La monnaie, la circulation fiduciaire et les échanges internationaux

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Material Information

Title:
La monnaie, la circulation fiduciaire et les échanges internationaux
Physical Description:
viii, 106 p., 2 l. : ; 17 cm.
Language:
French
Creator:
Dorsainvil, J. B ( Jean Baptiste )
Publisher:
M. Giard & E. Brière
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Money   ( lcsh )
Foreign exchange   ( lcsh )
Finance -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage:
Haiti

Notes

General Note:
At head of title: J.-B. Dorsainvil.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01845229
lccn - 25025621
ocm01845229
Classification:
lcc - HG221 .D6
System ID:
AA00008963:00001

Full Text











UNIVERSITY

OF FLORIDA

LIBRARIES


_ _




















LA MONNAIE















DU MMEM AUTEUR





A LA MMEM LIBRAIRIE


tl6ments de droit constitutionnel. -- Etude juri-
dique et critique sur la constitution de la RLpublique
d'Haiti. 1912, un vol. in-80 ..... .. 5 fr.
- Le mrme ouvrage (edition sur beau paper alfa). 6 fr.
De la d6mocratie representative. Histoire et prin-
cipes. 1900, un vol. in-80. 3 fr.






J.-B. DORSAINVIL




LA MONNAIE



LA CIRCULATION FIDUCIAIRE
ET
LES CHANGES INTERNATIONAL


PARIS (5")
M. GIARD & E. BRIERE
LIBRAIRES-EDITEURS
16, HUE SOUFFLOT ET 12, RUE TOULLIER
1913













PREFACE


La loi du 21 octobre 1910 et celle du
23 juillet 1912 cr6ent une duality entire la-
quelle il faudra bien que la nation choi-
sisse.
II est de style qu'une loi nouvelle abroge
toutes lois ou toutes dispositions de lois
anthrieures qui lui sont contraires. Si la
loi du 23 juillet 1912 pouvait avoir cet
effet que deviendrait, dans quelques-unes
de ses dispositions essentielles, celle du
21 octobre 1910, qui sanctionne le contract
d'6tablissement de la nouvelle Banque?
On ne peut cependant ne pas fair ob-
server qu'une loi organique ne se modified
-pas si aisement et que, lorsque cette loi






P E FA C


organique a trait Aune creation qui repose
sur des intirl6s mixtes, pour la security
desquels il a fallu l'accord des hautes
parties contractantes, le mrme accord est
indispensable pour que, en droit, la loi
modificative soit valuable, qu'elle soit di-
recte ou indirecte.
Vu 1'6tat ge4nral des choses en Haiti,
avec un change qui oscille entire 270 et
280 0/0, le retrait integral et imm6diat du
papier-monnaie avec-les pieces de nickel
s'impose absolument, et l'on ne peut all4-
guer aucun pr6texte valuable pour ajourner
toujours ine reforme reclamte depuis dlej
longtemps et qui int6resse I'existence
mime de la nation, amoindrie et deprim6e
par cet 6lat de choses qui n'est rien moins
qu'un grand desordre social.
Ce sont les erreurs continues dans le
document official sus parl qui m'ont de-
cid6 i faire cette publication sur la mon-
naie en general. D'abord, il n'est pas pos-
sible de.ramener le change A un taux nor-
mal et de le stabiliser en dehors d'une
circulation monetaire saine et bien reglIe;






PREFACE


ensuite, en 6conomie politique, pour 6tre
justes, les comparisons doivent 6tre faites
entire les r6sultats plut6t qu'entre les fac-
teurs qui, de part et d'autre, ont concouru
a les produire. Supposez, par example,
une petite nation comme Haiti, mais ayant
1'activite industrielle et commercial de
l'Angleterre; h6 bien! il lii faudra au
moins une circulation mon6taire 30 a
40 fois plus considerable pour la march
de ses affaires que celle qui est n6cessaire
a la Rdpublique d'Hai'ti, pays essentielle-
ment agricole et d'un rendement annuel
tres faible.
Arm6 de la loi du 21 octobre 1910, ayant
a sa disposition les 10.000.000 de francs
avec d'autres resources qu'on peut facile-
ment se procurer par une bonne gestion
des revenues du pays, il est d6solant qu'on
veuille toujours laisser gemir le people
haitien sous ce poids mort de papier-
monnaie et de pieces de nickel qui I',crase
et 1'6macie, uniquement au profit d'une
centaine de sp6culateurs, en chevauchaiit
sur une p6riode de trois ann6es un retrait






PREFACE


partiel qu'on n'a pas m6me commence, ce
qui menace de compromettre les 10.000.000
de francs qu'en principle la Banque ne peut
remettre que pour l'affectalion que son
contract avec le gouvernement donne a
cette some, c'est-a-dire pour le retrait
integral et irmmdiat, permettant sans
perte de temps I'adoption d'une non-
naie de bon aloi.
11 en est encore temps, Messieurs ; met-
tez-vous a I'oeuvre, et faites bonne be-
sogne (1).

(1) 11 y va m6me de la dignity de la nation qu'elle se
d6barrasse au plus vite d'une circulation mon6taire
malsaine par elle-m6me et par les billets contrefaits
qui la rendent plus dangereuse encore, ce que
d'ailleurs personnel n'ignore parmi les gens bien ren-
seign6s. Toutefois, le Gouvernement n'aura A retraiter
que la some 16gale des billets; c'est tout natural.
Apres, on fera, s'il y a lieu, une enqu6te tant A Port-
au-Prince qu'a New-York pour arriver A connaitre les
faux-monnayeurs et les chevaliers d'industrie qui ont
travaill6 en chambre pour leur compete. Cette cat6go-
rie de gens dangereux ont 6tW de tout temps sirs de
l'impunit6 par la complaisance ou la complicity des
gouvernants. Que de fortunes scandaleuses amasses
dans cette voie du crime depuis le gouvernement de
Geffrard !










AVANT-PROPOS


Celui qui entreprendra d'6crire l'histoire
d'Haiti pendant ces dixdernibres ann6es ne com-
mettra pas, a notre avis, une erreur en pregnant
pour le titre des chapitres qu'il aura consacr6s h
cette p6riode le terme Anarchie. Ce fut, en effet,
un temps d'anarchie, anarchie sanglante et
odieuse, les six ann6es de dictature militaire du
President Nord Alexis.
Le general Nord Alexis n'a pas et6 un chef
d'Etat dans le sens propre du mot, il n'a 6tW
qu'un chef de part; il a gouvern6, non au profit
de la nation, mais au profit de ses partisans.
Servi admirablement par les circonstances en
1902, soutenu tant au Cap qu'a Port-au-Prince
par tout un monde douteux, sans physionomie et
Dorsainvil 1.






AVANT-PROPOS


sans id6al, paves de notre soci6te sans coh6-
sion pour la plupart, 616ments flottants des par-
tis politiques qui se font et se d6font au gr6 des
int6rts du moment; second puissamment par
la m6me doctrine politique qui, en 1847, porta
Soulouque h la pr6sidence, le g6n6ral Nord
Alexis qui se disait ancien page du roi Chris-
tophe, le fils d'un pr6tendu comte Alexis, a
peine install au Palais national de Port-au-
Prince annoncait son intention de gouverner avec
la societL (1). En r6alit6, il ne gouverna qu'avec
les debris de quelques parties politiques vaincus
et d6sorganises, don't il devint le chef incons-
cient, instrument de leurs sentiments de haine
et de vengeance et de leur cupidit6. I1 a gouverne
au profit de ces gens qui 1'ont port a accomplir
plus de mauvais actes que tous les autres pr6si-
dents r6unis. II a frapp6 les plus rudes coups sir
le pays qu'il a decim6, ruin6, divis6. A Port-au-
Prince, en pleine paix, il y eut dans l'espace de
cinq ann6es trois series d'ex6cutions capitals,
malgr6 le texte formel de notre Pacte fondamen-

(1) En Haili, les politicians de profession opposent
au mot people le mot soci6t6, ce dernier d6signant la
bourgeoisie.






AVANT PROPOS


tal qui abolit la peine de mort en matiere poli-
tique. Dans l'Artibonite, reprimant une insurrec-
tion non armee, il fit promener le fer et la
flamme dans cette province, on toute la popula-
tion mile du bourg de Dessalines fut fusill6e ou
sabre.
Au point de vue administratif, la nation ne fut
guere mieux trait6e sous ce regime de fer. Outre
divers emprunts en bons compensables et en bons
du'tr6sor, don't le produit 6tait depens6 conjointe-
ment avec les recettes normales, de 1903 a 1908,
ce gouvernement dilapidateur et oppressif fit
les missions de billets de caisse et les frappes
de nickel suivantes :


1903. Billets de $ 1 et 2 ..
1904. .
1908. Billets de $ 5. .
1904. Pieces de nickel de 0,05 (mars)
(ao6t)
1905.
1906. Pices denickelde 0,0 ,
1907. 0,20 et 0,50
1908. (mai) ,, 0,50
1908. (aoit) .. 0.50

Total .


$
3.325.248
6.674.752
2.000.000
100.000
500.000
1.000.000
1.000.000
2.000.000
400.000
2-000.000

19.000.000(1)


(1) A l'avenement de Nord Alexis, notre stock de
monnaie national se composait comme il suit :






AVANT-PIROPOS


A la suite de ces multiples emissions de billets
d'Etat non garantis et de ces frappes de nickel
plus que criminelles, on a vu le taux du change
s'l6ever jusqu'h plus de 600 0/0. Le prix de tous
les articles de consommation par voie de cons6-
quence avait pour le moins quintuple, et il en 6tait
r6sult6 une misere sans pr6c6dent, dans les cam-
pagnes surtout. Les cultivateurs vendaient leurs
denr6es centre cettemonnaie d6pr6cide et avec le
produit de leurs ventes ils ne pouvaient presque
rien acheter. Les exportateurs, presque toujours
des strangers, recouraient h plus d'un subterfuge
pour ne payer les denr6es que d'un prix d6ri-
soire malgr6 l'avilissement de la monnaie natio-
nale. Le motif le plus fr6quemment all6gu6 par
eux 6tait la baisse du caf6 sur les marches exte.
rieurs; cette denr6e 6tait consid6ree par eux a
tort ou h raison comme le r6gulateur de notre
commerce a l'ext6rieur. Le gouvernement de Nord
G.
Papier monnaie . 3.399.350
Argent (estimation) . 2.500.000
Bronze ... .225.000
< Naturellement, ce ne sont que des chiffres approxi-
matifs, car nul ne peut determiner exactement ce qu'il
pourrait y avoir d'argent ou de billets dgar6s ou d6-
truits ni la quantity reelle de monnaie d'argent expor-
tde A cette 6poque. ,






AVANT-PROPOS


Alexis, pregnant son parti pour le pays, pr6occup6
de se consolider au pouvoir malgr6 ses fautes et
son impopularit6, ne fit rien pour conjurer ce
profound malaise, qu'il compliqua plut6t par ses
exces et ses d6sordres, allant jusqu'h d6penser
cinq millions de gourdes de ces missions et de
ces frappes de nickel sans justification d'aucune
sorte, sans pieces comptables, rien que pour sou-
tenir I'ardeur de ses partisans et corrompre les
consciences dans le proc6s tendancieux qu'il fit
aux membres du gouvernement du general Sam.
Par un faux calcul, le Pouvoir qui lui succ6da
n'ordonna aucune poursuite centre ce grand
crime, d6nonc6 cependant par la Chambre des
Comptes et la Commission administrative de v6-
rification qui si6gea pendant l'ann6e 1910.
AprBs tant de crimes et de turpitudes, les es-
prits s6rieux et patriots se sentent gagner par le
decouragement en constatant la mauvaise foi.
1'impuissance de presque tous les gouvernements
qui se succedent depuis les malheureux 6v6ne-
ments de 4888.
Aucune des graves questions qui s'imposent a
l'intelligence, au patriotism et au courage des
gouvernants n'a 61t solutionn6e. L'affaire des






AVANT-PROPOS


limits frontieres, si bien menee et presque com-
plbtement rSglee par Me Charles Archin, a r6tro-
grad6 i ce point qu'on parole de la soumettre A
l'arbitrage, bien qu'elle touche a un int6ret vital
du pays, puisqu'il s'agit de son territoire, que la
Constitution proclame inalienable et imprescrip-
tible en tout ou en parties, alors que le-bon sens
et le courage seuls des haYliens peuvent triom-
pher de la persistence des dominicains, don't les
pr6tentions augmentent a measure qu'ils rencon-
trent de la faiblesse ou de la complaisance chez
les directeurs de notre politique ext6rieure.
Itinche, Lascahobes, Saint-Blichel et Saint-Raphael
out 6te conquis en 1795 par Toussaint-Louverture
sur les colons espagnols au profit de la France
qui traita plusieurs fois sans restituer ces pa-
roisses. Tout cela se passa dix ans avant la pro-
clamation de notre ind6pendance national, et l'in-
d6pendance des dominicains ne date en r6alit6
que de '1846, encore que ce fit le coup d'Etat du
4er mars qui empecha Pierrot de les soumettre.
Comment done les dominicains peuvent-ils 4tre
regus h r6clamer des paroisses ou communes qui
faisaientpartie int6grante du territoire de la colo-
nie frangaise de Saint. Domingue avant notre in-






AVANT-PROPOS


dependance et avant la leur, avant meme la ces-
sion de la parties de l'Est b laFrance par l'Espagne?
Un people s6rieux et fier n'admettrait pas m6me
la discussion h ce sujet.
Une autre question grave, celle du papier-
monnaie, demand depuis 4895 i 6tre mise a
l'6tude et r6solue compl6tement. On fitdes tenta-
lives, on vota des lois, on contract deux emprunts
I l'ext6rieur montant ensemble a 125 millions de
francs, avec 1'engagement d'en affected une frac-
tion au retrait du papier-monnaie. Rien ne se fit,
et les missions des billets continuaient leur
train, en attendant que les frappes depieces de
nickel vinssent compliquer la situation. Les gou-
vernements, pour la plupart, se sont faits les
complices de la resistance el des intrigues des
banquiers qui sp6culent sur le change et y trou-
vent une sorte de mine du P6rou qu'ils exploitent
sans frais et sans fatigue. Voila jusqu'oi va la
criminelle complaisance de quelques-uns de ceux-
la qui se chargent de la conduite de nos affaires,
defenseurs sournois et int6ress6s du capita-
lisme au grand detriment des int6r6ts de la na-
tion. En presence d'un pareil 6tat de choses,
il imported que chaque citoyen qui pense






