Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925

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Material Information

Title:
Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925
Physical Description:
2 v. : illus. ; 21 cm.
Language:
French
Creator:
Sylvain, Georges, 1866-1925
Publisher:
H. Deschamps
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Haiti -- American occupation, 1915-1934   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Chiefly articles, letters, and documents written by Georges Sylvain.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 28471038
ocm28471038
System ID:
AA00008908:00002


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Full Text























GEORGES SYLVAI[N

Dix Anndes de Lutte pour la Libert6

1915 1925







GEORGES SYLVAIN





OlX ANNEES DE LUTTE


1


TOME II



EDITIONs HENRI DESCHA.MPS
PORT-AU-PRINCE
HAITI


1915







































LATINa




















Apres f'enqubte


Mc-Cormick:


LA LUTTE CONTRE LES CONCLUSIONS DU RAPPORT
DE LA CO1VI1VIISSION SENATORIALE D'ENQUETE.
LA LUTTE CONTRE L'EMPRUNT.
LA LUTTE CONTRE L'ELECTION PRESIDEN~TIELLE
PAR LE CONSEIL D'ETAT ET CONTRE LA
REELECTION DE DARTIGUENAVE.


TROISI EME PA RTI E








DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


NOTES PRELIMINAIRES

Le project d'emprunt dont on, parlait dlepuis le mois de lanvier semble
prendre corps. L'Union. Patriotique toujours en veil en signal le danger.
(Ci~rculaire du 17i Decembre Reponse au Matin) .
La Commission d'Enque~te a prdsente son. Rapport Preliminaire.-- C'est
une grosse deception pour tous ceux qlui luttent pour l'Independance d'Haditi
et qui n'esperaient ries moins qlue le retrait de l'Occupaltion (Letire de Joh~nson
30 Decembre Discours du 2 landier), mais ils ne sont. pas de ce fait de-
couragis. A l'e'tranger la lutte continue, il faut tenir l'opinion publique en
cAveil.-- L'Association. pour la defense dl'Haiti et de! Santo-Domingo continue
de protester.
A l'intdrieur, il faut aussi multiplier les protestations, (letire aux presidents
de Comites), faire la guerre aux d~faitistes (Reponse au Matin, Courrier Ha'i-
tien, du 21 lanvier 1922).-- II faut aussi accepter avec douleur les reproches
des amis des Etats-Unis qui, ne tenant pas compete des efforts ddjdi diploye's,
s'impatientent de la misere et dur decouragement des Ha~itiens (Lettre due 20
Jany. Hai'ti-Santo-Domingo Independence Society).
11 faut reliever les mensonges propages ci la suite du rapport de la Com-
mission (lettres au Directeur dur Coutrrier des Etats-Unis, ri I'kditeur- duI Globe
Evening Post) .
Cependant, en mime temps que de nousveaux motifs d'esperer -: (des sena-
teurs ecoutts, parmi lesquels le Stnateur William King, le Sknateur Borah, out
pris au Senat americain la defense dl'Hai'ti) une mainmise plus ktroite de
I'Occupation. semble se concretiser (nomination comme haut comrmissaire du
m~me gindral Russell auquel on reproche tant de mdfaits durant les premieres
annkes d'Occupation).
Voulant se faire une ide'e exacte de la situation, Georges Sylvain se rend
aux Etats-Unis. Il en revient plein d'espoir dans l'issue de la lutte mene'e par
les ddfenseurs dlu Peuple haltien (dliscours d'avril 1922). M/ais ci peine de
retour au pays, la menace de voir le Conseil d'Etat proce'der aux prochaines
diections, et de voir aboutir les ntgociations en vue de l'emprunt absorbe
toute son activity protestations de 'l'n~ion Patriotique, du meeting duL Courrier
Ha~itien aut Bel-Air, Lettre au Senateur King, au Senateurr Borah).
Aux Etats-Untis la champagne d'opinion menee par la Societk .pour IlInde-
pendance d'Hai'ti et de Santo-Domingo se pursuit avec ardleur, Elle suscite;
une conlsultation de 24E hommnes de loi parmi les plus inzfluents dles Etats-Unis,
qu~i est un vkritable acle dl'accusation d~ressC contre le Gouvernement clmkricain.
Ripandre cette consultation et les interventions des senateurs s'interessant
&i Haiti occasionne de noulveaux frais. L'Union Patriotique ne se content plus
de faire appel ci ses membres mais sollicite des patriots dominicains qu'ils
unissent leurs efforts ci une cause qui est aussi la leurr (Lettres ci Fabio Fiallo.
Virgilio Cabral, la lunte des Dames Dominicaines).





8f GEORGES SYLVAIN


CIRCULAIRE AUX COMITES DE L'UNION PATRIOTIQUE
17 De'cembre.
Monl cher Colle~gue,
Un grand danger menace nlotre pays, le plus grave peut-8tre. On vent
nous imposer des emprunts au-dela de notre capacitC financibre. 11 serait utile
que toutes nos populations ou du moins nos comitbs r~gionaux qui les reprC-
sentent nous envoient un acte de protestation contre ces projects d'emprunt de
14 a 16 millions de dollars pour les raisons suivantes donn~es par le Courrier
Hai'tien :
10) par~ce que loinl d'alleger nlos charges, ces projects les augmenteraienlt
au-dela de notre capacity de contribuables.
20) parce que le Senat des Etats-Unis ayant entrepris une enquate sur la
situation hai'tienne en vue du raglement a intervenir, tout essai de solution
partielle ne peut que porter atteinte a la solution d'ensemble et risquer de la
compromettre ; la Commission d'Enqu~te s~natoriale est saisie par I'Union
Patriotique d'un plan g~nbral pour la reforme administrative haf'tienne. II
permet de r~soudre les difficulties financie~res urgentes sans recourir i des me-
sures aussi onbreuses que celles qui nous sont actuellement proposes par les
banquiers des Etats-Unis.
30) parce que seulement quelques mois nous s~parent de l'Ccheance du
mandate pr~sidentiel, la prudence command en pareil cas de ne pas prendre
de nouveaux engagements capable d'enlever de sa libertS d'action au Gou-
vernement i qui incombera, dans un court d61ai, la responsabilitC des affaires
du pays.
A vous, a tous vos devou~s coop~rateurs, nos bien cordiales civilit~s.


AUTOUR DE L'EMPRUNT
R~plique au a Matin n
A Monsieur J. Jolibois fils,
Directeur du << Courrier Ha'itien >.

Mon cher Directeur,
Avez-vous un coin disponible dans le cr Courrier Ha'itien >? Je voudrais
y glisser un mot a propos de la question du jour : l'Emprunt. < Le Matin ,,
dans son Cditorial de jeudi de la semaine dernibre, s'en est occupC, sur le
mode ironique qui lui est familiar. Voici sa th~se :
...< Il y a just une annbe, d'apre~s ce que nous a appris le Livre Bleu,
le Gouvernement ha'itien semble avoir resolu a part lui la question d'oppor-
tunitk, en ayant acceptC le principle de l'Emprunt, plus que le principle, les
conditions meme. De sorte qu'il est malvenu et qu'il est naturellement mal
placC pour remettre en question cette opportunitC ,>.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 9)


11 semblerait, d'apres << Le Matin >, que le gouvernement de notre Repu-
blique se trouve pris dans le coup de l'Emprunt comme dans une impasse
sans pouvoir s'en d~petrer, pour avoir, en 1919, signC un Acte qui nous enga-
gerait difinitivement a emprunter aux banquiers des Etats-Unis, per fas et
nefas, a des conditions d~ja fix~es et accept~es.
Tel n'est pas mon avis !
Il est exact que le 3 octobre 1919, le gouvernement des Etats-Unis et le
Gouvernement d'Hai'ti, pour arriver a la liquidation des r~clamations p~cu-
niaires pendantes a la charge d'Ha'iti, ont signC un accord pr61iminaire, un
protocole en style diplomatique, ou~ sont prevues, entire autres choses, les condi-
tions d'ex~cution d'un Emprunt de 40 millions de dollars, dont le gouverne-
ment des Etats-Unis devait faciliter la conclusion entire les banquiers de son
pays et l'Etat hai'tien. Mais jamais, a notre connaissance, l'Emprunt auquel
s'appliquait primitivement cet accord, ne put prendre consistance au point
de faire l'objet d'une proposition ferme.
L'article VI du Protocole stipulait que < la Republique d'Hai'ti s'engage
a contractor, selon les terms et l'6poque qui seront fix~s, d'accord avec le
Conseiller Financier, mais pas plus tard que denx ans apris la signature de
ce Protocole, un Emprunt national de 40 millions de dollars >, etc.
L'Accord ayant iti signed le 3 octobre 1919, depuis le 3 octobre 1921,
toutes les provisions concernant I'Emprunt de 40 millions sont revenues ca-
duques pour d~faut de conclusion de l'operation projetbe.
Le gouvernement des Etats-Unis n'attendit pas le delai de forclusion pour
renoncer de lui-mime a la combinaison.
Le 5 novembre 1920, le Ministre PlCnipotentiaire des Etats-Unis a Port-
au-Prince informait notre Secr~taire d'Etat des Relations Ext~rieures que le
Secr~taire d'Etat des Etats-Unis << recommandait fortement > au Pr~sident
d'Ha~iti et a son Cabinet d'autoriser au plus tat le Conseiller Financier, M.
McIlhenny, a 6mettre 15 millions de dollars d'obligations a 71/2% d'int~r~ts
l'an, de 5 ans de dur~e, garantis par une Cmission simultanbe de 25 millions
de dollars d'obligations 6%0, remboursables en 30 ans.
Le Gouv~ernement d'Hai'ti, tout en admettant le principJe de l'Emprunt,
proposal d'en r~duire la quotite a 11 millions de dollars et la garantie &
13.750.000 dollars d'obligations produisant 6%0 d'int~rtts annuels et rem-
boursables en 30 ans.
Le D~partement d'Etat maintint la garantie i 15 millions de dollars, et
y ajouta une &mission complementaire de 5 millions de dollars d'obligations
6%~ remboursables en 30 ans, affect~es uniquement au retrait des dettes conso-
lid~es et flottantes.
L'Emprunt ne put s'effectuer, parce que les deux gouvernements jusqu'en
d~cembre 1920 restaient divis~s sur les trois points suivants :
10)Le Gouvernement d'Ha~iti persistait a consider comme une des condi-
tions de son acquiescement la mise a l'Ctude des terms et conditions d'un





GEORGES SYLVAIN


nouveau protocole pour remplacer celui du 3 octobre 19)19, dont les previi-
sions ne concordaient plus avec le nouveau project d'emprunt.
20) 11 subordonnait, en outre, son acceptationl a la nomination d'un Con-
seiller Financier autre qlue Mr. McIlhenny, a qjui il reprochait dans ses rap-
ports avec le Chef de l'Etat et son Cabinet, une attitude incompatible av~ec
la dignite nationale.
30) 11 insistait enfin pour la limitation dles hons de garantie 6'j/o a
13.750.000 dollars, I'addlition des 5 millions sp~cialement destinbs a la liqiui-
dation des dettes flottantes et consolidees 6tant accepted par lui.
Sur le dernier point, le Departement d'Etat avait fini par s'en remettre
au bon vouloir des priteurs, tout en le tenant pour improbable.
Sur les deux autres points, il restait irreductible. La question en etait la,
quand le mois passe, la L~gation des Etats-Unis a transmis de nouvelles pro-
positions d'Emprunt, se chiff'rant cette fois a. 14 millions et a 16 millions de
dollars.
Ni I'une ni l'autre des objections opposees par le gaouvernemnent hai'tienl
a I'offre precedente ne sont resolues par les projects actuels. 11 serait done
parfaitement comprehensible qu'il restlit sur ses positions.
C'est un fait hors de contest qlue le protocole du 3 octobre 1919 avait
CtC redigC en provision d'un emprunt different de ce qlu'on propose maintenant.
Que ce faith doive y entrainer des modifications. la consequence est aul
moins plausible.
La pretention du gouvernement hai'tien d'en discuter pour aboutir n'a
done en soi rien de diplace. A cette pretention le Departement d'Etat s'itait
content de repondre que son gouvernement ne reconnaissait pas la n~cessitr5
d'un changement au pr~otocole. C'est un peu court comme argument.
Il n'est pas irrationnel de concevoir q~u'au bout d'une ann~e, voire de
plus de deux ans, les circonstances aient change,: au pomnt q~ue ce qui pouviait
paraitre possible on desirable hier ou avant-hier ne le soit plus aujourd'hui.
L'aspect meme sous lequel se pr~sentait le probli~me a r~soudre peut n'8tre
plus le meme. Cela seul suffirait pour justifier, en principle, le premier chef des
contre-propositions haftiennes. Mais il y a mieux.
Le Protocole de 1919, sign6 entire le Secretaire d'Etat des Relations Ecte-
rieures d'Hai'ti, M. Constantin Benoit, et M. Bailly Blanchard, Ministre plCni-
potentiaire des Etats-Unis, ne pouvait lier la Nation hai'tienne, tant q~u'il
n'aurait pas 6tB approuvC par les Chambres 16gislatives.
La Constitution de 1889, article 105, reconnait hien au Pr~sident de la
Republique le droit d'initiative en matiire de traitPs et de conventions inter-
nationales, mais sauf sanction du Corps Ligislatif.
La pseudo-Constitution du 19 juin 1918, due, selon l'opinion la plus
ginerale, a la collaboration du D~partement de la Marine des Etats-Unis, dit
en son article 15 : a II (le Pr~sident de la Republique) fait tous traits on





11


conventions internationales, sauf la sanction de l'Assembl~e Nationale >, (for-
m~e de la reunion de la Chambre et du S~nat.) Ce que confirm en ces terms
article 42 : Les attributions de l'Assembl~e Nationale sont ... 3e d'approuver
ou de rejeter << les traits de paix et autres traits et conventions internatio-
nales.,
Donc, quelque opinion qu'on professe sur le point de savoir quelle est
la Constitution legalement en vigueur, la conclusion est la meme : la conven-
tion signke le 3 octobre 1919 entire le Ministre pl~nipotentiaire des Etats-
Unis et le Secr~taire d'Etat des Relations Ext~rieures d'Haiti, n'a jamais pu
avoir d'effet 16gal: n'ayant jamais 6ti approuv~e par le Pouvoir L~gislatif.
11 semble que telle ait &te d'ailleurs l'opinion de l'une et l'autre des Parties
contractantes, puisqu'il est dit en P'article 10 du Protocole in fine : << Le Gou-
vernement d'Hai'ti s'engage, en outre, a prendre toutes measures 1Cgislatives
n~cessaires pour donner plein effet aux provisions de ce Protocole., En vain
Particle suivant dispose-t-il que le dit Protocole << entrera en vigueur imme-
diatement apris sa signature >... Cette execution forc~ment provisoire si elle
Ctait admissible, ne pourrait s'appliquer qu'aux dispositions qui ne portent
pas une atteinte irr~m~diable au droit du Corps L6gislatif, devant lequel la
question d'approbation on de rejet doit arriver entire.
Le 2e chef des objections du Gouvernement d'Hai'ti avait trait au renvoi
du Conseiller financier, Mr. McIlhenny. J'ai cru d'abord qu'il n'y avait la
qu'une question de personnel. Mais je me suis convaincu, a y regarder de plus
pre~s, que c'est aussi une question de principle. Il s'agit de savoir a qui doit
rester le dernier mot, du Pr~sident de la R~publique on du Conseiller Finan-
cier, en cas de conflict d'attributions entre ce Conseiller et les autorit~s ha'i-
tiennes dont le traitC de 1915 fait reliever le dit Conseiller ou en cas de refuj
d'obbissance a ces mimes autoritbs.
S'il est un fonctionnaire hai'tien, simplement designed a l'agrement du
President d'Hai'ti par le President des Etats-Unis, mais sonmis dans l'exercice
de ses functions aux lois hai'tiennes et tenu des mimes liens de subordination
hierarchique que les autres fonctionnaires de notre administration, il n'y a
pas de doute possible. Il est revocable, en cas de faute grave dans son service,
notamment en cas de d~sobi~issance a ses chefs hikrarchiques ou dl'insubor-
dination.
Mime s'il n'etait qu'un mandataire du President des Etats-Unis, accredit&
aupre~s du Gouvernement, ne relevant que de 1'Administration de son pays
d'origine, rien dans le traitC de 1915, qui determine ses attributions, ne lui
confere le monopole des n~gociations d'emprunts hal'tiens.
Pour s'entremettre a une operation de ce genre, il fant itre pourvu d'unl
mandate direct. Or, tout mandate est a base de confiance. Mr Mac-Ilhenny aura
beau avoir du Dipartement d'Etat les plus magnifiq~ues br~evets d'honorabilite
et de competence, il suffit au Gouvernement d'Hai'ti de dire, comme it l'a
d~ja fait, en sa r~ponse a la note verbale de M. le Ministre Bailly-Blanchard,
du 19 Aoilt 1920 (page 84~ du Livre Bleu). << Ayant jug6 bon de payer les
;nterete arliricra

DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE





GEORGES SYLVAIN


ment aux instructions du Gouvernement, et sans lui donner avis- Le Gouver-
nement n'eut connaissance de cette operation de 28 millions de francs q~ue
par les journaux frangais >. Et plus loin : < 3 millions de dollars pour compete du Gouvernement dans le meilleur temps
et au meilleur taux possible, il a estimb en novembre dernier, qlue ce meilleur
temps etait atteint, et il a convert au taux moyen de 9.201% le dollar. Peu
de temps apribs, le franc tombait a 17, 18. Cette erreur se traduisit par une p~erte
pour la R~publique d'Haiti de plusieurs millions de francs.>>
En ajoutant : << Voila pour quelles raisons, independamment de toutes
autres, Mr Mac-Ilhenny ne nous semble qualified nii pour negocier un Emprunt
au compete de l'Etat hai'tien, ni pour remplir l'office die Conseiller Finlancier p.
on aura tout dit.
J'estime inexpugnable la position du Gouvernement d'Hai'ti sur ce ter.-
rain. II n'aurait done qu'8 s'y retrancher jusqu'h complibte satisfaction pour
qIu'on ne pilt I'y forcer.
Sur le fond mime de la question en debat, il n'est pas moins fort. En
adherant au principle d'un emprunt aux Etats-Unis, il en avait r~duit la q~uo-
titC a 11 millions de dollars au maximum, portant inter~ts de 7%%c/ l'an, et
la garantie de 13.'750.000 dollars d'obligations 670 remboursables en 30 ans.
Son calcul etait qu'une operation de cette nature representait le maximum desi
charges annuelles que le people hai'tien pouvait supporter soit, en dehors
du service budg~taire courant, une d~pense de 1.614.622.51 dollars par an.
La situation Cconomique et financiere s'est plut~t aggrav~e depuis. Afin de
permettre la liquidation des dettes flottantes et consolide~es et d'en all~ger le
budget, le gouvernement hal'tien acq~uiesga a la proposition de s'en ddbarrasser
au moyen d'obligations trentenaires i 6%/, exclusivement affect~es a l'extinc-
tion de cette double dette. Aller au-dela des conditions ainsi fixes lui pa-
raissait non seulement onereux pour le Tr~sor hai'tien. mais dangereuxr pour
la nation. Et il en donnait, avec chiffres a l'appui, des raisons irrefutables.
Mais voila que le cabinet de W~ashingrton revient a la charge avec des
emprunts d'une quotiti plus Clevee, exigeant des paiements annuels plus consi-
d~rables. Comment le Gouvernement hal'tien se d~jugerait-il en les repoussant
avec une Cnergie d'autant plus grande ?
Une autre consideration I'y sollicite, un fait nouveau par lequel la situation
se trouve modifibe, a l'avantage de notre pays. La Commission s~natoriale
d'enquite, charge d'Ctudier sous tous ses aspects le problbme hai'tien et d'y
adopter des solutions congruentes, a 6t6 saisie par l'Union Patriotiqjue d'un
plan de r60rganisation administrative, Oconomique et financiibre, oeuvre
de nlotre mleilleur expert financier oh la question de la liquidation de nos
dettes et des r~clamations p~cuniaires pendantes est examine et r~solue, sans
recours immddiat a l'emprunt. Nos gouvernements ne peuvent que surseoir
a toute decision sur les propositions qui leur sont faites, tant qu'il n'aura
pas 6tC status sur ce plan, diiment 6tudiC et approfondi.
Dans le present d~bat, il n'est que de v~rifier si nos donn~es sont justes,
nos raisons plausibles on valables.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERATE


En matiere de contract, le principle essential c'est la bonne foi. Le Gouver-
nement des Etats-Unis ne manque pas une occasion de: d~clarer que dans
toils ses rapports avec notre pays, il ne recherche q~ue notre bien. S'il lui
est done d~montrC que, pour nous sauver de la ruine et recouvrer notre Cqui-
libre Cconomique et financier, nous avons des moyens plus pratiques et moins
on~reux qu'une augmentation des charges du pays, sans compensation suffi-
sante, au seul profit des banquiers qu'il nous recommande, il refusera, selon
notre espoir, de pr~f~rer, au prix d'un dlfmen~ti public, I'enrichissement des
siens a la sauvegarde de notre avenir.
Plus implacable au people hai'tien dans son raisonnement que les membres
de la Commission senatoriale, a Le Matin, C crit : << Etant donn6 que l'int~rit
americain (l'int6rat des Etats-Unis d'Ambriqlue, > s'entend) est pour le Gou-
vernement ambricain (des Etats-Unis) la suprime loi, comment devons-nous
nous arranger en Hai'ti en face d'une telle situation ?
Le S~nateur Mc Cormick, au moment on le S~nat a eu a former sa Com-
mission, disait a ses colli~gues, avec une certain solennite : < Ce qui done
a la question hal'tienne un caractere special de gravity, c'est qu'elle engage
l'honneur et le bon renom des Etats-Unis >. (Je ne me rappelle pas les termed
exacts dont il s'est servi, mais je suis stir de rapporter ici le sens de ses pa-
roles).
Il y a done, dans 11' pensee du President de la Commission d'enquite, un
interit supdrieur, dont en cette affaire le S~nat ne peut s'empicher de tenir
compte : l'honneur et le bon renom des Etats-Unis.
Et c'est pourquoi nous autres Hai'tiens, tout en sachant gr& de leur vigi-
lance aux pessimistes de l'Ccole du << Matin >, nous ne devons a aucun moment
perdre confiance en la justice de notre cause.
Bien cordialement a vous. mon cher Directeur.
VERAX(')
27 D~cembre 1921. (i << e Courrrier Haitien a 30 D~c. 1921)


LETTRE DE MR. JAMES W. JOHNSON

National Association
for the Advancement of colored people
70 Fifth Avenue, (New-York)
30 D~ecemblre 1921
A Monsieur Georges Sylvain
Port-au-Prince, (Hai'ti)
Mon cher Mr. Sylvain,
J'ai plaisir a vous accuser reception de vos deux dernie~res lettres.
(1) Pseudonyme de Georges Sylvain.





GEORGES SYLVAIN


Je suppose qlue vous savez deji par le cible qlue la commission sena-
toriale a fait un Rapport prbliminaire sur I'enquite et qlue le Rapport est loin
d'itre ce qlue nous desirions ; mais je tiens a ce qlue n~aulmoins vous ayez
I'impression que les amis d'Hai'ti auxr Etats-Unis ne sont en aucune fagon
ddcourages et ne sont aucunement disposes a diminuer leurs efforts faits dans
I'int~rit du people hai'tien. La bataille que nous avons engage est une entre-
prise longue et ardue mais sa fin est droite et j'ai la ferme confiance qu'elle
nous conduira finalement a la victoire.
Je tiens a dire aux patriots d'Hai'ti qu'ils ne doivent pas perdre cou-
rage, mais Clever leurs Ames a la hauteur de tous les sacrifices qlue leur patrie
extigera jusq~u'a ce q~u'ils soient venus a bout du dessein auquel ils se sont you~s.
Sachez aussi qlue Mr. Villard, le Dr. Gruening, et tous les autres amis
d'Hai'ti sont aussi resolus qlue jamais a aller de I'avant. Nous nous disposons
a porter I'affaire devant le Pr6sident Hardingo personnellement. Cette d~marche
a Cte d~cid~e aprels une rPunion qui s'est tenue mercredi de cette semaine.
Mes salutations a tous mes amis. Dites-leur qlue je serai toujours au
service de la cause hai'tienne!
Avec mes affectueux compliments pour vouus, pour Mme. Sylvain, je
demeure,
Sinceremenlt V~tr~e.
James W. Johnson
Secr~taire de l'Association.


SUR LA PLACE PETION.
Discours du 2 Janvier 19)22
Mes amis,

Chaque annee, a pareille epoque, nlous accomplissons la tache pieuse de
fleurir la m~moire des grands anlcitres q~ui nous ont donned une patrie. Nous
etions tout a l'heure au pied de la statue de Dessalines.-- Nous voici devant
le monument de Petion, leur renouve~lant a tous les deux, ainsi qu'a leurj
glorieux compagnons d'armes, I'hommage de notre infinie reconnaissance.
Mais ce serait pen de les couvrir de fleurs si leur example ne disait rien
a vos consciences, si de ces pelerinages annuels vers notre pass& historique,
yous ne reveniez plus devoues a notre commune patrie, plus convaincus de
la n~cessitei de. tout sacrifier a son service.
Nous avions arrete d'abord de vous laisser aujourd'hui m~diter silenl-
cieusement a. l'ombre du Drapeau qlue nous ont 1Sgue nos ai'eux la legon des
ages hlistoriques. Mais une nouvelle annie vient de s'ouvrir, pleine d'angoisse
pour notre people. A en croire les augures de la politique, elle doit sonner
bientat le glas de nos esperances nationals.
Ainsi en aurait d~cid6 la Commission sdnatoriale d'enquate.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 13,


Que devons-nous penser des declarations publi~es par trois des journauxt
de notre Capitale comme formant le premier chapitre du Rapport de la Com-
mission ? sont-elles authentiques ? si elles le sont, pourquoi tarde-t-on a en
faire l'objet d'une communication officielle ? Si par hasardl elles ne l'etaient
pas, qIuel besoin aviait-on d'en saisir l'opinion ?
11 ya dans la fagon dont un acte de cette importance a ete presented anl
public un certain d~faut de franchise et de nettet6, qui explique la reserve
avec laquelle les esprits r~flchis en out jusqu'a present accuejlli la trans-
mission. Quoi qu'il en soit, s'il faut les tenir pour av~rbs jusqu'a ample informed,
c'est notre devoir de proclamer qlue le people hai'tien n'accepte c~omme justi-
fibes ni la fl~trissure indirecte dont les considerations soni l'expression severe,
plus severe au fond que le Rapport de l'Amiral Knapp -- ni les measures,
attentatoires au droit des nations. dont on y:oudrait en faire la cons~cquence
inevitable.
Messieurs, I'enquite senatoriale nest pas d'initiative spontanee, elle a ete
provoqu~e par une longue s~rie d'actes et de circonstances, qui mC~ritent d'itre:
ici rappels : en premier lieu, la revelation des exces reproch~s aux Marines
par un Rapport de l'ancien chef de leur Corps, le Major-G~ndral Barnett,
Rapport address& au Ministre de la Marine, a la suite d'une enquite personnelle,
la confirmation et le enforcement de ces accusations par une second enquite,
due ai l'Association pour l'avancement des gens de couleur et men~e a Hai'ti
et a Santo-Domingo par Messieurs H. Seligman et James Johnson, la dinon-
ciation des resultats flcheux de l'intervention des Etats-Unis a Haitri aux points
de vue politiq~ue, administratif et financier, faite dans une interview reten-
tissante a l'Associated Press par M. Sudre Dartigauenave, Pr~sident de la R~pu-
bliqlue d'Hai'ti, la confirmation des mimes faits par un group de banquiers,
de commergants et d'industriels, r~sidant en notre pays, les protestations, sou-
lev~es par les enq~uites administratives du D~partement de la Marine, of2 les
Enquiteurs 6tant ai la fois juges et parties, concluaient invariablement a l'in-
nocence de leurs subordonn~s, la vigoureuse champagne de la Revue The nation.
en faveur d'Hai'ti et 1'Acho qu'elle rS~veilla pendant la champagne pr~sidentielle
dans tout le parti r~publicain, les demarches directed des leaders de l'opinion
lib~rale, les resolutions de l'Association pour I'avancement des gens de couleur,
ses instances aupris du President Harding, le M~moire finalement des DC15gues
de l'Union Patriotique hai'tienne, et son retentissement considerable dans la
press des Etats-Unis comme dans celle des pays strangers. 11 n'est guere de
grand journal aux Etats-Unis qui, meme en combattant le Mi~moire, n'ait
comme lui reconnu l'opportunite d'une enq~uite par les membres du Congre~s.--
Nul ne peut nier qlue ce document n'ait servi de base aux investigations de
la Commission s~natoriale, si l'on vent bien retenir que les Hauts Commissaires
out admis l'Union Patriotique conjointement avec 1'Association pour l'avan-
cement des gens de couleur et la Soci~t6 pour l'Ind~pendance d'Hai'ti et de la
R~publiqu~e Dominicaine, a l'honneur de soutenir devant eux comme Partie
plaignante, repr~sentant le Peuple hai'tien, les griefs et les tdesiderata quri y
sont formulds.





16 GEORGES SYLVAIN

Nombreux ont donc Cte les gens d'honneur et de conscience, qui, a des
titres divers, apre2s avoir examine les faits, ont 6mis le voeu qu'une enquite
impartiale fit eclater a tous les yeux la v~ritC, avant-courriere de la justice ?
C'est a ce vaste concert de voix accusatrices que les quatre membres du Sbnat.
investis du~ mandate auguste d'appri~cier la valeur des charges portbes contre
les agents militaires et civils des Etats-Unis auraient. avant mbme la fin de
leur enquate, inldirectement r~lpondu : << La coupable >x c'est Hai'ti ? Forti-
fions-v notre domination ? >>
Comment, enl effet, Messieurs, interpreter autrement le silence dans I'acte
qIu'On a bien voulu nous communiqjuer sur les r~sultats dbja acq~uis incontes-
tablement a l'enquite, au profit de l'accusation ?
Si les arbitres n'en disenlt rienl et concluent comme si les faits graves,
affirmes dans le Mimoire de nos DelCgu~s et diiment v~rifibs n'existaient pas,
n'est-ce pas l'indice certain ou qu'ils n'y attachent aucune importance, ou que
a l'aide d'une argumentation sans example, aux consequences impr~vues, ils
y trouvent des armes contre nous ?
Au course de l'enquite a Washington, il a ete etabli sans contest possible,
tant par la publication de la correspondence secrete du D~partement de lat
Marine avec les agents de l'Occupation militaire a Ha'iti qlue par le propre
t~moignage de ces agents : lo) que l'intervention des Etats-Unis chez nouj
en Juillet 1915 etait chose d~cidde, bien avant les Cv~nements qui ont provoqu:
l'assassinat du Pr~sident Vilbrun Guillaume. Les ordres Ctalent donnas :
on n'attendait que l'occasion propice (D~position Caperton publi~e par The
Nation Octobre 1921 Documents justificatifs -, 20) que bien avant
ces mimes 5v~nemenlts, le '7 D~cembre 1914, M. William Bryan, secretaire
d'Etat des Etats-Unis, pour forcer le gouvernement hai'tien a accepter un traitC
donnant aux Etats-Unis le contr81e de nos douanes et de notre Dette publique
fit enlever par les Marines du Machias des coffres de la Banque Nationale
de la R~publique d'Hai'ti, oit elle 6tait d~pos~e pour le compete de l'Etat hai'tien,
la some de 500.000 dollars, qui fut transf~rbe dans une banque de New-
York, 30) que quand le 29 Juillet 1915 le Corps d'Occupation dbbarqua a Port-
au-Prince, il y trouva la population parfaitement calme. Aucun attentat, aucune
menace contre la vie ou la propriete d'aucun citoyren des Etats-Unis, d'aucun
autre Ctranger, voire d'aucun Haltion, 40) que la Convention de 1915 a Atd
vote par l'effet d'une pression continue des agents du gouvernement des Etats-
Unis sur le gouvernement hal'tien. 5") que les Chambres hal'tiennes ont etel
sans droit et sans motif valuable. disp~ersies a deux reprises par des officers
de la brigade d'occupation, pr~pos~s au commandement de la Gendarmerie,
sur 1'ordre du Pr~sident d'Hai'ti. autorisi par le gouvernement des Etats-Unis.
Sans tenir compete de ces diverses attestations a l'appui de nos griefs, la
Commission d'enqu8te, a consider comme authentiques les declarations qu'on
lui attribue, aurait pris le contre-pied des conclusions que logiquement elles
impliqueraient pour y substituer des suggestions arbitraires, d~nubes de tout
fondement et Cchappant i tout contrble.
Oil serait dbs lors I'autoritC de son asuvre ?




