gros navires; ne restant jamais en place; tant6t ici, tant6t loin de 1a, agitant les bras ou les
(j) Voyez, dans les spdcialitds, ce que nous avons dit aux articles Octopus rnulgaris et /IArgonauta argo.




MOLLUSQUES.
nageoires, doues enfin de toutes les faculths motrices des animaux les plus 61ev6s dans lP'chelle?
Ils pr6sentent les contrastes les plus singuliers. Les uns, sym.. bole de lgolisme, vivent dans leur repaire, d'oi ils chassent, et paraissent se fuir, lorsque la saison des amours ne les rapproche pas pour quelques instants seulement, tandis que les autres, images dela sociability la plusintime, vivent toujourspar troupes innombrables, voyagent de concert, apparaissent inopinement sur les c6tes par milliers, h des epoques dbterminbes, ou y manquent tout a fait, et deviennent, dans certaines regions, les victimes des oiseaux plagiens et des Cetacbs dents, qui s'en nourrissent presque exclusivement. En r6sum", les Cphalopodes acetabuliftres sont, sous tous les rapports, parmi les animaux marins, les plus interessants et les plus dignes de fixer Pattention des naturalistes.
Cette division des Cphalopodes, dont les organes respiratoires sont composes de deux branchies, et dont les esp ces sont pourvues de huit on dix bras couverts de cupules remplissant les fonctions de la prehension, tait si pen connue il y a quelques ann6es, que du temps de Linnk, en 1767, on n'en connaissait que sept espaces, et qu'en 1822 Lamarck n'en d6crivait que quinze; mais, depuis cette 6poque, attention des voyageurs se portant sur ces animaux si curieux, tous les naturalistes se sont empresses d'en recueillir, et aujourd'hui nous en connaissons plus de deux cents esplces publises dans notre travail general. C'est meAme ce grand nombre de matbriaux qui nous a permis d'tablir, par leur etude comparative, une classification base sur les caractkres zoologiques et dont nous reunissons les donnees principales dans le tableau suivant :




Tribus. Sous-Tribus. Families. Genres.
OCTOPODA (1). ( Point d'appareil de resistance ni d'ouvertures aquif- (Octopus.
Huit bras; eux fixes unis aux ***********............................................ Eledone.
t guments. ointdosselet m- oUn apparel de resistance dont la partie concave est sur le
dian. Appareil de s-'sistance char- OCOP1ilopprei pati
dian. NAppaeoireldersistanulles. Cupues corps. Huit bras sessiles conico-subulds.................... Philonexis.
sessilesanse rcle cornPointde Un appareil de resistance dont la partie concave est sur la
membrane buccale. base du tube locomoteur; deux bras palms a leur extrimitd. Argonauta.
j Appareil de resistance fixe. Osselet occupant toute la lon, gueur du corps. Nageoires terminales..................... Cranchia.
MYOPSIDE. SEPIDE. Une bride cervicale unissant la tte au corps. Appareil de
SiePIM nibie evc
Yeux re- Une paupire inf~rieure resistance infirieure. Osselet occupant la monte'e du corps. -laux yeux. Membrane hue- |,
couvertsen cale sans cupules. Point de lNageoires latero-dorsales................................ Sepiola.
dehors par critesauriculaires.Tubeloco- Point de brides cervicales. Appareil de resistance superieur une conti- moteursansbrides.Brastenta- et infrieur. Osselet cornd, occupant la moitid du corps. Na_ culaires r~tractiles en entier. | "e J
nuite des clairesrtractilesenentier. geoxres latiro-dorsales................................. Rossia.
DECAPODA. teguments; Point de brides cervicales. Appareil de risistancesuperieur
D APVA tguens; L OL !GI D-. s [eire
Dix bras. Yeux librs sans con- Point depaupires .em- et infdrieur. Osselet crdtacd, aussilong que le corps. Nageoires Sepia.
Dix bras. Yeux libres tact immi- brate buccale armee de cu- longitudinales......................... ......... Beloptera.
dans leur orbite. Unos- diat avec pules. Unecrteauriculaire Corps allong6. Appareil de resis- Nageoires sur la moiselet dorsal mdian. Ap- 'eau. tansversle Tubeelom tance formed d'une fossette longitu- tid du corps.......... Loligo.
tesir pours'u dune double
pareil de resistance car- bride. Bras tentaculairescon- dinale. Osselet corner en plume, oc- Nageoires sur tout le
tilagineux.Desnageoires. tractiles en partie. cupant toute la longueur du corps.. Icorps................ Sepioteuthis.
Une membrane buc- LOLIGOPSIDX. Appareil de resistance fixe. Tate unie au corps. Osselet grdle
cale. Cupules pidoncu- Point de sinus Iacrymal. alonge................................................ Loligopsis.
Ides pourvues d'un cer- OIGOPSIDM. Tubelocomoteursansvalvule Appar eil de resistance libre. TMte spare du corps. Osselet
c crn~Yeux et sans bride. Create auicucle corn. Yeuxlar- laire nulle. Point d'ouver-e large en plume........................................ Histioteuthis.
gement ou- tures aquifbres anales. Appareil de resistance simple former par une fossette. Des Onychoteuthis. e en de- (crochliets et des cupules. Point de membranes protectrices
Yers e de TETHIX. r IEnoploteuthis
hors ; en Un s inus al. Tube des cupules. Osselet en plume allongd.................... Enopoteutis.
contact im- locomoteur pourvud'uneval- Appareilde resistance tres complique. Point de crochets; des 3mddiatavec vue interne et de brides. cupules seulement. Des membranes protectrices des cupules.
Pl'eau. creates auriculaires nom- Osselet en flche, toujours corner, pourvud'un godetinfirieur. Ommastrephes.
breuses, Ouverturesaquifesres
anales trusprononcses. Osselet en fliche, corner et crdtace, le godet infirieur cretacd, contenant des cloisons.......................... Belemnites.
S SPIRULIIAE. Spirula.