0 AVANT-PROPOS

apprenne a faire peser sur la t6te des gens
la responsabilit6 de leurs actes sans se lais-
ser d6courager ni par les proc6d6s machia-
v61iques ni par les manifestations violentes et
vexatoires de !a haine et de l'envie.
Tandis qu'a la faveur de l'exp6rience acquise
les nations am6liorent leur situation monetaire
par 1'adoption de l'6talon d'or ou d'une circula-
tion base sur la monnaie d'or, la RBpublique
d'Haiti depuis 1889 vit plongee dans la routine la
plus profonde, refaisant chaque ann6e les m6mes
experiences sans en tirer aucun profit, se faisant
comme une sorte de point d'honneur de ne pas
marcher dans la voie oh tant d'anciennes colonies
sur le continent am6ricain, telles que le Br6sil,
le Chili, le P6rou, la RBpublique Argentine, n6es
toutes aprbs elle i la vie national, ont trouv6 le
calme et la prosp6rit6, et m6ritent par leurs cons-
tants efforts la sympathie et les encouragements
des grandes puissances commercials et indus-
trielles. Chez nous, bien au contraire, tout un
people r6duit a 1'tat de serfs du monde, igno-
rant les douceurs et les agr6ments de la vie so-
ciale, sans droits reconnus malgr6 la Constitu-
ion et les Codes, presque sans d6fenseurs coura-





AVANT-PROPOS


geux de ses interets et par surcroit plong6 dans
l'ignorance et la misere, tout en 6tant l'esclave
des superstitions les plus plus grossieres.
Dans leur 6goisme, confondant I'int6rkt avec le
devoir, les partisans de ce regime r6actionnaire
6taient arrives a perdre toute notion de sagesse,
de bont6, de solidarity humaine et social. La pa-
trie pour eux, c'etait leur clan, et rien en dehors
d'eux n'6tait pour eux sacr6, ni la vie de leurs
concitoyens, ni leur honorabilit6, ni leurs biens,
ni les int6r6ts primordiaux de la soci6t6 et de
l'Etat, ni la dignilt national, car ils sollicitaient
a tout moment I'intervention de l'6tranger dans
le reglement de nos affaires interieures.
Ce que nous voulons, nous noirs et mulAtres
conservateurs, formant la grande majority de la
nation, c'est une Haiti unie, forte et prospere;
une Haiti alfranchie de la politique de parti, de
la politique du ddblaiement et des depouilles;
une Haiti 6pur6e, r6gendree, debarrass6e du pr6-
jug6 de couleur et de la lutte de race ou de classes;
enfin une Haiti tranquille au dedans, respected
au dehors, vivant sous l'6gide des lois en pleine
liberty et dans I'ordre. Ce sera notre honneur et
notre gloire d'y avoir largement contribu6 et
i.






AVANT-PROPOS


d'avoir ainsi d6sarm6 les ennemis int6rieurs et
ext6rieurs de notre nationality.
II s'est manifesto au course des r6cents kv6ne-
ments, qui ont amend la chute du gouvernement
d'Antoine Simon, une tendance nettement carac-
teris6e qu'on pourrait croire alarmante si 1'on
n'6tait pas bien convaincu de l'attachement sin-
cere et du d6vouementprofond de la plupart des
haitiens a l'ind6pendance et a l'autonomie du
pays : c'est qu'il se dessine en Haiti une sorte
de parti des annexionistes am6ricains.
Les Am6ricains des Etats-Unis, comme nous
en avons la conviction, n'ont pas besoin d'Ha'li
comme une sorte d'exutoire pour le trop-plein
future des populations noires de l'Union ; ils ont
besoin d'Haiti comme Etat libre et ind6pendant,
tranquille et prospere. Cette opinion favorable,
les hommes politiques senses et clairvoyants de
la grande R6publique sceur ne s'en sont jamais
d6partis. Dans les relations de nation h nation, ils
nous ont donn6, depuis notre ind6pendance,
trop de preuves irr6cusables de sympathie et
d'inter6t pour que nous ayons le droit de douter
de leur bonne foi. A.toutes les 6poques de notre
existence politique trouble et sans but moral,






AVANT-PROPOS


toutes nos affaires avec eux ont 6t6 regl6es amia-
blement et de meilleure grace du monde, et pour
assurerr cette entente et cette cordiality, le gou-
vernement am6ricain s'est presque toujours fait
repr6senter aupres du n6tre par des personnages
appartenant a notre race. Toutefois, il faut le re-
connaitre, malheureusement, en maintes circons-
tances, la diplomatic am6ricaine a 6t6 surprise,
induite en erreur par nos agents sur le sens et
la port6e de certain 6v6nements qui se sont ac-
complis dans le pays.
En 1908, par example, ce n'6taient pas des
pillards et des assassins qui s'6taient mis en mou-
vement dans l'Artibonite; c'6tait toute la jeunesse
int6ressante de cet important d6partement qui
s'insurgeait centre la politique retrograde et par
trop violent de Nord Alexis. L'insurrection
n'6choua que parce que les armes don't elle devait
user furent saisies aux Etats-Unis; ce qui permit
au g6n6ral Nord Alexis de se maintenir encore
quelques mois au pouvoir et de commettre de
nouveaux crimes, tels que, par example, I'in-
cendie de la ville de Port-au-Prince et les assas-
sinats du 45 mars 1908.

Paris, le 3 mars 1913.

















LA MONNAIE METALLIQUE



Dans nos soci6t6s modernes, les hommes
vivent dans un continue et perp6tuel besoin les
uns des autres. Aucun d'eux n'est arrive a se
suffire par son activity, par la diversity de ses
aptitudes, et a se passer des autres. On peut dire
qu'il en est de m6me des nations. Comme les
changes ne se font plus en nature, comme les
services ne se patient plus par des services chez
les peuples civilis6s, il a fallu trouver des proc6-
d6s et des moyens pour 6valuer les uns et les
autres. C'est a ces n6cessites que nous sommes
redevables de l'invention de la monnaie.
Des quantit6s en longueur, en capacity, en
poids, telles qu'une route, un bassin, un bloc de
marbre, peuvent etre 6valu6es, mesur6es d'une
maniere certain et precise, fixe et absolue. Pour






LA MOINNAIE


la monnaie, variable de sa nature, il n'y a pas h
vrai dire de commune measure ; il n'y a que des
rapports qu'on peut 6tablir en pregnant pour
terme de comparison un objet, une utility peu
susceptible de varier dans sa valeur propre. L'or
et I'argent r6unissent a un haut degree cette pre-
miere condition. C'est pourquoi ces m6taux pr6-
cieux ont 6t6 choisis pour remplir l'office de
monnaie ou comme commune measure des va-
leurs.
On compare souvent ]'office de la monnaie aux
moyens de transport qu'utilise I'homme pour
faire passer les products du lieu de leur extrac-
tion ou de leur fabrication au lieu ou ils doivent
6tre vendus et consomm6s. Cette comparison
est aussi just que simple: la monnaie transf6re
en effet la propri6t6 des richesses, 6tant le moyen
le plus commode et le plus sir d'en assurer la
circulation, la translation.
L'invention de la monnaie ne parait guere re-
monter au delh de 430 ans avant J.-C. C'6tait
d'abord h Rome des lingots de bronze ou de
cuivre, et m6me de fer comme a Sparte. Les Ro-
mains ne frapperent une premiere monnaie d'ar-
gent que vers I'an 269 avant J.-C. Jusqu'alors,
l'or et l'argent, connus d6s la plus haute anti-
quit6, servaient a labriquer des bijoux et de la






CHAP. I. LA MONNAIE METALLIQUE


vaisselle, et 6taient des instruments de th6sauri-
sation. On les conservait aussi en barres sous
forme de tr6sors priv6s ou publics.
Chez les peuples qui ne sont pas parvenus a
une civilisation complete. de simples products
tels que le gibier, le b6tail ou les cer6ales ont 6t6
employs comme monnaie. L'histoire mentionne
meme des peuplades qui ne se servaient d'au-
cun 6valuateur. Dans le second cas, c'6tait le
troc pur et simple ; dan's le premier, c'6tait le troc
facility par un produit pris comme common d6-
nominateur. C'est 1'emploi de la monnaie dans
les changes qui est venu substituer au troc la
vente et l'achat. Son adoption marque par cons6-
quent une tape nouvelle dans la voie de la civili-
sation.
Tout d'abord, les especes m6talliques, em-
ployees comme monnaie, se pesaient. Le per-
fectionnement du monnayage dans les temps mo-
dernes a consist h remplacer dans la monnaie
le pesage par le nombrement. Aujourd'hui en
effet les pieces de monnaie ne se present pas, mais
se competent. Par le monnayage, l'autorite pu-
blique garantit la quantity de metal fin continue
dans les monnaies etleurs poids, ce qui dispense
les particuliers qui les regoivent de les peser et
de les essayer.






LA MONNAIE


La monnaie 6tant la commune measure des va-
leurs, pour qu'une matiere puisse remplir cet
office il faut qu'elle ait une valeur fixe et stable ; ii
faut qu'elle soit identique h elle-meme et qu'elle
ne soit pas susceptible d'6tre influence sensi-
blement par les crises 6conomiques ; ilfaut enfin
que sa quantity normal soit peu variable afin
que l'offre de cette matiere n'augmente pas sen-
siblement au delh du besoin. De toutes les ma-
tieres, qui servent d'instrument clans les 6chan-
ges, I'or et I'argent possedent a un haut degrB
ces qualit6s, c'est pourquoi les deux metaux pre-
cieux ont 6t6 choisis pour remplir l'office d'6ta-
lon mon6taire.
Mais comme monnaie, 'or et l'argent ne rem-
plissent pas exactement la m6me function social.
Uls n'ont pas la m6me valeur marchande,outre que
l'or est mieux approprie aux besoins d'une
circulation active, son poids, sous un m6me
volume, 6tant moindre que celui de l'argent,
d'une production g6n6ralement plus abondante,
ce qui rend le dernier metal plus commun et
d'une moindre valeur. II n'est pas sans int6rkt
de suivre la baisse successive de I'argent par
rapport h l'or depuis quatre siecles. A partir du
xvle si6cle, la relation entire les deux m6taux est
de I h 10 environ; elle est successivement de






CHAP. I. LA MONNAIE METALLIQUE


1 a 12, du xiv" au xvni sicle ; au d6but du xvIIie
elle est de 1 h 45 environ. Un retour favorable a
1'argent se produit alors, et de degr6 en degr6,
le rapport s'abaisse jusqu'h 14 vers la fn du
xvmo siecle pour se- reliever ensuite et se main-
tenir h 45, puis il tombe jusqu'au niveau on
nous le savons aujourd'hui, de 1 i 33 environ.
L'argent est tomb6 ainsi au rang de monnaie
secondaire, de monnaie d'appoint par rapport a
l'or. devenu la monnaie talon universelle en
Europe et en Am6rique. II en est r6sult6 que les
pieces d'or sont utilis6es dans les grands paie-
ments et les pieces d'argent dans les petits, encore
que le pouvoir lib6ratoire de la monnaie d'argent
soil limit dans les pays h 6talon d'or, c'est-a-dire
qu'on ne soit pas oblig6 de l'accepter au delta
d'un certain chiffre fix6 par la loi.
La valeur de 'or aussi n'a pas toujours 6t6
stable. Aprbs 1850, n'a-t-elle pas subi une r6duc-
tion assez sensible? Depuis 893, on se croit en
presence d'une nouvelle baisse de ce m6tal, en
raison meme de sa production qui a atteint en
15 ans'7.625.000 kilogrammes, repr6sentant une
valeur de 26 millions de francs. On en d6duit la
baisse g6nerale desprix quiparait r6sulteraussi de
la surproduction et d'autres causes 6conomiques
plus ou moins caches, plus ou moins latentes.






LA 3ONNIAIE


La relation qui existe entire la valeur des deux
m6taux pr6cieux n'etant pas fix6e, la variation se
faisant soit au profit de l'or, soit au profit de
l'argent, il peut en resulter un malaise dans le
monde des affaires, par le fait que cette variation
est susceptible d'amener un agiotage nuisible.
Ainsi, quand l'un des deux m6taux fait prime
sur un march stranger, c'est-a-dire lorsqu'il y
acquiert une plus grande valeur marchande, la
speculation s'en saisit et l'exporte pour bBn6fi-
cier de la plus-value. Ce fut ainsi qu'on avait vu
disparaitre plus de la moiti6 des 6cus francais
vers 1858, d6verses a l'6tranger. Le rapport
6tabli entire la valeur marchande de l'or et de
l'argent avait 6te detruit par l'exploitation ou la
production des mines d'or de l'Australie ; 'offre
avait surpass la demand (1).

(1) Les monnaies d'or et d'argent sont, de leur na-
ture, des monnaies internationales. C'est 1A un fait
considerable, qui ne doit jamais 6tre perdu de vue,
car il domine toutes les theories mon6taires. Les
questions mon6taires ne sont pas purement natio-
nales. Les m6taux pr6cieux sont une richesse mobile,
fuyante, qui s'ecoule facilement au dehors et qui a un
marched international. Elle 6chappe par cela meme a
la souverainet6 purement territorial du 16gislateur.
On ne doit jamais oublier, quand on r6gle une ques-
tion mon6taire, que les d6tenteurs de m6taux precieux
peuvent tres facilement chercher A I'6tranger le ban6-






CHAP. 1. -- LA MONNAIE METALLIQUE


Les multiples besoins de la monnaie d'argent
et la fr6quence des petits payments ont ne-
cessit6 la frappe des pieces divisionnaires qui
ont en parties une valeur Iiduciaire. On les 6met
d'ordinaire au titre de 835 milliemes au lieu
de 900; elles ont ainsi une valeur 16gale plus
forte que leur valeur r6elle.
Enfin la monnaie de billon (nickel, bronze,
cuivre) complete le system mon6taire m6tallique
des nations modernes (4).

tice d'une 16gislation plus equitable ou mieux faite.
(Aug. ARNAUNE, La monnaie, le credit et le change).
(1) a Si modest que soit une piece de monnaie, elle
porte toujours outre, l'indication de sa valeur, une effi-
gie, un dcusson, un mill6sime, une 16gende, enfin cer-
tains signs mysterieux. ,















MONOMEITALLISME. BIIMETALLISME




Aujourd'hui la question du monom6tallisme et
du bimetallisme ne se pose plus pour les grandes
nations d'Europe et d'Am6rique. Elle a 6et tran-
ch6e au profit de 1'6talon d'or, consid6r6 comme
monnaie international. L'evaluation des ri-
chesses, les prix des marchandises et des den-
r6es sont commun6ment bass sur la monnaie
d'or d'apres laquelle on dAtermine la valeur de
tous autres intermediaires des changes. Cette
question tend done a n'avoir plus qu'un inter6t
historique, et c'est a ce point de vue seulement
que nous en parlerons quelque peu.
L'or et 1'argent n'ont pas 6te de tout temps des
matieres mon6taires. Dans la haute antiquity, ils
servaient h la fabrication de la vaisselle et des






