Le général Nord Alexis, 1905-1908 ..

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Material Information

Title:
Le général Nord Alexis, 1905-1908 ..
Physical Description:
3 v. : ; 16 cm.
Language:
French
Creator:
Marcelin, Frédéric, 1848-1917
Publisher:
Société anonyme de lìmprimerie Kugelmann
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 26253468
ocm26253468
System ID:
AA00008919:00001


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Full Text













































































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UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES














L E GE7~NERA L

PORD AhtEXIS


1905 t










FREDERIC M ARCELIN


BE GE~pgAhB


19B 0 HbEXIS


1 905 ~





PARIS
SOCZll"I'l ANONYMEI DE~ L'IMLP111MlERIEi KUGELMANN
(L. CADOT, Dirctcur)
12, r~ue de la Ganlgo-Bantcliere, 1'2























A son arrivde au pouvoir, personnel ne
donnait au gouvernoment du general Nord
A~lexis plus de six mois d'existence. Celte
croyance tenait principalomuent a l'Age de
l'homme, prosque nonagi8naire et do sant6
d~bile lors de son installation au Palais
National de Port-au-Prince. Or, it a gou-
vernd pris de sopt ans. Ne faut-il pas qu'il
y ait on cola, dans un milieu aussi in stable,
aiussi tourmont6 que le n~tre, une significa-
tion don t il faut tenir compete?
..On peut le croire.
11 n'ost pas tim6raire do pr~tendre qune
le g~ndral Nord Alexis, durant son septon-











nat, a incarn6 uno estimable portion de
l'gme de la Patrio, do cotto Amo rudlimen-
taire, simpliste, q~ui, dans son hdrolsmo
fr~uste, mnais indomiptable, intend conserver
l'indipendlance of f'autonomie 16guees par
les anchtres contrec la blanc civilisateur
soit, mais q~uand mbnme expropriateur... Jo
crois qlue cotte Amle, ou cette portion d'time,
existe et q~ue c'est ollo qlui, on rdalite, a
soutenu le nonaginair~e et lui a permnis do
gouvernor.
d'affirmo, on outre, de la fugon la~plus
nectto et toujours on ddveloppoment do la
mInme idde, que si la gdndral Nord Alexis
6tait arrive au term do son mandate, s'il
ri'avait pas 6td renvers6 violemmnent, loin
d'8tre trained aux gdmonies, it ciit 86td c61y
dans l'avenir sur 10 pa~vois do nos plus
grandes gloires nationals.
Co no sont ni los exc'cutions sommaires
de? Sa~int-Marc, ni collos du 15 mars AI Port-
au-Prince qui f'ont fa~it tomber. Eiles no
I'aur~aiont pas empichd non plus, si la









fortune adverse no lui avait pas tourn6 le
dos au moment oti il s'y attendait le moins,
d'occuper sans contest dans notre histoir~e
une place extraordinaire et a cat8 de nos
plus grands noms. 1\lais la chance r; ses
limits. Polycrate! sera toujours un example
classique : il ne fant pas proclamer un
homme heuroux avant sa? mort.
Je vriens de pa~rler des executions som-
maires de Saint-Mare et des Gonai'ves,
acts abominables, excrables, qu'il fant
flitrir sans hesitation. Cependant, il no
faut pas oublier qlue le general Nord Alexis,
en.les ordonnant, croyait remplir un devoir
sacr68 envers son pays. 11 6~tait persuade qu'il
obdissait a cotte portion de l'gme national
qui vent qlue la Paix ne soit pas trouble
afin que l'Amd~ricain, le blanc, n'ait pas
pretexto a intervention et ne nous inflige le
systime! qu'il a impose B Cuba, A Porto-
Rico, A Santo-Dom-ingo.
11 ne s'agrit pas d'examiner, au point de
vule de la civilisation et de notre avenir
maldriol, la valour de sa conception... Et au










surplus les moyens qu'il a employs pour la
d~fendre sont mauvais et peuvent m~ime
aller i f~encontre du but propose. Mlais
pour bien juger le g~ndral N~rord Alexis I1
faut se rendre exactement compto do sa
meintalit6, de cette cristallisation centenaire
de son cervea~u rdpercutant rudomnent les
derniers Achos de l'ind~pendance national.
C'6tait un homme de 1804k. Tel il ful i sa
naissance, tel il resta toute sa vie.
En rdalit@, le funesto principle politique
en ver~tu duquel la P~r~sidence de la R6pu-
blique est toujours ddvolue a un militair~e
no pout qlue nous donner, oL nous a toUjour's
donnd, des despolos foulant les lois auxs
pieds. Quand ils n'agissent pas ainsi, c'est
qlu'on no leur on a pas laissd I'occasion on
qu'ollo noe s'est pas pr'dsentdo. Ils l'hidsiacnt
pas, au surplus, B 10 adclarcr eux-mi~mes :
Qu'on1 12 ne e donne pa~s l'occasion~ Tel est
10 mot traditional qu'ils rdpilecnt sans
cesse. L'arbitraire est la, vertu cardiniale de
l'Cpaulett~e ha~'tionne. Lo sab-ro tranchoc,










dans notre hiistoire, les idees aussi bien qune
les tetes.
Cependant nul no contestera qlue durant
son long proconsulat au Cap, le general
N\ordl Alexis n'dtait arrive, depuis de nom-
brouses anades, B 6tre une sorte de
patriarche aimed et respected. Et de fait,
quand il fut & la Prdsidence, dans les pro-
miers temps, avant les conspirations, ce fut
plut~t le mame systeme de ddbonnairetd
danis lequel les adversaires se hiterent
malhoureusement de voir l'incohdrence et
la faiblesse seniles.
Or, pourquoi cela changea-t-il par la
suite ?
Le procchs de la Consolidation en ful
l'uniq~ue cause. L'H-istoire impartiale dira
que pour avoir voulu faire restituer h la
caisse publique des valeurs indament per-
Cues, le gdadral Alexis, des son arrivee au
pouvoir, souleva contre lai une formidable
opposition, laquelle eut enfin raison do son
gouvernement.









-- 10 -


Q2ue les sommes pergues de co procias
aient Btd bien ou mal d~pensdes, lb n'est
point la question. C'est pour les avoir fait
restituer qu'on s'est ligud contre lui, voil8
le fait inddniable. Cherchez dans touts los
conspirations, dans tous los comnplots, dans
les prises d'armes des Gonai'ves, de Saint-
1Mare, que trouvez-vous ? La main dtes 4tran-
gers compromise ou non dans la Consolida-
tion, mais se rendant solidaires entire cux.
Ce sont eux qui donnent les armes, les
munitions, qui fournissent Iargent, qui
propagent la rivolte, qui fomentent la pro-
pagande, qui, inlassablement, distillent la
calomnie.
On s'cexplique dbs lors la haine du general
Nord contre l'etranger. Pour lui I'etranger
c'est l'emiemi. 11 lui en yout. Jamlais on a.
tant expuls8 que sous lui. Il en yout n tous
ceux qui Pi6coutont, g tous coux qui le frd6-
quentent, a tous ceux qui voyagent, quni
laissent le pays pour alter chez lui, oubliant
que les sins, ses allies los plus proches,









-- if -


habiterent Paris durant tout son regne...
Cela devient une veritable obsession, une
sorte de maladie mental qui lui fait perdre
la claire notion des choses. Cependlant,
I'dtranger lui rend ceil pour ce~il, dent pour
dent. Son gouver~nement devient la b~te
f~lroce qu'il faut abattre, cotite que cotite.
Les journaux du monde entier, appelant
l'intervention des poissances 6trangiares, le
mettent au ban de la civilisation. Pet-son-
nellement il n'en a cure. Il se glorifie des
iiijures qu'on lui prodigue parce qu'il croit
ddfendre son pays et sa race. Aux provoca-
tions il repond, sans so lasser, par des dis-
cours v~lhiments contre les rangers, par
des conseils do ne pas les 6couter, signalant
quelques-uns qu'il croit bons, expulsant
les mauvais.
Or, je reviens a ceci : pour comprendre
l'dtal d'Amne de ce nonaginaire, il faut se
rappeler qlue, aussitat arrive au pouvoir,
il ful obside de cette pensee qu'il fallait
sauver son pays de l'annexion ambricaine.









-- 12


Ce qui s'dtait pass 11 Santo-Domingo dovint
son cauchemuar permanoult. 11 Btait prdpard
plus qune personnel it cotte obsession par son
grand Ago. Cet ;-igo 10 faisait, on quelque
sorto, dans nos temps, 10 prolongement des
ancitres, losquals n'curent, on rdalitd, qune
la passion die la possession physique de lour
pays, ce pays devint-il dlans lour~s mnains un
desert, un champ de carnage, un tournoi
do luttes fratricidecs. Q2u'importo ? C'6tait
Icur pays.
Pour le gdndral Nord Alexis, et il on etait
trias convaincu, comnbattro les armes it la
main l'ctranger onvahisseur dtait toujours
une chose naturelle, possible, et qui no
dlevait supporter aucuno objection tirdo soil
do la folie dune telle lutto, soit de la diffcd-
rence des temnps ontre 1804 et ceuxr actuels.
MIalhour it quiconq~ue osait 6tab~lir, au disa-
vantage dos nitres, une hlasa~rdouse compai-
raison M[alheur it quiconque, quand il on
parlait, osait surtout sourice Ii devenait
irrim6(diablement suspect au gdndr~al Nord.









- 13 -


Toute idee intransigeante, pour noble
qu'elle soit, pout avoir un defaut do cui-
rasse coimme 10 m~tal le plus pur peut avoir
sar paille. ;\lais P'idde no reste pas moins
noble, of ftor, malgeds la, paille, est toujours
do f'or.
Le 4 novemnbre 1908, MI. L~gor, notre
mninistro a WVashington, apres de multi-
ples averti~ssments, dcrivait au Pr~sident
de la Rdpublique :
<< Commne vous l'avez sans doute ddja
appris par 10 tildgraphe, Ahl. Taft viont d'8tre
ddsigad commue 10 prochain President des
Etals-Unis. Jo connais personnellement le
nouvel 61u. Nous pouvons le considerer
CO01I00 UL1 amll.
<< Cependant, je dois vous dire franche-
mont lue je nze Ile cr'o1s ps dlisposd' c laisser
les Rdpucbliques voisinzes de sonz pa~s conz-
tinuerC) le sanzllant~jeue des guerlres civuiles.
Co qun'il fait h Cuba at it Panazma indlique
clairement son attitude. pour Pavenir. >>
Le g~ndral Nord avaiiL faith donner lecture









- 14 -


de cette lettre B tous les generauxu de l'ar-
mde. 11 la portait constamment sur lui, la
tirait sans cesse de sa poche, la montrait
aux uns et aux autres sans cesse. Frappant
dessus, il s'4criait alors : a Mion fils mime,
si j'en avais un ot~s'il conspirait, jo 10 fer~ais
fusiller sans hesitation !
Plus tard, g Kingston, la g~lndral Nor~d,
sur la terre d'exil, a dd lire certainement la
lettre suivante autrement significat-ive :
n .La Mlaison Blanche, Washinrton,
4 dicembre 1908.
a C~her M~onsieur Harry,
a Je ne vous Bcris qu'une ligne ti la hiite
afin qu'elle vous parvienne avant qlue vous
laissiez la Nouvelle-Orldans.
a Je no pense pas que nous interviendrons
en H-ai'ti. Cependant nous devrions le
faire, mais notre people ne comprond pas
comment sont les choses au doli de nos
frontibres; ainsi je ne desire agir, g mioins
qlue j'arrive a faire comiprendre la situation
au people afin de 10 determiner A l'action;









- 15 -


et, pour y parvenir, je dois Qtaler les faits
sous ses yeux d'une manibre claire et frap-
pante.
a A Panama, a Cuba, a Santo Domingo et i
Porto-Rico, il nous avait fallu des mois, des
anndies meme de preparation avant qlue
nous puissions faire apprecier les choses au
people, et le pire de tout cela, c'est qlue les
Amdricains cultiv~s du Nord-Est no sont
pas simplement aveugles, mais solvent
malicieusement aveugles B ce qui se fait.
<< Nouts aur~ious di inzter~venzirpluts d7'une
fois auL V/)enezuela penzdant o~es sept der-
n~iares anndzees. Nou~s aurrions ddi inltervenir
dans l'Avedr~iqu~e cenztratle et ez nHi'ti.
Dans ch~acunz de ces tr~ois e~ndrojts, nouzs
decrions mlaintenzant fa~ire quzelgue chose
d'ana~loguec h ce que nzous faisons ci Culba,
& Sanlto Dominzgo one ci Panamaa, selonz les
emigenzces dL Ccas.
(r Mais le people ambricain n'8tait pas au
fait de la situation.
cn TutODOREi nOOSEVELT. M.









- 16 -


De plus en plus le g~ndral Nord Alexis a
do penser qu'il n'y a pas de sacrifices qu'un
ch ef d'Etat hai'tien no doive faire pour main-
tonir la paix publique. II a dii, malgr6 son
dchee, se fortiller dans cotto idde qu'il n'a
pas maznque a ce devoir et qu'il n'a rion 1`
se r~eprocher. Cethe fixation do sa pensde
dans l'unique objet de prdserver l'au tonomic
national doit lui cachet absolument les
actes mauvais auxquels il a recouru. C'est
sinchrement qu'il doit continue g croiice
qu'il n'a accompli qune strictement son do-
voir social.
Cola 6tant, n'y a-t-il done pas 14 une att@-
nuation dont il faut tenir comnpto? Qu'on
n'oublie pas que ce nonaginaire, soldat qui
grandit dans les rangs, qui grandit au milico
des proscriptions, des tueries, des fusillades
des cent ans do notre existouce national,
fut bon, jo 10 rdpiate, durant son long pro-
consulat du Cap. 11 no changea qune lorsque,
arrive au pouvoir, it crut que l'iaddpen-
dance de son pays 6tait on danger, d'abord









-- 17 -


par les disordres de la Banque Nationale,
socidte 6trang8re, ensuite par les reprd-
saillos qlue provoqua la rdpression de ces
ddsord res.
11 ful im itoyable, soit. P~ourtant it est
inddniable qlue sinchroment il crut qlue les
conspirateurs, en mettant en pdril P'hdri-
tage de ses ancetres, ne mdritaient qlue la
mort. II faut, encore une fois, rdpudier ca~th
fdrocit@ dans la repression. Toutefois, il
fant so souvenir de ce qu'6tait T'hommne, do
cce qui so, disait, do co quni so faisait. do co
qui s'derivait autour de lui. Les autres,
ccoux qui tr~amhrent, farent-ils done sans
pdchi ?
Le mot do sir Edw\ard Grey i la2 Chambre
dos Comnmunes : << Le plus shr moyon do
prdvonir intervention dtrangibre est de
maintenir l'ordro >> fut son dir~ctoire poli--
tiqjue. 11 traitait done en criminals, indignes
de touto pitid, indignos do toute justice, coux
qui y controvenaiont. Itlocs mottait hors les
lOIS.









