Psychologie haïtienne;

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Material Information

Title:
Psychologie haïtienne; vodou et magie
Physical Description:
1 p. ℓ., 4-47 p. : ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Dorsainvil, J. C ( Justin Chrysostome ), 1880-1942
Publisher:
Imprimerie N. Telhomme
Place of Publication:
Port-au-Prince, Haïti
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Voodooism   ( lcsh )
Magic   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage:
Haiti

Notes

General Note:
At head of title: Dr. J.C. Dorsainvil.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 07219299
lccn - 44012389
ocm07219299
Classification:
lcc - BL2490 .D58
System ID:
AA00008961:00001

Full Text




















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OF FLORIDA

LIBRARIES


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Dr. J. C. DORSAINVIL




Psychologic Haitienne


VODOU ET MiGIE








IMPHIMERIE NEMOUBS TELHOMME
126, HUE DR AUBRY, 126
PORT-AU-PRINCE HAITI


-0-


1937



















'7 )'-/)












AVAINT PPOPOS





Les pages qui suivent ont servi de canevas & une
conference prononc6e a Baltimore, durant notre sejour
aux Etats-Unis.
En nous rendant dans l'Union am6ricaine du Nord
sur l'invitation de quelques associations de congeneres
pour y donner, come on dit lh-bas, des ( lectures ,,il
ne pouvait nous venir a l'esprit l'idee d'aborder aucun
sujet de port6e ( mnondiale D.
Le sentiment de la pr6carite de nos moyens person-
nels d'information dans un pays o0i la documentation
est si abondante et les possibilities d'6tudes si multipliees,
devait naturellement nous carter d'une tentative si
audacieuse. Haiti et les choses haliennes nous parais-
saient done le seu! domaine susceptible de nous mena-
ger quelque success. Aussi, dans nos nombreuses cau-
series et conferences, le docteur C. LHilaRISSON et nous,
de meme que note estimable ami A. P. BARTHELEMY,
dans les nombreuses occasions of il a eu a fournir des
informations sur les affaires commercials du pays, ne
nous sommes-nous jamais 6cartes de ce domain, de
ce terrain que nous sentions solid sons nos pas. L'6vo-
lution historique, economique, social, d'Haiti a done
6t6 le seul sijet abord6. Si, d'autre part, a la County
Medical Society de Philadelphie, association scientifique







extremement fermee o0, b notre suite, les m6decints de
couleur de la ville eux-m~mes penetraient pour la pre-
miere fois, nous avons eu iio pronoIceir uine conference
sur les aspects mdCicaux du Vedou, confdrenoce reprise
I l'Academie de medicine de nos cong6neres de New-
York, c'est que ce sujet nous avait t6 conmme impose
par les circonstances avant mmne notre partt d'Haiti.
Dans les principals villes do 1'Est de 'Union, quel-
clues officers de l'ancienne gendarmerie d'Haiti, aiguil-
lonnes par l'incroyable success de Seabrook, s'etaient
brusquement niues en orateurs et dans des conferences
oti la stupidity le disputait lI'ignorance, debitaient les
choses les plus 6tranges sur notre pays. Ils connais-
saient pour le moins l'influence de la repetition des
m6mes choses, des memes idees, sur la mentality amn6-
ricaine et sur cette base organisaient un vrai tin toamrre
qui humiliait nos coingenres, desorientait la press
afro-amiricaine. Nous efimes sur le vif les r6sulta.s de
cette propaganda malsaine, quand un jour au high-
School de Wilmingtoni, un adolescent parmi les 1200
petits cong6enres de l'ecole, nous demand d'un air,
attristl : si vraiment en Haiti, on mangneit de ia chair
humane. Il est vrai que come fiche de consolation,
avec le sans-gine de l'amniricain moyen pour qui le
monde s'arrete aux limits de 1'Union, des journaux
annonqaient que nons 6tions membre de l'Academie
franQaise, it notre sortie de l'etablissement.
La magie, personnel ne l'ignore, est un faith reel et
mondial. Elle est contemporainedo la religion don't elle
n'est qn'une contrefacon. La science psychologique so
condamnerait A une r6olle mutilatioii, si dans 1'etude
do l'homme, elle negligeait cette source profonde d'in-
formations. Dans une tres large measure, il n'y a pas de
conscience religieuse sans conscience magique, car' on
relevera longtemps encore assez d'aberrations dans







l'hi umanit6, sinon pour justifier, mais du moins expliquer
cet ordre de croyance.
Aussi, a notre 6poque, les psychologues les plus pro-
fonds, nn MAXWELL, n11 JAMES, 1111 MIEYERSON, un BERG-
SON, etc., ont-ils tenu a s'expliquer, dans un sens ou
dans l'autre, sir le fait de la magie.
D'ailleurs, de nos jours, le concept de magie a pris
une extension qu'on soupconnet peine dans notre mi-
lieu. C'est un grand department de la conscience mys-
tique sur lequel l'accord est loin d'etre fait entire les
psychologues. Ce disaccord des maitres de la pense6
morale sur le contend positif on fictif de la magie va de
la negation la plus absolute it l'affirmation la plus t6me-
raire. Dans note otude, nous n'avions pas a nous pro-
noncer stir le contenu positif on reel de In magic. Nous
n'avons pas une autorite suffisante pour nous pronon-
cer cat6goriquement sur un tel sujet. Le problem qui
nous occiupe est un problem historique et social et
nous l'avons r6soln dans les limits de nos observa-
tion personnelles.Dans tons les cas, ce n'est ni au nomi
de la science, ni an nom de la philosophies, qu'on pent
affirmer on nier le contend positif de la magie. L'affirma-
tion ou la iingation, dans ce sens, n'est qu'une extrapo-
lalion qui relive de l'ordre des idees de la croyance.
Une constitution plus que troublante, qui pourtant
est l'une des meilleures certitudes de l'heure, est I'im-
puissaMne radicale de la raison i nous rdv6ler tout le
reel. Le re'el d6borde de toutes parts la raison et le
contenu de la conscience scientifique subit, a cette
heuire une revision qui est loin de s'achever.
II fnut done sur de nomibreuses questions, selon une
formule clire aux logiciens de la vieille cole, sus-
pendre noire jugemenl, en attendant que la segacild
de l'esprit human toujours en eveil, nous apporte des
solutions plus conformes h un approfondissement
plus complete du reel. Nous parlions tout ba 'Pheure du







dsaccordC qui rignc entire les psychologues sur' in-
torprotation du conrtenu posit.if de la magie. Rien
i'illustre mieux ce d6snacord que la position respective
prise par les penseurs suivants sur linquietunt pro-
bleme.
M1AXWELL ramene les fits de la magie aux pheno-
mines dits de m6tapsychique, a ces phinomines don't
une categoric d'etres humans specifiquement organii-
ses, onl rIev6l les dbauches an monde 6tonne. JAMES,
dans les riflexions d'un psychisle, suspendant son ju-
gement, cherchait au sein des socidtds de recherches
psychiques par des observations aussi pr6cises que
multiplies a se fire une conviction scientifique
raisonnee.
BERGSON, avec un enthousiasme iinatteiidu chez un
penseur habitud6 soumettre les dvernenents humans
a une analyse dout In profon deur nous captive, d6cou-
vrait dans ces ph6nom6nes l'annoiiciation d'une
science nouvelle qui allait projeter d'dclatantes
lumirres sur notre mysteirieux devenir.
MIEYERSON, le penseur si peu eiiclin iux exag6rations
rationnalistes, ne vovait dans ces phe.:omrnes que les
plus subtiles manifestations de la fraud incons-
ciente on voulue. MEYERSON s'toniie que les progress
rdalises en metapsychique n'ont guere jusqu'ici repon-
du aux provisions optimists de son eminent collgue,
dent pourtant la critique aigfie a r6volutionne la pen-
sde contemporaine.
Au demeurant, il n'y a pas en ce qui regarded l'dtude
de I'homme de petits probl6mes. La aussi, s'ilpose
une revision des valeurs en course dans notre milieu
oit les sophismes de simple inspection sont presents
par bien des gens comme des vdrites de la science.
Autrement, nous finirons par mourir d'un manque
d'elargissement de la conscience, relrecie par des
prdjugds imb6eiles ou par des aberrations sociales.













VODOU ET IVAGIE





Tel est le titre mnme d'un ouvrage remarquable qu'un
ecrivain de grande culture, le Rev6rend J. 'WILLIAMS,
de Boston, a consacr it la question qui est le sujet de
notre causerie d'aujourd'hui. Le pere WILLIAMS a vecu
des ann6es it la Jamaique. II s'est implement docutmen-
t& dans 'ile anglaise sur certaines pratiques v6douiques
et de magie. Dans le meme ouvrage ii a consacre un
long chapitre au v6dou en Haiti ohtils'l66ve contre cer-
taines opinions 6mises par des 6erivains haltiens qui
ont etudi6 sur place la mmrne question, entire autres
notre distingue compatriot et ami, le Docteur PRICE
MARis dans son livre: < AINSI PARLA L'ONCLE ).-
Notre intention, disons le tout de suite, n'est point
d'analvser dans celte causerie le livre du pere WILLIAMS.
II est cependant un fail ind6niable c'est que lesl
croyances v6douiques rev6tent en Haiti uncaractere par-,
ticulier. C'est it notreavisen ce pays qu'elles conservent,
en d6pit de la surcharge des croyances parasites, laforme
la plus rapprochee di culte dahomeen.
A coup sur, on ne nous demandera point d'examiner
des superstitions qui sont mondiales, qui sont le sujet
d'une abondante literature, qui se retrouvent en some,
sous des differences purement locales, chez tons les
peoples insuffisamment evolu&s et meme &volubs.







