Une année au Ministère de l'agriculture et de l'intérieur

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Material Information

Title:
Une année au Ministère de l'agriculture et de l'intérieur
Physical Description:
384 p. : illus. ; 24 cm.
Language:
French
Creator:
Légitime, François Dénis, 1842-1935
Publisher:
Challamel aîné
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23365791
ocm23365791
System ID:
AA00008918:00001


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UNIVERSITY

OF FLORIDA

LIB RARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.


I
i















/














6 /


LUN-E R


ANNEE AU MINISTER

DE


L'AGRICULTURE ET DE L'INTtRIEUR


~C6


^C~


&- L- CC~C
-c-2 -c~-~-4



















ANNEE AU MINISTER




L'AGRICULTURE ET DE L'INTERIEUR





F.-D. LEGf TIME
GENL RAL DE DPTISrON 07 O-
ANCIEN S6ECRIETAInE D'ETAT DE L'AGRICULTUIl
Auteur de l'Armtee Hailienne



e L'avenir sera ce que nos actions I'auront fait. >
.J.-D.-L. (Plan d'administration.)


PARIS
CIIALLAMEL AINE, LIBRAIRE
5, rue Jacob,,5
1s8


PORT-AU-PRINCE
CHEZ L'AUTEUR
at chez les libraires














L, S-/ ,Lsc


































B













NOTICE.



Ce livre a 6te pr6par6 pour Ntre public nu conm-
mencement de 1883 les malheureux 6v6nenients qu'a
traverses le pays depuis, nous avaient fait suspendrc,
cette publication jusqu'au moment ob les esprils, re-
mis de leurs secousses, pourraient avec impartialitC
y accorder quelque attention.
Dans une lettre du 29 Mars de cetie mnme ann6e 83.
adress6e a Mr. Ovide Cameau, alors ministry du Gou-
vernement, nous avons, du reste, annotned 'impression
de notre ouvrage.
Aujourd'hui que le pays est pacific, nous venous l'of-
frir a nos compatriotes, qui comprendront notre scru-
pule et la necessity ou nous nous trouvons encore de
mettre en lumiere les faits de notre administration el
expliquer notre conduit conime Secritaire d'Etat.
Ils ne nous en voudront pas, si le livre port un earac-
tIre purement personnel.
Ce volume, tel qu'il est public n6cessiterait un errata
en rBgle; mais nous le laissons avec ses incorreetionis, jis-
qu'a ce qu'il nous paraisse utile d'en fire nie tnouvelle
edition.
Sur les pages 320 et 378 se lisent une letire et un dis-
cours qui n'ont pas leur place dans une lareille publi-
cation ; ils se sont trouvds, paralt-il, parmni los do-
cuments que nous avons expedi6s en France. 11 esl si
difficile de surveiller Iun travail qui s'iinprime 4 1,800
lieues do soi Q.uelqie soin ique mottoe n amni lpo)ti
en suivrc l'imliression, (qui lque lihalsilo flue suit. I'iinlpi-
nmeur lui-mime, des erreurs de co genre e i pttt'o
etre 6vitees.
D'autres erreurs telles que les suivantes nmritcnt que
nous les rectirfions des maintenant pour que le vrii sons
des phrases soit retabli de mnbme que l'orthographe dces
noms. Ainsi.














A la page VII.-Av:at-Propos. llrnme ligne Lisez :
Aussi de sublime (dvoiuemells se produire a c6td
des plus houteus'.s (ld6fetions.-An lieu de cachant les plus
hoi tenises d.6fc'tio,: s.
Paig IX.- t9teim liig'e Sisyphe an lile de Sysiphe.
10.--- 21"Ime ligjn J-aarai lhonneur an lieu de
j'aurais.
47.- 4e li,. J. Au,!aini au liue de Odaiu.
86.- 23eme ligne Coby an lieu de Toby.
101.- 9 lig. Lisez experience d'un ancien magistrate
San lieu de 'intelligence d'un ancient.
115.- derriere line Lisez : sans q,'on eit besoin au
lien de sans qu'on ait
157.- 1 60 line, il lui dtait difficile de sefaire aulieu
de il lui itait dificile de s'habituer.
161.- 2 lig. Lisez : aurait Wtd incompletement assure
au lieu de il aura.
191.- 30mce ligei'e lisez: Multzer an lieu de Maltzer.
239.- Note. Lisez : Voici la lettre que m'ecrivit a
(c sujet mon collegne des finances.
255.-- 21enme ligne Lisez : Npus avoids des artisans
etc. ete : do 'e oimbre il fiat excepter lks
eb6nistes, qui ve'goent.
256.- 10 e lig. L]isez : Notre peu de moyens d'action,
an lieu de nos peln.
294.- derniore lige --- Lisez: Jeanty ai lieu de
Jeantie.


12 Avril 85.














PREFACE



Cet ouvrage est louvre de quatre mois d'efforts et de
recherches; nous savons que pour le rendre complete
et correct il eft fa!lu plus de temps, mais ce qu'il
eOt gagn6 en perfection, il I'aurait perdu en actuality.
Nous tenons surtout a ce qu'il subisse le control
public, qui seul peut le faire agrier par la post6rit6, pour
laquelle nous l'ecrivons plus particulibrement. Nous
le livrons a la publicity parce que, A la veille de rendre
compete de notre administration comme secr6taire
d'Etat, nous sentons le besoin d'clairer l'opinion sur
les grandes lines de la conduite que nous avons
suivie pendant une annie que nous avons passe aux
affaires. Or, ici, cela se comprend, la vanity de l'ecri-
vain doit s'ellacer devant la responsabilit6 du ministry.
Cela dit, on concoit que cet ouvrage n'est pas sans
d6faut. Et pourrait-il en etre autrement lorsqu'il est
6crit en langue francaise, langue si remplie de diffi-
cult6s et d'une precision pour ainsi dire math6ma-
tique? Les princes de la literature, eux-memes, ne
redoutent pas moins ces diflicultes; ils reconnaissent
l'impuissance de l'esprit human i les vaincre du
premier coup. C'est pourquoi nous dil Boileau :

( Vingt ibis sur le mitier remeltez votre ouvage,
> Polissez-le sans cesse et le repolissez .









II I 'LFAC :
Si lon voulait lenir compto dies conseils qui vien-
nent de si haut, les homes qui n'ont it leur service
aucune des qualities de l'ecrivain trembleraient de
peur lorsqu'il leur arrive, parfois, la tenlation d'clrire
pour I'histoire ; car, en lhistoire, dit encore un des plus
illustres savants modernes, M. Thiers, le style doit
.0tre simple, clair, precis, 61eve q(uelquelbis quand los
grands interets de lihumaniml sont on question; puis il
ajoute : Je suis convaincu que les plus beaux vers,
les plus travailles, ne content pas plus de pine qu'une
modest phrase de r6cit par laquelle il faut rendre un
detail technique sans ilre ni vulgaire ni choquant ).
Nous n'avons pas la prietnlion d'6crire hlistoire,
bien que, parmi les faits que nous raconlons, plusieurs
soient dejit rentris dans la trame de lllistoire contem-
poraine. Nous remplissons, en los coordonnant dans
leur ordre natural, immediate, un devoir de conscience
en mlme temps qu un devoir de citoyen. Cost done
en raison do la necessity oiti ous sonimes place, et
des diflicultes rlelles de Ia langue dont los rigles out
6t6 pos(ies par des maitres, ex-prjol/sso, que nous nous
croyons en droit de computer sur I'indulgence de nos
lecteurs.
Ce volume est divis6 eni (ILatlre parties qui embras-
sent toute notre administration en nolre double qua-
litL de secr6taire d'Etat de I'agriculture, cliarg6 des
finances, et de secr6taire d'dltat dle inthrieur et de
agriculture. Dos trois autres d6partemenls que nous
avons gear's par int6rimi, 'instriiclioin pulliqueo, la
justice ct los cultes, autrelbis conlics it. honorablee
M. C. Archin, nous I'avons rapport (que trois











P iHF.LCE HI
dep6ches qui foun suite aux pieces formant la qua-
tri6me parties.
Ccs quatre parties, qui sont divis6es en chapitres, se
r6sument ainsi :

SIEMIEIIE PARTIES

Ie notre entree auL minister jusqu'au retour du
president d'Haiti de la tournte du Nord.

DE'UXI'EMI; I'AITII

Du retour du president d'Haiti jusqu'i la fin de la
Cession.
T'iOISIEME PARTlIE

Des vacances jusqu 'i la chlte du minister.

ULATIIIIEME PARTIES

Celle-ci, dans l'ordre des departments ministeriels,
comporte difftrentes pieces et depeches de notre ad-
ministration.
Nous nous empressons de thire observer qu'en pu-
bliant cot ouvrage sous ce titre : Une aunme au, minis-
1re, note role, on Ie devine d'ailleurs, est do relater
purement les lails ie noire administration. Cest pour-
quoi on ne doit point saltendre a nous voir entrer
plans des details qui ne touclent point directement a
cct objol.










































It`















AVANT-PROPOS




On s'en souvient, le 29juin 1880, nous trouvant au Cap-Haitien, en
quality de d616gu6 du Gouvernement dans le d6partement du Nord,
nous avons dit ces paroles pendant une audience publique :

(( MESSIEURS,
n L'homme que j'ai l'honneur de representer au milieu de vous, et
au nom de qui j'l66ve la voix en ce moment, le g6n6ral Salomon, est,
au pouvoir, le repr6sentant d'une idee.
) Vous le savez, apres les dures 6preuves qu'a subies le pays pen-
dant longtemps, les populations, les hommes de bon sens, 6taient
parvenus h comprendre que le moment 6tait enfin arrive de faire
monter au pouvoir un homme instruit et capable de diriger le char
de 1'litat. Mais les esprits, h cet 6gard, 6taient encore partag6s : les
uns voulaient passionn6ment de celui-ci, d'autres de celui-lh; tous,
n6anmoins, agissaient librement, chacun suivant l'impulsion de son
coeur ou les conseils de la.raison. De cette difference d'opinions,
toutefois, devait naitre un jour un conflict. Vous en avez vu les
incidents, vous en connaissez le r6sultat.
) Ce r6sultat, Messieurs, c'est que le g6n6ral Salomon, qui a tou-
jours d6fendu ses droits, mais qui n'a jamais voulu s'emparer du
pouvoir par la violence (1), le general Salomon, don't le nom est sorti
immacule de la lutte, a seul triomph6 par l'unique force de l'autori16
morale. Acclam6 par le people, qui avait en lui confiance, il fut Blu
president de la R6publique d'Haiti dans la memorable stance de l'As-
sembl.e national, le 23 octobre 1879.
) Maintenant, le general Salomon au pouvoir, c'est le salut pour

(I) Parce que ce grand citoven avait rompris retle c1rild qlu I'auloild qui 6miane
du consentement ilu people est agrdable i Dieu : Vox poptuli, vox Dei 1.
I Lee Etats-Unls out grave, au pled de la statue frigde 6 laLlbertd, ces mte sacrfs : Toule auloriU
vient du people.
11 n'y a doon d'autoritd ldgitlme que cell qui rdsulte du droiL quo la socidtd a confdrd librement &
un home de la gouverner. Cetto autorit6 revet quelque chose d'auguste, die divin : Vox popllli, vox Dei.












VI AVANT-PROPOS
tous; car son nom signifie pour nous rehabilitation, ordre, liberty et
justice.
Personne ici, Messieurs, n'est sans savoir 1'6tat d'inf6riorit6 dans
lequel vivent encore les descendants de 1'Afrique. Depuis nombre
d'ann6es, des philanthropes, hommes h la peau blanche, se sont assez
sacrifi6s pour la rehabilitation d'une race d6daign6e qu'ils consid6rent
comme une portion integrante del'humanit6, plusieurs, m6me, comme
ayant kt6 la premiere dans l'ordre de la civilisation. Si nous avons
nous-memes combattu 1'esclavage par le fer, eux, ils 'ont combattu
par la propaganda des idees et par les plus nobles sacrifices. Mais, hier,
c'6tait l'esclavage materiel avec ses horreurs et ses infamies; aujour-
d'hui, ii ne s'agit que de notre position social dans le monde. Dans
les Antilles, en AmBrique, nous vivons comme frappds de dech6ance,
d'incapacit6. En Haiti, que faisons-nous? Lorsque nous acclamons
pour chefs d'Etat des hommes ignorants, des despotes qui font r6tro-
grader la civilisation, nous compromettons notre propre cause, nous
semblons nous preter a ce que l'6tranger se pose encore cette ques-
tion : ( Ces gens-lh pourront-ils jamais se gouverner eux-mnmes? ,
Eh bien! c'est a cette question qu'a r6pondu 1'avenement au pou-
voir du g6n6ral Salomon. Oui, nous pouvons nous gouverner; le
President actuel tient a prouver qu'il a raison de croire en cette apti-
tude de sa race. Aussi incombe-t-il a tous les philanthropies, a tous
les homes de cceur, quel que soitleur parti, leur origine, de 1'aider
dans l'exercice du gouvernement du pays. Que si, par malheur, ce
nouveau chef d'ftat venait 'h dchouer dans sa mission pr6sidentielle
ce qu'a Dieu ne plaise! it ne nous resterait plus qu'h dasesperer
de notre relevement intellectual et moral : ]a race haitienne aurait
vecu pour la civilisation.
) Voilh, Messieurs, comment le g6n6ral Salomon represente une
id6e.
)) . .. .. ))
Ce language renferme, dans sa brievet6, routes nos pensdes, nos
vues, le programme, en un mot, que nous avons constamment d6ve-
lopp6, avant come pendant le pouvoir du president Salomon; il
explique, de plus, l'enthousiasme don't nous nous sentimes anima
lorsque nous fMmes appele aux aflaires. Mais aprbs nous (tro exprimr
d'une maniere aussi explicit, apres avoir fourni les preuves les plus
6clatantes de nos convictions, nous fallait-il encore, pour donner des
garanties de notre attachment h I'ordre de choses actuel, descendre












V.\ANT-PHOPOS VII
dans la rue, le drapeau rouge h la main? Sincerement, nous ne l'avons
pas cru.
Nous n'avions jamais 6t1 doctrinaire ni homme de club; nous n'a-
vions jamais non plus entendu renoncer a notre ind6pendance, et
jamais l'amour des honneurs n'6touffera chez nous la voix de la
conscience.
Serviteur du pays depuis l'Empire, nous avons assist a 1'ecroule-
ment de plusieurs gouvernements et vu maintes fois le people en
revolution; nous avons vu naitre des esp6rances que suivaient de
pr6s d'ameres deceptions!... Et de combien de lachetes n'avons-nous
pas 6t6 t6moin! Mais nous avons admire aussi de sublimes d6voue-
ments cachant les plus honteuses defections.
Depuis trente ans que nous habitons le Port-au-Prince, la politique
a done change plusieurs fois de forme, et les hommes plusieurs fois
d'opinion; mais, pour l'honneur de 1'humanit6 et le bonheur d'Haiti,
il y a encore des citoyens qui sont rests invariables dans leurs con-
victions,.parce qu'ils savent imposer respect aux personnel et aux
6v6nements; ils disent aux lots : passez, et l'horrible torrent, qui
menace de les emporter, continue a poursuivre sa course incons-
ciente et vertigineuse. Ces homes, qui r6sistent ainsi aux evolutions
qui s'oprrent sous leurs yeux et les laissent impassibles, ce sont
ceux-l' qui n'ont jamais d'autre passion que celle du beau ideal
qu'ils cherchent a rcaliser dans lours ceuvres, en y appliquant
toutes les forces de leur entendement, toun les dons du cceur que
la Providence leur a d6parti. Ils sont une phalange, et cette pha-
lange, don't les rangs sont ouverts aux plus humbles come aux plus
grands, a pour devise ces simples mots : Bonne volontg et devoue-
ment.
Par goft, par caractore, nous aimons a la suivre, cette phalange,
et c'est pourquoi, quand le tocsin de la guerre civil, quand le canon
d'alarme porte le tressaillement dans le sein de la patrie, nous
n'avons qu'un cri : le devoir! Oui, le devoir, nous l'avons rempli
depuis vingt-cinq ans sans calcul et sans crainte; il fut et ii restera
notre guide.
C'est parce que nous sommes rost6 fiddle a ces sentiments que nos
ennemis, mais quels onnemis! ont cherch6 derni6rement nous pr6-
parer des embtiches : les uns avaient cru pouvoir nous intimider, les
autres nous compromettre. Le moyen Etait pu6ril. On n'intimide
que les laches; on ne compromet pas non plus certain hommes













VIII AVANT-PROPOS
aupres d'un gouvernement qu'ils ont servi avec le plus pur d6voue-
ment, l'ayant consid6r6, dks le principle, non point seulement parce
qu'il 6tait le gouvernement, mais comme lc triomphe d'une id6e,
idee que nous avons plus haut dcfinie.
Et telle est la solidarity de sentiment qui a exist entire le g6ndral
Salomon et nous, en particulier, pendant notre passage au ministere,
que nous nous sentions vivre avec lui dans une pensee commune et
patriotique: le relkvement moral de notre race (1). Oui, le relbvement
de notre race, telle qu'elle est combine; voilh le cri de notre
conscience, voilh ce qui nous passionna et qui devint le mobile de
nos actions. Le triste spectacle de chefs ignorants nous avait humili6
dans le passe, nous voulions maintenant, par une politique sage et
6cIairee, apparaitre sous un autre aspect dans les ages a venir. Nul
autre, mieux que le general Salomon, ne pouvait remplir cette mission
de reparation et de salut. Dieu semble lui avoir donn6 pour cela


(1) Los paroles qui suivent sont extraites d'un discourse de M. Ic s6natcur Schalchor,
Fun des plus illustrcs ot le plus persdv6rant des plilaunlhropes modernes. Sihcelcher
et Charles Sumner, ces deuxnoms se miellnt, so conlondent dans notre esprit et seront
veneres dans la postdrit6 :
( Que la population d'origine curopicnne, a-L-il dit, prise en masse, soit encore
plus dclair6e que la population d'origine africaine, cola est incontestable, mais
il n'est pas moins incontestalle que celle-ci ne posshdo, tds aujourd'liui, aiatant que
1'autre, d'hommies bion (lev6s, ayant famillo, propriety, of cc qui s'appello une position
social; chaque jour elle s'61eve advantage par le travail, F'inslruction et I'6pargno,
chaque jour elle fournit cc I moignage consolant qiu'A ;dn(' lion (galo, loules les races
humaines sont (gales.
) C'est on songeant A cola que j'ai fait dornibremenl line confI'lronce silr Tonssaint
Louverture. J'ai voulu rappcler tque ec ngro fuit un grand liommo. Sos ]elles facullis
ont (clat dis quo les liasards de la forluneo iont mis ai mi'me de jouier un rIle; palr
son g6nie, par ses exploits, par l'hlabilet6, de son administration, par sa puissance tie
conception, il a pronv6 que 1'hoimme noir no le cidait A I'homine blanc en rion do cc
qui fail la gloire ide l'spice Ihumaine. Et, rcpondant, il ('tail si plen conllu, min:me pa rni
nous (crdoles des Antilles), que plusieurs de nos jeunes amis refusbrent do prendre
part a la souscription ouverle par I'ionorable oM. CGragnon-lacoste pour Ini (;lever un
tombeau, disant que eux, Framanis, ils no pouivaiclnl aimier ln pelrsonnage qui avait
combaltu la France. Cc qu'il a colnbattiu, c'est I'armne enivoy(ae par le Irailre du
18 brumaire pour rldablir 1'esclavage.
) Co que j'ai dit dans cclle conl6renuce, co ilque jo vons dis aujoiurd'lihi, ('st I'xpres-
sion de sentiments que j'ai loujours prol'tsses. hotpublicain depilis 'aige do raison, j'ai
etd, dans la mtropole come dns l come d s lonies, un ardent deleinseur de I'galit6; j'ai
attaqud toutes los aristocraties, y coinpris cello de la peau, la plus lenace de loules.
peut-dtre, parce que, do toutes, elle est la plus dldnude de sens common.












AVANT-PROPOS IX
routes les facilities et toutes les faculties, vu son age et ses lumieres,
qui inspirent respect et soumission; vu son experience personnelle
et sa popularity si justement acquise.
Le relvement, c'est-h-dire la rehabilitation de notre race, fut notre
mobile, disons-nous, et c'etait pour la voir se r6aliser sous le chef
6claire de la R6publique que, humble ouvrier de cette grande couvre,
nous cherchAmes a organiser avec lui ce qu'on peut appeler la
force du gouvernement.
Qu'est-ce que c'est que cette force?
Deux 6elments la constituent : l'un est celui des homes qui tra-
vaillent, l'autre l'armee qui veille t la sfret6 int6rieure du pays (1).
Mais entire ces deux 6elments distincts, et cependant d'une meme
unit d'origine, il se forme dans la suite des temps, et accidentelle-
ment, un troisieme 1eement don't la masse improductive, a measure
qu'elle se d6veloppe, accuse la decomposition des deux premiers.
Ce troisimme 6elment, fortuit, est celui des politicians, gens sans
aveu pour qui l'administration n'est pas une carriare, mais un besoin;
gens toujours a satisfaire, qui flottent entire tous les parties et tournent
habilement a tous les vents. Nouveau Sysiphe, le politician dolt se
tourmenter dans le travail sans lin de la revolution et de la contre-
revolution. Avec lui, plus d'unit6 social : la nation n'aura ni trove
ni repos. C'est de cet 616ment qu'on peut dire avec raison :
Voil4 I'ennemi.
Or, il faut ie d6truire ou s'opposer h son developpement, si 1'on
veut donner h chacun des deux elements n6cessaires plus de coh6-
sion, plus de duree.
Alors, comment y parvenir? En faisant ici ce que partout on fait,
c'est-h-dire prot6ger et encourager le travail, organiser s6rieusement
l'armee. De cette faeon, les deux 6elments que nous d6signons ele-
ments constitutifs de la force, acquerant chacun une plus grande
puissance d'attraction, ne tarderont pas a absorber le troisieme en se
l'agr6geant.

(1) Nous avons lonijolls iens l que la pllissance mililaire se le noi saiurail suffire
poliur 'oi ilulol isil 'r a iorc u I goiivrnil nil. (t'osl ii po u' oi, r'iiilanl aill' ois collo ques-
liiion sptlciale, lo ilsavons rapporli' jlians nol .e opi uscul- e inltiiil; :/ I'Arnel htaitliennc, ces
paroles d1'un des pilus savanis confl'erenciers iodtlrnes : ].a I'orce inilitaire, si impo-
salt au prl niierl coulp tld'il, sl est Ila dll 'ii po oivor ronslitler I'unil6, I'ordre et
, la ptuissancl, parce qu'dlaiitl plus corps qiu'esprit, eil est i :a vie ve qcuee l'organo est
)i an sang s.












