Essai d'une synthèse de sociologie économique

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Material Information

Title:
Essai d'une synthèse de sociologie économique
Physical Description:
2 p. l., iii, 322, ii p. incl. tab., diagrs. : ; 27 cm.
Language:
French
Creator:
Dalencour, François, 1880-
Publisher:
Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Economic policy   ( lcsh )
Industrial policy   ( lcsh )
Liberty   ( lcsh )
Free enterprise   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage:
Haiti

Notes

Statement of Responsibility:
par le docteur François Dalencour ...
General Note:
At head of title: Les pays ne sont pas prospères en raison de leur fetilité ou de leur industrie mais en raison de leur liberté.
General Note:
With manuscript additions and corrections.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 07044788
lccn - ac 38001836
ocm07044788
System ID:
AA00008966:00001

Full Text















UNIVERSITY

OF FLORIDA

LIBRARIES


iLaUi
AMERCia


_
















LES PAYS NE SONT PIS PHOSPITES
EN RAISON DE LEUl FEBTIllTI Oil DE LEUR INDSTIIE

MAIS EN PRISON BE LEOR LIHEBTI...



Essai Une Synthse de Sociologie Economiqje

PAR

LE DOCTEUR FRANCOIS DALENCOUR
Ex-Membre et President du Jury Medical de Saint-Marc
Ex-Medecin du Port de Saint-Marc ( Haiti )
Ex-Chirurgien en Chef de I'tl6pital Militaire de Port-au-Prince
Membre de 1'Union MWdicale Latine, de Paris ( U. M. F. I. A. )
Membre de 1'Academie de Mddecine Germano-Ibero-Amdricaine
de Berlin
Directreir-Fondateur du a Journal Medical IlaTtien ,





1937.



PARIS
LIBRAIRIE DES SCIENCES POLITIQUES ET SOCIALES
MARCEL RIVIRE
31, Rue Jacob et 1, Rue Saint-Benoit

Prix net : 45 francs.









LES PY NIE SONT PAS PROSPeBES
EN PRISONN DE IEBR FERTILITE 0l DE LEBR INiUSTRIE

MiIS EN 1AISON E LEiR LIHEsT..



Essai d'Unie Spthse de Sociologie Economique

PAR

LE DOCTEUR FRAN(OIS DALENCOUlR:
Ex-Membre et President du Jury MAddIal de Saint-iAarc
Ex-MWdecin du Port de Saint-Marc ( Haiti )
Ex-Chirurgien en Chef de PH6pital Militaire de Port-au-Prince
Membre de 1'Union MWdicale Latine, de Paris ( U. M. F; I. A. )
Membre de 1'Academie de Mddecine Germano-Ibiro-Americaine
de Berlin
Directeur-Fondateur du ( Journal MIdical Haitien a





1937.



PARIS
LIBRAIRIE DES SCIENCES POLITIQUES ET SOCIALES
MARCEL RIVIRE
31, Rue Jacob et I, Rue Saint-Benoit


Prix net : 45 francs.




















Collection < LA SYNTHESE HUMAINE >

par le Docteur Francois Dalencour:


I.- LA SYNTHESE MORALE

II.- LA SYNTHESE JURIDIQUE

III.- LA SYNTHESE ECONOMIQUE
IV.- LA SYNTHESE SOCIOLOGIQUE
V.- LA SYNTHESE POLIT1QUE
VI.- LA SYNTHESE HISTORIQUE

VII.- LA SYNTH]SE PHILOSOPHIQUE

Ces sept volumes paraitront successivement a partir de 1938.








PREFACE

De tous les actes humans le livre, celui qui est fait de veri-
t6, est celui qui comporte le plus de repercussions, parfois
ind6finies; il survit a son auteur et son temps. Mais c'est
aussi la matiere of le rappel de la sagesse antique porte le
plus a la modestie: rien de nouveau sous le soleil...
C'est a propos des livres surtout qu'on doit se souvenir du
mot peut-6tre le plus profound de l'Eccl6siaste.Tout a 6t6 deja
dit, meme en parties. Si les Sciences physiques et chimiques
nous ont'apporte tant d'impr6visibles nouveaut6s, il est im-
possible d'en dire autant de la science de l'homme qui, depuis
des mill6naires, semble inchangee. Les sciences morales,
sociales et politiques semblent cristallisees, et la nouveaut6,
pour elles,ne se trouve que dans la terminologie et la synthbse
pour aboutir a tout ce qui 6tait deja su. Le savant Docteur
Daremberg disait: a Science, c'est souvenance.e
Une semence oublike trouve dans une personnalit6 pr6pa-
ree le terrain approprie, oi elle germe et se d6veloppe avec
une force et une vitality qu'elle n'aurait jamais connues chez
son auteur. L'berivain est done oblige d'etre modest. L'6mi-
nent professeur Forgue, de Montpellier, disait avec raison
que Je n'eprouve done aucune honte a dire que mon livre n'a
aucune pr6tention d'originalit6 ni de revolution: il vise simi-
plement a coordonner et a vulgariser des notions dejA bien
,etablies, des' faits authentiques, divulgu6s de partet d'autre,
sur quoi thon lib6ralisme projette un peu de lumiere, afin d'e-
clairer puissamment, A giorno, certaines conceptions ou argue.
mentations qui ont 6t6 obsctrcies ou negligees par les sophis-
tes qui ont oublie la Science Economique. L'indulgence des
lecteurs voudra done m'excuser d'avoir fait tant de citations,
puisque ces citations constituent autant de preuves, de faits
v6cus, done irr6cusables, ou assurement int6ressants.
Peut-6tre le lecteur n'apprendra-t-i! rien qu'il ne sacbe
deja; c'est seulement quand ils sont ainsi groups, r6unis en
faisceaux analogues, que les l6ments d'informations, les faits
v6cus, prennent lout leur sens. II faut se trouver ainsi brus-
quement devant le bilan de la revolution qui s'accomplit soils
nos yeux, jour par jour, depuis la grande guerre, depuis vingt
ans, pour en comprendre tout a fait ia port6e. Et alors, on
se rend compete que cette revolution a d6ja comrmence depuis
que. hommee existe... C'estl'dternelle evolution qui resemble
au course d'un fleuve don't l'eau parait toujours la mmre.
Comme I'abeille qui va dans les champs butiner d'innom-
brables fleurs, je me suis appliqu6 a recueillir un peupartout
une masse innombrable de faits avec quoi j'ai form ce miel
qu'on va d6guster, ce livre qu'on va lire. N'est-ce pas Buffon







qui disait deja; a Rassemblons les faits pour avoir des ides).
J'ai travaill6 de mon mieux... De tous ces faits epars j'ai
form un corps de doctrine substantial, une synth.se de socio-
logie economique, une veritable somme du libdralisme, ( car
tout est toujours prepare dans I'histoire des idbes, nous dit
Paul Janet; mais celui qui resume et condense en sa personnel,
en y ajoutant un accent personnel toutes les iddeq de ses pr6d6-
cesseurs, celoi-lB est un inventeur, quoi qu'en puissent dire la
critique et 1'6rudition... L'originalit6 des doctrines ne se me-
sure pas toujours aux formules qui les r6sument. II n'en faut
pas voir seulement la lettre, mais I'esprit et I'accent. )
Depuis pres de dix mille ans que les homes se sont cons-
titu6s en socidtls, I'hornme n'a guere change au point de vue
moral, et toutes ses innombrables luttes sociales et politiques
se r6sument en une seule, la lutte entire l'autocratie et la
liberty, entire 1'6goisme et la raison. Dans ce domaine, rien
n'a change depuis pres de dix mille ans. On n'a qu'a parcou-
rir I'histoire universelle depuis les temps les plus recules
jusqu'. nos jours pour se rendre compete de cette v6rit6. Au
course de cette longue periede, les moyens de destruction
seuls ont chang6,tandis que l'ame humaine restait la meme.Ni
la psychologie, ni la logique,ni la morale n'ont change depuis
Platon, Aristote et Jesus...
II n'y a jamais eu, et il n'y aura toujours que deux grandcs
doctrines qui dominant et resument la vie social et politique:
la politique absolutiste et la politique libdrale. Mais aussi,
depuis pres de dix mille ans, (a experiencee et I'histoire nous
apprennent que les Etats les plus libres ont toujours 6t6 les
plus riches et les plus puissants, nous dit Paul Janet; mais
c'est surtout par sa supioriori morale que la liberty poli-
tique l'ermporte siir le pouvoir absolu. ) (1)
C'est ce que nous gallons d6montrer si le lecteur veut bien
nous suivre avec tin peu de patience.
Ce livre est consacr6 a la m6moire de l'illustre auteur de
al'Esprit des Loi.s don't une des pens6es mattresses nous en
a donn6 le titre. Cette consecration fait reseortir que la v6rite
scientifique est 6trnelle, de tous les temps et de tons les
lieux. (2)
Ce livre est aussi dedi& a la m6moire du grand kconomiste
belge, Emile de Laveleye, le digne continuateur de Montes-
quieu au. 9e siecle.

(1) Paul Janet. Hisloire de la Science Politique dans scs rapports
avec la Morale.

(2) Le culte de Montesquieu est plus vivace que ja!nais. Ses fer-
vents apprendront avec plaisir que le chAteau de la BrAde, A 7 kilo-
metres de Bordeaux, of fut 6crit L'Esprit des Lois et ofi naquit notre
auteur peut Atre visit tous les jours depuis (935. C'est en 1419 qu'un
ancetre du ce86bre ecrivain fit batir et fortifier ce chateau fort don't
le donjon, les tours,les 6chauguettes etles creneaux rappellent pitto-
resquement le Moyen Age. On y voit encore la chambre de l'auteur
de L'Esprit des Lois, son lit A colonies, son fauteuil auprAs d'nne







Je d6die enflin mon livre au grand historien liberal, Monsieur
Guglielmo Ferrero, qui, en ce vingtieme siecle aux debuts si
tourmentis maintient aussi avec autorite la tradition de verit6
inauguree par Montesquieu.
Preuve irrdcusable de l'6ternite de la v6rit6 scientifique, de
cette verit6 formuiee si heureusement par Montesquieu : a Les
pays ne sont pas prospares en raison de leur fertility ou de leur
industries, mais an raison de leur liberty ). Nous avons dlargi
la for mule de Montesquieu qui 6tait primitivement 6non-
ce exactement ainsi: tLes pays ne sont pas cultives en raison
de leur fertilite,mais en raison de leur libert6e). Du temps
de Montesquieu, i'industrie dtait embryonnaire; il ne pou-
vail done parler que de I'agriculture. Mes 6tudes m'ont per-
mis d'6tendre cette formule A tous les phinomenes Bconomi-
ques, a l'industrie, au commerce, etc., et d'en faire une loi
Aconomique et sociologique generale, car l'unit6 des pbhno-
menes 6concmiques est incontestable.
Or, la prosp6rit6, c'est 1'evolution normal, physiologique,
la raison d'8tre d'etre des socite6s qui s'6levent moralement
et materiellement... C'est la prospirit6 qui conditionne et fa-
cilite le progres social...(i)

Dr. Francois DALENCOUR




Port-au- Prince ( Haiti), janvier 1937.














cheminke de pierre peinte qui garde encore, dit-on, la marqu8
de son pied. Dans la bibliotheque s'accumnlent les livres rares, les
notes du president, sa volumineuse correspondence. C'est sur le lin-
teau de la porte, A l'entree de cette piece qu'on lit l'irscription
suivante: C(Hic mortui docent ViVos mori, lei, les morts pr6parent
les vivants a la mort...)

(1) Le leeteur est pri6 d'excuser les nombreux errata qui se
trouvent dans le texte, surtout dans les premieres pages>








CHAPITRE PREMIER

MONTESQUIEU ET LA REVOLUTION FRANQAISE
A la fin da 18e siecle un coup de tonnerre, accompagn6
d'un eclair formidable dchirait les airs et purifiait 1'atmos-
pbhre accablante du despotisme monarchique : une Bre nou-
velle avait pris naissance. C'6tait 1789. Tous les historians
s'accordent a faire partir de cette date le 19e si6cle, raccour-
cissant ainsi de 11 ans le 18e a sa fin. Ce jalon chronolo-
gique 6tait n6cessaire, car une nouvelle humanity& avece une
pensee nouvelle avait vu le jour. Selon la belle expression
du philosophy Victor Cousin, la D ciaration des Droits de
1'Homme est ( la page la plus bienfaisante depuis l'Evangile .
Elle avait [ait passer la charity chr6tienne dans la pens6e
et la conduite politiques ; elle eut les mrmes ennuis que le
christianisme : elle eut aussi des adversaires acharnds qui
l'oblig6rcnt, come I'autre, a des reactions involontaires
don't certaines turent exagerees etque, comme pour son prd-
decessour, les historians et les penseurs d6plorent sincere-
ment. Les crimes inutiles de 1789 ne sont pas plus consid6-
rables que ceux de inquisitionn, et ses guerres sp6cifiques
ont et inspires par un ideal come les croisades: r6vo-
lutionnaires et crois6s brtilaient d'une flamme de d6sintd-
ressecment et d'ameliorati-on social presque pareille.
Qui et.,ient les vrais auteurs de ce bouleversement de 1'bu-
manite ? Si I'injustice et l'arbitraire avaient cre6 en Fran-
ce un malaise intolerable, il est aussi incontestable qu'il
s'est trouve de grands penseurs, d'illustres philosophes pour
d4noncer tous es abus et indiquer la voie des reformes li-
beratrices don't application allait ddborder la France et re-
jaillir sur 1I'humanite entire, en crdant la charity po.li-
tique ( 1 ) qui tait de tous les citovens des freres sociaux,
qui unified la nation en une grande famile don't tous les mem-
bres sont egaux, pourvus des m6mes droits, astreints aux
m6mes devoirs. La formula republicaine liberty, 6galit6,
fraternity n'est pas un vain mot dans son sens reel. Elle
mnrite de dominer le monde, come une parties int6grante
du christianisme. Elle doit Wtre la devise de toutes les re-
publiques democratiques, de toutes les d6mocraties lib6ra-
les.
Un polimiste francais, Corn6ly, disait: ~Tous les obus
n'eclatent pas, toutes les bales ne portent pas.., tous les
livres portent. Cette pensee s'applique a toutes les r6-
volutions, A toutes les relormes; elle s'applique surtout a
1789. Toutes les souffrances de cette 6poque ne se seraient
sans doute pas r6veill6es avec tant d'ardeur et d'unanimit6,
puisqu'on etait en pleines tLenbres, si auparavant des voix
g6nereuses ne s'6taient pas fait entendre dans le sens d'une
liberation spirituelle et materielle imminent, car le mal
d6bordait, et on le croyait sans remedes.
Parmi tous ces esprits lumineux qui recherchaient les
moyens de r6aliser le bonheur de 1'humanit6, Montesquieu

( 1) Voltaire dirait la tolerance.







fut un precurseur (1).Je ne parlerai de Montesquieu que
dans la measure oi il est necessaire de rappeler la place
dlev6e qu'occupe dans l'histoire de l'humanit6e 'hommi
universellement connu, afin de bien fixer l'autorit scien
tifique de ses travaux. Les heures tourment6es que nou
traversons depuis quelques temps expliquent tres biei
pourquoi, apres tant d'6conomistes, j'ai choisi le sujet d
cette etude de sociologie 6conemique ou d'Econornique tor
court dans une pensee profonde que l'on peut considtkre
come une loi sociologique fondainentale : ( Les pays n,
sont pas prospires en raison de leur fertility, mais en rai
son de leur liberty. *,
Pens6e extraite de l'ouvrage capital de Montesquieu aD
l'Esprit deA Lois a qui, chose exceptionnelle tour cett
6poque, eut dans un an et demi vingt-deux editions et fu
traduit dans presque toutes les langues. Mmne aujourd'hui
on no connait guere de lirres ayant connu en si peu de tempi
autant d'dditions. C'est que Montesquieu, pour 6crire ct
livre, avait mis vingt ans et avait voyage dans touted ]'Eu.
rope afin d'6tudier l'6tat politique, social et moral de dif.
f6rents peuples don't il put compare l'histoire; il put ain
si construire un magnifique monument qu'admire encon
l'humanit6, malgrd les petites 6gratignures que subit tou
oeuvre de l'homme. L'armature cent-rale de cette euvra
subsiste intacte, et on dirait que les ans ne font que la con-
solider.
C'est que Montesqnieu avait deja 6crit ses savantes a Con.
*id6rations sur les causes de la grandeur des Romains el
de leur d6cadences et les farneuses a Lettres Persanes )
Vos souvenirs scolaires vous font sans doute rappeier les li.
braires de Paris tirant par la manche tous ceux qu'ils ren-
contraient, en leur distant: a Monsieur, faites-vous des Let-
tres persanes ?,, et attestant par lh d'un success formida.
ble. Quant a 1'Ftude sur les Romains, on peu le classer au.
jourd'hul come une- monographie sociologique ou plutdi
come une introduction b la Sociotogie.
En effet, Montesquieu a incontestablement I'honneur d'a
voir fond6 la Scienee soriale, pour laquelle son esprit car
t6sien a formula des lois qui sont les rapports necessaire'
des pbhnomenes sociaux. II a etabli des categories pour cha-
que grcupe de taits. En reality, il a fait ceuvre de science
car ce qui constitute une science, ce sont justement les rap-
ports niceseaires entire des faits disperses don't tous les
points communs sont ainsi coordonnes pour devenir des lois
naturelles. On peut done dire que Montesquieu est a la so
ciologie, c'est 'appellation moderne de la science soclale
ce quest Adam Smith a. 1'conomie politique.
En deeouvrant les lois sociales, Montesquieu a aussi fa il
connattre la vraie methode qui convient A la science social,

( 1 ) On sait que les id6es de Juan-Jacques Rousseau prevalurenl
sous la Convention, tandis que cells de Montesquieu avaieni
domin6 sous la Constiluante.








en 6tablissant que tous ses principles avaient Wte tires de la
nature dea choses, de l'observation des faits. Aussi, ses re-
cherches peuvent encore servir, moyennant certain redres-
sements, a l'6tude de la politique cousid6r6e comme scien-
ce. On comprend qu'Auguste Comte ait pu parler de cl'6mi-
nente superiority de Montesquieu sur tous les philosophies
contemi orains Taine, toujours si rigide dans ses appr -
ciations eclatantes, appelait Montesquieu x l'earivain le mieux
instruit, ]e plus sagace et le plus 6quilibr6 do tou, les es-
prits du 18e siecle .
Rien de plus vrai at sur ]a question de m6thode, I'avenir
a donn6 raison a Montesquieu. Stuart Mill avait pr6tendu
que l'economie politique itait une science essentiellement
ahstraite landis'que J. B. Say avait dit au contraire : aL'6-
conomie politique n'est devenue une science qu'en devenant
une science d'observation, Donnant ainsi pleinement rai-
son a Montesquieu qui s'6tatt servi de ses nombreuses ob-
servations pour grouper des faits sous forme de lois, c'est-
a-dire des rapports n6cessaires.
Come vous le savez, la sociologie fait appel a toutes les
sciences rorales et politiques don't elle n'est en some
qu'une grande synthbse de touts leurs lois les plus gdne-
rales. Or, la premiere branch don't se compose la sociolo-
gie est 1'economie politique. C'est pourquoi les ouvrages de
Montesquieu sont bourres de faits 6conomiques, don't la dis-
cussion a Wte tellement approfondie quebeaucoup de consi-
derations sont restdes classiques, et au point qu'avec tous ces
faits dissemines dans son immense ceuvre on pouirait cons-
tituer un veritable trait d'6conomie politique.
A cette epoque de despotisme axphyxiant, les philosophies
6taient obsedes, a cause meme de cela, de la recherche du
bonheur humain afin d'am6liorer toutes ces souffrances mo-
rales et mat6rielles qui les rveoltaient. Montesquieu futpar-
mi ces coeurs g6n6reux qu'animait une belle ardeur pour le
bonheur de I'humanit6. En 1722, il fut charge de presenter
des remontrances que le Parlement de Bordeaux ciut devoir
fair relativement a un imp6t sur les vins; il expose avec
force la misere du people, et obtint la justice qu'il deman-
dait.
Voltaire qui n'aimait pas beaucoup Montesquieu, fut un
jour do,min6 par sa conscience et rendit justice a l'auteur
de a l'Esprit dus Lois ) en disant: ( Le genre human avait
perdu ses titres ; M. de Montesquieu les a retrouv6s et les lui a
rendus. ) Eloge magnifique et just, car ce livre d6cele dans
son auteur un coeur plein de cette bienveillance profonde
qui s'attendrit sur les maux de i'humanit6, une Ane droite,
6eev6e au-dessus des prejug&s et des int6r6ts du moment,
un esprit sagace et lucide recherchant les causes des revo-
lutions, les raisons de la prosperity et de la d6cadeRee des
peuples. Aussi, dans toute ]'Europe, Montesquieu fut con-
sidere commele legislateur des nations.





4

CHAPITRE II

MONTESQUIEU DIECOUVRE LES RELATIONS
CAUSALES OU LES RAPPORTS NLECESSAIRES
ENTIRE LA LIBERTit ET LA PROSPEIRITI

C'est cette grande experience, appuyee sur les innombra-
bles faits de l'bistoiro universelle, qui nous fait part d'une
observation social extremement' important qu'il a formulee
en ces terms dans le chapitre III du Livre XVIII de I'Es-
prit des Lois: (Les pays ne sont pas cultios en raise on de
leur fertility, mais en prison de leur liberty ; et si l'on di-
vise la terre par la pensee. on sera dtonne de voir la plu-
part du temps des deserts dans ses parties les 'lus fertiles
et de grand peuples dans cells ozi le terrain semble refu -
ser tout.)) s
Montesquieu fait It un vrai postulat avec la.libert6 qui de-
vient ainsi I'animateur de la prosp6rit6 don't elle forme une
condition essentielle. ii y a encore une consequence sous-
entendue dans ce postulat, c'est le role primordial que joue
le travail dans la production. Cette predominance du travail
sur la nature et m6me sur le capital, vous le savez, fait
1'cbjet des controversies les plus passionnees entire les 6co-
nomistes ef les socialists, a I heure actuelle.
En efiet, le-probleme de la productivity& du travail, eonsi-
ddrde sous toutes ses faces, emtnrasse toute 1''conomie po-
litique. Montesquieu n'a pour ainsi dire fait que poser la
question, mais il I'a resolue en mnme temps avee cette con-
cision admirable qui l'a fait compare f Tacite, parce que
pour lui la liberty ktait sa plus grande solution, Pour lui, c'6-
tait une chose indiscuthale,, tellement ses 6tudes historiques,
ses recherches sociales et ses nombreux, voyages a travers
1'Europe la lui avaient montree. D'of cette formule laconi-
que, devenue une loi, confirnme par l'histoire universelle.
L'6Gonomiste modern. qui a le nieux compris Montes-
quieu, est le ssvant jurisconsulte beige Emile de Laveleye
mort peu de temps avant la derniere grande guerre. Ce grand
6conomiste dans ses rpmarquables bElments d'Economie Po-
litique dit en effet dans ce m6me sens: (Parcourez le glo-
be: ce n'est pas dans les pays les plus favorisss par la na-
ture que vous trouverez les peuples les plus riches. C'est le
travail bien dirig6 qui fait la richesse, plus que la fecondit6
du sol. ( Tant vaut I'hommc, tant vaut la terre. Celle-ci
vaut en raison de l'activit6 et de 'intelligence de qui la cul-
tive. ) Le meme 6conomiste, affirme que Montesquieu a eu
raison de dire; (Les mauvais l1gislateurs sont ceux qui fa-
vorisent les vices du climate, et les bons sont ceux qui s'y
opponents.
Ce rapport necessaire entire la liberty et la prosperity r6-
elle etait une vraie preoccupation chez Montesquieu, en rai-
son, sans doute, du despotisme qui l'environnait. L'arbi-
traire, les persecutions cruelles, I'injustice, avec leur corte-
ge immanquable, la famine et la misere des peuples, s'6-
talaient en Europe a cette 6poque, surtout en France a la






fln di r.'-ne de LUids XIV pour connaitre sous Louis XVI
ce parn., me terri'-le qui a faith dire a Taine avec une exa-
g6ra l..,n in IIirl..:iti que la Revolution da 17S9 Rtait une sedi-
tion fiscal, une jacquerie decontribuables exeedes. D6ji,
dans les ( Lettres persanes ) publiees -en 1721. Montesquieu
avait divulgud ce rapport n6cessaire qua ses 6tudes el ses
observations lui avaient fait d6couvrir. L'Esprit des Lois
ayant ted public en 1748, cela forme un long intervalle de 27
ans, pendant lesquels il mOrit cette i6ee, la contr6lant mi-
nutieusement a travers un labeur assidu, jusqu'a lui donner
cef. forme definitive et lapidaire que.nous venens de citer
et qui represente une loi scientifique.
'Dans les- Lettres persanes, Lettre 128e, Montesquieu dtt:
< Rien n'attire plus les strangers que la liberty. et l'opulen-
ce,. qui la suit toujours l'une se fait rechercher par elle-
m ime. et les besoins attirent dans .es pays oi I'on trou-
ve I'autre. L'espece se multiple dans un pays ou l'abon-
dance I'ournit aux enfants, sans rien dimniuer de la subsis-
t;nce d(is pLres. L'ega!ite m6me des citoyens, qui pro-
dliit ordinoireinent I'egaliti dans les fortunes, porte l'abon -
dance ot 'a vie dans toutes les parties du corps polltiqpie, et
Ic rep:id partout. 11 n'en est pas de meme des pays sou-
nts i pli?'oicr arbitraire : le prince, les courtisans et quel-
q(,. s> ai3 ,',-i; .'rs posshdent toutes les richesses, pendant que
lc;s autres g: inis-:ent dans une pauvret6 extreme.
Ainsi, Montesqc'iic faith dependre l'opulence directement
de la clib:t et o-ibisrve que la liberty est recherchee pour
el'c-ineime, e I'eprlence pour les besoins qu'elle peut sa-
lislairo. etc. Toulsc cos constatations sociologiques se v6ri-
fient encore dins les temps modernes. Durant tout le course
du 19e si cle il v a en ce grand courant d'6migration eu-
ropecinne vers lec Eta fs-Unis, courant formidable qui a fait
ce pays de 120 millions d'ha.-biants, don't Ic premier noyau
de puritains suivaient rel:fl-:. .:iii le lib raliralisme politi-
que, social ct religieux fondo par Georges Washington.
Chaque seiaine, pendant plus d'un siele, des milliers
d:hornimes laissaient leurs families et couralent vers uri sort
meillcur. Quand, sur los points des bateaux on les interro-
geail sur leurs dessein,.'ils rdponniaient avec convic-
tion : iNeus gallons vers la terre ie liberty pour trouver le
travail et l'opulence qui mettront fin a nos miseres !
Terre de liberty c'est ainsi que les emigrants appelaient
le pays de George- Washington. Effectivement, ils y ont trou-
ve !a libertI et la richesse, et par surcroit F'egalit6. Enten-
dez ['exclamation du clebre Billaud-Varennes qui, ayant eu
connaiss-ance du regime liberal du President Petion, vint
se refugier en Haiti:. C'est la seule terre ou je puisse res-
pirer librement, disait le Iameux conventionnel. Le people
dans le sein duquel je vais, sera pour moi indulgent, car,
lui aussi a vu la liberal, fque la. tyrannic avait enchainee,-
terrasser ses oppresseurs et dans sa fureur deraciner un in-
fAme sysIteme. C'est encore Billaud-Varennes qui, revenue
en Haiti pour mourir, disnit qn'il 6taitt satisfait que ses
ossemcnts reposassent sur une terre qui veut la liberty, se-







Ion sa propre expression. Montesquieu avait raison de dire
que la liberty attire les strangers.
Montesquieu ne se content de faire pas de l'opulence une
consequence directed de la liberty, il fait encore voir com-
bien la r6partition de la richesse est ddlectueuse dans les
pays soumis an pouvoir arbitraire : le. princes, les
eourtisans et guelqus particuliers possedent toutes les ri-
chesses, pendant que tous les autres gemissent dans une
pauvretd extreme.
Cette constatation exprime bien la r6alitM des faits. C'est ce
qui s'etait vu pendant I'Antiquit6; c'est ce qui se voyait A
cette epoque dans la plupart des pays d'Europe, c'est ce
que neus coastatons encore aujourd'hui. Dans la Russie des
Tsars par example, oi le tsar, sa cour et quelques hauts
fonctionnaires concentraient tonte la r chesse, tandis que
les moujiks croupissaient dans une pauvret6 sordide. Le mA-
me fait s'est toujours constat6 en Haiti, sauf a de rares
6poques de liberty. Chez nous, le Chef de 'Etat, ses cour-
tisans at quelques fonctionnaires sont, seuls, dans une si-
tuation lucrative, tandis que 'aisance est exceptionnelle chez
de rares comrmerQants, industries et professionnels et que
la pauvretd est gfnerale.
11 y a le mot du Conseiller Financier Cumberland apres
avoir 6tudi6 un peu le pays et constate la pauvret6 gene-
rale: ( Haiti, disait-il, offre le spectacle strange d'un? Etat
riche et d'un people pauvre ). 11 disait vrai, mais il ne vou-
lait pas avouer que cette pauvret6e tait en function du sys-
teme arbitraire pratique par I'Occupation Americaine. De
m6me que notre misere d'avant 1915 etait aussi en fonction
du despotisme habituel de nos gouvernements.
Mes recherches historiques et statistiques me permettent
de dire que sous administration de P6tion, si critique
parce qu'on n'en a pas 6tudid les dessous sociologiques,
le Peuple Haitien 6tait riche, tandis que I'Etat, au contrai-
re, 6tait pauvre, toujours en butte anx difficultds finan-
cibres afin de ne p's gruger les citoyens. Sous Petion,
grkce A la petite propri6te rurale, ['agriculture florissait,
les marches des villes et bourgs regorgeaient de vivres;
toutes les couches snciales. talent dans I'aisance; le mou-
mouvement dconomique general se soldait par une valaur
de 70 dollars ou 350 gourdes actuelles per capital. tandis qu'
en 1933 la valour per capital nest que 60 gourdes Done.
aous Petion l'haitien 6tait six fols plus riche qii'aujourd'hui.
Nous avons un tlmoignage dans cette assertion du Dr J.
Janvier: a Des 1810, les revenues du fisc augm'-ntent, la puis-
sance de P6tion se censolide dans I'Ouest, les paysans an-
ciens esclaves qui n'avaient jamnis su thbsauriser, se mon-
trent 6conomes, laborieux, la republique qui avait Port-au -
Prince pour capital devint re;ativement prospere (Les
Constitutions d'F'Yaiti p, 491 ).
C'Utait le contraire dans le Nord, ot le people 6tait tres
Pauvre et vivait dans la tsrreur, tandis que le Roi Christo-
Phe et ses courtisans ayant impose un system feodal fai-
saient bombance. La caisse puhlique format la cassette







rsonnelle de Christophe qui y puisait A sa fantaisie, sans
cun control.
Ainsi, Montesquieu avait bien approfondi l'Ftat social das
ys de despotisme ; avec son laconisme ordinaire ii nous
bien d6mentre que la liberty et la justice fovorisent une
partition equitable de la richesse et lt developpement de
prosperity, tandis que le despotisme favorite l'injustice
par consequent l'inegale r6partition, d'oi la restriction
la prosperity et le marasme economique. Tous les faits
odernes confirmnnt cette assertion qui est devenue une loi
ndamrentale de la sociologie 6conomique : Les pays ne
nt pas prosperes en raison de leur fertility, muis en rai-
n de leur libcrte,.
Dans se a Considerations sur les causes de la grandeur
es Romans et de leur decadence ), Montesquieu insisted
icore sur le rapport nrcessaire entire la libBrti et la pros-
erite: Le gouvernement de Rome, dit-il, fut admirable
a ce que depuis sa naissance, sa constitution se trouva
lie, soit par 1'esprit du people, la force du Senat, ou l'au-
Titl de certain magistrats, que tout abus du pouvoir y put
ujours 6tre corrig6.
aCarthage perit, parce que, lorsqu'il fallut retrancher les
bus, elle ne put souffrir la main de son Annibal meme.
fhines tomba parce que ses erreurs lui parurent si douces
u'elle ne voultt pas en guerir. Et parmi nous les r6puhli-
ues d'Italie qui se vantent de la perpeiuite de leur gouver-
ement. ne doivent se vanter que de la perp6tuit6 de leurs
bus; aussi n'ont-elles pas plus de liberty quo Rome n'en
ut du temps des decemvirs.
f L, gouv.'rnement d'Angleterre est plus sage, parce qu'il
a un corps qui 1'examine continuellement, et qui s'exa-
nine continuellement lui-m6nie, et telles sontses erreurs
u'eiles ne sont jamais longues, et que, par l'esprit d'at-
ention qu'elles donnent a la nation, elles sont souventuti-
es.
(lui un mot un gouvernement libre, c'est-d-dire touj'ours
SiiP, ne saurait se maintenir s'il n'est par ses propres lois
capable de correction. (chap. VIII).
s Mais dans I'accord du despotisme asiatique, c'est-a-dise
le tor:t gouvernement qui n'est pas modern, il y a toujours
ine division reelle. Le laboureur, I'homme de guerre, le n-
lociant, le magistrate. le noble, ne sont joints que parce que
es uns oppriment les autres sans resistance et si l'on y voit
le l'union, .ce ne sent pas des citoyens aui sont unis, mais
les corps morts ensevelis les uns auprds des autres. a (chap.
X ).
Reinarquez comment Montesquieu precise sa conception
le la liberty : il la caracterise surtout par l'absence d'abus de
aus ordres. Rome, a un moment donned, fut prospbre parce
lue tout abus du pouvoir pouvait 6trc corrig6 facilement
par opinion publique ou par l'autorit6 morale des chefs. Car-
bage, AthBnes et certaines r6publiques d'Italie succombent
par la persistence des ahus. En Angleterre, au contraire, le
corps legislatif redress les abus et par sa constitution ee re-









dresse lui-meme, de sorte queses erreurs m6mes sont sou
vent utiles.
Entre parentheses, il y a dan's l'histoire d'Haiti, un fait
semblable. OB sait que sous Piticn ii y ut des abus, Eh bien,
apres sa mort, la Chambre de. R presentants du people out
la d6licatesse et la loyaut6 de declarer pub'iqueenent que
les fautes memes de cet honmme river avaient ete utiles
. la Patrie., selon sa propre expression, teliement la con-
duite de ce Chef avait ete honn6tc ct pure.
Enfin; Montesquieu nous depeint dlans un lh.gage imag6
un des funestes ettets du despotisuie, c'st-1--dile la division.
L'oppression esttelle qu'il n'y a qu'une apparence d'union,
ce ne sont pas des ditoyens qui sont units, mai.s des corps
morts ensevels les uns aupres des autr s: des cadavrrs vi-
vants, en un mot. Voild le desp6tisme marqu" au ter rouge
par une de ces expressions pittoresques qu'on ne rencontre
que dans 1'Antiqutte classique. Vous connaissez le mot de
Tacite : ubi solitudinem faciunt, pace appelant, ofi ls ont
fait de la solitude, ils appellent cela la paix. Vous connais-
sez aussi l'expressien du despotisme triumphant mnomcnta-
n6ment : la paix regne d Varsooie,,.
C'est la paix des tombeaux, le silence du cimetiere, le mu-
tisme des corps ensevelis. les uns aupres des autres, pour
r6piter 1'expression image de Montesquieu. 11 y a mioux.
Exasp6r6 sans doute par le despotisme sur sequel il mtditaii
depuis une trentaine d'annees, Montesquieu le deftnit par
une flagellation sans pareille : ( c'est le sa vage- qui abat
l'arbre pour on manger les fruits ). Je i,'ai pas encore trou-
v6 une meilleure -definition du, tyran, du despite, du dicta-
teur. En effet, en allant au fond des choses, ii- est manit'ete
que ces chefs absolus 6puisent, ruinent leur pays pour as-
souvir leur ambition pcrsonnelle. Apres leur. ra'gne, c'cst
une reconstruction p6nible ou la deliq.uesccnce irreiuedinble,
prcpoce ou simplement retairde.
Montesquieu nous tit une chose curieuse : un gouverne-
mont libre est to/ours agite. Machiavel avait deja dit avant
Montesquieu qu'un peu d'agitation donee du resort au.r
dines et que ce qui fait vrdiment prospfvier e 'esp]ce est
moins la paiv que la lliherte. En effect, Ia liberal etla justice
demandent du movement pace qu'elles doivent etre re-
cherch6es et se trouvent pas sans quelqne fatigue. Voyez l'a-
gitation franeaise qui n'est en sommne que superticielle: les
ministries peuvent se succ6der comrme dss acteurs .sur une
scene; mais il y a une bureaucratic savante qui, conserve
les traditions fondamentales et donne les directives'dux mi-
nistres 6ph6meres. C'est cette- bureaucratic' intlligebnit qui
forme le fond stable de la nation Irancaise. Les rninistres
peuvent se precipiter en passant, ce n'est qu'une agitation
de surface, Is fond est bien,stable et tries solid.






