Histoire d'Haïti; cours professé au Petit séminaire-collège Saint-Martial

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Title:
Histoire d'Haïti; cours professé au Petit séminaire-collège Saint-Martial
Physical Description:
5 v. : ; 23 cm.
Language:
French
Creator:
Cabon, A ( Adolphe ), 1873-
Publisher:
Haïti, Édition de La Petite revue
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Haiti   ( lcsh )
Haiti   ( fast )
Genre:
History   ( fast )
History.   ( fast )
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 213520451
lccn - 41031910
ocn213520451
Classification:
lcc - F1921 .C15
System ID:
AA00022059:00001

Full Text








Histoire d'Haoiti


COURS PROFESSt

AO PETIT StMINAIRE COLLEGE SAINT- MARTIAL

PA It

Le R. P. Adolphe CABON
ANCIENT SUPARILUBeET ATABLISSEMFNT
















kOITION DU
PoF:t-r AU PRINCE
HA'iTI












AVANT-PR OPOS


Le R. P. k. Cabon, apr s avoir consacr6, avec une competence peu commune et le plus complete d6vouement, les vingt-quatre meilleures ann6es, de sa vie (i) h 1'6ducation de nos jeunes gens, est aujourd'hui retenu par d'autres devoir loin d'un pays qu'il aime Presque autant que le sien et pour sequel il n'a pas cess6 de travailler.
Ses ancient 6Mves des classes sup6rieures du Petit S6minaireColkge Saint-Martial ont encore bien vivant en Fesprit le cours si documents par sequel il leur en-seignait I'histoire d'HaIti, cette histoire exceptionnelle de millers d'hommes arrach6s brutalement h leur pays d'origine pour Atre assimil6s aux bAtes de somme et qui, dans ce bouleve segment de Fordre divin, devenus les instruments de la jusiVe immanente, se r6vol4nt centre leurs pr6tendus maitres, en font une h6catombe impifoyable et, sur les ruins des plus scandaleuses richesses, fondent un Etat auquel ils donnent la p171 lib6rale des Constitutions.
Le P re Cabon, amateur avert et infatigable de recherches historiques, vivant au contact quotidian de la tr6s belle collection que la g6n6rosit6 de Linstant de Pradines a 16gu6e au pays sous I& garde du Petit S6minaire, ne pouvait ne pas interroger Wquemment ces volumes qui se rapportent tous h 1'6poque coloniale et dont quelques-uns se pr6sentent sous d'authentiques reliures du xvio sikle.
La quantity de travail condense dans son oeuvre, le lecteur s'en rendra compete h measure que se succ6deront ces pages. 11 eAt Ad malheureux que ffit perdu le fruit de si longues et si consciencieuses 6tudes.
L'auteur aurait aim6, avant de la publier, faire une mise au point de cette oeuvre, qu'il appelle modestement (( des notes )); il regretted de ne pouvoir dlaguer, condenser, parachever.
Comme elles sont ici pr6sent6es, dit-il, elles paraltront informestrop touffues; les Wes g6n6rales qui les eussent 6clair6es n'y sont pas d6gag6es avec assez de suite. Nous les donnons cependant tells quells, faute de temps pour les revoir hL fond, faute









AVANT-PROPOS

surtout des instruments de travail que so nt les documents. Elles sont un essai et Wont d'autre pr6tention que de server de b e h une 6tjjde plus fouill6e et mieux appropriate aux e8prits des jeunes gen He4Feux serons-nous, si elles inspirent h d'autres cette Rude.
(( Nous avons donn6 de importance, trop importance peutAt.re, aux menus faits d'histoire locale: foundation des paroisses, Rablissement des villas, commerce, culture, regime des enclaves; h cheque p6riode nous les avons exposes sans en faire nulle part un tableau d'ensemblo. La syntUse sera ais6e si Yon prend aux diff6rents chapitres les paragraphs de m6me titre qui continent le point sp6cial d'histoire trait ainsi successivement selon les 6poques.
(( Dans les premiers temps de la colonies ces 6poques sont assez bi-en caractdrisdes par la person U6 du chef militaire qui gouIn *
verne alors. Plus tard, le chef perd de son importance, les 6poques se d6finissent mieux par de grand courants d'opinion. Quoi qu'il en soit nous tAcherons de les marquee %sez nettement pour que le r6le des homes et des Wes ressorte partout. ))
L'auteur West jug6 avec s6v6rit6; le lecteur sera plus juste. Il lui saura gr6 d'avoir r6sum6 pour les 6Mves de notre enseignement secQndaire, en un style oii dominant les deux principles qualit6s du style, la simplicity et la clart6, les principaux faits des histories, si diff6rentes quoique fortement rattach6es Yune h Fautre, de la colonies de Saint-Domingue et de la R6publique O'HaYti. 11 appr6ciera la magistrate syntUse qui n'avait pas W encore 6crite dans laquelle le Nre Cabon expose 1'6ternelle rivalit6 colonial de la France et de lAngleterre et projette ainsi une vive lumi-6re sur les debuts de Saint-Domingue et sur ses fr6quentes convulsions ult6rieures. II prendra. le plus grand inOrk au chapitre ofj Yauteur, grAce h ses attaches apostoliques avec I'Afrique 6quatoriale, Rudie les 616ments d'origine diverse qui y furent recruits pour les travaux de la colonies.
Et il pensera comme nous que le Nre Cabon, cet ami d6sint6ress6 d'HaTiti, a fait une belle oeuvre et a bien m6rit6 de notre jeunesse des Acoles et de tous ceux qui voudront chercher dans notre pass6 h6ro7que des raisons de croire et d'esp6rer.
Fr6d6ric DORET.


















PREMISE PARTIES

La Colonies de Saint- Domingue

















CHAPITRE PREMIER

La France et I'An4leterre
L'histoire des Colonies frangaises au xvu' et xvin' sickles ne s'explique parfaitement que par la rivalit6 de la France et de I'Xngleterre, pour la domination des mers et Fh6g6monie commerciale. Le WAtre de la lutte qui s'ensuivit fut surtout l'Inde et le Canada. Les Petites Antilles plus que Saint-Domingue furent aussi, h certain moments, comme un enjeu entre les deux pays; mais I'histoire de Saint-Domingue, quoique cette colonies dfit 6tre moins mWe aux 6v6nements g6n6raux, ne se comprendrait pas si on ne 1'6clairait de F store des rapports entre les deux grades nations qt #aient la premi re place en Europe
et dans le monde.
Le progr6s de Saint-?Imingue tr6s solvent a W arrW par la guerre centre I'Angleterre; le d6veloppement du commerce maritime de la France a W entrav6 par les mgmes causes; extension des 6tablissements frangais, leur importance relative ne se comprennent en -bien des cas que par les n6cessit6s de la defense centre les attaques anglaises.

EcIEIEC DES ESPAGNOLS ET DES PORTUGAIS AUX INDES. L'Espagne et le Portugal avaient W les grades nations colonisatrices du xvi' si6cle. Comme de 1578 h 164o le Portugal fut annex h I'Espagne, leurs colonies r6unies form rent le plus vaste empire ext6rieur qu'on eAt jamais vu. Mais ni les Portugais qui se contentaient d'6tablissements sur les c6tes, ni les Espagnols qui tendaient
se substitute partout aux ancient maltres du Sol ne comprenaient la mission que les nations europ6ennes ont hL remplir pro s des peoples neufs. Ils 6taient d'ailleurg trop peu nombreux pour suffice h la tftche qu'ils avaient enterprise et, au d6but du xvii" si6cle, leurs colonies p6riclitaient d6jhL.

EFFORT COLONISATEUR DE L'ANGLETERRE SOUS LES TUDOR.
La France et I'Angleterre Wavaient pas encore de colonies kablies,







2 EMSTOME D'BAITI

bien que leurs marines connussent d6jh lea mers d'Oecident et de FOrient et dissent grand tort au commerce espagnol.
L'Angleterre du xvf si6cle aimait lea grand voyages. Elle avait des pirates aventureux: John Hawkins en 1568 attaqua la c6te. de Rio de In. Hacha dans la Nouvelle Castille, aujourd'hui In Colombie, et combattit In. floite espagnole en Mee de Saint-Jean de klloa au Mexique. Un des lieutenants de Hawkins, Francis Drake, se fii d'abord r6marquer par ses courses dans le gotte du M6xique et la mer Jes intilles; puis en 1578 il d6couvrit et explore In terre de F U, passa le d6tioit de Mageitan, parbour-ui la c6te airi6ricaine du Pacifique jusquh San Francisco, revint par' 1 es Moluqueg ei Java ei acheva son tour dii monde en moins de trois ans. ALpr6s 5 ans de repos ]brake ravaged lea possessions espagnoles aux Indes Occidentales (685), 6ttaqua Awito-Doiningo. tnfin une nouvelle exp6difion dans ces r6gions iiii coAta In. vie; apAs avoir mig le si6ge &vahi ]a ville de Saintgean h derto Rico, it voutuit aitdqu6r Paxi6maet, I&A-euieux dans son enirepil'se, "it ne iardA pas hL succomber le 28 janvier 1596.
A In mgme 6o ei x584, Walter Aeigh d6couvrait la Virgifti6 ei i6ii nit In. piemilh e 'olonie anglaise d'Am rique. PW tatd, db 695 a niok eh 169, ce havigaieui s"employa 4 plusieuts i0fisies d6'*6iivr'f ITidornAo, contr6e merveilleuse sibige u f FOrdh64ii6 (Girydnnej. tt n'y put iaire d'Aablissement, mais il avait pouss6 sea compatrioteg inns 6 voie de la cotonjsation proprement dite.
Itd* kins, Drake A #aieigh avai*ent* W au. service de la reine Plis6heth, ta deifii4e des TuAor. Cette families avait r6gn de 1485 h i6o ; elle AvAit obtenu I'appui, solvent servile, du Parlement et eh im 'oant "a I'Ai gleterre une nouvelle religion, le Protestanti miidb, nva-i*t iourh4 In. fiahon centre lea peuptes datholiquei d'Euioo I'Espakn6 61 In. Fiaric .

RAGr4E jjE9 STtJAAT -C1AbM*ELt. Aui Tiidbr sticb6d6r'efit 16 Stuait 6ntke qui Wifisiirg6a le Parl6ment, bL cdfiOe db lefir dbiblutisme, et la nation ellemftiftej p6M6 qu'ffi Ainibfif gympathiqtio!9 h la France et ne soutenaient pas avec assez d'6nergie le protest tantigmi angl6is. U OiCi7iieirbi de cette faffiffle, h6"es &, Atait








HISTOIRE D'HAITI 3

un maniaque qui se discr6dita (16o3-i625); son fils Charles i" ne tarda pas h encourir la d6faveur de ses sujets; on Faccusa de tyranie et de trahison. Une lutte entre le Parlement et le Roi amena la Mention du souverain Qanvier 1647); un autre conflit entre le Parlement et Yarm6e se terminal par un coup d'Etat centre le Parlement et par le judgment, la condemnation et 1'ex6cution du roi (9 f6vrier 1619).
La Upublique 6tablie sous le protectorate de Cromwell fut une p6riode expansion pour I'Angleterre. C'est alors qu fut vot6 I'Acte de Navigation (9 octobre 1651), demeur6 en vigueur pendant 2oo ans, qui stipulait que tout rravire europeen abordant en Angleterre n'y pourrait vendre qae les products de son pays; que tous les products coloniaux devaient 6tre irnport9s par des navies anglais.
La lotte marchande angl *se prit alors un accroissement en rapport avec les besoins de la nation, de hardis marines se form rent sur cette lotte et I'Angleterre deviant par suite la maitresse des mers (z).
Cromwell mourut en 1658. Son fils lui succ6da, mais, incapable de tenir la place de son p6re, il donna sa admission au bout de huit mois.
Apr s un an de difficult6s entre Yarm6e et le Parlement, un nouveau Parlement qui contenait une majority royalist rappela le fils de Charles I", Charles 11 et le r6tablit sur le tr6ne d'Angleterre.
Charles II (iMo-ii685) se trouva bientot en opposition avec le Parlement m6me qui Yavait rappel6 de 1'exil, pour la tolerance qu'il t6moigna 1'6gard du catholicisme et pour sa politiqw! de concessions enters ja France.
Jacques II son fr6re (1685-088), fut en d6saccord plus marques avec son people. Il 6tait catbolique, il n'h6.sita pas prendre les measures que lui dictait sa conscience, au risque d'aller centre les usages 16gislatifs.

Erratum du numdro pr6eddent: dans FAvant-Propos, 2e alinda, 70 ligne, lire se rhoUent au lieu de se rgvoltant. Nous prions nos lectures de faire cette correction la plume sur le texte.
(i) C'est A cette 6poque, en A55, (Tue la jamaTclue fut. conquise par William Penn.








4 HISTOIRE D'HAITI

En 1688, son genre Guillaume d'Orange appO6 par les anglais pour prot6ger la. religion pfotestante d6barqua en Nngleterre Novembere) et for a Jacques 11 4 se r6fugier en France.
La dynastic d'Orange (famille d'Orange), succ6dait ainsi h celle des Stuarts; In. 116volution de 1688 fut compkt6e par la D60aration des Droits que r6digea le Parlement et qui contenait 1'6num6ration des droits du people anglais, centre les empiiAements possibles de la couronne.
Ms lors 1',kngleterre, r6gie par sonParlement, fut I'adversaire d6clar6e de la France. Guillaume d'Orange, devenu Guillaume III avec la reine Marie son spouse, fille de Jacques 11 qui r6gn rent de 1688 h 1702, fut h ]a tke de In. ligu e d'Nugsbourg et conduisit la guerre jusqu'hL In. paix de Ryswick (1697) Anne (1702 h 1713) demeura an pouvoir pendant la guerre de la succession d'Espagne qui se terminal, par le trait d'Ut#fcht (1713). A la guerre de succession d'Nutriche la premiere guerre de 7 ans 1742 h 1749 F-kngleterre mena les hostilit6q sur le continent et dans les colonies d6s 1-42; bien que la Fran*V ne lui ait d6clar6 In guerre qu'en 1744. A la second guerre de 7 ans (1756 h 1763) ce fut elle encore qui tint la France en 6chec: l'Inde et le Canada furent perdues pour la France au trait de Paris 1763.
La revanche fran aise fut la guerre de l'ind6pendance de I'Am6rique (1776-1783); le group le plus important des colonies anglaises 6chappa I'autorit6 de la M6tropole. La paix entre la France et I'Angleterre signed h 'Versailles (3 september 1783), ne dura que io ans. A partir de 1793 la lutte report entre les deux nations et dura jusqu'en 1815, interrompue seulement pendant
2 ans de 18or h 18o3 par la paix d'Amiens (1802).

L'ExPANSION COLONIALE. Le xvine si6cle, glorieux pour I'Xngleterre eut pour ]a France de- heures bien p6nibles, mais an xvn' siMe la France avait tenu le premier rang en Europe.
Elle sortait d'une p6riode de guerres civiles qui avaient dur6 quarante ans et qui avaient arrW son d6veloppement. En effet, dans In. premiere moiti6 du xvie si6cle, Francois ler tout en luttant centre Fempereur Charles V, roi d'Espagne, avait tent6 de fonder des colonies et de balancer ainsi la puissance de son rival "iors d'Europe: il avait envoY6 au Canada, Verazamo (623) et








HISTOIRE D'IE[AITI

Jacques Cartier (1535) pour assurer h la France la possession de ce pays.
Les guerres de religion n'avaient pas brisd Yessor des capitaines frangais en qu6te de nouveaux territories; Jean Ribault, Laudonni re et Gourgues avaient fait trois expeditions suecessives en Fluoride 1562-1567 et Villegaignon une autre expedition au. Br6sil. Henri IV apr s la paix rendue h la France avait reprise cette po-. litique et envoy au Canada Samuel Champlain qui fonda Qudbee.
L a minority de Louis XIII, successor de Henri IV et les troubles qui suivirent 16io-i624 n'arrWrent pas cet 61a n; et quand le cardinal de Richelieu entra en 1624 au Conseil du Roi, la direction des affairs frangaises fut assure par sa main ferme dans le sens d'un d6veloppement intense de la puissance de la France en Europe et au de')Ors. 11 donna h la France les Petites Xntilles qu'elle garde encoA. En mAme temps il releva la marine de guerre et, par le faytffrit h la marine marchande des moyens de se souvenir et de pr 6rer.
Richelieu mourut 6 mois avant Louis XIII, en d6cembre 1642. Mazarin lui succ6da comme premier ministry d'une r6gente, Xnne dAutriche qui tint le royaume pendant toute la minority de son fils Louis XIV. Mazarin fut trop occupy de sa propre fortune et trop emp6ch6 par la guerre civil et la guerre avec FEspagne pour suivre en tout les traces de Richelieu. 11 oublia expansion commence de la France en km6rique et en Nsie; mais Louis XIV devenu majeur, gouvernant par lui-mgme, report les traditions du r6gne pr6c6dent. 11 trouva un ministry habile, Jean-Baptiste Colbert, qui organism la marine, favorisa k commerce, 6tablit solidement les colonies. Son oeuvre 16gislative, qui fut achieve seulement apr s sa mort, a W le fondement du code maritime et du code colonial jusqu'h ]a 116volution fran aise.
Les successeurs de Colbert, qui mourut en 1683, n'eurent pas son g6niemais furent de v6ritables Secrgtaires d'Etat, honn6tes, travailleurs, qui eurent d'ordinaire le bon esprit de laisser h cheque colonies son d6veloppement propre sans vouloir les r6if,,enter routes par des lois uniforms.
Ils furent beureux dans le choix des gouverneurs pris d'ordi-








6 HISTOIRE WHAITI

naire parmi les officers ayant d6jbL servi dans les pays oii ils commandaient.

LEs COLONIEs FRANgAISES AU XVIIIe SIMPLE. Mais la guerre de la succession d'Espagne (1702-1710") nuisit grandement h cette sage politique, les Colonies furent r6duites h computer sur leurs propres resources; I'autorit6 des administrators g6n6raux fut solvent discut6e et la paix de 170, en laissant la France affaiblie, retard expansion au dehors.
Avec Louis XV (17115-1774) les intrigues pr6valurent solvent dans le government et dans Fadministration. Le regent, due d'Orl6ans (1715-1723), pour plaire h la noblesse, bouleversa les m6thodes jusque lh adoptees et se livra h des enterprises tdm6raires. Un ministry, le cardinal Fleury (1796 h 1743) ramona pour un temps h la tradition; mais s gens aides de jouissances prirent bient6t une influence consideNble sur les affairs et malgr6 I'habilet6 de quelques ministries, en t' I' ,Nar icu ier Machaut dArnouville h la Marine (1745 h 1757) et Ch eul (1757 h 1770), entraln&ent la France h la perte de ses plus belles colonies et h la negligence coupable dans I'administration de routes. Cependant, apr6s la paix de 1763, Choiseul tenta de vigoureuses r6formes pour don ner aux colonies un renouveau de force; il tomba trop t6t. Louis XVI, qui succ6da h Louis XV, d6sira le bien de son people; mais 1'6nergie lui manquait pour le r6aliser. Aussi bien il dut se fier h des premiers ministries qui ne furent pas assez soutenus par lui. Chaeun d'eux eut sa politique, de lhL une certain incoherence dans la direction des affairs. De plus un probl6me important dominant tous les autres, celui du r6tablissement des finances ob6r6es, qui pr6para les esprits hL la 116volution.
Ce proWme, il est vrai, ne concernait pas les Colonies. Apr s de longues hesitations, les Colonies avaient pris de la consistance; elles se d6veloppaient par la force ra me des situations et par I'appoint de resources intellectuelles que leur apport6rent de nouveaux colons depuis 1763, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de nobles. Leur audace pers6v6rante cr6a comme un type nouveau de caract6re qui r6v6la dans les Frangais du XVIne si cle une aptitude remarkable h se plier aux conditions de la vie colonial. Mais avec d'incontestables qualit6s, ces pion-








HISTOIRE WHAITI 7

niers apporti6rent avec eux aux colonies les germs de d6fauts qui leur devinrent funestes: Famour du luxe et du plaisir et le (16dain du droit des plus fables; its voulaient faire fortune rapidement, its y r6ussirent, mais its rendirent la revolution n6ces. saire.


L'histoire de la Colonie frangaise de Saint-Domingue jusqu'h la 116volution se devise en 5 grades p6riodes:
jr, P6riode: Pgriode de Pr9paration, jusqu'en 1664. La partic occidental d'Hispaniola, abandonn6e par les Espagnols, donne refuge dans ses anses aux adventurers qui parcourent les mers des Antilles ou aux marchands interlopes qui trafiquent sur les c6tes des colonies espagnoles. Ceux-ci n'y chercheront cependant de retraite ordinaire qu'apr s que les boucaniers s'y seront 6tablis pour faire la chasse au ceufs et aux cocoons marrons et pourront par cette chass fournir aux nouveaux arrivants N viande de boucan n6cess e h leur subsistence et les peaux, dont les marchands hollanda' surtout front urf grand commerce. Pr6s des boucaniers se fixeront bientot des habitants, qui cultiveront le tabac et seront en m6me temps marchands au detail de cargaisons emport6es d'Europe.
Quelques 6talilissements se ferment h la Tortue ou h la c6te de Saint-Domingue; its sont dirig6s par des chefs anglais soutenus par une companies de cette nation et, en d'autres temps, par des officers fran ais commissions par le Gouverneur g6n6ral des Iles fran aises. Mais I'autorit6 de ces officers n'est accepted qu'autant qu'elle ne va pas h 1'encontre des franchises que revendiquent les adventurers, boucaniers, filibusters et habitants. I Les posters Rablis pendant cette p6riode sont vivement disputes aux occupants par les Espagnols de Santo Domingo.

28 P6riode: Pgriode d'Etablissement de la colonies frangaise de 1665 h 1714. Le territoire occidental de Saint-Domingue deviant peu hpeu territoire frangais par extension des habitations et par ]a submission des habitants h I'autorit6 de la France. Ce sera Ih tout le soin des gouverneurs its y parviendront par les m6nagements dont its sauront user 1'6gard des adventurers, par Finsti-








HlsrroIRE WHAM

tuition d'une hi6rarchie judiciaire, d'une administration rdguIMre; ils seront aid6s dans leur oeuvre par Fimmigration de colons frangais de Sainte-Croix et de Saint-Christophe.

30 P6riode: Pdriode d'organisation, de 1714 h 1763. Le gouvernement de Saint-Domingue 6ri-6 en government g6n6ral ie troupe ind6pendant du government des autres iles fran aises. Saint-Domingue prend &s lors sa physionomie propre et distinctive, elle cesse d'Atre une colonie flibusti6re; ses lois et ses institutions s'adaptent plus sp6cialement h ses besoins. Ce travail d'organisation fut retard par les guerres pendant lesquelles tous les efforts de la colonies furent dirig6s vers la defense ext6rieure. Ces guerres eurent comme effet d'accentuer le caracOre twit militaire de Forganisation de la colonies.

4e P6riode: Pgriode de r6formatt de 1763 h 1770. La politique de Choiseul, parvenu au pouvoi n 1759, fut toute de r6formes h 1'6gard des colonies. Cette po ique 6chouera mais les tentative de r6formes auront certain r ultats durables bons ot mauvais; un grand d6sir de progr6s, des distinctions plus mar(Iti6es entre les diff6rentes classes de la colonie...

5' P6riode: Pgriode de prospgritd de 1770 A 1789. La colonies 6prouv6e par les tremblements de terre de 177o ne tarda pas h se reliever. Des families puissantes de France acqui&ent par marriages ou concessions des biens h Saint-Domingue; les grand profitsque la guerre d'.Am6rique vaudra au commerce de la colonies, l'int6rAt des grand propri6taires front de Saint-Domingue ]a plus belle des colonies frangaises.

CHXPITRE 11
Ddbuts de la Colonisation
(Ire PtRIODE)
Les premiers itablissements frangais dans Its Antilles : Moins de trente ans apr6s la d6couverte du Nouveau Monde, il se trouva des corsairs pour donner la chasse aux vaisseaux espagnols qui en revenaient charges de richesses. Ces corsairs, de diverse na-








MSTOMIS D'HMTI

tions surtout anglais, franpis, avaient 6tabli leurs refuges sur les c6tes abandonn6es; ils tard rent h former des 6tablissements r6guliers soit que leurs governments ne les aient pas soutenus, soit plut6t que ces adventurers ne se soient pas souci6s de chercber un soutien qui leur eAt impose une discipline gAnante. Le gTouvernement anglais, nous Fa-vons dit plus haut, envoie cependant ses flottes dans les Antilles vers la fin du xvie siWe; et, sous Charles IX, la France tente un 6tablissement dans la Floride. De ces campaigns anglaises et de ces tentative de colonisation frangaise il ne restera qu un encouragement aux corsairs de continuer leur d6pr6dations.
Vers 166, un capitaine franpis de la religion r6form6e, c'est?t-dire protestante, nomm6 Le Vasseur, donna aux stations des Flibustiers des Antilles une certain consistence. Richelieu, arriv6 au pouvoir, tenta h'son t r de fortifier ces premiers 6tablissements. Un autre capit e frangais Blain d'Enambuc, 6tant venu aux Antilles et a-ya/ntenu le concourse de Le Vasseur, prit possession d'une parties Saint- Christophe au. nom de la France (1625). L'ann6e suivante une Compagnie des Iles fut fondue pour la mise en valour de Saint- Christophe et autres iles voisines. Le i" Ministry entra comme actionnaire dans la Compagnie et ainsi existence des possessions frangaises aux Antilles fut assure. La Guadeloupe fut occup6e par la Compagnie en j1634, la Martinique en 1635, la Tortue ne devait 1'6tre qu'en 1641.

LA TORTURE ET SAIrrr-DoMINGUE AVANT 1641 (1). En 1629, la premi re escadre frangaise, envoy6e aux Antilles sous les orders de N. de Cahuzac, eut ses points de ralliements fix6s h Tiburon et au Port Frangais, pr s du Cap, h la suite d'une crisis re dans le golfe du Mexique; un des navies de cette lotte put car6ner hL la Torture. Ce rendez-vous et cefte facility de r6parer un vaisseau. montrent bien que &s lors ces parades 6taient families aux pilots frangais et qu'ils avaient des habitants en residence ordinaire, avec un commencement d'6tablissement.

(i) Les domides. des premiers historians Fran ais sur les debuts de SaintDomingue et de la Tortue sont solvent inexactes ou impr6cises. Nous M chons de les faire concorder de notre mieux avec les documents plus certain qui ont W publids ces, derni6res anndes.








To HISTOURE D'HAITI

L'extr6miM des deux presqu'lles occidentales de File offraient des refuges tr s commodes et tr6s sfirs. Depuis 16o6, les Espagnols de I'Ouest s'6taient replies vers I'Est et d'ordre de la Cour avaient abandonn6 leurs villas qu'ils ne pouvaient plus d6fendre. En outre la surveillance de la police espagnole Rait gAnde par la grande 6tendue des c6tes, aussi bien que par Faccumulation des montages, sans chemins, abruptes, inaccessible, tandis que les adventurers trouvaient entre les advances de mores des anses tr s sAres, h Fabri des tempAtes et h Fabri des coups de main de l'int6rieur. Plus encore I'lle de la Tortue, inabordable sur une grande parties de son pourtour deviant le refuge des 6ciimeurs de mer qui voulaient mettre en sAret6 leurs personnel el. leurs biens.
En 163o les residents de la Tortue et de la Grande Terre (c'est ainsi qu'ils appelaient Saint-Domigue), furent rejoins par des Frangais chassis de Saint-Chris he par Famiral espagnol
Alvarez de Tol6de.
Ce renfort frangais n'empAcha pa e anglais de convoiter la Torture. Il se forma hL Londres une companies d'aventuriers pour exploitation des Iles de la Providence, Henrietta et les Iles adjacentes, r6organis6e en 163o sous le nom de Compagnie de ]a Providence et de l'ile de I'Association, (par ce dernier nom on d6signait la Tortue). Cette companies s'occupa de la Tortue, nomma des gouverneurs, envoy des colons. Puis les Espagnols, N la fin de 11634 ou au commencement de 1635, r6ussirent h reprendre pied dans File; ils en furent chassis peu apr6s; un gouverneur anglais s'y Rablit h leur place et bient6t les Frangais rentr6s dans File avee les Anglais furent 6vinc6s par ces deniers, vers 1638.
Les malheureux proscrits se plaignirent au commander de Poincy qui leur envoy LeNasseur en 1639 (1).


(i) Les historians des Antilles ont plac6 la reprise de I'lle par les Espagnols en z638; iIs sont d'acccrd avec les documents r6sum6s plus haut sur le peu de durde de Foccupation espagnole, sur 1'6rection des frangais par les anglais; ils client comme gouverneur anglais, auteur de ce m6fait, Willis, dont ne parent pas les. documents anglais. L'intervention de Le Vasseur et la reprise de I'lle par le-s Franois doit avoir lieu en 1640. (Cf. Saint Domingue de Pierre de Vaissi&es).