8 MOLLUSQUES.
Nous possidons Cuba et aux Antilles seize espaces de Cphalopodes acbtabuliferes, dont quelques unes appartiennent aux Antilles, tandis que d'autres n'y sont que de passage ou y arrivent fortuitement. Si nous cherchons a de'finir les elments de cette faune locale, nous trouvons, 1o que huit de ces especes, lePhilonexis Quoyanus, d'Orb., P'Argonauta hians, la Cranchia scabra, POnychoteuthis Bergii, l'Onychoteuthis cardioptera et caraibwea, P'Ommastrephes Bartramii et la Spirula fragilis, ne viennent qu'accidentellement aux Antilles, aussi communes sur les co"te, d'Afrique, ayant pour domaine les re gions chaudes de loc6an Atlantique dont elles parcourent incessamment toutes les parties; ces esp ces ne sont pas plus des Antilles que des autres parties de POc6an, n'y arrivant que par hasard; 20 que trois espaces, PlOctopus vulgaris, POctopus tuberculatus et l'Argonauta argo, se trouvent non seulement aux Antilles, mais encore sur le littoral de la France, de l'Afrique et meme de PInde, leur habitation paraissant s'tendre sur le monde presque entier, et qu'une quatri6me, POctopus rugosus, nest que des c6tes africaines et de PInde; 30 qu'une seule encore, le Loligo brasiliensis, vient aux Antilles de l'Ambrique maridionale, qui est plus specialement sa patrie; tandis que, 4o il ne nous restera, aux Antilles, apres ces distinctions, que trois espces, la Sepia Antillarum, le Sepioteuthis sepioidea et le Loligo Plei, especes qui, jusqu'a present, ne paraissent pas s'tre trouv6es ailleurs.
En rbsume, le nombre des C"phalopodes des Antilles rtant trop minime pour que nous puissions en dcduire aucune loi de distribution, nous nous bornerons a Pindiquer en regard dans le tableau suivant, qui montrera, en meme temps, les proportions specifiques des Cephalopodes, par genre et par famille, et qui sera comparatif avec ceux des autres classes de Mollusques.




MOLLUSQUES.

CEPHALOPODES TOTAL
NOMS NOMS DR L'ILE DE CUBA, PROPRES DES ESPECES
des des aux c6tes aux con 'ile de
d af l'oce :an
d'Afri- Atlanti- tinents Cuba et par par FAMILLES. GENRES. que et que amri- aux genre, famille.
autres. cains. Antilles.
Octopus......... 3 ) 3
Octopid.... Philonexis ....... I I 6
Argonauta....... I a 2
Cranchia........ I 2
Sepide..... Sepia............2 ) I
,, Sepioteuthis...... )
Loigid ... Loligo........... )
..Onychoteuthis. 3 ) 3 4
Tthida.. Ommastrephes ... I I
Spirulide.... Spirula ........ I x I
TOTAUX.... 4 8 I 3 16 6
ler SOUS-ORDRE.
OCTOPODES, OCTOPODA, Leach.
Octopoda, Frussac et d'Orbigny; Octoceres, Blainville;
Octopodia, Rafinesque ; Octobrachides, Blainv.
Caracterises par leur corps court, arrondi on bursiforme, uni a la tate par une large bride cervicale, par son apparel de resistance toujours charnu, par le manque de nageoires, par la tAte plus volumineuse que le corps, par des yeux envelopp6s et unis aux thguments qui les entourent, et alors fixes et sans rotation sur eux-memes, par le manque de membrane buccale, par la presence d'ouvertures aquiferes cephaliques seulement, les ouvertures aquifres brachiales oculaires et buccales manquant toujours; par des bras sessiles, sans bras pedonculks, alors seulement huit bras; par le manque de cr6tes natatoires aux bras; par des cupules sessiles, non obliques, sans cercle corn; par le tube anal sans valvule interne; enfin par le manque d'osselet interne median dans lc corps.




I () MOLLUSQUES.
Cette division renferme une seule famille, celle des
OCTOPIDEES, OCTOPIDjE.
qui comprend trois genres : les Octopus, Philonexis et Argonauta, se trouvant tous trois Cuba et aux autres Antilles.
GENRE POULPE, OCTOPUS.
Les Poulpes ont les formes gendrales extbrieures du corps et les bras des Philonexes, et le corps des Argonautes; mais ils en different par des caracteres constants dans toutes les especes des deux genres, et qui sont:
io D'avoir le corps beaucoup moins volumineux comparativement au reste de l'animal, plus large postbrieurement, et presque toujours couvert de verrues on de cirrhes.
2o De manquer entierement de l'appareil de resistance, pour retenir leur corps a la tote, appareil si compliqu 6 chez les Philonexes et chez les Argonautes; aussi leur ouverture est-elle toujours petite, comparativement a celles de ces genres.
3o D'avoir les yeux proteges par la contraction de la peau qui les entoure et qui se referme entibrement sur eux, ce qui n'a pas lieu chez les Philonexes.
o D'avoir un bec toujours comprimb, fortement crochu a l'extremit6 des mandibules; tonjours pourvu d'une forte carkne au lobe postbrieur de la mandibule inf6rieure, et d'ailes stroites et longues; d'avoir la partie postbrieure de la mandibule superieure saillante; tandis que nous voyons ce bec constamment different dans les Philonexes et dans les Argonautes.
50 De manquer entierement de reservoirs aquifires sur la t~te, et, par consequent, des orifices simples des Argonautes, si compliqus chez les Philonexes, qui poss dent ce caractare dans tout son d6veloppement.
60 D'avoir des cupules toujours sessiles, larges, courtes, tandis qu'elles sont extensibles, longues, cylindriques, subpbdoncules chez les Philonexes, largement 6panouies a leur extremit6 et p, donculbes chez les Argonautes.
Les Poulpes sont de routes les mers, et nous en connaissons trois auxAntilles, mais qui n'y habitent pas exclusivement.




MOLLUSQUES.

.o POULPE COMMUN.
OCTOPUS VULGARIS, Linn.
Polpo, A CUBA.
TAB. I, FIG. 1.
rnoueov, Aristote; Polypus, Plinius. Polrpusoctopus, Rondelet (4 554), de Piscibus, lib. XVII,
cap. v, p. 513.
Octopodia, Hasselquist (1750), Acta Upsal., p. 33. Sepia octopodia, Linn. (1754), Mus. Frederici, I, p. 94,
id. (4 767), Syst. nat., ed. 12.
Sepia octopus, Gmel. (1789), Syst. nat., ed. 13, p. 34 49. Octopus vulgaris, Lamarck (1799), Me'm. de la Soc.
d'hist. nat. de Paris, t. I, p. 18.
Poulpe commun, Poulpe frais', Montfort (1805), Buff.
de Sonnini, Moll, t. II, p. 1 13, et t. III, p. 5.
Polypus octopodia, Leach. (1 817), Journ. de Phys.,
t. 86, p. 384.
Octopus vulgaris, Carus (1824), Icon. sep. in nov. acta
acad. nat. cur., t. XII, pl. 31.
Octopus vulgaris, d'Orbigny (1825), Tableau me'th. des
Cdphal., p. 52, no1.
Octopus vulgaris, Octopus appendiculatus Blainville
(1826), Dict. des sc. nat., t. XLIII, p. 4 85 et 188.
Octopus vulgaris, d'Orb. et Far., Mon. des Ceph. Acet.,
Poulpe, pl. 2, 3, 8 (1).
Octopus corpore ovato, verrucoso, cirrhis elevatis supra munito : trinis ocularibus; brachiis crassis, conicosubulatis, inwqualibus pro longitudine parium brachiorum 30, 20, o40, 1o; membranis umbellce explicatissimis.
(i) Nous ne donnons ici que les principales synonymies de cette espc, renvoyant pour les autres a notre travail special.

