Haiti son passé, son avenir

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Material Information

Title:
Haiti son passé, son avenir
Physical Description:
vi, 152 p. : ; 23 cm.
Language:
French
Publisher:
A. Rousseau
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24838449
ocm24838449
System ID:
AA00008902:00001

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80N PASSf, SON AVENIR







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Pour paralitre prochainerment :


Btudes 4conomiques sur Ha~iti


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HAITI

SONr PASS%, SON AVENIR




ROCHE-ORELLIER
EK-Secrdlarak d'Etat do V'lgriculture et de flInetruction publique, etc., etc.







PARIS
ARTHUR ROUSSEAU, LIBRAIRE-ADITEUR
z41 RUE SouraLTo, z4






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A MON PAYS


C'est a ma bien-aimde patrie qlue je didie ces

pages oh chaque ligne respire l'amour que je
lui porte. M~me Bloignd d'elle, toutes mes peln-
se'es s'y rapportent~ toujours, et son bonheur
est ma plus vive preoccupation. N'a-t-elle, pas
droit, en effet, d'exiger de ses enfants -qu'ils
lui consacrent leurs efforts ?

Quand un tel sentiment fait battre mon coeur,

quels n'ont pas BtB mon chagrin et mon irrita-
tion, lorsque, retournant BPort-au-Prince apres










-- VI -

la chute du general LBgitime, un stranger ne

craignit pas de venir dans la rade sur le vais-
seau qui m'avait amend et oil je me trouvais

encore, me demandant ce que je -venais faire

dans mon pays, sous le gouvernement du gdnd-

ral Hippolyte!......











H AITI



SON PASStE. SON AVENIR





COR'sininATroNs GENERBALES

Parmai tous les devoirs du citoyen envers unn
pays, le premier, le plus impirieux, n'est-il
pas de lui dire la vBrite sans crainte et sans
reticences ? S'il est evident qlu'on a des obligan-
tions envers le corps social dont on est mem-
bre, en quoi se rdsumlent-elles, sinon qlue
chacun doit contribuer, dans la measure de ses
forces et de ses moyens, au bonhzeur et h la
gloire de la patrie commune?
Mais comment ce ri8sultazt pourrazit-il Btre
atteint, si le people n'est pas delaird sur ses
v~ritables intir~ts, si peut-8tre, sans qlu'il s'en
doute lui-mime et saus qu'aucune voix ose











IIAlTI


s'bdlever pour l'avertir, on le voit s'engager
dans un chemin funeste,:tromlp8 par une ap-
parence de verdure et par quelques fleurs qlui
lui en eachent les pricipices ?
Faire du bien B son pays et lui montrer la
vdritd, si amBre qu'elle puisse CStre, sont au
fond, deux termes idenztiques.
Sans doute, la tc~che est diffiCile et souvent
remplie d'amertume :aucune n'a dazvantage
besoin de ce courage morazl, plus rare qlue le
courage militaire. L'homme qlue le zble pour
10 bien public falit seul azgir, et doont la parole
jamais ne s'abaisse,pour une vaine popularity,
h flatter les erreurs du moment, se trouve
bientit en face d'une ligue formidable. Fored -
meht, dans son libre language, il aura froissB
dos i tir~ts, heurt8 de~s prijugds, irritd dies
passion, d'azutant plus tenaces et plus ar-
dentes B se venger qu'elles sout plus contraires
B..'in~tir4t' gindral. Toutes les ambitions, toutes
As sup-iditis, tous les8 6go'ism1es, persuaded
d' tre 5 l'abrj derriere 1'dtala~ge dles maxrimes
pomlpeuses dont ils se couvrent et troubles
dlans leur quidtudle, sont prompts k se coaliser
contre 1'audacieux qlui ne craint pas d'arracher
des masques trompeurs pour montrer les vi-
sag~es B nu.











SON PASSE, SON AVENli'l. 3

Tel est le spectacle qu-i'on1 a pu voir dlans tous
les temps et chez tous les peuples.
Ileureusement, $ moin~s qlu'un people ne.soit
entr6 dzans une adcazdence irremddliable et qcue
la destined ne l'ait condamuni B disparaitr'e, le
feu sazcrd du patriotismle ne s'6teint jamais dants
'toutes les Amqes. II s'est toujours renoontr8 des
hommes assez indipendants des misdrables
qluerelles des parptis pour s'en digager et s'd-
lever jusqju'h la conception dles intir~ts supd-
rieurs de la2 pactrie. Et si, trop souvent, ils ont
excit8 contre eux des haines furiouses, Si la
calomnie et la persecution leur ont fait exp~ier
la franchise de leurs paroles et leur di~voue-
ment au bien public, parfois aussi its ont joui
do la plus douce recompense. Leurs efforts out
dtd couronnis de sucobs : ils out vu se ranger
autour d'eux les bons citoyens, toujoursi en
some les plus nombreux, qlue nre peut igarer
longtemps ce fanatisme des iddes qjui tint plus
h I'orguoil qlu'h I'ardeur de la conviction.
Ces pensies et ces sentiments pulsis dans
li6tude de l'histoire et fortificds par marn ardent
amrour de I l~a ptrie out toujours 6td los milens;
ce sont eux qjui me present azujourd'hu t de
m'azdresser $ mes concitoyens pour leur ex-
poser des viritits que je crois utiles ;aprbs











4 HIrnTI

toutes les crises que notre R~publique a traz-
versges. A defaut d'8loqlue~nce, la sinc81rit8 de
ma parole, du moins e'est monl espoir, touchera
peut-8tre tous ceux qui ne ferment point de
parti pris leurs yeux $ la lumibre.

Nous sommes 1'objet de bien des critiques
inijustes, inspires souvent par des calculs in-
teressis :notre jeune nationait8 compete de
nombreux ennemis ch~ez quelques peuples
strangers, et certaines ambitions qui nous
guettent commencent par nous dicrier pour
mieux se preparer les voies. An course de cette
6tude, je pourrai reliever quelques-unes de ces
atttaqlues perfides.
Mais on laissant de c~te ce qyui est manifes-
tement faux, calomnieux ou tout au m;oins exa-
gdr6 dlans ces appr~ciations malveillantes,
sommes-nous rdellement exempts de tout re-
proche ? A qluoi sert-il de se tromper soi-m~me ?
Avous-nous su prendre parmi les autres peu-
ples la place q~ui nous conlvenait, assurer tou-
jours le respect de notrPe dignity naitionale ? A
l'intdrieur, 1la Situation 'est-elle sattisfaisaante,
mime pour les plus optimistes de nos compa-
triotes. Tous ceux pour qui le mot patrie n'est
pas un vain nom, peuvent-ils la contempler











SON PASSE, SON AVENIR. 5

sans tristesse, enlvisager 1'avenir sans quelgue
doute mlB d'angoisse ?
N'est-il pas urgent de nous livrer B un ad-
rieux examen de conscience pour rechercher
les causes de nos malheurs passes et t~icher
ainsi d'en prdvenir le retouxr? Et si nous dd-
couvrons clu'ils ne sont dus qlu'8 nous-mimes,
8 des prejugds, B des passions qlue la razison
condamne, n'aurons-nous pas la volont6 de
nous corriger? Nos plus grands azdversaires
sozt obliges de reconnattrelas bont8, la douceur
et la droiture de la race noire :ne tiendlrons-
nous pas $ prouver qlu'elle est aussi capable
qlue toute autre de comprendre et de pratiqluer
les rhgles essentielles sans lesquelles aucune
socidtd ne peut ou s'8tablir ou durer ?
Je soumets avec confilance B mes concitoyens
le fruit de mes reflexions B ce sujet, heureux
si je puis en convalincre qluelqlues-uns, et par
16 pent-$tre aider B 1'aybn1ement d'un Btat dle
choses meilleur pour notre bien-azim~e pa-
trie.
En parcouraznt 1'histoire, un fait avant tout
m'a frappd, fait sur leqluel je veux insisted tout
d'abordl, parce qu'il est general b toutes les
nations, qlue 1'histoire de la n8tre en est une
confirmation douloureuse, et que, bien com-











HA1TI


pris, il doit singulibrement facilfter la tdche
clue je me suis imp~osde. .;-
A touted les Bpoqlues, qluelle a Atd lat princi-
pale source des manux qui opt pu fondre sur un
pays ? Les faits rdpondent :les passions ex-
clusives des partis et leur intolerance haineuse.
River 1'unit6 des opinions serait la plus foll'e
des chimbres; 1'existence de partis diffdrents
est inevitable sans doute, Idgitime et mime
tile, puisqun'elle constitute la vie dles nations :
la lutte des iddes ne peut Btre qlue ficonde,
Btant la condition nicessatire du progrb8s. Mais
quai peut se flatter d'avoir toujours razison, de
possider seul la~ virit& absolue. Des diver-
gences de vues dans la conduite des affaires du
pays doivent-elles caller jusqu'h la haine et la
fureur ?
Les intir~ts particuliers d'un parti ne doi-
vent-ils pas edder aux intdrits gindrazux de la
patrie ? Est-il un bon citoyen celui qlui ne veut
le bien de son pays qu'autant qlu'il s'accordle
avee celui du parti auguel il est infdodd ? SI
1'on est incapable de concessions envers ses
concitoyens, n'est-ce done pas la preuve qu'un
Inais~rab~le orgueil et peut-&tre d'autres pas-
sions moins avouables encore r se dissimulent
sous 1'eriseigite' mensougbre des principes ?











Ssory PhssO, SON~ AENIll. 7

Quand oft n'obbit ~u'8 des convictions sB-
riettses, n'est*-en pas dispose B respecter celles
dles autres et- surtout B faire le sacrifice de ses
iddes les plus chores sur 1'autel de la concorde
et du patriotism ?
Haitiens, depuis un sihcle, yous avez conqunis
votre ind~pendance. Eh bien, jetez un i-egard
en asrribre: contemplez 1'instazbiliti perpi6tuelle
dlu pouvoir, les guerres civiles sans cesse re-
nazissantes, les flots de sang qyu'elle a fait cou-
ler, les ruines qlu'elles ont entasades, et dites
quelles compensations vous avez; eues pour
tant de malheurs! Quels bienfaits vous ont
apportis tous ces triomphateurs successifs,
matitres un, jour du pouvoir, chass~s le lendle-
mazin par d'atutres dont le succas est aussi
Bph~mbre. Ne penseent-ils qlu'au bien du pays
les pazrtis qlui se combazttent azvec tant d'achar-
nement?
Ce fl~,au des guerres intestines n'est point
certes un mal pazrticulier h notr~e pays : it n'est
aucun people dont les amnnales ne contiennent
des pages sanglantes. Pazrtout les haines de
parti, le fa~natisme, les ambitions criminelles
out produit, comme des fruits naturels, les
violencees, les massacres, la ruine, les exchs de
toute sorte. Mais si, 121 commue chez nous,' 1'hu-














m-anit6 avait 6 gbinir-, si le philosophy et
1'homme d'Etat patriate out dt^1 consacrer leilrs
efforts B rdiparer des disastr~es, A calmer des
passions, h gudrir les pilaies de leur pa~trie lan -
guissa~nte, au moins presqlue toujours ces fu-
reurs trouvaient-elles un prdtexte, ~si ce n'est
une excuse, ~dans 1'importance des intirits en
lutte, dans la grandeur des questions qui s'agi-
talent, parfois aussi dans le prestige et le g~nie
de ces hommes' eclatants qui, pour le matheur
des peuples, saventles Bbloutr et les dominer.
Quand on a vu s'ar-mer leis uns contre les
autres les citoyens d'un mime pays, soit pour
cl~fendre et propager des croyancea religieuses
qyui formalient le fond intime de leur~s con-
sciences, soit pour revendiquer des droits md-
connus, ou replacer sur' d'autres bases tout
1'6difice social, ou combattre une tyr~annie
qu'on ne pouvait plus endurer, si ce spectacle
Savait sa tristesse,il- offraitt aussi, tant les causes
Btaient grandes et tant les rdsultats pouvaient
avoir d'influence sur 14~s destinies de la nation
et pazrfois de l'humanrit4 tout entire, un inzti-
rit dune motion poignante.
Voit-on rien de semblable dans les dissen-
sions qui Tious ~trayaillent? Qui pourrait dire
nettement ee que veulent tous l~es parties qui,














chez ilous, sont en presence ? Quels projects
d'amilioration soelazle, qluelles vues de pro-
g~rbs, quels plans d'avenii' POUr le bonh~eur, la
sieurit6 et I'accroissement, du pays, .ont-ils
conqus les ul1s et les autres, qlui puissent jus-
tifier leur impatience de gouverner, leurs rB-
voltes continuelles quand its ne sont pas les
mattres ?
Deux motifs seuls peuvent 14gitimer le re -
cours aux armes : le despotismle qui, Btouffant
les aspirations du pays, Ite permet pas h la vo-
Iont6 national de s'exprimer librement et
force ainsi le peup~le b se soulever; ou bien
encore les violencess exeredes par une parties
de la nation sur 'autre, autrement dit les abus
de pouvoir du, parti -vainqlueur qui se croit en
droit de persieutend:es adversaires. En dehors
de ces deux cas, qu'on peut appeler de 14gi-
time defense, tout citoyen, tout parti est cri-
minel, qlui cherche Z prival~oir par la force :
si tous peuvent aspirer au gouvernement, tous
out le devoir de ne le chercher qlue par la
libre, discussion, la propaganda 14gale et le
consentement de la majority de leurs conci-
toyens .
Ces v~ritis sont B1Bmentaires dans les pays
qui savent praztiquer la liberty, depuis long-


SON PASSE, SON AVENIR.


.49











IIA1TI


temps acolimatie; en Ha~iti, malheureusement,
elles sont encore miconnues, et les mazux dlont.
nous souffrons ddrivent pour une bonne part
de cette ignorance, on plutdt do cet oubli.
Mais enfin, detairds par une experience chtb-
reinent acquisie, puisant dlans 1'exchs meme de
nos souffrancess l'6nergie n~cessaire pour y
mettre un terme, ne sa~urons-nous pas prdndrfe
les resolutions convenables g un people qlui,
non seulement veut vivre, mais marcher tou-
jours plus avant dans lal voie du progras, de
la justice, de la civilisation, dles` tinbres vers
la lumibre? Voulons-nous donner razison B ces
ddtracteurs de la race noire qlui, s'alppuyant
sur cette agitation continue'lle, nous dclaclrent
incapables de rigler nous-mimes nos desti-
ndes, de constituer un gouvernement rdg~ulier ?
N~e voyons-nous pas les convoitises toujour~s
allunmdes de certainaes puiassances esp rant trou-
ver dans nos troubles une occasion dc'interve-
nir~pour confisqluer notre indtipendance.
Quel avenir glorieuax et prospire s'ouvrirait
pour notre pays, avec la magnifigue fertility
do son sol, Si la raison, reprenaznt son empire,
razmenait aussi 1'union dansles coeurs! Comme
je 1'azi ddjh dit ailleurs, cette politique de con-
corde, d'apaisement, defusion entire les parties,











SON PASSED, SON AVENIR. 11

me parait, la seule qui puisse assurer le bonheur
de notre patrie et peut-8tre la preserver de la
ruine. Depuis mon entree dacns la, vie publiqlue,
clie a BtB ma pensde constant; e'est elle qlui
m'avait range aux catis du general L~gitime
dlont j'en attendais 1'application; o'est elle
aussi qlui me fora soutenir, de mes voeux et de
mecs efforts, tous ceux qlue je verrai trazvailler
h cette union si nIzcessaire. Dieu veuille qlu'il
puisse s'8lever un homnme capable de grouper
autour de lui toutes les bonnes volontis, de
los discipliner et d'itablir un gouvernoment
tout h la fois ferme et conciliant, pjlus prioc-
cupC! d'amliorerle sort dlu plus grand nombre
qlue de satisfalire les ambitions malsaines et los
intir~ts de qluelglues coteries !
Pour aider B I'accomplissement de cette
couuvre, je crois utile de j eter un coup d'oeil sur
I'histoire de notr-e pays depuis 1'affranchisse-
mlent jusqu'hl nos jours. Un tab~leau rapide decs
cSv6nements fera mieux comprendre qluelles
ont Btd les causes de toutes ces divisions si
longues et si vives, qlui degeubrent si souvent
en luttes arm~es. On verra qlue e'est dans les
origins mimes qun'il faut chercher la premiere
source de toutes ces agitations et de tours ces
maux, dazns les conditions oh~ se trouvaient nos











12 HAITI

phres qruand, lasses d'un joug insupportable,
ils prirent les armes pour le secouer, dans les
circons-tnaces qlui out accomdp agne cette con-
quite de notre independence. La, suite des faits
pourra nous Bclairer sur nos fautes et nos er-
reurs, sur les d6fauts du caractbre national,
sur les moyens de les extirper enfin et de nous
preparer un meilleur ordre de choses.
Si douloureuses que soient les souffrancess
d'un patient, doit-on craindre de sender les
blessures jusqu'au fond quand on veut les gud-
rir ? Quand il s'agit d'arriter un pays sur la
pente guile conduit h sat perte, ne serait-il pas
indigne de tenir une plume, I'homme qui recu~-
lerait devant 1'expression des v6ritis m~meles
plus pinibrles ?
Mais il ne suffirait pas d'avoir dicouvert et
caracterise le mal qlui nous ronge, indiqru6
mime les remhdes qu'il convient dty appli-
quer.T:~n people, com-me un individu, a le
devoir de se d~velopper dans tous les sens,
d'accroitre incessamment ses facultis intellee-
tuelles et physiques. 11 sera dlone nicessaire
d'examiner ensuite ce qu'il faudrait faire pour
assurer enfin au pays un gouvernement stable,
don't l'urgence est si manifeste : n'est-ce pas le
premier besoin d'un people, la pierre fonda-











SON PASSE,` SON AVENI1R. 13

men~tale sur ]aqluelle repose tout 1'ddifice et
dlont I'abhsence ne tarde pas B le faire crouler,
I'indispensable condition de tous les progrbs,
sans laqluelle it n'y a bientat plus qum'anarchie
et confusion ?
AprBs avoir ddtermin6 les bases dlu pouvoir
tel qlue nous devons dl~sirer pouvoir 1'8tablir
pour le bonheur de la patrie, ne sera t-il pas
utile de rechercher commlrent nous pouvons
mettre en valeur toutes les admirables res-
sources qlue lat nature nous at prodig'udes ?
H61azs! jusqu'h present nlous n'en avons su tirer
qlu'un bien faible parti, ou p~lutat, contrast
humliliaznt, notre inzcurie les a laissis s'amuoin-
drir, depuis Qlue nous sommes possesseurs li-
bres d'un sol qlue nos phres out cultiv6 en es-
claves.