- 18 -


J'ai lu dorniibrement qu'un adversaire
politique nWa pas craint do d~clarer pub~li-
quom'ent qlue le gB1ndral Nord Alexis savait
h pine lire et derire... Cot adv:ersaire va
trop loin. Certes, le gdndral n'8tait pas un
lettr6. Et combien I'ont dtd, 10 sont on le
scront parmi nos chefs d'Etat et coux qlui
aspirent de nos jours B l'etre!... M~ais si,
co~mme an vioux soldat qu'il otait, il didai-
gnait profond6ment les intellectuals, qu'il
appelait abrdviativement los intfellects. 10
general N\ord Alexis n'dtait pas un ignorant.
Le cerveau chez lui 6tait remarquable ol on
dit qlu'il continue B rester tel dans l'exil.
Curioux de se tenir au courant du programs
modlerne, tous les moments qu'il pouvait
d~rober aux affaires publiques, ii los consa-
crait i la lecture. P'rosque avouglo, i la
suite, dit-on, d'un coup do canon dont la
pondre lui b~r61a les yeux, ne pouvant qlue
signer son nom, it avait on lecteur parti-
culier qui, g demeure pri~s de lui, lui lisait
dos livrecs d'histoire, de politiqlue et de









-- iS -


science pratique. C'Btait sa plus grande et
sa meilleure distraction.
On le savait et on en abusait, autour de
lui ot dans la ville, pour lui faire payor trias
cher cos ouvrages-lk.
A propos de cotte passion, onl raconte
qu'un jour on lui lisait la conspiration de
Catilina... Stoi'que at fr~oid, Cicdron, ayant
fait mettre A mort tous les complices,
remontait de l'ergastule. Defiant la foule,
com~posic do parents et amis des victims,
il jetait les mots connus : Its ont vcucz!
A~h voilh une! parole, s'4cria le g~nd-
ral. Cost net, e'est pricis, e'est le glaive
mime Et combien j'admire cette rapidit@
dans l'action quand il s'agit de traitres, de
conispiratours, d'assassins do la Patrie: !
Une autre fois, il dcoutait cotte pensdo de
Proudhon :
<< Quand la Patrie est rdfractaire A la
liberle, quand la souverainetd publique est
on contradiction avc oelle de. chaque
citoyen, la nationalit6 deviant un opprobre









- 20 -


et la rdgindration par los forces BtrangBres
uno ndcessitd.
Soudain il arracha le livre des mains
du lecteur, et l'envoya rouler au loin on
s'Ccriant :
Noni, non, je ne youx pas on ontendro
davantage. Cot homme ne suit pas co qu'il
dlit. La nationality a'est jamais an opprobre!i
C'est dans cette exallation do son patrio-
tismo qlue l'on doit chercher l'explication
do bion dos aces du gdndral Nord A~lexis,
actes qui ont t6td faits au d6trimecnt meme
de la cause qlu'il pr~tondait servir. Ces acto~s
so comprennent difficilomont dans notre
temps. Ils sont d'une autre 6poque, d'une
6paque dlont il dtait sans doute 10 dernior
descendant. Hls no so compronnent plus sur-
tout parce qun'il a dtd rcnvers6 du pouvoir at
qu'il est un vaincu. Ils auraient pu itlre un
piddlestal et ne semblent plus qu'un pilori.
Copendant, le pdril extirieur q~ui monace
notre nationality est extrimenl. II11( noit pas
que" dans l'imagination ou dans les bosoins









- 21 -


d'une cause. Et il est d'autant plus grand
que nous ne devons absolument computer
que sur nous-m~mes pour le conjurer....
En janvier de cette annie, avant eu l'hon-
neur d'8tre regu par R1. Pichon, ministry
dos affaires Btrangeres de France, je lui en
exprimais routes mes craintes. 11 me rdpon-
dit textuellement :
-' X... (ici le nom d'une tres grande por-
sonnalit6 ambricaine) est venu me de mander
que~lle serait notre attitude au cas d'une
maninmise dos Etats-Unis sur votre pays.
Je fui atI clit quze lae F~rance se di~sintfd-
recssait absolwnencit dl'Hraiti.
Rev\enons au g~ndral Nord.
Je n'entreprends pas son pandgy3rique.
Jlais en voyant le d~bordement de haines,
d'iunuros qui a accuoilli sa chute, ddbor-
demenlt, du reste, qui est chaz nous le! cor-
tihge des chocfs tomhds, je no puis m'emn-
pi~cher de miettre en relief certain ci~tds
honorables, et digrnes d'6tre remarques, do
son caractare.









)c)
rri~


Peut-on oublier, par exemnple, que per-
sonne ne ful pilus que lui passionne pour
les travaux pu blics, pour tout ce qu i pouvait
contribuer a l'am61ioration mnatldriolle de la
nation ? No pouvant voir par ses propres
yeux, ne pouvant guebre sor~tir, ii fut sou-
vent tromip6 par coux en qui ii mettait sai
confiance :lo fait n'en n'existe pas moins.
Toutes les d~couvertes l'interessaient. 11
donna un epo uss~e extraordlinaire, peu t-catre
un pen maladive, et dont quelques-uns:
abuserent, aux recherches gdologiques dans
to pays. De toutes parts, de tous los coins
die f'ile, on lui expddiait des ichantillons de
carbon, de marbre, de pier~re, de cuivre,
d'argent, d'or, de p!0m~b, d'etain, dl'anti-
moine, de mercure, de petrole!!! Qlue
sa~is-je encore ? Jamais on no d~couvrit tant
de mnines; il est vrai que fort peu furent
exploities. Mais toujours it rdcompensait
g~ndreusement les ddcouvrears, les encou-
rageait, leur faisait votor des concessions
par le Conseil des secr~8taires d'etat. Qule





de contracts de cette espece dorment dans
les colonnes du Mon~iiteur~1!
II oncouragca ti sa falon tous los arts, et
spedcialement, pour la propagation de P'his-
toire national, la pointure et la sculpture.
Les familliers dua Palais k cette epoque
dloivent se souvenir de faccueil sympathique,
cordial, largement rdmundrateur, qu'il fit
a tous ceux qui lui apportaiont des tableaux
on dos bustes rappelant les fastes de notr~e
Indipendance on les traits do nos guerriers
illustres. Tous Ics papers, autographs,
souvenirs quelconques se rattachant a notre
grande 6poque, furont pays par lui au
poids de P'or.
11 acheta de ses deniers f'emplacoment
oil Dessalines p~roclama aux Gonna'ves fI'n-
ddpe~ndance national at i1 en fit donl h la
Rdpublique. 11 paya douze miille dollars
l'habitation Vertii~ros oi se livra l'immor-
telle bataille de ce nom... Le Corps14egislatif,
en 1904, lui vota une somme `de cinquante
mille dollars ot, je crois, 10 titre de Phre de





la Patrie. 11 voulut bien du titre, mais no!
toucha jamais la somnme, la reservant,
disait-il, Q l'droction d'une colonne dans los
planes de Vertieires.
Oui, le g~ndral N~ord Alexis avait fdmoi
hdroi'que decs anci~tres of- cette Amle vibrait
reallement on lui... Cola ne nous 6tonuei
qlue parce queC cot~te corde-lk est cassiC chez
HOUS.
Pocut-on oublier -- et je 10 dlemando h ses
adversalires,? B ceux m~~mes q~u; subirocnt
sous son gouvernoment un exil souvent
immdriitd -- pout-on oublier comnbien sa
main s'ouvr~ait largement pour donner
sans computer, donner encore, doniner tou-
jours, aussiti~t qu'une inifor~tuno lui i6lait
signaled ? Parfois, celui en favour~ de qui it
elait sollicit4 lui avait @td ddsignd, pocut-
i6tro h tort, comme on conspiratocur mili-
Lant. 11 secouait la tite, il recfusait, mnais
l'inistant dl'aprhs, il finissait par ouvrir uin
dos tiroirs de' son bureau, on tir~ait un pouti
sac, appolait un secrdtaire, faisait comuptor









;Cr)


ount ou doux cents dollars pour I'individu,
ae qui no l'aurait nullement empichi, le
our mcime, s'il croyait acquirir la cer~titude
no" Phommie complotait, de le faire arri~ter,
errer... et autre chose encor~e.
Doe famiilibre coutumie, il faisait un cadeau
I'ar~gent important, soit g l'occasion de leur
mariage, soit a celle de, la naissance de leurs
:nfaints, auxr fonetionnaires qui, solon lui,
reomplissaient hien leurs devoirs. Que do
Fois no f~a-t-on pas vu ridcompensor large-
uinnt de sa poche les q~uelques rares doua-
niors honnites qu'on lui signalait!i... Bea u-
coup de puritains, qui font. trop parade
actuellement de leur farouche vertu, de-
vraient aussi se souvenir des cadeaux qu'il
obligenit, dans le budget, A lour muiager...
JTe n'ai pas g jugor aujourd~'hni ce systiime,
I'ayant nagui~ro toujours condamnd... ,Je m'y
arrite pour fair~e voir que le gendral N\ord
Alexis n'6tait pas l'hommne rapace pour lui-
mImoe, avare pour los autres, qule l'on so
plait a repr~sentor.





Ai l'encontre des gouvernemecnts qui f'ont
prdcidld, et qui sans doute le suivront, il
avait use peur instinctive des cmprunts sur
place, rappelant sans cosse qune c'otaient cos
omprunts-lk qui avaient comlpromis iredmi-
diablement la situation financiibre de la
R~dpubliquec. 11 a~joutait qlue, au mInme degrd8
qlue la guerre civil, il fallait cr~aindre les
emprunts a l'exticieur. C'est toujours par
eux qlue les petits peuples perdentlecur indd-
pendance. Et naturellemnent comme le sys-
teme politique qu'il n'avait p~as inaugure,
mais dont il hi~ritait sans rien tenter pour
l'ameliorer en vue du soulagemlent des
finances de l'Etat systeme sdculaire
ayant le gouffre de l'armde a sa base, aux
entours des favours dlisproportionnees,
fournit~ures on tr~avaux h ses chefs, unor
extravagant police B l'interieur et g I'ext8-
rieur, et une cohtouse representation ii
l'4tranger exigeait des depenses conti-
nuelles sans recottes pour les payer, il 6tait
bien fored de recourir aux 6mlissions do









257 -

papier-monnaic ot -plus tard au fur et a
mosuro qu'on le retiirait de la circulation-
aux fr~appos do nickel : co qu'il appelait
lcomprunt sur soi.
11 est une question qu'on a agit~e en ces
temps der~niors at dont it fant que: je parle
sans phrases, sans d6tours inutiles : ctest
collo du prijug8 do coulour. On a dcirit que
le gouvernement du g~lndral Nord Alexris
4tait un gouvernement de muhitres. JG ne
fe~rai pas l'honneur aux gens qui out inventd
ce mensongo, mensonge qui a Btd propag6 h
l'tdtranger pour les besoins justificatifs de
la guerre civil, de discuter avec eux. Ils
savent bien le contraire La verite est
que, aussi bien qu'H-yppolite~, Nord Alexis
ne connut jamais la hideuse distinction
du prdjug6 de couleur : noirs ou jaunes
avaient la m~me valour, en tant .qu'dpi-
dermoc, h ses youx. Et, si on voulait s'atta-
cher aux choses extdrieures, on .trouverait,
on ddlinitive, qu'il no parut accorder sa
confiance at la direction de sa politique









- 28 -


qu'd un on doux hommes noirs do son en-
tour~age.
Encore lb on so trompernit ividemment
si on s'avisait de croiro qlue la gdndral N~ord
Alexis 4tait gouve~rnd, me~n8 par qluelques
individus, comnme on a payer dos histrious
pouri I'der~ire. Co nonagn~naire avait une
volont@ forme et indbranlable. On poulvait
peul-0tre l'influencer dans los dd tails secon-
daires, dans des appreciations momentandes
sur des fits penl important. On pouvait
o~ncore, et c'est co q~ui a 4td faiit malhieurou-
sotment parfois, flatter ses passions, ses
manies en amplifiant ses propres iddes, on
lour donnant un ddvoloppemnent inattendu
ot dangerous. Mlais il a tonjours gardd avc
ob~stination, avc entetoment,, los grandes
ligrnos do sa politiq~ue. C'ost pourquoi il faiut
riro qjuandl on ontend dive qun'on lui farisait
faire co qu'on voulait.
Dans cetto question do coulcur qlui, a~prhs
lui, a tdl souvent agitioc, 01 don't on essaio
do faire aictuellement le fond dl'un pr~o-








- 29 -


gramnme politiqlue, ii n'y a pas un mo t do
veritd en ce qui 10 concern personnelle-
mont. Sans doute, le g~indral Nord Alexis
confla dcs fonetions importantes of dcs
commafndomle~nts militair~es A nombre do
muldtres -- ot jo no sais pas trop s'il edt
lieu do s'e~n foliciter, car beaucoup d'entre
oux on so conduisirent pitousement on
hiiti~ront sa chute par lour couardise, leaor
manque d'dnorgio at leur indiscipline. Mlais
la coulour no dicta jamais ses choix. 11 crut,
at so trom7pa le plus souvent, que coux qu'il
appelait, noir~s on jaunes, avaient plus do
bravoure, plus de capacity~, 6taiont, en no
mot, plus aptes A le seconder, h10c maintonic
A la Prdsidence. 11 n'y eut que cola et rion
do p'lus.
Paisque jlai ontamd cotto q~uestion, je me
permattrai de donner aux candidats au
fautouil pedsidential un conseil qlue je cr'ois
b~on : colui do fair l'exploita~tion du prdjug6
dec-ouleur comme la robe do Nossus. To sais
queC Salomon s'en servit. M'ais lai, il 6tait









