Études historiques sur la présidence de Faustin Soulouque

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Études historiques sur la présidence de Faustin Soulouque (1847-1849)
Physical Description:
xv, 206 p. : port. ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Bouzon, Justin
Publisher:
Bibliothéque Haïtienne
Gustave Guérin
Place of Publication:
Port-au-Prince
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Haiti -- 1844-1915   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Imperfect copy: p. 105 mutilated.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23906340
ocm23906340
System ID:
AA00008916:00001

Full Text













UNIVERSITY
OF FLORID~A
LIBRARIES














CH~APITRE PREMIER

Elat de la R~publique B la rnort d'. ilfeh. Agitations au
Senat. D~eision de CBligny Ardouin. Soulouque au
pouvoir.
n Un homme Mais cela est biers forlli a
n dire. Ou sera-t-il cet liomme ?... Mass qcard~
a Bons auries cet homme sons la main, je
Af~,us dirais encore: prenez garde i
j : ~Llanrnaw. Discoucrs &i la Constituante.
Se~ance du 27 septembrai848.


A la mort de Richi, Haiti venait B peine de
rentnrer dans une peiti~ode de paix.
Depuis la chute de ~r ?idiiuire succession
;:~de prises d'arme~s fle r6volutions et de boulever-
sements qui avaient mis la R~publique au bord de
SI'abime. Rich6 venait de comprimer la dernibre
1?levee de boucliers des piquets du Sud. Ces hordes
de pillards depuis la chute de Gomnan 6taient'
maittisees, mais non domptees.
Alvec Richi 6tale~nt arrives au pouvoir des
homlmes BelairBs.
L7Une certaine prospbrit6 6tait a esp~rer pour le



,$ ysalptsitg of Norida Librarisa










B liTCDES HISTORIQ2UES


pays avec l'administration nouvelle. Les diverse
branches du service .public 6taient sur un pied
nouveau et le general Alexis Dupuy avait eu
le bonheur d'y Tur~prmer une impulsion qui faisait
presager le plus bel avenir g Hanli.
Nos relations avec les puissanc~es 6trangBres
avalient repris leur course; g l'interieur la poste
aux lettres avait etB cr66~eliune fagon assez con-
venable d'apribs les resources du pays; I'instruc-
tion publique avait eu toute la solicitude du gou-
vernement; des Bcoles primnaires avaient 616 cr66es
ig~~ltes les com munes de la RBpublique; les
professeurs et ~iisitecteurde ces Bcoles de crea-,
tion recente venaient se perfectionner ou se pi'6-
parer par un stage A l1'6cole Lancasteriepne du
Port-au-Prince q~ue dirigeait B l'6poque IM. Bour-
jolly phre. Pour la premiere fois, depuis plu-
sieurs aundes, les budgets avalent etB presents
au corps 16g~islatif. Le pays commengait B mar-
cher et le president, homme d'instruction nulle
mais vraiment patriote et de bon sens, lui don-
nait tous ses soins.










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE


Les superstitions grossibres du Vaudoun on
Vaudoux 6taient poursuivies, on peut le dire, aves
acharnement par le chef de l'Eitat. Sur ce point ii
6tait excessivement s6vibre et plus d'une fois it
faisait sa police lui-m~me. On m'a racont6 & ce
sujet une anecdote assez piquante.
Un soir le president sommeillait dans sa cham-
b~re au palais de Port-au-Prince. Tout g coup it
se lbve, appelle l'officier d'ordonnance de service :
<< Venez. avec moi, mais retirez vos insignes et
quittez-moi ce sabre qui ferait du bruit. ,,
Le President sortit du palais, ses sentinelles
6taient assez habituees B -ces escapades nocturnes
du president; seul avec un aide de camp,
ce'tait dans les habitudes de Rich6 de se promener
par la ville le soir.
Arrives sur la grande place d'Armes le president
arr~ta son compagnon. <<( EIntendez-vous le
tambour ? Non, President Vous n'entendez
pas que l'on danse le Vaudoux ? Non, President,
yous l'avez d6fendu, qui l'osera? -- C'est bon, sul-
vrez-moi. ,, Apris quelques minutes de march nos










lETUDES HISTORITIUES


deux hommles atteignirent un sentier qui condui-
sait au morne de l'Hospital ; alors l'officier entendit
sourdement le bruit du tamtam, il en fit la remar-
que au president. Toujours conduits par le bruit
du tambour, ils arrivbrent, apri~s une heure d'une
rude montee, au lieu oi se tenait le rassemblement
nocturne. C'6tait danls un vallon de l'habitation
Fourmi oli les seclaires du Vaudoux se livraient
B leurs bats. Le president tomba sur eux g
coups de coco-macaque; un instant surprise its
allaient sbrement se metire sur la defensive at
faire an mauvais parti aux deux agresseurs lors-
qu'ils reconnurent le chef de l'Etat. Ces gens
grossiers et ignorants prirent la fuite; quant B
ceux que la peur avait retenus, le President les fit
descendre en ville et les livra B la- justice.
On peut penser que les reunions de Papa-loi ne
se firent plus que lb oh its 6taient s-irs qlue leur
tambour ne troublerait pas le sommeil du Prisi-
dent Rich6.
Mais cette administration appelee g civiliser le
pays ne dura pas longlemps.










SUR LA PRESIDENrCE DE FAUSTIN SOULOUQZUB


'Dans une tourn~e que Rich6 fit dans le nord o
aprbs use soiree passee dans un bal que lui offrit~
la ville du Cap, il fut atteint de violent vomisser
ments et vint mourir a Port-au-Prince le 27 fe-
vrier 184~7 '.
Soulouque 6tait alors commandant des rBgi-
ments de la garde; depuis environ un an, il avait
ete appelo $ cette charge que Rich6 .avait occupbe
souls Pierrot.
DBs lors pour ~un gproupe d'individus, Soulouque
6tait not6 pour occuper le siege de la Presidence.
De lui-m~nme il n'y songea pas un seul instant.~
C'6tait le plus infime des gendraux:; r peine 6tait-
il conna.
11 y avait une foule d'autres vr6terans de nos
guerres, qui avalent occup6 de hautes charges
dans~ la R~publique et qui pouvaient avoir la
14gitinge ambition d'en 6tre le premier magis-
trat; mais ]e sort, aveo I'aide de l'egoisme hu-
main, en avait autrement decide.

'Voir piece no i. Dowunietls ~istol~riques t julstificactifs a la
Lin du volume.










ETU'DES HIST~OIUQCUES


r' Avant les fundrailles de Rich6, le S6nlat c~onvo-
~ui6 g l'extraordinaire par son comity permanent
pourvut, le f or mars 184~7, en seance g huis clos
B la charge que la mort venait de rendre viacante.
Les concurrents n'6talent pas nombreux, mais
le S~nat 6tait divis6.
Parmi les candidates, le plus serieuxi 6tait le
general Jean Paul, un homme tr~s estime g la
capitale et d'une certain importance. II 6tait
s6nateur, comptait beaucoup de partisans dans
le S~nat. Par ses alliances ii pouvait computer sur
de nombreuses ~adhesions dans le pay~s; it 6tait-
sympathique i l'armbee, mais le gendral Paul
avait un defaut, il 6tait excessivement indcis .
11 voulait 6tre president et avait peur de l'Btre.
II 6tait tout le temps irresolu, son indecision
paraissait aux yeux de ses amis, de la faiblesse.
II affect m~me une indifference q~ui fit reflichir
tous ceux qui soutenaient sa candidature.
Nous devons reconnaitre que cette indifference
6tait plut~t une scrupuleuse dblicatesse : le
general Paul s'abstint, en effet, de prendre part










SCR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOCQUE


au vote. Plus tard, comme on lui conseillait de
se manager l'appui de deux chefs de troupes,
le~ s~nateur Covia aine et M. Pierre AndrB, en
offrant g l'un le ministbre de la guerre et g l'autre
une mission. & Rome: a Je ne puis prendre a~ucun
engagement, ,, repondit-il. Cependarit, il
n'avait qu'8 promettre pour 6tre Blu, mais ii lui
r6pugnait d'user d'intrigues pour stre chef d'Ejtat.
Il y avait encore le general Souffrant, com-r
mandant le department de l'Ouest. 11 6tait trtbs
conou, assez bien posA dans I'armee, jouissait
aussi de l'estime publique. Un choix 6tait fort
facile entire Paul et Souffrant recommandables
tous deux, g des titres divers cependant, mais les
hommes politiques, ne trouvant pas leur compete
avec des hommes de valeur, ne pouvalent on ne
voulaient pas se fixer sur I'un des deux; candi-
dats qui partageaient les suffrages de l'Assem-
blee. Le choix de l'ua de ces deux hommes aurait
6vit6 beaucoup de malheurs g la R~publiq~ue. 11
y avait d'autres candidats qui avalent en quelques
voixi isolees.










1%TUDES HISTORIQIUES


AprBs plusieurs tours de scrutiny sans resultat,
Ile ministry de l'intbrieur, Cdligny Ardouin, en-
voya une note g son frbre B. Ardouin, president
du S6nat, et lui recommanda le candidat qui
n'avait eu qu'ua vote dans l'urne, puisque le
S~nat ne pouvait tomber d'accord entre Paul et
Souffrant.
Celui qui avait constamment eu un vote 6tait
Soulouque. Le S~nat le nomma le f o mars 1847,
aprbs six: heures d'une laborieuse seance, de
neuf heures du matin h trois heures de l'aprbs-
midi. Soulouque fut elu, plutbt par lassitude ? et
comme terme moyen que par conviction du Senat.
En choisissant Soulouque, ceux qui le d~si-
gubrent ne, pensbrent pas qu'il pouvait se trouver
I'6toffe d'un chef d'Etat dans cet ofic~ier de for-
tune qu'ils venaient d'blever sur le pavois. On
croyait qu'un Soulouque 6tait un pantin dont les
ficelles allaient se trouver dans les mains de
ceux qui l'avalent pouss6 aui pouvoir.

SVoir piece no 2. Documentls julstificatifs.
'll y out jusqu'a buit tours de scrutiny.







SU;R LA P'RESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQ2UE 1'1


Depuis le depart de Boyer, les hommes poli-
tiques d'Ha'iti croyaient agir trbs habilement en
levant au pouvoir des homin~es ignorants et
inaptes qui leur laissaient le gouvernement de
la R~publique. C'etaient de vrals Mlaires du Palais.
SIls ne voulaient voir aux affaires que des person-
bi-nages tristes comme Rivibre-H~rard~ ou Pierrot;
ridicules comme Lazaraei neahn I
lire, 6tait mittistre de PI'nstruction publique. Ils
choisirent Soulouque, parce qu'il semblait con-
,venir au rale que l'on s'appr~tait a lui faire
~jouer. Helas la dirception fut cruelle, car it
is'est trouv6 que cet ignorant 6tait un homme
,, d'Bnergie qui a pris fort au s6rieux son rBle d~s
'qu'il a 6t6 sur la scene '
Nous devons done reconnaltre pour la verit6
historique que Soulouque a 6t6 amen6 au pouvoir
par l'6goisme le plus 6troit, mais il n'y avait pas

1 On raconte que l'ancien pr~sidenlt Bloyer qui Btait alors it
P'aris, en apprelanlt la nomination de Soulougue qu'il avait
trbs hien connu, pronlostiqua ainsi de lui. < Onl aura du lil a1
r~etordre avree Kouachi, il est aussi sournois que titu et aussi
sc616rat qu'entbtC. ,










12 ETUDES IHISTOlIlQUES


6t6 de lui-mime'. 11 a BtB desig~n6 au S6nat qui
I'a lib~rement blu.
On rapporte que le premier qui vint apprendre
& Soulouque son election B la charge de presi-
dent d'Haitli fut regu par une forte bourrade. Le
general Soulouque croyait qu'on se moquait de
lui : a( Est-ce que vous croyez que jo ne pourrais
pas 6tre president d'Hai'ti? Si je suis nomme, je
saurai me conduire en chef d'Etat. ,,
11 tint parole.
Ceux qui avaient conduit Soulouque au pou-
voir pensbrent qu'il allait continue l'oeuvre de
son predcesseur, ils se trompbrent bien.
Bien que Soulouque est maintenu les anciens
ministres de Ilich6, MM. D~tre, Larochel,
Dupuy et C. Ardouin, la politique du pays allait
bientat changer.
IL s'6tait form, dbs les premiers jours de sa
nomination, un parti influent qui faisait sentir
a Soulouque qu'il devait computer avec lui et
renier ceux qui I'avaient amene au .pouvoir.
Maximilien Augustin 6tait chef de ce parti.











SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQ2UE I:J


NommB commandant de la garde, il mesura tout
d'un coup la distance qui le separait du pouvoir
supr~me.
Depuis quelque temps, les fonetions de chef de
la garde avalent 6t6 considerees comme un stage
de la presidence. D'autres fois, le commandant
de la garde Btait une esphee de prefet du pr6toire
qui faisait ou d6faisait les chefs d'Etat g sa fan-
taisie; aussi Rich6 n'y avait appel8 Soulouque
que parce qu'il le croyait nul et sans influence.
Miaximilien Augustin, plus connu sous le nom
de g6ndral Similien, 6tait un homme du people
qui avait une' tre~s grande influence parmi les
siens. Intelligent, quelque peu instruit, il s'ex-
primait bien; il ne tarda pas g prendre une
situation tri~s grande dans le gaouvernement.



















Attitude du pays A la nomination de- Soulouque. -- Carac-
thee du nouveau president. Conspirationi sous Sou-
louque. David Troy au ministere. Tourn~e de
Soulougue dans le Nord. Intrigues de Similien. -
Troubles dans la Capitale.



Le pays n'6tait ni enthousiaste ni m6content
de la nomination de Soulouque.
Depuis 1843, ces dernibres anubes 6taient
tellement agitbes que l'on 6tait indilffrent B tout,
hormis B la paix.
Les groups politiques qui s'etalent forms
depuis la chute de Boyer acceptitrent Soulouque
un peu sous benefice d'inventaire.
Dans le Nord et I'Artibonite, les parties con-
siderdr~ent le nouveau president avec beaucoup
de- froid~eur; c'6tait un inconnu dont personnel
n'avait entendu parler. Ils ficent un crime aux


CHAPITRE II.










ETUDES HISTORIES


hommes de I'Ouest d'avoir port au pouvoir une
nullit6. Ils se concerterent. II y avait quelques
noms qu'ils mirent en avant. Quand ils consul-
thrent les masses, its constatlhrent une lassitude
que quatre anubes de guerres civiles et d'agoita-
tions avaient produite. Its se promirent bien de
la vaincre. H61as! I'avenir leur r~servait une
bien triste experience. Dans le Sud on avait
bien d'autres sentiments; on pensait -pouvoir
attirer g soi le nouveau president, lui priter
I'appui necessaire pour pouvoir arriver aux
affaires.
Depuis la chute de Ilivibre H~rard, les hommes
du Sud avaient 6t6 tenus loin de la direction des
affaires du pays; eux aussi avaient quelques
noms influents qui presentaient d'autres- garan-
ties que celles qu'offait Soulouque. Un petit
group naissait sous le patronage du g6neral
Philippeaux, commandant I'arrondissemnent de
Nippes.
M~ais Philippeaux avait jur6 fidelity au nouveau
chef de l'Etat. Soulouque le connaissait assez










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 1Q


homme d'honneur pour se fier entibrement A sa
parole.
Somme toute, les hommes politiques n'6talent~
que m6diocrement satisfaits. Ceux qui pouvalent
gouverner la R~publique, en quality de doublures
du president qu'ils consideraien~t comme leur;
creature, trouvirrent une resistance sur laquelle
ils nie co~mptalent pas, d'a~utres se plaignaient de
voir toujours g la t~te dix pays des hommes qui
nie convenient ni &leurs idees ni &leurs vues.
Similien 6tait du dernier group. De ces 616ments
disparates it devait se produire un choc qui con-
soliderait le gouvrernement de Soulouque on le
renverserait.
Avant de pousser plus loin le recit de ces
6venements quli se diroulbrent dans le pays, nous
croyons utile de dire quelque chose du carac-
ltre du nouveau president, car it est bon et fort
A propos de connaitre les hommes politiques que
l'on veut 6tudier.
Soulouque, comme homme priv6, avait une tres
grande quality, il n'6tait pas ing~rat.










20 ETUDES IIISTOnRIUES


A tous ceux qui de pres on de loin lui avaient
rendu quelques services il s'est plu, arrive au
pouvoir, B leur payer sa dette de reconnais-
sance.
Alais il n'en 6tait ipas de m~me du chef de
Il'Etat. Ceux qui I'oot amen8 g la position 61ev~e
qu'il occupait ont eu i s'en repentir. Soulouque,
president d'HaIti, ne voulait que personnel prit
dire lui avoir facility les marches du trane qu'il
allait bientat franchir. Le manlteau imperial de
Faustin ler a 6t trempe dans le sang des
patrons du president Soulouque..
I 1 6tait logique : si ces hommes avaient 6t6 assez
puissants pour faire de lui ce qu'il 6tait, ils pou-
vaient aussi le rendre a sa situation premiere.
De sorte qciu'il 6tait trop jaloux de son pouvoir
pour vosuloir reconnaltre ni maitre ni tuteur.
II n'agissait qu'd sa guise et ne suivait que sa
volont6.
Si jamals -il 6coutait unl conseil, b'c'tait lorsque-
ses idbes n'6taient nullement contrecarr~es. On
croyait avoir fait changer de volont6 it cet










SUR LA PRESIDEN~CE DE FAUSTINr SOULOUQUE 21


homme de fer lorsque, en r6alite, on n'avait fait
que prevenir sa pensee.
Tel Btait I'homnme que la fortune avait plac6
g la t~te de la R~publique. Soulouque n'6tait
pas un administrateur, i1 n'avait rien d'un orga-
n~isateur, il avait tout du despote.
Dans les premiers jours du mois de juillet, it
entr~eprit une rapide -tournide dans l'arrondisse-
ment de Leogane. Ayant remnarqu6 que les
routes de cet arrondissement 6taient en mauvais
6tat, il ordonna leur reparation et menaga les
comm~andanits qui n'auraient pas leurs routes
r6par6es B son retour g la capital de les r~vo-
quer de leurs functions et de les trainer g sa
suite dans la tournee qu'il projetait dans le
Nord.
Parmi les chefs des trais communes de l'arron-
dissement de Ldogane, le general Zamis-Bernard
fut seul laiss6 dans son commandement, les
deux autres eurent B suivre le chef de l'Ftat.
VoilB ~a quel homme le pays etait confie.
Soulouque ne manquait jamais a sa parole










ETUDES IISTORIQUES


surtout lorsqu'il avait g punir. Quelques jours
aprbs sa court visit g Ldogane, le president
dl'Hai'ti commenga sa tournee dans le Nord oh
il y avait quelques agitations.
Dbjh plusieurs conspirations avaient 6te decou-
vrertes.
A Saint-Mlarc, des officiers sup6rieurs avaien't
6te traduits devant le conseil special de cette
ville. 11s 6taient accuses d'avoir voulu tenter une
scission entiree le Nord et le reste du pays. Trois
d'entre eux fitrent convaincus de cet attentat.
Condamn~s A mort, ils furent ex;~cutes en pre-
sence de la garnison et de la population de
Saint-Mare le 26 mai 1847; ce furent les nommi~s
Santy, Sanon et Jacques Coquierre. C'6tait 18 le
prelude du rbgne de Soulouque. Malgre cet
example, terrible le Nord nourrissait toujours ses
absurdes idees de scission, comme s'il lui 6tait
possible de se constituer en un E~tat ind6pendant.
Quelques hommes de cette parties du pays out
toujours r~v6 d'avoir le pouvoir, non point pour
faire valoir certaines idees ou certains principles,










suR LA -PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 23


mais simuplement pour les jouissances que pro-
cure le pouvoir. Aucune noble ambition ne
germait 18, pas plus qu'ailleurs, en 1847. Per-
sonne n'avait dans le Nord le g6nie d'administra-
tion de Christophe ce qui lui fera pardonner
ses cruautes, cependant on aspirait g cette
SUCCOSSIOn.
Christophe avait des vues;. or ces regions ne
pouvaient g l'6poque de Soulouque mettre en
avant aucun homme sinon prepare, mais capable
de remplacer Soulouque avec advantage. Ceux
qui etaient mis en avant, les Bobo, les Obas ou
autres valaient moins au point de vue d'un passe
irreprochable que le vieux Kouachi. On agitait le
Nord pour trouble le pays. Soulouque pensa
avec raison- que sa~ presence calmerait les me-
nleurs. II entr~eprit la campag~ne du Nord apris
avoir renouvele son ministbre, qui venait de
donner sa demission.
SCe minuistbre avait 6t6 celui de Riche, if avait
eu une duree de plus d'une annee; or, auoun
Chbef d'E~tat n'avait eu une pr~sidence aussi longue,










24 ETUDES HISTOHIlQUES


depuis le 13 mars 1843. 11eut une difficulty avec
le S~nat qui, apribs le vote du budget des voies et
moyens, promulgu6 le 24 juillet 1847, refusa de
voter le budget des d6penses que la Chambre
avait vote en deficit. Le senateur David-TProy B
la tite d'une opposition au S~nat, menaga les
ministres de former la session sans le vote du
budget s'il n'6tait pas 6quilibre.
C'6tait un travail qui pouvait durer plusieurs
jours, et la session prolonge d'un mois le
28 juin I 847 Btait g sa fin.
Il important pen & Soulouque qu'on eti~t un
budget ou non. Sans consulter ses ministres il
ferma la session en d6clarant qu'il avait a s'occu-
per de sa campag~ne dans le Nord et -qu'il ne pou-
vait pas laisser les Chambres ouvertes lui absent.
La session fut fermbe le 25j juillet. Aussitbt
M.; J. Paul, secr6taire d'6tat de la guerre, donna sa
admission; il fut remplac6 par le general Lazarre
le lendemain.
Soulouque donna ordre B ses autres m-inistres
de le suivre dans la tournee qu'il projetait.