HISTOURE D'HAITI 11

Si la T6rtue fut occup6e h la fois par les Anglais et les FranQais it semble que la c6te de Saint-Domingue donna surtout asile h ces deniers, qui se r6pandirent surtout de la presqu'lle de Samana jusqu'bL Port de Paix et y form rent de petits kablissements pour la chasse des boeufs et cocoons sausages'.
Les Espagnols ne leur laiss rent jamais la paix; its organis6rent leurs lancers en companies de cinquante homes, les cinquantaines, et les lanc6rent par toute I'lle h la poursuite de-S boucaniers ou chasseurs.
Quelques habitants se livraient h la culture des vivres et du tabac ou petun que les navies hollandaise ou normands leur ache. talent A, bon prix, en mAme temps que les peaux de boeufs; tandis que d'autres adventurers allaient sur leurs barques le long des c6tes, h Ventr6e des haves et des rivi&es, pour saisir les bateaux espagno4s.

LE VASSEUR. Les tr tions des Xntilles franQaises veulent
que cet officer fut le e qui avait crois6 dans le golfe du
Mexique 6n 1615 et qui /n1625 avait 6tabli Saint-Christophe; ;I se strait retire en France en 16,-)6. et tent6 par la vie d'aventures aurait offers ses services h M. de Poincy. It 6tait fort bon ing6nieur; h ce titre M. de Poinc-y Festimait beaucoup et lui avait donn6 des marques d'une grande confidence; mais Le Vasseur 6taTit de religion r6form6e, la familiarity que lui t6moigna Poincy d6plut aux directeurs de la Compagnie (i): c'est ce qui d6cida le gouverneur des fles h 6loigner Le Vasseur, en Fenvoyant h La Tortue. Le Vasseur suivit les inst ructions de, Poincy, prit possession de I'llet de Port Margot qu'll nomma le Refuge; de 1h it entretint pendant quelques mois de bones relations avec le cbef anglais de la Tortue; mais celui-ei ayant de nouveau maltrait6 les fran ais qui vivaient sous ses orders, Le Vasseur Fattaqua avec 49 hommes, le 311 aoftt 164o, le chasse et s'6tablit h ]a Basse-Terre, sur la c6te sud de 111e.

(i) La Compagnie n'avait pas eu d'abord tout le succ6s que d6sirait Richelieu. Son premier acte association du 31 octobre x626 fut renouvel6 le 12 Avrier 1635, parce que les premiers associ6s n'y avaient pas pris Fintftft qu'ils auraient di ; de nouveaux articles furent ajGut6s A la pre. mWe convention, en outre d'autres modifications revenues n6cessaires fureift approuv6es par le roi en







12 MSTOME D'HMT1

Il se fortifia en ce lieu sur une plate-forte h moins d'un kilo. m6tre du rivage (38o tosses) et b mi-c6te d'une collins qui domine le mouillage. Le fort qui -y fut con8truit fut nomm6 le fort La Roche, parce que au centre de la plate-forme s'Mve un richer inaccessible sur sequel Le Vasseur 6tablit sa residence et ses magasins.
Le Vasseur s'empressa de fixer sa position b 1'6gard de Poincy. en signant avec ce gouverneur une convention qui donnait au commandant de la Tortue une autorit6 presque sans contr6le dans son Ile et laissait en outre aux habitants la liberty du culte r6form6.
(i Le Vasseur fut incontinent secouru de tous les adventurers qui fr6quentaient la c6te de Saint Domingue, lesquels voyant la mani6re dont il s'y prenait, current qu'il allait faire un 6tablissement qui surpasserait infiniment tous les autres qui s'6taient faits jusqu'alors dans I'Am6rique les Fran ai&
D'autre part les Boucaniers de aint Domingue, n'ayant qu'A porter leurs cuirs h la Tortue \eten tirer en fort peu de temps de la poudre, du plomb, de Feau vie et tout ce qui leur
6tait n6cessaire, s'en retournaient h Saint Domingue et y faisaient le double du d6gAt qu'ils 6taient accoutum6s d'y fai re.
(( Ms que les adventurers avaient fait une prise, au lieu de Famener dans les fl, es (Petites-Antilles) et d'Atre deux ou trois mois en chemin, ils la mettaient dans le HAvre de la Tortue, et. As le lendemain ils 6taient hL 1'embouchure des rivi,6res et des ports de Saint Domingue. ))
,kussi les Espagnols, souffrant de nouveaux et plus grand dommages de la part des Fran ais, essay6rent de leur reprendre la Torture; ils Fattaqu rent en A43; une premMre descent dans la baie de la Basse-Terre fut repouss6e; une second bL deux lieues de ce point leur valut de grades pertes; ils se retir rent pour Ie moment.
La convention faite entre Le Vasseur et Poincy 6tait rest6e secrete; au8si la Compagnie des Iles, voyant les FranVais s'6tablir & la Tortue, envoya-t-elle h Poincy Fordre de prendre possession de cette Ile au nom des Associ6s. En 1[644, le gouverneur, qui ne pouvait disposer de troupes et devait en consequence user de persuasion, envoy son propre"neveu h Le Vasseur pour peisuader








MSTOME D'EWn z3

h celui-ci de revenir k Saint Christophe. Le Vasseur s'y refuse. Son administration, qui jusqu'alors avait paru. equitable, deviant peu. & peu despotique; il se mantra d'une s6v&W extrAme pour tous, pers6cuta les catholiques d'abord, puis ses coreligionnaires eux-mAmes, impose des taxes excessive sur les cuirs et les denrks, '* 6tala un luxe insolent et invent des instruments de supplices d'une cruaut6 inoule. Deux de ses companions en qui R avait mis toute sa conflance, Thibault et Martin, I'assassin6rent en A52 et comman&rent b. sa place.

FONTENAY. Poincy venait d'envoyer h la C6te Saint Domingue un officer de grand courage, M. de Fontenay, avec la mission de remplacer h tout Prix Le Vasseur. Wbarqu6 au. Port
I'Ecu (ii), Fontenay apprit le changement survenu h la Tortue et s'empressa de se p sjtr f d1vant la Basse-Terre avec des In
homes recruits h Ila r6 t ut recu. h coups de canon; de 1h il aboard b. Cayenne, h/eux kilom-6tres 4 I'Ouest. Il avait 5oo homes qu'il mit en ligne. Thibault et Martin, voyant que les habitants ne s'empressaient pas de les souvenir, capitut6rent avant Wen venir aux mains, (A52). Fontenay prit le titre de commandant pour le Roi.
Sans miter la conduit de Le Vasseur h I'6gard des gens, il continua I'ceuvre d'organisafion enterprise dans I'lle et b. la C6te: 11 augment encore lee defenses de la Tortue et favorisa la course. Chevalier de Malte, il avait combattu. les Turcs dans les mers du Levant; il s'y entendait en m6tier de corsair; ((son inclination n'6tait qu'bL, 6quiper des vaisseaux pour aller faire I.. guerre aux environs de I'lle de Saint Domingue et sur la c6te de Carthag ne, oft il prenait tout ce qui sortait et tout- ce qui voulait enter dans les hAvres. La Tortue se peupla extraordinairement et Fon fut oblige, faute de terrain d'envoyer une colonies h ]a C6te de Saint Domingue. ))
Ce fut A. la c6te de I'Ouest (probablement au morne de I'Ho(i) Le Port A FEcu est un retit retreat de la c6te abrupt de JeanRabel, o6 les adventurers avaient un centre de ralliement; Filet de Port Margot dont H a W parlA- plus haut est situ6, comme son nom Findique, dans les eaux de la commune de Port Margot.








114 MSTOURE D'HArrI

pital) (i) que cet essaim de la Tortue se retire; les Espagnols attaqu6rent ce novel 6tablissement; mais ils furent repouss6s et se d6ci&rent h reprendre la Tortue elle-mgme. Ils d6barqu rent h Cayenne, le io janvier A54, 6tablirent une batteries au sommet du morne qui domine le fort de La Roche, dont Fontenay avait n6glig6 de garden les abords, le croyant inaccessible. Les Fran ais furent forces de capituler apr6s une defense 6nergique; il fut convene que Fontenay retournerait en France sur un vieux navire hors de service, laiss6 a sa disposition par les Espagnols. 11 s6journa six mois h Port Margot, parce qu'il ne pouvait de suite prendre la mer; Ih, il r6para son navire, le gr6a a neuf, ,griice aux scours que lui donn6rent des Hollandais de passage et quand il se vif prAt, il attaqua la Tortue dont il faillit se rendre maltre; mais le manque de poudre 16 for a a renoncer a mener ) terme son enterprise. 11 prit la rout de la France et mourut sur mer.
Une garrison espagn ole fut laiss5\6e l a Tortue; elle y resta dix-huit mois, c'est-h-dire jusqu'h Fatta ue de Santo-Domingo par Famiral anglais Penn: 4 cette occasion routes les milices et troupes de I'lle furent appel6es h la defense de la capital. Les Espagnols, en se retirant de la Basse-Terre, briffl6rent, 1'6glise, les masons, les magasins, d6truisirent le fort et d6vas0rent les plantations.
Apr s avoir 6chou6 dans sa tentative centre Santo-Domingo, Famiral Penn se retire hL ]a baie de Saint Louis du Sud, qu'il nomma baie de Cromwell; il y rassembla un bon nombre d'aventuriers qui Vai&rent dans la conquAte de la JamaYque. Dans la suite ces adventurers continu6rent h chaser h la Grande-Terre et 6tablirent des posters dans les baies des Gonaives, de Petit-GoAve, de Tiburon, de Dame-Marie, ob les Hollandais venaient faire le commerce avec eux (2).
On a dit qu'apr s Valerte de A55, les Espagnols revinrent la Torture: il -est permits Wen outer, car ils semblent Atre partiess sans esprit de return. Quoi qu'il en soit, au d6but de A56, un

(i) Les adventurers occup6rent le flanc de inorne, avec un pied A terre h Habitation Volant-Le Tort, aujourd'hui Tort, sur le bord de la mer.
(2) Les cartes hollandaise de Saint Doiningue de 165o A Y66o :portent -n effet en carton les plans de ces baies, avec des details qui montrent con-inie ils dtaient d6j& fr6quent6s.








MSTOIRE D'RMTI 15

anglais de la JamaYque, Elias Watt, nomm6 Eliasouard par les, documents frangais, r6occupa la Tortue au nom de lAngleterre, avec sa famille et douze soldats; il y eut hient6t r6uni i2o aventuriers dont un grand nombre 6taient fran ais.
Ninsi, pendant vingt h trente ans des gens de diverse origin disputent la Tortue aux Espagnols; leurs chefs sont tant6t fran.ais, tant6t anglais sans que ni Fune ni Fautre des deux national s'6tablisse d6finitivement dans I'lle. D6sormais la France aura le dessus. et la Colonie Fran aise de Saint Domingue sera vra-iment fondue.

DU RkUSSET. Deux homes arriv6rent h cette 6poque h Saint Domingue, qui tous les deux devaient contribute h y main(enir et 6tendre I'autorit6 de la France, du Rausset et d'Ogeron.
Le premier, ancient com/a on de Le Vasseur et de Fontenayj anci6n boucanier, obtint 6 november A56, une commission de commandant pour le I de France h I'lle de la Tortue. Non
content de ce premier brevet, il passa par lAngleterre en se rendant h Saint Domingue et se fit remettre un ordre du Conseil d'Etat'pour le Gouverneur de la JamaYque afin que ce dernier le nommAt gouverneur de la Tortue au nom de I'Xngleterre. Muni de cette double nomination, il aboard, dit-on, h Fanse du Tr6sor, point de la c6te Nord de la Tortue oa Fatterrissement est en tout temps tr s difficile, franchit les plateformes impraticables qui ferment le centre de I'lle, et s'empara des posters oil il hissa le pavilion de France. Elias Watt avait ddjh quitt6 Ftle h la nouvelle de I'approche de du Rausset.
D'Ogeron, qui avait 06 quinze ans capitaine dans la marine vint en 1657 h la Martinique avec des provisions et des outils pour de lh s'6ta:blir dans la France 6quinoxiale (Guyanes); mais Uinsucc s des projects francais de colonisation dans I'Am6rique m6ridionale le d6termina h, se rendre Saint Domingue avec quelques boucaniers de la C6te qui avaient fait avec lui le voyage de France h la Martinique. En d6barquant au Cul de Sac, (i) i65.1,


(r) Par Cul-de-Sac on intend A cette 6poque le. aolfe do Port-au-Prince, de Leogane A Saint-Marc, on I'appelle aussi le Grand Cnl-de-Sae. Le mot s'est depuis sp6clalernent appliqud N ]a plaine sitn6e au fond (In golfp. D'Ogeron semble s'dtre 6tabli A la Plaine do Uopane.








Y6 MSTOIRE WHAITT

il permit par naufrage tout le materiel qu'il transportait; il se d6cida par suite h mener la vie de boucanier. Deux fois il revint en France pour s'y fournir de ce qui 6tait n6cessaire h son 6tablissement du Cul de Sac, deux fois encore il permit sa cargaison. ,k son troisi me voyage h Saint Domingue, en A52, il vista les Lucayes et les CaYques; il en demand au roi de France la concession h perp6tuitd et l'obiint. Mais il renon a h cet advantage pour fonder une habitation 4 Port Margot. 11 devait en A65 remplacer du Rausset au commandment de la Tortue.
Pendant que du Rausset occupy la Tortue, la lutte fut tr s vive h la Ute Saint Domingue entre les Espagnols et les boucaniers; dans le Nord surtout ces deniers furent poursuivis avec grande activity par leurs ennemis; aussi leurs boucans en terre-ferme, ne leur offrant plus de s6curiM, ils les transport6rent dans les petites fles, le Iong du rivage oii i pouvaient se garden des surprises et 6viter les massacres de tr nti res, ilet de Samana, ilets de Bayaha (i), refuge de Port Mar t. Les boucaniers prixent I'habitude de ne plus s'aventurer h la ebasse qu'en petits d6tacbements capable de se measure avec les companies espagnoles qui battaient le pays: de Ih des combats parfois tr s meurtriers; le nom. de Massacre donn6 la rivi6re d'Ouarlaminthe, ainsi que h un canton de Saint Louis du Nord, rappelled ces engagements et leurs suites; la mArne origin est h assigner au nom de Matrie, qui signifle tuerie, et que Porte encore une rivMre du Nord qui se jette dans le Massacre. Une parties des chasseurs ainsi poursuivis se refir6rent h, la Bande du Sud (C6te m6dionale de la presquTe du Sud) et fond6rent h I'lle Vaches un boucan c6l;6bre et qW dura longtemps; d'autres s'6tablirent dans les savanes de l'int6rieur, Hinche, Mirebalais, ou dans ]a plane des GonaYves.
En 1659, pour avenger le massacre de phisieurs d'entre eux aux environs de Santiago de los Caballeros, ils alMrent, sous pavilion anglais, & Porto Plata et de 14 h Santiago: ils pill6rent la ville pendant vingt-quatre heures, sans 6pargner les 6glises: c'6tait un premier essai de ces expeditions qui konn rent plus tard IeF4 Espagnols et eurent pour Wftre les c6tes de ]a mer des Nntilles.


(2) Les ilets de Bayaha -sont studs dans la baie de Fort LiberW qui Port"r longtemps le nom de baie de Bayaha.







HISTOURE WHAITI 17

En A63, un officer flamand, au service de I'Espagne, Van Delmof fut envoy pour lea combattre. 11 d6barqua h la plane de Gohave planee des Gona7ves), avee 5oo homes. Les boucaniers, averts par un des leurs, eurent le temps de se r6unir au nombre de xoo et attendirent Fennemi dans une gorge entre le Grand Fond et le Petit Fond (i), le d6firent compl6tement et tu6rent le g6n6ral.
Voyant l'inutilit6 de leurs efforts, lea Espagnols r6solurent de d6truire tous lea bestiaux qui se trouvaient dans lea parties de I'lle habitues par lea FranQais, afin dWer aux boucaniers leur subsistence. Ils 6tendirent leurs d6pr6dations jusque dans la Bande du Sud ot Von avait vu jusque Ih que tr6s peu de bouca. niers; bon nombre de ces deniers se firent habitants ou flibustiers.
C'est vers cette 6po ue que is filibusters commenc6rent h donner h la flibuste cette forte r6 ligation qui la rendit si redoubtable. Leurs exploits firent que le spagnols, au lieu de continuer leur commerce par navies isys, r6unirent leurs vaisseaux en flottes plus considerable pour qu'on n'osAt pas lea attaquer et qu'on ne p-ftt aussi ais6ment lea vaincre; ils diminu6rent mAme leur commerce par mer. Les Flibustiers furent par suite r6duits aux exp6ditions lointaines centre lea villas marchandes ou d'entrep6ts.
Les Espagnols ne furent pas h cette 6poque lea seuls adversaries des adventurers fran ais de Saint Domingue. Les Anglais tenarent, quoique avec mollesse, de reprendre la Tortue. On signaled deux expeditions centre cette He dirig6es par le gouverneur de la Jamalque sur Fordre des Seigneurs de ]a Compagnie de la Providence en 1661 et.1662., Elles 6chou6rent. Le chef de ]a second expedition, Landford, n'ayant pu prendre pied h la Tortue, se jeta sur le Petit GoAve qu'il occupy; il se fit proclamergouverneur de ce poste h la fin de A62; mais il n'y resta pas longtemps.
Xinsi, par suite d'insucc s r6pk6s, lea Espagnols et lea -knglais laissaient peu h peu la place aux adventurers fran ,ais; sang d6sarmer cependant, ils se conteWrent d'attaqiter ces deniers dp

(i) Cette gorge paraft 9tre celle crui fait communique le bourg actual de Dessalines avec la plane des Gonalves d une part et ayec MaYssade, o1h In plane de la Guaba d'autre part. On voit que les noms do plane de Gohave et de plane de la Guabe se rapprochent fort.







18 RISTOIRF D'HAM

loin en loin, pour leur reconDaltre enrin ]a paisible possession de J'Ouest de Saint Domingue.



CHAPITRE III

Les Aventuriers de Saint-Domin&u,6

Avant d'aller plus loin il nous faut parlor de la r6publique des adventurers de Saint Domingue, tant pour YoriginaliO de cc groupement d'hommes que pour I'Muence qu'iI cut sur les incurs de ]a Colonic. Si routes les colonies fran aises des Antilles ont W h leurs debuts, des colonies d'aventuriers, cells des Petites Iles ont gard6 moins longtemps cc caract re. A Saint Domingue ce regime subsist assez longtem ur donner h Ja fois tous
ses bons et ses mauvais r6sultat) mauvais r6sultats: ces gens perdirent le sentiment du uste et te et men rent une vie
gans frein; bons r6sultats: ils pr r t ]a colonic A ses origins des attaques de ses ennemis.

LA -RPPUBLIQUE DES AVENTUIRIERS. Les adventurers de Saint Domingue se divisent en deux classes, Flibustiers et Boucaniers qui les uns et les autres s'appuient sur les habitants, ancient filibusters et boucaniers pour ]a plupart, d6sormais s6dentaires sfir un terrain qu'ils cultivent, mais qui au besoin reprennent la mer ou font la chasse avec leurs ancient companions; les habitants habitent aussi bien les bourgs hL la cote et sont marcbands ou entrepositaires, au service des boucaniers ou des filibusters; les boucaniers suivent volontiers en course les filibusters, mais les filibusters moins facilement se d6lassent de leur m6tier h la chasse des boeufs ou cocoons marrons; de sorte que ]a condition He boucanier, marque un progr s vers ime vie plus r6gl6e, et ]a condition d'habitant est plus proche de 1'6tat de soci6t6 police.
Les adventurers ferment pourtant une sociWi, peu complete, il est vrai, r6gie par les costumes de la c6te: on entendait par 14 un certain nombre d'usages observes par les Frares de la c6te, selon 1, nom qu'ils se donnaient entre eux. Ils ne se mariaient pas, vivaient entre eux dans une grande coDfiance et franchise, leg








HISTOIRE D'HAITI 19

uns h 1'6gard des autres, r6glaient leurs diff6rends par Yentremise ou Yarbitrage de leurs companions; en cas d'obstination d'une des parties h ne pas accepter la sentence, ils d6cidaient coup de fusil. Toute perfidie en ce cas 6tait punie de mort: on cassait la tAte h celui qui en 6tait convaincu.

RECRUITMENT DES ADVENTURERS. Us se recrutaient par enga-: gement de jeunes gens ou d'hommes ramass6s dans les ports de France. Ces engages 6taient d'ordinaire les gens les plus mis6rables dont la m6tropole ne voulait plus et qu'on raccolait pour les colonies, au prix de leur voyage aux Iles, 56 lives; As se dorinaient pour trois ans h un boucanier ou 4 un habitant qui payait leur passage; leur maitre pouvait les accabler de mauvais traitements, au risque de les fair moin-ir ou les revendre h d'aiitres. Les trois ans 6coul' les eng Is ent r6sist6 h cette dure
esii' ejp, qui avai
6preuve, devenaient bres PispoAaient de leur personnel; h leur tour, ils faisaient le m6tieyge boucanier ou de filibuster. Xupr des engages lib6r6s, d'Atres recrues appurtenant h routes le, ; classes de la soci6t6 et qui avaient pu payer les frais de la travers6e aux Iles, s'adjoignaient aux adventurers pour chercher fortune ou satisfa-ire leurs instincts.
Les adventurers s'associaient d'ordinaire deux deux et contractaient ainsi des alliances connues sous le nom de matelotage: cheque associ6 avait droit aux services de son matelot et en cas de mort, les biens de Fun passaient h I'autre.

FILIBUSTERS

ARMEMENT DES FLIBUSTIERS. Quand les filibusters tenti6rent les longues expeditions, ils durent se procurer, au lieu de leurs barques de pAcbe, des vaisseaux propres h leurs entreprises d'un si nouveau genre. Ils ne pouvaient en acheter, leurs resources suffisant peine h leurs plaisirs; ils se d6cid rent done, en prendre oh ils en trouvaient, c'est-h-dire aLix mains des Espagnols, eij s'en emparant par ruse ou par force; ils avaient I'avantage de les trouper ainsi tout 6quip6s et arm6s. L'exemple leur fut donn6 par Pierre le Grand, de Dieppe, qui, h la hauteur du Cap Tiburon, prit possession du vaisseau admiral de Id lotte des Indes, isoM en







20 EMSTOIRE D'HAITJ

ces parades, bien garni d'artillerie, de munitions et de provisions (vers 1659).

UNE EXPEDITION DES FILIBUSTERS. Les filibusters 6taient avant tout gens de la c6te oii ils s'effor aient de trouper de quoi vivre largement: ils devinrent vraiment filibusters quand comment& rent les expeditions lointaines; ils ne s'engageaient que poull une seule expedition: 1'exp6dition termin6e, ils recouvraient toute leur liberty de prendre service ailleurs.
Le chef. Le prestige du chef 6tait un des puissants motifs de Association qu'ils faisaient entre eux. Nussi le chef qui Youlait entreprendre une course faisait announcer son project b. la c6te et donnait rendez-vous h qui voulait le suivre. Nu rendezvous se d6battaient les conditions de Fentreprise.
11 en r6sultait ce qu'on appeliaiila chasse-partie, c'est-4-dire le contract oi 6tait fix6e sur out a t de butin revenant au capitaine, aux officers, aux homes, t demnit6 aux bless6s; puis
cette chasse-partie jur6e et sign6Nele navies mis en Rat on Rait prAt h se mettre en route, si d'ailleurs on 6tait muni de letters de course qui r6gularisaient 1'exp6dition. Les filibusters vivaient en effet sous la d6pendance de gouverneurs frangais ou anglais, forc6s qu'ils 6taient de se retired sur des terres adminisWes par ceux-ci afin d'y vendre leur butin et de jouir des sommes qui leur revenaient; or les gouverneurs qui couvraient de leur autorit6 des operations de vol et de* rapine, donnaient cependant 4 ces brigandages un semblant de 16galit6 en accordant des letters de course aux adventurers; par Ih ceux-ci n'6taient pas regards comme pirates et n'6taient plus suseeptibles d'6tre poursuivis comme tels; ils devenaient corsairs et prot6g6s hL ce titre par le droit des gens. Leurs letters de course ne les couvraient pas centre les repr6sailles de leurs ennemis, mais leur permettaient, au return de leurs d6pr6dations, de se faire adjuger letir butin de bonne prise, c'est-h-dire 16gitimement acquis, en payant des droits de-prise et de se le partager entre eux suivant leurs conventions. Les letters de course 6taient d6livr6es au nom d'un roi h des particuliers pour poursuivre les ennemis de ce roi, elles ont W en usage jusque dans la second moiti6 du xix' sikle.
Les filibusters n'6taient jamais dans Fembarras pour se procu-








MSTOME D'HAIn 21

rer des letters de course ou de marque, comme on disait encore; quand ils ne pouvaient en obtenir du roi de France parce que le roi de France 6tait en paix avec le roi d'Espagne, ils s'en procuraient du roi d'Angleterre ou du roi de Portugal ou des Etats des Pa-ys-Bas, car il 6tait bien rare qu'une puissance ne fut en confit avec les Espagnols.
L'exp6dition. Le capitaine Rait maltre souverain h son bord; mais son autorit6 ne lui donnait aucun privMge pour Fentretien, la nourriture: sur ce point tous Raient 6gaux. L'exp6dition consistait soit h s'emparer d'un vaisseau signaM en certain parades, soit h prendre une ville. Quel que fut Fobjet propose, les Flibustiers ne reculaient jamais, et le plus solvent, ils finissaient par Femporter, grAce h leur audace, h leur habilet6, h leur pers6v6rance /etssi h la terreur qu'ils inspiraient. Tout butin leur 6tait bo leur unique but 6tait de faire du
butin qu'ils pussent d6p ser pour leurs plaisirs; h tout, ils pr6f6raient cependant I et 1, argent; ils emportaient marchandises et m6taux, meubles et objets pr6cieux, enclaves, etc.; ils ne faisaient de prisoners que pour en tirer une ranQon; parfois ils les mettaient h mort par repr6sailles d'ex6cutions ordonn6es par les espagnols sur la personnel de Flibustiers ou mgme de simples menaces d'ex6cutions. L'exp6dition termin6e, on revenait en lieu sAr, on mettait en commuft tout ce qu'on avait pu importer, et, quand chhcun avait jur6 n'avoir rien d6tourn6, on faisait des parts 6gales qu'on trait au sort suivant la chassepartie. 11 ne restart plus h chacun qu'h d6penser ? son gr6, le plus solvent dans le jeu et la d6bauche ce qu'il avait ainsi acquis.

DABUTS DE LA FLIBUSTE. Les Flibustiers du XVjje si6cle (i)
tiennent aux pirates et corsairs du xvnl sWle, qui, d6s 152o ou Mo poursuivaient dans la mer des Antilles et le golfe du Mexi que les navies espagnols charges des denr6es des Indes et qui plus tard s'enhardirent h attaquer les villas maritime des Iles ou de la Terre Ferme, ou parfois mgme les villas de Yint&


(Y) Le, norn de Flibustiers vient, dit-on, du pee-boat on flee-boat, petit bateau dont us&ent les pirates anglais pour ran onner les c6tes des colonies espagnoles.








22 HISTOIRE D'RAITI

rieur. En 1536, une patache'frangaise prit La Havane (Cuba) et la mit h ran on; en 643, Yaguana, ville de la plane de Uogane, h Fentr6e des mores, fut pill6e par des frangais, ainsi que Porto Plata et la Maguana, cette derni6re situ6e sur le plateau de ce nom, tout au centre de File; les corsair de mAme nation infestaient alors les c6tes de Carthag ne, de Sainte-Marthe du Cap de la Vela dans la Colombie actuelle.
Apr6s les guerres de religion, les frangais reprirent leurs incursions dans les mers des Indes occidentales. Ils se conteWrent solvent de faire le commerce avec les espagnols dans les lieux 6cart6s et hors de la surveillance des premieres autorit6s; mais ce commerce de fraud en pays hostile ne donnait pas de profit assure; il fut pourtant Fun des motifs qui entrain6rent la suppression en 16o6 de certaines villas d'ilispaniola.
Plus tard, quand le premiers%,6tablissements frangais leur fournirent des retraites commodes Ares et h leur port6e, ces
marchands interlopes, h I'occasion N rousseurs de-barques ou de bourgades isol6es.6tendirent leurs operations et leurs brigandages. Le concourse des boucaniers et des habitants leur fut pr6cieux, bien que le commerce des peaux pr6par6es par les boucaniers et du tabac product par les habitants ne les int6ressAt aucunement, mais boucaniers et habitants profitaient des prises des filibusters et leur fournissaient de quoi faire ripaille terre et de quoi armer leurs navies.
La grande p6riode de la Flibuste commence vers i,66o et dure 4o ans environ. Apr s avoir attaqu6 les vaisseaux de haut bord, les filibusters s'enhardirent jusqu'h prendre d'assaut des villas fortifies; apr6s les coups de main t6m6raires, ils entreprirent de longues expeditions, non moins t6m6raires peut-Atre, ma.is qm demandaient plus de suite, comme 1'exp6dition de la mer du Sud (1684-A88); ils eurent d'abord leurs chefs h eux; ils accept rent ensuite la conduit d'un officer du roi, comme le gouverneur de la Tortue ou mAme un admiral de la marine royale, comme h 1'exp6dition de Cartbag6ne. Mais ce furent lh des exceptions. Les filibusters res0rent jusqu'au bout des irr6guliers qui ne surent se sournettre franchement qu'aux chefs Mus par eux et pour les enterprises de peu de dur6e.
S'ils furent braves h leurs beures et si m6me ils rendirent des







MTOII E D'HAITI 23

services, ils 6taient les gens les moins qualifi6s pour fonder une Colonies, parce qu'ils manquaient d'esprit d'ordre, de discipline et de justice sans sequel une soci6t6 ne saurait subsisted; d'ailleurs leur Moignement du marriage, leurs mceurs dissolves, leur penchant entretenu aux plaisirs les plus grossiers les en eussent emp6ch6s. Ils int6ressent pourtant I'histoire de Saint-Domingue par leurs d6pr6dations qui portaient I'aisance h la Me SaintDomingue et y attiraient des repr6sailles; ils composaient en oj.1tre une grande parties de la population et leur instinct d'insoumission persist chez les t6moins de leurs examples.
Nous avons d6jh not6 qu'un francais, Pierre le Grand apprit aux filibusters h acqu6rir h peu de frais un vaisseau de course; ajoutons que c'est un anglais qui inaugural les attaques centre les villas fortifies. Le frangais s'empara avec sa chaloupe, monWe de 28 homes d'6 Llipa d'un navire espagnol qui avait
2oo homes h bord; I angl Lewis Scott, vers 166o, pilla 'La
ville de CampAche dans I resqu'ile de Yucatan; peu apr s lui, .un autre anglais, John Davis, prit Nicaragua, Grenade, dans le royaume de Guatemala et Saint-Nugustin, en Floride.