CHAP. II. MONOIMTALLIShE-BIMETALLISME 21

bijoux, et 6taient avant tout un moyen de th6sau-
risation. Les monnaies les plus anciennement
connues 6taient le cuivre ou le bronze. Le mon-
nayage de 1'or et de l'argent est d'une date plus
recent. A Rome, jusqu'h la fin de la R6publique,
la monnaie d'or 6tait assez rare.
On peut dire que l'6volution de la monnaie a
suivi l'6volution 6conomique et commercial des
nations. Lorsque les transactions 6taient rares,
peu importantes et locales, une monnaie de faible
valeur a paru suffisante comme instrument
d'6change. A measure que les transactions se
sont multiplies, qu'elles portaient sur des ob-
jets de valeur et qu'elles se faisaient de nation
a nation, le besoin d'une monnaie forte, ayant
une plus grande puissance lib6ratoire que le
bronze et le cuivre, s'est fait sentir. C'est ainsi
que les monnaies d'or et d'argent sont venues
s'ajouter aux premieres et sont revenues la
monnaie des grandes transactions.
Cependant, jusqu'au commencement du xix"
siecle, I'or n'entrait pas encore en concurrence
avec l'argent, qui avait conserve le double carac-
tbre d'6talon des valeurs et d'unit6 mon6taire, en
raison m6me de la raret6 relative du metal jaune.
Les causes qui allaient operer un changement au
detriment de la monnaie d'argent sont assez mul-






LA MONNA1E


tiples et devaient Otre decisives. Parmi ces causes
ii faut citer les applications de la science a l'in-
dustrie, le d6veloppement des changes interna-
tionaux, 1'exploitation des riches mines d'or de
1'Oural, de la Californie et de l'Australie.
Ces diff6rents instruments d'echanges, pieces
de cuivre, de bronze, d'argent, d'or, ne se substi-
tu6rent pas les uns aux autres, mais se juxtapo-
serent. De cette facon le systeme mon6taire me-
tallique se trouva ainsi compose : les pieces d'or
et d'argent faisant simultan6ment l'oflice d'6talon
des valeurs et d'unite mon6taire. On se trouva
ainsi en presence de deux evaluateurs, de deux
communs d6nominateurs, question qui devait di-
viser longtemps les 6conomistes oules financiers,
et donner lieu entire eux h de vives controversies.
11 en 6tait r6sult6, en effect, deux systemes mon6-
taires : le monome'allisme et le bimetallisme.
Par le dernier, un 6gal pouvoir d'achat 6tait attri-
bu6 aux deux m6taux pr6cieux, don't le rapport
1egal etait de 1 h 15 ; par le second, cette quality
6tait reconnue au metal jaune seul (monom6-
tallisme-or), l'argent tombant au rang de monnaie
secondaire, c'est-a-dire ayant un pouvoir lib6ra-
toire limited.
L'Angleterre fut la premiere nation du monde
qui se convertit au monom6tallisme-or. Des 1816,






CHAP. 1I. JMONOOlETALLIS.ME-nIIIlTALLIS.IE 23

en effet, elle basa enti6rement sur l'or son sys-
teme mon6taire ; puis les nations suivantes en-
trerent successivement dans la m6me voie : le
Br6sil (1849), le Portugal (1854), 1'Uruguay
(1865), l'Allemagne (1873), les Etats scandinaves
(1873), la Finlande (1877), la Serbie (1878),
Haiti (1880), la R6publique Argentine (1881),
1'Egypte (1885), la Roumanie (1890), I'Autriche-
Hongrie (1892), Costa-Rica (1896), la Russie
(1899), le Chili (1899), le P6rou (1897), 1'Equa-
tour (1898), la R6publique de Panama (1904).
La pr66minence de plus en plus grande de
'or comme monnaie international, comme eta-
lon des valeurs, s'est impose m6me a la 16gis-
lation des nations qui sont rest6es fiddles au
bimetallisme, en raison des risques auxquels les
exposait leur system mon6taire a double talon.
Chez toutes, la frappe de la monnaie d'argent est
ou suspendue on limitee.
La France, de son c6t6, pursuit visiblement
la substitution du franc d'or au franc d'argent, en
diminuant progressivement le stock des pieces
de cinq francs qui encombraient sa circulation mo-
n6taire. Dans l'espace de 16 ann6es, c'est-h-dire
de 1895 h 1911, pros de 153 -millions d'6cus ont
servi h fabriquer des monnaies divisionnaires
d'argent. Actuellement, la France poss6de un






LA MONNAlE


stock d'or monnaye d'environ 6 milliards. C'est
cette abondance du m6tal jaune qui facilitera la
r6alisation de la r6forme prescrite par les Conven-
tions du 2 octobre 1897 et du 11 novembre 1908.
L'encaisse d'or de la Banque de France a deja
atteint (1910) 3 milliards 600 millions de francs.
II faut convenir toutefois que la situation 6tait
bien diff6rente avant 1903 et que 1'int6ret imm6-
diat de la France semblait lui commander une
politique bim6talliste, car elle n'avait pas moins
de 2.000.000.000 de monnaie d'argent dans sa
circulation alors que l'encaisse de la Banque de
France comportait, en m6me monnaie, 1 milliard
100 millions. Comme on l'a dit, Ja France 6tait
int6ress6e au premier chef, sinon h la hausse, du
moins h la stability du m6tal argent comme ma-
tiere mon6taire.














LA POLITIQUE MONETA1RE EN AMEIlQUE




Le lecteur ne doit pas s'attendre a me voir
faire, clans un cadre aussi restreint, un long
expos de la champagne bim6talliste menee aux
Etats-Unis et au Mexique jusque dans ces der-
niers temps. Je n'en parlerai que succinctement.
Pour de plus amples renseignements, il me suffira
de le renvoyer aux grands traits d'Economie
Politique ou aux ouvrages sp6ciaux.
Dans les deux pays, comme on le sait, la cam-
pagne bim6talliste rev4tait le double caract6re
d'etre h la fois commercial et mon6taire. Pays
producteurs d'argent, ce m6tal 6tait pour eux
avant tout une merchandise; et assez longtemps
la politique suivie aux Etats-Unis comme au
Mexique a consist a en soutenir le course, a en
Dorsainvil 2






LA MONNAIE


stabilizer le prix. Or, un des moyens les plus
shrs et les plus efficaces 6tait la mon6tisation de
l'argent comme monnaie talon, a l'6gal de l'or,
au rapport de '1 15 1/2. Les partisans du bim6-
tallisme ont soutenu leur opinion par toutes
sortes d'arguments, et m6me plus d'une fois ils
ont propose de r6unir un congr6s international
ou serait fix6 par les d616gu6s des principles na-
tions commercials, le rapport 16gal des deux
m6taux monnay6s. Malgr6 leur ardeur, la ques-
tion devait 6tre solutionn6e a l'avantage de 1'or,
tant aux Etats-Unis qu'au Mexique, don't les sys-
temes monetaires devaient 6tre influences par les
r6formes que les grandes puissances de 1'Europe
et l'Inde Anglaise avec lesquelles ils entrete-
naient des relations commercials avaient intro-
duites dans les leurs. Aux Etats-Unis, ce r6sultat
fut di surtout a la politique monom6tallisle des
republicans. Elle fut sanctionn6e par la loi du
14 mars 1900, qui consacra 1'Ntalon d'or. NMan-
moins les pieces d'argent existantes devaient con-
tinuer a avoir force lib6ratoire absolue, mais la
frappe de ce m6tal 6tait suspendue ou arr6the.
Quant aux lingots d'argent existant dans les
tr6sors publics, ils devaient servir uniquement
a la fabrication des pieces divisionnaires, don't
la circulation ne devait pas d6passer 100.000.000






CHAP. III. LA POLIT. MONET. EN AMERIQUE 27

de dollars. Trois ans apris,dans le memorandum
pr6sent6 au gouvernement franaais par la com-
mission am@ricaine du change international, les
homes d'Etat am6ricains affirmbrent cette poli-
tique dans les terms suivants : < II n'est pas
clans l'intention du gouvernement de faire un
effort pour ressusciler la question d'un accord
bimetallique international. II reconnait, en effet,
qu'un accord de cette nature, quels qu'en aient
pu Itre les avantages, il y a quelques ann6es, est
maintenant kcart6 du domaine de la politique
pratique. D Pour eux, c'6tait une question d6fini-
tivement r6solue.
Au Mexique, le malaise caus6 par l'avilisse-
ment de la piastre d'argent y avait provoqu6 une
crise commercial et financiere assez prolong6e.
A un moment, vers 1901, la piastre mexicaine
ne valait gubre que 48 centimes de dollar, et le
change avait atteint '50 0/0. Chaque annee, la
balance du commerce 6tait forc6ment d6favorable
a ce pays a qui il fallait exporter pour plus de
160.000.000 de piastres de products nationaux
pour couvrir ses 80.000.000 de dollars d'impor-
tation. Qui subissait les pertes? A coup sir les
producteurs. Ils vendaient contre de la monnaie
d6pr6ci6e alors que les exportateurs 6taient
pays en or h l'etranger et que ceux-ci conver-






LA MONNAIE


tissaient cet or en piastre d'argent pour faire de
nouveaux achats de denrees exportables. -
Toutes les entreprises industrielles souffraient de
cet 6tat de choses, les chemins de fer beaucoup
plus que les autres. Construits au moyen de ca-
pitaux strangers, les companies payaient en or
les inter6ts et les dividends de leurs capitaux
d'emprunt, tandis que les recettes qu'elles r6ali-
saient 6taient en piastre d'argent.
Le change ajoute certainement aux frais de la
production, du commerce et de l'industrie. D6-
favorable dans une trop large measure, comme
c'6tait le cas au Mexique h cette epoque, ii de-
vient une veritable prime que vous payez aux
strangers avec lesquels vous entretenez des
rapports commerciaux, pour compenser la fai-
blesse lib6ratoire de la monnaie d6pr6ci6e don't
vous faites l'instrument de vos changes h 1'ext6-
rieur.
II fallait conjurer cette crise, il fallait com-
battre ce malaise 6conomique. Perforia Diaz, cet
homme d'Etat patriote, habile et 6claird, qui 6tait
alors au Pouvoir, s'y consacra avec constance et
6nergie, en nommant des commissions nationals
charges d'6tudier la situation mon6taire du
Mexique clans tous ses 616ments. et de proposer
les r6formes urgentes et n6cessaires, en vue de






CHAP. Ill. LA POLIT. MONET. EN AMERIQUE 29

ramener le change a un taux normal et de le sta-
biliser. II provoqua m6me la formation d'une
commission international don't la mission 6tait
de fixer la piastre mexicaine au regard du dollar
or. A la suite des diff6rents travaux, le gouver-
nement mexicain adopta 1'6talon d'or, par la loi
du 9 d6cembre 1904 avec la circulation d'argent,
garantie au besoin par une encaisse d'or, sous la
reserve d'une frappe de nouvelles pieces d'or,
les anciennes ayant 6t6 export6es durant la crise
mon6taire provoqu6e par la trop grande d6pr6-
ciation de la monnaie d'argent.
N6anmoins, l'unit6 monetaire ne fut pas chan-
ge, elle resta toujours la piastre de 27 grammes,
73 milliemes, au titre de 0,9027, h laquelle on
attribua une valeur 16gale de 0,50 or, exactement
2 fr. 59.














LA CIRCULATION FIDUCIAIRE




Les progrSs de la civilisation et notamment le
d6veloppement des relations commercials ont
d6montr6 l'insuffisance de la monnaie m6tallique
qui ne constitute pas aujourd'hui l'unique instru-
ment des changes. A c6t6 d'elle fonctionnent
d'autres agents de la circulation, bass en
quelque sorte sur sa valeur marchande qui leur
sert de garantie, veritables instruments de credit
comme on les appelle : c'est le billet de banque,
le greenback, le papier-monnaie, le bon du tr6-
sor faisant office de monnaie, etc., etc. Tout cela
forme la monnaie fiduciaire qui n'a pas une va-
leur par elle-m6me, comme le mot 1'indique,
mais qui posside une valeur conventionnelle, de
pure confiance, qui la faith designer aussi sous le






CHAP. 1V. LA CIRCULATION FIDUCIAIRE 31

nom de monnaie iddale ou de compete par rapport
a la monnaie rdelle, a la monnaie m6tallique. Ce-
pendant pour que la monnaie fiduciaire inspire
r6ellement confiance, il faut que le public soit
shr de son remboursement, il faut que sa ga-
rantie soit d6clar6e et assuree. Autrement elle
n'aura pas plus de valeur que le paper qui a
servi h sa fabrication. Parlons d'abord du billet
au porteur.
Dans les grands Etats d'Europe et d'Am6rique,
les banquos d'6mission sont constitutes en mo-
nopole; les billets qu'elles mettent en circulation
doivent 6tre garantis par une encaisse g6nerale-
ment en monnaie d'or dans la proportion de 35 h
40 0/0. De plus, I'emission ne doit pas d6passer
un certain chiffre.
Dans les pays oh les banques d'6mission fone.
tionnent librement, ce sont d'ordinaire en Eu-
rope de petits Etats, le gouvernement qui octroie
cette liberty exige communement des garanties
tr$s s6rieuses. La banque doit garantir ses billets
par une encaisse m6tallique dans la proportion
de /10 0/0 et par un d6p6t dans les caisses de
l'Etat d'effets publics assez considerable. En
Suisse, elles doivent en outre changer les billets
les unes des autres; en Ecosse 1'encaisse m6-
tallique doit couvrir le chiffre de l'6mission et






LA MONNAIE


tout billet en sus est possible d'un imp6t de
5 0/0. Avec ces precautions, les banques libres
d'6mission sont peu. disposes h abuser de la li-
bert6 qui leur est accord6e (1).
Assur6ment, la liberty laiss6e a une banque
d'6mission ne peut pas etre complete; elle doit
6tre limit6e. Sa circulation fiduciaire ne doit pas
d6passer un certain chiffre, calcul6 sur les be-
soins du commerce du pays, et son encaisse doit
etre suffisante et en monnaie d'or afin de garantir
s6rieusement ses billets. Elle doit, de plus,
prendre un int6ert h l'extension du commerce et
au developpement de l'outillage agricole et in.
dustriel du pays. C'est dans une production plus
abondante et plus perfectionn6e, c'est dans
l'6coulement shr et avantageux des products
qu'elle trouvera pour ainsi dire la contre-partie
de l'exc6dent de ses billets sur son encaisse;
autrement cet exc6dent pourra bien n'6tre que
du papier-monnaie qui ne laissera pas d'influer
ficheusement sur la fortune publique. Pour que

(1) Dans cette 6numBration des agents de la circula-
tion fiduciaire, nous avons d6 carter le cheque qui
n'est qu'un moyen de paiement. Les cheques, en effet,
ne sont pas destin6s a circuler, mais bien a Atre
changes les uns centre les autres ou A Atre rembour-
ss ; nous avons 6cart6 aussi les valeurs de bourse on
titres n6gociables : lettre de change, billet A ordre, etc.






