Précis historique des négociations entre la France et Saint-Domingue;

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Material Information

Title:
Précis historique des négociations entre la France et Saint-Domingue; suivi de pièces justificatives, et d'une notice biographique sur le général Boyer, président de la république d'Haiti
Translated Title:
Precise historiography of the negotiations between France and Saint Dominique followed by supportive evidence and a biographical note on General Boyer, president of the Republic of Haiti ( eng )
Physical Description:
4 p. l., 488 p. : ; 21 cm.
Language:
French
Creator:
Wallez, Jean Baptiste Guislain, 1783-1847
Publisher:
Ponthieu, etc.
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Foreign relations -- France -- Haiti   ( lcsh )
Foreign relations -- Haiti -- France   ( lcsh )
History -- Haiti -- 1804-1844   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Additional Physical Form:
Also available in digital form on the Library of Congress Web site.
Statement of Responsibility:
Par M. Wallez.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 05862849
lccn - 11025794
ocm05862849
Classification:
lcc - F1921 .W19
ddc - 972.9404 W199p
System ID:
AA00010442:00001

Full Text








































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UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES









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J3

/; '1 35


















NEGOTIATIONS

ENTBE

LA FRANCE ET S.-DOMINGUE.



































































IMPRIMEBIE DE GOETSCHY,
RueLouis-le-Graud, N4 27,









PRECIS HISTORIQUE

DES NEGOCIATIONS
ENTIRE

LA FRANCE
ET

SAINT- DOMINGUE;
SUIVI
DE PIECES JUSTIFICATIVES,
ET D'UNE
NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR LE GENERAL BOYER,

PRESIDENT DB LA RAPUBLIQUE D'HA'TTI.

PAR M. WALLEZ.








PARIS,
PONTHIEU, Palais-Royal, Galerie de Bois.
CHEZ PEYTIEUX!, passage Delorme.
TREUTTEL et WURTZ, rue Bourbon, No 17.

1826.
























-7 ~-, -


,....


.
s`i~, s: iu'i~.~~,'z,,~J~,`~;r4













TABLE DES MATIERES.






Precis Historique.


Premiere insurrection; assemblee de Saint-
Marc, et club colonial........ Pages
Toussaint-Louverture; le g6enral H6dou-
ville; invasion des Anglais; guerre entire
Toussaint et Rigaud................
Expedition de Leclerc; commandement
de Rochambeau...................
Dessalines; P6tion; Christophe..........
Premiere negociation, sous le minister de
M. Malouet, en 1814...............
Second n6gociation, sous le ministere de
M. Dubouchage, en 1816...........
Mort de Petion et avbnement de Boyer a
la pr6sidence de la republique........
Extinction de la monarchies de Christophe;
mort de ce chef....................
Conspiration contre la r6publique.......
L'ancienne parties espagnole de Saint-Do-
mingue est r6unie a la rdpublique, sous
le president Boyer.................


1 5


5-8

9- 11
11 12

12 17

17 32

32 35

35 38
38 40


41 42








Troisieme n6gociation, qui a lieu Bruxel-
les, entire M. Esmangart, conseiller d'Atat
de S. M. le Roi de France et un g6ndral
envoy par le president Boyer, en 1823. 43 51
Quatribme negociation, en 1824, a Paris. 51 56
Causes qui out empiche, en 1824, la con-
clusion du trait; inconv6niens et avan-
tages de la convention propo see....... 56 83
Cinquieme et dernibre n6gociation, en
1825; l'ind6pendance de la r6publique
reconnue par S. M. le roi Charles X... 84 89



Pieces justificatives.


Declaration deChristophe (leroiHenri Ier),
en tAte des pieces publiees par son ordre. 93 0- 115
Piece A. Correspondance de Dauxion La-
vaisse avec les deux gouvernemens
d'Haiti........................... 116 171
Piece B. Instructions donn6es par M. Ma-
louet, ministry de la marine, a Dauxion-
Lavaisse; d'apres la copie publi6e par
ordre de Christophe................ 172 189
Piece C. Interrogatoire de Mddina, un des
commissaires adjoints A Dauxion-La-
vaisse, public par ordre de Christophe. 170 204
Disaveu de la mission de Dauxion-La-
vaisse, par M. Beugnot, ministry de la
marine......................... 204 2o5
Piece D. Proclamation de PWtion, en tete
des documents publibs par son ordre,







aprbs la second n6gociation; corres-
pondance des commissaires frangais
avec Petion; ordonnance du roi Louis
XVIII, qui leur confie cette mission;
leurs lettres a Christophe et autres pie-
ces relatives a cette affaire........... 206 271
Piece E. Constitution d'HAITI, du 27 dd-
cembre 1806, modifiee par la nRvisION
faitele 2juin 1816 ................ 271 305
Piece F. Note publiee par Christophe, lors
de la mission de 1816............... 307 313
Piece G. Oraison funbbre de P6tion..... 314 318
Piece H. Details sur la cour de Christophe 319 334
Piece I. Conspiration de Richard....... 335 343
Piece L. Details sur la r6publique d'Haiti;
population; etendue et superficie; ad-
ministration; force arm6e; instruction
publique; evaluation des products de
I'ancienne colonie frangaise; importa-
tions et exportations actuelles....... 344 365
Piece M. Lettre de M. Aubert du Petit-
Thouars au president Boyer, du 8 mai
1821............................ 366 369
Piece N. Lettre du president d'Haiti &
M. Esmangart, relative a la lettre ci-
dessus .......................... 370 372
Piece O. Instructions du president Boyer
au general J. Boy ................ 373 375
Piece P. Rapport du general J. Boyd au
president.................... ...... 376 383
Piece Q. Lettre de M. Esmangart au pr6-
sident, sur la n6gociation avec le g6nd-
ral Boyd.......................... 384 39o







Pike R. Rapport adresse au president
d'Haiti, par ses commissaires, envoys
a Paris en 1824 ................... 391 4oo
Circulaire du president, relative a cette
ndgociation rompue................. 4oi 4o3
Pikce S. Poldmique du temps, relative a la
n6gociation de 1824................. 404 439
Pi6ce T. Note sur le chef des Camisards ,
qui fit un trait avec Louis XIV....... 440 441
Pibce U. Documens relatifs a la reconnais-
sance de la R6publique d'Haiti, en 1825:
fetes donn6es a cette occasion ; pobmes
par des Haitiens ............ .... 442 479

Notice biographique sur le general Boyer,
president de la r6publique d'Haiti..... 480 488









NEGOTIATION


AVEC



SAINT- DOMINGUE.






A 1'6poque de la Restauration, en I8r4,
Saint-Domingue se trouvait s6par6 de la France
depuis vingt ans.
Cette colonie avait 6te la premiere a se res-
sentir du systeme d'apr6s lequel se dirigeait la
Revolution franqaise. Un grand nombre d'ha-
bitans propri6taires s'6taient prononc6s pour
les principles que l'on proclamait dans la mere-
patrie. De meme que les partisans de la RBvo-
tion de France, ils avaient cru qu'on pouvait
parvenir A la r6forme des abus, et profiter des
avantages que pr6sentait une si difficile entre-
prise. Ils ne voyaient pas que, dans un pays








soutenu par l'esclavage seul, et ou 1'on comp-
tait six cent mille noirs, quarante mille hom-
mes de couleur et cinquante mille blancs, des
qu'on d6truisait le prestige qui faisait toute la
force des derniers, un coup mortel 6tait port
f leurs int6rets et a leurs pr6tentions. Ils atta-
qu6rent les droits du monarque; 1'autorit6 du
gouverneur et de lintendant fut m6connuie.
Saint-Domingue, suivantl'exemple de laFrance,
voulut avoir son assemble d6libdrante;et celle
de Saint-Marc trouva ses plus ardens r6forma-
teurs parmi les principaux Colons, comme
l'Assembl6e constituante eut une parties de ses
orateurs les plus imprudens parmi les grands
seigneurs et les riches propri6taires.
Ce fut a cette reunion de Saint-Marc, que,
pour la premiere fois, on entendit prononcer
le mot d'independance : les proprietaires en
menacaient la m6tropole, impatiens de se gou-
verner eux-memes, en secouant une domina-
tion sans laquelle, cependant, leurs planta-
tions ne pouvaient subsister.
La conduite de l'assembl6e de Saint-Marc
finit par lesser le gouverneur. II employa la
force pour terminer les d6bats, et les d6putes
se haterent de se r6fugier a bord du vaisseau
royal. le Leopard, qui les ramena en France.







(3)
Avant cette~-4poque, un club colonials'6tait
deja 6tabli A Paris,'dans r'h6tel Massiac (i).
Compos6 de riches propridtaires de la colonies,
le club Massiac recut avec les plus vives dB-
monstrations les d6put6s expulses de l'assem-
blke de Saint-Marc. Parmi les membres du
club, figuraient quelques-uns des personnages
qui ont d6clame depuis, avec le plus de vio-
lence, centre tout project de trait entire les
ministres du Roi et ce gouvernement d'Haiti,.
qui n'eit jamais pu s'6tablir, si des Colons de
Saint-Domingue n'avaient pris l'initiative. Un
fait qui n'est pas moins remarquable, c'est
qu'au moment des premiers essais d'insurrec-
tion dans la colonies, ce furent les homes de
couleur, sous les ordres de M. le marquis de
Fontanges et du gouverneur, qui d6fendirent
avec une rare intrdpidit6 le gouvernement de
la mtropole, centre les pr6tentions des plan-
teurs et des blancs.
La conduite des Colons devait porter ses
fruits, dans, une contree qu'on ne pouvait main-
tenir sous le joug des lois existantes, des que


(1) Aujourd'hui la maison de M. Ternaux, place
des Victoires, No. 6.








(4)
I'on donnait aux esclaves l'exemple de l'insu-
bordination. Prononcer les mots d'ind6pen-
dance et de liberty, dans une semblable posi-
tion, c'etait parcourir ses propri6tbs une torohe
a la main; aussi l'incendie ne tarda-t-il pas a
6clater.
Les mulatres, voyant que les blancs ten-
taient d'arracher, a main arm6e, des conces-
sions au gouvernement du Roi, crurent pouvoir
lever centre eux des pr6tentions de la mdme
nature; et ils ne consentirent plus a supporter
1'6tat de reprobation oi le system colonial
avait tenu les hommes de couleur. Ils parlerent
de droits politiques, et ils finirent par les de-
mander avec 6nergie. Les blancs commenc6rent
alors a voir l'abime dans lequel on s'6tait pr6-
cipit6. Oblig6s de turner leurs armes contre des
principles don't ils n'avaient pas calcul toutes les
consequences, ils soutinrent avec courage la
lutte ou ils s'6taient engages et.dans laquelle
ils devaient n6cessairement succomber. Les
mulatres firent un appel aux noirs. L'insur-
rection s'etendit partout avec la rapidity de
r1'clair. On vit des noirs quitter la case de
I'esclave, pour se revetir des insignes du g6ndral,
et rivaliser avec les hommes les plus habiles
dans l'art de la guerre.







(5)
C'est de cette epoque,entr'autres, que datent
lesg6neraux Biassou et Jean-Francois, qui,
apres une guerre bien dirigee, consentirent a
se retire, et trouverent en Espagne, non-seu-
lement un asyle, mais un rang honorable. On
leur conserve leur grade, et ils furent portes
sur l'6tat militaire de cette puissance, avec leur
traitement d'officiers-generaux, jusqu'a leur
mort, qui arriva peu d'ann6es avant la restau-
ration.
Dans cette .circonstance, come en beau-
coup d'autres, 1'Espagne sembla se montrer
favorable l' insurrection des noirs et a l'ind6-
pendance de Saint-Domingue. Elle fut bien
6loign6e d'user envers la France de la reserve
don't nous. avons fait preuve a son 6gard, en
ce qui concern ses colonies de l'Amerique.
Quoi qu'il en soit, les partisans de la R6vo-
lution francaise profiterent habilement de '6-
lan que. ne pouvaient manquer de prendre vers
la liberty les negres esclaves. I1 ne fut pas dif-
ficile d'assurer le succes d'une guerre soutenue
dans l'intre't de six cent mille nofrs centre
cinquante mille blancs. Ces noirs recurent
bient6t des armes et des conseils : de sanglans
combats, livres chaque jour, amenerent la
ruine des blancs. Ce furent des guerres cruelles







(6)
entire des hommes d'une couleur diff6rente;
mais ii n'y eut point de guerre d6clarde a 1l
France par les noirs ou les mulatres de Sainti
Domingue. C'6taient d'anciens esclaves qui ne
voulaient plus porter leurs chalnes, et qui de-
mandaient a jouir des droits que les lois nou-
velles accordaient a tons les hommes.
Les commissaires envoys par les divers
gonvernemens qui se succedbrent en France,
pendant le course de la revolution, ne ndgli-
gerent aucun moyen d'aneantir a jamais cette
colonie, jadis si opulente. Ils y seraient .par-
venus,si Toussaint-Louverture,un des hommes
noirs dou6 de la plus rare intelligence, n'eut
eitrepris, avec une grande hardiesse, de se
mettre A la tate de ses compatriotes et de dB-
fendre les interets de son pays contre les in-
trigans qui cherchaient a tout ruiner pour
s'enrichir. I1 commence par. s'opposer :pel a
peu au gouvernement de la metropole; bient6t
il le meconnut tout-a-fait, et ne prit'phlis
conseil que de lui-mehie.
Le general Hedouville fut envoy, pari'
Directoire pour 'prendre le corimaindement
des troupes reuinies sous les ordres 'de Tous-
saint; mais celui-ci le fatigue par- des hesift-
tions et par des promesses. Le gn6hraI fran'ais,









arrive seul avec quelques officers d'etat-major,
ne tarda pas a sentir la fausse position oi il se
trouvait, et il prit le parti de revenir en Europe.
Toussaint-Louverture, maitre du terrain,
ne songea plus qu'h se consolider par de bonnes
lois, adapt6es aux circonstances et a l'tat du
pays qu'il allait gouverner. Loin d'expulser les
blancs, ainsi que le firent les gouvernemens
qui lui ont succ6dM il voulut mairtenir les
planteurs sur leurs habitations. Il d6clara aux
noirs-que la liberty n'excluait pas l'obligation
du travail; il leur assura pour salaire le quart
des revenues du sol cultiv6 par leurs mains.
Cdmme il avait senti que les blancs trouve-
raient difficilement le moyen d'exercer une
just sev6rit6 a 1'6gard des ouvriers affranchis,
nouvellement employs par eux, il se charge
lui-meme de ce soin. Ilnomma des inspecteurs
de la culture, espece de licteurs, qui parcou-
raient les habitations. Si elles se trouvaient n6-
glig6es, si les pieces de cannes 6taient final
tenues, ces inspecteurs infligeaient aux noirs,
don't cet examen constatait la paresse, und
punition que le maitre n'eut plus os6 ordon-
ner lui-meme, dans la crainte d'exciter une
insurrection.
Sur ces entrefaites, les Anglais, en guerre







(8)
avec la France, firent passer quatorze mille
hommes A Saint-Domingue. Ils vinrent A bout,
sans beaucoup de peine, a s'6tablir dans la
parties de l'Ouest, que leur livrbrent les Co-
lons. (Harcel6s sans cesse, tant6t par Rigaud,
tant6t par Toussaint, ils ne firent aucun pro-
gres; et, aprbs un assez long s6jour, pendant
lequel ils perdirent, par le climate, plus de la
moiti6 de leur arm6e, ils evacubrent le terri-
toire don't ils s'6taient empar6s. Cette exp6di-
tion leur couta plus de cent vingt millions de
francs.
L'6vacuation de Saint Domingue par les
troupes anglaises fut suivie d'une guerre entire
Toussaint et Rigaud. Le sud avait refuse de se
soumettre au gouvernement de Toussaint. Le
general Rigaud s'etait cre6, dans cette provin-
ce., une autorit6 a-peu-pr6s semblable aupou-
yoir-qu'exercait Toussaint sur le reste de 1ile,,
Mais, apres une guerre opiniatre, oui, de part
et d'autre, on peut citer des actions remar-
quables, Toussaint 1'emporta, et Rigaud fut
oblige de quitter le pays. II vint en France,
avec P6tion, Boyer, et d'autres homes de cou-
leur, qui ont marque ou qui marquent au-
jourd'hui, dans le gouvernement de la nou-
velle republique.







