Le centenaire de l'indépendance nationale d'Haïti

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Title:
Le centenaire de l'indépendance nationale d'Haïti
Physical Description:
Book
Language:
French
Creator:
Devot, Justin
Publication Date:

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Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All rights reserved by the source institution.
System ID:
AA00009508:00001


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1901.


LE

CENTINAIRE DE L'INDEPEDANCE-

NATIONALE D'HAITI

PAR

JUSTIN DEVOT
AVOCAT,
ANCIEN PROFESSKUR A L'ACOLE NATIONAL DE DROIT DE rOBT-AV6-PRINCB,
MEMBRE DR LA 80CIAT FRBAXgAIBE DE LEIBLATION COMPARiE,
ETC., rEC.







PARIS
LIBRAIRIE COTILLON
F. PICHON, SUCCESSEUR, EDITEUR
Libraire du Conseil d'Etat
24, RUE SOUFFLOT, 24
















OUYRAGES DU MEME AUTEUR :


La NationalitR et son influence quant A la jouissance ct
A 1'exercice des droits, in-8. 1893.
Acta et Verba, recueil d'6tudes et d'articles divers,
in-18. 1893.
Cours d'Instruction civique et d'1ducation patrio-
tique, in-8. 1894.





Ces ouvrages se trouvent chez leur idileur, lM.
F. Pichon, libraire du Conseil d'Etat, etc., A Paris,
24, rue Soufflot, et chez l'auteur, A Port-au-Prince, au
Bois-de-Ch6nes (Chemin des Dalles).











LE


CENTENAIRE DE L'INDEPENDANCE

NATIONAL D'HAITI





Les journaux entretiennent le public des pre-
mieres dispositions que prend I'Association du Cen-
5,, tenaire, en vue de la celebration de l'anniversaire
centennal de notre Ind6pendance national. Le
4, journal le Soir entreprend, de son c6t6, une en-
qu6te a 1'effet d'avoir 1'opinion des hommes mar-
quants de notre socitle sur le mode de manifes-
tation le plus propice a traduire les sentiments
collectifs envers les h6rolques lutteurs don't 1'in-
4 Y domptable Bnergie sut nous conquerir une patrie.
\S) \La question est done tout a fait a l'ordre du jour et il
* n'6tait reellement pas trop tot pour l'y mettre. Con-
sacrons-y done quelques minutes de reflexion et
d'examen. Nous y sommes d'autant plus port qu'il
nous a 6te demanded par le Soir d'dmettre, sous

f 7 -








AMEftIA 4

forme condensee, notre opinion a cet 6gard. Comme
nous desirons, en m6me temps, produire quelques
considerations g4n6rales de philosophie social,
nous faisons paraitre cette course brochure qui
repondra a 1'attente du Soir, tout en nous permet-
tant de donner a notre pensee l'extension n6ces-
saire.




11 y a, d'abord, sous le rapport des measures prd-
paratoires, a faire la distinction entire la part que
doit y prendre le gouvernement, qui, dans toute
soci6tW constiluee, est l'organe natural de l'action
collective, et celle que 1'initiative privde peut reven-
diquer.
En ce qui concern l'action gouvernementale, une
r6flexion s'impose a l'esprit, et elle est vraiment
attristante. La manifestation du Jer janvier 1904
ne pourrait avoir toute sa force expressive, prendre
toute l'ampleur desirable, que si les pouvoirs publics,
- imbus de la notion de leur devoir a cet 6gard et
convenablement 6claires sur les conditions de rea-
lisation d'une grande fete de naissance national, -
s'etaient preoccupes, en temps voulu, de la pr6pa-
ration de la n6tre. II semble, a en juger d'apres
leur silence et leur inaction, qu'il est dans leur idWe
de se contenter, en cette circonstance solennelle,