11




Jeunes. Vieux.
Dimensions. Longueur totale.................... 2-70 o mtre 5o millim.
Longueur des plus longs bras........ i50 840
Formes gindrales assez raccourcies; bras gros i leur base; couronne tres volumineuse (1).
Corps ovale, plus arrondi chez la femelle, petit comparativement au reste du corps, couvert partout de verrues aplaties plus ou moins marquees. Sur la partie superieure se remarquent des pointes levees, coniques, plus ou moins saillantes, en nombre variable, mais dont trois ou quatre plus fortementaccushes sont disposees en triangle ou en rhomboide dont I'angle aigu serait en haut; sur son milieu, souvent quelques autres petites pointes les accompagnen t lateralement. Toutes ces pointes ou cirrhes n'existent sur l'animal lP'tat d'Arection qu'a l'instant de la colkre on de l'irritation, et sont peu ou point apparentes sur certains individus conserves dans la liqueur. Dessous du corps l6garement ride ou grenu.
Ouverture fendue sur toute la largeur du corps, fortement echancree.
Tete assez grosse, moins large que le corps, couverte des memes verruesque le corps. Orbites des yeux tres proeminents, a leur partic superieure; deux ou trois aretes ou pointes coniques fort saillantes sont situdes sur aeil. Yeux pourvus de deux paupiares, independamment de la peau qui se contracte dessus. Oreille externe, dans le repli, au dessus de la bride cervicale.
Couronne tras volumineuse a cause de la grosseur des bras et de I&tude des membranes de l'ombrelle.
Bras 6pais, conico-subuls, triangulaires pros de leur extremit6; Agalement triangulaires, mais angle tronque" leur base, diminuant graduellement jusqu'd leur extremit6; en dessus fortement rides et meme couverts de petites verrues irregulibres. ls sont trbs inegaux entre eux et mediocrement longs; les sup*rieurs les plus courts, les intermediaires inferieurs les plus longs; voici, au reste, les proportions dans lesquelles ils se trouvent le plus souvent lorsqu'ils n'ont pas At6 tronques, en commencant par les plus longs: la troisime paire ou bras latdraux-infdrieurs, la deuxieme
(I) Comme les cspices de Poulpes sont encore bien embrouilldes, nous avous cru devoir entrer ici, sur le Poulpe commun, dans quelques details, extraits des descriptions tendues que nous awvons publides dans notre ouvrage special, afin qu'on puisse ne pas confondre cette space avec les autres.

12

MOLLUSQUES.




MOLLUSQUES. 13
paire ou bras lateraux-supdrieurs, la quatrime paire ou bras infrieurs, et la premiere ou bras superieurs. Cupules grosses, assez peu saillantes, larges, sur deux lignes bien separees, partie concave granuleuse, divisee en rayons bifurqu6s sur la moiti6 de leur longueur. Dans les tres grands individus, les cupules situdes en dedans du bord de la membrane sont beaucoup plus grandes, aux deux paires de bras lat6raux surtout. Le nombre des cupules est 'a peu pres au maximum de 248.
Membrane de l'ombrelle tres haute, se prolongeant, sur les c6ths inf6rieurs de chaque bras, en une crAte qui en occupe moitie de la longueur.
Couleurs sur le vivant. Nous avons bien souvent vu le Poulpe commun sur nos c6tes : il est blanc-bleuAtre, le dessus du corps et des bras seuls rougeatre, l'intervalle compris entre les cupules rose, ainsi que le dedans des membranes entre les bras sup6rieurs dans les individus des Antilles.
A lP6tat vivant, il change tellement de couleur suivant les impressions qu'il 6prouve, qu'il serait difficile de lui attribuer des teintes r6elles. Cette faculty qu'il possede au plus haut degrb 'a rendu c61Ibre ds la plus haute antiquity. Aristote (1) lexpliquait par l'astuce de I'animal: (( Pour attraper les poissons, dit-il, lePolype change ) de couleur et prend celle de la pierre de laquelle il s'approche.) Les anciens exploiterent longtemps cette faculty et la chanterent successivement dans leurs vers. Cle6arque dit, dans son second livre des proverbes: (( Mon fils, heros Amphiloque, aie Plesprit du a Polype pour sympathiser avec ceux chez qui tu te trouveras. ) IElien (2) le chante aussi, de meme qu'Oppien (3) et Ath6nbe (4). Ce dernier cite ces paroles d'Eupolis dans ses Bourgades: (( Un homme a qui gere les affaires publiques doit, dans sa conduite, imiter Sle Polype. >) Non seulement cette espace change de couleur; mais encore elle se couvre de verrues et de cirrhes, ou reste trbs unie, suivant son 4tat d'irritation on de tranquillity. Voyez un Poulpe dans une flaque d'eau se promener autour de sa retraite; il est lisse et d'une teinte pale. Voulez-vous le saisir, il se colore subitement de teintes fonc6es, et son corps se herisse, au m~me instant, de verrues et de cirrhes qui subsistent jusqu'i ce qu'il soit rassur6.
(i) Hist. anin., lib. IX, cap. LIx.
(2) De natura animalium, lib. VII, cap. x de Polypode aquilm victore.
(3) Halieutiques, lib. II, vers. 232.
(4) Lib. VII, cap. c, Villebrune, p. 148.




14 MOLLUSQUES.
Cette espece, commune dans la Mediterranee, sur les c6tes de l'ocean Atlantique, en France, en Afrique et en Ambrique; sur celles du grand Ocean, dans 'Inde et I Pile de France, nous a 6tc envoyee de Cuba par M. Auber. Nous avons cru remarquer que les individus ambricains, tout en presentant les proportions et tous les autres caractbres de ceux de nos c6tes, sont neanmoins plus tachetes de rouge en dedans de Pombrelle..
Peu sociables, les Poulpes habitent seulement les c6tes, et surtout les c6tes rocailleuses, s'y logeant isolks dans les aufractuosites des rochers, aux parois desquels ils se cramponnent par quelques uns de leurs bras, tandis qu'en 6tendant les autres vers les animaux (crustacbs, poissons et autres) qui passent a leur porthe, ils les enlacent et les retiennent malgrs tous leurs efforts pour se digager. Apres les avoir devorbs, ils en rejettent les restes en dehors de leurs retraites, ce qui les fait souvent decouvrir par les ptcheurs. Des plus carnassiers, ils sont loin cependant de l'tre jusqu a se manger entre eux, comme le croyaient les anciens Grecs, ni m~me, dans la famine, de d6vorer leurs propres bras qui repousseraient ensuite, croyance base sur ce que les bras coups par accident repoussent rMelement. Pherecrate le comique dit, dans sa piece des Campagnards : << Ils vivent de cerfeuil sauvage, de a plantes champstres et de strobiles (Buccins); mais, lorsqu'ils South grand faim, ils se rongent les doigts comme les Pon lypes. Alc6e (1) rep~te : << Je me ronge comme un PoSlype. Diphile s'exprime ainsi dans son Trafiquant: ( C'est un Polype qui a tous ses bras dans leur integrity, et qui, ) ma chore, ne s'est pas encore rong6. n Elien (2) Acrit : << Que a le Polype est vorace, et que, lorsqu'il ne peut pas chasser, il deY ore ses propres bras; aprs, les bras repoussent comme si la n nature voulait lui procurer une nourriture dans la famine. Les Polypes sortent quelquefois pour marcher autour de leur tron, en rampant au fond des eaux, se servant de leurs bras comme de pieds; leur natation, due au refoulement de Peau par le tube anal, est retrograde, peu vive, et alors les bras superieurs sont tendus horizontalement en toit, tandis que les deux inf6rieurs servent de gouvernail.
Cramponnes dans leur retraite, ils sont tras forts, et l'on cite
(i) Athinde, lib. VII, cap. c, Schw., t. III, p. ;5'.
(2) Lib. I, cap. xxvu.