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Par la brie~vete de son sejour en notre pays, qui n'a pas permis le d~place-
ment de la masse des victims, eloignbes de la capital, par le maintien de la
loi martial, measure de rigueur dont se sont effray~s maints plaignants ou
t~moins important, appeles a faire luire la v~rit6 sur les accusations port~ee
contre les Marines, la Commission senatoriale s'est enlev6 les moyens d'effec-
tuer a cet 6gard une enquite complete et approfondie. Elle n'a inlterrog6 que
372 deposants. Plus de cent ne demandaient pas mieux que d'8tre entendus,
notamment ai Lascahlobas on~ elle avait promise de se transporter. C'est elle-
m~me qlui ne leur en a pas laisse la facu~lt6, en cloturant ses audiences a Port-
au-P~rince au bout du 3e jour, en n'entendant personnel aux Gonai'ves, personnel
au Cap, ou elle a passe en coup de vent. D~ferant a la recommandation des
Enquiteurs, un certain nombre de plaignants s'occupaient jusqu'a l'incident
de ces jorurs derniers, de leur faire acheminer des depositions &crites. La plu-
part out ete retardees par la difficulty de faire dresser et authentifier dans leurs
hourgades lointaines une telle quantitC d'actes notaries.
de rirssn Les donndes d~ja eqeillies sont n~anmoins suffisantes pou convaincre
des rbiressan prvenionde la v~racite des actes inouls. relates dans le
IMemoire de nos Dblegues.
Par l'expose des faits et les considerations qui precedent, nous protestons
devant le S~nat, le Peuple et le Gouvernement des Etats-Unis, devant toutes les
Nations du monde, contre le rejet des desiderata du Peuple hai'tien implique
dans les termles des conclusions attributes a la Commission si~natoriale d'en-
quete et contre les motifs errones, invoques i l'appui de ce rejet. Nous pro-
testons contre l'Emprunt onereux qu'on veut imposer sans d61ai a notre people,
dans le mime moment ou~ vient d'8tre soumis a l'examen de la Commission
senatoriale un plan general de reorganisation des finances hai'tiennes, ohi 1'Union
Patriotique demontre que pour realiser les fins dont on se r~clame. un Emprunt
n'est p~as actuellement necessaire. Le pays peut a moindre frais obtenir par
lui-mime des resultats meilleurs.
N~ous protestons contre I'adjonction aux fonctionnaires de tout nouveau
tuteur dont le nombre s'augmente sans cesse, si elle doit avoir pour effet
d'aggraver ses charges, tout en amoindrissant le champ I6dulit de ce qui fut
notre souverainete national.
Nous lutterons, nous et nos enfants, tan~t que notre patrie n'aura pas
recouvrb la plenitude de son ind~pendance.
Nous le devons a nos morts heroi'ques. Nous vous le devons, peres a
jamais bbnis, qui avez tant peine pour que les enfants issues de votre sang
enlssent au moins dans le monde un coinl de terre. oh~ vivre en paix, libres et
respects ?
S'il se confirmait, Messieurs, que la Commission d'enqutte sdnatoriale
aurait decid~ment failli aux 16gitimes esperances qu'avait fait naitre en nous
son entr~e en action et qui justifiaient notre accueil, nous en appellerions
des enquiteurs trop presses au S~nat mieux inform. Si le S~nat des Etats-
Unis, (ce qu'a Dieu ne plaise !) d~mentant son pass de lib~ralisme et





18 GEORGES SYLVAIN


les plus nlobles traditions de son histoire, meconnaissait note droit d'8tre traits
en people digne de reprendre la direction de ses destinies, nous nous effor-
cerions d'iclairer sur notre cas le people des Etats-Unis, puisqu'on ne cesse
de nous rep~ter que s'il avait connu la ve~rite. il nous aurait rendu justice.
Si enfin le people de l'Union itoilbe se montrait sourd, lui aussi, a notre
supreme appel, nous resterions sur le terrain de lutte, avec la fie~re dlevise
des nations qui ne veulent pas mourir : a Dieu et notre droit ,

DECLARATION DE LA SOCIETY POUR
L'INDEPENDANCE D'HAITI
ET DE LA
REPUBLIQUE DOMIINICAINE
a propos des conclusions de la Conunission d'Enqubte Sinatoriale.
11 semble, d'apre~s le No. de The Nation du 4E janvier, q~ue la Commission
se~natoriale n'aurait pas tardC a faire suivire du de~p~t de son Rapport les d~cla-
rations de son Pr~sident a la Presse. Nous n'avons pas cependant regu le
Rapport, mais seulement I'appreciation qui en a etC faite par la Societe pour
l'independance d'Hai'ti et de la Republique Dominicaine, avec la pleine appro-
bation de la grande revue << The Nation >>.
On connait quel est le credit de < The Nation >> dans tous les pays de
langue anglaise.
Le Bureau et le Conseil d'Administration de la Soci~te pour 1'Indepen-
dance d'Hai'ti et de la R~publique Dominicaine, r~unissent, dans l'ordre moral,
intellectual et social, des noms q~ui, aux Etats-Unis, sont classes parmi les plus
respectable et les plus respects.
Tous les Ha'itiens doivent connaitre le texte integral de la Declaration
de la Soci~tC pour l'Ind~pendance d'Hai'ti et de la Republique Dominicaine,
document capital dans l'histoire des 6v~nements actuels. C'est pourquoi nous
vous faisons reproduire l'extrait suivant du numbro 2948 de < The Nation >>,
ou~ elle est ins~rbe :
<< Relativement au rapport des s~nateurs, insistant sur le maintien des
Marines en Hai~ti, The Nation doit soutenir la declaration faite par la Societe
pour I'Ind~pendance d'Ha~iti et de Santo-Domingo. Cette declaration dit qlue
le < Rapport est une honte pour les Etats-Unis. Rendu public immediatement
< apres une conference avec le Secr~taire d'E-tat Hughes, il justifie et conside~rz
a comme une parties int~grante de la politique des Etats-Unis, I'asservissemenlt,
<< par la force des armes, des nations petites et faibles. II approve la politique
<< de violence suivie en Hai'ti, afin d'imposer a un people libre un Traith que
<<1es sinateurs eux-mimes n'auraient jamais votC de leur propre volont6, traits
<< que, sous une forme bien plus mod~rbe, la R~publiq~ue d'Hai'ti la second
< << II favorite la com~die d'un Pr~sident fantoche, soutenu au pouvoir par les





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


<< hai'onnettes ambricaines. executanlt enl second main la volonte des autorites
<< militaires americaines.
<< La Commission a fait unl tort irreparable a la bonne foi et au bon renom
<< des Etats-Unis, particulie~rement dans l'Amerique Latine, oih nos protestations
<< de hienlveillance sont comme inexistantes devant des aces et dles faits qui
<< sont auj ourd'hui du domaine public.
<< Le Rapport accepted franchement la theorie de l'imperialisme dans sa
< pire acception ; c'est, en faith, la justification de la politique japonaise en
a Manldchourie et en SibePrie orientale ; il rend impossible aucune protestations
< << mainl de la grande guerre faite au nom du droit des petits peuples a se
<< gouvernler eux;-mimes, a un moment ou le Gouvernement britannique recon-
< << c~te du militarisme reactionnaire mondial et de la doctrine de la force
a primant le droit.
<< Aucunes relations convenables et fructueuses entire Hai'ti et les Etats-
c Unis ne sauraient exister sans l'abrogation de la Convention impose i
a Haiti par la force. Les Etats-Unis devraient retire les Marines d'Hai'ti et
( r~tablir de suite l'ind~pendance haitienne.>>

( a Le Courrlier Hai'tien a N'o. du 6 janvier 1922)


New-York, ce 11 Janvier
A Mr. Georges Sylvainl
Union Patriotique

Mon cher Maitre.
Rien de nouveau a vous communiquer. La commission ne m'? pas encore
annonc6 la date de la reprise des seances, mais elles ne doivent pas tarder.
Je les attends vers le 20 de ce mois.
Mme Weed est tre~s hien et nul mal ne lui est parvenu a hord du paquebot.
J'ai treis bien regu les divers documents qlue vous m'avez expddies: ainsi
que M. Thoby, et qlue vous aviez confines a Mme Weed.
En attendant la reprise des seances je me suis remis a l'etude des dossiers
et des memoires. N'ous commengons ai gagner d'autres amis pour la cause
haf'tienne. La semaine dernie~re je suis alley a Boston surl la demand de M.
Storey, a qui j'ai expose d'une fagon toute franche et ditaillee la situation
actuelle: y compris le peu de satisfaction que nous pouvons attendre de la
part de la commission sur I'essentiel; M. Storey s'en est indigne le mot
n'est pas trop fort, car malgre ses 7T5 annees il garde une lucidity merveil-
leuse et un entrain admirable.
M. Storey se remue et vous pr8te sonl concours d'une fagon tres pratique.





GEORGES SYLVAIN


11 est justement en train de redigaer unl memoire sur le principle de l'inter-
vention de 1915, hasC sur le t~moignagre de l'Amiral Caperton ; le m~moire
doit traiter egalement du manque actuel de tout grouvernement constitutional
en Hai'ti, du besoin d'elections et pour le corps 1Pgislatif et pour le nouveaul
president.
J'ai toute esperance qlue ce memnoire soit hien documented et qlu'il nious
PrePte une aide efficace a gagner l'adhesionl d'autres avocats et hommes tres
connus ici. Ce memoire doit etre p~rit incessialmment et e'est apre~s qlue d'autres
y aur~ont appose leurs noems. qlue le memolncire sera~ mnis au grand jour. Nous
comp~tons de c~ette faon. imnplrssio~lnner d aullres senlateurs.~ M. H-ughes. t oirec
miiime M. Hardingr. Si l'on se miet (i discuter I'histaire de f'occupationi depui.;
1915. on s'y perd ce n'est qu'en se basannt sur les principles ab initio que
l'oni est sil r d ie Ine pa enlcontrer unI seul qui p~uisse user soutenijr I'initerven-
tionr elle-mni~me. Deis qlue ce memloilre era termlini et imprimb. je vous en
ferai expedier des copies.
L'imprimeuu r du Senat attendt die moi p~our ajouter au proces-\ erhlla de
1 enquete tenue en Hai'ti le chiffre dle memb~res et desa valeurs de EUT. P-.. les
statuts de 1'U. P., les inscrip~tions dles hannderep du de~file. J'aurai a dliposer
les mnimoir~es et les dossiers. en plus.
Ne maniquez pas, je v;ous prie. die mne communiiquer les sentiments qlue
le rapport preliminaire de la commiisiion Idonit je \.ous ai deja fait part) aura
suscite, ainsi qlue q~uelques exemplaires~ dles jo~laurnu dle cette e~poque.
Bref, nous ne lItchonsi point p~ied. De v-otre cite lenez fer~me egalement.
Ce nest pas le Se~nateur Mac-Cormic~k et la commission qui statuent sur la
situation, mais le D~partement d'Etat et ]e President. Nous nous sermons du
reste de I'enq~uite pour ajouter au dlossier tous les renseignements possibsles
afin q~u'il soit complete. Apres qluoi n7ous nous enl faisons des armes pour
continluer la lutte aupres du Departemen t d'Etat.
Mille amitibs a nos amis de Port-au-Prince, ains~i qlue toute ma s!mpathie
et mes hommagoes respectueux ii Madamne Sylvain.

Votre hien devoue.

Ernest Anlgell



P. S.-- Votre petit mot dlu 4 me p~arvient ce mnatin, nous soimmew
de~soles d'apprendre P'effet du rapport preliminaire, mais nonl point Ptonnes.
Lan lutte n'est plas terminee, qu'on tienne ferme. Nous av;ons encore le temps.
Je ne crois pas qlue le rapport d~finitif soit dreese avant le ler mars au
plus tit ; ensuite il sera depose dlevant le plein senat : apres q~uoi, le DeCpt.
d'Etat s'en informera enl vue de statuer definitirement sur la question dansi
sa totality.





D)IX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


21


11 Janvier 19)22
Monsieur Th. Paret
President du ComitC: de l'Union Patriotique,
J~remie.

Mon cher Collegue,
Sans douter aucunemnent de notre complete concordance de vues avec
tous nos comit~s regionaux, nous croyons utile a notre cause qu'ils protestent
au nom des populations qu'ils repr~sentent contre les conclusions du Rapport
Prbliminaire de la Commission d'Enq~uite sinatoriale publiees danns les jour-
naux de la capital.
Je n'ai pas encore vu les actes que vous av~ez transmis enl ce sens au
Courrier Hai'tien, mais vous pourrez l'utiliser pour la redaction du texte de-
mandP. En pareil cas, le plus pratiqjue est de convoquer la population a un
meeting oul I'on fait voter la resolution. A titre de specimenr voici une dies
formules qui ont ete adoptees :
<< La population de. .. .. reunie au nombre de. ... citoyens haf'tiens.
ap'res avoir entendu la lecture des conclusions du Rapport Pr61iminaire de
la commission s~natoriale d'enquate, publi~es le ...... dans le journal Le
N'ouvelliste, de Port-au-Prince, protest avec indignation contre le traitemnent
que les commissaires recommandent pour la Republique d'Hai'ti et contre les
motifs a l'appui; insisted plus que jamais pour la seule satisfaction que puisse
accepter le people hai~tien, la realisation de ses desiderata nationaux.,
A v'ous, a tous nos colleagues, toutes nos amities.



A PROPOS DE DEFAITISME
Rt~ponse au Matin.

La maison brule II faut aller au plus~
presse. Le plus pressed est d'eteindre le feu.
Apres on avisera aux moyens de la re-
baitir. Que touet le monde fasse la chine !

J'ai promise au directeur de ce journal d'intervenir a sa place, toutes les
fois que, au course de sa mission, une question de principle exigerait des expli-
cations sur le sens general de son casion.
Le Matin s'est formalism du reproche de defaitismc; lance par le << Courrier
Hai'tien >> apropos de deux de ses rdcentes publications. 11 y a plaisir et profit
a s'expliquer avec le r~dacteur des <, tant il met de soin
a ne pas perdre dans ses discussions le ton de la bonne compagnie.





22 GEORGES SYLVAIN


Que danis la lutte enlgagee pour la liberation de notre patrie, son dessein
arrate soit de creer un etat d'ime, propice a la << difaite hai'tienne >, nous n'y
croyons pas et n'y avons pas cru unl seul instant. Si la rubrique << Manoeuvres >,,
sous laq~uelle out et6 publi~es les reflexions de vendredi dernier, a pu a cet
Cgard donner le change a. notre confrbre sur la pensibe veritable de son inter-
locuteur, nous serions les premiers a le regretter. Mais sans qu'il le veuille
expressement, par la tendance de ses ecrits il amollit la resistance a la domi-
nationl etrangbre, en projetant dans l'esprit des lutteur~s de bonne volontC, au
moment oh ils s'efforcent de raviver en eux et autour d'eux le sentiment pa-
triotique, comme des vagues de defiance sur I'utilit0 de leurs efforts et I'effi-
cacitC de leur actions. C'est en ce sens et pour ce fait qu~e nous l'avons rangb
parmi ces dirmolisseurs de courage qu'on appelle communeinent des tistes ,,.
Au fond des airs varies que joue Le M~atin avec unle incontestable maes-
tria, revient un leitmotiv que le << Courrier Haidten > a deja resume en ces
terms pittoresques : < rablement pourvue de toutes sortes de qualities. Hai'ti est un people faible,
cribl6 par surcroit d'une infinite de defauts.-- Quoi qu'elle fasse, elle sera
mangle. Au surplus, elle le mbrite totalement >>.
Notre reponse est simple : < a, a nos yeux, un mbrite unique, qui la place au-dessus de touted les nations
du monde : c'est notre patrie La perdre nous rendrait a jamais orphelins ,,...
Notre confre~re nlous dit :
<< Le devoir du journalist est de renlseignler I'opinionl. On nie fait pas de
la propaganda defaitiste, en se contentant de reproduire sans commentaire l'ar-
ticle d'un autre > Comme si le jeu favori du d~faitisme n'itait pas de
proceder par insinuation Que, dans une s~rie d'informations, relatives au
Rapport preliminajre de la Commission d'Enquete, yous choisissiez les plus
pessimistes et les lanciez dans la circulation, leur donnant ainsi le pas sur lej
autres, sans avertir le lecteur benevole que la responsabilite en appartient
exclusivement au journal d'oit elles sont extraites et qu'elles ne doivent itre
accepties que sous reserve, pourrez-vous pretendre n'Ctre pour rien dans
l'abattement des Ames oul le trouble se sera introduit a la faveur de ces << anti-
cipations > tendancieuses ?.
Entre la situation actuelle d'Hiai'ti et cell: de la Republiq~ue Dominicaine
luttant l'une et I'autre pour leur autonomie, if y a des differences a l'actif des
Dominicains nous ne l'avons jamais dissimule. Mais tandis que Le Matin
semble en faire une sup~riorite de civilisation, nouls n'y voyons que des avan-
tages occasionnels, une primaut6 de circonstance, qui n'a rien de d~finitif,
le temps n'etant pas bloigne ou, dans l'evaluation des conditions d'ordre moral,
politique et social, la balance penchait en faveur d'Hai'ti.
Faut-il rappeler les 6poques historiques, ou~ le Gouvernement Geffrard
soutenait le people dominicain combattant pour son ind~pendance contre le
retour de la domination espagnole ; ou~ Nissage ne craignait pas de s'exposer





DIX ANNEES DE LUTE POUR LA LIBERTE


aux menaces d'un amiral nord-ambricain pour l'appui secre~tement prit5 par
l'Etat d'Ha'iti aux patriots de la R~publique sclur, contre le traitC de vasse-
lage consent par Baez aux Etats-Unis ?
Ne sont-elles pas d'hier les declarations de non intervention arrachees au
Secr~taire d'Etat John Hay, a la suite des representations du Gouvernement
hai'tien, justement Cmu de l'attitude des Etats-Unis envers la R~publique domi-
nicaine ?
La vigoureuse champagne, menee ici contre la Convention Velasquez, pre-
mibre implantation de l'Administration des Etats-Unis sur le territoire de
notre ile, sous la forme de contr81e des douanes et de contrble financier, n'est-
elle pas encore dans toutes les m~moires ?
Tant que Hai'ti a en a sa tite des Chefs d'Etat patriots, il n'a jamais ete
question de supbriorit8 < dominicaine >. Nous avons aujourd'hui a affronter
un concours de circonstances inoui'.-- Qui a le droit d'affirmer que si nous
savons aider notre chance, les ev~nements, dans un prochain avenir, ne se
modifieront pas en faveur de notre people ?
Il y a 14 mois que s'est ouverte en ce pays notre champagne de liberation,
apres que nous nous sommes assures d'un point d'appui aux Etats-Unis.
Pour avoir su saisir I'instant propice, nous avons r~alisi: aupres de l'opi-
nion nord-ambricaine plus de progribs en 3 mois que les Dominicains en 4 ans ;
et quand le message du Prdsident Harding les eut rejet~s a bas de leurs espd-
rances, c'est au travail de nos D616guQs qu'ils ont dii de voir leur cause rebondic
avec la n~tre sur un nouveau terrain. C'est possible que maintenant ils aient
la chance de recueillir avant nous le fruit d'une preparation moins heurt~e ;
il en eilt CtC peut-8tre autrement, si le people halitien avait eu, i cette heure
decisive de son histoire, le gouvernement que lui m~ritaient en 1915 cent onze
ans de ferme et constant opposition a toute tutelle CtrangBre.
Quoi qu'il survienne d~sormais, leur cause et la n~tre sont solidaires;
on ne saurait plus les disjoindre. A tout ce qui pourra arriver d'heureux a
nos frbres dominicains, nous applaudirons avec enthousiasme. Nous n'avions
pas attend un appel venu des Etats-Unis pour protester, dis le d~-barquement
des envahisseurs, contre l'invasion de notre territoire et la violation de nos
droits souverains. L'Union Patriotique, avec son organe de publicity < La
Patrie >, a CtS fondue en Aofit 1915. A l'aide de ses seules forces, elle a meni
l'assaut contre la Convention, et quand I'oeuvre d'asservissement, accepted par
les d~tenteurs du Pouvoir Ex~cutif, sous la pression du gouvernement des
Etats-Unis, eut CtB consomme par les Chambres L6gislatives, en d6pit d'une
opposition opini~tre, elle ne fit que s'ajourner jusqu'a des temps plus favorables.
II faut avoir pes8 tous ces faits, avant de hasarder un jugement d'en-
semble on d~finitif sur notre pays. Comme toutes les soci~t~s humaines, le
people hai'tien a ses qualitbs et ses d6fauts. Ce n'est faire ni une oeuvre just
ni une oeuvre saine que d'insister continuellement sur ses d~fauts, sans mettre
en relief ses qualit~s, qui ne sont pas moins rbelles et ne contribuent pas
moins a composer sa veritable physionomie.





GEONGESr; SY LV Ally


Linti~ressantl ch11roiqueu r des << Propos du Jour > se felicite des louanges
qlui lui sont adressee sur sa clairv\oyance, toutes les fois qlue les choses onlt
I'air de tourner mal pour la cause hlaitienlne conform~ment a ses pre~vi~sions.
Nous nie ferons pas l'injure a uni &crivain de sa valeur de croire qlue la satis-
faction d'avoir raison conltre les esperanlces de ses concitoyens suffise a sonl
amour-prop~re. Mais alors, quai ? Qu'est-ce qu'il attend ? Qu'est-c-e qu'il desire ?
Qu'il le dise: done,: une fois p~our toutes Car un p.euple nie v:it pas seulemenlt
de negations et de critiques. Si c'est une hy~pothetique r~ge~neration,, sous le
fouet et la botte dies lynlcheurs de ne~gres. qlue nous en~ ayonls enfinl le coeur
niet Sinoni, qlue ne rejoinit-il franichement le Drapeauu National don't nous avonls
fait note signal die ralliement ?
Autant qlue notre distingue conlfrre, nlous voulonls le prlogres, manis parll
les Hai'tiens et pour les Hai'tiens ; comnme lui nous prbconisonls un changement
radical dans les mi~thodes. dans les conceptions. dans I'education hal'tienne,
mnais test-ce le moment de battre le rappel de toutes les sup~riorites dont les
autres seraient pourvus, pour mieux en accabler notre indigence ?
La maison brlle. Eteignlons d'abord le feu. Faisons la chaine pour l'etein-
dre. Apris, nous diverserons a loisir notre while sur l'incurie de ses habitants.
N~ous pourrons disserter ii perte d'haleine sur le danger des imprudences et
aviser aux moyens die n'enl plus commlettre.
Maintenant il fant aller au plus press& ; sau~er I'heritage des anlcitres,
le patrimoine de nos enfants. N') eilt-il qu'une chance sur 100. une chance
sur 100.000, tentons quand mime le sauvetage!
Oui, je sais : tout est contre nlous. Le v;ent souffle enl temp~te: les:
pompes sont hors d'usage, les pompiers se querellent au lieu d'agir, et
I'eau mantque, I'eau manque cruellement Est-ce une raison suffisante pour
se croiser les bras et laisser le fleau achev;er sonl oeuvre de d6vastation ?
Continuonls a sonner f~alarme A l'aide, les voisins Alerte, les coeurs virils,
les hommes de honne volonte Combattons jusqu'au dernier souffle pour
q~ue P'honneur au moins soit sauf et pour Stre b~lnis de nos enfants
(<< Le Courrier Hai'tien >, 27 Janvier 1922)


Haiti-Santo D~ominlgo Indepenldence Society- Confidlentiellr
Room 401, 20 Vesey Streett
New-York, City Le 20 Janvier

Cher Sylvain,
C'est toujour~s emnbar~rassant de vouus ecrire unle lettr~e confidenltielle et det
voir cette lettre publibe dans les journaux hal'tiens. Je comprends tres hien
qlue c'est n~cessaire de saisir toutes les informations qui vous viennent de
notre part pour encourager votre monde mais il faut absolument qlue j'obtienne
votre promesse que tout ce qui vous soit Scrit inscrit << confidential >> le soit
ainsi gardd par vous.




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 25


Si vous on aucun autre Hai'tien croit que nous sommes d~courag~s par
le rapport prbliminaire de la commission, yous vous trompez grandement.
Beaucoup de choses que je ne peux pas a ce moment confier anlne lettre -
pour des raisons 6videntes sont en train. Notre Soci~th vous a cabl6 vendredi
la nouvelle de la presentation dans le S~nat de la resolution du S~nateur King
(Democrat) de l'Ultah demandant le retrait des deux occupations (H~a'ti et
Santo-Domingo) et l'abrogation des traitbs.
I~ ya une seule chose qui nous attriste ici une seule.-- Et c'est I'esprit
des Hai'tiens. Quoi Ils regoivent une mauvaise nouvelle et patatras tout
tome par terre, on liche tout Comme si on avait dbja faith grand-chose
pour se lib~rer. On n'a rien fait Les Hai'dens n'ont pas commencS a com-
prendre ce sacrifice et puisqu'ils ne comprennent ils ne m~ritent rien que
leur sort ga ne dit pas que nous qui voyons cette affaire comme un crime
d'imperiasisme ne continnerons pas de notre part. Je dois ajouter que la posi-
tion courageuse du Courrier Ha~itien, dont nous publions dans le numbro cou-
rant de The Nation, parmi la tibdeur hai'tienne, la declaration inspirante est
comme un souffle de vent frais dans une journey chaude. La commission n'a
pas du tout 6t6 vaine. Nous avons officiellement et comrne histoire les docu-
ments du ddpartement de la marine d'une valeur inestimable. L'affaire hai'-
tienne base sur telle ill~galit6, corruption et force ne peut pas 8tre termin~e
exceptC avec la revendication de tous les droits ha'itiens. Mais si on croit
obtenir ce resultat avec les bras crois~s et en haussant les epaules, on se trompe.
Je r~pihte ma question : <? Avez-vous dans
I'Union ramassd mime la some insignifiante de 35.0000') gourdes sur 35.000
membres dans une ann~e de travail ? Y a-t-il mille ou mime une centaine
de personnel qui ont donn6, comme nous disons chez nous, << until it hurts >.
Je connais, je crois, un peu la psychologie de votre people. 11 ne se nourrit
pas comme font les Irlandais de leurs d~faites. Eh bien non, I'esprit
que j'ai rencontrC en Ha'iti de la part de beaucoup de gens qu'on esp~rait
<< que la commission rapporterait quelque chose > n'est pas l'esprit qui mine
a la victoire.
Je ne peux pas vous dcrire plus long parce que le bateau part dans quel-
ques heures. J'attends Hudicourt demain.
Maintenant je desire que vous ne faites pas publier cette lettre dcrite
a la hate et probablement tras mal exprimbe. Je ne m'adresse pas vous
comprenez bien a vous et a ce petit nombre qui ont pris sur leurs 6paules
le lourd fardeau de la tiche national mais si vous en voulez donner le
sens paraphrasC venant d'amis ambricains on de membres de notre
Soc~iith, je n'y ai aucune objection mais je prife~re ne pas itre cite en ce
moment jusqu'au moment que j'ai des nouvelles pr~cises a vous donner.
Jusqu'au bout !
Votre d~vou6 E. G.
(1) Le correspondent faith ici allusion aux dettes impaybes de la champagne aux E. IT., il
ne tient pas compete des depenses occasionnees par I'envoi des d616guds et la preparation de
l'Enqubte Senatoriale. (Note de 1'editeur).-





26 GEORGES SYLVAIN

TEXTE DE LA MOTION KING
La Resolution suivante a it& prbsent~e au Sbnat par le S~nateur W~illiam
Hl. King, de l'Utah et renvoyie au comitC des Affaires Etrangares.
< Santo-Domingo et d'Hai'ti on~t pris un caractibre non satisfaisant pour les habi-
tants de ces pays et par ailleurs d~savantageux pour les Etats-Unis ; que ce
caractbre est dii, dans une large measure, a la presence des forces navales des
Etats-Unis dans les dits pays et l'exercice par les Etats-Unis du contrale de
leurs finances et de leurs revenues ;
< Attendu que le dessein d'intervention des Etats-Unis dans les affairej
politiqlues de ces pays, la conduite de leurs finances et de leurs revenues, leur
police par les forces navales des Etats-Unis, a CtC accompli, et qu'il n'y a pas
de nouvel advantage soit pour les Etats-Unis, soit pour ces pays qlu'une inter-
vention quelconque dans leurs affaires se continue ;
a En cons~cquence, il est rbsolu que l'opinion du S~nat des Etats-Unis est
que le Pr~sident retire maintenant les forces navales des Etats-Unis de la R~pu-
blique d'Hai'ti et- de la Ripublique Dominicaine et s'ar?.ange pour abroger tout
traits, protocole, ou autre accord pr~voyant le contrale des revenues d'Hai'ti et de
la R~publique Dominicaine par les Etats-Unis, on pr~voyant I'intervention des
Etats-Unis dans les affaires politiques de l'un on l'autre de ces pays ;
< C'est aussi 1'opinion du Sbnat que Saint-Domingue et Hai'ti soient libres
de toute immixtion Ptrange~re dans leur politique domestiq~ue ou dans leur admi-
nistration intbrieure.>
< The Nation >, en reproduisant cet important document, ajoute :
<< La R~solution mdrite l'appui Cnergique de quiconque chkrit les principles
d'antique honneur ambricains. 11 fournit la solution simple, directed et pratique
de notre inexcusable invasion et conquite d'Ha'iti et de Saint-Domingue.,>
(a Le Courrier Hi'itien ,>. 3 F~vrier 1922)
***
LA MOTION KING
Interview de Me. Georges Sylvain
La protestation d'un des membres de la Commission d'Enqu~te
augmente nos chances de n'8tre pas colonis6s.
Le radiogramme de la Soci~ti pour l'Ind~pendance d'Ha'iti et de la R6pu-
blique Dominicaine, le gros Sv~nement de la semaine, a mis un peu de haume
aux coeurs que les declarations du s~nateur Mac-Cormick avaient profondC-
ment abattus. Chacun le comment et voudrait en savoir plus long. Tenant
compete de ce vceu de nos lecteurs, nous sommes allds aux renseignements aupribs
de notre grand ami, Me. Georges Sylvain, Administrateur-Dk16gu6 de l'Union
Patriotique, qui tris aimablement s'est pr~t6 i notre interview.
D.--Quel est ce s~nateur King qui a pr~sentk au S~nat des Etats-Unis





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 27


une motion pour le retrait des forces expCditionnaires et l'abrogation des
traitbs ?
Est-ce le mime qui, nomm6C membre de la Commission s~na~toriale, aprbs
avoir suivi toute l'enquate i Washington, s'est abstenu de venir ici ?
R--Je crois bien que c'est le m~me. Mais tant que nous n'aurons pas
regu des d~fenseurs de notre cause aux Etats-Unis un rapport sur ce qui s'est
passe, nous ne pouvons rien affirmer. Nous ne tarderons pas a Stre fixes.
Vous connaissez dbja, par ma dernibre communication aux journaux, I'etat
de nos affaires la-bas. L'imp~rialisme avait fait mine de demasquer ses batte-
ries. Cela suffisait pour porter les anti-imp~rialistes a mobiliser. Il y a des
lib~raux parmi les d~mocrates, aussi bien que parmi les R~publicains. Mais
les hommes politiques montrent mieux ce qu'ils sont, quand ils ne sont pas
au pouvoir. Le S~nateur King est connu comme un esprit et un caracti~re indC-
pendants. Il s'6tait beaucoup interess6 aux interrogatoires du Haut Personnel
de l'Occupation. Si un des senateurs pouvait jouer le bon tour a ses collegues
r~publicains de les mettre en flagrant dblit de contradiction avec eux-mames,
c'6tait bien lui.
Nous pouvons en tout cas retenir de son intervention un double indice,
d'abord que sur les conclusions du Rapport preliminaire, I'opinion n'est pas
unanime au S~nat, puisque l'accord n'a pas pu mime se faire entire Enqub-
teurs, ensuite, qu'on s'attend i ce qu'il y ait bataille su Senat sur la question
hai'tiano-dominicaine. Plus la lutte sera chaude, plus nous aurons chance d'ob-
tenir des conditions meilleures.
D.--Dien vous entende En ce moment la preoccupation g~n~rale ici,
c'est I'ouverture de la crise pr~sidentielle, croyez-vous que la tournure actuelle
des evenements soit pour en active le denouement ?
R.--Vous entrez dans cet ordre de questions sur lesquelles je vous dissis
en debutant que les precisions nous manquent encore. Mais il n'est pas douteux
qu'en ce moment le gouvernement des Etats-Unis examine sous tous leurs aspects
les affaires d'Ha'iti et de la R~publique Dominicaine, dont les repercussions.
peuvent lui Stre tres ficheuses pour sa politique international comme pour
le credit 61ectoral du parti r~publicain. L'imbroglio, crCB dans la transmission
r~gulibre du pouvoir pr~sidentiel par les divers coups d'Etat pratiques chez
nous contre la representation national et par les pidges calculus dont on a
semen la Constitution revolutionnaire de 1918, rendra vraisemblablement n~ces-
saire l'arbitrage du pouvoir stranger qui occupe notra territoire.
Sous quelle forme ? On tentera peut-Stre d'appliquer au cas si 1'expedient
du Haut Commissaire est decidement mis de catC, et si I'on ne veut pas d'embl~e
convoquer une constituante, le fameux syst~me de cooperation, rejete par les
Dominicains : une commission mixte de reconstruction. Ce qui complique
pour nous le problame, c'est que, au rebours du President Henriquez, qui,
ayant tous droits d'8tre rk61u, lo) parce que la Constitution, sous l'empire
de laqu~elle il a 6th nommi, ne le defend pas ; 2o) parce qu'il a 6th arbitraire-
ment d~possed6 de son mandate 16gal; 30) parce qu'il jouit de l'estime et





GEORGES SYLVAIN


de la sympathie generales ; refuse pourtant de se laisser reporter ai la presi-
dence, n~ous a1vons au pouvioir q~uelqlu'un qlui, toujours inconsolable de sa posi-
tion de v-ictime, aime tellement son calvaire q~u'au bout de r ans, 21 ne v.eut
pas s'en de~tacher.
II faudra hienI trouver qluand mi-me ul nmoy;en de resoudre la dlifficulte.
On1 ne ferait qlue l'empirer en grreffant un nlou\eau coup dl'Etat sur. leR autres.
Ml'est av~is qju'en pareille av-entur~e les procedie les plus holnnites sont encolre
les plus sGIrs et les plus pratiq~ues.
Pourq~uoi les hlommes du gouvernemnent ne s'arklenlt-il4 pas d'appliquer
plus souv;ent aux affaires politiqlues les methodles du commerce par exemple..
oul pour garder son credit. il n'est rien de tel que de nie tromper personnle ?
D).-Ce serait trop beau. Votre conclusion a propose de la motion K~ing ?
R.--Quelle qu'en ait ete l'inspirationl quel qu'en soit le succes au S~natr
c est un evenement heureux pour notre cause national. Elle consolide notre
position morale devant l'opinion, en diminuant l'autorite des objections q~u'on
nous a opposees. Elle fortifie l'action de nos defenseurs et nous donne unl
r-egain d'espoir.
Nous prenons conger sur ces mots de MIe. Geolrge Sy;lvain en le remer-
ciant de son obligeance.
(a Le Coulrrier Haitrien 7. no. du 24 janv~ier 1922 I
+ #

Union Patriotique

Port-au-Prince. 26 Janvier 1922.

Monsieur l^Administrateur du << Coutrrier Hai'tien >>.

Monsieur l'Administrateur.
On evenement capital dlans l'histoire dlu monde, la reconnaissance die la
Re~publique d'Irlande par I'Ang~leterre, a ete consacr~e cette semaine a New\-York
par' une solennelle commemoration.
On sait q~uelle est P~importance numeriq~ue, financie~re: politique et social
des Irlandais aux Etats-Unis. C'est un des groupemenlts les plus solidement
organis~s.-- Aussi les Irlandais d'Ameriquue ont-ils jove: un ri81e capital dans
L'Omancipation de leur pays. Ils se pr~paraicntt la semaine: dernie-re. 11 feter,
grandiosement I'oeuv~re a laqluelle ils ont, av-ec une foi. ulne ardeur, unle finacite
admlirab~les, si lonlglemps collab~ore.
A cate d'eux une place de choix etait reserve~e danls la solennite triomphale
a la Redaction de << The i2Naiol >>. a qui les Sin-Feiners doivent une ,onne
part de leur succe~s.
M. Villard et sa v;aillante Revue travaillent, en effect. depuis de nombreuses
anndes, a la victoire des revendications irlandaises. Que de sympathies p~re-





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA L1BERTE


cieuses ne leur ont-ils pas conquises, surtout dans les Dominions :anglais. On
peut dire qlue l'opinion a Ct6 retourn~e sur le compete des Sin-Feiiiers. < The
Nation ,> a provoquC la grande enquite sur les r~pressions anglaises.en Irlande,
qui n'a pas peu contribute a ce r~sultat heureux. En la publiant in~tegralement,
elle a Cmu en faveur de la nation martyre la conscience universel~le, et du
mime coup, a detruit les 16gendes qlue les Anglais avalent partout r~pandues
sur la barbarie irlandaise...
Les I-Iai'tiens ont une double raison de s'associer a la joie du people
dl'Erin. La victoire de l'Irlande est celle du droit sur la force brutale et I'in-
justice, de la liberty sur la spoliation et la tyrannie.
Toutes les victims des Imperialismes d~chaines en ce moment conltre
les petits peuples de l'univers, voient augmenter leur espoir de briser a leur
tour .le carcan qui les oppresse.-- C'est un encouragement Cnorme a la resistance.
Les Irlandais n'ont pas attend d'etre delivres pour s'interesser au sort
d'Hai'ti. Leur organe new-yorkais, Thle Sin-Feiner, a multiplii ext noire favieur
les protestations et les r~clamations.-- Deux de nos quotidiens (Le Courrier
Hai'tien est I'un des deux) ont produit la declaration de leurs leaders, jurant
a la cause national hai'tienne une solidarity perp~tudlle et une inbbranlable
fid61ite. Jamais un Irlandais n'a failli a son serment, tt I'histoire .est la pour
timoigner si leur attachment aux causes qu'ils servient est platonique. En
presence de l'impitoyable avidit6 de la haute finance international, qui, par
sa pression sur les gouvernements imp~rialistes, finira par determiner une
conflagration universelle, les petites nationalists opprimb~es n'ont qu'un recours
efficace : former une vaste coalition, fondue sur l'entr'aide r~ciproque, -
devenir, a l'aide de ce groupement, une force respectable au service de la
Justice et de la LibertB.
Hai'ti doit s'appuyer sur I'amitie de l'Irlande. Tous nos enfants dtoivent
Store 61eves dans l'id~e qlue les Irlandais sont nos amis. Nous nie pouvons plus
vivrre eloignbs des peuples de q~ui nous rapproche unc communautC d'intiritj
et de sympathie. C'est toute une education a refaire. Le Mexique vient de
faire vers nous le premier pas, en donnant le nom d'Hai'ti a l'un des boule-
vards de sa capital. Savons-nous qlue dbja Montevideo. capital de 1'Uruguay,
avait eu le mime geste ? Allons vers le Mexique, allon~s vers l'U~ruguay, allons
vers l'Irlande. Que notre politique soit d~sormais : << Aimons qlui nous aime >.
a Faisons nous aimer de ceux dont les conditions de vie sont pareilles
aux n~tres >
En raison des considerations qui precedent, I'Caion Patriotique repri-
sentire par l'Administrateur-D616gru6 du ComitC central, a, au nom des popu-
lations hai'tiennes dont elle est I'organe autorisP, fait transmettre.,.ux repri-
sentants de la R~publique Irlandaise a N\ew-York urr radiogramme ainsi libell6
<< Nation ,>New-York
<< Glorious life to Irish Republic. From Patriotic Unrion for Haytian People,


sent >.


