La legende du dernier marron : poème ... Dessins à la plume et au crayon de Edmond Mangonès et une reproduction de la ba...

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Material Information

Title:
La legende du dernier marron : poème ... Dessins à la plume et au crayon de Edmond Mangonès et une reproduction de la bataille de la Ravin-à-Couleuvre (20 Février 1802)
Physical Description:
21 pages : illustrations, ; 29 cm
Language:
French
Creator:
Viard, Felix
Mangones, Edmond ( illustrator )
Publisher:
Ateliers de La Presse
Place of Publication:
Port-au-Prince, Haiti
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Poetry -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01885480
ocm01885480
Classification:
ddc - 841.91 V618Á
System ID:
AA00025573:00001

Full Text
Jr
I











U
I


ltgende


Tu n'iaia qu'une plaiel Qu'imporfl
Tu n'atais pas abdiequ& toll


Marron

Po6mo do UF J llS&D
DoeotA & ta plum* et au oraycn
do Edmond MA@GOtim
ot uns reproduction do I& batallo
do Is avIno-A-CouleuvrO ( aso F6vrler 18oa.)


La


* rp
f
r


du


dernier


\V G I 8J


ei































II a iti tire de cet ouvrage 125 exemplaires, don't 100 sur Chromo.
Najork, numerotis 1 a 100, et 25 sur Velvetone, numirotes de A a Z,
signs par les auteurs.


UNIVERSITY

OF FLORIDA

LIBRARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.


1








La


ikgende


du


* -


Tu n'etais qu'une plaie! Qu'importet
Tu n'larais pas abdique, toi!
dernier
Marroni.
Poeme de Fielix il-ARD
Dessins a lea plum eat '* crayon
de Edmoud MANGONES
et une reproduction de la bataille
de la Ravinie-a=Couleuvre ( :o Fyvrier l8av.)













^\f^


AMERICA











* 0
A 0oz eiref L, e GRIEMARD

Affoctu@apemVent

r.v.


























0 0


POUR WMJS TOIRV



0

La Toussaint de 1919, au Cap-Haitien...
Charlemagne P69alte est mort. On vient de rentrer
avec ses restes sanglants.
Et voici ce qu'on se raconte :
lhrpris dans son camp retranche. sur l'Habitation
Lemolle-Ponthieux, le valeureux chef aurait 6t6 abatta
a coups de revolver, dans la nuit du 31 octobre, par le
sergent Hanigen des t Marines Corps , camoufl6 en
negre...
Une trahison du cousin Coinze ui aurait livr6 le mot
de passe: Chapeau-laine, pour 2000 dollars et montr6
la route du Fort-Capois.
............. o o........... ........... .... ..... o...

Maintenant tout est consomme. Charlemagne P6ralte
sur qui la Mort a deja mis sa patine inexorable, a la po-
.se douloureuse du CrucifiA... Et, ne rest-il pas, en v4-
rit6, en ce Midi de Novembre, < la tte penchee sur sa
poitrine nue? s






















Des motifs.de sa haine et de son action contre l'Occu-
pation am6ricaine, on ne connait que les grandes lignes. *
Elles suffisent, cependant, a 6clairer sa conduite, et ceux
qui, demain, 6voqueront le drame, en d6gageront le c6t6
tragique qui fait de ce jeune home de trente ans, un
heros de l6gende.
Charlemagne Peralte n'etait pas: un haitien quelcon-
que. II naquit a Hinche, en 1886, des oeuvres legitimes
de Massena Peralte et de Madame, nee Conze. I1I y fit
ses premieres etudes; il les poursuivit i Port-au-Prince
0S
au Petit Seminaire St. Martial. 1 a occupy d'impor-
tantes fonctions dans administration du pays. Tour
tour Juge de Paix, president de Con4mission Communa-
le et Commandant d'Arrondissement.