MOLLUSQUES. 15
plusieurs exemples de pcheurs qui auraient pri pour en avoir ete ainsi saisis (1); mais on a beaucoup exagirb leur taille (2), ainsi que leur puissance. On a Agalement trop vants leur instinct, comme on peut en juger par le r cit de Lucius Lucullus, que Plinius nous a conserve (3); tandis que, par une bizarrerie singulibre, Aristote donnait le Polype comme le symbole de l'imprevoyance, en citant la maniare dont il s'avance vers les corps qu'il apercoit dans l'eau ce qui a fait dire a Alcee, dans ses Seurs prostitutes: C'est un Sfou qui n'a pas plus de sens commun qu'un Polype. Si nous passons au parti qu'on en tire, nous verrons les Polypes qui nous occupent avoir une certaine c616brit4 comme aliment, dans tous les pays, mais surtout dans Ia Gr'ce actuelle et sur les c6tes de la MA'diterranee. Les anciens les recherchaient beaucoup, et les grands personnages memes ne d"daignaient pas d'en faire servir sur leur table, surtout en raison des vertus qu'on attribuait a leur chair, comme on en pourra juger par les passages suivants. Dioclks (4) dit ( que les Polypes sont bons pour les plaisirs de la table et du ) lit. ) Athenbe (5) Plcrit en ces motls: a Le Polype bande P'arc de I'amour, ) et rapporte les paroles d'Alexis dans Pamphile : A. a Eh bien, toi qui es amoureux, qu'as-tu achete? ) B. ( Oh! que me faut-il autre chose que ce que je rapporte? des buccins, des peignes, des truffes, un grand Polype et force poisson. Pour rendre la chair du Polype moins coriace, les ancient Grecs avaient et les Grecs modernes et les Provencaux ont encore 'habitude de le battre assez longtemps avec une baguette.
No 2. POULPE TUBERCULE.
OCTOPUS TUBERCULATUS, Blainv.
Octopus ruber, Rafinesque, Prdcis des ddcouvertes Somiol., p. 28, no 70?
Octopus tuberculatus, Blainv., 1826, Dictionn. des sc.
nat., t. XLIII, p. 187.
(t) Fosckaol, Descrip. animt., p. 1o6, etc.
(2) Plinius, lib. IX, cap. xxx, Montfort (Histoire naturelle gdn~rale des Molusques, t. II, p. 256), dit que son Poulpe colossal fait chavirer un vaisseau.
(3) Hist. nat., lib. IX, cap. xxx, p. 649.
(4) Lib. I, des Chairs salubres.
(5) Lib. VIII, cap. xi, Villebrune, p. 332.




1 6 MOLLUSQUES.
Octopus tuberculatus, Blainv., Faun. f ranch p. 8,
pl. 1, f. 3.
Octopus corpore curto, rotundo, verrucoso, cirrhis
undecim ornato; capite curto, cirrhis binis supra oculis; brachiis granulosis, cirrhosis, curtis, inwqualibus, ordine longitudinis parium brachiorum 20, 30,o 4 o, vel 3o, 20,
4o, 4o; acetabulis dilatatis compressis.
Tres grand individu. Individu de moyenne taille.
Dimnensions. Longueur totale.................... 4oo 220o millim.
Longueur du corps.................. 80 32
Larger du corps.................. 70 35
Longueur des bras supirieurs........230 110o
Longueur des bras latdraux-superieurs. 300 i o50 Longueur des bras latdraux-infirieurs. 270 I3o Longueur des bras infirieurs........ 240 120o Longueur de la couronne............ o 50 23
Corps court, peu pr6s aussi large que haut, bursiforme, couvert, en dessus, de verrues granuleuses, irregulibres, a sommet divise' en un assez grand nombredepointes. Elles sont ingalement espacees, deviennent plus petites et plus r6gulieres en s'6tendant sur les parties inferieures. Sur le dessus du dos sont quatre cirrhes pointus formant entre eux un rhomboide dont 'angle aigu est dirig6 vers la tate. Deux cirrhes 6galement aigus se remarquent de chaque c6th du corps et un cinquieme postrieur a lextremith du sac; de plus, nous en avous remarqu6 deux autres, en dessous du corps, sur un jeune individu, vers la partie moyenne un peu laterale. Ces cirrhes sont souvent peu apparents, ceux qui resistent le plus sont ceux de dessus les yeux et les trois antdrieurs du dessus du corps. Ouverture occupant toute la partie inf6rieure du sac et formant une large 6chancrure.
Tete courte, aussi large et meme plus large que le corps, separee de celui-ci et de la couronne par un 16ger 6tranglement; couverte, en dessus, des memes verrues irr6gulibres qui ornent le corps. Yeux tras saillants, lat6raux-sup6rieurs, a ouverture tras pe tite, presque toujours entierement fermbe par la peau de la paupire. Cette partie, plus fortement rugueuse que le dessus de la tote, porte toujours un cirrhe post~rieur souvent tres long, pourvu de plusieurs petites pointes, et un indice d'un autre an-