Syivain.





30 GEORGES SYLVAIN


Nous serious heureux si toute la presse hai'tienne se joignait a nous pour
augmenter l'6clat de cet hommage national a la jeune R~publique I1landaise
et dans l'espoir d'8tre entendu, je vous prie: d'agr~er, Monsieur l'Administrateur,
nos meilleures civilitbs.
Georges Sylvain.
(<< Le Courrier Haitrien >>, no. du 2'7 janvier 1922)


Union Patriotique Ha~itienne
Comith Central

Port-au-Prince le 14 fev. 1922
Monsieur l'Administrateur,
Un trbs grand ev~nement est en train de s'accomplilir aux Etats-Unis. La
Chambre des Repr~sentants, a la majoritC de 230 voix contre 119, a vot6 le
Dyer-Bill contre le lynchage.
Pour que l'anti-lynching Bill prenne place dans la 16gislation fedkrale, il
ne lui reste plus qu'a Stre adopted du Senat, ce qui est hautement esp~r8 par
tous les amis des Etats-Unis, par tous les gens de bien, qui dans le monde
defendent les droits imprescriptibles de la conscience universelle.
Le people hai'tien a une double raison de se rejouir de ce vote, heureux
pour notre race ; sa condition d'Etat noir et la reconnaissance: particuliere
qu'il doit a nos conglneres des Etats-Unis, qui, en inscriv~ant parmi leurs pres-
sants desiderata, i cate de l'abolition du lynchage, Ja restauration int~grale de
l'independance et de la souveraineti de la Republique d'Hai'ti, ont solidarisS
leur cause avec la n~tre.
L'Union Patriotique convie toute la press hai'tienne a se joindre a elle
p)our feliciter publiquement, a ce propos, I'Association national pour l'avance-
ment des gens de couleur et son infatigable Secretaire g~niral, M. James
Weldon Johnson, dont ce glorieux risultat recompense Ine longue sbrie d'efforts
perseverants.
Veuillez agreer, Monsieur I'Administrateur, mes sinceres civilitbs.

Georges Sylvain.
(cr Le Courrier Hai'tien >>, 13 et 14 fevrier 1922)


Monsieur le D~r. R. Charmant,
Jacmel.

Mon cher Docteur,
Je confie i votre phre un mot pour vous. J'espZire qu'il yous trouvera en





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


bonne -sant6 et reacclimat6 i Jacmel. Je n'ai pas su tout de suite votre d~part.
Normil m'avait parl6 du project que vous avez de vous installer i Port-au-
Prince. Je suis arll6 vous proposer de faire une conference a Parisiana et j'ai
su a la Pension Rouzier que a l'oiseau n'etait plus au nid ,>.
Retenez ce que je vous ai dit, a votre arrive : < experience de la situation actuelle et des choses du pays >.
L'Union Patriotique est une grande Force : elle est en parties inutilisbe,
faute de Missionnaires de bonne volont8 parcourant continuellement le pays
pour y semer la parole de v~rit6 et de foi. Elle est certainement en communion
de sentiments avec tous les 616ments sains du pays. 11 ne lui manque pour se
realiser pleinement que l'appui d'un Chef d'Etat patriote. L'avenement d'un
tel chef n'est gubre concevable, a l'Ctape oil nous sommes du protectorat des
Etats-Unis. 11 faut y tendre cependant comme a un progres essential, le pro-
blame int~rieur et I'extbrieur 6tant Btroitement lies et se conditionnant l'un
l'autre. Chacun de nous dans sa sphere d'action et d'influence, doit aider par
sa predication Sclairee, stimulante, au triomphe des forces morales en notre
pays.
Votre pbre vous dira oil en est l'oeuvre libbratrice. Aux Etats-Unis la r~ac-
tion est pouss~e aussi loin que possible. E11e tend de plus en plus au succ~s
du parti liberal. C'est ici qu'elle est i peine 6bauch~e. Si pourtant on faisait
droit au premier de nos desiderata, et que P'0ccupation etait retiree, avant
que nous ne pussions repondre de la predominance des e16ments d'ordre, de
fagon a garantir automatiquement la paix publique, r'e serait la faillite d~fi-
nitive Tout dependra, en ce cas, de la bonne sante morale de la population
et de la decision, du tact de ses leaders, c'est-a-dire des vraies autorit~s sociales
de chaque region. Le premier point est, autant que j'en puis juge-r i distance,
un point acquis, c'est le principal resultat de la propagande de 1'Union Patrio-
tique : le r~veil du sentiment patriotique. Ce r~veil serait superficiel et illusoire
s'il n'impliquait une restauration de la notion du bien public .et du devoir
civique. Il ne s'agit plus, comme d'habitude, de protestation contre les abus
de pouvoir dont on a souffert, sauf a les renouveler ou i les perp~tuer, quand
une autre Cquipe aura pris la place de la garde a descendante >, il s'agit de
faire la preuve qu'on a tout ce qu'il faut pour etre en acte une nation civilis~e
et un gouvernement civilisateur.
L'Cpreuve la plus delicate consistera a assurer la transition. 11 faut prevoir
le recours 16gal i la force mat~rielle contre les 6ternels a profiteurs >, pour
qui toute P'action politique est de prendre d'assaut P'assiette au beurre quand
on ne l'a pas, et de s'y cramponner quand on l'a.
Limiter ce recours au strict minimum exigera un doigte special. En temps
ordinaire, tout cela n'excederait pas la capacity d'un esprit moyen, devouC &.
son pays, dou6 d'6nergie et de pers~vgrance. Mais le probleme se complique
en ce moment des effects d'une longue crise national et social qui a tout
remis en question de nos efforts ant~rieurs, et de la presence du gendarme
stranger, qui ne s'en ira pas sans vous imposer sa surveillance, peut-&tre ses
embitches, et sans prendre ses stiretis contre toute defaillance, si meme il ne





32 'GEORGES SYLVAIN


s'attachait, D~ieu mne pardonne, ai les provoquer Et je nle parle, bien entendu,
que du maintien de la security publique Le r~tablissemen~t de l'ordre Cco-
nomique et- financier n'exigerait pas moins de fermetd, de bon sens et d'ha-
hiletC
C'est done sur un homme d'Etat de grande envergure que notre destin
doit nous faire tomber. Nous ne le connaltrons qu'a l'bpreuve, puisque l'ap-
prentissage du pouvoir et la pratique des affaires publiques sont depuis long-
temps interdits a. toute une cat~gorie de citoyens, les plus recommandables,
ceux qui ont le souci de la dignity. Heureusement que parmi les n~tres, quel-
qlues-uns semblent avoir I'etoffe des vertus n~cessaires a un leader national.
Celui derriere qui les autres consentiraient a s'effacer, devra s'entourer de
solides collaborateurs, animbs du mime esprit.
Voila comment je congois la tiche i r~aliser. Autant je me vois y aidant
de toutes mes forces, autant je ne me vois pas y pr~sidant.


Union Patriotique Hai'tienne
Comith Central

Port-au-Prince, le ler F~vrier 1922
Au Directeur du Courrier des Etats-Unis
New-York

Monsieur le Directeur,
Je vous ai promis de vous dire ce qu'a etC la r~cente enquite s~natoriale,
menee a Ha'iti et dans la Republiqlue Dominicaine : une cruelle mystification !
Les Commissaires y ont donni trois jours a Port-au-Prince: moins d'un jour
a Hinche et a Maissade. Ils ont traversC en courant St-Marc, Gonai'ves, Cap-
Hai'tien, sans y interroger publiquement aucun tbmoin. Puis, ils out passe dans
la R~publique Dominicaine, oft ils ont sbjournC une semaine, avec la mime
pr~cipitation.-- Cela ne les a pas empachbs, a peine retourn~s aux Etats-Unis,
de publier sans dbsemparer sur la situation des routes, des Ccoles, des finances,
sur l'etat politique, Cconomique, administratif, intellectual et social d'Hai'ti, sur
l'admirable conduite des Marines et sur leur oeuvre prestigieuse, une appre-
ciation complete et p~remptoire. Quelle autoritC un homme sbrieuxr et loyal
peut-il attacher a une telle enquite ?
Nous' contestons que des conclusions aussi importantes que celles dontl
Messieurs les S~nateurs Mac-Cormick et Pomerene out confi6 la propagation
a l'Associated Press aient pu avoir pour fondement une visit si sommaire.
Eux qui, i plusieurs reprises, se sont d~clarbs decides i ne tenir compete que
des a Cvidehces > et des attestations directed, quand les victims des atrocit~s
des Marines leur a~ffirmaient des faits de notori~tC publique, ne se sont pas
fait scrupule d'endosser sans con~tr81e la responsabiliti d'all~gations erron~es,




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 33


dont it ne leur a pas ite possible de verifier le hien on le mal fond, dans le
court intervalle qu'ils se sont m~nagC.
A quoi se sont-ils r~f~rds, par example, pour fixer la proportion des illettrbs
dans l'ensemble des populations ha'itiennes au chiffre ridicule et d~risoire de
9 8 oo?
Oih ont-ils vu que des travaux d'assainissement aient 6tC effectubs par les
agents des Etats-Unis pour rendre plus propres les petites villes de la cite
hai'tienne ?
Qu'est-ce qui leur a permis d'avancer que ces mimes agents ont fait pro-
gresser (autrement que par une connaissance plus Ctendue du mal) l'Cducation
du people ha'itien ?
Sur quels faits pr~cis et irr~cusables s'appuie enfin leur declaration fan-
taisiste que I'intervention des Etats-Unis a r~alisC a Ha'iti plus de progribs en
6 ans que toutes les Administrations haltiennes en 105 ans ?
Ce parti-pris d'outrance, ce d~fi a l'humble v~rit6, quand il s'agit de choses
dont le contr81e est a la port~e de tout le monde, ne d~notent-ils pas a l'Cgard
de l'opinion une insouciance, assez peu propre a rassurer nos populations,
qui voient leur sort d~pendre de la fragility d'un Rapport, condamn5 d~s
maintenant a n'8tre plus une oeuvre impartiale ?
A l'encontre des assertions injustifibes des deux honorables Enqu~teurs,
nous affirmons et nous faisons fort de prouver :
lo) que dans les 50 ann~es qui ont pr~c~d6 l'intervention des Etats-Unis,
l'Etat hal'tien, proportionnellement au chiffre de sa population et de ses recettes
budg6taires, n'a pas moins d~pensC pour I'instruction du people que la plupart
des autres R~publiques ambricaines, les Etats-Unis mis i part, puisqu'il
y consacrait, bon an, mal an, le neuvibme de ses revenues disponibles.
Nos instituteurs primaires des deux sexes ne sont pas moins entendus
que la moyenne des directeurs et professeurs du mime ordre fonctionnant aux
Etats-Unis.
Les r~sultats obtenus par eux tout au moins dans les Ccoles urbaines ne
sont pas inf~rieurs i ceux qu'obtiennent leurs collogues nord et sud-ambricains.
Les enfants du p~euple ne sont pas chez nous moins qu'ailleurs intelligent,
nii moins d~sireux d'apprendre. Etrangers ou Hai'tiens, tous leurs maitres le
reconnaissent a l'envi.
20) Les agents des Etats-Unis n'ont pas Ctabli en notre pays une seule
route qui n'existit dbji. Ils ont consolid6 en les r~tr6cissant quelques chemins
publics et rendu plus frayables d'anciennes voies de communication ; ils en
ont pav6 quelques autres, A I'aide de terre, de gravier et de trones d'arbres;-
sans plus.-- Aucun de ces travaux q~ui, pr8nbs B grand fracas, q~uoique ina-
chev~s pour la plupart, ont servi de pr~text-e a l'odieuse exploitation des cam-
pagnards connue sous le nom de corvi'e, et ont provoqub, outre le d~peuple-





34 GEORGES SYLVAIN


ment de nos campagnes, la dernie~re rivolte des Cacos, ne vaut, a dire d'experts,
les sommes Cnormes qu'ils ont coilt~es i la caisse publique. Les routes dont
les officers des Marines se sont occup~s, le plus souvent avec une rare
incompetence, n'ont et& entreprises qlue dans un inthrat purement militaire,
pour servir aux transports par automobiles ; elles ne sont pas des voies de
pin~tration et n'ont pas sensiblement contribu6 a rapprocher le producteur
de l'intbrieur du pays des trafiquants de la c~te. Leur entretien n'est pas en
plus grand souci qlue sous les administrations purement ha'itiennes, il est
plut~t moindre par comparaison.-- La preuve de tout ce qlue nous disons
peut Stre faite quand on youdra. Fait quasi symbolique, I'occupation militaire
a biti un edifice public, digne de ce nom, le seul a notre connaissance : la
Prison de Port-au-Prince.
30) Jusqu'aux d~nonciations retentissantes de la << Ligue du Bien Public >,
en 1920, le regime des prisons accusait qluotidiennement dans certaines loca-
lites, en particulier a Port-au-Prince et au Cap, un chiffre de morts tellement
effrayant qlue les registres des detentions, relatives a la premiibre p~riode de
l'occupation, ont &te en ces deux villes soustraites a toutes investigations.
Jamais rien de pareil ne s'5tait constatC aux pires Cpt qlues de notre histoire.
Si done des ameliorations ont 6t6 depuis introduites dans le regime meurtrier
des prisons, on aurait tort d'en faire honneur i l'humanite des Occupants. Ils
ne se sont souvenus de ce qlue la civilisation exigeait d'eux qlue quand il n'yr
a plus eu moyen de resister a la pression de I'opinion publique.
Est-ce i dire qlue pendant les six dernieres annees, les agents des Etats-
Unis n'aient accompli rien de bon chez nous ? Nous avons trop le souci de la
viriti pour le pr~tendre. Ils ont aidC au diveloppement et a la bonne tenue
de nos services hospitaliers, fond une Ccole d'infirmriibres et un dispensaire
de la Croix-Rouge ; contribuC a maintenir dans notre Corps M~dical une:
salutaire emulation pour le bien. A l'exemple de nos anciennes municipalities
independantes, les plus soucieuses de leur bon renom, ils out Cgalement contri-
buC, par nos moyens usuels, a entretenir nos rues en bon 6tat de proprete et ont
exercC sur la salubritC des habitations privies une surveillance efficace, quoique
un peu tracassiibre par instants. Concours tris chirement payb mais dont il
serait injuste de ne pas tenir compete dans le bilan de l'Intervention, si
lamentable par ailleurs.
Nous trouvons dans le Rapport prbliminaire de la Commission d'Enquite
trois declarations, qui ne sont pas sans saveur, mises en regard de ses conclu-
SIOHS.
1-<< La conduite des officers du Corps des Marines a &tb admirable et leur
travail splendid >, n'a pas craint de proclamer urbi et orbi le Sdnateur Pome-
rene.- Mais voild qlue son colli~gue, M. Mac-Cormick, qui, I'an pass, dans
un article a la revue 4:The Nation >> denongait << la faillite > (the failure)
de l'intervention des Etats-Unis i Hai'ti et i Santo-Dominlgo, recommande encore
aujourd'hui comme d'importance extreme de n'envoyer chez nous qune des offi-
ciers symnpathiques au people ha'itien, sachant Ctabir personnellement des
relations cordiales avec les Hal'tiens, choisis non seulement i cause de leur





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


capacity a commander des troupes, mais de les commander a Ha'iti et parmi
le people d'Hai'ti.-- L'insistance qu'il y met n'est-elle pas l'indice qu'on a
sur ce point constat8 quelque lacune, ou Cprouv6 quelque deception ?
2.--Le S~narteur Mac-Cormick professe, en outre, qlue ( la paix et I'ordre
out 6tC partout 6tablis 8 Haiti. > Si la paix, c'est cette solitude des tombeaux
dont parle Tacite, et si l'ordre peut se concilier avec l'anarchie politique et
administrative, pour qui M. Mac-Cormick lui-mame ne trouvait pas trop fort
le terme de faillite, nous voulons bien a~dmettre que Hai~ti jouit d'un ordre singu-
lier et d'une paix sp~ciale. D'oix vient alors qlue la Commission d'Enquite n'a
pu ni voulu peut-2tre obtenir qlue le regime de la loi martial filt aboli
on mime suspend a l'occasion de sa visit, quoiqu'il lui filt facile de pr~voir
qlue le maintien d'une pareille measure serait un sbrieux obstacle au correct
accomplissement de son mandate ?
3.-<( La grande masse du people hai'tien >, confesse le Prbsident de la
Commission, < est simple et aimable >, << gentille et gendreuse >. Aurait-elle
continue i miriter cet Cloge, pour peu qu'elle eilt suivi le genre d'Bducation
qu'en 6 ans elle a regu des Marines ?
En 1919, le lieutenant Williams, du Marine Corps, commandant du district
de Mai'ssade, se prbsente a Lhermite, non loin de Mai'ssade, chez Mme Romain
Brigarde, une des personnel les plus respectable de la localit6, paisible mere
de famille de 60 ans, au-dessus du besoin, n'ayant maille a partir avec qui
qlue ce soit, I'appr~hende, la traine dans la rue, et sans autre forme de process,
la roue de coups de biton, jusqu'a ce que mort s'ensuive. Pais il oblige le
fils de la victim i lui creuser devant sa porte une fosse et i l'y di~poser, stance
tenante.
A quelque temps de li, dans le bourg de Ma'issade, sept enfants d'Overn6
HergenC, notable du lieu, jouaient dans une cour avec de petits camarades de
leur Bge. Le mime Williams passe avec une escorted de! Marines en patrouille.
Par manie~re de distraction, ils font feu sur ces innocents, dont le plus 8gB
n'avait pas treize ans. Deux sont tu~s et un blessC, qui vit encore, pour temoi-
gner de la justesse du tir des Marines.
Une blanchisseuse de Hinche, Via Joseph, surnormmbe Fifi, jeune femme
de 25 ans, faisait la lessive du lieutenant Lang, grade: du Corps des Marines.
Elle va au Bureau de l'officier lui demander paiement d'un petit arridrC de
compete. << Attendez-moi >, dit le lieutenant, qui lance sur elle son chien
de guerre, et du coup, elle a les cuisses et les seins completement d~vor~s.
Au sujet des faits de ce genre les attestations se comptenrt par milliers.
Ceux qui s'en sont rendus coupables n'ont mime pas Ct6 d~gradds. Or, si
depuis qlue nos populations en subissent I'horreur, on n'a relev6 i leur charge
aucun acte de vengeance ou de reprbsailles, aucun attentat, aucune menace
contre les femmes ou les enfants des officers du Corps d'Occupation, n'est-ce
pas la preuve qlue la culture morale du people halt~ien est superieure i celle de
ses pr6tendus Cducateurs ? Le tout, en effet, n'est pas de savoir lire et Ccrire,
c'est d'2tre un civilis6. Un homme inculte est moins danlgereux pour l'existence
d'une soci~tC qu'un barbare, pourvu contre elle des armes des civilis~s.





GEORGES SYLVAIN


L'instruction est le principal outil du savoir, ce u'est pas le savoir C'est
un moyen puissant de civilisation, ce n'est pas la civilisation !
Le campagnard hai'tien est souv~ent un illettre, mais il est loin d'8tre un
ignorant. Sa condition intellectuelle, au t~moignage de tous les strangers qui
I'ont pratiq~uC, ne le place pas au-dessous de la moyennl des paysans de maints
pays d'Europe, elle serait parfois plutat au-dessus. Pour ce q~ui est de la civility
et des bonnes manie~res, il se classes aux tout premiers rangs.
Certes, nous lui devons, nous autres des classes dirigeantes, de I'elever
a une comprehension plus haute de ses interits, de le munir de toutes les con-
naissances propres a lui permettre d'accorder une contribution plus large au
perfectionnement materiel et moral de notre comlmunle patrie.-- Notre faute
capital est d'avoir trop tarde a remplir envers lui pleinement ce devoir.--
Mais aucune de ses inclinations naturelles ne le porte vers une pretendue
civilisation, don't les adeptes ne congoivent d'autre forme de superiority que
celle q~ui tient i la domination de la force brutale et- i l'accaparement insa-
tiable des richesses.
Quand, pensant avoir trouve un pretexte plausible pour justifier la main-
mise des Etats-Unis sur nos droits et sur nos douanes, le Sdnateur Mac-Cormick
depeint en ces traits notre people : << Population avienante et bonne, mais tres
pauvre, d'une pauvrete primitive, et tout a fait d~nuee d'instruction >,
il ne fait que recouvrir d'une toile d'araignee I'avidite i16mentaire, par ou
l'imp~rialisme des carnassiers de la Haute Finance rejoint I'homme des ca-
vernes. Mais il d~masque par surcroit I'indigence de son ideal de civilisation.
Si le sens de I'activite humaine est, en ce monde, la poursuite du bon-
heur, pensez-vous que augmenter les besoins du genre human et compliquer
son mode de vivre soit le plus silr moyen de le rendre heureux ?
Et pour ceux qui, situant le bonheur au-dela de cette vie, en font le:
couronnement supreme de la bonte, que gagne-t-on a s'assimiler toute la
science des livres, si c'est a pour perdre son ime > ?
Agreez, je vous prie, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements, mes
plus cordiales civilit~s.
Georges Sylvrain


Union Patriotique Hai'tienne
ComitB Central
11 F~vrier 1922
Au Directeur du a Courrier des Etats-Unis ,>
New-York.

Monsieur le Directeur,
L'Associated Press a transmis le mois dernier aux principaux journaux
des Etats-Unis des declarations du S~nateur Pomerene. membre de la Com-





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


mission senatoriale d'enquete a Haiti qui mettent en cause indirecte~ment l'Union
Patriotique Hai'tienne. Permettez-moi, en ma quality d'Administratqur de cette
Association, de rectifier ce qui, clans les propos de l'honorable S~nateur, est
de nature a nous porter prejudice.-- Je dirai ensuite mon opinion sur les
conclusions du Rapport preliminaire de la Commission d'enq~uite que MM.
Mac-Cormick et Pomerene ont jug6 hon cle rendlre de~s a present publiq~ues.
Parlant de la reception q~ue nos populations ont faite aux representants
du Senlat dies Etats-Unis, M. le Senateur Pomerene en souligne le caractere
<< hospitalier >, mais il a cru hon d'ajouter que c'est en dipit de la presence
de certain < dliaires >. C'est ici qlue nous nous co~nsidlerons comme incrimines. Les mani-
festations de sympathie don't a ete partout salute dans le pays la7 venue de la
Commission s~natoriale ont Ete toutes organises par I'Union Patriotique ou
produites sous son patronage. J'en ai fait moi-mime a MI. Pomerene. le lende-
main de son arrive, la declaration publique.
Au debarquement des Commissaires a Port-au-Prince, le 29) Nov~embre
dlernier, une foule, Cvalude a. plus de dix mille personnel, les a accueillis
avec une franche cordialitP, ne voyant en eux que les messagners de justice
et de paix de la plus haute Assemblee politiqlue des Etats-Unis.
Mais les manifestants onlt tenu a marquer, des cette premiere prise de
contact, I'opposition tre~s nette de la nation hai'tienne a 1'occupation militaire
de son territoire, au traits qlui lui a ete impose, ainst qu'a toutes les restric-
tions mises par le Gouvernement dles Etats-Unis a sa souverainlete et a son
independance et comme cela se pratiqlue aujourd'hui clans tous les pays civi-
lises, notamment auxr Etats-Unis de l'Amerique du Nord, ils affirme~rent leurs
sentiments et leurs vues sur des pancartes et des bannieres avec lesqluelles
ils parcoururent processionnellement, en silence, sans aucune id~e de provo-
cation. le centre de la ville.-- Apre~s quoi pancartes et bannie~res fu~rent d~posees
dans le mime ordre aux pieds de la Statue de Dessalines, Fondateur de l'Ind6-
p'endance hailtienne. Le lendemain la manifestation, sans avoir pour objet d'offrir
des souhaits de h~ienvenue auxt hates de la ville, fut r~pitbe a peu pre~s dans
les mimes terms et avec une affluence presq~ue aussi considerable par la Ligue
de la jeune Hai'ti.
Aux Gonai'ves, au Cap-Hai'tien, oil la Commission Sinatoriale s'arre~ta
peu de temps, a son retour de Port-au-Prince, elle eut la joie de voir la popu-
lation de ces deux villes improviser en son honneur, sous la, conduite des
Comitbs locaux de l'Union Patriotiqjue, une reception nonl moinse triomlphale,
mais 6galement marque de l'exhibition des pancarte~s et des banlnie~res r~cla-
mant I'Independance et la Souverainete nationals.
Partout oil ont &tt arbortes nos inscriptions elles formaient unl ensemble,
se compl~tant les unes les autres.-- Voici comment se presentaient celles que
le S~nateur Pomerene a g~nbreusement qlualifibes d'incendiaires :
Le Peuple des Etats-Unis a eti induit en erreur.
Hai'ti sera-t-elle votre Irlande ?








-- Hai'ti sera-t-elle votre Belgique ?
-- Ha'iti sera-t-elle votre Congo ?
Trois mille Hai'tiens massacres demandent justice.
L'autonomie d'Ha'iti.
-- La restauration de nos institutions.
-- Donnez-nous la liberty on la mort !
La jeunesse de Port-au-Prince a foi en la justice du Peuple des Etats-
Unis. Elle r~clame la libertC du Peuple ha'itien confisqube, le retrait de
l'Occupation, I'abolition de la Convention imposee a ce Peuple.
Esp~rance, Jeunesse enfantine.
-- Bienvenue cordiale i nos H~tes.


De son ctSt la Ligue de la jeune Hai'ti s'est rendue responjable de ces
inscriptions horrifiantes :
Riclamous du Prdsident Harding l'ex~cution des promesses du citoyen
Harding.
Protestons avec le Prbsident Harding contre la Constitution Franklin-
Roosevelt.
R~clamons evacuation du territoire et suppression immediate de la loi
martial.
-- R6clamons unle politique honnite, loyale et franche.
-- R~clamons le droit de disposer librement de nous-mimes.
-- D~sirons vivre amis, non sujets ni esclaves des Etats-Unis d'4mbrique.
Vive Hai'ti libre, ind~pendante et souveraine.
-- Vive une Ambrique just et respectueuse du droit des faibles.


L'Union Patriotique est une grande Association hai'tienne, qui rallie i
son programme d'action la tribs grande masse des populations du pays. Elle a
pour objet essential de travailler a faire lever les restrictions mises par les
Etats-Unis au plein exercise de l'ind~pendance et de la Souverainet6 de notre
Nation. Pour cela elle n'entend se servir que de moyens pacifiqlues. 11 n'y a
pas de doute que, proscrivant la violence et ne cessant de recommender au
Peuple Hai'tien de faire credit de justice et de loyaut6 au people des Etats-
Unis, elle n'ait aid@ et n'aide au maintien de la paix publique. Tous ceux que
leurs functions pr~posent au mime office, notammen~t les agents militaires
des Etats-Unis, sont ainsi ses oblig6s qu'ils le reconnaissent on non. Per-
sonnellement, si le terme d'agitateur s'entend d'un perturbateur politique ne
visant qu'au desordre et n'aspirant qu'8 des satisfactions d'ambition person-
nelle, toute ma vie le repousse.


GEORGES SYLVAINr


38





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Je suis arrive a l'8ge de 55 ans, sans avoir jamais CtB dans mon pays ni
Ministre, ni S~nateur, ni diput6.-- 11 ne m'aurait pas 6tg tribs difficile d'occu-
per ces functions, mais il m'a suffi de celles de professeur a l'Ecole Nationale
de droit, de Juge au Tribunal de Cassation, de Ministre: plinipotentiaire d'Ha'iti
en France et aupres du Saint-Siege.
Je n'6tais pas accr~dit6 depuis 3 ans aupres du Gouvernement Frangais,
qluand la Republique d'Ha'iti eut a faire l'epreuve d'un nouveau Chef d'Etat.--
Le Gouvernement de la Republique Frangaise, n'ayant pas riussi a voir agrier
sa demand amicale de me faire maintenir a mon posted, oil disait-il, je m'Ctais
acquis en peu de temps la consideration gn6nrale, m'offrit la rosette d'officier
de la L~gion d'Honneur que je porter avec fiertC, a cat6 de cene d'officier de
l'instruction publique, par quoi il lui a plu de reconnaitre mes constants efforts
pour la propagation de la culture frangaise.-- Quoique absent de Paris, j'ai
eu, il y a trois ans, 1'heureuse surprise de recevoir de la Socidti de Sociologie
la nouvelle qu'elle m'avait choisi pour faire parties de son Bureau triennal,
avec MM. Alexandre Ribot, le Prince Roland Bonaparte, Yves Guyot, H.
Bergson.
Je lui appartenais dbja, en quality de membre associC de l'Institut Inter-
national de Sociologie.
Si je donne ces r~f~rences, Monsieur le Directeur, ce n'est pas dans le
vain et futile dessein de me faire valoir, c'est afin d'attester au S~nateur Pome-
rene qui a cru peut-8tre me diminuer sans me connaltre, que je ne suis pas
le vulgaire r~volutionnaire qu'il s'est imagine, sur la foi de rapports insuf-
fisamment contr816s. C'est contre l'anarchie, d~velopp~e par le regime qu'a
instauri en mon pays I'intervention des Etats-Unis que j'ai entrepris la lutte,
c'est pour le retour a I'ordre 16gal, pour la restauration du droit violC, que
je suis sorti de ma retraite volontaire.-- Je lisais tout r~cemment dans la
grande Revue lib6rale de New-York, Thle Nation, que, parmi les agitateurs
et les malcontents dont M. le S~nateur Pomerene fait les seuls adversaires
de la domination des Etats-Unis a Hai~ti et dans la R~publique dominicaine,
il faut computer Monseigneur Nouel, Archevique de Santo-Domingo, le Cardinal
Mercier des Antilles.
< b~nisse >! M~content de la tyrannie et de l'oppression Strangbres C'est un
agitateur, n'en doutez pas pour la liberty, pour la justice, pour le droit
divin des peuples i diriger eux-mimes leurs destinies.>>
Nous tous qui livrons le mime combat contre toutes les formes d'impB-
rialisme, nous acceptons d'6tre qualifies d'agitateurs, pourvu qu'on nous con-
cihde que c'est A la maniere des Jeanne d'Arc, des John Brown, das Byron, des
Lamartine, des Wilberforce, des O'Connel, des Rossi, des Kosciusko, des Jose
Marti, des Adolphe Nouel.
11 me reste maintenant a vous dire, Monsieur le Directeur, ce qu'a 6tB
la rdcente Enquite S~natoriaile menbe a Ha'iti et dans la Ripublique domi-
nicaine : une cruelle mystification !







Union Patriotique
ComitB Central

L'ACTION POUR HAITI AUX ETATS-UNIS
2 F~vrier 1922
Monsieur l'Administrateur du << Courrier Ha'itien >
En Ville.
Monsieur l'Administrateur,
Apres M. Johnson, aprils le Dr. Gruenling, apr~s M. Angell, M. Villard
a tenlu i donner j l'Union Patriotique l'assurance que la volte-face inattendue
de la Commission d'Enquite n'a en? rien Obranl6 la confiance ni diminuS l'6ner-
gie des dkfenseurs de notre cause aux Etats-Unis. Ce n'a Cth qu'un stimulant
a intensifier leur effort. Tous ils prennent part a la bataille qui continue de
se livrer devant l'opinion.-- Dr. Gruening, M. Angell lui-mime, r~cemment
en meeting i Boston, Mrs. Weed, Miss Foley, MM. James Johnson, Seligman
et les autres, moins connus de nous. L'intervention du S~nateur King a &tC
une nlouvelle preuve de I'efficacite de leur action.
Mais ce a quoi nous semblons ne pas penser, c'est qu'ils sont seuls a
supporter en ce moment les frais de cette rude campagsne. Notre insouciance
et notre inertie sur ce point ne sont pas sans les prboccuper, car ils pr~voient
une lutte de longue haleine. eComment sans contribution de notre part travailler
i nous rendre libres ?
( Nous voulonls aller jusqlu'au bout, nous ecrit M. Villard, si les Hai'tiens
sont ddcid~s i tenir, mais rendez-vous compete de nos charges. Qu'ils nous
aident i les aider.,,
M. Villard est un terrible ap~tre. 11 s'est youC a l'affranlchissement de
l'Irlande, et I'Irlande est aux trois quarts lib~rbe. 11 a pris a. coeur l'autonomie
des Philippines, et voici que le Pr~sident Harding, mettant de catC la suggestion
des Enqutteurs officials de maintenir l'Occupation de cet Archipel, a d~clarl
lqu'il ne d~cidera rien, sans avoir en main les contre-propositions des Phi-
lippmns.
M. Villard a mainltenant Hai'ti sons sa garde. Ceux qui lui font cheeke
l'auront en face d'eux, jusqu'a ce que notre droit soit retabsli. Aidons-le a
nous aider.
L'Union Patriotique fait encore une fois appel a tous les patriots hal-
tiens. Notre souscription national reste ouverte. Que partout des fates s'orga-
nisent au profit de l'oeuvre lib~ratrice.
Que dans toutes les associations, dans toutes les families, il y ait un
coffret special, oil sera depos6 quotidiennement le sou de la dblivrance. Ne
cessons plus d'y denser. Si peu que ce soit, chaque obole comptera, pourvu qlue
chacun verse la sienne.
Peut-itre n'arriverons-nous pas a faire ainsi tout ce que nlous voudrions
(car le pays s'est appauvri) ni mime tout ce que nous devrions i notre propre




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 41l

redemption, mais nous aurons du moins fait quelque chose pour la sauvegarde
de l'honneur national.
Veuillez agrier, Monsieur l'Administrateur, nos sinckres civilit~s.
Pour le Bureau
sign& : Georges Sylvain, M. Morpeau, P. Thoby, C. Rosemond, H. Baussan.
1<< Le Courrier Hai'tien ,, no. du 4 f~vrier 1922)
***
DISCOURS PRONONCE A LA SEANCE PUBLIQUE
D'AVRIL 1922
Mes amis.
Ce dont les peuples en tout temps et en tout pays ont le plus besoin.
c'est de clartC.
Mais quand on est d'un pays de soleil et qu'on a l'esprit nourri de sirve
franco-latine, on souffre d'autant plus de ne pas savoir oix l'on va et d'8tre
le jouet de volontds qui nous dominant, sans qu'on soit toujours stir que leur
orientation reste la mime.
J'arrive des Etats-Unis. Je n'y suis allC que pour ticher de dissiper les
t~ndbres oil nous nous agitons, mais ce sont des ombres mouvantes qui, quand
on croit les avoir perches, vont se reformer un peu plus loin.
II y;a quinze jours, je partais de New-York, certain de connaitre touted
les donn~es du problem ha'itien. Il s'est compliqu6 depuis lors d'un nuage
nouveau : le coup d'Eta~t constitutionnel qlue md~dite de r~aliser, dit-on, le 10
Avril, le Conseil d'Etat. Dans quelle measure le course des Cv~nemnents qui se
d~roulent 10bhas va-t-il Ctre influence par cet acte, s'il se r~alise. On en est
r~duit aux conjectures. Mais dites-vous bien, quoi qu'il arrive, que l'incident
du Conseil d'Etat ne sera qu'un Cpisode dans la lutte engage devant le S~nat
des Etats-Unis pour et contre I'ind~pendance et la Souiverainetd d'Hal'ti.
Qu'en adviendra-t-il ?
Tout d~pendra des dispositions du S~nat. Si elles sont tournees en notre
faveur, tout ce qlu'on aura machine pour changer les conditions rCguliibres du
jeu sera imput6 i faute et ne servira qu'a nous gagn~er davan-tage 1'arbitre.
Alors on aura vite fait de trouver les formules ou les measures rectificatrices
des movements prdmaturbs.
Si nous ne rbussissons pas a nous rendre favorable la majoritC des S~na-
teurs, les anticipations de la derniibre heure passeront dans le flot des irr~gu-
larit~s commises. Le Haut Commissaire dominera seul ou avec la collabora-
tion fictive du mandataire des Conseillers d'Etat, cependant que nous nous
pr~parerons i reprendre la lutte i la session suivante, devant un S~nat renouvelC.
Dans l'un comme dans l'autre cas, notre ligne de conduite est toute trace :
ne pas nous laisser distraire de la champagne qui se pursuit aux Etats-Unis
et dont depend le fond de notre affaire ; nous porter vite au secours de nos
d~fenseurs.