LEs BoUCANIERS

Les Boucaniers ont pris leur nom du mot Boucan, qui d6signe le lieu oii les Indiens faisaient fumer la viande des animaux tu6s par eux. On distinguait deux esp ces de boucaniers: ceux qui chassaient les boeufs sausages pour en avoir le cuir: ce sont les boucaniers. proprement dits; ceux qui chassaient les cocoons marrons pour en preparer la chair: ce sont les chasseurs; les
-tins et les autres pratiquaient la chasse de m6me faC.on.
La chasse. VAtus d'un cale on et d'une chemise, d'ordinaire tout tacb6s de sang et de terre, coitf6s d'un chapeau qtii n'avait plus de bord que par deviant, chauss6.s de la peau d'une jambe de bcexif ou de coebon, arm6s de leur fusil de fort calibre h balls de 16 bL la livre, de deux ou trois coutelas pendus h la ceinture et d'un pistolet; de plus, portent en bandouilMre leur tente pour s'abriter la 4uit sous Fajoupa, ils allaient ainsi &s le matin en bande ou isol6ment, accompagn6s de leurs engages et de leur ,rAeutede 6 20 tRes. Ils tiraient autant de bceufs qu'il fallait




f








24 HISTOME D'RAITI

pour charger cheque homme d'un cuir. Les chasseurs au contraire tuaient parfois un grand nombre de cocoons, mais n'en ramenaient que les plus gras. Le soir venu, ils se rendai6t 4 Fajoupa ofi ils devaient passer la nuit et qui Rait celui ou' il's avaient dormi la veille ou hien un autre construct, dans la jpurn6e par Fengag6 qui avait eu le premier sa charge. U les boucaniers pr6paraient leurs peaux de bceufs en les tenant h Faide de chevilles de bois et en les frottant de centre, tandis que les chasseurs d6coupaient la viande des cocoons en fines aiguillettes d'une brass, la salient et la faisaient s6cher et fumer sur des claims au-dessous desquelles un brasier 6tait allum6: cette viande ainsi pr6par6e ne conservait gu re son gofit au del de six mois. Puis on prenait le repas compose d'ordinaire de viande fralche et de pimentade, qui n'6tait autre chose que la graisse de 1'animal assaisonn6e au pigment. 11 ne kstait plus qu'h transporter les peaux et les viandes 4 la c6te oii eNs Raient venues. La chasse n'6tait interrompue que le dimanch% encore ce jour 6tait-il le plus solvent r6serv6 aux voyages h la c6te. U n'6tait pas rate que les boucaniers eussent au milieu des bois des places d6frich6es oii ils plantaient des vivres et oA ils revenaient se reposer de leur chasse; ces lieux furent solvent d6sign6s du nom de leurs habitues, comme Boucan Mier, Boucan Brou ou d'une appellation plus g6n6rale Grand Boucan, Boucan Bois pin.

LES HABITANTS

Les Habitants se livraient hL la culture: leur premier d6frich6 servant h une plantation de vivres; puis la case Rait b1tie et l'on s'occupait 9 faire du tabac. Grace aux resources provenant de la vente de cette denr6e, I'habitant achetait d'abord des instruments de culture, et surtout du vin et de 1'eau-de-vie; il se procurait bient6t des engages, et quand il en avait un certain nombre, il cessait de travailler par lui-mAme et vivait en grand propri6taire. Avec les marchands des bourgs, les habitants furent le premier noyau stable de la colonies de Saint-Domingue: quand ils eureni acquis de tastes' habitations ils s'y fix rent et, le plus souvent y moururent. Beaucoup d'entre eux avaient connu les aventures des filibusters et la vie errant des boucaniers; ils avaient








HISTOIRE D'HAITI 25

parties li6e avec ceux-ci car tous n'avaient qu'un souci, attire le plus possible de navies marcbands h Saint-Domingue pour que le commerce y fut plus actif. L'esprit d'ind6pendance des uns influait sur les autres et comme tous passaient facilement d'un m6tier h Fautre, ils se sentient solidaires en face des agents du roi et maintenaient leurs franchises communes. Wailleurs Ia trop grande 6tendue de Ia Me habit6e rendait difficile Faction des Gouverneurs sur les habitants aussi bien que Sur les boucaniers et filibusters. .


CHAPITRE IV
Les Compa4nies de CoMmerce
DEUX[ItME PI FUODE ItTABLISSEMENT DE LA COLONIES
LEUR IMPORTANCE. nt mention des Compagnies de Commerce et de Navigation L' /a Domingue e.st pr6pond6rante pen.dant toute Ia p6riode d'6ta isse n de a lonie, jusqu'en 1720 environ. 11 est donc opportune de connaltre ca qu'elles furent, en quel but elles furent fond6es et I'histoire de Ia plupart d'entre elles.
11 y eut deux esp6ces de Compagnies: les Compagnies proprietaires des colonies qui y exerc rent le monopole de tout le commerce, importation et exportation, avec les services g6n6raux de police et autres et Gonc6d rent aux particuliers les terrains qu'elles tenaient du roi; les Compagnies de commerce proprement dites, qui obtinrent le monopole d'une branches du commerce. comme Ia trite des enclaves, 1'exportation ou l'importation de telle denr6e. Aupr6s du monopole de ces derni6res il faut ranger le monopole des fermiers g6n6raux du royaume, qui garden eri France le priviMge exclusif de Fintroduction et de Ia vente de certain products coloniaux, Sucre, caf6, cacao. Ce nom de fermiers leur 6tait donn6 parce que ils prenaient h ferme, de Fadministration rovale, leur privifte, moyennant une retribution qui repr6sentait ies droits d'importation des objets de Ia ferme.

BUT DE L'INSTITUT-ION DES COMPANIES. Dans les Lettres Patents portent verification du contract de r6tablissement de Ia.








26 HISTOiRr WHAITI

Companies des Isles (1635), il est dit express6ment qu'il est impossible d'6tablir des colonies par d'autre moyen que les particuliers forms en Compagnies. C'est le jugement du premier fondateur des colonies fran aises, Richelieu. Deux sysames de colonisation s'offraient en effet h I'Etat: entreprendre, par ses propres agents d6sign6s, r6tribu6s, surveill6s par lui, de conqu6rir et d'6tablir de nouvelles terres, ou bien laisser ce souci h des particuliers encourages et soutenus par I 'administration publique. Les particuliers s'associaient h cet effet, formaient un fonds common, 6quipaient des vaisseaux, constituent un comit6 directeur pour mener I'affaire hL bonne fin. L'Espagne et le Portugal avaient suivi le premier -yst me; Richelieu se ralliait au second, d6jh pratiqu6 par lAngleterre et que devait adopter ]a Hollande. D'ordinaire les terres d6couvertes et mises en rapport par les Compagnies, leur 6taient nnee e ropri6t6 sauf une
l6g re relevance au roi; mais il 'e it en tend7LIque, les colonies
0 s n
une fois form6es, c'est-h-dire h I c an ce dU privifte, reviendraient au roi: c'6tait le statute des Compagnies propriftaires.
La fin de la creation des Compagnies de Commerce proprement dites 6tait de favoriser telle branebe d'6changes entre les colonies et la m6tropole, en accordant des advantages 4 ceux qui s'y livraient; le tabac, le caV, etc., 6taient d'un usage encore restraint en Europe; il convenait, pensait-on, pour faire valor les colonies productrices de ces merchandise d'aider par des priyil6ges les importateurs h supporter les al6as d'un tel commerce. En mArne temps on rendait service h Findustrie m6tropolitaine qui trouvait exporter de ses products h proportion que les colonies lui fournissait des leurs.

LES COMPAGMES PROPRIATAIRES. Une premi re companies pour le commerce de ]a cote de Guin6e, nomm6, Compagnie des Indes Occidentales en Guin6e, fut 6rig6e en 16q.T: elle ne parfait pas avoir r6ussi.
110 Compagnie des Isles. Le 31 octobre 1626, Sur les encouragements et avec le concourse de Richelieu, une Compagnie des Isles de I'Am6rique fut fondue, au capital de 45..ooo lives, (( pour instruire les habitants... trafiquer et n6gocier tant des denr6es que merchandise. )) Le roi approval cette association ou com-








MSTOIRE D'HAIn 27

pagnie et donna (( cong6 et pouvoir aux dits d'Enambuc et du Rossey (c"6taient les chefs de Fentreprise), d'aller peupler privativement h tous autres les dites isles et icelles fortifier, y faire cultivar les terres et faire travailler h routes sorts de mines et de m6taux, moyennant les droits de dixi6me de tout ce qui en proviendra et se retirera d'icelles, qu'ils seront tenus de rendre au roi, franc et quite, le tout pendant le temps et space de vingt ann6es.
Les seigneurs de la Compagnie recevaient en outre pouvoir de faire la guerre aux pirates, et h ceux qui empkhent le commerce des FranQais au sud du Tropique du Cancer et 4 F (( Ouest des X ores. ))
On voit par le droit 6lev6 d' au roi par la Compagnie, droit du dixi me, combine Fon estimate ce que les colonies h 6tablir 6taient susceptible de rappo r.
Bient)t la Compagnie 62t it ses vues. Le 12 Wrier 1635, les Seigneurs associ6s sign6r. t un contract du r6tablissemen-t de la Companies des Isles de I'Am6rique; jusque 1h en effet ils avaient eu peu de succ s. Voici les principaux articles qui leur furent accords par le roi: art. lr permission d'occuper les fles du io' au 3o' degrd nord, le contract de 1626 ne leur accordait que les iles du ioo au )o" degr6; art. 3, passage de 4.ooo personnel aux Iles en 2o ans; art. 4, exclusion des 11 es de tous ceux qui ne se. raient par frangais et catholiques; art. 5, droit d'y construire des places fortes; art. 6, cession h perp6tuit6 par le roi de (( la propri6t6 des dites Isles en toute justice et seigneurie... sa dite Majest6 ne s'en conservera que le resort, la foy et homage Pt la provision de la justice souveraine qui lui seront nomm6s et pr6sent6s par les dits Associ6s )); art. io, pendant 2o ans privifte exclusif du commerce des Iles par la Compagnie.
Le 29 janvier 1642, intervint un nouveau contract, confirm Dar 6dit de mars suivant. Les mAmes priviftes de -i635 Raient reconnus h la Compagnie; en outre les merchandise des Isles 6taient exempts des droits d'entr6e en France et les diff6rends de hi Companies Raient 6voqu6s au Grand Conseil.
Ces encouragements successifs ne donn6rent pas les r6sultats qu'on en attendant; ]a Compagnie se trouva impuissante h user par elle-mgme de tous ses priviftes. Ms 1635, elle les partagea








28 EIISTOIRE WELUTI

avec la Compagnie des Marchands de Dieppe, en permettant I ceux-ci d'armer pour 1'6tablissement de la Guadeloupe; plus tard, elle profit du droit, que lui reconnaissait 1'6dit de 1642, de disposer de ses terres, comme bon lui semblerait, en verdant ]a Guadeloupe en 1649, la Martinique en 165o, Saint- Christophe en 1651. Les Associ6s rentr6rent ainsi dans leurs d6bours et les propri6taires substitu6s h la Compagnie, exerc rent tous les droits que la Compagnie avait obtenus.
Le morcellement des colonies sous plusieurs chefs rendait In I:olitique d'ensemble impossible; de plus chacun des propri6taires cberchant avant tout son int6rAt, comer a de pr6f6rence avec fes strangers, hollandaise et anglais, de sorte que la France ne trait aucun profit de ses colonies. Colbert devait changer cet ordre de chooses.
O Compagnie des Indes Occidenves. En 1656, se forma une Companies de ]a France m6ridionaN (Cayenne), dont d'Ogeron fut Fun des agents. Nous avons vu coriVnent d'Ogeron, pass6 h la Martinique, vit qu'il ne pouvait r6aliser les projects de la CompaP5nie et prit ]a rotate de Saint Domingue.
Un ddit d'oetobre A63 fonda la Compagnie de la France 6quinoxiale pour cr6er une colonies h Cayenne et h la Guyane. Cette companies parut propre h prendre soin des Xntilles franaises et un 6dit de mai A64, 1'6rigea en Compagnie des Indes Occidentales, dans laquelle tout fran ais ou stranger fut admis h prendre int6rAt.
Cet 6dit donnait h la nouvelle companies, la propri6t6, la seigneurie et la justice des terres qu'elle habituerait, pendant quarante ann6es, ainsi que des Iles de 1',km6rique venues h plusieurs particuliers par la Compagnie de A42, en remboursant aux propri6taires le prix de leurs acquisitions et augmentations, ne rdservant au roil que la foi et hommage-lige'k cheque mutation du roi, avec une couronne d'or du poids de trente mares. 11 autorisait la Companies, en ilualiM dd seigneur, (( 4 jouir des droits qui se levaient par les seigneurs proprikaires, h vendie ou inf6oder les terres & tels cens, renters et droits seigneuriaux qu'elle jugerait 4 propose, mettre le pays en Rat de defense, bL nommer et. pr-6senter les gouverneurs et les remplacer par d'autres auxquels le roi ferait donner ses provisions sans difficult6s, hL armer par mer,








IDSTOME D'HAM

h dtablir tous juges et officers, pour connaltre de routes affairs de justice, police, commerce et navigation, tant civiles que crim minelles, h d6poser et destituer ces juges et nommer et presenter sa Majest6 les officers n6cessaires pour composer les conseilg souverains qu'il conviendrait d'6tablir. ))
Les pays conc6d6s la Compagnie des Indes Occidentales sont les Isles de I'Am6rique, celle de Cayenne, et toute la terre ferme de I'Am6rique, depuis la rivi re des kmazones jusqu'h celle d'Or6noc, le Canada, I'Xcadie, I'lle de Terre-Neuve et autres isles et terre ferme depuis le Nord du dit pays du Canada, jusqu'h la Virginie et Floride, ensemble toute la c6te de I'Afrique depuis le Cap Verd, jusqu'au Cap de Bonne Esp6rance (( soit que les dits pa7s) nous appartiennent, soit que ladite Compagnie s'Y Rablisse.
Pour favoriser la Compagn, le roi lui payait 3o lives par tonneau de merchandise 81 char s en France pour les Isles et colonies et Ito par tonneau de m, rchandises charges aux Isles et colonies pour, la France. La Compagnie obtenait de plus le privil&-e exclusif du commerce pendant 4o ann6es; 'Lin tarif des droits d'entr6e en France des products strangers et, des colonies fut pAIM en cette mAme ann6e 1664.
11 eut M difficile de se montrer plus liberal enters une association priv6e et qui devait rapporteur de grand b6n6fices aux associ6s: de semblables dispositions ne s'expliquent que par 1'expoir d'avantages considerable, provenant des colonies une fois Rablies, pour FEW tout enter. La Compagnie ne rdussit pas.
(( Affaiblie par ses efforts pour faire valor des possessions si Moign6es les unes des autres, la Compagnie deviant bient6t impuissante pour en exploiter le commerce qui Rait le seul objet que le minisOre avait envisage dans son 6tablissement: elle fut r6voqu6e par 6dit de d6cembre 1674,,
a La propriM, la seigneurie, le domain utile des fleg furent r6unis au domain du roi; leur commerce fu.t rendu libre & tout franpis: cette revocation Wentrafne point d'autre changement. ) (Petit). Toutefois la jouissance des revenues par le roi ne devait commencer qu'au i" janvier r681.
11 convent de noter cependant que, avant A74, le commerce dea Iles avait W permits A tout franVais moyennant licence de la







30 HISTOIRE WHAITI

Companies et pavement d'un droit; que la licence elle-m8me fut ddclar6e non n6cessaire et que la Compagnie se content d'un droit sur les merchandise: c'6tait d6jh un acherninement hL la liberty du commerce. En effet, la Compagnie de 1664, pas plus que celle de 1662, n'avait pu profited par elle-mAme de tous ses privileges; c'est pourquoi elle avait permits h tout fran ais le commerce des Iles et colonies, sauf licence et relevance. La redevance fut d'abord de 6 livreg par tonneau, puis de 5 o/o des marchandises export6es des Iles, enfin de 3 '/0 (4 juin A70; les marcliandises import6es de France aux iles 6taient exon6r6es de tout dr-At par un arrAt du Conseil du m8me jour.
Les 3 */0 maintenus h la suppression de la Compagnie, furent d6sormais verses, h Ventr6e en France, au fermier du domain d'Occident et qualifies par suite droits du domain. Les autres droits qui existaient depuis A64 hi introduction dans le royaume
I
des denr6es colonials, furent ega ent maintenus; ils 6taient pay6s divers fermiers (i). N
W) Companies de Saint-Domingue. En A98, la Compagnie de Saint-Domingue re ,ut du roi avec les mAmes priviftes que ]a Companies de 1664, la c6te sud de Saint-Domingue, sur une profondeur de trois lieues, deptjis le Cap Tiburon jusqu'h la baie de Neyba. Son histoire int6resse particuMrement la Colonie de Saint-Domingue, nous y reviendrons.- Elle fut supprim6e en 1720; une parties de ses priviMges passa h la Compagnie des Indes. Gette derni6re, vaste enterprise financi6re qui n'avait pas comme objet principal les colonies, fut h la fois companies propri6taire et companies de commerce.

LES COMPANIES DE COMMERCE. X la suppression de la Compagnie des Indes Occidentales, le Roi ou FEW recouvra le domaine des Iles et Colonies; le droit de commerce 6tendu d6jh h tout fran ais fut restraint 4 1'6gard de certain objets dont 1'6change constitua un monopole en faveur de certaines Compagnies.

(r) On entendait par droits du dornaine, les droits qui r6sultaient du hant-dornaine du roi sur les biens des particuliers; le dornaine d'Oecident comprenait ce haut-domaine aux Colonies Comme les autres revenxis. les revenues du dornaine 6taient afferm6s.







IEUSTOIRE D'HAITI 311

Companies du Singgal el de Guinge. Avant m6me sa suppression, en 1673, la Compagnie des Indes avait c6d6 au roi son privMge de commerce exclusif h la C6te de Guin6e, parce qu'elle ne pouvait supporter les frais de trois lives par tAte de Noir introduit aux Iles, qti'elle 6tait tenue de payer comme prime ati Capitaine n6grier (Le roi de son cot6 accordait une autre prime de cinq lives h Farmateur du navire faisant la trite des esclaves). C'est alors qu'une notivelle Compagnie, dite du S6n4gal, obtint pour quinze ans les priviNqes de la Compagnie de 1664 en Guin6e, h charge de transporter -).ooo esclaves par an aux Iles.
La Companies du S6n6gal ne put remplir ce dernier engagement et sous-loua son bail, sans succ s d'ailleurs; et comme elle maintenait son privifte exclusif de commerce en interdisant h d'autres [a trite, le roi, par 6dit de janvier 1685, scinda la concession de 1673, re'serva h la Compagnie du S6n6gal le privifte exclusif du commerl du Cap Blanc h Sierra Leone et accordant les m6mes droits h une nouvelle companies dite de Guin6e sur le reste de la c6te occidental, depuis Sierra Leone jusqu'au Cap de Bonne Esp6rance, h charge par chaeune des Companies d'introduire par an i.ooo eselaves aux iles. Par cet 6dit, les merchandise transporters en Guin6e 6taient exempts de tous droits, et les merchandise proyeriant de la vente ou troc des esclaves Raient exon6r6es de la moiti6 des droits; de plus ]a prime par Ote d'esclave Rait port6e h 13 lives.
Ces modifications ne relev6rent pas la Compagnie du S6n6gal. La Companies de Guin6e dura jusqu'en 1716, oh le commerce de Guin6e fut rendu libre moyennant tin droit de 2o lives k payer au roi, par t8te d'esclave, au return au port d'embarquement et 3 lives par tonneau de la conteriance des navies, h Feffet d'entretenir les forts A la cote de Guin6e.
A certain 6poque cependant, la Compagnie de Guin6e donna les plus belles esp6rances; en 1702, lors de la guerre de la succession d'Espagne, Ducasse qui Rait directeur de la Compagnie en mAme temps que gouverneur de Saint-Domingue, n6gocia avec le roi d'Espagne le trait de I'Assiento, pour la furniture des enclaves aux colonies espagnoles; jusque IA I'Assiento avait W coneM6 aux Anglais; il leur fut rendu en 170 h la paix d'Utrecht.
A la suppression de la Compagnie de Guin6e en M6 fut main-








32 HISTOIRE D'HAITI

teiaue la faveur de la reduction de la moiti6 des droits d'oetroi en France pour les merchandise de Guin6e ou des Iles provenant de la vente des enclaves.
Adnsi done les advantages accords aux Compagnies tournament bient6t au profit des particuliers, quand les Compagnies se voyaient obliges de r6silier leur contract; les encouragements que les Compagnies avaient obtenus, p rce qu'elles les jugeaient n6cessaires ?i leur succ6s, ne devaient pas moins aider en effet ceux qui, h leur d6faut, entreprenaient le mAme commerce.
Les Fermes. Les Compagnies propri6taires s'6taient r6serv6 le traffic des denr6es de leurs territories oit Favaient accord h d'autres, mo-yennant relevance qu'on jugeait injuste parce que les affairs trait6e par la Compagnie elle-m6me 6taient exempts de cette charge. Cette fagon de pique pourquoi la suppression de la Compagnie de 1664 fut cueillie avec faveur par les
Colonies, quoique elle ne dut pas m e tre un terme aux ennuis de leurs habitants. Saint-Domingue surtout ne profit gu re de cette suppression.
La vente du tabac en France avait W afferm6e au d6but dii XVIP siMe; elle fut conc6d6e en T664 h la Compagnie des Indes et maintenue par ordonnance royale dU 27 september 1674, 'in nouveau fermier fut substitu6 h la Compagnie pour cet objet; il eut le monopole de Yintroduction du tabac en France, soit pour la consummation du royaume, soit pour le transporter h 1'6tranger, apr s entrep6t dans des ports d6sign6s h cet effet. Comme le commerce des colonies 6tait interdict avec I'Aranger par ordonnance du A juin 1670, tout le tabac de Saint Domingue, alors la principle denr6e de ]a colonies, dut sWouler par les fermiers; soit h cause du prix de vente maximum du tabac, fix6 par Mit de 1681, au-dessous de ce qu'en esp6raient les habitants, soit par suite du d6bit restraint du tabac en France, le fermier n'en exporta de Saint Domingue que des quantit6s d6risoires et h des prix tr s bas; il affectait en outre de consider le tabac de Saint Domingue comme fort inf6rietir en quality et s'6tait fait autoriser A en restreindre Fexportation (1698). De M s'ensuivit le m6contentement puis le d6couragement des habitants. Malgr6 les r6clamations des colonies la ferme du tabac subsist. La Compagnie







HISTOIRE WHAITI 33

d'Occident s'en rendit adjudicataire en 1719; mais d6jh depuis longtemps Saint Domingue s'6tait livr6 h d'autres cultures.
D'autres fermes furent tent6es vers le rn me temps: un 6dit de janvier T69. 6tablit le privifte exclusif pour la vente du caf6, du tM, du chocolate et autres (sorbee, vanilla, cacao). Cette ferme qui alors int6ressait peu Saint Domingue, fut converted le 12 mai A93 en tin droit payable aux entrees.
La ferme du caf6 fut r6tablie plus tard, de 1723 h 1736 en faveur de la'Compagnie des Indes. I
Companies des Indes. C'est la plus c6l6bre des Compagnies de I'Ancien B.6gime. Elle succ6da h la Compagnie d'Occident, fondue par Lettres Patentes d'aoAt 1717, avec Law pour directeur.
Law pour 6tendre les operations d'une Banque d'escompte et de circulation qu'il avait 6tabje, forma une Compagnie par actions, sous le nom de Comfgnie d'Oecident, pour 1'exploita6 )n et le commerce de la Louisiane et dii Canada. Le privil,6ge de la Companies 6tait de 6 ans et de grande facilities et charges de dreits lui 6taient accord6es. On sait que le B.6gent, Philippe d*Orl6ans, qui gouvernait alors au nom du jeune roi Louis XV,. i)rdanna que les actions de ]a Compagnie seraient reVues dans les caisses de FEW au m6me titre que les billets de Banque. C'6tait I& une grave imprudence: les billets de la banquet 6taient garantis par du num6raire, les actions n'avaient de valour que par le b6n6fice r6alis6: m ettre les seconds sur le pied des premiers donnait le m6me credit h des titres d'un Prix certain et h des titres d'un Prix variable.
La Companies eut d'abord peu de succ s; ses actions, pay6es pour les trois quarts de leur valour en billets d6prki6s, se n6gociaient au-dessous du pair. Aussi pour la reliever, Law pensat-il & 6tendre, ses operations. 11 la fusionna avec trois autres companies colonials qui v6g6taient depuis longtemps, cells de Guin6e, des Indes Orientales et de la Chine (mai 1719) et lui donna le nom de Compagnies des Indes, avec jouissance des priviftes ordinaires des anciennes companies. Attentifs N attribuer h sa Compagnie de nouvelles sources de revenues, Law lui fit adjuger le monopole de la vente des tabacs (17 octobre r720), la Companies d'Occident ayant eu d6jh auparavant la ferme pour Fentr6e des iabacs; puis il deviant adjudicataire des fermes g6n6-








34 HISTOME D'HAM

rales. X la suppression de la Compagnie de Saint Domingue, les privikges de celle-ci pass6rent encore h la Compagnie des Indes qui par suite acquit la propri6t6 des terres non encore conc6d6es 4 ]a bande du Sud et le monopole de Fintroduction des enclaves dans ]a colonies. Enfin par diverse measures, prises par Law, il se fit que tous les titres mobiliers, contracts de rente, papers circulates, 6mis par I'Etat, furent, 4 exception des Billets de Banque, transform6s en actions de la Compagnie.
Cette confidence qui remettait aux mains d'un homme routes les valeurs du pays, grisa les t6tes; le public fit cr6dit h Law dans la measure oii I'Etat se livrait h cet homme. Les actions, primitivement de 5.ooo lives, mont6rent en november 1719 h 20-000 livres, d'ok speculation et luxe effr6n6. Mais on se ressaisit quelque peu. Les revenues certain de Ia C mpagnie Wallant pas au cinqui me des sommes n6cessajres our fournir un dividend proportionn6 au prix des actions, le r6alisations comment rent. Law essay de souvenir le cr6dit des actions en augmentant encore les operations de la Compagnie et en les 6tendant aux manufactures et p6cheries; puis il prit diverse autres measures qui n'eurent d'autre effet, pr6s des gens averts, que de leur faire pr6f6rer Fargen t aux actions comme plus stable. Enfin il rendit les billets de sa banquet solidaires des actions de sa Compagnie; d'oii baisse des billets et d6bAcle. Law tenta de saver la Compagnie en r6duisant son capital; le 17 5uillet 1720, un 6dit impose k- la Compagnie Fobligation de retired cheque mois un nombre d6termIn6 de ses billets et en return ses privileges furent d6clar6s perp6tuels; le mAme jour, ]a Banque fut autoris6e, vu la raret6 du num6raire, h ne plus payer que dix lives en esp6ces h la mgme perso-nne. La panique ne fit que s'accentuer; Law fut enfin forc6 de se retired. La Compagnie des Indes continua h subsisted, mais ses operations -ge born6rent h exploitation des colonies de sa roncession; h Saint Domingue, les exemptions de la Compayrnip pour introduction de 3o.ooo esclaves dans 1'6tendue entire de ]a colonies, furent r6voqu6s en '1724. A. la bande du Sud elle c6da Res privilege au roi et cette parties de Saint Domingue retomba sous FautoritA du Gouverneur.







