Le panthéon haïtien;

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Material Information

Title:
Le panthéon haïtien; precédé d'une lettre à l'empereur du Brésil et le roi d'Espagne, et de quelques autres lettres importantes écrites à ou par l'auteur
Series Title:
Bibliothèque haïtienne
Physical Description:
76 p. : ;
Language:
French
Creator:
Edouard, Emmanuel, 1858-1895
Publisher:
A. Ghio
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Poetry -- Haiti   ( lcsh )
Biography -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Prose and verse.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 27469763
ocm27469763
System ID:
AA00010486:00001

Full Text














UNIV9RSITV
OF FLORIDA'
L I B R R I







THI&VOLUME HAS'BEEN
HICROFILKEDBY THE,
'UNlVERSITY OF FLORI-DA
LIBRARIES'















BIBLIOTHEQUE HAITIENNE.


PANTHEON

HAITIEN
PAR
EMMANUEL IDOUARD
Prkcdc d'une lettre a LL. MM. I'empereur du Brisil
et le roi d'&spagne, et de quelques autres leltres
importantes 6crites t ou par I'auleur.
a Aux grands hommes de la Patrie,
un citoyen loyal et reconnaisant.a

DEUXIEME EDITION,
REVUE ET AUGMENTED



AUGUSTE GHIO, EDITEUR,
Palais-Royal, 1,3, 5, 7 et I Galerie d'Orltans,
-a PARIS )-














BIBLIOTHtQUE HAITIENNE


DU MPME AUTEUR:



Haiti et la race noire. Chez Derenne, Paris,
boulevard Saint-Michel, 52.
Haiti et la Banque agricole et fonci6re,
Chez Derenne, Paris, boulevard Saint-
Michel, 52.
Rimes haltiennes. 'Podsies. I vol. Chez
Dentu,. Paris,.Palais-Royal, et Port-au-
Prince, chez l'auteur, Grand'rue.
Solution de la crise industrielle fran-
gaise. La R6publique d'Haiti. Sa
derni6re revolution. Son avenir. -
Chez A. Ghio, Paris, Palais-Royal et Port-
au-Prince, chez D. Chancy et Co.
La Rdpublique d'Haiti A l'Apotheose de
Victor Hugo. Chez Derenne, boulevard
Saint-Michel, 52, Paris.









-4-


SOUS PRESS:

Recueil g6ndral des Lois et Actes du
gouvernement d'Haiti, tome VII,
(Collection Linstant Pradine).
Diff6rend entire 1'Angleterre et la RBpu-
blique d'Haiti.(Affaire Maunder.-- L'Ile
de la Tortue).

Opinion de la Presse frangaise, de la Presse hai-
tienne et de la colonies haitienne de 'Paris.


POUR PARAITRE PROCHAINEMENT:

Questions haitiennes (Premiere Partie).
Faut-il accorder en Haiti le droit de
propri6t6 immobiliore aux 6tran-
gers ? Un project de Cr6dit foncier
agricole.


















DEDIE :




AUX NEGRES ESCLAVES DE CUBA,




AUX NEGRES ESCLAVES DU BRISIL,




A LA JEUNESSE D'HAITI.




























QUELQUES LET'RES.















Lettre d'envoi a TM. Franqois Manigat, Secrdtaire
d'Etat de I'instruclion publique,






Monsieur le Secretaire d'Etat,

Dans iq ans le people haitien aura un siecle
d'existence. Si, alors, notre situation intel-
lectuelle et mat6rielle est ce qu'elle doit 6tre;
si nous retrauvons le prestige avec lequel nous
avons pris place dans le monde, il ya quatre-
vingt-et-un ans: si nous redevenons conscients
de nos belles destinies; si nous sommes s6-
rieux et dignes,nous pourrons inviter aux f6tes
de notre centenaire les plus grandes nations:
elles y assisteront avec empressement et
sympathie. Car nous avons eu notre heure, et
superbe; car c'est a nous que l'humanit& con-
solve doit, en definitive, ce progres consid6-
rable, I'abolition de l'esclavage des n6gres en
Amerique, except au Bresil et a Cuba, honte
qui ne saurait durer longtemps encore.
B6n6fice merveilleux de la vaillance de nos
peres ct que j'avais ni M6me en nous gas-
pillant dans de miserables et d'interminables
querelles intestines, nous aidions encore, sim-








12 -
simplement en vivant, la march de la civili-
sation! Nul ne pouvait, en effet d6tourner ses
regards de cette soci6t6 n6gre ind6pendante et
libre, audacieusement, sous l'6norme soleil
d'or, au milieu des terres a esclaves. Puis, un
jour, comme ii fallait s'y attendre, l'esprit
hant6 par le fracas effroyable que nous avions
fait pour ressaisir le titre d'hommes, sous le
poids de ce cauchemar, la R6volution de
St-Domingue, les blancs d6livrerent nos
freres.
Dans 19 ans, ai-je dit, le siecle sera pour
nous r6volu. 11 est temps de voir ou nous en
sommes, oui nous allons. Le nom haitien d6fie
l'oubli; ne nous abandonnons pas.
Pour tenir en 6veil le sentiment national,
pour le raffermir et le surexciter, je viens
d'6crire un livre intitul. le < Pantheon haitien, >
que j'ai l'honneur de soumettre a votre bien-
veillante attention. L'enseignement qui en
d6coule, les r6flexions qu'il provoque, seront,
je pense, utiles et salutaires.
Si votre opinion est conforme a la mienne,
M. le secr6taire d'Etat, je sollicite que vous
prescriviez l'introduction de mon livre dans
toutes les &coles de la Republique. A cette
condition seule que nos enfants le connaissent
et le comprennent, il portera, et je ne me
serai pas employ a un travail sterile.
Ce sera, en outre, un puissant encourage-
ment a notre jeune litt6rature qu'il faut suivre
avec sollicitude,car seule elle temoignera pour









13 -
nous, en m6me temps qu'une reparation 6cla-
tante a la m6moire de ceux par qui nous
sommes.
J'espere que vous aurez la bont6 de m'accu-
ser reception de cette lettre et j'ai l'honneur
d'6tre,

Monsieur le Secr6taire d'Etat,
Votre tr6s humble et tr6s ob6issant serviteur.