Le voici, revetu de sa livree de format, balayant les Aes
du Cap... I1I n'y a rien de deshonorant, peut-etre! Mais
l'amour-propre de l'homme se cabre devant les injusti-
ces de la vie. 11 ne m6rite pas, croit-il, cette douleur.
I1I en souffre atrocement. Mais devant la Force, que
faire? II pense a l'&vasion et un jour, audacieusement
il la realise...
II rejoint Hinche, prend les bois; se met lui-meme hors
la loi, organise la revolte et la declanche avec d'autant
plus de fiel et de courage que sur sa rancune personnel-
le il avait greff6 toute Ia rancune de son pays et de sa
race. Son patriotism s'exacerbe. 11 veut ktre un lib6-
rateur. Jean Conz6!.. Tout le r&ve croule...
L'or est un vil mital...


Novembre 1931.













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PRO LOG U E




1915! Le Retour...
II s'6tait pali dans la mgmoire le Souvenir de
Ceu# don't les fortes poitrines avaient barre la mi-
traille du Maitre. Et nos yeux affaiblis d'avoir
pleurg des malheurs sans nombre, ne pouvaient plus
lire la Lemon, que sur la Terre d'Haiti, comme un
grand tableau Noir, l'Ep6e avait trace avec le
sang du blanc : Libertg ou la MArt.
Mais, une nuit, it la Grande-Riviere-du-Nord, les
paysans 6peur6s, la bouche ouverte et la pipe aux
doigts, gcouterent un son lugubre et dirent, supers-
titieux : c'est le Roi Christophe.
















C'6tait un Autre, qui ne voulait pas croire qu'on
dat se desesplrer dans les larmes, quand les << visa-
ges pales >> avaient retabli la corvee et violentaient
les femmes. Et pensant qu'une Cause sainte peut
faire d'une trainee d'hommes une horde de Volon- *
t6s indomptables, II etait venu, sur les marines du
Fort-Capois, camper ai son tour, devant la Mort.
Chaque nuit, embouchant le Lambi, dins un der-
nier souffle d'epopee, II laniait l'appel vers les ca-
ses tranquilles, dparpillees au fond des bois, ddses-
l~rement. Car, tout de suite, il fallait du nombre
7our se ruer sur fes travaux des blancs qui for.
geaient des chaines aux negres, une nouvelle fois.
0 le Reve impossible de reunir dans la Resistan-
ce armee toutes les forces parses qui s'annihilaient
dans les 6loignemnents! Alors, seuls des paysans,
soudant des manchettes ii leurs humbles poi~iets,
avaient repondu : Prdsents. Et ils 6taient allus, une
poignee d'hommes, dans une apothdose de flames,
sonner l'6pouvante, jusqu'aux portes de la Capit le.
Quel dtait donc cet Homme qui par deli --is.-
toire avait rencontre les Aieux >> et voulait remon-
trer de la pointe de son Eple la Legon oubliee : Li-
bert6 ou la Mort?
Dernier Marron, ton coeur etait trop grand devant
nos petitesses! Tu fu's vendu par un des tiens, lace-
re et mis en croix. Tu avais trente-trois ans comme
l'Homme du Golgotha...
. Et la levee temdraire fut brisde...
< Ce fut vain, mais ce fut sublime! >

Jacques C. ANTOINE















.. .- -_. . . . .




00









. . .. . . .. . ...../-=.- -....... .....- .








R brusquement, le solely creva les nuages
E"""t dora le' crimes.
'0L Le vent passa, rapide, et travers la forkt
SComme une cavalerie lance i la charge....
Et, dans mon vertigo, pris par la Gloire 6voqu6e
Des sanglantes m~lees,
J'entendis clairement le cliquetis des armes,
Les vociferations de mort, les hurlements terrible.
-- ..De troupes s'exterminant..,
._- . . . . . . . .......-. -= -... . . . . . .










SMil-huit-cent-trois! Mil-.huit-cent-quatre!
*Quelle RbrusQmeur Etrange danes eistoire
;.-^'^yy l'^'^S^B Cue c ntte Epop&e d'esclaves!










