Idées et opinions

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Title:
Idées et opinions articles de journaux discours, conférence (1881-1893)
Physical Description:
v. : ; 23 cm.
Language:
French
Creator:
Rameau, Auguste
Publisher:
A. Durand et Pedone-Lauriel
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

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Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24917896
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UNIVERSITY
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THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.















IDEES


ET OPINIONS














POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :






Id6es et opinions. II. La Nationalit6 haitienne.
Id6es et opinions. III. Le r61le d'Haiti dans la civilisation de
1'Afrique.
Les modifications de nos codes.
Domingue-Rameau.
Les cinq dernieres ann6es politiques et administrative.










IDEES ET OPINIONS


ARTICLES DE JOURNAUX DISCOURS CONFERENCE

(1881-1893)

PAR

Aug. RAMEAU

AVOCAT

Secrktaire-Redacteur de la Chambre des Representants, etc.
(Port-au-Prince. Haiti).



I


PARIS
A. DURAND ET PEDONE-LAURIEL, EDITEURS
LIBRARIES DE LA GOUR D'APPEL ET DE L'ORDRE DES AVOUATS
A. PEDONE, SUCCESSEUR
13, RUE SOUFFLOT, 13

IS9







THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.











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AM**&
-^^t^11











AVERTISSEMENT


Un citoyen, qui desire etre connu, no peut 1'6tre que par
les opinions et les idees qu'il a 6mises, qliand il n'a pas pu
prendre une part active aux affaires do son py -. Alors, si
pen importantes que soient ces opinions et ces idWes, IllIes
ont encore une signification et une port6e, soit qu'elles
resent a P'dtat de theorie ciiez celui qui les a conQues ; on
que, plus tard, dansl'action, elles viennent a Atre dcmenties
ou affirmies par des fails. A l'un ou a 1'autre de ces points
de vue, nous voulons 6tre connu : de lh ces quelques pages
qu.- nous livrons a la publicity, sans comnmentaires d'aucun
genre, parce qu'elles n'en mdritent pas.
Ces pages contiennent tout ce que nous avons dit ou
dcrit: c'est-h-dire pen de choses.
Pourtant, il y nianque deux discours adress6s on 1880,
F'un A M. le general Salomon, et I'autre a M. Franio',is
Manir.:il, alors ministre de l'Instruction publique, a l'occa-
sion de l'inauguration d'un cercle litt6raire fond6 au LyN.-e
National de Port-au-Prince.
Ces deux discours, qui n'ont pas W6t publi6s ia l' poque oui
ils furent prononces, n'ont pu i.-I re retrouv6s.
II manque aussi a ces pages quelques paroles d'adieu
consacrees a la m6moire d'une jeune fille, oeuvre qui ne
vaut que par le souvenir de cello qui ]'a inspire et par le
mobile qui nous 'a dict6e : donner un tOmoignage de dou-
loureuse sympathies a la famille d'un de nos .'..indisiiples,
ddc6d6 a Paris.
En outre, nous faisons grAce au lecteur d'un Itre--lng
article concernant la champagne pr6sidentielle d1:- 1888, pu-
bli6 sous forme de dialo',iiu dans les colonnes du j.,urrial
v La Refor'me >. Cot article n'est qu'une i-.uvr. dI.- fan-








AVEITISSE3MENT


taisie et do pr+opagande, pour no pas dire de reclame po-
litique, ctounne il esL ai.e do le constater par la form
qui lui est donn6e et los exag,6ratinns qu'on v alaissk glissor.
Un autre article, purement huinoristique intitule los
SQ'catire Points Car()dinaux avait pour but de conibattre
par le ridicule le prejugn e de localile don't les funostes effects
se faisaient scnt ir dans la press d'alors (1888). Le nuni6ro
du journal. dans loquel a et6 insur cotI article, n'a pu cire
retrouve, malgr6 nos reciherches.
Enfin, un dernier article n'a\ ant d'iimportance el. de
signification que cells que lii donnait I'actialit6, et qui,
pour cos raisons, i'cst pas reprodnit non plus ici, est Ie
compete rendu d'une tourn6e dn chef do 1'Eat dans I'arron-
dissement deo Nippes.
LU so home tout ce que nous avons (lit, et tout cc que
nous avons kcrit sur les hoinnes el sur lI's choses de( niotre
pays : le bag'ag esl pet lo urd ,tL pen oinciomrant, comume
on le voit. Qu'iniporte ? Dans noire pays, les ltonines
sonlt g'6eraleiiienl pen coniirus, el quand ils Wo soit, ils no
sauraient janiais Irop 1'itre. Cc detail tre un devoir ilipd-
rieux inipose i tons ceuix qui onlt crit nu peins, dans n'iin-
poroe qnul genre et A nr'inirporto quelled e jquo, do designer
au public leor cetnvre petite et pien signilicative conimne la
notre, on grande et importance conirne colle do beaucounp
et de dire ih tons : a Voici ce que j'ai fait ; lisez et jugoz. n
Quant it la part active, et, pour ainsi dire, militant que
nous avons praise aux affairs de nolre pays, et ce, dans tous
les ordres do choses, elle a R6d si faible qu'on pout la consi-
ddrer comme n'ayant jamais exist.
Personnellement, on effect, nous n'avons heureusement
pas de pass; ces ligneset le pen que nous avons faith cons-
tituent notre present ; nous avous tinoe confiance illimite
dans l'avenir, et le droil. par consequent, de tout esp6rer
de lui.





















I

ARTICLES DE JOURNAUX

(1887-1888)














L'ECOLE LIBRE DE DROIT


(4 juin 1887).

Nous croyons n6cessaire que 1'Avenir National so joigne
aux autres organes do publicity pour patroiier l'meuvre si
6minemment utile et patriotique de l'Ecole do droit.
La creation (ld'une Ecole do droit hi Port-an-Prince n'est
pas nouvelle : dj1h, en 1860, sous le ministi're Dubois, il
en existait one A la capital. Install6e avec une solennit6,
un enthousiasme qui semblait lui assurer une durec aussi
longue que prosper, dile 6tait fr6quent6e par la majeure
parLie de la jeunesse d'alors. Place d'abord sous la direc-
tion de M_ J. St-Amand, puis sous cello de MA Florian
Mode, ayant pour professeurs M1" Camille Nan, R. Des-
landes et un licenci6 de la Faculte de Paris, M. Bouldoyre
St-Pierre, elle commencait deja h repondre aux esperauces
qu'on Rtail en droit d'en attendre, quand, on no sail sons
quelle influence, elle se mit h p6ricliter, pour ainsi dire,
subitemeni ; et les course ne furent bientLt suivis ique par
cinq on six jeunes gens. Plus tard, en 1867, sous la pr6si-
dence du g6n6ral Salnave, pour no poinL laisser improduc-
tive 'allocation vote au budget pour l'elablissoient, on
adjoignit les el6ves des premiers course du LycIe National,
dirig6 alors par le gnd6ral Cauvin, aux rares etudiants qui,
animus du feu sacred, suivaient encore les lcQons de notre
faculty naissante. La discord civil 6clata, qui acheva
l'ceuvre destructive commence par 1'indiffirence et 1'intri-
gue, et aneantit complement chez nous cette innovation
si utile et si digne d'etre encourage. Jusqu',i present,
malgr6 les voeux 6mis chaque annie par les grands pou-
voirs de ]'Etat, et l'ardent desir qui anime S. E. le presi-
dent Salomon de doter son pays de cote couvre indispen-
sable A la bonne administration do la justice, le gouverne-








ARTICLES DE JOURNAUX


ment, arrWt6 par les troubles civils el les embarras finan-
ciers qui en out rctsuilt, n'ktait pas encore a mime do rda-
liser ceote idie. Quelques patriots, guides par l'amour du
bien, c, 1 .ni au g'ouvernement el an pays les uns, leur in-
telligence, les autres le contours de leurs bourses. C'est
1'honneur et la gloire des gouveirnemnts kclaires (eL le
gouvernement actuel semble Favoir larg'ement compris), de
provoquer I'iniliative priv6e, puis de la feconder au profit
de Faclivit6 social. Deja I'ex-miinistre de l'instruclion
publique, M. Francois Manigat, avaitl promise son appui .
i'muvre entreprise.
Sans parlor tie Fesprit de solidarity qui lie le nouveau
titulaire du department a la promesse do son preddces-
seur, it est certain que M. liugon Lechand, former dans la
noble carriere do la mag,-istrature, oh il s'est fait une rd-
putation d'inlegri i qui l'hionore tel hi iore le pays, nie mar-
chandera pas son concours, non seiulmenti moral, mais
encore efficace et mnaleriel, an comiti[6 de 'Icolo. D'ailleurs,
du jour oh le departemenL de l'Instructiion publique avail
pris la resolution d'6tendre et de reformer I'iustruction se-
condaire, it prenail aussi tacitement celle de creer ou de
r6pandre davantage Finstruction superieure don't l'6tude
du droit est une des principles branches. L'instruction su-
p6rieure populariseo est 1e corollaire indispensable do 1ins-
truction secondaire bion (lveloppee c'est la mise en utili-
sation d'41ements primordiaux qui sont destines a se per-
dre, s'ils neo sont rocueillis el avantageusement appliquds
aux hates. tudes. Quant aux avantages, tant moraux que
matiriels, que Ie pays retirera de cette creation, ils ne sont
pas h discuLer; la press les a du resle ddmontres et le
pouvoir executif les a aussi constatis : Ie recrutement ra-
pide et s6rieux de la magistrature el des agents diplomati-
ques; la prompted expedition des affaires judiciaires ; la
consideration don't jouira l'obtention de la commission d'a-
vocat par suite de difficulties don't elle sera entourde : tels
sont les moindres de ces avantages.








L' COLE LIBRE DE DROIT


Dans l'appui effort h l'6cole ne doit point se corner la
tache a roimplir par le government ; nous no la Ini tra-
coons pas; il I'a d(jit dlterminine lui-in'nme dans les addresses,
les exposes oLles circulaires conicernant la miagistralure et
le barreau.
Quand sera achev6i cc travail preparaloire auquel doit
so livrcr le0 g'ouvernement, et avant qu'il lui soil pormis de
recruiter la magistrature dans les rat gs d'une i "cole de
droit, l'importancio de coteel (ablis-ement dloulblera ; le bar-
rean sera l1evt i: une hauteur ofi nul ne croira devoir nmon-
ter. s'il ne r6e nit les qualit(s neoessaires. oil I'avocat lui-
mime ressentira colte crainiio salutaire qu'il doil 6prouver
lorsque, revitu do son mandal, il so transport dans cette
rog'ion 61eveo o6 no doivent Are coiiinnus ni l'interit'l, ni la
peur, ni la faiblesso. Alors, la conliance dans la justice,
base de la s6cnrilt' qui doit existed dans la soci(616, sora
pleine et onliire. En mime temps, un pri'jug'', h6las trop
repandu, ne verra plus dans l liarreau un aiauteur de trou-
bles judiciaires, le dissipatloem do I'oolo du pauvre et do
la fortune du richei, mais la justice arrm6o de l'61louence
appelee it re le conciliatlur dos parties et le m6ncager des
int6rkts de tous.


(L'Avenir National du 4 juin 1887, rn 4).










