Quatre mois de ministère sous le gouvernement du général Légitime

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Material Information

Title:
Quatre mois de ministère sous le gouvernement du général Légitime
Physical Description:
44 p. : facism. ; 22 cm.
Language:
French
Publisher:
A. Davy
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24917925
ocm24917925
System ID:
AA00008907:00001

Full Text



















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OF FLORIDA
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MON PASSAGE AU POU.VOIR~ -.




Dans tous les temps la calomnie a hined ses traits
yempoisonnis sur les homnmes qui out occupy des
Sfonctions publiques importalntes, d'autant plus Apre
iis lespoursuivre que leur actieo dans les conseils du
g~ouvernement l'tait plus considdrable. Combien de .
citoyens eminents, pour prlix de leur divouement
~taux intirbts de leur pays, .des efforts qu'ils out faits
pour a~ssur'er'sa grandeur et~ sa prospi'rit8, out vu
leur nom traind dans la boue, et leur honneur jet8
en proie a tout ce qlu'une haine basse et envieuse
peut inventer d'outrages odieux et d'e diffalmations
dviles Malis c'est surtout aux $poques de trouble et
de revolution, lorsqlue les partis, parents h se com-
battre, luttent pour la possession du pouvoir, que la
calomnie .fait son oeuvre. Grlissan t partout son venin
mortall, elle est une ressource facile pour les ambi-
l ieux saus scrupules, les AImes sans pudeur` et saus
foi, qui grrouillent trop souvent au sein des parties,
s'abritant; avec hypcris~ie derriere le marieaur des
?cprincipes.













-? .a' ise, par la vlid-
:CeI~~~qt t j'ai 4tQ l'objet,.
~65~'1rts l~;i eti d- 'e 6tre fier,car
~~~~~~l itel~n ao pe:eji s r d~ans ma prrp~ra
c 116 e .~p~-iines ~ctojrndiogo
~:i~~~s4~,:~'~~.~.t 1n ous siassde iau grand jour,
Iele je pourrais me dispenser
i,:dds accusatiohs don't l'absurdit8 n'est'
~tp ar~ l aivaise foi. Le didain soul suf-
:M en'Ql~~ edu ihs6 que-les reptiles dk la ;:
~i~~lier leur salaire, se folt les idi- ;
,,,,,~ers~~as olial les de obs inepties. Mois j'i toujoure ::.
.pekd@ ues otalk ep~i~omme ~ppubi i coips u publicj': _
s..e ses action~ss~cin :cehi dost la boriscien'Ce est nette et ::
kn afl Teaitoujt~i ses adver-::i-::
i -le .simple expond' des faits, dissigier
an e ix'on voudrait amoneeler~ sur sa con'duite,
5?l,:.n~n~ ~ i~ 1 elifanf. de son souffle, disperse des bulls !j
d~' '':e :~on d ins Phgir.
expicaios seont braves : dans ma conuic-~:~i
tio pit do ios iiffiront en effet pour mettre en::-,
pl4 D 1e: 14t'et mles inteiftions,' qui out souuent :"
etd-: .d t~I 4et ?ma conduite au pouvoir, qui it'a
jan:it t daiis fortifier l'autoritd du president :
Ldeln e t 6 :et 18 p nibepes 'de nia politique qui se:,-.
d~.. f '~ri's un-d deni :d sW ide conciliation entre''








-5-
les divers parties de la Ripublique halitienne. ("est
dans cette fusion des esprits, et dans elle~seule, que
j'ai toujours vuI le salut de mon infortund pays, en
pr~oie depuis la guerre de l'Indipendance g tant
d'orag~es et de de~chirements: pllit Dien qu'il me
soit un jour donn8 de voir cette union des coeurs et
des volontis, si ndeessaire au bien de ma patrie,
union qui scule pourra lui procurer le repos apres
un sii~cle d'agritations et de bouleversements.
D~s mon entree datns la vie politique, cette pensie'
inspire: tous mes actes et constitute l'unir8 de ma
conduite avant mon arriveie au pouvoir commie pen-
dant la durde dte man minist.8re. Depuis cette dpoque
elle reste ma preoccupation dominant, le but
auquel tendent tous mes efforts. Mais on ne plait
nlux parties qu'en flattant leurs passions, et q~uand
un homme ne s'appuie que sur la raison et, negli-
geant les intir~ts personnecls, ne cherche jamais que
l'intiret supcirieur d~u pays, il est bient6t en butte
aux animosity's, parfois m~me aux persications.
Je ne tardai pas g en falire l'epreuve. Avec tous
les bons citoyens lassis du gouvernement du
president Salomon, je m'$tais r~allid aux hommes
d'initiative q~ui r~vaient d'affranchirr le panys pour
lui rendre la libre? dis~position de ses destinies.
Le 3 juillet 1888, un arr6td du grouvernement de
Salomon me rivoquait de mes fonetions de pro-
fesseur~ h l'Ecole national de md~decine et de phar-
macie, poste auquel j'avais 81td appeld en 1877 sons








-6-
la p'rdsidence de Boisrond-Canal, et dans lequel,
j'ose le dire avec un just orgueil, je crois avoir
rendu quelq~ues services et j'avais aIcquis des sym-
pathie8nom~breuses, don'tt je garde le pri8cieux sou-
venir. Comme on le voit,dids le dcdbut de monl action
politiqlue, je devais payer mes convictions par le
sacrifice d'tine position importannte et de mies inti-
rets personnels: mais qu'importe i l'homme qui
~place, avant t~out le, timoignage de sa conscience,
I'estime de ses concitoy~ens et le hien du pays !
Dans la lutte q~ui s'engagea aprbs la chute et le
depart du president Salomon, toujburs guidtd par les
m~mes sentiments pantriotiq~ues, je me demaundai
oil dtaient les viritables intir~ts de la1 Rdpubliq~ue,
qIuel Btait I'homme le plus capable do rda(:liser cotte
fusion des parties, condition indispensable i mes yeux
pour assurer tout i la fois l'ordre i l'intdrieur et
relever .1'autoritd dtu .gouvnernement vis-i-vis des
puissances Btrangibres. Telles sont les considdlrations
d'ordre general, entii~rement digagdees de tou~te
mesq~uine vue part~iculibre, qui m'atmenbront i sou-
tenii* la candidature du gdndrall Ldgitime, dont les
talents, le caractibre et les opinions, tols qlue j'nvois
pu les appricier, me paraissaicut tout a fait propres
i garantir le succihs d'une politique si ddsirable pour
le bortheur de notre belle patric. Mon concours le
plus di'voud lui fut dis ce moment aIcquis, comme
le prouvent les placards publids par mnoi i cotte
Bpoque, et qui contribuerent pourl une part impor-










tante h determiner son arrive'e au pouvoir. Mais dans
tous ces ecrits, q~ue l'on pent relire, la m~mr! idde'
domine constam ment, cello det l1 reconciliation entre
les fre~res divisis, et si, pour moi, ectte idee s'in-
crnanit dans le gr~ndral Ldgitime, ce n'dtait pourtant;
que par les voies Idgales sculls que je ddsirais le voir
parren~ir 6 la direction supr~imle de la Rdpublique.
Tel 6tait le sens dluns lequelje dirigrais mes efforts,
et les tdmnoigna~ges en subsistent tonjours. E~h bien,
c'est I'hiommne qui s'est montrd sans cesse le plus
dnergique pa"rtisatn de la~ politique d'union, 10 ddfen-
seur le plus rdsolu det la IdgralitC, qlu'on a voulu
imnpliquer dlans des evdnements f:icheux, oit on lui
pr~te unl rile qlui est prdeisimnent en opposition avec
toutes les id((esqcue, dils1 In ~romie~r jouir, i ; la dfenl--
dues, prdeon"isdes 1voC( une1( arldour etUIC une p Bersv-
r~ance qui noe se sonlt jumais di~menties. On exploite
la mort du gdndral Scdide Tcdidmaq~ue, on insinlue, en
termes values, it est Trai, c~olmme font tous les arti-
sons do mecnsongres, qlue je snis r'esponsahlo pour
ma part die la journcie du 28 septecmbre 1888, oil
Sdide Tdllmn que~n su1ccomba; souIs la\ mitraille, on
parlel de piidge tendu A la1 bone fai doe ce gdadra:l, et
I'on ne crulint pals die dire que! jo mec suis assoc~id A
des mancm~uvres do nature! A l surprcndlr e On noc
rd@pond point B des infamnics deoce genret: ma7 lovanti
est conniue, et jo ddfie. tons mes accusateurs de citer
une scule circonstatnce oft j'aic ma~nqud a la dr~oituzre,
h la sinedritd! des ctonvict~ions qui ont caracidcrise








-8-
toutes mes paroles et tous mes actes depuis que i'ai
pris uine part publique aux affaires de mon pays.