-IL-
(,ENT-VINGT ans plus tard, un << Marron >>
Qu'il faudrait apparenter a ces Titans, nos PNres,
Revait dans la montagne, a I'ombre des Ruines...
II a l'air adolescent; mais il a trente arns.
Son visage n'a pas de rides; mais son front
A deja les plis de sa Pensee;
Ses yeux sont Vivants; ses regards profonds
SComme ceux du Mansfeni...
L'Oiseau et Lui se connaissent...
1s s'etaient d6j& rencontres quelque part... i
Au faite de la Citadelle, peut 9tre! J I
lis s'etaient contemples Dieu seul salt 9r ,
Quelles sensations avaient traverse leurs times! .


Aux pieds des Ruines, le Marron reve.
II 6coute bourdonner le vent
Dans les frondaisons des Mapous giants
Et s'engouffrer dans les ravines. II n'a pas peur.
II reve au Roi Henri qui fut aussi hautain
Qu'un Cacique
Et aussi fier qu'un Preux.




















_---. =--_ _-I[

-_- "3E Marron laisse errer ses regards
___ _-__"_'_ Stur le Palais Royal. II sourit. satis fail.
S- Poiirquoi?
II pense et il croit qu'il resemble
Au Seigneur negre qui constrtsit cette forteresse
Et l'habita.
Peut-ktre bien!
N'est-il pas,
Malgr6 sa jeunesse, aussi brave que Lui?
iI1 lui resemble donc. puisquil se moque
K De ia Force, puisqu'il porle dans sa Poitrine
S. . 'ne fmne fi'rc: puisqu'il a la foi; puisque bient6t
------~ Ses mains brandironi une Epee giganiesque
~'.1 r.^. .^ Que I'on Ironva jadis. dans la valle de Ron,'-," x
Entre les doigis crisps de Roland
"e._-. 1 Ei. il y a 120 ans. dans I'antre du Marron de 1 03,
S .-;,.. s!S Sur ha butte de Vertiires..


















. d: .\
K'A


-IV-
]L reve. Soudain, il voit passer uine ombre.
II se redresse dSun bond; fronce les sourcils :
Sa criniere crepue en est tout h"rissee.
- Qu'est-ce, dit-il? Sur la citadelle, un Vautour?
Le Marron tressaille. II revoit le Roi Henri furieux.'
II l'entend rugir : Faites charger Man-pim-Ba!











-~ ~-- --.- -
.. : 'i-- -, - - -L.. -.-- ~ : ..- -
"- ., \ ---. -- -




























rf^^^l~fl/ f<$- 'Rouges def 1"incendie. Le ionnerre gronde:
^\\lll~l/KiF% *'La^ fiiudre U'lar.n pivlinemient formidable
o_,.- a o. _ao i _.re .- ._ -..,is
~ -





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-,, S-_



















Dessalines! CUest la v'icoire!
Lltfa Vi la^* ^olatnIBEe ;on? e dnne sIOeCa
^ -p ^ --'-- . ... sa-ng en- roi"l- con--e ties larnies .
EllR.e mtr e da; I'air la for mule fandique
Dtslie LIBeT ou la MORrT!












































-VI-

Qj)UELLE hallucination! Quel vertige!
Le Marron fremit. Une voix lui dit : Prends!
II frissonne commune si quelque fievre
Avait bouleverse tout son 6tre. Puis, fermant
Les paupiieres, pareil i ceux d'autrefois
Vetus de fer, coiffes du heaume des guerriers
11 s'agenouille, tend les mains
Et recoit l'Epe. l la baise et prie...
- Comme elle est lourde, dit-il, cette Epee?


- ./ . ...., '









-VII -


T pour la soulever, quel effort de tous ses muscles!.'>-- 7
II l'embrasse, la caresse, la soulive, la brandit! .,.. .;
Ses moulinets zebrent d'eclairs fulgurants'.
L'horizon sombre. Des eclats de rires, nerveux,
Sinistres, farouches, applaudissent *
Venus on ne sait d'oit : BRAVO, Petit!