trieur. Bouche ordinaire, avec deux levres charnues. Bee petit, comme dans 'espce precedente; brun lustre, bord6 de plus pale.
Couronne trbs large, assez longue, fortement charnue, a peu pr s ,gale en hauteur, couverte des m~mes asperitas, et, de plus, de quelques cirrhes sur la base des deux paires de bras sup'rieures.
Bras tres gros, tres robustes, diminuant graduellement jusqu'a leur extremit6, presque toujours contourn6s, couverts, sur toute leur longueur, de granulations irregulibres, plus fortes extbrieurement; les plus longs d'un peu plus de quatre fois la longueur du corps. Leur ordre de dcroissance de longueur est la troisiame paire (bras lateraux-inf&rieurs), la deuxieme paire (bras lat6raux-superieurs), la quatrieme paire (bras inferieurs), et enfin la premiere paire (bras superieurs). C'est l'ordre que nous out pr6senth beaucoup de jeunes et quelques tres grands individus. Deux exemplaires de moyenne taille nous ont montra la paire lathrale-supbrieure comme la plus longue. Tous sont charnus, tres 6pais, quadrangulaires. Cupules larges, rapprochees, h cavity large, fortement radie, profonde et h bordure large: elles sont sessiles, au nombre d'ai peu prbs cent quatre-vingts aux plus longs bras. Les trois premieres, aupres de la bouche, sont sur une seule ligne.
Membrane de l'ombrelle peu grande, plus courte entre les bras superieurs et lh plus fortement granule; elle est 6paisse, granuleuse en dedans, et se continue en une carbne tras marquee sur le c6te inferieur de chaque bras.
Tube locomoteur assez court, conique, occupant n6anmoins plus de la moitib de la longueur de l'ombrelle.
Couleurs (animal conserve). Toutes les parties supbrieures du corps, de la tate, de l'ombrelle, ainsi que le dessous de tous les bras, sont brun-violacA fonc6, le dedans de l'ombrelle presque blanc, le dessous du corps blanc, parsem6 de petits points rougeAtres, egalement espac6s. Jamais de lignes de marbrures sur les c6ths du corps, quelques-unes sont lie de vin en dessus, et de la mIme teinte plus pale en dessous.
Presque aussi r6pandue que l'espace pr~cbdente, dont elle differe par les bras beaucoup plus courts et par l'ordre de longueur de ceux-ci, elle habite la M6diterrande, Poc6an Atlantique, sur les c6tes de France, d'Afrique et d'Am6rique, puisque nous l'avons de la Martinique et de Cuba, rapportee par MM. Ple et de Cande. Elle a les m~mes habitudes que l'Octopus vulgaris, tout en dlant moms commune.
MOL LUSQUES. 2

17

MOLLUSQUES.




MOLLUSQUES.

No 3. POULPE RUGUEUX, OCTOPUS RUGOSUS (1).
Polypus mas, Seba (1758), Thes. III, pl. 2, fig. 2, 3. Octopus mas, Barker (1758), in Philos. Trans., v. L, part. 2, p. 777, pl. 29, fig. I & 4 (figures originals
d'Edwards).
Octopus mas, Bruguiere (1789), Encycl. mnth., pl. 76,
fig., 1, 2 (copie de Seba)?
Shaw., Miscell., t. X, pl. 359 (fig. originale). Sepia rugosa, Bose (1792), Actes de la Soc. d'hist, nat.,
p. 24, tab. 5, fig. 1, 2 (fig. origin. mauvaise).
Octopus granulatus, Lamarek (1799), Mdm. de la Soc.
d'hist. nat. de Paris, t. I, p. 20, no 2.
Sepia granulosa, Bose (1802), Buff. de DDeterville, vers.,
t. I, p. 47.
Le Poulpe granuleux, Montfort (1802), Buff. de Sonnini,
Moll, III, p. 30, pl. 29. (Mauvaise copie des fig. de
Bose.)
Le Poulpe anme'ricain de Barker, Mont. (1802), Buff de
Sonnini, Moll, III, p. 38, pl. 30 (Copie de la fig. 3 de Barker.) Pl. 31, fig. 1, copie de la fig. 2 de Bark.,
et 2, copie de Seba, fig. 2).
Octopus granulatus, Lam. (4 822), An. sans vert., t. VII,
p. 658, no 2.
Octopus granulatus, Far. (4 826, janvier), d'Orbigny,
Tableau des Ce'phal., p. 53, no 2.
Octopus granulatus, Blainv. (1826), Dictionn. des Sc.
nat., t. XLIII, p. 185.
Octopus Barkerii, Firus. (1826), d'Orbigny, Tableau
des Cdphal., p. 54, no 3.
Octopus Americanus, Blainv. (1826), Dict. ds Sec. nat.,
t. XLIII, p. 189.
(i) Le nom spicifique de Rugosus ayant itd donned par Bosc bien avant ce iui de Granulatus, par Lamarck, nous croyons devoir revenir au norm le plus anciennement impose.

18




MOLLUSQUES. 19
Octopus rugosus, Blainv. (1826),Dict. des Sc. nat.,
t. XLIII, p. 135 (d'apres Bosc).
Octopus corpore ovali, bursiformi, magno; capite superne, brachiisque minimis tuberculis granulosis ornatis. Capite brevi; cirrho elongato super oculis; brachiis brevibus, conicis; ordo longitudinis parium brachiorumn
4o, 30, 20, 40
Dimensions. Longueur totale................................. igo millim.
Longueur du corps............................... 33
Largeur du corps.............. ................. 34
Longueur des bras sup)rieurs..................... 120o
Longueur des bras latdraux-superieurs............. 134
Longueur des bras latiraux-infirieurs............. 14o
Longueur des bras infirieurs...................... 155 (i)
Longueur de la couronne....................... 35
Corps court, aussi large que long, bursiforme, tres gros par rapport aux bras, marqu', en dessous, d'une rainure longitudinale; couvert en dessus, et un peu de c6te, de petites verrues, saillantes, arrondies ou bilobkes, rdgulibrement espacees, qui diminuent et finissent par disparaitre sur les c6tes. En dessous, la peau parait lisse; ce n'est qu'a Paide d'un grossissement qu'on apercoit de tres fines granulations. Ouverture fendue sur toute la largeur du corps, formant, sur son bord, une large partie de cercle, comme divise en deux sinus a peine marques.
Tte courte, large, plus etroite que le corps, separee de celui-ci par un 16ger etranglement; convenrte, en dessus, des m(mes verrues que celles du corps. Yeux saillants, situps lateralement et un peu en dessus, l'ouverture en est ovale et peut se fermer entierement par la contraction de la peau; il y a, neanmoins, dans l'intbrieur, les deux paupiares transparentes. A leur c6th superieur, un pen au dessus de chaque ceil, se voit un cirrhe conique, charnu, plus ou moins saillant, a sommet obtus. Bouche ordinaire. Bec tres petit, a sommet aigu et assez courbe; des ailes longues et 6troites a Ia
(i) Toutes les mesures des bras sont prises de la base de la couronne, et de ce que, dans cette espLice, la couronne est plus longue en dessus qu'en dessous, il rdsulte que les bras sont matiriellement plus longs, tout en paraissant presque igaux, is partir de la membrane.




