La Banque nationale d'Haïti

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
La Banque nationale d'Haïti une page d'histoire
Uncontrolled:
Haiti et sa Banque nationale
Physical Description:
113 p. : ; 25 cm.
Language:
French
Creator:
Marcelin, Frédéric, 1848-1917
Publisher:
J. Kugelmann
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Bound with this is the author's Haïti et sa Banque nationale. Troisième partie. Paris, Kugelmann, 1896.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24178327
ocm24178327
System ID:
AA00008909:00001

Full Text








































d_(
~ i.:

. :;
. .. a;
:
r.a ~ .


UNIVERSITY


OF FLORIDA


LIBRARIES



of

I:I-. ,..:.
111 1 '' ';: L-: ''I
:C'
r .



ilj;
i ~
.*
t; -

~6~ JE~i~ HR5 BEEH ~~ '~:'^b
Jb~t~no '' :: b..
-.~ :
:':r~:i ;T
-;c' i' -
:j. r'
ls)7 rtl~ UNIVERsTTY OF i .,,Y,
I: i.i '''"
.~
F~9s4r ~1BRRRILS- II: i "
\r -:. ::
1-. 41'*'". i
I:,, ;~ ~~~1~"
r I ''. 'I
'"'

7~ ~ r~- L;.
,rs~ .. 'jjcl
: :i: II~

iii~ C
I :. i:1
1 C, .;1 ?~yl. i
;-...... rX
~
,, :~..
..~,, *i~:~

,. ''.;; .T '$? j

a;nl :g~
~~": F:
: c. ;*;a
~x iji8
".. re
1. .i
.~.~ :4* '-L'i I*
;~:cm .. .II- I~c~ rj~'" .gi=~;?~:
i;'Y;t .i .:. ., n: ;* ;:i
i. r~

s ~.~?r'~'i;~YE~~ ~~:K.~'; ~'' """;P'`S
ii


t?;~





~''


-J`


:j
i ,
t.:~ii~



i~~iiii;.
I~r; ~.
~i i
i.Z ~
wi
~rl


V .,
F
r;zr c ...~



~C? ::'C:
1F
a


E.?







i.-.
,
~2~ti'?6'


~L~C~~~,:8~ n





























BANQUE BATIONALE D'HAItITI

UNE PAGE D)'HISTOIREi
























DU MEIME AUTEUR





Ducas-Hippolyte (Bioglraphie cl'unI poe'le Acalenz) ... 5 fr.
La Politique (Discour~s tis le Chambr~e) ............... fr




A PORT-AU-PRINCE

Chez L. PELOUX & Co'









LA


BANQUE RATIONALE DTHIlTI


UNE PAGE D'HISTOIRE





FREDERIC IMARCELIN

Ancien D6putd
President du Tribunal de Commerce de Port-au-Prince









PARIS
IM\PRIMIERIE TIYPOGRAPHIOUE JOSEPH K(UGELMANNU
12, rue de la Granlge-Bateliere, 12
















Si les Haitions, quelle que soit la nuance do leur
peau, quelle qlue soit leur couleur politique, pou-
4 vaient s'entendre, avant doux ans la face do leur
Spays serait change. Ils seraient heureux et riches,
grace h leur~s excellentes recoltes, grice aux prix de
leurs prodluits on Europe.

';tj Ils n'auraient pas grand effort A faire pour cola.
Ils rdflichziraient simplement au metier de dupes
qu'ils jouent dans une exploitation don't ils n'ont
Sque les miettes. Ils no garderaient pas exclusive-
~f ment leurs rancunes pour le compatriote qui, mieux
-:d partage ou soi-disant mieux partag6 qu'eux, n'a
souvent qlue l'apparence dl'une situation. Ils ne l'ac-
~9 cableraient pas do leurs jalousies et; ne lui feraient
Spas la guerre pour quelques milliers do piastros,









LA B3ANQUE NATIONAL D)TIAI'TL


eg papier-monnaie encore, do plus on de moins. Ils
portoraient leurs regards plus loin jusqu'au drai-
nago" incessant qui, cheque annd0, do tous les comp-
toirs do fI'le, enlive des sommes considerables, en
bonnes especes sonnantes, pour los consolider hors
du pays. Ils so diraient qu'ils sont aussi intelligent,
aussi bien douds que leurs heureux concurrents et
qu'il leur faut leur part do soleil. Ils ne souffriraient
pas, par example, qu'B leur Banque nzationacle los
soules places rdservees aux IIai'tiens soient celles de
garg~ons de recettes.

Ils mdditeraient, ils se piqueraient d'6mulation
et s'avoueraient que leur paresse, leur defaut d'ap-
plication et d'entente, leur comprehension enfan-
tine des affaires, sont pour une bonne part dans
cette dicheance. Ils rougiraient en ddco~uvrant, dans
l'dme de celui qui les comble des plus grandes pro-
testations de divouement et dl'amitid, ce sentiment
qu'ils sont un people inferieur, youd g l'exploitation
& jet continue et aux marches dans lesqluels on garde
pour soi 95 0/0 des bendfices.

Peut-8tre alors auraient-ils pour oux-mn~mes une
ambition plus grande. Le digoait do leur bitise en
ferait peut-itre des patriotes. Ils chercheraient &l
















UNE PAGE D'HIISTOIREi 7

consolider la paix par amour-propre et pour no plqs
8tre exploits. Ils f'aimeraient, cette paixc, comme
une sauvegarde de leur dignity etT cessoraient cette
comidie de tout entreprendre pour arriver au pis do
la vache, qluittes, une fois 14 et pour congerver la po-
sition, de crier, eux, les inassouvis, que le pays a
soif de paix, quand ce sont eux qui no veulent pas
8tro ddrangis!i



















BANQUE NATIONALE D'flAiTI


UNE PAGE D'HIISTOIRE











Salomon, fondateur de la Banque national
d'Haiti. Son caractere.
Sa politique. Dangers de son imitation.



En 1881, j'8orivais, da~ns le jounaxl l'(Eil, les lignes
suivantes :

ae La premidre condlition d'un gouvernmenlet intelligent, o'est
de savoir nottement le but auguel il tend et d'y maroche ii
travers tous les obstacles.
(( Parfois la pensie mdre,1'idbe g6ndrale qlui donne 1'impulsion
& toute administration reside dans un petit grroupe d'hommes
qlui entourent le chef, parfois elle estdans un membre du mi-
nist81re qui domine ses colleagues, rarement ello est danns le
chef de l'Etat lui-m~me.
a Sous le gouver~nement actuel, la pens~e mere qlui dirige 1la
po~litiqlue dun pays est dans le gB1nical Salomon.












LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


a C'est p~ourqluoi de temps en temps, danns les grandos occa-
sions, quand le President ne s'est pas encore prononci, la
politiqu~e a 1'air rle flotter. capricieuse et incertaine au grr6 de
tous ceux quli croient saisir un lambeau d'influence quni semnble
s'offrir h eux. Manis qlu'ils essaient souloment de le saisic ce
lambeau d'influence!...
a( Soudanin, il so d81robe,il se fond sous laurs doigts, qluclqule
fermns qu'ils s'obstinent A les tenir.
a Ce phi~nomine qui les surprend est par~faitement explicable.
a Au-dessus d'eux et de leurs ddsir~s, il y a une pens~e q~ui a
un but 5 attoindre et qui le pursuit. E11e peut se trompe
danns los instruments qlu'.elle emploio. Q~u'importe ? Elle en
choisir~a d'autr~es. Mais rien ne la dl~tournera de son chemin et
de la rdalisation dua progranmme qlu'elle s'est impose!! ,,

Je transcris ces phrases commle je les 6crivais alors.
L'Bvibnement plus tard, dans I'affairee du vol des mandats
B la Banqlue, devait pleinement les justifies. Et je! devazis
8tr~e moi-mime, aux yeux du g~nbral Salomon, un de ces
obstacles qui,10orsqlu'ils se trouvaient sur sa route, 8taient
BcartBs sans mis~ricorde.
Ce n'est pas ici le moment de juger le g~n~ral Sa~lomlon.
J'ai longtemps admirB son intelligence, ses aptitudes
dl'homme de gouvernement. Ma foi en lui etait faite de
cette illusion que les annnies n'ont pas eritam~e -
qu'avec un people facile comme le nitre un chef rbelle-
ment 8clair6, moderne nonl tazill8 sur l'antique patron
des tyrant sachant i peine lire et derire pouvait ais8-
ment faire de nous une petite nationality intitressante,
dig~ne du respect et de l'estime de tous. Mais je n'ai ja-
mais abdiqlu8 ni mon independence ni ma volouti? devant
lui.
Chaqlue fois que je 1'ai cru n~cessaire, soit pour son bien
propre, soit pour celui du pays, je lui ai dit ma pensbe...










UNE PAG;E D'IIISTOIRE~


Et plus tardl, quand, profitant d'une facgon -barbare de la
stupidity criminelle de ses adversaires, il couvrit Port-
au-Prince de sang et de ruines, tant par ma conduite du-
rant ces jours horribles qlue par mon attitude g la. Chazm-
bre, je protestai contre des crimes inutiles et qui, par le
sucobs qui les couronna, devait fatalement servir de base,
chez nous, a une nouvelle cole politiqlue.
1Valheureusement, I'Ha'itien, dans la vie publiqlue it
faut le constater se comporte comme s'il ne connaissait
que deux attitudes : 1'obbissance passive ou la reirolte.
Quand le pouvoir est fort, i l 'encense; il n'y a pas de fla
gorneries dont il ne l'accab~le. Quand il est faible ou
pazrait faible, car, en HaIti, il ne fant jamais trop s'y fier
et un gouvernement soi-disant faible, dans 1'espace
de qluelques heures, se transforme et terrorise il
commence l'attaque par 1'hyperbjole declamatoire, il
I'achbve dans les rues la carabine d la, main. II suffirait
pourtant d'un ou deux hommes intelligents au pouvoir -
ennemis de la license qui n'est que du servilisme d~guis8,
mais resolument disposes i faire servir la, force au profit
de I'autorite, qui est i la force ce qlue 1'bme est au corps
- pour reformer, peut-8tre en un rien de temps, le carac-
tihre national et lui donner la, solidity! et~l'6nergie qui lul
manquent .
Mais Salomon, 61ev6 dans les traditions du despotisme,
n'ayant jamlais pratiqu6 que la force, ne supportait ni la
discussion ni la contradiction. L'objection le trouvait
railleur et meprisant. Accentuie et devenue opposition, elle
le faisait bondir de colBre. Si l'imprudlent nie rentrait: im-
mibdiatement dans les rangs, terrific par les Eclats de sa










LA BANQUE~ NATIONAL D'HABITI


voix, la nature de Salomon r'eprenazit le dessus : nture
concentree, tass~e, repli~e sur elle-mdme dans une longrue
meditation, dans un tite-a-tite avec soi-mdme de plus de
vingt ann~es, l'tim~e braille et rafraichie en mime temps
palr I'azttente du pouvoir. Le pi~ge habilement dissimule,
la trappe qlui s'ouvre au moment oit le coeur est le plus
conflant, la toile d'araigrnte si finement tissue qu'on ne la
volt qlue lorsqu'on est pris dans ses mlailles impercepti-
bles, la legion d'espions nuit et jour attazch6e & vos pas,
yous suivant partout, mime dans la famille, I'8pouvante
savamment dose, enfin tout ce qlue l'ing~niositi! la plus
raffinee peut river et dire dans la banale rh~toirique de
convention enve~lopliait l'infortun8 et lui faisait une
existence insoutenable et mis6rable. C'est ce qlui constitute
aujourd'hui, aux yeux de certaines gens, tout le fond,
tout I'esprit de la politique dite salomonienne.
On va jusqlu'ti 1'offrir,, cet~te politiqlue, A I'adlmiration,
d l'imitation de nos hommes d'Etat presents ou futurs,
parce qu'elle a pu se maintenir durant nieuf annnbes, ce
qlui est une 6ternite et semble prodigieux i nos cervelles
halitiennes. Mais, qul'on me pe~rmette de le d601arer, Je
crains fort qlue 1'on ne se fasse illusion. A part la repul-
sion qlue I'emlploi de tels moyens doit soulevrer, je cr'ois
qlu'il y a un v:8ritab~le danger h recommanderr une sembla-
ble politique, ii la prbner A ses amis, A ceuxs dont on dB-
sire la conservation lu pouvoir.II est futile de r~p~ter qune
tant vaut I'ouvrier, t~ant vaut I'instrument. Pour~tant ici
e'est absolument le cas, et tous ceux qui out appr~ochi le
general Salomon reconnailtront qlu'il 8tait; un machiav61i-
qlue, mais excellent artiste dans le r'01e qlu'il s'etait choisi.










UNEi PAG;E D'H-ISTIOIREI


L'gme h~umaine ne comzporte qlue trois notes, l'enthou-
siasme, I'intbr~t on la peur. Il n'y a pas d'homme qui soit
insensible i l'un on l'autre de ces sentiments. Le tout est
de savoir faire vibrer la note just, la note appropriate B
1'individu. Nill ne poss~da mieux cet art qlue le g~nBral
Salomon.
Ruse par temp~rament, mettant tout son amlour-
propre I prouve r qu'il 6tait le plus fin, le plus fortl, cyni-
qlue au1 delAi de toute expression, jusqlu'h la sinc6rite, il ne
vivait litt~ralement qlue pour la politiqlue. Avec cela per-
sonne ne portait plus loin que lui 1'Anergie dans le tra-
vail. La nuit, dans son lit c'est une histoire connlue -
ti la portbe de sa main, il gardait toujours une ardoise
d'Bcolier. Une id~e, une pens6e qluelconque lui venait-elle,
il saisissait I'ardoise, et, dans l'obscurite, tragait quel.
ques lignes, lettres informes qui devaient le g~uider dans
la besogne du lendemrain.
Ainsi d~vor8 par sa passion, tout entier ti sa t~che,
il meprisa it la richesse et le faste. Dans un pay soft les chefs
d'Etat, les hommes au pouvoir, ne semblent avoir d'autre
fonotion qlue colle de caissier infidlele, Salomon, disposant
de tout et faisalnt tout plier sous le poidls de son a~utoritB,
est mort relaltivement pauvre. Ses habitudes dl'8conomie
presque par~cimonieuse et ses Emoluments pendant neuf
ann~es de gaouvernemlent expliqluent la fortune qlu'il a
laissbe.
Mais cette politiqu~e tortu~euse embrass~e par lui l'obli-
geait i un grand effort, i une tension d'8nergie sans cesse
renouvelee. lItne pouvait non plus fonder rien de dura-
ble, rien qui ditt lui survivre. Et, le jour Tue la maladie










LA~ BAJNQUEI NATIONALE D~'IIAZTI


1'a courbi: sous sa main, toute la machine s'est d6traqun~e,
car o'Btait lui seul q~ui la soutenait. C'est, au reste, le chd-
timent de tous les pouvoirs. despotiqlues de so: consumer,
de s'Bpuiser dans des d6penses disproportionnbes et inuti-
les. La lutte perp~tuelle est leur lot et I'insomnie qlu'ils
infligent aux autres, ilsla. ressentent les premiers.
Ily a une voie meilleure, plus habile mime et moins
compliqui~e: c'est celle d'un gouvernemnent oit P'homme:
tout en 6tant, comme Salomon, stbrieusement i sa besogne,
tout en mettant toute sa volonte, tote son 8nergie A l'ac-
complissement de son devoir, tout comme il aurait fatit si,
au lieu d'8tre ministry on president, il 6tait responsible
d'int~rits priv~s, y met en m~me temps sa conscience et
son coeur. Une telle administration serait trbs for te, plus
forte assuri~ment qlue n'6tait celle de Salomon, car le tra-
vail, fortifi(? par 1'intelligence, une intelligence croyante
et g6nbreuse, non pas 6goiste et sceptique, doit dlominer et
mettre a la raison toutes les mauvaises passions qlu'elles
qluelles soient.
Aussi est-ce plutit par paresse, par laisser-aller qlue
l'on2 a vu, en Ha'iti, certain hommles rbputBs intelligent se
conduire si bitement et si violemment au pouvoir. Ne pas
uouloir travailler, ne demanded i la fonetion qlue les plai-
sirs gr:ossiers et matbriels qlu'elle peut procurer, tout le
mal est IA. Le despotism est le gouvernement simple,
616~mentaire par excellence, se dit-on. Ci'est celui qui a Panir
d'exiger leP moinsr depffortsdla r paI rt dies gouvert, nants.
Voild pourquoi on y verse si aishment.
Le systime despotique de Salomon, il faut appuyer 1d-
dessus, ne serait-ce qlue pour dcoourager ceux qui nie sa-










UNE PAGEIi D'H-ISTOIREi


vent pas observer, 6tait bien plus compliqu&, bien plus
savant, et il ne partait surtout pas de 1'impossibilit8 de
faire autre chose, ce qui est souvent le cas de I'ignorant
qlui arrive aux affaires. Il n'6tait pas instinctif ; it Btait
voulu et il lui a toujours exig8, en some, plus de travail
qu'un syst~me plus humain n'en eht demand. C;'Btait
celui d'un esprit tris souple, tres d61ie, fauss6 dans ses
origins, soit par une trop longaue frequentation du pou-
voir dictatorial de Soulouglue, soit par des blessures
d'amour-propre encore vivaces.
Or, pour imiter sa politiqlue avec quelglue sucobs, il fau-
dlrait avoir quelques-unes de ses qlualiti~s... Oh est l'homme
possddlant la. volont6, I'8ne~rgi~e, la dl6cision surtout de Sa-
lomon ? Souvent it est indifferent d'aller R droite ou a
gauche, mais ce qui importe, dans la vie publique, c'est
d'aller i droite quand on a r6solu d'aller .l droite, et non
d].e s'y engager avec hibsitation, comme si on regrettait de
ne pas aller du cit6 oppose. C'est par li qlue nous pi~chons
tous et les rbeents 8v~nements de notre dlerniidre guerre ci-
vile I'ont bien d~montr8. Salomon n'avait pas ze d6faut. C~e
qu'il voulait, il le voulait bien, jusqu'd 1'entitement, jus-
qlu'8]'obstination, jusqu'au mbpris de tout scrupule. C'est
ce sentiment pouss6 g l'extridme, cette confiance absolute: en
soi, cet orgueil de ne pouvoir se tromper, qui explique la
grande et longue faveur dont certain individus ont joui
pribs de lui. C'est ce qlui explique aussi que, dans I'affaire
dlu vol des mandants i la Banqlue, il ne songelit h rien
mloin~s qu'Asupp~rimer les dkput~s gdnants.
J'insiste sur son activity, ses facult~s de travail, son
ambition du pouvoir, ambition abssolument expurgbe de la










LA. IBANQUE NATIONAL D'H-AITI


basse passion del'argent, de cette soif d~gradante dlel'or
qlui, chez un chef d'Eta~t, fait I'effet dlu crottin sur du ve-
lours. Oh est I'homme qlui posside ces qlualiths-14 ? Et, si
un homme les posshdie, combien pr~f~rable pour lui-
mime, pour son pays, qu'il les fasse servir au bonheur de
ses concitoyens plut~t qu'di leur ruine et I leur avilisse-
ment!
On a souvent accuse ~Salomon d'avoir eu des pr~f6-
rences m-arqlu~es pour les 8trangeprs plutnt que poulr ses
concitoyens. Et, de fait, son gouvernemenlt a 6tB plus fa-
vorable A ceux-li q~u'aux HaItiens. It me semble que 1'ex-
plication de cette pr~f~rence est facile g donner.
Salomon 8tait trop habile pour ne pas savoir qu'il est
pazrfois prudent de connaitre la vbrit8. Difficilement, il
pouvait 1'entendre dans son entourage. Ilcomptait qu'elle
lui arriverait plus aishment par I'6tranger. Cette esp8-
rance i6tait le plus souvent trompe, car I'6tranger embol-
tait le pas ri I'Haitien, et parfois, dans cet-te course g la
flatterie, ille d~passatit.
Tel fut le fondateur de la Banqlue national d'Ha'iti. Ne
possBdant, au surplus, aucune notion financiere et ne s'en
eachant pas, il accept, sans dliscuter, 1'aeuvre du Cr6dit
industrial de Paris et crut, peut-8tre, en en dotant son
pays, lui faire un patriotiqlue cadeau.



















L'opinion publique et la Eanque national
d'Haiti, Illusions et disillusions.
Agiotage et papier-monnaie. Statuts
de la Banque.



