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Le prisonnier de la Bastille, fin des mousquetaires
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 Material Information
Title: Le prisonnier de la Bastille, fin des mousquetaires drame en cinq actes et neuf tableaux
Physical Description: 23 p. : ; 31 cm.
Language: French
Creator: Dumas, Alexandre, 1802-1870
Publisher: Librairie de Michel Lévy frères
Place of Publication: Paris
Publication Date: [1861?]
 Subjects
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Summary: Item no. 772 in Two centuries of French drama, 1760-1960, a collection of 2,014 French dramas housed in the Department of Special Collections, University of Florida Libraries.
Statement of Responsibility: par Alexandre Dumas ; musique de M. de Groot ...
General Note: "Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre Impérial du Cirque, le 22 mars 1861."
General Note: Appears twenty-seventh in bound volume containing 50 dramas in this series.
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 36105452
ocm36105452
System ID: AA00012274:00001

Full Text


rnix : 5 CENTIMER


P'RIX 50) CENTHIlES


LE




PRIISONNIE DE LA BASTILLE


FIN D-ES MOUSQUETAI1RES

DnRAME EN CINQ ACTES ET NEUP TAlBLEAUX
PAR

ALEXANDRE DUMAS
NU1SIO2UE DE M. DE GROOT. -- DESCORS DE MMU. CAMIBON, CHARET, CHIANET, DARAN, POISSON ET FROMONT.
aaIsE'i OUR LA Pl'n31111RE~ FOlS, A PABRIS, SUll LE T1111ATRE IIMPERIAL DUi CIRQUE, LE1 22 IfARS 1881.

DISTRIBBUTION DE LA PIEC~E.


FRANQOIS........~................. ~
UN HU'ISSIER ................... ....
UN COURTISAN... ..........
LOU~ISE DE LA VALLIERE .,.........
ANNE D'AUTTRCHE........,....... .
MlADAME HENRIETTE...............
MIADAMEIT DE~ CHEVREUrSE ,..........
AURE DE MONTALAIS..... '.........
ATHENAIS DE TONN~AY-CHJARENTE. ..
UNE SUlVA~NTE...... .............


Ml. PIZZErA.
NinAuT.
FaIlrsor.
MmesADBLE PAGE.
CL.4ntsse Minori.
TaAkis PETIT.
LacAGrANGE
GEOPFFOY.
MARncGUERITE
VICTOnRNE.


LOUIS XIV ....,.....,........ .. ...
MARCHIAL1 ........... ..
D'AlI; l \I; b`......- ......... ......
ARAMIIS.. .... ........
ATHOS................ .......,....
PORTHOS.........................,.
FOUQUET..........................
BAISEMEIIADX DEz MOUTi.EZUN.......
DE VARDES........... . ........
SAINT-AIGNAN............ .. .....


995I jLAFERnldRE
JENNEVAL.
MAIURICE COS~te.
CLANMET Just.
VERNivu.'
H. LuGUET.
Bourm.
PnrmL Rcusl.
E~sciozns.


- Tous droll Irdservd. -


ua coeRTISAN. Je sors de chlez son brinence, sire... j'y ai
passB ulne partie de la nuit.
LE ROI. Eh bien, monsieur?...
LE COUllTISAN.Ily a eu deux crises, penldantlesq ueles s~ubumln
a cru que Son Iraninence allait passer...
LE 1101. Messieurs, yous ne vous i6tonnecrez pas quie j'ab~rcge
JaI reception de ce matmi... Je ne me conlsolerals pas si M1. rll
10azar~in mourait sans que je lui ensse, une dernicare f'cis,
oxprune ma reconnaissance pour les services qu'il ml'a. Irl-
dus. Au revoir, mlessieurs! (Les courtisans s'inclinent et sortent.)
SC~FNG III.
LE ROI, UNY:iI i4silLt.
L'HIUISSIElt. La voiture de Sa Mafjeste: est prli~te.
LE R01. Passez chez Sa Ma~jestB la r~eine mbre, et dlemanldez.
lui si elle m'accompague chez Son Eminence.


LlHUAIRIE E MLIHELN I LEY R1RS


ACTE PREMIER
PR E M i1E1R TAB LEA .4RJ
An Louvie.


SCE NE PRnEMI~ER If --
COUnnTsANs, attendanlt le: lever du r~oi.
UN PAGEI. Le ru~i, Inecssieurs!
TOUS. LC TOil le 1 oil
~SCENE II.
LES aLi31Es, LE ll01, entrant.
LE ROI. BonljorT, messieurs !... La nluit a Ctb houne... Je you-
deals pouvoir en dire autant de M1. le cardlinal... A\-t-on do seS








r'oi, en acceptant le dlon de huit chevauxx inIcomparab Iles], est
p~iqu6 d'amour-propre les Aleve~urs do notre pays, du Limlon-
sin, du P~erche, de la Normandio. . oil-~ Cmulation exixt Bt6
pr~ofitable i tous,.. Alais le rol se tull, ~. t, par conrsiquent, je
suls coniiamn8.
LE nrO, qui, pour se donner une contenance, it d6ployd? re paper qul'll te-
nait et a jetb les yeux dessus. Ah I mon Dieu!
LA REINE. 11)J a-t-il, 0011 fils9
ca x oi qt l~ae pr u ca .11l... C'Qtait bien de la part du
LA. REINE. Vous avez en tendu P'huissier P'affirmer.
LE Rt\0. Lisez, madame...
LA EINE, lisant. Une HRontOR...
LE n01. Out.,. suir le plolnt de mourir, M. le cardinal me
fait une donation de tous ses biens.
traII INE. RPRraute mi lons Lt. Ah! mon fils, voilk un beau
malveillantes rumeursi... Quarante millions amasses lente-
ment etc IrS LE n01, it Fouquet. MaiaS yOyeZ dunr y lo~nai;:nt, c'rst k n'y pas

FilrF Oui1 sire... je vois p-er~failemelnt; une donation,
IA PBnE, 11 faut rhponldrr, sire... I11 fut r~piondlel Al'in-

u-~n~lc m~ ati io flj econ iaissant au -cardina~l et

quc ur~ :c:i onda.. E ~i e qure ce o'est paul~l votre avis,
F'iCLan. Je. \.ous dernnldl de pardonj, maljlaine mnio avis est
que Sa1 Majt;al& remercie; mals...
LE R01. Mlale... qu1017
FovuUET. Idais (Ju'elle n'accepte pas.
LA REINE. PourqIuoi cla ?
FOUQUET. irOUS ItRVe2 sill VOUS-Hlime, Ill~ji~rrl,- parce que
les rois ne peuvent ni ne doivent recovoir de presents de
leurs sujets.
LA4 REINE. Ehi monsieur, au lieu de dgtourner le roi de
r~ecoverllr ce present, faites done obsenar-irer Sa 1Majestb, yous
dont c'est la charge, que ces quil'rusts n millions sont une for-
tune.
FOUQ2UET. C'6st pl= (191Lllent, madame,~ parce que ces qua-
rante unilllures sont une fortune, que je dirai au roi : Stre,
r'll il'cst pas dbeent que Votre Majeste accepted dl'un su et, buit
chevaux de vingt mille livres, il est dishonorant- qu'elle dove
sa fortune & un autre sujet plus ou moins scrulml~eux dlans
le choix des matbriaux qui ont contribute & Pl'dilifie de cette
fortune.
SLA REINE. 11 ne vous sied guare, monsieulr, de faire la lecon
au roi; procurez-lux pllut~t quarante millions pour remlplacer
ceux que vous lui faites perdre.
FOUQUET, s'inclinant. Le rol les aura quand il voudra, ma-
dame.
LA REINE. Oui, en pressurant les peuples.
FOUQUET. Eh ne 1'ont-ils pas etB, pressures, madame,
quand on lettr a fait suer les quarante millions donnas par
cet actel... Au surplus, le roi m'a demnand6 mon avis; le
voil8... Que Sa MajestB me demand son concours, il en JLera
de m~me.
LA REINE. AlloRS, 8110115, accepted, 0011 011} YOUS Btes all-
dessus des brits et des interpretations.
.FOUQUET. nefllseZ, Sir8... Tanlt qu'an rol vit, il n'a d'autre
niveau que sa conscience, d'autre 3uge que son d~sir; mals,
une fois mort, il a la post~rite qui applaudit onl qui accuse.
LE nROL Merci, ma mer8 i... Mercly monsieur FOUgtlet .
LA REINE. Eh blen, A quoi vous de~cidez-vous, mon fils
LE n01. Monsieur Fouqluet, prenez cette donation et repor-
tez-la a la famille de M. de. Mazarin, qui doit c6tre dans les
transes. Je remereie Sonl Iminence du plus profound de mon
coeur; mais...
FOU(LUET ct LA RIEINE. MRis
LE nROL Mais je refuse.
FOUQUIET, se pre~cipitant sur la main du roi, et la baisant. Sire, je ne
sais ce que sera votre r~gne, mais les augures sont grands.
(11 sort.)
LA REINE. MOn fi118, vous venez de manquer une occasion
que vous ne retrouverez jamais.
LE nrOL Madame, on ne in'accusera pas de partiality pour
M. Fouguet, qlue je dbteste instinctivement et sans svi
pourquoi; mals, cette fois, je suls force de dire qu 'il m'a
donni: un conseil vraiment royal.
LA REINE. S'il en est ailisi mon fils, je n'ali qu'd me retire
et a vous laisser B votre bonne conscience..-. mais je doute


SCENE IP.

LE n01, LA\ R~iNE ME~RE.

LA REINE. Illutilc, 11101 f11s; le cardinal nle recoit plus per-
sonne...

ple REN. feu di minutes a ce qu'il paraltt, .il a com-
LE: ROI. Qui vous a dit cela, madame?
LA REI1NE. 1711 (ctladiln M. COv~ibl1,f IIji 081(J SR 1081808o, et qui
dit avoir un1 pa.picr di'llnsprtan~llcI a1 Vous remettre de la part
ut Rod}. O est-El?

at Ao.Firje tr o'in. Ceol ar ,' qi vient de la'pal-t de Son
a'USSE. Stre, prendant que M. Golbert alienldai, le c~ou- .
reur de Son lI uslineca est venuI~ lili dire que 10 cardinal avait
repris conlnj s8:ncpa ile Ijen~iludail.
AE I> I i I cri ni u.. J. ietzc s:bt e..mag

LE R01. Ce paper ...
L o1 Done~.. cjrtecidail t I1o bau. dans la galerie.)0Oh I oh! qui

IAnli. O gie enat side ndort ui7. doit &tre votre sur-
B intendant des finances.
LE RQ!, Ahl M EFlluyuel...

SCENE V.

LES MAMIES, FOUQUTET.
rivoiu Fr. Lurmime,18 sire e 'IFls vosYoyz Ian blm m ediset pirb
de nte point Btre arrive it Ilnmps po~urle' leverl de Sa, Ma3Jet?"...
Mladamle... (II s'nclane devaPt lb sine.)
LE ~i. o Vous1 Pavez, monsjeur, Fouquet, que San liminence
est aul p11ns mal?...
FOUQUET. Oui, sire, je sais cela... La nouvelle m'en est par-
venud ce matin a Vaux... et si pressjante, que je suis parti S
1l'instant m~me.
LE n01. 70118 itieZ ce Imatil 8 VRux, IDORsieur?...
FOUQUET, tirant de son gousset une montre magnifigue. Je Paui quitt6
il y a une heure et demie, siret
LE ROI. Une heure et demiel... Vous Btes venu de Vaux
ici en une heure et demie, monsieur'?
FOUQUET. Je comprendqg, sire... Votre Majest6S doute de ma
parole; mais, si je suis venu amnsi, c'est vraiment par mer-
veille :on m'ava'it eqvoyTB d'Angleterre quatre couples de
Schevaux fort vites. 11s 6taient disposes de quatre lieues en
qatre lieues, et je les ai essayt~s ce ~matin... 118 sont venus
deVaux au Louvre en une heulre et demie.
LA REINE. VOil& de merveilleux chevaux, monsieur!
FOUQUET. AUSSi SOnt-ils faits pour des rois et -non- pour des
sujets, madame.
LA REINIE. Cependant vous n'8tes point roi, que je sache,
monsieur Fouquet?...
FOUQUET. NOR, madame!... Mais les chevaux -n'attendent
qu'un signe de Sa Majest6 pour entrer dans les 8curies du
Louvre, et, si je me suis perms de les essayer, c'est dans la
soule crainte d'offrir au roi quelque chose qui ne ffit pas une

LA REINE YOTIs SR8Z, BIOUsieur FOUC[1et, que I'usage n'est
point, a la cour de France, qu'un sujet offre quelque chOS6
FoQE. J'espbrasis, madame, que mon amour pour Sa Ma-
jest6, mon d~sir incessant de lui plaire, serviraient de contre-
poids a cette raison d'6~tiquette... Ce n'6tait point, d'ailleurs,
un present ~que je me permlettais d'offrir..: c'6tait un~ribut
1e je payaxs...
uLE n01. M01181eur Fouquet, je vous remerete de P'intention,
car j'aime, en effet, les bons chevaux... Mais vous savez bien
que je suls peu riche... Yous le saves mieux que personnel,
vous, mon surintendant des finances... Je ne puis done,
lors m~me que je le voudrais, acheter un attelage si cher...
FOUQUE;T. Le luxe est la vertu des rois, sire; c'est: par le luxe
qu'ils sont plus que les autres hommes; c'est le luxe qui les
fait ressembler a D~ieu; avec le luxe, un roi nourrit ses sujets
et les honore; sons la douce chaleur du luxe des rois, natt le
luxe des particuliers, source de richesses pour le peuple... Le


LE PRISONN\IER DE LA BASTILLE.









qu'telle vous tienne iten dea :luar~nt mI;lljrion qu'ellg vienlt
do ionsl CotlLI ..I.I 1ILk sPrt



LE ROT, L'HUISSIER.
t.'st.Issia~. Sire, 1 Colbrt, que Yetre Miajestij demandil..it
toule .1 r'isum e, est, .Te retrgur Bo L'jut re,

$SQNE VII.

LE ItpI, COLBERT'.
LE ROI. Parlez, monsieur; que venez-vous m-'aplprendro ?
COLBERT. Que le cardinal vent de tripasser, Fir8-

COLBERT, O81, Sir6.
LE ROI. I Spos'itl.ic dune parties des secrets de Son inli-
nence? .
c.:LrnTh. De onei.
LE ROL 90V11S I ei [in3Dc~idr, moRSieur?
COLBERT. Oui, sire.
I.E r 801. it. le alinal souis rmplaylit 1 80 S Ao cohomat'
COLBERT. I:.101, Sire, 19,415i I'llunnfleti d'y 8tre employ&;
e'est nloi 'Inc'- Son Emlnenr~ce avait charge J~r..l'exmi. leS
comptes l~.l l :ul~ratendance... .
LE HQI. .\111.1 aI ie'est vusll qul~deviez contrler Md. Fou-
quet... El le rCsultal du contrble ?...
tr1 nll. Dvnn,,ez-m'e le iiele3.
(I:ILLE.RT. \lillle padlOult... arrgent 111ILe palrt... Votre Majest6

r.lr notl. Prienez garde!i vous ~affaquez rudemenltr i l gestion
de M1. Fanqiiue1, lequll cependant, h ce que f'ai ent~endix dire,
esti un tris-hab~ile homme!
CilLBEnRT. 4il~li, 9ire, Un LriS-ll[,ile homme !
LE @.ai. hlis, si M..Fouquet est un habile homme, et que,
malgr6b son habilet6, Pargent manque, g qui la faute ?
tre rr.-. 1IS 1 ya l du:llh. t.it sur crlle alnnbe~, soit, je comprends
cela;, mais sur P'an proch~ain ?
COLBERT, L'ain proschain ejt mangh,~ sire, aussi ras que P'anl
qmi court. .
LE nROL Mais P'an d'apr~s, alors?
COLEaRT. Come P'an prochain... Q21atre alnnes sent enga*
gt~es d'avance.
LE nrO. On fera un emprunt*
CC)LBERT,O 011e a fiit tr018
1.4 notl. Celpendinl...
jocnLDRT. (illr Voils hlaljI4e5 fufD~oulc cairement as pens~e>
et J@ l:a.:lel.ti .Py~ iepvn-re.
LE Rlll ob j)U Ml fillson; la clart8 avant tout, u'est-ce
pas ?
COLBERT, Oui) sire... Dieu est Dleu parce qu'il a fait la lu-
.miire*
LEs n01. Eh bien... si, aujourd'hui que le cllrdinail est mort
el qulle rue voilk rdi... si je voulais avoir de I'ilrgent ?
c:ioirnent Votre 31j-lajeiA 'n' nulait pals.
LE ROI. Comment, M. Fonyneti~ l cel habile homme qui m'of"
frrnit qua~Rnki aUlliuons tuat a I'heus eL, no mie tr~ouse~iat pas

COLBERT. $011, Sire.
LE nr0. Si cela est comme voui lites, monsieur Colbe~rt, jO
Buis ruin avant de regner*
COLBERT. VOus Fl'&es 81 ceff81, sire*
LE ROI. Cependant, monsieur, P'argent est quelgue part.
COLBERT. Oui, sire; iif mntfe, pour commenced, japporte &
Votre Majest6 u~ne nowi Je1 landl que M.1le cardinal n'a voulu
relater ni dan, so:n led amenet, oi claus aucun acte quelconque,
mais qu'il m'ava~il cljukie, i. rooi.
LE nROL A vous?
COLBERT. OUi, SIPO,
LE n01. Ontre.L les quarantet millions du testament?
conn. i savatdt ye vu les refuseriez'
CoLBnRT. nlu, SIr8.
It na~l. You ? Ahivous m'aviez bien jugh, monsieur. Etla
some que vous toa'a glorie.!,ensant.elle la peine?
col~ucsr. Treize millions de hivrea.-
LE nRO. Treize' millions t.. YOlUS diii05 Reize Imilliolls, m011*
sieur Colbert ?
CO)LD)ChT. Oui sit~e.


!.F ap;. Que toxit le sm9!de iignor e?.
COLBEllT. TI..UI18 100} mnQ.
LF Ror. Quli jient cllin- vos ma1ins?
COLBERT. Elitre mes manins, sire.
LE nRO. Et qune je puis avoic?
COLB)ERT. Dans deux heures.
LE~ nROL iais 011 SOlt-ilS i080 ?
COLBERT. Dans la cave d'une maison que M. le cardinall pos-
sedait en ville, et qrl'll a bien voulu mre laisser par une clause
particulibre de ion testernent.
LE R01. You1s connaissez done le testament du egrdinal?9
COLBERT. 1'811 Ri U11 deulitlr. (11 r.....une i;!i.. as rsi.)~
LEg nRO, Mais it~n'est question ici que de la masonn, et nutle
part P'argent nr'est mentinn& ?
COLBERT. Pardon, sire, i l Fest anus ma conscience.
LE nRO. Vous 4tes un honnite homme, monsteulr.
COLBIERT. Ce Il'est pas une vertu, sire, e'est un1 devoir.
LE nRO. Monsieur, que voulez-vous qune je vous d~onne enl
rcompense. h de ee drvouemntrr. et de cette lla-.1t?
COLBERT. Riell, sire.
SLE IOI. PRS Inime l008881011 de me servir?~
COLBnERT. VOtf8 MajGsti Ie me fi:llouru.lit. pas celte occasion,
que je ne Pen servirals pas moins.
LE nROL VOUS SereZ illiendalli des finances! Bl014ieur Cj01-
ber:t.
COLEnRT. Iutm~~jl ya dbjh un surintendanet sire.
COLBERT. Sire, le surintendant. liujour Thutll que M. le car-
dinlal est mort, estl'homme le piluj pulseant~ ad royaume.
LEROIr, Ah! VOus croyezt
coLBUERT. 11 me broiera en huit ours, ire~. Votjre Ma~jrsl8
mle dlonne un contr61e pour lequel la force estl Indlijpensale.~l
LE ROL. 11 parait que vous ne faites pas landsl 4Lur nici?.
COLBERT. J'ai deijrleu lhonneur de dire g Volire MaIJestP que
Md. Fougluet, du femps de M. de Mazarin, 6tait le second per-
sonn age du royaume; mais voil M. de Mazarin mort : M. Fou-
quet est devenu le premier.
LE n01. Monsieur Colbert, je consens, Se vous en pr~viens,
A e qlue, aujourd'hui encore, rousll Jirle. ces choses-18; maisa
demain, je qe le soulialtlJ plus.
(OLB ERT. Alors, a partir de dcnmain, je setai ioutile h Botre
LE nROL Que desirez-vous done?... A votre tour,pI.l11ez tlji-
rement.
COLBERT. Je, desire que Votre Ma~jeslB me dongn des aides
dans le travail de 1'iritendance.
LE nROL Choisissez vos coll Ues3. Est-lce fiout ?
COLBERT. OUi sire; je pars tranqlullle main tenant. (11 rsln trois
pas B reculous.)
LE ILOI. Un instant, monsieur...
COLBERT. 6e SuiS Rux Ordres du roi.
L.E nRO. Une question.
COLBIERT. .i'atteitisd.
LE nRO. J'ai ell Rutref015 B m0II SeyVice, 00mme litdlltefl311
des mousquetaires, un homm~e qu: ml'a dcnne'- sa admission.
COLBERT. A Blaii; g pr Oy03 d'un mi~llion que1 Votre MYajest6e,
ou plutbt M. le can~dinlal, refujlll BSa Mlajes~lC Charles II.
LE ROL YVOUS SarYOZ 0018
COLBERT. JO SaiS t081 ce que Savait M.1le cardinal.
Le. nRO. Ell bien, pourriez-vous me dire ce que M. d'Arta-
gnan est devenu ?
COLBEIST. VOtre MR)8816 Il'ignore pas qu'il a puissammellt
concollur a la restlur action die Sa M3Je;St& Cha~rle Il.
L.E nor. Oui; dlurait-il prls du service aUprisj de 11non febre!
d'Angleterre P
coL.BERT. De tris-lbelles offres lui ou ars ta ~rptfis .
LE nRO. Et oix est-il C?
COLBERT. Je n'a p1}OiRL 611161111 dire qu'll efit qluitt6 Ja
Grande-Bretagne.
LEn nRI. J'aiibesoin de M. d'A-rlagnain, muonsieurl Co~lbat.
COLEnrT. Ell Cqaelque lieu q~u'rI sa:it, o:i le3 retroluvera.
LE nRO. C'est bien... Allez, 13nost -Ur. (Colbert rJeae et sprk)

SCENE VJIIL
LtE ROI, seal. Si, dans trois mois, cet homme g'ast~ point AS
14 placr e 44 M Fouguet, je agal b14py 6tgap,

SCENE IX.
LE ROIJ, L'RUISLERl.
Is'trIJSSIE. SifO, ull lettre v~enant d'Gngle~terre par courrier
extraordinaire.
LE nR1. D0111163.. Afl I O'est all Stjet du mariage de mol1


LE PRISONNIER DE; LA4 BASTILLE.









frbre PhIppe'1" avee madamne Henriette di'Anglet:~erre. (A l'huis-
sier.) Faites entrcr le coulrrier qui a apporti? cette! lettre.
L'nIIUssiEn, allant h la porter et appelant. Monsieur d'Artagnan!...

SCENE X*

LE ROI, D'ARTAGNAN.
EE nRO. M. d'Artagnan I au moment oft je le demandais, au
moment oi j'ai heroin de lui 1... Serait-ce 14 ce qu'on appelle
la fortune de~s rois? (A d'Artagnan, qui est entr6?.) C'est VOUS cqul
m'ap~porter cette lettre d'Angleterre, monsieur?
o'ARTAGNAN. Oui, sire, le roi Charles II, sachant que je, venais
enI France, n'a pas cru devoir chercher plus fidd~le main pour
vous la remnettre.
LE n01. lOIISieur...
D'AnTAGNAN. Sire!
LE ROI. Vous save sans doute que le cardinal est mort?
o'AnTAGNAN. Noul, sire; mais je commencais g m'en douter,
LE nR1. Vou~s save'z, par consequent, qlue je suis le maitre chez

onnj.cnacNAN. Sire, on est toujours maitre chez soi quanld on
veut.
LE n01. Vous rappelez-vous tout ce que vous m'avez dit &
Blois, le jour oft vous avez quitt8 mon service?
D'ARTAGNAN. 1y ya dbjk longtemps, sire, qlue j'ai eu P'hon-
nleur d'avoir cette conversation avec Votre MIajest8...
LE n01. ELh bien, si vokre memoire est en d~faut, je me
souviens, moi... Yous commenettes par me. dire, monsieur,
que vous serviezr ma famille depuis longtemps et que vous
C6tiez fatigue.
n'ART4LGEAN. C'88t vrai, sire, j'ai dit cela.
LE nRO. Puis ensuite vous avez arouB que cette fatigue 6ttait
un pr~ttexte, et quele miicontentement Btait la cause r~elle de
votre retraite.
D'ARTAGNAN. J'Btais mecontent, en effet, sire; mais ce mp.
contentement ne s'est trahi nulle part, que je sache, et, si,
co eextn hmme de camur,6 f'ipa d shau tdevant Votre Ma-
LE nRO. Ne vous excuse pas et continued de m'gcouter. En
mle faisant le reproche que vous 6tiez m~content, vous regfites
pour r~ponse unle promesse. Je vous dis : a Attendez... w Est-
ce vrai?
n'ARTAGNAN. Oui sire
LE ROI. A vrotre tour, yous me r~pondites: a( Attendre? Non,
sire, tout de suite ou jamais... 1, Ne vous excuse pas, e'est
tout natureil... sculement, vous n'avez pas eu de charity pour
votre prince, monsieur d'Artagnan.
D'AnnoAGNA. Sire, de la charity pour an roi... de la part
d'un pauvre soldat?
LE noI. Oh vous me comprenez, monsieur; vous savez bien
que: j'en avais besoin, de charity; vous savez bien que je n'6.
tais pas le maitre; vous saves bien que j'avais I'avenir en es,
phrance... Tout cela n'y fit rien... Yous me r~pondites : a Mon
congc tout de suite. ,
D'ARTAGNAN, mordant sa moustache. O'est encore Trai.
LE R01. Vous ne m'avez pas flatt8 quand j'CAtais dans la dB-
tresse, monsieur I
D'ARTAGNAN, relevant la tkle. Si je n'ai pas flattP Votre Majest8,
pauvre, je ne P'ai point trabie non plus... J'ai veilli! comme
un chien a la porte de mon roi, sachant bien qlue P'on ne me
'etterait ni pain ni os, et, pauvre aussi, moi, je n'ai rien
3dexmanoe Vqoece conga u 6%tore M jeste me reproche.
o'ARTAGNAN, A quoi, sire?
AE Go MANis uto ce que je vous dis alors, monsieur.
LE n01. E~t vous u'avez attend qu'une occasion pour revenir
sur vos paroles?
D'AnTAGNAN. Je ne comprends pas trbs-bien ce que Votre Ma-
jeste me fait 1'honneur de me dire.
LE ROL fliel 1
o'ARTAGNAN.VeutileZ IR'ecuser, sire; mon esprit est devenu
tr~s-paresseux et mon cerveau tris-6pais... les choses n'y
p~nbtrent qu'avee difficulties; il est vrai qu'une fois entries,
elles y restent.
qu vnools Vobus allez rme omprendre. Yous me disiez a Blois
D'An~anoaiu Je le suis maintenant.
LE R01. Cela ne me regarde pas... Vous avez votre argent,
non le mien; ce n'est pas mon compete.
D'ARTAGNAN. Je me comprends par encore trbs-bien.
LE ROI. Mlettonls donc les points sur les i. Avez-vous assez de
vingt-cing mille livres par an, argent fixe?
o'Annonlu. Mlais, sire]


LE n01. Avez-vous asses de qunatre chevaux entratenus et
fournis par moi... plus, d'un su~pp6ment de fonds, tel que
vous le demandlerez, selon les occasions et les n~cessit6s? on
hien pr~f~lreriez-vous un fixe deL v i ng(-cu sq autres mille livres ?
Voyonsl t rpondez, monsieur, on je croirai, en effet, que
vous n'avez plus cette rapidity de jugement que j'ai toujours

Dappan AN. Si cinquante utillle livres par an sont une
some qui me parait suffisante pour faire face a bien des
6ventualit~s.
LE nRl. Passons done B quelque chose de plus important.
D)ARITAGNAN. M818, SIT8, j RalaS eH l'h0nneur de dire 8 Votre
MajestR...
LE ROL. au8 VOUS VOUlieZ v011s reposer... Je le sais )ien...
seulement, je ne le veux pas, moi... Je suis le mattre, je
peHSe.
o'AnnoAGNA. Ouli, sire.
SLE 01o. A lat bonne hleure!i... Yous 6tiez autrefois en veine de
devenir capitaine des mousquetaires.
D'ARTAGNAN. J'6~tas lieutenant, et j'ai en mon brevet en
blanc.
LE nRI. Eh bien, voidi votreebrevet sign, cette fois.
D'ARTAGNAN. Sire!
LEROIr. Yous accepted?
D)ARTAGNAN. Oh! ~oui.
LE ROL. Al0rs, Ionosieur, g partir d'aujourd'hui, yous allez
entrer en fouctions... La compagnie des mousquetaires est
toute d~sorganis~e depuis votre depart; les hommes s'en vont
fldnant et hantant les cabarets, oh 1'on se bat malgr6 mes edits
et ceux de -mon phre; vous rborganiserez le service au plus
vite.
D)ARTAGNAN. Oui, sire.
LE nRO. YouIs ne quitterez plus ma personnel.
D'ARTAGNAN. BE- ED
LE ROI. Et vous marcherez avec moi B l'armbe, oit vous et
vos hommes camperez au quarter g~ndral autour de ma
tente.

comm ce i1 ,k torPe laj st 6 'a as bsmin r me ln d l
vingt-cing mille livres.
LE ROL. Et moi, je veux que vous ayez un B. at Je maison,
que vous teniez table, que mon capitaine des molusqIuelairesr,
enfin, soit un personarge.
D'ARTAGNAN. Et moi, sire, je n'aime pas P'argent trouv6, je
veux 1'argent gagn6; Votre Majest6 m'offre 1& un metier de
paresseux, que le premier venu fera pour quatre mille, livres.
LE nROL Vous etes ull fin GascoD, mollsleur d'ArtagDRD, Of
vous me tirez mon secret du ccour.
D'ARTAGNaIn. Bon Votr~e Miajest6 h un secret?
LE n01. Oui, monsieur.
D'ARTAGNAN. Alors, j'accepte les vingt-cing mille livre et
mime les cinquante; car je garderai ce secret, et la di cr ion
n'a pas de prix par le temps qlui court... Votre Majest veut
elle parler mamntenant?
LE ROI. Plus tard.
L'HUISSIER, annougant. 1M. le COmte de la F~re.
D'ARTAGNAN. Athos 1...
LE n01. Qui appelez-vous Athost
D'ARTAGNAN, C'est Prai, sire, VOUS DG connaissez pas sous c
nom-18 un des plus vaillants hommes de votre royaume, e
1'un des plus nobles cemurs de la terre.
LE n01. Pen imported, monsieur, sous quel nom je le con-
dli a none vo s-m que zou ts ~n m6 c ~pi ano
general des mousqluetaires?
LE *oaPuiss eF Fats eetrer le comte de la Fi~re.

