Les feuilles de chêne

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Material Information

Title:
Les feuilles de chêne
Physical Description:
2 p. Á., 7-190, 2 p. : ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Lochard, Paul, 1835-1919
Firmin, Joseph-Anténor, 1850-1911
Publisher:
Ateliers haïtiens
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
"Préface" (p. 7-22) signed: A. Firmin.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 20400658
lccn - 25020873
ocm20400658
aleph - 25474161
Classification:
lcc - PQ3949.L6 F4
System ID:
AA00025571:00001

Full Text
















UNIVERSITY OF FLORIDA L I B R A R I E S































.... . . .



J;,





























LES
A
FEUILLES DE CHENE














PAUL LOCHARD









L-es Feuilles



A
de, Chene
















PARIS
ATELIERs HAYTIENS, 251 RUE DE CARMORIQUE

1901

















AUTOIRAPHID

LAM4 AMERICA













PR 1 FA-C E


M. Paul Lochard le, poke'des Chanis du Soir, si- connu et appr6cie en Haiti, m'a exprim6. le d6sir que ses nouvelles poe'sies-, Les F uiZles de ( hdne, paraissent sous mes auspices. Favoue qu'un.tel vceu est pour mol ausssi flatter qu ecrasant. Comment puis-Je justifier la haute opinion personnelle de Vauteur ? Quoiqu6 non illettr6, j e Suis loin d'6tre class parmi les homes de lettres, ces esprits orn6s et couples, toujours vibrant deviant les chefs-d'ceuvre ou Jes virtuosit6s de I'art, comme en face des splen-deurs ou des grAces' de la nature. Il est douteux que Vhabifude des 6tudes sp6ciales, meme tr6s varies, d6veloppe chez un 6cri-vain le sens esth6tique au degr6, n&essaire po ur, non seulement sailsir les beaut6s litte raises, mais en. communique A d'autres le sent iment. Aus'i bien, malgr6 la curiosif6 inte'llectuelle qui. ne. me laiss e indifferent aucune manifestation deTesprit human, je rains fort d'8tre'positivement insuifisant pour la tiche que m.impose une confidence p t-6tre'compromettante. Fen tire toute-, eu
fois Poccasion de faire une rema rque.







8 PR FACE

Depuis quelque.temps, les psychologues, qu font des invasions audacieuses dans la. sociologie et meme dans Fanthropologie, u'ils essayent de ramener 'a la discipline es sciences in taphysiques, tout en paraissant transformer la psychologies en science observation, parent de la race avec une 61asticit6 bien faite pour d6router Jes meilleurs esprits et d6concerter les plus. attentifs. Ainsi, M. Cumplowicz, en ecri vant la Littte des races,* semble inclin& A
0're que chacun des group's sociaux, auxA donne cette denomination, est
lsetlisn6 'a faire une guerre fatidique' aux groups environnants, jusqu.'A:6e que l'un d'-eux efface les autres d6 la lice ou ,qu.'il arrive A les ai nulerl par, la domination absolute ui strait alors une assimilation pouss6e, jusqu'a Fabsorption. Mais cette opposition syst6matique des groups ethdique n'implique-t-elle pas for66riient une specification qui les disti ngue scientifiquemeht ? Or, de tous les caract6re-s de Pespe ce human 6; nul n'est plus. e'ssentiel que la parole, formula de la pens6e, qui est un attribute sp&ial 'a Phomme. De JA des lentatives r6pWes de d6couvrir, dans -1a, lan'9 4e.et Ia literature de cheque,' group, un signe parficiflier de classification ethnologique. C'estdans cet ordr6 &id6es que M. Ch Letou''rneau, par example', a crit son outrage: L'Evolution littdraire dans lesdiverses races humaines.
L'auteur est, en in eme temps qu'un ency-







PRtFACE 9

clop&diste, iin anthropologist dz_,s mieux pos&s; et son opinion fait authority Mais si la league et les id&es d'une race peuveni etre facilement adoptees et ppropriees par une autre race, sous Fempire de circonstances particuli&res et contl ngentes, sans que Fassimilation ou Pabsorption ait &t re alis6e sous aucun autre rapport, ne faudrait-il pas admettre qu-Line intelligence c immune, service par des organs fonci6rement identiques, fait de routes le8 races humaines une espece unique, ayant la meme destin6e A accomplir et, par consequent, appel&e i s'aimer et s'entr'aider, plut6t qu'A se hair et se combattre ? La response n'est pas douteuse. << L'unit& de Intelligence, dit Flourens faisant F&Ioge de Tiedemanii, est la derni6re et d finltive preuve del'unit humane. >>
-M. Locha'rd est un Haitien et plus noir que blanc 11 n'a jainals quite, le, sol de la ,r6publique d'HaIti et sa menfafit6 est absolument national. Ces faits ne sont pas cor testables. Eh bien! quon lise, ces poesies o-d le cbanti6 des Antilles a mis routes les notes.de sa lyre, pourra-t-on j a mais s'apercevoir de la forte dose de sang africain qui coule dans ses-veines ? Non, sans nul doute; car, soit dans la structure de sa phrase, soit dans son tour,.-d 'esprit, i ) I n'y a rien, mais rienqui le distingue d un po6te, fran ais, issu du plus pur sang gaulois. Et qu'on ne croie p6int que cett.e complete appropriation de la langue- de Racine, de Laniartine et de







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Victor Hilgo soit un simple jeu d'imitation! Tout en se servant de cette belle league fran aise avec une aisance, une d6licatesse et une 616gance qui en font un vrai cbarme, le cbantre baitien reste partout lui-meme, gardant foujours le cachet de sa personnalit& po6tique. Cette originality a d'autant plus de relief, qu'on sent circtiler dans ses vers, dune facture remarkable, tout un tr6sor d'&rudition bien dig&ree, de souvenirs voilf-s et d'&motions rev6cues.
Mais essayons pltto^t de donner une id&e de impression gen6rale qui se d6gage de la lecture des Feuilles de CIPlle. .
Comme po6te, 11 est ceTtain que. M. Paul Locbard apartment A la famille lyrique de Lamarfine'e't d'Alfred de Vigpy, m elant A son besoin, d'6panchernents po6tiques, les preoccupations de Phomme religieux et du philosophy; mais A a aussi des. 61ans et des visions qui le rapprochent plutot de Milton; des conceptions piques, dont'l'inspiration remote A la grande source, d'ofj sont sorts les PO-nies antiques, les Poemes barbai-e's et la Ldgende des sickles.
LP utatre, emieres parties du volume: a x on THomme .L'cifer et La Vie,. sont 6videmmen"t des posies cycliques, rou]ant sur les grades l6gendes- bibliques. Cest le drame. de. Uhumandt6 er66e our le bonheur, au milieu des splendours TO la nature, moins belles que. la bea't6 hum aine id6alis&e en Eve, mais rejet6e, de I'Eden par Foeuvre satanique del Lucifer,'e.t voyant sa







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vie assujettie- A routes les mis6res de la d6ch6ance. La concept on en est claire et proforide. Les id6es et les faits sont IA moins 6parpilks, moins riches en tableaux typiques et en themes psychology ques,. que dans Leconte de Lisle ou dans Victor Hugo, mais Action en est prestigieuse et vibrant. Cest une condensation merveilleuse de toutesles croyances, foridamentales de la religion, formant ce qu6Ton pourrait appeler la haute philosophic chr6tienne.
Avec quel bonheur depression notre barde. traduit-il, en vers olympiens ou idylliques, les pages les plus grandloses ou les plus gracieuses de la Gen6se, C'est ce dont on ne peut se faire une id&e qu'en lisant tout au long la Cr9aition et I'Honiine Je voudniis Citer ici quel.ques vers; mais.11 est bien difficile de choisir, parmi tant de belles tirades qui sesucc6dent tout d'une haleine, faisant le plus maj estueux ensemble. Le grand pTodi ge de la Cr6ation, c'est le Fi t lux! Le poke en exult (e
La lumi6re I ah I c'est Dieu dans un mode indicible,
Dieu r6vdlant h tous son 6tre.inaccessible Qui v6t, dans ]a splendour, l'invisibilit6, Et qui content le lieu, le temps, I'dternitd
Dieu qui, tout en donnant, en prodiguan t. la vie, La garde en sa puissance, enchainde, asserYie...
I I
Je ne-pense pas qu on ait e-ncor'e present la formb divine sous une figure plus'saisissante et donnant un plus beau relief aux d6finitions m6taphysl ques, qui parais ent si contradictoires, quand elles essayent de








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fixer I'id6e de Dieu, source de toute beaut&, de toute--ebaleur et de toute vie, en meme temy).4 inaccessible et invisible
Si de ces. vers, d'une touche immat6rielle, nous voulions passer 'a des sensations plastiques,'il n'y aurait -qu'A lire la description de la premiere femme, o i le style de M. Lochard r6pand un charge d'616gante morbidesse qu'on est surprise mais enchant6 de trouper sous sa plume. Voyons. pluto^t le tableau
Secouant ses clieveux dont la brise, en tremblant,
Faisait voltiger For sur son front lisse et blanc,
Elle les rejetait comme un lumirieux voile,
Comme un flot de rayons 6chapp6s d'une 6toile;
Et leurs boucles, gli'ssant de sa t6te au gazon,
Roulaient sur son beau galbe avec un doux frisson.
ElLe 6tait IL, le sein gonfl6 d'aise et de grAce,
Celle qui doit r6g-ner dans le temps et 1'espace
Sur le monde, comme elle, intact et nouveau-n6.
Elle 6garait ses yeux au regard 6tonn6,
Charn-tante, lieureu5e d' tre, ivre du beau d6lire
Qui sur sa I&vre rose 6talait le sourire.
Sublime, elle 6tait 11, prLs d'Adam 6perdu...
Nul ceil li'a jainais vu, nulle oreille, entendu Ce que tu lui fis voir et tu lui fis entendre,
0 verge quand ta voix 6clatait douce et tenure
Et que tes yeux diving sarr talent sur ses yeux
N'y a-t-il pas IA une vocation visuelle et sensitive,. capable de rivaliser avec le pinceau d'un Raphael ou d'un V&ron&se C'est au moins Fimpression qui m'en est rest6e.
Lucifer est un beau crayon; mais Milton, avec une puissance de style jamais Surpassee, en a d6ja' fait une peinture si gran-