WSTOMB D'HMn 35

CHAPITRE V

D'04eron 1665-1675

COLBERT, X la mort de Mazarin, Louis XIV prit lui-mAme les functions attributes au premier ministry sous le r gne de son p re. 11 appeal h son counsel des finances Colbert et lui confia la charge de contr6leur g6n6ral. X ce titre Colbert s'occupa du commerce et des colonies; et pour redonner de la vie aux possessions frangaises d'outrerner, abandonn6es pendant la Fronde et la minority du roi, il institua en mai 1664 la Compagnie des Indes Occidentales, avee les privileges d6jh signals plus haut. Dans la suite le Contr6leur g6n6ral deviant Secr6taire d'Etat et fut charge du department de la Marine ainsi que du commerce (mars 1669), dont de Lionneitait auparavant pourvu, c'est-hdire qu'il eut Aans son d6parpment la marine de routes les provinces du royaume, comme aussi les gaMres, les companies des Indes Orientales et Occidentales et les pays de leur concession, le commerce, tant dehors que deans le royaume et tout ce qui en depend )), etc. Colbert passe b bon droit comme le plus habile ministry de la Marine et da Commerce qu'ait eu Fancienne Monarchies. Sous son impulsion, les colonies se fonArent, s'organis6rent et pr6par6rent leur grande prosp6rit6 de la fin du XVIII6 si6ele.

DU RAUSSET ET D'OGFRON. Nous connaissons d6jhL ces deux
homes.
Du Rausset 6tait en France depuis T663; il avait laiss6 son government de la Tortue son neveu, Al. de la Place. 11 refuse de reconnalitre I'autorit6 de la nouvelle Compagnie des Indes Occidentales sur des terres qui, disait-il, avaient 06 conquises par les Flibustiers et Wavaient pu appartenir h la Compagnie des Iles, dissolute pour faire place L la Compagnie des Indes.
L'6dit de creation de celle-ci conc6dait les Iles, propri6t6 de ]a prem0re, et pr6voyait une compensation en argent pour les particuliers qui avaient acquis les Petites kntilles, la Martinique, la Guad0oupe, Saint- Chri stophe. Or pour La Tortue il n'6tait pas fait mention d'anciens propri6taires; elIe 6tait done donsid6rde







36 HISTOJI E D HAITI

comme un territoire sans maitre, centre quoi protestait du Rausset; File appartenait aux Aventuriers qui s'y 6taient 6tablis; elle ne pouvait done C-tre comprise dans le domain ni de Fancienne ni de la nouvelle Compagnie. On eut en outre la preuve que du Rausset avait tent6 de vendre 4 I'Angleterre ce qu'il appelait ses droits sur la Tortue. Enferm6 h la Bastille pour ces faits, il n'en sortit qu'apr s sa parfait submission aux vues du Gouverne. ment. 11 ne retourna pas aux Res.
Avant que cette cession officielle eut 06 faite, d'Ogeron avait sollicit6 la place de gouverneur pour le roi h la Tortue. 11 l'obtint (fin 1664). 11 prit possession de son government en juin 1665. Nul n'6tait plus qualifi6 que d'Ogeron pour commander h la Tortue; it avait 06 boucanier, au besoin il savait commander une expedition de filibusters, it avait la perspicacity de Fhabitant; en mAme temps il voyait avant toutfill'int6rk de la France, dans Fkablissement de la Tortue et deV c6te Saint Domingue et h cette fin se mantra ioujours pr6t sacrifice son bien et le d6pensa en effet. Son intr6pidit6 et son d6vouement h la cause commune lui valurent ]a confidence de ses administers, autant du moins que cette confidence pouvait kre accord6e un chef revAtu d'une autorit6 qui ne d6rivait pas du consentement des administr6s. On devine par 1h quelled patience et quelle 6nergie il lui fallout pour gouv erner ces ingouvernables.
Les habitants lui firent en effet leurs conditions: its ne seraient jamais soumis une Compagnie mais au roi seu]; ils ne souffriraient pas qu'on leur interdict le commerce avec les Hollandais. Agent de la Compagnie, autant que officer du roi, d'Ogeron usa de managements. Nous savons d'ailleurs que la Compagnie fit bient(5t des concessions, puisque elle permit le commerce des colonies h tout Fran ais movennant un droit de 5 o/o puis dt ,
3 o/o.
D'Ogeron avait W nomm6 pour trois ans en 1664. En 1668, il rentra en France pour renouveler ses pouvoirs; pendant soil absence, son neveu, de Pouancev, prit Vint6rim du gouvernement.
Une second fois en x675 il se rendit encore en France; de Cussy le rempla a h Saint. Domingue. D'Ogeron mourut en France








EUSTOIRE D'HAITI 37

le 31 janvier 1676; en ces derni6res ann6es une 6pitaphe h sa m6moire a W place h 1'6glise Saint-Severin h Paris:

ETAT DE SAINr DOMINGUE EN 1665. Outre les boucans d6jk cit6s et assez instables de leur nature, les pQints d6jh habits -h ]a c6te Saint Domingue, en 1665, sont dans le nord Port Margot, oii d'Ogeron introduisit en 1666 ]a culture du cacao, et Port de Paix dont le neveu de du Rausset, de la Place, avait jet6 les premiers fondements en 1663: au C ul de Sac dans I'Ouest, les posters de L6ogane, Grand GoAve et Petit GoAve; dans la presquIle du Sud, ceux de Nippes avee d6jh qUatre paroisses, deux plus anciennes, le Rochelois (oh est aujourd'hui la Petite Rivi re de Nippes) et Nippes (aux environs du Petit Trou actual), deux plus rkentes, datant de 166.3 MiragoAne et Barad6res qui limitaient h ses deux extr6mitile quarter de Nippes.
Entre la Plaine de Leoghne et le Petit GoAve le depart se fit tout naturellement en sorte que les Flibustiers furent attir6s par le port cle Petit GoAve (Iiii offrait h letirs barques un abri sAr et .acile et que les habitants se por0rent vers la Plaine de. L6ogane, d6j" i-eDomm6e pour sa fertility. Deux bourgs y fnrent constructs, ceu-, de la Petite Rivi re et de I'Ester, totis de jx process de ]a mer o i les marchands abordaient facilement pour charger les denr6eq et d6poser leurs provisions. La PI'RiDe e( t vite une certaiDe prosp6i-W, I'Ester siirtout car la Petite Rivike resta longtemps miserable. Petit GoAve, malgr6 la commodity de son port, ne deviant pas iin entrep6t des prodiiits du pays: on a pti dire qtie le bourg du Petit GoAve 61ait desert quand les Flibustiers 6taient 6ri champagne.
Les bourgs n'avaient gu6re de maisoris ou de cases, mais de simples abris ouverts N toils les vents assez semblables ceux des habitants dans leur d6ifricU oil ebaciin dormant rouI6 dans une toile de tente, sous la garde de son chien; bientot s'y a.joiiOrent des magasins ferm6s pour recevoir le tabac pr6par6 dans I'lle et les merchandise d'Europe.
La Torture comment ,ait d6jh h d6cliner, par suite de 1'6migration des habitants vers la Grande Terre oil le sol Rait de meilleur rapport. D'Ogeroh hii-mArne en donna 1'exemple puisqu'il se crida tine habitation h Port Margot. Mais la Tortue continuity







38 HISTOME D'HAM

d'6tre tr s fr6quent6e par leg Flibustiers; il sembla bon d'y maintenir le sfte du government et en consequence d'y conserver une population assez nombreuse. Pour ces motifs d'Ogeron ne permit le commerce dans I'lle qu'aux marchands qui y auraient une habitation. Cette ordonnance eut son effet; comme le commerce avec les Flibustiers 6tait fort lucratif, I'lle eut, en A69, i.5oo individuals Rablig, au lieu de 4oo en 1665. Ce ne fut pourtant qu'un arrAt dans la d6cadence de la Tortue. A measure que des groups plus compacts d'habitants se formaient la Grande Terre, leg 6tablissements offraient plus de s6curiM centre leg Espagnols et attiraient advantage lea adventurers. En iMx, la Torture n'eut plus qUe 28o individuals dont 18o blanks.
Pour d'Ogeron lui-mgme la Tortue cessa bient6t d'8tre le centre de son government: il aurait voulu. y voir un gouverneur particulier afin de rester libre lui-m de se porter A toug lea points de la c6te oii sa presence i n ssaire.
II construisit n6anmoins dans I'lle h la Basse-Terre, h 120 tosses de la mer une tour ronde hL trois batteries superpos6es capable de d6fendre Vacc s du rivage. Cette tour 6tait de magonnerie et mesurait dix pieds d'6paisseur de mur et trente-six pieds de diam6tre int6rieur. Elle fut d6truite en 1776, parce qu'elle menagait ruine.

PROJETS DE D'OGERON. D'Ogeron n'avait qu'un but, donner de la solidity h la nouvelle colonies en y fixant des habitants, en multipliant lea posters, en lea reliant entre eux par des chemins.
11 d6pensa de sa fortune particuli6re pour faire passer de nombreux engages h Saint Domingue, pour donner aux nouveaux habitants leg moyens de s'6tablir, en pourvoyant hL le urs premiers frais, pour rattacher h son government lea Flibustiers qu'easayait d'attirer h soi le gouverneur de la JamaYique, en laissant aux capitaines et aux 6quipages une parties de ce qui lui revenait sur lea prises. Enfin il contribua hL former des families, en faisant venir de France des files qui se mariaient dans ]a colonies. Deux ordonnances rendues par lui et solvent renouvel6es dans la suite t6moignent de sa solicitude pour son government: une premi6re concernant lea vivres 4 planter, de fa on que la colonies, toujours en guerre avec quelque vision, put se sufflre 4. elle-m6me







HISTOMIR D'HAM 39

sans vivres imports d'Europe; la second, obligeant les habitants bL avoir un nombre d'engag6s sup6rieur h celui des enclaves, afin que I'Mment originaire d'Europe Femportht sur tout autre. Cette derni6re ordonnance ne fut pas observe et bient6t le chiffre des esclaves surpass de beaucoup celui des libres.
Le plan de d'Ogeron dans la creation de nouveaux Rablissements .6tait d'occuper les cotes afin d'enserrer les Espagnols dans un r6seau de posters fran ais qui ne leur permit plus d'autre acc6s h la mer que par la ville de Santo-Domingo, dont il lui 6tait impossible de s'emparer; Ainsi il affaiblirait les Espagnols en entravant leur commerce et peu ?L peu il tiendrait toute Vile h sa me'rci, ce proc6d6 a-%;ait d6jA r6ussi aux Anglais h la JamaYque. X cet effet il fortifia la colonies de Samana qu'il voulait aussi forte que la Tortue, puis il comMe a h former des centres d'habitants h la bande du sud, en commqj ant par la plaine du Fond de I'lle h Vache (i). S'il rdussit h Samana, il 6choua dans le sud. Ce project d'ailleurs 6tait d'ex6cution difficile et h longue 6ch6ance. A la re prise de la guerre avec FEspagne en 16-73, d'Ogeron pensa arrived h son but d'une autre fagon; il demand h Colbert une lotte pour bloquer laville de Santo-Domingo pendant qu'il attaqueraitla ville par terre la prise de ]a capital devait d6cider du sort de Yfle entire; la lotte demanded ne vint pas. Plus tard il press le ministry de fonder une colonies h ]a Floride,.pour ravitailler au besoin Saint-Domingue et offrir.h Foccasion un refuge aux habitants de la Tortue.
Dans la n0me intention de prendre Possession de File entMre et pour Uiettre la Tort-Lie en relations plus directed avec le Cul de Sac, il fit tracer un chemin a travers la presqu'lle du nord-ouest, de la rivi6re sal6e de Port-de-Paix h Port-h-Piment (2), (1666); il proposal d'unir par une route Petit GoAve h Aquin (1669); d6jL auparavant il avait tent6 de relief le Cul de Sac h la plane du Fond de Hle

(T) La Plains du Fond de FTle h Vache est la plane des Cayes; I'lle A Vache tient son nom du nom indien Abaca, qu'elle continuity de porter; la bale abrit6e par I'lle fut le Fond de I'Tle A Vache, et la plane qui confine A ]a We deviant la Plaine du Fond de I'lle A Vache ou implement Ja Plaine du Fond.
(1) 11 s'agit ici, non (Is Port A Piment du Sud entre les Coteaux et Tiburon. mais d'un lieu proche des Gonalvez oti Yon a trouv6 plus tard des eaux thermals, d6signies avant la B4volution sous Is nom d'Eaux de Boynes,









4o IHSTOME D'HAITI

Vache, quand il y avait crM le poste dont il est parM plus haut: ces essays, sans succ s pour le moment, pr6paraient lea esprits h concevoir une colonies plus homog6ne, oij tous seraient solidaires lea uns des autres.

LEs FLIBUSTirRs. Quand d'Ogeron deviant commandant de la Torture, le Portugal 6tait en guerre centre I'Espagne; et, comme la France, sans Otre mAl6e ouvertement au conflict, inclinait pour lea Portugais, d'Ogeron procure aux Flibustiers des letters de courses 6man6es du roi de Portugal. En 1667 la guerre fut d& clar6e entre la France et I'Espagne (guerre de D6volution); elle se terminal bien vite, il est vrai, au. trait de Nim6gue (1668); mais ]a guerre de Hollande, 6clatant bient6t, aboutit h la Premi6rt, Coalition dont fit parties Charl II d'Espagne: lea hostilit6s reprirent donc h 1'6gard des Espalekiols jusqu'h ce que le trait de Nim gue r6tablit la paix (1678)L'A.ngleterre et la Hollande entr6rent en hostilit6s d6clar6es centre la France la premiere de 1666 (26 janvier) jusqu'en 16- 7 T puis de j674 jusqu'au commencement de 1677; la second -pendant ]a guerre de Hollande de 167 2 h ]a paix de Nim6gue, io aoAt 1678. Les connits avec I'Angleterre int6ressaient peu lea Flibustiers, parce que entre Flibustiers anglais et francais il -v avait communaut6 de -vues; nous verrons que la guerre de Hollande fut Foccasion d'une expedition fran aise aux Antilles h laqi-ielbprirent part lea Flibustiers; mais ce fut surtout la guerre uvwI'Espagne qui donna k ces deniers occasion de courses et -Vexp6ditions: le gouverneur de Ja Tortue put donner h leurs entreprises un caract6re de 16galit6 qui leur permettait de vendre leurs, prises ouvertement et sous la protection des lois.
Deux chefs Flibustiers, I'Olonnais (i) et Michel le Basque, pr6parZ rent et men6rent h terme la premiere des grades entreprises de cette 6poque si f6conde. Avant que d'Ogeron eut pris possession de son government, ils don.n rent par toute la c6te un rendez-vous dans ]a baie de Bavaha (Fort Libertd); ils y r6unirent quatre cent quarante homes sur six bAtiments et se ren

(i) L'Olorfnais doit ce norn A son lieu d'origine, lps Sables d'Olonne: en ne lui connalt pas d'autre nom il en est de rn rne de Michel-le-Basque el. -4p beaucoup d'autres flibustlerg.







MSTOERE D'HArri 0

direct au lac de MaracaTbo, (dans le Wnkuela). Us export rent sans peine le fort qui d6fendait Fentr6e du lac, occup6rent la ville de MaracaYbo, la pilMrent, y firent bonne ch6re pendant quinze jours et se jet6rent sur la ville de Gibraltar, au fond du lac, oil s'6taient retires les Espagnols avec les richesses qu'ils avaient pu importerr mais d'oil aussi biewils s'6taient d6jh enfuis vers Fint6rieur du pays. Le butin en joyaux, pierreries or et argent, tabac et cacao fut estim6 h quatre cent mille 6cus; il fut distribiA entre les Flibustiers au. port des Gonalives oh les navies avaient atterri h leur return. (Novembre A66). Peu apr s un parti de soixante Flibustiers pilla la ville de Granada sur le lac de Nicaragua; de son c6t6 I'Olonnais r6solut une nouvelle expedition sur la mAme c6te; il y 6prouva des revers et des succ6s, puis fut saisi par les Indiens et mis h mort; ses companions revinrent h la Tortue.
Comme, h Saint Domingue es Espagnols poursuivaient avec plus d'audace que jamais les oucaniers et les habitants, d'Ogeron, h la declaration de guerre de 1667, songea hL attaquer Santo Domingo, puis se content de se porter sur Santiago de los Caballeros, en d6barquant h Porto Plate. D6jh les habitants de Santiago avaient pris la fuite avec leurs biens; aussi le pillage rendit peu d'argent; des incursions sur les hates du voisinage donn6rent lieu h des massacres d'animaux; cheque Flibustier eut pour sa part trois cents 6cus, mais le r6sultat moral fut considerable, car, pour la premi4)re fois, h Saint Domingue, les Fran ais se montraient capable d'une expedition importance.
D'autres illes furent pill6es (sur la c6te de Colombie ou du Venezuela), Santa-Martha, MaracaYbo (pour une second fois, par Michel le Basque), Coro, Caracas, Cumana, avant que la nouvelle de la paix d'Aix la Chapelle n'arrivAt aux Iles. Mais les hostilit6s des Flibustiers centre les Espagnols ne cess6rent pas* pour autant; sous pr6texte qu'ils n'avaient pas donn6 leur con-sentement h la paix.
L'ann6e mAme ofj fut sign6 le trait d'Aix la Chapelle (1668) sous la, direction d'un Flibustier anglais, Morgan, ils prirent Porto Bello (dans Fisthme de Panama) et en 167o la ville m6me de Panama, sur la c6te de la mer du Sud (Oc6an Pacifique). Cette expedition de Panama, Fune des plus c6Mbres, fut pr6par6e h I'lle h Vache. A, la suite du pillage de Panama, Morgan, trompant







41 JEUSTOM WHAM

la vigilance de ses companions, s'enfuit h la Jamalique avec ce qu'il y ayait de plus pr6cieux dans le butin et frustra ainsi les Flibustiers fran ais de la part qui leur revenait. Bon nombre de ces deniers, ne pouvant mieux, et c6dant aux conseils de d'Ogeron, commenc6rent les 6tablissements de la Plaine du Cap sous la direction de Fun d'entre eux, Pierre le Long. Le Bas du Cap de la Petite Anse (i), qui devait devenir plus tard la ville du Cap fran ais fut 6rig6e en paroisse, quand, en A76, une parties des habitants de Samaria s'y rendit sur Fordre du Gouverneur.
La paix a-vec FEspagne laissait subsisted 1'6tat de guerre avec I'Angleterre; en cette occasion qu'il jugeait favorable, d'Ogerori eut voulu attaquer les anglais de la JamaYque; it pr6para ses vaisseaux h la Tortue, mais dut renoncer h son project parce que it ne re ut pas temps les scours indispensable qu'il attendant de France, car it ne pouvait compt beaucoup sur les Flibustiers, attaches aux knglais. A
Quand la guerre de Hollande eut W d6clar6e, M. de Baas, gouverneur g6n6ral des Iles, d6cida de faire une expedition centre les Hollandais de Cura ao; it donna ordre h d'Ogeron d'y prendre part, avec tous les adventurers qu'il pourrait assembler. D'Ogeron r6unit quatre cents homes qu'il r6partit sur deux vaisseaux; un seul de ces vaisseaux avec cent bommes prriva. h Cura ao; Yautre sur sequel 6tait mont6 d'Ogeron, 6choua sur les c6tes de Porto-Rico. Les trois cents homes qui 6taient h bord furent retenus prisoners et massacres pour la plupart; c'6taient des boucaniers. La perte pour Saint Domingue fut considerable parce quAle private la colonies de ses meilleurs d6fenseurs. Quant h d'Ogeron it put 6chapper aux ennemis, revint hL la Tortue, 6quipa iin ,aisseau et Out demander compete aux Espagnols de PortoRico du meurtre de ses companions. It ne songeait qu'h se avenger; h cet effet, it parcourut I'lle, la d6vasta et au moment de rembarquer, kaiit tornb6 dans un guet apeDS, it fit un vrai carnage des Espagnols 4 qui it s'6tait heurt6.
L'exp6dition de Cura ao n'eut pas de succ s. D'autres faits de


(0 Ukablissement du Cap de la Petite Anse se scinda en deux posters, le Haut et le Bas du Cap. Le noni de Hau4t du Cap a 06 conseTY6; le Ras da Cap a W nomm6 simplernent, IeCap.







HISTOIRE D'HAITI 43

guerre eurent lieu encore, avant la paix de Nim gue: nous en reparlerons au chapitre sui-vant pour la part qu'y prirent le* Flibustiers d.e Saint. Domingue.

LiEs ESPAGNOLS DE SAINT-DOMINGUE. Les poursuites des Espagnols, ainsi que les profits de la course d6cid6rent beaucoup de boucaniers ou h partir en champagne, ou h se faire habitants; ceux qui prirent ce dernier parti augment6rent consid6rablement les kablissements fran ais dans Fouest et le nord de I'lle. En cons6quence, les Espagnols qui consid6raient les fran ais comme d'injustes d6tenteurs de leurs territories concert6rent leurs efforts pour les en chaser. Quand HS fUrent remis de 1'6motion que leur avait cause la march sur Santiago, le Pr6sident de Santo Domingo forma un plan d'ensemble pour les jeter hors de I'lle, comme d'Ogeron en faisait un po leur cooper routes relations avec 1'ext6rieur. Leurs poursui oreZrent les Frangais une vigitesl
lance de jour et de nuit. Pen an t que d'O-eron 6tait prisonnier Porto-Rico, une route fut ouverte de la capital, Santo Domingo, au Cul-de--Sac, quelques lieues de Leoghne de sorte que les cinquantaines eurent acc6s facile h ce centre de plantations et de boucans renomm6s.
Nous avons d6jh vu que le chef de la colonies espagnole fit chaser de I'lle-a-Vache les boucaniers qui s'y 6taient 6tablis en A66 sur les instigations de d'Ogeron; Fabandon de la Bande du Sud fut cause des premiers kablissements hL la Grande knse (1673) (1). Enfin h Samana les attaques furent tells qu'iI fallout hL d'Ogeron r6organiser cet kablissement en 1674: il y envoy un chef avec des companions qui assur rent 4 ce poste une dur6e de deux ou trois ans en plus.

MVOLTE DE 1670- On sait, h quells conditions les habitants de la Tortue avaient accept d'Ogeron pour commandant, c'esth-dire pouryu qu'ils ne fussent pas sournis h la Compagnie. La Companies de son c6t6 insistait pour que ses droits fussent lev6s et que le commerce fut interdict aux Hollandais,- tant h la Tortue


(2) La grande Anse est le Yersant nord de FextrftM do la prosqu'lle du sud.






44 HISTOME D'HAITI

qu'h la Ute Saint Domingue. Quand il se crut assez fort, d'Ogeron d6fendit par suite de trailer avec les Hollandais; les habitants de la Tortue lui r6pondirent qu'ils devaient h ce sujet consulter leurs fr res boucaniers et filibusters et surtout les habitants de la Grande Terre. X la Grande Terre il fut d6cid6 qu'on r6sisterait jusqu'au bout aux pr6tentions de la Compagnie, de sorte que d'Ogeron n'eut d'autre resource que de r6clamer du scours au.' Petites Antilles.
Sur ces entrefaites, deux vaisseaux de la Compagnie arriv6rent h la Tortue et y firent commerce sans opposition; puis ils pass6rent au Cul-de-Sac avec d'Ogeron h bord; d'Ogeron fut emp8cli6 par les habitants de descended h L6ogane et les vaisseaux durent s'61oigner sans avoir trait. Peu apr, s en avril 167o deux navies de Flessingue en Ifollande furent signals le long de la Bande du Nord; un commis de la C. m a ie leur avant interdict la vente de leur cargaison, ils se rendi t dans le golfe de I'Ouest ct soulev6rent tous les habitants qui pr6tendaient bien ne pas kre 16s6s dans ce qu'ils appelaient leurs libert6s. Le commandant du Cul-de'Sac fut arrW par les mutins. La r6volte cependant s'6tendait rapidement h tous les kablissements franpis, sans que d'Ogeron fut en measure de Farr8ter.
Enin au bout de. dix mois, en f6yrier 1671, la lotte des Iles, commander par Gabaret (T) se trouva dans les eaux de Saint Domingue et offrit son aide 4 d'Ogeron. Les habitants de la Torture se soumirent d'abord et pr(N rent segment de fi(161W au roi; ceux de L6ogane, Petit Goave, Nippes s'y refus6rent; Gabaret dut retourner en France sans avoir obtenu de su'cc s pr s d'eux. Mais, craignant que, en chAtiment de leur revolt, le roi n envoyht en permanence sur les c6tes de Saint Domingue une flotilla qui les gMerait encore bien phis que ]a Compagnie, ils firent d'eux m6mes leur paix, en avril 167'.. Unc amnistie fut octroy6e en octobre suivant h tous les r6volt6s et le roi approval les traits faits par les habitants avec d'Ogeron, traits qui vraisemblable(i) Plusicurs Gabaret servirent dans ]a marine N la fin du xvne si6cle; c,--Iui dont il est parM ici, chef d'escadre et gouverneur des Iles, mourut en 1693; un autre, lieutenant du roi au Gouvernement g6n6ral des Iles, chasse les Anglais de la Guadeloupe en 3-o3 et fut nornm6 gouverneur de Saint I)omingue.








HISTOIRE D'HAM 45

ment exemptaient la. Colonies de toute relevance royale. Le commerce deviant libre h tous fran ais moyennant un droit de 5 o/o et les habitants s'enga&ent h n'avoir plus de rapports avec, les Hollandaise.
C'est la premi re fois que furent reconnus les droits de Saint Domingue h un treatment exception en fait d'octroi ou d'imposition; les autres Colonies payaient l'imp6t parce que elles appartenaient aU ROI par achat ou conquAte, tandis que Saint Domingue, s'6tant donn6 au roi, gardait le privilege d'exemption des taxes crMes en reconnaissance de la propri6tg du roi sur les Iles.

CHXPITRE VI

Continuation de lalolifique de d'04eron
1675-1691

Administration de d'Ogeron avait W f6conde en bons effects; s'iI n'avait pas discipline les adventurers, il les avait constraints de computer avec lui. 11 avait gagn6 leur confidence et tourn6 leur t6m&W au profitde la Colonie. D'autre part la Colonie, en s'attachant 4 la terre, s'6tait fortified; non seulement les 6tablissements avaient augment de nombre et importance, mais ils excitaient 6n faveur de Saint Domingue Yintftft du commerce frangais. Les successeurs de d'Ogeron continent sa politique, avee moins de succ6s, il est vrai, soit qu'ils aient eu, par la cessation de la a,uerre, moins d'ocrasion d'employer les filibusters et par suite dc les tenir dans le devoir, soit. qu'ils aient manqu6 de tact pour J" diriger. En outre, cet 616ment turbulent, les adventurers, dans un milieu tr s instable, exposait hL tous les d6boires: on le vit en 16gi et 1695.

Us GOUVFRNEURS: POUANCEY (A76-i682); Cussy (A83-i6qt En partant pour la France, d'Ogeron partagea son command-lment entre son neveu, Pouancey, qu'il avait envoy au Cul-deSac, et Cussy, qu'il avait laiss6 h la Tortue. Quand le roi dut donner un successor hL d'Ogeron, Pouancey eut. la pr6f6rence: sa nomination date du 16 mars 1676; il en rerut la nouvelle en









46 HISTOIRIZ WHAM

juin suivant. Pendant Fadministration de Pouancey, Cussy n'eut pas les faveurs du Minis*re; une lieutenance de roi (i) au Government de la Tortue et Me Saint Domingue fut crMe en 1679, charge dont d'Ogeron avait d6jh demand la creation; ce fut Franquesnay, et non Cussy, qui en fut pourvu. X ce titre de Lieutenant de roi, Franquesnay fit Fint6rim du Gouvernement h la mort de Pouancey, survenue au Petit Go ve h la fin de ir682. Cussy se rendit alors en France pour y solliciter en personnel la place de Gouverneur; il Fobtint le 3o september i683 et arrive en cet quality au Petit GoAve, le 3o avril 1684. 11 fut tu6 au combat de Limonade, le 21 janvier 16gi.
Pouancey hdrita pr6s des filibusters et des habitants de la popularity de son oncle, popularity que d'ailleurs il m6ritait pour ses qualit6s personnelles. Cussy contraire fut mal vu de ses
administers; il fut accuse Wavoikus6 de tous les moyens pour faire fortune, se livrant sans reserve, disait-on, h la culture et au commerce; comme il fut en outre vaincu par les Espagnols, ce qui au.regard des filibusters et des boucaniers 6tait la suprAme ignominie, sa reputation resta entach6e de couardise et d'incapacit6. Ces reproaches, fond6s ou non, montrent assez quel Rait le caraWre de ces chefs de la noiivelle Colonie: commerCants, grand planters, autant que officers du roi; capable en mAme temps des plus hardis coups de main et qtii ne maintenaient leur renomm6e que par le succ s dans routes leurs enterprises.