F'ond~e en 1880, la Btanque nationaale d'Haiti, d~s son
installation, fut I'ob~jet d'un enthousiasme universel et de
command. Personne, au dbbut, ne songea a signaler les
nombreuses dbfectuositbs de ce contract 160nin qlui sem-
blait avoir 6tB r~dig6 palr un dliplomate, leqluel, de sa vie,
pour rappeler le mot de Bismarcki, nz'avait vendu unz ch1e-
val. L'enthousiasme nait vite sous notre soleil alux reflects
m~talliques plus aveuglants qjue I'azcier. Nous sommes
du midi et d'un midi bien soann pour les entrainements
irr~sistibles. Mais nos dieux du jour ne voient pa~s sou-
vent le cr~puscule.
Or, voici ce q~ue je lis deux anls apris dans un journal
de Port-au-Prince :

n Lajo~ie une les adversaires de la B3anque manifes tedt l'idl~e
qune les d6puut~s vont pouvoir, grrfice au concours pratiq~ue du co











LA BA8NQUE NATIONAL D'HIAITI


mzite' dont nous avons annoned! la formation, entamer une cam-
pagne decisive contre? ce monopole exploiti?, si fataloment pour
le pays, nous impose 1'obligantion de tenir les mannndtaires de
la nation en ganrde contre toutes les dangrereuses propositions
qlui pourraient 8tre soumises & leur examen.
ac Dans un article d'une logrique sorr~e, un autrejournal de la
locality trite, une fois doa plus, la Banque en ennemie do notre
credit national, parle des a humiliations fr~cquen tes, n on t l'Etat
a btB victim qluandl il a fait appel h cet 6groiste adlministrateur
des resources du pays, tnulmdre les diverses circonstances
dans lesq:uelles le gouvernement, annihild, arret6 dlans 1'exer-
cice de ses plus justes prerogatives, isol6 une fois sur cingl de-
vant une espice de conzseil de famzille hostile, se voyait pres-
qlue interdit le dlroit de soulover dles affaires. tant Btait cons-
tant de la part de la Banque son dl6sir de prolonger les diffi-
cultes budgetaires.
cc I1 ne saurait done y avoir aujourd'hui, i la Chamlbre, do
division sur 1'urgrence d'une revision total ou illimitbe du con-
trat de la Banqlue...
cc Nous n'avons, pour note part, jamals pens6 autre chose.
Seulement, qlu'il nous soit permis de rappeler qlue cette qluesjtion
de revision que le public reconnatt aujourd'hui devoir Otre
faite sans retard et qlui a valu aux amis sinci~res dlu progrrbs
national tant de col~re et tant de rancunes, no saurnit avoir
d'autre point de ddparpt qlue 1'examen methodlique des clivers
articles du contrat de la B3anque d'apres 1'interpr~tation on
l'application qlu'ils outreque deepuis le jour oh cet 6tablisse-
ment financier a commence; h fonctionner parmi nous.
(( ll nous parait inadmissible qlue des d~putis ne comprennent
pas, 1'mportance qlu'il y a pour eux de suivre cette ligne dle con-
duite, si conform A la dignit6 nationalo, sans sortir de co tor-
rain sur leqluellan question se trouve? placee par 1'opinion pu-
bliqlue avec tant de fondement et sur leqluel il est si aisd de
mettre tout en ceuvre: pour defendlre les dr~oits du pays injusto-
ment 18s~s. R~clamer pour Hai'ti la contre-par~tie des avanta-
ges q~ue la Banqlue retire de son contract et exiger dl'elle une plus
saine et une plus 8cguitable interpretation de ses divecrses
clauses.
cc Nouspensons qlu'il en doit dtre ainsi. La Chambre doit envi-
sager la situation avc calme, mais avec la conscience do sa
responsab~ilit6 et, dans les circonstances prds~entes, il falullo: lui
dire bien haut, cette responsabilit6 est grande. ,,











UNE PAGE D'HISTOIRE


Et plus loin, s'adressant; & la Banque, le m61me journal
lui demandazit :

a( Quelles facilites avez-vous offortes au commerce du pays,
yous qlui vous appele~z la Banqcue nationale?
a Q~uels effor ts avez-vous fits pour maintenir le prix du change
j des tauxi possib~les et arriter la hausse ? N\'etes-vous pas vous-
mimes les promoters de ces coura ruineux par 1'accaparo-
ment des traites que vous faites op~rer par vos agents connus
et inconnus? Ne paralysez-vous pas sans cesse le movement
commercial Q~u'avez-vous fait pour favor'iser 1'agricultur'e,
yous qlui vous intitulez Banqlue d'Haiti ? Quel concours avez-
vous pret6 aux hommes d'initin tive, quel appui a trouv68 aupres
de vous 1'agriculteur, confiant dlans les richesses de notre so1,
qlui est venu solliciter vote aide financii~re?
<< Q~uelle tentative avez-vous faite pour r~veiller parmi nous
1'esprit d'association, ce puissant levier dles peuples jeunes et
avides de pro'grbs5 ? Si vous aviez compr)1is votre mandate, com-
bien de Socidtes incdustrielles, maritimes, agricoles, commer-
ciales auraient surg~i h eit0 et par vous?
(( Comment avez-vous cherch6 h dl~velopper la mobilisation de
la fortune immobilibre ? Quel accueil avez-vous r~serv4 aux
propri~taires qui faiisaient appol a votre caisse en offrannt les
plus brillantes hyp~othcques ?
(( L'escompte mime n'est-il pas devenu entre vos mains un
moyen d'inquisition ou de pression au lieu d'8tre un instrument
favorable aux intir8ts de la g~ndralitg ?
(( Qu'alvez-vous fait pour les porteurs de titres? Quels sont les
prets qu~e vous avez consentis?7..... Comment avez-vous aid8
1'lltat h sortir de ses difficult6s budgptaires, 4 consolider son
credit, h satisfaire ses ongagements envers ses serviteurs ?
a( Quelcqu'untenterait-ild'6 tablir une Compagnie de transports
maritimes porur le service des ports do la cite et de la R~pu-
bliqu~e voisino, inutile qu'il pense! In laanqlue d'Hla'li pour
patronner ou lancer 1'affaire.
a Songerait-on h organniser une Socibti: agricole pour favoriser
les millier~s d'op,8rations quai n'attendlent qlu'uno aide au dibut
pour devenir prosp~ros; g~ardez-vous de vous dresser h la
Banqule dlite de Hlalii; ses fonds vous seraiont impitoyablament
refus6s.
a Voudlriez-vous mont~er une exploitation industriello, cons-











LA BANQUEi NATIONALE D'IHAITI


tr'uire dles march~s, entreplrendlro 1'6clairagre public, border uno
usino dans un contr~e p~roducteur, dl~velopper 10 culture de tel
on tel article dl'exportation, ne comlptoz jamais sur la B~anqlue
dlite do Hola'ti, cos operations no sont pas do sa comp6tence.
a Malris arritons l6 cette longu et etriste bnumbr~lation de dicep-
tions 6prouv~es par 10 pays. Le moment est venu de chercher
le rem~do en profitant de l'exp~rience acqutise, et, aussiti~t
trouv8, de 1'ap~plign~er sans retard.



a Q~ue la Bnacnue change ou nonl le lignae de conduite, pen
imp~orte. Une question quni nous panrnit beaucoup plus intbres-
sante, c'est celle d'ar~river i riorganiser aupri~s de 1'O'tat 1'bta-
blissement financier qlu'il avait rdv4, nous voulons dire uno
B3anqlue sinc~rement d~cidiee h faire d'abordl les affaoires du pays,
A nie point perdlre son temps en discussions irritalntes, en pr6ten-
tions pueriles, et h nous t6pa',rgner' de nouvelles humiliations.
a~ Nous avons 1'absolue conflance que l'autoritB supi~rieure,
c'est-&-dire le ministiare des finances, quni doit p~rononcer en
dernier resort sur les propositions A d~battre, prendra, qluoi
qu'en dise la Banqu~e, en tris si~rieuse consideration les ensci-
gnements fournis panr le pass. Nous arons la conliance qul'aul
ministire on y~oudra bian aussi tenir compete de la discussion
qu~i s'est P1eviBe, et se poursuit encore, control los projects de ila
Banque, et re~marquoer que 1'opinion publiqlue et celle surtout
des hommes comp~tents, nous vonulns dire des ndgociants, do
touls coux q~ui sont aDppl6E A so servir de ce rounge commer-
cial, et pou~r lejcquels, en fait, elle a i4t8 cri4Ge, n'est 'point du
tout favorable h la concession de nouvelles prdlorogtives h
notro 6tab~lissement de crcidit, avnlnt qul'an nit regu1 qluelques
galranties de compensation positives.



(( No's con tradicteurs on t sur c~e poin t un hIrs singulier raison-
nement; ils dlisont : a Q~uoi voild dles plans do riformos conctus
par dles finantciers trds habiles, docs avantagnes offers par' la
Banque et des puissants capita~listes, et vous, profanos, y~ous
vonoz con tester leurs pr1ojots at contrcanrror leur cmuvro. ,,
a( Nous en demandnc o nq Lien pardlon A ceuxs qui ranisonnont
ainsi; mnais nous dlevons leur dire qune o'est raisonner fauxs.












UNE PAGEi D'HIISTOIRE


Qu'ils soient aptes et tr~s habhiles i faire leurs affaires, at dl'une
science indiscutable; le public les a vus i 1'o uvre et est fix6
sur leurs m~rites. Mais li n'ost point la question; elle se r6sume
tout entire en ceci : Cet 6tablissemenlt de orddit, tel qu'il fone-
lionne pour nous, est-il I'instrument qlui convient au pays et
qluelle est la, direction qlu'il convient de lui tracer ?
<< R~amende i ces termes,1la question, comme on voit, change
d'aspect; et, pour y rklpondre, il faut en faire une autre, qlui est
celle-ci :Qui est appel86 t so servir de la Banque qlue le gou-
vernement a voulu crder ?
<< Iln'est personnel qui ne r~ponde immrddiate ment: Co sont les
commergannts. Et, alors, logiquement, il faut adlmettre qlue
I'opinion de ces commergants a qluelq~ue valeur, mime la plus
grandle valeur. Et on 1'a si bien compris qlue le public a
cd~sign8 une commission de n8,gociants, hommes comp~tents
at pratiqlues, pour Btudlier cette affaire do si grandol impor-
tance.
<< Done, puisqlue c'estpour des commerants, pour coux qluiont
hocsoin du credit financier, qlue 1'on a 6tabli la. Banqcue; puisqlue
ce sont eux qui sont appelBs i l'utiliser, on est forci: d'adlmeltre
qlue leur avis, en 1'espace, ait une grande valeur. Eh Ibion!
n'a-t-on pas lion d'etre frapp6 de 'l'unanimzte avoc laqluelle ils
ont tous dlit: (c Le mode d'op6rer de la. Banque ne rdplondlpoint
aux ndcessitgs dlu pays n, et de 1'unanimit8 non moins grande
avec laquelle 11s out demanded des reformes at une exploitation
dliff~rente des clauses de son contrat.
<< II serait done trop singrulier qlue, qluand, sans exception au-
cune,1les commeran ts viennent dire :< point pratiqlue, et non seulement ce n'est point p~ratiq~ue, mais
dleviendra, par certains cites, p81rilleux n, ce serait, r6p~tons-
nous, assumer une bien lourde responsabsilitd que do passor
outre.
< esprit si clairvoyant, y ra~ldchira et evitera dre prolonger une,
situation en antagronisme avec tous les intb6rts pour losquals
il s'efforce de travailler, ot qlue la Chambre saura d6cider dans
le sons indiqu6 par les hommes pratiqlues at sincitoment
dd~vouds au progr6s national.

Dbljj, on le voit, on demande d la. Chambre d'intervenir;
on lui demlande de mettre son autorit6 et sa situation a











LA4 BANQUET~ NATIONAL~ D'H-AITI


service de I'intbri~t general q~u'elle a mission de sauve-
gardler. C'est A elle qlu'on s'adresse pour lui dBnoncer une
convention qlui ne satisfait ni le g~ouvernement, ni le com-
merce, ni aucune docs branches qlui constituent I'Etalt.
Mais cette convention existe, elle existe pour cinguanlte
ans, et el1e ne peut 4tre modified qlue du consent tement ex-
pres, formel, des dleux parties. Et qlui peut penser, periser
une secondle, qlue la Banque abandonne de plein gr6! une
parcelle qluelconque du terrain qui est 18galement saz pro-
pri~t8? A moins que, par sa propre faute, unle de ces
fautes improbables dans une administration correct, elle
ne soit amenbe h subir des modifications imposes par
une n~cessiti! -r~Be par elle-mime, les esprits judicieux
de la Chambre ne voyaient pas les moyens qui pouvaient
s'offrir g eux; pour donner satisfaction auxl vceux de 1'opi-
nion publique.

c Sur qluoi comptait le gouvernement se demandalt
un autre journal en faisant avec la B3anque un pareil
traits!?
(( 11 comptait dl'abord et avant tout sur une circulation mond-
taire 6tendlue et en ral~port avec los besoins dlu pays. 11 ponsait
que les billets de la nouvelle B3anqlue venant remplacer les
monnaies 8trang~res, et qlue la nouv-elle mounaie nationale,
gale aux meilleurs types dles Etats-Unisj ou du M~exique, ve-
nant faire! concurrence A ceux-ci, le be~soin die n~umbra~ire serait
satisfait et les dlenrees s'6couleraient facilement.
a II comptait eanuite sur les avances do la Banqlue, 1,590,000
franncs d'abord, et bien davantagre ensuite, au fur et :I measure
que ses operations s'6tendraient et deviendlraient fructueuses.
U' pensait pouvoir alinsi faire faceanu service do ses dzux dottes
int81rieure et extirieuroc, de maniiare h coupecr court & la di~so-
lante usure qui si~vissnit h Port-au Prince cL ;i firie preuve A
1'6tranger d'un credit srideux. Par co moyon, il trouverait danns
ses emprunts A la Banque un7 secours temporaire pour at tendre











UNE PAGE D'HISTOIRE


un meilleur rendement des imp~ts, qu'il so proposait de rema-
meor.
(( It comptait enfin qlue la Banqlue preterait 1'argient au com-
merce, ferait en grnndl 1'escompte et le va-et-vient des metaux
precienux, favoriserait les Societes agricoles, celles des chemins
de fer, et g~ndraloment toute~s les g~randes entr~eprises qui sont
indispensables au rel~vement d'Hai'ti.
(( Sur tout cela, qlu'a r(Salis8 la Banque national? Si 1'on
Beoute la presse cl'Ha'iti, ce serait peu de chose.
a E11e a fait le service de la tr~dsorerie.
a E11e a avanc6 i 1'Etat 1,590,000 fr.
a Elle lui a avanc6 d'autres sommes, designdes sous des nu-
mdros dl'emprunt 1 g 12, et elle s'en est fait excitement rem-
hourser aux Bcheances.
a( Elle a realise une premiere operation de frappe des nouvel-
les monnaies.
a Enfin, elle a ouvert qluelcques competes i des particuliers,
miais en petit nombre.
a C'est 15, dlu moins, ce q~ui r~sulte des situations officielles
qu'elle public chaqlue mois, et parfois toutes ensemble.
a( Par contre, voici ce qlue la Banqlue a nB~glig6r de faire :
(( Faute d'avoir secouru 1'Etat, il ya 3en ce moment deuxr se-
mestres arribrBs dre la dlette de 18'75, celui du for juillet 1882 et
celui dlu for janvier 1883, ce qui rend le cr'Pdit d'Hni'ti au moins
dlouteux sur tous 6 lesmach6s d'Eurlop~e, et de P'aris particuli8-
ment.
a Faute dl'nvoir ouvert ses caisses i l'escompte des bons de
traitemlent on fournitures dlu gouvernement, elle laissa P'usure
trafigu~er A vil p~rix, souIs ses yeux, de la signature de 1'Etat,
qlu'elle Btait avenue sauver.
(( Faute d'avoir aid6 qui qlue ce soit dans les enterprises agrri-
coles, forestibres, commercials ou industrielles, il ne s'est rien
fait dlepuis dleux ans dlans le sens du relivement dl'Hai'ti, pas
mime dles Soci~tes d'4dtudle on dle navigation.
a Mlais, en revancho, on d~it qlue la Banqlue a gngrn6 plus d'un
million do francs sur la fpappe de 700,000 gourcles anciennes,
lesquelles vonlaient au~ titr~e argrent 5.30, tandisqcue les nouvelles
no valaient riellement au titre argent que d.85. Et on ajoute
qlue o'est hi sa scule et unique operation, qu'elle tente de renou-
veler on ce moment, et en change de. laquelle ello feral, peut-
8tre une nouvelle avalnce i 1'E~tat dans los mimer: conditions
qIue la premi~ro fois.











LA BANQUEi NATIONAL D'HAITI


Enfin, voici la conclusion qlue je trouve :i la suite d'une
lougue (ttude sur la. Banqlue et ses opErations :

a La crise d'Ha'iti, dit 1'auteur, vient du di~faut de travail
et du defaut dl'exploitation des richesses du pay~s, o'est-h-dlire
d'un sol 10 plus riche du monde entier.
a On a cru la conjurer en suppr~imant 1'ancien papier-mon-
naie, en creant une monnaie nationale et enfin uine Bannqueqlui,
tout h la fois, meltrait 1'ordre dans les recettes et les di~penses
de l'Etat, 6mettrait des billets de banqcue serioux ot ramenerait
le numbraire dans le pays.
(( Cette creation de la Banqlue d'Hal'li a ete manl combine de
la part de ceux qlui l'ont coneuae. Le capital est trop faible, le
secours donn8 B 1'Etat est trop mesqluin, les administrateurs
sont trop tialides.
a( II faut de deux choses 1'une : on qlue la Banq~ue double son
capital, ou qu'elle Bmette des bons d'olle-nimem h 6poqule fixe
pour suplP08r h Finsuffisance de ce capital; mais, d'une faqon
comme de 1'autre, il faut qu'elle verse tous ses fonds dans les
affaires d'Hai'ti, se solidarisant ainsi avec le orddit de son pays
- d'adoption; elle ne peut prendre une attitude indifferente,
bien qu'elle doive reserver avec soin sa personnalite dlistincto
de celle du Tresor et du gouvernement hardtens.
<< La Banque a deux huts auxqluels elle ne peut se soustraire :
mettre h niveau le credit de 1'Etat qu'ello soutient et tendre la
main auxv particuliers pour developper la production natio-
nale. Si elle ne peut pas atteindre ce double but, il faut qlu'elle
liquid et se retire, car el1e tournera iAvidemment dans un cer-
cle vicieux qui sera celui-ci : attendre pour semer des fonds,
qluele sol d'Har'ti produise, tandis qlue le sol attendra pour
produire qlue les fcnds soient sem6s. Ha'iti est purement agri-
cole, ne cherchons pas les moyens factices; le commerce ne
sera de longlemps que celui des products nationaux. Mlais il est
si facile de les faire naltre. Et quannd on a devant soi 1'exem-
ple du pass, peut-on h6siter ?
(( Nous sommes convaincu qu'en France beaucoup de capita-
listes sont disposes i s'eng~ager dans les affaires d'Halti, mais
la situation financi~re est oin obstacle.
a Nous sommes convaincu C4galement qu'une revision du
pacte constitutif de la Banque est indispensable afin de l'ele-
ver au niveau do sa mission. Ceci n'a rion d'6tonnant, la Ban-










UNE PAGE D'H-ISTOIRE


que de France et le Credit foncier de France se sont modlilids
dix fois en dix ans avant de trouver leur assiette.
a De plus, s'il plaisait aux dieux protecteurs d'Haiti de lui
envoyer un grand financier, cette assistance oblehte ne serait
pas d'un mince secours.
a( Har'ti renferme en soi tous les 616ments de la prosp~rit6,
mais le difficile est do surmonter les premiers obstacles. Nous
somnmes certain que par le bon accord on y arrivera. u


Ces extraits 6tablissent ce que je tiens h dlmontrer que,
deuxr ans i peine apris son installation, la Banque 6tait
attaqcuebe de tous cit~s et qlu'on lui reprochait de n'avoir
r6alisi: aucune des p~romesses qlue les f~jes appelbes B son
hapteme par le g8npral Salomon avaient si lib6ralement
laiss6 concevoir. Il existait un malaise, une hostility: ac-
centubs contre elle. Je veux croire qlue dlans cette attitude
il n'y avait pas seulement I'int~ret g~nibral on mime
l'intirit priv8 dans ce qu'il a de m~ritoire, de digne d'8tre
encourage, quand, par example, o'est le cri du commer-
Cant r~clamant une situation Bconomiqlue plus appropriibe
R ses besoins et de I'industriel qlui, da~ns sa d~tr~esse, frappe
vainement d toutes les portes.
J'admets que les situations g jamais perdues, la manli-
pulation des deniers de l'Etat enlev6e i certaines mains
qui en retenaient de temps en temps quelques bribes,
talent 6ti: pour une part dans I'animositi: que la Banqlue
rencont~rait. Mais ces 616ments n'i6taient qlu'di 1'Btat d'al-
liage et dans de foibles proportions dans la concordance
des rancunes et des d~sillusions. Le sentiment g~n~ral
Btait vbritablement hostile A la Banqlue. On demandait la
modification d'un contract hhtivement conclu et qui ne sa-
tisfaisait plus personne.










LA BANQUE NATIONAL D'H-AITI


En effet, constitute au capital nominal de dix millions
de francs, dlont cingl millions appel~s, la Banqlue, db~s
cette 6poque et jusqlu'd ce jour, n'a profit de son privilege
que pour faire tout tranquillement son service de trbso-
rerie d'Etat et d~velopper, dans de vastes proportions, les
d~plorables habitudes d'agio quni sont revenues la r~gle
du march de Port-au-Prince. Je ne vceux pas dberire tout
ce qui se passe dans cette ville, sous les yeux et sous le
patronage, en q~uelgue sorte, de la Banqlue. Ceux pour
I'enseignement de qlui j'Bcris, les petits n~gociants en g~ros
et demi-gros, ne le savent que trop. La speculation a tout
envahi et elle se fait sur une Bohelle si effrayante qu'on
peut, sans 6tre proph~te, pr~dire avant long temps les pires
catastrophes.
C'est presqlue toujours le modest profit du c~ommergant
r~gulier qui alimente les differences de I'agio. C'est sur
lui qlue porte tout le poids de la spboulation. Engagi: dans
des operations i terme, il n'a gauire le temps ni le moyen,
comme le spiculateur de profession, de se retourner, de
limiter sa perte : les valeurs qlu'il a achetees ont servi n
payer le cr~ancier d'Europe ou des Etats-Unis, souvent
par anticipation et pour augmennter un cr.,drit qui, en dl~fi-
nitive. sera sa ruine
Le march de Port-au-Prince n'est plus qlu'une vaste
maison de jeu oil o'est Ja cagnotte qlui scule gagne r~el-
lement. Les poutes peuvent avoir un alternate de gains et
de pertes; en definitive, c'est la perte qui domnine. Parfois
on a des dotes, des illusions sur cette fin. C'est une chi-
mere dangereuse et un peu d'alttention suffit pour la dis-
siper.










