Les antinationaux

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Material Information

Title:
Les antinationaux (actes et principes)
Series Title:
Bibliothéque démocratique haïtienne
Physical Description:
101 p. : ; 18 cm.
Language:
French
Creator:
Janvier, Louis Joseph, 1855-1911
Publisher:
G. Rougier
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23946204
ocm23946204
System ID:
AA00008905:00001


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Dr. LOUIS-JOSEPH JANVIER
Dipl~mC de 1'Ecole wl~sablciences politiques
M~embre de la Sociebi legislationin compare





LES

ANTINATIONAUX

(ACTES ET PRINCIPLES)



Sine ira.



LES EDITIONS PANORAMA
71, RUE DU PEOPLE, 71
PORT-AU-PRINCE
HAITI

1962







91 R.'D of0
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\ 010 2
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A HENRI PlQUANT

SLes vivants sont gouvernks par les morts .
AUGUSTE COMTE.



















AVANT-PROPOS


La R~publique d'Hai'ti jouit maintenant du calme
le plus parfait. Des trois villes qui, I'ann~e dernibre,
s'etaient r~volties contre le gouvernement consti-
tutionnel du President Salomon, Jer~mie a capitule
le 18 D~cembre, Jacmel s'est rendue le 29 du m~me
mois et Miragoine a etC prise le 8 Janvier 1884.
Les insurges de Miragoine, par un decret qu'ils
rendirent le jour m~me qu'ils inauguraient la guerre
civil, avaient ose declarer M. Salomon dichu de
la presidence, lui faisant, entire autres reproches,
celui aussi injustifie qu'injustifiable d'avoir violC le
secret de leurs correspondances.
Lorsque la ville de Jacmel se mit en rebellion
dans le courant du mois de juillet, quelques jours
aprbs que le Parlement reuni B la capital donnait
au president, par un vote unanime, la formelle as-
surance de sa volontC de concourir avec lui au rP-
tablissement de la paix et, en consequence de ce
vote, prenait toutes les measures propres g amener;
ce r~sultat, elle disait dans une des phrases de son
manifeste de griefs directement adressee g M. Salo-
mon: que l'Union postal vous regardait indignie, et que










chaqlue mot qu'on lit dans une lettre est un vio1 de
la propri~te>>.
Au language qu'ils tenaient le 23 Juillet, ces
politicians a court mbmoire devaient opposer des
actes qlui t~moignaient de leur peu de fixite de
prmncipes.

Au commencement du mois d'Aoilt, ils firent
main basse sur le courrier d'Europe qu'apporte aux
lntlilles u~n bateau anlglais qui touche tous les mois
Ai Jacmel, ouvrirent les plis eachetis qui ne leur
4taient pas adressds, et prirent connaissance de leur
contenu.

E~armi ces lettres, il s'en trouvait une signed de
mon nom. Elle portait 1'adresse d'un de mes amis
de Port-au-Prince: M. J. J. Chancy.

D'aprits un t~moignage .qlue j'ai les meilleures
raisons du mon~de de croire faux, ma lettre, vol~e
j Jacmel au commencement du mois d'Aofit, fut
publiee le 18 Septembre seulement six semaines
aprbs qlu'on en avait violet le secret sur un jour-
nal de cette ville: I'E~cho de la Rbvo~lution, par un
individu dont j'ignore encore le nom.

E11e fut reproduite, en inexacte teneur, accom-
pagnbe de commentaries calomnieux pour moi,
dans une brochure trois fois anonyme et non date,
qui fut imprimbe probablement g Paris vers la fin
du mois d'Octobre.


-6-










Le 28 de ce mois, j'en recus un exemplaire par
la poste. Le 29, on pouvait lire ceci dans les colonnes
de la R~publique radical:

On nous prie d'ins~rer la lettre suivante:

Monsieur le R~dacteur,

Hier, il a paru une brochure, intitulee le Cas de
M. Janvier. E11e ne porte ni nomn d'auteur, ni nom
d'kditeur, ni nom d'imprimeur- Je defie quiconqjue
de s'en di~clarer 1'auteur. Moi qui signe tout ce que
j'dcris, qui combats g visage decouvert, je ne puis
serieusement me justifier d'imputations con~tenues,
dans des brochures anonymes.
Je vous prie de donner 1'hospitalite B ma protes-
tation et d'agrier I'expression de ma haute consi-
dbration.
(S): Dr. Louis-Joseph JANVIER

Cette brochure, oeuvre de quelques Hai'tiens
desceuvrbs, partisans maladroits des revoltibs de
Jacmel et de MViragoine, ne pouvait @tre mise dans
le commerce, puisqu'elle etait par trois fois ano-
ny;me. Pourtant, elle a i&ti distribute par eux, et B
Paris m~me, g un petit nombre de personnel dans
1'esprit desquelles ils esperaient me nuire. Depuis,
j'ai appris qu'il en avaient expedid quelqlues dizaines
d'exemplaires en Haitli par un de leurs affiliks; que
celui-ci les faisait circuler g Port-au-Prince.


-7-










Par cette exposition brkve, shche des faits, on
peut voir dkjh que ce qu'on a voulu appeler, en
phrases creuses et pompeuses, le lib~ralisme des
insurges hai'tiens, n'4tait qu'enfantillage et men-
songe.

Seuls, les faibles d'esprit et les intbressbs peuvent
encore y ajouter' foi. En France, pays oid les pam-
phlets anonymes courent les rues depuis plus de
trois siecles, pays oid tout le monde connait 1'histoire
dtes edifiants d~m814s de Beaumarchais avec Theve-
neau de M~orande et Guillaume Angelucci; oh, ac-
tuellement, devant la place de la Bourse, B Paris,
il se distribue chaque jour, au moins unesdizaine de
brochures non signees dirigees contre les financiers
en renom, on ne tient nullement compete des asser-
tions que peuvent contenir ces miserables libelles,
et on m~prise souverainement ceux qui ont peur
d'endosser les responsabilit~s de leurs 4crits. MVais,
en Haiti, pays jeune et oh 1'opinion publique nait
g peine, il n'en est peut-@tre pas tout B fait ainsi.
Aussi, c'est surtout pour mes compatriotes que
je rkdige ces pages. J'emploie B dessein la forme
Cpistolaire. Mieux qu'aucune autre, .elle convient
au ton familiar dont je crois devroir me servir ici.

II est des imputations, dont 1'absurdith saute tel-
lement aux yeux des plus naf'fs, qu'elles ne peuvent
pas mime exciter l'indignation de ceux contre
lesquels on les dirige.


-8-










Du reste < comme disait Rabelais, pour ce qlue le rire est le
propre de 1'homme>>.
Je serai homme public probablement toute ma
vie. Dbs maintenant, je dois apprendre a me laisser
calomnier.
D'ailleurs, depuis qlue j'en ai titd, je trouve qlue
la chose n'est pas sans charme. On ne calomnie qlue
ceux qui ginent, et peu d'hommes peuvent Stre
hai's jusqu'g meriter I'honneur d'8tre calomnies
dans 1'ombre.
Selon Liautaud Etheard, la bave des gens mas-
quks ne salit pas. Si, elle salit, mais les haveurs.
Nul n'ignore que la calomnie anonyme est un
hommage indirect et force qlue les sots et les lIches
ne peuvent s'empicher de rendre B leurs adversaires.
Ceux qu'on essaie de diffamer par ce moyen
savent bien qlue la v~ritP apparait toujours g un
moment donned, lorsque luit la lumibre definitive,
la grande epee : l'Histoire.
En dehors de la satisfaction intime qu'ils peuvent
6prouver lorsqu'ils out conscience d'avoir rempli
leur devoir, cette consideration scule suffirait g les
consoler.

Lis-Jos-Jver.

Paris, Juillet 1884.


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A UN LIBERAL (?) DE JACMEL


LETTRE OUVERTE



Monsieur,

Vous n'aurez pas besoin de dkcacheter. Diderot
pensait qu'il valait mieux Pcrire de grandes choses
que d'en executer de petites. Je suis entiibrement
de son avis. Je crois aussi qu"il est, toujours bon
d'echanger ses vues sur les affaires publiques. En
tout cas, cela vaut infiniment mieux pour le commun
des martyrs, que de faire de la politique a coups de
fusil, chose qui est quelquefois d~sagrk~able, souvent
inutile et toujours dangereuse.
Vous &tes curieux, Mlonsieur, indiscret m~me,
d'autres diraient inde1icat. Je me rkjouis fort de
vous savoir toutes ces qualitbs. L'habitude que vous
avez de lire les lettres qui ne vous sont pas adressees
me procure 1'honneur d'@tre g peu prbs connu, de
vous, si tant est qlue vous sovez quelque peu gra-
phologue










Je ne vous connais pas, IVIonsieur, et, vraiment,
je le regrette fort. Que de reconnaissance ne vous
dois-je pour tout le bien que vous m'avez fait Que
de benedictions ne vous devrai-je pour celui que
vous me ferez dans 1'avenir !
Aussi, pour vous marquer ma gratitude, vais-je
repondre de mon mieux, et sans detour, B la question
que vous me posiez en septembre de l'ann~e
derniere. Excusez-moi de vous avoir fait attendre.
J'etais fort occupy des affaires gendrales de mon
pays. Aujourd'hui, que j'ai un moment de loisir,
je me mets torit B votre disposition.
Votre question m'etait ainsi pose : < yous ont fait les liberaux ?>>
A moi, personnellement, ils en ont fait peu; a mon
pays ils en ont fait beaucoup. Eux et les leurs, ils
ont ete les instigateurs et les acteurs de ce qu'on
appelle tant & tort la revolution de 1868; aprbs avoir
fui, le 14 octobre 1867, ils ne se sont pas rendus B
la capital le deuxiibme lundi de juillet 1868, encore
qu'ils y eussent ktk convoquds par le pouvoir exe-
cutif pour ouvrir les seances de I'Assembl~e
national; ils ont brule Port-au-Prince en dicembre
1869 et, du m~me coup, ruined mon phre, lequel fut
toujours contribuable mais jamais salarik de l'Etat;
en janvier 1870, ils ont fusilli le president Salnave,
qui n'Ctait pas responsible ni coupable .et, par
ainsi, viold eux-m~mes cette Constitution de 1867
qu'ils disaient avoir ete dechiree par le successeur


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de Geffrard. Leurs querelles particulibres, leurs
rancunes personnelles, leur manque d'energie et leur
manque de courage civique, leurs enfantillages au
pouvoir de 1870 B 1874, leur opposition mesquine,
brouillonne, factieuse m~me, de 1876 g 1879, ont ete
des causes de 1'accroissement de la dette d'Hai'ti,
et, ce qui pis est, de la ruine' du credit national.
Depuis 1877, j'habite Paris. J'ai eu la douleur
d'apprendre qu'ils avaient incendie Port-au-Prince
une second fois, et incendid aussi la ville des
Gonai'ves dans le courant de 1'ktP de 1879; qu'ils
avaient promene la guerre civil dans plusieurs
arrondissements du pays; que, de l'etranger, oh ils
se retirerent, ces exploits accomplish, ils continuerent
d'agiter les esprits, de susciter les colbres, de fo-
menter les haines 14 06~ ils auraient dio mettre tous
leurs soins g preacher la paix et la concorde.
J'ai su qu'ils n'epargnaient rien pour faire
bafouer leur patrie et leur race, en Ambrique et
en Europe, soit par les livres et brochures qu'ils
publiaient, soit par les tC1Cgrammes mensongers
qu'ils envoyaient g New York, g Paris et g Londres,
soit en menant champagne dans les journaux de la
Jamai'que et de la Belgique contre les gouvernants
de leur pays, dont le seul crime g leur egard dtait
de leur offrir, au nom de la nation, la remission
de leurs pdches, de leur ouvrir 1'accbs de la patrie
un peu plus souvent qu'il ne convenait de le faire.
J'ai observe que ces lib~raux, comme vous les


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appelez, n'etaient nullement de veritables lib~raux;
qu'ils etaient ddpourvus d'esprit scientifique, qu'ils
etaient empiriqu~es au premier chef, car ils en ap-
pelaient au fusil pour vider des querelles, qlui,
parlementaires comme celles de 1879, ne devaient
se vider que par la parole ou qui, 4conomiques,
financikres, politiques m~me comme celles de 1883,
ne devaient Stre tranch~es que par le raisonnement,
par la parole ou par la plume.
Je leur ai donnk des conseils trds fraternaels dans
mon ouvrage intitule : La Rdpublique d'Hai'ti et
ses visiteurs; je leur ai fait entendre quelques
v~riths, quelques avertissements qu'ils auraient eu
tout b~ndfice a retenir; je leur ai rappel, entire
autres choses, qlu'on pergait I'isthme de Panama, et,
pour me remercier de mes avertissements, de mes
conseils, ils m'ont injuries.
Voulant m'empacher de parler des affaires
ha'itiennes, ils ont tentP de m'intimider; j'ai souri
B leurs menaces et j'ai continue de remplir mon
devoir civique au grand soleil, en signant tout ce
que j'4crivais; alors ils m'ont rkpondu en me calom-
niant dans 1'ombre, en colportant partout contre
moi mille vilenies anonymes.
J'ai eu occasion de me. convaincre que, par leur
persistante maladresse, ils avaient trouve le moyien
de turner tout le people contre eux : urbains et
ruraux, riches et pauvres, soldats et commercants.
J'ai remarqub que le paysan, qu'ils traitaient de


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f~roce, que P'artisan, qu'ils ont traits de sauvage,
qlue le bourgeois, qu'ils traitent d'esclave parce
qu'ils pref~rent vivre en harmonie avec les -lois
qu'ils se sont librement donnees plut8t que d'ensan-
glanter le pays par la guerre civil, de le voir
finalement devenir la proie de l'ktranger, j'ai
remarqub que le paysan, I'artisan et le bourgeois
les ex~craient. J'ai vu notamment que les monta-
gnards des environs de Jacmel, que ceux des
environs de JBrimie s'Ptaient spontandment lev43;
et arms pour courir assi~ger, isoler ces deux villas
sitit apris qu'elles avaient jugP propice de se mettre
en r~bellion contre le gouvernement 14gitime; j'ai
mis mon nez dans les gazettes pour savoir que ces
paysans, se privant, du nicessaire, avaient offert
leur recolte entire de caf6 a la nation, afin qlue
les demons c'est 14 leur expression afin que
les d~mons qui se cachaient derriere les remparts
de ces deux villes fussent chitii~s de facon exem-
plaire ou tout au moins remis B la raison;. Ce sont
18 des faits significatifs et sur lesquels vous feriez
bien de mbditer, car vous n'ignorez pas, M~onsieur,
que le paysan, an'ayant pas assez d'esprit pour rai-
sonner de travers>>, selon le dire de Montesquieu,
mdrite qu'on 1'aime, qlu'on tienne compete de son
opinion, surtout dans les Etats oh, etant le nombre,
il est la force, oh, formant les neuf dixiibmes de la
population, il doit Stre une puissance.
J'ai grav4 en ma mdmoire le r~cit fantaisiste,


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grotesque et antipatriotique que de pretendus libi-
raux, vivant B 1'4tranger, ont trace des Cvdnements
dont Port-au-Prince a ete le thCAtre les 22 et 23
septembre 1883, et je suis en measure d'affirmer
que M. Brinor Prophi~te, q-,: est ministry, MI. Tracy
Riboul, qui est si~nateur, MM. Maximilien M~on-
plaisir, Ducatel Ducasse, M~oldus Germain, qui sont
dkpuths, MMN. Aurdlien Jeanty, Boisrond Canal
Jeune, Justin Carrie, Hibert, Dumortier, H4-
rard Laforest, qui sont de dignes et fididles offi-
cie~rs, MMN. Ulysse Armand, M~kchne Dubois,
Valbrius O. Rameau, que je connais particulibre-
ment, Md. G. Boco, les Fortunat' et les Chancy, ceux-
ci mes amis d'enfance et de jeunesse, ne peuvent
avoir commis les actes qu'ils les accusent, avec
une mauvaise foi si evidente, d'avoir commis au
course de la just repression de l'6meute de Sep-
tembre.
Tout prouve que vos coreligionnaires politiques
ont des novices, qu'ils ignorent le veritable patrio-
tisme, lequel met au-dessus des questions de parti,
la solidarity national, 1'honneur de la patrie. 11s
ont manque $ cette solidarity, ils ont forfait B cet
honneur lorsqu'on les a vus, en novembre et en
dicembre 1883, mendiant ou payant partout, g
Kingston, g New York, B Saint-Thomas, B Londres
et ailleurs, la place oil ils devaient faire insurer un
ultimatum ridicule signC par des agents comnier-
ciaux de la Belgique, du Venezuela, et dans lequel