X AVANT-PROPOS
Cette th6orie, tell que nous venons de l'exposer, n'offre d'ailleurs
aucune opposition & celle du president d'Haiti, lorsque celui-ci
disait dans une celebre proclamation : a Relever le credit h
l'etranger, le travail & l'interieur, ne chercher la fortune que dans
les efforts de l'activiteindividuelle, et non dans la poursuite des affaires
v6reuses; detourner une jeunesse inquiete, faute d'occupations, de
la recherche des places publiques; la diriger vers agriculture et lin-
dustrie, et, pour cela, creer, avec l'ordreet la scurite, les moyens de
credit et de circulation, sans lesquels rien ne peut 6tre entrepris;
enfin, aux revolutions politiques, qui ne sont que la coalition d'int6-
rots pour l'assaut et la dilapidation des resources g6norales, subs-
tituer une revolution economique par les encouragements et les
facilities mis a la portte de tous, tel est mon programme, tel est celui
que je desire voir accepter de tous n.
Ce sont deux manieres de s'exprimer qui conviennent: l'une au
chef du pouvoir proposant le but, l'autre au ministry, appr6ciant et
mettant en muvre les moyens. Elles ont toutes les deux le meme
objectif: la paix, qu'on ne saurait maintenir sans le travail qui en
est comme l'aliment, sans l'armne qui en est la garantie (en Haiti
surtout). Une paix sans le travail doit enfanter la misere : ce serait
le commencement de la guerre civil. Oui, ii faut aux nations une
paix active ; le travail est lo plus str moyen de l'obtenir; sans lui on
songerait en vain a des r6formes utiles.
C'dtaitdonc pour aider le general Salomon du moins en ce quinous
concernait et dans la measure de nos forces a atteindre le but qu'il
poursuivait, qu'on nous entendit faire des appeals i. toutes les forces
vives du pays, force morale, force intellectuelle et force physique du
people. Nous avons compris que, la force gouvernementale ainsi orga-
nis6e, l'hommed'Etat,s'il ne succombe a ce qu'on nomme (les tenta-
tions de la puissance), peut, sans crainte et sans colkre, arriver avant
longlemps a pacifier les esprits et t calmer les passions. It pourra
encore, avec plus de droit, agir sevirement contre Lous ceux don't los
efforts paralysent son action, qui tend au salut du pays.
Mais des gens qui n'ont jamais senti broiler en eux le feu du patrio-
tisme, en nous voyant si passionn6 pour la chose publique, nous accu-
saient de vouloir, dans nos dimarches, tendre la main anx lib6raux.
11 faut ici n6cessairement fire une distinction et se demander ce
qu'on entend par lihbraux. S'agit-il des libraux de la grande cole
des Isambert, des Wilberforce, des John Brown, des Marion, des












AVANT-PROPOS X1
Jn Simon? A ceux-la, je tends encore la main a travers la tombe.
S'ils ne sont plus, ils ont laiss6 n6anmoins ( un example de vertu et
de courage >), les uns dans le souvenir de leur existence, les autres
dans celui de leur mort.
On peut trouver encore des hommes qui ambitionnent la gloire
de les imiter en protestant toute leur vie contre toutes sortes
d'exclusions, en s'imposant le devoir de d6fendre les faibles, les
opprim6s, et en faisant r6gner partout la justice, quoi qu'il puisse
leur en colter. Ces hommes-la forment une 16gion d'elite qui est
l'honneur de l'humanite.
Or, cette 16gion de lib6raux ne date pas de dix ans seulement; ets'il
faut, par rapport h notre redemption politique et social, lui fixer une
autre date dans Ie temps, on doitremonter jusqu'au berceau meme de
notre ind6pendance. C'est elle encore, cette 16gion, qui, apres la ter-
rible 6pop6e de 1867 a 1869, Mlit, pour representer ses idees et d&-
fendre ses int6rets politiques, quelques citoyens au nombre desquels
ont figure au premier rang MM. Boyer Bazelais et Edmond Paul (4).
Mais ceux-ci, apris l'avenement du general Boisrond-Canal a la pr6si-
dence, ne tarderentpas a se constituer chefs de parti etpr6tendants.
C'6tait, d'ailleurs, leur droit, personnel ne peut le contester, car tout
Haitien, s'il est n6 de pere Ha'tien, s'il est propri6taire d'immeuble
en Haiti, s'il a l'tige voulu, peut aspirer a devenir le chef du pays;
mais dans la position de M. Boyer Bazelais a la Chambre, ,tre chef
de l'opposition et candidate a la presidency, c'etait une faute (2).


(I) C'esl en cr teinps-li l que le Pgi;nral Salom1onI. proscrit lIi-inmIne, ecrivil ces lines:
SVeillous cillanlin a1il salul common; avertissonls le pout\-ir, 6,clairoils eiux qui ont
liesoiii tlo l''lI'e 'et soulenoiis ile nos syiopalliiies cs I iomnmes td'lite que nons \vovons
:li S6nal, a ]liaChambre et dans in prosse, et don't Ie plus grand mn6rit est Id ne pas
tisesprncr dae la patrie, (ui'ils (iltlendont avec anilant do talent q(iue de courage (1872), .
El la conflance I'ut tolle ilans le sentimlenl tie justice (qui s' st nmanirest' it ]ai Chiambre
ties d(ilpiu'ts, dte 1870) a 1j870. (que toll les iiarlis vainicrls, r isln;avislcs, salomonisles et les
tiomlinguisles ilix-iln'ico s. s''ailllt Inis a poiissor le (cl1r d' ctes mossiiurs, ilout ils
out larl'g ieiie l (olilrilt a lain' a Ili forhlin politiiull :loux-ci in piiluvent otliliicr (u111
ci' pairlis, alorls lilu'iilris, 6ilaiciil dlla s l]'i[ur jlet Is s pi issanls atlolts; aussi avaiietl-
ils :lIissi. rii'tei'l i t'ils i;laill l IIdes sa;lon)iiinisl'es. C ll cr(: o ( yan;ii s'ac'cenIil ait tellenlilll
qi'll jii journal, orlgale d Il'olpposilioi, arriva il jollir il dirhe : inous a olls Irois cii'al i-
dals i la: prsidenlit : lnyer l inzelais, Pauli et Salomon. Voili la tv6rith4 vrai.
(2) Oni a viin J.nlls tGr\vv, prlcsidient dle la Cl:hanlilre oin Frane, de'venir chlief d
I'ltal Iin re mplacoml ient hI inal;lihal de Ma:c-iaholl. Cil a s'est pass( ti' rs natnrelle-
menil. ot l'opposition senle' v li'oiv:a Ai IroIir; la raison Cii n est qii' .~ rI. li li. on













XII AVANT-PROPOS

D'abord, parce que sa candidature ne pouvait 6tre populaire (4);
ensuite, parce que repr6sentant d'une population, ii allait devenir le
reprssentant de sa prupre cause : le mandataire du people parait
alors suspect a la nation (2). On ne peut 6tre a la fois juge et parties.
A partir de ce moment, un group se detacha du grand part
comme une branch d'un arbre genealogique, selon le language ma-
gistral de M. Ed. Paul. En s'organisant, it devait fatalement revetir
le caractere distinctif de tous les parties : ii se fourvoya. L'action de-
vait se circonscrire; on n'6volue plus que dans un cercle qui est
l'exclusion. Aussi le vit-on, ce nouveau group, commettre les exces
que sa formation devait n6cessairement amener.
I1 rejeta de son sein ceux-la qui, naguere encore, au nom des prin-
cipes lib6raux, avaient vers6 le plus pur de leur sang, mais qui, a
leurs yeux, avaient le tort de ne pas vouloir sacrifier a la candidature
de M. Boyer Bazelais.


cclair6, sage ct hionniel r6publicain, n'avait pas dti un prtecndant. nicn de plus fu-
neste que d'6tre candidate A la haute magislralure. C'est pour avoir 6t candidate que le
g6ndral Salomon lui-mome est rest vingt ans en exil; ccst pour avoir 6t1 candidate
ou pass pour tel, que la popularity de M. Leon Gambetta a un moment souffert. Les
pervers le savent; aussi, des qu'ils voulent se dbdarrasser de quelqu'un, s'empressenl-
ils de l'afnubler du tilre de candidate.
(1) 11 noe allait pas so faire illusion; les salnavistes, les salomonislcs, les domin-
giiistes m6me, qui, en juillel 187(, places dans 1'alltrnative do choisiretre le g6ndral
Canal ct .1. Boyer Bazelais (lo colonel Boyer, disait le programme), avaient pench6
pour ce dernier, n'ont jamais vu on liii lour iddal; ils l'appuyaient, I'applaudissaient
come chef du parli de l'opposition, cn face des gouvernemenis qui n'avaient pas leur
sympathie. Mais entire Ic sentiment qui, t une 6poque, los portrait vers les libhraux el
le sentiment d'amour et do v6neration qui port tout uin pcuple a s'enthousiasmer pour
un homine, il y a loin, tres loin.
(2) On r6pite A l'envi, et on ecrit dans los journaux tles brochures, que tel jonr, lel
home a (16 t1u ddputd par 10000, 00, 900, l,200dlocteurs. En droit, c'est bien ; nmais en
fail, cela est-il sdrieux? Ceux qui dissent cos choses,ctqii ont int6rdt A les proclamer,
savent bien, dans lenr for intilrieur, ce qui on esl. Par respect pour lcs institutions
r6puhlicaines, on est force de se taire. On sail que le people, on Ia'i'li, est encore
indiff6renl au bulletin de vole. C'est un malheutr, mais cc peIple a son sentiment;
il a son ianatisme. MM. Boyer Bazelais ct Ed. Paul en I'urent si pou lcs represenlants,
qn'aujourd'lhui encore il sufl'it d'agiter lours noms pour provoquer dans le people
in1 tressailleineiit tel, que 1'on croirait avoir vii 1111 lpoph[ile quelcolique luii p1)(-
cher lta guerre sainie. Ces di tuls rI'lict si pen populaires que, imtime apris le
triomphe de la rlvolulion qu('ils avaiclet provoqu6e, ils iI pouvaicnt reoneltre le pied
sur le sol oil los attendaient peut-i'lre leurs anciens 61oelcurs dans des sentiments lout
opposes.












AVANT-PnOPO. XIII
II taxa d'hre6sie toutes les manifestations de la pens~e qui n'eurent
point sa sanction ou que son g6nie n'avait point inspirees. II inter-
pr6ta la Constitution et les lois dans le sens de son inter6t particulier.
II voulut d6centraliser, il centralisa. Ce n'etait pas assez de la
direction politique, il lui fallait la direction municipal et celle du
conseil d'arrondissement.
En v6rite, ce n'6taient point la des tendances addquates au vrai
lib6ralisme. Celles-ci ne pouvaient avoir pour effet qu'une d6sorga-
nisation general. Ce qui eut lieu : la liberty devint la licence, 1'ega-
lit6 l'anarchie, et la fraternity l'egoisme.
Alors, on put bien repeter, avec le savantetillustre Arago: theme aux parties politiques qui jugent les causes politiques! a
C'est done a partir de ce moment que la scission se declara et que
le parti du people devint parti national, en opposition au group qui
garda le nom de parti liberal.
Mais le parti national lui-meme garda-t-il I'unit'? IL y eut des fai-
blesses, car, avec la pretention des d6put6s liberaux, d'autres pr6ten-
tions s'etaient aussi donn6 carriere. Ce parti se fractionna en plusieurs
autres groups, qui restrrent simplement unis dans une commune
reprobation centre la doctrine de la rue Pav6e, incarnee dans Boyer
Bazelais. Des nuances diverse se dessinerent : on vit le national-
libdral, le national-salomoniste, salnaviste, dominguiste, etc.
En presence de ce sauve qui peut general, ii y eut naturellement
des hesitations : les homes s6rieux se ravisrrent. II fallait pourtant
se d6cider; les uns prirent alors parti pour le pape, et les autres
pour l'empereur (1). Des cet instant, on ne travailla plus pour une
idee; l'int6ret, la passion s'en mdlant, chaque group tourne autour
d'un homme (2).
Tels sont les faits que l'histoire aura demain pour mission d'6tablir
dans leurs plus minces details.
La politique a ses necessites; elle est la science des combinaisons.



(1) Le parli arislocratique et le pari populaire, distinction anticonslitutionnelle en
Flaili.
(2) 'En ce lemps-Ih, oin pouvaiL connaitre Ies ;uins du gdndral Salonlon. Les nalio-
naiux-liil' rax, saliavisles et cacos, (voluaient enlre lui ct lc g6idural Mentor Nicolas;
Ies rlomingiuislcs plnchlaienll du c6t diu general Benjamin Montmorency. On le s'ai-
mail pas plus les uns les autcrs; on s'observait, on discutait les chances; on jugea du
merite des candidates.












xIV A \VXN'T-]ll'ioOs
11 y a des moments oit les parties doivent savoir prendre une direction,
autrement ils s'exposent i p6rir infailliblement; aussi, les nationaux,
le comprenant ainsi, s'empresserent-ils do crier un centre d'action.
Ils fondcrent le comit6 du Ralliement, et aussitot parut un journal
qui en prit le nora et devint l'organe du parti. Le programme suivant
'ut accept et public (1) :


PROGRAMME

a Nous soinnes, nous, 1o part de la conciliation et de la recon-
ciliation.
Nous sommes convaincus quo notre pays ne connaitra que des
ruines et des desolations tout le temps qu'un loyal et sincere accord
ne sera pas etabli ontre tous les gens de bien, entire tous les bons
citoyens inettant en common leurs efforts, leurs lumieres, leurs
bones volontes, leurs sentiments, pour reliever cette chare patric,
cette pauvre patrie, si pros de l'abime.
Nous sommnes convaincus que notre pays ne sortira jamais de la
misBre et de la honte tout le temps qu'il sera en proie 5 une politique
d'exclusion dormant une Eglise dans 1'Eglise, un Etat dans un Etat,
un camp dans le forum, ayant un mot d'ordre et un mot de passe,
entretenant des haines et des ressentiments, vivant de mefiances et
d'arriere-pensdes, alfectant des doctrines absolues et travesties,
exploitant une sorte de monopole d'influence et de civisme; ecartant,
eloignant, proscrivant, tenant come au lazaret ou au ghetto tous
ceux don't on fait des 16preux ou des reprouves, c'est-a-dire tous
ceux qui n'appartiennent pas a la cont'rrie, quelles que soient, d'ail-
leurs, l'Plovalion d'Ame et les aptitudes qu'ils puissent apporter au
service de la chose publique, de la chose commune.
Nous sommes convaincus que le premier intt6rt de notre pays, en
ce grave moment, est l'effacement des divisions, l'abolition de 'in-
trigue, l'apaisement des esprits, l'oubli, plus que l'oubli l'abrogation
du pass.
Nous croyons et nous professions que, pour sortir de l'dtat dange-
reux oit nous nous trouvons aujourd'hui, ii faut la conciliation et la


(I) Celti (iq i n ldigia re piropgra nt'il cl p lui esl nil ties Ilailiolis les lius i isinigts.
(tlait I iu e (lioque[ lui a ssi, (helieC' l'llloplosiii ol l ,journaltisle. Jalinais, poulrlall, il
n 'avai t lo)]' el.'ldl 'Ml'l ]'ilnc'arl in atio n lu li ali











.\YAN'T-1 IoPOS NX
reconciliation. 11 taut, c'est l1 notre sentiment le plus intime, noyer
ce passe qui nous divise dans les ombres de la perspective, effacer
hier et mettre demain en pleine lumiere, au premier plan. II faut que
ce qui a 6t6 n'ait pas ete. II faut l'union dans l'unit6.
Nous n'aimons pas les baisers Lamourette; nous d6testons l'hypo-
crisie, la com6die en dehors des planches; nous repugnons aux
linesses perlides; nous avons horreur de la duplicilt, des petites ha-
bilet6s miss a la place de l'habilete; nous sommes la franchise. Et
quand nous offrons ainsi la main a nos concitoyens, sans exception
do parties ou d'opinions, c'est sinc6rement, c'est cordialemenl, c'est
loyalement que nous lefaisons. Nous obeissons, en cela, la fois h nos
convictions et a nos sentiments.
Les parties exclusifs, les parties fermes, n'ont jamais eu, n'auront ja-
inais d'avenir; n'ont jamais pu, ne pourront jamais faire aucun bien;
leurs triomphes, loin de la, n'ont jamais et6, ne peuvent jamais 6tre
que les pr6curseurs de la tempkte.
La raison de cela est bien simple B trouver : les allaires de l'Etat
n'6tant pas la propri6td de quelques particuliers, it n'est pas possible
qu'une nation permette qu'elles deviennent le bien propre, l'acquet
ou le patrimoine d'une compagnie, a l'exclusion de tous ceux qui
n'ont pas la grace d'etre du c6nacle, et it son grand detriment, a elle,
la nation; car, come l'esprit d'intrigue, issue n6cessairement de l'es-
prit de coterie, engendre a son tour les iniquit6s, met toutes choses
sens dessus dessous et provoque les agitations, ii faut fatalement que
la chose publique aille mal, soit en p6ril, quand une faction de ce
genre est parvenue a s'emparer des int6r6ts de l'Etat.
Cela est incontestable et incontest6. Et c'est pour cela que nous
sommes, nous, le parli de la conciliation, c'est-a-dire un parti ouvert,
ouvert a tous; conviant tous les Haitiens a se rallier a nous, a s'unir
a nous, pour que tous ensemble, unis et r6unis, nous sauvions notre
pays, notre heritage a tous.
Nous sommes le part du progres. Nous entendons par progrBs, non
point les utopies qu'on sasse et ressasse chez nous depuis quelque
temps pour faire du bruit, pour fire de F'esbrouffe; mais les combi-
naisons propres a mettre uu term b la misere qui afflige les families
ot d6shonore cotte belle terre d'HIaiti, les moyens i employer pour
reliever ce pays ruin6 en relevant et en am6liorant la production,
en augmentant par li les resources de l'Etat, et, du meme coup,
cells des particuliers.













II est clair qu'il n'est pas possible que le commerce que fait ce pays
avec I'etranger reste longtemps encore sur le pied oil il est, c'est-h-
dire non seulement improductif, mais ruineux. II est clair que cet
etat de choses ellrayant, oh la souffrance est intense et g6n6rale, ne
pourra dtre change que le jour oi 1'on aura appropri6 a notre popu-
lation les procedes d'administration et d'organisation qui font la pros-
p6rit6 des pays Mclairds, des pays libres.
C'est la n6cessit6, la necessity urgent d'entreprendre ces travaux
et la possibility de les accomplir, en s'y pregnant comme il convent,
qui nous inspireront, qui seront notre principal preoccupation.
Nous ne songeons, pour le moment, ni aux chemins de fer, ni a 1'6-
clairage au gaz, ni aux boulevards d'asphalte bordes de palais, ni h
la construction d'edifices somptueux pour la representation des par-
titions de Meyerbeer et de Verdi; nous ne sommes pas des vision-
naires. C'est par le commencement qu'il faut commencer. Nous ne
voulons que le possible, le necessaire, l'indispensable, c'est-h-dire
un peu d'ordre, un peu d'organisation, un peu d'administration, pour
tirer parti des facilities de notre sol privileges, combattre la d6tresse
qui 6treint les families, faire prosperer peu a peu la chose publique.
11 n'est pas possible d'6tre plus raisonnable ni plus pratique. Mais
ce desideratum, si modest qu'il soit, ne peut s'obtenir, ne peut s'en-
treprendre m6me, si des hommes vraiment 6clairds, vraiment clair-
voyants, vraiment capable de conduire les affairs publiques, ne sont
appel6s a m6diter, a travailler, pour trouver le moyen de 1'accomplir
graduellement, sans porter atteinte a aucuns droits.
A propos de ce respect de tous les droits, des droits de tous, nous
ajouterons une troisieme affirmation, a savoir: nous sommes le parti
veritablement liberal.
Nous sommes, en effet, pour le regime des lois avec ces libert6s nd-
cessaires qui suffisaient au programme de M. Thiers, la plus grande
autorit6 de ce siecle en matiere de system representatif et de gou-
vernement parlementaire.
Nous sommes pour les libert6s sans exaggeration, sans confusion,
les seules qui soient fdcondes, les seules qui ne soient pas nuisibles
a la liberty.
Nous nous declarons ami du gouvernement actuel; et cela est vrai,
et on le verra.
Nous sommes pour le respect des pouvoirs publics et de l'ordre de
choses 6tabli dans la R6publique. Et nous d6sirons pour notre pays


XVI


AVANT-PROPOS













des lois claires, simple, conformes h son caractere, faciles h com-
prendre, faciles h pratiquer, afin qu'elles puissent 6tre exxcut6es
suivant leur esprit, et qu'elles donnent reellement toutes les garanties
et les securities auxquelles tout homme libre a droit dans la vie so-
ciale. Ce sont des lois de ce genre que nous voyons chez les peuples
les plus estimables par la r6gularit6 de leur existence politique, par
leur prospkrit6, par leurs progress.
Itre liberal n'est pas un mystere, une sanctification miraculeuse
descendue du ciel sur la tete de quelques personnel choisies par
Jehovah comme les isra6lites de l'antiquit6 biblique, qui s'appelaient,
sans se g6ner, le people de Dieu. 2ttre liberal n'est pas le privilege
exclusif d'une association admise dans le secret des dieux, comme au-
trefois les inities aux mysteres d'Eleusis. Aucun parti politique, auoune
ligue, aucune cabale n'a recu d'en haut le d6pot du libdralisme, comme
jadis les flames et les vestales avaient la garde des autels et du feu
sacred; de meme qu'aucune reunion d'hommes ne peut, saine d'es-
prit, se vanter d'avoir i elle seule le privilege de la vertu, de l'hon-
neur, du merite.
Pour 6tre liberal, il faut d'abord 6tre n6 gOnereux, avoir des senti-
ments eleves, de l'elan; il faut ensuite avoir l'esprit assez just et
assez large pour reconnaitre que ce que l'on appelle le regime liberal,
qui n'est autre chose que le regime de la justice, est le mode de gou-
verner le plus propre i faire du bien aux hommes reunis en society.
Car le bien n'est pas seulement materiel, mais ii comprend dans son
vaste ensemble la satisfaction des besoins moraux, des tendances de
l'ame, n6e libre et maitresse d'elle-meme.
Bon nombre de ceux qui se disent liberaux ne le sout, come on
le voit, que de nom ou h leur maniOre.
La plupart, on effect, de ceux-la qui, pour les besoins de leurs plans,
se donnent si comiquement pour les repr6sentants naturels et les tu-
teurs des liberties publiques dans ce pauvre pays, ont ete toute leur
vie notoirement et traditionnellement opposes a ces choses, qui sont
etrangeres i leur manicre d'etre, h leur organisation concentree,.com-
passee.
Aussi font-ils sourire les gens de coeur, les gens nes lib6raux, qui
les regardent et les ecoutent.
Ce mot de lib6ralisme n'a pas, ainsi qu'on semble le croire, un sens
cache, un sens mystique, compris seulement d'une franc-maconnerie
inspire et illuminee; liberalism signifie justice, c'est 1 son accep-


AVANT-PnOPOS


XVII












XVIII A.\vANT-I'I;OPr-
tion la plus haute et la plus complete. Or, la justice n'est pas un
mystere.
Lelibdralisme, c'est le coeur, 1'equite, la raison et le raisonnement,
appliques i la constitution politique des nations. A ce titre, personnel
au monde ne peut se dire plus liberal que nous. Bien peu le sont
aulant que nous.
Mais il y a plus: on croit assez volontiors en Haiti, depuis quelque
temps, qu'il suffit de prononcer emphatiquement ce mot de lib6ra-
lisme, qu'il suflit de se proclamer liberal, pour l'etre en effet. Erreur
grande! Ces vocables sonores de liberalisine, liberal, principles lib6-
raux, ne sont pas comme des mots de ralliement n'ayant d'autre uti-
lit6 que de fire reconnaitre les adeptes d'une initiation; ces syllabes
bruyantes ne sont pas le sesame des cones arabes qui ouvre toutes
los portes et opore tous les prodiges, tant s'en faut. Rdgime liberal
est le nom d'un system politique qui a pour but de cr6er le bien ge-
n6ral au moyen de toutes les forces libres d'un pays travaillant libre-
rnent pour la chose commune. Ce systeme-la n'aurait aucun sens,
serait absurde meme, s'il ne devait produire des r6sultats. On cultive
'art pour l'art; on ne profess pas Ic libdralisme pour le lib6ralisme.
Cela serait pitoyable et risible. Quand on adopted les principles libe-
raux, c'est pour leur fire produire les avantages qu'ils donnent plus
facilement et plus completement quo les autres regimes, c'cst-h-dire
le bien public.
On avouera qu'il est ridicule de so dire liberal, d'avoir un regime
iib6ral, et, considerant que par ce seul 'ait tout est dit, de s'asseoir
paisiblement la ttle beate, plong6 dans la contemplation de son nom-
bril, come les fakirs ds l'fnde, et psalmodiant gravement routes les
dix minutes : Je suis liberal! je suis liberal!
Nous, cc n'est pas platoniquement que nous ainons le lib6ralisme,
mais pour lui demander les services qu'il rend a tous les pays qui
l'ont adopted, c'est-h-dire pour qu'il nous aide serieusement it fair
naitre la prosperity publique.
Voila comment, nous, nous cntendons les choses, et voila comment
nous nous appliquerons a les expliquer.
, I . .
On sait ce qui s'en suivit; on so rappelle encore les intrigues qui
aboutirent a la triste aflaire du '13 mars 1878.
Arrive, deux ans plus tard ani ministere, sous le gouvernement du
general Salomon, ancient president du comitd do IRalliement, nous












.X\ANT-PHUOPOS XIX
parlAmes encore de fusion, de conciliation et de reconciliation; mais
alors nous ne voulions point que cette fusion ne fit qu'une vaine
apparence, que le rdsultat de convenances affich6es sur les places
publiques; nous ne voulions plus de ces poignees de main donn6es
sur la place d'Armes; nous revions d'une fusion sincere, de la conci-
liation et de la reconciliation qui s'accomplissent naturellement dans
le champ neutre du travail national, encourage et devenu prospire.
Non, nous n'avons pas, pour cela, traii notre foi politique; nous
n'avons pas tendu notre main, de la faon que les malveillants l'ont
faith entendre, ceux centre lesquels le people en colere so porta
dans la lutte du 30 juin 1879, lutte qui devait se terminer si
tristement aux Gonaives. Ce part ne vit plus aujourd'hui que par
ses 6crits et les agitations qu'il a essay de provoquer dans le pays.
C'est le parti de la contre-revolution avec tousles maux qu'elle entrai-
nerait. Nous avons appeld, pour aider le gouvernementa constituer
une force s6rieuse et rationnelle, des homes qui n'avaient point pris
part d'une maniere active aux evenements, ou qui, n'ayant connu le
gdndral Salomon que par le portrait que ses ennemis avaient faith de
lui depuis vingt ans (1), 6taient devenus sincerement gouvernemen-
taux apres la proclamation du 23 octobre. Propri6taires et produc-
teurs, ils ne peuvent vouloir que la paix, et ne demandent qu'a sou-
tenir un gouvernement qui la leur assure.
Voilh des hommcs don't on peut dire avec certitude : x Ce sont
de vrais conservateurs ).
(( La paix quo je defends ne saurait itre exclusive; elle ne peut Otre
faite de joie pour les uns ct d'amertune pour les autres ), a dit le
president Salomon dans sa proclamation du oer janvier 1882. II ne
fut pas moins explicit deux ans auparavant, lorsqu'il ecrivit ces
paroles : I J'accepte la lourde responsabilite que vos suffrages
m'ont impose. Si je m'incline devant la volont6 national, c'est que
je crois retrouver dans ma conscience l'clho de la conscience de
tous; c'est que les sentiments quej'apporte au pouvoir, je crois, j'es-
pere, je souhaile ardemment les retrouver chez tous les membres de
cette socidtd, a quelque rang qu'ils appartiennent, a quelque parti
(lu'ils aicnt appartenu...



