La République d'Haïti à l'apothéose de Victor Hugo

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Material Information

Title:
La République d'Haïti à l'apothéose de Victor Hugo documents commémoratifs
Series Title:
Bibliothèque haïtienne
Physical Description:
32 p. : ; 18 cm.
Language:
French
Creator:
Edouard, Emmanuel, 1858-1895 ( comp )
Publisher:
Derenne, C. Lebas, successeur
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Bound with the author's Rimes haïtiennes. Paris, 1882.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 27258612
ocm27258612
System ID:
AA00010485:00001

Full Text























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BIBLIOTHEIQUE HA1TIENNE.



LA REPUBLIQUE D'HAITI

A


L'APOTHEOSE DE VICTOR HUGO.


DOCUMENTS COMMIMil ORATIFS

PAIl

EI;ininultIel-Edouarul,
I'rii'u dr l d a ddhigatiou de la elmuii haitltilenne de Pari.
reIr dentaul la n1r~iubliqic dilalliuti A a la cr~,I)mo!.


Chez Derenne; C. LEBAS, successeur,
5", BoULEVAir S.\NT-MCl(elE.,
PI'IIS.
1885












COMPOSITION

DE LA DELEGATION DE LA I'IEUBLIOQE D IIAifl
A
L'APOTHEOSE DE VICTOR HUGO:



11I E'MMA\UEL-EllJUAlD, I'Prsidenlt.
.JUSTIN IDEVOT, Vice-PrIsidt'nl.

TIll'lt IJo\WLEII, EM.MANiitEL LEox, CAMII.L SAINT-l I Y,
LKo. P0'oT'rVI EN, ,JEI.s DOMING'mu,
GEOlto1ES SYLVAIN', CONSTANTIN 11. IIR HANI),
ANT. FIllMI.N.


Lyc6ens haitiens adjoints a la Deldgation :

MM. LoLis ET lulJ1LfIIE TIl(JMAi\;,
\I.\T-MAIITI.\ B,,lr1l;o.,)-C.1NAL (1), C lAVIW.EAU l)lH, :ll H,
E..1ANUEL DO.OINOLEu, ALCILS 13. ..:EA.N-FliAM.N(IS,
LONIOiAS (CLESTIN.



1 Mon jiin, e et tri's clharaii nt ami Saint-Mai tin IJoisrowil- ian;dl
J'I pr'l, aiu i db'l t Id lt(onl en irpirise, un coniic Ol s ,lel je i'au ii ain |p ut-6tre l ie ll pu. *le li (.re lafectl) u ,ii eiiclilt
,I maii.














APOTHEOSE.




Le soir et la nuit qui prdced''rnit le I' juin, unr
preoccupation, une angoisso me remplissait. Qu'allait-il
advenir? Cltte glorification de I'iddal qui se prl"parait
grandiose et formidable, cclte apothllose qu'on sentail
devoir dtre, dans une ville artisli comme Paris, d'Mne
accallante bcautl, ce saslut Sl 'rm:( c(t souverain dol!
l'univcrs civilise a Victor Hugo, s'accomiplirait-il avIe
lc calnie et la gravit6 ndccssuires ? Leo cecrrcuil que. j'
devais suivre de I'Arc-de-Triophlio au I'.antho, picu-
sciment, ricuII illi, mais sans trisiAcsse, il Iillatit 1 snivre
AI chapeau d la main, et, alors, n'6tait-il pas a rrai'ndr
(qui, l'odroyd par unfi insolation, jo no pusso pas ac-
compagnr jusque sur ccLte mnontagnie Saiint(-(Gi:n'evi(';ve
qui dominrie n mondo, le giant 6crouli ? Lo sol,:il allait-
il itre, comnme il t'est dans celte saison, lourd, imrplac'a-
b!i? Cortes, cc strait merveilleux si ces nuagps, susp:n-
dus nombreux dans les airs, n'laint l ]a qu, pour
temphrer, en servant d'cran, qlu pour absorber I'ur-
deur de l'asltr-rui. Mais qui pon vait savor? EL pIi:i,
pourtant, une apothllose sans solcil pour allurn'
les vives coulri rs des drapeauix rt d ;.s Lannii're:',
des couronnes et des ll:urs, pour fair rcluiro I!:. ors,
pour ince.dier les caus'pis, !,:s sibrui, leo fusils fourbii