14 HIhTI


COU;P D)OEIL SUR L HIISTOIRE D HllbiTI



Parce qlue le people ha'itien, depuis un siB-
cle, n'a pu se constituer encore sur des bases
ddfinitives et qlu'il cherche toujours sa voie,
des pubsliciates se sont hittis de conclure qlue
la race noire 6tait incapable de former ja-
mais un corpss de nation pouvant prendre une:
place. duliable parmi les peuples civilisis. Un
tel raisonnement est injuste et repose sur tineo
connaissance imparfaite des faits de 1'histoire
d'Hit~i, en m~me temps qu'il mdeonnatt ablso-
lument les qualitis propres 'acette race plus
apte h se ddvelopper dazns le sens du prdgris
qlue ne le veulent bien dire coux quli aff~ctenlt
de la didazigner.
Tous les peuples oilt eu des commencements
diifficiles gt laborieux; il y aloin du degrd de
culture intellectuelle augluel plusieurs sont
parvenus $ 1'ignora~nce et B la barbaric de
leurs ancetres. Pourqluoi l'8volution qu'ils ont











SON PASSE, SON AVENIll.


aIccomplie peu B peu, h travers les siecles,les
noirs ne pourratent-ils 1'accomplic g leur tour.
L'ob'servation impalrtiale constaterait, au con -
traire, chez eux, un accroissement rapide de
toutes les facultis de I'intelligence, et chaque
jour diminue la distance qlui les spare de
leurs ainds en civilisation.
Tout peup~le Ai l'or~igine n'est-il pas comme /
un enfant qui ne peut se diriger seul et pour-
voir par lui-meme aLux nieeSsiteS de 1'exis-
tence : tous deux out besoin de soins conzti-
nuels et dl'ane tutelle toujours vigilante qlui
leur tr1a~ce la route B suivre. Si des hommles,
tenus pa~r difft~rentes causes dans un Btat d'infi-
riorit6 relative et mal prdparis B se gouverner
oux-memes, sont a~ppelds brusqluemerit 6 cons -
:11uer un people distinct, est-il dtonanlt qlu'ils
aient B passer par bien des agitations, g subir
bien des milcomptes, avant de pouvoir fixer
les vraies conditions-de leur vie propre et in-
d~pendante ? Pour les nations comme pour les
individus, 1'expirience ne s'acqluiert qlu'au
p~rix des deceptions et dles souffrances..
O'est 1& en quelglues mots toute 1'histoire
d'Ha'iti jusqu~'h nos jours. Jo vazis tdchler d'en
.digager les traits principaux et l'enseignement
qui en rdaulte.











16 AT

LorPque,1le 5 dicembre 14~92, Chr~istophe Co-,
10mb mit enfin pied h terre dans le nord de
1'ile qlue les Espagnols' appelbrent d'abjord
Hispaniola et plus tard Saint-Domingue, il ne
privoyait pas et il eixt BtP, sans doute bien
Btound d'apprendre qlue cette ile appartien-
drait un jour .aux descendants d'une race
afr~icaine. 11 n'entre point dans mon sujet de
raconter comment les Espag'nols, employanlt
tour $ tour la violence brutale et lat perfidie,
d~truisirent les cing p~etits Efitats, gouvernds
par des eaeiques, qui se partageaient le ter-
ritoire d'Haiiti. L'histoire at flitri les cruazutis
inoulies diploydes envcers les malheureux in-
dighnes qlue leurs barbares conqudraznts en-
fouissaient dans les mines d'or, oil bientit ils
pdrissaient par milliers, victims du fouet, de
travaux excessifs et de traitemnents atroces.
Un tel systbme amena promptement la dis-
parition d'une race dont quelgues debris 8
peine subsistbrent sur des points isolds de Ila
terre qlue leurs anc~tres avaient possidge.
Les Espagnols durent chercher ailleurs de
nouveaux peuples B exploiter pour les emn-
ploy'er B l'extraction du mitalZ cher B leur ra-
pa~cit8 ou les forcer de cultiver pour eux un
sol dont leur indolence ne savait pas tirer











SON PASSE, SON AVENIR. 17

parti. Les premiers, ils dolnnbrent dans les co-
lonies d'Amgrique, ce funes-te example de la
traite et de 1'esolavage, don't les nations euro-
piennes n'ont compris qlue dans notre siBcle,
la honte et le danger et dont les derniers ves-
tiges n'ont pas entibrement disparu.
A qruels abus rdvoltants donna lieu cette
odieuse pratique, quels faits monstrueux elle
produisit, tout le monde le sait et je n'ai pas B
en faire le recit. Il suffit de noter ce qui peut
servir 8 faire comprendre quelle 4tait la si-
tuation du people ha'itien qluand il se souleva~
contre ses oppresseurs, et quelles conzsiquen-
ces en risultbrent pour lui et se font sentir
jusqlue dans son Btat actuel. Le passe se rB-
percute longtemps dans l'avenir :ce n'est gB-
neralement qu'avee lenteur qu'un people mo-
difle ses iddes, ses mceurs, ce qlui constitute en
qluelqlue sorted son caractbre social.
On ne s'expliquerait pas bien des prdjuges
encore existants, bien des tendances mau-
vaises, bien des passions contraires au bon
ordre et g 1'avenir du pa~ys, Si I'on ne voyalt
qu'ils out leur racine dans les conditions ma-
tirielles et msorales que riservait aux popula-
tions transplanties de l'Afrique la tyrannic
sanguinaire et avide de le~uis dominateurs.











1 8 I'A TI

L~es Frangais, d'aboi'd Btablis B.1'ile de la
PTortue et bient~t encourages dans leurs esisais
de colonisation par le gouvernement de
Louis XIV, dlevinrent mattres de la parties oc-
cidentale de Sazint-Domingue par laz cessiork
qlue les Espagnols leur en firent au traits de
Ryswicki en 1697. Malgrd le cazracthre plus
doux de cette nation et son genie essentielle-
ment civilisateunr, le sort de la, population
noire chiangea peu. Au lieu dl'instruire et de
moraliser, ce qlui sans doute est le devoir de
ceux qlui ont eu le bonheur d'8tre delairds les
premiers, on affectazit de croire qit'il est des
races^ infirie-ures~ incaapables de divelopper
leur intelligence eit de s'8lever dans I'8chelle
des 6tres hummains, et I'on mazintenazit soi-
gneusement dans 1'ignorance et Jaz grossibretd
les malheureux arrachds &L leur pays et h leurs
families. Opinion commuode pour justifier tous
les exchs et pouvoir traiter des hommes, qlue
la nature a tous fa~its igaux, comme de v~ri-
tables bites de some.
Et l'on fait un crime au people qui a sub~i
cette destine et requ cette Education, de
n'avoir pu s'6lever encore, aprbs: moinzs d'un
sidole, au plus haut somumet de la, civilisation
et










SON PASSB, SON AVENIR1.


march~e ? Une socidtd touted fatite et bien orga-
nis~e pouvait-elle succider tout d'un coup
chez lui B 1'itazt de disorganisation et di'abru-
tissemnent ott par systhme on le tenait plong8 ?
Ces vices qlui sont encore les siens aunjour-
d'hui, il est vrai, et qlu'on lui reproche, oh les
a-t-il contracts, si ce n'est dans la condition
miserable, pire qlue celle des antiqunes ilotes, B
laqluelle il Btait riduit, et dont il s'est affranchi
par un effort de courage ?
CourbB tout le jour, slur un tra~vail pgnible et
sans reliche,exposi pour la moindre'infr~action,
pour le moindre signe de lassitude, auxr cruau-
tis de ses mattres,qui pouvaient s'exercer saus
contrble, le malheureux nbgiie nie trouvait qlue
le soir un peu de repos dans les chitives cases
oh zil s'abritait. Pour f~tes et pour consolation,
les edrdmonies inltroduit~es pazr ses superstitions
grossiBres, auxqluelles on 1'azbandonnait, sans
qlue jamsais aucun effort adrieux filt falit pour 1'en.
tirer ; pour soulagement B ses mauxs, I'ivresse
puisde dans le tafia, dont on v oulait bien lu i per-
mettre I'usage immloderd. D'ailleurs, plus de
famille, plus de liens sociaux :les enfants en-
leves B leurs parents et disperses au hasard,
suivant la ~fantaisie d'un maitre absolu; le
marriage B peu prBs aboUi, remplac8 par une











HAZTI


promiscuity entire les sexes, qlui changeait a,
chaq~ue instant d'objet, et ces habitudes non
seulement toldrees, mais encourages par des.
mattres qui y trouvaient leur compete ; les
femmes de race noire soumises B toutes les
convoitises de la luxure des blanks, et, quaznd
elles avaient cesse de plaire, rejeties comme
un meuble inutile.
Cet abime de: houte et de mishre,' oi peut-
Atre azurait sombrd sans retour l'Qnergie de
tout azutre people, ne put engloutir cependant
1'indompt~able vigueur de laI race noire, et,
qluand les circonstatnces le permirent, elle
montra bien que chez elle, tous les resorts
n'etaient pas br'ises, lorsque, par un effort
admirable, elle sut en sortir et se rendre maitre
du sol, devenu sa nouvelle patrie, gilx'elle avait
m~ritB en 1'arrosant de ses sueurs. Cependant
un pareil passe ne peut s'dvanouir sans laisser
des traces fatales encore visible aujourd'hui,
et c'est prdeisement pour aider B les effacer
plus vite qu'il 4tait bon d'en signaler 1'ori-
gmne.
b;vant cette Bpoque memorable qui vit 1'af-
franchissement du people noir d'Haiiti, on ne
peut nier qu'un pen d'adoucissement ne com-
eng~tt~ se faire sentir dans sa condition :1es











SON PASSE, SON AVENIR. 21

iddes de justice et d'humanit8, propagdes par
les grands philosophes du xvrul sibcle, n'etaient
pas sans exercer quelglue influence jusqlue sur
la classes orgueilleuse et Bgoliste dont la domi-
nation avait BtB si brutale. Saus rien aban-
donner de ses prejugds de couleur, elle com-
mengait & reconnaitre qlue les nh8gres peut-i8tre
pour avoir une peau diffdrente, n'8taient pas
moins des hommes. Dijh un certain hombre
de noirs avaient obtenu leur liberty, et s'ils
n'avaient encore aucun des droits civils et
politiqlues des blanecs, du moins ne croup~is-
saient- ils plus dans cette digradaznte servitude,
qui, hlas! Btazit encore le lot `de l'immense ma-
jorit8 de leurs frbres.
La classes interm~cidiire connue sous le nom
de mulzitres, issue des unions entire les blaznes
et les noirs, qluoiqu'elle fi't digagde dles liens
de 1'esolavage, n'avait non plus aucune part
au gouvernement e~t i& 1'adm3inistrationl de la
colonie. Unie aux noirs devenuas libres, elle
format un noyazu assez important qlui avait
un grand rble B jouer, une noble mission B
remplir, si elle savait le comprendre, si lat va-
nit6 de computer qluelques gouttes de sang
blanc dans ses veines ne 1'egarait pas, si, B
son tour, elle ite se croyait point tenue de











29 HIA'TI

m~priser un people od~rn la nuance sans doute
4tait un peu plus foncie, mais auqlue~ltout la
ra~ttachait et qlui 4tait sa vrazie famille d'ori-
Sgine. Mlalheureusementles hommes de couleur
se montraient peut-8tre plus jaloux de la su-
primatie des blanks et plus ddsireux de parti-
ciper g leur domination qlue d'aider leurs frbres
noirs B recouvrer la liberty qlue personnel
n'avait jamais edile droit de leur ravir, et de
les mettre en possession d'avantages qlu'ils am-
bitionnaient surtout pour eux-m~mes.
Le~ respect pour la v~rit6, qui doit primer le
adsir de plaire a certaines classes ou B cer-
taines individualitds, ne permet pas d'8mettre
cette constatation douloureuse B cet endroit
de I'histoire d'Haati oh je suis parvenu. Ce
malheureux prdjug8 de couleur, qui n'est au
fond qlue le fruit d'une vanity puerile, ne
fat pas ~sans consequences f~cheuses dazns
les Bvinements qui ne tardbrent pas B se pro-
duire, et, comme tout s'enchaine datns les
closes humaines, les rdsultazts s'en sont pro-
long'ds jusqlu'8 nos jours. Quipourrait affirmer
qu'il n'est pas encore un des principaux. fac-
teilrs dans les difficultis et dans les luttes
actuelles ? Mais je ne veux pas anticiper.
~Tel itaitl'Btat des choses dans Haiti B la veille











SON PASSli, SON AVENIR. 23

de la grande Rdvolution franga~Qise de 1789.
Quarante ou einqluante mille blanks poss8-
daientpresque toutes lea richesses, seuls avatient
des droits politiqlues et continuaieent de faire
peser sur la population noire un joug intold-
rable; en face di'eux un nzombre g peu prbs
Qgal de mulatres rivait de partager les pri-
vilhges des blanks, assez insoucieux du sort
des cing ou six cent mille noirs qlui g~mis-
saient dans le plus triste esolavage; un petit
nombre de ces derniers 4tait decvenu libre.
La situation Bconomiqlue de l'ile etait d'ail-
leurs tlorissaznte, son commerce prospbre, malcis
je ne reserve d'en dire quelqlues mots dans une
autre parties de cette Btude.
L'immuense rdvolution qyui s'accomplissait
en France, point de depart d'une nzouvelle
Bre de justice et de progrBs pour le genre hu-
main tout entier, et la proclamation des droits
de I'homme inscrite solennellement en tite de
la nouvelle constitution frazngaise, eurent leur
contre-coup nicessazire dans toutes les classes de
la population halitielnue. Une agitation impos-
sible B comprimer se manifesto chez les mulAi-
tres et chez les noirs; les uns etles azutres con-
qurent des espirances auxqyuelles on n2e put se
refuser de donner qluelqlue satisfaction. Par











24 HAiTT

un dderet en date du 28 mars 1790, 1'Assembl~e
constituante accordait aux mul~tres et aux
noirs affranchis les droits que les blanks seuls
av~aient jusqu'alors possidds.
L'orgueil des blanks se rdvolta $ 1'idde que
des hommes pour lesquels ils n'avaientjusque-
16 montr6 que du mepris et qyu'ils avaient tou-
jours tenus soigneuxsement B distance, se trou-
vaient mis avec eux sur un pied d'dgalit6.
Chose curieuse!i leur haine en voulait moin~s
aux noirs affranchis qun'auxe hommes de couleur
dont les pretentions de se ra~ttacher tt eux les
irritaient davantazge. 11s refusbrent de se sou-
mettre aux dderets de I'Assemblie constituante,
et fermbrent 1'entree des assemblies coloniales
aux hommes de couleur. Bien mieux, interpr6-
tant & leur manibre les principles de 1789, et
n'en prenant que ce qui pourait s'accorder
avec leurs intirits et leurs passions Bgo'istes,
ils annonchrent le dessin de secouer, au moins
en parties, la tutelle de la metropole en se don-
nant unle espbee d'autonomie administrative.
Les hommes de couleur, repousses par une
caste dont ils avaient toujours recherch6 les
faveurs et ne pouvant pas m~me jouir des nou-
veaux droits qlui leur Btaient conceddds, coin-
prirent en~fin qu'ils ne pouvaient rien sans











SON PASSE, SON AVENIR.