()(I) .I'i n rild Il pl 'rillcux honnemur u[u'a lour tie niui, d 11111o vivanl, il so cr.61i
lnm hI;'genldc (Salommom) .












XX AVANT-PHOPOS
Lapreuve que l'ancien president du comite de Ralliement, devenu
chef d'IEtat, n'avait pas chang i a cet 6gard d'opinion, peut se trouver
encore dans le fait suivant, que nous voulons raconter. Le 23 d6-
cembre 4881, dans une reunion au palais, oft furent provoquees de
chaleureuses explications sur la politique du jour, le president Sa-
lomon se leva a un moment donn6, et, sous l'influence d'une assez
forte motion, s'exprima en ces terms : ( On dit qu'h ma place on
aurait agi autrement. Eh bien! sachez-le, c'est grace a ma mod6ra-
tion que mon gouvernement a pu, jusqu'ici, se maintenir; si, arrive
au pouvoir, je cherchais a persecuted mes ennemis, a me venger,
deja peut-ktre on aurait r6ussi a me renverser ,.
Que faut-il dire de plus pour 6tablir la parfaite harmonies de nos
idWes avec cells du president ?
II y a des moments oil il faut savoir se concilier I'opinion : c'est ce
que nous avons cherch6 h fire (1). Et, chose digne de remarque, un
autre ministry, organe d'un gouvernement qu'on ne peut appeler li-
beral, M. de Persigny disait, en 4860, dans une do ses circulaires :
< Beaucoup d'hommes honorables et distingu6s des anciens gouver-
nements, tout on rendant homage h 1'Empire pour les grande
choses qu'il a accomplies, se tiennent a l'cart par un sentiment de
dignity personnelle. Temoignez-leur les regards qu'ils meritent; ne
negligez aucune occasion de les engager a fair profiter le pays de
leurs lumirres et de leur experience, et rappelez-leur que, s'il cst
noble de conserver le culte des souvenirs, ii est encore plus noble
d'6tre utile h son pays >.



(1) Le journal l'OEil, numniro di 7 janvier 1882, piblia lc programine i olitique 1di
nouveau minister, oft nous lisons ce qui suit :
( Le priucipe d6mocratique doit c6tir appliqu(', cn ce ([iii conicernce los emplois
publics, dans toute son inllcxible logique : aux ltionaux 'adminiiiistrat io u l pays !
Ils 6taient, ils seront peut-61re domiiain au pdril. II liut qu'ils soient aujourd'hui a
I'honneur!
Sous pritexte do rallicr les Inmcointens, oni a parfois oublid cc principc lUiildllirc. L0
nouveau ministi ro, esp(ironis-le, n'y 1mn;1(iqi(u'ra pais.
,es homes qui le composent soull Irop exp(:rimnlciilis p, llour i pas s:avoir (ll'Oll li
r allie ricn avec cc system flux el balard: de Ifusion l(lotyale. l.'lihonn poliliqui e (cli
en essaic gagne parlois dans un ierlain miliiieu un p olil. letii laritiL itphuimi(re el
malsaine, mais c'est. toujours au dLiriimenL do F':lal, au d(thrimoiil tdI ch1'11quil sorl! )
Heureusemeni, les citoy.ens quc nous avons appcl6s pour former des c'nminis-
sions soil agricoles, soil industricllcs, n'ont pas ou besoin d'cmplois publics pour vivre.













AVANT-PnOPOS XXI
Telles sont aussi nos convictions et telle a 6t6 la line de conduite
que nous avons tenue pendant une annie au minister.
Nos accusateurs ne se sont pas arret6s k l'imputation que nous
venons de demolir; sous le voile de l'anonyme, ils voulurent encore
nous briser. Apres avoir travaill6 a nous rendre suspects, ils combi-
nrrent les moyens de nous faire quitter la place, en nous d6signant
au people comme un aristocrate. Finalement, quand ils nous croyaient
assez compromise et non encore decide a fuir, ils nous lancerent le
coup de pied de l'ane. Quelques extraits d6voileront encore mieux
leurs machinations.
Le 15 novembre 1881, quand nous 6tions encore au minister :
( Voyez ce qui se passe, disaient-ils : dejI vous n'avez plus con-
fiance en Piquant, votre gat6; le bruit court mrme que vous devez le
fire arr6ter, au point que Mme Piquant s'en alarm et s'informe.
) Vriquain et Prophote conspirent ouvertement; vous Ates seul a
ne pas le voir, Lysius.
Legitime se mAnage l'opinion genBrale et insinue gracieusement
ses droits a votre succession. a
Le 28 f6vrier 1882, quand dejh nous avions quitt6 le minister :
a Renvoyer LAgitime, le seul lien qui vous attachait a la soci6t6 (1),
est une faute capital don't vous devez pr6voir d6ji les consequences
- (JAcoT). )>



(1) Co ballon d'essai le produisit pas l'eflit qu'on en attendait. Mon arbre g6ena-
logique, :i moi, e'est la souchoe dn people. Le president, don't on voulait apparemment
lesser ':mnour propre, nous dit cci, en parlant de Jacot : e Vieille ficelle que tout
cela!... Iu temps de Christophe, un parent tie ..., qui etailt i l'tranger, s'est servi des
mtOmes moyens pour fire imonrinr ul ennemi qu'il redoutait dans l'entourage du roi.
11 litadroitcnient tomber entire les mains de celui-ci une lettre adressec A cet ennemi,
auquel on semblait accuser reception d'une lettre politique ).
Or, on le voit, pour etre chef d'Etat, en Haiti, il faut dtre instruit de tout et avoir
de 1'experience; on doit, surtout, connaitre i'histoire de son pays.
Mais hi no doit pas se border la question. Examinons un peu, cherchons A ddcou-
vrir le but inavoud de cetle phrase : seal homine dle society, etc. lei, le mot de so-
cid6ti si impolitiquement choisi, si improprement employed, devait, dans la pensde de
l'auteur, avoir pour effet de nous mettre hors de cour, en rendant notre presence
insupportable dans le pays. C'etait provoquer sur toute la ligue des amis du pouvoir
I'indignation de l'orgueil froissd; il devait s'y produire un tolle g6ndral rdpondant au
sublime hosanna du pamphldtaire dans ce Jacot sans couleur.
Qu'entend-t-on, d'ailleurs, par society? La society c'est le people, l'ensemble du
people formant la plus puissante personnel morale dans I'Etat, jouissant d'un droit












XXII AVANT-PIIOPOS
Un autre jour, vers le mois d'aoOt de la meme annie, quand les
passions se sont manifestoes :
Deux encore ; nominmr. Oh! quo le tyran tremble!...
Puissent son ngunazil et tous les doux ensemble,
A ces noms d'ai;aljens ct Prosper Bellaton,
Nous indigner d'horrour, crever sous Ie bAton!
O Georges Haintjens! Innocent victim
Do lAchl trahison; tu crois en Lg'itime
Comme on croit A l'ami, et l'infiAme to vend
Comme Judas vendit Jesus pour de l'argent.

En v6rit6, en face de pareilles contradictions et d'inepties qui d6-
couvrent une profonde malveillance, il n'y a plus qu'h secouer la
semelle de ses souliers.
Mais il y a encore des gens qui, dans leur d6pit, ne peuvent nous
pardonner d'avoir fait 1'Exposition. Ils jettent partout de hauts cris,
disant : II a gaspill6 l'argent du pays! Pourquoi une Exposition? Le
pays est-il assez avancA?... Ma foi, ces gens-lh m6ritent de la piti6;
car nous craignons que si le pays leur demand compete un jour do
leur administration, ils n'aient h presenter que des manceuvres
de coulisse et les fautes de leur vanile. Qu'ils sachent qu'en politique,
le meilleur systmme d'6conomie est celui qui a pour but 1'accroisse-
ment de la richesse publique, et que partout les expositions y con-
courent pour une large part. Ah! si avant le president Salomon, si
avant notre arrive aux affairs, ils avaient trouv6 d1ans leur
vaste cerveau quelque chose qui remplacit la ridicule cer6monie du
couronnement des campagnards ('1), nous n'aurions pas eu, nous,



6gal en politique. Une sociWt6 est naturellement divisco en classes, que maintient
I'in6galite dies conditions morales et intellectuelles; mais elle no pont jamais signi-
ller une classes privil6giee. VoilA le sophisme de nos politicians devoild.
A cela, Ml. Thiers a deja rdpondu : ( La RCpublique sera conservatrico, on elle no
sera pas....... La Rdpublique n'est qu'un contre-sens si, au lieu d'itre le gouverne-
ment de tous, elle est le gouvernement d'un parti quel qu'il soit. Si, par example, on
veut la repr4senter comme lo. triomphe Id'une classes sur uno autre, A l'instant on
Mloigne d'elle une partie du pays, tine partic l'abord, ct le reste ensuite r.
(1) Disons, rcpendant, que I3. Ielo rme, it son passage ait miniisis'e do l'iintlrio(ur cl
de l'agriculliire, voulut inaugurer in in'milliouei syslitln e tl'eoiIvillragi'eneil. 11 nrdoniin
bien d'organiser des concourse dans lonte lia lptipublilqut, mais la rvi'oltuion, qui iti
tarda pas Ai 'later, nt permit pas que son inionlioiln. mi;larig' ls pilus nobles ellorts
leinl's dlans e libut, fI'l mis ;'i em uie lionl.














nouveau venu de la politique, a faire les d6penses qu'ils nous repro-
chent. En organisant 1'Exposition, c'6tait r6aliser I, vNeu de tout le
monde et une promesse du chef do I'lItat, faite au pays lors de son
voyage k Jacmel.
Bion que, de tout cela, it ne nous revienne qu'un peu d'amertume,
nous nous r6jouissons, neanmoins, en pensant qu'au 4 septembrel881
le people fut heureux, el que le gouvernement actuel nous rendit
justice lorsquc, six mois apres notre mission, il disait dans l'expos6
gtn6ral de la situation :
a L'Exposition national a d6pass6 les esp6rances que s'6taient for-
m6es mon gouvernement dans cette joute de l'industrie. Dix-huit
cents exposants des divers points du pays y ont envoy leurs pro-
duits, et de 1'6mulation qui doit naitre de cette oeuvre sortiront d'heu-
reux fruits pour l'avenir. La distribution des recompenses a t16 faite
a plus de trois cents industries. Malheureusement, elle n'a pu Utre
entouree de la pompe n6cessaire, en presence de l'6pid6mie qui s'est
abattue sur la population de la Republique. Si de fortes depenses ont
6te faites pour ce premier essai (1), certes elles ne seront pas per-
dues, et l'annee 4881 marquera une de nos meilleures tapes dans la
voie de la civilisalion rdelle, effective ,.
Tel est 1'expos6 don't nous avons cru utile de faire prec6der le long
et laborieux travail que nous avons entrepris, afin d'eclairer le lec-
teur sur les 6v6nements qui ont marqu6 notre passage aux affairs
de l'Etat.
















(1) Ces fortes d6penses so sont levees i la some de P. Oi1,053,39, augmentdes
d'une autre de P. 5,000 d'escompte en faveur de ceux qui, pour realiser les avances
qu'ils avaient faites, ont 6tW obli\gis d'escompter leur ordonnance A 20 pour100.


YAVNT-Pn OP Os


XXIII








































I..'










UNE


ANNEE AU MINISTER

DE L'AGRICULTURE ET DE LINTERIEUR






PREMIERE PARTIES




CHAPITBE PREMIER

Notre entree au ministere.

Le 10 dicembre 1880, le president d'Haiti nous fit appeler
au palais; nous nous rendimes imm6diatement aupres de lui
pour entendre les communications qu'il avait l'intention de
nous fire. Nous 6tions alors bien loin de penser a la pro-
position que Son Excellence allait nous adresser.
II 6tait revenue pr6cipitamment du Sud, oi, depuis plus d'un
mois, il faisait sa tourn6e, visitant partout les populations;
son brusque retour au milieu de nous 6tait commandG par le
besoin qu'il avait, nous dit-il, de s'occuper, a la capital, de
pures questions administration. Son Excellence nous accueillit
avec sa bienveillance ordinaire et se hata de nous dire a pen
pras ces paroles: Je dois bient6t reformer mon cabinet; en
attendant, et comme on fait circuler certain bruits, je vous
appelle pour vous charger du portefeuille des finances...











2 NOTE ENTRI:E .A 311INIST' I:E
Mais pour vous creer une situation plus conforme aux nou-
velles functions que vous allez occnper, je vous nomme
secr6taire d'Etat de l'agriculture ,. Co t6moignage de
confiance nous fit line agrrable impression; nous ne pouvions
nous d6fendre d'un sentiment d'orgueil en pensant, des lors,
au r6sultat qui pourrait r6sulter des efforts que nous allions
deployer dans cette nouvelle et haute position confine A
notre patriotism.
Nous accepthmes done la proposition du president d'Haiti;
mais, nous devons le dire, au fond de notre coeur, nous
sentimes aussittt comme le contre-coup du premier mouve-
ment qui venait de se produire en nous, c'etait la manifesta-
tion d'un sentiment non moins fort que le premier, le regret
de renoncer i uine position dGJ.i acquise par vingt-trois
annies de service dans un autre post de contiance. Directeur
de la douane du Port-au-Prince, apres avoir parcourn tous
les degr6s hierarchiques de cette administration, nous ne
pouvions quitter sans un serrement de coeur le milieu dans le-
quel nous avions pass la plus grande parties de notre jennesse;
aussi comprendra-t-on facilement que notre motion dut
modifier la satisfaction que nous avions tout d'abord 6prouv6e.
Le lendemain, samedi -I' d6cembre, la nonvelle de notre
nomination flit rendue publique par l'arrit6 di chef de l'Etat,
ainsi conCe :

SALOMON, president d'H11Hti,

Vu l'article 1.24 de la Constitution :
A ARRETE et ARRiTE ce qui suit :
Art. er'. Le g6n6ral de division F.-D. LUgitime est
nomm6 provisoirement secretaire d'Etat de l'agriculture; et
il est charge, par interim, du D6partement des finances et du
commerce, jusqu'au retour du titulnire, M. Charles Lafb-
restrie, en mission i Paris.
Art. 2. Le present arrrt6 seraimprime, public et ex6cut6
i In diligence nd secretaire d'Etat de l'interieur.











NOTE ENTREIE AU MINISTSIRE 1
Donn6 an Palais national du Port-au-Prince, le 9 d(cembre
1880, an 77e de l'Independance.
SALOMON.
Par lo pril'nsi ln :
Le secredtaire d'Etat de l'intprieur,
]Evariste LAROCHE.

Maintenant, quels sentiments cette nomination provoqua-
t-elle A Port-au-Prince et ailleurs? Nous stmes bientbt que
le commerce de la capital regrettait vivement notre subite
retraite de la douane, oh nous lui rendions de grands services
en prot6geant des int6rits qui sont la source d'oui decoulent
les revenues de l'Etat; car nous nous 6tions trouv6 souvent
dans la n6cessit6 de concilier les exigences d'une loi ancienne
avec les progr6s journellement accomplish dans l'industrie et
dans la navigation. Ailleurs, coimme Port-au-Prince, on
entendit tous ceux qui partageaient les id6es que nous avions
d(ja publi6es, applaudir A notre 6livation. D'autres ne
cacherent point leur satisfaction de nous voir subir la p6nible
Ppreuve du minister.
Ce n'est pourtant pas chose facile que d'6tre au pouvoir
lorsqu'on a d6ja fix6 sur soi les regards de tous; que les uns
attendant beaucoup de votre savoir-faire, et que d'autres,
doutant do vos moyens, s'appretent ;' los paralyser. On
court alors plus facilement le risque d'un naufrage, et, pour
cela, il ne suffit que d'une hesitation. L'opinion qui, souvent,
nous porte bien haut, en se modifiant tout A coup, peut nous
laisser sur des 6cueils.
Rentre en nous-meme apres les premiers moments de
perplexitds, nous nous primes A considerer r6solument les
difficulties de la tAche qui nous dtait impose. Voulant repondre
dignement A la confiance de celui qui nous avait choisi, et A
l'attente du public qui nous appuyait de ses vceux, nous nous
empresshmes, dis le jour mIme de notre nomination, de
soumettre au president d'Ha ti un court apercii do nos vues











4 NOTRE ENTRIfE AU MINISTnrE
sur les finances et sur la fagon don't nous entendions les
administer jusqu'a l'arriv6e du titulaire, M. Charles Lafo-
restrie.
Le 13 d~cernbre, en pregnant les renes du ministere des
finances, nous demandames au chef de division de ce d6par-
tement la situation des difftrentes tr6soreries et I'etat de
la caisse de la RHpublique. MN. Brutus Saint-Victor nous remit
les notes suivantes :

Tr6sor general. Existant en caisse.......P. 70,000
Caisse d'amortissement. Titres retires de
la circulation............................................ 194,339 62
Chambre des comptes. Dito................... 45,086 26

Total.............P. 239,425 85

Bons compensables d6livr6s jusqu'a la date
du 9 decembre......................................... 766,883 49
Bons A chances fixes 6mis par le Tresor
gt n6ral............................................ ....... 120,955 90
Total...............P. 887,839 39


En ce moment-IA, come on 6taith l'approchedes f6tes de
fin d'annee, les fonctionnaires publics, qui n'6taient point
pays depuis le mois d'octobre, commencaient As'inqui6ter, en
raison des d6penses obliges qu'ils allaient avoir bient6t a
fire. II fallait trouver de l'argent pour satisfaire des besoins
si 16gitimes ; et, pour payer ces seuls appointments, le Gou-
vernement jetterait du mime coup dans la circulation une
valeur assez considerable. Dans cette occurrence, nous con-
voquAmes au ministere des finances les principaux n6gociants
de la capital; et IA, apr6s leur avoir expos franchement
l'etat de la caisse et leur avoir indiqu6 les resources sur
lesquelles le Gouvernement pouvait computer, nous leur tra-
cgmes la ligne de conduite que nous allions tenir atin d'arriver,
le plus t6t possible, au moyen de ses resources, a 6quilibrer












NOTE ENTRIil-: .\ N MINISTRFRE
la situation du tr6sor public. Ces messieurs nous 6coute-
rent avec int6r6t et avec une entire confiapce(1) ; ds ce jour,
ils ouvrirent leurs bourses au Gouvernement, mettant ainsi A
notre disposition les valeurs don't nous pouvions avoir imm6-
diatement besoin. De cette fagon, nous primes payer, a la date
du 27 decembre do cette meme ann6e, tons les appointments
dfis jusqu'alors, y comprise l'exercice du mois courant.
Quelques jours apris notre installation, le president d'Haiti
Atait reparti pour les Cayes, d'oh il devait se remettre en route
pour achever sa tourn6e dans le d6partement du Sud. Jusqu'a
son retour, qui eut lieu le 26 d6cembre, le Gouvernement fut
represented a la capital par M. Evariste Laroche et nous.



(1) Un mois plus tard, Ic commerce donna un grand banquet en l'lionneur du
chef de l'Etat. Dans cc banquet on porta tis toasts aux membres du cabinet :
celui qui nous fut adtess6 t6idoigne de la conliance 1dont nous parlons.
M. Louis Rivibre s'adressa ensuite en ces termes au secretaire d'Elat de
I'agriculture, charge des linanccs :

< Monsieur Ic Secrktaire d'lEtal,
Le coinitd cliarg6 d'.i ir htcr Il p)rog'ra iLnl d la fI' te gracioiusenimnt ol'ferte i
Son Excellence le Prdsident de la hpIublique, in'a fait I'honncur de me
designer pour porter, au nom du commerce, un toast en votre honneur.
Je lie sais, vrainiinl, ;i qiuoi je dois une si grande inarque die confiance.
Mais j'en suis prol'onddment touch, et, je m'empresse de Ie dclarer, j'ai
accept avee un veritable plaisir la tickle quli m'a idl conlfide.
J'ai accepted avec plaisir, ai-je dit. C'cst qu'en effet, il m'est personnellement
agrdable d'avoir, cn ceete solennitd, A rendre un lioniiage public, et justementl
nmrid, an citoven eclaire et estimable sous tous les rapports, que la sagacity
du chef de F'Etat a appeld au pouvoir conune ministry titulaire de l'agricul-
lure et provisoire des finances et du connmerce.
Et cet lommn-age que je me plaisi vous rendre, Monsieur le Secrdlaire d'ftat,
est d'autant plus 16gilime, que Ie commerce, don't je suis l'organe, et qui a
I'honneur do vous connailre particulirement, fonde d1ja, ct i just titre, sur
vote admiuislralion, les plus clihres esperances.
En eflel, Monsieur Ic Secrdtaire d'l:tat, le portefeuille de l'agriculture, que
vous a confide le president d'Haiti, est, sans.contesle, un des plus ilnportants,
et peut-itre minme, i certain points de vue, le plus important, chez nous du
moins, des dCpartements ministiriels.