Mais qu'importe au calomniateur de fournir des
preuves A l'appui de ses assertions!i Mentir est son
Bliment et sa profession : pour pen qu'il y trouve
son profit, rien ne l'arr~tera, pas m~me la recon-
naissance qu'il doit i ses bienfaiteurs. Croit-on,
par exemple,- qu'un si Idger obstacle pouvait emph-
cher 11n journaliste de la trempe du sieur Charmant
de repandre sa bave mensongere sur le general Lggi-
time, dont il avait- sollicit8 la protection, qui l'avait
hibergi et requ B bras ouverts.
Voici un ex trait de cet article :

Intransigent du 5 octobre 188~9.

<< On vit avec ce premier meurtre ce que pouvait
I'hypocrite collogue de Sdide T414'maque, ce Deus
ex-machina, aide de seS acolytes les Canal, les Solon
Menos, les deux Prophete (Anselme et Joseph), les
Saint-Fleur Paul, les Sigur Jastram, les Piquant,
les Roche Grellier, les Maximilien Momplaisir, et,
avec d'autres qu'il serait long de nommer, cet ine~r-
gumbne Dardignac, que la fixreur incite en lui
par des femmes et des renigats de Jacmel, poussa
au tripas le 3 aodt dernier.
< cadavre que tant de crimes ont assombri nos contries
du Nord et Jacmel. Nous pouvons privoir i quelle










forge 1'histoire rougira le fer qui devra stigmatiser
les fi~onts de tant de criminals ; car ce ne sera pas
sans frdmir qu'elle promH~nera ses regards .svidres
sur nos planes convertes d'ossemnents. et ravagdes
par le for, nos villes et nos villages incendids, toutes
ces vies disparnes et jeties en piture B l'ambition
de Mi. Ligritime; et ce ne sera pas sans horreur
qu'elle contemplera ce gouffre biant creus8 dans le
trisor public que des ministres et des soldats in-
fiimes out mis g sac.
Autant il diploie maintenant d'audace insolente,
autant il se montrait alors humble et rampant, aprbs
la capture de l'Haytian Republic, vaisseau sur lequel
il s'dtait rIfugi$. On le vit implorer le general Ligi-
time, qui par maon entremnise, cut la bonde de fair~e
payer ses notes d'hbtel. C:e m~me Charmant sollici-
tait avec instance l'nutorisation de fonder un journal,
pour le consacrer, dissit-il, h difendre la politique
du general Ligitime, non pjs garatuitement, cela va
do soi, mais avec une subvention assez large pour
al~imenter son divouement. N'est-il pas triste pour
la ville de Jacmel qui c~omp~te au nombre? de ses ci-
toyens les Mdgie, les Dabady, les DulcinB Jean-Louis,
le~s Voltaire: Jasmin, qui sont un honneur pour elle,
dl'avoir pr~oduit aussi Charmant ?! Il n'est pas malhen-
reusement le premier qui pratiq~ue cette maxime :
que f'ingratitude est l'indipendance du coeur, et
qu'on ne doit plus rien que l'insulte B l'homme qui
a eu la malechance de bomber dix pouvoir.








-- 10 -
Je me suis trop occupC d'accusations dont la~ faus-
seltd et I'infamie slutent nux yeux, et de leur pro-
pagateur, qui ne mirite q~ue mon mdpris et celui
des honnetes gens. Je reprends le recit des faits qui
me concernent.
11 est inutile d'insister sur des dvdnements qui
sont parents Q la m~moire do tous :le pays tout
entier pent rendre timoignage' de ma conduite lor~s
de la latte deplorable qui s'engagea entire le gidnBIall
Te'limaque et. le gindral Ligitime. Quelle inergrique
activities quels efforts n'ai-je pas diployds h ce
moment pour amener une reconciliation entree le
parti national et le parti liberal! A-t-on perdu le
souvenir do ce placard oh, daus les termes les plus
pressants, je conjurais les nationaux, les libdraux
baselaisistes, les canalistes, d'oublier leurs dlissen-
tiinents, les intderts spicioux de leur par~ti, pour ne
voir que l'imagee auguste et salcric de la patrie, q~ui
souffrait de leurs divisions ? H('las mon appel ne
fut pas entendu : ce n'est pas q~uandl les pas~sions
sont en pleine effervescence q~ue la1 voix qui parleC
d'union et de patriotism peut atro dcoultie? Muisi
quand le sera-t-elle, parmi les clamours des pa:rltis
toujours debout pour le mallhear du pays, plus
achrnmis que jamais g se combattre? Quand un delair
de bon sens et de vertu civique arr~tera-t-il des
fureurs qui ruinent la patrie? C'est le secret de: l'ave-
nir :faisons quand m~me notr~e devoir sans nousu
dicourager.










Tel fut mon rble jusqu'au jour oh la confiance du
gindral Ligitime m'appela, par dderet en date du
10 dicembre 1888, dans les conseils de son gon-
vernement en q~ualitd de Mlinistre de l'Instruction
publique et de l'Agriculture. J'ai diji dit quelles
raisons, toutes puisdes dans mes propres principles,
m'avaient fait disirer que le pouvoir fst confid au
gindral Ligritime. Mais je n'avatis point attendui le
moment de son triomphe pour lui offr~ir mon con-
cours le plus di'voud. Lorsque lui-mbme, persicute
par le president Salomon, fut oblige de partir, j'avais
tenu h lui confirmer de nouveau q~uels Btaient pour
lui mon respect et ma sympathie, et le jour m~me
de son depart, je lui adcressais une lettre oh je lais-
sais parler mon coeur. Le gindral Ligitime voulut
bien se montrer sensible ii cette affirmation d'une'
amitid sinc81re, comme en fait encore foi la lettre
qu'il m'adressait le 31 dicembre 1888 : << J'ni it8
< perpsieutd, me d~isait-il, et, dans mes moments
<< d'dpreuve, yous vous btes montred divoud a ma
<< per'sonne. Aussi ai-je pour vous une estime toute
<< particulibre a Du reste it peino arrive h K~ingston,
it m'avait adressi ddjh, en date du 5i juin 1888, une
lettre. conque dans les terms les plus challeureux,
dont je no veux citer q~ue ces mo0ts : a Vous avez
a fait pour moi aux jours des difficultis, ce q~u'un`
a frbre, un bon fribre cht fait pour son frere u ; et
plus loin : a Vous n'8tes plus simplement un ami
<< pour moi, mais un parent, un autreo moi-m~me.








-12 -
T'arrivais done au Ministere sous des auspices
que je pouvais croire favorables, hlonord de l'estime
et de la conflance du chef de l'Etat, qlue j'aimais et
que j'admirais moi-mgme profondgment. D'un autre
catd, mes principles Staient connus, je les avais
affirmisl trop hautement et trop souvent pour qlue
le moindre doute prit subsister h cet regard. En m'ap-
pelant au ministbre, le gndural Ligitime savait
parfaitement quelle politique je t~cherais de faire
prdvaloir et je lui consei-llerais d'adopter : elle n'dtait
autre que la sienne propre, celle, meme qui m'avait
rang 9 ses c~tis pour lui confier la direction de la1
R~publique. Les circonstances, certes, 8taient diffi
ciles : pregnant pritexte de la morr du gi'ndral Tild-
maque et de la ndeessite de la venger, la rdhellion
s'agitait dans le nord de la Rdpublique ; I'esprit de
caste et de couleur, tant de fois nuisible h la bonne
mar~che des affairess dans notre patrie, manifestait
I'intention de reprendre: ses intrigues habituelles
pour la satisfaction de: ses vues particulibres.Le g~ou-
vernement se .trouvait done en face d'un triple pro-
blbme B re'soudre : calmer l'agitation des espr~its,
ramener l'ordre et l'union dans les diffe'rentes classes
de la socidtd~; soutenir une guerre sdrieuse, on plu-
tbt emp~cher une insurrection, qui se colorait de
beaux semblants, de prendre une extension grave,
en agissant avec rapidity et decision ; et pour atteindre
ce resultat, trouver les resources financieres indis-
pensables, au besoin les crier dans l'6tat de disor-









-- 13 -
ganisation otx le gouvernement avait trouv8 toutes
choses.