I'appui de cette population noire. Appelds
!I 1'indd~pendance par les mul~tres, les noirs
BcoutBrent leur1 voix : un soulBvemlent foi'mi-
dable dclata sur tous les points de la colonie
frangaise.
LA comme toujours on vit ce qlue peuvent
prodluire de fureurs les haines accumuldes,
pendant une longue suite de generations, dans
1'dme d'an people courb8 sous une cruelle op-
pression, et qlue 1'exchs de ses souffrances
pousse enfin 6 se venger ou B pirir. La magni-
figlue plazine qlui entoure Port-au-Prince n'of-
frit bientat qlu'une vaste scene de carnage~ et
de ruine; les riches habitations des planteurs
s'6eroulbrent dans les flames; partout 1'in-
cendie promena ses torches, partout le sang
coula B flots. Le people noir, ivre de ven-
geance, fit expier enL quelqlues jours B ses
inaitres affolds, se~s longues anni~es dl'humnilia-
tions et de tortures intoldrables. Les blanks et
leurs families trouverent h peine un refuge
dans les villes ott ils se renfermbrent. Fermons
les yeux devanut ces tableaux d'une grandeur
sinistre et dont I'humanit8 ne peut qlue s'affli-
~ger. Ils contiennent cependant un enseigne-
ment qlu'il faut mettre en lumriere : o'est qlue
tout s'expie ici-bas, qlu'on ne peut violer im-














26 HAITI


puntdment, toutes les loisj divinesi et hmna~ines

uH momeniit JlOnnd, p~ur e'ux et pour1 leurs desY-
condanlllts, dle terrib~les reto~urs.. C'est s~ur eux
nausi q:ueL dol~it reitljmberl juStllmenflt la~ prem~~liL r
res~ponsabilitc 4 del t.Ouls les mlalho~urs dlont il-;

SRevenps~l de leulr stupeurl et de le~ur effral~i,
les b:lancs 'songb~renlt bienti~t it prend~re leur
r~evanuchel : la~ lutte s'enugag~en par~to:ut centre les
colo:ns et leur~s ancious esoilav-es riva-~lt~i;. Irlll-
gPr Ii urs inltr~i lues Prisi, lEs bl~UesJ net re<.;.1-u
r~ent pas dei la m1~itrpo~l e Iles srcoju;.jl qu'l s



* lib:er~ti dont elle~s voujlaient assur'er'Ic le ptit it
S l Franlc~e e~t au mlondle, eulenit le co~lurage et la
. loil-re~ deconsid~l~ cerj Ce qlui I~tait la~ justice p.lus
p.eut-cGtrei que l'atvantnge maitdri'el et. immddia~itt
delt le-ur pays. Les agents d~e la F~tranuce lo Haiti
ava~ienlt ddjil reconlnu of~tticiellementl~ enu 10!.I:-;1':&
frainchlisseuent dles noir5, lor.squelac ed ~lkb:re

en dl-cenlltnt qu'il nie deva~it plus y ao\lir qul~e
des~ hommes1l~d libresi' dans1 to:ute~ I'~tenduei dle
lac colonie fPRalnit~as.
L'e~sprit dle caste tit voir alors juslu'oui peut


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SON PASSE, SON AVENIR.


aller s~on orgueil. Plutat qlue de reconnaitre A
des hommes d'une couleur diffirente ce droit B
lat liberty, qui est le droit natural de tous les
Btres humans et qlue le plus odieux abus de
lat force peut seul leur razvir, les blaznes prd-
firbrent renier leur patrie, et, poussavnt leur
crime encore plus loin, ils azppelbrent les An-
glais et les Espag'nols B leur secours, sacrcifiant
tout, devoid et honneur, B la passion de repla-
cer sous le joug leurs esolaves imancipis.
Etrange renversement des rales ce furent
ces noird si mdprisis, si longtemps en proie At
tout ce qlue la tyrannie peut avoir de plus
cruel, qlui, reconnazissants B lat France de les
avoir affranchis, luttbrent contre leurs anciens
mattres et leurs allies pour lui conserver la
plus belle de ses colonies. Cette race qlue 1'on
proclamait infirieure, dont on affectait de
nier 1'intelligence, montra bien alors qlue la
nature n'a point accord6~ de privileges exclusifs
re la couleur de la pealu, et qlue touts, en ac-
croissant leurs facultis, sont appeldes h\ pren-
dre leur place dants la famille humaine. Du
sein dles noirs sortit pour les condluire $ la, vic-
toire un grand nombre d'hommes remalsrqua-
ble~s qui diploybrent des talents supirieurs, et
parmli eux onvitbriller au premier rang 1'illus-











28 HA1TI

tre Toussaint Louverture. Si le nom de g6nie,
que 1'on prodigue peut-8tre quelqluefois, con-
vient B 1'homme qui ne doit rien qyu'8 lui-
mIme, don't une instruction negligee n'a pu
ddvelopper les facultis naturelles, et qlui ce-
pendant, toujours h la hauteur des circons-
tances, si difficiles qlu'elles soient, sait trouver
les ressources ndeessaires et les moyens de Ies
surmon~ter, qui le merita mieux que Toussaint
dont 1'intelligence vigoureuse lui permit de
diployer les talents d'un general habile a~ussi
bien que ceux d'un homme d'Etat connaissant,
les besoins de son pays et sachant le gou-
verner ?
1Von but Btant moins de raconter les faits
dans leur minute qune d'en marquer au fur et
B measure la signification, je n'ai point Zt faire
le detail des campagnes de Toussaint Louver-
ture. Oe general non sculemnent rdussit B dd-
jouer tous les efforts des colons appuyds par
les Espagnols etlesAnglais, mais, franchissatnt
les bornles de la parties frangaise, il expulsa, de
1'^de toutes les armies Btrangbres et la reunit
tout entire sous son gouvernement. Ainsj ces
Espagnols, premiers dominateurs d Ha'iti,
4taient chassis par un chef noir, devenu le ven-
geur des anciens indighnes exterminds par eux.











SON PASSB, SON AVENIR. 29

Cependant, fiddle 5L monl devoir de patriote
qlui n'6crit qlue pour 8clairer mes concitoyens,
je dois noter ici 1'antagonisme qlui s'8leva
entire Toussaint Louverture et Rigaud, don't
les exploits dans la parties sud d'Ha'iti Btaient
e61Bbres. La, lutte armie Blaquelle leurs dissen-
timents les entraimbrent, ne fut malheureuse,-
niient qlue le prelude de plusieurs autres qui
delathrent B diffdrentes Bpoqlues danslaz suite,
toutes occasionndes par des causes semblables.
II convient done de les reliever en ce moment.
Toussaint Louverture appartenait B la race
noire, tazndis qlue Rigaud 4tait un homme de
couleur. Sur quels faits probants reposent cers
dimatrcations qu'on veut Btablir,oh et comment
s'est done manifested avec evidence cette su-
piriorit6 des uns, cette infdrior~it8 des autres ?
Cessons de demander h nos concitoyens qluelle
est lat quantity exacte de tel ou tel sang qlui
coule dazns leurs veines, et sachons recon-
naitre et honorer I'intelligence et les vertus
civiques partout oh elles se trouvent.
La lutte de Toussaint Louverture et de Ri-
ga~ud, qui m'a permis d'observer cette pre-
mibre cause de disaccord entire les membres
d'une m~me famille, fournit 1'occasion natu-
relle d'une autre remarque qui a son impor-











HAITI


tance, car elle s'applique B un fait don't 1'in-
fluence- s'est fait sentir aussi dans les luttes
posterio~ures. Avant lat Revolution, la parties
nord d'Hai'ti avait acquis une certain supr6-
matie siur la partie plus mdridionale, grbce au
nombre plus considerable alors de saz populal-
tion, g ses cultures plus~ adveloppies, et, ce
qui en Btait le rdsultat, B sa richesse plus
grande. De Lk, entire les diverse portions dul
territoire halitien une certain rivalit6 dont la
trace est encore visible jusque dans nos dis-
sensions les plus recentes.
L'esprit d'impartialit6 et de v~riti! absolue
qui est mna rgle et dont je me suis r~clam68
dans les premieres pages de cet derit, m'obli-
geait & ne pas negliger de signaler cette cause
de division, si secondaire qlu'elle puisse pa-
raitre.
Quoi qlu'il en soit 1'autorit8 de Toussaint
Louverture ne tazrda, pas B rencontrer un as-
sentiment unanime. AprBs que I'Espagne er~t
cedd6 B la Firance, par1 le traits de ]Bgle en
1795i, la parties de f'ile Qlu'elle avait jusqyue-
19 possidee et que Toussaint avait conqluise,
ce general dut s'occuper de la riorgani-
sation et du gouvernement d'un` pays dont
.ses talents avaient assure 1'affranchissement











SON PASSE, SON AVENIR1. 8 1

ddfinitif. It ne disirait pas le spustraire A la
protection de la France; il croyait p~r~firable
de ne pas briser les liensqcui unissaient ce pays
h son a~ncienne colonie. Quoiqlue la France
fxixt alors engage dabns une lutte gigante'sque
qui absorbait toutes ses forces, et qlue, d'ail-
leurs, la2 destruction de sa marine lui enlevit
tout moyen d'envoyer aucune espidition en
Ha'iti, les Anglais, mazitres incontestis de la
mer, pouvaznt facilement en intercepter le
passage, Toussaint Louverture ne fit rien pour
profiter de ces embarras. Persuade qlue 1'indd6-
p'endlance de sa paztrie serait garantie d'une
ma~nibre a~ussi effective en reconnazissant la
souverazinet6 de la France, pourvu qlue 1a, libre
administration de f'ile filt laiss~e B ses hab~i-
tants affranchis,, il continue d'agil' au nom. du
gouvernement frangazis don't il se donnait
comme le reprdsentan~t et le ddligud.
L;'assembl6e central convoqlude par lui et
compos6e de dix membres nommis par les
diverse provinces, lui confirmaz cette situa-
tion, en lui adeernant le titre de gouverneur a,
vie par son vote du 9 mai 1801. C'etait en rda-
lit6 confier B Toussaint Louverture un pouvoir
absolu, presqlue dictatorial. Si les peuples peu-
vent jamais 6tre excuisables d'abdiqluer entire











SS HAPTI

les mains d'un homme et de s'enz remettre B
lui sans contrale du soin de r~gler B son gre
leurs destindes, Toussaint Louverture, sans
aucun doute, Btait plus digne qlue tout autre
d'exercer une autorit6 aussi 4tendue. D'ail-
leurs au moment oh le people halitien passait
subitement de 1'esolavage B la liberty et ne
pouvait encore en connaltre les conditions in-
dispensables pas plus qu'il n'avait acquis !es
lumiBres suffisantes pour se gouverner lui-
m~me, peut-8tre 4tait-il ndeessaire de consti-
tuer un pouvoir fort, capable d'imposer aux
factions et de rdtablir 1'ordre dans un pays
trouble et divast6 par des guerres affreuses.
Les vues politiques de Toussaint Louverture
conciliaient les intdrits de la France et ceux
d'Hai~ti, et peut-6tre doit-on regretter pour les
deux pays qu'elles n'aient pas reussi & priva-
loir. En consacrant I'inddpendance des Hali-
tiens, ce qui leur tenait le plus au coeur, elles
conservaient en effet 5 la France, devenue
protectrice d'un j eun e people qui ne demandait
qu'8 se laisser guider par elle, tous les avan-
tages qu'elle retirait de la plus belle de ses
colonies. Mais- le general Bonaparte, qlue le
coup d'8tat du 18 brumaire avait fait chef
absolu du pouvoir en France sous le titre de











SON PASSe, SON AVENIR. 3:3'

Premier Consul, s'i~tait laiss6 circonvenir par
les aznciens colons qlui n'avaient pas Bpargud
les mensonges B 1'dgard de leurs esolazves rB-
voltis, et qlui lui avazient persuade qlue rien no
serait plus facile qlue de les faire rentrer dans
Tlobdissance.
Bonazparte, d'ailleurs, n'aimazit nulle part la
liberty qu'il avait ditruite en France, et, par
instinct de despite, Btait enclin d'avance k
voir d'un mauvais oeil une insurrection dlont
on lui avait dinatur8 le senls et la portie. De
plus, 1'apparat dont Toussaint Louverture
avait cru devoir s'entourer pour frapper plus
vivement l'imagination des Ha'itiens, certaines
formes officielles imities de celle~s Qlue le Pre-
mier Consul lui-m~me azvait imazgindes poui
rehausser 1'ielat de son pouvoir, irri~terent ce
denier qlui, par une mesquinerie indigne de
sa g'loire et de son ginie, en voulait au chef
noir d'avoir pu en qluelgue fagon se comparer
g lui. Une lettre dazns laquelle ToussaLint Lou-
verture lui tenait le lzangage digne et fixe qlui
convient au chef d'une nation libre et qlui veut
Je rester, acheva d'indisposer 1'immense or-
gueil d'un homrme habitud dij h ne ren-
contrer devant lui qlue des attitudes humbles
?et des fronts bazssement courbis.











HA1TI.