SNOTI;E ENT liE .\L .IN.1Is'IT RE
A cette 6poque de l'ann6e, la joie 6tait dans tous les caeurs
et l'ordre r6gnait dens tout le pays. Aussi, le premier janvier,
qui est partout un jour de f6te de famille, mais qui, pour nous
autres haitiens, est particuli6rement celui d'une fete 6minem-
ment national ; car c'est le jour auguste et triumphant des
fondateurs de notre ind6pendance, on s'abordait franchernent
en so donnant la main. DjAt, la veille, le chef de l'Etat,
r6pondant aux souhaits de bonnie ann6e que M. Archin lui
exprima au nom du cabinet, avait donn6 a ses ministres un
haut t6moignage de confiance et de satisfaction. ( Dans le
Conseil, avait dit le secr6taire d'Etat de la justice t la fin de
son discours, il peut nous arriver parfois d'etre opposes A vos



Un vasti champ est dilsonmais onuvrt i vus capacities ec a vutrc 6iiergie.
Bicnt6t, ii n'appartienidra plus qu'au (;luvernement, et celtte grande gloire
estl rise'rvtsi att president SAI.uMlON, que los graves questions cuonoiniques
qui sonul n discussion depuis ddjit si loIlltemps, et qui revieniicint p6riodi-
quemcnt siurl le lapis, in soiont ddliitlivi meit rdsolues, au piliis grand ponlit
de la nation.
,\lois, li: hautle sullicilude du ouuvcrimiii'iutt devra se porter plus parlctiu-
liiremeit sur l':i-,riculltur cVt le commerce, ces deux puisstanl s lcviers de lta
prospdl(iti na lionale
Lie coming rce et l'airicilture Ilorissail s, el, par suite, la tranquillild
publique' assurie, it est impossible que dans t11 avenir plus on imiuinsprocliain,
noitre pauvre pay, 1 noire chibre lIaiti, iinauer su 1rnomriii e ii La Reine tdes
Antilles n, tI reprcine i bien vite son anlcienne splenIdour.
Qucl bonliceur alors pour tous .. Mais je m'apery,'ois que i je in'oublie; je
me suis laissa e i'alriner pa'r une perspectliv'.. bieii sduisantel, e e ffeit, ct jC
in me n rappelais plus, 3Moinsieur le SecrldMired'l'lalt, qu Je R suis chargId d vouLs
pr'Csenler les chialcurcuses eI silcires fllicitations ldu commerce, a l'uccinsion
ieiurecuse de votlr atviicncmiint al postO elev6 oui il a plu i Son ],xcll E ict
dIle ous appeler depuis pcu.
Le cominerce, doi lc temp.ramentet esl d'applalulr' ;'i tout ci' qn'il y a
d'hetureux. vouts soiuaite don; la Lienveilue, lMonsieur le Sicet'dl;airi d'Etal.
MIAttez-vous i :1'c luvre rdsultuent.
Et, suuteiiit palr lta V'Ilonl t iillbri anlabl' l dlu ilel d' I'tl; t, avre c lh conicolirs
iclaire cel patriotiquiie Lde 3 l's Secritaires d'ltal, vos cOillgucs. I'appui
o1110r dIe ivs cuiicitlocns, qui, ccrli's, Int vous I'ra pas ddlaul.
Satlvez i;i chise publique a











NrTn: i:Nlrn:E AC MINiSTlTUE 7
vues, inais Votre Excellence ne doit point s'embarrasser si sa
politique lui command de se s6parer de nous; nous le
savons, ii y a dtes n6cessit6s politiques qui s'imposent souvent
i un chef de gouvernement, et, a certain moments, les
hommes doivent s'elfacer pour satistaire les raisons d'Ltat n.
Le prSsident, apris avoir r6pondiu aux premii'res paroles du
ininistre, ajouta : ( Je saisis l'occasion qui m'est offerte pour
vous d6clarer, Messieurs, que j'aime toujours a recevoir des
conseils, que je ne suis jamais contrari6 lorsqu'on oppose des
raisons a ma mani6re de voir: je veux 3tre 6claire6 En
terminant, Son Excellence nous donna l'assurance que,
jusqu'alors, elle n'avait qu'A se filiciter du concours que lui
pretaient les secr6taires d'Etat.
Dans la matin6e du 4c' jour de l'an, le president, suivant
I'usage consacre, alia lire aux troupes et au people assembly
la proclamation don't nous extrayons les lignes qui vont ctre
reproduites. Par la publication d'un tel document, le pays
arrive toujours A se fixer sur les sentiments de nos gouver-
nements.
s La tourn6e que je viens de fire m'a mis A mdme d'ap-
precier les soulfrances des populations, souffrances provenant
aussi bien des kv6nements politiques que des d.sastres
naturels, et de r6fl6chir aux moyens de les gu6rir ; en me
faisant toucher, en quelque sorte du doigt, la decadence de
villes et de campagnes jadis florissantes, elle m'a rempli de
tristesse ; mais, si elle m'a r6v6ld un 6tat de choses don't
j'6tais loin, malgre les ricits qui m'en avaient kt6 fails, de
soupconner toute l'6tendue, elle m'a fortilid dans la resolution
dc rendre, cotte que cottc, a ces populations, leslmrnents de
progress et de bien-6tre don't elles ont besoin. La joie mani-
festee sur mon passage est une preuve d'engagement r6ci-
proque entire elles et moi pour le bien du pays, engage-
ment qu'on essaiera vainement de paralyser ou de rompre.
D'autres measures d'int6rit g6n6ral out 6t6 6galement
prises, des ciemins de fer votes, des concessions importantes
accord6es, des lois destinies A protbger le travail agricole











8 NOTRE ENT'RiE AFl MINISTEnI:
promulgu6es; I'arm6e, cette base essentielle de l'ordre, est
r6organisee. L'etablissementprochain d'un cable t6l6graphique
sous-marin, et note entree dans l'union postal, ne tarderont
pas A relier notre pays au reste du monde.
Je dois rendre cette justice au Corps l6gislatif, qui m'a
second de tous ses efforts dans 1'accomplissement de ma
tAche. Usant dos prerogatives que m'accorde la Constitution,
j'ai crdd un cinquim e minister, celui de L'agriculture,
afin de placer sous une direction special, et par cela
mnme, d'autant plus efficace, cette branch premnire du
travail national, don't la ruine a edi, on peut le dire, la
source de tous nos maux. Sa decadence avait fermd la
voie des carrieres pacifiques, et, par ld, port les esprits
d recourir aux agitationspolitiques, consequences inevi-
tables des ambitions decues.
Enfin, la reprise d'6troites relations entire nous et -la
R6publique dominicaine, notre voisine et sour bien-aim6e,
assure aux deux pays les b6snfices d'une tranquillity r6ci-
proque et du respect de l'6tranger.
Voila, concitoyens, ce qui a etW fait. Vous avez pu le
constater par l'ensemble de ces measures: tout en 6tant oblige
de sacrifier aux tristes necessites de la politique, c'est-a-dire
de pr6venir le d6sordre par des lois calculees a cet effet, ou
de le r6primer quand ii so pr6sente, je me suis, avant tout,
pr6occup6 des int6rits g6n6raux du pays, sans acception do
parti. J'ai degag6, autant que les circonstances me 1'ont
permis, la march de mon gouvernement de ces preoccupa-
tions 6troites et jalouses qui paralysent, pour le placer sur le
terrain solide des souffrances A soulager, des progres a rraliser;
c'est en cela que je crois n'avoir manqu6 ni aux promesses que
je vous avais faites, ni A la tradition 16gu6e par ceux don't
nous cel6brons aujourd'hui le souvenir si intimement uni a
notre ind6pendance..... )
L'ann6e 1881 s'ctait done ouverte pour tous sous les plus
heureux auspices ; pour notre part, nous 6tions particulibre-
ment satisfait, A cause de notre d6but comme charge du










NOTE ENTI.' E .\l: 31IN S'l'EH;
minister des finances. II nous restait, come secr6taire
d'Etat de l'agriculture, a justifier le choix du chef de l'Etat,
qui connaissait d6ja nos idWes sur cette branch du service
public; car, des son avenernent au pouvoir, le premier vaeu
que nous adresstmes au president Salomon fut un vceu en
faveur de agriculture. Peut-6tre 6tait-ce bien 1A ce qui avait
motive son choix. Le champ qui s'ouvrait nainsi notre activity
6tait tres vaste.
Dans notre enthousiasmedes premiers jours, pr6voyant tout
le bien qui pourrait r6sulter des nouvelles measures que nous
allions proposer pour le d6veloppement do la production
agricole, et, partant, de la richesse national, nous adressAmes
la circulaire et 1'ordre du jour suivants aux commandants
militaires et aux chefs des sections rurales, sur le concours
desquels, enHa'ti, ii faut toujours computer sil'on veut arriver
a r6agir d'une fagon heureuse sur l'esprit des cultivateurs,
qui vivent dans l'apathie et saus direction.


Port-;.u-P'rinlc., lc 11 dccminbrc J880, an 77e dc l'lIndepcndance.


CIICULAIRE

Le Secretaire d'Etat au dCpurtement de l'agriculture, etc.,
aux Commandants des arrondissemnents de la Rdpu-
blique.

General,

J'ai l'onneur de vous informer que jai kt6 elev6 a la
dignity de membre du Cabinet, et que je suis charge du
portefeuille de agriculture.
Son Excellence le Pr6sident d'la'ti, qui m'a faitl'honneur de
m'appeler aux aflaires, a djA dit hautement au pays sa pensee
ot savolont6 en acceptant le pouvoir : c'est de << reliever le credit
al'etranger, le travail l int6rieur, ne chercher la fortune
que dans les efforts do l'activit6 individuelle et non dans la











10 NOTE ENTREE AL .MIINISTREE
b poursuite des affaires v6reuses ; d6tourner une jeunesse
inqui6te, faute d'occupations, de la recherche des places pu-
D bliques, et la diriger vers l'agriculture et I'industrie, et, pour
) cela, crder, avec l'ordre et la sdcurite, les moyens de credit
et de circulation sans lesquels rien no peut &tre entrepris;
) enfin, aux revolutions politiques, qui ne sont que la coalition
D d'int6rits pour 1'assaut et la dilapidation des resources
) g6ndrales, substituer une revolution dconomique, par les
D encouragements et les facilities mis A la portee de tous .
Pour rdaliser cette pensie et cette volontd, don't l'expression
a 6td si gdndralement applaudie, le chef de l'Etat n'a, depuis
un an, reculd devant aucun labeur, devant aucun sacrifice.
Nul progr6s ne pouvant s'accomplir sans finances, ii a
resolument entrepris de doter tout d'abord le pays d'une
institution de credit qui soulage le present de son malaise et
assure l'avenir.
En acceptant la gestion du ddpartement de l'agriculture,
j'entends me renfermer invariablement dans les vccux formulas
par Son Excellence le President, voeux qui sont aussi les
miens, et don't la rdalisation dolt exclusivement me prioc-
cuper tout le temps que j'aurais 1'honneur de singer au
ministdre.
Gdndral, je compete sur votre concours patriotique pour
m'aider A bien remplir ma mission; je compete surtoiit sur
l'intelligente dnergie des chefs de section places sous vos
ordres, et je leur adresse 1'ordre du jour ci-inclus, que vous
ferez propager le plus possible.
D. LEGITIME.


ORDRE DU JOUR

Auax Officiers des sections rurales.

J'entre aujourd'hui en functions come secretaire d'Etat de
l'agriculture. A ce poste, oh Son Excellence le Pr6sident











NOTRIE ENTREE AU5 .MINIS'TItK, II
d'Halti m'a fait l'honneur de m'appeler, je deviens en quelque
sorte le dispensateur de la fortune publique.
A l'exemple du chef dte l'Etat, je me consacre au bonheur
de mes concitoyens et ne reculerai devant aucun obstacle
pour arriver A bannir de nos campagnes la misbre qui y
regne. Pour atteindre ce but si 61ev6, si d6sir6 de tous, c'est
sur vous que je compete; c'est en votre zble patriotique que je
mets mon appui. Vous ates les piliers sur lesquels le Gouver-
nement veut lever 1'difice de notre r6g6n6ration; c'est par
votre concours intelligent que nous obtiendrons la pros-
perite.
Le voeu le plus ardent que je forme est que la Providence
m'accorde, A mon passage aux affairs, la faveur d'augmenter
les revenues de l'Etat par une impulsion r6elle donn6e a
l'agriculture.
Vivent Haiti et ses institutions Vive le president
Salomon! Vive agriculture! Vive le producteur!

Le secretaire d'Etat de l'agriculture, etc.,

D. LUGITIME.


L'esprit public venait de se r6veiller par la nouvelle creation
d'un minister special d'agriculture, et sous l'influence des
id6es que nous commencions A preconiser. Dans tout le
pays, on se prit A esperer que bient6t les choses pourraient
changer sous l'action puissante du gouvernement du general
Salomon. D6s ce moment, le mot d'agriculture 6tait dans toute
les bouches, et, d'un bout de la R6publique a l'autre, les
esprits, dftourn6s de sombres preoccupations, se portaient
vers elle. II nous semblait que, jusqu'alors,le d6partement de
l'agriculture n'avait jamais 6t6 aussi bien apprici6. II n'y avait
qu'A profiter d'une si bonne disposition pour agir efficacement
et fire la revolution economique promise par le chef du
pouvoir. Aussi nous empressames-nous de soumettre au
conseil des secr6taires d'Etat c notre plan sur l'administration











12 NOT' LE .:VENT : .L: ..NIST I:' 11
de l'agriculture ). II fut agre6, et son impression autoris6e.
Aussitot, des centaines d'exemplaires, repandus dans la
R6publique, acheverent do persuader les esprits; mais, afin de
nous assurer le concours de toutes les intelligence, -apres
avoir de nouveau consult le conseil des secr6taires d'Etat,
nous organisames des commissions agricolos dans toutes les
villes de la Republique, en ayant soin d'en choisir les mem-
bres dans toutes les classes de la soci6dt, parmiles agronomes,
les agriculteurs et les commerCants. Elles recurent de nous
les instructions suivantes :

I'urt-au-l.'rinc. Ic 15 jainvitr 1881.

Messieurs,

Vous savez quelle est la pensUe du chef de l'Etat en d6ta-
chant du ministbre de l'int6rieur celui de l'agriculture; il
veut donner a cette derniere branch do l'activit national
l'importance qu'elle a chez toutes les nations don't les princi-
paux revenues sont tir6s du sol. Appel t l'aider dans une
cuvre d'ou doit d6couler le bien-Ltre de tous, j'ai besoin
de m'entourer de toutes les lumieres pour que, faisant
bien, j'agisse avec contiance et c6lerit ; c'est pourquoi, a la
veille do mettre la main A cette ceuvre, qui est colossale, je
viens vous inviter aL vous r6unir en commission d'agriculture,
et je conlie ia votro patriotism la mission d'6tudier, en
collaboration avec le Gouvernernment paternel du president
SALOMON, la situation agricole do votLe localit6.
Cette mission consiste A me fair un rapport d6taill6, apres
vos investigations, sur tout cc qui regarded la culture dans
cette locality. Vous voudrez bien me dire :
10 Quel est le nombre d'habitants qui s'y trouvent?
2o Quel est leur rendement ?
3; A quel genre de culture on s'y livre?
4o Dans quelles conditions travaillent los habitants?
50 Combien d'6coles sont oivertes aux infants des deux
sexes, et comment ces 6coles sont frLquent6es ?











NOTE ENTI::E .\U MINI STTI:I E '13
60 Quels sont les principaux besoins de cette plain?
70 Quels en sont les moyens d'irrigation?
80 Quelles sont les forts qu'on y trouve et quelle est la
nature des bois qu'on pourrait y exploiter?
90 Quels sont, enlin, les vestiges qui restent des anciennes
usines, des aqueducs et des' canaux de distribution?
100 Quel est l'etat des routes publiques?
Etant sur les lieux, vous pourrez, en outre, rendre au Gou-
vernement un compete exact de la facon don't les inspecteurs
de culture et les chefs de section remplissent leur devoir.
C'est lI, pour nous, un point essential, car il faut en ce
moment a l'administration progressive du president Salomon
des hommes d6vou6s et a la hauteur des functions qui leur
sont confines.
AgrIez, Messieurs, les sentiments avec lesquels je vous
sale.
D. LEGITIME.

Ces commissions, ainsi form6es, ne tardarent pas a visiter
nos campagnes. Elles r6veillBrent partout l'ardeur du cultiva-
eur, car leur presence lit beaucoup plus qu'un discourse ; elle
attesta la sollicitude du Gouvernement pour les classes labo-
rieuses. Alors, on pouvait dire v6ritablement que le pays, mit
par une meme pensee, concourait a travailler avec le Gou-
vernement A la mnme omuvre. C'6tait le programme du
g6ndral Salomon qui sc r6alisait, programme don't nous
venions de rappeler l'esprit aux autorit6s militaires. La mal-
veillance, pourtant, ne devait point laisser 6clhipper une si
belle occasion sans chercher A accomplir son ouvre de division
dans l'arrondissement de 1,6ogane; elle sema la defiance sur
les pas de la commission qui operait dans cette locality. Apres
que cette commission eut fait sa tourn6e dans les hauteurs
de Grand-Goave, sous la direction du Reverend pere Fr6hel,
si bien connu des populations rurales, qui le v6n6raient, on
fit r6pandre le bruit que ( le president, partant pour le Nord,
avait remis le commandement a l'archeveque, et qu'en











-14 NOTRE ENTRIES AI; M)INISTfnE
agissant ainsi, son intention 6tait de livrer le pays aux blancs s.
Ce bruit strange se propagea assez rapidement jusqu'A la
limited des communes de Jacmel et de Bainet, et les meneurs,
toujours actifs, en agitant cette loque des vieux pr6jug6s,
pensaient pouvoir parvenir ainsi A trouble les esprits des
malheureux campagnards, don't la foi 6tait si ardent dans le
Gouvernement du 23 octobre. Le choix du prre Fr6hel avait
6te command par l'amour que ce bon pr&tre a toujours pro-
fess6 pour l'agriculture, et par l'exemple qu'il donne lui-
meme du travail de la terre. Il est le premier qui, dans tout
]'arrondissement de L6ogane, ait congu la pens6e heureuse
d'un concours regional pour cette locality ; puis, en sa quality
de cur6 du Grand-GoAve, out savoix est 6cout6e, lep6re Fr6hel
avait paru l'homme le plus apte A diriger le travail de la
commission. Mais, d6s que ces petites intrigues parvinrent aux
oreilles du Gouvernement, nous primes les measures qui
duirent les fire cesser. Nous devons rendre ici un hommage
m6rit6 aux hommes intelligent du Petit-Goave, au general
Casimir Bellefleur, au president de la commission agricole du
lieu, M. Soumane Boubou, qui ont contribu 5A faire tomber
ces perfides propagandes en se mettant franchcment, de leur
c6te, A 6clairerles habitants de la champagne sur leurs v6ritables
int6r&ts.
Les measures preliminaires que nous venions de prendre en
formant les commissions agricoles, devaient coincide avec
d'autres measures plus importantes encore. Le Gouvernement
voulut, par un systime d'6mulation, arriver plus sirement A
passionner les citoyens dans la lutte du travail; il s'arr6ta A
des moyens d'encouragement. Sous l'empire de cette idWe,
nous traversions un jour, avec M. Louis Rivirre, la belle
place du Champ de Mars, quand nous vint I'inspiration de
designer l'emplacement d'une Exposition national.
C'6tait une idde hardie que cell qui nous vint a cette
heure; dans un pays ou tout n'est que commencement,
elle n'avait guere de chance d'etre prise au serieux. On avait
beaucoup trop litter contre le scepticisms populaire et











NOTRE ENTIRE Ai: MINISTER 15
centre les envieux, ces 6ternels ennemis de tout success. Ces
considerations, pourtant, ne nous arreterent pas ; seulement,
tout pouvait dependre du choix des personnel appelees A
coop6rer a cette ceuvre avec le Gouvernement. Le president
agrea la listed que nous lui presentAmes, et aussit6tla circulaire
suivante fut adressee aux personnel don't les noms y sont
mentionnis, lesquelles ont former la premiere commission de
L'Exposition :

N 1"18 Priil-: -Prince, Ie 12 janvier '1881, nn 78e de I'IndCpendance.


CIRCULAIRE

Le Secretaire d'Etat de agriculture C Mlessieurs J. Saint-
iMacary, Arthur Laforestrie, Ml. Boom, de Govaerts,
Charles Miot, Louis Riviere, C. Fouchard, Rdverend
pire IWeick, Th. Lahens, Emile Pierre, D" Baron,
Demost.

Messieurs,

La vitality du pays est frapp6e d'une veritable andmie;
aucune emulation n'existe parmi nos producteurs. Nos
artisans se sont endormis, faute de secours, dans une indiffe-
rence mortelle, et la routine semble condamner nos principles
industries A trainer encore dans une longue enfance, si l'Admi-
nistration sup6rieure ne prend pas de sages measures pour les
reliever.
Un people ne saurait vivre plus longtemps dans les
conditions ofU nous sommes sans reculer; il nous faut absolu-
ment fire renaitre l'activit6 au sein de notre sociWte et ouvrir
des voies nouvelles oi 1'esprit du pays puisse s'6lever a la
conception des choses utiles.
II est temps que, par nos propres efforts, nous consolidions
notre autonomie, et que nous ne comptions plus seulement
sur la puissance des idWes philanthropiques de notre 6poque










16 NOTnE ENTRI.E A.\ MINISTi'rE
pour maintenir le prestige de notre race : nous devons
prouver aux nations que nous ne sommes pas sourds a, la voix
de la civilisation.
Le Gouvernement, voulant r6agir contre la d6crepitude oi
sont arrives a tomber les industries en Haiti, veut crier des
moyens nouveaux et un systime d'encouragement special qui
puissent ranimer les forces vives de la nation.
Apr6s avoir entretenu les populations sur le but 61ev6 de
sa politique, apr&s s'Etre adress6 directement aux int6rets
producteurs, le Gouvernement vient fire appel A votre intel-
ligence et A votre amour du bien public, et vous prier de
vouloir 6tudier et preparer un champ clos oLf tous les pro-
duits du pays viendront s'assembler pour obtenir les
r6compenses qui leur sont dues.
II s'agit de fonder une Maison d'exposition pour ce tournoi
du progres et de la civilisation.
Notre but est d'en jeter les premieres bases dans la region
sud du Champ de Mars, et sur une eminence artificielle, d'ofi
elles puissent dominer cette place.
Nos resources, a la v6rit6, ne permettent pas qu'on y
consacre, quant a present, de fortes sommes d'argent; mais
l'honneur et les int6r6ts d'Haiti nous commandant do com-
mencer au moins cette couvre n6cessaire, qui pourra, avec le
temps, et selon l'augmentation de nos recettes, se d6velopper
de plus en plus.
Pour atteindre un but aussi 1lev6 que celui de reliever nos
products et le nom m6me d'Haiti, le Gouvernement, Messieurs,
aime a penser que les Chambres ne se refuseront pas a lui
voter pendant trois, quatre ou cinq ans, les allocations
ncessaires pour parachever un monument qui doit etre
construit dans les meilleures conditions de solidit6 et de
dur6e.
Quant A vous, Messieurs et clers Concitoyens, votro tAche
est des plus patriotiques ; ne vous d6couragez pas, consid6rez
plut6t l'objet vers lequel je vous convie A diriger vos efforts.
II n'est pas d'esprance qu'on ne puisse fonder sur le d6ve-











NOTREi ENT1IKE A.I MINIST'I:n 17
loppement de nos richesses naturelles. Par I'Exposition, nous
arriverons A d6montrer que l'haitien est dou6, come les
autres peuples, du g6nie d'invention et d'imitation.
Agr6ez, je vous prie, Messieurs, les sentiments avec lesquels
je demeure votre bien d6vou6,
D. Ll.'Trri:.

Ces messieurs, apres s'6tre reunis, s'empresserent de nous
r6pondre qu'ils s'associaient entibroment aux intentions du
Gouvernement. En effet, une Exposition national n'est-elle
pas, depuis environ un sikcle, le veritable terrain assigned
la lutte pacifique du travail, le champ close ot peuples et gou-
vernements viennent puiser les 616ments d'appr6ciation et de
comparison de la richesse national ? Considered d'abord
comme une sorte d'inventaire des productions locales, 1'Expo-
sition, en se developpant, et devenant ainsi international, a
pour r6sultat de pousser, par la concurrence, au perfectionne-
ment des products et A l'abaissement des prix. Elle doit encore
fixer, comme 'a dit le prince Albert d'Angleterre, un point de
depart nouveau aux efforts de chacun dans la voie du progres.
C'est pourquoi, apr&s la lettre que nous recetmes de la com-
mission, il fut ddcid6, par Ie conseil des secr6taires d'Etat,
qu'un batiment en planches de 103 mitres de long et
40 metres de large, serait construit sur la place du Champ
de Mars pour recevoir tous les products du pays (1).