UNE PAGTE D'H-ISTOIRE


Mais la cagnotte ici, c'est le corps des banquiers, des
spioulateur's, ce qu'on appelle le haut commerce. Le ponte,
toujours plume et revenant toujours s'asseoir devant le
tapis vcert, c'est I'importateur, celui qlui bitement fait son
prix de revient, stipule un benefice qlui, aujourd'hui on
demain, ira engraisser Ila bienheureuse cagnotte. C'est ce
qlu'on appelle le petit commerce.
Les chances, on le sait, ne sont jamais gales entire la
cagnotte et le ponte. Elles ne le sont pas davantage entire
le haut et le petit commerce. Le sp~culateur qui a man-
qlue de flair, qjui a mal mesur8, selon l'expression consa-
crBe, la hauteur du soleil, en est quite pour se retourner
et faire immbdiatement la part du feu. Le petit commer-
Cant, Illi, prend le plein bouillon. Autrement dit, une
affaire de 50,000 francs, je suppose, quni tourne mal ne peu~t
jamais donner plus de 5 0/0 de perte B un sp6culateur au
fait de son m1Itier. Au petit commergaznt, elle peut infliger
jusqu'd 40 0/0 de perte. Et on saisit pour~quoi il en est ainsi.
Les vazleurs du spboulateur sont liqluides; il les a en por-
tefeuille on en credits de tirag~e. Tel n'est pas le cas de
I'importateur. Il a cru, par exem-ple, h la hausse et il a
acheti! &terme; les traites acheties ont 6tB immbdiate-
ment exp~dibes aux crt~anciers de P'8tranger qui doublent
les credits et excitent aux achats. C'est la vente de la mar-
chandise qui doit en couvirir le montant; mais la baisse
survenant, les prix degringolent rapidement; I'acheteur
s'abstient; les concurrents, pour 1'attirer, escomptent
meme une plus forte baisse du change. Sans computer qlue
ces speculations sur le change desorganisent le march en
provoqluant aux importations exagbrbes. Ce qui fait qu'il










LA BANQUE NATIONAL D'HABITI


y a toujours i Port-alu-Prince dixe fois plus de marchan-
dises gile la consommation n'en demand.
Supposons, au contraire, que 1'importateur, unle fois par
hasardl, ait bien opeBr et que la hausse soit venue. L4 en-
core, il ne peut jouir entierement de son profit. Comme il
a peur d'une reaction et qlue la, realisation de la marchan-
dise deemande du temps, il sacrifice les trois quanrts de ce
profit pour aller plus vite. C'est pourquoi il est commun
d'entendre dire de quelglu'un qlui brt~le son stock : 11 a
achetet d es tranites ci bo~zn mrc72e'! Cela n'est pas toujours
vrai; mais, en admettant que c~ela soit, yous voyez le dB-
sordre qlue la speculation jette sur la place en 1'obligeant ;i
mettle ses prix au niveau de ceux d'un ponite qui vient
dl'abattre neuf.
Un des grands bienfaitsqcue I'on comptait voir la Bannque
ri~aliser, c'Btait de donner plus d'61asticiti: aux affaires en
general, leur imprimer une impulsion plus vive tout en
6tant honnite et morale, si je puis m'exprimer ainsi. Com-
ment I'institution a-t-elle tenu compete de ces aspirations?
Lors de la creation de la Banque, il ne faut pas 1'oublier,
le papier-monnaie n'existait pas, et certes chacun pouvait
penser qlue l'institution nouvelle marqluait la rupture
complete, definitive avec les errements du passe Je ne
veux pas dire qlue la Banque a contribu6 au r~tablisse-
ment du papier-monnaie. Mais je crois qu'elle pouvait h
ce moment-14 trouver un mode qlui permit au gouverno-
ment de vivre, de combattre 1'insurrection sans recourir
d cette f~icheuse extr6mit8. Loin de 18. Elle subit la vio-
lation manifeste de son contract, empocha les commissions
qlue lui procurait; 1'8mission du papier-monnaie et plus










UNE PAGCE D'H-ISTOIREi


talrd en r~gularisa l'usage en patronnant une nouvelle
mission. Le vulgaire pouvait-il s'empicher de penser
qlu'elle etait de coeur et d'ame avec la speculation qlui, elle,
professe que, si le papier-molnnaite n'ewistait pas, ilfau-
dlrait I'inventer !
J'admets qlue la ~Banque fi~t imp~uissante A empicher la
creation du papier-monnaie, ce qui est loin d'0ltre prouvi:;
mais ne lui incombait-il pas de chercher g en r8gulariser
le course, d'empicher qlu'il ne devint un instrument d'agaio
absolument mortel pour le pays, on tout au moins d'een
att~nuer les effects le plus possible On trouvera, ri la fin
de cet ouvlarage, un1 tableau des variations du change de
1'annie 1878 L l'annbe 1886 et deux articles dans lesqluels
j'essayais d'intbresser la Banque A ces idees.
Or, il est av6ri: qu'elle n'a jamais rien fait, Je papier-
monnaie 6tant r~tabli, pour empicher ces grandes flue-
tuations du change, si dbsastreuses pour ce qu'elle appelle
abdaigneusement le petit commerce, petit commerce assu-
r~ment plus digne de sympathie qlue la speculation 6ner-
vante et d~moralisatrice, telle qlu'elle r~gne &i Port-au-
Prince et, sur une moindre behelle peut-i6tre, dans les
principles villes de la R~publiqlue.
Je prie de remarqluer que je dlis pou emzpbcher' ces
granzdes fluctuations duz change ; je ne dis pa~s pour
am~ener la baisse du change. Oh I tout comme-un sp~cu-
lateur qui a ses combinaisons, tout comme un ministry
des finances peu au courant de la question ou mal inspire',
Ia Banqlue op~re parfois la haisse; mais la hlaisse et la
hausse sont les deux formles de l'agio. Ce sont les deux
tableauxi de la Banque... Ai ce baccara du change.










LA BANQUE NATIONAL D'H-AITI


Ce qlue le malheureux importateur desire, ce n'est, 4
proprement parler, ni la hausse ni la baisse. C'est la sup-
pression autant qlue I'on peut et la. Banque certaine-
ment le peut dans une large measure de ces variations
dtbsordonnbes qui troublent son negoce, I'atteiganent pro-
fond~ment dans ses int~rits et font de lui le pire des spe-
culateurs, celui qui joue sans atout dans les mains. Ce
qul'il desir'e, ce n'est pas qlue le change soit ,i 10 ou d
40 0/0; :'est que, soit i 10, soit i 40 0/0, il s'y tienne pen-
dant qluelque temps, oscillant normaalement de 2 ou 3 0/0,
selon les nouvelles des provinces on les avis de l'Btranger.
En un mot, il demande un pen plus de fixit8 dans les
cours. Autrement, touttravail regulier devient impossible.
Soutenir qlue ces fluctuations soient la consecquence des
fluctuations du march6 des cafes, est un cliche bananlqu'on
ne sert mime plus aux provinciaux arribrbs. Je ne dis pas
qlu'elles n'exercent absolument aucune influence sur les
course. Mais je pr~etends qlue cette influence n'est que re-
lative, et, en tant que baisse on hausse qlue peut subir le
produit en Europe, ne compete vraiment pas. La baisse: et
la hausse servent de levier a la speculation, mais nie 1'in-
fluencent pas par leur action propre. Elles peuvent 8tre
un effet; elles ne sont jamais une cause. On les exploit
comme on expsloite une nouvelle, un renseig~nement Vra3i
on faux pouvant alimenler l'agio. Ce qlui le prouve, o'est
qlue les fluctuations du change nie sont jamais en rapport
avec les fluctuations du caf6. Et telle est maintenant la
conformation du cerveau dlu petit commergant qlue la
monomanie du jeu a saltur8 dans ses moindres cases,
telle est sa nervositi: maladive de d~cav8 perp6tuel, qlu'il











UNE PAGE D'HISTOIRE


lui suffit de voir passer quelques courtiers aff'ectant un air
myst6rieux, se chuchotant quelques mots qui sont evi-
demment destinbsi d tre recueillis par lui, qu'il lui suffit
de cette mise en sc~ne assez grossiere et qu'il connait
d'ailleurs bien, pour prendre peur on confiance et porter,
dans tous les cas, sa tite a 1'abattoir.
C,'est toujours 1'6ternelle redite...
Qul'est-ce qu'il y a
Hum! h um i mauvaises nouvelles 1 L~e caf6... Havre...
Anvers..., mal. Dix centimes de baisse: 10 0/0 de hausse
sur le change.
Nouvelles de la cite d6plorables... Trop de pluie...,
ne vaut rien pour le caf6 : les graines coulent.
Trop de vent; ne vaut rien..., les graines s'6par-
pillent.
Vous n'8tes pas all6 au wharf du cabotage ? Ii n'y a
pas mille sacs: rBoolte manqu~e.
Vous nie savez pazst La Banque nie vend pas ; M...
est slombre, et vous salvez qluand M... est somlbre 1...
Comment!l vous l'ignorez? H... est acheteur. Et quand
H... ach~te l...
D'oil sortez-vous dond E... est vendeur. C3et E... I il
a tous les secrets du ministry 1...
Qu'il aille 11 droite, qu'il aille A gauche, qu'il soit h la
hausse, qu'ilsoit tila baisse, il en cuit presquetoujours au
petit commergant de speculer, et pourtant il est forci~ment
oblige de le faire, etant donnbes les conditions de son
existence !
En f~vrier de cette ann~te, le change 8tait A 4~3 0/0, et
naturellement le commerce d'importation 6tait surcharge










LA BAINQUE NATIONALE D'HAITI


de traites A ce taux. VoilB qlue subitement, comme un
coup de foudre, eclate la nouvelle qlue le gouvernement
fait un emlprunt d'uln million de gourdes, destine a 6tre
livre aux flames. Une d~gringolade commence, s'accen-
tue de jour en jour et amine le change i 15 et 10 0/0.
Quel sentiment voulez-vous que ressentent ceux sur qui
pise une perte de plus de 30 0/0 ?
Il y a, 1 un deni de justrece, une violation des lois mora-
les qlui soul~ve lal conscience et on compr~end qune les
inflationistes aux Etats-Unlis aient demand qlue, quuand
l'Etat intervient et dbrangae aussi soudainement I'Bconomie
du marched, il soit tenu compete dan1s le reglement des dettes
contracts en un papier dlCpr~cii6 de I'agio sur f'or i
1'6poque de la naissance dles creances. II ne serait peut-
itre pas Ai blidmer le tribunal qlui, s'appuyant sur de sem-
blables 616ments d'appr~ciation, rBduirait une dette de
toute la diffi~ren~e de changeF du jour de la. naissan~ce du
contract au jour de son execution.
Sans doute, i defaut d'une institution de credit qui sou-
tienne le course d'un papier-monnaie, il est permis A un
ministre des finances de v~eiller i ce qlu'une depreciation
exagbr~e n'entraine de ficheuses consequences pour la
stability de I'E tat. Ce devoir lui income strictement; mais,
tout en le remplissant, il faut qlu'il prenne bien garde i ne
pas n6gliger d'autres devoirs non moins essentiels.
En Europe, qluand un ministry veut faire une conver-
sion de fonds publics o'est-a-dire convertir un fonds
portent un int81rit 61eve en un int6rit moindre pour no
pas dtre soupcgonne dre faiblesse, de confidences pouvant
alimenter de malsaines speculations, il dit i l'avance au










UNE PAGE D'HISTOIRE


public : < Prenez garde; n'achetez pas du 5 0/0 au-dessus
du pair, car ce 5 0/0 va Atre tris procha.inement au pair ou
convert en 31/2 on 4 0/0.
Ces retraits parties que P'on opbre ti Paide d'emprunts
sur place, n'Btant r~glementis par aucune loi et relevant
absolument du bon plaisir du ministry, ont besoin, pour
conserver une certain autorit6, d'&tre entour~s de la plus
scrupuleuse d61icatesse. Donnant une plus-value au reste
du paper existant, enrichissant ceux-ci ou ruinant ceux-
14, selon les jeux de 1'aveugle hasard, on ne saurait pren-
dre trop de precautions pour qu'ils ne frappent pas trop
durement le public. C'est bien assez que 1'Etat lui ait i~m-
pos6 une fausse monnaie officielle pour qlu'il ne lui inflige
pas, au gre de son caprice, de nouvelles pertes en dehors
de ses calculs et de ses provisions.
La meilleure dies precautions g prendre, selon moi, se-
rait P'insertion dans le Monziteur, aussit~t que le ministry
jugerait que la hausse presente des dangers, d'un- avis
ainst conpu:
<< Le gouvernement nie spicule pas; il n'intervient pas
dans les contracts commerciaux. Il ne fait ni la hausse, ni
la haisse pour favoriser les uns au dbtrimzent des autres.
IVais il declare dores et dbji que, si le change depassait le
taux de....., it se croirait le droit d'intervenir, au nom
de la fortune publiq~ue, et cela par tous les moyens finan-
ciers dont il dispose. n



Ni la propri6te, ni les transactions commercials, r~gu-
libres, bien entendu, car les autres, celles qjui s'appuient










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


sur le jeu, ont quintupl6; ni l'industrie, ni agriculture,
n'ont b~nefici8, en quoi que ce soit, de l'6tablissement de
la Banque national di'Ha'iti. Un des articles de son con-
t~rat dit bien qu'elle pourra faire toutes les operations
ordinaires d'une Banque d'8mission, de d~pits, de prints
et d'escomptes, et toutes les operations de banque en
g~nbral. 1Vais o'est une facult6 dont elle se garde bien de
jouir. A quoi bon ? Retiree dans son fromage, content
de son sort, comme un de ces bons et gras chanoines
du moyen Age dont 1'existence tenait dans stes deux
mots : 1Mnger et digdrer, pourquoi se donnerait-elle
de la peine ? Ce qu'elle a fait hier, elle le fera aujour-
d'hui, elle le fera demain, et ce sera ainsi durant cin-
quante ans.
L'affaire a done 6tB excellent sous tous les rapports, et
voll, ma foi, cing millions de francs bien employs. Les
profits des prits consentis & I'Etat, des emprunts en par-
ticipation opr6rs sans cesse sur la place de Port-au-Prince,
emprunts absolument ruineux pour le pays, des refontes
de monnaies, de la frappe m~tallique si souvent mise en
oeuvre, constituent pour la Banque un filon dont elle se
;ontente. Nul effort, nulle tension d'espr'it, nulle concep-
tion d'idde, ne sont nbeessaires A cette besogne-14. Comn-
mission sur les comptes de trbsorerie, commission sur le
com~pte statutaire, papier-mounaiee achet6 i 40 et 45 0/0
d'escompte, ou mime celui encaiss8 dansles douanes pour
compete de 1'Etat, offert & M. le ministry des finances, qui
le prend au pair contre 1'or, pour d~montrer, sans doute,
que le paper vaut de I'or, etc., voild le cadre. II n'est
gSubre vari8, et on voit bien, pour la besogne que cela










UNE PAGE D'HISTOIRE


exige, qu'un honnite cheval de manage peut Btre aussi
bien directeur de la Banqlue national d'Ha'iti.
Un mot encore.
L'article 9 de ses status lui confere le privilege exclu-
sif d'6mettre des billets au porteur, remboursables g pr6-
sentation. L'Btablissement n'a jamais montrB une bien
grande envie de jouir de ce privilege. De fait, il n'en avait
pas besoin. Apres un essai de quelques milliers de gour-
des en circulation, il les a fait rentrer, et, comme il ne
voulait pas perdre les frais de fabrication de ces billets, il
en a trouv6 le placement lors de la derniibre guerre: civil.
On a assist a ce curieux spectacle de billets de la Banque,
signs: Lehideumc, podsident du conseil d'admzinistration,
et au travers desquels on avait imprim8 qu'ils Btaient
Bmis pour compete de 1'Etat. Etait-ce assez moral, et
comme on comprend bien que quelques porteurs grin-
cheux aient voulu faire remonter jusqlu'd la Banque la
responsabilit6 du non-paiement de ces billets? Ce dernier
trait, en tout cas, ne prouve pas en faveur de l'8nergie et
die la vigueur de la direction. A supposed qu'elle n'ait pu
s'opposer i cette nouvelle emission et epargner par IA de
nouveaux ennuis au commerce, le souci de sa dignitit, le
soin de sa reputation, auraient dli Pempicher de donner
ses propres billets i cet effet. Si elle echappe ri Ja respon-
sabilit8 matbrielle, elle n'8ehappe pas g la responsabilit8
morale .
En attendant, les parts de fondateur qui, en 1883, va-
laient 60 francs, valent aujourd'hui plus de 300 francs; le
dividend par action liberie de 250 francs a BtB cette annbe
de 36 francs; les actions, introuvables, sont dans les 750










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


francs environ. Les reserves d~passent plusieurs millions,
et le capital appel8, soit 5 millions de francs, est en Europe
en toute s~curit8 et disponibilit8.C'est Id une belle situation
et qui naturellement doit nous inspire le d6sir de voir la
Banque, apris avoir fait ses affaires, s'occuper un peu de
celles du pays.
Desormais je crois qu'elle ne peut plus continner knous
payer de mots et de r6clames. Jadis, quand quelgues in-
discrets demandaient un peu trop bruyamment & quoi elle
servait, elle repondait en faisant insurer dans quelques
journaux qu'elle Btait en instance pour cr~er des mzaga-
sins gdidraux; qui permettraient au commergant g~ni!
d'avoir, sur ses dBpits, de 1'argent B bas prix, on encore
qu'elle allait 8tablir un crd'dit industriel,1lequel ferait des
avances aux petites industries, etc., etc. Selon l'huile
qu'elle mettait dans la lampe du journaliste, la, r~clame
allait son train durant un ou deux mois, et on ne s'entre-
tenait dans la press que des grands projets de la Banque.
Puis doucement, paisiblement, tout rentrait dans le calme,
I'institution, un instant rbveillbe, se recouchait dans sa
somnolence et son inertie. Elle reprenait le course de ses
operations et surtout 1'agio sur le change et les petits
pritts g l'Etat, choses pour lesquelles la Banque national
d'Haiti a 6tB exclusivement cre6e pour le bonheur et le
developpement de notre pays i
Je ne sais si je fais erreur, mais il me semble que I'idbe
qui inspirait nagubre quelques deputes, g savoir, mettre
la Banque en rapport avec nos interists reels, il me semble
que cette idee n'est pas perdue. 11 me semble qu'elle se
developpera, qu'elle s'imposera chaqlue jour davantage.





















UNE PAGE D'HISTOIRE


La Banque se trompe si elle pense que le terrain est d6fi-
nitivement conquis par elle. Le droit de premier occupant
a, pour corollaire indispensable, la mise en culture
du terrain occupy. Les terres en friche et dont le
travail n'a pas 18gitimi! la, prise de possession sont tou-
jours sujettes i contestation. Je n'en veux d'autre example
que l'anecdote que je vais vous center.
Un courtier en revolutions Btranger, cela va de soi -
qluelque temps avant la chute de Salomon, s'en vint du
Cap confbrer g Port-au-Prince avec un ce18bre general.
Voici les deux questions qu'il lui posa :
<< La presidence ~de la R~publiqlue sera-t-elle, sans con-
testation, d6f~r6e au general ThB1Bmaque? La Banque
sera-t-elle congediee?
II demandait I'affirmative pour les deux questions.




















Vol de mandates Q la Banque.
Attitude de la Chambre des D~put~s.
Pieoes et documents.



Dans 1'incendie de septembre 1883, le ministbre des
finances avait disparu et avec lui toute la comptabilitt6 de
cet important dbpartement..Des esprits audacieux et; avi-
des de s'enrichir par tousil mpoyens virent li une occa-
sion unique de tenter un coiup.
La morale, il faut Je dire, est singulibrement relich~e
chez nous en matibre de deniers publics. L'individu qui
hesiterait g faire tort d'un centime g son prochain n'a au-
cun scrupule quand il s'agit de l'Etat. Les moeurs autori-
sent la contrebande et, tout comme jadis en Espagne, elle
ne fait aucun accroc g 1'honneur. Pourtant, c'etait aller
un peu loin que d'6tendre cette tolerance jusqu'aux effects
publics et songer a les faire payer une second fois. Cela
pouvait &tre trbs hardi, mais en mime temps cela devait
etre trbs dangereux. Sans doute, dans un passe encore
recent, on avait pretendu que certaines dettes dont on










UNE PAGE D'HISTOIRE


avait faith disparaltre, g la faveur d'un movement rbvolu-
tionnaire, les pieces qui libbraient I'Etat, avaient BtB re-
payees, mais ces faits n'avaient jamais 6th prouv~s et
n'auraient eu, en tout cas, qu'un caractere accidental.
Et puis, la Banque, contrb1e vigilant de l'administration
financi~re, n'existait pas g cette 6poque. Et comment lui
dbrober un titre pour lequel il y avait eu un ordre de
paiement du ministry des finances, ordre de paiement
dCbji acquitt8 ? Le dbrober, passe encore, mais le presenter
A nouveau B la mime caisse, au mime Btablissement pour
4tre repay, voild ce qui paraissait impossible. Au sur-
plus, 1a Banque, en payant. n'obliterait-elle pas le titre ?
A supposed qlu'elle ne le fit pas, n'enregistrait-elle pas les
titres payi~s ? Les livres du minister des finances avaient
disparu; mais les siens i...
La pratiqune d~montra que rien n'Btait plus facile. Des
mandates de paiement dbjR actquitt~s par la Banque sur
1'ordre du ministbre des finances farent repth~sent~s au
ministry pour obtenir un nouvel ordre de paiement. D'od
venaient ces mandates ? E~Ividemment, ils avaient BtB voles
B la Banque, qlui avait n~glig8, en les payant, de les annu-
ler. Ils furent tranqluillement repays et, cet essai avant
rbussi, on allait pr8senter les gros chiffres quand un acci-
dent derangea tout, un grain de sable, le mime q~ui se mit
dans le canal de Cromwnell.
Cette fois, ce fut sous la formne d'un employ supbrieur
du ministibre des finances qu'il se manifesta. Cet esprit
morose, qui se mi~lait 8videmment de ce qui ne le regar-
dait pas, avait contract la deplorable habitude de consi-
gner dans un petit carnet de poche, jour par jour, avec











LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


leurs numbros d'ordre et les noms des titulaires en de-
hors de la comptabilitE! minist~rielle les mandates dont
le ministry ordlonnait le paiement. Ce maniaque quel
autre nom lui donner ? prenait plaisir i ce travail. Les
gros livres dea la Banqlue se taisaient, le carnet parla.
Le 29 mars 1884, le journal I't~il disait :


<< L'op~ration a laqluelle a donn6 lieu la n~gociation fraudu-
leuse de ces effects pub~lies nous semble avoir etB faite avec trop
de precipitation ou de 16gertet, avec trop d'imprudence et de-
meure entachee de trop d'irrbgulariths pour qlu'il soit n~ces-
saire de signaler l'indiff~rence que rencontrent les interesses
et de les consoler de leur abboire on de leur dbeeption.
<< La seule chose qu'il imported de faire, c'est de dissiper les
souppons qui planet soit sur administration, soit sur la Ban-
que; de dlementir, par des preuves et dles faits, les hontenses
negligences q~u'on attribue h 1'une ou d P'autre.
<< II faut une enqluite a tout prix et sans retard.
<< Iy ya un coupable; quelle que soit I'impunit6 derriere la-
quelle ii se cache, quelled que soit sa position, il faut le recher-
cher, le ddeouvrir, le d~noncer. Plus haut il se trouve, plus
has il doit tomber.
<< 1\ais avant tout, maintenant que 1'eveil a B6t donn6, il
convient de ne\ pas dtlouffer Paffaire par des concessions mu-
tuelles ou des comlplaisances rBeiproques; et il imported surtout
de ne pas di~naturer son caractere propre (!). Les influences
officielles puissantes ou consulaires ne sauraient &tre prises en
cause; cette operation est du parquet; et la seule voix autorisi~e
a se faire entendre est cell du minist8re... public par 1'or~gane
d'un juge d'instruction,
<< Cette enquite est, d'ailleurs, facile et doit donner satisfac-
tion immediate jl'opinion publique, puisque les porteurs des
mandates n'ont qu'$ faire connaitre, leurs vendeurs pour que la
justicee les aide & rentrer dans leurs debours et poursuivre les
criminals avec toutes les rigueurs de la loi. n


Cette mime annbe, le general Salomon,dans l'exposi: de
la situation soumis aux Chambres, s'exprimait ainsi:











UNE PAGE D'HISTOIRE


(( II a BtB sugger6 A mon secretaire d'Etat des finances, par
suite de la destruction des archives de la secr~tairerie d'Etat,
dans 1'incendie du ~23 septembi-e, la pens~e que les feuilles et
mandals acqluittbs ant6rieurement a cet 6v~nement soit au
moyen de: transaction, soit par la Banque elle-mime, pouvaient
&tre d'une fagon on d'une autte, remises dans la circulation par
des speculateurs de mauvaise foi. Cette pensee a dQ naturelle-
ment lui commander des precautions pour empicher la r~alisa-
tion de cette manoeuvre et arreter ainsi un agio par trop dan-
gereux. C'est ainsi que, des le 20 novembre, les porteurs de
mandate et reconnaissances 6mis jusqu'au 31 aott 8coule fu-
rent prevenus que ces titres ne seraient ni pays ni repus dans
aucune transaction avec 1'Etat, s'ils n'etaient adment accom-
pagnds d'un certificate de la Banque et du commissaire special
du gouvernement pres cet Btablissement de credit, constatant
la validity? de ces effects. La Banque et le commissaire du gou-
vernement avaient regu 1'ordre de db~noncer an~ d~partement
les individus qui ne leur auraient pas presented des titres regu-
liers afin qu'ils fussent recherchds.
cc Cette measure, messieurs, commandee par la prudence, n'a
pas tardB a produire ses fruits.
a Ces mandates de administration du general Damier, se-
cr~taire d'Etat des finances, dresses contre des ordonnances
6mises pour le service de la ration des militaires, pr~sent6s au
ministere par le commerce, ont attire attention du ddparte-
ment des finances qui n'a pas compris qu'on prit les es-
comnpter. ,,


Le 9 juillet, on discutait & la Chambre des reprbsentants
la reponse g l'exposi! de la situation, je proposal et fis
voter le paragraphe suivaznt :

< nement pour dl~couvrir l'origine des flraudes qui, rtn mettant en
circulation des mandates et des feuilles deja payds, pourraient
compromettre le renom d'une institution dont le pays ava~it
salub la creation comme de~vant ramene~r g jamais 1'ordre et la
regularity dans nos finances.
<< E11e demand, et avec elle 1'opinion publique justement
alarmbe, que le resultat des investigations des deux commis-










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


sions que vous avez institud~es lui soit communique le plus tit
possible. Elle prevoit qlu'elle aura, des measures B prendre
pour sauveg~arder les int~rits del1'Etat, touj ours menaces quand
ils sont confB~s B des mains ndgligentes ou coupables. n

On a compris, sans doute, dans quel but j'ai entrepris
ce travail: d~montrer le r61e que la Chambre des dbputes,
dont j'Btais membre, a tenu dans la circonstance. Je ne
songe pas i faire 1'historique d6taill8 de ce curieux procks.
Je m'attacherai seulement aux lignes indispensables i
mon sujet. Je ne viens pas r~veiller des souvenirs irri-
tants, remettre sur la, scene des noms dont la responsabi-
lith n'a jamais Bth nettement d6finie, dans une procedure
mal emmanch~e qui, fort simple alu d~but, a fini comme
un prrock politiquen par la faiblesse et 1'ingr~rence coupa-
ble du gouvernement et la pusillanimity de la Banque. Je
veux simplement mettre dans son vrai jour 1'attitude que
quelques patriots garderent dans cette occasion, attitude
dont ils furent recompens~s par la plus atroce des d~non-
ciations. Ils savaient bien les dangers qlu'ils couraient;
on prenait sein de les en avertir officiellement, mais jus-
qlu'au bout ils firent leur devoir, persuadi~s qlu'il pouvait
en rbsulter un bien pour le pays.
Pour moi, i monteer le spectacle de cette assembl6e sur
laquelle l'ascendant de Salomon, jusqlue-1A, s'Btait exerc6
sans contrepoids, resistant, cette fois, g toutes ses somma-
tions et refusant de faire ses volonths, je trouve une sa-
tisfaction g me prouver que I'Haitien est encore sensible
et cr~dule quand on lui parle des intbrits de la Patrie. II
n'est pas tout A fait mort, le vieux coeur de nos pbres; il
vibre difficilement et bien rarement, mais il vit pourtant !