LA SITUATION AU 22 SEPTEMBRE 1888


(( La situation n'a jamais Wte plus came ), dit l'opti-
miste. < Jamais situation aussi alarmante et aussi pr6caire
(( ne s'est vue dans notre pays ), rdpond le pessimiste.
C'est la scene reproduite sur un theatre autrement plus
vaste et autrement plus important du m6decin < Tant Pis
et du m6decin < Tant Mieux.n
De ces deux opinions contradictoires approuverons-nous
1'une on I'autre? Le faire, ce serait nous montrer optimiste
ou pessimiste nous-mAme et encourir le reproche que nous
croybns devoir faire aux autres ; car le just milieu, dans
cette question, come toujours est la v6rit6.
La situation, depuis la chute du g6neral Salomon, est ce
que l'incons6quence ou la malveillance l'afaite,elle sera ce
que l'incons6quence ou la malveillance voudra la faire de-
venir. Oui, la situation, quelque embarrassante qu'elle
puisse 6tre,et quels que soient ceux qui se plaisent lI'amal-
gamer, est toule naturelle sinon toute simple.
Une revolution, on du moins ce qu'on appelle une revo-
lution en Haiti, vient de s'accomplir ; il s'agit de nommer
un chef d'Etat ; les prdliminaires oblig6s ont k6t remplis:
les conseils communaux sont forms; on va proc6der a
l'Mlection des Constituants, et il n'y a que deux candidates
a la presidence: M. F.-D. L6gitime et le g6n6ral Seide Th6-
16maque. Le g6n6ral Boisrond Canal, ce don't on lui sait
gre, bien qu'on s'y attendit par advance, a d6clar6 qu'il
n'6tait pas candidate ; les autres, s'il y en a, se sont tus, et
continueront & se taire, nous l'espdrons.
Le premier des deux candidates, M. F.-D. Legitime, a Wte,
pour ainsi dire, nomm6 par acclamation par le people lui-
m6me, le 24 mai et a sa rentr6e triomphale & Port-au-
Prince.
Le second, le g6ndral S6ide Th616maque, -inaugure la r6-








LA SITUATION AU 22 SEPTEMBRE 1888.


evolution au Cap et se pose 6galement comme candidate: il
d6clare qu'il se soumettra a la volont6 du people, quelle
qu'elle soit, volonte qui doit se manifester dans le libre
choix a faire des constituents a Mlire. Les choses 6tant
ainsi, tout le monde, et les deux candidates, les premiers, ne
doivent-ils pas se faire toutes les concessions voulues ? Ne
doivent-ils pas respecter les processes formelles de sou-
mission a la volont6 national qu'ils ont faites ? Ne doivent-
ils pas carter tout ce qui peut faire croire qu'ils ne sont
pas prkts a y obeir ? Et s'ils le font, comme certain le pr6-
tendent, d'oai vient le gros nuage qu'on pretend aussi voir h
1'horizon, et s'il existe ce nuage, de quel c6bt vient-il? Ne
serait-ce pas du Nord ? Qu'on l'avoue sans parti-pris, avant
l'arrivie de cette nombreuse armee A Port-au-Prince, tout
n'y 6tait-il pas bien came ? N'y attendait-on pas avec im-
patience le gen6ral S6ide Th6l6maque, autant parce qu'on
brfilait d'envie de le voir, que parce que son arrive devait
hater le reglement d6finitif de la question pr6sidentielle?
Oui, alors ne faut-il pas conclure (quoi qu'on dise), que le
grand nombre de troupes soldees, de volontaires ou de
gardes nationaux de toutes les parties du pays accumul6s &
Port-au-Prince, a beaucoup contribu6 a surexciter les es-
prits. Apres cette premiere raison vient une autre: 1'attitude
de certain organes de la press.
Pour combattre ces assertions, que l'on ne nous parole
pas de l'effet revolutionnaire qui se fait toujours sentir ; que
l'on ne nous parole pas du danger que l'un ou l'autre des
deux candidates, pas meme le general Th6lmaque, peut
courir. Nous savons tous que ce sont des pr6textes tout a
fait sp6cieux. Avant son arrive ici, le g6n6ral S6ide The-
16maque, conservat-il des doutes sur la disposition tran-
quille des esprits, sur la bonne disposition meme de la
press port-au-princienne, qu'il doit 6tre maintenant tout a
faith rassur6 et doit prendre toutes les measures pour dimi-
nuer l'inqui6tude des uns et des autres. Ceux centre les-









ABITICLES DE JOURINAUX


quels on aurait a fair usage d'une armee sonL impmuissants.
Que dis-je? ils no sont mnme plus en haiti po'r Ia plupart;
du reste, on avait pu se d(larrasser d'eux sans celte armde
et se passer d'un supplement I tdo ronpl' pour les chasser, cc
n'est pas on cc moment qI'on ain aurait besoin. Quant a la
personnel du gQieral Seide Thieleniaqte, tout le monde le
sait et le general le premier, quo jamnais elle n'a plus 6t, en
stiret6. La presence td cette armce ne peut done e61r qu'inu-
tile, si (lle n'est pas un m veny d'intimidation : ol, dans cc
cas, cc serail nianquer a la parolojurnke de s sonimettre a
la volontt national tans la liberal ple ine et entire de son
expression. Du reste, eon dhors dto cela. il a e16 donn6 de
tres honnes raisonstpour le renvoi des troupes genei'alement
queconques: Ia salubrLite publiqi' quiii p)ut 0tre atteinte
(mnmeo par des hiomines pri'y d'(iarmins). les d6penses exor-
bitantes qu'ellcs iicessitent p)ar la ga'rnison permanent,
et le conllit b)eauneoup moins diflicile it naltre qu'on nopense,
et qui pourrait Mte suscile par la mialvillance (car il faut
toujours computer avec eile), l malenilndu on l'ignorance.
Toutes ces raisons ne suffiseil-elles pas pour commander
1'6loignement des troupes de routes localiles qui, an dire
de tous, n'ont aucune attitude provoquante. Au surplus,
quand on lutte le bon combat, pour la raison et avec Ie boni
droit de son cMlI. il n'Csl pas necessaire do s'appuyer sur la
force mat6rielle dans aucune de cos manifestations. Et,
quand nous parlos d'arm6ee, nuns 1'tentendons pas parler
des campagnards que I'nm a arraclhs ii leurs travaux et qui
soul venus ici sous forme de gardes nationaux on de vo-
lontaires ceux-l i, I'humaniid la plus elementaire conimnan-
dait de les laisser chez enx) ; mais nous entendons parler
surtout des troupes armecs el soldees, tout aussi nom-
breuses quo les gardens nationaux oe les volonltairs.
En dehors du rcnvoi des troupes do lounLs localities, il
faut encore; pendant que lun ou l'autre des deux candidates
l'eve la voix pour rassuror, qu'une voix discordante, qui









LA SITUATION AU 22 SEPTEMBRE 4888.


s'effTorce en vain do so rendre miellense. ne s'livce pas pour
menacer. II ne fant pas. pendant qui le Ig general Seide Thd-
i6maque. dans ses ordres (di jour timioigne do la vonliancO
qu'il a dans ses hiles de Polt-an-Priince. et declare que sa
conduit sera toujours pacilique et letgale, il no faut pas,
disons-nous, que des voix inaultrisAes d6clarent qu'elles
voient tout en noir t nimenacent le pays de cataclvsme on
d'un autro niallieur tout anssi epouvailable. Qui Ir inpent-
t-elles, ces voix ? osl-ceo I g u'niri'al S(iide TI lh',linaqIc (qui
les cement par sos paroles rassuraiites, on les citoyens pai-
sibles si faciles t s'alroler? En allisanl le feu des passions,
ont-elles plus do confliance. pour faire valoir lours droits,
en un imoven violent qu'en un lnouen 16gal et pacilique ?
Oui, il faut que les paroles do tous soient d'accord avoc
lours actes, tque l'on ne laIice pas, it lort et a travers, des
propos incoisequenis : que I'on no froisse >pas oiutre measure
les susceptibilit6s ; qu'en prinant son candidal, cc qui est
le droil et Ie devoir do tous, on no ravalo pas d'une f'agon
brutale et trop mensongir e Ic untritle clataint d'un autre.
II no faut pas quo, dans dos articles envenimies, o1, tdu
rested, on laisso percer oI bout de Ioreille de l'Mno, on essaye
d'effrayer qui que cc soit on dedtmentir des paroles tic paix
officiellement prononeDes.
Oui, it faut tout cola, quand M. L' gitline dontla conduit
a toujours 6t4 correct et nonproviquaiite a donn( la preuve
qu'il est eL sera Ihomme do la paix ; i l aut out cola, quand
le g6ndral Thlolmaque declare que, decide it so souneltre iA
lavoIonte national, il n'einploicra jainais quie des movyens
paciliques pour arriver i la haute position qu'il brigue.
Que nous soyons pendu, si on peut d6montrer, en tenant
une parcillo lig'ne de conduiie, la necCssite d'enltrtenir
sous les arms, dans un soul point du pays, aucune arniec
que, avant son enitre a la capiNale, on so plaisait a lever
subitement et nialiciousement au care.
(La Rdforme du 22 septembre 1888).












LE SENTIMENT DE LA DIGNITi NATIONAL

S'il est un sentiment qui eleve l'homme ia la hauteur de
son 6tre, qui le rende vraiment digne du respect, et de
I'admiration de ses semblables, c'est bien celui de la dignity
due a sa propre personnel. Riche ou pauvre, noble ou r6tu-
rier, l'homme vraiment soucieux de ]a strict observance
de ce sentiment, ffit-il hai, n'en sera pas moins admir6 et
respect. Combien ce sentiment ne devient-il pas plus no-
ble, plus louable et bien plus 61ev6, quand il est un culte,
non plus chez un homme, mais dans toute une reunion
d'hommes, chez une nation ?
Ce serait vouloir faire un livre que de parler de tout ce
qui touche a la dignity nationaleen Haiti. Nous nous borne-
rons a constater que si ce sentiment a Wtl le mobile de bien
des actions louables et honnAtes, tant chez les gouvernants
que chez les particuliers, le m6pris de ce m6me sentiment
a Wte, d'autre part, la cause de bien des maladresses; il a
engendr6, chez les uns et les autres, bien des turpitudes et
bien des bassesses. Entre tous les peuples, meme ceux qui
ont un territoire aussi peu 6tendu que celui d'Haiti, les plus
respects, les plus admires et les mieux prot6g6s sont ceux
chez qui le sentiment de la dignity national est le plus
developpd. S'il en est ainsi, qu'est-ce qu'une nation dans le
sein de laquelle ce sentiment est avili, stipendi6, non mani-
fest6 ou m6me mal dirigO? Nous le disons cat6gorique-
ment: cette nation n'est rien. Et dire que dans tous les
6v6nements qui se sont deroules dans notre pays, dans tous
les faits a analyser, dans tous les actes a enregistrer, on
peut remarquer que ce sentiment a 0t6 sinon discr6ditW, du
moins 6touff6. Quel cas a-t-on fait de ce sentiment sous le
rbgne prdc6dent ? Les journaux sont la; les contracts exis-








LE SENTIMENT DE LA DIGNITY NATIONAL.


tent encore, les veinards sont toujours vivants, les docu-
ments diplomatiques n'ont pas entierement disparu; ils
r6pondont tons d'une faqon assez 6loquente, pour qu'il ne
soit pas besoin de faire voir combien ce sentiment a 6t6
indignement froiss6. II est une facon brutal, mat6rielle ;
par laquelle le mepris de ce sentiment s'est fait sentir sous
le dernier regne particulierement: c'est par la naturalisa-
lion acquise en pays stranger.
Quel que soit le mobile qui dicte cette determination
extreme chez un national, il no saurait ktre admissible, car
nul ne saurait avoir raison contre la patrie. La haine ou le
d6gofit inspires par un homme on un parti no saurait auto-
riser une semblable extr6mit6. Les hommes disparaissent,
les parties s'effacent, mais la patrie est toujours debout et
vivante, toujours aussi m6ritante de l'affection et de 1'atta-
chement de tous ses enfants. Mais cette maniere n'est pas la
seule de violer ce sentiment, on peut le violer et on 1'a
viold de mille manieres diff6rentes : on pent le faire encore
et on 1'a fait, en discr6ditant son pays, en le discr6ditant
surtout avec des exotiques, en 1'exploitant avec eux, en
s'abstenant de prendre part aux affaires qui int6ressont son
autonomie, en accordant injustement et inutilement aux
strangers plus qu'on n'en a jamais accord aux nationaux.
Touthaitien soucioux du d6veloppement de ce sentiment
sublime, le plus louable, le plus digne d'dloge chez une
nation, doit prendre ia tache de l'encourager, de le louer,
de l'appricier partout ou il se manifestera; il doit vouloir
ce sentiment plus en honneur dans les actes des gouver-
nants et dans les cceurs des citoyens, parce que sans ce
sentiment, une des causes principles de la vitality d'un
people, la nationalitL, n'existe pas : elle est nulle, avilie,
d6shonor6e et flktrie. Certes, tout haitien doit se montrer
courtois, hospitalier, gendreux et franc envers l'Ptranger,
et je crois qu'on 1'a toujours fait; mais colte condnite ne
doit pas ddpasser cerlaine limited ; et cotte limits,? les gon-







18 ARTICLES DE JOURNAUX.

vernants plus que personnel sont appel6s a la garder, parce
que la ddpasser, c'est engager l'honneur et les interAts
non plus d'un homme, d'une famille ou d'un parti, mais
l'honneur et les int6rets de Loute une nation.

(La Democratie du 26 septembre 1888, no 3).




















II


DISCOURS D'OUVERTURE

PRONONCM A LA DISTRIBUTION SOLENNELLE DES PRIX
FAITE AUX BLEVES DE L'tCOLE POLYMATHIQUE
LE 19 JUILLET 1891
















Chers 61'eves.