(1) La minme commission fuil d6sign6'e ponu snivre los travaunx dIc l'Exp)osi-
tion, et, A cette occasion, elle fit l'appol suivant mix minis idu pIrogrs :
AppelCe de la Commissin n aciriicole el indisltriclle cm.r amis dou progrUs.
a D6jAi I i pays enlier a pindtri lai peinse qui ;inimait notre premier magistrat,
lorsqu'il d6tachnit des iitrecs diparlements iiinist'riels Ie d6partement do
l'agriculturo, lorsq(pi'il ignageait, en lquelque sorte, cetle branche de activistlt
nalionaln des combinaisons albsoiranles de l: politiquen. Son but 6tait d'ouvrir
une nouvelle voie A la civilisation on cr6ant de nouiveaux nmovens de travail, et
en introduisant dans touts les classes de notre socield le goat de la culture,
principal' ressource de ie n utr common aul. 11 nI'a qu'A se loier lde I'inspiratioin












'18 NOTREn EXTnUIE mA MINISTISfRE
Quelque temps apres nos premieres d6marches, sachant
qu'une Exposition n'6tait pas chose encore connue de la plu-
part de nos concitoyens, notre d6partement conCtt le project
d'en vulgariser l'id6e en ordonnant l'organisation de concourse
dans toutes les communes de la Republique, pour l'6poque de
la f6te diu I.er mai, qui n'6tait pas 6loign6e. Le conseil des
secr6taires d'Etat ayant e6t consult, comme nous venons de
le dire, nous adressames a cet effet l'avis suivant aux auto-
rit6s militaires des diffrentes localit6s.


AVIS

de la secrdtairerie d'Etat de I'agriculture.

Sur le rapport de la commission nominee aux fins de pr6-
parer et d'6tudier un plan d'exposition des products agricoles
et industries d'Haiti, le Gouvernement a d6cidi, vu l'approche
de la fete du Ier mai, qu'un batiment de 103 metres de long
sur 40 de large, sera construit au sud du Champ de Mars.


qui lui est venue, car il a troiive di's l'abord, I'liomme qui convenait A la
r6alisation de ses projects.
Le g6n6ral Ldgitime, A qui il a confii les rnnes du miniisti.ro nouveau, a pu,
par son activity infatigable, soulever en quclques semaines I'enthousiasme de
loule notre soci6dt pour les id6es nouvelles dmankes do I'Administralion
supdrieure, et qu'il a developpces avec antant de talent que de patrio-
tisme.
Pour arriver an but que s'est impose to Gouvernoment, Monsieur le
Secr6taire d'Etat a pens(' que le pointed ld6part le plus sOlr itait une Exposition
g6n6ralc des products tant agriroles qu'iuduistriels du pays.
Par celto Exposition, en effet, il sera permis a chacun d'dtablir un jugement
sain sur l'tatl actual de notre production intirieure, etde constater les progres
qu'il nous serait facile de rdaliser an moyvn des inachlines ct des engines per-
'ectionnes, don't I'usage est adopId, depuis nombre d'annues, dans les pays
plus avanc6s que Ic nitre. La plupart do ces machines don't nous faisons men-
tion fonctionneront sound los yeux du public, afin qu'i II rose aucun doute
chez lui sur I'efficacit6 de leur emploi.
Nous qui sommes charges de poseri ls premiiwres bases de cette institution












NOTE EXNTliE AT' MINISTIRE 10
II y sera admis tous les products, tant d'Haiti que des colo-
nies, dignes d'attirer 1'attention des agriculteurs, des indus-
triels et des commercants.
Des r6compenses seront publiquement d6cernees ai ceux des
cultivateurs et industries qui, jusqu'aujourd'hui, se sont le plus
distingu6s dans leurs sp6cialitss.
Cette annie, an lieu de houses, de manchettes et de cou-
ronnes de feuilles, come cela se pratiquait chez nous, il sera
distribu6 aux sections rurales, des instruments propres a la
preparation de leurs products et aux producteurs haitiens, des
m6dailles soit d'argent, soit de bronze. De plus, les cultiva-
teurs verront fonctionner sous leurs yeux difftrentes machines
telles que vanneuses, ddcortiqueurs, diviseurs, charrues, nou-
veaux moulins i maYs, A riz et A coton, et un b6lier hydrau-
lique, moulins a grager, vanneurs, trienrs-diviseurs, epier-
reurs, classeurs, etc.
Cette fois, la fate du ler mai ne pourra Atre organisee,
comme A l'ordinaire, dans toute la R6publique; il est cependant
arrit6 qu'une Exposition aura lieu dans chaque chef-lieu de


nouvelle, nous ne n6gligerons rice pour [qn'an snccbs hleureux l'affermisse i
jamais planss noire pays.
Notre tifcle cst lorurde, coinmo tontes cells qui Iendent i lancer une
innovation ; ell est aussi delicate, car 1'insuccos serail la ruin do l'idip.
Profollliilent p6n6tids de cotte pelsle, nouaos aons fait appel A tous nos
compatriots divoups an bien. ct A tons Ios strangers qui habitent notre pays
en amis, pour qu'ils nous pritent leur appui moral et ileur concours materiel
dans notre mission, qui est do rviunii, dais In d16lai de doux mois, lesdilferents
products de l'industrie national.
Tous les mi iers, tons los arts, toutls Ies professions, sont aplpcles i con-
Courir inanimement ot rocevoir les ricompenses qlu'ils miriitonI.
Nous prions les amis dit progri;s qui voudront nons fair des envois, d'4ti-
queler leurs products en nous Irs i:lrc.ssail.
Le noni decliaque expeditour s~ca inscrit an c~ntalognu de I'Exposition.
M. BooM, Joan de GovAnRTS, Dr G. BARON, C. MIOT,
Th. LAHENS, BDiSIOST, L. llVI1:-IE, C. FOUCHARD,
WErCK, Jules SAINT-MACAkY. president de la con-
mission.











)0 NOTE EN'I'E .1 MINISTlK tE
commune, dans un local choisi sp6cialement Wt cet effet.
Les commandants d'arrondisserent, les commandants de
commune et les magistrats communaux, s'entendront pour fire
exposer, par ordre, les diff6rents products de leur locality. Une
commission d'organisation, don't ils front parties, presidera a la
fite. Les memes r6compenses qu'a la capital seront d6cern6es
aux plus m6ritants, d'apres une listed qui sera d'abord discutee
par la commission, et soumise A la sanction du Gouvernement.
Le 12 f6vrier, le president d'Ha'iti confirm toutes ces dis-
positions par la proclamation suivante, qui fut solonnellement
public :

PROCLAMATION

SALOMON, president cd'Ha:iti.

Concitoyens,

Une ann6e de paix, due aussi bien aux efforts du Gouverne-
ment qu'A votre patriotique attitude, me permit d'aborder 1'un
des projects que j'avais le plus A ccour de r6aliser.
I'Exposition agricole, i' laquelle le Gouvernement vous
convie, est la premiere tape dans la voie du progr:s, de la
security par le travail. Il ne faut pas nous fire illusioui. Chez
les nations plus avanc6es, plus heureuses que nous, ces Expo-
sitions ne sont qu'un moyen de comparison offert au monde
centre les progress d'hier et ceux d'aujourd'hui; elles marquent
la distance parcourue; elles (tablissent des jalons entire un
passe encore recent et un avenir prochain. Chaque nation,
chaque'r6gion, chaque branch de l'activit6 humane, y prend
une just id6e de sa force, et base ses espLrances dans l'avenir
sur les progr6s constat6s. Pour nous, ii n'est malheureusement
pas besoin de vous le dire, la situation n'est pas la mSme.
Cette Exposition n'est pas on point d'arriv ......, c'est un point
de dpiart. Nous y constaterons la decadence de nos arts, de
nos metiers, do notre agriculture, soit; mais nous v consta-











NOT1HE ENl 'HEi: Al MIEN ISTi'lL 2t
terous en mime temps I'eternelle richesse de ce sol b6ni que
nous a conquis le courage de nos pores; la tenace inergie de
ce people que quarante ans de troubles politiques, de ruines,
de d6ceptions, d'entrainements malheureux, n'ont pu ni de-
courager ni d6moraliser; de ce people qui retourne au travail
dls qu'il voit une lueur de paix et qui, seul peut-etre de tous
les peuples (et les exernples des nations les plus civilis6es nous
le prouvent en ce moment mime), livr6 an plus complete
abandon sans police serieuso, sans administration reelle, a
conserve, partout out le proprietaire no s'est pas honteusement
derob6 a sa mission, Le respect du droit do propriite et l'o-
beissance instinctive a des lois qu'on ne lui a jamais expliquees.
N'y a-t-il pas IA des faits consolants? Le c6t6 moral ne
compense-t-il pas Ic cOt6 materiel de notre situation? N'est-il
pas permis de concevoir de lgitimes esp6rances dans l'avenir
d'un pays auquel Dieu a d6parti, avec les richesses naturelles
les plus grandes, les facult6s qui, d6sormais bien dirig6es, lui
permettront d'en tirer parti?
Concitoyens, accourez done a cette Exposition, A; ces co-
mnices agricoles. Portez-y les products de vos efforts, quels
qu'ils soient. Donnez ainsi an Gouvenerment et A la nation la
faculty de mesurer cc qu'ils out a fire; notre patriotism ne
reculera devant aucun sacrifice. L'heure press, ii nous faut
marcher bien vite pour regagner le temps perdu et nous mettre
au niveau de la civilisation : c'est une force qui entraine ou
qui broie cette civilisation; elle abonde de tous c6t6s autour
de nous.
Une oeuvre immense va d6cupler l'importance de notre pays,
au double point de vue commercial et strategique. Vons com-
mandez l'un des principaux passages par oh va s'6couler l'im-
mense tourbillon de commerce quo cr6e le percement de
l'isthmo de Panama. Solon votre situation int6rieure, selon
vos progress et le contingent que vous apporterez A ce grand
movement d'affaires, vous deciderez irr6vocablement de votre
avenir social et politique.
II est done urgent do se hAter. L'appel qu e jlids au pays,











22 NOTi-Lr ENTHREE AlU MINISTERE
a tous les honines de bonne volont6, quelle que soit leur race
on leur parti, en les conviant A cette Exposition, si modest
qu'elle doive 6tre, est un appel au concours de tous en faveur
d'une oeuvre qui interesse A la fois la paix mat6rielle que nous;
avons d6ji, la s6curit6 plus solid qui r6sultera du came des
esprits et de la satisfaction des intdrEts, et qui interesse sur-
tout I'autonomie du pays, par la consecration que le progress
donnera A son ind6pendance aux yeux du monde civilis6.
Vive la paix,! Vive le progres! Vive l'ind6pendance
ha'tienne.
Palais national du Port-au-Prince, Ic 26 f6vrier 1881, an 78e
de l'Independance.
SALOMON.

Par tout ce qui pr6ecde, on voit toute l'harmonie qui exis-
tait jusqu'alors dans le cabinet : la solidarity etait parfaite.
Quant A la situation financi6re elle-m6me, elle 6tait excellent;
les appointments 6taient r6gulierernent pays; le clergy, les
professeurs des 6coles et les gardes-champ6tres, don't les
feuilles n'avaient pas W6t acquittPes depuis un an par le Tr6sor,
furent aussi pays. Le seul embarras qu'eprouvait alors l'ad-
ministration ne provenait que de l'existence dans la circulation
d'un grand nombre d'elfets publics, remontant A l'ann6e 1878,
qui servaient A une foule de transactions. Mais, profitant
du credit que nous avait ouvert le commerce, nouusnous ap-
pliquAmes s6rieusement a les faire disparaitre en les retirant,
ce qui, dans la suite, en fit augmenter la valour; car le taux
de 50 pour 100, auquel on trouvait seulement a les escompter,
descendit a 6 et 8 pour 100. Voila quel fut le resultat de nos
premiers mois d'administration.
Sur ces entrefaites, le president annonua son prochain voyage
pour le Nord du pays. D6jh Son Excellence, accompagn-e du
secr6taire d'Etat do l'int6rieur et de celui de la guerre, avait,
un mois apres son retour du Sud, visit les communes de
Mirebalais et de Las-Cahobas. Maintenant, ii voulait diriger ses
pas vers d'autres populations, impatientes d6ej de connaitre











NOTE ENTREE AU MINISTERE 33
l'homme don't le nom et le programme les avait remplies de
tant d'esp6rance, et don't l'autorite, depuis plus d'un an, avait
rameiiu I'ordre et la conliance dans le pays. A cette occasion,
nous dfmes prendre nos measures pour que dans l'Artibonite,
dans le Nord et dans le Nord-Ouest, le chef de l'Etat trouvkt
les fonds necessaires pour achever sa tournee.
Nos engagements jusqu'alors, avec le commerce, se r6su-
maient ainsi
Bons en circulation pour compensation des droits de douane
avec le Tr6sor :

Port-au-Prince.....................P. 170,524
Cap-HIaitien................ .......... 21,598
Cayes .................................. 44,750
Gonaives .............................. 10,940
Jacm el.................................. 38,237
Petit-Goave ........................... 14,000
Saint-Marc........................... 10,600
J 6remie................................. 38,500
Port-de-Paix......................... .. 1,143

Total.................. 250,292


En ce momenit-ll; nous recoun inues I'nrgence de resoudre
une autre question important pour l'accroissement de la ri-
chesse publique, celle de l'industrie sucriere. Le sucre, on le
sait, avait fait dans le pass la grandeur do la colonie, come
aujourd'hui il continue A fire la richesse de Cuba, de Porto-
Rico et de la AMsartinique. II valut a l'ancien Saint-Domingue
sa haute reputation, qui lui m6rita le beau nom de Reine des
Antilles, et rendit cette terre des caciques prccieuse A la cou-
ronne de France. L'industrie sucriere, sous le regime de l'e-
tranger, avait donn6 lieu A la Ibndation de 792 sucreries qui,
en 1790, out rapport 70,227,708 lives de sucre blanc,
et 93,177,312 lives de sucre brut.
Aujourd'hui, Haiti compete encore un grand nombre de su-











2'1 NOTrEl: ENT EIE AU 11NIST1'I:11I.
creries, mais qui ne produisent plus que des sirops pour faire
du talia, article sans d6bouch6 au dehors, et don't la consom-
mation dans le pays est plus nuisible A la sante publique que
profitable aux producteurs. On possede jusqu'A 100 carreaux
de terre, et l'on est miserable. Qui ne voit qu'il y a dans cet
6tat de choses un vice a; detruire et une lacune A combler? II
fallut done A tout prix, 1'honneur du Gouvernement lui en fai-
sait un devoir, provoquer la fabrication du sucre et trouver
un moyen qui en favorisAt l'exportation. Que n'a pas fait Ic
Gouvernement franCais lui-meme, lorsque Saint-Domingue
venait de lui 6chapper, pour d6velopper 1'industrie du sucre
de betterave, qui, alors, 6tait dans de plus mauvaises conditions
que la n6tre? Cependant, avant de s'arr6ter A aucune measure
administrative, le Gouvernement d'Haiti voulut consulter les
personnes les plus interessees dans la question, ot, a cet effet,
le d6partement de agriculture forma une commission dans
chacune dos villes de Port-au-Prince, du Cap-Haitien et des
Cayes, et leur adressa la circulaire suivante :

Port-au-Priincc. mars 1881

Aua: Memiubrcs des commissions chargucs c'dtudicr
la question sucr'ire.

Messieurs,

La riccute proclamation de Son Excellence le President
d'lIaiti, et les diverses circulaires de mon d6partement, vous
disent assez tout le prix que le Gouvernement attache A la
r6alisation d'uni vceu que l'opinion publique a ratifi6 d'une
maniere unanime. J'ai parle du relvvement de notre agricul-
ture, trop longtemps abandonn6e par 1'indiff6rence adminis-
trative; mais ce relevement ne peut d6pendre que de nos
efforts naturels dans les differences branches que comported le
m6moirc present par moi A Son Excellence le Pr6sident
d'Haiti.
Hier encore. Messieurs et Concitoyens. on pouvait douter











NOTE ENTIItE AU MINISTIHE 25
de la mise A execution et de 1'efficacit6 des measures qui
paraissent capable de ramener notre chore patrie dansla voie
du progres et de la prosp6rit ; mais aujourd'hui, avec cette
bonne volont6 qui se manifeste de toutes parts, nous devons
mettre la main l'oeuvre et ne pas nous arriter. Si nous
joignons ensemble nos efforts, nous sommes certain de la
r6ussite, quelle que soit la chose que nous entreprenions de
d6velopper. Celle qui nous a toujours vivement preoccupe,
l'industrie sucri6re, don't la decadence a pour ainsi dire
coincide avec la ruine de notre pays, doit Atre en ce moment
la premiere que nous devons chercher a r6tablir. Restaurer
cette branch de la fortune publique est une couvre capital
qui ne saurait rebuter nos efforts.
Nous sommes dans le pays propre a la culture de la canne
a sucre; cependant, qui de nous n'a souffert en voyant nos
planes, si peu travaill6es, devenir si improductives ? Il y a des
millions de perdus ainsi chaque ann6e. Je viens, en cons6-
quence, vous inviter, Messieurs et Concitoyens, a vouloir bien
6tudier avec le Gouvernement cette question de la fabrication
possible en Haiti, non seulement du sucre brut, mais du sucre
blanc en grains, pouvant 6tre consomme, d'abord a l'int6rieur,
et, ensuite, export. Vous devez aussi vous occuper de nos
talias et de leur transformation en des alcools plus fins (1).
Ne tardez pas A nous faire connaitre le r6sultat de vos
etudes sur cette important question; il me sera utile pour la
r6alisation de cette parties de mon programme.



(1) Nous avons envoy,6 i Bordeaux, dans le but d',tre lix6 sur la Valeur de
notre fabrication d'alcool, quel([us 6chantillons qui onl permits A M. Gragnon-
Iacoste, notre dovou6 consul, de fair figure le rhlum d'llaili Ai 'Exposition
de Bordeaux, rcndue inlernalionalOe pour ls vins et spiritueux. Nous avons
vu, avec orgueil, ce rlhum obtenir la premiere nmdaille r6servee a cette
cat6gorie de products. N'y a-t-il pas lieu d'espdrer que notro commerce retirera
un jour un grand profit de cc success ? Mais ne n6gligeons pas de dire que
notre fabrication laisse a desirer, et qu'il nefaul mettre en concurrenceque des
pruduits bien distills et surtout onctueux.











26 NOTRE ENTREE .\U MINISTE'IE
Agr6ez, Messieurs et Concitoyens, l'assurance de mes salu-
tations empressees.
Sign6 D. LIG1TIMIE.

Ce n'6tait pas assez de ces measures; ii fallait, longtemps
encore, tenir l'esprit public dans les memes dispositions que
l'etat des choses avait faith naitre; nous d6cidAmes, en cons6-
quence, de cr6er un journal special pour l'agriculture; ii prit
le titre de Gazette agricole. Son premier num6ro part le....
mars, avec cet appel que nous adressAmes A nos concitoyens (1).

( Concitoyens producteurs,

C'est a vos int6r&ts que sont consacr6es les colonnes de ce
nouveau journal; c'est pour vous voir prosperer que le Gou-
vernement actuel, des le d6but, s'est mis en champagne, afin
d'avoir le credit qui facility votre travail et la paix qui doit
vous le garantir.
Le moment est arrive de montrer aux nations civilis6es ce
don't vous Rtes capable au sein de la paix.
Sous le gouvernement du president Salomon, les plus
grands efforts vont Utre tents pour vous retire, au moyen de
l'industrie et de la s6curit6, de l'6tat de prostration oft vous
ont jet6 les revolutions stWriles. Le but de ces efforts est
de vous amener a occuper dignement la place que vous
m6ritez au rang des peuples.


(1) k6t aussi apprdci6 du public intelligent que le premier. Le Bulletin s'est, autant
qu'illui 6tait perinis de Ic Iaire, efforc6 do dmiontrer 6 ses lecteurs que tous
les rem6des emnpiriques ne feraient riic, que los plus sages combinaisons
linanci6res soraient sans effet, tant que le pays consunnmerait plus qu'il ne
produit. Plus vigourcux athlete, et parlant d'une voix plus aulorisdc, la
Gazette agricole rdussira, nous n'en doutons pas, ;i rdvcillor clez nos popu-
lations des campagnes le gout du travail, A ddcider une partic de la population
des villes A abandonncr N1'pde pour la charrue. Nous lui passons done la main
'In lui soulhaitant de bon ccrur un (c bon success ).
Ilulltliia dci Com mnerce, du 26 mars an 2 avril.











NOTE ENTREE AU MINISTEITE 27
Nous ne devons pas plus faillir A l'dpreuve qu'aux destinies
qui nous sont reservees. Le salut d'Haiti est dans letravail, et
particuli6rement dans la culture de vos terres !
SE. SOUMETTRE OU SE DEMETTRE. Ces deux mots, qui out
r6veilld les 6chos de tout l'univers politique, resteront d6sor-
mais, pour nous, l'inexorable ultimatum du progres. Oui, nous
devons nous soumettre A la loi du si6cle, qui est de marcher
de l'avant, ou, si nous sommes incapable de fair renaitre
la prosp6rit6 mat6rielle au sein de notre communaut6, re-
connaitre sinon declarer notre impuissance a nous gou-
verner.
Nous avons beaucoup A lutter pour arriver au relevement
de notre 6tat social; mais qu'est-ce que la lutte compare A
l'objet de notre ambition ?
Ni le sang vers6 hier dans les planes du Nord, du Sud et
de I'Ouest, ni vos cruelles nuits passes sans sommeil, ni les
violence, ni les horreurs des dissensions civiles, n'ont pu
d6courager votre patriotism. Les marques de vitality
politique que vous avez donnees depuis lors, sont un shr
garant du succs que vous obtiendrez a l'ombre d'un pouvoir
sage et pr6voyant*.

Le secrdtaire d'Etat de l'agriculture,
charge par interim du porte'euille des finances,


D. LEGITIMIE. ))

















CHAPITRE II

D6part du president pour le nord. Etat politique
de la capital.

Le president d'Haiti s'embarqua sur le Reynaud, le
12 mars 1880, pour commencer sa troisieme tourn6e. En quit-
tant le Port-au-Prince, il se fit accompagner, cette fois, par tous
ses ministres; seul, nous devious rester A la'capitale pour
repr6senter le Gouvernement, avec mission de g6rer tous les
d6partements minist6riels. A cet Cgard, il fut public sur le
Moniteur de ce jour la note suivante :

a Son Excellence le Pr6sident d'Haiti, accompagn6e de
Mime et A "le Salomon, des secr6taires d'Etat de la guerre et de
l'int6rieur, estpartie ce matin, pour sa tourne du Nord, abord
du Reynaud; la plus grande parties de l'arm6e 1'avait pr6-
c6d6e sur un voilier. Son Excellence d6barquera a Monrouis,
d'ou elle se rendra a Saint-Marc. Le secr6taire d'Etat de la
justice ne tardera pas A rejoindre le president. Pendant
l'absence dn chef de l'Etat, M. le g6n6ral D. L6gitime,
secr6taire d'Etat de l'agriculture, charge par interim du
portefeuille des finances, repr6sente le Gouvernement au
Port-au-Prince, avec le concours des g6n6raux V6riquain,
chef d'6tat-major de Son Excellence, P. Benjamin, comman-
dant de l'arrondissement, et B. Prophite, commandant
sup6rieur de la garde national D.

Avant de nous s6parer, Son Excellence nous remit la
d6p6che suivante, renfermant les instructions qui nous furent
laiss6es.











I,'1AT POLITiQUE DE LA ;.\PITAI.E


Poil-nu-Prince, lo 11 mars 1881, an 780 nle I'Ind6pnldance.