SUR LA PR SIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 25


CBligny A~rdouin, interpr~tant la loi sur les
attributions des ministres qui venait d'Atre pro-
mulgude, object que le president ne pouvait Atre
accompagn6 que de deux secr~taires d'Ejtat, le
ministry de l'interieur ne voulait pas accompagner
Soulouq~ixe dans le Nord; Ji entendait rester i la
capital charge du pouvoir executif. Soulouque
avait toute sorte de bonnes raisons d'avoir sous
la main et toujours auprbs de lui ce ministry qui
jouait au petit president.
Le general C. Ardouin, dans une tournee qu'il
fit dans le deparleme~nt du Sud, avait en l'impru-
dence de se faire recevoir, aux Cayes et a
Jrermie, comme le Chef de l'Etatsdont il n'etait
que le d616gu8, au son des cloches et au bruit du
canon.
On en fit des -gorges chaudtes parmi les
families de Soulouque, mille commentaires
d6sagr6ables commenchrent contre CBligay Ar-
douin.
Mais le President au sujet de la reception
bruyante faite g son ministry de l'interieur dans


.,iuerslity o: Florida Libraries~









EjTUDES IIISTORIQZUES


le Sud ne se montra ni surprise ni mecontent. II
6tait trop dissimule pour laisser deviner. ses
impressions. D'ailleurs, il voulait bien faire
croire qu'il avait des managements i garder
envers celui qui I'avait tirde d'e sont hamac, commle
il se plaisait a le dire, pour .le faire Chef
d'Etat.
Mais CBligny Ardouin ne gardait nulle measure;
ii l e parlait du president qu'en terms d6dai-
gueux. iM~me dans une conversation i table au
palais il laissa. tomber ces mots: << Je sais faire et
adefaire les Chefs d'Etat ,,, paroles profondes qui
ne furent pas oublides par le president d'Ha'iti.
Soulouque rongeait son frein et ne cherchait
qu'une bone occasion de se d~barrasser de ce
miistre g~nant.
Qluand Celigny refusa de l'accompagner dans
sa tournbe, il r6pondit d'abord avec aig~reur, et
q~uand le general Ardouin lui dit : << Je donnerai
ma admission, je ne serai pas alors oblige de'
vous sulivre n, Soulouque, ne se contenalit plus
- il Btait exrcessivement violent, 6clata :










SUR: LA PRIESIDESCE DE FAUSTIN SOULOUIQUE 27


-- M~inistre on non, je ne veux pas vous laisser
A PorZ-au-Prince. Yous ferez la tourn6-e du Nord
avec moi. Je vous donne ordre de me suivre
comme gnenral d'6tat-major.
Le ministre de I'interieur donna sa d6mission.
MM~i. Larochel et Dupuy se retiribrent avec lui.
Soulouque avait grrand'peur que Celigny ne fit
de lui comjme il avait 6te fait de Pierrot et de
RjivBre dont l'absence de la capital avait 6te
cause de leur chute; Cbligny Ardouin avait
quelque peu contribue au renversement de ces
deux chefs d'Etat.
En se montrant defiant contre on de ses
ministres, le president fit injure au reste du cabi-
net. C'est plutat la conduite de Soulouque avec
CBliguny Ardouin qui m~otiva la~re~traite de tout le
ministbre de Rich6 que le vote du S~nat.
Mais Soulouque avait beaucoup de sympathie
pour Dupuy qu'il a rappel6 quelque temps aprBs.
Le ininistire qui remplaga le cabinet C61igny-
Arpdouin-Dupuy fut un cabinet de transition qui
ne? devait pas durer.










28 TUDES HISTORIQUES


Le nouvealu conseil etait form de MM1. Jean
Elie, tr~sorier general; des senateurs David
Troy, Joseph Frangois et du geabral Lazarre. A
part David Troy, il n'y avait pas un homme de
quelque influence; le general Lazarre s'6tait
rendu ridicule lors de son premier` passage au
ministire sous Pierrot, il ne savait ni lire ni
60rre t sgnit avec u e riffe] .Ja le
tr~sorierl g6neral, Btait un homme du monde que
distinguait son rare talent de jouer du violon;
c'etait un musicien de premier -ordre; Joseph-
SFrangois bien que senateur 6tait a peine connu.
11 se fliisait remarquer B la. maison national par
ses interruptions intempestives et I'incorrection
de son- language; seul David Troy tranchait au
milieu de ses colleagues, il 6tait h6ritier d'un
beau nom qui avait laiss6 quelques sFouvenirs,
dans le pays; par lui-m~me David Troy avait
qiuelque valeur, mais it 6tait extr~mement anrbi-
tieux .
Le 26 juillet 1-847, ~lorsqu'il 6changea son fa-u-
teuil cle s~natetir contrF! un sii~n! clans a! nossail cles










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOI)LOUQUE 29


ministres, i son avis il avait fait un pas vers la
pr~sidence.
AprBs avoir former le nouveau ministbre, Sou-
louque entreprit son~ voyage dans le N~rord et laissa
a la capital, charge du pouvoir ex6cutif, son
del6gu6 le ministry des finances.
M. Elie ne pouvait porter aucun ombrage
$ Soulouque; le president s'6tait fait a~ccompagner
de tous ceux qui pouvaient lui nuire. Dans les
mille tracas d'un voyage avec une troupe incom-
modante, on n'avait pas le loisir voulu, ou le temps
de conspirer. Or, Soulouque, en faisant voyager
avec lui les suspects ou les m6contents, avait assure
les derriibres tranquilles. La capital bien gar-
dde, le chef de l'Etat n'avait rica~g craindre;
d'ailleurs, il y avait laiss6 le general Similien co n-
mis B la garde du palais oft se trouvait sa famil~le.
Cependant Soulouque avait compt6 sans les vues
diu chef de la garde.
Le president etait B peine parti, que Similien
commenga ses manoeuvres. Ayant ses entrees
libr~es au palais, il en profit pour recevoir ses amis










ETLUDES HISTORIQU~ES


et leur donner audience. Surtout la nuit il les rbu-
nissait. Les lougues conferences qui avaient lieu
au palais ne transpiraient que fort pen au dehors.
On les commentait sans trop les approfondir.
On discutait su~r des hypotheses et des conjectures,
mais oni ne pouvait rien savoir de ce qui se pas-
salt dans ces reunions nocturnes. Similien et ses
affid~s avaient des allures de conspirateurs qui
inquidtalent.
Le soir, sauf ses affides, personne ne pouvait
border le voisinage du palais.
Est-ce que Similien aspirait g la magistrature
supreme ? Sous pr6texte qu'il y avait uine conspi-
ration i Port-au-Prince, il distribna des cartouches
aux soldats de la garde et Fit charger les canons de
la cour du palais.
Le fort National, dit fort Alexandre, 6tait sous
les ordres de Similien, ses batteries dominant ha
ville 6taient prepar6es B vomir leurs projectiles
sur la capital '
C:ette fagon de faire d6plaisalt aux autorilds de
I Voir < Le Manifeste >a du 26~ aoit 1847i, no 1(, y7e annee











SUR LA4 PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUnUE 31


la ville; le ministry des finances ne pouvait
y mettre ordre, il en donna avis a Soulouque.
Le general Paul Decayette commandant la place
de Port-au-Prince, le general Terlonge comman-
dant i'arrondissement, eurent line discussion assez
.vive avec Similien sur ses agissements. II disait
toujours qu'il prenait des precautions contre des
conspirateurs, qu'il ne voulait pas denoncer g ceux
qui avaien-t pour mission de veiller au maintien
de l'ordre.
Charles Alerte 6tait a la 16te de ce mouvement
avec SimilienI'.
Soulouque, en apprenant toutes ces agitations,
ddp~cha, le 16 aott, le ministry de l'interieur en
mission extraordinaire B Port-au-Prince, pour yr
aller metire ordre.
David Troy y arriva le 20 aost.
Aprbs -avoir eu des renseignements de Charles
Alerte et de Similien, ii les expedia au president
qui se trouvait en ce moment au Cap Haitien.
Charles Alerte obtempera seul aux ordres du
i Yoir a Le M~anifeste >, loco citalo.










ET~UDES IllSTOnRIUES


ministry, mais aprbs s'btre eutendu avec Similien.
Le dimanche 22 aot~t 1847, le ministry, avant
appris que Similieh n'avadit pas rejoint le presi-
dent, le fit appeler et lui reitera ses ordres.
Mais le chef de la garde, pour goagner du teml{b,
rdpondit su'il n'etait pas encore prit, qu'il n'avait
pas de chevaux en 6tat d'entreprendre ce voyrage.
11 demand trois ou quatre jours encore pour se
pr~parer. David Troy notifia des arr~ts & Similien.
Celui-ci faisait mine de s'y rendlre, lorsque quel-
ques-uns de ses partisans lui barrbrent le passage.
Ils l'entourbrent. comme pour le prot6ger contre
le ministry.
Ils lui dirent de ne pas obdir a cet ordre d'arr~ts.
Similien comprit quel etait aloi-s son ascendant
sur les siens; il se sentit fort.
Il se degagea de I'btreinte de~ ses amis, revint
sur ses pas, harangua les troupes, tira son ~sabre
et se mit g la thte de la garde en ordre de bataille
dauis la cour du palais.
Les tarnbours fireni un roulement.
Similien s'6tait mis on rebellion, en refusant










SURI LA PRESSIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQZUE 33


l'-obbir au ministre de l'intbrieur et en m~connais-
sant son autorit6, il 6tait alors en pleine revolte
contre le gouvernement, enl faisant faire un mou-
vemenlt par les troupes qui'il avait sous son com-
nar cement.
E3n un instant, toutegla ville fut en 6bullition.
Les amis de Similie~n gagabrent le palais, en firent
former les grilles aux ministres qu'ils mirent i. la
porte, les autres` citoyens se rallibrent au com-
mandant de la place et au commandant de' l'airon-
dissement .
II allait en r6sulter un grand desordre. Mais les
amis de David Troy et ceux du general Similien
intervinrent. II y eut composition, Similien eut- le
dlessus; et conune chez nous tout finlit par des-
chansons, les partisanls de Similien chansonabrent
David Troy. Ils devinrent tellem~ent audacieux que,
pensant qu'ils 6taient les mattres, ils eurent I'au-
dace de proposer la substitution d'un pavilion
noir au pavilion national; la capital faillit en
prendre feu. II a fallu toute la sagesse de quel-
qlues patriots pour eviter un eclat.










E'TUDES HiSTORIQUES


La nouvelle des Bvenements de la capital fut
excessivement peaible B Soulouque Cependant,
il continue son voyage dans le Nord sans se pres-
ser, sans lenteur apparent non plus; il fit la.
tourede dans les communes du nord-ouest. Cette
region tranquille et dont le d6veloppement com-
men~ait B se faire rem~arquer, at'tira Soulouque
qui tenait beaucoup i la visiter.
M~ais lorsque le president apprit qu'on mattait
en avant les questions de couleur, il blama ver-
tement le zdle extlravagant de ses lieutelnants et
h~ta son arrive & Port-au-Prince.
SCependant Charles Alerte en arrivant aupris
du Chef de l'Etat 6tait vex6 de cette promenade
forebe que! David Troy htli faisait faire. II demontra
au president que le ministre de I'int~rieur ecar-
tait ses amis de la capital pour avoir ses cou-
dees plus libres avec les conspirateurs. Charles
Alerte connaissait le caraclbre soupgonneux de
Soulouque. C'6tait assez de lui avoir dit que
David Troy pouvait nuire g son pouvoir pour
V Yir piece justificative no 3.










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQIUE 35


perdre le ministry. Or, Soulouque n'ignorait pas
que David Troy 6tait trbs ambitieux. D~s lors,
la tactiqtie 6tait prise de faire du ministry le
chef de conspirations qui avaient motive les
agissements de Similien. Mensonge et duplicity,
voil8 le fondemaent de toute politique en Hai~ti.
Comment David Troy, q~ui 6tait dans-le Nord
au commencement du mois d'aodt, pouvait-il
connaltre ce qui se passait g Port-au-Prince ? Or
bien avant son arrive A la capital, Similien
manigangait d~j8. Rien que sa d~sobbissance aux
ordres de David Troy, n'6tait-ce pas un mianque
d'6gards au gouvernement tout entie~r ?
Similien rep6tait B qui voulait l'entendre que
le president approuvait sa conduite ; it rest
mattre du palais et, plus que jamais, il devenait
puissant et imperieux.
Il revoqua des officers superieurs places B des
postes ddlicats, qui ne tenaient leurs functions
que du chef de l'Etat. Ii les revoqualt parce qu'ils
etaient mulAtres.
Dails toute cette affaire qui eut pour d6noue-










-t ETUDES IllSTOIllQUES


mn ent les journ6es d'Avril 1848, ce n'etait que cette
a bsurde question de prejuges de coule~ur qui en
etait la cause.
Pour la verite historique, nous devous recon-
naitre que Soulouque se mettait toujours au-
dessus de ces sots prejuges, Soft dans ses con-
versations particulib~res, soit dans ses actes pu-
blics, il aimait g montrer toujours cette pleiade
de jeunes mulbtres qui &talent ses aides de camp
on ses secretaires et repetait souvenlt que c'6tait
aux mul~tres qu'il devait la position 61evee qu'il
occupait. Parmi ces jeunes gens qui l'entouraienlt
if y en avait plusieurs qu'il aimait d'une ami-
tie sincere et qu'il comblait de ses faveurs.
Mais if~ ne faisait rien pour arr~ter les mauvais
desseins de ceux qui se disaient ses amis et qui
afichaient la plus grande haine des mul~tres.
On connaissait la susceptibility de Soulouque;
les partisans de Similica allaient tous les jours
lui dire qlue les mul~tres le ridiculisaient;
c'6tait par lb qu'on le flattait etqu`'on pensait
le porter B un eclat. Soulouque, tout en. Btant




















SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 37


trbs sensible A ce qu'ou lui disait, se montra sinon
indifferent mais bien froid vis-8-vis des denon-
ciateurs. Il se reservait de tirer parti de tout.
ll.calculait just.
