UNE PAGE D'HISTOIRE


D~s le debut, la Banque national d'Ha'iti adopta une
attitude de prevenue, presque de coupable. Certes, 011e
avait une grande responsabilit8 pour avoir par sa negli-
gence laiss6 reparaitre en circulation des mandates dbji
pays, pour en avoir elle-mime repay un certain chiffre.
Mais quoi l ne pouvait-elle pas,1le premier moment de stu-
peur pass, faisant trive g ses h6sitations, deposer hardi-
ment sa plainte au parquet de la capitall, faire saisir les
mandates voles partout oil on les trouverait et exiger que
Jes dbtenteurs de ces mandates lui fissent connaltre les
noms de ceux qui les avaient vendus?
C'6tait 616mentaire, c'etait le moins qu'elle dht i l'opi-
nion publique, c'Btait ce que ses int~rits, on comme ban-
que d'Etat on comme 6tablissement privet, lui ordonnaient
de faire.
Elle ne sut on ne voulut a.gir ainsi. Et, quelque temps
aprbs la dboouverte de ces vols, on allait jusqu'd dire que
la Banque Btait en nbgociation pour racheter les mandals
derobes I On citait, encore tout bas, mais tout $ l'heure
tout haut, les noms des heureux detenteurs de ces effects
escomptes B vil prix, les enviant et regrettant de n'avoir
pas eu sa part de l'aubaine Tel jour,1esdits effects allalient
etre rachetes par la Banque $ 50 0/0; un peu plus tard,
les 46tenteurs en exigeaient le paiement integral et finale-
ment on allait jusqu'd affirmer que les effects voles fai-
saient prime, la Banque tremblant de peur et voulant les
racheter g tout prix !
La Banque national d'Halti avait I'air di'avoir compl8-
tement perdu la tite..... Au lieu d'assigner, ce ful elle qui
fut assign~e. Un de ses employes I'accusa, par acte judi-










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


ciaire, d'avoir frustr6 1'Etat par de fausses Bcritures in-
tentionnellement passes. Force alors lui fut de sortir de
sa reserve, et comment le fit-elle 1 Elle demand au minis-
tre des finances de nommner une commission pour vr~rifier
ses comptes avec 1'Etat. Cette commission ful nommbe et
avec elle une deuxiibme chargee de verifier les mandates
suspects.
La Chambre des deputes, aussitbt qu'elle eut appris
qlue les rapports des deux commissions avaient BtB d6po-
ses, adressa un message pour les r6clamer. Le 4 aofit 1884,
le ministry des finances lui fit parvenir le rapport relaztif g
la verification des livres de la Banqlue. Il concluait g une
restitution de 39,448 piastres 54 de valeurs indfiment por-
tees au debit de 1'Etat. La Chambre nomma, une commis-
sion de quinze membres pour examiner tant ce rapport
qune celui qui ne lui Btait pas encore parvenu relatif aux
mandates.
Le 26 aotit, cette commission donna lecture A la Cham-
bre du proc~s-verbal de sa premiere reunion:


Commission speoiale de la Chambre.

<< La commission sp~ciale nomrude par la Chambre des repr8-
sentants, dens sa seance dlu 4 courant, s'est r6unie ce jour' B
1'effet de poursuivre ses travaux.
<< DBlibBrant sur le rapport de la commission char~g66 de vB-
rifier les livres de la Banque, la commission speciale decide ce
qui suit :
<< La Banque ayant passe ses boritures dans l'intention mani-
feste de fr~auder 1'Etat, la commission sp~ciale, dans son rap-
port, proposera i la Chambre des reprAsentants de declarer la
Banque reconnue coupable, en 6tat de suspicion 16gitime vis-
a-vis des mandataires du people, representants directs de la











UNE PAGE D'HISTOIRE


nation; d'6er'ire au secretaire d'Etat des finances pour ordon-
nor la restitution des fonds d~tourn~s, soit : P. 39,488,54 c. avec
interets, puis de declarer que, le personnel de la Banque
n'ayant plus la confiance du pays, il y a lieu de lui retire le
service de la tr~sorerie jusqu'8 ce que le gouvernement ait in-
troduit des rrforrmes dans le service. ,,


Le 16 aodt, le Moniteur publiait, en tite de ses colon-
nes, le rapport del3, commission chargee de la verification
des mandates. Le dbpartement des finances le faisait pr8-
c~der des lignes suivantes :


a A la date du 27 fdvrier de cette annie, le secretaire d'Etat
des finances; et du commerce a invite tous les d~tenteurs de
mandates de paiement, Cmis avant le ~2 aotit 1883, i, les pr~sen-
ter, du 3 mars au 3 avril, a une commission, si~geant dans ses
bureaux, pour &tre transcrits et contr616s.
a Les t~ravaux clos i la date precithe, et le registre des trans-
crip~tions tenu g la disposition du secretaire. d'Etat des finan-
ces, il a 6tB enjoint i la mime commission de s'assurer de la
validity de ces mandates, en lui donnant toutes facultes de por-
ter ses investigations ta~nt di la secretairerie d'Etat des finan-
ces qu'd la Banque nationale.
a La commission, dont le zBle et 1'activit6 ne se sont pas ra-
lentis un seul instant, et qui, i ce titre, mirite les plus grands
Bloges du gouvernement, lui a presented son premier rapport du
28juillet dernier,
a 11 resort de ce rapport que 1'action de la justice doit 4tre
mise en movement, par la Banque : le gouvernement s'est
trouv6 sur ce pointen parfaite conformity de vues avec la com-
mission.
a II a tenu cspendant i convaincre la Banque que son devoir
et ses int~rits lui commandaient de d~noncer i qui de droit les
actes frauduleux qui se sont accomplish chez elle, de provoquer
elle-meme une enquate judiciaire, avant la publication par la
gouvernement du rapport en question, que, d'ailleurs, il n'avait
pas hisit6 it communiquer & la Chambre des Communes, sur le
desir manifesto par celle-ci.
a Devant 18 refus obstine de la Banque d'acc~der au vcu legal











LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


de donner course Q une procedure regrulibre, devant son intention
formelle ou ecrite de digsag~er sa responsabilit6 non soulement
j 1'6gard des doubles emplois constaths, mais encore en ce qui
concern les: mandates enieves de chez elle, et remis en circula-
tion, devant sa declaration exprimbe de la mdme maniere qlue
1'initiative de la ddnonciation du vol n'appartient pas a elle
soule, devant ses arguments plutit sp~cieux que concluants, le
gouvernement a pens8, avec la Chambre des Communes, qu'il
n'y a pas lieu de differer la publication du rapport.
a En lisant ce rapport, on se convaincra que les interits du
pays ne peuvent etre aucunement 16ses, la responsabilite des
doubles emplois et celle des mandates enleves, incombant tout
naturellement a la Banque, qui avait pour devoir de conserver
scrupuleusement les pieces, quli seules, h un moment dlonn8,
sont appelees h Btablir le bien fond de ses comptes. a


Le rapport de la commission, trop long pour &tre insBr6
ici, concluait ainsi :


a La commission estime que la Banque national, Btant en
faute, doit etre tenue responsible des consequences qui resul-
tent ou peuvent encore resulter de sa negligence, car les mandates
de paiement acquitt~s par elle ou par I'interm~diaire du secre-
taire d'Etat des finances, le general Damnier, par derogation au
reglement sur le service de la trbsorer~ie, frappp~s ou non du tim-
bre a Paye n avaient etB confibs i sa garde. Elle: aurait dir pou-
voir les representer au besoin.
a En consequence, elle doit le remboursement des sommes
payees une deuxibme fois, soit: quatorz3e mille neufcent trols
gour~des quar~ante centimes (G. 14.903.40) les Bcritures passees
de ce chef n'etant pas fondues en definitive.
a Les mandates pays, puis remis frauduleusement en circula-
tion, pr~sentbs et enregistres, dolvent 8tre laisses h laicharge
de la Banque national. Elle discutera, si bon lui semble, ses
int~r~ts vis-&-vis des porteur~s.
a Quant aux mandates et autres effects publics remis fraudu-
leusement en circulation, et qui n'ont pas BtB pr~senti~s h la
transcription de la commission, elle pourra employer tous les
moyens que la, loi lui accorde pour les faire declarer nuls.
a Dans votre d~pache dlu 7 avril i884, au no 404, yous invitiez








UNEi PAGE D'HISTOIRE


la commission A vous d~noncer les porteurs de malndats recon-
nus irre~guliers. Evidemment le mot << denoncer a ne peut you-
loir dire ici qu'une: chose : ddclar~er faire connafere; ine sau-
r~ait dtre pr~is dans son acception juridique signaled ci la fus-
tice, car alors tous les porteurs devraient 8tre considers, ipso
facto, comme complices du fait dblictueux commis au prbju-
dice dela Banque, ce qui ne saurait admis ni par vous, ni par
la commission.
<< Q~uant au surplus de mandates non encore verifi8, la commis-
sion s'efforcer~a d'en fixer au plus tit la verification, afin de se
trouver en measure de vous faire un rapport final de ses inves-
tigations. >


On le voit, la Banque, se retranchant derriere une inex-
plicable reserve et d'injustifiables faux-fuyants, se refu-
sait g prendre I'initiative de toute poursuite. Pourtant elle
6tait la premiere et la principal intbressee au debat. II
6tait patent que le d~tournement avait (tth commis chez
elle et grace g sa negligence. Elle mbconnaissait, par son
affectation g d6gager sa responsabilit6, une des r~gles es-
sentielles du Code civil, qlui veut que a le mandataire rB-
ponde non seulement du dol, mais encore des fautes qu'il
comment dans sa gestion v. Payee pour fire le service de
la tr~sorerie, elle 6tait absolument le mandataire: de 1'Etat,
et si, des le debut, elle eht compris ce rble et mis I'action
publique en movement, ce procbs n'eht pas pris les pro-
portions qu'ilprit plus tard et fiit rest6 clair, banal comme
le sont les procks de course d'assises en matiere de vols.
De leur nature propre, ils ne sont ni passionnels, ni
suggestifs. La resolution et I'Bnergie eussent terrific
les coupables, et les escomnpteurs, comme cela arriva plus
tard, de crainte de voir saisir les mandates enltre leurs
mains, les eussent d~truits.










LA BAINQUE NAT'IONALE D'HAITI


La conduite embarrassed de la Banque, ses hesitations
et finalement le refus de faire son devoir surexcitbrent
l'opinrion publique. La confusion fut extreme; la passion
s'en mla, tout grossit d~mesur~ment et jamais peril ne
fut plus intense pour un 6tablissement financier. Plus il
avait peur d'avancer, plus il 8tait flottant et timide, plus
les clameurs s'6levaient contre lui, tel un homme, jouet
d'une populace en delire, qu'un peu de resolution pour-
ratit sauver, mais que la lIchete perd certainement.
La Chambre n'avait pas crgi6 l'agitation; elle ne l'exploi-
tait nullement au profit de sa popularitB, mais elle ne pou-
vait rester, on le comprendra, indiffi~rente g ce qui se passazit.
Elle Btait rbsolue a empicher que 1'affairee ne filt Btouff~e.
Elle 6tait decide a obliger la Banque g prendre elle-meme
1'initiative des poursuites. Toute sa crainte Btatit de voir
le gouvernement se mettre en son lieu et place et faire le
proc(?s pour elle. Et de fait, quand on voit, au commence-
ment,1le d~partement des finances demander g la commis-
sion a de adnonzcer les porteucrs des manndats reconnus
irrdguliers n, on ne peut s'empi~cher de remalrquer que les
rbles furent bien pri~s d'8tre dt~plac~s. On peut dire que
o'est grice g la pression de la Chambre que la Banque finit
par prendlre I'initiaztive de la plainte. Elle le fit un peu tard.
Ce fut en novembre 1883 qu'on deoouvrit les vols; ce ne
fut que fin d'ao~t 1884 qu'elle se d~cida g agir.
Le 16 aoht, la Banque~ protestait contre les collelusions
de la commission dte la ~favon suivante :

<< La Banque protest Bnergiquement et formellement contre
les appr~ciations et les conclusions soutenues aul rapport de la
commission chargee de la verification des mandates.











UNE PAGE D'HISTOIRE


a Elle les declare nulles et non avenues. *
a La Banque repousse un blame immerite, qlue la commission
n'avait aucun droit ni aucune mission de lui infliger, pas plus
qlu'elle, commission administrative, n'avait droit ni mission
pour s'8riger en tribunal, trancher des respo-nsabilites et con-
clure ainsi qu'elle le fait.
a La commission a outrepass8 ses pouvoirs,
a Son verdict est inutile et sans valeur.
a Des titres de cr~ances nominatifs contre 1'Elat sont-ils dC-
finitivement Eteints par le paiement qlui en a etB fait et dont il
est justifi6 9
< Ces titres, une fois pays et revetus de 1'acqluit du titu-~
laire on du payeur, dolvent-ils, par hasard, etre reconnus vala-
bles parce qu'ils out B6t voldsj et remis en circulation fraudu-
le use ?
e Doivent-ils puiser une nouvelle vigrginit8 dans leur origine
frauduleuse ?
u( VoildL ce qu'ily avait a dire. L'a~rrtB de forclusion du secr8-
taire d'Etat des finances sepronong~ait de lui-meme sur les titres
non prbsenths h la commission, dans le d61lai fix6.
a En allant plus loin, la commission a manqlu8 le but de son
institution. Elle risqluait d'esgarer 1'opinion publiqlue et celle des
Chambres. Elle a. r~ussi, A un moment fort inopportun, 6 jeter
une perturbation gratuite dans les rapports du gouvernement
et de la premiere institution national de credit.
a Voild la responsabilit8 qu'elle a assum~e.
a La Banqlue rejette d'autant plus vivemen~t le bllime et los
responsabilites qu'on essaie de faire retomber sur elle quie
1'inobservation des prescriptions du riglement de trdsorerie, le
mnode irr~gulier de paiements adtopt8 par le precedent ministire
ont certainement contribud en fail, comnme aux yeux de 1'opi-
nion publique, a rencdre possibles les detournements en qlues-
tion.
a Le verdict de la commission ne pourrait-il se retourner
contre le gouvernement lui-mame, si l'on Btablissait qlue les faits
analoguefii ceux dont la Banque a 6tB victim ont pu se passer
au ministire i
a Loin de devoir 4tre attaquie, la Banqlue a droit g une pro-
tection et $ un appui particuliers de la part du gouvernement;
les intbrats 16s~s sont communs!i
aA d eux reprises, et d~s le 4 juillet dernier, la Banque a si-
gnald au secrbtaire d'Etat des finanlces et g celui de la justice,










LA BANQUE NATIONAL D'HABITI


les fraudes commises au detriment du gouvernement aussi bien
qu'd celui de la Banque, afin qlu'il ftit fait une enqluite judi-
ciaire. La Banque vient de renouveler sa' plainte. a


Dans cette protestation, il y a un point qlue je tiens g
reliever et qui peut 6tre toujours d'actualit8. C'est que
quand la Banque parle de paiements irr6guliers, quand
elle argue de I'inobservation des prescriptions du rCbgle-
ment de trbsorerie, elle tombe dans une erreur nalve. Rien
ne la justifie moins qu'un tel argument. Eh I n'est-ce pas,
en effet, pour rappeler a cette observation qu'elle a BtB
6tablie? N'est-ce pas pour maintenir la r8gle, la rbgle
8orite, tout au moins dans ses rapports avec I'administra-
tion et pour sa propre responsabilit8, qu'elle a BtB insti-
tuee? En dehors de 1'inti~rit du pays, il y a son intbr~t
particulier et le souci de sa reputation rl obliger les mi-
nistres au respect des r8,glements de tresorerie. Elle ne
devrait jamais 1'oublier.
A la mbme date, le conseil des secr~taires d'E~tat
adressait & M. Ch. de Montferrand, secretaire general de
la Banque national, cette important dbpiche:


Port-au-Prince, le 16 aotlt 1884.

CONSEIL DES SECRETAIRES D'ETAT

11onsieucr Ch. de Mloniferravnd, secrdlair~e ge'ndral de la
Banque nationale d'Haiccti et adtle'gud du~ Conseil ('ad minis-
tration de Paris.

a Monsieur le secretaire g~nbral,
a( Le gouvernement a pris connaissance de 1a lettre qlue vous
lui avez adress~e le 8 courant, et il tient h vous dl~montrer qlue
ce n'est point par un parti pris, qui ne saurait s'expliquper, qu'on











UNE PAGE D'HIISTOIRE


a fait retomber sur la Banque la responsabilit8 des irr~gula-
rites qui se sont produites chez elle, mais liien parce que cette
responsabilit8 decoule de sa mission, de la nature de ses fone-
tions et de ses devoirs 16gaux.
a~c Vous verrez, avecle rapport de la commission des mandate,
ins~r6 an Moniteur de ce jour, les raisons qui ont port le gou-
vernement a n'en pas diff~rer la publication. Et de fait, mon-
sieur le secretaire general, le pouvoir ex~cutif manquerait a
son devoir en refusant d'acceder & un just dl~sir d'une des
branches du Corps 18gislatif, quand il considBre surtout votre
persistence i repousser une initiative qui vous est commander
par la loi, et mime, cr~oyons-nous, par une comprehension bien
entendue de vos veritable- intihr~ts.
a Devant un adsaccord d'opinions aussi manifeste, le gou-
vernement se trouvait dans l'obligation de trancher la question,
et c'est ce qu'il a fait en publiant un rapport dont la lecture
p'ermettra a tous de se formuler une opinion saine et impar-
tiale sur des faits qui int~ressent toute la soci~tb haitienne.
a Si l'excution des conclusions de ce rapport et sa publication
sont de nature h vous atteindre dans vos interits et dans votre
consideration, il faut vous en prendre, non li nous, mais au
laisser-aller regrettable constat8 dans P'administration de la
Banque, la seule cause de ces paiements rep~tes d'un mime
mandate ou de la remise en circulation d'effets deji ac-
qluitt~s.
a Une administration qui se respect, qui tient i faire son
devoir, A se manager une page 8logieuse dans l'hzistoire, et qui,
comme la Banque, a par consequent ses intbrits tant moraux
que matiriels a sauvegarder, ne pouvait les negliger; elle de-
vait de plus 601airer 1'opinion publique, afin de ne pas encourir
des re~proches m~rites.
(( Si o'est 1& de P'8goi'sme, vous avouerez, dans tous les cas,
qu'il est bien louable: de la part d'un mandataire.
a( Aussi-,a menace qlue vous nous faites de repondre a la pu-
blication du rapport par celle de votre lettre ne nous a-t-elle
nullement prioccupis, convainous qlue nous aurons gain de
cause dans une publicity q~ue nous sommes loin de redouter I
n 14ous repoussons avec Bnergie le non-sens que vous nous
attrbuez de vouloir demander au Corps 16gislatif une loi
d'aprbs laqluelle tous les mandates frauuleumu3 ne seraient
declares nuls qu'aprbs un nouveau d61ai d'enregistremnent. Nous
avons invite tous les d~tenteurs des mandate a les presenter &