Telle itait la tlche ardue et considerable qui se
dressait devant le gindral Ligitime et les ministres
qu'il appelait g partager avec lui le thrdeau du pou-
voir. Que fallait-il faire ? Quelle march adopter ?
Dbs le premier jour, avec la franchise et la decision
qui sont dans mon caractbre, j'indiquai les moyens
q~ui me patraissaient, je ne dirai pas les -meilleurs,
mais les seuls capable d'assurer le succes, et la
suite des dvinements ne m'a que trop donni' raison.
11 serait trop longs et du reste il n'est pas nices-
saire de raconter en detail toutes les delibe'rations
du gouvernemnent et les measures q~ui en furent la
consequence. Mlais j'ai le droit de resumer le lan-
gage que j'ai constamment fait entendre au sein du
Conseil, et qlui, comme on le ver~ra, fut toujours con
firm' par mes actes, car pour moi la parole et l'ac-
tion ne foot qu'un. Ici je tiens h faire use ddela-
ration. N'ayant d'autre but, en derivtant ces pages
rapides, que de rdpondre g des attaques injustes et
passionnies, j'8viterai tout ce q~ui pourrait res-
sembler ;i des recriminations inutiles, quoique jus-
tiflies peut-&tre. Je tairai beaucoup de choses qui
pour~raient embarrasser plus d'un personage poli-
tique. Je ne dirni que ce qui peut Btre utile pour
ma propre defense, pour bien $tablir quel fut mon
v~lritable rble comme ddpositaire d'une portion du
pouvoir, et pour digager ma responsabilite' dans les










causes qui out amend la chute du gendranl Ldgitime.
Il me sera facile de montrer, du moins je I'esp~re,
sans entrer dans le ricit minut~ieux des 8vinements,
que le gindiral Ldgitime n'est tomb4 qlue pour n'avoir
point adopt avoc assez de hardiesse et die suite la
politique que je lui conseillalis. N~e m'est-il pas per-
mis de l'affirmer sans prisomption, puisque la
march oppose avant privalu, a1 permis enfin le
triomphe de I'insurrection dout les chances au dc but
paraissaient pourtant midiocres? e devrai citer
certain noms et certain faits, mais alvec la reserve
compatible avec les nMcessitds et les droits d'une
Idgitime defense. Encore une fois, monl intention
n'est pas d'empidter sur les attrib~utions de l'histo-
rien en racontant les Bvdnements, mais soulement
d'exposer mes idees, mon action personnelle, la
politique qui, suivant moi, devait assurer le salut
du pays, et de faire ressortir les obstacles qu'elle a
rencontris dans l'entourage meme du general Lcigi-
time et jusque chez quelques-uns de mes coll8gues
du Ministere. Je serai bien oblige alor~s d'indiquer
en quelques traits les hostilitis sourdes auxq~uelles
je me heurtais a chaque instant tant que je ~fus au
MIinistre,~e point de depart de l'achrnmement avec
lequel: on m'a poursuivi, lorsque je fus fored de risi-
guer mes functions. On ne craignit pas meme d'in-
criminer ma probity, et sur ce point encore, je
rdpondrai victorieusement.
Cela dit et malintenant qu'anoun doute ne peut










planer sur mes sentiments, j'aborde la second
partie de la tache qlue je me suis imposiet. En
termes courts et precis, je vais essayer le tablelu des
idcdes qlue j'apportais au pouvoir, de la conduite
qune j'y ai te~nue, de l'attitude g mon Qgard de plu-
sieurs membres du Mlinistbre et des resultats
funestes qlue pr~diuisit :i la fin ce d~faut d'entente
nu sein mInme du grouver~nement, cause de mol-
lesse et dl'indicision dans la direction des affaires.
Que~ls farenut mon attitude et le! Inngage qune je
ne ecssai do th~ire entendre dans les di~libdrations
du Conlscil dies sderdta\ires d'lhalt.. On mle permettra
d'en dlonner ici la substance. Depuis la conquate de
l'indtl"dpondace en 4s09, disalis-je, le mal profound
qui range la Rdpubliq~ue haltbienne, est I'extr~me
division des par~tis, a\limeontde par les prijughs de
caste et de couleur; devant les convoitises de quel-
ques puissances 4trangbres, ce mal pour~rait compro
mettre l'existence mt~mo de la pat~rie, si l'on n'y;
applor`tait un prompTt remb~de. Et q~uelpeut Otre celui-
ci, si co n'est qlue tous los hommes d'intelligence et
de cacue, qiue notreu p"YS complte en grand nombre,
so digag"eant dos mistdrables pa:ssions de parti, com-
prennent enf'in la ndeessit8 d'une large politique de.
conciliation, capable de satisfhirie les esprits raison-
nables dans les divers camps jusqlue-lh si opposes?
Mal~is pour alssurer le succbs d'une telle politique,
p'our tr'iompher des difficultis du moment et pos-
sider la force de briser les obstacles et les mauvaises








-- 16 -
volontits, trois qualitis sont nicessaires au gouver-
nement, I'initiative,. la fermeti et la moderation.
jL'histoire tout entire prouve qu'aux Bpoques ora?-
geuses surtout, sucun gouvernement ne peut se
soutenir s'il est depourvu de ces qualitis essentielles.
Par l'initiative, j'entends qu'en toute c~irconstance,
le gouvernement doit savoir precndre avec pr~ompti-
tude les risolutions qu'il juge les meilleures et les
exe'cuter avec inergie. Le gouvernement feral
preuve de fermet8 si, tout en restant lui m~me
scrupuleusement dans la Idgalitd qu'il ne doit jamais
franchir, il sait imposer i tous l'observation des lois
et le Pespect de son autorit8 que, sur aucun'point,
il ne doit jamais laisser amoindrir. E~nfin, dissis-je i
mes collogues ainsi qu'au gindranl Ladgitime, nous
ferons preuve de moddration, si nous ne gouver-
nous pas exclusivement en faveur d'un parti, si tous
les citoyens peuvent computer stir la justice et I'im-
partialit8 du pouvoir, si, laissant de c~td toute
rancune et toute idde de vengeance mesq~uine, nous
sommes moins to~urmentes du disir de contrbler le
rble jou8 par chacun dans les lutt~es ulntdrieures, que
de cefui de grouper autour du gouvernement le plus
grand nombre possible d'adhisions, pourvu qlu'elles
soient loyales.
Telle est hiligne de conduite dont je m'dtais fait
aupr~s du Prdaident et dans le Conseil le champion
risolu, i laquelle pour ma part je suis recstd invalria-
blement attach. Pour s'en convaincre, it suffit de










consulter la collection du Moit3,ieur, official: on y
verra que, touts les fois q~u'il fallut recoupri a des
measures inerg~iques sans cesser d'8tre Idgales, je dus
on en prendro l'initiative ou en assumer I'exdcution.
Rien sans doute no fut jamais fait que d'ap~r~s une
decision prise ca Conseil des secritaires d'Etat,
ma~is la plupar~t de mes colli~gues, jugreant a propos
de fair les responsabilittas, trouvaient inginieux de
laisser tout A man charge, 6 tel point q~ue, pendant
une pdr'iode, j'etais presque? le seul ministry charged
d'exdcuter les resolutions votes en commun.
Hieuroux encore si les autrles, qlui se bornaient pres-
queC a dilibercer, n'cussent point entrave: mon action
10 plus qu'ils le pouvaient, soit en essayant de me
miner dans la1 conflance q~ue voulait hien m'accorder
le gdndral Ldgitimec, soit, dans certaines discussions
importanltes de la Chalmbre, on me laissant seul on
face d'interpellateurs, pout-8tre secretement d'ac-
cord avec eux-mafmes.
Dns ficot ordlre d'iddes, jo me bornerai, come
example, 6 citor doux faits. Le p~remier est la1 dis-
c~ussion 4 laiquelle donna lion, dans la stance du
1'2 avril 18803, 10 projet de loi sur'1~ la aturalisation
des Btrangers. Jo dus soul *cn soutenir le poids,
comme si cotte loi n'edt point itd dilibrdPe on
Conseil, au tditriment du principal de la solidarity
ministdrielle. La ndecessitd en Btait pourtant divi-
dente en presence dcs intr~igues d'un trop grand
nombre de personnel de nationality itrangbre, de
R.-G.