Fi-q DE LA GuEBiRE (1675-j678). Quand d'Ogeron eut quitt6 Saint Domingue pour se rendre en France, les Hollandais firent une descent au Petit GoAve et s'empar rent des barques frangaises qu'ils y trouv6rent (juillet 1676); ils avaient auparavant menace la Tortue et le Cap. Par suite de ces enterprises de Fem(Y) Dans Vadministration Militiire do Vancien r6girne, le, premier rnng Atalt tenu par ]a Gouverneur g6n6ral, qui Dortait convent Ic titre do lielltenant g6n6ral, Cest- -dire lieutenant (]it roi: sous le Gouverneur g6n6nIl Raient, plac4s des gouverneurs particuliers. conin iandants en second propos 6s A une parties du territoire d6pendant du Gouverneur g6ndral; Fun d'eux 4tait Wordinaire lieutenant au government g6n4ral; aii-dessous d'eux des officers, qualifl& lieutenants do roi, commandaient une ville, tine. place de guerre, une r6gfion: leur titre do lieutenants de roi indiquait qu'ils relevaient du roi at Raient officers supdrieurs,









]KISTOME D'RAM 47

nemi, bien que d'Ogeron eut d6jh transf6r6 sa residence hL 1,6ogane oa sa presence encourageait le commerceet la culture, Pouancey s'6tablit de nouveau h la Tortue, le seul lieu fortifi6 de la Colonie; la Torture n'en continua pas moins h perdre.de sea habitants, au. profit de la Grande Terre.
Pour lea mAmes motifs, Pouancey rappela lea habitants de Samana parce qu'il ne lea y trouvait pas en sAret6 6t ne pouvait lea secourin Ceux-oi n'ob6irent qu'avec lenteur; la plupart de ceux. qui y avaient des indigoteries y rest-N-rent meme, pour n'en sortir qu'en 16go, quand ils se virent particulibrement menac6s par lea Espagnols, hL la suite de la march de Cussy sur Santiago. Les habitants de Samana qui se rendirent h I'appel du Gouverneur furent re us au Bas d Cap, auxquels ils donn6rent un accroissement inquietant po lea Espagnols. Pour tenir ces ennemis en respect, Pouancey, au d6but de t678, fit une incursion dans leur territoire au sud de la plane du Cap, dans lea savanes de la Guaba: lea Espagnols -ne se prft rent h aucun engagement.
Cette manifestation s'imposait encore en raison du concourse que Saint Domingue allait prAter Famiral d'EsWeS Dour tine nouvelle expedition centre Cura ao, concourse qui d6garnissait Saint-Domingue de ses meilleiirs d6fenseurs. Pouancey rejoignit en effet la lotte amirale avec ses bommes; mais- plusieurs vaisseaux 6chou6rent, aux Iles d'Aves, de sorte que Fattaque de Curagao fut manqu6e. Les Flibustiers sous ]a conduit de Grammont en profit6rent pour miller une fois de plus Maracaibo; quant 4 Pouancey il s'empressa de renter dans son gotiyernement. Pour donner aux adventurers une compensation h F6chec de Cura4;ao, il lea envoy attaquer Santiago de Cuba sous lea orders de Franquesmay, avec Faide de Grammont; une niiprii.se causa un novel &hee.
Cependant do, brilliant succbs compensaient leurs m6comptes, sans parlor de leurs exploits sur mer, ils prirent et pill6rent Puerto Principe, dans I'lle de Cuba, Saint-Thomas, sur l'Or6noque Trujillo (Colombie); le marquis de Maintenon, devenu chef de filibusters, ravaged lea deux Iles de la Trinit6 et de la Marguerite.
Enfin la pa.ix signed bL Nim6gue, le 17 september 1678, mit fin aux hostilit6s entre la FraAcp, A I'Espagpe; aupikNvapt, le to








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4 EUSTOIRE D'RAITI

aoett, un trait de commerce avait W conclu, dans la m6me ville entre Louis MY et les Etats G6n6raux des Provinces unies (i)

RAVOLTE DE PADREJEAN. L'ann6e suivante 1679, un p6ril, jusque lh inconnu, mena a la Colonie. Un ancient enclave espagnol, affranchi par les Frangais, attroupa des enclaves venus comme lui de la Partie espagnole, les armd et h leur tAte ravaged le quarter qui s'6tend de Saint-Louis du Nord h Port Margot. puis il se retire sur la montage de Tarare, d'oil il faisait de fr6quentes incursions sur les habitations du voisinage pour tuer et miller; il provoquait 5. la desertion les esclaves jusque 14 pi isibles et mettait ainsi le trouble dans toute la region. Le Gouverneur eut raison de Padrejean et de ses companions en en. voyant centre eux une bande de gt boucaniers, de passage
h P*ort de Paix, qui tu rent quelque-uns des insurg6s avec leur chef et dispersbrent les autres vers la front re espagnole.

EmEUTFS AU CAP. La paix de Nim gue, en r6tablissant les relations commercials avee la Hollande, posait h Saint Doiyjingue des questions brdlantes et de solution delicate; les Hollandais s'ernpress rent en eff8t de fa ire aux habitants les propositions. les plus avantageuses pour 1'6coulement de leurs products; d'autre part, h la faveur de la paix, la Compagnie du S6n6gal avait repair et reprise la trite des esclaves: on craignit qu'elle n'accaparht tout le commerce ext6rieur. C'en fut assez pour provoquer les habitants du Haut et du Bas du Cap h prendre les armes.
Le gouverneur, du Cul-de-Sac oii il se trouvait, vint au. Cap, accompagn6 de buit cents homes hien arm6s, prk h r6duire les mutins. 11 n'en fallout pas tant: la operation suffit hL faire renter les r6volt6s dans leur devoir. Le Gouverneur leur &ait d'ailleurs favorable; 11 plaid leur cause et rem.ontra que la ferme du tabac leur avait caus6 des pertes considerable.
Cette protestation centre les priviftes et particuli recent contre la ferme du tabac se renouvellera solvent, et, en ce qui concerne le tabac, jusqu'au jOUT oil la culture de cette denr6c sera


0) Udtait le, nom official du gauvernement de la Hollande.







HISTOIRE D'RAM

remplac6e h Saint-Domingue par la culture de la canne, de Fin. digo, etc.
Dix ans plus tard, a un moment oa la main d'ceuvre esclave 6tait fort recherche dans la Colonie, un autre conflict 6clata. La Companies du SOidgal ayant cess6 d'envoyer des eselaves hL SaintDomingue, les habitants s'en procure rent dans les terres espagnoles voisines, jusqu'au jour oa une companies de Malouins se fit octroyer le privil6ge exclusif d'acheter des enclaves aux Espagnols des Indes pour les revendre dans la Colonie. Les habitants se plaignirent d'abord; puis on accuse le gouverneur, Gussy, de se server du nom des Malouins pour op6rer pour son propre compete; on en vint enfin aux voies de fait. Un nomm6 Chevalier s'insurgea, arma les habitants du Cap et se retrancha ati morne des Capucins apr s avoir rava-6 la c6te (1689). Franquesnay, qui commandant dis ces parades, se voyant incapable de r6duire les r6volt6s par. A seules forces, appeal Cussy h son aide. Xvant I'arriv6e du gouverneur, il parvint pourtant par ses representations dissiper les adherents de Chevalier et peu apr s arr6ta ce dernier qui fut jug6 et pendu.

FRONT&RES. La paix de Nim6gue marque 1'6poque de Faffermissement de la Colonie frangaise de Saint-Domingue: h cette date en effet commenckirent entre les deux nations, espagnols et fran ais, les rapports de commerce; les Espagnols tAch6rent de s'accouturner h consider les Fran ais comme 16gitimes possesseurs de la parties de I'Ouest: ils exerceront encore centre leurs voisins des actes d'hostilit6s, parfois justifies, quand ils pilleront les c6tes fran aises en repr6sailles des m6faits des Flibustiers en territoire espagnol.
En juillet 168o, le Pr6sident de Santo-Domingo notifia la paix hL Pouancey et lui proposal. de fixer les limits entre les deux nations: on dress un acte deviant notaire constant que les kablissements frangais s'6tendaient jusqu'h la rive droite du Rebouc (Guayabin); par le fait le cours de cette rivi re fut assign comme ligne de demarcation. Cette entente n'emp6cha pas les Espagnols de d6truire h Fouest du Rebouc, h partir de A85, les bceufs que les boucaniers frangais venaient y chaser et de revendiquer en 1688 le canton de Bayaha comme espagn6l; bient6t







AMUMN D'HAIT1

suryint une nouvelle guerre entre I'Espagne et la France, qui remit en question I'affaire des limits.

MISSION DE MM. DE SAINT-LAUIRENT ET B31GON. En pr6yision
des difficult6s que pr6vo-yait Cussy au moment oit il allait prendre possession de son government, les administrators g6n6raux des Iles, en residence ordinaire h la Martinique, re urent ordre de la Cour de se rendre h Saint-Domingue, pour 6tudier Sur place les r6formes h effectuer dans la Colonie et les moyens d'y parvenir: c'6taient Saint-Laurent, gouverneur g6n6ral par interim. et 136gon, intendant. Ils abor&rent au Cap h la fin d'ao0t A84 et en repartirent, apr6s avoir visit ]a Colonie, le I" d6cembre suivant.
Ilseurerit.listatuerd'abord Sur resort des Flibustiers; en tempsde paix a-vec YEspagne, ceux-ei const uaient un 616ment de d6sordre; ils n'ob6issaient h personnel, Itmme ils avaient parties li6e avec les habitants, les habitants h leur example se montraient fort indisciplin6s. En revanche, en temps de guerre le corps des Flibustiers 6tait, d'un common accord, reconnu comme n6cessaire h la defense de la Colonie. Cussy eut Youlu les conserver et pr6conisait 'a leur 6gard les voies de douceur; ce fut aussi le sentiment des deLIX commissaries royaux. La Cour h6sita pourtant h enter dans ces vues; mais la guerre de nouveau pr6vue avec I'Espagne et bient6t d6clar6e, retard les measures qui eussent amen6 la suppression de la Flibuste.

LES COURS DE JUSTICE. Le r6sultat le plus appr6ciable de ]a mission de Saint-Laurent et B61("OD fut ]a creation de cours de justice h Saint-Domingue.
Jusqu'alors la justice avait W rendu par le Gouverneur et par les officers militaries, ceux-ci r6unis, dans lbs deniers temps, en conseils des milices (I). Ces conseils se constituent quand il y avait des affairs h juger; ils se composaient des officers


(i) Les milices n'6taient pas encore organis6es Saint Dorningue, mais existaient de fait pour la d6fenso de ]a Colonie; les officers n'6taient autres que les notables reconnus comme tels pav les habitants, et, parce qu'ils avaient ]a police de leur quarter, ils, rendirent la justice quand J1 en fut bmin.





I

HISTOIRE D'HAM 51

majors, tenant leur commission du roi, et des officers de milice-k ou h leur d6faut de notables habitants; ils n'existaient que depuis la paix de 1678- Ils jugeaient en premi re et derni6re instance; ilks prenaient le nom du lieu oil ils .'assemblaient; parfois ils s'intitulaient Conseil souverain de Saint-Domingue, h l'imitation des Conseils souverains kablis dans les autres colonies depuis z664.
Un Edit, en forme de Lettres Patentes, du mois d'aoAt A85, cr6a pour Saint-Domingue un Conseil SupJrieur, fix6 au Petit GoAve, et quatre S6nJchau-9s-,;es, au Petit GoAve, h Ldogane, au Port-de-Paix, au Cap. La jUridiction des S6n6chauss6es s'dtendait h routes les causes qui rel6vent aujourd'hu- des tribunaux de premi re instance; celle du Conseil Sup6rieur Rait celle d'une Gour d',kppel ou d T I criminal des Xssises. Le Conseil
Sup6rieur fut compo 6 des picipaux officers militaries et civil et de douze conseillers. Ces conseillers, aussi bien que les jugeg
hauss6es furent presque tous d'anciens Flibustiers- ceux rlu Conseil gard6rent Fhabitude des members du Conseil des milices de singer en habit de ville, avec: 1'6p6e au c6t6, costume qui se conserve jusqu'h la 116volution, h cette exception que Fhabit noir remplaVa I'habit de ville en 1766.
Les premiers jtiges de Saint Domingue et leurs successeurs pendant trois quarts de si6cles furent vraiment des juges improvis6s; its n'avaient fait aucune 6tude du droit; tout au plus pouvait-on leur demander de juger selon 1'6quit6, comme un jur-Y de nos jours qui pronounce sur la culpability de Faccus6; mais ils en 6taient solvent incapable h cause de leurs passions et de leurs pr6jug6s; en outre leur conduit personnel leur imposait leurs sentences, car ils ne pouvaient condamner dans les autres ce qu'ils pratiquaient eux-m6mes; propri6taires d'habitation rapaces 1'6gard de leurs voisins, vendeurs de denr6es int6ress6s dans leura transactions, pr6teurs d'argent h des taux usuraires, maltres d'esclaves qu'ils maltraitaient, ils n'6taient aucunement qualifiL&S pour r6primer les exc s d'autrui.. La justice qu'ils rendaient 6taient solvent v6nale et les procurers qui reprdsentaient les parties aupr s de leur tribunal devinrent hient6t ]a plaie du pays, tant ils s'entendaient A ruiner leurs clients. Enfin la manie de







52 HISTOIRE D;HAITI

plaider s'introduisit dans la colonies h tel point que lea moindres contestations 6taient pouss6es h 1'extrAme.
tomme lea 6tats-majors Raient charges de pr6ter main forte aux tribunaux et que avec lea officers des milices ils avaient la police des quarters, ces officers militaries conserv*--rent, en face des tribunaux, la jurisdiction que leur reconnurent lea parties. Lour justice 6tait exp6ditive, leur sentence suivie d'effet, de sorte que on en appelait tr s solvent h leur decision. Un sourd antagonisme se cr6a entre eux et les s6n6chauss6es, entre lea officers sup6rieurs et lea Conseils; une lutte tr6s vive se d6clara mgme h certain moments, qui fut cause de troubles et de measures malheureuses.
Le choix du Petit Goflve pour si ge du Conseil Sup6rieur ne d6signait pas ce lieu comme r6sid ce du Gouverneur et capital de Saint Domingue, hien que le G Nrerneur out ]a pr6sidence du Conseil. ku d6but de r685, Cussy 0 tint de transfer le gouvernement de la Tortue Port-de-Paix. 11 se construisit une mason dans ce lieu et comment a d'y 6difier un fort, qu.'acheva Ducasse son successor. Port-de-Paix resta capital de Saint Domingue jusqu'en 1696.

LE CODE Nom. En mars 1685, le roi rendit un Edit touchant la police des Isles do I'Am&lque franqaise, qui a reVu le nom de Code Noir, parce qu'il pose les bases du regime des esclaves noirs aux colonies franVaises. De nombreux r elements et ordonnances modifieront dans la suite et aggraveront lea depositions de cet Edit, mais le fondement n'en sera pas changed.
L'Edit content soixante articles; lea huit premiers assurent 1'exercice de la religion catholique dans lea colonies; puis viennent lea dispositions au. sujet des enclaves:
io) Vesclave a le droit de se mariner, sauf le consentement dii maitre; Fenfant n6 du marriage d'un enclave suit ]a condition de I a m re (9 h 14);
20) Le Port d'armes, lea reunions entre ateliers different, le commerce ou le colportage, sans authorization du maltre, la vente de la canne hL sucre, m8me avec le consentement dix planter, sont interdits aux enclaves (T5 h 71);








HISTOLRE D'HMTI 53

30) L'entretien des esclaves (nourriture et v6tement) 4ncombe aux maitres (2 2 h 2 7);
40) Uesclave est incapable de poss6der, d'ester en justice, m6me de porter t6moignage en justice; cette restriction sera vite abolie, sauf pour ce qui regarded le t6moignage de Fesclave centre son maltre;
50) Le judgment de I'esclave mis en accusation est rendu dans les m6mes formes que le judgment des personnel libres;
6") Des p6nalit6s rigoureuses sont 6tablies pour les crimes des esclayes voies de fait, vols, marronnage;
70) Les pines domestiques, inflig6es par le mature h Fescla-ve, sont limit6es; le maltre ne petit donner la mort h son eselave;
8') L'esclave est un bien rrible; mais, attach h la culture, ;I suit le fondsi en cas de saisi les members d'une m6me famille ne peuvent 6tre s6par6s (mari, fernme, enfants miners de quatorze ans);
9') L'affranchissement de Yescla-,,e est permits, sans condition, h tout maitre Ag6 de vinat ans, sans qu'il ait compete h rendre h personnel; le r6sultat de Faffranchissement est la liberty complUe.
De la part du roi et de son ministry, le Code Noir a pu We consid6r6 comme un lovable effort pour att6nuer ce que la situation de fait de Fesclave avait de violent; Fesclave a des droits reconnus, que son maitre ne peut lui 6ter; en outre I'Mit de 1685, veut faire de Yesclave un chr6tien avec la liberty et la noblesse de I'Ame, si le corps est sournis h la servitude, avec 1'6galitd devant Dieu h 1'6gard des libres, si deviant les homes il y a in6gaIM de conditions; le code p6nal est dur, sans doute, mais il n'est pas sans proportion avec le code p6nal de I'Europe d'alors.
Cet acte pourtant, en admettant Fesclavage, laissait la porte ouverte h Farbitraire; son execution parfait eut requis dans les mattress le d6sir sinc re du bien de Fesclave; or les mattress ne pouvaient pour la plupart kre guides que par Fintftft; la 16gislation de 1685 devait d'ailleurs, sous leur inspiration, devenir peu A peu restrictive des droits de Fesclave. Quant aux affranchis, di-verses att6nuations h leur I ibeW pr6paraient les distinctions qui se crtSeraient plus tard entre les classes. S'il 6tait libre en effet, I'affranchi ne jouissait pas d'une liberty sans return et inali6-








54 HISTOME D'RAITI

nable, puisque il 6tait expos 4 la perdre pour di-vers d6lits, comme donner asile hL des esclaves marrons. L'inkriorit6, cr66e par Fesclavage 6tait donc maintenue pour lui: il n.e pouvait prkendre 6galer les autres libres (i).
LEs FLIBUSTIERS. PendajA le government de Pouancey et de Cussy la paix ne fut gu6re trouble entre la France et I'Espagne que par de menus incidents; or en pleine paix le corps des Flibustiers 6tait une lourde charge pour Saint Domingue. On le vit tout particuli recent h la mort de ilouance, pendant que Franquesnay faisait Fint6rim du Gouvernement: les Boucaniers 6taient peu nombreux; les habitants faisaient cause commune avec les Flibustiers et affectaient h 1'6gard des officers du roi le m6me esprit d'inddpendance que ces deniers; ilL 6taient r6duits h la mis re par la ferme des tabacs et d'a-Are t le commerce 6tait entraY6 par les repr6sailles que les courseksles FUbtistiers attiraient Sur Saint Domingue et par FinskuriW des habitations voisines des c6tes que les Flibustiers n'6taient presque jamais h portage de d6fendre centre les d6pr6dations qu'ils a-vaient eux-m6mes provoqudes par leurs pillages en territoire espagnol.
En 1683, malgr6 la defense du Gouverneur par interim, un chef Flibustier, Vand Horn, r6unit au Petit GoA-ve trois cents aventuriers auxquels vinrent s'adjoindre neuf cents autres sous Laurent de Graff. Vand Horn eut un d iff6rend avee de Graff et fut bless h mort dans un duel avec celui-ci; il c6da son navire h Grammont. Grammont et de Graff partirent de concert et pilMrent la Vera Cruz; ils ramen rent h Saint-Domingue un grand butin avec i5oo prisoners, tant esclaves que libres: les libres 6taient surtout des fernmes. Malgr6. la defense de Franquesnay, les Habitants re urent tr s bieD les Nventuriers; ce gouverneur fut mAme


(r) On s'est demand comment la France du xvii6 sikle a pu admettre comme base du droit la situation de fait de Fesclave. L'unique rdponse qui ait W faite A cette aernande, avec que1que appearance de valour, c'est que Fesclave, ayant perdu 16gitimeinent sa libertt.- dans son pays d'origine, demeurait, sa. vie entire, priv6 de cette libeft6. La Sorbonne consulate A ce sujet refuse de reconnaltre combine Mgitinie cette privation de la liberty subie en Afrique par les malbeureuses victi-mes des guerres entre tribes. En effet, le plus solvent, m me en Afrique, ces guerres avaient pour premiers motifs de r6duire les vaincus en servitude, pour les vendre ensuite.








HISTOIRE D'HAITI

menace de mort pour avoir parM de faire un example en cette occasion.
Ai. la s-,v6rit6 de Franquesnay, Cuss-- substitute la douceur 1'6card des Flibustiers: il tint 4 les reassure pour conserver leur concourse h la Colonie. 11 trait de son mieux Laurent de Graff, qui, depuis 1'exp6dition de la Vera Cruz, avait crois6 deviant CarthaZ'
Cr6ne (Colombie )et revenait au Petit GoAve avec deux prises. Les Flibustiers 6taient encore au nombre de 3.ooo, bien qu'ils eussent perdu beaucoup des leurs dans deux malheureuses affairs centre la ville de CampAche.
La Cour refuse d'entrer dans les vues de Cussy; ce gouverneur forc6 de seconder des plans qui n'6taient pas les siens et d'arrAter !a course, fut accuse, par ses administers m6contents, d'avoir abus6 de son autorit6 pour actottre sa fortune personnel.
Cette m6sintelligence avec Is cliefs de la Colonie et la circonstance de la tr ve de Ratisbonrie Moigna, pour un temps, de SaintDomingue un gros parti d'Aventuriers. La guerre en effet avait W d6clar6e entre la France et FEspa,ne, mais avant toute hostilit6 tine tr ve avait W conclue pour 94 ans hL Ratisbonne entre les deux nations (15 ao-6t 1684). Cussy en profit pour essayer de r6duire ses turbulent auxiliaries h l'ob6issance aux lois, car, mArne au. Petit Gohve, ils menaient une vie affreuse, ne respectant Fautorit6 du gouverneur que autant que le gouverneur les laissait vivre b- leur fantaisie. Ces nouvelles exigences furent le signal .du d6part en masse des Flibustiers: plut6t que de se sournettre h Cussy, ils abandon rent Saint-Domingue et r6solurent, au nombre de 2.ooo, Anglais et Fran ,ais, de courier la mer du Sud (Oc6an Pacifique) (1684). Cette venture qui dura quatre ans ne fut pas heureuse; beaucoup d'entre eux revinrent cependant h Saint-Domingue, riches de d6pouilles, mais fatigues de leur vie errant et disposes enfin h se faire Habitants.
Pendant qu'ils d6vastaient les provinces 6loign6es, Saint-Domingue souffrait de leur t6mftiO. Les Espagnols se vengeaient en effet sur la Colonie des d6pr6dations commies dans la mer du Sud: ils pilMrent la Grande Anse et en aofit r687 ils se rendirent maltres du Petit GoAve, alors h demi desert par Fabsence des Flibustiers; ils furent chassis par les habitants du voisinage qui se r6unirent pour les attaquer.









56 HISTOIRE D'HAITI

Deux chefs cependant, Grammont et Laurent de Graff, n'avaient pas pris part h FaiTaire de la mer du Sud. En .685, ils pr6par6rent h Ylle h Vache tine expedition centre Camp6che, dans la presqu'ile de Yucatan. Cuss), fit tout pour les d6tourner de leurs projects; il n' 1 6(.ISSit pas; Camp6che fut prise et brill6e. Pour empecher h I'a\-enir de semblables manquements au droit des gens, Cussy entreprit de les attached h son government et les fit nommer majors. Grammont, avant d'entrer en charge voulut faire une derni- i-e course-, il y trouva la mort. De Graff exer a ses functions d'abord h I'lle Vache, puis au Cap, jusqu'en 1696.
Si Cussy trait avee une gale indulgence les Flibustiers qui revinrent de la mer du Sud, s'il ne leur impose d'autre condition a leur admission dans l'Ile que de se retired sur les habitations, c'est que la Cour a-,;ait alors Yin 1kition de faire la conqu8te de ]a, parties espagnole et qti'elle avaiftesoin de troupes cet effet, car on s'attendait 'a ]a rupture procliaine de la tr6ye de Ratisbonne. Ce project ne put 6tre exkut sous Cussy; il fut reprise sous Du Casse en 1694, apr s que le tremblement de terre de i6gi eut ruin6 ]a ville de Santo-Domingo et d6vaW la Colonie.
En 1689, Loui s X IV entamait les hostilit6s centre I'Espagne (T 5 a%-ril). -Le 29 avril suivant, les Pays-Bas et 1',kngleterre signaient entre eux un trait dalliance et le 17 mai le roi Guillaume III (COllaume d'Oran.-e) et ]a reine Marie d6claraient h leur tour 19 ,riierre ?t ]a France. 11 Fallait armer h ]a fois centre les Anglais, les Espat-nols et les Hollandais: les Flibu.stiers d6sormais devenaient de noiiveau n6cessaires.
ETABLISSEWNTS FRANCAIS, CULTURES. A ]a faveur de la paix, les kablissements fran ais s'6taient multipli6s h Saint-Domingue.
Pans la Plaine du Cap, auteur des deux premi res paroisses flond6es vers j67o, le Haut du Cap et la Petite Anse, de part a d'autre de la rivi re du Haut du Cap, les habitations augmentent en nombre et de nouvelles paroisses sont crMes: le Quartier-Morin, le Moustique (appe16 plus tard la Plaine du Nord) et le Bas du Cap. L'6.rection de ces paroisses a lieu entre 1676 et i68o et semhie due pour une grande part aux 6migr6s de Samana qui ob6irent a I'appel de Pouancey. X Yest du Quartier Morin, Limonade eut dfli un embarcad6re et une Chapelle avant i68o; et la sayane de Lemonade, lapartie la plus oriental de la paroisse de ce nom








191ST011RE D'HAITI 57

fut 6tablie en hates avant 1685. Le bourg du Bas du Cap (dans la suite le Cap Saint-Dom-ingue et enfin le Cap fran ,ais) se trouvait alors resserr6 entre un marais au sud et un prolongement du morne du Cap au nord (morne des Capizichis) (i); ce fut peut-Atre pourquoi on ne comprit pas d'abord Favantage de ce lieu. En 168o, Pouancey se rendit acqu6reur des terrains voisins de I'Eglise et aida beaucoup 4 Yaccroissement de la paroisse; le morne des Capucins fut aplani, (c'est la place d'armes actuelle) et If' marais combl6; le bourg put d6s lors s'6tendre h I'aise; en. mAme temps le port plus fr6queW donna au Bas du Cap assez d'importance pour qu'une des s6n6chauss6es cr6ks en 1685 y fftt Rablie.
Port de Paix deviant aussi h cette 6poque si6gede la second s6n6chauss6e de la c6te nord. Cuss-v N, fixa sa residence et y fit commencer un fort. 11 pensait sal6esence n6cessaire en ce lieu parce que de lh il lui strait plus i le de pour% oir h la sAret6 de la c6te nord et h la fois du Cul Sac; il craignait aussi que le canal de la Tortue ne fut en temps de guerre Lin refuge pour les ennemis, s'il n'6tait d6fendu par un poste fran ais.
L'importance que prit aussit6t Port de Paix finit de ruiner la Torture: les habitants de cette He se retir6rent h la Grande Terre, et les derniers d'entre eux vinrent probablement vers 1688, h la Pointe Palmiste, former un nouveau bourg qui plus tard fut nomm6 Saint Louis du Nord.
Dans Fouest, les planes de F-krcahaye et du Cul de Sac recevaient ausRi leurs premiers habitants, hatters pour la plupart; L6ogAne et Petit GoAve prenaient de Faccroissement, le premier par ]a culture, le second par le commerce; ils passaient en 1688 pour les quartierg'les plus riches de la Colonie.
La Grande Xnse eut sa paroisse en 168r; I'Moignement du nouveau bourg 1'exposait aux attaques des Espagnols; il fut piII6 par les demi-gaMres de cette nation qui malgr6 la paix d6vastaient les c6tes de Saint-Domingue: ces faits port6rent les habitants 'I abandonner le quarter et h en laisser la jouissance aux seuls boucaniers.


(r) Le morne des Capucins prit sori nom des Capucins. premiers cur6s du Cap, & qui il fut c6d6.








58 IIISTOIRE D'RAITI

A la. bande du Sud, la Plaine du Fond de I'lle h Vache obtenait en 167 7 un commandant charge de toute la c6te qui s'6tend depuis la Pointe Abacou jusqu'h Saint Louis du Sud; Jacmel eut vers 168o ses premieres habitations.
Des progr6s marquis dans la culture sont h signaler h cette p6riode: les r6fugi6s de Samana rapport rent dans la plane du Cap leur industries propre, celle de Findigo; ils plant rent Yindigo et le trait6rent pour en obtenir la teinture; en 168o, la premi re sucrerie de Saint-Domingue fut former dans la plane de UogAne. L'indigo et la canne supplant6rent peu h peu le tabac et le rocou: cette innovation deyait transformer le regime de la Colonies, mais il faut atteridre aux environs de i7oo pour en constater les effects. La part des Flibustiers dans cette transformation fut considerable: c'est eux qu oiirnirent les enclaves dont les habitants eurent besoin et &s Idik le nombre des enclaves augmenta. h Saint-Domingue. Bien (Ite la collaboration des flibustiers et des habitants par't au d6but rapprocher Fune de Fautre ces deux classes, elle ne tarda pas h les s6parer, ]a richesse terrienne et la tranquillity r6clam6e par le grand commerce s'accommodant mal des mceurs des adventurers.
En outre le cacao et le coton sont d6jh cultiv6s h Saint-Domingue: le cacao demandant des soins attentifs n'eut pas grande vogue; le coton dont on avait esp6r6 grand profit fut d6laiss6 h cause de son rendement minime.