- 5 -


de servir aux populations ces m6mes discours creux,
ces m6mes phrases pompeuses oii ne court jamais
le souffle d'une conviction profonde, d'un sentiment
sincerement ressenti (1).
L'Association du Centenaire avait 6crit au Conseil
des secr6taires d'Etal depuis nombre de mois d6ja,
dans la pensee de provoquer 1'execution de la loi
qui ordonne que des monuments comm6moratifs
soient 6lev6s en I'honneur des fondateurs de l'ind6-
pendance d'Haiti, loi qui date de l'annee 1847 et
qui n'a jamais recu meme un semblant d'applica-
tion. On lui a r6pondu par de belles promesses;
on lui a dit qu'on allait s'occuper de la realisation
de cette oeuvre qui interesse, au plus haut degree,
le patriotism haltien, et l'on s'en est tenu la. Si
rien, jusqu'ici, n'a et6 fait, c'est done que rien ne
sera fait ou, a tout le moins, ne sera pret, dans
l'ordre d'une manifestation artistique (monumen-
tale, sculpturale) des sentiments de gratitude que
le l6gislateur a entendu consacrer. Deux annees et
demie ne peuvent suffire a un artiste, digne de ce
nom et soucieux de son renom, pour concevoir une
ceuvre qui r6ponde aux aspirations nalionales. Un


(1) Le gouvernement dans sa branch executive sera
renouvele en 1903; mais si le gouvernement actuel ne
prend pas a temps les measures voulues, ii mettra celui
qui lui succedera dans l'impossibiliti materielle de faire
quoi que ce soit de convenable.








-6-


artiste de talent, pour synth6tiser les 6v6nements
qui marqubrent si glorieusement pour nous l'an-
n6e 1803 et les grands sentiments qui, pendant cette
annke tragique, soufflerent a travers 1'Ame des g6-
n6raux ha'iliens, demanderait a se mettre pr6a-
lablement au courant de cette parties de notre his-
toire. II lui faudrait lire atlenlivement et mdditer
les ouvrages qui s'y rapportent pour y puiser les
germes d'inspiration qui, f6cond6s par son imagi-
nation, s'6panouiraient, dans le bronze ou le marbre,
en groups sculpturaux capable de susciter 1'6mo-
tion esthetique et patriotique. On voit done qu'il
faut renoncer, par suite de l'inertie de l'organe
central de notre soci6t6, a 1'espoir d'avoir, pour le
ler janvier 1904, des statues qui refl6teraient l'intre-
pidit6 indomptable de Dessalines, 1'6nergie farouche
de Christophe, le courage came et r6fl6chi de Petion,
avec, sur son visage, un rayon de bonte rass6re-
nante, la bravoure, 1'heroYsme de Lous les autres.
On peut cependant les avoir pour plus tard, et ce
serait d6jh une consolation que de savoir, au
moment oi les decrivains, les litterateurs, les poetes,
les orateurs, celebreront par la parole et 1'ecriture
leurs exploits et leurs vertus guerrieres, que les
images de ces h6ros, anim6es et id6alisees par une
conception vraiment artistique, s'6elveraient, quel-
ques ann6es apres, sur une place publique, la
place de 1'Ind6pendance. Quant aux discours offi-








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ciels, que 1'on soit, dbs maintenant, persuade qu'ils
seront tout a fait impuissants a faire vibrer les
coeurs, s'ils ne trouvent a s'appuyer sur des oeuvres
palpables, t6moignant de leur sincerity. Le souvenir
me vient, a ce propos, d'une com6die du Vaudeville
oil l'acteur Parade, representant un gentilhomme
veule, ravine par l'alcool et les basses passions,
s'ecriait a tout bout de champ, au milieu de ses
propos d6cousus et incoh6rents : Oh! mes aieuax!
Tes aieux! miserable, avait envie de r6pondre. le
spectateur, la rougeur leur monterait au front et
ils te renieraient, s'ils pouvaient te voir dans le
triste 6tat oui te voilh!
Ne sont-ce pas aussi des paroles de desaveu qui
monteraient aux 1evres des o4mom^8 de L'Indepen-
dance et de leurs pr6curseurs, de Toussaint-Lou-
verture surtout, lui si organisateur, s'ils pouvaient,
remontant a la lumibre du jour, considerer la d6so-
lante situation de la soci6te ha'tienne, d6semparee,
sans timonnier qui lienne la barre et imprime une
direction rationnelle aux affaires publiques, et oii
leur culte n'a pu jusqu'ici, apr6s un siecle, -
s'exprimer, se concr6ter, sur les places et dans les
rues, dans des oeuvres imperissables. Ah! ces hliros
de 18031 de quel ceil sombre et attrist6 ne contem-
pleraient-ils pas le d6sarroi, l'impuissance, la non-
volonte du bien au milieu desquels se d6battent, en
ce pays, homes et choses publics, Non. Ce ne sont