La fatale expedition destine B rdtablir eq
Ha'iti l'ordre de closes renverse par la Rdvolu-
tion fut d~cidee par Bonaparte, et le general
Leclere, son beau-frbre, debarqlua dans F'ile en
1802 B la tite d'une armie de vingt mille
homjmes. Tottssaint Louverture, voulant 6viter
B son pays les malbeurs d'une guerre nouvelle,
etait prit g faire t~outes les concessions qui, ne
portant qlue sur son pouvoir personnel, ne
seraient pas incompatible avec 1'a~ffr'anchisse-
ment du people ha'itien, qlu'il fallait avant tout
sauregarder. II ne tarda pas B comprendre qlue
le vd~ritable objet des instructions donnies par
le Premier Consul au g~ndal; Lecler e tait le
retablissement de l'esolavage.11I vit aussi clai-
rement qu'on en voulait B sa propre liberty,
parce qlue le gouvernement frangais le consi-
derait comme le seul obstacle qui pfit empicher
la realisation des desseins que le general Le-
clere 4tait charge d'executer. Toussaint Lou-
verture dut penser g mettre sa personnel en
adretd : le general frangais alors, don't l'arm~e
avilit adcjs beaucoup soutle~rt par suite des
maladies, commengant h comprendre toutes
les difficultds- de la mission qui lui avait Btd
confide, irrit8 de tr1ouver des embarras qu'il
n'av~ait pas `privus, se laissa entrainer a des











SON PASSE, SON AVENIR. 35

actes contraires Blaloyaute frangaise :1le g~nd-
reux TouBssinit Louverture tombsa dans ;le
pibge qlue lui avait tendu la perfidie. Fait pri-
sonnier par les Frazngais, il fut envoy dans
les eachlots humides et froids du fort Joux oix
le plus grand des fils de Ila race noire, arrach6
brusquement au climat chaud de la zone tor-
ride, succomlba bientat, en 1803, aux rigueurs
de la temnpirature non moins qlu'h ses augoisses
sur 1'avenir risende B ses frbres nroirs.
Le Premier Consul dut bie~nt~t s'apercevoir
qlue 1la capture du chef des noirs, rdsultat d'une
politiqlue tortueuse, im~primait B sa m~moire
une tache inutile. Cette fois comme en d'au-
tres circonstances, il put voir qlue le m~pris
dont en general il enveloppait les hommes
n'6tazit pas justified. Ces nbgres pour lesqluels il
avait un tel didain qlue la seule idi~e d'un rap-
proch~ement possible avec qluelcqu'un dl'entre
eux avazit suffi B 1'irriter et lui semblait un
abaissement, lui prouvbrent qlue, s'ils Btaienlt
encore inferieurs B d'autres peuples par le
degrd de culture intellectuelle, its les Bga-
laient du moins par le courage; ce furent eux
qui, les premiers; lui donubrent une legon
qlue d'autres lui rdpitbrent plus tard, B savoir
qlue la force, m~me au service du plus grand











96 HA ITI

gdnie, ne peut pas tout ce qlu'elle veut, qlue
la crainte et 1'intir~t ne sont pas les seuls
mobiles auxquels les hommnes obdiissent, et
qlue la passion de 1'ind~pendance est une puis-
sance aussi avec laquelle les plus fiers despotes
doivent computer. Aussi, plus t~ard, lorsqlue
sur ce rocher de Saint-HlBnBe oh~ sa fortune
Qtait venue a'4chouer, celai qjui s'6tait appeld
1'empereur Napoldon repassait d'un ceil mB-
lanlcolique son delaztante cazrriBre, il avouait
qlue sa tentative sur Ha'iti avait $t6 une de ses
plus grandes fautes, qu'il avait surtout md-
connu le caractbre et 1'esprit de Toussaint
Louverture, et il rendazit alors justice At celui
qui fut sa victim.
La grande figure de Toussaint L~ouverture,
qlue les Hal'tiens honoreront toujours commle
le premier fondateur de leur inddpendance.
m~ritait qlue je m'y arr~te avec quelques di~ve-
loppemnents.
L'emprisonnlement de leur crhef fut une sinis-
tre lumniBre qlui dessilla les yeux des Hai'tiens
.~et les delatira sur le veritable but de l'exp~dd-
tion frangaise. Le patriotisme et lat crazinte de
.retomber sous un joug odieux, si rdeemment
secoud, firent taire encore une fois tous les
dissentiments :noirs et mul~tres unirent de











SON PASSE, SONY AVENIll. 37.

nouveau leurs efforts. Une lutte aussi acharnde
que celle qlui avait eu lieu dix ans auparavant
s'engagea sur tous les points. Si d'un obtB se
trouvait la science militaire des g~ndraux et
des soldats Bprouvid dans les longues guerres
de la, Revolution frazngaise contre l'Europe, la
sup6riorit6 de 1'armement, de l'autre on voyait
des hommes qlu'aznimait la sainte passion de
l'inddpendance et de la liberty qui, en ayant
godCtB les fruits, ne voulazient plus les perdlre,
et qlui d'ailleurs avalent trouv6 des chefs
dignes d'eux et capable de les conduire. Des-
satlines, Rigazud, Petion, rivalisaient d'exploits,
et, soutenus par le divouemnent infaztigable de
leurs soldats, ayaznt adoptd, grice B leur par-
falite connaissance des lieux, lat tazctiqlue la
plus convenable B leur pays, ils eurent bientat
recduit les Frangais B l'occupation de qluelglues
points de la cate. Dicimbs par les maladies,
dicouragds par la mort du g~ndral Leclerc,
les debris de la brillante a~rmie frangaise
durent se rembarquer, succombant sous 1'in-
vincible opinidtrete d'un people noir.
Ainsi la France, par la faute du maitre qlui la
domina~it alors, perdait une colonie qu'efit pului
conserver une politiqjue plus habile et plus res-
pectueuse des droits naturels des hommes. Le











38 HIAPTI

I" janv~ier 1804, 1'ind6pendance d'Haiiti 6tait
solennellement~ proclamde aux acclamations
de 1'immense foule rdunie dans3 la plaine des
Gona'ives. Heureux les Ha'itiens s'ils avalent
compris, dans toute sa? portie, 1'enseignement
que revilaient pour eux les 4vinements ac-
complis! Q~ui leur avait permis de triomphzer,
d'abord des colons appuyds par les armes
BtrangB'rea, puis des forces enlvoydes contre
eux par le plus grand capitaine des temps mo-
dernes3 ? 'est qlue' tous, noirs eat mulitres,
gtaienzt unis dans une mime perisie, qlu'ils
avaient combattu sans regarder B lat couleur
de leurs compagnons d'armes ou de leurs
chefs, ne demandant h ceux-ci qlue de les conr-
duire B la ddlibiance, but commune pour Leqluel
tous Btaient prits B sacrifier leur vie.
Qhielle inergie les uns et les autres ne
surent-ils pas di~ployer! quelle surprise pour
ces blanks si orgueilleux et si miprisants de
voir ces hommes de race noire et madhe, igaler
ell activity, en courage, en tinacit8 obstinde
dont ne pouvait venir B bout aucune fatigue,
.que ne pouvait lasser aucun piril, tout ce qlue
1'histoire, dans tous les temps, peut offrii' de
plus hirol'que! 'Commaent, du sein d'une popu-
lation tenue dans I'ignorance, comprimde par











SON PASSE, -SON AVENIR.


une longue servility, put-il sor~tir taqt d'hom-
mes dont les talents surenlt affronter. pour les
vaincre des difficulties qui sembilaieht insur-
montables? Oh pourrait-on trouv~er azilleurs un
tableau plus diigne d'exciter 1'intir86 et I'ad-
miratioh ?
Mais toutes ces qualitis qlue.hsi 'race nIoire
diploya dans ces jours m~morrshles aux-yeux
du monde BtonnB, eussent P4tBirintiles si 'pen-
dant tout le course de cette lutte terrible,
I'union lat pins intimue n'eitt pas rign4 dans les
sentiments et les volonltis, si le grand objet
qu'il fallait atteindre, toujours present b 1'es-
prit de tous, n'edt impose silence aux rivalitis,
aux intr6pts personnel, et, ce qui est encore
plus diffici le, aux prdjugds et 21 la vanit6 mime.
L'union seule, il ne faut pa.s cesser do le rdpd-
ter, procura le succbs, et seule aussi, hilas !
elle pouvatit lui faire produire toutes ses con-
adquences.
Eh bien, mafitre enfin de lui-m~me et posses-
seur libre du sol le plus riche de la terre, le
people hal'tien a-t-il su tirer de son indl6pen-
dance tous les fruits qyu'il en pouva~it attendre ?
S'est-il rendu compete qlue la7 vie des peuples,
comme celle desindividus, est faite d'un latbeur
incessant, qlue le repos jamais n'est assure,' et














qu'il ne suffit pas d'avoir s u con quirir la, liberty
si 1'on ne -sait la mettre en pratique et, non
.seulemerit en conserver, mais en Btendre les
bienfailts. Comment n'a-t-il pas su qlue, pour se
maintenir et se ddvelopper, unpeuple a besoin
des m~mes qualitis et des mimes efforts qlui
lui out permis -de fonder son` ind~pendance ?
L;'union, ndcessaire pour naitre, est aussi indis-
pensable pour s'a~ffermir et pour durer.
Pour avoir plusieurs fois oubli6 ces vdritds
essentielles, le people halitien se pr~parait des
souffrancess et devait passer souvent par de
cruelles 48preuves, comme la suite des Bvdne-
ments suffira, pour le admoutrer. Qu'il com-
prenne done les lemons die l'expirience et sache
enfin turner le dos At tous ces agitateurs qui
n'exploitent ses pr~jugds qlue pour satisfaire
leui afnbition.
Dessa~lines, qui avait montr6 dans la guerre
de 1'Ind~pendance une activity si prodigieuse
et des talents militaires si remarquables, fut
nomm8 pa~r acclamation gouverneur k vie,
titre qu'avait ddjh port Toussaint Louverture.
Sa popularity Btait grande et mdritde, mais
~peut-8tre avait-il les qualitis d'un g~ndral
habilee, propre & agirdanM un~e p6riode rdvolu-
Itionnaire et violent oix souvent il ne faut


HAITI


40











SSON' PASSb, SON -AVEPIR.< -. "

re~culer ni devant Pau~dac~e-ni datvant la ruse,
plus Qlue cel-lps d'un hofpme d'Etazt dont la fer-
mete ne doit jam-ais Btre dure. MIais gurtout
quand les circonstances .ont- oblige .dTi~vegtir
un citoyen d'un pouvoir presque sans bo n~es,
il doit savoir en tem2pdrer la rigueur par une
certain moderation. On pent regretter qlue
Dessalines ne fit pas. suffisatmment p6nitrdj de
ces ndeessitis et de ces obligations.
11 est rare qlue le pouvoir a~bsolun'dblb6uisse
.'p~a ceux qui en sont rev~tus : les plus grand
g~nies et les caractbres les mieux trempes,
li'oilt gubre su, A toutes les 6poques, resister a
Sses attractions; les 06sar et les Napoleon ont
tguiours trouve plus d'imitateurs qlue les*Wa-
shington et les Toussaint Louverture. Quand
on peut tout, on franchit ais~merit les limits
:'qu'imn chef de gouvernement dictatorial devrait
`s'imposer 5L lui-mime, B di~faut d'un contrble
organis6 Idgalement sur ses actes. Excite pgar
l'ardeur farouche de son patriotism et sa haine
contre tout ce qui lui rappelait' les anciens
oij~presseur de sa~ race, Dessalines se laissa
entraiiner 21 une action qlue ses services, si
grands qu'ils soient, ne ~peuvent excuser, .car
si, dazns les emportements m~mes d'une lutte
acharnde, on est cependant bl~mable de violer











42 HIA1TI

B'hui3nanite, quelle raison pourrait justifier le
vainqueur, qluand le :combat est terming,
d'abuser de sa, victoire en attentant A~ la vie de
.ses ennzemis disarmis. Les passions foug~ueuses
de Dessalines ne surent pas le preserver de cet
Bgarement : au mois d'az~rpil 1804, i l aissait
accomplir le massacre des Frangais rests
dans f'ile aZpris le depart des restes de 1'armie
du general Leclerc, et il opait en revendiqluer
hauteement la1 responsabilit8 et la rdelamer
comme un titre de gloire.
Quand une fois on s'est engage dans une voie
funeste, qlu'il est dlifficile de s'y arriter il
semble, au contrazire, qu'on ait h~te de la par'-
~courir jusqlu'au bout. Cette gloire, dont D~essa-
lines P4tait avide et qu'il cherchait par tous les
moyens, serait plus s^i~rement a~cquise B sa
mimoire et surtout plus pure, s'i]. eidt suc-
comb6, les armes B la main, B la fin de la
guerre de 1'Indipendance. Non seulement il
ne se serait point souille d'un crime inutile et
sans pretexte, ma~is 1'ambition disordonnie
qui bientit s'empara, de lui ne lui ed~t point
fausad le jugement au point de chercher ail-
leurs des modules qui ne convenient A son
pays pas plus qlu'h lui-m~me. Le bruit qlue
fatisait dans le monde 1'empereur Napoleon lui











SON PASSE, SON AVENIR1. 43

tournait la tite : ne comprenant la dlifftirencee
ni des lieux ni des situations, il croyait aug-
menter son prestige personnel en a~ccolant 8.
son nom un titre plus pompeux qlue celui de
gouverneur h vie, qlu'il avait requ.de la recon-
naissance die ses compatriotes. Au mois d'oc-
tobre 180-1, il se faisait proclamecr empereur
sous le nom de Jacqlues II : triste example
d'une vanity qui transformait un h~ros en
despote!i
P'oussant jusqlu'au bout 1'imitation de
l'homme Bblouissant dont I'exemple 1'dgarait,
D~essalines crut qlue ce nounveau titre lui donlnait-
aussi le droit de ne suivre d'aut~re ragle qlue
son empire, et qu'il Qtait tellement au-d~ressus
des aut~res qu'il pouvait se dispenser de suivre
aucun conseil. La prison et par~fois la mort
furenzt le chtitiment de ceux qlui lui risistaient.
Pour Btre just, il 'faut cependaznt recoulnaitre
qlue ses projets, en general, Btazient bien con-
qus, ses vues grandes, et qlu'elles tendaient i\
amiliorer le sort de la masse, de cette popula-
tion noire A laqluelle il azppartenait. Si les
moyens de rsa politique doivent $tre con-
datmnes, il faut reconnaltre nianlmoins que,.
dans 1'ensemble, elle Btait inspire par une
vision nette de la veritable direction h donlner











44 HAYTT

au pays et le ddsir sincere de lui-8tre utile : le
patriotism de Dessalines ne peut 6tre mis en
doute.
Les adversaires de son gouvernement, trbs
nombreux, surtout parmi les hommes de cou-
leur, t~rouvbrent naturellement, pour 1'atta-
quer, un pr~texte.facile et plausible dans ses
abus de pouvoir; Une rdvolte, formulae par les
mul~tr~es, Bclata contre lui dans le sud d Haiti.
Dessalines, partant de Port-au-Prince pour la
combattre, tomuba: dans une embikehe qu'on lui
avait habilement tendue a quelqlue distance
de cette ville et pdrit assassins en octobre 1804.
Le ddsir de le renverser du pouvoir plus que
I'amour du bien public avait dirig6 les coups
de ses ennemis, mais on ne peut nier que Des-
salines avait ouvert une voie mauvaise en es-
sayant d'6tablir le despotisme, et que bien
d'autres, dlans la suite, essayBrent de marcher
sur ses tr~aces. Ils trouvbrent toujours de l'ap-
pui chez un trop grand nombre de citoyens
qui, voyant fort bien la ndcessit6 d'un gou-
vernement ferme, ce qui est, en effect, le pre-
mier besoin d'une nation, ne savent pas le dis-
tinguer de la tyrrannie qui n'en a que le v~te-
ment extirieur et qui n'en est, souvent, que le
contre-pied.











