Haïti;

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Material Information

Title:
Haïti; ses guerres civiles--leurs causes, leurs conséquences présentes, leur conséquence future et finale. Moyens d'y mettre fin et de placer la nation dans la voie du progrès et de la civilisation. Études économiques, sociales et politiques
Physical Description:
3 v. : ; 23-25 cm.
Language:
French
Creator:
Marcelin, L.-J., b. 1861
Publisher:
A. Rousseau
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Economic conditions -- Haiti   ( lcsh )
Social conditions -- Haiti   ( lcsh )
Politics and government -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Statement of Responsibility:
par L.-J. Marcelin ...
General Note:
The designations "t.l", and "t.2" do not appear on the title-pages of the respective volumes, and the "Introduction", a separate part, is not uniform with the other volumes, being printed in larger type upon larger paper.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 06431039
lccn - 01016604
ocm06431039
Classification:
lcc - F1921 .M31
ddc - 309.7294
System ID:
AA00008900:00001

Full Text















444 *,-1 -1 *. r -. .-
f METTRE FIN.ET DE PLACER LA NATION P
' .: INS- LA VOiE DU.PROGRtES ET DE LA
S CIVILISATION .


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-RE* ude'ApononBmi a, sociales st politiqe. ."...".. .;.,

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.. Ne oul dir nener quoi que ce s gu mo .
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FLORIDA LIBRARIES.


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HAITI




















ERRATA DE L'INTRODUCTION


Au lieu de
acte.
combien temps.
qu'ils.
corse.
lois.
libre essor.
assouplisement.
cempris.
ces.
dans le Herder.
pehnomnnes.
la direction vers laquelle.
phdnmenes.
resondre.


Lisez
actes.
combien de temps.
qu'il.
Corse.
loi.
plein essor.
assouplissement.
compris.
ses.
dans Herder.
ph6nomenes.
le but vers lequel.
phenomenes.
rdsoudre.


TABLE DES MATIERES


Au lecteur.
II. Phdnomenes et Lois.
III. Science et sciences.
IV. Sociologie.
V. Pour Haiti.


Au lieu de : page 4
> a 7
143
> 22
0 a 59


Pages
2,
3,
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4,
6,
10,
44,
42,
22,
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25,
31,
36,
44,


Lignes
45,
9,
17,
19,
40,
5,
17,
5,
12,
31,
27,
26,
16,
7,


Lisez : p.

a
0













HAITI

SES GUERRES CIVILES LEURS CAUSES
LEURS CONSEQUENCES PRISENTES
LEUR CONSEQUENCE FUTURE ET FINALE

MOYENS D'Y METTRE FIN ET DE PLACER LA NATION
DANS LA VOIE DU PROGRIES ET DE LA
CIVILISATION


Etudes 6conomiques, sociales et politiques
PAR
L.-J. MARCELIN
Licenci6 en droit de 'Ecole de Paris
Membre de la SociWte de 16gislation compared
Ancien Sccr6taire de la L6gation d'Haiti en France


Ne vouloir center quoi que ce soit qu'd moins
de lui donner pour fondement un Pouvoir
toujours instable, c'est prouver qu'on ne veut
rien fair de solid et de durable.



PARIS
LIBRAIRIE NOUVELLE DE DROIT ET DE JURISPRUDENCE
ARTHUR ROUSSEAU, EDITEUR
14, rue Soufflot, et rue Toullier, 13


1892












MIUfl









Copy-'

01 2 8 P

2GAUG 1953












'..

,,


AVANT-PROPOS

COMMENT IL FAUT LIRE CE LIVRE




Aprcs avoir 6crit la pr6face don't Ic lecteur va bient6t
prendre connaissance, je devrais ne pas sentir Ie besoin
) de la fair pr6c6der par les lines qu'il lit F l'heure meme.
Mais, r6flexion faite, j'ai 6prouv6 cc besoin, me disant
que lorsqu'on s'engage dans une entreprise aussi p6rilleuse
que cell oui je me suis jet6, les measures qu'on prend
ne sont jamais suffisantes et, dans tous les cas, jamais su-
perflues.
Tel est le motif de cet avant-propos.
Dansle nombre d6ja si restreint des hommes qui
lisent en Haiti, quelques-uns ont la malhcluiruse habi-
Stude quand ils trouveit un ouvrage d'un compatriot
d'ouvrir a coup perdu cet ouvrage et de s'arrcter i la
Lecture d'une dizaine de lignes que le hasard met sous
Sleurs yeux.
Ces lignes contiennent-elles un eloge, quelques paroles
d--d'encouragement l'adresse d'un citoyen anim6 de beons
S sentiments qui occupe une des hautes regions de l'admi-
i nistration ? Imm6diatement ces lecteurs pas du tout
bienveillants, et si surtout le citoyen en function est pour



(0









- it -


eux un compktitcur, un adversaire plus hcurcux imm6-
diatcment cos lectcurs disent : ( En voila un qui flatte ; il
cherche a d6crocher une favour. Si au contraire ces li-
gnes enfcrment la critique d'une maniere d'agir incor-
rectc, sans voir le rest, ces lecteurs benuvoles a leur
maniere courent a cette conclusion que d6sormais per-
sonne, en Haiti, n'6prouvera de plaisir t servir (no pas lire
a asservir) son pays, puisqu'il so trouve un tas de pctits sa-
vantas pour mal appr&cier cc que les homes du Gouver-
nement s'6chinent a faire le mieux du mondc.
Alors, ils ferment 1'ouvrage ct le jcttent dans.... la boite
a ordures.
Sur cette instruction sommaire, vous etcs jug'.
Dans l'un et l'autre cas, c'est-a-dire qi'il s'agisse d'61o-
gos ou de critique, lI verdict est de culpability.
Enscrr6 dans un parcil dilcmme, ne vaut-il pas cent fois
mieux pour vous que votre livre no tombe pas sous la main
de tels lecteurs !
N'auriez-vous pas fait mille fois mieux encore, si vous
vous Rtiez abstenu d'6crire quoi que cc soit ?
J'entends quelques-uns me dire que ce dernier parti
efit te le meillcur ; et ils n'ont peut-Otre pas tort.
Mais, quand vous aimez votre Patrie de cet amour divin
qui vous fait mourir du d6sir de la voir progresser, mar-
cher seirement a la civilisation, pouvez-vous resister jamais
a 1'ardente et belle folie qui vous incite A vouloir 1'6clai-
rer, qui vous fait courir lui porter le contingent de tousles
bons moyens en votre pouvoir ?
0, r6pondez, vous, hommes de coeur, vous, vrais pa-
triotes !









- III -


Ainsi, je prie instamment tous ceux qui ouvrent ce livre
de ne pas se conduire A la facon des lecteurs don't je viens
de parler. Puisqu'ils veulent bien m'accorder 1'honneur
d'etre connu par eux, en ce qui concern mes opinions et
mes sentiments A 1''gard de notre pays, le meilleur pro-
cede qu'ils puissent employer, dans ce cas, est celui-ci:
qu'ils lisent cet ouvrage d'un bout a 1'autre ; qu'ensuite ils
r6capitulent mes idles; qu'ils cherchent a en saisir 1'en-
semble; enfin qu'ils se demandent d'oi je suis parti et of
je veux en venir.
Je suis persuade d'avance qu'ils verront que je suis parti
du chaos ou d'a peu pris, que mon seul but, que mon uni-
que ambition est de leur Otre utile, d'6tre utile a tous ; ils
diront, j'en suis sdr, que je veux le bien de notre pays, la
prosp6rit6, le bonheur et la gloire de notre petite et chore
Haiti.
L. J. M.

























I
PR FACE








Le passe deplorable d'Haiti, son present plus deplorable en-
core, son avenir charge peut-6tre de la plus redoutable des tem-
petes sociales, telle est la source des inspirations de ce livre.
Nous placant au moment oh je redige cette preface, une an-
n6e est d6jh 6coulee depuis que l'idee fondamentale de cet ou-
vrage m'etait venue dans la pensee ; et de 1'epoque de sa con-
ception au jour oh j'ai commence a l'6crire avec la resolution
de ne m'arreter qu'au dernier mot de sa conclusion, cette idWe
a 4t6 l'objet de mes plus constantes preoccupations.
Plusieurs fois d'abord, j'avais tent6 de formuler le resultat
de mes observations, de mes recherches et de mes r6flexions,
mais comme, avant de d6buter, je m'6tais fait une loi rigoureuse
de me rendre tres intimement compete et de ce que je voulais et
de ce qu'il fallait dire, j'avais souvent Wte contraint de me laisser
distraire par de nouvelles observations, par d'autres recherches,
faisant toujours de nouvelles moissons de faits probants, a seule
fin de trouver la solution des questions nombreuses et diverse
qui, A l'improviste, se pr6sentaient sans cesse a mon esprit.
Enfin, au commencement de septembre 1891, je me suis d6-
finitivement mis A l'ceuvre.
Ces pages seraient encore en manuscrit inachev4, n'6taient les










- VI -


bruits sinistres qui me parviennent du sein de la Patrie, et d'a-
pres lesquels mes concitoyens seraient sur le point de livrer A
nouveau le pays aux horreurs de la guerre civil, a la suite
d'une trove de onze mois a peine.
Les Haitiens ne sont pas sans savoir que la fr6quence de nos
bouleversements intbrieurs qui ont ebranle notre soci6t6 jus-
que dans ses assises ne laisse pas de fixerl'attention de la vieille
Europe et de la jeune Republique 6toilee, jeune non pas sous le
rapport de la raison, des conceptions et de l'action, mais au
point de vue de 1'existence comme Etat ou people ind6pendant.
A mon sens, notre situation en face de 1'etranger a plus que
jamais remis a 'ordre du jour de criminals desseins qu'h bon
droit on pouvait croire Btre depuis longtemps ensevelis dans les
profondes tinebres de l'oubli. J'aurai l'occasion d'en dire un
mot, en essayant de traiter ici la triple question 6conomique,
social et politique en Haiti.


II


En concevant cet ouvrage, c'est a vous que j'ai d'abord pens6,
jeunes concitoyens de la nouvelle g6n6ration.
Au seuil de la grande vie publique qui vous va, tout A r'heure,
ouvrir a deux battants ses portes, nos destin6es sont dans vos
mains.
D6jh, je vous vois nombreux et impatients de vous confier A
la mer orageuse qui porte le frele esquif de la Patrie don't d'au-
tres vont bient6t vous remettre le gouvernail.
Que ne pouvons-nous dire avec assurance, a l'instar des fils
de la Ville-Lumiere, de la noble cit6 de l'univers I a Fluctuat nec
mergitur. v
Quoi qu'il en soit, avant de vous savoir livr6s aux vagues 6cu-
mantes qui vous engloutiront... qui sait ?..... je voudrais









- VII -


attirer un instant vos regards sur la plage qui a vu paraitre pour
s'engloutir bien des fortunes et plant de sang couler 1
Le jour qui va poindre n'aura-t-il pas, de meme que ceux qui
l'ont precede, ses flamboyants eclairs suivis d'dpouvantables
coups de tonnerre ? Et si nul flambeau ne vous dclaire pour
vous signaler la passe, comment verrez-vous les points de re-
fuge et les abris centre les bourrasques ?
Autant done qu'il 4tait en moi, j'ai expos ici pour ceux
qui n'en ont pas de toutes faites d6jA, et A 1'encontre des trop
funestes theories en vigueur chez nous quelques idles qui, je
le souhaite du plus profound de mon Ame, les d6fendront de
faire fausse route.
Par elles, puissent-ils ne pas s'engager dans une voie pleine
de deceptions Puissent-ils, rattachant le present au pass, sui-
vre le bon chemin, marcher firrement, parler sans ambages et
sans difaillance, agir fermement et contribuer A assigner pour
jamais a notre chore Haiti le rang honorable et l8gitime qui lui
est destine dans le concert des peuples civilises.
Penser A la g6n6ration nouvelle, c'est forcement penser A vous,
concitoyens nos ainds dans la carriere 6pineuse de la vie pu-
blique, car vous Rtes appel6s A nous frayer la voie, vous etes
nos iducateurs, vous 6tes les ouvriers de l'avenir qui est nous
autres, les juries.
Je ne me suis nullement abus6 sur la port6e rielle de mes
efforts.
La frele nature humaine est ainsi faite qu'elle a besoin de
soutien. Ii lui faut absolument sentir A ses c6t6s quelque chose
d'inebranlable, et sur quoi elle se figure au moins pouvoir
trouver un appui. C'est pour cela que les plus puissants carac-
teres, que les intelligence les mieux pond6eres en sont toujours
A mendier un consentement formel ou seulement une parole
d'encouragement. De cette humility resort une trbs haute mo-









- VII -


ralit6. DBs que le moindre signe d'approbation, meme un sou-
rire de satisfaction les accueille, ils garden toute la confiance
de leurs idWes, tout lenthousiame de leurs projects, et ils vont
de I'avant.
Dans un pays tel que le notre, les idWes les plus justes,, les'
plus rationnelles, les meilleures inspirations ne parviennent
a doubler le cap formidable du scepticisme ou a gagner l'indul-
gence pl6niere que grace a la bienfaisante influence d'lhommes
ayant conquis la confiance du public, parce qu'ils savent leur
concilier les suffrages et mettre en movement a leur profit
'action de ceux-memes don't autrement elles ne sauraient jamais
briser la resistance et vaincre I'aveuglement.
Par lui seul, ce livre serait impuissant h atteindre le noble but
que je vise, quelque persuasif qu'il puisse 6tre.
Pour lui donner l'appoint de pouvoir necessaire, je le confie
a vos lumieres et, plus encore, a votre patriotism.
Vous savez, bien mieux que votre jeune concitoyen, les faits
disastreux qui y sont relates; autant que lui, vous avez la belle.
mission, le droit et le devoir de vous en occuper; mais, plus que
lui, vous Ates en measure d'y rem6dier.
Loin de moi par consequent la pr6somptueuse pensee de croire
que je puisse y ajouter quelque chose que vous ignoreriez. Ma
seule preoccupation dans la circonstance, mon unique et ardent
d6sir est de soumettre a votre appreciation, avec 'idie que vous
leur ferez bon accueil, certaines combinaisons don't les effects me
paraissent destines a 6tre plus que tous les systbmes aujour-
d'hui en vigueur dans notre pays en harmonies avec les bases
de notre organisation socialeet politique. Vous en jugerez a
I'aise, si vous voulez user de votre bienveillance pour me lire
avec patience et les yeux de I'esprit.
Dans le course de votre lecture, il vous arrivera de rencontrer
quelques expressions 6nergiques, violentes meme qui me sont









- IX -


echapp6es centre une mauvaise institution ou un proced6 que je
trouve incorrect. Ne les attribuezqu'A la vivacit6 inh6rente A tout
esprit jeune, et qui debute.
Elev6 a une cole oh les notions pr6liminaires sont la sincerity,
la,g6ndrosit, l'amour du bien, 1'amour des hommes et cet amour
sup6rieur de l'humanit6, h6las! presque stranger a notre soci6t6,
je ne pouvais qu'6tre revolutionn6, lorsque j'assistais A une vio-
lation odieuse et 6hont6e des principles qui me sont si chers.
Vous savez, du reste, quels avantages nos concitoyens ont tir6s
des principles contraires A ceux don't je parole et qui ont cons-
tamment inspire, guide, qui inspirent encore et guident quelques-
uns de nos hommes politiques. Par eux, notre soci6et ne se st6ri-
lise-t-elle pas, en nourrissant dans son sein les discussions oiseu-
ses, les querelles de factions, les ambitions personnelles? La plu-
part de nos infortun6s ne courent-ils pas aprbs l'ombre en guise
de saisir la proie, en n6gligeant le combat du travail pour le
combat des functions salariees par I'Etat ? Comprennent-ils que
dans les luttes violentes ne se trouve pas ce movement r6gulier,
g6n6rateur de la civilisation ? Sont-ils enfin convaincus que s'agi-
ter sur place n'est pas avancer ? Voilh les seuls profits que notre
pays a jusqu'ici tir6s des principles que pr6conisent ces hommes
politiques.
Quelque s6veres done que puissent paraitre mes critiques, la
raison et le coeur me disent qu'elles n'affligeront jamais autant
qu'afflige le mal accompli. Il est alors just quand je deplore
le malheureux etat auquel est r6duite notre Patrie qu'on ex-
cuse les emportements de la douleur don't je me sens l'Ame saisie.
Je vais m6me jusqu'h penser que les vrais patriots ne me
marchanderont pas le t6moignage de leur approbation, car ce
qu'ils veulent, c'est I'ordre dans le progrns, c'est ameliorer sans
bouleverser, c'est r6g6n6rer sans d6truire.
Eh bien, tout cela ne peut s'effectuer qu'a la condition que nous












portions au mal qui en empeche I'accomplissement une main
6nergique et resolue.
J'ai essay de le faire.
Ce que Stuar Mill dit du people peut etre appliqu6e I'indi-
vidu :
c Celui qui regarded comme une honte de voir quelque chose
a aller mal, qui court A cette conclusion que le mal aurait pu et
a aurait di 6tre empBche, est celui qui a la longue fait le plus
a pour rendre le monde meilleur. )
Celui-la a de plus le m6rite d'Atre un digne citoyen, s'il met en
lumiere une v6rit6 n6cessaire A proclamer. C'est le but que pro-
pose le grand Socrate a quiconque 6crit pour le public. Je suis
de ceux qui pensent et dissent que la v6rit6 est le bonheur pour
qui sait la reconnaitre; et que tous ont int6ret a ce qu'elle ne soit
point effrayie par des exces criminals.
L'un des plus redoutables ennemis du progres est l'erreur. La
v6rit6 tue I'erreur, a moins que la v6rit6 n'ait a sa trousse un
gendarme. Dans ce cas, c'est l'erreur qui terrase la v6rite, mais
sans pouvoir la tuer, car elle est immortelle.
Notre Patrie est plus que jamais en peril. Le devoir de tout bon
citoyen est de le lui faire comprendre, en mettant en evidence ce
qu'il croit Wtre la v6rit6. Par elle le danger sera conjure et le
progres assure.
Domin6 par cette haute pens6e, au triomphe de laquelle, dans
notre pays, je serais heureux d'assister, rien n'a pu m'entrainer
a taire cce en quoi ma conscience a cru decouvrir une v6rit6, ni
h essayer de I'envelopper de quelque nuage.
Dans ces 6tudes, qui doivent rester absolument impartiales, je
me suis uniquement attache a la verit6, ne pregnant pour guide
que la rialite des faits, les preuves palpables, mat6rielles des
choses, 6cartant tout exces d'enthousiasme, comme toute att6-
nuation.


- x









- XI -


Certes, je me suis trouv6 parfois en prBsence d'id6es hardies.
Avant de les exprimer ou de les rayer, je me suis demand si
elles pouvaient tre opportunes et justes, maisjustes de la justice
d'humanit6. Etaient-elles malsonnantes pour un droit acquis?
j'ai recherche si elles renfermaient le germe d'un bien ou d'un
mal pour la chose g6nerale.
J'ai ainsi concentr6 tous mes efforts A la poursuite du bien de
tous : c'est I'harmonie, c'est 1'equit6, c'est la justice distributive.
En peu de mots, j'ai abord6 1'examen de quelques points de
notre organisation Bconomique, social et politique ainsi qu'il
sied A un citoyen qui faith usage de ses droits et qui remplit son
devoir, lorsqu'il y va de I'inthret le plus sacr6 de ses concitoyens :
sans passion, sans chauvinism, sans haine comme sans crainte.
Si vous aspirez sincerement au bien, chers compatriots, vous
approuverez ces critiques, les trouvant d'accord avec l'dquit6, la
raison et la v6rite; et mon but, en les formulant, n'est pas
d'attaquer vainement nos funestes doctrines sans avenir, mais
encore d'exposer, aussi lucidement que possible, celles qui leur
donnent un d6menti formel. Les principles que' j'exposerai
d6montreront, je l'espere du moins, quelle absence de direction
s6rieuse regne dans notre ordre social et quelles id6es r6trogrades,
dissolvantes dominant la grande majority des esprits.
11 est utile que je fasse, des maintenant, une observation, A
propos du mot majority.
Quand ils parent de majority et de minority, soit en bien, soit
en mal, certain individus, chez nous, voient deux classes
d'hommes : l'une compose exclusivement de Noirs et I'autre
comprenant, aussi exclusivement, les MulAtres. Majority, Noirs;
minority, MulAtres. Tel n'est pas le sens que je donne aux mots
majority et minority qui se pr6sentent souvent sous ma plume.
Par majority, j'entends la plus grande parties des Haitiens et
par minority la plus faible parties en nombre, I'une et I'autre
comptant forc6ment des Noirs et des Mulatres.









- XII -


Ma famille se compose de personnel de l'une et I'autre couleur.
Si je disais que le bien est un privilege chez les Noirs et le mal
un monopole chez les Mulatres, je diraispar lh meme voyant
seulementl'6piderme -.que touteune portion des miens se cor-
pose d'individus qui s'adonnent au mal, indignes de faire parties
de notre corps social, tandis que I'autre portion ne content que
des gens honnetes, respectable et qui font honneur A la soci6t6
haitienne.
II n'est pas un Haitien d'origine qui ne doive en dire autant,
relativement A sa famille, car nul parmi nous, sauf les blancs
naturalists, n'a dans ses veines un sang pur de toute transfusion
naturelle soit du sang caucasien, soit du sang africain. Aussi,
pour toute personnel de la race blanche, le Noir ou le MulAtre
est un negre, en Europe come aux Etats-Unis de l'Am6rique du
Nord. D'ailleurs, les Haitiens qui connaissent les Yankees, de
visu et chez eux, savent bien s'ils font une difference entire le
Noir et le MulAtre. En Europe, surtout en France, A Paris, la
ville aux nobles id6es et aux grandes choses, on ne cherche dans
l'homme que l'intelligence et le sentiment. Que nos esprits
obscurs et 6troits s'eclairent et se fassent done un plus vaste
horizon Tous, nous y gagnerons 6normement.
J'ai assez vecu de la vie haitienne, tant de la vie priv6e que
de la vie publique, pour connaitre les faits et gestes d'un grand
nombre de mes compatriotes. Eh bien, je pourrais citer tels
Noirs poss6dant toutes les qualit6s que l'ignorance ou une
inconceivable animosity attribue exclusivement aux MulAtres,
come je pourrais nommer tels MulAtres qui ont tous les vices,
qui ont en partage la barbarie que cette meme ignorance ou cette
meme animosity se complain A ne voir que chez les Noirs.
Il est done bien entendu qu'en fait de majority et de minority,
je ne considere pas plus les MulAtres que les Noirs.
Sans m'occuper de la couleur, j'appelle mauvais citoyens tous










- XIII -


les Haitiens qui conspirent la ruine de la Patrie, et patriots,
dignes citoyens, tous ceux qui prouvent, non par la brutality,
par la violence, mais par l'emploi des moyens pacifiques et
l6gaux, qu'ils veulerit sincerement la prosp6rit6 et le progres de
la Nation haitienne. C'est A ces derniers que je dis, s'ils sont dans
les affaires publiques :
Plus d'une fois, vous rencontrerez sns doute ici, chemin
faisant, des grandes lignes de vos gen6reuses conceptions en
favefur de notre malheureuse Patrie. Si oui, puisse cette constata-
tion rehausser votre courage et votre ardeur, vous maintenir
dans la bonne voie et vous faire entrevoir le success.
Pour ma part, je place toute ma confiance en la nicessit6 qui
triomphe toujours de l'orgueil et de l'aveuglement, et j'espere.
Oui, j'ai la bonne esp6rance surtout que je ne serai ni m6connu,
ni abandonn6 et que mon oeuvre, malgre ma nullite en faith
d'influence, est shre de triompler par la complicity et le con-
cours de tous les gens de bien, de tous ceux en qui brile l'amour
vrai de la Patrie, de tous ceux qui d6sirent le progres reel et
la civilisation de notre pays.