(9)
Rigaud fitide vains .efforts, en France, au-
pros du Directoire, pour que l'on envoyat des
forces militaires a Saint-Domingue contre Tous-
saint. Celui-ci ne cessait d'assurer les gouver-
nans de sa soumission et de son respect; mais
il n'en etait pas moins independent de fait. 11
continue d'user de ce pouvoir pour prot6ger
les propri6ets des blancs, comme celle des
noirs et des mulAtres. Cette 6poque n'est pas
une: des moins curieuses de l'histoire de la re-
volution.
Enfin arriva la paix d'Amiens, qui donna
au premier Consul les moyens de porter la des-
truction a Saint-Domingue; et ce malheureux
pays devint le theatre de nouvelles horreurs.
On ne retracera point ici les 6v6nemens
d'une. guerre si deplorable, quoique personnel,
jusqu'aujourd'hui, n'en ait parl :avec assez
d'impartialite. Nos soldats s'y sont couverts de
gloire, quand les g6enraux s'y couvraient de
honte; et pour les derniers, c'est une page a
dechirer de notre histoire.
Toussaint, qui s'6tait rendu de bonne foi,
ainsi que tous les g6neraux des diff6rens quar-
tiers, fut enlev6, conduit en France, empri-
sonn6 dans un chateau-fort, et il y mourut,
avec le secret du dcp6t de ses tr6sors.







( io )
La mauvaise administration, la cupidity de
quelques g6neraux francais h Saint-Domingue,
celle des employs civils, firent p'rir autant
d'hommes de notre arm6e que le climate meme.
Nos malheureux soldats expiraient de besoin
a l'h6pital, manquant d'eau pour se d6salt6rer,
quand le thermometre etait h plus de trente
degr.s.
La declaration de guerre de l'Angleterre a
la France ne tarda pas a d6cider une question
que le climate et la misere allaient juger sans
elle. Bientot les noirs, les mulatres surtout,
envers qui, nous devons le dire en rougissant,
on avait employee toutes les perfidies et com-
mis tous les crimes, lev6rent l'Mtendart de la
revolte. Les actes de cruaut6 qu'exercerent ces
hommes exasp6r6s ne furent que d'horribles
r6pr6sailles; et le massacre g6n6ral des blancs,
qui fait fremir l'humanite, fut atroce comme
les sanglantes boucheries qui 1'avaient provo-
que.
Par la mort de Leclerc, beau-frere du pre-
mier Consul, le commandement de l'arm6e se
trouva devolu au general Rochambeau, don't
la conduite aigrit encore davantage tous les
esprits. Ce nouveau chef capitula bient6t, et il
revint en France avec les debris de son armee.







( 11 )
Dessalines avait succed6 Toussaint, et il
s'6tait mis a la tete de I'insurrection, en pre-
nant le titre d'empereur. Le nom de ce mons-
tre execrable est encore d6test6 aujourd'hui,
meme parmi ceux qui furent ses complices,
ou bourreaux sous ses ordres.
P6tion, homme de couleur, ne put voir sans
fr6mir les crimes qui ensanglantaient son pays.
Dans Fint6ret de sa caste, il s'insurgea centre
le f6roce Dessalines. Maitre du Port-au-Prince,
et de la parties du sud, il en vint aux mains
avec l'arm6e du tyran. Celui-ci, dans plusieurs
rencontres, battit les troupes de Petion, et
s'empara du Port-au-Prince: mais un jeune
home, don't I'Age touchait encore a l'enfance,
tua Dessalines au milieu des siens.
Christophe le remplaqa: l'humanit6 ne ga-
gna pas beaucoup au change. Ce nouveau chef
se retira dans le nord, avec l'arm6e don't il
venait de prendre le commandment. P6tion,
qui se trouvait lui-mdme en d6route, ne son-
gea pas h l'inquieter au moment de la retraite.
Une n6gociation s'ouvrit entire les deux g6-
n6raux, qui gouvernaient Saint-Domingue. Ils
arretbrent qu'on s'occuperait d'une constitu-
tion r6publicaine. P6tion, renoncant a ses
droits, consentit a reconnaltre Christophe







( 12 )
comme president de la nouvelle republique.
Mais celui-ci refusa et resta dans le nord
avec son armee. I1 se porta ensuite sur le Port-
au-Prince. Pktion, qui voulut s'opposer a sa
march, fut attaqu6 inopinement, battu, et
force de se retire seul.
Boyer rallia larm6e sous les murs du Port-
au-Prince, et fit tete a Christophe, pendant
plusieurs jours. Potion arriva bientot avec de
nouvelles troupes: Christophe, forc6 de pren-
dre la fuite, se rendit a Saint-Marc et repoussa
toute idWe de republique; c'est la qu'il se donna
le titre de roi d'Haiti.
Potion, fut nomnm6 par acclamation presi-
dent de la republique. Ce fut alors qu'on vit
s'etablir dans le nord une monarchie absolue,
et une r6publique.dans le sud et l'ouest.
Tel 6tait 1'Ntat des choses, quand Louis XVIII
revint en France, au mois d'avril x8i4. Un
des premiers soins de son gouvernement de-
vait 6tre de s'occuper de Saint-Domingue: le
seul int6ret du commerce 1'aurait exig6, quand
meme le sort des Francais d6pouilles n'eft pas
command quelques measures.
M. Malouet fut le premier des miiiistres qui
s'occuperent de cet objet: la France aurait ga-
gn6 beaucoup h ce qu'il eut laiss6 une tache








( 13 )
si importante- ses successeurs. Ce ministry
avait Wte dou6 d'une Ame forte, grande et g6-
nereuse; mais il se trouvait dans un 6tat de
decr6pitude absolute, quand il fut appel6 au
conseil. Oblig6 de ceder a l'influence bureau-
cratique, pour la conduite des affaires, il les
laissa tomber dans les mains de quelques hom-
mes qui firerit preuve d'une incapacity bien
furieste. On charge des commissaires inep-
tes et meprisables de porter a Saint-Domin-
gue les paroles de paix du ministry, et on leur
donna des instructions aussi 6tranges que le
choix des n6gociateurs.
Le premier de ces diplomats, le sieur
Dauxion-Lavaisse, avait le grade de colonel et
les moeurs d'un espion.
Le second, nomm6 Draverman, 6tait un per-
sonnage obscur, subalterne et ignorant, sur
la place de Bordeaux.
Le troisieme, une esptce d'aventurier, a
continue de rester inconnu jusqu'aujourd'hui.
On ne sait que son nom, son origine et sa
triste fin. Le malheureux Franco-Medina 6tait
d'une famille espagnole.
Les directeurs de l'op6ration comprirent,
sans doute, que c'eut ete blesser trop ouverte-
mentles convenances, que d'expddier des com-







( i4 )
missaires de cette espece par des vaisseaux du
Roi: on aurait trouve, cependant, assez na-
turel que S. M. en faisant connaitre ses inten-
tions royales h une colonies de la France, y en-
voyat des agens avec son pavilion. Mais, dans
cette mission, tout devait 6tre absurde : les in-
dividus charges de po uvoirs du ministry fran-
cais eurent ordre de passer par l'Angleterre:
ils s'embarquerent sur un paquebot anglais,
a Falmouth; et, apres avoir touch6e la Bar-
bade, a Sainte-Lucie et h Curacao, ils d6bar-
querent a la Jamaique.
Dauxion-Lavaisse, chef de la mission, prit
le titre d'agent principal du ministry de la ma-
rine et des colonies; et il ecrivit en cette qua-
lit6 au president Potion, sans expliquer l'objet
de son voyage.
Aussit6t que, Ption eut connaissance de l'ar-
rivee des commissaires francais, il se hata
d'inviter M. Dauxion-Lavaisse, rest h Kingston
avec M. Draverman, a se rendre au Port-au-
Prince; il freta meme un batiment pour prendre
l'envoy6, qui fut recu avec tous les 6gards duis
A ce caractere. On continue la correspondence
a Saint-Domingue.
Cette correspondence de Dauxion-Lavaisse
est sans dignity, comme sans raison. Ses let-







( i5 )
tres h Christophe sont encore plus ridicules' ().
Dauxion-Lavaissel y retrace les avantages assu-
r6s a ceux qui se soumettraient les premiers
A l'autorit6 de la France.
Le Roi, dit-il, qui veut que partout le bien
, se prenne ofi il peut se trouver, agira, n'en
. doutez pas, commeles monarques d'Espagne
et de Portugal, qui, par des lettres de blancs,
a donnent A un individu, de quelque couleur
Squ'il soit, r'tat d'un individu blanc. Sa puis-
, sance royale qui a 6gal les Ney, les Soult,
, les Suchet, les Dessoles aux Montmorency
, et aux Rohan, par un acte de munificence
, et d'&quit6 auquel la France applaudit, peut
n 6galement rendre un homme noir, oujaune,
semblable devant le trbne et aI loi, et dans
, les habitudes sociales, A l'homme le plus
a blond de la Picardie ).
Le feroce Christophe, peu touch d'une offre
si s6duisante, fit pier par des 6missaires l'ar-
riv6e du troisieme agent du ministry Malouet.
Franco-Medina, d6barqu6 dans la parties espa-
gnole de I'lle ( a Monte-Christe), fut enleve sur


(i Ces pieces n'ont jamais te6 publides en France.
Nous les donnons ci-aprbs sous la lettre A.








( 16 )
ce territoire, avec tousles papers don't il 6tait
porteur, et on le conduisit au Cap.
Les instructions de M. Malouet furent trou-
vees sur ce malheureux, avec des notes qui
6taient bien faites pour irriter les esprits (i).
MNdina fut mis aux fers; il subit un interro-
gatoire (2). On exposa le prisonnier pendant
plusieurs heures dans l'eglise paroissiale ten-
due en noir. La, on le fit assisted a une messe
de Requiem; cette c6r6monie termine il fut
livr6 aux geoliers, et apres plusieurs semaines
de souffrance il p6rit en prison.
Christophe publia toutes les pieces qui
avaient motive un pareil acte de barbaric; les
instructions, les notes, l'interrogatoire, il en-
voya tout A P6tion: celui-ci, qui avait. de6j
rompu avec Dauxion-Lavaisse, lui en pr6senta
le recueil. Dauxion avoua les pieces. P6tion,
ne voulant pas abuser de la- position de cet
agent minist6riel, ni exercer le droit rigoureux
de le traiter en espion, se content de lui no-
tifier que d6sormais les intentions de la France



(i) Voyez ces pieces lettre B.
(2) L'interrogatoire de Medina se trouve ci-apres, sous
la lettre C.







( 17 )
etant connues, la republique d'Haiti allait se
preparer a la defense; et il le fit reconduire a
Kingston, par Ie mdme navire qui avait 6t6 le
chercher.
C'est ainsi que se terminal une mission a la-
quelle on peut attribuerla perte de toutes nos
esperances pour cette colonie.
Quand le Roi eut connaissance de ce qui s'-
tait passe, il en temoigna son mecontentement
et donna ordre au ministry dela marine de desa-
vouer publiquement tout ce qu'dn avait fait (i).
On n'alla pas plus loin, pour ce qui concerhe
Saint-Domingue, a l'Fpoque de la premiere
restauration. Les cent jours emnpech&rent nd-
cessairement toutes les suites de cette affaire :
on cessa meme de s'en occuper jusqu'en 18r6.
M. Dubouchage, devint ministry de la ma-
rine; et la direction des colonies fut' confide A
un homme 6claire, don't les vastes connais-
sances, en matieres commercials surtout, lui
firent apprecier les avantages que pouvait pr6-
senter encore Saint-Domingue. M. Portal s'oc-


(i) Ce desaveu a &te insedr dans le Moniteur du i o jan-
vier 18 5. Voyez, I'article textuellement, aprs l'inter-
rogatoire de Medina; pieces justificatives, lettre C.







( i8 )
cupa d'abord de r6parer les fautes que l'inex-
p6rience de son pr6d6cesseur avait laiss6 com-
mettre. II sut toujours se d6fier des conseils de
ces anciens Colons, don't le radotage politique
ne pouvait admettre que Saint-Domingue n'6-
tait plus ce qu'il fut autrefois.
Cependant M. Portal ne se trouva pas me-
diocrement embarrass par les d6marches faites
sons le ministbre pr6c6dent : car, ce qu'on ap-
pelle une affaire.gate sera toujours plus diffi-
cile reprendre, qu'une affaire neuve n'est diffi-
cile a conclure. II1 fallait persister, avant tout,
a consid6rer comme 6trangeres r'administra-
tion du Roi les d6marches qu'on avait essayees
sous M. Malouet. Le d6saveu public dans le Mo-
niteur du o janvier 1815 indiquait assez que
la mission de 1814 6tait un acte hasard6 avec
une 16&gretW deplorable: cette mission n'avait,
d'ailleurs, ni le caractbre ni les forces qui ap-
partiennent aux actes d'un grand gouverne-
ment.
Le ministere prit le part d'envoyer B Saint-
Domingue des commissaires au nom du Roi,
pour tenter de rattacher cette colonie a la m6-
tropole.
Le Roi nomma plusieurs commissaires; mais
on a vu, depuis, par tout ce qui s'est pass,







( 19 )
que l'Ame de la niegociation etait M. Esman-
gart, conseiller d'6tat attache a la marine, et
qui avait une connaissance particulire des
questions coloniales et de cette 16gislation.
M. le vicomte de Fontanges, officer g6enral,
chef apparent de la mission, avait command
a Saint-Domingue, dans le principle de la r6vo-
lution; il s'6tait acquis l'estime et la reconnais-
sance des hommes de couleur, par son esprit
conciliant et par son zele a les proteger centre
les vexations et les injustices. Les autres com-
missaires n'ont paru en aucune mani6ie.
Les n6gociateurs parties de Brest, vers la fin
d'aout, a bord de la frigate de quarante ca-
nons la Flore, et ayant a leur suite deux ba-
timens 16gers de vingt canons, entrerent au
Port-au-Prince, dans les premiers jours d'oc-
tobre. On volt, par leur premiere lettre (1),
que, des le moment de leur arrivee, ils enta-
merent la n6gociation avec le president PWtion.



(i) Les pieces relatives A cette second nigociation
furent publides a Saint-Domingue, parzordre du president
Petion : on n'en a pas encore imprime textuellement le
recueil en France. Nous le donnons a la fin du volume,
sous la lettre D.