CHAPITRB III

J. B. SAY ET BONAPARTE
L'ECONOMISTE ET LE DICTATEUR
II n'y a pas de doute que 1789 a commis des exces inutiles.
Ce sont probablement ces excfs qui oecasionnbrent les re-
vers extdrieurset dconomiques du Directoire. Aussi, i l'ap-
parition de Bonaparte beaucoup d'esprits moder6s placerent
en lui leurs esp6rances, saluant dans le 18 Brumaire l'auro-
re d'une ere de paix et de liberty. Cette illusion dura quel-
quej temps. A cette 6poque vivait le june Jean-Baptiste
Say qui allait devenir le premier docteur et le plus ardent
apotre de la Science economique qu'il codifia pour ainsi dire
pour la premiere fois.
Jean-Baptiste Say eut des relations tres suivies avec Bo-
naparte,- relations intimes qui eurent assur6ment de l'in-
fluence sur certaines de ses iddes. 11 fut meme charge d'a-
cheter les livres destin6s a composer la bibliotheque porta-
tive de Bonaparte qui partait pour I'Egypte. A la creation
du Tribunat, Bonaparte le fit entrer dans le Corps. C'est pen-
dant cette amitia qu'il publia, en 1803, son Trait4 d'Econo-
mie politique ou simple exposition de la manidre don't se
forment, se distribuent et se consomment les richesses.
C'est dans co livre qu'il glissa cette pens6e malheureuse
due probablement A l'amiti6 ou plut6t a l'influence de Bo-
naparte, qui allait se faire couronner empereur : sLes ri-
chesses, disait J. B. Say en 1803, sont absolument inddpen-
dante de l'organisation politique. Sophisme pernicieux
en contradiction formelle avec le postulat formula par Mon-
tesquieu, en opposition radical avec les iddes pr6n6es par
les plus grands philosophies 'r6formateurs du 18e siecle et
r6alis6es peu de temps aprbs par la grande R6volutien!
Sophisme qui devait plaire au mattre de l'heure. En effet,
le Premier Consul, toujours attentif a rechercher et & atti-
rer les talents, eut imm6diatement l'idie d'associer J. B.
Say aux vves de sa politique. 11 invita done le june Aco-
nomiste a un diner a la Malmaison, et l'entrainant dans
les allies du pare, il essaya de le convertir a ses idees. J.
B. Say devait faire une second addition de son Traftd,
mais en le transformant et en le-faisant servir & la justifi-
cation des measures financieres don't le gouvernement avait
reconnu la n6cessit6; il obtiendrait ainsi le sueces pratique
qu'il fallait avant tout rechercher et accomplirait une ou-
vre vraiment utile et patriotique.
Le Premier Consul d6veloppa sa proposition, plut6t sa sa-
duction avec sa chaleur coutumifre. J. B. Say comprit tout
de suite la corruption, car c'6tait lui demander de sacri-
fier ses id6es et d'abandonner le terrain de la science pour
tomber dans le domaine de la politique gouvernementale.
Mais notre economist avait Wtb d6ej d6senchant6 par les
tendances de plus en plus autoritaires du gouvernement con-
sulaire qui effarouchaient sa fibre inddpendance. Aussi, a
sa gloire, J. B. Say refusa cette capitulation honteuse au







detriment de la Science don't il 6tait le d6fenseur enthou-
siaste et il resta inflexible.
Alors, Bonaparte 1 6limine du Tribunat, puis le nomme
aux functions de directeur des finances du department de
l'Allier. J. B. Say refuse le poste qui lui 6tait offert, fai-
sant preuve de ce courage civil qu'il fit mieux que de d6fi-
nir puisqu'il en donna 1'exemple pendant qu'il etait de-
pourvu de fortune et charge de famille. Cette definition du
courage civil est bonne a retenir venant surtout d'un eco-
nomiste : C'est ce courage qui dans les diverse situa-
tions oi l'on peut se trouver dans la vie social, dit J. B.
Say, nous porte b sac ifier volontairement la siret6 de no-
tre vie et les advantages de notre position, notre reputation,
s'il le faut, nos esp6rances, enfin tous les avantages so-
ciaux auxquels nous pourrions pr6tendre.
La rupture est done complete avec le Premier Consul. Le
hasard, toujours nialicieux, voulut justernent que J. B. Say
fit 1'6preuve de son malheureux sophisme. Ab ( Las ri-
chesses sont absolument ind6pendantes de l'organisation po-
litique Eh bien! nous allons voir. La second edition de
son Traitd d'Economie politique etait sur le point de paral-
tre et notre Bconomiste comptait sur le meme succ6s que la
premiere pour entrer quelque argent tout de suite atin de
subvenir aux besoins de sa famille, puisque, comme nous ve-
nons de le voir, ayant refuse une fonction publique il etait a court
d'argent. Mais le Premier Consul 6tait parfois rancunier, et
1'dditeur fut averti.que la publication n'en serait pas autori-
see. J. B, Say ne pouvait done plus vivre de sa plume, ayant
volontairement renonce aux functions publiques; ii se diri-
gea vers l'industrie. Pendant tout le temps que Bonaparte
rest au pouvoir, soit pendant onze ans, J. B. Say ne put
jamais donner une second edition de son Trait6.
Pendant eette longue retraite, J. B. Say eut le temps de
m6diter sur 'le sophisme qu'll avait 6mis au milieu de son
beau livre, et sa m6saventure avec Bonaparte fut come
une punltion pour une redemption qu'il ne manqua de faire.
( Les richesses sont absolurnent independantes de I'organi-
sation polittque v ? Comment se fait-il done qu'un 6crivain
purement economiste et non politique ne puisse pas fair
de la richesse pour gagner sa vie et celle de sa famille en
r46ditant un livre de science, simplement parce qu'il plait
a un dictateur d'en empicher la publication ? J. B. Say ne
faisait pas de la politique; il avait simplement refuse do se
laisser seduire par le dictateur qui voulait qu'il mit sa scien-
ce au service d'une politiqne que sa conscience d6sapprou-
vait. Notre economiste fit sans doute souvent des refexious
ameres sur la fragility de la science et de la vie humaines.
N'6tait-,ce pas la preuve la plus palpable que la liberty fa-
vorise le d6veloppement de la richesse publique et privbe
dans tous les domaines g6neralement quelconques, come
I'avait formula Montesquieu. Cet episode de la vie de J. B.
Say est une demonstration 6clatante de l'influence bienfai-
sante de la Liberte sur la prosp6rit6 des individus et des
peuples. En effect, ce n'esl qu' la chtte de Napoleon ler. en






1815, que J, B. Say, profitant de l'esp6ce de liberty qui sui-
vit l'entree en France des armies de l'Europe selon sa
propre expression, put faire paraitre une second edition.
Ayant souffert du despotisme, J. B. Say fut ainsi oblige
de modifier certaines de ses iddes. Ayant acquis plus d'ex-
pdrience, il l6argit sa doctrine jusqu'a d6border; il place
l'Eqonomie politique dans son vrai cadre, son cadre scienti-
fique, par ses rapports avee les autres sciences morales, so-
ciales et politiques ; il abandonne son ancienne d6finition'de
la science et dans le discours preliminaire de son Cours com-
plet, public en 1828 et 1829, on peut lire le passage suivant :
( L'objet de 1'economie politique parait avoir Wt6 restreint
jusqu'ici a la connaissance des lois qui president a la forma-
tion. a la distribution et a la consotmmation des richesses.
C'est ainsi que moi-meme je l'ai consid6rde dans mon Traite
d'Economie politique, public pour la premiere fois en 1803.
Cependant on peut voir, dans cet ouvrage meme, que cette
science tient 4 tout dans la socidtd. Depuis qu'il a Wte prou-
v, que les propridtes immaterielles, telles que les talents et
les facultes personnelles acquises, forment use parties int6-
grante des richesses sociales et que les services rendus dans
les plus hautes functions ont leur analogie avec les travaux
les plus humbles, depuis que les rapports de l'individu avee
le corps social et du corps social avec les individus et leurs
interets reciproques ont 6t6 clairement etablis, I'economie
politique, qui semblait n'avoir pour objet que les biens ma-
tUriels, s'est trou7)ne embrasser le systeme social tout enter. )
La rectification 6tait complete, et du sophisme malheurenx
de 1803, oi1 l'on sent l'influence de Bonaparte, il.ne reste
plus rien, car si l'6conomie politique embrasse le systLme
social tout enter, les richesses ne peuvent pas 6tre abso-
lument ind6pendantes de l'organisation politique.. Au con-
traire, come le prouve la m6saventure providentielle de
J. B. Say avec Bonaparte. J. B. Say a prouv6 son erreur sur
et par lui-meme,
II y a meme plus : poursuivant cette pensie, J. B. Say, dans.
les dernieres recommendations qu il adressait. (( ses en-
lants et petits-enfants' esquissait un vaste plan qui de-
vait coordonner toutes les sciences morales et politiques, en
des Essais dc politique et de morale pratique. 11 n'eut pas
le temps de realiser cette belle pens6e qui lui fait bonneur.
Par li, il fait voir les liens intimes qui existent entire la
morale et I'economie politique, il s'apparente a l'un des
fondatears de l'Economie politique, a Adam Smith. qui 6cri-
vit son livre c61bre sur la Richesse des nations, l'Evangile
de l'Economie politique, come parties integrante d'un ou-
vrage plus vaste qui traitait des Sentiments moraux (1).




( 1 ) Tons ces renqcignements "sur Ia vie'de"J, B. Say ont 6t6
tires du Nouveau Dictionnaire d'Economie politiqae do L, Say et
J. Cbailley, arficle d'E. Dubois de l'Estang. .,,







CHAPITRE IV
"IL N'Y A QU'UNE, ECONOMIC POLITIQUE"
REPOND VERTEMENT L'ECONOMISTE ROSSI
A UN MINISTRY DE LA RESTAURATION,

La mmie venture & peu pros qu'eut J. B. Say avec Bo-
naparte, arriva i l'illustre 6conomiste et jurisconsulte, Ros-
si : a Lorsqut Ressi fut appeld i la chair d'dconomie po-
litique du CollBge de France devenue vacant par la mort de
J. B. Say, je ne sais quel ministry d'alors dit l'illustre
professeur: KNous espirons que vous allez enseigner une 6co-
a nomie politique qui convienne au regime que nous inau-
a gurons. A une politique nouvelle il faut une 6conomie
politique nouvelle. a (1). aVous tombez bien mal, rdpon-
dit Rossi, je ne connais que l'ancienne. Certes, Rossi no
se posait point lA en ennemi du progrbs dconomique; il
voulait simplement protester centre cette pretention de faire
de la science dconomique une servante quand mime de la
politique. (Jourdan, -Court analytique d'Economie politi-
que).
En relevant si vertement ce ministry, le Professeur Rossi
ne faisait que ddfendre la cause do la Libert6, qui est la
base fondamentale do I'Economie politique. Le hasard vou-
lut que cette aven-ure arriva au successeur imnmdiat de J.
B. Say, afin de marquer davantage les liens intimes qui
unissent la Politique et 1'Economique. 11 n'y a pas un ph6-
nomene economique qui ne reclame la Liber!6. En mettant
de c6t P'agriculture, I'industrie et le commerce qui sont des
phbnom&nes banaux de 1'Economie politique, toutes les pro-
fessions intellectuelles don't le service rendu est le f6nd, rA-
clament aussi la Liberte. Combien de professeurs ont perdu
leur situation materielle pour n'avoir pas voulu par probi-
te scientifique se plier a un long regime dictatorial qui leur
demandait d'alterer la Vdrit6 Ce serait un long martyro-
loge que l'6numeraiion de ces professeurssacrifi anssJa/s.
vie huriaine, si la politique est dans tout, 1'Economique
est partout,










( 1) C'4tait la fameuse Oconomie diriy6e par P'Etat ct ses po!iti-
ciens. D6jA... 11 ftut regretter que la plupart des professeurs Aco-
nomistes n'aient pas le courage de Rossi, car l'occasion est belle
de faire la legon aux dictateurs contemporains qui appauvrissent
leur pays.





13

CHAPITRE V
L'ECONOMISTE BELGE E. DE LAVELEYE
CONFIRM MONTESQUIEU ENTOUS POINTS
Le savant 6conomiste et eminent jurisconsulte belge, le
Professeur Emile de Laveleye, si attache aux id6es de
Montesquieu, n'a pas pu laisser passer le sophisme de J. B,
Say et lui a dann6 une r6plique cinglante qui l'a d6moli en-
tierement; il ignorait peut-Btre la rectification faite par son
auteur lui-mime dans les circonstances dramatiques que
nous venons de depeindre. Cette r6plique m6rite tout de
m6me d'etre connue.
a Erreur profonde, nous dit de Laveleye a propose de 'in-
fluence du regime politique sur la productivity du travail,
car rien n'est plus favorable d la production de la richesse
qu'un bon gouvernement; et rien ne lui est plus funeste qu -
un mauvais gvuvernsment. L'histoire de tous les pays et de
tous les siecles en port temoignage .
( Combien Montesquieu en a mieux compris les lemons
quand ii a dit : ( Les pays ne sont pas prosperes en raison
de leur fertility, mais en raison de leur liberty. ) Et de Too-
queville : ( Je ne sais si l'on peut citer un example d'un peu-
ple manufacturer et commergant, depuis les Syriensjusqu'-
aux Anglais, qui n'ait Wte un people libre. Il y a done un
lien Htroit et un rapport ndcessairc cntre ces deux choses
libertU et industries A.
( La liberty est la fille de la raison et mdre de la riches-
se. La decadence est la suite ordinaire du despotisme. Ja-
mais cela ne s'est mieux vu qu'k la chute de l'empire ro-
main. ((II y avait dans l'empire, dit Lactance, grace a la
multiplicity des fonctionnaires, plus de recevants que de
contribuants, aussi 1'Anormite des taxes 6puisait le cultiva-
vateur. Les champs 6taient d6sertes, et les terrains jadis
cultives, abandonnes, se couvraient de bois )- ( Le fisc,
dit Salvien au Vie siecle, Htait un brigandage qui a ache-
ve de ruiner l'empire remain ).
( L'ordre, la s6curite, la liberty, la justice et surtout lor-
ganisation de la responsabilite, qui assure a l'homme in-
dustrieux les fruits de son travail, sont les conditions n6-
cessaires du d6veloppement de la richesse. Un gouverne-
nement le favorisera d'autant plus qu'il garantira mieux
ses conditions.
( Lorsque, comme sous 1'ancien regime, 1'impbt met a
l'arhende celui qui travaille et qui 6pargne, et n'atteint pas
celui qui d6vore. a la cour, I'argent arrach6 aux cultiva-
teurs, il est sage de ne rien fair et de vivre au jour lejour.
( Lorsque, comme en Turquie, les exigences arbitraires
du fisc croissent en raison des signes ext6rieurs de 1'aisan-
ce, etre ou paraitre pauvre est la seule garantie de securi-
te.
<( Si l'on veut se convaincre de cetts veritd, que le pfre
des fldaux est un mauvais gouvernement, il suffit de visiter
les provinces de l'empire turc. ( Les populations, dit un
voyageur, le docteur Lennep, capables par elles-memes






de grands progres, sont dtouffdes daus une atmosphere g6-
ndrale de malversation el de ddcadence. Partout des
mendiants: du haut de 1'6chelle social, on mendie, on vo.
le ou 1'on extorque. On ne fait rien et l'on fera moins enco-
re. Le commerce d g6nere en colportage, la banquet en usu-
r,, toute enterprise en filouterie; la politique en intrigues et
]a police en brigandage. Les champs sont abandonn6s, les
forces ddvastdes. les richesses mindrales negligdes, les rou-
tes, lesponts, tous les travaux publics tombent en ruines.)
( Of le Turc a passe, I her!ie ne croit plus, non que le Turc
soit pire que bien d'autres mais c'est le govvcrnement ture
qui est detestable.
a Sous Louis XIV, meme cause et memes effeis. Ecoutons
le mar6chal de Vauban, ale plus honnete homme de sen
temps, insens6 pour I'amour du bien public -, comme dit
Saint-Sirmon: a Si quelqu un s'en tire bien. il faut qu'il ca-
che si bien le peu d'aisance oi il se trouve, que ses voisins
n'en puissent pas avoir la moindre connaissance. II faut m6-
me qu'il prenne la precaution jusqu'A se priver du ndcessaire
pour ne point paraitre accomod6. ) ( La Dime royale ).
a La peste, ]a famine et la guerre, ces trois fl6oux don't la
litanie demand que le ciel nous delivre, sont des maux
passagers, bient6t la f6condii6 des marriages et celle du tra-
vail en rdparent les ravages. fais un mauvais gouverne-
ment est un mal permanent. Tant qu'il dure, les maux qu'il
engendre aungmeente.
(cMontesquieu s'exprime admirablement A cet 6gard : (( I
y a, dit-il, deux sortes de peuples pauvres: ceux queladu-
rete du gouvernemenj a rendus tels, e! ces gens-lA tent inca-
pables de presque aucune vertu, parce que leur pauvret6
fait parties de leur servitude. Les autres ne sont pauvres que
.parce qu'ils ont dedaignd, ou parce qu'ils n'ont pas connu
les commoditss dp la vie, etceux-ci peuvent faire de gran-
des choses, parce que cette pauvret6 fait une parties de leur
libertA ( Esprit des Lois, XX. 3 ).
a Ailleurs, pour expliquer comment la liberty enrichit les
peuples, le meme auteur dit: R Regle g6ndrale, dans une
nation qui est dans la servitude, on travaille plus a con-
server qu'a conquerir. Dans une nation libre, on travaille
plus a acqurir qu'a conserver.)
e Tocqueville a montr6, en traits qui ne s'oublient pas,
l'influence de la d6mocratie sur la production de larichese:
( Toutes les causes, dit-il, qui font prddominer dans le
cceur humuin l'amour des biens de ce monde. d6veloppent
le commerce et l'industrie. L'6galit6 est une de ces causes.
Elle favorite le commerce, non point directement, en don-
nant aux hommes l'amour du ndgoce, mais indirectement,
en fortifiant et gendralisant dans les Ames l'amonr du bien-
6tre ).
( Le despotisme ruine les homes en les empAchant de
produire, plus qu'en leur enlevant les fruits de la produc-
tion; il tarit la source des richesses et respect souvent la
richesse acquise la liberty, au contraire, enfante mille fois
plus de bien qu'elle n'en detruit, et chez les nations qui la







connaissent, Iee ressources du people croissent toujours plus
wite que les imp6ts .
a Malgr6 les agitations ins6parables de la liberty, les com-
munes d6mocratiques de la Grece, de la Flandre et de l'I-
talie ont joui d'une rare prosp6rit6 et jet6 un grand 6clat.
L'historien florentin Machiavel en donne la raison: a La
vertu des citoyens, leurs mceurs, leur ind4pendanee 'avaient
plus d'effet pour enforcer notre rdpublique, que leurs dis-
sensions pour I'affaiblir. Un peu d'agitation donne du res-
sort aux dmes, et ce qui fait vraiment prospirer l'espece
est moins la paix que la liberty ).
o La servitude ambue la d6cadense parce qu'elle dimi-
nue l'activit6. Quand tout rest 6cras6 sous le joug, c'est
alors que tout d6perit et que les chefs d6truisent les peu-
ples. ubi solitudinem faciunt pacem appelant ). ( Tacite ).
a Un dconomiste anglais ( Macdonald, Survey of political
economy) fault les remarques tres justes que. voici : a Par-
tout oit vous trouverez un pays rice, soyez certain qu'il est
habit par un people soumis a la loi morale et obdissant
au devoir. Une terre divis6e en champs cultiv6s, couvertes
de granges pleines et oi se fait entendre le bruit des mar-
teaux et des m6tiers, prouve qu'il y existed ces hautes qua-
lit6s de l'homme qui font les h6ros et les martyrs. ,
( Plus l'organisation dconomique assurera exactement
I'application de la justice, plus les hommes qui, parles lois
de la nature, poursuivent le bien-etre, seront pouss6s a tra-
vailler beaucoup et bien... Mais, outre des lois justes, it
faut des juges justes pour les appliquer. Ce point est ca-
pital.
a Que de fois ne lisons-nous pas dans les historians: La
justice fit fleurir le royaume. c Le royaume se multiple
tellement par la honne droiture, dit le chroniqueur Joinville,
que le domain, censive, rentes et revenues du Roy crois-
sent tous les ans de moiti6e .
( J'emprunte a Destutt de Tracy ce mot plein de sens:
a Entre des etres sensibles, fr6quemment opposes d'int6-
rats, la justice est le plus grand des biens, car elle seule
peut les concilier, sans qu'aucun ait a se plaindre.
( M. Le Play a tres bien dit : a Le progrds moral amine
toujours un accroissement de prosperit ; le progrds ma-
teriel, s'il n'est pas accompagn~d'un progrds equivalent dans
I'ordre moral, amine toujours la decadence. A l'appui de
cette v6rit6, on peut citer la chute de tous les grands em-
pires de l'antiquit6 a (E. de Laveleye, Elements d'Econo-
mie politique),
Voila un faisceau de preuves tirees de toutes les branches
des connaissances humaines et qui font du postulat de Mon-
tesquieu une loi de sociologie 6conomique confirm6e dans
tous les temps et dans tous les pays. Relativement a la cor-
relation entire le progress moral et le progres materiel, for-
mul6e par Le Play nous enavons un example actuel en Haiti.
Depuis 1915, l'Occupation Am6ricaine raelise quelque pro-
gres materiel don't ne b6n6ficie nullement la collectivit6 hai-







tienne, parce que le progres moral a 6t6 entierement en-
trav6, Derriere cette facade materielle, c'est la ditresse
sans precedent, la misere, la ruine, la deadence, le d6-
sespoir, la haine, la division. D6tresse sans precedent, car
aux pires 6poques, le'Peuple haitien n'a jamais Wte aussi
malheureux. Du reste, le Conseiller Financier Cumberland
l'avait bien constat6 depuis 1927 par cette ironic:
<(Haiti, il faut l'avouer, offre le speetvele strange d'un
Etat riche et d'un people pauvre.) Machiavel avait done
raison: Un peu d'agitation done du resort aux dmes,
et ce qui fait vraiment prospdrer I'espieeest moins la paix
que la libertM. Nos guerres civiles tdmoignaient done
d'une certain aspiration t la justice. Et, a ce titre, leurs
d6gats materiels n'6taient pas toujours tres profonds; du
moins, les .maux qu'elles occasionnaient pouvaient 6trere-
dresses plus ou moins vite, tandis que le mal moral que
nous a fait l'Occupation Am6risaine constitute une d6sagr -
gation national qui ne pourra etre compl6tement effac6e
que par une s6rie ininterrompue de reactions profondes et
energiques dominoes par un sens moral tres vigilant.
La liberty favorite done la production de la richesse et
l'accumulation de la richesse fait desirer la liberty. Liberty
et prosperity deviennent cause et effet, successivement et
vice versa. Au point qu'on peut dire que tous les pays ri-
ches sont des pays oui fleurissent la liberty, la justice et l'6-
galit6. Et il taut remonter dans la tres haute antiquity,
dans ]'Assyrie et l'Egypte anciennes pour trouver des faits
ou la riohesse et l'autocratie se coudoient. Mais alors il. ne
s'agit que d'6conomie domestique avec un system patriar-
chal et non d'6conomie- politique.








CHAPITRE VI
LA LIBERTEJ ET LA JUSTICE SEULES

FONT LES RICHESSES STABLES

C'est que depuis la venue du Christ, don't les belles doc-
trines sociales ont 6t6 intreduites dans la rdalit6 politique
par 1789 l'Humanit6 a 6voluB et progress en s'6levant sans
cesse. Les sciences ont connu un d6veloppement consid6ra.
ble qui a vivifid I'agriculture, le commerce et l'industrie.
La religion chretienne est devenue inseparable de la Liber.
t0. On coiaprend ainsique le -bolch6visrne russe quid6truit
toute liberty a 6t6 logique en bannissant la religion de son
system politique.
Quelques annees avant la guerre de l'Independance am6-
ricaine, un predicateur puritain tenait ce language qui dix
ans plus tard allait enflammer les insurges de Washing-
ton: < La oh rgne l'esprit de Dieu regne la Libert.' Le
jour m6me de la declaration de, I'Ind6pendance americaine,
le comity compose de Frarklin, Adams et Jefferson pour
choisir la devise du nQuvel Etat adopta-celte pens6e:- ((Se
soulever contre les tyrans, c'est obeir 4 Dieu)). Vous vo-
yez done que le bolchevisme qui n'est que tyrannic no peut
pas toldrer la religion chr6tienne.
Le 19e siecle est le siecle liberal par excellence, c'est
aussi 1'6poquf qui a connu le plus grand 6panouissement,
de la richesse publique et privde. On peut dire que sans
ce regime de Libert6 l'humanit6 n'aurait pas connu tant de
bien-6tre. Que quelques profiteurs en aient abuse, c'est pos-
sible, mais c'est une autre question. Le fait ind6niable,
c'est que, suivant le postulat de Montesquieu, jla liberty
et la prosp6rit6 ont march la main dans la main, I'une
s'appuyant snr l'autre, pendant tout le course du 19e sib-
cle, entrecoup6 malheureusement de quelques guerres de
conqu6te. Ce fut la period bienheureuse, 6denique, le veri-
table age d'or qui, a travers les brumes des souvenirs,
sus'ite tant de regrets. A cetted poque on no connaissait pas
le ch6mage astronomique, ni les contingeatantements sys-
t6matiques, ni les destruction catastrophiques de ricoltes,
ni cet tatisme meurtrier, ni cette incoherence qui veut d6-
velopper les affaires en r6trecissant la production pour
hausser les prix.





18
CHAPITRE VII
LA RESPONSABILITI DES ECONOMISTS
Ce lib6ralisme et cette richessse, associds, devenaient une
chose normal que n'appr6ciaient pas suffisamment beau-
coup d'esprits qui ne voulaient. plus en parler, tant ilstrou-
vaient cela nature. C'est ainsi que ]a plupartdes 6cono-
mistes negligeaient dans leurs livres de faire mention du
postulat de Montesquieu, le c3nsiderant comme une loi ba-
nale admise par tous et sous-entendue. C'est cette n6gli-
gence coupable qui a pernis cette irruption violent du
despotisme qui d6pare le 20e si'cle, depuis l'explosion du
bolcb6visme en 1917, constituent un recul formidable dans
I'histoire de I'Humanite. Les economists sont responsa-
bles de cette tendance retrograde qui menace la civilisa-
tion, parce que par etat ils sont les sentinelles avancdes qui
peuvent d6couvrir dans l'horizon lointain les phbnomBnes
qui menacent la vie des peuples. Ils n'avaient pas le
droit de faire comme tout le monde : se reposer si r les bien-
faisantes acquisitions du libdralisme et s'endormir en pen-
sant que cela continuerait sans fin. Non, la liberty est une
creation continue et le liberalisme est une conquete qu'il
faut toujowrs surveiller, car ses enne.mis sont puissants, ac-
tifs et audacieux.
Ce que les liberaux pr6voyants redoutaient est arrive avec
la guerre de 1914-1918 qui a fait reculer de plusicurs sie-
eles l'Humanit6. 11 6tait inevitable que tant de violence
acharn6e efit des repercussions facheuses. Le Droit avait
triomphb avec les Allies, c'ktait hien la victoire du lib6ra-
lisme, car les .Allis 6taient presque tons des nations r6-
gime liberal. Mais cette lutte l'a 6p se6. Les economistes
peuvent faire leur mea culpa. 11 y a-certes de brillantes ex-
ceptions, mais ne format qu'un petit noyau restreint don't
les plus illustres sont: Emile de Laveleye, professeur d'6co-
nonmie politique a l'Universit6 de Gand, Jourdan, Doyen de
la FacultO de Droit d'Aix, Alexis de Tocqueville et deux ou
trois 6conomistes anglais. Mais les deux vrais champions
sont de Lavpleye et Jourdan qui se sont 6vertuss dans tous
leurs 6crits a d6montrer par I'histoire et les faits conrtem-
porains cette correlation 6troite entire la liberty et la pros-
p6rit6, qui forme le postulat de Montesquieu.
Certes, je sais que les 6conomistes argument des progres
de la sociologie qui a meme empiete sur 1'Economique au
point de former maintenant une branch d'6tudes sp6ciales,
la sociologie economique. Ce n'est pas une raison, car c'est
le contraire qui est vrai. c'est 1'economie politique qui est
la premiere branch de la sociologie et lu, permet de co-
ordonner ses meilleurs mateiaux. Cette intrusion dans I'E-
conomique ne pouvait pas avoir la vertu de retire ipso
facto aux 6conomistes l'accomplissement de leurs devoirs,
ce qui les rendait complices de toutes les fautes commises
par le despotisme. La division du travail dans une science
n'empeche pas d'6tudier ses rapports avee les autres seien-
ces connexes et de sg'nalor les v6rit6s fon damentales.







Aussi, je no permats d'adresser un reproche a la m6-
moire du Professeur Charles Gide qui, dans son Cours d'E-
conomie politique, rend justice a la function social et po-
litique del'Etat politiquement bien constitute, puis s'lcrie
avec un peu d'amertume:. ( Et si l'Etat est politiquement
mal constitud, ceci n'est plus l'affaire de l'dconomie poli-
tique.))
Cela 6quivaut a un d6ni de justice. Vous admettez que
les ph6nomnnes 6conomiques vont normalement quand l'E!at
est politiquement bien constitu6, et vous diies que ce n'est
plus l'affaire de l'Economie politique quand il est politique-
ment mal constitu6. Il y a I un manque de logique et de
courage. Devant I'envahissement des theories intervention-
nistes depuis la grande guerre, le Professeur Gide se sent mal
a 1'aise, sa situation officielle I'embarasse : il craint de dire
la v6rit6, it manque alors de logique, ii fait le geste de Pi-
late....
Ce sent ces 6quivoques qui Bloignent de l'Economie poli-
tique beaucoup d'esprits qui y cherchent avec raison des
moyens de redressement national. Depuis la foundation de
I'Economie politique par Montchr6tien, le Dr Quesnay, les
Physiocrates, Adam Smith et J. B. Say, etc., cette Science
n'a jamais 6t1 consid6ree comme une isolee, elle a- toujours
6t6 consider6e comme l'6tude des moyens mat6riels etmo-
raux qui permettent d'arriver a un plus grand d6veloppe.
meant de la richesse. Nous avons ddmontr6 la pre.niere er-
reur de J. B. Say, qui l'a rectifiee. Cette faiblesse du Pro-
lesseur Gide s'explique par le bouleversement des iddes de-
puis 1918. S'il avail v6cu plus longtamps, il aurait sans dou-
te fait cemme J. B. Say; il aurait rectifi. Nous citrons bien-
t6t un passage de l'avant-propos a son Cours, ofi il y a ddji
nn commencement de rectification.
J'aime mieux I'attiiude du grand financier anglais, Sir Ro-
bert Peel. don't la r6forme 6conomique eut un si grand suc-
ces. Harcel6 par les partisans politiques qui lui reprochaient
sas rectifications, il r6pondit implement : ( Que voulez-vous ?
J'ai relu Adam Smith s. C'est que l'6tude de l'economie po-
litique l'avait amend la liberty.
Selon la remarque de J. B. Say. comme lIa justice touche
a tout dans la society humaine, l'dconomie politiaue touche
d tout dds qu'elle entire dans ls questions d'application.
Comme le dit si bien Courcelle-Seneuil, elle n'est ni la poli-
tique, ni le droit, ni la morale: elle est une lumiere qui
eclaire la politique, la morale et le droit.4 --. '
Oui, une lunmire qui delaire la politiquc... Elle n'a pas
le droit de dire comme le Professeur Gide : ( Si 1'Etat est
politiquement mal constitu6, ceci n'est pas mon atfaire.
Elle est une lumiere, elle doit eclairer l'Etat, c est son de-
voir. La politique peut m6priser ses conseils, tant pis pour
les politicians. L'Economie politique n'est pas un bel arbre
sterile; elle donne des fruits savoureux A ceux qui veulent
prendre la peine de leschercher pour les cueillir. Elle est
une source bienfaisante f tous ceux qui s'adressent a elle.
C'est ce qui faisait dire-au grand r4publicain, Jules Si-







mon : a I n'y a pas, pour un esprit 6clair6, une seule ques-
tion de commerce ou d'industrie qui ne soit indissoluble-
mout li*e A la politiquc. Tout se tient dans la soci6et hu-
maine, itutes lee libertis se tiennenti Je. ne puis pas etre
libre entire ces.quatre murs. A chaque instant. je viendrai
me heurter centre la loi, A morns que la loi ne soit faite
pour m'aider at non pour me nuire. 11 faut done etre tout-A-
fait sujet ou tout-a fait citoyen II faut fender la soci6t6 sur
l'obeissauce passive, ou sur la liberty. (La Libcrte po-
litique, 14e edit. p. 13. )
Dans son ouvrage remarquable 4 Regards sur l'Europe ,
puhli6 ii y a quelques mois, MrPaul Van Zealand, Directeur
a. just titre reputd de la Banque national de Belgique,
nous fait part de la complexity des phenombnes; 6conomi-
ques ; i ne voit qu'une collaboration itroite pour combler
les fossis qui pxistant entire les peuples ; il trouve que c'est
l'dconomie ferm~ e qui a cril Ics maladies mondtaire. 11 ar-
rive alors en connexion avec la loi sociologique dn ddpas-
sement, les faits ayant depass6 le domaine economique pour
entrer dans Ie sociologiqne et la politique. On ne peut done
pas saparer le pouvoir et la vie. 6conomique, parce que pre-
cis6ment ils forment ane symbiose n6cessaire. ( 1)
Toute vie national est faite de cette symbiose n6cessaire.
I'homme d'Etat et 1'economiste ne peuvent pas s'ignorer,
s'ils veulent faire oeuvre utile. Du reste, N'conomie politi-
que a toujours Wet considered comme la science fondamen-
tale de l'homme d'Etat digne de ce nom. La vieilledistine-
tion entire la science et I'art entire la thdorie et la pratique
*n'a pas sa raison d'etre: le vrai savant est avant tout un
artiste, et un artiste eonsommd est un savant. La pratique
ne fait que mettre A profit les theories scieutlfiques dans
les arrangements industries et sociaux. La thdorie d'hier
est la pratique d'aujourd'hui. Comme le disait bien le Pro-
fesseur.Jourdan dans sen beau livre sur les Rapports entire
Ie Droit et l'Eeonomie politique : ( La vraie distinction,
c'cst celle entire les bonnes et les mauvaises thderies, en-
tre les bonnss t les mauvaises pratiques. La bonne prati-
que est celle qui s'appuie sur la thdorie et en fait une appli-
cation intelligence aux homes et 'aux choses daus les cir-
constances les plus varies. La saine pratiqve est faite de
science, de prudence, de cfthonspection. de tact, d'habilet6.
( Op. cit. p, 239 ),
Or, apres avoir 6tudib dans leurs multiples applications
a travers l'histoire universelle les deux systemes id6aux
d'appropriation par la liberty et par l'autorit6, apres avoir
compare les avantages et les inconvdnients des deux syste-
mes, I'economie politiquc a fini par trouver que la liberty
est en principle plus avantageuse pour heomme et la soci6-
te. C'est ainsi que nous nous retrouvons au rpostulat de
Montesquieu L Les pays ne sont pas prospere8 en raison

(1 ) Ce grand financier belge combat done le sophisme du pro-
lessour Gide quo nous venons de refuter. Depuis quelques mois,
M. Van Z4 fen'd ~et devenu prfsidant du Cao~aell.







de leur fertility mais en reason de leur liberty.)
Ce postulat est un fait incontestable, qui temoigne de cet-
te syrabiose n6cessaire r6v6ele a nouveau par le financier
belge contemporain, connue depuis si longtempset devenue
uue formule courante par la towrnure concise que lui a don-
n6e le ministry des finances de la Restauration, le baron
Louis : ( Faites-moi de bonne politique et je vous ferai de
bonnes finances ), voulant dire par 1a qu'une politique lo-
yale est la sauvegarde du credit et influe sur les finances du
pays et sur son 6tat economique. Une politique loyale, mais
c'est la justice, c'est la liberty, e'est la moralitO.
Ce serait une erreur de la part des 6conomistes de ne pas
dire ces v6rit6s avec toute la precision voulue qui .n'admet
aucune equivoque dans l'esprit des gouvernants et des gou-
vernds, des faibles et des forts. C'est la Justice, la Libert6
et la Moralit qui rendent les peuples riches et forts. L'6co-
nomiste dolt etre un ap6tre de la Libert6. Et si 1'Etat est politi-.
quement mal constitu6, I'Economie politique ne doit pas di-
re avec le Professeur Gide: eeci n'est pas mon affaire. Non,
mille fois non. Avec le Professeur de Laveleye ( 1'Econo-
mie politique doit nous fair voir que la Liberte conduit les
peunles d la prosperity et le despotisme d la decadence. *
Toutes los questions 6conomiques sont de hates ques-
tions de government et de legislation : r6ferme douaniere,
question agraire, change, monnaie, credit, banque, societ6s,
travail agricole et industrial, impots, etc. Toutes questions
gouvernementales journalieres, aussi et meme plus impor-
tantes que les questions constitutionnelles. Ces questions
economiques sont parfois tres irritantes, mais elles ont une
seul solution rationnelle, '-est la justice qui seule peut
connilier les intirdts les plus opposes. sans qu'aucun aitA
se plaindre. La justice qui est la forme concrete de la li-
bert6 et de la morlite. C'est cette justice qui donne :Ia
vraie paix, la paix des-rues et la paix des Ames, la liberty
necessaire et suffisante a l'ordre. C'est cette justice qui don-
ne au surplus la fortune et la richesse.
Come le ditJules Simon: a Quelle est la grosse affaire
du neuple? C'est la nourriture assuree et la security des
personnel, du travail et des propri6tes. II lui faut eneore, ou-
tre la g-arantie du travail, un concours efficace du pouvoir
central, car il y a des travaux que I'individu ne peut pas-fai-
re et qu'il faut fire pour lui, ou qu'il ne peut pas faire seul
et qu'il faut I'aider i faire en lui fournissant des directions,
des materiaux, des outils, des capitaux...
( Tous les Bconomistes sont d'aceord pour regarder 1'as-
servissement administratif d'un pays comme une cause in-
cessante d'appaivrissement. En, effet, la richesse depend
moins du sol que da travail: c'est une v6rit6 d'6vidence
pour tout praticien. L'/omme fail la terre (1 ). Un people
industrieux, que la nature avait fait pauvre. est productenr
de richesse. Un people' combl6 de toutes les richesses natu-

) C'est une confirmation tres concise du postulatde Montes-
quieu.






relies, et qui n'aide pas la nature meurt de faim au milieu
de ses planes ficondes, i c6t6 de ses mines d'or. Le tra-
wail d son tour croft et se ddveloppe aoec la liberty, un es-
claav trivaille moins qu'un journalier, un journalier moins
qu'un ticheron, un tacheron: moins qu'un fermier, un fermier
moins qu'un colon. Pourquoi? C'est la nature humaine. Un
grand interkt, un grand travail. On se donne plus de paine
d measure qu'on a plus de raison de se donner de la peine.
Par le m'me motif, le degrd de liberty civil et politi-
que d'un pays imported d sa production. Un home libre
de sa personne, parce qu'il n'est ni la proprikt6 ni l'engag6
d'un particulier, n'est pourtant pas tout-A-fait libre, si las
institutions de son pays ne protegent pas suffisamment sa
propri6t6, et si elles nettent des entraves au developpement
de son activity. Tout ce qui trouble, compromet ,ou limited
la propriet6. 6te au travailleur le ddsir de d6ployer sa for-
ce; tout ce qui entrave l'activit6 personnelle, 6te au travail-
leur le moyea de d6ployer sa force. La richesse est A la
force come l'effet est a lacause. Dans un pays ou la for-
ce est stiinulie par une b 'nne organisation de la proprite6,
et developpbe par un constant et libre exercise, it est neces-
saire qu'avee le temps la misere soit vaincue, la richesse
produite. Qu c.'t-ce qu'un people riche ? C'est celui o0t le
jravailleur est fort du bra. et de la tate. Qu'est-ce qu'un
travailleur fort 7 c'est celui qui est libre.
a Le regime de la liberty, au contraire, est sain. fortifiant,
viril. II forme des citoyens, des homes, des homes d'af-
faire. 11 e16ve les ames, il Bclaire les esprits. Les Bconomis-
tes ont remarqu6 que quand un laboureur se mele des 6lee-
tions, quand il intervient par des functions municipales dans
le gouvernement des int6erts de la commune, ii est aussi
actif dans ses affaires particulieres, plus entreprenant, plus
sagement entreprenant. C'est une observation vieille come
le monde : on apprend d etre libre en usant de la libertM.
S'il y a un prejuge enracin6, un prejug6 funeste, c'est
celui qui faith de la liberty le synonyme de desordre, quand
il faudrait dire au contraire que la liberty est le synonyme
de l'ordre, et que le meilleur moyen d'interesser A l'ordre,
c'est de leur apprendre les affaires.
a I1 y a un just milieu a prendra, et 'on ne voit pas que
les Suisses. les Belges, les Anglais, qui votetit souvent, et
qui prennent part au gouvernement de leur pays. n'aient
plus d'ouvriers dans leurs faqriques. ) ( op. cit.).
En effet, plus le travail est d6velopp6, plus grand est I'in-
t6ret du travailleur a collaborer au maintien des institu-
tutisns qui !garantissent toutes les liberties don't l'ensemble
contribute A lui donner plus de bien-6tre par I'augmentation
de la production s'accompagnant d'une augmentation pa-
rallele des salaires et des profits. Tous les travailleurs, ma-
nuels et intellectuals, sont done interess6s au maintien de
la Libert ?'et de la Jusfiee par leur participation direeteou
indirecte A la vie publique, par laur concentration en as-
associations professionnelles, en syndicats, en cooperatives,
qui sent autant de forces 6conomiques et sociales.







