Quelques vues politiques et morales

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Material Information

Title:
Quelques vues politiques et morales (questions haitiennes)
Physical Description:
vi, 9-132 p. : ; 25 cm.
Language:
French
Creator:
Dorsainvil, J. C ( Justin Chrysostome ), 1880-1942
Publisher:
Imprimerie modéle
Place of Publication:
Port-au-Prince (Haiti)
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Social conditions -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Cover title.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23898326
ocm23898326
System ID:
AA00008898:00001


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Zo




ze














Errata


Lire au lieu de cataclismes Pages II 196me ligne cataclysmes
vue IV 356me vie
ombres V 2eme sombres
ses VI 3eme ces
le 9 176me la
habitues 9 276me habits
caillaux 9 316me cailloux
11 336me une virgule
a placer apres le mot villes,
'" conomiques implants Pages 15 12eme ligne
6conomique implantO
intacts 15 236me ligne intactes
cerfs 16 216me serfs
qu'un 17 25eme d'un
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que 23 86me qui
des 31 126me de
"( 230/1 3:1 236me 28/o00
'" budget 53 446me budget
financi6res 64 246me financiers
Foride 75 326me Floride
'" ** rfl6chir 91 36me l' flchir
Lire Page 94 21eme ligne le genie de la volont6 et celui de l'intelligence
c" 109 236me de notre 6poque que
au lieu de dialectiques Page 109 266me ligne dialectique
.' '1 L'hyoth6se 117 derni6re ligne L'hypothese
etc, etc.





LATIN
AMRCA I; 7L 7
Du meme auteur





Militarisme et hygiene social
L'6chec d'hier et I'effort pour I'avenir
Le probleme de I'enseignement primaire en Haili.
Organisons nos parties politiques.
Les problernes haitiens.
Quelques vues politiques et morales
(Questions Haitiennes).
Les Lectures historiques.
V6dou et n6vrose.
Manuel d'Histoire d'Haiti en collaboration avec
les f6rees de l'Inslruction Chritienne.



En preparation




Psychologie haitienne : V6dou et magie.
Haiti et les groupements noirs ambricains.











AVANT-PROPOS


Nous raunissons dans cette brochure et sous ce titre : QUELQUES
VUES POLITIQUES ET MORALES, QUESTIONS HAITIENNES,
des etudes publi6es particulibrement en l'ann6e 1930, au lendemain
de I'arrivee de la Commission Forbes en Haiti.
Comme on le sait, des circonstances que nous n'avions pas recher-
ch6es, dans notre constant d6sir de vivre au dessus des mesquines ri-
valites de personnel qui constituent le fond m6me de 1'histoire de ce
pays, nous avaient impose un role a ce moment de vives agitations
de la vie national.
Membre d'une Association Politique, nous avons et6 amene A ela-
borer un programme don't les idees directrices avaient W6t adoptees
par nos colleagues et qui fut, en bonne parties, soumis h la Commis-
sion Forbes. En 1930, habitu6 a ne jamais prendre les d6sirs de notre
affectivit6 ou les concepts abstraits de notre intelligence pour des rea-
lit6s, h aucun moment nous n'avions cru h la cessation immediate da
contr6le am6ricain sur le pays. Les evenements marchaient encore
centre nous.
Au lendemain de la guerre mondiale, le sentiment qui s'etait fait
jour aux Etats-Unis prodigieusement enrichis par les malheurs de
l'Europe etait line volont6 de puissance ou de domination qui n'en-
trevoyait aicun obstacle au developpement de ['emprise am6ricaine
sur le monde. L'Arnmrique avait impose A l'Europe, ruinke par la
guerre, affaiblie par la perte de tant de millions d'hommes, tout un
plan nouveau' d'organisation international. Au Congres de Versailles,
tandis que Monsieur Wilson proclamait son nouvel 6vangile: respect
des nationalit6s, droits des minorities h disposer d'elles memes etc. les
hommes d'Etat europBens, desempar6s, 6cras6s sous l'immensite du
d6sastre s'oubliaient jusqu'h declarer que la doctrine de Monroe etait
tine entente rigionale. Personne n'avait le d6sir, encore moins la vo-
lont6,de fire ressortir l'invincible contradiction qui gisait au fond de
la politique international americaine.VWrit6 en deca des Alleganys,er-
reur au delay de la Cordillibre. Une on deux annees apres, au Con-
gr6s de la I-avane, Monsieur Kellog affirmait de nouveau avec force,
le droit d'intervention des Etats Unis dans les affairs interieures des
Republiques de notre hemisphere. Dans I'ivresse de la victoire ou du
triomphe et dans l'esp6rance chim6rique que l'Allemagne vaincue al-
lait rdparer les pertes mat6rielles de tous genres que son initiative
guerribre avait occasionnies a l'Europe, aucun home d'Etat n'avait
entrevu les sombres annees que le monde allait traverser du fait meme
de la guerre.
D'autre part, il ne nous parait point que les dirigeants de la poli-
tique amrnicaine aient eu a la fin du conflict europeen une vue tres
nette d'une situation nouvelle qu'il avait aussi enfantee.






-II-


Dans le Pacifique oriental, un autre people dou6 d'iine con-cience
national suraigue, hl'6troit dans ses iles imontagneuses,avait lui aussi
tire du conflict europeen d'indiscutables advantages. De people agricole,
adonne au paternalisme industrial, les quaure annees dp la guerre
mondiale I'avaient transform en une puissante nation manufactuirikre
an point d'dtre aujourd'huli tn concurrent daugereux pour les plus
vieux centres industries de l'Europe.
A ce nouveau venu dans le concert dos grades pui.-snces il faut
des d6bouches pour ses products manufactures et, chose plus grave,
des territoires pour le placement de son surplus de population don't
le rythme annuel d'augmentation est de 900.000 Ames. Or, un fait
est aujourd'hui indeniable aux yeux de tous les 6crivains militaires.
La victoire sur le Japon imposera A la nation qui la remportera les
plus durs sacrifices et auicune puissance ne peut se jeter dans une
semblableaventure sans une solide preparation matlrielle et surtout
morale. En effet, la force de resistance di Japon est moins dans le
nombre de ses bataillons et I'armement de ses cuirasses que dans le
moral de sa population. Ce vieux people asiatique, former durant des
mill6naires a l'e6ole de la misere et des plus effroyables cataclismes
naturels, a vu son .me se feriner a toute crainte de la mort. Une vic-
toire sur le Japon n'implique done pas qu'une defaite mais l'aniantis-
sement de toutes ses forces combattantes. Une guerre entire les Etats
Unis et le Japon, on le sait, ne serait pas qii'un simple conllitpour
la conquite des marches asiatiques et la predominance economique et
financiere dans les terres du Pacifique. A ces questions d4ej vitales
pour le Japon s'ajoiiteraient quelqies souvenirs pInibles et toute la
rancceur inspire a l'orgueil de race liiumili6 par l'arrogance du Yan-
kee. L'illusion ambricaine serait grave de cruelles consequencps si elle
ramenait un conilit avec le Jaipo; aux simple proportions d'iun choc
de materiel. A la bataille du Jiitlan I, le Derllinger, mont plar de
jeunes officers en qui la culture allemiande avait d6pose tout ce que
l'duciation peut ajouter i la mystique racial, tout ce que ]a science.
peut enseigner de teciinique precise de combat, envoya en quPlqiue
minutes au fond des abiies deux on trois des meilleurs cuiras:-e.- de
l'Amiral Beatty.
La victoire a-t-on dit est a l'armre qui tiendra le terrain in quart
d'heure de plus que l'arm6e adverse. taans nous attarder ontre insure
sur les probabilities d'un conflit entire les Etats Unis et le Japon il
nous parait que la seule existence de ce dernier pays imrlose a l'AmnP-
rique du Nord une nouvelle politique dans notre hlimisph6re. Personnel
ne fera l'injure aux hommes publics americains, de croire qu'ils
n'ont pas assez d'anticipation dans l'esprit pour cornprendre la neces-
site de cette nouvelle politique.
Avant ces cinq dernires anndes I optimism bien connu de 'amie-
ricain du Nord,sa conliance dans les possibil:t6s illimitees de dkvelop-
pement de son pays pouvaient encore se justifier. Mais aijoiird'lni un
tel optimism, une telle confiance en soi tiendrait d( prodige et rp-
leverait quelque peu de la mythomanie. Or l'un des elements essentials
de cette nouvelle politique parait de prime abord la n6cessit6 d'obte-
nir pour le moins la neutrality bienveillante des autres tats americains.
Les idees directrices de la recente politique japonaise ne -ont que trop
apparentes. Appuy6sur la Cor6e et la Manchoukono, grands reservoirs