EMMANUEL EDOUARD.



Paris, Juin 1885.















Lettre a Monsieur le Gdnral J.-B. VIGNIER.


Monsieur le G6n6ral,

Les journaux d'Haiti m'ont appris, il y a
quelques jours, que vous aviez relev6 la tombe
de Dessalines qui, 6 misere! allait disparaitre!
Pour cet acte de piWt6 patriotique, pour nous
avoir preserves d'une honte ineffagable, j'ai
l'honneur de vous faire hommage d'un exem-
plaire de mon livre (( Le Panthdon Haiien >
qui vient d'6tre publiC.
Je vous prie d'agr6er, Monsieur le G6enral,
mes salutations empresses et l'expression de
ma haute consideration.

EMM. EDOUARD.


Paris, 12 juin 1885.












Lettre du Secrdtaire de S. M. le roi des Belges.


CABINET
DU RoI


Palais de Bruxelles,
le 18 mai 1885.

Monsieur,

Le Roi a recu votre lettre du 28 Avril der-
nier ayant pour objet d'offrir a Sa Majest& un
exemplaire du < Panthdon Haitien ).
Sa Majest6 me charge de vous transmettre
ses remerciements au sujet de cet envoi.
Agreez, Monsieur, 1'assurance de ma consi-
deration distingu6e.
Le Secr6taire du Roi,
Comte P. DE BORTHGRAVE.


wfonsieur Emmanuel Edouard, a Paris.
















Letlre de Sf. le gdndral J.-D. Vignier.


Port-au-Prince, 18 juillet i885.


Monsieur et cher Compatriote,

Je vous accuse reception de votre lettre du
12 juin expire.
J'ai Wt6 vivement impressionn6 du m6rite
que vous me faites de Paccomplissement d'un
devoir ou plut6t de l'execution d'une des der-
nitres volont6s de mon pere.
Mon infortun6 p6re, avant de mourir, m'a
recommand6 de continue F'oeuvre patriotique
que, de son vivant, il n'avait cess6 de remplir:
l'entretien du modest monument qui recou-
vre les restes du Fondateur de notre Ind6pen-
dance. C'est pour ob6ir a la volont6 pater-
nelle et aussi par conviction que, chaque an-
n6e, a 1'approche de la fete des morts, j'en-
treprends la pieuse restauration de cette
tombe national.
J'accepte avec plaisir le don que vous avez
bien voulu me faire d'un exemplaire de votre









20 -
Pantheon Haitien >. Le titre, autant que la
signature de 1'auteur, est une recommanda-
tion a 1'admiration du lecteur ha'tien ; c'est
vous dire avec quel int6r6t je parcourrai votre
livre.
Veuillez accepter, cher Compatriote, 1'ex-
pression de toute ma consideration et mes
civilit6s empresses.

J.-B. VIGNIER







Monsieur Emmanuel Edouard


Paris.












Lettre de Wf. Franqois Manigal, secrdtaire d'Etat
de I'Instruction publique.




Port-au-Prince, 9 octobre 1885.


Monsieur et honorable Concitoyen,

J'ai requ, au milieu de grandes occupations
qui m'ont emp6ch6 de vous r6pondre plus
t6t, la lettre qui accompagnait l'exemplaire
de votre livre (( Le Panthdon Haitien ), que
vous avez bien voulu m'offrir. -II est remar-
quable a plusieurs points de vue.
Dans quelques anndes, en effet, dans dix-
neuf ans, le people haitien aura un siccle
d'existence et comme people libre et ind6pen-
dant, et comme repr6sentant, dans le Nou-
veau-Monde, d'une race d'hommes qu'on y
avait amends pour subir, ainsi que leurs des-
cendants, la condition la plus d6gradante.
A I'approche de 1'ann6e 1904, de 1'anniver-
saire si glorieux pour nous don't vous parlez,
je pense avec vous qu'il est necessaire que
nous portions nos regards en arriere et vers
1'avenir,.que nous cherchions a voir, aussi








- 22 -


exactement que possible, d'ou nous venons,
quel est le chemin parcouru.
D'oi nous venons ?... Nous sortons a peine
de l'esclavage,.de l'abjection, de 1'ignorance
la plus profonde ; nous sortons a peine du
syst6me de gouvernement de Jean-Pierre
Boyer...
J'ai longtemps m6dit& une des dernieres
pages de votre < Pantheon )), la notice de
l'Hymne a Haiti... Ce serait non-seulement
une injustice, mais encore une erreur de la
part des strangers qui examinent la situation
actuelle de notre pays, que de prendre la
vieille Europe comme terme de comparison.
II en est d'une nation come d'un enfant:
pour l'une comme pour 1'autre, la formation
plus ou moins penible, douloureuse, 1'en-
fance, I'age mir, la vieillesse, sont des.perio-
des naturelles.
Tous les malheurs d'Haiti proviennent de
la plupart des Chefs ou qu'elle s'est donn6s
ou qui se sont places a sa tate jusqu'en 1879.
Si le President J.-P. Boyer, qui certes ne
manquait pas de valeur intrinseque et envers
qui, par consequent, I'histoire devra 6tre s&-
v6re, a .cause de la st6rilit6 de ses vingt-cinq
anndes d'administration paisible, si le Presi-
dent J.-P. Boyer, dis-je, se fit moins laiss6
dominer.par l'exclusivisme, la revolution de
1843 n'eit pas eu lieu..... Et pour produire
qui? Un Rivibre-Herard, homme 6videm-
ment plus qu'insuffisant, plus,.maladroite-
ment passionn6 que J,-P. Boyer lui-meme.