A general D. Legitime, secrdtaire d''tat de l'agriculture,
charge du portefeuille des finances, etc.

-Monsieur le Secr6taire d'Etat,

Je pars et je vous laisse A la capital, charge du service
courant et ordinaire des diffe6ents d6partements minist6riels.
Un conseil, compose de MM. Br6nor Prophite, adminis-
trateur des finances, Edouard Pinckombe, s6nateur, 0. Ca-
meau, inspecteur de douant, 0. Piquant et Th. Lahens,
n6gociants, et Madiou, president du conseil superieur de
l'instruction publique, est charge de vous assister et de vous
donner son avis en tout ce qui concern le service de ces
departements.
En raison des embarras de la caisse publique, le d6parte-
ment des finances aura, peut-ktre, h s'adresser au commerce
pour des emprunts ou autres operations dontla necessity sera
reconnue. C'est 'A cetto occasion, surtout, que le conseil
devra vous assisted; proces-verbal de ses deliberations sera
dress et sign par vous et le conseil.
Ne n6gligez aucun effort pour que l'honnAtet6 rIgne dans
la gestion de nos finances, et, A cet effet, faites passer
souvent des ordres et des instructions aux chefs d'adminis-
tration de cc d6partement. Vous savez que de faux bons sont
en circulation ; la march a suivre A leur 6gard est indiqu6e
parole conseil des secr6taires d'Etat dans ses s6ances, aux-
quelles vous avez pris part.
Pour les questions diplomatiques, vous vous en r6f6rerez au
charge du d6partement des relations ext6rieures, le secr6taire
d'Etat Archin, qui voyage avec moi. Cependant, en cas
d'extreme urgence, vous agirez suivant ce qui aura 6et
d6cid6 par la majority du conseil, don't vous 6tes n6cessai-
rement le president












30 DEPART DU PRESIDENT POUR I.E N011D
Je compete sur votre intelligence et votre patriotism, et je
vous renouvelle, Monsieur le Secr6taire d'Etat, l'assurance
de ma tres haute consideration.
Signed SALOMON.

Rest6 au Port-au-Prince dans les conditions fixes par cette
d6p&che, nous ne nous sommes point fait illusion sur les
difficulties de notre position nouvelle; nous avons compris de
quel poids allait peser sur nous l'autorit6 don't nous 6tions
invest. Lourde et terrible responsabilit6! mais notre volonte,
comme notre honneur, 6tait de ne pas d6choir dans l'estime de
celui qui a plac6 en nous toute sa confiance. Voulant nous
conformer le plus tbt possible a la premiere parties de nos
instructions, des le lundi 14 mars, nous r6unimes le conseil
qui avait etd laiss6 pres de nous pour nous assister (1).
La situation 6tait delicate; le chef de l'Etat absent, nous allions,
pour la premiere fois, excercer un mandate dans l'accomplisse-
ment duquel ii y avait beaucoup A computer avec des hommes diff6-
rents de caractere. Le plus parfait accord r6gnait au conseil


(1) Un mois plus tard, nous partageanmes le travail minishlriel dans l'ordre
fixed par la dcp clr suivantc:
Port-au-Prince, lo 13 nvril 1881.

SECR(IET\IRERIE D'EITAT DE L'AGRICUILTURE

An Chef de division di( d6pao'tement de I'instruction pulblique.

Monsieur le Chef de division.
Je vous notified une decision cqu le conseil d(i Gouvernemnent vient de
prendre :
-( S6ance du conseil assistant, le ministry D. Li.gitime, dans les deliberations
du services des diffdrcnts ministire<, compos:nt I gouveriicnement d'Ha'li
coniie ce grand fonctionnaire.
Le ministire a propose et In conseil arrete les measures suivantes :
Chacun des membres dudit conseil aura t fourlnir sptcialement son
concours an secretaire d'Etat, pour It fonctionnemeunt des dlpartemenis qui
suivent :












I:TAT POLITIQUE DE LA CAPITALEL 311
heureusement; mais, en dehors des corps d6lib6rants, ii y a
toujours des personnalit6s remuantes qui, n'dtant pretes a
faire aucune concession, voudraient que tout marchat en
conformity de leurs id6es. Dans ces situations, il faut a celui
qui command un grand esprit de conciliation et de mod6ra-
tion, et beaucoup de fermetd. Nous avons 6t6 conciliant et
mod6rd; nos actes disent assez que nous avons Wt6 ferme
dans l'accomplissement du devoir.
La nature de notre mission, en ce moment, 6tait des plus
compliqu6es: ce n'est pas peu pour un homme que d'avoir a
appliquer A la fois son esprit A tant de choses, et A se trouver
en relations constantes avec les commandants des arrondisse-
ments et des communes, les magistrats communaux, les fonc-
tionnaires de tous les ordres, le clergy et les congregations,
les ministres des puissances 6trang6res, les ministres et les
consuls d'Haiti A l'6tranger, et d'6tre, enfum, en correspondence
tr&s suivie avec le chef de l'Ftat et les ministres don't on
tenait les portefeuilles. La ne se bornait point notre tAche; il
fallait surveiller la march des diff6rents bureaux minist6riels


10 Pour le ddpartemcnt do la marine, le consciller 0. Piquant;
n 2 Pour Ic department de 1'jnt6rieur, le consciller Ovide Cameau;
30 Pour la police g6nerale, le consciller E. Pinckombe ;
4 40 Pour cclui des finances ot (du commerce, le conseiller B. Proph6te;
50 Pour l'instruction publique, les cultcs ot les relations ext6rieures, le
conseiller Th. Madiou.
o En cc qui concern ceux de la guerre, de l'agriculture, le secr6taire
d'Etat s'cn rIserve directement les details. Lesdits conseillers devront voir
rdgulibrement co grand fonctionnaire, pour le pressentir ou Ie tonir avise sur
lesdites allaires rues ou A voir par eux respcctivrmcnt.
Sur la proposition (du ministry, Ic conseil a d6cidd que Ic conseiller
T. Madiou recevra on communication tous les documents ofliciels et non
ofliciels qui doivent Otre ins6drs au Mloniteur.
En foi de quoi nous avons rddig6 et close le present, les jour, mois et an
que dessus, ot avons sign'' : 0. PIQUANT, Ovide CGAMEAU, Ed. PINCKOMBE,
PnOPIIfTE ot MADIOU ).
Rccvez, Monsieur le (hef de division. I'assurance de ma consideration
distingude. D. Li:GTTIME.











:32 DEPART DU Pnf1SIDENT POUI1 LI NORD
et suivre l'ex6cution des travaux publics, notamment ceux de
l'Exposition. Cette tache, ii faut l'avouer, 6tait assez p6nible;
mais, Dieu aidant, nous croyons l'avoir remplie, pendanttrois
mois, a la plus grande satisfaction du chef de l'Etat et A celle
du public (1).
Pendant ces trois mois qu'a dur6 la tourn6e pr6sidentielle,
le pays est rested tranquille, l'ordre n'a pas Wtd un seul
moment trouble, grace au concours et A l'6nergie des hommes
de coeur qui exergaient l'autorit6, concurremment avec nous.
Cependant, il nous arrivait quelquefois, come a toutes les
6poques, des d6nonciations et des avis de prise d'armes; les
exilds, disait-on dans les premiers moments, voulaient profiter
de l'absence du president d'Haiti pour essayer de d6barquer
dans un des ports de la RSpublique. Un bateau de Kingston,
X., sous pr6texte d'avaries, entire dans le port des Gonaives
pour y entretenir des relations subversives; cette manoeuvre
dcouverte, il dut reprendre la mer. En face de toutes ces
machinations, don't nous avons reconnu 1'impuissance, nous
nous contentames de prendre nos precautions et de noustenir
toujours prets a toute 6ventualit6, en maintenant les rapports
les plus r6guliers avec tous nos arrondissements. Des 6mis-
saires, un moment, s'6taient enhardisjusqu'A vouloir continue



(*1) Qu'on nous permitte d'invoquer ici le haut l6moignage to M. CG. de
Vienne, charge de la 6gation de France IIlaiti. Voici ce qu'il nous ecrivit le
4juin 1881 :
( Monsieur le Secrntaire d'ttat, etc...,
J'cspire, Monsieur le Secrdtaire d'Etat, que vous voudrez bien offrir par
avance A S. E. le g6n6ral Salomon mes souhaits de hienvenuc. Vous no decli-
nerez pas cetto mission, j'en suis slr; j'aurai, de mon ci6t, ;i me fIliciter des
cordiaux rapports que j'ai entretenus aveoc vous au cours de cos trois mois, et
A rendre hoinnage A la direction prudent ot habile de volre adiniistration,
tout en confirmant les sympathies qui vous sont si bien acquises.
Veuillez agrer, inon cher Secrdtaire d'Etat, 1'assurance de ines sentiments
de tr6s haute consideration.
(h. de VIENNE ".











lFAlT POLITIQUE: DE LA CAPITAL 33
dans nos campagnes leur active propaganda contre le Gou-
vernement. L'institution de la Banque 6tait le cheval de
bataille dress pour la circonstance: ( Le Gouvernement,
disaient-ils, vent vendre le pays aux blancs, c'est pourquoi
il s'arrange si bien A fire baisser le prix du caf6 et des autres
denr6es n. Ces propos se r6pandaient sourdement, et, si
absurdes qu'ils paraissent, ils ne sont pas moins dangereux
lorsqu'ils s'adressent A l'instinct defiant des gens ignorants;
car ceux-ci ont toujours pens6 que le Gouvernement r6gle le
movement commercial, qu'il peut faire la hausse on la baisse
a volont6. D6ja, au mois de f6vrier, au moment oil ce bruit se
r6pandait et oi la nouvelle nous 6tait parvenue de l'arriv6e
prochaine de M. Laforestrie, nous avions adress6 la lettre
suivante aux autorit6s militaires :


Port-aul-Prince, 12 fdv\rir *1881, an 78 de I'lnd6pen(dalnce.

Le Secrdtaire d'Eltat de l'agriculture, charged du porte-
feuille des finances et du commerce, aux Comman-
dants des arrondissements de la Rdpublique.

Mon cher G6n6ral,

Par le steamer anglais arrive hier de Kingston, le Gouver-
nement a regu un t6l6gramme de Paris, annongant la signa-
ture definitive de la Banque. M. Charles Laforestrie, notre
ministry des finances, ne va pas tarder a se rendre ici pour
commencer A fire fonctionner le precieux instrument de
credit.
C'est maintenant i notre tour, profitant de cet heureux
moment, de faire des efforts pour r6aliser, chez nous, le bon-
heur par le travail. Aujourd'hui, nous avons done plus qu'en
aucun temps a payer de notre personnel dans l'oeuvre de
salut entreprise par le Gouvernement. Annoncez 1'heureux
kv6nement A nos paisibles populations rurales; faites-leur
comprendre quelles sont les idWes et les vues du pouvoir.











34 DI'PAIT DU PRESIDENT POUR LE NORD0
Leurs travaux seront d6sormais prot6g6s, leur liberty plus
que jamais garantie et respect6e. Il y aura des primes et des
encouragements pour ceux qui se sont montr6s dignes d'eux-
m6mes et du pays.
La loi, mon cher G6n6ral, a fait obligation express aux
commandants d'arrondissement, aux commandants de com-
mune, comme aux chefs de section, de faire des tournees dans
leurs circonscriptions respective. Ces tournees si n6cessaires,
je puis l'affirmer, pour certaines localit6s, n'ont pas 6et faites
avec assez de m6thode et n'ont pu, par consequent, avoir
tout le succes qu'en attend le Gouvernement. Veuillez, d6s la
reception de ma d6p6che, faire ex6cuter A la lettre tout ce
que la loi prescrit sur la mati6re. J'espkre, G6neral, que des
r6sultats plus heureux, dans ces tourn6es officielles, sauront
vous faire m6riter davantage la confiance du chef que vous
representez, et soulever, en votre faveur, les applaudissements
de vos concitoyens.
Veuillez m'accuser reception de la pr6sente et agreer l'as-
surance de ma consideration tres distingu6e.
D. LEGITIME.

Quel 6tait le but de ceux qui organisaient cette propaganda?
Its cherchaient, 6videmment, a d6saffectionner le Gouverne-
ment dans les masses, sachant que la force de son autorit6
vient, principalement, de la confiance et de l'amour du people
de la champagne pour le chef actuel; ils agissaient ainsi, afin
que, le pouvoir mine par ce cbt6, ils arrivassent A en avoir
bien plus vite raison.
Pour mieux parvenir A combattre leurs projects, nous en-
voyAmes de nouvelles commissions, composes d'amis du
Gouvernement, parcourir les campagnes pour rassurer les
esprits en prechant la paix et le travail, a l'encontre de ceux
qui prkchaient la guerre civil et provoquaient le d6courage-
ment. Nous-mmme nous allAmes, au milieu des populations
rurales, leur tenir le meme language, et, en agissant ainsi,
nous ne tardAmes pas A raffermir la confiance des campa-











ETAT POLITIQU E DE L :. C\PITAI.E 35
gnards. La note suivante, du Moniteur, rend un compete
succinct de notre premiere tourn6e :
( Le g6ndral D. L6gitime, secr6taire d'Etat de agriculture,
charge de tous les d6partements ministeriels et repr6sentant
du Gouvernement A Port-au-Prince, accompagn6 du comman-
dant de l'arrondissement et du g6ndral V6riquain, a fait, le
17 de ce mois, avec la commission agricole, une excursion
au Bassin g6n6ral.
Parti de la ville a cinq heures du matin, le secr6taire d'Etat
s'est rendu en cet endroit, en passant par P6tion-Ville, oil il
a fait une halte de quelques instants. II a pu, en meme temps,
visitor les habitations Dumai, Drouillard (grande plaine), Ro-
che-Blanche, Digneron, Laferronays, et plusieurs autres se
trouvant sur le parcours de son itin6raire.
A deux heures de relevee, ii s'est rendu A la Croix-des-Bou-
quets, et, vers les six heures du soir, il regagnait la capital,
ainsi que les autorit6s qui l'accompagnaient .
Le 19 mars, M. Laforestrie n'arrivant pas, comme il l'avait
annonc6, les bruits commencrent de plus belle, et motivrrent
cette nouvelle circulaire :

Port-au-P'rinc. Ie 2 avril 1881, an 78e de I'Indipendance.

SECTION DE LA POLICE GENIRALE

CIRCULAIRE

Le Secrdtaire d'Atat de l'agriculture, charged de l'inte-
rieur et des autres ddpartements ministeriels, aux
Commandants des arrondissements de la Reputblique.

General,

Je suis informed que, sur certain points du territoire, des
individus hostiles au Gouvernement et ennernis de la s6curit6
des families, voulant profiter de I'absence du chef de 1'Etat,











3(6 DEPART DU PHil:SIDENT POUR LE NORDnn
actuellement en tourn6e dans les arrondissements de l'Artibo-
nite, du Nord et du Nord-Ouest, parcourent les campagnes
pour y propager des bruits mensongers tendant A d6naturer
les actes de l'autorit6 sup6rieure.
Leur mobile, vous le savez d6ja, G6neral, est de trouble
cette pr6cieuse paix don't jouit le pays dopuis l'avbnement du
g6ndral Salomon au pouvoir. Quoique je sois bien persuade que
votre honneur militaire, G6n6ral, vous fait le devoir de rdprimer
6nergiquement une tentative quelconque d'insurrection qui se
manifesterait dans votre arrondissement, n6anmoins, je ne crois
pas inutile, vu la grande responsabilit6 que font peser sur moi
les functions de repr6sentant du Gouvernement A la capital, de
vous prdmunir contre toute surprise des malveillants, afin que
vous surveilliez leurs men6es et que vous arriviez A temps A empp-
cher la propagation de ces doctrines perverses, en envoyant
immediatement des agents fiddles A l'autorit6 parcourir nos
campagnes, A 'effet de faire connaltre aux populations les
vues du Gouvernement.
Donnez des instructions dans ce sens aux commandants de
commune, et accusez-moi reception de la pr6sente.
Recevez, Gendral, l'assurance de ma parfaite consideration.

D. LEGITIME.


Le dimanche 3 avril, profitant de la reunion de la garde
national de la Croix-des-Bouquets, nous allames nous-meme
la passer en revue (1), et nous lui adressAmes les paroles sui-
vantes :



(1) Le secrdtaire dl'l datl de l'agricull tre, notre synipati(que nia i, le dindral
D. L6gitime, a fait dimanche dcrniier, 3 avril, uine lounrnid l;i Coiix-des-
Bouquets, en iionhbrcuse et homiie cUlipa.gnie.... 11 6tail accoimpgn6I di notre
aimable cominiandant do l'arrondissemenid, le gLndal Pdnor Benjamin, et d'un
grand dtat-major composed d'officiers do tous grades, do plusivurs notabilit6s
et de quclques jeunes gens do la ville.
Dans deux chars a banes, on remarquait :












ETAT POLITIQUE 1DE A :CAPITALE


Citoyens,

Notre presence ici vous explique toute la sollicitude du
Gouvernement a votre regard. Nous venons saluer cette bril-
lante garde national et ces courageux soldats de la commune
de la Croix-des-Bouquets, r6unis en ce jour pour la revue du
premier dimanche du mois. Nous nous rejouissons devant
votre noble attitude, qui nous remplit de confiance et d'or-
gueil. Nous sommes maintenant convaincu que dans ce bourg,
dans cette plain, il y a une population profond6ment imbue
de l'id6e du devoir.

Citoyens,

Nous avons parl6 du devoir civique, cette obligation qui est
impose A tous, petits et grands, riches et pauvres, d'aider le
Gouvernement A sauver et a reliever le pays. Mais comment le
remplira-t-on, ce devoir?
Nous avons, pour cela, deux moyens : 'instruction publique


-1o MM. J.Woulley, consul du PNrou; C. Fouchard, ddputd du people; Victor
Huttinot, chancclier de la ldgation de France; O. Piquant, conseiller; Maunder
(du consulate d'Aiglcterre), ot cl s6nateur Edouard Pinkcombe.
20 MM. Maxwell Savage, consul du Urdsil; Litligow (de New-York, de pas-
sage en cclle ville); Hermann Mfiller, commercant, et Woolley Ills. Un troi-
sieme char A bancs conduisait tout un corps de musique.
Le ministry a Set recu au fort de la Croix-des-Bouquets, et il a ensuite pass
les troupes en revue; il leur a adress6 une allocution d'A-propos, en lour prd-
chant L'UNION, LA PAIX ET LE TRAVAIL.
( Fcrmez vos oreilles, leur a-t-il dit, aux mauvaises insinuations des pA-
clicurs en eau trouble, qui voudraient, par leur nialveillance et leur ambition
mialsaine, paralyser los grands efforts que fait en cc moment le president Sa-
[omon, pour nous rotirer de l'abime oi'i nous out laisse les gouvernements
pricddcnts ).
Le ministry lour a ensuite parl6 de la Banque, institution de credit, pour
soulager la niisreo du people et mlettre de I'ordrc dans l'Administration, puis
de la baisse dul cafn sur les narchis dtrangcrs :
a Lorsqu'il y a abondance do sirop de banana, do tafia, est-cc que vous
n'Otes pas obligds, leur a-t-il dit, de vendre ces divers products du pays i












38 DEPARtT DU PIIESIDENT POLUI LE NO11D
et le travail. Le Gouvernement veut r6pandre l'instruction le
plus possible; ii veut encourager s6rieusement le travail dans
le pays. C'est A cette ceuvre qu'il vous convie tous. Obtien-
drons-nous ces deux avantages?
Les ennemis du Gouvernement sont la qui disent: Vous ne
r6pandrez pas l'instruction, vous ne releverez pas le travail,
parce que le people, s'il est instruit, s'il est moins miserable,
sera un obstacle au bouleversement don't ii a besoin pour
satisfaire ses passions.
Nous qui voulons votre bonheur, qui voulons que les Hai-
tiens soient d6sormais d6gag6s de tout sentiment de haine,
nous affirmons que vous acquerrez ces deux grands bienfaits :
vos enfants seront instruits, l'aisance rentrera chez vous; mais,
pour cela, il nous faut votre concours le plus actif.
On accuse le Gouvernement d'avoir fait baisser le prix du
caf6, c'est faux. Le prix de vos denr6es monte ou descend,
selon les besoins de la consommation; par example, quand le
tafia ne se vend pas ou se vend A bas prix, qu'est-ce que cela


meilleur marchli? Elh bien! c'est cc qui arrive pour Ic cal'f. D'autres pays,
aujourd'hui, en cultivent beaucoup comnne Haiti, et, come II;liti, expedient
cette denrdc sur les places de I'Europe. 11 arrive alors, comnie pour la banane.
le sirop et le talia, qu'il y a abundance, et, par consequent, baisse de prix.
C'est cc qui nous arrive aujourd'hui. Pour contrebalancer, il fault travailler
davantage ct produire plus; ii faut letter avec la concurrence ct no pas vous
d6scspdrer.
C'est dans le but de laciliter le travail quIe c president Salomon, toujours
infatigable, visit tuus les points de la Rdpublique pour prOclir la TIAn.\QUv.-
I.lTr, LA I'.\X EL LI'UNION, qui sont les bases ndcessaires A vote prosperity et ;i
cell du pays, et qui vous permettront de cultiver paisiblemnent vos lerres ).
Nous regrettons de n'avoir pas pu stenographier toules les bones paroles
du ministry dc I'agriculture, qui ont edt si bion goittes par hi population in-
telligente de la Croix-des-Bouquets et de la plane du Cul-de-Sac.
A quatre hcures de l'apres-midli, Ic ministry et Ics anis qui l';vaient accom-
pagnd quiltaient la Croix-des-Blouquets pour la capital. escorts desi junles
gens de I'endroi t et dcs principles habitations d'alentour.


11-Mrait (111 J0111,11al 1,0"'it')











ETAT POLITIQlU;; DE i ..\ CAPIT.LE 39
prouve? C'est que cet article est en abondance dans les villes.
II en est de meme pour les autres denr6es, le cafd, par example.
Le n6tre est achet6 A bon march; cependant, si vous voulez
que votre caf6 soit pr6f6r6 aux autres, pr6parez-le bien; c'est
pour cela que le Gouvernement vous promet des machines
dans chacune de vos sections rurales.

Citoyens,
Je sens que vous rn'avez comprise et que le Gouvernement
peut computer sur votre d6vouement.

On rdpondit A ces paroles par les cris de vive le president
d'Haiti! vivent la paix et le travail!
La veille de notre depart pour la Croix-des-Bouquets, nous
avions fait connaitre au president toutes les dispositions que
nous primes dans ces circonstances; ii les confirm par la
lettre suivante :

Cap-llaiicn, lc 6 avril '1881, an 78c de l'Ind6pendance.
No 1'l1.
SALOMON, president d'Haiti,

Au Secrdtaire d'L'tat de l'agriculture, charged des
autres ddpartements ministdriels.

Monsieur le Secr6taire d'Etat,

Je vous accuse reception de votre d6piche du 2 avril cou-
rant, no 440, par laquelle vous m'annoncez que l'ordre et la
tranquillity r6gnent A la capital et sur tous les autres points
du pays. Fl6icitons-nous-en.
J'appr6cic les measures que vous prenez pour paralyser l'ac-
tion des propagandistes. Si la police met la main sur eux, le
Gouvernement fera son devoir.
Recevez, Monsieur le Secr6taire d'Etat, l'assurance de ma
plus parfaite consideration.
Signy SALOMON.











40 DEPART DU PRESIDENT POUR IE NORD
Quelques jours apr6s cette tourn6e, le 18 avril, arriva au
Port-au-Prince, par le Medzoay, M. Ch. Laforestrie, notre
secr6taire d'Etat, si impatiemment attend ; ii obtint une ma-
gnifique reception. Presqu'en m6me temps arriv6rent, a la
capital, M. de Montferrand, d616gu6 de la Banque, et
M. Grekowiez, ing6nieur, envoy expres pour les 6tudes rela-
tives au trac6 de la ligne du chemin de fer de la plain du
Cul-de-Sac. Nous invitames aussitdt les propri6taires rive-
rains a pr6ter leur concours A ce dernier :


SECRETAIRERIE D'iLTAT DE L'INTIRIEUR

AVIS

Le secr6taire d'Etat int6rimaire de l'int6rieur informed
MM. les Propri6taires des terrains qui se trouvent sur
la ligne du Port-au-Prince a l'Etang, que les 6tudes relatives
au chemin de fer de la plain du Cul-de-Sac vont ntre entre-
prises par Ml. 1'ing6nieur Grekowiez.
II les invite, en consequence, a lui accorder aide et protec-
tion, A lui faciliter le passage sur leurs terres et A l'autoriser
a faire couper les halliers qui pourraient gener ses operations.