Dans routes les solennites semblables a celle qui nous
riunit aujourd'hui, les voix le mieux autoriseos poevent se
voir obliges d'avouer a des collegiens que si le < discours
qui accompague Ioujours la distribution des prix en est de-
venu le prelude obliged, il est bien loin d'en 6tro le princi-
pal attrait. > Mais, jamais meilloure occasion ne s'est pre-
senlihe pour faire col aveu aveec plus d'a-propos ; jamais. on
n'a ressenti, comme je le ressens a present, la necessity de
se recommander I l'indulgence et a l'attcntion de jeunes
ecoliers.
Ce n'est pas qu';i defaut d'autres titres jo no puisse comp-
ter amplemrenl sur notre vicille amnili, pour mWriter toute
celte atllention et Ioute clce indulgence. Mais l'Ecole Poly-
mathique n'a pas f'lt, depuis quelques ann6es, la clo6tre
de I'annce scolaire : vos fronts sont depuis si longlemps
priv6s, pour des causes diverse, de 'lionneur de so voir
converts do lauriors ; vos Iravaux sont rests si longlemps
sans recompenses quo l'impatience qui doit vons animer
en co moment ne ful jamais plus h'gilime : vous devez avoir
hate d'entrer dans cotte arene pacilique, de rocevoir les di-
gnes recompenses dues a vos victoires et d'entendre ap-
plaudir a vos succis. Aussi, comptez beaucoup sur mon
obligeance pour abr6ger ce court moment d'dpreuve ; et
moi, je compete beaucoup sur votre patience pour m'kcou-
er jusqu'au bout.
Du reste, je vais vous parler de choses qui, si elles n'ont
pas le pouvoir d'attirer votre curiositL et de mdriler votre
approbation, auront du moins celui d'exciter tant soit peu
votre amour-propre : je vais, en offet, vous parler de vons-
memes. A cos mots, vous craignez pent-ktre une dernibre









COLE POLYMATHIQUE


leQon, niais tranquillisez-vous : pour cc grand jour, je ne
vais pas m'&riger en jeune et trop s6vire Mentor, et mettre
h nu vos 1l6gers d6fauts ; je me contenterai de vous entre-
tenir de quelques qualit6s et de petites vertus..... que vous
ne possedez pas, ou du moins, come le disait une voix
savante et spirituelle, s'adressant a des ecoliers, que vous
possedez tous, a des degres diff6rents, mais queje voudrais
voir plus en honneur parmi vous.
Avant de le faire, et quoiqueje ne veuille attrister en
rien cette fete de la joie at du plaisir par excellence, je suis
entrain6, presque malgre moi, a manifester ici un profound
regret.
En promenant mes regards sur cette brillante et inthres-
sante assemblee, il m'est venu a l'idee un p6nible souve-
nir : parmi les chefs et les soldats do nos rangs, il manque
a l'appel un grand et courageux lutteur; il a Wtl, en effect,
ravi A notre affection celui qui, digne 6mule et collabora-
teour devoue de Louis S6guy-Villevaloix, a su si bien con-
tinuer I'ceuvre inauguree par ce dernier : j'ai nomme Adol-
phe Coupaud.
Etranger, on du moins Franqais comme Seguy-Villeva-
leix, Adolphe Coupaud a su maintenir haut I'holnneur du
drapeau de l'Ecole Polymathique qui lui avait Wtl confide,
et qui, depuis trente ans, flotte avec quel succes, vous le
savez, dans les rangs de l'armde scolaire.
Citoyens du monde, Seguy-Villevaloix et Adolphe Cou-
paud ont su prouver tous les deux, paraphrasant ainsi et
mcttant en pratique un adage fameux qu'ils ont ennobli,
ils ont su prouver que leur patrie se trouvait partout o0 il
y avait une bonne oeuvre a faire, un mal a r6parer. Et ils
sont entries bravement dans F'arene ; I'un a fond6 1'Ecole
Polymatlhique et l'autre a continue l''uvre qui a rendu de
si grands services aux families die tous les points du pays,
et qui conservera la place qu'elle a occup6e et qu'elle occupe
jusqu'en ce moment dans l'instruction publique.









DISCOURSE


Heureux sont les pays qui savent apprecier de tels hom-
mes heureuses sont les administrations sous lesquellos les
belles eL les bonnes choses, de quelque part qu'elles vien-
nent, sont l'objet de la sollicitude des Pouvoirs. Aussi,
Messieurs les membres du Conseil de l'inspection scolaire,
Messieurs les d6put6s et Messieurs les s6nateurs ici pre-
sents. et vous tous qui ktes appeles hi aider a la propagation
de instruction publique, et qui avez repondu ih notre ap-
pel, avec quel plaisir et quel honneur conslatons-nous,
qu'imitant du rest en cela 1'exemple des grands Pouvoirs
de l'Etat, vous accordez a l'instruction publique et ahl'Ecole
Polvmathique votre protection morale et materielle. Votre
presence dans cette assemble, Messieurs, dit asseoz, en
effet, de quel prix est pour vots l'existence d'un tel eta-
blissement, et que vous comptez lui continue le mrmo
concours que le gouvernement lui a toujours prWte et qu'il
a si justement merit-. Au nom de l'instruction publique,
au nom de l'Ecole Polymathique, nous vous remercions
d'etre venus partager avec nous les joies de cette fete de
famille.
Mais je m'aperqois, jeunes 6lbves, qu'emport6 par un
triste souvenir et un pen aussi par l'dlan de la reconnais-
sance, je retarde encore I'houre do votre d6livrance. Aussi
je me hAte d'aborder le theme de ce discours.
Parmi cotte nombreuse et brillante assistance, don't tous
les membres se pr6sentent ici, attir6s assur6ment par Fin-
terkt qu'ils portent i la jeunesse studieuse el par le goit
que leur inspirent les belles choses, tons, cortes, ne lui
portent pas cet int[ret au meme titre, tous no ressentent
pas cc goiut des belles choses an meme degr6 et de la meme
facon. En elfel, dans cette assistance, les uns vionnent sur-
tout pour applaudir aux success d'6tres qui leur sont chers ;
d'autres, pour se divertir on 6coutant la (( petite scene )) qui
va 6tre repr6sentee ; d'autres sont seulement amen6s ici
par une curiosity h coup sir bion 16gitime, ou munie dans









tICOLE POLYMATUIQUE


Io simple but do trouver line distraction. Enfin, il en est
encore (et c'est malheureusement le plus petit nonibre) qui,
outre les motifs que nous venons d'enumerer, se pr6sen-
tent ici, et dans toutes les fites de cc genre, pour consta-
ter le r6sullat que produit, au point de vue (Iu developpe-
ment de l'instruction publique l de 'I'education on general,
'existence de nos elablissements scolaires et le r61e qu'ils
jouent dans le perfectionneiient de nos dilfferentes apti-
tudes ; il en est qui viennent, en un mot, conslater ( l'ac-
tif et le << contingent qu'apportent ins 6coles au pro-
grbs g6n6ral du pays. Eli hien, ce sont ceux-lai que je vais
suivre, c'est avec coeux-la que je veux fair les reflexions
serieuses qu'enilraine celte solennitl el en tirer les ddduc-
tions qu'elle impose. C'est avec ceux-li que je vais me de-
mander : Depuis quatre-vingt-sept ans que notre pays
e existe a P'etat libre et independant, quel degree de d6ve-
loppement y a acquis I'instruction pul)lique ? Si ce d6ve-
, loppement s'est produit, (1lu1 lle influence il a exerce sur
Pe education populaire ? Quelle amelioration il a apport6
, au sort moral et social de I'llHalien ? ) Et si nous par-
venons a d6montrer, comme nous nous le proposons, que
Ie d6veloppement de l'educalion, dc la morality, de l'esprit
d'entente social ni se trouvelnt pas en harmnonie et en pro-
portion directed avec le degri d'instruclion qu'a atleint le
people haitien, nous nous demanderons alors : a Quels en
sont les motils?
Voila, jeunes leaves, Mcsdames, Messieurs, ce que nous
gallons examiner en raccourci, en nous tenant dans les li-
mites que prescrit notre role, h la fois simple et grandiose,
d'instructeur et d'6ducateur de la jeunesse. Les deductions
et les consequences h tirer de cet examen, approfondies et
gdn6ralisdes, nous entraieiraieiil loin; nous nous tien-
drons done dans les grades ligues,laissant a d'autres, don't
c'est le devoir, le soin de parcourir la vast carrier que
laissera libre cet examen,en s'inspiranit des leooiis du passe
et des avantages que peut encore offrir I'avenir.









DISCOURSE


L'instruction publique, depuis cinquanLc ans, a-t-elle fait
des progres en Haiti? Dans un pays ot presque tout est
sujet h caution, oi presque tout pout 6tre l'objet de la plus
vaste controversy, il est des questions auxquelles il est
tr6s difficile de r6pondre d'une Ifaon absolute el soire. Mais
a cell que nous venous de poser, il peut (''tre rpoindu en
general, sfiromienL e absolument : ,, Oui, I'instrucLion pu-
blique a fail dc grands progri's en Haiti.
Jo sais bien que des esprits cliagrins et peu eclairs
penvent essayer d dedmontrcr le contraire; mais de tous
ceux qui habii tent ou connaisseniil notre pays, la geileralit6
rpondra conmei nous venons de le fair', et colimme ienta-
lement, toms ici presents, vous avez di (dejit l'av ,ir fail
avant nous. Ce resnllat acquis est de ceux qu'il est plus fa-
(ile de constater que de d6montror et d'expliquer en quel-
ques mots: mais il est mat('riel et indteniable, et oni I con-
testerait diflicilementI d'line faQon raisonnable et fructueuse.
A part notre conviction intime dans la question, que l'ou
interroge tons ccux h qui leur age ou leur culture intellec-
luello permel de so transporter par la pens6e it une qua-
ranlaine d'ainn es on arritre, et it qui il est dolini d'assis-
ler at des fU.les semblables ai celles-ci; ils seron unanimes
a proclamer avec nous que l'instruction publique on Haiti,
on tenant compile des frequents arr'ts qu'ont mis ht sa mar-
che des ev6nmentis funestes, a acquis un grand d6velop-
pement dans la forme comme dans Ic fond.
Qu'on parcoure cortaines parties de nos plaines, les fau-
bourgs de nos villes, il sera permits de constater le travail
intellectual, p6nible et lent, pen mtinhodique pout-6tre,
mais 6videint, qui s'v faith ct qui a produit do si heureux
fruits. Si nous laissons nos plains oL nos faubourgs, et que
nous visitions nos principaux 6tablissements d'enseig-no-
meut secondaire el superieur, si nous suivons 1os compa-
triotes dans les Universitls t'rangeres. c'est alors que nous
resseiitirons plus vivement les el'ets du pr)ogres et du dd-
veloppeoment intellectual do la jounesse haitionne.