-- 30-


un homme tras supdrieur. 11 en usa, at fort
habiloment, sur les masses. D~e 11 sa rdputa-
tion et I'espiace do fascination qu'il continue
h exercer. Cependant, les temps sont chan-
gds. Jo pense qu'il n'est pas prudent de
l'imitor, tout au mnoins, at B vos risques at
perils, avant do tenir la place. Personnel.
of c'est un 130nheur, no croit plus sdriouse-
ment g l'infaillib~ilit6 de co levier. C'est
done se crder des complications inutiles,
pour le vaniteux plaisir de se presenter,
dlit-on, aux yeux du monde savant comme le
chof d'un p~arti hio~n classified, reposant sur
des luttes, des intdr~ts de castes, un part~i
d'opprimes lattant contre les oppressour~s.
Jo parlor, jo le rip~te, du pr~jug6 de cou-
leur d'une fagron absolument ddtachie, on
tant qune noir ou muliitro qlue je pourrais
6tre on qune je suis, c'est-h-dire nullement
infdodd B do si crimninalles iddes. Mauis on
tant qlue nhgre, il me semble qlue la capacild
de vivro sans conflits, sans luttes fra~tricidos,
dans la? concurrence pacifique et f~condo







- 31 -


dess uns et des autres, pour le bien de~notro
petit pays,1 est ddcidi~ment prdfdrable a co
recommnccoment du passd...
J'ai hjte de finir ces longos prdliminaires.
J'ajouterai copendant qlue le g~ndral Nord
Alexis devait, s'il avait su comprendlre son
propro interi~t et l'intdr~t du pays, se retircr
apris la mort de sa femme. En ce moment,
I'auguste pitid, qu'il n'avait pas tonjours
ouo pour les autres, marchait B ses c~les,
faisait cortchge a ses vieux ans, si cruelle-
ment fr~appds. Touls les parties le plaignaient.
Et jo n'ai pas le temps de v~rifier jo
crois meme qlue son plus irrreductible
adversaire, colui qui l'accusait de lui avoir
ravi le Grand Fauteuil, celui qu'il venait
encore une fois do vaincre dans les planes
de l'Artibonite, lui adressa de la terre!
d'exil un tileigramme do condoldances, co
qui fut tout i l'honneur de l'irriductible
adversairo. C'Btait done une 6mouvante
sortie de scbno pour le gdndral Nordl, et qui
rejetait dans l'oubli bien des choses...











11 en eat la pensoo, conscilla diseratecment
par quelques personnes. Co qui l'cn empe-
cha, ce ful l'ind~cision dans laquello il so
trouva inextricablamen~t pr~is A propos do
sa succession. A qui la laissor~ ? l n comprit
pas, soit it ce moment, soit plus tard, q~u'il
etait plus simple do so remettlee trbs offi-
ciellement de ce soin B la Constitution.
C'6tait habile, of mame, s'il y tenait, if y
trouvail plus do facilitis dtinfluencer le
vote do l'Assemblde national. En tout cas,
it n'avait pas autrement h agir. Par 14, il
out tout sauv4 : c'dtait la scule crainto do
ses adversaires qu'il n'e~it cetto sagosse qui
leur etit ferme la route du pouvoir. 11 est
vrai qlue, en co qlui concern cot~to route dlu
pouvoir, pa a 6td pour oux la mimue chose.
Bien q~ue jo raconterari tout au long, A la
fin de cet ouviragec, la journ60 du 2 dicem?-
bre ~1908, ~je no youxr pas harder i adrosser
& MI. Carteron, ministr~e de F'rance A P'ort-
au-Prince, of I` M. 10 commalndanlt I(jl'idra-
dren, I'expression de toute ma reconnais-









- 33 -


sance pour avoir, sur ma denmande, donnd, B
bord du cr~oiseur frangais Duguayn~-Trovtin,
I'hospitalitd au gendral Nord et i sa suite.
Ils out sauv4 le vieux Pr~sident do tomber
aux mains des rdvolutionnaires, ce qlui
strait arriv6 dans la confusion de cott~e
journee oil bien des chj~teauxi do cartes
s'd~ch afa u d re nt... Cet dvdnement serait
surtourt indubitablement arriv4, gr~ico au
ministre des Etats-Unis, nI. Furniss, le-
quel, chef du corps diplomnatique, rdclamait
une supplique dcrite du Prdsident de la
Rdpubliique av\ant de savoir s'il devait lyi
accorder sa protection. Peut-i6tre n1. Furniss
n'avait-il pas encore oub~lio q~ue notre ddpar-
tomoint dos relations exterioures fa~vait fait
mafnder h Wiashingrto n po~ur rendre compete
do sa conduite 4 propos d'uno reclamation,
prdsontdo on termols inacceptables, on fa-
vour d'un do ses rossortissants. Pours ren-
trar on gra;ce et regagnor son post, qu'il
out la plus grande pour do per~dre, il ful
oblige d'dcrire daus un journal amdricain









- 34 -


un article trhs louangeur, s'il m'e~n sou-
vient bion, sur Hai'ti et sur la g~ndral Nord
Alexis. C'Btait done aujourd'hui do bouno
guerre~ do le laissor aux mains de ses enne-
mlS.
Jo n'ai pas besoin d'ajouter, pour ce qui
mie concerne personnellement, qune c'cst
dans un esprit ddgag6 do toute rancune qune
j'8cris cot ouvrage. Jo suis trop habitud aux
recviements de la politique pour garder la
moindre animosity contre qui que ce soit
ou control quoi qune ce soit. Du reste,
aurais-je pu, on conscience, no pas m'at-
tendre aux rossentiments des uns et des
autr~es aprbls avoir fait, dans l'int~lret die
mon pays, votor par les Chambres 16gisla-
tives la reduction des interets de la Detto
Intdrioure h 50 0/0 of enlever to service do
notre Trdsorerie de la Blanq~ue d'H-ai'ti ?
Co strait de la nai'vetd.
Si done j'ai suscit6 d~es haines, a c: flu'on
me dit j'espiare qu'on exagero -- jo n'en
aj, moi, contra personnel.









- 35 -


M~alhoureusoment, nous possddons a un
supreme degrrd ce qu'un publiciste appelle
<< la fdrocite sadiqlue do trouver un bouc
6missaire a nos propros fantes u. Parfois
onl a tents d'exer~cer cotto mionomianic B mes
ddpons, de faire do moi un bouc emissaire :
je ne me suis jamais laiss4l faire. On a aussi
essayd souvent de travrestir mnes actes, mes
paroles..... Je n'ai jamais mianqud de d~chi-
rer les oripeaux dont pr6tendaien7t m'affu-
bler ces baladiuis do la pensdo d'autrui.
On a dte plus loini : jusqu'd vouloir falire
do m~oi un fatutour do coup dl'Etat control 10
Corps 16gislatif Et en quelle circonstanco i
Jo trouve la chose dans les journaux qlue jo
feuillotte on ce moment..... Un ddputd 6tait
ii la tribune. La voillo il s'dtait proclam6 lui-
m~ime un parang~on do vertu, dl'honn8tet6,
do loyaut6, avec qluelque raison, disait-il,
puisqu'il n'avait jamnais occupy do charge
publique, surtout colle do mninistro. De plus.
iit tait nd dans les plis du dr~apeau hai'tien.
Cependant, pour avoir "raison do mna par-









- 36 -


sonnle, pour Ine rcnv-i~erser pour soulever
P'indignation doe la Chamlbre, it didlara qune,
dtailt ministry d'Hy~ppolite!, j'avais conscilla
jadis uni coup d'Etat control le Corps 16gis-
latif. Et it cita cette phlrase : a 11 no fout
pas laisser fair~e les Chiambres; il fa~ul
emipichier qu elles fasse~nt !
Or, j'avais doinnd co council au checf de
Phl~at dans on rapport uniiquiomen fait pour
ar~i~terr 10 cd~bordement anti-patriotique des
ddp'enses que" los Chambrol~s, 8 Ed~poque,
votaient & lice-lar~igot. Jo mi'adressais A un
President hafioin a qlui la Constitutioni of
i:usage, plus fort qlue la Constitution,
dlonnont d'autrcs p~riv-ilegos qIue Ccux, parl
exemple, doc Al. Falliibros. 11 ifavait q~u'h
vouloir pour narrator le d~bordemient des
commlandcs, dos conitrats, des: fontainos
lumijnouses, de Iinillo autres extr~avagances
qu~i divoraiont los raceltts at grevaiont
d6sastrousement f'avenir. Il somble qu'unll
tel coup d'E~tat, si coup d'Elat il y avait, eiat
d i plairo au ddputd, puisqlu'il p~ri~chait jus-








- 37 -


tement dans ses discours, tant a ses collogues
qu'au governments, avec grandissime blo-
quence, I'ordre, ,l'4conomnic, le respect des
deniers publics.
Eh bion j'6tais un dangereux violateur
de la Gonstitution pour avoir, dans la meil-
leuro intention, derit cotte phrase, et le
gin"dral Hyppolite fit bion de ne pas m'6cou-
ter. 11 fit bion de laisser les Chambres disor-
ganuisor, en de folles prodigaliths, les recettes
do l'Etat. La Constitution avant tout, n'cst-
ce pas ?
Cocst 14 uni des cent petits exemples de ce
qlue peut niotre passion politique.
Je n'ai pas, pour ma part, a me reprocher
d'avoir jamnais travesti la pens~e d'aucun
do mos adversaires. Si j'en avais la puissance,
j'aurais douind bio:n plutat dos ailes ii toutes
leurs conceptions pour les dlover jusq~u'azux
astres. ..









-- 38 -


AprBs un trbs long s~jour en France, je
rentrai B Port-au Princet on novembre 1903.
Le g~ndral Nord Alexis gouvernait la R~pu-
blique.
On sait comment cela advint.
A la suite du movement rivolutionnaire
qui renversa le general Sam, un gouverne-
ment provisoire s'4tait installed. Son pr~si-
dent, le general Boisrond-Canal, avait pro-
clam8 le grendral Nord Alexis << le fils aind
de la Rdvolution >. Or, le gandral Antinor
Firmin avant lev6 l'Qtendard de la rdvolte
dans les planes de l'Artibonite contre la:
gouvernemlent provisoire, le fils aindl do la
Revolution fut envoy control lui. 11 vainquit
le rebelle en une suite de combats qui, de
part et d'autre, co~titbent la vie i nombre









-- 3g -


de concitoyens intdressants, au premier
rang desquels il faut toujours songer avec
tristesse g l'infortund Jules Auguste...
L'histoire dira peut-6tre que le general
Nord\ eat plutbt de la chance et qu'il ne
triompha que gr~ice B I'inhabiletd et au pen
d'endurance militaire de son adversaire,
r~cemment promu au gdndralat.
Quoi qu'il en soit, il l'avait fored de s'en-
fuir des Gonai'ves, cite historique oix fut pro-
clam60 l'Ind~pendance national, mais cit6
malhenreuse, car, sans doute par rap-
port A cette illustration, tous nos chefs
de parti revendiquant, les armes g la main,
la liberty violde croient devoir y 6tablir leur
quarter general, ce qui expose cette cite
historique g 8tre souvent prise d'assaut,
pillde, incendide par les uns et les autres.
A pine avait-il triom1phB que de pres-
sants messages de ses autres colleagues,
re'stds au gouvernement provisoire, rappe-
lerent le g~ndral Nord g Port-au-Prince, oil,
lui Qcrivait-on, do nombreux arcs de triom-









- 40 -


phe l'attendalent. Le gendiral fit la sourde
oreille. 11 allail B toutes petites journees,
fatigue, disait-il, vn son grand hgo, mais
grossissant sans cesse son armi~e de tous
les paysans qu'il enedjlait de force sur sa
route au nom de la Libert4.
Quand, a son houro, it so ped'senta aux
por~tes de la capital, los autres candidats a
la Presidence comnprirent sans pine qlue
leur rdjle Btait fini'. Comme its n'avaient
jamiais voulu s'entendro entro eux, restaint
chacun irridluctiblement cantonnd dans le
patit fort de sa demeure privte, au milieu
de ses fdidles lieutenants, it arriva ce quii
itait 4crit : un h~on dernier onleva~ la tim-
bale. Cependant on doit lowr rendrc cette
justice qu'ils so soumiront galanmment g la
destine. lIs souhaithi'ent mime on terries
aimables la bionvenue au fils aind de la
Revolution.
L'histoii'e, I'histoire hiailienne surlout,
est unc perpdtuelle redite. Sans douto, if no
onvient' pas do tr~op appuyer sur; cette;









- 41 -


banality, car chacun y trouverait sa part.
Cependant, les candidates futurs a la Pr~si-
donce de la Rdpublique no sauraient trop
mdditer cet enseignement si souvent rdpite :
on a peind, on a sud, on a risqud sa vie en
de mlultiples ventures, on s'est ruind, si on
avait de la fortune, on a ruind les siens, on
a subi un long exil, on a vu mouric ses
parents, ses amis sons les belles assassines
on dans des eachots infects, et on en est
au demeurant la cause! A quoi a servi
tout cela ? Toutes ces fatigues, tous ccas
deuils, toutes ces ruines ? < A oir, Ze'no-
ble, un2 pdifre enriichi Par le page de nzos
ricibres >, se loger dans le Palais do nos
r~ves. C'est La Bruybre qui parle, et il parle
bieno.
Le gndural Nord Alexis so loges done au
Palais National. 11 n'dtait pas un p~tre, loin
do 18. C'Btait un vieux, un hdroi'que soldat,
tout courbe sous 10 poids des ans, et de
qui personnel n'atte~ndait cette promptitude
de d~cision. 11 pr'it un titre provisoire. indi-









- 42 -


catif de sa ferme volonte d'6tre l'8lu de la
nation. C'est la coutume. On a procide, on
procede, on procedera ainsi dans le passe,
dans le present et dans I'avenir. L'Assem-
blee national, accoutumbe a comprendre
cet indicatif-lk, comprit encore une fois.
Elle le nomma avoc enthousiasme.
Quland j'arrivai g Port-au-Prince, on no-
vembre 1903, le general Nord Alexis occu-
pait le fauteuil presidentiel depuis plus d'un
an. Ses rivaux d'ambition Btaient disperses
sur la terre etrangbre, meditant a~ux moyens
de le renverser, de! redresser a leur profit
cette incomprehensible erreur du suffrage
universal qune, du rested ils proclamaiefnt
corrompu et vicid. Ils pensaient gdadralec
ment qune cela serait facile, la situation
financibre et politique Btant on ne peut plus
mauvalse.
Le Tresor 6tait g sec. Les journaux offi-
cieux, ainsi que les harangues officiolles,
repitaient a sati6td qlue ce'tait la faute du
gouvernement dechu qui avait dilapid4 les










finances publiques. Cela ne remplissait
malheureusement pas la caisse. En depit
de ces vehimentes apostrophes a la corrup-
tion et B la venalit4 du priddcesseur, le suc-
cosseur n'avait pas le son. On se trainait
dans de petits emprunts a la semaine, Sh et
18, de droite et de gauche, de porte en porte.
Evidemment cela no pouvait pas durer.
Vers la fin de decembre, un matin, on
vint me chercher de la part du President
de la R~publique g Turgeau, oh je residais
depuis mon arrive. Je me rendis immddia-
tement au Palais.
Le general Nord m'attendait dans la
grande salle du Conseil, assis pres d'une
des portes ouvrant sur le petit balcon de
c6(d.11lm'annonga en terms nets et form~els
qlu'il avait fait choix de moi pour etre son
ministry dos finances.
Comme cela, President, lui dis-je.
Tout de go, sans meme causer, sans savoir
si nous sommes d'accord...
Oui, me dit-il, j'ai fait choix de vous...