Port-au-Prince, le 18 avril 1881.
D. LEGITIME.

En cc moment, les ennemis de l'ordre changnrent de tac-
tique : ce fut dans les rangs de la garde national adminis-
trative qu'ils voulurent alors porter la division. Dans ce but,
ils essayorent de fair entendre A beaucoup d'employ6s que
installation de la Banque aurait pour consequence la perte
de leurs places, puisque cet 6tablissement de credit 6tait
appel6 A faire le service de la tr6sorerie et A contr6ler les
operations de la douane. Le moyen choisi 6tait puissant; il
devait agir sur le vif, puisqu'ici on s'adressait aux int6rits les











ETAT POLITIQUE DE L. CAI'TALE 4-1
plus directs de l'individu ; aussi fallut-il toute la popularity
du general Salomon pour qu'aprts tant d'assauts, A propos
de la Banque, son gouvernement n'6prouvat aucune secousse.
Notre rble, dans ces situations, 6tait trac6 ; sachant ce que
voulait le Gouvernement en instituant la Banque, qui 6tait un
fait accompli, ii ne nous a pas 6t6 difficile de trouver des rai-
sons pour annihiler les effects de l'intrigue.

















CHAPITRE III

Travaux publics.

Tandis que nous travaillions tous si activement au maintien
de l'ordre, nous n'avons pas cess6 un seul jour de donner
nos soins aux travaux publics ; car, li aussi, il y avait beau-
coup A faire.
Le palais de l'Exposition etait commenec depuis le mois de
fdvrier; il fallout active les Lravaux pour que Lout fit prlt
la date du '15 aofit, jour de la fote patronale du Port-au-
Prince, qui fut choisi pour celui de la cirdmonie d'ouverture.
Le Fort-National, la principal forLeresse de la ville, avail
besoin d'cdre restaurd ; nous y avons faith construire un sou-
terrain pour la shrete des munitions de guerro, et remettre en
etat de service la piece de cent don't les roues dtaient, depuis
cinq ans, enfoncees dans la terre. Ces travaux furent heureu-
sement executes sous l'habile direction du gdndral Baron,
directeur de 1'arsenal, et du general Raymond, chef du Icr r&-
giment d'artillerie. Ils furent aids par le commandant de
l'arrondissement qui, alors, se multipliai dans different tra-
vaux.
Sur la route de Bizoton a la Source sale, un point on ma-
connerie fut construit, et l'on s'occupa, en mnmec temps, de
rdparer celle de la Grande-Plaine jusqu'au PonL-Rouge.
Ces travaux, et tant d'autres ([u'il n'st pas necessaire
d'6numdrer ici, ont, non seulement rdpondu A un besoin rdel
du moment, mais encore its out eu l'immonse advantage
d'occuper les ]bras de nos travailleurs. Et tandis qu'ils s'exd-
cutaient A la capital, d'autres dtaient entrepris ([ans dilT6-
rentes localit6s.











rILA'.UX PUILI:S 43
Les ing6nicurs du Gouvernement durent se mettre aussi a
'dtude de toutes les autres questions relatives aux travaux
)ublics. Ils s'occupaient de la fonderie, de la maison central
At des hospices. Et, nous devons le dire sans aucune vanity,
'une de nos plus grades preoccupations, avant meme notre
trrivee au minist6re, fut le sort des alidnds et des indigents
lui fr6quentent nos rues, les habitent pour ainsi dire. Images
-ivantes d'une grande mis6re, leur presence accuse notre trop
)eu de charity envers les malheureux. Et encore, que d'immo-
'alit6s ne s'dtalent pas i nos yeux, et que de sujets de
,caridale donn6s t nos enfants dans la personnel de ces infor-
:unds! Nous nous souvenons encore de la satisfaction que
ious eulmes, anu ois de janvier, de fire agreer par le con-
>eil des secrdtaires d'Etat notre plan d'administration. Voici
commentt f'ut formul6e notre opinion on faveur de cette classes,
la plus digne de compassion d'Haiti
Toujours domino par cette idde, nous allamnes, un jour, vi-
iter l'hospice de Saint-Francois-de-Sales, jolie construction
[que nous devons au zXle et au ddvouement de 1Mle Astrde
I1echaud, l'une des demoiselles les plus intelligentes du pays;
comme il Iallait I'achever et la mettre en dtat de recevoir ses
premiers pensionnaires, nous ordonnames qu'une ddpense de
350 piaslres flt lite A cet effet. Ddja, avant le ddpart du
prIsident pour le Nord, it avait etd ldcidd, sur notre propo-
sition, que les dames patronnesses de cette omuvre pourraient
se charger de fire venir, pour la direction de l'hospice, des
religieuses avec lesquelles elles s'entendraient directement, le
Gouvernement, toutefois, assurant i l'dtablissement une sub-
vention de 3,000 piastres. Pareille allocation fut portde sur le
budget en faveur d'un autre hospice qu'on ddcida de fonder
au Cap ('1).
17n terrain pour ['asile des alidnds l'ut cloisi; nmais les cons-
tructions qu'il faudrait y faire, d'aprbs l'dtude des ingdnieurs


1() L.es (.;Ihamlires oil n'duil res deux allhoation(i ;i 2.0()00 piislris,












44 TIIAVAUX PUBLICS
et l'opinion des medecins, devaient donner lieu i une trop
forte d6pense pour l'actualitd. Tout project a eelt guard ful
done ajourn6 (1).
Tels furent, A peu pros, les travaux auxquels nous avions
pu nous livrer pendant l'absence du president de la capital.
Dans l'intervalle arrival la f6te du et mai 1881.


(l) Un d6pute qui partagea nos idles, M. Lamotiel, availili fail G la Cliabriii
uneI demanded de credit dans cc sens. 0


~




















CHAPITRE IV


F6te du e"r mai.


C'6tait une heureuse occasion qui s'offrit a nous pour nous
adresser encore directement A l'esprit des cultivateurs et
rapper un peu leur imagination, en changeant en quelque
facon l'ordre ancien de la fete. La c6rdmonie du couronne-
ment dtait revenue, depuis longtemps, une vraie derision pour
tout le mond ; les couronnes, distributes si largement aux
laurdats sur la place d'Armes, etaient bien vite fouldes aux
pieds, mOme avant la sortie de l'dglise. Is ne savaient qu'en
fire. 11 fallait clercher un autre systime d'encouragement
pour les Inmps modernes. Conformdment a notre circulaire
du '14 janvier, les commissions agricoles formies dans
plusieurs villes, do concert avec les chefs militaires, avaient
organism des concourse pour la ftie du 4er mtai. Au Port-au-
Prince, of I'on n'dtait pas pr't pour la grande Exposition,
nous donnimes A la fite une physionomie nouvelle en rema-
niant eI programme des ann6es prdcedentes. Le jour du
'1''r mai, on so rdunil, comme autrefois, au pied de l'autel de
la Patrie, el, de lI, on passa au Champ de Mars oft, depuis le
sacred do Faiuslin Soulonque, aucune c6rdmonic religious ni
militaire n'avait encore eu lieu. Au sud de ce vaste quadrila-
t6re, on voyait deja s'dlover la magnilique facade du palais de
l'Exposition, don't le pdristyle 6tait pr6pard pour la circons-
tance. Mar Bdlouino, en l'absence de Mgr l'Archeveque, vint
pr6sider A la fAte; tout se passa bien en cette heureuse












4F FfTE DU 'I'r MM
journee, et, malgr6 la pluie torrentiell e de la veille, beaucoup
de personnel se trouvaient sur les lieux (I).
Nous laisserons parler ici le Monitear, notre journal official:
a La flte de agriculture a 616 c6ldbrde au Port-au-Prince
avec une pompe et une solennit6 pen communes. DWs sept
heures, les troupes de la garnison eL la garden national, sous
le commandment des g6ndraux P. Benjamin et 1. Prophite,
la police sous celui du g6ndral H6rard Laforest, 6taient ran-
gdes sur la place P6tion. A huit heures, le secretaire d'Etat
de l'agriculture, charge des portefeuilles de l'int6rieur, de
la guerre, de la justice, accompagn6 du g6n6ral V6riquain,
du magistrate communal et d'un brilliant 6tat-major, se rendait
sur l'autel de la Patrie. Le president et le vice-pr6sident du
Tribunal de cassation, le doyen du Tribunal civil, le s6nateur


(1) Compte rendu do la fete, d'apres le journal '(Eil :

inEMIER MA!'

Ministre de l'agriculture, Magistrat commlunall, vots tous q(ui avez inno\'d,
prdsidd, exdcut6 et aidd i l'exdcution de la fllte dn ler 1 mai, recevez los nieilleurs
et les plus chauds compliments do i'(Eil! Vous avez lout simplieent impro-
vise une fite belle ot grandiose. Vous nous avez sevrri do la vieille routine,
vous dtes sortis du vieux clichi ; vous nous avez prouvl qu'avec pei on pou-
vait fire beaucoup. Et une oIis de plus, Monsieur to Ministre, vous avez donn6i
en cette occasion la pruvo do cec que peut la vlont6 doe hie fair, et coimbien
vous avez iA ceur do remplir dignement la piatriotiqiie mission q(ue vous a
confide Son Excellence le Prdsident Salomon!
C'est dans la charpente du palais de l'Exposition qu Ie le ecrtanice d'Elat de
l'agriculture a eu i'heureuse idde do fairre rie la nmesso pour demander i
Dieu de b6nir les nobles efforts du premier magistrat do la JRdpublique, et pour
lui demander aussi la Iprospdrit6 dto noire sol, ilui doit reliever le pays de ses
d6sastres !
C'est grace l'aide de M. l'abbd Weik Ot, de s swills de Sainl-.loseplh de
Cluny, qu'on a pu voir surgir, come par enchlanl'ienil, ld Il'6eilice dbauchli,
la charmanto et simple cliapelle oil Mf'r 1 i '1'lliino e la 'i la g ci eoset (o de dire
messe.
Mgr Bdlouino parole facilement; nous l'avbns 6cout6 avec plaisir, et quoique
le rampage soil, chez lui, bien mieux q(ue le plumage, ii n'est pas moins, par












I'tTF. DU -1fr MAI 4-7
E. Pinckombe, president du comiti permanent du S6nat, des
membres de ce grand corps de la Chambre, AI. O. Cameau
et d'autres membres du Gouvernement, de nombreux fonc-
tionnaires, AM. J.-J. Odain, tr6sorier g6ndral, les membres du
conseil communal, du conseil de l'instruction publique, le
directeur du lyc6e national, accompagnaient 6galement le
secrdtaire d'Etat et avaient tenu, malgrd l'absence du president,
a rendre hommage par leur presence a ses intentions, ainsi
qu'A tdmoigner leurs sympathies a son reprdsentant.
Sur 1'autel de la Patrie, le secrdtaire d'Etat adressa le dis-
cours suivant a l'arm6e eL ;' la garde national

Concitoyens,

Le chef de 1'Etal s'dtait promise de donner aujourd'hui une


son eloquence, lc phoenix do noire clcrg6 Nous devons des compliments A
MM. Boom et de Govaerst, qui. par leur activity, en travaillant nuit et jour a
l'aclihvement de la charpente du palais de 1'Exposition, ont permis d'y inau-
gurer la clapelle ct onl, en cola, bien aidd lI ministry dans son programme.
Toute la garnison 6tait sur pied. La police, avant A sa tOte le brave gdndral
Hlrard Laforest, lorinait la haic, ct la garden national, au complete, marchait
en tetc.
Nous aurions dti, pour ne pas intervertir l'ordre du programme, coummencer
par lc conimencement : parler du bean discours du secrdtaire d'litat de l'agri-
culture et tie celui du magistrate cominnual, fort approprid A la circonstance;
mais come nous faisons un compete rendu fantaisisto, il nous serabien permis
d'en vouloir un poe i 'antel do la Patrie, qui a eu la faiblesse de c6der sous le
poids ds t illustres inombres des grands corps de l'Elat, ct, A cause de cela, nous
croyons devoir lui Iair cedder le pas A l'autel de Dieu. Et nous profitons de
cette occasion pour reconmmander i la commune, si empressde aujourd'hui A
rdparer le nmal aussitOt qu'on Ie lui signaled, d'y porter un remide, afin de
privenir un danger indllvitable
En quiltant le Champ td Mars, 3. lc M3inistro die agriculture, ayant
a ses ci61 ls les imbres dlu conlseil, Mhl. O. Piquant, O. Cameau et Edouard
Pinkcombe, a re!: unI11 partli de I'assislanco au palais National, tandis que le
magislirat coImIunal se rcndait an niinistireo de i'agriculture, transform en
hl6tel coninnal pour recevoir les cultivatlurs arrives de toutes parts pour
cdldbrer cc grand jour!
Come cliez Nicolet, nous marclions de surprise en surprise : partout des












48 FETE DU ler MAl
fete digne de vous et de tout le pays; mais le devoir de
sa charge et les int6rets de la politique 1'ont d6termind A
s'absenter de la capital, A cette 6poque do l'ann6e. Nous qui
reprdsentons son Gouvernement pendant son absence, nous
vous disons A tous, A vous cultivateurs, A vous industries :
soyez les bienvenus! La fete que nous c6dlbrons en ce jour
est la f6te du travail; c'est done logiquement celle de la paix.
Ces deux mots ont, en effet, une tell connexiLt entire eux,
que l'un semble utre la consequence immediate de l'autre. Le
travail sans la paix, c'est l'Fdifice donstruit sur le sable, c'est
la graine semde sans espoir de recolte.
De mime, la paix sans le travail ne saurait offrir aucune ga-
rantie de stability; elle sera fatalement trouble par les ambi-
tieux, mine par les oisifs et les irr6conciliables de tons les parties.


feuilles et des fleurs s'harmonisent A nos couleurs nationales..... C'est d'lne
simplicity de bon goit qui touch au splendid.
Dans la rue, le people enthousiaste repond par d(s hourras aux toasts du
premier 6tage; ct, si nous franchissonsles degrs de la mason Alonle (le minis-
tere de l'agricullurc), nous vorrons, i coit do notro sympathiquo ministry,
toutes les sommits (de la ville.
Ies toasts sont toujours les mines ; seulemn tlt, Ie challm)pgne est lioen eo los
sentiments sont droils. C'est done avct un illeihou si;isme siinciwre que tous les
membres de l'assemblde boivent au boniheor d'llaiti, ;' la santi du( president
Salomon etl cclle du secretaire d'lJilat Ldgitime !
Nous ne devons pas omeltro une santd Ai laquollp on ; lu aver plaisir : c'est
celle de l'abb6 Weik et de M. DAtnost (le copitaine des pompiers); ces deux
hommes, sympathiques t tout lc monde, et qui, d'in ddvouement et d'une acti-
vite rares, out su acqudri' I'eslime, I'amitid et la reconnaissance de nos
families trop souvent 6prounv6es par lc foeu C;ir, c'st, bion grAce o cs deux
homes que la ville de Port-nu-Prince a pu rdsister, jusrqu'd ce jour,i 'in-
cendie, un de nos plus terrible laaux !
Et nous pouvons dire que si le general IIlA.ir Laforest ost le fldan des
voleurs, MM. Weik ct D6most sont les fltaix tdl Iliau!
Mais s'il nous faut admirer Ie c6t6 pratiqlue et ns-.:T\UIANT dela fAte, nous
suivrons le magislrat communal dans la maison de M"11 Antoine Soullrant, oh
chaque habitant trouve son pa)i el. sh pelile bouteille de vin, ornde d'une
coquette etiquette blene, blanche, jaune ou rose, ct sur laquelle on peut lire
ces mots : FITE NATIONAL Ifr MAI VIVE SALOMON!













FTEr DU 'er MAI 49
Parmi les nations connues, Haiti est peut-etre la seule of
le jeune liomme et le vieillard soient priv6s, l'un de la con-
fiance dans l'avenir, l'autre di bonheur du repos.
Oh faut-il en chercher la cause, si ce n'est dans le peu de
cas que la socidtd scmble faire de la double v6ritd que nous
venons d'6noncer? La jeunesse nest point sollicitde vers le
travail, et compete plutot sur les hasards aventureux de la
politique. Quant a nos vieillards, ne les voit-on pas, apres
de longues anndes de labeur, dans la ricessitd de recom-
mencer leur meuvre ingrate, d6truite par les guerres ci-
viles?
Aujourd'hui qu'une sage administration s'6vertue sans re-
liche a r6organiser notre soci6te sur des bases plus solides,
nous sommes en droit d'esp6rer que la cupidit ne pourra


Le ccour et l'esprit s dlonnont la main pour ctldbrer cC PnEMIER MA. .....
En quittant 1'II6itl de l'agriculture, le ministry monte A cheval avec le
commandant de t'arrindissement pour une lournc en ville, et price ses amis
qui sont a pied do venir clez lui (rue Am6rieaine). LA', il recoit les officers de
lagIirde national, nyanl :; leur tl',e nitre estimable ami lDrenor Prophite, qui
a cu l'anmabililt, on lions voyanl, de porter une sanie a la press qui defend avec
patriotism cl ldvourenint I Goivernemncit du pr)sitdent Salomon!
Les anmis dn ministry sont nombroux, niais sos salons sont 6troits, et...,
cependant, on y est :A son raise! C'est qu'on est, clez I'homm de Ihonne compa-
gnic, I'homme li,'1 n tdlov0v. :;n cra'n lIarge il g6ncrOux.
Parmi nos concitoyens qui savent fair partout des amis a notre chef hien-
aimne, nous ponvons placer an premier rang le sympathique secrdtaire d''tat
de l'agriculture, qui possede naturollement l'art de mettre en pratique la
CONCORDE I t I'iiNION, cos delx Inots trop solvent prostitnus par des 16vres
impures!
A deux heu:es, on prenail cong6 du ministry, on so donnant rendez-vous
pour le soir, an grand concert dn tlhditre national, olfert par le conseil
communal, ( come r6jonissances publiques, At la population de la capital s.
On in piouvait Ilioeux clo0re le pI.EnMIE MAT, et finir ce grand jour plus
ag'rdablement.
Le couronlnement de I'muvre a 6td digne du maitre : et chacun. en se
mettant au lit, a dil dire come nous:
Ouf!... quelle journde bien remplie!!
E. P. K.











50 i.'Tr DU -jer 'MAI
plus, ddsormais, dltruire en une nuit, eln une heure, les fruits
p6nibles d'un long travail.


Concitoyens,

La guerre civil est la source de cet immense decourage-
ment, si deplorable dans noire magnifique et fertile pays. Le
travail et la paix doivent marcher cote A cote eL s'aider conti-
nuellement d'un mutuel secours.
L'un des principaux 61dments qui manquait au pays, et que
les revolutions avaienL compl6tement an6anti, c'est le credit.
Par les efforts incessants du Gouvernement actuel, ce levier
est remis entire nos mains. Au lieu d'avoir a payer des int6-
rots de 36 pour 100 l'an, qui absorbaient les revenues de nos
terres et de la plupart de nos industries, nous pourrons
bientdt, dans les conditions les plus favorables au ddveloppe-
ment de la riclesse national, nous procurer, an taux des
nations civilisdes, les capitaux indispensable ;i la mise en
ceuvre de toute entreprise d'exploitation.
Fonctionnaires de Loutes les administrations, vous officers
et soldats, vous officers ruraux, vous n'avez pas d6ja oublid
que, depuis nombre d'annes, vous dtiez constraints do sacrifier
vos traitements a un escompte ruineux.
Vous voila maintenant rentrds dans l'intitgitd de vos
droits; car votre salaire vous sera rdguli6rement payv. L'Etat
n'aura plus de sacrifices tA laire pour y parvenir, tant qu'il
sera administer par des mains habiles.
En ce qui concerned particuliierment agriculture, vous
save tous quels sont les projots que le Gouvernement a en-
trepris pour creer, parmi les producteurs des champagnes, eette
salutaire emulation qui scule engentire le wpogris.
Bient6t, I'inauguration de note Isxposition national \ous
rassemblera tous ici : des recompenses dignes des ellbrts dte
nos cultivateurs seront dlistribudes ontre Ies plus nmtri-
tants.
Nous avons pensd qu'en appelant les b]nddictions de Dieu











F'TF. DU '1" M1.\1 -
sur les premiers fondements de 1'ddifice consacrd it cette Ex-
position, chacun comprendra le prix que le Gouvernement
attache A 1'ceuvre qu'il a commence.
Vive Haiti! Vive le travail! Vive la paix! Vive le
president Salomon, qui nous donne cette paix el favorise le
travail


Le magistral communal parole 6galeinent en ces terms


Citoyens agriculteurs,

La nation tout entire dit avec nous, en ce jour solennel,
que l'agriculture, si longtemps ndglig6e en Haiti, va entrer,
d6sormais, dans une voice r6elle de prosp6rite et de grandeur.
Aujourd'hui, par les soins vigilants et patriotiques du Gou-
vernement du president Salomon, ii va ktre v6ritablement
prouvd que l'agriculture, protege et encourage, est sans
contredit la source premiere et liconde de la prospdritd de
1'Etat.
In concert unanime de lounges ct de b6n6dictions a salue
la pensde icureuse (d chef do 'Etat, d'avoir crde un minis-
tire distinct t s]pdcial pour s'occuper, sans reldche, de routes
les ameliorations i introduire dans notre syst6me agricole.
L'expdriencc profonde du president Salomon, et sa connais-
sance parfaite des institutions du pays, lui ont sugg6rd cette
noble e. Iructueuse pensde, don't la rdalisation aura pour effet
assured de changer le sort de la nation.
D4ij, vons I'avez constatd avec nous, tout vous prdsage un
avenir meilleur. [Tn citoyen eclaird, aclif et patriote, s'est prd-
scntd pour aider le chel' de l'Etat rdaliser le programme
InoIuvaui, confn p0our 1l relvement immddiat de notre agri-
culture. D'une main lirme eL intelligence, le secrdtaire d'Etat
de l'agriculture entreprend de refaire l'art agricole en Haiti.
Cette tache nouvelle, lourde et difticile, ne l'effraie point. II va
s'entourer de tous les concourse utiles et ddvouds, eL, le pre-











52 FETE DU I"er MAI
mier, il donne l'exemple du ddvouement et de la persevdrance
dans le devoir.
II n'y a rien A ajouter au language persuasif que le secr-
taire d'Etat vient de vous dresser, Citoyens agriculteurs.
Vous avez appris que, dans pen de mois, vous serez ap-
pelds A fair valoir vos products dans l'Exposition national
qu'organise le Gouvernement. Aux plus m6ritants seront
I'honneur et la recompense. I y v a done de votre gloire et do
vos inter6ts les plus chers de travailler, des maintenant, A
une meilleure preparation de toutes nos denr6es, de tous les
products de notre sol.
Le Gouvernement entend vous encourage fortement dans
cette voie. It ne manquera point a sa promesse, croyez-le
bien.
La pompe nouvelle, l'dclat inusit6 donned a cette f6te, ne
vous disent-ils pas assez toute l'importance que le Gouverne-
ment attache aujourd'hni a agriculture?
Montrez-vous done empressds de r6pondre a la haute solli-
citude don't le chef de l'Etat veut bien vous entourer, et re-
doublez d'ardenr et d'activitd dans vos nobles travaux des
champs.
En attendant que le Gouvernenent, dcans ses vues dlevkes,
vous d6cerne bientot les veritables rdcompenses quo vous
attireront vos labeurs mieux cornpris et devenus plus produc-
tifs au pays, le conscil communal est heureux, au nom de
Son Excellence le Pr6sident Salomon, qui effectne en ce mo-
ment une important tourn6e dans le nord de la Rdpublique,
de vous f6liciter et de remettre ces outils aux plus distingues
d'entre vous par le travail et la perseverance. Ces outils, bien
utilisds, faciliteront encore, Lout imparfaits qu'ils sont, vos
nobles et penibles travaux.
Demandons tous ensemble que Dieu favorite les projects
6lev6s et civilisateurs que le Gouvernement enitrprend en
faveur de l'agriculture ; demandons encore que le Ciel rd-
pande ses b6ndcictions sur le sol de la patrie, et crions avec
enthousiasme :











FErTE DU 'I" MA 53
Vive l'agriculture! Vivent la paix et I'union! Vive le
president d'Haiti!
Puis, le cortige se mit en narche et se reudiL au batirnent
de 1'Exposition don't, grace aux efforts de lMM. Boom et de
Govaerts, la charpente avait 6td monte ct couverte avec une
rapidity feerique, eL d6corde avec une remarquable eldgance.
Sa Grandeur NMr Bdlouino, coadjuteur de MAl'r Guilloux, avait
bien voulu proter son concours a cette cer6monie. Sur un
autel improvise, Sa Grandeur, assisted de MA. le Curd de la
cathddrale et du Rvedrend p6re directeur du snminaire, came-
rier de S. S., dit la messe. Apres la consecration, il adressa
a l'assembl6e une allocution brillante sur les sympathies de
1'Eglise pour tout ce qui touche aux joies du pays.
On remarquait dans 1'assistance, le major Stuart, ministry
de S. M. Britannique; MA. de Vienne, ministry de France; les
membres du Corps diplomatique et consulaire; MM. Fdnelon
Duplessis, M. Laforest, Charles Miot, Callisthine Fouchard,
Boisson, Osmane Piquant, Eugine Nau, president du conseil
de 1'agriculture; de Govaerts, Dujour Pierre, les sinateurs
Ardtus Duval et Morin Montasse, ainsi quo d'autres notabi-
litds don't nous regrettons de ne pouvoir reproduire Lous les
noins.
Apr6s la messe, VI cort6ge se rendit au Palais national, et,
de la, au miniistre de l'agriculture. M. J.-J. Audain, tr6sorier
gdndral, n'avait cessd de pruter au secr6taire d'Etat et au
magistral communal le concourse le plus empress et le plus
gracieux.
Nous nous empressons de reproduire l'allocution de Mgr B6-
louino, que nous regrettons de n'avoir pas eue assez a temps
pour l'insdrer dans le compete rendu de la fete du Ier mai.