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those et saisissante, qu'il sera, difficile 'a tout autre d'atteindre 'a cette vigueur de touche oA Yon sent Fesprit r&volt6 du vi eux puritan piercer A travers la v6h mence du poke aveugle. Aussi bien, M. Lochard n'a pu s'emp&cher de subir inspiration miltonienne.
D s son premier vers
Sombre incarnation de Vabstruse science
il fait rappeler le barde anglais pour qLii la rebellion de Satan est le bad fruit of knowledge. L'id6e que la- r6volte de Lucifer-est a consequence de son ambition de rigmer, d'etre le seul maitre. meme si son royaurne n'6tait peupI6 que par les pires esprits', se traduit chez le poke haitienpar un vers mis comme en vedette:
z Nre, te dirent-ils, r6gne et sois notre roi
Daris le Paradise lost, la me^me id'e est exprimee dans un vers autrement 6nerique et mis dans ]a bouche meme de atan
Better to reign in hell than serv in heaven
Cependant Pauteur des Feuilles de Che'1118 n'a point servilement copi6 le, chantre a'nglais. 11. y a dans sa -poesie moins d'apret6, mais plus d'esprit chr6tien ue dan' 6elle de son immortal 6mule.. En lisant Milton, on ne sait si Fadmiration ne va pas plus A Satan, foudroye mals indompt6, qu'au ToutPuissant irrit6 et vengeur; M Paul Lochard fait de 'Lucifer, apr6s la r6volte, un kre








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,dont la c6cit morale est la source de routes les miseries spirituelles et temporelles. De plus, on trfouve dans notre auteur mille nuances de pens6es et d'insFirations abso lament moderns, qui ne pourraient gu6re se d couvrir dans Milton.
On a. beaucoup remarqu6 le tour Ximagination de Hugo,,' se figurant, quand il &crit le mot Libei-te', << le bruit d'une chain qui. se casse >>. 11 faudrait, dans .cet ordre d'ld&es, noter un.vers fort remarkable dans la piece de M. Lochard. << LHydre de Fesclavage >> est une. m6taphore en que1que sorte classique; ma is notre, po6te a complete' merveilleusement Pimage, en distant :
Uesclavage, hydre en qui se fait un bruit de change
Le vers, 'presque monosyllabique, offre une harmonic imitative, qui donne bie A la sensation ducliquetis de la chain d6nt les mailles enserrent le pieA de Pesclave
La Vie ferme les quatre poesies cycliques, dont elle est commela conclusion. L'oeuvre de la creation est un miracle en meme temps qu'une merveille, la presence de Yhomme' lui imprint e le sceau de la perfection terrestre; mais le roi de la terre ayant suecombCA Pesprit du mal, le bonheur tarit dan's sa source, qui tait Yinnocence ou pluto^t Finscience. M. Lochard, qui est surtout un penseur religieux, croit A la tare au p ch6 original et d6peint la vie en pessimists. Fort heureusement, Pesprit moderne finit, la' encore, par prendrd le des-







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sus. et le philosophy admet que Phomme d6chu peut se reliever par le culte de Ia v6ritL
Mais, par ton noni sacr6, Writ6, le proscrit,
Que1que infime qu'il oit, oh ce nom est inscrit,
Se 16ve, deviant fort, de gigantesque taille, Et se sent fagonn6 pour Pardente bataffle.
Je ne. veux pas rechercher si, par le mot V ritd 6crit avec une,, majuscule, lepo6te .n'enten-d pas designer Dieu, le Fils, qui est I Ia yoie, Ia. v6rit& et Ia vie >>; je ne veux pas me demander si Ia Verit6 ainsi person.nifi6e ne strait pas un autre nom. de- Ia Science, qui entraina Ia damnation de Satan, commecellede Faust; mais, je.tiens Ale faire remarquer, le s paroles de M -'L'chard r6veillent 6tonnamment I'id6e de l'autonomie humane, sivigoureus6ment exprim6e dans ces deux vers de Hugo:
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit I'Arne et le front.
je ne m'attarde'rai pas autant stir les autres pi6ces, qui, component les Feuilles de Ch9ne- Quoiqu.'on y rilncontre des beaut6s incontestable elles no pr6sentent pas, comme les pr6c6dentes, Ia marque particuli6re de Fesprit de M. Lochard,.dont j'ai dit, dans 1'Egalitd des races huMaines: << Cost une aine impr6gn6e de bonne heure duparfum. des Saintes Ecritures, >> Pourtant, Pinspirat ion religious n'eiivahit pas tellement cette Ame, qu'ellen'y laisse aucune place 'a d'autres sentiments tout aussi nobles,, tout aussi 61e-v6s. La fibre patriotique, par e -emple, est puissamniont vibrant dans Ia lyre de








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notre poke. Apr&s la note religious, c'est elle qui y domine : soit qu'elle entonne un hymne majestueux 'a la m&moire de Nos A eux, soit qu'elle essay de nous arr eter sur l'incomparable figure de Toussaint Louverture ou sur celle du pafriote Edmond Paul; soit qu'elle chan.te ]a Paix ou qu'elle maudiss6 ]a Guerre civil I
Ca et la', entre ces belles compositions, ayant plus ou moins un caract6re didactique, on rencontre des po6sles purement lyfiqUeS;' qui -so it de vraies perles. L."Eldva-' tion, d6di6e 'a Oswald Durand,. unautre po6te haffien de la plus haute valour, est d'un souffle admirable, d'un rythme et d'un '61an qui rappellentbien Fode, pindarique, avec son style saccad6 dont s'enthousiasma Boileau, lorsqu'il a 6crit,:
Souvent un beau d6sordre est un effet de Fart.
Ce n'est certainement pas cette E19vation 'mysti6ue, que (,haminade, croyante et catholique,'* a traduite en une m6lodie si suave et si e'th6r e, qu'elle donne PimpresSion ou mieu'x la vision additive d'un balancement d'ostensoir', au milieu de flots d.'encens parfuihant Fautel et le pre^tre; c'est une course, insens6e, alti6re, scabreuse, vers 1 empyr6e, o' 'le po&te s'arrete haletant et s'6crie, tout triompbant:
Ici, que m'importe,
Sublime hauteur,
Oii Yesprit rn'emporte,
.1ci, que m'importe Des vents la fureur




Y,
Al.



PR I ACE

Vraiment, je ne connaissais pas A la muse de M. Paul Lochard cet emportement de cavale 6moustilke!
,Dans le',.stances A Toussaint Louverture et 'a Edmond Paul, dans le Chant du Pati-jote, quoi4iae toujours d6bordant de ly.risme, II centre en lui-me^me, se ressaisit et redevient le po6tephilosophe, dont la pens6e braille comme des pierces; pr&ieuses. auxquelles ses vers ferment de Vrals chatous. Son admiration va cluPre'mier des Noirs au grand p tribute avec un culte 6gal; c7est 'a ce I p oint qu'il- donne aux deux la meme quality 'maitresse, qui 6tait de ne jainais perdre de vue Favenir de la race noire. Apr6s avoir dit de Toussaint Louverture
11 couvait Fayenir dans son intelligence, il r6p6te pour Edmond Paul
L'avenir s'agitait dans sa t6te d61ite.
7en suis d'autant plus 6merveiII6., que, j'ai toujours R6, dans le m6me culte patrio-, tique, Toussaint' Louverture et Edmond, Paul, deux incompris, dont.les portraits resent sous mes yeux, dans mon cabinetde travail, comme pour im oserA ma constant meditation Phistoire de feur-vie et leur pen,-s6e r6g6n6ratrice !
Les.Fragments de Mila, un Po mefantastique et tant d'autres poesies qui composent les FeuilZes de Ch9ne, m6rit6raient bien d'etre analysis et mis en relief : c'est
-avec plaisir que je m'y complairais, n6tait
2








PR FACE

I& crainte de glisser dans la verbosity, qui. est Te, grand &cueil de tout pr6facier, quand il n'est pas Fauteur de l'ouvrage pr6sent6. D4-ns routes ces pieces, tAnt au point de vue dt Fimagination qu'a' celui du. style et dela verification, Lochard.fait preuve
d u plti& raT e tale nt
0 Sans avoir- ni la facility dangereuse de LAqn article, 'ni la, puissance verbal qui te-wae dan s liugo,,- 11 crit admirablement ea. vers.; sa palette po6tique et son vocabuIA44gson;tr des. plus varies. L'alexandrin est,
16, un instrument couple, docile' onieux. Tout'en se.gardant de'la mo, nofon.ie, il. conserve au ver's h6roique une c6Trection A laquelle B'ileau luil-meme aurait peu trouv6 'a retire.
Ce n'est'pas chez'lui qu"on se heurterait a ces exag6rations de.prosaisme ou esf fomb&ela versification des symbolistes, apres .1es d6cadents, mettant la fiert6 d'un -Dio'gerw A; marcher pieds ) joints sur 1'6tiJ uatte .& la c6sure, de 1 enjambement et e Ia, rime I Hardi dans 'les id6es, M.'Lochard re ste, dans la forme, absolument classiiae,., Chose curieuse : on ne rencontre dans, lesSeuilles de Ch9ne pas m6me un seul, example du vers ternaire qui est, pour ainsi-dire, Falexandrin romantique. La c'suxe est.piesque toujours m6diane et marque prosodiquementl'h6mistiche. Pas'de Ve'-rS Idonin's, ou' ]a consonance des hemis tiches forme des rimes 6nerVantes; pas de vars normands, ou' la rime, bonne pour








PR FACE 19

l'oeil, nexiste Point pour Foreille, telle que Finfinitif << unifier >> avec Yadjectif << fier >>.
Avec une, telle maitrise de facture, on pourrait craindre de le voir incliner 'a la. mi6'vreriedel'artpoulrl art etseconienterde la beauty ylastiqte du vers, en', s'e'cartant lest es suj6ts aust6res, o' lefond de
-1-a pens6e, le th6me, est surtdut la grande

I ffaire. Mais non, les hates questions vitals e Phumanit6. ou de la patrie sont' cellqs qu'il agite avec-Ile-plus d'haleine. M8me
*tsemble Fins
qliand son espri Port6 ailleurs,
piration patriotique s'y infiltre, comme une prestigieuse hantise. Cest ainsi que, dans la i6ce << La Criation >>, volant peindre la' premiere splexideur du ciel, c'est involontairementTimage du drapeau haitien, notre beau drapeau rouge et bleu, qui S'6tale en ses vers
Le ciel s'ouvrit, ainsi qu'un orifiamme
Aux plis kincelants faits d'azur et de flamme...
Quel& beaux accents parties de son cceur, que ces vers :1 Geoffrin Lopez, A Battier, au pasteur jBird I Mais son' suj t de pr6dilection, c'est la paix. Il y prevent avec une complaisance. inlassable; on pourrait dire que Za Paix, la Guerre civil ef, Z'Evangile sont la th6se, Pantithese et la synth6se de la I meme id6e pr6dominante. Pou r inculu r ses sentiments, en nous, la poke trouvees notes aussi varies que reteritissantes sa voix prend tanto^t la v6h6mence du proplike, tant6t les modulations du bucoliaste