-III-


de mati6res premieres, le Japon avec un esprit de suite qui n'est 6ga-
16 que par la puissance de dissimulation qui est comma une vertu de
la race, se prepare t routes les 6ventualit6s.
A leur tour, les Etats Unis, meme avec les richesses accumulees
dans leur immense territoire, peuvent ils se lancer dans un conflict de
cette envergure bans s'assurer le petrole du Mexique, certaines pro-
ductions vivrieres de l'Amerique central etdes Antilles, le caoutchouc
de 1'Amazonie, les viandes frigorifi6es de l'Argentine, quelques products
mineraux du Chili, de la Bolivie etc.
D'ailleurs, les dizaines de milliers de Japonais epars ou groups
dans l'Am6rique latine, du Rio Grande h l'Argentine, ne forment ils
pas un avant-garde don't F'action ne serait pas negligeableaucasd'un
contlit entire leur pays et I'Am6rique du Nord? Si fortified et bien de-
fendu que soit le Canal de Panama est-il complement h I'abri d'un
coup de main de la temerit6 audacieuse de quelques repr&sentants
d'un people don't la mystique racial ne connait point d'obstacleet qui
accepteraient A jouer leur vie dans la destruction du ('anal ? Les ex-
periences r6centes de la derni6re guerre ont suffisamment montr6 h
quelle ingeniosite de moyens, loin m6me de leur pays d'origine, les
ressortissants d'une nation, stimulus par le patriotism peuventabon-
tir pour la defense de leur pays menac6. Detruire une usine n6ces
saire a la defens- national, fire disparaitre des points indispensables
a la circulation d'un cheminiu le fer, dynamiter un navire de trans-
port, mtner une propagande qui casse les bras, nerve lei volont6s les
plus decidees etc. sont des moyens isoles de lutte que la surveillance
polici6re la plus attentive ne saurait toujours empicher.
A Ia limiere :le cette situation nouvelle nous crovons maintenant
a la liberation prochhnin de notre pays. 11 faut se co:icilier I'opinion
puiblique du rest de I'UAmirique latine et Haiti, Cuba, Nicar.agua,
sont des temoins trop tenants d'une politique hier encore imperialiste
et agrssive. Celte attitude noivelle s'impose d'autant plus que I ad-
versaire 6ventiel, depassant les bornes de la simple defense, devient
h son tour enivahisseur, inond( (des prolidit die son industries les mar-
chls antillais et americains dii sld. Bien plus, remontant a la vieille
histoire nntpe-olonbicuine, il iivcque on ne sait quelle similitude do
race avec l'Indien du Mexique au Chili.
II rappelle encore qu'lh 'epoqiie oi l'Amerique n'4tait qu'h l'6tot de
r6ve daims I'esprit de I'Europe, ses jonques de commerce pratiquaient
dejA les ports des celel)res empires des Aztquies et des Incas. Pendant
ce temps ses fils par rilliers envahissent le Mexique, le Perou, le
Bresil etc. Laborieux.. obres, 6nergiques ils s'y ktabliss.ent solidement
an milieu d'une population indigene d6cimee trop souvent par les in-
cessantes guerres civiles provoquees par une ploutocratie feroce,-avi-
de dejoui-sances, ignorant tout sentiment de justice social. Mais ce
n'est pas tout.
A l'oppos6 du Japon, dans la vieille Europe, des pays comme 1'An-
gleterre, I'Allemagne, la France etc. ne peuvent oublier quel immense
d6bouclh l'Am6rique latine repr6sentait pour leIr activity commercial
et industrielle. L'Angleterre surtout, anjourd'hii concurrence dans
les cinq parties di monde par ses propres dominions, ne tenait elle
pas a la veille de la guerre, la tete du commerce dans l'Am6rique







-IV-


latine? Ses efforts pour abattrel'Allemiagne et se debarrasser de sa
rude concurrence n'ont en some about qu'a substituer a cette der-
niere d'artres concurrents aussi bien arms pour la lutte que les
peuples se livrent & cette heure uoins pour dominer que pour vivre.
Sons la poussde d'une revolution definitive, plus morale que politique
-puisqu'elle galvanise l'Amne d'un peuple- I'ltalie se decide a son
tour i suivre ses milliers d'emigrants au continent de Bolivar et de
Miranda.
Ainsi done dans l'immense et terrifiante parties qui sejoue el dent
peut 6tre l'enjeu est la destruction possible du monde on ne
voit point l'intiret que AmLrique pouirait avoir a laisser survive
entire elle et ses allies naturels des malentendus a l'occasion d'un petit
pays pau re, arriere, divise sur lui mneme, a l'avenir politique et social
inliniment douteux par suite des incomprehensions de l'etat d'esprit
morbide de ses propres enfants.
Ce sont ces considerations qui nous ont port a reunir dans
la present brochure les etades publi6es par nous particuli6rement
au course de l'annie 1930. A notre avis il imported a la veille de la
liberation prochaine du pays que tous ceux qui onteu hjouer un role
quelconque dans ses affaires disent a la nation ce quils ont cru pos-
sible pour son salut. Qu'on le veuille ou non il y a des responsabili-
tes a fixer, des bilans a dresser.
Certes nous n'avons pas eu la pretention d'apporter aux multiples
questions envisagees dans ces etudes des solutions dfinitives. On a
dit avec infiniment de raison que dans les choses sociales comme
d'ailleurs dans les autres domaines hls problmnes bien posds impor-
tent plus que les -olutions proposees. Quand on songe en effet h la
masse de problems factices auxquels l'humanite a vainement cler-
che des solutions on reconnait sans effort la justesse de cette pensee.
L'intelligence humaine, pour reprendre ine idee de Monsieur Bergson
vit a l'etat de manque, c'est a-dire qu'elle n'embrasse le toiitde rmen.
Son role pourrait bien consister a prendre des instantan6s sur la du-
ree qui, a aucun moment, n'6puisent tout Ie reel. De la ce perpetuel
6boulement des valeurs, particulierement sociales qui donne une al-
lure trepidante h la vue de l'hiimanit6. Nos solutionsquelque sagiici-
cite que nous y mettions sont toljours provisoires on depassent par
leurs consequences nos provisions les plus leitimes. Qiiand au 176me.
siecle, au milieu de l'Europe monarchique et de droit divin, ce pen-
seur solitaire, le veritable theoricien de la democratic moderne, J.
Locke tirait par 1'etude de l'entendement himain et de I'histoire tous
les principles drmoo-ratiques que le l88me siicle allait vulgariser pour-
rait il pr6voir les formidable revolutions que la doctrine nouvelle
provoquerait dans le monde ?
Pour revenir a nos 6tudes, notre but en les 6crivant etait bien
simple. II s'agissait moins de proposer des solutions que d'inciter nos
compatriotes i reflechir sur des questions don't l'urgence ne nous pa-
raissait point douteuse. Incontestablement quelque chose qui n'allait
pas bien dans notre organisation social avait provoque nos malheurs.
Dans l'esperance d'une reconquete de notre autonomie ne fallait il pas
entreprendre un vrai travail de redressement de 1'Ame national ? De-