CHAP. IV. LA CIRCULATION FIDUCIAIIE 33

le billet de banque soit facilement r6alisable et
circle sans difficult, il faut done qu'une en-
caisse s6rieuse en garantisse le remboursement,
que l'industrie soit en progres et les transactions
commercials r6gulieres. Le billet au porteur est
de plus un agent de circulation commode, et
comme sa fabrication ne coite que peu de chose,
il peut 4tre mis h meilleur march a la disposi-
tion des fabricants et des commercants que la mon-
naie m4tallique. Or, toute economie r6alisee dans
les frais de fabrication et de transport des mon-
naies constitute un profit pour la socikt6, en ce sens
qu'elle s'ajoute au revenue net du travail national.
On trouvera ais6ment l'origine des billets au
porteur dans les billets ordinaires h l'aide des-
quels les fabricants et les commercants declarent
ou fixent leurs engagements dans les pays ofi il
n'y a pas de banque d'6mission, de moyens de
credit. Ces billets sont payables a une 6ch6ance
d6termin6e, qu'on calcule sur la probability du
placement d6finitit des marchandises qui donnent
lieu La Fengagement. Les billets ordinaires cir-
culent aussi par endos, mais seulement entire
ceux qui en connaissent les signataires et sont
assures de leur solvabilit6. Leur circulation est
done forc6ment limitee et leur escompte difficile.
Avec le billet au porteur, le fabricant et le n6go-






LA MONNAIE


ciant peuvent escompter l'avenir et se procurer
a peu de frais l'argent qui leur est n6cessaire
pour faire aller leurs affaires.
Comme on le voit, dans le movement com-
mercial ou social, le billet de banque rend des
services que la monnaie m6tallique elle-meme
ne pent pas rendre a un (gal degr6. Le credit ne
saurait reposer uniquement sur les especes son-
nantes sans 6tre plus ou moins onereux et res-
treint, car il n'est pas facile, meme a une grande
nation commercante, d'avoir dans sa circulation
un stock mon6taire assez considerable pour faci-
liter les transactions et les changes : d'oh 616va-
tion du taux de l'escompte partout oh la monnaie
m6tallique, surtout la monnaie d'argent, est
l'unique instrument des changes. Tels sont les
avantages du billet de banque. II facility le credit
et active le travail. Toute production, toute mar-
chandise, qui passe de main en main jusqu'h
parvenir h son dernier destinataire est une ri-
chesse immobilisee. Si par le credit, le produc-
teur ou le commercant ne peut pas se procurer
la contre-valeur en num6raire, il y a pour l'un et
pour l'autre un temps d'arrdt duquel peut naitre
une contraction assez g6n6rale des affaires, sans
computer l'int6rdt de l'argent qui tendra h aug-
menter n6cessairement. Mais, redisons-le, la oi






CIAP. IV. LA CIRCULATION FIDUCIAIRE 35

fonctionne une bonne banque d'emission, ces
inconv6nients ne peuvent pas se montrer, puis-
que le credit est assure a tout produit d'un 6cou-
lement certain. Avant d'aborder la question du
papier-monnaie, telle qu'elle se pose chez nous,
nous dirons quelques mots des greenbacks et des
bons du trbsor faisant office de monnaie.
A l'origine de leur mission, les greenbacks
furent de veritables assignats comme le sont
actuellement nos billets d'une et de deux gourdes.
Ces papers avaient course 16gal. Bien qu'ayant
pouvoir lib6ratoire dans les paiements commer-
ciaux, ils n'6taient pas recus dans les cAisses de
l'Etat en paiement des droits de douane. Leur
coupure la plus faible 6tait d'un dollar. Ils avaient
Wte 6mis primitivement pour plus de 400 millions.
Comme la monnaie divisionnaire d'argent avait
presque compl6tement disparu, a l'6poque de la
second guerre avec l'Angleterre, le gouverne-
ment des Etats-Unis mit en circulation de petits
billets de 5, 10, 25 et 50 centimes. Aujourd'htui,
les greenbacks sont completement converts par
la reserve m6tallique. Ils sont de I'or facilemcnt
realisable. Au 30 septembre 1896, ces billets
circulaient pour le chiffre de 937.148:902 contre
une encaisse de 940.135.524 dollars. Avant leur
creation, des bons du tr6sor transmissibles par






LA MONNAIE


endossement et portant un int6ret ont circul6 aux
Etats-Unis. On en a rencontr6 en Allemagne cir-
culant sans un fonds de remboursement et sans
une 6ch6ance d6termin6e.
La question du metal par lequel les billets
des Etats-Unis sont remboursables est done tran-
chee. Celle de la constitution d'un fond sp6ciale-
ment destine h assurer ce remboursement 1'a 6te
par la m6me loi de 1900. Jusque-lh aucune regle
16gislative ne pr6sidait h la gestion de cette en-
caisse, que les presidents s'efforgaient de main-
tenir h une hauteur raisonnable, et qu'ils alimen-
taient par des emprunts, lorsque le niveau en
6tait descendu trop bas. En dehors du fonds per-
manent et intangible de 150 millions, le tr6sor
am6ricain d6tient en g6ndral des quantit6s consi-
d6rables de m6tal : actuellement, elles s'616vent
a plus d'un milliard de dollars d'or. Mais la plus
grande parties de cette encaisse n'est pas h la dispo-
sition du secr6taire d'Etat de la TrBsorerie ; pour
tout ce qui correspond aux r6c6piss6s de d6p6t
delivres en representation de monnaies d'or, il
n'est que le simple garden des especes qu'il doit
d6livrer a premiere requisition en change du
rec6piss6 qui en constate la propriety (1).

(1) Raphael-Georges LEVY, Banques d'dmission et Tre-
sors publics, page 532.





CHAP. IV. LA CIRCULATION FIDUCIAIRE 37

Le papier-monnaie, h quelque point de vue
qu'on l'envisage, est un mauvais instrument
d'echange. I1 n'offre d'avantages reels que lors-
qu'il reunit les conditions du billet de banquet,
c'est-h-dire lorsqu'il est garanti par un fonds de
remboursement, comme aux Etats-Unis, et que
son mission est calcul6e sur les besoins reels du
commerce. Mais alors mieux vaut lui pr6f6rer le
billet de banque qui reunit les m6mes avantages
sans presenter aucun des inconv&nients inh6-
rents au papier-monnaie. Sans une encaisse m6-
tallique quilui sert de garantie ou sans une affec-
tation s6rieuse et suffisante qui en assure le
reimbursement h la longue, le papier-monnaie
n'est que de la fausse monnaie. Tout pays qui
basera ses changes sur une circulation fidu-
ciaire sans solidity et sans valeur se condamnera
Sne pas prosp6rer ; il verra ses resources dimi-
nuer et finalement il sera la proie des crises 6co-
nomiques et financirres, frequemment renouve-
lees, qu'il ne pourra att6nuer momentanmnent
que par des appeals faits au credit. S'il ne peut
pas se servir des resources indirectes qu'il se
sera procures par les emprunts pour am6liorer
sa situation mon6taire et tirer parti de tous les
advantages qu'il trouvera a sa portle, pour l'aug-
mentation progressive de ses revenues, c'est la
Dorsainvil 3






LA MONNA1E


banqueroute g6nerale qui l'attend avec ses con-
sequences ficheuses et irr6m6diables. Dieu veuille
qu'un 61an patriotique soit possible et que cette
banqueroute g6n6rale puisse se liquider par des
renonciations et par des sacrifices !
Le pouvoir d'achat du papier-monnaie est r6gid
commercialement d'apris l'etendue de son emis-
sion et la valeur de ['affectation qui en garantit le
remboursement; de plus la monnaie fiduciaire a
n6cessairement un course variable qui la distingue
de la monnaie m6tallique, surtoutde la monnaie
d'or. C'est si vrai que les instruments de credit les
plus solides tels que les greenbacks, sont ceux
qui apportent plus de facilil6s au credit qu'ils ne
l'augmentent a proprement parler, puisque ces
titres sont couverts en totality par une reserve
metallique en bonne monnaie qui en r6gularise
le course. La m6me remarque est a faire a propos
du billet de banquet : plus l'encaisse est proche
du chiffre de l'6mission, plus les billets sont so-
lides et inspirent confiance, car personnel n'ignore,
dans le monde des affaires, que l'exc6dent de
F'emission sur l'encaisse constitute des billets a
d6couvert. Ce mode de fonctionnement des ins-
truments de credit en est le plus shr, c'est pres-
que l'id6al h atteindre.
Le plus souvent une mission de papier-mon-






CHAP. IV. LA CIRCULATION FIDUCIAIRE 39

naie se fait sous l'influence de preoccupations
autres que cells qui naissent des besoins com-
merciaux, lorsque F'inconv6nient do missionn
mmene n'est pas une affectation fictive, illusoire.
11 est done rare qu'une mission de papier-mon.
naie soit continue dans les limits n6cessaires.
En general, la trop grande abondance de la mon-
naie est h craindre. Elle a pour effet de faire aug-
inenter anormalement le prix des services et des
marchandises. Ce ne serait rien si c'6tait la
l'unique d6savantage; mais ce qui est un danger
r6el, c'est qu'elle tend h rendre le change d6fa-
vorable a la nation oh cette trop grande abon-
dance monetaire existe, y attire des bras 6tran-
gers qui travaillent parfois au rabais, font une
concurrence d6sagr6able aux nationaux et finit
par faire naitre une sorte de malaise dans la so-
ci6et, si ces inconv6nients ne trouvent pas leur
correctif dans une plus grande activity de l'indus-
trie et du commerce. Dans ce cas, lorsque l'ins-
trument des changes estdu papier-monnaie sur-
tout, c'est la d6pr6ciation des richesses qui en
r6sulte imm6diatement, avec d'autant plus de
persistence que cet agent de credit est impuis-
sant h d6verser son trop-plein au dehors. Si ce
sont des billets de banque, le surplus sera natu-
rellement pr6sente au remboursement, et la






LA MONNAlE


situation redeviendra normal en pen de temps.
< L'erreur fondamentale des systemes qui con-
Lient a 1'Etal le soin de cr6erla monnaie fiduciaire
et d'en r6gler directement la circulation est de la
confondre ainsi avec le billon, que les Anglais
appellent si justement token money, c'est-h-dire
monnaie-signe ou monnaie-jeton. Le paper doit,
au contraire, ktre toujours convertible en especes,
et des lors 6tre cr66 suivant des modalit6s qui
assurent cette convertibilit6. Or la simple pro-
messe de 1'Etat ne suflit pas... > (1)
Un autre inconvenient assez grave du paper.
monnaie, c'est que les pays oh il circle trouvent
difficilement a emprunter h l'Etranger, en raison
m6me des risques qu'il fait courir aux capita-
listes. Meme lorsque l'emprunteur prend h sa
charge le change, en s'obligeant h payer les int6-
r6ts et h rembourser le capital en or, on lui
impose presque toujours un taux double ou triple
du taux ordinaire. Une nation peut avoir besoin
du concours des capitaux strangers pour le deve.
loppement de ses richesses ; i ne faut pas que
son syst6me mon6taire lui cr6e 6 cet 6gard des
entraves ou des obstacles.
A quel moment notre system mon6taire nous

(1) lHaphal-Georges LEvy, Banques d'cmission et Trd-
sors publics, page 545.






CHAP. IV. LA CIRCULATION FIDUCIAIRE I1

a paru Ic plus en rapport avec la science 6cono-
inique et les saines donnees de l'exp6rience aussi
bicn qu'avec nos besoins commerciaux? Sans nul
doute sous administration du g6neral Salomon.
Ii n'est done pas sans int6r6t de mettre sous les
yeux du lecteur les divers 616ments qui formaient
l'ensemble de ce system mon6taire jusqu'al 'ap-
plication de la loi du 6 octobre 1884.

Or americain.. 3.000.000
Monnaie d'argent d'Haiti. .. 1.950.000
Billets . .. 3.500.000
Billon . .. 25.000

En tenant compile du developpement econo-
mique du pays, de 1'augmentation de sa popula-
tion qui parait s'Blever h pros de deux millions
d'Ames, ce stock mon6taire pourra servir de base
pour une r6forme urgent et n6cessaire.
En resume, un system mon6taire complete et
6conomique doit comprendre : 1 une monnaie
d'or (il n'est pas indispensable qu'elle soit une
monnaie national s'il s'agit d'un petit Etat);
20 une monnaie d'argent, avec faculty d'achat li-
mit6e ; 3 des billions pour le commerce de menu ;
4 des billets de banquet comme moyen de credit.
Si la monnaie d'or est 6trang6re, elle exigera un
travail national r6gulier et bien outill pour son






42 LA MONNAIE

affluence et son maintien dans la circulation int6-
rieure. Avec un pareil system 6conomique, se-
cond6 par un regime d'ordre et de liberty, par le
jeu r6gulier des institutions, la nation ne sera
plus expose h traverser des crises commercials
et financieres qui decouragent toujours laproduc-
tion et amoindrissent la fortune, publique.














DE L'INFLUENCR DE LA MONNAIE SUI LES PRIX



II ne s'agit, dans ce chapitre, que de 1'Ntude
des consequences de la variation de la valeur
dl'change ou du pouvoir d'achat de la monnaie.
DI'une maniere objective, le coot de la vie peut
'tre influence par des causes gen6rales comme par
des causes particulibres. Les causes generales
peuvent agir visiblement et produire a la fin des
changements, des modifications profondes et d6-
finitives. 11 en est tr6s rarement ainsi s'il s'agit
des causes particulires qui sont le plus souvent
sous la d6pendance d'un cas fortuit, telle qu'une
mauvaise r6colte, par example, ou une crise 6co-
nomique. A un moment donn6, influence de la
monnaie sur la variation des prix peut 6tre rat-
tachae a la s6rie des causes particulieres, malgr6
le caractere propre de la monnaie.