et rcfourbis dos soldats, ls panaichs, les ornemcnts
splcndides des chefs, serail-elle rcellement une apo-
thlosoe ? Comment comprendre Fascension du Pantheon,
da:s Un tel cas, sons tn jour grisaitre et doux ? Le
soliil vicilli, blase dn spectacle presque toujours le
m i(ne de I'humnanit l depuis des nmillicers d'annies, con-
seLnirait-il 1 nOr pAs ouvrir toutl grand son cf(il 3normic,
avidc, sur la sci-ne qu'il n'avnit jamais contempleo? En
ontre, ct la ,phnic? Quoi!i Coltc march Iriornphalc cl
scrmine so changnrait on ine dcbandade pitcuse ct gro-
tcsque! Sans doute, ine violonte Irotestation jaillirail
de miillions de poitrines si elle s'avisait de toiber ; mais
cnlii ...
Ainsi, pour que F'cflft souhait1 f6t obtenii, pioir qlie
la deification fit cc qu'elle dcvait tcre, prii re i la piliii
di o pas so niontr;r, priire au suloil do so caclhcr. lin-
possible noanmnoins d'attlndrr de lui, raisoiInablio'olIt,
tin tol sacrifice D'aillcurs, son rayonnmiiicnt cltail indis-
lpensal)e.
Los choses onl une Amc', unie volonlt. Jamnais je
im I'ai constant avoc une tello 6vilncw:. J'ui eo la
Iprnve Ie "1 juin que la naltre n'cst pas aveugle et fa-
talc, qu'elle connait r'importauce de certain jours. Ilien
de plus frappant que l'iarnioiiic du cicl tc de la Icrre
dans celte occurrence.
)c trLs bonne here, dis Ic miatin, It soleil s'eliit
voile do nuages 6pais ct lorsqn(i, a I'.\ r-dc-Tri'niiln'l.
uni des pan6gyristos dti i mnort immorltl d, donii
la voix subliOi nIl se taira pius parmi les homimcs
s'ucria a: C giant immortel aurait ele mal a I'aise







dans la solitude et 1'obscurit6 des cryples sonter
raines; nous l'avons expos la-haut au jugement des
hommes et de la nature, sous Je grand soleil qui illumi-
nait sa conscience auguste ), tons Jhs yvux se levS'reni et
cherlh,-rent : les nuages restlrent i-irnolbilrs. Mais lors-
que le chelif corbillard s'Lbranla, lorsque le corl'fge sortit
de l'ArI-d,-Triomphe, j, vis commit uni main repos-
sant fivreusmeniil les nucds accumiul6Tes : le solhil brilla,
i'latant. Cola dura deux minutes. Puis, discri lem, iit,
satisait, hl soleil disparut. Quand nous arrivamrns a la
place de la Concorde ou il y cut uue halted, quo nous pro-
nmenj mes nos regards sur la lyre et les couronnes devan-
tant Ic char Iuncbrc, stir la masse imposainte t parfai-
tlmenit ordoniine qlii descendait I'avenue des ('.lhamis-
Elvysses, sur les soldlats superbernont vit us eL lanis i.t la
hair, unc haic (d d(Oux lines, I'arme au bras, droits,
rigides, nous sontimes qui'a cc momiijt precis uij large
coup do soloil sem.it il'nne po(sio intense, inoui liable.
Les nuages-, alors, 6 miracle I s'rcartl(rent; le soloil
risplei(lit, glorieux, et so recacha do noiivean, tout do
site. Trois 1'ois dans le trajet, pendanr cinq minutes au
pluls, il admire. 1i: sJort' que ricn no trouble ]e majes-
Ineux piiulrinage. IE lorsque nous atteigrncms Ic sommel
de Sainte-Genevieve, hier simple Eglise sans fideles, au-
jourd'hui Olympo auquel on r6ve, lorsque la bi6re ven6-
r6e cut ite(l deposee sur cette cime, quo les nations, los
lettres et les arts inclines, I'Afrique, toute la race latino,
I'Amfrique, assembles devant JI corrucil, exprimaient
leur admiration sans borne et leurs r'egr'ts inconsolailes,
un souffle passa sur le monument, le ciel divint limpidr