42 GEORGES SYLVAIN


En d~barquant i New-York, le 20 fevrier, je les ai trouvbs en pleine acti-
vitC, engages avec le Parti adverse dans un combat d'avant garde.
La nomination du Haut Commissaire, M. le Brigadier g~nbral John Russel
avait Cmu I'opinion.
Le Journal Le Globe, dans un article retentissant l'avait d~noncee comme
une insulte aux sentiments du people hai'tien.
De son catC, la Socit6t pour I'Independance d'Hai'ti et de la R~publiq~ue
Dominicaine avait adress6 contre elle une dnergique protestation, longuement
motive, au S~nat, qui, la surveille de mon arrive, venait d'8tret saisi d'une
Resolution du S~nateur WCalsh, lui demandant de reqludrir du Pr~sident des
Etats-Unis la confirmation officielle de cette measure et la communication de
tous ordres, commissions, instructions orales on Ccrites donnas au g~nbral
Russel.
Dans une lettre privie a l'un de ses amis, le Prisident Harding d~clara
n'avoir agi que sur la recommendation de la Commission S~natoriale d'en-
q~uite. Mais consid~rant que ses prerogatives constitutionnelles Ctaient en jeu,
il r~pondit au Sbnat qu'il ne croyait pas compatible atvec 1'int~rat public de
divulguer ses instructions speciales au G~nbral Russe~ll. Pour le surplus, il
d~ferait au d~sir de la Haute Assembl~e. Cette r~ponzse ne satisfit pas tous
les S~nateurs. La Rbsolution Walsh avait Pte vote par le S~nat i 1'unanimite,
sans objection. Le S~nateur King proposal qu'il y filt adjoint une motion
additionnelle, renvoyant a I'examen du Comite de Justice le point de savoir
si la nomination de ce Haut Commissaire, Ambassadelur Extraordinaire et re-
pr~sentant special du Pr~sident des Etats-Unis, en dehors de toute approbation
du S~nat, Ctait conforme a la Constitution et aux lois fid~rales. Ainsi en fut-il
ordonne. Notez, Messieurs, que le S~nateur Wralsh (du Montana), un juriste
qui fait autoritC au S~nat et qui, comme influence dans le parti d~mocrate,
vient imm~diatement apribs le leader Underwood, est membre du Comit6 de jus-
tice. Au moment oil il donna lecture de sa Risolution, le S~nateur Borah,
le Ch. Sumner de l'Cpoque actue'lle, dont le prestige est sans analogue au
Sbnat, Ctait au pied de la tribune. Sans s'2tre concert avec son colleague, il
venait faire la m~me proposition.
Le grand orateur appartient egalement au Comite de justice. A q~uelques
jours de la, il prit la parole en faveur d'Ha'iti, ainsi que le S~nateur Norris,
pour rappeler que, di~s le d~but de 1'intervention, des voix autorishes dans le
monde juridique en avaient signalC I'ill~galit6.
Done le group liberal tout entier, qui compete des adhesions parmi les
R~publicains comme parmi les D~mocrates, a pris position contre le maintien
de I'Occupation d'Hai'ti et de la R~publiqlue Dominicaine.-- Ce n'est comme
nombre qu'une 61ite, mais cette Clite comprend des hommes irridactibles, ceux
qu'on appelle les irrdconciliables. Les batailles les plus difficiles, ils les ont
gagn~es.-- Quand Borah et Johnson ont commence, de concert avec Lodge, la
champagne contre le TraitC de Versailles, ils 6taient combien de S~nateurs dissi-
dents ? Moins d'une dizaine. W~ilson, i l'apogie de sa puissance, n'a pu avoir
raison d'eux, et ce sont eux qui finalement I'ont terrass6.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Des personnel mal renseign~es sur la procedure parlementaire aux Etats-
Unis et sur l'6tat actuel de Ila question haitienne au S~nat, ont du dehors
affected de croire que la r~ponse du Pr~sident Harding et le depart du Haut
Commissaire out clos les debats sur l'affaire Russell. Il n'en est rien, comme
je vous l'ai fait voir. Cette nomination soul~ve une question pr~alable, une
question de principle. La ribgle est que les nominations aux functions publiques
faites par le Pr~sident soient approuv~es du S~nat. La charge du Haut Com-
missaire dont le Pr~sident Harding a invest le Gdn~ral Russell, doit-elle 6chap-
per i cette ragle ? D~ja la question s'6tait pose, parait-il, dans les cercles
officials a propos du Gouverneur de Porto-Rico, dont la nomination n'avait
pas CtC soumise a la sanction du S~nat, et qui est maintenant en conflict declare
avec la population de l'ile. Le S~nat a int~rat i trancher le d~bat par une
decision doctrinale et autant qu'il est possible de pri-juger des votes d'une
Assemble d61ib~rante, toutes les chances sont pour que la majority le tranche
dans le sens des prerogatives s~natoriales.
< ai-je demandC a nos amis Ii n'y a pas dJ
doute que le Pr~sident Harding n'obtempere a la decision du S~nat, ou bien
en soumettant la nomination du Haut Commissaire i sa sanction, ou bien,
s'il constate que le vent ne souffle pas de son cath, en y renongant purement et
simplement.-- Mais le S~nat n'hesitera-t-il pas a infliger au President cette
d6sapprobation directed ? Quand le Senat exerce ses pr~rogatives consti-
tutionnelles, a propos d'un cas qu'il juge Stre d'int~rit g6nbral, il ne se pr~oc-
cupe gubre de savoir si le President sera content ou non. Les Prbsidents ne
s'affectent pas d'ailleurs, pour si peu, chaque Pouvoir exercant avec ind6pen-
dance dans la sphere qui lui est r~serv~e ses attributions 16gales.,
Quant i l'intbrat que le S~nateur W(alsh a eu a sa faire communiquer les
instructions secretes donn~es au G~n~ral Russell, yous en apercevrez toute
1'importance, si vous vous rappelez que les deux questions les plus pressantes
i quoi tient l'ensemble du problem hai'tien, sont 1'emprunt et I'iAlection prbsi-
dentielle. Le S~nat ne pourrait qu'8tre disagreab~lement impressionne, s'il lui
Ctait r~vBle que, avant le depat ~du Rapport de la Commission d'enqu~te et
l'examen des R6solutions qui y out trait, I'Administration, i la suggestion de
la mbme Commission d'enquite, aurait persist6 a en decider en dehors de lui.
Apres le dp6pt de sa motion additionnelle, l'infatigable S~nateur King a
soumis an S~nat le 10 Mars la R~solution suivante, dbveloppement de sa pre-
mibre motion.
de la R6publique d'Ha~iti depuis 1915 et que le Peuple hai'tien desire main-
tenant le retrait de ces forces et I'abrogation du trait6 de 1915 entire les Etats-
Unis et la R~publique d'Hai'ti.
Et attend que le terme des pouvoirs du Pr~sident actuel d'Haiti, elu en
1915, expire le 15 Mai 1922; et qu'il n'y a pas eu i Ha'iti d'C1ections de
d~put~s et de s~nateurs depuis la dissolution de la Chambre des d~put~s et
du S~nat en 1917.
En consequence,





44l GEORGES SYLVAIN


11 est r~solu : que l'opinion du Se~nat est que les Etals-Unis mettent fin~
immediatement i la sus-dite Occupation militaire d'Hai'ti, abrogent le traits~
de 1915 entire les Etats-Unis et Hai'ti, sous lequel la dite Occupation est main-
tenue, et restaurant le Gouvernement constitutionnel d~mocratique a Hai'ti.
Il est risolu qjue, pour realiser ces fins, le President des Etats-Unis soit
respectueusement requis : lo) de dfnoncer le traits de 1.915 et le Protocole
du 28 Mars 191'7 prolongeant le dit TraitC pour produire les mimes effects a
l'expiration ou avant I'expiration de la piriode de 6 mois pr~vue au p~ara-
graphe 3. 20) de faire ce qui sera necessaire et appropriC pour restaurer un
Gouvernement pleinement democratiqlue et constitutionnel a Hai'ti et en parti-
culier pour ordonner au Commandant de la Brigade des Marines des Etats.
Unis d'agir comme suit
Assumer temporairement le 16 Mai 19)22 les pouvoirs et functions gou-
-ernlementales sur le territaire de la R~publique d'Hait~i, necessaires pour pour-
voir immbdiatement a la realisation d'elections populaires libres a Hai'ti, le
ler Juillet 1922, au plus tard, en viue de la formation d'une Assembl~e natio-
nale Constituante, composee d'un membre par Commune existante ; reunir
la dite Assembl~e le ler Aoilt 1922 au plus tard ; I'investir des functions et
pouvoirs d'61aborer et d'adopter une nouvelle Constitution poor Hai'ti, de choisir
et d'installer en charge un Pr~sident et un Gouverneme~nt d'Hai'ti;
30) Dans une p~riode de six mois apres la date oil le President dl'Haaiti,
choisi par la dite Assembl~e constituante aura notific au Gouvrernement des
Etats-Unis l'adoption d'une Constitution et son invrestissement des functions
prisidentielles, retire du territoire de la R~publique d'Hai'ti toutes les forces
militaires et navales des Etats-Unis et faire remise au Gouvernement d'Ha'iti
de toutes les functions et de tous les pouvoirs de Gou~vern,-ment, maintenant
et dans la suite exerc~s i Hai'ti par tous agents civ~ils et militaires des Etati;-
Unis.>>
Messieurs, le Senateur Kin~g est citoyen des Etats-Unis. Ce qui emeut enl
nous les fibres profondes de notre sensibility& d'Ha'itiens, ne: saurait I'affecter
de la mime manie~re.
Prboccupe d'aboutir vite, il a ete au plus pressed : nous epargner le pire
et a la faveur d'un texte de conciliation entire les deu:x solutions opposes, se
donner le plus de chances possible de rallier la majority. Une fois que le Senat
se sera prononcC, il n'admet pas que personnel puisse se hasarder d'bluder les
consequences du vote Cmis. Ayez d'ailleurs hien present a l'esprit q~ue pour tous
les hommes politiques des Etats-Unis tous sans exception le protectorat
fonctionne depuis 1915, sous la fiction 16gibre d'une prlsidence de facade.
C'est de ce fait qu'on part, soit pour d~faire ce qui a et6 mal fait, soit pour
le consolider par des moyens plus habiles.
Mais comment n'aurais-je pas tressailli de douleur et de honte a la pensee
que par la defection volontaire des d~tenteurs de l'autoritC ha'itienne, acharnes
a pi~tiner leur loi national, c'est au repr~sentant d'une Puissance etrangere
que, dans l'hypothise qui nous est la plus favorable: va incomber le soin de






DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


procedler a la reconstitution de nos Pouvoirs Publics !Voji done a quoi
auront conduit tant de ruse, tant de duplicity et ces attentats r~it~rbs contre
la representation national!
Dieu sait si le souvenir nous est cuisant des manifestations constantes
dl'hostilit6 qjui nous sont venues de l'autre c~td de la barriere !
Dieu sait si nous aurions des raisons 16gitimes de: nous dl~fier de f'actionl
meurtriere des b~nificiaires du regime actuel: tant q~u'ils garder~aient le: pou-
voir de nuire !
Mais Hai'tien avant tout, Hai'tien integral, j'ai rejete loin de moi toute
pens~e de recrimination, je leur ai fait credit dans cet instant supreme, d'une
dernie~re Ctincelle de patriotism, et j'ai propose an S~nateur King de laisser
le Conseil des Secr~taires d'Etat, conformement a nos traditions constitution-
nelles, exercer le pouvoir execu~tif pendant I'interim pr~sidentiel et convoquer
les Assembl~es Primaires pour l'61ection d'une Constituante, selon un statut
electoral propre a garantir la sinc~rite du vote.
N'a-t-on pas vu, dans la derniere guerre europienne, d'anciens diserteurs,
de ceux qui s'etaient refuses jusque-la a payer I'impal du sang, mourir de la
mort des braves, parce qu'ils tenaient le drapeau Mt is le temps: a paru trop
court pour proc~der i des remaniements de texte. La R6solution dtait prite :
il fallait laisser au Comite des Affaires Etrangibres un d61ai raisonnable pour
l'Ptudier.
En some, m'a-t-il ete dit, 1'essentiel est de sortir de l'impasse actuelle.
Si vous obtenez pratiquement le retour a l'ordre 16g~al, la restauration des
institutions halitiennes, I'abrogation du Traite de 1915 et de son perfide annexe,
le Protocole de 1917 (Combien d'Ha'itiens, Messieurs, se doutent que deja
une sous-convention pour laquelle on escomptait vraisemblablement I'approba-
tion m~canique du Conseil d'Etat, a proroge notre asservissement au-dela du
terme de 1915) si vous obtenez par-dessus tout le retrait de l'Occupation,
faites bon march des proc~d~s dont on se sera servi pour y arriver, puisqu'il
est unanimement reconnu que dans l'6tat d'anarchie oih vous vivez, il n'y a
plus de Pouvoirs constitutionnels >
Je n'ai pas Cth, je ne suis pas encore convert a ces arguments. 11 y a
au fond de la Motion, telle qu'elle est actuellement rCdig~e, un redoutable
mnconnu.
Quoi qlu'il enl soit, mon point de vue, ayant etB trouve just et int~ressant,
r~este tenu en r~serve. Le texte de la Resolution King n'est pas dr:hlnitif ; si les
solutions q~u'il pr~conise sont adoptees en principle, j'estime q~u'il nie peut man-
quer d'i8tre amend& au course des d~bats. On aura, je pense, par example, a y
introduire une disposition relative au statut electoral; I'opportunit6 apparait
igalement d'y stipuler que pendant I'int~rim presidentiel le statu quo sera
maintenu pour les matibres d'ordre gouvernemental jusqu'a la nomination dlu
nouveau Pr~sident.
Mis au courant de nos desiderata~et -du prix q~ue n~ous attachons. a ce q~ue





46 GEORGES SYLVAIN


I'autorit6 ha'itienne reste aux Hai'tiens durant la vacance pr~sidentielle, nos
d6fenseurs an Sinat auront i en tenir compete, car c'est a cette condition que
des patriots convaincus ont pu faire confiance a la derniare Resolution King.
En raison des grands services rendus par le Courrier Hai'tien a notre
cause national, je tenais beaucoup a saisir la press de New-York, de~s son
arrive, des derniares persecutions dirigees contre lui et son Administrateur,
P. Lemaire. Mais au moment oil j'ai quittC Ha'iti, cette affaire ne s'6tait pas
encore dbroulee en Cour martial. Ceux avec lesquels j'eus le temps de com-
muniquer, le Courrier des Etats-Unis, le Newu-Yorki Call, le Negro-W~orld, le
Globe, I'Evening Post, s'y employbrent de tres bonne grace. II ne me reste
qu'8 envoyer IA-bas quelques renseignements compl~mentaires pour que le
Senat, a son tour, en prenne connaissance. Dans l'intervalle. apprenant que,
a l'instigation de M. Farnham et de la National City Bank, des hommes d'af-
faires Ctablis a Hai'ti ou faisant des affaires avec Hai'ti avaient p~titionn6
auprias du Senat en faveur du maintien de 1'Occupation, je me suis mis en
rapport avec quelques-unes des maisonls des Etats-Unis les plus anciennement
et les plus honorablement connues sur nos places et je me suis applique i leur
demontrer que jamais il n'a ete question pour nous d'obtenir le retrait des
forces exp~ditionnaires, sans qu'au pr~alable une force publique hal'tienne
capable de maintenir Il'or~dre et d'assurer la s~curite n'y eilt eti substitute. La
mime assurance a ete donn~e a la Presse.
Telle a eti, en some, mon action pendant ces trois semain~es de sejour
aux Etats-Unis. J'ai vu par ailleurs se developer l'oeuvre a laquelle a collabora
notre distingue et devoue concitoyen Me. Pierre Hudicourt.
Je me suis donnC surtout une information personnelle et directed de la
situation, qu'aucun Rapport, si Ctendu qu'il puisse itre, n'aurait pu me fournir
aussi compl~tement.
Voici ce qu'il yous important d'en savoir.
Le reglement de la question hai'tienne est tre~s serieusement porte devant
le S~nat des Etats-Unis. Ce que le Senat en dicidera, c'est ce qui se fera.
Les Bureaux de la Haute Administration qui n'ont pas beaucoup change
depuis I'intervention semblent ouvertement defavorables a notre cause natio-
nale. La Commission Senatoriale, a ses debuts, ne palssait pour avoir aucun
parti pris contre nous, mais depuis son voyage a Hai'ti, c'est elle qui, sans
meme attendre le vote ~du Senat, sugge~re les measures propres a faire peser
plus lourdement la mainmise des Etats-Unis sur notre pays. Elle a avec elle
la Haute Finance et les militaires.
Mais dans le Senat se dresse conltre elle le group des anti-imperialistes,
petit par le nombre, puissant par le talent et par le caracte~re. Leur opinion
tre~s ferme est qu'il n'y a d'engagS dans I'afaire hal'tiano-dominicaine aucun
intbrat essential pour les Etats-Unis. Ce sont des inthrats prives qui s'agitent
sous le couvert de l'intbrat public, affublbs d'un faux masque humanitaire. Ils
ne sont pas loin de regarder comme un pur bluff la pretention d'assurer ainsi
contre toute concurrence d'une Puissance Btrangbre la protection du Canal





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTY


de Panama, sachant tres hien que la possession du Canal par les Etats-Unis
n'est menace par personnel ; que la meilleure fagon de la garantir serait de
cultiver la sympathie des peuples libres de l'Ambrique central et des Antilles,
avec qui se solidarise toute l'Ambrique du Sud, et que rien ne serait plus
dangereux, en cas de guerre, que la haine de ces populations, provoqu~e par
1'entreprise chimbrique de les absorber ou de les asservir contre leur gre.
Aucune consideration. d'apre~s eux. ne s~aurait prevaloir contre ces raisons
de simple bon sens.
A cela leurs adversaires n'opposent qu'un pr~tendu argument de fait,
toujours le m~me : < tiq~ues, desire le maintien de l'Occupation des Etats-Unis >.
C'est notamment le thibme que developpe un des derniers temoins entendus
par la Commission d'enquite a Washington, le sieur Kelsey, dans un venimeux
pamphlet, oit il s'est donnd comme resumant les risultats de son enquite per-
sonnelle a Ha~iti.
Mais qu'est-ce qu'une parade de ce genre pour un Borah ou un Johnson ?
En r~alitC, sur les 96 S~nateurs, il y a environ 25, selon l'estimation de nos
amis, qui, par la connaissance qu'ils ont de la question ha'itienne, sont acquis
a notre cause. On peut en computer autant ou un peu plus du cat6 opposS.
Mais un grand nombre n'ont pas encore leur opinion fiaite. Ils attendent, pour
Ctudier I'affaire, le Rapport definitif de la Commission d'enqu~te et les r~sultats
de l'examen du ComitC de Justice sur la Risolution Walsh-King, du Comith
des Affaires Etrangibres sur les 3 R~solutions King :10) interdiction de tout
emprunt contraire aux inthrits du people ha'itien, 20) coilt de l'Occupation,
30) abrogation de la Convention, Constituante et election pr~sidenltielle, retrait
des troupes. Le S~nat a d~cidC que le tout se discuteroit en mime temps.
Int~resser chaque S~nateur en particulier a l'Ctude personnelle de notre
cas par des m~moires, des notes detaillies, des petitions, des documents justi-
ficatifs, c'est la la tiche de tous les instants de la Soci~tC pour l'Ind~pendance
d'Hai'ti et de la R~publique Dominicaine.
Supputer l'importance d'une telle besogne, r~p~tiee 96 fois, les frais, les
d6marches personnelles, et vous aurez une id~e du mal que se donnent nos
d~fenseurs.
Il ne se passe de semaine qu'un des membres de la SocietB ne fasse une
conference, n'organise une manifestation, ne mette en branle un groupement
propre a agir sur l'opinion et a nous gagner de nouveaux partisans. 11 y a
tant de monde aux Etats-Unis pour qlui le nom mime d'Hai~ti ne signifie rien.
Pour centraliser cette action, un Bureau a etC crC6 a Washington, dont
le Dr. Gruening est 1'inspirateur et Mme. Weed la Directrice. Mais il ne suffit
pas a la peine. II faudrait le doubler sans perte de temps, d'un annexe special,
pour intensifier la publicitC. L'argent manque. Chaque jour de perdu, c'est un
vote de moins. L'existence mime du Bureau central n'est pas garantie. Or, le
Bureau ferm6, la champagne s'arr~te just au moment oil elle devrait donner son





40l GEORGES SYLVAIN -


plein effer, le champ est laiss6 libre aux manoeuvres de nos ennemis. Ceux qui.
depuis le coup de massue du Rapport pr61iminaire de la Commission d'enquite
ont, a force d'energie et de d~vouement, op6rb un tel redressement de notre
situation, n'en reviennent pas de constater I'inertie du people ha'itien.
Que faut-il encore: pour nlous convaincr~e q~ue c'est le moment de l'effort
d~cisif ?
La Commission d'enlquite n'avait plus que deuxv t~moins a entenldre la
semamle qux a suini mon depart, MM. Bryan et Lansing, dont elle peut se
passer. Son Rapport, s'il est d~posC dans la quinzaine suivante, peut venir
en discussion au bout de quinze autres jours. C'est done tout de suite q~u'il fau-
drait: se multiplier, s'ing~nier, se remuer pour trouver les fonds liberateurs ?
Avant de rentrer i Port-auPrince, j'ai pass au Cap, aux Gonai'ves, a
St-Marc, faisant partout appel aux hommes de bonne volonti. J'ai PtC partout
acclamC et f~te. Mais que notre action est lenlte a ulne heure oh l'avenir se
d~chafne comme un ouragan.

Messieurs.
Arrive au terme de cet expose, oh j'ai tenu ai me!.tre toutes les pr~cisions
n~cessaires, j'ai le scrupule d'avoir parl6 peut-Stre trop i vos esprits, pas assez
a vos ames.
Je reviens des Etats-Unis, pourquoi ne pas l'avouer ? sous une impres-
sion de tristesse et d'angoisse. Allons-nous laisser ce pays, le seul qui dans
le monde soit vraiment n~tre, nous Cchapper, faute d'avoir su lai sacrifier i:
temps cette misare.-- 300 dollars. Chaque heure qui passe retarde peut-8tre de
centaines d'ann~es sa liberation, et des gens vont et viennent dans les rues,
qui font de l'histoire sans le savoir, inconscients de la tragidie dont ils sont
les acteurs, on dirait des habitants d'une autre planl~te Tandis que nous nous
livronls a nos distractions habituelles, celui-ci poursutivant la chimire d'une
hypoth~tique rC61ection, cet autre uniquement prboccup6 d'orienter sa voile de
facon i jouir, quoi qu'il advienne, des miettes du pouvoir un troisieme mlen-
tant a sa conscience, sans qu'on y voie d'int~rat direct, dbtraqu& pal l'inqui~tude:
morbide du lendemain, la question, pose depuis le d~p~t du Rapport prbli-
minaire de la Commission d'Enquite, chemine et n'attendra pas notre r~veil
pour" faire explosion. Elle n'est autre que de savoir si, oui on non, nous allons
atre une Colonie des Etats-Unis d'Am~rique Et parce que des malheureux
(je ne veux pas leur appliquer d'autre Cpithi~te) out Cte derriar~e le dos des
Enquiteurs leur souffler que les troupes de l'Occupation parties, c'est I'anarchie,
Ha'iti a feu et a sang, on nous fait le supreme affront de dire de nous i tout
I'univers :
<< Les chaines dont ils sonlt charges, ce sent eux-mimes qjui les implorent >.
Pendant ce temps, des hommes de casur, qui ne doivent rien i Ja terre ha~i-
tienne, que rattache seulement a notre cause la haine de l'injustice, interrogent,
eux aussi, .1'horizon, se demandant quand les Ha'itiens se d~cideront 1 com-
prendre qu'il leur faut courir au secours de leurs d~fenseurs.




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 49


Eh bien, MM. si d'autres se r~signent a ce qlue des strangers, quelle
qlue soit a leur Sgard notre reconnaissance, fassent pour eux leur besogne
d'Hai~tiens, comprennent mieux qu'eux leur devoir d'Ha'itiens, soient en un
mot plus H-ai'tiens qu'eux, moi, y souscrire, jamais I Ce serait en quelqlue
maniere, d~montrer mon inf~riorit6 Tant qu'il y aura aux Etats-Unis un
Am~ricain debout, pour soutenir notre cause national. je serai a ses c~ths !
Lui pourra, si sa fatigue l'emporte, abandonner sans d~shonn~eur la lutte,
moi pas Le jour oh~ il ne resterait plus un seul d'entre eux sur la briache,
je serais encore la pour tenir le drapeau Que de fois ne me suis-je pas
entendu dire : ( Mais qlue pouvez-vous, a 4E ou a 5, contre 1'apathie generale ?
Pr~tendez-vous sauver le pays a vous tout seul ? >
Et pourqIuoi p~as, si Dien nlous en donne la force ?
Au pis allerr qlue pouvions-nous craindre, puisque au bout de tout il y a
1'arrat inevitable ?
Avancer de quelques jours notre heure ? Pour le- genre de satisfaction,
qlue no0us reserve le regime oih tend I'inertie de nos concitoyens, ne serait-ce pas
plut~t une dilivrance ?
De Porto-Rico, de Cuba, de Saint-Domingue, ce n'est qu'un mime cri de
de~tresse. Le peup~le se plaint du poids Pcrasant des imp~ts dont on l'a chargC,
pour payer les int~rits des emprunts utiles a I'enrichlissement d'un nouveau
Maitre, le capitalist stranger Le paysan d~poss~d6 de sa terr-e n'est plus
qIu'un salariC: la oil il Ctait un propri~taire. Tous nous disent : < Tenez-vous
a la sage previsionl des fondateurs de votre Indipendance. Gardez la terre
de vos aieuux. > Et comment la garder quand ils l'arracheront a coulp d'imp~ts ?
J'arrive, Messieurs, de New-York. Ceuxc qui vous affirment qlue dans les
hotels, caf~s, les restaurants, les hommes de notre race y sont maintenant regus
a 6gaitC, out mal vu. Etant plus nombreux et ayant plus d'argent, les colored
sont arrives i pouvoir se suffire entire eux.
Voila tout.
J'ai voulu moi-mime faire l'expdrience. Et le dimanche 12 Mars, a midi
et demi, je suis entrC an N\o. 315 de la 235e rue, 8e. avenue 'West de N~ew-
York, un restaurant d'apparence convenable, sans luxe, non 10in de 1'Eglise
catholiq~ue de St-Joseph et du q~uartier de Harlem, peuplC par les gens de
couleur. Des tables 6taient occupies ofi onl lunchait i q~ui mieux mieux. D'autres
6taient vides. Je me dirigeai vers ces derniiares. Mais qcuelqlu'un 6tait au comp-
toir, q~ui m'interpella : < Je r~pondlis a tout hasard en
franyais : a D~jeuner > Il reprit : < En~ anglais plutat labo-
rieux, je pr~cisai : << m'asseoir i I'une de ces tables et mlanger > Lui de dire :
<< Nous ne recevons pas ici les nigres >> Je me fis r~p~ter la phrase. Il r~p~ta.
J'exkcutai une fausse sortie. Cing minutes apris, je reve~nais et abordant poli-
ment I'homme du comptoir : a Pouvez-vous m'attester par Ccrit ce que vous
venez de me dire ? ,>





50 GEORGES SYLVAIN


Lui : < Moi : << IVen ser-
vb >~. Lui : << Pour q~uel usage ? Moi : < Lui, me
montrant la porte : << Dehors >
L'epreuv-e Ptait suffisamment concluante.
Je me retirai.
Mlessieurs: on n'est pas mlaitre die ses ass-ociationls d'idiees. Declorme ra-
conitant a un cerlde d'intimes ses av-entures- avec Ohlmann, le geolier qui le
gardait pendant son emnpris-onnemnent, sous- Salomon, disait sur un tonl d'indigna-
tionl enjouee : << II a bu dans mnon v-errle et il ml'a tu~!itoe mnoi que ML. die Lamarll-
tine n':ahordait que le chapea~u fi la main. en me saluant du litre Lormne !~
Ce rustre dont je nie coinnais p~as la provenanuiec cerhire dl'iun hanal re.;-
taurant de 2e ordre, m'a mis a la porte comnme un chioni. moi a q~ui le P-reidetlnt
Poincare dlans ies lettres ne dit p~as autrement qlue : << Mon cher Ministre >...
Parcourez tout NTewr-York, \ous nie troulverez pas: v-otre t~te ffit-elle le
plus bel exemple de l'excellence des p~roduits Wanlker. v-ous ne tr~ouverez pas,
comme en Europe, unl seul coiffeur indigerine blancl pour accepter de vous
couper les- chei-eux. Apres deux lentativ-es infruelueuses. je n'ai pu me faire
coiffer qlue dans le quarter dies gens de couleur. oul onl opere d'ailleurs tre~s
bien.
Uin de nos congeneires: a q~ui je parlais de la surv;ivane en plein 20e s-iecle
de ces moeurs antisociales, contre lesquelles les 10is sem~blent impuissantes, me
dlit av-ec un pile sourire : << C'est ce? qu'ils ne tar~deront p~as a faire chez v-ous.
s'ils y sont maintenus >.
Mles amis: ii n:!y a q~u'une mort!
M~ourir pour qlue nos enfants jouissent pleinement d~e leur digntie d'homnmes,
ce n'est pas mourir, c'est entrer dans I'immortalitC
Qui done oserait me dire qlue K~illick est mort ? Toussaint Louverture,
dlont on v;a inaugurer enfin le monument... Dessalines, a qlui les Dominlicains
v-iennent de faire au passage des D616guis de nos Associations ouvrieres, unt:
si magrnifique ov-ation ?
Son7t-ilS mlorts, je vous le demandle ? Jamanis ils n'ont ete si vivantls 11 n'y
at qu'unle mort, y:ous dlis-je, c'est cell de l'hlomme qlui se b~ouchle les or~eilles.
ferme les yeux et ne bouge pas, q~uand onl assassine sa me're!
C'est un commun propos qlu'une nation ne meurt q~ue qluanld elle cesse
de vouloir vivre. N~ous qlui voulons qlue notre H-ai'ti viv\e, nous ne p~ouvons
nous d~sintbresser de la lutte pacifiq~ue q~ui se livre en ce moment autoulr de la
nationality hai'tienne. C'est notre interit et c'est notr~e honneur d'y panrticip~er.
Pour triompher dans une Intte, quelle qu'elle soit. il faut avoir fI'me d'uni
combattant. Et d'abord croire. Croire en la houltC de sa cause, croir~e en lan
victoire. croire en ceux qui menent f'actioni. Sans quai. I'on est v.aincu d advance.
Qui se bat pour nous aux Etats-Unis ? Des citoy~ens du p~ays Sur ce
mot un certain nombre d'entre v-ous se r~crient :





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 51


< Les Ambricains Tous les mimes Nous n'avons pas confiance >
Vous aves tort, si vous voulez gagner vraiment votre bataille.
On ne gagne pas les batailles en se defiant de tous et de soi-mime.--
Rkfl~chissons un peu.
Nos cong~neres de l'Association pour l'avancement des gens de couleur
qlui ont fait de la liberation d'Hal'ti un des articles permanents de leur pro-
gramme electoral se seraient-ils charges de nos revendications, ayant assez des
leurs, s'ils ne nous Staient since~rement divou~s ?
La Revue Thle Nation, q~ui, depuis plus de 60 ans, defend la cause des
peuples opprimbs et n'en a jamais trahi aucun, nous aurait-elle pritC gra-
tuitement I'appui de sa grande publicity, rien que pour mieux consommer notre
perte ?
Les Senateurs qui publiquement, en face de leurs collegues et du Peuple
des Etats-Unis, ont declare : << L'affaire hai~tienne est une mauvaise affaire.
II faut en sortir promptement >,, quelles que soient les raisons qu'ils ont
en de le dire, ils ne l'ont certes pas dit pour avantager nos adversaires. II leur
itait si facile de garder le silence !
Quel int~rit personnel peut bien guider les membres de la Societe pour
1'Ind~pendance d'Hai'ti et de la Republique Dominicaine, le Dr. Gruening en
tite, dans le sacrifice continue qu'ils nous font de leur temps, de leur repos,
de leur argent ?
J'ai vu Mme. Weed quitter une fois son poste de Directrice du Bureau
Executif de Washington. Sa presence 6tait requise au c7hevet de sa fille malade
a l'h~pital de New-York, oui trois grands m~decins avaient ite appel~s en
consultation.
Le temps de venir, d'embrasser son enfant, d'assister a la consultation,
de recevoir I'assurance des m~decins que tout danger itait 6carth, de conf~rer
avec moi chez le Dr. Gruening, et dans la mime nuit elle repartait pour
Washington..
Elle n'en etait pas encore revenue, le jour oih j'ai quitt6 moi-mime New-
York, deux semaines apres, pour rentrer au pays. Voila les gens qui aux
Etats-Unis se battent pour qlue leurs gouvernants nous restituent notre patrie !
Dans une hataille, c'est le pr~cepte de Foch comme des autres grands
capitaines de I'histoire, on n'est vaincu que quand on croit I'itre.
Jamais des combatants de cette trempe ne se croiront vaincus parce que,
sur un point du champ de bataille, I'ennemi aura obtenu momentandment
quelque advantage.
Fournissonls-leur donc les munitions qu'ils demandent, ne contrarions pas
leur plan par de fausses manceuvres et laissons faire a Dieu le reste !

L'UNION PATRIOTIQUE CONTEST AU CONSEIL D'ETAT
LE DROIT D'ELIRE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Attendu que le Gouvernement de la Republique d'Ha'iti, tel qu'il a 6te





52 GEORGES SYLVAIN


constitue de~s l'origine par les fondateurs de la R~publiq~ue est eissentiellement
d~emlocratiqute et representatif ; qune ce caractere a ete: formellement consacre
dans toutes les constitutions haf'tiennes ; qlu'il n'admet ni le contrble illusoire
du Pou\oir Executif par doe fonectionnaire q~u'il nomnme et revoqlue a son gre.
ni election du Pr~Sident de la Republique par ces memes fonetionnaires. en
lieu et place des represenltants du peuplet rigulie~rement Sblus selon ;es conditions
16ganles.
Pro~teste en son nom et au nom des populations qlu'elle represented conltre
toute usurpationl des fonectionis de l'Ass-emble~e N\ationlale par le soi-disant Conlleil
d'Etat q~u'a nomme M~. le President Sudre Dartigruenla\e et q~ui reste revocable
a es mlerci, proteste notammenlt contre le dlroit qlue pretendrait exercer ce
corps illicite d'elire le PrPsidenlt de la Republiqlue et de sanctionner les conv-en-
tions internationales :co~nfie a. l'Administrateur-Delegru6, Me. Georges Sylvain,
le soin de transmettre au Senat des Etats-Unis le present acte, en assemble
p'~lenire des membres du comity central de I'Union Patristique. le 31 Mars 1922.
Par d61egation du Comit6


Me. GEORGES SYLVAIN, Me. ALPHONSE HENRIQUEZ,
MONSIEUR E. GUERIN, ARRETES.

Notre Directeur recherche par la police.
Port-au-Prince veille !