23 -
L'esprit d'exclusivisme, voila ce qui, de
1818 a 1843 surtout, et moins, de 1843 a 1879,
a pes6 sur les destinies du jeune people hai-
tien; voila ce qui, malgre les efforts du Presi-
dent Salomon, depuis 1879, rend nos pas si
lents et si p6nibles.
Nous marchons: c'est visible pour tous ceux
qui nous jugent sans parti-pris; nous suivons,
sans aucun doute, la civilisation, cet 6tat de-
sir6 pour nous par nos pares. C'est l'objec.
tif que pursuit, conform6ment a leurs voeux,
le g6n6ral Salomon, appel au pouvoir en 1879
par 1'immense majority de la Nation. Haiti, si
Dieu lui conserve ce pilote sage et exp6ri-
ment6 don't je suis fier d'6tre le jeune collabo-
rateur, lui continuera, je l'espere, sa haute
confiance en 1887; car une parties de sa tAche,
et non la moins important, celle de pr6pa-
rer pour demain, dans la jeunesse haYtienne,
des hommes de gouvernement, est loin d'6tre
achev6e.
Nous ne d6sesp6rons pas... Comment d6ses-
perer d'une nation qui a pour la servir des
enfants intelligent et pleins de foi dans son
avenir, qui, en un mot, a, devant elle, cette
jeunesse dans les rangs de laquelle vous avez
d6ja conquis, mon cher Concitoyen, un rang
si distingu6 !
Telles sont les r6flexions que votre lettre
m'a sugg6rees et que je vous communique.
'Quant A la demand qui la termine, je ne
crois pas pouvoir I'accueillir, bien que mon








24 -
opinion sur 1'utilit6 de votre livre soit con-
forme a la v6tre. J'ai la conviction qu'une
measure dans le sens que vous souhaitez, se-
rait, pour le moment, incomprise.
L'heure de vous satisfaire viendra, et je ne
la laisserai point passer sans en profiter, soit
que j'ordonne l'introduction de votre livre
dans nos 6coles, soit que, demain, je ne puisse
qu'y contribuer.
Veuillez, Monsieur et honorable Conci-
toyen, agreer 1'expression de ma haute es-
time et de ma sympathique consideration.

Frangois MANIGAT.





Monsieur Emmanuel Edouard,


a Paris.












Letire de Leconte de Lisle.


Paris, 3 Juin 1887.


Monsieur et cher'Confr6re,

Je vous remercie tres cordialement de votre
aimable lettre et de l'envoi que vous avez
bien voulu me faire du < Pantheon Haitien >.
Je vous ai lu avec un vif interet et la profonde
sympathie que j'ai toujours 6prouv6e pour la
Race Noire. Je suis heureux, Monsieur, de
l'occasion que vous m'offrez de lui renouveler
en votre personnel l'assurance de mes meilleurs
sentiments de confraternit6.

LECONTE DE LISLE.


Monsieur Emmanuel Edouard, a Paris.













Lettre du Mmnistre du Brdsil i Paris.


LEGATION
Imppriale
DU BRESIL.


Paris, le 9 Juillet 1885.

Monsieur,

Sa Majest6 1'Empereur du Bresil vient de
me charger de vous remercier pour le livre
intitul6 le In Pantheon Hailien ), que vous avez
bien voulu lui offrir par votre lettre en date
28 Avril dernier.
En m'acquittant aupres de. vous de cette
mission de Sa- Majeste, je vous prie, Monsieur,
d'agreer les assurances de ma consideration
distingu6e.
Le Ministre du Bresil,
Baron de ARINOS.


Monsieur Emmanuel Edouard, a Paris.














DEUx exemplaires de ce livre ont 6t6 adres-
s6s, recommand6s, 1'un a Sa Majest6 dom
Pedro, empereur du Br6sil, 1'autre & Sa Majes-
t6 Alphonse XII, roi d'Espagne. Chaque
exemplaire est accompagn& de la lettre don't
la teneur suit:
SIRE,
J'ai l'honneur de faire hommage a Votre
Majest6 du livre intitul6 ( le Panthdon Haitien )
que je viens de publier et que j'ai d6did aux
n6gres esclaves deCuba,vos esclaves.
du BrMsil,
Puisse Votre Majest6 trouver bon que je lui
dise que par 6gard pour cette race noire don't
les aptitudes ne sont pas douteuses, qui
a produit, au moment le plus d6favorable,
des hommes tels ceux que j'ai essays de
d6peindre dans les pages ci-apres ; par 6gard
pour la physionomie historique du people sur
qui vous regnez; par 6gard pour la civilisa-
tion, il est plus que temps d'en finir avec l'es-
clavage, d'effacer cette tache qui souille si
6trangement les dernieres ann6es de ce grand
siecle.
Je suis,
de Votre Majeste,
le tres humble et tres ob6issant serviteur,
EMMANUEL-EDOUARD.
Paris, 1885.



















PREFACE.