LA BANQUE~ NATIONAL D'HIAITI


la transcription et au contrble; nous n'avons aucun droit
d'exprimer une opinion difavoralble sur ces titres, avant de les
avoir vus, examines et verifies; o'est aprbs ce travail qu'il y
aura & se decider; et si nous avsns pensB h proposer un nou-
veau d61ai d'enregristrement, o'est qlue sur cette 'question tout
le monde est d'accord qlu'une decision administrative ne suffit
pas pour affirmer une dechiance q~ui, dans tons les cas, ne
pourrait porter qlue sur des mandates non presented's.
a N'est-il pas av rd qlue des mandates dejj pays, remiss; en
circulation, out Bte prbsentes A la transcription, et cette trans-
cription peut-elle leur retire un caract~re frauduleux ? Com-
ment arguer, apris cela, qlu'un nouveau d61ai d'enregistre-
ment Bcquivaudrait i pr~sumer de la validity cles mandates en
retard ?
< Nous no comprenons pas qlue vous protestiez contre le re-
proche de negligence adressi: d la Banque, g 1'occasion du fait
de 1'enlevement des mandats. Elle en avait la garde, elle etait
intdre3ssbe plus qlue personne a les conserver, car eux seuls,
14g~alement, peuvent montrer le bien fond de ses comnptes.
Comment prouver l'exactitude de ses debits, sans exhiber les
pieces qui les constituent ?
< Evidemment la Banque est fautive et nous h~sitons & croire
que votre conseil d'administration n'en bhlimera par la direo-
tion chargee de gerer ses intirets.
a A votre sens, administration des finances partage avec
yrous la responsabilite de 1'abus de confiance dont vous avez
ete victim.
(( Parce qlue, dites-vous, si les stipulations du service de tr8-
sorerie avaient 6tB strictement suivies, c'est-h-dire si les effects
enlevis avaient ete pays directement par la Banque, elle les
aurait frappes du timbre a( Pay' >> et ils n'auraient pu etre
remis en circulation.
a Et pour preuves convaincantes, yous 8tablissez qlue tous
les mandates, echangds G votre caisse, contre espices, et payds,
conformement au r~glement du service de tresorerie, sauf ex-
ceptions telleenten infimes que'elles confirment la redlle, sont
en votre possession, dhment annules ou frapp~s de l'estampille
a PaydB ,.
a Nous notons an passant qu'il y a des exceptions h cetto r~gle
genbrale, c'est-g-dire qlue tous les mandats payds h votre caisse
n'ont pas Bt6 tous annulbs, et qu'ils ne sont pas toues en votre
possession. S'il en est ainsi, qu'y aurait-il d'etonnant si 1'on











UNE PAGE D'H-ISTOIRE


constatait, dans le course d'autres investigations, de nouveauxc
doubles emplois, ou de nouvelles circulations frauduleuses ?
Est-ce que administration des finances partagerait encore
eette responsabilit8 avec la Banque ? Et parce que le vol s'est
accompli plus larg~ement sur les mandate remis en r8gularisa-
tion, que vous aviez I'obligation d'annuler comme les autres,
s'ensuit-il qu'il ne se soit pas 6tendu sur les mandates remis 5L
la caisse, puisque, de votre propre aveu, ils n'ont pas Btd tous
annul~s, et qlu'ils ne sont pas tous presents chez vous ?
<< Que les mandates aient et4 directement on indirectement
payeesparla1Banque, pensez-vous, monsieur le secretaire general,
que, s'ils avaient BtB tous frappes du timbre d'annulation, ils
auraient pu reparaitre dans la circulation? Est-il possible que
vous vous retranchiez derriere les prescriptions du service de
tr~sorerie, pour rejeter la responsabiliti! d'une coupable n~gli-
gence sur un autre, quand nous lisons dans votre lettre que,
<< pour He d~gager d'une responsabilit6, il est contraire g tous
les principles de drpoit de la rejeter sur un autre a.
cc Ces principles que! vous invoquez, ne nous est-il pas permis
de les retourner contre la Banque, et a plus forte raison dans
le cas qui nous occupe ?
(( Est-ce que la non-exeoution du r~glement du service de tr8-
sorerie, c'est-h-dire le paiement par le secretaire d'Etat des fi-
nances des effects publics, empichait la Banque d'annuler les
mandates qui lui etaient remis, en regularisation des sommes
qu'elle avait consent i avancer elle-mime, en derogation de
ce m~rme reglement?9
cc L'administration ne lui faisait-elle pas l'obligation de lui re-
mettre ses requs provisoires en retour de ces mimes mandates ?
N'est-ce pas 16 la preuve la plus 6vidente qu'elle tenait g r~gu-
lariser ce qu'elle avait fait d'irrigulier dans les moments pres-
sants, et dans des temps anormaux; et o'est pour avoir 8td
moins regulier qu'ells que vous la declarez responsible de vos
irregulariths !
cc Des mandates remlis en regularisation, comment done se fait-
il qu'une parties soit pr~sente chez vous avec le timbre cc Payd' a
et que ce timbre manque h 1'autre parties, absentee de laBaanque?
cc Qui est responsible de cette negligence?9
<< Ce n'est done pas pace que le r~glement du service de tre-
sorerie n'a pas 6t6 suivi strictement que le vol a pu s'accom-
plir, mais 6videmment parce que la Banque a manqu8 h sa
mission et i ses devoirs. 16gaux.











LA BANQUE NATIONAL D'HAITI.


a Vous declarez, monsieur le secretaire general, qlue les man-
c'ats payes directement par la Banq~ue sont frappes de 1'estam-
pille obligatoire.
ac Sans vous rappeler les exceptions infimes qlue vous avez
vous-mime consacries, n'est-il pas de notoriety publique que
e'est aprbs la decouverte du vol qlue ce travail d'estampillage
s'est fait sur la plus large echelle, et qlue dis lors, ayant cons-
tate que vous n'6tiez pas tout A fait en r~gle, yous avez song
& prendre toutes les precaut~ions qlue n~cessitaient les circons-
tances ?
a AprBs avoir offert d'indemniser l'Etat des pertes provenant
des doubles emplois, yous protestez aujourd'hui contre ces
memes doubles emplois qlue la commission met h votre charge,
et vous ajoutez que la responsabilit6 est commune entire vous
et le gouvernement, les deux premiers paiements 6tant appuybs
d'un ordre r~gulier.
cc Vous oubliez sans doute qlue ces paiements n'ont BtB faits
qu'apris votre declaration eorite qlue les mandates n'avaient
jamais 6tB acquittes; qlue dans une autre lettre vous dites que
tous les mandates acquittes portent le timbre (( Payd' ,, ce qui
tout naturellement pouvait dispenser le secr~taire d'Etat des
finances de s'adresser g vous pour s'assurer de la validity d'un
mandate.
c( Est-ce done de sa faute si la Banque lui a fourni des ren-
seignements inexacts 4
cc Nous pensions, monsieur le secretaire general, qune votre
argument, qui consisterait g obliger le secretairet d'Etat d'an-
nuler les mandates qlu'il payait, avant de vous les envoyer en
regularisation, n'est pas admissible en bonne logique.
a( C'6tait i vous g les annuler en les recevant; ils ne deve-
naient nuls qlue lorsqu'ils vous parvenaient en r8,gularisation
de valeurs qlue vous aviez avancies, et la preuve, c'est qlue
nombre de ces mandates ont 6te annul~s par vous
ac Nous pensions encore qlue tout proprietaire peut aliener sa
propri~te; les mandates de paiement ont, jusqlu'8 un certain
point, une valeur circulative, et peuvent se transmettre par un
simple acquit qui equivaut i un endos on blanc.
a Si o'est lj une erreur qui, dites-vous, s'est propagreo dans cer-
tains cercles comlmerciaux, tout le monde 1'a Bvidemment pra-
tiqube par 1'escomnpte de ces effects publics, remis au gouverne-
ment, en addition de prits effectifs qu'on lui faisait.
ac Enfin, Yous repoussez la conclusion de la commission qui











UNE PAGE D'H-ISTOIRE


met a votre charge les manda~ts frauduleux enregistres et ceuxr
qui, jusqu'& present, ne 1'ont pas BtB, en vous laissant toute
liberty de vous entendre avec les tiers porteurs et de provoquer
1'annulation des mandates en retard. Le gouvernement, selon
vous, doit participer i cette cauvre.
(( II ne le peut pas.
a Celui qui a commis la fautei doit seul en cherchor la~r~para-
tion par tous les moyens que la loi met g sa disposition.
a La d~nonciation du vol, par-devant qlui de droit,vous appar-
tient sans contest. C'est g vous Q provoquer, sans aucune par-
ticipation du gouvernement, une enquite judiciaire sur le vol
commis & la Banque, A vous i demanded* 1'annulation des
mandates qlui lui ont BtB enleves.
(( C,'est 18, nous le croyons, votre devoir et votre droit, et nous
devons regretter, pour la sauvegardie de vos interets, qlue vous
vous refusiez d suivre cette voie, mnalgr6 la promesse du con-
cours moral du gouvernement.
a( Si trous avez reclame une enqluite judiciaire, e'est toujours
~en mettant 10 grouvernement en cause, et en pretendant que
1'action doit Btre commune entire vous et lui: c'est ce' qui
ressort evidemment de votre lettre du /L juillet, combine avede
vote note verbale qui.1'a suivie.
a Nous croyons avoir rdpondu i tous les points de votre letter
du 8 courant, avoir etabli nettement le bien fond des conclu-
sions du rapport de la commission des mandates, dont la publi-
cation n'a pu 6tre diff~rde, pour les motifs exposes dans la note
du Moniteur de ce jour, 61ucidi~s et d~montr~es dans cette de-
piche.
a Heureux de penser que no~us avons fait tout notre devoir
dans la circonstance, nous laissons la responsabilit6 des con-
sequences d'un proc~dS contraire h nos vues j ceux. qui,
malgre nos avis sinc81res et r~iterbs, out pens6 qule son adop-
tion les condluirait plus sthrement au but qu'ils poursuir-ent.
a Toutefois, nous ne devons pas h~siter i instruire les mem-
bres du conseil dl'administratiorn de Paris de tout ce qui s'est
passe. Nous avons pleine conflance dans leurs lumibres, leur
equit8, leur loyaut8, et, en se constituent juges impartiaux des
fits qlui se sont deroules i la Baxnque, ils ne manqlueront pas,
nous l'esp~rons, de mettre toutes les fautes commises i la
charge de sa direction et de nous envoyer un d6186gue avec tous
les pouvoirs n~cessaires pour donner la plus large satisfaction
aux grands corps de 1'Etat et h. 1'opinion publique, justement











LA B3ANQUE NATIONAL D'HIAITI


alarms des faits relates dans les rapports des dleuxr commis-
sions nommees par le secretaire d'Etat des finances.
a( Agriez, monsieur le secrbtaire general, les assurances de
notre haute consideration. ,,


Le 19 aoitt, la commission sp6ciale de la Chambre des
d~put~s sonmettait ft la sanction de I'assemblt~e la rbsolu-
tion suivante :


a( La Chambre des communes,
a( Vu les rapports des dleux commissions nommbe~s par le
pouvoir exboutif le 27 f6vrier et lt 17 avril,
a( Declare ce qui suit:
ac La Banque national d'Ha'iti, depositaire official des valents
encaissees pour le compete de 1'Etat, estet dameure responsible
vis-j-vis de lui:
a( to D'une some de trente-neuf mille quatre cent quarante-
huit piastr~es cinquante-q~uatre centimes, qu'elle restituera en
esp8ees effective et avec inter~ts, nonobstant toute pretention
de sa part i se faire rembourser les sommes enlevees aux
agencies par les comites insurrectionnels de 1\liragnohne, de Jac-
mel et de J~ridmie, l'institution 6tant hal'tienne, ne pouvant, au
reste, jouir ni comme haltienne, ni comme etrang~re, de privi-
16ges que la loi n'accorde pas aux nationaux;
a So D'une some de G. 11,903.40 qu'elle reconnajt elle-mime
avoir paybe une deuxibme fois, avec les deniers publics;
ac 30 Reconnue coupable d'une impardonnable negligence qui
s'est traduite en vols operes dans son propre sein, la Banque
national d'Haniti est et demeure responsible vis-i-vis de 1'Etat
du montant total des mandates et ordonnances dejd pays et
remis en circulation par lefait de detournements dont elle se
pretend victim, tant de ceux debj signals par la commission
et s'e1evant h G. 259,153.60, deduction faite des G. 14,903.40,
pays deux fois, que de ceux qlui seraient decouverts dans la
suite ;
cc ConsidBrant, d'un autre c~tt, qu'il imported de prendre des
measures pour prot~ger les int~rits de 1'Etat, dlans le pass
comme dans P'avenir, la Chambre des communes decide ce qui
suit:
cc Un etat annexed j la presente resolution signalera h la na-













UNE~ PAGE D'HISTOIRE -57

tion les num~ros des effects publics dbjd pays et frauduleuse-
ment remis en circulation, s'61evant pour le moment A la some
de 274,057 gyourdes, avec les noms de ceux en faveur de qui ils
avaient 6th originairemnent Bmis et de ceux des porteurs actuels
qui se sont fait connaltre;
c( De nouvelles et actives investigations devant se poursuivre
si des fraudes au prejudice de 1'Etat venaient i 4tre d~cou-
vertes dans le surplus des mandates non encore verifies, les
numeros de ces mandates, avec tous details & 1'appui, seront
immediatement, et par la voie du Jour~nal official, portes Ala
connaissance de la nation, et ce, sous la responsabilit6 directed
du secretaire d'Etat des finances;
a( Toutes transactions g~ndralement quelconques, dont ces
mandates et ordonnances, ainsi solennellement d~nonces, pour-
raient 4tre 1'objet par quelque fonctionnaire public que ce soit
et pour compete de 1'Etat, seront considerees comme des crimes
prevus et punis par le Code penal;
cc Le montant des ordonnances et mandates dt~ji pays 6tant
16gitimemnent la propriet8 de 1'Etat, et la Banque n'en Btant que
le depositaire, un d61ai d'une annee lui est accord pour les
representer g administration supdrieure, ou, & ddfautde cette
representation, pour lui remettre une bonne et valuable decision
judiciaire qui les declare nuls.
cc Ce de1ai expir8, si la Banq~ue ne pouvait representer Al'Etat
ni les mandates et ordonnances; dej& pays, ni la decision judi-
ciaire, 1'Etat, pour se premunir contre toutes 6ventualiths,
prendrait telles measures que de droit, concernant les comptes
statutaires et extra-statutaires de la Banque avec lai;
a( Une commission composee de quatre dbputes, de deux sB-
nateurs, nommbs par le Corps 16gislatif, et de trois citoyens,
au choix du pouvoir executif, sera chargee de la revision com-
plete et totale des comptes du gouvernement avec la Banque
depuis son installation j usqu'd ce jour ;
cc Cette commission sera immidiatement formee et commen-
cera ses travaux sans de1ai;
ac Dans le course de ses investigations et a measure que les
circ~onstances les lui inspireront, la commission proposera au
gouvernement tous les moyens qui lui sembleront indispensa-
bles pour sauvegarder les interets de 1'Etat et aussi coux de la
Banque interessee directement d ce que de semblables ddlitsne
se reproduisent plus dans son administration.
ac En attendant, et comme la Banque national d'Hai'ti, dans











58q LA BANQUE NATIONAL D'HAITI
la g~estion des deniers publics, n'a pas montre touted la vigilance
qlue le pays 6tait en droit d'attendre dl'elle, la Chambre des
communes, pour sauveganrder les interits du fisc, ordonne au
secre~taire d'Etat des finances de suspendre provisoirement le
service de la tr~sorerie fait par la Banq~ue jusqu'd ce qlue le
personnel actuel, qui n'a pas la conflance du pays, soit radi-
calement reform et qlue tous les comptes de 1'Etat soient r~gu-
larises, approuv~s et adfinitivement arr~t~s entire la Banque et
la commission dont il vient dl'itre parl8 plus haut.
a Teller est, messieurs, la resolution qlue votre commission
special a 1'honneur de vous proposer.
a En finissant, elle exprinie un vosu, c'est qlue I'ex~cutif,
pour former avec le Corps 14~gislatif la commission charge
de v~rifier les comptes de P'Etat av~ec la Banque, depuis son
installation jusqu'b ce jour, choisisse parmai les citoyens qui
ont rempli leur devoir avec tant d'impartiale ind~pendance
dans les rapports qlu'ils out faits sur les mandates et ordonnan-
ces deji pays et remis en circulation et sur la verification des
livres de la B3anqlue.
(( Enfin, votre commission n'a pas pens8, et elle espbre qlue
vous 1'approuverez, q~u'il fft n~cessaire d'entrer dans des consi-
de~rations plus etendues, plus generales. Les faits sont trop
bloquents et il fant les laisser parler tout seuls !
a Ils diront mieux et plus haut qlue personnel combien
6taient fondues les apprehensions du pays et quelcontrdle doit
Btre impose tant aux depositaires de l'autorit6 executive qu'aux
membres du Corps 16g~islatif pour dl~fendre la fortune publique
exposes de si rudes assauts. >>

Ce project de resolution fut le signal d'un dbehainement
extrimo contre la Chamb~re de la part du gouvernement
et de ses organes officieux. On y vit 1'indice d'un plan
mhri, prm6mdit6, nonl seulement pour attaquer la Banque,
mais encore pour renverser le gouvernement. Salomon
voulait condescendre g tenic la Chazmbre au courant des
irr~gularit~s, des fraudes commises, mais i la condition
qu'elle n'8mit pas la pr~tention d'en savoir autant qlue lui
et qu'elle voul~t prendre la direction de I'enquite. A-t-on










UNE PAGE D'HISTOIRE


jamais vu semblable outrecuidance Les d6putes se
prendire au serieux, et, an lieu d'attendre sagement les
communications de I'exboutif, se miler de voter des
resolutions et d'ordonner aux ministres de suspendre
provisoirement le service de la trisorerie. II faut mettre
bon ordre i ces Brcarts.
Aussi y eut-il une levee de boucliers dans la press semi-
officielle contre la Ch~ambre basse, comme on prit P'habi-
tude, dbs cette 6poque, d'appeler la Chambre des deputes.
Ce qualificatif est, sans doute, pour marquer que le 86nlat,
qui est la Chambre hanute, tient une place plus 61ev~e dans
la hierarchie 16gislative. Ceci est tout ce qu'il y de plus
faux, de plus errone, et selon notre constitution, et selon
les mceurs de la, d~mocratie. C'est bien plutbt le contraire
qui est; mais comme I'appellation, avec 1'idee d'infi~rio-
rite qui s'y attache, semble prevaloir dans nos usages,
on ferait peut-6tre bien d'y veiller, car avant longtemps
1'idee que ce qualificatif comporte deviendra une r~alite
dans une de nos nouvelles et trop fr6quentes constitutions.
D'un autre obt8, 1'opinion publiqlue, endormie depuis
des annies, semblait s'&tre r6veillee et se prononcer en fa-
veur des efforts tents par la Chambre. On lui savait gre
de son attitude 6nergaique, de sa vigilance i empcher que
le debat ne s'8garit. Une serie de confidences, sous former
de fascicules, publides chaque semaine par un des anciens
sous-directeurs de! la Banque, entretenaient et piq~uaient
Ja curiosity publique. La gaiety trouvait son compete dans
cette sorte de Banque di'voilde. Nos abances A la Chambre
Btaient tri~s suivies et un~public fritmissant nous pressait
d'agir.










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


Un sentiment, exclusif a coup sitr, mais tri~s noble en lui-
mime, si on se report d notre histoire: la defiance del'8-
tranger, a longtemps domin6 chez nous. Aujourd'hui, dB-
chu de son origine, devenu oripeau et sali comme toutes
les choses tombbes dans le ruisseau, ce sentiment n'est
plus qu'un tremplin a 1'usage des faiseurs politiques. Il ne
signifie plus rien et ne sert qu'd duper les masses. Tel qlui
1'emploie avec le plus de faconde n'h~sitera pas, le cas
Bch~ant, et un peu d'argent a gagner Btant en jeu, A livrer
les interets les plus sacrbs de son pays. II n'y a done plus
A faire grand fond de ce sentiment. II y aurait mime
plut6t a le tenir en suspicion, car il peut Btre une des mille
formes que revit, en Haiti, I'exploitation politique.
Lors de l'affaire de la Banque national, cette defiance,
cette excitability contre 1'616ment stranger semblait re-
naltre, a mon vif chagrin. Car personnel plus que moi n'est
partisan du progrBs, et je comprends que ce progris ne
peut nous venir que du dehor~s. Rien ne me semble trop
difficile a entreprendre pour arriver a une amelioration
social ou (tconomique quelconque. Mais, si je comprends
qu'une large remuneration, de grands profits, une fortune
rapide et facile soient le lot du capital stranger que nous
appelons, je demand aussi: qlu'en retour il nous donne
des avantages Equivalents. Pas d'exploitation, mais
Behange de services. Ce sont 14 des vues parfaitement
correctes et gal'un Haitien loyal doit pratiquer, a moins
d'&tre une dupe ou un compare.
On ne pouvait, cependant, trop blamer le sentiment na-
tional de se manifester et de revitir mime une certain
forme de language qui, je me hate de l'ajouter, ne doit plus










UNE PAGE D'HIISTOIREi


4tre de mise en Ha'iti. La Banque avait Bte fondue pour
rembdier aux abus des anciennes tr~soreries. Y rembdiait-
elle, d ces abus? Elle avait pris soin de r~pondre elle-
mime et fort piteusement. Et c'etait pour ce deplorable
r~sultat qu'on s'8tait dessaisi d'une des plus fortes bran-
ches de administration publique et qu'on avait retire
leurs emplois g quelques centaines d'Haitiens!i Rienn'Btait
plus just que ces recriminations, rien n'8tait plus fond
que ces plaintes.
Avec sa sagacity! ordinaire, Salomon comprit qu'il ne
fallait pas, pour arriver g ses fins, commencer par brus-
quer la Chambre, beho de ce sentiment public. Aussi, a
diffrentes reprises, les di~put~s qlui passaient pour les
plus influents furent appel~s au palais et entretenus par
lui. Quelcques-uns, peut-4tre cing ou six, tout au plus, se
rendirent ises raisons. Les autres restirent in~branlables
dans leur resolution de profiter de la situation cr66e par la
Banque elle-meme pour arriver i modifier son contract.
Personne ne songeait g rompre avec l'institution; mais,
puisq~ue jusqu'd ce jour elle avait sembl6 desintbresser sa
cause de celle du pays, il 6tait n~ce~ssaire de ne pas perdre
une occasion qui, sans doute, ne se repr6senterait plus,
pour en faire une vraie Banquce nationale.
Jusqlu'd ce jour, ce n'8tait qu'une pompe aspirante; il
fallait en faire une pompe aspirante et refoulante. C'Btait
chose aisee, si Salomon le voulait autant que la Chambre.
Mazis, malheureusement, il ne s'en souciait glikre, et tous
ses efforts devaient tendre, bien au contraire, i dbnaturer
la p'ensBe des d~puths et i les presenter comme des conspi-
rateurs dignes de la fusillade.




















Au palais de la presidence.
Vote du rapport de la commission sp~ciale.
Le Moniteur de la R~publique.
Circulaire aux commandants d'arrondissement.
Rapport; du 86nat.