Pour conserver leurs advantages ou pour ea conquirir do
plus en plus grands, les travailleurs, manuals et intellec-
tuels, doivent cultiver la Libert6. Ce n'est pas un mot dou6
d'une puissance magique. I1 ne suffit pas de la proclamer et
de l'acclamer pour assurer le bonheur des peuples et des in-
dividus. La Liberte est une creation continue ; e'est un bien
difficile d acquerir, plus difficile encore d conserver. C'est
pourquoi ii faut en user avec sagesse et moderation, et il ne
vaut que par l'usage qu'on en fait. II en eat de la liberty
comme de tant d'aatres biens qu'on n'apprecie que lorsqu'o
en est priv6. Quand on la possede, on ne se trouve pas asn
sez satisfait parce qu'on en attend des miracles imm6diats-
C'est qu'on n'avait en vqe que sa propre liberty, on n'avait.
pas song A la liberty des autres. On n'avait pas song que
la liberty n'est pas un don gratuit. Tous ceux qui, par dd-
sceuvr6ment,, prechent la dictature, seraient les premiers a
se plaindre des consequences indvitables d'un regime bol-
chdviste, fascist ou hitl6rien. Non, la Libertd, 'est l'effort,
la lutte, la concurrence, la responsabilit6 et meme- la souf-
france Pour bien jouir de la Liberte et de ses avantages,
il faut savoir aussi souffrir pendant un temps.
Aussi, voit on certain hommes don't la conscience est ob-
nubilde se complaire dans l'asservissement qui leur donne la
satisfaction du venture ou de leurs petites vanit6s, tout ent
trainant une existence au fond pitoyable. D'autres, revern
d'une liberty absolue,- ce qui est une contradiction- qu1
tinirait dans I'anarchie, afin d'avoir l'occasion de bdenficie
d'une oppression ineluctable. Tous ceux-la sont des ennemis
subtils de la Soci6t6. car touted society ne peut progressor
que dans la voie de la Justice, hors de laquelle il n'y a pa
de lioert'. C'est le progress moral qui conditionne le pro-
gres materiel et emppche la deliquescence. C'estjustemen.
ce que nous ensfeigne 'Economie politique en nous faisant
voir que la libert6 conduit les peuples A la prosp6rit6, *
le despotisme A la decadence.
La politique et I'Econemique s'enchev6trent dans les mail-
les les plus tenues de la vie social. L'homrne d'Etat. doit
6eouter les lemons de I'Economie politique, car l'Economie
politique est la base de la science politique. Mais les deux
dependent de la Marale. Politique d'abord ? Non. Economi-
que d'abord 7 Non. Morale d'abord ? Oui. La politique a cer-
tes ses exigences 1gitimes. Personne ne peut les contester.
Mais il faut que ces exigences 16gitimes s'accordent avec la mo-
rale, sinon, c'est la decadence, la ruine dans la deliquescence,
C'est alors, come nous le verrons tout-h-l'heure, comment
en Russie, en Espagne, en Turquie, les mauvais gouverne-
ments d6vorent un people. La liberty est aussi le fondement
de la Morale.





24

CHAPITRE VIII

LE MONTESQUIEU MODERNE

GUGLIELMO FERRERO

L'euvre de Montesquieu, apris un siecle et demi, a 6t6 re-
prise par le grand historien italien, Monsieur Guglielmo Fer-
rero (1) dans son livre monumental a Grandeur ct Deca-
dence de Romeos, don't le titre est identique au chef-d'ceuvre
de Montesquieu. L'historien 6conomiste *contemporain est
arrive A la meme conclusion que le philosophy sociologue
du 18e sickle, apres avoir d6pouille de nombreux docu-
ments inconnus A l'6poque de son tillustre pr6d6cesseur :
((La seule force vitale pour les people. come pour les
Etats, e'est la liberty. ).
Monsieur Ferrero n'a jamais cess6 d'etre la champion, !e
chevalier de la liberty classique: dans les grandes revues
et particulibrement dans le grand hehdomadaire (L'Illus-
tration ,. il ne manque pas une occasion pour rappeler
au bon sens et a la logique les 6nergumenes don't les doc-
trines et les pratiques menacent de d6truire le tresor des
richesses materielles et morales accumul-es par la lib6ralis-
me du 19e siecle.
Dans un de ses derniers t regards entire le passe et l's-
venir o, Monsieur Ferrero nous. fait voir la transfiguration
de la Liberte avec une delicatesse proph6tique et une con-
viction d6pouill6e de toute hypocrisie. Ecoutez-le: ( sommes plus libres que nos anc6tres ou que les Musul-
mans. C'est pour cette raison que notre civilisation est-la
plus puissante la plus riche, la plus savante, la plus sou-
pie, la plus plastique la moins rigide, et laimoins cris-
talisee. Dans la vari6te vivante, toujours en movement,
des id6es et des sentiments, toules les forces individnel-
les et collectives s'exaltent, s'aigiiisent, se multiplient, se
modifient mutuellement. Les cristallisations -d'autrefois ne
sont plus possibles dans ce changement perpetuel produit
par tant d idees et de passions en lutte ; les revolutions
aussi, c'est-A-dire la rupture brusque des cristallisations,
deviennent plus difficiles et plus rares.
Nous aurions tort de m6priser la liberty que nos grands-
peres ent conquisp pour nous en d6truisant le monopole
de la v6rit6 que les Etats de I'ancien regime poss6daient.
Beaucoup d'esprits d6licats se plaignent aujourd'hui de la
puissance que largent exerce, mime sur la vie spirituelle.
Nous aurions renvers6 un despotisme pour en creer un
autre plus detestable encore.
( N'exagerons pas. Les puissances d'argent sont nom-
breuses, partielles, dispersCes, trs sonvent en disaccord.
Le rayon de leur action est limit. Elles pourront gagner a
leurs int6r&ts un certain nombre d'ecrivains, de juristes, de

(^J^^t^^^^g^0







savants, d'hommes politiques; elles ne pourrent jamais,
come l'Etat divinis6 d'autrefois, cristalliser l'esprit d'une
civilisation dans la croyance d'une unique v6rit6 indiscu-
table.
a Nos grands-peres n'ont pas resolu tous les probl6mes
de la vie, mais ils nous ont rendu un grand service en lut-
tant pour la liberate. TransformBe. en un syst6me de r6gles
conventionnelles, la liberty est un des tri'sors les plus pri-
cieux que posside la civilisation occidentals,. (L'Illustra-
tion, 8 mars 1930).
Remarquez comment Monsieur Ferrero fait le m6me postu-
tat que Montesquieu entire la liberty et la prosp6rit6. C'est
grace A la Libert6 que notre civilisation est devenue si ri-
che, si puissante, si savante, etc. M. Ferrero ne nie pas que
cette richesse qui provient du liberalIsme n'ait exere6 une
action spirituelle parfois contraire a sa noble origine. Mais
il nou5 met en garde centre certaines exag6rations, car
ces abus sont moins d6solants, moins pernicieux que ceux
qui proviennent du despotisme. Les abus issues du lib4ra-
lisme peuvent Atre plus facilement redresses. En some,
le grand liberal de notre 6poque nous a d4montr4 que la
be'le prosperity qui a caract6ris6 le 19e sibcle, si6cle es-
sen'tiellement liberal, provient de la conquete st de la pra-
tiqu3 de. la Libert6.







QHAPITRF IX

REGARDS SUR LE MONDE:
LES GRANDES ET LES PETITES NATIONS
LIBtERALES
En effet, c'est la v6riti m6me, que va nous d6montrer
une revue rapide du monde contemporain. Aujourd'hui,
neus vayons l'univers domino par les trois grande puis.
sanes libdrales, la France, I'Angleterre et les Etats-Unis
qui, malgr4 la rise g6ndrale, continent leur vie sage et
ordenn6e, respectant la Libert6 et cr6ant sans cease de nou-
velles richesses matirielles et me ales. La France surtout,
la nation lib6rale par excellence, risiste toujours a .cette
tempite qui bat les flancs de tant de peuples. Quant aux
Etats-Unis, son interventionnisme actual se fait normale-
ment dans le cadre des vieilles libert6s garantiespar Was-
hington. Tout ce qu'on peut regretter pour les Etats-Unis,
c'est son impirialisme qui eat tout-i-fait contraire aux tra-
ditions crdbes par son fondateur ; son impdrialisme qui eel
le despatisme a F'exportation lui portera un coup fatal. Le
President Franklin D. Roosevelt a vu ce grand danger pour
pour son pays et voudrait revenir & une politique extirieure
plus humane conform aux voeux exprim6s sans ambages
par Georges Washington. Le grand patriote liberal mexicain,
M. Manuel Urgarte vient de le d6montrer avee sa belle fou-
gue coutumibre. Tant mieux. Quoi qu'il arrive, ces trois
puissances lib6rales sont en measure de se redresser sans
d6ranger leurs constitutions traditionnelles.
Poussant nos regards un peu plus loin, nous voyons trois
petites nations lib6rales, la Suisse, la Belgique et la Hol-
lande en pleine prosp6rit6 mat6rielle et morale, respected
ad tous. Grace a la liberty, ces trois petits pays connaissent
une evolution magnifique, semblable A celle de la France,
de l'Angleterre et des Etats-Unis. La Pologne, la vaillante
Pologne, la pupille de la France, suit de pros les nations
lib6rale eat va connaitre aussi wne ere de liberty et de
prosp6rit6. Si elle augmente un jour son autorit6 parce
qu'elle est encaiss6e entire les jdeux dictatures extr6mistes,
ce ne sera que pour un temps, le tempsde se d6fendre.
Dans ce concert des nations lib6rales nous ne pouvons pas
omettre les Etats seandinaves. le Danemark, la 'Suede at la
Norv6ge qui sont certes, des monarchies, mais a regime
constitutionnel et liberal depuis assez longtemps. Les Etats
seandinaves, eux aussi, vivent qui6tement dans un bien-
etre qui va progressivement, grAce a la liberty et A la Jus-
tice; ce sont des pays libdraux bian ordonni qui tont vrai-
ment henneur a l'humanit6 par le bel esprit d'6quit6 et d'-.
quilibre qui y rtgne.
Voila d6jh la moitid du monde qui vit avec une belle
dignity dans le lib6ralisme, car avec 1'Angleterre il faut
computer ses immenses dominions. De m6me, avec la Fran-
ce et son grand domaine colonial. Les Etats-Unis forment







presqu'un quart du uouveau continent. C'est ddjA plu de la
moitii du monde qui vit sagement a l'ombre bienfaisante du
lib6ralisme. Esf-il possible que tant do millions d'hommes
respestables at respects soient moins senses que les autroe ?
Qui osera soutenir pareille absurdity quand on constate l'an-
xi6t6 funebre, le silence du tombeau qui envsloppe toutes lea
dictatures sans exception ? Voyez done l'exquise placidit6
de cette magnifique d6mocratie lib6rale qu'est la Sui sm
don't la tenue sage et digne fait honnear a l'humanitt en
progress. Au seul nom de la Suisse, c'est l'6vocation do la
Liberty et do la Justice dans ce qu'elles ont de plus dleve.
La Suisse peut Wtre considered come un type d'humaniti
supdrieur, comparable aux plus belles floraisons des trois
grades puissauces lib6rales, 1'Angleterre, la France et les
Etats-Uuis. Si toute l'Humauit6e tait semblable a la Suisse,
on pourrait dire que l'Homme n'a pas v6cu en vain depuis
tant do milliers d'ann6es. La Suisse est une grande esp6-
rance ot une grande fiert6 pour l'Humanite.
I1 y a encore un grand example, un example concluant que
l'on va s'6tonner de trouver chez un people asiatique, car dans
le passe et mAme dans le present ]'Asie est la terre classique
du despotisme. Montesquieu parole souvent du despotisme
asiatique come d'un syst6me carastiristique. Monsieur
Andr6 Tardieu aussi, souvenir de Montesquieu probable-
ment. Ce people asiatique, c'est le Japon.
Qui ne connait I'histoire du formidable d6veloppement
Aconomique, politique, commercial, social et scientifique
accompli par le Japon apres avoir ouvert tres large toutes
ses portes a la civilisation occidental, d'abord par des
traits conclus avec les principles nations de l'Europe et
avec les Etats-Unis, et ensuite par 1'envoi de nombreux 6tu-
diants dans ces pays. En l'espace d'k peine cinquante ans,
le Japon est devenu l'une des premieres puissances du
monde. Tout commentaire A cet aggrandissement phbnome-
nal serait superflu; la constatation du faith suffit, et tout homme
de culture es bien imbu de cette intensive occidentalisation.
Ce qui est moins connu, c'est I'atmosphbre qui a permis
et facility cette transformation fantastique. Comme le disait
I'dconomiste Bastiat : derriere ce que l'on voit il y a ce
qu'on ne voit pas. L'histoire du d6veloppement japonais
vient justement d6montrer notre these et appuyer le postu-
lat de Montesquieu. Dbs le debut de l'introduction de la ci-
vilisation occidental, les dirigeants japonaes don't l'esprit
etait ouvert a toutes les rdformes eurent la sagacity de com-
prendre que I'assimilation do cette grande oeuvre d'adapta-
tion etait incompatible avec leur traditional system d'au-
tocratie f6odaie qui asphyxiait leur vie nationals. Ils le com-
prirent presqu'immediatement. C'est en 1869 que les traits
avec les puissaeces 6trangBres furent ratifies et les princi-
paux ports ouverts. A peine deux ans epres, en 1871, le r6-
gime fModal fut aboli; en 1880, toute une nouvelle legislation
et une codification europdanisdes furent adoptees; I'admi-
nistration requt une organisation pareille a celle de l'Angle-
terre lib6rale. 11 y eut des rebellions qui furent vite r6pri-







m6es et pour couronner toutes ceo reforms liberales, I'cm-
pereur donna enfin, le 11 f6vrier 1889 une constitution son
people qui est devenu plus civilise et avant reconnu les
avantages de Is Liberte. la reclamait. (Crtte constitution
consacre le regime parlem entaire. C'est done le lib6ralisme
en plein. A partir de ce moment, I'ascension du Japon ne
connait plus de bornes. Son fils, I'empereur Yoshi-Ilitc, qui
lui' succda 'en 1912 ouvrit l'ere du Taisho, I'ere du Droit et
de la Justice et fit I'application loyale de la Constitution que
son p re avail done au people japonais. UIextension 6co-
nomique suit sa marche rapide, ]e commerce extericur d6-
cupla. Aussitot apres sa mort en decembre 1926 et I'as-
cension au tr6ne de son fils Hiro-Hito, I'empereur actuel,
le suffrage universal sans restriction reooit sa p;remidre ap-
plication. Aujourd'hui, le Japon est, ex) ,equo, parmi les
plus grades puissances du monde, tant au point de vue po-
litique, militaire et economique.
Le regime liberal. avait permis et accentu6 cette belle flo-
raison. Nul doutef que cette magnifique expansion n'eitpas
'ti possible si le Japon avait conserve la forme f6odale de
son gouvernement. Voyez, & c1Od du Japon, la Chine qui
s'obstinait dans sa f6odalit6 retrograde. La Chine a ouvert
ses yeux un pen trop tard ;eile a done vers6 dans le com-
munisme meurtrier, come la Russie. Le Japon moderne
est done un miracle du lihbralisme.
Le Japon donsittue la plus belle demonstration de ]a su-
perioritO du liberalisme. Aussi, c'est avec plaisir que nous
approfondissons un p-u le ( cas japonais, en en faisant
un resume tres bref.
L'empereur du Japon dlepgue le pouvoir executif au con-
seil des ministries, qui est contr616 par un parlement 6lu
au suffrage universe. Avant son occidentalisation lib6rale,
le Japon pratiquait I'dconomie dirigee la pins strict: nul
n" pouvait ehanger de profession, les fils ne pouvaient que
succder au pere. Le paysan n'avait pas le dreit dechan-
ger de culture, ni de d6fricher trop de terre, ni de quitter
son village. Dans la sphere commercial, c'6tait l'autarchie
la plus fermee. qui faisait du Japon un people stationnaire,
retardataire. Avec ce systbme, la population restait aussi
stationnaire, et I'habitude en faisait une economierestrein-
te, mais adaptee i cette vie bornee.
Avec l'introduction du liberalisme politique. le pregres fait
eclatcr fous les vieux cadres, ia prosperity o'introduit, etle
Japon devient une des premieres puissances du monde. A
ce lib6ralisme a l'anglaise, le Japon joint le liberalisme
economique, Jusqu'd present le Japon rest un des derniers
partisans du libre-4change, faisant ainsi un contrast beureux
avec le reste du monde, qui est bloqu6 dans un protection-
nisme meurtrier. Cette politique de libre-commerce interna-
tional a- et inauguree des Ol d6but, il y a 70 ans; elle est
un des 616ments les plus sOrs du maintien de la paix ba-
s6e sur le travail. (Emile Schreiber, in L'Illustratiou, 29
Juin 1935).






Le ministry des finances japonais, unvieillard alerte de
83 ans vantait l'excellence de 1'6conomie financiere du Ja-
pon comparee avec celle de bien d'autres pays ( L'au-
tarchie est contre nature, et les peuples comme les particu-
liers, aimeront toujours mieux acheter'ce qui est bon que ce
qui est cher. On a beaucoup critique le Japon pour ses bas
salaires... Dans notre pays. permettez a son ministry des fi-
nances de vous le signaler, vous constaterez que l'argent ne
fait pas seul le bonheur... Nos ouvriers gagnent suffisam-
ment pour ne pas connaitre la misere, et vous ne verrez
aucun pays du monde oi il y ait tant de fleurs dans les fo-
yers. En plus de ]a nourriture et des besoins mat6riels, les
Japonais ont une esperance morale qui les fait vivre... )
Les salaires japonais sont reellement bas, mais la vie
est A tres bon marched, de sorte que la misere ne fait pas
tAche d'huile. Dans les usines, les cooperatives fonctionnent
sous- une forme qui rend la vie Jnat6rielle agreable.
Cekte modestie individuelle a permis une industrialisation
:i- nidaible qui fait du Japon la premiere puissance Bcono-
mique du monde A l'heiire actuelle. Sans le liberalisme po-
litique un pareil rendement n'efit pas ete possible, parce
que le m6contentement des classes ouvrieres l'aurait empep
cb6.
11 en est r6sultd un bon march qui fait la concurrence A
tousles autres pays. D'of le developpomentindefini du com-
merce sous le signed du libre-echange. Toute l'economie ja-
ponaise repose sur les prix les plus bas possible. Aussi,
I'exportation japonaise ne cesse de se developper, ce qui
facility son econoiie financiere. Les 6conornistes japonais
ont fait pratiquer le liberalisme 6conomique qui a pu jouer
selon la regle classique, jusqu'a abaisser A l'extreme le pro-
fit. M. Schreiber nous dit que la progression du commerce
Japonais est telle, par suite du bon marched de ses prix que
certaines villes paraissent avoir 6t6 bouleversees par un
tremblement de terre recent tant y sont nombreux les quar-
tiers et les rues en voie de construction pour l'ktablisse-
ment d'usines et de maisons de commerce encore plus mo-
dernes, encore plus puissantes.
Cette progression economique menace le capitalism euro-
peen et americain d base de profit, et cette situation singuli6-
re donne au Japon le beau rBle de champion du lib6ralisme.
La conception economique japonaise est done appel6e A bou-
leverser le monde et A provoquer une revision de l'empi-
risme economique de I'Europe et des Etats-Unis de 1'AmB-
rique du Nord.
Le Japon est le pays qui a le moins de ch6meurs. Avec une
population de 70 millions d'habitants, il y a environ 350.000
chomeurs seulement. Ces ch6meurs n'ont jamais souffert de
lafaim. C'est aussi le pays oiu il y a le molns d'illetres,
112 elo.
Ce sont les paysans prol6taires qui souffrent le plus. Mais
leur misere est relative, puisqu'ils trouvent a manger sans
restriction. Les campagnes, nous dit M. Schreiber, sont si
hien cultiv6es qu'elles ressemblent a une belle coiffure,







En 70 ans, la flotte marchandejaponaise est devenue la
troisieme du monde. Dans quatre ou cinq ans, les indus-
triels japonais vont fabriquer des autos au mrnme prix que
les Am6ricains qui seront ainsi evinc6s de l'Asie. L'6cono-
mie japonaise a le bonheur de n'Otre pas bridge par des
charges fiscales trnp elev6es. Une des raisons qui rendent
les prix japonais imbattables, car, par un moyen ou par un
autre, les products meilleur march passent toujours les
frontieres. L'Europe et l'Amrrique ont r6pondu auliberalis-
me japonais par 1'6!lvation de plus en plus grande des bar-
rieres douanieres. Solution de facility illusoire qui ne fail
qu'accentuer les inimities internationales sans r6soudre au-
cun question.
Monsieur Marc Chadourne disait avec raison que les pro-
duits japonais ne sont pas de la camelote ( rabbis ). 11 consta-
tait que. nous sommes une 6poque oii chaque nation dolt
se specialiser dans des industries capable, de payer sans
avoir besoin de recourir a des barriers inefficaces et dan-
gereuses. ) II compare le proteetionnisme a une facade ofi il
n'y a rien dedans, a un port sans bateaux et sans clients.
Les destinies du monde se rdsument en ce dilemne : perir
ou laisser passer,.. ( Le Tour du iMonde 1934, in Paris-
Soir, septernbre 1934 ).
11 n'y a pas come le contact avec les faits pour demon-
trer la realit]. Comme le dit justement M. Schreiber aux
pays capitalistes et aux dictatures 6tatistes: ( Entre la d'
fense negative et artificielle a coup de prohibition etlard-
organisation 6conomique destinee a remettre la concurrence
sur le terrain de la lutte naturelle, il nows faut choisir. La
premiere solution conduit in6vitablement a des guerres, peut-
etre 'des annexions de territoires blancs par les jaunes ; la se-
eonde necPssite un effort imm6diat pour la reconstruction
de notre socite6 sur des bases nouvelles... ( L'Illustra-
tion, 20 juillet 1935).
Qnel beau fleuron au lib6ralisme politique et economi-
que constitute le Japon !
Il est sans loute trop tot de parler des nouveaux r:tats
slaves et balkaniques, la Tchecoslovaquie devenue une R6-
publique, la Yougoslavie, la Serbie, la Bulgarie, la Rouma-
nie, qui, deyuis longtemps sont revenues des monarchies
constitutionnelles a 1igime plut6t liberal. Du rest, cesnou-
veaux Etats so trouvent pris dans un engrenage internatio-
nal, I'6ternelle question d'Orient, qui contrarie et fausse le
jeu normal des institutions politiques et des changes 6co-
nomiques. C'est un grand malheur pour ces petits peu-
ples de ne pouvoir former une conf6edration politique et
econorique basee sur la Libert6, II n'y a pas de doute que
ce nouveau syst6me, s'il est judicieusement pratiqu6, ne
devienne un jour une cause de bien-6tre moral et materiel
qui pourrait 6viter, a I'avenir, des catastrophes pareilles &
celle de 1914 (1).
1 ) La Soci6te des Nations fait 1'aiguillage dans cette direc-
tion. C'est grAce A sa presence qu'une guerre continental fut Avi-
tee aprAs 1'assassinat du roi Alexandre ler en octobre 1934.





31

Parmi les nations balkaniques, la Tchkcoslovaquie mrrite
une mention & part, grace A son illustre President liberal,
Monsieur Mararyk, grand d6mocrate et patriote irreducti-
ble, savant de grande profondeur et a esprit encyclopedique.
C'est une republique liberale d6mocratique qui fait aussi
honneur a ]'Humanit6 par une pratique loyale et 6quilibr~e
du liberalisme. Dans cette belle ceuvre le Pr6sident Ma-
saryk est aid6 par un ministry de grande race, M. Edouard
B1nBs. qui consolide ]a position international de son pays.
Les lib6raux tchdcoslovaques ont su organiser leur econo-
mie national par une. action positive et creatrice qui a
donn6 un rendement acc6 l6r pouvant tenir t6te, meme au
Japon don't nous venons d'examiner la forte puissance dco-
nomique. C'est done un liberalisme qui a de 1'avenir dans
ses reins, us lib6ralisme qui a level eonsiderablement le
standard de vie, tant materiel que moral, du tch6koslo-
vaque moyen. comparativement A son 6tat ant6rieur, compa-
rativement aussi' la situation lamentable des individus
appartenant aux dictatures contemporaines, surtout A 1'URSS.
Le President Masaryk est I'animateur de eette humanity bien-
faisante, qui est un exempleet une demonstration.







CHAPITRE X

REGARDS SUR LE MONDE
(SUITE)

L'ALLEMAGNE AVANT LA GUERRE
Continuons de promener nos regards sur It monde, pour
employer une expression chere a M. Paul Valry. Le th6tre
le plus recent nous est fourni par l'Allemagne. Nous vo-
yons ce grand pays avoir recours aux procedes les plus
archaiques et les plus r6trogrades pour redresser son syst6-
me boulovers6 par la grande guerre de 1914-1918. I peut au-
jourd hui plaire a l'Allemagne de m6connaitre son histoire et
les lemons de ]a Science economique. C'est son affaire, car
ellle est libre de faire ce qu'ele veut, m6me de se jeter dans
l'abime, cela rie regarded personnel. Mais elle ne peut pas
empecher quel'on observe son profound desarroi politique
et economique qui est un danger pour son avenir. Elle ne
peut pas empecher que l'on 6tudie son histoire et que l'on
constate que sa plus brillante page parmi des centaines est
cell e.lelle a pratiqu6 un syst&me semi-lib6ral de 1872 a
191-
En effet, apres la guerre de 1870, si la France fut vaincue
militairement, les idees francaises s'insinuerent dans l'ar-
mature politique allemande, apres avoir fait le tour du mon-
de qu'elles ont conquis depuis 1789. Les deux plus grands
penseurs de l'Allemagne, Goethe et Schiller, avaient 6te en-
thousiasmes par la premiere R6volution francaise. Apres la
chute de Napoleon, il y eut en Allemagne, sous ]'influence
des idWes francaises, pendaut trois ans, de 1817 a 1819, une
grande agitation liberale qui se reveilla trente ans plus tard
en 1848 apr&s le movement revolutionnaire francais de cat-
te 6poque. Apres la guerre de 1870, les 6venements de la
Commune de Paris qui aboutirent a la traisieme R1publi-
que, influBrent beaucoup sur les idWes politiques de I'Euro-
pe. Encore une fois la France 6tait vaincue come en 1814,
mais les idWes francaises avaient triomph6.
Aussi, apr6s cette guerre, 1 Allemague devint un Etatf6-
,deratif constitutionnel plut6t original, avec une assemble
populaire Blue pour cinq ans au suffrage universe et direct,
le Reichstag. Avec le kaiser, ce regime ne pouvait etre
compl6tement liberal, il 6tait plut6t un peu teinte de libe-
ralisme. Eh bien, c'est pendant cette p6riode que 1'Allema-
gne a connu la plus grande expansion economique et quo
le nom allemand fut le plus admire. Profitant de toutes les
acquisitions nouvelles des sciences physiques et chimiques,
elle sut tirer admirablement profit- de son abondance de
houille, a ce pain de I'industrie moderne ,. Aussi- l'industrie
allemande connut un d6veloppement prodigieux et envahit
le monde.
Cette grande activate industrielle fut favorisde par le so-
cialisme d'Etat lgislatif, grace h la pression de certain
groups du Reichstag, assemble populaire a suffrage uni-







versel et direct, qui iniposa unre 4lgislation tres lib6rale du
Iravail assurant A la population ouvriere allemande une amd-
lioration et une st; bilit morale, materielle et bygidnique
vraiment admirable.
Elant donn6 ]'influence primordiale du travail bumain dans
]a production, il est hors de doute que c'est le libdralisme
social r6alise par une assemnblie populaire, sequel a permits
ce grand d4veloppement 6conomique, car sans cela l'ouvrier
allemand, malgre la science allemande, manquant du res-
sort moral que conslitue ]a garantie de 1'avenir moral et
materiel, eft mnoins bien travaillO, et alors les savants et
les industries. gagnant moins, auraient dt6 forces de ra-
lentir leurs activities.
II est done certain que c'est ]e regime constitutionnel se-
mi-liberal pratiqu6 par 1'Allemagne d% 1872 A 1914, lequel
lui a permits de connaitre cette prosp6rit6 inconnue dans
toute son histoire antfrieure, prosperity qui faisait I'admi-
ration du monde entier, au point cue le module allemand
4tait partout recherche pour 4tre applique. II est regretta-
ble que I'Atlenagne ne s'en tint pas lat t que 1'espritmi-
litaire finit par la dominer. Mais le fait que nous venons
de conslater avec son rapport 6conomique est indiscutabl'
et. illustre aussi bien notre these, don't la justesse va Wtre
rentorcee par les considerations spdciales suivantes entree
la France et l'Allemagne.