Notre lItche consislera a vous dire ce quest le v6dou
el dcans le cadre de nos observations personnelles, dans
quelle measure il se melange en Haiti, aux pratiques de
magie.
A la vrit, convient-il de parler de melange? Ne fnut-
il pas au contraire 6tablir deux domaines plus isolds,
plus sdpares que ne l'ont remarque la plupart des visi-
teurs strangers d'HaYli qui se sont intl6resses i in ques-
tion ?
Une v6rit6 nellement mise en lumiere par la critique
des religions est qu'il ne tfaut point confondre celle-ci
avec la magie. La religion conduit aux cultes propitia-
toires, a des pratiques qui tnedent i se rendre les dieux
favorable. La magie, au contraire lend, par des moyens
lout difl6renls aI soumeltre la volonti divide it la volonl6
humane.
Or, chez le servileur haitien adonne nu cuile du
v6dou, qu'il ne faut pas confondre avec Ie N'gan-N'gan,
le Iloungan de profession, le sentiment qui domine est le
respect pour cc qu'il nomme ses obligations d'Afrique.
Les ceremonies qu'ia des epoques determinees il con-
sacre nu v6dou, il les appelle des devoirs.
II ne viendra done jamais nu servileur des vodous
l'ide de croire qu'il pourrait substituer sa volonl it
celle des esprits, des invisible. II n'agit que sous leur
dictee. II arrive le plus souvent que le servileur soit ai
la fois serviteur et Hlougan. Dans cc cas, les g6nies don't
it dessert les aulels, ayant des atlributs opposes, repr6-
senlant les uns, l'espril du bien. les nutres, I'esprit du
mal, le HIoungan est it la tete de dcux maisons diff6renles.
I1 sco ert des ux mains come on dit dans le people
haiticn. 11 est it la fois serviteur et magicien. Toute reu-
nion sous un m6me toil de ces deux ordres d'esprils en-
trancerail la file des esprits consacris :au hien.
Que le Magicien croit pouvoir asservir it sa puissance







occulle les forces de la i,-ature, c'est lit un fail mnondial,
et celie croyance est en raison directed de son degree
d'ignorance. Or, en Haiti, Ie Houngan se reersl d'r'ns la
classes des illelltres, particuliiremnent dans nos classes
rurales. Chez notre type de Houngan, lorsqu'il i'est
point un rus6 compere, exploitant sysl matiquement
ignorancec de ea masse, le sentiment de sa puissance
tient do prodige et confine A 1'absurde.
Demandons nous maintenant cc qu'est le vodon et
tachons de le distinguer des autres culles encore vivaces
en Haiti ?
Le Vndon n'est qu'un cas particulier de ce culte du
serpent releve par l'erudilion contemporaine chez de
nombreux peoples primitifs. C'est ine survivance des
ages perinms.
PAUL LEcoUH, ldans une interessante monographic
putllie dans le ( Mercure de France ), annie 1924, nous
a fait suivre le developpement de ce culle, particulire-
ment chez les indiens du Mexique.
Dans le v6douisme, le serpent n'est pas on dien
come 1'onl affirmn avec quelque naivet& curtains ecri-
vains, mais un symbole.
Vous nons excnserez cependant de ne point enter
dans ies details sur ce, procedc d'organiser les cultes et
de malerialiser leurs elements par des symboles. Mais
permellez nous lout de m6me de vous faire remarquer
que dans toutes les religions, quel que soit leur d d'evolution, les symbols yjouent un r'le considerable.
11 s'agil en effect du domaine des choses immnatIrielles et
I'esprit de l'homme a besoin de ces representations ma-
terielles come pour se reposer. Ce qui est vrai pour
I'homme civilise l'est davantage pour 1'homme inculte
don't 1 esprit ne peut se mouvoir longtemps dans le
champ des abstractions.
Le serpent, disons-nous, dans le v\douisme, est un





11-


symbol. Ce qui le prouve, c'est que le v6douisant a la
conception d'un Dieu unique, crdaleur du monde, sans
fire intervenir aucunement influence du christianisme
le Maou des dahomeens, devenu le Grand Maitre
du v6douisant haitien.
Cependant Maou, le Dieu Unique des dahomeens
n'est pas un dieu paternel, un dieu-Providence. 11 est
trop au-dessus de l'hlumaie nature pour s'occuper des
affairs du monde. Maoi nole neanmoins les actions
des homes. Chaciin d'eux est represent& aupr6s de lui
par un baton sur lequel s'inscrivent les bones come
les mauvaises actions. Apres la moral, si les bonnes
actions l'emportent sur les mauvaises, I'esprit du dufunt
est admis dans le Kououtimn, le paradise dahom6en.
Le v6douisant haitien, a l'encontre du v6douisant
dahomeen, est infiniment bondieuzard: Bon Dieu bon, est
une formula que I'haitieni de routes les classes rpete it
saltiet. L'liaitien est it un haul degree fataliste, particu-
lieremeent I'homme du people qui ne subit que d'une
faCgo tres indirect l'influeice de l'education rescue par
notre elite. II est possible que cet tat d'espril soit la
consequence de l'influence musulmane qu'avaient subie
de tres nombreux africains transplanl6s a St. Domingue,
deveiiu HAITI, apres la proclamation de notre Indepen-
dance.
Parini eux se renconlraient des marabouls an sens
arane et le mot conserve encore dans le creole, sert it
designer des noirs ia cheveux plants, iarce que les mara-
houts teaient souvents des Peals, des noirs a cheveux
plals.
Beaucoup de choses et de praliques surlout, en usage,
dans nos campaigns, rappellent cette influence musu!-
mane. Des visileurs d'Haiti qui connaissent bien les
choses idu monde arale nous out signaled la resemblance
de nos cimetieres de c;mpagne avec ceux ties regions on







cetle influence domine. C'est par aillears une habitude
invtldree de nos Iaysans tde saluer l'orienl, le martin,
au rlveil, en esquissant force genullexions qu'accom-
pagnent de noimbreux signs de croix.
Le v6douisant croit en la Providence. Aucune cdce-
monie rdellement v6douique n'a lieu sans an prialable
une invocation au Grand Maitre. IBien ne se r6alise sans
la permission de ce dernier. A cette invocation succiede
dans les grades occasions une priere anx loa, sorte de
litanie oit l'on invoque par ordre d'importance les
vidous dahomiens et autres. L'officiant commence la
lilanie et l'assislance en chleur reprend apres lui chaque
nom de loa invoque. C'est la pri-re aux loa qui est plu-
16t chantee que recitee. Nul doute que ce chant soit tires
archalque. Nous y avons releve des mots du dialecle
fongbbe. Aicun culte ne fail un usage plus constant ou
p)lus immodere du chant.
Les ceremonies v6douesques sont tres compliqnees, et
il est rnre que leurs moments les plus important ne
soient accompagnes d'nn chant special. La musique
v6douesque c3ri6monielle est d'un rythme lent et grave.
C'est dans le v6douisme Ipr communnment une priere
on une invocation et l'expression fongbee : Ago-3'd qui-
valent de I'expression franchise : faites allention a nous
y revient souvent. En aucun cas le chmit v6douique ne
prend l'allure petulanle. endiablce du chant congo ou
violent, paroxystique du chant danpede.
Dans le v6douisme dahomeen, Maou etant un dieu
impossible, se melant tres peu des affaires humaines, la
direction effective du monde revient aux v6dous.
Les uodous, les loa, les esprits, les mysti&es, les invi-
sibles, les anges, les lessaints, autant de vocables qui,
en Haiti, designent une seule et mime categorie d'6tres
mysl6rieux qui sont des intermidiaires entire l'homme
et Dicu.







Qu'esl ce done que le Vddou ? Le v6dou est un 0tre
immat6riel. un pur esprit. Pour se manifesler, il a besoin
d'Lu truchement et son truchement reel c'est 1'homme
lui-mnmee. Le v6douisme etant une forme animique de
religion a notablement multiplied ces etres.
Les strangers qui out parole du v6douisme haitien ont
souvent confondu des pratiques totalement diff6rentes.
De lt entire autres la confusion qu'ils ktablissent entire
le v6douisme pur et la magie. Au Dahomev djia la diffe-
rence.etait fondue. Les pritres d'Afa talentt des azeniu,
des azWi6, des bIOdcors, des mangiciens enlin, tandisque
les vodounolu, les dangbC-si des temples de Widah el
d'Alada ne s'occupa.ient point de magie. C'est la diffe-
rence que nous elablissons au d6but entire le servileur
et le houngan de metier. D'ailleurs le N'gan, le loa, le
hounfor, c'es-l--dire le pelil temple oil se fait I'appel des
loa, repoindent i des prltiques congolaises et non
dahomeennes. (1)
En effect. de nombreuses tribus africaines out concouru
a former le people haltien. On doit ciler les principaux
groups suivans :
lo- (Groupe soudanais : Ouolofs, I'oulah, Bambara,
Quiambas, Soussou, Mandinguces. Malinkes, IHaous-
sas, etc.;
2o-- Groupe Dahomnen: Aradas, Fos, Mahis, Mines,
etc. ;
3o Groupe Guindie : Nago, Ibo, Caplaous, etc.;
4o- Groupe Congolais : Fangs, AMoudongues, Mayombes,
Bafiotes, etc.
Les autres tril)us afl'icaines de I'O( est on de l'Est
n'ilienii represenl'es que parI de petits groups ou des
individus isolds..


I I Le honnfor est posterieur a l'indiependance.







Parmi les n'ricains transporles en Haili, les plus nom-
breux etaient les congos, les Aradas, les Ouolofs, les
Bambara, les Alagos. On peut affirmer que pour lcs 3/5
pres, les congos ont conlribuie former le people haillien.
Chose curieuse pourlant Ce sont les Aradas el les fons
qui ont impose leIus croyances a la grande masse afri-
caine de SI. Domingue. 11 n'en est pas moins result& aux
yeux de I'observateur pen averti une strange confusion
des croyances de routes les Iribus flricaines. Le mot
loa nyant prevalu i pour designer en Haiti les v6dous
dahomdens, les principaux groups de loa reconnus
sont les mysteres: aradas dahomeens, les mysteres con-
gos, les mysteres senugalais, les mvsteres lbo, les
mystlres Nago, les caplaous. les myst6res IHaoussa, etc.
Les imyslres aradas dalhomiiens, mines on Hanmines
repondent specifiquement au v6douisme. Ils sont les
vrais v6dous ceux qni, jusqu'it celte here, conservent
en Haiti leurs noms dahbmIens. Tout le reste ne reprd-
sente qu'un ensemble de 6royances parasites que le me-
lange des tribus africaines i St. Domingue a greffe sur
le v6douisme.
Le v6douisme a det originellement propag6 en Haiti
par les fons et les aradas, particulireement par les
aradas. Ces derniers ont joue i l'enconlre des congos un
rble ddcisif dans la revolution de St. Domingue et la
guerre de l'Inddpendance d'Haiti. TOUSSArNT LOUVERTUBE
lui-mime etait un authentique descendant d'aradas. I1
6tait petit fils de GAOU GUINOU,. ri des-Aradas. Sons la
suzerainet& de la France, sa famille rdgnait encore il n'y
a pas longtemps an Dahomey. Aprds la conqutle fran-
caise du Dahomey, ITou GUINOU fut place i la l te du
Royaume d'Ardra restaure.
Le v6douisme est plus spdcialement d'origine ara-
daenne. Come il arrive si souvent dans l'histoire des
peoples primitifs, les fons vainqueurs des aradas adop-





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terent leur culte du serpent. Plus capable encore de
discipline, d'organisation social que les aradas, les fons
hierarchiserent ce culte, arriv&rent a en fire, en depit
de l'horrible pratique des sacrifices humans, ine reli-
gion don't les diverse parties sont assez bien liees. Au
fond, I'id6e de 1'6minente dignity de la personnel hu-
maine est une acquisition bieii tardive de la conscience
de l'HumanitI civilisee. A celle heure encore et dans la
portion la plus avancce de celle humanity, il s'opere
parfois d'inquietants retours vers I'atavisme. En uvril
1927, un frisson d'horreur secoua 1'Europe. On venait de
decouvrir en Transylvanie une bande de cannibales. Les
pauvres d6egneres avaient deja tu& et depec6 trente-six
personnel quand la police fit l'horrible d6couverle. Ces
faits sont rapportis par RAOUL ALLIERdans son beau livre
Le non civilise el nous (1)
La conquete du royanme des Aradas par les fons
debuta avec Tocodonu vers 1724. Elle se poursnivit tout
le long du siecle par des invasions rpi6lees du royauime
par les fons. Vaincus, faits prisonniers en nombre par
leurs hardis voisins, les aradas lives aux n6griers, fu-
rent ainsi transports a St. Domingue. C'est de cette
facon que le pare de ToussAINT LOUVERTURE, de lign6e
royale, fut conduit dans la province du Nord de St. Do-
mingile on il vtcut sur I'habitalion Br6da, entomur de
la venkration des homes de sa tribu.
Le royaume d'Ardra nlait pourlant une vieille organi-
sation politique de l'Afrique. D'ailleurs, des le XI siecle,
des clroniqueurs mauries et arabes fournissent des ren-
seignements sur les rovaumes de la Guinee et du
Soudlan.