vait on laisser le peuple continue a vivre sur les 0rremehts du passe,
sur les fautes d'un present angoissant par les ombres perspectives d'un
avenir qu'il laisse entrevoir? Au lecteur de dire si quelque a chose W6t
tented dans le sens que nousindiquons.
La second parties de la brochure reprend des etudes d'une portee
plus morale que politique, Cependant ces 6tudes n'ont rien de th6o-
rique et d'abstrait. C'est encore un autre aspect de l'Ame haitienne
qu'elles envisagent, aspect profound, definitif parce qu'il domine et ex-
plique tout le comportement social. L'honnete De Quatrefage ne re-
connaissait a l'humanit6 que deux attributes essentiels: la morality et
la religiosity. Et de fait y a-t-il dans la pensee philosophique un pro-
blAme plus important, plus essential que celui de l'estimation des va-
leurs. Car toutes les fois que l'humanit6 se d6tourne de l'application
rigoureuse: de ces valeurs le d6sordre s'introduit brutalement dans le
monde.
Le mal d'Haiti comme d'ailleurs du monde entier est un malmoral.
Monsieur Bergson, dans le livre si attachant qu'il vient de consa-
crer au probl4me que nous envisageons, d6daignant les explications fa-
ciles et secondaires pour remonter aux causes effectivement agissan-
tes, a fait remarquer que la crise que traverse le monde est avant
tout une crise morale, une crise d'insuffisance des valeurs ethiques
et sociales.
Le dvveloppement outrancier d'une civilisation mat6rialiste qui cons-
titue dans les hautes spheres une f6roce aristocratic de l'argent et
dans le people une immense arm6e de grabataires a tu6 en nous Dieu.
Pour Monsieur Bergson, 1'616ment essential de la crise mondiale n'est
pas dans le machinisme, .mais dans un insuflisant developpement de
la justice social et de la solidarity humaine ou du moins nous resu-
mons ainsi sa pens6e.
Le mal d'Haiti disons nous est un mal moral fait d'un cot6 de su-
perstitions et d'ignorance, de I'autre de s6cheresse de cceur et d'obnu-
bilation de l'intelligence-s-ocale. Que peut on attendre d'une soci6t6
oh le d6earroi moral est partout? La ofu l'on s'attend a trouver un
homme on ne decouvre que I'animal human avec ses app6tits fr6-
missants, ses besoins de luxe, de luxure et de lucre.
Est-il te6mraire d'ajouter que dans notre milieu social on n'entre-
voit aucune id6e collective qui rallied la majority des suffrages : senti-
ment de l'Nminente dignity de la nation et de sa valeur racial,
solidarity des groups dans le cadre des evolutions necessaires, devoirs
et missions de l'autorit6 et par dessus tout le maintien de l'autono-
mie nationale.qui est a la nation ce que la liberty est a l'individu.
Si on admet que 1'esclavage est une condition favorable au d6veloppe-
ment de l'individu priv6 de sa liberty, on admettra sans doute l'int6-
ret d'un people a vivre sous la domination d'un autre people.
Or le dominateur prend invariablement conscience de sa sup6riorit6
par le fait meme de la domination. Le romam durant des si6cles a
profess le plus complete m6pris des peuples vaincus et l'heg6monie
de Rome n'a 6t0 en definitive qu'une terrifiante exploitation de la fai-
blesse ou de 1'6tat anarchique des autres peuples. Ferrero nous fait
suivre avec des details impressionnants l'ceuvre des proconsuls dans






-VI-


les provinces de l'empire, pil]ant, devalisant les temples, transportant
'a Rome les offrandes pr6cieuses que la pi6te des peuples accumulait
dans ses sanctuaires.
Si le corps humain a ses exigences, I'imre humaine a ses droits et
ii ne saurait y avoir de d6veloppemnent franchement human dans la
d&pendaice quand hien muine les chaiies q,''on porte seraient des chai-
ne. d'or. S. Mill disait aveC cette franchise britannique qui ne recule
pas devant la crudites de l'expression si elle rend bien la veritd:
( Mieux vaut 6tre un So(rate m6content qu'un pourceau bien repu
ou qu'un imbecile satisfait i,
Pour finir nous n'attribuons aux pages qui suivent aucune valeur
litteraire. Notre but a ete dans ~os humbles productions d'exprimer
clairement, nettement'nofre pensee. La-sinc6rit6 dans l'expression, .le
souci d'etre vrai house ont toujours paru etre les qualities essentielles
d'un ecrit don't les visees ne sont pas purement litteraires. Si parfois
dans l'expression. denotra pensee, elle rev6t, en d6pit de nos efforts
de simplification, une forpae qui routee quelque peu le lecteur non
averti, cela n'est, qu'on nous le pardonne, que la consequence d'une
pratique assez longue des etudes philosophiques.


~'~S~klL~L~S















DEFENSE DE LA PROPRIETE FONCIERE
Conference prononee < aux Cayes



Nous n'avons pas ici A d6fendre le droit de propri6t6. La
philosophie la plus 616mentaire, celle qui n'esl que le bon
sens codifi6, le considere comme un droit essentiel, com-
me l'un des 616ments de base de l'organisation social.
Le socialism m6nie dans ses tendances ou ses forces
les plus exagl6res n'est pas une n6gation absolue du droit
de propriety. 11 ne tend pour des raisons plus historiques
que principielles qu'i le transfrrer A la communaut6, A
la colleclivit6 on A l'etal.
Si d'ailleurq, en principle, I'homme doit jouir sans trou-
bles des fruits de son labeur, comment lui enlever le
droit de propri16 qui dans ila majority des cas est le r1-
sultat (d'ua travail o,)iiitlre et prolong? Les heureux e6-
nlficiaires de brillantes successions sont encore le petit
nombre des l6us dans note hunmanile.
L'organisation de la defense de la propri6le en Haiti, et
par consequent du droit qui en decoule, tout en le 16gi-
timant, s'impose a nous par de multiples raisons.
La propri6t6 fonciere est celle qui garantit r6ellement
la vie des peoples, qui lenr assure la dIure an milieu
d.i pires circonstances. (Crtihage vaincue par les Romains,
disparut de l'histoire, parce que sa population ne fur
qu'une ploulocralie de marchands, sans attaches avec la
terre. I.e carthlginois disparut done, mais le numide sub-
jugu6 par lui resista et surv6cut A toules les invasions. Alht-
nes s'affaissa sur elle m6nme du jour oil les domes ne fu-
rent plus habilkes que par des commercants, des matelots
ou des rouliers de mer. Rome subit la loi des vaincus
d'autrefois, quand le lPgionnaire de retour de ses campa-
gnes devint un pri-iorien et ne reprit plus la charrue pour
labourer, selon le mot de Caton, les caillaux du Latium.
Notre population
Le people hailien constitute ce qu'on nomme une nation
paysanne, puisqu'aux 4/5; il est form de paysans et de vil-
lageois. Sur une population estimee A 2.500.000 on compile






-10-


en effel plus de 2.000.000 de paysans. Celle forte popula-
lion campagnarde, tIrs prolifique par surcroil, est applel]e
A se d6velopper sur un territoire de 27.700 K. carries, ce
qui donne d6ja une movenne gen6rale de 90 habitants par
K. C, moyenne sept fois et dMmie supe'fieure a cc!le des
Etats Unis, soil 12,habilants par K. C.
Or on ne l'a pas jusqu'ici assez remarqu6, la surface non
cultivable et peu cultivable d'Haiti, represeiitee par nos
marais salants, nos villes et bouIrgs, nos plaines, I)lateaux
et montagnes aides, les course de nos rivieres vagabondes,
nos 6tangs et lagunes etc. a cause de la nature du sol, est
considerable. II en result que la densilt kilomntrique de
la population, dai,,s les parties fertiles du territoire, est fort
notable. Elle depasse dans certaines regions 150 habitants
par k. c. ce qui est presque dejA la lmoyenne g6ndrale des
pays surpeuples, cbtle inoyennc e ant en France de 78 ha-
bitants, en Anglelerre de 154, en Allenmagne de 124, au Ja-
pon de 144 par k. c.
Peuplie i'lltgralement sur celle base, la population tolale
d'Haiti repr6senterait 4.155.000 mies. Les conditions loca-
les restant A peu pres les mnimes, on peut celendant af-
firmer que la MpopIulation d'Haili doublera vers 1960, puis-
qi'elle a presque quadruple en 125 ans. II est en effet indi-
iiiable qu'au moment de la proclamation de 'Inld6pen-
dance, la population hailienne n'alteignait pas 800.000
Ames. Nous ne croyons i);is I)OLrtah't'Itre bien loin de In
vrlitl en affirmant que les possilbilils dtmographiqu tes
d'Haiti d6passenl a peine trois hiillions d'Aimes. Or (q(ii
(qu'on puisse penser par ailleurs des conclusions de Mal-
thus il existe bien i raIlport d'6lroile dtpendan(ce eri-
tre les movens de subsistence (d'u1n milieu donn6 el le.chif-
fre de sa population. ILa science, par son intervention, pent
fire varier les terms du rap Iort come les fonclions
d'une variable sans pouvoir jamais niannoins, le d6ltuire.
Dans ces conditions, si nous ne savons pas' organiser la
lutte contre tine expropriation lente et progressive de nos
paysans, ce people est fatalement condamn6 A disparailre
apris une existence d'affreuse misere niciiis q(l'din cruel-
lisme mallhusien vienne corrigec les )rodigaliles de la
naturLe.
Le champ d'6migration pour 1'liailien, en d6pit des appa-
rences, est strictement limited. Un inti'r6t conomique mo-
me.ntanl peut lui ouvrir les portes de quelques contrees
vbisines, mais 16t on lard la necessil, de la defense per-
sonnelle, I'anlagonisme de race, la difference du ( standard
of life. lui fermeront les portes. L'absence d'un service s.-