SON P'ASSE, SON AVEI~It. 45

Ainsi, dbs le ddbut, les des~tindes dlu pays se
trouivaient mal engages : il y avait en pr8-
sence ceux qlui ne coneevaient le gouverne-
ment que sous la forme d'un empire ou d'une
dictature jouissant d'une autorit8 azbsolue et
sanlscontrale, et ceux qui netendatient, en resa-
litd, qcu'g remettre le pouvoir aux mains d'une
classes. En dehors d'eux, il est vrazi, it ne ma~n-
qlua~it pas de citoyens Bclazirds, de v6ritables
amis de leur pazys, qlui avaient conqu des vues
plus saines sur 1'organisation qlu'il convenait
de lui donner, et parmi.eux aussi se trouvalent
des hommes qlui avaient mzrqlud glorieuse-
ment dans la guerre d.e 1'Inddpendance. Capa-
bles de constituer ce gouvernement ~fort et A
la, fois sage et moddr8 qlui, seul, pouvazit garan-
tir 1'avenir du people halitien, peut-6tre eus-
sent-ils rdussi B fonder une oeuvre durable, si
le difaut de lumnibres, trop gindral encore
dans tes couches profondes de la societdhaji-
tionne, ne la rendalit trop accessible azux sidue-
tionis mensongbres des intrigants de haut et
has 4tage.
Toutes ces tendances opposes he tardbrent
pas B se manifester dans les circonstances qui
suivirent la mort de Dessatlines. Un gouver-
nement provisoire ava~it Btd5 institud, ayant B sa











46 HAITI

tite le g~ndral Christophe. En meme temps
une assemble, formie de d6putis normmds par
toutes les proviinces, se r~unissait 8- Port-au-
Prince. Elle e1aborait une Constitution 4tablis-
sant une sorte de gouvernement parlementa~ire,
form d'un presidentt de la R~publi'que, chef
de l'ex~cutif, avant l'initiative des lois, et d'une
assembled qui, seule, avait le pouvoir le: les
voter. L'Assemblie constituante dicerna la
prisidence au g~ndral Christophe; mais celui-
oi, trouvant trop restreint le pouvoir qlui lui
Btait attribud, diffdra son acceptation, B1evant
des doutes sur la validity de laz constitution
promulgude. Prenant pritexte de dpe~ que, sous
1'influencde de Petion, le nombre des d~putis
qut aiurait dQ^ 8tre attribud eu 4gard $ leur
population, Fgux provinces du Sud et de 1'Ouest,
avait Btd a rbitrairement augment, il contes-
taitt les pouvoirs de 1'Assembl~e constituante
qu'il dd01ara ill6gale. Celle-ci, ohi I'act'ion de
Petion Btait prddominante, revenant sur son
premier vote, le nomma president h Ja place
de Christophe, pendant que, de son c8td, celui-
ci se faisait proclamer anu Cap, par ses parti-
sans et ses soldats, president et gnindralissime
de 1'Eltat d'Haiti.
La; grerre 4tait indvita~ble entire deuix











SON PASSE, SON AVENIR.


comp~titeurs dont I'un se rdelazmait du vote
d'une assemblee qui repr~sentait le pays et
1'azutre refusait de reconnaitre B cette mime
assemblee le droit in~me de 1'8mettre. En r~a-
lit6 des intir~ts opposes se dissimulazient der-
ribre ces deux chefs : I'antagonisme ddj8 si-
gnald entire le Nord et le Sud exergait ici son
action, mild'aux divergences dans les visdes
politiqlues. C'hristophe, en effet, qlue 1'exemple
de Dessalines n'avait pas instruit, tenacit comme
lui ses yeux fixes sur la France et son chef
et se croyait de taille B jouer unz rble sem-
blable en Halti; it reprdsentait la nuance
ultra-a~utoiiitaire. Petion, plus imbu des prin-
cipes libiraux de la grande Revolution fran-
gaise, croyazit qu'un' pouvoir solidement assis
et possidant ass es d'ini tiative p our n' itre point'
entrav4 dlans.ses desseins par une opposition
inconsidirie, Btait ndcessaire a un people
jeune et bien peu instruit encore, mais il ne le-
jugeait point incompatible alvec un contr61e
serieusement organism : la forme rdpublicaine
lui paraissait la, plus propre g assurer ces di-
verses conditions.
Quoi qlu'il en soft, les hostilitis commen-
chrentpromptement: Christophe, d'abord vic-
torieux, pouruivit Petion jusqlu'h Port-au-










46 HAlTJ

Prince oix il l'obligea de se renlermer, mlais il
Sne put vainzcre la resistance que cette vile lui
oppoda. Oblige de battre en retranite, it resta
cependant maitre de la paftie du territoire qlui
1'avait reconnu po~ur chef. L~a lutte entire les
deux adversaires continuait ave4i dliverses pe-
ripities lorsqu'un nouvel e14ment vint la com-
pliqluer, de nature, semblait-il tout d'abord,
en affaib~lissant Petion, & faire penlcher la ba-
laznce en fav~eur dle son riv41l. La prudence et
l'habilet8 de Petion surent conjurer ce dang~er.
Tout mul~ltre qu'il fit, Petion ne partag~eait
en rien ce qlu'il pouvait 7S avoir d'injuste dans
les prijuges. et leys passions de la .caste B la-
qyuelle it azppaf~tetiait par sa naissance; non-
seulement il 4tait symlp'5thiqlue~d la race noirie,
mais il voyait dans les negres ceux qux com~po-
saient le vrai fond de la nation halitienne, ceux
qui, formant la grande majority du pays en
mime temps que la portion launoills avantaz-
gde de la population, avaient droit M~a gandle
sollicitude de la part ~du g~ouvernement; ou
;plutat il pensait que celui-cidevaiit &tre impar-
Stial et n'accorder aucunf 'rriviligath la couleur
Sde la peau. Ce n'dtait point' ailisi matlheureu-
semnt 1'ai & ~jb dit, que raisonnaient (In
trop grand nombre de mul~trers; infatucds de










SON PASSE, SON AVENIR. 49

leur mirite on plut~t de celui qlu'ils s'azttri-
buaient, toutes les fonetions, suivant eux, au-
raient dil leur appartenir,et ils trouvdaiet que
r le president Petionhe les fazvorisazit pas alssez.
Qu'une occasion se prd~sen~tit, et 1'on pouvait
8tre siir qlu'uid~ parties d'entr'e eux sa~urait lui
montreer son hostility. E11e leur fut bient~t of-
ferte. Rigaud emmend en France aprbs avoir
;BtB fait prisqunier en 1803, rdussit h s'debap-
per en 1810 et ddbgrqlua dans la parties la plus
mdridionazle d'Ha'iti, principal thdi&tre de ses
anciens exploits contie les Frangais. H annon-
gait I'intention de reprendre contre Petion,
du reste aLutrefois son lieutenant, la lutte qu'il
avait ddj8 essaryde contre 'foussaint Louver-
ture, mais Petion, ayanzt obtenu de lui une
entrevue, rdussit (1~ul faire comprendre qlu'une
rivaliti entire eux irait pricisimerit a l'encontre
de ces intir~ts de caste qlue Rigaud avait la
prdtention de salivegarder. Rigazud voyant en
offet que Christophe s'azppritait 5 profiter des
divisions exqtre deux chefs mulatres, se laissa
persuader, et satisfalit de gouverner la parties
, sud d-'Haiti qlue Pet~ion lui abanzdonnait, il 4ta-
blit sat residence dans Ja ville des Cayes, 011 il
mourut peu aprbs.
Comment 'un people ohn se' produisent. A











50O nHlTI

chaqyue instant des causes sivarides de dissen-
timents, pourrait-il jamnais arriver B se cons-
tituer d'une manibre forte et rdgulibre ? N'est;-il
pas temps qu'elles prennent fin ? N'est-ce pas
asses des parties qlui peuvent exister nlormale-
ment par suite des differences d'opinions en
mat~ibre politiqune, sans toutes ces compliCa-
tions ridicules (comment les quazlifer autre-
menzt ?) qui tiennent a~ux jalousies des diverse
par-ties du territoire les unes B l'dgard des
autres ou it ces prd~juges de race que la philo-
sophie modlerne a depuis longtemps condamnds
et que le bon senls le plus vulgaire suffirait
seul A prosecrire?
Le gineral Borgella, successeur de Rigaudi,
comprit l'absurdit8 de ces dissensions puddiles,
et faisant au bien de la p~atrie le sacrifice de
son amhition'per~sonnelle, ilse soumit B Petion
en 1812: i l mirite pour ce fait une place esti-
mlable dansl'histoire d'Haaiti. Cependlant Chris-
tophe, qui s'8tait tenu tranquille tan~t que Ri-
gaud dont il connaissait les talents militaires
azvait vicu, par~ce qu'il craignait de le voir
s'unir contre lui alvec Petion, recommnenqa la
ger ot c ieneguerre contre ce d'ernier qui se retrouvait de
nouveau seul on face de lui. Des combats in-
termniflables farent livrds, saus que jamais un











SON PAlSSe, SON AVENLR.


succhs d~cisif se dessin~it pour aucune des deux
parties. La lassitude leur fit tomber les armes
des mains, saus qlu'aucun accord ffxt conclu,
et les deux; chefs se cantonnbrent dans la par'-
tie qun'ils occupaient. Chose bizarre et qui.
seule suffirait B peindre l'6tazt deplorable oix
de pareilles luttes plongent un pays, un space
inoccup6 do plus de dix lieues fut laiss8 entre
les deux E~tats, ligne de admarcation dont la fi:-
c~ondit i nature~lle di sol fit bient~t comme
une haie infranchissatble de lines et d'arbres
de toutes sortes.
Petion, rest6 maitre du Sud et d'une parties
die I'Ouest, et normmd president h vie, gouvernla
jusqlu'8 sa mortt en 1818. Citoyen eminent par
ses vertus civiqlues mutant qlue par ses talents
d'lionrime d'ita~t, it aL laiss8 dans la mimoire
dles la'itiens un souvenlir qlui leur sera touj ours
chocr. O'est qlue toujours le people sait aimer,
malgr8 des injustices passagberes, ceux qlui
l'aiment de lexi c8td v~ritablement, et dont le
di~vouement B sa cause so rdvile par une suite
dl'actes. qui triomphent B la, fois des priven-
tionls et de~s attaqcues azuxquelles sont en butte
les meilleurs citoyens. Paurmi tous ceux qlui
ont exered 10 ppuvoir en Haiti depuis Tous-
saint Louverture, personnel n'a jama1;is falit













5'2 HATTI

preuve d'un plus grand z;Ble pour le bien de la
patrie ni mieux azppricid son 6tazt mat6riel et
moral, et les measures & prendre pour le, rendlre
meilleur, ni montr6 en un mlot une com-
prdhension plus delairde de ses intir8ts g~nd-
raux.
Le cadre restreint oh je suis oblige de me
renfermer ne me permet pas un examen dd~-
taillPdu gouvernement de Petion : 16, comme
ailleurs, je ne puis qlue signaler rapidement
les faits susceptibles de servir B 1'iustruction
de mon pays'et des hommes politiqlues qlui
p~euvent influer sur ses destinies. Un des
prlincipaux objets de attention et des ef-
forts de Petion fut I'examen des questions qlui
se rattachaient $ la situation des propridtis en
Hai'ti. Toutes les terres appazrtenant aux colons
expulsis revenaient de droit aZu domalcine pu~-
blipc et y avaient did naturellement adljointes;
il rdsultait de 1h qu'k lat fin des guerres de
1'ind~~pendlance, on ne com)3tait plus guare en
Hajiti d'autres prop~ridtazires qyue ceuxi d'entre
les mul~tres qlui etaient ddjh auparavant en
possession d'une certain panrtie du ter~ritoire
ou quelqyues-uns des noirs affranchis. D~essa-
lines et Christophe aLvalent fait, it eat vrai, des
concessions de terre importantes $ leurs offi-











SON P'ASSe, SON AVENIR.


ciers supdrieurs on B leurs principaux fone-
tionnaires; mais si quelglues-uns s'6taienztainsi
enrichis, on peut dlire qlue la2 grande masse du
people n'avait retire en some dela revolution
accomplie d'autre avantage qlue la.conquite
de sa liberty, bien precieux sans doute, et qlui,
ii lui seul, vala~it les sacrifices faits pour I'ob-
tenir. La condition de la grande mazsse des
hommes de race noire, azu point. de vue mat6-
riel, resta~it B peu prbs la mimle: pour vivre
its n'avaient d'autres resources qlue de culti-
ver, h titre volontaire, pour le compete d'au-
trui, les terres sur lesqumelles ils azvaent
eprouv6 toutes les mischres -et toutes les injus-
tices du travail ford. Mais c'8tazient toujours
leurs sueurs qui dlevaient arroser un sol dlont
les products appartenaient h d'autres.
Inspired par sa profonde sympazthie pour
cette race noire jusqlue-1h si malheurexise, Pe-
tion Je premier eut 1'hzonneur de prendr~e 1'ini-
tiative de measures dlestindes B adoucir une si -
tuation si deplorable. It fit voter et *1809 une
loi qlui permettait de distribuer des terres aux
officers infirio-urs et aux soldabts des guerres
de 1'Indipendance. It avait comnpris qlue la di-
vision de laz propridt8 est le meilleur m-oyen
d'en aLugmenteir promptement la vazleur, cazr











54. IIA1TI

1'homme cultive aves bien plus d'ardeur un
sol dont il est lib~re possesseur que celui qu'il
lui faut trazvailler en mercenaire. Augmenter
le 110mbre des proprid~taires est en outre une
gazrantie pour 1'ordre social en mime temps
qlue le procddd le plus certain pour azccroitre
le bien-8tre de la masse55 : comment, en effet,
intiresser b Ila chose publique ceux qlui, ne pos-
sidant rien, peuvent h peine computer, pour as-
surer leur existence, Yur un maigre et pricaire
salaire ?
Petion enztrait azinsi dans unre voie rdelle-
ment adm~ocratiqyue oh n'avaient qu'hle suivre
ceux qui vinrent aprbs lui,et qui valait mieulx
qlue ce libiraliamne de parade derriere lequelse
dissimule mal 1'8dgiste pr6tention d'une cer-
tazine 61itie, ou du moins qui se croit t~elle, d'im-
poser sa direction au reste~ du pays. Peu do
progrlBs dans ce sens ont BtP, faiths depuis lors,
soit par suite de 1'indolence ou de 1'indiffi-
rence des gouvernements qui se sont sucebdd,
soit qlue les parties aient Btd plus prioccupis
de leurs ambitions personnelles qlue dies inti-
rits du people, du bonheur g~ndrazl.
P~etion azvait port ses vues sur un autre point
dl'une importance considerable : il avait com-
pris qlue 1'instruction est une ndcessit6 primor-











SON PASSe, SON AVEN1R. 55

diale pour un people qui veut atteindre iA toute
la2 sormme de grandeur et de prospdrit8 qu'ill]ui
est permis d'espirer, parce qyu'elle est la con-
dition de tous les autres progrbs. D'ailleurs, i`
unautre titre, il regardait 1'instruction commne
le seul moyen de reliever P'homme $ ses pro-
pres yeux, de lai inspire un just respect de
lui-mime et des autres, cette 16gitime fiert6,
qlui est la source de tous les sentiments nobles,
en un mof, comme 11 le disait inergiqyuement,`
dle.1e rendre digne de soi-mime, de sa quality
d'homme. Mais 1& rien n'existait, it fallait order
de toutes pieces, et le temps lui fit ddfaut pour
rdaliser toutes sea intentions.
Il est inutile d'entrer dans les atutres details
de son administration : J'en ai dit atssez pour
le but qlue j'ai indiqluQ en commengault, et qlui
esit toujours de sigrnaler lea fautes comzmises, les
errours B Qviter et les examples $ suivre. Lors-
qlu'on inscrivit sur la tombe de Petion qlu'il
Btait inort pleurd de ses concitoyens, on nie fit
qlue rendre homnmage B la v~ritB: il le fut et
miritalit de 1'8tre.
Pendant qlue Petion s'appliquait g jeter les
foundations d'un gouvernement r~publicain, c6
la fois ddmocraztiqlue et liberal, respectueux de
la liberty matis capable de rd primer les factions











56 HAiTI

et d'imposer 5L tous le respect des lois, Christo-
phe se toiurnait vers la formee ~monarchique,
non pas seulemehnt peut-Atre, c~omme 1'en out
accuse plusieurs Bcrivains, par le disir exclusif
de satisfaire B la fois son ambition et sa vanity.
II 4tait persuade que dansl'6tatt d'ignorance et
de misbre o-i se trouva~it le people noir, il
fallait donner plus A 1'autorit4. qu'8 la li-
bert6, et qu'un pouvoir presque despotiqlue
Btait n~cessaire pour sauver le people halitien
de sa propre impuissance a se gouver-
ner lui-m~me. Quels que fussent ses senti-
ments reels, on ne peut contester qlu'il ne sut
pas observer la measure, girder les tempdra-
ments sous lesquels un gouvernement absolu
diginbre bientbt en tyrannie. Aussi Ja monar-
chie qlu'il avait voulu fonder n'eut-elle qu'une
existence Bphembre. ProclamB roi en 18H1 avec
une Constitution calgude presqrue absolument
sur celle de l'Empire frang~ais, son module, il
se tuait, en 1820, d'un coup de pistolet au coeur
d~evaznt le success d'une rivolte militaire, pro-
voqui~e pzr les a~bus de son despotisme, et son
fils, pen aprbs, pirissait assassin par suite des
tenta~tives de ses partisans dans le but' de fI'le-
ver B la royautd. Il n'avait pas BtB plus heu-
reux qrue IDessalines dans son imitation mala-