CHAPITRE III




















Retour de Soulouque. Proces Courtois. Arrestation de
David Troy.


Mort a Fabiani' M~ilords, entendez-vous ce
a~ people qui hurle? Ilfaut lui jeter un homme,
SLa populace reut a manger.
Marie Tudor, acle III, sc. Ix.


Soulouque rentra g la capital vers la fla, du
mois de septembre. Il y trouva- les esprits fort-
agitbs. De tous ci~t6s on conspirait ouvertement:
Il y eut g cette 6poque un procks de press
qui eut un grand retentissement.
AL. Courtois! snateur, r6dacteur de la Feuille
-du Comzmer~ce, avait d~nonc6 en terms nonl
mesurbs la conduite des agents du gouverne-
ment, durant I'absence du Chef de L'Etat'. Ilavait
conclu que le president, dans sa loyaute, devait
punir le gBneital Similica qui inquietait et mena-
oic pit'ce f ustificative no 16.


CHAPIT11E III









ISTUDES IllSTORlQUES


Gait toute la population de couleur de la capital.
Les intrigants s'en 6murent.
Dans notre society, if y a un vice : on est trbs
I~che. De IA a 6tre malveillant il n'y' a qu'un pas.
Denoncer un mal pour certain esprits timords
o'est vouloir demolir I'ordre de choses Btabli.
11 faut savoir tout endurer. On peut s'en plaindre
en petit comity, mais au grand jour, en public,
jamais. C'est un calcul aussi; on veut bien se
taire sur les crimes d'autrui pour se faire par-
donner ses propres turpitudes.
Le commissai~re du gouvernement' fit signifier
au rddacteur de la Feulille du Commzerce de lui
declarer l'auteurp de P'article incrimine. M. Cour-
tois s'en declara l'auteur, et, comme il 6tait sena-
teur, M. J.-P. Dauphin, malgr6 les intrigues des
partisans de Similien, ne~put le poursuivre et les
ministres, partageant les vues de MI. Courtois,
ne l'en bl~mbrent point. Fallait-il assister h tant
de turpitudes sans les fletrir ? Mais M. Courtois,
dont le courage etait h la hauteur de sa mission,
Voir pieces justificatives n"S 4 et 5.










SUR LA4 PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQZUE 713


faillit payer de sa vie les articles de son journal.
On y trouva des insinuations contre Souloutgue;
et ceux qui 6taient flagelles dans la Feuille du
Commerce, intrigubrent si bien, que le chef de
l'Et~at d6nouga M. C~ourtois au S6nat, dans un
message du 17 novembre 184~7, ainsi conqu :


a Citoyens S6nateurs

a( J'ai regu votre message de cejour. L'article
de M. Courtois d'une part tend B compromet-
tre la sitrete interieure de l'Etat par l'appel
,fait aux citoyens a s'armer les uns contre les
autres, et d'autre, part content diffamation,
calomqnies et injures contre une portion de
ci-toyens. Je demand Ex ce qu'il soit jug6 con-
formement g la loi.
a( Je vous salue avec consideration.
a SOULOUQUE.

a( Par le president, le secr6taire d'Etat de
l'intbrieur, charge du portefeuille de la justice.
a E. GARRIRL. 9










ETUDES HISTORIQUES


Jusque-lk, la denmarche du chef de l'Etat 6tait
constitutionnelle, correct dans la forme. Correcte
en. ce sens que Soulouque 6tait pouss6 par.
Similien et ses affid~s g arr~ter arbitrairement
M; Courtois. Or MI. Courtois ne relevait que de
ses pairs. S'il avait trop crdment dit la verit6 $
quelques perfides citoyens il avait puis6 ce droit
Sedans la constitution. La constitution garantissait
la liberty de la press. M. Courtois en avait usB.
Or, les gens qui se soot formalis6s de l'articlie du
senateur Courtois disaient bien aussi que c'esit en
vertu d'ub droit constitutionnel qu'ils avaient
exprim6 leurs vues et leurs opinions oue M. Cour-
tois avait fletries; cependant, la plainte de
Soulouique, en droit strict ne pouvait faire consi-
d6rer L'article de la Feuille du Comzmerce sous
le coup du troisibme paragraphe de l'article 32 de
la constitution qui reprime les abus de la press.
Le S~nat delibbra une premiere fois A huis
clos, et rendit un verdict de non-culpab~ilit8.
M. Courtois se retira chez lui; c'6tait vers
cingr heures du soir.










SURI LA PRE~SIDENCE DE FAUSTIN SOL(ULOUUE 'ti


Soulouque, en apprenant la deliberation du
Sbriat, entra dans une grande fureur, et menaga.
Le Senat se reunit une second fois; a la suite de
cette deuxibme deliberation, un d~cre~td'accu-
sation fut rendu, et on langa un mandate d'arres-
tation contre le senateur Courtois.
L,'esprit de corps n'existait m~me pas, dans la
premiere assemblee du pays.
DbjB, on commengait B craindre Soulouque et
le SBnat n'entendait pas le f~cher.
Lorsqu'un corps delibdrant commence~ a se
faire courtisarr, il u'y a pas de platitudes qu'il ne
commelte, pas de bassesses dont il ne soit
capable.
A huit heures du soir, le chef de la police de
la capitale vint chez M~. Courtois avec une
escouade d'agents pour l'arr~ter. M. Courtois,
se sentant for~t de son droit, resista, h la thte
de sa famille, Q la fbree armee. 11 fit former
et biarricadler -ses portes, un tromnblon ii la main.
Un de ses fils fit un movement dans la rue, pour
tirer contre les handes d'assaillants qui voulaient










ETUDES IllSTORIlQUES


envahir la demeure de son phre. La police, le
colonel Dessalines en t~te, prit la faite en laissant
des bottes de munitions, des cartouches et des
fusils.
1M. Courtois se saisit de ces armes qui lui
avaient 6te laiss6es-; les bottes de munitions
Saugmentant la pr'ovision de poudre qju'il avait
chez lui, ili menaga de faire sauter son quarter
en cas d'agression. On savait que cet ancien sol-
dat de Wagram et id'Eylau, cet ancien officer `des
guerres de Napolbon, qui avait 6te d~corB sur le
champ de bataille pour action d'6elat, tiendrai-t 1a
Parole qu'il avait donn6e de faire sauter son quar-
Stier, si la police s'approchait de sa maison. On ne
l'inquieta pas de toute la nuit. Toute la nuit,
SM. Courtois resta en armes avec ses enfants.
Le lendemain matin, une deputation du S~nat
compos6e des senateurs Larochelle, Joseph
Georges et Bance, remplit l'office d'huissier, et
vint communiquer g MI. Courtois le dberet de
mise en accusation que le Sbnat avait rendu
contre lui.










BL`R LA PittSIDENCE DE FAUSTIN SOULOCQUE I


-Je croyais que le S~nat avail declare qu'il
n'y avait pas lieu g poursuites.
Oui, repondit 31. Larochelle, mais le presi-
dent est tellement furieux que, pour calmer son
courroux, une second resolutionl, g la majority
du Sbnlat,-a el6 praise contre vous, et nous veno~ns
pour vous conduire en prison.
L'ancien soldat de la garde de NLapolbon, avec
l'6nergie d'un ge~n~ral f~ranga-is qu'il avait entendu
repondre B W5aterloo, reg~arda ses coll8gues et leur
dit : a( Canailles je vous suis; mais avouez que
vous vous i6tes dbjug6s et que vous 4tes indigues
d'8tre senateurs de la R~publique. >>
Le senateur Courtois avait 6t6 arr616 contre
toutes les rbgles du droit et de la raison. C'6tait
un fait inoui' qui venait de se' passer.
La libert6 avait 616 outragee dans la personnel
d'un senateur, et par le S6nat lui-mbme.
La coastitutioni avait etb violee par le S6nat.
Quel example pour le president d'Hai'ti qui mar-
chait de l'arbitraire au despotisme aucun frein
nie pouvait plus stre mis a l'arrogance de cet










ETUDES HISTOluQUES


homme qui faisait tout trembler, les citoyens et les
Assemblies .
Le Senat, s'6tant constitute en Haute-Cour` de
Justice d'apres P'article 115 de la constitution, fit
instruire I'affaire Courtois.
M. le senateur Courtois comparut, v~ers la fin de
novembre 184~7, a la barre de la Haute-Cour de
Justice. 11 avait pour defenseurs : Mes Nelson
Fdlix representant du peuple, un avocal distin-
gu6 du barreau des Gonal~ves; Dumai-Lespinasse,
Saint-Amand et Mullery, du barreau de Port-au-
Prince.
L'accusation 6tait soutenue par J.-P. Dauphinl,
commissa~ire du gouvernement pres le tribunal
civil de Port-au-Prince, et Massieu jeune, du par-
quet de Jacmel.
L'affaire fut plaidee pendant toute une semaine
au S6nat. La defense fut brillante. Un verdict
d'acquittement allait s'ortir de la deliberation de
la Haute-Cour de Justice.
D~ji on allait aux voix, ~il n'y avait pas de
doute que M. Courtois serait acquitted, lorsqu'une










SUR LA PRCSIDENCE DE~ FAUSTIN SMkLOUQUE 4Q


grande rumneur se fit entendre. Or, les passions
6taient tellement dechainees, qjue 1'on poussait
des cris de mort et contre l'accuse, et contre le
S~nal tout entier.
Les Phres Conscrits tremblbrent sur leurs
sibges; alors le senateur Pierre Anldr6 persuade au
S6nal de condamner l'accus6 & un mois d'enipri-
sonnement, pour donner satisfaction au president
d'Hai'ti. II obtint ce vote. Nonl seulement le Sinal
avait violet la constitution, non settlement il avait
manqu6 g ses traditions, mais pour complaire au
tyr'an qui s'essayait, il avait encore violet le code
p6nal, eu inventant une forme fantalsiste. Cette
peine n'6tait 6dictee par aucune loi. Le code
penal condamnait les delits de press d'une
amende de 16 B 80 gourdes. Quant i la diffa-
mation dont se plaignait le president Soulouque,
Je Senat 6tait incompetent B la juger; c'6lait le tri-
bunal correctionnel seul qui pouvait en connaltre.
Nous voyons dans cette affaire que le S~nat
avait march d'illigalites en illegalites. Ii avait eid
faible d'abord, il avait 6te~ lIche ensulte.









ETUDES HISTORIQ~UES


Cependant cette condamnlation ~extra-16gale ne
plut pas i la camarilla du palais; elle se montra
on ne peut plus outrde, et excita i un tel point
la susceptibilit6 de Soulouque, qu'il me~naga de
dissoudre le Sgnat et d'exeouter sommairement
M. Courtois.
Ce n'6tait pas ce que voulaient Similien et ses
partisans. lis entendaient blen faire frapper
M. Courtois, mais par une es-phee de juguement
rendu par un tribunal, quel qu'll fet.
Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on
rbussit i calmer Soulouque, et, i la pribre des,
consuls de France et d'Angle~:terre, il permit B
M. Courtois de quitter le pays'.
Si nous voulons bien juger du retirement qui
s'6tait fait en Soulouque, nous n'avons qu'8
rapprocher les terms de sa pr~ocla~mation du
16 Septembre 1847', dat6e des Gona'ives2, de
son message an S~nat le 17 N~ovembre, et des
expressions continues dans sa proclamation du

'Voir piece justilleative no 15.
V oir pidee justificative no" 6.