20 PR FACE

Quand, &voquant le deuil et les ge'missements, qui sont le cort6ge fun&bre de la guerre, il 6crit ce vers :
Paiivres m6res, pleurez criez, vos fils sont morts I
ne vient-il pas iu-im6diatement 'a la memoire ces verses de J6r6mie ou de saint Mathieu' que, J e n I ai j amais lus sans un profound tresaillement
Vox in Rama audit est,
Ploratus et ululatus multus:
Rachel fiZoransfilios suos,
Et noZuit conswlari, quia non sunt I
Mais, ailleurs,' C'est Sur des'tableaux gracieux et charmants qii'il reported Fesprit, lorsqu'il d6jpeint la vie rural et le bonheur du c.eux qui trav'aillent la terre :
L'espdrance, en chantant, s6me de. flours leur voie...
Dans cette' belle tirade, qui est comme une toile f6erique tir6e Sur le te le de la
mfraicheu-,
paix, il y a un tel charge, de 1 r
idyllique qu'en lisant M.- Paul Lochard. on ne peut s'emp&cher' de penser 'a Th6ocrite, ou pluto^t A Virgile:
0 fortunatos nimium, sua si bona norint,
Agricolas
Le po6te des Feuilles de Ch9ne n'aura-t-il pas contribu6, par sa puissante ropagande a populariser.la paix en Haiti. Cest ma conviction. -Ainsi le, cygne de Mantoue endormait, la turbulence r6publicaine, en, grisant les esprits par F harmonic de ses hexam6tres. Les Eglagues et les Gdorgiques ve-







PR FACE 21

naient 'a souhait, pour &tayer le novel ordre de ch o*ses inauture par Auguste. Aussi bien, Iles hom nes d! tat,, ceux qui cberchent surtout 'a transformer les moeurs et les institutions poilitiques, 'en entrainant les peoples dans une direction nouvelle,' n'auront jarnaisde meilleurecollaboration quel'heureuse co mplicit6 des beaux yers.
C'est 6gal; je he puis ni'arrefter, sans faire une quere Ile 'a M. Lochard. Je troupe admiTable Finsislance qu'iI met 'a preacher la Taix ; son accent, patriotique rn'6meut, quand il monte les d&sastres et la mis6re, ,qui sont les fruits de nos luttes intestines, quand il nous rappelle qu'en nous entretuant, au norn du droit, de la lumi6re et du proves, nous nous fai'Ons moquer:
De la perdition nous battons les forks,
Tandis que de partout nous les entendons riie,
Ce's maltres de jadis, que r6jouit notre ire.
Mai8'iI me sernble qu'il ne se preoccu e, pas assez de I'6ducatibn morale du people. qui ne se fail s6rieusement que dans les llittes de la liberty. -S'ns doute, je ne con seillerais pas aux Haitiens de.prendre b6n volernent la devise alti6re de, Pancienne .Pologne : MaZo libertatenz fieri'ulosam quam servitutem tutam ; toutefois, il est bon de leur rappeler solvent que, sans la liberty de conscience et la lib ert:6 politique,
-c'est-A-dire la liberty de dire ce ue Pon pense e t de voter pour celui que I on pr f6re, la paix est un vain simulacre de







22 PREFACE

bonheur et de s6curit6 pour unenation; car il n'y a de vraie paix que IA o-6 la liberty .,, toute la liberty& est garantie par le seul r6gne de la loi.
Youbli ons jamais le mot.cle Cic6ron':
Pax est tranqui7la liberals.
A. FIRMING.
Paris, 2o mai igoi.





















La Creation



















LA CREATION





N UL souffle, nu'l atome'aux profondeurs divide., Partout morne silence et partout nuii divide. Rien n'existait encore, except 11=66. Seul, et peut-8tre en soi, de soi-m8me effray6, 11 r6vait. Sa pens6e agitait ses art6res. Immobile, il r8vait, au fond de ses myst6 res. Les jours, les mois, les ans, les si6cle's tour h tour Passaient dans son-Esprit sans forme, sans contour, Et se perdaient au fond del'urne universelle. Comme au sein du volcano le bitume ruisselle, Comme la fidmme bout'aux entrailles du mqut Sans alt6rerlapaix.empreinte sur son front, Ainsi, tandis que calme, en sa grandeur supreme, Impassible, il r6vait, se parlant h lui-m6me, Sa vertu ferme'ntait dans sa pens6e en feu Qui tournait, roue immense et sombre, au noir essieu, Et faisait de sla t8te un vrai laboratory, Une forge o-h la vie 6cumait, lave noire. Pourtant rien n'existait encor, vide b6ant Partout, partout silence et nuit; partout n6ant!'








26 LES FEUILLES DE CHANE

Oui, n6ant! Lui, 1'ceil fixe, augaste, inabordable, 11 r vait immobile' au fond de l'insondable. Tout h coup, soh esprit, par ses r8ves heurt6, Fr6mit. Alors, sortant de l'immobilit6, Il fit, dd son abInie, 6clater sa puissance! Un souffle, un tourbillon vertigineux, immense, Infini, suscit6 par. 1'6clat de sa voix, Emplitlevide 6mu pour lapremi6re fois, Montait et d escendait, remontait, -formidable, Plein d'atomes,' hurlant dans un vol indomitable, Et semblait r6p6ter partout Commencement!

L'Incr66 donc parla, de son escarpment Et la vie, en lui seul jusqu'alors enfermee, jaillit, comme.un e'clair, de sd source enflamme'e, F6conda le, n fit vibrer le chaos,
Et2 sublime., roulant ses values sans repos, Dans la conftision"entreprit sa carri6re. C'est ainsi'que 1'Esprit engendra la mati6re, Que la vie infinite anima le n6ant.

Le chaos, cependant sagitait, effrayant; Laflamme, le'granit, et les souffles, et l'onde, Sinistres, -se heurtaient, dans une horreiir profound, Au sein de l'infini qui, comme un entonnoir, Les coulait p8le-m6le, en son ab^me noir. Ils luttaient. Chocs affreux, lutte incommensurable! Unfluide mergeait, subtle, imponderable, Dont le flot submerged toute Pimmensit6.








LA CR ATION 27

La foudre s'engendra de I 'e'lectricA6 ,Le feu se r6pandait partout, sombre et rapace. Des monceAux de granite se'croisaient dans Pespace, Lanc6s par des volcano qui se formaient soudain. Tous les me'taux ensemble, et Pargent, et 1'e'tain, Le fer, le cuivre, Por, n'6taient quune Apre 6cume Qui roulait, sombre lave,'en des flots de bitume, Tandis que Peau partout d6gageait savapeur, Et que les quat-re vents hurlaient, ivres d'horreur Les t6n&bres montaientsur les t6n6bres. Seules, Sur 1'embryon du monde' ouvrant leurs tastes gueules, Cq*mme pour engloutir Poeuvre informed de Dieu, Elles semblaient du Mal Pimpertinent aveu. Dieu planait au-de9sus de routes ces t6ne'bres. Ses regards, oii passaient des nombres, des alg6bres, Des apparitions pleines d'effarements, Se fixant sur la lutte Apre des 616ments, HAtaient 1'6closion de son ceuvre sublime'. D'affreux t6ups de tonnerre 6clataient dans 1'ablmb Les t6n6bres montaient sur les t6n6bres. Veau, L'airY la terre et le feu n e formaient qu'un r6uleau Qui, noir, ob6issant A la force motric'e Que cheque atome porte au fond de sa matrices, Hurlant, se d6chirant, se reforma.nt, volait A travers 1'6p ouvante, imp&e ab le b oulet I Mais Dieu dit, souriant, cette august parole < Que la lumi6re soit I >> Et comme une aur6ole, La lumi6re surgit du fond de l'infini. L'6rdre alors s'e'tablit sous son rayon be'ni








28 LES FEUILLES DF CHtNES

L'onde fuit d e la terre apparut la surface; Los stores, frissonnants, prirent chacun lour place, Et des cieux azur6s courant les profondeurs,'. Roul6rent, tout joyeux, dansdes'flots de splendours I

La lumi6re I ah I c'est Dieu dans un mode indicible, Dieu, r6v6lant a tous son 8tre inaccessible Qui v6t, dans la splendour, l'invisibilit6, Et qui content le lieu, le temps, Pkernit6 Dieu qui, tout. en donnant, en prodiguant la vie, La garde en sa puissance, enchaln6e, asservie.

Oui, la raison le dit.: la lumi6re, c'est Dieu! Aussi, d6sque parut Pin6luctable feu Qui fit naltre I'6clat de la -premiere aurora, Quel parfum ineffable et quel soupir snore,
0 monde harmonieux, jaillirent de ton copur! C'est que tu reconnus ton Dieu, ton cr-6ateur. II 6tait IA, deb out, cb iffre total de I'Etre, Couvant les embryos des epoques h naltre, Beau, radi6ux, sublime 1. et ses diving rayons, Dansles iminensit6 s que rayaient leurs sillons, Vibraient. Le ciel s'ouvritainsi qu'une oriflamme Aux plis 6tincelants, faits d'a ur et de flame; La'terre rev6tit sa robe de forks L'onde apaisa ses flots plains de profound secrets; Et lh m6me o-h, hurlant, s"ent're-choquaient les chooses, Tout se courba, distant: < Salut, Cause des causes >>








LA CR ATFON 29

0 nuit I pieuse unit I tu vins apr6 s le j our. Ta priere'embaamait le souffle de Pamour; Et, d'espace en space, une douce harmQnie, Inexprimable, vaste, insondable, infinite, Roulait et r6p6tait-: < Hosanna I hosanna I >> Lui-m6me, en son esprit, 1',Incr66 frissonna Devant la vision -de son oeuvre parfait.
0 jour divin 16 gloire I indescriptible f6te I

Mais du Seigneur*touj ours la vertufeirmentait. Une derni&re fois sa parole 6clatait, Et Pon vit les poiss6ns, les oiseaux, les reptiles, Les animaux 6pars dans les planes fertile, L'Homme enfin,, le plus beau. des 6tres qu'il a faits, Surgir. 11 les b6nit etrentra dans sa paix.



























L'Homme



















LWOMME





PUISSANCE, indes*criptible, ineffable lumi6re, tpanouissement de PEssence premiere Au sein voluptueux de ia cr6atio n Force o-h *e fond la vie en b6n6diction; Lumi6re, 6panche-toi, spirituelle flame, tpanche-toi dans Phomme, en qui respire l'Ame!



Vor roulait dans l'azur et la terre chantait. .De l'Esprit 6ternel la puissance 6clatait Dans les immen'sit6s oii sa grandeur repose. 'Les 6nignies, qu'h tous le noir destiny propose,,, S'6bauchaient sous le sphinx qui 16s couvailt,'fatal, Immobile, accroup i dans Fantre obscure du Mal, L'oeil fix6 Sur le monde en son adolescence. Le monde vagissait d6.s hymns d'innocence. Tout n'6tait que bon1eur sous le ciel rayonnant. De Fexistenceen soi, peut-6tre s'6tonnant, L'homme s'interrogeait Sur Pimmense nature,








34 LES FEUILLES DE CHtNE

Oii d6jA sa pens6e ouvrait son ehvergure. Sa pens6e 6tait verge, et Paube 6tait sa soeurElle se d6lectait Asa propre-dbuceur, Se fondait, radieuse, en parfum, en'priere, En j oie, en hosanna, dans la nature entire.