N\ous etions d~ja sous press, quand nous av-ons appris qlue la police venait
d'arrater M~e. Georges Sy-lvain, Off~icier de la L~gion d'Honneur, M~iembre de
la Soci~te de Sociologrie de Paris. ancien MIinistre pl~nipotentiaire d'Hai'ti a
Paris et pri~s du Saint-Sie~ge, Administrateur DelPgu6 de l'Union Patriotique ,
M1e. Ailphonse Henriquez, auteur de Qu'a Qu'au en. Qu'a Qui, ancien Directeur
Grant de la << Republique >, Directeur de << La D~fense > ; Elie Guerin, Direc-
teur de a Hai'ti Integrale Supprimbe >, Directeur de <.
Des que nlotre Directeur a eu v:ent de la nouvelle, il s'est empressC de se
rendre au bureau de la Genldarmerie pour avoir la-dessus des renseignements
exacts.
En l'absence, du Mlajor Rupertus, le sergent Cayemitte a affirmi a notre
Directeur que v-raimenlt Me. Sylvain et Me. Henriqluez etaient arrtits et se
trouvaient actuellement a la. salle de police.
UTn moment apres, on est venu informer Mlonsieur Jolibois fils, notre
Directeur: qlue le Chef de Police perquisitionnait chez lui, il etait alors 6 heures
du soir. Immediatement, ii s'y est rendu et a appris qlue sans itre accompagn6
du Juge de Paix, au mepris de la 10i, des officers de gendarmuerie avaient
v-iolC son domicile. Sans perdre de temps, it s'est empress de saisir par le
cible, la Presse ambricaine et le S~nateur K~ing de ces nouveau attentats dont
venaient d'Ctre victims les defenseurs de l'Ind~pendance d'Ha'iti.





DIX ANNEES DE LUTTEI POUR LA LIBERTE 53


< Le Courrier Ha~itien > convie la population de Port-au-Prince, le people
d'Ha'iti tout entier au calme, i la sagesse et i la moderation.
< Le Courrier Haitien a protest de toute la force de son dme, de toute
son 5nergie contre ces arrestations faites, en dehors de toutes les formes 16gales,
an nom de la justice hai'tienne.
Peuple d'Hai'ti, pour pouvoir r6aliser le coup d'Etat du 10 Avril courant
qu'il prepare, le Gouvernement de Monsieur Dartiguenave vient d'ordonner
l'arrestation de ceux-la qui, sans peur, d~fendent vos droits viol~s. Mes. Sylvain
et Henriquez ont 6te arrites d'ordre de la justice ha'itienne.
Officers du parquet, juge d'Instruction, le pays vous demand de faire
votre devoir et tout votre devoir, avec la plus grande impartiality !
Que vos decisions soient empreintes d'equitB et de justice !
Le numkro en retard 6tait sous press lorsque les personnel signal~es comme
arr~tbes dans cette note ont Ct6 relaxes, n'ayant commis aucun di1it, a d~clar6
le Commissaire du Gouvernement.
(<< Le Courrier Ha~itien >, 3 avril 1922):



AUTOUR DE L'ARRESTATION DE Mil. SYLVAIN

Nous reproduisons le mandate de comparution et le mandate d'amener qui
ont 6tC d~cernbs en mame temps i Mr. Georges Sylva~in hier.
Tous nous savons que c'est quand la personnel cite a comparaEitre n'ob-
temphre pas i l'injonction de la loi, q~u'un mandate d'amener peut 6tre d~cerne
contre lui.
Ces prescriptions 16gales ont &th violbes par la Gendarmerie.


Form P. 1

Gendarmerie d'Haiti
D~partement de la Police.

Port-au-Prince, le 3 Avril l922.

Me. Georges Sylvain,
DC1BguB de l'Union Patriotique devra comparaitre au
Bureau de la Police a bref dblai pour affaire le concernant.
Pen de Chose
W. RUPERTUIS
Chef de la Police






54 GEORGES SYLVAIN

Au Verso
Ordre :

Par la prbsente, yous, R. Shaker, sous-chef de la Police,
procederez a l'arrestation de l'individu dont le nom est au
recto pour avoir 6t6 l'un des instigateurs d'cne reunion et
d'une demonstration qui out btC faites au Bel-Air, 1 la date
du 2 Avril 1922, dans le but de trouble la stiretC de l'Etat.

Pleine et entie~re autorisation vous est accord~e aux fins
de faire aboutir cet individu au Bureau du Commissaire du
Gouvernement par l'interm~diaire du Chef de la. Police

(<< Le Courrier Hai'tien >>, 4 Avril 1922)



MEETING CONTRE L'E1VPRUNT

Compte-rendu du Meeting

Dimanche apr~s-midi, fiddle a la convocation faite par le < Courrier Hai'-
tien, >> la population de Port-au-Prince, notre Directeur M. Jolibois fils a
tenu le meeting annonce.
Malgre la pluie et malgre l'impossibilit6 de se reunir au Bel-Air, lieu
primitivement d~signC, les abords du kiosque ayant ete cernbs par la police,
une foule d'environ un miller de personnel a pu cependant rallier le nouveau
rendez-vous hitivement dbsigne : le march St-Louis oh~ eut lien quand mime
la protestation de la population.
Par deux fois, notre Directeur exposa a la foule le caractere illegal de
I'emprunt que des citoyens sans mandate 16gal veulent imposer au Pays, appuybs
qu'ils le sont par la force ambricaine.
Un emprunt qui, s'il se realise, entrainera la misere la plus noire dans
le pays qui a d~ji tant souffert du regime de la Convention dont le rbgne
s'Ctendra i perpetuit6.
L'Empr'unt doit avoir pour corollaire les Taxes Internes, lesquelles vont
remettre les Haitiens dans la servitude.
Lorsqu'on exige, sans droit ni quality, par la violence, qu'un pays dont
les finances sont ruinees, dont la production dbja r6duite est bloqube par
des affectations de toutes sortes, paie par surcroit dej taxes 61evges sur I'air
que ses citoyens respirent, sur la moindre des entreprises et surtout sur la
~ter~re du paysan qui seul paie la vie de tous en Ha'iti, c'est l'esclavage quton
veut dcreter.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Mais, a ajouth notre Directeur, si les Etats-Unis sont repr~sentes chez nous
par des hommes mgchants, il y a des Ambricains qui dans ces mames Etats-
Unis combattent ardemment pour notre d61ivrance.
Les D~mocrates nous ont asservis, les R6publicains qui out protest& en
notre nom semblent nous &craser davantage, mais un nouveau parti, les Libd-
raux ayant a leur tbte le S~nateur Borah, un champion Bnergique et convaincu
du Droit et de la Justice, les Lib~raux ont pris notre cause en mains et nous
devons continue d'esp~rer en agissant aussi nous-mimes.
Puis il conclut en demandant a la foule de protester avec lui contre l'Em-
prunt et les Taxes Internes. Et la foule entire de s'6crier par qluatre ou cing
fois : << Nous protestons, nous protestons >
Le Major Rupertus, present de sa personnel, intervint alors qui fit disperser
la foule et retint seul notre Directeur. Aprits un court entretien, il lui dkclara
qu'il pouvait circuler.
Voulant alors gagner la rue du Quai par la Rue du Fort Per, une escouade
de gendarmes lui en interdit 1'acob~s ; il rebroussa chemin et arrive au march
St. Louis, il Ctait appr~hendP par un off icier de gendarmerie, puis conduit i
un camion qui d~marra.
M. Jolibois fils fut conduit a la Gendarmerie et de la a la Prison.




AprBs l'arrestation

Di~s qu'il eut appris I'arrestation du Directeur du << Courrier Ha'itien ,,
Me. Georges Sylvain, l'un des avocats de la defense dans I'affaire Jolibois-
Gu~rin contre les << ouvelles >, qu'une indication inexacte sur 1'endroit d'oix
partirait la manifestation d'hier avait empich6 d'assister au meeting, a saisi
le Commissaire du Gouvernement d'une pliainte pour arrestation ill~gale et
a requis 1'e1argissement du pr~tendu inculpe. En vertu de cette plainte, le
Parquet qui n'avait pas encore regu aucun rapport de la Police a provoque
des explications. Aussitat, on s'est mis en measure de donner a I'aflaire une
suite 1Cgale. Notre ami a comparu devant le juge de paix de la section Nord,
qui a recueilli les dires des autoritis de Police et 1'a d~f~rC au Parquet, oit les
charges port~es contre lui seront examines aujourd'hut si elles sont recon-
nues insuffisantes pour faire l'objet d'un mandate de dip6t, le prbvenu sera
immediatement lib~rC.
En attendant, des ciblles out etC lances ce matin de bonne heure tant a la
press amdricaine qu'au Senat des Etats-Unis, a telles fins que de droit.
11 convient de noter, d'autre part, que la rumeur publique accuse la
gendarmerie d'avoir passe comme mot d'ordre aux gendarmes de declarer que
notre Directeur a resistC avec voies de fait. Ce qui est faux. M. Jolibois s'est
laiss6 arrater sans la moindre resistance, le meeting ayant pleinement reussi.





56 GEORGES SYLVAIN


A noter I'inscription des deux pancartes qui devaient servir au d~filC,
renvoyC a cause de la pluie.
a Pas d'Emprunt Conseil d'Etat incompetent !
<< Pas de Taxes Internes Nous r~clamons nos droits.>

(a Le Courrier Hai'tienL >, 19) et 20 juin 1922)



Port-au-Prince. Avril 1922
Monsieur le S~nateur W. King
Washington.

Monsieur le Senateur,
Nous sommes sous la menace de voir le Conseil d'Etat, creature du Pr~si-
dent de la R6publique qui en nomme et r6voque les membres a sa fantaisie,
s'arroger le 10 Avril prochain, le droit d'61ire un successeur a Mr. Sudre
Dartiguenave, lequel ne serait autre, pr~tend-on, que Mr. Sudre Dartiguenave
lui-m~me. Or, Mr. Dartiguenave n'est pas r661igible, aux terms de la Cons-
titution de 1889 sous I'empire de laquelle il a fait '7 ans de prisidence. Quel que
soit d'ailleurs I'C1u du Conseil d'Etat, sa nomination sera frappe d'un vice
radical, puisque le Conseil d'Etat, n'etant pas issu du vote populaire, n'a pas
qualitC d'investir d'une autorit8 quelconque un Pr~sident qui dans notre sys-
t~me de d~mocratie representative tient uniquement ses pouvoirs des manda-
taires de la nation. La manoeuvre que nous vous d~nongons n'est, done tent~ie
que pour essayer d'embarrasser le S~nat des Etats-Unis en le surprenant par
un escamotage, au moment oil il s'occupe d'examiner la maniibre dont pour-
rait le plus judicieusement possible s'op~rer la devolution du pouvoir pr~si-
dentiel i I'expiration du mandate du Pr~sident actuel, le 15 Mai 1922.
Ind~pendamment de tous autres moyens, il y a celui que consacrent nos
traditions constitutionnelles. Quand pour un motif on pour un autre, I'o~ffice
prbsidentiel vient a vaquer, le Conseil des Secr~taires d'Etat exerce provisoire-
ment les functions gouvernementales et convoque les assemblies primaires pour
la prompted formation de I'Assembl~e Nationale, investie du mandate 16gal d'81ire
le President de la R~publique.
Le vaeu de nos populations, c'est de rentrer dans l'ordre ligal. Plus se
succe~dent les ill6galitCs, les abus de Pouvoir, moins la stabilitC est assur~e.
Done, certain que la perp6tuation de l'anarchie ne r~pond ni aux vues du
Sbnat, ni aux desseins du Gouvernement des Etats-Unis, nous pensions qu'il
nous aura suffi de vous signaler le plan dont la realisation est deji officielle-
ment annonc~e, pour que le S~nat, saisi de notre protestation, se prononce sur
la question de savoir s'il ne convient pas qu'a P'6gard de l'Clection pr~siden-
tielle les choses restent en l'6tat, puisqu'il n'y a pas p~ril en la demeure, jus-
qu'au terme du 15 Mai 1922, oil la Haute Assembl~e aura eu le temps de




DIX ANNEES DE LUTT~E POUR LA LIBERTE


statuer sur l'ensemble des questions soumises a son e~xamen a propos de la
Republique d'Ha'iti.
Veuillez agr~er, Monsieur le S~nateur, I'assur~ance de nos sentiments do
haute et respectueuse consideration.

P'. S.--Cette lettr~e n'ay-ant pu partir a sa date, yous voudrez hien retenir
que c'est apre~s-dlemain q~u'aura lieu la reunion du Conseil d'Etat ou~ I'on tentera
de procedler p'ar anticipation a I'election on a la reelection du Pr~sident d'Hai'ti.
Dans l'intervalle, le Prisident actuel et ses Ministres multiplient les measures
destinies a assurer leur maintienl en function : 10) Des ordres des agents du
Gouvernement d'Hai'ti, divulgrues par les journaux, san~s que l'authenticit6 en
ait e~te contested, enjoignant aux fonctionnaires de signer des adresses en fav~eur
de la reelection du President Dartiguenav~e. Plusieurs ont eti r~voqu~s parce
qu'ils ont refuse leur signature a ces addresses, notamment I'Inlspecteur des
Ecoles de la circonscription du Cap-Hai'tien. En signe de protestation, tout
le personnel de l'Inspection Scolaire, y- compris le. garcon de bureau a de-
missionne. 20) Des riunions et des manifestations pulbliques, oil l'on devait
protester contre toute election pr~sidentielle par le Conseil d'Etat, out etC
interdites par ordre de la Police, sur l'ordre du Secretaire d'Etat de l'Int~rieur,
au mepris des lois hai'tiennes qui ne mettent aucune entrave a I'exercice du
droit de r~union. Une grande manifestation silencieuse mais imposante, ay;ant
en lieu le 2 Avril a travers les rues de la ville par la population de Port-au-
Prince q~ui, a defaut de toute prohibition 1Pgale, voire d'aucun ordre admi-
nistratif contraire, a cru pouvoir exercer paisiblement son droit d'affirmer
sur des pancartes sa conflance en la resolution King et sa d~sap~probation du
project d'imposer un chef a la Nation en dehors des elections populaires, la
Police ne se content pas de disperser la foule, au terme de sa procession,
mais vingt-quatre heures apre~s, elle arrdtait en leurs domiciles, l'Administrateur-
Deligue de l'Union Patriotique et le Prisident de la Ligue de la Jeune Hai'ti,
pour rebellion a l'autoriti, quand il a etC ordonne1 a a foule de se disperser,
(fait sanls fondement, car il n'y a eu aucune resistance de manifestants a la
sommation du Chef de la Police) et contravention a l'ordre qui interdisait
les manifestations de ce genre (ordre non promulguC et inconnu de la foule).
Les deuxr arrestations, n'ayant pas de base 16gale, n'ont pu itre main-
tenues, mais le Juge d'Instruction reste charge de l'affaire.



P-ort-au-Prince, Mai 1922
Monsieur le S~nateur Borah
Washington.

Monsieur le S~nateur,
Les populations hal'tiennes, au moment ou, sous le coup des diceptions
r~itbrees, elles commengaient a d~sesp~rer de la justice et de la bienveillance





58 GEORGES SYLVAIN


du Gouvernement des Etats-Unis, ont appris av-ec un regain de confiance, qlue
vous \ous Stes decidei a p~rendre en mains leur cause nationale. Elles nie doutent
pas" q'aUide du noble dev\ouemnent du Senateur King: des S~nateurs Wialsh,
N~orris et de nlos autres infatigrables dl~fenseurs, y;ous n~e contribuiez a combler
le fosse qu'C1argrit de plus en plus enltre nos deux peuples l'imnp~rialisme mili-
taire et financier des Etats-Unis. Votre effort present n nlhoutirait-il qu'a ruinler
par la base ,~:~,~~:le mortel:~ projet d'emprunt dontr::~ nos ome mnae e ae etrl
pour en fleurir perp~tuellement votre me~moire. Appa~uvri par le contre-coup
de la crise economiquee et finan~ciere~ qui desole mainten~ant I'Europ~e par
I'administration impr~voyante et sanls probity des agrents de la Convention de
1915, par les proc686s desastreux de 1^occupation militaire, notamment par
sa facon de r~primer la! revolte des cacos q~u'elle a elle-mime provoq~uee, notre
pay-s ne peut, sans une rbforme rationnelle et comple~tP de ses finances. de son
systihme mon~taire et fiscal, payer les inlter~ts d'un emprunt de 10 millions de
dollars, v-oire d'un emprunt de 4l0 millions. Cette riforme (la demonstration
enl a Cte fournie a. la Commission d'Enquite), nous sommes capables de la
r~aliser par nos seuls moyens, sans exceder les faculty~ contributives de notrz
people, sans surtout nous livrer indefiniment pieds et poingrs li~s au serv~age
de la Haute-Finance des Etats-Unis. Sous le rigrime die 1'Emprunltt ce seront
les capitalistes qlui auront en mains nos fonds, q~ui en op'ereon~t la perception,
I'imputation et la ripartition. Nous ne v-ivrons plus q~ue p~ar eux et dans la
measure q~u'il leur plaira. Oil est le dlroitt la justice et l'htmanite- dans tout cela ?
Au nom de 1'Union Patriotiqlue et eln mon noem personnel, je v-ous prize
d'agr~er, Cher Mlonsieur Borah, av~ec nlotre infin~ie reconnazissance, 1'assurance
de nos sentiments de respectueuse admiration.



Circulaire aux journaux
Monsieur le Directeur.
Par les soins d'un Comite de Propagande, les discours des senateurs Borah,
King et N'orris a la stance s~natoriale du 19 Juin dernier en faveur de la d~soc-
cupation d'Hai'ti et de Santo Domingo ont ete: distribubs A des milliers d'exem-
plaires dans -tous les Etats de 1'Union. La mime publicity: a &tdt donn~e a la Pro-
testation adress~e au D~partement d'Etat contre le maintien de l'occup~ation mili-
taire de ces R~pub~liqlues. L'adresse provient des mimes Ligrues, dlont les bu-
reaux, sous la pr~sidnce du Sdnateur Owren, auraient entrepris une dibmarche
personnelle aupri~s de M. Hugues pour attirer son attention sur I'inconstitutionlna-
lite de l'interviention.-- Elle conclut a la convocation d'un Congreis des R~publi-
qlues Americaines auq~uel seraient soumises les dlifficultis en~tre ces R~publiq~ues.
Si jamais dans un int~rat de sauvegrarde mutuelle, une assistance militaire etait
reconnue n~cessaire chez 1'une ou chez 1'autre, les Etaits-Unis ne seraient pas
seuls a en decider on a y pourvoir. Ce serait fait conjointement avec les Ripu-
bliques voisines. Nous en avons assez dit pour attester qlue la champagne d'opi-





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 59)


nion, menbe la-bas par les defenseurs de notre cause national, continue avec
entrain et vigueur. Deja nous lui devons un adoucissement incontestable au
regime anterieur.
Quel Ha'itien digne de ce nom consentirait a montrer moins de zele et
d'enthousiasme que les lib~raux des autres pays pour la liberation de notre
patrie
Veuillez agr~er, Monsieur le Directeur, I'assurance de mes sentiments
d~vou~s.


AUX ETATS-UNIS, LA CAUSE HAITIENNE
EN FACE DE L'OPINION.

Une champagne d'opinion tres ardente et tre~s s~rieuse se livre en ce moment
aux Etats-Unis autour de la question ha'itiano-dominicaine. Jamais des argu-
ments plus puissants n'ont Cte products en notre faveur. Jamais les journaux
les plus important de tous les parties n'en ont discut6 avec antan~t de gravitC.
C'est qu'il ne s'agit plus de refuter des pr~tentions ha'itiennes on de contester
des faits denonces par les Hai'tiens, on est maintenant en presence de person-
nages consid~rables, Americains aimant leur pays et soucieux de ses interits
et de sa gloire, bien pos~s dans l'opinion, sp~cialistes en matle~re de droit
constitutionnel et international, qui, apre~s un examen approfondi de la question.
concluent que les Etats-Unis se sont embarquis sans droit dans ulne mauvaise
affaire et qu'il s'en va de leur bon renom et de leur honneur de rendre les'
peuples hal'tienl et dominicain a leurs conditions normales d'existence.
La consultation des 24 hommes de loi a i6t pr~sent~e a M. Hughes par
des delegations comprenant :
MM. Owen, S~nateur de I'Oklahoma, Louis Marshall, avocat de N~ew-
York, Michael Francis Doyle, avocat-conseil de l'Archidiockse de Philadelphie
(qui aai sa tite le Cardinal Dougherty), Francis Kane et J. Ralston, autres
signataires du iMemoire, James Mac-Donald, Pr~sident de The Foreign Policy
Association, Judson King, representant The National Popular Government
League, Mrs Angel Brown Leach, representant The National League of Women
Voters, Miss Lillian D. W~ald, id, Wiilliams Johnston, chef of The Machinist
Unions, Dr. Franck Mason, representant du Conseil fbd~ral des Eglises chri
tiennes d'Am~rique, Rev. J. A. Mac-Gowvan, Dr. A. Ryan, Louis F;. Post, J. A.
Whitfield, H. Slattery, repr~sentant les Missions protestantes, et !e Comite de
cooperation de l'Ambrique Latine, M. Charles Edward Russell et le Dr. Grue-
ning, representant la Societe pour l'Ind~pendance d'Hai'ti et de la Republique
Dominicaine.
Reunion imposante, composee d'hommes se rattachant a touted les branches
de l'activite sociale.-- Un premier succas moral a ete obtenu par cette dS-
marche. Elle a d~monte le Secr~taire d'Etat. M. Hughes a, dans l'entrevue,
paru inferieur a sa reputation. On croirait, en entendant cet ancien juge, en-





GEORGES SYLVAIN


GO


tendre un grand chef militaire on un Amiral, tellemenlt la pratiqjue on les
suggestions de l'imperialisme conquibrant, changent I'humeur des hommes les
moins belliq~ueux. Apribs avoir salui la presence parmi ]es membres de la dele1-
gationl d'amis personnel ai lui, MI. Hughes a repondu en substance auxi d616gues
a 11 ne faut pas croire qlue nloua nie connaissons pas la question hal'tienne
et la question dominicainle. Nonl seulement j'en ai fait une ktude personnelle,
mais j'ai pour m'eclairer les renseigrnemenlts de la Commission eAnatoriale
d'enquite.
Ce qlue nous avons decide- de faire par la est ce qlu'il y'a lieu de faire.
Votre demarche est inopportune >>.
C'etait fuir par la tangente.- On a vu dans cette reponse, moins q~u'eva-
sive, I'embarras et le depit d'un politician aux abois: mis au pied du mur.
Aucun argument n'ayant eti oppose par lui aux references juridiques
inv;oquees par les auteurs de la consultation, celle-ci fait son chemin.
Quelq~ues journaux ont souligrne la violence du discours du Sinateur Borahl
a Carnegie Hall, le 2 Mai courant, et auraient souhaite q~u'il d~fendit la cause
haf'tienne en m~nageanlt davantage la personnel de ses adversaires. Dirai-je
toute ma pens~e ? Non seulement le ton vbeh~ment de la harangue du Senateur
de l'Idaho n'etait pas pour nous choquer, nous autres, patriots hlaitiens, maiJ
nous aurions presque regretted qu'il et~t parli autrement. Que: indigne des tue-
ries, des- pillages, des incendlies, de toutes les horrear~s d'une conq~uate sans
combat, des condamnations auxv travaux forces et a i'amende pour crime de
patriotism, du sabotage de nos institutions les plus respectable, de la d~mo-
ralisation syst~matiq~ue de tout un people par l'appui continue prit6 a la cor-
ruption, au vice, a l'ill~galitP, il se soit senti la conscience rkvoltee et se soit
Ccrie, aux acclamations prolonges de son auditoire : << Qui est responsible
de toutes ces choses ? Du Secr~taire d'Etat on du S~nateur ? Je ne veux pas
le savoir.-- Mais je dis qlue cet homme, si haut plac6 qlu'il soit, est une honte
pour les Etats-Unis >
C'est unl cri d'indignation que nous comprenons bien et avec leq~uel les
gens de coeur de tous les pays, renseign~s comme lui sur la situation atroci:
faite depuis sept ans a notre pays, ne peuvent qlue sympathiser.
Des invectives de ce genre ne d~tonnent pas dansi l'eloq~uence enflammee
du capteur dl'limes, de l'entraineur de foules, dont tous: ceux qlui l'ont entendu
d~peignent a 1'envi I'action sur les masses. S'il Ctait plus calms en face de
I'injustice, plus en gants blancs, plus a l'eau de rose, comment vrous expliqueriez-
vous la terreur qlue Borah inspire aux tripoteurs, aux financiers vereux, a. tous
ceux dont les actes sont louches et la conscience trouble ? C'est bien l'homnme
q~u'il nous fallait pour dire en face leur fait a l'Hypocrisie et au Mensonge
imp~rialistes ; pour obliger a reculer les Capitalistej qui trament par leur
emprunt superieur a nos moyens, notre asservissement definitif !
Il est fort possible qlue sous 1'influence predominante du Gouvernemene
Harding, le S~nat des Etats-Unis refuse a notre people la justice qlui lui est
dite, mais nous pouvons Stre stirs qlue ce jour-la les murs du Capitole reten-





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 61


tiront de rudes v~rit~s, qui auront leur repercussion dans le monde Si l'avenir
de nos revendications nationals tient a la connaissance de plus en plus etendue
des faits qui nous font grief, nous avons tout advantage a en voir la: propagation
assure par des voix aussi puissantes que celle d'un Borah.
L'Union Patriotique et le Courrier Hai'tien, se faisant les interpre~tes de
tous les citoyens, youds a la defense de la nationalitC haf'tienne. unt cabl6 au
grand homme d'Etat des Etats-Unis, a P'h~ritier desi traditions de Charlej
Suimner. I'hommage de notre admiration et de note profonde reconnaissance.
Georges M. Syrlvain.


CONCLUSIONS DE L'ACTE D'ACCU'SATION
dress& contre le Gouvernement ambricain par
24 avocats ambricains des plus 6minents.

Du resume q~ui precede, des faits saillants concernant notre intervention
en Ha~iti et dicrivant la situation du gouvernement hai'tien, nous d~duisons
ces conclusions g~nbrales et sp~cifiques :
1. La presence de nos forces militaires en Hai'ti, apres que~ les trouble
des 27-28 Juillet 1915 av-aient cessb. violait les principles amiricains hien
reconnus.
2. La saisie et la r6tention par nos forces en 1915, des fonds publics
hai'tiens a Pth une violation du droit international et des declarations renou-
velees des membres du gouvernement ambricain au suljet de notre situation
et de notre attitude vis-a-vis des R~publiques de P'nm~riq~ue Latine et des
gouv'ernements faibles.
37. La loi martial imposee et r~enforcee sans une declaration de guerre
de notre congress et la conduite des operations offensives par I'Amiral Caperton
avant P'acceptation du trait& par Hai'ti ont 6t6 des violations &videntes du droit
international et de notre propre constitution.
4. Les moyens employs par les Etats-Unis en Hai'ti pour forcer P'accep-
tation et la ratification du traitP fabrique par les Etats-Unis savoir : P'emploi
direct de pressions militaires. financieres et politiq~ues, violent chaque re~gle
de la conduite franche et gale entire nations souveraines et indclpendantes
et violent les declarations americaines de bonne foi international.
5. Le maintien en Hai'ti de toute force militaire des Etats-Unis on l'au-
torite exercie par les fonctionnaires du traits sous le couvert du~traitC de
septembre 1915, reve~le une participation consciente et intentionnlelle au tort
de P'agression et de la coercition originaires.
6. Le present gouvernement d'Hai'ti choisi en 1915, qui n'est pas soutenu
par des representants du people depuis 1917, est a la fin de son mandate ; aucune
ne~gociation q~ui embarrassed l'avenir d'Hai'ti on qjui peut, sous un ralpyort essen-
tiel, affected son avenir, ne peut avoir lieu avec- un tel gouvernem'ent.





GEORGES SYLVAIN


7. Les functions de department des colonies et dependances assumes
par le department de la Marine et qui lui sont conferees par une simple
decision executive ne sont pas autorisees par le congrbs ou sanctionnees par
la loi et doivent Btre condamnbes comme essentiellement illegales et comme
une usurpation de pouvoir.
3. Nous d~clarons sans reserve, que l'honneur et le renom des Etats-Unis,
la conservation de la souverainete et de la liberty cherie d'Haiti ainsi que
de ses droits a une franche collaboration de la part des Etats-Unis aussi bien
que de la possibility d'assurer entire notre pays et I'Amerique Latine, la dur~e
dans l'avenir des relations honorables et amicales bashes s-ur le credit et la
confiance, tout cela requiert :
a. L'abrogation immediate par les Etats-Unis du traits de 1915 sans
reserves.
b. La convocation du peup~le le plus tit possible, pour election des re-
presentants aux Chambres Legislatives d'Hai'ti et pour l'blection d'un
president par la libre volonte du people.
c. La negociation d'un traits avec la nouvelle administration hal'tienne
pour une cooperation amicale entire les Etats-Unis et Hai'ti sur des
bases qui satisfassent les deux pays et selon les moyens employes
entire les Etats souverains, libres et independalnts.

Ce document est signed de vingt quatre avocats ambricains, qui competent
parmi les plus grands juristes des Etats-Unis. Ce sont, par ordre alphabetique :
1. Frederic Bausman de Seattle, ancien juge de la Cour Supreme de
Washington.
2. Alfred Bettman, de Cincinnati, ancienl sollicitor de Cincinnati et subs-
titut special a l'attorneyl general des Etats-Unis.
3. William N. Boynes, de New Orleans, ancien Sbnlateur de I'Etat de
Louisiane, et en 1921, membre de la convention constitutionnelle d'Etat.
4. Ch. C. Boulingham, de New York, a ete president du bureau d'C1ection
de New-York et dblCguC des Etats-Unis a la conference international de
droit maritime tenue en 1909.
5. Z. Chaffee, professeur a I'Ecole de Droit de Harvard.
6. M. F. Doyle, etait agent special du Departement d'Etat en Europe
au commencement de la guerre et conseiller en 19)15 de la Legation des Etats
Unis en Suisse puis a l'Ambassade des Etats-Unis a Vienne
7. W. L. Flory, membre du Cabinet Thompson Wie et Flory.
8. Raymond B. Fosdick, de New York, ancien president du Training
Camp of Activities des Departements de la Guerre et de la Marine en 1917-1918.
9. Felix Franckforter, professeur a l'Ecole de Droit de Harvard, ancien
Conseiller Juridique du bureau des affaires insulaires du Departement de la





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTEI 63


Guerre, Maire et avocat g~ndral, ancien president du Bureau des Affaires
politiques de guerre.
10. Herbert J. Friedman, ancien membre de la Commission F~derale
de l'Industrie en 1918.
11. John P. Grace, Maire de Charleston S. C.
12. Richard W. Hale, membre du Cabinet Hale et Door.
13. Frederick A. Henry, ancien juge de la Cour d'Appel d'Ohio.
14. Jerome S. Hess, membre du cabinet Hardin et Hess.
15. William H. Holly, avocat spicialiste de l'histoire et du d~Cveloppe-
ment du droit constitutionnel.
16. Charles P. Howvland, avocat a New York.
17. P. F. Kane, ancien attorney du district est de Pensylvanie, E. U.
18. G. W. Kirchwey, ancien doyen de l'Ecole de Droit d'Albany de 1891
a 1910, doyen de l'6cole de droit et professeur de droit a l'Universite de Colom-
bia, directeur de la Societe ambricaine de droit international.
19. Louis Marshall, membre de trois conventions constitutionnelles de
l'Etat de Niew York, president de la Commission sur I'amendement de la loi
d'association du barreau de New York.
20. A. Moot, ancien bitonnier de New-York.
21. Jackson H. Halston, ancien Conseiller i la Cour Permanlente d'Arbi-
trage de New-York, tiers arbitre nommb par les Etats-Unis pour r~clamations
italiennes contre le Venezuela en 1903 et auteur du << Droit International d'ar-
bitrage et sa procedure.>
22. Nelson S. Spencer, membre du Cabinet Spencer, Ordway et Wielum,
president du City Club.
23. Moorfield Storey, ancien president de 1'American Barr Association,
ancien bltonnier de Massachussets, ancien bitonnier de Boston.
24. Tyrrel William, Doyen de I'Ecole de Droit de l'Universiti Washington
a Saint Louis.
(<< Le Cou~rrier Ha'itien >>, 16 el 17 M/ai 1922)


Port-au-Prince, 15 Mai 1922

Monsieur le Prdsident de l'Association des Jeunes
Monsieur Fabio Fiallo
Monsieur le Directeur du Listin. Diario
Santiago de los Caballeros

Monsieur,
J'ai eu l'honneur, il y a un mois, d'ecrire au Pr~sident et aux membres





64 GEORGES SYLVAIN


de la Junte. Nacional de Santo Domingo, sous les auspices bienvreillants de
Mgr. Nouel et de mon grand cousin, Don Federico Henriqluez y Carvajal, une
lettre restbe sans reponse. Elle avait cependant un caractare particulier d'ur-
gence, puisqu'elle ne tendait a rien de moins qu'a adjurer nos freres domini-
cains de se joindre a. notre Union ~patriotique pour assurer les frais de la
Society pour l'Ind~pendance d'Hai'ti et de la Repub~lique Dominicaine qui,
faute de fonds suffisants, se voyait a la veille d'interromnpre sa tr~es utile cam-
pagne, quand au contraire, il eut fallu l'intensifier en vue de la prochaine
discussion du Rapport de la Commission d'Enquate au S~nat des Etats-Unis.
Le minimum des dbp~enses a rialiser a cette fin etait &valub a. 3.000 dollars,
je priais les militants de la Junte Nacional d'exp~dier d'urgence ce qu'ils
pourraient r~unir de cette valeur a Mr. Lewis Jannett. Trbsorier de la Societli
pour 1'Ind~pendance d'Ha'iti et de la R~publique Domninicaine, 20 Vesey St.
puisque la tache de cette Soci~t6 tendait a la liberation de nos deux peuples.
Nous continuions pour ce qui nous concernait, a la seconder de notre mieux,
comme nous le faisons depuis sa foundation. Mais entrav~s dans nos efforts
par les abus de l'occupation et par notre propre gouvernement,.. nousI craignions.
de ne pas pouvoir r~pondre, dans un dblai assez rapide, aux n~cessit~s de
faction engage au profit de notre cause national qui est aussi v~tre. Depuis
lors, nous avons r~ussi, a I'aide de grands sacrifices, a exp~dier 2.100 dollars
i nos amis de New-York. L'ampleur de leur propaganda entraine des frais
Cnormes, qui se renouvellent a cheque docuinent important qu'il imported de
propager et de vulgariser. Le S~nateur Borah, la voix la plus puissante et la
plus Ccout~e des Etats-Unis, est intervenu en faveur de nos deux pays, le ler
Mai dans un meeting retentissant. Vingat-quatre des principaux juristes des
Etats-Unis ont, dans une consultation fortement motivee, conclu contre l'occu-
pation de la R~publique Dominicaine et de la R~publique d'Hai'ti. Nous ga-
gnons du terrain dans 1'opinion. C'est I'instant du supreme assault.
Frdres Dominicains, soeurs Dominicaines, allez-vous nous manquer A l'heure
decisive oh~ nous allons pent-8tre de concert et grice :i notre union, recueillir
le fruit de notre longue patience !
Toujours v8tre de coeur et de pensbe.