SC ENE XI.

LE ROI, D'ARTAGNAN, ATHOS.

AERnosLAt. Sire!ur n'avez-vous pas vu, en entrant
chez moi, un homme qui se dit de ros bons amiss
ATuS LB oix est le roi, sire, e rene os doesv e Arbagan

mon capitaine general des mousquetaires, et de l' rass r.
D'ARTAGNAN. Che Aths 1ited otmncnr tsrot
ATnos. Amli, je 6ou aiiedetu o czr, set qltute
Sfelicite Sa Majestt6 de vous avoir donned lacompens qu,
Sdepuis si longtemps. vous aviez mebritee. m e
LE nROL Comte, laisseZ-m01 esp ~rer que YOUS venez m e
mender qunelque chose.


LE PRISONNIER DE LA BASTILLE.








ATruos. Je ne le eacherai pas h Votre Manjest6, je viens, en
effet, solliciter...
LE 801I. Eh bien, monsieur de la Fire, voyons ce que je puis
faire pour vous.
ATHOS. Sire, ce que je desire obtenir de Votre MajestB con-
cerne le vicomte de Bragelonne, mon fils; il pense & se
marier.
LE n01. Aht... Eh bien, je veux lui trouver une femme.
ATnos. 11 P'a trouv~e, sire, et ne recherche que P'assentiment
de Votre MajecstB.
LE nRO. 11 ne s'agit qlue de signer un contrat de mariago ?...
Bien. Comment s'appelle la finance ?
ATMos. C'est mademoiselle de la ValliBre de la Baume le
Blanc.
LE nRO. Ah!i oui... je sais... on me P'a pr~sentie; c'est ule
des filles d'honneur d~sign~es pour faire parties du service
future de madame Henriette d'Augleterre.
Anlos. C'est cela, meme.
LE ROi. E11e est riche ?
Amros. Pas pr~cishment; quinze a vingt mille livres de dot
au plus, sire; mais les amoureux sout disint~ress~s; moi-
mime, je fais peu de ca2s de l'argent.
LE n01. Avec quinze mille livres de dot, sans apanage, une
femme ne peut border la cour. Nous y suppl~erons; je veux
faire cela pour Bragelonne. Passons de F'argent h la qualitb:
fille du marquis de la ValliBre, c'est blen; mais nous avons
ce bon1 Saint-R~nmy qui gale un peu la maison... par les
femmes, je le sais; enfin, cela gate; et vous, comte, yous tenez
fort j votre maison'
ATaos. Moi, sire, jo ne tiens plus B rien du tout, qu'd mon
d~vouement, pour Votre MlajestB.
LE nROL C01111, vous me Sulrprel6Z : vous Venez m'adresser
une demand enr marriage et vous ne me semblez point faire
cette demand de bon coeur.
AThos. Eh bien, sire, e'est vrai.
LE n01. Alors, je ne vous comprends point; refuseZ.
Arms.~ Nion, sire; j'aime Raoul de tout mon amour paternel;
il est celris; de mademoiselle de la ValliBre, il se forge des pa-
radlis pour P'avenir; je ne suis pas de ceux qui veulent briser
les illusions de la jeunesse.
LE nROL Voyons, comte, Paime-t-elle?
ATuos. Si Votre IMajestt& vent que je lui dise la v~rit6, jle ne
crois pas beaucoup B P'amour de mademoiselle de la Valilire;
elle est jeune, le plaisir de voir la cour, d'dtre au service de
Madame, balanceront, je le crains, dlans sa t~te, ce qu'elle
pourrait avoir de tendresse dans le emJur; ce sera done prO-
bablementun marriage comme Votre M~ajestt6 enr voit quelque-
fois a la cour; mais Raoul le vent, que cela soit ainsi.
LE nROL Vous ne ressemblez cependlant pas a ces phres faciles
q~ui se font les esclaves de leurs enfantS?
Anlos. Stre, j'ai de la voloat8 contre les m~chants, je n'en
ai pas contre les g~ens de counr. Raoul souffre, il prend du
chagrin, je ne veux; pas priver Votre MlajestB des services qu'il
peutr'endre.
LE n01. Je comprends.
ntruos. Alors, je n'ai pas besoin de dire & Votre MajestB que
mon but est de faire au plus vite le bonbeur de ces enfants
ou p'lul~t de cet enfant.
LE nRO. Et moi, je veux comme vous le bonhour de M~. de
Brageloulne; aussi m'oppos6--le en ce moment g son ma-
riage.
A~uos. Sire!
LE nRO. Ne vous inqui~tez plus B ce sujet. J'ai des vues sur
Bragelonne. Je ne dis pas quI'; l~l n.pas s.:r i point mademoiselle
de la ValliBre; mais je: ne veux pas gu'il P'8pouse avant
qu'elle ait fait fortune; et lui, de son catek, mnirite mes bonnes
graces, telle~s qlue j'entends les lu't donner. En ull mot, come,
je veux qu'ou attended.
rnlos. Sire, encore une fois...
LE ROll EMOUlS10ur le comte, vous Btes V6HR, disieZ-YOUS, me
demannder une faveur?
tr~aos. Oui, certes.
LE nRO. Eh bien, accordez-m'en une, no palrlons plus de
cela. 11 est possible que, d'ici a pen, je fasse la g~uerre; j'ai
besoin de gentilshommes libres autour de moi. J'h~siterais &
envoyer sous les balles et sous le canon un homme. mar~i6, un
pibre de: famille; j'hl~siterais aussi, pour Bragelonne, a dote,
sans raison majeure, une jeune fille inconuue : cela s~nmerait
de la jalousie dans ma noblesse... Est-ce tout ce qu'il yous
imlportait de me demander?...
ATuIos. Toult ab)sollluenlt, sire, et je parents cong8 de Votro
Miajeste... Mais fatut-il que tje pr~vienlne Raoul?
LE n01.- Epargilneavous ce soill; dites au vicomte que je lu1
parlerai; qluantA ce soir, yous Btes de mon jeu.
AmIos. Je slus en habit de voyage, sire.


LE~ ROL. U1 jourP viendra, j'esphre, oft vous no ine quitterez
plus. Avant pen, comnte, la mlonarchie sera 6tablie de facon &
offrir ulue digne? h...il"' ilI'' B tous les gens de votre mi~rite.
rnaos. Sire, pourvu qlu'un roi soit grand dans le ccur de
ses suljets, peu importe le palais qu'il habite, puisqu'il est
adore dans uln temple (Athos varejoindre d'Artagnan, qui Btait rested
au rend.
LE ROL. All011s, 1a journbe est honnie! Treize millions dans
mes caves; MI. Colbert tenant la caisse; d'Artagrnan, P'gp~eI...
Je suis vraiment rot!




DEUXIIEME TABLEAU

Dans la fort de Fontainebleau, au lieudit le Chdne roya(L.



SCENE PREM~IARE .

LOUISE D)E LA VALLUERE, AURE DE MlONTALAIS, ATHitNAIS
DE lu N.1Y~.\-CHAREN TE..

AURE; entrant et regardant. Pers011ne1 Y enez, Ath61a'is, venez,
Louise.
LOUISE, souriant. La belle promenade dans ces bois de Fon-
tainebleau le joli p~rojet que nous avons form de nous di-
vertir cotte nuit, sans surveillants et sans escorted, tandis qlue
notre service de demoiselles d'honneur de Madamne nous lais-
salt un pen de liberty !... Vous rappelez-vous, Montalais, les
bois de Chaverny et de Chambord, les peopliers sans finl de
Blois ?... Nous avons BchangB 16 bien des esp~rances !
AURE, Hilas I
LoUIISE. Al rieuse Mlontalais, voilk que tu soupires; leshbois
t'inspirent, et tu es presque raisonnab~le co soir...
ATRIENAIS. Mesdemoiselles, yous ne devriez pas tellenient
regretter Blois, que vous ne vous trouviez heureuses chez
.nous; une cour, ec'est un endroit o~i viennent les hommles et
les femmes pour causer de choses qlue les mbires et les tu-
teurs d~fendent avec s~vt~rit6; i la cour, on se dit de cei
choses-lk sous privilege du roi et des reines; n'est-ce p~as
agrbable ?
LOUISE. Oh!i Ath~na~is t
AURE. AthnlllRS est franche ce soir, profitonls-en.
ATaintPs. Oui, profitez-en, car on m'arracherait en ce mo-
ment les plus intimes secrets de mon coeur...
AURE. Ah si M. de Mdontespan Atait 11!i
hTI1aiNAPS. YouIs croyez que j'aime ML. de Montespan?...
Une femme hien organisihe doit regarder les hommes, s'en
faire aimer, adorer meme, et dire une fois au plus dans sa
vie : a( Tiens! il mire semble que, si je n'eusse pas 6te ce que
je suis, j'eusse moins d~test6 celui-18 qune les autres... 0
LOUISE, joignant les mains. Alors, voila ce qlue vous promletter
B Mi. de Moutespan ?
AustNAPS. A 181i COmme i tOUt atufe.
AuRE. Parfait!... Ath~nals, vous irez 10in!i car e'est avec lar
coquetterie qu'on est reine enitre les femmes, quand on n'a
pas recu de Dieu la faculty si precieuse de tenir en bride
son c~eur et son esprit.
LOUISE. Oh! mesdemnoiselles, un coeur aimnant est plus fort
que votre coqluetterie L'amour, tel que je le congois, est un
sacrifice incessant, absolu, enter; c'est P'abn~gation complete
de deux Limes qui vealent se fondire en use saule. L'amoulr,
c'est frissonner en presence de celai qu'on aime... c'est pal-
piter sous le charm de sa voix... e'est s'andantir sous son
regardl! Si j'aime jamais, ce sera avec tantt de d~vouement et
de foi, qune ma plus grande excuse sera dans monl amlour lui-
mime !... Mla vie, mon ame, je les donnerai... et, si Ion cesse
dea m'aimer un jour... eh bien, je mourrat... a momns qlue
D~ieu ne me secure, A moins que: le Seigrneur ne me prenale
en sa misericorde!
AURE. YaiS, LOUise, VOus nous dites cela, et vous ne le? pra-
tiqIuez point...
LOUISE, MOi?
AURcE. Oui, yo1s! Y ous Btes adoree depuis douze ans par
M~. Raoul de BrPagelonne, adore It deux g~enoux.! Le pauvre
g~arcon est victim de votre vertu, commle ii le serait, plus
qI "u'i ne: le "' serat~ll mime d a coquetterielt ou de la fierte d'A-
thlinalis.
LOUISE. Q~ue voulez-vous!i Supposez que je croyais aimer et
qlue je n'aime pas.
AURE. Comment, tu n'aimues pas?


LE PRI(.S)NNIE DE LA BASTILLE.








LoursE. Si j'ai et8 autremtent que ne sont les autres quand
elles aiment, c'est que je n'aime pas, c'est que mon heure
n'est pas encore 11.11Ue-
dalmf ..mi'. Ainsi, dbcid~ment, vous n'aimes pas M. de Bra-
=VIlIIInI '
AURE. P~eut-~ltre! Elle n'en'est pas encore hien sizee. M~aiS,
en toult cas, ihoule, Athenals, si M.l de Bragelonne devient
libr~e, jo te donne un conseil d'amie*
nTutnAls. Lequel ?-
nvae. C'est de bien le regarder avant de te decider pour
M. die M~ontespanl.
ATHEBNAIS. Oh1! Si vous Je prenez par 18, ma chBIre, Mi. de
Bragerlonne n'est pas le seul que P'on puisse troulver duplaisir
h regardler; et, par example, M. de Saint-Aignan a hien son
prix.
AURE, it Louise. VOf0DS, parml t0US ceS g611tilshommes, le-
quel plrfdres-voti~s ?
ATHENAls. Oui, oui, de MI. de Saint-A~ignan, de M. de Guiche,
de M. de Varles?
LOUISE. Je ne pr8fbre personnel, mesdemoiselles; je Jes
trouve tonls ggalement bien.
ATHENAIS. Alors, dans toute cette brillante assemble, au
milieu de cette cour, Ja premiere du monde, personnel ne
vous a plu ?
LOUISE. Je no dis pas cela.
.a ul B~. xi. Palrles done, alors; voyons, faites-nous part de
voi ce: 11l.*11.
LouisE. Ce n'est pas un ideal.
AURE. Alors cela existe ?
LoUISE. EnD vA~rit6 mesdemoiselles, je n'y comprendis rien.
Coth~me moi, youts avez un coeur, comme moi, yous avez des
yeux, et vous parlez de M. de Guiche, de M. de Saint-Aignan,
de Mo.,, que sais-je?... quand le roi est Id..*
AURE et ATHIENAIS. Le 7011
LOUISE. Oui, oui, le roil Est-il quelqu'un qui puisse lui
t4tre compare ? Ah I je sais bien qu'd~l n'est p~as de ceux sur
qui nos yeux ont le droit de se fixer... Cherchez done, si vous
le voulez, Sr d~tourner mes regards de ce soleil rayonnant:
choisissez parmi les seigneurs de la cour: celui que vous sup-
posez pouVOir' me falire oublier ce reve, cette folie de! mon
cour... mais choisissez-le bien, de peur que mon amour ne
retourne involontairement au roi, f'univelrs tout entier dfit-
il deviner mon secret! (sur les derniers mots~e Louise, le roi et Saint-
Aignan sont entries. Le roi, qui a ecout8 la Vallibre, faith signe B M~ontalais et is
Athenals de se retirer. Montalais et Athenais saluent respectneeusement sans dire
un mot. La Valliere derheare un instant penshive pois se th~e en cherchant
des yeux Athenals et Montalais.)


SCENE I1.

LOUJISE, LE R01'

LOUIsE. Eh bien.,.. Montalais... A2thbuas!... oil soult-elles?
(6ile se: retourne et vout le rai.) Le roi !... (Elle veut s'dloigner.)
LEr nRO. Demoure~z, mademoiselle.
LOUISE. S178...
LE ROi. Voici la plaie... Ici, le feuillag~e est itpais... Mais
qu'avez-vous1... vou1s avez fraoid peut-Ptre?...
L.OUISE. NOTI, Sire.
LE 1101. VOT1s tremblez, cepenclant.
LOUISE. Sire, c'est la crainte que P'on n'interprite A mal
unon ab-sence, au momenlt oft tout le monde est r~uni sans
doutet...
LE ROI. Mademoiselle, je voulsproposer als bien de retounmer
aux carrosses... mais regardez, &coutez, et dlites-mol s'il est
possible de tenter la moindre course on ce moment; d'ail-
Jeurs, il n'y a pas d'interpr~tation possible en votre dE~fa-
veur; u'6tes-vous pas avec le roi de FI an~.ce e'est-8-dire avec
le premier gentilhomme du royaume?...
LOU!SE, embarrass~e. Certaiment. sirei...
LE 801, a part. C'est qu'en vt~rit8 elle est cfliml nIntel
LOUISE. $1I.I., voilj I'eau qui tombe, et Votre Majest6 de-
meure tatle nue.
tlr nor. J: VOuIs prie, ne nouns occupons que de vous, made-
moiselle.
LOUISE. Oh! mnoi, 5e suis hiabitude a couric par les pres et
les hois de la UnOire. quelque -temps qu'il fasse; quanlt i mes
habits, Votro 11ajob: voi;$ qui'lis n'ont pas g~rand'chose St ris-
quler.
LE nrO. En effet. mademoiselle, j'aiil; 2 I:,llwerlpi' P1'n .4'011 -
fois qjue vous h se? .17 pe 'llirC. tout \..=n--m.11 no, re- vin
la toilette. Vons n'8tes point coquette, et c'est pours moi unle
grande quality.


L()UISE. Sire, ne me faites pas meilleure que je ne suis, et
dites seulement : a( Vous ne pouvez pas bi4'e coquette. ,,
LE n01, Pourquoi cela?9
LOUISE. Ma~is parce que je ne suis pas riche.
LE n01. Alors, yous-avouez q~ue vous aimez les belles closess?
LOUfSE. Sire, 3e ne trouve belles q~ue les choses auxquelles
je puis atteindre; tout ce qlui est trop haut pour moi...
LE n01. VOUS est indifferent?
LOUISE. hl'881 Btfanger COmnme m'6tant dt~fendu.
LEx n01. Et moi, mademoiselle, je ne trouve point que vous
sovez & ma cour sur le pied oft vouts devriez y Atre. On ne m'a
certainement point assez parl4 des services de votre famnille.
L~a fortune de votre maison a BtB cruellement neglig~epar mon
oncle.
LOUTSE. Sire, Son Altesse royale monseigneulr le dlue d'Or-
16ans a toujours Bte parfaitement bon pour M~. de Saint-R~my,
monl beau-phre. Les services 6taient humbles, et nous avons
Bti! pays selon nos aeuvres. Tout le monde n'a pas le bonheur
de trouver des occasions de servir son roi avec Bclat.
LE nRO. Eh bien, mademoiselle, c'est au r~oi i corriger le
hasard, el je me charge hien joyeusement de r~pairer, au plus
vite, & votre igrard, les torts de la fortune.
LOUISE. On a fait tout ce que je d~sirais, sire, Jorsqlu'on m'a
accord? cet honneur de faire parties de la maiton. de Mladame.
LE nRO. Mais, si vous refuse pour vous, accepted au moins
pour les v8tres,..
LOUISE. Sire, votre intention si g~ndreuse m'bblonit et m'ef-
fraye; car, enl faisant pour ma maison ce que votre bout6
vous pousse & faire, Votre MajestB nous cr~era des envieux, et
so crbera des ennemis.
LE It01. Ah! voil& un language bien d~sint~ress8, mademoi-
selle; mais la pluie redouble... permnettez... (II tend son chapeau
au-dessus de la theo de Louise.).
LOUISE, Oh1!
L.E nROL Quelle triste pens~e peut done par1venii r jusqu'di~ votre
coeur, q~uand je lui fais un rempart du mien 7
LOUISE. Un rempart de votre coeur, sire'l... *
LE nrO. Oui, de manl coeur; car tout ce que Je vois, tout ce
que j'entends, le p~n~tre d'estime et d'admiration; et, pour-
quol craindrai-je de le dire? de tenldresse et...
LOUISE, I'interrompant. Oh! sire!... Voilj, je crois, P'orage qui
se calme et la pluie qui cesse... et~je vais... (Bclat de tonuerre,
effoi de Louise.) Oh! sire!i sire t... entendez -vous?..
LE nRO, la tenant dans ses bras. Oui; VOus voyez bien que 1'o-
rage no se passe pas.
LOUISE. C'est un avertissement... e'est la voix de Dien qui
Inenace.
LE nrO. Eh bien, j'accepte ce coup de tonnerre pour un aver-
tissement, et mime pour une menace, s'il se renouvelle avec
ume p'areille force et une Egale violence; mais, s'il n'en est
rien, permettez-moi de penser que 1'orage est Yorage, et rien
autre chose. (Le roi tve 'la tbte comme pour interroger le eiel. -
Le beau temps revient.) Le? ciel s'6claircit, voyez!.. Eh bien, ma
demoiselle, me menacerez-vous encore de la colbre ci61este?...
Vous Btes, yous le voyez, la divinity quifait fair P'orage, la
d~esse quli ramine le beau temps !
LOUISE. Sire, on vous cherche, sans doute. La reine doit 8lre
Inqui~te, et M~adame, oh! M~adamne!
LE nRO. Madame, avez-vous dit?
LOUISE. Oui, Madlame... Madame...
LE nROL Aclievez...
L.OUISE. Pardon... sire, je n'ose...
LE nROL Oh! mademoiselle, seriez-vous cle ceux qui pensent
qlue Mladame, Mdadamle, femme de mon febre, a le droit d'8tre
jalouse de moi?
LOUISE. Sire, il ne m'appartient pas de p~nktrer les secrets
de Votre iMajest8.
L.E nRO. Ohl! YOus le croyez comme les autres.
LOrUise. Je CrOiS que Madame est jalouse, omi, sire.
LE R1OL. iademOlselle, retenez hten ceci... Madamne n'a au-
cun droit sur moi... Je F'aime et je la respecte comme un
frbre doit aimer et respecter sa sceur.
LOUISE. Sire, on vien't.
LE nRO. Eh bien, mademoiselle, laissons venir; qui done ose-
rait trouver mauvais que j'eusse tenu compagnie B mademoi-
selle de la Vallibre ?
LOUISE. Sire, par gr^ rest s; l.,ngl t. wlp=. ici, qule vous vous sovez sacriti8 poulr m1oj. .
LE, n01. Je n'ai fait qyue mon dtevoir de gentilhomme, et mal-
h:eur A celni qui ne ferait pas le sien en critiquant la con-
dluite de son rol! (Entrde de tout le monde.)
LOUISE, nvec efl\*oi. Madalime!.


LE PRISONNIER DE LA BA4STILLE.







b'AnANoNs. Commnces tonjours. Si o'est trop long, je ferai
comme si vous Btiez avocat et comme st ]'Btals Juge: je m'en-
dormirai.
BAISEMEAUX. Auparavant, laissez-moi donner un ordre. (nt
frappe sur un timbre.)

D ISMAX an lq is qui1 entire. Quand la personnel que j'at-
tends se prbsentera, yous la ferez passer par le couloir secret
et vous me previendrez.
LE LAQUAls. Oui, monsieur le gouverneur.
BAIsEMEAvx. Tout de suite.
LE LAQUAIS. A 'illstant mime. (It sort.)
BATSE IEAUX, it dArtagnan, qui compte sur ses doigts. Que comptez-

D0 SA GNAN, Je CRIculRis ce 8u vous pouviez vous fairer bon
an, mal an, cher monsieur dqe Mlontlezun; je gage que cela
deposse cinqluante muille livres'
BAISEMEAUx. Et quand cela monterait B soixante ?
D'ARTAGNAN. VOUS m'80Illlez, BaisemeauXJ YOUS faites
P'homme contrit; mais regardez-votis done, mordlious! Je
vais vous conduire devant une glace; vous y verrez que vous
P4tes gralssoulillet, fleuri, gras et rondl comme un fromage;
que vous avez des yeux comme des charbons ardents, et,
sans ce vilainl pli que vous affectez de vous creaser au front,
vous auriez l'air d'une pomme d'api. Joignez a tout cela
soixante mille livres de ben~fices, --ous venez die les arvouer,
et comparez ma charge B 1a vatre.
BAISEMEAUx. Vous oubliez rin detail, cher monsieur ~d'Arta-
gnan.
o'AnanonAN. Un dbtail! 'lequel ?
BAISEMEAUx. C'est qlue vous avez recu des mains du rol votre
charge: de capitaine.
o'AaTAsNAN. 11 n'y a pas longtemps : aujourd'hui m~me.
BAISBEMEUX. Tandis que, moi, j'ai achet6 celle de gouverseur
de la Bastille.
o'ARTAGNAN. C'est wrai, de MM.; LouviBre et Tremblay, et ils
n'gtaient pas hommes g vous la donner pour rien.
BAISEMEAUX. Soixaute et guinze mille livres A chacun d'eux,
ehe~r monsieur d'A\rtlerg.n;n plus, trois annees de revenue
comme pot-de-vin.
D'ARTAGNAN. C'est exorbitant I
BAISEMEAUX. Ce n'etl pi9 tout.
o'ARTAGNAN. QI J' a-1-il 611008
BAISEMrEAUX. Faut6 d'81 Seul payment cle cinquante mille
livres a 1'8ehi~ance, ces messieurs rent~reat dans leur charge.
o'ARTAGNAN. Mais comment, r6duit B vos propres ressour-
ces, avez-vous pa 'souscrire a de telles conditions?-ear, yous
aussi, vou~s Btiez simple mousquetaire.
BATSEMEAUx. J'ai trouv8 un bailleur de fonds.
D'ARTncNAN. Qui cela?
BAISEMEAhvx. Un de vos amis.
D'ARTAGNAN. Qui done ?
BAISEMaEAUx. Mi. d'Hlerblay. 11 m'a offset de r6pondre pour
moi.
D'ARTAGNAN. Aramis! En v~rit6, yous mle stup8~fiez. Aramis
a ripondu po~urvous ?
BAISEMEArx. En galan~t homme.
D'ARTAGNAN. Et il a tenu?
BAISEMEAnux, TOUS les 31 mai, avant midi, j'ai en mes cingl
mille pistoles B distribuer B mes crocodiles.
D'ARTAGNAN. Alors, yous deves cent cinqulaute mille! livres
& Aramis ?
BAISEMErAUx. Eht voila mon d~sespoir; e'est que je ne Ilui en
dois qlue cent mille.
DIARTAGNAN. Je 118 vous comprends pas.
BnsAISEMEAx. Deux ans, il est venu l~e 32 mai avant midi;
mais voilk que nous sommes le 31 mai a six heures du soir,
et il n'est pas encore venu... a moins que... (11 sonne; puis, au
laquals.) Personne?9
LES LAQUIAls. Personne, monsieur le gouverneur.
BAISEMrEAUx. Alle~z!... De sorte que, demain, si,aux terms
du contrat, je n'ai pas pay6 ces messieurs, aprds-demain ils
rentreront dans leur charge, et ce sera deux cent cinquante
m~ille livres donn~es pour rien, monsieur d'A~rtagnan, don-
nees pour rien aItolumeli~ nt.
o'ARTAGNAN. Voila qui est fitcheux !
BAISEMEAU. COilceV6z-VOUS maintenarlt quej'aie un pli sur
le front?
D'AlrTAcNAN. Oui, ma foil
BAISEMEAUIX. COnrCv6Z-VOUS gile, Ialgr6E cette rondeur de
fromagre, cette fraicheu~r die pomnme d'api, je sois arrive aul
point de craindre de n'avoir plus ni un fromnage, ni une
pomme d'api B manger?
D'ARTAGNAN. C'est (MiSOlant I
BAISEMEAUX, VOila flone pourrquoi j'gtaiS pass chez rous,


SCENE III.