-11-


rieux.de statislique ne nous permet point de trailer. come
nous l'aurions desire, la question de la ligue.
Quelle est 1'6lendue de la surface cultivable du pays et,
du coup, celle de la surface non cultivable?
Quelle superficie repr6sente acluellement le domaine en
culture et, du coup, la reserve territoriale agricole du
)pays t
Quelle est l'etendue du domain national, du foreslier?
Quelle portion du lerritoire est occup6e par la grande et
la petile culture?
Quel est le nombre de nos petils proprielaires et dans
quelle proportion sont-ils r1partis dans les planes et les
montagnes?
Dans quelle measure la grande et la petite culture inler-
viennent-elles dans notre commerce d'importation?
Autant de questions importantesde notre sujet aiixquelles
on ne peut rlpondre 'avec precision. Dans tous les cas, sur
nos deux milliolis de ipysans, il reste douteux (ltie nous
ayons 200.000 petits propiriltaires. La grande masse cam-
pugnarde est formie de fermiers, de milayers on de ( de
moiti6s ), d'ouvriers agricoles.Que lous ces gens arrivent jus-
qu'ici A vivre plus on moins, cela s'explique pr 1'absenteis-
me ,des "iladins, propri6taires de biens ruraux, par leurs
modesles besoins personnel, par la rusticil6 vraiment trop
primitive de leur mode d'existence. Celle masse de pro-
pridtaires ruraux, selon notre experience, est plus dense
dans les mornes ofi l'on trouve un chiffre notable de petits
propriltaires. Aussi tout Irawinsert de la grande propri&t1 de
plane n i ne compagnie i6ra;i.gere entraine I-il le d6place-
ment d'iie foule de paysans, condamn6s du jour au len-
demain A se cr6er de nouvelles possibilities d'existence.
Inutile d'ajouter que bien pen de ces deracin6s reussissent
et qu'ils forment les recrues de 1'emigralion veis les villes
dans cerlaines contrees voisines.
L'aetion amtnricaine et la propridl fonciere
Si loin qu'on remote dans l'histoire on ne consulate
lqu'ine exploilalion plus ou moins savante des peoples fai-
bles par les plus forts. Jusqu'a cette here, 1'6goisme indi-
vidiiel oi national est la commune measure des choses hu-
maines. Nous avons dit ailleurs que 1'Empire remain luI
mime, malgri ce qu'il apportait parfois d'ordre, de disci-
pline, de civilisalion an monde vaincu, n'avait l6 qu'une
vaste enterprise de pillages. Sans scrupule, les meilleurs ro-
mains: Sylla, Pomp6e, Cesar, Antoine, Octave, Lucullus et






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Brutus lui m6eie, pillerent les tr6sors des temples, les vraies
Banques de I'autiquit6. Rome, par le regime des publicains,
d6valisa les peoples d'Orientjusqu'A leurs dernires pieces
d'or. La recherche et I'accumulation du pr6cieux matal ful,
comme de nos jours, le probl6me capital de l'economie fi-
nancire de Rome. J. C6sar, Octave, Tibire entreprirent des
marches p6nibles en Espagne, en Illyrie pour ia conqulte
de quelques pauvres mines d'or de ces regions. Rien done
i'a change dans notre pauvre 1Tnivers L' erreur de la
plupart de nos compatrioles dans l'6tude de I'action amnri-
caine dans le pays, est de s'en rapporter un peu naive-
ment A la logique, A la morale, A la justice. Envisag6e sons
cet aspect sentimental et logique, cette action nous condui-
ra de deceptions en deceptions, au milieu des plus trou-
blants ahurissements de I'esprit et du cceur. S'il y a une lo-
gique dans Faction americaine, elle n'est que la logique de
1'intert amltricain individual ou national.
Celte derniere n'a rien de common avec les r6gles d'Mter-
nel bon sens poses par iun Aristote on un Bacon.
La derniere grande guerre a singulierement compliqu6
I'~tat 6conomique du monde. ,Lindustrie des products ma-
iiufactures, le commerce de certaines malieres premieres
ne sont plus le monopole de 1'Europe et de l'Anmrique du
Nord. Dans le commerce de la Iio'iille, par exemple, I'An-
gleterre entire en co:cur'reiice avec ses i)ropres dominions
de l'AFrique et du Pacifique el le lien politique n'atl6nue
een en la vivacitl de la concu:ience. l'liide, la Chine, le
Japon, 1'Australie, l'Afrique du Sud etc... s'industlrialisent
rapidement et c'est aulanit de d6louch6s, et pour de nom-
breux products qui se ferment a I'activit6 europeenne el
nord-amcricaine. I1 en risulle que les conivoilises des pen-
ples industries se diligent avec niergie vers l'Anim rique
laline.
Entre le Japon et les Etals-Unis, le probl6me economi-
que se complique d'uine question polilique et mime de ra-
ce. Mr. Stoddard, dans une recente publication, don't la
faiblesse documentaire ne doit point fire nIgliger la va-
leur come expression de la psychlologie polilique d'une
nation, attire avec force 'atlteilion de ses compatrioles sur
ce nouveau probl)me international. L'historien de St. I)o-
mingue qui, aujourd'hui, n'a pas assez de m6pris de la
race noire, aboulil au dilemne suivant: I'Amprique Iatine
sera blanche ou jaune.
Or, les Etats Unis qui repr6sentent, parait-il la purely
de la race nordique, la race des dolichoc6phales blondes
aux yeux bleus. qui n'a produit pourtant ni C6sar ni Na-






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pol6on, pas m6me Galil6e, Poincar6 et Pasteur, ne saurait
une minute admettre le second terme du dilemne. L'action
brutale et souvent irritante de cette puissance dans le bas--
sin des Antilles, ne marque done que la premiere tape
d'une politique de conqu6te pour le moins 6conomique et
financiere de l'Am6rique Latine.
La politique am6ricaine nous parait visiblement trouble
par les vis6es du pan-latinisme, soit quarante millions de
francais, quarante millions d'italiens et cent vingt millions
d'individus de langue espagnole et les declarations nulle-
ment deguis6es du Japon de reprendre, apres des siccles
d'interruption, sa colonisation de l'Amerique Centrale et
du Sud.
D'autre part, quelles que soient les richesses des Elats
Unis, la profusion des matieres premieres sur leur immense
territoire, ils ne sont pas moins sous la menace de certaines
servitudes 6conomiques et commercials. De routes les
puissances industrielles, l'Allemagne exceptle depuis la
perte de ses colonies, l'Union du Nord, esl celle qui dispose
de moins de territoires proprement tropicalx. Les Elats
Unis ont un urgent besoin de qnelques products de la zone
tropical, en tote desquels nous placons le caoutchouc.
L'Union possede, personnel ne l'ignore, la plus grande mas-
se de machines a p6trole, tout en gardant le premier rang
dans la fabrication de ces machines pour l'exporlation. A
la question dejA troublante du p6trole s'ajoute raintenant
une question de caoutchouc. L'importation annuelle de ce
produit aux Elats-Unis se chiffre d6ji A plus de 400 millions
de dollars avec une menace constant d'augmentation.
LA cependant n'cst point le mal.
Le mal est dans le monopole que par une de ces anticipa-
tions r6flichies l'Angleterre s'est constitu6 dans la pro-
duction et la vente du caoutchouc. Par une s6rie de me-
sures douanieres habilement combines, les besoins de
l'Empire une fois salisfaits, la Grande Brelagne fait une
valorisation intensive du caoutchouc destined I'exportation.
On a pu dire que par ce moyen l'Angleterre reprend les
200 millions de dollars qu'elle done annuellement aux
Etals-Unis pour sa dette de guerre. Les Elats-Unis pro-
testent, echangent brutalement des notes diplomatiques
avec la chancellerie anglaise, mais rien n'y fait: un fronce-
nient de soucils de l'Amiral Beaty compete aussi bien A
Londres qu'a Washington.
Notre conclusion est que l'homme politique haitien, cons-
cient de ses devoirs, doil plus se pr6occuper du mouve-
ment dconomique et financier amrricain dans ses esp6ran-