HABITANTS DE SAINT- CHRISTOPHE ET DE SAINT-EuSTACRE A SAIVTDOMINGUE. kinsi que nous Favons dit, la guerre report en 1689; en juillet, les Fran ais de Saint-Christophe chass&ent de leur Ile les Anglais qui depuis soixante ans en occupaient une parties. L'ann6e suivante ils furent attaqu6s 4 leur tour par une lotte anglaise et durent capituler, le 14 juillet (16go); h la fin du m6me mois la lotte ennemie se porta Sur I'lle de Saint-Eus tache et s'en rendit maitresse. Les habitants des deux Iles furent 6vacu6s Sur Saint-Domingue: beaucoup d'entre eux moururent h leur arrive dans-la Colonie; d'autres furent transports h ]a Martinique en 1692. Parmi ceux qui surv6curent des habitants de Saint-Christophe, une parties s'6tablit h ]a plane de I'Artibonite, oii ils fon&rent un quarter nouveau; une autre parties au. Cul de








HISTOIRIE D'HAITI 59

Sac, oA d6jbL en x687 une chapelle avait W 6lev6e, succursale do', la paroisse de la Petite Rivi6re de L6ogane et oii fut fondue en 1692 la paroisse du Cul de Sac; une troisi me parties h la Grande Xnse. Les habitants de Saint-Eustache habi0rent la plane de L6ogAne. Ces nouveaux colons (( introduisirent dans I'lle des manj res, des sentiments et des principles d'honnAtetd et de religion qu'on n'y connaissait pas auparavant )). Xvec eux apparent leg premieres troupes r6gl6es, c'est-h-dire entretenues par le roi et form6es de soldats de m6tier, qui avaient jusque-14 tenu garnison dans les deux fles prises par Fennemi.

PRISE BE SANTIAGO. En 1689, &s que la d6claration de guerre h FEspagne eut W connue, les fran ais de Saint-Domingue plan, Q rent leur pavilion h la rive ouest du Rebouc et y pla 6rent des vigies; jusque lh en effet, hie lue le Rebouc eut W reconnu en .1678 comme la limited des dix nations, les Espagnols avaient sans cesse tent6 de prendre pied dans Fespace entre le Rebouc et le Massacre. Puis apr s avoir assure ses front res, Cussy, dans Intention d'attacher les Flibustiers au service de Saint-Domingue, leur proposal d'aller miller Santiago de los Caballeros (juin r689). Le 17 juin, il avait r6uni h Port de Paix 4oo cavaliers, 1t5o homes de pied et 15o esclaves porta stir le Rebouc le
Ier juillet. Le 6, au passage du Yaqui, la troupe se laissa surprendre par les Espagnols et dut se battle; elle Femporta, il est vrai, et put continuer sa route, mais c'ftait la premi re fois que les gens de Saint-Domingue n'avaient pas kras6 les Espagnols. Les Frangais entr rent h Santiago qu'ils trouv rent d6serte et qu'ils bi-616rent; puis, apr s vingt-quatre heures de s6jour ils rejoignirent leurs quarters.
Cette expedition fut considWe comme un 6chec parce que elle ne p roduisit pas Feffet moral qu'on en attendant; au contraire les Espagnols par leur demi succ6s au passage du Yaqui reprirent conflance; ils traicass rent les colons de Samana, les forc rent N se replier sur le Cap et pr6par rent une revanche plus complUe. Ctissy fut rendu responsible de ces mauvafs r6sultats et permit tout prestige aupr s de ses administers.

COMBAT BE UMONADE. .- En janvier x69i, Cussy fut avert







60 HISTOURE D'IRAITI

qu'une lotte espagnole se dirigeait vers la parties du nord de Saint Domingue; en mAme temps, un parti de cavaliers, sept h huit cents, 6taient aperVus du c6t6 du Massacre. Le 17 janvier, la lotte mit terre 1.7oo homes qui se joignirent aux cavaliers h la savage de Limonade. De son c6t6 Cussy n'avait pu assembler qti'un miller de ses gens et ne sut ou ne put faire autre chose que de presenter la bataille h Fennemi dans la savage m6me, lieu bien mal choisi, h cause de la disproportion du nombre des troupes frangaises avec le nombre des ennemis et du peu d'aptitude des adventurers h se battle en masse et en rase champagne; en outre Cussy n'avait plus la confidence de sa petite arm6e.
Le choc eut lieu le 2 1 janyier; les lancers espagnols charg6rent le centre des Franpis, Yenfonc rent et d6cid6rent ainsi de la victoire en faveur de leur nation: e parties des Frangais, croyant tout perdu, prirent en effet la I Xu d6but de Fengagement; les autres r6sist6rent avec courage, mais furent accabl6s par le nombre. Cussy, trente officers, quatre a cinq cents homes des plus braves furent tu6s. Les Espagnols, apr6s avoir brA16 le Bas du Cap et le bourg du Moustique se retir&eDt; leijr lotte se dirigea vers Cuba, apr s avoir un instant menace le Cul-de-Sac.
Le commandant au Cul-de-Sac, Dumas, qui fut gouverneur par interim, s'empressa d'armer trois cents Flibustiers et pr6serva les cotes de Saint Domingue d'une nouvelle descent. 11 fit faire des retranchements en terre en face de FEster et de la Petite Rivi re a la Plaine de UogAne, en plus de deux batteries Rablies en ces points en 1689. Petit GoAve fut mis h Fabri de la mAme fa on.
_kussi, quand au mois de mai 16gi, les Anglais tent6rent de descendre sur divers points de la c6te du Cul-de-Sac, ils furent repoiiss6s partout et en dernier lieu avec des pertes sengibles: ils semblent avoir eu Fintention non de miller mais d'obtenir la sotimission des habitants au roi d'Angleterre.

CHAPITRE VITT

Government de Ducasse

DUCASSE, GALWET. Jean-Baptiste Ducasse, Famiral Duc as-







HISTOME D'HMn 61

se, comme on disait, est l'une des figures les plus curieuses de la marine fran aise au si6cle de Louis MY et qui soutient la comparaison avec Jean Bart et Duguay-Trouin. M pr6s de Dax, en x 646, ,( fils d'un marchand de jambons de Bayonne )), dit avee m6pris Saint Simon dans ses Mftoires, il fut d'abord employ par 'a Companies du S6n6gal h qui il rendit de tr s grand services et qui 1'en r6compensa en le nommant un de ses directors. En cette quality il passa h Saint Domingue, au Bas du Cap, pour y 6tablir un bureau; il y fut tr6s mal re u; mais parvint h s'imposer par son eloquence et son grand talent d'insinuation. De directeur il deviant commandant d'un des navies de la Compagnie: il avait alors 29 ans; son navire fut pris par les hollandaise sur les c6tes de Saint Domingue, vraisemblablement dans le port de Petit GoAve en 1676. 11 eut I'habilet6 de racbeter son navire, revint en France, puis entreprit, au pro t de la Compagnie, une nouvelle champagne oft il se fit assez I rquer pour que le roi le fit enter dans sa marine.
Lorsqu',il fut nomm6 gouverneur de Saint Domingue, il Rait d6ji parvenu au grade de capitaine de vaisseau. Sa nomination est du iO'juin 16gi; il n'en eut reconnaissance qu'h L6ogAne o-h il s'6tait rendu b la tAte d'une escadre: il fit enregistrer ses pouvoirs au Petit GoAve, le or octobre 16gi (i).
Il quitta la colonies en juillet 17oo et fut charge au nom de ]a Companies de Guin6e, le traiM de I'Nssiento avec, le roi d'Espagne pour la furniture des esclaves aux Indes espagnoles, en provision de la guerre de la succession d'Espagne qui allait turner I'Europe entMre centre Louis XIV et son petit-fils Ph4lippe V. Le trait fut conclu le 27 aoftt 17011Au d6but de la guerre de 1702, Ducasse fut envoy aux Antilles, avec une escadre pour ravitailler Carthagene. Le 3o aolftt 1170'-), il fut attaqu6 h la hauteur de SaiDte-Marthe, par I'amiral anglais Bembow, qui venait de faire une important demonstration sur lq c6te de Saint Domingue. Xvec quatre vaisseaux, il soutint un


(z) Le brevet de gouverneur, ainsi que tout brevet dmanant du roi, ne devenait exAcutoire dans la Golonie qu'aprh enregistrement au Conseil Sup6rieur.








69 HISTOIRE D'HAITI

combat de cinq jours centre les sept navies de Bembow, dont le moindre Rait de 54 canons. Bembow fut bless 4 mort, permit 18 moiti6 de ses 6quipages, vit ses navies hors d'6tat pour ]a plupart de tenir la mer et dut se retired, tandis que Ducasse Wavait qu'UD seul vaisseau fort iincommod6 et environ vingt homes tu6s ou bless6s.
Ducasse avait W nomm6 chef d'escadre h son depart de Saint Domingue; il prit part au combat de Malaga (24 aofit 1704), sous la conduit du comte de Toulouse; en 17x4, il fut charge, en quality de lieutenant g6n6ral de Farm6e naval, de faire le blocks du port de Barcelone, pendant que le mar6chal de Berwick assi& credit la ville par terre. Mais ses infirmit6s Foblig rent hL se d6mettre de son commandment. Il mourut h Bourbon-I'Archambault en 17 15.
Bien qu'iI eut quitt6 Saint Dork gue en 1700, Ducasse garda son titre de gouverneur de File jusqu'en mai 17o3. 11 fut remplac6 par inWrim pendant tout ce temps par Joseph Donon de Galifet, gouverneur de Sainte-Croix et du Cap, grand propri6taire et bon administrator, dont la famille poss6dait encore i.2oo carreaux (i) de terre h la Petite Anse en 17 x 6. 11 fit 6riger en comt6 sa terre de cette paroisse: c'est Funique example d'anoblissement de terre A Saint Domingue.
Galifet savait en outre Atre au besoin, chef de filibusters et fit en 1697 1'exp6dition de Carthag ne. 11 continua la politique de celui dont il tenant ]a place; en particular, il Rendit comme lui son action hors de la Colonie en fa-isant alliance avec les Indiens de la c6te de Darien et en empAchant un Rablissement d'Ecossais parmi eux.

LE MAL DE SIAM. En se rendant h- Saint Domingue en 16gi, Ducasse passa par la Martinique. Ses 6quipages y prirent les germes d'une Uvre pestilentielle qui s6vissait sur des navies venus du rovaume de Siam et qui fut appel6e mal de Siam ou matelote. Ils la commiiniqu rent d'abord aux habitants de Saint Chris(z) Le carreau ou carr6 de ioo Das d c6t6 avait I'Rendue d'un hectare et un quart.







HISTOIRE D'HAITI 63

tophe, r6fugi6s h Port de Paix: il en mourut la moiti6 du Nau. Pendant 6o ans, c'est-h-dire jusque vers 175o, cette &Yre fit cheque ann6e des millers de victims aux Antilles; enfin, elle. n'attaqua plus que les nouveaux arriv6s. On Fa assimil6e h 'a fi vre jaune.

LEs HOSTILITAS DE 1691 A 1695. Saint Domingue avait deux process ennemis h craindre: les Espagnols de la parties de Fest eL les Anglais de ]a JamaYque. Les premiers, h la fin de la mgme ann6e 16gi, qui avait vu le combat de Limonade, s'avanc rent en 'grand nombre h 15 lieues du Cap; mais n'os6rent pas attaquer et se retir- ,rent h la nouvelle des measures prises par Ducasse pour les recevoir.
Les Nnglais continu6rent qJinquidter les c6tes de Saint Domingue pendant que les Flibull ers frangais faisaient de fr6quentes incursions h la JamaYque pour se procurer des enclaves: c'est cette Ile qu'on recrutait les ateliers de Saint Domingue h cette 6poque, au point qu'on d6signait vulgairement la Jamalique du nom de Petite Guin6e par allusion hL la Guin6e d'Afrique d'oft venaient tow les Noirs des Antilles. L'une de ces expeditions fut particuli6rerhent malheureuse. Un tremblement de terre, suivi d'un terrible raz de mark, survenu le iq juin 1692, pendant que les Flibustiers Raient h terre, les disperse et fut cause de la perte de 25o d'entre eux.
L'ann6e 1693 se passa dans la crainte d'une attaque combine des Anglais et des Espagnols; les Flibustiers ne cess rent pas pour autant leurs courses; mais des revers subis par Fennemi Femp8chkent de s'occuper de Saint Domingue. Cependant Ducasse r6clamait des scours pour s'emparer de la parties espagnole: il se faisait fort de prendre la capital en quatre jours (I), et par suite de forcer File entWe h se soumettre h la France. 11 n'eut pas Faide qu'il d6sirait et tourna ses efforts vers la Jamalque.
Une croisWe dans les eaux de cette Ile, en avril 1694, fut


0) Les esp6rances qu'avait Ducasse de prendre la ville de Santo Domingo reposaient sur Fkat de complete d6labrement oii Favaient mise les tremble ments de terre de 1673, de A84 et de 169r. Aztia avait M particulikenient atteinte en 16gi.







64 HISTOIRE D'KAITI

s uivie en Juin, d'une descent de i.5oo hommeg que command Ducasse en personnel; il prit Port Moran, Port Marie, Ouatirou, y gagna 3.ooo enclaves, emporta beaucoup d'indigo et de marchandises de valour; mais cette champagne resta sans advantages d6cisifs; elle ne mit pas Saint-Domingue hL Fabri des coups des Anglais, qui en octobre suivant firent des demonstrations hostiles centre les 6tablissements fran .ais et dans la suite g6n6rent le commerce de la Colonie par la presence de quelques-uns de leurg bateaux 4 Fentr6e du Cul-de-Sac. Ce n'6tait M que le prelude d'actes de guerre de plus grande port6e.

PRISE DU CAP ET DE PORT DE PAIX.- Le 15 juin 1695, une lotte anglo-espagnole qui portait 6.ooo homes de d6barquement aborda h la baie de Mancenille, mit h terre une parties de son contingent puis alla, avec Fautre parties, se pisenter deviant le Cap. Ducasse Atait au Cul-de-Sac; il avait laiss(we soin de d6fendre le nord Fancien aienturier de Graff, dont I'habilet6 et le courage paraissaient hors de contest. Par ses hesitations de Graff rendit sa position tr,,.s difficile; il permit son temps 4 d6lib6rer en face de Yennemi et finif par abandonner le retranchement du Foss6 de Lemonade (i.), oii il' aurait pu resister avec advantage, pour se retired au Haut du Cap. Les officers rests au Bas du Cap montr6rent plus de resolution iiiais ils ne parent emp6cher 1'ennemi d'aborder et d'occuper le bourg. Pour ne pas 6tre pris entre deux feux, de Graff s'empressa de battle en retraite sur Port de Paix.
La lotte ennemie se rendit du Cap h la baie de Saint Louis (du Nord) oii, prices 24 heures de resistance de la part des habitants, elle d6barqua 5oo homes. Le bourg de Saint Louis fut pris, les habitations voisines pill6es, pendant que les Anglo-Espagnols ddbarqu6s h Mancenille et au Cap ravageaient le quarter du Cap, laiss6 sans defense. Du Cap, ces deniers se dirig rent sur Port de Paix,' les Anglais par Port Margot et le rivage, les Espagnols par Plaisance et les mores, Leur junction avec leurs troupes des(0 On intend par FoW de Limonade tin bras de la Grande Rivi6re du Nord par o6 sWotde le trop plein des caiix en temps de crue et qui en temps de s6cberesse n'a qu'un peu d'eau tenant des montagneg de Sainte Suzanne.









HISTOME D'INAITI 65

cendues h Saint Louis se fit sans difficult grAce aux mauvaises measures prises par l'officier commandant Port de Paix. Ce bourg avait un fort bAti en parties par Cussy et en parties par Ducasse: le si6ge en fut commence par terre et par mer le 29-juin. Le 114 juil.let, le commandant du fort, La Boulaye, fit 6vacuer la place, lorsqu'il aurait pu resister encore longtemps et s'empressa de garner son habitation, laissant h ses lieutenants le soin de conduire la retraite: ceux-ci s'en acquitt&ent h leur honneur.
D6jh la m6sintelligence s'6tait mise entre les vainqueurs qui se retir rent avec 6oo enclaves et une centaine de prisoners, sans rien tenter centre le Cul-de-Sac. Ducasse les y attendant; il s'6tait U h ses lieutenants du Nord, qui avaient eu en mains tous les 616ments de resistance; pour lu* il n'avait pas cru pouvoir d6garnir Youest de ses d6fenseurs, surtout quitter des quarters difficiles h prot6ger k cause de li 6tendue.
La perte en homes n'6tait pas tr6s grande, puisque on ne comptait en tout, hors les enclaves, que deux cents homes ou femmes pris ou tu6s. Aussi Ducasse se sentit-il assez fort pour marcher sur Santo Domingo; il fit des instances pour y Atre autoris6; mais ce project n'eut pas plus de suite que les pr6c6dents.
EXPADITION Dl CARTHAGkNE. En 1696, Ducasse fut pourtant sur le point d'ex6cuter une parties de ses desseins. Une flotilla, sous le chevalier des Augiers, fut envoy6e aux Antilles; apr6s avoir donn6 la chasse h Farmadille espagnole des Indes, elle devait s'entendre avec Ducasse pour une descent h la JamaYque.
La croisi6re centre Farmadille n'eut pas de succ6s; la descent h la Jamalque fut contremand6e. Le chevalier des Augiers quitta Saint Domingue en janvier 1697 parce que le government frangais pr6parait une autre expedition que devait conduire Points.
Sur les orders du ministry de la Marine, Ducasse avait rassembI6 au Petit GoAve tous les filibusters qu'il put raccoler et les y retint, non sans peine, jusqu'h ce que pariat la lotte frangaise. Ducasse eut voulu. qu'on s'emparAt d'abord de Santo Domingo, mais Pointis s'y refuse, pour maintenir sa destination premMre, Carthag6ne des Indes. Les gens de la c6te h6si0rent h sp embarquer pour miller cette ville et dans la suite, ils n'y consentirent qu'apr.6s un r6glement conclu avec Pointis pour le partake du








66 HISTOIRE WHAITI

butin. Enfin, 4 la fin de mars 1697, la lotte quitta Saint Domingue et fit voile sur Carthag6ne; elle comptait outre les troupes du roi, 65o filibusters, months sur sept frigates et un brigantine, i i o habitants, i 8o soldats des garrisons de la c6te et i 8o enclaves, tous ces deniers r6partis sur les vaisseaux de Yescadre.
La ville de Carthag ne fut prise; Pointis y fit un butin consid6rable qu'iI refuse de partager avec les filibusters, malgr6 les arrangements pris avec eux; aussi ces deniers laisserent-ils Yescadre quitter Carthag6ne et pill6rent-ils la ville une' second fois, pour faire leur part de butin. X leur return, bon nombre d'entre eux furent fats prisoners par les knglais et les Hollandais; quant Ducasse, parti de Carthag6ne avec Fescadre,.il 6tait de return 4 Saint Domingue au mois de juin, et, apr s de longues instances, finit par obtenir de la ur une compensation pour les injustices dont se plain, rent. les bustiers, de la part du chef de 1'exp6dition. Cette COMPeDSR-8-ti 'n fut mat service; en cons6quence beaucoup de filibusters abandon rent Saint Domingue pour se retired h ]a JamaYque.
Pendant la paix, en 16qg, Ducasse travailla maintenir Fascendant de ]a France dans ]a mer des Nntilles, particuli&ement en s'opposant h un 6tablissement d'Ecossais au Darien; it excite, centre les nouveaux occupants, les Indiens de la region et les Espagnols de Carthag ne. L'intervention de Ducasse, et plus tard de Galifet, fut traverse par des contrari6t6s de toute sorte; mais elle eut ce bon r6sultat d'empkher la foundation d'une colonies d6pendante de I'Xngleterre, qui eAt pu dans ]a guerre de T70,1 de concert avec celle de la JamaYque, nuire beaucoup h Saint Domingue.
LE TIAAITP DE BISWICK. Ducasse, on vient de le voir, s'6tait bAt6 de renter Saint Domingue, dans ]a crainte que les ennemis ne profitassent de son absence pour attaquer son government. La Colonies eut en effet A souffrir de ]a part des Espagnols; les Anglais de leur c6t6 firent tine descent au Petit GoAve (8 juillet 1697) oii its briNMrent nombre de masons et menac6rent Port de Paix.. Mais ]a paix 6tait d6.ih probe; elle mit bient6t un terme ces luttes sans r6pit et Saint Domingue eut de nouveau 1'espoir de prosp6rer; ce ne devait pourtant Atre qu'une tr ve de cinq h six. ans.








19ISTOME D'HAM 67

Trois traits furent signs hL Reswick en 1697; le seul qui nous int6resse dans ses stipulations est celui de I'Espagne avec la France (,-)o september 1697)- 11 -y est convene que les possessions des deux Puissances seraient r6tablies tells qu'elles 6taient au moment oii la paix avait W rompue. X Saint Domingue, c'6tait donc la limited du Rebouc reprise entre les deux nations. Mais les Espagnols ne firent pas faute d'usurper sur le territoire appartenant aux Fran ais; entre le Rebouc et le Massacre 4tait une vaste savage ofj les hates ne parent tre reformers tout de suite: ce retard profit aux Espagnols qui s'y r6serv6rent des pares pour entreposer leurs animaux qu'ils venaient vendre dans la parti,,fran aise; le president espagDOI consid6ra cette prise de possession comme Idgitime et demand h Ducasse de reculer ses vigies dit Rebouc au Massacre, c'est-h-d* de 7 h 8 lieues dans Fouest (098). En 16qg il poussa Faudfe jusqu'hL summer le m6me gouverneur fran ais de retired ses posters jusqu'h Caracol, sous pr6texte que la rivi6re de Jacquezy avait toujours W la limited reconnue par les hatters espagnols. Ducasse et Galifet, forts de FenquAte faite deviant notaires sous Pouancey, s'oppos rent vigoureusement h ces pr6tentions. L'ay6nement au tr6ne d'Espagne de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, fit lesser pour un temps les contestations sur ce point. Pendant'dix h douze ans la possession paisible de la plane qui s'6tend de Jacquezy au Reboue resta. aux Fran .ais- Cependant Galiflet crut bon de favoriser ]a foundation d'un bourg h Bayaha, A itne lieue environ h Youest de la ville actuelle de Fort Libert6; il y pla(,a de vieux soldats cong6di6s, avec .Tnission de surveiller les Espagnols et de les poursuivre au beSOiD s'ils empi6taient sur les savages appurtenant 4 la France. (1701170).
Ces difficult avec les Espagnols vinrent de ce que il fut d'abord impossible d'occuper tout le terrain que la paix rendait aux Frangais: on s',inqui6ta de r6tablir les hates de Limonade avant de pousser plus loin vers Vest.
Une aide pr6cieuse fut donn6e h la Colonie par les habitants de I'lle de Saint-Croix qui se fix1--rent la d6pendance du Cap apr s que leur He eut W prise par les Anglais, h la fin de A95; -ils se transport rent ainsi en corps, de sorte que la Colonie de SainteCroix se trouva r6constitu6e au Cap et que leur commandant, le








68 HISTOIRE D'HAITI

comte de Boissy Raym6, continua de porter son titre de gouverneur de Sainte-Croix, auquel il ajouta celui de gouverneur du Cap: ce double titre fut attribu6 jusqu'en 1763 au commandant en second de la parties du Nord.
En mAme temps qu',ils se propageaient vers Yest, les 6tablissements fran ais de la plane du Cap tiraient aussi vers le sud: c'est h cette 6poque que remontent les premiers d6frich6s de la gorge de la Grande Rivi6re qui devaient 6tre constitu6s en paroissesous le nom de Sainte-Rose.
Le quarter de Port de Paix, ruin6 comme celui du Cap en A95, paraissait impossible h reliever. La residence du gouverneur fut transf6r6e h LeogAne qui deviant ainsi capital de la Colonie (A95); des orders expr s du roi d6fendirent m6me de reconstitute le quarter, en 1697; mais Iles h WA nts s'obstin6rent h derneurer Sur leurs habitations, ce q i amen en 1699, la suppression de ces orders: Port de Paix n'eut plus d6sormais qu'une importance secondaire. La Tortue Rait Presque abandonn6e.
Enfin la colonies lointaine de Samana, d6jh fort affaiblie par 1'exode de 1691, fut an6antie par le massacre que firent les Espagnols des deniers habitants de la presquIle. Ceux qui 6chapp6rent se retir rent h Bayaha ou au Cap (1700). Il n'y resta plus que des Flibustiers.
Au Cul-de-Sac, les Plaines voisines de la mer comment aient b se peupler (Artibonite, Arcahaie, plains du Cul-de-Sac); au Mirebalais, quelques hates marquaient le progr6s de Foccupation fran aise. A Nippes et au Fond de I'lle h Vache, de tastes terrains restraint le domain des cocbons marrons, des boeufs, des che-vaux et des chien s savages, c'est la que s'6taient retires les boucaniers. Au centre, la Plaine de Leogane et le Petit GoAve 6taient en progr s tr s marqu6; ce sont pour le moment les quartiers riches de la Colonie, en attendant que le Cap ne prenne de importance.
Entre L6ogane et le Petit GoAve c'est L6ogane qui tient le premier rang: le bourg de I'Ester a belle mine avec ses grand chemins, ses masons commodes, ses 6quipages luxueux. Le gouverneur y reside dans une habitation orn6e des d6pouilles du palais des gouverneurs espagnols Carthag ne et le counsel souverairi, cr66 h Petit GoAve en A85 y est transf&6 en A97.








HISTOIRE D'HAITI 69

LES CULTURES. Vers i7oo, le tabac n'est plus denr6e d'exportation h Saint Domingue; le renouvellement de la ferme en 1698 et les exigences du fermier avaient ruin6 cette culture facile et r6mun6ratrice des premiers temps de la Colonie. L'indigo avait remplac6 d'ordinaire le tabac: en A92 la plane de Leogane avait d6jh 54 indigoteries. La vente des products jeta beaucoup d'argent dans le pays et peu h peu mit plusieurs habitants en Rat de faire des sucreries. 11 en r6sulta que plusieurs concessions primitives furent r6unies, solvent au nombre de dix h douze, car cheque usine exigeait de nombreux champs de cannes et la concession primitive mesurait d'ordinaire 4oo pas sur 6o, c'est-h-dire deux carreaux et demi. Les petits habitants se retir rent au Cul-de-Sac et h I'Nrcahaye, laissant'la place, dans la plane mieux arros6e de L6ogane, aux grand planters ucriers
Aupr s de la canne et de digo, se place 6s lors le cacao,
dont les plantations au pied ies mores de L6ogane faisaient en 1701 Fadmiration du P. Labat.
Ducasse a une grande part dans ces progr s de la culture dans Forest; il se montrait d'une grande g6n6rosiW pour tous ceux qui voulaient s'6tablir; il leur pr6tait de Fargent sans int6r6t et solvent m6me il refusait qu'on lui, restituAt le capital; il venait volontiers en aide h tout travailleur qu','l voyait dans le besoin.
Ce que faisait Ducassi, Galifet et apr s lui Charette, son successeur an Cap, tentaient ae le r6aliser dans le, Nord. Lh tout 6tait h restaurer; Findigo franc, culth,6 4 L6ogane et qui avait r6ussi d'abord dans la d6pendance du Cap, d6p6rit bientot et fut heureusement remplac6 en 17o4 par Yindigo Ward qui s'accomoda mieux an Sol; le cacao fut particull6rement plant I'Xcul du Nord et de lh vers I'Ouest. Enfin la canne y fut introduite: la premise sucrerie de la plane fut celle de Duplaa au Quartier Morin; on comptait trois 6tablissements de cette sorte dans ces parades en 1698: ce sont les pr6mices d'une prosp6rit6 qui d6passa routes les provisions.
LES ESCLAVES. Ces modifications h ]a culture entrain6rent d'importantes cons6quencesdans 1'6tat des esclayes.
Les engages, incapable h leur arrive de supporter les gros travaux de labourage que r6clamait la canne, furent remplac6s







-10 HISTOIRE D'RAITI
J

par des Noirs, et les lois qui jusque-M avaient exig6 sur cheque habitation un nombre 6gal d'esclaves et d'engag6s tomUrent en d6su6tude et furent abroo-6es en A99 par une ordonnance r6clamant un engage seulement par vin-t enclaves.
En outre, la grande propriW, en multipliant le nombre des enclaves sous un mAme maltre, mettait de la distance entre le maitre et Yesclave; celui-ci fut solvent h la merci d'un procurer d'habitation qui n'avait pas int6r6t h le manager ou. d'un commandeur mal surveiII6. Pouss6 a bout Yesclave prit Yesprit de r6volte et deviant redoubtable. Par suite en raison de leur grand nombre et de leurs sentiments les enclaves furent de la part des administrators l'objet de measures extr mes, qui paraissaient mesures de prudence, mais qui exasp6r rent des homes d6jh ports
]a rebellion.
Au mois de mai 1697, en Yabs ce de Ducasse, durant 1'expddition de Carthag ne, un parti Adaves se r6volta au. QuartierMorin oil la grande propriW tendait h s'imposer pour la premiere fois dans le Nord: le gouverneur du Cap r6ussit sans employer la violence les faire renter sur les habitations; grAce fut faite aux insurg6s, leur chef, centre qui on se r6servait de s6vir, s'6tant enfui h Yespagnol.
Si ce soul6vement n'eut pas de suites 11 en fut autrement au Cul-de-Sac. Les esclaves de la plane de ce norn form rent entre eux un complot pour tuer leurs maitres (ifqi); ils furent d6noncAs et on en fit justice; mais quelques-uns r6ussirent h prendre la fuite. Il est vraisemblable qu'ils commenc6rent au. Bahoruco cette retraite de N gres marrons qui fut un continued danger pour les cantons voisins jusqu'en 1783. En 1701, ils avaient leurs avant,gardes au morne Noir (i); les chasseurs de la rg.qion, somm6s de les poursuivre, s'y refus6rent: on accuse ces chasseurs d'avoir int6rAt h maintenir ce refuge de Ni6gres marrons h qui, disait-on, ils fournissaient, h grand profit, des fusils et de la poudre. Galifet ordonna en 1702 une expedition centre les marrons de cette region.