SUR LA PRESIDENCE DE FAUS'TIN SOULOUQUCE 51t


5 D~cembre', pour voir g quel point l'entourage
du president avait d~figur6 I'article de M. Cour-
tols.
La proclamation du 16 Septembre ne contenait-
elle pas en resume I'article incrimine de M. Cour-
tois ? Pourquoi, deux mois aprbs, les intentions
du president avaient-elles ainsi change ?
Q~iuels talent ceux qui r~pandaient dans la capi-
tale le brucit de pr~ofets aussi infd~mes qru'absur~des
par l'impossibilite' mdmze de leur rd&alisation?.
N'6taient-ce pas ceux que M. Courtois avait flB-
tris? Mais la dep~che dli 17 Novembre dit qu'il y
avait dans l'artiole : ca~lomnie, diffamationz, injur~e,
contre une portions de citoyenzs. Oil Soulouque avait
vu des machinateurs perfides en Septembre, en
Novembre il n'y avait que des citoyens injuries,
calomnies, diffames.
11 est clair que l'esprit du president etait fort
travaille, et on I'avait tellement circonvenu qu'il
a cru que l'article 6tait B -son adresse; la calom-
nie avait fait sdn ceuvre; froiss6 dans ses senti-
1 Voir pidee justificative no 15.










ETU;DES HIISTORIllUES


ments, il devint furieux; il aurait sacrifice' un pere
de famille, un s6nateur de la RBpublique.
)( Honte aux chefs d'Etat qui ne savent pas re-
sister g leurs courtisans!i
Soulouque, dbs son retour du Nord, avait
renouvel6 son ministere. M. Dupuy avait 6tB
rapp~el6. Ce cabinet avait ete former de MM. Jean
Paul, D. Delva', s6lrateur, E. Gabriel, repr6-
sentant. Touls les anciens ministres avaient 6te
appeles g de nouvelfes foactions, ou avalent
repris leurs places.
David Troy, seul, avait get revoqu6, et son
remplagant, M. Kernisan (Gabriel), Btait une esp~ce
de nullite dont la faconde avait 6bloui le presi-
dent. Mlais lorsque Soulouque le vit de pres aux
affaires, it comprit que ce n'6tait pas 18 le mi-
nistre de l'Interieur qui lui convenait et lui fit
des avanies. Quoique ministry, it ful mis aux
arr~ts au fort Ilet pour manquement g son ser-
vice : il n6gligea une f'ois d'assister au conseil
des.secr~taires d'E~tat.
Mais Kernisan (Gabriel) qui 6tait un habile cour-










SUILLA PRESIDENCE DE FAUS.TIS SOULOUQUE fj,?


tisan sut toujours se manager une place, et sous
l'empire il eut un titre de comtel. La revocation
de David Troy a 6tB Je sujet d'une vive joie pour
les partisans dits Zinglins. Ils savaient qu'il ne
partageait pas leurs vues et leurs espirances, ils
avaient jur8 de le per~dre. Its I'avaient reuverts6
du pouvoir, ils le conduiront bientat au supplice.
L~e reste de l'annie 184~7 ~se passa dans une
politique laborieuse. On devait arriver g un
denouement fatal. Soulouque etudiait son terrain.
II demeurait inddcis. Entre David Troy et Similieu
il-louvoyait.
L'un, trbs bien pose dans la meilleure society
et alli6 aux premieres families du pays, pouvait
lui donner un appui moral que Similien ne pou-
vait downer. Mais Similien disposait d'une force
dans le people que David Troy n'avait pas. Sou-
louque n'h6sita plus.
SHomme pratique, it choisit pour bien asseoir
son pouvoir, Similien. D~s lors David Troy deve-
nait g~nant; cependant, il n'y avait aucune bone
Comte de Gressier'.










BI ETUDES IllSTORIQUES


pr euve pouvant motiver son arrest ation. David
Troy la lui fournit. Vers le commencement-de
184~8, un jour Simiilien alla trouver Soulouque.
- J'ai une confidence g vous faire et un conseil
g vous demander. Le general David Troy m'a
demand une entrevue chez moi pour ce soir.
Avant de lui repondre je viens vous demander si
je puis le recevoir..
Soulouque r~flichit longtemps, puis il -dit B
Similieni.
.- Vous pou vez le recevoir ~et m~me en le
re cevant vous me rendrez service. .Je connais la
disposition de votre maison. Vous le recevrez
dans votre salle A manger. Le reste me regarde.
C omme Similien voulai~t interrompre, Soulouque
'le prevint et lui dit avec vivacity.
-- J'agis a~insi pour votre sauvegarde. Dans le
cabinet attenant g votre chambre B coucher,
j'aurai du monlde pour entenldre votre conversa-
tion. 'Ne me le refuse pas >7
Le soir vint, et aprbs avoir posted les espionrs de
Soulouque, Similien regut David Troy. L'ancien










SUR LA PRiS~IDENCE DE FAUSTIIN SOULOUGUE 55~


ministry Jul exposa longuement tous les griefs
qui existaient contre Soulouque et demontra la
necessity de le re~nverser; Similien defend~ait son
chef avec force.
11 y mit d'autant plus de chaleur qu'il savait
qu'il 6tait jcout6.
Enfin, David Troy. lui dit enl se levant : a( Vous
ne voulez pas m'aider, c~'est bson, j'agirai seul. ,,
II n'6tait pas encore rentre chez lui que d~Bj
Soulouque 6tait au courant de la conversation
que lui avalent rapport6e ses trois 6missaires.
Di~s ce moment, I'arrestation de David Troy
devint imminent, et B quelques jours .de th,
Soulouque y proc6da lui-mi~me.
AprBs le signaled service qu'il avait rendu g
Soulouque, Similien voyait sa puissance s'ac-
croitre de jour en jour. Certes il ne croyait pas
que Soulouque avait une grande confiance en
lui, car il connaissait le. caractbre soupgonneux
du -chef de l'Etat,~ mais il se voyait.tellemnent fort
par ses partisans qui se reunissaient plusieurs
fois par semaine chez lui, qu'il ne pouvait










ETUDES 1HISTORIQZUES


meltre aucun frein B son arrogance. 11 demontrait
g tous qu'il 6tait aussi puissant que le president
dont il~critiquait tous les actes. Tous'ces propos
6taient rapports g Soulouque qui dissimulait
toujours et le faisait 6troitement surveiller.
C'est B cette 6poque que s'organisa definitive-
ment g Port-au-Prince le parti connu sous le
nlom de Zinglins, compose de la fange de la
soci6t6 de la~ Capitale. C'6taient des gens de la
plus basse extraction qui nourrissaient des -idbes
de haine contre les mulhtres : Simili~en s'6tait
declare ouvertement leur chef. Sans partager les
vues de Similien, Soulouque toutefois le laissait
aller le plus loin possible. Sans le patronner, il
trouvait logique de le laisser exciter son parti
contre les mulitres qui le ridiculisaient et le
g~naient, bien dispose g y metlre an frein quand
les Zinglins deviendraient dangoereulx pour lizi-
m~me. Du mime coup, il serait debarrass6 de
ses ennemis, et mettant leur desastre sur- le
compete de Similien, ii se justifierait en quelque
sorte en le frappant.










SUR;-LA PRBSIDENCE DE FAUSTIN SOULOSUQUE 57


Ce calcul- rbussit au deld des provisions de
Faustin Soulouque : sans avoir lu M~achiavel,
Soulouque mettait adroitement en pratique les
doctrines du Flor~entin.
En arritant Davi'd Troy, Soulouque avait frapp6
son adversaire le plus influent, celui -qui pouvait
a l'occasion v6ritableinent nuire a son pouvoir
par ses attaches. Cette arrestation 6tant un ces
coups d'audace qui renversent un chef d'Etat on
le consolident. On fit tant d'6etalage des preuves
accablantes qui 6taient a la charge de~ l'ancien
ministry, que ses amis eux-mnames n'osbrent le
defendre. On avait trouv6 chez lui des armes -et
des munitions en q~uantite.
Soulouque -daris les premiers moments, voulut
faire executer David Troy, mais Similien l'enl
dissuada, et m~me il avait objtenu de Soulouque
que David Tr~oy serait jug6 et condamn6 ~seule-
ment a quelques mois d'emprisonnement.
Livr6 a un conseil de guerre, I'ancien ministry
fut condamu6 a mort. Similien avait fait en vain
des dtemarches auprbs des principaux juges de ce










ETUDES IllS'TORIQUES


tribunal militaire pour obtenir un jugement un
peu mitig6. Ce conseil 6tait formecpar Soulouque
de ses lieutenants les plus d6voues et qui execu-
th~rent sans discussion- les instructions qu'ils
avaient revues du president. '
Similien rappela a Soulouque sa promesse de
ne pas faire ex~culer David Troy. Le president,
sans commuer la peine, ajourn-a l'execution, il
n'6tait pas fcichi d'avoir une condiamnation B mort
contre un des hommes les plus influents de l'Bpoque.
SEtait-ce le remords, on la crainte des repr61
sa illes de la part des- amis de David Troy qui
avait pouss6 Similien g cette d6marche ? AprBs
l'avoir trahi ', pourquoi ce subit retirement en
sa faveur ? Ce sout 18 des questions que tout le
monde se posa et dont la solution -avait rendu
S oulouque plus circonspect encore vis-g-vis du
chef de la garde.

SCharles Alberte, q~ui n'8tait pas trbs temperarit, dans une
discussion aprbs boire qu'il avait eue avec Sim~ilien, lui
reprocha d'avoir agi en agent provocateur envers David Troy :
Ah ajouta-t-il vous paierez cher cette trahison !





















CHAPITRE IV






















O'veneinents d'Avril 18h8. Cris subversifs contr~e les mi-
nistres. 113 donnedt leur admission. Massacre du
16 avril.

SCe fut na anFfreux carnage. 11 v ien aralit... de
tout Age, d'illustres cet d'inconnus;i aaide
cadarres entasses, d'autres pars gli et la; on les
jetait danls le Tibre sans que les parents puissent
en approcher. Des gardes 6piaient chaque' dou-
leur... .
F, DE CHillPaGNv. Les Ce~sars, rol. I, p. 307.



Le dimanche 9 Avril, au moment od Soulouque,
entoure de son 6tat-major au milieu de ses mi-

nistres, assistant B la parade de ce jour, on remar-

qua un grand hombre de citadins sur fa place du
Champ-de-Mars. Cette foule semblait fort agilde,
elle sj'entretenait avec les troupes. A un signal
de Similien on cria : u(A bas les ministres! i Sou-

louque n'eut dl'abord pas l'air d'entendre ces cris.
Ils deovinrent tribs distincts, furent r~p~t~s avec
force et ils furent m~me suivis de menlaces. C'est


CHAPITILE IV










BTUDES HISTORIQU'ES


alors que le president eut I'air de les ave~ir com-
pris; il ne continue plus la revue qui 6tait toujours
sixivie d'une tourn6e en ville, et rentra au palais.
Souloixq~ue paraissait per~plexe, agit6. Etait-ce lui
qui avait -encourag6 cette espbce de s6dition con-
tre son gouvernement~ ? uoique les .avis solent
fort divises sur ce point, reconnaissons cependant
,que le president avait trop de bon sens pour atta-
quer lui-m~me son propre pouvoir. Ces cris
6taient I'oeuvre de Similien et de ses amis. Depuis
plusieur~s j~ours ils montaient une cabale contre les
ministres; its voulaient des homnies g leur ddvo-
tion par lesquels ils pourraient gouverner le pays.
Ils savalent 'que des hommes tels que Dupuy, Paul
et Delva, resisteraient touljours g leurs perfide's
manoeuvres. N'ayant puz obtenir du president
le renvoi des ministres, ils les force~rent a donner
leur admission.
En effet, le jour m~me, Jes ministres donne~rent
leur d6mission. Soulouque ne s'en montra, ni
saltisfait, ni mi'cozten2t.
M. Jean Paul secr6taire d'Etat de la guerre,










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 6(


E. Gabriel charge du ministbre de l'interieur,
D. Dielva it la justice, Dupuy ministry des finances,
farent remplaces par des hommes tout fait
nouveaux :Dufresse, Vaval, Franc~isque et Sa-
lomon jeune '.
Le nouveau cabinet r6unissait des hommes qui
avaient 6td d6signes g Soulouque c~omme pouvant
le mieux repondre aux aspirations du pays; Sou-
louque les accept. Non seule~ment ii comptait les
bien diriger, mais aussi en faire d'humbles servi-
teurs de sa poli tique.11In'admettait pas des ministres
qui discutaient : M. Dupuy avec ses moeurs euro-
pbeanes ne convenait pas, ses vues 6taient trop
avancies pour I'6poque. C'Btait ce que pensait
I'entourage de Soulouque. Nedevait-on pas bientat
faire de lui un ennemi public ?
En appelant le senateur Salomon dans son
ministere, Soulouque justifiait toutes les craintes
que les hommes de couleur pouvalent avoir. Sa-
lomon, dont le phre avait 6t6 le chef des piquets


SYoir pieces justificatives nos 8 et 8 bis.