20 MOLLUSQUES.
mandibule superieure, carenee et bibolbe a sa partie postbrieure; mandibule inf6rieure, a capuchon petit; leur couleur est entierement bistr6 brun, bord6 de plus pale. Couronne tras volumineuse, beaucoup moins haute en dessus qu'en dessous, courte et large, couverte, en dessus, des m(mes verrues que le corps.
Bras gros a leur base, effiles a leur extremith, le plus souvent ramass6s et replies souvent sur la tote; frequemment contournes, couverts, en dessus, de tubercules Agaux, les plus longs (pris de la base de la couronne), presque cinq fois aussi longs que le corps; ils vont, en diminuant graduellement de longueur, des supdrieurs aux infrieurs; la paire superieure la plus faible. Tous sont fortement charnus et quadrangulaires a leur base. Cupules larges, tres rapproch6es, sur deux lignes espackes et alternes; leur interieur fortement sillonn, leur cavity grande et profonde; elles sont doublement bordes extbrieurement et tres peu distinctes des bras. Elles n'alternent qu'apres la troisiame en partant de la bouche, les trois premieres dlant sur une seule ligne. Elles sont peu pres au nombre de cent cinquante au plus long bras. Membrane del'ombrellec pen d6velopp6e, courte entre la paire superieure des bras, 6paisse et granuleuse en dehors et en dedans, et n'occupant qu'une faible partie de leur base; entre les autres bras, elle est mince et toujours lisse en dedans, s'attachant d'une manibre breve a leur partie superieure et formant a chacun, en dessous, sur le c6th, une mince carene, progressivement moins large, en arrivant vers Plextrmit. C'est, sans doute, la contraction de cette membrane qui fait que les bras se contournent naturellement en spirale. Tube locomoteur, tres court, en forme de c6ne tronqub, ne depassant pas en longueur la hauteur de la tite.
Couleurs d'apres des individus conserves dans la liqueur. Toutes les parties superieures du corps, de la tite et des trois paires de bras suptrieurs, ainsi que la face interne de la membrane des bras supericurs et les c6tls des deux bras voisins, sont fortement colories de brun-violacA fonc6, compose de petits points tras rapproch(s les uns des autres. Le dessous est entierement blanc, ainsi que les ventouses et les membranes des bras. On remarque, sur les c6t6s de la couronne, en dehors, entre la seconde et la troisieme paire de bras, des lignes brun violet, comme rdticul'es, qui s'anastomosent entre elles et forment des zigzags entre les verrues ou s' unissent et constituent comme des mailles. Les c6t6s du corps offrent toujours des aches arrondies qui colorent chaque verrue. Un indi-




MOLLUSQUES. 2 1
vidu jeune, de Batavia, est tres pale, gris-violac6, teinte forme de points rapproches en dessus, plus espaces en dessous, et presentant des reseaux foncs sur les c6tes du corps et autour de chaque tubercule.
Cette charmante esp'ce, distincte de l'Octopus tuberculatus, par la r6gularith de ses verrues, par le manque de cirrhes sur le corps et a la couronne, par les bras dont l'ordre est 4, 3, 2, 1, et non 3, 2, 4., 1, habite l'oc6an Atlantique, sur les c6tes du Senegal et aux Antilles, surtout a la Martinique et a la Guadeloupe :on la trouve encore Manille.
GENRE PHILONEXE, PHILONEXIS, d'Orb.
Les Philonexes different des Poulpes, avec lesquels ils ont sta confondus, par la presence d'un appareil de resistance compliqu6 qui rattache momentandment le corps a la tete, par le manque de paupiare, par leur bec peu crochu, sans carenes, par la presence d'orifices aquiferes compliques, par leurs cupules longues, extensibles au lieu d etre courtes et sessiles: ils different aussi des Argonautes par leur appareil de resistance tout fait oppose chez les Philonexes; par la (tkte dans le meme plan que laxe longitudinal, tandis qu'elle est oblique chez les Argonautes; par lemplacement des orifices aquif6res; par les bras tous subul6s, tandis que les superieurs sont pourvus de membranes chez les Argonautes; enfin par le manque de coquille.
Nous avons 6tabli cette division dans les Mollusques de notre Voyage dans l'Amerique mndridionale. Depuis, apres l'examen des grandes especes, nous nous sommes convaincu de nouveau que cetce division 6tait indispensable a conserver, non comme sonsgenre, mais comme genre. Elle se compose d'especes pblagiennes, ni'arrivant sur les c6tes que par accident.
o 4. PHILONEXE DE QUOY.
PHILONEXIS QUOYANUS, d'Orb.
Philonexis Quoyanus, d'Orb., 1835, Voy. dans l'Am.
mer., Mollusq., pl. 41 f. 6-8, p. 47.
Philonexis corpore oblongo, magno, la igato, albido-




"2 MOLLUSQUES.
rubro miaculato; oculis prominentibus absque palpebris, superne cceruleis, aperturis aqufferis supra duabus, totidem infra; brachiis longioribus, quorum superne longiores minembrana juncti.
Dimensions. Longueur ............... .................. 6.....o million.
Corps bursiforme oblong, etroit postarieurement, sans verrues ni asperiths, tras largement ouvert en dessous et retenu en dessus par une bride Atroite. Appareil de resistance trbs marqu6, offrant un bouton a la base du tube anal et une boutonni re la paroi interne du corps. Tete volumineuse, lisse, pourvue d'yeux gros, saillants et sans paupibres. Ouvertures aquiftres au nombre de quatre, deux en dessus rapprochees entre les yeux, deux en dcssous, au dessus du tube locomoteur. Bras inegaux, les quatre superieurs les plus longs, reunis entre eux par une membrane mince, les autres plus courts et reunis seulement a leur base. Cupules alternes p'donculees.
Couleurs. Les couleurs sont formes par un grand nombre de laches chromophores rouge lustre, sur du blanc bleuatre, celles ci se dilatant et se contractant de maniere h donner I'animal la teinte rouge fonce, ou le faisant paraitre presque blanc.
Cette charmante espace habite l'ocan Atlantique sur presque toute sa longueur, entre les c6tes d'Afrique et d'Amrique. Nous l'avons pech"e par les 240 de latitude sud, et M. de Cand6 nous l'a rappor1"e des atterrages des Antilles. On ne la prend que la nuit: sans doute que, dans le jour, elle se tient a de grandes profondeurs.
GENRE ARGONAUTE, ARGONAUTA, Linn.
Ce genre, qu'ont rendu cel bre les discussions dont it a 6t6 l Pob jet, et les fables que les anciens en ont racontees, differe des Poulpes par les caractares suivants : to par un corps plus volumineux, plus acumin6, toujours d6pourvu de cirrhes charnus, si communs chez les Poulpes; 20 par un appareil de resistance compliqu6, appareil manquant entiremeint chez les Poulpes; 30 par le corps largement ouvert jusqu'au dessous des yeux, landis que, chez les Poulpes, cette ouverture est petite et ne s'6tend jamais que sur les