CHAPITRE XI

LA FRANCE ET L'ALLEMAGNE
SUR LE PLAN ICONOMIQBE

Rienne prouve mieux le postulat de Montesquieu que le con-
traste frappant entire la France et I'Allemagne. Ce contrast
a kt6 mis en unrelief saisissant d'objectivitd lumineuse par
un publiciste autrichien, M. Frederic Hirth, doeteur es-let-
tres, prolesseur d'universit6, dans ( L'lllustration ) du 9
decembre 1933 : ( Si le chancellor allemand peut accepted
I'issue de ]a guerre, admettre les raisons de la victoire
francaise, il arrive stupefait aux bords d'un abime lors-
qu'il veut compare les 6vbnements qui se sont succd.6 de-
puis trois lustres pn Allemngue et en France. Dans son
pays, aprs la defaite militaire, trois graves d6faites eco-
nomiqnes: perdue la guerre d'inflation; perdue, laguerre
de deflation; perdue, la guerre de credits. Rien de pareil
en France. Une ebauche inflation, rapidement supprimbe;
une d6flatiou tres mesuree et malgr6 I'assaut de la cruise
6conomique mondiale supreme miracle ni inflation ni
deflation de credits. ,
(Tout ce que l'Allemagne a entrepris, la paix signee, peur
parvenir a la prospirit& a echou6, tandis que la France gar-
dait une structure social intacte, une monnaie qui ne fut
soumise qu'a des oscillations de petite amnlitude, un credit
ferme, inebranlable,.. Les faits sont lI : d'un c6to, trois de-
faites 6conomiques; de l'autre, redressement, stability, in-
tangibilit6. )
a Anxieusemement, Hitler s'interroge : Comment la
( France a-t-elle pu conserver, apres le plus froece des
corps-k-corps et les sacrifices les plus decbirants, son
a patrimoine intact, ses fondements solides, sa vitality in-
e affectee ? Comment toutes les secousses economiques, alors
a qu'ellent ebranlaient le monde entier, ont-elles 6pargn6
( un pays imparfaitement outill et paraissant inapte aux
a luttes dcoromiques d6vastatrices ? )
) Adolpbe Hitler peut mediter jour et nuit... il n'arrive-
ra jamais a maitriser le probleme de la France st lui
ichappe sa qualitM primordial : la measure. Peut-4tre peut-
on dire sommairement que tous les contrasted franco-al-
'emands s'oxpriment dans cette formule concise: la France
inesurec ; I'Allemagne demesurde. v ( 1 )

( 1 ) Le recent triomphe des nazis dans laSarre n'cst pas un echcc
pour la France, qui, dans la eirconstance, a fait preuve de mode-
ration, de prudence et de s agesse, en laissant les Sarrois entiBre-
ment libres de vivre leur vie. C'est un t6moignage de la measure
franchise. Les Sarrois verront bient6t s'ils ont 6t6 vraiment intel-
ligents. D'autre part, la ddmesure allemande aboutira, en conse-
quence de cette pettfe victoire, A un exc6s de pangermanisme qui
indisposera 1'Humanite, comme en 1914-1918. DBjA, elle est en plei-
ne dimesure avec la recent violation du Traite de Versailies, en
mars 1935 Et alors l'Allemagne tournera toujours daus un cercle
vicieux.,







Voila qui est bien dit. Le jugement de M. F. Hirth est jus-
te, parce que drive d'une observation exacte. La France,
c'est la measure. Oui, mais cette measure, pour etre bien com-
prise, doit 6tre bien definie. Le terne de measure a differentes
significations tant dans son sens propre qu'au figure, mais
la psychologie fondamentale de la measure, c'est la justice
qui implique la liberty.
Au propre, la measure est une evaluation par rapport a une
unite qui ne doit pas trop varier: d'oui I'idee de justice
qui se traduit bien dans l'expression (avoir deux poids et
deux measures ), c'est-i-dire juger ou traiter diff6remment et
avecpartialitM des personnel pareilles ou des choses iden-
tiques. Cette idee de justice se retrouve dans ce proverb:
( De la measure Idont nous mesurons les autres, nousserons
mesures ,, c'est-a-dire nous serons traits comme nous
avons traits les autres.
Au figure, la measure, c'est la r6gle, la forme, la limited, la
moderation, la retenue qui n'outrepasse pas ce qui est
just et raisonnable. Un vieux proverbe francais du 15e silcle
disait: (Ainsi comee toute chose amende de measure, aussi
toules choses empirent oh l'on ne peult mettre measure ; cour-
toisie et measure est une meme chose ; beau filz, a tous
les failz adjouste maniere et measure, si auras en toy moult
belle vertu. )
Ce vieux proverbe francais resume la France, et Monsieur
Hitler n a qu'a le bien mnditer pour dichiffrer facilement
I'enigme franchise qui le tourmente tellement. Tout y est, et
il confirm de point en point l'observation de M. Hirth.
L'Allemagne est demesurde, done dosem paree. Cela se
comprend tres bien d'apres le vieux proverbe francais.
Ainsi romme toute chose amende de measure, aussi touted
choses empirent bi' l'on ne peult mettre measure. La d6confi-
ture de l'Allemagne n'a pas d'autre cause que sa demesure,
c'est-a-dire son manque de measure, sa violence, son orgueil,
pour parler come Littrd qui dit que ce mot est tomb6 en
desu6tude, mais qu'il est excellent. Vous voyez bien que
la demesure signifie violence, orgueil.
La measure implique done 1'idee de justice inseparable de
l'idie de liberty. C'est la measure franGaise qui a dict 1'ar-
ticle 6 de la Declaration des Droits de I'Homme et du Ci-
toyen de 1793 : La liberty est le pouvoir qui appartient A
'hommne de faire tout ce qui ne nuit pas aqx droits d'autrui;
elle a pour principle la nature, pour r6gle la justice, pour
sauvegarde la loi; sa limited morale est done cette maxime:
< Ne fais pas a un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit
faith. ,
Lalibert6 a done une limited, doncune measure. Cette me-
sure, cette regle, cette proportion, ce mdtre, c'cst (la
loi qui est la m6me pour tous, soit qu'elle protege, soit qu'elle
punisse ; elle ne peut ordonner que ce qui est just et utile
a la society.) La loi est done base sur la justice, la loi doit etre
la justice, parce qu'elle eat la commune measure social. Jus-
tice, Libert6 et Loi ne font qu'un. Voila toute la France, touted
I'6nigme francaise. Au point que les deux mille ans de l'His-
toire de France, avant comme apres 1789, sont condenses







dans la RBvolution de 1789, qui en forms la quintescence.
Et le complaxnent en est form par ce vieux proverbe du 15e
siecle d6ej cite : ( courtoisie et measure est une mesme chose;
bcau-filz, a tous les faitz adjouste maniere et measure, si auras
en toy moult belle vertu. )
M. Andre Tardieu a done donned la plus belie definition de
la France : ( La civilisation franCaise estlibert6: vivre libre ;
penser libre ; parler libre; ne point 6tre expose, sans garan-
ties, A la batonnade, a la prison ou A la mort. c'est l'essenliel
de la tradition fragaise. La France est liberty. Elle entend rester
liberty. Son histoire, ses 6preuves, sa derniere victoire l'ont
destinee A la defense de cette cause. 11 y a des heritages que
]'on ne dispute pas. )
Measure, c'est-d-dire liberty et justice, voild la France.
M. Frederic Hirth continue son etude du contrast entire les
deux peuples qui synth6tisent les deux tendances d'aujour-
d'hui et d'hier : cCelle-lh (laFrance mesurde) n'a pas vu grand
apr&s laplus grande desguerres; celle-ci (I'Allemagne dOme-
suree) a vu grand apres la plus grande des defaites. La France
a st s'affranchir de Loute passion de conquites territoriales,
ecohomiques ouwmnme morales. (1) L'Allemsgne a 6t6 secouee
par la fi6vre de I'expansion, non pas territorial tous les
moyens mat6riels lui faisant defant depuis 1918 mais intel-
lectuelle, spirituelle, economique. La France a ete haureuse
et est encore heureuse de s'6panouir dans'ses frontieres. Elle
se suffrt a elle-mime, elle veut rester elle-m6me.L'Allemagne,
poussee par de veritables acc6s de fringale, croit, en s'am6-
ricanisant, en s'anglicisant, en serussifiant, en se scandina-
visant, se reg6nerer ; elle ne fait que perdre le meilleur d'elle-
nime en adoptant les mceurs et les coutumes 6trangBres sans
pouvoir se renouveler. La tragedie du people allemand, apr6s
la gwerre, est moins la consequence de sa ddfaite que de sa dd-
bacle morale.))
Voilh le grand mot lichb : debacle morale. Voila qui faitvoir
les rapports etroits de la Politique et de I'Economique avec
la Morale I Voilh cui fait comprendre comment le livre fon-
damental d'Adam Smith ( Rechercbes sur les causes et la
nature de la richesse des nations 5 n'$tait que le chapitre
d'un plus grand livre sur la ( theorie des sentiments mo-
rauxs) Voila pourquoi beaucoup d'anciens economists inti-
tulaient leurs livres ( economic politique et morale ) en meme
temps Voila poorquoi Monsieur Andr6 Tardieu disait p6-
remptoirement a la France ( pour en sortir ): ( Les seulspro-
blames essentials sont les probldmmes nmoraux !
Aussi, a l'encontre de Monsieur Charles Maurras et de quel-
ques publicists nous disons hardiment: Politique d'abord ?
Non. Economique d'abord ? Non. --Morale d'abord ? Oui.
Et cette r6ponse resume toute Ia question social, toutes les
sciences sociales, tcutes les sciences morales et politiques.
Monsieur Fred6ric Hirth pouvait se contenter de constater
que la faillite de l'Allemagne est une faillite morale. Mais
il lui a fall un bouc 6missaire: il accable le regime republi-
( Son attitude dans 1'affaire de la Sarre le prouve surabondam-
mert.







cain instaurt en Allemagne apres la guerre. 11 y a I~ une m6-
prise qu'il faut dissiper. Cela sera tres facile avec le temoi-
gnage irrecusable de Monsieur Guglie]mo Ferrero, don't la
science profonde et 1'experience consommee ne peuvent pas
induire en erreur : ((La Republique allemande a eu beaucoup
de d6fauts, nous dit 1'6minent historien 6conomiste mais
au moins elle a vecu pendant quatorze ans modestement dans
la soci6te des autres nations. Occupee a s'organiser et A vivre,
elle n'a pas senti le besoin de fire a chaque moment du bruit
dans le monde pour se fire remarquer. Ses successeurs-
n'en doutez pas- vont se rattraper. Tous les trois mois ils
inventeront quelque nouveaut6 pour attirer sur l'Allemagne
les regards du monde pendant une semaine. La grosse ques-
tion est de savoir oii ce besoin va les conduire, car il peut
mener tres loin. M6me jusqu'A Moscou comme il est arrive
a Napoleon. t, (L'Illustration, 22 Avril 1933.)
Voici encore qui demontre la measure francaise: ( II nous re-
vient qu'un jour, devant Hitler, nous dit encore M. FrBedric
Hirth, quelqu'un aurait fait la comparison suivante : lors-
qu'un irancais gagne 20 sous, il en d6pense 10 et en econo-
nise 10 ; loriqu'un allernand gagne 20 sous, il en d6pense
40. Cum gqrano salis, les deux mentalites diff6rentes s'expri-
ment dans cette plaisanterie. Le Francais, toujoursparcimo-
nieux; I'Alleinand, toujours dissipateur. Toute la politique
financiere de 1'Allemagne d'apres guerre devait Otre malsaine,
la volont'I d'&conomiser ayaht ete supplanted par celle non-
seulement du grandiose, mais de l'aspiration A l'infini. Les
paysans et ouvriers francais habitent, avant comme apres la
guerre, les memes modestes maisons. En Allemagne, s'616-
vent dcs batiments gigantesques, des gratte-ciel. Dans une
rue aristocfatique de Paris, j'ai admire un jour, se dtaehant
sur le velotrs d'une fastueuse vitrine, seul, un flacon de par-
tuim. A Berlin, dans le magasin correspondent, mille objets
s'entassent dans un horrible melange,)
Quolle dissection psychologique minutieuse Toute cette
discrimination puissante ne concern que des faits 6cono-
miques ou la premiere chose que l'on.remarque, cest la me-
sure franchise, qui, instruite par la pratique de la vie courante,
prend ses precautions centre la mauvaise fortune a laquelle
il faut toujours s'attendre; c'est l'esprit d'6conomie, l'6par-
gne, ejui est le vrai criterium de la civilisation, du progres:
1'6pargne qui faith le capital et conditionne le travail, 1'dpar-
gne qui permet de conserve pour acquerir toujours. C'est l'a-
pologie du has de line francais qui a permis de resister A
toutes les 6preuves. de surmonter toutes les catastrophes.
Voyez done : le francais, mesur', conserve les mnmes mo-
destes maisons qu'il n'a fait que rdparer ou agrandir; l'Alle-
mand, dzmesuri, met tout a bas et construit des gratte-ciel
qui ne lui appartiennent meme pas, car par l'emprunt ces bd-
timents gigantesqups sont hypothbques. Comme c'est dur de
se servir de maisons construites avae un argent qu'oa n'a pas
encore rembours6 ou qu'on sera de longtemps dans l'impos-
sibilit6 de rembourser ou qu'on refuse systLmatiquement de
rembourser !







Ne pensez-vous pas imm6diatement au grand fabuliste, au
bon La Fontaine don't la premiere fable ( La Cigale et la Four-
mi ) est 1'image symbolique de la France et de l'Allemagne ?
Quel dconomiste que ce La Foritaine Chacune de ses fables
est nn petit course d'economie politique et de morale. Les fables
de La Fontaine, c'est le meilleur manuel d'6conomie politi-
que et de morale I'usage du people. Si l'on veut connaitre
la measure francaise, ]a France, on n'a qu'a lire ces fables,
modules debonhomie, de sagesse, de.sagacit6 et de prudence
6nergique: toute la France y est, dans le plus francais des 6cri-
vains frangais.
Relisez la merveilleuse petite fable Ocrite au 17e siecle pour
I- France et I'Allemagne du 20e. 11 fait bon de la relire, car
on dirait qu'en pensant ha ces deux pays en 1934 on la com-
prend mieux:
La Cigale et la Fourmi
L'Allemagne st la France

Et comme une colossale cigale, I'Allenagne danse une
ronde 6chevelee avec le chancelier Hitler.
Monsieur Frederic Hirth a encore besoin d'un bouc 6mis-
saire: pregnant les Allemands pour de grands enfpnts il rend
responsables de toutes les fautes commises en Allemagne,
les socialists allemands et l'6tranger. Quelle injustice !
quelIX manque de measure! Les pauvres socialists allemands,
que pouvaient-ils faire, toujours brims par les monarchistes
incorrigibles qui ne voulaient pas se rendre a 1'6vidence for-
melle de la defaite, qui se refusaient a comprendre qu'il va-
lait mieux eux ayant fait faillite laisser les nonveaux 616-
ments construire la nouvelle Allemagne d'oi serait bannie la
demesure, c'est-a-dire la baine, la violence et J'orgueil. Ce
sont los monarchistes allemands qui ont empechi l'instau-
retion d'une rdpublique allemande liberal et impose la repu-
blique d'empire, conception stupid qui ne pouvait venir que
de politicians retardataires et qui est la cause de tout le gA-
chis actuel bandicapant I'avancement du people allemand. Ce
sont les monarchistes allemands qui ont detruit a morality
du people allemand, ce qui a donned a ]a defaite allemande
un caractere de d6bdcle morale, comme le dit si bien Mon-
sieur Hirth.
Voyez done le beau redressement de ]a nation francaise
apres 1870 : I'empire incapable et funeste est renvers6 et un
nouveau system politique -- la Republique -- est franchement
erige; en beau joueur qui n'accuse pas le destin la France
paie rapidement par anticipation la fameuse indemnity de
cinq milliards; elle se remet au travail avec dignity et se forge
par ses propres forces morales et intellectuelles cette belle
destined qui fait I'envie de tous les peuples contemporains.
Et les 6conomistes allemands, que faisaient-ils? Ne pou-
vaient-ils pas donner des conseils a leur pays, aux monar-
chistes surtout b qui ils devaient montrer qu'un cbangement
complete de regime politique pouvait seul sauver I'Allemagne,
puisque l'ancien par sa deme.ure, avail provoqu uine coali-
tion generale contre eux. Les economistes allemands n'ont pas







fait leur devoir envers leur pays, comme J. B. Say, Rossi en
France, Sir Robert Peel en Angleterre, a d'autres 6poques.
Faisant corps avec les monarchistes arri6res, les 6conomistes
allemands ont pr6f6r6 laiss6 faire la fatalit6...
Et alors Monsieur Hirth s'en prend a 1' I6ment tranger, en
en 'es;, ce l'Americain, qui meritait mieux que ce coup de
pied comme remerciement, car I'Allemagne a bien voulu ac-
cepter tous ces credits qu'elle pouvait refuser : C Celui -ci (l'6-
tranger) se ruant sur l'Allemagne, lui octroyant brutalement
des credits dans ce vilain espoir que leserf allemand tra-
vaillerait pour le faineant d'outre-mer. Que I'Allemagne ait
accept ces credits sans se prCoccuper de leur remboursement,
qui pourrait sincerement lelui reprocher ? Certes, elle aurait
di' prevoir la possibility d'un krach financier aux Etats-Uuis
qui I'entrainerait fatalement elle-mame. Mais combien de fois
wunicipalitjs. d6partenents, Etats allemands n'ont-ils pas te6
litteralement assaillis par des banquiers strangers qui les
pressaient d'accepter des prets ? L'Allemagne avait le droit
de s'enorgueillir des demands faites quotidiennement par les
grandes banques 6trangeres -- les francaises excet es-- de
bien vouloir accepter des credits offers a n'importe qui
pour n'importe quoi. De toutes petites villes cherchaient-elles
a obtenir des credits de 20 millions de marks pour la cons-
truction d'une usine d'electricitI ? Inimndiatement ses repr6-
sentants reeevaient la visit d'une douzaine de banquiers
ainericains qui les suppliaient presque de ne pas se contenter
de cette some modique, mais d'accepter 200 millions de
marks pour construire, outre I'usine, un theatre, un lyc6e, une
piscine, un stade et d'autres batiments somptueux. Un mi-
nistre des finances prevoyant aurait su empecher cette sursa-
turation de credits. Mais les responsables des finances pu-
bliques allemandes vivaient dans I'illusion. Tous croyaient
qu'un miracle se produirait, rendant possible I'arortissement.
SLa France s'est gnrdfe de fair appel d des credits Rtran-
gers. Elle a v6cu sur ses propres reserves. Elle s'est abstenue
de mener uu train de vie par trop dispendieux. )
A lire Monsieur Hirih, il semble que les Allemands ne pou-
vaient faire nutrement que d'accepter les credits qui leur
etaient offers par les banquiers nmericains; il semblerait
nieme que ces banquiers amnricains nuraieni use de brutali-
t6s (?) pour porter les Allemands A prendre tous ces credits !
Afin que les Allemands, devenus des serfs par lcs obligations
inherentes a ces emprunts travaillassent pour les Americains
devenus faineants. Celte argumentatation n'a aucune vraisem-
blance et traduit pluidt l1'nervemnnt allemand qui prend
l'effet pour la cause, Et puis. trailer les Americains de faine-
ants n'est pas tris fameux. Les Amvricains ont certes beau-
coup de deaauts et de grands dcfauts, mais ils n'ont assure-
ment pas celni-l1.
Le Docteur Schacht. president de la Reichsbank et ministry
de I'6conomie national allemande, a a)ssi formula les m1 mes
reproches aux strangers d'avoir accord t l'Allemagne des
credits trop consid6rables, quand les gouverneurs des princi-
pales banques d'emission, reunis en d6cembre 1934, a la







Banque des Reglements Internatiouaux a Bale, sous la presi-
dence de M. Leon Fraser, protesterent du point de vue juri-
dique centre la facon de I'Allemagne de ne pas ex6cuter le
service normal del'EmpruntYoung et et s'l6ev6rent eontre les
reproches formulas par le Dr. Schacht qui, pourtant, a reconnu
que l'Allemagne avait sollicit6 ces concours-'ex.trieurs.
Le dictateur de 1'6conomie -allemande allfgue aussi qu'on
a fait trop ais6ment confiance a labonne volont6 de son pays
et qu'on aurait du avancer moins de milliards. Une munici-
palit6 germanique demandait-elle au march de New York
5 millions de dollars pour construire, par example, des ecoles
et des sanatoria ? On lui en offrait dix. La municipality lesac-
ceptait et ajoutait des thebtres aux 6coles et des states aux
theatres. Le Reich s'est ainsi endett6 a un rythme rapide. 11
a pris ensuite :r6texte de l'ampleur meme de cet endette-
ment pour suspendre le pavement "de tous ses emprunts.
((Cette faillite g6nerale a e6t provoquee par la trop grande
g6ndrosit6 des cr6anciers ), affirme le Dr Schacht.
De tels raisonnements, nous dit M. .A.-L. Jeune dans
Paris-Soir,rendent impossible le mecanisme du cr6dit.Pour ne
pas payer ses dettes, on pourra toujours objecter tant6t que
que les emprunts reeus n'ont pas atteint un montant sutfi-
sant, tant6t qu'ils ont 6t6 trop considerables, et qu'ils ont
ainsi invite l'emprnteur au gaspillage. On peut dire que le
Reich a invent un pretexte nouveau a faire faillite et qu'en
matiere d'emprunt international, les limits de la mauvaise
foi se trouvent ainsi reculees. De pareilles manoeuvres font
fuir l'argent qui se cache a double tour, et la crise interna-
tionale s'en trouve prolongee.
Monsieur Ludovic Naudeau est plus dans le vrai quand i!
dit: ( Accuser I'Btranger de tous le. crimes, le rendre res-
ponsable de toutes les tribulations don't souffre un pays sur-
peuple, trahi par ses industries chancelantes, n'est-ce pas
Sddj laisser deviner l'id6e qu'on pref6rerait employer a une
guerre exterieure des masses humaines que la penurie des
denrees tend toujours h pousser a une guerre civil] ?) (L'Illus-
tration, 25 ndvembre 1933.)
La v6rite, c'estque cette inflation du credit avait commence
aux Etats-Unis m6mes, come consequence d'un afflux d'or
venant de tous les coins du monde et provenant des transac-
tions formidable pendantune longue guerre qui ne les avait
pas affects. L'or est un vin capiteux qui grise et saofle les
plus robustes, a moins d avoir la measure franGaise. Les Am6-
ricains n'ont fait que transporter en Allemagne un fait qu'ils
pratiquaient eouramment chez eux. Voyez done les farmers
cribl6s d'hypoth6ques montant a neuf milliards de dollars !
11 y en a davantage pour tous les genres d'industries. Ces
r6flexions profondes de Monsieur Ferrero en font foi : ( On se
content, en general, d'altribuer I'inflation du credit a l'or-
gueil, a la folie ou tout simplement a la betise des banquiers
americains. 11 reste toutefois a expliquer pourquoi les Ame-
ricains se sont laisses si facilement entrainer non seulement
a emprunter, mais aussi a preter des sommes si enormes.
Le genie n'6tait pas n6cessaire -pour prevoir que la prospdri-







t6 des dettes ne scrait pas 6ternelle. La mbfiance est une qua-
lit6 professionnelle de tous les gardens de trdsors. Quel
strange sortilege a endormni en Am6rique la prudence des
banquiers apres 1919? La solution de l'dnigme se trouve
dans la guerre mondiale. L'inflation du credit qui a boule-
verse la society americaine a ete la consequence de l'abon-
dance d'argent don't les Etats-Unis ant joui' ou souffert, apres
1915, et cette abondance a Wte encore la consequence de la
guerre.
< v6cu et travaill pour le credit: le gouvernement federal, les
Etats, les villes, les grandes corporations, l'industrie, I'agri-
culture, le commerce, la speculation, les individus. Toutes
les industries et tous les commerce se sont developpes, las
cheinins de fer ont bAti leurs gares babyloniennes, les jour-
naux ont 6lev6 leurs superbes palais avec de l'argent em-
prunt6.Dans toutes les villes americaines, grande, moyennes
ou petiteson a rebiti les vieux quarters, on les a enrichis
de superbes palais publics, on leur a donned une lourde cou-
ronne de gratte-ciel, on a ddifio en quelques aundes d'im-
menses quattiers nouveaux : le tout d coup d'hypotheques.
Enfin, grace au system du credit applique sur l'echelle la
plus large aux ventes au detail, on a octiM6y au petit bour-
geois et & I'ouvrier lui-mnme de droit de faire des dettes:
privilege seigneurial ou royal autrefois!
( Ce fut I'inflation du credit la plus colossale que le monde eit
encore connu. Elle a provoquo une circulation pl6thorique
de richesses qui, pendant quelques ann6es, a donned au co-
losse americain, l'illusion d'une vitality inepuisable. Mais
quel affaissement le jour of la circulation a commence h
se ralentir dans le corps fatigue par I'exces meme de son
etlort! L'ouvrier ou le petit bourgeois n'ontplus paye le d6-
taillant, qui n'a plus payer le marchand en gros, qui n'a plus
paye la fabrique, qui n:a plus pu rembourser la banque, qui
s'est trouvde en difficult avec ses d6posants. En mrme
temps, par repercussion, la valeur de la propriety diminuait
et le gigantesque syst~me d'hypothTques fond sur cette valeur
vacillait. De mois en mois, la richesse am6ricaine semblait
s'6vaporer par une sorte d'inexplicable magie noire. On
comprend que routes les classes et tous les parties veuillent
faire un effort pour guerir cette strange maladie... Les ame-
ricains, apres 1919, se sont endett6s entire eux jusqu'a risquer
de se ruiner tous ensemble parcel qu'ils avaient trop d'argent
et ne savaient qu'en faire ) ( L'Illustration, 15 juillet 1933).
Ce fut done un system organique employee par les Am6-
ricains chez eux-m6mes; ils ne cherchaient que des plae-
ments avantageux un peu partout. M. Hirth se trompe done
quand quand il pense que par cette inflation colossale du
credit, les Americains pensaient reduire le monde en escla-
vage economique. Pour les petits pays, Haiti, Nicaragua, etc.,
cette pens6e terrible a pu caresser le cerveau de l'imp6ria-
lisme americain; en effet, peu apres le d6barquement des
marines en 1915, le gouvernement haitien fut pressure pour







conclude un emprunt politique de colonisation, et des Hai,
tiens, malbeureusement, se firent les complices de cette oeuvre
malsaine dans un but personnel. Mais en Allemagne, ce ne
fut pas la m6me chose. On peut meme dire que les Allemands
ont Wte plus malins que les Ainricains, car ceux-lh savaient
bien qu'ils ne payeraient pas ceux-ci : les Allemands n'ont
fait que profiter de la betise des banquiers americains, grises
par leur richesse. Ils eussent mieux fait en repoussant les
offres allechantes des AmBricains; la situation allemande eit
6te beaucoup moins trouble et cette dictature moyennageuse
efit 6t6 evitee...
Le Francais, lui, toujours qmesur6, n'a pas voulu jouer ce
faux jeu; ilne contract de dettes qu'a bon escient. Toujours
l'histoire de la cigaleet la fourmi. Cette abstention de la France
6tait d'accord avec son temperament. Et pourtant, la France
avait mille raisons d'6tre k la recherche d'emprunts, avec
ses d6partements du Nord completement devastes, ayec la
carence de pavement de 1'Allemagne, avec la baisse momen-
tanee du franc, avec la necessit6 de refaire son outillage eco-
nomique insuffisant, avec mille autres faits 6conomiques trop
longs & 6num6rer. Uns fois encore, la France a su tenir,
come pendant la guerre, et naturellement elle a eu encore le
dernier mot.
Aussi, devant cette belle rdeistance morale ordonnde, I'Alle-
magne ne comprend rien, et M. Hirth nous rend sincerement
compete de la perplexity allemande: C'est une des prdoccu-
pations sinceres du chancelier Hitler-Ide d6emler pour quelles
raisons la France victorieuse n'a pas suivi l'exemple de l'Alle-
magne. Pourquoi ne s'est-elle pas laiss6 entraineri dans cette
voie des exag6rations qu'ont suivie toutes les nations apres
la guerre ? Pcurquoi a-t-elle renonc6 ha prendre le depart
dans l'universelle course, dans la course folle et effrende pour
la conquete de richesses qui, aujourd'hui, s'av6rent artificielles
et fallacieuses? Autant de questions qyi se prdsentent a l'es-
prit anxieux du chancelier allemand.
( Dans son livre Mon Combat, paru il y a exactement dix
ans, Hitler ne se souciait guere de ce problem. Mais, en ces
jours qui ont vu son autorit6 consacrde par les suffrages de
tout un people, mditant sur la stability remiarquable des insti-
tutions, de la vie social et economique de, la France, un d6bat
skakespearien se livre dans sa pensde. Od trouver 1'explica-
tion de ce probline?.,. (1)

(1) C'est ce debat shakespearien qui rend si incohArente 1'attitude
de Hitler envers la France. Le chancelier-president estg tour A tour,
caressant, suppliant m6me parfois, puis agressif, violent. Hitler ne
comprend pas la France, car alors il lui aurait tendu fraternellement
la main.Hitler craint done ,'6nigme francaise, et alors Miller a peur
de la France, d'oh sa violence. Avec les Franoais on ne sait jamai",
disait le m6Archal de Molke, apr6s un course A 1'Acad6mie Militai'e
de Berlin oft il venait d'exposer son fameux plan qui devati per-
meltre de conquerir la France en quelqnes semaines -plan qui a
piteusement choue cn 1914. M. Hlitler doit souvent se rep6ter le
mot suggestif de de Molke.







nL'historien impartial se heurte d deux mentalit6s, d deux
conceptions de la vie... Il y a dix ans,. Hitler a cru que le jour
allait luire oi l'Allemagne prendrait virilement la decision de
r6gler ses comptes difinitifs avec la France. Si sts derniers
discours, fruit de ses longues meditations, le font apparaitre
manifestement comme un partisan, en d6pit des apparences
exterieures, d'un accord pacifique avec la France, c'est que,
j'en suis personnellement convaincu, pendant cettecarence il
a 6t6 a m6me de constater la superioritM des forces morales de
la France qui, sans forfanterie, sans grandiloquence, sans os-
tentation, pursuit hardiment et courageusement sa destinde.)
Monsieur Hirth, apres maints detours, a trouv6 pour le
afuhrer) la clef de l'enigme francaise: c'6~aitbien simple,
connu du monde entier, inconnu seulement du chancelier
Hitler: c'est la sup6riorit6 des forces morales de la France
qui ]ui a permis de ne pas suivre l'exemple de l'Allemagne,
de resister aux exag6rations suivies par toutes les nations
apres la guerre, de renoncer a cette course 6chevelBe vers
la seule conqu6te d'un progres materiel d6bordant et 6touf-
fant le progres moral beaucoup plus important, de conserver
sa stability politique, social et 6conomique.
Avant le chancelier Hitler, le chancelier Bismark aussi
apres 1871, resta stupefait duredressement de la nation fran-
caise qui recupera immediatement sa vigueur anterieure, au
point qu'il regretta de ne pas avoir demand plus de cinq
milliards pour 6craser adfinitivement la France. Aujourd'hui,
comme hier, c'est la meme sup6rierit6 des forces morales.
Mais M. Hirth ne vient-il pas de nous affirmer que ( la tra-
gedie du people allemand, apres la guerre, est moins la con-
sequence de sa d6faite militaire que de sa ddbdcle morale n ?
Tout se confond done dans la morale ? Apres la plupart des
grands philosophes et r6formateurs de- l'Antiquit6 et des
temps modernes, Monsieur Andr6 Tardieu avait done raison
de dire que ( les seuls probldmes vraiment essentials sont les
problems moraux ). Nous avions done raison de dire l'en-
contre de Monsieur Ch. Maurras et de beaucoup d'6conomistes
et r6formateurs contemporains : Politique d'abord ? Non. --
Economique d'abord ? Non. -- Morale d'abord? Oui.
Effectivement, lesociologue se trouve en presence de deux
mentalitds opposees, de deux conceptions diff6rentes de la
vie. Voilh tout le probleme qui devient ainsi un problem
parement moral. Or, c'est la Morale qui conditionne et do-
mine la Politique et I'Economique. Or, la Morale appliquee a
1'Economique et a la Politique, c'est la Libert6 .et la Justice
s'6tendant dans deux domaines diff6rents, mais qui s'inter-
penetrent. La Morale preexiste d la Politique, d la Legislation
et d I'Economique ; c'est la Justice qui est antdrieurf d toutes
les conventions et qui sert de fondement aux lois 6crites.
Nous revenons done au postulat de Montesquieu. C'est la
pratique de la Libert6 et de la Justice qui donne a la France
cette'superioritd des forces morales a l'aide de laquelle, sans
forfanterie, saus grandiloquence, sans ostentation, elle pour-
suit hardiment et courageusement sa destines. C'est son libe-







ralisme tres souple qui lui permet de conserver sans trop de
difficulties cette stability remarquable de ses institutions, do
sa vie social et de son dconomie.
C'est aussi le manque de Libert6 et de Justice qui rend si
douloureuse, si tragique la vie dupeuple allemand. La diff6-
rence des deux situation; est dans la presence et l'absence
du lib6ralisme et pas ailleurs.
Dire que: la France est statique et I'Allemagne dynamique
est une eireur, car c'est le contraire qui est vrai, puisque
c'est son dynamisme, sa souplesse qui ont permis a la France
de gagner la guerre. La victoire de la Marne, lagrande victoire,
fut le triomphe du dynamisme francais incarn6 dans les ma-
rechaux Joffre, Foceh et Petaih et dans les Pr6sidents Poincar6
et Ce1menceau. Erreur encore de pr6tendre que la France
s'occupe surtout des anciens combatants et I'Allemagne de
ses futurs seldats. La verit6 est que la France sesert des
ainhs plus exp6rimentes pour enseigner aux jeunes cette me-
sure qui fait sa force et son dynamisme dquilibrJ.
La destinee du people allemand est dans sa volont6 d'6tre
libre et just ou asservie et injuste, done haineuse et vio-
lente. L'Allemagne n'a qu'a cboisir... Si elle veut'r6ellement
etre heureuse, elle n'a qu'a devenir une republique vraiment
lib6rale comme la Fran3e. C'est d cette seule condition que 'u-
nion pourra etre scellee entire ces deux grands peui'les. II n'y -a
pas d'union franche et loyale possible entire deux peuples voi-
sins don't l'un pratique le despotisme, et l'autre, le libera-
lisme. En se basant sur l'histoire, c'est l'etat permanent de
guerre, d cause da la diffe-ence des tendances. Le regime
liberal a touJ'ours recherche la paix, tandis que la dictature
est toujours aggressive et provocatrice pour son prestige et sa
duroe qui sont toujours precaires. La victoire finale devra
toujours rester e la nation liberale, parce que, seules ,la Li-
berte et la Justice peuvent durer longtemps.
Quel bonheur ce serait pour 1'Humanit6 de voir la France
et 1'Allemagne unies dans ]a Liberte et la Justice, poursui-
vant, chacune de son c6te, sa destinee, sans avoir besoin de
recourir a.la guerre! Quelle victoire pour la Science econo-
mique de voir une Allemagne lib6rale produisant deux fois,
quatre fois plus de richesse que sous aucun de ses regimes
precedents Quelle nouvelle gloire pour la m6moire de Mon-
tesquieu!
L'Allenagne donnera-t-elle jamais cet example qui la fe-
rait tellement estimer de I'Humanit ? La chose est-elle im-
possible au pays de Goethe, de Schiller, de Kant? Ces trois
plus grands penseurs allemands aimaient ]a'France et etaient
pleins de respect et d'admiration pour la Revolution de 1789.
C'est par leurs ames et par leurs muvres que l'union pourrait
4tre faite avec la France, si leurs voix d'outre-tombe peuvent
etre entendues par le chancelier Hitler. Hel1as!
N'est-ce pas Schiller qui, dans Don Carlos, fait I'apotheose
du republicanisme humanitaire? N'est-ce pas Schiller qui,
imbu des 6crits de J.-J 'Rousseau, pense que la loi morale
sera deveuue un jour chez I'homme imbu de civilisation et







d'art un instinct aissi implacable et aussi fatal quel'instinct
physique chez les animaux ? N'est-ce pas Schiller qui, dans
Guillaume Tell s'6crie : ( Le pouvoir du tyran a ses bornes ?
Quand I'opprim6 en vain cria justice, quand on veut 1'6cra-
ser, il se leve, et il s'6lance et saisit dans le ciel ses droits
et,-rnels, ld-haut suspendus, incorruptibles come lefirma-
ment. L'6tat de nature est revenue; l'bomme se dresse en face
de I'homme; pour resource supreme, il a le fer! Nous
sommes debout pour le pays, pour nos femmes et nos en-
fants C'est notre droit!))
Peut-on oublier I'enthousiasme de Goethe pour la R6volu-
tion trancaise ? Le soir de la bataille de Valmy (20 septembre
1792), Goethe s'ecria : ( De ce lieu et de ce jour date une nou-
velle epoque dans I'histoire du monde et vous pourrez dire:
J'v 6tais. )
Ne sait-on pas I'influence de J.-J. Rousseau sur le grand
philosophy de Koenigsberg, qui n'eut pour tout ornement dans
son cabinet d'etude, jusqu'a sa mort, que le buste du philo-
sophe francais. Imbu des Idees de la R&volution francaise,
Kant disait qu'il fallait ( apprendre aux etfants a connaitre
le droilt des homes, cette prunelle de Dieu sur la terre.
Qu'est-ce qui a pu porter la nation allemande a r6pudier ce
land de tradition qui commencait A se cristalliser dans son
histoire ? Toujours la dimesure allemande. Au point que la
Sociologie moderne se trouve dans une impasse tragique.
VoilI le pays qul a le plus d'6coles, c'est-a-dire la meilleure
instruction publique. Cette faveur exceptionnelle devait lui
permettre de poss6der un equilibre general aussi parfait que
possible. 11 n'en est rien. Au contraire. De l'aveu m6me d'uri
allemir ud A M. Ludovic Naudeau(L'Illustration du 12novem-
bre 19!)). I'Allernagne n'a mme pas pu faire fonctionner dd-
celement le system parlementaire, (o et nous nous sommes
montres, en cela, in~frieurs a la thoyenne 'de 'Europe, confes-
sait cet allemand. Note parlement, au lendemain d'elections
solennelles, a pu 6tre dissous par des usurpateurs sans que
notre people s'en e6mft... 11 n'est que trop vrai que si nous
sommes un people de grande organisation mat6rielle, nous
n'avons point le sens politique. Non Le people allenmand n'est
pas un peiuple politique. )
Voila a quelleimpuissance se trouve reduit lepeuple ayant
le plus d'ecoles, c'est-a-dire la meilleure instruction publi-
que? Pour celui qui 6tudie les Sciences sociales, le des6qui-'
libre allemand ne saurait 6tonner. Nous venons de voir que
tout dans la vie humane doit se ramener k la Morale, et que
la faillite de l'Allemagne est surtout d'ordre moral. L'Alle-
magne est le meilleur example qui prouve qu'il n'y a pas
de rapports absolus de d6pendance entire l'instruction et la
morality. On a v6cu longtemps sur cette erreur s6ulaire que
le remade a toutes les misbres materielles et morales pou-
vait etre trouv6 dans l'instruction. On a r6pandu l'instruc-
tion a pleines mains dans tous les pays, et 1'on constate
toujours les memes miseres. Tout en reconnaissant l'impor-
tance et la ndcessit6 de l'instruction, I'dconomiste et statis-