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ces et ses besoins que de l'etude de la question haitienne
proprement dite. C'est lh qu'il trouvera de suffisantes ex-
plications de certain illogismes, de certaines decisions qui,
envisagees du point de vue de l'int6ert haitien, paraissent
d6router le bon sens le plus el6mentaire. Ce que nous nom-
mons par example le Service Technique, n'est, A notre sens,
qu'une mission americaine plus specialement charge d6etu-
dier les possibilities economiques d'Haiti, en vue de l'int6-
ret americain, que la formation agricole et professionnelle
de notre jeunesse. Ce que nous nommons le Service d'Hy-
giene avec tous ses projects d'H6pitaux parfois notoirement
cotteux, ne pr6parent que des stations sanitaires pour la
flotte am6ricaine, en cas de mobilisation dans le bassin des
antilles
La fosse Bartlett ne longe-t-elle pas la c6te occidental
d'Haiti dans le beau golfe de L6ogAne ?
En un mot, ces officials du trait qui tiennent leur posi-
tion du President des E. U., ne peuvent etre que des mis-
sionnaires de la politique am6ricaine : quelle que soit leur
opinion sur certain faits, leur respect meme de l'humanite,
commun6ment choisis dans l'arm6e, ils sont bien obliges de
suivre invariablement le programme trac6. Nous ne savons
et nous n'aimerions vraiment pas savoir, ce que pense le
haut personnel de la politique americaine de l'intelligence
des haitiens qui out ete les peres de la Convention. En tout
cas, la clause don't il s'agit est la plus grande erreur de la
Convention. Volontairement on non, elle semble oublier
que le Pr6sident des E. U. est le plus haut represenlant de
l'intre6t americain, le premier tribune de la nation. Seul
d'ailleurs un intlert primordial explique les sacrifices que
les E. U. s'imposent pour le maiiitien depuis plus de dix
ans d'une occupation sur ce terriloire don't, apris tout, les
possibilities economiques sont trrs limitees.
Pour revenir plus sp6cialement A la question qui nous in-
teresse si Cuba n'est qu'un immense champ de canne, noius
crayons a son tour qu'Haiti devienne un immense champ.de
caoutchouc ofi des milliers de paysans accroupis travaille-
ront A extraire ind6finiment la precieuse seve du ficus elas-
tica. Quant a nos paysans, on leur remettra en attendant
des plants de cedres que leurs arrieres neveux verront un
jour se balancer an souffle des brises tropicales.
Notre legislation et la propriel6 lonciere
Un siecle pros les haitiens ont considered A la grande ma-
jorite comme un dogme de leur politique interieure, 1'ex-
clusion de l'etranger de la propri6et fonciere. Notre derniire






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constitution, celle de 1889 maintenait encore cette interdic-
tion. Qu'une telle politique ait r6clam6 avec les annies,
certain temperaments cela s'explique ais6ment. Aucune
muraille de Chine, imaginaire on reelle, nesaurait plus de-
fendre les peuples de la concurrence des strangers sur leur
propre territoire. De la inferer qu'aucune precaution ne doit
etre prise dans l'attribution de certain droit A l'6tranger,
c'est une conception de simples adversaires de la nationaii-
t6 haitienne.
Or, une cole nouvelle don't l'imprudence confine A I'in-
conscience partage absolument celle idee. Elle ne se dit
point que le progr6s economiques implants chez un peu-
pie sans sa participation effective n'est que son asservisse-
ment.Il imported peu aux haitiens que le pays ait de bonnes
routes, des ports bien 6claires, des places publiques bien
am6nag(es, de beaux monuments, si tout cela existed pour la
commodity d'une classes d'6trangers, maitres absolus de la
deslinde de la grande masse populaire.
II est aujourd'hui un genre de conquete plus cruel, infini-
ment plus destructible que IPs invasions d'autrefois, c'est la
conquete economique. L'in vasion d'autrefois passait en
trombe, sacrifiait des vies humaines, des int6rets mat6riels,
mais laissait intacts les assises profondes du people momen-
tan6ment vaincu. Ce qu'un people perd par la conqu6te co-
nomique, il ne pent facilement le reconqu6rir mnme an prix
d'une sanglante revolution, parce que cette derniere sup-
pose la persistanci e d'ue nergie commun6ment anihilee
par la conquete 6cononmique.
La constitution de 1918, cenvre du Dr. Edmond H1raux,
approuvee par Washington et impose au people hailien,ac-
corde le droit de propriete a l'Ntranger pour son habitation,
son commerce, son industries, ses oeuvres d'education. Elle
pose A notre avis,A leurs limits les concessions necessaires.
Toute nouvelle extension du droit de propri6t6 favorisee par
nos dirigeants indigenes on imposee par leurs cooperateurs
americains, constitute une menace nullement d6guisee d'as-
servissement de la nation hailienne.
Dans le domaine economique aucune lulle serieuse ne
pent s'engager entire l'americain capitalist, entrain6 par les
lemons de choses d'un milieu puissamment industrialist et
I'hailien si peu an courant des proc6des de la defense so-
ciale. Nous osons meme affirmer que l'ensemble des moyens
que l'amtricain tente de meltre en oeuvre pour une rapide
absorption 6conomnique du pays, echappe A la grande ma-
jorilt de nos compatriots. Cette oeuvre d'absorption devient






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plus menacante par le r6le pr6pond6rant de I'amrricain
dans toutes les functions importantes du milieu.

L'experience r6alis6e
Les gens habitues A observer entrevoient d6ej dans ce qui
se r6alise dans nos planes du Cul-de-Sac et de Leogane,
1'avenir r6serv6 a la grande masse de nos paysans.
En these g6n6rale, la ou s'implante sans l'active protec-
tion de l'Etat la grande Compagnie Agricole, la soci6t6 ano-
nyme, e'est, sans restriction aucune, ni reserve, la mono-
culture qui se d6veloppe avec ses d6sastreuses consequen-
ces pour le prol6taire. Sous son influence, les petites cul-
tures saisonnieres disparaissent et avec elles, l'inddpendan-
ce du paysan. M6me si ce dernier est conserve sur la terre
qu'ont peut 6tre labour6 ses anc6tres, il n'est plus un agri-
culteur, mais un journalier A la merci de la compagnie qui
l'utilise. Il subit sans pouvoir se d6fendre toutes les fluctua-
tions de la loi de I'offre et de la demand, inh6rentes a ces
vastes entreprises. Malheureusement ce court tableau don't
les couleurs ne sont pas charges est bien celui de la vie
paysanne dans certaines parties des planes de Leogfne et
du Cul-de-Sac.Toute une classes de nos paysans qu'abritent
les terres de la Sugar sont come des cerfs attaches A la
gl6be.
On ne voit pas trop ce que peut 6tre la vie d'un travail-
leur, condamn6 A percevoir une gourde on vingt centimes
de dollar par jour durant 4 ou 5 mois de la r6colle de can-
nes. Il est d'ailleurs heureux quand, hours de la r6colle, les
faveurs de la saison lIi permettent le travail suppl6mentaire
du sarclage des champs. Avec cela pas la moindre parcelle
de terre oft planter des vivres.
La monocullnre envahissante ne s'accomode pas de ces
soustractions inutiles.
Affam6, il ne faut pas qu'il s'oublie A prendre dans la nap-
pe verdoyante qui s'"tend A perle de vues quelques bouls
de cannes pour apaiser sa faim. La plus (dure pennlit6 r&-
pond A ce pelit larcin. Le regime ne manage pas mieux la
famille. L'6cole rurale est d6serte, parce que l'enfant, d6s
dix ans, a sa part de besogne A remplir danis les champs
de cannes.