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la patrie hai'tienne 4tait injuries, menache- Quand
la nation est insultee, 1'insulte rejaillit sur chaque
citoyen, Monsieur.
J'ai cru pouvoir tirer de li qlue dans la poitrine
de chacun d'eux battait un cceur qui n'avait rien
d'hal'tien.
Les passages qu'ils ont souligbnes g mon intention
dans les pamphlets qu'ils m'ont fait tenir, les
journaux d'Europe et de la Jamai'que qu'ils m'ont
adress~s avec des subscriptions flatteuses ou avec
des mentions qu'ils ont voulu rendre ironiques, sans
toutefois y parvenir, sovez persuade, M~onsieur, qlue
tout cela ne peut en rien changer I'opinion qlue je
me suis faite sur leur compete.
Je les tiens en maigre estime, en tant qlue politi-
ciens, parce qlue je constate encore qlue tout en se
pretendant des parlementaires, ils ne se conduisent
pas en parlementaires skrieux, en doctrinaires; je
suis desold de voir qu'en plusieurs fois, les plus
marquants d'entre eux ont d~sertd leur vraie place,
leur seule place : le banc de d~putC du people. Dans
aucune circonstance, un homme de parlement,
v~ritablement digne de ce titre, ne doit se faire
trainer de sabre, except dans une seule : celle oh
il regoit le mandate de defendre ses colleagues contre
une aggression venue du dehors, qu'il regoit ce
mandate par vote special de I'Assembl~e Nationale,
et qlue ce mandate lui est confide pour un moment.
Je les trouve peu cons~quents avec les principles,


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lorsque se croyant esprit ils se font matiere; je
r~phte qu'ils sont pour @tre blbmbs, 10rsque 4tant
g peine bras, ils aspirent g @tre ti~te.
Quoi de plus navrant, de plus lamentable B lire
que ces petits billets qu'ils s'ciaet e n u
autres g M~iragoine, et g la lecture desquels on voit
que les chefs eux-m~mes n'ktaient pourvus que
d'une orthographe insuffisante et auraient eu
besoin de retourner B 1'dcole primaire !
Quoi de plus accusateur contre la memoire de
Boyer Bazelais qlue l'emouvante confession, la
plaintive et monotone litanie de Charles Desroches?
Je maintiens que ceux qui s'intitulaient les direc-
teurs d'un parti lequel, gratuitement, se baptisait
seul instruit, seul capable de conduire, auraient dit
savoir et faire entendre, qu'en politique comme en
4conomie politique, la division du travail, la sp&-
cialisation des t~ches existe et doit exister; que ce
n'est pas aux penseurs ou B ceux qui passent, g
tort ou a raison, pour tels, de se laisser mener par
les bravaches et les imprudents, pour lesqluels les
nombreuses connaissances que doit posseder g fond
un politique sont choses de peu de valeur.
Dddaignis par les patriots en tous pays, ils sont
outrecuidants lorsqu'ils osent ecrire qu'ils meprisent
ceux qui sont aims, estimks en leur pays et ailleurs;
vomis avec repugnance par la nation, ils sont
comiques lorsque, tout en se cachant derriere un
prudent anonymat qui les honore et les deshonore,


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ils P1Rvent la sotte pritention d'ex~cuter par la
plume ceux qui, combattant en pleine lumiibre, ont
droit & leur haine, mais peuvent leur renvoyer, cent
fois pour une, dedain et m~pris, parce que la
droiture, la nettet6 de leur caractbre et leur patrio-
tisme connus out force au respect tous les adver-
saires sbrieux et loyaux; ignorants en histoire, en
economie politique, en finances, ils sont risibles,
qluandl ils se battent inutilement les flanks pour
parler, au pied leve, de questions financiibres, histo-
riques ou economiques, qui demandent, pour @tre
abordbes et traitkes, une longue preparation, une
initiation graduelle, de fortes etudes de sociologie ou
de politique g~ndrale; pidtres Aristarques, ne sa-
chant m~me pas qlu'il existe en rh~torique une figure
qu-i s'appelle la gradation; stylistes monocordes,
mediocres, fades, ecrivant des choses telles que
celle-ci : < appriciers, ils sont burlesques, quand ils essaient de
critiquer ceux qui savent varier leur maniibre de
composer pour ne pas fatiguer le lecteur par la
monotonie du style; denonciateurs de leur pays a
1'etranger, ils sont ineptes d'accuser ceux qui le
d~fendent d'8t-re des speculateurs, alors m~me que
ceux-14 vivent notoirement sans souci de faste,
sans vanity d'apparat, de representation ddplac~e.
Ils n'ont aucune idee des transactions politiques
et sont malhabiles au supreme degrP quand, par
leur conduite impolie, ils s'aliknent g toujours tous


- 19 -










ceux qui pouvaient serieusement les faire accepter
du people; enfin, theoriciens ankmiques, prefirant
leur famille a la patrie, ils sont insensis de ne pas
se tenir g 1'ecart de la politique dans un pays oid
on ne la fait pas encore B 1'eau de rose.
J'ai milk, pour vous plaire, Monsieur, les griefs
personnel aux griefs impersonnels, le grave g
1'enjou4. M/aintenant que vous voild renseignP sur
le chef des griefs, passons, s'il yous plait, B un autre
ordre d'idbes.
Je ne veux pas vous laisser dans 1'erreur oid vous
Sites lorsque vous croyez que ce sont vos benoits
amis de M~irago~ne qui ont fondP 1'Ecole de mbde-
cine de Port-au-Prince, en 1870. En cela, yous me
paraissez venir de votre endroit pour demeurer
persuade de pareille chose.
Cette cole existait ddji avant peut-8tre que celui
qlui dtait le plus Agd d'entre eux ne filt nd. Ainsi,
en 1832 et comme le rappelait encore MM. les Drs.
MVahotibre et Lamothe, dans deux discours qu'ils
pronongaient, au commencement de cette annbe sur
la fosse de ce vieux praticien qui vient de
mourir, le Dr. Elisde Duplessis y subissait, avec
honneur, ses examens de capacitC.
Je connais le mot de Sainte-Beuve : < fense ferme et dkcente contre un reproche injuste
d'ingratitude, est un devoir aussi sacrd que la
reconnaissance pour un bienfait,.
En quoi voulez-vous, je vous prie, que mes opi-


- 20 -










nions politiques actuelles aient eu B Stre influences
par ma premiere education medicale?
Vous Stes ktonnant. A 1'Ecole de m~decine de
Port-au-Prince, je n'Ctudiais pas la politique. A
Paris, oid je 1'4tudie en ce moment, mes maitres
m'enseignent B @tre toujours de mon opinion
m~me quand elle est contraire g la leur.
Je vous apprendrai, pour votre gouverne, que
j'ai tdmoigne ma gratitude g mon premier directeur
de I'Ecole de m~decine d'Hai'ti, et que je n'en ai
pas marchand& non plus le temoignage B celui
qui en fut le second. Veuillez lire mon ouvrage
intitule : Phthisie pulmonaire, et vous serez edifie
B ce sujet. D'ailleurs, critiquer les actes d'un parti
politique auguel appartient un hommee, ce n'est
nullement manquer d'Cgard g cet homme, f~t-on son
fils.
Pour ceux de vos coreligionnaires qui m'ont
pubrilement reprochC d'avoir etP 1'616ve d'u ancien
professeur de grammaire, depuis fonctionnaire
timork ou incapable, je mets ceci : je n'ai jamais fait
parties des classes dont il fut le regent en 1868. Du
reste, g cette epoque, je n'etais Age que de treize
ans, et de la politique me souciais autant qu'un
poisson d'une pomme.
Faut-il que pour leur plaire, et pour vous plaire,
je me fasse I'am'i politique de tous mes anciens
maitres. de g~ographie, de rhetorique ou de th~ra-
peutique ?.


-- 21 -










A ce compete, je serais fort embarrass. Voyez mon
cas : depuis I'Ag~e de quatre ans, je n'ai pas qluitti
les bancs; j'ai done eu une foule de pedagogues. Mon
phrdabodm'enseigna la lecture, 1'ecriture e
les blPments de calcul. Ce parfait citoyen c'ibtait
un protestant, Monsieur, pour me former la
main, me fit faire mes premiers batons, mes pre-
miers pleins et mes premiers dd1i~s sur une belle
ardoise toute neuve. Quels soins il y mettait, et
avec quel amour il serrait dans les siens mes petits
doigts Or, ce sont les chagrins B lui causes par
Rice et les autres prdtendus libbraux, qui onti
incendid le Morne-8-Tuf en 1869), ce sont ces
chagrins qui 1'ont tue.
De 1862 B 1867, j'eus pour professeurs tous coux
qui enseignbrent, pendant ce laps de temps, B I'4cole
Wresleyenne.
De 16, j'allai au Lycee, d'oid je ne sortis que pour
entrer B I'4cole de m~decine. Parmi les professe~urs
qui s'assirent sucessivement devant mol dans les
chairs de ces deux kcoles, qluelques-uns devaient,
sans doute, se croire lib~rarux, tandis que d'autres
De qualifiaient nationaux, chose dont je n'avais pas B
nt'enquerir et que, naturellement, j'ai toujours igno-
-6e. Fiaudra-t-il, maintenant que je suis un homme,
que j'aie un matin les opinions politiques qlue pro-
fessent actuellement les uns, et que, le matin suivant,
je partage la foi politique actuelle des autres ?
A Paris, j'ai Pte I'auditeur assidu de savants qui,


- 22 -










conlsdidrant la race noire en general, et ne te-nant
pas assez compete de la traite et de I'esclavage,
n'avaient pas la famille chamitique en assez haute
estime; j'ai 6tk 1'kl1bve d'autres qui voudraient voir
Hai'ti ne pas tant se pr~cautionner contre les con-
voitises *des Ambricains, et des puissances anti-
16ennes. Me conseilleriez-vous d'admett~re leur
manie~re de voir ?
Aux uns et aux autres, qluand ils me faisaient
I'honneur de causer avec moi sur ces questions, je
leur disais nettement : Je ne suis pas de votre avis.
Quand je discutais avec eux, ils kcoutaient mes
objections, mes arguments avec def~rence, avec
courtoisie. Ils etaient charmants avec moi pendant
la conversation, et, el1e finie, ne me respectaient et
cherissaient qlue davantage.
Voilj les v~ritables libkraux.
Vous et les v~tres, en Hai'ti, yous adorez paradier;
vous avez surtout de singulibres fagons de raisonner.
Vous pritendez avoir recu la r~v41ation du libdra-
lisme comme on regoit la grice sanctifiante ou
l'inspiration du Tre~s-Haut; vous voulez imposer vos
idees B coups de fusil; vous parlez de principles;
vous rabichez une foule de grads mots dont vous
nie co~mprenez, ni le sens, ni la portke, et vou~s ne
voulez jamais tenir compete de cette chose qui s'cep-
pelle 1'4mancipation du cerveau.
Sitat qlue que~cqu'un dl'intelligent pense autre-
ment qlue vous, au lieu de chercher g le combattre


- 23 -










par des arguments, yous montez sur vos grands che-
vaux, yous faites les fendants, yous vous retranchez
derriere ce que, si comiquement, yous croyez Ctre
votre dignity et qui n'est que votre impuissance,
ou bien vous le calomniez, yous le ruinez en son
ci~dit, en sa reputation, quand vous ne le menacez
pas de mort. Puisque vous critiquez les autres, yous
devez admettre qu'on vous critique. Mais voild, yous
vous croyez plus hauts que les months et vous ne
souffrez pas Ja contradiction.

Si vous voulez qu'on vous tienne pour lib~raux
il faut que vous remplissiez l'id~al de Stuart Mill.
11 faut laisser tout dire, ne pas croire qu'il est des
choses dont il n'est pas bon de parler; il faut laisser
discuter vos pr~tendues qualities, votre soi-disant
origine superieure, ce stupid prdjugC de couleur
qui vous aveugle. Si vos adversaires ont tort, il
faut qu'ils puissent s'expliquer, car alors ils ne
peuvent vous faire de mal; s'ils ont raison, yous
devez encore leur donner la parole de peur de tuer
les veritis qu'ils pourraient faire 4clore. Qui Ctouffe
une opinion se declare infaillible. On peut penser
autrement que vous et avoir raison. Comme vous
n'acceptez nullement qu'on mette en discussion
votre pr~tendu mdrite et vos pretendus droits
exclusifs au gouvernement d'Hai'ti, yous n'iites
nullement des lib~raux. II vous faut ou renoncer
au mot, ou bien accepter les charges qu'il porte.


- 24










Ce ne sont pas vos amis politiques, qui m'ont
envoy en France, Monsieur, c'est la nation, et
nui Hai'tien de mon Age, j'ose le dire, sans modestie
fausse et sans orgueil deplace, nul homme de mon
Age ne 1'a mieux que moi service par la plume et par
la parole.
Lorsque je parties d'Ha'iti, M. Aubry etait direc-
teur de 1'Ecole de medecine, M. Thoby Ptait secrb-
taire d'Etat de 1'Instruction,publique, M. Canal ktait
president de la Republique. C'Ctait mon tour de
partir, parce qlue j'etais 1'6tudiant qui donnait le
plus d'esperances alors; parce qu'g dix-neuf ans,
charge de donner des conferences de botanique,
entire ma vingtibme et ma vingt-deuxibme ann~ie
d'8ge, je fus aussi charge de donner des conferences
d'ostiologie, de pathologie externe et de petite
chirurgie devant les nouveaux 61&tves qui affluaient
chaqlue annee g cette Ecole.
Je n'avais bnindficie d'aucune faveur indue,
extraordinaire. Je ne devais auicune reconnaissance
particulibre au gouvernement ha'itien d'alors, pas
plus qu'un jeune Frangais, rdpublicain de convic-
tion, envoy B 1'4cole de Rome ou g l'Ecole
d'Athhnes, sous un gouvernement monarchique,
n'aurait &td tenu toute sa vie a une reconnaissance
absolue envers une forme de gouvernement ou des
gouvernants futurs qui ne seraient pas les pr~fkrbs
de son coeur.
Eh bien, Monsieur, lisez pourtant ma thitse de


- 25 -










doctorate en m~decine, et vous constaterez qlue, en-
core qlue je l'eusse Acrite et soutenue alors qlue M.
Thoby etait ddji exild, je la lui ai d~di~e et I'ai
dibdiide aussi a M. Boisrond Canal, qui n'etait plus
president. De plus, il est bon qlue je vous fasse
observer qlue si M. Thoby est actuellement un libb-
ral dans le sens oih vous entendez le mot MMI.
Canal et Aubry sont des nationaux. D'ailleurs,
eussi-je &td protdg4 directement par Bazelais, en
1877, alors qu'il etait chef de P'opposition g la Cham-
bre, qlue je ne me serais pas cru lik envers lui
aujourd'hui, et encore moins envers la queute de
son parti. Dans aucune circonstance de la vie, je
ne consentirai a m'enrbler sous la banniere de ceux
qui renient ou calomnient leur race, dks I'instant
qu'ils voient qlue les moutons d'autrefois ne veulent
plus se laisser conduire par eux.
Au-dessus des hommes qui passent, Monsieur, il
existe la collectivity national, et je suis g elle de
tout mon sang, du plus profound de mon cemur.
Ma premiere reconnaissance, je la dois aux payrsan~s
haf'tiens. Je suis petit-fils de paysan. Ce sont eux:
qui se saignent, qlui suent au soleil, pour qrue les
fils de ceux qu'ont ruins et tubs les r~voltes per-
manentes fomenti~es par une poign~e de politiciens
cupides ou~ ignorants, aillent 4tudier gratuitement
au Lycde et B I'Ecole de medecine de la Capitale
d'Hai'ti, puis dans les plus hautes bcoles de Paris.
A c8td des fils de dues et de princes.


- 26 -










Ce sont eux qui me nourrissent, depuis ma vingt-
deuxibme annie, et le cerveau et le corps. J'ai
prouvd que je les aimais pour eux-mimes et non
pour moi. Lorsque je dkfendais le gouvernement de
mon pays, avec cet acharnement que vous avez
qualifib de fanatique, contre les calomnies anonymes
de qtielques Hai'tiens dknatures et renieurs, c'etait,
au fond, leur cause que je servais. Cause noble et
sainte !
Consultez aussi mes ouvrages ecrits spontand-
ment en leur faveur, longtemps avant tout gire1ude
d'insurrection, en pleine paix, et dites-moi si per-
sonne au monde, si aucun Hai'tien surtout, a parley
d'eux avec la m~me chaleur, avec le m~me debor-
dant et sincere amour que j'ai mis g les montrer
sous leur veritable jour.
Les grandes pensees viennent du coeur, dites-
vous. Je le sais, M~onsieur. Je sais, de plus, que le
mot est de Vauvenargues, ce qlue vous ignoriez
probablement, car vous avez omis de citer, pour
mieux appuyer votre citation, le nom de ce thbori-
cien de 1'action, lequel, dit Michelet, ctemployait la
passion comme degree pour s'e1ever un escalier qui
monte B la grandeur, aux nobles resultats qui servi-
ront le genre humaiml>.
Je mets si bien en pratique la maxime de Vau-
venargues qlue, me resumant, je r~pihte: Par-dessus
cent, rixille, dix mille personnel, et tout en respectant
les convictions de chaque individu, les aspirations


- 27 -










et les iddeis des immense collections d'hommes h
qui je dois tout me sont sacrees: devant elles, je
m'incline d'abord, oblige que je suis de les servir.
Vous voyez, Monsieur, qlue la reconnaissance
reste toujours une vertu noire, m~me pour moi, si
tant est que les vertus aient Ctd distingudes, classes
en blanches et en noires. Quelle manie du prejugP
vous avez!...