ticiea Maurice Block constatait que l'on n'est pas devenu
meilleur, ni plus heureux, ni plus satisfait...
Le regrett6 Docteur Gustave Le Bon insistait souvent sur
ce point ddlicat de sociologie; ii disait que c'6tait une grande
illusion de supposed l'instructlon capable de d6velopper les
vertus morales; il a fourni de cdlebres examples pour de-
montrer qu'on peut 6tre tres ignorant et fort vertueux, ou
inversement, extremement savant et trbs vicieux.
Cette constatation portrait done A dire que le people alle-
mand n'a jamais recu une education proportionnelle h son ins-
tructionpubliqae. Serait-ce done l tout le vice du system
allemand ? En effet, il y a lH vraiment un vice 6ducationnel. Le
constater ne suffit pas. 11 faut en chercher la cause efficient.
Eh bien, c'est dans l'histoire, cette conscience du genre hu-
main, cette statistique morale et materielle qu'il faut cher-
cher cette cause. Pour nous, elle se trouve dans le system
politique allemand qui n'a jamais fait une place asssz large
a la Libertd et a la Jistice. 11 n'y a pas d'6ducation au sens
propre et figure du mot, quand il n'y a pas de Libert6. La na-
ture humaine est4ibert6, c'est-a-dire measure. Or, la tendance
allemande est d6mesure. L'Allemagne n'a done jamais pu
poss6der un syst6me rationnel d'education; elle n'a jamais
eu qu'une belle facade d'instruction.
Dans ( Le Journal des D6bats a du 31 janvier 1935, la d6me-
sure Pllemande est finement analysee en ces terms: ( L'es-
sence m6me de la doctrine allemande est de croire A I'ind6-
termind, a l'illiamit, a l'ind6fini. Ce qu'elle nomme droit, c'est
la possibility d'une evolution impossible et le d6ploiement
de toutes les virtualitds. Ces conceptions excluent la notion
de contract ) C'est, en some, le culte de la force. L'Alle-
magne oscille done entire deux p6les, et la force est le seul
balancier de ses oscillations.C'est pourquoi elle est appelee la
o sauvage cultivee ). C'est donc par la seule force que le monde
pourra s'entendre avec l'Allemagne comme en 1914-1918.
La fameuse lutte allemande pour la culture -Kultur-Kampf-
visait plutot la seule instruction et n6gligeait entibrement la
culture psychique ou hurnaine qui a pour but I'elevation mo-
rale, c'est-f-dire faire des homes.
Sans la Libert6, l'lnstruction publique est un leurre. C'est
la pratique de la Liberte qui forme la base fondarentale de
I'Education. Car I'6ducation est surtout le perfectionnement
de l'individu en vue de I'am6lioration de la collectivit6. Ce
perfectionnement individual ne peut se pruduire que si l'in-
dividu est consider come libre. parce que le chftiment
en vue du redressement doit 6tre just. L'Education vraiment
Sbienfaisante suppose done I'existence conjugute de la Liberte
et de Justice.
Or, le people allemand n'a jamais joui de ce regime liberal
qui aurait permis la consolidation d'un system educationn-l
qui pourrait former le ci;oyen en possession de la plenitude
du droit des homines, cette prunelle de Dieu .xur lai terre, selon
le mot si expressif de Kant. A part quieques rarissiines excep-
plions, lesprofesseurs allemands ont nieux ainit faire corps







avec le despotisme politique allemand. Deux grands philoso-
phes ont 6cras6 le people allemand sous des formules arbi-
traires qui devaient le libdrer de l'6tranger, mais qui, par
suite de de cette demesure caractdristique,:l'ont empichM de
comprendre ce4.'est qe la force morale repr6sentee par la
Liberty et la Justice:
((L'Etat est la puissance sup6rieure, ultime et derniere,
absolument ind6pendante. ( Fichte).
acL'Etat incarne l'idde divine sur la terre. ) (Hegel.).
cL'htat seul a des droits, parce qu'il est le plus fort.) (Hegel)
( L'Etat est la substance g6nerale, don't les individusne sont
que des accidents. ) [Hegel)
SL'Etat exprime la domination de la puissance commune
sur la liberty individuelle. (Hegel)
Avec de pareilles idles-forces, appuy6es naturellement par
l'Etat, le citoyen allemand n'existait pas ; il n'y avait que Ie
sujet allemand. Aucune education morale, politique etcivique
de l'individu n'6tait possible. Toute l'dducation se r6sumait
dans l'incarnation avec l'Etat au-dessus de tout. La force etait
tout, 14gitimait tout. C'dtait simple et facile. Mais iln'y avait
pas d'dducation; il ne pouvait done y avoir un syst6me ra-
tionel d'education populaire. I1 n'y avait pas de citoyen alle-
mand. L'Etat etait le seul 6ducateur, et il n'enseignait qu'une
chose, la force.,et rien que la force, et naturellement la sou-
mission absolue, l'ob6issance passive, done la domestication,
I'aneantissement de l'individu.
Ce regime est tellement ancr dans l'esprit allemand
comme une tradition allemande qu'on a vu, lagrande stupd-
faction g6nerale, en 1914f plus de quatre-vingts ans apres
Fichte et Hegel, les intellectuals allemands se solidariser
avec le militarisme allemand dans un manifesto qui provoqua
un 6ceurement general dans le monde entier.
Un pareil system politico-social admissible seulement aux
6poques de grande crise interieure ou ext6rieure, ne pouvait
pas former de puissantes individualitds ni de grands ci-
toyens condensant I'ame national dans leurs aspirations in-
dividuelles. Tout au plus, il pouvait former des bommes,de
guerre, dos savants sp6cialis6s, des professeurs distingues,.
des philosophes illustres. Voilh pourquei l'Allemand .de M.
Ludovic Naudeau est oblige de convenir que les Allemands
n'ont mime pas su faire fonctionner decemment le system
parlementaire, se montrant, en cela, inferieurs d la moyenne
de l'Europe. L'absence de citoyens a permis & des usurpa-
teurs de chasser le parlement sans la moindre emotion, sans
la plus petite reaction de la part du people allemand,
deji trop habitue au culte de la force. Voila pourquoi lepeuple
allemand n'a point lesenspolitique, c'est-A-dit-e le sens de
la Liberty ; car c'est cela que l'Allemand de IM. L, Naudeau
voulait dire, devait dire, ou encore le sens moral, s'il faut
parler comme M. Fr6edric Hirth, qui a constat6 que ( la tra-
g6die du people allemand, apres la guerre, est moins la con-
sequence de sa d6faite militaire que de sa ddbdcle morale. )
Le people allemand et ses elites semblent oublier les dou-







loureuses conditions dans lesquelles prit fin l'6tonnante ca-
tastrophe de 1914-1918 que ses militaires avaient provoqude.
Dans son livre a La Crise Europeenne et ]a Grande Guerre ),
M. Renouvin, professeur a la Sorbonne a depeint les phases
tragiques et d6cisives de cette fin. L'imminence de la catastro-
phe atiolait les chelt qui ne savaient comment passer presque
sans transition ( de la fanlare de la victoire au char funebre
de la ddai.te). Ils purent alors mesurer les lacunes du gou-
vernement autoritaire qui avait plus besoin, plus qu'un autre,
du prestige de la victoire.Tous, ils convinrent que pour essayer
de naintenir les forces morales du pays, pour evitar un mou-
vement revolutionnaire, il faliait, sans delai transformer les
mellthde- gouvernementales. Ludendorf lui-m6me d6clara que
la dictatur- 6tait impossible a pareille heure. Guillaume II
adihit qu'il fallait, au prealable, transformer les m6thodes
politiques et sans broncher, il d6slara, lui le Kaiser superbe,
que ( la dictature est un non sens ).II convint qu'il fallait l6ar-
gir la base du gouvernement.
Les 6venements suivant leur course fatidique et precipit6, le
chandelier Hertling.partisan aaharn6 de I'autocratie imperiale,
lut oblige de se d6mettre pour permettre a Guillaume II de
faire la declaration suivante:
ue ddsire que le people allemand collaboreplus efficacement
a que par lepasse a fixer le destin de la patrie. C'est done ma vo-
Slonte que des hommnes invest. de la confidence du peupleparti-
cipent largement aux droits et aux devoirs du gouvernemenrt.
II s'agissait de former, devant la dlfaite, I'union sacree qui
sauverait la dynastic. L'ironie du destin voulut que ce fut le
haut commandment lui-mdme qui suggerdt d'dtablir un rd-
gime parlementaire: au moment ofi les aflaires sont irremB-
diablement compromises, il passe la main. Si cette decision
avait 6te prise plus tot, il est tres probable que le people
allemand n'eit pas connu tant de douleurs. 11 6tait malheu-
reusement trop tard, car I'anarchie existait dji...
Comment done le people allemand et ses elites en sont-ils
;vinus a considered que le regime liberal, que ses mihtaires
euxrm6mes pirini les plus qualifies consid6raient come le
'jus abile a re liser I'union sacree et le salut du people alle-
mand,ne leur suit plus applicable? Quelle aberration! Quelle
profonde dsaxa:ition national! Pauvre Allemagne qui repu-
die Goethe, Schiller. Kanl...
Le people allemand, par son evolution g6nerale plutot ma-
t6rielle,' est la demonstration vivante, 6clatante. palpable,
que la Science 6conomique est avant tout une science morale
et politique. Les 6conomistes allemands ont trop sacrifiJ a la
matiere propre de la science, oubliant tous ses liens spirituels;
ils ont trop voulu faire corps avec le culte national allemand
de la force. Alors, cette evolution essentiellement materia-
liste etait fatale. Par ses economistes. le people allemand a 6t6
61ev6 dans une mystique racial. d6bordante. C'est done de
propos d6lib6r6 que les Allemands commettent cette erreur
de croire que la discipline du travail puisse d elle seule main-
tenir l'ordre social, mmem si I'Etat tombe en ruines.







De tous les sociologues modernes, c'est Guglielmo Ferrero
pui a mis en plein relief cette erreur allemande: ((La doc-
:rine socialist, en Allemagne aussi, est devenue une v6rit6
)[ficielle, nous dit 1'6minent historian; mais elle n'a pas
imit6 la revolution russe. On dirait que, desarmee, isolee,
18pouillee de ses colonies, I'Allemagne se soit tout entire
identified, corps et Ame avec la gigantesque machine de pro-
duction, admiration et envie du monde, qu'elle avait cons-
truite au course des vingt.-cinq dernieres ann6es. L'Allemague
s'est remise au travail avec un redoublement de fureur. Seuls
ses vaisseaux ne pourrissent pas oisifs dans ses ports. Seules
ses usines travaillent a plein. Seuls ses ouvriers restent A
I'usine plusque huit heures et se contentent de salaires inf6-
rieurs a ceux d'avant-guerre.) (L'Illustration, 18 mars 1922 ).
Pendant ce temps, les gouvernements se succedent, sans
que l'on poisse dite que le people allemand a retrouv6 son
6quilibre. 1I a r6pudi6 la monarchie orgueilleuse eat absolu-
tiste qui a faith son malheur; la r6publique d'empire qui gas-
pillait la fortune publique par deo projects trop vastes a W6t
renvers6e; maintenant, c'est le chancelier Hitler qui regne
par la terreur et le truquage. Et le people allemand regarded
ou agit passivement, rdsigna ou indifferent, comme si ce gas-
pillage d'bnergies n'6tait pas son affaire.'ou comme si la
ruine des pouvoirs publics pouvait se produire en dehors des
citoyens et de leur bonheul,
Et alors on comprend que chez le people ayant le plus d'6-
coles, c'est-k-dire la meilleure instruction publique, adans
les rues de Berlin, on a bril6 des livres, comme Omar avait
br0il la bibliothbque d'Alexandrie .. On a chass opu tue
des Juits, comnie les peuples de l'ancienne Asie immo-
laient les etrangers... ( Artdrd Tardieu). Et que d'autres
actes de violence et d'assassinat !... Le chancelier Hitler peut
bien dire: L'Etat domine la nation, parce que, seul, il la
represente. Et alors plus de press libre, plus de tribune
libre, plus m6me de conversation vraiment libre. La terreur
larvae et des mouchards partout! Aussi, le mouvenent in-
tellectuel allemand haisse considerablement. Plus de six-cents
p6riodiques ontdisparu, non comprise les journaux et revues
de gauche. Le chi'lre d'af[aires global de I'industrie typo-
graphique accuse un deficit approximatif de 80 millions de
marks. De 1924 a 1929, 6poque particulierement favorable a
la librairie allemnande, la valeur annuelle de cette produc-
tion s'etait 6lev.e jusqu'a une some approximative d'un
milliard deux cents millions de marks. Aujourd'hwi elle est
a peine de 700 millions, soit une diminution de 50 /o. Paral-
Illernent A la baisse de valeur en 1933, le nombre des per-
sonnes employees dans l'industrie typographique est tomb6
de 236.335 A 184.288. soil une diminution de 22 o/o par rap-
port a 1930. ( La Tribune des Industries graphiques, fe-
vrier 1935, p. 27.)
La cure de sang du 30 juin 1934, digne du plus pur despo-
tisme asiatique, a plut6t mis le Reich a la merci de facteutr
psychologiques imprevisibles. Le chapitre exportation regular.







teur en some de toute 6conomie, subit une d6gringolade
vertigineuse. Qu'on en juge. Pour les quatre premiers mois de
1934, 1'exportation eet inftrieure de 136 millions de reichs
marks a l'importation. Pour mai 1934 la balance commer-
ciale s'est soldee par un passif de 82 millions de RM.
Ce sont des chiffres enormes pour un pays don't l'econemie
est dedj chancelante.La situation financiere n'est pas moins
critique. La couverture du mark-papier, en mai 1934, est tom.
b6e a 4 o/o Quaut au point de vue ext6rieur, tant politique-
ment qu'6conomiquement, l'isolenent s'accentue de plus en
plus, tandis qu'a l'int6rieur la monnaie s'effrite.....
On a pu dire que l'Allemagne est un people strange qui
d6route les 6conomistes et les financiers. Cela est un peu
vrai, mais parce que c'est la Force qui domine la.vie alle-
mande. Or, 1 oi la Force est pr6dominante, il n'y pas de
marge a la logique de .la Science &conomique. C'est pour-
quoi la vraie Science 6conomique est incompatible avec Ie
despotisme!, la dictature, la tyrannie qui paralysent le jeu des
lois naturelles. Aussi, 1'economie dirigde par la dictature de
l'Etat n'est que la caricature de l'economie politique. Comme
I'a fort bien dit l'lnstitut International d'Agriculture a propos
de I'economie dirigee, c'est un exj'dient empirique, Im6me
quand on veut la considerer comme un programme ddlibdrd'
de reconstruction economique.
% D'autre part, nous'dit 1'ing6nieur 6cononiiste, le professeur
C. Colson, l'economie politique est une science politique,
come son norm m6me l'indique, une science qui 6tudie
l'homme en socidt6 ou plut6t en socidte organisee. Sans doute,
I'homme isold aurait des besoins, d'une part, et l'examen
technique des moyens de conserver, de transformer et d'ac-
eroitre les richesses don't il disp.oserait, d'autre part, il n'y
aurait pas place pour une etude dconomique ayant une portie
quelconque, parce que l'on ne rencontrerait pas les relations
entire les homes qui seules introduisent un 6elment nouveau,
justifiant une science sp.ciale. 11 faut done, pour que des rap-
ports economiques surgissent, qu'il y ait une socit6.. Mais
il faut en outre que cette socidt prdsente uue organisation
au moins rudimentaige, q u'elle soit assez polieie pour que la
force brutale n'y regne pas senle, qu'on y trouve au moins les
elIments d'une aiUtorit sauvegardant plus ou moins les droits
reconnus...
( La o-i il n'y aurait pas d'autre droit que le droit du plus
fort, la satisfaction des besoins de chacun dependrait unique-
ment de la measure dans laquelle il serait de taille a d6pouiller
les autres et a ne pas se laisser d6pouiller par eu'x. Sans
doute, les hommes produiraient et consommeraient. Mais nul
mncanisme r6gulier ne determinant la rdpartition des products
et leur-circulation, la vie dconomique se r6duirait A l'applica-
tion des procd6s techniques connus pour produire des choses
utiles don't la force seuler glerait I'emploi; elle serait trop
simplifiee pour fair l'objet d'une science particulibre. (Cours
d'Economie politique, t. I, p. 16-17.
La position' Bconomique du people allemand peut ainsi 6tre







bien 6lucid6e. L'Allemand de M. Ludovic Natdeau avouait
que le people allemand nest pas un people politique. L'6co-
nomiste allemand G. Rumelinmpensait que le peuple.alemand
manque de sens moral. Depuis. Hitler, c'est la force qui con-
ditionne la vie allernande, I1 est done comprehensible que l'd-
conomie allemande soit retournee a- des foirmes primitives
qui deroutent la Science economique elassique. On comprend
que 1'envoye special de Paris-Soir A Berlin, M.JulesSauerwein,
ait pu dire ce mot dnigmatique: (Etrange people qui done
tort d tous les dconomistes, .a tous les financiers. > On com-
prend encore comment 1'Allemagne se renferme chaque jour,
de plus en plus, en une autarchie moyennageuse qui.d6fie:le
20e siecle. Si Hitler ne change pas, c'est---dire s'il n'aiguille
pas .vers-le'liberalisme et la tolerance, 1'Allemagne finira.par
tomber en decomposition ; il s'y fera une d6sagregation, dont-
les 6emIents eparsse cristaliseront en des so'cibts moi-hSffer-
mees, tandis que les autres dmigreront en masse ou deipri-
ront... Cette,vitalit6 puissante qui se constate encore, jette ses
dernieres lueurs ; c'est le chant du cygne de la danse 6cheve-
lee avec le fuhrer.
11 y a plus d'un demi-siecle que'l'6conomiste et statisti-.
cieu allemand, le professeur.G. Rume.lin, de l'UiiversitA de
Tubiogue. disait qu'il est (exact aussi que lepeuple allema.nd,
n'est pas le plus moral d'entre les peuples europdens, qau m.me
titre du moins qu'il est le mieux instruit. w (Problmnes d'"co--.
noinie politique et de statistique, p. 249).
Restant sur. '1 terrain purement ecdnomique, nous consta-
tons .que la dictature naziste est un vrai fl6au pour,l'Alle-
magne. En f6vrier 1934, pres de vingt millions de personnel
ont df i tre secourues. De mrme.pendant l'bivei 1935. Ce fait
tlioigne d'une misBre assez 6tendue, d'une d6tresse in-
soiuponnee. 1I semble que c'est cette grande mis6re qui a
abruti, anesthesid le people allemand don't la passivity crdCe-
par le despotisme, est traditionnelle. Cette" anesthesie collec-
tive.permet les operations sociales et politiqubs les plis. ter-
rifiantes, les plus:brutales, elle explique -toutes les : tranges
contradictions du people allemand. C'est cette anesthbsie qui
parait sous le masque de la confiance et permet l'autarchie
extreme. unre technique bancaire primitive, soutiens de l'au-
tomnatisme monetaire. C'est la restriction formidable de la vie
econornique.
Au d6but de cette ann6e 1935, le President Roosevelt a fait-
faire wen Allemagne une.enqu6te privee qui a donned un rap-
port d6taill6 d'oi il resort que : 1. aucune evolution paci-
flqu- n'est possible en Allemagne; 2. le gouverneinent naziste
peut durer longtemps ; 3. 1'ecroulement financier de 1'Alle-
magne est en vue; 4. 1'6croulement economique suivra ; .5. la
confiscation des capitatix iridustriels ost craindre etc.. e
rapport ajoute en conclusion que la situation financiere du
Reich est d6sesp6r6e. ( Le Jour, 21 marS '1935.)
Malgre les efforts du Dr Schacht, le declin'du commerce
allemiand se pursuit sur un rythme acc61e6r.
Le standard de vie de l.'Alemand maoyen *et tres bas. Le'







menu journalier de la famille al lemande est des plus restreints.
La regression de la vente de la biere est une caracteristique
de cette situation precaire. L'ouvrier allemand n'a plus d'ar-
gent pour aller d l'estaminet: son salaire est inferieur de
400/o a celui d'il y a deux ans, avan.t l'avene.nent de Hitler,
et le prix de la nourriture a augment d'au moins50/o ( La
Liberty, 28 aott 1935. )
Le nazisme est accul A une faillite certain, prochaine ou
Bloign~e: c'est une question de semaines, de mois ou d'an-
nee. Le disespoir allemand n'a qu'une issue, la guerre, qui
pernnettra au people et al'Etat allemands de se refaire avec la
ruine et la devastation des pays vaincus. Mais, si c'est la
defaite, la synthese allemande sera dissociee. Le Dr Schacht
a mnme laisse entrevoir que ( le people allemand se perdra
lui-mdmea, s'il renongait a ses institutions culturelles. Autant
dire que la d6mesure allemande qui a men6 son people au
materialisme le verse dans l'amoralisme qui finira par l'a-
neantir.
En acc61lrant I'outillage militaire sous toutes les formes
possibles, M. Hitler donne certes du travail A la masse de la
population afin d'alleger simplement le d6sespoir d'une situa-
tion dconomique et financiere sans issue logique que la ca-
tastrophe ou la guerre. ( Mais, dissent bien Aux Ecoutes de la
Finance d'avril 1935, ce travail militaire ne crde pas de ri-
chesses, il n'est pas productif. 11 achbve, au contraire, de con-
sommer les dernieres resources de i'Etat, tout en masquant
aux yeux de la population le d6clin du niveau materiel. C'est
une politique sans contest catastrophique, mais a laquelle
le national-socialisme ne peut plus echapper.'Que demain
la machine d'arnement s'arrete et c'est la misere instanta-
n6e, g6neralis6e, c'est toute la population jet6e A la rue, pri-
vee de ses dernieres possibilities de gain, et c'est aussi l'ef-
fondrement du regime. Grace a la mobilisation, on arrive a
retarder une faillite qui est inevitable, on s enforce de la re-
culer. Mais un jour viendra of la pratiqi e de ce system
deviendra impossible, oi il faudra opposer un refus aux re-
vendications incessantes de l'Allemagne. Et alors le recourse
a la force, la d6flagration ne s'inposeront ils pas comme
l'ultime echappatoire ? *
M. Lucien Ronier est du meme avis, apres avoir constate
que le Reich vient de decr6ter un pr61evement sur le capital :
( Nous avons montr6 recemment que le regime hillerien ne
peut durer qu'en assurant du travail au people allemand et
que le volume du travail allemand, dans les conditions pr6-
sentes de 1'economie g6ndrale ne peut 6tre maintenu ou, a
plus forte raison, accru que par le d6veloppement intensify
des fabrications de guerre.
( L'Allemagne est done conduit A s'armer au maximum,
d'une part, pour exploiter tout le potential que lui confere sa
masse dans ia politique europeenne, et, d'autre part, pour
emp6cher que cette masse se d6sagrege a l'intirieur sous
'influence des deceptions sociales ou de la misere.
Mais, ainsi determine, I'effort d'armement de I'Allemagne







rentre dans le problem g6enral de l'6conomie allemande,
qui n'a pu trouver aucune solution d' quilible durable depuis
la guerre a supposed qu'il l'eit trouvi avant la guerre. In-
corpor6 at problem g6n6ral de l'6quilibre de 1'6conomis
allemande, l'effort d'armement, loin d'assurer cet equilibre,
en rend les conditions plus exigeantes et plus aventureuses.
( En effet, l'Allemagne est un pays relativement surpeuple,
tres industrialist, caract6rise par le nombre et I'importance
des grandes agglomerations. Son 6quilibre 6conomique et so-
cial depend nettement du rythme d'activite de son industries.
( Or, saute le carbon, elle ne possede que tres peu de matieres
premieres. Son 6quilibre, sa vie mime r6clament un apport
constant de matieres premieres qu'elle n'a pas.
((Elle pett se les procurer en exportant des objets fabriques
qui servent a payer ses achats de mati6res au dehors. Son
exportation une fois arret6e ou r6duite, elle doit acheter i
credit a I'ext6rieur et d6velopper, a l'int6rieur, la production
de l'ersatz.
( Depuis quinze ans, l'Allemagne a employ toutes les com-
binaisons possibles, depuis I'absorption massive de credits
strangers jusq u'au contr6le arbitraire des devises et a l'inge&
nieuse escroquerie des clearings. pour se procurer au dehors
le complement de matieres premieres que ses exportations ne
sulfisaient pas a payer.
( Mais. jusqu'a I'ann6e derniBre, ces combinaisons alimen-
taient des fabricationsde paix, don't le produit, en parties expor-
table, compensait les achats de matiBres, Depuis un an, ces
combinaisons ont aliment6 des fabrications de guerre qui ne
fournissent aucune contre-partie pour I'acquisition de ma-
tieres au dehors.
<(II ftaudra done, A un moment donned, ou bien que les fabri-
cations de guerre s'arretent pour c6der de nouveau aux fabri-
cations de products exportables, ou bien que 1'Allemagne
se procure des matieres premieres par des moyens non plus
commerciaux, mais politiques, c'est-a-dire par des traits ou
par la guerre.
(Les matieres premieres, elle peut 6tre tentee de se les pro-
curer soit par l'invasion de la Russie, soit par une alliance
avec cette meme Russie. soit par la revendication de riches
colonies, soit par une guerre victorieuse avec les Etats qui
ont des stocks d'or et, par consequent, des reserves de pou-
voir d'achat. ) (Le Figaro, 6 avril 1935).
Toutes ces assertions torment maintenant une opinion com-
mune. C est done en fonction de la Science bconomique qu'il
taut juger de 1'6tat present du people allemand. quelque mys-
t6rieuse que soit cette situation. En la dissequant minutieuse-
ment avec 'le scalpel 6eonomique, ce mysitre s'effrite come
le tant6me des prestidigitateurs. Voici le true, qui repose sur
quatre camouflages: les travaux publics, I'imp6t, la milita-
risation, et les gros emprunts ext6rieurs non pays jusqu'k
present,
Travaux publics et militarisation ne font qu'un. Le people
allemand est mis sur un pied de guerre pour r6pondre A la







mystique de la race aryenne pr6destinee. C'est un vaste pro-
:gramme de travaux publics dirig6s vers des buts strat6-
Sgiques et qui engloutissent des milliards. D'oi un deficit bud-
g6taire de plus de deux milliards. Ce deficit est gage par des
traites montant a cinq milliards de marks don't la moiti6 sert
au paiement de travaux publics purement militaires.
Ces traites a court terme furent, sur la demand des cr6an-
ciers de l'Etat, transforms en obligations d'un emprunt a
long term, 25 ans, et.repartis d'autorit6 entire les-caisses
d'epargne.Celles-ci furent obliges par une-loi a garder moins
de disponibilites, et purent ainsi avancer de l'argent pour
I'achat des obligations, ce qui permit de finance les arme-
ments. Les caisses d'epargne, faisant parties du nazisme, ne
firent aucnnedifficult6, ce qui permit ce tour depasse-passe
financier.
De cette fagon, le Fuhrer obtenait ses armements, la haute
bourgeoisie allemande gardait dans sa poche un peu de nu-
meraire, les d6posants des caisses d'epargne, petits bourgeois,
paysans, ouvriers, au lieu de leurs marks p6niblement amas-
ses posgedent les obligations a long terme du Fuhrer. Ceux-ci
sont les vrais tondus, n!ais la terreur est tell qu'ils n'osent
dire un mot. De mnme, les ch6meurs travaillent pour un sa-
laire tres r6duit.
Lorsque les caisses d'epargne auront 6puis6 leurs disponi-
bilites, les valeurs priv6es seront sacrifices afin d'acheter les
obligations d'Etat. Les grande banques interviennent ensuite
pour acheter toutes les obligations ayant une valeur rdelle.
Le course de celles-ci montera et donnera lieu k une specula-
tipn boursiere qui ne sera pas ndgligeable pour une catego-
rie d'individus. Mais alors, cet agencement ingenieux est a
la merci de la moindre panique. La politique interviendra et
la confiance sera imposee. Cela sera facile, aussi longtenips
que la veulerie du people allemand acceptera la f6rule d'Hitler.
Tout se system financier qui parait tres intelligent n'a done
pour base que la terreur. Comme consequence de cette infla-
tion,les actions et les valeurs a revenues fixes ont hauss6
a laBourse de Berlin. Afin de doucher la speculation, il a 6i1
envisag6 de nouvelles charges sur le commerce et l'industrie.
La panique a 6t6 ainsi Acartee.
Comme toujonrs, c'est I'impqt qui permet de faire toutes
ces maneuvres. 11 fallait exagerer la fiscalitA et un nouvel
imp6t sur le capital a et6 d6crete. C'est la d6possession mas-
sive de laclasse aisle qui comprend la haute bourgeoisie, les
capitalistes, les industries, les banquiers, etc. C'est la st6rili -
sation de toutes les forces Bcoomriques de I'Allemagne.
:Avec l'impot et les traites d'Etat qui constituent un emprunt
force, i'argent -va aux travaux publics qui resorbent les cho-
meurs. Ceux-ci, ayant de l'argent en main, versent aux.d6pots
priv6s des banques. Le credit de 1'Etat alimente ainsi artifi-
ciellement 1'6pargne. L'argent circle ainsi r6ellement. Au
fond, c'est une circulation force qui est la d6possession ar-
bitraire de tous les vrais producteurs. Cette d6possession ne
peutp.as.re-vivifer les initiatives priv6es.







Au contraire. Les flots de d6penses publiques alimenties
par l'imp6t et I'emprunt ne donnent qu'une impulsion meca-
nique aux affaires. Le nombre des ch6meurs allemands a
reellement diminue, mais l'activit6 6conomique de 1'Allema-
gne n'a rien gagn6 a ce jeu de truquage, qui ne peut pas con-
tinuer indefiniment.
II y a encore que 1'Allemagne avait emprunt6 plusieurs mil-
liards qu'alle ne se soucie plus de payer. Jusqu'k ce que ces
milliards aient et6 rembours6s, iis constituent un appoint con-
siderable dans l'6conomie allemande. On peut les consid6rer
come un riche butin qui n'a pas coit6 le moindre effort.
Aujourd'hui encore -1935 le Dr Schacht fait des efforts
inouis pour trouver un emprunt en Angleterre, tellement 1'e-
conomie allemande ne peut presque rien par elle-mdme, toutes
ses forces vives ayant et6 epuisees par sa d6mesure, pour
routes ses demesures...
Voila tout le mnystdre des finances allemandes. A ce bilan
il faudrait ajouter la passivity allemande dent le materialisme
forme la plus forte trame. Un people qui n'a que des buts
nmteriels ne peut avoir qu'un dynanisme musculaire. C'est
deja beaucoup d'etre un bon animal, mais cela ne suffit pas.
Le people allemand en fait I'exp6rience ; II s'est bloqu6 dans
un isolement funeste qui l'dtouffe et le porte a etre agressif,
quand il accuse le monde de vouloir I'opprimer; il s'opprime
lui-m6me par son autarchie extravagant; il croit qu'il peut
se passer de tout et de tous, quand c'est la solidarity inter-
nationale qui est n6cessaire, indispensable. II faut esp.rer
que le bon sens finira par l'emporter en Allemagne, et les
grades epreuves du people allemand confirment cette parole
eternelle: ( L'homme ne vit pas seulement de painr... )
Le Dr Schacht, ministry de I'6eonomie allemande, est un
savant tres sense, qui n'est pas suffisamment sense ; il a, par
sa belle souplesse scientifique, sauve le Fiihrer en pr6servant
son pays de certaines mesuret absurdes, ou plut6t en calmiant
certaines exaggerations d'attitude. Dernierement, en mai 1935,
dans un discours qu'il prononca devant les employs de la
Reichsbank, il a m6me dit Alue tous les armements ne
servent a rien si la fabrication des armements, au lieu de
laisser la force de pouvoir en user le cas gch6ant, risque
au contraire de conduire d uncdkbdcle findncizrg. On ne pent
etre plus cat6gorique avec la dictature naziste. Certains jour-
nalistes francais font de lui un politician ambitieux. 11 ne
pent pas cepqndant cacher la tragedie allemande sous le ri-
deau de bellee statistiques Sa victoire est artificille, et seule
sauvera 1'Allemagne une reprise serieuse de l'activit6e cono-
mique. Or, c'est li une chose impossible avec le regime bit-
l1rien. L'6conomie allemande est done dans une impasse, que
l'on comprendra facilenment si l'on veut se souvenir du pos-
tulat de Montesquieu. La situation 6conomique de I'Allemagne
est tres mauvaise, et le people allemand n'est pas heureux. Le
salaire de P'Allemand de Hitler est inferieur de 400/ O. celui
d'il y a deux ans, et le prix de sa nourriture a augment d'au
moins 50 O/o. ( La Libert,,page 5, 2e col.. 28 ao0t 1935). I1 n'est







pas vrai que le ch6mage allemand ait diminu6, car les ch6-
meurs employs deviennent plutOt des soldats du travail, mais
avant tout des soldats, ce ne sont pas des travailleurs libres.
La dette publique allemande ne fait qu'augmenter avec cette
valorisation artificielle des finances publiques. La grande po-
litique du Dr Sc;acht est de gagner du temps, et, pendant ce
temps, come les monnaies d'6change sont limit6es, ce qui
rend la p6nurie des moyens d'achat angoissante, il obtient
de 1'6tranger sinon des credits, du moins des avances en mar-
chandises, que le syst6me des clearings lui a, un certain mo-
ment, fournies. ( La LibertM, 1. 5, 31 antft 1935.)
Aussi, le Fuhrer joue des coudes. Le Dr Schacht enforce
la politique allemande de subvention aux exportations afin
d'avoir des matieres premieres. Les autres pays rdpondent a
ce dumping agressif en renforcant leur protectionism. Le
dumping allemand a l'exportation constitute un 6chec complete.
Pendant les six premiers mois de l'ann6e 1935, I'exc6dent des
importations sur les exportations est de un mi Iliard de francs.
De ce c6t6, les perspectives ne peuvent done 6tre encoura.
geantes. Le Fuhrer le sent et le dit: il prepare le people alle-
mand a la continuation de cette penitence d6ji si longue, inter.
minable. Dans son discours du ler mai 1935 A la Fete du Tra-
vail, il disait m6lancoliqnement: Le vent menacera peut-6tre
dans les prochaines anines l'Allemagne dirigeante et enve-
loppera de nuage notre pays.-)
Aussi,le Dr. Schachtestdans une impasse. Pourra-t-il rsor.
ber la masse de ses traites d'Etat qui se montent actuelle-
ment, juillet 1935, a pres de 18 milliards de reichsmarks, soit
sept milliards de dollars qui ne peuvent 6ire resorb6s que
par des excedents budg6taires tout-a-fait illusoires.
La derniere ( situation 6conomique et financiere de I'Alle-
magne,, publi6e par le docteur Frantz Dcering, Directeur de
la Reichsbank, dans le Bulletin P6riodique. no 98, d'octobre
1935, de la SociMt6 Beige d'Etideset d'Expansion, nous donne
les perspectives actuelles de I'6conomie allemande. II ne s'y
trouve rien de nouveau qui ne fut deja connu et examine. Le
Dr During s'extasie sur la rAsorption du chomage. Nous avons
fait voir que la r6sorption n'est qu'un truquage. Ce truquage
a tout I'air de la catastrophe que 1 on voulait 6viter. Le Direc-
teur de Reichsbaik est rested dans la v6rit6 en concluant que
( l'dcononie alleinande n'est pas encore au bout de ses peines)).
Peut-on alors parlerd'assainissemcnt qui la met naintenant
mieux en measure de s'opposer aux difficult6s,d'ordre Bceno-
mique et mon6taire qui continent a trouble I'atmosphere
international? Le Dr Dcering a parl6 en partisan, il ne pouvait
mieux faire.
D6cid6ment, la dictature tyrannique n'a pas donned du bien,
etre au people allemand qui est tiraill6 par quelque chose
do pius terrible que l'inqui6tude mat6rielie, cette anxi6te mo-
rale qui fait de l'homme, quel qu'il soit, sous toutes les lati-
tudes, uF abime de douleur indefinissable. L'anxitte est crois-
sante, le d6pit grandissant. Partout, la terreur, l'inquisition
odieuse, les scenes de violence. L'Alleragne resemble a une








ville bloqupe de toutes parts! De 1L, I'anestb6sie du people
qui est oblige de verser dans un materialisme abrutissant.
Jamais un people n'a connu une impasse aussi tragique qui
le met, rneme au cas d'une impossible victoireguerrimre.dans
une fr6ndsie animal contraire a tous les progress de l'espbit
human, contraire... A sa probre destinee. Si l'exp6rience
d'Hiitler n'arrive pas d digoi ter le people allemand et toute
l'humanitM du despotisme, c'est que nous marchons d grands
pas vers la periode des cavernes.Serait-ce dl le rdsullat de cent
sieles d'evolution? Pauvre Allemagne de.Gcethe'et de Schiller?
Pourquoi as-tu done reni6 tes deux plus grands 6ducateurs, tes
deux plus glorieux fils ?
Ce ne peut done etre qu'en function de la Science 6dono-
mique qu'on doit juger toutes les convulsions du people alle-
mand. C'est le culte de la Fo-ce au ddsespoir. A ce degr6,
toutes les folies sont possibles, et la dimesure allemande est
sans frein. L'Allemagne s'est mise elle-m6me dans une im-
passe tragique : la guerre de proie, de butin. Or, si elle fait
la guerre, le monde entier, directement ou indirectement, t6t
ou tard, se coalisera contre elle, puisqu'elle sera l'agresseur.
Une nouvelle guerre amorc6e par !'Allemagne, c'est la
mort de l'Allemagne.
Done, pour 6viter cette mort certain dans un morcellement
plus accentu6 qu'avant 1870, le people allemand est oblige de
remonter le course de son histoire et d'adopter le libdralisme
de ses trois plus grands penseurs, Goethe, Schiller et Kant. La
est tout le problIme allemand, et pas ailleurs. Que M. Hitler
le veuille ou non, le people allemand finira, un jour, par
avoir recourse a son instinct de conservation.
En inaniere de conclusion de cechapitre,.nous constatons
quo 'exemple d 1-'Pconomie allemande d6charn6e, cachec-
tiquc, dergglie constitute une experimentation vivante d6mon-
trant que le lib6ralisme politique et le liberalisme Bconomi-
que, conjugues, sont les conditions essentielles du progress de
l'Humanit6, en tant que <( progress> signifie elevation matd-
rnelle et morale. L'hom me est un 6tre double : matiereet esprit,
corps et ame. C'est une duality unitaire. Aucun argument,
aucun sophisme ne prdvaudra contre ce faith qui crave les yeuIx
de tous, c'est que le standard de vie de l'homme moyeri dans
les trois pays libdraux, France, Angleterre, Etats-Unis., est
meilleur que le standard de l'homme moyen dans les trois dier.
tatures, Allemaqne, Italie, Russie. Ce simple faith constit ue
argument supreme. La dictature, c'est la misre organisee.
Le refrain suivant (1) placard en papillon stfr la plpart
des edifices publics de Berlin on dit plus long que toutes les
enquetes sur 1'6conomie allemande:
20 pfennig kostet der Hering Un hareng cotte 20 pfennig -
Was'sagen Sie dazu, Herr Goering? Qn'en pensez-vous,M.Gcering?
13 pfennig kostet ein Ei Un ceuf cofite deja 13 pfennig,
Was sagen Sie, Herr Ley ? Qu'en dites-vous, M.Ley?