Union Patriotique Hai'tienne
Comit6 Central
Port-au-Prince, le 30 Mai 1922
Monsieur le Dr. Virgilio Cabral
President de la Associacion independiente
de Jovenes Dominicanos
Salcedo
Monsieur le Pr~sident,
Votre:6loquent et si touchant message m'a trouv& i la veille d'un voyage







DIX. ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


au Cap-Hai'tien. Vous m'excuserez done de ne pas y ri~pondre en langue espa-
gnole, tant j'ai white de vous dire combien il nous a imus. Au surplus, yous
Ccrivez le frangais avec une puretC telle que ce serait p~ch6 de vous infliger une
traduction de nos sentiments dont notre connaissance imparfaite de l'espagnol
ne ferait que souligner la gaucherie.
Tout ce qui peut contribuer i rapprocher et a unir nos deux peuples
rentre dans le champ d'action de 1'Union Patriotique. L'id~e de coordonner
les efforts de tous les groupements qui dans l'une et dans l'autre R~publique
visent a l'affranchissement de nos chores patries, doublement saeurs, par la
communaut6 de leurs aspirations et la parity de leurs destinies nous est une
id~e d'autant plus sympathique qu'elle agrandira dans une measure incalculable
la port~e de notre propaganda et 1'efficacit6 de notre action. Vous pouvez
done computer sur nous pour y donner toute l'extension possible.
Devangant la suggestion continue en votre message, nous avons r~cem-
ment adressS un puissant appel d'abord a la Junte Nacional de Santo-Domingo,
ensuite aux Associations de jeunes gens de Sto-Domingo, de Pto-Plata et de
Santiago de los Caballeros, les priant de nous aider a faire aux Etats-Unis
les frais de la champagne d'opinion que nous y menons depuis 1 an et demi sous
les auspices de la SocietC pour I'Ind~pendance d'Hai'ti et de, la R~p. Domini-
caine. 11 s'agissait d'une valeur de 3.000 dollars a exp~dier au siibge de cette
Society (20 Vesey St. Adresse tel. : The Nation N. Y.) pour lui permettre d'inten-
sifier son service de publicity en vue de la prochaine bataille que nos defend
seurs vont livrer contre l'imp~rialisme au Senat des Etats-Unis. Nous n'avons
regu aucune reponse de nos fre~res dominicains. Les resultats de cet effort
supreme attestent pourtant qu'il valait la peine d'8tre: tentC.
Le plus grand homme d'Etat actuel des Etats-Unis, celui qui a les pluj
claires et les plus justes visions d'avenir et qui a sur les masses la plus puis-
sante influence, le S~nateur Borah, a pris en mains notre cause et dans une
reunion de 4.000 personnel i N. Y. a flitri nos oppresseurs et demand l'Cva-
cuation de notre territoire. Une dC16gation des Associations politiques, scien-
tifiques, religieuses, sociales, les plus respectable du pays, a presented a M.
Aynes, Secretaire d'Etat, une consultation oil 24 juristes d'une autoritC univer-
sellement reconnue, ont conclu contre la legalite de I'Intervention des Etats-
Unis dans les R~pubiliques Dominicaine et Hai'tienne et contre le maintien
de l'Occupation militaire de ces deux R~publiques.
Vous ne sauriez inaugurer plus heureusement votre collaboration a l'aeuvre
lib~ratrice qu'en propageant notre appel parmi vos militants et parmi toutes
les Associations de patriots dominicains dont nous ne d6sesp6rons pas d'dtre
finalement entendus.
Venillez agreer, Monsieur le Pr~sident, pour vous et pour tous les vbtres,
I'assurance de nos sentiments fraternels et devou~s.






66 GEORGES SYLVAIN

Monsieur Fabio Fiallo
Vice-Prdsident de la Junte Nacional
de Santo-Domingo.

Monsieur le Vice-President
et permettez-moi d'ajouter
Bien Cher Confre~re,

J'ai un double regret de ne m'8tre pas troupe a Prort-au-Prince pour vous
recevoir et de n'avoir mime pas pu vous faire transmnettre a temps un tele-
gramme de bienvenue. Quelle deception aussi pour nos militants de I'Ulnion
Patriotique, impatients de vous etre presents et de vous voir rembarq~uC avant
la reception qu'ils avaient projet~e. Du moins mes jeunes colleagues et amis,
Alphonse Henriquez, Jolibois, Elie Gu~rin, m'ont dignement supplee aupres
de vous et ma famille a eu l'honneur de votre visit.
Comme j'aurais eu pourtant de choses a vous dire Une journee y; eut a
peine suffi.
J'avais pris la liberty d'ecrire d'abord aux juntes de Santo-D~omingo, die
Puerto-Plata et de Santiago, puis aux Associations de jeunes gens de ces memes
villes sans avoir de r~ponse. Je leur demandais leur assistance pour nous aider
a subvenir aux frais de la Societe pour l'Independance d'Hai'ti et de la Rdpu-
blique Dominicaine, faute de quoi elle etait forcee de former son Bureau de
Washington, foyer ardent de notre propaganda aux Etats-Unis. Depuis, j'ai
appris que le tresorier de la Societe a regu S 400.00 or des D~ominlicains. C'est
on noble &ian, certes, mais ce n'est pas assez. Patriotisme oblige Je voudrais
en remerciant nos g~ni~reux auxiliaires, leur recommander de perseverer. Nos
obligations sont toujours pressantes et I'oeuvre de liberation sollicite plus qlue
jamais les patriotss hai'tiens. Nous nous sommes beaucoup rejouis d'apprendre
que le Gouvernement des Etats-Unis a decidC de faire retour a la R~publiq~ue
Dominicaine de ses droits souverains et nous n'avons pas manqud de tP16-
graphier nos f61icitations au Listin. Diario.
Que Dieu vous fasse la grace de convertir en reality cette lueur d'affran-
chissement C'est le voeu le plus ardent de nos coeurs fraternels.
Ma famille s'unit a moi et a mes cooperateurs pour vrous adresser, ainsi
qu'a tous les chers v~tres, les compliments les plus cordiaux.
u##

A Madame la Presidente de la Junte
des Dames Dominicaines
Santo-Domingo.

Madame la Pr~sidente,
Mr. Lewis Jannett, tr~sorier de la Societe pour f~lnde~pendanlce d'Hai'ti





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 67


et de la R~publiqlue Dominicaine, me dit avoir regu des dames dominicaines
par l'intermediaire du v~n~rb Pr~sident de la Soci~td, Mr. Morefield Storey,
quatre cents dollars pour aider aux frais de notre champagne lih~ratrice. Ayant
eu a ecrire i cette fin aux juntes nationals et aux soci~t~s de jeunes gens
de vos quatre principles villes, je me suis permis de croire qlue votre geste
gracieux est une replique a mon pressant appel. Souffrez qu'en d~posant a
vos pieds l'hommage de notre infinie reconnaissance, nous vous suppliionsi
d'8tre aupre~s de tous les groupements nationalists dominicains, les marraines
infatigables de cette oeuvre de fraternelle solidarity. Notre champagne lib~ra-
trice est loin d'itre a terme et plus qlue jamais nos d~fenseurs aux Etats-
Unis ont besoin de nos subsides.
Que la divine Providence vous assisted: en retour, et vous guide sur le
chemin de la delivrrance dont vous pouvez d~ja voir poindre la prochaine
aurore !
Veuillez agreer, Madame, pour vous et vos d~vouies cooperatrices: I'assu-
r~ance de notre respectueux et profound d~vouement.



Me GEORGES SYLVAIN REND COMPETE DE SA RECENT
TOURNEE DANS LE NORD

Monlsieur J. Jolibois, fils
Directeur du << Courrier Hai~tien >>
En Ville.

Monl cher Directeur,
Me voici revenue de ma court tournie au Cap, a Port-de-Paix, auxr Go-
naiv\es, a St-Marc.
Quoique trop rares et trop brefs a notre gre, ces diplacements nous sont
precieux, oh~ nous avons l'occasion de conf~rer avec les chefs de nos comit~s
regionaux, de prendre directement contact avec les populations, de les ren-
seigner sur les r~sultats de notre action, et de maintenir entire nous l'unitC de
vues.
Partout our j'ai passe, j'ai trouve le people avide de nouvelles reconfor-
tantes, nie fut-ce qlue pour faire un peu contrepoids i l'ahurissement dont I'acca-
blent le verbiage intarissable des qubmandeurs de places et le carnct~re outran-
cier des projects gouvernementaux, relatifs a la loi d'emprunt et auxe taxes in-
ternes. Je n'ai pas eu de peine a d~montrer qlue, dans la champagne d'opinion
qu'avec l'aide des d~fenseurs de notre cause national, nous menonls aux Etats-
Unis, notre ambition a tonjours tendu i la revendication total de nos droits
confisq~ubs, non a un amdnagement du protectorat, selon la formule Mc-Cormick.
Toute amelioration partielle obtenue de la condescendance des gens au pou-
voir, rdpublicains ou d~mocratesl ne peu t tre qlue prkcaire, expose a dispa-





GEORGES SYLVAIN


raitre avec l'Administration q~ui l'aura consentie. C'est la politiqjue irnp~ria-
liste elle-m~me qlue nous attaqjuons comme un instrument d'oppression, de
violence et de ruine. Or I'imperialisme, enforce par la preponderance finan-
cibre actuelle des Etats-Unis, n'est pas une forteresse q~u'on puis:-e abattre au
premier assault. < en action. Il y aura des hauts et des has inC~vitables. Tenez ferme, et \-ous
aurez finalement I'avantage >
Deux anls ne se sont pas ecoules qlue nous vioyons se justifier f'efficacite du~
plan fonde sur ces provisions. En r~clamant le plus, nous avons obtenu le moins.
sanls rien abandonner de nos rev~endications. Il est ind~niable qlue le traite-
ment auq~uel le pays est actuellement soumis n'est pas celui q~u'it sub~issait if
y a six ans. A qluoi notre people d~oit-il cet adoucissement de regune, smnon
a l'elnergie de ses d~fenseurs ? LivrC pieds et poings lies par son propre gou-
vernement au bon plaisir des Etats-Unis, oil en serait-il a P'heure presente, sans
l'intervention de l'Union Patriotique aux c~tis de l'Association pour l'Avance-
ment des Gens de Couleur et des Redacteurs de <? Quand nos
dblegu~s sont parties pour New-York, le gouvernement Dartiguenave, prive de
son traitement par le Ministre plenipotentiaire des Etats-Unis, avec P'appro-
bationi du D~partement d'Etat, 6tait a ce point deconsidere, au regard de ses
tuteurs Ctrangers, qu'un Memoire du President d'Hai'ti. transmis selon toutes
les formes protocolaires au President Harding, attendait depuis piusieurs mois
un accuse de reception!
Done tous ceux qui soutiennent qlue notre lutte a etE vaine ou qu'on
n'en voit pas les r~sultats, ferment les yeux a l'&vidence, par parti pris de
denigrement.
La v~rite est qlue, ayant le ferme dessein de determiner, par la pression
de P'opinion publique, Cclair~e sur les proc~d~s du systame imoirialiste, un
changement de fond dans les rapports des Etats-Unis avec les petites nations
de cet hemisphere, nous avons, grace au zale intelligent des amis de notre
caused suscitC dans tous les Etats de l'Union F~ddrale un couran-t d'opinlion
puissant, favorable a la restitution de notre independence et de notre souve-
rainetC nationals. Une association fonctionne, qui s'est donned pour tlche la
defense de nos int~rits et I'extension de notre propagande. Des Ligues impor-
tantes par leur personnel et par leur objet, telles qlue la Federation Ginerale
du Travail, la Ligue des femmes qui votent, la Societe de Politique Etrangire,
la Ligue du Gouvernement populaire, les principles Associations catholiques
et protestantes, out pris ce movement sous leur patronage. Des journaux et
des revues a gros tirages et i grosse influence, i c~t6 ou en dehors de < Nation >> y participent r~solument.
Au Senat m~me, le group redoutable et redouti des irrdco~nciliables, le
noyau le plus consistent de ce Parti liberal qui semble appel6 i supplanter
dans un avenir prochain les deux grands Partis historiques uses par la routine
du Pouvoir, s'active en notre faveur. Ce sont la autant de r~sultats positifs
que chacun peut contraler.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Un evenement recent vient de les mettre en pleine lumiere. On ne saurait
trop y insisted ni en exagtrer la port~e. Vingt-quatre hommes de 110i, de ceux
dont la parole fait autorit6 aux Etats-Unis, anciens Juges de la Cour Supr~me,
Professeurs de Droit, Batonniers et anciens Batonniers, Avocats et Attorneys,
Diplomates, Membres des Congres Juridiques, auteurs d'ouvrages de droit
universellement apprecibs, ont signed une consultation, ou ils d~noncent P'illC-
galit6 et l'injustice de l'intervention des Etats-Unis a Haiti et dans la Repu-
blique Dominicaine, et concluent a. la n~cessite de mettre fin a l'occupation
militaire de ces deux territoires, pour P'honneur et le bon renom de 1'Union
itoilee.
L'(illisible).... principaux..... du pays n'en finissent pas de commenter cette
consultation memorable. Pas un n'a encore ose en contester la force juridique.
Nous sommes done fond~s a affirmer que dans la parties engage, la victoire
nous reste, Cclatante, ind~niable. Les voix les plus autorishes au pays de noj
occupants ont proclam6 notre bon droit.
Nous avons par li gagnC notre bataille de la Marne.
II n'y a pas d'exemple qu'un grand people, soucieux de son honneur, se
content de vivre ind~finiment dans l'ill~galitB et 1'injustice.
Les hommes politiques peuvent s'agiter, les financiers multiplier leurs entre-
prises de rapines et d'extorsion.
La semence de v~rit6 lance~e aux quatre vents de la renommbe par les 24
juristes aura t~t ou tard sa sanction dans les annales de l'histoire.
Bien cordialement a vous.
Georges Sylvain.
(<< Le Courrier Hai'iien >>, 16 et 17 juin 1922)


PROCES-VERBAL DU CONGRESS
(page 9717) Washington, Lundi 19 Juin 1922.

MCr. Borah.-Nous parlons, Mr. le Pr~sident. de la saintetC de la v;ie et
de la s~curiti de la propri~t6 a Ha'iti. La propriete 6toit aussi en stirete et la
vie aussi sacr~e en Ha'iti quand nous y entrimes, comme cela est rlans qluelques
parties de ce pays, mime dans quelques-unes de nos grandes villes. Ces der-
nie~res ne sont pas aussi efficientes et aptes au << Self-Government >> qlue nous
le pr~tetndons, et cependant j'ose: dire que. en comparan~t les populations, la sain-
teth de la vie humaine etait tout aussi bien respected dans cette ile durant les
mois on nous entrions pour envahir leur territoire qu'elle 1'a &th pendant
des mois et des mois dans quelques-unes de nos grandes citis des Etats-Unis.--
Quand on pense au record des vols et des meurtres des grandes villes, dej
lynchages et des autodafbs dans ce pays et de compare a l'ill~galitB i Ha'iti :
vous ferez difficilement admetire les raisons qui ont motive notre presence a
Hai'ti.





70 GEORGES SYLVAIN


Mr. le Pr6sident, ii mon avis, nlous ne sommes pas enltrks dans f'ile pare,
qu'il y avait des troubles. Pendant plus de 40 ans, de puissantes influences
out ete: a la besogne pour d~cider le gouvernement des Etats-Unis a intervenic
dans les affaires d'Hai'ti. Quoique je n'accuse ni le Dbpartement d'Etat. ni
notre Gouvernement d'en avoir subi les effects conscients, les choses avaient
CtO pr~senlthes au Couvernlemenlt de telle fagonl qu'il dut eCder a. ces influences.--
Permettez-moi donec de chercher ce qlue nlous avons fait quand nous sommes
arrives la, et voir si nlous ne pouvons pas etablir pourqluoi nous y sommes
all~s, et pourqluoi nous y restons.-- Rapp~elez-vous, Mr. le Prksident, qlue nous
sommes dans ce pay-s depuis pre~s de 8 ans.
Nous ne leur avons donned, pendant ce temps, qul'unle forme de gouver-
nement militaire. Nous n'avons pas 6tabli on tented d'itablir quelque chose
ressemblant a: un gouvernement civil. Tout enl conservant nominalement leur
Pr~sidenlt, il est, a tous Cgards, le representant de la puissance militaire des
Etats-Unis, et la seule chose qlue nous avons offerte au people ha~itien, apres
7i on 8 ans d'occupation, est une forme de gouvernement indbsirable, la plus
intolerable, la plus brutale, la plus arbitraire. et la plus cruelle de toutes les
formes de gouvernement a donner a un peuple soumis au pouvoir d'un autre.
Une des premibres choses decouvertes par nous au moment de nos inves-
tigations des affaires hai'tiennes est le fait qu'il existait dans leur Constitution
une disposition interdisant aux strangers le droit de propribt6 en Hai'ti. Ceci
se trouvait Ccrit dans leur premiere Constitution en 1804~. Ils croient cette
disposition n~cessaire a leur defense. Ils savent qlu'ils possihdent une ile dont
le terroir est extr~mement fertile, et que, s'il etait permis aux strangers d'8tre
propri~taires et d'exploiter ses resources nlaturelles, ils ne pourraient plus
tenir contre ce genre de penetration paisible, et qlue finalement, par l'acquisi-
tion de leurs propri~ths, de leurs resources naturelles et de leurs terres, I'6tran-
ger finirait pas dominer la situation en Hai'ti. Une des premilbres choses qlue
nous fimes etait d'arracher de la Constitution cette disposition. Cette fagon
de faire n'a rien de commun avec notre proposition d'occupation temporaire -
et ne pourrait jamais ttre une parties du programme de la simple restauration
de la loi et de l'ordre en Hai'ti. Ceci 6tait la pose de la foundation de l'occupation
p.ermanente d'Hai'ti.
Je suis informed, et je crois mon information digne de confiance, parce
qlue l'une des personnel qui me renseignent est propribtaire a Hai'ii, qlue depuis
F'abrogation de cet article de la Constitution, quantitbs de terre ont CtC ramas-
s~es par les citoyens des Etats-Unis et quelque deux lent mille acres avaient
CtC acq~uis par diff~rentes companies ou corporations et qlue celle superficiz
passe maintenant i. des mains autres qlue celles des citoyens d'Hai'ti.
Naturellement, Mr. le Prbsident, si cela est vrai, ce qui a 6ti appele alorj
une occupation temporaire d'Hai'ti deviendra n~cessairement une occupation
permanent. Ayant arrache de la Constitution leur protection contre les acque-
reurs 6trangers, nous retirerons-nous jamais de I'ile et. laisserons-nous les ac-
qu~reurs Btr~angers administrbs par le people ha'itien ? Cette affluence qui s'en
va li maintenant dans le but d'exploiter ces iles aura le droit de dire : << Nous





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


avons achete apres qlue nous ayons change la Constitution et sonrs dles terms
supposes, quoique non exprim~s, yous auriez a nous prothg~er dans nos pos-
sessions en Ha'iti.
Ayant arrache du changement dans leur Constitution, nous prenlons avan-
tage du changement pour saisir les terres, et q~uand I'heure pour nous en aller
viendra, notre propre people nous demande~ra de rester. Ayant placC notre
argent la, parce qlue c'6tait ce qlue voulait dire le changement de la- Constitutionl
nous ne le laisserons pas a la merci du people qju'ils ont exploitS.
En d'autres terms, cela indique qlue quoiqu'il y ait eu un but annonce
d'occupation temporaire, les choses qlue nous avons fa-ites indiquent une occu-
pation permanent.
Comment cette Constitution a-t-elle &te adoptee par Hai'ti ? Elle nl'a ete,
en aucun sens, I'expression du people hai'tien. L'histoire de cette violence
sur ce people a propos de cette Constitution ne peut itre dl~fendue. Aucune
defense ne m'est encore tomb~e sous les v-eux. Dans le; discussions de la ques-
tion hal'tienne, on Svite d'en parler.
C'est un people de 110.000.000 d'ames, possedant une grande armee et
une puissante marine, agissant contre un people de 3.000.000 d'limes, sans armie
et sans marine, leur ordonnant un changement dans leur :loi fondamentade.
prejudiciable a leurs inte~rits.
Le 17 Juin 1917i, le G~neral Cole qui etait chargP des affaires militaires
sous le soi-disant gouvernement hai'tien telegraphia a notre G-ouvernement
comme suit :
<< Antagonisme Assemblde Nuationale contre droit de propriete aux e~tranl-
gers tel qlue aucun effort sauf dissolution ne pourra empicher vote Constitution
selon condition rapporthe par ma d~pche 13107. Si Assemblie refuse de
prendre garde a pareil avertissement. il sera necessaire de dissoudre Assembl~e
pour pr~venir tel v~ote.>
<< Le nombre des marines en Haiti dlevra e~tre augmented d'au moins huit
companies pour empacher desordres q~ui pourraient resulter dlissolution de
I'A~ssemblie >.
N~ous avons ici la question danis son exactitude e: sa simplicity.
Ira suivre)
<< Le Courrier Haitrien >, 26 juillet 19)22 1


LA RESOLUTION LADD

La resolution Ladd vient a son heure. Elle repond a un double souci du
S~nat ; d~fendre ses prerogatives constitutionnelles contre une sbrie d'empie~te-
ments du Pouvoir Ex~cutif qui lui semblent constituer un danger national;
reagair contre une politique extbrieure q~ui tend a ruiner completement le credit
moral des Etats-Unlis auprtbs des Republiq~ues du Centre et du Sud-Ambrique :





7i2 GEORGES SYLVAIN


La ~force arme~e du gl~rad Etat Nord-Ambricain, mise au service des op6-
rations financieres de ses hommes d'affaires comme un moyen d'exploitation
&conomique et un instrument de domination politiq~ue. C'est toute la politique
du dollar., Elle est attaquee a sa racine et a la rigueur du coup, on reconnait
qu'une main puissante y porte la cognbe.
La resolution sera populaire par~mi tous les hommles politiqlues qui com-
battent la preponderance des trusts 'financiers. Elle aura. a ce titre, I'appui du
nouveau Secr~taire d'Etat, M. K~allos. La mnajorite qlui dans le Congris d~ter-
mina un pen avant I'ouverture de la champagne pour l'Clection pr~sidentielle,
les poursuites contre les Compagnies dlu pbitrole et du~ sucre se retrouvera com-
pacte en faveur de son adoption.
Comment la resolution Ladd touche-t-elle ai la phase actuelle de la q~ues-
tion hlai'tienne ? De deux fagons : condamnant le principe des interventions
du type de l'Occupation d'Ha'iti, elle a pour consequences inevitable la d~soccu-
pation. Et c'est pourquoi elle a CbtC suivie, a quelques jours d'intervalle, d'un
magistral discours du S~nateur King, qui, renforgant d'un expose complete de
la situation hai'tienne son Amendement a la 10i de finances. a de nouveau
insist pour que solent retirees du prochain Budget de la Marine, a partir du
ler Juillet, les allocations affectbes a 1'entretienl des troupes exp~ditionnaires,
stationnlant a Hai'ti et au N~licaragua. Cela enltraineral comme automatiquement
Je retrait des Marines, sans qu'en y pourvoyant le S63at sorte de ses attribu-
tions. Le Sinateur de I'Utah a recommand6 q~ue cette measure, pour Stre pleine
ment efficace, soit pr~cbd~e on accompagn~e de la reconstitution des Pouvoirs
Publics Haitiens, notamment de l'election d'une Assemblie, chargee de donner
au pays une Constitution, conforme a l'aspiration national. 11 s'est 61ev6 avec
force contre le travail destructif du regime de la Coopbration q~ui a commis
le crime de d6truire la sage provision des fondateurs de la nationalit6 hai'
tienne, interdisant aux strangers le droit de propri~th fenciare, afin, de garantir
au paysan la possession de la terre qu'il serait en force pour sauvegrarder
contre les procid~s d'accaparement et les capitaux des Compagnies exotiques.
L'Amendement King est le corollaire logique de la R~solution Ladd, qui
lui sert de support et qui, a son tour, le complete. On a remarque la vivacitC
avec laquelle un des leaders du S~nat, M. Reed, au course de l'expos6 du S~na-
teur King, a protestC contre l'idee que le contract d'Emprunt de 40 millions de
dollars, impose a I'Etat hai'tien pilt, en dehors du consentement du S~nat,
engager en quoi que ce soit le Gouvernement des Etats-Unis. << Si c'Ctait vrai,
s'est-il ecrib, it faudrait mettre en accusation ceux qlui out pu violer ainsi
nos lois constitutionnelles >
Qu'un Acte du Congres ayant force de 10i, interdise desormais au Pouvoir
Executif de faire servir les troupes de I'Union F~dbrale a contrainldre les Gou-
vernements strangers a I'execution d'engagements contracts envers des citoyens
des Etats-Unis, le retrait de ces troupes une fois opith chez nous, sera d~fi-
nitif. La dbsoccupation ne pourra plus Stre un pidge. D~cid~s i remplir nos
obligations contractuelles, a la condition qu'elles ne soient entach~es d'aucune
fraude, d'aucun vice de consentement, nous pourrons exiger qu'on en agisse




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 73


aussi strictement i notre egard, sans crainte qlue des pressions exterieures
n'annihilent notre droit de protestation et de recours. Voila les nouvelles pers-
pectives qlue la correspondence de nos amis des Etats-U~nis nous fait entrevoir
a notre horizon proche !
Bien entendu, ce ne sont- pas encore choses acq~uises. De; contrecoups
peuvient encore se produire. Nous avons affair~e I die pouissants adversaires qui,
jusqu'au dernier moment, useront contre nocus tie toutes leurs armes. Mais la
parties est fortement engage~e, et nous av;ons aussi die slides atouts.


Pour la mise en liberty de Philias Lemaire
A la Populatnion de Port-aur-Prince
Les valeurs recueillies jusqlu'ici p~our la lih~ration de Phileas Lemaire
et dont une parties a servi aux; funerailles de son phrP, grace a. 1'appoint
de qluelques amis des Ca!-es. tie Petil-G;oave. de Jacmel. de Li0gine, de Grand-
Goive se chiffrent a 250 dollars. C'est 50 dollars de moins qlue le montant
de l'amende exig~e de lui.
11 nous reste a percev~oir les 50 dollars. Pour cela: 23 jeunes filles, dbsigniej
a v-otre attention par un Bulletin de notre Comite. sign& comme ci-dessous,
t~cheront d'Cmouvoir. a trav;ers la ville, p~endant la journee de demain, la
sollicitude traditionnelle de la population de Port-au-P-rince envecrs les causes
justes et humaines.
Nous sommes dl'av~ance certains qlue votre grinerosite ne decev~ra pas leur
attente, et que lundli prochaint Phile~as Lemaire. av;ant accompli integralement
ses six mois de travaux forces, pourra payer la rangon de sa mise en liberty.
Honneur auxc coeurs devou~s ai qui nous devrons cette reussite.

Pour le Comit6 d'Initiativie :
Georges Sylvain
Port-au-Prince, le 24 Actit 1922.

(<< Le Courrier Haitlien >>, 25 et 26 aoilt 1922)


Circulaire
Port-au-Prince, 27 Septembre 1922
Monsieur le President du Comnite de
l'Union Patriotique.

Mon Cher Colliague,
J'ai regu de nos amis et defenseurs de la Societe pour l'Independance
d'Hai'ti et de la Republique Dominicaine un rapport rbconfortant dont je ne







GEORGES SYLVAIN


74


puis mnanquer de vous faire part. La perliode des vancanlces a determined unl
temps d'arrit force dans leur action, d'autant plus qu~e en I'absence de Mr.
Hugues, parti pour unle lointaine croisiere, le Departement d'Etat se dispense,
de toute decision important et que le Senat, occupy de questions d'adminis-
tration locale, n'a pas eu a donner sonl attention aux affaires d'Halti. Depuis,
la session du Congres a ete officiellement close et ne se rouvrica qcu'ii la fin~
de l'annee, apres les elections parlementaires de Novembre. 11 nous fant done
continue a nous armer de patience. Le resultat des elections engage~es aux
Etats-Unis peut itre de quelque influence sur I'orienltationl generale de la poli-
tique. La totality des membres de la Chamb~re et le tiers du Sbnat sont a
renouveler. Que la majority passe des gouverlenementaux aux adversaires de:
la politique du Pr~sident Harding, ce sera certainement unl 9chec pour l''Impe-
rialisme. Or, si les informations qui nous par~viennenll senlt exacles, I'opinionl
de plus en plus s'accentue contre la politiq~ue dlabsorptionl et d'exploitation
dles petites nations. Nos amis en voient unle p~reuv'e inden~iable clans les com-
mnentaires dont la press de tous les parties a accomnpagnel le Rapport de la
Commission Mac-Cormick. La plupart n`!y ont \.u qlu'une a a\re de complai-
sance qui ne detruit rien des accusations p~ort~ees par les mandataires du people
hal'tien. La conclusion de nos defenseurs est que jamais ils nl'abandonneront
notre cause, non seulement parce qju'elle est just et belle. mlais encore p~arce
qu'aimant eux-mimes leur pay-s, ils out souci die son honneur et de son hon
renom. Ils nous exhortent a rester sur le terrain de intte. ai maintenir notre
agitation contre les ill~galiths, I'oppression, les divers attentats au tiroit. Chaqlu-
acte d'injustice ou de brutality commis envers nous ne peut qlue rendre notre
cause plus sympathique, q~ue hitter l'heure de nlotre lib~eration qlue nous devrlons
a notre fermetC et a notre constance.
Si les Hai'tiens se donnaient la peine dl'etablirle bcIilan de la campagnz
liberatrice, victoires et d~faites, depuis un anl et demi, ils seraient etonnbs
du chemin parcouru.-- Le r~sultat a ete surtout facility par f'organe de defense
et de propaganda q~ui a fonctionne auxv Etats-Unis, le Bureau die Washingrton.
Les temps ne sont pas sans doute favorables a de nlouveaux sacrifices pecu-
niaires mais les patriots hai'tiens ne doivent pas perdre de vue que la
reconstitution de ce pr~cieux instrument d'action est essentielle a la reprise
de leur propaganda, au triomphe final de la campagrne d'opinionl dont deipendt
le salut d'Hai'ti.
J'ai remercie en votre nom nos indomptables corresponldants et je leur
ai donnC l'assurance que nous ne faillirions pas a notre drapeau, q~uoi qlu'il
puisse en advenir.
Agr~ez, mon Cher Collegue, pour vous et pour tonls les membres die v;otre
Union, I'expression toute cordiale de notre profound d~vouement.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 75


ORDRE DES AVOCATS DE LA JURISDICTION
DE PORT-AU-PRINCE

Discours de IMe. Georges Sylvain, bitonnier de I'Ordre,
B la rentr~e solennelle des Tribunaux, le 2 Octobre 1922.

Messieurs,
Une de nos meilleures traditions est que, a la rentree des tribunaux, le
Barreau s'honore de joindre sa voix a celle des representants du Pouvoir Exe-
cutif et de la Magistrature pour changer entire les membres d~e la Famill,-
Judiciaire des souhaits de travail fructueux et de f~ranche confraterniti.--
diront en raillant les sceptiques.--
<< Autant en emporte le vent des discordes, qui n'a pes de plus stir habitacle
que I'Antre symboliq~ue de la Chicane >. Sans nous exagerer la portee de ces
manifestations annuelles de notre bon vouloir r~ciproque, yous avez raison,
Messieurs, d'y tenir: et pour ma part, j'y souscris dn tris grand corur, car
maintenant plus que jamais, if nous imported de conserver et de fortifier les
liens qui nous rattachent au passe. Certes tout dans cee passe n'est pas egale-
ment respectable, et I'on aurait vite fait d'en signaler les d~fectuosit~s, les
tares et les 'lacunes. Mlais les fondements en etaient plus solides que nous
n'avons coutume de dire, s'ils nous ont permis de durer pendant plus d'un
sie~cle. sous la tempite originaire, touj ours inapaisee.
Ce n'est un secret pour aucun de vous que nos institutions nationals
tr~aversent la plus forte crise qui ait jamais menacC leur existence, depuis notre
constitution en Etat souverain, I'Institution Judiciaire autant et plus que
les autres, puisqlu'elle sert comme d'arc-boutant aux autres. Les critiques don't
on youdrait I'accabler sont-elles justifies ? II ne m'a point paru inutile, Mes-
sieurs, qu'au seuil de cette annee judiciaire, la question filt abord~e sans
ambages, et qu'un t~moin qui depuis trente-quatre ans vit de votre vie publique,
vint attester ce qu'il en connaitt temoin int~ress6 sans doute, mais dont
personnel n'a le droit de dire que, a aucun moment d'une carrikre deja longue,
il ait en peur de la verite.
Ignlorante, routinie~re, venale et partial, on peut r~sumer ePn ces quatre
epithetes les griefs presentement articudks contre la Justice hai'tienne. Qui les
produit ? Des gens du m~tier ? Des arbitres impartiaux. dmnubs de tout
prbjuge, de tout parti pris, purs eux-mtmes de tout reproche ?
Assur~ment non Je regarded et je ne vois que des adversaires de notre
nationality, qui, acharnes i l'exploitation du pays, ont besoin d'armes contre
l'Administration ha~itienne et les ramassent de toutes mains. Aucune consis-
tance dans leurs accusations. Pas de faits precis et vdrifiables : des ragots de
plaideurs aigris. Et pour conclure, une condemnation en bloc, portant des-
saisissement de notre pouvoir de jurisdiction, pour cause d'indignitC. Pur procks
de tendance, contre lequel protestent la masse imposante des decisions qui
chaque jour sortent de nos tribunaux, suivant dans leur complexity presque





GEORGES SYLVAIN


infinie tous les incidents de la vie social Que ne s'y rCfarent leurs contemp-
teurs, avant de les incrimniner Ce n'est pas, en effet, par des d~n~gations ver-
hales, mais par le produit de son constant labeur, que notre Magistrature se
defend contre le grief d'incomp~tence. Quanlt au crime de prevarication, il ne
suffit pas de l'all~guer i la charge d'une Corporation honorable : il faut en
justifier par des faits probants, des actes d~termind~s, diment 6tablis : autre-
ment I'accusationl tome d'elle-miame sons le mepris des gens de bonne foi
Je lis dans un document. adresse a la Commission d'enquate du Senat
des Etats-Unis :
< On reproche aux juges hai'tiens leur partiality a I'egard de leurs natio-
naux et leur mollesse a reprimer les infractions d'ordre politique.
( Pour les disculper de I'accusation immerit~e de parti pris contre les
justiciables strangers, on n'a qu'a consulter en une annie q~uelconque le tableau
des decisions rendues par n'importe lequel de nos tribunaux. Ce sera facile de
constater a I'aide d'un simple calcul de proportion et par la comparison avec
le risultat des sentences d'une Cour similaire des Etats-Unis, combien en ces
matie~res surtout, il faut se d~fier des accusations gratuites et des griefs sans
fondement.
La tendance a faire juger les crimes ou dblits politiqlues par les Cours
Martiales, de pr~f~rence aux jurisdictions de droit commun, comme 6tant, ce
semble, plus promptes aux condamnations, est naturelle a tous les Gouverne-
ments despotiques, a tous les Pouvoirs Militaires C'est l'honneur de notre
civilisation d'avoir constamment reagi en faveur des garanties n~cessaires a
toute justice digne de ce nom et en faveur des droits de la personnel humaine.
Le legislateur hai'tien a pens6 qu'en un domaine, on~ les divergences d'opinions
et les erreurs d'appr~ciation sont plus fr~cquentes q~u'en tout autre ; oil la
surexcitation des passions attenue la port~e des propos violent, on ne risque
rien de ne pas se hilter aux decisions de rigueur, parfois irr~parables. Que,
sous une haute preoccupation d'apaisement social, nos juges une fois on
l'autre, aient opinC de mime, c'est de quoi leur m~riter en tous pays l'estime
des gens de bien >
Messieurs, I'oeuvre des juges hai'tiens, j'entends- des juges inamovibles,
- peut dans l'ensemble, (croyez-en un ancien college qui pendant neuf
ans a collabor6 a vos travaux), supporter l'examen de:s juristes les plus q~ua-
lifids. Il n'y a qu'a lire, pour s'en convaincre, nos rermeils de jurisprudence.
Par la s'explique l'opinion trbs avantageuse que les Chefs des plus hautes
jurisdictions 6trangeres, un premier Pr~sident de la Cour de Cassation Fran-
gaise, un Pr~sident de la Cour supreme des Etats-Unis, n'ont pas h~sit6 a.
6mettre sur notre compete, toutes les fois qu'il leur a etC donnC de prendre
connaissance des litiges tranch~s par nos tribunaux.
Est-ce a dire que, seuls entire tous les peuples, nous ayons r~alisC chez
nous, en un tel ordre, la perfection ? Ce serait une sotte pr~somption de
le pr~tendre. Si l'humanit8 n'a pas encore trouv6 de recette infaillible pour
instaurer le rigne de la justice id~ale, aucune nation, mime celles qui, du







DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


consentement universal, marchent a l'avant-garde des civilisations modernes,
ne saurait se flatter de ne pas avoir a son usage une justice boiteuse par
quelque c~te.
Pour ce qui est de nous, Hai~tiens, nous occuponm, a coup stir; un rang
honorable parmi les peuples qui, a degree 5gal de culture et de maturity, s'ef-
forcent de leur mieux a pratiquer le minimum de justice qu'exige l'existence
des societes civilisees. Mais il s'en faut que, dans I'application commne dans
l'C1aboration des lois, I'instrument dont nous nous senlons, ait toute la sou-
plesse desirable!
A ne consider que ce chapitre du recrutement de notre personnel judi-
ciaire, il nous manque notamment une loi sur les nominations aux functions
de justice; il nous manque une loi assurant aux Officiers du Parquet, qui
participent, eux aussi, a I'eminente cligniti de la Magistrature, les mimes ga-
ranties qu'aux Juges contre les destitutions arbitraires; il nous en manque
une autre relevant le traitement des Juges de Paix, mettant des conditions
plus difficiles a leur nomination et leur 6tendant le privilege de 1'inamovibilit6...
Est-ce la le genre de reformes auxquelles on voudrait: subordonner le res-
pect de notre droit souverain de juger. Qu'on le dise sans reticence, et qu'elles
soient alors les bienvenues Les archives de votre Cour Supr~me suffiraient a
attester que, pour en requerir I'adoption, y;ous n'avez pas attend les critiques
de vos detracteurs.
Messieurs, yous les recluirez a neant, ces critiques, en n'en tenant compete
que comme d'un stimulant a mieux agir, en vous appliquant de plus en plus
a faire predominer sur le formalisme des vieux textes de prodcdre l'esprit de
justice qui les vivifie, en enrichissant votre experience du droit de connaissancej
chaq~ue jour plus approfondies, en surv~eillant votre tenue, de fagon a ne laisser
aucune prise a la calomnnie, mime p~ar de fausses apparences. Et si, malgre
v~os efforts, elle persistait dans son entreprise de d~nigrement syst~matique,
nous rappellerions a qlui se mile de juger votre justice qu'elle est entrav~e
dans son evolution normal et limitee dans sa responsabilitC, depuis que pe~se
sur son fonctionnement la trop fr~quente immixtion des agents militaires cl'une
Puissance etrangere. C'est la le danger le plus grave a quoi restent exposes
nos tribunaux, et plus particulie~rement nos tribunaux inf~rieurs.
En formulant le vacu que, dans un prochain avenir, ils en soient com-
ple~tement affranchis, j'ai conscience de r~pondre, Messieurs, a votre senti-
ment unanime et de servir par surcroit I'intdrit des justiciables, hai'tiens
et etrang~ers, I'ind~pendance integrale du Juge 6tant, sous toutes les lati-
tudes, la premniere condition d'une bonne justice!
Me voici au terme de cet entretien. Ai-je CtC trop long ? J'en ai peur.
J'aurai une excuse, si vous y avez puis6 un nouveau motif d'encouragement au
devoir.