I )ans la derniere edition diu livre, cette information a 616
suppriniee.







II n'cst done pas strange que munis d'un culte avec un
ceremonial compliqu6, pourvu d'une s6rie d'iiitiations,
entouri de mysteres, organisms par surcroit en societies
secretes, fons et aradas, aient fini par imposer leur culte
aux autres tribus africaines de St. Domingue,
Mais on le comprend bien, ce succes n'eut pas
lieu sansadult6rations du culte primitif. Aussi fant-il se
liver A une 6tude attentive pour d6gager les 616ments
essentiels du v6douisme de la surcharge des autres
crovances africaines en Haiti.
Nous avons dit que le v6douisme est un cas particu-
lier du culle du serpent. pour la raison trIs simple que
le plus grand v6dou de ce culte a pour symbol, le ser-
pent. Ce v6dou qui incarne l'esprit du hien, est Dangbe
devenu en Haiti Damibalah par contraction de Dangbe-
Alada: C'est surtout ce v6dou qui, au Dahotney, avait ses
temples a Widah, a Alada, i Somorne desservis par les
Dangbd-si, les spouses du serpent, Nous disons encore
que le v6doiiisme est un culte animique. De IA, la ten-
dance de ce culte a preter une maniere de conscience
A cerlains aspects de la nature, particulierement aux
phenomenes qui frappent puissamment nos sens. Rappe-
lez-vous que les loa sound des invisibles, de purs esprits.
Ainsi le v6douisant haitien arrive-t-il difficilement a les
peronnifier. II s'en tient communement aux symbols,
Par example la couleuvre symbolize Dangbalah, Agoui,
le ovdon dela mer est symbolism par un petit bateau, un
sabre de fer symbolisera Hogoun-ftraille, elc. D'autres
fois, c'est sous I'effigie d'un bon nombre de saints du ca-
tholicisme meme que les v6dous sont represents. Dans
cette liste de saints catholiques on remarque: St. Jacques
le Majeur, St. Michel I'Archanqe, St. Nicolas, St Antoine,
I'Ermite, Notre-Dame des Sept Douleurs, St.Pierre I'Api6re
et bien d'autres saints qui sont de pures creations de
l'imagination populaire, qui naissent avec autant de rapi-
dit6 qn'ils meurenl. D'ailleurs, la liste des v6dous de


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creation haltienne n'est jamais ferme. De lemps A
autres, l'imagination populaire ajoule de nouvelles units
au curieux pantheon v6douique. II nous est trcs facile
de rapprocher, pour le moins, les v6dous des dieux et
dresses de la mythologie grecque on romaine. Ainsi
Heruiyeso,le v6don qu'on assimile i Saint Pierre, le v6dou
du Tonnerre por.te le nom curieux de Japiter-Tonnerre.
Celte assimilation est facile a comprendre. Notons par-
ticulierement que la pierre que la chute de la foudre
dans les terrains argileux forme souvent, joue dans le
culte v6douique un role aussi important que les silex
tailles laisses par les indiens d'Haiti. Nous avons ren-
contr6 aux mains des houngans de typiques haches de
pierre indiennes orn6es de dessins.
Gho est le vodon de la guerre, Aghoud, le v6don de la
mer, Ayida Outdo, le v6dou de I'arc-en-ciel, GehdiNibou
le v6dou prolecleur des troupeaux, Loko Atissou, le vo-
dou prolecteur du foyer, Legba, le v6dou mailre des
chemins, Agassou, le v6don garden des costumes. Lisa,
le v6dou de la line, Azes, (1 ) le v6dou patron des
forgerons. Comme nous venons de le faire voie, en
Haiti le vbdouisant assimile les v6dous aux saints du ca-
tholicisme. Cette question nous l'avons Ionigement envi-
saga dans notre ouvrage <. VODOU ET NEVROSE 11
faut etre d'Haiti pour bien saisir quand le people parle des
saints du catholicisme ou des saints du v6douisme. Les
deux cultes qui out certain points de contact, se melan-
gent dans l'esprit populaire, a un degree inimaginable.
Aussj, seul le protestantisme combat-il avec une cerlaine
efficacite le vodouisine en Haiti.
Les v6dous ne sont pas concus A l'instar de Maou,
sans lien, sans rapports directs avec les hommes. Ils sont
des genies prolecleurs, fantasques, exigeants sans doute,
mais tris muels a la vie ordinaire des desservants du

1) A.z on Hogoun-F6raille.





--18-


cnlle. Le v6douisme aboutil le plus naturellement du
monde an culte des anictres. On ne saurait dire, commune
l'a etabli anthropologistse anglais JAMES FRASER pour 1a
grande majority des peuples en retard, que l'haitien
iiiculte ait une peur excessive des morts et des esprits.
L'haltien des campagnes vit avec ses morts. Theorique-
ment le homunf en est people et nous vous dirons tout a
l'heure comment el de plus, c'est une habitude infini-
ment repandue dans nos campagnes d'enterrer les morts
a deux pas de la mason d'habitation.
D'autre part, la prise de possession des fiddles du culte
par les v6dons est un faith constant du v6douisme. Ce
ph6nomene curieux de l'ensemble des phenomenes
v6douiques esl sans doute celui qui frappe le plus l'ob-
servateur. Le vrai possede v6douique, n'est pas un &tre
normal. 11 sort de la physiologie ordinaire. L'teude de
la possession v6douique nous entrainerait beaucoup
trop loin. Dans tous les cas, la question est longuement
exposee dans notre ouvrage ( VODOU ET NEVROSE >.
Le v6douisme comporle trois ordres de ceremonies:
les ceremonies d'iniliation, les ceremonies propitiatoires,
les cdrenoniesexpiatoires.Les c6r6monies d'initiation con-
cernent l'organisation de la confrerie qui est une society
en grande parlie secrete. Les desservants, suivant leur
rang dans la confrerie, passent par des degrees d'initiation.
C'estd'ailleurs un fait bien etabli que les religions diles
primitives, sont toujours organis6es en soci6tds secretes.
Le Houngan hailien est un type infiniment discret et
roublard. Aussi, ne pouvons-nous nous empdcher de
sourire quand un stranger aflirme avoir e61 initid aux
mysteres du v6dou. Sa candeur n'est alors egal&e que
par la mystification don't il a e6t l'objet. Dans la confr6-
rie v6douique il y a d'abord la foule des fiddles qui
peuvent lIre on non sous 1'action de la possession d'un
v6dou. Puis viennent, par ordre d'initiation,les hounsi,






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les houn-si kanzo, les houngg Nikon, les houngan. Entre
ces derniers, il y a des differences d'initiation, car dans
certain cas le houngan fail appel a la science plus
avis6e d'un confrere, pour executer certaines c6rimo-
nies.
Les houn-si, les houn-si kan-zo, plus gtneralement
des fenuies, correspondent aux damgbU-si du temple
de Widah. Elles sont les spouses du hounfo. Le hounge-
nikon est une maniere de second du Houngan.
Les degr6s d'initiation s'accompagnent pour le Houn-
gan surtout, du serment de ne point rIveler les secrets
de la confr6rie.Ainsi le candidate Houngan qui arrive a la
prise des yeux, qui recoit I'acon et la clochette, c'est-'-
dire : le pouvoir d'invoquer les invisibles dans le hounf6
des mains de son mailre, jure surle crucifix, de ne point
reveler A quiconque le secret don't il sera le d6positaire.
A la mort d'un Houngan, seul le confrere qui poss6de le
mot de passe de la maison peut proceder a I'operation
du ouan zin, c6rnmonie qui consisle i other son loa
principal de sa tWte pour le placer dans le hounf6.
C'est une ceremonie Ires curieuse et ge6nralement
secrete, qui offre quelques variantes, mais don't les traits
essentiels sont les suivanis: le Houngan se munit d'une
poule blanche ou noire, d'un pot de faience de couleur
blanche, d'un vase dte terre cuile, c'est le zin, d'huile,
de farine de mals, de Irois petites barres de fer et d'un
certain nombre de petits fagots de pin. Un carr6 de toile
blanche servira A former le pot de faience apres le pla-
cement du loa.
La cer6monie commence. Le Houngan, entour( de
houn-si kan-zo, trace sur le sol, avec dte la farine, une
figure symbolique. An centre de cette figure, il enfonce
dans le sol les trois barres de fer. Elles sont
deslinees A recevoir le zin contenant de I'huile.
Dans le pot de faience qui est parfois replace par tin







petit vase de terre cuile, il place une mnche de
cheveux prise ai la tete du mort avec des rognures
de ses ongles. Ce pot, i uin moment donned de la cer6mo-
nie, sera herm6liquement bouch6 avec le carr& de
toile blanche. Saisissant alors la poule, le Houngan
lui casse les membres et tandisque le volaille est dans
les convulsions de l'agonie, il le place alternativement
siir la tete du mort et en contact avec certaines parties
de la figure symbolique. Pendant ce temps, les houn-si
costumes pour la circonstance executent une ronde
autour du zin sous lequel brfilent les fagots de pin. La
flamme monte, les houn-si chantent et la ceremonie se
prolonge longuement. A un moment donn6. la flamme
se communique a I'huile continue dans le zin. On yjette
de la farine que le Honngan malaxe avec la main en v
Versant parfois le sang de la poule. C'est le mingan qui
est ainsi prepare. Tant pis pour le profane a qui on
donne le mingan i gouter.l1 est d&slors regarded come
un initie.
Le Houngan qui se sent vieillir, lorsqu'il est sur-
tout un serviteur, I'homme de la vraie tradition afri-
caine et non un professionnel de la magie, initie le
membre de la famille qui doit le remplacer la tte du
hounf6, aux particularit6s du culte. Souvent ce dernier
est d6signe par les loa eux-mtmes. Comme en some,
il s'agit d'un m1tier assez lucratif pour un pauvre diable
du people. ce choix est souvent la source de haines, de
divisions dans la famille. Notez que le Houngan est le
depositaire des loa de toute la confr6rie. Parfois les zin
s'alignent par douzaines sur son autel. Les c6r6monies
de toutes sortes que les int6resses doivent accomplir,
sont autant d'occasions pour lui de toucher de 1'argent.
A coup sur, I'acon n'est pas le bien le moins precieux de
l'heritage du prrtre des v6dous.
C'est par les ceremonies propitiatoires et expiatoires
que le culte des v6dous aboutil a des consequences acono-