Alors, gatvanise, fier d'une nouvelle fiert6,
S'arcboutant sur son armne, le Marron '
Colle a ses levres le << Lambi >> ancestral
Et du grand souffle qui gonfle son ime,
II pousse a travers les bois, par dessus les months, *C __ .
Les plaines et les vallees, un rappel fi6vreux "--- ---
Des ombres et des r'icon/s. .. .. .
L'echo l'accieille avec eilihoisiasnie
Et le rtpercatt ( I'it ini : *
LIBER'E on hl MIIORT!!!


.z
__



















































-.- Vlll
^ ;. ;^ ^ --- 't ^rwi*
-VIII-
JE Marron croil qu'on Ir'a entendu el compris.
II fixe le Ciel pour le prendre i temoin
De son geste et s'lance dans Irinconnu
Years sa douloureuse Destin&e...



























S*








Ix
-Ix- A
FES airs en sont encore tout bouleverses...
('Plaines, qui aviez contemplU la chevauchie
[des Aleux!
Months, qui aviez vu les corps-a-corps piquess.
Et vous, Paysages heroiques, charniers d'autrefois
Qui f sites t6nmoins des melees ingales : ..
De la chute des Blancs, de la victoire des Esclaves!
Rgpondez, Vertieres, Ravines-t-Couleuvres, Ennery,
Crte-&-Pierrot, avez-vous vu dans la nuit,
Ce Chevalier armed pour la croisade?


Et le Vautour dit au Mansfgni de nos montagnes:
-Quel est donc ce Seigneur?


-CHARLEMAGNE!













- r,~ -'- -.
,-...; .~


~-(. .,~
* *~'~'' -j*


Un jour, ton poeme de bravoure et de male
[endurance?
Poktes, c'est sur l'airain qu'il faudra graver vos vers!
Sculpteurs, c'est dans le plus pur marbre
Qu'il faudra tailler son torse!


Ce Jut vain, mais ce fut sublime!
Petit, tu es Colosse! Pygmee, tu es Geant!












A P
^*.^.*


-XI-


01O seul avais entendu les OMBRES
Quelle vision jut la tienne?
Est-il vrai que dans ce reve fanlastique
De Liberty, la nuit de la Veille, des Armes.
Tu jpensas atux Anciens
Et voulus renouveler Vertieres?
Est-il vrai que te penchant sur le gouflfre
Au fond duquel git le canon
Avec quoi blasphema le Roi Hem'i.
Tu sentis sa colere? Est-il vrai que tu revis
Lamartiniere, ce brave des braves, 6chevelM,
Faisant sa troupe de la Crete-a-Pierrot?
Que tu les retrouvas tous, les precurseurs!
Qu'ils te parlerent et que tu leur serras la main?


- .41.











L


' 0


-XII-
U fus raincu! A la douce clarte de l'aube,
SLe sang Vuiii tdcha l'azur de ton REVE,
: C'talt le sang du Juste!
SSur le pieir, les chairs lacgrges, les bras en croix,-
La tMte penchee sur ta pkitrine nue
Tu n'tais qu'une plaie! Qu'importe!
Tu n'avais pas abdique, toi!
Ton rictus n'avait rien d'horrible.
Et le pli de tes levres
Refroidies par la mort disait l'amertume
Que tu emportas avec toi dans l'immortalite!
11 ne te manquait plus, 6 Colosse
Que la couronne d'epines que porta
Jadis, l'homme du Calvaire : celle qui symbolisa
A l'ombre de l'affreux gibet Gibet de gloire!
La plus grande immolation pour le salut d'une
[Race!...
..,..o..........eo.e.o........*......
-Mort pour la LIBERTE!
*..........................m,.............
<< Tu es expiatoire!
Toi, qui par delta l'Histoire,
Avais rencontre les Aieux!...
Rome, 5 Mars 1923









('


Achev6 d'imprimer
-dans les Ateliers de c LA PRESSE ,
le 20emars 1932.


Tous droits de reproduction, de traduction, d'adaptation
et d'execution reserves pour tous les pays


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Date Due


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La egende du dernier marr UGL
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Th..S VO.T HAS BEEN

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