-- 44 -


Je venais do passer quelque temps on
Europe. Jo savais comment les crises minis
tirielles se nouent et. se dinouent. D)'un
autre catd, je n'avais nulle obligation au
g6ndral N'ord, car je ripete co qlue j'ai dit
ailleurs : jo n'ai pas contribud a donner dos
chefs militaires 6 mon pays. Des chefs mili-
taires arrives au pourvoir, et dont on pouvait
me croire l'adversaire, m'ont appeld g leur
c8td. Je les ai servis fidiblement et du mioux
que j'ai pu. Mais jamais je n'ai patround
aucun cheef militaire a la Prdsidence de la
Republique depuis qlue je me suis rend~u
compete qu'aucun chef militaire, a moins
qu'il ne supprime radicalement le systi~me
militaire, ce qui serait le fail dl'un homme
absolument superieur, ne peut faire le plus
14ger bien a mion pays.
Cependant, President, dis-jo au general
Nord, il faut causer un peu... Ainsi, com-
ment comptez-vous sortir de cette situation
financibre ?
Je ferai une mission de papier-










monnaie, m'affirma le President sans h~si-
tation.
Une Emission Ne pensez-vous pas
qlue le mal s'aggravera au lieu de s'attinuer,
surtout si cette Emission nest pas sagement
restreinto aux plus stricts besoins ?
Je vous ai appele justement pour
cela.
Eh bien! President, permettez-moi de
vous dire les deux conditions auxquelles
j'accepte d'entrer dans le Cabinet. Je vous
demand d'abord de ne pas faire d'6mission,
car je crois pouvoir trouver sur place mime
les fonds necessaires pour parer aux plus
urgentes n~cessites. Ensuite, je vous prie-
rais de -renouveler votre Conseil. Ce n'est
pas qlue les hommes honorables qui le com-
posent ne soient absolument ii la hauteur
de leur ttiche, mais je craindrais, Btant ddji
engages dans l'idee qlue I'mission est nices-
saire, do ne pas trouver en eux l'union de
pensee indispensable aux Economies qui
seront notre sauvegarde dans l'avenir.









- 46 -


Le President rifliciit un moment. Puis
di se leva :
Je ne dis ni oui, ni non. Je ne m'engage
pas. Allez faire vos demarches. Mlais t il
rit largement je vouls pr~dis qlue vous ne
trouverez pas un centime chez ces messieurs.
Ils ne vous donneront pas un cob, la Banq~ue
la premiere A moins qlue le Gouvernement
ne promette de ne pas faire le Procks de la
Consolidation... Pour cola, on me couperait
plut~t les deux poignets qlue de me faire
signer Ca !
11 ne s'agit pas de cela, President.
Croyez bien qlue je ne me permettrai jamais
de penser une telle chose. C'est purement
et simplement une operation financiere qlue
j'ai en vue pour 6viter au pays le papier-
monnate.
Allez done, dit le President, je vous
attendrai. Mais vous verrez si je n'ai pas
rai son.
Un de mes amis voulut bien convoquer,
pour une communication qlue j'aurais B leur









-- 47 -


faire, les principaux banquiers et capita-
liste~s de Port-au-Prince, en sa residence a
Turgeau.
C'etait vers les dix heures du matin, le
lendemain de mon entrevue avec le President
de la R~publique. Ils furent tous exacts, le
directeur de la Banque en t~te.]
J'exposai l'objet de la reunion. Je dis que
le chef de l'Etat m'ayant offert le portefeuille.
des Finances, j'avais pos6 comme condition
qu'il n'y aurait pas d'6mission de papier-
monnaie. Mais que, comme l'Etat avait de
pressants besoins d'argent, comme le g6nd-
ral Nord avait promise solennement de f~ter
l'Independance Nationale aux Gonai'ves, je
comptais sur cux pour m'aider; que c'etait
dans I'intdrit du commerce que j'agissais,
car une Emission strait funeste i tous les
points do vue. Bref, je d~is tout ce que je
crus propre B leur inspire conflance, g leur
faire comprendre qlue cette premiere opera-
tion financiBre serait un gage d'alliance,
I'olivier de la paix enltre eux et~le Gouver-









- 48 -


nement; que, pour ma part, je leur garan-
tissais que l'on marcherait la main dans la
main, les interessant a la fortune politique
de l'ordre actuel des choses, fortune intime-
ment lide a la leur... Jo leur parlai long-
temps, et ils continuaient B se taire.
A la fin, I'un d'eux dit :
Pensez-vous qu'il soit bien ncessaire,
dans l'6tat des finances du pays, de d~pen-
ser de P'argent pour aller aux Gonafves f~ter
le Centenaire ?
Comme ministry dos Finances, pout-
etre vous rdpondrai-je non. M~ais comme
Hai'tion, je vous repondrai oui sans hisita-
tion. Et vous devez comprendre co senti-
ment, car vous avez des patries, yous avez
chez vous des fates nationales qui yous sont
chbres... Cette objection que vous me faites,
je l'ai adressee aussi au gendral Nord, of il
m'a rdpondu : ct 11n'y aurait pas une gourde
dans la caisse publique, jo vendrais ma che-
mise pour avoir de I'argent. 11 n'y aurait
as de carbon pour faire marcher les









- 49 -


navires de I'tat, je m'e~mbarquerais dans
un cannot. El je serais a mon lit do mort que
je me ferals porter sur ln brancard Mais
j'irai, j'irai aux Gonai'ves le "2 janvier 1904
pour glorifier les anchtres! i Cependant
je vous deane l'assurance qlue la d~pense
sera tres restreinte. Je m'y engage. Et nous
pourrons la fixer di~s ce moment au grand
maximum de 60,000 a 80,000 gourdes pour
tout le pays.
La conversation ddvia, languit, impricise.
On 6tait mou, hesitant B me dire ce que
chacun pensait. Tout B coup un de ces mes-
sieurs s'Ccria :
Tout cela n'est pas sincere. 11 faut
parler not et clair. Jo suis comme mon
maitre Bismarck. Quand j'ai un ennemi, je
l'4crase sous mes talons. Le gouvernement
est mon ennemi, je l'4crase!i
Et en parlant ainsi, il martela do ses
talons le parq~uet on m-osai'que de la vd-
randa oh nous 8tions assis.
Les au tres p rurent croire qu'il d'ait all6





trop loin. Je protestai que le gouvernement
n'Qtait I'ennemi de personnel, qu'au con-
traire il ne demandait qu'g marcher avec
les banquiers, qlue ma presente demarche
en 6tait la preuve, qu'au surplus et j'en
parlai par experience il n'est jamais bon
de declarer la guerre g un gouvernement,
que le banquier m~me qui venait de s'expri-
mer avec tant de force avait de trop grands
interits dans le pays, qu'il 6tait un gros
porteur de la Dette Intirieure, que la Dette
Intirieure...
Oh quant g cela, interrompit-il, j'ai
les canons de mon pays pour faire respecter
les engagements pr'is.
M. Van Wjick, directeur de la Banque
National d'Hai'ti, intervint alors. 11 d~clara
que tout le mal venait du prochs de la Con-
solidation, qui n'etait qu'une persecution
indigne, dirigde contre la haute banquet en
general et contre l'4tablissement qu'il reprd-
sentait en particulirer. Si dlone le gouverne-
ment voulait prendre l'engagement formel,









-- 51 -


public, de se disister de ce procks, on met-
trait des fonds a sa disposition. M~ais autre-
ment c'8tait impossible.
Qu'en pensez-vous, Mlonsieur le Secre-
taire d'Etat ? me1 demanda-t-il.
Je pense que je no transmeltrai pas
une telle proposition au President de la
Rdpublique. Elle est dishonorante. Libre
a vous de la faire directement; mais, quant
A moi, ma mission prend fin et je vais en
privenir le general Nord Alexis. Prenez
garde ce pendant. Yous pourrez vous repentir
un jour de ne m'avoir pas gcoutd.
Je saluai ces messieurs et je me retirai.
Ne voulant pas retourner au Palais oh
ddji des clabauderies se faisaient autour de
mon nom, pendant trentA-six heures je
fus ministry in paf'tibus!i je priai Alexis
Jean-Joseph, le noveu du President, et alors
son secretaire particulier, de venir chez
moi. Je lui racontai co qui s'etait passe a
la reunion et comment j'avais c~ompl~tement
6chou6. Je le chargeai de remercier le Pr&~









-- 52 -


sident de la R~publique et de lui exprimer
le regret que j'avais de ne pouvoir accepter
dans ces conditions le poste de ministry des
Finances.
Et que comptez-vous faire? lui dieman-
dai-j e,
Du papier-monnaie, me rdpondit Alexis
Jean-Joseph.
C'est ainsi que vers la fin de ddcombre
1903 je ne fuis pas ministry des Finances.
La Banque Nationale d'Hai'ti offr~it le len-
domain au gouvernement de se mettre a la
tete d'un emprunt sur place de 500,000
gourdes, g la condition que l'lital mettrait
en liberty les ddlinquants et renoncerait
formellement au procihs de la Consolida-
tion .
Le g~ndral INord Ale s refuse de sous-
crire B des conditions & dont f'acceptationi
serait la plus flagrant injure a nos lois
et B nos institutions a .
Il n'y avait pas d'autre rdponse B faire.
On trouvera cette correspondance dans le









-- 53 -

M~oniteurI de l'dpoque. Si d'un eith elle
honore le gouvernement, de l'autre elle est
digne, on en conviondra, de Ed~tablissement
qui n'eut jamais souci ni de notre grandeur
morale, ni de notre bien-6tre materiel.


















Je n'ai pas l'intention de faire l'historique
du gouvernement du gc~ndral Nord Alexis.
Je ne veux, jo crois l'avoir ddja dit, m'atta-
cher dans cet ouvrage q~u'aux trois ans et
quelques miois durant lesquels j'ai te~nu le
portefeuille de ministry des finances.
Voici un document qui 6tablira, sans
contest, quelle etait la deplorable situation
financiAre que 10 general Nord trouval B son
avanement au pouvoir :

BANQUET~ NATIONAL DTIAI'PI

Por~t-au1-Prince, le 18 mars 1890.
Monl cher Pr6sidlent,
Je ne puis pas avoir une meilleuire occasion
que celle du ddpart du ministre dcs finances
Lafontant pours vous envoyer mon affectueux
souvenir et vous exprimecr mes souihaits pour










-- 5Ci -


votre sant6 et -l'heureux resultat qlue vous at-
tendez de ceite p6nible tournbe entreprise dans
le Sud et pour laquelle le gouvernement a dt1
s'imposer le sacrifice qlue vous connaissez.
Je vous su~is pas it pas dlans votre tournie,
President, et je fais des voeux pour qlue ces in-
ti~ressanies populations du Sud comnprennentt
les granides n~cessitbs~ du moment :Paix,
IUnion, Travail, HoInnnletctd.
Je ne doute pas qlue les bons conseils qlue
vous leur doninerez ne solent miis en pratique.
HdWlas nous en avons bien besoin, car nous
somnues sur le point de sombrer.
Depuis votre d6part, Pr6sident, je nie cesse
de rdflt~chir sur les rembdes B apporter It la
situation tri~s critique du~ pays, et. de quelque
cite qlue je me tourne, je vois imminent 1'effon-
drement complete d'Halti, si nous ne nous arre-
lonls pas sur la mauvaise pente oh nous
sommes engages.
Le momnent est critique et il n'y a pas un
instant II perdre pour 6viler une catastrophe.
Je vous supplies, mon cher P~rdsident, pour
vous, pour le pays, de priter toute votre atten-
lion au project financier qlue j'ai remis au minis-
Ire des finances. Ne voyez pas en moi seule-
rnont le directeur de la Banilue, qui a poui'
devoir de vou~s signaler les dangers qlue fait
courir au pays une situation flnancibre des










- 56 -


plus compliquies, mais voyez aussi l'am~i
ddvouB qlue j'ai toujours did~ pour le g6ndral
Sam. C~ette amitiid n'a pu qlue s'augmenter
depuis qlue vous i~tes Presidenlt, car celui qui
est- i la t2ite du pouvoir mdr~ite encore plus
d'am~iid et de symipathiec de la p~art de ses amis
qui connaissent bien les diflieultis et les prSdoc-
cupationis que donne unie parcille charge. Vous
m'av-ez dolnnd trop de gages die conflance et
dl'amiti6 pour qlue je nie me permette pas,
aujourd'hui, de m'ouvrir entiibrement it vous et
de vous signaler le danger qlui nous menace.
De grace, pPrsident, qlue lIe Gouv-ernement
fasse un relour sur lui-mi~me, qu'il comprenne
enfin qlue la ruine est it notre pore, et qlue,
soucieux de I'avenir, it apporte tout do suite
Un remi~de B la situation, en arri~tant les dB-
penses exagerees, oni supprimant les emplois
inutiles et en faisant. des dconomies sur le ser-
vice de la solde et de la nation; enfin, qu'il
Bquilibre son budget. I I l peul., et il doit le
faire !
C'est de vous, chter Prtlsident, qlue tout 10
monde attend la rciforme. IL'affection, la v6nd-
ration et le respect qu'a pour vous tout le peu-
ple haY~ltienr et ~la onlance~ qu'inspirel h l'4tran-
ger la connaissanice de ces sentiments, tout a
fait en hiarmonie avec ceux qlue professedt
pour vous vos amis 6trangers 14sidant dans to