-- 18 -
leurs tentatives pour intervenir dans les acies dlu
gouvernement et peser sur ses resolutions : ce q~ui
prouve mieux que des paroles combien les mesures
proposes par moi dtalent ur~gentes, ce sont les
expulsions auxquelles a ddr recourir le, gdndrl'o
Hiyppolyte lui-mmern depuis qu'il est maitr~e du
pouvoir,
Deux autres soances intiressantes 5 lire, par'ce
qu'elles somt de nature a delairer sur certaines ma1-
naeuvres et cer'taines hostilitis, so dreassaient devant
moi, ce sont cells dles 8 et 10 avril 18893, chl je fus
interpell8 Q propos de la suppressjion do deux jour-
Iinaux I'O'clair et le Peuple, e~t de la politique gi~ne-
rale du gouverlnement. Je n'ni pas besoin de rap-
peler quelle 4tait la violence et le liol die Int pole-
miq~ue de ces journaux, et comment, entre autres,
les articles du sieur~ Thdzan dans l'A'clair, inspires
sans doute par certain de ces mob~iles que l'on n'o-
serait alvouer tout haut, tellement ils sont honteux,
ne tendaient qu'h exc~iter les passions haninouses
contre le gouvernoment, a favoriser les desseins des
rebelles du Nord, B ranviver les haines do classes 5
classes, besogune qu'il a continue jusque dans ces
dernierls jours. La measure prise B l'dgardl de cos
journaux n'gtait, que trop justifidec, et do plus elle
$tait absolument Idgale en vertu des drloits et des
pouvoirs qu econfcirait In loi du 8 septombre 18r72.
Mais lit encore je dus soul fair face aux attaq~ues,
tantbt ouvertesi, tnutbt diguisdosa, de plusieurs ora-









tours dont l'un se laissa m~me entrainer jusqu'd8
I'insulte. La mesure incriminde 8tait pourtant
sortie, comme toutes les autres, des deliberations
dlu Conscil, et je n'en ditais que l'exd~cuteur, comme
charged par interim du Ministibre de l'ntgrieur.
P'ourq~uoi done alors affectait-on de me prendre seul
a partie, et les autres mecmbres du Miinistebre, par
leur attitude, semblaient-ils se disintc'resser de la
qluestion? Quelqu'un d'cux s'enltendnit-il en secret
avec les interple~llateurs?! Je ne me prononce point,
n'ayant pas pour cela tous les elements suffisants.
Tout co qlue je sais, c'est qu'd la Constituanto et
alillouwrje trouvais sans cesse devant moi, tonjours
prets A ddblaltirer et & me poursuivre de leurs cri-
tiq~ues malveillantes, cer~tains petits personag~es qui
rI~vaient d'8tre ministres, grenouilles voulant so
fire aussi grosses qlue le bmnuf. Ces hommes, do
I'espi~ce de ceux q~u'on voit mendier les faveurs A
grenoux quand le pouvoir est fort, mais qui so
vengecnt de leur servility par leur audace et leur
cynisme quandl il est faible, ne reculaient devant
rien pour ren1vB'ers celui q~u'ils considdraicnt
comme leur faisant obstacle.
Quoi q~u'il on soit, j'etais comme isold au million
do colleagues qui semblaient craindre par dessus tout
dl'exercer to pouvoir q~ui leur dtait confid, de faire
alucune chose qlui pht entrainer une responsabiitd,
si Idgbre qu'elle thrt. Tout; me retombait sur les bras,
je l'ai ddjA dit, it tel point que j'dtais m~me oblige








20 -

parfois d'ordonnancer des ddpenses affirentes a des
ministries auntres que les miens, tant ces messieurs
etaient timides et hisitants, miome dans les petites
choses. C'est ainsi qlue Mi. Mlalron, secre~tair' e
d'i~tat des relations extCiriures, m'tierivait on date
du 8 janvier 1889 :~ h ln cher coll~gue, je vous
<< remnets ci-joint le petit compete du mobilier fourni
<< aux Relaltions exterieur~es par M\. Atha~nase Lanfo-
rest, etc. >> M. Rossig~nol, scrd~ctairec d''litat decs
Finances, avait tellement pour de so compr~omettr~e
par une initiative quelconque, q~u'il n'osait mtime
so: charger des paiements incombant h son minlis-
the : il avait ddligud Mi. Trouillot 5 sa phas pour
les effectuer, mais il est just d'ajouter qune, cos
paiements ne so faisant pas, il ne lui avait an land
confi8 qu'unle sindcur'e.
Les consequences d'une telle mollesse et d'une
telle incurie ne tard~rent pas a so fh~ire sentir. Les
griziraux Proph~te et Piq~uant, titulaires des por~te-
feuilles de l'Intirieur et de la1 Guerro, avaient requ
les commandements principaux danls I :les armes
qui devaient opircr contre los rebelles du N~ord.
L'intir'im du Miinistere de la Guerre fut confid &
Mi. Rossignol, pour qui celui des Finances dtait
ddjh un poids trop lourd. L~a vdritd de ce vicil adage
si connu, a l'argrent est le nerf de la1 gurrIlle n, rPCSut
bient6t une nouvelle et malheureuse confirmation.
L'entreprise tentic3 par le gindral H~ippolyte para:is-
sait voude d'avance h l'avortement, pourvu qu'une







-- 21-
action rapide et ferme ne lui laissat pas le temps de
gra;ndir : le gineral Legitime avalit pour lui la majo-
rite' de I'opinion publiq~ue, ses resources de toutes
sortes Staient plus importanltes, son armdreplus nom-
brouse et d'albordt bio~n disp~osie. Que fallait-il pour
malintenir cette supd~riori td m1ilitaire, at pourq~uoi, pen
B peu comprom'ise,fut- elle enfin perdcue. Le eandre q~ue
je mec suis traed no comporpte point le rdeit de cotte
guerre. Tout le monde connatt les flutes commises,
on sail. comment les soldats, n'ayant pas touj ours Icue
pa'ierigulibremecnt arssurde, souvent mal;\ entr~etenus,
ddp'ourvus des choses indtispernsables h uno armie' en
calmpp':'Un, prbitibrent I'oreille A la propagande
atcharaodeque fatisaient parmi oux cs par~tisans du
gdnedral HIippolytc L~e gouvernement insurrctiolnnel
de celui-ci avaite su trouvter dans la falbrication duz
papier- monnaie des ressourc~es financiibres q~ui devin-
r~ent bientit ses armnes les plus puissantes, tandis que
Mi. Ilossignol ne savait qu imnainer,, et, pour em-
player une expression rulguire,, laissalit tout aller A
vau-l'can. Enufin pendant la tcite, effrayd d\'avoir A
por~ter plus longtomps la1 rceponsabilita dans la
direction dela gnruerre, il fit nommer' to constituent
Jdrdmic pour romlplacer 5 la tot~e de l'armdo le
gdndral Prophi~te ct forced ainsi co dernior h repren-
dlro son poste an MCinistire. 11 fult atinsi la vdritable
cause de la faichouse retr~aite? du gdndral Prophite,
qlui, en aband~onnant ses positions dans le N~ordl pour
ramener son armdo vers Port-au-Prince, pr'ocurait









ainsi un serieux atvantage aux rebelles. On connatt
la suite : le g~ndral Prophete, ot bientbt aprb~s le
gind~ral Piquant, malcontents de la marche des
choses, quittbtrent Port-au-Prince, laissant h d'autres
le soin de pourvoir 6 la situation.
Faisant appel g mon divouement, le gindral
LIgitime, au MinistBre que je gdrais ddij8, njouta
ceux de l'Intirieur et de la Guerre. ]L'ardtcur de! man
patr~iotisme ne me permettait pas d'hisitor devant
une tiche effrayante, il est vrai, mais qIue je me sen-
tais la force d'accoamplir, at je t~rouvais cheap le
gindral Ligitime lui-m~me ot chez mes collogues le
concours sur lequel j'dtais on droit det equptor.
Hilas! il fut loin d'en 6tre ainsi : ce ser'nit une
hlistoire douloureuse i\ reconter), s'il fallanit la traiter
4 fond, mais jo no veux que glisser~ rapidecment.
Un mot sultit pour caractdriser la position q~ui
m'$tatlt faite : j'8tais certain d'avance que toute
measure propose par moi en conformit$ de la poli-
tique que j'ai suffisamment expose plus hanut, ren-
contrerait I'opposition de mes colli~gues;si, malgedc
cela, j'avais rdussi i la faire adopter,, je pouva~is
m'attendre h ce que I'exdcution on fitt entravde par
toutes sortes de moyous, et j'avais mcime parfois la~
douleur de voir le gindral Ligitime, cidalnt~ I l
pr'ession d'un entourage q~ui m'dtait hostile, r~dvo-
quer des ordlres que lui-mime avait donnt's.