et bleu, Ic soleil, d6livr6 enfin de sa longue contrainte,
embrasa Ic Pantheon et versa sur le catafalque, sans in-
terruption, jusqu' Il'hcure de son coucher, des torrents
de luimibre.
Ce que les poles entendent par le mot: apothiose,
c'est tris exactement ce a quoi nous avons assist lundi.
Quant a decriro la fte elle-mime dans ses details, cc
concourse prodigieux dc pcuples, les bergcs do la Seine
vues du haut diu Pont do la Concorde, le fonrmillement;
quant A donner une idce do cela a ccux q(i i'etiaient pas
A Paris, qui oserait 1'essayer? qui tachlra de d(crire
l'indescriptible? Zola, Daudet, Leconte de Lisle, etc.,
tous ces maitrcs prbs desquels Ie hasard me plarca pen-
dant presque touted la journee n'entreplrcdront pas,
j'en suis sir, co travail impossible. Ils savaicnt quii !e
lableau dtait inoui, qi'il ne sc reproduirait ni pour eux ni
pour personnel, ct, come moi, ptlits, ptlits, 6cras6s, ils
regardaient.
La Grice ot 'llalic que nos temps stup6faits ont vu
renumtro, proltgues qu'elles sont contre Ic neant par Ic
souvenir do l1urs grands dcrivains ct de le irs grands
artistes; la Grice et l'Ilalic oi les hommcs famcux dans
la lilttrature, la science oi les arts auraient dt 5tre,
dcpuis la resurrection, entretenus somptueusement aux
frais de l'Etat; la Grbce ct l'Italic ont, j'imagine, plus
gqu les autres pays, approuvu ect trouv6 lgitimes los
honneurs divins dccernes A Victor Hugo. Jo le r6pitc,
la France est bien debut; la France ne pout mourir.
EMMA.\NUIL- ELOcARD.
Paris, jeudi 4 juin 1885.











I


EXTRACT DES JOURNAUX DE PARIS ( L'Ev6nement ,
ET ( LE Rappel uu 28 MAI 188:;.





A/ppel aux llaitiens de Paris (1)

Au commencement do sa carrier dblouissarnto et ma-
jestucuse, Victor Hugo a 6crit un roman, /iug-JuJayal,ou~
il a immortalis6 Ilai'li etles efforts heurcux de nos arin(-
tres A qui nous devons d'6tre un pouple indi'pendaut.
Pour la race noire que nous avons In jour rpri'srIntd(to
absolument, sans reserve, Victor Hugo a loujours 6et
tendre oL consolant; il a prononc6 des paroles admira-
bles qui raffermisscnt et relevant. Tous ceux qui liscnt
et qui pensent pleurent Victor Hugo. Tout le mondo
civilis6 s'associe aujourd'hui au dcuil do la Franc : la
pens6e humaine est momentan6ment ddcapitde. Ilaiti
parole la langue franchise : c'st dire que tous les laitirns
dignes de quelque consideration savcnt ce qui a disparu

4. Cet Appol avail dtd adressd sous forme de circulaire le 2G mlai
i un trcs grand norbre d'Iaitiens demeurant i Paris.








avoc une individuality comme Victor Hugo, ressentent
proforndmen' t la mort de l'homme prodigioux don't les
funirailles doivent Wtre celles d'un dicu.
C'cst pour rnous un devoir, ce sera pour nious un hon-
neur dcjoindre l'expression de nos amers regrels a
ceux do la France que nous admirons ct que nous
aimons. Nous ne manquerions a cc devoir, nous ne
negligerions cct honncur que par indolence. Je certific
que, quoi qu'il arrive, c'cst nous calomnnier sans mesure
que do pr6tendre que nous sonmmcs indiffircnts a la
mort de Victor Hugo.
Pour affirmer Ies sentirnmeos que nous 6prouvons
dans cottl pcnibIc circonstancc, pour rontrcr notre re-
connaissance tc notro trisltsse, je propose, aux Ilaitie is
de Paris do designer quelqcus-uns d'cntre eux qu'ils
chargoront d'assister r l'apothllose de Victor Ilugo el
d'y relprdsonter la H6epulique d'llaTii. La dl'l:gation sera
composer conirnm il sera d6cid6 dans uint asseniblic de
la colonic hailionne, qui aura lieu suns retard et pour
laqucllo los convocations seront lanc6es le plus t6t pos-
sible. Sa mission principal scra de porter dans ]e convoi
une couronne avoc cctte inscription : ( La RCpubliquc
d'llaiti a Victor Hugo : Souvenir; Gratitude; Ilommagc
respectueux. Une souscription est ouverte dans cc but
chlz M. Emmanurl-Edouai'd, a Paris, 10, rue Cujas.
Elle scra close apres-dcmain, 27 courant, A 10 hcures
du soir.
EMMANUEL-EDOUARD
Homme do lettrcs haitien, 10, rue Cujas.
Paris, 25 mai 1885,