( 20 )
L'on ne connait de cette affaire que la corres-
pondance qui fut imprim6e alors; mais au,
cun rapport des commissaires n'a 6tW public:
on ignore donc absolument 1'etat dans lequelils
ont trouv le pays, ainsi que les dispositions du
gouvernement de Saint-Domingue et des habi-
tans. II est ktonnant que le ministere frangais
n'ait rien fait paraitre, a cet 6gard, ni meme
rien communique aux chambres. En Angle-
terre, on aurait force les ministres A s'expli-
quer sur des matieres si importantes. Mais en
France, dans notre gouvernement constitu-
tionnel, ii est recu que les ministres nous ap-
prennent tout just ce qu'ils ne veulent pas
catcher, et nous ne savons ordinairement que
par les dpbats du parlement d'Angleterre, ou
par les journaux de ce pays, les choses qui
touchent de plus pros a nos int6rets et qui se
passent chez nous.
L'on voit, par la correspondence de MM. Es-
mangart et de. Fontanges, avec P6tion, que le
but principal de la mission 6tait de faire ren-
fre la f -:colonrie soiu la souveraineti diu i i.
iais Te'Tfomment' s trouvait peutaiai iBl Y poir
unh piareille proposition. L'arrivee des ring6-
ciateurs avait eu 'leii trois 6i-'q latr j'o*'rs
avant celui qui 6tait fix6 dans la'republique







S21)
pour le renouvellement du serment d'ind6pen-
'dance (i). Ils prirent alors le part de mettre
a la voile pour. communiquer h Christophe
l'objet de leur voyage.
A leur retour au Port-au-Prince, ils firent
part h P6tion de leur tentative aupres de Chris-
tophe et de la lettre qu'ils lui avaient ecrite.
Les commissaires paraissent ne s'etre presen-
t.s qu'd l'entr6e de la rade du Cap, sous le fort
Picolet, et avoir gagne le large, voyant l'inuti-
lit6 de leurs signaux pour faire arriver un pi-
lote, Ils laisserent h un capitaine americain le
soin de remettre au Cap leur lettre adress6e A
Christophe. Celui-ci, en publiant l'apparition
des commissaires (2), leur reproche surtout
leur manque d'usage et de civility : il s'etonne
qu'un conseiller d'etat de Sa Majest6 trfs-chr6-


(i) On venait de modifier I'acte constitutionnel.
Comme ii n'a pas &t6 apportd le nioindre changement au
pacte social d'H:'iti, depuis. 816, et que ses disposi-
tions continent A Atre observes dans toute l'etendue
actuelle du territoire, nous avons cru devoir insurer
ici cette loi fondamentale de la republique. Voyez
lettre E.
(2) Voyez les pieces publiees par Christophe sous
la lettre F.







( 22 )
tienne puisse ignorer qu'en 6crivant h un roi,
on l'appelle majesty, et non pas general, come
M. Esmangart se l'etait permis.
Les commissaires, d'aprbs les dates de leur
correspondence, ont passe vingt-cinq jours au
Port-au-Prince. Ils n'ont trait que la question
de la souverainet6. On voit, cependant, qu'ils n'y
tiennent que pour l'honneur du principle. Dans
leur derniere lettre surtout, qui est une piece
remarquable, ils font des concessions que le
gouvernement de Saint-Domingue, dans son
interet, aurait pu accepter: elles lui pr6sen-
taient des avantages bien sup6rieurs A ceux
que la France eit recueillis d'un trait fond6
sur ces bases. En effet, a quoi nous aurait servi
un simulacre de souverainet6? Elle eut 6t6
sans cesse compromise; nous n'y aurions trouv6
qu'une source d'outrages, impossible a ven-
ger. D'ailleurs, lorsqu'un people tout entier a
secou6 les chaines de 'esclavage, que ses an-
ciens patrons viennent lui offrir leur protec-
tion, cette offre, il faut etre just, doit lui pa-
raitre fort suspect; on peut trouver asseznatu-
rel qu'il pr6fbre les chances d'une position pre-
caire a celles d'une position plus rassur6e; il a
raison de craindre qu'on ne lui impose bien-
t6t un joug de fer. Pourquoi nous 6tonner que







( 23 )
les habitans de Saint-Domingue aient r6pondu
par un refus?
Mais, si la n6gociationi n'a pasveu pour re-
sultat de nous rendre une souverainet insou-
tenable, elle a du moins retabli la confiance,
chez un people qu'on en avait 6loignepar des ac-
tes anterieurs, -et r6cemment p a la mission
de Dauxion Lavaisse. Le caract6re liyal et pa-
cifique des deux commissaires'de :r8 6 a trap-
proch6 de la France les esprits les plfs exas-
pbr6s k Saint-Domingue. C'est depuis cette 6po-
qule seulement que les relations co6m'erciales
ont commenc& a se r6tablir. Le bon accueil
que requrent les Franais, appel6s dans cepays
pour des affaires de commerce, offrit bient6t
un contrast frappant avec les manieres peu
engageantes que le moindre des noirs avait cou-
tume de prendre envers eux quelques mois au-
paravant. Tout le monde parla d6sormais avec
beaucoup d'6gards du goiivernement francais,
et regretta que le trait fi'eut pas ,6t conclu.
Malgr6 les paroles pacifiques des commissaires,
en quittant le pays, chacun craignait le res-
sentiment de la France. On redoutait surtout
que certain Colons furieux ne vinssent a bout
d'induire en erreur le minist6re sur la possi-
biUit6 de la conqukte a main arm6e.








,i Dqonsequence de ces idess s pr6paratifs
-de defense redoublrent d'activit;: les maga-
sips,,d6jht bieA fournisi, furent encore appro-
.vji1iQnngs danv$tage; et Petion., pour :imposer
bilenc.e cAux qui.; 1'aCgquaient de trahison,a
-ausedeses communications avec les Frae.ais,
,ne negligpa aucun moyen de rechaufferle zele
de !a ppu nation, et de la porter: une r6sis-
tarnck %goureuse. ; : ,. :
P P dant le sejour des commissaires au Po t-
au-Prince, les agents de I'Angleterre avaienttout
mis :en a:oclre :afin d'exciter et d'evtretenij la
d6fiancedu people contre les negociateurs. ls
q'6taient, rime rendus,:;la,.porte de la maison
-de Bios:envoy6s, a pine, arriv s, et ils y vocif-
:iaient: les, injures les plus .giossieres, esp6-
rant ainsi faire cimmnettre quelqu(es, ;excs par
.,k people ,anmeut6. ,Mais le ,caline; que;raiontra
M,; Esmangart, en sortantd chezi' l.uji: pipo se
presenter i la multitude, inmposa aux gens qti
criaient avec le. plus de furie; aucun n'osa l'in-
ssulter, personnellement; et P6tion, qui venait
d'etre instruit de. ce quisepassait, epvoya un
de ses aides-de-camp avec unwd6tachement.
Deux ou trois Anglais, provocateurs: du :tu-
multe, furent enlev6s et mis en prison.
Les commissaires se virent: toujours traits,







( 2 )
depuis, avec les plus grands 6gards. On les ijn
stalla dans la demeure d'un des aides-de-camp
du president. ls avaient spir et mating un grand
nombre de convives. ls recevaient h leur ta-
ble presque t~us les Frangais qui venaient a
Salipt- Domingue pour y renouer quelques, re-
lations commercials. Leur ton affectueux met-
tait chacun a.son aise; et si quelqu'un se per-
mettait soit une expression, soit une opinion,
qui aurait pu..blesser la population indigene,
ils,,savaient oter.aux indiscrets 'envie de ha-
,sarder quelque sortie dOplac6e.
La. frigate et le brick mirent A la voile sans
*que les negociateurs eusSent rien termin.. On
continuea d'avoir pour eux, jusqu4au dernier
momentt,,. les; guardss auxquels ils aaient
droit; et sile gouvernement d'taiti eut lieu de
Srendre bommage. 4la manpire don't ils avaient
conduit la n gqciatipn, ils n'eurent point de
lepr cbte a se plaindre de;lu.. ,
fregate ut vititueiles cqo~l p espagnoles
elle qrst. plwsieurs semaines a croise: dans, le
golfe, du. Mexique,, avec les deux bitimeps 1-
gers qil 'accompagnaent. Cette crpisiere.donna
une rive inquietude a Bolivar, qui se, tropvait
au Port-au-Prince ayec.plusieurs Mexicaips. Ils
crurent qu'on voulait. intercepter, la rouie a








( 26 )
Mina, parti quelques jours auparavant, a bord
d'un vaisseau ayant pavilion anglais; et comme
un batiment de guerre espagnol 6tait sorti en
meme temps de la Havane, on le crut destiny
A joindre cette petite division francaise, pour
balayer le golfe et arreter les secours qu'atten-
daient les Ind6pendans. Bolivar, qui avait quitter
son armee apres I'6chec qu'elle venait d'eprbu-
ver, et qui etait revenue seul aux Cayes, i bord
de I'escadrille de Brion, avait recu du g6n6ral
Arismendi I'annonce de quelques avantages rem-
portes sur les royalistes; on hli mandait que
I'armBe l'attendait avec impatience; et comme,
dans un moment d'effusion de joie, il avait eu
imprudence de r6pandre cette nouvelle, il se
persuade que la frigate francaise chercherait,
sous un pretexte quelconque, a visiter le bati-
ment qui le portrait et a s'en emparer. II ne
fut pleinement rassur6 que lorsque plusieurs
navires arrives au Port-au-Prince eurent donned
l'assurance qu'on ne voyait d'autres batimens
de guerre dans le golfe qu'une frigate anglaise
et le vaisseau 1'Hercule, part de la Jamaique
pour porter des munitions a la cote ferme.
Tout a prouve, depuis, que cette crainte sur
les batimens de guerre francais etait sans fon-
dement; car ils rentrerent A Brest, sans qu'on








( g7 )
ait oui dire qu'ils eussent exert6 la moindre
hostility contre les Mexicains.
Le gouvernement francais, au retour des
commissaires envoys h Saint- Domingue, ne
laissa rien publier sur leur mission; et les me-
sures qu'il prit, loin d'annoncer l'intention de
se venger, furent au contraire des measures de
bienveillance. Le commerce, dans tous les ports,
essaya quelques armemens, qui prirent chaque
ann6e de l'accroissement. Soixante-dix bati-
mens et quinze cents marines ont ete employes
a cette navigation, en 1824. Le commerce ne
s'est fait que sous pavilion neutre; mais, pour
favoriser les operations, le gouvernement ne
percut d'abord les droits d'entree que sur le
pied des denrees venant de nos colonies. Le
but de cette decision 6tait bien 6videmment
de multiplier et de faciliter les moyens d'exp6-
dier pour Saint-Domingue les products de nos
manufactures, et de les repandre dans les miles
voisines et sur le continent de l'Amerique du
sud.
La measure parut politique autant que bien-
veillante. Depuis trente ans, les contrees don't
ii s'agit, 6taient s6parees de la France, par la
guerre. L'industrie, qui a singulierement aug-
menti sur notre sol, avait besoin de d6bou-







( 28 )
ch6s; celui-la devait s'ouvrir : et si le fisc perl
dit quelques recettes sur les douanes, l'Itat y
trouva une ample compensation dans le moyen
qu'il se cr6ait d'entrer en concurrence avec les
fabriques de l'Angleterre, qui pouvaient seules
fournir autrefois les marchandises de toute
nature pour la consommation de ces pays.
Un autre r6sultat, c'est d'avoir augment le
cabotage, ce qui donne toujours le gouit de la
navigation a la jeune population qui borne
nos c6tes; gout qui ne se perd plus, quand on
l'a contract d6s l'enfance. On a fourni ainsi h
un plus grand nombre de matelots, une occa,
sion de naviguer au long course, et on a pre-
par6 pour nos armies navales, des hommes
exp6riment6s et habitues aux fatigues dela mer.
C'est un soin auquel la France ne saurait trop
employer ses ann6es de paix. On avait done fort
bien jug6 que dans le deficit du revenue (des
douanes, il ne fallait pas voir la question pu-
rement financiere, mais un grand r'sultat po-
litique et commercial.
Les Colons de la Martinique et de la Guade-
loupe, qui voudraient que la metropole ne re-
qht jamais que leurs denr6es, au risque, pour
les consommateurs, de les payer fort cher,
puisqu'elles ne suffisent pas aux besoins de la







( 29)
consommation, crierent bien haut contre cette
measure. Ils soutinrent que tous les cafes qui
se transportaient de Saint-Domingue en France,
6taient des cafes de Cube et de la Jamaique,
ou des autres colonies anglaises, d'ou l'on en-
voyait cette merchandise h Saint- Domingue
pour 6tre introduite en France, a l'abri d'un
droit peu Oleve. Les personnel qui ne connais-
saient pas Saint-Domingue, crurent que cette
clameur m6ritait l'attention du gouvernement.
Quand on est instruit de la position d'Haiti, on
sait que le revenue principal de la r6publique
est celui des douanes; que le fisc de cette ile,
en laissant introduire les cafes strangers, pour
les transporter en France, libres des droits d'en-
tree et de sortie, eut perdu des sommes considd-
rables, et qu'en outre les cafes du pays meme
auraient 6prouve une baisse tres-forte, par
la concurrence. En n'admettant pas que le gou-
vernement d'Haiti fit une pareille faute, il de-
venait incontestable que les strangers qui au-
raient entrepris ce pr6tendu commerce, ne
pouvaient que se ruiner, puisque les Anglais
avaient a payer 7 p. cent d'entr6e et 7 p. cent
de sortie, et les autres nations 12 p. cent, .
chacune de ces operations; certes la remise du
demi-droit, en France, ne les aurait pas in-







( 50 )
demnisbs. C'6tait done une supposition ab-
surde, que celle d'un pareil traffic, au detri-
ment de la France et des colonies qui lui res-
talent.
L'ordonnance, qui du reste a 6t6 pen con-
nue, et don't on ignore la date, fut rapport6e
pour un autre motif. On s'apercut d'un abus
tres-grave. Dans les derniers temps, il fut re-
connu que tous les retours se faisaient pour
le compete des strangers, qui profitaient du
faible droit. Mais avant de prendre un parti de-
finitif, il eCt Wte plus sage de rechercher la
cause de l'abus; on aurait bient6t reconnu
qu'elle provenait des entraves qu'6prouvait le
commerce francais a Saint-Domingue, non-
seulement par les droits disproportionnes aux-
quels nous 6tions assujetis, mais encore par le
prix enorme que le tarif des douanes donnait
a nos marchandises. Cependant l'abus n'avait
lieu que depuis peu de temps ; car jus-
qu'en 1821, les Anglais n'auraient pas trouv6
quatre tonneaux de fret a bord de nos navires;
les cargaisons de caf6 se rapportaient en re-
tour des marchandises fabriquees en France:
la defiance ne s'etablit enfin que par nos h6-
sitations perp6tuelles a terminer une affaire
que ron continuait de n6gocier au vu et au