'7g GEORGES SYLVAIN
UNION PATRIOTIQUE
Port-au-Prince. 21 Octobre 19)22
Monsri~ur le D1 Iirtctoru l de a Lan Poste >
Monsieur le D~irecteur.
Selon notr~e inv\ar~iable pra~tique, nouus nous emlpressons de vous trans-
mnettre p'our I'interi~t de \os letcteurs. I'inlformati ol suivante. reque de New\-York :
La Society pourl I'Inldepelda nlce d'Hai'ti et de la R~P;ubliqlue Dominicainer
a, le. 11 Octobre, renldu publique unle protes-tation contre l'Emprunt, actuelle-
ment lance~e aux Etats-Unis pour compile du Convernementt hai'tien. Cette pro-
testation, for~temnent motiveet. se fonlde s-ur c~e que le projet d'Emprunt n'estl
que I'ahoutissantl et comnue la conISecration1 dune longue serie d'illegalitis :
et qlue le peuple hal'tienl preLsqlue enl enltierIt le reousse Elle colnclut en ces
termnes : << Le Peuple hialtien. eni depit des arrestationis. de la Co~ur Martiale
et des emprisolnneentsrt, a conlstanlunent procteste qlue l'Emprunt est illegal, bati
sur la violence et sur la fraude et qlu'il le repudiera a la premiere opportunity.>
Le D~r. Grueninlg a prism~ la pleine responsab.ilite de ces declarations. Le Vice-
Pre~isident de la Nationlal City Company s'est r~etranche derriere le Conseiller
Finlancier et le DC-parlement d'Etat pour esquiver toute repliqlue. Les foner-
tionlnaires dlu Departemenlt d'Etat et du DePpartemnent de la Marine ont declari
que l'attaqlue die la Societet pour l"Inldependa nce d:Haitli et de la Republiqlue
D~ominicainle est conlfor~me i la campagnle mene~e depuis qluelque temps dej.1
par cette Societe et nie les concernle en aucunle mlanilere.
Par les soins d'uni Comite de propaganda, les- discourd des Senateurs Borahi.
K~ing et Norisi a la seanlce se~natoriale du 19 Juini derniert en faveur de ila
desaoccupationl d'Hai'ti et de la Republiqlue Douminicainle ont e~te distr~ibues a de.;
milliers d'lexemp~lairesi dans toute l"6tenldue det l'Uniol Federale. La minme
pub~licitE a Ple donnee a la protestatio n., adres~ee au Departement d'Etat contre
le mainione i de l'Occupati oni mlilitaire a Hai'ti et a Santo-Domingo. L'adresse
provientl des memes ligues. dontl les Bureaux. sous la pre~sidence du Senateur
Owen, avalent entreprij une demlarche personnlelle aupresi de M. Hugues pour
attire. sont attention sur. I'inconsjtitutionnlalite de l'interviention. Elle conclut
a la convoccation dlun Congre~s des Rep~ubliques americaines, auquel seraient
soumises les difficultes soulevees entire les paysj libres de nlotre He~misphetre.
Si jamais, dans un inlterat de sauvegarde mutuelle, une assistance militaire
etait reconlnue n~cessaire chez l'un ou chez l'autre. les E~tats-Unis ne seraientl
pas seuls i en~ de~cider et a y- pourv~oir : ce serait fait conjointement avec les
R~publiqlues voisines.
Nous en avons assez dit pour attester que la campagne d'opinion, menbe
iA-bas p~ar les di~fenseurs de notre cause national: continue avec entrainl et
vigueur. Elle a ej~i port ses fruits. Quel Ha'itien digrne de ce nom consen-
tira a montrer moins de ze~le que les libbraux des Etats-Unis pour l'affranl-
chissement de notre patrie!
Venillez agr~er, Monsieur le Directeur, nos sinceres civilites.
Georges Sylvain.
(<< La Poste, 21 Octobre 1922)















QUATRI EME


PA RT IE


La Lutte


pour la


Reconstitution


des Chambres Legislatives.

Le Senot de 1924.








DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 81


NOTES PRELIMINAIRES

La Con~stitutionL de 1918 prevoyait unle Ch~ambr~e et n Senlal elus direc-
tement par le people, mzais disposait en, son article 107 :

<< Les Assemblies primaires se reunissent de plein droit dans
<< chaque commune, le 10 Janvier de chaque ann~e paire,
a selon qu'il y a lieu et suivant le mode etabli par la loi. Elles
< out pour objet d'C1ire aux 6poques fixes par la Consti-
< << blique, les Conseillers Communaux et de statuer sur les
<< amendments proposes a la Constitution ; >

Le Pouvoir Executif, arg~umentant de l'expression. < avait toujours pretendue qu'il etait reservet c sa seule discretion, la resignation, de
l'anne'e paire ou les elections auraient lieu, et c'est ainsi qu'elles ne furent
dkcretees ni pour 1920, ni pour 1922, ni jamais jusqu'aux dve'nements de
1929-1930.



Le 30 Septembre 1923, sur convocation du Comite Central de l'Uinion
Patriotique, plusieurs centaines de citoyens de Port-au-Prince se reunirent
au TheaCtre (( Parisiana ,, et voterent la resolution suivante : a lo) Il est neces-
saire et urgent que les assemblies primaires se reunissent le 10 lanvier 1924~
pour les elections legislatives ; 20) Le Comite Central de l'Union Patriotique
est charged de prendre ai cet effer toutes les measures propres &i assurer aux
citoyens hai'tiens l'exercice de leur droit de suffrage.
< En vertul de cette resoluction2, le Comite Central de l'Uinion Patriotique
cdecidla de porter devant les tribunautx la question du droit des citoyens ci
proceder auxz elections legislatives, le 10 lannder 1924, m~me ai defaut de
toute convocation. du Pouvoir Exe'cutif ,,(')
Le litige s'eng~agea sur le refus des greffiers lustin. Bois et loseph Simeoon
Salomon, respectivement du Tribunal de Paix, Section. Sud et du Tribunal de
Paix;, SectionNord, de recevoir les declarations de candidatures de Messieurs
A. Pierre-Paul, Victor Cauv~in. (( La Section Nord a donned pour motif de
son refus le communique dus Ministre de l'Inte'rieur qui, le 4~ Octobre dernier,
a annonce qu'il n'y aurait pas d'election~s legislatives le 10 lanvier 1924, le
Gouvernement h~aitien, apres changes de vues avec le Gouvernement des
Etats-Unis, avant decide qu'il en serait ainsi. La Section Sud s'est contented'
de dire que tel etait l'ordre du 1Ministre de la justice ).(2

1) Union patriotique. Comite de Port-au-Prince. Le Proces pour les Elections Legislatives
du 10 Janvier 1924, Avant-Propos. Toutes les informlations qui suivent sont egalement tirees
de cette brochure.
2) Idem p. 7.





GEORGES SYLVAIN


Uine dlouble action frut intentee, I'urne par dlevanlt le D~oyen dlu Tribunal
Civuil de Port-aul-Prince statucant en erat de refere et I'aurtre, par devanlt le
Agcfe Leon Pierre en audlience publiq/ue extraordinaire.
En refere, Victor. Cauvin, Antoine Pierre-Paul, Louis Errie, Ph. Lemlaire,
Annibal Momplaisir, Fernand Lamothe, Georges Petit, V. Che~valier, H. Monval,
S. Gauchier, O. Pyrol et A. Eugane, toues electeurs de la Commune de Port-
aur-Prince, interjeterent appel dur rejet de leur dlemndnte d'inrscription par la
Commission d'inscriptions de la Commaune de Port-au-Prince et, en conse-
quence, donnerent assignation << u sieur Edmnondc Mangones, Malgistrat Coml-
mzunal de Port-au-Prince et Presidenllt e la Commission dl'Inscrip~tion, auxs
fins de s'entendrre condamner 10) ri inscrire one a faire in~scrire sur les registres
dI'inscriptions qlu'il ouvrira specialemnent pourr les Elections legislatives dus 10
lanvier 1924 routes les enonciations tiles au plein ex\ercice du droit de surf-
frage revendique par les app~elants ; 20! ) prendlre tourtes les m~esurres qune la
loi prescrit ar cette fin, notamment celles concernant la delivrance des cares
electorales et le sectionnemlent des burreaux. die vote, en cas dl'elections leg~is-
lativ~es... etc am'. Les appelants sont represents par Mles. Georges Sylv~ainl,
Baitonnier en exercice, F. L. Cautvin, ancien Baitonnier et Emlile Cauvzin. Mr.
!Mangones est ef~endul par Mes. IV~. Mlichtel. H. Cor.iring~ton. Lehlio loseph et
R. D~elatour.
Apre~s avoir r~ejete urne dlemalndle r~econventrlionnrelle en, I~ra~racation~ det Ior-
dlonnance ab~reviative de dehlai dul 30 Octobre 19)23 et unre ex~ception die nulllite
die f'assignation introductive die f'instance, le D~oyen Rodlolphe Baraul decline
sa competence, comme le Ilui avait dlemrande le defendtearr, parce qule jcg~e
dl'appel en cette matiere special, aux- terms de article 16 dle la loi electorale
due 4 Aouit 1919, le luge des referes n'etait competent que si la premiere jurri-
dliction la commission d'inscrip~tion ava~it, aut prealable, statuek. Or, enr
I'espece, elle n'avait pas put statuler puisq/ue :
<<...la commisison actuellement existante. enl vertu de l'arrete du
26 Septembre dernier, n'a competence que pour staturer sur les r~cla-
mations relatives aux inscriptions communales Clectorales ;
<< Que cela etant ainsi, le premier juge n'a done pu statuler com-
petemment sur les inscriptions relatives aux elections leg~islatives > ;

Cependant, tout enr declinant sa competence, le luge des Referes indliquait
la voie ci sulivre (les tribunauxv ordinaires I et mtme prenait position sur le
fond dul litig~e, en, faveure des dlemandeurs :
<< Attendu qu'il n'a pas appartenu au juge d'appel special d'ap-
precier autrement I'arrite communal du 26 Septembre dernier, lequel,
cependant en limitant les droits des citoy;ens blecteurs aux seules
elections communales, alors que l'art. 107 de la Constitution dispose
que les Assembl~es Primaires se reunissent de plein droit le 10 Jan-
1) Idem p. 29.
2) Idem, p. 36. C'est nous qui avons soulign8.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 83S


v;ier de chaqlue annlee paire pour l'election des deputis, des senateurs,
des conseillers communaux, re~velerait de la part du Conseil Commu-
nlal unle miconnaissance absolue des droits des electeulrs, et qu'en cela,
ii se serait inspire d'un Ordre ou Communique Officiel qui, eu igard
au caracter~e essenitiellement democratique et frepr~sentatif du Gou-
\ernement de la Republique, constituerait une violente entorse a la
_souverainete nationlale. reisidant danis l'universalit0 des citoy-ens, le
dlit Ordre c~onltr~iuant a ajourner la formation du Pouvoir Legislatift
I'un des troisi Pou\oilrs auxq~uels l'existence de cette souverainete est
dellguee.>
Panr dlecant la lur~idiction ordinaire,A.4 Pier~re-Paurl et Victor. Cauvin, tou-
jour~s r~eprisentlis panr Alles. Gecorges Sylvain et F. L,. Cauv~in, dlemanderent
au tribunal de fair~e inljonction auxr greffier-s de la Section Nordl et de la Section
.Sudr de r~ececoir learrs d~rclarations dle candidanture, etc... L~e Mlinisltre Pulblic
decclina la competenc e duc tribunal conlformement aux articles C et 29) de la
:onrstitutlion quli intrdllisentl toutr emplielemnlr t de I'unr dies trois Pour~oirs surt
I'aultre.
Le( Agle n'euil pas de~ r.einle ci ~canrte~r. cette exception dl'incomnpetence car
iil nI'tait dlemalndk al trlibunral ni e de prendre le Decret prevu par I'Aqrt. C.
dle la CIonstitutlion. nli d'olrdonner de conv1oquler le p~euple dans ses cornices,
ni de faire autcurn atr~e acte quri soil danns les attribu~tions dur Pourvoir Exe-

Anl jondt. le Arer Lconl Pierre, emnbrassan nt claqestion dans toulte son
amplllear~.- nlhesita pacs ai tancer vertlrremet le Pouvzoir Executif et ai donner
pleinemlent raisorr n aux forces dlimocratiqu~es. quri ~llutailent pour la reconstituc-
tion d'unI veritab~le PouvZoir. Executfif. Ce sont touls les a Considraknt > de ce
couragnfeux jugeente l qulr~l faudramit replolrodire manis ils sont nombreux~ et longs.
1Vours en donnlons ce quri suit :
<< Consid~rant qlu'aux terms de l'article precite,(2) les A;sembl~es
Primnaires se r~unissent de plein droit, le 10 Janvier de chaque annie
paire ; de pleinl droitt c'est-a-dire sans convocation, qlue c'est cet ar-
ticle qlui consacre et accord aux citoyens le droit d'C1ire, a la dite
date du 10 Janvier des annees paires. les d~putes du people, les s~na-
teurs, les conseillers communauxt. et le droit de statuer sur les amen-
demnents prop~oses a la Constitution : qui tend a accorder ce dr.,it d'une
maniere absolue. pure et simple.
< proces~-verh~aux sus-v'ises) que le Prbsident de la Rhpublique n'ayant
pas pris le dberet prevu par l'Ar~t. C. des dispositions transitoires de
la Constitution, les citoyens n'ont pas le droit de procider aux pre-
mieres Plections legislatives du 10 Janvier 1924, qu'ils pensent qlue
leur fayon de voir est conforme au dit Art. C :


1) Idem p. 19.
2) Art. 107 de la Constitution de 1918.





814 GEORGES SYLVAIN

<< Consid~rant que les 2 premiers alinbas de cer article sont ainsi
libe~lles : < Les premieres elections des membres du Corps L~gislatif
apres l'adoption de la presente Constitution auront lieu le 10 Janvier
d'une annbe paire; I'ann~e sera fixbe par d~cret du Prisident de la
R~publique, public au moins 3 mois avant la reunion des Assembl~es
Primaires.>>
< Conside~ranlt que les termnes imperatifs de cet article ne com-
portent pas pour le Chef de l'Etat la faculty de prendre on de ne pas
prendre le d~cret pour les premieres Clections 16gislatives ; qu'ils
n'etablissent pas en sa faveur un pouvoir discr~tionnaire au sujet des
premieres elections 1Pgislatives apres 1'adoption de la Constitution de
1918; qlue cet article impose au Prisident d'Hai'ti l'obligation impe-
rieuse de prendre le dit d~cret, ce, trois mois au momns avant la
reunion des assemblies primaires ; qlue la convocation par decret
pr~sidentiel en vue des premieres Clections 1Cgislatives n'a rien de
commun avec le droit d'C1ire les membres du Corps L~gislatif, droit
qui a son fondement dans l'art. 107 de la Constitution et non dans
le d~cret prescrit par l'art. C. pour la mise en execution de ce droit
en ce qui a trait aux premieres Clections 16gislatives ; qlue ce d~cret
est done de pure forme, quant i la procedure ; qu'il n'est, par cons6-
quent, qu'une formality qlue la Constitution met a la charge du Chef
de l'Etat, mais dont I'omission ne peut nullement empicher I'exer-
cice des droits politiques qlue cette mime Constitution garantit aux
citoyens, de facon absolue et en des terms si clairs dans son article
107.
<< Consid~rantt au surplus, qlue la souverainete nlationale reside
dans I'universalite des citoyens (art. 27 de la Constitution) ; qlue l'exer-
cice de cette souvierainete est deligue a trois Pouvoirs : le Pouvoir
L~gislatif, le Pouvoir Ex~cutif et le Pouvoir Judiciaire, et qu'ils for-
ment le Gouvernement de la R~publiqlue, leqjuel est essentiellement
civil, d~mocratique et repr~sentatif (art. 28 de la Constitution).
<< Consid~rant qlue le Gouvernement d~mocratique et repr~sentatif
est celui 06 la souverainetC national est exerc~e par les mandataires
16gaux du people et par les fonctionnaires nommts par ceux-ci, con-
formbment a la loi et a la Constitution, qlue le suifrage universel est
done la base de l'organisation po~litique de la R~publiq~ue d'Ha'iti.>>
Comment alors le 16gislateur constituent aurait-il pu accorder au Chef
de l'Etat le droit de fixer quand il voudrait I'Cpoque des premieres
Elections 1Cgislatives ? Comment aurait-il pu, 6~tant donnC sa sagesse
et sa pr~voyance, ne pas comprendre qlue, dans la crainte du contr81e
du Pouvoir L~gislatif, le Pouvoir Ex~cutif peut 6tre portS i ajourner
ind~finiment la date des premieres Clections ? Si le 16gislateur Cons-
tituant avait dispose ainsi, il aurait laiss& le people expos6 i ne
jamais avoir un Corps Ldgislatif iman& de ses libres suffrages, ayant
les mimes aspirations, les mimes ideals politiques qlue lui. Et de-
viendrait alors une lettre morte P'article 107 de la Constitution, qui





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


prescrit que les Assemblies primaires se rbunissent de plein droit, le
10 Janvier de chaque annie paire, afin, entire autres choses, d'Clire
les diputis du people et les sinateurs ; serait un mensonge P'article
28 du Pacte fundamental, qui cite le Pouvoir L~gslatif, form d'une
Chambre des D~put~s et d'un Senat (article 31 de la Constitution) au
nombre de ceux qui exercent la souverainete nationlale. Le L~gislateur
Constituant, dont Je principal souci est d'assurer, par le regne de la
loi, I'ordre et la paix dans la society, n'a pas pu viser a un r~sultat
si desastreux, q~ue condamne la raison et que repousse le plus 616-
mentaire bon sens. Le privilege qui serait accordB au Pr~sident
d'Hai'ti, qui n'est que le premier parmi ses 6gnux, d'ordonner les
Elections legislatives, quand il le voudrait, serait une prerogative
exorbitante, un droit r~galien digne des temps recules du Moyen Age
et serait la negation du syste~me politique du Gouvernement de la
R~publique d'Hai'ti, q~ui est essentiellement d~mocratique et repre-
sentatif.
< Consid~rant, d'autre part, que suivant I'interpretation que
donnent a l'art. 5 de la Constitution les d~fendeurj (appert les procks-
verhaux ci-dessus visbs) et le Ministiare Public, les premieres Clections
16gislatives ne pourront avoir lieu qu'en vertu de la permission du
President d'Ha'iti, donn~e par le dicret mentionni dans le dit article ;
qu'il s'ensuivrait que le droit garanti aux assemlblies primaires de
procdder aux premiibres i1ections 16gislatives, qui est un droit complete,
deviendrait conditionnel. 11 y aurait, par consequent, antinomie entire
les dits articles 107 et C de la Constitution. Or, P'article 107 a une
port~e general et se troupe parmi les dispositions definitives de la
Constitution, par consicquent parmi celles qyui sont destinies a durer,
tandis q~ue P'article C statue sur un cas special et est au nombr-e des
dispositions transitoires, c'est-a-dire passage~res, eph~mibres : I'article
107 devrait done pr~valoir. Sinon P'article C, qui, en conscience, de-
yrait avoir vdcu comme les autres dispositions transitoires, pourrait
encore vivre de 4, 6: 10 annies, mime plus. Cette long~vith de P'article
transitoire C, serait I'abrogation. la mort du dit article 107: en ce
qui a trait aux 61ections 16gislatives.
<< Une telle consequence Ctablit combien est erronee. fausse, abu-
sive. I'interpr~tation q~ue v.euient donner a P'article C les d~-fendeurs et
le Ministare Public.
<< Consid~rant, en ce q~ui a trait au communique du Ddpartement
de l'Int6rieur et a l'ordre du D~partement de la Justice susparl~s,
disant qu'il n'y aura pas d'C1ections 16gislatives le 10 Janvier '1924,
qu'ils ne tendent qu'a faire durer le navrant et deplorable 4tat de
choses actuel, qu'a empicher le retour du Pays a la vie normal ; qu'en
disant que les elections 16gislatives n'auront pas lieu le 10 .Janvier
1924, ces Communiqu6 et Ordre suspendent I'execution de P'article
107 de la Constitution, qui ordonne aux assemblies primaires de
se r~unir de plein droit le 10 Janvier de chaque ann~e paire, pour





0(,


GEORGES SYLVAIN


61.ire les depuLtes dU people et les si~nattueus: que, p~ar conseqluent,
ils violent mannifestomlenlt le dit article, et du mamle coup transjgressent
et violent d'une maniere flagrante P'article 75 du Pacte Fondamental,
qui charge le PrPsidenlt de la Republique de faire executer la Consati-
tutlion et les lois, et lui fait dbifenlse de les susplendre et de les inter-
pr~ter, qu'eni outre. le~s dits Commnunique et Ordlre \.iolenit P'article
79) de. la Constitution, qui dispose qlue le Preiisidei nt na d'autres pou-
voirs que ceux que lui attribuenit formellemlenlt la Conistitutioni et les
lois particulieres. v.otCee eni vertu de la Cons~titution. or aucune pres-
cription constitutionnlelle eni vigrueur n'accorde au PresJidenit de la
Rbpublique le drloit d'emnpacher la re~unionl des A~ssembll! Ces p~rimairesi
enl vue des prlemii~ere Sections~ legislativ-es :
e Cons~idCIantt que le: Commnuniiqur et l"Ord11re dont il s'agil. enila-
chi dest~ inlconst~iitutionInaliti h cei-dlessu- Irelevbes. ne peuvent avoir d'ef-
fet eni droit : >>
Enr c~onlsquenrcec, le jrgemlent jit les inljonctionls de d~roit auxs greffier~s re-
calc.itlrants, toutl en ollorrdnant( qu'cau cas oil ces officiers ministiriels p~ersiste:-
mi~raie lnt ns learl refuse, chacun des dlemandeurlr s ferait constater ce refuls par
un1 Ionotire dont le proces-Iverbal tiendtrait lieue d'acte tdeclaratif de cand~idature.
L,'Opp~osition nationaliste ava:it en ganin die clause et vaillammnent, elle alla
a~~ Frne

A Oswaldl G. Villard.
N~ew-Y ork.k
Port-au-Prinlce. le Sep~temblre 1921:
Che(r Monisieur.
Je \ous dois de \-oui me~ltre au courant de la situationi actuelle de nlotre
Rep~lubliqjue. Elle est a1 une phase gr~avet oui \.ote b~ienv-eillante intervlention peut
itre efficace.
Let Seniateur iMac-Cormiick et la Nationa~l City Banik unt \.oulu l'emprunt
et f'ont impose contr~e sont gre au p~euple hailtien.
Nous n'etions pas en principle contre unl emprun~t pour faciliter la liqui-
dation de notr~e dette extbrieure. mais nlous le voulions dans des condition-,
qui n'excedassent point les forceR contributives de la nation. commne celui
qu'on" no~us prop'osait.
Aussi: ce que nous avious prevu est arrive : I'empiunt vote, de~s qu'il s'est
agi d enl assurer les arreragesi par. de nlouveaux imp~ts. le people a partout
manifesto: qu'il y- est. conltraire et a protested en meme temps contre le Gouver-
nemlent Bornoc et con~ltre l'Occup~ationl militaire des Etats-Unis. Un des derniers
pisiodes de cette agitationl est l'hostilitP avec laqluelle a &te accueillie la pr&.
sence a Jacmel. une des villes imp~ortantes de la R~publique, du Ministre de
1Instruction Publique, M. Bouchereau, venu pour defendre la politique du
Gouver-nement et forck de rentrer a. Port-au-Prinlce au bout de 4 jours oi> il
s est tenu constamment cache. sans avoir pu p~rendre contact avec la population.





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Dans le mime temps les redlacteurs dlu journal die opposition, le Courrrrier
Hanidren, Ptaient dans le Departemnent dlu Sul IPobjet dl'ovations sans fin.
Pour canaliser cette vague dle meerontentement et I'empiEcher die dege~tniere
en conflit sanglant, nous avons enitrepris une champagne tendlant a la recons-
titution des Chambres Legislatives. C'es-t le retour a I'ordre 16gal, consacret
dlans note droit constitutionnel qlui etablit que nlotre RePlublique est sous
le rOgime rep~resentatif.
Mais depuis que les Etats-LUis ouit fait dis~soudlre manu military nios Chiam
b~res Legislativ:es, en 1918t, elles n'o~nt pas ete renouvelees.-- Et unl Corps de
fonetionnaires. dlit Conseil dl'Etat. nommes par le Pri~sident d':Hai'ti et revo-
cables ii sa \ olonti, a usurpe~ et c~ex~er les fonetions le~gislatives. Mime la
p'seudo-Constitution F~ranklin Roosevell qui nous a ete imposee par D~arti-
guenave privoit qlue tous les deux ansj (aux anne~es paires), les Assemblees
primaires se reunissent de plein droit pour elire les Difpute~s, les Senateurj
et les Conseillers Communaux ; mais en ajoutant. a la phirase les mots << s'il
Sa lierr a l'auteur die l'Acte semble retire d'une main ce que sa Constitution
semble accorder de f'autre. Et comme c'est au Presidlent de la Republiqu,
qlu'incombe le soinl d'Cmettre 1'Arrete official qui convoque le-, Assembltee
primaires a la date constitutionnelle. les juristes gouvernementaux soutienlnent
qlu'il a le pour-oir en ne les conv-oquant pas. die suspendre indefiniment I'exer
c~ice p'opulaire dlu dlroit de suffrage ce q~ui serait comrai ree au prinlcipe mu~me
des grouv'ernem~ents democratiq~ues et repr~esentatifs.
Nous dlesirons qlue le Gouvernement des Etats-Uni; puisqju'aussi bien c'est
d~e lui que M. Louis Borno tient uniquement ses pouvoirs, lui sugge~re de laisser
les citoyens exercer librement leur droit die suffrage aous oni statut electoral
qlu'etablira une Commission de juristes impartiaux. A defaut de cette reforme
die la loi electoral, faite par Dartiguena\e pour les- co~nvenances dlu Pouvoir
ExePcutifl nousi nous resignero ns a aller quandl memel a l urne le 10 Jlanv\iei
Irochain.
Si les agents du Pouv:oir et la Force militaire dies Etats-Unlis s'y olpposent.
nious ne savons pas jusqu'oui ira le mecontentement populaire, mais il aug-
mentera d'~intensite.
Le moment nlous semble venlu pour le Presidlent Coolidge die tentler la.
scule exp~drience qui n'ait pas ete tentee jusqu'ici : mettre en rapport son
Gouvernement avec des reprbsentants autorises du Peop~le hriftien pour arriv-er
a l'etablissement d'un modus vivendi acceptable pour les deux Parties, car
il ne serait ni just ni raisonnab~le qlu'un traitement dliffrentt f~it fait a Haiti
et a la Republique Dominicaine.
Voila, Cher Monsieur Villardl, ce qui serait urgent dl'exposer auxr homme j
qlui dlirigent la politiq~ue des Etats-lUni. soit dlirectemelnt. soit par les amis
dl'Hai'ti qlui ont aces aupris d'eux.

Sinci~rement a vous :
signed : Georges Sylvainl





88 GEORGES SYLVAIN


ALLOCUTION DE ME. GEORGES SYLVAIN
administrateur dB16guB de I'Union Patriotique,
prononc~e i Jean-Rabel, le 19 Aofit 1923.
Mes amis,
Ce m'est une joie, yous n':en doutez pas, d'8tre aujourdl'hui parmni vous.
Enfant du Nord-Onest, je n'appartiens pas m"oins a Jean-Rahel, au M81e, a la
Bombarde, a la Baie-de-Henne, q~u'ii Port-de-P'aix, i. St-Louis on a 1'Anse-8-
Foleur, en vertu des liens multiples de parentC et d'affection qlui de tout temps
ont fait de toutes les grandes families de nlotre r~gionl une famille unique ou~
I'on se solidarise volontiers entire soi, oil 1'on so porte concours i l'occasion.
Je n'ai qu'a traverser une de nos rues pour m'entenldre saluer de mon prbnom,
comme une caresse familie~re. En avangant en Pge, I'homme devient de plus
en plus sensible aux douceurs de ce genlre. Venu ici pour m'acquitter d'une
dette de sympathie envers viotre patriarche, monl bon vieil ami. Solon Ligond6,
je troiuve une affluence extraordinaire de voy-ageurs accourus de tous les
points du D~partement pour sanctionnler a nouveau de leur presence, avec un
Cclat plus accentue, I'antique alliance du Mole et de Jean-Rabel, personnifibe
aujourd'hui dans le marriage de Mlassillon Frangois et de Lise Beauchamnp!
Signe des temps que ce retour a l'une de nos traditions les plus chiares On
tendait quelque peu a s'en affranchir.-- Mais sous la menace de dissolution
qui affected notre nationalitC, un1 stir instinct Inous avertit qu'il est urgent de
revenir a la cordiality des maeurs d'autrefois. de resserrer la chaine d'unionl
entire membres d'une mame famille, entire rejetons du mime terroir.
Ctest i une inspiration identique qu'est dile cette annee l'animation par-
tout constat~e des fates patronales de nos villes et bourgs. Raremlent elles out
attirC tant de pilerins, non seulement des communes avoisinantes, mais des
populations les plus lointaines.
On veut s'Cvader, au moins pour quelques jours, du sildge de ses soucis
habit-uels ; s'en distraire ; Ctre plusieurs a r~agir contre eux, a s'igayer, a
prier ensemble.
En vous voyant si nombreux et si dispos, j'ai pense que l'occasion 6tait
bonne de vous parler du sujet qui nous tient tous a. coeur : I'avenir de notre
pays. Je vous exposerai la situation telle qu'elle est, ce qu'un group de pa-
triotes a tent pour l'ambliorer et ce qu'il reste a fire pour que la nation
ha~itienne recouvre ses conditions normales d'existence.
Paissiez-vous puiser dans mes propos un nouveau motif de reconfort !
Puisse I'esprit des anc8tres m'inspirer les accents les plus propres a 6mouvoir
vos consciences !
Oil en sommes-nous ? Un gouvernement stranger, les Etats-Unis de l'Ame-
rique du Nord, occupe notre territoire et y command en maitre. Des Ha'itiens
lui sont associbs dans cette oeuvre d'asservissement et d'exploitation. La nation,
en sa tres grande majoritC, est oppose A la domination Ctrangi~re et protest
contre les actes du Pouvoir IndigLhne, qui, creature des envahisseurs, leur pr~te




DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


89


un appui interessC. Mais impuissante a revendiquer sa souverainet6 les armes
a la main, elle assisted a sa ruine, sans force dirait-on, pour realiser son unit
morale, condition prbalable de toute reaction efficacr. L'oeuvre est pourtant
la qui nous sollicite. Le proble~me de notre d61ivrance, s'il est d'une solution
pinible, n'est pas pratiqluement insoluble. II nous faut le risoudre, et il ne
peut Stre r~solu qlue par nous. De quelque manie~re que nous 1'abordions, nous
ne saurions y dibuter qlue par un acte de foi et de volont6. Tant que vous vous
direz q~u'il n'y a plus rien a faire, yous n'engagerez pas la lutte, ou si vouj
l'engagez avec l'idie qlue la victoire est impossible, yous ites vaincus d'avance.
Ne triomphent qlue les combatants, convaincus du succas finaL. dicidis a tous
les sacrifices pour I'obtenir cofite que coilte !
Sommes-nous r~duits vraiment a l'etat de condamnes: n'attendant que
le dernier supplice Tant s'en faut !
Jamais au dehors les circonstances ne furent plus favorables a notre cause
national. Aux Etats-Unis: c'est une Plite intellectuelle: et morale, represented
par les juristes en renom, les ligues liberales, le clergC de tous les cultes, qui,
au nom du droit et de la morale, reprouve l'occupation militaire de notr-
pays et r~clame des Pouvoirs Publics notre r~int~grration dans la pli~nitude
de nos droits souverains.
Avec eux marchent les parlementaires les plus r~solus, ceux qui doivent
a la t~nacitC de leurs convictions de pouvoir invoquer les principles tradition-
nlels, d'ou~ proce~de la vraie grandeur de leur nation. Une champagne pr~siden-
tielle est ouverte, oil la question ha'itienne sera soutenue comme un des prin-
cipaux; articles de leur programme electoral par tous les Clecteurs de notre race,
la masse des gens de couleur. Les rdsultats n~gatifs du regime, dit de la coo-
phration, selon le mode Mac-Cormick, qui, au bout d'une ann~e d'expbrience,
laisse le people ha~itien plus pauvre, plus mal administrb, plus impatientC que
jamais du joug des Etats-Unis, n'ont fait que les convaincre de la n~cessiti
pour leur gouvernement de sortir a bref d61ai de l'impasse oix l'a fourvoye
la complicitC des hommes d'affaires et des militaires.
Dans la R~publique Dominicaine se pursuit une autre experience. Sous
la direction d'un Gouvernement provisoire dominicain et sous la protection
d'une Force de police national, on se prepare aux Elections qui doivent d~ci-
der de la formation du Congres et du choix du Pr~sident d~finitif.
Mais d~ja un retirement est signaled dans l'opinion, d'abord persuaded
de la sinc~rite du compromise propose par les Etats-Unis, maintenant plutat
d~sabus~e. Le bloc nationalist a reformC, semble-t-il, son unitC et repousse
toutes concessions, susceptibles de porter ~atteinte lt 'ind~pendance de la R6-
publique.
Si la transmission de pouvoir s'opere du gouvernement provisoire au
gouvernement d~finitif aussi heureusement qu'elle s'est op~rie du gouverne-
ment nord-americain au gouvernement provisoire, quelle raison serieuse aura-
t-on de continue a redouter que le people ha'itien, une fois rentrE dans l'ordre
16gal par une r6forme Clectorale honnite, meuvre d'une commission de juristes