13 -
N. B. Si la souscription pour ce doni ii est quos-
tion ci-dessus reussit, la convocation de la colonies hal-
tienne sera annonc6e par le journal t le IlappMl ou
, l'Ev6nement a dejeudi matiH, S28 mai.









EXTRAIT DES JOcINAUX Le Rappel ,, T ( L'Ivdne-
ment ,, uu JiEUDI Ns MA..


a La souscriplion des Ilaitictus dil P'aris enr viie I,
rendre un solnnel hommange A Viclor Ilugo, rest ei-
core ouvcrtL clhez il. Enmmanucl-Edouard, 10, ri
Cujas, aujourd'hui 28 mai jusqu'a 8 hours di rsoir.

A neuf heuros et demie, les llai'tins soit prids d,; si
trouver au caf, Soufflet, 25, boulevard Sainl-Alichil,
pour regler l'emploi des sommes recucillics.









VILLE DE PARIS, Paris, le 29 mai 1883.
Conseil municipal




A M. EMMANUEL-FDOUARD,
10, rue Cujas, Paris.



Cher monsieur,


Permcltez-moi do vous exprimer toute l'6motion que
m'a caus6e votre magnifque Icttrc ; lle affirme une
fois de plus la communion de votre pays el du n6tre.
Victor Hugo me semble toujours vivaut, puisquo son
action bienfaisantl continue et qu'il vous inspire des
pens6es aussi nobles.

A vous do tout occur,

E. DE MiNORvAL.,
Conseiller municipal de Paris.











Paris, 29 mai 1885.



Mon cher Edouard,


Si l'iniliative prise par vcus nc devail pas rtussir, J'
vous prierais do passer a la Chanccllcrie domain it delux
heures.
La Li'gation desirant vivement que la colonic
lhaYticnne soit represenlte aux funerailles du Victor
Hugo, fournira le drapeau et la courouno.


Uian affectucus enli t,


J. I :n,'; i
Secrtaire de la f.(gation d llaiti a 'a;ri.


- 13 -











A loculitn prononce par AM. Ernmtanuel-Edouard, Ic
-29 mai 18K8, 4 la premidre reunion des Ilaiiiens de
Paris, au cafd Souflet.





< Messieurs,


J. vnlos remrnic d'avoir rcpondu A mon appel. Votre
presence ici ost la prove qnu vous on avez rOeonInI l'op-
portunilt'h. JIe 'ai dit ct jo ]o r(pite : c'est pnur nous un
dcvoir, cr scra pour nous nn lionncur do joindre, a l'oc-
casioin (de la nmort do Victor HIugo, I'expression de nos
regrels t ceux dt I'uinivcrs, do montrer A la France quo
nous prcnons part A son deuil. Nous parlons sa langue,
on elliot, ot la mort nous a frappis, nous aussi, en abat-
tant Victor Ilugo, le poe:t sublime, 6minemment bon,
Ic mcrvoillcux maitre on 1'art ie sentir, de conccvoir ct
d''crire.
Nous no pouvons on cctte occasion, nous abstenir, parcel
quo qiulle que soit 1'ideo quo nous ayons de nous-m(mes
ot do notre pays, il est certain, ct ccla resort des nombrul-
sos conversations que j'ai cues maintos fois avcc des
journalists do tous los parties do la press francaisc,
avcc des mecmbrcs do la press universclle que jo vois




17 -
beancoup, cela resort, dis-je, dc mes conversations que,
pourla Civilisation, nous sommes encore, en depitle tout,
endepit des tristesses et des lamentables vicissitudes do
notre vie national, les representants de la race noire.
Quoi quo vous puissiez croire, je soutiiies qu'llaiti a
encore qualitL pour parler au norn de cotte race. lors
notre pays, aucun in le pent. EL puis nois avons interut
i affirmer que nons ne sommes pas indill'erents A lit
pensee humanin,. La cerrnonie qui aura lie:u lumli est
une do celles ou nous devons reelamer uno place inpor-
tante que 'on nous concedera, je vous Ie certified, avec
empressenuent. Un people a besoin de consideration pour
vivre et pour iLre respect. Nous n'avons aucune
raison do nous fire aussi petits quo possible, de nous
fire incoiius, invisible dans le mnonde. Nous ne
sommes pas colutumiers de manifestations tells que
celle A laquelle je vous convieo vous associer; nous
no devons y paraitre quc dignement. Y





- is8 -


L6gation d'Haiti a Paris.