LES HAMnrs, MUADAME Ill.NILCI f E, DE VARDES*
MIADAME, it de vardes, 101 montrant le roi et Louise. Le rol avec ma-
der oieille de. la ValliBre... qune signifies cela, monsieur de

DE VARDES, bas. NousI to saurous, madame.

ACTE DEUXIeBME -


Trner rn i II TABLEA 10

A la Bastille : chez le gouverneu.



SCENE PBRE MIERE.
D'A~H .\GNAN\~u, UN LAQUAIS.
D'aR~TAGNAN. M. de M~ontlezun, gouverneur de la Bastille?
LE LAQUAIS. 11 fait sa tournbe de I'aprbs-m~idi. Qui lui an-
non cerai-je?
n'ARTAGNAN. IM. le chevalier d'Artagnan, capitaine gS~ndral
des mousquetaires du roi. (Le laquais sort.) Ala foi, puisque
j'en ai le tire, autant Je prendre, d'autant plus que je ne le
porterai probablemlent pas aussi longtemps qlue je I'ai aut-
tendu.
BAISEMEAUX, dans la coulisses. M. d'A~rtagnan, capitaine general
des mousqluetaires du roit ?M. d Artagnan, qui se donne la
peine de- venir lui-mime?... (11entre.)

SCF;NE II.

Ri\ISEMEiAtlS, D'ARTAGNAN.
o'AnTAcNAN. Visiter un vieil ami... qu'y a-t-il d'8tonnant &
cela ?
BAISEMrEAUx. M~ais, enfin, comment se fait-il qlue, just au
moment oft j'ai le plu~s grand besoin de vous voir, yous ar-
riviez a point nomm6 ?
o'AllTAGNAN. VouIs savez qune c'est toujours ainsi qlue j'ar.
rive, moi. Mais, pour qune vous ne croylez pas Zi de l'enchal-
tement, je vais vous dire comment cela s'est fait.
msinsEMAux. Asseyez-vous done.
o'AnTAcNAN. En rentrant Chez Planchet, i(l.'lmtpr1 endsqu8
11. de Balisemeaux m'a fliit Phlonneur de venir prendre trois
fois de mes nouvelles, une fois hier, deux fois aujourd'hui.
Alors, je me dis : a( Lorsqlue le gouverneur de la Bastille se
derange pour venir voir un simple parltculier, -car il est
evident qlue vous me croyiez un simple Iparticurlier, n'est-ce
pas? il faut qu'il y ait casgrave.-n Alors, -aulieu cle faire
bassiner mon lit avec du sulre, comme me P'olffnit Plan-
chet,' je me suis dit : ((Je vais aller faire un tour a pied, jus.,
qu'd la Bastille, cela me reposera du cheval. a
BAISEMErAUx. Et vous Ates venu, homme admirable !
D'ARTAcNAN. Et; je suris venu, columze vouis dites.
BAISEMEAhUX. liill6 Tis Ilerci de votre obligeance, monsieur
10 chevalier.
D'AnTAGNAaN. D~ites : de ma curiosity. Rapplelez-vous bien cet
axiomne : u(A Btre curieux, on rnuit quelquefois auxautres, ja-
mais h. son >,~ lIialI-srIIII, je vous 6conte; parlez!
BAISEME~~ux. Elilbien, e'estvrai, J's-rais pass;: aujourd'hui chex
vous pour I la toisiime fois. Je croyais avoir unl peh~lt embas-
tilleme~nt f flure, et je me rendais au Louvre dans cette eS-
pbrance; point!i Le r~oi a donnQ contre-ordre. (II soupire.) Ah!
c'est vous qui avez une belle position, mon cher monsieur
d'A.rl.-nel n m; r'l'tl~lll gt~nral des mousquetai~res du roil
D'~ATAGNA\N. Et vous doric 1 gouverneur de :i D.llshlil, pre-
miere prison d'Etat de France!
BklrSEMEAvx. Je sais bien qu'il Y a des gens qui envient ma
p'osition.
u'Annlncnn. Yous dlites cela comme un p~nitent, mordiou~s1
Je change mes b~ndfices contre les vati'es, si voixs voulez.
BAISEMEsbux. Nem'enparlez pas, de mesh6061ices, chevalier,
vou~s me fendez le cemur, hi61as i
DARTAGnNAN. AlloTIS, flamberg8 R VOTI veth*~~;*rdyg, 1)-,[1|,.-
znn, dlbgoisez1
bAISEMEAUX. 0 SGei 5ea Ong, Si jn v011s dissis tout ce q~e/j'ti


LE PRISONNIER DE LA BASZTILLE.







uine fois hier, deux fois aujourd'hui. Vous seul pouvez me
o'AnTAGNANi. Comment cela ?
BIAISEMEAUL Aram.Ais d'Herblay Btait votre ami.
U'ARTAGNAN. 11 Pest toujours.
uAISEMEAUK. Dii88-1901 8011 adresse, al08.
o'1ARTAGNAN. Ah I je ne la sais pas.
bAISEMEAlvx. Je suis perdu!
U'ARTAGIAN. Oil allez-vous t ,,
I]AISEMEAUx. Je vais me jeter...
D'ARTAGNAN. Pas dans les foss6s de la Bastille, j'esph8re?
BAISEMrEAUx. Nou, aux pieds du roi.
o'ARITAGNAN. Ce serait & peu pr~s la m~me chose... Avez-vous
unte parole d'hlonneur, Baisemneaux?
AIlSEMEArUX. VOUS me collnalss~ez,
o'ARTAGNAN. Ouij ch bien, donnez-moi votre parole que
vo~us n'ouvrirez la bouche a personne, et striruul & Arais, ~
dul conseil.que je vais vous donner.
BAISEMlEAux. A personnel.
I)ARTAGNAN. IOUIS VOUleZ mettre 1.1 masn sur lui, Il'est-cO
pas?
BIAISEMIEAux. OUi.
D ARTAGNiAN. Eh bien, allez trouver M. Fouqluet.
BAIsrmEMEvx. Quel rapportl. Fu e qr t l.
D1ARTAGNAN. AC.l'ni5 est & M. Fuutcrse m.
BAISEMEAU; VOUS m'OUVrez les yduX.
U'ARTAGNAN. Mais Ja parole d'honneur? .
BAISEMEAOx. Oh isacrbel... (II sonne; puis, aulaquals.) Personne?
LE LAQUAIS. Personnel.
BAISEMUEAUX. MetteZ 188 cheVRuI& g RYOiture. OIIoSieur (F'Ar-
to~gnan, je vrois reconduiS,
U'ARTAGNAN. Bon!i pour qu'on me voie dans votre soii~lure ?
i`.lrueux mayuenl de garner le secret!
BAISEMEAUX. VOIRS RVerairson; je perds la tble. Mais comment
vo~us en irez-vous?
D ARTAGNAN. Pardieu! A pied, comme je suis venu. La con-
ecience de vous avoir rendu un service me fe~ra paraitre le
chlemin court et la course 16gere.
uhAISEMEAUx. Ah! oui, un service, yous pouvez vous en ? Inlerl.
Jc: m'avoir rendu un service.
D1ARTAGNAN. B0Ille chalice, Molitlezull i
BAISEMEAUX, Laissez-moi PORS mettif646bors; sans quoi, On'
noi yous laisserait pas sortir.
v'ARTAGNAN. Peste i Et, que diraitle roi, demiain i.son lever,
enl ne trouvant plus son capitaine g~nbral des mousquetaires?
11 est Trai que j'ai vingt-qjuatre heures de cong.
BAISEtIEAUS; reconduisantda'Artagnan. Laissez sortir MI. d'Ar I I jn.urI .
capitaine general des mousquetaireS.
pNE AUTRE Y011, it la cantonade. Laissez sortir Md. d'Artagnan,
caplitaine general des mousqluetaires.
UsnE AUTRE V'OlX, plus eiloiguee encore.Ordlre du gouverneur...
(Pendant ee temps, on introduit Aramis par une porte secrb~te.)



SCENE III. .


I- BAISEMEAUX, au fonld, ARAMIIS.

nAulSs, a lui-mame. D'Artagnan, capitaine general des mous-
q~uotaires t 11 est done entr8 dans le parti du roi t... D~iable!
nAlsEhlEAUx. Les chevaux sont-ils au carrosse?
LE LAQUAls. Ouli, monsieur le gouverne~ur.
UhisEMEAUX, revenant I'****rl-ran.]. n .... -ul uI'.''~ FIe VYilk! gov
AnnAIIS, assis dans un fantenil. VOUS sortez, monsieur egUe-
nleur?
BAISnEMEUx. M. d'H-erljlayl ... D'oix renez-vous?
hAnnus. Je viens du couloir par lequel j'ai Phabitude d'en-
trer.
UBISEMIEAUx. Ah! mon Dien! je vais me trouver mal!
Anantrs. D~e peur? Ma presence rous produit ceteffet?
BAISEIMEAUx. Non, de joie, monsienr.
bnramis. N'est-ce pas aujourd'h'ui le 31 mai?
BI~hSEMEAUx. Ah!l je ne Pacvais pas oubli! i
AnAMIs. Ne Il'81181ldieZ-VOus pas?
BAISEMEsnux. C'est-h-dire qlue je no vous attendalis plus.
danuns. C~e n'est qlue demainl, avant midi, que vous d'evieZ
votre ter'me; il n'y a done pas de tem~ps per~du.
BAISEMEAUx. Vous ites le plus fidd~le dcs gons dle parole.
AAMISu. Ah ch! dites-moi, faites~vous vos affaires a la Bas-
tille?
BAISEMEAUL; Peu~ll!
MAmlrs. Le prisonnier donnre-t-il?


BAISEMIEAUX. Chichem6Hi.
ashmrs. Diable! aurions-nouis fait unme mauvaise spiheula-
tion ?
BAISsnEMEUx. ~.- de Mazarin n'6tait ftas assez ride.
ARAMns. Oui, il yous faudra7it notre ancien cardinal.
.BAISEMElAUx. Ah!i sous celui-18, tout allait hien : le frbre de
Son E~minence rise y a fait sa fortune-.
4Anals. Les choses reprendront, m:~ovez-mnu;. manl chelr gon"-
verneur; un jeune roi vau~t bien un vieux ican d Ilni 51 SId l a sel-
lesse a ses haines, ses pr~ventions, ses craintes, la jeunesse a
ses d~fiances, ses col~res,- ses passions. .Avez-vous pay8 vos
tr~ois ans de ]b~nkfices & LouviBre et i ;Tr. nblay ?
BAISEMIEAUX. Ah!. mon Dieti, oui.
~ARAMs. De sorte qu'il ne reste plus &leilr donner qlue les
01nquante mille livres qlue je vojus apporte?
BAISEMIEAUx. Oui,: plus qlue cela.
Annnrus. Mlais pas d'8conomies?
BnAISEMiEAx. Ah! ebe~\ iier!
anunss. Combien avez-vous de prisonniers?
BAISEMtEAvx. Soixante!
ARAMIS. MaliS O'eSt uR (MiBle dj61' PI:lljj. Ii mei senilel?
BAISEM1EAUX. DU temps d l 'au~l~ir Iasianall. 11 \ enI h eu jus-
qu'j deux cents. Autreils, il v- j;.ilI J.-s pines .il: -ang, et,
pour les princes du sang, pr exen''- ipll.:, he gouterueur1'U a cin-
qluante livres par jour.
AllAMIS. De sorte Iu'.auUjOurThi i, Pas~ 1de princes de sang?
BAISEMIEAUX. PNOD, Ll)r IE.UIieL i i'.r'-1-ji ~Ijlrlle m l liselifeltel~l
non!
AHAmIs. Et, par miar~ehal de France, ~combien avail le gou-

Ia.lE11L1Lik. If61116-Sil liVres8.
.sa l,\ls. El p~as plus de miar.'chnux J<- F!.un d~ que dle pI';nces4
dlu sang?

r~aux: et es brigadiers sont i vingt-quatre livres, rl que'' j'en' at

A~nnus. Ah! ah!
BAISEMEAiJx. 11 ya aapr8; cela, los coiris.-llet 5 au aIllll~is-nt
qui rapportent quilize livres.
ARAntus. Et vous en aivez?... -:
BAISsDEMEUK. QuareP.
AAnhnrs. Je ne savais pas :gue le~sconscillers fussent d'an si
bon rapport.
B.11:EIlE,1LIs. Oui; mals, du .Ilninz livrrs. je tombe A& dix...

BAISEHrEAvx. Dix pour un juge ordinaire, pour un avocat,
pour un ecclesiastique; j'en ai sept.
ARAMIS. BOnn llal6 fre!
BAISEMEAUX. A.111V31it*e a~fJ..ljf, d1.1 collt'rifO!
Anunrs. Pourquoi cela?
BAIsEMrEAUx.PFarce que.l..j'&i,'malgr~mo;. drj--g.:0tupliaison.:ts
pour eux,- et que je les traite comme des ca:us-llers..
ARAMIS. MarS, al0Ts, VOS pr~i5uDni- lj Ir; IplUS baS, i 00mbien
sout-ils ?
:BAISEMEAUX. A trois livres par jour : les petits bourgeois, les
clercs d'hluis-iCr, lesr e.Eles.r
Anauls. .11.1 lr4 1'ersonnelsl a trois livre~s par jour doivent
OAtre bien malh~eureux!
BAISEMEAUx. Au contraire, ils se croient les rois de la cr~a-
tion.
Annous. Expliquez-moi cela.
BAISEMEAUX. YOUS concevez qlue je ne puis service aux lieute-
nants gbndraux les restes dles mar~chaux de France et des
.princes du sang, puisque je n'en ai pas.
AntAISs. Logique I
II.;1515EMEAIl. TjLl; Ins]Is que sers aux prisolicier~s B t~rois livres
]e 11.eler des p~risonniers a r'ingt-qlu she livres, B quinze e~t !L
dix; de sorte q~u'!l j moll Jent dians des plats qu lls n'avalent
jamais vusqyu'eu songe. Ah ceux-lk me b~nissent, ceux-lg re-
grettent la prison lossqui'il4 la quittent. Croiriez-vous une
chose?
ARAAU~S. LRquellel
~I\aIEME\\LIl i:efi tins plisoryniej s, h peinesortis, sefoitrbill-
( II.:.II I Ip:~il .1'll\e ten onver l ic manne ]da Bastille...Vous do~utez?

BAISEMlEAUr. NOUS RVOlls cles 110mS ports jnsusqu' trois fois
darts I'espace de deux ans.
AnAnris. 11 faudrait que je le visse pour le croire.
BAISrEMEAUx. On peut vous le fare voir.
SAnnBIS. 011l cela?
BAISEMIEAUx. Sur' les registres.
nnhnus. Je croyais qu'il yous Btait dblendu de communiquer
les registres aux Btrangers.
BAljiEMEAUX. C.est t ral: Iais YOUS H'btOS pas 811 Qtranger,
vous.


LE PRISONNIER DE LA BASTILLE.









annils. Et B combien est-il, celui-lk?
BAISEMEAUx. C'est un quinze livres.
iARAMIS. Ah! ah! un quinze lives I E l oul4qual cette magni-
ficence?
BAISEMEAUL. VOila Oil TOn voit Belater la bout6 dlu roi.
RAnnus. Du roiS'
BAISEMEAUx. Je veux dire de M. le cardinal. Ce malheu-
reux, s'est dit Mi. de Mazarin, est destine 21 rester toujours en
prison... ,
AnIIMIS. Pourqiuoi, tonjours?
BAISEMEAUx. 11 me semble que, 1e crime 6tant Bternel, 1e chd%-
timent; doit 6tre...
ARAMIS. Eternel?
BAISEMEAUx. Sans doute; ear, Zr moins d'avoir le bonheur
dt'attrap~er la petite vbrole, ce q~ui n'est pas probable, B la Bas-
tille, attendtx que pair y est excellent...
ARAMIs. Ainsi, ce malheureux doit souffrir sans tr~ve, saus
fin?...
BI.a l-E nlr\its b ulIrIf Un'' qll~uinze livres ne souffre pas t
AnrMI5. I..hilt! -1< Illends des pas.
BAISEHEAvx.C'estlui qu'on amine. (Aramis se leve et se drecourre.)
Eh bien, qyue faites-vous?
AnnBIS. O'est just. (a lui-meme.) Je me trahist...


SCENE IV.

LES M MES, MAllCHIALL.
ARAMIS, regardant attentivement Marchiali. $011 0181, 2011 Dieu!
BAISeEMEAX, aux gebliers. Laissez-inoi seul avecle prisonnier,
j'ai quelqunes questions B lui faire. (a M~archiali.) I9 y avait long-
temps que je ne vous avais va, monsieur.
xAnonuu~. C'est vrati.
BAISEMEAUL. VOus avez bonne mine, et il me semble que cela
va bien?
MIARCHlhU. TrAS-bien, monsieur.
BAISEMEAUX, A Aramis.Q~u'en dites-vous?
ARAMIus, Incroyable!... Pais-je lui parler, lui adresser des
questions?
BAISEMEAUX. Sans doute.
ARABUIS. Yous ne vous ennuyez douc pas, mon... monsieur?
MIARCHRUL. Jamals.
ARAMis, Bnaisemeaux. Puis-je lui demander s'il sait pourquoi
il est icir
BAISEMEAUL. Vous avez entendu, Marchiali: monsieur me
(b n go de vous` demander si vous connaissez la cause de votre
detention t
MARCnuu,. Nou, monsieur, je me la connais pas.
ARnnlus. Impossible i Si vous ne connaissiez pas la cause de
vote dl~tention vous series furieux.
xAclnnuu. Je Pai Bti! pendant les premiers ours.
Anamls. Pourqu~oi ne V2te-\'ols plUs?
MARCHIAL. FaTc8 Que d al i riniilb.
ARAIIs. A quoi?
MAncurAuI. J'aij rPflchi que, n'ayant commis aucun crime,
Dieu ne pouvait me ch~tier.
ARAMIs. A vou1s entendre, monsieur; B voir votre r~signa-
tion, on seralit tent: de croire que vous aimez la prison.
MrARCHIALL. 6e l Supporte.
AnnIs.. Danls la cer'titude d'Btre libre un jour'?
MARCHIAuI. Je n~en ai pas la certitude, j'en' ai respoir; voil8
tout : seulement, chaque jour cet espoir se perd.
ARAMIS. Mais enfin, pourquoi ne redeviendriez-vous pas
libre, puisque vous P'avez &tB d~tj8, autrefoist
Mrnacumu.I C'est justement pace que j'ai &tB libre aiutrefois
que je d~sespi~re de le redevenir. Pourquoi m'ieul.-oln t-mpi
sonn6 si l'on avait eu intention de me fan a liblre lu
tard.
BAISEMEAUX qui 8coute, tout, en 4crivant. YoUs VOf8Z, cela raisonne.
ARAMLIS auel AgOe RV6z-vous?
sARcuumLT Je n'en sais rien.
Anasuis. Qulel nom portiez-vous autrefois?
nrnarnrCu. Je P'ai oubli8.
ARAIIs. Vous souvenez-vous de vos parents?
mA~acumu. Je ne les ai jamais connus.
AnAnIS. Mais ceux qui vous out 61evB?
2IAucIIAnu. Ne m'appelaient pas leulr fils.
ARAMIS. Aimlez-vous quelqlu'un avant de venir ici?
naenc~aug. J'amais ma nourrice,. mes fleur s, mes oiseaux.
Anixts. Est-ce tout?
rancauu~. J'aimais aussi mon valet.
uARAMS. TYOnS regretteZ 08tte 110ufrice et ce Valet?
Marncumu.l. JatI h'.-aucoupl~ pl~lear quandI1 ib; 5nt mlorts.
AnAnlsl bo~nl-il; ei all ep~ruljqu '.aus'''' Btes icit


AnbxIS. C'est just; montrez-moi cela, mon cher monsieur
de Montlezun.
BAISEMEAUX. 111ho'lia~ez un.* lattre' au hasard.
ARAMwrs. Celle! que vous voudrez! lalettre M, par example.
BAISEMEAUx, La lettre Ni, soit... Tenez, j'ouvre... M... (( Marti-
mier, janvier 1659; Martinier, juin 1660; Mairtinier, mars
l661: pamphlets, mazarinades, etc., etc. n Vous compreneZ
que ce n'est qu'un prtexete; on n'etail pas embastill8 pour
dsmazarinades; le drale allait se d~noncer lui-mibme pour
qu'on le renvoydt manger de ma cuisine.
ARAMIs. Et son voisin9 Tenez, le nom que je vois 16: Miar-

BAISEMEAUK6. ChUt!
AnAxIs. Est-ce aussiun poure?
BAISEMEA.Ux. Chutt
ARAMIS. Pourquoi, chut?
BAISEMEAUx. Je croyais vous avoir d~j& parl6 de ceMarchialit
AnAmis. Non: o'est la premiere fois que j'entends prononcer
son nom.
BAISEMEAUX. Cef*S Fossitle: j8 vous en Rural parl8 salls 10
nommer.
ARAMIS. Et son crime est grand?
BAISEMEAUX. Impardonnable!
IaBmxis. 11a assassin? .
BAISEMEAUX. 88111
AuA~lSt.Incendid?
BAISEIEAUX. C8 HG Serait rien.
BAnls~a~n. NnA~r. CalomniB? tipi,
ARAMIS. QUi?
BAISEMEAUx. Qui se permet de ressembler au rO1.
ARAMIS, b lui-meme. J'y suis done enfnin... (nant.) En effet,
cher monsieur Baisemeaux, yous pouvez m'en avoir dit quel-
ques mots P'an dernier~; mais le crime m'avait paru si 16ger...
BAISEMEAUL. Lege'?
ARAMIS. OU plut~t, si involontaire l Enfin, je P'avais oubli8;
d'abord, parce que je me suis dit que cette ressemblauce 6tait
probablement imagfinaire.
BAISEMEAUX. Ah i... imaginair81... aui volt 18 prisonnier...
ARAmIs. Qui voit le prisonnier?
BAISEMEAUX, baissant lavoix. VOitle' Toil
ARAMIS, secouant la tete. Je cr`ois que e'est,tout simplement un
jeu de votre esprit;, mon cher gouverneur.
BAISEMEAax. Non, sur ma parolel... Je sais bien qu'il y a res-
semblance et resemblance, mais celle-18 est frappante, et, si
vous le voyies...
ABnAbus. Eh bient
BAISEMEAUx. Vousen conviendries vous-m~me. Par malheur,
il est d~fendu d'introduire des Btrangers dans la chambre des
prisonniers.
ARAMIS. Vous avez dit tout B P'heure que je n'8tais pas un
stranger.
BAISEMEAUX. Pour moi, oui; mais non pourles guichetiers,
qui vous verraient entrer dans la chamber.
aAnals. En effet, voil8 un malheur, comme vous disiez.
J'avoue qule je ne wsl~~ paj I:urleuxi. rnalsi j' asse donned bien
des choses pojul vir c~e... Comument I'app~elr;zvous?
BAISENEAUX. Marelialf.
AR~MIS. Marchiali.
BAISEMIEAUx. A ttendez I...
AnAIus. Quoit
BAISEMEAUX. Une id~e! .-
ARAMIs. Vous Btes l'invention en personnel. '
DAlsentioX. Le fait estque, pour vous 8tre agrbable, je ue
jetterais au feu.
AAnIaxsJe n'exigerai jamais cela de vous, sovez tranquillel...
Vous disiez?..
BAIsEmEAUx. Je disais que, sivous ne pouvez pas enter dans
la chambre des prisonniers, aucun r~glement ne defend une
je fasse venir un prisonnier dans ma chambre.
Animus. Sans doxite, vous pouvez faire venir ici...
BAISEMEAUX. Nlrceliali. (Sonnant.) Dites au chef des ge61iers de
me faire venir le deuxibme BerthaudiBre.
ARAMIrs. NMOn Cher g0HYerB8HP, eXCUSez-moi, mais VOUS
parlez ulne -langue pour laquelle il faut un certain appren-
tissage,
BAISEMEAUx. C'est Trai, pardon : deuxeidae Berthtaudidre,
voyez-vous, veut dire celui qui occupe le deuxibme Btage de
la tour de la BerthaudiBre. ~Une fois 21 la Bastille, onL n'a
plus de nom; on cesse d'6tre an homme, on devient un nu*

A~rAS. Je vais voir quelque malheureux... mourant, quel- i
que ombre, quelgue spectre?..
BAISEMEAUL. Non pas, un jeunehomme, un gaillard se por- ~
tant commre le pont Neuff


LE PRISONNIE:R DE LA BASTILLE.






S10


xlnonuu. Ils sont Inorts la veille du sjour oh I'on m's~ en-
leg.
ARAIaus. Tous deux, le m~me jour't
Mlncumu.r Tous dleux, le mimne jour.
bna~ls. Et comment volts enlevastron?.
mlncou.LI Un homme vint me chercher, me fit monter
danis un carrasse ferm8 et mf'amena icit
AnAlsB. Cet homme, le reconnaltries~vous t
Mannuulh. 11 avait un masque.
BAISEHEAUX, a Aramis. N'eSt-ce paS c118 l11510178 881 litraOrdi-

Anair?~ls. On ne peut davantage I
BAISEMEAUx. 1Mais ce qu'ily a de plus extraordinaire encore,
e'est qu'il ne m'en a Jamats dit aultnt tpu'd vous.
AnAxis. ~Pent-Atre cela tient~il 8 ce q~ue vous ne: Paves jamais
questionn8.
BAISEMEAUx. C'est possible; je ne.suil pas culrieux.
AIdMIS, it Marchiali. Ne vous rappelez-vous pas avoir 6tB visit6
par quelque stranger ou quelque cllrangbre.'
xIRCIAncm. Trois fois par une damle qut s'aln-la en carrosse
a la porter, et entra converted d'un taoile qu'elle he le~va que
lorsque noils fhm~es enfermbs et setils
ARADIIS. Yous vous rappellez cette- dame
MAncHIALT. Oui.
iAnals. Que vous disait-elle?
MAncuumr Elle me .ienisododit be (trte vous me demandez:
si j'6tais heureux et si je m'eannyais.
Anaxis. Et ]lorllqu'lle arriv.i\.it ou! partait?
aRcARHALT. Elle m'embrassait, elle me pressait contre son
coeur, me serrait entire ses brQan ,. .
Anrmis. Vous vous rappelez les traits de son visage ?
xAncuum.~r Ouis .
Arnixis. Et vous la reconnattries si le hasard F'amenait de-
vant vous ou vous conduisait a elle'?
maDIARkut. Je la reconnaitrais. .
BAISEtEALUX, a Aramis. Eh bien, avez-~o~us vu tout ee que vous
vouliez voir?
ARAxIS. Tout. .
BAISEMrux. Avais-je exag8r8 la resemblance?
ARAmrS. VORS 6118Z r88th Ru-dessous de la r~alit8?
BAISEMEAUL E~ cr0OifeZ-vous, uRB RRITO f017 ?
brnals. Suc paerolel (r Marcrhiali:). Maintenant, .monsieurj il
reste B M.1le gouver~neur et B moi le regret de vous avoir dB-
rang6.
BAISEMEAUL. All0ns done!
MARCRIALlr V1us. ne aflavei- pas d6rang6, nionsieuri erl e.1
m'a fait grand plaisir de traverser la cour : o'est si bon, I'atil i
(II soupire.)
BAISEMEAUX) allant ouvrir la porter Reconduisez le prisonnieri (Les
ge61liersrentreu atetemmbnent 1archiali; qui salue; Baiseineaux lui rendl18gbre-
ment son salut; Aramis, an contraire, 14 salue tres-bas.)