(i) Le Morne Noir, ainsi nomm6 pour son aspect sombre, limited au nord la depression qui forme les hates vall6es, h 1'est, de la Grande Rivi6re du Cul-de-Sac et, a Fouest, de la Grande Rivi6re de Ldogane il fait face au morne La Selle.








MSTOIRE D'HAITI 71

Quant h la trite 4 la c6te d',kfrique, elle ne donnait gu6re d'esclaves h Saint-Domingue: on comptait m6me, en 1697, qu'elle n'en avait pas fourni un seul depuis quinze ans. Les esclaves de Saint-Domingue venaient h cette 6poque des colonies anglaises ou espagnoles, ou encore de Sa-inte-Croix, de Saint- Christophe, de Saint-Eustache. A la paix de Riswick, la Compagnie de Guin6e report vie; elle donna m6me de grades esp6rances puisque elle s'engagea, par le trait de lAssiento, h transporter des enclaves aux colonies espagnoles, aussi bien qu'aux colonies franpises. Elle ne r6ussit pas 4 remplir ce programme, malgr6 1'6nergie de Ducasse et le contours du government fran ais, qui lui fit cette faveur de lui permettre de confer ses int6r6ts h Saint-Domingue h l'officier administration qui y tenant la place de l'Intendant des Iles.

LE PREMIER IMPOT ROYAL A IINT-DoNlINGUE. Ms le d6but de la Colonies, une parties des d6penses publiques furent h la charge des habitants: ce furent surtout les d6penses des paroisses, entretien aes 6glises, pension des cur6s, droits supplici6s. Par ceq deniers, on entendait les droits pr6lev6s pour rembourser au maitre la valour de Fesclave condamn6 au dernier supplies, ou tu6 en marronnage: on pensait en effet que le maitre arr6terait le cours de la justice en s'opposant aux, poursuites centre son esclave pr6venu d'un crifae, s'il n'6tait pas assure d'une compensation pour la perte de cet enclave. Uri autre imp6t 6tait lev6 avant 1700 par FEW major pour les services pub4cs sur les boucheries et sur les cabarets.
Mais les colons n'entendaient pas payer de relevance directed au roi: la r6volte de 167o avait 60 soulev6e on s'en souvient par les pr6tentions de la Compagnie de soumettre les habitants de SaintDomingue aux droits exig6s par elle aux Iles du Vent; 6, la suite des troubles, des letters d'amnistie reconnurent les priviftes et franchises de Saint-Domingue, entre autres la franchise de tout imp6t royal, h cause de la submission volontaire de la Colonie au roi. Il est vrai que jusque lh le roi ne faisait d'autres frais A Saint-Domingue que ceux de 1'entretien de ses officers, gouverneur, lieutenants de roi, majors, etc., frais incombant tous bL la couronne. Mals les charges du rol augment6rent quand les








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troupes de Saint- Christophe et de Saint Eustache pass6rent h SaintDomingue et y furent entretenues. Comme, aux Petites Antilles, le roi pr6levait un imp6t pour les d6penses des troupes, le Conseil d'Etat jugea bon de r6clamer la m6me contribution de ]a Colonies de Saint-Domingue: en 1696, il institua done un droit de deux sous par livre d'indigo hL la sortie de Saint-Domingue, imp6t minime car la livre d'indigo se vendait de huit hL dix francs et le carreau en rapportait jusqu'h i ent lives par an.
Ducasse protest centre cette imposition tant h cause des franchises de la Colonie que h cause de la part pr6pond6rante que prenaient les habitants 4 la defense de Saint-Domingue, 10 chiffre des homes de troupe r6gl6e 6tant minime aupr s de celui des habitants toujours en armes centre Yennemi. 11 n'obtini pas gain de cause. La caisse du roi touch (&core h partir de 117o6 l'imp6t sur les boucheries et les cabarets1dont nous avons parM plus haut.
Nous noterons, au fur et h measure qu'elles se produiront, les modifications h 1',imp6t lev6 par le roi, parce que cette imposition fut toujours fort contested par les colons et surtout parce que la d6signatioll des denr6es imposes permit de juger des progr s de la culture,, les denr6es frapp6es d'un droit 6tant d'ordinaire cells qui rapportaient le plus h Yhabitant.
COMPArNIE DE SAINT Louis OU DE SAINADOMINGUE. La paix signed h Riswick, Ducasse repr-it un project de d'Ogeron, celui d'6tablir la c6te sud, non plus pour enserrer les Espagnols en occupant toute la cote, mais parce que la bande du sud offrait pendant la guerre un refuge commode aux ennemis, et, pendant la paix, pouvait fournir d'excellents entrep6ts au commerce avec les Colonies espagnoles; le Passage du Vent, en raison de ses courants qui. portent au nord-est, Rait en effet, pour tous les navies qui desservaient les c6tes de la mer des Antilles, et, par Panama et Chagres, les c6tes du Pacifique, le d6bouch6 nature] pour renter en Europe; on pouvait done esp6rer que ces navies, trouvant, dans les ports de la bande du Sud, 1'6change facile de leur cargaison, se d6cideraient en grand nombre h y faire le commerce.
Ducasse envoy en consequence h la Plaine du Fond un major








MSTOIRE D'HA1TI 73

pour le roi, Beauregard, lui fit conc6der I'Ile h Vache et offrit sur la cote sud des terrains aux Flibustiers qui consentiraient, pour se faire habitants, h abandonner la course, dont I'lle n'avait plus besoin et qui au contraire 6tait un obstacle aux relations commercials entre Espagnols et Frangais.
En outre, le 3o aoAt 1698, il forma une Compagnie pour 1'exploitation de la Me sud, et le 12 september, cette Compagntie obtint du roi des priviMges important: commerce exclusif depuis le Cap Tiburon jusqu'hL la Rivi6re de Neybe, don en toute propri6t6 de tous les terrains non encore conc6d6s Sur une profondeur de trois lieues le long de cette c6te et bient6t de tout le versant sud des montages, enfin exercise de la souverainet6 dans toute 1'6tendue de la concession; le tout, moyennant un don de joyeux av6nement et l'obligation de jeupler la region dans la proportion de deux enclaves pour un biffle. La Compagnie s'6tait constitute au capital de 1.200, Mille Wres, que Ducasse jugeait insuffisant pour encourager d'autres cultures que celle du tabac, comme cells de Findigo et de la canne, qui paraissaient cependant n6cessaires.
Le but premier de 1'6tablissement je la Compagnie ne fut pas atteint: le commerce avec les Espagn8ls fut sans objet, car routes les dbnr6es que les Espagnols auraient pu y porter 6taient fournies en abundance par le commerce de France.
Le chef-lieu de la lompagnie, oii r6sid6rent les chefs qu'elle pr6posa h sa concession fut Saint-Louis; la baie de Saint-Louis fut fortified. On doit en outre h la Compagnie la foundation du bourg de la Plaine du Fond (les Cayes), de Jacmel, des Cayes de Jacmel, d'Aquin,07W, de Bainet (1718) et de Cavaillon (1720)Les privMges et droits de la Compagnie de Saint-Domingue pass rent en 1720 h la Compagnie des Indes (Law).
CONSEIL DU CAP. Un dernier ayantage que procure Ducasse h Saint Domingue fut la creation d'un second Conseil Sup6rieur au Cap, dont la jurisdiction s'6tendit sur les deux quarters du Cap et de Port de Paix. 11 Rait difficile en effet aux gens du Nord de suivre un proc s h L6ogane tant h cause de la distance et des difficult de la navigation au return du Cul-de-Sac que de ]a lenteur avec laquelle les affairs 6taient trait6es. Dans le nouveau








74 HISTOIRE D'HAITI

Conseil entr rent les mAmes 616ments qui avaient form6 le Conseil de UogAne et les abus qui se produisaient dans I'Ouest, se reproduisirent dans le Nord; mais, la creation du Conseil du Cap simposait; le Conseil, instaII6 par Galifet, le ii november 1701, comprenait outre le Gouverneur et l'Inte*ndant (Intendant des Iles, ou son subdWgu6 h Saint. Domingue) six officers militaries et sept conseillers.
Une dernMre remarque: Fkat de la Colonie exigeait de nouvelles jurisdictions pour mettre de Fordre dans un chaos de gens h int6rAts oppos6s: vieux habitants enir)ichis, jaloux d'affirmer leur sup6riorit6 sur les deniers venus, nouveaux habitants, tout h la thche de se cr6er un heritage, les uns et les, autres se ressentant de leur origin aventurMre et se soumettant mal h une autorit6. Ducasse qui cependant I t gagn6s par ses largesse,
d6clarait n'oser se fier h eux. Autou e ces residents, les nomads, hasX
filibusters jamais satisfaits, c e s 6pris d'ind6pendance, en courses continuelles h travers File; enfin esclayes, t6moins de ces d6sordres et pr6ts en profited pour jouir s'iI Rait possible de la liberty. De graves exc s se commirent pourtant dans Fadministration de la justice; aisles juges incapable ou pr6varicateurs furent supplMs de plus A 'plus dans leurs offices par les chefs militaries qui s'appliqu rent h maintenir la paix entre tous.

CHAPITRE VIII I
La Guerre de 1702

GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. Depuis pr s de deux si6cles, la France en Europe avait lutt6 centre la mason d',kutriche, qui r6gnait en Espagne aussi bien qu'en Autriche. Des rapprochement entre la France et ces deux pays par des mariages, Louis XIII et Ahne d'Autricbe, Louis XIV et MarieThft se d'Espagne n'empkhlerent pas les d6m6l6s politiques. Cependant Charles II, roi d'Espagne, n'a-%,ait pas d'enfant: ses successeurs naturals Raient les enfants de ses scours marines, FaWe Louis XIV, la cadette h Fempereur Uopold... Avant ]a mort de Charles 11, Louis XIV par deux traits successifs avec I'Angleterre et la Hollande, apr s le trait de Reswick, avait pouryu au partake de I'Mritage du roi d'Espagne. Mais par son






HISTOIRE D'HAIn 75

testament, connu apr s sa mort, Charles 11 appeal h sa succession, le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. Louis XIV accept (novembre 1700)
D'autre part, la France soutenait les Stuarts pr6tendants au tr6ne d'Xngleterre centre la famille d'Orange. Cette conduit de la France, en m6me temps que I'accession au tr6ne d'Espagne d'un prince Fran ais, 6tait de nature h proyoquer la guerre, bien que I'Angleterre et ]a Hollande eussent reconnu Philippe 'V comme roi d'Espagne.
La guerre fut d6clar6e h la Fi-ance par la Hollande et 1',kngleterre en mai 170'), elle dura jusqu'en 1711 A Saint Domingue les Fran ais, d6sormais allies des Espagnols, n'avaient plus rien craindre de, la Partie de I'Est; ils furent assures de n'6tre pas attaqu6s, mais ne compt6rent sur aucun scours espagnol; les relations entre les deux colonies de I'lle furent m me solvent difficiles et les contestation 8 au suJA des front res furent fr6quentes; il semble en effet que les E -nols de Santo Domingo, qui ne pardonnaient pas h leurs vois ns d'avoir occupy une belle parties de leur territoire, aient mis plus d'Apret6 dans leurs revendications parce qu'ils se savaient h Yabri de routes repr6sailles de la part des Frangais.
Les Hollandais intervinrent peu dans les operations de guerre aux Antilles. Ils se content rent de cr6er des entrep6ts l'un dans leur colonies de Curaw, Fautre sous pavilion danois 4 Saint Thomas, pour ravitaillej, malgr6 les hostilit6s, les Iles fran aises qui se trouv rent dans It plus grand d6nuement de vivres, marine, bceuf saM, etc. Ils offfirent aussi des asiles aux filibusters de Saint Domingue et de la Martinique.
Les adverse ires des colonies franchises pendant cette guerre furent les Anglais. La JamaYque deviant le centre de leurs op6rations; mais ils ne firent pas tout le mal qu'ils projeOrent parce qu'ils ne parent souvenir leur notte des Antilles, occup6s qu'ils Raient h la guerre en Europe.
D s que Galifet eut re U/Fannonce de la declaration de guerre, il comment a par mettre Saint Domingue h Fabri d'un coup de main. 11 fortifia la rade du Cap, qui jusqu'alors n'66it pas d6fendue, en 6tablissant une reroute h Picolet et en 6levant un retranchement de terre, sur le front de la ville, le long du rivage,






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avec une batteries h cheque extr6rnW. N L6ogAne et an Petit GoAve, les redoutes et batteries qui dataient de 1694 furent r6par6es; la Grande Anse avait W d6jh 6vacu6e par crainte des Forbans, et Saint-Louis du Sud, comme nous Favons dit, 6tait mis en 6tat de resister h Vennemi.

LEs ANGLAIS AU CUL-DE-SAC. Ducasse avait W charge de cruiser dans la mer des Antilles pour porter scours aux Colonies espagnoles; h sa poursuite, I'Angleterre lan a Famiral Bembow. Bembow parut le aofit deviant FEster de UdgAne. Sa flotilla,
forte de sept vaisseaux et d'une barque contraignit un navire de guerre franpis h se brAler pour n'Atre pas pris; les navies marchands, qui se trouvaient en rade de FEster, essay6rent de gagner le Petit Goave pour se mettre en sAretg; deux d'entre eux furent saisis. Le 8, YEster fut canonn6; la batteries du bourg ne r6pondit que par dix-sept coups d canon qui port6rent tr6s bien:

t
Yennemi en souffrit beaucoup e osa pas d6barquer; le 9, il menage Petit Goiqve, sans rien tkee le io, il repassa deviant YEster et se retire.
Galifet qui Rait au Cap, r6unit les milii3es du Nord, h la nouvelle de cette attaque, et se porta an scours des lieux menac6s; le 6 ao-6t, il se trouva an gu6 de I'Artibonite qu'il ne put franchir sans danger, h cause d'une crue; mais pr6yenu de la retraite des Anglais, il licencia ses milices. Ces circumstances furent Foccasion de l'ouverture d'un nouveau chemin entre le Nord et le Sud, avee bac sur I'Xrtibonite; uneuessagerie h cheval fut Rabliedu Cap h UogAne, une autre de L6ogAne an Cayes.
La garrison de Uo-Ane fut au-ment6e de deux companies d6tach6es de ]a marine, -venues de Saint- Chri stophe apr s la prise de la parties fran aise de cette He par les Xnglais; restitu6e la France au trait de Ryswick, cette petite colonies venait en effet d'6tre reprise par Vennerni en juillet 1709. Deux companies furent aussi envoy6e& en residence h Saint-Louis.
C'est en quittant le Cul-de-Sac que Bembow- engage avec Ducasse sur la c6te de Santa Martha,, le combat dont nous avons parI6 plus haut. Bembow alla mourir h la Jama*fque. Wetchstow, son successor, vint cruiser dans les eaux de Saint Domingue et relAcha an M61e; deux de ses navies se pr6sen*rent deviant




191STOIRE WHAM 77

L6ogAne, le 2o d6cembre 1702; en' 17o3, Famiral anglais longer ]a c6te sud'sans faire He demonstration centre Saint-Louis, comme on s'y attendant; enfin, le 2 avril 17o3, il attaqua de nuit le port de Petit Go ve et emporta deux navies.

LES NDMINISTRATEURS. Ils se succ6d&ent nombreux h cette 6poque.
GALIFET, gouverneur par interim, prit les premi res measures pour mettre en s6curit6 Saint-Domingue; h cet effet il dut imposer aux habitants comme aux filibusters des r6glements qui r6primaient tous les exc6s; de Ih des plaints tr6s vives port6es centre lui en Cour. 11 eut pu succ6der h Ducasse; le gouverneur do la Guadeloupe, Xuger, lui fut prHW.
XUGER, originaire des Isles, ne connaissait pas SaintDomingue, mais il avait tin pass6 qui le fit estimer
des gens de la Ute. Tout Jeune il Rait entr6 dans Fordre de Malte, a-vait fait latuerre aux Turcs sur les gal6res de la Religion, puis fait IF isonnier par un corsair, il avait W enclave au Maroc. N la GUadeloupe, il 6tait fort regrett6. Mais 'I son arrive h Saint-Domingue avec autorit6 pour informer stir le cas de Galifet, il arr6ta ce commandant Novembere i7o3) et Fenvoya en France se justifier des accusations port6es centre hii. Cet acte dut plaire aux adversaries de Vaccus6. Galifet s'expliqua, recouvra les faveurs du roi et se disposait h renter ) Saint-Domingue, quand il mourut en i7o6. -kuger nomm6 le Ir aoAt 117o3 avalVmission de continuer Fceuvre de Galifet et de mettre de ForAe dans Fadministration. 11 fut aid6 par un Ordonnateur, charz-6 des finances et do la justice, en place du subd6l6gu6 de l'Intendant des Iles qui jus(Iii'h cette 6poque avait W charge de cette parties des affairs publiques: cet officer fut DESLANDES, nomm6 le -)S d6cembre 1,0, qui n'arriva h son poste qu'en f6vrier 17o5. Ses instructions Fin-vitaient h favoriser le commerce des cuirs, alors presque retirement ruin6 et en consequence h aider les boucaniers, 4 r6gulariser les concessions de terre, h ne pas accorded h cheque particular plus de terrain qu'il n'en pouvait cultivar, et fonder deux 6tablissements principaux propres au commerce, Fun dans le Nord, Yautre au Culde-Sac.





78 MSTOIRE D'HAITI

Deslandes collabora moins d'un an avec Nuger qui mourut h L6ogAne en octobre 17o5. CHARITTE, commandant au Cap, prit le government pendant la vacancy (octobre '7o5-d6cembre 1707)CTIOISEUL-BE-AUPRA fut nomm6 en titre et entra en fonctions en d6cerribre 1707; il comprit les v6ritables iintArAts de la Colonies; mais son humeur violence et-les r elements jug6s arbitraires, qu'il impose hL I'administration judiciaire et commerciale, provoqu&ent son rappel. On le voit, tous les chefs h cette 6poque sont frapp6s par le d6sordre qui r gne h Saint-Domingue et s'efforcent d)T porter rem de au risque d'6tre d6sapprouv6s h la Cour.
Le successor de Choi seul-Beaupr6, VALERNOD, mourut h L6ogAne apr s trois mois de government (f6vrier h mai 1711) 11 fut remplac6 par CHARITTE 4 titre d'int6rimaire (mai 1711 -aoftt 1712); h cette 6poque un nouveau gouverneur fut nomm6, de GABARIT, qui mourut avant de rejkdre son poste. Cette nomination fut l'occasion d'un mouvem t administration: Charitte devint gouyernetir de la Martinique, d',k-PQUIAN, prit la place de Charitte h la lieutenance du government g6n6ral de Saint-Domingue et 4 l'int6rim du Gouvernement. (aoftt 1712-juin IP3). Il est vrai, Charitte refuse de passer ?i la Martinique et d6clara que le soin de ses propri6t6s le retenait h Saint-Domingue; il y resta en effet comme simple particular et rendit des services signals h la ciflture de la canne et h III ustrie du sucre.

MARACHAUSSft. Le marronnage et les vols des enclaves prirent de extension h cause de la guerre qui appelait solvent les habitants h la defense du Quartier, hors de leurs propiDi6t6s. La repression de ces d6sordres fut l'objet d'une ordonnance de 17o4 faisant defense aux enclaves d'avoir en propre des chevaux et de faire des assemblies de nuit sous pr6texte de dances g6n6rales: ces assemblies, disait-on, r6pandaient dans les ateliers des id6es d'ind6pendance et pr6paraient les desertions, d'autre part la possession des cheyaux paraissait l'occasion des vols nombreux dont se plaignaient les colons. En 17o5, une autre ordonnance d6fendit





HISTOIRE n'HAITI 79

aux affranchis, sous peine de perte de la liberty pour eux et leur famille, de donner asile aux enclaves marrons ou de rec6ler lea vols des enclaves.
Enfin, sur les insinuations de la Cour et de Favis des principaux habitants, le Conseil de UogAne ordonna la formation d'un corps de ma-.6chauss6e dans cheque quarter de son resort h Feffet de rechercher les esclaves fugitifs; une capitation sur lea esclaves fut 6lev6e pour Fentretien de ces corps. Mais comme on eut de la peine h trouper des blanco pour les former, on recourut aux affranchis qui les form.6rent presque seuls; on y fit rn me enter des enclaves.
Le Conseil du Cap, en 1707, 4 1'exemple du Conseil de UogAne, prit des dispositions analogues pour le Nord. Jusqu'h la R6volution, la -Nlarkhauss6e fut un objet d'int6r6t local, et sous la direction et Finspection des. Conseils.

LES MILICES. Dans Fanc/n regime, les milices form6es de tous les habitants en Rat de porter les, armes, 6taient charges de la defense du territoire. A Saint Domingue, elles s'organis6rent d'elles-mAmes d6s le d6but. Nlais la presence des troupes r6gl6es rendit n6cessaire un statute particular aux milices colonials pour determiner la position des troupes locales en face des troupes de ]a marine. Sept regiments de milices furent er66s pour Saint Domingue (ordonnance royale dU 29 avril 117o5) composes chacu de companies tanj de cavalerie que d'infanterie.
Cette ordonnance fixa aussi les droits et devoirs des milices quand les milices 6taieDt sous les armes h c6t6 des troupes r6gl6es. Des grades furent institu6s; on y vit un moyen de r6compenser les services rendus h la defense ou h la s6curit6 int6rieure de l"I Colonies. D'ailleurs Fensemble de cette organisation, avec lea priviftes reconnus aux officers et aux companies fut consid6r6 comme un gage de la satisfaction du roi pour la bonne conduit des colons.
Deux nouveaux r6o-lements, en 1707, impos6rent aux milices la discipline des troupes entretenues, quand les unes et les autres se trouvaient r6unies en corps et 6tablirent le mode de remplace-






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ment, par les Fr,6res de la Cote et les Gar ons (i), des habitants h qui le soin de leur exploitation ou de leur industries ne permettrait pas de fare le service par eux-m6mes.
Ainsi la colonies enti re militairement organis6e suffisait h sa police et h sa defense; elle pouvait 4 tout instant prendre les armes centre Fennemi du dehors sans lesser de surveiller les esclaves, consid6r6s d6jh comme Yennemi du deans, aussi redoutable que I'autre.

LEs FLIBUSTIERS. Les Flibustiers n'en rest rent pas inoins d'actifs d6fenseurs de la Colonie pendant la guerre de la Succession d'Espagne (1702-1170): c'est letir dernier effort; h la paix ils cesseront d'Otre un corps. L'ordre qui s'6tablit peu h peu, ne leur laisse plus en effet de place h Saint Domingue; suscit6s pour des oirconstances exceptionnelles, ils disparaissent d'eux-m6mes avec ces circumstances.
Au d6but de la guerre, Gal % t eut Youlu les turner centre h, JamaYque; h Fencontre de ces intentions, ils r6clam rent des letters de course centre les Espagnols; ces letters leur furent refus6es, I'Espagne Rant alors Falli6e de la France. C'en fut assez pour que bon nombre d'entre eux se retirassent h la JamaYque ou chez les Indiens de la c6te de Darien, allies des Fran ais et toujours en conflict avec les Espagnols. Parmi ceux qui avaient pris parti pour les Anglais, beaucoup ne tard6rent pas h renoncer h la course, parce que les Davires pagnols 6taient d'ordinaire
escorts de vaisseaux fran ,ais et que, tout adventurers qu'ils fussent, ils se refusaient h combattre.contre la France. D'autres se r6fugi6rent parmi les Hollandais h Cura ao, d'autres h Saint Thomas essayant de concilier leur esprit de rapine avec leurs sentiments de frangais; des amenities, publi6es h diverse reprise-, pendant la guerre, les ramen6reni h Saint Domingue oa Yon tira parti de leurs talents.


(i) On entendait par Fr6res de ]a Me, 1--s deniers rests des Flibustiers attaches au sabotage sur ]a c6te, de Saint T)orningue. Les Gar ons ne diff& raient des Fr res de ]a Me que parce que ils ne naviguaient pas A leur propre compete. Ils forrn.aient un corps qui dura loi)gternDs et fournit A la Colonies de bons d6ifenseurs; ils gard6rent entre eux les co-uturnes des Aventuriers.




HISTOIRE D'HAJTI 81

Ceux qui rest6rent se soumirent avec peine aux r elements que leur imposa Galifet; pourtant cc gouverneur parvint h restaurer la course, bien que il leur d6fendit de recevoir h bord aucun noir, libre ou enclave. Auger rappela bon nombre des adventurers r6fugi6s au dehors, leur donna les moyens (F irmer des vaisseaux, r6tablit la lotte de la Flibuste et mit par lh les c6tes de Saint Domingue h Fabri de toute manifestation hostile. Ce devait Atre la politique de tous les gouverneurs et Choiseul-Beaupr6 h son tour n',,, manqua pas; mais chacun des chefs avait sa fagon de trailer les Flibustiers, les frequents changements dans Yadministration rendirent cette diversity plus p6nible encore; enfin les gouverneurs, en return de leur bienveillance, pr6tendirent trancher des questions que les Flibustiers consid6raient comme de leur unique resort. Ce fut le cas de Choi seul-Beaupr6 qui voulut s'ing6rer dans Fadministration de Yh6pital 6lev6 par eux au. morne qui.ferme au sud la baie du Prince, aujourd'hui Port-auPrince; ce domain des Flibuters 6tait trop proche en effet des kablissements du Trou Bordf h Fouest et du Cul-de-Sac h Fest qui 6veillaient la sollicitude nu gouverneur. Les Flibustiers s'en offense rent. Toutes ces causes 6nerv rent la flibuste et la d6courag rent; elle s'affaiblit et Yon fut heureux h Fissue de la guerre, quand une longue paix fut pr6vue, de la laisser s'6teindre sans secousse. La plupart des filibusters se firent habitants.

LES FAITS DE GuEnRE. La guerre de la succession d'Espagne, apr s les alerts des der iers mois de 1/02 et des premier de 17o3 eut aux Antilles Fall- # d'Une guerre'd6fensive: pas d'entreprise au loin; mais, sur les c6tes de Saint Domingue une incessant activity pour parer h toute attaque des Anglais. Auger, par les armaments de corsairs qu'il provoqua, s'effor ait de tenir Fennemi dans une crainte continuelle et de lui montrer la Colonic toujours prAte h la riposte d6s qn'il osait s'en approcher. Pendant toute Fann6e 17o4 les Anglais ne parurent pas dans les eaux frangaises. En i7o5, Famiral Groydon, successor de Bembow se rendit aux Antilles pour avenger 1'6chec de ce dernier; Ducasse 6tait d6sign6 pour Fy suivre, mais h la t8te d'une escadre espa.gnole qui ne fut pas prAte h temps. Groydon eut donc le loisir d'insulter les possessions franchises; h Saint Domingue il enleva






82 MSTOME D'HAITI

cent-vingt prisoners et rentra en Europe. Les corsairs frangais prirent leur revanche en inqui6tant le commerce anglais qui souffrit beaucoup de leurs manceuvres en 117o5.
L'ann6e suivante des precautions furent prises pour 6viter la diskette des vivres; les croisi6res anglaises serr rent de tr s pr6s les c6tes et Yon craignit de ne pouvoir se ravitailler en denr6es d'Europe: ordre fut donc donn6 de planter des vivres sur routes les habitations, de fagon que chacune put suffice ses propres besoins. De grand projects 6taient en m6me temps forms pour ruiner la puissance des Nnglais aux Antilles: une escadre frangaise y fut envoy6e afin de prendre la Jama*fque; d'Iberville qui la commandant se rendit maitre d'abord de File de Wves, boulevard des colonies anglaises du Vent (avril i7o6); puis continua sa route sur Saint Domin gue bien que it eut W constraint de
renvoyer en France une parties de ses matelots atteints de maladies, A Saint Domingue it 6tait autort h lever i.5oo homes pour compl6ter ses 6quipages et ses Irl pes de d6barquement; it 6tait stir le point de prendre ces rentorts quand it mourut h la Havane. Charitte, qui commandant alors, fut fort embarrass de ces gens qu'il avait engages au nom du roi; et, comme d6jh it 6tait mal vu des Flibustiers, it n'eut d'autre resource que de les autoriser h faire la course h leur gr6. Ceux-ci tir,6rent parti de la'permission et impos rent aux Anglais de grades pertes.
Choiseul h son tour les encouraged; en 1708, it obtint du roi un vaisseau et une frigate, dont it fourth lui-mAme 1'6quipage. Ges deux navies furent employs h pr 6ger les convoys de bateaux marchands jusqu'h la sortie des d6bouquements (ir): Saint Domingue s'approvisionna sans peine grAce h eux. D'une part les corsairs fran ,ais ruinaient le traffic deg knglais avec leurs colonies des Antilles; d'autre part les possessions fran aises r6ussissaient h se maintenir en prosp&W en se ravitaillant et en 6coulant leurs marcbandises: ce genre d'op6rations, sans rapporteur de gloire militaire, valait des profits certain; it fut usit6 I Favenir, dans routes les guerres du xvin' si6cle, comme le phis propre h la nature mAme des colonies.