A mon vif diplaifir, ma plume inhabile n'a pas ac-
compli ce que j'avais rdve. L'exdcution n'a pas
rdpondu a la conception, mais, on ne peut le nier, -
la conception eft haute et bonne.
Une nation qui didaigne la mdmoire de ses citoyens
les plus eminents, de ceux qui ont prepare son exiflence
et- l'ont rendue poffible, meconnait absolument, en mnme
temps que ses devoirs etroits, ses intredts les plus pofi-
tifs et les.plus immddiats. Outre qu'elle se ddshonore et
se demoralife, elle d&courage, elle glace les abndgations
et les devouements. 'De la des lenteurs et des difficultis
dans sa march. L'etude attentive de l'Hiftoire montre,
en effet, I'influence enorme des types supdrieurs de l'hu-
manitd sur leurs epoques et la ndcefite des individualitds
fortes, au-dejfus du vulgaire. Un seul homme peutfaire
reculer ou avancer fingulibrement la civilization.
V3e contrarions done pas, par une indifference ddgra-
dante ou par notre pufillanimitd, l'6clofion des cceurs
levdM des patriots sublimes. eAccordons aux serviteurs
con~iderables de notre pays les temoignagnes de grati-
tude que nous leurs devons.









30 -
Comme on le verra, les perfonnages admis dans ce
livre n'y sont entrds qu'apres un choix severe. Dans
cette collection etaient marques les places de Lamarti-
nitre don't la valeur mdrita l'eloge rdflechi d'un temoin
ennemi irrdcufable, d'un general frangais des guerres
de la Rdvolution; de Capoix don't la hardieffe soutenue
dans le pdril le plhs certain et le plus redoutable, provo-
qua, malgrd le voifinage des autres hUros nWgres de la
guerre de l'Inddpendance, I'etonnement et I'admiration
de l'armde frangaife qui se connaifjait en bravoure.
Pourtant fi ce travail eft uI et compris honnetement
en Haiti; s'il y obtient quelque faveur; fi, enfin, des
rdclamations impofantes se produifent pour certain
noms deux ou trois qui auraient peut-etre droit de
figure dans ce ( Panthdon >), je m'emprefferai de
donner satisfaction au sentiment populaire.


Evreux, 26 decembre 1884.


EMM. EDOUARD.














A MON PAYS.




















A MON PAYS.




ous les rayons ardents du soleil, sous la brise
Fralche et delicieuse, etendu dans la mer
Dont le flot sur tes flancs ou se joue ou se brise,
0 mon pays, grandis, sois doux, sois fort, sois fier !

Vis, respire, accomplish tes hautes destinces!...

















TOUSSAINT-LOUVERTURE.





















i-

















TOUSSAINT-LOUVERTURE.



SEn me renversant, on iu' abatll
i Saint-Domingue u e Ie trone de
Iarbre de la liberld des noirs; it
repoussera par les racines parce
qu'elles sent vivaces, profondes et
nombremses. ) Paroles prononcbes
par Toussaint-Louverture le t1 juin
1802, en mettant le pied sur le na-
vire c Le IIdros ) qui allait I'emme-
ner prisonnier en France,




L ORSQur Brunet (i) sur vous mit sa main deloyale,
Ce ne fut point la peur qui vous rendit si pdle,
Vieux Toussaint; vous pensiez a l'avenir reve
Pour vos freres. Jamais nul homme n'a couv6
Dans son cceur un dessin plus hardi que le v6tre,
Plus genereux surtout, martyr, sublime ap6tre !
Nul homme n'a montr6 plus haute ambition !
Ceux qui ne seraient pas aujourd'hiui nation
Si par votre g6nie incroyable, invincible,
Vous n'aviez pas rendu d&sormais impossible
Le joug qu'ils abhorraient, ignorant votre nom
Ou l'insultent! Toussaint, sois came sous l'affront,


i. GOndral frangais qui eul recours a la ruse pour arMrter
'foussaint-Louverture vainou et d6sarm6,








38 -
Car je ne suis pas seul a garder ta mCmoire;
Oh! non, non, ne crains rien. L'impartiale Histoire
Te proclamera grand ; triste, elle songera
Aux angoisses, aux pleurs des cachots du Jura.


















TOUSSAINT-LOUVERTURE,

NOTICE


















TOUSSAINT-LOUVERTURE,


NOTICE





Le mepris existent cette here centre les negres
dans certain pays, si pesant qu'il soit, n'cst rien
aupres de celui qui les accablait au sidcle dernier,
clans la soci&te colonial franchise de Saint-Do-
mingue don't les membres haut places traitaient
comme des chiens meme des individus de race cu-
ropeenne, leurs compatriots, pour peu que ceux-
ci fussent sans sou ni mail.
Alors que des dominateurs blancs magnifiques
et durs regnaient a Saint-Domingue, Toussaint,
vil esclave noir, cut cette fortune fabuleuse de re-
lever son front ecras1 et dc parvcnir, de la fange, i
Saint-Domingue, au rang supreme. 11 s'y imposa a
tous et s'y maintint, quoiquc illettrc, par la seule
force d'un g6nie transcendent, avec 1'autorite des
plus grands politiques don't 1'histoire ait parld. II
est le personnage le plus admirable de la race noire
qui, pas plus qu'aucune autre race humaine, ne
peut en produire un plus remarquable.








42 -
11 ruina le principle del'esclavage et rendit ine-
vitable l'ind6pendance d'Haiti.
Ceux qui croient et dissent que Toussaint-Lou-
verture fut purement et simplement un officer
frangais et que la patrie haitienne, qui n'existait
pas encore quand il disparut, ne lui est redevable
de quoi que ce soit, font preuve d'une ignorance
grossiere et insupportable.
Je ne m'arrete pas davantage devant cette figure
connue de tous ceux qui ont quelque lecture.














LAMARTINIERE.


















LAIARTINIMRE.


Episode de la guerre de 1'Independance d'Hai'ti.