cOtes du cou; 4o par un bec toujours plus large, peu crochu, et sans carene post6rieure a la mandibule inf6rieure, caractere si marqu6 chez les Poulpes; 50 par les ouvertures aquiferes bien prononches anthrieurement chez les Argonautes, manquant compl& tement chez les Poulpes, au moins au dehors de la tate; 6o par des cupules larges, p6doncul6es, 6panouies i leur sommet chez les Argonautes; courtes, sessileschez lesPoulpes; 7oparla forme dela teote, toujours oblique, ce qui provient du raccourcissement de sa partie superieure et de l'allongement inferieur, caracteres qui tiennent a la position habituelle de l'animal dans la coquille; tandis que la tAte est aussi longue en dessus qu'en dessous, chez les Poulpes; 80 par lat palmature ou 6norme membrane des bras superieurs destines envelopper la coquille, tandis que, chez les Poulpes, les bras sont coniques; 90 par la longueur d6mesuree du tube locomoteur, disposition indispensable pour qu'il puisse arriver au bord de la coquille, landis que cet organe est court chez les Poulpes; 10o par leurs bras superieurs venant s'inserer entre les yeux memes, tandis qu'ils commencent bien au dessus chez les Poulpes; 11o par les rapports r6ciproques de la tate avec le corps, la premiere 4tant situe, chez les Poulpes, sur l'axe du corps, tandis que, chez les Argonautes, le renversement ou l'obliquit6 de la tete place la bouche, ainsi que la base des bras, dans un plan presque transversal i cet axe; 120 par Porganisation generale et 'arrangement, chez 'Argonaute, de toutes les parties principales qui indiquent que cet animal est fait pour vivre dans utine coquille; 130 enfin par la coquille 616gante dont il est pourvu et dans laquelle il vit.
Nous ne parlerons pas ici des nombreuses discussions dont I'Argonaute a 6te Pobjet, sous le rapport du parasitisme et du nonparasitismede l'animal; nous croyons cette question definitivement resolue par les dernikres observations que nous avons publides, et dont il r6sulte que I'animal est le veritable constructeur de la coquille qu'il habite.
On connait jusqu'a present trois esp6ces d'Argonautes dont deux se voient a Cuba et aux autres Antilles.

MOLLUSQUES.

2 3




MOLLUSQUES.

No 5. ARGONAUTE PAPIRACE.
ARGONAUTA ARGO, Linn.
NauTIXO, uVaXO, Aristote, Hist. de an., lib. VI, cop. 1,
Camus, p. 179.
Nautilus, Belon, 1553, de Aquatil., lib. II, p. 378. Nautilus, Rumphius, 1688, Miscel. curiosa, Dec. II,
an vii, p. 8, t. VI.
Nautile papiracd, d'Argenville, 1757, Zoomorph., pl. 2,
fig. 2, Conch., p. 250, pl. 8, fig. A.
Ammonia minor, Brown, 1756, Jamaica, p. 397, no 1. Argonauta argo, Linn., 1758, Syst. nat., id. 10, p. 708,
sp. 231.
Nautilus papiraceus Martini, 1 769, Conch. cabin.,
I, p. 231, t. XVII, fig. 157.
Argonauta argo, Gmel., 1789, Syst. nat., ed. 13,
p. 3367.
Ocythoe tuberculata, RIafinesque, 1814, Precis de ddcou,.,
som., p. 29.
Ocythoe antiquorum Leach., 1817, Zool. miscell.,
p. 139.
Ocythoe antiquorum, Blainville, Journ. de Phy., t. 86,
p. 366.
irgonauta argo, Lamarck, 1822, An. sans ert., 2e ad.,
t. VII, p. 652.
Octopus antiquorumin, Blainv., Malacologie, p. 366. Airgonauta argo, Firussac et d'Orbigny, Mon. des Cde'ph.
acct., pl. 4, 2, 6.
Argonauta testa magna, involuta, tenuissima, alba; lateribus transversim costatis, costis creberrimis, hinc jitrcatis; carinis approximatis, tuberculiferis, partim rujo nigricantibus; tuberculis parvis, frequentissimis.
Corpore lwevigato, rubropunctato, brachiis compressis, gracilibus, inequalibus, pro longitudine parium brachiorum, o o,40, 2,I 3o




MOLLUSQUES.

Dimensions. Longueur de animall .... ........................ 280 million.
Longueur du corps............................... 6o
Longueur des bras superieurs..................... 125
Longueur des bras latdraux-superieurs............. 17o
Longueur des bras latdraux-infirieurs............. i3o
Longueur des bras infrieurs..................... o00
Remarquable par sa belle coquille mince et fragile, comprimee, marquee latralement de sillons serres transverses, souvent bifurques, et d'une carene 6troite, armee de pointes rapprochbes et alternes, cette espece ne l'est pas moins par son animal, orns des plus vives couleurs. L'animal se distingue de P'Argonauta tuberculata par son bee differemment tachete; par l'ordre de longueur des bras, ceux-ci tant 1, 4, 2, 3, et ceux de 1Pautre 1, 2, 4, 3; par le manque de languette inf6rieure de la palmure des bras sup6rieurs; par les cupules moins espac6es et plus separbes en deux lignes; par la presence de la membrane de l'ombrelle entre tous les bras; enfin par la presence de membranes inter-cupulaires, des deux c6ths aux bras interm6diaires, tandis qu'elles n'existent qu'aux c6tks extrieurs chez I'Argonauta tuberculata. Elle diffre de celui-ci, d'ailleurs, par ses coquilles sillons interrompus.
On trouve F'Argonaute papiracb dans la Mediterrane, dans la mer Rouge, au cap de Bonne-Esperance, dans l'Inde; if nest pas moins commun aux Antilles, oni MM. Rang, Brown et de Cande l'ont rencontre. C'est peut-6tre l'animal le plus ce16bre, et celui qui a fourni les plus agr6ables idees aux poetes de l'ancienne Grece. Ses meurs pblagiennes sont des mieux peintes par Oppien (t), qui les chante ainsi : On voit aussi le Callichte ou le poisson sacr@, lc a Pompile, honor des navigateurs qui l'ont ainsi nomms parcel qu'il les accompagne dans leurs voyages. Entrainbs par la joie la Plus vive ai la vue des vaisseaux qui sillonnent les mers, les a Pompiles les suivent en foule a Penvi, sautant et se jouant a la poupe, a la proue, sur les flancs, tout autour de ces chars maSritimes. Leur passion pour eux est si ardente, qu'ils semblent ceder moins a une impulsion libre et volontaire, qu'I des a liens qui les enchainent aux batiments et qui les forcent d'en Ssuivre la marche. Comme on voit tin prince venant de prendre a une ville, comme on voit un homme vainqueur dans les jeux

(i) Halieutiques, chant i", vers. 186 A 96.