LA MONNAIE


Etant donn6 un l6at de chosesjug6 bon 6cono-
miquement, c'est-h-dire favorable aux affairs
aussi bien qu'en rapport avec les resources du
pays oi il existe et avec les moyens des habitants
dans leurs diverse categories, quelle conduit
doivent tenir les gouvernants h l'gard des instru-
ments d'6change? Maintenir dans la circulation
une monnaie qui par sa nature et sa puissance
d'achat concourt B cet 6tat general de choses, par
les facilities m6me qu'elle apporte dans tous les
genres de transactions.
On s'en souvient,la nation a connu une pareille
situation vers I'ann6e 1887 ou nous avions le
change au pair, grace a un stock mon6taire de
bon aloi et limit aux besoins du commerce.
Notre circulation fiduciaire largement garantie
par une circulation d'or et par une affectation on
encaisse d'or (dollars am6ricains) avait meme
consolid6 la valeur de nos pieces d'argent, et le
prix de tous les articles de consommation, du
loyer des immeubles et du capital-argent avait
sensiblement baiss6. Ce bon 6tat de choses a et6
a la fois le r6sultat et la justification de la poli-
tique financiere suivie par le gouvernement du
general Salomon.
Hyppolite monta sur le pavois en 1889. Que
fit-il? Appliqua-t-il les m6mes principles 6cono-





CIIAP. V. L INFLUENCE 1)E LA MONNAIE, ETC. 3

miques? Usa-t-il des memes moyens qui avaient
produit ces bons effects ? Le lecteur en jugera par
les chiffres qui vont lui passer sous les yeux.
D'abord le budget g6n6ral de la R6publique fut
port subitement de 4 a 5 millions de piastres h
9 millions. Puis commenqa la s6rie des emissions
de billets de caisses qui porterent vers 1895 le
chiffre du papier-monnaie i G 8.794'.197. Le gou-
vernement en usa ainsi uniquement pour se
cr6er des resources de tr6sorerie. Par surcrolt,
l'ann6e suivante, un emprunt de 60 millions de
francs fut contract h Paris. On en connait le sort.
Toutes ces fautes accumulkes vont d6rouler
leurs consequences inl6uctables sous l'adminis-
tration du g6enral Sam. II fallait maintenant se
rendre h 1'6vidence et renoncer aux expedients
dangereux. Mais, comment liquider le long passif
laiss6 par l'ancien gouvernement? On tAcha de
vivre h la petite semaine. Tout de m6me, il fallait
se decider h quelque chose de definitif; car un
bon jour, i force d'avoir contract de petits em-
prunts locaux, on a fini par s'apercevoir qu'il
n'y avait plus de recettes disponibles ; tout 6tait
devenu le gage des cr6anciers de 1'Etat. Une con-
solidation s'imposait ; on la fit. Elle eut, comme
on le sail, des consequences ftcheuses pour ceux
qui la firent.






LA MONNAIE


Certes, c'6tait le devoir :du gouvernement de
Nord Alexis de suivre ces operations qui se pour-
suivaient toujours, de remonter meme a leur
origine. C'etait aussi son devoir de faire annuler
tout consolide qui ne r6sultait pas d'une cr6ance
effective l6galement consulate contre 1'Etat et de
faire restituer au besoin au Tr6sor public les in-
tr4ets ind6ment touches de ce chef. Personne ne
contestera cela, et les simples pouvoirs discr6-
tionnaires de 1'Administration sup6rieure suffi-
raient pour amener ce r6sultat. Loin de la, une
Commission d'enqu4te fut form6e avec fracas,
qui fit beaucoup plus de bruit encore avec ces
doctes rapports publi6s au Journal Officiel.
Enfin on aboutit au hut vis6 et 1'on intent un
proces criminal centre tous ceux qui composaient
le gouvernement de Sam avec le g6n6ral Sam
lui-meme. L'abus de pouvoir commis par le mi-
nistare dans les operations de la Consolidation fut
tranform6 en crime de droit common et I'on ob-
tint centre ces Messieurs des condamnations
afflictives et infAmantes en sus d'une action en
r6p6tition.
J'avoue pour ma part qu'il 6tait n6cessaire de
retourner devant les Chambres la loi prescrivant
]a Consolidation pour l'amender, la corriger et
m6me a l'effet de soumettre a l'examen d'une






CHAP. V. L'INFLUENCr DE LA MONNAlE, ETC. 47

commission compktente tous les tires qui de-
vaient b6enlicier de la measure. Non seulement, il
\ avait dans la circulation de fausses feuilles et
de fausses ordonnances ; mais encore la presque
g6n6ralit6 de ces effects publics avaient 616 ache-
tes par les banquiers a raison de 80, 88, 90 0/0
contre la gourde d6preci6e d'lHaiti qui a cette
6poque avaita peine une valeur moyenne de 20 cen-
times de dollar. Comme la loi prescrivait la conso-
lidation au pair, a ce point de vue elle 6tait de-
sastreuse pour les finances du pays pour toute
cette cat6gorie de cr6ances. En tenant compile de
ces modalit6s, la consolidation de ces cr6ances
aurait du ktre faite a raison de 50 0/0 de leur
valeur d'autant plus que les titres ddlivr6s de-
vaient etre en or am6ricain. C'est ce que les au-
teurs du procs, auraient d6 voir, et c'est ce qu'ils
ne virent pas, parce qu'ils avaient d'autres vis6es.
On devine d6s lors la nature du mobile qui les
faisait agir. Tout cela est mesquin et odieux,
et l'int6r6t vrai du pays s'est 6vanoui devant la
haine et la vengeance inspirees par les passions
politiques.
Aujourd'hui, l'exp6rience scientifique et la
pratique de chaque jour confirment de plus en
plus que 1l oi il s'est developp6 une production
agricole important et abondante, une industries






LA MONNAIE


vari6e et un commerce nombreux, seule la
monnaie d'or par son pouvoir d'achat et la stabi-
lit6 de sa valeur peut s'y adapter parfaitement
aux grands besoins 6conomiques et sociaux. C'est
done la monnaie d'or dans ses multiples combi-
naisons avec la monnaie d'argent et la monnaie
tiduciaire qui assure le pair du change h l'ext6-
rieur, la fixite des prix a l'int6rieur, en faisant
participer d'abord les monnaies secondaires et
ensuite toutes choses aux qualities qui lui sont
propres.
Aucune nation, soucieuse de sa stability et de
son avenir economique, ne saurait se passer,
sans danger pour elle-m6me, d'avoir a la base
de sa circulation mon6taire une monnaie d'or na-
tionale si c'est une grande puissance, 6trangbre a
la rigueur et a course l6gal si c'est une petite
puissance comme Haiti, pour la consolider, la
fortifier et la stabiliser. Si par tradition ou par
n6cessit6, comme ce ful le cas au Br6sil, elle
conserve une monnaie d'argent avec un pouvoir
d'achat illimit6, la monnaie d'or en r6gularisera
le course, rendra moins fr6quentes et moins pro-
fondes les variations, au cas ou elles r6sulteraient
de causes g6n6rales ou particulieres,, ind6pen-
dantes de toue influence mon6taire. Si sa circu-
lation se compose de billets de caisse surtout,






CHAP. V. L INFLUENCE DE LN MONNAIE, ETC. 49

comme celle d'Haiti, garantis par une encaisse
et une haute circulation d'or pour les grande
operations et transactions, ces billets de caisse
n'auront pas une valeur moindre, et cette valeur
sera aussi peu variable que celle de I'or. C'est la
un fait acquis.
D'autre part, si l'on veut bien se rappeler que
la monnaie n'est pas seulement l'intermndiaire
des changes, mais aussi la commune measure
des richesses et un moyen de thesaurisation, on
comprendra combien sont dangereux les incon-
v6nients qui r6sultent de l'usage d'une mauvaise
monnaie, qui, n'ayant pas une valeur r6elle et
lixe, jette la confusion et le d6sarroi dans les
changes, entrave la circulation des richesses
(l'elle amoindrit, tout en donnant lieu h un d6-
placement abusif de la fortune publique, par les
gains illicites qu'elle procure L telle cat6gorie de
personnel et par les pertes injustes qu'elle fait
subir h telle autre cat6gorie.
Avec la chert6 de toutes choses en Haiti, sur-
tout de 1895 h 1908, par le fait d'une mauvaise
gestion financiere et de la tr6s grande d6pr6cia-
tion de la gourde national, les petits propri6-
taires ou rentiers, les ouvriers et les salaries
ne pouvaient plus vivre qu'en hypothequant
l'avenir. C'est ainsi que toute la petite propri6t6,






50 LA MONNAIE

dans les villes surtout, s'est trouv6e grev6e d'hv-
potheques. Des le gouvernement d'Hyppolite,
des juristes inexp6riments out cru possible de
la prot6ger contre l'usure en interdisant la clause
de voie parade dans les actes constitutifs d'hypo.
tlique conventionnelle, en les assujettissant aux
lentes et co6teuses formalit6s en cas d'insolva-
bilit6 du d6biteur de la loi sur la saisie immo-
biliere. En l'absence de toute organisation du
credit foncier, les pr6teurs ont purement et sim-
plement remplac6 la clause de voie par6e, d&-
fendue, par le r6m6r6 ou vente avec clause de
rachat. Cette substitution n'6tait que formelle,
apparent. Dans la commune intention des parties
c''taient toujours des hypotheques convention-
nelles. Ainsi, on capitalisait les int6r6ts futurs et
le pr6t, et comme ces int6r6ts 6taient tres 6lev6s,
5, 6 0/0 par mois, et comme le pret 6tait con-
senti pour un d6lai tres court, six mois tout au
plus, cette pratique illicite donna lieu a de mons-
trueux abus. Des propriet6s valant 3.000, 4.000,
5.000 gourdes 6ch6aient en peu de temps aux
pr6teurs pour des sommes d6risoires de 300,
400, 500 gourdes. C'ctait la spoliation pure et
simple. Le Corps 16gislatif, dans la session de
1901, s'efforqa d'y Imettre un terme en rappor-
tant la loi de 1891 et en permettant implicitement






CHAP. V. L'INFLUENCE DE LA MONNA1E, ETC. M5

la clause de voie par6e dans les actes d'hypo-
th6que conventionnelle. C'e6it 6t6 le moment
d'organiser le credit foncier; on n'y songeait pas;
il fallait.m6me letter 6nergiquement a la chambre
centre les avocats du capital pour obtenir ce
mince r6sultat.
L'influence de notre gourde d6pr6ci6e sur le
commerce national n'a pas 6tW moins sensible.
Elle a tu6 le credit du commercant haitien en
provoquant cette lamentable s6rie de faillites, d6-
guis6es quelques-unes sous Ia forme de liqitida-
tions judiciaires, lesquelles ont fini par concentrer
notre commerce d'importation et d'exportation
aux mains des n6gociants strangers 6tablis sur nos
places. A un moment, on s'est pos6 la question h
savoir comment les commercants strangers ont
pu r6sister et n'ont pas succomb6 au course d'une
crise si aigue. La r6ponse a cela n'est pas diffi-
cile: c'est que le plus souvent ils se livrent aux
deux genres de commerce et font leurs remises
en denr6es ; bien plus, ils s'appuient sur les
industries et les commercants de leurs pays
d'origine notamment les Allemands qui
leur font des conditions de vente avantageuses et
leur accordent un credit h long terme. Et dire
que toute cette hideuse mis6re, don't nous venons
d'esquisser le tableau, se montrait en pleine paix






52 LA M3ONNA1E

et sur un des coins de terre les plus fertiles du
globe, les plus privil6gi6s par la puissance de sa
vegetation aussi bien que par la vari6t6 de sa
flore et de sa faune! C'est toujours la misere au
sein de la richesse, si merveilleusement d6peinte
il y a 40 ans par Demesvar Delorme. Cet 6tat
de choses n'est pas encore conjure, il est seule-
ment att6nu6.
En r6sum6, rien de plus simple ni de plus ais6
pour des serviteurs respectueux de la Constitution
et des lois, de bonne foi, patrioles et quelque peu
compeLents, que le gouvernement et I'administra-
tion d'un petit Etat comme Haiti de 2 millions
d'Ames tout au plus avec un territoire ne 1e-
passant pas 40 mille K. C. de superficie, vivant
d'agriculture et de commerce, surtout au point
de vue d'une saine politique mon6taire et finan.
ciere. Point ou peu de dettes h l'exterieur;
des imp6ts reposant surtout sur les revenues du
capital: imp6t foncier, imp6t sur le revenue gi-
n6ral, bas6 sur des signes ext6rieurs de la ri-
chesse, tel que le logement d'habitation, imp6t
sur les valeurs mobilieres, droits de mutation,
simples droits de statistiques h l'importation et
l'exportation. Au point de vue de la gestion
financire, d'abord un budget annual dans le
sens vrai du mot, et non pas de simples lois de






CHAP. V. L'INFLUENCE DE LA MONNAIE, ETC. 5 3

finances; un budget complete tel que.le veulent
la Constitution et le r6glement pour le service de
la Tr6sorerie, c'est-a-dire loi de finances et elals,
le tout formant avec le budget des recettes un
budget particulier par chaque d6partement minis-
t6riel et lequel est divis6 en chapitres, les cha-
pitres en sections, prescriptions 16gales absolues
et rigoureuses pour tout serviteur de 1'Etat qui
n'entend pas jongler avec des n6cessit6s de
la vie publique. Enfin un stock monetaire ainsi
compose :

P.
Or am6ricain 3.000.000(1)
Billets de banque oi d'Etat. 3.000.000 (2)



(1) La nation n'est pas en measure de se doter d'une
monnaie d'or. En attendant, on pent continue h user
du dollar americain en lui donnant course 16gal. J'ai
choisi cette monnaie, parce qu'elle a de tout temps
circule en Haiti, parce que le people est habitue h
computer en piastre forte ou en dollar de 5 francs et
qu'A ses yeux la gourde d'Haiti est bonne autant que
sa valeur se rapproche de celle du dollar. Avec ce sys-
time on a l'avantage de ne rien changer aux habitudes
du pays.
(2) Ces billets doivent 6tre garantis par une encaisse
d'or de P. 1.500.000, augmented de valeurs de bourse
si possible, pour que chaque billet ait exactement la
valeur d'un dollar or.







LA MONNAIE


Monnaie d'argent de P. 0.50,0.25,
0.10 . .
Billon .


1.500.000
300.000(3)


Avec une pareille organisation financibre, la
nation verra sa situation 6conomique s'am6liorer
progressivement; la production g6n6rale, presque
toujours en d6croissance depuis des ann6es, se
relhvera et se d6veloppera avec intensity, en
meme temps que le commerce national renaltra
et redeviendra prospBre, si bien entendu los
gouvernants peuvent discontinue de tout subor-
donner a la politique, et quelle politique? et
d'6puiser leurs forces ainsi que les resources de
la nation dans de stWriles competitions de per-
sonnes.


(3) Dans la monnaie de billon on pourra avoir des
pieces de nickel de 0,05 et des pieces de bronze de
0,02 et de 0,01.
(4) Composition actuelle de notre stock de monnaies
nationals (d'apres la Banque) :


Billets de 1 et 2 gourdes
S de 5 gourdes .
Nickel. Pieces de 0,05
Dn 0,10
v 0.20 .
D 0.50 .
Total .