(1) La Liberte, 15 septembre 1935, page 2, 2e col.







Ce culte allemand de la force 6tait deja de tradition en
Russie, en Turquie, en Espagne; il ne put devenir du despo.
tismne asiatique parce qu'il 6tait environn6 de puissances libd.
rales, grandes et petites, qui lui servaient de tampons et d'e.
ducatrices, don't la penetration ne pouvaif 6tre que l6gere.
Apres la guerre, maintenu pendant un moment, il brise le
nouveau cadre que la defaite voulait acclimater en vue d'un
redressement qui devint impossible. Du reste, deux grands
voisins donnaient le ton:
uC'est un non-sens de pr6tendre concilier 1'Etat et la libertY...
La dictature est un pouvoir qui repose directement sur la vio.
lence, n'est limit par aucune loi, ni soumis i aucune r6gle,
( Lenine.) (1)
((Tout est dans l'Etat et rien n'a de valeur en debors de
I'Etat... L'Etat cree le droit. ) ( M. Mussolini. )
Comme le dit Monsieur Andr6 Tardieu: ((Nous trouvons en
ce qui prec6de une pirfaite unite de doctrine. Cette doctrine
en plein vingtieme siecle, est fondue sur le m6pris de la per-
sonne humane, sur sa reduction a l'6tat d'anonyme element
d'un a(materiel human ) don't 1'Etat est le maitre absolu-
avec, en cas de besoin, le fusil come moyen final, suivant la
formule de Jules Guesde.
((Des cuistres a tout faire, professeurs d'hMg6lianisme ont
doctrine, depuis cent ans, ces miseres.Le terme est invariable.
C'est la prevalence de la masse sur Pesprit, s'exprimant, sui-
vant les commodities de lieu, par la classes ou par le parti-
la dictature soit de 1'homme, soit du proletaire, ce qui, quanl
au principle, est tout un.
a... Ce principle n'est meme pas europeen. II est asiatique.
Et voila des siecles qu'il nous menace. Quand il tente de s'ex-
primer, il s'effondre dans la disette de ses ideologies. Quatnd
il s'imr'ose, c'est d coups de bdton. 11 se rattache en quelque
parties de l'Europe qu'il se manifeste, a ce que Maeterlinck
appelle le lobe oriental du cerveau. ( L'Illustration, du'25
novembre 1933).
En some, c'est le despotisme asiatique, tel que I'avait ddji
earacteris6 Montesquieu,-despotisme qui abat l'arbre, c'est-a
dire la nation, pour jouir de ses fruits. c'est- a-dire du pon-
voir. Cette hypertrophie d6sastreuse de l'Etat a 6le codifikc
par l'Allemand Schaeffle dans son livre ( Structure et vie di
Corps social )) 'n qualre 6normes volumes qui voudraient re-
presenter l'Etat come le cerveau de la soci6tl an cerve;ii
in6galable et dominateur. Cette comparaison. quoique ing6-
nieuse ne correspond pas a la raalit6 des faits sociaux ; pour
6tre exacte. elle devrait s'adapter a la r6alit6 physiologique
et pathologique. Le cerveau n'est pas un organe autonomy,
ayant une vie propre, absolument ind6pendante de tous les

(1) C'est la meilleure definition de la dictature qui devient ainsi
synonymed'arbitraire, c'est-A-dire le despotisme, 1'autorit6 sans aitrl
regle que le bon plaisir. Royer-Collard disait avec raison que (11
tyrannie n'est autre chose que l'arbitraire en permanence). C'est It
propre de la dictature, telle que l'a si bien definie Lenine.







autres organes du corps human. Le cerveau est souvent at-
teint de maladies graves et diverse qu'dtudient la psychia-
trie et la neurologie. Ces maladies compromettent parfois la
vie de I'ensemble qui n'arrive plus a remplir son r61e social
et font de l'homme une vraie loque. De plus, les maladies
des autres organes ont un retentissement certain surle fonc-
tionnerent du cerveau: les affections de l'estomac, du cceur
et des reins entament la function c6r.brale et vice-versa. Le
d6r6glement maladif propre ou autonome du cerveau detruit
toute vie social.
L'identification du professeur Schaeffle ne prouve done pas
en faveur de la 16gitimite de l'interventionnisme : si le cerveau
peut 6tre malade assez souvent et necessiter une medication
appropriee, il en est de rn me de ]'Etat qui est aussi souvent
au-dessous de sa mission. Les maladies de l'Etat existent
certes, et le despotisme en est la principal.
Et puis, qui gu6rira les maladies propres du Cerveau-Etat ?Ce
ne peut etre le cerveau, done l'Etat lui-meme. En medecine,
noussavons pertinernment que c'est par l'interm6diaire des
autres organes que nous pouvons agir sur le cerveau pour
ainliorer son 6tat, m6me quand il s'agit de mRdicaments anti-
nervins. II semble que le professeur Schaeffle n'avait pas,
dans son system d'identification a outrance, prevu la patho-
logie c6rebrale, c'est-a-dire la gangrene de l'Etat, tuant le
corps social.
Une brillante refutation sociologique de la these allemande
a 6t6 faite par le regrett6 Paul Leroy-Beaulieu: (( En fait, I'ex-
perience prouve que 1'Etat qui est un organism mis dans la
main de certain hommes, que 1'Etat ne pense pas et ne veut
pas par lui-mime, qu'il pense et qu'il veut seulemeat par la
volont6 des hommes qui d6tiennent l'organisme. II n'y a rien
d'analogue au cerveau. Ces homes se succedant, s'6limi-
nant plus ou moins rapidement, qui d6tiennent l'Etat, qui
parent en son nom, ordonnent en son nom, agissent en son
nom, n'ont pas une autre structure physique ou mental que
celle des autres bommes. Ils ne jouissent d'aucune superiorit6
naturelle, innee ou inculqu6e par la profession meme.
( Les functions d'Etat n'illuminent pas n6cessairement I'in-
telligence, et n'epurent pas n6cessairement les cceurs. L'E-
glise peut enseigner qu'un homme faible, revetu du sacerdoce,
est transform et jouit des graces divines. La society demo-
cratique ne peut pretendre que les individus portes au pou-
voir, et qui sont l'Etat l1gif6rant et agissant, b6enficient de
graces sp6ciales d'aucune sorte. Elle n'oserait all6guer que
l'Esprit saint descend sur eux. ( Nouveau Dictionnaire d'Eco-
nomie politique, art. Etat.)
C'est la logique m6me. Cette mise au point est nAcessaire,
car les dictateurs, anciens ou modernes, se sont toujours ser-
vis de ces metaphores retrogrades pour imposer la conception
de leur role quasi-divin et amplifier la puissance de 1'Etat
jusqu'a en faire une providence. Tous les 6conornistes classi-
ques ont toujours d6montr6 le c616 risible et inexact de ces
pr6tentions injustifiees ,qui ont fait le malheur de tant de peu-







ples errant a la remorque d'ambiteux, d'illuminds ou d'6ner-
gumenes ou parlois de vulgaires escrocs, quand ils ne sont
pas conduits par des monarques laineants ou imbeciles ou
fous. 11 fallait faire voir que l'hypertrophie de 1'Etat-cerveau
est une maladie qui fait dcg6n~rer le corps social, de m6me
que son atrophie qui engendre la paralysie, I'anarchie. Tous
les organes sont necessaires au bon fonctionnement du cer-
veau. C'est de cette harmonie que r6sulte la physiologie nor-
male du corps human. II en est de meme du corps social. La
vie nornale, la sante, est un etat cd'quilibre De meme pour
les societ6s. Comme le dit si bien l'mninent jurisconsulte
suisse, Bluntschli : Gouvernement et gouvernds forment en-
semble I'Etat.
Des lors, c'est la Justice et la Libert6 qui doivent regir les
rapports entire le gouvernement et les gouvern6s. Gouverne-
ment et gouvernes sont au meme titre pour le maintien de
]a vie normal: c'est l'Egalit6, en dehors de quoi c'est le
despotisme qui conduit a la decadence, a la mort. Justice et
Liberty pour commander; Justice et Liberte pour ob6ir. Voila
la r6gle, qui est I'Egalit6. Quand ce rapport normal est ren-
verse, c'est la dictature ou la revolution; c'est la maladie;
c'est I'anarchie ou la terreur.
Quand ce rapport normal estrespect6 et conserve, tous, gou-
vernement et gouvernes, ont interet au maintien du corps so-
cial et politique, et la richesse peut se d6velopper progres-
sivement. Montesquieu a eu le merite d'avoir trouv6 ce tait
a travers I'histoire universelle et d'en avoir par une statis-.
tique personnelle intelligence fait une loi sociologique et eco-
nomique: a Les pays ne sont pas prosperes en raison de lenr
fertilitM, mais t n raison de leur liberty. )
Les r6cents et tragiqucs 6venements qui viennent de se d6-
rouler en France en janvier et en fIvrier 1934 ne presentent
aucune contradiction. Au contraire. ils ne font que prouver
l'excellence du system liberal francais don't la fine souplesse
a permits un redressement brusque contre I'immoraiit] pu-
blique d6bordante qui menacait de tuer l'ideal francais. On a
vu des jeunes et des vieux, d6sarmes mais unis pour une
France propre et pure, se laisser 6craser pour maintenir la
Justice et la Libert. Un people capable de tels elans d6sint6-
-resses pour le bonhcur national est sain et fort.
On ne peut -pas dire que la r6publique et la democratic aient
Wt&' vraiment icnacees. II y a eu simplement que dee person-
nalites ont abus6 d'un regime qui a toujours fait ses preuves.
11 est malbeureux que les utopies socialists se soient greff6es
sur la Democratie et aient porter les esprits rnoyens et les sec-
taires a la confondre. avec la demagogie. Ces deux 6tats so-
ciaux 'sont opposes, car la democratic, c'est l'ordre dans la
liberty et la justice pour tous, tandis que la d6magogie, c'est
1'anarchie appuyee sur l'injustice. La D6mocratie encourage
les elites bienfaisantes, tandis que la d6magogie les supprime
et sterilise la collectivit6. Or, le socialism s'integre dans la
d6magogie; c'est pourquoi il est si funeste meme avec 1'6ta-
tisme qui fait des dirigeants des dieux malfaisants, parce que







prives de control et de frein. L'Utatisme est un peril mortel
pour la R6publique d6mocratique; 1'6tatisme est un d6fi a la
raison, la negation de la Science et une atteinte A la Libert6 ;
I'1tatisme laisse exsangue le malheureux contribuable de la
ville et de la campagne, du magasin et de I usine ;'l'tatisme
est une sorte de foire d'empoigne superieure ; I'tatisme est
le fourrier du soeialisme rdvolutionnaire ef I'avant-garde du
bolchbvisme communist. C'est done le socialisme qui fausse
le plein rendeient de la Dmrocratie et de la Republique qui
supposent une administration ordonnee et equitable dans l'int6-
rMt de tous. Le socialisme,c'est laddmagogie et non laDomocratie.
Certes, il n'y a pas de syst6me social ou scientifique qui
n'ait ses abus, come tout dans ce has monde oO domine
I'homme, etre fait d'esprit et de matiere, d'ange et de demon.
II est done relativement facile i des esprits corrompus de
se revetir d'un masque trompeur et de falsifier la Democratie.
La democratic francaise vient de prouver son dynamisme
puissant on mettant a la raison une bande de corrupteurs et
de corrompus qui aviiissaient la Republique. Cette euvre d'6 .
puration est herissee de difficulties, mais elle n'estpas insur-
mnontable et au dessus de la Rdpublique francaise; elle ne
s'achbvera assur6ment que dans des pleurset desgrincements
de dents.
Tous les pays ont connu de pareils scandales, dans l'Anti-
quitL et dans les temps modernes. 11 est dans la nature hu-
maine d'abuser des situations lucratives. Dans les pays sous
la terreur, on n'en apergoit que des 6chos affaiblis, parce que
les maitres de l'heure sont tout-puissants; on n'en voitque ce
qu'il est vrair.ent impossible de dissimuler.
Mais alors, il faut se demander s'il vaut mieux laisser de
pareilles maladies dans I'ignorance qui faittomber dans la
deliquescence, ou plut6t ouvrir la plaie pour la cauteriser. Le
despotisme ne gu6rit jamais de pareilles plaies, puisque tout
se fait a son profit, tandis que le lib6ralisme, sOr de sa sant6,
fait la cure chirurgicale en pleine connaissance de la cause,
afin d'assurer une gubrison plus prolong6e et plus complete.
Avectous les progress modernes, les peuples vraiment cons-
cients ont le droit de savoir, car ils savent qu'ils ne gran-
dissent que dans la Libert6. Qui la leur retire les abaisse sans y
rien gagner que pour quelques jours ou peu d'anndes.
1I fut un temps oi le professeur E. Morselli, Directeur de la
clinique psychiatrique de Genes, faisait presque dependre les
scandals financiers de ce qu'il appelle l'influence n6faste du
parlementarisme, et disait que le suffrage universal a 6t6 une
grande erreur. Les 6v6nements contemporains lui ont donn6
le dn6menti, et ont prouv6 que P'honme civilis6, qu'il soit Eu-
ropien ou AmBricain, ne se montre pas a 1'6gard des scan-
dales financiers, d'une imperfection, ou, a proprement parler,
d'une pu6rilit6 d6solante.Au contraihe, tant en France qu'aux
Etats-Unis, on met le feriouge dans la plaie.
Cette oeuvre d'6puration doit 6tre faite avec measure,
car l'exces contraire serait deplorable qui aboutirait a







une hypertrophie ,du pouvoir ex6cutif, comme le demand
M. Andre Tardieti suivi par quelques autres homes d'Etat.
A mon humble point de vue, il semble que c'est un exc6s du
parlementarisme que d'obeir a la tradition des ministres
toujours parlementaires, la vraie r6forrne parait 6tre d'etablir
I'incompatibite entire la function de ministre et cellede parle-
rnentaire, de meme qu'il y a inconpatibilit6 entire la function
de ministry et I'exercice de la profession d'avocat.
En effet, chaqiie fois qu'il y a crise, on est oblige de choisir
des ministres en dehors du Parlement. Le ministere Dou-
mergue avec trois ministres non parlementaires, certain
ministers de la grande guerre, en sont des examples boos
a mnditer. Cette r6forme est d'accord avec l'esprit republi-
cain, car beaucoup de citoyens utiles et mrnme indispensables
a la chose publique qu'ils voudraient servir n'ont pas toujours
le gofit des batailles 6lectorales ou assez de loisirs pour s'y
consacrer, quand ils sont accapares par de hautes 6tudes
si n6csssaires pourtant A la collectivit6.
On ne peut pas dire que la Republique francaise soit mena-
ce, ni avec elle le liberalisme, seul vrai refuge de ]a Justice
et de la Libert6. Attendons done avec. confiance les 6v6ne-
ments, car come vient de le dire M. G. Ferrero, le Parle-
ment frangais est la deiniere autorit6 14gitime. Sa chute de-
clencherait le grand chaos du monde occidental, le regime
de la force illinitee dans une grande parties du monde. ( a Les
Annales, 23 fevrier 1935 ).
En attendant, voici un petit fait tres carateristique qui nous
montre comment cestragiques ev6nements marquent la diff6-
rence entire les deux peuples, franCais et allemand. Un jour-
nal raconte que le soir tragique du 6 fevrier, un Allemand
s'6tonnait: (Je ne comprends pas, murmurait-il. Nous, quand
nous-manifestons, c'est que nous n'avonspas de quoi man-
ger. Les Francais ont-ils done faim pour se battre ainsi ? > -
L'Allemand ne pouvait pas comprendre que le Frangais se
battit pour la Justice... Difference de mentality.






CHAPITRE XI


EN RUSSIE SOVIEITIQUE

Avec la Russie sovi6tique,nous allons maintenant voir l'autre
cot6 de ce problem passionnant. La question russe present
cette particularity int6ressante qu'elle offre les deux extremes.
L'ann6e 1917 forme la frontiere de ces deux extremes qui
se touchent par un despolisrie absolu don't la m6thode, seule,
a change avec des b6n6ficiaires nouveaux : dictature du tsar
et dictature du proletariat.
Avant 1917 et remontant au moins huit siecles, le principle
fundamental de la Russie a toujours 6te I'autocratie pure. Le
chef supreme de l'Eglise et de I'Etat est le tsar, souverain au-
tocrate et absolu: c'est le despotisme le plus tyrannique qui
se puisse imaginer. Vaste empire qui pourrait 6tre baign6 par
les courants bienfaisants de I'Europe occidentale, avec la-
quelle les contacts sont immndlats par 1'Allemagne, I'Autri-
che-Hongrie et la Mer Baltique. Cetimmense pays comprend
aussi une bonne parties du Nord de l'Asie, c'est laSiberie.
C'est un territoire colossal de plus de vingt-deux mil-ions de
kiloin. carries.
Le despotime absolu y 6tait si enracint que le servage n'y
fut aboli qu'au milieu du dix-neuvinme siecle, en 1861, au
meme moment of les grandes metropoles europeennes abo-
lissaient I'esclavage dans leurs colonies. Ce simple fait ;donne
une idee de l'etat extr6mement arrier6 de ce pays, oi 1'ins-
truction publique fut toujours quasi nulle. Aussi c'est le.pi6-
tinemient sur place, au milieu de la misere, de la haine et de
I'i mprevoyance.
Deux lueurs plutot pales dans cette immense obscurit :
Pierre le Grand et Catherine 1I, qui s'efforcent de.se model'er
sur I'Europe par des voyages et des contacts tres frequents qui,
introduisent les m6thodes occidentales et les grands homes
de l'6poque. La langue et les mceurs francaises deviennent a la
mode en Russie. Mais rien n'y fait: la Russie est tigee dans
son inmmobilisme retardataire d'oO elle ne sort parfois que
pour faire nombre dans le concert politique et militaire de
I'Europe. Piis, c'est toujours l'accroupissement stupid.
Mais les efforts de Pierre le Grand et de Catherine II consti-
tuent une experimentation sociologique interessante, quand
on les compare a ceux faits avec tant de success par leJapon.
Ici, en Russie, 4'es deux grands souverains n'ont pas eu la
m6me perspicacity que les empereurs du Japon qui, eux, com-
prirpnt qu'ils ne pouvaient pas s'approprier des merveilleux
resultats de la civilisation europ6enne sans changer en m6me
temps de cadre en adoptant ses institutions 4iberales. Le Ja-
pon, lui, eut I'intelligence de le comprendre et brisa son sys-
tmre feodal, comme nous venons de le voir. Pierre le Grand
et Catherine II ne le comprirent pas ainsi. Aussi, leurs ener-
giques tentatives bchouerent piteusement. Ce n'est pas que des
occasions favorables ne leur fussent offertes. Au contraire,
Catherine II assist aux premieres lueurs de la grande R6vo-
lution frangaise et son experience personnelle aurait pu en







tirer un grand profit en essayant d'adoucir et d'amdliorer la
vieille autocratic russe qui 6tait devenue un anachronisme
pitoyable au milieu des renovations amorcees par le lib.ra-
lisme politique et social du d6but du 19e siecle. Mais elle
se refusal a jouer ce beau role e reine devenant la f1e de
ses sujets malheureux. Catherine II, qui avait si bien accueilli
les savants et les artistes francais, se retourna centre la France,
et la Russie continue A se longer dans sa torpeur economi-
que, politique et social, d'of elle ne sortira que pour retom-
ber dns un etat aussi d6sastreux.
Voila done deux efforts tents dans le mrme sens par deux
pays arrieries. Le Japon reussit merveilleusement parce qu'il
adopted en neme temps le systenie politique liberal de la ci-
vilisation occidentale, tandis que la Russie 6choue complete-
ment, parce qu'elle n'a pas voulu changer son autocratic
absolute.
C'est IA un bel example et une demonstration lumineuse du
postulat de Montesquieu;: Lespays ne sont pas prosperes
en raison de lewu fertility, mais en raison de leur liberty) )
Ce n'est pas que la Russie manque de resources natu-
relies. Au contraire, elle possede de grandes possibilities agri-
coles et industrielles, sa surface inorme lui vaut une impor-
tance massive, et ses richesses minerales sont consid6rables.
Mais toutes ces resources sent A peire developpees, et c'est
la stagnation g6nerale.Mais ce n'est pas seulement la vie eco-
nomi 'he qui est 6tique, la litt6rature russe reste tout a fait
inf6rieure dans les genres qui. comme I'histoire ou les scien-
ces sociales et politiques, reclament une absolue liberty d'6-
crire et de penser.
Nous trouvons 1. un 6tat d'arrieration considerable en re-
tard d'au moins deux cents ans sur lerestede I'Europe. L'igno-
rance profonde oil elle 6tait syst6malique entretenue par I'au-
tocratie politique qui I'asphyxiait litteralement, n'a pas permis
a la masse russe d'atteindre a la liberty ni de faire des efforts
serieux pour y aboutir. Cet 6tat desol,ant etait une honte pour
]'Europe et .aralysait completement la vie economique de la
Russie, qui 6tait nettement inf6rieure A celle d'autres pays
moins 6tendus et moinspeupl6s. Nous avons djia fait voir
comment le Japon avait largement d6pass, la Russie au point
de vue economique. Nous n'insistons pas davantage.
I1 y a aussi que ]'agriculture russe, en function de I'autocra-
tie politique, a toujours ete soumise, en gratfde parties, au re-
gime communautaire: c'est le collectivisme agraire, que cer-
tains socialists belges, francais, anglais, allemands et am6-
ricains, don, les plus proeminents sont Colins, Proudhon,
Karl Max et Henry Georges, preconisent depuis 1835 come
un ideal a imiter.Le collectivisme agraire rentre dans le cadre
du communism qui ne peuts'accommoder qu'avec un regime
d'absolutisme don't le correctif ne peut etre autre que le nihi-
lisme, tel qu'il se pratique en Russie. De tell sorte que les
trois terms communism, absolutisme et nihilisme for-
ment un system special au terroir russe.
Le collectivisme agraire, uni au despotisme tsariste, a con-







trari6 le rendement economique de la Russie. Si la grande
propriet6 collecti-ve pr6sente certain avantages dans certain
milieux, come l'ont bien fait ressortir les socialists an-
ciens et modernes, ii y a aussi un fait incontestable que ]a
petite propri6te rurale appuyde sur le lib6ralisme social et
politique presente des avantages infiniment superieurs i tous
les'points da vue, sous n'importe quel angle r6aliste,. dans
les moments de crise surtout. Dans ce dernier cas, la petite
proprietk rurale r&siste victorieusement, tandis que la grande
propri6et collective s'ecroule dans la faillite. Les pauvres
inoujiks ont connu ces ppoqu'es de d6tresse pitoyable qui se
renouvelaient p6riodiquement a chaque cycle de crises. Eux
seuls, les 6ternels sacrifids, faisaient les frais de la faillite,
tandis que lacour et les fonctionnaires continuaient leurs
amusements. S'ils avaient' le malheur de faire voir qu'ils
6taient fatigues de souffrir, c'etait la lente agonie dans les
prisons ou le tranchant du sabre.
Chaque fois qu'on demandait aux socialists d'etre sinceres
et de faire un parall.le scientifique entire la grafide.propri6te
collective ou priv6e et la petite propri6t6 rurale, ils glissaient,
retusant syst6matiquement de s'appuyer sur l'histoire 6cono-
mique et sur la statistique. De sorte que le collectivisme.
agraire de la Russie n'est rien moins qu'un leurre.Nous all'ons
ie voir. Nous croyons bon d'insister sur ce fait queje collec-
tivisme agraire ou industrial ne peut avoir come cadre po-
litique que l'absolutisme, c'est-a-dire le despotisme. C'est
deji une cause de decadence certain, Btant donn6 I'absence
de liberty. Effectivement, la Russie tsariste a toujours `c.u
dans une decadence chronique come un grand arbri dess6-
ch6 par le manque de rose bienfaisante. La liberty et la
justice pouvaient, seules, vivifier ce grand organisme. Au der-
nier moment, les gouvernements anglais et frTinais, qui pou-
vaient bien voir ce danger, prodiguerent, par l'intermidiaire
de leurs ambassadeurs, discrtetnent, conseils sur conseils au
Tsar Nicolas II. Hl6as! leurs voix ne furent pas 6cout6es. Un
simulacre fut cr66, la Douma, espece d'assembl6e national
sans resort profound, qui ne pouvait suffire k amortir la ca-
tastrophe prochaine.
Voici la grande guerre de 1914 1918. En 1917, le regime tsa-
risme s'6croule et le bolch6visme entire en action pour r6ali-
ser ses fins par la dictature du proletariat. Ici, le proletariat
n'est qu'un tremplin pour hisser quelques audacieux et cer-
tains illumin6s qui ne feront que prendre la place du Tsar,
de ses courtisans et de ses fonctionnaires. Au fond, c'est la
meme autocratic, la m6me tyrannie, le m6me absolutisme,
le m me despotisme, le m6me terrorism. Rien h'a change,
si ce n'est le nom. Le present n'est'que le passe sous une
autre etiquette avecd'autres acteurs ayant la meme Ame a deux
aspects, despite et esclave. Nous sommes maintenant en
Urse, U. R.R S., Union des R6publiques Socialistes" Sovi6-
tiques. Le system se maintient par sa masse : c'est un poids
lourd qui n'a pu trouver un point d'appui que par son gtos
volume.








Cette masse 6norme, repli6e sur elle-meme, a pu coutinuer
a vivre en vertu de cette vis midicatrix nature, sorte de d6-
fense physiologique qui maintient pendant longtemps les or-
ganismes malades. Le bolchevisme a pu triompher et se main-
tenir parce qne les moujicks avaient Wet trop maltraites par
le rgi me tsariste; ils se sont aocroch6s au premier, venu qui
se presentait come leur sauveur. Cette doctrine prol6ta-
rienne basee sur la haine, la violence et la destruction, ne pou-
vait q 'attirer ces malheureux qui avaient reellement trop
souffert et qui 6taient si aigris a cause de cela.
Ce n'Otait pas une doctrine de refornes sociales, mais un
programme purement rxvolutionnaire et sectaire qui devait
renverser tous les gouvarnements du monde, d'apres la de-
claration meme de L6nine. Le cadre politique appele ( so-
viet)) est conforme au mot qui signifie assemb!6e d liberante.
Le Soviet est un corps de camarades parce que ses promoteurs
n'avaient jamais recu une education raffine ; il correspond
. la formation social rudimentaire de ses chefs. Autrement,
c'efit Wt le tsar et ses courtisans sous d'aures noms. Au point
de vue de la function politique et administrative, le.Sovi6-
tisme ne se differencie pas du tsarisnie; c'est le terrorism
en action. Les acteurs seuls sont changes. 1Us portent la blouse
au lieu d'un brilliant uniforme,.mais I'ame est la meme, r6si-
gnee ou rivolt6e, courtisane ou nihiliste, plut6t 16g6re dans
son.dedoublement Enigmatique. Pensez done: le budget qui,
en 1f93, 6tait d'un peu plus de trois milliards de roubles,
s'est .levd en 1930 h 27 milliards, soit neuf fois plus. Lescom-
missaires du proletariat ont bel app6tit et ne se font pas prier.
Une parties de cet argent va naturellement a la propaganda
communist pour la destruction de tons les gouverments, le
reste est gloutonnement dhvor6 par un fonctionnarisme 6coeu-
rant, qui forme une sorte de capitalism d'Etat, pire et plus
insolent que le capitalism ordinaire.
Aussi, un barrage fut vite construit dans chaque pays pour
empecher l'invasion d'une doctrine aassi retrograde qu'inin-
telligente.Seule, la Chine, venue trop tard a la civilisation, s'est
laissee gangrenet ce qui l'a paralys6e dans la voie du
progres.
Rien ne revele mieux l'6tat chaotique de I'U. R. S. S. que
cette appellation d'un voyageurfclaire et competent, M. Victor
Boret: paradise infernal...
Nous n'avons commis aucune exag6ration en disant que
tsarisme et bolchevisme s'identifient surtout par I'absllutisme
qui est le meme par sa cruaut. 11 faut montrcr la psycholo-
gie qui se cache derriere l'Histoire. On consider g6nsrale-
ment Pierre le Grand come le plus grand des Tsars. Or,
pourles Russes d'avant et'd'apres 1917, aussi bien sous le
regne des Romanov que sous celui de L6nine et des bolch6-
vistes, c'est Ivan le Terrible. le premier tsar, qui a toujours
tenu dans dans l'apinion la premiere place. Et ce premier
tsar fut un tyran si monstrueux que la legende meme a peine
a le concevoir. Cela est si paradoxal que de lI est n6 ce pro-








verbe qui.dit: ( Esclaves et Slaves ont besoin d'un tyran
pour les gouverner.) voil- la vraie psychologie du peuple
russe; elle demontre que ce people est bien loin de son salut,-
car I'exaltation mystique de la tyrannie sanguinaire est un
signe de d6cheance morale inve6tr6e. Cela prouve enfin que3
tsarisme et bolchvisme se confondent dans une arrieration
mental et..sociale don't l'effacement demandera quelques
siecles de peintration de la civilisation occidentale, car la
mentality d'lvan le Terrible date de plusieurs siecles.
Nous constatons un phbnomene psychologique pareil en
Haiti: I'exaltation de nos pires despotes du passe forme:
comrne une mystique racial et politicienne qui retardera de
longtemps encore l'avancement de notre malheureux pays,.
car elle constitute un symp6me de d6generescence pr6maturie
qui frise I'inconscience... surtout chez la plupart de nos intel-,
lectuels toujolrs si illogiques et si imprAvoyants qui menent
cette sarabande saugrenue et ridicule et donnent ainsi un bien
triste.spectacle devant une occupation 6trang6re.
Maintenant, apres seize ans d'enquetes sur une vie trop agi-
t6e, la luiniere commence a devoiler certaines tares irr6m6-
diables, qui r6velent l'impuissance du sovietisme. Au point
de vue. 6conomique, les soviets ne peuvent rien faire par eux-
nmi es: apres seize ans, ils sont obliges de recourir au service
de technicians strangers, anglais, allemands, americains sur-
tout; tout le materiel agricole et industrial est import6..
Certes, avec le temps, cela cbangera, assurement, puisque
le sovi6tisme, apres avoir kt6 si agressif, a 6t6 oblige decom-
poser avec les necessitds qui ont motive le progres general
de I Huinanit6. Ce changement sera d'abord et surtout.une
mniodification agraire, conform aux vrais interits des moujiks
qui avaient esper6 cette amelioration et commence a se jeter
avec avidit6 vers le morcellement des terres.
Lenine s'6tait meme laiss6 fl6chir, et reconnut par une indif-
f6rence calcul6e I'inviolabilit6 des propriet6s partages. Cette
detente dura buit ans, et I'Etat Sovi6tique, nous dit M. Francois
Porch6, done alors le spectacle d'un gouvernement commu-I
niste qui, officie;lement, par opportunisme oulplut6t par n6ces-
site vitale, se plie aux rggles bourg-oises.
Mais apres sa mort, Staline, I, nouveau tyran proletarien,
r6prime cette tendance naturelle des paysans a posseder la
terre en proprietaires exclusifs. La propriety individuelle,
don't la l6gitimit6 6tait reconnue la veille dans l'ordre des pe-
tites-exploitations rurales, se voyait de nouveau condamnde.
La guerre fut faite aux paysans inddpendants, aux koulaks,
Une nouvelle guerre sociale d'un genre inusit6e tait declen-
cliee, les paysans fuyaient pour 6tre le plus souvent tues par
les sentinnelles des frontieres. Le vieux mir, c'est-k-dire le
collectivisme agraire. fut maintenu et consolid6 par I'autocrat
tie sovi6tique. Cela 6tait facile, parce que c'6tait une tradition
mill6naire, propre a la Russie, tradition qui, par les r6p.er.
cussions sociales du regime absolu, etait en retard d'au-moins
deux siecles sur la civilisation occidental. Le amir n'est








pas un article d'exportation, quoi qu'on dise.. Les figures
tires de l'histoire naturelle par les vieux socialists qui
avaient mogtr6 le bonheur des insects, par la vie collective,
6taient reprises: les fourmis, les abeilles, les termites qui pra-
tiquent le regime communism etaient si beureux! Le com-
munisme agraire russe 6tait done I'id6al. 11 fallait imposer
au monde cet id6al et faire le bonheur de l'humanit6 malgr6
elle..
Les neuf-dixiemes de l'Humanitd eurent heureusement l'in-
telligence de prendre la precaution de repousser ce cheval de
Troie, et le sovietisme est oblige de cuire dans son jus. 11
semble que ce jus, excessivement chauff6, le brile, puisqu'il
ne peut pas se passer du temperament cberch6 au dehors chez
lts camarades bourgeois et capitalistes sous la forme d'un
concours technique et financier. Ces jours-ci, le hasard faci-
lite beaucoup les soviets, car l'expansion d6bordante du Japon
inquiete certain peuples.
D'apris une recent enquete men6e par vingt-cinq archi-
tectes et'ing6nieurs fran~ais, la Russie sovi6tique vit come
dans un immense camp retranch6 ofi tout le monde est civile-
,ment mobilisable, sans toujours manger a sa faim et 6tre v6tu
suffisamment; ce vaste pays est en retard de deux cents ans
sur le reste d l'Europe; les Americains Ford et Young sont
en r6alit6 les vrais entrepreneurs des grands travaux prevus
par le plan quinquennal ; le rendement de I'ouvrier est assez
faible; les individus ne b6inficient pas largement du dcvelop-
pement kcondirique amorce par les technicians strangers; les
commiissaires du people fournissent un travail 6norme. (Le
"Mu.de Social, octobre 1935.)
Nous pensions con me le rapporteur de cette enquite. M. D.
Alf. Agache, que l'experience russe, vaste entreprise de vi-
visection sur une masse passive, doit 6tre suivie avec la plus
grande attention. Nous pensions aussi qu'elle doit 6tre surtout
guivie par des dco6omistes tres instruits qui, seuls, peuvent
voir ce qua' d'autres ne regardent pas assez. Car 1'ex.perience
russe estun problBme surtout 6cononmique, et non une affaire
sentimental ou po!iticienne. 11 s'agit surtouf de constater que
le sovi6tisme, au point de vue politique et 6conomique, 6qui-
vaut au tsarisme qui gouvernait par I'absolutisme. Cela sufit
a notre thlsc.
(On ne saurdit meconnaitre, nous dit M. Pierre Gaxotte,
I'influence grandissante prise, par le mirage sovietique. Pour
beaucoup dejeunes gens qui,,sortis d'une grande cole, ne
trouvent, apres des annees de travail, que des places mis6-
rablement renumdrds et qui n'apergoivent devant eux que les
avenues soigneusetment barricades par leurs aines, leurs
peres, grands peris et arriere-grands-peres, tous crampon-
nts au travail, le communism se, presente comme une solu-
tion, une solution mauvaise, dure, humiliante, mais une solu-
tion. A qui a presque perdu l'espoir, qu'importe le saut dans
le grabuge ?
SEt voilA le danger. Si le communisme se montrait tel qu'il







est et tel que l'esp6rent ses veritables adeptes, il ne compor-
terait pas grand peril pour la collectivit6. Je dirais m6me que
I'existense d'un parti rdvolutionnaire est souvent utile pour
rappeler les privildgies du sort A leurs devoirs et A la modes-
tie. Mais le danger est multtpli6 par 1'6quivoque qui faith
de 1'URSS, pays de dictature policiere, le rempart de la de-
mocratie; de I'URSS, avide et intrigante, la garantie de
la paix ; de I'URSS, constamment dfeue dans ses ambitions,
chaotique, paperassiere, et impuissante, le riodnle et le
triomphe de la technique; de 1'URSS, paradise des capitalistes
strangers, la patrie du proletariat; de I'URSS, pays des res-
trictions, pays sans crise.
A I1 imported de dissiper ces faux semblants. Uu certain
nombre de journaux don't les attaches avec la grosse indus-
trie sont connues poussent A l'alliance sovietique dans I'es-
poir que leurs patrons front en URSS de bonnes affaires.
Cornme les clients douteux, les Soviets payment leurs achats
au prix fort. Quelle aubaine ce serait de leur vendre rails,
poutres, wagons, munitions, obus, fusils, masques, tanks,
autos et le rest Qu'importe si pour solder leurs fournitures.
les Soviets doivent baisser leurs salaires ou multiplier les r6-
quisitions I De la le ton pinc6 de certain grande feuille bour-
geoise pour parler desormais de la Pologne et du Japon,
de la les correspondances quasi quotidiennes de la tnme
feuille sur le tourism en URSS; les barrages de I'URSS,
les 6goifts de 1'URSS, les musees de I'URSS, I'aviation de
F'URSS! Ah! come ce concert est bien orchestra Comme
il nous rappelle les douces. symphonies d'avant-guerre, au
temps du Transibdrien et des emprunts tsaristes!
L'attitude de certain milieux financiers et de certain trusts
a I''gard des Soviies prouve ine fois de plus.que les sans-
patrie ne se trouvent pas seulernent dans la rue derriere des
drapeaux rouges, mais encore dans de confortables chAteaux
et a !a tete de respectable fortunes. Encore les derniers sont-ils
plus dangereux que les premiers. (1)a (Pierre Gaxotte dans
< Je suis Pa'tout v du 25 aout 19.4.)
Lav6rite n'est pas toujours facile Aglaner en URSS ; il y a
eu tant d'enquttes trutques et commanders, qu'une discrimi-
nation exacle ne pefit parfois etre obtenue que pir surprise.
L'inforrnation suiiv:ante sur le b6 donn6e par M. Leon Bailly
n'est pas contesl:ble: L'an dernier (1933) le prAsident du
Coaseil norvezien. le Dr Mowinckel, appelait I'attention de
Ia S. D. N. sur la famine s6vissant en Russie, et qui decimait
des nilliers de victirnes. Bien eutendu, Moscou niait. Mais des
(I) On comprend sans peine alors l'admission de 1'URSS A la S.D.N-
Victoire du-capitalisme L'URSS n'etslelle pas le paradise des-capita-
listes strangers ? Comprendra qui voudra... On n'a qu'A attendre le r-
sultat qui ne lardera pas A venir...Cette victoire du capitalisme peut bien
4tre son suicide. Suicide tris opportun, car le capitalism doit mourir
de sa belle mort et n'a.plus de place dans l'ordre nouveau qui s'organise
et qui n'admet plus de profit que comme dqiiralent reel du salaire.
L'Etat qui est un gros capitalist, l'lndustrie et le Commerce verront,
par la force meme des choses, leurs budgets evoluer dans ce seas.