( 53 )
su de Saint-Domingue : alors nos commercans
diminuerent leurs envois, et ils ne trouverent
plus, dans leurs faibles cargaisons, les moyens
de se procurer du retour. Encore si le gou-
vernement, avant de donner suite A ses nego-
ciations, est exig6, comme preliminaire in-
dispensable, que provisoirement les droits
comme les tarifs seraient d6termines, 1'Ntran-
ger n'aurait pas trouv6, sans doute, le moin-
dre fret a bord de nos navires, et toutes nos
affaires auraient prosper. Mais les Colons de
la Martinique n'auraient pas Wte satisfaits. Il
est reconnu, cependant, que dans l'6tat ou se
trouvent les Antilles, celles de nos anciennes
possessions que nous y avons conservees
nous sont plus on6reuses qu'utiles, et qu'elles
content chaque ann6e a la metropole une mise
dehors de plus de deux millions, et ensuite,
par la reduction de nos douanes, en faveur
des productions de ces miles une perte de
plus de douze millions. Malgri tant de sacri-
fices, le commerce interlope se fait presqu'ou-
vertement, et les Colons 616vent chaque jour
de nouvelles r6clamations.
Au milieu de toutes ces difficulties, et depuis
la suppression de l'ordonnance qui nous pre-
sentait un veritable advantage, on ne vendit







( 32 )
plus que pour l'etranger; les caf6s n'entrerent
plus qu'en entrep6t, et le gouvernement qui
voulait percevoir io p. cent an lieu de 7, finit
par ne plus rien recevoir. En 1824 encore, il
partait, chaque semaine, au moins, un vais-
seau pour Saint-Domingue; dans les six pre-
miers mois de 1825, on n'en a presque plus
exp6di : tout s'est vendu pour l'exportation.
Il serait curieux de voir la difference qu'on a
6prouv6e dans la perception des douanes.
Si, d'une part, le fisc y a perdu, les con-
sommateurs, a coup sur, n'y ont pas gagne;
c'est un process qui a tourn6 tout r'avantage
des Colons de la Martinique et de la Guade-
loupe; ils ont r6ussi a 6tablir le principle que
la m6tropole est faite pour les colonies.
L'on ignore ce qui s'est passe entire le gou-
vernement francais et celui d'Haiti, depuis le
retour des commissaires en France jusqu'au
moment oA une revolution, provoqu6e par la
barbarie de Christophe, amena la chute de ce
tyran.
La seule chose remarquable dans cet inter-
valle a et6 la mort de P6tion et l'avenement de
to6yer la pr6sidence. L'arrivee des derniers
commissaires avait fait une impression pro.
fonde sur Petion. Son refus des avantages








( 53 )
que proposaiehit les commissaires, laissait pe-
ser sur sa tte une responsabilit6 qui l'effrayait.
Ce refus, cependant, partait d'un coeur droit;
personnel ne 1'accusera jamais d'avoir agi par*
d'autres motifs que ce qu'il croyait le bien de
son pays. Mais, depuis ce moment, il tomba
dans un. 6tat complete de consumption, qui le
fit bientot p6rir(i). Sa mort, qui excita des re-
grets universels, aurait pu amener des trou-
bles dans un pays nouvellement coristitue;
mais l'interit de la conservation commune fit


(i) La memoire de cet excellent homme sera toujours
en ve6nration chez le people don't ilfut le pere platot que
le chef. On lui a 'levd un tombeau de marbre, sur la
place du gouvernement, au Port-au-Prince. Ce monu-
ment est adosse au jeune palmier, symbol de la liberty,
que Pdtion avait plant de ses mains. On y descend par
quelques gradins. La sont apportees et renouveldes,
chaque jour de l'annee, des fleurs de franchipaniers,
par les soins de la veuve de Petion secondee, dans
ce culte pieux, par tous les habitans de la capital
et des mornes environnans. Le people a dkcernd des
pensions considerables A la famille du fondateur de
la constitution haitienne. Les rdpubliques ne sont pas
toujours ingrates. Voyez l'dloge funebre de PNtion,
,ous la lettre G.







( 54 )
comprendre A chacun, que la discorde ouvri.
rait l'entr6e de la r6publique A Christophe ou
a la France. Boyer qui commandait en chef
1l'arm6e de l'Etat, prit I'initiative sur la mar-
che que devait suivre le gouvernement. Il con-
voqua le s6nat, pour qu'on euit a proceder A
1'61ection du successeur de Petion. Plusieurs g6-
n6raux pouvaient prktendre cette dignity, soit
par I'anciennet6 de leur grade, soit par le nom-
bre de voix qu'ils comptaient pour eux dans le
s6nat. Les noirs desiraientde voir porter A cette
pr6sidence un homme de leur couleur. Boyer
6tait appuy6 surtout parles mulAtres, etles noirs
favorisaient G6deon, g6n6ral de division, com-
manidant a Logane; depuis long-temps on pa-
raissait croire qu'il existait quelque m6sintel-
ligence entire lui et Boyer. Appel6 comme se-
hateur A donner son suffrage; Ged6on avait,
par sa position, de grandes facilitbs pour sou-
tenir ses droits. Mais l'amour du bien public
1'emporta chez lui sur toute autre consid6ra-
tion; il prit la parole dans l'assembl6e, et dit
que I'opinion qu'il allait emettre serait d'au-
tant moins suspect, qu'on semblait ne pas le
croire parfaitement d'accord avec Boyer; mais
que, dans une circonstance d'un si haut int6-
r't pour la republique, chacun- devait laisser







( 55 )
dec6bt6ses affections particulibres;qu'il avait des
droits A la pr6sidence, mais qu'il reconnaissait
que Boyer avait 6te constamment le conseil et
l'ami de Petion; que c'6tait A eux que la repu-
blique devait 1'etat de prosp6rit6 oi elle se
trouvait; qu'ainsi il reconnaissait Boyer comme
l'homme le plus capable de conduire les af-
.faires de l'ltat; qu'en consequence il lui don-
nait sa voix, en invitant tous les s6nateurs,
.qui pouvaient avoir eu d'autres intentions, a
ne plus songer a G6d&on, que pour v6ter
.comme lui. Ce movement genereux valut a
Boyer d'etre Blu par acclamation. Les nations
europeennes, dans les plus beaux si6cles de
leur histoire, pourraient citer peu d'exemples
comparable a ce trait du brave et noble G6-
deon.
Les cruaut6s deChristopne avaient tellement
indispose les chefs de son arm6e, que tous
cherchaient a secouer le joug. Un noir, nom-
m6 Richard, cr66 due de la Marmelade (i) et



(x) Pour ne pas interrompre l'exposd des faits qui ont
'rapport-aux negotiations, on renvoie aux pieces justifi-
catives, lettre H, les details curieux qu'on a recueillis
sur la cour du roi Christophe.







( 56.)
commandant de la ville du Cap, conqut le pro-.
jet de renverser le souverain d'Haiti et de se
placer sur le tr6ne. Parmi les hommes qu'il
voulait employer a l'ex6cution de ce dessein,
le colonel Paulin, du huitieme regiment d'in-
fanterie, le servait avec le plus de d6voument.
Soit que Christophe eut pen6tr6 le complot,
soit qu'un caprice lui rendit suspect cet offi-
cier, Paulin fut arr&te. Richard, tr6s-alarme,
press le movement qu'il m6ditait et fit lever
1'6tendart de la r6volte, par le commandant de
Saint-Marc, qui se mit sur-le-champ en com-
munication avec Boyer. L'insurrection aurait
6t6 promptement r6primee par Christophe, si
Richard n'euit op6r6 h propos une diversion
qui paralisa tous les efforts des partisans du
despite. Bient6t I'exemple que venait de don-
ner Richard, fut suivi par plusieurs comman-
dans des divisions. Christophe Btait malade;
cependant, lorsqu'il requt la nouvelle de la r6-
volte, qui avait deja gagn6.sa capital, il voulut
monter a cheval et se mettre a la tete de sa
garde, qu'il croyait encore fiddle; mais ses
sold's refuserent d'obeir. II, comprit alors
que tout espoir 6tait perdu pour lui et qu'il
avait cess6 de regner; pour ne pas tomber
dans les mains de Boyer, il n'h6sita point A se







( 57 )
brfiler la cervelle. I1 fut aussitot jet6 par les
siens dans une ravine, odi ilresta sans sepulture.
Boyer n'avait point perdu de temps pour
profiter de l'insurrection. II arriva au Cap. Ri-
chard, qui voulait s'emparer du pouvoir et
constituer un gouvernement separ6 de celui
de la republique, engagea tous les g6n6raux `k
empecher la reunion du Nord a l'autre parties
'ile. Mais la prompted march des troupes de
Boyer et sa presence empech6rent le part de
se former. Les regimens, sur la route et a tous
les postes, poserent les armes et ne les repri-
rent que comme soldats de la RBpublique. Le
fils de Christophe, qu'on appelait le prince
royal, apr6s avoir joui de sa liberty .pendant
quelques jours, perit en prison par les mains
du people, quoique le president Boyer eut
cherch6e le sauver. La reine, et sa fille qui
avait pris le nom de princess Athanais, furent
conduites au Port-au-Prince, oi elles affecterent
de vivre du travail de leurs mains, quoique le
president efit pourvu h leur su'ret6 en leur
donnant une maison et une garde, et qt'il se
fit empress de fournir a tous leurs besoins.
L'Angleterre, comme l'ancienne allide de ce
roi, accord plus tard aux tristes debris de
sa famille, un asile et une pension.







(&)
Boyer trouva des tresors immenses au Cap,
ou plut6t dans la forteresse de laFerrire ,que
Christophe avait fait construire a grands frais.
I y eut bien quelque pillage, au moment de
la mort de Christophe; mais la terreur de son
naVm r6gnait encore dans son palais, et l'on
doit attribuer A ce sentiment la retenue du
people.
Pendant son sejour au Cap, Boyer recut
plusieurs invitations des habitats de la parties
espagnole, pour venir prendre possession de
leur territoire et le r6unir a la R6publique : il
s'y refusa, ne voulant pas commettre d'hostilit6
a Plgard de 'Espagne, don't il n'avait pas A se
plaindre. Plus tard, il se d6cida, cependant, a
prendre ce parti, qui alors part commando
par la n6cessit6.
Boyer, aprbs s'etre mis en possession des
tr6sors de Christophe au nom de la R6publi-
que, s'occupa d'organiser l'arm6e; il r6unit les
soldats qui d6sertaient de toutes parts, pour
jouir de cette liberty don't on leur avait pair16
si long-temps en les retenant dans le plus dur
esclavage.
Quelques mois auparavant, il s'6tait d6bar-
rasse d'un negre partisan, nomm6 Goman, qui,
depuis plusieurs ann6es, harcelait sans cesse







( 39 )
les troupes places sur les limited des mon-
tagnes occupies par ses bandes, du c6t6 de
Jeremie. Force dans ses derniers retrancheT
means, ce partisan se pr6cipita du haut des
rochers, et delivra ainsi la Republique d'ui
ennemi dangereux. Boyer, au lieu de fair fu-
siller les soldats de Goman, qui s'"taient ren-
dus a discretion, leur donna des terres et les
moyens de les cultiver, et il s'en fit des amis..
Le president devait croire qu'apres ces deux
&v6nemens ,i n'allait plus avoir qu'4 s'occuper-
d'organiser les pays qui venaient de se. south.
mettre A ses lois. Mais quelques hommes de
la cour de Christpphe, regrettant les honneurs.
et les. titres don't ils avaient joui sons le tyran,,
excitbrent une r6volte. Richard, le ci-devant
duc de la Marmelade, que Boyer avait confir-
me dans son grade de general de division, enlui
confiant mente le commandement du Cap, ne
cessa de manifester un esprit d'hostilit6. I1 y
eut au Cap quelque fermentation, qui fut ap-
pais'e par les soins du g6enral Magny (i). Le



(i) ( est le meme general Magny qui vient de donner
de nouvelles preuves de divouement au chef de la Rdpu-
blique, en ddjouant les projects des gnedraux Nord et







( 40 )
colonel Paulin, qui 6tait entr6, comme le- gd-
nOral Richard, dans la conspiration contre
Christophe, tenta de s'emparer de la place de
Saint-Marc :le g6n6ral Servan y fit bonne con-
tenance. Paulin, bless dans l'action, fut livr6
par'ses soldats a Servan; et, quelques jours
rpres, il mourut de ses blessures l'h6pital.
On s'empara 6galement du lieutenant-colonel
Beliunce, qui avait 6te aide-de-camp de Chris-
tophe, et on le conduisit au Cap.
Pendant que Paulin attaquait Saint-Marc,
les ge6nraux Gerome et Dasson dirig6rent le
i6.e regiment contre les Gonaives, et forcirent
le generall Francisque a s'embarquer. Les Go-
naives furent pill6es et d6vastees; mais aucun
des cantonnemens voisins ne voulut prendre
part a cette r6volte. C'est alors que fut envoy
aux Gonaives le g6enral de division Bonnet,
qui, par son patriotism et sa rare habilet6,
fit, comme par enchantement, cesser un tat
de choses si deplorable.
Les projects de Richard sur le Cap furent


Profeti, anciens officers de Christophe, micontens du
traits apporte par M. de Mackau pour la reconnaissance
du gouvernement d'Haiti.







( 41 )
d6couverts; ii fut arret6 avec les colonels Ci-
meti-re et Pierre-Paul. On les transport au
Port-au-Prince; Richard fut livr6 aussitot A
une commission militaire, condamne et fusille:
tous les autres conspirateurs eurent le m.me
sort (i).
Sur ces entrefaites, les insurgs de l'AmBri-
que du Sud, soit qu'ils cherchassent a aug-
menter leur domination, soit qu'ils voulussent
enlever une nouvelle possession a 1'Espagne,
firent des preparatifs pour s'emparer de la
parties espagnole de Saint-Domingue et y ar-
borer leur pavilion. Boyer montra aux habi-
tans le danger d'une pareille alliance avec un
Etat qui, par sa position g6ographique, ne
pouvait, en cas d'attaque du dehors, ni les
prot6ger ni les secourir. Ses troupes entrerent
sur le territoire espagnol; en peu de jours, elles
furent 6tablies h Samana, a Santo-Domingo, a
Monte-Christe. Peu de jours apres l'arriv6e des
troupes haitiennes a Samana, I'amiral Jacob s'y
pr6senta inopin6ment avec un vaisseau et quel-
ques frigates de la marine francaise : il envoya



(i) Voyez, sous lalettre J les pieces relatives A cet
dvinement.







( 42 )
plusieurs bord6es sur les postes qui gardaien'6
la c6te, et fit meme quelques prisonniers. On
n'a jamais su quel avait 6t6 le but de cette
hostility, ri par quel ordre elle avait 6t6 com-
mise. Une pareille 6quip6e faillit colter che6
aux Francais qui 6taient au Port-au-Prince; ils
auraient 6te infailliblement massacres par le
people, sans l'extreme prudence de Boyer, qui
montra dans cette circonstance combien il a
d'ascendant sur la nation qu'il gouverne. Grace
a lui, cette affaire n'eut aucune suite facheuse
et n'alt6ra pas la confiance du commerce.
Depuis cette 6poque, I'ordre et la tranquil-
lit6 n'ont plus 6t6 troubles. Boyer a pu se livrer
en paix a l'organisation du Nord,et cette parties
est aussi li6e aujourd'hui au reste de la R6pu-
blique d'Haiti, que s'il n'y eut jamais eu de
separation (I).
La mort de Christophe et la reunion du,



(x) Arrives ~' cette epoque, oi toutes les parties du
territoire de Saint-Domingue se trouvcnt rdunies sous
I'autoritd de l'habile et heureux president Boyer, nous
renvoyons ici aux details que nous avons recueillis sur
l'organisation du gouvernement d'Haiti. Voyez la let-
tre L.