G.
7.079.447
814.325 = 7.893.772
1.000.000
1.000.000
1.000.000
3.400.000 = 7.000.000
. 14.893.772















LES ECIIANGES INTERNATIONAUX DANS LEURS RAPPORTS
AVEC L AGRICULTURE ET L INDUSTRIES




II n'est pas possible dans l'6tat actuel des
mceurs et des besoins des nations d'en rencontrer
une qui possede assez d'aptitudes et qui trouve
sur son territoire assez de facilit6s pour se passer
du concours des autres; de mnme, il est difficile
de citer l'exemple d'un people qui ne produit
pas, grace a ses aptitudes et aux resources de
son sol, quelques utilit6s, quelques articles
6changeables, bien au delh de ses besoins ordi-
naires de consommation. De cette double impos-
sibilit6 est n6 le commerce international, qui
d'ailleurs remote a une antiquity assez recul6e.
On se propose de montrer, par ce chapitre,
quelles sont les nations auxquelles il profit le






LA MONNAIE


plus, en consid6rant leur mode respectifd'activitl
economique et les products divers lcs plus im-
portants et les plus r6mun6rateurs qui font ordi-
nairement l'objet du commerce ext6rieur.
Selon leur 6tat de civilisation, selon surtout ce
qui constitute leurs principles occupations, les
nations sont classes en peuples pasteurs, en
peuples agricoles et en peuples manufacturers
ou industries. Mais en g6n6ral, les nomades, les
peuplades de pasteurs qui deviennent des peoples
agricoles, ne cessent pas de s'adonner a l'l6evage
des bestiaux. C'est pourquoi nous ne ferons de
comparison qu'entre ces derniers et les nations
manufacturi6res.
Dans l'6tat de prosp6rit6, une nation quel-
conque s'occupe en m6me temps d'61evage,
d'agriculture et d'industrie proprement dite. Ce-
pendant, il peut arriver, comme au reste il ar-
rive souvent, que l'un de ces modes de travail
national l'emporte sur I'autre chez tel ou tel
people, par le fait de ses aptitudes et des con-
ditions naturelles de son milieu. On dit alors que
ce people est ou agricole ou industrial. Quelque-
fois, les deux modes d'activit6 productive se ba-
lancent, en quelque sorte, comme chez les Fran-
cais par example : on dit alors que la nation est
agricole et manufacturiere. S'il nous fallait mul-






CHAP. VI, L AGRICULTURE ET L INDUSTRIES 57

tiplier les examples a cet 6gard, nous rappelle-
rions que l'Angleterre est surtout une contr6e
manufacturibre, les Etats-Unis d'Am6rique un
pays d'l6evage, d'agriculture et de grande in-
dustrie, grace aux prairies naturelles d'une im-
mense 6tendue, aux terres labourables d'une pro-
digieuse fertility, aux minerals important, enfin
aux matires premieres d'une grande varie6t
fqu'on constate dans les diff6rentes zones de leur
immense territoire.
D'une maniire objective, les influences natu-
relies du milieu ne sont pas les seules qui soient
susceptibles d'agir ou de d6terminer plus ou
moins le mode d'activit6 d'une nation : la for-
malion particularisle par le commerce a 6t6( de
nos jours utilement 6tudi6e par des sociologues
tel que M. Paul Roux par example, qui y a con-
sacr6 le 25" fascicule de la Science Sociole.
Ce qui r6sulte de toutes ses observations, c'est
que l'espece d'6volution don't il s'agit procede de
causes diverse, don't les principles semblent les
suivantes : conditions du sol, enseignement pro-
fessionnel, stability et s6curit6 politique et so-
ciale, institutions d'ordre conomique, transports
rapides et shrs, enfin d6bouch6s avantageux.
Sans le concours de ces divers facteurs, ce n'est
pas seulement le commerce qui est frappe de






LA MONNAIE


malaise, mais aussi l'agriculture et l'industrie.
Dans bien des cas, en effet, l'intensification de
la culture r6sulte des hesoins commerciaux :
t6moin I'agriculture hollandaise, avec son allure
franchement commercial. < Elle est, dit M. Paul
Roux, une des formes sous lesquelles la Hollande
manileste ses aptitudes commercials, grdce aix
transports devenus nombreux, dconorniques et
rap ides.
Tant que, continue le m6me 6crivain, les
transports sont compliqu6s, longs et coiteux, le
commerce ne porte que sur les denr6es de grande
valeur : toffes de luxe, spices, objets pr6cieux.
C'est l'6poque des disettes et des famines parce
qu'il n'est pas economiquement possible de
transporter du bl1 d'une province h l'autre, d'un
pays dans un pays voisin. C'est le regne de la
culture int6grale et mrnagere : 'agriculleur vit
sur sa terre, tout au plus alimente-t-il le march
voisin.
Des que les transports deviennent peu dis-
pendieux, on change d'un bout du monde a
l'autre des mati6res lourdes, encombrantes, de
faible valeur : carbon, bois, ble, etc. Lorsque
les transports se perfectionnent et s'acceldrent,
on peut transporter des products p6rissables,
mais de valeur 6lev6e, viande, lIgumes, fruits,






CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 59

beurre, etc... Aujourd'hui les ceufs et les
beurres de Sihbrie envahissent le march an-
glais, et les primeurs de Provence et d'Alg6rie
arrivent facilement aux halles de Londres et
(de Berlin. C'est l'epoque de la sp6cialisation
agricole : 1'agriculteur se soucie peu de .satis-
faire a sa propre consommation ; il songe
surtout h obtenir des products excellent qui se
vendent cher sur des marches souvent tres
eloign6s. La connaissance de ces marches, la
bonne utilisation des transports ont pour lui
autant d'importance que la science des proc6d6s
techniques. ,
Pour tout 6conomiste clairvoyant, les voices
de communication : routes, chemin de fer, navi-
gation fluviale et maritime, sont des especes
d'outils que les nations mettent h leur service
pour la production, la circulation et la consom-
mation des richesses. D'abord de bonnes routes,
puis l'utilisation des course d'eau pour I'irriga-
tion des terres cullivables et pour le transport
par eau, des products, le cabotage ; enlin, la voie
ferr6e et la navigation au long course lorsque le d'-
veloppement du travail et du traffic exige une
sore de multiplication des moyens de transport.
Cette march est naturelle; c'est cell que sui-
vent les peuples sains et progressifs, qui com-






LA MONNAIE


mencent toujours par prendre possession de leur
sol, s'y incorporer, le modifier ou se l'approprier
selon les exigences de la vie social, tout en s'or-
ganisant eux-m6mes.
L'6volution vraie pour toute nation, consist
done a se cr6er ses organes de vie et de lutte,
selon ses besoins et a chaque stade de son exis-
tence 6conomique.
En dehors des aptitudes de races et dcs
causes plus g6nerales que nous avons 6numbr6es,
les conditions naturelles du sol influent done
aussi sur le mode de travail d'un people ; elles le
determinent m6me dans une certain proportion.
Mais quels sont les peuples qui, par ce fait, pen-
vent trouver plus de profit dans leur commerce
ext6rieur ? Sont-ce ceux qui se livrent surtout ,
l'l6evage et a l'agriculture, ou ceux don't la
grande industries, l'industrie manufacturiire et
1'industrie mtlallurgique constituent les princi.
pales occupations ?
On ne saurait m6connaltre l'6norme difference
qui existe entire les conditions du travail agricole
et celles du travail industrial, ne fit-ce que sous
le rapport des aptitudes sp6ciales et des avances
de fonds que n6cessitent respectivement 'un et
l'autre mode d'activit6 6conomique. Sans doute,
industriese agricole, pour Otre am6nagce et sufli-





CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 61

samment r6muneratrice, exige de certaines con-
naissances sp6ciales et des capitaux. Cela est en
core plus vrai et plus s6rieux s'il s'agit d'industrie
manufacturiere. Dans ce dernier champ d'acti-
vil6 laborieuse, I'acquit des connaissances sp6-
ciales, du savoir technique n6cessaire, command
plus d'effort intellectual, exige plus de temps et
d'argent; en outre le capitald'exploitation est ordi-
nairement plus considerable, beaucoup plus dis-
pendieux; partant le prix de revient des pro-
duits plus elev6 que dans l'industrie agricole.
Une derniere consideration h faire valoir, c'est
qu'un plus grand nombre d'ouvriers speciaux
concourent a la fabrication des articles manu-
factures qu'h l'exploitation des products naturels
on agricoles.
Dans les manufactures, la division du travail
est pouss6e plus loin; et cela, en vue d'oblenir
des articles perfectionn6s dans le plus court es-
pace de temps possible. I1 en r6sulte une aug-
mentation inevitable de la main-d'couvre qui,
dans certaines industries, d'un apprentissage
long et difficile, procure en peu de temps une
honnmte aisance a l'ouvrier intelligent et rang6,
surtout dans ces professions manuelles d6licates
oi I'ouvrier est en m6me temps un artiste et un
savant.
Dorsainvil 4






LA 310NNAlE


Dans les travaux agricoles le has prix des sa-
laires tient au grand nombre de gens qui y sont
adonnes, au bon march relatif des products, en-
fin a 1'espece de routine ou aux connaissances
rudimentaires qu'il suflit d'acqu6rir pour y trou-
ver de l'emploi ou de 1'ouvrage. Ainsi, il est aise
de se convaincre que les conditions du travail ne
sont pas identiques dans l'industrie manufactu-
riere et dans l'industrie agricole.
Dans le prix de chaque produit que l'industrie
manufacturiere livre a la consommation gen-
rale, au commerce exthrieur, il faut comprendre:
40 le revenue d'un capital considerable d'exploita-
tion; 2 le coot de la mati6re premiere; 3o le
bne6fice de l'industriel ou de entrepreneur; 4o
la main-d'ceuvre des ouvriers qui ont concourui
faconner le produit; 5 enfin le b6nefice du com-
mer.ant. A ces divers frais il faut ajouter ceux
de transport, de change, de douane, etc. Ces
frais g6neraux que nous acquittons pour toutes
les marchandises industrielles de provenance
6trang6re, que nous consommons, on ne saurait
les retrouver dans les products agricoles tels lue
caf6, coton, cacao, cire, bois de teinture et d'6be-
nisterie, meme en exagOrant outre measure la puis-
sance productive des ouvriers ruraux. On verra
1'effet que cette difllrence dans la valeur des pro-






CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 63

hilts 6chang6s fait sur la masse des affaires et
sur la fortune publique.
Le commerce exterieur ne serait pas un
change r6ciproque de products entire les nations,
agalement avantageux h elles toutes, si quelques-
unes ne livraient toujours que des matieres pre-
mieres, des products naturels ou agricoles au-
jourd'hui en baisse. II procurerait des profits con-
siderables aux nations manufacturiires qui se
feraient rembourser par leurs clients de tout ce
qu'elles (dpenseraient pour l'entretien deleur ou-
tillage, 'achat des matieres premieres qu'elles ne
possedent pas, la main-d'oeuvre de leurs ouvriers.
II creerait, par centre, une situation infe-
rieure aux peuples agricoles qui, ne fabriquant
pas de products manufactures pour lutter contre
une concurrence susceptible de devenir trop ine-
gale, 6crasante meme pour eux, ne pourront de-
sormais payer qu'avec du num6raire, les valeurs
mobilieres qu'ils possedent, enfin avec leurs ca-
pitaux immobiliers, rendus transmissibles au
moyen de cedules hypothecaires ou autres pra-
tiques semblables, la difference des prix de re-
vient des marchandises qu'ils important chez
eux sur ceux des products qu'ils livrent h la con-
sommation 6trangBre.
II faut toutefois convenir que s'il y a inegalit6






LA 3IONNAII


de profits entire les uns et les autres, ii y a aussi
in6galit6 de services ; car ce qui constitue 1'im-
portance d'un service dans l'ordre 6conomique,
ce n'est pas seulement l'intensit6 du besoin qu'il
est appel6 a satisfaire, c'estaussi I'effort intellec-
tuel et I'appui du capital matlriel auxquels l'ac-
complissement de ce service a donn6 lieu. II est
done av6er que le people agricole qui livre uni-
quement ses denr6es centre des colonnades, des
draps, des outils, des machines, etc., regoit, toute
proportion gard6e, beaucoup plus qu'il ne done
en fail de products; autrement dit, il regoit en
change des siens, des objets ou des articles de
commerce ayant beaucoup plus de valeur. Si les li-
miles imposes par la nature l'effort human ne
lui permetlent pas de compenser la difl6rence par
un surplus de production, sa situation h la longue
ne pourra que devenir malaise, precaire, mise-
rable, i moins qu'il n'arrive a ligurer sur les
marches strangers dans des conditions moins d(e-
favorables.
Sous l'influence de ces id6es et frapp6 par
l'Nvidence des fails, I. Thiers a pu 6crire ii y a
plus d'un demi-siecle que o de nos jours, les ia-
tions veulent tout produire elles-mmies, faire ac-
cepter a leurs voisins moins habilesl'exc6dent de
leurs products etne consentent i s'emprunter que





:CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 65

des matieres premieres, cherchent m6me a fair
naitre ces matieres le plus pris possible de leur
sol: t6moin les essais r6it6r6s pour naturaliser
le coton en Egypte et en Alg6rie. Au grand spec-
tacle de l'ambition colonial a succ6d6, de la
sorte, le spectacle de I'ambition manufacturiere.
- Ainsi le monde change sans cesse et chaque
sidcle a besoin de quelques efforts de memoire
el d'intelligence pour comprendre le sicle pre-
cudenit., Aujourd'hui ce sont les Etats-Unis
d'Am6rique qui pr6occupent le monde par leur
surproduction en plus d'un genre. 11 leur faut
des clients, il leur faut des d6bouches. Fatale-
ment ils orienteront leur politique dans ce sens
et ce d6terminisme a sa brutality comme tout
autre. Les grandes nations industrieuses peuvent
mourir de pl6thore, comme les petits peuples
inactifs etaventureux peuvent se laisser absorber
par impuissance ou par d6faut de sagacity et
de dignity. Nous avons besoin des AmBricains
comme ceux-ci ont besoin de nous : il appartient
aux IIailiens patriots et exp6riment6s de r&-
soudre ce diffidile et d6licat problem. L'huma-
nit6 d'aujourd'hui est tries attentive aux ma-
nifestations de notre existence national ; car
1'experience clue nous poursuivons, malgr6 qu'on
on ait, est appel6e i condamner ou a r6habiliter
4.






LA MONNAIE


toute une race de peuples. I1 imported done que
nous allions jusqu'au bout, en abordant carr-
ment ce stade de notre existence qui s'annonce,
I'organisation du gouvernement 16gal, du gouver-
nement civil, qui est le veritable centre d'6volu-
tion de la democratic representative.
Puisqu'il s'agit des Etats-Unis d'Amerique, di.
sons tout de suite qu'ils nous fournissent des
examples de toute sorte. En voici une preuve:
on r6colte en moyenne quatorze millions de balls
de coton annuellement; les Etats-Unis a eux seuls
produisent dix h onze millions de balles, repre-
sentant plusieurs centaines de mille de dollars.
On sait que l'industriedes filatures est en voie de
developpement chez eux. II est a pr6voir, que
dans un avenir prochain, ils manufactureront
eux-memes la plus forte portion de leur 6ton-
nante r6colte de coton. Si la production de ce
textile ne se multiple pas sur d'autres points du
globe, au grand advantage des consommateurs,
l'Europe ne sera-t-elle pas menace d'une crise
aigua et prolong6e du coton autrement redou-
table que celle qui 6clata a l'6poque de la guerre
de Secession ? Dans cette hypoth6se, quel sort
serait r6serv6 sur le vieux continent a plus d'un
million deux cent mille ouvriers qui vivent des
industries cotonni6res ?






CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 67

Une nation ne peut se mouvoir dans un cercle
ferm6 sans s'exposer a manquer des choses de
premiere n6cessit6, qu'elle ne pourrait peut-6tre
pas produire elle-m6me, faute d'616ments n6ces-
saires. 11 faut qu'elle se r6pande au dehors, qu'elle
entretienne avec les grandes puissances des rela-
tions de plus d'un genre. Cet change continue
d'id6es et de products, ces relations fr6quentes
la tiennent en haleine, la stimulent et la mettent
au courant des transformations que la science
fait subir a l'industrie, lui apportant presque
chaque jour une application nouvelle, un proced6
nouveau de production, sollicitant ainsi son in-
telligence, sa sagacit6, son initiative, la portant a
developper et a perfectionner son outillage in-
dustriel, a se developper enfin elle-meme dans
I'ordre social et politique.
Redisons-le toutefois, si un people qui s'est
ouvert des d6bouches au dehors ne doit livrer
tout le temps que des denr6es coloniales contre
les products de la grande industries tels que tissus,
machines, etc., qu'il ne peut s'empecher d'uti-
liser, ce people occupera vis-i-vis des puissances
manufacturieres avec lesquelles il entretient des
relations commercials une situation inf6rieure
notoire. 11 n'y aura pas de just compensation
entire les prix des products naturels qu'il export






LA MONNAIE


et ceux des articles de manufacture qu'on lui
livre en change. Son inf6riorit6 sera renduc
plus sensible encore par ce fait que le numeraire
n'abonde ordinairement que lt oih une produc-
tion serieuse et variee alimenle un commerce
considerable et s'inspire meime des besoins de
ce commerce.
L'exemple de I'Angleterre faisant, dans la pre-
miere moitie du siccle dernier, le drainage des
capitaux d'Europe et d'Am6rique, en livrant aux
nations ses tissus et ses machines, ne l'a que trop
prouv6 avant l'exemple plus recent offert par les
Etats-Unis d'Amerique et I'Allemagne. On s'ex-
plique des lors ais6ment le rapid d6veloppemenl.
Bconomique que prennent les nations indus-
trielles ou manufacturieres et ['6tat stationnaire
dans lequel v6g6tent les peuples qui vivent
presque exclusivement de travail agricole. Le
progr6s 6conomique est tout h la fois le progris
agricole, industrial et commercial : culture inten-
sive, m6thodique et scientifique ; industries varibe,
perfectionn6e et bien outill6e; traffic ais6 et lu-
cratif; moyens surs, rapides et peu coiteux dle
transport; enfin organisation du credit sous ses
diverse formes. C'est la creation et la coop6ra-
tion de ces forces sociales qui assurent le succbs
a une nation dans la grande lutte 6conomique.






IIAP. VI. L AGRICULTURE ET L'INDIJSTtlIE 1!)

Le commerce international, par le fait m6me
du developpement dconomique dcs nations, ame-
nant ici ou la une surproduction qu'on pourrait
dire fAcheuse, tend toutefois a devenir confus et
mdme d6sordonn6. II convent que les Etats en
reglent la march, attlnuent les effects ficheux par
des traits ou conventions appropri6es, int6res-
sant des latitudes assez vastes et assez varies
pour qu'en these g6n6rale les changes s'operent
avec plus de r6gularita et de facility. C'est la le
moyen le plus s6r peut-ktre d'aller au-devant
d'une concurrence g6n6rale qui a I'avenir pourra
etro assez ardente pour constituer une cause de
malaise, de m6sintelligence et de troubles entire
les nations.
Pour ce qui nous est particulier, nous avons
la conviction que le developpement de la grande
industries, qui viendra grouper et discipliner nos
forces sociales, affranchira le pays de la politique
de parti et de 1'antagonisme des classes, en y
introduisant I'ordre et en y repandant le bien-
tlrc, I'aisance, qui facilitera l'eclosion des qua-
lites viriles a la place de la veulerie, du servi-
lisme et de la basse adulation : energie physique,
courage moral et civique, opiniatret6 dans I'effort,
liberty d'esprit et independence de caractere.
Tris influence par les forces naturelles, le travail






LA MONNAIE


des champs tient I'homme en quelque sore
courb6 sous le poids de ces forces myst6rieuscs
et redoutables. L'industrie en le placant sur un
domain qu'il a lui-m6me cr66 presque de toutes
pieces, le rend capable de se d6rober B l'incl6-
mence de la nature, sujette h des perturbations
subites, irr6ductibles a l'intelligence et h la vo-
lont6 humaines.
Dans le cas qui nous occupe sp6cialement il y
a quelque chose a faire, qui est tout indiqu6 par
l'exp6rience en matibre d'economie social ou
politique : c'est que la nation agricole s'efforce de
diminuer ses importations en faconnant pour sa
consommation propre les plus courants, les plus
usuels des articles d'industrie qu'elle achetail t
l'etranger. Elle commencera par ceux don't elle
trouvera la matiere premiere dans son milieu et
don't la fabrication n'exigera ni de fortes avances
de fonds ni une lente et co6teuse preparation. Le
proc6d6 le plus pratique serait d'introduire dans
le pays, avec l'outillage n6cessaire, des contre-
maitres et des ouvriers strangers qui s'engage-
raient a former des ouvriers nationaux par un
enseignement th6orique et pratique.
Dans ces regions intertropicales d'Am6rique, il
n'y a gu6re de people qui ne s'occupe d'61evage
du b6tail et qui ne produise le coton. Voila que la






CHAP. VI. L'AGRICULTURE ET L'INDUSTRIE 71

nation pourra se livrer aux industries relatives
a la tannerie, a la cordonnerie, a la filature
et aux tissages de la laine et du colon, enfin a
cclles du vetement. On s'imagine i peine, grace
b ces progres r6alis6s, les valeurs consid6rables
qui resteront et circuleront dans le pays pour
contribuer au d6veloppement de la fortune pu-
blique par l'6pargne et son emploi fructueux.
Peu a peu, la nation se serait affranchie
doe l'tranger pour bien des articles qu'elle
lui demandait annuellement et qu'elle serait en
6tat de produire avantageusement. La difference
de ses exportations sur ses importations, sol-
dee en numeraire, facilitera l'accumulation de
l'6pargne national qui, ici comme ailleurs,
est la caract6ristique du d6veloppement de la
richesse.



Notes slatistiques.

En millions de francs. France (ann6e 1910).
Commerce general (num6raire non comprise) :


Importation . 9.102.6
Exportation 8.104.9
Total. 17.207.5







72 LA MONNAIE




Cafi.


Consommation g6n6rale en France (ann6e
1910):

kilog.
Importation .. .111.331.800
RTexportation ... 15.700
Consommation reelle .. 111.816.100
















LES VOICES DE COMMUNICATION ET LES DEBOUCIIES



Le voyageur qui visit un pays oi les exploi-
tations agricoles et' industrielles ont atteint h un
haut degr6 de d6veloppement et de perfectionne-
ment, admire 1'6tendue et la propret6 des chemins
et des routes publics, 1'animation qui y rhgne, et
il v6rifie une fois de plus l'exactitude de ce dic-
ton : que l'Ftat des voies de communication d'un
pays correspond au degr6 de civilisation ou il est
parvenu. En effet, si les voies de communication
d'un Etat sont trop peu nombreuses, 6troites, dif-
ficiles, impraticables dans la saison des pluies,
on est shr d'y rencontrer des populations clair-
sem6es, pauvres, ext6nu6es de besoins, mal ou-
tillees, travaillant peu et vivant dans un 6tat de
civilisation plus ou moinsrudimentaire.
Chez une nation qui advance en civilisation, les
Dorsainvil 5






LA MONNAIE


routes sont, au contraire, nombreuses, large, bien
faites et proprement entretenues. Tous les moyens
que le progr6s a mis en usage pour le transport
rapide, facile et peu cofteux des voyageurs et des
marchandises y sont connus et employs. La
question du perfectionnement de la viability a
toujours pr6occup6 les peuples soucieux de leur
prosperit6 mat6rielle. Les Romains, nation pra.
tique et conqu6rante, avaient eu leurs belles
routes strat6giques don't on a retrouve et don't on
admire encore les vestiges. Dans 1'Europe mo-
derne, comme sur cet h6misphere-ci, a measure.
que les Etats prosperent, leur syst6me de via-
bilit6se d6veloppe et se perfectionne ; les moyens
de transport les plus propres i raccourcir les
distances, h abr6ger le temps sont adopts.
Ainsi, au porteur human, au transport h dos
d'animaux, a la charrette, on a substituele chemin
de fer dans les centres de production et de com-
merce.
Aujourd'hui, les grandes et multiples difficulths
que, de toutes parts, rencontraient autrefois les
cultivateurs pour l'6coulement de leurs products
se sont att6nu6es dans de notables proportions,
grace aux nouvelles conditions 6conomiques des
nations. Entre le producteur et le consommateur
s'est entremis d6fimtivement un troisieme fac-






CII. VII. VO1ES DE COM. ET LES DEBOUCIIES 75

teur des changes, le commergant, qui achete
les marchandises ou les denr6es, soit pour leur
chercher un 6coulement au dehors, soit pour les
accumuler dans des d6p6ts d'importance difl6-
rente, afin de les offrir aux consommateurs au
fur et h measure de leurs besoins. I1 n'y a pas un
si6cle encore, la grande affaire pour les cultiva-
tours et les industries, c'6tait, non pas de pro-
duire, mais de vendre leurs products. Les moyens
de transport 6taient cohteux, les voies de com-
munication p6nibles. Partout, clans la vieille Eu-
rope, des prohibitions et des monopoles clevaient
des barrieres infranchissables a 1'entr6e comme
a la sortie des products. Deux choses surtout
devaient contribuera affranchir les campagnes : le
d6veloppement de la grande industries et du com-
merce, qui leur a ouvert forc6ment des d6bouch6s,
et 1'abondance des capitaux, qui en est rbsult6e,
et grace auxquels les cultures ont pu s'am6-
liorer et se d6velopper. Dos lors, le regime des
prohibitions et des monopoles a croul6 sous la
pression des nouveaux besoins qui s'imposaient,
la liberal des productions et des changes est de-
venue une n6cessit6.
Aujourd'hui, on 'a amplement d6montr6, et
l'exp6rience de chaque jour confirm la d6mons-
tration : pour que la consommation des denr6es






LA MON'NAIE


soit active, L'ecoulement des products de tous
genres r6mun6rateur et rapide, il est indispen.
sable de satisfaire h quelques conditions n6ces-
saires. En premier lieu, il faut que les products
se recommandent par leur sup6riorit6, afin de
contenter, autant qu'il est possible, les goits les
plus d61icats ; il faut, en outre, qu'ils soient d'une
telle abondance qu'on puisse les trouver toujours
et en tous lieux. D'autre part, les producteurs et
les consommateurs doivent 6tre mis en rapport
par des moyens de communication surs, rapides
et peu co6teux; puis enfin vient l'importance des
d6bouch6s a l'ext6rieur qui assurent en definitive
aux products un 6coulement permanent et avan-
tageux. L'effet imm6diat de cet 6coulement per-
manent et avantageux, est de procurer la r6mu-
n6ration du travail, d'encourager les cullivateurs
et les industries a produire mieux et davantage.
L'6coulement des products dans le lieu de leur
fabrication ou dans une autre locality, c'est-h-dire,
en these g6nerale, leur d6bouch6, suppose des
conditions sur lesquelles on ne saurait trop in-
sister : d'abord, les products ne doivent pas 6tre
inf6rieurs aux articles similaires qui existent sur
le march ; ensuite, il imported que les frais de
fabrication et de transport n'61event pas leur va-
leur marchande bien au deli de leur valeur in-






CHI. VII. VOIRS DE COM. ET LES DIEBOUCIIES 77

trinseque ; enfin la multiplicity et la vari6t6 de la
production g6enrale du lieu doivent etre un sti-
mulant pour la consommation etpartant pour les
changes.
I1 y a done toute une 6tude a faire des condi-
tions et des besoins des marches, int6rieurs ou
ext6rieurs ; et lorsqu'il s'agit du commerce ext6-
rieur surtout, l'on ne saurait trop recommander
aux intlresses de n'agir que sur des renseigne-
ments exacts et complete, fournis par des per-
sonnes qui reunissent toutesles qualit6s requises
de morality et de competence pour bien ren-
seigner. Telle denr6e exportee sur un marcli6
peut y tire presque inutile, soit parce que les
r6gionaux en produisent assez pour leur con-
sommation propre, soit parce qu'ils n'en ont qu'un
besoin restreint, soit enfin parce que ce march
est le d6bouch6 de plusieurs autres pays produc-
teurs de la denr6e. D'un autre c6t6, l'intensit6
du besoin peut n'etre pas la measure de la con-
sommation : par example, si le march oi l'on
transport le produit est pauvre de production.
L'axiome c6l6bre, c'est la production qui ouvre
des d6bouches aux products, est, comme on l'a
dit, d'uneevidence-math6matique. En effet, plus
le centre oii vous exportez vos denr6es est active
par le movement agricole, industrial et com-






LA MONNAIE


mercial, plus vous avez de chance de les y
6couler avec advantage et rapidity. De la l'impor-
lance des grands marches des Etats-Unis d'Am6-
rique, de I'Allemagne, de l'Angleterre, de la
France. Si ce sont des matibres premieres que
vous y envoyez, l'industrie national s'en em-
pare tout de suite pour les transformer en de
nouveaux products d'6change, en articles coni-
merciaux ; si ce sont des articles commerciaux,
si ce sont des articles de consommation, dans le
cas ol les offres abonderont beaucoup plus que
les demands, la marine marchande se chargers
d'en r6exporter le surplus sur des marches moins
encombr6s.
La Republique doit s'assurer par elle-m6me
les moyens de faire fructifier son commerce de
cabotage, en encouragent la formation d'un ser-
vice de bateaux a vapeur aux lieu et place des
fragiles et dangereux voiliers, transports lents Ct
incommodants, partant peu 6conomiques. Quant
a la navigation au long course, don't depend la
prospirit6 de notre commerce a l'ext6rieur, nous
devons nous I'assurer par d'avantageux traits
de commerce et de navigation avec quelques
puissances commercantes et maritimes aussi bien
que par la sup6riorit6, la vari6t6 et l'abondance
de nos denr6es.