SCENE IV.

BAISEMEAUX, ARAMlS*

BASM~i.Eh bien, que dites-vous de tout celat
nsains. Je dis que c'est extraordinaire et incompre~hen-
siblet... Mlaintienant, mon cher gouverneur, revenous a nOS
petits arrangements. Voiet vos derniares cinquanlte mille
livres.
BhlgEMEAUK. 80111 f019 Ieri, W10Hsi8ur d'lleriday! Quel
termed m'accordes-vous pour le remboursementl Fixez vous-
mim6. .
XAH~IS. Eh! mon Dieu, ne prenet pas de terme; faites-
moi une reconnaissance pure et simple de cent cinquante
mille livres.
BAISEMEAUX. Exigibles?
aahrAs. A ma volont8; mais, yous comprenez, je ne you-
drai que quand vous vondrez vous-miTme.
BAISEMEALUX, Bcrivant. Je vous avais donn8 dettx recus.
Arwmis. Les voici :je les d~ehire... (11 lit par-dessus 1'8paule du
gourerneur.)
BAISEMIEAUX. Est-ce edit?...i LisezI .
ARAMIS. Allons done:lice aprbs vous! (11 met Pobligation dans sa
poche. -A part.) 11 Btait indispensable d'avoir pour dbbiteur et
pour oblige le glouverneur de la Bastille, (Haut.) A propos,
vous devez avoir ici un 3eune prisonmier... j'otxbliais ce pauvre
diable.
BAISEMEAux. Un jeune prisonnier!
ARAuris. Oui, B peu prbs de lge de Marchialid
BAIsEME~A~tx. Vous rappeled


XAnant. Seldon.
BAISEMEAUX. Ah!i oui,uon po~te! 11est ici pour ovoir fail deui
vers contre je ne sais qui?
ARAUIS. On me P'a recommlarid6; vous ne h~a'ii voxridt-z pas
si, uti jouri j'obtiens sa grace et you l'en1 yue.
BAIsEMEAUx. Un troislivr'eS? Ah '! p wali: F. u!r vrilc ble iett le
maitre. Ceux-18, je vous lai dit, ine cohttent phis 'Ipl ii s ~nehi
rapportent.
ARAIIIS. Aul reste, je ne~ sais pas si j~e rbussir~ai.
BAISEMEAUx.0Oh I vous avez le bras long et la thiairi lat~ge... Au
revoir!
AAMIS. Adieu, mon cher gouverneurl (A part.) A\lllon I rn 2-
dame de Chevreuse m'avait; dit la v~rit8; ceid at Jul tilirant
pas souvent Marchiali est le frare du~ tol!






A Fontaineblead i une salle du palais.



SCENE PREMIER RE.

ARAMIS, FOUQUET
ARAMIS. Aiusi, mon cher surintendant, vous allez 1tie pi~--
senter au roi?
roman!'L L'atidienc! que j'ni delm an.i'e & Sa ~llifesia1 C! maj-
tinl n'a pas dl'autte but;... Mais oif <5.t PoI: L~cos ? car' je vt- or an i'
le presenter anr !Ii... C'6tait, j! cru.iJ, soli Ilra e a~ltie prlk-
sentii, et, puisqu'il est des ubdtres... Mais 30 ne le vo~is I*15.
sAnlns. 11 achiv4 dj toilbttb !... Lal toiletitd de Petrbdln ces-t
toltie unle a~l~laire1
FoilQUET. Arm~liS PortilOSI... avec de teli amis, Lule no pojur-
rait-btt e~ntreprenarlte?.... Ah! si ifous9 avaucnJ are no.u5 d'Ar.
tagnan et Athos!i...
ARIAMIS. Ouli, nous It.:onunen~cti~ ionss les belles nflel~s d'Aju-
trefois, n'est-ce gibs?.... M~ls it iiond manque d'.\n I 1Cgnan, il
est' au roi... Quant & Athos, utid ifrcorstance parltledlerPe ndus
donnera ireut-8ti'e son fils.
FOUQUET; U. Oli OllZ-VOUiS tif0 ?
ARAMUIs. Voici : Athos avait, comme vous le sivez, tteititidk
au roi, pour le vicomte de Bragelonne, la irilin de mrldritbi-
selle de la Taillbre. Le rdil & reftise sort cuitseatiitiblt B ce
Intriage, oil plut~t l'a ojorid.~le Ca tt'est pas tout :ilj fr
qule~lque te~mps, le roi a donn6 A. M. den Dr ig.-rlonnet un1 Hles-
sage pour Sa M ajesteC at leslr II. M. de Dr age~r~ llonn tst Pkrti
pour P'Angleterre : ce voyage, rapproch8 de certaines $tten-
tions que le roi Semble avoir pott~r la ValliBi'e, eSt; r19nslic2-
tif. Or, si Athos et son fils viennent 3 snluplcannet~ qulacplle
chose, qui sait ce qui adviendlra de leul s soutllllnlnt dB fidB-
lit6 et de d6vouemerita8u rot?... A\ ce propos. a~re-r'.aur en-
voyb 21 mademoiselle de la ValliCIreii blelle~t que Je v~us avaiS
conseilli! de lui Bcrire?...
FoUQUET. A mademoiselle de la Vallibre ?
ARAMIIS. Ouli, yous i6tes-vous declare son seirvitette zPIl... que
dis-je!i son adorateur?
FOUQUET. B0n! je me rappelle rnaintllenant /le q11e ras ml'.l-
vez conseill6 B ce stljet; mais, eir ve~illa, est-ce 4or sonx ?
ARhIIS. Tris-s61rieux.
FOUQUET. aU6110 utililB if011v6Z*v011 B ce qtide j6 niDoclOUle
de mademoiselle, de la T~;llliare?
ARAIUS. Quell6 utiliti?... UnPr If i-pa~nde ... C000?02-m 01,
faites-vous uine Bmie de mademoslhlsle .3e 1 vallil.=re; tlour
vous, c'est chose facile!... votre sigliaturej a bas d'ud ltetidro
billet vaut un million.
FOU(/UET. De; '8tg8111... rn000...e
Annmus. N'allei-vous pas vous mattre ma~rtel en tite pour un
million de plus ou de moins?
FOUQUET, iMais 80Ilgea 40110 IlI't.W n1 4pii"e id 1... .76taiS
puissant parfitrgent, c'estpar t-t~rgent qule I'anl eberchelL a m'a-
bsattre!i Si vous savies B quel prix je me suis proculr8 leS der~
nidres omines q cue j'ai verse0s a ht caisse tlit roi !
aRAmls. 11 faut ee pendalnt qlu'. fur) tii~atie( (usq~ll'.IU Lil~l...
Encore queblluesJ iacrtlte'es, et v-olls mtseti item:npnyse au
delh delout ce qlue vottsl pbtiveS rhrer de irlus e. I-t.)~ tt de
plus fou.
FOUGUET. En vbrit8, tnon clier d'slerblay, intre~ cof.Gaustce
m'8pouvante encore plus que la haiines de ines ennemis.
arnals. Bah!
FrOUQUET Ah QAI qui 6ltes-vous?


LE PRISONNIER D)E LA BASTILLE.









Anahms. Vous me c~onnaissez, ce me semble.
FOUQUET. Je me ilonglle~ : alo~rs, ijles rlOulez-vous?
anndnlr. Ce que j \rust .Ir vouz, ,Il le' trine de France,
an meil q~ul soit d~von a .1 1. Fun~lqllrs.. et je veux que M. Fou-
gilet me soit di~vou8.
FOUQUET. Oh!i qulant B vous appartenir, je vpus appartiens.
!inen; mais, croyez-le, mon cher d'llerbllar, vous vous faites'
illusion.
ARAars. En quoit
r~illEcon. Jamalis le roi ne me sera dt~vou6.
,th.auls. le' ie vous ai pas dit que le roi vous serait ddvou8.
FOUQUET. MaiiS Si, RI) c.ontr.ilfe. vous venez de le dire.
ARAMIS. Je n'ari pas dir le res. .I'ai dit 2Gn roi.
FOUQUET. N'est-ce pas la mime chose?
AnduIs. C'est fort diffi~renlti
FOUQUET.TJe ne 'comprends pas.
.Anhmis. Supposez que, ce roi soit un Boutre homme que
Louis XIV.
FOUQUETI. 1~ H uItr homme?
AnAlIs. Ohi, quij tienne tout de vous,
FOUQLUET. Impossible.
ARAnrUS. Mllme son trane.
FOUQLUET. Oh! vou VOStes fop i 11 n'g a pas d'autre homme que
le roi Louis XIV qui puisse s'asseolr sur le tr~ne de France.
Je n'en vrois pas un seul.
ARAIUHS. J'en vois un, moil
FoutUETr. A moins quQ cO BO SOit MORsi6uT J mais MOH-
sieur...
~ARARIs. Oh!i ce n'est pas Monsieurt
FOUQUET. AlOrS, commlell voulez-vous qu'un prmece qui ne
serait pas de la race; comment voulez-vous qu'un prmee q~u
n'aurait aucun trll..?l 3
.in.rL115, I'interrompant. Soyez.tranquillel meln roi, ic moi, on
plut~t votre roi, a vouIs, sera t.11slt ceeu'ilfaut qlu'il soit.;..
-FovovEr. Preeiez g.al.1e. pllcltz gre Aramis t vous me
donnez le flieiso:n, waslu in~e lloan. az le vertige.
ARAIIHS. Yous avez le frisson et le vertige g peu de frals.
FOUQUET. Enicore une fois, yous m'8pouvantez!... Vous
riez?
RABnxis. Le jour venu, vous rirez comme mpoi; je, dois maiR"
tenant Btre sedl B rire.
ToUQil.IET. Y iis explicinez vous t
n.\nall. Plusj tard?... En attendcant, ne craignez rien... Bcri-
vez votre Lillet,. ef faitestle parvenir bien vite g la ValliBre;
azvez-vous pour Ccel 4UjflulyUun de silr?
FovovEr. Jiii Tobyha, meon valet de confiance. (Entreat quelques
seigneurs.)
AnAmis.le;ncn!
L'HUISSIER. Le rOil
FOUQUETr. Le roi I... Et Porthos... Porthos, oh est-ilt *
D'.\rnt.\l;sts, entrant. Le voici, je Yous l'amllne.
ARAMIIS, lu; u~rl..nl 1.. ma:n. U'.trtjllall ***
PonTHos, (i ..l.uh Exc: uset-malli l... ii jljirit q~ue je sulis en re-
tard... mail vous comptener.... ma toilettel
AAlkIS. \iusj c'le Leau iiomatne un soleill


SC-ENE II*

LES MllirrEs, LE ROL

LE R01, B~ouquet. Ah I e'estrous,mousieur Fouquet, sovez le
bienve~nul..
FOvUQUT. Votre MajestB me comble, et, puisqu'elle est si
homne pour mool, me 1..luc~- mal-.11 de Ilti rappeleS une pilro-
LE n01. Out, pour deux de vos allms; je m'en souviens
rou....t: L'heure est (poul-r h a mal choisie, sire; p1a3s...
LE ROt. On 1041... duL touti. (Iil 8081 YOS RH1isT
FOUQUET. Li, Sir61 ,
LE RO. hillss j'approchant, (Aramis s'approche, salue et alleod.-
Porthos vielit derribre lui,)
F;OUQUET, prdsentant hram;,. M. 1l'l1~l.;rblay, sire!
LE ?QI. VOUS aveZ d SIId ll th1'I*I jailSOILe, Dol~n-iletir?
ARAnnts. Jo n'eusse J.1li as nhi1~; 1und11 unI Puil; lu!.llnnlr,
si je n'y eusse 6tB encourag6 par mon plr...u::LteurI 71.It-
qu~et (n part, regardant le roi, tanldis qule celui--ei va a Porthos.) COSt
cola... it est impossible de Sougter.
FOUQLUET, pri~sentant Porthos. Ml. le baron du Vallon...
PocTuos, bas, h Fouquet. De 84'acieax des PIerrefc~unds (
FovousT. I;y a lonlgtemlps que'r j'eusse diemand6 pour lri
1'holnener d'8tre pr~sent8; mais certains homa;I~eg ressemnblent
aux i6toiles; ils ne vont pas sans le cort~ge de Jeurs amtis; la
p}iliatde ne se JPi-unit pas. Vollk pourquable sduis heureuxt de


trouver justement, pour Yu rsne .A alge
M. 'HebiaV, e mmen odAf.d'Arltagnan est girts de irotr
klajejte.
LE ROI, regardant d'Artagnau. Ces plessieurs split vps amis?
D'ARTAGNAN. Oui, sire (Lear pregnant la mjin.) Mes compagnoqg
aux mousquetaires... M.; d'Herlaty~ et NI. du 151100. qi, avee
M. delaFZIre et moi, out,perlnlant singqt ans, formB ce qualdrille
dont beaucoup oidt parl8 rsons le fr u rol at silus 12 regtnce.
LE ROL. Eh bien, msnlr ursi qjue pulij-je fire po~ur V(IHs
J'aime B r~compenser les serviteurs du rpi spoq phre
Pe)kArne Silt... sire... sire...
LE ROly i! Aramis. VYfF Ils, DiOn~ldUE' d'llertllty
Alnals. Sire, il ne rue rcste no~n :1 sh'sirer, Sjen a de.nign-,
der, maintenant que j'ai eu I'bornnelr d'bire pr sent 'a Votre
MajestB... (e part) et de coastigger cette par'faile resemblance
avec Marchiali. .
LE R01, it Porthos. El 80ous, monsieur du Valloq~ ?
D'ARTAGNAN. Sire, ce brave gentilhorume est mteFdit par la,
dignity de votre personnel; lui qui a soutenu le Sen de unille
eniiemis, ne peut rlenteniir celiti de votre i~egard; mais JI?
sais ce qu'il pense, et moi, plus habitue que Iiui & regarded
le soleil, je vais vous dire sa, pensbe, sire. A son tour~, i1 ne
d~sir'e rien, ne veut rien, que contempler Vottse Majesjta pea-.
dant cette soir~ee.
LE ROL. Vouis soupez avec moi, messieurs. BRonsieur Fou-
quet, yous en Btes.
TOUs. Sire...
PonTBos, B d'Alrtagnan. Vous Vous mettrez pgs9 de mioj 4 tWhle,
d'Artagncrn?
o'AnTAGN~AN. Ouli, mon ami.
PonTaos. A prropos, le roi aime-t..il qu~e l'on mange aequ
coup ?
D;ARTAGRAN. ClrP 16 Patter, (bef POrthOS, car 11 pos5 de pR
royal app6tit. '
PoaRaos. Yous m'enchantez, j'at trtds-fahaz ce Sair. Le roi,
accompagn8 de F<.uquet, passe devant les grotrpes de gent~ihbommts gapo~nt
entrSC avant lui oM d ji si .)
AnixIS, vous etes un homm~e umique pour faire 1'610ge de vos rsaid?
DIARTAGNAN. DOe 71404 Rlllis! Vous appu~yes sur la. mo~td'g
sincul;Srre facoin.
Analrs. Yous m'aimez toujours, mon chter d'Artagnqg?9
D'ARTAGNAN. Cartes...
AR \B15. EMI~ ;en, .Il1ors causons coqime an han temPs.

ARAMIS. VO~ll0z-\ouf d venir plarecbal dp l 'race3 dy pair
avoir un million?
D'AnnousnN. Pour obtenir tout celazique fau~t-il faiSe?
an.als. Stre P'hommel der M. Fouluet., moq am.
D'AI\TAGNAN. Imposs'jiblc Jd iuis I'llomme du Eqi.
ARAMIS. PBS t*Nfluijensen~~t?
r anel.4 ,'Ar lag.. ..est qu'un...
rndavis. Ma11 ir con avezr de I'amblition commle un grand cour
que vious .'(es?
o'AI ARAMrls. Eh bjien O
o'AILTAGNAN. je desire etre mar e~bal:14 roi age nommera
mark;hal. de dieirellt 2-tri.. et pa r : 1e roi Iue fera tout ce44.i
Est-ce que:le roi n'est pas Je maltr~e ?
Annxis. Personne nle le contest. Mlais Louij XUll aussi elgit
le mlattra souS. litchellieu.
o' mrc RrhAl. OUiZ mais Louis) IT n'aysit pgg poyr (ap~i t ine
general de ses mousquetaires M. d' \rt:ign.in.
ARAMIS. AMIOUr du 014 ii JI St Ijir' drs I'irl res d'achpp
meint.
v'rAntraci.ukr Tenez, Aramis, ieg vois que fout le monde idi
pense & soi, et personnel B ce Jeune prlrne; J e j1L4saIen-
drai en le soutengaf.
IfARAM S. Bon I et f'ingratitude ?
DIARTAGNI'A. Les faibles seals en out IanyI.
ARAM\IS. Mais si le rol It'a pius bcsoinl de you~s?
D'ARITAGNAN. Au contuiaire, man~ amui ; .i'ls.. a peu det Temps,
i en abra8 plus besomr qno Jamnais. Iril fillni~t ars. 'ter un anull.*
Vend~me, un nouvpau L..uel,, cfi 'II'.as:.I. .t' ." '(tiP ( ~cp ur
son Bpiac.) CecilI
ARAMIS. Vous aves raison. Votre maten, D' till.10Nh.\r. La voilh.
.\n\\ll. Je la, serre de 1. al inenl Foulr, car c~s Ieal tex oain
irdle 1- leli, mais loyale it sl. am~ij et ( pSeS I:p qem~i.
L'IRUISSIER. La table du r~:4i!
AR430$S. Dien vous garde, monsieur le exitaiine~ 61dnral
des usesqult zl~iir~ej
o'I1.\iAntsIv. UsleU Vous gards loopsieur le tlbevalier d'ller-
blay!


LE PRISONNIER DE LA BASTILCFE.










Le not1, soupirant et mnontrant Porthos. All! messieurs, regardez et
admirezl VoilB un~ vrai me.] leu de gastronomie. Ainsi man-
geaient nlos phres, qui sa~valent st bien mager. Noci ne rn IIn-
geons plus, nous picorousl IDonnez cle monl vi;l a i-ul
Vall0H.
D'ARTAGNAN.%011 ami, 18 r01 VOUS fait lR plus gfndie gt'AC
qu'il puisse vous faire : il yous envoie de son vil.*
Poun~os. Et moi, je ne le recois que pour boire 8' la sant6
diu rol... (nI se th~e.)
L.E n01, aux connives qui attendenlt. A~llons; neess~.ireurs, -j'accetprte
le toast;.
PonTuIos, o'AnnonNAN, AnAImIs, FlroUoun, levant leurs verres. Aul
roi!
D'ARTAGNAN. Porthos, si vous pouvez seulement avaler la
moiti8 de cette hure de sanglier, je vous vois due et pair
avon u an.oals. Tout h l'heure, je m'y mettrai.
LE nrO, h demi-voix, Messieurs, il est impossible qu'un gentil-
homme qlui soupe si bien, et avee de si belles dents, ne soit
pas le plus hounite homme de Illan r~uyorulle.
D'AnnowNAN. VoUs entendez, Porthos'?
roaRnos. Oui, je crois que j'ai un ped -de fareur.
D'ARTAGNAN, Un1 pen de faveur t... Yous avez le vent on
poupe, mon ami,
L.E ROL. IIonsieur FOUquet !
FOUQUET. Sire!...
LE ROL. Monsieur du Vallon, en m'invitant tout & P'heure si
gracieusement & venir manger un agueau avee lai g Pierre-
fonds, a Bvei~ll en moi un dl~sir que j'ai toujours eu.
FovQUET. Lequel, sire?
LE ROr. Cehui de recevoir une invitation pour votre pro-
chaine fete de Vaux.
FoUQUET. Pour ma proebaine f~te ?
L.E nRO. On dit que vous donnez tous les mois des fetes ma-
gnifigues. Pourquoi ne m'en avez-vous jamais parl6 ?
FOUQUEr. Sire, comment esp~rer que Votre Majest6 descen-
drait des hautes regions oil elle vit, jusqu'8 ce point d'hono-
rer ma demeure de sa presence royale ?
PORTHOS, a dl'.Lruguan. J'88 suis a. la hure.
D'ARTAGblol. Ehbien, attaquez!
L.E ROL. Excuse, monsieur Fouquet, excuset
FOUQUET. Je n'ai pas parl8 & Sa MajestB de mes fetes, parce
que je craignals un refuts.
LE ROI. Et qui vous faisait craindre ce! refus ?
Fovurrw. L'immense dbsir que j'avais de voir le rol ac-
cepter.
LE nROL Eh bien, monsieur Fouquet, je veux vous donner
un tbmoig~nage public de ma bienve~illance. Je fais plus que
d'accepter une invitation chez vous : je m'invite.
FOUQUET. leffci, ulon TrOL
LE nRO. On dit des myerveilles de votre chateau de Vaux...
Cela vous rendra-t-il fier, monsieur Fouquet, que le roi soit
jaloux de vons ?
FOUQUET. Fier et heureux, Stre, puisque, le jour oli I le oi
sera jaloux de mon chateau, 3'aurai hoffr'ir 21 mon rol qluell ut
chose digne delui.
LE 1L. Eh bien, monsieur Fouquet, pr~parez rotre feer, et
oiuvrez toutes les portes de votre chateau. (on serre la main aB
Bouquet.)
PORTIIos. Dites done, d'Artagnan ?
DIARTAGNAN. a11017
PoaRnos. 11 me semble que Sa Majest6 ne fait plus attention
B mai?!
D'ARTAGNAN. aUe vo111ez-vous, mon ami!. Sic tralasil glor~ia

roa~rros. Alors, je vais continue pour moi seul.
FOUGUET, a Aramis. Mon cher d'Herblay, cette fete, c'est ma
rumne,
csaina. Non, puisque je subi th... Et n'ai-je pas derriere
moi un parti riche et puissant qui a int~ir&t a vous soutenir oil
vous &testl... Ne craignez riest, et n'oublies pas votre lettre
B la Vallibre,..
FoUQUET, appelant. Toby~ i
T~Oar, paraissan(. MYonsieur: le surintfendant...
FOUQUET. Vetlez... j'ai b \0us coldier uR message d'imp0'-
tance.

SCeNE III*

LES MPMEs, MADAMIE HENRIET.TE. DE V ARDES, LOUllISE DE
LA VALLIERE, AURE DE MIONTAL.11S, ATIHEI:.;I~S D)E
TONNAY-CHARENTE, DAMtES.
IL'IIUSSIER, amnongant. Son .41tesse roJyale Madame (Entede de
isadame, accompagnee de de vardes.)


ARAMIS, a part. Ajllous. d'Artagnan n'est pas pour nous...
mais, heureusement, il nous reste A4thos... et Marchiali!
D ARTAGNAN.; \iirll Ir situations nettement dessin~es.
LE ROT. Messieurs, prenez place!... Le chapeau, messieurs!
(Tout le monde hLo COUIre; le roi reste senl dicouvert.)
PeaRnes. Comment, le chapeau?
o'AnnonNAN. O'estla rbgle : 8, table, le roi seul reste d~cou-
vert. (Le roi commence a manger.)
PonTaos, a d'Artagnan. 11 me semble que 1'on peut aller, et
que Sa Majest6 encourage?...
o'annonia,. Parbleu i Seulement, arrangez-vous de facon
A ce que, si par hasard le roi vous adressait la parole, il ne
vous prenne pasla~ J LIOUI.h pleine.
PORTBos. P~Oulrquai?
o'AnrHmml;N. Purce que ce serail disgracieux.
Peninos~~l. LZ bon may~en ;Iorls, 'ejt der ne pas souper du
tout ; cc pe~ndant, J'ai 1urn, et tout cela a des odeurs rejouis-
sanlej, qul sol~icirerlt h la~ !ois maln~ odorat et mon appetit.
o',lA~nucArr. N'alleL pas \ous aviser de ne pas manger, yous
fidcheriez le roi. Le roi n'aime pas que 1'on fasse petite
bouche 8- sa table.
PonRaos. M~ais comment iiviter d'avoir la bouche pleinle
quand on manage ?
D ARTAGNAN, 11 s'agit rEitllefac~nllt d'avaler quand le roi vous
adresse la parole.
PORTHos. Oh!1 s'il ne s'agit que d'avaler..
LE3 R01. 31Insieur du~ Vallon'?
PonTBos, e..elam~ Sire...
LE ROI. Que Y'ou passe & M. du Vallon ces filets d'agneau.
Aimerz-vouls hej viaudes jaunes, monsieur du Vallon?
PonTues:I. Slltr, j'aime tout.
D'AaTAGNAN, lui soutuant. Tout ce que m'envoie Votre Majest6. -
FounRos, rlapitant. Tout ce que m'enlvoie Votre MajestB. (nI rait
glisser un quarter d'agneau sur~son assiette.)
LE ROI. Eh bien ?
PORTHos. Exquis, sire!
LE ROL, A-t-on d'aussi fins moutons dans votre province,
monsieur du Vallon ?
PORTHOs. Sire, je crois que, dtaus ma provmece comme par-
tout, ce qu'il yra de meilleur est dl'ab~ord au r~oi; mais en-
suite je3 ne mange pas le mouton de la mime fae~on que Votre
MyejetB.i
LE R01. El comment le mangez-vous? ,
uouraos. D'ordinaire~, sire, je fais accommoder un agneau
tout entier. I
LE R01. Ah! ah!i tout entier'?
PonnHOS. Oui, sire.
iE ROL. Et de quelle facen 4
PORTHOS. Voici... Mon cuisinier... le drBle est Allemand,
sire; mon cuisinier bourre P'agneau en question de petite
saucisses qu'il fait venir dl'une ville d'Alsace nommbe Stras-
bourg, d'andouillettes qul'll fait venir de Troyres, de truffes
qu'il fail venir du Perigord, et de mauviettes qu'il fait venir de
Pubsr~tress; puis il dbsosse Pagnean comme il ferait d'une
volaille, en lui laissant la peaul dont il a eu le soin d'extraire
la laine, et qui lui fait autour du corps une crofile rissol~e...
11 en r~sulte que, quand on le coupe par belles trenches,
comme on ferait d'un Bnorme saucisson, il en sort un jus
tout rose qui est & la fois agr~able B 1oeil et exquis au palais.
LE R801. tEl VOUS l6 mallgeZ?...
PonR.IueS. Entier; oui, sire.
LE ROL. Passezrces perdreaux & M. du Vallon, e'est un ama-
teur. Monsieur du Vallon, je n'oublierai pas votre agnean ? Et
cela nl'est pas tropd gras?
PonTnos. N~on, exre; les graisses tombent en mime temps
que le jus... c'est vrai; mais elles surnagent; al'ors mon
Bcuyer tranchant les enl~ve avec une cuiller dl'argent que j'ai
fait faire expr~s.
LE ROL. Vous-aves un bel app~tit, et vous faites un bon
Sconvive, monsieur du Vallon.
PoanHos. Ah par ma foi, sire, si Votre MajestB yenait ja-
mals a PIe'rrefonds, nlous mangerions bien ..h v.un~ notre.
agneau, car \ous me: faites I'etfet d'avoir, de \vrul ioti, un
jobi appbtit.
DARTAGNALN, it demi-voix. POlUG108 1Portios! i
PoaRnos. Eh bien, quoit .
D'ARTAGnAN. Riell, m0R &TD1.
LE Ro1. ThitetWOUS de 088 Crimes, m0Dsieur du V8110TI ?
PORTHOs. Sire, Votre MYajest8 me traite trop bien pour que
je ne lui dise pas la vrit6 tout entire.
LE ROL Dites, monsieur du vallon, d;[es!
PonRaos. Eh blen, str~e, en talt de suercen~es, 38! ne connals
que les pahtes, et enc~ore fauL-il qu elles sole~n t ba.n coulpactes.
Routes ces moujsss m'enftenlt I 'esh:luae et tltennent une place
qui m'est trop prgeieuse pour la si mal occuper.