SON PASSE, SON AVElIR 57

droite d'un absolutian~ie gouvernemental qu'une
gloire Bblouissante et les prddiges d'un gdnie
extraordinaire avaient pu~fatire durer qluelques
annies en F'rance, mais qui devait bientit s'B-
crouler dans les desastres~amenes par une am-
bition demesurde.
Le general Boyer, qui avait remplac8 Petion
dlans la presidence de la R~publiqlue fkdind~
par lui, n'eut pas de peine B rdtablir 1'unit6
de I'Etat detruite par la scission qlui avait
delatB entire Christophe et Petion. 1Warchant
rapidement sur le Cap halitien oil le general
Paul Roman avait tented de se faire proclamer
president, il y entra sans coup firir, termi-
nant ainsi une separation qlue rien ne pouvait
justitler, bien mieux, qlui 4tait aussi contra~ire
alux interits gindraux du pays qlu'a~ux intir~ts
particuliers du Nord et du Sud : nouvel exem-
ple de la7 deplorable influence qlue peuvent
avoir ces rivalitis locales sans fondement ad-
rieux, et de la solidarity! necessaire qlui lie les
differentes parties d'un mime pazys.
Unle autre gloire Btait reservee au general
Boye : aprBs avoir eu le bonheur de rdQunir
sous son gouvernemenat toute 1'Btendue de
l'ancienne colonie frangaise, il dirigeazit en
1822 une expddition sur la parties espagnole











58 IIA'TI

de l'ile dont il fit la conquite sazns reneontr1er
de rdelles difficultis. Tout le territoire qlui
s'6tend du cap Frang~ais au cap Sazint-Domingue
nie format plus qlu'une seule nation. Les cir-
constances sans doute aIvaient fa~voris6 beadu
coup le g~ndral Boyer dcans l'accomplissement
de cette double entreprise, qui 6tait dans le
voeu dles populations et qlui ~s'dtait op6rde en
qluelglue sorte sans obstacle; il avait eu nd~an-
mloins le mirite dl'agir h propos, et I'on doit
lui en savoir g~r8. Dans lat vie du people comme
dans celle des individuns, e'est une chose im-
portante Qyue de savoir saisir l'occasion qluand
elle se prdeente, et qyu'importe si les advantages
obtenus sont dus B la chance plus qlu'h 1'habi-
let6 et au g~uie.
Le gindralBoyer commengait douc sa lon-
g~ue presidence sous les meillours auspices, et
la nation pouvait espirer qlue, continuant azvec
inergie 1'oeuvre commented par Petion, it
saurait fixer ses destinies d'une manibre ddfi-
nitive. Cles espirances nie devaient pas se r~a-
liser compl~tement. Les intentions du nouveau
president, en g~ndral, Btaient droites et ses
vues assez~justesi, mais ilmangua presqlue tou-
jours de la vigueur et de 1'activitG indispensa-
bles & un chef du gouvernement ; on put jus-











SON PASS, SON AVENIR j(9

temlent lui reprocher unle certain indolence
dans la condluite habituelle des affaires,, et
dans certaines circonstalnces mI~me la fa~iblesse
de son caractbre 1'empi8cha de diployer la
formnet6 et la decision qlue r~clamaient les in-
tdr~ts et 1la digniti: du pays.
Aprbs la chute de Napoleon, qlue les intrigues
des anciens colons avaient entra~in8 dasns une
resolution si funeste, ces derniers adresshrent
leurs plaintes au gouvernement, de la Restau-
ration, essayant de le pousser & une interven-
tion danns les affairess d'HI-Iti, qlu'ils lui repr6-
sentaient comme facile, malintenant qlue la
France, en paix avec toute 1'Europe, pouvait
employer h son aise les forces suffisantes pour
mettre de nouveau la main sur son ancienne
colonie. Ce langage 6ta~it siduisant, mazis le roi
Charles X eut le bson sens de resister b des sol-
licitation's dangereuses qyui ne tendaient, pour
satisfaire d'injustes ressentimnents, et des int6-
rits Bgolstes, qu'h compromettre lat Fraznce
dazns une entreprise ruineuse sans aucun espoir
adrieux de rdussite. Tout imbu qlu'il 6tait des
antiques prijugis de race et de droit divin, ce
monarque comprit qlue les flutes dies colons
avaient scules entraind leur perte et qlu'il 4tait
impossible de replacer sous le joug un people











60 HA'iTI

en possession depuis trente ans de son ind6-
pendance et de sa liberty. Sans 4poliser com-
plbtement la querelle des colons, il rdsolut cel
pendant de rbelamer en leur nom des indem-
nitis pour les propridtes qu'ils avaient perdues
en Haiti, mettant 6 ce prix la, recomfaissancne
de 1'ind~pendance de ce pays par la France et
la renonciation de celle-ci a ce qlue son gouver-
nement affectait de considerer comme ses
droits. Toutes les Ames fibres en Hai~ti et jus-
tement jalouses de la dignit6 de leur pays fu-
rent douloureusement Bmues de la faiblesse
qlue montra le general Boyer dans cette cir-
constance.
Le gouvernement frangais prisenta en 1825
une demanded? d'indemnitis pour les anciens
colors, dont le chiffre s'6levait B 1593 millions
de frazncs. Le general Boyer aurait pu en con-
tester le principle mime, en se plazgant fraznche-
ment sur un terrain ohil eht et6 inexpugnable :
il edt pu rappeler qu'en dehors du droit im-
prescriptible de tous les peuples de ne reliever
qlue d'eux-m~mes et de chasser, qluanel its le
peuvent, leurs oppresseurd, les Haiitiens, en
pregnant les alrmes, n'avazient fait qu'obdir aux
dderets de 1'Acssemblie constituahte et de la
Convention, et qlue les rebelles avaient ite prd-











SON PASSe, SON AVENIR.


cisdment ces colons qlui, ilon seulemetit,
avalenat refuse de se soumettre h ces dderets,
mais qui, en ddelarant la, guerre AL leur propre
paztrie, avaient appel6 contre el1e le secours des
armnes 6trangBres. Si, dans ces circonstances,
,ils s'Btaient trouvis expulsis de l'ile et chassis
''des t~rres qlu'ils possidaient, qui pouvatient-ils
en accuser qu'eux-mimes, et par qluelle razison
devait-on les indemniser des suites d'un azveu-
g~lemlent coupable? Le general Boyer etait
d'autant plus azutoris8 B tenir ce laugage, conl-
forme d'ailleurs a la r6alit6 des faits, qu'il itait
facile de voir qlue le gouvernement frazngais
n'azvait aucune intention de faire une guerre
dont 1'objet 4tait inljuste et don't il n'avait rien
B esperer.
Le general Boyer, intimide de se trouver en
face du government frangais dont it ne sut
pas de1m28er les vues et; craignant d'irriter une
nation puissante, Join de prendre unne pareille
attitude, montraz une grande faiblesse dans les
ndgooiationls. 11 s'empressa d'accepter le prin-
cipe des indemnitis rdelamd~es et n'enl discuta
que le chiffr~e. Refuser tout di~dommagement
aux alnciens colons itait sans dloute une chose
impossible- et mime n'er~t pas 6td peut-Atre
d'une rigoureuse justice : tous d'azilleurs n'a-











6j2 nhATI

vaient pas encouru la m~me rdpyrobation-, et
I'on pouvait soutenir que le gouvernement
haltien 4tait tenu B remnboinrsement dans une
certa~ine mesure pour toutes les terres vazcan-
tes dont il avait bindficid. O'est B ce point de
vue qlue le gn6nrazl Boyer est at~ se plac~er ex-
clusivement, en laissant de citd les ra'isons
invoqluies par le gouvernement frangazis.
Celles-ci, une fois admises,.il ne restait plus
qlue de t~cher d'en amoinzdrir les consdqluen-
ces. Les pritentions. imises par la France
Btaient viritablement exorbitantes eu igard
azux resources d'un pays ruind par les guerros
m8mes qlui avaient assure son ind~pendance.
Si le gindral Boyer n'avait point su saisir 1-0
vrazi point de vrue augluel il aurait dQ se placer,
il employa du moins ses efforts h~ rdduire 10-
plus lu'il 4ta~it possible la some -dnormne
don't la Firaznce demnandait le paziement. AprBs
treize annnies de ncdgociations, un trait6 de
commerce fut conclu en 1838 entre laz France
et Ila R~publiqyue d'Ha'iti, suivi d'une conven-
tion qlui riduisai.t B 60 millions le chifte~e de
1'indemniti, payable paZ;r annuites ddtermi-
ndIes.. Cette dette devait longrtemps peser d'uni
poids lourd sur nos finances.
J'ai cru utile de mettre suffisamlment en lu-











SON PASSE, SON AVENIR.


mibrela deplorable fatiblesse du g~ndra,1Boyer,
h cause non sculement des consequences
financibres qui en rdsulterent, mais aussi parce
qlu'elle fut ~une cause d'affaiblissement pour
sont propre gouvernemlent, r l'intirieur, et
qlu'il donna b 1'igard des nations dtrangares
un example dl'humlilitd et de soumuission qlui
n'eut qlue trop d'imnitalteurs.
Les esprits delairds avaienlt pu concevoir
qluelqlue micontentement de la manibre don't
la question des indemnritis a~vait itB rglcio,
convazinous qu'ils 6taient qlu'une solution moin~s
oii8reuse elit BtB possible : marlis la masse fut
surtout frappier de ce fait qlue 1'indipendance
4talt ddfiinitiv~ement reconnue et consacrie par
la France. Aussi nar fht-ce pas de lb qlue vinront
I'op~position et les obstacles au gouvernement
do, gd~ndrl Boyer. Sans azbandlonner compl8-
temenzt la voie dd~mocratiqyue ouverte par
Petion, il avait fait, en sommle, pen de chose
pour les intirbts populaires, et la grande ma~jo-
rite des noirs n'av~aient aucune raison de lui 8tre
azffectioanne; mazis, habitues 1L une vie malheu-
reuse, ils attendaient, sans trop se plaindlre,
qlue l'on penscit B eux. Ceux qlue le general
Boyer vrit se tourner conltre Jul, Cc furlenlt ceux-
1& melmes qlu'il favorissit le plus Qlu'il lui 6tait











64 HI~bTI

possible. Sous cette influence de graves abus
s'8talent introduits dans les finances; on avait
augmentde hors de toute proportion avee les
besoins du service les cadres de 1'arm~e.
Malgre son indecision et son insouciaznce
habituelles, Boy9~r, trouvaznt de I'8nergie pour
d8fendre son pouvoir attaqud, n'azvait pas
hz6sit8 plusieurs fois is recourir B des coups
d'8tat pour br-iser opposition qlui s'6tait mani-
festde contret lui dans la Chambre. Ce sont 1$,
certes,ides expidients qlue 1'on ne peut jamais
approuver, car si. pour le present, ils tirent le
gouvrernement d'une position critique, c'est
souvent ponr lui preparer de plus graves em-
barras dans un avenir rapprochd; en donnant
lui-m~me 1'exemple de la violation des lois,
un gouvernemnent ne tend qu'h diminuer dans
le pays leur autorit6 et la sienne, et les parties
se croient atutoris/s A ne recourir qu'h la force
pour azmener le succhs de leurs revendicattions.
AprBs vingt-cing ans d'une pr~sidence qui, si
e~lle n'avazit pas aZssure au paysr tout le bien qu'il
Btait en dlroit d'en attendre, avait du moins 4tB
une pdriode assez traznquille, une nouvelle 81re
de troubles s'ouvrit pour ne pas se refermer de
sit~t.
Les prdtextes n'ont jamais manqud aux am-











SON PASSE, SON AYENIR.


bfitie~t9i abiles A masquer leura visdes person-
nelle pous un pritendu dd~vouement B la chose
publiqma~ Mettant en avant la nicessit8 de mlo-
difier laz constitution et de corriger les abus
qlue j'ai signals plus hazut, H~rard-Rivibre,
soutenu par son cousin, HZ~rard-Dumpesle,
se I-it .8 la tite d'une rdvolte qlui delata au
mois de septembre 1842, et qlue le presi-
dent Boyer combattit avec peu de rigueur,
digoitti peut-6tre des ennuis qu'il trouva~it~au
pouvoir : it se retira g la Jamazilgue. Le people
ne tarda pas B voir qlue les conspirateurs, Clui
s'8taient levia en son nom, ne pensaient au
fond qu'h eux-mimes et n'enltendaient servir
qlue leurs intiri~ts.
Maitres 9 leur tour du pouvoir, 'les chefs
de 1'insgurrection, loin de adtruire ces vices
dauns.1l'administration et ces abus invogluds par
eux pour justifier leur levie de boucliers, les
aggravbrent encore; o'est azinsi, entire autres,
qlu'lls doublbrent encore les cadres de l'armie
ddjh trop surcharges, et conti'e 1'azugmentation
desqluels ils s'etaient 41ev~s eux-m~mes avec
indignation. Triste et honteuse comidie h la-
qluelle le people, malheureusement, se laisse
presqlue toujour's prendre Mais quoi le parti '
victorieux ne devait-il pas ricompenser ses










66 II41iTC

partisans et s'rttacher, e!7 leur prodiguant; des
faveurs, ceqx qlui se crcruiplpt investis de la,
mission de diviger 10urs concitoyeqs?
Si debonnaire qlu'il sojt, le people si gros-
sibremepf trompi: dans ses espd~rances de rB-
formue8 adrieuses, perdit cette fois patience. Un
Bvdrtpelnt Adpllorable indisposait d'ailleurs
tous le$ esprits : la parties orientale de l'ile,
dont Her~ard-11ivibre et ses a~mis avaient exploitQ
certain mdeolzeutements et surexcitti l'oppo-
sition pours'en faire un appui, profitait prici-
siment de Saa specession au pouvoir pour se
s6pav~er 48 pouveau~ de la parties~ occidentale et
;sc constitagit ep Eta~t Ind~penzdant sous le n~om
de R~publiqlue dominicaine. Ainsl ce mouve-
ment, pr~t~end s rforrlategy, u'oabotissait qu'it
renldre les injustices plus criantes el; plus pd-
nible li4 sityatipn. du people, et, pour rpettre le
comble apg magheursa dupcpys, upf de ses rdsul-
tats Btait de produire ute spisajon eptre deuxx
parties d'un sharze territaire que 14 collfigura-
tion gdogra~phique, la, comirqunog4~ d'orig'irre
l identity d'int~r~ts devraient cepenldent unir.
LaL population noire, irrit~e par ses dic~eptions:
et Compprenant enfin qlue les ambiticux qui
l'avai~eut fa~ttse pe clierchaient qqu'$ se servir
d'elle pour mie~ux arriver is laur but, so s~ou-











SON PASSE, SON AVENIR. 67

leva de tout~es- parts aous la crpnduite de diffb-
rents chefs: Ssalpmon dans le: Sud, Dazlzon B
Port-an-Prince, Pierrwt dcans le Nord, Querrier
dans I'Qurest, presque 011 m~me temps prirent
les armes pontre l~e nouveau gouver~nement
qui, n'ayant aueune racine adrieuse dans la
nation, s'4croula fatcilement sous cette opposi-
tion universolle.
Les noirs et une partie des muldtres eux-
mi~mes conrprirent qlu'il falla~it donner une ga-
rantle A ceux qlui composa-ient la grande majo-
rit8 du pay~s en portanlt un chef noir B la
pr6sidence: d'un assent~iment unnanime le gh-C
ndr~al Guerriler prit le pouvoir, mais etant mort
au bout de peu de temps, le gindral Pierrot 10
romplagalit dans la, prisidence azu mois d'azvril
1845. Celui ci1, hant8 par des souvenirs f~ichleux
et trouvant son autorit8 trop borne, rivait
dl'6tablir la royaLut8 B la, place de la rtrpublique,
mais ab~andonn6 par les noirs aussi bien que
p~ar l~es muldtres, il fut oblige de quitter le
pouvoir sans qu'il fr^1t besoirz de recouric b la
force. Le gQndral Riche lui succida le for mars
1846 comme president de laz Ripubliqlue haI-
tionne et c~omprima facilemlent les tentatives
de certain com~pdtiteurs qlui s'4taient soulevia
dans le Sud, essayant de le soustraire .l sonl











68 HAiTI

aiutorit ; on revensiit B l'espoir de voir renaitre
Il'ordre et le calme danis le pays.
Mais qluelle 4tait la cause qui,aprbs un demni-
sibel~e d'inddpendance, le lazissait encore expose
& des agitaztions conti'nuelles, en proie 'a des
souffrances qlue les` ambitieuxexploitent tour A~
tour B leur aise, incertainz de son avenir et de
la voie qu'il devait suivre ? Au lieu de voir le
mal ohz il 6tait rdellement, danis ces rivalitis
persistanltes don't je me suis attache B montrer
faction funeste jusqu'$ present, dans ces pr6-
juges absu~rdes de classes et de couleur, dans ces
prdtentions d'une partie de la nation $ dominer
I'autre et 5t la conduire, on s'imag'ina qlue ce
mal tenait saus doute B un vice cache dans les
institutions et qu'il-suffirait de modifier celles-
ci pour le faire disparaitre et garantir ainzsi le
bonheur dp la nation. On lie savait pas, ce qlue
1'histoir~e de tons les ~peuples demontre avee
Evidence, qlue les meilleures constitutions ne
valent qlue par 14~ manibre dont elles sont appli-
quies, et qlue ce qu'il faut corriger avant tout,
ce sont les m~auvaises prat'iques des hommes au
pouvoir, plus preoccupis d'agir suivant leurs
caprices et leurs inspirations propres que de se
renfermer dans une constitution qun'ils sont
chargia ~appliquer, et I'habitude contracted