Pour les noirs qui ne savent pas rkflichir et &
qui vous arrivez trop souvent B faire voir le soleil
g minuit, la reconnaissance est une vertu tout
dtroite, mesquine, personnelle, objective, si je puis
ainsi dire; pour les noirs instruits, ou qui savent
rkfl~chir, la reconnaissance est une vertu, imper-
sonnelle, subjective, si je puis ainsi dire, pleine de
larger et de grandeur.

Je regrette vivement, 1Vonsieur, que vous n'ayez
discuth g fond < J'adore la discussion, d'oil qu'elle vienne, qu'elle
soit courtoise ou non. Plus sinchrement liberal que
vous, je sais que c'est de la discussion que jaillit la
lumibre; que c'est la discussion de 1'esclavage qui
a emancipP Ja race noire; que la discussion franche,
nette, entire du pr~jugP de couleur peut seule tuer
ce preluge.
Vous vous @tes born& < tions sur certain points,,, et c'est vraiment fort
dommage. 11 est vrai que cela vous Ptait plus com-


- 28 -










mode et plus simple. Nous allons discuter par le
menu.
Je vous chercherai noise, parce que vous avez
mal compris la phrase dans laquelle je disais B mon
ami Chancy: < machine je serai B votre service, si 1'on me donne
le temps de finir mes Ctudes diplomatiques,.

Pourtant je vous tiens compete, et vous remercie
m~me de la bonne intention dont vous avez fait
preuve g mon Cgard, en dtablissant un rapproche-
ment entire elle et celle oh, d'autre part, j'affirmais
vouloir rester absolument maitre de ma personnel
cctout en servant mon pays>.

Mais pourqluoi avez-vous ajoutb apres les mots:
cctout en servant mon pays,, ceux-ci ccc'est-g-dire M.
Salomon>>.
Voilh qui manque de loyautC et n'est pas de bonne
guerre. Je n'avais pas mis le ctc'est-g-dire M. Sa-
lomons.
Quand done vous dbbarrasserez-vous, lib~raux
bizarre, de ces habitudes d'imposture et d'hypocri-
sie qui vous font tant de mal aux yeux des hommes
veritablement instruits, patriots, senses?
Puisque, selon vous, MI. Salomon, c'est le pays,
le jour done que cet homme d'Etat mourra, ce que
je souhaite qui arrive le plus tard possible, le pays
tout entier mourra avec lui. Et si encore M. Salomon
est la nation, c'est qlue vous n'8tes rien, yous et les


- 29 -










v8t~res, et alors, pourquoi vous re~voltez-vous clontre
Jui, c'est-8-dire contre la nation?!
Fac~tieux Jacmdlien, il est dangbereux d'esayager
d'8tre spiritual en dkpit du bon sens, de la logiquel.
Devant les simples, les naf'fs, cela rkussit qjue~cque-
fois, mais devant ceux qui savent raisonner, on
risqlue fort de passer pour un sot.
Je disais textuellement ceci dans ma lettre: < ne tiens nullement B Stre scribe ni ici (A Paris),
ni 16-bas. Je servirai mon pays de ma plume et de
ma parole, mais en restant; toiujours absolument
maitre de ma personnel et nullement sous la depen-
dance de qui qlue ce soit>>. Voilk qui est clair, qlui
ne prite g aucune bquivoque. Puisqlue vous pos-
sidez si mal le frangais que vous n'avez pu saisir
le vrai sens de la phrase qui contenait le mot
machinene, qlue n'avez-vous consulted le dictionnaire
de Littrd? Ce livre vous aurait appris que le rnot
machine a vingt-deux acceptions en francais, tant
au propre qlu'au figure. Je cueille, pour votre 4difi-
cation, cette scule petite phrase de Mlme. de SkvignP
cite par Littrd: < monl amie est la machine qlui conduit tout>>. E11e a
ete tirde d'une lettre que I'inimitable dpistolibre
i&crivait en juillet 1680. Or, lisez MVichelet, et vous
verrez quelle machine terrible ktait dibji Mme. de
M~aintenon, en 1680, cing ans avant la revocation
de I'kdit de Nantes.
Si vous aviez consulted votre Littrb, au lieu d'agir


- 30 -










comme un ours qui veut faire des graces, comme
on B~otien, yous vous series abstenu de me com-
parer & un instrument de destruction comme I'est
le canon Krupp ou comme l'Ctait la catapulte,
V~oyez-vous, Monsieur, I'antiquitd a bien vieilli de
nos jours. Il est m~me pass& de mode d'en ra~bicher
les oreilles aux ignorants. En toutes choses, les
anciens nous etaient inf~rieurs. Du reste, les r~pu-
bliques democratiques de nos jours ne ressemblent
qlue de fort loin aux rdpubliques oligarchiques d'au-
trefois. Pour toutes ces raisons, et encore qu'elle
me soit connue, amie m~me,: g I'antiquitC, je pr~fere
les temps modernes, qui sont plus instructifs.
J'ai Ctd froissC d'Stre assimil8 g une machine de
guerre, dans le sens absolu oid vous prenez la chose.
Je n'ignore' point qu'au figure, et dans les bones
acceptions du terme, dans certain cas, un homme
politique peut Ctre considdrC comme une machine.
Dans ce sens l'extpression constitute un idiotisme
charmant ou vigoureux, selon le cas.
Le mot machine revient souvent dans Michelet,
sous vingt aspects, avee:vingt sens diff~reixts. Quand
il parle de administration frangaise sous Louis
XIV, 1'Pi~istorien dit ceci: < temps en temps, il y a des parties de la machine qui
ne vont plus; ou si elles vont, c'est qu'elles sont
poussies et qlue quelqu'un travaille B leur place. Le
grand machinateur Colbert, B chaque instant, se
fait machine et roue>>.


- 31 -










Puisqu'un chien regarded un bv~que, comme le
ripetait souvent Mlusset et s'il est permis de com-
parer les grandes choses aux petites, pardonnez-moi
mes comparisons, compare, et retenez. ceci :
Le jbsuite est une machine. La rbgle de la Compa-
gnie est .dure: obbir comme un cadavre. Perinde acr
cadaver. Donc, le j~suite est une machine. Mlais
quelle? Une machine supbrieurem~ent organisee,
discipline, qui mena des foules -d'hemmes, qui
transform et reinua le monde. Voyez -plu~t~t: Sublet
des Novers aida Richelieu dans sa grande oeuvre;
Annat, Ferrier, La Chaise, Tellier menerent Louis
XIV; Bourdalone vit se presserr autour de sa chaire
toutes les ktoiles qui recevaient leur -lumiire des
rayons du Roi-Soleil; Nithard ygouaerna 1'Espagne
A la mort de Philippe IV; Porde fut le maitre de
Voltaire, lequel est. un des phres de la Rdvolution
frangaise; Huc vit la Chine et la fit voir; Charlevoix
est un maitre 4crivain qu'il faut consulter quand
on veut bien parter des Antilles; La Valette fit
faillite g la Martinique; P~russeau chapitrait Louis
XV; d'Aubanton terrifiait Philippe V d'Espagne;
Frangois Xavier a btd surnommeb 1'apbtre des Indes.
Dbautres j~suites colonisbrent le Paraguay et I'kner-
verent pour plus d'un sikcle. Pombal chassa la
compagnie du Portugal, cela tua le Grand Marquis;
Choiseul la chasse de France, par la Dubarry, ils
firent chasser Choiseul du ministere. Les papes ont
toujours eu peur du general des j~suites. Il y a


- 32 -










machine et machine, M~onsieur, et la langue frangaise
est singulierement souple. Qui ne l'apprend que
dans les grammaires, ne la posshde qu'8 demi; qui
ne 1'4crit que d'apris les manuels lexiques, les
vocabulaires, n'est qu'un ignare.
On peut ne pas se connaitre en idiotismes quadc
on detrousse 14galement ou illkgalement les bons
paysans qui habitent sur les coteaux tout embaumes
par le sucrin et les papayers que la Gosseline arrose,
mais vos complices de Paris sont d'une balourdise
vraiment sans second, 10rsqu'ils montrent qu'ils
les connaissent si mal, puisqu'ils ont stupidement
reproduit vos critiques qu'on e~t pardonni B peine
A un calicot.
Si vous le voulez, M~onsieur, nous e1argirons un
peu la question. Elisee Reclus, faisant allusion g
la Convention, monstre convoquie B Philadelphie
par le Prdsident Johnson, en aoist 1866, convention
qui devait voter un programme favorable g la
politique du remplagant de Lincoln, s'exprime ainsi:
mocrates, les hommes du Sud comme les hommes
du Nord. Avec une pareille machine de guerre, il
(Johnson) esp~rait @tre invincible>>. Annuaire des
Deux Mondes, 1866-1867, page 596.
La Convention s'Ctant r~unie, se mit lestement g
1'oeuvre. En trois jours, tout fut fini.
La Convention s'ktant rdunie, se mit lestement g


- 33 -










pour se mettre d'accord sur toutes les grandes
questions qui agitaient le pays>>. Reclus, p. 609, in
codem loco citato.
Hein! voild une machine intelligence! T~chez done,
indisciplinables et surprenants lib~raux, de vous
concerter ainsi qu'ont su le faire les d~mocrates
des Etats-Unis. A 1'avenir, t~chez d'emprunter aux
anciens partisans de Jefferson Davis, de Stonewall
Jackson et de Lee, auxquels vous ressemblez... en
petit, I'ensemble, I'amour du travail, la resignation
et I'esprit de repentance dont ils ont su faire montre
depuis l'avortement de leur criminelle tentative
de secession. Ce sera tout benefice pour la jeune
Hai'ti.
A Jacmel, sous les boulets de 1'armie assiegeante,
yous vous disputiez entire vous ainsi que se dispu-
taient les Byzantins sujets de Constantin Dracosks
sous les boulets de Mahomet II. Pomie s'illustrait
par son < proclamation dir 13 Aott, Barjon criait: Vive Dieu!
et veillons nos lauriers! C'est pharamineux!
Le premier trouvait Bruno mou et hibleur; Bar-
jon, qui porte si bien son nom (1), ne pouvait s'en-
tendre avec Thoby et refusait de donner plus d'une
demi-piastre au comodore Pomie. D'oid colkre. Ce-
Jui-ci, grand homme de mer, s'il en fut, aurait etk
si heureux s'il avait voulu consentir g couler des


(1) En patois hal'tien, Barjon signifie petit requinz.


- 34 -










jours paisibles B Corydon ou a Gonai'ves, au milieu
de sa famille; s'il avait voulu se contenter d'exploiter
ses salines, de mener par le golfe de la Gonbve son
beau petit navire dont il eilt etd 1'amiral incontestk?
Que vous Ctes gamins, mes frbres, et combien~
vous me feriez rire si, g chaque instant, yous ne
mettiez tout en question, en plaisantant avec les
intkr~ts les plus sacrbs de ma patrie et de ma race!
Apprenez d'abord la langue, journalist impro-
visk; lorsque vous en poss~derez toutes les finesses,
yous dtudierez les sciences politiques et sociales,
si toutefois le temps vous en reste.


J'ai soutenu que le talent diplomatique du per-
sonnage inigmatique dont vous avez interrompu
la carribre par votre belle indiscretion, Ctait tout
g la surface. J'en puis parler g mon aise: je suis
du bitiment. Mais vous, de quel droit vous mblez-
vous de ces choses? Quand on veut infirmer un
jugement prononcd par quelqu'un dont tout le
monde connait le nom, au moins doit-on commencer
par d~cliner le sien? D'oid sortez-vous? Pourquoi
n'avez-vous pas sign, encore que vous tinssiez un
fusil B Ja main, encore que vous vinssiez de lire mes
pensbes sur les anonymes. Est-ce que, par hasard,
yous uniriez Ia force du lion g la prudence du ser-
pent? Craigniez-vous d'ttre ridiculisC?
J'ai soutenu aussi qu'il n'etait pas grand clere en


- 35 -










matiibres de finances. Est-ce ma faute A moi, s'il 1'a
avouC par lettres & Ethdart et si celui-ci, encore
qu'il n'en eilt pas le droit, a publiC ces lettres dans
un livre intitulk: Le Gouvernement du G~and~ral
Boisrond Canal. La France et I'Emprunt de 1875?...
Est-ce ma faute aussi si ce fonctionnaire, connais-
sant mal son pays et son 6poque, s'en est laiss6
center et imposer par de fallacieux conseillers qu'il
doit bien mesestimer aujourd'hui?...
Ce que je pensais de MM. Frangois M~anigat,
L~gitime et Guillaume Manigat, je le pense encore.
Je puis me tromper sur leur compete car nul n'est
infaillible, mais ce que je pense, je le dis, en ayant
le droit, et Je signe.
Les ennemis de 1'un d'eux ont autrefois fait cir-
culer le bruit que M. Jules Ferry, president du
Conseil et ministry des Affaires Etrangbres en
France, verrait d'un ceil peu favorarable sa nomi-
nation par le gouvernement hafitien au poste de
Paris. On donnait pour pr~texte g cela que celui
dont je veux parler aurait assist& g des reunions
publiques pendant la Commune. Cette assertion
ktait dknude de fondement. La raison, si tant est
qiu'elle ait CtC pr~senthe, ce dont je doute, eikt &td
mauvaise. M. Ferry vient de nommer reprbsentant
de la France en Egypte, M. Camille Barrbre, qui
fut condamnd pour avoir pris part aux actes de
la Commune.
M. Roques de Filhol, ancien deport& g Noumba


- 36 -










pour faits perpetr~s par lui sous la Commune, est
actuellement deputC d'un des colleges suburbains
de Paris et, par consequent, collbgue de M. Ferry.
Un M. Andrieux, qui vient de mourir consul de
France B Jersey, lorsqu'il fut nomme B ce poste,
n'avait d'autres titres que ceux d'ancien communard
et d'amnistiC frals debarque de la Nouvelle-Cald-
donie.
Je rappelle ces faits uniquement pour' satisfaire
& I'irrisistible passion que j'ai de courir sus aux
erreurs et aux prbjuges odr que je les decouvre
Quant g Henri Piquant, il est mort. Il est tombC
victim de la rancuine de ceux g qui il avait fait
grice en 1879, et qu'il aurait pu faire Ccharper alors
s'il I'avait voulu. 11s I'ont tui, vos complies de
Miragoine. Leurs balles le cherchaient partout.
Lui, didaigneux et viaillnt, sachant qu'il 4tait. vise
sp~cialement par des tireurs embusquds, il allait au
devant d'elles.
C'etait un noble coeur, xin grand cerveau, un
grand caractbre. 11 faisait I'orgueil et 1'espirance
des siens qu'il n'avait jamais renies. Hai'ssant tout
ce qui est noble, haut, hbroi'que, magnanime, les
pr~tendus lib~raux 1'avaient en execration particu-
liibre : done il l'ont tub.
A Paris, il est etd 1'homme de la situation. J'ai
vecu pendant prks de sept mois g ses c8tes, en 1882.
Nous nous en allions par les rues, bras dessus bras
dessous, ainsi que deux frkres. On s'arr~tait, sur son


- 37 -










passage, pour admirer sa beauty mile, sa noble
prestance. J'ktais orgueilleux de lui, ravi d'8tre
dans son ombre. Dans 'tous les salons oid je le prb-
sentais, on s'extasiait sur sa tenue absolument cor-
recte, sur ses maniibres polies, 6~16gantes et
distingubes.
Ambassadeur, il n'e~t pas kte un commis, un
representant de maison de commerce, ne pouvant
lever la main sans un geste de son patron. 11 e~t
compris qu'il ne fait pas parties du rble official d'un
ministry de publier des t616grammes annong~ant
seulement comme probable le succes des troupes de
son gouvernement sur un parti d'insurgQs. Il eat su
montrer de 1'initiative, de 1'entregent, du flair. II
aurait su agir, parce qu'il professait que, quand
on est pantin, on ne reprdsente pas un people.
D'un tact parfait et d'un gost exquis en toutes
choses, il tournait un compliment comme pas un
II charmait, dominant, conqu~rait tout le monde.
Adroit autant que discret, patriote autant que
g~ndreux et fier, il 6tait d'une souplesse, d'une
finesse d'esprit vraiment admirables.
II avait le sens, I'intuition des choses. Ce qu'il ne
savait pas, il le devinait. Et il .savait tant de
choses !.
Nous avons pass& de longues heures ensemble,
des aprks-midi pleines g fouiller toutes les questions
militaires, diplomatiques ou financikres qui se rap-
portaient g 1'avenir ,d'Hai'ti. Nous decisions


- 38 -










complaisamment sur les secrets mecanismes des
budgets frangais et anglais, et il m'expliqua~t, par
le menu, le budget hal'tien.
Il se passionnait, pour notre histoire national,
et notre littbrature, il la goatait avec ddlices. II
pleurait quand je lui disais les exquises posies
d'Oswald Durand, si raiment ha'itiennes, tant
originales d'allure. Sa confiance en son pays, son
amour de sa race n'Ctalent Agalbes que par la vC-
neration qu'il professait pour leur plus Aeminent
reprdsentant vivant qu'il br~lait de servir encore,
et par le culte pieux qu'il gardait g la memoire de
nos aleux.
Piquant a etd frappe au champ d'honneur un
knois apres que vous autres, g Jacmel, yous aviez
traitreusement assassinC Miaille Jean-Jacques, Aris-
tide D~Csird, Milien Jean-Jacques eD Veriquain, qui
tous quatre m'aimaient aussi dP vive affection.
Je suis de Morne-8-Tuf comme ils en Ctaient et
comme en sont ceux-ci : Mentor Victor, Plaisil
Roc, Ricqlds Fortune, Prudent, Bouchette I..amarrm
et cent autres qui, chaque jour, exposaient vaillam-
ment leur poitrine aux balles de pretendus braves,
lesquels, pour donner un temoignage d'intrepidite
farouche, se cachaient obstinement derriere les
remparts de Miragoine, de J~rimie et de Jacmel.
J'ai joue sur les genoux de Desir qui etait
presque mon parent, et je connaissais V~riquain
depuis mon enfance.