C11. ViI. VOICES DE COM. ET LES DEBOUCHES 79

Telle est l'importance des debouch6s que par-
tout la prosp6ritB de agriculture, de l'indus-
trie et du commerce en depend dans de tres
large proportions. Ce principle 6conomique ne
souffre pas d'exception. C'est pourquoi, nous
avons song h attirer de ce c6t6 attention des
producteurs et des commercants haitiens. On r6-
pute souvent que notre production est trop res-
treinte, c'est vrai. L'avenir 6conomique du pays
exige que nous recherchions s6rieusement les
moyens de la varier et de l'augmenter autant que
le permettront nos facult6s productive et les res-
sources de notre sol. Nous pourrions facilement,
avec un peu plus d'efforts et de soins, porter a
un chiffre plus 61ev6 la production annuelle du
caf6, du coton, du cacao, en meme-temps que
nous serions a cr6er ou h d6velopper toutes les
industries don't notre agriculture produit si ais6-
ment les matieres premieres, telles que l'extrac-
tion des huiles, la fabrication des savons de
toutes les espices, le tissage du coton meme par
des moteurs ou m6tiers domestiques, en atten-
dant qu'on puisse fire mieux ; le tressage per-
fectionne de la paille, que nos ouvriers ruraux
ne savent pas encore preparer; la fabrication
soign6e des paniers, corbeilles et diff6rents
autres articles de vannerie, etc.






LA MONNAIE


Le perfectionnement de nos voies de commu.
nication doit aussi nous pr6occuper s6rieusement.
Que de richesses se percent faute de moyens
aussi rapides que peu cohteux de communica.
tion et de transport Un membre de la Soci6t6
de g6ographie m'assure avoir perdu plus de
300 regimes de bananes sur une de ses plant.
tions 6loign6es des villes, h d6faut de bonnes
routes et de d6bouch6s. N'6tait-ce pas la, a peu
pres, la destruction d'un petit capital de plus de
cent cinquante gourdes en voie de formation,
sans computer les advances de fonds et le labeur
compris ?
Aujourd'hui, 1'6volution agricole se manifesle
surtout par ia sp6cialisation des cultures. L'6co-
nomie rurale, dans les centres de production, ne
tend pas seulement, par des avances de fonds et
des amendments, h I'am6lioration graduelle des
cultures et h l'augmentation du produit net : elle
veut tenir compete des qualit6s productive des
terres, des cultures qu'elles favorisent, et tous les
moyens sont mis en mouvre par l'intelligence hu-
maine pour y sp6cialiser ces cultures, les y con-
centrer. Un de ces moyens de premiere n6cessite
est la rapidity des voies de communication par
les chemins de fer. Cette organisation agricole a
surtout pr6valu aux Etats-Unis d'Am6rique, oiu





CII. VII. VOIES DE COM. ET LES DEBOUCIIES 81

elle cree de grandes richesses, sans que les
centres agricoles qui la possddent aient a souffrir
du manque d'aucune des n6cessit6s de la vie. Les
habitants de l'Illinios, par example, qui se livrent
presque exclusivement h la culture des c6r6ales,
ne sont pr6occupes que d'augmenter et de per-
fectionner leurs plantations. Ils savent d'avance
que les chemins de fer leur apporteront r6guli6-
.rement, en change de leurs grains, tout ce don't
ils peuvent manquer (1).

(1) On sait que le gouvernement d'Haiti a sign, il y
a h peine deux ans, avec M. Macdonald un contract pour
l'etablissement d'une ligne de chemin de fer, reliant
I'Ouest au d6partement du Nord en passant par 1'Arti-
bonite. C'est la une entreprise imprudente et on6-
reuse tout h la fois, car il n'est pas possible que,
dans une p6riode meme decennale, il s'6tablisse sur
cette line un traffic assez important pour en couvrir
les frais d'exploitation et d'administration. Toutes nos
grades villes du littoral sont des ports ouverts au
commerce ext6rieur, et forc6ment les d6bouch6s des
regions avoisinantes. Ces regions produisent presque
toutes les memes denrees qui sont exportees dans les
ports les plus voisins centre des products alimentaires
et des objets de manufacture. I1 n'y a done a esperer
le d6veloppement d'aucun traffic important et regulier
entire ces villes maritimes, qui font toutes ou presque
toutes le meme commerce. Ce qu'il nous faut, c'est un
ensemble de chemins de fer r6gionaux, reliant les
grands ports de commerce et les villes industrielles
aux centres de production, afin d'activer et de faciliter
5.





LA MONNAIE


Enfin, le pays aura a envisager les cons6-
quences 6conomiques du percement de I'isthme
de Panama en ce qui concern ses rapports com-
merciaux avec 1'Europe et 1'Am6rique. On pr6-
voit l'importance que pourront prendre, par ce
fait, le M6le Saint-Nicolas, le Port-de-Paix et le
Cap-IHaitien par rapport au traffic interoc6anique
qui va s'ouvrir ; on doit done se preparer a en
tirer le meilleur parti possible et a en faire ben6-
ficier le commerce mondial.
De toutes les fagons on voit combien la ques.
tion des d6bouch6s est etroitement liee a celle de
la prosp6rit6 de l'agriculture, combien aussi sa
solution entraine forc6ment le d6veloppement de
l'agricullure, du commerce et de 1'industrie. C'est
done une question capital a laquelle on ne
saurait accorder trop d'attention.

le transport 4conomique des denr6es qui se fait encore
presque partout dans le pays a dos d'animaux ou en
charrettes ou cabrouets A boeufs.










VIII


LA CONCURRENCE VITALE OU LA LUTTE
POUR L EXISTENCE



C'est une loi ineluctable de notre monde phy-
sique, que les 6tres vivants maintiennent leur
existence aux d6pens les uns des autres. Dans le
regne animal, en particulier, cette ml16e g6n6-
rale ne se traduit pas seulement par la poursuite
ou la dispute des m6mes proies : les animaux,
pour la plupart, s'attaquent, se d6truisent et se
mangent. L'homme lui-meme n'6chappe pas a
la destin6e commune, quelque effort qu'aient
tent6 certain philosophes pour I'amener h dtre
seulement herbivore, comme les mammif6res ru-
minants, alors que sa constitution anatomique et
la vari6t6 de ses dents semblent plut6t le d6si-
gner pour un parfait omnivore.
Cette destruction g6n6rale, cette concurrence






LA MONNA1E


vitale, en un mot, 6pouvante tout d'abord notre
imagination. Mais lorsque nous faisons un appel a
notre raison, il nous est difficile de concevoir au-
trement l'existence, avec la multiplicity et la va-
riete des 6tres vivants qui se meuvent h la surface
de notre planbte. Tous les animaux, a l'exception
d'un petit nombre, semblent y ob6ir d'instinct,
et elle est mnme caract6ristique de beaucoup
d'entre eux qui, comme les carnassiers, les
reptiles, les oiseaux et les poissons, vivent en
d6truisant surtout d'autres animaux. Toutefois,
les 6tres inf6rieurs ne sont pas entierement laiss6s
a la merci des animaux plus forts. Ils ont leurs
instincts particuliers qui leur permettent de se
d6rober, autant que possible, aux poursuites de
ces derniers : aussi, combien la petite souris,
pourchass6e par le chat, se sent-elle en s6curit6
lorsqu'elle a gagn6 son trou.
La concurrence vitale, la lutte pour la vie, ne
s'arr6te pas lh : bien des classes d'animaux se
mangent entire eux, et 1'homme, h ses d6buts ou
a 1'6tat sauvage, n'a pas su 6chapper h cette
cruelle fatality. Que nous soyons caucasiens,
aram6ens ou 6thiopiens, supposent les ethnolo-
gistes, nos anc6tres a tous ont Wt6 anthropo-
phages a leur heure. Ieureusement, grace a ses
facult6s sup6rieures et a ses hautes destinies,






CHAP. VIII. CONCURRENCE VITALE, ETC. 85

parvenu h 1'Ftat civilis6, I'6tre human s'est
affranchi sans peine de la dure n6cessit6 de
manger ses semblables.
Ce n'est pas au rest le seul changement,
l'unique amelioration qui se soit accomplie dans
les conditions physiques de l'existence humane,
depuis les premiers temps. La lutte d'homme h
homme, de people a people, est devenue moins
ardente, moins cruelle; la guerre est moins frB-
quente. On se le rappelle, dans l'antiquit6 et au
loyen Age, elle 6tait permanent. Des rivalit6s
sans fin existaient entire les nations, et ces riva-
lit6s ne se terminaient que par la destruction des
peuples les plus faibles. Aujourd'hui, une guerre
est toujours suivie d'accommodement. La civili-
sation contemporaine n'admet pas qu'un Etat en
combatte un autre jusqu'h I'extinction de l'un
d'eux. Le Droit des gens a proclamI le respect
des nationalit6s; I'esclavage du droit de con-
qu6te a 6t6 aboli; les vainqueurs ne vendent
plus al'encan les vaincus. Tout au plus, peuvent-
ils se les incorporer en s'appropriant leur terri-
toire. Ces heureux changements sont dus i lIin-
fluence des id6es morales qui gagne peu a peu
du terrain sur l'empire de la force mat6rielle..
Cependant, la melee social aussi bien que la
lutte des nationalities ou des races, telles qu'elles






LA MONNAIE


se poursuivent maintenant, n'en sont pas moins
faites pour preoccuper s6rieusement le moraliste
et 1'6conomiste. Qu'on ne s'y m6prenne pas!
C'est encore la force qui m6ne le monde. Les
plus puissants, sous un faux pr6texte, attaquent
les plus faibles, les d6pouillent ou les spolient.
L'instinct de conservation, l'int6ret personnel
sont encore les mobiles les plus imp6ratifs des
actions humaines. Le droit est impuissant a se
faire respecter, s'il n'est pas soutenu par la
force. Civilisation d6fectueuse qui nous dit assez
ce qu'a d6i tre, au debut des ages, l'6tat g6n6ral
de l'humanit6, et quel genre de progrbs il lui
reste a r6aliser pour que la raison l'emporte sur
les passions violentes, le droit sur la force, la
v6rit6 sur l'erreur.
Sous quelque aspect que nous envisagions la
faiblesse, elle nous apparait done comme un
malheur ou comme une inferiorit6. Dans le
regne animal, les 6tres faibles sont les plus
exposes a la destruction, et cette destruction est
fatale. Dans l'espece humaine, m6me inferiorite,
m6me misbre inh6rente a la faiblesse. Mais, de
m6me que les petits animaux ont leurs ins-
tincts particuliers qui les protegent plus ou
moins; de meme, les petites agglomerations
d'hommes, r6unies en nations, peuvent att6nuer






CHAP. VIII. CONCURRENCE VITALE, ETC. 87

les funestes effects de leur faiblesse originelle par
leur intelligence, leur pr6voyance et leur cou-
rage. 11 est hors de doute que celles qui pos-
sident une forte cohesion et une bonne disci-
pline social resistent plus efficacement. Ajoutez
a ces avantages un travail national stable, le s6-
rieux et la franchise dans la conduite de toutes
les affaires publiques, enfin des relations inter-
nationales libres: vous aurez r6uni toutes les
conditions capable de supplier, autant qu'il est
possible, a cette inferiorit6 native de la faiblesse
numbrique.
La concurrence nalt de la liberty. Par cons6-
quent, tout ce qui est contraire a la liberty lui
est funeste, lui fait obstacle. Les int6r4ts des
particuliers et ceux des nations ne se development
parallelement, sans s'entre-choquer, qu'autant
qu'ils trouvent de la s6curit6 et de la liberty. Les
institutions, les lois, les coutumes, tout doit con-
courir a les leur procurer au grand profit de la
paix universelle et de la civilisation. La concur-
rence ne doit pas s'entendre dans le sens de
1'6crasement du faible par le fort; elle sera
l'affirmation du droit dans la liberty, dans l'acti-
vit6. 11 ne faut pas qu'elle soit gene par des en-
traves. Elle peut ttre reglemenlte ; elle ne doit
pas etre supprimee.






LA MONNAIE


La civilisation contemporaine, tout avanc6e
qu'elle est, comporte encore quelques vestiges
des temps de barbarie, le droit de guerre par
example. Bien des institutions similaires ont dis-
paru, le duel m6me tend h disparaitre. II faut es-
p6rer qu'avec l'am6lioration graduelle des idees,
des coutumes et des moeurs, il arrivera un mo-
ment of les peuples ne videront plus leurs diffl-
rends sur des champs de bataille oii tombent par
plusieurs milliers des Atres humans faits pour
fraterniser, mais s'en remettront a l'arbitrage des
puissances neutres. On ne supprimera pas les
rivalit6s, on ne d6truira pas les antagonismes;
on donnera h leur manifestation un caractlre
plus conforme aux tendances de 1'esprit du siccle
et aux injunctions de la saine raison.
Cependant, toutesles questions ne peuvent pas
6tre d6f6r~es a l'examen d'un tribunal arbitral.
Pourquoi ? Parce qu'il y a de ces questions don't
la solution ne depend d'aucun tribunal et oil
leurs sentences peuvent 6tre rapport6es par la
force des choses : ce sont les questions qui ont
trait a ce que les jurisconsultes, Calvo particu-
lierement, appellent les inter6ts vitaux, primor-
diaux des nations.
L'entente des classes et des races peut etre so-
lidement 6tablie par le sentiment vrai de nos be-






CHAP. VIII. CONCURRENCE VITALE, ETC. 89

soins, par ]a solidarity universelle qui en resul-
tera et par l'espril d'association propag6e dans
le monde civilis6 par une s6rieuse education mo-
rale et 6conomique. La lutte des classes et des
races 6tant n6e de leur isolement et de leurs ten-
dances individualistes, l'union des classes et races
r6sultera de leur rapprochement, de leur groupe-
ment et de leur cooperation h l'Fuvre civilisa-
trice du xxo siecle, qui sera le siocle de 1'effort
collectif, de la cooperation des forces particu-
lieres des individus, des nations et des races,
enfin de la solidarity des int6rets.
Pour l'individu, lance qu'il est forc6ment au
milieu de la competition si etrangement ardente
de la vie soeiale, il a pour devoir d'affirmer sa
personnalitl par une evolution r6gulire et cons-
tante de ses forces intellectuelles et de ses apti-
tudes morales. Tous autres moyens de lutte sont
d6cevants et m6me d6gradants. Le mensonge, la
duplicity, 1'astuce, la dissimulation, sont des
vices honteux qui ne peuvent produire aucun
effet moral. Le triomphe qu'ils procurent est
6ph6mere et amene apr&s lui d'ameres decep-
tions. Qu'il ne cherche pas non plus h retire
aucun profit des faiblesses et des d6faillances de
ses proches et de ses amis; en un mot, qu'il ne
sp6cule pas sur leurs vices. La faute qu'il com-






90 LA MONNA[E

mettrait de la sorte serait pour le moins double.
Un de ses devoirs les plus stricts, au contraire,
c'est de travailler, dans routes les situations, a
I'am6lioration de ceux qui peuvent avoir besoin
de son appui et de ses conseils. Qu'il se donne
alors le doux m6rite d'etre a la fois un homme de
talents et d'honneur, vir bonus dicendi peritus.