( 43 )
Nord a la republique, firent sentir au gouver-
nement fran-ais que le moment dtait favorable
pour reprendre les negociations.
La premiere personnel que l'on voit paraitre
dans cette nouvelle correspondence, publibe
par le president Boyer, est M. Aubert du Petit-
Thouars, officer de marine, qui se pr6sente au
Cap chezz le chef de l'Itat, comme porter
d'une lettre de M. Esmangart. Le marin 6crit
lui-meme, pour expliquer le motif de son
voyage; et, quoiqu'il ne parole qu'au nom de
M. Esmangart, il est tellement official pour
nous, que nous ne poluvons douter qu'il n'ait
Wte envoy avec l'approbation du gouverne-
ment.
La premiere pi6ce du recueil (i) est une



(i) On publia ces pieces a l'imprimerie de la Repu-
blique d'Haiti lorsque les negociations eurent echoud
de nouveau a Paris, en 1824. Le gouvernement du Roi
ne fit rien paraitre, h cette occasion. Mais un home
de lettres, attache a un journal d'opposition, ayant
donno une nouvelle edition du recueil, chezM. Peytieux,
libraire, de la galerie Delorme, A Paris, nous n'avons
pas jugd ndcessaire de reproduire-ici toutes les piLces de
la seule collection de cette nature imprimbe en France:







( 44 )
lettre d'introduction pour M. Aubert, ecrite
par M. Esmangart. Elle announce au president
d'Haiti, en des terms tres-mesur6s, que, s'il
veut indiquer sur quelles bases il serait dis-
pose a traiter, et quelles sont ses propositions,
M. Esmangart fera des overtures au gouver-
nement du Roi.
Les deux premieres lettres de M. du Petit-
Thouars sont plus brusques. Apres avoir dit,
le 4 mai, que le president n'ayant pas explique
ses intentions d'une maniere precise, relative-
ment aux bases du trait a conclure, ni fix6 le
dedommagement qu'il voulait offrir pour le
sacrifice auquel la France est prete h consentir,
M. Esmangart n'avait pu promettre a Paris des
choses que le gouvernement d'Haiti n'aurait
peut-6tre pas tenues; tout-a-coup, le 8 mai,
sans qu'on puisse deviner quelle a 6te la r6-
ponse du president Boyer, ni ce qui s'est pass
en conversation, M. Aubert, dans sa second



nous n'en citerons que les passages don't nous pourrons
avoir besoin pour appuyer notre rcit : nous indiquons
les pages de l'ddition original du' Port-au-Prince, A la-
quelle, d'ailleurs, celle de M. Peytieux est conforme,
saufle format et la pagination.








( 45 )
lettre, abandonne la souverainet6,en affirmant
qu'on a la conviction que cette base ne pour-
rait 6tre admise par les Haitiens (i).
Une concession de cette importance est fort
remarquable, si on la rapproche de la lettre
6crite en 1816 (2), dans laquelle, apres avoir
soutenu d'une maniere fort energique la n6ces-
sit6 de reconnaltre la souverainet6 de la Fran-
ce, les commissaires duRoi annoncent que le
principle n'6tant pas admis par Petion, la n6-
gociation se trouve rompue. On voit, cepen-
dant, que lorsque M. Aubert a kt6 envoy A
Saint-Domingue par M. Esmangart, le gouver-
nement voulait abandonner le principle et
chercher une autre base; car, sur-le-champ,
1'envoy6 propose que le chef de Saint-Domingue
reconnaisse la suzerainet6 de la France, ou au
moins un droit de protection, semblable a
celui que l'Angleterre exerce A l''gard des iles
loniennes; il donne l'assurance que si ces con-
ditions sont accept6es, et si le president veut
en instruire M. Esmangart, un commissaire du
Roi se rendra promptement a Saint-Domingue


(i) Voyez lettre M.
(x) Voyez les pieces h la fin du volume, lettre D.







( 46 )
pour conclure le trait. Certes, rien ne parait
plus positif; et tout ce qui a 6te public d6mon-
tre que les bases don't parole M. Aubert sont
bien celles don't le minist6re de cette epoque
voulait partir, pour terminer 1'affaire.
L'on ne voit pas, dans la correspondence
publide par Boyer, au mois d'octobre 1824,
qu'il ait rien r6pondu a M. Aubert. N6cessai-
rement, cependant, la premiere lettre de cet
officer a du recevoir une r6ponse : tout 'in-
dique dans la second lettre de M. Aubert,
puisqu'il dit : Ayant acquis la conviction que
cette base (la souverainete) ne peut pas 6tre
accepted. Comment a-t-il cette certitude? II ne
peut 'avoir que par le president Boyer.
Le recueil des pieces imprimbes au Port-au-
Prince nous fait connaltre la reponse du pr6-
sident A M. Esmangart. Elle est. claire et posi-
tive (I). Boyer announce que la R6publique ne
peut se d6partir de la demdnde de la reconnais-
sance pure et simple de l'independance; qu'il
ne saurait porter la moindre atteinte i cette
inddpendance; soit en admettant la suzerainetd
directed ou indirecte, soit en se placant sous la


(i) Voyez la lettre N.







( 47 )
protection d'aucune puissance. Pour prix de
cette ind6pendance reconnue, il offre des in-
demnitbs, comme son predkcesseur, et des,
avantages commerciaux.
II parait donc bien prouv6 qu'en mai 1821,
on ktait convenu d'abandonner la question de
Ja souverainete de la France, et de reclamer
.seulement la suzerainet6, ou le droit de-pro-
tection. Ce. point fixed jette une grande lumiere
sur les negociations subsequentes.
Depais mai 182i jusqu'en mai x823, il se
-trouve encore une lacune de deux ans, pendant
lesquels on ne voit' pas ce qui a 6te fait. Les
deux gouvernemens semblent s'etre tenus sur
la reserve; Boyer ne public rien qui puisse don-
iner A penser que les n6gociations aient conti-
,nue: mais la collection imprim6e nous apprend
qu'il fit a son tour une tentative aupres du
gouvernement francais, pour .les repreh dre.
En effet, le president public sa lettre adres-
s6e a un g6neraj francais, Boy6, invite par lui
a se rendre en Europe; il lui donne les pou-
voirs necessaires pour conclure un trait de
commerce ayant pour base la reconnaissance de
l'inddpendance d'Haiti (i).

(i) Voyez cette piece, lettre 0.







( 48 )
Ce general, comme on vient de le dire, n'est
pas-Haitien, mais un officer francais, que des
raisons particulieres ont oblige de chercher du
service en pays stranger: il se trouve employee
en Russie. Autrefois attach a l'arm6e du ge-
n6ral Lecler h Saint-Domingue, il avait eu
1'occasion, pendant cette-guerre de desastres,
de rendre service a Boyer, president actuel
d'Haiti, et A plusieurs autres officers de cou-
leur, qui lui en ont toujours conserve de la
reconnaissance. Cet officer se rendit a Saint-
Domingue au mois de janvier 823. On igno-
rait qu'il y vint pour traiter des affaires poli-
tiques. I1 partit avec un vaisseau richement
charge de cafe. Tout le monde fut persuade
que c'etait le but principal de son entreprise.
11 est remarquable qu'un officier-g6neral au
service de la Russie, 'un des g6n6raux de la
Sainte-Alliance, ait et le premier fonde de
pouvoirs d'un Etat ind6pendant de 1'Ameri-
que, et qu'on l'ait charge de soutenir les droits
d'une r6publique nouvelle.
Dans sa lettre, ecrite de Hollande, A M. de
Clermont-Tonnerre, alors ministry de la ma-
rine, ce general announce qu'il est arrive A
Amsterdam, le 4 juillet, apres cinquante jours
de traverse : il rend compete de l'objet de sa







(49 )
mission, et propose que les ministres francais
envoient, soit h Amsterdam, soit a Bruxelles,
soit a Hambourg, quelqu'un qui .puisse entrer
en negociation avec lui (i). M. Esmangart fut
charg6ed'aller a Bruxelles, entendre les propo-
sitions de l'envoy6 d'Haiti.
Les conferences n.e furent paslongues. Le
compete 'rendu par, J e,-g6nnral au president
Boyer et public a Saiat-Domingue, ainsi que
les lettres de M. Esmangart, nous apprbnneat
d'abord que celui-ci a rompu:les n6gbciations
a Bruxelles, parce que l'envoy& d'Haiti se;:refu-
sait A traiter la question d'ihdemnite, qui de-
vait tre, selon M. EsmBngart,' le sine qud non
de tout arrangement. On voit ensuite ,d'nhe
manibre bien positive, que si le g6ndral Boy6
avait voultt traiter des indemnit6s, la con-
vention se serait conclude a Bruxelles. M. Es-
mangart announce meme au president que s'il
veut revenir aux principles poses par Boyer
lui-mdme en I821, et accorder les indem-
nit6s et les avantages commerciaux qu'il a
offers, on ne demianderapas autre chose, et



(1) PiNces justificatives, lettre P.







( 50 )
que le gouvernement du Roi sera toujours dis-
pos6 l'entendre (i).
Voilk done encore. un grand pas de fait,
dans les concessions, pour arriver h un arran-
gement.
On ne doit pas perdre de vue que lors de la
mission de MM. de Fontanges et Esmangart,
en 1816, ces deux envoys rompent les nego-
ciations, parce que Petion ne veut pas recon-
naitre la souverainet6 de la France.
Lors du message de M. du Petit-Thoudrs,
la France announce qu'elle abandonnera cette
souverainete, qu'elle se contentera de la su-
zerainete, ou du droit de protection. Boyer
refuse d'acc6der a cette demand, et il n'of-
fre que des indemnit6s et des avantages com-
merciaux, Alors, a ce qu'il paiait, le gou-
vernement franqais garde le silence pendant
deuxians:' rien, du moins, ne transpire sur ce
qui a pu se passer dans cet intervalle.
Lors de la n6gociation de Bruxelles, en 1823,
entam6e.au nom du president Boyer, celui-ci
semble retrograder; ou du moins son n6gocia-
teur ne parole plus de donner des indemnites,


(i) Pieces justificatives, lettre Q,







( 51 )
et ne consent plus qu'a des avantages commer-
ciaux. Les deux n6gociateurs se s6parent au
bout de quatre jours: et M. Esmangart, en in-
formant le president des motifs de cette troi-
sime rupture, lui dit, comme on vient de le
remarquer plus haut, que si le gouvernement
d'Haiti veut autoriser quelqu'un A traiter sur
les bases poses par hii-meme en 1821, en un
mot d'accorder une indemnity a la France et
des avantages pour son commerce on est pret
a coriclure sur cette seule' base; il'n'est done
plus question ni de suzerainet6 ni de droit de
protection.
Voila done le point oi en 6taient les choses,
quand Boyer consentit a envoyer des commis-
saires, pour signer le trait d'apris les bases
indiqubes.
Ces commissaires, M. Larose s6tiateur et
M. Rouannez, alors notaire du gouvernement
d'Haiti, et aujourd'hui s6nateur, arriverent au
Havre. M. de Fontanges 6tait dec6d6 en 182 1.
Ils croyaient trouver M. Esmangart a St.-L6,
mais il venait de quitter la place de pr6fet de la
Manche, pour aller administer le d6parte-
ment du Bas-Rhin. Les commissaires se ren-
dent done h Strasbourg et c'est lt que l'on
suit les n6gociations. Mais dbs ce moment tout







( 52 )
devient obscure, et on ne sait plus a quoi s'en
tenir. La correspondence de M. Esmangart est
tr6s-brive, et toute diplomatique: il s"6tudie
en quelque sorte a ne rien dire. Tout semble
s'&tre passe en conversations avec les commis-
saires d'Haiti. Bient6t 'on se rend a Paris, pour
se trouver plus pres des ministres, et la march
de la n6gociation n'en devient ni plus claiie ni
plus rapide. Suivant le rapport des deux en-
voyes, qui se trouve a la fin des pieces imprim6es
par ordre de Boyer, le motif de la rupture aurait
ete, d'une part; leur exigeance a vouloir que
la France d6clarat que dans le trait avec la
r6publique d'Haiti, reconnue come 6tat in-
dependant, on comprenait la parties espagnole
de Saint-Domingue et, d'autre part, la r6setve
qui 6tait mise d'une souverainet6 ext6rieure
pour la France, dans le project del'ordonnance
royale qui aurait conced6 aux Haitiens la sou-
verainet6 interieure, project d'ordonnance qu'on
ne nous fait pas connaitre et don't la r6daction
ne semble pas mtme avoir 6t6 communique.
aux envoys (1).
Le premier de ces motifs a quelque chose


(x) Voyez le rapport, souisla lettre R.







( 55 )
de plausible. Comment la France aurait-elle
pu reconnaitre la 16gitimit6 de la possession
de la' parties espagnole? elle n'avait pas le droit
de c6der ce qui ne, lui appartenait pas.
Quant a la reserve d'une souverainhet ext6-
rieure, il faut avouer qu'elle eit 6t6 des plus
bisarces. C'est la un droit inconnu dans le lan-
gage diplomatique; et observation ei fat faite
par les commissaires.
Lors des n6gociafions, chacun s'epuisait en
conjectures sur la cause des lenteiirs qu'an, y
apportait (i). Selon les uns, c'6tait la reserve


,(i), Les jiurnaux des divers parties se livrerent uihe
guerre extremement Vive : on agita, de part et d'autre,
totes les questions que pouvait soulever l'acte impor-
tant don't s'occupait le ministare. D'anciens Colons fi-
rent entendre le language le plus passionnd. Nous rcn-
voyons le lecteur aux pikces.recueillies dans ce volume
(lettre S.) oi nous. avons reproduit quelques 6crits de
cette 6poiue. Celui qui frappale plus les esprits fut une
lettre, Icritele 12 aott i824, par M. Fred&ric au re-
dacteur du Journal des Dibats. On remarqua l'indd-
pendance de caractere et la noble franchise de ce nego-
: iant, qui avait.fourni pluiieurs notes, aix :iinistres.
Ces notes ne, pouvaient Atre suspects, de.la part d'un
homme qui, depuis neuf ans, fait de friquens voyages A







( 54)
de la souverainet6 qui format l'obstacle; selon
d'autres, c'6tait le droit de suzerainet6 que
l'on voulait nous conserve. Selon d'autres en-
core, la France exigeait la concession d'un
poste militaire dans la colonie; mais personnel
jamais n'a imagine la soiuverainete extdrieure.
Nous avons vu que dans tout le course des
n6gociations, la France paraissait trbs-disposee
A renoncer au droit de souverainet6 sur ce
pays. En effet, comment I'aurait-elle conserve,
comment I'aurait-elle exerc6? Cette souverai-
net6 ect 6te sans cesse compromise et nous eUt
entrain6s a des querelles perp6tuelles, a des
d6penses 6normes. Nous n'aurions pu en con-
fier la garde aux indigenes; ilsne sont pas tres-
port6s a la respecter, et ils eussent Wt6 pro-
bablement bien moins encore disposes a la
defendre, si elle avait requ quelque insulte de
la part des puissances etrangeres. 11 aurait
done fall y entretenir tine arm6e en perma-
nence; et pour d6fendre quoi? des ruines: car
les propri6t6s eussent Wt6 abandonntes aux


Saint-Domingue et y jouit de la confiance g6nerale. On
pense qu'elles ne furent pas ktrangbres au parti que le
gouvernement vient de prendre.