t6moins dignes de foi avaient constatd le mal. Ainsi l'ingenieur
autrichien Basseches, qui, documents surplace, ne craignait pas
d'6crire a son journal, la Neue Freie Presse : (La c llectivisa-
tion du ble a eutraine le sacrifice d'autant de victims qu'une
grande guerre.
S(Or. la rcoolte de 1934 n'annonce pas un meilleur rendenent,
Cette fois la Russie dut avouer elle-nimme. Mais il lui faut
veiller avant tout a ce que lesgrandes villes et les centres ou-
vriers s)ient ravitaill6s, car leur rdvolte bien plus que celle
des paysans mettrait en danger la solidity du regime. Aussi
Moscou, de I'aveu nine des dirigeants, fail r'tfler le bid chez
les producteurs de l'Ukraine sovidtique et des autres regions
agraires de 1'Union, et ainsi condamne les producteurs a mnou-
rir de inisere et de faim. Des protestations ont ete forinules
la-dessus par les chefs de diverse 6glises, par \e cardinal de
Vienne, par l'archev6que de Cantorb6ry, lequel, en portant la
question devant la Chamnbre des Lords, le 25 juilletdernier( 1934)
a deinand6 que I'admission de la Russied Gendue fut du moiil
subordonnde d une pronesse formelle de cette dernidre qu'elle
renoncerait d affamer ses populations rurales. Inutile de dire
qu'aucune suite n'a W6t donnee a ces plaintes. (L'rntransi-
geant du 18 septembre 1934.)
Le Pr Pierre Mauriac,doyen de la Facult6 de M6decinede Bor-
deaux et le Pr Edinond Delage, de 1'Ecole de guerre navale,
revenant en septembre 1935, d'un voyage en URSS, ont d6cla-
rd qu'on ne p6netre que tres difficilement la vie du pays et que
I'on. ne voit que ce que l'on veut bien vous montrer. Ils furent
degoath d'avoir vu leur liberty dimihnue.(Le Jour,8 septe n-
bre 1935.) Aussi, inalgrd la publicity, le tourism des Soviets
n'est qu'une exhibition camoul'le.
L'entr6e, par la grande porte, de I'URSS a la S. D. N devait
6tre, an pralablle,conditionn6e par des garanties qui empeche-
raient la propaganda bolch6vique de s'infiltrer insidieuseiiint
dans les pays qui n'en veulent pas. Le sovietisiie est contr:iire
a la civilisation s6culaire fondue sur la Libert6 et la Justice il
est issu de la r pgression g6ndrale cause par la derniere grande
guerre.Provenant de la lutte des classes,il a cr66 cette inonstrtio-
site de classes nouvelles surgies du sein du'protetariat.Son evo-
lution sans frein a about A'la faillite des premiers principes.
11 est curieux de constater le'revirement du sovi6tisrne qui,
aprbs avoir accabl6 d'injures la S.D.N., fit des supplications
pour y entrer et finit par en devenir nembre. C'est la deuxieme
faillite.Il n'y a plus a critiquer cette admission puisque la Rus-
sie de Staline 6volue delib6rrnent vers le liberalisme depuis
la fameuse nouvelle Constitution publide en d6cembre 1936.
Troisieme faillite. L4nine et Staline sont d~4'. des ennemis de-
vant l'histoire.
N'ayant pas Rtd conditionn6e par I'interdiction absolue de la
propaganda de guerre social qui est le fond du communism,
I'entr6e a la S. D. N. l'a accentude. Le regrett6 Louis Bartbou
s'est'mis a la tete de cetteentree ;lillen a 6te la premiere victim.
La grande desorganisation du monde, consequence partielle








du sovidtisme, est un peu la cause du double assassinate de
Marseille.
Ce sont ces raisons d'ordre et de civilisation qui avaient
porter le gouvernement suisse a voter centre I'admission Rans
condition de I'U.R.S.S. la.S.D.N. Aujourd'hui, depuis la con-
qu6tesauvage de l'Ethiopie,depuisles inalheureux 6v6enements
d'Espagne, oq les dictatures fasvciste et naziste ont dsorganis6
la paix mondiale et indign- la conscience universelle, on ne
paut plus en vouloir a la Russie sovi6tique, car elle a faith l'e-
quilibre des forces ideologiques. La presence de I'URSS est
donedevenue utile iaaS.D.N.,d'autantplusqu le marxisne pri-
mitif de Lninevient d avouer sa faillite par son evolution mar-
quee, avec Staline,vers la democratic, et puisque,en definitive,
la S.D.N., pour Wtre reellement opdrante, dolt devenir une ligue
universelle. Louis Barthou avait done raison et nous apparait
maintenant comrne un martyr aureol1,.. II est m6me probable
que le successeur de Staline soit un vrai libral...,
Que la Russie sovidtique produise du bl6,beaucoup debl],etc.,
cela ne peut 6tonner piisqu'elle en produisait autant sous le
regime tsariste. Argumenter ainsi, c'est mal poser le problene.
Avec un immense materiel humain d'anciens serfs, presqu'es.
claves avant come apres 1917, cela estnaturel. LA n'est pas
la question.La question essentielle est de savoir si avec un re-
gime liberal, le people russe n'arriverait pas A poss&der un
meilleur standard de vie et a obtenir un rendement agricole,
industries, social, scientific ue, intellectual beaucoup plus grand.
Voila tout.Qie les economistes etles sociologues r6pondent...
Des voyageurs simplement lettrds ne suffisent pas et ne con-
viennent pas.
En attendant, prennns le rendement de froment par hectare:
nous voyons a cot6 rde la Russie sovietique qui, avet les puis-
santes machines amri'icaines donne 8 quintaux, les pays a re-
gime liberal doiner: Etats-Unis 11, la Belgique 23, le Dane-
mark 26, la France 14 1/4, la NorvBge 14, les Pays-Bns 25, la
Pologne12, le Royaume-Uni 20, la Suede 17, la Suisse 20. (.4n-
nuaire Statistique de la Societ6 des Nations, 1932-33.)
Quantau fameux.plan quinquennal,,devenu plus tard le plan
de quatre ans,c'est uin plan d'industrialisation force de collect.
tivisation agricnle genC rale, applicable au pays tout entier ; it
a deja fait faillite; ce fut, dans lapratique, unenouvelle terreur
qui a maintenu la grande misrre deja existante. Apres seize
ans de regirne coinuniste, des provinces entieres sont redui-
tes i manger de 'herbe, de la sciure de bois et la chair des
marts, afin de pouvoir grossir le chiffre des exportations. De pa-
reils rdsultats condamnent irrmeddiablement le regime. Certes,
des efforts ont 6te faits,mais des efforts desordonn6s contraires
a la raison 6clairee par I'exp6rience.Le rendement des magni-
fiques tracteurs aminricains est mediocre parce que lespaysans
travaillent sans entrain. Leurs sentiments particularistes sont
ktouff6s,mais non d6truits.Leur besoin d'ind6pendance estplus
fort que le fetichisme marxiste. Beaucoup d'ames g6n6reuses
veulent caller au secours de tant de miseres. Mais le gouverne-







ment sovietique declare qu'il n'a besoin de rien. Comme le
disait M. Rend Pinon dans la Revue des Deux Mondes, l"expB-
rience est conciliate : c'est la faillite du marxisme integral,
la d6bandade du socialisme universal.
La longer duree du sovietisme ne peut pas 6tonner ceux qui
connaissent I'histoire de la Russie. La terreur sovi6tique peut
durer aussi longtelups que le tsarisme qui s'est maintenu pen-
dant des sidcles. L'esclavagede la race noire,6tait depuis long-
temps aboli que le servage existait encore. Des siecles de des-
patisine abrutissant et accentua avaient fait dire .Catherine 11:
( Le servage est fond6 sur un principle honn6te, 6tabli par des
animaux pour des animaux. ) Cette reminiscence donne le bre-
vet d'6ternite ausovi6tisme don't la faillite est fatale, en consi-
ddration des buts vis6s qui devaient d6passer le statute vital
des nation; liberales. Faillite semblable a cell du tsaris -ii n
qui ne fit qu'un pi6tinement seculaire. 11 n'y a aucuin diffe-
rence entire le moujik de 1935 etcelui de 1900 ou de 1800. Fait
curieux: Staline a fait effacer des rues de Moscou les noins de
tous lestsars, ex,.eptd celui de Patrovka, qui s'apparente le
plus a lui par sa fdroce tyrannic.
(( I existed encore,nous dit M. Maurice Rondet-Saint, Directeur
de la Ligue Maritine et Coloniale. dans ses Notes de voyage en
1934,ptrini les Russe td'aujourdhui des gens n6s d'esclaves sur
qui les iiaitres ivaient droit de vie, de mort, de knout et de
vente. C'est de cette mnsse amorphe d'humains-bdtes de
some, ne connaissant de la vie que le dur labeur, ia mi-
sere et la peine, -de cette sueur dolente que sont sortis. Die'i
seul sait au prix de quelles impitoyables duret6s, ces accu,'u-
lations insens6s de tresors st6riles, ces palais don't le l.ce
faitfr~mir, Versailles, cette orgie d'opulence chez lacaste res-
treintedes privilegiGs. Cot anticldricalisme qai s'est manifes-
td des le d6but chez les rivolutionnaires,n'est pas autre chose
qui'une reacti,' inevitable centre tant de siecles d'oppression,
de misere et d'abus supports par la masse. )
Tous les voyageurs s'accordent siir le caractere propre de
I'iinnonse masse russe, fait d'inconscience, de passivity, d'a-
inoralit6 mnno, tous caracteres typiques d'inf6rie rit6 qui inter-
disent de lii attribuer une Ame collective. Comme sous les
tsars, le in n)jik est anainti par son propre gouvernement, a la
m aniere deShylock: (Celui qui grattelesol,quinourrit lepeiple,
mais qui veut rester libre dans son effort, est systematiquement
an6anti, a la minute precise ot il doit etre recompens6 de cet
effort, il ne peut m6me pas estimer jusqu'b quel point il sera
6cras6. Car les conseils des ministres de ces r6publiques so-
vidtiques pr6tendues autonomes--les sovnerkomns-ont.le
droit de forcer a leur guise, de 50 0/o ee monstrueux impot qui
s'ajoute a 1'imp6t. Pour bien maiquer son mdpris des libres
paysans, le gouvernement soviltique libere du surimpot les
magnats desfermes collectivistes.) VoilB le dernier d6cret de
Staline. ( L'Intransigeant, 8 octobre 1934. )
De I'enquite de M. H. R. Knickerbooker en URSS (1935),
nous extrayons les gonstatations suggestives suivantes: ( L'E-
tat sovi6tique r6alise des b6ndfices, mais il ne les conserve






73

pas. Pendant ces cinq derniires annees, il a prelev6 des gains
si 6normes que le people a failli succomber sous la saignde
et pendant ces cinq dernibres annres, il a payB6 ses em-
ployes, c'sst-a-dire l'ensemble de la population, des salaires
inf rieurs h ceux qu'ils auraient recus des capitalistes parti-
culiers les plus'dgoitses.
( Le plan quinquennal privait la population de nourriture,
de vdtements. (t m~me de toit, et einployait les b6n6fices &
acheter des machines... Et les souffrances ont 6t6 si grandes
que merne cette dictature impitoyable a dui reconnaitre que le
point de d6sespoir 6tait atteint.
les plus fortunes des paysans russes gagnent environ 8 cents
par jour, en plus du pain et des pommes de terre. Telle est
l'existence des paysans russes, et c'est pourquoi les ouvriers
des usines ne veulen; pas entendre de retourner a la ferme.
(( Le fermier collectivist travaille davantage, fournit plus et
reeoit moins que tout autre citoyen dans la premiere rputbli-
que des Ouvriers et des Paysans... Le Paysan qui a lutt6
pour conserver salibert6 etsa propriWte individuelleest battu.
(( Le gouvernement n'en prit pas moins ses c6reales, et
personnel ne connait le nombre de paysans qui moururent de
faim,.. Cci representerait environ cinq millions de victimes...
II faut estimer que trois millions d 'tres ont ete victims des
inesures prises centre les koulaks. ) Soit huit millions d'bom-
ines de d6truits en un space de cinq ans.
Voici maintenant les beauties de I'6tatisme dictatorial.Legou-
verneinent vend a une [erme uncamion de 500 dollars pour du
grain valant 1.088 dollars a 1'6tranger, mais seulement 100 dol-
lars eq Russie.Cette operation qui se rpe6te des milliers de fois,
d6montre les difficult6s de tresorerie des Soviets et l'exploita-
tion f6roce don't sont victims les pauvres moujiks. II est
maintenant reconnu que, malgr6 cette dictature infernale, le
but principal de la collectivisation qui etait d'augmenter le
renderent par acre de terrain, n'a pas 6te atteint. Tous les
chiffres truqu6s ont Mt revises par les experts agricoles 6tran-
gers. La recolte de 1933 6valuee a 89.800.000 tonnes, salute
come la plus 6lev6e de I'histoire russe, doit 6tre reduite a
70.200.000 tonnes, Le rendement par acre a done diminu6 en
1933 et 1934, et ce rendement, sous le systeame collectif, se tra-
duit par 15 /o de moins que sous le regime tsariste qui don-
nait d6ja comparativement un taux rmoyen inf6rieur.
Plus loin, nous'dirons comment les Soviets ant r6solu la
question du ch6nage par le massacre de plusieurs millions
d'hommes. Maintenant, la faillite du sovi6tismeest complete,
en ce sens que ce marxisme s'est metamorphose en un v6ri-
table capitalism d'Etat, qui a fait surgir des maintenant de
nouvelles classes qui, dans quelques ann6es, ressembleront
fort aux divers compartments de la sociMt6 bourgeoise. Joseph
Staline est devenu le plus puissant capitalist de l'URSS,
maitre des vies et des biens, comme I'6taient les tsars de
toutes les Russies d'autrefois. Ce capitalism d'Etat, vraie







fonctionnarisation collective, n'a fait que, multiplier et am-
plifier tous les vices du capitalism priv6, que le liberalisme
modere dans un sens ou dans un autre.
Joseph Staline est maintenant un gros bourgeois a qui les
gaffes d'Hitler donnent un regain de verdeur ; ii est adule par
les pays bourgeois qui s'en font un tampon contre les convul-
sions nazistes, come au temps de la Sainte Alliance. Staline
est aussi un malin comme tous les bourgeois capitalists ; il
fait payer bien cher son amiti6. L'6pargne francaise sera obli-
gee de se saigner a blanc pour revigorer 1'conomie sovieti-
que; elle sera encore payee en monnaie de singe, avec le coup
de piedtraditionnel qui sera la guerre civil, car maintenant
les communists frangais, don't I'inconscience est infinie, au-
ront beau jeu. Ce sera tout profit pour Hitler qui trouvera un
bon terrain. Hitler et Staline se donneront les mains en riant
sur le dos de la pauvre France qui n'y comprend rien, ne
se doute de rien.
Tous ces tiraillements internationaux aideront, certes, les
Soviets a durer dans leur economie der6glee, qui ne connaitra
pas de vrai progres, c'est-a dire une elevation materielle et
morale du people russe: Ce sera toujours la stagnation, come
au temps des tsars. Rien n'aura 6,t change. Patrovka sera
implement ressuscit6 en Staline.
Le regime revient a l'individualisme dans tout, mime pour
les enfants. On les laisse davantage aux parents, a qui Ie droit
de punir a 6et rendu i la suite d'un incident qui a fait grand
bruit dans la presse russe. (Emile Schreiber, L'Illustration,
17 aoilt 1935. )
Enfin, les derniers voyageurs qui ont tde en URSS ont rap-
port6 l'impression que la bourgeoisie est en train d'y renaltre
et que le cornmunisme pur est a nmoit6 mort. Tant mieux, si ce
n'est pas un trompe-l'eil pour drainer l'argent dueapitalisme.
Cette petite conversation termerait avec esprit ce regard
p6netrant sur I'URSS:
((Reteur de Russie, une discussion se poursuivait entire deux
personnalitss ayant accompagn6 M. Pierre Lavai a Moscou
en avril 1935.
a -En some, disait l'un, ces gens-la ont admirablement
developpe leur pays Ils sontles veritables hbritiers des tsars
batisseurs de l'empire russe: Pierre le Grand, Alexandre...
a- Oui, repondit I'autre, a pen pros come les anthropo-
phages qui disaient avoir du sang anglais dans les veins,
parce qu'ils avaient mange le capitaine Cook. (Le Jour, 24
mai 1935).
Et alors, on se demand pourquoi le people russe, adapt
a un regime jib6ral, ne pourrait pas faire beaucoup mieux,
comme nous I'avons deja prouv6 par 1'exemple du Japon qui,
apres avoir adopt la civilisation oceidentale avec son r6-
gime liberal, a pu d6cupler saproduction et prendre une ma.
gnifique position d'avant-garde dans le monde contemporain.
Tout le problmre est 1l. Nous attendons la reponse des 6co-
nomistes... des Bcononuistes de profession, de carriere, des
&conoitistes 6prouv6s.







Maintenant, retournons au- collectivisme agraire. Nous
avons vu que LUnine avait refuse le morcellement aux mou-
jiks qui devenaient trop ind6pendants sur leurs petites pro-
pri6tes, peasant que cette ind6pendance rurale pouvait me-
nacer l'omnipotence sovi6tique. Ce fait nous donne raison.
quand nous disons que le collectivisme agraire ne peut avoir
pour cadre politique que l'absolutisme. Les socialists sin-
cAres ne s'en doutent pas !
Que voyons-nous autour des Soviets ? C'est le liberalism
triomphant. La plupart des agglomerations sociales vivant
sur les contours du colosse moscovite, un peu Bloign6es par
censeqoent du centre infernal, se sont detachbes pour for-
mer des nationalities distinctes: la Finlande, 1'Estonie, la Let-
tonie, la Lithuanie. Ce sont quatre petits peuples hbroiques,
profondement attaches a leur particularisme qui leur a per-
mis de lutter constamment contre la force qui les enchai-
nait: ( C'est un miracle, nous dit Monsieur Maurice Bedel,
dans une conference qu'il prononqa le .15 mars 1933 h l'Uni-
versit6 des Annales. C'est le miracle de cette passion de la
liberty don't il semblait, jusqu'a une 6poque recente, qu'il ani-
rfit a lui seul la plupart des actions de l'homme. A l'heure
ofi cette passion est an d6clin dans une bonne parties de 1'Eu-
rope, il est bien 6mouvant d'avoir t la ce6lbrer ici en cel6-
brant quatre petits peuples qui s'en sont faits, depuis la nuit
des temps les champions hbroiques... Un des hommes les
plus fins et les avises de notre temps, M. Abel Bonnard,
dcrivait dernierement cette phrase toute pleine de v6rit: a Si
l'on considere l'histoire de l'Europe dans une certain 6ten-
due, on ne peut manquer d'admirer combien les petits Etats
ont favoris6 le d6veloppement de ce qu'il y a de plus haut
dans I'homme et l'on s'apergoit qu'ils ont parfois, bien plus
que les grands, servi la civilisation veritable. )
C'est vrai, cela tient sans doute a ce que les petits Etats,
ayant beaucoup souffert du despotisme, ont pu plus profon-
d6ment appr6cier les bienfaits de la Libertd. Tous ceux qui
ont souffert de I'injustice out toujours trouv6 en eux, par
cette souffrance miine, les sentiments forts et dlev6s qui gran-
dissent et amiliorent I'Hunanit6. Tel est le casde ces quatre
petits peuples heroiques qui forment quatre r4publiques li-
b6raies qui d6fient avantageusement lIur aacien maitre abso-
lu et 6voluent dans la dignity, le respect et le travail ordon-
ne. Ces nouvelles r6publiques profondement p6ndtr6es du
sens de leur destinee, ont immediatement renonce au collec-
tivisme iusse auquel ils avaient kt6 soumis si longtemps et
ont pratiqu6 une magnifique reforme agraire qui a partage
entire plusieurs milliers de paysans )les terres considdrables
des grands proprietaires. les barons baltes. Et, a partir de
1920, apres tant de si6cles d'oppression, de baillonnement et
de d6pouillement, le paysan des anciennes provinces bal-
tiques pouvait allumcr sa pipe sur le seuil de sa mason, en
murmurant en lui-mmme ces mots qui sont parmi les plus
chers au coeur de l'bomme: a Enfin, je suis chez moi !).( M.
Bedel). Tandis qu'a deux pas, le moujik tratne une existence






S76


detestable, identique a celle qu'il menait sous le regime des
tsars.
Aux dates des 15, 16 et 18 mai 1934, if nous est'donn d'en-
registrer les tentatives reactionnaires instanrees en Lithuanie,
en Lettonie et en Bulgarie contre le riacme parlomentaire.
La liste des Etats a regime semi-dictatori:i! s'est done aug-
mente de trois unites. II n'y a Ik rion d'eiinn uit avec les acti-
vit4 occultes du sovidtisme, du fascisme ct du nazisme qui
veulent mettre le monde a feu el a sang afin de pouvoir 16gitimer
leur terreur. La conspiration contre le liberalisme fonctionne a
l'6tat aigu depuis longtemps, grace au desequilibre mondial
provenant des difficulties 6conorniques et de l'immoralit6
exasper6e apr6s la grande guerre. S'il faut examiner scien-
tifiquement tous ces faits, on ne peut que les considerer
comme une evolution sociologique regressive. La sociologie
connait ces reculs qui alourdissent la march de l'Humanite
vers le ProgrBs. L'etat de guerre est une des causes. Avec
1'exasp6ration du nazisme, on peut considerer le monde en
6tat de guerre chronique. Beaucoup de petits Etats sont obli-
ges de prendre leurs precautions en recourant momentan6-
ment a des regimes d'exception.
Nous avons deja parl6 de la Pologne et de la Tchbco-Slo-
vaquie quf se sont aussi d6tach6es des colosses moscovite et
austro-hongrois pour mener leur existence historique sous la
forme de deux nouvelles autres r6publiques liberales. Elles
aussi ont fait une belle r6forme agraire qui a distribu6 aux
paysans la plupart des grandes propri6tes de la noblesse.
En attendant la reponse des 6conomistes, ces faits nouveaux
et r6cents qui se sont accomplish tout pres des Soviets et sur
un territoire qui leur appartenait, temoignent hautement en
faveur du postulat de Montesquieu et font voir que le jour
oi le people russe voudra s'adapter a un regime liberal, il
connaitra une serenitl et une prosp6rit6 jamais connues dans
son bistoire, quelles que soient les ditficult6s qu'il pourra
6prouver dans lastabilisation de cette nouvelle civilisation.
C'est a ce point de vue surtout:que l'exp6rience russe serautile
en d6montrant que tous les peuples sans exception ne sont
pas prosperes en raison de leur fertility, mais en raison de
leur liberty.
Nous attendons celte nouvelle experience qui, nous I'esp6-
rons, ne se (era pas attendre trop longtemps, car le sovi6tis-
me a change et voudrait taire des manours aux capitalistes
bourgeois de ia civilisation occidental, sans laquelle la Rus.
sie ne pourra rester -il le sent bien maintenant apres tant
de tatonnements meurtriers qu'une masse sans rayonne-
ment profitable ni a I'int6rieur, ni a I'exterieur.
Ce changement est n6cessaire, car semblable a Saturne
on aux ogres des contest de fees, la Russie devore ses propres
enfants; elle n'a jamais fait que cela par son despotisme san-
guinaire dans tout le course de sa tragique et monotone his-
toire. Que le people russe attended done ket espere, car il est
vraiment digne d'un meilleur sort.






CHAPITRE XII

DANS L'ITALIE FASCISTE

Nons avons fini avec la Russie sovi6tique, URSS, je devrais
dire Urse. Nous y avons vu que I'6conomie dirigee par ladic-
tature du proletariat a fait faillite. Voyons un peu ce qui se
passe dans I'Italie fasciste, autre regime dictatorial, moins
confus cependant.
En Italie, il y a la dictature, le despotisme, la terreur, mais
il n'y a pas decommunisme agraire, pas de terrorisme.ll n'y a
pas de plan industrial d'Etat comme en Russie et curtains
groupements 6conomiques sont pareils a ceux d'un pays libe-
ral, bien qu'ils se dirigent nettement vers I'Etat Corporatif :
c'est l'economie dirigee par la dictature autocratique. Cette
dictature est tout de mime un peu mitigee, quoi qu'en en dise.
Examinons ses effels au point de vue social et 6conomique.
Au point de vue social, e'est un reeul, il n'y a pas de doute,
et ce qui est plus plus grave, c'est un recul contraire A la belie
destined liberale que s'6tait forgee le people italien, guid6
par les deux grands lib6raux, Cavour et Garibaldi, deux ap6-
tres de la liberty des peoples. Vous savez comment a pris
naissance la nation italienne contemporaine.
Aprs .la chute de I'empire remain, ce:fut le partage, le dd-
memibrement qui, apres cinq A six siecles, donna lieu a une
foule de petites r6publiques urbaines, envahies de temps en
temps par les voisins. Apres la chute de l'empire de Napo-
leon ler, les Italiens, sous I'influence des iddes lib6rales ve-
nues de France, luttent pour l'ind6pendance et I'unite. Apre
les luttes niltipliss menees en grande parties par le grand pa-
triote liberal, Cavour, consider a just titre comme le princi-
pal fondateur de I'unite italienne, le royaume d'ltalie est fon-
d6. Cette tondation est done faite sur les bases de la liberty et
par deux illustres champions du liberalisme. Voila comment
I'ltalie actuelle a pris naissanoe avec des institutions liberales.
Avec une aussi magnifique origine, n'est-ce pas faire une
ceuvre anti-historique, anachronique, contraire A une belle des-
tinge jamais d6mentie par ene evolution digne et ordonnee,
que deramener l'euvre de Cavour a une dictature plutot hu-
miiiante qui renie ces deux grands createurs ? Nous allons
examiner cette nouvelle dictature selon les faits.
Tont d'aberd, nous devons reconnaitre que le regime fas.
ciste a pris naissace dans un moment de crise provoquee par
la ddsorganisation causee par la longue dur6e de lagrande
guerre. La propaganda bolcheviste profit de ce moment de
relichement pour envahir I'ltalie qui n'avait pas pris la prd-
caution de surveiller assez ses nouvelles frontieres. L'heure
etait propice au crime; le virus communist infecta I'Italie qui
format un terrain receptif. Les ouvriers,comprenant mal leurs
interets qui avaient et desorientds par les agents de L6nine,
faisaient graves sur grves ; opinion publique etait 6nervee
et inquiete...
Quand Monsieur Benito Mussolini parut en 1922 pour faire
uue euvre de redressement, tous les Italiens senses lui firent








bon accueil et accept6rent le nouveau regime qui se pr6sen-
tait avec le visage de l'union notionale par les faisceaux, ne
pensant pas que cette nouvelle direction, n6e dans une crise
et pour I'apaiser, pouvait 6tre definitive. La stupeur devint
g6nlrale quand on vit Monsieur Mussolini qui avait benefici,
A cause de cette crise, de la bienveillance g6nerale. s'instal-
ler a derneure avec ses coreligionnaires dans un system qui
n'6tait au debut qu'une force de police et qui Btait devenu
une dictature militarisee. Mais il etait trop tard: la place 6tait
deja prise, les b6n6ficiaires jouissaient de routes les faveurs,
le pouvoir 6tait conquis et consolid6.
11 ne nous appartient pas de juger la politique fasciste, c'est
I'affaire des Italiens. Nous voulone seulement exposer les
mauvais effects qu'elle a products au point de vue purement
Bconornique, dans l'angle du postulat de Montesquieu.
Le vrai criterium de I'avancement 6conomique d'un pays,
c'est la progression de son commerce extbrieur, qui est le
temoin de la plus grande some de ses efforts. Avant la
grande guerre, le commerce exterieur- importation et expor-
tation oscillait dans les deux milliards de dollars environ.
En 1931,apre dix ans de regime fasciste, la valeur du com-
merce exterieur arrive A peine A iin milliard de dollars,
soit une diminution colossal de 100 o/. Evidemment, la crise
6conomique 6treint tous ]espeuples et a fortement diminu6
les changes internationaux, ce qui rend la statistique com-
par6e.un peu relative. Mais une baisse de 100 0/o reste tou-
jours une baisse de 100 /o et indique. ne forte diminution de
la vie 6conomique.
Ensuite, I'6migration a un chiffre tres 61eve. Les 6migres
sont presque tous des ouvriers et des paysans qui fuient la
dictature. Les ouvriers italiens qui 6migrent en France, n'en
veulent plus repartir, parce qu'ils y vivent mieux. Ordinaire-
ment, une emigration qui provient d'une forte natalit6 n'est
pas dangereuse. Tel n'est pas le cas pour I'Italie qui, depuis
plusieurs anndes, connait la denatalite. Monsieur Mussolini
a fait des efforts surhumains pour y parer en favorisant &nor-
mement les marriages. Mais le fait existed, et tous ses efforts
led6montrent. II prend aussi des measures drastiques pour em-
pecher l'emigration.
La question du ch6mageinquikte beaucoup Monsieur Mus-
solini. Avec raison sans doute. Au moment de la march sur
Rome en 1922, il y avait environ cinq cent mille ch6meurs;
en 1933, ils sont plus d'un million. Soit une augmentation de
100 /o. Et ce n'est qu'un chiffre official qui, dit on, cache
-une plus dure r6alitO. Ces jours-ci, f6vrier 1934, les mau-
vaises langues dissent qu'on compile actuellement en Italte
cinq millions de ch6mevrrs, ce qui donne un chiffre approxi-
matif d'un ch6meur par huit habitants, proportion double de
cell des Etat.-Unis oh il y a un ch6meur par 15 habitants.
Comparativement au total de la population, l'Italie serait le
pays ayant le plus de chbmeurs. II y a une difference entire
le chbmage italien et le chbmage aniricain: aux Etats-Unis,








il provient surtout d'un abus du credit qoi a entralno la
surproduction sans 6coulement concomitant; en Italie, le ch6-
mage provient plut6t d'une restriction de la vie Bconomique
come consequence de l'asphyxie politique. Monsienr Musso-
lini veut combattre le chWmage par les grands travaux pu-
blics. Mais c'est un renmde qui coiite cher et que seuls peuvent
employer d'une facon continue les pays riches, comme 1'An-
gleterre et les Etats-Unis, a moins de faire comme I'Allema-
gne qui a fait d'immensestravaux publics avec des emprunts
rangerss qu'elle ne songe pas a rembourser.' Du reste, les
travaux publics exagdres engagent l'avenir et augmentent la
fiscalit6, quand justement le pouvoir d'achat est g6enrale-
mnent diminue. Le fascism a hypoth6qu6 a ce point I'avenir
qu'il ne peut r6gler avec ses entrepreneurs que par des traites
echelonn6es sur cinq ou dix ans.
L'agriculture est en parties dirig6e par I'Etat qui essaie
maintenant de collectiviser certaines regions: d'oi avec les
propri6taires une lutte sourde don't on ne peut pr&voir quelle
sera I'issue. Les fascistes dissent que la production du b16 a
augment. C'est ce que disent aussi les Soviets. Mais nous
savons qud ce sont des faits isol6s de l'enseinble qui est
an min.
Au point de vue commercial, c'est la degringolade. Fin fO-
vrier 1935, c'est la fermeture brusque des frontieres italien-
nes... pour la defense de la lire. L'ltalie se troupe en pre-
sence d'un deficit commercial croissant en d6pit des con-
tingentements deja en vigueur.Le deficit des changes avait bte
d'un milliard et demi en 1933; il atteint on 1935, presque deux
inilliards et demi. Le change italien, sans s'ecarter sensible-
ment du point d'or, rest lourd, et les course les plus has sont
enregistres officiellement depuis sa stabilisation. Le d6ve-
loppement du tourism ne sera jamais suffisant A diminuer
cette catastrophe commercial.
Voyons maintenant les finances italiennes. Le fascisme a
considerablernent augment la dette publique pour developper
son militarisme et faire de grands travaux publics qui 6blouis.-
sent les voyagenrs qui n'ont pas le temps- ce n'est pas non
plus leur affaire d'ttudier les dessous des phenomn6nes 6co-
nomiques. Aussi, la press fasciste parle toujours de grandeur
et de domination. On salt que tous ces travaux de luxe ont
el6 faits avec un gaspillage 6norme. L'exode des capitaux est
toujours-en augmentation, bien que la lire ait t6 stabilis6e.
Les six derniers exercices budg-taires se soldent par un de-
ficit de pres de sept milliards de lires. Le gouvernement fas.
ciste a df recourir a I'emprunt, et sa dette publique est pas-
see de 89 milliards 103. milliards de 1929 a 1934. (L'Intran-
sigeant, 25 janvier 1935 ). Aussi, les reserves nationals con-
naissent une inquietante diminution, que le Duce essaie de
contrecarrer par le d6veloppement du tourism et I'interdic-
tion aux Italiens de se divertir en excursions lointaines et cot-
teuses a l'6tranger. Simple palliatif.
Bien que 1'Italie dispose b J'6tranger de quelqnes soutiens,








il faut s'etonner de la hausse du taux de I'escompte qui a 6t6
relev6 de 3 A 4 0/o b dater du 26 novembre 1934. Cette me-
sure n'a pas seulement pour but de fortifier la d6fease de la
lire, puisqu'en neuf mois un grand milliard de lires d'or s'en
sont allies, c'est-a-dire 15 0/ des resources metalliques de
I'ltalie. Cette sortie d'or rev6t une certain gravity, puisqu'elle
entraine tine diminution des disponibilites mon6taires en ra-
menant le pourcentage de couverture a 22 0/o, l of statu-
taireinent il doit depasser 40 o/o. L'op6ration du taux del'es-
compte, pour classique qu'elle soit, n'en est pas moins un
symptOme d'anniie economique et financiere tres accentu6e.
Pensez done qu'en sept ans, les reserves-or et devises de la
Banque d'ltalie ont 6t6 amputees de 50 0/o et ramen6es de 12
a 6 milliards. C'est peut-etre ce danger imminent qui a fait
reflchir *l duce, toujours si exalt6, et l'a porter a changer
d'attitude envers la France, dans les bras de qui il s'est jet6
avec un soulagement manifeste. Pour M. Mussolini l'aide fi-
nanciere de la Banque de France n'est pas a d6daigner. C'est
peut-etre lI le secret du succes de Monsieur Laval. Pas d'ar-
gent, pas de suisses. La France aussi, sans doute, n'a pas et6
fichee de ce retirement, car le malentendu franco-italienfai-
sait pitie. En presence dunazismebelliquenx, I'amitie del'Ita-
lie est un bon gage de paix, meme s'il cofite cher, car la guerre
couterait plus cher.
Meme avant Ia bagarre italo-6thiopienne, I'argent 6tait tres
rare en Italie. Pour une population de quelque 44 millions
d'habitants, la circulation mon6taire est seulement de 12 mil-
liards 600 millions de lires ( environ 16 milliards 350 mil-
lions de francs). Engros par tdte d'habitant et en ramenant le
franc et la lire d lezur parity or, I'Italie dispose pour ses
changes d'un peu plus de cinq fois moins de monnaie que le
Franfais. ( La Journal, 22 mai 1935. )
Les faillites sont extr6mement nombreuses, dans une pro-
portion qui dclpasse celle des autres pays. On a tout Lait pour
les dissimuler. En 192?, au moment de I'arrivee du fascism,
il y avail 321 laillites par mois ; en 1930, il y avait 1200, soit
pres de quatre fois plus. Le symptome le plus grave, nous dit
Mr Georges Valois dans son livre si documenI6 sur ( lesfi-
nances italiennes public en 1920, est le nombre d'effets de
commerce protests et non pays a l'6chbance: en 1922, avant
le fascisme il y en avait 197 par cent mille habitants; en 1928,
il y avail 1864, soit 130 o/o en plus.
Le stabilisation de la lire a 6te faite dans les conditions arti-
ficielles qui en font une operation on6reuse pour I'economie
italienne.On dirait que ce fut un point d'orgueil pour Monsieur
Mussolini qui voulait produire un effet mondial favorable a
son syst6me politique. Cette stabilisation un peu paradoxale
n'a pas pu emp6cher la circulation monelaire de diminuer
considerablement.
Aussi, I'6pargne publique est devenue tres difficile en Italie ;
les dep6ts n'augmentent pas et sont plut6t stationnaires. Les
titres italiens ont subi une baisse entire 22 et 86 0/o.