ETEDES HISTORIQUES


-dp Sud, avait eu une bien-triste cb16brit6. It s'Btait
p ~:gpneini declage aes mlul Ilres. Cebte
lia u e i nj ure sanrglia ne q ue Salo-
mon avait retue d'iir! homme' de equ~leur. Mais
toute une classes d'hnimmes -devait-elly payer les
incons~quences d'un Au~l, et 6tait ijuste que
Salomon rendit tous les mulatres responsables de
l'offense re(;ue? Non, les hommes sont individuel-
lement coupables de leurs fautes. S'il y a des pas-
sions aveugles, ce sont certainement celles qui outI
pour base les pr~jughs sociaux.
Soulouque avait accept6 le s6nateur Salomon
pour avoir un otage sous la main. C,'6tait un gague
contre Salomon phre, qui avait pass une grande
parties de sa vie a conspirer. Sous Boyer, on l'in-
terna longutemps g Neyba, danls la partie est de
l'lle.
Le general Dufresne 6tait un ancien soldat, dont
les vues 6troites ne pouvaient avoir aucun poids
sur les destinbes du pays. Esclave de la disci-
pline, il ne voyait dans Soulouque~ qu'un chef dont-
il devait exr6cuter les ordres sanls contrble.









SUll LA P'RESIDENCE DE~ FAJUSTIN SOULOUQZUE 65


i31. Vaval 6tait inconou, il n'avait qu'un m~rite :
il 6tait d'Aquin, et ce- point de la Republique 6td it-
ag~it6 ~de sourdes rum'eurs. Nious disions bien
que. Soulouque cherchait des otages. L~e seul
homme d'un certain caract~re que Soulouque
avait dans le ministbre du 9 avril, a &tb Ml. Fr~an-
cisque, doyen .du tribunal civil des Gouai'ves.
Aussi Af. Francisque a &te fusilli comme cons-
pirateur, bien qu'aucune preuve matirielle nie fill
donudye .~
Soulouque ne pouvait supporter aucune contra-
diction, encore moins une raillerie. iM. Francisqlue
6tait railleur et avait I'esprit independant.
Enflu, de tous les anciens ministres, Delva seul
fut appel6 B de nouvelles fonctions.
Durant tout le reste de la semaine, on 61ai
inquiet, agit ; it devait so passer quelque gvaudl
6v~nement don't personnel nie prdvoyait I'issue.
Le dimanche suivant 10 avril, pendant la r~cep-
tion au palais des autoritis et des hauls fonctionl-
naires, il ;y eut une scene assez violence entre
Soulouque et Celigniy Ardouin, 9 propos dl'lun










66 TUDES HISTORIQUES


movement insurrectionnel qui avait Bclat6 B
Aquip, dirig6 par le general Saint-Surin Pyrham
et le colonel Louiis Jacques et menagant de gag~ner
tout le Sud.
Cette insurrection avait de profondes ramuifica-
tions. Depuis un an environ, une propagande active
se faisait et cherchait & entrainer le Sud qui savait
se lever en masse. De J~rimie, le g6ndral- Casimir,
commandant la Grande-Ause, avait envoy une
lettre au general Phili-ppeaux qui contenait une
espbee d'offre de -ser~vice. Philippeaux n'en fit pas
cas.
Si tout le Sud conspirait, on n'6tait pas bien
d'accord sur la levee de boueliers qui devait~avoir
lieu. D'atermoiements en atermoiements, la
conspiration commengait B transpirer et, pour
brusquer le mouvernent, le colonel Inuis Jacques
avec quelques partisans, prit les armes le
13 avril 18489; il entraina le commandant de
l'arrondissement d'Alquin le ge6nral- Saint-Surin
Pyrham~.
Cbliguy Ardouin n'6tait pas sans connaltre le










SUR LA PR1SIDENCE DE FAUSTIN' SOULOUQUE G'i


movement, et on rapportait m~me que le mot
d'ordre 6taittparti de Port-au-Prince:
CCbligny Ardouin se defendait avec force de
l'accusation porl6e contre lui.Soulouque devenait
de plus en plus violent;~ il gesticulait, menagait.
Le general Ardouin ne se montra ni plus froid ni
plus reserve que le president, son geste etait
imperieux, sa parole railleuse; gros, courtaud,
presque de m~me corpulence que le president,
sa physionomie exprimait une mimique des gestes
de Soulouque.
Ce'te discussion devenait pinjble pour l'audi-
toire. Le general C. Ardouin nie se possedant plus,
pour donner plus de poids a ses paroles frappa du
pled en presence du chef de I'Etat. A ce moment,
un chef de bataillon de l'artillerie de la garde,
quittant brusquement la salle des seances oh it se
trouvait, tira un coup de pistolet sur un des canons
de la cour du palais. A la detonation qui s'ensuivit,
comme a un signal donned, les soldats de la garde
ouvrirent un feu nourri sur la galerie: du palais
encombr~e de fouctionnaires et d'officiers, et B tra-










ETUDES IIISTORIgUES


vers les fen8tres fusillbrentil'assemblee. Sur Sou-
lougue mime on-fit feu, mais ii fut assez heureux
pour ne pas Blre atteint. Un1 sauve qui-pout
general commenga. M1. Dupuy ne dut son salut
qu'en franchissailt les grilles etifer qui entourent la
cour ~du palais. C61igny Ardouin youfut le suivre,
mais il n'avait pas I'agilitb e Dlpymaget

61anc6; 11 revint sur ses pas et tomba aux mains
des assassins qui le blessident 5 coups de rasoir
en se saisissant de sa personnel (enu un instant
dans les appartement's de Mme.Soulouque, on le
conduisit dans les prisons de la ville. Au
16j avril, c'btait une tue~rie de mul~tr~es qui com-
m~engait.
On1 a fart coul~ri le bruit absurde qlue c'btait
C6ligny Ardouin qui avait tire le coup de pistolet
sur le chef de l'Etat. C:elte calomnie nie tient plus
aujoth'd'hui.
OnI peut pr~ier a un vulgaire ambitieux toutes
sortes d'idees, mais jamais a uu homme ~d'esprit
on ine doit attribuer de pareilles bevuee. Le temps
a falit justice de'e clatentat mnis sur le complex de










SUR LA PRESIDENCY~ DE FAUSTIN SOULOUQ2UE 69


C61igny Ardouin. On a tout fait pour se disculper
des massacres du 16 et du 17 avril 1848, dates
g jamais nefastes dont le sanglant souvenir restera
commie une fl6trissure sur le g~ouvernement de
Soulouque et sur tous ceux qui out pris part B
ces 6venements.
Il est notoire que plusieurs aides de camp du
chef d'Etat, tous mul~tres, furelit fusilles,'pendant
qu'ils cherchaient a se sauver du palais oid ils
n'6taient plus en stitrete, entire! autres N~mo-
r~in Basquiat, dont un sauvage sapeur de la
garde fit sauter la thte d'un coup de hache.
Lauriston Cerisier qui Btait chpez lui au moment
oil le massacre commlengait, ignoranlt ce qu'il
y avait, se rendait au ministbre de la guerre,
il trouva la, mort en franchissant le portal du
palais.
Soulouque parut un instant interdit; alirds, il
resta spectateur indifferent des tueries qui se
faisalent sous ses yeux; 11 ne les avait pas
commandoes, jl ne trouva pas i propos de
les arr~ter. Du palais de la pr6sidence les fu-










ETUDES HISTORIQUES


sillades, continubrent i travers les rues de la
ville.
Quelques jeunes gens de la capital voulurent
s'organiser et resister $ cette boucherie; mais que
pouvalent-ils faire, arms de sabres, de cannes g
6p6e, de pisjtolets, contre les troupes organis6es
qui les fusillaient ?
Le gblibral Maximilien1 Augustin~, a la tite de
la-garde, parcourait les rues de la capital, et on
tua tous ceux qui n'eurent pas la chance de
trouver un prompt refuge soit dans les consulats,
soit dans les maisons 6trangBres.
Dans ces moments de dbsordre, odl toutes les
passions sont d6chain6es,. .chacun en profit pour
donner libre course g ses penchants. C'6tait le
temps des represailles, c'6tait I'heure de la ven-
geance. Des victimes innocentes exipibrent des
fautes imaginaires de parents inoffensifs. Dans
ces moments aussi, il y a eu des traits de devoue-
ment et de veritable g6ndrosit6. Un enfant de
douze ans, u~n petit mul~tre, fut Conduit au com-
mandant de l'ar~rondissemnent. a( Allez le fusiller










SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 71


au fort Per, je le connais; son phre m'avait
condamn6 B mort, sous Boyer. n On le tua. Or le
phre de cet enfant pouyalt B peine avoir quinze ans,
lors de la conspiration de 1827, dont le g6116ral
parlait, et n'avait jamais eu aucune impor-
tance '.
iM. le general Frangois, qui mourut secretaire
d'Etat de la guerre, lors de l'insurrection du
30 Juin 1879, nous a racont6 que o'Btait au prix
du plus grand danger qu'il reussit g soustraire h
la fureur des Zinglins quelques-uns de ses amis,
lors des journees d'Avril 1848, soit en prot6geant
leur faite, soit en les gardant chez lui tout le
temps que leur vie 6tait en peril. Le 17 et le 18
furent tout aussi sanglants que le 16-. On ne tua
plus que lorsqu'on ne trouva plus de victims.
M~iaximilien Augustin, pendant ces journ6es,
6tait le veritable et le seul chef de l'Etat. Si Sou-
louque 6tait tombe victim du guet-g-pens qu'il
avait medite, il aurait recueilli sans peine la

i Le doeteur Merlet ful fusilli parce qu'il n'avait jamais
salub certain autorite de la ville.