LE PRISON'NIER DE LA4 BASTILLE.









plus v~ridique, et que personne... personnel I ne vient con-
tester son t~moignage.
MADArE, laintenant, sire, m'est-il permis de solliciter
quelques minutes d'audlience pour Mi. e comte de la Fer e?
LE RoI. One audience... en ce moment?
MADAKrE. 11 s'agit d'une chose qui imported au plus point au
bonheur di'unl de vos meille~urs gentilshommes... et g laquelle
j'attachle moi-mdme un vif intbrit. Voici M. de la Fkre.
ATMOS, prbsent8 par de Vardes. Sire...
LE ROI, avec une sorte d'impatience. Eh bien, monsieur de la F~re,
qu'y a-t-il?
ATMos. Le roi se souvient sans doute qu'au Louvre, j'ai eu
1'hlonneur d'adiresser k Sa Majest6 une dlemand.] l towll:b .ni le
mariag~e de monl fls avec mademoiselle dei li 1'.iincte
LE ROI, avec hesitation. All!... en e~llet... m~...nsteur... je cr~ois
me souventr...
ATaos. Votre M~ajesti! dit alors q~u'elle ajournatt ce maniage
pour le bien de Me. de Bragelonne... Aulourd'hmi, monl fils est
tellement malheureux, que je n'ai pu diff~rer plus longlemps
de deniander une solution. Je viens de Londres avee man fils.
Madame, qui avait eu connaissance de notre arrive, a daiga6
me mender aupri~s d'elle, et me prome~ttre son assistance.
C'est a cetto bout8 que je dois de pouvoir parler en ce mnomenl
j Vote Mlajest8... Excusez mon importunity, stre... et daiguez
prononlcer un arr~t favorable B mon fils.
LE ROI. Je 11'ai point d'arr~t B prononcer... Mademoiselle de
la. Vallibre ne fait pas parties de ma maison... Si MYadame, si
mademoiselle de la Valliibre le veulent... ~
ATaos. Votre M\ajest8 he s'opposerait palst..lerlcos
liEait ?...
LE ROL. Je n'ai ni opposition B faire, ni consentement &
donner.
ATAOS. Ediin, Votre Majesti! verrait ce mariag~e sans de-
plaisic ?
LE ROI. Onli, molisieur... Adieu, monsieur le comte de la
Fire!
ATHOS, s'inclinant. Sire... (Le roi sort en regardatnt la Vallibre, qui est
restie aneantie.)
SMADAME, h Athos, apres que le rol s'est eloigne. Eh bien, monsie~ur
de la FBre, 6tes-vous satisfait?
ATHOs. Madame, je course instraire mon fils du bonheur
qu'il yous doit, et je reviens avec lui, pour mettle aux piedis
de Votre Altesse royale nos respects et notre reconnaissance,
MADAME. Allez, monsieur de la Fire...
DE VARDES, bas, h MIadame. Bien jou8, madame.
LOUISE, soutenue par Aure et Ath~nals. All!... j6 crois yue' je Va15
mourir!...



ACTE TROIS111ME.
Ol aeoinr Obt Eli TABLEA W
L'appartemuent des demoiselles d honneur, au palais de
Fontainebleau.


SCENE P RE MIKE RE
COLBERT` LA REINED ,sUITE.
LAh REINE. nFretOTIS-Il11, nIo31sieur Colbert...
COLBIERT. Ser'ieZ-von1s souffrante, madame?
LA REINE. Onli, en effet.
COLBERIT. Yous plait-il que je fasse pr~venir M. Vallot? Il est
ebez madamle.
LA REINE. Inutile, monsieur Colbert; je me sens mieux,
d'allli-leurs ie n'est pals de M~. Vallot que doit me venir la gu8-
l isonl. On 11n'a 12-11 d'une femme de Bruges qui fait des
cures merveilleuses, j'ai mand6 cette femme 2. Fordainebleant' II
je I'attends; mais revenous Zl nos affaires. Tenez, monsieur
Colbert, je ne vous eacherai pas que le roi Iney 1. n uri avocil de
meilleures intentions a l'Bgard de M. Fouquetr, rl :jr pensie que
vous ferez bien, devant un tel example, dr \lvus dep~l.l! or un
pen de vos sentullnenis de haine...
COLB~ERT. Madame, ce n'est pas la haine qui m'anime, c'est
une conviiction...
SLA REINE. One collvictioRY
COLBER~T. Oui, madame; je suij c:onvaincu que M. Fouqyuet,
non content d'attirer B lui l'arrgent, comume faisait Mi. de
Mazarin, et de priver ainsi le roi d'une partie de sa puissance,
veut encore~ gagner tous les amis de la vie fa~cile et des plat-
sirs... Je suis convamenc que M. Fouguet exipidte sur la pre-
rogat~ive royale, et qu'il cherche 8 rel8quer Sa Majest6 ptarmi


DE VnARDES, bas, 'aMadame. Madame, suivant vos instructions,
MsI le cojmte! de la F~re attend le momntil de se pl'6senter de-
vant S1 MalJjtes.
MADAME, V011s irez chercher M. de la FBre dbs qyue mon pro-
jet aura r~ussi.
LE R01, bas, A Saint-Aiglnan. Oh!i Sain~t-Aignan~, ois done comme U
mademoiselle de la Vallibre est charmante.
sAINT-AIGNAN. Sire, faites attention i Madame.
LE RGI. E! qlUe 01'inleiis:il~ Madame!
MastatE~, i. des demouse~ll a a.inn.:.ar. Mesdemoiselles, vehlillez ne
point oublilrl ce Jo~nt nousI1 sommes convenues au sujet de
incident du ch~ne royal... Sa Ma~jesti: est persuade qu'on
ignorait sa presence,
LOUISE. Ah! madame, je vous jure que c'est la v~rith.. I
MADAME. Soit!.. mais je pretends, je pri~tendis, entendeZ-
vous bien? que Sa MajestB revienne sur cette pensBe... et,
pour cela, it faut faire ce que j'exige, il faut so-utenir hardi-
ment que vous savies parfaitement, totes les trois, Ila pr6-
sence du roi et; celle de M. de Saint-Aignan derriere le ch~ine.
LOUISE. Mais, madame, c'est se jouer du roi... c'est men-
MADAME. Si made~jtmoisellell de 1la Baume le Blanc de la
ValliBfe ne vent pas mentir, elle trouvera hon que je la ren-
voie B ses vallons de la Touraine on du Blaisois; lk-bas, elle
pourra, tout B son aise, faire du sentiment et de la hergerie!
(A part.) Et, grice aux measures qlue j'ai prises, cela ne tardera
pas. (Au rol, qsui revient du fond.) Avec la permission de Yokre da-
jest8, nous avons une surprise dont nuisu souhaitons rdgaler
le roi.
LES ROI. UeDG surprise!
MADARE. Oui, sire, un r~eit.,..Oh I il sera court et int8-
ressant.
LE ROL. ViJO1OIS le ricit.
MADAMIE. 11 s'8git d'ulle petite naiade que j'ai en 1'occasion
d'Bcouter tout r~cemment dans la for81t, non loin d'un
ch~ne... (Jui s'appelle, je crois, le chkie royal... n'est-ce pas,
nrlOD51/*Ur ilt S.}inti-,ignan ?

DE 1 ARDECS, bas. $1611, madame, bien.
MrADAMnE. (( Figurez-vous, princess, me dit la na'iade, que
10s rives de mon raisseau viennent d'Btre t~moins d'un spec-
tacle des plus amusants : deux bergers, curieux jusqlu'a. I'in-
discretion, se sont fait mystiftier d'une facon rbjouissaulte Diar
trois nymphes on trois~berg~res... ,
LE ROI, B part, avec colibre. Mystifier!..
sAINT-AlcNAN, A part. Ah I mon Dieu!
MADAME. a LeS deulx bergers, poursuivit ma petite na~ade
en riant tonjours, suivaient la trace des demoiselles... Mlais
les herg~res avaient vu Tyrcis et Amyntas se glis:.:r cinal le
bois; et, la lune aidant, elles les avaient reconnus B travers
les quiel nces. m'avait reconnu!
SAINT-AIGNAN. Ah! mon Di881 Rh! mOH Li881
DE VARDES, bas. Courage, madame!
MrADAME. o~ Les liergiresj. yoyant 1'indiscri~tion des mergers,
s'all~rent aj-eieir du plled dul chine royal, et, lorsqu'elles sei-
tirent leurs Bcouteurs & portee de ne pas perdre un mot de ce
qui allait se dire, elles leur adrressI entinnoceanll1inen le plus
innocemmerIt du monde, une declaration Illi'..n~jiiane, Jul1I
l'amour-propre natural a tous les hommes fit paraitre aux
deux auditeurs les terms doux colu rne disj rayons de miel!7 ,
LE ROI) selevant. Ah1! Voilk, sur' mI p.rolelL, une plaisantlerie
charmante, et racont~e par v;ous, mladamec~ dc'une facon no11
moins charmante; mlais; r~delement, bien rBellemen~t, avez-
vous compris~ la langue dles narades?
31AbDAltlE. blfet, 001111 S8 cralgnRis, OR Offet, d'8V01r mal 01-
tendu, je fis venir mesdemoiselles de Montalais, de Tunnov1;~-
Charente et de la Vallib~re, priant ma natade de me refaire
son rBgit... Elle obit, et je vous affi-rme qu'il n'y a aucun
doute A conserver. N'est-ce pas, mesdemoiselles, n'est-ce pas
qule la narade? a parl6 absolulmcnt coumme je racontte, et que
je n'ai, en aucune faconl, tilll a la vet db? ... Mademoiselle de
Tonnay-Charente, est-ce vrait
rmnauis. La vbritb! pure.
arADAME. Est-ce Trai, mademoiselle de Montalais?
AURE. Oh! absolument, madame.
nMADAME. Et vous, la Vallibre?
LOUIsE. Oni...
LE~E ROI, it part. EBlle aujse! elle ne m'aimait pas!... C'E6tait
une indigne comedie!
DE VARDES, bas, B adame. Vous triomphez!
nMADAME. Monsieur de Vardes, allez chercher Mi. le comte de
la FBre. (De Vardes sort.) L'hiStoire de ma naiade a-t-elle plu au
roi?
LaE no. Certes, madame, et d'autant mieux, qu'elle a Bti


LE PRISONNIER DE LA BASTILLE.









Il", .l;Jl9es pi es robsc~ur;;~? ct est 13.arce que jL' suis con3vaincu
dte cela yue je (lombl.ll- c if illlolass .I'c inall... En ages..nllt
ainsi. j'al enl vue, non 14, 3..rlirf~ilion 1'une haiine ller unnelll.:, ..
n,~ ~ ~ ~~~~l asubuic-l1 evie 0Mn Jeu I'Elat, et, de plus, la
gl..ire et I.I'lI1In or d;ce l'au~toril6 royale.
LA RIEINE, lil l,, .inl( 1nt?... Je V6UX v0118 cy0178, nI~llr icill
(.uI cIl.
COLBER\T. IMaiS lous-nI a111lemadame?
LA TEIE. h!III~uscaly .1voue qule, moi aussi, j'ai 6th
r.-on n:.1< nle uslllinilan.1r.1,;I mais c'Bfait alors que mon
01- -e tr Iouivalt en itlcle, slns resources, sans autorit8
connellL mere, je souffrais; coalme reine, j'6~tais humiliee...
P'avenir me seinblait sombre, inqyui~tant. .\u30md'lllinn, l1non
fils ncl regoit plus les conse~ils, c'rit-a-,Joe Il s ordires J'lln EHa.
zarin iliiest le mattre, lest le roi!... Je ne Ir-malblet ~ h.Is; Ja ne
souffre plus; ma lerl -, monl18gitime orguell se rel~venlt, et
je puis voir sans envie briller, au-dessous de la splenldeur
royale de Louis XIV, les magnificences du surintendant Fou-
quet. ..
COLBERT, e part. N'imlporte!i vienne une preuve, une arm8
contre MJ.Fouguet, et je ne Ilissu~ral 6chapper ni l'arme ni la
preuve.
UlE SUIVANTE DE LA REINE. Madame,1la femme di Bruges est
Th; elle attend le bon plaisitdeVotre Majest6.
LA R~llE. FaiteS-la Venir... (ELle remote verge le fond. Pentiant ce
temps, Toby entire par uine porte de ebte.)
Tonr, A Colbert; Mlonselgneurg Je Yous cherchais... Ce billet
qu'on in'a confii I Prenez... pren~ez vite!.l..
COLBERT, regardaqt le billet. D11 surilllend~nt a ma~denalislelli*
de la ValliBre~! --Ah! merci, Tob, je ne t'oulblieral pas... La
preuve que j'attendais, la vpoii.,. Maosieur Fouquetl, yous-

SCENE II *

LES MeMEs, UNE DAME MIASQUltE*

LA REINE, ii la dame masque. Approchez... Qui Ates-vous?
LA DAME. Une dame du bBguinage de Bruges, et j'appor~te le
rembide qui doit gu~rir Votre MaljestB.
LA ~ ~ --- RE-. OS gorzq'o ne parle pas aux personnel
royales avec un masque sur le visage*
LA DAME. Daiguez m'excuser, madame.
LA REINE. Je n~e puis vous excuser; je puis vous pardonner
si vous 8tez ce masque.
LA DAME. C 651 un yoeu que j'ai fait, madame, de venir eH
aide aux pelrsonnes affig~es ou-souffrantes saus jamais leur
laisser voir mon visage. '
LA REINE. Ah!... Eh bien, parlez.
LA DAME. Quand nous serons scules. (Sur un signe de la reine,
toutre monde s'eloigne.)
LA REINE. Maintenant, parlez, madame, et puissiez-vous,
comme vous venez 49 le dri2'el agpprte~r du soutigeinwent & mon
corps.
LA DQlilE. Vne question d'abord... Quel mlalheur est-il arrive
h Votre MajestB depuis vingt-trois aust
LA REINE. Mais... de grands malh~eurs! N'ai-je pas perdu le
roi?.. *
LA II.4E. .Jc~Or De p,11s' [J Ce QS SO~tIS~d m8 hall6QS.8 V6U vu
vous de mandler si, Apnis.... la.n'aissance du roi... F'indiscrA'
tion d'une amie p'a point~ cause quelgue douleur 9 Votre
,Majest8?
LA REINE. Je nwe vous comprends pas...
La DAME. Je vais me faire comprendre : Votre Majest68 se
spuvien~t que le rol est n6 le 5 september 1638, & onzi bejnres
un qu9i...
LA REINE. TOld le mlonde s~il celJ. comme vqus et mo '
ia DAme. J'arrdve, madameol, g ce que peu de personnel sa-
verit, puisque le secirrt a 6te assure par la mort des prinex-
paux" part 0 panij...
iA AR~ IIgt~t Jlli[ nle s; le r:,t souparit d'un grand
com:ll' ce n etait que~ ioie autour de lul. Tonllt B coup, Viltee
Ml~leste pau'J a us ci p~el nt; nt, tla sage-femme P~ronne re-
1. 0 ut i son chev\et. Les inbd~eemls .1;1n ilent J~lns une salle 8loi-
gn'6e. Le palais, desert B force d' We ern\.bi, n'avait plus ni


bofo ,SfllajstdouI 1 eenvo1 I poted por p vemi l
le rot urs1iva au moment olix damen Pelonne ]lui tendai;t on se-
condi prince, beau et fort comjme le premier, enO Ilu Juanli:
SSire, Dieu ne vent pas que le royaume de France tomb8 88
que~nouillel i Le rol eut d'abord un mljuvement de joie, puis


il refl~chit que. *1eux (11i 4g.iuix en .1roits, Agau qq pr~teP-
tions, r'etail la guerllre Iivilr, II.'#jt i 'anareble, et aloris,..
LA RINTiE, a o' .j400ll.... .11rff.I',.
n eLe\I..110a--,, n' 1-y ai 1.en...il\ qu~e Ju prenne~lr ns, ag cacha

LA REINE. Vou1s en savez trop, pullsqur ias1 touchell~ aux se-
cretl I'EralI... Quant aux amis de qua1 ro~us tsntez ic :4clreb c
sout~delI~ches et de faux amuie... Ma~iljrntemut,: I'2 i e mias-
quel1 ou je vous fais arriter pay~ mein c:apitaine ties plreles,...
Oh!... ce secret ne me fait j.15 Ilent i \tous me ler repdrl~ei l
il se glacera dans votre sein! t .:?I si~: 5;r, ni rioire vie at \ous
:Ippl'lchurr nt Ilui h partir de ce twroenien!
L 1 D.111E. M ji.13me, ][jCl~lOrnZ a. (i.*Fn jile I1 discitlCion Je vog
LA REINE. Madam~le IIe il-C~lierreme
LA DAME. La SEiilr e CG~llish-lt I lei P1 eeret de Votre Mije~sia.
LA REINE. Ah! I. a1..o~1. .irs.:1.ei-,i... I-I,:l~I s~e e'ettuer weis~li
que de se jouer avec leurs chagrin mortels.
LA DUCHESSE. POus pleurez Que vousl ts ji~lnn elicofe !
LA REINE. Aillsi, Vil~, te (SVe~niler.,. VOjUS... vousl...
nA oncRESSE. Oui, madame, je sui4 avenue madlgl6 Por.1r? quli
me condamne & Pexil; jo suls vqung, parce que je viestics~.
parce que je me sens malade, et que Ice v.:.uaiS, avant de.
mourir, reinlettre 1 Vojtre MajesIAt, terlzln papie~r 1Inge~c-
reux... pour` elle.
LA REINE. U~n paper jdngerenxf ....

oix vous me ;i:ecoismando~ l-- d'aller D Nljisy-le-Si- e pourl voir
Ge cher malhewel~l-:; eniln). .11 fr a `cell de vul** main. wa-
dame: a( Cher malheureux enfant In,
LA REINE. Out malheyreux, hien malbolure~uxl !~ qul is-
tence pent'" als:m'ilr a une si cruelleidr li!
LA IIII:Bcaus \:lou pensez done qu'll1 eat morjlt?
LA REINE. 1141881 081: nclt ued .le? Cnsompt ion1:... miort \ Nqisy-
le-See, dans les brasde son gouLvernerur, pant\ re- srviteulr hon?-

LA DUCHESSE. Eti i.in n1...n. rnalarnle, non, votre enfant n'est
point moit a Note-l e~-Sei.
LA REINE. Q10 1diled--;1:115.
LA DUCHIESSE. .iejl 111151 pil'Ol j VOU L1 (Cllip ~e... fl BtB enllDiv
610ignB, each8... mais, tqut ce quer~ i'ai iappris pi'en clqnne la
conviction, il existe I
LA REINE. Ii 81iSt87...
La ccHESSE. Oui, madame... je le crois.:.. j'en ,ub stare Ii
LA REINE. Alors, oft est-il?
LA nucHESSE. Je nre sais pas... je ne P'ai jamqis $4q...
LA nrENE. Eh bien, je cI~ie-seberal je trotivirari i,L mo Oui, il
doit exister,-pauvre enfant!... Ah! li'est-ce past, yous u'avez
jamals cru qu~e je F'aie \ltalnt ire~ment! Inese v~ihterl loin dlu
trbne? Yous n 'avez pas(I 'Iru rli"l furse ulne immovaisejt Inicel-
Vous savez, yous, combien .i~e I Irmesj j'ai rentes~r! vOus ieyes
pu computer les ardents baisers guc: I le dnniai j a la pauv~re
creature en I.:!.:Lllnc dls cefte vie de mliselre ct *I'iopprobule 1
laquelle la ra~svun
existe!... II rxi-tl!.. p.iuere enfaiit! MaintL-n .nt, diha
votre biras... recrondnis~..-uloi dans ma:n alppatr hlement et
diltes-mllo Ce qlur II I'ur-'' !.inL re put \ios.
L.1 DOI:CHE35. Unlf* kllle I.11655. madame : parley pu rgi en
ma f ivetur', le pu~tl ..ie i.ulre~ icscr inenr exil.
LA REINE. Ce Ique VOUj 'I~ilff*L quO SQ faSS6. j8 16 Irtendrdi. .
Mon Dieu!que je suis Bmue!... Ve~nez... jp n'al rien a iefuses*
At celle qui m'a mis aiu coeur ce! es-poir que rmon tauvre up-
fant existe eneore l.. Ve~nez... vrene.. (tlles serientr.)


SCENE II.~

LE E01, -SAINT--AIGNANI, sur la porte, AURE et LOUtIE.

LE ROI, g mademoisselle de Montalais, qui vient de gauche. Maddmoi-
selle de la ValliBre?
AURE. Lavoici, 81781 !Elld silrt, pre.psel~ aealisti LOise paliid
LE ROt, V0Us ml~ateBZ r out... mademlsel~l~l ltque desirc.-
vous?

CE RO.ehmpa e osele qe voulez-vous que je vous par-

donU sE. Sire, j'ai commis ulne grands faste, plus qu'une
grande faute, un grand crime.
LE ROL. VOUS?
LOUISE. J'81 Off6RSe V0178 WMaj68th.
LE ROI. Pas le moins du monde.


.LE PSIlSONNYIER DE If~ BASTILLE.








LouisE. Bire, je vous en suile egrezpitvs2vs
de moi cette terrible gravit6 qui dcirle la colere bien 16gi-
time~ d'un rois je sonsl qu~ege vou~s ai offense, sire: mai~s j'.1
1,1:;es1i 11e vous expliquer coniment je ne vous at poiint ol~ensl:*
de mon plrin grh. ,
LE ROL. Et J'..bor al, mademoqiselle, en quoim'ailriez-vouS
ofes?.Ic ni- le iuis pas. E~st-ce par une plaisanterie dd
yoneliL iille? Pla;fismit.te fort inoceniell!... Wi~u-,,ous btes
I.ulll.'e dl'un homme cridule; c'est hien nature, Tout autr6
femme 4 voqte place ebt fait ca. que mous avez fait. :
LO~lliE. Ah! Y(if hit i IE.Th* cal ~rCes paroles.
LE nij1. E l joulqlyni orbion ?
LOUSElj. P..11e qlue, ai la. p~Llisant.tie ffit venue d-e moir elle

LE: RI!I. EnlIn;, ma~demolill;lel, ed-cert 16 tout c'e qlue vousasviez
bae Jni ie riin e drnianld-lnt une auidience? .

LE ROll. Tij11, IIUOl
LOUIsE. Tout ce qui a Qth dit par moi sous le ch~ne royalty
LE ROi. Je n'en ai pas perdu une seule parole, mademoi-
selle.
LOUISE. Et Votre~ Majesti n'.x pjs soupconn6 qu'une pauvre
fille comme mioi pbut 411er fore e qudqiur~ois de subir la vo-
lout6 d'autruit
LE nROL Parclon, wals id ne c~om prendral jamais qune celle
dont la roclult~ ich.i~lail S'exprillianr i litaemea~_t 5smijle chene
.royal, se laispit influencer .1 id poilnt p all~ 'a \lrront' d'auti'ui.
LOUISE. bif masIntik 18 TOH:K y re
LE ROL 6& mellac87 Qli vOUS meilagait ? gii 08811t v0115

LoUIsE. Ceux qui, avaient le droit le faire, sire.
itic itor..~ie n recottiais B per sonn e le droit de inehaie &
ma cour,
LOUISE. P ardonncz-moi, sire; il y a prS de Y.>Ire iV~ajest6
ilifilediBA per-llsonnes asset harit Pilackes pour rrtalr, ou pour
se croire le droit de perdre une jeune fille sans avemir, sans
fortune, et n'ayant que sa r~puttitiori.
LE n01. Et comment la perdre 7
LOUIsE. En lui infligeanit une b~outeus~e expu~lsio:n.
LE n01, avec amertume. AL! Di nldanoise~le,? Jl~ Ala.: fertie gens
qui se disculpenit Sains iner irnliner les auties.
LOUISE. Site !
_ft~p LE ROL. Otii, et it m's.~t pceniblet, el'avorr-ue, de viir qu'une
:2 jurs.I: Ition facile, comme pon"jtran~t. Ae la )\nire-, se vienne
coulphquer devant moi d'uni iissr il deieproches et d'illrp~uta-
tions.
LOUISE. Auxq~ifeli Vousll n'ajoutes- ias fai, a~lon? (Le roi garde

SLOOIlSE. A100i, LOLIS110 Ilell: coTyez pd5 ... ti511.two .1u roi.)
~c:t intl.1rneclu-i~plrt de mepouer ausitl irnpul~denuuent'11 '] Votr8

;LF noI. Efh! i hort b;Led c 't i'est nii r~idicule ni infittie, ce
neft pa.s nlhlmet incoruaplotl;c'eal imera.illrel~i l tiis on nioins
jlaisaille voll: tout i
Lottisl;di, v.ridre. Oh)M le roi ho me croit piis! le1 roi ne veut
pas me croiret
LE nRO. Mais non, je ne veux pas, je ne piiis pas vloUS
LOUISE.` MOI1 DiellI m011 DieR
LEIOf QUoi de plus jldillil, al tt aiit3 \ils vdills t4 8 dit :
iateroi me juil, in'Qdolte, me guelle; le rox vent pent-dtre
s'amuser b mues d~pens, aImusljns- nlous anxl stens; espainjin
le roi est itia honllun de carj prenons-lo par le ucenr.Sur~-
posons done cotto fablre, i ou.: je I'.ime e que i;: fa.i Jisiln-
gtiB. Le rol- eit si Ilail ts railu it hi,14 qit'il mne
croira, et alors riotti iron.< nolcler cruec naket6 dir roi, et
nousrironsln
LOUISE. Ah! p'enserl iel.1, 'C-st9 alTraix 1 i
LE nRO. a1 Et ce n'esjt paIs tout; si ce? prince arguedll cleu ti-lclz~ elt
A~ prendr~e au styleux~i la pinessdnleriC., 5.l lljll a Iu'Irlllnce Id'n
16noigner, pixbiqdiiezi l ent 1'- qu lqu: chos co~rlnrn .ier isj:!ie,
eh bien, deirarit totite la coii@, le rol sera Ilinubi. C~ar ce
JI-!a,, un jour1, un I.;eit charmant B f~iire A mn:on anun~t, une

roijou8 par une unlyl ;-usei joulle 1lle, a 1
LOUISE. Shet, Jje \1us rln supplies; tous hre vi es done pas
quer Tolis mel tues i
LE nRO. Oh!i raillerie i
LOUISE, tombant a genoux et joignant leil iains. Sire, je pr~fibre la
honte gla trahison i
LE~~ Rob niue failn-veti c
LOUSE5. Slrel, quiandl Jr; vous4 ourai ..r1d~i.' anhlier
l~it faison, votis drbicrdi el feelibi B mla loyauteI. Le theit qui


vpus a gtg, fait chez bladame et par Miadame est un mensonge,
et ce que j'ai dit sons le grand chine...
LE n01. Eh bien 4
LoUISE. C818 s811160611, O'est la v~fit8.
LE ROL. Mademoiselle!
LOUISE. Sire, dussB-je mourir de bonte a cette place, je vous
le r~p~terai jusqu'8 ce que la voixr me manque : j'ai dit
que je vous aimais... Eh bien, je vous aimed !
SLE ROL. VouisC
.LOUISE. Je vous aimed, sire, depuis le jour oix je vous ai vu;
depuis qu'd Blois, volve regard royal est tombi: sur muoi, je
yous aime, sire C'est un crime de 16se-inajest6, je le sais,
qu'une pauvre fille comnme moi aime son roi et le lui dise.
Punissez-moi de cette audace, m~prisez-maoi pour cette ini
pudence; mais ne dites jamais, nlais ne croyez ?amais que 30
vous ai 1.l.11. que je vous ai trabi... Je suis d'un sang
fiddle g la royautB, sire; et j'aime... j'aime mon roilI... Ah!i
e Ine mours 1 (Elle s'Plvanonit.)
LE ROL. Au secours!i... quelqu'un 1... Elle va mourir! (A~ure
et saint Aignan accourent.)
AURE. Louise Louisei'...
LOUISE. Ah sire, VTotre MajestB m'a donc pardionnke f...(Se le-
vant.) Et, maintenant, sire, maintenant, permettez-moi do me
retire dans un couvent. J'y 1..l; niti mon roi toute ma vie, et
j'y mourral en aimant Dieu, qui m'a fait un jour de bonheur.
LE R01. NonI, non, yous vivrez ici en b6nissant Dieu, au con-
traire, mais en aimant Louis, qui vo1s feratoute une existence
de f61icit6; Louis, quivous aime de toutes les forces que~ Dieu
amises EDi 1111; L.:.ide,. titt dondethit sal ne crl sout~ lant sl vous
la lui d: ni adie z (il la prend dans ses bras.)
LOUISE. Oh! sire, ne me faites pas irejpextir d'8voir 6~t8 si
loyale, car ce serait the proliver qune Votre IFiajest6 me ind-
prise encore. i
LE ROL. I1llefu~leth:~, 8e n' oBore et, ifaime? ren au miiiide
pilus fue rilus, r null autre femine & ina cour ne sera, j'en
jitre 1)ieu, aussi estimBe qune votis le sei~ez d~sortnais; je vous
demand pardon de mon emportemnent...il venait d'upl excis
d'amour (S'inclinant devant elle et lui pregnant la main. ) Mademioi-
selle, voulez-vous me faire 1'tion!il-r d'agr~er le haiser qq~e
je d podSe sur voire main?... (11 lui baise la main.) De ce moment,
vous Btes sous ma protection; ne lpalrks a persortilie du mal
que je votis at fait; prdnonnez aim tritres celui qti'ils oni pud
vous faire. Ai 1'avenir, yous serez tellement au-dessls d
ceux-14, quie, loin de vous inspired' de lai crain~te, its rie \-.,us
front plus m~me pitiB... (A Sainc-Ac-igna4.) Comite, j'espibre ue
mademoiselle vodtidra biett ious .o..:~::.r~d.:e ni~pett de son amni-
tib, en retour de~ celle que je lui at you~e B jamals....
sa1Tis-AiGiYAN, flihissant le genou tievani ia yaliibro he 1 18Oie j~but
mo7i, si mademoiselle me fjit iiii pue il !!icrlnlur !
LER0I, voyant hure quis'est avalide. 3l1..lemOiS~1Ce lleds:M Ijide...
LOUISE. Sire, ull8 a111 6~~ QU 111 & 'I in a... (Oll)ollis
LE ROT. JO Ile l'oiblierai pas.
Avait. Sire i
LE ROI, BLouise. Mademoiselle, adieu, 611 piiilu el uret:.ir...
F:.I1I. i-inotl lagrdce de ne pas mu'oiilliler dln votl I.- IPllag.
LOUISE. Sire, yous Btes avl-,. Die.u J].lns mnlrl emur...
AuliE, iA part. Eh bieri, volk uno ~I~i llln.Nndo ntue Madame
n'avait pas prbvu. (Louise remote au fond p.:rr.nc....mpl.:'l.. le roi; elle
jette un coup d'tail du c616 de la porte ouverte et pousse un. cri.)