Les bras crois6 s, sublime et ceint de majesty, Presqu'un dieu, sous 1'6clat de sa virginity, 11 se sent'ait'cr66 pour dorniher le. monde. Nulle crainte en son coeur, nul pleur, nul souffle immonde. Tous les 6tres vers lui, tendres, respectueux, Pleins d'un transport.divi.n, fous d'un amour pieux, Accouraient, l'acciamaient, le lion h leur t6te, Tandis que'da'ns son vo le roi de latemp8te' Quo suivaient eperdus'tous les autres oiseaux, Ceux des champs et tons ceuxd'es'd6serts et des eaux, L'aigle, planant sur lui, 1'6clair dans la prune'lle, Auguste, I'abritait h lombre de son aile. La terre,'l'acclamant sesplus ch e*res amours, Etendit sous ses pas ses, cousins de velours. 11 s'endormdit quand Dieu, qui voyait sa pense'e, Tit sortir-de sa chair sa blonde fiancee.


Soudain, du fond des-bois, des caverns; des nids, De partout s'61evaient des chants ind6finis, In6narrables, vifs, comme un jet de lumiere, Tendres comme un soupir des anges en pri6re. Ces chants, toujours accrues, et plus d6licieux,








LHOMME 35

Plus profound, plus diving, plan6rent dans les cieux Parmi les blanco essaiMs des'hymnes s6raphiques..: Et ces herpes sans nombre, et ce& brfilants cantiques, Ces, Mille et Mille voix, source des purs concerts Oh-fiottait,'parfume, le naissant universe, Ne redisaient qu'un mot, et ce mot cl'6tait Eve! Eve l'immacul6e, Eve, fille d'un reve I




Secouant sOs cheveux, doni la brise, en tremblant, Faisait voltiger For sur son, front lisse et blanc, Elle les rejetait, comme un lumineux voile, Combine un flot de rayons e'chapp6 d'une 6toile; Et leurs boucles, glissant de sa tete au gazon, Roulaient sur son beau galbe avec un doux frisson. Elle 6tait lh, le sein gonf[6 Taise et de grAce, Celle qui doit r6gner dans le temps et 1'espace. Surle monde, comme elle, I intact et nouveau-n6, Ellp 6garait ses yeux au regard konn6, Charinante', heureuse Xgtre, ivre dd beau d6lire QpI sur sa 16vre rose e'talait le sourire-. Sublime, elle e'tait lk pre's d'Adam 6peidu. Nul ceil jamais n'a vu, nulle oreille, entendu Ce que tu lui fAs voir et'tu lui fis entendre,
0 verge! quand ta. voix 6clatait douce et tenure, Et que tes yeux diving s'arr6 talent sur ses yeux Tous les stores, surprise, charm' 6s, silencie'x, Contemplaient ce prodigy;. et to ute la nature,








36 LES FEUILLES DE CHftNE

Emue, applaudissait cette m&rc future, Cc vase au sein de qui dormant Fhumanit6, Eve, l'inexprimable, august en, sa begut6.
0 jour divin 16 joie! 6 fe'rveurs inco nnues! Sous les mille regards.de la terre et des nues, Adam sentit son cceur et le cceur de sa soaur Se fondre en un myst&re, et ne former qu'un cceur! Amouf I tu parfumas ces Ieures solennelles. Dieu sur eux 6tendit ses deux mains paternelles, Et b6nit, s'uriant, et 1'6pouse et 1'6poux. L'air pur du Paradis deviant encor plus doux. Le Prison enchants roula ses belles ondes Aux bruits harmonieux des bruises vagabonds, Et les bruises president les arbres, leurs amants, Et I'Eden se remplit de murmurs charmants. Plongez-vous, couple august, en votre j oie immense! Allez, et, de l'amour 6pandez la semence I




tternel! tte.rnel! pourquoi ces changemenfs? Ubii vient ce trouble affreux danstous les 6le'ments ? Quel est ce voi16 6pais qui couvre 1'6tendue? Quelle effroyable planted en tous lieux entendue.? tternel I Aternel. 1 Ah 1 Tun souffle irrit6, Vas-tu renouveler le temps, l"Rernite',
*Changer lordre par' toi prescrit auxdestin6es, Des forces de la vie en toi seul enchalri6es, Ramener les courants 'a, ton ttre b6ni








L HOMMP 37

Et tefondre avec tout dans le vide infini -e L'homme, cet 6tre elu, quelled douleur Paccable 0 transformation I il n'est plus qu'un coupable.
grain de poussi&re c' port6 par les vents, Comme un 'M
Eden a disparu du s6jour des vivants; Cest fini. D6sormais, Phomme, esclav6 du doute, Plein d'ennuis, ira seu-I h tAtons dans sa route.

























Lucifer



















LUCIFER





,.SOMBRE incarnation de science'!
Lucifer, 6.Satahl quand ta pense"e immense Voulut de l'Infini scruter Pastre divin, Quelle Apre nuit surgit dans ton -esprit si fin'! Ton cerveau foudroy6 fuma comme un crat6re,. Et tu ne saisi" rien dans l'absolu Myst6re. La c6cit6 pe'trit, tes regards. hasardeux; Dieu transform ton cceur en un serpent hideux; Ton essence deviant une mati6re ardent, Une substance 6paisse, une lave gr6ndante. .Cent monsters affam6s sortirent de tes flancs., Lavolupt6, la mort la guerre aux bras sanglants, Le men'songe, Perreur,'Path6isIme, la hiin-e', L'esclavage, hydre en qui se fait un bruit de chaline, Porgueil, la trahison, couleuvre au. noir venin, Vampire qui dans 1' ombre accomplit son hymen Avec cetautre monstre -impur : 1A calomnie! Tous les insects vils, fruits de la f6lonie; La cole're, la rage aux regards effare's,








42 LES FEUILLES DE CHfNE

La mal6dictionaux cris d6sesp6r6s, Tous les spectres enfinp, tous les niasques d-es crimes, Pgle-m8lb venaient, dans' leurs laideurs opimes, Se ranger, forcen6s, sous ta f6roce loi. ,c P6re te dirent-ils, r6gne et sois notre roi I >> Les microbes subtils, essence de la peste, Engendr6s, tout A coup, de ton souffle funeste, Infects, noirs,,tournoyant avec un bruit de cors, Se ru&rent, b:ralants, sur ton sinistre'corps, Et le tinrent captif en leur impur nuage. Mille confusions saisirent ton language. Tu fk6mis de senior tous les fi6aux divers S'accoupler en ton sein sous la forme dos vers. Fou, haggard, r6volt6 de tam6tamorphose Tu blasph6mas l'Alpha, le Vrai, Punique Cause, 1:1fttre qui pour lui seutgarde son grand secret.
0 noir esprit puninoir esprit indiscreet I Tu perdis plus d'un ange, et I'homme est ta victim. Roule 6ternellement, monstre dans ton abime .





















IV


'La Vie





















LA VIE





TURPITUDE I Et c'est 1A c e qui fait notre honte Ce qui fait qu4vie a Pallure d'un conte; Mais dun conte impossible et t6rreur des enfants. Quellenuitl Lhhautains, forts, puissantstriomphants, Chacun sous'sa figure'emmiell6e ou hagarde Si6gent tous les forfeits Or, le ciel nous regarded 1

tcoutez! Une voix qui g6mit dans les vents, Une voix sombre dit < Fuyez, fuyez, vivants Et des cris, des sanglots,, des rires, -des proVl6mes, Des mal4dictions nous emplissent; et, blames, Roul6s par Yon ne sait quel implacable autan Vers l'abime invisible oii ricane Satan, 'Malgr6 I'Ame qui pleure, et qui crie et se cabre, Tous, nous ex6cutons une danse macabre. Cependant, tour a tour, 6teignant leur flambeau,. LaImprt prend'nosplus chers et les brise au tombeau., Quand des n6tres ainsi s'accomplit la d6bftcle,








46 LES FEUILLES DE CHANF

Et que nos yeux frapp6s du lugubre spectacle, Se portent vers le ciel qui toujours resplendit, Quelfrisson! oh! quel.deuil! Notre esprit, interdict, Fou, s'affaisse,,et se brise" et se tord, et dit :, grAce Grftce! toi dont jamais Phomme n'a vu la face, Qui fait turner sur nous cette roue, et qui seul, D'ombre et de de'sespoir nous a fait ce linceul!

'Est-ce tout? Non. Cost peu que do pleurer nos process. Tandis qu'A l'Infini nous faisons des reproaches Et soulevons nos course centre Parr& du sort,. Sous la fatality qui dans Pombre nous- mord, On nous jette parfois de la boue- et de.s pierces. ,Qui nous les j 6tte ? Oii donc soni les mains' meurtrieres Quels sont tous ces serpents doh:t le regard* nous luit;, Mais d'oii vienne nt ces traits qui siffient dans, la nuit ? On ne sait. Terre et cieux! effroyable vertigo Touj ours auteur de nous quelque monstre v'oltige. Nous nous sentons tout pjeins de nos presentiments L'inconnu s'entrevoit dans des fourmillements Do faits brumeux roulant a Phorizon divide, Et le bonheur, h6las! pour tous est un mot vide.
0 sphinx! qui la connalt, sombre sphinx Avenir,, Ton 6nigme qu'on fouille et voudrait d6finir Ainsi des maux toujours, nous amassons la somme, Ainsi le deuil en nous s'aggrave et se consomme. La nuit vient. L'Age eafin nous course. Plusde voeux. Le souffle Idu tr6pas nous fouette les-pheveux. Nous marchons tristes, noirs, ivres d'inqui6tude,








LA VIE 47

Saignants, et nous tombons enfin de lassitude.
-Oh! que la vie est sombre! Oh! quele mal estgrand!Et nous nous lamentons, he'las-! en respirant .8ur la ronce et 1'6pine encombrant notre route,; Ei nous laissons en nous monster les flotg du doute.