(i) Les d6bouquement-s sont les passal"es entre les Iles Turques et les CaYques au nord dq Saint Dowingue, par oii les navies sortaient des eaux de la Colonie, grAce aux vents et aux courants.







MSTOME D'HAM 83

L'Angleterre en souffrit vraiment: bL Londres le commerce fut arrAtd; les ouvriers des docks, priv6s de travail, s'insurg6rent et pour les contenir il fallout garden en 1709 les troupes destinies aux possessions d'outre-mer.
Cependant la famine, qui r6gna en France pendant I'hiver de i7og, 6prouva Saint Domingue et les Petites kntilles qui ne recevaient plus de la m6tropole les approve isionnements ordinaires. Les Flibustiers se firent acheteurs de marine h Saint-Thomas et m6me h Curagao, chez les Hollandais, en hostility avee la France; les navies anglais et hollandaise, porters de marine, furent m.6me autoris6s k enter dans les ports frangais, sans passport, leur quality d'ennemis ne paraissant pas un obstacle h leur admission, s'ils venaient au scours de la d6tresse des habitants.
La guerre n'en continuait as moins avec vigueur. En cette ann6e 1709, les attaques des glais furent si audacieuses. qu'une ordonnance de september pel it d'armer les escla-ves h la suite des companies de milices pour la defense de la Colonie, avec promesse pour Fesclave de recompense soit d'argent, soit de liberty. Le M61e Saint Nicolas deviant la base des operations des Anglais sur la c6te de Saint Domingue; leurs frigates s'y portaient pour surprendre au passage les convoys qui se rendaient du Cap au Cul-de-Sac. En quittant la Colonle, en f6vrier 17111, Choiseul eut h combattre cojtre eLix; il eut Favantage dans Faction, mais il y fut bless et alf mourir h La Havane.
Enfin en 17 12, les Anglais pouss rent la t6rn&W jusqu'h p6n6trer au fond de la longue baie de I'Acul du Nord pour miller les habitations riveraines.
Une tr6ve signed avec I'Angleterre en aoAt 1712, fut enregistr6e hL Saint Domingue en november suivant et mit fin aux hostilit6s.

DIFFICULTIES ADMINISTRATIVE. Pour la premi re fois, pendant cette guerre, la Cour met h, la t8te de Saint Domingue des gouverneurs qui n'y sont connus' que de reputation, Auger, Choiseul, Valernod, Gabaret; seuls les int6rimaires ont des attaches avec la Colonies. C'est un signe que Saint Domingue est trait d6sormais comme les autres Colonies et qu'on veut le r6duire h la loi commune, sans souffrir des exceptions jug6es jusqu'alors n6cessaires. Ce ne fut pas sans peine qu'on y parvint.







84 MSTOME D'HAITI

Galifet s'employa 4 reformer les tribunaux qui rendaient la justice sans tenir compete de la legislation. 11 d6fandit la vente en detail des eaux-de-vie, tant pour empkher les abus de gens qui s'enivraient, que pour favoriser la fabrication du sucre: on sait que sa s6v&W aboutit h son renvoi en France.
Un des premiers actes d'Xuger fut de r6primer les frauds au sujet de la taxe de l'octroi sur l'ind igo que personnel ne payait: it 6tablit de fortes amends centre les coupables. Avec l'ordonnateur Deslandes, it poussa beaucoup aux 6tablissements b, 1'est du Cap: vers 17o5, le Trou de Jacquezy deviant un centre et comment a hL se constitute en paroisse; Tous deux favoris6rent sur Fordre de la Cour, la formation de Hattes; en aidant ainsi h I'61evage des bestiaux, on esp6rait rendre la parties franga ise moins tributaire de la parties espao-nole qui fournissait sa voisine, la viande de bouzn Is
cherie; it fallout par suite prot6ger ?k battles centre les chasseurs, deniers rests des boucaniers; h cetVfet les deux admin4strateurs publi6rent des r elements tr6s sages qui servirent de base h tous ceux qu'on promulgua h cc sujet dans la suite.
Leurs successeurs, Choiseul en particular, se heurt rent aux m6mes difficult A h bien d'autres. Les habitants avaient tendance h abandonner les planes de L6ogAne et du Cap, pour 6chapp r h la surveillance des officers du roi et aux suj6tions de la malice; its se retiraient dans les quarts 6loign6s, h communications difficAles, h terres solvent m6liocres; its y menaient une vie toute de licences, et faisaient tort h la culture en laissant in-cultes les terres riches, d'oa les transports h la mer Raient peu cofiteux: le rem de fut de d6fendre dans ces planes toute vente de terrains non autoris6e. De -vifs diff6rends s'61eva ient sans cesse entre voisins ou avec Vadministration sur 1'6tendue et les limits des concessions de terrains consenties par le Gouverneur; et, comme it Rait impossible de retrouver la teneur des concessions primitives ou de rectifier les erreurs commies par des carpenters ignorant ou complainants, Fadministration 16galisa tous les empiftements pourvu que le terrain usurp6 eiA W d6jh cultiv6, ordonna Farpentage des propri6t6s et laissa au gouverneur le soin d'apaiser les contestations entre voisins: Choiseul s'attira dans cette oeuvre Fanimosit6 de ses administers, et entra en conflict sur ce point aver, Charitte. Au depart de Choiseul furent pour-








msTorRE D'HArri 85

suivies des operations d6jh commenc6es pour la mise en ordre, des concessions. Comme il fallait fortifier les 6tbLblissements du Trou et du Terrier Rouge, en y appellant des b abitants, les terrains d6jh conc6d6s de nouveau, Charitte impose une taxe par conces.sion, bien que d'ordinaire on les, accordAt gratuitement. Or Charitte n'dtait pas qualifi6 pour prendre cette measure exception: il s'6tait enrich en acqu6rant gratuitement des terrains et poss& dait de tr6s grades propri6t6s dans la plane du Cap. Le contrast entre la conduit et les ordonnances du Gouverneur provoqua de la fermentation dans la colonies. D'Arguyan accuse d'avoir foment6 ce m6contentement, fut interdict de ses functions: c'6tait juste au. moment oil Charitte se retirait et d'Arguyan devenait gouverneur par interim. L'a re n'alla pas plus loin et Yeffervescence se calma. I

CHEMINS, CULTURES. Une autre oeuvre importance capital 4 Saint Domingue fut enterprise h cette 6poque. Les cbemins exploitation 6taient h la charge des paroisses et leur overture risquait d'entramer des proc s sans fin entre habitants. Pour parer h ces inconv6nients il fut r6g16 que le Gouverneur ordonnerait seul Fouyerture de ces cbemins, sauf le droit aux habitants de r6clamer la voie la plus commode d'acc6s soit h Fembarca&re soit ait grand chemin; ntretien de ces voies strait fait par corv6es fournies par les hatitations suivant leur importance. Quant aux chemins d'int6r6t common, peu nombreux Wailleurs, celui de 1702 par la plane de 1'.krtibonite fut vite abandonn6, il avait donn6 lieu h Fkablissement d'une paroisse en T7o6, le Tapion, au sud de I'Artibonite; en place -de la communication d6laiss6e, on en 6tablit une autre par les terres esna znoles, du Dondon Mirebalais et de Mirebalais au Cul-de-Sac par le Pensez y bien: ce fut sans grand succ s.
La culture de la canne prit une rapid extension; et comme Ix guerre empecha 1'exportation du sucre, cette denrk encombra les d6p6ts et tomba h vil prix. Des ordonnances successives permirent le commerce direct avee 1'6tranger des surges terr6s et raffin6s, c'est- -dire des sucres qui avaient subi complete pr6paration, mais non des sucres bruts. Malgr6 cette liberty au commerce., contraire aux usages franCais, le prix des sucres ne cessa








86 MSTOME D'HMn

de baisser jusqu'en 1171o; dans les ann6es suivantes, leur valour remonta, grAce aux facilit6s d'6cbange de cette marebandise centre les marines import6es par les ennemis eux-m6mes.
Le sucre 6tait d6jh la denr6e ]a plus commune de la colonies; elle y servant aux transactions et Fon pa-vait en billetsde sucre les products de la m6tropole; ces billets se n6gociaient: ce fut occasion d'agiotage qu'il fallout mod6rer.
L'agiotage, sur les billets de sucre, se pratiquait d6jh sur les espkes d'argent, comme il continua de se pratiquer jusqu'h la 116volution; la colonies Wavait en effet que de ]a monnaie espagnole dont rien ne fixalt la valour h Saint Domingue. En outre, le cours de cette monnaie 6tait plus 6lev6 dans les colonies de I'Es pagne, si bien que le num6raire sortait du territoire fran ais et que les transactions h Saint Domi1gue devenaient difficiles faute d'argent comptant; les administer rs prenaient sans doute des measures pour retenir les piastres k r6gler leur valour d'achat; mais les r elements restraint inefficaces et le commerce n'en avait' pas moins hL souffrir d'une pareille situation.

LEs k]FFIRANCMSSEMENTS. Une important restriction fut &s lors apport6e au Code Noir. Le Code Noir avait permits sans condition au mature majeur d'affranchir seq esclaves. Pour le motif que le malitre abusait de Fesclave n se faisant payer Faffranchissement qu'il lui accordait, I Wministrateurs, en 17TI, se r6serv6rent provisoirement le control des affranchissements qui h la paix, par ordonnance royale, furent soumis h leur approbation.
Cette ordonnance, rendue d'abord en faveur des es'claves, fut bient6t interpr6t6e comme une limitation 4 ]a liberM du maltre, en raison du bien public: les administrators se gui&rent en cette mati&e sur Finfluence que prenait ]a classes des affranchis; ils y virent une classes rival de celle des blanks et A tenir en tutelle.

LEs ESPAGNOLS DE SATNT DOMINGUF. Les relations de frontWe avec les Espagnols furent difficiles, pour les.motifs indiqu6s plus haut. Malgr6 cet ob9tacle, les gouverneurs fran ,ais qui, tout en maintenance les limits convenes, avaient intftft vivre en








MSTOME D'HAM 87

bonne barmonie avec leurs voisins, tacb rent d'obtenir des Pr6sidents de I'Xudience de Santo Domingo le maximum de concessions.
Les d4sertions des soldats des troupes. r4gl6es de la Marine Raient fr6quentes: les dAserteurs passaient 4 1'espagnol. Ces 1compagnies d6tacb6es Raient tr s solvent form6es de gal6riens qui obtenaient au Prix de leur engagement la remise de leurs pines: ils profitaient des tastes spaces de Saint Dominque pour reprendre leur liberty complRe. Les instances de Galifet pr s de ]a Cour de France et pr s du Pr6sident de Santo Domingo obtinrent une c6dule du roi d'Espagne du i"' juin T7o3, ordonnant Vextradition des d6serteurs trouv6s en territoire espagnol: c'est le premier d'une longue s6rie d'actes quj ont trait h cette matMre.
Nu fort de la guerre, profl t des m6sintelligences entre Choiseul et Cbaritte, qui d4concitaient les propriRaires de la plane h Fest du Cap, les Espagnols envahirent en T7TO le territoire fran ais et cbasgrent les habitants les plus probes de ]a frontMre. Charitte rassembla les milices du nord et repousse les agresseurs. Laparoisse de Bayaba, plus tard Fort-Dauphin, fut d s lors place entre les. deux bras de la rivMre Marion, oh ]a defense pouvait s'organiser facilement; c'est la mAme occasion quest due ]a 1cr4ation du Terrier Rogge. De ces measures les Espagnols se ven&ent en d6vastant lethattes frangaises et en y commettant de grades cruaut6s; on ne vit d'autre moyen de s'opposer h ces incursions que d'augmenter le nombre des miliciens et par suite de multiplier les 4tablissements dans la region de ]a frontMre.

LAOGANE ET LE CAP. Sur Fordre qu'il avait regu du roi, Auger comment a h la Pointe de L6o-a'ne la ville qui devait offrir au Culde-Sac un abri siNr au commerce de la colonies; on y construisit des magasins et des casernes, mais on ne tarda pas hL s'apercevoir que le lieu dtait insalubre. Auger lui-mAme v mourut le 13 octobre 17o5. Choiseul et Valernod n'y r6si&rent pas et le Conseil sup4rieur, qui s'y Rait transport h I'Ester en november 1708, rejoignit au Petit-GoAve les administrators en november' 17o. D6jh cependant, la fin de 1709, 1'emplacement de la ville actuelle de L6ogftne avait W choisi pour bAtir la capital; il fut acquis par la








88 MSTOME DAAM

paroisse (I) en september 17io et 1'6glise fut 6ley6e en mai 17". Le Conseil s'y transport en mars 17 13: par le fait, les bourgs He la Petite Rivi6re et He FEster Icess6rent d'exister.
La position de Ville principle du nord fut d6finitivement arrAt6e en 1711, au Bas du Cap apr s qu'on eut longtemps h6sit6 entre le Bas du Cap, le Hai-it du Cap et Fembarca&re de la Petite Anse. Des instructions donn6es en 1713 pour la construction des fortifications du Cap amen6rent des discussions sans r6sultat: les defenses provisoires 6tablies en 1702 au d6but He ]a guerre continu6rent h se d6grader jusqWaux prochaines menaces d'hostilit6s (1718).

SERVICE RELIGIEUX DE Lk COLONir. Les premiers pr6tres catho.. cliques He la colonies franpise He int Domingue furent des auA]
m6niers He navies: cheque navirdappareillant pour les Iles h cette 6poque avait h bord un aumonier, religieiix ou s6culier.
A la Tortue, au temps He Le Vasseur, un capuchin, le P. Marc, et un prUre s6culier furent retenus Hans File oi ils avaient 6chou6 h la suite d'i-in naufrage; ils furent cbass6s Hans la suite par ce gouverneur calviniste. Le P. Marc revint; on Fy retrouve en 1665, et il fut certainement Fun des principaux artisans He ]a domination fran aise. Nous sayons aussi que les paroisses He Nippes et He ]a Grande Anse eurent pok premiers desservants
des Carmes.
La premi re Mission r6guli6re h Saint Domingue fut celle des capucins Hans le nord; elle comm.enp en 168r et dura jusqu'en T7o4; ?i cette date les capucins furent remplach par les j6suites.
La second est leelle des dominicains ou jacobins (2), dans Forest; elle fut organism quand la colonies He Sainte-Croix passa au Cul-de-Sac (1-689).


0) Ici le mot paroisse a le sens que nous donnons aujourd'hiii au mot commune. La paroisse 6tait former de ]a communaut6 des habitants; ses intdrAts 6taient g6r6s par le marguillier.
(2) Ne pas confondre les religieux Dominicains avec les habitants de la parties de Fest: les religieux Dominicains on Fr res Pr6cheurs tirent leur noni de leur fondateur, saint Dominique; on les appeal en France Jacobins ou religieux de Saint Jacques, du patron de leur principal convent. Les Jacobins de la 116volutioD fr3n aise ont h4rit6 do leur nom parce qu'ils tinrent leur club dans un des convents de ces religieux.






RMTOIRE D'EIMTI 89

Le sud, tant que la compagnie de Saint Domingue resta maitresse de sa concession fut desservi par des pr8tres s6culiers; ensuite ses promises furent confines aux dominicains.
Parmi ces missionaries, h cW du P. Marc, il faut citer: le P. Pierre Paul, pr6fet apostolique des jacobins, qui s'occupa beaucoup des Flibustiers et tAcha de corriger leurs mceurs: il mourut en France en reputation de saintet6; le P. Labat,, jacobin comme le P. Paul, chroniqueur des Nntilles fran aises qui vint h Saint Domingue comme visiteur de son ordre; et parmi les premiers j6suites, le P. Le Pers qui fournit des mat6riaux au premier historian de Saint Domingue, le P. Charlevoix, et au premier naturalist, le m6decin Poupp6e Desportes.




TRoisikmiE NRIODE.

Op4anisation de la Colonie 1714-1767

Pendant cette p6riode, Saint Domingue connut une longue paix, la plus longue de son histoire, avant les deux guerres de sept ans (guerre de la S cession dAutriche 1739-1746 et guerre de Sept ans proprement31-fite 1756-1763). La paix est temps d'organisation; et, par Finfluence des gouverneurs qui dirig rent la colonies pendant les deux guerres ci-dessus, la guerre n'interrompit qu'h demi ce travail. Saint Domingue prend sa physionomie de colonies de rapport;. tout y est subordonn6 h la culture et au commerce.
Jusqu'en 1737, les chefs militaries ne font que passer; ils sont strangers h la colonies et semblent avoir mission de r6duire les habitants h l'ob6issance entire aux lois; h c6t6 d'eux les commandants en second (gouverneur du Cap, de Fouest et du sud), et les commandants de quarter sont des offioiers ayant fourni de longs services h Saint Domingue et d'ordinaire propri6taires, ils suppl6ent ce qui manque aux Ndministrateurs g6n6raux; ils ferment 1'616ment stable auteur duquel se grouperont les forces diverse pouss6es par I'appat du gain sur le sol de Saint Domin-








go 91STOUIE D KAM

gue: ainsi se fondront ensemble les exigences du droit, les coutumes request, les initiatives individuelles. Ld attendance des habitants sera de resister au privifte qui

tente de prendre racine et d'6tablir 1'6galit6 entre tous les planteurs: la classes des grand colons h vis6es aristocratiques ne se former qu'apr;6s 11763.


CHAPITRE IX

La Population de Saint-Dornip4ue

LEs BLANCO DE SAINT DOMINGUE. La population de Saint Domingue, la blanche presque autantcue la noire s'accrut sans cesse par I'appoint de nouveaux arrive I lus que par le jeu r6gulier des naissances. X 1'6poque oil nouskommes parvenus elle a d6jh un fond constitu6 et imported d'en connaltre la premise origin.
Les blanco sont pour la plupart francais, venus d'abord des provinces maritime ou recruits parmi les gens de passage da-ns les ports de mer. Les navies de Rouen, Le HAvre, Dieppe transportent des Normands; Saint-Malo, des gens de la Haute-Bretagne Morlaix et d'autres petits ports ceux de ]a Basse; Nantes encore des Bretons, des Manceaux, des Angevi des Poitevins, surtout ail temps de d'Ogeron et de son neveu, Olginaires de ces parades La Rochelle drained, au profit de la France d'outremer, I'Angoumois, I'Aunis, la Saintonge; Bordeaux, la Gascogne; Bayonne, le pays Basque, sp6cialement au temps de Ducasse. Toute la France a Tailleurs contribu6 h peupler Saint Domingue surtout quand la noblesse afflua dans la Colonie: on en a la preuve dans les noms de lieux et de regions, donn6s par les immigr6s en souvenir du pays natal, et qui se sont conserves jusqu'h nos jours.
Les mceurs des nouveaux d6barqu6s se conformaient bien vite h celle des ancient occupants et perda ient leur cachet provincial: tous 6taient avant tout babitants de Saint Domingue.

LEs Noirts. 11 y a plus d'int6rAt h 6tudier Forigine des Noirs de ]a colonies; ils venaient d'un pays bien plus vaste, oi les differences de costumes 6taient plus profondes: la commuriaut6







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d'id&-is-'et de mceurs, qui s!dtablit plus tard entre eux, Wen. sera qu'un, fait plus remarkable.
Les Noirs de la Colonie se rattachaient volontiers h leur aseendan-ce africaine; on aurait tort en effet de penser que dans la foule confuse des esclaves chacun perdAit sa nationaliM. Sang doute leg enclaves 6r6oles se faisaient un point d'honneur d"oublier I'Afriquie; mais les autres, trai t6s par les cr6oles de Nagres Gdnge ou de Bossales, se reconnaissaient entre Oux au. language, aux signs dont ils 6taient marquis au visage et sur le corps, 4 leurs commits souvenirs; ils se traitaient Fun Fautre de nation quand ils constataient entre eux la mAme origin, comme He se nommaieiat bdtiment quandils avaient voyage ensemble, h bord du. m6me transport.
En. Afrique m me, les-peup et es-tribus, aujourd'hui encore, ont conscience d"appartentr '/desl touches diverse; au sud: d-6 F6quateur sont les Noirs du type- Bantou pur; au nord, des Bantous, d'une immigration post6rieure, et plus ou moing m6lang6s avec les premiers et avec les N6grilles ou Pygm6es: ce sont les Noirs de Guin6e; plus au nord enfin, les Soudanais, product Je Union de diverse races noires avec les blan::Cs autochtones de race m6diterran6enne; on con oit sans peine que sur les confine de ces z6nes les alliance#taient fr6quentes d'un group h Fautre.
Les Noirs de Guin6e A particular ont gard6 souvenir de nombreux rapports avec les Soudanais. Les Soudanais en effet ont con.8titu6 sur le S6n6gal, sur le Niger et sur les bords du lac Tchad. des empires, puissants; au xv' siMe deux de ces empires se disputaient Finfluence, celui du Mandingue h Youest sur le Haut-Niger, celuidu Songol 4 Fest. Le Songo! Femporta sur le Mand&ngue et fut'k son tour domino par des adventurers d'origine espagnole, d'abord au compete de Fempereur du Maroc, puis ind6pendants. Enfin, vers le milieu du xvii' sR cle, la prd6minence au Soudan passa aux Bambaras.
Au) cours de ces. luttesi ces empires eurent attendance h rejetok; vers. la c6te les. tribes ou les peoples r6fractaires h I 'assimilation avec, lee conqu6rants et assez forts en m6ine temps pour. garden







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leur individuality: c'est eux surtout qui -donn rent des enclaves hL Saint Domingue (i).

SOUDANAIS. De la c6te du Sahara et du S6n6gal, c'est-k-dire du Cap Blanc h la rivMre de Sierra Leone, vinrent dans la colonies. des Maares, qu'on appelait Marabouts, de race arabe, habitants de la Mauritanie m6ridionale, en petit nombre cependant; prisonniers des Noirs, qu'ils avaient essay de r6duire en servitude au compete du sultan du Maroc, ils 6taient vendus h leur tour aux traitants d'es'elaves;
Des Sdndgalais, descendants des populations qui avaient form6 autrefois Fempire de Ghana; ils 6taient grand, bien faits, 61anc6s; leur nez allong6, leurs cheveux susceptible d'Atre tresses marquaient leur parents avec les Touaregs et les Blanes, ancient habitants de la lisi re du Sahara. I cultivaient la terre et se faisaient remarquer par leur intelligent et leur bont6 d'Ame;
Des Wolofs ou. Yoloffes, plus gran s encore et ressemblant fort aux S6n6galais. Parmi eux on distinguait les Calvaires; leur nom Rait une corruption du mot Cap Vert, dont ils habitaient les parades (aujourd'hui Dakar); on les trouvait de relations plus faciles que les S6n6galais eux-mAmes;
Des Peuls voisins des pr6c6dents; on les appelait ausaii Foules, Poles ou Poulards: leur teint Rait rouge'tre. Les Peuls en effet descendent et des Sft res, autrefois tr6s ptssants dans la region du SOi6gal, et de S6mites qui 6migr rent en ce pays h la fin au Moyen-Xge;
Des Bambaras, les homes les plus grand de FAfrique, disaiton, tatou6s au visage de longues raies, indolents et de demarche


(i) Nous empruntons les notes qui suivent io A la Description de la Parties Fran aise de Saint Domingue, par Moreau de Saint Wry (tome iel* introduction), qui a trait ex-professo des diverse nations d'Africains introduits dans la colonies et dont nous suivons la nomenclature. 20 aux Voyages Wan Naturaliste de Descourtilz, T. III: Essai sur les Mceurs 6t costumes des habitants de Guin6e et Saint Domingue. Descourtilz n'a pas pr6tendu exposer le sujet que nous r6sumons ici; il s'est content de noter ses observations sur les Noirs qu'il a connus & I'Artibonite. 30 & diverse relations de voyages en particular h cells du P. Labat (voyage du Chevalier Des Marchais. Outrage du P. Carazzi, etc.) Nous avons compl6t6 ces donndes par des extracts de Les Noirs de I'Afrique, par Maurice Delafosse, Paris z922 et de la Religion des Primitifs, de Mgr Le Roy, Paris x9ii.








MSTOME D'HAM 93

mal assure; ils venaient des bords du Niger oA leur empire Atait b. son apogge au xvu' si6cle; les Quiambas diff6raient peu des Bambaras;
Des Mandingues, courtiers de I'Afrique Occidentale, maltres sdv6res et cruel bL I'dgard de leurs esclaves; r6duits en servitude, ils se pliaient au joug. On les rencontrait surtout la rivi6re de Gamble et dans la, Cazamance, mais ils dominant encore sur une grande parties de l'int6rieur.
Au delh de la rivi6re -de Gambie comment aient les comptoirs portugais dont 41 venait h Saint Domingue quelques Bissagots, en tr6s petit nombre. Au sud dans la region qui forme aujourd'hui la Guin6e frangaise on trouvait des Soussous, excellent guerriers, qu'on employait fr6quemment comme cbasseurs.
Toutes ces tribus, avec leurinoms et leurs institutions existent encore sous la domination 11 n aise.

GUMAENS. La rivi6re de Sierra Leone est la limited septentrionale de la c6te de Guin6e; la Guink se subdivisait en c6te des Graines, c6te d'Ivoire, c6te d'Or, c6te des Esclaves.
Les Anglais se r6servaient la trite de la c6te des Graines qui comprenait la colonies actuelle de Sierra Leone et ]a 116publique de Lib6ria; si quelques habitants de cette region 6taient introduits h Saint Domingle, c'6tait en fraud par le commerce interlope.
Dans la c6te d'lvoire on reconnaissait la c6te des Malgens, peu accueillants qui n'admettaient pas de comptoirs europ6ens et trafiquaient avec les navies de traitants, non au rivage, comme on le faisait ailleurs, mais en mer, au-delh de la barre; et ]a c6te des Bonnes Gens, les plus polis de Guin6e: ni les uns ni le, auires ne faisaient gu&P le commerce de leurs semblables; les enclaves en petit nombre, issus de ces peoples, Raient tr s hardis, prompts h la r6volte et b- la desertion, peu propres h la culture. Cependant, au Cap Lahou, les n6griers prenaient les Caplaous intelligent, petits mais forts.
Aucontraire, la c6te d'Or Rait pays de grande traits humane: les habitants livr6s h des guerres continuelles de tribu h tribu 6taient plus cultiv6s que leurs voisins: (( on leur reconnaissait bielp des qualit6s; ils 6taient robustes, courageux, tr6s attach6s h





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94 MSTOME D'HAM

leurs enfants, spirituals, adroits.... ; leurs masons 6taient Mies comme cells des europ6ens de ces c6tes et la cuisine des plus riches ne le c6dait en rien hL celle des traitants du dehors.
(( Autour de leurs rois, se president une noblesse ouverte h tous ceux qui par leurs richesses pouvaient faire figure: les nobles avaient le privilege d'acheter et vendre les enclaves. ))
On en trait les Mines, originaires de Saint-Georges de la Mine ou Elmina, pays de For -de mine, tandis que dans le voisinage on ne recueillait For que dans les sables; (( leur peau 6tait d'une nuance, qui tient le milieu entre le noir et le cuivr6 )) (i); de mAme leurs voisins les Agouas, les Socos, les Pantins (,2).
De la rivi re Volta jusqu'au 136nin s'6tend la C6te desEsclaves, le repair de la trite en Guin6e, parce qu'elle est I'aboutissant d'un arrWe pays h population trt dense et qu'elle est garantie centre les contr6les gAnants par u barre infranchissable 4 certains jours et toujours d, -1. Les nations de cette cote
6taient solvent connues sous le nom g6n6rique d'Aradas, bien qu'on y distinguait des Cotocolis, du royaume de Coto, des Popos, des Fidas, du royaume de Whydab et dans l'int6rieur du Fonds ou Foins, des MaZs, des Aoussas, des Ibos, des Nagos. Les Aradas proprement dits ou Fidas (nomm6s encore Judas), ainsi que les Foins, 6taient pour une part des Dahom6ens dits Dahomets h Saint Domingue, dont les rois avalent reputation de grande cruaut6: ils ont vivement r6sist6 aux troupes frangaises, au si6cle dernier, sous la conduit de Behanzin (3). Tous ces peoples


(i) Un bourg pr6s de Santo Domingo, Saint-Laurent, fut longtemps appeld Saint-Laurent des Mines, parce qu'il 6tait habit par d'anciens enclaves Mines do la Partie frangaise aue la population espagnole avait retenus, en s'opposant leur extradition r6clamde par le gouvern.eur fran ais.
(2) Nous donnons coo noms d'apr s Moreau de Saint-Wry, pour reproduire sa nomenclature. 11 y a un pays de Fantin et d'Agua, process de Saint-Georges; d'ailleurs ces peoples, Mines, Fantini, Aguas, Socos, ne diff6raient entre eux que par leurs dialects, tous issus d'uno league commune. En outre il est bon d'observer que ces noms donn6s aux. enclaves indiquent parfois le pays ou les, marchands les avalent pris, plutOt qu'un pays d'origine.
(S) Le roi d'Ardra (ou des Aradas), avait envoy un ambassador Louis XIV et wnclu un trait de commerce avec la France en 1670. En 1728 le roi de Dahomey fit irruption daw le, roxawue& d'Ardra et do Jud et U* soumit k son autorit&