SC ENE 117

LES MiltES, ATHOSCJ.

di itor. Qun'y a-t-il?.., (Voyant hthos.111. le~ lPIa E?-*i.
Arnos. Stre, excusez ma pr~source; je dtiis sub:lis:r .;; B I'"'-n

que monl fils est tl.:me-I att)pr~j de~ 11ad.unle,41 je venue annon-
cer a oiademnoiselle de la V sllibre la visited Bi! soicl fiancC...
LE ROT. Son fiancB7...
LOUISE. 11011 Dieul..
ATuos. Qu'avez-vous, mademoiselle?... Ccl~ li nurrllte si mbeI
pIa.160i l 41ur vous tin effet... 6tt~ilget.. Wel intentions~ n.: is-
ca:lct-ll.-sl~ plus les nurines( qu'B Blois?... Doisje vous rap-
peler vos projects, vos serments?... lonl fils ne les a pas ou-
bli~s, lui l... Que so passe-t-il?... al-je en torl d'ap~porter tout
& P'heure g 11aoul de flatteuses promesses?
Louisic. Alonsieuf le comte!... (Elle supplies le rol du regard.)
LE R01. U.es promesses, inonsieur; dites dtes esperances..
Am1os, rno.IJant 10 roi. Cependant, il me semlblait qu'en pr&-
Sellee c!e M Iulllne, Votre MajibstB avait dlit...
LE R01, vivemefit. Moi?...J8 11'ai ris 11 dif.
a~rhos, Madatiid vieit i lucljre de iti'a'Iuituer...


LE PRISONNIEFI DLbE tA BAS~ilLLE.








Li not1, vivement. Madame... Madame...(A part.) Je comprends...
Lourise avait raison... Madamne a tout conduit... e'est un com-
plot... je le dbjouerai!***
ATolos, regardant alternativemenlt Ie rol et Louise. Enfin, sire, par-
d'onnez-mal do ml'adressetr B Votre Majestb,; est-il survenu
tout B coup quelque obstacle?.,.
LE nROL Peut-Btre...
Amaos. Et cet obstacle... c'est ?...
LE nRO. C'est... e'est ma volonth,
ATHOS. La ViOl0nt8 du roi?,.. MaiS, ce matin, lOTSque je 801-
licitals Votre MlajestE: de me faire connaitre cette volont8, le
roi m'a t6mnoigni: qu'il n'en avait pas.
LE n01. Ce matin... out... Maintenant...
ATHOS. Maintenant, que vent le roi?... Daigne-t-fl consen-
tir 7... Le roi h~site?:..
LE nRO. Je n'hesite pas... je refuse,
LOUISE, avec joie. Ah i...
ATilos. Stre...
LE nRO. VORIS RVez 81100?8 g De parler, monsieur le comte?
AnTOS. Oui, sire.
LE, n01, it Louise. Allez, mademoiselle. (Louise sort en raisant au1 roi
un signe dre remerexment.)


SCENE V.

LE R0l, ATHOS.

LE nROL Eh, bien, monsieur, j'attends.
Arnos. Sire, qlu'il me soit permis de demander humblement
h Votre Majeste la raison de son refus.
LE n01. La raison?... Une questionP...
ATRos. Une demand, sire.
LE nrO. Vous aves perdu 1'usage de la cour, monsieur de la
FBre : R la cour, on ne questionne pas le roL
Arnos. C'est vrai, sire; mais, si P'on ne questionne pas, on
suppose.
LE n0!. On suppose... Que yout dire cela'?
ATHOS. Sire, au lien d'avoir une r~ponse~ de Votre Majest6
sur le changement subit qui vient de s'operer, je suis forc6
de me r~pondre a moi-mime.
LE ROL jMonsieur, je vouls ai donn8 tout le temps que j'avaiS
de libre,
BAros. Sire, je n'ai pas en le temps de dire au roi ce que
j'ai &t lui dire, ce qui dbborde de mon coeur.
LE n01. Yous en iAtiez & des suppositions; vous allez passer
aux offenses.
TAnos. Oh Isire, offense le roi, moit Jamais !... Jamais je B e
eroirai que mon roi, celui quim'a dit une parole, eachait avec
cette parole une arribre-pens~e!
LE nrO. Qu'est-ce 21 dire, une arribre-pensee?
Arnos. Si, en re~fusant B mon fils la main de mademoiselle
de la Vallibre, Votre Mlajest6 avait un antre but que son
bonheur et sa fortune...
LE nROL Vous voyez bien, monsieur, que vous m'offensez.
ATaos. Si, derni~rement, en demandant un dblai, Votre MWa-
jast8 avait voulu Bloigner seulement le fiancir de mademoiselle
de la ValliBre...
LE nROL MOnsieur...
ATuos. C'est que je 1'ai oui clire partout, sire; partout on
parle de l'amour de Votre MajlestB pour madiemoiselle de la
Vallibre, et ce qui vient de se passer ici en est la preuve.
LE nRO. Malileur it 06uI gi se mblent de, mes affaires; j'ai
pris un parti: je briserai tous les obstacles.
Amnos. Quels obstacles?
LE nrOL J'aime mademoiselle de la ValliBre.
Anaos. Eh bien, sacrifiez votre amour, sire. Le sacrifice est
dine d'un roi; il est mbrit6 par mes services et mon d~voue-
ment. Le roi, en renoncant & son amour, fait preuve g Ja
fois de gn6nrosit8, de reconnaissance et de bonne politique.
LE n01. Eh mademoiselle de la ValliBre n'aime pas Mt. de
Bragelonne.
A~rnos. Le roi le sait?
LE nROL Je le sais.
A~rnos. D~epuis pen, alors; sans quoi, si le roi le savait lors
de ma premiere demande, Sa MajestB ehit ris la peine de me
le dire?
LE nRO. Depulis pen...
A~rnos. Jo noC comprendls point alors que le roi ait envoy
M. de Bragelonne B Londres:cet exil surprenld, h bon droit,
ceux qlul niment Phlonneur du roi.
LE nRO, Qul parle de P'honneur du roi, monsieur?
ATuos. L'honneur du roi, sire, est fait de, l'houneur de tote
sa noblesse; quand le rol offense un de ses gentilshommes,
e'est-h-dire quand i1 lui prend un morceau de son honneur


c'est g lui-m~me, e'est au roi, que eette part d'honneur est
d~robbe.
LE ROL. Monsieur de la FBre! *
Arnos. Sirdej suis vieux et je tiens A tout ce qu'il y a de
vraient randet de vraiment fort dans le ro~yaume. J'al vers6
mon sang pour votre phre et pour vous .lns arosel rien de-
mand6 ni & vous ni B vitre p2hre; je n'ai jamais fait de tort B
personnel, et j'ai oblig6 des rois Vous m'8couterezl Aujortr-
d'hui, devant toute la cour, yous avez donn8 au manage de
mnll fils, avee mademoiselle de la Vallibre, un consentement
lacite!... soit... mais, de la part du roi, c'6tait asset. Mlainte-
nant, vous retirez ce conlsenltement pour servir votre amour...
votre faiblesse... C'est mal... Je sais que ces mails Ir!'ltent Votre
MajestB; mais les faits nous tuent, nous autres. Jo sais qlue
Yous cherchez quel chitiment vous ferez subir g ma fi'anchise;
mais je sais, moi, quel chictiment ie demanderai & Dien de
Yous infliger, quand je lui racont'erai votre faute et le mal-
heur de mon fits!i Adieu, sire! (Athos sort.)


SCE NE VI.

LE ROI, D'ARTAGNAN.

LE roI, appelant ave ecolkre. Monsieur d'Artagnan t
D'ARTAGNAN, entrant. Me VOici.
LE R01. Je quite M. de la Fibre, qui est un insolent
D'ARTAGNAN. 011 ilslOelli?
LE ROi. S'il vous r6pugue de P'arriter vous-m~me, envoyez-
mox quelque autre officier.
D'ARTAGNAN. 11 n'est pas besoin d'un autre officer, puisque
je suis de service.
]LE ROL. Le c0mte est Votre Rini,
D'ARTAGNAN. 11 serait mon phre, que je ne serais pas moins
de service...
LE ROI. Qu'alttendez-VOUS?
D'ARTAGNAN. L'ordre sign.
LE ROI, ecrivant rivement. Le v0101.
D'ARTAGNAN. Sire... avez-vous bien r~fl~chi'T
LE roI. Monsieur, allez-v~ous aussi me braver?
D ARTAGNAN. Moi, sire ?... Je vous dernande si...
LE ROI, Pinterronniant. Monsieur d'Artagnan, je vous pr~viens
qlue vous abusez de ma patience.
D'ARTAGNAN. Au contraire, sire.
LE ROI. Comment, aR (onf rjire ?
D'ARITAGNAN. Je VienS me faire arrbter 8HSSi.
LE ROI. Vous faire arriter, yous?
D'ARTAGNAN. Sans doute : mon ami va s'ennuyer IN-bas, et
je viens proposer B Votre MajestB de me permettre de lui
taire compagmie; que Votre MajestB dise un mot, et je m'ar-
r~te moi-m~me; je n'aurai pas besoin du capitaline des gardes
pour cela, je vous en r~ponds. (Le roi s'eance vers la table et saisit
une plume pour donner L'ordre d'emprisonner d'Artagnan.)
LE R01. Faites attention que o'est pour toujours, monsieur.
D'ARTAGNAN. J'y compete bien, sire; car, lorsqu'une fois vous
aurez fait ce bean coup-lk, yous n'oserez plus me regarder en
face. (Le roi jette la plume avec violence.)
LE ROI. Allez-vou1s-en
D'ARTAGNAN. Oh I non .pas, sire, s'il plafit & Votre Majest6.
LE ROI. Comment, non past
D'ARTAGNAN. Sire, je venais pour parler doucement au roi,
le roi s'est emport8, c'est un malheur; mais je n'en dirai pas
moins au roi ce qlue j'ai & lai dire.
LE n01. Votre admission, monsieur, votre admission?
D'ARTAGNAN. Sire, vous savez que ma. admission ne me tient
pas au coeur, puisqlu'a- Blois,"le jour oft Votre Majes~i; a re-
fuse au roi Charles Il le million qune lui a donni- le comte
mon ami, j'ai oftfert ma admission a~u roi.
LE ROL. Eh bien, alors, faites vite.
D'ARTAGNAN. NOII, sire, car ce It'est point de ma admission
qu'il s'agit ici: Votre MajestB avait pris la plume pour m'en-
voyer i la Bastille, pourquoi change-t-elle d'avis ?
LE R01. D'Artagnan tate gasconne !. Qui est le roi de
vous ou de moi ? Voyons t
D'ARTAGNuA:. C'est vous, sir6, malhgeureusement!
LE ROL. CoIDment, malileureusemellt?
D'ARTAGNAN. Oui, sire, car si c'8tait moi...
LE nRO. Si o'8tait vous, vous approuveries la rebellion de
M. d'Artagnan, n'est-ce pas?~
D'ARTAGNAN. Oui, certes I c
LE ROI. En v~rit6 ?
D'Anno~NAN. Et je dirais B mon capitaine des mousque-
taires, je lui dirais... en le regardant avec des yeux hu-
mains...je lui dirais : a Monsieur d'Artagnan, j'ai oubli6 que


LE P'RISO)NNIER DE LA BASSTILLE.








je mlij le LIi, jl. jlub I1esiCenal dr; onlI trane pou!r'outrager
1In perdalll lbu mm..n L.
LE ~iol. hllsll. III500 I'li t-vous que ce soit excuservotre aini
que .10 sur pass. Ll,'r.\Gh.scitl. ObI:I jlrc, J rI.I b~ien I1t1 lusluin que hli, et ce
jle nt II mile rm; je vous dirai, ce qu'il li no ous a pas dit,
lu;... Sue,! FIIuS avez sacrifi8 Al. 10 comlte de la F~re; if
vous ~parlait au nomn de: Phlonneurl, de la religion et do la
vertxi; vous I'ave: repouss6, chlass8, emprisonni?!... Moui, je
seral plus dur qlue. lui. rii. e, VOUlez-VOUS IIu'onl iouf verse, ou VOUlez-vouIs q'np
,nh-.-tou q'"n sos ime, on voullez-vours qu'~"on 'leait pear
Jo: yousj St5 \1:.ns3 Il**-lete: las~bassesse, Pinrlligue, 1a couardlise,
1.h1! diles-1~, jle, so-3 wa partirous, nou~s autres qu~i sommeS
les seuls restes, je dirai plus, les seuls Inoddles de la vail-
lance d'autrefois; nous qui avons servi et depass8 peut-Z6tre
en courage, en mb~rite, des homnmes dbtj8grands dans la pos-
thrit8; choisissez, sire, et~ bitez-vous. Ce qui vous i~este de
g~rands seigneurs, gardez-le; vous aurez touj~ours assez de
tourtisanis!... Ed.tez-vous done, ef envoyez-rtoi B la Bastille
avec mon ami... Voilk, ce que j'ital & vous dire'; pardOl-
nez-moi, sire, yous -avez eu tort de- me pousser jusque-18.
(Il'~tir~e son dpee, tl. : .=1-p.= *.**.llna s. [....Insu .rs.l~...r. de Louis XIV, il la pose
sur la table. Le rol, d'un geste f'urieux, repousse 1epee, qui tombe 4 terre et
r'oule aux pleds de d'artagnan. Celui-ci, aprbs un instant Fin stupeur, re.
pread avec emotion.) 1.Jn roi peut disgracier un soldat, il peut
P'exiler, il peult le conldamner a mort; mais, I;II-sI cent foiS
Icoi, il nl'a .jamais le droit. de P'insulter en. Iali.ll-s...n..ran son
epto. Sire, un rol de France n'a i.inlair 'Iret~...u e at..o m8-
pr'is 1'pibe .d'ua hlomme tel qlue m... .. 1::tte 41.e l'"(''"ill6e
soulgez y, sire, 'elle .ii'a plus d'autre fourreau que .mon
p'ide, aippuyant la poighile de l'epde au parquet, .1 en .dir.;.. Ia ~pointe sur
sal poitrine. Le rol s'elance d'un mouvement elicoke plus rapidk: illilikilldi de
d'Artagnan, jette le .bras droit au cou du mousquetaire, eI, de la inaift gaiuche,
saisissant par le milieu fa lame de l'e~pie, it la remet silencieusement au four-
reau; puis, attendri, revient A 1 ult~l, i...1 ~lr'ordre et le deehire.)
LE H01. Mionsieur d'Artagnan, votre ami est libre I (n'Arta-
gnan saisit la main royale, la baise et sort sans dire un mot.)



AC TE Q UA TR I~E M

saxailtE TABLEAa*

A la Bulstille:. mime d~orat~aio qu';u troisibme tableau*


ISCENE PREMIERE
BAISEMlEAUX, ARAMIS, ic table tous deux. .
B.\ljlML.101.. Allons, monsieur le chevalier, 11 volve sante!
Alr\mll, a u...l,m..,tij~ine* *lui entre. Eh bien1, qtx'est-ce?
LE VALET. (.111 IllcieSag qu'unI courrier' vient d'apporter' de
Foataineble-au.
BAISEMIEAUX, aprbs avoir dpchirir I'enveloppe. Un ordre d'e1argisse.
mental Ju vous demande un peu la belle nouvelle pour nous
d~ran~ger I
AAnanns. Vous avouerez, au moins, qu~'elle est belle pour
celui qu'elle concerne.
BAISEMErAux. El & neuf heures du soir!
bnanisma 4110ns, de la charittd! .
uLL\IurIIa l\.:' I chlarite, je le veux hjien; mais elle est pour
ce dr~ble-lh, qui j11nrian-, et nonl pour moi qrui m'amuse.
AnnuIS. Estce une1( perte qlue vous faites ?
Ital>L11L101.. \I All $0, OUi i Ul rl gat & 1001 liVres. ManiS Gilill

AaRAMIS. Rloi, je ne le connaisi pas; ma~is, crnjnllel .1;1i~[l~li (0l.
. TBrenlce : a Jae suis honinie et rien J housan1II nCo lu'.:st 1E-tran1-
ger'. n (11 ouvre le papier rl Iq) 1
BAISEMEAUX. Demain, at point du jour, il sortica.
ARAMIS. Pourquoi pas ce soir? Aul haut de lalettre, il y a e

nIIC\IAL.\. t..0ui; -mais, ce soir, nous soupons, et nouS

AAnnnls. Cher iMonllezun, la charity m'est un levoir plus im-
p~Brieulx que la faim et la soif. Cc mlalhoureux ests prisonnier
dlepuis comblien.de temps?
BAISEMEAl.x. DeBPuis dix ans.
hannus. Dix ans.. e'est long! AbrPgez sa souffr~ance dG
douze heores; une bonne minute l'alttend, donnez-la lui hien
vite.
SBAISEMEAUX. VOUS-l 8VOUlezY .


Anabus. Je vous en pr~ie!
BAISEMEAUX. COHmme Cela, tout 88 Il'J vel ;I tU repas?
ARAM1IS. Je vous en supplies.
BAISEM)EAUX. Qu'il suit faith ainsi qlue vous le voulez. -Fran-
Cois i Francois i... Eh1 bien, le~dr'Ble ne vient pas i (11 se 16ve pour
aller 1 la porte et appeler Fraugois; pendant ce temps, Aramis, I la placee du
papier, en met uu autre tout pareil. Firangois parait.) Francois, qie Paun
fasse monger le major avee les gaichetiers de la Berihaudibre.
Annnlus. St vous faisiez ouvrir sa prison~toult de suite, nous
hli annoncerious nous-mimes ce~tte bonne nouvelle, au p~auvre
diable.
BAISEMIEAux. Francois, 1e: major ouvriva la prison de Mi. Sel-
don, number 3 de la Berthaudibre.
ARAHndlS. Seldon! vous avez dit Seldon, je crois?
BAIseMrEAUx. J'ai dit Seldonl... e'est le nom de celui qune Y'ou
81argit.
AnAnrs. Vous voulez dir~e Marchiali?
BAISEMlEAux. MarChialil Ali bieD, OUil NOn, Seldon.
Annurs. Je. pense que vous, faites erreur, mon chter blout-
lezun1.
BAISEMIEAUK. J'Rilu 70Tlfelr.
AR.4nns. Mlol aussi.
BAIJEMEAUx. ESt j'ai vu Seleton exi lettres grosses comme ceei.
(II monte son doigt.)
ARlums. Et moi, iMarchiali en caracti~res gros comme cola.
(11 mloutre les deux doigts.)
BAISEMEAUx. Eclaircissons; e'estbhienfacile. Le papier est lj3
lisonls.
AnanIS, depliant le paper. de lis .llIIhitil;.
BAISEMEAUX, lisant. ct~archiali! ,, oui, ily a bien Mar~chiali.
AaAnurs. Yous voyez 1
BAISEMEAUX, eLonnB. 80008111 celu q lUon c01107811 1811, celul
qu'OI1 me recollmand0 tanll
ARAMIS, insistant. I1 gTi jMaTcaiali.
SBAISEMLEAUX.11lfaut F'avouer, e'est phl~nominall... Je vois en-
core l'ordre et le noin de Seldon; je le vois, et mime, je mle
le ralipelle,, sous ce nom, il y avait un p)?ti! d'enlcre.
ARAIIns. Enlfinl, quoique vous ayez vu, cher monsieur de
Montlezun, P'ordre est signed de dblivrer Marchiali avec on
saus p9th, et voilj F'ordre; vous allez done Jlilivrer ce pri-
sonnier. Si le cemur vous dit de db11vrcr Seldlon du m~ume
coup, faites, je vous declare q~ue je ne m'y opp~oseral e~n au-
cane falcon, attendu que Seldon, vous vous le rappelez, mt'i-
tait recommallnd6.
BAISEMnEAUx. Je d~livrecaile prisonnier Ml.ibei~l~.li quandII j'alU-
ral rapp~ele le courier qui apportait F'ordre, et lorsql'tu 'ein-
terrogeant je me seral assurer...
ARAMIS, I'interrompant. L,'ordre Btait eachet8 et le contenu
ignlore dur courier; de q~uoi vous assurerez-vous?! Dites.
BALSEMlEAux. S'il le faut, j'enverrai au minist~re, et M1. de
Lionlne retirera Poardre ou P'approuvera.
shsrAutxnis A qu jsurer que j'obbis, non pas a quelqlue
ordre faux, mais bien g l'ordre de mes supitrieurs.
ARAIHS. Et vas sulpkrieurs sout?
BAISEMEAUx. Mf. de! Lioune, d'abord.
An~anrs. Et au-dessus de M.de Lionne?
BAISEMrEAUX. Le rOi.
^nanis.N'y a-t-il pas encore q~uelqu'un a q~ui vous devez
obbir?
BAISEMEAUX, terrifle. MODSieur mOIIsieur i
^Mais. N'appartenelz-vous pas B un parti mystf~rieuxf...
Dites oui... diltes non; mais dites Y'ua on 1'autre, nous n'a-
vouls pas de temps & peirdre.
IrAISEMEA~ux. Pardon, monsieur... mais...
nARAls. Buvez done un verre de cet excellent muscat, M~ont-
lezuu; vouls avez P'air tout effati(, mon ami.
I n.\Rbs~.sis. MoIIsieur 18 gouverBBUP, YOici le IlumBro 3 de 12
bcll lhan.In-rle qcue Poqn aml~ne.
ARAMIlS, froidement. D~ites qu~e P'on s'est trompe et qlue ce n'est
pas lui.
BAISEMrEULrx MaiS, 11filt...
hABems. Nous ne nous sommnes pas encore expliques suir la
questidio que je vous fal~isais; quand vous ni'aurez r~pondu
oui ou non, ch bien, yous deciderez.
BaISEMuEAUx. Reconduisez le prisonnier dan~s sa chamtbro,
el attended! de nouveaux ordres.
ARAMIS. Tris-bi6H i (Frangois sort.)
BAISEMtEAUL. 801 Di68!
AAnnus, insistent. Ah! vous appartenez done A ce parti?
BAISEMEAUL. hl01
ARAnns. Vous l'aves avou6 du moment qu'e~n re~nvoyant le
prisonlnier Seldton dans sa chamb~re, yous ~avez obbi B I'ordtre
que ce parti vous donnait par ma bouchle... Eh hien, yous
saVez une chose, cher moulsieur de blUIItILezun, c'est qui-'un ne


LE PRISONNIER DE LA ~BASTIILLE.








peut pas &treliB 8 un parti, jouir des avantages qu'il produit
a ses membres, commae, par example, de faire payer cent
einquante mille hivres par lui, sans etre astreint soi-mime &
quelque petite servitude.
BAISEMEn~tlx. Dans cette circonstance, cependant, mousei-
gu~eur...
ARnnus. Or, il y a un engagement pris par tous les gouver-
newrs et capitaines de forteresse? affili6s, d'obbir & tout com-
mandement verbal ou par Bcrit.
BAISEMEAvx. Oui; mais vous n'avez pas cet ordre. -
ARAM~ls. Le voicil... Ah! oui, e'est vrai, le cachet manque.
(II prend de la cite, appose un cachet et le scelle avec sa bag~ue, puis le montre
A Boisemetaux, stupstait.) Allons, allons, ne me faites pas croire,
monsieur de M~ontlezun, que la presence du chef est terrible
comnme celle de Dieu, et que l'ou meurt de P'avoir vu. (Avee
Aeveriti.) 11 est vrai que P'on pourrait mourir, que m~me on
mourrait certainement de ne pas lai avoir obbi... Levezvous
done et obBissefs
BAISEMrEAUx. Oh!i je ne reviendrai pas d'un, tel coup! moi
qui ai plaisant6 avee vous... moi qui ai os6 vous traiter sur
un pied d'egalit6.
ARAhMIS. Rappelez Frangois.
BAISEMrEAUx. Et...?
A~nals. Et obbissez & P'ordre du rol, contre-sign8 de Lionne.
BAISEMEAUX, allant h la porte, et it Prangois qui entire. Faites Ventr let
le dleuxibme BerthaudiBre.
ARAmIs. A merveille, mon cher de Montlezun. Eh bien, vous
le voyez, ce n'est pas plus difficile que cela. '
BAISEMEAUx. Oui; mais les consequences...
AnnuIs. Vous Bte~s un niais, monsieur de Mloztlezlin g perdeZ
donel'habitude de r~fl~chir, quand on se donne la peine de
penser pour vous9. D'ailleurs, qul salt si cet ordre s'ao~com-
plira?
BAISEMrEAUx. Comment? .
Anal~s. Oui, tout va d~p'endre de ma conversation avec ce
june homme. AptrBs dlix minutes d'entretien, peut-8tre vous
dirai-je : a Cet ordre est faux; reconduisez le prisonnier & sa
ebambre. >
BAISEMEAOUX, joyeux. Oh!
ARAMIS. Maiis anlssi, apris ces dix minutes d'entretien, peut-
&tre vous dirai-je : a( Cet ordre est bon; B1argissez le prison-
mier. >
Bsus~bT,\ir.S. Et moi, pendant.ce temps? 4
AnnuIs. Vous vous tiendrez g cette porte, vous nous garde-
rez, yous veillerez a ce que personnel ne nous Bcoute.
BAISEMEAUx. Voicile prisonnier.
ARAMIS. KetireZ-VORS et 181ss6Z-nOUS SeulS.