- 39 -










Les deux Jean-Jacques, amis intimes de mes
cousins morts, reportaient sur moi toute 1'amitid
fraternelle qu'ils avaient eue pour eux; leur phre,
le g~ndral Milien Jean-Jacques, compagnon d'armes
de moon phre, entire 1832 et 1843, alors qu'ils ser-
vaient dans le mame regiment, me serrait sur son
coeur quand j'allais lui faire visit en son cottage
des hauteurs de Bizoton, en son Paradis tout em-
pli de plants rares, tout parfumb de roses.
Qu'est-ce que les libkraux m'ont fait? demandiez-
vous, indiscret Jacmilien, yous le savez, maintenant.
Pour asservir nma patrie, pour la ruiner au profit
des Jama'icains, pour la livrer pieds et poings li~s
aux usuriers B qui ils empruntaient de 1'argent B
500 pour 100, ils assassinaient froidement, g coup
silr, les meilleurs de mes amis.
11 n'e~st pas n~cessaire de se dicerner g soi-m~me,
et gratuitement, le brevet de civilise (?),.pour savoir
pleurer ses morts. Ce ne sont pas les seuls pritendits
libdraux qui ont le monopole des larmes. S'ils font
entendre des gemissements et des lamentations sur
la placei publique,. s'ils veulent que tout le monde
partage leurs tristesses et leurs deuils, s'ils vont
partout, constant leurs angoisses et leurs douleurs,
dont ils sont les seuls responsables, puisque ce sont
eux qui commencent toujours les premiers, nous,
les nationaux, nous savons pleurer aussi, mais nous
sanglotons chez nous, pour que personnel ne nous
voie faiblir. Prenez garde, mes mignons, yous com-


10 -










mencez g lasser la patience des plus patients Vous
abusez raiment trop de la magnanimity des plus
sentimentaux.
Oui, j'ai avanc4, et je maintiens qu'un parti poli-
tique qui monte au pouvoir et y veut rester, doit
avoir ses hommes g lui partout, et surtout dans
les postes superieurs de 1'Administration.
Eh bien qu'y a-t-il lI d'dtonnant? C'est ainsi qu'on
agit en tout pays s~rieux, aux Etats-Unis, en France,
en Angleterre. J'ai ddji longuement expliquk tout
cela dans: La R~publique d'Hai'ti et ses visiteurs.
Relisez-y le chapitre intitul6: Enl Hai'ti comme ail-
leurs.
Aprks 1.879, on avait neglig6 d'kpurer toutes les
branches de 1'Administration. Qu'est-il arrive? Pen-
dant le course de:, insurrections de 1'anni~e dernibre,
on a vu les fonet'nnnaires quitter les bureaux dans
lesquels ils 4taient employs, et courir s'armer dans
1'intention de renverser le gouvernement. On a vu
ceux qui drainaient I'argent du pays, insulter a la
misbre des fiddles et des patriots dont les parents
combattaient devant Miragoine; on a vu d'anciens
Hai'tiens qui, dans le pays m~me, se sont naturalisfjs
strangers et qui, spectacle scandaleux! y vivent
encore et se gorgent de la sueur de ceux qu'ils ont
renids, on les a vus ddifier de nouvelles fortunes;
on a vu les commis des ministibres qui se faisaient
traitres, en envoyant des renseignements aux in-
surg~s et aux renegats, leurs complices, g 1'ktranger.


- 41










Le haut personnel gouvernemental s'est trouve
paralys4 par les bureaux.
Et akirs on a constatC que, quoique je fusse en
France depuis sept ans, je savais ce qui se passait
en Hai'ti aussi bien que quiconque.
Maintenant, Jacm61lien, savez-vous ce que c'est
qu'un appareil gouvernemental? Non, peut-Stre. Eh
bien, voild ce que c'est: Un parti politique intelli-
gent, bien organism, doit avoir ses ambassadeurs, ses
ministres, ses financiers, ses journalists, ses ora-
teurs, ses historians, ses poktes, ses musicians, ses
chansonniers, ses femmes instruites et d14gantes,
enfin tout ce qu'il faut pour instruire, captiver,
attirer, retenir et.menacer. Quant B l'armde, elle
est au pays, au gouvernement. La discipline n'a
rien g voir avec la liberty. L'arm~e n'a pa's et ne
doit pas avoir d'opinion politique. C'est encore une
de vos faiblesses, politicians corrupteurs, que de
vous adresser B ses chefs pour essayer de les porter
a trahir leur devoir. Vous les mettez en colibre
contre vous, car vous les insultez.
Vos journalists faisaient rire. 11s manquaient de
flamme; ils etaient ignorants et pubrils. Ils ne sa-
vaient pas argumenter. 11s publiaient des rapsodies
et y intercalaient des chansonnettes de cafd-concert
au lieu de parler en politiques. Ils ne signaient pas
leurs &crits parce qu'ils avaient encore moins de
titres qlue de convictions. Ils ne pouvaient agir sur
1'opinion.


---42 --










Lesconflaire donnait dans le burlesque; les rimes
du petit-fils de Philizaire Larraque, si pauvres qu'on
6tait tent de leur faire 1'aum8ne, avaient triste
mmne.
De I'autre c8te, on voyait des diplomats imber-
bes, mais pourtant trbs instruits, trbs chatouilleux
de I'honneur national, des ministres qui depassaient
a peine 1'Age constitutionnel. Les uns et les autres
ont forced au respect, ont rempli admirablement leur
devoir. Et tout en haut, il y avait un financier, un
orateur, un diplomat, un polite en prose, un char-
meur des foules, une t~te enfin, une grosse t~te.
OiS ktait votre t~te? Vous en aviez plusieurs. Elles
6taient toutes petites comme des cayemittes sau-
vages, et vides comme des calebasses shche's. Elles
manguaient de decision, d'esprit de suite et de vi-
gueur. Et puis, yous n'aviez pas un programme
4conomique court et pricis, en une seule phrase:
<.
De li votre isolement, votre 4crasement.
Meditez et discutez, compares, cela vous donnera
de la pulpe cirdbrale. Je vous ripkte ici ce que je
vous disais, g vous tous, en 1882: < au fer qui donne la mort (1) >.
C'4tait bon autrefois, alors que nous avions des
chefs qui, jusqu'8 un certain point, eussent mdritC
les reproches et les injures de ce filandreux Cami-


(1) R~publique d'Hai'ti et ses visiteurs, page 498.


- 43 -










nero. Aujourd'hui que nous sommes 6mancipe-
nous voulons bien Stre conquis par la discussion,
mais nous avons horreur d'argumenter g coups de
fusil. Prenez votre plume, mais laissez dormir le
canon.
Et maintenant, eminent cacographe, chitelain de
Nectoux, Talavigne, Minessier, Pavillon et autres
lieux, je vais vous raconter comment j'ai etd amend
g Pcrire la 14,ttre et P'article qui vous passkrent sous
les yeux car vous @tes curieux au mois d'ao~tt
de 1'ann~e dernibre.
Le 6 Juillet, le journal Paris publiait ceci:
Nous recevons la lettre suivante:

QUESTIONS HAITIENNES

Paris, 5 juillet 1883.
Monsieur,

Permettez-moi de rdpondre quelcques mots g un
article qui a etd public dans la France, ces jours-ci,
sur la question hai'tienne, et qui fourmille d'erreurs
historiques et g~ographiques.
On a insinuC que le droit btait pour ceux qui, le
27 mars dernier, avaient supris la petite ville de
IVliragoine et s'en 4taient emparbs sans coup f~rir.
C'est 14 une erreur et voici qui le ddmontre : le
gkndral Salomon a &td blu president de la R~pu-
blique hai'tienne par la Chambre et le Sbnat r~unis


- 44 -










en Assemble Nationale. Le mandate pr~sideritiel
lui est confie pour sept ans. La Chambre et le S~nat
se reunissent en ce moment g la capital, et la Cons-
titution de 1879, qui n'est nullement calquke sur
la Constitution f~ddrale des Etats-Unis, mais qui
resemble bien plutit aux lois constitutionnelles
frangaises de 1875, est en pleine vigueur dans toute
1'etendue de la R~publique, except sur les terri-
toires des deux arrondissements de la Grande-Anse
et de Nippes, lesquels sont ddclaris en Ctat de si~gei
parce qu'y sont situdes les villes de Miragoine et
de J~remie, occupies en ce moment par les insuirges.
D'aucuns riphtent que M. Salomon est imbu de
prejugds de couleur et qu'il nourrit des rancunes
contre les mulltres d'Hai'ti. Rien n'est plus faux.
Dans un discours qu'il a prononck B Port-au-
Prince, le 29 avril de cette annbe, il a fait justice de
toutes ces calomnieuses et sottes imputations. II a
insistC sur ce fait que sa femme etait une blanche,
une Parisienne, et que, s'il avait eu des enfants
d'elle, ceux-ci seraient des mulltres; il a montr4
combien sa conduite avait Ctd magnanime envers
tous ceux qui, pendant vingt ans, l'avaient tenu
bloign& du sol natal, qui avaient fait fusiller ses
parents et qui l'avaient injuriC alors qu'il dtait
pauvre, seul, abandonnk sur la terre d'exil. II au-
rait pu ajouter que son ministry de 1'intbrieur, MI.
Ovide Cameau, 4tait un mul~tre; que le reprbsen-
tant d'Hai'ti a Washington, M. Preston, etait un


- 45 -










homme de couleur aussi blanc de peau qu'un Belge;
il aurait pu faire observer que tel Ctait aussi le cas
de M. Charles Villevaleix, le ministry resident
d'Hai'ti B Paris et g Londres; que tel 6tait le cas de
M. Thomas Madiou, 1'int~rimnaire du ministibre de la
guerre, lequel est titulaire des portefeuilles de la
justice et des cultes. Nombre d'officiers, comman-
dant les divisions administrative de la R~publique,
aont des mul~tres, entire autres le g~ndral Fontange-
Chevalier (1), qui est g la tate de l'arrondissement
des Cayes, od~ il ddploie un zble trbs 10uable au ser-
vice du chef constitutionnel.
SD'ailleurs, ainsi que M. Sche~lcher l'avait dbjh
prouvd et ainsi qu"il est rapport&t dans mon livre
intituld : la R~publique d'Haditi et ses visiteurs, les
noirs n'ont jamais eu de prbjugbs de couleur; au
contraire, ce sont eux qui en ont toujours souffert.
M. Salomon a si peu pill& le Trisor, ainsi qu'on
1'en accuse, que c'est grlce g son administration
que les capitaux frangais commencent g pinetrer en
Hai'ti, cela depuis qu'il y a fond une Banque na-


(1) L~es noirs ferment en Hai'ti la tre~s grande majoritC de
la population, car sur environ un million d'habitants on ne
compete guibre plus de cinquante mille mulltres. (Le Propa-
gateur, journal de la Martinique 1883).
.Les mulltres ferment B peine le dixieme de la popula-
tion; loin d'&tre exclus des emplois publics, ils sont appe-
14s A partager t.ne bonne parties des functions publiques. Des
cing secretaires d'Etat du Prisident Salomon, deux sont
mulatres, sa femme est une blanche.. (Le New-York Herald
du 14 avril 1.884).


- 46 -










tionale, laquelle fait toutes les operations de treso-
rerie de la R~publique.
Les changes de cette <>, qui
d'ailleurs ces
Changes s'annongaient brillants pour cette annie,
et ce sont les insurges de Mirago~ne, dont le premier
soin a etC de d~clarer par d~cret dit r~volution-
naire (?), que les impbts Ctalent abolis, ce sont
eux qui paralysent, pour I'instant, les affaires com-
merciales de tous les ports d'Ha'iti (1).
Ces < qu'ils croient au-dessous d'eux. Ils savent que le
S~nat et la Chambre sont les principaux gardens de
la Constitution; ils n'ignorent point que ces deux
Chambres ont scules le droit d'agir au nom de la
Constitution; ils savent que c'est au Parlement
hai'tien, qu'appartient le devoir de rPgler les libertis
nicessaires au people hai'tien, dont il est le manda-
taire formel, et pourtant, m~prisant les amnisties
pr~sidentielles, ils ont mieux aimb livrer leur patrie,
qu'ils disent tant aimer, g toutes les chances, g
tous les dangers, g toutes les tristesses, g toutes les
horreurs, g toutes les disolations de la guerre civil.
Les vbritables libkraux sont ceux qui respectent

(1)En abolissant les droits A l'exportation, les insurg~s de
Miragoine comptaient decider en faveur de leur cause les
commergants ha'iliens et strangers, qui font le traffic d'expor-
tation du cafe, du coton, du cacao du camp@che, etc. Singu-
liers financiers et bizarre 6conomistes.


-- 47 -










la loi, qui n'ont d'autres armes que P'article de
journal, le livre, la parole, le bulletin de vote, et
qui, dans aucune circonstance, ne veulent livrer
leur pays B la guerre intestine, B l'anarchie.
Les insurges n'occupent que le littoral de la ville
de J~remie et un quarter de la ville de Mirago~ne.
Le gouvernement est si peu avide de leur sang,
si plein de mansubtude, qu'il youdrait les porter g
se rendre par la famine plut8t qlue d'ordonner un
assault dans lequel nulle vie ne seraft 4pargnbe.
De toutes parts, de nombreuses addresses sont
couvertes des signatures des Hai'tiens les plus mar-
quants et les plus honorables, et elles sont envoybes
au president d'Hai'ti pour I'assurer de la confiance
de la nation; les commergants strangers ont mis
spontanement un million B la disposition du gou-
vernement, et ils ont fait remettre au president la
plus flatteuse de ces addresses (1).


(1) Les addresses venaient de Saint-Marc, du M81e Saint-
Nicolas, du Cap, de Milot, de Port-de-Paix, de Marigot,
de Bainet, de Saint-Louis du Nord, de 1'Arcahaie, des
Cayes, de la Plaine-du-Nord, du Quartier-Morin, de Fort-
Liberte, de Limonade, de Gros-Morne, de Port-au-Prince,
de P~tionville, de la Croix-des-Bouquets, de la Grande-
Saline et furent publides dans le Moniteu~r avant le 23 mai,
avant 1'insurrection de Jeremie. L'adresse du commerce
stranger, en date du 18 mai, fut publiee sur Le Moniteur
du 24 mai. Les autres communes de la R~publique firent
parvenir leurs addresses a la capital en mai et en juin. Elles
furent toutes publides dans le Monziteur avant le 23 juillet.
Jacmel aurait dit comprendre la port~e de cet immense mou-
vement de I'opinion, et se garder de la folie d'imiter J~rinxie.


- 48 -










On a soutenu que, depuis 1804, ii y avait eu
soixante-dix revolutions en Hai'ti. Cette assertion
est tellement ridicule qu'elle en est puerile ou senile.
Au fond, il n'y en a jamais eu qu'une seule : c'est
celle que Salomon vient d'opkrer en F~vrier de
cette annee en faisant rendre une 10i agraire aux
terms de laquelle les propri~tis de i'Etat seront
morcel~es de manibre que chaque paysan puisse
devenir propri~taire foncier.
Des chefs d'Etat hai'tiens, dont il est garl4 de .
fagon fort inexacte, P~tion resta onze ans au pou-
voir comme president et comme dictateur; Chris-
tophe, pendant treize ans, et Boyer pendant vingt-
cmqc ans.
En France, depuis Louis XV, aucun chef n'a
exerce la supreme magistrature pendant vingt-cing
ans.
Faustin Soulouque, president en 1847, empereur
en 1849, abdiqua en 1859; Geffrard, sur le compete
duquel ori est fort mal renseignk en Europe, fut
president pendant huit ans, et Nissage Saget est
restC & la presidence pendant le terme quadriennal
que la Constitution lui avait assigned.
Le general Salomon fera son septennat.
De meme qlue MI. Salomon, tous les ministres qui
sont actuellement aux affaires sont animus des
meilleures intentions envers la France, et ils son-
geaient g resserrer les liens qui les rattachent au
pays oix tous ont vecu et oid plusieurs ont Ctudid,


- 49 -










quand ils ont ete traverses dans leurs projects paci-
figues et civilisateurs.
Un mot pour finir : La maison d'arr~t de Port-
au-Prince ne peut pas contenir douze cents
prisonniers, les empillt-on les uns sur les autres.
Quelques suspects politiques ont &te mis en 6tat
d'arrestation, mais ils seront tous relaxes dis qlue
I'insurrqption aura mis has les armes, c'est-8-dire
sous peu.
Toutes ces nouvelles, je les donne d'aprbs les
lettres et les journaux qlue j'ai directement regus de
Port-au-Prince et du Cap-Hai'tien, aussi bien que
d'apris les documents imprimbs qui m'ont Ctd en-
voyds je ne sais d'oid et per qui, mais qui portent
tous le timbre de la Jamai'que.
Tous ceux en France qui aiment leur pays et qui
s'int~ressent g 1'avenir d'Hai'ti et de la race noire
doivent desirer qu'aucune guerre civil ne d~chire a
nouveau ce jeune people qui fait tant d'efforts pour
miriter I'estime, la sympathie et le respect des
vieilles nations oid elle envoie ses fils puiser I'esprit
de tolerance, le respect de la volonte national et
de la loi, la patience, 1'amour des siens poussd
jusqu'8 I'abnigation, au sacrifice, et les lumibres
politiques qu'ils devront mettre plus tard au service
de la patrie.