27)




26 MOLLUSQUES.
n publics, le front ceint d'une couronne de fleurs nouvelles, aua tour desquels se presse un peuple immense, enfants, jeunes gens, a vieillards qui les accompagnent, qui sont toujours ht leur suite jusqu'aux portes de leur habitation, et ne se retirent qu'aa pres les avoir vus p6nttrer au dedans; ainsi les Pompiles vont toujours en foule a la suite des navires, tant qu'ils ne sont pas troubles par la crainte du voisinage de la terre; sit6t qu'elle n'est Plus eoigne, car elle leur est odieuse, ils retournent tons ena semble, comme ayant atteint la barriere, et se retirent en abann donnant les vaisscaux. Leur retraite est un indice certain, pour Sales nautoniers, qu'ils approchent du continent. 0 poisson justen merit cher aux navigateurs' ta presence annonce les vents doux n et amis ; tu ramenes le calmne et tu en es le signe. )
Si I'observation precdente est en rapport avec les faits, il n'en est pas toujours ainsi des brillantes fictions sur la navigation de l'Argonaute, souvent modifiees par observation immediate. L'Argonaute n'cst plus cet cegant nautonier enseignant aux hommes a fendre l'onde an moycn d'unc voile et de rames (1); ce joli vaisseau portant en lui tous les attributs de la navigation, comme nous le peint Athanee (2) par ces paroles: < Je naviguais sur les ondes a Iorsqu'il y avait du vent, tendant ma voile avec mes propres cora dages; mais s'il regnait un calme serein, 6 d esse! j'6tais oc, cup( tout entier h ramer avec mes pieds comme mon nom (Nau tile) le porte lui-m me. ) I ne guide plus le marin dans sa course aventureuse, ainsi qu'on le voit dans le meme auteur (3), lorsqu'il cite ce passage de Nicanor: < Les Pompiles qui s'empresSsent A montrer aux nautoniers 4gards la route qu'ils doivent Stenir a )et celui d'Erinna : Pompile, poisson sacr6, qui proa cures aux marins une navigation heureuse, puisses-tu diriger a n lavant de la proue ma charmante maitresse! )) II faut renoncer aussi a cos croyances des Grecs qui faisaient de l'Argonaute (Nautilos Pompilos et Nauticos) un animal sacred, comme nous lPapprend Ath~nee par ces paroles (4) : Les Daua phins etI les Pompilus sont des poissons sacres, un animal amou(i) Aristote de An., lib. IX.- Eliani, lib. IX, cap. xxxiv.-Oppien, Haieut., lib. I, vers. 338.
(2) Athinde, lib. VIII, ch. svi, Callimachi epigranmmna in nautilum, Schweig., III, p. i66.
(3) Lib. VII, ch. xvII, Schw., I. III, p. 30.
(4) Lab. VII, cap. xvm Schweig., t. III, p. 3o, sacer piscis.




MOLLUSQUES. 27
n reux ayant teA engendr6 du sang du ciel, en mhme temps que SV6nus. )) Et par celles de Pancrate I'Arcadien, dans ses Travaux de mer: ( Le Pompile, que les marins appellent Poisson sacr6, si n consid6r6 non seulement de Neptune, mais meme des dieux protecteurs de la Samothrace, que, dans lAge d'or, un pecheur ) fut puni pour ne l'avoir pas respect. )) Ce nest plus cet homme obligeant change en Argonaute par Apollon, pour avoir voulu sauver la nymphe Ocyrrhoe, dont Athene nous raconte lPaventure en ces termes (1), en citant Apollonius de Rhodes: < Le a fleuve Imbrase, dit-il, baigne les mers de Samos. Ch6sias, n6e Sde parents distingubs, ayant recu ce fleuve dans ses bras, enSfanta la belle nymphe Ocyrrhoe, a qui les Heures donnarent les Scharmes les plus 6clatants. Elle 6tait dans Page brillant de la jeua nesse. ) Quand Apollon, pris d'amour pour elle, essaya de Fenlever, lorsqu'elle se rendait par mer a Milet, pour y assister a une fte de Diane, craignant de devenir la proie d' un ravisseur, elle pria certain Pompile (c'tait un nautonier), ami de sa famille, de la rendre en sitret6 dans sA patrie: < Pompile, qui es amrni de Smon pare, use ici de toute ta prudence ; toi qui connais les a gouffres de la mer, qui retentit au loin, sauve-moi. )) Pormpile lui fit faire heureusement le trajet et la conduisit au rivage; mais Apollon, paraissant t limproviste, ravit la jeune fille, p6trifia le vaisseau et changea Pompile en un poisson qui porte son nom : << Il est toujours pret a servir en mer les vaisseaux qui ) passent rapidement. .
Non, ces croyances, plus anciennes qu'Aristote, qui les a sans doute emprunthes aux pobtes ses pr6ddcesseurs, ces croyances, embellies par le genic des Ath6nee, des Oppien, des Elien, reproduites par tous les auteurs du moyen age et meme par plusieurs de nos ecrivains modernes, n'existaient que dans leur imagination, et sont ramenbes aujourd'hui, par observation positive, a des faits plus simples. L'Argonaute ne relive plus ses bras palm6s pour s'en servir comme de voile, il ne s'en aide plus comme de rames, puisque ces bras sont essentiellement destin6s a retenir et h former sa coquille; mais nous ne renoncons pas a le voir se jouer A la surface des eaux, habitude qui, sans doute, a servi de base a lexag6(i) Athinde, cap. xix, Schweig., p. 33 (Pompilus ex homine piscis); A liani, lib. XV, cap. xx i Fabula de Pompilo ex homine in piscim mutato, rapporte la meme fable.




28 MOLLUSQUES.
ration des auteurs. 11 nage, de meme que les autres Cphalopodes, Sl'aide du refoulement de P'eau par son tube locomoteur (1), et marche au fond de la mer, a Paide de ses bras comme les Poulpes, mais la coquille en dessus et le corps dans une position inverse (2).
No 6. ARGONAUTE BAILLANTE.
ARGONAUTA HIANS, Solander.
Nautilus, Lister, I, Synops., t. 554, f. 5. Nautilus, Rumphius, 1685, Amboin. Rarteytk, p. 64,
t. XVIII, f. B.
Argonauta argo, Linnd,1767, Syst. nat. ed. 12,
p. 1164, no 271.
Argonauta hians, Solander, Mss. Portland. catal., p. 44,
lat. 4 055.
Argonauta nitida, Lamarek, 4822, Anim. sans vert.,
2e ed., VII, p. 653, no 3.
Argonauta testa parvula, involuta, tenui, nitida,
albido-fulvaa; rugis lateralibus levissimis; carinis remotis, tuberculis crassis, utrinque marginatis; apertura lata.
Corpoare rotundato, brachiis crassis incequalibus; pro longitudine parium brachiorum, 10o 2o, 30 4o membranis
umbellae curtis.
Dimensions. Longueur totale................................. 55 millim.
Longueur des bras superieurs...................... 17
Longueur des bras latdraux-superieurs............. 3o
Longueur des bras latdraux-inf6rieurs.............. 28
Longueur des bras infirieurs...................... 26
L'Argonaute baillante differe des deux autres especes, to par un corps plus arrondi, plus court, ce qui correspond en tout h la coquille beaucoup plus large; 20 par des bras beaucoup plus courts
(i) Rang, MYmoire, p. 22.
(2) Pour plus de renseignements on peut voir notre travail special dans notre Monographie des Cdphalopodes Acitabulifbres, notre cadre ne nous permettant pas ici de nous ~tendre davantage.