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pas sirement des paroles et des p6riodes oratoires
qu'ils demanderaient, mais des actes, des actes de
gestion et de bonne administration, portant I'em-
preinte de l'idee patriotique. Et quand ils sauraient
que les descendants des esclaves qu'ils avaient
affranchis, les pauvres campagnards d'aujourd'hui
sont presque parlout, a l'heure actuelle, en proie
aux pires exactions, que ceux qui gouvernent et se
pr6tendent d6mocrates n'ont cure de leurs inte6rts
moraux, intellectuals, 6conomiques. Oh! alors, c'est
un voile 6pais qu'ils se jetteraient sur la tlte pour
d6rober a leur vue le spectacle decourageant qui
leur ferait douter de l'avenir de leur oeuvre.


II

Mais, peut-6tre, du petit nombre de ceux qui con-
servent, vivant et fort, l'espoir du relevement na-
tional, une voix s'6leverait, qui leur dirait : 0 glo-
rieux ancetres, tout n'est peut-ktre pas perdu!
Au-dessous de ce qui est a la surface, de ce qui
est le plus apparent et que vous voyez, et que
1'6tranger, h6las! voit et observe avec vous, il y
a des forces qui travaillent, des forces intellec-
tuelles et morales. Ces pauvres populations rurales,
abandonn6es des autorit6s, le clergy catholique, les
missionnaires du Christ, appeles vers 1860 par un







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gouvernement civilisateur, s'efforcent de les mora-
liser et de les arracher aux grossibres superstitions
du f6tichisme. Ce n'est pas suffisant; c'est pourtant
quelque chose. Des hommes, dcs jeunes gens 6cri-
vent et, dans leurs merits, ils parent de liberty, de
probity, de droit, de justice. Leur voix est encore
bien peu 6coutee; mais elle grossira, cette voix;
elle trouvera des 6chos qui la multiplieront et l'am-
plifieront. Et peut-6tre, un jour, la petite troupe
qui lutte pour le progres de la civilisation, devenue
legion, verra-t-elle ses efforts couronnes par la
victoire, aux ailes pacifiques et constell6es de lu-
miere. Et voyez! en presence de ceux qui laissent
Spricliter votre oeuvre, ne s'eleve-t-il pas un group,
dejh assez nombreux, qui pense que pour vous ma-
gnifier et exalter votre gloire, des paroles, si
belles soient-elles et si eloquentes I ne peuvent
aujourd'hui suffire; qu'il y faut joindre quelques-
unes de ces productions de la pensee artistique qui
disent hautement a tous, a 1'ignorant comme au
lettr6, quels actes lib6rateurs vous avez accom-
plis et quel culte vous est dA pour ces actes. En
effet, des comilts s'organisent, a la capital, en pro-
vince, dans toutes ces localit6s illustrees par vos
hauts faits, a Gonaives oiu vous avez proclaim la
volont6 de vivre libres ou de disparaitre; des sous-
criptions vont Wtre lances dans 1'intention de r6a-
liser ce que le gouvernement, qui d6teste son







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devoir, ne sait pas faire. Oh! non, illustres
aleux, tout n'est pas perdu. Quelques-uns de ces
arriere-neveux, a qui vous recommandiez la garde
du pacte de delivrance, veillent et se souviennent.
Ils ne sont pas trds nombreux, mais le nombre s'en
accroitra, esp6rons-le. Tout n'est pas perdu 1