Dr Louis-Joseph Janvier.
Dipl8mb de- 'Ecole des sciences politiques.


-- 50 -










Vrous conviendrez, Monsieur le Jacmblien, que cet
article n'a rien de violent, rien de cassant dans son
allure. J'y donnais des renseignements plut8t que
je ne faisais de la pol~mique. Je ne menagais per-
sonne, ce n'est pas dans ma nature, ni dans mes
habitudes. Je riposte toujours, mais n'attaque jamais.
M/ais voilk que le 10 Juillet m'arrive la lettre
suivante:
Monsieur,
raux et vous trahissez leur cause pour servir celle
de gens dont vous serez jaloush, ha'i, miconnu,
parce que vous Stes moins ignorant qu'eux,
Vous ferez mieux d'8tre avec nous. Vous savez
d'ailleurs, qu'en Hai'ti, le poison, la fusillade et
l'exil savent tuer dans 1'oeuf bien des ambitions
trop precoces.
A bon entendeur, salute >
Et pas I'ombre d'une signature.
L'enveloppe portait le timbre de Paris.
Le 12, second lettre anonyme. Mon article avait
caush, parait-il, un tapage infernal dans les cdnacles
oid burgraves, ganaches et bbjaunes mangeaient ma
viande!..
J'appris qu'un haut fonetionnaire m'avait traitC
d'intrigant; qu'on m'avait trouvb imprudent d'oser
d~fendre nettement M. Salomon et son Gouverne-
ment.
On soutenait surtout que je devais me t'aire sur


- 51 -










les questions de pr~jug6 de couleur, que je devais
ne pas parter de politique; que -je ferais mieux de
penser 9 ma future clientele medicale plutat qu'8
toute autre chose.
Enfin, plus hardi que tout autre, un individu
g qui je n'avais jamais parld qu'une fois, < tilhomme aux yeux de chouette>>, osa m'envoyer
donner des conseils qui ressemblaient g des ordres.
Ce fut alors que, saisissant mon tonnerre, le 14
Juillet au matin, j'4crivais mon article: Intimida-
teurs et Libbraux, ainsi que la lettre qui en de-
mandait 1'insertion dans un journal de Port-au-
Prince.
L'article et la lettre sont maintenant connus de
tous, puisque vous vous &tes permis de les publier,
mais, sous le m~me couvert qu'eux, il se trouvait
un autre ecrit que vous vous @tes bien gardd de
rendre public: ma r~ponse g Sylvio, g ce bon Sylvio
qui, fort candidement, me reprochait les explosions
de mon courroux contre les ddnigreurs d'Hai'ti. Cet
article: les APnonymes, est si cinglant, si dur pour
ceux qui ne veulent pas se taire, mais qui ont peur
des responsabilitis que, si vous 1'aviez public, vos
complices, les futurs ignorantistes, eussent peut-Stre
recule, aprks I'avoir lu, devant 1'action ignominieuse
qu'ils ont commise lorsquils m'ont diffamd sans
signer leurs diffamations. J'en avais gardC copie.
Je trouve opportun de ne le laisser point ignore.
II est aussi du 14 Juillet. Le voici:


- 52 -










LES ANONYMES


Les coups droits et signs sont les meilleurs. Pour-
tant, on peut B l'alldgorie opposer les axiomes.
000
C'est une belle chose que le sentimentalisme, mais
en podsie et en musique; en politique, c'est chose
deplorable et enfantine.
o00
A la berquinade, je pr~fibre encore la pasquinade.
Celle-ci peut Stre insolente, mais combien ennu-
yeuse et pudrile est celle-11.
000
Les rdnigats n'ont pas de frbres. Lorsque le chien
favori de la maison devient enrage, on le tue.
000
Le patriotism est une grande et noble chose avec
laquelle nul n'a le droit de plaisanter. Une haine
national est une belle chose, tribs utile souvent.
C'est un des c~tis de 1'amour de la patrie.
000
On reconnait le veritable citoyen et le parfait
patriote en ce qu'ils se sentent blesses quand la
patrie est atteinte dans son honneur.
000
Ne sont g plaindre que ceux qui ne se croient
pas insu~ltds quand 1'8tre collectif dont ils font parties
est vilipende.


- 53 -










Le fils qui pardonne g I'insulteur de sa mere,
merite le mbpris de 1'insulteur et le mdpris de ses
frbres.
000
A de certain moments, qui pardonne trahit.
o00
La France et I'Allemagne sont deux grands peu-
ples. Ils sont g la tate de la civilisation. Ils ne s'aiment
point. Tout homme loyal et bien renseignC en con-
viendra.
o00
Si tant est que la haine soit ignoble, elle est moins
vile et moins ignoble que la tiddeur patriotique; c'est
un dtat cerebral moins n~gatif que la simplesse
d'esprit; en tout cas, c'est chose humaine, sentiment
de mile.
oOo
La premiere des religions et la plus haute des
philosophies, c'est la furieuse amour de la patrie.
La sagesse antique et la mansubtude chritienne,
d'ailleurs tant sujettes B caution, font hausser les
Cpaules B ceux pour lesquels l'histoire est une vieille
amie.
o00
Si tu aimes bien ton frbre, tu hai'ras ses ennemis.
000
Quand on a des tigres-et des serpents devant soi,
on ne pense pas aux puces qu'on a sur soi.


- 54 -










Occupy que je suis B d~fendre ma patrie et ma
race contre leurs calomniateurs, je n'ai nullement
le temps et didaigne d'avoir des ennemis personnel.
Ceux de la nation me suffisent.
oOo
Les anonymes? Qui ~peut les aimer ou les hair.
Ils sont masqubs. Ils frappent dans 1'ombre; ils sont
inconnus; ce sont des morts vivants.
oOo
Pendant que, abandonnC g moi-mame, isold alors,
j'allais, sous les ricanements des sceptiques et des
pr~tendus habiles, plaidant votre cause B tous sans
exception devant les vieilles nations, yous, yous me
frappiez par derriere. C'est liche et b~te!...
oOo
Tous ceux qui m'ont approchi savent que j'ai le
mensonge et 1'hypocrisie en horreur et qu'en tout
ce qlue je fais j'agis toujours avec la plus parfaite
franchise, la plus sincere loyautC, avec une nettetd
presque brutale.
Vos coreligionnaires ont fait un' renvoi, en re-
produisant cette phrase de mon article intituld:
Intimidateurs et Libbraux: < qui defend les 10is de son pays; le patriote, c'est
celui qui ne rdcrimine jamais contre les decisions
de la famille humaine qui lui a donni le jour, ou
qui, s'il le fait, du moins ne le fait -pas en vue de
1'etranger et pour complaire aux rancunes ou g la
cupidity de celui-ci>>, et ce renvoi, au has de la


- 55 -










page, est ainsi congu: le public frangais>>.
Ml~me quand vous d~noncez vos compatriotes a
l'dtranger, ce qui est antinational, trahison pure,
toujours on voit chez vous la m~me habitude d'equi-
voquer sur les mots afin de pouvoir commettre B
loisir des impostures.
Tous les Frangais qui ont lu mes ouvrages ou qui
m'ont entendu parler, soit en public, soit dans le
privC, et beaucoup sont dans l'un on dans 1'autre
cas, tous savent que je suis Fr~anais jusqu'au bout
ales ongles, par le cerveau et par le coellr, tout en
restant Ha'itien jusqu'g la moelle, par le coeur et le
cerveau.
C'est m~me pour eela que, tout en ne voulant
nullement asservir ni Cconomiquement, ni politique-
ment la fille g la mbre intellectuelle, je cherche
tant g rapprocher ma patrie de son ancienne mdtro-
pole, que je les renseigne tant I'une et l'autre sur
tout ce qui se passe ou s'est pass entire elles.
Ce sont les ~Frangais m~me qui m'ont pbtri le
sensorium. Je suis nC de leurs livres, selon la belle
expression de Michelet. Je 1'ai rip~tC cent .fois
et partout.
En 1'occurrence, il ne s'agissait nullement du
public frangais, qui n'a pas de raison de nourrir de
rancune contre Hai'ti, comme 1'a affirms le grand
philosophy contemporain Pierre Lafitte, et qui n'en
nourrit point; il ne s'agissait pas non plus du gouver-


- 56










nement frangais : M/. Burdel, le ministry de France
en Haiti, est tellement I'ami particulier de M. Salo-
mon, president de la Republique haltienne, que
leurs ennemis communs, les pr~tendus libbraux
ha'itiens, ont, pour cela, injuriC et fait diffamer MI.
Burdel, aussi bien en Haiti qu'en France, au parle-
ment frangais et dans les journaux de Paris.
Dans ma phrase que vos amis ont citee, en la
faisant suivre d'un commentaire malveillant, et en
lui donnant un sens qu'elle n'avait pas et ne poutrait
avoir, je visais 1'Angleterre, qlue vos complices de
la Jamai'que et leurs bailleurs de fonds, Anglais
ou Antilkens pour la plupert, poussaient en Ha'iti.
Si, I'annde dernibre, c'Ctait un ministbre tory au
lieu d'un ministbre whig, un ministire partisan de
la politique impdriale~ inaugurde par Disraiili au
lieu d'un ministbre partisan de la politiqlue de non-
intervention qui occupait le pouvoir en Angleterre,
si surtout M. Gladstone n'Ctait pas premier Ministre,
vos amis qui ktaient resti~s B la Jamai'que, et vous
qui Stes si peu patriots que, tous, yous rdclamiez,
B mains jointes, une intervention en faveur des
revoltes haf'tiens B Washington, B Londres et g
Paris m~me, vos amis et vous, yous nous mettiez
une intervention anglaise sur les bras -(1).

(1) .Le parti politique qui, pour arriver au pouvoir, s'ap-
puie sur l'intervention etrangere, manque B ses devoirs envers
l'Etat. S'il arrive au pouvoir par ce moyen, il ne posshde
qu'un pouvoir precaire et n'exerce qu'une souverainet6


- 57 -










Ils ignoraient peut-Stre, ils ignorent tant de
choses que quand les Anglais posent le pied
qluelque part, le plus souvent, ils ne le retirent plus.
C'est un grand people que le people anglais. Je le
sais. Je n'ignore pas non plus qu'il chante fibre-
ment : R~gne Angleterre, r~gne sur les vagues;
c'est pourquoi, tout en I'estimant beaucoup, je l'aime
peu comme volsmn.
Je vous supplies d'observer, Monsieur, qlue, dans
1'Inde, les Anglais foulent aussi bien le paria qlue
le brahmine; qu'ils fusillent aussi bien les b~gums
que les radjahs qui leur disobbissent. En Egypte,
le pacha et le fellah, 1'Arabe et le Turc, le Copte,

incomplete : il est dans la condition du gouvernement qui
appelle 1'intervention 6trangere contre la nation.
L'intervention devient permanent, l'anarchie en est la
consequence, et conduit promptement soit Q la ruine de
l'Etat, soit B son asservissement g une puissance etrangetre.
(Albert Sorel et Funck Brentano. Droit des Gents).
Au point de vue du droit international, il faut distingue:
le parti politiqu1e national du parti politique. La Pologne est
morte au XVIII siele parce que, dans cet heroi'que pays, il
n'y avait que des parties politiques. Ces parties n'ktaient pas
des parties politiques nationauxs, car ils s'appuyaient B chaque
instant sur I'6tranger, sur le Russe ou le Prussien. En Ha'iti.
le parti national est un parti politique national, le parti dit
liberal est, actuellement surtout, un parti purement politique
car du jour oix il a demanded l'assistance de 1'Ctranger, de
1'Angleterre, il n'a plus eti un parti politique national. Quli
veut se convaincre de l'absolue v~racit6 de ce que je dis ici n'a
qu'd lire, dans le Moniteur ha'itien, le narrk des Bv~nements
qui eurent lieu B Port-au-Prince les 22-23 septembre 1883,
le r~cit de l'entr~e du presiden Salomon & Jacmel, B la fin
de l'insurrection, e~t surtout les curieuses riv41ations de
l'insurg6 Charles Desroches, mort B Miragolne.


-- 58 -










et le Circassien, et le Soudanais, ils les meprisent
Agalement, les exploited ~tous.
Rappelez-vous, singuliers patriots, yous qui jouez
toujours avec 1'inddpendance de votre pays,, rap-
rappelez-vous Tippoo-Sahib et le roi d'Oude; n'ou-
bliez jamais ces noms: Clive, Hastings, Havelock,
Wolseley, Seymour!
II ne faut pas plaisanter avec les Anglais !
Et tenez, M~onsieur <,,
tenez ga; approchez votre oreille et recueillez ma
confession : Vous savez que Saint-Leger Pierre-
Jean-Louis est loin d'8tre un aigle; qu'il ne res-
semble en rien ni B Cincinnatus, ni g Fabius Mlaxi-
mus Cuntator; qu'il n'est en some qu'un Bouqui
dans la main de ce Petit Malice de Bruno; ch bien !
j'aimerais mieux le saluer du titre de dictateur;
j'aimerais mieux dire g Canuet ler qui n'a rien de
prestigieux : Ave, Caesar; j'aimerais mieux savoir
Barjon Vive Dieu! empereur et pape, plut~t que de
voir tout autre drapeau que le bicolore flottant dans
l'air limpide et bleu de Port-au-Prince.
Savez-vous pourquoi ? Parce qlue si je ne puis
m'entendre ni avec ceux que j'ai nommbs, ni m~me
avec Ker-le-Grand, B qui pourtant j'ai serrC la
dextre, un soir, dans le jardin du Luxembourg, au
moins, je m'en irais, B Panama ou ailleurs (1), avec
au coeur la consolante espirance qu'ils laisseront

(1) IMI ?Ida cilibo babo.


- 59 -










vira-ter mes friires, tandis que, avec John Bull, le
cockney, et avec Jonathan, le Yankee, hum !... on
ne sait pas ce qui peut arriver. Ces gens ont la
main dure. Le premier I'a prouv4 en Nouvelle-
Zelande et en cent endroits divers; le second 1'a
prouvd dans les prairies du Far- West.
Macac pas joud ac tig (1). Voilh du bon creole.
Ce n'est pas celui que parlait Pautrizelle alors qu'il
n'avait que six ans, mais c'est le vrai, c'est le con-
tracte, c'est celui que je parlais aux temps oid, sous
le canon du fort Saint-Clair, je trempais mes jeunes
muscles et nourrissais mes poumons d'iode et de
brome tout en me battant dans 1'eau sale avec les
Gervais, les Bernard, les Moriette, tous mes cama-
rades d'enfance.
Et puis encore : ZB pas dou6 dans8 nan calinda
roche (2). Sur ces deux proverbes hai'tiens si pro-
fonds, si pleins de sagesse en leur concision, je
prends cong6 de vous, Monsieur et indiscret com-
patriote, et m'en vais faire un brin de causette
avec les future parangons de votre parti, avec ceux
qui, aprks vous et d'apris vous, m'ont calomnid
dans I'ombre. C'est pourtant le dessus du panier, le
gratin, la fine fleur, le bourgeon qui vient d'Cclore,
mais, malgrd toutes ces qualities qu'ils se veulent
reconnaitre et dont ils sont les seuls g s'apercevoir,


(1) Le singe ne dloit pas jouer avec le tigre.
(2) Les oeufs ne doivent pas danser 1& 06 dansent les pierres.