A SON EXCELLENCE M. LE MINISTRY DE L'IN-
TARIEUR.


Le Ministre d'Hai'ti prisente ses compliments Ics plus
empress6s A Son Excellence, Monsieur le Ministie de
1'Intlricur et qerait particulirement reconnaissant A
M. Allain-Targ6 de faire bon accueil & M. Emmanuel-
Edouard, Pr6sident de la DBlegation que la colonies
haitienne envoie aux fundrailles de Victor Hugo.


Samedi, 30 mai 1885.





- 19 -


AprBs avoir 6t6 recu, le 30 mai A 6 h. du soir, par
M. Allain-Targ6, ministry de l'Jnt6rieur, M. Emmanuel-
Edouard, introduit dans la salle des s6ances du comit6
des fun6raillcs, au Ministbre de l'Int6ricur, et interrog6
sur ce qu'il d6sirait, s'cxprima ainsi :


a MESSIEURS,

J'ai eu, il y a un instant, I'avantage d'etre rc:u. par
M. le Ministre de l'Int6rieur qui m'a cnvoy6 a vous. II
n'a, m'a-t-il declare, aucun motif de s'opposcr au vaeu
que je lui ai expose et qui est celui-ci :

Les IIai'tiens de Paris, mes compatriots, ont decide
de rendre un 6clatant hommage A Victor Hugo. Ils paie-
ront, de la sorte, une dette. Ils souhaitent vivement que
'un d'entre eux prenne la parole lundi A l'Arc-de-Triom-
phe ou au Panth6on et salue Victor Hugo. ls ont bien
voulu me confer cette mission. Nous venons au nom
d'une race tout entire, de la race noire que notre his-
toire autorise Iaiti a repr6senter. Notre presence dans
la c6r6monie ne pourra done qu'en rehausser le carac-
tire. Je vous prie de me faire l'honneur de me permet-
tre de prendre la parole aux fun6raillcs de Victor Hugo,
comme repr6sentant la Republique d'llaiti. ,

M..'Emmanuel-Edouard se retira immediatcinent dans
une 41le voisine, pour laisser Ic comitl delibrer sur




20 -
sa proposition; il fut rappele quelques minutes apr6s,
et, M. Alphand, Directeur des Travaux de Paris, presi-
dent du comite, lui tint cc language :

a Nous sommcs trBs honors, monsieur, de votre pro-
position ct nous vous accordons cc que vous nous
a demanded. Vous etes inscrit, come ieprssentant la
Sl 6publique d'lla'ti, parmi les orateurs devant parler
a au Pantheon. ,




Au Pantih6on.

EXTRAIT DU JOUIRAL DE PARIS L'Intransigeant ) DU
MEtRCEDI TROIS JUIN 1885.

Voici le, discourse dans I'ordre oi ils ont Wtd pro-
nonces :






v Au nom do la delegation de la Colonie haitiennD,
( don't il est le President, M. Emmanuel-Edouard pro-
, nonce cette brive, 6loquente et male allocution :

Elle pent &tre fire, clle pout s'cnorgueillir la nation
a qui nous donne le majestueux spectacle que nous
avons aujourd'hui sous les yeux.