SCEN E II,


ARAMIS, MARCHIALL

ARAIMUS, apris avoir fait signe 1 Marchiali de s'asseoir. Monlsieur, vous
avez recu, hier, un billet dans vote pain?
MrARCHIAu. Oui, monsieur.
ARAnns. Ce billet vous annoncait qu'il allait se faire un grand
changement dans votre destine?
xAnnBAuI. Oui, monsieur.
ARAMIls. Qu'un homme viendrait B la Bastille, duquel yous*
auriez une important revelation B attendre?
sanAcuumL. Oui, monsieur.
Anailns. Cet homme, c'est moi.
M~ARCnHAU.3'iCOote,
AnAlIs. La. dernibre fois qu~e j'eus 1'honneur de vous voir,
un tiers Qtait 1B, qui dlevait arriter sur mes l8vrrs et sur les
v~tres toute confidence pr~te B sortir, toxit secret pr~t a s'B.
chappler.
MAncuumLI Je n'avais ni secret, B garder, ni confidence h
faire; il n'y a done pas en contrainte pour m01.
ABAnnls. La premiere fois que j'ai eu P'honneur de? vous voir,
je vous ai demanded qluel 6tait le crime qui votis avait falt
meltre B la Bastille et vous avez e1ude la r~ponse. Permettez.
moi de vous renouveler la m~me question,
Mhncumu~. Et pourquox pensez-vous que j'aural plus de
conflance en vous, aujourd'hui, qul'il y a huit jours.
AnAnIs. Parce que nouls sommles seuls et que vous avez recu
uln hillet qui vous prCviien~t de ina visit.
mancnuu~. Ce billet n'6tait point signF:; quant h vous, je? ne
vous connals pas.
ABAnrrs. Ainsi, yous refusez de m'avouer le crime qlue yous
avez comlmis? .
nru~acuum. Si vous voulez que je! vous dise quel crime j'ai '


commis, expliquez-moi ce qlue F'est qu'unl cri me; 13r, corm 01
je ne sens rien1 en moi qlui me fasse des rlpr~oclies, je me dis
que je ne suis pas criminel,
Analns. On est criminel parfois,12 .uix yux lesJ granids de la
terre, non-seulement pour areui comrtis un crime, niais en-
core parce qlu'on sait qu'un crime a Cth c~~omms.l
sarncumu~. Vous avez raison, monsieur, et il se jlourrait
que, de cette fadgon, je fusse coupabjle aux yeuft des grands
de la terre.
AnAlIs. Ah! vous savezr done qluelcque chose?
sancAuCIL. Non, je ne sais rien; mais je penise quelynefoisoi
et je me dis...
AnAIus. Que vous dites-vous?
MARCHIAuI. Que, sijt? wo~ul.2ii creuser ma pensbe, out je dle-
vie~ndrais fou... ou...
ARAISus Oul?
Mncumura~ On je dev~incl lis bien des choses.
ARAInS. Eh bien, alors?...
MArhCtrHL. AlOTS, je m Strrte; eI~lr yc; CI'ller (L'IP 10;10,
Anants. Vous n'avez .10acl p.2s conflance onI DIe!?
MIARBACumu Si fait; mais je crains les hottimes.
4nnmrs. Est-ce qpue Dieu n'est pas dans toute chose?
nm~cauu.r Dites au bout de toute~ chusec monsieur.
AnAlIs, tressaillant. Soit! (A lni-mdme.) Je n'ai point affaire g
un homme ordinaire... tant mieux! ~naut.) Avez-vous de 1'am-
bition? :
urncumu~. Qu'est-ce qlue cela, de ambition?
ARAMrIS. C'est un sentiment qui pousse P'homine & d~sirer

M~~~~~~~ \Rll \LI 1al U SCOllent, moi.sieur; mais il est
pas-~sabl..i qu-lr j me~ fromnpe. Voyons, ouvrez-moi l'esprit; je
ne deman..,ie pa~ neeuxll rnon)Isieur.
.\n.\rlns.Unl ambliitseuxl et ~colui qui convoite par del8 ion Ptat.
nMRCarTLL @D'gn re qui je suis; je ne puis done convoiter
par deli mon i6tat.
AssusI. La dernir~e fois queje vous ai vl, vous m'avez inenti.
YARcBAuu, avec rivacit8. Menti, moi?... YVous m'avez dit, je
crois, que j'avais menti f1
Anrcms. Je voulais dire, monllj;lr, que vous mi'aviez cach6
ce que vous savez de \voteL el.ntanc.
MrAucmaua. Les secrets d'un homme sont 8 lui et non au
premier venu; on ne ment pas pour se taire.
ARAmrs. Oh! si j'osals, je vous prclndrais It main et vousla
baiserais.
niAncauu.r Baiser la nl.lin J'anl prisoh~nier! et pourquoit
Ananurs. Vous me clbsespbrez 1... Si vous saviez tout ce que
j'aVais riV8 pour VOUS-!
MrARCHIALI. Je VOus desesp~re?
ARAMLIS. Oui, car parfois je pense que j'ai devant les yeux
P'homme que je cherche, et tout a coup...
mAncumu~. Et tout i coup cet homme disparate?
Annu~ns. D~cid~ment, je n'ai rien a dire~ 5 qu~i so d86fe de
moi au point que vous le faites.
anncimuL. Ni ~moi, A quli ne comprend pas qu'un prison-
nier doit se defler de tout.
ARAnns. M~me de ses anciens amis?
nuAncerau. Yous &tes un de mes anciens amis'? 10ashe~:ls...?'
Ananns. Voyons, ne vous souvient-il plus d'avoir ru alltre-
fois, dan's-le village oil s'8eoula votre premiere enfance.;..T
MARcRAnu. Comment s'appelait ce village, d'abord?
ARhs.nl Noisy-le-Sec.
nmncauu~. Continue, monsieur.
Anunrls. Yous souvient-il d'avoir Unl. A Nojij-l-Secr il y
quinze on dix-hu~it ans, un cavalae~r qlu \t vent accomp. an.n~
d'une dame hab-ituellement v~tur .i'ulne rl:l.le oIre,~L' II\.C' deL
rubans couleur de feu dans les the eml K
M~nexuun Oui, une fois j'ai demand '. l!01 nom Jo; CaLva-
lier, et P'on m'a rkponldu qu'il se nommait le chev:ll.her d'HIer-
blay.
ARAMIS. Le cheoalier d'H6Thlag, O'8st m01.
MAncumuL. Je le sais, je vous avais reconnu.
ARAenS. Eh bien, si vous savez cela, il faut alors que je vous
apprenne une chose: c'est quie, si la presence ici du chevalier
d'Hlerila~y Attit contnue du roi ce soirr demain le chevalier
d'H erblay verrait reluire la ache du bJourreau au fond d'lun
cachet plus sombre et plus perdu que ne P'est le u81tr-; vous
pouvez done avoir confiance en moi, puisqlue je course un
risque qui ne petit atteindre Votre Altesse royale.
nuincrittil. Mais, monsteulr, sti vous: savez qux Je mIls... pour-
quai essayer de me le faire avouer?
AnAuns. Je voula~is savoir si' vous vous connaissiez vouls-
mime.
MARCIIAUI. JO me connais.
ARnlms. Vous savez alors q~ue vous &tes le frbre j~umeaul de
Louis XIV, peult-Atre son ain6, et que, par consqun t,~l~lt e'est


LE PRISONNIER I)E LA BALSTILLE.








Auissi bien B vous qu'a Louis XIV, peut-&tre mime plus i
vou- qu'A ii qlur'uappartientl le trbne de France,

Alaloi. En e c r-l, vouls ite!s bien celui que je cherchais..(A
Genoux.) \Y...is e mann, jlrc.:
MARCHIIAl.I. niell* 1iit*.-\.llis?
Alints. .).: lulli jch)vounotl't! et fidbtlit8 B mon rol, et j'es-
pihre qu'il n'oublie~a~ jamais que je sulis 14 premier qut, an
fond de so prison, lui a fait ce sermlent etlui a offertt sa vie.
MYARIClHuu. MlonsieurI, monsieur, i quoi Bon me tenter?
Vous P'ave~z 1II, 10 uisi au fond d'une prikOth
A~nhnis. Vroici: Pordre de vous an faire sortir. .
M)AncHAnu. Cet ordlre, qu~i P'a obtenu?
ARAMIS. EiOi.
uNAcumuL. M1on fitre a consentif
Annnns. Que vous imported de quelle fagon cet ordre est ici,
plusqu'.III yr est, ~puisque il; .pass-t bonell ne se refuse pas a y
abowll... Ehl quoil yous n'a~..:rl~tes pl s'... Yose vous hbtez
pas de sortir de prison?... Vous voyez un trane en perspective
et vous ne vous 61aticez pas vers ce ir~ne?
nracncuuu. Voris me parlez du trane, monsieur, comme: si
je n'avais q~u'h mettre le pied sur so premri.-re mrch.l:i; Mi~ais,
ce tIr~ne, il est occupe:... coinment me- rendezc.-\ou, avec le
dr~oit, le rang et la puissance que Poqn m'a pris?... Ah! mon-
sieur, ne me parlez plus de ce irbu;ll mais .id .-l-m.n, demnain,
dans quelque vallibe profonde, au fond de quelqllue 1.lois epais,
au milieu de quelque desert sausage; faites-moi cette joie,
que je puisse e~ntendsJ en libert6 le bruit dur vent dans les
arbres, le murmure du ruisseau sur les cailloux, le chant
des oiseaux dans les herbes ou le feuillage, de voir le firma-
mcint d'iuar ou le ciel orageux, et e'en est assez; neme pro-
mletiez. pas' davantage, car vous ne pouvez me donner davan-
tage, et ce serait un crime de me trumlperl I'misquel vous vous
dites mon ami.
ARAMIs. Mailsigic;lloul, admire le sens si droit et si dt61icat
qu!i dicts\ vos paroles, et je suis heureux d'avoir devine mon
nuncalau. Par grdee, Il'abuserl pas... Je vous dis, moi, que
je n'ai pa"s besoin d'un trbrie poll r Ic ilre hursu..
nlruit. Soi-; nni i, iijnd, torbeomn 'I'le vousr rsove mii, pojur
le bonheur dlo i lilum mie.
MlARClHI4Ll. !U. 3 alone Illln.lum ile & 8prOchefAMil~j mnfr8d?
:AnAntls. Ne seratit-ce rque vote ca~ptivae, pr'in~jlc~n' st-te pas
un crime?
s. RnH I.I.1. Oh! oui, car il polivait venir lui-m~me en cette
prison, me prendre la main et me dire: (( Mon ferer, Dieu
nous a crB6s liour nous aimet, non pour nous combattre; je
viens B vous. Un pri~jugh sjuavag vous ~onllal~nnal a pbrir
obscurt~metit au fond dl'un eachot, loin .1, !umi lesj hommes,
priv6 de toutes les joies. Eh bien, je veux vous faire asseoir
pres de moi, je veux- vous attacher an e~t6 P~p~e de notre
phre; profiterezivrous.de ma g~ndrosit8 pour m'6touiffer on
me cl..llutrlllnir? -- Ohlnon, lui eass8-Je rdpondu; je vous
regjrde cornme nrion 'sauveur et vous respecteral comme mon
nlm;re; volts me donlnez bien plus que ne mr'avait donni
Dieul en me d~onnolnt la vie, puisque, par rous, j'ai le droit
d'airner- et d'etre aimA6 en ce mlondle I,
.\n~twis. Et v..sus rissiez tenu volld parole, mljnseigneur?
gltRCHI.M.I. $Ur m3 Pif8.
.9Anlls. TLandij quie maiintenant?...
vana.II,\I.I. M ulnlenantll, je sens- que j'ai des dottpables &

A.anants. Alas1 Trenez, ne per'dons pas de temps.

anr.unsl. LIdes, Inlals que oe soit le dermier; P'heure s'6-

FIII.aur.\ Lu Lossqu'oin 5'apercevra que le roi de France n'est

Annnis, Le roi de France~:t s'appeller~a toujours Louis XI\'.
MARDII.1lLI. L'.sfilU Oil VC*I=> ((ue cO 11'6st plus man~I iltrece uII

An.utii. Quli le verra?
Mno~ncllsu. Ml.ll... ma m~re, M.: d'Orl~jnr, les grand-; digni-
tailres dll rl:v-lume, -la ma~ison roya~le, le people, laout le
mionde.
nn.unsI. C)h! mlon Dieul Est-il^ possible- que Yious igtio-
riez?...
nrancuuuni. Quoit
Arnhnrs. La veritable causee de voitre d~tentiori.-
Ma~nl.m1.\1u Je vous ai dit tout ce que jr ea=. .1;smonsteur.
A\RAMIs, AVOz-VOus jamai8 VB u lll Pltrjit dul r1 voti~e


~Anlllls, lui pr6senltant~p um~ddllion. lI 1 Gien, 18Tiez, en o0181 Un.
nrun6Hbuu All!... e'est IT~ anonl idlc .. i


A~nals.0Oui... Et vous? i
MuncumuL. MIoi!... Que voulez -vous 'dire ?
Ahnlls. Vous BAtes-vous quelqulefois rega3rcl attentiviement
dans un miroir?
Mrhncumu~. Au fond dl'un eachot!..
ARAMIS, d~crochant un miroir et le la; meltant devant ies jeux. Regilr-
dez-vous done, ailors.
MARCHIALI, comparant le portrait du rol avec sa propre image. Juste
Dieu qulelle resemblance!
ArAMIrS. Eh bien?
MIARCMAuh. Je comprends 'tout maintenant!... Oh! mon
frbre! mon frbre!i
A~nsns. A vous sa place sur le trane!i A liai votre place dans
cette priSOR!
MARHAcnu. Monsieur, si vous pouvez me rendrela place que
Dieu m'avait destiu~e au soleil de la fortune et de la gloire;
si, gric~e a vous, je puis vivre dans la memoire des hommes
et fair~e h~onneur a ma race par quelques; faits illustres ou
quelques services rendus B mes peuples; si, du dernier rang
oft je languis, 3e m'6l8ve au fate des honneurs, soutenu par
votre main g~n~rense et p~rotectrice, ch bieit, a vous iple je
b~nis et que je remercie, a vous la moiti8 de mna pulssancea
et de maglopire; vous serez- encore trop pe ri iPay, c ar ilmals
je ne r~ussirai B partager avec vous tout le bonbeur que
m'aurez vous donn8.
ARAMIS, hT'jlnl.'igneurII. 10tre nojblesse de Cceur nie pgndtre
de joie et d'admiral~tllol.. 11u~lntenantj du calme. Yous ne
serez rol que quand vous aurez pass la dernibre porte de la
Bnstille.
nun~cuuuL. Je suis calme, voyez.
Anals. Vous serez un grand roi, sire... car rous ktes dbji
un grand coeur!... Baisemeaux!i (Baisemeaux entire )

SSCENE III.

LES MANBES, BAISEMIEAUX.
Anunns. M~on cher gouverneur, annoncez vous-mleme & mou-
sieur qu'il est libre.
BAISEMIEAUX, Bararchiali. JuCezd'abordl,monsieur, e'est le r8gle-
ment qui le veut, que vous ne rhy61erez jamais rien de ce
que vous avez vu onl --nlland u B la Bastille.
uniAcauuL. Je le jmle !
BAISEMEAUX. Vous etes libre, alors.
PuncHIALL. ail Di8u YOUS Rit 811 Sa Sainte et nigne garde,
monsieur I
ARAulIs, B Daisemeaux. Tetiez, Montlezun, votre quittance. (nI sort
av~ec le prince.)



sEPTIfellE TABLEAII.

Les ju~rdins du chateau die Vaut. Fete donn6e acl roi par
Fouquet.
BALLET D'AMAZ019ES.
AprBs le divertissenitent, on fait avancer lese arrosses do roi elde la
reine mbre. Lents Majestlis montenten volture, ainsiqcue Mladame,
et parent pourladchasse, pr6c6d~es d'un d6tachement d emousque-
taires, et dntourbes d'une nombreuse cavalcade de dames et .de
gentilshommes.



ACTE CINQU~lEhl

IlUITaliME TIABLEAth~
Ati chateau de Vault : la chambre de MorphOe.



SCENE PREMIERE.

ARAMIlS, MlARCHIIALI.
ARAMIIS, ourrant un grand oeil de baut pratiqu6 au-dessus de I'alebve quli
occupe le fond duthettre. Regardez, monseigneulr.
rlmml 11nt1. yullrle edl irtte chambre?l
,anll.s11. (;'est la chamb~re A concthe~r rtl ditri


LE PRISONNIER DE LA BASTILL~E.





LE-YPPJSONNIER DES LAt BASTIILLE.


LE 801. Jo dis que, 14 oir je Suis, nul autre ne dcl r.-lit tLIre
le mailre. Eh bien, regardez si jIe ne m6cipse pas, mo~i l
voi de Fr'ance, dlevant le roi de ce domnaine! Oh quadj
penlse qule ce roi est un serviteur infiddle qlui se furl I.r gnedl-
leux avec man blen vol8 Aussi, je vais lui changer sa f~te
en unI den~il dontla nymphe de Vaux, comme disent les poites
de cut impude~nt ministry, gardlera longtemps le souvenir!
L~OUISE. Ah!i Votre Mlajestk...
LE n01. Eh Mien, mademoiselle, allez-vous prenldre le parti
de M. Fouquet?
LO)UISE. NOTI, Sire; je vous clemanderal sculement si vous
&tes bien repseigne. Votre Miajest6 a appris i2 connlaitre la va-
lear des accusations de cour1.
LE nrO. Des accusations?... Oh! cette fois, je sais a qurol
m'en tenir, et M. d'Artagnan aura des ordres terrible.
LOUISE. DOS Ordres terrible 7...
LE nRO. Eh!i oui, pardieu!i je lui ordonneral d'aprrter ce
titan orgueilleux qlui, fiddle a sa devise, menace dl'escalader
mon cial.
LOUISE. Arr~ter M. Fouquet, q~ui se ruine en ce moment
pour faire hOnhleur a SOn rOi ?
LE ROL. ,C0mle vous le d~fendez !
LoUISE. Sire, ce nl'est pas M. Fouquet que je defends, e'est
vous-m~me.
LE nRO. Moi-mbme ?... Vous me defendez ?... En v6rit&, ma~-
.demoiselle, yous mettez a ce que vous dites une strange pas-
sion ?
LOUISE. Je mets de la passion, non pas & ce que je dis, sire,
mais a servir Votre iMajest8. J'y mettrais, s'il le fallait, ma vie,
et cela avec la m~rme passion!i... Sire, quand le roi agit bien,
si le ro lfait tor~t a muoi on aux miens, je me tajis mais, le
roi me servit-il, moi ou ceux qlue j'aime, si le rol agit mil,
je" le lui dis, j'ose le lui dire,.car je P'aime !
SLE nRO. Eh! mademoiselle, il me semble qlue M. Colbert,
qui m'a instrait, cqui m'a tout r~vB16, it me semble qlue
IM. Colbert, lui aussi, aime son roi.
LOUIISE. Oui, nous P'aimons touls deux, chacun a sa manibre.
Sealement, je l'airite, moi, si fortement, que tout le monde
le sait; si purement, qlue le roi lui-m~me ne doute pas de
mon amour; mais quiconqlue touche a son honneur, touche
a ma vie. Or, je rt~pste qlue ceux-18 yeulent d~shonorer le roi
qui lui conseillent de! faire arr~ter H. Fouqluet chez lui.
LE ROL. Mademoiselle, prenez garde, je n'aurais qu'un mot
& dire...
LOUISE. Sire, ne le dites pas, ce mot qui serait un mot de
colbre 1 M. Fouquet a commis des crimes, je le sais, parce
qlue le roi P'a dlit; et, du. mollent que le rot a dit: a( Je
cr~ois, a je n'ai pas besoin qu'une autre bouche dise: a( J'af-
firme., n ais, M. Fouquet Il'lI-!i le dernier des hommes, sa
-mlaisonl fi'It-elle un r~epaire de faux rnonnayeurs, sa maison
est sainte, son chd~teau est inviolable, puisqu'il y loge sa
fimme et son roili C'est un lieu d'asile que des bojurreaux ne
violeraient pas.
LE ROT. Eh bien, mademoiselle, si je suis irrit6 contre
M. Fouguet, ce n'est pas parce qu'il me vole mes finances, ce
n'est pas parce qlue, avec mon or, il me corrompt secri~taires,
g~ndraux, amis, artistes; e'est... c'est parce qu'il ne respect
pas mime mes affections les plus ch~res... c'est parce qu'il
ose leverles yeux siur vous... Enfin, c'est parce quI'1l vous a
bcrit.
LOUISE. A moi ?
LE nrO. A vou~s 1... Reconnaissez-vous ce billet ?
LOUISE..Ce billet i coImmInt e16 Ir:l:Onil.ill. 115ji*, puisque je
nie 1'ai pas reen ?
LE nRO. Vou;s n'avez pas regu ce billet ?
SLoUISE. Ja84181
LE R01. Jamais ?
LOUISE. J6 l6 juP61
LE ROL. VOis 18 jurez ?
LOUlSE. Devant Dieu Melt croyez-vous, sire ?
LE ROI, A part. Ce regard est sid impide, si brilliant de fran-
chise... et d'amour! Comment doutor? (naut.) Louise, je to
crols... out, je te crois. Ce billet n'est point parvenu jus-
qu'j toi; il n'a souill8 ni ta main ni tes yeux... mais enfla
cet homme t'aborit... Je me vengerai l
LOUISE. )h I sire, point de vengeance... ne cofitons 21 per-
sonne ni larmes ni douleurs.
LE ROL. PaS mine9...
LOUISE. Pas m~me & P'auteur de ce billet.
LE ROI. Yous Btes la meilleure, la phis douee des femmles !
Aussi, nulle n'aura sur moi l'empire qlue vous avez... Vous
m'ordonnez de me calmer, je suis calme... vous voulez qlue
je ri~gne par la bout6, par la clbinence, je seral bon et cl&-
ment : vous Bte~s ma vie... Yous PAtes mon Ame !
SLOUIse. C'est done bienI vrai... vous m'aimez?


MAncumuL. Et celle oil nous sommes? .
Anhrus. C'est la chambre Blene, que j'ocenpe tonljour~s au
chdteau de Vaux; commne vou~sle voy~ez, elle est alu-dessua de
celle du ro0i, je Itavais choisie i dessein.
M~ncumu. Vousou pouviez done choisir?
bnblus. Ne suis-je pa"s l'anil de Ml. Fouguet? N'est-ce pas
mloi qu~i at tout disp~osi? B Vaux en L'absence et poursle complex
dlu surintentdant? En un mot, n'ai-je pas i6th I'ordlonnateur
die la fete ? Menuisiers, peintees, sermete~rs, mcamiciens,
tout & obibi & mnes ordres, et vouts verrez Mea~lbt de qulello fa-
con particulibre est dispose le lit du roi.
MAncumuL. Le lit.du ro ?
ARAMIuS. A propos, m'est-il perrmis dl'adresser une question
n votr~e Altesse royale ?
.TuncuumL. Faites,
A~lumrs. J'avais envoy B Votre Altesse un homme A moi,
charge de Iluiremettre un cahier de notes, rAdighes avec st-
reth, lesquelles permettaienlt g Votre Altesse de (Io.lll.lllic &
fond toutes les personnel q~ui compo0sed et comuposeront sa
cour.
MIARCHRUL. J'ai i tlte (OeiS CB Otes, a
An Aars. Attentivement ?
MAndBAnu. Je les sais par coeur... (voyrm, .j~rirlshi u qI iliiwe
la chambre.) TeneZ, VOUS alleZ ell juger : vmal. I !. al'Al1 I aga.11s) Je
le reconnais au portrait que vous m'avez fait de luL
ARAnrls. Onli, sire, Ml. d'Artagnanl, votre capitaine! des mous-
quletaires, fid61e comme un claien, mordant que~lquefois; si
d'A~rtaguan ne vous reconlnait pas avant que I'antre ait dis-
paru'L, comlptez surl d'Artagnlan i toute extri8mite, car alors il
nl'a rien vu, il gardlera sa fid61it8; s'il a vu trop tard, il est
C.ljceen, et n'avouera jainais qu'il s'est tromp?.
'MARHAcum. Ah!
ARAMI1s. Qu'y a-ti-il ?
ancillALL. Clel i... ma... mna m178re i... Oh qu'elle m'a fait
souffrir 1... N'inaporte I e'est ma inIre!
ARASHS. Sire, pas dl'imprudence! (11 referme doucement I'cil-de-
bccuf. Des dames de la cour entreat, presidant la reine.)

SCENE II.

D'ARTAGNAN, LA REINE. .

LA REINE, Vyon0S, monsieur dl'Artagnan, dites-moi ce q~ui
s'est passe; dites-moi d'oft vient la~ colbre de mon fil5. '
D ARTAGNAN. Madame ,je soupconne M1. Colbert d'avoir
GLL'CaUlment irritb le roi contre M.FPouquet.
L.1 IIEINE. COJ~tre M. Fouquet?
D)AllAGNAN. Ou~i, mladamue. On parle d'un billet du surin-
tendant a mademoiselle de la Vallibre; ce billet, surpris par
M.; Colbert, a 8th, par lui, remis au foi... VoilB sanls doute
p'ourqluai Sa M~ajeste m'a ordonne de venir ici attendlre un
ordre d arrestation.
LA REIRE. Un ordre d'arrestation contre i. Fouguet?


SCENE III *

LEs utlPES, LE ROL

LE H01, g d'Arlagnan. Gardez M. Fouqluet jusqu'8 ce que j'aie
pris une resolution.
D'ARTAGNAN. Et quand le roi aura-t-il pris sa resolution ?
LE n01. Ce soir mdltue. Maintenant, qu'on me laisse seul I
LA REINE. Seul ?
LE ROL. Je n'ai besoin de personnel.
LA REINE. Pas mbnme de moi ?
LE ROL. Non, ma mere, 1101, je VOus remercle.
LA REINE. Un dernier mot, mon fils. Convient-il de cong?-
dlier les personnel r6unies dans la galerie?2le clmu n!.
LE ROI, avec amertume. Non... non... qu'lesemunt..
qu'elles jouissenlt des merveilles de 14. Fouquet, enl attendant
la surprise que je leur prepare!i (A saint-Aignan.) A4-t-on1 prbvenu
mnademoiselle! de la VallhereP... Jui a-t-on. dit de veniric at...
Je veux la voir... je veux... Ah 1 je souffre i... (Trout le monde sort.)
shINT-AIGNAN. Sire, voici mademoiselle de la Vallier~.

SCENE IV *

LE ROl, LOUISE.
LOUISE. Sire, qu'avez-vous?
LE ROI, avec colbre. J'ai... j'ai de P'humiliation.
LOUISE. D~e P'humiliation? Ohl que diites-vous, sire?









o'AnnonGAN. Eh bien, je vois avec plaisir q~ue vous prenez
la ebose du bon c6tB. Yous appartenez 41a postbrith, monsieur
Fouquet, ayant jou8 un grand rale dans Phlistoire de votro
188)ps; ct YOus n'avez pas le droit die vous amoindrir. Tenez,
regardlez-moi, moi qui at P'air d'exercer une sup6riorit6 sur
vous p~arce que je vous ai arritB. Le sort, qui distribue leulr
emploi aux combdiens de ce mondle, m'en avait dlonnb un
moinshbeau,.moins agreable g jouer qlue n'8tait le vaire; vous
avez abus8 de P'or, yous avez cornmand8, yous avez joui d~e
toutes choses; moi, j'ai trainb ma long; moi,.j'ai obbi; moi,
j'ai piti. Eh bien, st peu que jevaille pr~s de vous, monsieur,
le souvrenir de ce qule j'ai fait me tient lieul d'un aiguillonl
qui m'empbehe de courber trop tBt; ma fieille t~le; je seroi
jusqu'au bout bon chleval d'escadron, et je tomberal toult
roide, tout d'une pidee, tout vivant, apris avoir bien choisi
ma place... Faites comme moi, monsieur Fouquet, yous lie
vous en trouverez pas plus mal; cela n'arrive qu'tine fois
au1r hommes comme vous, de tomber, car ils tombLent do si
11aut, qu'ils s'dcrasent dur coup; le tout est de bien choisir sa1
place, comme je vous le disais, quand cela arrive... 11 y a ~un
proverb~e latin dont j'ai oubli8 les mots, mais je mle souviens
du sens, car tote mu vie je l'ai medit6 : a( La lin couronnae
I'ceuvre. a
FOUQUET.. VOilB un beau sermon !
D(ARTAGNAN; Sermon de mousquetaire, monseigneur.
FOUQUET. Vou1s m'aimezt done, yous qlui me dites to~ut cela ?
D'ARTAGNAN. Peut-&tre.(on entend au dehors des cris de Vive ld roil)
Mais voicile roi, sans doute. Que vois-je ?. Mousieur d'Hce-
blcy chez le roi I


SCENE VIII.