-- 60 -










ces gens-lA n'osent jamais signer ce qu'ils Ccrivent.
Que sera-ce done quand ils serofit vieux ?... Si
1'anonymat n'existait pas, ces nobles timbaliers-
Aliborons et S'tentors je crois que c'est la scule
chose qu'ils auraient pu invrenter.
Ils sont si maladroits, en leur apparent finesse,
que irraiment c'est plaisir d'oui'r le cozicert de leurs
voix discordantes, que de penser aux mines qu'ils
doivent faire quand ils ont Ccrit dix lignes sans Stre
essouffles !
J'ai pour eux mille affections. Its me seront fort
utiles dans 1'avenir.
Avec la manie qu'ils ont de midire de moi, partout
-odi ils passent, 11s me font adorer.
Au plaisir de vous voir, Fleur- du cabinet noir,
Strange suzerain de Gast, de Tavet et de Nerette;
au plaisir de vous voir, car nous nous rencontrerons
bien quelque jour, j'espbre.
Si vous entendez dire que je dirige mes pas
vers le Portail des Orangers, ne faites pain comme fit
Labidou, lorsqu'il apprit que :

Frangois Manigat flanqub
De Parlanqub

allait dkfinitivement entrer g Jacmel pour godter
un peu 1'eau de la fontaine qju'a construite Mloravia.
Labidou connaissait son Virgile... et son Machia-
vel. Br~lant d'imiter GalathC qui fuyait vers les


- 61-










sales avant que de se laisser voir et cupit ante
videri Labidou le Pudique prit la fuite, non vers
les pitons bleus, mais vers une boutique anglaise,
afin de n'8tre point vu par son ancien condisciple
du lyc~e de Versailles. Vous, yous resterez. Je
viendrai seul.
J'adorei leswconfitures d'anacardes et de jambjoses.
J'aime aussi me promener le long des rivibres, pour
humer le parfum qui monte des hortensias, des
jones, des cannas B fleurs rouges, alors que Tes
eaux vives, scintillant sous le baiser du soleil, font
trembloter les feuilles sagitees des arums, celles
pelties des parasols, celles tricolores- ouhatoyantes
des caladiums, des marentas, du- mais sauvage et de
la canne de Madere.
Done, nous irons nous promener sur les rives de
la Gosseline, et nous causerons gentiment. Je vous
mettrai au courant de bieti des choses. Vous Stes
prdvenu par la prbsente.
Monsieur et tribs indiscret compatriote, au plaisir
de vous voir.


- 62 -















AUX VIRTUOSES DE L'ANONYMAT






C'est maintenant B vous que j'en ai, mattres
morosophes.
Je sais aujourd'hui pourquoi vous distilliez tant
de venin sur mon humble personnel.
Vous me vouliez mal de mort g cause de mes
ecrits publics tant en Hai'ti qu'en France, d'avril g
septembre 1883. Je vous g~nais. Vous formiez le
project de m'emp~cher de vous contredire. Vous vous
vantiez de parvenir g ce beau r~sultat.
Mes articles, publish sur plusieurs journaux de
Paris dans le courant d'octobre, surtout celui des
6 et 21 de ce mois, paru dans la Rbpublique radical
et formulant Je programme 4conomique et politique
du gouvernement hai'tien, avaient port& votre exas-
peration g son paroxysme.
Je le remets ici, car tous ceux publibs par un
journal hebdomadaire et qlue, d'ailleurs, yous n'avez
pas suffisamment d~signbs, ne sont qlue de peu
d'importance B catd cle lui.










LA QUESTION SOCIAL EN HAITI


Les causes de insurrection qui dksole en ce
moment la Re~publique hafitienne sont bien plus
eoonomiques et sociales, qu'elles ne sont d'ordre
purement politiquve ou constitutionnel.
Les, paysans haftiens ont toujours v~cu dans un
demi-servage depuis que la nation a conquis son
lind~aendance.
;Le systi~me agricole, instit-ud par les colons de
Sanin-Domingue, consistait dans l'exploitation
d'immenses plantations appelees habitations, vkri
tables prisons sans murs, manufactures odieuses
produisant pendant des siibcles du tabac, du cafd, du
sucre et consommant des esclaves.
Apris la proclamation de 1'indkpendance, et de
18:,'1: l' 127, a barbarie de ce systhme fut B peine
:I--:;e. des considerations d'ordre primordial se
rapportant B 1'existence et g 1'organisation du
nouvel Etat qu'on venait de fondler 1'exigeant impb-
rieusement ainsi.
De 1807 B 1818, P~tion, premier president d'Hai'ti,
morcela les terres dans 1'Ouest et dans le Sud, et
les distribua aux officers et B un petit nombre de
soldat? de I'armbe rboublicaine. Christoph~e, roi
d'une partie d'Hai'ti, n'imita cet example dans le
Nord et dans 1'Artibonite que vers 1819, une ann~e
avant sa mort.
En 1821, le president Boyer, sucesseur de P~tion


- 64 -










et de Christophe, revint au systhme de la grande
propri~th foncibre. Flus que jamais, les paysans
furent dtroitement parqubs sur les habitations
sucriibres et cotonnikres. Ils restbrent attaches g la
glkbe, maintenus dans cet 4tat degradant par un
code rural qu'interpr~tait g sa guise une gendar-
merie champ~tre dont les inspections 4taient des
plus abusives et des plus vexatoires.
En 1843, le president Boyer fut chassC du pouvoir.
Dans le course des deux annbes 1844 et 1846, les
paysans demandaient, en toute propridtk, pour les
fair cultiver et fructifier, les terres de l'Etat que
celui-ci laissait improductives; en m~nie temps, ils
r~clamaient I'instruction primaire pour leurs enfants.
Ces paysans, qu'on a appel~s piquets, et dont les
revendications 4taient entikrement justes et bien
fondues, furent massacres ou disperses par les
troupes r~gulibres que les gouvernants rdaction-
naires qui si~geaient B Port-au-Prince envoybrent
contre eux. Jusqu'B aujourdhui, en Haiti et g I'etran-
ger, des publicistes mal renseignbs ou peu sinchres
continent d'insulter a la m~moire de ces vaillants
prol~taires (1).
De 1843 B 1883, la situation continue d'4tre deplo-
rable pour les paysans. Ils travaillaient sur dies
terres qui 6taient; d~tenues par de soi-disant proprid-

I1) --.Te les ai reha'.iitfs. Voir mon etudle intiful4e le
Vieux~t Piquet.


- 65 -










taires dont les droits 6taient souvent contestables
et que~quefois absolument problematiques, et qui,
pourtant, s'emparaient audacieusement de la moitid
et m~me des deux tiers de leurs recoltes. Seuls, avec
les artisans, ils 4taient soldats; seuls, avec les arti-
sans, ils payaient les impositions les plus lourdes et
les plus injustes. On eilt dit qlue, encore qu'ils cons-
tituassent le substratum de la nation, la nation les
tenait pour des parias.
A partir de la prksidence de Geffrard, la situation
des artisans devint g peu prks la m~me qlue celle
dans laquelle vivotaient les paysans.

D~s 1860, la petite industries hafitienne qui naissait
g peine fut tude par la concurrence Ptrangbre, gr~ce
B I'avidit& des grands colinmercants et grace B 1'im-
I3~ritie ou plut~t B la complicity du gouvernement
dont ils 4taient les bailleurs de fonds et les soutiens
intbress~s.
A cet 4tat de choses, le president Salomon, qlui
avait vieilli en exil parce qu'il avait servi dans sa
jeunesse la cause des opprimes, devait vouloir porter
un prompt remade, dbs son arrivee B la premiere
magistrature.
Dans les grandes lignes, son programme peut
Store ainsi resume :
Creation d'une banque national, industrielle et
commercial;
Entree de la Republique haf'tienne dans 1'union


-- 66 -










international des postes et dans I'union monetaire
latine;
Creation d'une banque agricole;
Instruction primaire generalisde, et obligatoire
m&me pour les filles et les garg~ons des campagnes;
Extension de 1'enseignement superieur; extension
de l'enseignement secondaire et de 1'enseignement
professionnel, industrial et agricole;
Creations de caisses d'epargne, de banques popu-
Jaires et d'associations ouvribres;
Expositions nationals d'Hai'ti quinquennales et
annuelles, gendrales et regionales;
Re0rganisation de I'armee et de la marine, de
l'administration et des finances;
D~nonciation du Concordat et redaction nouvelle
d'un contract religieux reposant sur des bases philo-
sophiques, nullement en discordance avec la libre
pensee et le protestantisme en Hai'ti;
Distribution des terres de l'Etat aux paysans;
Etablissement et phrbquation de 1'imp8t foncier,
d'aprks un cadastre general; imp8t personnel et mo-
bilier, taxes somptuaires; neutralisation de I'fle
d'Hai'ti et si possible confederation quisque-
yenne;
Etablissement de chemins de fer, de tramwsays et
de lignes til~graphiqlues entire les principles places
commergantes; exploitation des mines et des forts;
creation d'une Bourse g Port-au-Prince; reorgani-


- 67 -










station des services des ministries et des chancel-
leries.
Plusieurs des parties de ce vaste programme
economique et politique ont etP mises B 1'6tude de
fagon shrieuse; d'autres ont dbji recu complete ex&-
cution.
Plus qu'aucun autre gouvernement, celui qui tient
en ce moment le pouvoir en Hai'ti s'est activement
occupy de I'amblioration du sort du people.
Il a diminub les droits d'exportation dont le cafC
Atait frappd, afin de permettre B cette denrde de
faire concurrence aux products du Brksil sur les
marches d'Europe.
Le people se reposait, pour 1'amblioration de son
sort, sur la vigilance bien connue, la science et le
patriotism incontestables de MI. Salomon et de ses
ministres, quand ceux-ci furent traverses dans leurs
projects civilisateurs.
Soutenue ouvertement par le gouvernement local
de la Jamai'que, qui a tout intkrit B paralyser le
ddveloppement du commerce hafitien dont la con-
currence est ginante pour celui de la colonie an-
glaise, la faction 4tiquetee lib~rale, sans doute par
antiphrase, car elle n'est compose que de grands
proprietaires fonciers, de leurs courtisans Pgoi'stes
et corrompus ou de leurs clients born~s d'esprit, ne
pouvait voir d'un bon ceil la prise en consideration
et I'exdcution de reformes politiques et sociales qui,
si elles aboutissaient, d~cupleraient en vingbt ans la


- 68 -










production g~ndrale du pays, lui permettraient
d'Pleindre sa dette, enrichiraient la nation tout en-
tieire, en mime temps qlu'elles emp~cheraient disor-
mais le paysan de se laisser mener mecaniquement,
lui donneraient une pleine connaissance de sa valeur
comme cellule social et fermeraient B tout jamais
1'Pre dksastreuse des r~voltes, des pronunciamientos
et de la misbre.
Les principaux chefs de cette faction, exiles par
le gouvernement provisoire qui priceda celui d~fi-
nitif de MI. Salomon, refusitrent toutes les amnisties
qui leur talentt offertes par le president i61u en 1879.
Ils se r~servaient de p~ni~trer en Hai'ti les arms g la
main pour s'emparer du pouvoir, afin de payer leurs
dettes et surtout afin de soumettre le people B leur
domination de grands seigneurs en chrysocale.
L'insurrection de M~irago~ne, suivie de celles de
Ji~r~mie et de Jacmel, sont les preludes de 1'action
politique tenthe par les faux libkraux pour remettre
I: nouveau le people hai'tien sous un joug aussi
i4crasant qu'insultant, ou pour 6taiblir sur leur''pays
le protectorat d'une puissance anglo-saxonne : F!An-
gleterre.
La question est precise, nette et claire. D'un c8th
sont des hommes que la soif de l'or et du pouvoir
et 1'ineluctable attraction de grossiers et ignoble
plaisirs entrainent B completer la ruine de leur pays
et son asservissement; de l'autre c8td sont des pa-
triotes sinchres qui, par Y'amblioration du sort des


- 69 -










classes laborieuses, veulent la march ascensionnelle
de leur pays tout entier dans la voie d'une civili-
sation ininterrompue.
M~. Salomon est president constitutionnellement
elu pour sept ans. Ii est essentiellement 1'ami de la
France et il est le premier chef d'Etat hai'tien qui ait
serieusement ouvert son pays aux capitaux frangais.
Le Parlement le soutient. La nation halitienne le
maintiendra au pouvbir.
E11e saura ne pas se laisser tromper par les falla-
cieuses et hypocrites promesses de ces aristocrates
de contrebande qui ont hirite de tous les prejughs
et de toutes les sottes vanitks qui distingubrent le
president Boyer et ses n~fastes collaborateurs les-
quels ont inerv4, paralysed, perverti et appauvri la
nation hai'tienne de 1818 g 1843.
L'impartiale histoire et la science economique
donneront raison au president Salomon sur ses
calomniateurs et sur ses adversaires.
L'incapacitC et la duplicity parfaites, 1'impopu-
larith notoire ainsi que l'impuissance administrative
de ceux-ci ne sont un mystkre qlue pour les gens de
mauvaise foi, pour les bloignis ou pour les ignorants.

Je prends un malin plaisir B constater que vous
Sites de fort mauvais voyants. Vous voild aujourd'hui
dans de jolis draps, avec toutes vos belles prddic-
tions. En octobre de I'annbe derniere, yous prophd-
tisiez que

- 70 -










succomber dians sa lutte contre le parti (?) Jibd-
ral (?)>>.
Vous Stes oblige de ~convenir aujourd'hui que
cette faction est remise g la raison; que M/. Salomon
est dix fois plus puissant qu'autrefois; que Jacmel
et J~rimie, qui l'injuriaient au printemps et dans:
I'etd de 1883, I'ont acclam& en fdvrier 1884; qu'il
est plus prestigieux que ne le fut jamais chef d'Etat
hai'tien; que les escadres des plus grandes nations
maritimes l'ont salub de leurs couleurs et de leurs
hourrahs.
L'4meute de Port-au-Prince avait codtC la vie B
quinze cents personnel, d'aprks vos te16grammes du
mois de septembre. Or, en reality, trente personnel,
dont dix-sept 4taient au service du gouvernement,
y ont trouve la mort.
A ce propos, yous aviez criC et fait crier partout
g la sauvagerie des paysans haf'tiens. L'dmeute de
Cincinnati, qui eclata en mars 1884, dont le motif
etait des plus futiles, un acquittement de meurtrier,
a cott6 la vie B quarante-neuf personnel; de plus,
cent-vingt-six blesses ont CtC recueillis dans les h6-
pitaux de Cincinnati, g la suite d'kchauffourbes qui
durbrent quatre jours; pourtant, je n'ai point enten-
du dire par personnel que les Ambricains des Etats-
Unis fussent des sauvages. Aucun paroyste n'a
brodk sur ce theme intbressant en phrases d'un
lyrisme plus que truculent; on n'a pas donned de
conference sur ce sujet ultra-palpitant d'actualite;


- 71-










personnel n'a declare du haut d'une tribune brig~e
j deux pas du lieu 06~ fut I'antre de la Terreur,
dans la ville qlui vit passer la Saint-Barthelemy et
la Commune, que depuis le commencement du
monde on n'avait jamais vu tant; de sang rbpandu
au course des troubles civils ou dans des luttes de
parties politiques d'un mime pays.

Vous souteniez alors que je r~vais, lorsque je'
confiais A un de mes amis, g J. J. Chancy, que vous
pensiez g vous debarrasser de moi par tous les
moyens en votre pouvoir, or il est maintenant av~rd
que, I'annde passee, un certain mddicastre de vos
amis, que je d~daigne de nommer et qui, depuis, est
reto~urn4 en Hai'ti, avait laiss6 kchapper, i l'en-
ten~dement de plusieurs, cette phrase qui ne laisse
pas d'Ctre significative: < les salomonistes, B commencer par Janvier>>.
Si je ne veux prendre cure outre measure de cette
boutade d'un &quarisseur, sachant bien qlue je ne
resemble en rien aux malheureuses creatures sur
lesquelles il met ses mains huileuses, toujours froi-
des comme la peau du serpent, je puis rappeler que
j'ai eu occasion, plus tard, le 3 janvier 1884, de noter
sur mon carnet qlue vous me faisiez menacer de la
fusillade. Inutile de nier : j'etais 16 et je puis re-
cueillir de nombreux timoignages g l'appui du mien.

Ces menaces sont vaines .Aboyer n'est pas mor-
dre. E11es prouvent pourtant que ce qlue vous disiez


- 72 -










en vos conciliabules, ce que vous faisiez dire devant
cent personnel, dont quelques-unes Ptaient louees
pour la circonstance, yous pouviez encore plus m'en
menacer par letters anonymes, quand mame ce ne
serait que pour me titer, pour voir si j'aurais eu
peur. Votre haine m'honore. E11e prouve que vous
ne me considbrez pas comme quantity negligeable.
Puisque, au mois d'octobre, yous 4tiez si silrs de
la chute prochaine du gouvernement hal'tien, qlue
n'avez-vous attend qluelques semaines pour m'in-
jurier et pour signer vos injures?..
Ne savez-vous pas que les anonymes sont des Ctres
sans consequence; qu'ils peuvent calomnier tout le
monde sans blesser personnel, car sots sont ceux qui
croient g leur parole. Vous manquez de patience.
C'es 18 qu'est votre faiblesse.
Voyrez, moi, j'avais foi, j'ai attend neuf mois.
A toutes les ruses que je vous voyais inventer
pour deplacer la question, je murmurais en apart
les vers de Victor Hugo:

*Ma conscience dit: MVarche! Rien ne m'emeut
il'obbis et je vais, malgr6 les vents contraires.
Et je fais mon devoir...
Je m~prise Bazile et d~daigne Scapin.