21 -
ls ont menti ceux qui, il y a quelques ann6es, A
propos de la France, apris une crise terrible subie
par ce pays, ont prononc6 le mot de decadence : la
France est bien debout.
, Presque tous les peuples civilis6s, librement, spon-
tandnent, ont cnvoys ici des dle6gu6s. Athtnes,
Rome n'ont jamais Bt6 le th6itre d'une si imposante
c6remonie. Paris d6passe AthBnes et Rome.
( II n'est pas t6meraire, je pense, d'affirmer qu'une
pareille c6r6monie, inouie, proportionnee au genie
de l'homme qui vient de mourir, ne se reproduira pas.
, Je repr6sente ici la d616gation de la Republique
d'Haiti. La ~Bpublique d'Haiti a le droit de parler au
nom de la race noire : la race noire, par mon or-
gane, remercie Victor Hugo de I'avoir beaucoupaimeo
et honor6e, de l'avoir raffermie et consolee. La race
noire salue Victor Hlugo et la grande nation fran-
caise. ,













LETTRES


A M. STEPIIEN PRESTON,
Ministre d'llaiti a Pari', no 11, rue Portalis


Monsieur le Ministre,

Les drapeaux d'Ha'ti, les couleurs hai'tiennes, la d616-
gation qu j'avais seul, absolument seul organisde, ont
Le6, dans la c6r6monie sans example d'hier, 1'objet de
constantes ovations. La march des Haitiens rendant
hommage A Victor Hugo a Wte triomphale. Des millions
d'hommes appartenant & toutes cls nations civilis6es,
ont, pendant une journ6e entire, dans la Capitale du
monde, crid : a Vive la Republique d'HaiLi. Pour cou-
ronner tout cela, a la tribune du PanthBon, sur ce som-
met, j'ai fait entendre la voix d6solee de la Republique
d'Haiti et de la race noire. S'il me faut m'en rapporter A
l'enthousiasme que m'ont montr6 ceux qui m'entou-
raient au Pantheon, j'ai 6t6 A la hauteur de la mission
qui m'avait &t6 confide. Nos compatriotes sont fiers; ils
n'oublieront jamais ce jour memorable. Vous avez lu
les journaux et vous 6tes sans doute satisfait. Nulle cri-
tique A m'adresser.






23 -
En ma quality de Pr6sident de la d6elgation de la co -
lonie haitienne a l'apoth6ose de Victor Hugo, j'ai l'hon-
neur de vous rendre ce t6moignage que, malgr6 le zele,
la bonne volont6 soutenue de la majority de nos com-
patriotes qui se sont joints a moi, c'est grace & votre
profound souci de la dignity national que j'ai pu fair
prendre, dans la solennit6 sans pareille d'hier, une place
6minente a la Rdpublique d'Ha'ti.
Je vous prie d'agreer, Monsieur le Ministre, I'expres-
sion de ma respectueuse gratitude et mes salutations
empressees.
EMMANUEL-EDOUARD.
Paris, le 2 juin 1885.



Paris, 2 juin 1885.

Mon cher Edouard,

Vous avez fait hier une bonne oeuvre pour IIaiti ct la
race noire.
Remerciements et applaudissements.

ENocC DESERT:

MONSIEUR EMMANUEL-EDOUARD.


10, rue Cujas.











Consulate g6nbral d'Haiti.
,onsulat gnradati. Paris, le 2 juin 1885.
5r5, rue de Chtceaudun.



A MONSIEUR EMMANUEL-EDOUARD
10, rue Cujas, Paris.



Monsieur,

*viens adresser touts mes felicitations A l'organika-
tour ot A l'orateur : au premier, pour ]a facon brilliant
et absolument correct dent vous avez su organiscr la
participation de la colonio haltienne de Paris aux obs6-
ques do Victor Hugo; au second, pour la dignity et 1'6-
loquence de 1'adicu quo vous avez envoy, au norn do
votre pays et do votre Race tout entire, au plus illustre
et au meillour des fils de la France.
Agr.cz, Monsieur, 1'assurance de ma consideration
trcs distinguee.
Le consul-g6ndral d'Hlaili,
J. P. SiMMONDs.











Paris, 2 juin 1885.



A MONSIEUR EMMANUEL-EDOIARD


Mon cher Edouard,


Ton succes, hier, a Rt6 grand, immense. Je t'en fili-
cite bien vivemcnlt ct de la faoon la plus chaleureuse.
Tu viens de contribute trds largement a relevcur otre
front, celui de la race noire tout entiere....

Jo te serro la main.