LES MiMfEs, AR~AMIS, un paper ii la main.

FOUGIUET. Aramis!
ARAMIrS, a Fouquet. Ouli, moi, monlseigrieurl, moi qmi vonts
apporte la liber~t8
SFOUGUET Je suis libre?
o'ARTAcNaN. Oh I oh! gu'est-ce qlue cela ?
ARAMIS, gd'Artagnan. iisez-
D'ARTANc~AN. Orcdre du roi, en effet.
FOUQUET. A qui dois-je ce revirement subit?
D)ARTAGNANY. Et inexplicable?
ARAnlls.A moi.
FOCQUET. A VOU~S?
D(ARTAGNAN. Comment se fait-il que vous sovez devenu le
favori du roi, yous qui ne lui avez parlb que deux fois onl
votpe vie ?
ARAInS. Mes amis, yous croyez que je n'ai~ vu le roi l qe
deux fois, tandis qune je I'ai vu souvent, trbs-souvent; scule-
ment... nous nous eachions, voil8 tout.
D'Ann~slAN. Je ne comprends pas...
Analls. Mlon chler d'Artagnan, rendetz-vous aupri~s du r~oi...
Tenez, Ia... dans cette galerie; demandez-lui si cet ordre est
hien r~el.
DI:ARTAGNAN. hlRis...
Ananhes. Allez, allez! que diable I nesvoyez-vous pas.Sa Ma~:-
jest6 ?
D AR\TAGNAN. Si fait:... en personne... J'y vals... j'y vals...
C'est fortl 7ien... mais le diable m'emporte si j'y comprendsl
quelque chose. (11 rend ii Fouguet son 6pee,.ect sort.)

SC-ENE IX.

FOUQUET, ARAMIlS*

FOUQUET. -hR f01, DIo1 011er dZ'Herblay, je vous avous qule,
moi non plus, je no3 comprends absolumlent rien g ce qui so
passe! M re P'expliqluerez-vous, enfin?
hnalrs. Oui, et en deux mots. Vous veniez d'8tre arr~lta
comme11C prBvaricateur;' VOuIs allie~z Atre julgB par le parlemenlt
co1mme concussionlnaire, com1me voleur; vous alliez iStre con-
damne & Pexil, ZL la prison, A la mTor't peult-&tr'e !
FOUQUET. Eh bie 7.;..
Annuls. Eh bien, maintenant, yous ites lib~re.
FOUQUET.. MatiS comment?
A~nanrs. MI. Colbert graudissait, le roi yous lyaissait; M1. Col-
bert n'est plus qu'un comlmis et ]e roi yous aime!
InstQUEI;T. Parlez cl~ir. oul je devienls fou.
awants. Youls sourtient-il d~e la Itak-sa:lc e

LE n01. Oui, je t'aime a deux genoux, de toutes les forces
.que Dieu & mises dans mon cour.
LOUISE. Alors, je n'ai plu~s rien g desirer, car votre amou~r,
sire, est tout moll Bonheur en ce monde. (Entre um huissier.)
LE n01. Qu'y a-t-il?
L'HUISSIER. Sonl Altesse Madame rhelame le service de mlade-
moiselle de la ValliBre.
LOUIsE. Je laisse, InOT 701 et 1111 so1111ite UDG 1unit toute
remplie des sentiments qlue j'emporte moi-ml~lme... Adieu,
sire, adiei!
LE nRO. Lou.ise... jo t'aime l... je t'aime! ... (La valluere lUi tena
son front. Le rol y depose un baiser; elle s'enfuit.)

SCENE V.

.LE ROI, soul. Je l'ai promis... je pardonn erai B M. FougulBt.**
Oni... mais Colbert pardonnera-t-il, lui?... Oh !je suis brisi! i
e'est trop d'6m otion s ... (n sej,n,-.= . rsea 1tC.:qu e I j'6prouve, c'est
comme de P'au6antissement... 11 mle sembtle qlue je -dors tout
6veill8... qlue la lumi81re disparait pau "a peu... que les ob~jets
s'bloignenlt insensiblem~ent... et que: ce lit kxi-mbine... Ah!.,..
(sa voix s'dteinl; le lit s'eafonee sons terre.)
AnnMIS, qui a rouvert I'aeil-de-boeuf, se penchant en dehors. Porthos!i...
4tes-vous IA?
PoRTH1OS, du dessons. Oui.
Annurs. Eh1 bien t (on entend on cri Btouffe.)
Pon;TRos. C'est fait!
AIIAnIS, it Mrcheiali. Maintenant, sire, daignez prenidre place

ntancml~r.u.. Je m'abandonne B6 vous! (L'omil-de-beut se referme.
Un lit, tout pareil B celui qui a disparu sous terre, descend lentement du
eintre. Marchiali y ear ;Io..~.....Aramis est debout au pied du lit.)

SCENE VI.

SARAMIS, MARGHIALI. .
ARAMIS. Une tome royale vient de s'ouvrir et de se fermer3
un rloulveau ri~gne commence. Sire, votre premier ministry
peut-il agir mainltenant ? (Signe affirmatif de Marchiali.) All surin-
tendant, d'abord.'(ouvrant la porte de.gauche.) Q~u'On aille cher-
chler M. Fougluet... Ordre du roi l... (Revenant au bureau et faisant
signer un paper a Marchiali.) Qu'on avertisse Mi. le baron dlu Val-
lon; service du bougeoir, coucher du roi l;.. Pauvre Porthos!
va-t-il~tre heureux et her!i (cris au dehors: LO T~il- l0 roil)
C'est le people quidemandeVotre Mlajest8... Allez, sire, allezi
tout d~lpend de vous maintenant; vous voil8 face g face avc
votre destin... Allez hardiment a lui! (Nouvenux cris de Vive le
TOil Marchiali hisite on instant, pois it s'elance par la pore de droile.
Aramis le suit. )


SCE NE V II.

FOUQUET, D'AILTAGNAN, L'HUlSSIER.

L'HUISSIER, i d'A~rtagnan et gouquet.Entrez, messieurs, et attend x.
FOULUET, avec 6tonnement. Le roi me demand apr~s lu1 **....as
fait arriterl? Que signifief ... N'importe,je le sens, je suis perdu!
D'ARTAGNAN. Ce qmi se pa~sse nle parait du meillear augure***
et cependlant vous 8tes triste, mrnosteur.
FOUQUIET. YoUs Vous trompez, capitaine, je ne suis que
pensif.
o' marsns~. Vos yeux suivent quelque id~e invisible.
FOUQUET. Pas une-idbe, un falnt me.
D'ARTAGNAN. Et ce fant~me?...
rOUGUET. C'est ma plus grande ennemie, la solitude! la soli-
inlde, *4lue J'entlroui' au bout de ma disgrdee... Je n'ai jamais
.Goul ieul, mol1, c~apitaine; je ne suis rien du tout seul; j'ar
ernllsky& mon exsrtlince a me fair~e des amis, dont j'esp~raiS
njue faire un jo:ur des ioutiens. La pauvreth, je ne P'a crains
paj; je l'a~i somen~i~ t rl revue au milieu de mes triomphes. Je
ne serai 3amais pauvre, moi, avee des amis, comme la Fon-
taine, comme P61isson, comme Moliere... Mlais, au deld de la
pauvret8, ily ya la solitude, l'exil, la prison... Oh! si vous
snv lez conIse1l je suis seul en ce moment, monsieur, et comme
vous me p..raissez, vous qui allez bientat me s~parer de tout
ce qur J.'aune, P'image de la solitude, du neaut, de la mort!
D'ARTAGrnAN. BORI vous VOus exag~rez les choses; le roi
vous aimed au fond.
FoUQLUET. Cruelleinent, oui t
D'ARTAGFnaN S6ulement, iiVOUS Tuinera UROU Our PRu lare.
FOUQUET. J8 ]'e11 dle aienl, je suis rulin~!


LE PRISONNIER DE LA BAZSTILLE.









AI1AeIs, Vous le serez, vous, yous le serez !
FovUQUE. J'accepte P'atigure; manis rien no~ I1I.1 Iirrlr Vous
allez qulitter Vaux, vous allez q~uitter la Frnce; j evous dunne II ~
qluatre hocures pour vous mettre hors de la porthe du tol.
AnAsus. Quatre heures!
FOUQUET. C'est plus qu'il n'en faut~ pour vous embarquer et
gagner Belle-Isle, qlue je vous donnle pour lefuge.I~
ARAMls. Ah!
FOUQtUET'. B8118-Isl8 Sera pour vouls comme Vaux est pour
le roi : ltant que je vivrai, il ne tombera pas on1 soul ilhbrou
de1.dlle tbtel. Allez!
AAnnus. Oh! malheur!
FoUQUET. Partez done!... ~courons tousles deux, yous, au
salut de votre vie, moi au salut de mon honneurt
iAnhils, tombant aneanti sur un siege. Ah!... Fouqluet, votre
10yauti: m'ecrase!... votre g~ndrosit8 me tue 1... (Ponquet sort
pricipitamment. Porthos a paru depuis quelques instants.)

S-CENE X'
PORTHOS, ARAUilS.
A~nnis. Porthos.I vous 8tiez Id?... vous avez entenldu? Ah!
SPonTHos. Ainsi done nous voil8 br~ouill8s aves Louis XIV Et
moi q~ui croyais servir le vrai irol...
ARAMIS. Pjrdon, Porthos, je vous ai trompe; mais je pren-
drai tout sur .moi seul.
FounHos. Que dites-vous, ami7...
AnAIms. Non1... nop... je vous en co~nince,~ la\i:-ez-ma~i I'.ite.
Pas de dbrouement inopportun!' vous ne .saviez rien de mes
project; vous n'avez rien fait par vous-m~me... Mo~;. e:'eet J]if
ftbrent; je suis seul auteur dri complot. J'avais besoiln d- miln
inseparable compagnon; je vous ai appel8 et vous l4tes. VIenu
B moi, en vous souvenaut.de notre ancienne devise : a Touls
poulr un, un pour touslu nMon crime, cher Porthos, est d'a-
voir gtB iAgoiste!...
PoRTnos. Voild une parole qlue j'aime, et, dis qlue vous avrez
agi uniquement pour vous, il me semait impossible de vous
en vouloir... e'est si natural!
ARAMrIS. Ah! Porthos en presence de voire naive grandeur,
comlbien je me trouve petitl... Mais qlue faire?... qlue I&:ve-
nir?...
PORTHOs. Allons B Belle-Isle... nous nous retrancherous dans
la. grotte de Loemaria, avec un baril de poudre... Si 1'on
nouls pursuit, nous y mettrons le feu et nous nous felons un
s6;iulere de roches brishtes... de montagnes BorouilBes.;..Ce
seront de splendides funerailles, des fun~railles de giants!
Venez, Aramis, venezl... (Ils sortent par la gauche.)

SC ENE 51,
LA REINE et COLBERT, entrant. par la droite, DAMlES' IE IA COUR.

rLAREURE. ED verie bsmoslu Coflol t,r e ne coml reds
um Mt. d'Herb~lay devenu premier ministre... et mademoiselle
de la ValliBre, la favorite d'hier, bloign~e brusquement dre la
cour... Je m'y perdals
COLBERI. Allell1~u1ulls madame; P'explicanon de tonrs ces mys-

SCE.NE X II*
LES MiMnrs, LOUSE.
LOUISE. Mon Dient d'oh viennent toutes ees rumoursl.:.
(S'arr~tant.) Ah! la reine !
LA REllNE. Qui vous donne cette hardiesse, mademoiselle,
de vous presenter ici?... Au surplus, vous arrivez B merveille
pour connlaltre le parti que Sa MajestB vient de prendre &
votre Cgard.
LOUISE, Madame... pardonnez i... qlue vent dire 7...
LA REllSE. Je veux dire que vous allez thle rendu~e a v.otre
famille; l'ordre est formel.
-LOUISE. Vou1s dites, madame, qlue le roi?..
LA REllE. Eh bien, out, e'est le roi...
LOUISE, joignant les mains. 011!i mon Dieul mon Diell... mais
c'est impossible!..
LA REllE. Eh! mademoiselle, e'est fort beau de joindre les
mains; mals, si soumise qlue vous paraissiez au rol du oiel,
il convient: que vous fassiez un peu la volout8 des. princes de
Ja terre !... Ainsi,.3e vous le r~p~te, obbissez Al'ordre qui vous
enljoint de vous retire a Blois.
LOUISE. Quoil apris ce qui s'est pass4 ici m~me... apri~S ce
Squ'il m'a dit?... G'est un r~ve affreux 1... Non..* j'ai blen en-


Fougust. Conutte dt'hllr.
btAnans. N'5vea-tous1 rien oute~ndu dire lors de ceite? nais-
sance?
lbouQUIr. Rien; sinon qu'il poulrrail Lion n'Blee pas le fils
de Louis XlIII,
,an.\lsms Ce ul'est point' cela; n'avez-vouls pas entendu dire
que' la reine ffi~t accouch~e de deux jumeauxt
FOUQUET. Jamais! *
Ar~RAMS. Cela fut sindj.
rouQUET. Apr~s?
Annits, On su pt e1lma P'un des deux j u mC ux, on le mit a la
Bastille,
rangluer. Etlautre?
an.\uIs. U'autre, on le mit sur le trane. Ces deux jurileaux
se ressemnblaient tellement, que leur mere s'y trompait... et s'y
Imm~npe encore en ce moment.
FOUQUET. Bien I bien! vous aves compth sur mol pour vous
aider it r~parer le mal fait au pauvre frbre de Louis XIV ?
Vouisavez Licln penP,je vous aiderai; merci, d'Herblay, meteci!
AR\MIIS. CO U ES( (JaS ce'la du tout.
rrevutllr. Alors vous avez 6tB trouver lerFoi, quand la nou-
velle de mon arrestation vous est parvenue; vous Pavez sup-
pli6 il a refuse de vous entendre; vous avez faith la menace
dlarbv61ationl du secret, et Louis XIV, PpouvantB, a ddi ac-
corder it cette menace ce qu'il refusait a votre intercession
gi~ndreuse... die comprends... je comprends.., yous tene2; le
roi.
RAnrus. Vous ne comprenez pas le moins du monde.
FOvUQUT. Alors, qu~e voulez-vous dire ?
ARAmus. Ce que je veux dire? Je veux dire que le roi qui
vous ruinait, que le roi qui vous haissait, que le roi qui vous
faisait arr~ter, qui allait vous livrer A l'exil, g la prison, g la
mort peut-6tre, que celui-14 a disparu dans le plus profound
des eachots du chateau de Vaux, et, demain, disparaitra bien
p~lus profond~ment encore, car il rentrera it la Bastille sous
le nom de M~archiali, c'est-j-dire de son fi8re. -
FOUQUET. Tandis q~ue son fribret...
ARAMIs. Eh bien, mais, yous le voyez, c'est lui qui vient
d'ordonner votre liberty; c'est lui qui, au lieu de vous rui-
ner, va vous enrichir, qui, au lieu de vous d~grader, va YOUS
combler dj'tbonventsil \wasj litre grand parmi les grands, due,
prince, ce que\11 ~ lous 1udre, enfin.
FOUQUET. JUste clell et qui a conduit cette horrible machina-
tiol ?
ARAMIS. Mol.
FOUQLUET. Yous avez d~tr~n8 le roi? vous P'avez emprisonubt
SARAMIlS. Oui.
FOUQUET. Et Paction s'est accomplie icit
AnAUIs. Oui, ici m8me, dans cette chambre.
FOUQUET. A Vaux, chez moi?
ARAMus. A Vaux, chez vous; car Vaux est surtout g vous de-
p'uis que M. Colbert ne peult plus.vous le voler.
FOUQLUET. -C16Z m01, ce crime 2
AAI Ce rie
FUUT.eCe rimje abominablel ce crime, plus exberable
qu'un assassination ce crime qui d6shonore a jamais mon nom
et me voue a P'horreur de la post~rit! I
Alnals. Vous 6tes en d~lhre, mousieur... Yous parles trop
haut... Prenez garde!...
FOUQUET, Je crieral st haut, que Punivers ml'entendra.
AABIms. Monsieur Fouguett prenez garde i.
FOUQUET. Oui, yous m'avez d~shonore en commettant cette
trahison, cet attentat contre celui qlui reposait paisiblement
sous mon toit!i Oh!i malheur sur vous!
nArAMS. MRlteur sur Celui qui miditait, SOUS v0178 t011, ia
ruine de votre fortune, de votre vie!
FOU;QUET. 0 6tait mOn 116te... c'Btait m0II roi...
AnnMIs. Ai-je affaire a un insens ?
FOUQUET. VOUS aY6z Rifail'6 t uR 110nn~te homme!
A*InIS. Fou!
QOUQUET. A un homme qlui aime mieux vous huer que de
laisser consommer son di~shonneur. (at saisit son 6pee.)
ARAm1s. Foutf (Le surintendafit jette l'8pbe.)
FOUQUET. Monsieur, il me serait doux de mourir ici pour ne
pas survivre B. mon' opprobret Si vous avez encore quelque
amitib p~our moi, je vous en supplies, donnez-moi la mort...
Vous ne r~pondez rient
AnAMIs. R~fl~chissez B tout ce qui nous attend; cette justice
6tant faite, le rol vit encore, et son emprisonnement youS
sauve la vie,
FOUQUET. Vous avez pu agir dans mon int~rst, soit... maisje
n'accepte pas votre service. Toutefois, je ne veux pas vous
perdre; vous allez sortie de cette maison; je suis hospitalier
pour tous; vous ne serez pas sacrifiib plus que ne le sera celui
~dont vous avies conjure la perte.


LE PnISONNIER DE LA -BASTILLE.









Annrus. Avez-vous vu passer comme une~ Iambrlep...
iioninie. Queclle oniistec


Aramis, que, quantd noqus chassions, P'auniml venait toujours
se' terrer dans cette grotte... ;
ARIAMIS, i j;;i ir 1 1,i bras de porthos. 1Pqrtgos!
oonTiros. Eli L~i:n
BAnln .s. rLs voyz-rous?..
PonTues3. OhL! iJb! des Cha'~IS. r...
ARMUls. NOD,? pardlebl nl aj. (les gardes du rol qui, en bat-
.tant la camlpagne, I:nt Iblit lever un renard,1'on't suiri ps-
qu'8 la grolte, et dblibbse-n t pourl' 4avoir s'il doivent y entrer.
Porthos, js'j~lls nicnt ils nl:us dic'uvrent... Mlaudits sayo~ns,
.nous alors! e ar nous sommecs Iperdur !
PORTHOs. 11s approchlent... je les vois... Bonl... 11s ne zent
qu'une douzaine!
ARMUIS, remeltant une barre de for H Porthos. Porthos, vite it la
barque; tirez-la au bord de la mer. Nous, emb~usquis li, nous
d~fendrons P'entr~e de la grotte jusqu'8 i c que vous Ovez mis
la.1)arque B flot...
PouRnos. Sauf votre avis, Aramis, je crois qu'il vanldrait.
mieur que je restasse ici, avtec ce levier B la ma~in; et alors,;
illlslua;l.ei illaquabile, Amesure qu'ils entrent, Je laisje tom--
Ler fila balrre de iter str 188 0:.int... I.'eit unle tbeen de ie
iner? les uns apr8s les autres, d isecide nrnnt eL jans blruit... Que
dites-vo~us cldu proja ll vou4s sour It-d?
ARAMrIS. iExcellent, cher ami!
PORTaos. Et puisqu'ils ne sont qu'une poignQe, la chose
psI.I'-t etre; talre cn deux ou trois minutes. (Voir.-ionfu~js u Jusers.)
PoaRnoS, bas. Aramis... ils entrent;..."
AnunIs. Eh hien, frippez!... (11 s'closeoe. Mus;qlue dine laqudlelon
entend les coups sourds de la barre de for f.6pl.aot 6ur lres canles et lej cris
irto~ll.. Je~.i..u qua1.:.miwhio.!
or .r ou. TI.rbi3on )... En retraite!... en retraite... compa-
gunonr... Ma3intenjint, feul... (Cpups de feu.) ,
Pon~uos, riant. Pas iouchre . AMl... ali'...
.ARMHEIS, revenant avec un baril de paidr.-. E.11 bient...
Powrnetl. Voyer 1...
an.unsl, roatijint. Ah l ilsout battu en rerite~l~j ill~seronsulllent
j distance... r
PonRnos. QIu'jls reicn nenl!... .J. le>s attendls..,-
ARAMIS. I'i~lliesj Ileans I:e LtI(L. .Jillglljl j e Vie~n d'att.tIlerl
une1 m~che: attender quer nloE cnemis not solent plus qu'h

pouvez-vous?
PouRTos, prenant le baril dans sa main. Pardieu! A peine s'il phse
cent livres...
SARMHlS. VOUS avez bien compris?!
Ponl~uos. Bon!i quand onl m'explique, je comprends toujours.
Donnez' lamadou;...
ARAMrIs. Tenez, le voici... Lulee: la fou~ire, rioon Jupilerl et
venez nous rejoindre.

SCENE IVT.

POIRT~ITS. i ul. Sop-2. Il anq llle!z~... I('o tr.I.rd h la fois le tambour
e I t~latso~;p.1:.) Bon ll... ]i's vollh... (11 lean:e .- blril. -Les tambours
ecssent de battre; les clairons de s.:o .i.. ron eond les cris: Gl Coupl.s mU~iE he
coupez la mbehe.,,) r
ARAMIlS, de loin. Venez, Venez, ?0111081...
PRounos, essayant en vain de fair. Oui, out,.. Voilk ma fatigue~
gi nme reprend;... Je ne puis plus marcher... Qu'est-ce B
AAIIs, as~ liol. Vite, vite, Porthodli,..
PoI1Rnos. Allez, allez, me rusha... Impossible !... je suis un
homme mort!
ARAMIS, de loin. Le baril va sauter! au nomu du ciel, venez!...
VOIl, au dehors. in1'ivet.n momergnclir!!. (Le baril Belate.-ir*= Les
s...... rs~l ?....: ,ail, BU surPothos) )
PRounos, aprils avoir um instant essays do soullevr les socis.:rs, tombant
iscras8 sons -lear masse. Ah!.;,.trop lourd 1... (Apries l"...coul. ment, on voit
au fond la mner. Aramis, d.ns LOne- bBTrquI, s'bloigne it force de ramps.)

SCE NE V*
D'ARTAGN,\N. arrivant surles d;'cumbrc., iunr dr' qudquoes mousque-
;m;r..s. Gnice! grace !... au nom ani rmi!... P.:.lllied Porthos!;...
3.Mlbourt il n'est plus tempsl... Le g~ant dort du sommeil,
6ternel dans le s~pulere que Dieu a fait h sa taille...



IiAGIY. Typographie de A. VARIGAULT el Cler


tendu!... Mais... alors, il ne m'aime past ili ne m'a jamals al-
mlle!~ que Ilis-je? il me m~lpri.se au point de nll'ah:mlonl~ner
AB ine h15ll.nims . expuljsion... Oh!j LouliS! Louils! (A la reine.)
.Madamie, j'obbis; soulem~ent, ayez la bont6 dre dlire: au roi
votre fils.;. qlue j'ai le coeur bris8... que je ne puts compren,
dre... que je -soutfre Mlen.., mais que je lui prlrdonne le mal
qu'on me fait... Dites-lui qu'aprds rni'~.l~ j.a ar'ltil ;Iu I.oi qui
mh'abandonite et qui'rn'oblrlie... je v1ia met conisacr'el' celui
qui n'abandonne jarna~is crruz qui ne I'cubl~ient pas.

"' "" SCENE XIII *

LES mInIISti D'ARTA;GNAN, MARCHIAL1, FOUQUET, LE ROI,
,.~ ~ ~ seos

o'~ARTAGNAN, venant.de droite, et annonhgant. Le roil,.. (Entre DMar.
chiali.) .
FOUQUET, vena~nt de gauche, et annougant. Le roil... (Entre Louis XIV.)
o K IIREINE, regardant H la fois 8 droite et. B gauche, et poussant ona ri.
Ah! 'ncrl-,ll, recqle avec 6pouvante.)
.LE ROI. 11 parait que tout le mollde ici a m8connu son roi...
(Drontr~inal Me.rbost.1 Capiilaine d~'Art synanll faites votre devoir!
LA RElibE. i'.lan.;ant vers le roi,. supplanted. Lous! iouts I... -
D'ARTAGNAN, allant B 31arch~sl. lMojsieUT, YORS Bte8 mOII pri-
sonmier I


ItEO I IEltlBETA BL AW

L~a grille de Locbriiaria'



SCENE PREMIIERE.
: :: :: :I:::. ARAMIS, PORTIHOS. "
Anhans. Yous rec~onnaissez-vous, Porthost ` i
l"..inTnosj. Par ma 1011! nousl sommes. dans la grotte de Loc-
maria.
:hnrms. Oil, pr8voyant 1'issue d~sastreuse du combat que
noeus venons de livrer aux gens du roi, j'ai fait conduire une
barque et donn8 rendez-vous g trois hommes.
vonITuesI. AalnusJ je crois que .nous aurious db nous faire
incr sm 10 lu.empart.
ARAMlrs. Et &quoi edt servi notre mort?
I-o~nr~us. A\ ne pa3 fair., h ne pas Btre obtlig~s de nous teacher,
conianau~l.J e reLnalds, dans11 ce terrier!i (11 chancelle.)
SARAris. Qu'y a-t-il, Porthos?
Ponrnos. Mlon ami, e'est une faiblesse q~ui me prend.
Asnnis. Ehibien, asseyez-vous sur ce bloc; moi, je vais faire
B nos hommes le signal convenu, et les aiider B mettre le ca-
not B la mer.
.Pouraos. Allez, cher Aramis, vous t4tes toute sagean-u et f oute
prudence. (Aramis imite le cri de la chouette; on lui rd~pond par celui du
crAPuI uI du ebtd oppose? i; celui od est Porthos. Vous Btes ]h, Jona-
thas? P.
liore Tn. 5, dtans la coialisse. OUi, monseigneur... avec Goiinee
et jon Ill .
A~nnrs. Le cannot et le~ rniunltlonsis~ont prits?
10,1.\i rl5. Huit mouseletsllcl cing cents earlouches et un baril
de poudre; out, mouseigneur.
A~nnus. C'vjt IInen... commencons par tire le cannot de cette
('litioJ; rmisuite, nous le mettrons h l'eau.

Sci~1. x. .
PORTHOS, sent. D~cid~ment, je crois que i'ai eu raison de
faire man testament... Je me sens fatigue, e'ebt la premiere
fois...11 y n, dans ma famille, une tradition B ce sujet : quand
Ir8 I.1mbe~s viennent iZ nous manquer, e'est que notre mort
es.t pr oclw. '(Essaylant de marcher.) 0011:l... auJour 'hui, c'est sin-
gtliller, je p~uis a peine me tenir debout... (On entend des fanfares
et de~s alsoierrantsj de chiens.)

SCENE III*

PORTHOS, .\RA MIS..
An~nus. Porthos!
.PORTHOS. Quof f
hARAMIs. .Ecoutez... (On extend des voix : a Tayauti tayanqil tagaut! i n)
oRnos;. On slirait dies chasseurs...


LE PRISONNIER DE L.0 BASTILLE.







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