Mais, par ton nom sacr6, Writ6! le proscrit, Quelqu'i:dfirme qu'il soit, oil ce nom est inscrit, Se 16ve, deviant fort, de gigantesqu e- taille, Et se'sent fagonn'6 pour Fardente bataille. De la justice it prend le bouclier divin. Uombre, dans sa fureur, centre lui hurle en vain. Il luttera. Sans peur, il luttera. Qu'importe Si le mal, 6perdu, souffle, rugit, s'emporte! It luttera, pareil h Pantique Samson. De 1A gloire A venir it aura 19 mission. It ma che, il court, it vole: it voit les perspectives DuJourdain 6ternel aux lumineuses rives. Que peut-il craindre? It pense, il sait que tout est bien; Que le mal est semblable au vieux sphinx nubien, Image d'un antique et risible mensonge. Dieu lr&gne, c'est assez. Le reste n'est qu'unsonge. Dieu r6gne. It r6gle tout. Son nom est l'Unit6. 11 ne sauka changer, Rant 1'Eternite. Donc passed, flots impurs de la mis6re humane Roulez dans votrb gouffre oil le mal se d6m6ne! Roulez avec leg pleurs, routes avec le sang,








48 LES FEUILLES DE CHANE

Les cadavres. 1161as le bruit assourdissant.
-Des g6n6rations se heurtant dans Pabime, Aveugles, p8le-m6le, au noir souffle du crime, Outrage plus ou- moins la majesty du Piel, Mais il. ne change, rien ddns Pordre universal.





















Eldvation-






















ELJ OVATION
A OSWALD DURAND





DE ta csatile'ne Le beau rhythm est d'or, Et douce est lb4leine De ta cantil6ne An vol dg, condor.

Poke, ta muse, Ta muse aux doux yeux M'effraie et m'amuse; Poke, ta' muse Me ravit aux cieux.

-Chantant -la nature, La source, la fieur, Voiseau,'Ia verdure; Chantant la nature, Elle prit mon cceur.








LES FIEUILLES DE CHANE

Sur ce, l'Immortelle Me pressed le flanc, Me bat de son aile; Sur ce, lImmortelle M'emporte, tremblanti

Ainsi la cavale, Avec Mazeppa, Suivit la raffle Ainsi la cavale, Folle, galopa.

Tel que Ganym6de, Par Paigle emport6, Plein d'affres, je c6de, Tel que Ganymed6, Tout 6pouvant6.

Lk-bas, dans 1'espa.ce, Au fond* de l'azur, Indomitable, passe, LA-bas, dans l"espace, Son vol prompt et. sfir.

je n'ai plus de crAinte. Muse, sans 6moi je sens ton 6treinte., je n'ai plus de crainte Les cieux sont A hadi.








ALAVATIOX

Roulez, noirs nuages, Roulez sous mes pas, Lancez'vos oranges! Roulez, noirs nuages,Aux gouffres d'en bas!

Icique m'importe, Sublime hauteur, O' 1'esprit m'emporte,, Icique imported Des vents la fureur ?

J'entre dans ta sphere, .0 pur Wal Wtu de lumi6re, J'entre dans ta sphere Et argue le mal.

Comme tout est rose I L'Ame y cherche en vain Quelque coin morose. Comme tout est rose En ce lieu divin

Dans cette harmonic Quels torrents de miel I
-La muse b6nie, Dans cette harmonic, Me dit Cest, le ciel >>








54 LES PBUILILES DE: CAgNE



Cest le ciel, en effet, pq6te,
Le ciel et es attracts -vainqueurs,
Illuminant notr.6 retraite;
Cest le ciel, en effet, poke,
Que la po'sie en nos course r

Elle parle, et notre:pense'e,
Brilliant Ximmortalit ,
Plane sur la foule, insens6e;'
Elle parle, et notre pens6e
Verse A tous des Rots de cartee.

L'air qui fr6mit, Foiseau. qui chanter
L'arbre agitant ses rameaux-vert s
La fieur 1'herbe, l'onde penchantq;
L'air qui fr6mit, l'oiseau qui chants
Font murmurer en nous des vers.

Notre ftme est.une immense lyre,
Et toujours des souffles Ahrins
L'em dissent d'uh char'ant Mire.
Notre Ame est une .immense lyre, Et nos strophes vont par essaims.

Cest que le poke est un 8tre
P6tri d'harmonie et d'amour.
Tu le sais bien, toi, le doux maltre't
Cest que le poke est Un 6tre
Fait pour charmer notie s6joui




















vi


Conseil.s a', Cidotas



















CONSEILS A CLEOTAS




J EUNE homme, joins en toi 1'amour L la science, Sois actif, et, bient6t, rev6tu. de puissance, Ton 6tre brillera des feux d'un astre pur. L a science est A toi; presse-la ferme et dur. Mais Pamour est la part du grand cceur qui supplies, Adore l'Aterneldont le souffle le plie. Va, sois bon La bont6 nous approach e de Dieu. M6me quand nous n'av.ons ni pain, ni feu, ni lieu, Elle fait dans nos course battle le cceur des autres, En sorte queleur joie et leur douleur sont n6tres, Et que notre Ame voit dans cheque Ame une sceur. Emplis-toi de pardon, emplis-toi de douceur. Sans hair te m6chant, Phomme du precipice, Hais ses tendances; hais et combats l'injustice. Le m6chant I ah I plains-le. Fuft-il instruct et beauj Riche et puissant, plains-le 1, Son coeur est un tombeau, Gduffre d'oii se r6pand un vent que tout reroute. Son Ame, vrai venin, y tombe goutte A goutte,, Et lh toujours se -fait on ne sait quoi de noir. Oh I sois bon, sois aimant, sois sans cesse au devoir.








LES FFTUILLESt DE GHftH

Tandis que la com6te, agitant sa crini6re. Sinistre, 6perdument vole dans la lumi6re, Folle, et queles soleils, les spheres, les 6clairs, Les tourbillons diving, ces fioirs souffles des airs, Font des immensit6s une forge effrayante, Un gauffre ou' s'a*coml7lit leiir ceuvro fldmboyante, Toi, prosterne ton 6tre aux pieds du R6dempteur, Comme le grand Pascal y prosterna son coeur, Son Ame, et son g6nie, et sa vaste science, S'ab^lmant dans l'amour avec sa conscience. Atait-il moins. savant, moins sublime que nous? Sa pens6e immortelle est rest6e h genoux. La science n est grande, et n'est vraie, et fi'estbielle; Que'lorsque,'se voilaift devAnt. Dieu d&-9'n Ai le, Elle se course et dit*en embrassant la oi < Ton-rocher-'est, Seigneur, trop 6leve-pour moi. ;w Oui pri6r'e.et irayail, voilhle lot. du sage. Souviens.-toi qqe 1,a.vie estun, sombre passage; Que devanf fious s'kenid l'au-dedhI.l'inconnu', Et que Dieu'neveut pas qu'on s'y pr6sent-e; .-nu.' L'inconnu I.quelle nuit sans toi,'vprtupremi6re Amour, source- de 1'8tre, astre doInt la lumi6re, 'Pare dl un- m6me, feu Va.uroreet le couchant I 'j
Comme tu nous rev6ts:, ave _un soinfouchantI. Cest Par tpi qqq l'oq vit. et quj( 11ors,'de, pp monde Quand no.us.irons vers Dipuj dpnt I'mil fixe, go4ssonde'j Par delh cette_,yjp.4pre com e-la mor, L'igqQnn n'auvt. rien pour nqtpe Ame,d'ar








CONSHILS A CttOTAS 59

La force la plus. grande amour 'c'est bien.la -Ienne-i Pourquoi faiit-11., h6las I qUe Fhomm.6."s'e, ab stfeftnb ? 11 en rit quolquefois, lui: *qui West quo :nean*t,, Lui qui s'en'va couib.6 sou4 Un'joug effra)rant,, Qui, born6 dans. sa vue et dans son espe'.rance* Saigne ell tralnant.les fers de son, ftpre'ignoran&e Orgueill tul'as perdu, toi:quiTesfait.saloi Qq'iI tremble I PInconnu naura pour.lui qu'effroi,--"-:

jeune homme 1. ah I tu souris, tout rayonnant d'aurpre. La blonde illusion que,'tajeunesse adore, Promene sur ton I front sa Wre de carmine. Oh I le divin nectar que te. verse sa main I Une lyre invisible au fond des bois, caqh6e, Quand tu vas avec elle h ton bras attache,
-GO U^ter Pombre ou cueillir des fieurs, 6 noble enfant, tpand sur ton passage un hymne triomphant. Cest bien. Mais, comme Feau, dont braille la surface Oii de la nef qui fuit le long sillon s'efface, La vie est un abime aux tragiques appAts. joie, esp6rance, orgueil, puissance, frais appas, Tout p6rit sous le temps, ce destructeur agile; Existence en sa main nes't q4'un j ouet fragile; Il passe,'et rien n'est plus, 6 deuill de ce qui fut; Rien, except Pamour, qui se tient A l'afffit.

Reche*rche donc I'amour; et le recherche encore. Fuis, enfant, fuis tout lieu que le vice d6core. Ton esprit est peut-8tre un esprit s6rieux; Mais sais"tu quel, serpent darde sur toi ses yeux!








6o LES TRUILLES DE CHANE

Travaille. Illustre-toi dans la'Ville-Lumi6re. Comme I'astre du jour, en ouvrant. sa paupiere, Eclipse, dlin regard, les peoples de l'azur Et plane, iriomphant, d'un vol brftlant et stir; Ainsi, que ta raison et ton intelligence, Que tout en toi, v6tu. des feux de la science, Efface, d'unseul coup, tes plus nobles rivaux I Grandis par ta vertu, grandis par tes, travaux!, Marche, ayant deviant toi le vrai, le beau, le juste; Ay ant au front I'6clat Xune candeurauguste Qui, sorti de ton Ame en Reur et verge encor, Change auteur de toi l'air en un fluid d'or, Et te fasse briller comme un ange qui passe! Que chacun, pour te voir, tourney vers toi sa face I Vole aux plus hauts somn ets ot tend Pesprit human, Et reviews parmi nous sous tes.palmes domain I




















VII


Toussaint Louvetimm'











12)!S!








T6JussA'iNr.. LOUVERTURE
A J-9RQuift 6tait grand, cethomme au pas rapid et vaite'. Quicouraitle pays de lun.A Fautre bout, Quand la guerre, ce f6u, ce fl6au qui devast6, S'abattait sur notre.1le et d6bordait. partout I

11 surgit comme, au fort d'une -ardente bataille, Le glaive de Roland qui soudain aurait lui, Et le monde 6tonn6 le reconnut de taille A brisker tout obstacle 6rig6 deviant lui.

11 vain quit et PA nglais, et FE spagnol sup erb e. Roulant dans son esprit d'insondables projects, 11 fit ivanouir plus d'un rival acerbe, Change ses c6mpagnons en autant de sujets.

11 prit tout. C e'tait bien c6tait chose opportune. Ce temps avait besoin d'un front dominateur. Soug son astre.inoul se courba la fortune; Son souffle de g6ant fut un souffle mother.








64 LES FEUILLES DE CHANE

Toujours, en attendant que Pauguste lumi6re, Que le vrai l'affranchisse et r6tabligse roi, Le people aura besoin pour sortir de I!orni6rp, Qu'un 6tre souverain le range sous la loi.