J. J. CHANCY.











HI


A I'apothdose de Victor Hugo, aucun group n'a 6t0,
ni par la richesse do son offrande, ni par 1'harmonie, la
correction ct la dignitW de son attitude, plus remarqua-
ble et plus rernarqu quo la d616gation de la Rdpublique
d'Hai'ti. Les membres de cette d6l'gation vitus de noir
ct portant un drapeau d'llaiti covert d'un large crApe
noir escortaicnt une couronne magnifique, de la maison
Saucy, 42, rue Bonaparte, en immortelles rouges ct
blues orn6cs do I'inscription en lettrcs d'or : ( A Victor
Hugo, la Rupublique d'HaYti. n A 1'int6ricur de la rou-
ronno, I'inscription 6tait r6p6t6e, on lettres d'or 6gale-
mont, sur un fond en soie, aux couleurs haitiennes, et
ontour6 d'une sccondo couronne do lauriers d'or, le
tout formant uno seule piece derri6re laquelle, au bran-
card support par six porteurs, 6tait attach un autro
drapeau d'Hlaiti. Les doux drapeaux en sole, frangbs
d'or. Dc grands nceuds do crepe noir, artistement
disposes, couraient sur les immortelles. A droite et i
gauche de la couronne pendaient, deux par deux, quatre
immense rubans rouge ct bleu terminus par de super-
bos glands d'or que soutenaient do jeunes haYtions ad-
joints A la d6l6gation on leurs costumes de lyccens.
Quand je demandai a la d616gation de la colonies hai-
tienne d'admettrc dans ses rangs les jeunes lyceens,






27 -
j'avais pour cela deux buts : 'un purement esth6tique,
l'autre moral. L'effet produit par les lyceens tenant les
cxtremitis des rubans bicolores a Wte tel que je m'ima-
ginais qu'il serait : original et frappant. Quant A l'effet
moral, j'en suis tout A fait ravi. Je savais que cls Hlai-
tiens composant la dTlegation seraicnt secouns par les
splendeurs gigantesques que jo pr6voyais. Je connais
les Ilaifiens de ma gdncration et je I'ai dit aillurs :
, IlIati ne doit pas en attcadre grand'chose. )) Mais la
generation qui suit la mienne, je l'ignorais, eL, dans ce:te
rencontre, je l'6piais avec une attention profoude. L'o-
reille sur sa poitrine, inquiet, j'6coutais quels battemcnts
Ic salutaire spectacle susciterait dans son seiu. En
sortant du Pantheon, los petits ly6cns sont venus chie
moi. J'avais fcrm( nres youx tblouis, fignant de dornir
Ipour qu'is causasscnt avoc plus de liberty. Jc lcs ai en-
trndus :j(o suis lihuri:ux (t souriunt. Quelques-uns d'cn-
tre eux n'ont 2crit dupuis des luttres quy jo conserve
pr6cicusemen ecl qu'il m'est impossil,lo do piublier, car
les eloges no m'y sont pas du tout mcsur('s.




Ceux qui 6taient loin de Paris le premier, Ic deux et
le trois juin de cette anneo n'ont qu'a achcter au hasard
un journal francais date d'un do cos jours pour s'en
convaincre : tous les journaux de France ont parlh
d'tla'ti le dimanche 31 mai; tous les grands journaux
de Paris ont publiI le discours prononce au Paunthoii
au nom de la Republique d'ai'ti ; tous les pctits jour-





28 -
naux ]'ont ou reproduit ou indiqu6; la press universelle
l'a note. II y a un mot sur Haiti dans les premiers-Paris
de tous les journaux fran-ais important du 2 juin. Et
cetto fois, il nr s'agissait pas de quelque guerre civil
inepte et monstrueuse, do quelque inccndie, de quclques
scenes de harbaric opouvantables.
D)ux, joIus aprbs Ja fate funDbre, Ie Fin ro ,,,
Sl'Echo de Paris ,,, I le Radical n, le Voltaire ,
o la Paix ), etc., citaicnt encore pour sa beauty la
couronne do la i6publique d'lai'li.



Mon discours a 6t6 acceeilli d'une faoon extrminment
Ilattiise par les homes choisis do touts los nations
qii ontouraicnt la tribune du Panlh:on. Jo comprends
sans pine que des Francais, des amis de la France,
aiont lt6 d'une complete bienvoillance cnvcrs un ora-
tour qui, dans une circonstance inoubliable, exaltait la
France; mais jo suis encore surprise ot rcmue dans mes
fibres les plus intimes lorsque je song qu'apr6s avoir
6mis ccs mots: a La R6publique d'llatti a le droit do
parlor au nom de la race noire ,, je fus interrompu par
des applaudissements prolongs.