III


Apportons, pour notre part, notre contribution
intellectuelle a l'acte de glorification qui se prepare
sous les auspices de l'initiative priv6e, en indiquant
tout d'abord : 10 sous quel aspect sociologique nous
apparait cet acte; 20 quelle forme nous voudrions
voir donner aux ceuvres plastiques destinies a
rendre sensibles les idees et sentiments nationaux,
a les syntheser et a les perpetier.
Ddgageons le caractere du movement politique
et social d'oii sortit notre emancipation national.
L'explosion qui imprima a 1'etat social esclava-
giste qui existait dans I'ancienne Saint-Domingue
les premieres secousses eut, on le sait, son centre
en France. Ce fut la Revolution franchise, avec ses
iddes genereuses de justice et de fraternity, aux-
quelles elle imprima un caractere d'universalite,
qui fit naitre dans l'Ame des affranchis et, apres
eux, des esclaves, les idees et les espoirs de re-







- 11 -


demption prochaine, en leur mettant, en meme
temps, en 1'esprit le project de travailler a leur rea.
lisation. Certes, la lutte, dans ses dernieres phases,
prit de part et d'autre, c'6tait inevitable, un
caractbre de sauvage 6nergie; mais elle eut pour
but de faire entrer dans les choses sociales, de
rendre effectifs des principles d'humanit6 et de jus-
tice.
La nature produit parfois de grands, d'effroyables
cataclysmes pendant lesquels les forces physiques
d6chain6es entassent destruction sur destruction,
ruines sur ruines. L'6quilibre se r6tablit a la fin, et
I'atmosphere, apres ces tourmentes, reste plus pure,
plus vivifian toe, moins charge d'el1ments troublants.
Ainsi, aprbs les catastrophes de la guerre de l'Inde-
pendance, une affreuse iniquite, l'esclavage, avait
Wte balayee du sol que nous foulons. Mais l'atmos-
phere social aurait dA s'impr6gner des idees et des
principles qui avaient pr6sid6 a 1'eclosion du mouve-
ment, idees et principles que le gouvernement repu-
blicain resume et repr6sente. 11 n'en fut cependant
pas ainsi, on le salt. D'abord, il fallut se tenir sur
la defensive guerriere et, par consequent, laisser la
preponderance ha 'element militaire. De sore que
la liberty civil et politique, qui s'accorde difficile-
ment avec le militarisme, ne put s'acclimater chez
nous, a ces premieres heures. Elle ne s'y est pas
encore acclimatee. Puis, de ficheuses divisions se







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produisirent entire les freres d'armes de la veille et
entrainbrent des dissentions civiles don't nous deplo-
rons encore les consequences.
Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que ce sont les
principles de liberty, que c'est l'idee r6publicaine,
- apportes par le grand vent f6condant d6chain6
sur le monde par la R6volution franchise, qui ont
6te les facteurs moraux et intellecluels les plus
puissants de notre d6livrance. Nous devons y tenir
et, en y joignant les sentiments de fraternity et de
solidarity humaines, ne pas manquer de proclamer
pour eux, au jour du centenaire, notre invincible
attachment.
Le movement d'affranchissement politique, cou-
ronnd de succ6s en novembre 1803, a encore une
autre signification, toujours tres haute. Ceux
qui venaient de briser le joug appartenaient a une
race jusque-la profondement meprisee, avilie et
don't, encore aujourd'hui, les facultes d'invention et
de conception sont contest6es, a tout le moins
controversies. Toussaint-Louverture avait d6jh faith
preuve de puissance mental cr6atrice, en recons-
tituant, apres des annees de bouleversement, un
elat social colonial ordonnd et progressif. Les Hai-
tiens de 1804, 6mancipes d'hier, avaient a
donner un example semblable, en s'organisant en
republique stable, ouverle au progrBs. Cet example,
- malgr6 les luttes civiles et des difficulties sans