- 57 -


p~ays, yous donnent l'autoritO suffisante pour
imposer voire volont6 et faire rompre avec les
mauvaises tendances qlui, dans les dernic'res
annntes, ont porld cit d~penser plus qlue les res-
sources du pays ne pouvalent le permneltre.
Nous avons tous les y-eux fixds sur vous, et
vous sulpplions de sauver vontre Patrie.
N\ous \ous offrons les moyens, profilez-en,
P'ri~ident. Les Chambres vont se reunir et. elles
pcuv`ent travailler sur notre project.
11 n'y a pas un instrant 3 perdre, commie je
vous11 le disais plus hanut, il faut qlue le gouver-
InemnP ouvre l'exeroice prochaini avec une
admlinistr~ation1 toute aulre, car ch~aque jour
p'erdu creuse la fosse danis laqluelle nous de-
vons dispanrailre. A~ plusieurs reprises, je vouis
ai enitretenu du project qui va vous i01re soumnis
et. vous sembliez redouter le mi~contentement
g'cntdral qlue souliv\erait la remise des douanes
it des C6trangers. Mlais la Hanqulre peut-elle 8tre
conlsiddree commeu Sdirangb~ro! je ne le crois
pas, Prt~sident, le edle qul'elle remplit. en H~aiti,
decpuis dix-nouf anls, lui donine le droit do pen-
ser qu'elle a rendul~ didjh des services signaltls
au pays et qu~'elle inspire assez die conflunce
pour qlue le gouvernemntcn lui coinfi le serv-ice
do ses douanecs, surlout lorsqlue de celto remiise
Ge! service dol iL ahre le reli~vemient de toute ila
n~ation.





Je suis convaincu, President, qu'en lisant
attentivement le project que nous soumettons
au1 gouvernement, yous vous rendlrez compile
des avantages immense qui en dl~coulent, et
que, soucieux comme vous l'Ptes de voir ce
pauvre pays se reliever et marcher dans la voie
du progrcis, yous n'h~siterez p~as ii I'adopter, h
le faire adopter par le gouvernement, tout en-
tier, et a le prisenter aux C:hamlbres dis leur
ouverture, car le temps p~resse et il fant pren-
dre toutes ses measures pour pouvoir l'appli-
qluer dBs le for octobre prochain, et faire renai-
tre, eni attendlant la conflannce disparue.
Veuillez m'excuser, Prdsident, de vous par-
ler avec autant de franchiise ; mnais, si je le fais,
c'est, croyez-le bien, par affeelion p~our vous et
par amitid et intiret pour ce chier pays dont
la bonne et loyale hospitalilb nous permet de
travailler honorablement, touit en lui appor-
tant notre concours pour sa prosptirite et le
desir que j'ai de voir votre p~assage A la pre-
mieire miagistrature de l'Eltat miarqud d'tin sou-
venir ineffagable.
En vous p~riantl, mon cher Prisident, do you-
loir bien faire agrier &1 MLo Saiin ines hom-
mages les plus respectueux, je vous renou-
velle 1'expression de ma plus vive, sincere et
respectueuse alffction.
J. Dip IA\MYas.









- 59 -


On comprend qlue cette lettre, que le
general N~ord Alexis trouva en arrivant a la
Prisidence, exalta son sentiment patriotique
et le mit on grande ddliance contre la Ban-
qlue d'Haiti. Donner en garantie les douanes
de la R~publique !. ... M~ais pour lui
c'6tait vendre son pays, ni plus, ni moins,
Aussi, suffisait.-il de la plus leigbre coi~nci-
dence, d'un pr~opos rapport, d'une fr~cquen-
tation un pen intime avoc certain etran-
grers, pour qune dans son esprit, je l'ai dPja
dit, on devint suspect d'annexionisme.
Jo no suis pas bien siir que si j'avais
rdussi dans mes demarches, en vue de con-
tracter un emprunt sur place pour 6viter
une emission do pa7pier-monnaie, il no m'catt
ddelard qune, toute rdflexion faiite, il refusait.
Du1 rest, je sentis bion, h ce moment, qlue
dans los coulisses du Palais on avait com-
monced int~riguer contre moi, lui pr~sentant
mon entrevue avoc los banquiers et les
capitalistes de la place comme ddjkun
capitulation. ~Cux qlui avaient intir~t a










- 60 -


I'4mission prodigieuse qu'on prd8parait
surencherissaient a qui mieux mieux sur
son dada favori : l'emprunt sur soi!i
Or, pour mauvaise que fail la situation,
il n'dlait pas besoin dans (a session de
1904 de faire bondic la circulation du

paper do 3,000,000 environ 9 13,000,000
passes pour n'avoir en ca isse de cet te so mme ,
moins d'un an apri~s, lce 5 avril 1905, on
depit a la commission 14gislative du contri~le
de l'em~ission, qlue 966,477 gourdes!! (1)
Ce fut la la faute! capital, ct on se de-
mande comment le Corps 16gislatif a pu
s'y priter. Car ohl est-il le budget des dd-

(1) La selle parole prophi~tiq~ue qui fu~t prononnce, li
1'adresse du ministre dies F~inances, lors de cette extrava-
ganlte mission dont Chamnbres It Exi~cutif furedl coupalbles,
est colle-ci :
a Nous espc~rons qule cut! argenlt, dont( vous allez: avoir la
disposition, servira g soulalger le sort et la mnisibre du people,
qu~'il no scra pa~s employ6 aul hIlfiSce des agiotur~l1s, decs
traiq~uanlts sur les effets publics. Nous espi~rons qu e el
argent vous en disposlerez, non pours faciliter l ou eclct les
affairs des spdculateurs onI fauilles, mais qlue' vous l'em-
ploierez de p~r~firence, au b~onhocur docs vrais serviteurls deo la
Patrie et au soulagemenlt de tous ceux quli t~rava~illenlt et
soutrrent, suentect saignenlt pour faire vivre la R~ipublique. a
(Discours de M. N. Benloit sur l'idmlssion. Chamlbre dies
dbpute~s, sidance du vendredli 1!) fidrier 1904/.)









- 6i -


penses qlui a absorb8 cette difference for-
midable ?
Le 4k janvier 1905t part dans le Nou2-
celliste cot article sous ma signature :

QUESTION SOCIAL


Le papier-monnaie et la Banque (P'lidti




Les Pchons de la C~our d'assises achlavent de
mlourir. Le proeb's de la Consolidatiion est, on
peut. le lire, clos. Ce n'est pas trop tojt. Durant
des mnois et des mnois, I'Affairee a absorb toutes
les forces du pays, Ics a hypnotisdes. C'6tait,
commie lagui~re dlans un grand pays, la
troud~e dies Vosges, paralysant les initiatives,
annulantl los disculssions, Ics volonids dans co
qu'clies out pouirianl do majour : I'inidrit g~nd-
ral, I'inl~r~t. du lpain quot~idien.
AZujou.rd'hu~i, tout est consomm6~. L'obsession
a disparu~ :I la ie, semble-t-il, pout renailre. E~t
auissi, el surlout, nous pouvons exraminor une
siluationl doonomiquel qu~i, nbe de la tdmdritc!
die la B~anqcue N~ationale posantl a des conditions
douit l'acceptationi seranit la ddndgation de sout












ce qui a did entr~epr.is pour ram~ener l'odre
dans l'adm7in~istrantion et la plus flagrannte injur~e
n nos lois et ii nos institutions ,,, ne reste pas
moins grosse des plus effroyables consdquen-
ces pour l'avenir.
It resort done du language officiel dont nous
v-enons de donner ce court extrait, qlue, quoi-
qlue Btant la cause de nos mnaux, la Banque non
seulement n'a pas voulu nous aider B les rdpa-
rer, mais encore a esSay6 de profiter de nos
embarras pour nous obliger A lui signer une
amnistie g'~ndrale et force. Nous avons rdsist6.
Nous avions viaincu. Au prix de quels sacrifl-
ces ? De 10 nouv~eaux millions de papier-mon-
naie et de la ruine g~ndrale.
Or, it est absolument n~cessaire de savoir si,
passant par-dessu~s la t~te des condamn~s, 10
procks qui vient de se juger ne doit pas avoir
sa rdelle portie, si, ndgligeant teller ou telles
considerations qlui ne sont l'effet que de notro
decomposition, il ne doit pas Btre le pivob d'uno
amilioration 6conomiqlue sensible, laqluello
sera le prix de la victoire. S'it n'en dianit pas
ainsi, il faudrait craindre que, devant la pos-
16rite, toute cet~te agitation reste sans sigdnifica-
tion, reste une chose v;ide, ne ~rimant B rien.
Au lieu de nous. meriter la louang~e, ell~e ris-
querait de nous attirer a~n haussement d'dpau-
les.










- 68 -


C~e ne serait pas, au surplus, la prerniere fois,
dans notre histoire, qu'on pourrait se dernan-
der : A quoi bon ?


Quelle qlue soit I'opinion qlue l'on ait du pa-
triotisme de la d6funte Idgislature, que l'on
pense qu'elle ait trop song au~ gouv-ernement
et pas assez au pays: on ne peut, toutefois,
oublier qlue 1'61Bment delerminatif du vote de
l'gmission a 6td, pour elle, I'imperieuse neces-
sild de nie pas fl~chir devant les exigences de
la Banque et d'aider le gouvernement A faire
quand mi&me le procihs de la Consolidation.
T'ous les actes, tous les discours officiels attes-
tent qlue telle a 6id sa pensc'e. D)'ott il suit qye,
do ce proces, devait .sortir indubitablement,
selon e/le, qiuelque chose de nouv-eau, soit qu'il
y edt rupture du contract, soit qlu'il ; e~tt ame-
lioration, appropriation de sesi clauses auxi in-
t6rits du pays. E~lle nouis a done inflig-6 ce mal
dans une intention nettemnent d61ib~rde. A
tout prendre, I'excuse est valable de r0sister c&
qui disazit : (( Sig~ne ou rneurs i ,
c;'etait uni sacrifie par nature, les sacrifi-
cos sont avieugles impose par la rigueur des
temnps et par l'il~lntrasigeance die la Banque. II
ast fo~t~ probable qlue nou~s n'aurions pas eu 13
miillions de circulation si la B3anque av'ait voulu





convenir qlue nous av-ions le droit de nous
plaindre...
C'est ce droit qu'on nous contestait qui wous
a fait perdre la tote. N~rous n'av-ions b~esoin, en
some, qlue de 1530 h 180,000 gourdes environ
mensuellement pour Bquilibrer normalement
notre budget. L'intrannsigeance de la Banqlue
nous a fait oublier toute measure. Nous nous
somimes donned beaucoup de paper pour av-oir
peu d'argent.
Il est hiors de doute qlue personnel ne pourrait
ne pas prevoir qlue l'emission de l'annnde der-
niibre, malged notre prodigieuse recolte de card
qlui a did, dit-on, de 120 millions de livr~es,
n'aurail en ses consequences fatales : A savoir,
une mishre affreuse, un chiang~e meurtrier, un
avilissement de la richesse immobilibre 6qui-
vanlant h sa presque compli~te disparition. Ja-
mais, a aucune pdriode de l'histoire national,
pas mime aux rudes temps de Salnave oil la
guerre civil campait en souveraine dans les
v-illes et dans les campagfnes, nous n'avons
connu ddtresse semblable. En effel, h celle Bpo-
que-l1', on pourait dire : A~lorLe la h~ete,
mort le v-enin E~t de fail, c'est ce qui est
arri\B. Aussitit la paix retablie, la richesse
est revenue. L'esperance Btait entire. Tel n'est
pas le cas aujourd'hui. 'est en pleine paix que
nous souffrons avec une intensity qui nous em-









- 6Ei -


ptche de nous retourner sur notre lit d'agonie.
N\otre souffrance est cataleptique. Seuls, ceux
qui ont des revenues en or sur l'Elat, qui pos-
si'dent des consolid~s ou qui participerent aux
emprunts publish, peuvent viv-re. Ils ne sont
que la minority. Le reste, e'est-8-dire la nation,
en est prdsentement. A computer aux repas ses
graines-bananzes, car chacun a peur de ne pas
avoir la sienne. Il n'y a pasl A parler de pain, il
est inabordable de chert8 et de a( squelettisme ,,.
EL, avant longlemps, si nous allons de ce train,
on arrivera aussi, dans le plat de famille, et
afin de les partager dq~uitablement, h computer
les grains de riz quotidien.
Hi-ltons-nous de d~clarer qlue, pour affreuse
qune soit notre d~tresse, il pourrait nous arriver
pis encore si la paix publique 4tait troubl~e.
Ddfendons-la avec sinc~rit6 Et8, puisque nous
avons fait tant et de si chers sacrifices pour
l'av-oir, rendons-la indestructible et forte, en la
faisant reposer sur une rdforme Bconomique
indispensable. Rdflichissons qu'en ce moment.,
au point de vue de nos emnbarras financiers,
nous ne sommes pas plus avaneds qlue l'annde
dernibre, quand nos Chambres d~creterent
I'6mission. Et il y a moins d'un an Faut-il per-
severer dans cette voie brutale, sans phrase,
sans effort cerebral 7
Non. Affirmons qlue c'6tait un sacrifice n~ces-










- 66 -


saire 9 la. justice, g la cause sacrbe, immanente
du droit que nous ddlendions contre la B~nque
coupable, soit. Demain, dans I'histoire, ce sera
l'excuse. La main sur ses coffres, la Banque
avait I'air de nous imposer la hlonte ou la faim.
Le people haltien a choisi la faim. Il est just
qu'il tire de-la victoire, pour laquelle il a tant
souffert, qu~elque avantag~e.
Que nos g~ouvernant~s soient done persuaded
que l'excuse dont on parlait tout g l'heure ne
sera admise g la discussion de la post~rit6 que
s'ils peuvent montrer ce qu'ils ont tent, soit
avec la Banque, soit en dehors d'elle, pour une
amelioration devenue ineluctable.