A1COLE POLYMATHIQUE


Tant 'a l'6tranger qu'en notre pays, dans les sciences et
dans les lettres, dans l'art medical, dans '6tlude du droit,
dans celle des sciences morales et politiques, Haiti compete
une legion assez considerable dejeunes athletes qui, apres
avoir remport6 les palmes de la victoire, peuvent mettre
leurs connaissances variees au service de la patrie.
D'aucuns disent pourtant que, dans ce qu'ori peut appe-
ler :, notre siecle o, il n'est guere rencontr6 d'esprits supe-
rieurs a ceux qui, naguere, faisaient l'admiration de leurs
contemporains. Avec tout le respect que nous professions
pour nos devanciers et tou te admiration que nous leur
temoignons, noun. dirons a ceux-li que cette renmarque est
Peffet de ce que je me permottrai d'appeler une illusion
d'optique retrospective et menlale. L'eclat don't brillaient
jadis les esprits en question 6tait d'autant plus grand
que les t6nebres, autour d'enx r6pandues, 6taient 6paisses.
Mais, aujourd'hui que le nombre des esprits a consid6ra-
blement augment, et que ces tneibres se sont, par cons6-
quent, de beaucoup dissipes (el elles coutinueront toujours
A se dissiper davantage), on comprend aismnent que l'6clat
de taut d'esprits paraisse moins vif et saute moins aux
yeux. En effet, l'instruction, autrefois cenLraliseo, pour
ainsi dire, est g6n6ralis6e aujourd'hui : elle est veritable-
meit publique, et si les intelligence n'ont pas accru en
superioritL, elles ont du moins augmented en nombre, sans
devenir pour cola inf6rieures. Pour ~lablir el demontrer ce
que nous avancons, il n'est pas necessaire de faire des
comparisons entire l'6poque actuelle et celles antlriOures.
Nous ne citerons pas non plus des noms, nous craindrions
de fair des jaloux, et surtout do blesser la modestie de
beaucoup d'individus ici presents.
Vous savez, jeunes lives, quelle large part l'Ecole
Polymathique a prise a ce d6veloppement de l'instruction
publique; vous savez combien nombroux el brillants sont
les sujets qu'elle a produils depuis trente ans, sujets qui









DISCOURSE


complent parmi l'elile de notre jeune sociWtl et qui en sont
les plus beaux ornements.
Mais, c'est ici le moment et I'occasion de so demander,
(et en le faisant, nous abordons la second parties de notre
these), si, avec le developpement de l'instruction classique
proprement dite, I'education et la morality, ins6parables
d'avec l'instruction,se sont accrues en memo temps qu'elle;
si, en Haiti, les sentiments do 1'homme instruit se sont
developpes avec ses facult6s intellectuelles ; si le cceur a su
meltre en pratique les pr6ceptes que l'esprit lui a appris on
dictis ; si 1'enfant ou le coll6gien haitien, devenu plus tard
homme et citoyen, est sous les rapports mnoraux et sociaux,
ce qu'il devrait 6tre, grace a 1'instruction qu'il a rescue. A
cette nouvelle question (c'est du moins mon humble avis),
il peut etre r6pondu d'une faqon aussi absolute et aussi shre
que tout a l'heure : (( Non, le rdsultal obtenu dans l'educa-
< tion morale et social de l'Hailien ne correspond pas avec
l'instruction qu'il a rescue, avec les sentiments et les iddes
(< qu'il a puis6s a la source vive de 1'instruction : les qua-
< lit6s du coeur se sont perfectionnies, moins vile que
< cells de 1'esprit ).
Le fail, pour n'Mire pas special A notre pays, n'y revet
pas moins un caractbre dangereux, et ne se present pas
moins sous un aspect nouveau et particulier qu'il convient
de combattre au plus t6t. Oui, on Haiti, plus que partout
ailleurs, les mceurs sociales se pr6sentent entachees de cer-
tains d6fauts qui ne sont rien moins que propres h entrai-
ner la ruine d'un jeune people ; et ces defauts auraient du
etre deja beaucoup plus att6nuds, sinon completement and-
antis par l'instruction et l'6ducation.
Certes, si partoul, l'instruction, l'Mducation et la morality
marchaient toujours de pair, les hommes seraient de v6ri-
tables perfections ; il n'est pas necessaire de vous dire que,
dans tous les pays, ils sont bien loin de 1l'tre. L'humanit6
tend a gravir, tape par tape, la route longue et p6nible









COLE POLYMATH1QUE


qui la spare de cette perfection ; mais vouloir s'y retarder
trop longlemps, c'est s'exposer it ne pas en sortir; c'est le
nialheur qui nous menace. Pour I', ',cr, dans la famille, it
l'6cole, dans la vie privee, dans nos rapports politiques etso-
ciaux, prlchons, prichons franchemeni et couragousement,
par l'exemple el par les faits, l instruction basee sur I'edu-
cation eL la morality, de pcur que celte instlructlion nie serve
a rendre plus dang ereux et plus subtils nos d6fauts, nos
vices et nos passions.
C'est ici que nos devanciers ont le (roil de nousjelri la
pierre el do proclaner leur superiori[6 sur nous. Nous ne
cherelierous pas a savoir. pour aujourd'hui, qui a torL on
qui a raison ; si min(n nous soilirtons de mnaux llr;ditaires
qui nous fralpprent Dbs le lereecau. Le nial accompli (dans
le pass., s'il explique celui qui est fail dans le present no le
justliie ni e 1'excuse. Du resle, si nous avons hi6ril des
d6fauts el des passions de nos aleux, nous d(vrions aussi
avoir conserve leurs qualitds et leurs vertus; h ilas nous ne
l'avons minei pas faith!
Cortes, notir juene nation, rapidement el pour ainsi dire
accidentlolleient constiluec, no s'cst pas fornime avcc cc
soin, colle precision qui a pre'sid6 i la constitution d'aulres
peoples; nous Ilourions, par conslquenlt. nio pas avoir
totes les quality s in 'res, slides et raisonneli s des antres
nations civilisees, nais nous avons les Iiovens inlt lectnels,
moraux el matlriels d'ol)vior an ral : nous aurions pu, au
nioins, conserve los verlus primitives, les verlus de race,
que poss6daient cenx qui filOnt nos pbitrs. (4)r, osn(s avons
mAmre pilus lours iolles ideos, lours se tinlenins i'lev6s. qui,
auiourd'huni idveloppes el foi'ilies, pourraient I'ro appli-
ques I tilll blut plus on rapport avec notro e)poque te note
nouvelle situation ; ces verius, ces idees cl ces seOililients
seraieni, en cc moment, note guido el notre force dans la
vie social.
Mais oh sont toulos ces quali6s ? Si nous avons do
belles et grades intelligence, nous n'avons plus de grands








DISCOURS


coeurs ; les principles et les nobles sentiments qui font la
force eo l'unite d'nne society n'existent pas parmi nous.
Avec tant d'intelligences remarquables qui feraient 1'admii-
ration des peoples les mieux polices, nous avons assist h
la ruine des consciences, 'i I'abaissement des cours, a la
decadence des ames et des sentiments. Nous n'avons plus
cette foi dans l'avenir de notre race qui nous animait aux
jours de malheur, et toutes les id6es que soulevent ces
mots de race oe de patrie se r6sument en un cercle de
basses speculations ot d'idoes malsaines don't nous n'osons
meme pas faire resonner les 6chos de notre cher etablisse-
ment. Mous n'avons mime plus cette contiance en nous-
memes, qui faisait de chacun de nos aieux un hdros, un
geant, nous n'avons plus l'enthousiasme du beau et du
grand qui a dict6 routes les actions d'eclat qui out embelli
notre 6pop6e national, et rehauss6 le caractlire des grands
types de notre histoire.
Nous neressentons plus cette soif insatiable d'un ideal,
qui, i d6faut d'autres qualitLs inhirenles i I'homme plus
avance en civilisation, nous faisait autrefois apprecier et
honorer, par dessus toulns choses : I'honneur, I'amoiir d
sol natal, I'esprit de sacrifice etr o desinteressement. Nous
n'avons plus de Charlotin Alarcadien, nous n'avons plus de
Coutillon Coitard, pour ne citer que ceux-lh; nous n'avons
plus, dans la vie publique, d'honime de qui l'on puisse
dire : IlEs 6crivent les injures sur 10 sable et les bienfaits
sur le marbre Nous n'avons pas do ces grands citoyens,
de ces ames nobles et simples, don't 1'esprit de sacrifice est
la boussole, et qui, apres avoir blanchi an service de leur
pays, dans la vie publique, s'honoraient d'aller, presque
pauvres et sans ambition, mais estim6s et lionords, Ira-
vailler paisiblement, dans la vie priv6e, au relevement
moral du people : ils enseignaient au moins par des faits
cc qu'ils avaient d(ji prechi par des paroles. Nous ne pos-
sedons plus de ces cceurs qui savaient abandonner tout :








COLE POLYMATHIQUE


patrie, affection et aisance, pour aller contribuer a faire
briller le flambeau de la libcrt6 chez les autres peuples.
Nous ne sommes plus animbs de cette g6n6rosit6 qui nous
poussait, aveugles, mais beaux et intr6pides, a offrir nos
poitrines sur les champs de bataille de l'Amerique pour
l'ind6pendance des autres peuples, sans songer qu'une des
nations que nous avions aides a acqu6rir la liberty politi-
quc mettrait brutalement en discussion, un jour, la ques-
tion de savoir si notre race 6tait elle-meme digne d'6tre
libre a son tour. Apres un pass si beau a certain points
de vue, si plein de devouement, qu'eft dit I'Ame du Martyr
du Fort-de-Joux, celui qui revait, dit-on, de redevenir roi
dans la t6nebreuse patrie de ses ancetres, qu'eussent dit nos
compatriotes,lesglorieux compagnons d'arnesdeWashing-
ton et de Simon Bolivar, en nous voyant assister calmes,
froids et indiff6rents a la lutte sublime que livre 1'Europe
cnti're, vers les rives Libyennes, en faveur de la race noire.
D6jh, il est vrai, les voix de nos compatriotes se sont fait
entendre en Haiti et en Europe pour patronner cetLe g6ne-
reuse idle : un de nos jeunes concitoyens a fond6 a l'6tran-
ger une oeuvre 6minemment utile a la cause de nos frbres
d'Afrique. Hier encore, au moment oh nous 6tions r6unis
pour nous acquitter d'un devoir de reconnaissance, un
Polymathicien, I'honorable president de l'Association de
nos Anciens Eleves, dans des terms que je n'essaierai
meme pas de retracer, de peur d'en refroidir la chaude et
p6n6trante eloquence, n'invoquait-il pas ce meme souvenir
de 1'Afrique, notre berceau, souvenir que lui avait inspire
la noble figure de Louis S6guy Villevaleix. En effet, on peut
considdrer les beaux sentiments qui doivent nous animer
et nous porter a embrasser et a d6fendre la cause africaine,
comme ktant de ceux qui sont le plus propres a faire naitre
chez nous le patriotism et le sentiment de la dignity natio-
nale. Unissons done tous nos voix aux leurs, mais disons-
uous tous aussi que le moment est venu de mettre en pra-








DISCOtUR


tique ces beaux pr6ceptes et de saisir au collet (c'est le mot),
toutes les occasions qui peuvent se presenter de nous
acquitter de nos devoirs les plus sacr6s envers le pays :
c'est une des conditions do la r6generation de nos sentiments
et de la prosp6rit6 d'Haiti : Une nation ne vit pas sans un
but, sans un id6al meme, qui, avec le travail et l'industrie,
la soutienne et la relive h ses propres yeux et aux yeux du
monde enter. Or, c'est cet id6al, c'est ce but que nous
n'avons plus et qu'il faut ravoir a tout prix, si nous voulons
vivre comme people, comme sociWt6. II nous faut, pour
cela, non seulement cr6er et assurer les moyens mat6riels
d'existence, mais il faut encore, et quoi qu'on dise, revenir
sur le pass et 1'expliquer; il faut une bannibre autour de
laquelle tous puissent venir se ranger sans rancune ; il
faut un cri de ralliement que tous puissent pousser libre-
ment, avec enthousiasme et sans arriere-pensee. OM trouver
tout cela, si ce n'est dans les souvenirs que nous venons
d'6voquer? Comment faire aimer et respecter ces souve-
nirs, si ce n'est par une education intellectuelle et morale
sainement comprise et bien dirig6e? O trouver le point de
depart, la base de cette education, oii puiser la force et
la foi d'agir, si ce n'est dans notre histoire national et dans
toutes les iddes qui s'y rattachent; dans l'oubli raisonn6 do
nos fautes aussi bien que dans l'exaltation do nos vertus.
Mais le souvenir des belles actions a Wte dejh alter6 ou avili,
les fautes ont 616 exag6r6es, grossies et denaturees comme
a dessein, de telle sorte que les h6ros de notre histoire sont
h peine morts que leur mnmoire est ddejh bien loin de nous.
Non seulement, ils ne trouvent plus gu'ere d'admirateurs,
mais ils ont meme des d6tracteurs.
Certes, ce n'est pas h vous, jeunes 61eves, que peuvent
s'adresser les reproches et les remontrances sur ce point ;
ce n'est pas vous qui avez votre responsabilit6 engage
dans le tort grave qui nous est fait, et vous pouvez dire
comme la brebis. ( Nous n'6tions pas n6s ,. Aussi, nous








COLE POLYMATHIQUE


ne faisons que vous indiquer le mal, pour que vous l'6vitiez
et le r6pariez, vous, de qui, en ce moment, on peut dire sans
euph6misme : a Vous Rtes l'unique espoir de la jeune
Haiti ,. Son avenir, qui est domain, sera ce que vous serez
vous-memes, de sorte que chacuin de vous, come un
grand home qui teonait dans les pans de sa toge la paix ou
la guerre, tient en ses mains le sort de la patrie: vous pouvez
en faire sortir la ruine ou le relIvement de notre jeune
Rdpublique. Faites-la done meilleure qu'elle n'est, c'est
votre tache, c'est votre devoir le plus imperieux ; vous
n'avez qu'a 6couter pour cela les cris de votre conscience
trop june et trop droite pour vouloir le mal.