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miques d6s'atreuses pour le people hailien des campagnes.
Dans la croyance populaire, ces ceremonies sont des
< devoirs ,, des < obligations ) qu'il convient d'organiser
h des dates determines, si onveut )eneficier de la faveur
protectrice des v6dous. Dans le v6douisme come dans
le catholicisme tons les invisible ne soit pas egalement
bons, 6galement tutelaires. II 3 a done de bons et de
mauvais loa come de bons et de mauvais ranges. Par
example au Dahomden le culte d'Afa il Alada, detHogoun
a Badagri, de Danpeda it Peda, ia i/a etait beaucoup
plus severe que le culle de DangWb hL Widah. Les servi-
teurs des vodous r6pul6s exigeants sont done conduits
a s'imposer de durs sacrifices d'argent pour apaiser la
colere facilement suscilde de leurs dieux protectcurs.
C'est le culte des mauvais v6dous, des mauvais loa, qui
nengendre la magie, cette contre-facon de la religion.
En Haiti, sous quelques differences, la magie locale
n'est pas autre qu'elle se pr6scnle universellement. ('est
la mdme tendance a vouloir s'asservir les puissances
occultes pour des fins interess6es. Le v6douisme pur,
circonscril au culte des v6dous bienfaisants et des an-
celres n'offre aucun point de contact avec la magie
proj)rement dite. An conlraire, le serviteur des v6dous
bienfaisants a pour mission principle de combatllie les
maldfices des bocors. Si done un client des pratiques
magiques frappe ii sa porte, il doil sous peine de provo-
quer la colre de ses dieux, lui refuser son assistance.
_En lHaiti, la magie est dtnommde ouanga et ce sont sur-
lout les congos qui avaicnt vulgaris6 les pratiques ma-
giques a St. Domingue. La terminologie magique dans
le cedole leur est due. Ainsi le mot ouanga est d'origine
congolaise come les mots loa, zrumbi, N'gan, N'gan-
N'gan, etc. Le Iloun/,d, c'est-a-dire le petil temple oi l'on
fail l'invocation des loa ripond A une pratique congo-
laise. Cela ne veut point dire que les autres trilus nfri-







caincs rcprisenl6es a St. Domingue out ignored complete-
ment la magie. Ainsi, les Haoussa, en petit nombre, il
est vrai, passaient pour 6tre tries adonnds a la magie. Ce
que les represenlants des tribus guerridres du Soudan et
de la Guinee cherchaient plat6t dans la magie, c'lait
surtout un talisman pour les rendre invulnerable, it la
guerre.
Le ouangalaire haitien comme le magicien des autres
centres pursuit les m6mes fins : rendre favorable a
leurs entreprises de tous genres les puissances dites
occultes. Les prlocedes changent sans double avec la na-
ture des crovances, mais les buts restent les m6mes. Une
fois engage dans cette voie,le ouangalaire peut aller i des
choses les plus anodines, A des actes qui sont positive-
ment des crimes. On rencontre des itres devovys, mal-
'aisanis dans tous les milieux. Le type populaire hailien
est intelligent et gendralement d'une rdelle bonte de
coeur. Mais il est lerriblement croyant et son esprit est
cffrovablement domine par la logique des sentiments.
L'd1 e de se venger d'un affront ou d'un mal souvent
imaginaire Ic conduit aux pratiques magiques. Plus
souvent qu'on ne le croit les trues sort i la base de
l'action du bdcor, du magicien.
Nous avons d~ija dit quecesgens constituent de vraies
confreries. Aussi le ouangataire est-il tries souvent vic-
time d'un tas de supercheries de la part du b6cor. Nous
vous prions de croire que nous parlons de choses que
nous savons d'une facon pertinente. Un fait entire mille :
un paysan jouissant d'nne honnute aisance est choisi
come victim par un bdcor. A l'aide d'un compere, ii
faith enfonir de nuit dans la cour du paysan des objels
auxquels on allribut dans le milieu une valeur magique.
Le mine compere avec une habilet& infernale,insinuera
au paysan que le cheval qu'il vient de perdre, le fils
qni vient de mourir, routes les contrari6tes enfin don't il





23-


est I'objet sont le fail des malefices d'un voisin jaloux,
d'un olangataire, d'un sorcier de m6tier. A coup stir, on
a place chez lui un mort, un mauvais esprit qui est la
cause de tous ses malheurs. An moment voulu, toujours
sous la dictee du compere, le bdcor intervient. Apres
mille simagrees el force invocations, il finit le plus nalu-
rellement du monde par ldecouvrir le ouanga enfoui
sous terre.
Autre example : un paysan est affligO d'une plaie. Mal
soignee elle ne se cicalrise pas. Nul doute on lui a fait
du mal et le bdcor intervient. II va administrerla preuve
indiscutable de son dire. A l'aide de plants qui faci-
litent 6lonnamment la pullulation des vers, il fail
pousser sur la plaie en question toite une masse grouil-
lante de ces animacules. Par l'action d'uie plainte a
effet contraire, il les fail disparailre avec aulnt de
rapidity qu'il les a fait apparaitre. Comment alors
detruire dans 1'esprit de ce pauvre inculle, sujet de ces
experiences, la crovance qu'il est victime des sorlileges
d'un mnecrant ?
Ne vous elonnez pas de nous voir parler ainsi des
planes d'Haiti. La flore haitienne est riche et il n'v a
pas pour la connailre pratiquement cormme Ie paysan
haitien. La fore haitienne comprend plus de 8.000
esp&ces,dont les deux tiers, scion le naturaliste ECKMAN,
sont indigenes.
Nons compl6tons ees examples par un fait qui nous
est personnel. Nous habitions, il v a plus de vingt-cinq
ans, dans le voisinage d'une petite famille semi hour-
geoise don't les membres vivaient, pour ainsi dire, dans
la terreur des praliques magiques. Croyant se proteger
contre ces pratiques, ces pauvres gens se laissnient litt&-
ralement exploiter par une femme qui se disait posse-
dee d'un loa. Nos relations avec cette famille teaieni
excellentes elun soir,tandis que nous nous promenions





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dans la rue, nous vimes distinctement la fameuse posse-
dee lancer quelque chose dans leur court et se retire
pr6cipitanmmenl.Deux minutes apres, nous 6tions dans la
cour et nous constations que l'objet lanc6 n'6tait autre
qu'une maniere de poupee grossierement fabriquee
d'etoffe noire el blanche. Une demi-heure apres, la femme
arrivait en coup de foudre, en pleine crise de possession,
laissant entendre a ces braves gens qu'on avait plac6 un
oianga dans leur cour, que son papa, son loa, venait
retire. Vous devinez sans doute la suite de la scene.
Nous times bien entendre A cette feminine que l'objet
incrimine avail 6el lanc6 en notre presence par elle
nieme, sans nous permettre d'affirmer que notre inter-
vention avait corrig& cette famille de sa crainte morbide
du ouanga.
On peut ramener A trois groups les pratiquants de la
inagie en Haiti.
lo Ceux qui recherchent dans la magie pour eux-
mnmes, pour leurs enfants, pour leurs parents des ma-
nitres de protection contre les sortileges d'adversaires
supposes on reels. De la, dans nos classes populaires
des villes et des campagnes, I'usage tres r6pandu
des bains magiques, des gardes ou talismans de protec-
tion contre les malefices. L'ensemble de croyances l66-
mentaires qui conditionnent I'etat d'esprit des individus
de ce group aboutit a des pratiques anodines, souvent
absurdes, en definitive pen dangereuses.
20 Le second group comprend les individus qui, pour
faire face aux n6cessitls de la lutte pour la vie, deman-
dent aux forces occultes un surcroit de chance pour le
success de leursentreprises. Ce qu'ils reclament du b6cor
c'est ce qu'on nomme chez nousjustement une chance,
un poing, c'est-a-dire quelque chose qui attache a leur
service une force occulte, mal definie d'ailleurs.
30 Avec le troisieme et dernier group, nous touchons





25 -

au monde des vrais magiciens, Bdcors, azdd, sorciers.
Ceux-la sont senses avoir conclu un pacte avec les puis-
sance diaboliques. Ils ont,comme on dit cheznous, un
engagement.
Nous ne preiidrons ipas la libert- d'affirmer que dans
ce grtoupe des actes hautement criminals ne peuvent pas
itrecommis. De telles croyances denolent une tell
perversity de l'intelligence et du coeur qu'elle ouvient
la porte a toutes les possibilities. 11 s'agit done de per-
version morale, de deviation die la crovance et ces etals
psycho-pathiques engendrent parlout les mimes cons6-
quences. Mais le v6donisme, nous le r6eplons, n'est pas
en Haiti, la vraie cause de la magie. Au conlraire, on ne
saurait dire dins quelle measure certain lives imports
d'Europe contribuent ti egarer les esprils simples, a
developper les manvaises pratiques. Un calte qui fait
un si constant appel it l'idee d'une providence, ne peut
&tre par essence un culte magique.
Ce qu'on peut appeler en Haiti la magie noire se rat-
tache A certainsculles reputes mauais s dans la covance
mnme du v6douisant haitien. II s'agit de ces loa que le
serviteur pur et simple des v6dous n'acceple pas chez lui,
dans le hounf6 qu'il dirige par tradition familiale. Les
cultes dits danpede, zandor, moudongues, kita, Bacoulou
sont dans ce cas.
La magie en Haiti s'ofle ai nous d'abord sous 111
double aspect.
La croyance africaine aux maladies provoquees par
les sorciers, il faut le reconnaitre, s'est conservee inlacte
dans la masse populaire haitienne. Les maladies ainsi
provoquees sont dites surnaturelles. Contre ces mala-
dies, dans la covance populaire, la science brevetee du
medecin est impuissante. II appartient nu IIoungan de
combattre les malefices qui les provoquent par des pra-
tiques contraires. De Ia, la division de ces derniers en