72 ETUDES HISTORIIQUES


succession de son chef. Mais la Proviidence en
avait tout autrement d~cid&. Bienit~t Soulouque
allait mettre la main sur Similien qui venait de
consolider son gouvernement, et une lente agonie
attendait M~aximilien Augustin dans les cachets
de Port-au-Prince.
N'anticipons pas sur la march des 6venemnents.
Le parti Zinglin venait d'essayer sa force, il 6tait
.~paissant. Similien, B la t~te de son parti, devenait
de plus en plus arrogant. 11 commenga alors a
dieter ses conditions et tracer une ligne de con-
duite. Comme il trouvait que Soulouque nle mar-
chait pas g son gre, il lui faisait adresser des
reproches -par quelques-uns de ~ses amis, mais
Soulouque d'une oreille distraite, 6coutait les
do)6ances des uns, les remontrances des autres,
renferm6, dissimule, it ne laissait pas voir la
politique qu'il devait suivre.
Sur ces entrefaites, Soulouque fit ses prepara-
tifs pour aller r6primer I'insurrection d'Aquin, if
laissa la capital le 23 avril, et ii march ii petites
journees; le 27, il arriva au pont de Miragoane,










SUR LA* PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQzUE 73


lb il apprit la nouvelle de la d~faite des insurges
d'Aquin, qui avait eu lieu~ le 25i avril dans un
combat qui leur fut livr6 g Cavaillon par les
troupes du gouvernement sous les ordres du com-
mandant de I'arrondissement des Cayes. Celui-ci
avait soulev6 les piquets du Sud, dont la m'oindre
6tincelle reveille toujours les passions sangui-
naires; ils avalent repris leur organisation et, eux
aussi, alla-ent commettre les schnes d'horreur
dont la capitale avait 6te le theAtre.
Ddja les massacres comnmengaient. Uno sauvage,
g Cavaillon, avait en une-nuit a'ssassin6 presque
tous les pr~isonlniers qui. se trouvaient dans les
eachots de cette ville; un tromblon g la main, il
se promenait dans les cellules et le dechargeait sur
ses malheureuses victims. Cette bite fbroce devait
Btre sept ans aprbs fusillee par Soulouque, lors
de la champagne de 1856, pour avoir fui devant
I'en nemi .
En appreunat le mouvement et I'orgaanisation
des piquets, Soulouque se hata de partir pour le
Sud, non pour dirig~er le movement, comme










7H ETUDES HISTORIUQES


quelques-uns se sont plu g le dire; mais pour
I'arr~ter '. Soulouque -n'a jamais Bte piquet.
Mais Soulouque devait faire beaucoup de con-
cessions_ aux piquets pour les apaiser, et ces con-
cessions nl'6taient autre chose que la t~te de
quelques citoyens distingues des villes du Sud
qu'il fallait accorder a ces bandes d'6nergumbnes.
Si Soulouque s'est venge de ceux qui lui out
forc6 la main, nous devons voir que, fiddle B
sa tactique, il laissait des crimes se commettre,
et frappait ensuite les meurtriers. Cette poll-
tique immorale' deshonore un chef d'Etat. Les
vengeances qlu'il a tirees de criminals qui l'ont
pouss6 & des actes de cruaute, sont des faiblesses
dictees par l'amour-propre le plus 6troit, et il
n'avait en vue que la satisfaction de sa vanity. D~s
son depart de Port-au-Prince, les dblateurs, ve-
naient a sa rencontre de tous c616s, et dbilongaient,

Soulougue savait par experience qu'il 6tLait loujours dan-
gereux de laisser les piques en armes, ils d~fenldent d'abord
le gouvernement on un parti politique contre le gouverne-
nement. Quand ils sont vainqueurs, ils revendiquent toutes
sortes de droits Cph~mBres qu'ils n'ontjamais eus.
















SUR LA PIIESIDEN~CE DE FAUSTIN SOULOUUUE 75j


qui, un ennemi, qui, un cr6ancier. On voulait
que le chef de l'Etat servit toutes les haines par-
ticulibres.
Nous conistatons de temps en temps ces len-
dances dans notre pays. Dans les executions
politiques qui ont eu lieu B Ha'iti, les sept hui-
tibmes sont I'meuvre de vengeauces ou de repr6-
sailles : les affaires de la Rbpublique n'y entrent
pour mien.

























CHAPITRE V


















CHAPITI1E V


Tourn~e dans le Sud. Suite des Cv~nements de 1848.


*C'est un despot 6egoiste, d~voue a lui-m~nme,
qui nie regne que pour lui seul, et ne demanlde
au pouroir que l'accomplissemlent de sa propre.
volonte. *
Gulnor. IVe Leconl. His. de la Ciu. en Franlce,
t. IV, p. 165j.


Arrive B M~iragoane, apris avoir regle quelques

questions d'administration, Soulouque regut les
denonciateurs; if y en avait un certain nombre

qui fur~ent admis B son audience. Le colonel
Debrosse, un de ses aides de camp, fut designed
comme le chef d'une conspiration qui existait
daris I'arrondissemnent de Nippes et avait des
ramifications B Aquin qui avait pris les armnes
le 13 Avril. Cependant M. Saint-Cyr Debrosse
avait tres bien regu le chef de l'Etat ; c'6tait

peut-8tre pour mieux cacher son jeu. Un diner










8(} TCDES HTSTORIQUES


ava'it 6t6 offe~rt au president; au moment, de s'y
rendre, it de616ua le g6ubral Dufresne, ministre
de la guerre, et pr6texta qu'il nie pouvait pas
manger lorsque ses troupes n'6taient pas rationr-
nees; la corvette de l'E~tat qui portait les provi-
sionis & Miragoanle avait 6t6 retenue par les vents
contraires. M. le colonel Debrosse, admi-nistra-
teur des finances 6tait un des ni~gociant~s de la
place de Mliragoane; il offrit de rationner I'ar-
mee. a( J'acceple bien votre offre, dit Sou-
louque, si vous avez assez de provisions pour
tout ce monde. ,, Querques heares apris, les
quatre regi ments qui accompagnaient le president
avaient regu une ration en biscuits amb~ricains
et en beeuf sale. Les courtisans et les d~6noncia-
teurs n~e manquirent pas de' faire remarquer &
Soulouque, que celle grande quantlite de biscuits
que le colonel avait mis B la dispositionn de I'ar-
m6e devait servir a so prise d'armes.
Daus l'annee 1848, une diselte sevissaii chi
Haniti. Les recoltes de vivres avalient manque~. On
avait faith de graudes provisions anutericaines -









SUR LA PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUGZUE sl


telles que fairines, riz, biscuits. 11 n'6tait nulle-
menit 6tonnant que la place de Mliragoane, qui
6tait g celte gpoque le premier port commercial
que l'on tr~ouvait aprbs Pqrt-au-Prince fdt pourvue
de vivres en quantit6. C'6tait un d6bouch6 et
pour I'arrondissement de N~ippes et pour Aquin
et les comritunes environnantes.
AprBs avoir fait contrbler que les troupes
etalent pourvues d'un jour de rations, Soulouque
ordonnna de lever la marchie pour Aquin en noti-
Gant au colonel Debrosse de le suivre dans son
etat-major. Celui-ci crut un instant que sa for-
tune 6tait faite; avec les plus grandes d6mons-
trations de joie il fit ses prdparatifs et partit avec
Soulouque. Mais Q quelques lieues de IMiragoane
Soulouque s'arr~ta, choisit quelques officers et
forma un conseil de guerre, appela le colonel
Debrosse et le livra h ce conseil pour 4tre juge.
L'accusation qui planait contre Debrosse ne tint
pas debout, bien qu'il n'ett pas de d6fenseur.
Un jugement sominaire fut rendu et on l'acquitta.
Lorsqu'on rapporta g Soulouque un jugement








82 BTUDES HISTORlnUES


d'acquittement, alors qu'il s'attendait B une sen-
tenice de mort, sa colbre n'eut pas de bornes;
il 6clata en invectives contre ce tribunal qu'il
avait form6 ]a nuit, ri la h~te.
a( Allez et jugez cet hommne, et si vous ne le
jugez pas mieux que cela, tant pis pour vous ,,
On comprit que Soulouque: vonllail une sen-
tence de mort. II voulait punir le devoue-
ment vrral ou faux dont quelques heures aupa-
r~avant le colonel Debrosse lui avait donnd une
preave. Cependant le conseil de guerre n'exit
pas le cynisme de prononcer la peine de mort;
it revint avec un verdict de culpability mitig6t
par des circonstanlces att~nuantes. Le colonel
Debrosse: devait Btre jug6 une troisibme fois par
le conseil special d'Aquin, et 6tre fusill6 quelques
semaines apres.
Soulouque aurait pu faire sommairement exi~-
cuter Debrosse, mais il voulait entourer cet acte
de quelque apparence de legalitb. Nous maudis-
sons la m~moire des chefs d'Elat qui emploient de
pareils moyens pour se debarrasser d'un homme.










SUR LA PRIESIDENCE D)E F'AUSTIN SOULOUQUE 83


Ce sont 14 de ces crimes que nous devons
toujours flet~rir, mais nous fl6trissons aussi les
hommesqui pr~tent la main gde pareilles combi-
naisons. Si les juges de Debrosse avaient donn6
une preuve de courage en maintenant leur premier
jug~ement, Soulouque, 8 moins qu'il ne fdt une bite
f~roce, fdt revenue g des sentiments d'humanit6.
Les r6gimnes comme ceux de Soulouque sout
la perversit6 de la conscience humaine. M~ais
nouis avons pu constater que dans notre pays ces
examples sont trop suivis.
h prbs ce second jugeme~nt prononc8, Soulouque
conltinua son voyage pour Aquin et nous allons
voir que c'esti I ravers le sang et les pleurs qu'il
poulrsuivit sa tournde dans le Sud. C'est i cette
6poque qu'eut lieu une &migration de la majeure
parties des hommles 6clairds du pays. Beaucoup
moururent en exil, les autres renonchrent B la
nationality hanlienne.. Ceux qui surv~curent, ren-
trbrent dans le pays apres avoir promen6 dans toute
I'Amerique du Sud leur exil durant onze ans.

























CHAPIITRE VI

















CHAIPITRE VI


Tourn~e du Sud (suite).
Affaires des Caye. Dugu6 Zamore. Jean Claude.
Le parti du Sud.



C'est g cette Bpoque que, dans le Sud et prin-
cipalement dans la ville des Cayes, vivait dans
toute sa laideur une des plaies que nous avait
16guees la soci6t6 colonial : nous avons nomme
le prbjug8 de couleur.
Les families des Cayes 6taient divisees en deux
camps bien marques, les noirs et les mul~tres.
C'6tait comme au temps de la colonie oh les
blancs 6taient d'un cat6, les noirs et les multres
de l'autre. De telle sorte que les noirs tenaient
leurs rangs fermis aux mul~tres, sauf h deux ou
.trois qui manifestaient des haines pour leurs
cong'enbres, et les mul~tres n'admettaient point










0:TUDES HISTORIQUES


dans leur socibt6 les noirs, sauf de rares exceptions.
Les haines, les preventions 6taient tout aussi
fortes des deux cates.
Un parti tres puissant aux -Cayes, et qui avait
des ramifications dans tout le Sud, dirig6 par des
hommes trbs influents sur les masses, a profit
de ces moments pour donner libre carriibre B
ses haines.
Les directeurs de ce parti formaient une espcee
d'aristocratie qui, comptant sur de nombreux
clients, avait plus d'une fois agit8 ces regious,
tout en restant en dehors des movements qu'ils
suscitaient.
Ils savalent mettre en avant les Accaau, les
Andr6 Th616maque et d'autres qui ont pay6 de
leur vie leur credulite.
Le geadral DuguB-Zamore, commandant le
department du Sud ,et I'arrondissement des
Cayes, aviait B diverse reprises poursuivi ces
hommes pervers qui divisaient la society ha'i-
tienne et les avait reduits, sinon au silence, du
moins g l'inaction. Ils lui voubrent une haine g










SUR LA4 PRESIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 80


mort et le poursuivirect en le denigrant. Ils le
dbnooachrent et I'"accushren tde trah ison. Soul ou que
didaigona de s'occuper de cette accusation port~e
contre un ancien soldat en qui il avait confiance.
Les chefs du parti du Sud 6taient g~nds de ce
general dont ils connaissaient la bravoure et la
probity. Its ourdirent contre lui un complot qui
rdussit au delay de leurs provisions.
Le 8 mars 1848, un chef de piquets a leur
solde, Jean-Claudie Pierre, B la tite des popu-
lations de Port-Salut, de Cavaillon, de la Plaine
des Cayes prit les armes, aux cris de : a( Vive le
prBsident d'Hai'ti! A bas le geubral Dug~ue! ,,
Les bandes 6taient assemblies au camp Gbrard, $
cing lieues des Cayes; elles declarbrent qu'elles
nie d6poseraient les armes que lorsque le general
Dugu6 se d6mettrait de son autorit6. Obbissant B
un mot d'ordre, elles l'accushr~eat de trahison. Le
g6ndral Dugue-Zamore prit les measures neces-
saires pour reprimer ces bandes dont il connais-
sait le programme : a( Piljage et assassinat.- a
Lorsque les troupes des Cayes arrivbrent en