Combien je vous aurais ridiculis~s aujourd'hui
si vous n'dtiez rests prudernment masqu~s?..
Personne n'approuve et ne peut approuver les
agissements de ceux qui, sous pritexte d'amour fa-


- 73 -










milial, insultent leur patrie, calomnient leurs con-
citoyens, g 1'abri de toute kventualitC de reparation
politique ou judiciaire.
Aucun homme d'honneur, aucun patriote n'admet,
ne peuc~t admettre qu'on puisse violer le secret des
le~ttres pour diffamer ses adversaires en se cachant
soi-m~me. Cette trop prudent facon d'agir est d'une
honorabilitd plus que contestable.
J'ai expliqub que je n'avais pas btd envoyd en Eu-
rope par les egards de Miragoine. Je r~pkte ici que,
alors m~me qu'il en eilt dtd ainsi, I'argent du pays
n'ayant jamais &te le leur, je ne leur aurais rien dQ.
Vous, au contraire, yous @tes plus ingrats que
personnel au monde. Vous insultez le lit de notre
mere. D'oh sortez-vous? De la race noire et d'Hai'ti.
Pourquoi, comment avez-vous pu soutenir, dans une
foule de journaux, notamment dans 1'Ambrique,
de Gand, que ceux qui vilipendaient la patrie et la
race avaient dit de grandes v~ritks?
Plusieurs d'entre vous sont les fils de ceux qui
saignent le pays depuis plus de vingt ans. L'argent
que vous mangez, ils l'ont soutire aux paysans soit
par l'usure, soit en le tirant directement du Trbsor,
soit on d~pouillant la veuve et les orphelins de ceux
.dont ils avaient fait blanchir les os
Vous Ctes done des boursiers de la nation, au moins
jlndrirectement. Aucun de vous, m~me les Turcarets
en rupture de leur comptoir, n'a le droit de regarder
un boursier honorable du haut d'une grandeur qui


--7~_










n'existe pas. Au contraire, ce serai-t plut~t aux yrais
boursiers d'@tre fiers vis-8-vis de vous, pseudo-de-
mocrates qui voulez railler ceux dont les al'eux n'ont
jamais fait que payer des imp8ts.
J'ai de la mllmoire : vous Stes forces d'en convenir.
Vous, yous n'en avez pas: je I'affirme. On voit fa-
cilement que vous n'avez rien retenu, rien assimild.
Dans une brochure de vingt-trois pages dont plus
de la moiti4 4tait le prod~uit d'un vol qui m'aveait etd
fait car vous Stes habitues g ces choses, M~essieurs
les pretendus honnttes gens! j'ai relevk, sur ce
que vous avez compost & tite repose, une foule
d'incorrections.
Vous Stes rejouissants, surtout 10rsque vous~vous
figure que c'est vous qui avez invent la science.
Toute science est d'emprunt, m~me celle que n'a pas
Kerlegrand, et particulibrement cell tant insuffi-
sante d'Edmond Paul.
Vous distillez l'ennui. Vous n'avez pas de style.
Vous ignorez que la varidtC charme; vous Stes d'une
monotonie B rendre enrages vos lecteurs. Vous vous
chatouillez au commencement pour vibrer; mais
votre verve ne se soutient jamais, si bien que vos
oeuvres finissent presque toujours sans conclusion-
Vous vous permettez de mbdire de ceux qui peu-
vent passer du grave au gai, du plaisant au s~vi~re,
parce que vous 6tes des impuissants. Goethe disait:
ctComme pobte, je suis polyth~iste; comme natura-
liste, je suis panth~iste; comme Stre moral, dkiste,


- 75 -










et j'ai besoin pour exprimer mon sentiment de toutes
ces formes>>.
Oix done est votre force intellectuelle? Qu'avez-
vous kcrit? Qu'avez-vous produit? Qui peut vous
juger, abeilles paresseuses qui ne savez pas fabri-
quer le miel, gu~pes et frelons?
Vous soutenez que des contradictions se rencon-
trent dans les ecrits des autres, et vous n'appuyez
pas vos assertions d'exemples probants, etranges
polbmistes.
Dans une mime page de vous, j'ai relevk ceci: < opinions les plus opposes se sont install~es dans
son cerveau et trouvent moyen de faire bon manage
ensemble>> et, plus has vous dites, toujours en par-
lant de moi : <<11 resemble B ces enfants gourmands
don't I'estomac insuffisamment dkvelopp& n'a pas la
force de digerer tout ce qu'ils lui confident> .
Voyez-vous la contradiction? E11e est flagrante.
E11e saute aux yeux. Donne-t-elle assez ctla measure
de votre rectitude d'esprit?>>
Si ces opinions font bon manage entire elles, c'est
qu'elles sont digerdes, cashes chacune g sa place;
c'est qlue celui qui se les a assimilkes sait se servir
~des nuances, est un esprit qui se domine, qui sait
faire la part de chaque id~e, de chaque croyance
tout en gardant les siennes originales.
Chez vous, tout est en opposition: les actes et les
semblants de doctrines qlue vous essayez d'arborer.
Je vais tout droit B vos chefa; dbda gnant les bblitres


-- ~6 -










morveux. A Edmond Paul, d'abord. En mars 1882,
i ecrivait, dans ses Causes de nos malheurs : < guerres civiles sont mortelles g notre ind~pendance>>;
en mars 1883, il arme une centaine de ses dupes et
les envoie se faire enterrer g Miragoine aprbs qu'ils
ont quasi ruinid leur pays. Mes con-tradictions si
tanti est: clu!e j'en commette, ce qui rest rue
sont innocentes, car je ne suis pas acteur; celles doc
Paul et les v~tres sont ddsast~reuses pour la patrie
haf'tienne.
Quelle methode a pr~sid6 B 1'ameublement du
cerveau de M~argron ? A l'ameublement du cerveau
de Cl~ovis M~odP ou de Barjon ?
Je suis docteur en mbdecine de la Faculte de Pa-
ris. Je n'ai pas imitk le mbdicastre dont je parlais
tout B l'heure, qui a fait ecrire sa th~se par un autre,
Ja mienne est tout entire de ma main, de mon cer-
veau. Mon nom figure parmi ceux des laurbats de
cette Ecole, parce que mon 6tude inaugural a etd
jug~e digne d'@tre class~e dans un bon rang au
concours des thbses de l'ann~e scolaire 1880-1881.
Il faut venir de Saint-Louis du Sud, comme l'epique
et mysterieux docteur Birlincourt, pour ignorer qu'8
cette Faculth on ne fait que des Ptudes m~thodiques.
Je suis diploma de l'Ecole des Sciences politiqlues
pour la section administrative et financikre, .c'est
dire que j'ai pass& des examens trbs serieux devant
les hommes les plus compktents de France sur les
Finances, I'organisation des pouvoirs publics, les;


- 77 -










matibres administrative, I'histoire constitutionnelle,
l'histoire parlementaire et 14gislative de tous les
pays civilises du globe. Puisque vous avez eu 1'in-
signe maladresse d'4numbrer mes titres, j'en prends
occasion pour vous faire observer que je ne les ai
conquis qu'apre~s des etudes longues, patients, la-
borieuses. En quoi me suis-je dispense de tout
stage ? Qu'appelez-vous stage, d'abord ? Est-ce de
rester s'asseoir, comme font les empiriques, pendant
trente ans sur les ronds de cuir des ministries? II
fallait imposer ce stage-14 g votre Bazelais lequel,
AgC de plus de cinquante ans, et enfermC dans M~ira-
goine, en Ptait encore g ignorer I'ethnographie, la
psychologie et la physiologie des Ha'itiens sur les-
quels ii aspirait B rkgner. 11 se trompait mime sur
la valeur exacte de ces mots techniques en les
employant.
A ce propos, yous me force B rappeler a qlui de
droit q~ue j'ai suivi pendant deux semestres le course
de philosophie de Caro, g la Sorbonne; pendant un
semestre le course de philosophie de Paul Janet, B
1'Ecole des Sciences politiques; pendant trois ans
les course de philosophie positive de Pierre Lafitte,
g la salle Gerson; pendant trois ans les course d'6co-
nomie politique et de gbographie commercial de
Levasseur et de Paul Leroy-Beaulieu, au Colltsge
de France; mes cabiers bourris de notes et mes
certificates en font foi. Si ce n'est pas JA du stage,
et du meilleur, je veux qu'on me pende. Ni g 1'Ecole


- 78 -










de Medecine, ni B 1'Ecole des Sciences politiques,
je n'ai jamais eti refuse B un seul examen. Tel de
vous savait ces choses, au moins par oui'-dire. Vous
confessez qlue j'ai une m~moire que vous-m~me
avez qualified de prodigieuse, puis vous vous kcriez
avec indignation : <>
Pardieu j'en aurais bien le droit, B moins que de
vouloir pousser la modestie jusqu'8 l'hypocrisie. Or,
la modestie est une vertu negative, ainsi que 1'a
prouve Schopenhauer.
Dans votre parti, quand un individu connait
seulement un petit fragment, un seul c~tC de la
science, yous lui blevez un pi~destal plus haut qlue
les months, yous en faites un dieu, tandis qlue vous
voulez toujours rabaisser vos adversaires, surtout
quand ils out un m~rite veritable, incontestable.
Que vous series ravis si vous pouviez me faire
passer pour un ignorant Que vous series aux anges
si vous pouviez d~montrer la chose Quel profound
mepris professez-vous pour la logique, le bon sens,
la bonne foi! Que vous @tes de jolis farceurs!
M~algr4 tout, je suis si peu vaniteux de mon sa
voir, si peu d~sireux de I'employer B acquirir de
gros sous, que je me suis refait 4tudiant en diplo-
matie pour pouvoir mieux servir ma patrie et ma
race dans un avenir prochain. Et si je vous deman-
dais malicieusement de produire vos titres ? Si
je disais la mime chose g vos chefs ? Que rdpon-
driez-vous ? Que rdpondraient-ils ?


- 79 -










Tout hommne doit Stre d~sireux de grandir s'il
n'est un idiot ou un sagouin. < Francois de la Noue, l'ami de Henri IV, doit avoir
zible aux choses publiques et regarder plus loin qu'8
vivoter en des servitudes honteuses>>. Tout mile est
ambitieux. C'est ce qui fait mame la force des
Rkpubliques oh les ambitions peuvent se faire jour
sans qlue la stabilitP de 1'Etat. soit menac~e. C'est
parce qlue le m~tayer veut devenir propridfaire,
c'estl parce qlue le salariP veut devenir patron, qlue
la nation grandit. En Chine, dans 1'Inde, partout
oh Je regime des castes existe, oh l'homme est limited
darn son action, tout reste stationnaire. Aux Etats-
Uni;, oh 1'homme peut entibrement appliquer la
formule de Vauvenargues et de Voltaire : < de P'homme est I'action, c'est le grandissement con-
tinu>>, la nation prospere avec une rapiditi verti-
gmefuse.
Autant que quiconque, j'ai le droit d'Ctre ambi-
tieux. Des deux citis, je suis biti de la moelle m~me
de la nation. 1y ya cent ans, ma grand'mbre du c8td
pater-rel habitat le M~orne-8-Tuf; ii a un sidcle, mon
hisaf'eul du c8t6 paternel habitat le mime quarter.
Cela peut se prouver par actes authentiques. Mon
ai'eule du c~td paternel a du sang indien dans les
veines. E11e habite encore les hauteurs de Boucan-
Brou, vroisines du Pensez-y-Bien, au milieu d'une
niche de petits-fils, tous de solides montagnards.
J'ai des cousins dans la plaine de L40gine. Ce sont


-- 80 -










paysans comme mes cousins de Boucassin et de la
plaine du Cul-de-Sac. Urbains ou ruraux, ils furent
tous soldats, toujours. Dans les moments ddcisifs,
leur sang et leurs sueurs ont servi de ciment. Leurs
id~es sont concentrkes, fermentent, bouillonnent en
moi. Ils m'ont engendre pour qlue je fusse leur soldat
de la parole, pour continue leurs fibres traditions.
Price Hannibal par un H ne peut produire
de pareils quarters d'hai'tianisme, j'allais dire de
noblesse car, en Hai'ti, le paysan, indighne ou
aborighene, est le vrai noble, le patriote par excel-
lence.
M~ais tout cela n'est rien. Je laisse de c~te, et avec
plaisir, toute pretention genkalogique. Dans une
R~publique democratique comme 1'est Hai'ti, le
mibrite est ourement, absolument personnel; le ci-
toyen n'a de vrai nom que celui qu'il s'est taillk
par ses talents, son patriotism. Personne ne m'a
jamais pr~td son nom.
Pour ce qui a trait au grand talisman d'autrefois,
a ce miserable talisman 6pidermique, au prejug6 de
couleur, je jure de faire faire des gorges chaudes
de celui qui osera reproduire les arguments de
l'inepte manifesto de Margron, de Lescouflaire et
de Kerlegrand.
Il est possible B un homme d'8tre un d~mocrate
accompli et de croire en m~me temps qu'8 un mo-
ment donnP tel president de Ri~publique peut incar-
ner la volonte du people. Tel fut le cas dans lequlel


- 81-










se trouva Lincoln pendant la crise decisive de la
guerre de secession. II incarnait la volontk du No1rd
comme Jefferson Davis incarnait la criminelle
volonte du Sud. Le Congrbs obbi'ssait en tout a
Lincoln, mime lorsqu'il disait:.< moment de passer le gub qu'il faut changer les
chevaux de la voiture>>.
Les Sumner, les Thaddkus Stevens, les Longjoy,
les Wendell Philipps, les Seward, les Chase, les
Stanton, d'admirables, d'kminents, de trks vaillants
et- trbs libres esprits, s'inclinaient devant lui, allaient
p~artout semant sa parole, ses doctrines, eparpillant
son &mne. Elisde Reclus qui, toujours, fut plus d~mo-
crate qlue ne le fut jamais homme au monde, et
non dans le sens oid le mot s'dtend aux Etats-Unis,
Elisbe Reclus rapporte formellement ces faits, et
avec quel enthousiasme dans 1'Alnnuaire des Deux-
Mondes.
Aprks la guerre franco-allemande, en 1871, Thiers
incarnait v~ritablement la penske de la France, la
dlevinait, la lui inspirait.
Elle etait tout entire suspendue B ses livres.
Si 1'on veut ne pas tenir compete du nombre, du
degrd de culture intellectuelle des habitants d'une
rkpublique, qu'elle soit continental ou insulaire,
bicolore, tricolore ou dtoilee, anglo-saxonne, gallo-
romaine ou africano-latine, tel est Je cas dans lequel
se trouvait en 1883, M. Salomon, President de la
Rdpublique hai'tienne.