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magiciens el en trailers, ces derniers don't la mission
est de luster centre les sortileges des premiers.
Nous avons vu ant6rieurement quels sont les princi-
paux groups de ouangataires que l'observation permet
d'61ablir en Haiti. Voyons maintenant les fins principles
poursuivies par ce qu'on doit nommer la haute magie
haitienne. II suffit d'avoir etudi6 les pratiques et les
croyances de la magie africaine pour retrouver ces fins
exactement les m6mes en Haiti. Par example: les gardes,
les poing, les arrefs, don't la composition varie A l'infini,
ne sont que le gris-gris africain. Cela n'entre pas d'ail-
leurs dans notre conception de la haute magie haitienne.
La haute magie haitienne pursuit les fins suivantes:
lo l'envoutement, 20 la provocation des maladies sur-
naturelles, 30 l'utilisation des morts pourfaire naltre des
cas de possession, 4o l'utilisation A des fins de fortune
d'une puissance occulte d6sign6e sons le nom de b6ca.
Ces croyances et ces pratiques aboutissenl-elles A des
effects tangibles ? I y a lh une question tr6s delicate et
qu'il convient d'examiner de tries pr&s. La croyance en
la possibility de 1'envoutement n'est pas une croyance
proprement africaine. On connait la force de cette
croyance an moyen-age parmi les populations de I'Eu-
rope. En Haiti A cette here beaucoup de gens y croient.
Ce que nous sommes en measure d'affirmer, c'est que les
cas reput6s casd'envoutement en Haiti se raminent a des
cas d'empoisonnement, mais les poisons utilis6s ne sont
pas les poisons catalogues dans les pharmacies, les dro-
gueries. Le danger, nous disait recemment un pasteur
protestant qui compete plus de trente ans de carriere
dans nos campagnes et qui a eu A recevoir les revela-
tions de plusieurs Houngans converts au protestantisme,
est dans le contact.
Pour ces gens formant une confrerie avec des initia-
tions progressives et don't les chefs obtiennent ine sou-




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mission parfaite de certain adeptes, on voil comment
sous la pouss~e d'une conscience erronn6e, des actes cri-
minels peuvent elre commis. Les maladies surnaturelles
dans les cas on elles ne sont pas le fruit de l'imagina-
Lion populaire n'ont pas une autre source que l'empoi-
soniemnent/11 arrive parfois que le poison inconnu uti-
S lisa, pres4ue toujours d'origine vegIlale, donne a la
inaladie une allure 6trange,justement parce que les symp-
St6mes ne sont pas encere classes par la pathologie.
Ainsi le Yague,le Peyot peruvien, jusqu'au moment ofi
la science l'a bien ltudie, n'a-t-il pas 6te uie arme puis-
sante aux mains des charlatans. Aujourd'hui, les savants
n'ignorent point que son alcaloide, la mescaline, pro-
voque in d6doublement apparent du moi avec des
hallucinations simulant les facultis de la clairvoyance (1).
Le cas d'un compatriot qui apres l'absorption d'nne
certain dose de aRoiry )- passa des jours dans un etnt
voisin de la mort pour aboutir i une decoloration totale
de la peau a fail le tour de la press mondiale. Notez
que le remide avait Wte applique par un Houngan.
Quant a la possession, elle est fait scienlifiquement
d6montre. Le christianisme croit qu'elle peut se pro-
duire par l'invasion de la personnel humaine par un
mauvais esprit, on par Satan lui-mime. La-dessus les
savants eux-mnmes sont divises. D'6minents savants
croient en la realite de la possession par les esprits
tandisque d'autre trouvent dans I'organisme human des
causes suffisantes pour expliquer tons les genres de pos-
session.Une anglaise distingu6e,en visit d'6tudesen Haiti
me demandait, quelle etait la raison de la frequence de
ce ph6nomene en Haiti? La r6ponse a cette question est


i) Sous le nom de ecomposb) des Houngan utilisent certaines
racines qui produisent chez eux les mimes effects.





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simple. La possession est fr6qnente en Haiti come elle
est fr6quente au Japon, en Russie, dans l'Inde, en Sib&-
rie, etc., comme elle a 6t6 fr6quente au Moyen-Age pace
qu'elle correspond a certaines croyances, qui s'att6nuent
on disparaissentselon les 6poques. Nous vous prions de
remarquer que la possession don't il est ici question
n'est pas la possession v6douique. La possession
v6douique est l'invasion d'un individu par un v6dou.
Les faits de la possession d6moniaque on par un
esprit sont vrais en Haiti comme partout of ils se mani-
festent. Le professeur K. C. (ESTERREICH de Tubingue,
en Allemangne. dans son Livre ((LA POSSESSION) four-
nit de nombreuses observations a la science. Sans doute
I'Eglise indique les movens de dislinguer la possession
d6moniaque de la simple maladie, mais aux yeux du
savant la question revet un caractere autrement com-
plique. An fond, il n'y a aucune impossibility logique on
morale a 1'existence des d6sincarn6s. En face d'une telle
question il convient peut-6tre de suspendre sonjugement
en attendant que la science vienne rejeter, si c'est pos-
sible,le fait dans le domaine des croyances absurdes de
I'humanit6.
Nous arrivons maintenant a la fameuse histoire des
Zumbi que le livre de Monsieur SEABROOK a vulgarise
aux Etats-Unis. Nous avons d6ej dit dans cette causerie
que le mot zumbi est d'origihe congolaise.
11 est tres probable que les croyances et les pratiques
que ce mot recouvre aient aussi la mdme origine. Malgre
nos recherches, nous n'avons pas relrouve trace de cette
pralique chez les dahonmens. Au contraire, en Afrique
equatoriale, dans les populations bantones il existe une
pratique qui rappelle A s'y m6prendre,la pratique que -ious
examinons. Dans certaines societes secretes adonnees
a la magie, au course de l'initiation, on fait mnaciher par
l'adepte certaines racines qui provoquent chez lui un





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6tat de mort apparent qui-peut durer des jours. Parmi
les plants utilis6es ou cite le sirychnos Icaya. C'est dans
ces mimes socieles, au dire de RAoUL ALLIER, que les
adeptes pris par la justice meurent invariablement en
riison ayant I.eur jugement, pour 6viter toute revelation
de lenr part.
. Le Zumbi n'est pas un desincarne, un mort propre-
ment dit. II serait simplement un individu mis dans
un Mtat de mort apparente susceptible alors d'6tre,
inhume pour 6tre ramene, apres un temps calculI, i la
vie- Celte pratique rappelerail le Yoga hindou.
En sbi, le fait n'est ni absurde ni impossible. Dans son
livre < signal des ph6nomnnes dun meme genre. Sons certaines
conditions naturelles ou provoquees, les phlinomines
apparenits de la vie peuvent. itre si profound enent ralen-
:is qu''ilslnaissent l'impression Id .lai mort.
La crovuince it :'existence des iumbi est tres repintiue
simple, ai l'itmagination. vive, .racontent ai tout vennant
inille lhistoires-les .unes plus absurdes que les autres. II
v a d'ailleurs dans la mentality diu people Iitien, un
fond de fac6tie agremente de mythomanie contre leqiiel
beaucoup de visileurs d(u pays tie se mettent' pnsassez en
garden. Sou-vent circle dans nos. villes ei nos campagnes
la nouvelle qu'on vient de decouvrir- un zumbi. A celle
nouvelle le people se assemble i l'endroit indiqto.Quand
le bruit n'est pas un mythe inventIl de toules pieces
par l'imaginalioni populaire, on a vile fail de decouvrir
un .idiot qu'on ne tarde point I t identifier. Cerlaines
croyances haltiennes naissent Ales movens de sLcuriti
don't s'entoure le ouangataire, Ainsi un adepte des pra-
tiques magiques recoit I'ordonnance d'executer.de..nuit.
it Lun carrefour trop frtiqu.eni6, une ceemonie a Legba.
Sous oui accoutrement plus on .moins bizarre,. il s'v





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rendra, muni par example d'un petit cercueil. Inulile de
vous dire qu'il op6rera en toute quietude, car personnel
ne voudra 6tre vu par le damn6 qui gesticule an carre-
four. Beaucoup de ceremonies magiquesse font dans les
cimetieres. Comment d6truire dans l'esprit d'un pauvre
diable qui entrevoit une bande de gens munis d'un cer-
cueil, sortait d'un cimetiere, qu'ils viennent de deterrer
comnme onn dit tun morl. Dans tous les cas, la provocation
de la mort apparent n'est pas de pratique courante.
II s'agit justement d'un de ces faits don't beaucoup de
gens parent et don't personnel n'administre une preuve
decisive. S'il est encore en Haiti des gens qui par tradi-
lion de famille out la connaissance des moyens de pro-
voquer la mort apparent, ils sont infiniment rares. Des
Houngans mime, nous out affirm l'impossibilit6absolue
de cette pratique.
iUne autre eause du maintien en Haiti de certaines
croyances, cela peut 6lonner, c'est la polilique. Maintes
fois avec une rapidity et une persistence qui d6concer-
tent, circu.lent dans nos villes, des bruits d'une nature
strange. Dans tel quarter a partir d'une here donnie
de lanuit, on rencontre un petit hommie, moins qu'un nain
pourvu d'une longue barbe. Dans un autre quarter c'est
in mort mais sans tate. D'autires fois enfin c'est une
bande de diabobliques qui s'emparent la unit venue des
gens attardes Nul doute pour les gens r6flechis. Tout
cela ne recouvre que les signes avant-coureurs d'une
action politique. Les interess6s exploitant I'ignorance
populaire font circular ces bruits pour avoir uii champ
libre f leurs nocturnes tractations politiques. Sous l'in-
tluence de ces nouvelles etranges, les maisons se ferment
t6t et les rues sont deserles. L'ainecdote suivante don't
nous garantissons I'authenticite fail voir quel profit dans
les situations les plus delicates, le politician habile pent
tirer A cet regard, de l'6~la d'Ame populaire. On venait