Je revienis done a vous, jeunes cl6ves ; aussi bien je vous
avais promise de vous parler de vous-memes. C'est bien a
votre age qu'on doit semer dans vos cceurs les germes de
toutesles vertus et de touts lesqualit6s qui font de l'homme
un bon citoven. C'est quand l'arbre est encore jeune et vert
qu'on doit lui inmprimer la direction et la forme qu'on veut;
et s'il est malaise do faire qu'un fleuve puisse remonter son
course, on peut du moins le diriger facilement, en autant
de circuits que l'on veut, et on suivant Ic courait, a travers
les planes et les valleys les plus st6riles qiu'il fertilisera.
Excusezla hardiessede cette comparison: vous 6tes jeunes.
Elives, l'image de cc fleuve, les planes et vallhes stLriles
qu'il a h parcourir sont les vices, les passions et les prejug6s
propres a notre pays, que vos qualit6s etvos verlus doivent
contribuer a ddtruire. Mais que les ondes de ce fleuve con-
tinuent toujours a errer sans direction, sans digue, sans
frein, il deviendra plus dangereux qu'un torrent impetueux
que rien ne saura plus arreter dans son course et qui empor-
tera tout avec lui. Aussi, vousdisons-nous particulibrement,
mes jeunes amis, qu'il faut que votre instruction et votre
education progressent ensemble : l'instruction sans I'Mduca-
tion produit 1'effet d'un. salon richement orn6, mais plong6
dans l'obscurit6.








DISCOURSE


Nous voudrions done vous voir ornes de toutes les qua-
lit6s et des petites vertus qui rendent 1'enfant aimable, le
jeune homme digne d'admiration, I'homme sociable, le ci-
toyenrespectueux envers les lois de son pays et honnete dans
ses rapports avec ses semblables. C'est ainsi que, pour n'en-
visager la question qu'h ces points de vue, et en laissant de
c6t6 tous les reproches que nous venons d'6numerer et que
vous ne m6ritez pas encore, c'est ainsi que nous voudrions
vous voir <( plus amants de la discipline, plus ardents dans
le respect que vous devez dprouver et inspire pour vous-
m6mes, tout en dtant moins passionn6s dans l'amour
excessif que vous pouvez ressentir pour vos petites per-
sonnes. ,
Plus amant de la discipline! Je ne sais si c'est par un
souvenir de lajuste horreur qu'6prouvaient nos aieux pour
toute ide de soumission servile ; je ne sais, pour me servir
d'un mot technique don't r'emploi peut vous effrayer, je ne
sais si c'est par un exces d'atavisme ; mais, souvent, dans
nos 6coles, la soumission et le respect dus a nos lois et a. nos
rbglements sont m6pris6s par les 61eves et meme par les
parents ; ils semblent admettre difficilement que, pour mar-
cher d'une manibre r6gulibre, 1'enfant soit oblige de tout
faire presque math6matiquement, et ils se r6voltent alors
contre les obligations qu'impose la discipline g6n6rale de
l'6tablissement. C'est pourtant cette discipline, cette regu-
larit6 dans les moindres actes qui font la force de nos 6co-
les, ce sont elles qui nous permettent d'accomplir tous les
progrbs que vous constatez, progr's qui seraient encore
plus efficaces, si vous, parents, vous nous aidiez mieux a
maintenir dans le cercle ofi ils doivent se trouver ces jeunes
esprits, en qui peut souffler, parfois et d6ja, le vent de la
liberty mal comprise. C'estla discipline respected ici, jeunes
6lbves, qui vous apprendra plus tard a vous courber devant
les lois de votre pays et A obeir a une just autorit,. On
1'a deja dit, qui ne sut jarnais obeir ne saura jamais corn-
3






34. COLE POLYMATHIQUE
mander. Habituez-vous done dbs maintenant cette ob6is-
sance. Et unjour, devenus a votre tour, instituteur, soldat,,
administrateur ou homme d'Etat, vous saurez vous-m6me
faire respecter les lois, vous saurez commander sans bruta-
lit6 et sans excbs.
Mais ici comme ailleurs, le respect et la soumission dus
a la discipline et aux lois n'exigent pas l'abandon complete
du respect du a votre propre personnel, de ce qu'on appelle
la dignity personnelle ; ils n'excluent pas non plus l'amour
de la liberty, si beau quand il est bien compris et si indis-
pensable au bien-6tre de l'homme vivant en society.
Le sentiment bien raisonn6 de la dignity personnelle et
celui de la liberty, inspires au jeune homme dans ses liai-
sons et dans ses rapports avec ses semblables, contribuera
plus tard arendre l'homme et le citoyen incapables de toute
basse soumission envers qui que ce soit, incapables de
rien accomplir qui puisse le faire d6choir a ses propres
yeux et aux yeux de ses semblables, et il saura demain
respecter et faire respecter sa famille, sa patrie et sa race,
comme on lui a appris a se respecter et h se faire respecter
soi-meme.
Mais le sentiment outr6 de la dignity personnelle ne doit
pas vous entrainer dans l'exces contraire : I'orgueil malsain
et l'amour propre exag6r6, ce qu'un grand orateur a appelI
( 1'amour d6mesur6 de soi-mgme) Vous n'avez pas le
droit, par pur orgueil, de vous r6volter centre les chati-
ments qui vous sont inflig6s ici, et il ne vous est permis de
d6tester en eux que les d6fauts et les fautes qui vous les
out m6rit6s.
Demain, dans la vie publique, ce d6faut, s'il subsiste
encore chez vous, sera devenu un vice et une passion; il
vous entrainera dans les licences les plus funestes a votre
pays; il vous animera d'une ambition malsaine. Vous tra-
vaillerez a hater la ruine de votre patrie. Rendus insens6s
par 1'estime mal place et exagdr6e que vous concevrez








DISCOURS


pour votre personnel, vous serez hantLs alors de ]a sotte et
perilleuse vanity de ne vouloir etre, quand meme et sans
aucun droit, que les premiers dans Rome.
Certes, il pourrait etre long le catechisme qu'on devrait
dresser pour votre usage dans les colleges, et qui vous ser-
virait encore plus tard dans la vie priv6e et publique, mais
je m'6tais promise de ne pas kterniser ce que, malgr6 toute
votre bonne volont6, vous considererez toujours come
une derniere leQon; et malgr6 ma promesse, j'ai d6ja trop
abus6 de votre patience. C'est notre devoir de vous aider
a d6velopper toutes les qualities que vous poss6dez a 1'6tat
naissant; nous le ferons toujours de toute notre force.
Mais c'est a vous, parents, d'en jeter les semences dans les
ceurs de vos enfants; a vous surtout, Mesdames, vous
qui 6les les 6ducatrices noes des ames, vous qui savez si
bien parler aux enfants le language qui leur convient, c'est
a vous qu'il apparlient de nous rendre la tache facile.
Quand vous nous aurez confi6 ce que l'on appelle des
( enfants bien 6levds ), nous vous rendrons des coll6giens
parfaits; et la patrie aura alors d'honnetes citoyens, des
hommes de ccur. Ce sera a d'autres d'appliquer ces intel-
ligences et ces cceurs l'oeuvre de la rg6n6eration de !a
patrie haitienne; et quand tous, instructeurs et 6ducateurs,
parents et gouvernants front ainsi leur devoir, Haiti
grande et prospere, aimee et respect6e de tous, prendra la
place qui lui est r6servde au banquet des peuples civilisees:
celle que doit occuper une nation qui doit s'honorer d'Atre
la sentinelle avanc6e de toute une race.





















III

DISCOURS PRONONCE SUR LA TOMBE
DE JACQUES BOCO

(Septembre 1891)


















Messieurs,


1 en est des choses les plus graves, les plus solennelles
commne do tout en cc monde : l'abus qu'on en fait contri-
buc parfois a leur retire toute lasolennit6 et toute la gra-
vite qu'ellespossedent, pour leur donner l'air d'une simple
formality a remplir, et je dirai mmme l'apparence d'une ba-
nalite, qu'elles sont loin d'avoir.
Tel est le sort qui a teW fait a la noble et g6nereuse cou-
tume, adopt6e dans nos societ6s, de prononcer les 6loges
fuinebres d'un grand ciloyen. Aussi, si je n'avais 6cout6
quo le d6sir qui m'anime de no pas paraitre ob6ir a la tra-
dition, je me serais cru oblige de garder le silence le plus
profond, come la marque la plus sincere et la plus 6lo-
quente du regret que nous devons t6moigner dans la dou-
loureuse circonstance qui nous r6unit en si grand nombre
en ce lieu de deuil. Mais nous sommes obliges de c6der a
dos sentiments plus 6leov6s etqui se justifient d'eux-memes;
nous sommes obliges d'accorder a la m6moire d'un citoyen
si justement honored et estimr une derniere marque de re-
gret ot de veneration et de lui donner le just tribute d'hom-
mage qui lui est 16gitimement di. II est des cas, en effect,
ou faire les eloges d'un homme s'impose ; il est des occa-
sions oi les services 6minents qu'il a pu avoir rendus, les
nobles idees qu'6veille son soul souvenir lui donnent un
droit acquis a l'apologie. Jacques Boco que nous pleurons
aujourd'hui 6tait de ce nombre.
Ce n'est done pas pour obeir a la coutume, ce n'est pas
seulement pour donner une 16gbre el trop impuissante con-
solation h une famille aim6e et 6prouvde par le malheur
quo notre voix s'eleve ici: le devoir quo nous remplissons









JACQUES BOCO


en ce moment est de ceux qui sont obligatoires pour tout
haitien soucieux du pass, et surtout de l'avenir de son
pays et de la race a laquelle il appartient. 11 nous a paru,
en effet, qu'un homme qui fut un module d'honnktetL dans
la vie priv6e et dans la vie publique, qui s'6tait signal par
ses qualit6s precieuses et rares comme citoven et comme
pure de famille, qui avait occupy dignement toutes les
functions importantes don't pouvait etre revetu 1'Haitien le
plus digne, il nous a paru disons-nous, que ce citoyen
devait etre propose comme module a tous et Atre l'objet
de l'dloge, du culte et de l'admiration de lous.
II nous a sembl6 surtout, que, au moment otf le monde
entier est en train de demander au continent myst6rieux
qui a donn6 le jour a Jacques Boco de lui livrer ses der-
niers secrets, it y avait un enseignement &A tirer pour Haiti
et pour la race noire de la vie de cet homme qui s'est fait
lui-meme, ha travers mille peripeties, qui s'est impose et
fait admirer non seulement en Haiti, mais encore en
Europe.
Jacques Boco est n6 dans une petite ville de l'intdrieur
de l'Afrique Occidentale, vers l'annee 1804. Un hasard
heureux pour Haiti, voulut qu'il fut amend de ce continent
lointain et encore inconnu, a Portsmouth, en Angleterre,
vers l'ann6e 1813 ; il avait done huit ans a pen pres a cette
6poque.
Durant le trajet que fit, pour se rendre d'Afriqme en Eu-
rope, le navire qui venait de l'arracher brutalement a la
terre natale et a ses plus chebres affections, un alphabet fut
mis entire ses mains : avant de d6barquer en Angleterre, it
savait lire.
Parvenu sur le continent europ6en, il fwt envoy6d l'6cole,
en 1817, dans un village situ6 au sud de la ville de Lon-
dres: avant deux ans, il avait rempli tout le programme
des 6coles de Brougham Road. C'est alors qu'il fut convert
a la religion du Christ et suivil, aprbs une longue et savaute
etude, les doctrines de la secte presbyt6rienne.









tLOGES FUNABRES


Son instruction et son education brillamment achevees,
il voulut retourner vers la terre qui l'avait vu naitre, et
aller verser sur ses freres d'Afrique les bienfaits don't la
science et la civilisation l'avaient lui-meme combl6. Mais
ses destinies 1'appelaient ailleurs : le comit6 religieux qui
1'avait 61lev6 et instruit ne voulut point acc6der a ce vcu si
just, mais si p6nible h remplir, exprim6 par le neophyte.
La premiere cole Lancast6rienne venait d'Atre fond6e
en Haiti, le gouvernement du president Boyer fit demander
en Angleterre un homme d'origine africaine, pour ensei-
gner la m6thode de Lancaster a la jeunesse. Jacques Boco
fut ddsign6 d'une voix unanime pour remplir cette delicate
et 6pineuse mission.
Le voici done arrach6 une second fois h de nouvelles
affections ; il fallout se soumettre a la volontd de ses bienfai-
teurs ; Jacques Boco dut quitter sa patrie intellectuelle.
II laissa done 1'Angleterre en 4820; il d6barqua a Jacmel
la m6me anne ; il y demeura deuxjours et arriva au Port-
au-Prince, le premier janvier 1821, vers minuit, au mo-
ment oi le canon d'alarme annonQait I'anniversaire de ses
immortels compatriotes, les h6ros, nos peres.
Arrive en Haiti, il eut a subir bien des m6comptes de la
part du gouvernement d'alors; h6las! les strangers l'avaient
su mieux comprendre et mieux appr6cier que ses fr'res....
Enfin, il fut nomm6 successivement professeur et direc-
teur de la premiere cole Lancast6rienne fondue en Haiti ;
il suceddait a M. Pierre Andre. Bient6t les injustices et le
d6goit l'oblig'rent A se r6fugier a Samana : alors les deux
republiques haitienne et dominicaine n'en formaient qu'une.
La, il se consacra toujours a l'instruction de la jeunesse,
et s'occupad'industrie et de commerce pour pouvoir gagner
sa vie. De 4825 a 4862, il fut nommd successivenient : rece-
veur d'enregistrement, secretaire, puis membre du Conseil
des Notables, magistrate communal de Miragoane, juge de
paix de Port-au-Prince, d6put6 de I'arrondissement de