L'6migratibn et la masse paysanne.
Nous avons dit dedj que 1'6migration n'est pas la solution
du problme d6mographique et du travail en Haiti.La seule








AoltliOdi'fi 'nvishger 'tdilhsisterait A miii agel' n6lre maisboi
de tellefacon que toutfe'la famille puisse troi'ver a s'y loge'.
Nos compatriotes des campagnes 6migrent vers Cuba ou
vers la Republique Dominicaine.
En jetant les yeux sur la carte du bassin des Antilles, on
ne voit pas oil encore il pourrait se rendre. Au delay du bas-
sin des Antilles, les masses solides des deux A'mLriques
sont les points de la plineite les plus hostilles ia notre race.
Au nord comime au sud, le problkme de Tl'liminaition des
noirs est une question essentielle de la polilique genirale.
Ceux des Elats amnricains don't la population renfcirme une
forte proportion de noirs, s'ils ne peuvent s'en, debarasser
brutalement, se, soncientfort pen d'en augmenter le nom-
bre par un apport ext6rieur. Or, qn'elle est i Cuba; come
dans la R6publiqueDominicaine, la theorie regnante sur l'inm-
migration? Avec une bonne volont6 qu'on ne peut s'em-
p&cher d'admirer dans sa naive certitude, ces populations
se proclament fermement de race blanche. A la verile que
le m6tissage dans ces contrees soil beaucoup plus acctas6
qp'en Haiti, c'est ce que leur histoir meime iprouve suralon-
damment. Se proclamer cependant d'une pnreli racial qde
la France, par exemple, par la bouche de ses savants, ne
rievendique pas, cela ne pent etre qu'une duperie on une
naivete. Ce trait nous remet a l'esprit I'6tonnement et le
franc clat de rire qu'nn 6erivain d'Europe qui, voyant fi-
gurer dans une statislique du Mexique, une proportion de
huit millions de blancs, finit par s'apercevoir que, selon
cette statistique, Mlail r6pnul blanc tout mexicain sachant
lire et ccrire. Nolre legendaire Acaanu ne disail-il pas: a Tout
neg riche ce muldtre ; tout ipuldtre p6v ce nag Dans tous
les cas, on ne discule'pas les pr6jug6s et surlout le pr6jug6
I ciai .
Cubains et Dominicains riclament pour leur pays une
immigration de bon aloi, c'sl-Ai-dire une immigration blan-
che. Les noirs antileens qui ont fait la fortune economique
de Cuba, qu'ils viennent de la Jamaique on d'Haili, sont des
indesirables susceptibles de compromettre la purely cau-
casienne de leur race.
RAcemment dans uine communication a la press, le Pre-
sident Machado a promise A ses compatriotes de mettre fin
A cette immigration d'indesirables, ignorants, illetr6s, demi-
sauvages qui avilissent le travail A Cuba tout en contami-
nant par leurs tares la classes indigene laborieuse. Un con-
gres doif se r6unir bient6t a la Havane pour discuter uni-
quement'-'la question de l'immigration. Soyons strs qu'A ce


_-1L.-






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congress ancune am6nit6 ne sera nm6nage aux hailiens donf
les pr6tendues tares physiques et I'inferiorit6 morale seront
proctamnes urbi et orbi.

Les noyens de defense
Notre esprit est trop ouvert aux n6cessitls du present el
de l'avenir pour que nous nous fassions l'apblre d'aucune
doctrine obscurantisle el xenophobe. Seul done, l'inl~it
bien entendu du pays (xplique et justified a nos yeux, les
conclusions auxquelles nous arriverons dans les lignes sui-
vantes.
On a dit de I'Europe avant la guerre qu'elle n'Mlait qu'un
immense atelier oil il:v avait cent millions d'hommes de
trop. Cette image d'une saisissante realit6 s'applique aujour-
d'hui au monde entier. Les stocks de la production mon-
diale, denrees d'alimentation, malitres premieres de l'indus-
trie, sont en general deficitaires. Celle situation deja deli-
cate par elle meme se complique de tous les moyens de
lutte que les nations mettent en oeuvre pour se protlger
on pour vaincre la concurrence de leurs adversaires... Visi-
blement le coil moyen de la vie lend A augmenter dans
toute l'Mtendue habilee de la Ilan)le, imposant an monde la
recherche d'un 6quilibre coionoique plus stable el plus
sain. Un tel 6quilibre sera-t-il oblenu par I'ecrasement on
l'ab6tissement systimatique des peuples faibles par les pen-
ples forts? II apparlienl aux honimes de conscience et de
coeur des nations qui sont l'avant-garde du monde, de re-
pondre a cette imporlanle questionn.
Dans tons les cas, la politique de la brutality et de l'ex-
ploitation n'a encore offer rien de stable au monde. Elle ne
peut tout an plus qcue preparer aujourd'hui on remain, le
choc des humanites blanche, jaune et noire.
En attendant done la venue d'in ideal nouveau dans le
monde, les peoples faibles out posilivement A se proteger
contre le materialisme positiviste des peoples forts. Inutile
d'en appeler t la justice, a la solidarity humaine, ses su-
blimes ideals sont des possibilities de l'avenir. La civilisa-
tion du moment, intellectualiste et scientisle, est tournue
vers des realisations pratiques.
Sans contest, nous autres, les haitiens, nous n'avons pas
toujours bien compris noire devoir international tout en
m6connaissant le reel dIat moral du monde. Jusqu'ici nm-
me nous donnons trop de valeur aux formules philosophi-
ques de l'organisation social, sans trop bien remarquer le






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pen de r6alilt qu'elles recouvrent. En ce sens nous sommes
encore les fils intellectuals du 186me siecle et de la rdvolu-
tion au milieu d'une civilisation don't les prophites sont:
Karl Marx, Engels, Sturner, Nietzche et de Gobineau. Qu'on
prenne en exemple, la literature sociologique amnricaine,
elle est impregn6e du plus pur Golinisme. Le principle qui
la domine, la pt6ntre, est celui de la superiority d'ine race,
superioril[ qui donnerait a cette derniere le droit d'utiliser
les autres races comme moyens pour ses fins 6goistes.
Maintenant il faut nous d6fendre contre une oeuvre d'as-
servissement. Les formules hypocrites des uns et des autres
ne doivent plus d6sormais nous masquer la realit6. C'est A
la vitality national qu'on s'attaque dans le but sans doute
de substituer A une nation malheureuse, mais digne quand
m6me de consideration, un troupeau d'iloles. Cette ceuvre
de defense, ne nous illusionnons pas, est difficile parce que
l'ennemi est dans la place, et cet ennemi n'aime notre race
qu'A 1'6tat de domesticity. La position qu'il occupe est
d'ailleurs notablement fortifiee par le concourse insane que
lui apportent tous les d6chets de notre conscience natio-
nale.
Ces considerations 6cart6es, nous nous demandons quel
est dans ses grades limits et pour la question qui nous
int6resse, le programme de defense qu'on peut adopter?
L'action particulire de la Ligne n'est qu'une oeuvre de
propaganda. Elle dolt indiquer les moyens, souligner les
injustices, d6noncer les empietements, travailler enfin A
creer sur la question et dans le people une conscience de
defense, de resistance. En these g6n6rale, nous devons in-
tensifier notre propagande pan-animricaine et mondiale, fa-
tiguer l'univers de nos cris, de nos proclamations.
Nous proposons, pour sa part, au congress, de voter la
formation d'un comilr : Le comite de la defense de 1I pro-
pri6t6 fonciere. Ce comite recrutera ses meml)res dans les
moindres bourgades du pays puisqu'avant tout il doit 6tre
un centre d'informations. Un comit6 de ce genre, former
d'un noyau d'hommes actifs, convaincus, conscients du
danger national, peut empecher bien des injustices, bien des
torts de se raaliser. Le mal a besoin des ten6bres de la nuit,
la clart6 du jpleiIjour a contre lui une vertu empechante.
Quant a l'oeuvre de defense en elle meme, elle est avant
tout oeuvre de gouvernement. Notre espoir personnel est que
nos dirigeants indigenes finiront par comprendre que dans
le naufrage de tous, il n'y a guere de place pour des saluts
particuliers. Nous nous payons A l'heure actuelle le luxe