31-


d'ecraser une insurrection. Quelques-uns des insurg6s
gagnerent les bois. Mais mialheureusement I'endroit oh
ils s'6 aient refugi6s etait prive d'eau. Des jours se pas-
serent pour eux dans celte situation penible. Activement
recherches par d'incessantes patrouilles, ils n'osaient
s'aventurer hors de leur cachette. L'un d'eux, home
d'une bravoure r6putee, conut iun stratageme pour
procurer de 1'eau a ses compagnons. II se mit tout nu
et muni de deux calebasses prises A la fortL meme, il
sort de nuit de sa cachelle pour aller puiser de 1'eau a
la source la plus voisine. L'homnie eail dans une region
of it avait exerc6 un haut commandement militaire.
Mais la guigne les poursuivait. A peine sorti du bois,
I'hoinme vit venir a lui iune patrouille. 11 n'eut que le
temps de se coucher par terre, tenant encore ses cale-
basses les bras etendus come un crucified. Le sous-
officier commandant la patrouille, un pauvre illettre se
garda bien de s'approcheir de cet eire diabolique. 11 pass
a une distance respectable en prononcant une formule
populaire d'exorcisme : Ouap fait zaffai ou, m'ap fait
zaffai moin, m'pas nui on, pas nui moin ) et les soldats
de repkter en choeur la formule de conjuration.
Parlons enfin de la troublante accusation d'anthro-
pophagie formulee avec beaucoup de leg6retl conire le
people haltien. En verit6, il est difficile, lorsqu'on a quel-
que pen la pratique du people haltien de croire qu'il esl
un people de cannibales.
Nous ne commetlrons cerles pas l'enfanlillge de vous
dire qu'il ne s'est jamais produit dans les milieux haitiens
des cas tres rares de meurtre rituel, vrais cas de inons-
truosilts morales. Des gens ont kt6 condamn6s et fusilles
en plein soleil pour meurtre rituel. Mais voici :Enlre le
cannibalisme et le meurtre rituel il v a la distance de
1'assouvissement d'un instinct parverti A l'accomplisse-
ment d'une ordonnance riluelle dictee par une cons-





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science erron6e. Le nieurtre rituel, c'est AGAMEMNON, chef
de l'exp6dition des grecs contre Troie, immolant sa fille
IPHIGINIE aux dieux pour se rendre les dieux favorables.
C'est encore ABRAHAM tentant d'immoler son fils IsAAC
pour apaiser la colere de JEHOVAH.
Le meurtre rituel est 1'expression d'un 6tat psycholo-
gique assez general dans l'humanite primitive el chez les
peuples en retard d'6volution. II est surtout propre aux
religions primitives ou les dieux sont concus sans bont6
coinme des demiurges malfaisants et fantasques qu'il
faut apaiser avec du sang human.
Incontestablement, an course de la traite, des repr6sen-
tants de tribus anthropophages out 6t& transports a St.
Domingue. Mais le milieu, l'organisation colonial, I'in-
ter6t le plus strict du colon constituaient aut:int d'obs-
tacles au maintien de cette perversion. La traite des
noirs en Haiti a commence des l'ann6e 1503 et elle s'est
maintenue jusqu'en 1791. Or les nombreux historians
d'Hispagnola et de la colonie franiaise de St. Domingue,
n'ont pas signal le cannibalisme comme unie particu-
larit6 de la vie de la population Iransplant6e. A notre
connaissance, on a rapport sans grande precision d'ail-
leurs, que le cas d'une accoucheuse imoudongue qui
auraitl mang6 un nouveau-ne.
Au contraire, les mnmes historians ne tarissent de ren-
seignements sur les mysltrieux cas d'empoisonnement
qui d6solaient la Colonie. Parfois, un vrai frisson de ter-
reur passait sur St. Domingue. Maitres et esclaves tom-
baient et les enqu6tes judiciaires les plus minutieuses
n'arrivaient point t percer les myst&res du drame. C'est
un fait 6labli par tous les africologues que l'infernale
habilet6 de l'africain ai manicr les poisons. En afrique,
durant des si6cles et dans toutes les tribus, une minime
fraction d'individus organis6e en soci61e secrete a terro-
rise le reste de la population.





-- 33


Le plus connu de ces empoisonneurs de S.I. Domin-
gue fut MACKANDAL. MACKANDAL avait forlement subi
l'influence musulmane et il parlait I'arabe. Devenu man-
chot A la suite d'un accident de moulin, il fut abandtonn
par son maitre, libre de se conduire des lors a sa guise.
MACKANDAL VeCUL dans les bois oi ii se mit h 1'etude pra-
tique des planes du pays. Ce soudanais, probablement
un initie, etait parfaitement A l'aise pour se reconnaitre
au milieu des plates d'un pays au climate soudanais.
MACKANDAL avait concu le project hard de conduire ses
congeneres esclaves A la liberal en d6truisant par le
poison la classes des colons. En pen de temps, son
influence sur les esclaves de la region oif il oplrait fur
immense. Invisible, introuvable ponr tout autre qu'eux,
il fabriquait des drogues qu'il leur livait dans l'accom-
i)lisseient de la tiche macal)le qu'il s'elail impose.
La terreur regna dans la region el lotles les recher-
ches e~ntreprises pour d6couvrir la main invisible qui
frapppit rest&renit infructueuses. A la longue il ful enfiu
trahi par un jeune esclave. On organisa un calinda et
MACKANDALy fult convie.Oubliant sa prudence coutumiere,
it s'y rendit. On lui fit prendre force grogs. Arrt-le,
ligot6, remis a la justice, ii fut jug6 p[ar le conseil sup&-
rieur du Cap) francais el condamne ia etre lbrtil vif. La
sentence fill executee. ,inquietante legeiide de MACKAN-
DAL resta longtemps vivace dans I'esprit des esclaves de
la colonie..
II avait coutume de leur dire quie meme pris et mis ai
mort par les colons ilressusciterait pour leurcontinuer
sa protection.
A quiconnait bien Haiti,L'execution de sacrifice humnain
dans un but rituel paraitra e\cessiveument difficile.
Les obstacles sont d'ordre moral el mal6riel. Les trois
.siecles d'existence du groupmnent noir hailien ont con-
tribue6 A former un people qui par de nombreux cl6es





-34


s'&loignent dej'ancetre africain. L'homme du people
d'Haiti est un 6tre frustre, mais d'une bont6 de coeur
reconnu et terriblement attache aux sentiments de fa-
mille. La sociologie criminelle haitienne est pauvre, le
croiriez vous Les grands crimes qui se commettent dans
nos campagnes se r6alisent justement sur des individus
qu'iI tort on a raison on accuse de sorcellerie. L'annonce
d'un tel crime souvent mythique, souleve dansle people
une telle vague d'indignation que sans 1'active intervention
de la police le criminal, suppose onu rel, serait mis en
pieces. D'autre part, le paysan haitien vit pour ainsi dire
a I'air libre. Entre les habitations aucune cloture et la
chaumiere ot s'entasse la famille paysanne on des quar-
tiers populaires est exigiie. Le Hounf6 est a l'avenant.
Or le type populaire haltien est curieux, potinier,
toujours aux ecoutes de ce qui se passe chez le voisin.
La discretion i'est pas sa vertu cardinal et les membres
menie de sa.propre tamille ne sont pas a l'abri de ses
cancans. La r6alisation de sacrifice human rituel sup-
pose ine entente difficilement realisable. Le mal done
.est plus dans la croyance que dans les faits. 11 suffit
commnun;ment qu'un pauvre diable prospere par ties
moyens pas trop apparent pour qu'on l'accuse d'avoir
un mauvais poing, un engagement et cette accusation une
fois formul6e, les eaux des chutes de Niagara, n'arrive-
ront pas A l'effacer dans l'esprit populaire. Le noir inculte
et mtme dou6 d'une certain culture, est un mystique
qui croit facilement A la puissance de la magie. Vous
comprenez avec nous que de telles particularilts du milieu
haitien echappent facilemeit A l'observation tie I'6tran-
ger qui nous visit. L'Otude de Miss PARSONs, 6tude pour-
tant ,incire et guide par le souci de la fidelile qu'im-
plique l'usage d'une inethode strictement objective, en est
un.exemple concluant. L'auteur a enregistre, malgre tout,
avec une complaisante ingenuite tout ce que les deborde-






-:135 -


ments iinaginatils de l'espril populaire onl pu lui dieter
sur les croyances haltiennes. Vous nous excuserez de ne
point menlionner ceux-hl qui, dans leurs observations
sur Haiti, ont 6te moins guides par le souci d'etre vrais
que par les exigences d'un mercantilisme Ires etroit.
D'utie facon generale la science du Hounngan est primi-
tive, amusante. Comme tous les cerveaux frustres, les
analogies naturelles apparentes et les contraires frappent
son imagination naive. II ne les distingue pas de ceux
mmnes qui sont de pures conventions come certaines
opposition de mots. I)e la un symbolisme de mots, un
jen des contraires qui n'est qu'une application sponta-
n6e de la maxime << contraria contrariis curaniur ). En
dehors done de certaines planes don't le Houngan fait
en cerlaines circonstances un mechant usage, il se
reserve tout un arriere fond de pharmacie. A part cer-
taiiies substances qu'il reclame de 1'apothicaire sous des
noms tres bizarre tels que : digo d'Asie, (bleu de prusse),
caca diable (assd foetida),campd loin (amimoniaque liquide,
dio repugnance, ( feinlure alcoolique d'assa feltida ). etc.,
citons encore la poudre de couleuvre, come de cerf, I'encens,
le soufre, la potudre de garance, la lavande rouge, le baunme
du commander, le bauime Iranqiille, les precipiles ronge
et blanc, la poudre a lirer, le fil d'archal, la mandragore,
le sandragon, la poudre d'yeux d'ecrevisse. Ce que le
Houngan cherche en vertu du symbolisme que nous si-
gnalons, c'est une opposition des contraires.'Ainsi l'odeur
repugnante de I'assa [ftida servira a &loigner le mauvais
air, les precipits a acc6lerer la reussite d'un project
caress& par un1 client, le lailon du fil d'Archal a procurer
la solidity pour marer gnou poing, elc.,etc. Dans tous les
cas, toutes ces pratiques s'ex6culent avec un appareil de
formules obscures, de chants macabres, d'un crmnio-
nial compliqu& et cel apparel de mysltres exerce une






-36i-


influence rdelle sur l'ame des simples, leur enlive toute
possibility& de contr6le.
II nous semble en definilive'que ces pages entrainent
une conclusion. Rien de nouveau sous le soleil. Ce qui
ce passe en Haiti esl ce qui se passe on qui s'est passe
dans tous les milieux a son degr& d'6volulion.
On a d6fini I'homme un animal religieux on mieux
avec SCHOPENHAUER : un animal mntaphysique. Partout
oh it n'a pas pu s'elever jusqu'ai une forme 6voluee de
religion,il s'en est cr&& une h la portee de son intelligence.
Le tort de l'eile haitienne esl de n'avoir pas compris
qu'elle devail porter aux yeux de quelques visiteurs, elle
anssi, le pesant fardeau des lourdes accusations formu-
lees contre nos masses populaires.
Vous avouerez avec nous que l'6tude de l'hisloire des
religions constitute un ensemble de problmnes d6licats,
subtils, infiniment nuances r6clamant pour Mtre hien
compris toute la finesse d'analyse, toute ln sagacity d'uii
auteur que la question a longuement passionne.
Evidemment dans tout ce fatras de croyances que nous
venons de passer en revue il y a des faits a retenir, mime
pour 6clairer la psychologie g6enrale de Il'homme.
WILLIAMS JAMES faith quelque part la reflexion suivante :
< Tout autour des faits reconnus officiellement et cata-
logues de chaque science il flolte constamment une sorte
tde halo poudreux d'ohservations exceptionnelles, d'e-
vinements menus, irreguliers et rares qu'il est plus facile
F'ignorer que de prendre en consideration u.
C'est It, a n'en pas douter,la r6flexion d'un philosophy
qui savait bien que notre science n'6puise point tout le
domaine du connaissable.
D' J. C. DORSAINVIL.