( 55 )
habitans actuels, moyennant des indemnit6s
qui auraient 6t6 revues. Cette reserve, sur
1'absurdite de laquelle nous pourrions nous
etendre beaucoup, n'6tait done vraiment pas
soutenable; aussi nous croyons que ce n'est pas
1a que s'est tro.v6 l'obstacle a la conclusion.
La suzerainete aurait pr6sent6 les memes in-
conv6niens. On ne saurait concevoir, il faut
l'avouer, en quoi consisterait aujourd'hui une
suzerainete. Serait-ce le droit de foi et hom-
mage que le roi de France eit voulu se reser-
ver sur Saint-Domingue?Et a quoi bon? est-ce
pour la satisfaction de voir, Ia des 6poques d6-
termindes, un Haitien venir baiser la main du
roi, ou lui offrir une haquenec ? Mais cette su-
zerainete aurait eu aussi pour nous ses obliga-
tions et ses charges; quand elles n'auraient
consisted que dans le devoir de preter main-
forte a la rdpublique, chaque fois qu'elle efit
W6t insult6e ou qu'elle se serait mise dans le
cas d'dtre attaqu6e par une puissance quelcon-
que, ce motif seul suffisait pour que la France
ne tint pas a un droit qui n'existe plus mdme
dans le language de notre legislation.
Quant a la souverainetd extirieure, nous ne
saurions discuter une question que nous ne
comprenons pas.







( 56 )
Nous allons a present essayer de retracer les
causes qui, en 1824, ont pu 6loigner le gou-
vernement du Roi de conclure le trait; nous
tAcherons d'indiquer les inconv6niens qu'on
pouvait redouter, et de les compare aux avan-
tages que presentait une convention sagement
combinee.
Le precis qui vient d'&tre mis sous les yeux
du lecteur, et qui n'est en quelque sorte que
le resultat des pieces publiees et avou6es
comme officielles, a prouv6 que la France,
reconnaissant la necessity de terminer la seule
affaire de la revolution qu'elle euit encore A
traiter, ne cessa de faire des tentatives pour y
parvenir; que, depuis i8i6, elle a toujours
6t6 de concession en concession, et qu'elle sem-
ble s'etre trouvee un moment d'accord avec
le gouvernement d'Haiti sur les bases et les
conditions du trait a conclude, puisque le n6-
gociateur francais dit a plusieurs reprises au
president: quand vous voudrez accepter la
n base des indemnites et des avantages coin-
merciaux pour la France, le gouvernement
a du roi sera dispose a vous entendre ,. La
souverainete, la suzerainet6, le droit de pro-
tection, tout avait Wt6 discute, abandon ; il
n'y avait done plus qu'd fixer le montant des








inideinnites et la nature des ava'tages commer-
ciaux.
Boyer, d'apres ces assurances, envoya. ses
commissaires, sur 1'invitation du mitistre de
la marine; Ils se rendirent aupies du n6gocia-
teur fi-an Ais A Strasbourg; et,, cependant,
quand tout semble cdnvenu d'avance, rien
n6 se, cohcl.ut
On se deiaride ici quell motif peit avoir de-
termiie alors le gouvernement fran ais'h r-
jeter Un trait6 qi'il avait provoqu6. On ne
saurait taxer d'inhabilet6 le n6gociateur sur-
tout 'uand on consider le point uo en
:tait cette affaire 1'6poque oi~ il l'a- rise,
la patience et la', ensure qi'il a mises a:l~ coh-
duire pendatiiinetif ani, et le point oii il etait
atriv, eni ohtenant nqiee les commissaires' de
Saint-Domitingiie se Fendissent aupt s de lui.
O n e peut pas suppo'ser davatitage qu'il se
iit lance ainsi de soti propre m6uvetient -et
ais, jy,. etre autorise de la maniire la plus
foirmelle pai- ifinistire. Le n6n-succes a
done tenu a une cause qu'it serit difficile de
penetier : car le plus prdfond secret a at6
gaird sur ce qui s'est 'pagss6 dads les con-
seil et les papers publis- par Boyer jli-
mieme ne sont d'aticine utility pour. satis-







( 58 )
faire la curiosity, publique sur le fond des
choses.
I1 est malheureusement de l'essence de notre
gouvernement de se montrer indkcis sur les
affaires importantes. Ce qui est grand nous ef-
fraye quelquefois; on voit le co6t faible; et
comme toute affaire en a un, on recule.
La question de l'independance de Saint-Do-
mingue 6tait un objet tres-grave. Les avanta-
ges qu'elle assurait a la France n'6taient point
assez connus, A 1'6poque ou le trait se nego-
ciait.
Les inconv6niens, si l'on y reflechit avec ma-
turit6, n'6taient rien. Cette reconnaissance
.n'empirait le mal sur aucun point; elle n'aug-
mentait le danger sur aucun autre.
II y avait, disaient quelques personnel, un
grand inconvenient pour 1'Espagne h ce que
l'indp.endance d'Haiti fit reconnue au moment
ou la France venait d'entreprendre une guerre
en faveur de la 16gitimit6 : c'eut Wet approuver
dans l'autre hemisphere ce que nous combat-
tions dans celui-ci.
La r6ponse est facile : l'inter&t de 1'Espa-
gne ne devait jamais nous determiner a com-
promettre le n6tre. Nous avons declar6 la
guerre aux Cortes, autant pour notre propre







( 59 )
conservation que pour le principle. L'incendie
6tait a notre porte;: il nous appartenait de l'6-
teindre; et certes s'il efit 6clat6 plus loin de
de nous, la France ne se serait pas mise en
peine de l'aller 6touffer. A-t-elle boug6, lors
des r6voltes de'Naples et du Pi6mont ? Non;
ces 6venemens donnaient des inquietudes a
l'Autriche, plutbt qu'a nous; l'Autriche s'est
charge de se d6fendre, en combattant les in-
surges don't les success. la menacaient. Mais
qu'on soit oblige de renonceir au soin de ses
propres interets, parce qu'une.autre puissance
a n6glig6 ou compromise les siens, c'est ce qui
parait difficile A comprendre.
On ne peut se le dissimuler: depuis la guerre
en faveur de l'independance des Etats-Unis de
l'Am6rique septentrionale, en 17 74, tout le sys-
teme colonial se:trouve attaqu6. Cette grande
insurrection centre une metropole a donned
I'exemple a toutes les autres colonies. Les mi-
nistres de Louis XVI comprirent ce qu'il
y avait de favorable poulr nos int6erts : voir ce
vaste.continent se s6paref de sa metropole eu-
ropeenne; et, soit que le cabinet francais eit
le desir d'attiser les troubles,. soit qu'il voulit
s'assurer, pour l'avenir, un':point d'appui dans
le Nouveau-Monde, il soutint de ses armes une







( 6o )
insurrection qui devait. en amener tant d'au-
tres'.
La question politique se trouvait absolu-
rient la mnme que celle de I'Am~iique du sud,
en guerre aujburd'hui avec l'Espagne. On de-
vait craindre natirellement alois que l'exemr
pie h'eut des suites facheuses pour quelques
puissadrces, mais surtoit pour nous : cepen-
dant, on ne songea pas a mettre eu avant les
ihtf6rets et les droits de 1'Angleterre : il ne se
formaa point de sainte-alliance pour les d6fendre
'codtre les Americains du nqrd; et la politiquq,
dans cette circonstance, fiut ce qu'elle avait
touj ours 6te en des'circonstances seniblables.
La Franice, nous le pensions, n'a pas sage-
rtent agi, a cette epoque, en approuvant 'in-
Aurrectioin de I'Amerique du nord. Quelque
chose que l'on fasse d6sormais, cette revolution
d'Am6rique amenera pour les m6tropoles la
separation de leurs colonies. Le principle des
insurrections nest ni dans l'Am6rique du sud,
ni a Siint-Domingue; il est dans 1'Amriquedu
nord. Mais, quelqu'un serait-il assez extrava-
gant ou assez t6m6raire pour coriseiller d'aller
y 6touffer ce principle?
Comment, d'ailleurs, soutenir aujourd'lui
I'ancien 6difice colonial? Comrhent r6ussir '







(6i )
d6montrer la justice et la n6cessit6 de l'escla-
vage, quand en Europe toutes les totes, tous
les esprits sont tournbs vers le system de li-
bert6 et surtout d'&galit6; quand 1'Angleterre,
qui a 2pq mille negres, 4ooo mulAtres tant
indigines que f6fugies de Saint-Domingue, et
seulement 0ooo blancs A la Jamaique, ne craint
pas, a la tribune de son parlement, toutes les
tentatives oratoires qui se renouvellent sans
.cesse en faveur de l'6mancipatin ? Pourquoi
alors les Anglais ont-ils fait semblant de craindre
les demarches favorables dela France pour Saint-
Domingue? A coup sir, la position de cette ile
et son voisinage de la Jamaique, ne sont pas
aussi dangereux que les discours des publicistes
de Londres.
II est 6tonnant que toutes les fois qu'on dis-
cute les interets et les &evnemens de 1'Amb-
rique, on se spare tellement de l'Europe,
qu'on ait I'air de croire que ces pays ignorent ce
qui se passe chez no.us. Quand nous avons la
prtention de faire de si grandss pas vers ce
qu'on appelle la lumire, comment pouvons-
nous croire que ces contries restent station-
naires et dans l'obscurit6? Cela s'explique par
le besoin qu'on ade s'aveugler sur les positions.
En effet, si l'on voulait parler sans passion,









rlfl6chir sans prevention et sans int6ret, on
se demanderait ce que deviendra l'autre h&-
misphere, peupl6 de six millions de n6gres es-
claves, de six millions de mulatres, de sept
millions d'Indiens et de douze millions de
blancs seulement; on sentirait ce qu'il doit de-
venir, et si, une fois que nos lumieres y ont pe-
netr6, il est possible de les 6teindre?
Que faire done en cette circonstance? agir
en provision de l'avenir; pacifier, au lieu d'atti-
ser le feu; conseiller A l'Espagne des conces-
sions, afin qu'elle conserve des avantages com-
merciaux, propres a donner l'essor a son in-
dustrie, et afin qu'elle tire parti de ces peuples
qui ont son language, sa religion, ses habitudes;
en un mot, pour qu'elle ait des colonies sans
etre metropole, et que sa place ne soit pas
prise par 1'Angleterre.
Mais si les id6es de l'Espagne sont fixes, fal-
lait-il que les n6tres ne s'6tendissent jamais ? A
l'bpoque de la rentr6e du Roi en France, au-
rait-il fallut qu'il dit : Je ne reconnaitrai ab-
, solument rien de ce qui s'est fait pendant la
a revolution; car cela serait dangereux pour
c mes voisins? ,
Certes la lgitimit6 se trouvait attaquee par
tous les actes de la revolution; il a fallu ce-







( 63 )
pendant, pour la paix publique, consacrer
toutes les usurpations et rendre legal ce qui
n'6tait que precaire.
Saint-Domingue n'6tait-il pas dans le meme
cas? La revolution y a, bien plus encore qu'en
France, boulevers6 l'ancien ordre de choses. La
colonie, separ6e de nous depuis 30 ans, forme
un 6tat ind6pendant et respectS, un etat cons-
titu6 come tous les pays civilis6s. Ce fait,
nous ne pouvions le nier; nos propres actes,
depuis dix ans, nous auraient d6nn6 un d6-
menti former. II ne s'agissait donc pas pour
nous de savoir si 1'ile de ,aint-Domingue etait
ind6pendante; mais si nous parviendrions a
detruire independencee don't elle jouit.
La question r6duite a ce point, nous avions
A discuter la question d'int6ret, pour r6gler
notre conduite, et a voir quel serait le r6sultat
du parti que nous aurions pris, soit que nous
eussions reconnu cette ind6pendance, soit que,
sans rien faire, nous eussions continue de gar-
der le silence, comme nous 1'avons garden de-
puis dix ans; soit enfin que 1'on eit tented d'a-
gir, pour mettre un terme a l'ind6pendance de
fait.
En reconnaissant 1'ind6pendance, nous con-
sacrons, dit-on, I'insurrection; nous I'encou-







( 64 )
rageons, nous prouvons aux peuples, qui veu-
lent se revolter contre la puissance 1lgitime,
qu'avec de la pers6evrance ils verront recon-
naitre leurs usurpations. Mais Saint-Domingue
nepeutjamais treassimilM unn tat europ6en.
Le people de cette colonie etait esklave; ce ne
fut pas lui qui prit l'initiative de l'insurrec-
tion; il ne se rtvolta contre ses maitres, q.u
lorsque ceux-ci eurent meconnu 1'autorit6 di
Roi. Et quand un people parti de ce point a
reussi, par les chances de la guerre, a se cons-
tituer en nation ind6pendante, la defense jus-
qun' la mort devient pour 1ii une n6cessit6;
car, apres la perte de la bataille, ireviendrait
pour lui l'esclavage.
Chez un people europ6en, les int6r&ts sont
bien diff6rens. Les mouvemens ne s'operent eri
general que dans l'int6ert de quelques fac-
tieux; ceux-ci eritrainent apres eux cette foule
de niais qui finit par etre dupe de l'entreprise,
et qui n'a qu'un int6ret tres-secondaire pour
agir. C6der, en pareil cas, est une imprudence
de la part du gouvernement; il a toujours la
certitude que sa pers6v6rance et sa fermet6 ra-
mineront I'ordre, puisque les insurg6s ne
voient rien de tr6s-effrayant dans leur d6faite :
quelques fanatiques seulemekit combattent jus-







( 65 )
qu'! la mort, et la foule entrainee s'estime.trop
heureuse de voir cesser des querelles qui l'a-
vaient d6tournee de ses affections et de ses ha-
bitudes, et don't la dur6e pouvait la ruiner;
elle voit plus d'intr&et a c6der qu'd resister;
elle cede, parce qu'elle n'a pas h redouter,
comme les esclaves, l'issue la plus cruelle : son
point de depart, si elle y retourne, est loin
d'etre si effrayant.
Mais, dira-t-n, la correspondence des n6go-
ciateurs avec Saint-Domingue prove bien qu'il
ne s'agissait plus d'esclavage; on y pr6claane
la.liberte; on maintient- chacuni dans sa posi-
tiotn.
- Nous r6pondrons que par cela' mnme de-
vaient disparaitre aussi toutes les crairites Isur
le danger, de examplee. Car, ceder peu ou
beaucoup c'est toujours reconnaitre l'irisr-
rection, l'encourager, la consacrer.' Que I'on
proclamat la liberty des anciens esclaves de
Saint Domingue, ou que l'on reconnht 1'in-
d6pendance du pays, I'effet-devenait le memne
pour les autres iles A esclaves. On avait tou-
jours:ls le droit ,du propriktaire, co'mne on
aurait bless les droits du souverain.
SOn se rcrie encore, sur l'impossibilit6 de
traiter avec des insurg6s, sans compromettre
5