Les efforts isol~s ne rbussissant pas A entamer la majo-
rit6 de la Chambre, le general Salomon l'invita un beau
matin g se rendre, en corps, pres de lui. Elle s'y refusa
d'abord et n'y consentit qu'aprbs qu'il lui eut fait repr8-
senter qu'il etait trop souffrant pour se transporter g son
local et qlu'il avait des raisons particulibres B lui exposer
que ses ministres ne sauraient dire.
Ce jour-18, Salomon parla longuement; les d~puths,
muets, I'ecoutaient. II essaya, par des arguments ad ho-
minem, et sentant bien que son auditoire n'6tait pas dans
sa main, A provoquer une discussion afin de d~molir vic-
torieusement les objections. Rien, et on 1'6coutait, voil8
tout,










UNE PAGE D'HISTOIRE


Qui n'a vu une de ces grandes audiences de Salomon,
quand il yenait alvec cette certitude de sa sup~riorit6, mais
aussi, tout d'abord, avec le d6sir de plaire, de s~duire,
qui n'a vu une de ces audiences a manqui! un spectacle
fort int~ressant. L'homme se d6p~ensait, se prodiguait, en-
fongait avec 1'outil de sa parole persuasive' et madlrBe le
clou qu'il s'8tait promise de river dans la cervelle de ses
auditeurs. S'il sentait une resistance, il revenait en arribre
et patiemment prenait un hiais, contournait la difficulty.
Souple, fi61in, il jouait avec la souris le plus longtemps.
possible, et, en principe, penchait pour la guillotine par
persuasion. Mais quand la bite ne se laissait pas faire,
comme le f61lin auguel je viens de: le compare, Salomon,
brutalement, lui cassait les reins d'an coup de patte.
Apris avoir 8cout8 discourir le president de la Repu-
blique durant une longue heure, les dt~putis selev~rent et
prirent cong6: de lui.
Comment I dit Salomon interloque, yous vous en
allez et vous ne dites rien t
La Chambre fera connailre, r~pondit son president,
sa, decision g votre cabinet.
Par deference pour sa personnel, on s'8tait rendu au pa-
lais et on 1'avait Bcouti:; mais on n'entendait communi-
quer officiellement qu'avec ses ministres. Un coup de
tonnerre, le plus fort qlue les gorges de nos montagnes
aient jamais repercute, aurait produit moins de trouble
qlue cette sortie cles dgputes et la reponse de leur prC~si-
dent. Salomon faillit en perdre 1'6quilibre, les ministres
se regard~rent 8pouvanths, et nous 6tions dbji loin qune
I'auguste assistance n'avalit pas repris ses sens,










LA BANQUEi NATIONAL D'HAITI


Apris une telle manifestation, on comprend qlu'il fut
facile de presenter qluelques-uns d'entre nous comme des
conspirateurs, des meneurs qlui avaient perverti le bon
;.esprit et les traditions de la Chambre. Quand Salomon
pensait avoir BpuisB les moyens de conciliation, il allait
aux pies excis, et 1'arbitraire chez lui revitait les formes
les plus extremes. Nous devious avant peu en faire 1'ex-
p~rience.
Le 25 aott, la Chambre se r~unit pour discuter le rap
port de la commission sp6siale et Bcouter les observations
du Cabinet.
L'auditoire 6tait nombreux et Btrangement compose.
D'un cite, les naafs, ceux qui esperaient que vraisembla-
blement il sortirait de la stance qlu61que chose de serieux
et qui donnerait raison aux 18gitimes aspirations de la
nation; de P'autre, les affid~s, ceux qui avaient dejj relgu
le mot d'ordre et, comme les sphynx de la fable, un demi;
sourite sur les 16vres, savaient que la solution viendrait
d'eux et attendalent le signal pour entrer en scene.
Le Cabinet donna lecture immbdiatement de la piece
suivante :


Modifications pr~oposd'es par le Con~seil des secrdtanires d'Elat
ci la Chambre des reprd~sentants aua' conclusions du~ rap3-
por~t de sa commission spiciale, dans sa sdacnce duf5 aozde
couranlt.

a Messieurs les D~bputlis,
a Votre message du 19 ao11t me remettait copies d'une rdsolu-
tion du comity special qlue vous avez nomm6~ pour statuer sur
Sles rapports dedeux commissions char~gees de verifier les livres
d)1la Banque et, de s'assurer de la validity de smandats de paio-











UNE PAG;E D'HISTOIREi


ment.en birctilation, et m'invitait, pour le lendemain, i assister
a la fliscuision de cette resolution.
a( Si le conseil des secr~taires d'Etats'estpr~sent8 ce jour :L la
Chambre des Communes et lui a demand le renvoi de la dis-
cussion, e'est qu'il a tenu A Btudier dans toutes ses parties avec:
le calme qu'il convient d'apporter dans 1'examen de questions
administratives et financieres, la resolution de votre comity.
a Avant done d'en aborder la discussion, permettez-moi de
vous lire et de deposer sur vos bureaux une note ggnerale des
appreciations qlue nous a suggdrees la resolution de votre
comitb.
a Tout d'ah~ord,1e gouvernement doit declarer hautement qu'il
poursuit le mimle b~ut que vous, la morality dans 1'administra-
tion publique et la sauveegardo des intdrats du people hai'tien.
a Sur ces points, nous sommes en parfaite concordance de
vues. Nous pouvons seulement difft~rerr sur les moyens a em-
ployer pour y arriver, et cela ne doit pas btonner ceux qlui sa-
vent que les grandes Assembldes d61lib6rantes sont en g~ndral
plus impatientes de parvenir a leur but q~u'un pouvoir ex6cutif.
a Le gouvernement s'empresse de decdarer que ce n'est pas lIh
un reproche de radicalisme qlu'il adresse AL la Chambre des
Communes. C.'est simplement un fait grdndral qu'il constate et
qui est commun a 1'histoire do toutes les nations.
a Je vais border ma~intenant, en les suivant dans l'ordr~e de
classification qlue vous avez adopt les diff~rents points de la
resolution de votre comity special.
a Nous sommes d'accord aveo yous:
a in Qlue le gouvernement doit demander immbediatement A
la Banque, en espices effective, et avec interets, sans tenir
compte des sommes enlev~es aux agencies par les comitis in-
surrectionnels, le remboursement de la some de G. 39,4/18.54
qui lui appartient, sans contest, d'apri~s le rapport de la pre-
midre commission, ainsi que celui d'un vapeur de G. .1/,903.40
provenant de mandates remis en circulation, et repays irr86gu-
librement, dl'aprirs le rapport de la second commission;
a 2o Que la Banque doit Btre tenue responsible de ses n86gli-
gences qui se-sont tradluites par des vols commis chez elle, et
qu'en consequence il lui appartient de mettre en movement
1'action de la justice, afin qu'elle puisse justifier ses debits, par
la presentation de mandates r~guliers, seules pieces pouvant
4tre 16galement admisyks;
a 3o Que, pour la presentation de ces mandats, illui sera, ac









LA BANQUE NATIONAL D'HAIhTI


cord6 uln'delai d'tun an; ou,j d~fauit de cette pr~sentadfon, eelle
d'une decision judiciairo ayant acq~uis 1'autorit8 d;e'la chose
jughe, qui pronlonce la nullit6 desdits mandats;
a $o Qu'apris ce d61ai, si la Banque ne pouvaitseconformer
sux prdceddeites dispositions, le government nurait h pren-
dre toutes mesures convenables pour la sauvegrarde dles int8-
rits de 1'Etat et pour le raglement Bcquitable de ses comptes
statutaires et extraordinaires;
ae 50 Que toutes publications, telles qlu'elles sont consignbes
dans la resolution de votre com~it8 sp,8cial, se sont ex~cuties,
afin d'a~rrter les transactions qlui pouprrient s'op,8rer, pour le
compete de 1'Etat, sur les mandates remis frauduleusement en
circulation, transactions q~ui, si elles se faisaieni, se~raient imi
m~diatement denoncies h la justice pour les poursuites h diri-
ger contre les fonetionnaires qui les auraient faiths;
a GOQue les investigations h la Banque doivent etre poursui-
vies, afin qlue si de nouvelles fraudes se d~couvrent, on suive
pour les r~primer et pour s'en faire rembour~ser, la voie pric6-
demment tracee;
a 70 Q'une commission complosbe de qudatre deput~s, de deux
s~nateurs, de trois citoyens au choix. du Pouvoir Executif, h
tirer de preference pai'miles membres de ces deuxr przie~dentes
commissions, sera charge de la revision complete et total
des comptes du gouvernement aveo la Banqlue, depuis son ins-
tallation jusqlu'8 ce jour ;
a 80 Que cette commission. commnencera immddiatement ses
travaux d'investigation, et, au fur et a. measure de leur accomi-
plissement, elle en informera la gouvernement pour lui pro-
poser tous les moyens propres g sauvegarder les intir~ts de
1'etat on meme temps qlue ceux de la Banque.
a La plupart de ces declarations sont clairement gnoncies
on sont impliciteme~nt continues dans la, lettre du Conseil des
secr~taires.d'etat & iVI. de Montfe~rrand. D'autres en sont la
consequence.
a On peut verifier ces assertions.
aVous pensez, Messieurs les d~putis, que pour arriver &L
l'exboution de ces diffC~rentes dispositions, il faut :
a Parce qlue les administrateurs de la Banqlue, au Port-au-
Prince, n'ont pas montr6 assez de vigilance dans la gestion des
interets publics, suspendre provisoirement son service de per-
ception jusqu'h ce qlue le personnel, qui g's pas la conflance du
pays, soit radicalement rbform8, et que tous les comptes de











UNEi PAGE D'HIISTOIRE


1'O'tat soleit r~gularis~s, approuvis et d~finitivemen arritbs
entire la Banque et la Commission h former.
a Ce sont les points qlu'il s'agit d'61ucider.
Dans le dernier paragraphe de la lettre du Conseil i M. de
Montferrandl, nous avons exprimg le dbsir de voir changer le
personnel dirigreant la B3anque. Nous avons dit qlue nous espj,-
rions qlue le Conseil d'administration de Paris s'empresserait
de nous envoyer un del16gu6 pour donner satisfaction au pays et
h 1'opinion publique, justement alarmes des faits relates dans
les rapports des deux commissions nommees par le gouver~ne-
ment.
a C'Btait tout dire en quelques mots.
a Nous n'avons pas d'action directed, 18gale, sur le personnel
die la Banque, qlui est nomme par le Conseil de Paris; mais nous
croyons fermement qu'il comprendra, aprbs tout ce qui s'est
passed, le bien fond de nos rdelamations en ce qui concerne ce
personnel,
a Le goulvernement et le Conseil de Paris formnentfdeux groups
de mandants don't les inthr~ts se trouvent intimement lies. Les
mandataires ne conviennent pas h 1'un des deux groups. Que
doit faire 1'autre group?
a Inutile de r~pondre i cette question.
a Done, dans 1'actualit8, il imported d'ouvrir des negooiations
pour atteindre le but que nous poursuivons. Elles comnmence-
ront immbtdiatement.
a En attendant, devons-nous suspendre avec la Banque le
service de trdsorerie 9
a C'est lj le point capital de la question, sur lequel j'ap-
pelle s~rieusement votre! attention.
a Une decision de ce genre, prise par la Chambre des com-
mune~s, serait une atteinte port~je au d60ret organique de la
Banque, vote solennellement le 10 septembre 1880 par l'As-
siembl~e national.
a Ce que 1'Assemblee national a fait, elle seule peut le defaire,
et elle-mime devient impuissante, quand elle a signs un con-
trat pour un temps determine i
a Une resolution de la Chambre des communes est sans force
pour abrogrer un dl~cret de 1'Assemblde national. Une resolu-
tion de cette derniere est~ aussi sans force pour detruire un con-
'trat bilateral, dont la rupture violent peut se traduire par des
dommages pour le gou~f~rnement.
a Sommes-nous, de plus, prepares B changer ainsi, du jour au










LA BANQUE NATIONAL D>'HAITI


lendlemain, le mode de perception de nos revenue ? Avons-nous
sous la main tout ce qu'il faut pour cela ?
a N\ous pensons qlue non.
a Le Conseil de Paris acc~dera au vasu que nous allons lui
exprimer sur le changrement du personnel de la Banqlue, et, en
attendant,1le secretaire d'O'tat des finances a~ura l'azil ouvert sur
notre service de tri~sorerie, surveillera activement nos rentr60s
pour empicher de nouveau d~tournements des dleniers de l'O'tat.
a Ce sont li les modifications qlue le gouvernement propose
A la resolution de votre Comite sp~cial. >

L~e respect de la v~rit8 $ laqluelle je ne faillirai jamais,
mdme pour excuser et att6nuer une erreur dont, d'ail-
leurs, j'ai ma part de responsabiliti, m'obligre a declarer
que la Chambre commit une tr~s grande faute en ne se ral-
liant pas imm~diatement aux modifications proposes. Ce
n'est pas que les difficultbs administrative rendissent
impossible le retrait de la tr~sorerie des mains de la Ban-
que. Un ministry r~cemment I'avait fait et de sa soule
autorit8. Mais, en definitive, la Chamnbre obtenait beau-
coup; elle obtenait tout ce qu'elle souhaitait, car le retrait
du service de la trbsorerie n'Btait qu'un moyen pour arri-
ver au but qu'elle se proposait. Ce n'8tait pas le but lui-
mi~me et cela nous 8tait parfaitement iAgal, en some, qlue
ce service, sous un contrBle vigilant, fht continue par la
Banque, si son contract Btait modifiB et devenait plus pro-
fitable au pays. II eitt 6tB cent fois plus sage, ri la propo-
sition du ministire, de repondre, par example, par
1'ordre du jour suivant:

a La Chambre des Communes,
a( AprBs av~oir entendlu lecture de P'Expos8 du conseil des se
di'6taires d'Etat, sur la resolution de son comity spdcial.
(( Se rallie SL la pensbe du 'gouver~nement, qui prend l enga-











UNE PAGE D'HIISTOIRE


gement d'oblenir du conseil d'administration de Paris le chan-
gement du personnel dirigreant la Banque, lequel n'a pas la
confiance du people;
<< Laisse au secr~taire d'Etat des finances toute la responsa-
bilit8 de continue, avec la Banque, le service de trbsorerie
dbji fortement comp~roinis, par un d~faut de surveillance on
d'energie imputable 5( ce haut fonotionnaire;
<< Et passed 1 'ordlre du jour. a


Beaucoup d'entre nous, il est vrai, disaient que I'occa-
sion 8tait unique, qu'il fallait exercer une pression sur
I'ex~cutif, qu'autrement, une fois les vacances prononc~es,
le gouvernement se moquerait des decisions de la Cham-
bre et agirait a sa guise. On Btait trbs -mont6; il y avait
de 1'B1ectricite dans 1'air. Les ministres,a leur bane, apres
avoir donn8 lecture de la pibce, se taisaient, soit par cal-
cul, soit par faiblesse et ne faisaient rien pour d~fendre
leur cauvre... Dans une telle atmosphere, je doute qu'un
ordre du jour qlui laissdt le service de la TrBsorerie a la
Banque edit eu quelqlues chances de succbs. II n'e11t attiri
a son auteur qlue quelgues souppons injurieux et fait crier
a la trahison.
Pourtant, je le r~pi~te, la Chambre, en votant sans mo-
dification le rapport de sa commission, fit une faute. Elle
crut forcer l'ex~cutif a computer avec elle, a obliged la
Banque i prendre I'initiative du proc~s, et finalement elle
espbra fire modifier.grbce Ala commission parlementaire,
le contract qui, durant cinquante ans, liait le pays sans
grands avantages pour lui. Elle se trompa. Le gouverne-
ment, qui n'avait aucune de ces visbes, la dompta, et
avec elle l'opinion pulblique, par un de ces- proced~s fami-
liers & I'Bcole salomonienne.











LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


Le 28 aotit,. une note ainsi conque paraissait dans la
parties officielle du Moniteucr :

a Le Gouvernement manquersit B son devoir, s'il ne tenait
le people inform6 d'une dissidence d'opinions qui vient de se
produire entire lui et la Chambre des communes, apropos
d'une << resolution de son comity special ,, qu'elle a sanctionn~e
dans sa stance de lundi 25 courant.
(( I1 est hors de doute que c'est le pouvoir ex~cutif qui, le
premier, a signal les irregularites de la Banque, et a nomm6
immediatement deux Commissions, charges de faire la lu-
midre sur les reproches qui lui 6taient adress~s.
(( Le pouvoir 16gislatif, aus~si soucieu~x que l'exboutif des in-
terits de la nation, devait, comme lui, s'8mouvoir des faits
consigns dans les deux rapports pr~sentes au Gouvernement,
et la Chambre des communes a charg68 un comity, tire de son
sein, de les 6tudier et de lui soumettre ses apprbeiations.
a On a vu, ins~rde an Mloniteur~i du Bi aotit la (( resolution
rP. ce comity ,, sur laquelle le conseil des secr~taires d'Etat 6tait
.ppef6 j donner son opinion dans la stance de la Chambres
des communes du lundi 2 aob^t.
a Dans une note que 1'on trouvera au M~oniteur de ce jour,
et qui a 6tB d~pos~e sur le bureau de la Chambsre des commu-
nes, on verra comment le Gouvernement a envisage la ques-
tion, et sur quel point il s'est trouv8 en disaccord avec la
Chambre des communes.
a Le mime but, il faut le repeter, est poursuivi par le pouvoir
ex~cutif et la Chambre des communes; le respect de la morale
publiqlue et celui des deniers de l'Etat.
a Cependant, ii est j regretter que, dans une question qui
demandait h 8tre 61ucid~e avec calme, les passions aient pu
s'infiltrer, agrandir ou deplacer les responsabilites i tel point,
qu'on s'est imagine que les interits publics etaient plus grave-
ment compromise qu'ils ne le sont en r~alitB.
a Dans un Blan de patriotism qu'il faut certainement excu-
ser, on a voulu alors dieter des measures ripressives trop vio-
lentes, que condamnerait certainement la raison et le bon sens,
et qui seraient 1'affirmation de la rupture d'un contract sign
par la nation.
(( L'objection pr~sentee par le conseil des; secretaires d'Etat
sur la resolution du comity special de la Chambre des commu-











UNE PAGE D'H-ISTOIRE


nes its portait que sur un point, puisqlue le gouvrernement s'en-
gagenit 9 demalnder au conseil d'administration de Paris le
changement du personnel dirigeant la Banque qui, pour les
motifs consigns dans les rapport remis au secretaire d'Etat
des finances, n'avait plus la confiance du peuple haltien. II ne
s'agiesait plus des lors que de s'entendre sur le service de tr8-
sorevie que la resolution arrachait violemment de la Banque
ou siuspendait provisoirement jtisqu'd complete satisfaction
donnee au pays.
<< L~e gouvernement a protested contre ce mode de.proc~der.
<< Le d~cret qui confie le service de trBsorerie a la Banque
mane de 1'Assemblee national, et il n'appartient pas par
consequent A la Chambre des communes d'en suspendre I'ex6-
cutiott. L'Assemblee national seule pourrait abroger son d6-
cret, et, dans 1'espbee, elle est sanspouvaoirspour le faire, puis-.
qu'il s'agit d'un contract bilateral, dont les clauses ne peuvent
&tre modifiies sans l'adh~sion des deux contractants, c'est-h-
dire du gouvernement halitien et du Conseil d'admninistration.
de la Banque.
ac Des considerations d'un Cautre ordre et qui toucherit rart
ci~t6 pratique: de la question ount de plus. decidb le! gouverne,
ment dans le sens qu'il a adopt.
<< On se rappelle combien dans le passe nous avons eu j nous
plaindre'de nos trbsoreries, quels deficits nous avarts eu d en-
registrer. On n'a pas oubie ce qu'il nous a fallu doe temps pouar
en finir avec un systime d~sastreux, r~prouv6 par tous,
<< Aujourd'hui, ces deficits ne sont plus d craindre, ott, s'ils
se manifestent, on Gst certain qu'ils ne resteront pas d notre
charge.
a Que propose la Chambre des communes, en acceptant, dans
touts ses parties, la resolution de son cothite special ?
<< De r~tablir nos tr~soreries, puisqu'elle ordonne de suspen-
dre imm~diatement ce service avec la Banque.
cc A-t-on refl~chi qu'il faut plus de temps pour reedifier que
pour d~molir ? Combien nous en fatudra-t-il pour r~unir les
hommes et les choses n~cessaires au service de tresorerie ?
Pendant ce temps d'arrit, comment marchera administration
financi~re ? Qui touchera, nos revenues publics ? Qui les mettra
g la disposition du secr~taire d'etat des finances pour soulager
la d~tresse des fonetionnaires publics ?
< Btre. reconstitubes ?