III
Le retrait du service de la trbsorerie des
mains de la Banque ne serait pas pour effrayer
un esprit sage et ponddrd. Qu'on ne nous pare
pas des trdsoriers g6ndraux et particuliers I Il
n'y a d'aucune fagon g y retourner. Mais ce
qu'on pourrait fort bien, et fort utilement faire,
ce serait de order ici mime une SocietB de Cat-
Drr HA1TIEN qui fonctionnerait, comme l'autre, h
la capital et dans les provinces. La direction
en pourrait 8tre confide a cing ndgociants ou
banquiers : deux strangers et trois Haltiens. La
commission accordde h la Banque Nationale
pour ce service sufflrait non sculement a cou-










- 67 -


vrir tous les trais dans les agencies et B Port-au-
Prince, mais encore assurerait a l'Etat un large
boni g chaqlue 11n d'exercice. Les measures que
nous indiquerons plus has seraient, sans incon-
venient aucun, appliqudes par ce nouvel ins-
trument de credit. II n'inspirerait pas moins de
conflance, it en inspirerait davantage que son
devancier, si son Conseil de direction est bien
choisi, et il le serait, car l'influence de I'Etat
dans son 61ection de\-rait etre nulle.
On pourrait deoider qu'il soit consulted cha-
que annee, lors de la preparation du budget
general de I'Etat, et q~ue see avis, s'ils ne sont
pas ecoutds, soient soumis aux Chambres qui
auraient ainsi un guide dans, leurs votes et ne
pourraient arguer de lear ignorance. On ne
peut accorder semblable privilPhge g la Banque
Nuationale d'Hal'ti : on est. trop habit~u6 g la con-
sidbrer comme BtrangBre. On le pourrait cer-
tainement A ce nouveau rouage, qui tiendrait &
& Otre plus national. Ne pensez-vous pas qu'il y
aurait urgence a cette dernibre measure 1 Cha-
que jour, avouons-le, se perd I'espoir de ren-
contrer u~n ministry des finances assez intelli-
gent pour comprendre que resister aux d6pen-
ses, o'est faciliter la mlarchle des affaires publi-
qlues, o'est prouver son d~vouem~ent au chef de
l'El.at, c'est sauver le pays d'une catastrophe
irr~nmddiable,










- 68 -


Cependant, ce r8\ve de la creation d'un nouvel
instrument de credit n'est pas, il semble, rdali-
sable. Il est fort improbable qu'il prenne un
corps solide, qu'il se manifeste en dehors des
besoins de la pol~mique et des tentatives com-
minaloires pour oblenir accidentollement de la
Banque d'Haiti de maigres el decevants subsi-
des. II faut computer avec la paresse, la pusilla-
nimite des esprit, leur imprdparation malgrd
l'evenemeent, I'Bvidence des faits, malgre le
temps qui no nous a pas manqu6 pour pr~pa-
rer une solution rationnelle. rCo ne sont pas pre-
cisement les ndeessites de la situation ; c'est
surtout notre capacity 11nanciibre qui est ici
l'obstacle. La prCvoyance n'est pas une v-ertu
haltienne. Tout s'arrange, disons-nous. En
effet, depuis cent ansi on a vu comment tout
s'est arrangC.
Laissonis done 1;1 ce qui serait vraisemblable-
ment une utopie. Voyons ce qlue l'on pourrait
exiger de la Banque, en vue, B la 11n, du bien
de la communaute. N'oublions pas tout ce qlue
ce proces nous a codid, tout ce qu'it nous a
valu. Tr~chons, au moins, dans un but sain,
loyal, profitable a tout le monde, d'en tirer
qluelque advantage.
IV

Il est g supposed et c'est dans cette hypo-










- 69 -


thbse qlue l'on raisonne en ce moment qu'au-
cun Haitien ne professe une opinion oppose A
celle-ci : que le papier-monnaie est la cause de
notre detresse actuelle, et qlu'un change de 500,
de 600, die 1,000 peut-i8tre un jour, avrec des sou-
bresauts, des volliges 8 disaryonner le meil-
leur cavalier, n'est pas un signe de prospirit6
national.
On peut miime ajouter, sans exagreration, qlue
c'est un signe de maladie grav-e. Aucune illu-
sion n'est possible : si, en pleine paix, aprbs
une r~colte de cafe inesperde, prodigieuse, avec
un gouvernement fort non pas absolument
de ses forces militaires, mais de la conscience
p~ubliqlue, qui so dit qu'en dehors de lui cela
pourrait bien c0tre l'anarchie supreme aprbs
un procchs qui devait cStre une inestimable plate-
forme de conflance, nous souffrons d'une telle
perturbation economique, c'est qlue l'e16menlt
financier auguel nous avons eu recours, est
d8testable. Il est archimaurais. Et ce serait
nous dicerner un diplbme de haute stupidity
qlue d'ergoter Id-dessus.. Nous n'av~ons pas la
pr8tention d'aller h l'encontre de l'expdrience
des siicles et de notre propre experience.
Il n'y a pas i4 crier, qluand il s'agit de deter-
miner les gambades du papier-monnaie, a l'im-
possibilite. Tout est possible avec lui. On nie
peut done vraiment pas exiger qlue nous ayons










- 70 -


pour ce n~vros4 qui est en meme temps un
Saturne fdroce~ la foi ardente qui animait
I'annde passee deux honorables organs de
l'Excutif quand, pour emporter le vote de
l'bmission de\-ant les Chambres, ils procla
maient avec enthousiasme que le chalg~e ree-
terait fixe, qlu'il ne subitait aucune d~preoia-
tion... Quelgue temps, I'illusion v~olontaire a pu
se soutenir... Puis, on a parld de le fixer par
quels clous ? T g 200, B 300, g 400, enfin 8...
Oil sont les neig~es d'ant~an ?
Aujourd'hui, il s'agit, comme un peuple intel-
ligent que nous pouvons Btre, et qui ne se paie
plus de mols, de chercher les moyens de nous
tirer de cotte venture. El tout, puisque cela
sttinble cadr'er av~ec notre caractara, nous or-
donne d'obliger la Banqlue Nat~ionale d'Idi'ti &
nous y aider. Et~ablie pour ramener l'ordre dans
nos finances, elle y a, B deux reprises, grave-
ment manqu8, II ne faut pas qu'elle s'en tire,
cette fois-ci, E aussi bon compile que la pre.
mikre, Depuis cette 6poque, alle n'avait pas
donned prise sur eUe. Elle se contentait tran
quillement d'exploiter le contrat que, na~ve
ment, comme des enfants. que nous fi~mes,
nous lui avons void. 11ivee au roc de l'6golsme
professionnel, aucune attaque no pouvait I'en
6branler.
Si on invoquait I'esprit de la convention qui










- 71 -


Btait silrement en notre laveur, car if est d
supposed qu'en signant avec ell~e, nous avions
voulu vivre et. non mourir, elle r~piquait
par la lettre qui ne lui comimandait rien de
semblable. C'Btait human, plut~jt inhumain,
mais nous avions, tort, de n'avoir pas mieux
stipuld. Rtien done & lui dire durant tout ce
temps, rien qlue des reproches platoniques glis-
sant sur la cuirasse de son indifference.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Nous avonis
prise sur elle. Je no parle pas, de ses responsa-
bilit~s p~cuniaires. Alais on peut envisager une
autre responsabilit68 beaucoup plus haute : sa
responsab~ilit0 morale. Et, au norn de ce~lle-ci,-
on peu.t lui dire : a( II faut vous demettre ou
vous soumet~tre, dans l'inthr~tt du payrs. n
Soyet str qu'elle no se d~meltra pas.


Nous avons, ou &t peu pribs, u~ne circulation
actuelle de 12 millions de papier-monnaie. Au
change de 500O, cela donne $ 2 millions or. Au
change de 1,100, cela ne fait qlue $ 1 million or.
II semble qu~e $ 1,500,0003 or seraient suffi-
samment r~aisonnable pour racheter ce papier-
monnaie.
Je suppose mdnme qu'il ne serait pas difficile
- et ce serait la fin de la Banque d'Ha'iti de
les troliver aux Etats-Unis. Abrit6 derriere les










- 72 -


mlessages de" son pr6side~nle1 peuple ambricai n
est peut-etre le people le miieux plac6' pour
nous priter de l'argent, av~ec ou mSime sans ga-
rant~ies.
M~ais... Je n'ai pas besoin de m'6~tendlre da-
vait~age 18-dessus. P~ersonne ne peut nous faire
le reproche de nous. montlrer tri~s circonspects
en cette matiBre. Et. on peut penser, sans i0tre
tax4 d'irriv-erence env-ers eux, qlue nos hiommnes
d'Elat, qui peuv-ent i8tre trcbs forts, auront tou-
jours grand int~rit cependant, h 61uder cotte
eventualite, de crainte, sans y prendro garden,
de signer pour nous quelque contract pire en-
core qlue celui de la Banque d'H~alli. Car nious
n1'avons1, en some, aucune raison de dev:ancer
la fatality historiqlue, b moins qlue ec ne soit
dans le but certain d'assurer notre bonhour.
Done, si nous n'en sommes pas actuellciemen
trcis convaincus, il vaut mieux con~tinuer danis
notre anicienne routine.
11 me parall improbable qlue la H~anlue N'atio-
nale dl'H-alti, institution frane~aise, nie fasso pas
un patriotique effort, pressde par l'aiguilton de
notre volonle, pour idlen~dre 1'inlu~ence do sa
race. De ce colde, i l aut qu'elle soit persuade
qlue nous serons avec elle, nos origins, notre
langue, notre mlentalilB ne pouvant qlue nous
obliger 8 nous~ rdsigner, sans pu,1 & chercher
aide ailleurs qu'en~ iirance.









73 -

II faut done qlue la B~anque, pour asseoir no-
tre assiettle 6conomique sur des bases s8rieuses,
retlire notre pap~ier-mon naie. Elle le feral dans
les conditions suivanles
lo E;lle dmottra porv le retrain desl2 millions
do grourdles, 1,500.C000 billets-dollars, g'arantis
par les impi~ts crdds par la loi du 11 aoiit 1903,
par l'ensemble des revenues de la Hepublique et
par elle-m~me. Ces billets-dollars auront course
Idg~al ;
?o De cette mission. 300,0001 billets-dollars
seront en coupures do 23~ et de 501 centlimes ;
:So .L partir de cotte imisision, touls les droits
doe douano gdndralemcnt, qulelconques, impor-
ltion et'exportation, seront payrables en or ou
en billets-dollars ;
do Il sera copendant facultatif, 1t certaihes
cOpoqlues, aui ministre dies finances, die rdelamer
10 miontant inidgral dies droitls d'importation
exsclu sivem ent on~ billetls-dol lars.
Panr contlre, i li no li sera jamais permis de
tlemander qlue les droits d'exportation soient,
acqiuillis danns ulne mollnioni plutt il ue dans
FI`;11. Lo dlroil. ruclera abso~(lu, pour I'exporla-
leur, do p~ayeri commle il \eut ;
Be Locs inllari~ls t I'amnorlissoment. de la detto
pubhliluce seronl panyds oni or ou en billets-dol-
lu1rs. ExScep)ilio est faite, cependant, pour 1'lkt-










- 74 -


tirieure, dont le service continuera &L se faire.
en francs. Tout commne le credit de l'aff'ectation
est debite de la conversion et de la ndgoeiation
des espaces ou effects, ainsi, s'il yra quelyue diff-
firencee de change, la perle sera iiI claiarge de
l'Elat ;
6o Disormiais sera supprimdie la taxo spdciale
sulr caf6-triag~e, tous les cafes exp~orlds devannt
payer les mimes droits. Car il n'est pas, con-
forme A une bonne` administration de laisser
dans l'impit une classification louchie, p~ermel-
tant g l'EStat, par tolerance intdress~e ou par
incurie, do frustrer ses creanciers de l'affeela-
tion qui leur est ddv~olue. Insensiblemecnt, et
avec la gine croissante, u~ne admrinistr~atio n pou
scrupuleuse arriverait & leur enlever ladite
affectation en totalitB.
Il faut done supprimier cette classification dd~-
loyale.
Bien que cela n'ait aucuni rapport avec 10
sujet qu'on traite ici, mais comme il s'agit du
relbvement, 6conomique g;Bndral dlu pays, onl
pourrait, dans. ce momiie ordlre d'idees, qui'il
faut de la loyavic en affaires, recommani-
der le retrait radical de la diplorab~le loi sur la
liquidation judiciaire. E~lle est un 116au pour
notre credit. Elle a Lous les droils de figurer, 6
l'8gal du papier-mlonnaio, dans la nomiencla-
ture des~ morticoles nationaux ;












To La Banqlue Nationale d'H-anti aura droit B
un intdritl sur les billets enL circulationr, inttirit
qui scra calculd apres les balances restantes a
chaque retrait partiel.


oni objctlera peut-i0tro qu'on nie trouve pas en
tout coci une resource nouvelle, precise, ord60o
en far~eur de l'E'tat, co a qluoi, d'ordinaire, se
recommuandent les bons plans. On pourrait rC?-
pondrle q~u'on n'en~liv\e rien au Trisor de ses res-
sources act~ualles, qlu'au conltraire, dans la sta-
bilit6 6eolonomiqlu ass-urde, il trouvera le mnoyen
doe vivre, de se con-solidler une existence paisi-
b~le, sanls souci, une existence de renlier qui
palp~e et consomime ses, revenues. C:'est pricis6-
muent cotte v-ie qu'il lui serait souhailable d'em-
brasser, 4t condition qu'il voultit bien. M~ais.
sans entrer dans le fond, de la question,, ce
sera l'objet dl'un anulre article disons. que le
buldgel dles rdl~p~nses n'4tannt ,,lus enl gourdes
dliprircides, dev\ra itlre 1.ogiqunement r~amend,
pour los services de loutes sortes, aux propor-
tio~ns dl'une~ mno nate de bon aloi. Et que, peu
apri~s le ret~rail desl 12 miillions, I'Etal devra
procidelr ;A l'unification et A la conversion, B
l'Btrangfer', de toutle sa dello interieure. L'opdra-
lioni bioni condluite, et 6tant donud~s les taux
divers d'inldr00~s et kcs part~icularit~s des cr~an-