Pendant touted ladurdo do manl passageo au pouvoir,
jo le dis avec us certain serrement de coeur devant








-- 23 -
l1 flragriit@ des affec)tions humaines, une soule per-
sonne, I'honorable M. Miguel Boom, resta cons-
tumment fiddle 5 l'amitid dont il m'a dd~jA donn8 tant
de procuves, me prodliguant sans cesse les encoura-
geme~nts que pent inspired un emcur noble joint h un
esprit pindltranut et forme. Q2u'il regoive ici l'ex-
pression publique de ma reconnaissance. Je partake
du recstot l'espoir manifestd parl lui dans la lettre
qiu'il m'adtresse do Kiingston h la\ date du 20 juillet
derlnier, quand il mec dit : << Dans cette perpituelle
<< lutte de l'intelligence conltre l'ineptie, de la
<< lumibre conltre les tin~bres, la victoire ne peut
a i6trylouteuse. >
L~es faits que? j'ni ddjh rapportis sernient une ddl-
monstration suffisanto doa mon isolement dans le
mninistbre: et deoII flatiblesse avoc laquelle j'dtais
soutenu par le grdndral Ldgitime. Queilques details
enlcore cependant ne seront pas inutiles.
Qluelle cjta;it une dos causes de cotte hostility con-
tinuatlle ii Jaqcuelle j'dt.:is en butte an sein du gou-
ve~rnement? C'est qune, dans 1'entouPlrage du gendral
L~dgitime, des personnages impor~tants et q~ui, pour
son malheu.r, atvaient conserve sur lui une tr~op
grande influence, dta;iont Dprcisdment les aIdversaires
les plus decidds de co~tte politique de firsion dout
j'dtalis le p~rincipal reprdsontalnt. Le grdndral Ligi-
time copendlalit, on deh~ors mime doa touted considd-
rat~ion d'intdrit public, sombluit avoir des raisons
per~sonnelles pour entrear d'un pas risolu dans cotte









voie de conciliation oh je le poussais de toutes mes
forces, quand ses conseillers I'incitaient a sdvir
contre Lous ceuxr qui avaient servi le president Solo-
mon, ils oubliaient sana doute qlue le gineral Ligri-
time aussi avait itB le ministry de Sallomon, et que
si, plus tard, il en avait itd per~scuti, il avait trouve
une protection pricieuse chez plusieurs panrtisans
divoue's de ce dernier, tels que le sdnateur limile
Pierre! et d'alutres que je pourrais citer.
Aussi le gindral LBgitime inclinait i p~rendre cer-
taines measures de climence, et je l'encouragenis
dans ces dispositions: il me donna parf'ois des ordres
dans ce sens, mais ii avalit alor'S h lutter copge les
personnel de son entourage dont j ai ddjh palrld, qui
l'amen~rent plus d'une fois h so dimentir lui-mcame
en leur permettant de s'opposer A l'exdcution doe ses
propres decisions.
Je ne veux citer que deux faits pour prouver jus
qu'a quell point le gindral L~dgitime dtait entrarvd
dians l'exdcution de ses propres desseins panr les prd-
tendus amis qui l'entouraient. Le grdndrl Ldgritime
avalit rdsolu de gracier une dame compromise dans
les Bvinements qui avaient aIccompagnd la chute de
Salomon; il croynit ainsi acquitter en quelque sorlte
une dotte de reconnaissance personnelle contractic
envers le mari de cotte dame, dont il alvait reSqu aide
et protection dans des circonstalnces critiques; mais
it dut. reculer devant l'hlostiliti qlue sal gdndrcuse
resolution souleva dans son enltourage.







-- 25 -

Le general Le'gitime, quand il savait se soustraire
aux influences nefastes qui tendaient a le detourner
de ses vrais sentiments, avait souvent des inspira-
tions nobles conformes aux di~sirs reels de son coeur
comme B lal politique que je ne cessais d'appuyer
alupres de lui. Il me donna l'ordre, en ma quality de
Ministre par interim de l'Interieur et de la Police,
remplagant le gindral Piquant, d'ecrire au Consul
de Saint-Thomas B l'effet de faire revenir dans le
pays plusieurs exiles dont voici les noms: le general
Jeanty, M. Pyrinde, le frbre de Nirette, mort pour
le general Ligitim e b la C r~te g Pierrot,Gede us G ed on
Hippgbte, ancien magis~trat communal de Port-au-
Prince. C'Btait un gage serieux donnC B la politique:
de reconciliation, et qui me paraissait devoir pro-
duire bientat les plus heureux resultats : aussi quelle
n'8tait pas ma joie patriotique en executant des
ordres qui traduisaient si bien mes propres iddes!
Jotn'eus pas longtemps lieu de merdjouir:.1'espoir
que j'avais conqu de voir le gouvernement entrer
enfin dans la voie oix devaient I'entrainer ses viri-
tables intir~ts, dut faire place au plus amer disap--
pointeement. Qu'on juge de ma stupefaction lorsque
le vaisseau qui ramenait les exiles Btant entree dans
la rade de Port-au-Prince, je vis des personages
sous mes ordres, s'opposer au debarquement des
proscrits, et devant mes declamations inergiquesi,
me montrer des ordres du general Ligitime rivo-
quant ceux que j'avais regus moi-m~me. 11 fallut







-- 26 -
sincliner, et laisser, a peine arriv~s au senil de la
patrio, reprendre le chemin de l'exiil h des hommes
chez q~ui l'espoir et I'alligresse se trouvaient changes
soudain en cruelle amertume.
Quelles rifexions vaudraient lo simple exrpos8 des
f'aits? Le coup Btait pour moi d'autant plus doulou-
reux qu'il me blessait dans ma conscience la plus
intime. Etn dehors des raisons de bone politique
qiui m'avaient fait applaudir h cette mesure, j'y
voyuis use c~onsdea~ction dl'opinious qui depuis longl-
temps m'8talent chores: en effet je suis l'adversalire
risolu de l'exil et do la peine de mort en matiPre
politique, ces chiltiments me paraissant dipqper les
droits des partial les uns h fI'gard des autres, et
n'8tant h raes youx qu un abus de pouvoir du plus
fort. Mais ce n'est point ici le lieu de ddvelopper mes
iddes h ce sujet, toutes fondies sur les plus purs
principles de la justice et de humanitytd.
En mbme temps q~u'on refusait d'ouvrir los portes
de la patrie i des hommes qu'on e-it pu rallier au
gouvernement et qui en eussent entrailnd d'autress,
par une triate compensation, ,on montr'ait l'indul-
~gence la plus extreme dlevant tous les dearts d'une
press sans frein dont la violence, la calomni cet 10
mensonge e4taient les arms or~dinaires. Qu'on ne so
mipreane point i mes parocles: jo suis un aussi
gr~aud partisan que personae de la libertd de la pressed,
mala la liberty n'a jamais d6t la\ licence. Pa~rce qu'un
honime~ der~it dans Un journal, il n'est point au-








27 -
dessus des lois; il doit les respecter comme les
autres citoyens, et, s'il les viole, en sentir au besoin
le poids. E~n cas de guerre et de lutte civil,
d\'ailleurs, tous les gouvernements out des dr~oits do
defense qlue leur conf~re la adeessit8 d'assurer leur
existence. Dans ma conviction, le gouverlnement du
ginB1ral Ligitimne a trouvi dans cette licence effrindee
die la presse une des causes principles de sa chute,
et je suis persualdd qlu'il serait sans doute encore
debout, s'il edt su se servir avec fermetd des moyens
Idgaux que lui fournissaient les lois existautes et la1
polmtion de l'dtat de sigec, Les souvenirs du
pr t Salomon, avecsan duret8 et son arb~itraire,
et la crainto de parattre l'imiter, out rejet8 peut-8tre
le gdadral LC'gritime dans un excbs oppose. Jo crois
avoir montrd, par ce q~ui prcichde, que la fermete
peut s'allier h la moddrantion et m~me h la climnene.