FAITS ET EXTRAPOLATIO1NS





Nous ajoutons aux pages qui pric dent les consid(ra-
tions qui suivent pace qu'elles expliquent, dans une cer-
taine measure, noire position dans le ddbai.

Nous avons'ecrit, ity a bien des amnnes que nous ne
croyions pas, dans I'ordre de la creation, au sulrnaturel:
II n'y a que de l'inexpliqud : Ce que notre intelligence
saisit du reel n'est qlu'nn bien mince d6partement du
connaissable, encore est-on hien sftr qu'avec sa puissance
d'abstraire et de generaliser, elle ne deforme pas com-
pletement le reel dans ses interpretations du donn6. Fa-
culth d'6volution, intimement li6e A des m6canismes bio-
logiques d'une ddlicatesse inouie, elle n'a ni la force, ni
la surely de l'inistincl. Seule done I'intuition. qui n'est
qa'un instinct sublime peut nous r6veler parfois des
aspects insoupeonn6s de la nature.On ne s'6tonnera point,
apr's cette conclusion, de nous voir poser cette question :
L'esprit est-il un epiphhnomine de la matiere ? Comme
l'indique la nature de nos 6tudes, notre but est de recher-
cher les dominantes que la psycho-biologie setvie par
une evolution historique particuliere, une formation
ethniquespeciale imposent A la mentality du groupement
haitien.
Or, it est indeniable qu'un people ne peut developper





- 38-


dans le temps, que les virtualitis que la nature et l'his-
toire-ont depose en lui. Vouloir par consequent, lui im-
poser sur des conclusions de pure raison une evolution
en d6saccord avec cette formation ethnique et ce passe
historique, c'est se condamner d'avance A un accablant
insucces. Ce'tte experience reviendrait en some A fire
sortir quelque chose de.rien, A produire une masse
d'effets non conditions par des causes ant&cedenles.
Sans nous preoccuper pour 1'instant de la nature de
l'esprit human, ce que 1'anthropo-psychologie permet
d'affirmer, c'est l'unit6 fonciere de I'htre human, ce tout
p.sycho-organique do nt parole avec tant de force et de
conviction le cardinal MERCIER. De la plus humble fonc-
lion de cet Mtre I la plus noble, tout converge A sa par-
faite insertion dans la nature et A assurer ce qui lui
est speciliquement propre, le plein 6panouissement de
sa personnalite morale. Dans ce developpement general,
on ne decouvre aucune place pour une solution de con-
tinuit6 quelconque et quand bien meme, une difference
de nature interviendrait entire son corps et son esprit;
I'adaptation est si parfaite, qu'on entrevoit point le mo-
ment oi la science viendra marquer le point ofi s'est
rdalisde la couture. Au slade de progress onuest arrive la
science, il y aurait mauvaise grace A parler, soit de mati-
rialisme, soit de spiritualisme. Dans l'immense universe
qui flambe suivant I'expression de JAMES JEANS, les mi-
nuscules parties of s'est ralisde on parait pouvoir se
r6aliser le plhnomcne specifique de notre planele, l.a
vie, i'admettent aucune comparison avec le reste de la
creation. A I'aide done de quel signe poserions-nous .I
superiority d'un principle quelconque du monde cr66 sur
les nutres? 'A-t-il fallu moins de puissance A la force
cr ihtrice pour intdgrer l'atome A l'origine de la matiere
que pour fire surgir la conscience dans le lent pro-
cessus cosmique ?





39-

Le 196me. si6cle, hypnotist par les pregres de la
science, particulierement de la physico-chimie a voulu
tout ramener aux experiences de laboraloire. Travail-
lant sur la matiire more et dans la m6connaissance de
la vraie nature des forces qui l'animent, il n'a pas h6site
cependant A trouver en elle la raison derniere des ph&-
nomines qui s'offrent it nossens ouquenos instruments
nous revelent. De li, le monisme mat6rialiste certaine-
ment trop 6troit don't on retrouve les traces chez le plus
grand nombre de penseurs de ce siecle. A la verite
pourquoi la maliere ne serait-elle pas plut6t une degra-
dation de l'esprit, la determination parliculiere d'une
force cosmique qui permet A la vie de s'adapler A notre
planted ?
Cette conception n'offre rien d'absurde on simple-
ment d'inattendu, si l'on songe A ce que la matiere
'devient de plus en plus pour nous. Volontiers, nous
pensions a la petite toile impalpable d'ions de PERRIER
jet&e, ily a des millions d'annees quelque part dans
1'espace, qui renfermait pourtant toutes les possibilities
minerales, v6getales et animals de nl terre.
Sans aucun doute le 196me. siecle avec sa conception
rigide des corps de6mentaires figs dans une irr&duc-
tible simplicity ne pouvait point arriver t une id6e de
ce genre. Bien plus, ce phenomenisme fragmenlaire
envahit le domaine de l'esprit'qu'il reduisit a une col-
lection de facultes qui est comme la nCgation de l'unite
essentielle a la pensee. La consideration de l'esprit, dpi-
phenomene de la matiere est sortie de celte conception
mecanistique de l'univers. Au lieu done d'envisager nos
realites sublumaires come des accidents que les forces
cosmiques out depose en cours de route dans leur
march vers l'infini, on a voulu epuiser tout le reel par
les maigres schemes de notre science incomplete.
L'6cole philosophique anglaise, dominee par la pensee





-40-


de d'HUME, a particulierement repr6sent6 cette ten-
dance. La dialectique la plus dangereuse, celle qui
etcntend tirer routes les explications du r6el de l'unique
observation des faits, a 6t6 la note dominant de cetle
cole. An vrai, I'anglais est le moins m6taphysicien des
homes. On rapporte que SPENCER 1'un des rares m6ta-
physiciens de la philosophies anglaise, v6cnt A peu pros
incompris de ses compatriotes, parce que la philoso-
phie synthetique ne disait rien A ces insulaires pour
qui avant tout le monde visible seul existe, en dehors
d'une foi confessionnelle et pratique. Aujourd'hui, il faut
bien admettre 1'unit6 de la matiere repandue dans l'uni-
vers, la transmutation plus que probable des consti-
tuants 616mentaires de cette matiere, si on h6site encore
A la considered come une tape de la grande 6nergie
cosmique. Cela admis, rien ne s'oppose A ce que la
m6me conception s'applique aux aulres forces cos-
miques. A leur ultime tape ces forces doivent 6tre pro-
fondiment p&nutr6es d'intelligence ou de spirituality.
Dans notre ouvrage: ( VODOU ET NEVROSE. u nous
appuyant sur une hypoth6se du docteur LABOURa, nous
avons consid6r6 l'intelligence come une donn6e cos-
mique et non comme une simple efflorescence evolutive
de l'esp6ce humane. Cette conception s'impose A l'esprit
a la moindre attention accordee A l'6volution phylog6-
n6tique des especes animales.De fait, au fur et A measure
que les animaux se degagent du comportement g6n6-
rique guid6 par l'instinct, la part faite i intelligence
devient de plus en plus large comme si la nature par
une serie d'exp6riences recherchait les conditions les
meilleures a l'6panonissement de la facullt qui preside
au comportement individual.
Nous avons 6t6 particulierement heureux de retrouver
le m6me point de vue soutenu cette fois par Mr. BERG-
SON, dans son recent ouvrage : ( LES DEUX SOURCES







DE LA MORALE ET DE LA RELIGION ) avec toute
I'autorit6 qui s'atlache a ce grand nom de la philosophies
contemporaine. A la v6ritL, RAVAISSON-MOTI.IN, 1'inou-
bliable commentateur d'Aristote, I'un des plus subtils
des penseurs originaux de 1'autre siecle avait aussi
soutenu le mmee point de rue. On le sait, Mr. BERGSON
a toujours considered 1'iininct et intelligence comme
issues d'un itme trone gen6tique et ce tronc gind-
tique ne pent etre que li. force qui a preside plant it
I'organisation animal qu'it l'organisation proprement
humane. Cette force d'organisation de la matiere vers
les forces animals et humaines, c'est la vie qui au
fond n'est qu'une idee directrice, une pensee en action
dans la matiere.
L'obstacle pour la pens6e humane i concevoir ainsi
les choses vient de sa tendance trop exclusivernent
anthropocentrique, de son antique et vieille ambition A
se placer comme un petit monde en face du grand:
Homo mensura rerunm r&pelait dejA ANAXAGORE DE CLA-
ZOMENE. Mr. BERGSON a done pos6 la necessile d'une
nouvelle analyse de la troublante question de la per-
sonnalit6 psycho-physiologique de l'homme. Avec on
sans l'adh6sion de la science officielle des faits nouveaux
s'imposent dans cette [lude el il ne sert de rien de les
nier systematiquement au profit de quelques theories
surannues. Mr. BERGSON n'arrete pas notre personnalitl
auxlimites de cette individuality( que DUNS ScoTT d6cla-
rait incommunicable a autrui. 11 y ajoute tout le champ
de nos perceptions, c'esl-h-dire I'enseinble de moyens
don't nous disposons pour uiie insertion plus on moins
parfaite dans le milieu ext6rieur.
Cette conception de la personality& apparaitra ai plus
d'un d'une 6trangetl radical, car notre formation psy-
chique, le language, nos moyens ordinaires d'tducation,
la contredisent, s'y opposent en principle.