ETUDES 11ISTORIllUES


presence des insurgoes, elles furent accueillies aux
cris de : aI Vive le president d'H-3aiti ,, Des deuxv
ci~t6s, c'6taient les m~mes serments de fidelite- au
gouvernement 6tabli. Le g6ndral Zamore 6tait un
patriote denue de tout sentiment d'interst person-
nel, tout ce monde le savait; aprbs deux jo~urs
de pourparlers, un conseil d'officiers et de fonction-
naires 6tant consulted, le general remit ses pou-
voirs au commandant de la place des CaYes et se
rendit a la capital oft il allait expliquer sa con-
duite au chef du gouvernement.
Le general Zamore Bloigne du d6partement du
Sud, c'6tait tout ce que demandalent les princi-
paux chefs des piquets.
Le general Andr6 Th616maque 6tant une de
leurs creatures et un de leurs partisans, fut invest
du haut commindement du d6partement du Sud.
c~e poste qui Btait laisse jusqu'ici g la nomina-
tion du president d'Ha'iti, fut confie par quelques
meneurs g un gen6ral h leur devotion. Le fait
6tait inoui'.
Soulouque, en ayant Btg informed, comprit










SU;R LA PRESIDENCE DE FAUSTINr SOULOUQUCE 91


toute la gravity du cas. Son pouvoir 6tait presque
attaqu6 : it fit semblant de croire que l'accusation
de trahison portee contre le general Zamore 6tait
fondue; mais, ruse comme il 6tait, il fit bien des
reserves dans sa proclamation du 15f mars 1848,
od nous trouvons ces lignes fort significatives' :
a( Les faits qui out eu lieu seront sgvbrement
et justement jughes; le bon droit sera apprecie. n
L'emente qui Ctait dicigee contre le general
Dugu6-Zamore devait 6tre le prelude d'une prise
d'armes qui se' fomentait aux Cayes et existait dbjh
dans tout le Sud. M~ais on ne pouvait pas tomber
encore d'accord sur un cher. Une bonne partie
du Sud avait les yeux sur le g~ndral` Philippeaux,
commandant I'arrondissement de Nippes;; ce
general ne plaisait pas aux chefs du parti des
Cayes qui dirigeaient le mlouvement.
A cette 6poque, c'6tait aux Cayes que se trou-
v aient les pr~incipaux chefs du parti Piquet, et
parmi eux, le plus ecout6 6tait M. Salomon, phre
Cet homme avait une telle haine contre les


SVoir pikee justificative no 7.










92 ETUDES HISTORIQUES


mul~tres que, dans un de ces moments oil I'on dit
sa pensbe saus detours, if exprima le vaeu de
voir tout le pays en noir, c'est-g-dire l'extermi-
nation des gens de couleur.
Ce voeu fut exauce au delay de ses desirs, it
devint' aveugle.
On codfond g~neralement sonisle nom de
piqu6tisme, deux choses qui, mieux 6tudiees,
front connattre la cause de nos divers bouleverse-
ments et expliqueront nos malheurs.
Sous le terme gen6rique de piquitisme, nous
devons distinguer le parti ultra-noir et le piqud-
tisme.
Le parti ultra-noir c'est use question politique,
le piquetisme c'est une question social.
L'un veut le pouvoir sans partage pour en user
g sa guise, I'autre veut avoir I'aisatice et- la for-
tune sans travail.
C=es deux choses se soutiennent d'une fagon
fort inegale.
Quand on combat le parti ultra-noir, il met le
piquetisme en avant; c'est son rempart.










SUR LA PRBSIDENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 93


Quand le piquetisme veut se remuer tout seil,
le parti ultra-noir aidera B l'6craser, car le piqu6-
tisme n'est pas encore 6mancip6, il est le client
du parti noir, patron jaloux de ses droits.
Le parti ultr~a-noir est une esphce d'oligarchie
composee de noirs et de mulktres, qui vent quel-
quefois se poser en defenseur des masses; c'est
son tremplin. Cette oligarchie p~osBdde des biens
qu'elle n'entend pas partager avec les prol6laireP,
quoique dans son aveuglement elle les pousse A
r~clamer le partage des biens.
Les seules vues de ce parti ultra-noir sonlt
d'exclure les gens d'un certain merite de la direc-
tion des affaires du pays; noirs ou jaunes, tous
les hounndes gens sont repouss6s; -il s'enrichit de
la caisse publique; it ne veut aucun contrBle et
croit qlue le despotisme est le fondoment de tout
gouvernemenlt.
M~lme aujourd'hui odZ la haine et le pr~juge
contre le m~ul~tre out bien perdu de leur force, cette
oligoarchie bien exclusive, quand on la met un peu
loin de l exercise du pouvoir, cherche g soulever










O'TUDES HISTORIQUES


le people; elle met en avant ses leaders pour
parler en son nom; son thbme favori est. de faire
accroire aux masses qu'elle veut leur boaheur et
que les mul~tres s'y opposent;- ce qui est en mime
temps une calomuie et une incons6quence, car
que de mul~tres ne voyons-nous pas dans cette
fraction qui se dit IYes- seuls amis du people et
la d6mocratie ?
Cette d~mocratie n'est pas pour Blever les
humbles, enuoblir les petits, mais rabaisser tout
ce qu'il y a de grand, d'honn~te dans le pays.
N'e~st-ce pas lb nlotre histoire depuis plus de qua-
tante ans?
Nous f'avons vu sous Soulouque, sous Saluave,
sous Salomon. -
Nous qui demandons que le people soit ins-,
truit, que la lumibre soit partout r6pandue g
pleines mains, nous voxiions une chose : c'est que le
peuple comprenne que ces pretendus tuteurs qui
r~clament en son nom ne sont que des sp6cula-
teurs qui le bernent et le trompent.
Le gend~ral Salomon, president de la R~pu-












SUR LA PRKS1DENCE DE FAUSTIN SOULOUQUE 9B


blique, resta neuf anades au pouvoir, de 1879
& 1888; qu'a-t-il fait pour le people au nom de
qui it reclamait des droits ? II I'a rabaiss6, il l'a
humili6, il l'a vilipende. Le general Salomon a
d6shonor6 le gouvernement, partant, le pays.
L'autre c616 de I'histoire du piqu~tisme nest
que la consequence de la perversit6 de cette oli-
garchie qui se croit puissance, qui pousse les
masses i la revendication de droits qui se
resument en assassinats, en pillages et en incen-
dies. On appelle cela deplacement de la fortune
publique.
Ce soot 18 des faits qui ne peuvent 6tre each8s
sans crime. Dire le contraire est un mensonge.
Quand on voit un mal et qu'on ne le denonce pas,
c'est une lIchetB; le taire est une trahison.
Que de sang r~pandu a plaisir par des hommes
qui satisfaisalent leurs passions et proclamaient
qu'ils agrissaient pour le plus grand bica de la
majorite!i
























CHAPITRE VII
















CHAPITRE VII


Tourn~e dans le Sud (Suite).
Jean Claude. AndrB Th~lemaque. Soulouque casuisle.
Assassinal de David Troy.


On avait fait courir dans le Sud le bruit q~ue,
pendant les troubles de la capital le It5 et le
16 avril, Soulotique avait 6tB tub. Or, dbji quel-
ques jours avant ces Bvenements, Aquin et
Cavaillon etaient en armes. Comme nous l'avons
dit plus haut, Miragoane se pr~parait a combattre.
Toute communication entire Port-au-Prince et le
Sud Btait interrompue. La nouvelle de la mort
du. president semblait se confirmer. Troutes les
ambitions crurent le moment arrive de faire
valoir leurs droits. Les chefs du parti des Cayes
furent bien 6tonnis quand ils virent Jean Claude
se mettre en ligne.
Jean Claude, g la t~te d'un g~ros de partisans,










100 l ETUDES IllSTORIQIUES


envahit la ville des Cayes et se proclama comu-
mandant de l'arrondissement. A4ndrB Th616maque
qiii avait des ambitions, sinon pour lui du ~moins
pour ses patrons, voulut resister, mais ceux-cicera i-
guant pour leurs proprietes qui pouvalent Btre
pillees et incendiees par une foule effr6nee, con-
seillbrent~ & Andre Th616maque de s'effacer; ils
pens~rent gagner Jean Claude et le rallierr a eux.
Andre Th616maque s'enfuit done et se rendi~t
par mer & Jacmel, d'od~ il devait gagrner Port-au-
Prince. Cependant Soulouque, pa-rti de la capi-
tale depuis le 23 avril, marchait B petites jour-
n~es; le 29 it arrive B Miragoane. Le 2 mai it 6tait
a Aquin, le 9 mai il entra aux Cayes.
D~ji J. Claude, qui agissait comme le veritable
commandant de l'arrondissement des Cayes, en
apprenant- que Soulouuque 6tait & Aquin, I'avait
informed qile le general Aindr6 Th616maque avait
voulu pren'dre part au movement du gen~0ral
Saint-Surin Pyrrham atn6, et du colonel Louis
Jacques, et qu'il I'avait pr~venu en pregnant de
force le commandement de l'arrondissement au










SUR LA PRESIDENVCE DE FAUSTIN SOU'LOUQUE '101


nom du gouvernement 6tabli; en m~me temps il
annouga la faite d'Aindr6 Th614maque. C'6tait agir
avec due audace inoui'e. Jean Claude venait de se
r6v61er politique profond, il atterra les grands
chefs des Cayes eux-m~mes. II avait mis en avant
mensonge, calomnie, pour garder une position
qu'il avait enlev6e de force, il resta maitre de la
situation. Qu'importait g Soulouque que Jean
Claude remplagit And~r6 Th616maque; celul-ci
n'avait-il pas supplant6 DuguB-Zamore ? D'ailleurs,
Soulouqlue n'avait aucune sympathie pour Andre
ThelBmaque.
En arrivant aux Cayes, Soulouque trouva la ville
agit6e. Jean Claude inspirait la terreur, la venue
du chef de l'Etat 6tait une securit6 pour les families
de cette cit6.
Ua conseil militaire sidgeait, et B sa barre le~s
citoyens les plus distingu~s de la ville comparais-
salent. On faisait un conspirateur de chacun des
liotmes de couleur des Cayes.
Le s6nateur Edouard Hall avait 6tB jug6 la veille
de l'arrivee du president auk Cayes; ii 6tait accuse










ETUDES HISTORIQUES


d'avoir eue connaissance ~des mlachination~s qui
avaient eu lieu.
Et dans le procks-verbal de ce jugement inique
nous trouvous cette phrase : l'accusateur a exp~osg
le sty'et de ~l'accusation et n'a pr~oduit aucun
tImoin '
MalgrB l'alisence de t~moins, le s~nateur Hall
avait 6te condamne B mort. Sa femme et ses enfants
allbrent demander sa grr~ce 9' Soulouque, dis son
arrive.
Soulouque fit la declarations solennelle g Mme Hall
que son mari ne pouvait pas Atre fusilli, et que
mime, s'il 6tait accuse, c'6tait au S~nat g le juger.~
Le lendemain 10 mai, la ville des Ca yes fut r~veillbe
par la decharge que le bataillon d'execution fai-
sait sur un senateur de la R~publique, jug6 contre
toutes formes du d~roit. Soulouque se montra vex6
de cet assassinate politique, miais les principaux
chefs du par~ti Piquet lui d6montrbrent l'utilit6 de
cette mort, comme si d'un seul homme d6pendait
le salut de la RBpublique.
SVoir pidees justificatives no 13.