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nombre, ils le donnerent dans une measure appre-
ciable. Au bout de vingt et une ann6e, la R6pu-
blique haYtienne 6tait fondue, munie de ses organes
fondamentaux, reconnue de la France, et prenait
place, comme organisme constitu6, dans la soci6t6
international. Nos ancetres avaient prouve le mou-
vement en merchant. AprBs avoir d6ploy6 de fortes
qualit6s militaires et guerrieres, ils montrbrent des
aptitudes politiques et administrative don't il serait
injuste de ne pas tenir compete. Et si 1'6volution
politique et social du pays a depuis d6vi6, si la
courbe s'en est d6favorablement modifiee, ce n'est
pas h eux qu'il faut en faire le reproche.
Il y a plus : l'exemple 6clatant de perfectibility
qu'ils venaient de donner avait une portee non pas
seulement national, mais ethnique aussi. Comme
une onde physique qui, produite sur un point,
s'61argit et s'6tend a des distances de plus en plus
grandes, ainsi le movement produit dans le milieu
social qui existait chez nous a la fin du dix-hui-
tieme siecle et au commencement du dix-neuvieme,
ne resta pas sans effet sur le sort des autres societ6s
esclavagistes. Les classes esclaves y aspirerent, a
leur tour, a la liberty et l'agitation antiesclavagiste,
soutenue et aliment6e par un vaste courant d'opi-
nion, aboutit, comme on sait, en moins d'un demi-
siecle, a la proclamation de l'affranchissement dans
les colonies anglaises d'abord, puis dans celles qui








14 -
i
relevaient de la France. II y a une solidarity des
bonnes causes; et le triomphe de l'une influe sur
celui des autres, le facility et le precipite. Le ph6no-
mene sociologique produit sur un point des Antilles
avait eu, par propagation imitative, des effects avan-
tageux a la race noire dans toutes les autres Antilles
et ailleurs encore.
En sens inverse, ayons le courage de reconnaitre
que l'exemple de stagnation, sinon de retrogra-
dation politique et 6conomique que nous offrons,
depuis quelques annees, au monde civilis6, n'est
guere fait pour contribuer a l'am6lioration de la
situation social des noirs, surtout de ceux des
Etats-Unis. 11 leur est plut6t nuisible, et l'on n'est t
pas sans savoir que les droits politiques de suffrage
leur ont 6te enleves dans certain Etats du sud des
Etats-Unis.
II1 y aura done, tenant compete de ces liens de
solidarity naturelle existant entire le sort politique
d'Haiti et celui des autres groups collectifs com-
poses de noirs et de leurs descendants, que ces
groups soient a 1'6tat de societ6s distinctes ou
qu'ils soient compris, comme parties int6grantes,
dans des collectivites politiques comptant aussi des
elements de race blanche, it y aura a s'efforcer,
disons-nous, de mettre en relief, en y donnant la
publicity mondiale la plus large possible, ce que les
Haitiens ont produit de meilleur dans I'ordre des tra-







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vaux esth6tiques, litt6raires on scientifiques, dans
le course de leur premier siecle d'existence national.
Un people doit, en certaines occasions solennelles,
remonter a ses origins pour y puiser, avec une
conception plus nette des principles directeurs de
sa conduite (ou qui doivent le devenir), des lumieres
propres A lui indiquer le but vers lequel il doit
tendre et qui est comme la raison d'etre de son
existence. Ce but, ce n'est autre que le d6velop-
pement le plus complete possible des facult6s mo-
rales et intellectuelles (1) de la soci6td haltienne,
seul moyen possible de prouver la perfectibilild,
non pas d'individus de race ou de descendance
africaine (preuve deja faite), mais bien (ce qui est
une toute autre question), celle de societ6s com-
posees de ces individus.
On concoit sans peine qu'un appareil mecanique
peut avoir des rouages tres perfectionnes et n'6tre
pas, pour cela, un bon appareil. Si les autres
rouages, en effet, ne s'adaptent pas convenable-

(1) Cependant, comme c'est la civilisation mat6rielle -
resultant du d6veloppement des forces Bconomiques d'un
Etat qui sert de base, de substratum A la civilisation
morale et intellectuelle, on concoit qu'il est de premiere
importance pour Haiti que le travail agricole et induslriel
soit organism, de facon que l'agriculture, les industries qui
sont A notre port6e et le commerce national, qui en est
solidaire, puissent prendre leur essor et aspirer a un
avenir f6cond et prospere.