GEORGES SYLVAIN


imipairiaux, et la constitution die Chambres Legislatives regulierement elues,
ne saura pas faire un aussi bon usage de sa liberty reconqluise.
Ce dont il eut toujours soif et maintenant plus q~ue jamais, c'est de justice
et de securitC Pourqluoi supposed moins de tact et de resolution aux patriots
i6prouves a qui il saura confier, en temps propice, la sauv~egarde de ses desti-
n~es qu'aux leaders dominicains ?
Si nous portions plus loin nlos regards, nous trouvons les autres Repu-
bliques de l'Ameriqlue Centrale et die 'Ameriqlue du Sudl dans les meilleures
dispositions env~ers la cause hal'tienne. Les sympnlathies acqluises au Congres
de Santiago du Chili, grace a faction combined des Dil~grues haitienl et domi-
nicain, Hudicour-t et Morillo, n'ont fait qlue se developper et il n'est pas chi-
mirique de prevoir qlue, eclaires sur le per~il conunun, les divers gouvernements
int~ressis, sous la pression de P'opinion populaire, finir~ont par trouver une
formule de defense commune.
Yous le voyez done, mes chers concitoyens, si, dans cette 8Cerie de measures
grouvernementales, visant a couvrir d'un semblant de legaliti Pemprise des Etats-
Unis sur notre pays, measures q~ui ont signal la ndfaste periode de la coo-
phration, nous avons a apprehender de lourdes menaces pour notre avenir, la
situation n'est pas desesp~ree. On s'accorde aujourd'hui a reconnaltre qlue e'est
en grande parties le fruit de l'effort persevePrant de I'Union Patriotiq~ue.
Contre le danger exterieur nous avons deux armes, toute puissantes,
si nous salons nous en servir : notre droit et notre indomptable persistance:
a le rev~endiquer. Dans le monde entier, oil IPopinionl n'admet plus q~u'on pret-
tende asservir un people contre son gre, Haiti est conslid~rC comme v-ictim-
d'un abus de la force.
Maintenons-nous sur ce terrain solide : aidons die notre argent, de n~oj
informations, de nos encouragements les coeurs genereux q~ui, a l'etranger,
particulie~rement aux; Etats-Unis et dians les autres pays d'Ameriqlue, trav-aillentl
a nous rallier des adhesions de plus en plus nombreuses.
Chez nous, maitrisons nos indignations et refr~nons nlos impatiences,
quelle qlue soit P'acuite d'une certain forme de provocations En face dl'unl
pouvoir r~volutionnaire et anarchique, protestons avec vigueur, protestons av~ec
ensemble contre toute atteinte portee a nos droits, contre tout ce qlui tend ti
aggraver notre sort !
Ne craignons pas, a occasion, de descendre enl masse sur la Place pu
bliqlue pour mieux affirmer la fermete de nos revendications et notre ini)bran-
lable solidarity Mais montrons-nous dignes de la liberty, en exergant sur
nous-mimes une discipline impeccable. Sachons ce qlue nous voulons et oul
nous devons nous arreter. Que le droit reste notre bouclier Ne faisons rien
dont nos ennemis puissent prendre pritexte aupres du nouveau President dej
Eats-Unis pour justifier sur notre territoire le maintien d'une occupation inde-
finie !
La resolution n'exclut pas la methode: : I'heure est a f'action methodique.
Tant qlue F'expose de nos griefs et de nos r~clamation~s, formula par l'Union





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


Patriotique/et app~uyeL par le Senateur King fut devant le Senal des Etats-Unis,
attendtant une decision, i l ne nous parut ni logique ni siant d'anticiper sur la
solultionl de la Hjaute Assemnblee dont nous avions faith notre arbitre, et nous
reservilmes notre action politique a l'egard des actes du Conlseil d'Etat, tout
en pr'otestant contre leur ille~galite.-- Mais voila que, prejugeant du verdict
sfinatorialt le President des Etats-Unis et son Secr~taire d'Etat ont pris le parti
die dlonnier par advance force executoire aux suggestions du Rapport de la
commiission d'enquetle enlvoyeCe chez nous par le S~nst commne si leur preoc-
cupation n'efit ete qlue de meltre ce corps delib~rant en presence de faits ac-
complis Ainsi sout-ils allies jusqu'a sanctionner de leur appui la niominationi
par le Conseil d'Etat d'unl President ineligible. Le Senat, en laissant fairer
nlousi a lihdSre~s de toutri attente a l'egrard de la procedure qlu'il compete suivre
et des votes qlu'il pourra emettre.
Sans abandonner notre champagne d'opinion, qlue nous youdrious, au
conltraire, intensifier, il me semble opportun1 que nous d~veloppions desormaij
plus v;igoureusement nos activities a l'interieur. Resister a l'oppression, a l'ille-
gralite, a l'anarchie, ne suffit. pas : il faut lutter pour une reforme de l'insti-
tution comnmunale. avant a sa base l'autonomie des communes ; lutter pour
l'adloptioni de measures p~ropres a assurer la liberty et la sinc~ritk du vote elec-
toral. a l'exclusion de toutes celles q~ui y- seraient con~traires ; latter pour le
retour a .1'ordre legal par les elections legislatives 11 faut, en outre, s'orga-
nliser enl vue de ces elections de fayonl a n envoyer aux chamb~res, par l'effet
d'une discipline rigoureuse. qlue des citoyens a toute e~preuve. since~rement
dbj oubsi auxs interets superieurs de la patrie.
Avec les ma urs electorales qlue vous connaissez, un tel risultat, pour
so~uhailable qu'il soit. est-il encore possible ? Je n'oserais l'affirmer. Mais
qluelle qlu'en puisse i8tre i'issue. le moment est venu d'entreprendre l'assainisse-
ment de ces mmur~s, en v;ue de la grande a uvre q~ui incombera aux chambres
libera~trices. C'est une des tiiches qlue comporte notre devoir d'iducation des
clasles populaires. plus pressant et plus imperieux qlu'a aucune autre eploque
dor niotre hiistoire...
Mlais qlui suis-je pour p~retendre eclairer ainsi votre route, a l'heure trouble
I il les c~onsciencesi semblenlt flotter a la drive : ou~ le besoin d'un principle:
die c~ondtuite. d'une direction ferme: agite partout nlos populations en desarroi ?
Unl Hai'tien de bolnne v-olonte, qui n'a jamais d~sespere de son pays, un simple
serv:iteur de la patrie en danger de mort. qui ne lui demande rien, qui ne
\eut rieni d'elle qlue son salut !
Si uni jour onl venait vous dire qlue j'aspire a quoi qlue ce soit qui resemble
ai une r~icomlpense. d~mentez hardiment Etre utile, voila toute mon ambition I
P~artout oul je pourrai me battre pour garantir un avenir meilleur a vos enfants,
aux miens, je serai fi ma place!
Pour cela qlue faut-il faire enlcore ? Allons au people, mes: amis. pour
le reliever de sa condition miserable : la skcheresse, cols~cquence d'un d~boise-
ment imnpr~voyant... (Avons-nous une administration, une 14gislationi fores-
tiiares. personne pour av;ertir l'homme des camnpagnes du tort q~u'il se fait en





GEORGES SYLVAIN


d~boisant inconsidere~ment ?) It'emigrationl, donlt I'effet le plus certainly, enl
l'absence de toute measure pre~servatrice, est la dibsagregation die la famille
paysanlne ; la reprise par l'Etat de concessions dlomaniales au profit de com-
pagmles ettrangeres pourvues de hauxc a longs terms et de monopoles d'exploi-
tation : les tax-es inter-nes auxe mainls des genldarmes ; la police rurale aux
mains des chefs de section, tous ces maux ai la fois ont mis et vont mettre
hien has nos gens de la plaine et de la montagne Allonls resolument au peuple:
pour f'instruire et le moraliser Mettons-y notre honnieur, mettons-y notre
fire!Avez-vous fait le compete de ce qu'il peut nous conie oraorto
recule cet apostolat n~cessaire ? L'inldependance de notr~e pays, tout simple-
menlt Mon rP\ve, voyez-vous: serait qlue chacunl de nlos comites die 1'1nion
Patriotiq~ue eilt ses bcoles populaires, entretenlues par lui, dlot~es par lui Et
que chaque ville, chaque hourg, chaq~ue village, eilt son comity, richer de mois-
son scolaire, communiq~uant avec le Sie~ge Social, recevant de lui la semence
de v;ie et la propageant de proche en prochle Oui, ce strait, en verite, un
Pmouvant tableau Pourquoi le signal de cette nouvelle croisade ne partirait-il
pas de v:otre citC ? Noblesse oblige Souvenlez-vous N'est-ce pas a quelq~ues
heures de Jean-Rabel, sur I'Habitation Fourl, qlue Joseph Pourcely, enr soule-
vant les ateliers d'esolaves, d~cidait de la liberation de cette parties du terri-
toire ? Ici mime, derrie~re la Butte, qui domine la Place de l'Eglise, les hab~i-
tants du bourg ne soutinrent-ils pas pendant deux mois une lutte homeriq~uL
contre une division entie~re de Christophe, commander par le terrible Riche ?
Hommes, femmes, vieillards, enfants, tout le monde s'en 6tait m2le Gars
de Jean-Rabel, oil est v;otre Ame d'autrefois ? Femmes de Jean-Rabelt du ter-
rair d'ou~ jaillit, comme une flamme. I'me cornkliennee der Jeanne Maurepas.
qiu'avez-vous fait de votre coeur ?
Debout Il n'est pas trop tard Recouvrons la foi, la mile energie dej
al'eux Debout autour du Drapeau, embleme de l'unit6 national


LA VISIT DE L'ADMIINISTRATEUR D)ELEGUE
DE << L'UNION PATRIOTIQUE >
au Borgne et B Port-Margot.

Profitant de son passage dans le N~ord avec la Commission des reclama-
tions, notre Cminent concitoyen, Me. Georges Sylvain, a &tf: visiter le Borgne
et le Port-Margot. L'accueil le plus enthousiaste a salub sa presence parm;
ces populations qui se sont toujours signalees par un ardent nationalismle. Nos
correspondents ne tarissent pas sur l'impression profonde, produite par les
entretiens, les conseils et les suggestions de Me. Sylvain.
On gardera longtemps le souvenir de cette parole chantde, d!'une convic-
tion communicative. Qu'il s'agisse de s'organiser en vue des futures elections
16gislatives on de prhvoir quelle tlche s'imposerait aux notables de chaque
region, aprils le depart des troupes exp~ditionnaires, si ce d6part s'op~rait,
sans qu'au pr~alable des forces militaires et de police indighnes eussent Ct&'





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


suffisamment dresses pour assurer le maintien de l'ordre materiel, Me Sylvain
a donn6 des directives pr~cises et q~u'on gagnerait a suivre partout, dans
I'int~rit de notre commune sauvegarde.
11 etait au Borgne l'h~te de Mr. E. G. Bennett, vice-Pr~sident du Comite
de l'< rejoindre du Cap. A Port-Margot les deux principaux dignitaires du Comitd,
MM. Xavier Gilles et M~rovC Moreau, lui ont fait lee honneurs de leur v~ille
avec une gale bonne grice.
Depuis la mort du regretted S~nateur Jh. Dessources, M. Moreau est I'ame
de routes les manifestations nationalists a Port-Margot ; comme MI. Bennett
il se multiple pour conserver a faction patriotique toute sa vertu ficondante.
L'un et l'autre ajoutent a la fermete de leurs ainds. MM. Gillesi et Muller, tout
ce que l'entrain de leurs caractibres leur permet d'y mettre d'eux-mames.
Le Borgne et le Port-Margot ont confie a Me. Georges Sylvain le soin
de faire porter par deux membres du Bureau de l'< le
t~moignage de leur sympathie a Pouget et a ses co-d~tenus, victims de la
detention preventive. Ils ont aussi, dans une Adresse, couverte de centaines
de signatures, demand que le S~nateur Charmant, pan raison de son grand
Age, de la dignity de ses functions, de la nature de l'6crit q~ui a servi a sa
condemnation, soit trait& avec tous les managements q~u'exige l'6tat pr~caire
de sa sant6, et qu'en tout cas il n'ait pas a subir, en plus de sa peine 1Cgale
et en violation de notre 10i national, 1'agagravation des travaux forces que
rien ne justifie.
Nous disons : Bravo aux vaillantes populations du Borgne et du Port-
Margot, qui ont su donner i leur h~te, Me. Georges Sylvain, en retour de
son affectueuse attention, des satisfaction chores a son coeur.

(<< L'Opinion Nlationale ,: 4 juillet 1925)



ALLOCUTION PRONONCEE PAR MR. GEORGES SYLVAIN
le 30 Septembre 1923 au meeting de Parisiana

Mesdames, Messieurs,
II parait qlu'en nous reunissant ici pour nous entretenir ensemble des
affaires de notre pays, qui ne peuvent nous itre indliff~rentes et decider
d'un plan commun de conduite, nous sommes des Omeutiers, de: l'espe~ce la
plus dangereuse, ceux qui veulent que l'ordre et la paix rbgnent, non seule-
ment dans la rue, mais dans les esprits et dans les coeurs, qui mettent leur
force dans le droit et ne congoivent pas autrement la civilisation quiie fondue
sur le respect indestructible de la loi.
Les menaces ne nous ont pas 6tC Cpargnbes et si nous etions di'humeur
a reculer, quand nous sommes certain de hien faire. nous aurions renonce





GEORGES SYLVAIN


li la tenltati\ e e: tl:sauv-er malgrei eux dles getns qui persistent a nie pas sentic
que' le sol temletnllt soui Ileurs pas et qlu'ils nl'ont plus un-e faute a comlmettre.
Mame. enl se h~ouchlant les !-eux et les ulreillesl comment nie pas voir et ne:
pas' eneltendre quI~'uneL vague de miconltenltemnent et de colere soulbre a cette:
heure le pays; tout enltier quli nie saurait Stre apaise qlue par une satisfaction
imnu~lnediat : t qlue pocul r empc~herla r3 v\olle des con~cienlces de de~gereurc enI
conflict sanglant. ce: n'est pas trop de l'accordl der tus les h~ons citoyens!
On a hietaltil dlit dl'impu~lter al des mneneurs~ cette explosion? de 1~exasper-ation
popul"'aire Mais qluel hcnunei der ban,1 sens admiettra qlue la priotestation contlre
les taxes inlternle s urait e~te aussi unlanimle. Si elle nie co~uvait depaLis lonlgtemp~s
dans les rlme~s !... Ce sonlt nl'en doutez pas, les consePquences de l'Emprunlt
qlui se deroulenlt, telles qu'avant le v'ote. onl pouv\ait les pridire a coup, stir La1
mise-re et la gi~ne: g~nirales nie sont pas unl mythlet mnalheureusemenIt nli
uine supposition gratuity le prlojet de les aggrav-er par de nlouveaux imp~ts !...
Prenant la situationl teller qlu'elle est. des Hai'tien uniq~uemlent soucieux
die l'ave~nir de leur patriet. ourt considered qlu'il y- aurait danger a laisser grossir
jus-qutau daesespoir la clamneur des moeurt-de-faimn. et se portant au-derant de
la foule dansR un fervent desir de pre~servatio n social. ils se senlt retSOlus i
lui faire qluitter les chemins de tr~averspe et a la guider sur un terrain solide,
v-era la realisationl pacifique d'uni de nios desiderata niationaux : la reconsti-
tution des chambries legislatives. etaybez par la difense de institution commu-
nale et la restauration de la Chambrie des Comptes
Voili ce qu'onlt meldite ces- tenebreux agitateurs de P'~nion Patriotique!
Voilhi les no(irsi dese.iins~ qu'il.; denlonenltt eux-mnlemes a la vinidicte publique et
dont ils v'ont )our.SUirrle aul grand jour l'accomplissemenItt avec l'aide de D~ieu
et le concourse des hommies de honne v-olonite. La reu:nion d'aujourd'hui n'an
dl'autre ob~jet qlue de vocus assoieO.r tous. (.itolens. citoyernnes. a cette weu~re
der sauvetagre national !
Nous nle risqjuons rienl a l'enltreprenldre. Que nlous :eussissionls a. avoir danls
les chambres des di~put~s et des sanateursl conlscientx de leur devoir enverj
la nation et dicidis a le remplir. int~gralementt c'est le retour a 1'ordre
16gal. la fin de cette anarchie gouvernementale, on s'Ppuisent les forces vives
de notre pay;s ; c'est un element de contrble reintroduit dans la directioni de
nos affaires publiqlues: c'est la gOarantie d'une gestion plsj s~vi~re de nosi
inte~rits Qui oserait soutenir. qu'un~e telle entr~eprise poursuivie dans unl large
esprit d'apl'"semlent. nnesit pasi dignle de l'effort concentre des gens de hien ?.
Que, au pis aller, nousi Cchouions, unle detente ne se ser~a paJ moins pro-
duite dans.1a~tension actuelle des esprit : on aura eu trois mois pour reflechir
de p'art et d'autre. Une distraction p~uissante aura pendant ce temps donnt
un autre cours aux pri0ccupations quotidiennes. Ce sera autant de gaagns
sur la fi~vrelqui nous agite. L'aventure ne deviendrait vraiment p~rilleuse que
si les Gouvernants, les premiers intbress~s a son succbs, avaient la folie de se
jeter A la traverse !





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE


De mauvais conseillers, qlue la crainte de perdre leurs avantages per-
sonnels tourmente jusq~u'a l'angoisse, affectent de dresser sous lears youx les
elections 16gislatives comme un epouv-antail, un spectre terrifiant qui n'appa-
raitrait qlue pour sonner le glas de toute l'elite social, pour d~chainer ce
qlue ces aristocrates de fraiche eclosion appellent << la populace >> contre les
personnel et les propriet~s. A lire leurs gazettes, y.ous diriezs meme qlue c'est

Nous connaissons, MM. cette tactiqlue. Clest la meme dont se servent les
ennemis de la nationalitP hai'tienne pour demontrer qlue l'occupation 6trangere
est indispensable a notre s~curiti. en ce sens q~u'une fois les occupants parties,
notre premier geste serait cle nous entre-dev\or~er Qu'en savent-ils, les oiseaux
die mauvaise augure ? Qu'est-ce qui les autoripe par advance et par pur hypo-
these a taxer de faiblesse ou d'incapaciti le gouv:ernement national de dlemain ?
En1 fait, a qjuoi se reduisent les < lanits de Jacmel et de Marigot ? quelques h~ousculades. quelques cris, qualifies
de seditieux par la Police. << A has Gouvernement pantin A h~as les taxeas
internes A bas l'occupation >
Pas plus... On aurait peine a le croire, si les relations des journlaux offi-
c~ieux, peu enclins a manager l'opp~osition n'eitaient la pour l'itablir sans con-
teste. << Eh q~uoi vous dites-vous, c'est ai cela qlue correspondent tant do
reScriminations et de jeremiades, un affolement si complete Faut-il qlue cej
grens-la aient pris I'habitude de compter sur la passivity die la foule ou qu'ils
se sentent mal a l'aise dans leur a uv~re de ruine et de mort ,>. M1essieurs, si
au course de la prochaine champagne electorale, 100, 200, 500 gouvernemen-
tauxr venaient, le soir, hurler a la porte de l'un d'entre nous : < Conspuez
Sylvain !... Vivent les taxes internes > en battant la charge sur tous les fer-
b~lancs de kirozine qlue la place pourrait leur fournir, y;ous series sans doute
contrarieC dans votre besoin de sommieil. j aurais peut-etre la tentation d'en-
\-oyer a tous les diables les tambourineurs, mais nlou n'ep~rouverions ni lej
uns ni les autres l'envie de nous deguiser en gendarmes, nii d'aller connaitr-
les douceurs d'un voyage en aeroplane !...
Je ne serais pas loin de penser, q~u'au fonld die toutes cas criailleries, tro;,
bruyantes pour itre sinceres, il n'y ait ,surtout le calcul m~chant d'amenter
l'occupant et sa loi mnartiale contre les Haiitiens dissidents. Aveugle, triple
av~eugle qui ne voit pas qu'un people enchained p~ar surprise, des qu'il pren I
sur lui de briser ses fers, n'est plus qlu'un fleuve qjui roule Qlue peuvent peser
dans le torrent des futurs evenements les petites combjinaisons de nos avortons
po'litiques. jouant au Machiavel ? Nous nie reclamons$ qule c qlue les lois nious
accordent, mais nous nous y tenons fermement. Et lors meme qlue l'exercice
die la liberty s'accompagnerait de qluelque licence. serait-ce une r~aiso~n de la
supprimer ? S'il n'y avait de droits consacrbs qlue cellx qui ne soult pas sus-
ceptibles d'abus, combien nous enl resterait-il ? De mime qlue le droit de
suffrage electoral est un des attributes essentiels du citoyen, de meme le droit
a unc representation national est un trait distinctif du regime qui condi-
tionne notre soci~td politiqule, democratiqlue et representative par etssenlce.





GEORGES SYLVAIN


A la baUse dlu drloit moenuk Ile est le libre cons~llenteenlt. 11 n'y a pas de loi,
pas" de conlstitutio nl qui ait pu" changer note regime politique s ins note vo-
lonlti lib~remenclt mianifestee. (Wmollccratiquer et rep~raesenatift il etait depuis l'ins-
.titution de niotre Rep~lublique. -- dinocrlatique et rel~presetatif il est rested,
mibme sous 10 simulacre de c~onstitution dont nous a gratifiiA la fantaisie d'un
Sous-Secrbtaire dl'Etat des Etals-Elis.. tomb6 depuis. dit-on. a l'6tat de de-

11 est det Irbgle. l n malibre dl'interpreltatu tion de lois, queL quand" dansl une
mefme loi derux textes se contrelisenlt, seul prel\aut danis I'applicationi celui qui
a la portee la plus generale. D~ans~ notre r!systime constlitutionnlel, trois P~ou-
voirs : Executift Legrislatif, Judliciairel exercenlt la souverainerte national. Its
sont independalnts I'uni de l'autre et leur re~unionl constitute le Gouv~ernement
de la Repub~lique. Que I'un ou ftautr~e fasse defaut, tout le sy.ste~me est faussP !
Le P-ou\-oir Legrislatif s~exer~ce par une Chambre des Deputes et un Senat,
elus dans des conditions ditermineess par les citoyen pourvus du droit de
suffrage. 11 nie peut depenidre du caprice d'un detenteur de I:autorite executive
que le Pouvoir Legislatif fonetionne ou nie fonetionne pas, ni qu'aux Olus do
p~euple soient substitute~ inld~finiment des fonetionnaire; r~\vocablea. Si un texte
le disait en pri~sence de tous ceux ou~ se troupe defini le systeme politique
qui nous regit: it devraitt etre teniu p~our nonl ecrit car il Cquivaudrait a subor-
donner f'un des pouroirs a ftautrer ou a conferer a P'Exicutif la faculty de
decider s'il y aura on s'il n'yr aura pas" de gouvernemnent. Or,; nous voulons
nlous: q~u'il y; ait un grouvernlement, p~arce que nlous voulons qjue, libere de
f'anarchie, notre p~ays \-ive, se reli~ve et prosper~e Nous le v-oulons pour I'avenic
de nos enfants : nous le voulons et nous l'aurons, a force de le reclamer,
parce qlue c'est le droit, c'est le bon sens et c'est f~inlteral de tous ceux, Hai'tiens
et etrangers, qui out mis dans ce pays leurs raisons de vivre !...




PROTESTATION

De graves nouvelles nous arrivenit du Cap. P-our avoir voulu, sous I'au-
torite des lois, rassembler paisiblement la population de cette ville et I'en-
tretenir de ses droits et de son devoir envers la patrie, nos colleagues Auguste
Albert. J. Jolibois. Elie Guirin, Edouard B~n~dict, Ont 6t6 incarc~r~s par
I'ordre des agents mnilitaires des Etats-Unis. a Iinstigationl du Gouvernement
de M. Louis Borno.
Nous protestons avec la plus vehemenlte indtignationl contre cette nlouvelle:
provocation i la revolte. contre ce nouveau d~fi lance a la patience du Peuple
Hai'tien
Toutes les sympathies de la Nation sont pour nos vaillants amis: victims
de la Force brutale. Mais nous exhortons, maintenant plus que jamais, les:
populations de la R~publique a ne pas tomber dans le pie~ge grossier qui leur





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 9


est tendtu, en se p~retant a la tentative de dliversion, dont a besoinl un Pou-
\oir aux abois !
Qu'elles restent confiantes dans la justice de notre caused fermemnent deci-
de~es a aller jusqu'au b~out de leurs droits 16gaux, et nous aurousraison de nos
p'ersecuteurs!
Port-au-Prince. 17i Octobre 1923
P-our le Comite die l'Unio~n Patriotique
Geor~ges Sylvain

Port-au-Prince. 12 N'ovembre 1923
Monlsieur le Juge d'Instructionl
Emm. Beauvoir
Au Palais de Justice.

Magistrat,
Occupant pour les citoyens Antoine Pierre-Paul: G. Petit, Jolibois Fils,
Elie Guerin, detenus dans la Prison de cette ville, dite Pinitencier National,
sous la prevention de diffamation et d'outrages envers le Prisident de la
R~publiqIue, les avocats soussignbs ont I'honneur de vous exposer qlue par
l'ordre des officers de la Gendarmerie pr~posbs a la g~arde de la dite Prison,
les dlbeteus ci-dessus dinommesj ne peuvent recevoir ni paper, ni plume, ni
enlcre et se trouvent ainsi prives de tout moyen de corresponldre soit avec
leur~s av-ocats si. en dehors des jours ou ils sont appeles a votre cabinet d'ins-
truction ils ont a faire des communications utiles a leur defense, soit avec
leurs parents on amis, si leurs intbrits priv~s exigent leur intervention immC
diate. On leur refuse mime des livres pour se distraire, comme c'est arrive
la semaine dernie~re a M. Pierre-Paul.
Cette fagon de seq~uestration, ou le ge61ier de la Prison et ceux dont il relive
prePtendent tenir des citoyens sur le compete de qlui la justice n'a mime pas fini
d'infor~mer, qui ne sevnt qu'en elat de dletention preventive pour pretendus
delits de press, constitute une fausse assimilation avec le regime des con-
damnes. 11 n'y a pas de pays organism selon les prinlcipes de la civilisation
modernle, ou administration des prisons use de tels procedds en cas sem-
blable, partout ailleurs oil fonctionne un gouvernement qui tient a meriter ce
titre: les autorit~s administrative se font un point d'honneur d'assurer touted
protection et tous dgards aux inculphs, a l'egard desquels s'exerce une prC-
somption d'innocence, tant q~u'une sentence de condemnation definitive n'a
prononce leur culpability.
Nous nous plaisons done a esperer, Magistrat, qu'il nous aura suffi de
v-ous signaler les faits dont nlous nous plaignons pour qlue, ports par vous
a la connaissance de ceux de q~ui relive le regime des prisons, if y soit prompte-
ment avis8 et pourvu, conform~ment au droit.
Veuillez agrber, Magistrat, toutes nos civilitbs.





GEORGES SYLVAIN


Extraits de la plaidoirie pour Jolibois, Guerin, etc...

...Je passerai brievement, Magistrats, sur les circonstances particulieres
de la cause. Peut-ttre sous le couvert de dilits de press hypothetiques nl'a-t-onl
vise surtout qu'a dissimnuler un abus de la force puar et simple : le besoin
d'arri~ter cotizte que coiite la triomphale tourn~e de conferences contre: les
taxes inter~nes enterprise par Jolibois et Guhrin assists de B~ln~dict a traverj
le pays. On a pense qu'il fallait faire diversion, prendre contre les fourriers
du nationalism une revanche facile, reliever v;aille q~ue vaille le prestige va-
cillant de l'AutoritC. Les agents militaires des Etats-Unis onlt ouvert d'ab~ord
le feu des arrestations, mais leur inlitiativ;e n'a pas eu tout l'effet qu'on en
attendait.
La population du Cap a pris parti pour ses hotes, I'ordre est venu de~
WXashingaton de rellicher les prisonniers.
C'est alors que IMr. le Commnissaire Thimothee Paret a regu. a sonl tour.
pour instruction de ses chefs de mettre en mouvement la nlouvelle machine de
guerre edifice contre la press par le Conseil d'Etat pour remplacer la loi
martial des Occupants etrangers et faction de leurs Cour~s Prev~tales. Sur
sa requisition, escorts de gendarmes ar~mes jusqlu'aux denltf, b~attus plar la
p~luie, transis par le froid dans leurs veitements de toile lege~re. les pieds dans
l'eau au passage des rivibres et dans la bone dtes terrains mouvants. menotte~s
et enchlaines l'un a l'autre comme des bandits dangrereux, les deux prisonlniers dlu
crime de journalism ont Pt& transfers du Cap a Port-au-Prince.
On s'avisa, a leur arrivee, qu'il etait utile que des manldats leur fussenlt
signifies. Jusq~ue la, on les avait fait voyager sans I'accomplissement de celtt
formality. Entre temps, afin de donner plus d'importance ai l'affaire, Pierre-
Paul, inculpC d'amitiC pour Jolibois, et les grants du Courrrier Haidlen etaienlt
a tour de r81e, bcrou~s au P~nitencier de la Rue du Centre.
L'affaire une fois d~f~ree a Mr. le Juge d'Instruction Beauvoir, nlous a~onls
presentC a ce Magistrat une requite de mise en liberte Immbdiate et sans
condition, en vrertu des Arts. 16 de la Constitution et 80 du Code d'Instruction
criminelle.


...Vous nous parlez, Mr. le Commissaire du Gouvernement, d'ordre social.
d'interet national, de morale, de prestige a sauvegarder ? Qu'est-ce-a-dire et
comment I'entendent v;os chefs hiirarchiques ? L'ordre social, selonl nos
vues, c'est la justice gale pour tous et au-dessus de tous, s'imposant a tous.
la Loi << expression impersonnelle de la Souveraineti: nationlale >>
L'int~ret public, comme nous le comprenons, c.'est la cessationl du confllit
entire la Nation et ses dirigeants. N~i autocratisme, ni oligarchie ; la restau-
ration des pouvoirs de contr61e, les elus du people exergant leur droit de
participer a la defense de ses interits et comme consequence l'apaisement dans
l'unite national reconsti~tuee, gage et prbludet de la marchle collective v;ers
la liber~tC et l'ind~pendance





DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE 9


N\otre conception de la Morale, c'est la fidelity a la foi juree, I'observance
scrupuleuse du serment solennel prite sur le cadavre du Christ crucified, c'est
die nie pas mentir a sa conscience ne pas faire du hien promise a la masse
paysanne, aux illettres, aux eternels d~sherit~s du hien-8tre et du savoir, une
rubrique d'exploitation pour permettre a quelques Pcumeurs exotiques de s'en-
graisser aux depens de la vache hai'tienne.
Voila pourquoi nous sommes devout ; nous autres qui ne saurions con-
sentir a abdiquer la conduite de nos destinies, notre honneur de people et
ntotre dignity d'hlommes aux mains d'un tuteur stranger. Et quel tuteur Le
dernier dont nlotre race puisse attendre aucun sentiment de fraternity, qui
ne veut v:oir enl nous qlue dles animaux d'un type special, d'un degree on deuxr
au~-dessous du chien.
Voila le programme que nous avons inscrit sur la flamme de notre dra-
p'eau deviant lequel marchent a l'avant-garde < Jolibois et consorts >
Que, a l'heure de la Providenlce, surgisse un Chef d'Etat au cerveau
solide, un Hai'tien un vrai au coeur vaillant, pour le d~ployer au-dessus
die nos 18tes, le people entier le suivra, sans qu'il ait besoin de chercher
ailleurs qlue dans son devouement au bien public sa force et sont prestige.
Car ce sont les fautes des dirigeants qui font la popularity des opposants.
Un pouvoir qui. malgre l'appui des mitrailleuses nord-americaines, en est
1.reuit au bout de 8 ans aux lois de violence et d'exception, peut prendre son
dleuil de l'autoriti morale, du prestige que donne seul le souci constant de sa
dignite Plus il s'acharne a faire des victims, plus il les rehausse dans l'es-
time publique !...
Savez-vous comment au Courrier Hai'tien se recratent les soldats de la
Lib~ert6 Parmi les jeunes hommes attaches au service du journal en
tout bien tout honneur on tire au sort qui sera ge~rant. L'k1u du sort une
fois incarc~rP, le suivant prend sa place. Quatre se oent ainsi succ~de dan;
I'inltervalle de quelques mois. Les autres attendent leur tour.
La manie~re forte contre les tenants de la press ind~pendante n'a jus-
qu'ici donned qlue des risultats n~gatifs. Qui le dit ? Le Commissaire du Gou-
vernement pre~s le Tribunal d'Appel de Port-au-Prince en ses defenses au Tri-
h~unal de Cassation. Quand ceux qlui persistent a en user vraiment voudront-
ils enlfin se rendre compete que le plus stir moyen de riduire au silence leurs
adversaires serait de changer de conduite ?
Si tel doit itre, magistrats, I'effet durable de volre prochain arrit, qu'il
luise done sur nos tristesses, sur nos rancoeurs: sur nos angoisses !



R~publique d'Ha'iti

L'An mil neuf cent vingt trois, an cent vingtieme de l'Inddpendance et
le dimanche 23 D~cembre a une here de I'apre~s-midi-----





100 GEORGES SYLVAIN


Nous, Jules Antoinle Clerger, President du ComitC nlationaliste de la com-
mune des C~teaux, y domicilie ; N. Sandaire, Pr~sident du Comit6 Nationaliste
die Port-a-Piment, domicilie en la dite villle ; Erosy Melse, Pr~sident du Comiti
nationalist de la commune des Ch~ardonnieres, y domiciliC. Marion Dufanal,
President du Comite nationalist des Anglais, y domicilib ; les deux derniers
absents, les premiers se sont charges d'operer en leurs noms, avec persuasion de
leur satisfaction: assists de N. S. Gregoire, secretaire du Comit6 nationalist des
C~iteaux, sommes express~ment r~unis au local de nos s~ances. a I'effet de
nous constituer en comity regional de l'arrondissement des C~teaux et choisic
dans notre sein des citoyens dignes d'Etre candidates au Stnat et a la Diputa-
tion national vu l'approche des elections du 10 Janvier 1924E (ann~e paired
pr~vue par la Constitution pl~biscitaire du 12 Juin 1918).
Le but de notre reunion expose, il a ete unanimement arrate que Mon-
sieur N. Sandaire, ancien Sinateur de la Rbpubliqluet fasse sa declaration de
candidature au Senat pour le D~partement du Sud ; M. Raoul Desrouilleres.
domicilie a Port-a-Piment, arrondissement des C~teaux, commergant de pro-
fession, fasse la sienne comme candidate a la Ddputation national, pour cet
arrondissement, chacun au greffe du tribunal q~ui le concerne.
De tout qluoi nous avons dressed le present proces-verbal en double ori
ginal, les jour, date, mois et an q~ue dessus et avons signC avec le candidate
Raoul Desrouilleres qui nous assiste.------
Deux mots r~etouch~s bonls et on mot rayei nul, danis l'original.
Ainsi sigon6 : Clerger ; Sandaire ; Raoul D~esrouill~res ; N. S. Gregoire.
Ensuite est 6crit : nalistes ci-dessus consignees dans ce present proc~s-verbal. Sign6 : M. Dufanal.
<< Je ratifie la decision des Comitis nationalists de cet arrondissement, con-
sign~e au present prociks-verbal : E. Melse Fils.,--
--Pour copie conforme.------
Le Secretaire du Comiti nationalist des C~teaux.
N. S. Gregoiret.

C~teaux. 27 D~cembre 1923
A Me. Georges Sylvain, avocat,
President de l'Union Patriotique de la Capitale,
Port-au-Prince.
Honorable Concitoyen,
Les Comit~s nationalists de cet arrondissement, r~unis le dimanche 23
courant, se sont institutes en comity S1cctoral selon qu'll r~sulte du procbs-verbal
dont copie est ci-incluse. Le candidate a la magistrature communale des C~teaux
est Me. Dominique Ch~ronier, arpenteur.
Priare de fournir une note exacte au Courrier Hai'tien qui, dans son num~lro
du 20 D~cembre courant, a fait erreur. Il s'agit de : Ms. J. A. Clerger, notaire,




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