Ill.

Mon intention est de montrer A tous mes compatriotes qui sa-
vent lire et comprendre ce qu'ils lisent, que c'est seulement par
des proced6s scientifiques que nous parviendrons A sortir de notre
triste 6tat present et A mettre notre beau pays, notre pays natu-
rellement riche et f6cond,dans la voie d'une prosp6rit6 incessante.
Mais, tout le monde, meme parmi ceux qui lisent, ne possede
pas le don qui permet de saisir et d'appliquer d'embl6e les lois
de la science. Ceux auxquels ce don precieux n'a pas et6 octroy6
par la nature ou par de longues et p6nibles 6tudes ne rgussissent
quelquefois A saisir et a appliquer ces lois qu'apres qu'ils ont










- XIV -


eu sous les yeux et que quand ils ont encore dans la pens6e ces
examples qui frappent et qui, une fois incrust~s dans l'esprit,
font agir comme si l'on 6tait a la fois le plus grand thWoricien et
1'homme le plus exp6riment6 qui soit.
J'avais done lieu de craindre, en donnant un ouvrage pure-
ment theorique, de ne pas me trouver au niveau du d6veloppe-
ment intellectual de tous et ainsi de ne passer qu'A cot6 du but
que je veux atteindre.
En consequence, j'ai faith appel A notre situation passe et ac-
tuelle qui est venue a mon aide, en m'offrant une s6rie de faits
qui, comme ces examples, ne manqueront pas de faire mieux
ressortir I'importance de mon travail et de faciliter l'application
de ce qu'il peut contenir de bon, de bien, d'utile et d'urgent.
Pour m'6clairer dans cette parties de mon ouvrage, j'ai du
avoir recours aux lumibres de tous les esprits qui ont d6ej vu
notre pays de pros, qui ont soigneusement et impartialement 4tu-
di6, scrute notre 6tat 6conomique, social et politique; et je
l'ai fait sans m'occuper de savoir s'ils ttaient des strangers ou
des Haitiens. Certes, nous avons constamment 6te l'objet de cri-
tiques passionnees de la part de beaucoup d'6trangers, ceux qui,
venus chez nous avec la seule pensee de n'y rencontrer que des
ignorants A exploiter, ont Wte d6us. Mais, A c6t6 d'eux se trou-
vent des hommes qui ont envisage ce pays avec impartiality. Leur
disir r6el, en nous signalant nos fautes, nos d6fauts et les suites
de nos malheurs, est de nous porter a nous engager dans le
bon chemin. La raison et le bon sens nous commandent de tirer
un excellent profit de leur competence incontestable.
Cependant, en matiere de critique, il n'est point d'arguments
plus decisifs que les arguments ad hominem. Aussi, ceux que j'au-
rai A exposer ici seront le plus souvent puis6s dans les ouvrages
des 6crivains du pays, dans les 6crits de ceux surtout qui, ayant
pris une part directed cans notre administration, ont Bt6 ou sont










- XV -


encore mieux places que personnel pour connaitre exactement
les choses.
I1 s'agit par consequent d'arguments queje devais enregistrer
avec empressement. En lisant les appreciations de ces ecrivains,
mes compatriotes les plus p6tris de chauvinisme, avoueront enfin,
et pour notre salut, que les malheurs don't nous sommes a tout
moment assaillis nous jettent loin des vrais principles d'une orga-
nisation iconomique, social et politique.
De cette facon, chacun, comprenant ce qui devrait et doit 6tre
h la place de ce qui est, verra la n6cessit6 de rechercher sans re-
tard les remedes qu'il faut pour nous dclivrer de nos mortelles
souffrances.

IV

Le but meme de ces etudes et la concision qu'elles exigent
m'ont impose l'obligation de passer sous silence bien des points
d'une valeur r6elle, mais qu'on peut prendre pour des cons6-
quences ou des complements d'autres points plus caracteristi-
ques. Si j'avais tout inscrit dans mon cadre, j'aurais agi au d6sa-
vantage de ce qu'il y avait de plus important, d'essentiel A dire.
Je n'occuperai done qu'un coin du vaste champ dans lequel je
vais essayer de glaner. Ce champ est d'une 6tendue telle que je
risquerais de m'y egarer, si je ne m'6tais empress de tracer au-
tour de moi un cercle qu'il me sera interdit de franchir.
Le lecteur pr6venu, je le prie de combler les lacunes que je me
suis vu dans la n6cessit6 de laisser dans 1'oeuvre.

V

Sur le caractere, les effects, les tendances et les d6fauts de notre
organisation actuelle, ainsi que sur les moyens propres A I'am6-
liorer, je me suis efforce de presenter des apercus clairs, precis










- XVI -


et corrects, visant par-dessus tout a eclairer et A dquilibrer
tous les esprits.
AprBs cela, si les grands progres du siecle prouvent que nous
ne sommes jusqu'A cejour que des routiniers endurcis et doubles
d'hommes A pr6jug6s irrationnels et funestes, s'ils condamnent
nos proc6d6s en vigueur, amendons-nous et adoptons des proc6-
des meilleurs, en nous assimilant ce que les nations plus civili-
sdes que la n6tre ont de bon, d'utile et d'indispensable, tout en
laissant subsister notre caractere national.
L'Utre human c'est 1 notre opinion quoique partout et
toujours civilisable, prdsente cependant dans cette aptitude sp6 -
ciale des degris varies qu'il imported d'observer.
Quels que soient I'origine d'un people, sa race, le caractere des
individus, la couleur de leur peau, il se trouve en ce people un
6tre douc d'une faculty de vie qui lui est particuliere. Son orga-
nisation politique et social dependra n6cessairement do la consti-
tution physique, intellectuelle et morale des hommes qui le com-
posent. Chaque corps social observe, peut-on dire sans erreur ni
exag6ration, nous offre 1'une des faces si nombreuses et tres va-
ri6es que pr6sente la nature humaine.
Ce que tous ont de commun se r6duit A presque rien, mis en
regard de leurs differences. Le sol, le climate, les amours, la mu-
sique, les armes, les costumes, les id6cs regnantes, la vie domes-
tique, le vie social et politique sont autant de formes int6rieu-
res et ext6rieures a refl6ter ces differences.
Faute de mettre en ligne de compete cette condition primordial,
dans touted oeuvre d'assimilation, on s'est souvent fourvoy6, et de
plusieurs petits chefs-d'oeuvre on n'a r6alisB qu'une monstruosit6,
ignorant que les plus belles pieces d'un micanisme ne vont pas a
tous les modules donn6s. Reformons-nous done tout en restant
nous-memes. C'est pour nous le vrai moyen de marcher sansin-
terruption dans la voie du perfectionnement, de devenir que










XVll -

1'llaitien de corps, d'ame et de pensbe me permette cette har-
diesse de language c'est, dis-je, le vrai moyen pour nous de de-
venir Anglais, Americains ou plut6t Francais, car nous le som-
mes d6ja sous certain rapports, tout en restant Haitiens.
Mais nous devons nous comporter de fa.,on qu'ily ait pour nous
de la fiert6 et de la gloire a dire que nous sommes Haitiens.
Et comment y parvenir ? Par la paix, I'union et le travail ; par
l'instruction et I'ducation; par trois mols enfin :en nous amnlio-
rant.


























PREMIERE PARTIES



SITUATION ACTUELLE:

AN ARCHIE

DECADENCE MORT





















LIVRE PREMIER

SITUATION iCONOMIQUE




CHAPITRE PREMIER

PRAAMBJLE

4 Avant de commencer, je prie instamment mes lec-
a teurs de lire ce chapitre tres-attentivement, et meme
de le lire plus d'une fois. Je tiens a les convaincre que
Sje n'ai pas 6crit dans le but de presenter au public des
Snouveautds pernicieuses, mais bien de mettre on
a vue des erreurs qu'on peut esp6rer, a la longue, voir
a se diss'iper devant le seas common -.
THOMAS DOUBLEDAY.
(Absuirdfty of national debts).

Ce livre n'est pas une oeuvre de pol6mique; il excluttoute cri-
tique contre des personnalit6s, de meme qu'il ne saurait 6tre un
pamphlet politique et bien moins l'apologied'un des chefs de fac-
tion qui, a l'heure pr6sente, croyant se dispute l'honneur d'ap-
porter le salut A notre pays, luttent, au contraire, a savoir auquel
6cherrala tAche- tres loin d'6tre glorieuse de lui infliger le
coup fatal qui mettra une triste fin a sa longue agonie.
En presence de notre situation, des plus graves, il faut se pres-
ser de parler, de montrer la v6rit6 au people; il faut s'efforcer
de le pr6munir centre les erreurs don't il esttrop souventvictime.
. Oui, il me semble qu'un examen, sans faiblesse, des causes de
nos malheurs et de nos ruines, suivi d'un apergu des besoins
g6n6raux auxquels il convient de donner satisfaction et l'expos6
d'une politique A nouvelle base que tous doiventpenserh inaugu-









- 4 -


rer. peuvent avoir des consequences utiles, en face de l'6tat ca-
hotique dans lequel nous nous trouvons.
Cette pens6e paraitra une illusion, si je rappelle que les cho-
ses actuellement existantes ont d6jA ktendu profond6ment leurs
racines dans les esprits et dans les cceurs. N'importe t
Tout ce que je demand a mon pays, comme faveur, c'est de
croire qu'en 6crivant ces pages je me suis laiss6 influence seu-
lement par l'ambition de plaider sa vraie cause qui est celle de la
liberty, de la justice, de la paix, du progres et de la civilisation.
Et je plaide centre qui ? contreceux qui 1'ont constamment tra-
hie, qui la trahissent encore, tout enpr6tendant laservir oula d6-
fendre.
Cet 6tat de choses est assur6ment la necessity simple et absolute
de notre brusque emancipation qui, faute de bonnes mesurestant
6conomiques que politiques, ne devait pas manquer d'engendrer
cet avertin social don't nous souffrons depuis de longues ann6es.
Si je n'ai pas 6prouv6 de surprise en voyant se produire au
grand jour les suites d6plorables de cette emancipation, j'ai du
moins bien senti que notre situation pr6sente impose a chaque
citoyen le devoir de s'occuper, avec m6thode, avec d6vouement,'
de tout ce qui peut am6liorer l'ordre social. Tous ceux qui en ont
les moyens doivent le faire commeune measure de salut public.
Dans ce but done, je me suis mis h remuer notre pass et A in-
terroger notre present, pensant que c'est de 1t qu'il nous est pos-
sible de tirer les causes qu'il nous faut connattre, afin de parve-
nir h poser solidement les fondements d'un nouvel ordre de cho-
ses meilleur, A accomplir une veritable r6g6n6ration social.
Tous les conseils que je vais avoir l'honneur de donner ici ne
m'ont 6t6 inspires que par ceci: L'independance d'Haiti
Cette ind6pendance pour la conservation de laquelle aucun
sacrifice personnel ne peut paraitre trop grand A mon esprit -
s'est offerte a mes regards comme un point culminant qu'il faut
rendre inexpugnable, en vue d'y installer un edifice d'une soli-
dit6 d'airain oh, poursuivant son oeuvre de perfectionnement, la
sociite haitienne parviendra a 6tablir, a l'interieur, sa prosp6-












rite, son credit & l'ext6rieur : deux poles autour desquels doit
sans cesse 6voluer toute nation nee pour la vie et qui entend vi-
vre.
Voil la grande pens6e qu'il convient de chercher, de voiret de
comprendre dans cet ouvrage.
Je m'y suis employee a 6clairer mon pays. Pour y parvenir j'ai
consulted les institutions actuelles de quelques peuples qui nous ont
devances dans la voie de la civilisation. Je dirai par quoi elles se
recommandent, ce qu'elles ont produit, ce qu'elles produisent et
ce qu'elles peuvent, chez nous. Elles ont pour elles d'imposantes
autorit6s et de glorieuses 6preuves.
En pregnant ces institutions pour base,je m'occuperai de savoir
si la raison sanctionne les idWes 6mises ou pratiqu6es dans notre
pays; si, en les supposant r6aliser l'id6al de l'6quit6, elles sont
capable de nous conduire sirement a la conquIte du but que
nous poursuivons, et, dans le cas contraire, quels sont les moyens
a pr6coniser pour atteindre ce but.
Cependant, je dois avouer, tout en priant mes concitoyens de
croire que jamais un seul instant de disesp6rance a pu, pour
cela, m'obsider, je dois avouer qu'en 6crivant ces lignes, je me
.suis senti domino par de tristes pressentiments et comme affaiss6
sous 1'6normit6 des malheurs qui menacent encore notre Patrie,
en presence de la gravity des signes don't notre horizon social et
politique est charge. Ainsi, presque partout: mollesse croissante,
industrialisme 6hont6, mauvaise foi, corruption syst6matique, le
regne sanglant dela force brutale se substituant de fait a la pratique
des principles de la loi et des institutions. Par suite, les esprits
sont dans un 6tat tel d'6nervement et d'6bullition qu'en perma-
nence, dans tout le pays, on n'a devant soi que les symbols et
les instruments de guerre et de destruction : tambours battant,
soldats arms, corps-de-garde, exercices ou revues militaires.
Il semble toujours que les villes soient autant de camps, les
citoyens autant d'ennemis vaincus don't on craint la rebellion, et
les pouvoirs de 1'Etat des positions usurp6es qu'il faut travailler
A reconqu6rir.









-6-


A I'heure actuelle, toutes les impressions qu'6prouvent les
coeurs, tout ce que les yeux voient, tout ce que les oreilles en-
tendent, tout n'est que 1'expression de la douleur et de l'amer-
tume, tandis que parmi les citoyens sibgent, d'une part, la mi-
sere, la mendicit6, le vagabondage, le d6sespoir ou une funeste
resignation; d'autre part, l'exagiration sans bornes dans les pr6-
tentions, I'ambition, la convoitise, la soif d6vorante du Pouvoir,
les competitions sans fin, une haine aveugle, un d6sir inassouvi
de vengeance qui survit a chaque d6faite, sans qu'il soit encore
possible d'entrevoir le moindre signe certain de d6livrance pro-
chaine et definitive.
Tel est le gouffre qui absorbe toutes les forces vives de la na-
tion et la presque totality des revenues publics.
C'est A cette situation intolerable que tout patriote doit con-
courir h imposer un terme.
Le p6ril est 1a, vivant, palpable. Aux esprits p6netrants, hon-
n6tes etbien intentionn6s A chercher et A proposer A la conscience
publique les measures ayant puissance de le conjurer.
Si on ne le fait pas, c'est qu'on est incapable; si, en ayant les
moyens, on s'abstient de le faire, c'est qu'on manque de patrio-
tisme. De 1~ A la trahison la distance est insignifiante.
Dans le but d'apporter A cette oeuvre qui est un devoir -
mon contingent d'efforts, je livre ces pages A la publicity.
Avant d'entrer dans l'cxposition des causes de nos guerres in-
testines, et pour proc6der m6thodiquement, nous allons, si le
lecteur le veut bien, consider d'abord 1'6tat 6conomique d'Haiti.

















CHAPITRE II


AGRICULTURE

I

Considerations

Depuis bient6t un siecle, nous sommes maitres absolus d'un
pays aussi riche que fecond. Quel usage en faisons-nous? Quelle
est 1'6tendue, la puissance des instruments de progres que nous
poss6dons pour en tirer tous les profits don't il est susceptible?
La suite nous I'apprendra.
Le premier bien des hommes est l'existence; leur premier
besoin est sa conservation : la necessit6 de vivre precide tou-
g tes les conventions sociales et toutes les -formes possibles de
r gouvernement.
( Vivre, c'est consommer; et pour consommer il faut pro-
, duire I ).
Qu'entend-on par produire, dans le language 6conomique? -
Produire, c'est r6aliser, d'une facon continue, une some plus
ou moins considerable de matibres, aliments et autres, au moyen
desquelles les membres du corps social pourvoient a leur exis-
tence; et ils parviennent a cette r6alisation grace A certain
agents.
Quand on analyse les divers agents de la production, le pre-
mier qui se pr6sente a I'esprit, le principal de tous, est le travail,
don't nous parlerons ultirieurement. AprBs le travail, le second
agent qui s'offre a l'activit6 de l'homme est la nature et dans la
nature la terre d'abord.


* Ortolan.










-8-


La terre, en elle-meme, comme instrument de la production,
sollicite, pour ce qui concern son exploitation, trois facteurs :
un entrepreneur, un capitalist ou proprietaire, puis l'ouvrier
agricole. Quelquefois cette trinity se trouve chez le meme
individu.
De ces trois agents, I'ouvrier est celui don't le sort est le plus
digne d'interkt. sa situation 6tant absolument pr6caire.
Dans tous les pays, on a toujours vu les hommes de science -
devancis en cela par les chercheurs de i'espace, de I'infini, par
les poktes- se pr6occuper bien moins de 'ouvrier des champs
que de celui des villes. Pourquoi? La reponse n'est pas bien
difficile. Diss6minds qu'ils sont sur le sol, au lieu d'Atre agglom6-
rds par grandes masses, trouvant plus r6gulibrement et plus faci-
lement les elements d'une frugale et paisible existence sur ce sol
f6cond6 par leurs sueurs, les hommes des champs, plus tranquil-
les chez eux, doivent naturellement moins attirer l'attention des
savants. Quant au gouvernement d'un pays, si c'est surtout un
pays essentiellement agricole, il ne doit jamais n6gliger cette par-
tie de la nation.
Aussi, est-ce avec bonheur et admiration que j'entends tou-
jours parler de l'Agriculture par les hommes qui, dans notre
pays et pour notre pays, reconnaissent l'importance de cet art.
L'un deux disait, entire autres choses vraies, il n'y a pas bien
longtemps :
R Chez tous les peuples, l'Agriculture a toujours et6 et est
F I'objet de la sollicitude des pouvoirs publics. En Chine, le Fils
a du Ciel ne dedaigne pas, chaque annee, d'aller tracer un sillon
e dans un champ, faisant comprendre ainsi a ses quatre cent
a vingt-cinq millions de sujets que cet art est le plus noble et
Sle plus indispensable de tous. )
Un autre disait, a la mime 6poque, le mime jour et peut-6tre
a la meme heure precise :
(( L'Agriculture, dans tous les temps, chez toutes les nations,
c a toujours t6B la puissante impulsion des peuples ; seule, elle










--9 -


a a fait la prosp6rit6 des nations civilis6es; et par elle, nous
( aussi, nous devons 6tre prosperes.
Ce qui augmente la satisfaction qu'on 6prouve h lire ces lignes
qui sont I'expression exacte de la v6rite, c'est qu'elles 6manent
de deux de nos autorit6s civiles appelees a s'occuper, durant
tout le course de l'ann6e, de 1'6tat de notre agriculture.
En effet, le passe et le present t6moignent que I'agriculture est
le plus noble et le plus indispensable de tous les arts, que, seu-
le, elle a fait la prosperity des nations civilisees.
Ce n'est pas seulement corime science, comme industries que la
preponderance de l'agriculture se fait sentir, mais surtout com-
me 6elment social. C'est dans elle que les classes pauvres d'une
nation puisent leur force ; c'est dans ce sol qu'elles appellent
Patrie, qu'elles aiment, qu'elles d6fendent et auquel se rattachent
leur existence comme leur nationality que sL trouve leur vi-
talite.
Sur ce point, interrogez l'histoire de tous les peuples, elle vous
dira que c'est la culture de la terre et les sentiments qu'engendre
la propri6td, principalement celle du sol, qui ont fond6 ces
grands int6rits et ces rapports constants entire les divers mem-
bres d'une society et realis6 ainsi ces solides agr6gats qu'on nom-
me nations. En un mot, dans tous les pays, c'est I'agriculture qui
a toujours dirig6 et sauvegard6 la civilisation.
Nulle part nous ne trouverons une preuve plus certain de tout
cela que dans notre propre pays.
Effectivement, de tout temps nous avons constat6 que l'agricul-
ture est le principal resort de notre systeme 6conomique. D'un
bout 6 I'autre de notre territoire, il n'y a qu'une commune voix
pour chanter ses bienfaits.
Elle fournit A l'industrie locale comme a l'industrie 6trangBre
une forte portion des matires premieres que celles-ci manufac-
turent. Au commerce, elle donne toutes les marchandises qu'il
rdpand a l'int6rieur, qu'il change ou export. Tous lui doivent
leur banane, leur viande, leurs legumes, leurs fruits, leurs bois.
C'est elle aussi qui va jusqu'au dehors nous chercher notre pain









- 40 -


et notre vin. C'est elle qui entretientla fortune publique. Elle ab-
sorbe tous les int6r8ts dans les siens. En un mot, toute Haiti ne
vit que par I'agriculture qui est en quelque sorte Haiti entire.
Par necessit6, nous sommes un people de cultivateurs.
Cependant, I'agriculture, a une 6poque quelconque, a-t-elle
jamais eu, dans notre pays, toute la sollicitude qu'elle merite?
Malheureusement non. Et en raison de son indispensability pour
Haiti, on ne s'explique vraiment pas I'oubli par trop ingrat dans
lequel elle y est tombde depuis des annees.
Quand on jette un regard sur certaines branches de l'activit6
humaine qui ont d6ji pu s'acclimater dans nos villes, on les
voit grandir d'une facon merveilleuse, grace A la facility avec
laquelle elles rencontrent des encouragements de toutes parts, des
simples particuliers comme des pouvoirs publics.
Pour I'agriculture, au contraire, on parait ne pas vouloir s'im-
poser m6me des sacrifices! Ne la laisse-t-on pas, en effet, crou-
pir dans la tradition et demander ses lois a l'aveugle hasard ?
Incontestablement, jusqu'ici nous n'avons altendu son perfec-
tionnement que de la routine A laquelle nous confions le soin de
regler l'exercice et l'enseignement de ses progres. Tout ce qu'elle
m6rite d'attention est, depuis longtemps, comme phrase, pass
en banality. Oui, toujours, en d6pit de nos phrases convention-
nelles qui declarent I'agricullure le plus utile et le plus noble
de tous les arts, toujours et presque partout elle a W4t d6laiss6e,
tandis que toujours et partout, des choses vraiment inutiles, com-
parativement a elle, ont constamment trouv6 un aide constant et
soutenu.
D'ailleurs, notre plus grand d6faut a sans cesse Wbt de donner
peu d'attention A tout ce qui a un caractere d'intir6t g6n6ral, par-
ce qu'alors il ne s'agit pas de faire une faveur a tel ou tel indivi-
du. Certes,nous ne pratiquons pas encore ce principed'economie
politique qui veut que l'agriculture soit la premiBre de toutes
les industries, puisque toutes les autres tirent d'elle leurs princi-
paux 6elments.
Non, nous ne paraissons meme pas penserA l'existence de cette










- 11 -


vdrit6 6conomique, car de plus enplus la culture des champs, chez
nous, ne recueille que d6dain et mepris.
Dans notre pays, pour caractdriser le degr6 de nullit6 intellec-
tuelle de quelqu'un, ne dit-on pas qu'il n'est bon qu'A cultiver la
terre? ce qui signifie que 1'agriculture est I'art le plus facile du
monde et le travail agricole la plus vile des professions.
La suite nous montrera que c'est l1 une profonde erreur et un
tres funeste prijug6. C'est un tres funeste pr6jug6, car c'est grace
A lui que, des le d6but de notre histoire, nous voyons notre po-
pulation rural se trainer haletante et honnie ; trop heureuse
lorsque les tributes des gens de nos guerres civiles ne la redui-
sent pas h la mendicit et A la faim.
I1 suffit de jeter un rapid coup d'ceil sur 1'4tat de nos campa-
gnes, pour se convaincre de tout ce que je dis ici. Commen-
Sons par l'irrigation.