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ment a ceux-la et si leurs movements simultanes
ne parviennent pas a s'harmoniser, l'appareil ne
marchera pas, et l'effet en sera nul. 11 en est de
m6me des appareils, des organisms sociaux. Si,
d'ici quelques annees, la soci6te haltienne ne peut
parvenir a faire surgir de son sein un gouverne-
nement, c'est-a-dire un organe central de coordi-
nation et d'ex6cution des movements collectifs, -
susceptible d'organiser ses forces productive de
toutes sortes, morales, intellectuelles, economiques,
il sera certain, puisque, d'autre part, il n'est pas
douteux que cette societ6 porte en elle des elements
d6ja suffisamment perfectionnes avec d'autres assu-
rement perfeclibles, il sera certain que cet in-
succes devra 6tre attribu6 a un d6faut du corps
social tout entier provenant surtout du manque
d'adaptation r6ciproque. Telle est la question. Elle
est tres grave, comme on voit, et il ne servirait de
rien de chercher a s'en dissimuler le caractere
complex et profound.
Telles sont les considerations g6nerales qui, les
premieres, doivent, suivant moi, guider les organi-
sateurs pratiques de la fete du centenaire. Sous
une forme ou sous une autre, elles devront se
refl6ter, avec 1'accent de sinc6rit6 et de serieuse
conviction qui conviendra a une pareille comm6-
moration, dans les 6crits et discours qui verront le
jour en cette circonstance.. Elles influeront aussi,









comme nous venons de 1'indiquer, sur le choix des
collections qui seront r6unies et presentees au
public.

IV


Recherchons maintenant suivant quels modes et
sous quelles formes pourraient se produire les
resultats des activists coop6rantes groupies autour
de l'Association du Centenaire ou qui, se donnant
carribre d'une facon ind6pendante, seraient amenees
a lier leur action a celle de cette association.
D'abord un livre, un livre qui retrace, sous 1'ins-
piration d'un patriotism 6leve, les biographies -
preceddes d'un tableau d'ensemble des lutles aux-
quelles ils prirent part, des intr6pides fondateurs
de 'Eltat haltien, tel est le premier point, nous
semble-t-il, d'un programme rationnel de comme-
moration. Cet ouvrage contribuera h ramener a
l'unit6, tout en les 6tendant et les fortifiant, les
connaissances fragmentaires imparfaitement relies
entire elles, que beaucoup de Haitiens possedent sur
cette premiere 6poque de notre histoire sans computer
qu'il en est un plus grand nombre encore qui l'igno-
rent complbtement.
Le second point serait la preparation d'une expo-
sition destine a mettre en relief, a faire connaitre
et appr6cier les products de l'activit6 national dans


- 17 -







- 18 -


les differentes branches oil elle a pu s'exercer pen-
dant ces cent annees. Une attention toute parti- 1
culidre serait donn6e, comme nous l'avons deja
indiqu6, aux productions de l'esprit qu'aucun gou-
vernement, que je sache, n'a jamais song a faire
figure aux vitrines consacrees a notre pays dans
les expositions internationales auxquelles il a pris
part. On y r6unirait, dans une salle sp6ciale, tous
les souvenirs mat6riels transportables encore sub-
sistants de la glorieuse epopee; ces pieces, ces
reliques du pass, la fete finie, seraient conserves
pour former un petit mus6e permanent. Les jeunes
gens, les Bleves des 6coles les visiteraient, et, a leur
vue, des effluves de patriotism leur monteraient au *
cceur et les reconforteraient.
Troisiemement, il faudrait, donnant corps aux
id6es souvent emises a ce sujet, 6riger des sta-
tues, lever des monuments pour rappeler les ev6-
nements a cl6brer et les acteurs qui les accompli-
rent et les menerent a bien. En ce sens, il serait
souhaitable que l'on puit montrer nos h6ros unis
dans leur representation statuaire comme ils le
furent dans la lutte et la victoire. C'est dire que ce
sont, pour commencer, non des statues isolees,
mais un group reprdsentatif de la proclamation de
l'Independance, le Jer janvier 1804, qui rdpondrait a
notre vceu. Voici comment je concevrais la dis-
position des choses : sur une place publique qui