JACQUES BOCO


Nippes, president de la Chambre des repr6sentants, peseur
ala douane de la capital, doyen du tribunal civil de Port-au-
Prince, enfin vice-pr6sident du tribunal de cassation. C'est
cette dernibre function qui'il occupait, quand le Pr6sident
Michel Domingue l'appela a diriger le minisLtre de la Jus-
tice et des Cultes. A la chute de ce gouvernement, il connut
les douleurs ameres de l'exil. Revenu en Haiti deux ans
apres, et parvenu a un age tres avanc6, it ful frapp6 de
c6cit6 : mais l'esprit ct le comur vivaient encore chez lui;
il prodiguait toutes les attentions possibles a sa famille et a
ses amis. Nous efimes alors personnellement I'honneur de
le connaitre et de l'appr6cier. II ne cessait de donner de
bons et d'utiles conseils aux homes en functions et aux
gouvernants.
Comme vous le voyez, Messieurs, la longue existence de
cet homme digue d'etre qualified d'illustre, fut bien et noble-
ment remplie ; il ne s'y trouve ni uno lacune a combler, ni
un reproche a lui adresser. Dans touLes les functions qu'il
occupa, infimes on hautes, it montra ses vertus paisibles,
qui, si elles ne font pas les grands homes et les politiques
habiles, font du moins les grands citoyens, les bons et
honnetes pares de famille.
Certes, si on voulait faire l'apologie breve, mais bien
enviable d'un citoyen en Haiti, on n'aurait qu'h dire de lui:
II ful, dans la vie publique et priv6.e, un honnete home
dans toute l'acception du mot ; c'est ce qu'on peut dire
pleinement et entierement de Jacques Boco. Modest m6me
dans la grandeur, desinteressd, il remplit toutes les fonc-
tions qu'on lui confia d'une facon plus profitable pour le
pays et ceux qui se trouvaient sous ses ordres, que pour lui-
m6me et les siens.
Anime pour sa race et pour le pays qui lui avait donn6 le
droit de cite, d'un amour trop sincere et trop nature, pour
6tre mis en doute, il refusa bien des positions lucratives qui
lui furent offertes par l'Angleterre dans ses colonies, il









ILOGES FUNBBRES


voulut vivre parmi ses frires et sur la terre qui lui avait
donn6 1'hospitalite. II concut l'idde de retourner sur sa terre
natale ; il ne put y r6ussir, et nous venons de voir comment
il en fut emp'che. II1 avait conserve la plus grande recon-
naissance pour sa patrie intellectuelle : mais il 6tait afri-
cain, c'est-h-dire hailien par la communaut6 d'origine, do
sentiments et de malheurs avec nous, il voulut I'Mtre, de
nom, de fait et de droit. C'est ainsi qu'il demeura sur la
terre haitienne et y mourut PIAge de quatre-vingt-huit ans.
Sajeunesse passed dans le royaumedes Iles Britanniques lui
inculqua des id6es d6mocratiques, des sentiments de justice,
d'6galite et de fraternity qui ne se d6mentircentjamais ; il ful
toujours l'ami du people. Sa vie peut ktre offerte comme
module a tous ; mais nous, Haitiens, nous avons particulie-
rement de nombreuses deductions A en retire pour l'avenir
de notre race et nous pouvons y puiser l'exemple des sen-
3 timents de fraternity qui doivent nous animer. Et s'il n'6tait
superflu aujourd'hui de vouloir 6tablir t'egalit6 incontesta-
ble des races, la vie de Jacques Boco sorti de la condition la
plus infime, et parvenu a la plus haute et A la plus 16gitime
illustration, diL assez ce que sera la famille africaine, quand,
non pas un, mais des milliers d'Africains. seroni transpor-
t6s, non pas brutalemeut, mais de leur propre gr6, dans les
foyers de la civilisation.
Haiti, c'est son droit et surtout son devoir, a a revendi-
quer une part plus active a l'accomplissement de cette couvre
si grandiose. Dans cette noble attente, tirons les tiles
enseiguements que nous donne la vie du citoyen module
qui a pour nom Jacques Boco. Imitons ses vertus ; suivons
ses principles, et en retour, it veillera tonjours sur sa famille
et sur les destinies de sa patrie et de sa race.


(Moniteur du 19 septembre 1891, no 38).
























(




















IV

CAUSERIE SUR LES ASSOCIATIONS
(24 Juin 1892)














Messieurs,


Les organisateurs de la fete quo l'Ordre MaQonique c61l-
bre en ce moment m'ont faith I'honneur de me designer pour
prendre la parole. Fort loin de nous attendre h cet honneur
impr6vu, et qui nous a 6td un pou tardivement d6volu,
nous ffimes sur le point de le dIeliner. II a fall l'int6r6t et
le d6vouement que nous portons a notre Loge-Mbre pour
nous decider h contribuer, pour notre faible part, a I'Mclat
de cette solennit6. Pour mieux nous encourage, on nous a
parl6 ce language consolant: (( Nous tenons compete du peude
jours que vous avez devant vous pour preparer un thime
digne de la circonstance ; aussi ce n'est ni un discours, ni
une conference que nous r6clamons de vous, c'est une sim-
ple causerie. ) Cc qu'on pensait avoir 6tW fait pour dimi-
nuer tout scrupule, touted hesitation chez nous et faciliter
notre tlche, fut ce qui contribua davantage a les augmen-
ter. En effect, nous nous sommes souvenu d'avoir lu on
oui dire, nous no savons plus of (mais nous avons depuis
bien souvent reconnu la v6racil6 de l'assertion), que les
beaux causeurs sont d'autant plus admires qu'ils sont ra-
res. Converser on causer longuement et agr6ablement est
un don inn6 que I'on ne possede, comme le soulle po6ti-
que et 1'art de bien dire, que par une faveur special des
dieux, et qu'ils ne distribuent, jalousement et discretement,
qu'h quelques heureux mortels.
Nous allions alors nous derober prudemment a la mis-
sion qui nous 6tait impose, dussions-nous attirer sur notre
t6te routes les foudres maconniques et en 6tre bril6, quand
nous est venue une consolante et salutaire pens6e : La
maconnerie, nous sommes-nous dit, est, avant tout, une
society humanitaire et de bienfaisance ; tous ceux qui s'y
int6ressent, a quelque titre que ce soit, tous ceux qui y








LES ASSOCIATIONS


tiennent, de prbs ou de loin, doivent poss6der en partage, t
la disposition de tous, cette charity qui est la premiere
vertu de l'Ordre. Que cette charity se traduise done en une
grosse indulgence et par une bienveillance inaccoutum6e,
qui se d6verseront aujourd'hui sur tous ceux qui, orateurs,
conf6renciers, on come nous, causeur improvise, se pro-
posent d'etre de la sorte utiles a la maqonnerie.
La tAche delicate de causer quand m6me 6tant accepted,
il n'y avait plus qu'un obstacle a la r6alisation de l'id6e;
nous nous sommes pos6 cette question : Sur quoi roulera
notre entretien ? Les sujets se sont alors pr6sent6s a notre
imagination multiples, allchants, mais difficiles h abor-
der. Nous n'avions plus que l'embarras du choix, et vous
savez que ce n'en est pas un des moins cruels I
Dans cette grande perplexit6, nous n'avons pas voulu, du
moins, nous reporter trop loin en arriere et dans le pass,
on sonder avec vous les mysteres de l'avenir et p6n6trer
trop avant dans le sombre domain des probabilit6s et de
la speculation; nous n'avons pas voulu non plus tenter de
d6ployer trop grandes les ailes restreintes de notre imagi-
nation, de peur de les voir, comme cells du jeune outre-
cuidant de la fable, brfiler par les feux d'une trop haute
region. Nous avons fui 6galement, comme pr6sentant des
attraits souvent perfides, ces rives parfum6es et fleuries
qu'enchantent les Muses. Nous vous avons, a dessein, ame-
n6s bien loin de ces hauteurs et de ces rochers abrupts et
escarp6s que peuplent les doctes sciences et l'art d'6tre
sage Oui, nous avons fui tout cela, Messieurs, et nous
sommes rests dans le <( grossier monde sublunaire n, sur
un terrain plat (sans jeu de mots), que tous peuvent faci-
lement border et parcourir ais6ment et sans effort. Nous
avons m6me choisi une question ayant un intlrAt actuel et
present, sans trop nous 6loigner de notre patrie,h61as! trop
belle pour n'6tre pas mieux aimie et appreciie de ses en-
fants. Nous y avQns done fait, par l'imagihation, une court








CAUSERIE


excursion a travers les faits qui s'y d6roulent; nous avons
consid6r6 les gestes qui s'y font; et alors, en mrme temps
que bien d'autres questions int6ressantes qui sont, pour
ainsi dire, a l'ordre du jour, nous avons remarqu6 que de-
puis pen, on y parole beaucoup d'association, et qu'il s'y
fonde beaucoup de socie16s et de cercles de tous genres.
Nous avons r6solu de suivre le courant des idWes et de vous
parler aussi d'association, mais a un point de vue essen-
tiellement pratique, et en 6noncant seulement les diff6ren-
tes phases qu'a suivies l'6volution de l'esprit d'association.
Messieurs, parmi les grands et utiles problemes que peut
r6soudre l'esprit human, it n'en est pas, a coup str, de
plus int6ressant et de plus important que celui que peut
presenter l'Ftude raisonn6e de la march qu'a pu suivre
une idWe, apres que, ayant 6tW conque, elle se transform,
se d6veloppe et s'6tend.
Chez une nation d6ja vieille et avanc6e en civilisation,
ohi tout march tape par tape, sirement, a point nomm6,
comme si tout 6tait math6matiquement calcul d'avance,
chez une semblable nation, quel tableau grandiose et hi-
deux, majesteux et horrible, tantbt sombre et rayonnant,
qu'offre celui de la lutte vive, ardente et passionnee que li-
vre, dans le monde politique, moral ou intellectual une
idee quelconque,avant de s'affirmer, de prondre une forme,
un corps et de devenir un fait. Le meme ph6nombne aurait
dt n6cessairement se presenter pour le people haitien ; les
m6mes faits s'y d6roulant dans les mAmes circonstances
que par ailleurs ou dans des circonstances analogues, les
m6mes id6es s'affirmant avec la mAme force apparent, le
meme esprit de suite et dans le meme sens aurait dfi pro-
duire les m6mes effects et avoir le meme r6sultat. Mais, est-
ce un mode d'action propre a tous les peuples ditsjeunes,
venant meme a trouver une civilisation toute faite a s'ap-
proprier? Est-ce un caractere particulier a la race haitienne?
On ne peut au juste le d6finir; mais il semble que chez
4