If

Irrigation.

On sait qu'a l'6poque colonial, il existait des canaux convena-
blement 6tablis et qui facilitaient I'irrigation de toutes les habi-
tations rurales qui se trouvaient privies d'eau, par le fait de la
nature.
Quelque temps aprbs la guerre de 1'independance, sous le gou-
vernement du president Royer, notre proced6, en matiere d'irri-
gation, 6tait le suivant, que nous rapporte l'auteur d'un M6moire
sur 1'6tat d'Haiti en 1835, Memoire don't nous aurons plus d'une
fois h parler : a Cette visit m'ayant fourni l'occasion de connai-
a tre pour la premiere fois les anciens procdds d'irrigation, j'en
a donnerai ici une description ...... A 1'endroit oh les hauteurs
a qui dominant la ville de Dessalines s'abaissent et se confondent
a insensiblement avec la plaine, le chemin passe le long du lac
a de l'Ester...... On n'a pas voulu que les jardins des plus pau-
a vres attendissent apris les pluies piriodiques; et les sources
a de la montagne, qui seraient tombies dans le lac par des d6fi-









- 42 -


c 16s stWriles, ontt60, au moyende rigoles et de conduits, appli-
a qu6es A 'irrigation. )
A l'Arcahaie. a La bont6 du sol attira l'attention des colons fran-
c cais. qui entreprirent d'y 6tablir un systeme d'irrigation a une
a 6poque oi les quatre rivieres des Matheux, de l'Arcahaie, des
a Bretelles et du Boucassin, depuis un grand nombre d'ann6es
a quedurait la domination europ6enne, n'avaient vers6leurseaux
a qu'A travers des campagnes nues et improductives. Au moyen
a d'une judicieuse distribution de ces quatre course d'eau, et du
a travail force d'une nombreuse population, cette aride solitude
a se change en un magnifique jardin...... Quelque consid6ra-
a bles que fussent les travaux faits par les colons pour ame-
a ner des rivieres qui traversent ces planes l'eau n6cessaire pour
a la culture, le proced6 en etait extr6mement simple, et les ou-
a vrages trbs peu dispendieux. Lorsqu'on avait tire un course
a d'eau suffisant, qu'on prenait dans la montagne et A la source
a meme de la rivibre, on creusait un large chenal au point d'in-
a tersection de deux lignes des propridtes; ce chenal, partant des
a hauteurs et finissant au bord de la mer, 6tait destined recevoir
c les eauxqui descendaient A des intervalles determines par la dis-
a tance de chaque plantation du'principal bassin; on construisait
a en maconnerie un petit reservoir, appele bassin de distribution,
a oh les eaux s'amassaient et se divisaient ensuite par de petites
a rigoles dans la direction de chaque propriety. La dimension de
a chaque rigole 6tait calculee proportionnellement a la surface
a de la plantation qu'elle devait arroser. A 1'embouchure du r6-
a servoir et h des distances d6termin6es, ataient ajust6es des au-
a ges carries, en pierre, pour partager I'eau en measures cubiques,
a suivant la quantity allouee a chaque plantation. La surveillance
a publique ne s'6tendait que sur les chenaux qui amenaient 1'eau
a sur la lisibre de chaque propri6te; lh, le propri6taire 6tait
a maitre de distribuer ses eaux comme il l'entendait, et suivant
a les besoins de son systeme de culture. Dans les propriet6s si-
a tuees sur les hauteurs, et qui poss6daientdes course d'eau suffi-
c sants, il y avait des aqueducs qui amenaient une chute pour les










- 13 --


a moulins A sucre; mais dans cells du centre de laplaine, oi la
a descent des eaux n'etait pas regulibre, et oh I'on 6tait force
a de manoeuvrer les moulins avec des animaux, on so contentait
a de distribuer I'eau qu'on recevait au moyen detranch6es ou de
a rigoles. Il y avait des proprietaires qui recueillaient d'abord leur
a eau dans des citernes de 200 pieds de long, sur 8 A 10 de large;
a ils les abritaient sous des touffes de bambous ou autres arbres h
a feuillage 6pais, pour les empicher d'Atre taris par la chaleur
a du soleil, et ils s'assuraient ainsi une resource pour tous les
,a besoins qui [pouvaient survenir. 11 y en avait d'autres encore
( qui arrivaient au m6me but en payant cherement un nombre
a de pouces cubiques d'eau plus considerable que celui qu'ils
a avaient droit de recevoir du reservoir general. )
Ainsi done, au moment oi nous devenions propri6taires de
l'ancienne colonie franchise, le systeme d'irrigation usit6 dans le
pays 6tait tout a fait 616mentaire, encore n'etait--il pratique que
sur certain points du territoire, car beaucoup de terrains qui
pouvaient, grace A leur fertility naturelle, augmenter consid6ra-
blement le rendement de I'agriculture, 6taidnt A peine habits,
par suite du manque d'eau durant une majeure parties de l'ann6e.
S'est-on deja occupy en Haiti de 1'6tablissement d'un system
perfectionn6 A la place de celui don't nous venons de lire la des-
cription ? II n'en a jamais 4t0 question.
M6me I'ancien procede, si imparfait qu'il soit, n'existe plus
que dans quelques-unsdes endroits rares ohil avait 6td 6tabli des
le principle. La guerre avait presque tout an6anti. Nous sommes,
jusqu'h ce jour, A d6plorer l'abandon de terrains autrefois tres
productifs; et leur d6laissement n'a pour d'autre motif que le
manque d'eau mime potable ?
Voici ce que content le M6moire en question, relativement aux
terrrains avoisinant les c6tes de l'Arcahaie: a Avant que ces
a planes r6compensassent par une abondance si extraordinaire les
a Sueurs de l'industrie des cultivateurs, la v6g6tation spontanee
a et indigene y 6tait fort peu de chose. Les plants qui les cou-
a vraient 6taient plutbt ligneuses qu'arborescentes. Les riants









- 14 -


a jardins qui les remplacrent dans la suite, 6taient arros6s par
a des eaux qui ne tarissaient jamais. Mais aussit6t que la popu-
a lation s'en fut retiree (A cause des devastations des armies de
a Christophe et de P tion), les canaux ne tardlrent pas A etre
n obstru6s par les plants don't ces memes canaux favorisaient
la pullulation; l'arbre fruitier et I'herbe m6me p6rirent faute
a des soins et de l'humidit6 salutaire, qui les avaient, on peut le
a dire, cr6~s sur un sol si ingrat; la terre abandonnee de nou-
a veau A sa sterilit6, sous les feux d'un soleil bralant, pros d'une
a c6te oil les brises de mer sont faibles, rares et inconstantes, au
a pied de montagnes don't A peine un nuage visit a de longs in-
a tervalles les rides rochers, s'est durcie comme la pierre, ou
a s'est pulvdrisbe, et le tout est devenu un inculte desert. Les
pluies p6riodiques qui seules I'humectent aujourd'hui s'6vapo-
rent rapidement......
a Nous avons vu qu'ici toute l'agriculture depend exclusive-
a ment de l'irrigation, et que les longues s6cheresses qui, dans
a ce district plus que dans aucun autre de lile, succedent aux
a pluies periodiques, rendent les moyens artificiels absolument
( indispensables, pour en fertilizer les campagnes. )
Le fait regrettable que nous signalons ici, existe-t-il encore a
1'Arcahaie ? I1 ne nous est malheureusement pas possible de citer
une scule measure prise, depuis, par nos gouvernements, en vue
de rem6dier A cet 6tat de choses. Au contraire, les recits de tous
les Haitiens qui ont visit ce point de notre pays s'accordent pour
se lamenter sur le sort des habitants de 1'Arcahaie, sous le
rapport de I'irrigation de leurs champs.
Et ce que nous disons de l'Arcahaie peut se rip6ter pour
plusieurs autres points du territoire.
D'ailleurs, comment s'6tonner A cet 6gard, lorsqu'on constate
qu'A quelques pas de la capital, de la ville de Port-au-Prince,
il se trouve de vastes terrains oh s'6levaient jadis des jardins de
la plus luxuriante vsg6tation et oh s'etendent aujourd'hui
d'immenses savanes, abandonnes qu'ils sont, toujours par suite
du manque d'eau !












Dans un tableau present au Chef de 1'Etat, on 1840, par le
commandant de la commune de Port-au-Prince, on peut remar-
quer, entire autres observations, celle-ci : a Section des Varreux,
capitaine Gal. ( II existed un petit nombre d'habitations dans
a cette section qui sont abandonnees par le manque d'eau, etc. ,
Outre un nombre considerable de nos terres reconnues d'une
grande fertility, mais maintenant delaissles, toujours h cause de
1'absence d'eau, combien nombreuses sont meme nos villes, et
des plus importantes de la RPpublique, qui se trouvent priv6es,
au moment oh nous parlons, de cet 6elment des plus indispensa-
bles a existence I
Pour avoir l'eau n6cessaire a leurs besoins journaliers. les
families se voient obligees d'en envoyer chercher a une riviere
situle parfois a plus de deux lieues de la ville qu'elles habitent.
IIeureux est l'homme de peine, quand un ine lui 6pargne de
fair le trajet A pied.
En presence de tels faits, celui qui ne connait pas Haiti serait
naturellement conduit A dire que cette terre est inhabitable,
puisqu'elle ne possede pas l'un des e16ments indispensables a la
vie. Erreur! Et c'est ici que 1'on voit, avec le plus strange
contrast, l'imperitie de la plupart des homes qni ont jusqu'ici
gouverne ce pays.
a L'ile d'Haiti est g6n6ralement tris montagneuse et entre-
a couple de vall6es profondes. Deux chaines de montagnes et
a leurs ramifications forment dans l'ile cinq principaux bassins
a de rivieres. Outre ces rivieres, qui sont navigables dans une
a grande parties de leur course, et qui 6tablissentune communica-
a tion facile entire les c6tes et les habitations de l'int6rieur, on
a voit partout descendre des montagnes une multitude de riviBres
a don't les unes appartiennent aux cinq bassins principaux, et
a les autres se prlcipitent dans la mer. .
a Au reste, comme dans tous les pays situ6s entire les tropiques,
a l'annee se divise en deux saisons : cell des pluies et celle de
a la s6cheresse. La premiere est ordinairement dans toute sa
a force aux mois de mai et de juin; I'eau tombe alors par
3


- -15 -










- 46 -


a torrents, et les ruisseaux, souvent taris dans la secheresse, se
a gonflent et inondent la champagne ).
Relativement a ces inondations, un de nos compatriots
6crivait, en 1874, les lignes suivantes :
( II faut jeter des points sur ces rivibres qui, dans les grandes
a crues, interrompent les communications, oh se perd une parties
a de la petite recolte qui se fait encore, et oh se noient chaque
a annie bon nombre de voyageurs et de cultivateurs allant dans
a les villes avec leurs products. )
Ainsi, tandis que des populations entieres fuient certain points
du pays, chass6es par la s6cheresse, sur d'autres points, des
rivibres, sans digues, nuisent A des champs et A des villes qu'elles
inondent et ravagent p6riodiquement. On laisse faire avec apathie;
puis, quand quelque catastrophe vient jeter la consternation
parmi nous et d6vorer quelques millions, on est 6mu, on pousse
des cris, on r6pite des lieux communs. Alors, les gens pratiques
de dire qu'en d6pensant une some bien inf6rieure aux pertes,
on aurait pu les pr6venir depuis longtemps.
Certes, des catastrophes se produisent chaque ann6e. Les plus
terrible, peut-6tre, furent celles qui current lieu de 1877 A 1878.
A cette occasion, on a beaucoup d6plor6 les pertes du pays, au
palais de la prisidence, sans parler de tout ce qu'il y a eu de
lamentations tant dans les sales des ministries qu'A la Chambre
des d6put6s et au Senat.
Des rapports avaient 6t6 faits sur la situation de tous les
points oh les eaux, d'ordinaire en abondance, avaient occasionn6
des d6vastations presque irr6parables.Cependant,A la suite de ces
sinistres et de ces rapports aucun systhme n'a 6et adopt, aucune
impulsion n'a Wte donnee, et l'on s'est borne a faire partout des
reparations partielles qui, au dire do tous nos experts, n'ont servi,
A cause de leur dtfaut d'ensemble, qu'A rendre les effects des
nouvelles inondations plus desastreux que ceux que I'on cons-
tatait auparavant, apres chaque d6bordement de ces eaux.


'. L. Tenr&.











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Pour 6tre convaincu qu'aucune measure preservative s6rieuse
n'a Wte prise apres ces dcplorables 6vinements, on n'a qu'h com-
pulser quelques num6ros des journaux de Port-au-Prince.
Ainsi, on peut lire, dans le journal a L'Avenir National ), nu-
m6ro du 19 mai 1888, I'entrefilet qui suit :
a La fin du mois dernier a Wtr marque, parait-il, par de vB-
, ritables inondations dans l'arrondissement de Fort-Liberte.
a Nous recevons a cc sujet des renseignements qui nous indi-
( quent que les habitants ont subi de grandes pertes de culture
i et de bestiaux. Sans le fossil don't le g6n6ral Turenne Jean Gil-
( les a eu la bonne idee d'entourer la ville, celle-ci n'aurait pas
non plus Wte 6pargn6e D.
Iluit mois apres, le 19 janvier 1889, le journal a La VWrite a
s'exprimait dans les terms suivants ; t il s'agit ici de l'une des
plus importantes villes de la R1publique, de la ville des Cayes.
a La grande question, le sujet de toute conversation est I'endi-
a guement de la Ravine du Sud.
( En 1886, A la suite d'une inondation qui 6mut le gouverne-
a ment lui-meme, celui-ci conduisit sur les lieux le corps des
( inginieurs qui indiqua le travail necessaire pour preserver la
a ville et les champs exposes aux inondations. Les grands per-
a sonnages intervinrent et firent agreer les plans et devis d'un
a entrepreneur qui promit de dresser des barrages aux points
a oh la Ravine avait change de direction et de lui donner un
a troisiBme lit d6finitif, et cela a bon compete. Les ing6nieurs de
l 1'I~tat consults repondirent que ces barrages ne pourraient
a jamais supporter plus de deux fortes inondations. On passa
( outre a cette declaration; et les barrages furent emportds a la
a premiere crue et la Ravine inonda encore la ville.....
( Cette riviere est la desolation et la ruine de cette ville, etc. n
Je pourrais citer plusieurs localit6s autres que Le Fort-Libert6
et Les Cayes qui n'ont pas eu et qui encore n'ont pas moins a
supporter presque p6riodiquement les d6gits qu'occasionnent les
eaux don't elles sont environnies.
Nonobstant, nos agriculteurs, comme les habitants de ces vil-










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les, payment des sommes considerables A l'Etat. Ce sont eux qui
entretiennent une sorte d'administration des ponts-et-chaussees
qui existe dans le pays et un gouvernement centralis6, cofiteux
qui sont charges d'assurer la s4curit6 de chacun. Tout le monde
sait que la security de l'agriculteur surtout depend des travaux
A faire dans les mornes et dans les planes. Ces travaux ne sont
pas encore ex6cutes. Nos agriculteurs sont done sans cesse expo-
s6s A voir des inondations emporter leurs maisons, noyer leurs
bestiaux, d6truire leurs recoltes, aneantir en un jour le resultat
de tous leurs efforts de plusieurs mois. Les d6gAts accomplish, on
distribuera des secours,au moyen de credits extraordinaires qui,
rapportassent-ils des milliers de piastres, ne couvriront jamais
les pertes subies.
Telle est la situation de notre agriculture, en ce qui concern
l'irrigation.
Jusqu'a ce jour, nos administrateurs n'ont su ni pr6venir ni
r6parer les effects de ces cataclysmes. Us ne front pas mieux
tant que leur politique ne sera pas etablie sur des principles au-
.tres que ceux qu'ils pr6conisent jusqu'a present.
Pour nous r6sumer sur cette question, nous dirons : pas d'en-
diguements serieux. On fait des barrages plus ou moins impuis-
sants, mais pas de plan d'ensemble.
Pour ce qui est de l'irrigation, nul plan non plus. Beaucoup
de terres fertiles ne parviennent a 6tre mises en valeur que
grace aux eaux de pluie recueillies dans des citernes qui se si-
gnalent par leur caractere absolument primitif.
Pour ces terres, a lorsque le temps reste au beau quelques
a jours, autre misere, les eaux s'6vaporent et le sol maintenant
( est covert d'une couche 6paisse de poussiBre, inconvenient
( grave,' .
S'il n'existe pas, dans notre pays, de plan d'ensemble pour
une question comme celle de I'irrigation, A plus forte raison n'y
en a-t-il pas pour ces deux autres questions se rapportant au


I L'Avenir National, 4 f6vrier 1888.









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regime hydraulique, I'usage des rivieres cbmme moyens
de communication et comm'e force motrice. En effet, tandis que
nous avons un besoin excessif de forces motrices, nous laissons
se perdre dans les profondeurs de l'Oe6an des milliers de che-
vaux-vapeur qui sont gratuitement a notre disposition.
Mais avant d'aborder la question des moyens de communica-
tion, jetons un regard sur nos instruments aratoires.

III

Instruments aratoires.

Relativement h la production agricole, il existe deux modes de
culture: la grande et la petite.Dans la grande culture nous rangeons
celle du cafe, du coton, du cacao, de la canne h sucre et d'autres
products similaires. La petite culture embrasse les products des-
tines A l'alimentation.
Dans tous les pays, il n'est point d'exploitation agricole qui
n'ait ses bonnes et ses mauvaises recoltes, mais alors que dans
ces pays les mauvaises sont des exceptions, dans le n6tre elles
constituent au contraire la rbgle.
Des statistiques dresses par des hommes dignes de la plus
grande confiance montrent que la tendance de la force produc-
tive de notre richissime Haiti est, depuis longtemps, A la decrois-
sance.
D'oi provient cette d6croissance ?
Incontestablement, elle vient, en parties, de la negligence avec
laquelle la culture du sol est soignee, negligence qui est la con-
sequence du manque d'un outillage convenable. N'est ce pas une
honte pour nous d'entendre des strangers dire que les seuls ins-
truments aratoires employes par nos cultivateurs sont encore la
houe, la pioche et la manchette ?
Cette absence d'un outillage perfectionn6 est un obstacle des
plus funestes a la production, au point de vue de la quality et
sous le rapport de la quantity, ce qui devait n6cessairement en-









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trainer des pertes consid6rables pour nos cultivateurs et pour la
nation entire.
En ce qui concernela quality, voici, par example, pour la pr6-
paration du cafe, ce queM. S. Saint-John, debien tristem6moire,
a ec rit dans son livre, parfois trop partial, sur Haiti: ( Malgr6
lt 'excellence du caf6 d'Haiti, sonprix, sur les marches, est g6n6-
a ralement has. 11 faut en chercher la cause dans le peu de soin
( avec lequel on le traite. Tantot on le ramasse a la hate, mfr ou
Snon ; tant6t on le fait secher sur le sol nu, sans s'occuper de
i l'6tat du temps. a
A ce sujet, on peut lire dans l'Expos6 general de la situation
de la RNpublique, pour I'annee 1888, le passage qui suit :
a Les pluies de l'annee out eu dans plusieurs localities, une
a ficheuse influence sur la quantity de caf6 qui a fait l'objet des
a premieres livraisons. Mis en sacs avant d'avoir Wte suffisam-
a ment sechis, ils se sont alters et ont etW deprecies sur les
a marches strangers pour vice propre .)
a D'autres fois, pursuit M. Saint-John, on met le caf6 en tas
a avec des feuilles, de la poussiere et des petits cailloux. )
Quelques temps apres, en 1887, un stranger de passage en
Haiti, en 1886, confirmait ainsi les paroles de M. Saint-John :
( Le speculateur, pris d'assaut, n'a pas toujours le temps ni
a la place n6cessaire pour la verification de la quality et repasse
a a son tour le paquet a l'exportateur tel quel, et dans le
a meme 6tat. a
( Ce dernier, enfin, ayant le plus souvent des premises pres-
a santes A faire en Europe, n'achetant le caf6 que pour I'embar-
Squer sur le premier steamer en charge pour le Havre prin-
a palement se borne, tres en hAte, a transvaser la five dans
a des sacs neufs, puis expedie sans autre forme de process. )
a Et I'acheteur europeen qui connait d'avance et par expe-
a rience ce don't il retourne, tout ce que recouvre cette toile
a neuve et immaculee etablit pour les sacs de cafe d'Haiti un
a course non pas seulement inferieur au course de toutes autres
a marques,mais encorenotoirement au-dessousde ce que repre-










- 24 -


asente r6ellement ce cafe, une fois d6gag6 des detritus qu'il
a content.
a Une double depreciation frappe done chaque sac de caf6, et
a vous devez penser sur qui cela va retomber; que c'est en
a some le producteur lui-meme sur lequel les interm6diaires
a vont faire peser tout le poids du cofit du fret, de l'assurance
a et des droits divers et considerables qui frappent A la sortie
a d'Haiti, et A l'entr6e en Europe, les sacs de cafe de toutes
a provenances, et plus sp6cialement pour les sacs d'Haiti, la
Sterre et les pierres qui concourent au poids total.
( Un des prId6cesseurs du ge4nral Salomon, pres duquel
a quelques families faisaient valoir les inconv6nients d'un pa-
a reil 6tat de choses, fut tellement 6branl6 que, stance tenante,
a un decret se trouva l6abor6 et redig6 lequel r6glementait le
a mode de trituration de la fAve et prohibit dans tous les ports
( de la R4publique tout embarquement de caf6s qui ne se pre-
a senteraient point dans les conditions requises. Mais au moment
a oh le chef de l'Etat allait apposer sa signature au has de 1'or-
a donnance, il fit un soubresaut et rejeta la plume:
( Mais, mon cher, s'6cria-t-il, vous alliez me faire com-
a mettre une b6tise I Et les finances de l'Etat, vous n'y avez pas
a song I Ne sentez-vous done pas que vous allez me faire sacri-
a fier le tiers au moins de nos resources ? Les pierres payment,
a qu'elles continent done A payer. Ce n'est certes pas moi
a qui les d6greverai...... Quoi qu'il en soit, la marque
a d'Haiti faisait peu apris un bond en arribre de 40 o/o de sa
a valeur moyenne ; c'6tait le moment oh les arrivages de cafe se
a presentaient, presque tous, sur le marched admirablement
a traits la transformation s'etait faite un peu partout, d'une
( annie A l'autre. Haiti seule avait gard6 son immobility tradi-
(( tionnelle. ) 1
Ces paroles ne sont, helas ; que trop vraies, surtout, sous le
rapport de la methode de preparation employee par nos cultiva-
teurs qui travaillent sans I'aide d'aucune machine Et quel temps


I Haiti en 1866. P. DelBage.