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serait appel6e place de l'Independance, un group
central figurerait a peu pres la sc6ne du ler janvier,
Dessalines, Christophe, Pelion sur un m6me socle,
puis, autour d'eux, et a un niveau moins eleve, les
autres signataires de 1'acte de l'Independance; en
face d'eux, et a quelque distance, s'1eeveraient les
statues des pr6curseurs, de ceux qui combattirent
h6roiquement, mais n'assisterent pas au triomphe
final. Ici, ce serait la figure de Toussaint-Louver-
ture, l'organisateur gef qui serait pr6domi-
nante. Toussaint ne lutta pas directement pour 1'in-
dependance, mais it voulut et revendiqua la liberty
des esclaves, et it n'est pas douteux qu'il ait gran-
dement contribute a frayer les voices a l'indepen-
dance politique. Plus tard, on arriverait a placer
sur divers points des statues isoldes rappelant tel
ou tel de ces personnages historiques.
A-t-on le temps n6cessaire pour obtenir d'un
artiste celebre, dans les conditions de conscien-
cieuse et sympathique execution plus haut indi-
quees, ces diverse statues et groups de statues,
avec leurs socles, inscriptions, ornements et acces-
soires? C'est peu probable. On peut meme croire
que non. On pourra toujours les avoir pour deux ou
trois ans plus tard et, comme je le disais, il sera
deja r6confortant de penser qu'on les prepare et
que nous les aurons. Justement, et c'est une idde
que je d6velopperai peut-6tre par la suite, il








- 20 -


importera de songer a feter de meme, dignement et
en people qui a souci de ses grandes dates histori-
ques, la foundation de la RBpublique HaY'ilienne. Ce
second anniversaire viendra a la fin de I'ann6e 1906.
Si los statues commandoes, en vue de la celebration
de 1'Ind6pendance, 6taient alors pr6tes, il serait
possible de les inaugurer i cette derniere date en
ayant la precaution, bien entendu, d'ecarter les sou-
venirs qui divisent pour ne retenir que ceux qui
rapprochent.
Quant a 1'id6e qui pourrait venir d'offrir a nos
grands hommes des euvres plastiques vite 61abo-
rees et sans recherche d'art, il faut, je crois, la
chasser du programme pr6liminaire a Btablir. J'ai
toujours regard comme une profanation, la pens6e
que concut un jour Septimus Rameau de faire cou-
ler en metal, comme une piece industrielle, un pan-
theon destiny aux glorieuses memoires de 1803. 11
faut que 1'Ame d'un artiste qui, lui-m6me, aura con-
senti h s'impregner et a s'inspirer des sentiments
communs de la collectivile hailienne, passe dans les
ceuvres destinies a nos gloires. Et ce n'est que la
conception et 1'ex6cution personnelles, lentes et
mfiries, qui soient capable de r6pondre a ce desi-
deratum. Pour une fois, puisque c'est I'initia-
tive privee et non le gouvernement qui prend
1'entreprise en main, d6faisons-nous des habi-
tudes de hate, d'improvisation, qui gAtent tout




Cr- -59


-- 21 -

et empechent les r6sultats durables et feconds.
AprBs cela, le jour mime de la c6l6bration, il y
aura des d6fiels, des corteges, etc., des repr6senta-
tions th6Atrales, des s6ances litt6raires et artisti-
ques, des f6tes partielles, petites fetes dans la
grande, oi n'ai pas le temps d'en parler. Aussi bien, je pense
que les hommes intelligent, qui prennent part aux
pr6paratifs, ne manqueront pas de chercher a se
rendre compete de ce qui s'est deja fait en ce genre
dans les pays Btrangers. En 1889 les Etats-Unis
f6taient un anniversaire de m6me signification poli-
tique. 11 y avait un sibcle, qu'aprbs avoir rdpudi6
tout lien de sujetion, ils s'6taient d6finitivement
Sspar6s de 1'Angleterre. On pourra 6tudier les di-
verses manifestations qui ont eu lieu en cette cir-
constance. Les donn6es experimentales ne doivent,
en aucune occasion, 6tre n6gligees, non pas pour
les adopter sans contr6le ni examen, mais pour
rechercher la measure rationnelle dans laquelle elles
peuvent 6tre utilis6es.