LES ASSOCIATIONS


nous la march et la progression des idWes a un mode d'ac-
tion pour ainsi dire sui generis.
Chaque people, chaque race, il est vrai, se d6veloppe,
prospere ou disparail dans des conditions qui lui sont pro-
pres, particulieres et sp6ciales ; mais, il est evident que la
mame id6e, quoique n6e chez des nations diffirentes, devait
progresser, a un point de vue g6n6ral, dans les memes lois,
avec la mAme force, la m6me certitude et dans le meme but.
Mais, dans notre milieu (je ne sais si c'est une erreur de
mes sens abuses), il semble que, dans certain ordres d'i-
d6es, tout ou presque tout march autrement; tout se fait
par soubresaut et sans explication dvidente ou raison appa-
rente; tout ou presque tout procede, pour ainsi dire, par
caprice, avec une sorte de sournoise discretion qui semble-
rait nier l'excellence, l'utilit6 et meme la sinc6rit6 des idees,
si ces qualit6s ne se ddmontraient d'elles-memes par les
garanties qu'offrent les individus qui pr6conisent ces iddes,
ou par les esp6rances don't ces memes id6es laissent entre-
voir la r6alisation.
Pour ne pas gen6raliser cette opinion, et pour en faire
seulement 1'application a la question qui nous occupe, ne
semble-t-il pas que, chez nous, 1'esprit d'association n'a pas
suivi la march r6guliere, ascendante et progressive que
nous avons tracee plus haut? Ne semble-t-il pas que chez
nous la n6cessitL de son existence ne se traduit pas de la
m6me facon qu'ailleurs ?
La r6alisation de l'idee d'association doit 6tre la r6sul-
tante d'un besoin social qui se fait imp6rieusement sentir;
elle ne doit pas etre un moyen pour atteindre un but d6-
guis6; elle ne doit pas etre seulement la traduction d'une
pens6e egoiste ou personnelle, appelee a disparaitre avec
le fait meme de l'association. Les hommes sont faits pour
s'idendifier aux idWes et les appliquer ensuite au bien-6tre
g6n6ral, mais l'association ne doit pas Wtre seulement une
necessit6 du moment, un besoin de l'heure qui 1'a vue nat-








CAUSERIE


tre, un besoin pour un group d'individus seulement, mais
une transformation des idees sociales, une consequence
et une raison de leur vitality ; elle doit avoir comme mo-
bile un objet d'utilit6 pour la communaut6 et pour l'avenir.
Le caractere eph6mere et peu net de association qui
meurt pour ne plus revivre, qui manque son but ou qui s'y
derobe est une preuve ou une cause de la non-existence
d'une entente g6n6rale ou meme partielle sur ce qui fail
l'objet de association ; c'est aussi une preuve de son im-
popularit6 et de son inutilit6. L'association, pour ,tre
bonne, solide et durable, doit exister dans les coeurs avant
d'exister sur le paper. Ce qui forme I'association, ce n'est
pas la constitution et les reglements, c'est le d6sir d'unifier
les id6es, d'etre utile a la g6neralit6, c'est la connaissance
exacte des faits d6jh accomplish et de ceux i accomplir que
l'on se propose d'etudier et de propager ; c'est, avant tout,
la franchise, la sinc6rit6, la nettet6 des vues et des sen-
timents, meme dans ce qu'ils ont d'oppos6 et de contraire.
Ici, il serait facile de faire, sinon d'analyser l'historique
de ce qui a W6t ddji accompli sur ce point dans notre pays;
la tache ne serait p6nible qu'a cause des difficulties qu'on
6prouverait h trouver et a reunir les mat6riaux indispensa-
bles a cette 6tude. Mais le cercle est trop 6troit et le profit
qu'on en tirerait trop minime, eu dgard au mal qu'on se
donnerait et a la longueur de temps qu'il faudrait em-
ployer. Elargissons done l'id6e et rendons-la plus profita-
ble en d6montrant, par ce qui a Wte fait ailleurs, ce qui au-
rait d6 ou pu Wtre fait chez nous.
Messieurs, tout, dans la vie social, quoi qu'en disent
les apparences, march sans discontinuity et sans interrup-
tion; le progress, aussi bien que la decadence, procede
ainsi. La discontinuity et l'interruption apparentes, appor-
t6es dans le d6veloppement et dans la march d'une idWe
ne sont g6n6ralement qu'une cause et un effet de son avan-
cement. Quand, au movement et au bruit succdent le si-









LES ASSOCIATIONS


lence et l'immobilitA, souvenl cc silence et cettll immobi-
lit6 sont ine period do gestation d'oil 'id6e doit sortir
plus forte, plus saine ot plus belle pour jouer Ito r61e que
lui tracent son importance et son utility. Mais rien ne pro-
gresse sans qu'on puisse lmi assigner nettement un point
de depart, un mode d'action et un point d'arrivde, et 1'es-
pril association n'a pas 6chapp6 at ces lois. II me serait
malaise, pour le moment, de definir nettement, d'analyser
avec precision le caracltre et la march do l'esprit gn6ural
d'association ; de dire, en pen de mots, quel effect immedial
et pr6cis il a prnduit sur la civilisation moderne. Mais nous
savons que eelt offt est considerable, et que cet esprit a
obdi a une regle fixe eo doterminee par les besoins do
I'homme vivant en society. G'est cette rigle que nous allons
essayer (d'tablir en etudiant l'ordre dans lequel s'est Offec-
tu6e la formation des diff6rentos associations.
Apres que la famille, la premiere en date oet la plus
naturelle de totes les associations, so fft r6unie en tribu ;
quand la tribu fitl revenue un people ; quand cc people cit
un gouvernement et ine soci6tl a peu pros organiseo, im-
mediatement so produisit le reltchement des liens qui
unissaient les membres de cello society primitive.
Ce relachement ful amene par la diversity des intertls ot
des aspirations, on par la similitude meme de ces intirlts
et do ces aspirations, ct par les nccssites ineluclables de
la lIlte pour I'existence. Alors coux qui 6taient obliges de
vivre du produit do lours ceuvres materielles ; coux que
leur condition do fortune, leurs facult6s intellectuelles ou
le lasard avaient cr66s ou rendus moius bien dou6s ou plus
malheureux que d'autres so virent forces de regler les rap-
ports existant entire eux et leurs congeneres, et de fair dis-
paraitre F'inegalit6 qu'il y avait entire eux et les heureux du
sort. Ils furent obliges de diviser et de rglementer leur
travail dans le but de le perfectionner et de le rendre plus
productif. C'est l1, nous le pensions, 1'origine des corpora-








CAUSERIE


lions ct des associations ouvrieres de tous genres, qui, ai
une 6poque assez elcign6e, ont pris place dans l'histoire des
ditffrents peuples. Co genre association est, avec los ordres
on sociwtes religieux, le premier que ['histoire a enregistr6.
Nous savons comment ces deux sortes d'associations out
traverse la nuit des temps; comment clles ont acquis de, la
force en progressant, par quelles vicissitudes elles out
pass, et comment, apres tant d'annies de lulles, elles sont
encore, de nos jouirs, 1 objet des plus grades preocciipa-
lions des particuliers et des goiuvernements, et attendent
une solution qui semble s'eloigner at fur et it mosure qu'on
croit on approcher.
Avec les priinipes do liberal et d'egalit sociales et poli-
tiqius, avoe cdeveloppemnenti et 1'extension des richesses,
I'6galite dans la diffusion des lunmires s'est produite les
connaissances se sonul ropanduies et vulgaris6Os eu i a pen
dans les difflrentls classes de la soci6te. Les belles-letlres,
les arts, les sciences se sont perfectionniis et developps ;
on a ressenti la necessie[ de specialiser et do classier les
dilf6ereits points des aptitudes et des connaissances humai-
nes. Des parliculiers ou n mimne l'Etat out voulu restreindre
t eux le mode de vilgarisation de ceos connaissances, rendre
d(pendantes d'eux les difftrentes aptitudes, les purer, les
perfectionner et les codifier. De lit la cr6utioio des associa-
tions scientifiques, litl6raires et artistiques; ot parmi elles,
les plus savantes, les plus belles : les Academics et les Ins-
itnuts. Nous avons vu que I'in6galit6 intellectuelle, morale
et mat6rielle, avait fail naitre l'in6galit6 dans les conditions.
De lit la classes nombreuse des proldtaires et l'augmentation
considerable do la misire publique; de lit aussi la n6cessite
6prouvee par les malheureux de s'unir, d'ameliorer par
F'entente leur elal de pauvrel6 et d'indigence ; ils out etd
aiddls en cela par ceux que la fortune avait mieux favoris6s
et que I'liiunanitl on l'inter't a pouIss sa souulagerla misi r> '
publique. Bient6t, les gouvernemenlIs cux-mmi'es n out








LES ASSOCIATIONS


pas Iard6 ;i reconnaltre qu'il leur incombait le devoir ot la
mission do travailler au soulagement de l'infortune. Les
gouvernements et les particuliers ont institud alors les as-
sociations do bienfaisance, de charity et do secours mutuels.
Le christianisme est venu encourager ct discipliner coette
tendance charitable de l'esprit et du coaur humans; il en
a fait la principal obligation et le devoir le plus imperieux
du vrai chrelien, le fondenment meme de sa religion; et
aujourd'hui encore, il mnarchoe la tole des associations qui
onl pour but de soulager les infortunes el de rapprocher les
wemurs et les esprits en diminuant les souffrances.
Cependant, avec les revolutions et la march progres-
sive des idees, naissent le penchant vers la liberty, le
besoin de penser et d'agir libreinent; les inlividus ont
voulu prendre une plus grandepart it la march des affairs
publiques et contribner it leur donner de I'impulsion ; ils ont
form des accords et des ententes. puis se sont reunis en
group, corps on part politique. Chaque groupes'est efforc6
de se supplanter h qui mieux mieux, par l'excellence des
id6es, par lc bien qu'il r&alisait, par l'intrigue ct par la pro-
pagande ; do se supplanter, en un mot, dans la direction
des affaires publiques. Pour mieux s'iafirmer et se distin-
guer, cos diffrrents groups qui personnifiaient chacun une
idee diflerente, on une forme dela mCme idde, se sont ega-
lement r6nnis en Comite, en Socielt on en Association.
Djit l'intol6rance des pouvoirs d'abord, et ensuite le dan-
ger apparent que faisaient nailre ces groups pour Fexis-
tence des governments el pour la slrot6epublique, avaient
amend en politique la creation des socitels secretes.
Do nos jours, des causes diverse, sur lesquielles il est
porter differences interpretations el des appreciations conlra-
dicloires, onlt cr6e le socialisine qui so propose, en parties,
deo jouer ouverlement Ie r6le des socieles secrbtes: la dis-
cussion et I'obtention brutal de certaines prerogatives el de
certain avantages. Le socialism, prdtenident quelques-uns









CAUSERIE


ost l'exag6ration de ]a bionfaisance, doe l'galitd, do la fra-
ternit6 ; c'est la restriction port6c it toutes les liberties.
C'cst, au contraire, pensent d'autres, la manifestation la
plus complete do toutes ces liberts ; la traduction et la
mise en pratique do tous los sentiments humanitaires.
Chaque jour, les chos de la press retentissent des hats
fails do ce nouveau genre association: et chaque jour
aussi 1'activit6 humaine, rise en 6dvil, church i comblaltre
le danger qui poet on resulter, et h resoudre les problems
sociaux qu'il souleve.
En miime temps que s6vissait la misibre, los grades
richesses se develuppaient et so multipliaient. Les sinmples
speculations commercials n'ont plus suLfi a diminuier on a
6teindre celle-lit, elt utiliser celles-ci. On leur ci'da des
debouchies par les grandes societ6s on compagniis indus-
trielles, financiuiies et scientifiques, qui soul appel6es i ('Itre
utiles, non seulement aux particuliers, mais encore aux
gouveinements et aux nations.
La base des associations ouvricres pos6e, les associations
scientiliques, littdraires, artistiques, commercials et indus-
trielles fond~es, la pauvrole combattue, la morale publiqiue
encourage eot garantie, l'homme a pens6 mrme a deve-
lopper et a fortilioer sos organs ot ses membres. 11 a plens6
qu'apres les longs Iravaux intellectuals, il lui fallait assu-
rer uine distraction a I 'sprit, trouverun objet do d(lention
pour le cervean ; c'es encore a l'Association qu'il s'est
adrosse dans cc but; et do li sont venues les socil6ts do
gymnastique, de natation, les cercles, les clubs, etc., etc.
Telles south, Messieurs, les principals sores d'associa-
tions que l'hommea crepes pour propager ses connaissances
naturelles ou acquises, adoucir ses nmlours, developper ses
richesses, se divertir ou s'assurer des passe-temps igr6a-
bles ou utiles ; tell est, a peu pres, la march qu'a suivie
Ia fondalion de ces differentes associations, el tels sont, en
raccourci, les causes, les mobiles et les necessiles qui out