- 7T6 -


ces, nl'absorbera pas la totalit6 dte 1.i0 2/3 or decs
droits restant sur le caf6 et actuellement. affec-
tes aux consolidds.; il. en rechappera quelquess
centim~es si nous nie nous laissons pas piger
comme en 1806j.
Le cacao et le campi~che deviendlront libres.
Peut-itre aussi scra disponible un certain bonii
sur le cafe. L'Etat dev`ra s'en contenter, et c'est
dejh assez beau. Toutes nos dettes, gi~ndrale-
nient quelconqlues, int~rieure et exti~rieure,
seront done gagdes sur la 1.axe uinique des trois
dollars.
Reprenons notre sujet, car, on le r~pc'te, on
rev-iendra plus implement sur cotto toile die
P~nSdlope die la Consolidation el. de l'Unilleation
que nous tissons et d6tissons sanls c~esse...
S'il diait denmontre qu'on ne penit s'entendlre
avec la Banque N~ationale d'Ilatti sur ces bases,
ou sur d'autres, mnais avant toutes p-our objec-
tif le retrait du papier-monnaie, q~u'on fondec,
en lui retirant d~finitiremlent. et com~plhtementc
le service de la tresorerie : le Crddit flaidein. Jo
suiis pcrsuadd que le hc.I~ndf~c loo i, les fra~is sol-
dis, reslerait des commiiissio ns actrellementi
payees a la Banque, consltit~uerail chaquie annndo
un bel~ appoint 3 l'amortissomeint dcs billels-
dollars. Il n'est pas ddlendu~ non p~lus de cons-
tituer au nouvecl Ptab~lissemecnt, qulgll ues avani-
tages particuliers et de l'obliger en moime temps










-- 77 -


8 faire un apport sirieux en titres de 1'Etat.
Quelle entrde en matibres, quel debut dans le
march6e serail, par exemple, de lui confer la
conversion de la delle inldrieure & l'itranger!
Dans l'une ou dans l'autre hypothi~se, en-
tenle on rupture, il faut d~barrasser le pays des
12 mnillions de papier-monnaie.
Unei erreulr comnmunee et. dans laquelle tom-
bent. assez souvent nos gouv-ernants, consiste d
croie qlue les banqiuiers sont l adversaire du
papier-mon naie. Je n'irai pas jusqu'h dire qlue,
s'il n'existait. pas, il l'eussent invent6 ; m~ais. on
est ob~lig4d de conistater qu'ils s'en accommodent
assez b~ien, qu~e c'est grikce A Jui qu'ils vivent,
que e'est lui qlui est la matiibre principal de
lours sp~tulations, q~u'il multiple leurs affai-
res: parfois dans la ruine, parfois dans le deuil,
mais, ennlin, qu'il les multiple. EUt s'il n'yT av-ait
pas die pazpier-monnaie! ii n'yi aurait plus sur
nolve place, cette activity malsaine qui fait par-
tie de I'existence meme du spiculateur et de ses
coassoci~s, les courtiers et agents de change...
Tout le monde spi'cule, riches ou pauvres, et
mloins on1 a dl'argent, plus on estt audacieux.
I;'est log~ique.
Cependant, sous cette cat8gorie, et bien
ap-lati, se a~bat, le commerce rcdgulier, haltien
et Stranger. II faut songer h L~ui. II faut songer
au paysan, de qui on achete les denrdes on










- 78 -


monnaie d~pricide, lesquelles sont vendues au
dehors, en bonnes espc'ces.. C'est une duperie.
II est de notre dev-oir de la faire cesser. 11 faut
considerer aussi qlue, quand, dans notre pays,
le change hausse fantast~iquelement on s'arrc'te
peul aux causes 4conomiques. On croit tout do
suite h autre chose. C:'est un complot, dit-on,
une conspiration contre l'ordre public. La sa-
gesse ordonne done de supprime~r on de disci-
p~liner le plus possible, quand on ne pedt faire
autrement, cet~ obstacle g la paix, g l'harmonie
des esprit~s.
E~n Espagne, pour ne prendre qlue ce pays,
il y a aussi un probleme du change. Q2uand un
lispa.gnol vent envoyer a l'dtranger 100r francs,
ii laut qu'il donne 136 pesetas, & l'heure, bien
entendu, oh j'ecris ces lignes. Mais 18, il existed
une institution d'.t~at : la Banque d'E'spagne.
Elle veille sur les pesetas. Sans elle, le~s pesetas
cabrioleraient. La circulation des billets n'est
pas gage, comme ailleurs, en espbees et en
effects de commerce escompt6s. Elle ne repose
qlue sur les dettes de 1'Etat. Elle represented on-
viron 85i francs par tite d'habitant.
Chez nous, la circulation des billets-dollars,
sur une population de 1,3i0,000 habitants (B~ul-
letin relig~ieux d'H-alti), repr~s~entera & peul pris
$ i.10, soit 5 fr. 87 par habitant. Et il n'y a pas
de doute qlue, si 1'6mission des $l 1,500,000 arri-










- 79 -


vait au moment opportun, dans la rdcolte, les
billets, aul mnoins, ne soient au pair tout de
suiite avlec l'or. Songez qlue, apres av'oir servi &
retire le papier-monnaie. ils ont l'importation,
I'exportation, le serv-ice de notre dlette int6-
rieulre 8 satisfaire. 11 n'y a pas de doute qu'au-
ceune di~priciation n'est it craindre. Comme au
bon temps jadis, avant la fantaisie de Salomon
- que jusqu'ici personnel n'a fletri, comme la
postivit6 certainement la flebrica, de nous avoir
octroye le papier-monnaie sans necessity il
sera indispensable d'importer chaque annee de
ri~s nombreux barillets d'or pour faire face auxv
besoins du commerce. C~e sera tout prollt pour
la nation. Cerlains spiculateurs .s'en plain-
dront, eux qui aimlent 3. payer les Haltiens en
mionnatee de singe. Le peuple: s'en rdjouira, car
unie bonne parties de cet or, apris avoir roul6
danns le pays dlurant la p6riode des affaires, lui
restora, la mloric-saison avenue. II pourra con~ti-
nuer 3. 61ever ses flls en Europe. O~n pourra voir
ncolcre dies rejelonls die cabrou6tier, des reje-
tons d'h~umnbls artisanis dev'enir des illustra-
lions, des renommndes intellectuelles de leur
pnas. P~ersonne, riche ou pauvre, no sera plus
forced, comme de nos jours, de faire re~ntrer ses
Tils dans 10 pays, de discontinuer leurs etudes
par~ce qu'il faut une g'ourde et demie pour faire
SIfranc












Dans quelques annees, I'ord~re sera retabli.
L'anarchie financibre aura viecu. Il n'est pas
d~fendu, dans cet intervalle, h nos hommes
d'Etat, de songer h d'autres measures, de s'oc-
cuper peut-0tre du d6veloppement de notre ri-
chesse agricole. Nous av-ons I'air de I'oublier,
mais ce n'est qlue grdee aux products du sol
qlue nous existons, fort petilement. pour le qluart
d'heure...

VII

On no s'est, attach, dans les lignes qui prcich-
dent, qu'g la parties essentially, viritablement
important pour le pays, et on P'hylothc'se
d'une entenle possible avec la H~anque. Il est
e\vident qlue des points secondaires, lesquels
intiressent plutil le gouvecrnemient et soln mi-
nistre des finances, seraient A dP~battre. On
comprend, par exemple, qlue des questions
d'dlasticite dans le credit de l'Etal, de dtigriave-
ment dl'inldrSil dans los coinples courants, en
dehors des questions de responsab~ilild soule-
vies par le rdeecnt jugement dui Tribunal cri-
minel, tout en, restant par elles-mimnes fort in-
tdressantes, n'ont pas, ;1 nos yeux, le valeur du
sauvetage de la nation auguel nous faisons A
la Banque l'honneur de la convier. A une 6po-
qlue, ces questions-IA pouvaient O1re capitales.
A~ujourd'l.ui, elles sont au second plan. On









-- 81 -


aime A espdrer qu'4clairie par l'experience,
I'institution se pri~tera d'elle-mdnme A une en-
tente honorable. fructueuse eni faits, aussi bien
pour elle qlue pour nous. Cette entente! ddfini-
tivement, feral cesser le cruel mnalentendu qui a
tonujours existed ontre elleA et le peuple haltien,
carl apri~s le retrait, ce sera un mot desuet qlue
celui qlui affirmait, depuis pris d'a~n qluart de
siecle, qu'elle n'avait de national que le nom...
Cependant, il est, indispensable de faire re-
marqu~er que cette entente, si elle peut se faire,
devra ctre franche. complcite, loyale des deux
parts.
Du jolfr ot' clle aura Etd proclam~e, il faut
rin'elle soit sans r8ticence. ~Ce n'est qlu'8 cette
condition qu'elle pro~duira de bons effects. Gou-
\ernem~ent et Banquie devront s'appliquer A
marcher d'accord, notn pas dans 1'ombre, mais
on pleine lumic're, et pour relever enfin ce pays
dle toutes ses ruines. D~u cit6 de la Banque, il
est A peu prbs certain qlu'apris cette dure le-
ron, elle sera. desormais circonspecte, qu'elle
n'ecoutera plus jamiais la perfide conseillbre
qlui conduit A~ la Cour d'assises...
Je croisi qu~'on peut avoir conflance. Jamais
plus, aprils cottle legon, les comptoirs de la Ban-
que Nationale d'Hal~ti n'oublieront qu'ils nous
doivent I'exempl.e de l'ordre, de la morality, du
scrupule, qlue o'est pour cela, pour cet objet









-- 8~2 -


superieur, qlue nous payons de notr~e arglent &
leurs employd6s des 500 & 600O dollars-or par mois,
quand, cependant, nos fonctionnaires 3 paper
d6prcid crivent de faim. Jamnais il ne s'y bras-
sera des affaires louches. 11 n'y a plus de minis-
tre capable, dans I'avenir. de transformer les
buireaux de la Banque en officine.
Ah vous voulez qu'elle resiste, qu'elle sachie
resist~er h des ordres illegaux et. dans l'interitt
de la patrie ? Je vous affirmed qu'elle r~sist~era
disormais, surtout si vouts saves, comme cela
doit etre, lui faire payer au profit public le prix
de la victoire...
Au surplus, ce procks ne peut pas rester une
lettre morte, un Echo qlue le vent disperse. 11
impose A tout le monde de multiples devoirs.
Au gouvernemnent, il dicte celui-ci : la clarld, la
lumiere, le soleil dans nos affaires 11nancii~res.
On comprend qlue la politique, la diplomatic se
satisfassent de mystere et d'ombre. Il n'en e~st
pas de mime en matibre de deniers publics.
N'oublions pas qlue cette maudite Consolida-
tion, dont le principle molmle h part sa prati-
qlue qui n'est plus d qlualifier fut une des cau-
ses principles de la ruine national (car elle
consolida parmi nous unle classes de privil~gids
au regard de la miserable classes des porteurs
de papier-monnaie) ; n'oublions pas qlue cette
Consolidation s'est faite dans I'omnbre, le mys-










- 83 -


there, les tdnebres. Rappelons-nous qu'ti la Cour
d'assises nous av-ons entendu le chef de la
comptabiliti: du ministbre des finances declarer :
<< Chaque fois que je demandais les comp-
tes de la Consolidation pour les dresser, le mi-
nistre me r~pondait invanriablement: Laissez Ca i !
Aplres ce proces qlui, en ddnnitive, a et6 celui
du~ jour B la nuit, de la lumiere aux; tdabbres,
apris ce debut dans lequel le chiffre lumineux
a triomphb des entrelacements oil l'on essayait
de le faire tribucher, il est. logique, et. c'est le
corollaire de toute cette longue annee d'agita-
bions et de souffrance~s, que desormais la clart8,
la publicild,: soienlt la ri~gle immuable en nos
affaires financib~res.
Si nous pouvons ou si nous devons nous taire
qluand il s'agit de politique, prenons la saine
habitude de discuter quand il s'agit de notre
argient. Nous ferons moin~s de bitises, ou, si
nous en faisons, mal.grd tout, ce sera une con-
solat~ionl de nouis dire qlue cela n'a pas 6td en
dlehors de noltre participation. Les questions
11nanciibres sont h~ieni vite, qlu'on le veuille ou
nonl, dos qu~estions sociales on ce pays.
cot. article soulbvera docs objections. Je rE-
p~onds que~ je n'ai pas la pr~tention, de croire B
l'exscellence de mnes idd~es. O7n peut les n~gliger.
c~e qu~i n'est pas ndgligeable, c'est la r~alit6 de
notre situation. Si done je contribute, si peu que











rien, & faire adopter une solution satisfaisante
B la question du change, je pen~serai n'av-oir pas
ecrit en v-ain.

J'ai tenu, malgr sa longueur, a reproduire
ici cet article pour plusieurs motifs... Entre
autres, je ne crois pas qu'il nuisit (1) B la
determination de MI. Van Wyck, directeur
de la Banque Nationale d'Halti, de me
choisir comme un de ses commissaires pour
solutionnet' les difficult existant entro le
Gouvernement et la Banque. Ensuite, je
crois qu'il determina, de son iniitiative
propre, en dehors des petites coter~ies, le
Prisidenit de la R~publique a m'appeler de
nouveau le 9 avril 190Y pour m'offrir le
portefeuille des Finances.
11 y a un mot, dans P'article, la fatalitci
historique qui a eu tout do meme une
strange destinde... Du reste, j'ai souvent
rencontre cette malechance de voir ddna-
turer ma pensie, torturer le sens de mes

(1) Au contraire. C'est pourq~uoi jo crus, quanld je fus
appel8 au D~partement des Finances, qlue Pexu6cution de
Ines idies trouverait dans la Banque un appui sined~ro.