V


Un mot maintenant au sujet de la conduite de
l'entreprise. Je ne saurais mieux faire que de pro-
poser en example, a cet 6gard, les regles suivies







- 22 -


lors de la foundation de l'Ecole libre de Droit, en
1887. L'esprit qui presida a cette creation fut, dan's
toule sa vigueur, un esprit de devouement et de
d6sinteressement. Aucune ambition personnelle,
aucun inter6t priv6, ne chercherent a se dissimuler
et a se satisfaire sous le covert de l'int6ret general
et social. Le public le sentit bien; c'est pourquoi il
eut confiance et apporta son concours aux initia-
tiateurs de l'ceuvre. Aujourd'hui, oii il s'agit d'as-
surer le succes d'une operation collective ayant
encore plus d'ampleur et interessant la population
entire du pays, il faudra d6ployer tout autant
d'honnelet6, de droiture, de delicatesse morale
dans 1'accomplissement de la tLche patriolique don't
on assume la responsabilit6. Le public devra Btre
tenu au courant des moindres faits et mis a mime
d'exercer, au jour et a 1'heure qu'il lui plaira, un
contr6le effectif, un examen minutieux. Beaucoup,
assurement, s'en abstiendront; il suffira cependant
qu'ils le pussent faire pour les voir sortir de leur
indifference et se decider a cooperer. C'est la la
condition premiere a laquelle toutes les autres
sont subordonnees de la reussite et du triomphe.
De plus, il faudra que chaque membre du comite
d'organisation et d'initiative comprenne la n6cessitl
d'agir, d'agir personnellement, faisant et 6tendant
autour de soi la bonne propaganda. De simples
appeals inser6s dans les journaux ne suffiront pas.









Certes, il faut user de la publicize des journaux, et
le plus largement possible m6me. A cote de cela il
faudra multiplier les demarches individuelles. Parmi
les membres du comite de propaganda de I'Ecole
libre de Droit il y avait quelques-unes des person-
nalites les plus marquantes du pays. Eh bien, au-
cune d'elles ne se refusa a rendre personnellement
visit aux personnages en vue pour les entretenir
de 1'oeuvre, provoquer, en sa faveur, leur adhesion
et leur appui. On dressa le tableau de ces person-
nages, et chaque initiateur se charge d'en voir un
certain nombre. C'est encore ainsi qu'il importe de
proc6der. Aujourd'hui, r6pelons-le, la tache a ac-
complir est plus large. On aura i s'adresser a une
portion beaucoup plus 6tendue du public, disons h
la population tout entire, car il serait souhaitable
- et ce serait le triomphe moral le plus complete -
que les habitants meme des campagnes (des plai-
nes et des mornes) fussent entraines dans le mouve-
ment et apprissent a honorer la m6moire de ceux
qui ont arrach6 leurs ancktres a 1'odieuse oppres-
sion des colons. Mais il est a considerer qu'il y aura
aussi initialement plus d'ouvriers a la besogne.
En lout cas, elant donnees la tournure de l'es-
prit public hailien, les tendances a la meflance, a la
suspicion r6ciproque qui s'y sont etablies, notre
conviction profonde est que 1'initiative priv6e ne
parviendra, en notre milieu, a couronner ses entre-





DOES N





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7, Le'qu Ig uvivriheblment Som
s'inquidlaiL nuljfent des' hautsb ptAs.j
S tuelSe ia anaDiA hiaienne, eut la nletiper
7.
.W qu tne force collettiveassez imposante s'6Lta
Set pgahisee, en vue de 'introductioindeTen
uridique en-Hati il s'6utiet fill
-c yw P cuper d'an ordre.d'ide i.auquel il-hlff
S.... lare, e parfailenenLmiddiff6rent. De.memrn
d'hi,.- qu'n ,enr-oil-persuaa, -. lbs p
Sdirige ts st*blinl d' leur indiffenefice,
S- insouciance a-gard de'la elbrttlir ,et.a
Snaire, dm omen i o ppp d res eli
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