LES ASSOCIATIONS


ainene forcinenti lour cr6alion; elles 6taient, en effect,
indispensables au ddvoloppement de ]a civilisation, et a la
march du progres, aux rapprochements indispensables des
diff6rents imembres de la society.
Toutes ces categories d'associations ont 6tW modifiees,
transform6os et perfectionnees ai I'infini; elles le seront
encore an fur ot a measure que I'exigeront les besoins de
I'activitd humainie. En effect, le june homme qui laisse les
banes de I'ecole aussi bien que I'homme mhr et le vieillard,
le ddsherite de la fortune aussi bien que le riche capita-
liste ; I'ignorant, l'homme instruit et Ie savant, tous vetlent
s'entendre, melttre en common ot a profit leur jeunesse on
leur experience, leur bras ou leurs capitaux, leur influence
ou leur instruction. Chacun, dans sa sphere, selon ses
movens, ses go6ls et ses aspirations, ressent la n6cessitl
d'apporter a tine ceuvre son obole ou ses connaissances, on
d'emprunter a d'autres un appui moral on materiel qui lui
manque. Alors, co desir et cttee volont de seo soumetreo
a un control, a une organisation, a une direction, moyen-
nant certain profits intellectuals, mat6riels on moraux a
en retirer, ont amen6 la creation de ces wauvres tiles don't
il vient d'6tre question, et qui s'appliquenit a la culture et
an d6veloppement des sciences et des lettres, des arts et
de l'Industrie, des doctrines religieuses, a la solution de
questions &conomiques. sociales et politiques, au perfec-
tionnement moral, intellectual et physique de l'Ftre. Ces
ceuvres ont pris des noms divers, selon les objets auxquels
elles s'appliquent, elles sont rang-es dais differences cate-
gories d(signdes sous les titres d'Acad6mie, de Socidt6,
d'Association, de Comit6, de Cercle, d'Union, de Compa-
gnie, de Syndicat, de Club ou de Ligue. Rien n'a eld
oublid; chaque individu, chaqwe chose, chaque idee a
trouv6 sa place et sa part. Si l'eludiant fonde I'associalion
de ses anciens condisciples, si l'artiste cr6e des cercles
avant trait a son art; si 1'avocat, le m6decin et le savant









CAUSERIE


instituent des soci6tds de tous genres; si l'homme politique
a recours aux ligues et aux comit6s pour propager ses prin-
cipes et ses opinions ; si le patriot d6veloppe et fortifie de
la meme fagon Ie chauvinisme populaire et Ie sentiment
de la nationality; si le gouvernement et le capitalist cruent
les compagnics coloniales, les agencies et les syndicate
financiers; si 1'homme du monde former los clubs et los
cercles, si pourles indigents et les desh&riles du sort et de la
fortune, on a instituL les soci6t6s de bienfaisance, de secours
mutuels, les asiles, les creches, les maternitos, etc.. les ani-
mauxeux-memes, dans coes pays, of existe, pour ainsi dire,
le luxe des associations, out profit des bienfaits que celles-
ci procurent. IUs se sont vus entoures do la mime protection,
de la mmre sollicitude qui ont Rt6 accordees I l'hiomme ;
on a creo pour eux des societls dies ( protectrices ), pour
leos garantir des mauvais traitements, de I'abus qu'on pour-
rait faire de leur force, pour proldger leurs vieux jours et
perfectionner leur race.
Les femmes no sont pas restLes dtrang'res ii cc mouve-
ment general de l'esprit d'associalion. Non soulement elles
out fond6 des associations litflraires, scient liiques et artis-
tiques ; mais encore, elles onut en des idees plus miles el
plus Mlevdes: par des associations, cites travaillent a leur
emancipation civil et politique ; elles ont cre6 des soci6tds
appeldes a former des femmes dans l'art chirurgical, el it
procurer des secours aux blesses en temps de guerre et aux
mallieureux, victims des accidents. II faut avouer que
c'est l le comble do la galanterie on matiere d'association.
11 y a m1me plus ; il n'existe plus de Pyrenees pour Ic
cercle des associations ; il s'6tend d'un pays a un autre:
des associations internationales out et6 fond6 s ; ct dernie-
rement encore, I'Europe entire semblait Atre nmenac6e
d'une conflagration g6nhrale ; des esprits d'elite, des ccurs
g6n6reux appartenant a diverse contr6es, so miettant au-
dessus de la mesquinerie des inut6rts particuliers et des








LES ASSOCIATIONS


susceptibilitls nationals, onut aussit6t travaill6 k la creation
d'une society, dite a Ligue intetornationale de la Paix et de
la Liberty ,, destinde A assurer le respect des droits do
chaque people, ou h teindre les causes de discorde qui exis-
tent entire eux. Cette idee n'est-elle pas g6nereuse et gran-
diose au supreme degree, et ne scrail-elle pas la realisation
de ce rave de la paix universelle, de cette sublime utopie,
considdrde de tout temps comme trop sentimental et trop
en d6saccord avec les aspirations humaines pour ktre r6ali-
sable, mais que rendent vraisemblable de nos jours, l'im-
minence du danger et la vertu mattresse du siecle actuel et
qui sera aussi celle des sicles a venir : la raison. En
matiere d'association, on a mime atteint la fauntaisie et la
bizarrerie, frise le burlesque et 1e comique. Ainsi, les gour-
mets, les gastronomes. les emules de Vatel et de Brillat-
Savarin ont eu I'ingenieuse idee dc cr6er des societes ayant
trait a 1'art culinaire, et h tout cc qui peut flatter le palais
et 1'estomac.
Enfin, Messieurs, j'en passe et des meilleurs. II est
superflu, en effel, de vous dire que je n'ai pas entendu faire
l'historique complete des associations; c'est une tache trop
longue, trop pdnible, pour que je song a lasser davantage
votre patience en I'entreprenant. Citer soulement la listed
des associations de tous genres appartenant aux diff6rentes
catLgories que nous venous de designer et existant dans des
pays lels que l'Angleterre, la France, I'Allemagne, la Bel-
gique on la Suisse, reviendrait a faire une longue et fati-
gante nomenclature don't la seule lecture me retirerait cette
indulgence que vous avcz bien voulu m'accorder. Nous
n'avons pas non plus, pour les mumes raisons, insist sur
l'influence de ces associations sur la march g6nerale du
progres, sur leur pen de m6rite ou leur insucces. Mais on
se fera aisement une idee de leur importance et de leur uti-
liit, quand on se rappelleraque la plupart do ces associations
ont des orgaucs de publicity, des bibliothbques, qu'elles









CAUSERIE


tiennent des congri's gendraux, fondent des kcoles, soula-
gent la misire, decernentdes prix, etablissent des concours;
qu'elles mettent en movement tout cc que l'esprit human
peut river de plus propre h cr6er l'emulation, developer
les aptitudes, en un mot, a idealiscr l'humanilt. Aussi,
Messieurs, cc siihcle, ce grand siicle, qui est le n6tre, n'est
pas sculerient celui de la vapeur, do electricity6, des
grandes decouverles et des belles inventions, c'est encore
celui des associations : association des id6es, association
des cueurs, association des iutdrls ; c'est celui des grades
tentatives d'entente g6neraleet universelle. On y a contractS,
pour ainsi parler, la bienfaisante manic des associations;
et la oh s'arrteloront les bornes do l'esprit human (et nous
ne savons oi), I.s'arrteront cells de l'esprit association.
L'esprit d'associalion d6velopp6 en Haiti y marquera,
comme parloul ailleurs, le r6veil des idees et des senti-
ments ; il denotera la volont6 immuable de travailler au
developpement des connaissances humaines, cc sera l'initia-
Live des iddes a l'6troit et so faisant jour; ce sera secouer
l'apathie gen6rale, 1'engourdissement qui menace de s'em-
parer des forces vives de la nation. C'est assez vous dire,
Messieurs, combien nous devons souhaiter de voir cet
esprit d'association se developer chez nous ; combien nous
devons apprecier les essais que l'on a pu avoir faits et que
dernierement encore l'on a fails pour le ddvolopper. Mais,
c'est assez vous dire aussi combien est vraie cette remarque
que nous faisions an d6but, et qui consistait a faire ressortir
combien esprit association n'a pas suivi chez nous la
march reguliere, normal et progressive qu'elle a suivie
partout ; combien son evolution a eLe lente et a chlappd
aux lois que cot esprit a suivies partout. Dans cette longue
6numnration que nous venons de faire, it est un genre
d'association que nous avons, a dessein, passe sous silence.
C'est que nous comptions partliculibrement attirer votre
attention sur lui et que nous lui avions reserve, en quelque








LES ASSOCIATIONS


sort, une. place apart, une place d'honneur. On peutranger
le genre d'association en question parmi les soci6dts do
colonisation et philanthropiques en meme temps. Nous
entendons parler des associations crees pour le d(veloppe-
ment de la civilisation africaine et pour abolition de l'es-
clavage. Vons connaissez, Messieurs, 1'historique de ces
associations, leur origine, leur but et les progrbs que, der-
nikrement encore, elles ont fails, et des qu'on en parole, on
est port a associer a cc que leur creation comporte de
grandiose, d'utile et do noble, les noms des Livingstone,
des Leopold II, des Leon XIII et des Lavigerie. II n'est pas
de nation de l'Europe qui ne posside plusicurs de ces asso-
ciations. Aussi pensons-nous que la nation qui, dans les
temps modernes est, quoi qu'on puisse dire et faire, la fille
ain6e de l'Afrique, le berceau de la liberty et de la civilisa-
tion des Noirs a qui revenaient, par consequent, 'honneur
et la gloire de prendre l'initiative de I'id~e de fonder ces
sortes d'associations, et qui a manque a ce devoir, doit, au
moins, contribuer a les populariser et a les r6pandre chez
elle et dans le monde entier. Sous cc rapport, Messieurs,
nous allons aussi enter dans Ie domaine de la realisation,
et nous commettons une indiscretion en vous apprenant
qu'un group do nos conciloyens, auquel nous avons 'hlion-
neur d'appartenir, se propose d'6tablir parmi nous une
( Association africaine ". Haiti pourra ainsi apporter sa
pierre a l'meuvre de la r6generation de la race a laquelle elle
appartient; et peut-ktre qu'un jour, commejadis, ils font
faith pour les liepubliques de 1'Amerique, los Noirs d'Haiti
aux Noirs d'Afrique pourront apporter les bionfaits de la
liberty et de l'independance. Enfin (et nous avons bien fini
cette fois), it est tn genre d'association qui a prosperh chez
nous avec un success, pour ainsi dire inaccoutum6, parce
qu'il y a trouv6 tous les 6elments d'encouragement possible;
j'ai cit6 la Socidt6 don't c'est aujourd'hui la fete : la Macon-
nerie, cette vaste el noble association, dout 1'origine remote








CAUSERIE


si loin et si haut, qui a traverse la nuit des temps, immuable
et toujours prosper ; cetto association au sein de laquelle
Lous les homes, a quelque nationality etl quelque classes
de la soci6t6 qu'ils appartiennent, se coudoient et s'entrai-
dent. Que la Maqonnerie survive done parlout avec ce qu'on
se plait a appeler ses mysltres, avec ses rites et ses cou-
tumes; qu'elle se d6vcloppe parmi nous comme partout
ailleurs ; mais qu'elle se souvienne qu'en Haiti surtout,
elle a une mission speciale h remplir; dile est en rapport
avec l'ame et les forces vives du pays, elle exerce un grand
ascendant sur ses nombroux membres. Qu'elle traduise
done par des faits ses maximes humanitaires; qu'elle fasse
toujours des fetes nombreuses, mais surtout des fetes de
charity, que tous les temples maQonniques et tons les
coeurs se confondent et s'unissent ; qu'h c6tl de chaque
loge s'dleve un asile pour los pauvres, et une cole pour les
ignorants; que dans la famille et dans la vie publique, le
citoyen et le p're de famille suivent les maximes priconi-
sees ici par le maqon. Ainsi pratiqu6e, la Maconnerie conti-
nuera toujours a computer parmi les plus grandiose et les
plus g6ndreuses des associations que l'esprit human ait
jamais cr66es. Elle continuera 'h precher et a pratiquer le
bien, Futile et le beau ; a ne connaitre ni rang, ni condi-
tion, ni pauvret6, ni richesse, et h faire nattre pour tous
indistinclement les bienfaits que procurent ces deux mots
graves en lettres d'or an frontispice de tous ses temples :
Egalit6 et Fraternit6.
(Causerie sur les Associations, faite a la Respectable Loge,
I'Amiti6 n1 4Or, le 24juin 1892, jour anniversaire de la FMte
de l'Ordre magonnique).














I;







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I,







4'


















TABLE DES MATIERES







Pages

Avertissement................ .......................... 5
L'Ecole libre de droit............... ....... ............... 9
La situation au 22 septembre 4888............................ 12
Le sentiment de la dignity national ........................... 16
Discours d'ouverture prononce a la distribution solennelle des prix
faite aux elevesde I'Ecole Polymathique le 19 juillet 1891....... 19
Discours prononc6 sur la tombe de Jacques Boco................ 39
Causerie sur les associations ................................. 45





































Laval. [lprimpnerie (L st'r6otypie E. JAMIN, 8, rue Ricordaine.









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