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long cette methode n'exige-t-elle pas. Aussi quelle perte consi-
ddrable leur fait eprouver le moindre retard mis dans la livrai-
son de leur r6colte !
A ce propros, nous reproduirons ici un extrait du journal
Le People, relativement a la proposition faite par M. Julien
en 1888, ayant pour but d'introduire dans nos campagnes une
machine a d6cortiquer le cafe.
a Nous sommes done bien inspires en preconisant le project
a Julien, ce qui est arrive au producteur justifie ce que nous
a avancons. II est certain que, si ces moulins a d6ceriser 6taient
a mis en pratique dans toute la R6publique, depuis le temps
a qu'il en 6tait question, nous n'aurions pas eu a enregistrer au-
a jourd'hui un chiffre aussi 6lev6 au prejudice de nos produc-
a teurs de cafe, par le retard qu'ils ont a livrer entierement
a leur r6colte de 1887, tandis que les autres pays produc-
a teurs ont profit des prix tres Blev6s. Ce retard de livraisons
a par le producteur, a 1'6poque des hauts prix, ne peut avoir
a d'autre raison que le manque total d'appareils chez 1'habitant
a producteur, pour preparer promptement son caf6, et le livrer
a en temps opportun......
SNous allons essayer de d6montrer oi va a peu prts ce que
a nos producteurs auraient pu retire de profit en plus de la li-
a vraison entire de leur r6colte de caf6 de 1887, A une 6poque
a favorable au lieu d'6tre en retard.......
(...... et pour donner une idee oi l'impr6voyance peut nous
a amener, nous nous servirons d'un chiffre tres probable pour
( la r6cmlte du caf6 en 1887, bien qu'on nousaffirme que cette rB-
a colte atteindra un chiffre plus 6lev6 que 70 millions de livres
a de caf6 d6cortiqu6, mais par le peu de soins qu'on donne A
a nos caf6iers, et leur delaissement apres chaque recolte, pour
a etre autant que possible dans l'exactitude, nous prenons
a approximativement par example, le chiffre de 70 millions
a de livres, pour la r6colte de 1887, afin de fixer la perte
c de Phabitant producteur de cafe, pour n'avoir pas livr6 son
a caf6e temps. Si la recolte n'est pas plus abondante que 70









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a millions (restons done, dans 1'6valuation du journal Haiti
a Commerce avec ces 40 0/o de caf6 pil et en coque encore
c dans les mornes). Nous constaterons, au dire d'Haiti Commerce,
a qu'au 22 f6vrier dernier, nous avions encore dans les mor-
a nes, 28,000.000 de livres de caf6 qui, au lieu d'avoir Wt6 vendu
a 10, II et 12 piastres les 100 livres par le producteur, se li-
a vrent A des prix bien au-dessous; cependant ces hauts prix se
a sont maintenus assez longtemps, de facon h permettre aux pro-
a ducteurs de livrer au commerce la r6colte entire de 1887. Au-
a jourd'hui, au lieu de ces hauts prix,le producteurn'obtient que
a 8 piastres pour 100 livres de cafe, et nous ne savons oh c ira.....
a Quelle estlaperte r6elle qu'ont dja subi nos producteurs, de 10,
a 11el 12 piastres a 8 piastres? arretons-nous seulement entire
Sla difference des prix passes, a celui actuelde8 piastres les 100
a lives. Nous trouvons un cart assez sensible dans ces prix,
a nous trouvons en moins une moyenne de 3 piastres par 100 li-
Svres de cafe, au prejudice du producteur, partant, un deficit
a general a constater sur les 28.000.000 de lives de caf6 dans la
a r6colte de 1887, non livr6es h temps.
a Ce qui amoindrit la fortune des habitants producteurs de
a 800,000 piastres en chiffre rond d'une part, et de I'autre,
a voyons le profit qu'aurait retire le commerce en general, si
( les 28 millions de livres de caf6 avaient 6t6 livr6es a l'6poque
a voulue...... Si par example, ces 28 millions de lives de cafe,
a au lieu d'6tre encore dans les mornes, avaient 6te livr6es au
a commerce au mois de janvier dernier, ces caf6s indubitable-
a ment auraient d6ja 6et exp6di6s ou vendus a livrer a l'6tran-
a ger, a l'6poque de ces prix favorables ; et, supposons, chose
a tres probable, que ces cafes, vendus encore a la hausse h 1'6-
Stranger, a un centime seulement de profit par livre pour nos
( exp6diteurs sur 28 millions de lives. C'est bien 280.000 pias-
a tres de plus qui seraient d6ja a l'6tranger au credit de notre
Commerce. C'est done une perte 6vidente pour l'int6rit com-
a mun ; cela, pour ne pas s'6tre occupy s6rieusement a temps
a pour changer un mauvais syst6me, contre un meilleur, avan-
a tageux au pays......










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a Nous sommes autoris6s pour parler ainsi, car parmi les pays
a producteurs de caf6, Haiti est le seul de ces pays, qui a encore
a chez lui autant de caf6 de la r6colte de 1887 ; tandis que les
a autres pays ont, presque en totality, livr6 toute leur recolte de
c 1887, sur les marches europiens. Cependant, les cafes d'Haiti
( auraient pu 6tre les premiers rendus sur les marches ext6-
r rieurs, puisque nos r6coltes sont plus precoces que cells des
autres pays producteurs. Ce retard est done dMi aux embarras
Sde nos producteurs par la preparation de ce produit .....
( Et dire qu'en plein mois de mars, nos habitants sont encore
d employer leur temps a la preparation du cafe, 6poque A la-
c quelle chaque producteur devrait consacrer ce temps A sa cul-
o ture, aux soins a donner a ses cafeiers, apres leurs produc-
Stions.
(( Comment pourrait-on qualifier nos braves paysans d'incons-
( clients de l'emploi de leur temps aux travaux agricoles, puis-
a qu'ils ne sont pas A meme de faire autrement i
Mais ici ne se bornent pas les imperfections qu'il faut signaler
dans nos exploitations agricoles. I1 y a aussi les deux importan-
tes questions des voies de communication et des moyens de
transport.
La encore, nous sommes pris en flagrant delit de routine; lh
encore,on constate que nous sommes dans l'enfance de l'art agro-
nomique.


IV

Voies de communication.

Quand on regarded ce qu'il rest A faire dans notre pays, on ne
peut point s'empecher d'avouer qu'il n'y a rien de fait ou, tout au
plus, qu'il y a bien peu de choses faites.
La bonne exploitation des terres incultes, bois et forts, comme
celle des terres cultivwes,jardins, ne depend souvent que d'am6lio-
rations bien simples, bien faciles a executer, dans un pays conve-












nablement organism et serieusement administr6. Parmi ces am6-
liorations, il faut classer en premiere ligne les moyens de com-
munication.
En ce qui regarded les moyens de communication, il imported
d'6tablir une distinction et de dire qu'il y a les voies de commu-
nication et les moyens de transport. Parlons d'abord des voies de
communication.
Sans des voies de communication en quantity suffisante : a l'ou-
vrage ne s'accomplit pas, le journalier ne trouve pas a utiliser
a sa force et A gagner son pain, et d'un autre cot6, le cultivateur,
le manufacturer et le marchand manquent de d6bouch6s pour
leurs products ).
Personne, en Haiti, n'ignore cette v6rit6. Si les voies de com-
munication sont d'une utility incontestable, pourquoi done,
depuis longtemps, en laisse-t-on nos campagnes d6pourvues
presque partout ?
Au moment oh je parole, l'insusffiance de nos voies de commu-
nication est universellement reconnue plans notre pays; et il serait
superflu d'employer beaucoup de paroles pour le d6montrer.
Les preuves de cette insuffisance ne manquent pas. Malheureu-
reusement, on oublie trop que c'est a elle que doivent 6tre en
grande parties attribu6s le ch6mage du sol et la modicit6 du ren-
dement d'un grand nombre de nos propri6tes rurales.
A tout moment et partout nous entendons nos cultivateurs se
plaindre du peu que leur rapportent leur travaux. Et il ne peut
en etre autrement, car le pays ne dispose pas des moyons qui
permettraient de leur porter efficacement secours.
Ainsi done, I'insuffisance de nos voies de communication exerce
une influence considerable et funeste sur la force productive de
notre pays.
Mais, ce n'est pas tout d'6tablir des routes ; il faut aussi les en-
tretenir.
Les chefs d'Etat qui ont jusqu'h ce jour administer Haiti, n'ont-


i M. Chevalier. Intedrts matdriels en France.


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ils pas trouv6, quand ils ont pris les renes du Pouvoir, le peu de
routes que nous avons dans le plus grand d6labrement, tandis
que nos rivibres sont encore telles que les a faites la nature? -
Et s'en sont-ils jamais occupy d'une facon s6rieuse.?
En remuant I'histoire du people remain, si les travaux d'ad-
ministration don't nous retrouvons les traces prouvent que ce peu-
ple 6tait pass maitre dans l'art de construire les routes, les t6-
moignages de nombreux auteurs latins nous montrent au con-
traire qu'ils 6taient fort en retard en ce qui concern l'entretien
de ces voies publiques.
Martial nous apprend que la voie Appienne 6tait dans un tel
6tat que a les voyageurs, cahotes, jets dans la boue, y etaient
( comme en croix ). S6nbque a son tour pretendait que les ca-
hots 6taient tellement forts qu'ils donnaient le mal de mer.
Eh bien, nos routes et chemins ne sont pas autrement. S'ils se
trouvent en mediocre etat pendant trois mois, on peut dire que le
reste de l'annde, ils font le martyre tant des pistons que de ceux
qui circulent sur des animaux ou en voiture.
En effet, dans la saison des pluies, ces routes sont si defoncdes,
les ornieres si profondes, les boues si gluantes qu'A tout moment
chevaux ou cabrouets sont obliges de s'arreter au milieu du tra-
jet, d6posant objets et voyageurs l oh ils peuvent.
L'Avenir national disait le 4 f6vrier 1888: a Les pluies qui
Sf6condent le sol sont un grand ennemi du planteur. DBs que
a les ond6es du ciel tombent, il est prisonnier. Les routes de-
a viennent impraticables et se transforment en bourbiers. Im-
c possible de faire l'envoi du plus petit colis >.
Un autre journal, Haiti-Commerce, dans son num6ro du 22
f6vrier 1888, rapporte le fait suivant qui certainement n'avait pas
le moins du monde inquidt6 nos autoritis d'alors. II s'agissait de
materiaux que, pour la reconstruction d'un warf de Port-au-
Prince, le concessionnaire des travaux avait Wt6 chercher & un en-
droit peu 6loign6 dela capital, h la Grande-Plaine: a de super-
a bes pilots, des lataniers de toute beaut&....
Le transport dit le journalist a 6td des plus p6nibles










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a et a dur6 trois jours; queliques cabrouets sont rests dans les
( ornibres, mais les arbres sont arrives ).
Et quelle:est la cause du defoncement continue de ces'chemins
qui sont cependant assez souvent l'objet de reparations ? On n'a
pas besoin d'etre un ancien 6l6ve des Ponts-et-Chaussees, pour
expliquer le fait.
11 m'est plus d'une fois arrive, dans mes promenades a la cam-
gne, d'observer la m6thode g6neralement employee dans l'arran-
gement de nos routes. Tout le monde chez nous salt qu'on met
d'abord dans les endroits oh le chemin est d6fonc6 ou dans les
cloaques d'une longueur de plusieurs metres, ce qu'on nomme
les gros mat6riaux qui sont d'6normes troncons de bois de cam-
peche, de sablier et autres, avcc une addition de branches mor-
tes, de fascines et de quelques pierres de moyenne dimension.
LA-dessus on r6pand de la terre et le tout est recouvert de petits
cailloux.
Des qu'est usee la couche de cailloux qui se trouvait au-dessus
des gros mat6riaux formant le fond de la chaussee, ceux-ci, pa-
raissant A la surface, forment autant d'ecueils, tandis que les in-
tervalles existant entire les troncons d'arbre et les branches mor-
tes, transforms en de large trous, deviennent de v6ritables
casse-cou, meme pour ceux qui voyagent en plein jour.
Deux choses concourent au defoncementde nos routes: d'abord
le choc des roues des voitures et surtout des cabrouets qui, meme
sans charges, present d'un poids inorme; ensuite l'action de la
pluie don't les gouttes tombant parfois avec une force de pe-
santeur presque gale a celle d'une pierre descendant perpendi-
culairementde l'espace sur le sol- finissent a la longue par creu-
ser la terre, apres avoir balay6 les petits cailloux.
Au lieu de pouvoir se rendre par des pentes r6gulibres dans
des foss6s destines a les recueillir, ces eaux pluviales, r6pandues
sur la surface entire de la route, se r6unissent dans des ornieres,
y sbjournent, humectent le sol et en d6truisent promptement la
consistance.
Le chemin 6tant degrad6 sous cette action de la pluie, qu'un ca-










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brouet vienne A y passer, aussit6t l'intensit6 du choc des roues
s'accroit par I'acc6lration de vitesse qu'elles acquirrent en par-
tant du sommet des ondulations pr4sent6es accidentellement par
la chauss6e ou l'accotement, et voila ce chemin devenu de nou-
veau impraticable, si ce n'est pour les pistons; encore faut-il
qu'ils n'aient quelque fardeau ni dans les mains, ni sur les bras
ou sur la tote, autrement, dans un faux pas, la plus grande agility
d6ployee serait impuissante A les sauver d'une chute dangereuse.
Cependant, combien de centaines de piastres ne vote-t-on pas,
toutes les fois qu'il s'agit de r6parer un de ces chemins! 11 est
vrai de dire que c'est la mineure parties de la some allou6e qui
est employee reellement en vue de ces reparations.
Enfin, tous ces faits prouvent que nos voices de communication
sont insuffisantes; qu'ensuite nous n'avons pas trouv6 la solution
de ce problem : avoir, a bon marchI, des chemins en parfait
6tat, au moins pendant huit mois de I'ann6e.
Aussi, sommes-nous d'accord avec le journal L'Avenir natio-
nal, numero du 4 f6vrier 1888, pour dire qu' a il est vraiment
a triste de remarquer que les Exposes les plus optimistes de la
Situation n'ont jamais eu a enregistrer depuis longtemps la
a creation d'un nouveau chemin ou la reparation s6rieuse, dura-
Sble d'une route dejA existante .

V

Moyens de transport.

Nous avons dit qu'A cot6 des voies de communication se ran-
gent les moyens de transport.
Depuis qu'Haiti est tomb6e en notre pouvoir, ses administra-
teurs, quoique ne s'4tant jamais occup6s sdrieusement de nos
voices de communication, ont-ils eu la pensee de doter nos agri-
culteurs de moyens de transport convenables ?
Ici, il.y a une question de logique.
Comme le perfectionnement des moyens de transport estchose










- 29 -


inseparable du bon 6tat des voies de communication, et 1'etat
dans lequel se trouvent ordinairement nos routes 6tant des plus
d6plorables, il est inutile de dire que les moyens de transport,
chez nous, ne sont pas les plus perfectionnes du siecle; et ce qu'il
faut noter d'abord, c'est que ces moyens n'ont jamais cess4 d'etre
les m6mes, depuis la date a laquelle nous avons commence A
6tre les arbitres de nos destinies jusqu'h I'heure oh j'ecris. En
effet, nous lisons dans le M6moire sur Haiti, don't nous avons d6jh
paIrl,. le tableau suivant : a Quant aux habitants de la champagne,
o je n'en connais encore que ce qui s'est offert a mon observa-
ation dans ceux qui viennent au marched. Celui du samedi, qui
a dure jusqu'au dimanche matin, present un concours d'indivi-
dus qui n'ont aucune affinity avec la population agricole des
a colonies a esclaves, si ce n'est celle qu'ils doivent A leur com-
c mune origine africaine......
.( ........ II tait huit heures du matin, quand nous rentrAmes
a au Port-au-Prince, non sans avoir passe a travers une foule de
" gens de champagne, de tout sexe et de tout Age, tous se hAtant
a d'arriver A la ville, pour le march. 11 y en avait qui venaient
a du Mirebalais, c'est-A-dire de cinquante miles, pour vendre
a leurs denrees, et acheter les articles de menage don't ils avaient
b besoin.......,
S........ Ils se servent d'un grand nombre d'Anes bien nourris,
a et de vigoureux chevaux, sur lesquels on les voit venir an mar-
a ch6........... L'Ane. qu'ils appellent la bourrique, est aussi re-
(, marquable par la manibre parfaite don't il est dress, que par
a sa taille et son poil uni et luisant. Comme son extreme utility
q le met A l'abri des mauvais traitements, il n'est ni paresseux,
a ni stupid, ni tetu. On voit des attelages de trois et m6me de
( six trotter sans le secours du fouet ou d'autres moyens d'exci-
station, et A la seule voix du maitre, qui est assis sur l'un d'eux,
1 quelquefois accompagn6 de sa femme place sur un second,
a tandis qu'un troisieme porte son enfant, brilliant de sant6 et
a d'embonpoint. Le nombre de ces animaux doit 6tre immense
a dans l'ile ,.










- 30 -


Ainsi, en 1835, nous voyons nos cultivateurs faire usage de
quelques animaux domestiques, surtout de l'fne,comme moyens
de transport.
Cinquante six ans plus tard, 891, les choses se sont-elles trans-
form6es ?
Si je no voulais me rapporter qu'a ce que j'ai vu et qu'a ce quo
je sais, jo pourrais rdpondre par un seul mot: Non.
Mais j'aime mieux montrer, par les rdsultats des observations
des autres, que sous ce rapport non plus nos cultivateurs n'ont
fait aucun pas en avant.
Ce fut en 1886 que M. de Molinari visit Haiti pour la pre-
miere fois. A 1'Cgard de nos moyens de transport, voici ce que
content son livre, a la page 222 : 9 Les paysannes....... descen-
a dent le martin des hauts mornes, les unes a pied en portant sur
a la tete leur lourd fardeau de 16gumes et de fruits,les autres as-
( sises sur leurs dnons au milieu des gerbes d'herbe de Gui-
( nee ,.
Enfin, l'ann6e suivante, M. le general LUgitime 6criyait, dans
sa brochure sur la propriWt6 foncibre en Haiti : ( En attendant,
( facilitons, dit-il,par des measures propices existence et le com-
( merce de ceux qui, de la Nouvelle-Tourenne, de Furcy, des
a Cahos, de Vallirre, font, chaque seriaine, phls de neuf licues
( (36 kilom.) a pied pour venir alimenter nos marches ).
Done, nos cultivateurs ne connaissent encore, comme moyens
de transport, que oIur t6te ou le dos d'un ane, d'un cheval ou
d'un mulet; et c'est grace A ces animaux qu'il font des neuflieues,
parfois des cinquante miles, afin de se rendre dans nos villes pour,
en fin de compete, ne tirer aucun profit de toutes les peines qu'ils
se donnent, quand ils no sont pas obliges de faire ces trajets A
pied.
Tels sont les faits, Ils attestent que jusqu'A ce jour tandis
que nous n'avons pas encore de bons canaux d'irrigation, ni de
routes en quantity suffisante et toujours praticables, ni un mode
de transport convenable nos braves cultivateurs, reduits A
1'emploi de leurs seules forces musculaires, croupissent encore










- 3i -


dans les ornieres vieilles de plusieurs sikcles, alors que dans tous
les pays civilis6s, oh l'on s'occupe de la culture de la terre, fonc-
tionnent des machines perfectionnies qui permettent de r6aliser
dans une ricolte plus du double de ce qu'on recoltait autrefois.
Dire que depuis cent ans bient6t, c'est dans cette triste situa-
tion que vit notre population rurale compose, au moins, des
trois quarts des habitants du pays I
En presence de cet 6tat de choses, a quoi devait-on s'attendre,
si ce n'est & une d6croissance progressive de notre production
agricole en g6enral ?
Nous allons suivre cette production dans ses diverse phases,
a partir de I'ann6e 1789, 6poque oh commenchrent les ruines de
la plus belle colonie qu'ait possed6 la France, et en envisageant
cette production dans ses principles branches.
Je suis au regret d'annoncer au lecteur que les tableaux pr6-
sent6s ici sont incomplets, des documents faisant d6faut, a cause
de I'irregularit6 qui existe dans les archives d'Haiti. 11 m'a 6td
impossible parfois d'y trouver meme les pieces officielles les
plus importantes, celles qui devraient cependant exister dans
notre pays par milliers d'exemplaires.
Voyons d'abord la production du cafe.
Le tableau ci-apres demontre qu'A partir de l'ann6e 1789, oh
elle s'6tait 6lev6e a 88 millions de livres, la production du cafe,
jusqu'en 1891, n'a pas cess6 de flotter entire 22 et 78 millions de
livres, ce dernier chiffre n'ayant 6t6 obtenu qu'une fois, pendant
une p6riode d'h peu pros soixante-treize ans. De sorte qu'aujour-
d'hui, la quantity moyenne de la production est de 56 millions de
livres.
Dans cette ann6e 1789, la colonie possidait plus de 2.810 habi-
tations de caf6, chacune ayant, a peu de chose pres, le double
de ce que chaque grande plantation actuelle renferme de car-
reaux de terre.
Parlant des habitations de Saint-Domingue, M. Drouin de
Bercy, don't nous dirons plus loin les titres, rapporte que celles










- 32 -


de second ordre, qui avaient cent carreaux, 6taient couvertes de
plantations de toutes sortes.