LA BANQUE NA\TIONALE D'H-AITI


<< Est-ce que la machine gouvernementale peut-etre ainsi ar-
retee dans sa march, sans ressentir une secousse prbjudlicia-
ble g 1'ordre du public ?
<< Un temps d'arret semblable serlit morte pour le pays, !
<< Et .cependannt 1'objection du pouvoir ex~cutif a 6te rejet~e
par la Chambre des communes, q~ui a votb la resolution de son
comit(I special !
<< Le gouvernement hesite B croire q~u'elle persistera dans sa
resolution dl'engager 1'administration dans une impasse dont
la malveillance ne tarderait pas g tirer profit.
<< Nous sommes au lendemain d'une guerre civil, dont les
d~sastres sont encore incalculables !
<< Et o'est a ce lendemain qu'on se desunirait, qu'on offrirait
en spectacle cette disunion g nos ennemis qui s'en armeraient
pour nous aceabler et recommencer une nouvelle lutte !
c < Non.
<< Le gouvernement se persuade qlue 1'entente sera bientit
r~tablie, et qlue la Chambre des communes lui donnera de nou-
veau le concours de ses lumieres et de sa force pour la repara-
tion des maux supports par le pays et la realisation du pro-
gramme de l'61u du 23 octobre ,,


Mais tout en tenant ce language, absolument correct,
dans le Journal officiel, le gitndral Salomon adressait le
lendeniain ce chef'-d'asuvre d'astuce aux; commandants
des arrondissements de la R~publique :


LIBERTY BGALITB FRATERNITY
REPUBLIOUE D'HAITI
Port-au-Prince, le 29 aoilt 1884, an 81* de l'indipendance.
(Tris confidentielle.)
SALOMON
PRESIDENT D HAITI
Aum commandants des arr~ondissements de la Rdp2ubiquee
<< G~n~ral,
<< Apr~s les terrible 6preuves auxquelles il avait plu h Dieu
de nous soumettre, nous 6tions tous en droit de computer qlu'd
1'ombre de la paix, nous pourrions reparer les ddsastres de la









TJNE PAGE D'H~ISTOIRE


guerre et lancer le pays dans la voie pacifigue du progr~s par
1'instruct~ion, le travail et 1'industrie. C'est au moment oh ncus
commen~cions h voir se realiser de si chores esp~rances que la
Chambre des d~puths, induite en errour et poussee par une
dizaine de ses membres, v~ritables meneurs mus par 1'ambi-
tion et le di~sir de s'enrichir aux depens de la. Caisse publique;
c'est i ce moment, dis-je, que la Chambre tente de susciter au
pouvoir ex~cutif des difficulties et des embarras.
cc Les actes de mon gouvernement et ceux de la Chambre,
publics par le Moniteurl, les articles des journaux P(Eil et la
Nation, suffisent, je pense, pour vous Bdifier sur la question.
D'an cit6, on voit le gouvernement deoouvrant et d~nongant au
pays les irregularit~s, les negligences et les fraudes commises
par on g la Banque national; de 1'autre cit8, on voit la Cham-
bre, s'emparant de la question, afficher la pr~tention d'8tre
plus soucieuse que Y'exBcutif des int~rats de 1'Etat, 1B6ss ou
compromise par la Banque.
cc Cette divergence de vues a eu pour effet immediat de ren-
dre impossible ou peu probable la realisation d'un plan finan-
cier congu par mon gouvernement et dbji en bonne voie de
negociation. C=e plan avait pour objet de procurer i 1'Etat un
emprunt de 1,500,000 piastres, destinies g payer la solde, la
ration, les ap)pointements des mois dus sur cette ann~e et des
mois A Bchoir de ce jour au 31 dl~cembre prochain. Ce, surtout,
contre lequel mon gouvernement protest, c'est la mauvaise
foi avec laqluelle procident ces messieurs de la Chambre. Ils
refusent ou 8vitent de discuter, sachant leurs argumentations
mauvaises, et ils se bornent 9- voter en silence. Pourq~uoi ce
mauvais vouloir, cette tactique de la. Chambre ? Je vais vous
le dire.
cc Chacun sait qune pendant plusieurs annies, tout le monde
voulait 4tre d~put6, car, alors, les d~puths se falsaient payer
pour voter tous les contracts, tous les marches, toutes les de-
mandes de subvention qu'on leur presentait, quelque funestes
et desastreux que fussent pour 1'Etat ces contracts, ces mar-
ch~s, etc.
cc 11 est parmi mes commandants d'arrondissement qui con-
naissent tel individu qui, pour se faire 61ire d~put8, a s~ouscrit
une obligation hypotheoaire i tel concurrent pour le porter dt
retire sa candidature, s'engageant, 1'individu, a s'acqluitter
de son obligation i la fin de la session et g son retour dans ses
foyers











LA BANQUE .TINATIONAL D'HIAITI


(( J'ai en main des obligations donnees i des depuths St titre
de recompense, pour avoir vote tels contracts.
a Mais, depuis qlue j'ai coupe court i cette criminelle specu-
lation, personnel ne veut plus Btre d~put6 et bon nombre de
d~putes ont sollicit8 de monl gouvernement des emplois dans
I'administration des finances.
(( En se prrbsentant g 1'ouverture de la pr~sente session, les
d~putirs pr~tendlaient, les uns Btre nommbs sinateurs, les
qutres administrateurs des finances, directeurs de douane,
commandants d'arrondissement, etc.
a En r~ponse i la dlemande de plusieurs, j'ai eu g leur faire
savoir qu'8tant content de mes commandants d'arrondisse-
ment, je n'avais pas h les remplacer. DB9us dans leurs esp8-
rances, ces dl~put~s, ci qui le Tre'sor~ ne doll pas a~n centime,
envahissent le 5ecr~taire d'Etat des finances, lui demandent
des faveurs de mille, dleux mille, trois mille, qluatre mille,
cing mille, dix mille piastres. Tout naturellement, il leur est
repondu que loin d'8couter leurs demanndes, le gouvernement
doit appliquer les sommes qun'ils r~clament comme faveurs g
payer 1'8norme arriere qlue le Tr~sor doit h cette fiddlel armbe,
et g ces g~n81raux anssi braves qlue devoubs q~ui, les uns dans
le Sud et 1'Onest, out ou verse leur sang on expose? leur vie
pendant dix mois devant Miirag~ane, JBr~mie, Jacmel, Aquin,
Cbtes-de-Fer, Petitgiotve, Port-au-Prince; les autres dans 1'Ar-
tibonite, dans le Nord et dans le Nord-Ouest, sont restes debout,
1'arme au bras, veillant au salt de la RBpublique.
(( Mais qu'imlporte pour ces d~putihs, les privations, les souf-
frances, de ces braves et fiddles soldats, de ces gn6nraux sou-
vent exposes pendant 1'insurrection i ne pas recevoir mime
la simple ration de v~ingt-cingI centimes ?
< Non, pour ces dbputes qu'importent ces souffrances,cespri-
vations? Pour eux, yous 4tes Id pour soutfrir, pour porter le.
fusil, le havresac, les caisses de munitions. Eux, ils sont 14
pour jouir, pour avoir des chevaux, des maitresses, pour dB-
penser leur argent au jeu, dans les caf~s, etc.
a Ces messieurs parlentect r~clament, dlisent-ils. au nomz duz
people qui les ac nonmmes ddpulte's. Mlais, yous savez, general,
qlue o'est mai, qlue o'est vous qui les avons nommbs dlrputbs,
a( Vous savez qlue ce peuple ne les connait pas; vou~s savez
qlue dans b~ien des localities nous n'avons pu les faire accepter
qu'avec peine; yous savez qlue c'est par attachement et par
respect pour mon gouvernemnent et pour ma. personnel qlue ce











UNE PAGE D'HISTOIRE


people les a nomm6s d~put~s. Et voil8 qu'anj ourd'hui, oublian t
leur origine, ces hommes de la Chambre se disent le people et
se montrent hostiles.
a Je fais tous mes efforts pour aplanir les difficulties et arri-
ver A une entente!. afin d'Ppargner au pays toute secousse.
Mais, qu'on le sache bien, je ne souffritaii pas, je ne permettrai
pas la r86dition du 30 juin 18'79.
a Le gouvernement d'alors, pour s'Btre montr8 faible, irresolu
ce jour-ld, a Btb cause de 1'incendie de Port-au-Prince et des
Gonalves, et de la mort d'un secr~taire dl'Etat et d'un grand
nombre de citoyens.
a Le principal meneur, il faut que je le nomme, c'est le dB-
put6 Osman Piquant, president de la Chambre. Comme n~go-
ciant, il est d~biteur de 1'Etat pour dlroits de douane. 11 yeut
etre ministry des finances et il aspire g la pr~sidence de la
R~publique. Pour Btre ministry des finances, il faut, avant
tout, Btre probe. Or', des papers sent arrives de France pour
la poursuite~ devant le tribunal de M. O. Piquant qlui, lors de
son voyage en Europe, a dup6 des n~gociants de cette contree.
M. O. Piquant pretend 8tre president d'HaIti 1 Mais je crois,
general, qlu'il ya dlans le pays de plus dignes et de plus m~ri-
tants que lui.
a( Sout accol~s au d~put8 Piquant :
a to Le d~pute Gruillalume Manigat; ce depute p~arle, dit-il, as
nom de ses mandants de Port-de-Paix, mandants que, po~ur-
tant, il ne connait pas et qui. ne le connaissent pas. Le
deputy Manigat, dont sa ville natale n'a pas voulu, ne rive
qu'une chose .: faire de 1'argent, oblenir un poste diploma-
tique en France oft il prb8fbre vivre plutit qu'en Hai'ti;
a( 20 Le d61putB Domingo, contre qlui des lettres sont Pcrites
de France par son tailleur qu'll a dupe, et qui s'adresse h mon
gouvernement pour obtenir qu'il s'acquitte de ce qu'll doit;
a 3o Le deput6 Fr~dBric Marcelin, qui, lui aussi, a dup6 ses
cr~anciers d'Europe en consentant des actes simul~s qui font
passer ses proprietes en des mains tierces;
a( to Les deputes LaferriBre et Cinna Leconte, contre lesquels
des d~nonciations sont faites par les autorit~s des communes
de la grande Saline, et de Jean Rabel, pour des contrebandes
qu'ils ont faites des denrees du pays, prises dans nos ports et
qu'ils ont envoy on qu'ils ont 6te vendre aux 11es de Bahama.
a 11 y aurait presque autant i dire sur bien d'autres de ces
messieurs, mais je m'arrite persuade, general, que vous &tes










7(i LA BANQUEi NATIONALEi D'HAITI

suffisamment edific! sur le compete de ces individus, dont les
sept huitibmes de la Chambr~e ne tarderont pas i se s~parer
quand ils reconnaltrolnt qu'on les trompe. Au fond, ces
sept huitibmes sont bien intentionn~s.
<< Le cas 'chdant, je ferai mon devoir et vous ferez le vstre.
Nous avons trop souffert, pour permettre qu'aujourd'hui ob
1'horizon s'est rass~r~ne, des picheurs en eau trouble, des am-
bitieux, cherchent i l'assombrir.
(( Recevez, g~ndral, P'assurance de ma consideration distin-
guee.
SALOMON. a

(tP.-S.- Sur les instances de mon gouvernement, M. de Mon-
ferrand, deligu8 du conseil administration de la Banqlue &
Paris, a saisi la justice d'une plainte d~nongant le vol qui ia
6tB commis & Ja Banque. Par les soins de la justice, les voleurs
seront bientit c~onnus.
c SALOMION. a


Il est absolument superflu de discuter les paragraphes
de cette pibce. Tout Salomon, sa dbloyale habitude de
travestir les meilleures intentions en attentats contre la
paix publique, sa tactiqlue de presenter ses adversaires
comme des gens tarbs, son habileti! insidieuse B mettre en
jeu l'int~rit de chacun, g fouiller les passions humaines,
& les flatter, B les caresser, i faire servir au profit de sa
politique 1'ambition, la vanity, g les surexciter, g les
menler au point necessaire oil, croyant agir pour leur
propre compete, elles ne sont que 1'instrument passif,
docile d'une pens~e machiavdlique, g les tromper ainsi et
toujours, et 1'une par 1'autre, tout Salomon, avec son style
terre-8-terre, s'attachant pen gla c;onsonnance, pourvu que
le mot grave l'idbe, s'y rbvle i chaque phrase.
Pas plus pour ceu~x qui sont nommbs dans cette circu-
laire que pour moi, je ne m'abaisserai g reliever d'indignes










UNIE.PAG;E D'H-ISTOIRE


calomnies. Salomon, en les Borivant, les savait d~nubes de
tout fondement, mais elles lui semblaient devoir frapper
1'imagination et il s'en servait. H61as pour moi person-
nellement, on m'avait mis depuis 1883 dans 1'impossibilit8
mat~rielle, quel qu'en serait mon desir, de placer mes
propri~t~s en des mains tierces :on les avait rashes et
pillbes en bon ordre, et d'apres tous les commandments
de la doctrine. J'avais mime eu le tort impardonnable de
ri~clamer pour mes concitoyens 18sis dans ces horribles
j ournBes de septembre, et Salomon ne 1'oubliait pas, lui qui
indemnisait spontandment les strangers et refusait, par
politique, la mime justice aux Ha'itiens. On recueille
aujourd'hui les fruits de cette politique : on n'a qlu'd con-
sulter les registres d'immatriculation aux 16gations 8tran-
geres pour s'en rendre compete.
Quelques ann6es aprbs, j'ai eu I'occasion d'interroger un
des intimes de Salomon, un de ceux qui ont pris une
grande part isa politique... Je m'4tonnai qu'ilptit dbligurer
ainsi la pens~e des dbputbs, grossir, d~naturer le r81e
qlu'ils remplirent dazns' cette affaire de vols B la Banque,
simplemnent pour le plaisir inutile, sans compensation
visible, de denoncer des conspirateurs li oil il n'y en avait
pas 1'omlbre. Cet intime me dit : < Vous vous trompez.
Vous ne saviez pas le dessous des cartes. Il y avait un
veritable complot contre~ le gouvernement et si on ne vous
mettait pas au courant de tout ce qui se passait, c'est
qu'on sait qlue, par nature, yous n'aimez pas completer.
Vous faisiez bel et bien parties d'une conspiration sans
le savoir i a Je souris et r~pliquai: << S'il en est ainsi, d'oix
vient done qlue Salomon d~nonrgait ii ses commandants










LA UBANQUE NATIONALE D'HABITI


d'arrondissement pri~cisement les idBologues, ceux qlui se
renfermaient uniquement dans leur r81e de dibputbs et i
visibre levee r~clamaient des garanties pour le pays9 ,,
Je n'en pus tirer aucune r~ponse, je suppose ou qu'il
n'en savait pas davan-tage ou qlue ma question I'embar-
razssait.
Des colleagues, appel6s isol~ment au Pazlais, me racon-
taient parfois les discours que Salomon leur tenait : a Ne
1'i4coutez pas, leur r~ptttait-il, en me dbsignant. 11 a le 23
septembre i vrenger!~ g 9lomon me faisait 11ne injure
gratuite en disant qu'un but personnel me gouidait et qlu'un
deuil privi! pouvait obscurcir mon patriotisme. Ulse troml-
pait absolument sur monl compete. Un homme public ne
doit rien avToir B vengaer et, s'il le laisse supposed, que ses
concitoyens l'6cartent soigneusement du pouvoir!i On peut
s'en prendre aux choses : on ne doit jamais s'en prendre
ajux individtls.
Dans la circulaire adress~e aux commandants d'arron-
dissemenf, le gouvernement accusait la Chambre, par des
d~bats intempestifs, d'avoir faith manquer un emprunt de
1,500,000 gourdes sur le point d'8tre conclu avec la. Banquet,
emprunt qui devait acquitter la solde et la ration des 801-
dats, les pensions des militaires,1les feuilles arri~r~es, etc.,
etc. C'Btait, en-effet, lelangage qu'on tenait i ce moment-
14 dans les journaux officieux pour exciterl'opinion publi-
qtt~e contre la Chambre des d~putis. Le inoyen, qluelque
cyniqlue qu'il fiit, car il y avait du cynisme tl sacrifier les
interets primordiaux del'Etat d~ un prdt d'argent, semblait
infaillible dans un pays oil tout le monde 6marg~e au
Tr~sor.










UNE PAGE D'HIISTOIRE


Mais la v~rit6 6tait qlue la Banque, Je premier Bmoi
passe, s'6tait remise. Des amis lui conseillaient la rbsiis-
tance et lui representaient qu'au dernier moment il lui
serait facile de tout emporter en offrant de I'argent au
gouvernement. Ce dernier moment etait arrive et 1'offre,
sans doute, avait 6tE! faite. Pourqluoi le minlistre des finan-
ces ne pouvait-il accepter ces propositions bienveillantes
dictbes par le plus sincere amour du bien public ? -
Pourqluoi ? reprenaient les affides. Parce qlue la Chambre
des Communes a soulev6! des dbbats inutiles ; qlue ces dB-
hats solent clos d'une fagon ou de I'autre et vous etes tous
payibs, militaires et employes civils Et alors tout le
monde pourra s'embrasser et crier : a Vive la Banque a
En Ha~iti, les moyens :i employer pour fausser le bon
sens public sont 616mentaires et infaillibles. Aussi la
Chambre commongait-elle i sentir qlue la calomnie prenait
de la consistance et bazttait en brbehe son credit dans le
people. A ce moment, elle commit encore une second
faute. AprBs avoir rejeti: les modi'ications du cabinet et
vote les conclusions du rapport de la commission spiciale,
elle eut la na'iveti! d'adresser un message au 86nat pourle
prier de se joindre i elle, en assemblee national, et enle-
ver le service de la tr~aov~erie i la Banqlue. II 8tait notoire
qlue le S~nat n'aquiescerait pas i ce desir. L'opinion publi-
qlue avait-elle la force n~cessaire pour exercer une certain
pression sur ses deliberations? Pauvre opinion publique
que deux ou trois individus, avec de l'audace, font'ou
defont si leur guise i elle 6tait timide, hitsitante, et main-
tenant qlue l'on disait qlue cela finirait mal, elle ne se sou-
ciait pas de payer les pots cassis.











L~A BANQUE NATIONAL D'HAITI


La Chambre n'avait done pas besoin de tenter une
demarche, yoube d'avance au re8sultat le plus negatif. Au
point de vue constitutionnel, elle n'azvait pas non plus ti la
tenter. Sa resolution, en tant qlue suspension provisoire
du service de la trbsorerie et non retrait d~finitif, 6tait
parfaitement 16gale et n'avait nut besoin de la sanction de
1'assembl~e national. C'6ttait une simple measure adminis-
trative qu'elle ordonnait au ministry de prendre; ce n'8tait
pas une rupture qu'elle proposait. Il est toujours permits
de sauvegarder, par des measures transitoires, les deniers
de I'Etat, et la Chambre le devait au pays.
A la proposition de se r~unir en assemble national, le
S~nat r~pondit, le 28 aoilt 1884, par le message suivant:

SItNAT
nMessage ci la Ch~amzbre des Commnunzes
a Mieesieurs les deputes,
a Le Sdnat a 1'honneur de vous accuser reception de votr~e
message en date d'hie~r et au nO 104, lui remettant le rapport
de vote commission speciale en ce qui concern la Banque.
(( Vous informez le Sdnat que vous avez vote les conclusions
de ce rapport, et vous ajoutez qlue, ce vote amenant naturel-
lement la reunion de P'hssemblee national pour formuler le
d~cret devant suspendre provisoirement le service de la trciso-
serie fait par la Banque, yous aimez i computer sur le concours
de son patriotism et de son devouement B la chose publique
pour qlu'il se r~unis~se A la Chambre en Assemblee national, et
cela dans le plus bref dblai, vu qu'il ya urgence.
(( Le Sdnat, apr~s d61iberation, vient de nommer une commis-
sion sp~ciale pour l'examen de votre resolution. Son rapport pr6-
sent8, il statuera s'il y a lieu de se rdunir on Assemblee nationale.
c Le Senat saisit cette occasion pour vous renouveler,
messieurs les deputis, l'assurance de sa parfaite consideration.
a Le pre'sidentl du Se'nal,
a M. MONTASSE. ,,











UJNE PAGEli D'HISTOIRIE


La redaction de cet accuse de reception laissait entrevoir
quellesa 6taient les dispositions du SBnat g 1'Bgard de la
resolution votee par les d~puths. En attendant, la Chambre
adressait le message suivant au secretaire d'Etat de
l'intbrieur, message accompagn6 d'une note. Les deux
pieces 8taient publibes dans le num~ro du 30 aoilt du
Moniteur et I'Excutifles faisait suivre imm~diatement
de sa ritponse. Voici ces documents :


Port-au-Prince, le 89 aoilt 1588, an 810 de I'Ind~pendance.
LA CHAMVBRE DES REPRESENTANTS
No 121 MESSAGE
Au Secretlair~e d'Etal de lInte'rieu, etc., etc.
a( Monsieur le Secr~taire d'O'tat,
a( La Chambre des d~put~s a lu aveo une patriotique tristesse
la note ins8r~e au lou~nall offpciel du jeudi 28 ao~t courant.
Elle croirait manquer i elle-meme et au pays si elle se taisait
sur les allegations qu'elle renferme.
(( C'est dans ce but qu'elle vous invite i vouloir bien donner,
en tote du lour~nal officiel de demain 30 aott, publicity A la
note qu'elle vous remet sous ce couvert ainsi qu'au present
message.
SLa Chambre, dans cette attente, vous renouvelle, Monsieur
le Secr~taire d'Etat, 1'assurance de sa paf~faite consideration.
a( Le Prd'sident de la Chambre,
O. Ploarr.T


(( Tout d'abord, la Chambre declare au pays qu'il n'y a au
cune dissidence entire elle e~t 10 pouvoir exboutif.
a~ Oil serait-elle, la dissidence ?
(( Ce que la Chambre veut, c'est ce que veut le pays :
a L'ordre et la regularity dans nos finances.
a N'est-ce pas aussi ce que vent le gouvernement ?
(( O'est d'accord avec le pouvoir exbcutif que la Chambre,
sollicitire et par des actes et par des paroles du premier maL-











LA BANQUE NATIONALEi D'HAITI


gistrat de la R~publique, s'est livree B 1'examen de cette palpi-
tante question de la Banque national.
a Aussi, dans sa seance du 28 juillet dernier, demandait-elle
au Secr~taire d'Etat des finances le? d8pit imm~diat des rap-
ports des deux commissions institutes i 1'effet de verifier la
comptabilit8 de la Banqlue et les fraudes commises au sein de
cet 6tablissement.
a. La Chambre, nantie de ces deux rapports, quelle conduite
avait-elle i tenir ?
r Devant les graves questions que soulivent ces rapports.
questions oh sont engages les int~r~ts de toute la soci~t6
hailtienne, selon les terms mimes de 1'ex~cutif, le devoir ne
commandait-il pas & la Chamnbre de s'occuper sans retard des
mesures it prendre pour sauvegarder la fortune publiq~ue gB-
r~e par des mains indignes, de 1'aveu meme de l'exboutif, con-
tenu dans la depiche du cabinet au secr~taire general MI. le
comte de Mlontferrand.
(( Le Corps 18gislatif, reuni en Assemblee national n'avait-
il pas fait solennellement au pays la promesse de regler cette
question vieille de pres d'une ann~e 9
cc Aussi la Chambre des Communes insistait-elle aupres du
secretaire d'Etat des finances pour obtenir le dl~pit du rapport
de la commission des mandates.
cA speine avait-elle obtenu ce document, elle s'empressait
d'adresser un message au secretaire d'Etat de 1'interieur pour
I'inviter it le m~ettre sous les yeux du pays dans le plus pro-
chain numbro du Journal officiel. Quelques jours apris, elle
reiterait cette meme demand.
a Aussit~t la publication faite, elle saisissait de la question
une commission sp~ciPle comp)osbe de dix-huit membres.
ac AprBs un examen long, alttentif, scrupuloux de toutes les
pieces relatives a cette affaire scandaleuse, la commission dd-
posait son rapport, dont tout le merite devait consister g adop-
ter une measure pratique, mais dont le caract~re temporaire ne
saurait faire naltre aucune dquivoq~ue sur les intentions vraies
de la Chambre des Communes.
a LA est tout le rapport.
(( Et o'est it 1'occasion de ce rapport dicte par le patriotism
le plus pur et le sentiment du devoir que le cabinet s'adresse
au pays et declare qu' cc il est it regrettbr que, dans une qlues-
action qui demandait a Btre 61uciddsi~~ avec calmed, les passions
(( aient pu s'infiltrer, agrandir on 'ddplacer les responsabiliths,











UNE PAGE D'HISTOIRE


a g tel point qu'on s'est imagine que les interets publics 6taient
<< plus gravement compromise qu'ils ne le sont en r~alit6. n
a La Chambre, a cette allegation, declare qu'elle n'a qu'une
passion, celle dlu bien public.
(( Elle declare, en outre, qu'aucun interit pour elle n'est
plus grave qlue la defense des deniers publics.
a Oh trouve-t-on cet (( Blan de patriotism qu'ilfaut certaine-
a ment excuse u ?
<< Od voit-on (t des mesures r~pressives, trop violentes que
<< condamneraient certainement la raison et 10 bon sens n?
a Depuis quand la Chambre et meme I'Assembl~e national
seraient-elles sans droit pour prenidre des measures propres a
sauvegarder la fortune publiqlue livree h une administration
dilapidatrce ?
a A~utrement, ce serait le cas oh la raison et le bon sens au-
raient & protester contre une telle interpretation.
a 11 n'y a pas de droit au-dessus du droit. Il ne s'agit pas ici
d'ab~rogation de contract. Paisq~ue le cabinet parle de contract,
qlui done l'a violin: ?
a N'est-ce pas l'6tablissement de la Banqlue qui, au lieu de se
renfermer dans l'esprit et la lettre des obligations contracts
envers le pays, les a criminellement foul~es aux pieds ?
a La Chambre rejette 1'id~e que lui a pret~e le cabinet de
vouloir revenir au systt~me condamnd des trbsorevies particu-
libres.
ct Rien ne le dlit, rien ne le laissse entendre dans la rbsolu-
tion vote par elle.
a La Chambre s'est contentee de montrer le mal et d'indli-
quer le remade qu'elle croit souverain dans le cas.
(( E11e h8Fsite B croire qu'une measure ckma~ndbe par la plus
saine logiq~ue, la plus vulgaire prevoyance, puisse cc arreter la
a machine gortvernementale et 4tre prejudiciable g 1'ordre
at public >.
a La Chambre est patriote.
a E11e 1'a prouv4.
(( Elle le prouve cheque jour.
< 1'B1u du 23 octobre tout son concours pour le bien de la chose
publique,
ac La Chambre est conseifstrice.
SC'est parce qu'elle 1990au plus haut degr6 qu'elle vent
asseoir la. paix sur le respect des deniers publics.