Les soldats sans reproche et sans peur des armies
D'Italie et du Rhin, demons ou demi-dieux
Qui marchaient prec6dds des belles Renommecs,
Epiques, invaincus, fiers et prestigieux,
Entouraient, reunis environ seize mille,
Onze ou douze cents noirs enfermes dans le fort
De la Cr6te-h-Pierrot ; lieu v&ndrable, asile
Qui des aieux pensifs servis si bien 1'effort,
Salut lorsqu'Haiti, reconnaissance et sage,
Se souviendra de ceux don't elle fut l'espoir,
Tu seras pour nos fils un saint pelerinage,
Ils iront, recueillis, te voir et te revoir -
Done ceux qui par 1'Europe avaient,pour la Justice,
Vers6 leur sang a flots, sto'ques et joyeux,
Venaient, 6 Liberte, pour toi quel dur calice -
R6tablir I'esclavage abject sous d'autres cieux;
Ils disaient, calculant des noirs le petit nombre:
< Demain, nous chatierons et nous enchainerons
< Ces negres meprises, en riant, sans encombre. ,
Mais les n6gres dansaient et chantaient des chansons,









46-
Dbdaigneux, confiants dans leur Lamartiniere,
Leur formidable chef; puis quand ils n'eurent plus
De vivres, quand leurs coeurs de la fievce guerribre
Furent pleins, l'ennemi terrific, 'confu's,
Les vit comme une trombe affreuse, irresistibles
Passer en culbutant ses lignes invincibles.


















LAMARTINIERE,

NOTICE
















LAMARTINIERE.


NOTICE


Voici comment le g6n6ral baron Pamphile de La-
croix, qui avait sous ses ordres une des divi-
sions de 1'armee frangaise assi6geant la Crfte-a-
Pierrot, raconte la sortie du fort de la Crete-a-
Pierrot des negres conduits par Lamartiniere.
< La retraite qu'osa concevoir et executer le com-
mandant de la Cr6te-a-Pierrot est un fait d'armes
remarquable. Nous entourions son poste au nom-
bre de plus de douze mille hommes ; il se sauva,
ne perdit pas la moiti6 de sa garnison, et ne nous
laissa que ses morts et ses bless6s. Cet homme 6tait
un quarteron a qui la nature avait-donn6 une ame
de la plus forte trempe : c'6tait le chef de brigade
Lamartiniere, le meme qui s'6tait mis a la tkte de
la resistance du Port-au-Prince centre la division
Boudet, et qui, en plein conseil, avait cass6 la tete
au commandant de l'artillerie Lacombe (i).

1. M6moires pour servir A l'histoire de la R6volution de
Saint-Domingue, par le lieutenant-gendral baron Pamphile de
Lacroix, tome second. Paris, 1820.


















JEAN-JACQUES DESSALINES.

















JEAN-JACQUES DESSALINES.

Fondateur de l'Ind6pendance et premier empereur d'HaYti.


(JACQUES Ie1)

S'IL est des gens pour qui ton nom, 6 Dessalines,
Veut dire barb'arie, atrocit6s, ruines,
Si des HaYtiens passent en fr6missant
Pres de la pauvre tombe od tu dors, 6 g*ant !

Et s'ils parent alors de forfaits, de rapines,
De debauches, de lois humaines et divines
Qu'il faut venger, devant ton humble monument,
Je m'inclinerai, moi, respcctueusement.

Violent ou cruel, qu'importe ? Ta vaillance
A nos bourreaux chassis 6ta toute espcrancc:
II suffit ;- Haiti se souviendra demain.

Le soldat fondateur de notre Inddpendance
N'attendra pas toujours en vain sa recompense :
Dors d'unr came sommeil, < 6 sauvage africain >
















DISCOURS

a prononcer devant la statue de Jean-Jacques ~essalines,
Sliberateur d'Haiti, lejour de son inauguration.


Devant la posldrild, lout home
et loute chose s'absout par la gran-
deur. (V. HUGo).
Le cdld de clarld, cachail I cotld
d'ombre..... (V. HUGo).



LE soldat fondateur de notre Ind6pendance
Ne pouvait pas attendre en vain sa recompense;
SCr qu'aujourd'hui serait repare par demain,
Calme, il dormait apres son labeur surhumain.
Puisque, pour cette foule, enfin, l'heure est venue
Ou de ce qu'elle doit elle s'est souvenue,
Puisqu'enfin ton pays emu, reconnaissant,
Est la pour consacrer ton nom 6blouissant,
O travailleur superbe, accepted ton salaire !
D'hier triste, lamentable, oublions la misbre !
O g6ant, devant nous,.sous le ciel pur et clair,
Campe-toi, glorieux, imp6rissable et fier.
Puisses-tu,.satisfait de ces honneurs supremes,
De ce people si jeune absoudre les blasph6mes !
Quant a tes compagnons sans peur, a ces vaillants
Qui, dans leur 6nergie et le droit confiants,










56 -
Guid6s par les lueurs de ta terrible 6p6e,
V6curent la sublime et farouche 6pop6e
D'oi nous sortimes forts, debout, r6g6n6res,
Aux plus illustres comme aux humbles ignores,
A tous, parce que tous ils furent admirables,
Pieux, nous bttirons des monuments semblables;
Et puis, dans un endroit digne, tres eminent,
Au-dessus de vous tous, bien haut, vous dominant
Et par sa renomm6e et par sa stature,
Nous placerons cet homme inoui, Louverture.



















JEAN-JACQUES DESSALINES.

NOTICE.















JEAN-JACQUES DESSALINES.