J'en ai dit asset pour dimontrer l'impuissance h
laqluelle j'citalis rdduit dans un liinistBre oh soul
nyout la volonti d'agrir, j'dtais h chaqlue instant
arr~td dans l'exioution par la mauvaise volont8 ou
l'inertic soit de certains colleagues, soit des agents
mc~mes qu'il fallait bien employer: la trop grande
hienveillance du gindral Ldgitime pour des hommes
qIu'il croynit lui cStre divoud@s, I'empechait: de briser
ces rtisistances et do me pr~ter le concours iner-
giqlue qui m'edt 6td udcessaire. L4'nhandon, mis par
Tdoi suffisamment on lumiere, do la politiq~ue do
fusion entire les partis qu e je reprdsentais, les dcheep








-- 28 -
inilitaires dus'en grande parties Aj l'incurie du secrd-
tuire d'litat des Finances, les attaques croissants
d'une press qui savait n'avoir rien g craindre, et,
ce qui en Brait le redsultat, la disaffection visible
d'ane parties de l'opinion publiq~ue, tout faissit prC-
voir un dinonement ficheux et tournait les chances
du c.8td de l'insurr~ection. Manlgerd le pou d'influence
que j'exergais dans le gouvernement, j'an~is rdsolu
cependant de rester h mon posted, car ce n'est point
B l'heure du p~ril qu'un soldst doit deserter la cause
B laquelle il s'est devoud. Si hiont~t je dus rdsignuer
mes fonetions, ce ne fut point, comme orgl~e verra
tout- a l'heure, en vertu d'un act~e spontand et ;lon-
taire de ma part, mais parce que ma admission me
fut imposde.
Ma prisonce au M;inistLbre g~nalit pourtant bien
des gens qui avaient recours a tous les moyens pour
m'amener h me retire de moi-meme, no reculant
pas au besoin devant I'intimidation et les menaces.
C'est ainsi que je regus arn jour une lettre conque de
la favon suivante: a Monsieur le Ministre, nous vous
a conseillons de laisser~ le p~ouvoir avant q~uinze jours,
a autremrent nous viendrons fairec feu chez vous et
<< assassiner votre famille. Celui qui doit vous r~em-
a placer est Mu. X..., qui a toute notre conflance. ,,
Une lettre sembluble! fut expddide' au gidndral LdCgi-
time, et me fut remise h moi-mime nu siibgo du
gouvernement par M. Thi'ramine Romain. Cos mis-
sives, comme on peut bien le penser, eurent 10 sor~t








-- 29 -
qIu'elles mdritaient: elles n'excildre~nt que mon mi7-
pris, sans rien changer i mes resolutions.
Ddsespi'rant alors de m'Abranler, les ambitieux
que je g~nais re'solurenlt salns doute de changer de
batte~rie et d'tnrriver avec man concours, puisqu'ils ne
pensaient plus pouvoir me renverser. Peu de temps
aIprb's je recgus la1 visit dt'un Ri. X... (je ne veuxr
point le: nommer autrement), q~ui me ddelara. avec la
plus gra;nde franchlise qu'il avait mis tout on oeuvre
pour me fair~e tomber du nlinistbre; mais voyant
bies, me dit-il, qu'il n'y pournit rdPussir, il me
ddelar:1a 'il desirait s'entendre avec moi pour jeter
has ... ~ossignol, qu'il qlualifial de veritable nullite
dlont le gindral Ldgitime ferntit bien de se dCbar-
rasser au plus vite. Je me bornlai is rdpondre froide-
ment nu personage q~ue je n'avais point qualitd
p'our expulser ou girder II. Rossignol, et qu'il no
m'a~pprtenait point, dans tous les cas, de prendre
l'initiative d'une pareille decision; en termninant je
lui demandai d'un ton ironiqfue si 31\. Rossignol
n'dtait point son~ parent. L~e lectour peut juger par
lbi quelles basses intrigues s'agritaient autour de moi
et quelles faces diffdrentes elles savaient revetir h
l'occaSsion.
L'impatince do cos Mecssieurs devait pourtant
cStre bientbt satisfalite: tous mes colleagues n'avaient
pas 6 mon endroit les m~mes scrupules que j'avrais
montrds a leur Eigard. 11s pressaient le general I~cgi-
time, en essaynnt de me dipeindre h ses yeux sous








30 -
Ids plus fausses couler~s, de me retire les functions
qu'il m'avait confides, pare qu'il 'connaissait mon
de'vouement a sa personnel et a ses iddes. 11 est vrai
que si l'on me repri'sentait devant lui comme un
obstacle pour la march de son gouvernemnent, on
tenait en me presence un language tout contraire:
e'est ainsi qu'un jour, me trouvant dans la m~nie
voiture aves mes collrigues Ilossignol et IMargron, ils
me reproc'hbrent d'8tre trop docile anx inspirations
du gindral Le'gitime, de ne point faire montret vis-
h-vis de lui d'une assez grande indipendance. Par ce
soul~ fait, jugaz tous les autres.
Quoi qu'il on soit, le gindral L~gitim3 geant
sans doute qu'il rdtablirait ainst dans son gouver-
nement I'halrmionie qui faissit difaut, edd a ux ins-
tatnces dirigdes contre moi et me demanda ma dimis.
SlOR.









Port-au-Prince, 22 avril I889-


d// e fede'taue c/'rta enlana






s ~oad 4c'cLke fa con~d e~a/tonas we ja'sa


cdle 0 conan/~s.

ab e'~Nl svlt da taafe et a e we Rlca
,,n, awe I Ct e' e e at~ ~aoce fe'e cawJ Lded
vanonerdd~~c zcc am as owas e a' ~ranon at-
cr ~emen a edd 4Mac sed pa ctr teed, fdone ad

p~~erdp as~ ow eudtedlei ~eid##/e' re ~M2en (&waS-
4atll~e ddaemenzt at Yolve ~CoL1de el h Rrole

~eid~owe.

I 40okd wake seo As~ deac coal~e cooed-


Signde : ROCHE-G11ELLIEll.








S32 -
Si le coup ful penible pour moi, la douleur en
fut a~doucie par les regrets qlue voulut bien m'expri-
mer le ge'ndral dans les terms les plus expressifs;
en me renosuvelant l'assurance de son estime et do
son amitie, it me dit ces propres mots: << Mon cher,
<< si je vous quite, c'est que j'y suis fored pour faire
<< plaisir B vos colleagues. >> Je sortais done du pou-
voir la tite haute, avec la certitude de n'avoir point
dimdrit8' de la conflance mise en moi par le general
Lggitime qui m'affirmait n'avoii cedd, en me sacri-
fiant, qu'8 ce qu'il considirait comme une ne'cessild
des circonstances. Tout en cessant d'8tre ~n colla-
borateur au pouvoir, je restais done avec I~rians
les terms les meilleurs. Il me donnait du reste
bientat une preuve officielle de ses sentiments dans
l'arr~t8 mi~me qui nommait mon successeur, M. Solon
Menos et qui me designait pour reniplir les fonetions
de commissaire du gouvernement ha'itien h l'Expo-
sition Universelle de Paris, inission du reste, pour le
dire en passant, pour laquelle je n'ai jamais requ un
centime. La dip~che du Ministre de France B Ha'iti
adressie i ce propos h. M. Spuller, Ministre dles
Affaires litrangberes, est instructive 6 lire pour bien
montrer dans quelles conditions je quittais le Mmnis-
thre et quel diait le caractbre de cette mission.









[STI'iRE


DU IVINISTRE






~e ch Ae /eY~d ti& /ed, acda

/~~d de usecea~ AA MTeta~ S~oc-

F eda~, A And; /. fldt,~P a 10 dw~~ed.










Paris, 26 juin 1889.








-- 34 -
Mes advrersaires avaient enfin triomphi, et leur
joie Btait grande autant ~que naturelle. Je pouvais
certes mn'attendre i un certain ddbordement d'invec-
tives i mon adresse, de la part du moins des jour-
naux qui comblat-taient g outrance le gouvernement.
du general Ligitime, mais j'etais en droit de penser
que ceux qui avaient rdussi i m'expulser du pou-
voir, satisfaits de leur victoire, tiendraient A hon-
neur de montrer quelque moderation h 1'egard d'un
vaincu. Ce fut le contraire qui arriva, et j'avouae que
je fus surprise de voir l'acharnement contre moi
redioubter de violence, et viritablemen yd asser~
tottles les bornes que l'imag~ination ebt pu con~cPe voir.
Certains de ceuxr qui se disaient les partisans du
general Ligitime, mais qui, en reality, Qtaient ses
ennemis, inconscients pent-8tr~e, autant que les
niiens, inspiraient eux-mimes les' articles dirigies
contre moi, non seulement dans les journaux amis
du gouvernement, mais encore dans ceux ~qui lui
Qtaient hostiles. On alla plus loin ; des menaces
d'incendie de ma maison de Port-au-Prince furent'
profirees, et malheureusement pour celle de Petion-
ville, on ne s'en tint pas B la menace : elle fu~t pillie,
saccagde de fond en comble et teus ses moubles
brisis. Mlais la haine n'8tait pas encore assouvie : le
jour m~me de mon depart, MI. Rossignol, mon
., ancien colligue, ne craignait pas d'engager Mi. Thi-
rambne Romain B rdunir une bande pour aller
m'assassiner, avant de m'embarquer pour I'Eur ope.