SON PASSE, SON AVENIB.. 69

chez nous par le~s palrtis de ne considerer jamais
qu'eux-mllmes et non les intir~ts de l'ensemble
du pays. Le people d'Ha~iti n'itait pas S sa pre-
mibre constitutio~net il devait encore en cha~n-
ger plusieurs fois sans en 6tre plus heureux.
C'est qu'une constitution, pour 8tre durable et
produire des effets utiles, doit 8tre appropriate
aux besoins constaztis, au caractbre du people
poui-lequel elle est faite, a son degr6 d'instrue-
tion et de maturity politiqlue, aux conditions
pazrticulibres oil il se trouve, et qlu'en la'iti,
commre j'a~i drix le constater d~jk, on se borna
presque toujours iA copier ce qlui se faisait
ailleurs et principazlementt en France, sans
tenir assez de compete des differences dans le
temperament des peuples et dans leur organi-
sation sociatlz.
La constitution qlui fut tilaborke en 1848 fut
conque d'aprbs lat m8me mithode : AL obtd du
president de la R~publiqune, elle 4tablit. deux
Chambres, 1'une dlite ChaLmbre des d6pu~tis
nommde pa~r les assemblies 'primaires, 1'autre
azppel~e Sdnat nomm~e par la premiere Chamn-
bre. Ces dispositions devazient encore 4tre rema-
nides depuis sans ciue jamais, jitsqu'au moment
actuel, toutes ces constitutions aid'nt etd bien
~tiddlemnent observcies, et qu'une piatique sin-











70 HAITI

obre et locale ait permis d'en ~appricier les
advantages duZ les ddfectuositsis Le president
Rich6, emport8 par line mort subite en fi~vrier
1847, n'eut pas le temps de mettre en1 oeuvre la
nouvelle conlstitutiont nzi de dotmer sa ntiesure
et de proi~ver si les espirances qlu'il avait fa~it
coneevoir eusaent 4td rdalis~ea ou di~menties.
Il s'agiasait de lui donner un successeur 1 Le
84nazt; B qui ce choix appartensit d'tprb~s la
Constitution ricente; lie put se mettre d'accord
sur int candlidat etj aprbs, huit acrutins succes-
sifsi les vcoix continubrent de se partager entire
l.es deux~ comp~titeurs, les gdudraux Souffranl
et Pauli II fallait cependant aboutir. Le s~ita-
tour Atdoin mit Mlor e n avant lai candidature
d'un hommb quii jusque-181 n'atrait joud qui'un
rble secondaire et diont le cazractbre Btait fleu
contin) le general Soulorique. Eln faisant cette
pf-opcdaitioni M./I Aidouilts un des pr~incipaux
chef); d11 par~iti qui voxlait dotmer la prddomi-
nance Attlx homilties de couleur, se 'figurait qlue
Souloriquet quaiqu'il ffit de race noire, serait
entire leurs mains un instrument docile et
qu'ainsi Hes gouverneraietint soils son hzom. Cet
espoir fut profond~ment d6qu et le sinateur
Ardouinsi pris & son propre pibge, devait, peu de
temkps apthsi voir Sio vie imatold01e itux souppolls











SON PASSED, SONY AVENIR. 7 1

qu'il avait inspires g coeltri qlue ses intrigues et
ses calettle a~valent porter at pouvoir. Soulou-
qlue, eni effet, fult BlU pat le Sinlat president de
la2 Ripubliqlue haltienne le I" mars 1847.
L'impartialitd dont je me suis fait unle regle
azbsolue et dont je cro~is' avoir donnd jusqui'ici,
dazns ces consideration sir l'histoire de mon
peay, des precives certaine, m'oblige ici b
qluelques r~flexionse En parlant de Dessalines
et de Christophe dont 1'un. avait port le titre
dl'emperettr et 1'autre celui de roi, j'aLi fait asses
voir qlue je condamnasis les exchs atnxqu~els les
avait entrainds la p~xissance absolue remise
entre leurs mains et mpontrd qlue mon sentiment
6tazit loin d'8tre faviotable B une atntorit8 qlui
n's d'a~utre loi qlue son caprice, et qui, en
dlehors d'elle, ne trouve aucun frein adrieux
capable de 1'arriter B 1'occasion sixr une pente
mauvaise. Mais, tout en. fiaiant ces reserves
ndcessaires, j'a~i dr1x fire observer qlue ni Des-
salines ni Christophe n'avalent peut Gtre obbi
b leur seale ambition personitelle en adoptant
le systhme dl'absolutisme augyuel ils s'dtaient
abandonnis; caucune raison valuable nepermet-
tant de mettre en doute leur patriotisme, le~ur
condluite me semblait inspitiQes pour tune cer-
taine part au Inoina, par une idds just en











HA'iTI


72 '


elle-m~Ime, et .leur plus grand tort Btait de
n'avoir pas su en determiner nettement I'appli-
caztion et les limits. Ils avaient trbs bien vu
qlu'un pouvoir fort serait longtemps -encore
n6cessaire A un people jeune., dont 1'6ducation
politiqlue Btatt et devait 4tre B peu pris nulle,
et qlui, conime tous les autres, ne pouvait
l'acquirir qG~i'apr~s une longue suite d'anades
et d'6preuves. "Pour une nation comme pour
un homme, la capacity de se gouverner soi-
mC1me est le fruit de I'exp8rience et du temps.
L'erreur de ces deux homme~s consistait,
suivant moi, B avoir exaqg~rd les conditions de
ce gouvernement ferme que r~clamait 1'intir~t
du peuple halitien : pon donner B un pa~reil
gouvernement la puissance et tous les moyens
de remplir sa mission, il n'etait pas ndeessaire
d'aller jusqu'au despotisme, qui ne peut pro-
duire que des effects funestes.
Cette erreur, malheureusement, devait se
renouveler plus d'une fois encore: 11 semble:
qu'en toutes choses les. hommes soient destined
B pansser tobur B tour d'une extr~miti 6 1'autre
avaznt de sa~isir le poinai~ juste oil se trouve la
vcirit8, et la vie politique des peuples n'8chappe
pas $ cette fatality qui semble g~ndrale. Pour
jester~ en. Haiti, notre histoire jusqu'h ce jour











SON PASSe, SON AVENIR.


n'offree presllue qu'une succession alternative
de gouvernements faibles jusqyu'ltl'impuissance
ou de gouvernements qlui croient prouver leur
force en imitanzt les formes des pouvoirs
absolus et, ce qui vaut encore moins, leurs
exchs et leurs abus. IDespotisme on licence et
anarchie, sommes-nous condamilds h ces deux
terms? Esp~rons Qlue nous sazurouzs enfin
rejeter ces deux choses dgalemlent mauvaises
et mortelles pour un people. Si cette Btude,
qlue je n'ati pr6cis~ment enitreprise qlue dans ce
but, peut y contribuer, je ne regretterai ni
mon temps ni mes peines.
Il est certain que le gouvernement de
Soulouqlue doit 8tre range dans la catigorie
des pouvoirs forts qui n'ont pas su se mod6rer
eux-m~mes et qui out parfois d6pass6 les
limits au-delh desquelles on trouve le despo-
tisme. Loin de moi cependant la pensie de
m'associer g toutes les attaques violentes et
haineuses qlue certain parties ont dirig6es
contre lui. Il n'y a jamhais eu nulle part un
gouvernement qui ne m16ritht qlue des Bloges,
et peut-6tre aussi n'en est-il aucun qui ne
merite absolument qlue des bl~mes. Pour
Soulougue co'mme pour tout autre, si l'on veut
4tre Bcquitable, 11 faut savoir se digager des











74 II AITI

passions de parti qui faussent et thnatdrent
I'aspect de toutesi choses et, p our juger see actes,
se placer au vral point de vue, qumi ejst d'exa-
miner ce qui, dans sa conduit politiqlue, fut
conforme ou contraire au bien du pays, auxZ
intdrits dlu people. Dalns cet examen m~m~e,
deux 61Bments essentiels dolvent entrer en
ligne de compete : 11 faut t~cher de pin~trer
qluelle est la pensie maitresse A laqluelle obit,
un chef d'Etat, qui inspire ses resolutions et;
dl6termine les mestres louables on bidniablesr
qlu'il a pu ordonner, et consider enisuite les
moyens d'ex~cution qlui ont leur carazctbre
propre et sont parfois mauvais et condam-
nables, luaiqlu its s'appliqluent B des objets
dignes en eux-nlimes d'applrobaltion. O'est
ainsi qlue 1'histoire a proclazm6 le but grand et
noble de lat politiqlue d'un Louis XI, par
example, tout; en fletrissaznt ses procidis, qui
furent siouvent ddtestables.
Le gouvernement de Soulouglue at doundl
lieu B des azppriciations si Bvidemment
empreintes d'une hainegpassionnde, qud, pour
rester dcans la vQrite et la justice W. son 8gar~d,
il faut beaucoup de couragfe et de sang-fr'oith et
ne jamais perdre de vue les prindipes .que je
viens d'exposer.. Si l'on se place sur ce terrain











SON PASSED, 801) AVENIR.


slide, on vertsn que Soulouqu~e eut recours
pnrforis g dles measures violentes qlui certaine-
ment d~passaient ses dr~oits et dont l'exdeution,
comme il arrive constamme~nt en pazreil cas,
dotme lion h des excis, qlui nre sont pas tou-
jours dlans la~ pensde de ceux qu~i donnent les
ordlres qluoiqtt'ils scoient justement responsabhles
ie: tout ce qlui n pu etre commlis on exdcution
de leurs vrolontdb et des desseins de leur poli-
tiqlue. Mais cela dlit, et fllikissant ce quni doit
Store flitri, tout ce qlui est contraire B I'huma-
nit8, tout ce qum'un esprit soup<;onneux et le
ddsir de se venger de ceux qlui aivaient cru
pouvoir 1'exploiter lui out inspire souvent
d'actes marlutis an coin d'une cruelle duretcd,
il faut reconnaltre qlue Soulouglue avait riel-
lemenlt Je disir d'amliorer la condition du
p~euple.
Ne Voulatit, conmtte je 1'ai dit assez de fois,
quie dig~ager le sons et la, port~e des Bvine-
mrents, je n'ai pas besoin d'entrer danns le
dl6tail Tlu gotivernemlent de Soulouglue. Apras
avoiS; e6td.iomind prdsident, de la, RIpubliqlue.,
iil rut, comnije autrefoier Dessalines, qlu'un titr~e
plus' pompeitit allgmelteraitt sonl prestige of
sE for~e ,etj detux ans phis tard, en 183~9, le
Sinat: .Ie proClamasit empereur sous le nom de











76 HA1TI

Faustin I : plus heureux qlue son pridicesseur,
il devait exercer pendant dix ans 1'autorit6
la plus absolue. President ou empereur, du
reste, sa polit~ique fut toujours lat mime : il ne
recula ni devaznt la distance ni devant 1'arbi-
traire pour assurer la rdussite des projects qyu'il
croyait utiles au bien-4tre de laz masse et A la,
grandeur du pays. J'ai dit plus haut en ~termes
asses, explicites ce qui, chez lui, doit 6tre iner-
giquement bl~mB et ce qlui, dans ses vues et
ses intentions, m6rite au contraire 1'approba-
tion du patriote impartial: je puis me dispenser
d'y revenir. Un point & noter cependant h sont
honneur, ce fut la douleur que lui avait cause
lab s~parattion de.1a Ripublique dominaicaine et
les efforts qlu'il fit pour y mettre un terme,
mais toutes les expeditions qu'il entreprit
furent inlfructueuses, soit qu'elles fussent mal
conques et mal dirigdes, soit qu'il trouvbt des
obstacles dans l'hostilit6 sourde qui rdguait
contre son gouvernement et dans les: agitations
qlue son absence ne manquait pas de provoquer
et qlui 1'oblig~eaient de revenir avant que lat
champagne fdt terminde.
Les ressentiments qui couvaient cont~re lui
dans bien des Atmes et qlui s'etaient ddjh mani-
festis-par des explosions partielles, Bclatbrent











SON PASSE, SON AVENIR.


enfin dans une rdvolte ouverte et plus impor-
tante & la tite~ de laqyuelle se mlit le general
Geffrard :Soulouqune fut obligi: de s'enfair et
qluit~ta. file. L~a Rt~publiqlue fut rdtablie et
Geffrard nomme president le' 15 janvier 1859.
Au gouvernement autoritaire danis leqlue'l les
aLssemblies n'avalent BtB qlu'un decor et de
simples chambres d'enregistrement des vo-
loutis du souverazin, succidait, par suite de ce
jeu de bascule qlue j'ai dxLix remarqluer dbdjk, un
regime qlui laisse, aLu moins en principle, une
action prdponddrable aux assemblies sorties
de l'@lection. Ia~is ce gouvernement parlemlen-
talire que 1'on avait eu l'intention d'dtablir et
dont la constitution de 1846 avait B1argi.1es
bases, ne ful jamlais mis sinc~rement en pra-
tiqlue, tanti8t parce qlue le chef du pouvoir
essayait de s'affranchir autant qlu'il le pouvait
du contr61e des Chambres, tant~t pace que
celles-ci, ne se contentant pas du rble de con-
fection des lois qyui leur 6talit azttribud, cher-
chaient B empidter sur les fonetions rdservies
au pouvoir ex6cutif. De telle sorte que 1'on a
pu trop souven-t chez nous assister B ce spee-
tacle de Chazmbres ou montraunt une docility
presque servile hl l'gazrd dlu pouvoir exdcutif
ou le g~nantpar des emupidtements audacieux,














114171iT


suiyant qlue I'hopem:RyagietaiC;i! Ja t~te dp gou-
vernement se faisait remazrquer lui-meme par
sa ferm17et8 on sa faiblesse.
Le gdadrazl Geffrgrdd fut au upmbrPE de ceux
que le contrile des Chambres g~pait; ppu pt qui
savaient au besoin imposer leUy valogt8. On
lui reprch~a mimes, nonl sass qu7elgue fonde;
ment, .d'exagever tellement son saetionl as pou-
voir qu'il se substituaitt -souvent B s.es propree
ministres doat ilargijndrissait ainsi l'infigne~e
et semlblait proplaypt~r 1!4upapsitd. Tupg pprspn-
nalit6 aussi euvehissante n' Btait guhyp g a place
dans une organisiit~ion gouvernementna le qi
ne peut fonetionnec qlue si chacun se 1:,n-
ferme soigneusement dans son r81e : ess
resorts du regime parlementaire sont si ddli-
cats qlue peu de chose en arrete le fonetion-
nement. Aussi eut-on plat6t 1%appar~encs e F1 e
regime qlue la rialifi : avec des former n9 Rev
plus deuces et plus modig~res, le president
Geffrard ne fut peut-6tre pas nypins5 absolu qlup
l'empereur Soulouque. On punt lui rpprocher
m~me certaines fagons d'agir allcznt jus~qu'L Ja,
li cence.
Plus j'avance dans la route oft je me s;uis
engag6, plus j'erz aperqis 1.es sspiritis et 1ps
obstacles, et il ne faut pas maines, popy me











SON PASSe, SON AVENIR.