NOTICE




LE premier janvier 1804, victorieux de l'exp6dition
frangaise contre Saint-Domingue, les officers
negres assembles en convention d6clarerent la co-
lonie ind6pendante de la France, sa m6tropole, et
de toute autre domination 6trangere quelconque.
Ils appelerent le nouvel Etat : Haiti. Dessalines
don't la situation militaire 6tait prepond6rante en
fut nomm6 gouverneur-g6neral. Peu de temps
apres, le 8 octobre 1804, il prit le titre d'empereur.
II y avait en lui un grand home de guerre,
mais non pas 1'6toffe d'un homme politique. C'6tait
un genie sensible aux nobles choses, mais emporte,
violent, aveugle, fort ami du plaisir (i). >
II affectait de dire toujours, ce qui etait 1'exacte
verit6 : q Moi, je ne suis qu'un sauvage africain. ,
II semblait que le crepitement de la mousquetc-
rie, le cliquetis du fer, le grondement du canon, la
fum6e capiteuse de la poudre lui communiquaient
une sorte d'ivresse delirante.


1. Victor Schoelcher, Haiti. Pr6cis historique.









6o -
Son audace et son intrIpidit& 6taient merveil-
leuses.
Dans les luttes d'ou naquit la nation haitienne,
il joua le principal rl6e. Personne ne lui a jamais
contest la denomination de c fondateur de l'Ind6-
pendance d'Haiti. )
Le 17 octobre i806, il perit assassin a une de-
mi-lieue de Port-au-Prince, sa capital, au Pont-
Rouge, i la suite d'un complot organism par ses
premiers lieutenants.














ALEXANDRE PETION.

















ALEXANDRE POTION.


Premier president d'Haiti.



Q 7tAND d'autres dans le people haitien naissant
Ne voyaient qu'une poule aux oeufs d'or, une vache
A traire, tu restas grave et triste et pensant
Aux grandeurs, aux beaut6s nombreuses de ta tAche.

L'avenir d'Haiti seul te preoccupait.
Tu pouvais, satisfait d'avoir le rang supreme,
Vivre egoistement, bafouer sans respect
La Justice, engraisser tes amis et toi-meme ;

Mais non, tu refusas. Tu te laissas mourir
Quand tu desespbras de voir la R6publique
D'apres ton ideal se cr6er et grandir :
C'est bien. On n'oublira jamais ton nom sto'que.






















ALEXANDRE PITION.
NOTICE




















ALEXANDRE PETION.


NOTICE



JE ne raconterai ici ni par suite de quelles cir-
constances Alexandre PNtion, un des acteurs
les plus distingu&s de la guerre de l'Ind6pendance,
fut 6lu president d'Haiti le 9 mars 1807, apres la
mort de Dessalines ; ni pourquoi, dans le mnime
temps, la parties nord d'Haiti se s6para du reste du
pays et s'&rigea en royaume sous Henri Christophe.
Je fais oeuvre de po&te et non d'historien.
PNtion occupa le premier la place de president
d'Haiti. II fut deux fois r61lu, et, finalement, on
lui donna la pr6sidence a vie.
Ses qualities comme homme semblaient garantir
qu'il serait un bon chef d'Etat. Mais, dans cette
haute situation, il eut une attitude strange. Sa car-
riere est inexplicable pour qui ne voit pas bien les
obstacles insurmontables qui l'environnerent et le
paralys6rent.
Profond6ment degoi:t6 des hommes et des choses
qui l'entouraient, plein d'un m6pris absolu de l'hu-









68 -
manit6, convaincu de sa complete impuissance,
sceptique et melancolique, il s'empoisonna ou se
laissa mourir de faim peu de temps apris avoir
requ la pr6sidence viag6re, le 29 mars i816, ra-
chetant ainsi ses erreurs et ses faiblesses.














HENRI CHRISTOPHE.
















HENRI CHRISTOPHE.

Roi de la parties Nord d'Haiti.


(HENRI I").

A ces Haitiens la veille encore esclave ,
Mis6rables, captifs de mille et mille entraves,
Pour etre un people fort, heureux et respect,
S'il n'ekt fallu qu'un chef, Christophe l'eit 6te.

Ennemi de la nuit et de la barbarie,
Seul il pouvait, terrible et cur, organiser
Haiti, la former et la civiliser,
Sur un roc ferme asseoir l'Etat et la Patrie,

Nous lancer cn avant. Oser ce qu'il osa,
Etre despite ainsi, tenter ce qu'il tenta,
- L'attitude fut haute et gigantesque en s)mme :

Nul plus que lui n'a droit au titre de grand homm2.






















HENRI CHRISTOPHE.

NOTICE

















HENRI CHRISTOPHE.



NOTICE




L 28 mars 181i Henri Christophe qui avait mon-
tri contre les Frangais le courage le plus 6cla-
tant et la plus farouche energie se fit 6lire roi de la
parties nord d'HaYti, sous le nom de Henri Ier.
Commandant h des hommes qui portaient les
marques toutes r6centes des chaines de l'esclavage,
a des barbares qu'il connaissait ayant 6t6 leur com-
pagnon de servitude, il entreprit de les police. La
tAche 6tait lourde. II employ toujours pour les
convaincre, comme arguments favors, le baton
et le pistolet. Ce fut une necessity de sa situation.
< Christophe exigeait que chaque chose fit a sa
place ; malheur a qui commettait une faute nmme
involontaire..... II crlait un homme ouvrier en lui
remettant un module et des outils ; il fallait, sous
peine de mort, devenir d'instinct ou charpentier,
ou &b6niste, ou armurier. Sous son regne le vol
n'6tait jamais toler ..... II n'admettait pas la n&gli-
gence.., Des inspecteurs parcouraient les cam.-
pagnes et forcaient au travail les cultivateurs. Les
proposes remettaient annuellement au roi l'6tat