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d'un service delteehnologie agricole oih les experts foison-
nent. Nous admeltons'malgr6 tout la co'rciliation des inlt-
rets en presence. '
S'il faut du caoutchouc, des textile's, et aultres produils A
1'industrie americaine, I'int1ret bien eiiendu des haitiens
est qu'Haiti'en produise le plus possible. Faut-il pour cela
que leurs terres soient cependaut enlev6es A nos paysans ?
Faut-il encore qu'ils soient chassis des portfins'du donaine
qu'ils occupent ? Qtiine voit l'injustice de seiiblables me-
sures A 1'6gard d'unei! classes qui a faith les gros frais de la
guerre de H'Inddpendance, qui a pay6 par son labeur opi-
niAtre la lourde dette franchise.
Si, au contraire, il y a dans 1'action americaine en ej
pays, la moindre sinceriite, c'est un programme d'une autre
nature qui s'offre A nous. II n'y a de notre part aucune exa-
geration A affirmer qu'on peut, avec le conco'irs de la scien-
ce, doubler au moins la surface cultivable de ce pays. En
effect, nous rencontrons tant dans le Nord, le Nord-Ouest,
1'Artibonite, I'Ouest que dans le Sud, de vdsles terrains que
les travaux d'irrigation, de dessechement rendraient ulile-
ment A la culture. Des travaux de ce genre olt ilfinimefllt'
nos yeux plus d'importance que la construction de stations
d'atterrissage pour avions, de stations radio-t6elphoniqutes
qui pr6sentement sont des luxes inuliles I)our Haiti. Encore
si!,nos tuteurs en faisaient les frais ; mais ils, se font aux (e-
pens.du tresor d'un people qui a des besoins bien, ]ph!s
pressants A satisfaire.. :
Qu'on se dise qre les lerrains don't nous' larlons repre-
sentent des milliers de carreaux de terre. Ufi senl example
vous convaincra de la porite de la remarque. Stir les 30.000
carreaux de terre de la plaine du Cul-d>e S~e 10.000 solid
A peine sdrieusement cultives, faute d'une irrigatiion suffi-
sante alors qu'A la saison pluvieuse no moinfidres ri4eies
jettent a la mer un formidable volume d'eniu. (ertes 1oi0s ne
l'ignorops pas de tels travaux n6cessiteraient des millions
de dollars qui seraient tout de mmnie plus ulilement emplo-
y6s qu'A payer des garanties d'intwrels on6reuses A des
companies en faillite. En v6rilt, le < big slick notus ca-
resse I'echine d'une main de fer qui n'est mneme pas gan-
t' : de velours.
Sur ces terrains gagn6s sur les ronces et les halliers, I'E-
tat aurait le droit incontestable de consulter ~uuritut 'iil-t
ret general en Iles affermant anx particuliers. 'Noug Allons
mnme plus loin. Ce serait encore son droit l6gitime d'exigei'
des propri6taires de ces terraihs juSque IA inculles: qu'ils ne'
les laissent pas en friche, L'idMal, pour ce pays essentielle-.






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ment agricole, est de mettre en valeur tout son domain
cultivable.
Quant au domaine national, s'il doit 6tre une source de
revenues pour l'Etat,cette simple id6e fiscal ne saurait faire
oublier toutes les autres considerations qui doivent pr6va-
loir dans son administration. Par suite de notre fausse con-
ception du gouvernement, les mots nous masquent trop sou-
vent les r6alit6s. Le domaine national n'est pas A l'Etat qui
n'en a que la g6rance : c'est le bien de la nation. Ce serait
done un crime impardonnable si, sacrifiant les regnicoles,
l'Etat, par une politique de fiscalit6 aventureuse, livrait le
domaine national A la speculation 6trangere.
Quant aux faits actuels d'expulsion de paysans de certai-
nes portions du domaine qu'ils occupent, nous voulons
simplement croire 1A oil ces faits se sont perp6tr6s A des er-
reurs, car il n'est pas possible qu'il y ait parmi nos admi-
nistrateurs des criminals de si haut style. La nation est trop
jeune pour enfanter de tels monstres. Est-il en effet pos-
sible qu'il y ait des haitiens travaillant systematiquement A
la destruction de la nationalitI haitienne ? Durant des si&-
cles l'histoire attribua A N6ron l'incendie de Rome. Les his-
toriens de l'6poque moderne effray6s de cette responsabilit6
mrme pour un fou, out fini, A force de recherches et d'ing6-
niosit6, par carter ce tr',it du formidable dossier de 1'Im-
perator.
Certes, en ne consultant que l'int6ret general le domain
est loin d'etre bien administer. Of commence t-il ? Of finit-
il ? Personnel ne le salt. En principle cependant, dans l'6ta-
blissement du cadatre tout doute doit etre interpret6 en fa-
veur de l'occupant, car 'Etat ne peut jamais beneficier de
ses erreurs. Celte conduite s'impose d'ailleurs par le d6ve-
loppement plus que d6fectueux des immunitnsi civiles en
Haiti.
A nolre sens c'est dans F'administration du domain que,
serieusement, le service de technologies agricole rendrait
d'appreciables services.
Bien loin de se livrer A des cxpiriences dispendieuses qui
comnIpromettent dans le pays le renom scientifique des Etats
Unis, il serait ui haunt coniseil de surveillance et de direc-
lion de nos paysans. Nous 'avons d6jh dit, les proc6des de
culture de nos paysans ne soht pas le fruit de la routine. Ils
sont le rdsultat d'nie experience francaise de deux siecles.
Il y a lA plus A amnliorer, A moderniser qu'A innover.
Le lotissement des biens du domaine serait par 5 A 10
carreaux de terre A moins que la quantity disponible soit






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au dessous de ces chiffres. On comprend d'ailleurs que, et
1'Etat et la Collectivit6 n'aient pas posilivement intrbLt A
confier les biens du domain A des paysans incapables de
les mettre en valeur. C'est,A coup sur, la classes des fermiers
agricoles qui b6ndficieraient de cette measure.
Pour les ouvriers agricoles il conviendrait d'adopter un
systeme de louage annuel de terrain n'exc6dant pas un detni
carreau A charge par eux d'y planter telle quautitd d'arbres
que les services competent jugeraient utiles. Ces terrains
forc6ment seraient consacr6s A la culture vivriere, A certai-
nes petites cultures saisonniures. Le littoral en grande par-
tie servirait A cetle experience. II faudrait y 6tablir le plus
de rizieres possibles qu'accompagnerait une zone presque
ininlerrompue de cocotiers. Quant aux grands fermiers de
1'Etat, en dehors de la redevance annuelle A payer, ils se-
raient tenus de consacrer selon la nature des terrains, telle
portion de terre A la culture de cerlaines denrmes d'expor-
tation. Le droit d'inspection de ces cultures par le service
public competent resterait entier.
D'autre part, nous ne voyons pas pourquoi nos grades
communes ne deviendraient pas A leur tour fermieres de
I'Etat ou de certain parliculiers.
Le systlme aurait pour elle et pour nous un triple avan-
thge. lo,I1 augmenterail leurs resources, 2o it aulgmenlerait
la production g6ndrale du pays, 30, i permelltrait d'uliliser
un chiffre notable de bras inemploy6s.Nous ne faisons d'ail-
leurs que mentionner cette question qui reclame e ne itude
attentive. Mais un tel effort ne peut etre oblenu sails: lo
la formation d'une bo:nne police rurale e t sans 20 I'orgn-
nisation du credit foncier. La premiere question sort de
notre sujet; la second a pour nCous un inllr6tt capital.
Le paysan hailien a dejA I'liabitude du credit foicier.
Longtemps et ties probablemettj'isqu'A celle here, a foic-
tionne dans le pays un systme de credit folncier i16 spon-
tan6ment des rapports du sp6culateur en denrtes et du
paysan. C'est le pret sur r6colle. Notre experience person-
nelle de ces transactions nous permet d'afirmer que des
milliers et des milliers de gourdes elaient ainsi avan-
c6s aux paysans. Malheureusemenl ce credit foncier fonc-
tionnant sans l'appui d'une sage legislation est souvenl
on6reux ipour le paysani qui parfois empruitait de l'argent
pour des fins hien eloignies de la culture du sol. Aux
mains de sp6culateurs sans conscience it devenait un mo-
yen d'expropriation des paysans. Ce mime genre de credit
existe aussi dans les campagnes et est exerc6 avec une frro-
cit6 surpreiante par des paysaus jouissant d'une certain