soutenir jusqu'azu bout, que 1& p~erstia~aon ot}
je suis de ne point fairc.une neuyr-'e inzutile et
qyue la patrie profitpra gle touls ces enseigue-
ments qlue reckle notre histrrire et qlue j'a~i soinl
de reliever aut fur et B mesure qlue je lers ren-
contre. Voyant cla~irement les causes diverses#
et Souvent- contraires qu~i, it phacque psriode de
notre existence nationa~!le, out empchi6 qu'il
s'8tablit qjuelqlue chose de duraIble, on sera
sants doute B 1'avenir plus h mime de les Bviter.
L'4crivajlig de par1ti, qui n'a d'autre objet
on vue qyue de louer quand m~me et a tout
propos les hommes et les closess de son bord,
ot de dinigrer en revanche tops ceux qu'il
regayrde c~omme des adversazires, a unle besogne
beaucoup~ plus facile, n'ayant d'a~utre guide
que son intir~t et sa paLssion, il couvre les
lml' re figurs et les laVe aux n1ues tout Siml-
pllement p~arce qu'ils sont Bvep lui; Il encense
en eux avec les hyperbulers les plus outries
des qlualitis et des vertus qlui souvent spnt
absentes et ferme obstinimept les youx deva~nt
les actes les plus reprdhensibles; m~ais aux au-
tres, qui ont le malheur d'8tre dlans un camp
different, il prodi~gue I'lnsulte sous touted les
formnes et il ne sefait pas falte a~u besoin de nier
etfro~ntdnment Ipars services los plus 4clatants











80- H AiTI

ejt Jes moins contestables. Tout autre est le pro -
ceddd de celui qui ne cherche que la vdrit8 et la
justice et qui zi'6erit que pour le bien die son
pays: ses louanges on ses bl~mes- pourront
s'adresser tour & tour au mime personnage,
suivant que, dazns son opinion, il a merite suc-
cessivement les uns on les autres, et o'est ce
qlu'on n'a vu faire & chaque pas dans cette
revue des. hommes et des faits de notre his-
toire.
J'ai indiqlu% les difauts que le general Gef-
.frard montra dans1' exeroice du pouvoir, parce
que faction du gouvernement s'en trouvait
faussie, pace qu'il donnait un elxemple qyui,
dev 6'tre sujjivi n'8tavit pas saus cons6-
quences f~heuses, parce qu'il est inutile
d'avoir une constitution si elle n'est pas exac-
tement obse'jy6e, et qu'il yaut mieux organiser
franchement unl gouvernement autoritaire que
de le laisser Btablir sous une apparence lib8-

Les critiques qu'il n'est pas permis d'6par-
guer au general Gteffrard ne doivent pats ce-
pendant faire oublier les Bloges qui lui sont
dus justement pour d'autres points de sa con-
duite au pouvoir. On ne peut passer sous
silence ses efforts pour ddvelopper I'instruc-











SON PASSE, SON AVENIll. 81

tion si ndgligde jusqu'alors. Petion, comme je
1'azi ddjh dit, avait port aussi ses vues et son
a~ttention de ce c8td, mais les circonstances
n'8taient pas favorables et le temps lui avait
manqlud. Boyer, dans sa longue pr~sidence,
eat pu s'occuper de cet objet si important,
mazis il avait azssez de se laisser vivre au .jour
le jour, et 1'on peut dire qlue presque rien
n'avait BtB fait pour tirer le people de son 4tazt
de profonde ignorance. Geffrard ]e premier,
d'une manibre airieuse et constant, et ce sera
son principal titre d'honneur dans 1'histoire,
comprit la n~cessit8 d'itazblir un systhme rB-
g~ulier d'instruction pouvant pin~trer par les
@coles primaires jusqlue dans les couches pro-
fondes de la population et s'8lever de degr8
en degr8 jusqlu'aux deoles supirigures desti-
nies partout 5t 1'6lite seulement de la, jeunesse
intelligence.
L'examen des measures prises B cet effet
constitue un chapitre special de l'histoire
d'Halti et m'entra~inerazit trop loin; mais de
mime qlue j'ai did noter av-ec trist~esse bien
des fautes commises, je dlevais signaler, et
cette fois avec un sentiment de jo~ie, unme excel-
lente initiative dont i tfaut s'attacher non seu-
lement A maintenir mais it augmenter de plus











82 IIA1TI

en plus les resultat~s. En 18831 ddjh, 235i Btablis-
sements d'instruction B tous les degrrds comp -
taient environ quinze mille B1Bves; le nombre
atteint aujourd hui dix-neuf mille; des lycees
ont Btd fondes dans les principales villes; des
Bcoles supirieures de droit, de midecine, de
musiqlue, de dessin et peinzture, d'arts et mB-
tiers existent B Port-au-Prince. C'est 18 certes
un progras adrieux dont il convient de se fili-
citter hautement. Mais it ne suffit pas d'atvoir
des icoles et des B1Bves, it faut qlue 1'enseigne-
ment qlue 1'on y donne soit en ra pport azvec
les sacrifces qu'il cofxte au pays: peut-4tre
8 ce points de vue, les choses laissent-elles b
ddsirer, 1'organisation a-t-elle des c6tis d~fee-
tueux, et certaines riformes seraient-elles in-
di~spensables. Je me propose d'exposer uti peu
plus loin ~quelques vues g ce sujet.
Si les measures qlue prit le president Geffraid
en faveur de l'instruction rencontrBrent un
assentiment unamine, d'autres actes de son
gouvernement furent plus discutds et sont
zu~jourd'hui encore 1'objet de controverses
s~rieuses. Je veux parler du conco~rdat conclu
avee le patpe pour la, rdorganisation de 1'8glise
catholique eli Haliti et par lequel aussi Btaient
ddterminds les raipports qui devaient exister











SON PASSb, SON AVENIR.


S83


entre 1'Etat et le clergi de cette religion. En
consentant B ce trait6, le general Geffrard
obdissait g des preoccupations de diverse na-
tures que je croisr utile d'indiquer et de dis-
cuter d'une manibre brbve, parce qu'elles
touchent B des questions importantes pour la
situation inteideure du pays, et suivant la fat-
gon don't ellts seront rdso0luesJ, peuvent influer
beaucoup sur son avenir.
Les Espagnolsi et les Frazngais, tous deux
peuples catholiqlues, avaient I'un aprbs 1'autro
naturellement transmis AL leurs esclaves la
religion qu'lls professatent, et le culte ca-
tholiqyue Btait devenu le culte official dlaus
f'ile au meme titre qlue daft~s la metropole.
Cependant il est permis de dire que les doct-
triness qui composent cette religion n'avalent
pinetrg que peu profondiment dans la masse
des hommzes de race noire et que tout se bor-
nait B I'apparat des ceremonies et des f~tes du
culte auxquelles les noirs assistant sans
trap s'occuper d'en comprendre le sens intime.
Les p~r~tres en gdndral die cette religion, ne
demandant au people qlue les actes extirieurs
de devotion, se d~clarTaient Sa~tisfaitS pourvu
qu'il' moutrr~t euvers lear autorit8 spirituelle
la di~fdrence voulue. Bien peu d'entre eux











84HAT

a'ocecupaient azvec conscience d'instruire les
ouailles confides B leur direction et de leur
faire connlaitre ces viritis qu'lls proclamaient
cependant necessaires pour le bonheur, dansl
ce monde et dans 1'autre. Jamais aucun effort
viritablement skrieux ne fut tent par eux
pour ditruire chez les noirs ces superstitions
nalives et grossibres qlu'ils avaient apporties
d'Afrique aprbs les avoir revues de leurs an-
c~tres.
Dans les pays m~me les plus avancis en
civilisation et depuis longtemps b la t~te du
progrbs, on a pu observer combien les pr6-
jugds sont tenaces, combien les -superstitions
les plus antiques 'et les plus opposes aux lu-
miires modernes laissent de traces qui ne dis-
paraissent qu'avec lenteur, surtout dans les
campagnes, et quelquefois ne font qlue se
transformer et prendre en qluelgue sorte un
autre v~tement. 11 n'est done pas Qtonnant
qlu'une certain parties de ces noirs g 1'intelli-
gence desquels on ne daignait pas s'adresser,
don't personnel ne s'occupait de cultiver la?
i'aison, aient conserve B pen prbs ces pratiques
superstitieuses.
8'e~nsuit-il cependant qlue le culte du Vazudou
soit aussi general et aussi profondement enra-











SON PASSli, SON AVENIR. 85

eine que 1'ont prdtendu des observateurs su-
perficiels et parfois malveillants comme air
Spencer Saint-John quni, dans son livre sur
Ha'iti intituld a lat R~publiqlue noire >> calom-
nie avec tant d11&preti un people dont il azvait
Btd accueilli a~vec une bienveillance marquee ?
Est-ce en un jour qlue 1'on peut ddraciner des
habitudes vieilles de plusieurs sidcles chez
une nation neuve, inco~mpl~tement instruite.
Comment les iddes chritiennes aLuraient-elles
pu remplace~r pazrtout chez les noirs leurs
antiques croyances, ridicules et g~rotesqlues
sans doute, mais dont L'Bcquivalent s'est trouv8
chez routes les nations primitives, quand cer-
tatins pritres catholiques eux-mamues ont pris
si peu de soin de leur expliqluer et de leur en-
seig-ner une morale plus Blev'ie?
Le general Geffrard crut qlue pour rendre
plus rapide la disparition de ce qlui reste
encore en Haliti de toutes ces habitudes et
de toutes ces iddes ddrivant des anciennes
croyances fitichistes, il 4tait necessaire ~d'in-
fuser un sang nouveazu au clergB catholiqlue
qui s'etait trouv8 au-dessous de sa missio~n.
Tel fut un des principaux motifs qui 1'amen8-
rent B negocier ce concordat qlui permet de
confier les fouetions eccl~siastiques 5 des











86 HIAITI

pritres Btrangers dont on suppose qlue le zble
apostolique se laissera moins endormir qlue
celui dles pritres indighnes.
On ne t~rouvera, pas, je 1'espbre, qlue je me
sois 4tonclu trop longuement sur des mati2bres
qui out te3;Lu une si grande place daus lat vie
politique de: tous les peuples, qui chez plusieurs
out donni lieu h des i8volutions et A dles
guerres et qui constituent partout un dos pro-
blhmes les plus compliqyuds et les pglus diffi-
ciles h risoudre. Au moins qlue l'expirience des
autres nous instruise, Bvitons des fautes qlue
souvenlt ils out paybes si cher.
Les lecte~urs qui m'ont suivi jusqu'ici dans
pu se convaincre que tous les gouvernaements
qlui se sont succid8 chez nous, si 1l'on peut
computer g leur actif quelques bonnes choses,
avaient tous cependant un difaut capital qui
ne leur a pas ~pelrmuis de fixer les destinies de
Ila nation : o'est qu'aucun d'eux n'a su se dB-
gager assez compl~tement des intir~ts parti-
culiers it telle ou telle parties du pays ou des
ambitions personnelles pour se placer sur le
large terroir de l'inter~t g~ndral. Q$uelgues-
uns out fait plus ou moins des efforts en ce
seb~is, mais la suite dans les iddes et 1'6nergie











SON PASSe, SON AVEN1R 87

persivirante leur faisant difaut, ils se sont
bientit d~tournds de leur chemin et ni les uns
ni les autres n'ont entibrement rempli le but
pour leqluel sont institutes les gouvernem~ents.
Doit -il en 8tre toujours ainsi?! Pourquoi le
penser ? Nous ne so~mmes pas plus incapables
qlue d autres d'ouvrir les yeux 5 la lumibre
qluandi elle nous est montrde.
Or, je crois pouvoir dire saus crainte d'8tre
dimenti, qlue notts serious des aveugles volon-
taires si, dlans ce tableau du pazfss tel Qlue j'ai
essayti de le representer, nous n'avious pas
dieouvert les causes de nos erreurs et do nos
fatutes, pourquoi nzous sommes encore dlans
une situation pricaire et malheureuse, tandis
qyu'elle pourrazit ittre florissante, et ee qlu'il fau-
dra~it fire enfla pour qu'elle le devienne.
Planent au-dessus des parties dansd cette vue
philosophique qlue j'azi jetie sur 1'histoire de
mon pays depuis 1'origine, j'azi signald et le
M~en et le mal partout ott je les ai rencontrds,
sans aucun par'ti pr'is enlvers personnel, et j'aii
montrd dtaus le pass, B measure qcue les evine-
ments les out rdvildes, toutesl les sources de
nos souffrances azctuelles.
Lan d~rmonstra~tion est complete & ce moment
de 1'histoire d'Ha'iti auguel nous sommes par-











88 HIAITI

ven~us : le ricit des Bvinemaents depuis lat fin de
h~i pr~sidence du gindral Geffrard ne peut
rien y ajouter. Toujours on voit les parties
tourner dans le mime cerele, les m~mes prB-
jugds et les mimed parysions persistazntes pro-
duire des agitations continuelles etudes luttes
armies qui couvrent` le pays de ruines et de
sazng, 1'esprit de coterie' pridominer sur 1'in-
trir~t gindral, le gouvernement, quel qu'il soit,
k pine install, oblig6 de se ddf'endre contre
des azdversaires qui, convinan saLns doute B la
nation quelgues jours de repos, se hfitent de
chercher les moyens de le renverser avant
m~me qlu'il ait en le temps de s'azffermir et de
p~ouvoir entreprenldre qluelglue chose d'utile
pour panser les plaies toujours saignantes du
pays et surtout du vrai people, celui qlui arrose
la terre de ses sueurs et sur qlui retombe tout
Je poidls de ces divisions insensees, toujours
oublid dans sa misBre sans qlue personite.s'oc-
cupe de lat soulager, abandonnd h lui-mime, h
son ignorance, B des hazbitudes diplorables qlui
remontent B une Bpoque ott, s'il etazit eselave,
it n'6tait guBre plus malheureux. M'ais qu'im-
porte h cette tourbe qlui vit grassenient des
harines qu'elle attise, qui n'a d'autre occupa-
tioh~ que de diverser I'outrage sur tous les











SON PASSli, SON AVENYIR.


hommes qui` passent au pouvoir, qu'on a ni
prodiguer I'insulte et la diffamation B tous les
gouvernements Que jamais la patrie ne soit
traugquille et ne puisse se reliever pourvu
qu'elle continue de p~cher en eau trouble
Maintenaznt qlue toutes les causes de nos
divisions out ate suffisamment exposees telles
qlue le passe nous les a .fa~it volir, un resume
succinct et sans commentailres des principaux
faits jusqu'h nos jours suffira pour completer
I'esquisse commented et pour achever d'en
fire ressortir 1'eniseignement.
Le g~ndrazl $aluazve succida au general Gef-
frard en 1867 comme President de la Rdpubli-
qlue. Its accushrent Saluave; d'azspirer B laL
dictature, de vouloir mimeritablir la royautd.
Le nouveau president s'8tait dielard favo-
rable h la masse et manifestait l'intention de
prendre des measures pour ambliorer le sort
de cette population. Q~uoi qu'il en soit, ex-
ploitant habilement les vieilles rivalites du
Nord contre le Sud, ils excitbrent contre
Saluave une insurrection formidable qlue celui-
ci ne put combattre qlu'en s'afp'puyant sur les
populations du Sud qlui se d~clarbrent en
sa faveur. Le territoire de la Rdpubliqlue fut
encore une fois en proie B toutes les horreurs











HI A1TI'


de la guerre civile; les bitudes du Nord, sousi
le nom de Cacos et celles du Sud sous celui do
~Piqyuets, rivalishrent de massacre et d'incen-
dies. Aprbs deux annies di'une lutte sanglante,
marque par bien des p61ripiti~es qui montr8-
rent les deux parties tour h tour victorieux et
vatincus, Port-au- Prince Btant tomb8 aux mains
des robelles du Nord, Sainave riduit B s'enfuir
avait 6td condamne B mort. ArritB au moment
ch il cherchait B se rifugier sur le territoire
die la Republiqlue dominicaine, on violation du
droit des gens, il mourut fusiilli en dicem-
bre 1869.
AprBs un g~ouvernement provisoire qlui dura
qluelques mois, le 86nat nomma le general
Niassge-Saget president pour une periode de
quatre anades. Epuisis par les fureurs de la,
lutte pricidente, les partis, plus par Jassitude
qlue par almour du bien public, se tinrent quel-
qlue temps en repos, et le pays put got~ter un
peu do tranqluillitd. 1Vais loraglue les pouvoirs
dlu priaident Saget tircant A leur fin, 11 fiallut
s'occuper du choix de son successeur. Boyer-
Bazelais, le chef du parti liberal, se mit au
nombre des candidats; le president Saget, qlui
voulait f'avoriser le general D~omingue, fut
accuse d'avoir viold la constitution pour ex-