Or ce droit, d'o' naquit l'ab str use th6orie Arche du droit di-6n du pouVoir ascendant, Louverture Vavaitdans son ame choisie, Comme en soi le g6nie a instinct transcendent.

Auguste, Tamerlan, Louis le Grand lui-m6me, Eux qui, dans leur oIrgueil, s'estimerent des dieux, N'eurent pas'plus que lui cette fiert6 supr8me, Ce myste're imp osant, qui brillait dans ses yeux.

On l'a vu, ce h6ros fils de la race noire, Lui, 1'esclave d'hier, froid comme le destiny, Mesurer Bonaparte au milieu de sa gloire, 'Et m6me coudoyer ce di6u sombre et ha*utain.

L'Angleterre, admirant son inflexible audace,. Le voultt'faire asseoir sur*un tr6ne de roi. I! refuse, tranquille, et, plus libre quunDace, Ne voulut rien devoir qu'h Dieu seul et qu'A so'i.

Oui, ce Noir, 6 le'9on I repousse la couro.nne!, D'un people cependant, il e'tait le flambeau. C6sar, Gromwell, vous.tous ju'uu prestige environne". Dans vos fastest, parlez, est-il rien d'aussi beau?









TOUSSAINT LOUVERTURE 65

Qui slonda, de son cceur'la prof6ndeur immense? Qui jgmais en 'franchit les fiers escarpments ?, Seul en ce gouffre avec sa sublime 'd6mence, Grave, il slinterrogeaft sur les 6v6nements.

Son fardeau fut plus lourd que celui de Molse, 140mme gur qui Dieu mit le destiny d'Isra'61; Car l'ombre 6tait partout sur sa terre promise, Et rien ne l'assura. du bras de 1'Eternel.

N'imp.orte I de* C6sar il eut Pintransigeance. L'oeil fixe et d6bordant de feux subtils et claims, Il couvait lavenir.dans son intelligence, Foud.re ou' l'intuition d6gageait mille, 4clairs.

L'avenir! ah! c.'6tait un ravissant mirage, Un,,banquet entrevu dans un r8ve divin.
-LA, saints liberty, que injustice outrage, 11 te voyait aux siens verser A flots ton vin.

Dans un quadrige d'or roulant dans la lumi6re, Son Ame parcourait ces temps myste'rieux, Beaux jours oil l'Africain, 6ployant sia banni6re, Tera de la patrie un centre glorieu'x.

Oh I ce r8ve I les siets n'8tre. plus en d6tresse I Comme il le caressait dans son cceur de soldat I Mais ce coeur souverain d6robait sa tendresse Et, roide, s'enfermait dans la raison d'Etit.









66 LES FEUILLES IYE-CHANE

LA, son intelligence 6minente et f6conde Faisait naltre des lois brftlantes de clart6: Par elle, sa pens6e, Apre,.. aust6.re et profound Activity le travail et la prosp6rit6,

LA, sa pens6e en feu tenant toutes'les sph6rds, Les remuait sans cesse, ignorant lb repos, Eclatait quelquefois pareille h des crat6res, Et dans tout le pays 6veillait des 6chos.'

Science I il ne feut pas, mais quel vaste g6nio! 11 sentait que le, monde eu^t.ten*u dans sa main; Que du maltre 6ternel la puissance infinite, Avait mis en son Ame u.n pouvoir surhumain.

Il sentait qu'il 6tait le premier de sa race; Que, par ce souffle inne' qui fait lecceur altie'r, Par sa virilit6, sa valour, son aud'a'e, Il 6tait le sauveur d'un people tout enter,

Qu'il devait le grander, abolir son supplies; Sur les sombies'd6bris d'un syst6me"inhumaih, Lui bfttir un empire assis sur, la justice, De Favenir ainsi lui prayer le chemin.

'D6j'h, tout 6 tait fait dans sa pens6e intime. La raison confirmait de plus en plus safoi. 11 pensait du destiny tenir la. note ultime Oii se lisaient ce.s mots <<.L'avenir est h toi! >>








TOUSSAINT LOUVERTURE 67

Honte! infamie hdrreiir dont l'Ame.est 6tonn6e! Un Frangais le fit choir dans un pi6ge infernal. Les frimas du Jura prirent sa destine Des NoirsT.Ourse souffia le sublime fanal I

0 toi qu'en sa temp8te et de glo.ire et de crimes, Enfanta, tout arme', la R6volution; G6ant qui pris des dieux les d6pouilles opime*s, Bonaparte, tu fis cette sombre action

Mais chacun. a son tour, 6'ma^ltre de 1'Europe Toi deviant qui les rois fuyaient par mont, par vat, Comme, au bruit du chasseur, s'6vad.e l'antilope,, 'Tu tombs, et I'Afrique a veng6 ton rival.























vili


IVos Aieux





















NOS ALPUX






GtTAIENT de vrais lions dans un antre ignore. I Is se taisaient, pensifs, le regard effar4, Sombres, tmdditaient plus d'un som"bre carnage. La vengeance en leur coeur dressait son engrenage. Comme un cadavre en proie A Pombre du caveau, La pens6e en travail dans leur brfilant cerveau, Fermentait noire, am6re, au souffle de la haine; Car on les avait mis hors de 1'esp&ce humane. Les menottes aux bras, au cou l'affreux carcan-, Le fouet, tombant sur eux comme un Apre ouragan, Entretenaient 1enfer dans leurs lugubres chaumes. Indign6s de la veils s'6taient faits fant6mes.

Raison, justice, droit, lumi&re, libert6 Rien de ce qui nous touche et par qui la bon* L'amour, ce souffle pur, nous p6n6tre et transformed; Non, rien de tout cela, par un forfeit 6norme,








72 LES FEUILLES DE GHkNE

Ne semblait existed pour ces vrais pariahs;
0 Christ I toi qui, mourant, pour tes bourreaux prias,
0 Christ, on les avait exclus, de ta tendresse. Hors du circle de tous, ils vivaient de d6tresse, De honte, de supplies, h6las Iunique pain Que leurs maltres jetaient, sans scrupulel leur faim Car) ainsi que des chiefs, ils avaient tous des malitres La chain les pliait sous les pieds de ces 8tres. Tout lftche, tout voleur, tout 8tre infAme, ciel I Les pouvait garotter, battle, abreuver de fiel, Sans qu'il leur ffit donn6 m'e^me d'ouvrir la bouche, Amoins que ce ne f6t A genoux. Nuit farouche! Oh I qui me donnerait de soulever un pli, Tjn seul pli de ce voile, indifferent oubli, Que ta main impassible a jet6 sur ces crimes! Et qui me donnerait de peindre leurs, victims, Nos p6res, cesmartyrs qui dans Pombre saignaient, Clouds dans infamie I Ah I s'ils s'y r6signaient! S'ils pouvaient, en d6pit de tes noirceurs, 6 monde 1 Rev6tir de Pairain la paix froide et profo nde Ou plut6t, pour mieux fnir leur destineffrayant, S'engloutir, se dissoudre au gouffre du n6ant, Et n'8tre plus ainsi m6me un r6ve d'un r6ve I Mais non I ils 6taient 1A, debut sur notre gr&ve, Intr6pides et flem, riches de facult6s Comptant de leurs bourreaux les lAches crudut6s, Et sachant que, de aroit, ils 6galaient ces homes Qui leur interdisaient d'6tre ce que nous sommes!








NOS AIEUX 73

Ils 6taient lh, pensifs, sous. le. regard de Dieu! Comme ils-on't d-ft souffrir! justice! grand ciel bleu! Ohl queleutdisiez-vousdansleurmis'ereextr&me; Rien ne les pouvait donc soustraire h Fanath6me ? H61as! comme un limon, on leur foulait le coeur. On leur prenait et l'Ame, et Pamour, et 11honneur, Ef Pon faisait, cruel, de ces chooses sacr6es Un gouffre oii les douleurs montaient, d6sesp6r6es, Flots sinistres, flots noirs o-h rugissait la mort, Orage qu'excitaient les cruaut6s du sort,, Trombe qui dans I'einfer roulait toute une race! Bon Dieu! pour l'Africain n'6tait-il point de grace!

Monde! pr6te l'o.-eille 6coute, en pAlissant, Cette histoire fatale et S'i pleine de sang tcoutez, terre et cieux! noirs ablmes. de Ponde Qui g6missez toujours d'une voix si profound, .Exhalant vos soupirs dans les immensit6s Dieu! Dieu I grand Dieu I de grace, 6coutez I 6coutez r

Tous les maux qu'e ntrevit ce grand esprit, le Dante, Alors que, descend dans la cavern ardent, Horrible, in6narrable oii hurlent les damn6s, II fouillait les detours des enters 6tonn6s; Toute I'ombre du mal et routes les ten6bres; Toutes les visions fulgurantes, fune'bres, Dont I'Erebeen grondant, composite son effroi;Tout du crime enfin s'6tait fait loi,
Horreur! et'cette loi s'appelait Pesclavage








7+ LES FEUILLES DE CH9NE

C"'tait comme un esprit dans un monstre, savage, Et ce monstretoujpurs., pesait sur nos aleux I Fuis, terre voilez-vous, face august des cieux! Ce monstre les tenaiti furieux,, sous sa, griffe C'6tait une panthers, un tigr&, un hippogri ffe, Un sphinx, et tout cela n'6tait qu'unl D6sespoir!, Vceil int6rieur seul et Dieu le pouvaient voir..

Trois longs siecles durant, l'infortun6e Afrique Voyait partir ses fils pour la jeune Am6rique, Garott6s, entass6s dans l'affreux n6grier; Et des fils de I'Europe, escrows an cceur d'acier, Les venaient, sans pud&ur, vendre nus sur les pliges I Adieu, patrie, adieu, chansons de lours villages I LA, dans son labyrhithe immonde, plein de sang, Ces homes les jetaient au moisture repoussant, Comme sous leurs-forfaits, sous leurs ignominies, On jetait les bandits aux noires g6monies. Or, ces fils de I'Afrique, humbles, doux, ing6nus, Ataient des innocents dans cet enfer venus. Enigme dont fr6mit la justice 6ternelle I Si Phomme vient de Dieu, si l"Ame est immortelle, Si l'Invisible voit ce qu'onfait icia-bas, Comment devalit ces faits ne reculait-on pas ? Noirs products du pass6! fuyez, laves impures, Sin'istre 6tonnement des 6poques futures.! Mais toi, mon Haiti, ma me're! 6 mon pays, Garde les souvenirs de nos p6res meurtris








NOS ATEUX

Le monstre les tenant 6p iouvailtable, immonde! Et dire'qu'ils savaient que Dieu, par tout le monde,, Appelait les humans A lafraternit6, Et qu.'iI les avait faits, euk, pour la. lib-ert6 Graves, ils repassaient dansleur es prit ces chooses.