-82-










Vous ne vous 8tes pas trompks, quand vous avez
crid sous le ciel clair qlue j'4tais un radical. Je suis
radical, mais radical haf'tien, et j'admets les iddes
d'Auguste Comte, parce qu'elles sont opposes a
certaines idees de Darwin qu'il est impossible g un
noir d'accepter, ainsi qu'il appert des livres de La-
nessan et d'Emile Gautier.
Tous les parties radicaux ne se ressemblent pas.
Le radicalisme russe n'est pas le radicalisme anglais.
Le radical frangais, absolument frangais, unitaire,
centraliste, ne resemble ni au radical allemand,
souvent particulariste, ni au radical espagnol, nuan-
ce Py y M~argall, qui est nationalist; ses intkr~ts
sont en contradiction avec ceux du radical italien
q~ui, le plus communkment, est irredentiste. Le mot
ne fait rien g I'affaire, il faut regarder les choses.
Derribre 1'ktiquette, fouillez le programme.
En quoi les doctrines d'Auguste Comte sont-elles
en desharmonie avec le radicalisme haf'tien, le na-
tionalisme hai'tien dont j'ai plus haut formula le
proramme.
Tous les travaux d'Auguste Comte ont eu le m@-
me objectif: etablir la morale et la politique sur des
bases rationnelles indbranlables. Sous 1'influence
d'un altruisme croissant, il sut s'41ever g la plus
noble des philosophies. II adorait les ouvriers et
fonda pour eux le cercle des prol~taires positivistes.
Mon illustre ami, Benoit Mlalon, dans son Histoire
du Socialisme, revendique Auguste Comte, I'appelle


-83-










un des pr~tres de la grande Pglise socialist.
Comme aucun de vous n'a subi I'entrainement;
suffisant, pour bien saisir Auguste Comte, lisez tout:
au moins le petit r~sumb de Robinet, et sovez edifies.
A propos, quel .est votre programme a vouls
Milme en partant pour Miragoine, Bazelais a oublie
de le faire connaitre, de le preciser. M~ontrez. Est-ce
une constitution, d'ailleurs, mal rkdigde ? C'est
pubril. Vous n'avez pas de programme economique.
Vous ne savez pas ce que vous voulez. Si
vous montiez au pouvoir, yous iriez B 1'aveuglette,
a titons, B travers la nuit noire, et, dans un accihs
de colbre, un matin, le people vous casserait les
remns.
Vous tournez en ridicule le patriotism que vrou-j
n'avez pas, afin de porter les nullitis qui vous
approchent ou vous entourent B pr~f~rer le refgne
d'une faction microscopique au gouvernement de
tous par tous. C'est vous qui &tes des spkculateurs.
Vous I'@tes dans le mauvais sens du mot, non pas
dans celui 06~ M/ichelet 1'emploie, lorsqu'il ecrit en
parlant de Saint-Simon, le pihre du saint-simonisme :
ait ete ddtournk de son sens. Celui qui le m~rite,
c'est celui qui, d'un point blev& speculaa), regarded
au loin, pr~voit, calcule les voies de 1'avenir et, d'un
esprit fecond, cr~e les hommes et les choses>>.
P~tion, votre idole, fut un sp~culateur politique.
II spicula sur I'ignorance de Yayou et de quelques


- 84 -










bonasses qu'il fit fusiller plus tard apribs les avoir
duphs, aprbs leur avoir fait croire qlue Dessalines
Ptait un tyran. Or, tout bien considers, Petion fut
plus tyran qlue Dessalines sans pouvoir, comme
celui-ci, fournir g 1'Histoire questionneuse cette
fibre reponse : < j'ai bris4 les chaines de mes frbres>>. Pktion spicula
fcur la cupidity de ceux qui d~tenaient illkgalement
les terres de l'Etat, qlue Dessalines voulait les forcer
B restituer au domaine national en leur tenant ce
language: croire qlue nous avons combattu pour la liberty>>.
Cette libertC, c'4tait tout uniquement le droit pour
une minority de spolier la majoritC; c'4tait le rapt
de la terre, le partage des grades et des functions :
aussi celui qui seul merite vraiment le surnom de
Fondateur fut massacrP, mutild au Pont-Rouge par
ordre de P~tion et de G~rin. Si vous m'agacez... Et
plus je serai mod~rb dans la forme, moins cela vous
fera du bien.
Boyer fut le plus corrupteur et le plus corrompu
des spiculateurs. Bazelais, son petit-fils, spicula
aussi sur la badauderie de ceux qui avaient eu la
non pareille candeur de croire en sa supkriorit&
intellectuelle. Il spicula sur la vanity de Desroches,
sur la simplesse ou 1'aviditd des autres. Pi~tion,
Boyer, Bazelais n'ont cr46 ni hommes ni choses. Ils
avalent tous la vue court.
1Voi je ne spicule sur la nai'vetk de personnel. Je


- 85 -










dis la v~ritd, et Je puis toujours prouver, un livre B
la main.
Enfin, voyons, pourquoi le people ne veut-il pas
de vouls?... Expliquez-vous. Expliquez-nous ce
phknom~ne. Vous avez toutes les perfections, prk-
tendez-vous, et on vous repousse. C'est dr81e.

Essayez d'Ctre spiculateurs en plaidant pour les
collecctivitks, les foules, le tout au lieu que de plaider
pour une coterie, un cknacle minuscule, Ptroit et
vain. Essayez de d~montrer que vous n'aimez que la
patrie et non vos families, et faites qu'on croie en
vous. Essayez de montrer que vous Stes d~vouds
aux interits de tous; trouvez le moyen de le prouver,
afin que vos concitoyens ne vous appellent pas ddC-
mons, afin qu'ils ne se privent pas de se v~tir
pour acheter les armes avec lesquelles ils vous font
la chasse, quand vous allez, soi-disant, pour les
entretsenir de votre amour.
Preuves que, quand vous parlez de libdralisme,
yous ne pensez nullement aux principles : on prend
les armes g Jacmel, on se dit liberal, d~sint~ress6,
1'occasion est solennelle, c'est 1'heure d'Ctre probe.
Eh bien! le comity rdvolutionnaire choisit ce moment
pour piller le Tresor. En 1868-1869, Boileau Laforest
et Brice divastent l'es villes du Sud, y rapinent g
loisir puis, plus tard, viennent, comme des soudards
en vacances, se faire plumer en Europe. Si encore,
ils avaient employs cet argent mal acquis g fonder


- 86 -










des entreprises qui eussent enrichi Hai'ti, ils auraient
commis demi-mal !
MI. Salomon est si bon qu'il a laiss4 s'enfuir du
pays les ignorants de J~rdmie, les pillards de Jaemel,
les incendiaires de Port-au-Prince, au 22 septembre,
et, je suis en measure de prouver, textes et chiffres
en main, que le droit est pleinement de son cath; je
puis le faire, non pas en un volume, mais en plu-
sieurs. Je ne doute pas que vous les lisiez, si fantaisie
me prend de les publier car d'autres les liront, et
vous, yous aurez besoin de les lire alors. Toutes les
fois aussi que la chose me paraitra n~cessaire, je
ferai suivre mon nom de mes titres, afin qu'on sache
que je parle en connaissance de cause. Je ne les ai
pas acquis pour m'en dimunir aux heures d~cisives
oft ils peuvent donner plus de poids g mes assertions
ou g mes reflexions. II faut qu'on sache que j'ai le
droit d'avoir une opinion avec laquelle on peut
computer et que ce droit, ne 1'ont pas les courtiers
marrons, les courtauds de boutique et les rebouteurs
qui se m81ent de politiquer au hasard et par hasard.
En formulant mon opinion sur le compete de 1V.
Villevaleix, je n'ai fait que dire ce que je pensais
d'un salaried de 1'Etat qui, selon moi, remplissait mal
son devoir. J'en avais le droit. Je 1'avais publique-
ment Clogid dans mes conferences et dans mes livres
alors qu'il le miritait, plus tard, je n'avais B prendre
I'assentiment de personnel pour juger sa conduite.
11 4tait fonctionnaire, je ne le voyais jamais, ses


--- 87 -










aces 6taient publics, notamment, les communica-
tions qu'il adressait a la press des te16grammes
qu'il recevait d'Hai'ti; je conservais donc, vis-8-vis
de lui, toute ma liberty d'action; j'avais le droit le
plus entier de contr81er, d'appricier publiquement
ou autrement ses demarches, son attitude, ainsi que
vous, yous 1'avez fait vous-mimes, et publiquement,
ainsi qlue la chose se pratique en France et en An-
gleterre. La solidarity national seule m'a emp~chi
de parler de lui ailleurs que dans mes lettres pri-
vees.
En France, oid les vrais lib~raux comprennent
si bien la liberty de la press, qu'on voit un ministry
patriote, comme I'est MI. Jules Ferry, trait& de mou-
chard, dans l'Intransigeant du 8 M~ai dernier, sans
que nul n'ait &td r~primand6, parce que, d'apris ce
journal, il aurait denonci au gouvernement monar-
chique d'Espagne les .menbes des rkpublicains espa-
gnols, en France, on est blask sur ces petites choses;
mais vous, messieurs les parodistes du Lib~ralisme,
yous Stes si 4tonn~s de voir qlu'on veuille prendre
la liberty au s~rieux en Hai'ti, que vous m'appelez
mouchard, rien que, parce qlue j'ai critiqluk un fone-
tionnaire public de mon pays, car vraiment, ce ne
pourrait Stre pour avoir mand6 B mes amis quoa
yous me menaciez de mort par lettres anonymes,
que je vous aurais d~noncds, Comment peut-on d6-
nloncer des anonymes, logiciens bizarres.
Vous @tes souverains Ptant citoyrens, et les fenc-


- 88 -










tionnaires sont vos de16gues, comme ils sont les
miens, mais un bon citoyen, vivant a I'6tranger, ne
doit avoir qu'un seul parti, un seul drapeau, celui
du gouvernement de sa nation. Pas un Frangais,
fix6 hors de France, fGt-il 16gitimiste; pas un An-
glais, f~t-il partisan de la suppression de la cou-
ronne; pas un.Yankee g 1'etranger, f~t-il democrate,
ne permettrait qu'on insultit devant lui, et B plus
forte raison, n'insulterait M.I Gr~vy ou M. Ferry,
la reine d'Angleterre ou le prince de Galle, le prB-
sident des Etats-Unis ou le president du Sknat F4-
d~ral. L'ann~e passee, tous les Frangais sincerement
patriots me disaient: < les Hai'tiens qui insultent, en France, le gouverne-
ment d'Hai'ti>>.
Tous pourtant, Anglais, Francais, ou Yankees ne
se fussent pas ginbs de critiquer, devant leurs seuls
compatriotes, les measures prises par leurs ambas-
sadeurs, si ces measures leur semblaient aller B 1'en-
contre des inter~ts de la patrie.
Vous autres, yous insultiez le president d'Hai'ti
B bouche que veux-tu; vous le faisiez publiquement,
dans une foule de journaux assez complaisants pour
cela, et vous vous ites estomaques de voir qu'on
ait critique la conduit d'un simple agent diploma-
tique dans une lettre pride, dans une missive des-
tinde B @tre lue en Hai'ti seulement et par une seule
personnel! Vraiment, yous 4tes peu senses, illogiques.
Vous n'aurez plus le droit de parler seuls comme


- 89 -










autrefois, et ii sera ddmontrk, que non seulemrent
vous n'@tes pas patriots, mais encore qlue vous ites
depourvus de toute intelligence politique.
Vous voulez bien rire des autres, mais vous n'ad-
mettez pas qu'on se moque de vous. On vous fera
voir que vous n'@tes ni des dieux, ni des idoles. Si
vous voulez qu'on vous respect, qu'on respect les
nai'fs et les jobards qui se piment B vos pieds dibs
instant que vous les complimentez, yous devez
commencer par respecter les Clus, les points de la
nation, ceux a qui elle a remis 1'autoritk afin qu'ils
la dispensassent aux infdrieurs.
Je relive encore chez vous cette belle contradic-
tion. Aprbs m'avoir traits de mouchard de M. Sa-
10mon ce qui m'a fait rire aux larmes dans le
m~me ecrit, yous avez pr~tendu qlue j'etais son pro-
tect~eur. Ceci m'a fait rire aux anges. Si je suis son
protecteur, je ne puis @tre son mouchard, et si je
suis son mouchard, je ne puis 6tre son protecteur.
Je vous defie de sortir de ce dilemme. La v~ritb,
c'est qlue protecteur ne suis, mouchard ne daigone,
patriote suis.
Protecteur ne suis, parce que le president d'Hai'ti
n'a besoin d'@tre protege par personnel; mouchard
ne daigne, parce que mon caractbre, mes titres, mon
passe, mon avenir, le souverain mkpris qlue je pro-
fesse pour I'argent et les plaisirs, ma morality, tout
s'y oppose.
Le mouchard est un individu qui a peur, qui se


- 90 -










faufile pour savoir, qui flatte pour @tre tolbrd, qui
mendie la confiance de ceux qu'il va vendre; or,
yous-mimes, yous d~clarez toujours dans le mi-
me Pcrit -- que je suis un solitaire, que je ne
vois, ne fr~quente personnel 11 y a cingl ans
qu'il en est ainsi. En 1879, vos sottes d~cla-
mations m'dcoeuraient, et c'est depuis lors qlue
I! y a cing ans qlu'il en est ainsi. En 1879, vos sottes
declamations m'Ccoeuraient, et c'est depuis lors que
je suis un solitaire. La solitude e16ve la pensi~e, dit
Paul Lochard. Odi profanum vulgus et arceo,-disait
Horace. Je n'aime rien qlui senate la coterie et le
mensonge, le phalanstbre et les admirations mu-
tuelles, le petit Temple, m~me celui des Jacques
Molay de contrebande. Je sais qu'il est 4crit que
les ren~gats seront subalternises. Je ne suis pas de
ceux qlui s'inclinent devant 1'hybriditi, la couleur.
la richesse de personnel. Je laisse cela aux inerv~s
aux imbeciles ou aux corrompus qui ne se trouvent
bien qlue qluand ils ont des mattres qui les mbprisent
et les humilient. J'ai &td P1ev4 par des hommes libres
et n'ai rien de l'esclave. Je sais encore qlue le char-
latan qui, I'ann~e derniibre, briguait 1'honneur de
m'empoisonner, fait maintenant la courbette, en
Hai'ti, devant le moindre de mes amis, suppliant
pour avoir sa part du g~teau. Je ne demand qlu'B
ignorer votre existence, car vous m'@tes entiere-
ment indiffkrents, encore qlue je sache bien qlue
partout oid vous respirez, yous conspirez. Vous ne


- 91-










signez jamais vos d~nonciations mais, malgrk cela,
1'heure des liquidations dont vous menacez les au-
tres peut aussi sonner pour vous.
Patriote suis, et 1'ai prouvC, le prouve et le prou-
verai; et vous aurez beau dire et beau faire, yous
ne souillerez jamais par vos calomnies, ce qui ne
peut @tre souille. Je ferai toujours la preuve, et
devant la preuve on s'inclinera.
Je continuerai toujours B defendre les inter~ts du
plus grand nombre, sans souci des amities person-
nelles, mesquines et niaises, des honteuses capitu-
lations de conscience qui sont des n~gations du pa-
triotisme.
Je n'ai d'autres passions que celles de la vkrit6,
de la justice, de la paix et je puis, sans forfanterie
aucune, m'appliquer le vers de Clovis Hugues:

<>.

J'ai pr~tendu que vous etiez des libdritres. Le
mot est bon et vous va i ravir. Il n'est pas encore
dans LittrP, mais Jules Valli~s 1'emploie..Or, Phila-
ri~te Chasles, en sa chaire du Collibge de France,
a sacrd Valles un des mattres de la langue franchise.
Yous Stes des libbritres, en ce sens que vous tuez
la liberty par vos enfantillages.
Vous Stes puerils et maladroits qjuand, faisant le
jeu des habiles qui jouent de vous comme on joue
avec des marionnettes, yous critiquez vos gouver-
nants 1& 00j cela ne peut avoir qlu'un r~sultat diplo-


- 92 -










able. 11 ne faut parler que 1& oid il peut Stre n~ces-
saire de le faire : en Ha'iti.
Ayez au moins autant de courage qlue J.-J. Au-
dain. 11 fait de opposition au gouvernement dans
son journal, et personnel ne songe B 1'inquieter.
On ne jouirait pas de la pleine liberty de la pres-
se en France si, depuis Thbophraste Renaudot jus-
qu'8 Emile de Girardin, tous les journalists fran,-
cais avaient ktk des liibvres. Ce n'est pas I'dtranger
qlue vous avez g convaincre de I'excellence de vos
doctrines politiques, c'est I'Hai'tien. Si vous voulez
ebranler, saper, en vous servant de la plume, tel
gouvernement hal'tien, rappelez-vous le vers qlue Ra-
cinle met dans la bouche de M~ithridate:
< Si vous Pcrivez de 1'i6tranger, le gouvernement,
pour liberal qu'il soit, peut toujours interdire i'en-
tree des journaux 06~ vous 1'aurez diffamb.
V'ous @tes des lib~ritres, parce qlue vos inutiles
r~voltes, d'ailleurs mal combines, mal prdparidesc,
condluites par des esprits chimbriques et vaguies,
avortent toujours et. qlu'8 leur suite, I'autoritarisme-
augmnenterait si, comme vous l'avez dit B tort, le
gouv-ernement voulait &tre autoritaire.
SI, en F~vrier de cette annbe, MV. Salomon avair:
voulu se faire acclamer et reconnaltre dictateur, emn-
pereur, il aurait pu le fare. L'armbe 6tait IA, fr#O-
raissante derribre 1111, toute furieuse, bouillante d'~ac-
clamations, de vivats et de hourrahs. Avec des sol-


- 93 -










dats si inflammables, si nerveux, si pr~ts B bondir
d'enthousiasme, pourquoi voulez-vous plaisanter
toujours ?..
Quand done saurez-vous que la liberty n'Ccl~t que
14 oid il existe une certain some de bien-8tre, d'4-
ducation, lb oid chacun admet la discussion de toutes
les id~es, de toutes les opinions ? Quand done com-
~prendrez-vous que c'est 1'anarchie qui jette les peL-
ples ~dans les bras des sauveurs, et qlue ces sauveurs
peuvent alors tuer tout, mame la liberty !.
Les faiblesses du Directoire, ses tiraillements con-
tinuels avec les Cinq-Cents et les Anciens, ont
enfantd le Dix-Huit Brumaire. Du Dix-Huit Bru-
maire, Bonaparte est sorti pour aller se faire cou-
ronner empereur. Le second Empire est ne de I'in-
securit4 croissante dans laquelle la France vivait
depuis 1848.
En Hai'ti, Faustin ler est sorti de 1'anarchie qui
rigna de 1843 g 1847. En 1848, quand les turbulents
d'alors voulurent rire avec lui, il les remit durement
g la raison. Le people lui cria : Bravo Les turbu-
lents lui donnaient le hoquet du digo~t, la nausbe
de 1'ennui.
Vous aviez bern4 Boisrond Canal. A tort. Le
people vous rkpondit en mettant Salomon au pou-
voir. Il y avait trente ans et plus qu'il I'attendait.
II faut savoir miner une idole, si on ne veut Stre mis
en Jambeaux en essayant de porter les mains sur
elle ostensiblement, bjrutalement. A cette t~che, vo-


- 94 -




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