En r6sum6, le bilan du fascism est une andmie 6conomique
de la nation italienne, accompagn6e de difficulties financieres
qui en sont la consequence directed. C'est 1a un jugement tir6
des chiffres et confirmed par.eux ; ils condamnent s6verement
1'6conomie dirigee par le fascisme. Comme Montesquieu avait
raison de d6finir le despotecomme un sauvage qui abat l'arbre
pour en manger les fruits. Le fascism devore I'Italie pour
conserver le pouvoir et en jouir. II est un fait que sous les
regimes autoritaires toutes les statistiques sont optimistes et
les graphiques deviennent proprement incroyables.
Nous ne pouvons en croire nos yeux en lisant cette d6peche
de Rome du 17 mars 1934 disant que Monsieur Mussolini, par-
lant a l'Op6ra devant cinq mille personnalit6s fascistes a
expos un programme de soixante ans en vue du d6veloppe-
ment interne et externe de I'Italie qui, a l'aide de ce plan
occupera la preminire place dans le monde au vingt et unidme
siCcle... K Nous avons devant nous du travail pour trois cents
an, n, a-t-il dit, en terminant.- Nous nous abstenons de qua-
lifier ce galimatias-programme, laissant ce soin au lectaur
qui ne pourra qu'en rire.
Que les nations libarales solent aux prises aussi avee cer-
taines dilficultis 6conomiques, c'est incontestable. Mais ccs
nations se redressent dans l'axe du libaralisme et continent
leur vie r6guliere et ordonn6e sans recourir aux moyens anor-
maux; leur redressement se fera graduellement et scienti-
fiquement. Tandis que le fascisme est un system de violence
qui ne peut se niaintenir que par la force et la contrainte,
cc qui ne suppose pas une continuation prolong6e, une vie
normn:le. On peut meme dire que c'est un system anti-scien-
lifique, car la science, c'est la measure, I'observation,- 'exp6-
rience.
Le fascism n'aurait pas di donner des r6sultats aussi de-
cevants. Quand on a confisqu6 ainsi la liberty d'un people n6
libre, on devient son oblige, on lui doit de grandes compen-
sations morales et mat6rielles. Quand il se fut accapare des
resultats glorieux de la R6volution de 1789, Bonapaite donna
a la France une gloire militaire et un prestige incomparable;
il r6pandit sur le monde entier l'Humanit6 de 1789, et depuis,
1789 n'a pas pu itre change comme une date fondamentable
de I'histoire de I'Humanit6. Mais Bonipar e 6tait un g6nie.
Quelles sont les grandes compensations que Monsieur Musso-
lini a donnies a l'ltalie P Nous n'en voyons qu'une: sa marine
militaire qui est la cinquiBme du monde, une marine qu'il me
pourra jamais utiliser, mais don't il se servira pour prof6rer
des menaces jamais extcutdes, des menaces qui ne sont quo
des inquietudes pour la paix du monde.
L'approche de la catastrophe qui devait le jeter sur la
roche Tarpeienne a fait passer M. Mussolini des menaces a
l'acte effroyable tant redout6 par tous les amis de la paix.
Asphyxi6 dans le cercle de fer de sa propre dictature, mena-
ce du fiasco le plus honteux que connaitrait 1'Histoire, plus
desopilant mille fois que celui de Primo de Rivera, M. Musso-








lini, foulant aux pieds les suggestions tres avantageuses de la
S.D.N., va porter la guerre en Ethiopie: guerre injuste et delo-
yale, guerre de simple prestige personnel, guerre comique et
tragique entreprise pour masquer la faillite total de la dicta-
ture du fascisme. II fallait cofite que coftte employer les cinqa
six millions de chomeurs par cette militarisntion intensive qui
a aboufi cette guerre stupid qui doit finir tot ou tard d'une
faqon desastreuse pour le people italien.
Si la Sociologie avait besoin d'uu argument pratique, d6ci-
sit, infaillible de plus pour d mnontrer la supr riorit6 du libe-
salisme, el!e le trouverait dans le fascism de M. Mussolini.
II n'y a pas de doute que si les institutions liberales du people
italien avaient 6t conservees, on n'aurait pas assist e ce
scardale international qui attriste l'Humanit6, et un simple
d6placement de la majority parlementaire e0t suffi pour dvi-
ter cette catastrophe, voulue sciemment par un hemme pour
masquer I'approche de sa deconfiture ineluctable. Un home
seul serait tomb6 du pouvoir, mais le people italien eit t6
beau par sa dignity, son bon sens et son 6quit6, aux applau-
dissements enthousiastes de toute l'Humanit6. II fautcroire
que le people italien est vraiment desempar6 pour subir uu pa-
reil enlisement qui lui a value la reprobation desneuE-dixiemes
de I:Humanit6. Le fascisme ne veut pas mourirseul il suscite
par des intrigues souterraines tous ces d6sordres regrettables
en Egypte; il excite I'Allemagne qui ne demand pas mieux,
et attendait, I'ceil august, le moment propice pour faire sa
guerre L elle, sCtre de l'encouragement negatif ou secret du
Duce qui lui dit au tuyau de I'oreille: Bouge done, tombe
sur cette France prudent, avant que I'Angleterre, occupee avec
moi, ait le temps de lui porter secours conform6mnent a sa pa-
role)). Pitoyable politique qui est celle de toutes les dictatures,
car toutes les dictatures sont 6goistes, envieuses, et voudraient
voir le monde a feu et A sang pour 16gitimer leur presence qui
fait rougir de h )nte l'Humanit6 entire. Pitoyable logique qui
voudrait qu' npres le fascisme l'ltalic retombe dans l'anarchic.
Ne sait-on p-ts rqte la dictature est la granrle pourvoyeuse du
d6sordre. L'i c-ituse la plus certain de I'anarchie, n'est-ce pas
la dictature ?
L'examen atltntif de I'histoire universelle d6montre avec
une evidence irriiuthble que neuf fois sur dix le deimon de la
dictature est le pr'decesseur ineluctable, le provocateur im-
m6diat du d6mon r6volutionnaire et est mille fois plas nefaste,
Ces deux demons politiques forment une paire de deux choses
qui vont ensemble par une n6cessit6 de circonstances. L'his-
toire volcanique du tsarisme et du fascisme le prouve avec
surabondance.
Come le dit si bien M, Lucien Romier: La liberty est la
forme raffinde de I'ordre. Elle est I'ordre qui s'6tablit *de lui-
m6me par le respect mutual des citoyens et par I'arbitrage
d'un pouvoir qui ne se faith le complice de personnel. La liber-
tB perit toujours avee l'ordre. Quand on la sent meuac6e, c'est
qu'il y a un desordre, m6me si ce d6eordre n'apparait pas







dans la rue, et m6me s'il se couvre des routines les plus con-
sacrees. )
Le fascism a cru d6couvrir une nouveaut6 sensationnelle,
I'Etat Corporatif, qui n'est que du vieux-neuf, comme ces
vieux m6dicaments qui datent de plusieurs si6cles et que la
vogue du moment ressuscite de leur linceul.Multa renascentur
qure jam cecidere, ecrivait le vieux poete 6picurien et scep-
tique, sans se soucier que cette formule pourrait s'appliquer
Sl'6volution de la Sociologie. En sociologie, on rencontre
souvent le retour a de vieilles coutumes que certain esprits
non avertis prennent pour une nouveaut6 et qu'ils pr6sentent
come leur creation personnelle. G'est un simple oubli qu'un
petit effort de memoire pourrait emp6cher de commettre. A
moins qu'il s'agisse de bluff.
Dans son recent livre si bien documents et inspire de vues
r6alistes: M, Pierre Jolly, deja connu par ses precedents ou-
vrages techniques et surtout par le remarquable ~ Traite des
Operations de compensation ), vient de donner l'essentiel
en cette matiere: La Mystique du Corporatisme. Cet auteur ne
se paie pas de mots. Dans un historique tres suggestif, il re-
prend la question a son origine, qui est la corporation mo-
yen-Ageuse. ll nous offre done l'impartial tableau de ce qu'a
ete en France la corporation depuis ses debuts jusqu'i la date
de 1791, oh I'Assembl6e Nationale la supprima, d'accord
en cela avec Turgot et Louis XVI qui quinze ans auparavant,
declarerent voir en elle l'un des plus grands obstacles d la
reg-Bnaration diu pays. Si la corporation a 6t6, en effet, a une
houre de I'histoire Pconomiqu6 de ]'Europe, I'instrument lt
inieux adapted aux conditions de l'6poque, il n'en rest pas
noins qu'elle eut, 4 la longue, come toutes les creations hu-
rn'ie.s, ses ni'fastes consequences, d commencer par le sacrifice
de l'intredt general d son int6redt egoiste, I'organisation de la
vie chore, I'espritde rivalite eclatant en interminvbles et bur-
lesques proces entire les divers corps de nmttiers.
Apres ce retour en arriere qui 6tait indispensable, M. Pierre
Jolly nous present l'analyse de I'idde corporatiste et de son
evolution au course du 19e siecle, et passant du domaine des
iees a celui des faits, tale sous nos yeux le dossier complete
des realisations contemporaines en Italie,'en Allemagne et
aux Etat-Unis.Au sortir de eet impartial examen, conduit hours
de toute poiitique et sur le plan de [I'conomie, sa conclusion
est que, sous l'un ou I'autrs de ses trois vi.ages, le corpora-
tismne nest encore qu'un denenir don't on ne voit pas l'abou-
tissement, mais qu'une chose des maintenant est sate c'est qu'il
consacre l'omnipotence de l'Etat, risque par ses rHglementa-
tions d'dtouffer l'activitM national et par sa classification
cristalisante des professions, tend d ossifier l'economie.
Pour M. Pierre Jolly, le salut n'est pas l&:'il est dans une
collaboration 6conomique s'exercant dans le cadre d'organi-
sations libres et non ltatiqnes, et qui se digagerait d'ine eco-
nomie non plus dirigde, corporative ou organisee, mais simple-
ment ordonnde faite de l'ordre dans les esprits et les intM-
rtts. (Armand Rio ).







1I semble que les dictatures modernes se caractdrisent
par un retour force, comme obligatoire, aux former sociales
archaiques qu'elles afflublent d'oripeanx modernes comme si
la dictature serait I'antitbhse de la civilisation et du progress
et constituerait une forme de la regression de l'espece hu-
maite. C'est un fait sociologique tries curieux h constater:
dans le passe, I'Espagne, la Turquie et la Russie; dans le
present, 'ltalie, I'Allemagne et I'URSS. N'est-ce pas la dicta-
ture qui a enlist la plupart des r6publiques sud-americaines,
don't plisieurs n'ont pu 6viter I'asphyxie anarchique que par
l'orientatiod vers un libiralisme plus ou moins mitig6.
Certes, la Latinite sera toujours reconnaissante a Monsieur
Mussolini d'avoir contribu6, en 1915, a amnener l'Italie a se
ranger du c6t6 de la France et d'avoir ainsi facility, de con-
cert avec le grand po6te d'Annunzio, la victoire plus rapide
des Allies qui representaient le Droit et le Progres.
Mais, d'autre part, I'Humanite ne lui pardonnera jamais d'a-
voir fait une guerre que le people italien reprouve dans un si-
lenceforce par la terreur et d'avoir essay de detruire I'une des
plus belles esperances humaines, 6panouie timidement, vivant
difficilement, apres plusieuas milliers d'ann6es d'6volution:
la Soci6td des Nations. Peut-on 6valuer I'immense intervalle
qui spare l'homme des caverhes de l'Assembl6e deGenBre ?
C'est tout cela que M. Mussolini a avili d'un cceur leger, entrai-
nant a sa suite I'ltalie, berceau de la Latinite, foyer cr6ateur
d'sne tradition qui format la plus sire garante do 1'Humanite.
Nous trouvons pleines de realism ces reflexions de M. G.
Bidault: ( Qui veut la guerre? Mussolini. Le p-uple italien,
qu'on nous dit enthousiaste, nous savons, nous savons, ce
qui s'appelle savoir, qu'il suit, constraint ou force, le dicttteur,
qu'il d6sapprouve la criminelle entreprise, qu'il attend la lib6-
ration. On dit de plus en plus haut que la dynastic r6prouve
l'aventure 6thiopienne. Je ne sais ce qu'il en est au just.
Mais je souhaite que ces .ruieurs soient fondues: je le sou-
haite pour 'ltalie et pour la maison de Savoie elle-m6me.
( Qui veut la guerre?. De toutes parts les journaux frangais
rdpondent: cet x qui parent de sanctions. Nous assistons, en
v6rit6 a un singulier spectacle :gvoila quinze ans que la France
parle de sanctions, qu'elle en reclame la rise au point, qu'elle
s'etonne de voir s'operer sans contre-coup les novations aux
traits. Aujourd'hui pour des motifs qu'on a tort de ntCsesti-
mer, I'Anglelerre se rallied a attitude que tous nos gouverne-
ments ont mainlenue depuis la paix. L'Angleterre adopted en
septembre 1935 la conduite que lesErancais--nationalisles au
premier rang exigeaient d'elle jour apres jour depuis des
annees. On reprochait au gouvernement de Londres de rester
impassible devant les manqu'ements a la parole donnee. Au-
jourd'hui qu'elle se decide a se prononcer pour I'ordre inter-
national en toute circontance,c'est un vacarme de protestations.
a 11 faudrait pourtant s'entendre. La France n'a pas souhait6
que I'application du Pacte d6butat par I'affaire ethiopienne.
Mais elle a fonde sa politique sur I'application du Pacte. En
changera-t-elle parce que le Pacte limited aujourd'hui les ambi-
tions qui ne la contrarient pas directement? Elle peut le faire







assurement. Mais les consequences d'un tel retournement po-
litiqne seraient telles que le moins ideologue des Francais se
dolt de n'y point consentir. D (Paris-Midi, 29 septembre 1935).
La condemnation solennelle de l'ltalie par cinquante et ine
nations sur cinquante-quatre 'ltalie comprise dans les
trois, il ne reste que ja Hongrie et l'Autriche-constitue un
acte historique d'une portee universelle qui ouvre une ere nou-
velle pour l'Humanit6, quelle que soit I'issue du conflict italo-
ethiopien: c'est un magriifique precedent dans la pratique
de la morality international. Aucun homme sense ne cherche-
ra A rendre le people italien responsible de cette honte. Seul
eat responsible un home, Monsieur Mussolini, qui a sacrifiU
I'avenir de tout un people de quarante millions a son ambi-
tion et a son 6goisme.
Monsieur Mussolini s'est fait I'adversaire acharn6 du lib6-
ralisme qu'il a toujours vertement critique et conspu6 & toutes
les occasisns the6trales qui lui Ataient offertes: sarcasme,
moquerie, ironie, il n'a rien oubli6 contre le liberalisme qu'il a
toujours pr6sent6 come un system insignificant etimpuissant
Ce qui est une ingratitude; il oublie que l'unit6 et l'ind6pen-
dance italiennes furent cr6es par deuxgrandslib6raux:il done
reni6 la belle origin lib6rale de la nation italienne. Son grand
orgueil devait le porter i fire mieux, obtenir des resultats plus
concrets et moins superficiels. Or, i la comparison avec l'lta-
lie lascite, les grandes et les petites nations liberates -.France,
Angleterre, Etats-Unis, Japon, Belgique, Hollande, Suisse,
Pologne, Finlande,. Danemark, Norvge, Suede etc., n'ont
rien a perdre. Au centraire Ce problAme a dt6 suffisamment
approfondi. Nous ne voulons.pas blesser I'amour-propre na-
tional italien. Tous ceux qui ont des yeux pour regarder ver-
ront...
Suivant en cela le courant cesariste oh il se trouve, Monsieur
Mussolini, dans le grand discours qu'il a prononci le 18 mars
1934 i la second assemblee quinquennale du Fascisme,a re-
nouveld l'anathbme centre lad6rnocratie, en disant que al'ex-
p6drence montre que dans tous les pays oh la democratic
peut developper librement sa nature, s'etale la corruption la
plus scandaleuse. -
Cette assertion n'est rien moins qu'une erreur et unemes-
quinerie. Pour avoir la preuve du contraire, le dictateur ita-
lien n'a qu'A relire un peu I'histoire qu'il oublie trop facile-
ment. II y verrait que de tout temps, dans tous les pays dans
la Rome des Csars par example, ou en France,en Allemagne,
en Russie, en Angleterre, en Turquie, la corruption fleurit
plut6t avec les tyrans, les despotes et les dictateurs, mais
qu'alors le despotisme baillonne les voix qui sent oblig6esde
se taire, tandis que dans les pays liberaux, toutes les turpi-
tudes sont mise au grand jour pour dtre fl6tries t6t ou tard. En
ce moment m4me, en Italie, en presence de M. Mussolini, que
de choses vereuses sont caches, que de fonctionnaires fascites
abusent de leur situation privilegiee pour faire ripaille sur le
dos des contribuables excedes. On ne le saura jamais, parce
que toute la press est caporalisee. Quand on chuchote trop,
I* Duce fait des changements ou des mutations en coups de







de theatre, et le tour est joud, et ca recommence.
Dans tous les pays a despotis-me, la corruption forme un
-abces qui empoisonne l'organisne et que la terreur empeche
de d6sinfecter, tandis que dans les pays liberaux, I'abces de
la corruption Pst ouvert au bistouri, puis cauteris6, et ne peut
plus alors infected I'organisme social. Tous ces faits prouvent
:que I'homme est le miine partout,:un animal don't la phy-
-siologie materielle est ido:ltique sous tous les regimes de-
puis la Creation un animal plein de toutes sortes d'appetits,
et que la d- n )cratie lib6rale est la forme social, politique
et Bcenomique la moins mauvaise, la plus conforme au pro-
gres materiel et moral Nous venons de proover que Ie Fas-
:cisme tue le people italien par une an6mie 6conomique aigue
qui sera t6t ou tard funeste.
Apres avoir tellement vituprb.contre la dmnocratie liberale,
on ne peut tre que surprise de voir Monsi ur Mussolini recourir
;a certain formula qui sent le libiralisme, m6me A mille lieues.
On saitque l'une des plus belles r6alisations de ,a Revolution
de 1789 est la constitution de la petite pruprieth oomme base
fondamentale de la democratic liberale. Or, que vient de faire
le fascisme? II esquisse tout bonnement la politique agraire
de 1789: de grands domaines cultivBs par de nombreux ou-
vriers agricoles qui forment un veritable proletariat rural
doivent etre morcelds et ramenes a de petites ou moyennes
propriet6s, de facon que le maximum d'ouvriers agricoles
.puissent posseder des terres. Les grands propri6taires italiens
.sont done invites a diviser leurs domaines et A les pourvoir
.du materiel et des installations n6cessaires A l'exploitatson.
,S'ils ne peuvent faire l'installation eux-mr mes, l'Etat les
aidera dans la proportion d'un tiers de la d6pense. Mais s'ils
-font des difficult6s ou s'ils sont dans I'inpossibilite de fair
cette installation, ils seront purement et simplement expro-
pries, centre le pavement d'une just indemnit6... Voila coni-
*ment', en injuriant le lib6ralisme, on met en pratique, en ca-
-timini, I'une de ses plus belles formules. Le Duce n'est pas
un beau joueur, il n'accuse pas les coups...
Ouvrons une parenthese siir les grands travaux publics qui
ont surtout 6bloui les voyageurs revenues mnerveilles du fas-
cisme. C'est un pbhnomrnne economique qui m6rite d'etre bien
*-tudi6. Nous dtvons ajouter quelques nouvelles precisions a
ce que nous venons do dire. Cette question a Wt admirable-
mentr approlondi par un economist m6decin, Mr. le Dr.
Robert Lascaux, dans son beau livre ((La Production et la Po-
pulation .
Ce distingu6 Bconomiste prend pour example le regne de
Louis XIV qui, pouss6 par une megalomanie n6faste, voulut
:marquer par de grands monuments la period de son passage
au pouvoir: Versailles coi ta a l'6poque 500 millions et 40.000
ouvriers y travaillerent, dit-on, 20 ans; Marly avec ses fameu-
ses machines greva lourdement le budget: arcs-de-triomphe,
chAteaux, 6glises, monuments de toutes sortes. Voila, certes,
un beau bilan d'architecture don't on parole toujours avec.enthou-
siasme.Cependant,l'economiste qui projetle des lueurs ne cons-







tate que ruine et misere dans toutes ces splendeurs.La popula-
tion 1francaise diminua de pres de deux millions d'Ames
apres tous ces gaspillages organisms sur l'6pargne paysanne;
,es recoltes diminubrent.Ce-fut done une grande anomie econo-
mique de la nation francaise.
'Le fascisme n'a pas amrliord l'6conomie italienne. Comme
le constate M. Georges Bidault: Lorsque les choses allaieit
bien au-del des Alpes, le fascisme s'en attribuait le mBrite.
Maintenant que les choses vont rnal, le fascisme en rend res.
1,onsable la crise rnondiale. 11 a, sans doute, raison presente-
ment, mais ce n'est guere logique. En tout cas, la preuve est
faite, s'il 6tait besoin de la faire, que la dictature n'estpas
cette merveilleuse panace don't tant d'admirateu'-s bats nous
ont fait I'6loge. Meme en ne I'accusant pas, par bonte d'ame,
d'avoir contribute a creuser -le gouffre au fond duquel elle se
d6bat, on doit au moins conclure qu'elle n'a pas fait mieux
q.ue la d6rnocratie si.vilipendee a laquelle les Francais ont la
faiblesse de rester fiddles. Alors ce n'dtait vraiment pas la
peine de supprimer la liberty et de baillonner un people .
Les 6venements ont done r6sist6 a Monsieur -Mussolini : le
deficit budg-taire est encore de 4 milliards; la balance com-
merciale accuse la chute continue des exportations de 22 7
milliards .
En fin de compete, le a Duce, s'en prend aux capitaux et a
Scertains Messieurs mis6rables c qui ont contribute a travailler
contre la monnaie national. D'oi deux recents dbtrets de
ni.ai 1934 qui renforcent le contrOle sur les porteurs de va-
leurs etrangeres et sur les transactions de changes.
Les evenements econorniques se sont done moqu6s d'un
Hitler 6u d'un Mussolini don't la mystique dictatorial n'a pas
pu ramener la prosperity, -Et I'exportation des titres et des
capitaux continue.
En some, diminution notable du rendement du capital, dA
au replacement du capital agricole productif par du capital
architectural a rendement nul ou par du capital de production
de luxe si d6favorable a la masse,co mpens6e en valeur mais non
en utility par des productions industrielles diverses.Tel est le
bilan dress par le Dr. R. Lascaux qui appelle ce < grand sickle
vne folie de la pierre ste~ile.
11 en est de menme de la fi6vre des travaux publics de Mon-
sieur Mussolini, cette fievre ne faith qu'augmenter I'anemie
economique de la nation italienne. En Haiti, nous avons eu un
phenomene pareil avec le roi Henri Chistophe qui fit quelqud
g-randes constructions, parmi lesquelles la (Citadelle Later-
riere qui n'a pas coft6 seulement de l'argent, mais la vie
a peu pres de vingt mille homes massacres dans les travaux
forces: leur sang a servi de ciment a ces pierres stiriles.iCe
fut la meme folie de la pierre sterile, car notre monarque
voulait imiter les rois de France, malheureusement dans leurs
errements seulement. 11 y eut aussi la meme depopulation
dans le royaume de Christophe, car le people 6tait miserable
et de nombreuses families fuyaient dans la R6publique voi-
sine de Petion.





CHAPfTRE XIII


LA PSYCHOLOGIE DES TRAVAUX PUBLICS

Precisons ce problem bconomique: les travaux publics
font parties de tous les programme de gouvernement, parce que
ce sont des necessit6s absolues. 11 faut laisser a chaque g4ne-
ration le soin de r6aliser ceux qui lui sont le plus utiles. La
.gindration suivante en b6enficie, ce qui lui permet d'en cons-
truire d'autres aussi utiles qui faciliteront l'autre nouvelle, et
.ainsi de suite, chaqne generation faisant une chaine continue
qui, a la suite des si6cles, finit par poss6der un capital colos-
.sal. Autrement, s'il faut grever 1'avenir par des travaux de
luxe faits seulement pour dblouir, cela devient une measure
anti-6conomique qui contrarie la marche normal du progres
qui est, certes, l'ceuvre du temps. Que de boulevards et de
squares asphaltes que lesAmiricains ontconstruits un peu par-
tout dans leurs villes et qui sont d6jb recouverts par les lines
-et les arbustes : le desert qu'on avaitpoussd est de nouveau Idl
Ces reflexions mesurees du regretted Professeur Ch. Gide
seront toujours bonnes a mediter par les hommes d'Etat.Apres
avoir dtabli qu'il faut ktre dou6 t un haut degr6 de prevo-
yance et de hardiesse et avoir une foi inebranlable dans I'ave-
nir pour r6aliser certain grands tr avaux publics, il fait ( re-
marquer encore, au d6savantage des capitaux fixes, que si
leur duree est trop longue its risquent de devenir inutiles, et
que par consequent il faut une grande prudence dans les pr6-
visions... En effect, la duree matdrielle du capital nest pas
tout, c'est la durge de son utilitM qui settle noue interesse ; or,
si on peut computer jusqu'a un certain point sur la premiere,
on ne le peut jamais sur la second. L'utilit6, nous le savons,
est unstable, et au bout d'un certain temps,. celle que nous
croyons la mieux 6tablie pett s'6vanouir.ll n'est pas a suppo-
ser que I'utilit- de l'eau et de I'aqueduc qui l'amene puisse
jamais disparaitre; pourtant. le grand aqueduct que les Ro-
mains avaient elev6 pour la ville de Nimes, le Pont du Gard,
n'est plus qu'une ruine nagnifique, mais inutile; c'est que la
ville de Nimes a fait venir l'eau du Rh6ne. Rien ne nous ga-
rantit, quand nous persons un tunnel ou que nous creusons
un canal, que d'ici A un sieel& ou deux le traffic ne prendra
pas quelque autre route. Or si, le jour oi cette revolution se
produira, le capital engage dans le tunnel n'a pas 6te encore
amorti, il en rAsultera qu'une grande quantity de travail aura
etC inutilement depensee. II est done prudent, 6tant donned
notre incertitude de l'avenir, de ne pas bAtir pour 1'6ternit,
et, i ce point de vue, I'empl3i de capitaux trop durables
pout constituer une dangerewse operation.
(CetterBserve est vraie meme pour les capitaux tucratifs.
Jamais un particulier ni une banque ne consentiront a avancer
des capitaux qui ne pourraient 6tre amortis ou rembourses
qu'au bout de deux si6cles. Pourquoi ? Parce que des risul-
tats qui ne doivent se produire 'qu'au bout d'un si long temps
n'entrent pas dans les provisions humaines. On peut poser
on fait que tout emploi de capital qui ne donne pas l'espoir
de .te reconstituer au course de trois g6enrations, sera 6cart6






dans la pratique. ( Cours d'Economie politique, t. I. 193-194.)
On se souviendra toujours que plusieurs rois d'Egypte qui
avaient fouled aux pieds leurs peuples pour clever des pyra-
mides immense furent flUtris par la loi et priv6s des tom-
beaux qu'ils s'6taient eux-memes construits. Et le Canal de
Panama etait a peine construit dans un but der pr6voyance
strategique que les progris de l'aviation avaient d6montrd
sa vuln6rabilite.
Le r6ginme liberal a cela de bon que la libre discussion per-
met une conception plus saine et plue pratique des travaux
publics urgents ou A longue echbance. Chaque generation
plaide librement sa cause et d6pose son dossier, et le pour et
le centre font I'objet d'une discrimination methodique. C'est
dire que l'ex6eution de grands travaux publics comme moyen
de lutte centre le chOmage constitute une tandance errone -et
daugereuse; ils augmentent tne fiscalit6 ddja extenuante ; ils
anticipent trop sur I'avenir et compromettent le dynamisme
des g6enrations futures. Quand elles montent, les jeunes gne6-
rations se trouvent en presence de faitq accomplish qui ont
vieilli trop vite et qu'ils sont obliges de d6molir i grands frais
pour ouvrir d'autres perspectives.
Tous les esprits avertis ont remarqu6 que la civilisation mo-
derne se caract6rise surtout par un excds de vitesss. C'est m6me
li une des principles causes de lacrise contemporaine don't le
fond caract6ristique est surtout moral. Chaque invention nou-
velle est devenue un besoin, une n6cessiti, une servitude qui
se suivent sur un rythme acceler6 don't la rapidity depasse
notre en ergure cerebrale et par ainsi rend I'adaptation extrd-
mement difficile.
11 en resulte une anarchie social qui desaxe les esprits les
plus 6quilibrds. 11 est mtme devenu impossible de suivre
cette course indefinie du progr6s scientifique. *Cette succes-
sion acc61rBe du progres scientifique a fini par d6courager tout
le monde, industries, commercants, consommateurs. Une amn
lioration replace une autre, avant que le pouvoir d'achatdu
consommateur le mette a meme d'en b6neficier.
Le ddcalage arrive forcement trBs vite et se traduit en un
fosse qui s'l6argit sans cesse, au pointide laisser l'esprit hu,
main desempar6. Tel consonamateur don't le budget s'est re-
duit insensiblement se voit coll avec tel appareil qui est de-
venu demod6 et qu'il est humili5 de montrer a c6t6 d'un nou-
veau qu'il ne peut pas acheter. 11 en est ainsi pour toutes les
inventions contemporaines: phonograph, radios, avions, mo-
teurs, bateaux, recepteur de television, automobile, appareil
de menage, system de chauffage, apparel photographique ou
cinematographique, etc.
II en est est de meme des travaux publics. Beaucoup sent
plus 6blouissants qu'utiles et augmentent la pr6carit6 de l'ou-
tillage national. Voyez done certaines Ilottes militaires quil
faut refaire apres que tant de milliards y ontt 6t6 engloutis.
N'est-ce pas le contribuable qui a 6t0 appauvri d'autant ? On
a done diminu6 son pouvoir d'achat, et alors la crise ne peut
que s'aggraver, puisque pour s'approprier toutes les'inven-
tions du progrbs moderne, il taut justement disposer de plus
d'argent, d'un argent qui a ete d6vore ailleurs,






Que de routes magnifiques, que de palaces colossaux, que
d'entreprises 6tatistes Wblouissantes ne donnent plus qu'a peine
le dixieme du rendement fantastique qu'on avait abatement
escompt6 en jetant de la poudre aux yeux d'un public fascind
des r6sultats merveilleux qui devaientinfailliblement amelio-
rer son sort materiel.
II y a encore que cet exces de vitesse de notre civilisation
s'est accompagn6 d'un exces de materialisme qui a derout6 le
monde, en lui faisant oublier la duality de la nainre humane,
qui est esprit et matiere. Qu'on donne autant de soins qu'il
exige 1'Economique et a la Matiere,c'est utile, c'est n6cessaire,
puisque l'honmme est aussi un animal, doit 6tre unbon animal.
Mais la priinaut6 du spiritual est indispensable a la grandeur
minme. inatrielle de I'Humanit6. Mens agitat molem... verit6
essentielle et irreductible. La mnoralite doit dominer tous les
problUmes, quels qu'ils soient. L'axiome de JOsus, devenu ba-
nal, mrais plein de profondeur, restera 6ternellament vraie:
( L'homme ne vil pas seulement de pain... ) L'homme le plus
fruste a besoin d'un rayon de lumiere pour son Ame. Donnons
a a natibre tout ce qui lui revient. A C6sar tout ce qui re-
vient a Cesar. Mais ne n6gligeons pas l'esprit, pour ne pas
6tre a la fin des poutrceaux d'Epicure. La dictature est surtout
odieuse parce qu'elle ravit aux citoyens cette parties spiri-
tuelle qui ennoblit, la Liberte -et leur permetde voir la VBrite.
La dictature est d'autant plus odieuse qu'elle fait des citoyens
des pourceaux d'Epicure qu'elle gave de jouissances mate-
rielles pour endornir et andantir cette parties spirituelle qui
permet justement de voir clair et de repousser abjectionn.
La dietature est d'atant plus criminelle qu'elle abolit cet!e
parties spirituelle qui donne du resort, de 1'l6an, de l'enthou-
siasme aux entreprises humaines. Et c'est ce resort spiri-
tuelle qui fructifie v6ritablement ces entreprises. D'ofr il est
ind6niable que c'est la -Libert6 qui conduit les peuples a la
prosp6ritd avec profits. Toutes les grandes resources mate-
rielles ne peuvent 6tre utilis6es a plein rendement que si la
Liberty, c'est-a dire la Justice, les conditionne. Mens agitat
molem.
Ce qui grandit et magnifiie un pays, ce n'est pas tant une
facade materielle, meme 6blouissante, que sa force morale
qui lui done I'amour de la Liberte et de laJustice qui, gn&e-
ralise a tous les citoyens, lui permit d'amortir les chocs in&-
vitables de la polilique intlrieure et le dresse come un bloc
irr6ductible en face de l'6tranger menacant.: Un pays qui a
suffisamment de -force morale se suffit a lui-meme, et snn
6pargne nalionale; se d6versant sur agriculture, I'industrie
et le commerce, lui vaut plus de s6curit6, de stability et de
bien-dtre que le passage de quelques touristes,.qui n'est,
certes, pas a d6daigner.
Voyez la Belgique: sa grandiose flert6 en 1914-1918 et la con-
duitesurbumaine de son prestigieux Roi-Chevalier,Albert ler,
lui ont value prus de visiteurs curieux que ses routes et ses
monuments. La terreur du fascisme a 6loign6 autant de tou-
ristes qu'attiraient les beauties naturelles de L'talie, et il
a fallu accorder des conditions exceptionnelles de sejour,
tant-en chemins de fer qu'aux hotels pour retenir beaucoup de
Yoyageurs.