( 06 )
] dignity6 de la France et celle de !a couronne.
S'il y avait la quelque chose d'humiliant, nous
rPpondrions qu'on 6tait plac1 entire diverse es-
p~c 4d'humiliations, et qu'on n'avait gubre que
! 1cqoix: :d'un c6t6, i'hmiliation du silence;
d l'autre, I'humiliation des communications
qous pavilion stranger; I'humiliation du droit
de a12 p. % qve payait notre commerce, tandis
que le commerce anglais ne payait que 7 P. %;
l'humiliation que nous faisaientsubir tqutes les
puissances, quandelles envoysient & Saint-Do-
mingue, insurge centre nous, des munitions,
des armes et tout ce qui pouvait: ui etre utile
pour nous combattre; l'humiliation de voir des
agenda etrangers accr6dit6s aupres du gouver-
nement d'Haiti et de lire sur nne,maison du
Port-u-Prince les mots consul amrnricai,
co mne a Paris dans la rue Plumet. Toutes ces
humi at ions paraissaient-ellesmoins fortes que
we le devenait celle d'n aveu ou d'une decla-
ratioq d'independance? non; car elles. dtaiet
journ~aires et permanentes.
Y'aileurs, les traits de paix sont-ils tour
jours des humiliations, dans ce sens? Faudraitr
il, pour n'etre pas bhess4 dans son amour-prg-
pre, perpktuer les guerres et les malheurs?
Lorsq u' la suite 'une guerre d6saatreuse, une







( 67 )
puissance finit par c6der une ville ou une pro-
vince est-elle humiliee? Ou devait-elle, pour
ne pas souffrir cette humiliation, exposer les
peuples A de plus grandes calamit6s ? Quand,
par suite d'une lutte opiniAtre, les Pays-Bas,
qui s'6taient s6paris de Philippe II, ont forc6
'Espagne a les reconnaitre, le cabinet de Ma-
drid a-til 6t6 humiliV? devait-il s'obstiner a
poursuivre une inutile guerre d'extermination?
et cet abandon, dictA par la necessity, a-t-il
port atteinte aux droits de l'Espagne, ou com-
promis les int6rets de la l4gitimitA ?
Et r'Angleterre qui, de nosjours, a trait de
puissance A puissance avec l'Atnrique du nord,
avec ses anciennes colonies insurgees, s'est-
elle trouvee humilike? le principle de la :1giti-
init6 a-t-il emp'ch6 les Anglatsgde consentir a
une inevitable reconnaissance? Quatd le ioi
de la Grande-Bretagne reioiivielle i' certaines.
6poqttes soh trait avec les nrgres marrons des
fnontagnes Bleues a la Jamaique, est-il humi-
lid ? Et Louis XiV, qui se connaissait en digni-
t6, a-t-il cru s'abaisset eth traitant avec le chef
des Camisards (t)?


(I) Voyez la hote T.






( 68 )
Lorsqu'apres les cent jours, le Roi, afin
d'arreter le fleau de la guerre, ceda plusieurs
villes francaises a un ennemi assez peu g6n6-
reux pour exiger ce sacrifice, blessa-t-il la di-
gnit6 de la couronne, en preservant ainsi la
France de plus grands malheurs ?
Si nous nous trouvions places entire plusieurs
humiliations inevitables, entire celle du silence
et celle de la reconnaissance d'Haiti, il fallait
choisir au moins la demarche qui presentait
quelqu'avantage reel.
Certes on ne saurait nier que la reconnais-
sance de cette republique n'offre de grands
avantages pour notre commerce, pour les Co-
lons et pour notre politique.
Elle en a pour le commerce. On n'en sau-
rait douter, puisqu'elle nous ouvre un d6bou-
ch6 qui dejh nous facility les moyens d'6couler
une parties assez considerable des products de
nos fabriques: elle nous donne l'occasion de
faire ce commerce avec profit, tandis que de-
puis le rapport de l'ordonnance qui accordait
une exemption de la moiti6 des droits, il se
faisait avec perte. Et cela ne peut pas etre au-
trement.
Dans l'Ntat oi en 6taient les choses jusqu'en
avril I825, le commerce francais payait 12 p. o/.






( 69 )
Sl'entr6e et 12 p. % h la sortie des ports de
Saint-Domingue. Les Anglais ne payaient que
7 p. % : voil dejh io p. % de difference sur
l'allke et le retour. Les 12 p. % se payaient d'a-
pres le tarif des douanes de Saint-Domingue.
Ce tarif 6tait tout-a-fait arbitraire, et nulle-
ment en rapport avec la r6alite de la valeur des
marchandises. Si l'on estimait, par example,
190 francs une piece de linon qu'en fabrique
nous avions payee 8o francs, les 12 p. % se
payaient sur 190 francs. Le satin, paye a 6 francs
l'aune, s'estimait o2 francs par le tarif, et le
droit de 12 p. %/o se payait sur cette evaluation.
Les Anglais 6taient mieux traits que nous pour
l'evaluation de leurs marchandises; de sorte
qu'ils avaient encore sous ce rapport un im-
mense advantage.
Le sort de Saint-Domingue 6tant fix6 par la
declaration d'independance ,le commerce pren-
dra bient6t plus d'accroissement. Toutes ces
differences de droits, toutes ces petites vexa-
tions auxquelles, en parlant de notre dignity,
nous 6tions obliges de nous soumettre, ont
disparu. Nos commercans, certain que des
6v6nemens politiques ne viendront plus trou-
bler ce pays, donneront plus d'extension a
leurs speculations. En allant a Saint-Domingue,






( 70 )
ils ne restreindront pas leurs operations- cette
ile seulement. Ils chercheront 4 les 6tendre
avec le sud et il s'6tablira un commerce d'e-
change, d'autant plus lucratif, que la naviga-
tion, ayant un point interm6diaire, ol elle
pourra se reunir, sera fort abr6ge : les prix des
armemens seront consid6rablement diminubs.
L'interieur de l'ile prendra aussi une autre
face. Les planes. sont pour la plupart incultes;
I'industrie agricole s'est port6e vers les mornes.
La on n'avait pas A craindre les dangers d'une
guerre, ou. mme d'un coup de main;, tandis
qu'un de ces &v6nemens aurait pu detraire tous
les 6tablissemens qu'on eet forms dans les
planes. Les habitats, shrs d6sormais de leur
avenir, front des entreprises agricoles plus
vastes: ils trouveront des capitaux rangers
qui viendront se'jojhdrehi ceux du pays, et
1'augmentation de culture tournera nkcessaire-
ment a l'avantage du commerce. Saint-D)omin-
gue, d'ailleurs, par sa position, est appelle 1
jouer un grand rble dans les destines come-
merciales des ,deux mondes. Plac6 e l'entr6e
du golf de Mexique, cette ile doit devenir
l'entrep6t de l'Europe et de l'Amnrique du sud.
Quoique l'on e6t fait, Saint-Domingue ne pou-
vait jamais rester inhabit. Si nous en avjio' s






( 71 )
detruit les habitans actuels, a quelle popula-
tion le pays euit-il fini par 6cheoir un jour?
comment se serait-il repeupl ? par des aven-
turiers de toutes les nations, ou bien par des
individus parties de notre territoire ? Mais com-
bien euit-il fall d'ann6es pour y voir 6tablie et
acclimatee une population blanche de5oo,ooo
Ames, gale A celle qui existe aujourd'hui dans
l'ancienne parties franqaise ? Lorsqu'elle s'y se-
rait trouv6e au grand complete, comment la
colonies, au milieu des independances, eut-elle
demeur6 soumise A une metropole, sans essayer
de s'en affranchir, comme 'ont toujours tent6
les colonies?
Aujourd'hui que la population de Saint-
Domingue est toute francaise, nous avons in-
t6rtt a ce qu'elle le devienne encore davantage.
II nous imported de la conserver. Elle parole
notre langue, elle professe notre religion; elle
hous pref6re aux autres nations, et ce sera
toujours dans nos bras qu'elle viendra se jeter,
si une grande protection lui devient necessaire.
Voilk le seul parti que nous puissions tirer de
cet ancien debris. Voilh les advantages que nows
pouvons en esp6rer: le reste n'est que chi-
mere, et ne peut etre dicte que par un senti-
ment d'orgueil.






( 72 )
La declaration positive de rindependance
offre de grands avantages aux anciens Colons:
elle leur vaudra de fortes indemnitss: et, quel-
que chose qui ffit arrivee, ils n'avaient plus que
cet espoir. Ils sont presque tous Ag6s, et dans
rindigence: pouvaient-ils espirer de retourner
jamais sur cette terre, pour y recommencer
des etablissemens?
Tout est.detruit. Les planes, jadis si fertiles,
sont pour la plupart couvertes de forts,
comme au jour de la conquete. Les batimens
ont disparu; les limits des proprietes ne se re-
connaissent plus; et a l'exception des mornes,
oi se font de riches r6coltes, le reste de la co-
lonie est en friche.
En supposant que la conquete de Saint-
Domingue eft Wte possible, on n'y serait par-
venu qu'en. d4truisant la population. Avec
quels bras les Colons eussent-ils reconmmence
des 6tablissemens que leurs peres n'avaient
fait prosp6rer qu'h force de travaux et de sa-
crifices ?
Un milliard n'eut pas suffi pour remettre
Saint-Domingue sur l'ancien pied. Quels au-
raient 6t6 les insens6s qui eussent voulu y
porter seulement la vingtieme parties decette
some ? Les capitalistes,assez extravagans pour






( 75 )
employer ou preter des capitaux destines a
une pareille entreprise, n'auraient-ils pas pr6-
fer6 aller h Cayenne, an S6n6gal, et mieux en-
core dans la Russie meridionale? Au moins la,
ils eussent travaille sous la protection d'un
gouvernement puissant, qui aurait encourage
leur industries.
Comment, d'ailleurs, si les gouts coloniaux
se trouvent encore dans quelques tktes, les
hommes attaqu6s de cette maladie mortelle ne
vont-ils pas acheter une habitation toute mon-
tee a la Martinique, a la Guadeloupe? Per-
sonne, dans ces colonies, ne trouve a vendre
aujourd'hui a un habitant d'Europe. Peut-on
alors s'abuser au point de croire que des Eu-
ropeens eussent et disposes a confier leurs
fonds aux Colons qui, en allant a Saint-Domin-
gue, auraient 6t6 de v6ritables aventuriers?
Le seul espoir des Colons etait done dans les
indemnites. L'ind6pendance d'Haiti pouvait
seule aussi les leur faire obtenir: donc, dans leur
interest, comme dans celui du commerce, on
devait desirer cette conclusion.
La reconnaissance d'Haiti n'a pas moins d'in-
teret pour notre politique. Cette question est
plus difficile A traiter, parce que chacun la
discute avec ses passions.






( 74)
Depuis trente ans, toute la position de la
France est change. Fortepar elle-meme,par son
industries agricole, par I'intelligence et le cou-
rage' de ses habitans, elle a continue, malgr4
toutes ses vicissitudes, a tre une des plus gran-
des puissances continentales de l'Europe; mais
elle a cesse de computer parmi les puissances
maritimes : elle ne conserve plus que les 16-
mens n6cessaires pour y reprendre son rang.
L'Agleterre, don't toute l'existence est attached
A la domination des mers, n'a rien fait depuis
deux siecles qui n'ait kt6 calculd dans cet in-
teret : tout le reste n'est pour elle que d'un
intre't secondaire. Aussi, pendant toute la
guerre de la revolution, elle n'y a pris part,
jussqu'en 18i5, que pour montrer qu'elle n'y
6tait pas etrangere. Pendant qu'elle excitait les
autres puissances a se battre, elle augmentait
ses resources maritimes, elle preparait les
revolutions lointaines, don't, plus tard, les r&-
sultats devaient lui ouvrir les pays qui hri
6taient fermes : elle assurait une prodigieuse
activity a sa navigation, et des consommateurs
Sson industries. Les ind6pendances favoris6es
par elle lui procurent momentan6ment de non-
velles et immense resources.
Nous h6sitons, d'une part,. nommer des







( 75 )
agens accr6ditis: pros les nouveau gouverne-
mens ind6pendans; de l'autre,nous engageons
nos n6gocians a porter dans ces contries les
products de notre industries, et A y fonder
des relations commercials. Mais comment se
livrer a des armemens, si le minister persis-
tait A refuser r'tablissement d'agens consulaires
et d'agens diplomatiques? Qui d6fendrait, dans
ces contrees, les int6rets de nos commercans,
compromise par des measures vexatoires et in-
justes? A qui s'adresseraient-ils s'ils avaient
lesoin de faire constater quelques faits, quel-
ques dommages relatifs a leurs int6r&ts on a
leurs entreprises? Nos nIgocians n'ont-ils pas
dOjh 6prouv6 des pertes reelles, pour n'avoir
su quelle intervention reclamer quand ils
avaient besoin de se fair ren4re justice? Nos
armateurs n'ont-ils pas perdu tout leur recours
centre les companies d'assurance, pour n'a-
voir pu faire constater par un agent frangais
les avaries ou les pertes qu'avaient 6prou-
vees leurs navires:, lorsque., chassis par les
pirates, ils ae trouvaient d'autre moyea de se
soustraire, leur fureur, que de se jeter a la
terre, an risque d'y perir? Le Havre et Bordeaux
peuvent attester si nous ne faisons ici que nous
livrer a de vaines suppositions.