- 85 -


phrases, bien qlue je m'dvertue & 6crire le
plus clairement possible. En quoi, employ
de la fagon qu'on a vu, ce mot peut-il
excitor la susceptibility chatouilleuse de
notre patriotism? Eh bien! chaque fois
qu'un bateleur quelconque, un histrion de
la plume, on qu~te de tapage, en mal de
fausse vertu civique, veut se signlalerr a la
baadaudterie hai'tienne, il parle de m~a fata~littd
historiqulze. En quoi ai-je pu blesso~r, je le
demand, le sentiment national en I'avertis-
sant qu'il f'aut nous garer de nos puissants
voisins, prendre garde de s'engagrer avec
ouxaila legire 11 me semble qune le conseil
qune je donne de nie pas devancer impr~udem-
ment cotte: fatalit@ historique, qui piase sur
I'archipol des Antilles, est bon. Mlais on a
voulu lire de travers, ne pas voir l'amer-
tumo, la tristesse qlui 6taiont le fond de
ma pensde... (i).

(1) Ministre des Finanlces plus tard, jo n'ai pas pu,
malgr6 mes ell'orts, tr~ouver des capitalises on Europe pour
criter une nouvelle institution de credit, la B3anque Nationale











Quand AI. C~h. Van Wijck, directeur de la
Banque d'Hai'ti, vint me proposer d'8tre un
de ses commissaires, je refusal et je lui
donnai lecture de article.
Mais, me dit-il, c'est pr6cis6ment pour
la raison qlue vous objectez qlue vous ne pas-
sez pas pour un ami de l'institution telle
qu'elle a fonctionne jusqu'ici, c'est pour
cette raison que je vous ai choisi. La Ban-
qlue veut aujourd'hui l'entente sincere, cor-
diale, 6tablie sur des bases solides. C'est ce
qlue vous voulez aussi. Nous voulons une
oeuvre s6rieuse, a l'avantage du pays. N'est-
ce pas ce qlue vous demandez ? Vous ne pou-
vez done refuser et nous sommes d'accord.
Un tel language faisait honneur B Al. Ch.
Van Wijck. J'aacceptai. Et c'est pourq~uoi
plus tard j'eus conflance, pourquoi, arlriv@
au ministbro, je voulus faire aboutir dsfini-
nitivement un accord dur~able... N'avais-je


d'Haiti nous faisant former touts les portes. Mlais j'ai des
motifs de croire que cela aurait 6tL; assoz facilo aux Etats-
Unis, et je n'ai pas voulu,


- 86 -









- 87 -


pas quelque droit d'y computer, puisque le
directeur de la Banque savait a l'avance la
ligne de conduite qlue j'allais tenir dans la
Commissioon ? La Commission avortant, et
appeld aux finances, ne pouvais-je pas
penser que le prgameqej'vl
extposd et qui n'avait pas empiche MI. Ch.
Van Wijek de me donner sa conflance
comme .commissaire de la Banque pouvait
etre repris d'un commun accord dans l'in-
tdret et du pays et do son 6tablissement?,
Jo l'ai sinebrement cru.
On sait dans quelles conditions la Com-
mission fut constitute. La ddp~che du
President de la Republique au Secretaire
d'Etat des Finances s'exprimait ainsi :
<< A la suite d'an entretien qlue j'ai cu hier
main avec le Directeur de la B~anque, j'ai
pris la decision do nommer une commis-
sion de cing membres qui sera charge,
conjoin'tement avec d~es commissaires d6si-
gnes par la Banque, d'dtudier diff~rentes
questions financieres en litige.









gg8


aLa mission des deux commissions por-
tera conjoin~tement sur les points suivants:
ac to De r~gler, par transaction, toutes
questions pendantes ou qui pourraient I'8tre
entree la Banque et le Gouvernement et rela-
tives au prochs qui vient d'avoir lieu sur la
Consolidation quant aux responsabilit~s
civiles de la Banqjue;t
<< 2o D'apporter toutes modifications nd-
cessaires et utiles au << Rigloment pour le
Service de la Trdsorerie > et au Contrat
constitutif de la Banque Nationale, sanc-
tionne par le d~cret de l'Assembld0 natio-
nale du I0/i5 septembre 1880;
<< 3o D'6laborer of de sonmcttre au Gou-
ver~nement tous moyens et plans de roiorga-
nisation des finances et de l'administration
g~ndrale de la R~publique.
R~unie aux cing autres membres choisis
par la Banque, la Commission s'intitula
<< Commission mixte de rdorganisation ad-
ministrative et financiere >. Elle fut reque
quelqlues jours apris au Palais National.









-- 89 -


Le President de la R~publique lui parla
alHSI :
<< Un mauvais arrangement vaut mieux
qu"'Un bon proc~s. Apres la lutte il faut bien
arriver A l'apaisemecnt. Et si l'on vent, bien
des difficulties qui demanderaient un long
temps avant d'etre aplanies le seront h
bref ddlai, pourvu qlue l'on mette, de part
et d'autre, du bon vouloir et un esprit pra-
tique.
(( Le P'ays et la B~anque, nous ferons dd-
sormais ban mu~nage ensemble, si la Banque
yout nous etre utile, si elle yout aider an
ad~veloppement du credit national et A l'uti-
lisation, par le travail, do nos ressources
natura~lles. Qu'elle consacre une parties de
ses fonds & dcs entreprises bien conqules
qlui soront tout aussi avantagouses pour
elle-m~imo que pour nous. J'espare qlue cela
scra. Cela peut stre g brof dd1ai. Elle n'a
qu'B s'animer de l'esprit nouv-eau qui con-
vient aux c~irconstances actuelles. Elle n'a
qu'h so p~ndtrer do ses devoirs envers nous,









- 90 -


A so decider enfin a employer, dans soil
propre intdr~t qui ne doit pas S6tre sdpard
do n6tre, ses propres capitauxu et ceux qlue
lui peut procurer son credit. Qu'elle se
pr~te, en un mot, aux concessions ndces-
saires !
<< Ainsi deviendrait definitive l'entente
conditionnelle qlue nous faisons en ce mo-
ment avec elle. >>
En ces quelques mots le Prdsident de
la R~publique definissait fort exactement
l'oeuvre de la Commission, et ce qu'on 6tait
en droit d'attendre de la Banqlue. M~alheu-
reusement, rien d'efficace ne devait sortic
de ses travaux. Elle discuta, alle d~ilibdra,
oile n'aboutit pas.
Dibs les premieres seances, il no fut pas
difficile de so convaincre qlue les decisions
de la majority@ dtaiont sans valeur, sans
sanction possible pour la minority qlue for-
maient les commissaires de la B3anq~ue. Car
battue dans le vote, elle se contentait de
faire ses rP~serves, tout en ddelarant qu'elle










91 -

en ri~fdrerait an Siege social. Or, comme
riatuellement elle s'appliquait en lui pr~sen-
tant ses propres arguments B les soutenir,
A les dresser comme d'inter~t immgdiat
pour la Banque, sans se croire obligee B
defendre le vote de la majority on m~me B
did uire les raisons de ce vote, fatalement la
Commission de reorganisation administra-
et financibre etait condamn~e a pi~tiner
ind~finiment sur place...









-- 9~ -


Le 10 avrjl 1905, dauis I'apres-midi, au
son accoutumb du tambour et des trom-
pettes, I'arrati suivant ful public dans les
rues de Port-au Prince:

NORD ALEXIS
President de la Rdimbiquze

<< Vu les articles 98S et 113 de la Consti-
tution,
R A AIRRETI ET ArlRETE CE QUI SUIT :
<< AaT. reF. Le citoyen F'rddlric M~ar-
celin est nomme Secr~taire d'Etat dos
Finances et du Commerce en replacement
du citoyen Constant Gentil, dont la demis-
sion a 6td accept~e.
< AaRT. 2. Le ped~sent arr~t6 sera im-
prim6, publid et ex~cut6.
<< DonnB au Palais National de Por~t-au-









- 93 -


Prince, le 10 avril 1905, an 102. de l'Indd-
pendance.
Ce jour-lk, vers les onze heures du matin,
je remontais a P~tionville oh~ les m6decins
avaiont envoy ma femme malade, qjuand
un aide de camp qui, me disait-il, me cher-
chait par la ville depuis quetlques in-stants,
m'apprit qlue le Prisident do la R~publique
me mandait on toute h~te. Je repondis qune
j'allais venir. A quoi l'aide de camp rdpliqua
qu'il avait ordre de ne pas revenir sans moi.
1000 burss 6tait rempli do provisions diverses
qIue jo vonais d'acheter au Bor~d-d~e-Mer et
qlue j'apportals a Pitionv;ille pour les besoins
de ma famille. Je ne pouvais ddcemment
arriver dans la cour du Palais dans cet atti-
rail. Cela n'aurait guibre dtC protocolaire,
bion qlu'il n'y out pas, comme de nos ours,
do directeur du protocole pour me! rappeler
aux rigles. Cependant f'aide de camlp insis-
tant, jo l lis montor h maln vc6td dans la
voiturec. 11mI'accompagna chaz moi & T'urgedr u
oh je ddposai mos victuailles.









- 94 -


Puis tous deux nous alh~imes au Palais.
Le President me dit simplement :
Je vous ai nommB ministry des Finavi-
ces.
ais, Excellence, lui repondis-je, je ne
puis guere accepter cette charge en ce mo-
ment : ma femme est malade, tres malade.
Cela ne fait rien, je vous donnerai
tout le repit n~cessaire. Mtais il est indispen-
sable pour le pays, pour le gouvernement,
que la vacance au Conscil soit comble0 sans
retard. Vous m'avez promlis votre concours.
Vous le devez au pays. Vos sentiments pour
mon gouvernement n'ont pas change, j'es-
pere ? J'ai ddja sigad l'arr~t6 qui vous
nomme.
Cependant, Excellance, je me permets
d'insister, il me faut absolument quelques
jours devant moi. J'accepte, puisque vous le
voulez et puisque vous croyez que je puis
vous atre utile. Pourtant, que l'arrt6t no soit
pas public avant doux ou trois jours.
Soit, dit le Prdsident.









-- 9~i -


Je remerciai, je retournai & Turgeau, je
repris mes provisions et j'allai retrouvetr ma
famille & Pdtionville. Elle fat bien surprise
quad je lui appris ce q~ui s'6tait pass.
Alais dame! dans deux, dans t~rois jours
bion des choses so font, so difont et la poli-
tique, surtout celle de l'idpoque, 4tait chan-
geante...
Cotto aprbs-midi-lk mime, vers les six
hocures, tandis qlue nous 6tions tous au che-
vet de mna pauvr'e femme qui venait d'avoir
une violentoe indisp~osition, un de mes anmis,
sportsman renomme de Port-au-Prince,
arriva. Descendant de son cheval blanco
d'6cume, it s'dtonna de trouver la maison
dans ce calm :
Vous ne savez done pas, s'6cria-t-il, il
y a grande publication et cou~diadille on
villo. Vous iAtos ministry !
Je n'6cris pas pour farder la verite et on
pout Atre silr que jo no la d~guiserai pas...
Eh bien jo dis que j'avais la plus grande
apprdhension d'etre ministry. J'avais refus6









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de l'8tre en dicembre 1L904, dans des con-
ditions, g mon sens, autrement meilleures.
Car, fussi-je arrivC a une mission de
papier-monnaie, personnel no peut croire
qlue d'un coup j'eusse demand 10,000,000
aux Chambres. En admottant qlue je n'au-
rais pa arri~ter la marde des ddpenses et qlue,
les recettes n'augmentant pas, jo fusso forcd
dl'en arriver 121, je n'y serais arrive qlue pr~o-
gressivement. Et il me semble qlue, m~mo
dans cette hypotheso frichouse, ce chiffre,
par doses successives, aurait pu suffiro tras
largement pour toute la periode du septen-
nat. Et comme le retrait fonctionnait, a la
fin il ne serait rest& en circulation qu'une
quantity de papier-monnaie presque nor-
male. On n'aurait pas eu hoesoin successive-
ment de faire des frappes do nickel, puis-
qlue chaque ann40 on odt trouv6- Une
resource extraor'dinair~e dans 1.5i00,000
gourdes d'dm~ission, ii peu pri~s suffisantos
pour houcler le budget des deipenses. La
rectrait, annuellement, en absorlierait h pou








- 97 -


piais autan~t. Alais avant porld dis le debut
la circulation & 13,000,000, et avran tdipense
presque on totality les dix nouveau mil-
lions c6mis, le ministry des Finances se trou-
vait, di~s 1905~, forc~ment pris dans une
situation inextricable et forc6mont oblige
de trouver des resources extraordinaires
pour solder les ddpenses en d~ficit.
J'entendais tout le monde parler de retrait
au tour do moi, il est vrai. 1\lais je me de man-
dais parfois si tout ce mondo-lk Btait
scdrieux, car vraiment c'dtait une singulibre
fag~on do s'y preparer qlue de doter 10 pays,
on plus de ce qui existait ddja, dune nou-
volic circulation de 10 millions de papier-
monnaie.
Dans ma jeunesso, j'avais vu proclamer,
par des hommes qui passaient pour LStre
tri~s experiments, q~ue la moilleure fagon de
finir aveo le militarism 4tait de prodiguer
les grades mnilitaires, d'en doonner a tous
coux q~ui en voulaiont, d'en d6poser dans le
h~erceau do tous los nouveau-nds. 11 parait









- 98 -


qu'on voulait agir de mt-me avoc le papier-
monnaie. Ex~cutif et Corps 14gislatif, do
concert, forcgaient 1'8mission pour arriver au
retrait, pour ddmontrer qu'il etait indis-
pensable, indluctable. Or, le militarisme est
plus puissant qlue jamnais en H-ai'ti...
Mlais ce n'4tait pas 18 la scule raison de
mon peu d enthousiasme pour le minister.
11 existait des motifs d'un ordre plus intime
et qui justifiaient monl hesitation.
A cette tipoq~ue, il y avrait un g~roupe do
citoyons auguel je me plais a rendro un ecla-
tant hommage pour ses lumliP~ros et sonl
patriotism: il aspirait au minustere. Un
plan die government avait 4td 61abord.
On f'avYait mnime, je crois, soumis au general
Nord, lequel, avec sa malice hab~ituello,
n'avait dit ni oui ni non. Cortes, i l 'avait,
m'avait-on assure, approved avc inergic.
Cependant il n'avait pas dit quand il 10
mottrait A ex6cuition. Or tout Btait 16. Dans
co plan de gouvornement, on m'avai l reser~ve
le portefou ille d os TlravauxpIublies. J ripa to




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