-- 85 -
Le m~rme M. Rossignol, le lendemain de men dd-
part, disait a l%. Crosswell, q~ui lui demandait~le paie-
ment d'une ordonnance : comment ne vous 4tes-
vous pas adressi B M. Roche, qjui est parti, empor-
tant la caisse avec lui. Un autre personage tensit
les rrmimes propos B mon amni Arnil Saint-Rome,
Telle fut la recompense reserve i mes services,
le prix: dont on payait mes tentatives pour apaiser
les passions et les haines de parti, finir les divisions
qui font le malbeulr et la ruine du pays, et constituter
enfin un gouvernement assez fort pour mai~ntenir
l'ordre l'intirieur, donner satisfaction B tou~s les
iinnt~Ls Idgitimes, termin'er les lutteh de classes et
relever le prestige de la R&publique devant les
nations QtrangBres!
Je n'insiste point davanztage sur des ffurears heoureai
segment parssag~res, qui ne sont que le riswitat6 d'une
effervescence habilement excite par dles intrigants.
MaiS la calomaie que je veux prendre corps B cOrps
pourP la terra~sser, e'est elle qui, depuis men d$dprt,.
lorsque je R'Btais p~luzs li pour rdpondre, a os8 s'atta-
quer g ma pobit8 et m-'accuser de malversations
pendanIt men passage au pouvoir. II s'y aura~it p~eut-
Bt~re pa~slies de s'8rmouvoir d'un~e pareille a~eusation,
q~uand on voit que, dan~s tous les paygs, elle est I'arme
favorite et b~anle de tous les ennem-is du grouver-
nementd; quandi dans ce noble pays ~e- Fra~nce, par
exempl~e, o~isz j!'ai trouv8 use hospital~iti auzssi. ear-
diale, on voit les hemnmes les plus illuJstres,; les









-- 36 -
ministres les plus important et les plus urtiles B
leur pays, tels que M. Constans, traits pub-lique-
ment de voleurs par des Bcrivains sans vergogne.
Mais je pense qu'il n'est point d'accusation, si ridi-
cule et absurde qu'elle puisse 6tre, qui ne dive 6tre
rifutie, car il n'en est point qui, B force d'8tre
repitie, ne trouve Q la fin criance dans les esprits
faibles et ignorants, qui partout sont toujours en
grand nombre.
En Ha'iti comme ailleurs, il est vrai, si l'on ne
considirait que l'indignit8 des calomniateurs, leurs
attaques tomberaient bient~t devant le m pu
blic, comme des traits inutiles ; mais le plus souvent
on ne voit que la calomnie, sans connaftre la main
qui la lance. Ainsi quel credit pourraient rencontrer
les accusations porties par un personnag~e, Il'un de
mes insulteurs, si l'on savait que pendant mon
ministbre, it Btait un de ceux qui sollicitaient hum-
blement ma protection ?( << on cher Secrdtaire
<< d'Etat, m'8erivait-il le 13 fivrier 1889, ce n'est
<< pas g votre bienveillance pour moi, je le sais,
<< mais B votre memoire et g vos nombreuses occu-
<< pations que je dois m'en prendre de n'avoir pas
<< BtB satisfait jusqu'd presentt, etc. Votre tout dd-
<< voud. > C'est un de ces hommes si rigides et si
prompts g incriminer la probity des hommes au pou-
voir, quand ils sont tombs et qu'ils n'en attendent
plus rien, dont le general Hippolyte, qui ne le: con-
naissait pas, avait fait un de ses ministres, mais








-- 37 --
qu'il dut bientat renvoyer pour malversations 4ta-
blies.
Pour refuter les calomnnies dont je suis l'objet,
mes explications seront simples et braves, car je ne
sais ce que je dois le plus admirer, la mauvaise foi
de leurs auteurs on leur ignorance en matiere de
comptabilit8 publique. D'ailleurs toutes ces accusa-
tions sont conques en ces terms gendraux, com-
modes pour le diffammateur qui ne peut citer aucun
fait pricis, parce qu'au fond il n'en connait aucun.
Que l'on prenne les journaEux les plus remplis d'8pi-
thete ltrageantes, on verra que tous les faits qui
m seont reprochis se risument en ceci :qu'6tant
ministry, j'ai ddlivrd de nombreuses ordonnances de
paiement. Eh sans doute, mais comment aurait-il
pu en Btre autrement ? 11 s'est trouve use Bpoque oix
j'avals i moi seul trois ministries a diriger; de plus,
comme je l'ai ddmontr8 plus haut, j'e'tais souvent
oblige de delivrer des ordonnances pour le compete
de. mes collogues qui n'osaient y procider eux-
m~mes. La question n'est pas Id: il s'agit seulement
de savoir si tout s'est passe rdgulierement et confor-
miment aux rbgles de la comptabilit8 publique. Or
j'e d~fie mes ennemis de prouver que j'aie imis une
seule ordonnance qui n'ait i'te decidee au Conseil des
Ministres on dont je ne sois couvert par une pikec
imande du general Ligitime, chef du gouvernement.
C'est ainsi que j'ai mandate pour le compete per-
sonnel de ce dernier, des sommes s'elevant a deux








88 -
cent mille piestres environ, en execution d'un vote
de l'Assembli'e constituante. Il en est; de m~me de
certaines so-mmes qpxi n'ont Btd distributes qu'apres
une decision du Conseil qui, par th, m~me, est soli-
daire. J'ai entire les mains bien des documents que
je pourrais produire au besoin, mais je ne le ferais
que si l'on m'y forgait, n'6tant pas de ceuxr qui font
hon march8 de l'honneur du gouvernement qu'ils
ont servi. Mdais comment se fait-il que les memes
hommes qui incriminent les procidis du go-uverne-
ment dont j'ai fait parties pendant quatre mois, no
disent rien du million distribu8 par le g'n ip~~-
polyte pour remundrer les services rendus lorsquu'il
n'8tait encore que 'le chef 'd'une insurrection ? 'Y a-t-
11 done d~eux poids et deux measures ?
D'un autre cbtd, ces calomniateurs de profession,
competent donec bien sur la cridulit8 de leurs lec-
teurs pour penser qu'aucun d'euxt ne fera riflexion
que ceulu qui ordonnance les paiements n'est pas
celui qui les effectule. litais-je done Ministre des
.Finances pour avoir le maniement des fonds? Bien
plus, peuvent-ils ignorer que ce n'etait point ce
ministry lui-mime qui, faute de fonds, payait la
plupart du temps, mais bien la Banque nationale
d'Halti, B la suite d'un accord conclu avec le gou-
vernement? C'est cette m~me Banque qui me payait
tous les mois mon traitement de ministre, ainsi que
la some mensuelle de deux mille piastres, qui
m'8tait alloude pour les ddpenses de la Police,









-- 39 -
dont j'avais la direction en l'absence du general
Piquant, some~ du reste que j'ai toujours remise
au general Ligitime qui avait sa police particulibre.
Toutes les semaines, au Conseil des ministres,
M. Rossig~nol, charge des Finances, faisait connaitre
B ses collbgues le montant des sommes qu'il pouvait
mettre A leur disposition pour les besoins de leur
miniistere. C'est ainsi que la some alloude par se-
maine pour le department de l'Instruction publiqiue
ne s'elevait qu'g 1.200 piastres, lorsque la depense
pri'vue au budget Btait d'environ 22.000piastres par
mois. 30 lastres seulement Btaient distributes B
l'Agriceu ture,8galement par semaine,3.000 piastres
poiPlr Pnti8rieur et la Police gane'rale.
Cependant, quelle Btait la consequence d'un tel
Btat de choses? C'est que les ministres avaient beau
recommander a~u payeur central, Mi. Trouillot, les
bons a payer, il ne pouvait, par suite de la pinurie
du Trisor, en acquitter qu'une faible parties. Tous
les fournisseurs qui n'avaient pu toucher, naturelle-
ment malcontents, mais ignorant la situation, ren-
daient le ministry Roche responsible de faits aux-
quels il Btait Btranger. On vit de mime certain
commergants accuser M. Jeeremie, d8ligue au minis-
thre de la Guerre et de la Miarine, de prendre tout
I'arg~ent de ce department, ignorant que, s'il ne
payait pas, c'8tait tout simplement insuffisance de
fonds.