( 76 )
Depuis dix ans, la revolution du sud de
l'Amerique se preparait. DWs le principle de
cette revolution, les Anglais ont eu dans ces
pays des agens secrets, qui 6piaient la march
des 6v6nemens et qui se hataient d'en faire
profiter leur commerce. Partout ou cette puis-
sance ne secondait pas les entreprises, d'une
maniere patente, elle entretenait au moins les
esp6rances, elle prenait des dispositions pour
exploiter A son profit ces belles contr6es, aus-
sit6t que le moment serait arrive de se pro-
noncer. Ainsi, par example, depuis plusieurs
annees,une compagnie se forme pour les mines
d'or et d'argent : elle a aujourd'hui un fonds
de 200 millions; des machines immense et de
toutes les especes, y sont transportees pour
simplifier l'exploitation; et d'ici a dix ans,l'or et
l'argent que les Anglais verseront sur l'Europe,
doivent operer n6cessairement une revolution
dans la situation et l'industrie de tous les
6tats.
Dejt le system se deploie. I1 est calcul6 sur
les revolutions qui viennent de s'op6rer. Ces
revolutions changent la position des choses.
La politique de l'Angleterre varie avec les re-
volutions et se dirige d'aprbs leurs r6sultats
effectifs et apparens. C'est ainsi que ses fabri-







( 77 )
ques marchent sans interruption, que son in-
dustrie se d6veloppe sans inquietude. Les An-
glais ne craignent pas, comme nous, le trop
plein : ils inventent, ils fabriquent, ils sont
shrs que la principal occupation de leur gou-
vernement est de leur chercheret de leur trou-
ver partout des consommateurs.
Nous marchons en sens inverse; nous pro-
t6geons bien l'industrie, nous 'encourageons
partout; mais, d'un autre c6td, nous nous
etudions, pour le maintien du principle, a re-
pousser les consommateurs. L'Am6rique di
sud nous appelait de tous ses vceux; Saint-
Domingue voulait, en conservant son indd-
pendance, redevenir francais; nous ne voulons
pas encore 6couter l'une; nous avons long-
temps h6sit6 h traiter avec 1'autre; les principles
s'y opposaient, et notre dignity eut te6 com-
promise! En consequence, il n'eut rest6e nos
fabricans, qui manquent de d6bouch6s, que
d'envoyer en Angleterre toutes les marchan-
dises que son, nouveau system permet d'in-
troduire. L'Angleterre est en measure de porter
sur tous les points du globe les productions
que nos principles ne nous permettent pas d'y
porter nous-memes. Elle ne demand qu'A de-
yenir l'entrep6t g6enral du monde entier, et







( 78 )
a nous laisser la consolation de nous dire de
tres-honnetes gens.
L'Angleterre arrive toujours a son but,
parce que, depuis plusieurs siecles, elle n'a
jamais devi6 de la route qu'elle s'est trace.
Depuis Cromwell surtout, elle a 6tabli une
regle de conduite don't elle ne s'est point db-
partie. Si un minister change, il ne manque
pas de suivre la march de ses predecesseurs,
pour arriver au but qu'il faut atteindre.. Chez
nous au contraire, on vit au jour le jour. Le
minister qui arrive, pretend se montrer plus
habile que celui qui l'a pr6c6d6; si une chose
a 6te arret6e, dans les conseils, apres une lon-
gue et miure deliberation, elle reste sans exe-
cution. Les ministres trouvent qu'on doit fair
tout le contraire; et, comme, en g6ndral, la
vie ministerielle n'est pas longue, la premiere
question qu'ils examinent est celle de savoir,
non pas si ce qu'on propose est utile a la
France, mais quel effet cela produira sur leur
existence; ils se conduisent trop souvent dans
le seul int6r6t de leur conservation. Si la
France, au lieu de suivre la march timide
qu'elle adopted en mainte circonstance, allait
toujours en avant, come l'Angleterre, nous
y aurions tout A gagner. Les revolutions nous







( 79 )
not fait perdre nos belles colonies; celles qui
nous restent sont plus on6reuses qu'utiles, et
elles n'en sont pas moins exigeantes. Que nous
nous prononcions en faveur de l'ind6pen-
dance, commel'Angleterre, son systeme lui de-
viendra funeste. Nous n'avons plus de verita-
bles colonies; nous ne pouvons plus d6sirer
quo de tirer parti du commerce que nous of-
frent les colonies des autres puissances; et le
jour oiu un grand nombre de pavilions nou-
veaux paraitront sur les mers, l'Angleterre
perdra une parties de sa preponderance mari-
time. Alors, qu'une guerre se declare entire
elle et une puissance du continent, le com-
merce n'a plus rien a craindre de cette guerre;
. l'abri d'un des nouveaux pavilions, il tra-
verse les mers; et si 1'Angleterre 6l6ve la pre-
tention de soumettre ce pavilion A ses visits,
les nouveaux in'd6pendans front cause com-
imune avec les.opprimes et forceront les An-
glais de renoncer 4 l'exercice de toute supr6-
watie' Reduit 4 chercher les armies navales
pour les combattre, que fera l'Angleterre si on
ne lui en oppose pas ? Et, si on lui en oppose,
le rmal se reduira probablement a la perte de
qelques vaisseaux, et ne sera plus, pour ainsi
dire, quo das lFamour-propro.







( 80 )
Les ind6pendances nous sont toutes bien
plus favorables qu'a l'Angleterre; pourquoi
done tant hisiter ? On con.oit que la France
n'ait pas voulu se prononcer, quand les peu-
ples entraient en insurrection centre leur m&-
tropole; c'eut &t6 un manque de foi envers
son alli6. Mais, lorsque apres dix ans, la con-
viction est acquise, que jamais 1'Espagne ne
pourra reconqu6rir ses colonies; quand notre
gouvernement a declare que jamais il n'aidera
cette puissance dans une pareille, tentative,
pourquoi rester stationnaire ? L'Angleterre,
l'Espagne, le Portugal, la Hollande et la France
sont seuls int6ress6s dans la question; les au-
tres puissances n'ont point a s'en occuperf;
alors, quel besoin aurions-nous de les consulter?
Si ce ne sont pas elles qui nous arretent, pour-
quoi tant de m6nagemens, qui n'aideront ja-
mais les Espagnols a se reliever de leurs pertes ?
Saint-Domingue nous offrait une occasion
unique de prononcer sur cette grande'ques-
tion, sans blesser personnel. C'6tait pour nous
une manibre de prendre initiative que l'An-
gleterre se r6servait. C'etait nous rendre plus
favorables encore les peoples de ces pays qui,
tout en s'alliant A l'Angleterre, d6testent son
arrogance; ils ne sentent le besoin de sa pro-






( 81 )
section que parce qu'on leur fait craindre que
la France, qui se prononce centre le syst6nme
des ind6pendances, ne vienne malgrA ses pro-
messes appuyer par ses armes les pr6tentions
de l'Espagne; et, pour rendre suspects les pro-
jets de la France, ses antagonistes ne man-
quaient pas de citer sa conduite a l'Agard de
Saint-Domingue, commie la preuve de .sorn
arriere-pens6e; c voyez, disaient-ils a ces nou-
a.veaux independans, avec quelle hesitation le
gouvernement francais, pour une colonie
Squ'il ;regardait comme perdue, aborde. la
question de l'ind6pendance, qu'il reconnalt
par ses actes et qu'il encourage ses sujets a
-reconnaitre par leurs communications. La
Franice sent tout l'int6ret qu'elle aurait a finir
cette affaire .qui la :gne, qui compromet sa
SdignitW, comme sa puissance; elle h6site a
n cause de vous, et afin de ne pas blesser les
droits :de l'Espagne. L'Angleterre seule se
S:prononce franchement; elle seule m6ritetous
. vos ggards et 'votre attachement. Ces rai-
sonniemens ont touch 'les gouvernemens de
ces pays et chaque jour. ils s'unissent plus
6troitement i l'Angleterre. Cette alliance ce-
pendant n'est pas dans le coeur de ces peuples:
la difference de religion est d6jh un 6loigne-
6






( 82 )
ment, que le temps ne fera que fortifier. Vingt
fois, des Anglais ont Wt6 insults et maltraites
par la populace parceque dans quelques
ceremonies religieuses, ils affectaient de mon-
trer qu'ils n'6taient pas de sa croyance: et le
people les contraignait de se mettre A genoux
au moment des processions, ou de donner
d'autres marques exterieures de respect a la
religion qu'ils affectaient de m6connaltre.
La politique, come l'int6ret du commerce
et celui des Colons, ne pouvait done que ga-
gner beaucoup h la declaration de Pind6pen-
dance d'Haiti.
Nous n'ignorons pas quece syst6me a 6t6
vivement combattu; mais ses adversaires
avalent un int6ret direct ou indirect dans la
cause. Les Colons de la Martinique et de
la Guadeloupe, quand on parole d'etendre
le commerce, objectent toujours l'interet de
leurs colonies ; et ils ne voient pas qu'elles
ne pourraient qu'y gagner. Au reste, quand
-ces colonies devraient y perdre, 6tait-ce ,une
raison pour.que la France leur sacrifiit sa
navigation, son industries, ses fabriques, son
agriculture et toutes ses relations ? Ils ie
coitestaient pas que la France ;ne dut ga-
gner beancoup a l'adoption de cette measure;







( 85 )
la these e)t 6te trop ridicule a soutenir; mais
ils r6pondaient 4 tout, en s'ecriant: et. nos
colonies! Eh bienl vos' colonies deviendront
des ports francs ou des entr;ep.ts, comome les
autres. La m6tropplp continue A vous probt-
ger, a maintenir lordre ehez v.ous, A temp-
cher yvs esclaves de se re olter, Yos gens .de
couleur de conspirer, si pourtant vos. exi-
geances ne rendent pas lewnr position trop iri-
supportable. Dnssiez-vous .donc.;perdte .qiiel-
que chose, ce que nous ne oroyons pas, la
France y gagnera, et nous serons .consoles de
vos pertes par sa prosperity.
Les considerations que nous venons de prk-
senter avaient trop fortement frappe les :bons
esprits, pour qu'il fit permais de croiree &la
rupture definitive ,d'une affaire si avantageuse,
qui etait ariivee si pr6s de sa conclusion. De-
puis i824, on continue done d'entretenir, de
part et d'autre, beaucoup d'esperances. Le
prbaident Boyer, en publiant les pieces de la
n6gociation, avait mis au grand jour la loyaut6
de sa conduite. L'habile administrateur fran-
ais, qui avait employ pres de neuf annres a
manager un arrangement don't il sentait peut-
etre plus que personnel l'importance et la n6-
cessite, ne cessa de soutenir I'id6e qu'on s'&ait







(.84 )
faite de la sinc6rit6 de notre cabinet dans les
d6marches auxquelles Saint-Domingue avait
repondu avec tant de franchise. On ne fut done
pas 6tonn6, quoiqu'apr6s un long silence, de
voir paraitre tout-a-coup, le 3 juillet i825,
dans les eaux du Port-au-Prince, une division
francaise, compose d'une frigate, d'un brick
et d'une godlette, portant au mat de misaine
le pavilion parlementaire.
Les Haitiens, pour qui la reconnaissance et
1'6quit6 sont un besoin, crurent aussit6t qu'on
allait voir descendre de la frigate M. Esman-
gart. On court pour le feliciter de sa longue
pers6v6rance, et pour partager avec lui la joie
qu'il aurait sentie d'attacher son nom a une si
grande oeuvre, en y mettant la derniere main.
Mais, soit qu'en le d6placant de nouveau
pour I'enlever momentan6ment a ses impor-
tantes functions administrative, les ministres
eussent redout6 d'6veiller encore l'attention
des 6ternels ennemis de la cause que M. Esman-
gart avait toujours prot6g6e de toute l'autorit6
de ses conseils; soit qu'ils eussent voulu, par
le choix d'un officer de notre marine, don't on
ne pouvait deviner ni commenter la mission,
envelopper cette affaire, auxyeux de l'6tranger,
de tout le secret don't elle avait peut-etre he-







( 85 )
soin, a sa conclusion; rattente g6nerale ne fut
pas remplie : et ceux qui connaissent plus a
fond les mysteres de la politique s'explique-
rent:cette circonstance. Bient6t, cependant, ils
6prouivrent la plus vive affliction;.a l'instant
meme se repandit, au Port-au-Prince, le bruit
de la mort deM. Esmangart. Avant les derniers
d6sastres de Saiit-Domingue, ce magistrat s'y
6tait fait aimer, comme'propriktaire human
et bienfaisant; plus tard, il.avait acquis des
droitsA l'estime des Haitiens, comme negocia-
teur eclair. Quelques personnel soupconnerent.
que la nouvelle 6tait fausse: toutefois on ne
put l'.claircir: entirerheent pendant tout le
sejour de l'escadre.
Quoiqu'il en soit, une mission de Charles X,
pour renouer des conferences interrompues,
une mission qui allait sceller peut-etre l'ind6-
pendance. d'Haiti, ne pouvait manquer de se
voir accueillie. M. le baron de Mackau, com-
missaire et gentilhomme ordinaire de S. M.,
charge d'apporter l'rrdonnance royale,degag6e
cette fois de .toute restriction politique, fut
requ avec la plus grande distinction; et il jus-
tifia par ses manieres, a la fois remplies de
grace et de dignit', la haute opinion que 1'on
concut de lui.







( 80 )
Le president Boyer nomma une commission
pour discuter les propositions de M. deMackau.
Gette commission, compose de MM. le gkn6-
ral Inginac, secr6taire-g6n6ral du gouverne-
ment, Rouannez s6nateur, et le colonel Fre-
mont, aide-de-camp du president, entendit
sur-le-champ IM. le.commissaire du Roi. L'es-
prit apport6 dans ces conferences fat con-
ciliant et amical; cependant, la position oi la
rupture de I824 avait laiss6 le gouvernement
de la republique, si noble et si loyal dans ses
d6marches, reveilla chez les commissaires
d'Haiti un sentiment de dignity que parais-
saient d'abord blesser quelques terms de 'or-
donnance et peut-6tre aussi quelques-unes des.
conditions qu'elle imposait. La discussion s'a-
nima; on faillit se s6parer, sans avoir rien;
conclu. Mais une audience obtenue du pr6si-
dent Boyer, par M. de Mackaui- dans laquelle
celui-ci donna les explications les plus rassu-
rantes et les plus formelles, eut pour r4sultat
de presenter les choses sous le point de vue le
moins 6quivoque; et la discussion fut reprise,
avec les sentiments de bienveillance quiidevaient
bient6t la terminer.
L'ordonnance royale fut entdrinbe itim6diate-
mentparlesenat; etune deputation de ce corpsso.








( 87 )
rendit, avec le commissaire du Roi, aupres du
president Boyer, qui, en voyant s'ouvrir pour
sa patrie un avenir prospere et brilliant, se
livra, dans cette circonstance, a toute l'effu-
sion de sa joie, a toute la sensibility d'une
belle Ame, sans rien perdre de la dignity que
lui ont donnee la vigueur et la fermet6e d'un ca-
ractere l6ev6.
Une fetemagnifique fut offerte le soir meme,
par le gouvernement, a M. le baron de Mackau.
Celui-ci r6unit dans son toast deux noms qu'on
ne pouvait separer, celui d'un monarque r6-
v6re, qui foulant aux pieds d'absurdes preju-
g6s, affranchissait g6n6reusement la second
nation devenue ind6pendante sur le sol de
l'Am6rique, et le nom d'un sage qui par son
in6branlable constance, venait d'obtenir pour
son pays une emancipation si bien m6rit6e, no-
ble recompense que Petion, par ses hautes
vertus, 6tait 6galement digne de conquerir,
mais que la fortune avait r6serv6e a 'heureux
Boyer.
Le president choisit le g6n6ral Inginac, se-
cr6taire-gen6ral du gouvernement, pour fair
les honneurs de cette fete presque improvise.
Get officer distingu6 remplit les intentions
de son chef avec une grace parfaite. Les toast







( 88 )
qu'il porta furent accueillis, par ses nombreux
compatriotes, comme par les officers de l'es-
cadre, avec un abandon, un enthousiasme qui
rendaient la fete vraiment franCaise: et euro-
p6enne. Le roi lib6rateur, s6n digne fils, tous
les, membres de l'auguste famille des Bour-
bons, furent salu6s par des cris de joie :et d'a-
mour, et le general Inginac se montra verita-
blement l'interprete de tout un people recon-
naissant.
Jamais acte ne fut plus solennel que celui
de la declaration d'independance. Une escadre
francaise de i4 b&ttimens, portant plus de
600 pieces de canon, salua de toute son artil-
lerie le pavilion d'Haiti. La ligne entire des
forts qui dominant et d6fendent la rade du
Port-au-Prince, r6pondit a ce signal d'alliance
et d'amiti6. La plus franche; reconciliation fut
proclam'e avec entrainement. Les officers de
la marine royale se conduisirent avec une po-
litesse cordiale envers ce people nouveau, qui
prenait son rang parmi les puissances recni-
nues. Le caractere ouvert et loyal de M. de
Makau signal ce brave marin aux.yeux d'une
population satisfaite, comme le veritable re-
pr6sentant de Charles X.
Nous n'en doutons pas; la confiance du