Personne cependant n'a voulu noter qu'en dehors de
l'existence des organes des sens, le d6veloppement de
la personnalit6 humane est chose radicalement impos-
sible.FOUILLEE remarquait que par la suppression de ces
organes et par suite des sens qui les prolongent, 1'6ter-
ielle nuit et 1'6lernel silence envelopperaient hi per-
sonnalite. Or, quand deux groups de ph&nomenes
forment un couple aussi indissoluble, la logique oblige
a les considerer comime un tout natural.
Par ailieurs, rien d(ans notre organisation physiolo-
gique n'implique l'esprit. La vie n'organise que la ma-
tiere qu'elle maintient dans les lignes des specificites
generales et des caracteres individuals. L'analyse pous-
see jusqu'a ce qu'elle offre de plus intime, ne nous
revele que la maliere. Avec un peu de carbon ajout&
aux constituents les plus ordinaires de la matiere inerte-
elle realise tons les tissus de 1'organisation veg6iale on
animal. Au deli, il n'y a place que pour le dynamisme,
que pour l'action des forces cosmiques, si on refuse de
considered la matiere come 1'une de ces energies.
Dans tous les cas, la physique contemporaine parait
avoir definitivement etabli la constitution atomique et
granulaire de la nimtiere format le fond permanent des
corps, si on peut encore utiliser cetle formule de la
vieille philosophies. Entre les grandes forces physiques,
chimiques el pent 6tre vitales : magnitisme, electricity ,
radio-activit6, etc., assure JAMES JEANS et de nombreux
autres savants, il n'y a qu'une difference numerique de
goupement d'alomes dans les molecules de la matiere.
Pourquoi done intelligence qui se manifesto A peu pres
dans toute la s6rie animal pour trouver chez les pri-
mates et surtont chez le plus 6volu6 d'entre-eux,l'homme,
sa plus haute expression, ne serait-elle pas l'une de ces
forces cosmiques ? Dans ces conditions, 1'organisme ani-
mal on human ne serait qu'un instrument plus on





-43-


moins adapted la reception de cetle force qui realise
en nous les ph6nomenes psychiques. Il y a dans l'ordre
des ph6nomenes indiqu6s des fits que les moyens ordi-
naires d'investigation de la psychologie empirique
n'expliquent gu6re.
Nous ne prenons position ni pour ni contre le bergso-
nisme. Libre aux philosophies de profession de consi-
derer 'oeuvre de l'eminent ecrivain de l'Fvolution cr&a-
trice comme an poeme of il y a surtout a admirer la
magie du style, la beauty et l'ampleur des images.
II nous sera cependant permis de remarquer que dans
I'analyse de detail, aucuin ecrivain de ces jours-ci n'a
peut-etre mieux que Mr. BERGSON 6largi le sens et la
comprehension de quelques unes de nos idles essen-
tielles.
Au demeurant les systems de philosophies, n'ont et
n'auront jamais qu'une valeur relative. BACON les com-
parait i des pieces de th6etre et leurs auteurs A des
acteurs qui, A la minute donn6e, viennent jouer, avec
plus ou moins de brio, leur role sur la scene du monde.
Si l'on demand nous dit HOFFDING quels sont les
a facteurs qui, de par la nature des choses sont appeles
A influer sur la facon de traiter et de resoudre ces
( problemes, nous nommerons en premier lieu la per-
c sonnalile du philosophy. Ses problkmes mentionnes
ont ceci de commun qu'ils sont la limited de notre
connaissance la of les methodes exactes ne viennent
a plus en aide; on ne peut done eviler que la person-
a nalit& de l'observateur determine la march de sa
a pensee, sans qu'il ait besoin de s'en rendre compete.
L'6quation personnelle aura une importance plus
< grande en philosophic que dans les autres domatines
a scientifiques ).
Ainsi s'exprime le remarquable historien de la philo-
sophie moderne et de fait la science seule est appelee





-44 -


a r6soudre les 6nigmes du monde. Si elle ne peut les
resoudre, la philosophic ne la suppl6era pas dans cette
tAche.
Po6mes done tous les systems de philosophies, poemes
plus ou moins grandioses toutes ces hautes syntheses
qui ont marqu6 la route de l'humanite, de PARMENIDE
D'ELEE at BERGSON, en passant par PLATON, PYTHAGORE,
SPINOSA, KANT, HIGEL, SCHELLING, COMTE, etc. Mais des
po6mes qui souvent par leurs richesses de pens6es, leur
puissance logique, la nettete de leurs definitions, ont
d6clench6 des courants originaux dans la science posi-
tive elle-mnme.
Par example, il est difficile de comprendre MARX et
ENGELS sans remonler Ai HIGEL et i FAUERBACH et le
mode de penser positif est it I'origine du plus puissant
movement de recherches scientifiques de l'hisloire.
HOFFDING ramne it quatre grandes questions les pro-
blmues fondamentaux de la philosophies: lo le problme
de l'existence; 20 le problem de la conscience; 3o le
probl6me de la connaissance ; 40 le problime de l'esti-
mation des valeurs et voilh complement 6puise tout
le domaine de la philosophies.
Hors des solutions proposees parles religions dogma-
tiques, ce qui relieve de la croyance et non de la con-
naissance, peut-on pretendre qu'un system quelconque
de philosophies apporte A I'une quelconque de ces ques-
tions une solution satisfaisante pour l'esprit human ?
A cette heure, le r6le essential de la philosophies est
de bien poser les problmes,de debarrasser les voies de
la connaissance de routes les questions factices qu'une
dialectique subtile y introduit souvent par surprise.
Elle doit tendre, en outre, a uine utilisation de plus en
plus large, de plus en plus rationnelle des lumiires que
la science projette quand rnmme sur les obscurities du
(nonde. En v6rit6, est-il permis A un philosophy con-





--15-

temporain de concevoir l'ordre des existences,le monde,
S la maniere d'uni PLATON on d'un ARISTOTE,eux qni ont
ignore notre infinimeit grand et notre infiniment petit.
Pour reven ir A Mr. BERGSON, it ne pense pas que l'in-
telligence soil un epiphenomene de la matlire engage
dans l'organisation humaine, une fonclion A cte& on
nu-dessus de toutes les fonctions vitales de la matiere
organisee. Un fait ltonne: De toutes les functions de
l'organisme, I'intelligence seule echappe aux lois de
1'hereditl. Nous ecrivions, ii y a bien des annees que si
les choses allaient ainsi, certaines families marques aL
l'origine par l'apparition de puissants esprils, garde-
raient come une royaut6 de droit divin, les privileges
de I'intelligence et du g6nie. Le grand home fils d'un
grand home est un phenornmne que l'histoire n'enre-
gisire pas souvent. Si parfois dans quelques families,
un don particulier, nous ne disons pas genie, parait se
maintenir dans.la descendance, le seul jeu de coordina-
tion des centres c6r6braux ne suflit-il pas a expliquer
celte parlicularite? De fait,nous dit LHERMITTE ,le foelus
humann est plonge dans un sommeil sans raves et ses
reactions motrices, presque exclusivement reflexes et
automatiques, n'aboutissent qu'A une 6bauche de com-
portement instinclif. Pendant le premier jour de la vie
extra-uterine, la vie de l'enfant prolonge l; vie foetale en
en gardant les caract&res psychiques ). En effet, I'ob-
servation clinique a bien r6v616 chez les enfants l'impor-
tance de la coordination des centres cerebraux dans le
mncanisme des functions psychiques. I n'est pas nIces-
saire que I'enfanl soit un normal ou pire encore un
d6g6nere pour que l'incoordination soit r&velatrice de
troubles mentaux. Le moindre flechissement dynamique
fonctionnel entraine des carts notables dans le jeu
d'acquisition, de conservation, d'elaboration des con-
naissances. Ainsi, tout svsteme d'instruire 1'enfance qui





-46-


ne tiendrait pas compete de ces donn6es de la clinique
s'exposerait a de graves erreurs dans la poursuile de
l'oeuvre 6ducative.
tI1 n'y a pas d'intelligence, il n'y a que des mncanismes,
6crit le docleur GILBERT ROBIN,)) dans une elude particu-
lierement interessante sur I'aproxexie oit 1'inattention
chez 1'enfant.
Sons le radicalism d'expression du docteur ROBIN,
cette heureuse formule pose in fait d'observation indis-
culable.
Nous ie devons pas resolument confondre nos forces
intellectuelles et nos forces spirituelles, celles-ci enve-
loppent et dlpassent celles-la. Or, si loin que l'on
remote dans l'histoire de l'humanit6, elle a toujours
cru que ces forces spirituelles ne soit pas toutes 6gale-
ment bones, egalement tultlaires.
Pour revenir a la formule du docteur ROBIN, disons
que notre intelligence de relation, d'utilisation est inti-
mement liee A l'organisation cerebrale ou mieux cor-
porelle. Ce sont tous les appareils psycho-sensoriels,
psycho-moteurs, hors du fonctionnement desquels, il
n'v a pas d'intelligence que le p6didtre ROBIN envisage.
Sans nul doule, la phrenologie telle que la concevait un
GALL, lun SPURZHIEIM, un FLOURENS, uin BROCA, un COMTE,
etc., a vecu, mais la clinique n'a pas moins fourni une
demonstration eclatante de la part de v6rit6 que ren-
ferme la doctrine.
Certes, le cerveau a infiniment plus de souplesse,
come qui dirail de vie radio-active que se l'imaginait
ces auteurs. Comime le phoenix, il renait parfois de ses
cendres. La loi de la suppleance ou du balancement
cerebral n'est pas une trouvaille de psychologue roman-
cier. C'est nne donnee de clinique g6nerale que 1'evolu-
tion des facultls intellectuelles de l'enfant est intime-
ment liee au processes de myelinisation du cerveau. II






fant ce travail pieparaLoii pou) i qid i c:ii..tL se dlgage
de la vie spinale des premiers mois de sa vie extra-
uterine pour entrer dans la vie cr6bhrale on mieux
mental. Que cette evolution histologique s'arrOle ou
subisse des defaillances qualitatives on quantitatives,
des desordres qui vont de simples troubles fonctionnels
aux d6generescences psychiques se manifeslent chez
1'enfant.
L'int6grit6 de I'intelligence est done inseparable de
l'int6gril des appareils psycho-moteurs qui condi-
tionnent son fonctionnement. Ainsi entendue, ( la vie
( s'explique sans l'espril,mnis l'esprit ne s'explique pas
a sans la vie. )
Comme on le voil, les solutions des problemes que
l'humanite aurait le plus haut int&rUt a rencontrer pour
une comprehension plus parfaite du monde, lui echap-
pent. Aussi, n'est-ce point au nom de la science que
nous pouvons affirmer on nier la r6alit6e e la magie
ou d'une facon plus explicit, l'efficacit de certaines
pratiques occultes de magie.

















Imprimerie N. Telhomme.- 126, Rue Dr. Aubry.






Date Due



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Imprimerie N. Telhomine.- 126, Rue Dr. Aubry.












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