76 -
exact de la r6colte faite sur chaque propri6t6 (i). >
Bien avant les politiques de I'Europe, cet ancien
esclave comprit que dans les temps actuels un peu-
pie sans instruction publique n'a rien de bon a at-
tendre de l'avenir. Aussi, ses sujets furent con-
traints d'6tudier, et, pour leur montrer combien
formellement il voulait qu'ils s'instruisissent, il
nomma surveillants des 6coles les plus hauts di-
gnitaires de son royaume, ceux qui prenaient rang
imm cdiatement apres lui.
Sous sa main inexorable, le Nord se civilisait.
S'il eit 6te plac& dans d'autres conditions, il ett
sans doute rempli Haiti de ses violence et de ses
coleres, mais comme Pierre-le-Grand, qui lui eit
dit : ( Mon frere >,, le fit pour la Russie, dans la
mrnme intention et avec un sentiment plus 6lev6
de sa dignity personnelle.
Les Russes venerent le souvenir du czar effrayant
qui constitua leur patrie. Retenons cette legon.
Henri Christophe, tout entier a son id6al in-
flexible, trahi par la destine qu'il se serait facile-
ment rendue propice s'il avait Wte d'une nature
moins altiere, se suicide au mois d'octobre 1820,
sans aucune d6faillance, debout.
Heureusement son oeuvre ne perit pas toute avec
lui. Aujourd'hui encore, sa rude et bienfaisante
empreinte est palpable sur les populations de la
region od il a r6gn6.

1, Souvenirs historiques du gnd6ral Guy-Joseph Bonnet.














CAPOIX.


















CAPOIX.

Episode de la guerre de 1'Inddpendanco d'Haiti.


O N saluera ce nom dans la posterity.
Ni dans les temps presents ni dans I'antiquit6,
On ne vit plus vaillant et plus male h6roisme.

La guerre avait alors atteint son paroxysme.
Pour border au port, pour franchir le r6cif,
II fallait un effort supreme et d6cisif ;
I1 fallait rejeter, de leur dernier refuge,
Les Frangais et leur chef l'odieux Rochambeau.
Dessaline investit le Cap, sublime ; il juge
Et command a Capoix, impatient et beau,
D'enlever, au sommet d'un mont, le fort Verdieres:
Capoix et ses soldats parent impitueux.
Mais h6las les canons aux gueules meurtridres
Mutilent ces h6ros de leurs horribles feux ;
lUs reculent. Capoix les ramene. La foudre
Gronde encore. II est seul. Ses troupes ont v6cu.
11 prend d'autres soldats, hideux, covert de poudre,
Sur un cheval ardent ii court encore au but:
Mais la mort, de nouveau, dans ses rangs fauche et rise.
Que va-t-il advenir ? II fr6mit cette fois,
11 prie, ii les exhorte, il rit, les electrise :
Us marchent; tout a coup ils voient tomber Capoix;









8o -
Jls pleurent. Mais leur guide indomptable se dresse;
Enjambe ses amis et son cheval tues,
Et s'&crie : < En avant! Le fer, qui pleut sans cesse,
An-ache son chapeau : < Marche )

Eh, oui saluez,
Frangais; battez des mains, applaudissez, infames;
Monte sur vous ce n6gre est bien splendid a voir,
Fils de quatre-vingt-neuf, cyniques et sans ames,
Traitres au genre human, renegats du devoir !

Quel rave, ces Frangais littant pour 1'esclavage !
Vos acclamations, votre &clatant hommage
Envers ces parias faits pour la liberty
Ne consoleront pas le penseur attrist6 !




















CAPOIX.
NOTICE

















CAPOIX.


NOTICE


poUR enlever le fortVerdieres, comme Dessalines
le lui avait ordonn6, Capoix < surnomm6 Ca-
poix-la-Mort, tant il avait tue d'ennemis de sa
main ), ex6cuta des prodiges de valeur. Trois fois
dejd il s'etait pr6cipit6 vers le fort, bouillant et
superbe, suivi de ses soldats exaltCs, et, trois fois,
la mitraille 6pouvantable des Frangais avait aneanti
ses bataillons. ( I1 fr6mit de rage, il les exhorte, les
press et les entraine une quatrieme fois. Un boulet
tue son cheval, il tombe ; mais bient6t degag6 des
cadavres abattus avec lui, il court se replacer a la
tfte des noirs. ( En avant en avant > r6pete-t-il
avec enthousiasme. Au meme instant son chapeau
tout garni de plumes est enlev6 par la mitraille.
II r6pond a l'insulte en mettant le sabre au poing,
et se jette encore a l'assaut : a En avant en
avant! !
( Alors partirent du haut des remparts de la
ville de grandes acclamations : Bravo bravo vi-
vat vivat! crient Rdohambeau et sa garde d'hon-
neur qui consideraient cette belle attaque. Un rou-
lement se fait entendre, le feu de Verdieres se tait,
un officer sort des murs du Cap, s'avance au galop










84 -
jusqu'au front des indigenes surprise, et dit en sa-
luant : < Le capitaine-general Rochambeau et l'ar-
m6e francaise envoient leur admiration a I'officier-
g6ndral qui vient de se couvrir de tant de gloire. >
L'heureux cavalier, charge de ce magnifique mes-
sage tourne bride, came son cheval, rentre au pas,
et l'assaut recommence... Rochambeau, malgrd
sa f6rocit&, 6tait un homme de grand courage. Le
lendemain, un 6cuyer amena au quartier-g6n6ral
des indigenes un cheval richement caparaqonn6
que le capitaine-general offrait en signe d'admira-
tion a l'Achille n6gre ( pour remplacer celui que
l'armee frangaise regrettait de lui avoir tu6 (i). x
Les soldats de la R6publique devant lesquels nul
n'avait pu tenir en Europe trouverent enfin, clans
les ndgres dcdaign6s de Saint-Domingue qu'ils
avaient 6te charges de remettre dans l'esclavage,
des adversaires dignes d'eux, qu'ils admir6rent et
saluerent au milieu des combats Le lecteur d6-
gagera de ces pages la morale 6loquente qu'elles
comportent.