Tableau comparatif de la production du cafe.


Nombre de livres



88 millions et plus '.
26 -
22 millions.
25
29 -
24 millions et plus.
46 -
48 -
35 millions,
41 millions et plus.
48 -
50 millions.
46 -
46 millions et plus.
41 -
60 -


Anndes



1861
1862
1863
1864
1866
1871
1873
1874
1875
4876
4877
1878
4879
1880
1890
1891


Nombre de livres



millions et plus.


De la culture du caf6, portions nos regards sur l'industrie et
d'abord sur quelques industries agricoles.


SLa quantity exp6dibe en France seulement, dit A. Bonneau, s'6-
levait a 76.835,219 livres. D'aprBs Lepelletier de Saint-Remy, elle 6tait
de 68.151.180 livres pour l'ann6e 1790. Bonneau assigned ce dernier
chiffre A 'annue 1791.


Anunes



1789
1818
4819
1820
1821
4822
1824
1835
1843
1845
1853
4856
1857
1858
4859
1860


















CHAPITRE III.


INDUSTRIES.

I.

Considerations.

Nous avons dit que grace aux products du sol, les habitants
d'un pays pourvoient, dans une large measure, A l'entretien de
leur vie, d'abord en ce qui concern les aliments.
Mais, pour se conserver la vie, ces habitants n'ont pas besoin
que de la nourriture. II faut de plus qu'ils se mettent a I'abri des
variations de l'atmosphere. De 1l, la construction des demeures
qui leur permettent d'6chapper A l'in6galit6 des saisons, aux tor-
rents de la pluie, a l'ardeur du soleil, et, s'ils habitent un climate
sujet aux frimas, A la rigueur du froid.
Ici encore, ils auront recours en grande parties A la terre. Tout
en la remuant pour y trouver des aliments, ils y chercheront
aussi des 61lments ndcessaires, non seulement pour obtenir ces
aliments avec la plus grande facility et la plus grande abondance
possibles, mais encore pour y trouver de quoi se v6tir, se loger,
en un mot de quoi se rendre l'existence aussi agreable qu'ils le
pourront. Alors, d'un people de cultivateurs ils deviendront
un people industrial, plut6t un people A la fois d'agriculteurs et
d'industriels; d'industriels, quand ce ne serait que pour le strict
ndcessaire de la vie.
C'est, en effet, un principle aujourd'hui consacr6 par la science
6conomique que, dans un pays, pour realiser un 6quilibre social
plus ou moins parfait, il faut qu'il y ait au sein de la soci6t6
comme deux peuples : l'un producteur exclusif du travail agri-












cole, l'autre producteur exclusif aussi du travail industrial; et
tous les deux consommateurs des products.
A moins de difficulties invincibles, il y aurait aberration de la
part d'un people a se livrer exclusivement a l'une ou A l'autre de
ces deux branches de l'activit6 economique des nations, les deux
6tant indispensables A l'existence humaine.
En dehors de la question d'existence, on peut voir dans I'in-
dustrie un autre facteur des plus utiles. a C'est elle dit 1'6mi-
( nent 6conomiste franCais, Wolowski, l'illustre membre de l'Ins-
a titut c'est elle qui cree les vastes agglomerations urbaines
a qui deviennent de grands foyers de movement intellectual.
a C'est par la reunion d'un tres grand nombre d'hommes dans
a les villes que s'opere un vif Bchange d'idees. Une society com-
a posse en majeure parties d'agriculteurs restera toujours assez
a primitive. D'autre part, l'industrie crie la classes moyenne, fac-
( teur tres puissant du developpement intellectual d'une nation.
a Par la necessity oh elle se trouve de s'appuyer sur la science,
Sl'industrie donne une grande impulsion A l'6tude des lois de la
a nature. De plus, la vari6t6 des occupations des citoyens amine
a une differenciation des facull6s mentales qui est tres profitable
ca l'organisme collectif. )
Tels sont les principaux avantages de l'industrie. Une nation
done tout entire doit raaliser le groupement des deux genres
de travaux : le travail agricole et le travail industrial.
Si le territoire qu'occupe cette nation renferme les premiers
elements du travail industrial, ce qu'on nomme les matibres
premieres de l'industrie : le carbon, le fer, etc., cette nation
deviendra, par le faith, promptement et naturellement indus-
trielle, a moins que 'agriculture ne trouve tous les 6elments
indispensables a son d6veloppement et pourvu que nulle entrave
ne vienne arreter ou gtner 'essor de I'industrie elle-meme.
Les choses suivant une march normal. c'est-A-dire la nation
s'6tant engage dans ces deux voices de production, la premiere,
agriculture, ne cessant pas de croitre, la second, I'industrie,
la suivra dans une measure plus ou moins gale. De cette maniere,


- 34 -









- 35 -


sans secousses et sans effroi pour I'avenir, la soci6t6 regardera
augmenter sa double population qui ne manquera pas de trouver
dans la f6condit6 incessante du sol les resources assurees de son
alimentation.
Cette situation que nous venons d'exposer devrait 6tre precis6-
ment et depuis longtemps celle de la nation haitienne.
En effet, la terre f6conde et riche d'Haiti pouvant largement
alimenter sa population actuelle, celle-ci peut suffire amplement
h la creation et au developpement d'une foule d'industries utiles.
C'est 1l un fait ind6niable, car, quand on consider les
richesses naturelles de notre sol, ce qui s'impose le plus l'atten-
tion, ce sont les conditions exceptionnellement favorables dans
lesquelles il se trouve, au point de vue industrial. 11 peut donner
des matibres premieres diverse et en abondance : au premier
rang, la houille, agent general, et, d'autre part, tous les minerals,
le fer, le cuivre, r'6tain, etc., etc.
Cependant I'industrie, jusqu'A ce jour, a, on peut le dire,
vainement tent6 de s'y implanter; et toute la faute, certes, revient
A la plupart de ceux qui se sont trouv6s A la t.te de notre admi-
nistration.
Loin de favoriser le d6veloppement de quelques industries qui
y existaient des les premieres ann6es de notre independance, on
les a vus laisser les unes disparaitre, faire souvent obstacle a
1'6closion des autres, toujours pour des motifs politiques et
purement personnel, se plaisant davantage A voir passer a
1'6tranger toutes nos matieres premieres qui nous reviennent,
apres avoir subi des transformations plus ou moins grandes,
s'opposant ainsi au developpement regulier et harmonique de la
nation.

II

Coton. Sucre. Indigo.

En passant en revue les principles industries qui existent en
ce moment en Haiti, est-il possible de ne pas 6prouver un bien










- 36 -


vif regret, en constatant que nous ne possedons pas encore un
seul 6tablissement auquel on puisse donner le nom de manufac-
ture, pour quelque production industrielle que ce soit ?
MWme lesindustries agricoles que 1'on avait vues prendre une
extension considerable, sous le regime colonial, sont aujourd'hui
ou de purs souvenirs ou dans une complete decadence. 11 en est
ainsi, par example, des industries cotonniere et sucriere.
Suivons le movement d'abord de I'industrie cotonniere.

Tableau prisentant la quantity de coton exported d'Haiti a
diverse 6poques.


Ann6es Destinations Nombre de livres



1789 Divers pays................ 8.400.000
1790 France ................... 6.286.126
1801 Divers pays............... 2.480.000
4818 -- ............... 384.001
1849 -- ............... 244.962
1820 ............... 345.341
1821 ............... 820.563
4822 ............... 592.360
4823 ............... 323.806
1824 .............. 4.028.045
1835 .............. .649.717
4842 ............... 880.317
4843 ............. 2.000.000
4853 ............... 557.480
4858 ............... 451.200
4859 ............... 938.035
4860 .............. 2.500.000
1861 .............. .439.439
1862 ............... 4.473.853
4890 ............. 2.561.145
4894 ............... 994.207



De 1789 1823, l'exportation avait done diminu6 de 8.076.194

1t Vers la fin du siecle dernier, la colonie frangaise envovait & la
a mdtropole 6 a 7 millions de livres de coton. n A. Bonneau.










- 37 -


livres pour se reliever et monter jusqu'A 2.000.000 de livres
en 1843. A partir de cette derniere annie, la d6croissance a 4t6
rapide. La cause n'en peut Atre que 1 a piriode de bouleverse-
ment que traversa le pays, a la chute de Boyer, et qui, d'ailleurs,
entrava toutes les branches de la production national.
Dis 1860, nous voyons l'exportation prendre un nouvel essor,
se maintenir jusqu'en 18641 -1865,grace A la guerre de la secession
qui arreta les envois des Etats-Unis en Europe, et aux primes que
Geffrard 6tablit pour encourager les exportateurs.
Cette lutte terminee, et malgre le maintien des primes, la cul-
ture se remit A dhcroitre.
(c La fin de la guerre dit M. Saint John fit, en peu de mois,
a diminuer le prix du coton.de 3 fr.10 A 1 fr.10 ; cette baisse d6-
a courage les agriculteurs qui en n6gligerent des lors la pro-
( duction.
a Dans les derniers comptes rendus du commerce d'Haiti, la
a quantity exportee de tous les points de la R4publique n'est
plus indiquee. >)
La statistique publide par la Banque national d'Haiti accuse
- dit le journal La Semaine, num6ro du 9 avril 1892 -
2.561.145 livres pour l'ann6e 1890 et 994.207,pour I'ann6e 1891,
ce qui fait, dans l'intervalle d'un an, une diminution de 1.566.938
livres.
Que donnera l'annee 1892 ? Nous I'ignorons. Ce que l'on peut
dire sans crainte d'errer, c'est que la production du coton tend
sans cesse a decroitre.
Tel est l'6tat auquel est reduite la culture du coton dans ce pays
oh, en 1791, on voyait s'6lever 705 plantations, comptant en
tout 24.018.336 cotonniers.
En some, depuis que nous sommes maitres d'Haiti, la culture
du coton n'a jamais pu donner mime le tiers de son plus fort ren-
dement d'autrefois.
Si, de I'industrie cotonniere, nous portions nos regards -sur
l'industrie sucribre, notre stupefaction sera complete.
En 1789, on a vu cette derniere industries fournir a.l'exporta-









- 38 -


tion 54.000.000 delivres desucre blanc, et 107.000.000 de livres
de sucre brut. Ily avait alors sur tout le territoire 451 sucreries
pour le sucre blanc, et 341 pour le sucre brut.
Deux ans plus tard, en 1790, on comptait a saint Domingue 813
plantations de cannes A sucre, 362 usines pour la fabrication du
sucre brut et 182 distilleries de rhum, tous ces etablissements
produisant sur une vaste echelle.
Malgre les entraves apport6es A Ia march de la production g6-
nerale par les agitations auxquelles, ce moment, lacolonie 6tait
en proie, pendant cette derniere ann6e, telle a ete la prosp6rit6
de l'industrie sucriere que I'exportation, pour la France seule-
ment, s'6leva A 163.405.220 livres, comprenant 93.177.512 livres
de sucre brut et 70.227.708 livres de sucre blanc
Comme l'on sait, la guerre de 1'Ind6pendance avait promen6 ses
ravages sur tout, et les 6tablissements don't il est ici question n'a-
vaient pas Wte 6pargnus. AprBs 1'6vacuation de St-Domingue par
les debris de l'arm6e expeditionnaire, il n'y avait debout pas
meme le quart des usines que l'on voyait nagubre en si grand
nombre dans la colonie et si prospires.
Aprbs la guerre, et meme au moment oh Haiti et la Domini-
canie ne formaient qu'une seule Rlpublique, la production n'a
pas cess6 un instant de marcher A sa ruine.
Voici quel a Wte son movement:
1818. ... 1.900.000 livres:
1819 .... ... 875.243 -
1820 .. 413.463 -
1821. ......... 600.000 -
1822 .... 200.000 -
1823........... 14.920 -
1824........... 5.166 -
Plus tard, en 1835, un voyageur europ6en parlait ainsi de la
production du sucre dans nos planes.

SLepelletier de Saint-Remy. D'aprss A. Bonneau, la quantity. en 1791
6tait de 70.227.698 livres de sucre blanc, et de 93.091.112 livres de
sucre brut.









- 39 -


- Plaine du Cul-de-Sac. cc Quoique les sucreries fussent dis-
(A sminees & une certain distance les unes des autres, elles
ca taiet. en si grand nombre qu'ellesparaissaient setoucher. Les
c vastes habitations des propri6taires faisaient face a la grande
ca route..... On ne voyait de toutes parts et continuellement que
(c des multitudes d'hommes occupies, tant dans les maisons que
c dehors; que les routes 6taient presque sans interruption, le
c jour et la nuit, traverses par des chevaux, des bestiaux, des
a voitures et des carrosses......
(C'6tait pendant la p6riode coloniale)
(a Nous travershmes la Grande-RiviBre, don't le lit est large et
a pierreux, et les bords st6riles et d6sol6s; nous avions en vue
( la gorge obscure de la montagne par laquelle elle se fait jour
c pour se r6pandre dans les planes. Sur notre route s'6tendait
c une esphce de commune, d'un demi-mille de longueur...... Des
a bouquets d'arbres verts, au feuillage touffu, qui se montraient
a sur une hauteur, nous annonebrent que nous approchions des
a fertiles campagnes de Digneron......
( L'habitation du proprietaire, edifice nouvellement bati, spa-
c cieux et e14gant, sur une plate-forme d'une pente douce, fait
a face au moulin et a la bouillerie...... Le moulin & eau est dans
a le meme style que celui de Moquet. Tout respirait autour de
a nous le travail et I'activit6. C'Btaient des voitures qui passaient
a et repassaient, ramenant des champs les cannes qu'on venait
a d'y couper ; c'etait le bruit uniform et tranquille des roues
cc du moulin, et le fracas del'eau quiles mettait en mouvement......
a Cette propridt6 ne comprend aujourd'hui queles trois quarts
c de l'ancienne habitation qui passait pour une des plus consid6-
c rables du Cul-de-Sac, et qui a maintenant la reputation d'6tre
a I'une des mieux cultivees de ce district: elle occupy environ
a cinquante families ou deux cents individus, jeunes et vieux,
a comme cultivateurs. Son produit annuel est de 150,000 kilos' de
a sucre et de 50,000 kilos de sirop. En 1817 et en 1818, on y fit
a pres de 230,000 kilos de sucre, avec la quantity proportion-
a nelle de sirop et de tafia.....
SEnviron 300,000 livres, la livre 6quivalant a peu pr s au demi-kilogr.










- 40 -


a Mature est situ6 sur la pente rapide de la montagne de Bel-
a levue..... Le pays est entrecoup6 d'une infinite de routes; des
a chaumieres et des moulins A sucre animaient le passage, les
a uns en ruines, au milieu d'un desert, et d'autres nouvellement
( bftis et don't on voyait la fumre ondoyer au milieu deschamps
e de cannes, divis6s en carr6s par des lignes dehaies verdoyantes
a qu'arrosent les nombreuses rigoles qui tirent leurs eaux de la
a Grande-Rivibre.....
( Nous passames A Vaudreuil.... Plus loin, Joineau, propri&te
( du general Lerebour, nous offrit tout ce qui announce un re-
a nouvellement 'le laculture de la canne, sur une grande echelle.
r Les champs ont I'apparence d'un vaste et magnifique pare, et
a la construction des batiments et des usines est admirable.....
a La plaine se d6veloppe en amphitheAtre sur le bordde la mer,,
A cinq lieues de I'est A l'ouest; les cantons des Vaseset du Bou-
a cassin en forment les deux extr6mit6s; l'Arcahaie et lesBretel-
a les sont au centre....... e On y voyait jadis quarante-huit suczre-
a ries, occupant de vingt a quarante carreaux. On en tirait aussi
a de I'indigo et du coton >.
Comme l'on voit, dans la seule.plaine du Cul-de-Sac, I'indus-
trie sucriere, en 1835, se trouvait dans un 6tat satisfaisant. La
seule sucrerie de Digneron 6tait arrive A produire, dans l'ann6e,
230,000 kilos de sucre. Mature 6tait covert de moulins, malgr6
le grand nombre d'usines alors en ruines. De l'Arcahaie A Bretel-
les on en comptait quarante-huit.
Cependant, d6jh sous PNtion et Christophe, la production du
sucre avait baiss6 a un tel point, inous dit M. Saint John, qu'on
voyaitle moment ohelle allaitdisparaitre, quandpar des measures
6nergiques, Christophe obligea les gens du people A se remettre
au travail, en leur donnant les vastes terres des anciens colons, A
la condition qu'ils produiraient une certain quantity de sucre,
sous peine de perdre leur concession. Alors, la production an-
nuelle 6tait toujours assez important.
Mais A la mort du roi du Nord ( la fabrication se remit A dimi-
( nuer tellement que le sucre ne part bient6t plus sur les listes









- Ui -


a d'exportation que comme article peu important, et dans le but
a de gagner des primes. En 1818, l'exportation en 6tait tombee
a de 161.000.000 de livres A 1.900.000 et en 1821, a 600.000,
( pour disparaitre ensuite des mercuriales. )
En effet, en consultant le catalogue des products d'Haiti, exhi-
b6s a 'exposition universelle de Paris, ann6e 1878, il est vraiment
regrettable d'y voir figure, comme products d'exportation, des
oranges, des pistaches, des piments en lieu et place de quelques
livres de sucre. C'est l1 une preuve que notre pays, A ce mo-
ment, ne produisait plus de sucre.
Et ce qu'en 1862 disait M. Bonneau de cette industries, en Haiti,
est 1'exacte v6rit6 pour 1'6poque oh nous sommes, A savoir que
a la canne n'a pas cesse pourtant d'y 6tre cultivee, et meme dans
a d'assez vastes proportions, pour la production du sirop et du
a tafia, don't il se fait dans l'ile une consommation malheureuse-
a ment trop grande. )
A cet 6gard, voici ce que content I'Exposd gindral de la situa-
lion, pour l'ann6e 1888 :
a Comme consequence de la baisse du sucre a 1'Ptranger. les
a propri6taires d'habitationsqui se livrent a la culture de la canne
a 6prouvent des pertes considerables et font a peine leurs frais,
a en raison du prix derisoire que l'on obtient, pour le sirop. Nous
a nous trouvons done en presence d'une industries frapp6e dans
a son essence et qu'il est bien difficile de retablir sur ces ancien-
a nes bases de'prosp6rit6. Pour conjurer, autant que possible, le
a mal qui en r6sulte, mon gouvernement s'attache A conseiller
a aux propri4taires de diversifier leurs cultures et de s'occuper
a de plantations de products tels que le riz, la sesame, l'arachide,
a les figues-bananes, le tabac, le coton, tous articles impor-
a tants d'exportation. )
Ainsi l'industrie sucriere n'alimente plus nos exportations.Elle
ne fournit meme plus A la consommation int6rieure, car c'est l'6-
tranger qui nous envoie le sucre que nous consommons et qui,
produit de certaines plants exotiques, dela betterave surtout, est
tout a fait inf6rieur au sucre de notre canne.









- 42 -


Je n'ignore pas qu'aujourd'hui encore, certain appr6ciateurs,
principalement des industries strangers, soutiennent mordicus
que le sucre de canne n'est nullement sup6rieur au sucre de bet-
terave. Pour prouver, h ceux qui ne veulent pas l'entendre, que
cette sup6riorit6 existed, je citerai les paroles suivantes qui se trou-
vent dans la Biographie des grands inventeurs de MM. Ch. Beaufrand
et G. Desclosibres.
On se rappelle qu'en 1806 le blocus continental rompant touted
relation commercial entire l'Angleterre et la France, celle-ci -
qui tirait des colonies anglaises presque toutes les fabrications
de l'industrie, notamment le sucre de canne, car elle n'avait plus
Saint-Domingue, tandis que la communication avec ses propres
colonies 6tait difficile sinon impossible dut se r6soudre a de-
venir manufacturiere.
Pour donner une vigoureuse impulsion A tous les genres d'in-
dustrie qui n'existaient pas en France, Napol6on se mit a encou-
rager les inventeurs. Entre autres recompenses offertes, un mil-
lion fut promise a quiconque remplacerait le sucre de canne par
le sucre de betterave.
Cette prime aussi grosse qu'all6chante ne devait pas manquer
de stimuler les esprits ing6nieux et de rencontrer des conqu6-
rants. Effectivement, bient6t parurent les machines mortelles qui
devaient an6antir jusqu'A la culture de lacanne. Derosne avaitpr6-
sent6 a la Soci64t d'encouragement de Paris, des m6caniques de
son invention et du sucre 6galant 4 o/o du jus de 'betterave em-
ploy6. Des 1801, Delessert avait fait fonctionner sa raffinerie ins-
tall6e a Passy. De tels resultats 6taient de nature A transporter de
joie Napoleon 4'r et A aviver son orgueil et sa haine contre la per-
fide Albion. Mais le sucre nouveau avait-il tous les avantages
du sucre de canne ? Rpondre negativement eft 6t0 reconnaitre
d'avance la sup6riorit6 de I'Angleterre sur la France, dans l'in-
dustrie sucriere, et, partant, faire preuve du manque de patrio-
tisme. Par centre, se prononcer en faveur du sucre de betterave
efit W6t opposer une audacieuse sinon une ignorante negation aux
lois de la science. Aussi, celle-ci rencontra parmi les savants










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d'alors de nobles et d'habiles d6fenseurs, en depit de ce pr6tendu
patriotism. Des lors devait s'engager le grand duel qui dure
encore entire la canne A sucre et la betterave. ) Chaptal qui a
laiss6 un nom illustre dans les annales des sciences, comme chi-
miste occupait a ce moment le minister de l'int6rieur. a Le
Sministre fut appcld A prononcer sur les parties bellig6rantes.
a Son nom doit Wtre en ven6ration chez tous les colons; car il
a aima mieux sortir de sa charge que d'6tablir dans son rapport
a que le sucre de betterave 6tait superieur au sucre de canne. 11
g fut d'ailleurs didommag6 de cette disgrace: I'Empereur le
a nomma senateur. v Que l'on continue done de soutenir que le
sucre de canne n'est pas superieur au sucre de betterave!
Revenons a Haiti. Un des plus riches planteurs de Saint-Do-
mingue, M. de Saint-Venant, dans ses Colonies modernes, disait, en
1802, que d'apres les calculs faits par des hommes competents,
annuellement le Nord peut produire 186.000.000 de livres de su-
cre, I'Ouest 280.000.000 et le Sud 91.000.000, sans prejudice des
autres branches de la production gen6rale.
Et c'est au moment oii les colons allaient mettre l'industrie
sucrire sur cette base nouvelle qu'6claterent les 64vnements que
I'on sait.
Nous terminerons ce que nous avions a dire de la fabrication du
sucre, en appelant attention de nos compatriotes sur les judi-
cieuses 6tudes faites par M. Bonneau et relatives A l'industrie su-
criere en Haiti.
Apres les industries cotonniere et sucribre, parlera-t-on de la
culture de l'indigo?
En 1789, I'exportation de l'indigo s'6tait Blevee A 1.808.700
livres. II y avait dans la colonie 3.097 indigoteries. La quan-
tit6 exp6di6e en France seulement s'6levait, en 1790, A 930.016
livres. (Lepelletier de Saint-Remy).
La fabrication de l'indigo, depuis longtemps, est morte en
Haiti.
Beaucoup d'autres industries agricoles, que nous passons sous
silence, et qui autrefois contribuaient pour une large part a la










- 44 -


richesse total du pays, sont maintenant ou en pleine decadence
ou completement abandonnees.