H61as! que leur faisaient le printemps et les roses, Les bois, les chants d'oiseaux, la fralcheur du matin, L'enivrante senteur de 1'haleine du thym ? Azur, divin azur! lune! blondes 6toiles!
0 lotte indescriptible aux tadieuses voiles, Qui vogue en silence a travers l'infini Qu'importaient-vos splendours k leur -regard terni!

Ah I tandis qu'autour d'eux e"clatait Vall6gresse, Que l'ttre universal, le- Dieu qui s'int6resse ku. sort des passereaux et de Fherbe des champs, Qui veille sur les bons comme sur les m6chants, De ses tr6sors sur-tous laissait to mber la. joie. L'esp6kance,'l'amour par qui l'Ame flamboie, L'amour, cet ineffable et doux rayonnement De ce. qu.'a de plus pur l'auguste firmament, Le monstre les tenant dans sa rage exalt6e! Plus n6ir que- le vautour qui rongeait Prom6th6e, 11 leur faisait subir des 6preuves sans nom. Mais un j our, tout A coup, la V6rit6 dit: (K Non! Plus d'esclavage'l non, plus de cette injustice! Debut, race accabl,6e, et que I'hydre pe'risse I >>








76 LES FFUILLES DE ClitNE
Alorsdans Saint-Domin ense -tocsin
I gue, un imin
Du ciel, comme la foudre, annonga le dessein, Et c6ux par qui le monstre 6tait mis sur, nos pe'res, 'Ces homes inhumains, plus froids que des" vip6res, Virent fondre sur eux 1'esclave r6volt6 Qui, brfilant, s'e'cria : < Vive la liberty Et Pesclave vainquit, se mit en 6quilibre, Et l'antique Haiti reparut fie're et libre.

Gloire A Dieu! D6sormais, quoiqu 11 puisse advenir, Ma race! tu sauras conqu6rir l'avenir. Honneur h nos aleux! Gloire an grand Dessalines! Qu'h son nom fulgurant, 6 people, tuTinclines! Car r,'est lui qui, g6ant parmi les punisseurs, De sa main inflexible a pris les oppresseurs Et... mais le temps, depuis, a change bien des chooses.

Chanted, oiseaux, ch'antez! Ouvrez-vous, chastes'roses, Et verse le parfum de votre souffle pur! Plaines et monts, chanted, pendant que, de l'azur, L'aube august sourit A la terre apais6e! Le Dieu du ciel par qui I'Ame humane est pes6e, Pr6f6re h toute gloire un seul de tes soupirs, People, quand vers le bien se tournament les d6sirs. Ainsi, fertile ton coeur A la haine qui tue Et si par la douleur ton Ame est abattue, Ranime ton courage,. 616ve-toi, grandis I Qu'Halti, sous ta main, deyienne un paradise I




















ix


Le. Chant du Patriote




















LE CHANT DU PATRIOTS





M tRE august, ch6r e Haiti, A ton nom. notre Am e s'incline'!
Que pour toi, par le bien, le.m.al soit englouti!
Querienn'oppresseta'poitrine!
Reprend s ton antique fierce',
Terre saints., terre des braves,
Terre oii, plains d'un souffle irrit6,
Nos p res, ces giants, bris6rent leurs eiitraves.

People haltien, soyons unis I
Anime's d'une ardeur commune,
Combattons pour le bien! forge.ons desjours b6nis,
Et triomphons de 11infortune I

Grand Dieu I comme ils 6taient puissants,
Ces Spartacus noirs et sublimes I
'On entendait leurs voix aux cris retentissants
Rugir sur les plus hates cimes,
Puis on les vit, tels que des rocs,








So LES FEUILLES DE CHtNE

Qui, s'abattant d'une montage, Pulv6risent tout de leurs chocs ,
Bondir, imp6tueux, au sein de la champagne.

People haltien, soyons unis!
Anim6s d'une ardeur commune,
Combattons pour le bien I forgeons desjours b6nis,
Et triomphons de Pinfortune I

Leurs intr6pidle' bataillons,
D6ployant aii vent leur banni6re,
Avangaient, le front haut, pareils A des lions
Dont se h6risse la crini6re.
< Meurs, dirent-ils, vil stranger, << Toi qui, soutien'de 1'esclavage,
<< N'aspires qu'a' nous gorge r I
<< Meurs sous nos coups, tyran, ou fuis notre rivage! >>

People haltien, soyons unis'l
Anim6s d'une ardeur commune,
Combattons pour le bien I fo :rgeons des j ours b6nis,
Et triomphons de l'infortune

Cern6s, broy6s par des, canons,Ils se ruaient dans la fournaise
De 1'horrible bataille, ainsi que des d6mons,
Et s'en emparaient, ivres d'aise.
Leur rire 6clatait dans. les airs.
Ils enfongaient tout, formidable,
Farouches, les yeux plains d'6clairs,
Et leurs, rangs, resserr.6s, 6taient inaborcrables








LE CHANT DU PATRIOTS

People haltien, soyons unis
Anim6s d?.une ardeur commune,
Combattons pour le bien forgeons des j ours b6nis,
Et triomphons de Finfortune I

Hourrd! la victoire soudain
Courouna leur t8te immortelle.
L'auguste liberty leur mit le sceptre en main;
Et Dieu, de la vo^te 6ternelle, B6nissant ces rudes guerriers,
Les v8tIt d'un manteau de gloire.
Le monde admire 16urs lauriers,
Leur grand nom fulgurant 6clata dan' Phistoire.

People haltien,, soyons unis!
Anim6s d'une ardeur commune,
Combattons pour le bien! forg*eons desjours b6nis,
Et triomphons de l'infortune!

Grandis, grandis,,grandis encor,
0 notre Haiti. bien-aim6e,
Toi dont le sein, par6 de fieurs. et de fruits d'or,
Nous berce et tient lAme charm6e!
Qu'honorant le divin travail,
Source de gloire et de puissance,
Tes fils en prennent Fattirail,
Et de ces beaux tr6sors t'ouvrent I'6cluse immense!

People haltien, soyons unis!
Anim6s d'une ardeur commune,
6








82 LES FEUILLE'S DE CHtNE

Combattons pour lebien! forgeons desioursb6Dis,
Et triomphons de l'infortune!

Et toi, soutien de nos aleux,
Qu'61ectris6rent tes 6treintes,
Liberty! nous voulons de leurs pas glorieu5c
Suivre les profondes empreintes.
Si jamais il nous vient un' jour
OU' pour toi nous demons combattre,
Vaincre ou mourir h notre tour,
Puisse nul centre nous ne se laisser abattre!

People Haltien, soyons unis I
Anime's d'une ardeur commune,
Combattons pour le bien I forgeons des j ours b 6nis,
Et triompbons de l'infortune!





















Edmond Paul












ZAZg:A:j:A







EDMOND PAUL

A H. DURAND ET C. BRUNO.







L marchait grave et pur, Comm, e l'astre nocturne. Son Ame pour 'hlamyde avait sa probity., Son grand cceur, qui, pareil au cceur du Taciturne, D e la vertu civique 6tait la vivante urne ,
-Manifestait sa force en sa s6r6nit6.

Son g6nie 6clata de's sa tenure jeunesse. Loi sublime! il sentit, d'un movement profound, Un souffle transcendent lui verser la sagesse, Et, tout plein de 1'esprit qui l'animait safis cesse, Des 6nigmes d'ttat il remua le fond.

Laissant aller le monde A ses r6vasseries, 11 pensait, immutable, et puis... pensait encor. Doctrines, lois, calculus, r6gles et theories, Tels que des fruits d'un arbre aux branches S'6c]iappalent de son front, admirable fruits d'or.








ES FEUILLES DE CHRNE

On ne sait quel fluid enveloppait cet homme. L'id6e, en 1'6clairant, grandissait son aspect. R6pandait-il le verbe ? on 1'6coutait, tout comme, Aux jours de Scipion, on: 6coutait h Rome Ce Caton qui du monde absorbait le respect.

Claire comme Facier, lente, mais redoubtable, Ayaftt le sombre 6clair du glaive de la loi, Sa parole tombait, vibrant, ineluctable. LeTarlement Pa vu, t6ujours tranquilly et stable, A plus d'un Tigellin inspirer de Peffroi.

C'est que du despotism il halssait la face; Que du people, il portrait la tangible douleur; Qu'il aimait fortement son pays et sa race Qu'il voulait, confondant l'injustice et l'audace, Nous e'panouir Fftme au vrai champ daLbonheur.

En ces jours inceitains, plains de presages sombres, Oil l'id6e et le fait se regardaient, hazards, Comme on cherche un tr6s(:rr perdu sous des d6combres, II cherchait, recherchaitseplougeant dans les nombres, Ce qu'il fallait.tenter pour sortir des hazards.

L'avenir s'agitait dans sa t8te d'61ite. Du gouffre des parties il sondait le chaos. 11 r8vait d'un pouvoir qui, gage du m6rite, Porterait-1'6quit6 sur sa banni6re 6crite, Et fonderait la paix, Faisance efle repos.








EDMOND PAUL S7

< Gouve rner, disait-il, n'est dfl qu'h la scienceC'est le droit d'e Pesprit, par qui tout doit grander. C'est ton.droit, 6 solely, astre dont la puissance tlectrise, dirige, entretient, ensemence, Illumine le monde et le fait resplendir! >>

11 savait, cependant, que.la pens6e humane, Quand le fait la de'borde, est fable pour le bien, Car alors- de I"erreur elle 6prouve la change; Mais que ,:malgr6 1'erreut.qui crie et se d6m6nej, 11 est beau, s'il se peut, de brisker ce lien.

11 pensait qjle de tous chacun est sol.idaire; Qu'h travers Pombre ou, noirl, nous posse le destiny, Le penseur doit surtout travailler sur la.terre Que, comme Prom6th6e, arm6 d'un droit austere, Il doit liver 'a tous le vrai, ce feu divin.

<< L'6cole,, disait-il, 1'6cole, encor I'6cole Le petiple est le grand tout que rien ne doit ternir., Que de son droit au livre il sorte une aur6ole, Du coeur et de 1'esprit noble et divin symbol, Qui pare la.patrie, illustre I'avenir 1

Rien n'6branlait son Ame oii r6gnait Fenergie, Ne troublait son esprit v8tu d'un haut savor. Comme dans le foyer I'Apre force 61argie Par qui de la vapeur la puissance est r6gie, Dans, son coeur palpitaiXl'inflexible vouloir.








88 LES TEUILLES DE CH9NB

N on, non, rien ne 1'e put distraire de sa tftche. Contemplateur du vrai, serf de la liberty, Centre la'tyrannie" il, luttait sans r 61ftche. Qqe .lui faisaient les cris du m6chant et du lftche'? A sa droite il sentaifdeb out la WrA6.