1. Victor Schcelcher, Haiti. Pr6cis historique.














PATRIE.














PATRIE.


< On parole du protectorat, sur Haiti,
de I'Angleterre ou des Etats-Unis
d'Am6riques (Journaux franaois.
Dp6iches t166graphiques, Septom-
bre 1883).

Q u'ILS viennent oubliant d6ja nos origins,
Oubliant PNtion, Louverture, Capoix,
Christophe et ce grand nom flamboyant: Dessalines,
Qu'ils viennent pour courber nos tites sous leurs lois.
Qu'ils viennent, meprisant nos espoirs, nos coleres,
Goguenards, ne songeant qu'a nos avortements,
Hautains, langant I'insulte et les ricanements,
Nous apporter leur joug, au pays de nos peres.
Devant la gravity de lheure et des perils,
Peut-6tre verrons-nous dans quelle ignominie
Nous vivons et nos coeurs se souleveront-ils !
Tristes de la Patrie abaissee et honnie,
Press6s par la logique et la r6alit6,
Voyant enfin le sens du mot : fraternity,
Peut-6tre s'uniront et nos coeurs et nos Ames !
Peut-6tre nous joindrons alors nos mains infames!
H1las h6las quels deuils et quel d&chirerient !
0 pays bien aimed quel long crucifiement !
Venez !... Nous trouverons, pour vaincre, 1'energie
Terrible des aieux qui firent la Patrie.


I

















HYMNE A HAITI.

















HYMNE A HAITI




Sous les rayons ardents du Soleil. sous la brise
Fraiche et delicieuse, 6tendu dans la mer
Dont le flot sur tes flancs ou se joue ou se brise,
O mon pays, grandis, sois doux, sois fort, sois fier!

Vis, respire, accomplish tes hautes destinies !
La vieille Afrique, un jour, sortira de la nuit;
S'ils voulaient, les penseurs diraient combien d'annees
II faut pour que ce fait 6norme soit produit.

Tu seras devant elle, alors, comme une 6toile
Flamboyante sur qui ses yeux se fixeront
Orgueilleux, attendris et libres de tout voile,
Tu seras la parure embellissant son front

Les mots mysterieux pour elle du grand livre
Au dos duquel on voit : Civilisation,
Tu les lui feras lire, et, lorsque d'extase ivre
Elle sera, tu lui diras ta Passion;

Tu lui raconteras tes luttes fratricides,
Tes hontes, tes efforts perdus, tes d&sespoirs,








92 -
A quel prix l'on prend pied dans les chemins splendides
Du Progres, par quels longs et terrible devoirs.

Sous les rayons ardents du Soleil, sous la brise
Fraiche et d6licieuse, 6tendu dans la mer
Dont le flot sur tes flancs ou se joue ou se brise,
O mon pays, grandis, sois doux, sois fort, sois fier !



















HYMNE A HAITI.
NOTICE.















HYMNE A HAITI


NOTICE


LES soci6t6s humaines ne passent de la barbarie
L la civilisation qu'au prix de profonds 6bran-
lements, de luttes violentes, d'aventures terrible.
Dans cet ordre de choses, les grand r6sultats ne
s'obtiennent qu'apris efforts accablants, pleurs et
sang verses.
Les peuples don't l'organisme est faible n'y sur-
vivent pas.
Impossible d'61uder cette dure loi.
Nous offrons aux nations civilis6es un bien cu-
rieux spectacle. Sur ce sol gin6reux d'Haiti, qui
tente, nous nous constituons au milieu d'elles, trop
pros d'elles; nous heurtons leurs habitudes et leurs
id6es et il y a lh pour nous un immense danger.
Certes, nous n'aurions rien d craindre si elles
talentt composees en majority d'esprits large, de
philosophes ; elles nous respecteraient, car nous
serions pour elles un sujet d'6tudes flagrantes,
pleines d'int6r6t. Mais, par malheur, les intelli-
gences comprehensive se competent et cette raison
nous command imperieusement de nous abstenir
autant que possible des revolutions, d'abr6ger.la
p6riode d'organisation de notre nationality.
II y a pour cette fin deux moyens infaillibles







96-
Gravons dans nos cranes et dans nos coeurs,
d'une fagon ind616bile, ces mots : ((Instruction pu-
blique, primaire, professionnelle, gratuite et obli-
gatoire ; Travail. >>
Songeons-y chaque jour -:
Pour les hommes consid6r6s individuellement
ou r6unis en nations, l'Age mtr et la vieillesse ne
suivent pas toujours la jeunesse; la plus admirable
croissance peut 6tre brusquement iaterrompue a
jamais.
Par un concourse de circonstances-memorables,
depuis bient t un siecle, la toute petite R6pu-
blique d'Haiti est, pour la Civilisation, le repre-
sentant de la race noire. Nous. tenons le drapeau
d'une des plus nombreuses families humaines, de
la plus infortunee, de la plus calomniCe.
Ne soyons pas 6cras6s par un tel destiny.
Le progres n'est pas un but inevitable, fatal, au-
quel on doive arriver quoi qu'on veuille ou qu'on
fasse.
Aide-toi.
Un people peut p6rir.


FIN.