1Mais quand on vent nuire, on ne recule devant








40 -
rien : ne voulaiteon pas presenter comme un don de
M. Thdaghne Lahens fait au gou~vernement des che-
vaux et une voiture vendus rdgulibremerit et pour
lesquels il avait regu une ordonnance qui lui fut
payde? Parfois des fournisseurs malcontents d'btre
Conduits se vengeaient en derivant contre moi dans
les journaux : tel M. X.... qui Btait venu me pro-
poser d'acheter du plomb que j'avais dd refuser,
parce que, lui avais-je dit, de pareilles affaires
doivent Btre soumises au Conseil et ne pouvaient
etre riglees que par lui.
Dans un autre ordre d'idees, n' --iE.as voulu
m'attribuer aussi la revocation de MM. Lagsseau,
L~espinasse et Granville, g laquelle je suis rested:
completement Btranger, puisqu'elle fut prononcie
par le general Ligitime en.personne, en presence de
1'attitude hostile de ces personages, qui, je le dis
hautement, justifiait completement la measure prise
g leur Bg~ard.
Les calomniateurs ne savent done pas, et 1&je vais
les etonner, que leurs accusations sont si loin de la
virite, qu'au lieu de codter au Trisor, j'ai dd moi-
mbeme avancer parfois des sommes dont je n'aijamais
Btd rembourse et dont je puis produire les regus : je!
ne citerai que M. Septimxis Marius, commissaire du
gouvernement pres le tribunal civil d'Aquin. Ne
pourrais-je pas rappeler aussi que le general Ligi-
time avait pour moi 7.512 piastres, dont 5.000 seu-
lement m'ont itB remboursees en deux fois sur










ordonnances dilivre'es par le general Piquant, de
sorte qu'il me reste encore dd de ce chef, 2.512 pias-
tres. J'ajouterai mime, comme un detail qui a sa
valeur, que mon collogue des Finances, M. Rossi-
gnol, me prouva sa bonne volont8 en me faisant
attendre ce paiement le plus longtemps qu'illui~ fut
possible. L'intrir~t est un mobile qui m'a -toujours
si peu guided dans ma. conduite, que j'aura~is pu,
comnie M. X..., accepter B l'etranger une mission
grassement ritribude, qui m'e13t permis d'avoir un
secretaire, pour aboutir B un rdsultat nul.
Je cro' jl~ oir repondu suffisamment B mes accu-
saeu~t reduit j neant des calomnies ineptes. Du
reste j'ai tonjours profess' cette maxime que le
meilleur moyen de faire evanouir les fantames don't
on c'herche a faire des Bpouvantails, c'est de mar-
cher resolument B 1'encontre. Bien loin de faire
comme le general Boulanger qui se hitait de pren-
dre la fuite des qu'il vit le gouvernement decide B
le traduire devant la Haute Cour de Justice, moi qui
vivait tranquille et en streti dans un pays ami, je
vins rdelamer des juges au gouvernement mime
constitute par l'insurrection que j'avais combattue.
Fort de ma conscience et des preuves que je pou-
vais produire, je ne craignais point de soumettre ma
cause au judgment d'adver~saires loyaux. Je repro-
duis ici la lettre que j'adressai aux membres du Gou-
vernement provisoire en rade de Port-au-Prince le
5 octobre 1889 : << 1Messieurs, deux jour~nauxr de








-- 42 -
<< Port-auL-Prince subventionni's par le~ Gouverne-
<< mnent, le Progr~ks e~tla Dimocratie m'ayant accus4K
<< d'avoir gaged des sommes fabuzleuses, je vi~ens me
a liver B la justice de mon payrs. Ayant en main
<< totes les pi8ces capable de me ddfendre, je viens
<< qui me sera riserv4. Com-me MM. Eugh~ne Margron
<< et Alix Rossignol, j'ai ate ministry du gindral
<< Ligitime, et commie charge des dipartemerits d~e
<< l'Intirieur et, de la Guzerre, j'ai BtB appeld B imet~-
<< tre des ordonnances ddoiddes au Conseil! des Se-
<< critaires d'Etat et les indi~vid~us p ~lesqu~els
<< elles out itB Bnmises sout encore vivants.1 d -
<< nmist~rateur des Finan~ces, Mb. Florian A~rmTand, qu~i
<< venait, au Con~seil: sontmettre toutes les le~ttres
<< ministdrielles, est IBsans doute pour me difendrei
<< signd B la haine de mes concitoyens, oubliant
a qu'a~n jours je serais appelid B les conva~incre. J'ai
< aimQ le gindral Ligitime et je l'a~i servi souvena-
a bl~emaet jusq~u'aux j,our oh j'ai 404 fored d~'a~bandon-~
a. nor men poste e~t- j~e me dlemande quelled se~a~it melz
<< situation s'l. itait reste au pou~voir. Rece~vez, etc. H
Le gouvernement provisoire fjt droit Q ma de--
mande : use~~~2 commission: ft in~sti~tude pouzr examii
n~ep m41 condai~te as point de vuie des: aecalsa~ti~olns
portiees cont~re moi;. M~ais L~a. .d'enarche1~ que j'avai~s
tentie,, sil naturlel~le 6 un hemme dent la vie est Pu~e.
eti qui ne crainat pas que l'ola serate ses auctions, avPait










surpris mes adv~ersaires :chose Btrange, ce n'itait~
point chez l'a~ccus8 que l'on troruvait le trouble, et- la
confusion, mais chez les accusateurs. Ravalanti tous
les hommes Aj leur measure, redoutant que, pouzr me.
Ad~fendre, j~e n'en vins i divoiler leurs manoeuvres,
I'un d'euxr me dip~cha M. Baussan pour me supplier
de ne rica dire L ils .ne savaient pa~s qu'il est .des.
Ames~ fires q~ui didaignent les vengeances mnes-
qluines et qui ne conlnaissent que la, lutte B ciel ou-
vert. Je n'itais point venu pour accuser les iautres,
mais sculement pour me d.8fend~re.
:Je. n'a' bs besoin de dire qlue la Commission ddB-
clara a ucun reproche ne pouvait m'tre adressi
et me renvoya indemne. Pour rendre hom~m~ae a
la viriti, je dois dielarer que, pendant tout le
temaps de mon Sdjiour, le gouvernement du gindral
H~ippolyte me traita avec les plus grands Cgards,. avee
une courtoi~sie dont j~e crois devoir le remercier pu-
bliquement. Je profit de l'occasion qui m'est offerte
pour adr~esser mes remereiements B MM. Evariste
Larache, Constant Gentil, Jacqu~es. Basq~uiat et Au-
guste.

I'ai termind I'esquzisse~ que j~e m'dtais propose. Un
mot encore seulement. Tous ceux q~ui me lir'ont mae
rendront cette justice que je n'ai parld qu'avec rB-
serve et une certaine dilicatesse de'bien dles per-
sdnnes et de hien des choses: je suis loin d'avoir
'dit tout ce que- j~~awais paz dire.. Je me propose











































Paris. A. DAVY, 52, rue Madame.


d'exami~ner s'il ne me conviendrait point de
traiter certaines matiibres avec plus d'ampleur. Je
suis tou~jours prit du reste B rdpondre aux nouvelles
attaques qui pourraient encore m'Atre adressies.
Je ne veux cependant pas clore ces pages sans
renouveler un vaeu qlue j'y ai bien des fois exprim8,
accompaged d'un cri d'espirance. Oui, je veuxi
espirer qune tous les hommes intelligent et hounntes
de notre bien-aimde patrie, comprendront enfin B
quel abime de mnaux la conduisent ces malheureuses
et continuelles divisions, ces g-uerres intestlines tou-
jours renaissantes. Qu'ils tournent le~u b; yards
vers cet infortund people noir qui cultive la terre
avec acharnement et sur qui retombe tout le far-
deau de ces luttes sans tr~ve ni merci, pendant qlue
des chefs ambitieux se disputent le: pouvoir et les
richesses. Dieu veuille qu'ils puissent former un
faisceau assez nombr~eux et assez puissant pour im-
poser silence aux agitateurs.
Quant a moi, toujours fidcdle a mes principles, je
continuerai de marcher dans la voie qlue je me suis
tracee, ayant toujours present a la pensee le bonbeur
de mes chers concitoyens, pr~t. a leur faire toutes
les concessions, comme me le disait dernierement
un de mes compatriotes.


































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By THE UNIVERSITY OF
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