Ainsi, le 1" juiu 188, devant le cercucil de Victor
llugo, a la tribune du Pantheon, A cellt altitude au-
gusto, oi charge d'un r6le considerable, il m'a etL donn6





29 -
de rester quelques minutes, que!ques minutes qui
illuminent ma vie, qui m'ont fait oublier touts les amer-
tumes du passe, qui me font d'avance trouver tolerable
le fardeau quel qu'il soit quo m'apport-,'ra l'avenir, -
j'ai pu, aux applaudissements bruyants de l'4lit di;
l'humanil6, affirmer que mon pays tant injuri5 et vili-
pende occupait encore dans le nonde une des plus
hautes situations. Les applaudissements qui out coupon'
mon discours lorsque j'eus prononce les paroles quc jp
viens de rapporter, je les transmits a mon pays, je Ic
supplies do reflechir, de se souvenir et je n'ecrie :





Sous les rayons ardents du soleil; sous la brise
Fraiche et dilicieuse, 6tendu dans la mer
Dont le lot sur les flancs se joue ou se brise,
0 mno Pays, graindis, sois doux, sois fort, sois fier !



Vis, respire, accomplish tes hautes destil,5es!
La vieille Afrique, un jour, sortira de la nuit;
S'ils voulaient, les penseurs diraient cornhien dt'annies
II faut pour que ce fait 6norme soit produit.



Tu seras devant elle, alors, comme une 6toile
Flamboyante sur qui ses yeux se fixeront
Orgueilleux, attendris et libres de tout voile,
Tu seras la parure embellissant son front.





30 -
Les mots mystarieux pour elle do grand livre
An dos duquel on voit: Civilisation,
Tu les lui feras lire, et, lorsque d'extase ire
Elle sera, tu lui diras ta Passion;



Tu lui raconteras tes luttes fratricides,
Tee hontes, tes efforts perdus, tes d6sespoirs,
A. quel prix l'on prend pied dans les chemins splendides
Du Progrbs, par quels longs et terrible devoirs (1).


1, Extrait du a Panthdon Ha~trca s par Ernmanucl-Edouard.
Clhz A. Ghio, dditeur. Paris. Palais-Royal et Port-au-Prince, chez
C. V. Maignan.










APPENDICE


Monsieur E. de Mo6orval, conseiller municipal de Plaris,
a bien voulu prendre de moi, pour la remettre a des-
tination, la lettre suivante :



A Monsieur lc Prtsidentc du Conseil Municipal de Paris.



Monsieur ol president du Conseil Municipal,
de Paris,


Coux qui ont assist aux fun6railles colossales de
Victor Hugo, A cette apoth6ose d'un simple home de
lettres, a ce triomphe supreme de I'id6al qui, rcp6tait-on
A satidet, 6taitla moindre preoccupation de notre si:cle
qualify d'utilitaire, ceux-la croiront dans quelque temps
avoir rtvd ce qu'ils ont vu. 11 leur en faut uno preuvo
materielle. N'est-il pas indispensable que la Ville ide
Paris, A jamais immortelle, frappe une mrdaille on






32 -
comm6moration de cet 6v6nement que ]e soleil,si vieux,
a contempl6 pour la premiere fois?

Je vous price d'agrEer, Monsieur le Presidenl du Con-
seil Municipal, expressionn de ma tries haute consid6ra-
tion el de rmo profound respect.


EM M A NI L-EDOUA ItD.
10, rue Cujas.



Paris, 3 juin 1885.











VILLE DE PARIS
Conseil Municipal


Mercredi soir, 3 juin 1885.


A MONSIEcR EMMANUEL-EDOUAIID
10, rue Cujas, Paris.


Cher Monsieur et ami,

Je viens de dGposer votre proposition sir le Bureau
du Conscil. Elle a 6dt renvoyeo a la 30 commission don't
le President est M. llattat Je vcrrai le Rapporteur aus-
sit6t qu'il sera nomm6 et jc suivrai celte affaire avoc
l'int6rBt qu'ello m6rie.


A vous de tout ceur.

E. DE MANORVAI..


FIN.


ti p. A DEnIENNE P:us, ou.ev. Sairlt-Mcntl, WV.
C. LEBAS S-ccsaemt,


















































V