III

Reflexions.

Tout ce qui vient d'etre dit prouve surabondamment que le sol
d'Haiti, dans son rendement agricole, a 6norm6ment diminu6, en
d6pit de ses avantages naturels et des d6bouch6s que notre
commerce a trouv6s A 1'6tranger depuis plusieurs ann6es.
En presence d'un tel 6tat de choses on serait tented de dire que
nos populations rurales ont pris philosophiquement le parti de
ne pas poursuivre l'amelioration de leur sort et de ne pas chercher
un peu de bien-6tre.
Ce serait une grande erreur de le croire. Ce que l'on pourrait
prendre pour de l'indiff6rence ou du manque d'initiative
s'explique par les circonstances, ainsi que nous venons, du reste,
de le constater.
Toutes ces particularit6s ne devaient, A un moment donn6, et
naturellement, que se coaliser pour appauvrir l'agriculture et les
cultivateurs d'Haiti.
Certes, ce don't bien peu d'hommes, chez nous, se soient d6ja
apergu, c'est que tels sont les moyens don't disposent surtout nos
petits cultivateurs que tout ce qu'ils peuvent faire n'aboutit
maintenant A peu pres qu'A recolter des vivres pour leur propre
subsistence, se contentant d'un leger surplus qu'ils apportent sur
nos marches du samedi.
Voyez-les disperses dans les champs, poursuivant leur obscure
carriere, ces hommes qui, ne participant A aucun des agr6ments
de notre societY, en supportent au contraire toutes les charges
et sont entierement sacrifice a l'6goisme de quelques-uns I Les
voila attaches a cette terre don't ils ne parviennent rarement A
poss6der une parcelle qu'apres les plus grandes difficulties du
monde, la d6frichant de leurs mains, sans aide, en tirant a peine












de quoi subsister avant de finir par l'engraisser de leurs cadavres 1
Ils semblent n'avoir regu le jour que pour partager, durant leur
existence, la vie des v6g6taux qu'ils cultivent. Comme eux, ils.
sent, en quelque sorte, condamn6s a pousser et a s'entretenir par
la seule vertu de cette seve nutritive don't la nature a pourvu
tous les corps organisms.
Tandis que I'homme de la cit6 jouit de presque tousles avanta-
ges de la civilisation, ne sont-ils pas libres, eux, de brouter l'her-
be, A l'instar des bAtes don't ils se servent ? Ne poss6dant, pour.
tout abri, que des cabanes mal construites, ils exposent conti-
nuellement aux pluies et aux vents leurs membres bris6s et para-;
lys6s de douleurs. Presque tous, ils n'ont d'autre propri6t6 dans
le monde que celle de leur misbre, d'autres distractions dans la
solitude que cells des intemppries du ciel, d'autres douceurs
pendant leur s6jour ici-bas que celles de l'accouplement, et dans
l'esprit d'autres lumieres que cells de la raison primitive.
Ne s'6cartant jamais du point topographique oh le hasard ophre
leur creation a moins toutefois qu'ils ne soient forces, sac au
dos et fusil sur 1'6paule, a aller se faire 6gorger sur le champ de
bataille de la guerre intestine ils n'ont pas la moindre id6e de
'influence qu'est capable d'exercer sur leur sort une connais-
sance scientifique meme de leur m6tier. L'ducation pour eux,
est chose absolument inconnue.
Quant a ces grandes inventions auxquelles s'est 6lev6 le g6nie
de la race humaine, ils n'en ont meme pas le soupgon. R1duits,
en un mot, au r61e muet et passif de machines ; ayant i peine
l'instinct qui r6N le A 1'homme sa dignity d'homme ; ne se dou-
tant seulement pas qu'ils sont partie int6grante de quelque chose
qu'on nomme un corps social ; baissant craintivement 1a tOte
sous des lois qu'ils ne sont pas en measure de comprendre ; ne
cennaissant, par-dessus tout, qu'un dieu-despotisme qu'on leur
met sous les yeux des leur enfance et devant lequel soul ils sayeng
trembler, ces infortunds sent enchainbs encore a 1':4tt presque
primitif, de la famille.
Pans l'impossibilit6 ob ils sont de- soger A la moindre .coriq-


- 4'S -











mie, puisqu'ils satisfont, tout au plus. aux exigences du besoin
le plus pressant, ces malheureux v6ghtent sans nul espoir d'ave-
nir; bien plus, ils abrigent cet avenir, ils diminuent la some
presumable de leurs jours, grAce aux travaux auxquels ils sont
obliges de se livrer et que dans les pays civilis6s on ne donne
plus A executer m6me aux bites de some; encore faut-il que,
venus sur nos marches, "( faute d'y trouver un Bcoulement facile
a de leurs products n, ils courent nos villes de porte en porte,
a offrant quelques legumes, quelques fruits; et ne rapportant
a chez eux, A la fin, qu'une modique some de quarante A cin-
a quante centimes ).
Qu'arrive-t-il, dans tout pays, lorsque de tels faits se produi-
sent au sein de la population rurale ? II arrive tout simple-
ment que cette population fuit les champs et afflue dans les
villes.
C'est precisement ce qui a lieu dans notre pays. Depuis plu-
sieurs annees, nos campagnes se depeuplent au profit des villes ;
des colonies entibres qui fourniraient de vigoureux cultiva-
teurs emigrent dans les centres commerciaux oh elles esp6.
rent pouvoir plus facilement subsister. Ce movement s'acc6lrre
de lui-m6me. Plus nos villes s'emplissent de ces families, plus
nos populations rurales tendent A s'y porter, offrant ainsi des de-
bouches A la misbre ; et ce deplacement, comme on devait s'y
attendre, n'a pas manqu6 de produire les effects les plus ficheux
pour la morality privee, pour l'ordre et pour la tranquillity pu-
blics.
Voici de quelle maniere M. le general L4gitime expose les faits,
dans sa brochure plus haut mentionnie : ( Ainsi dit-il -
, comprend-on djha pourquoi il y a tant de campagnards qui
C 6migrent vers les villes pour y mener une existence 6ph6mbre,
c ou faire un metier aleatoire comme celui de journalier, de por-
a tefaix, de trieuse de caft, ou porteur de salaisons ,.
Et en note : a Les journaliers A qui I'on donnait autrefois une


' Propridd foncidre en Baiti. (LUgitime).


- 46 -










- 47 -


a piastre par jour, reCoivent aujourd'hui 50 centimes. Les trieu-
a ses de cafe ont P. 2,50 par semaine. Quant a ces femmes qui
( portent leur baquet de salaisons, sur lesquelles ruisselle une
a saumure infected, elles ne gagnent que dix centimes par jour.
< Dire que la culture de la terre, en Haiti, rapporte moins que
a cela en beaucoup d'endroits.
( Telle est la condition dans laquelle pourtant aiment a les
a voir les politicians qui reprochent aux autres de ne pas aimer
e assez leur race comme si la nation 6tait formie d'hommes d'une
race autre que la race haitienne .
M. le g6n6ral LUgitime peut parler de l'6tat de nos agriculteurs
avec competence, car il a dejh g6r6 le Ministere de agriculture
en Haiti, haute mission qui suppose que celui qui la remplit est
toujours bien au courant de notre production agricole, desmoyens
don't l'homme des champs, dans notre pays, dispose, de ce qui
lui est n6cessaire pour am6liorer la culture de la terre et parve-
nir ainsi a lui faire rendre une large part de ce qu'elle renferme
d'abondance et de meilleur.
Par tous ces faits, on peut done dire que depuis la date de
1'ind6pendance d'I aiti, depuis bient6t cent ans, I'agriculture
v6ghte, prisonniere qu'elle est dans la routine, dans le m6pris et
dans l'oubli.
Pas de systeme hydraulique facilitant I'irrigation des champs;
pas d'outillage aratoire convenable; pas assez de voies de com-
munication; pas d'entretien pour celles qui existent; moyens de
transport tout a fait rudimentaires, ce qui signifie qu'ils ne sont
pas d'une bonne valeur, le tout se r6sumant en ceci : I'agricul-
ture s'en va, priv6e de secours.
Comme consequence d'une semblable situation, combien de
propridtes rurales sont abandonnees I Que de terres, autrefois
cultiv6es, sont revenues des savanes, depuis que nous sommes
maitres de ce sol d'une f6condit6 incomparable I
Constatons d'abord ce qu'en 1818 y voyait un visiteur francais.
M. Rouzaud : ( La belle plaine de Port-au-Prince, celles non
a moins interessantes de Leogaie et des Cayes, autrefois si bien
S










- 48 -


a cultiv6es, si bien meubl6es t, sont A present en savanes, ou A
( peu pros; la culture, qui ne peut s'6tendre que lentement,
c n'atteindra de plusieurs siecles, peut-6tre jamais, 1'etat floris-
c sant et de produit du passs6. Les bras ne manquent point, mais
e ils ne s'emploient point, ou s'emploient tres peu ).
Dix ans plus tard il n'y avait encore aucun changement sensi-
ble.
Pour se faire une idWe approximative de 1'etat dans lequel doit
6tre, A I'heure pr6sente, nos compagnes, on n'a qu'A consulter
les rapports adresses au Chef de 1'Etat, A une 6poque passee, par
nos commandants d'arrondissemcnt et de commune.
Du reste, voici un tableau que j'ai form A cet 6gard et don't
le contenu a Wte extrait du tome vii du Recueil general des lois et
actes du gouvernement d'Haiti.


Tableau de l'tat de nos campagnes.


Habitations en
d6p6rissement



88
324
126

595
474
492
42

401
1.398


Habitations
abandonunes


Mole Saint-Nicolas.
Gde Riviire du Nord.
SFort-Libcrt6.
Tiburon.
Limb6.
M Aquin.
SCaves.
2 Jacmel.
ircbalais.
Leogane.
Cap-IIaitien.


S Port-au-Prince. 12 un petit nombre )
E Ption. 30
SCroix-des-Bouquets. 57 15 4


! Pourvues de demeures pour les cultivateurs.


42

1.183

19
58

,


Habitations
incultes










- 49 -


Les rapports des commandants des arrondissements et des
communes ici mentionnes ont t60 faits pendant les ann6es 1839
et 1840.
Ce que je n'ai pas manque de reliever dans quelques-uns des
tableaux accompagnant ces rapports, ce sont les observations qui
suivent le tableau dress pour chaque section de commune, ob-
servations dans lesquelles il est assez souvent question de che-
mins d6fonc6s par les pluies, de routes en mauvais 6tat, de ter-
res abandonnees A d6faut d'eau.
Ce qu'il ne faut pas non plus oublier, c'est que tous les arron-
dissements militaires de la Republique ne sont pas ports sur le
tableau, faute de renseignements sur plusieurs de ceux qui n'y
figurent pas et qui sont en nombre assez considerable. De sorte
que la quantity d'habitations rurales en deperissement, abandon-
n6es ou incultes, a cette 6poque, doit 6tre plus grande que celle
continue ici.
J'aurais mieux aim6 presenter des extraits de rapports de ce
genre, portant des dates plus r6centes; malheureusemement,
toutes mes recherches ont (t6 infructueuses, et j'en conclus que
depuis 1840 on ne s'est jamais occupy de savoir, par ce proced6
aussi simple que clair et ficond en bons r6sultats, si la culture
de la terre a diminu6 ou pris de l'extension. D'ailleurs, il ne
pouvait en etre diff6remment, surtout pour ce qui concern les
deux ou trois annees suivantes, car a partir de 1841-1842, les
autorites militaires qui seules faisaient ces rapports et tableaux
devaient naturellement ne plus s'en occuper, absorbees qu'elles
6taient par les measures purement militaires auxquelles elles
avaient a songer pour assurer le maintien du gouvernement du
president Boyer, h ce moment dejA assez vivement inquietd.
En 1843 eclata la guerre civil qui se terminal par l'exil de
Boyer.
Nous savons que depuis la chute de ce president jusqu'A ce
jour le pays n'a pas cess6 de rouler de revolution en revolution,
chacune ne laissant jamais d'ajouter aux ruines anciennes des
ruines nouvelles, tant dans les villes que dans les campagnes.









- 50 -


A propos de ruines dans nos campagnes, voici ce que, en 1835,
constatait sur diff6rents points du territoire, I'auteur du Mimoire
que nous connaissons:
Commune d'Ennery 30 d6cembre. a Je m'empressai de
a saisir I'occasion qui me fut offerte, de la maniere la plus obli-
c geante, par le capitaine-commandant Mouscardy, de faire avec
a lui et I'administrateur du district, une tournee sur les fron-
tires de I'ancienne colonie. Apres une journ6e de repos, et
c mont6 sur un cheval frais, le mien 6tant rest au vert sur les
a collins, je traversai avec ces messieurs les ruines de la planta-
( tion de Sausy, oi Toussaint-Louverture revit ses enfants que le
gouvernement francais lui renvoyait.
S(Nous passAmes au-delh de la plantation de la Riviere, jadis si
v florissante, et aujourd'hui un monceau de ruines. Les savanes de
( la montagne, autrefois arros6es par un aqueduct jet6 sur un
a ravinprofond, r6pandent encore sur le paysage un air de ver-
c dure et de fraicheur. ,
6 janvier. ( J'ai parcouru cette aprbs-midi les bords de la
a Quinte, don't le lit est entibrement a sec. J'ai traverse le petit
a village des Cahos, agr6ablement situ6 parmi des palmiers et le
( long de champs de millet et de cotton. avec de belles clotures
en bois de campeche. De 1, je me suis rendu A Cocherel, une
( des propriedts que faisait exploiter Toussaint lorsqu'il 6tait com-
c mandant en chef, mais qui est maintenant abandonnde. )
10 juillet. ( Avant que la revolution 'et transform en un
a desert les fertile planes du Cul de-Sac, elles 6taient si bien ar-
a roses, la culture y' 6tait si florissante, qu'elles n'offraient a
P l'ceil enchant6 qu'une verdure perp6tuelle ; les champs 6taient
a sillonnis de grandes routes et de sentiers bord6s de citron-
a niers, d'orangers et de bois de campeche......
a Les ruines que I'on voit encore aujourd'hui parmi quelques touffes
a d'arbres d'anciens jardins sont des vestiges qui indiquent suffi-
a samment la puissance et la richesse des premiers propriftaires
a du sol, et les beautis de cette terre aujourd'hui drsolde.
Si ces campagnes se trouvaient dans le triste 6tat que nous










- 51 -


venons de constater, de 1835 A 1839-1840, 6poque oh l'ordre,
la tranquillity et une assez bonne administration existaient dans
le pays, quel aspect disolant, vues dans leur ensemble, ne doi-
vent-elles pas avoir, depuis tant d'ann6es que les armies de nos
guerres civiles y prominent, avec la mort, l'incendie et les d6-
vastations ?
Cet 6tat est assurement une suite de l'existence politique que
nous n'avons pas cess6 de mener.
En effet, est-ce qu'A c6t6 de nos crises politiques ne se fait pas
sentir une grise agricole qui, pour 6tre de temps A autre adoucie
par des expedients, n'existe pas moins depuis fort longtemps, et
grace a l'impr6voyance de nos administrateurs ?
D'ailleurs, la triste situation de nos populations rurales qui
sont les premieres A souffrir de 1'6tat de choses dominant est
un fait social qui devait ne pas attirer s6rieusement I'attention
de nos divers chefs d'Etat et ministres, d'autant plus que ces
populations souffrent sans se plaindre hautement, sans marifes-
ter brutalement leurjuste m6contentement, puisqu'elles n'agitent
point le pays comme le font les classes pauvres et remuantes de
nos villes.
Cependant ces ruraux don't la misere 6chappe toujours aux
regards de nos homes du pouvoir- meritent, bien plus qu'au-
cune autre classes de la nation, toute leur sollicitude, ne fit-ce
qu'au point de vue jug6 seul appreciable de nos jours, dans
notre pays au point de vue du nombre. Mais, nos gouvernants
n'ont pas assez de temps pour y songer.
Est-h-dire que le mot agriculture ne sort jamais de leur bou-
che ? Nullement. Au contraire, ce mot est l'un de ceux qu'ils
prononcent le plus, des qu'il s'agit de depenses soi-disant
d'interkt g6n6ral.
Ainsi, ouvrez un budget quelconque de la R1publique, vous
verrez qu'on consacre, chaque annie, une some assez forte aux
d6penses' n6cessit6es par I'agriculture.
J'ai en ce moment h, c6t6 de moi plusieurs de ces budgets.










- 52 -


Je prends celui sur lequel le hasard met ma main. Sur une des
pages je lis :

Jer6mie. Agriculture.

a Les depenses de l'agriculture, dans cet arrondissement,
a pour le dernier exercise budgetaire, se sont Blevies A dix-neuf
a mille cinq cent cinquante piastres. D (P. 19.550), ce qui fail a
peu pres 97.750 francs.
A la vue de ce passage, qui peut hisiter A dire qu'en Haiti
1'Etat s'occupe s6rieusement de agriculture ? Puisque chaque
ann6e une some presque gale est port6e au budget pour cha-
que arrondissement, I'agriculture doit avoir deja subi dans
toute 1'etendue de la Republique de tres grandes am6liorations.
Depuis plus de soixante ans, cette some se r6p6tant tous les
ans, les campagnes d'Haiti doivent Atre pourvues d'un outillage
perfection ; les machines, pour la preparation du caf6 princi-
palement, doivent en ce moment y pulluler. Tel est, sans nul
doute, le language que peut tenir toute personnel sense qui se
content de lire le passage du budget que nous venons de citer.
Mais, quelle disillusion, quand on se met fairel'analyse de ces
19.550 piastres, quand on se rend compete de 'emploi qui en est
fait t
Comment est toujours r6partie cette some ? Elle est r6partie
ainsi qu'il suit:
Appointements des inspecteurs .. ... 1.860
Appointements de la police rurale. ...... 17.280
DBpenses extraordinaires. . ... 410
Frais de transport. . .
Total .... 19.550
Ainsi, dans un seul arrondissement, 'arrondissement de la
Grand'Anse, ayant pour chef-lieula ville de JBr6mie, 19.550 pias-
tres sont d6pens6es pour entretenir des inspecteurs ruraux et une
police rurale, sans qu'il soit donn6 un centime pour l'am6liora-
tion de la culture du caf6 ou d'autres products agricoles d'Elaiti.










- 53 -


Une some presque gale, employee de la mmme facon, estins-
crite chaque ann6e dans notre budget, pour chacun des vingt-qua-
tre arrondissements militaires de la Republique.
Et que font tous ces inspecteurs et toute cette police rurale? -
Is d6vorent, en vrais parasites, une portion considArable des re-
venus de la nation, sans rendre le moindre service a nos popu-
lations rurales. A cet 6gard, on lisait dans l'Exposd gendral de la
situation, ann6e 1888.
c Malgr6 les sacrifices que l'Etat s'est imposes pour payer a
a date fixe ses fonctionnaires et employes et les delivrer ainsi de
a toute preoccupation 6trangbre aux exigences de leur charges,
a j'ai le regret de constater que les officers ruraux ne r6pondent
a pas tout A fait A mon attente. Mon gouvernement continue i
a exercer sur eux la plus active surveillance, afin qu'ils arrivent a
a comprendre l'importance des devoirs qui leur incumbent.
Revenons A l'Autorite superieure.
A la suite d'une d6pr6ciation de notre cafe, due au mauvais
6tat dans lequel il avait 6t0 livr6 sur les marches strangers, le D6-
partement de I'agriculture, pour toute measure, insdrait ceci dans
ce mAme Exposd general de la situation: a Cependant l'autorit6 ne
a cesse pas de faire auxcultivateurs d'instantes recommendations
a pour l'amelioration de cette denree, afin qu'elle obtienne des
a prix plus r6mundrateurs.
Et c'est ce que nos hommes d'Etat appellent, dans touslestemps,
a venir en aide a nos cultivateurs; am6liorer l'agriculture. )
Ne doit-on pas dire que nos gouvernements, jusqu'ici, au lieu
de songer a l'am6lioration de la culture du sol, ne pensent tou-
jours, au contraire, qu'A tirer le plus qu'ils peuvent du peu que
l'agriculture parvient a donner, grAce A la sueur de nos hommes
des champs r6pandue en abondance ?
Ce n'est point l une accusation gratuite.
En effet, comme nous le verrons plus loin, 1'industrie propre-
ment dite n'est pas encore arrive, en Haiti, hun degr6 de dive-
loppement qui permette A l'Etat de lui demander une part sensi-
ble pour les recettes budg6taires.