Nos tres chers Fr6-res,

L'I[glise est la mire de humanityte. C'est pourquoi elle a
souci de tous les intir0ts de ses enfants et benit volontiers
leurs joies l1gitimes.











5)4 FIFTE DU Ij" MAL
De 1a notre presence a cette fcte. Nous viendrons encore,
lorsque vous la r6clamerez, pour 1'inauguration des ceuvres
industrielles que vous promet l'avenir, mais nous nous devons
d'une mani6re sp6ciale a votre f6te de l'agriculture.
Pourquoi, N. T. C. F.? Le voici. Un pokte francais disait
naguere : b Le travail des villes est divin, le travail des
champs est human D. A notre avis, c'est le contraire qu'il
faut dire : les chemins de fer, les usines, les travaux d'art,
sont justement appeles les wuvres de l'homme ; c'est l'homme,
en effet, qui, par ses efforts, reconquiert une part du domain
royal qu'il alidna par le peche d'origine.
Mais quel insens6, devant 1'arbre, mime cultiv6, devant la
fleur, meme perfectionnde par un jardinier habile, devant le
grain de bl1, ne dira pas : voila l'ceuvre de Dieu? L'homme,
pourtant, a laboure la terre, il a plant et arros4. mais, en tout
cela, il n'a 66t qu'auxiliaire; selon la parole de I'apotro, c'est
Dieu qui a donn6 l'accroissement : Deus incrementum dedit.
L'homme des champs a au moins 1'instinct de cette v6rit6:
c'est a cause de cela qu'il est plus religieux quo l'hlomme des
villes.
Nous avouons dune nos pr6dl'rences pour f'agriculture.
En cela nous imitons notre maitre, qui a (lit do son piren
celeste : o II est agriculteur v), et don't nous redisions tout I
l'heure A l'autel cette touchante parole : a Je suis le bon Pas-
teur ). Nous nous inspirons des sentiments de l'Eglise qui,
chaque annee, faith des priires solennelles pour la prosp6rit, de
l'agriculture et present it la vndration du monde ses moines
cultivateurs. Ah! N. T. C. F., le meilleur souhait quo nous
puissions vous adresser, c'esi qu'il nous soil donnd dle voir
bientut, ici mDme, leurs vertus et leurs o'uvres. )'ailleurs, nous
sommes Francais, ot, suns mndconnaitre los bienlails de 1'in-
dustrie, nous proclamons quo co'st I'agriculture qui a lait dr
notre patrie bien-aiime (( 1o plus beau ro\yamun apri'('s cclui
du Ciel i.
Permettez-nous d'ajonter : Nous sommes de ia lHretagnoe i,
pays a;ime do Dieui cl, qui le li rend l)ien. pays q ue vous devrz











FETE DU J r .I.\ 5,5
aimer vous-nmdmes, N. T. C. F., puisqu'il vous envoie ses fils
pour ktre vos 6v6ques eL vos pr&tres. All! si vous pouviez, en
ce moment, contempler ses beautds printanieres, ses bl6s on-
dulant sous les caresses de la brise, ses pr6s 6maillds de giro-
fles et do marguerites, ses pommiers en fleurs, vous ne
retiendriez pas le cri de volre admiration, et vous diriez :
pourquoi n'aurions-nous pas de tells choses en Haiti?
Pourquoi non, en lefet, N. T. C. F.? Si votre soleil a des
ardeurs impioyables, Dieu a donn6d votre corps la force pour
les braver, a votre sol une fertility inouie. D'ofi vient done
que l'un de vos hoinmes d'Etat a pu ecrire cette parole:
c( Sous le rapport materiel, aucun progres n'a det obtenu en
SIIaiti v. Nous ne voulons pas attrister cette belle fAte par
des aveux plus ddsolants encore faits par vos compatriotes, et
des plus autorisds.
Mais, a la question pose, nous repondrons avec toute la li-
bertd de notre ministlre et l'alfection qu'il nous command
pour vous.
Si, au lieu du progress, ii y a en decadence, c'est qu'on a
meconnu la lot du travail... Or, common vous l'avez dit,
Monsieur le Secrdtaire d'Etat, agriculture est Ic travail par
excellence P. L'Ecriture l'avait dit avant vous.
C'est, encore, que la famille rDguliere n'est ici qu'i l'dtat
d'exception. Et, pourtant, c'est la famille reguliere qui, seule,
assure au travail la puissance de l'association, la dignity, sans
laquelle l'homme est rIduit i l'etat de bdte de some, la
icondite durable.
Or, I'unique fondcmenL do la famille est le nariage, le saint
sacrement du marriage, eL non ces unions d'aventure qui sont
la plaie physique et morale, Ia honte, et, a bref ddlai, la ruine
d'un pays.
('est, onilin, ([lqe lit stabilild voLus manque, sans laquelle il
n'y a jqu'dclces lanentables, ridicules, ct accumulation de
ruines. Oserez-vous nous dnmentir, en presence du spectacle
qui s'offre ai nos regards'
Mais pour que ces causes de mul disparaissent, pour











56 FTEI Du 1'or MAI
qu'elles soient au moins combattues d'une maniere efficace,
il faut intervention habiLuelle de Dieu, c'est-h-dire son regne
6tabli solidement parmi -ous, el vaillamment df'endu. C'est
Dieu qui a fail du travail la loi en imoine temps que le bonheur
de sa creature, c'est lui l'auteur de ha fanille et le vengeur
de la nature, de la religion et de la pudeur mnconnues. C'est
lui la source et le maintien du pouvoir. Or, Dieu, apres nous
avoir parlk par son fils, continue de nous parler par la sainte
Eglise catholique, apostolique et romaine.
Soullrez, Seigneur, qu'en terminant cette auguste c6rd-
monie, en presence de cette multitude, nous ayons sur les
l6vres les paroles que, dans un jour solennel entire tous, vous
inspiriez a David votre serviteur.
a. C'est dans l'alldgresse que j'ai offer le sacrifice; j'ai vu,
, avec une grande joie, tout ce people rassembld en ce lieu,
) vous offrir ses presents. Seigneur, qui Otes le Dieu de nos
> p6res, conserve 6ternellement cette volontd dans leur cceur,
b et faites qu'ils demeurent toujours fermes dans cette reso-
n lution de vous rendre la vdndration et le culte qu'ils vous
a doivent! D
Tandis qu'a la capital on c6l6brait ainsi la fete de l'agri-
culture, dans le Nord, le president assistant, aux Perches, i
la m6me c6rEmonie. Apr6s qu'il eht parl6 aux cultivateurs
r6unis, M. Evariste Laroche, secr6taire d'Etat de l'int6rieur,
qui nous repr6sentait dans la tourn6e, parla en ces terms

Concitoyens,

C'est la premiere fois, depuis notre Ind6pendance, que
l'opportunit6 a permis t un chef d'Etat de cle6brer, aux
Perches, la fite du le mai. Ceci est un tdmoignage 4clatant
du progres et augure bien des r6sultats que doivent donner
vos travaux dans l'avenir. J'ai conliance dans cet avenir, et je
vous felicite d'avance du bien qu'il promet. En travaillant
activement la terre, vous conqu6rez t la reconnaissance
national un titre aussi grand que celui conquis par nos










FiTE DU Ier MAI 57
pares dans les grandes luttes de 1'Ind6pendance, oft il y a eu
autant de h6ros que de combatants.
La f6te de l'agriculture est destine, sans doute, A vous
faire sentir cette v6rit6 et a vous convaincre qu'au point de
vue du patriotism, le travail perseverant du cultivateur n'est
pas moins m6ritoire que les grands combats du guerrier.
Consacr6e par nos aieux dans leurs premiers actes constitu-
tionnels, cette fAte prouve qu'ils avaient compris le veritable
secret de la grandeur qu'ils revaient pour nous. Apris le
respect de notre Ind6pendance, ils plagaient en premiere
ligne leur sollicitude pour l'agriculture.
Je n'ai pas A vous retracer par quelle s6rie de fautes nous
avons manqu6 A leurs intentions, A l'avenir qu'ils nous pre-
paraient. La joie qui vous anime, les ovations don't vous
avez entour6 le chef de l'Etat, en saluant en lui l'h6ritier
direct des grandes traditions de notre pass, d6montrent que
vous avez oubli6 les erreurs d'hier pour vous r6unir, sans
distinction de parti, autour de celui qui a su reliever, sur des
ruines encore fumantes, le drapeau du patriotism et du
progress.
Oui, Concitoyens, le president Salomon, A qui vous venez
de faire un accueil digne de lui et de vous, a jure de remplir
la noble tache don't de coupables dissensions nous avaient
6cart6s, malgr6 le soin que nos p6res avaient pris de nous
la rappeler chaque ann6e, par cette consecration solennelle
du Ier mai. DAs son avinement au pouvoir, apres s'6tre
pr6occup6 de la question du credit, base de toutes les autres,
il a jet6 les yeux sur notre agriculture; A l'exemple de nos
p6res, il s'est dit que c'etait Id qu'6tait notre fortune et notre
s6curit6. En homme d'Etat que l'exp6rience guide vers
un but pr6cis, ii a compris que c'6tait par les facilities accor-
dees au travail qu'on mettrait fin aux dissensions, qu'on
arracherait les esprits aux dangers de l'oisivete, A la comp6-
tition passionn6e des functions publiques, qu'on substi-
tuerait, en un mot, des 616ments conservateurs aux e16ments
de d6sordre. La creation d'un minist6re special confi6e










58 FI:TE DU 'er MAT
des mains jeunes et intelligentes, A un esprit actif et studieux,
a 6t0 la manifestation de cette pens6e. Le colligue que j'ai
l'honneur de representer ici, en ce moment, a d6jA r6pondu
A l'attente de Son Excellence et du public; par une s6rie
d'6tudes pr6paratoires, d'oi ne tarderont pas A d6couler des
consequences pratiques, il a propose des measures don't l'exe-
cution inaugurera une ere nouvelle dans le pays.
Le Nord ne restera pas insensible au movement qui se
prepare; nos riches campagnes ont trop a y gagner. Ici,
comme ailleurs, l'agriculture a t60 abandonn6e ; A peine qucl-
ques citoyens, donnant l'exemple du courage et de la perse-
verance, s'occupent-ils encore, malgre des d6boires sans
nombre, de leurs propri6tes, don't le revenue diminue chaque
jour; ils rendent au pays le service r6el de maintenir autour
d'eux des centres de productions qui, sans offrir une remu-
n6ration en rapport avec les efforts d6ploy6s, pr6sentent
I'inappr6ciable advantage d'emp6cher les populations do
retomber dans l'inertie et la paresse. A ces nobles conci-
toyens, a ces courageux combatants du bon combat du tra-
vail et de la civilisation, le Gouvernement envoie, par mon
organe, ses plus chaudes felicitations. Honneur a ceux qui
n'ont pas d6sesp6re, malgr6 les ruines et les difficulties qui
les eritourent, et qui, sans so d6sint6resser de l'ordre public,
cherchent, pour eux et les populations qui dependent d'eux,
le pain de chaque jour dans le travail r6gulier et pacifique
de la terre, et non dans les agitations de la politique!... Le
Gouvernement les entoure de ses sympathies; ii espire bientot
pouvoir leur offrir, par un syst6me d'encouragement habile-
ment concu, d'autres secours que des promesses illusoires.
En s'occupant du travail des champs, il semble que
l'homme emprunte A la nature quelque chose de sa s6r6nit ;
il sent mieux le prix de la paix, il devient conservateur;
aussi, le Gouvernement voit-il dans cette classes de citoyens
les plus solides appuis de l'ordre! 11 les offre en example A
tous ceux que les passions n'ont pas pervertis. C'est pour
eux, surtout, qu'il travaille, c'est pour en augmenter le











FI:TE DU -er MAI 59
nombre et le bien-6tre qu'il prend les measures don't je vous
ai entretenu.
L'Exposition qui doit avoir lieu A la capital, et A laquelle il
your convie, si modest qu'elle soit, consacrera desormais un
systeme d'examen, de concours, d'encouragements rationnels
d'apres lesquels nous voulons proc6der A la reg6ndration de
notre agriculture. Isolds, les plus pers6v6rants s'abandon-
nent, sinon au d6couragement, du moins A la routine; les
r6sultats sont si difficiles A obtenir, qu'on se content
d'a peu pris. Mis au contact les uns des autres, groups
sous l'oeil paternel et bienveillant d'un Gouvernement pr6t a
venir au secours do qui le m6rite, sous les regards d'un
public int6ress6 et curieux, on verra s'6veiller, chez les
uns, I'6mulation, chez les autres, le regret, chez tous, le gofit
du travail. II y aura done lI une oeuvre de progres et une
oeuvre de moralisation.
Tel est, chers Concitoyens, le concours auquel vous convie
le Gouvernement. C'est le couronnement de la fete que
nous c616brons aujourd'hui, c'est la reprise de la tradition de
nos aYeux. Vous n'y manquerez pas, vous viendrez au
Port-au-Prince continue A rendre au digne chef, don't la seule
preoccupation est le progres, les hommages que vous lui avez
dejA prodigu6s; vous donnerez ainsi le t6moignage de l'in-
dissoluble union de toutes les parties du pays, sous l'6gide
d'un Gouvernement fort et paternel, en vue d'une paix et
d'une prosperity communes.
Vive la paix! Vive l'agriculture! Vive l'union de la famille
Haitienne! Vive le president d'Haiti!
Dans les provinces, la fete y fut c6l6br6e suivant les moyens
don't les organisateurs parent disposer; mais aux Cayes, a
Jacmel (1), A 1'Anse-a-Veau, au Mirebalais et A l'Arcahaie, oi


(I) Comptc rendu du Concours qui cut lieu A Jacmel :
VISIT A L'EXPOSITION
Nous avons Wt6 faire notre visit a 1'Exposition dans les mimes conditions












60 FETE DU Ier MAI
l'on avait bien compris la pens6e du Gouvernement, les con-
cours ont reussi, et partout on profit de la presence des
campagnards pour faire briller A leurs yeux les m6dailles qui
devaient d6sormais remplacer les couronnes de feuilles et
servir de recompense aux plus m6ritants. Cependant, tout


que le public, et, pas a pas, nous l'avons appr6ci6e avec nos impressions ct
nos experiences acquises. Mais nos appreciations sont plut6t d'un spectateur
que d'un juge.
En y entrant, nous avons admire l'ordre, la belle classification des objets,
car chaque chose Ctait A sa place; aussi, nous n'avons que des remerciments ;
faire au magistrate, aux commissaires de l'Exposition, MM. J.-M. Perez et
D. Berrouet, et A toutes les personnel qui ont contribu6 A cc bel ordre de
choses, toujours tres difficile -A tablir pour la premiere fois.
Dire du bien des choses, quand elles se prdsentent A nous, n'est point une
bienveillance partial, c'est dire une v6rit6, c'est, surtout, c6der A ces premiers
movements de sympathie que tout homme 6prouve en presence de touts
manifestations de travail, qu'il soit ideal ou materiel.
Nous avons commence tout naturellement notre visit par les products
agricoles, car c'est notre fortune et c'est pour eux que l'Exposition est failed.
Le caf6 a petits grains jaunes comme de l'or mat, appartenant A Mme Rose
Henry, et en tout semblable au moka, s'il n'est son frlre, 6tait admirable
comme propretd, comme bonne odeur. Nous sommes certain que cc caf6,
envoy6e des gourmets d'Europe, serait trouv6 exquis. Nous en avons pre-
par6 nous-meme une d6coction, que nous avons bue avec suavit6. 1] faut dire,
en passant, que peu de personnel, en Haiti, savent fair le bon caf6; cola tienl
A l'habitude de le trop brller en le grillant et de le filtrer dans un tamis en
toile qui lui 6te tout son arome.
En sortant du caf6, nos yeux sont tombs sur la ramie enarbuste et on toile.
Ces echantillons ont Wtd envoys a 1'Exposition par M. Dutertre, des Cayes, qui
la cultive avec succcs depuis quelques ann6es. Tissue, elle resscmble au
dril, au point que nous l'avons-prise, tout d'abord, pour du dril fil, car elle
en a la meme solidity, la mmme beauty, la mume finesse, et faith le mime
usage.
Dansles objets d'industrie, nous avons remarqu6 une petite armoire d'acajou,
qui serait parfaite si clle avait 6t6 plus 616gante, faite par M. A. Carraud
Bozor. Nous avons remarqud une paire de bottines en maroquin, ayant le fini,
et pouvant soutenir la comparison des chaussures parisiennes. Elle a 61d(
faite par M. Alcindor. Nous avons remarqud nussi beaucoup do bons objels
industries, mais beaucoup aussi n'ont pu triomplhr de notre froideur.
Dans la galerie des broderies sur mousseline, c'6tait assault de beauty et de












FETE DU "ler MAI 61
cela laissait encore beaucoup & d6sirer; rien ne se fait par-
faitement, dans le monde, en un seul jour; ce que nous you-
lions, pour le present, c'6tait de faire comprendre a nos
populations l'excellence des concours et les avantages de
l'Exposition.


linesse. L'6cole des scours et cell de Mle Ev6lina sont deux rivals digyes
d'entrcr en lutte une aulre fois, anin que nous soyons plus solr de ne pas nous
tromper quand nous adjugerons la pomme d'or A la plus mdritante.
Les tableaux de tapissoric canvas sont au-dessus de nos 6loges; nous aflir-
mons qu'on ne peut inieux faire en Europe. Si nous devions les nommer, nous
les nommerions tous. Nous ne parlerons que du clef-d'oluvre qui appar-
tient A Miue Clia Jean-Louis. Ce tableau est un bouquet surnonti d'un beau
perroquet au iniroilant plumage. Tout le monde n'a pas, colnme elle, le talent
de peindre ou de broder un bouquet! II y a d'abord, dans la composition, Ic
choix des espaces, la maniere de inarier les couleurs, pour former un en-
semble agr6able, ct ii reste encore a ajouter au bouquet l'expression. La grace
do cette gerbe de flours est come un sourire qu'il faut s'empressor de
recueillir ; enfin, ce tableau, par la bcaut6 des fleurs et leur belle coloration,
mdrite, i notre avis, Ie premier prix.
BEAUX-AnTS. P'our cette partic de 'Exposition, no nosno sommes satisfait
qu'imparfaitement, car il y a totalement absence du grand art qui est la pein-
lure ct la sculpture. Cet art est inexerc6 a Jacmel, puis le temps 6tait si courl!
Le dessin W'est pas absolument dn domain de l'art, quoiqu'il on soit Ie com-
inencement. Parini les dessins, nous avons remarque une petite carte g6ogra-
phique d'llaiti, Irbs bien faite sous Ie rapport du lavis et de la division du pays;
cette care a 6t6 faite par M. Dantas Morales. Le plan desbassins de Jacnmel,
fait par M. D. Saint-Paul, a aussi attire notre attention. Mais nous devons un
holnmage tout particulier a M. Doug6 Roche, pour sa tate d'Agrippa. -
M. Dougd a bien su rendre Agrippa moitid remain, nmoiti6 juif, et tel que
I'llistoire nous le point. Ce tableau, A notre avis, m6rite le premier prix pour
le lini du dessin t l'autllenticitd hiistorique.
Nous avons admiring sous une petite vilrine, non pas les diamants de la cou-
rinne, inais une chain do nlontre et uine paire do boulons ci or. Ce pelil
:lhl'-dl'Iuvre, qui a frappi tous los connaisseurs, et (qui pcut supporter toutie
la cinparaison avec la bijoutlcrie de la rue de la Paix, est A M. Armand.
L'ainie p'rohllaine, lecleurs, nous aurons, nous l'espirons du moins, a vous
announcer do nouveaux efforts pour vous plairc.
Journal la R1publique, 8 mai 1881.














CHAPITRE V

Nouvelles intrigues jusqu'au retour du president
de sa tourn6e du Nord.

Le mois de mai s'6tait 6coul6 dans le plus grand came;
si de sourdes men6es continuerent, les agitateurs se gard6-
rent bien de faire aucune manifestation, car partout le people
se montrait d6sireux de la paix et du travail: ii attendait
beaucoup du Gouvernement. Mais ils sont ing6nieux ceux qui
ont int6r6t A bouleverser la socie4t. ( Croyez-vous done, disait
M. Ledru-Rollin en 1848, que les revolutions se fassent en
disant le mot pour lequel elles se font? Non, on s'empare de
toutes les circonstances qui peuvent 6mouvoir l'opinion
publique, et, A l'aide d'un tour de main, on reverse le Gou-
vernement ). En Haiti, comme ailleurs, les gens qui conspi-
rent ne se hAtent pas moins a s'emparer des circonstances
pour jeter l'inqui6tude dans les esprits ; aussi, quand ils sen-
tent la forte main de l'autorit6 pr6te A s'abattre sur leurs
epaules, ils n'ont qu'un d6sir : d6molir cette autorit6, en ins-
pirant contre elle la defiance, au moyen d'intrigues bien
menees. Une circonstance vint leur pr6ter son concours: le
12 mai, une enfant du g6n6ral P6nor Benjamin est arrive de
Kingston en m6me temps que M. P6ricl6s Manigat, qui sor-
tait du cap. On s'empara de cette circonstance pour r6pandrc,
dans la m6me journ6e, les bruits les plus 6tranges. Des gens,
les larmes aux yeux, vont trouver le g6n6ral P6nor pour oI
consoler; car ils venaient d'apprendre, disaient-ils, qu'on
allait proc6der bienttt a son arrestation; d'autres lui assu-
raient qu'ils avaient vu la d6p6che du president, ordonnant
cette measure; d'autres encore, que M. P6ricles Manigat




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