LA BANQUE NATIONALE1 D>'HAITI


a Empacher la dilapidation des revenus de 1'Etat, c'est assu-
rer le salaire des serviteurs de la patrie. a



((Le gouvernement a repu, hier, dans la soiree,1a note ci-des-
sus de la Chambre des communes, pour etre ins~r~e en tete de
la partie officielle du Moniteur. Tout en s'empressant d'acc8-
der d ~ce vaeu d'une des branches dlu Corps 16gislatif qui croit le
moment arrive de s'adresser au pays, le g~ouvernement doit en
meme temps faire entendlre sa voix dans la, circonstance.
(( La nation, si elle est appel~e A se prononcer, pourra ren-
dre ainsi un verdict impartial.
a( La dissidence que le gouvernement a signalbe, existe : o'est
une difference d'opinions, un disaccord de vues, de mloyens i
employer pour r~tablir 1'ordre et la regularity dansles finances
de 1'Etat.
a Le gouvernement 1'a d~jd dit et expliqub. II le rdp~te au-
jourd'hui.
a Les mandataires de la nation sont d'accord avec lui dans
cette grande pens~e de faire respecter les deniers publics. Tant
mieux. Ii a done droit de se f61iciter de 1'initiative qlu'il a prise
de nommer des commissions, chargBes de vdrifier les livres de
la Banqlue et de s'assurer de la validity dles mandlats en circula-
tion.
a Le chef du pouvoir executif ne s'est pas moins montre B la
hauteur de sa mission, qluand il a provoqu8, par des actes et
des paroles, 1'examen par le Corps 1Pg~islatif, de cette grave
question du respect des deniers de l'Etat.
a On peut le dire hautement A sal louange, et ses nouveaux
discours se ressentiront toujours de ce mome esprit dl'ordlre.
a 11 n'est pas possible d'8garer 1'opinion sur ces points indlis-
cutables.
a Le grouvernement n'a jamais reproch6 & la Chambre des
communes la conduite Bnergique qu'elle a tenue i propos des
rapports des commissions de 1'excutif.
a Ii a mime ddelare, comme le pays a pu le voir, qlu'il dtait
d'accord avec la Chambre, en exceptant soulement 10 point qui
consistait d suspendlre provisoiremlent avocl UlaBnque le ser-
vice de la tr~soredie, dont e11e est charg6e par contract r8gulier,
sanctionni? par decret de 1'Assemblie national.
re I1 a dit pourquoi il s'est di-cid6 dans ce sens.











UNE PAGE D'H-ISTOIRE


a I1 sioutient qu'une resolution de la Chambre est impuis-
s~ante pour 1'engager dans la voie qlu'elle trace, et en cela il
s'appuie sur la loi constitutionnelle, le dberet organiqlue de la
Banque, le respect des contracts, la difficulty de changer subi-
tement le mod~e de perception de nos revenues, et sa d~termi-
nation bien arrit~e de ne pas retomber dans les anciens abus
de nos trbsoreries publiqlues.
(( La Chambre des communes declare que le m~rite de son
rapport a devait consister h adopter une measure pratique, dont
le caract~re temporaire ne saurait faire naitre aucune equivo-
que sur ses intentions.,
a II est rfiellement ficheux que la Chamb~re ait h~sit6 g d6ter-
miner, d'une maniBre plus c~laire, cette measure destinee g rem-
placer cello du service de tresorerie, confiBe i la Banque. Le
gouvernement se demand encore comment il est possible de
suspendre momentanement ce service avec la Banque, sans
revenir g notre ancien systeme, de qluelque nom qu'on veuille
1'appeler,
a Oui, les passions se sont glissbes dans la question finan-
cibre :i r~gler; oui, on a agrandli et delplac6 les responsabilitbs;
oui, on apens8 que les intdrats publics 6taient plus largement
compro~mis qlu'ils ne le sont reellement.
<< N'a-t-on pas cru que les doubles emplois constat~s i la
Banque ne seraient pas restitubs? Que le gouvernement serait
tenu responsible des mandates ressortis de la Banque ? N'Btait-ce
pa"s ainsi agrandir et dbplacer les responsabilites ?
(( OR voit-on que les interets die l'Etat souffrirontt de ce dB-
sordre financier?
< Le gouvernement n'a-t-il done pas l'energie necessaire pour
ordonner le respect de sjes droits, appuyes sur la justice~et
1'BcquitE ? N'a-t-il pas signifig, dans toutes ses notes, sa rb~solu-
tion inebranlable de demander la restitution de ce *qui lui ost
dlix, et ne possade-tril pas les moyens i ce n~cessaires ?
a Le patriotism, l'amour du bien public, engendrent souvent
des passions.
a M~ettre la Banque de obtB, mime momentandment, n'est-ce
pas revenir forc~ment au systimce condamn6 de nos tr6sore-
ries ?
(( Qui rr~pudlie 1'un, adlopte 1'autre. C'est hi juger sans pas-
S10H.
Les grands pouvoirs de 1'Etat out tous le droit de prendre
des measures pour sauvegarder la fortune publique.










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


cc Ce droit se manifeste par des actes legaux : dans ce domaine,
la violence n'a pas d'entr~e.
cc La Chambre des communes declare dans sa note qlu'elle
s'est contentee de- mlontrer le mal et d'indiq~uer le remade
qu'elle croit souverain,
ac I1 sera permis de lui rdpondre, que le mal, o'est le gouver-
nement qlui le premier 1'a sig~nal6, par s~es investigations, et
qlue le remfide, s'il etait indiqu8, ferait connaitre le mode g
employer pour la perception de nos revenues, en 1'absence de
la Banque.
cc C'est un point encore i determiner.
cc La Chambre des communes, patriote, conservatrice, d6-
voude a 1'ordre de choses Btabli, veut avoir la paix publique
par 1'ordre et le respect des finances.
cc Elle n'a point besoin de le dire, pour qlue le gouvernement
en soit convaincu.
cc Le gouvernement n'a pas besoin non plus de faire une
telle declaration & la nation, pour qlue la nation se persuade
qlue Fur ces points il ne le cede en rien h la Chambre des com-
munes.
SCes assauts de patriotism et de devouement, n'entrent ni
dans ses vues ni dans ses id~es. a


Enfin, le 4 septembre, dans un rapport longuement mo-
tiv6 et apris avoir d~clari: a qu'il convient avec la Chaml-
bre des Communes que le service de la Trdrsorevie, jus-
qu'ici dievolu ci la Banque nationale, ne peut plucs dtre
confide' aux mains infi~ddles ou adgligenztes qui ont perpde-
trd' on laissd' perpdtrer les fraudes relevi'es par le rap-
port des deum commissions du gouvernemzent n, le SB-
nat refusait de se joindre i la Chambre en assemblee na-
tionale. La question semblait done d~finitivement enter-
rbe, car les deputis ayant cru devoir solliciter le concours
des senateurs et ce concours leur 6tant refuse, quie pou-
vaient-ils faire ? Prendre acte des efforts qu'ils avaient
tents, des resolutions qu'ils avaient prises pour remplir










UNE PAGE D'HISTOIRE


ce qu'ils pensaient &tre leur devoir et laisser la responsa-
bilite de 1'insucc(?s g qui de droit. Ils pouvaient retracer
1'historique de 1'affaire, la presenter telle-qu'ils la compre-
naient et, entire eux et leurs adversaires, sollicitor le ver-
dict de la nation!i Mais, qluant g la resolution elle-mime, au
point de vue de 1'initiative 16gislative et devant 1'attitude
du 86nat, el1e 6tait morte et il ne fallait plus computer la
ressusciter. C'Btait 1'opinion de tout le monde. Les jour-
naux officieux le constataient tout en conseillant au gou-
vernement d' s empidier par le courier du 10 selptem-
bre, aup~r2s dun sidge social de Paris, un citoyen qui se-
rait mucni de touctes les instructions nd'cessaires pour
atteindre le but dbisrd'. Ce dd'ligud' hai'tien awanit your
mission de placer sous les ypum des mzembres du conseil
de la Banque le rdcit fiddle de tout ce qui s'est pass
danzs cet e'tablissemrent &i Port-au-Prince, d'emposer les
besoins du pays et de discuter les modifications &i faire
as contract de la Banque. a
Ainsi, on le voit, mime ceux que 1'intbrit fait marcher
avec 1'Excutif sont obliges de reconnaltre qu'il y a ng-
cessite de donner satisfaction au pays. Tout le monde est
unanime IA-dessus : modification du contract de la
Banque.
Est-ce le but que pursuit le gouvernement? Songe-t-il
j notre industries naissante, a notre agriculture embryon-
naire, g notre commerce national qu'il s'agit de protgger,
de dbvelopper, d'aider g vivre ? Va-t-il avoir une lueur
d'int~ret general, enfin ?... Que non pas. La Banque na-
tionale d'Ha'iti a BtB un syndicate d'int~rits prives contre
1'int~ri~t general, une exploitation, sous estampille offi-
























88 LA BANQUE NATIONAL D'HAITI

cielle, de 1'usure et de l'agio. II faut lui laisser son carac
tire propre et ne pas fausser son origine.
Aussi 1'affaire-du vol des mandates qlue chacun croil
finie, 6puis~e, en ce. qui s'agnit de la Chambre, n'est paE
morte pour le.gouvernement II faut itcraser compl~te-
ment toute vellbit8 de resistance future de la part des dB
puts; il faut que jamais plus ils songent i revenir sul
cette question.
Ici, le troisibme 61Bment de la politique dite salomo-
nienne entire en sc~ne.




















Un a( couri n contre les deputes du people.
Modifications g apporter au contract de la Banque.
Voeux et espoir.




Le 9 septembre 1884, g onze heures du matin, un grand
couri eut lieu g Port-au-Prince. Un court est une pani-
que qui sort on ne sait d'oa, s'empare de tout le monde,
fait former instantannment les portes des magasins et des
boutiques et vide compl~tement les marches publics. Les
gens se mettent g fuir dans tous les sens; les uns mon-
tent, les autres dlescendent, au hasard de 1'inspiration. Les
bruits les plus Bmouvants circulent....., mais le couri,
aprbs avoir fait son oceuvre, atteint son but, se traine et
meurt : chacun reprend alors ses occupations.
Salomon avait tr s souvent fait usage du couri pour
les desseins eaches de sa politiqlue. II avait pour ce rBle
de faiseurs de paniqlue tout un corps dlress6, disci-
plin6 et bien pay8 surtout. Expploitant la peur, 1'8,gare-
ment qlu'ils avazient soulev6s, ces gens-1A montraient les









LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


pires dangers prbts a fondre sur les propri~thts et les fa-
milles. On n'Btait qlue trop port a les croire, et bien vite
ceux envers qui le couri avait 8ti ordonn8 se d~pichaient
de se mettre en r8,gle.
Or, il arrive ceci g la fin du gouvernement de Salomon:
ses adversaires retournerent contre lui les moyens dont
il s'etait servi et qui avaient fait, aux yeux des masses,
toutle succ~s de sa politique. Ils organis~rent des courts
contre son gouvernement et, qui sait? peut-itre autre~chose
aussi. Par un des effects de cette justice immanente qu'on
ne doit jarlais ixutrager, il vit de son palais, impuissant i
les arriter, passer des paniques dont il n'avait pas le se-
eret. II vit I'incenhie d~vorer les plus beaux quarters de
la capital et le~ people affoli! r~clamer sa chute pour sau-
ver le reste.
Sii,dans les derniers jours, ce terrible vielliard avait en-
core toute la verdeur de son esprit car on affirme qu'il
avait beauctup baiss8, le chitiment a dit lui sembler
rude. Comme illaimait les proverbes et qu'il en Bmaillait
ses discours, il a da tristement se r~p~ter, en secouant la
tite : O Fazct pasmontrd macaque Voyd Roches/ >
II est malaise de parler de soi, mais cette date du 9 sep-
tombro me fut aussi fatale qlue c 11e du 213. Deji 6branl6 par
les affreux Bvitnements de l'annie~dernibre,1l'&tre qui m'8tait
le plus che ~- mon pbre ~me sachant g la Chambre, en
regut un tel coup, qu'il ne s'en releva plus et s'8teignit
lentement quelques annees apres dans les ti~n~bres de sa
raison perdue.
Ce jour-14, la Chambre devait se rbunir g midi. Je ne me
souviens plus quel 6tait l'ordre du jour, mais je ne pense










UNE PAGE D'H-ISTOIRE


pas qlu'il y etit quoique ce soit concernalit la Banque. J'B-
tais ase bord de mzer, trancquillement oqccup6 g mes affai-
res, en attendant I'heure de la s~ance. -Soudain, des grou-
pes se ferment, s'interrogent, et de torites parts le cri: On
se bati I l Chamlbre! Je sors; les rties sont pleines de
soldats, carabine au poing. Je vois venir a moi une des
plus grandes autorit~s militaires de la capital, revolver g
la main, mouchoir rouge enveloppant le cou et pr~chd~e
d'une escouade nombreuse d'hommes de police. Je vais B
elle et 1'interroge.
Je ne sais pas, me r~pond amicalement T Iofficier su-
pbrieur. On dit qu'on se bat as bord de mner, et je des-
cends voir. Mais vous, qlue faites-vous dtimsles rues?
Et il continue son chemin.
Moi, flegmatiq~uement et le coeur battant aussi tranjquil-
lement qu'd I'ordinaire, je prends la rue des Miracles, la
rue des Casernes, et me voil8 azux abords de la Chambre.
L'animation y est grande. Le SBnat vient de fittir sa
abance; les s~nateurs rentrent chez eux. Ldrappel ebt battu
avec rage; le clairon sonne des garde & Wt-Lous t rip~ths.
Des soldats surexciths, et qui m'ont f'air d-~tre un pen
soills, d~chirent la cartouche de leurs dents et chargent
leurs armes en pleine ruei` On dit qlue des s~na~teurs, qu'ils
ont sans doute pris pour des dbput~s, ont i4 insqltis. En
some, la situation a l'air sombre. Va-t-o ~n~ettre un
attentat surla repr~sentation national ? Va-t-on dissoudre!
la Chambre?
Nous 6tions environ une qluinzaine de ddput~s assis $
la terrasse d'un caf6~ qui existait g cette Bpoque vis-i-vis
du local de nos deliberations. C'Btait li habituellement










LA B3ANQUE NATIONALE D'HAITI


qu'on se r~unissait pour attendre 1'ouverture de la seance.
Nous attendimes longtemps. Il n'y eut pas de s~ance.
Il n'y eut jamais plus de majority A la Chambre pour cette
qluestion-ld. Et depuis, oneques ne parla personne des vols
de mandates commis g la Banque !
Le pays perdit ainsi une excellent occasion d'exiger
quelques modifications a ce contract. Mais, ces modifica-
tions s'imposent; elles ne sont qu'ajournbes. On ne voit
pas la Banque continuant, duranti les cinqluante annbes,
le petit commerce qu'elle fait chez nous. Nous finirious
par mourir d'animlie et d'epuisement, et nous ne voulons
pas mourir. Non, dans son int~rit et dans le nitre, il faut
qlu'elle exploit autrement sa convention. C'est 18 Ja tiche
delicate et toute de persuasion que 1'avenir reserve aumi-
nistre des finances intelligent et patriote qui saura lavou-
loir. Qu'on me comprenne bien, il ne s'agit plus d'exiger;
il s'agit maintenant de ni~gocier. II s'agit de prouver A
1'institution qlu'elle est encore une BtrangBre chez nous,
n'ayant ni racines dans notre sol, ni affection dans nos
coeurs. Or, n'ayant rien fait pour nous, nous ne pouvons
ni 1'aimer, ni proclamer qlu'elle est un bienfait. II s'agit
de lui dbmontrer qu'elle peut trouver, dans une voie plus
large, notre affection of en mime temps une source abon-
dante de profits.
Q~u'elle ne nous exploit plus, comme jadis les juifs pe-
laient les chr~tiens !Plus intelligence, plus modernequ'elle
ne 1'a BtB jusqlu';i present, elle doit d~velopper nos riches-
ses naturelles tout on faisant ses affaires,, et dans le dbve-
loppement de sa fortune, nous devons, nous pouvons
trouver une amelioration de la nitr~e.










UNE PAGE D)'HISTOIRE


Autrement, i quoi bon?
Si c'est A ce r81e born6 qlu'elle attache ses efforts, vrai-
ment le besoin ne se faisait pas sentir, en Haiti, dl'un nou-
veau speculateur brevet8 et patents !
Le jour oil la Banque comprendra ce ri~le, il ne faudra
pas longtemps pour qlue ses actions doublent de leur v'aleur
actuelle.
Ce ne sera pas la premiere fois, du reste, qu'oon
verra un 6tablissement de credit s'enrichir malgre lui.
Elle obtiendra surtout un rbsultat autrement capital pour
nous, rbsultat qlui lui a toujours BchappB par I'interpr~ta-
tion egofste et Bty0ite qu'elle a fatit de l'esprit de son
contract.
Ce resultat le voici :
En r~pudiant la speculation qlui cr~e I'agitation, 1'in-
qui~tude, pour aboutir finalement B la revolution, en
portant ses efforts vers la constitution d'un Etat stable et
regulier, vers le d~veloppement diu travail reel, de ce tra-
vail dont la fatigue salutaire fait les Soci~t~s prosperes,
elle deviendra le veritable pivot de la paix publique. Elle
sera la digue qlui abritera les travailleurs contre le flot des
conspirations.
C'est, ma foi, un beau rible ri prendre, rible trets lucratif,
plus lucratif mime qlue I'agio, car, on le comprend, je
n'ai pas la naive pretention d'offrirr uniquement un r81e
de philanthrophe, rachetant I'origine de ses millions, g
notre Btablissement de credit.....
Je n'entends pas 6tablir rigoureusement ici les points a
modifier dans le contract de la Banque. Pourtant, dans
1'ensemble et pour qu'elle r6alise le but qlue le pays est










LA BANQUE NATIONAL D'HAITI


en droit d'attendre d'elle, la Banqlue national d'Ha'iti
devra :

S'OBLIIGER i :

Doubler son capital;
Emettre effectivement des billets au porteur et g vue
remboursables en espices;
Traiter avec le gouvernement pour le rachet du papier-
monnaie, soit pour son compete exclusif, soit en participa-
tion avec d'autres 6ta~l>issements de banque ou capitalistes
nationaux ou autres;
Effectuer le paiement des intbri~ts et des titles amortis
des emprunts de I'Etat, se charger du service de la caisse
d'amortissement et faire P'avance'des fonds n~cessaires g
son fonetionnement;
Se charger de tout paiement pour int~rit et amortisse-
ment de la dette publique exterieure, ainsi que du mou-
vement des fonds pour compete du TrBsor sur les diverse
places Btrangbres;
Avancer trimestriellement au TrBsor, en compete cou-
rant et aux conditions qui auront BtB 6tablies, les sommes
dont il pourrait avoir besoin, pour parer aux nbeessites
budg~taires, et imputer ces avances sur les rentrbes g
opbrer;
Escompter et r~escompter toutes lettres de change de la
place et autres, titres commerciaux g ordre aveo Bch~ance
fixe, portant des signatures d'une solvabilit8 reconnue;
Souscrire, acheter ou vendre pour compete propre ou
pour compete de tiers, tous titres d'emprunts halitiens et
6trangaers, lettres de gage hypoth~caire, actions et obliga-










UNE PAGE D'HISTOIRE


tions d'entreprises commercials et industrielles d'un
credit bien Btabli;
Negocier, soit au dedans, soit au dehors, le placement
des emprunts du gouvernement et des conseils commu-
naux des villes de premiere c~lasse;
Faire des avances sur le cafe et sur toutes autres mar-
chandises qui nie sont pas d'une deterioration facile,
dbposees soit dans les douanes, soit daris..des locaux par-
ticuliers;
Ouvrir des comptes courants garantis soit par des gages,
soit par des titres commerciaux, lettres de credit ou
valeurs rbelles;
Recevoir en compete courant, aves on sans int~rit, les
fonds tant de particuliers que de toutes entreprises et de
tous 6tablissements publics;
Employer, jusqu'd concurrence de 25 0/0, son capital g
des prits agricoles et industries;
Faire baisser le taux usuraire de I'argent, et, en atten-
dant qu'on le retire, restreindre la spboulation sur le
papier-monnaie, en tenant, i toute epoque de 1'annie,
des traites A quatre-vingt-dix jours de vue,remboursables
en traites, i la disposition du commerce regulier, et ce
moyennant un inthrit maximum de 9 0/0 1'an.

Ces r6formes et bien d'autres que j'6numbrerai dans un
travail special, s'imposent.
On pourra les diff~rer; on ne saurait les 61uder.
Si la paix rbgne dans le pays et elle ne saurait r~gner
que grrice g une administration honn~te, intelligence,
laborieuse et 6nergique le premier devoir du ministry




















LA BANQUE NA-TIONALE D'H-AITI


des finances d'une telle administration, sera de faire de
l'81argissement du cercle oil se meut prbsentement la
Banque, la plateforme de sa politique. Cet instrument
-d~fectueux ne peut lui donner les garanties n~cessaires i
la consolidation de la paix publique qui n'est solide, il ne
faut pas 1'oublier, que lorsqu'elle repose sur le travail
largement f~condi! et exploit.
Si la paix 8tait une nouvelle fois trouble, au grand
dommage des travailleurs, une revolution quelconque se
poserait et r'Bsoldrait, violemment peut-4tre, ~la question
qu'on se posait il y a quelques mois, dans le Noid de l'ile:
Gue ferons-nous de la Banque ?
Des deux citBs, le dilemme se dresse.
A la Banque i le ri~soudre.C'est sa fortune et le bonheur
d'Haiti qu'ello tient dans ses mains,