Quant aux arts, a certaines branches de l'activit6 humaine et A
beaucoup d'autres sources d'imp6t qui, dans certain pays, rap-
portent des sommes assez fortes A 1'Etat, ils sont encore presque
strangers A Haiti ou rests jusqu'A present vierges d'imposition.
Le commerce n'est aliment6 que par les products agricoles.
L'agriculture seule donne un rendement net, done c'est sur elle
seule, en r6alit6. que porte l'imp6t. Oui, A peu d'exceptions pros,
tous nos imp6ts, sous quelque forme qu'ils se pr6sentent, vont
finalement tomber sur le cultivateur du sol. Quoique allant
parfois par de longs et p6nibles detours, ils y vont tout de m6me.
Dis notre prise de possession de l'ancienne colonie frangaise
nous avons done commence A v6giter au milieu des ruines. A
celles causes par la guerre de l'Ind6pendance, d'autres se sont
ajout6es depuis. Quant aux habitants de la champagne, leur
pauvrete est notoire. Eh bien, aussi longtemps que ces popula-
tions seront n6glig6es, oubli6es, sans aides et ayant la misere
noire pour unique perspective, aussi longtemps aussi elles seront
rbduites ne pouvoir que contempler ces ruinesde constructions
jadis Blev6es par I'esclavage, don't on ne payait ni le sang ni la
sueur; et, par une deduction aussi fatale pour elles que honteuse
pour la nation, ces populations ne pourront que g6mir en vain
sur une destruction qu'augmente chaque jour de negligence,
d'anarchie et de discordes civiles; en un mot, tant que nos
hommes de gouvernement continucront A suivre la voie funeste
oh ils s'engagent toujours, nos cultivateurs se trouveront dans
l'impuissance de rem6dier A 1'etat de choses deplorable qui
existe maintenant dans nos campagnes.
Certes, la guerre civil doit 6tre mise en tote des causes diver-
ses qui ont occasionn6 l'abandon d'un nombre considerable de
nos habitations rurales.
Puisque nous sommes revenues sur la question du dpeuple-
ment de nos campagnes, nous terminerons par elle ce que nous
avions A exposer relativement a I'agriculture en Haiti.
On a souvent dit, dans notre pays, que l'agriculture diminue
parce que les bras abandonnent nos champs de caf6, de cannes,


- 54, -












etc., et que ce sont ces gens qui d6laissent les mornes et les
planes qui causent la misere et prominent, dans les moments
de luttes intestines, ces devastations et ces ruines que l'on voit
dans nos villes.
Cette observation n'est pas inexacte. Mais, nous prendrons la
liberty de dire a ceux qui l'ont faite qu'ils auraient di, par la
meme occasion, chercher a mettre le doigt sur la plaie.
A notre sens, voici ce qu'il faut voir d'abord :
Ceux qui devraient concentrer toutes leurs lumieres et toute
leur sollicitude sur l'agriculture s'en sont toujours souvenus
comme de la premiere chemise qu'ils ont portie en venant au
monde.
Cons6quemment, loin d'avoir vu se maintenir le degr6 de
d6veloppement auquel elle 6tait au moment de sa derniere
p6riode de prosperity, I'agriculture s'est peu a peu appauvrie,
merchant de plus en plus A la decadence.
Diminuant de jour en jour ses productions, I'agriculture est
arrive a ne plus pouvoir employer le meme nombre de bras
qu'auparavant. Les bras ne trouvant plus d'emploi dans les
champs, affluent dans les villes oh ils espBrent trouver a s'occuper.
Mais nulle part I'activit6 individuelle ne trouve de la besogne.
C'est done ce surcroit de bouches qui, consommant sans que les
bras ne produisent, a occasionn6 pendant un moment la misere
dans nos villes, laquelle misere a atteint aujourd'hui la phase du
paupdrisme, le paup6risme qui a son tour cause ces devastations
et ces ruines, toutes les fois que le pays est en proie aux boule-
versements interieurs.
En 1889-1890, ii parut Paris, chez Marpon et E. Flammarion,
la traduction d'un livre fort curieux, intitul6 Le Travail. Le
cr6ateur, plutot les cr6ateurs de ce livre sont deux cilebres
Bcrivains russes, Lion Tolstoi et Bondareff. Le traducteur est
M. Amidde Pages.
Dans le chapitre consacr6 au travail des champs, Bondareff faith
exprimer par un cultivateur une idee qui, selon moi, est pleine
de la plus pure raison et don't, si je ne craignais d'etre trait de


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mat6rialiste, surtout d'ath6e, je recommanderais chaleureuse-
ment I'application a certain hommes d'Haiti. Voici les paroles
que ce cultivateur adresse aux seigneurs russes, aux riches: ( Vous
, devez, avant votre repas, demander la b6nediction, non pas de
, Dieu, mais de nous, les laboureurs, et, apris le repas, remercier,
c non pas Dieu, mais nous.
( Si Dieu vous envoyait la manne du ciel comme aux Isra6lites
a dans le desert, vous devriez alors le remercier, mais puisque
( c'est de nos mains que vous recevez la manne, c'est nous que
a vous devez remercier, parce que nous vous nourrissons,
a comme on nourrit les petits enfants et les infirmes. ,
VoilA la r6flexion que devraient se faire principalement nos
hommes du pouvoir, eux qui, sans grandes peines, ont le moyen
si facile de s'enrichir promptement et grace a nos robustes
cultivateurs. Ils devraient faire de ces paroles leur pribre du
matin et du soir; ils devraient ne manger que de ce pain-la.
Mais ce n'est pas de cela qu'ils songent A faire 6tat.
Berc6s dans une BlIgante situation, ils dedaignent toujours de
penser a la main rude et calleuse qui leur a procure cette aise et
leur air de prince ; oubliant aussi l'exemple qu'ils donnent cha-
que jour de l'6goisme sous toutes ses formes. Oui, ils laissent
cette majority de la nation s'en aller vers une vie inerte et se glo-
rifient de leurs succBs, lorsqu'ils lui ont procure une sorte de
bien-6tre d'un jour. un bien-etre purement v6g6tatif.
On s'explique des lors pourquoi, comme 6crivait quelqu'un en
1875, dans notre pays, on ne voit ( plus de sucre, plus d'indigo,
a plus de coton, presque plus de cacao, plus rien enfin, il faut
a le dire, de ce qui fait en ce moment la richesse et le progris
a des terres dou6es du climate des Antilles ,.
En resume, tout ce que nous venons de constater permet de
dire : sous le rapport de I'agriculture que depuis longtemps
nous proclamons le premier des arts et qui I'est en effet,dememe
qu'elle est la principal, pour ne pas dire la seule et unique
source de la fortune de chacun et de l'Etat, dans notre pays;
sous le rapport de I'agriculture, relativement aux autres peuples,


- 56 -










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meme A ceux qui ont commence a s'en occuper activement apres
nous, nous sommes encore enchain6s A l'enfance de l'art.
En presence d'un tel 4tat d'abaissement, on comprend qu'un
haut personnage de notre administration ait pu dire ceci : ( Tan-
( dis qu'ailleurs l'agriculture, second6e par des proced6s scien-
( tifiques, est le moyen le plus sir pour se donner une honnete
< aisance, nous la voyons ici ha 1'tat embryonnaire, pour ainsi
< dire, au point qu'on peut douter de ce que I'histoire rapporte
( de l'agriculture de Saint-Domingue au temps colonial ,.

V

Autres industries.

A c6t6 des industries agricoles don't il vient d'etre question,
nous placerons une industries d'un autre genre, et qui, de toutes
celles quenous aurons a mentionner, est la seule qui, jusqu'ici,
se soit quelque peu organis6e de faCon a rendre des services con-
siderables a la R4publique, car ses products sont connus dans
presque tout le pays. J'ai nommB la briqueterie qui vit, plut6t
qui v6ghte dans un coin d'Haiti : A l'Arcahaie.
M. F. Marcelin a fourni, dans ses Questions ha'tiennes, quelques
renseignements tres utiles sur les trois briqueteries de l'Arca-
haie.
Le plaisir qu'on 4prouve a lire I'int6ressant publiciste haitien,
I'ancien deput6 de Port-au-Prince qui s'est fait plus d'une fois re-
marquer au parlement dans les discussions relatives a nos ques-
tions 6conomiques, le plaisir qu'on 6prouve, dis-je, A lire M. F.
Marcelin gale le bonheur qu'on sent de savoir l'existence de
cette portion de I'industrie national.
On est heureux d'assister, dans ses pages vibrantes de patrio-
tisme, au va-et-vient de ceshommes gaillards, 6nergiques, forts, qui
font aller les trois usines: Le Globe, l'Etoile, et la Comete.
< Tout ce monde, dit-il, est content; 1'insouciance se lit sur cha-
, que visage. C'est le travail rendu attrayant, non pas tant peut-










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( etre par la direction qui aurait voulu plus d'Bnergie et d'ef-
a forts, que par le caractere mime des travailleurs, philosophes
( qui limitent la tAche au besoin de chaque jour ,.
L'une de ces usines, le Globe, ( occupe trente-huit ouvriers
( pour la fabrication des briques, environ vingt marines pour
( leur transport a la capital ou ailleurs et vingt-cinq coupeurs
( de bois. Le transport se fait par barges ouvertes ou pont6es
( qui varient de grandeur ; elles peuvent prendre de cinq a
( quinze mille briques ,.
Voila done une industries d'une utility incontestable pour le
pays. Entre autres services qu'elle rend,elle contribute largement
A nous mettre A l'abri des injures du temps. A ce seul titre elle
aurait di dejA avoir pris une extension considerable.
a C'est dit I'auteur l'industrie la plus simple, la plus fa-
, cile qui soit; dans la pratique pourtant, elle rencontre pas
( mal de difficulties et d'entraves...
( .......... La Comete, qui appartient au g6n6ral Guignard, ne
( possede pas de machine A vapeur. C'est la force animal, sous
Sla forme de boeufs, quiy est employee ,.
Ainsi, meme cette industries qui semble avoir pris la resolu-
tion ferme de s'organiser et qui rend des services ind6niables au
pays, est ndgligSe au point qu'elle ne pourra pas encore, le cas
ech6ant, fournir une quantity important de products.
Apres cette industries nous pouvons encore citer celles de la
tannerie, de la cordonnerie, de la sellerie, de la chapellerie, de
l'6b6nisterie, enfin la confection pour homes et femmes. Nous
devons mentionner aussi la m6tallurgie, et faire remarquer sur-
tout l'existence d'une fonderie a Port-au-Prince. II y a de plus : la
poterie, la tuilerie, l'orfevrerie, etc, etc.
A l'exposition universelle qui eut lieu a Paris, en 1678, on vit
m6me, dans notre section, montrer de la dentelle d'Haiti, faite a
la main. Telles sont les remarques quel'on peut faire A l'6gbrd de
notre vie industrielle.
Mais jusqu'ici aucune de ces industries n'a pris un dvveloppe-
ment s6rieux, une existence qui permette de dire qu'il existe












en Haiti telle manufacture qui pourvoie au besoin, non pas du
pays entier, mais d'une portion du territoire. MIme les ouvriers
qui travaillent dans les villes les moins importantes de la Repu-
blique ne suffisent pas pour donner satisfaction aux consomma-
teurs de ces villes.
Et la mme remarque est faite pour tout cequi s'appelleindustrie
en Haiti. C'est un htat de choses d'autant plus regrettable que
nous voyons journellement l'Etat comme les particuliers se trou-
ver dans la necessity de s'adresser A des fabricants strangers, des
qu'il s'agit d'une command considerable et urgente.
Oui, les products de toutes ces industries nous viennent de I'e-
tranger, soit pour la totality, soit pour la plus grande parties de
la consommation interieure; et ils proviennent presque tous des
matieres premieres d'Haiti.
Pourtant, il n'en a pas toujours Wt6 ainsi. Pour ne nommer que
ces industries, on comptait a Saint-Domingue, en 1789, a c6te de
370 fours A chaux, 182 distilleries de rhum, 6 tanneries, 29 pote-
ries, 36 tuileries, tous produisant non seulement pour la consom-
mation entire de la colonies, mais encore pour des commander
venues de l'ext6rieur, surtout des autres colonies antilliennes
tant francaises qu'anglaises, qu'espagnoles, etc.
Lorsque je consider l'ensemble des products qui constituent
I'activit6 industrielle d'un people, j'6prouve une douleur bien
vive en constatant que sousce rapport notre pays est d'une nullit6
presque absolute,
A ce sujet, le journal l'OEil, dans son num6ro du 19 novembre
1887, disait avec une just raison.
a Ce pays-ci est un dr6le de pays. On ne sait jamais le pour-
a quoi des choses (?)
a Ainsi, nous mettons au d6ti n'importe quel politician habile,
a quelles que soient d'ailleurs ses sp6cialitis, de nous expliquer
a pourquoi:
a La scierie, 6tablie sous l'empereur Soulouque, ne fonctionne
a plus;
a La savonnerie Paul, institute sous Geffrard, a disparu;


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- 60 -


a La savonnerie Hartz ne fait plus de savon;
a L'usine Brice, au fort St' Claire, est tomb6e en desubtude;
a La glaciere artificielle franco-haitienne, ch6me ;
a La Fonderie national ne rapporte pas un centime a 1'Etat.
Tous ces faits confirment ce que j'ai dit en commengant: 'in-
dustrie, jusqu'A ce jour,, a vainement tent6 de s'implanter en
Haiti. Cependant il y existe toutes les mines et tous les gisements
qui sont les conditions premieres de la naissance et du d6velop-
pement de toute industries.
Pour conclure, nous dirons done que dans cette branch del'ac-
tivit6 6conomique des nations, nous sommes tributaires de l'Eu-
rope et des Etats-Unis, meme pour une lame de m6tal, pour une
hache, pour une manchette, pour une cuve, pour un seau, pour
une 6pingle.
De sorte que si jamais une circonstance quelconque venait A
briser ou A interrompre nos rapports commerciaux avec ces pays,
quand ce ne serait que pour quelques mois ce qui peut par-
faitement arriver dans le cas d'une guerre international nous
ne serions en 6tat ni de nous vOtir, ni d'6monder nos arbres, ni
de labourer nos champs.
Nous tomberions a un degr6 d'abaissement tel qu'on ne peut
se le figure. Et quoique cette anomalie social nous crave les
yeux, nous marchons toujours sans vouloir nous en d6barrasser,
ignorant ou ouhliant qu'il y va de l'avenir d'Haiti, que notre
propre existence est ici en jeu.

















CHAPITRE IV


COMMERCE


I

Considerations.

Apres avoir examine ces deux branches de notre activity 6co-
nomique, I'agriculture et I'industrie, nous allons passer a une
troisieme qui les suit immediatement et qui est leur consequence
force, de meme que nous avons vu I'industrie naitre naturelle-
ment de I'agriculture.
Lorsqu'on 6tudie les mceurs et les usages des hommes qui oc-
cupent ces etendues de terrains contigus appel6s localities et for-
mant ce qu'on nomme un pays, I'un des faits qui attirent toujours
attention est la vari6t6 des occupations auxquelles ces hommes
se livrent. Cette variety n'est elle-m6me que la consequence
d'autres varietis, notamment de cellesque la nature a misesdans
les situations geographiques, dans la quality du sol cultivable et
dans les products don't chaque terroir est susceptible.
D'une fagon identique, cette nature a in6galement r6parti les
forces et les 61lments qu'elle renferme, a donn4 aux hommes qui
occupent ces etendues de terrains des aptitudes, des besoins, des
gofts differents. Cette vari6tt existant entire les hommes et parmi
les choses devaient avoir pour consequence inevitable l'existence,
entire les differentes localities du pays, d'un moyen g6ndral per-
mettant a ces localities de se transmettre les unes aux autres les
avantages rtciproques qui dArivent de la diversity de leur situa-
tion et de leur condition, de se procurer, dans la plus large me-
sure possible, de ces avantages et avec le moins de peine possible.









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Telle est I'origine de l'6change et de la division du travail entire
les habitants des localit6s d'un m6me pays. De sorte qu'il r6-
suite de la force des choses que chaque locality, ne pouvant se
suffire a elle-m8me, se voit cans la n6cessit6 de recourir A 1'e-
change pour pourvoir a ses besoins.
Do 1 sort un travail continue qui consiste A garder les pro-
duits de chaque locality a la disposition des consommateurs des
autres localit6s, a detailler ces products selon leurs besoins, A les
leur exp6dier, et en m6me temps a prendre d'eux des products
d'autre nature, au moyen d'interm6diaires : monnaie, billet,
etc. De cette manibre, les products du sol et de l'industrie qui
dans I'occasion prennent la qualification de marchandises se
trouvent facilement livr6s a la consommation des uns et des
autres. C'est ce travail qu'on a caract6ris6 par le mot de Com-
merce qui vient du prefixe cor et du mot latin merx, mercis don't
la traduction francaise est merchandise.
Pour les habitants d'un meme pays, le commerce a un double
advantage. D'une part, les mettant en communication, il maintient
entire eux ce lien permanent qu'on appelle la solidarity social et
politique et ce caractere commun qui est le signe distinctif de la
nationality. C'est le c6te moral du commerce.
D'une autre part, comme c6t6 materiel, ce commerce, qu'on
designe sous le nom de commerce intdrieur, est une des princi-
pales causes de la prosp6rit6 de chacun, en m6me temps que
l'une des plus importantes sources des revenues n6cessaires a la
sauvegarde de tous, de la communaut6, sauvegarde confine a
I'Etat.
A c6t6 de ce commerce int6rieur doit Wtre plac6 un autre genre
de commerce qui d6coule des m6mes circonstances : difference
de situation geographique, quality du sol, aptitudes, besoins des
groups d'hommes qui habitent les divers points plus ou moins
Bloign6s du globe, enfin difference des climats. Toutes ces cir-
constances concourent a faire de ces groups autant de peuples,
de nations. Et la vari6t6 et la diversity viennent ici encore d6-
terminer la n6cessit6 de l'existence, entire les hommes, d'un










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moyen g6ndral permettant, non plus h chaque locality, mais h
chaque pays, a chaque nation, de se transmettre les avantages
r6ciproques qui d6rivent des circonstances.
En effect, il ne suffit pas a un people de fabriquer certain ob-
jets et de recolter une certain quantity de denr6es pour ses
besoins; il faut encore qu'il travaille de fagon a ce qu'il y ait
une quantity des products superieure aux besoins de la consom-
mation int6rieure, l'excedent 6tant destine a 8tre vendu aux
pays strangers, afin que ce people puisse acheter dans ces pays
l'exedent des products diff6rents de leur sol et de leurs industries
particulibres. C'est ce qu'on nomme le commerce d'exportation
et d'importation ou le commerce exterieur.
A l'instar du commerce interieur, le commerce ext6rieur doit
etre envisage sous deux aspects : l'un moral, I'autre materiel.
Au point de vue moral, le commerce ext6rieur est un puissant
agent de civilisation. Par son action incessante, il tend A rap-
procher les homes, h meler les idWes, a detruire les haines et
les prejug6s de people a people, A d6velopper entire eux des in-
tir6ts communs et solidaires, A leur donner cette communaut6
de sentiments qui engendre la bienveillance mutuelle; en un mot,
le commerce exterieur est l'une de ces armes puissantes par
lesquelles l'homme march sans cesse A la conqu6te de l'huma-
nit6, cette grande et sublime synthlse des peuples. L'utilit6 so-
ciale de ce commerce est done 6vidente par elle-meme.
Si nous examinons son c6t4 materiel, nous verrons qu'il n'est
pas moins avantageux pour l'homme. En effet, tendant a agrandir
sans cesse la soci6tO 6conomique au-delh des bornes 6troites de
la sociWt6 politique, des nationalists, le commerce ext6rieurest
la principal cause de la prosperity reciproque des nations, en ce
que chacune peut d'abord ben6ficier des divers progres des au-
tres en tout ce qu'il leur est. possible de concevoir et d'executer en
vue d'am6liorer les conditions de la production ;ensuite, en ceque
chacune est forc6ment appel6e, par le micanisme de l'echange,
a participer, au profit de son bien-6tre materiel, aux dons privi-
lhgi6s que la nature a faits exclusivement a chaque contrie, et










- 64 -


qu'il n'est pas possible d'acquorir chez soi, ces dons d6pendant
des climats et des diverse autres circonstances don't nous avons
deja parl6.
Ainsi caract6ris6, le commerce en g6enral, et quant a son sort,
se trouve intimement li6d la production tant agricole qu'indus-
trielle qui en est 1'origine premiere et avec laquelle il fait cause
commune; car l'agriculture et 1'industrie fournissent au com-
merce les elements de son activity, de meme qu'A son tour il les
approvisionne des matieres, des instruments don't elles ont be-
soin, tandis qu'il Bcouleleurs products.
Le commerce se confond done in6vitablement avec ces deux
sources de la richesse national d'un pays ; et il est aussi vrai de
dire que son concours est indispensable a l'agriculture et a l'indus-
trie, qu'il y a v6rit6 a dire que le commerce ne saurait exister
sans l'agriculture et l'industrie, que l'homme, sans Fair, ne saurait
subsister.
En resum6, deux branches dans le commerce : le commerce in-
terieur et le commerce ext6rieur ou d'exportation et d'impor-
tation.
Cela 6tabli, nous allons examiner le movement du com-
merce en Haiti et principalement son movement A l'exterieur,
car, en r6alit6, c'est en lui que reside la force de notre activity
commercial.

II

Commerce ext6rieur d'Halti.

Nous avons vu qu'en fait d'industrie Haiti, pays libre et ind6-
pendant, occupe le dernier rang parmi les nations. Puisque nous
n'avons presque pas d'indutsrie, il va sans dire que agriculture
est la seule branch de notre activit6e conomique qui, reellement,
alimente notre commerce extirieur.
D'un autre c6t6 nous avons dit que le sort du commerce est
intimement lie a celui de l'agriculture qui en est I'origine pre-











- 65 -


mitre et avec laquelle il fait cause commune. En consequence,
plus considerable sera la production agricole, plus grand aussi
sera le movement commercial exterieur d'un pays. En d'autres
terms, si l'agriculture produit 100, le movement commercial
sera, par example, de 75, deduction faite de la quantity de pro-
duits destine a la consommation int6rieure. Si, au contraire, le
rendement de 'agriculture est de 75, la part de l'int6rieur d6-
duite, le commerce ne pourra livrer a l'exportation que 50, et
ainsi de suite, en supposant, bien entendu, la consommation in-
t6rieure rest6e toujours la m6me, peu imported une augmentation
ou une diminution de la population.
Voyant done les choses dans cet ktat, c'est ce fait logique que
nous constaterons dans notre commerce ext6rieur, en placant en
regard de la production plus ou moins abondante de chaque an-
n6e, la valeur a laquelle s'61Ive 1'exportation de l'annde corres-
pondante, m6me en tenant compete de la hausse et de la baisse
des products ; et ce fait est une preuve nouvelle de la diminution
de la force de production de notre pays, diminution don't nous
sommes les seuls promoters.
Mais il faut prouver notre manirre de voir, relativement a la
valeur de nos exportations. En consequence, nous devons avoir
recours A des arguments irr6futables; et les seuls vraiment irre-
futables dans la circonstance sont ceux qui ressortent de ces cho-
ses parlant aux yeux, de ces signes qu'on nomme chiffres.
En presentant cet autre tableau au lecteur, nous le prions de
nous excuser de ne lui offrir qu'un document incomplete, et tou-
jours pour la raison qu'il sait.