On e^t dit que du people il 6tait responsible. Il en prit les destiny et s'en fit un fardeau. Hors de lh tout pour lui n'6tait qu'un grain de sable. Aux pieds de sa pA*trie, 6 gloire imp&iss4blel II mettait sa pens6e, et c'6tait un flambeau.

Oui, c'6tait un flambeau: celui ae la justice. Allum6 par- ton souffle, 6ternelle raison, II prodiguaitA tous sa lumi'6re propice. Etc'6taitcomm6unphareaubord.d'unpr6cipicej Rayant la glauque mer jusques a 1'horizon.

Souriant, il disait aux insulteurs: < Q#'importe ? 11 nousfaut de ce people 6clairer le sentier. Si le mal est le fruit que l'ignorance porte,, La lumi6re est du bien 1'essence august et forte. Qu'en la lumi6re donc il plunge tout enter!

Par elle il sera libre; et, libre, on est des homes. La raison le r6clame, et Dieu veut qu'on le soit. Par elle A tous ses maux il trouvera des baumes; Et tous, gallant au juste, au vrai, tant que nous sommes, Sacr6s par le devoir, nous r6gnerons de droit. >>








EDMOND PAUL 89



0 ii donc est, mai'ntenant,, le grand tribune austere ? Quefait-il, ce servant de la.sainte -'quii6 ? Des foyers paternels exil6 volontaire,, Sort cruel I il est mort, harass, solitaire, L'image d'HaIti dans son coeur attrist6..

Lorsque, se fatiguant de son surnom. de juste, Ath6nes fit entree Aristide' en e'xil, ElleavaitTh6mistoclees ritvasteetrob uste, Et l'Attique 6clataft, dans sa splendeur auguste. Mais, h6las! Edmond Paul, qui donc nous laisse-t-il -e

L'avenir, quelquefois, aux mourants se r6v6le. Dieu I quel gouffre solvent engloutit leur orgueil Mais lui qui, noble et pur, A sa race fiddle, Adorait sa patrie et s'absorbait en elle, Que voyait-il, Seigneur, en gallant au cercueil?

A cette heure oil 1'esprit, dechirant ses t6n6bres, Entre dafis la lumi6re et voit au doigt de Dieu Se d6rouler les faits glorieux et fun6bres A cette heure, Haiti, quels faits, quels traits c6l6bres Fis-tu voir a ton fils,' qui t'a dit son adieu ?

Il est mort de tes maux, malheureuse patrie! People, b6nis le's flots qui te l'ont rapport.
0 terre d'Halti, pleure, lamented, crie I Crie, h6las! car toi seule h son Ame'attendrie, Pauvre Haiti, parlais deviant 1'6ternit6.








go LES FEUTLLES DE CHtNH

Garde les souvenirs de ton'grand fils honn6te Pleure-le d'autant plus qu'il 'tait incompris, Lui qui, de I'avenir-t'appr6tant la conqu6te, Te consacrait, pieux les tr6sors de sa t8te, Son coeur, tous ses travaux pour toi scule entrepris

0 ciel! qu'il dut souffrir, dans sa triste a9bnie Quel deuil I quelled Apre plaie en ce robust cceur' Mais c'est bien pour cela que Dieu fit le g6nie. Et quand il tombe au fort de la. lutte infinite, Quel que soit le destiny, c'est toujours en vainqueul*.





















XT


La Paix






















LA PAIX






Av.Ez-vous quelquefois vu poindre la temp6te ? Elle arrive, elle glisse au firmament sa t8te, Et 1'espace effray6 regarded ce point noir. D'oii vient donc la temp8te, et quel est son manor AbIme 6 sombre O'nigme ou' respire le monde 1 Un calme indescriptible est r6pandu sur Fonde, Qui comprise le sein du perfide 6le"ment, Tandis que le point noir grandit au firmament. 11 grandit. Tout A coup, le pilot tressaille. Alarmed I on crie, on court, et voici la bataiUe

0 tragique's lutteurs! matelotg matelots I Comment dompterez-vous les souffles et les flots ? Heure sombre et terrible I Une hydre de t6n&bres Envelope Vazur dans ses replies fun6 bres, Et sur vou en hurlant, tombe du haut des cieux








04 LtS 'FETjILLES 161'. CH NE

Rien n'est plus effrayant, rien West plus furieux; Et c'est la mort, h6las I puisque c'est la temp6te. Labourant l'oc6an, horrible, elle se f8te. Elle rage. Elle emplit de son d6lire amer La double immensity du ciel et de la mer.


La mer bout, le ciel tremble, et la foudre d6tonne, Et dans ses profondeurs l'ijQamensit6 frissonne. Entendez-vous ces voix qui hurlent dans les airs ? Les voyez-vous jalillir,.ces cascades d'6clairs, Ces noirs torrents de fou dont l'oc'an. s'embrase, Pendant que le vaisseg4 tourbillonne et s'6crase ? Ainsi l'on vit solvent, Pautre fauve ouragan, La trombe, ce demon, saisir le Michigan, En d6couvrir le fond et, fl6au de la plane, La d6vaster soudain de sa brulante haleine.


Dieu I comme tout est noir, quand passent'ces fi6aux I Toi qui rev6ts les fleurs, nourris les passereaux, Est-ce toi quipermets que ces chooses se assent ? Oh I c omme tout estnoir, quand ces grand fi6aux passentl Eh bien I la guerre impie est plus funeste. Dieu .1 Veuille dans ton amour, 1'6carter de ce lieu. Qu'unis en la raison, v8tus de patience, Aimants, nous cultivions les arts et la science, Et marchions dans le bien, A I'ombre de la paix
0 Maitre! maintiens-11a parmi nous pour jamaig I








LA PAIX 95




La guerre regardedz! La. bataille en d6mence" Stupefiant Vesprit par la. clameur immense Qui, sinister, jaillit de ses Voix de hi6tal, Roule, ainsi qbe la foudre, en un circle fatal, Et frappe, forgeron, sur Phomme, son enclume. Le vent souffle br^lant, et la. cit6 s'allume.Et c'est un tourbillon de feu, de plomb, de fer Une apparition suite d6 1'6nfer Avec toute sa. haine, avec toute sa rage, Avec toute la nuit format son entourage, Ses blasph6mes, ses pleurs, ses cris de d6sespoir. Ses spirals plongeant dans Pinfini du'noir, Les mille explosions de ses mille crat&res, Tou's les effarements enfin de ses myst6res. Partout Phorreur, partout la. devastation, La. tuerie et des cris de mal6diction. L'entendez-vou s, Pimpie, exhalant sa. fanfare ? La terre en est 6mue et Pastre s'en effare

Ma patrie 6 ma m6re 6 d6sastre profound
0 gouffre ou tous les maux incessamment se font! Ces aurores, ces flours oii riait Pesp6rance, Vos enfants', oii sont-ils, m6re ?Noire souffrance Pauvres m6res, pleurez 1 criez, vos fils sont morts! spouses, fr6res, scours, jetez-vous sur le, corps De'ces 8tres ch6ris qui sen vont h la tombe People, renverse-toi deviant cette h6catombe,








96 LFS- FEUILLES DE CHtNE

Ety tel que j6r6mie exhalant ses sanglots, Lamented de tes pleurs laisse cooler les flots Sombre, iourne la t8te aux quatre vents, et crie Crie! et dis aux peasants : < GrAce pour la patrie People I people I pour Dieu, revenons A la paix
0 Maitre I maintiens4a parmi nous pour jamais!




Comme il nous a meurtris, ce redoubtable trouble, Et comme en y peasant notre douleur redouble Vbus qui l'avez voulu, qu'avez-vous donc gagn6 ? Ah ce pauvre pays jusques au blanc saign6, Wre dont votre glaive a rompu les entrailles, Et dont vous d6cr6tez ainsi les fun6railles,, N'aurait-il pas le droit, dites, de vous hair ? Revenez. J etez-vous au bras du rep entir. Aimez la paix, ce don que le ciel nou.s accord.e. Il le puise au tr6sor de sa mis6ricorde, Pour restreindre nos maux, en all6ger le faix.
-Revenez I Ah I J'entends ; vous me dites : <







LA PAIX 97

,K Vil est le Sanh6drin, vil est l'Ar6opage.
Le grand livre sacr6 qui crie it cheque page
Malheur h l'impudique I opprobre au publican
Yest qu'une voix 6teinte o-h FEsprit parle en vain. 7,

Quand tout cela strait, fallait-il, 6 mes fr6res, Par c6tte guerre impie aggraver nos mis6res ? D'a illeurs, n'est-il pas temps de mieux r6gler nos pas ? Nos guerres pleines d'ombre indigent le tr6pas. On les croirait le fruit de nos instincts cupides. L'6tranger qui les voit nous tient pour des stupidest. I< Ab ces 6tres, dit-il, quand il parle de nous,
- K Impuissants pour le bien, imbeciles et fous, < Font de leur beau pays un sanglant habitable, < Et se donnent sans honte aux peoples en spectacle. 2 Revenez I aidez-nous h r6tablir la paix.
0 Maitre I maintiens-la parmi nous pourjamais I


IV

Cependant, je le sais : il estbon, il est juste, En ce monde si lAch e il strait presque august De dire, tout meurtri : non, j e ne veux rien voir, Ri en entendre j amais que laust&re devoir. Oui, oui I puisque la vie est une guerre e'trange, TTne lutte effrayante entre la b8te et l'ange, Et que 1'esprit human dans ce rude combat, Sent, que de Pid6al Dieu l'a sacr6 soldat, Luttons, intransigents et pr8ts h la justice.
7








98 LES FEUILLES DE CHANE

Liber* liberate sans qui tout est factice,
0 divin attribute, supreme dignity Cost pefttoi qu'on est homme, et que la v6rit6, Droit de fiotre raison, lumi6re de notre Ame, Astre ou' luit de l'amour l'inextinguible flame, Est le but, le vrai but oil tend tout notre effort., Librel iZfaut qu'ongrandisse et triomphe du sort.

Mais, 6coute pourtant, 6 liberty sublime Si tu creases en nous plus d'un divin abime Si, vraiment, Punit6, la justice, Famour, La science,par qui sinfiltre en nous le j our, L'6panouissement de l'Ame en la lumie're, Sa sublimation dans FEssence premiere, Sont le terme oii, par toi, nous demons aboutir, Quand nous nous 6gorgeons, nous to faisons mentor. Sans doute il faut letter, letter toujours, sans cesse, Maig letter dans la paix, cuirass6 do sagesse. Le beau, le bon, le juste, ont pour vrai nom la paix.
0 Maitre I maintiens-lh parmi nous pour jamais'!


V

Paix, source do bonheur, tr6sor inestimable La.lumi6re jaillit de- ton sourire aimable Et, fruit de ton hymen avec la liberul, VOrdre invisible tient, gouverne la cit6, L'affermit sous ton sceptre, en 61argit la base Nous verse la sagesse, ainsi que dans un vase