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Tableau de la valeur des marchandises exporiees d'Haiti
a l'diranger '


Territoire


Colonic.
Haiti.
Toute file.
Haiti.






Toute l'ile.

Haiti.


Valeur on piastres ICentimes


Valeur en francs



279.500.000
3.639.840
25.000.000
49.749.644
15.894.923
23.579.200
32.280.000
25.087.000
50.000.000
61.450.000
47.375.000
29.081.850
43.710.808
55.000.000
39.855.000
53.000.000
62.610.625
73.341.916
87.220.550


55.900.000
727.968
5.000.000
3.948.128
3.178.384
4.715.840
6.456.000
5.017.400
10.000.000
12.290.000
9.475.000
5.816.370
8.742.461
11.000.000
7.971.000
40.600.000
42.522.425
14.668.383
17.444.110


SLes publicistes auxquels nous devons ces chiffres sont: pour l'ann6e
1790 : ,. J. Clausson, ancien proprietaire et magistrate au Port-au-Prince,
et A. Bonneau. 1829 : L. Tenr6, consul de la R1publique de Para-
guay, commissaire d616gu6 B l'exposition universelle de Paris, 1867. -
1835 : Le mnme. 1853 : Le meme, puis A. Bonneau. 1855 :
Bonneau. 1856: Le meme. 1858 : Le mime. 1859 : M. Block,
auteur du Dictionnaire general de la politique, etc. etc. 1861 : A.
Bowler et M. Bloncourt. 1863 : S. Saint John, ancient ministry r6si-
dent et consul gn&ral d'Angleterre en Haiti. -1864: Le meme. -1865:
- Le meme. 4866 : Block et le Handelsarchiv. 1876 : S. Saint-
John. 1877 : Le mmre. 1878 : Hoeylaerts, consul general d'Haiti
A Bruxelles, et L. J. Janvier, Docteur en m6decine de la Facult6 de Pa-
ris, Diplom6 de l'fcole des Sciences politiques, etc. 1886, 1887 et 1888:
Trouv6s dans une brochure publi6e au Port-au-Prince, en 1888, sous le
titre : (( La Republique d'Haiti ou refutation de la brochure intitule : MB-
moire pour etre communique aux Gouvernements des puissances 6tran-
g6res sur 1'6tat de cette R6publique e.


-


80
60






60


Annees



1790
1829
1835
4853
4855
4856
1858
4859
4861
1863
1864
1865
1866
1876
1877
4878
1886
4887
1888









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L'ann6e 1888 ne comprend que les r6sultats de trois trimestres,
c'est-A-dire des 9 premiers mois de l'annee, les trois autres der-
niers mois, de mmme que tous ceux de i'annee suivante,ayant Wt6
consacres a detruire et A massacrer. Si nous supposons que l'ex-
portation, dans ces trois autres derniers mois, eat produit le tiers
de la valeur total des 9 premiers, soit 29,073,515 francs ou
5,814,703 piastres, nous aurons, pour le total de l'ann6e,
116,294,065 francs ou 23,258,813 piastres soit:
1888 Exportation: 116,294,068 francs ou 23,258,813 pias-
tres. Ce chiffre est 6norme. Je ne crois pas me tromper, en disant
que nous n'avons pas encore eu, depuis notre existence, une ex-
portation don't la valeur se soit Blevee A cette some, m6me en
mettant en ligne de compete ces sorties d'objets, montant par-
fois A une valeur considerable, sans qu'elles puissent Wtre attein-
tes par les recherches et la statistique.
Celui qui aurait la chance de rencontrer tous les documents
que je suppose avoir 6t6 dresses par notre administration doua-
niefe, puis le temps et la patience de les parcourir, celui-la ne
manquerait pas, j'en suis sir, de trouver, pour chaque annee,un
chiffre tout-6-fait inferieur a celui que nous assignons, comme
valeur total, a l'exportation de I'ann6e 1888.
Je ne suis strement pas rest au-dessous de la reality, dans
cette approximation.
Ainsi, I'observation que nous avons faite A 1'egard de la quan-
tit6 de livres de caf6 export6e durant I'ann6e 1789 et celle expor-
tee pendant les annres suivantes peut 6tre r6p6t6e par rapport
A la valeur total des marchandises export6es.
A partir de 1790 oh elle avait atteint le chiffre 6norme de
279 millions et plus de francs ou55 millions de piastres la va-
leur total de 1'exportation d'Haiti n'a pas cess6 de flotter entire
les chiffres de 3.639.840 et de 116.294.065 francs ou 727.963 et
23.259.813 piastres, jusqu'en 1888.
On s'explique alors la remarque faite par M. D. Pouilh, dans
son Almanach commercial du Port-au-Prince, quand il dit qu'en
1825 les resources d'Haiti ttaient diminuees de 50 0/,.









- 68 -


En some nous avons ceci :
Exportation, 1790 279. 500.000 fr. ou 55.900.000 piastres.
D'une part, si, en regard de ce chiffre, nous plagons la valeur
maximum des exportations d'Haiti, c'est-A-dire les 116.294.065
fr. ou 23.258.813 piastres de l'ann6e 1888, soit

Francs Piastres
1790 ........ 279.500.000 ...... 55.900.000
1888 ........ 116.294.065 ..... 23.258.813
163.205,935 32.641. 87

nous aurons en moins pour Haiti,par opposition h St Domingue,
jusqu'en 1888, une some de 163.205.935 fr. ou 32 641.187 pias-
tres, valeur a laquelle s'61lve la diminution en argent des expor-
tations du territoire que nous occupons actuellement.
D'une autre part, la moiti6 des 279.500.000 fr. ou 55.900.000
piastres valeur constat6e en 1790 est de 139.750.000 fr. ou
27.950.000 piastres, ft le maximum de valeur que nous av6ns
pu r6aliser jusqu'ici, dans une ann6e (1888), est de 116.294.065
fr. ou 23.258.813 piastres, soit
1790 moitid 139.750.000 fr. ou 27.950.000 piastres.
1888-maximum- 116.294.065 fr. ou 23.258.813 piastres;
desorteque,dans I'espace deplus de quatre-vingts ans (I04-1888)
nous avons 6t0 impuissants a faire rapporter A notre pays cer-
tes la portion la plus riche et la plus fertile detoute 'ile m6me
la moitiM de ce qu'il rapportait, quand il 6tait colonie frangaise,
quoique la science 6conomique, toujours en progres, nous offre
des instruments et des moyens perfectionn6s don't ne disposaient
pas les anciens maitres du sol.
Mais ici ne se bornent pas les r6flexions importantes A faire,
au sujet de notre commerce ext6rieur.
Avant d'aller plus loin, donnons une liste des products qui
font l'objet de ce commerce, tant pour 1'exportation que pour
I'importation.
Les nations avec lesquelles nous sommes en relations commer-










- 69 -


ciales sont les Etats-Unis, la France, l'Angleterre, I'Allemagne et
1'Italie.
Des Etats-Unis nous recevons des provisions et des comestibles,
tels que poissons, pores et bceufs sal6s, farine, beurre, saindoux,
etc., etc.; savon, bois de construction, marbre, briques, t6les,
clous, etc.
Les autres pays nous envoient principalement de la bire, de
l'eau-de-vie, du vin et d'autres products alcooliques; des tissus
de tout genre, des verreries, de la quincaillerie, des outils, des
instruments aratoires et autres, des objets de luxe, de mode, de
fantaisie; des articles de sellerie, de brosserie, de papeterie, en
un mot tous les products de l'industrie en g6n6ral.
En retour, ces pays nous prennent : du caf6 ; des bois de plu-
sieurs sortes : campcche, acajou, etc.; du cacao, du coton; de la
cire, des'-cailles, etc.
Mais les seuls products d'Haiti qui alimentent vraiment et r6gu-
librement son commerce d'exportation sont ses products agrico-
les, le caf6 surtout.
Cherchons maintenant quelle est la march de notre com-
merce ext6rieur, au point de vue gnd6ral, c'est-h-dire 4tablissons,
pour chaque ann6e, la valeur total A laquelle s'616vent les pro-
duits de l'exportation joints a ceux de l'importation. Ensuite, et
apres avoir parl6 de nos ports commerciaux, nous essayerons
d'exposer les causes sous I'influence desquelles nous voyons si
souvent dans notre pays les ruines commercials, A certain mo-
ments, se succeder comme si l'on regardait crouler une longue
muraille centre laquelle s'6taient adoss6s les commergants d'Haiti
du plus petit jusqu'au plus grand.











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A. Etat des valeurs, exprimdes en francs, des marchandises
exporties d'Haiti i l'etranger et des marchandises importies de
l'etranger en Haiti '
I. .1I


Exportations



279.500.000 fi
19.749.644
15.891.923
23.579.200
32.280.000
25.087.000
50.000.000
61.450.000
47.375.000
43.710.808
55.000.000
39.855.000
53.000.000


Importations



455.949.932 fr.
21.250.356 a
25.337.700 a
24.949.380 a
19.791.000 c
23.028.000 a
40.000.000 a
8.814.760 a
51.433.325
31.167.264
55.750.000
42.370.000 a
37.000.000 a


Totaux



735.449.932 fr.
41.000.000 a
41.229.623
48.528.580
52.071.000
48.115.000
90.000.000
70.264.760 <
98.508.325
74.878.072
110.750.000 a
82.225.000
90.000.000


B. Etat des valeurs, exprimees en piastres, des marchandises
exportees d'Haiti a l'etranger et des marchandises importies de
l'dtranger en Haiti.


AnnBes Exportations Importations Totaux



1790 55.900.000 P. 91.189.986 P. 40 c. 147.089.986 P. 40 c.
1853 3.948.128 80 c. 4.250.071 20 8.200.000 -
1855 3.178.384 60 5.067.540 8.245.924 60
1856 4.715.840 4.989.876 9.705.716 -
1858 6.456.000 3.958.200 10.414.200 -
4859 5.017.400 4.605.600 9.623.000 -
1861 10.000.000 8.000.000 18.000.000 -
1863 12.290.000 1.762.952 14.052.952 -
1864 9.475.000 10.226.665 19.701.665 -
1866 8.742.161 60 6.233.452 80 14.975.614 40
1876 11.000.000 11.150.000 22.150.000 -
1877 7.971.000 8.474.000 16.445.000 -
1878 10.600.000 7.400.000 18.000.000 -


1. Pour la provenance des chiffres de 1'exportation, voyez la note de la
page 64. Ceux de l'importation nous ont Wet fournis par MM. Clausson
et Bonneau, 1790 Bonneau, 1853-1855-1856-1858 Block et Blon-
court, 1861 Saint-John, 1863-1864 Block, 1866 Saint-John,
1876-1877 Hoaylaerts et L. J. Janvier, 1878.


Ann6es



1790
1853
4855
1856
1858
1859
1861
1863
4864
4866
1876
1877
1878










- 71 -


Ainsi, le movement general du commerce exterieur, impor-
tation et exportation, a, lui aussi, diminu6 de plus de moiti6. De
735,449,930 francs ou 147,089,986 piastres pour 1790 il est
tomb6, au maximum, jusqu'en 1878, a 110,750,000 francs ou
22,150,000 piastres.
Comparativement A celui de 1790, le chiffre de 1878 est na-
vrant, en ce sens qu'il indique bien l'4tat g6n6ral de nos transac-
tions commercials avec l'6tranger. Il n'y a pas A le nier, notre
pays est, depuis des annees, dans la situation d'un producteur
don't les b6ndfices ne s'l16vent a de rares intervalles que pour di-
minuer du double, ce qui occasionne une perte reelle qui se r6-
partit sur l'ensemble du commerce.
Et c'est la une consequence de la diminution de notre produc-
tion agricole. En effet, le commerce exterieur d'Haiti, avons-nous
vu, n'est reellement aliment6 que par notre agriculture qui en est
la source la plus fconde. Cette source diminuant, notre commerce
ext6rieur ne pouvait pas manquer de diminuer en proportion.
Frons omnia corrupt.
Et de cette diminution il r6sulte, en fin de compete, un amoin-
drissement considerable de notre fortune national.

III

Les ports commerciaux.

S'il est une autre observation important a faire, relativement
a notre commerce exterieur, c'est celle qui concern nos ports
ouverts aux navires strangers.
La prosperity des villes commercials et maritimes d'un pays
depend de I'outillage de leurs ports, de la rapidity des charge-
ments et des dechargements et de la facility des communications
avec 1'int6rieur.
Que demand l'int6ret des commerCants de ces ports? Que ces
lieux soient aussi fr6quentes que possible.
Et pourquoi est-ce leur interet ? Parce qu'il y aura plus de










- 72 -


marchandises en movement, un plus grand nombre d'industries
groupies autour de ces centres d'activit6, enfin une plus grande
circulation de choses et de gens, ce qui ne peut qu'activer le tra-
vail et accroitre le bien-Atre.
Il y va done de l'interAt de tous que l'acces de ces ports soit
le plus facile et le plus avantageux qu'il se peut.
Cependant dans quel 6tat deplorable se trouvent, depuis long-
temps, ces points par oh s'ecoulent les products de nos exporta-
tions ?
Aucun n'est en voie r6elle d'amblioration. Presque tous sont
inaccessibles et nos commergants s'en plaignent journellement.
Les navires tirant plus de trois metres d'eau sont incapables de
remonter jusqu'A leurs quais ou warfs, alors que plus la civilisa-
tion va, plus la marine tend a se servir de navires de grande ca-
pacit6.
Pour nous faire une idWe approximative de l'etat de ces ports,
voyons ce qui a lieu pour le plus important de tous, pour celui
de la capital.
En 1863, M. D. Pouilh 6crivait ceci dans son a Almanach ,.
c Le mouvementcommercial du Port-au-Prince est considerable.
c Cette place sert en quelque sorte d'entrep6t a toutes nos autres
a villes. Elle regoit aussi les products de tous nos ports du golf
a fermis au commerce Btranger et les alimente ..
SLe port est une flaque d'eau environn6e d'ilets; il peut con-
a tenir aujourd'hui une cinquantaine de navires qui trouvent
a mouillage assez pres de terre, par trois, quatre, six brasses.
c Le fond est excellent, aussi y est-on comme dans un bassin.
SMais cette stagnation meme des eaux entretient des vers et fait
a passer la rade comme 6tant tres malsaine v.
Je ne contest pas la verit6 de ce petit tableau que M. Pouilh
pouvait faire de la rade de Port-au-Prince en 1863; maisil serait
6tonn6 s'il voyait 1'6tat actuel de cette rade. Elle a subi, depuis,
une transformation pas du tout favorable.
Au tableau de M. Pouilh voici celui que nous opposons et qui,
certes, est une fiddle reproduction de ce que j'ai entendu dire










-- 73 -


par les capitaines des navires sur lesquels j'ai voyage et de ce que
j'ai vu de mes propres yeux, pas plus tard qu'en 1885.
Les paroles qui suivent datent de 1867.
a Port-au-Prince, capital de la R6publique, centralise presque
a tout le commerce d'Haiti. La rade est petite, 6troite et peu pro-
a fonde. Les navires y abordent et sont presses les uns contre les
t autres.
4 Ceux don't les tirants d'eau d6passent trois a quatre metres
a courent en entrant dans cette rade, qui tend chaque jour a
Ss'encombrer par les detritus et les sables que charrient les
a pluies diluviennes de l'hivernage le risque de toucher le
a fond vaseux qui en forme la base. i (L. Tenrd).
Tel est 1'Ftat r6el du fond de la rade de Port-au-Prince, 6tat
constat6 par les capitaines au long course qui ont frequent6 nos
ports.
Aprbs le fond, voyons la surface de la rade.
De cette surface M. Pouilh dit : a Les trois lets. situ6s en face
a de la pointe Lamentin, sont entourds de recifs dans un grand
a rayon, et ces recifs se prolongent tant vers le Sud, le Sud-Est,
c que vers 'Est. Quand on atteint les hauteurs de ces ilets, il
t imported done d'observer l'espace qui se trouve entire la pointe
4 Lamentin et la ligne qui correspond, par rapport au port, a
< l'extrimit6 Sud de la Gonave, et cela, jusqu'a ce qu'on attei-
a gne la grande rade.
a I1 est prudent de la part des capitaines de navires 6tran-
c gers qui viennent pour la premiere fois au Port-au-Prince, de
a ne pas trop s'aventurer dans la bale sans le secours des pilo-
o tes que dolt leur envoyer le bureau du port ).
Comme l'on volt, il y a danger a p6n6trer dans la rade de
Port-au-Prince; son accs n'est pas des plus faciles et il faut le
secours d'un pilote.
Disons un mot de ce marin, de cet homme entire les mains du-
quel le capitaine le plus habile du monde, peut-6tre, est oblige
de placer, pour quelques minutes, avec la fortune qui lui est
confine, la vie de tous ceux qu'il a sur son navire.










- 74 -


Voyons done le zble que, chez nous, ces hommes mettent A
s'acquitter de cette important mission.
Dans 1'Expose general de la situation, pour I'ann6e 1888, on
peut lire ces phrases :
a Le service de nos ports pilotage et surveillance se fait
c a la satisfaction du gouvernement. Les officers qui y sont
( pr6pos6s, les agents places sous leurs ordres, bien stimulus
a du reste par I'autorit6 central, se mettent a la hauteur de
( leurs devoirs respectifs; et les int6rets du fisc, de m6me que
a ceux du commerce, s'en ressentent de la facon la plus avanta-
( geuse )).
Nous laissons maintenant la parole a quelques journaux de
Port-au-Prince et A des strangers qui ont sejourn6 dans cette
ville.
La Democratie.
1or mars 1889.
a Le pilote........ a une embarcation don't il ne se sert pas. Au
a lieu d'etre A attendre les navires pour les piloter, ce sontceux-ci
qui viennent le chercher jusqu'en petite rade quelquefois. On
a est pilote ou on ne l'est pas I >

***
La Viritd.
30 mars 1889.
Une question de haut int6r6t qui a toujours pr6occup6 les
a commergants et les voyageurs, est celle du pilotage et des vi-
a Les consignataires des navires strangers se plaignent avec
a raison de payer un droit de pilotage quand le plus souvent le
a pilote arrive a bord lorsque le navire est ddjh dans la rade.
( C'est lh un abus qu'il convient de signaler aux chefs des mou-
a vements des ports pour qu'h I'avenir ils puissent y remedier.
c Remarquons que quand la vigie signal un steamer arrivant,
a 'est alors seulement que le cannot du Port quite le warf pour
a aller a sa rencontre. Or, le temps d'arriver seulement dans













( les environs de Bizoton, le steamer a d6ja franchi la grande
a rade et la presence du pilote en quelque sorte n'est plus utile :
, il n'est done pas just que le consignataire paie les droits de
( pilotage, quand le pilot n'a fait qu'assister au mouillage du
( navire.
(c Que de fois n'avons-nous pas vu, en effet, des steamers de
( forts tonnages aller s'6chouer aux Trois Ilets ou ailleurs dans
( la grande rade, faute d'un pilot qui ne s'est pas present h-
temps pour lui indiquer la passe ).
VoilA le zBle que mettent les pilots de Port-au-Prince A rem-
plir leurs devoirs. Ainsi que le lecteur l'a constat6 dans le pas-
sage de l'Exposd general de la situation que nous avons transcrit
plus haut, ces pilots pourtant relevent des pouvoirs publics, ce
sont des fonctionnaires de l'Etat comme tous les fonctionnaires;
ils touclient des appointments au meme titre que ceux qui
sont charges de la police sanitaire de nos ports. Tous jouent un
r6le considerable. Les uns veillent sur l'existence de ceux qui
viennent du dehors, les autres sauvegardent la vie de leurs con-
citoyens, en Eloignant d'eux les maladies contagieuses que les
voyageurs venus de l'6tranger peuvent apporter sur nos plages.
Voyons maintenant comment se fait ce service sanitaire.

La Ddmocratie.
ior mars 1889.

( Nous apprenons avec un profound 6tonnement nous qui
( sommes cependant habitues aux ridicules de notre pays que.
a le m6decin du port n'a mime pas un cannot sp6cialement affect
Sa son usage. II se trouve ainsi expos a arriver souvent A'bord
aprbs que les passagers sont djah rendus a terre et a ne faire
( ainsi son service que de nom. Nous ne croyons pas avoir be-
( soin de nous appesantir sur cette question pour faire compren-
( dre au public toute l'importance qu'il y a de donner a celui qui
( est charge de veiller sur la sant6 de la Capitale les moyens de
a remplir ses impirieux devoirs. Qu'on fournisse done une em-
( barcation au m6decin : on fait asez de d6penses aussi inutiles


-- 7iS -










- 76 -


" que criardes pour qu'on emploie une fois au moins l'ar-
Sgent des contribuables a une chose d'utilit6 publique I
**

La Veritd.
30 mars 1889.
c Un navire venant d'un port stranger, avant de d6barquer ses
c passagers et ses marchandises, doit avoir ce qu'on appelle sa
> libre pratique, c'est A-dire que sa patente de sant6 devra etre vi-
e sitee a bord par le midecin du port et tant que cette visit n'a
a pas lieu, le navire ne doit avoir aucune communication avec la
c terre. Pour le voyageur, comme pour le commereant, les mo-
a ments sont pr6cieux et le m6decin du port doit 6tre toujours
a pret A faire sa visit sans retard avant que le navire ne prenne
a mouillage.
( Nous constatons malheureusement que souvent le m6decin
" du port arrive trWs tard et nous l'avons vu,maintes fois, chercher
a un cannot pour aller A bord. ,
Voila comment les medecins de nos ports protegent leurs con-
citoyens centre les microbes exotiques.
Ce qui frappe d'6tonnement et afflige le plus dans cette faCon
d'entendre un devoir d'ordre public, c'est que cet 6tat de choses
deplorable n'a pas exist qu'en 1889. Les protestations de la
press de Port-au-Prince datent de plus loin; mais jusqu'ici elles
n'ont point attire I'attention de nos administrateurs.
Si nous remontons par example A I'ann6e 1886, nous consta-
terons que les choses 6taient dans 1'6tat oh nous venons de les
voir, c'est-A-dire quatre ans auparavant, sans prejudice, bien en-
tendu, de ce qu'il y a A dire des annees qui precedent 1886.
Dans son num6ro du 8 septembre 1886, le journal Le people
disait: a MM. E-R. et F-G. sont venus nous prier d'annoncer
c qu'arriv6s A Port-au-Prince cette apris-midi A une heure,
c ils n'ont pu descendre a terre qu'a six heures, attend que le
c docteur n'est arrive a bord qu'apres cinq heures et demie, ce
a qui lui a 6et reproch6 a bord m6me. Plusieurs dames, passa-