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aisance. Ces Turcaret en vareuse soiit a 'affit des moin-
dres difficulties de la famille paysanne: process, maladie,
mortality etc. Ils imposent les taux d'interet les plus one-
reux du monde.
Pour une caf6iere produisant annuellement de 1000 A
1500 livres de feves ils avancent apres des pourparlers infi-
nis de 100 A 150 gourdes et retiennent la r6colte 3, 4 et
mnme 5 anntes. Beaucoup de paysans propri6taires que
6migrent vers les villes sont les victims de ces sp6cula-
teurs liontes.
Notre Mlite, Messieurs, manque d'initiative. Nous atten-
dons tout de l'Etat. Et quel Etat? Un Etat en tulelle. Par
une grossiere erreur d'optique nous ramenons tout A la po-
litique, A la chose qui se prIte le mieux A la mainmise
6trang6re. Nous d6pensons notre meilleure activity A icrire
des articles de journaux, utiles sans aucun doute, sans
penser toutefois aux organizations qui seraient de vigoureux
moyens de defense du pays.
Personne ne nous fera croire aprAs une 6tlue serieuse
de la question: 'initiative des 6Araiigers aidant l'iniliative
haitienne, qu'il est impossible de trouver les fonds nices-
saires pour la creation de trois A quatre Banques regiona-.
les de credit fancier par des obligations de 50 a 100 dol-
lars. Les )plus puissantes organizations out souvent des d6-
buts fort modestes. Qu'on se rappelle l'histoire des coop6-
ratives ouvrieres allemandes.
Le manque de confiance en soi, I'absence du sens pr6cis
des realilts, 1 6goisme individual d6truisant le sentiment de
la solidariil social sont les causes qui frappent come
d'une par6sie liniliative hailienne. 11 y a une aboulie so-
ciale comme il y a tine aboulie individuelle. 11 faut vrai-
ment infuser un pen d'anglo-saxonisme A notre culture
latine A l;aquelle nous n'avons pas ajout6 l'esprit de measure
et de pirfaite ordoniance logique des Latins. II nous faut
nous d6barasser en beaucoup de choses de la superstition
de l'Elat Providence. Reconnaissons qu'en nombre de
circonstances, au lieu di (re cette puissance tutelaire, I'Etat
pent n'etre qu'une force de compression, d'aniantissement
meme de 'VAne nalionale. Messieurs, la situation d'Haiti est
grave. Faut-il alors desesp6rer du salut de la nation? Non,
mille fois non! le d6sespoir n'est pas hurnain.
Shopenhauer a dit quelque part que le suicide lui-m6me
est la plus violent affirmation du vouloir vivre. Les signes
des temps ne sont pas pour le triomphe conlinu des imp6-
rialismes. Celui de cet hemisphere passera comme ceux qui
l'ont pr6c6d6 out pass dans le TEMPS.














LETTRE A LA
L'enqukte amiricaine



Je ne mets, par goilt antant que par education, aucuine vio-
lence dans 1'expression de mes sentiments et de mes idees.
Plus amoureux de la logique des fails qure de celle de la sen-
timentalite, j'ai I'habitude d'analyser froidement les situa-
tions qui sollicitent mon attention.
Un fait domine la situation pr6sente, c'est que Washing-
ton ne s'est pas decidIe discontinuer son intervention en
Haiti. Sur ce point,.ses declarations ne sont que des pro-
messes qt!i n'engagent A rien, puisqu'il se rdseive, pour les
raaliser, les six.ann es A venir de la prolongalion force
de la convention de 1915.
Au lien de prendre des decisions que les vniiemenii im-
posent avec ulie evidence accablanle, le government
amnericain nous envoie une: commission d enqulte, petite
assemblee deliberante, oft les opinions seront p)oii on
centre 1no1s.
Rien ie contribue mieux a o)hsciircir u'ne question qu'uine
enqunte, surtoutl quand elle est menee par des einqutlteurs
d'occasion. Les investigations d'un hoinme averti valent
mieux que les plus savanles conclusions 1i'une commission
d'en(iiq te. I'ailleurs, on ne le sait que trop. I'enqu&te, dlans
le domaine politiq(ue, n'est coiiimuinment qu'uiin proceed
(lilaloire servant a masquer les hesitations on a ceamoufler
!es niatvaises intentions. Javoue done fraiclhement que
cette commission d'enqiute, .exclusivement former par le
pouvoir ex6culif amnricain, ne m'inspire aucuiie Ocnflance.
Au-dessus de l'opinion amnericaine dtsinlress&e, il y a tou-
jours place, en ces sorles d'affaires, pour F'action occulle
des piissances financieres cl pour les atats-majors en delire
de puissance. Satan mine encore le bal.
D'autre part, il sernit iminemment dangereux, si nos com-
palriotes ne lenient pas couple de la diff6i ence des men-
talilts que les &venements vont mettre en presence.
Ce qui constitute a nos yeux notre originality, notre droit
a l'existence, l.a capacity intellectuelle de notre 61ite, est ce
que l'americain apprecie le moins dans notre race. Dans






-26-


ses investigations, la Commission d'enqu6te se laissera pro-
bablement dominer par des considerations d'un mat6ria-
lisme tres 'troit. Qu'importe si l'administration am6ricaine
dans le pays n'a t6 qu'une faillite; comme Hoover, la
Commission d'enqu6te n'aura que des lounges A lui adres-
ser. On invoquera de nouveau la mensongere th6orie de
la table rase, qui vent fair croire au monde, qu'avant
1'entree en scene des am6ricains, le pays n'6tait qu'une
terre de sauvages acharn6s A s'entre-d6truire daus d'inter-
minables revolutions.
Deux ou trois cofteux palais que la commission de re-
connaissance geologique affirme devoir les premiers s'6-
crouler dans un tremblement de terre, seront pr6sentes
comme les r6sultats merveilleux d'une intervention rdg6n6-
ratrice de la nation. Des routes faites de mat6riaux s6di-
mentaires que chaque saison pluvieuse d6truil, passeront
pour de splendides movyns de communication. A toutes nos
r6clamations d'ordre moral, on opposera implicitement les
grands int6r6ts de 1'Union am6ricaine. Inulile de nous illu-
sionner outre measure et de chercher ailleurs qu'en nous-
memes les moyens de nous lib6rer de la terrifiante tutelle
am6ricaine. Nous ne ferons pas menlir l'histoire.
Une experience d'une quinzaine d'ann6es aurait df nous
permettre de bien saisir ce qui se cache d'6troit 6goismne,
d'inexorable politique sous les formules justificatives de
l'imnprialisme am6ricain: protection des vies et des hiens
des Am6ricains, inaplitude des peuples faibles de eel h6mis-
ph6re A se gouverner, security de l'Union americaine etc.
De telles formules out constamment servi, A travers les
siecles engloutis dans le temas. A juslifier toules les entre-
iprises de la force contre nl faiblesse. Rome dressail dejft
les uns centre les autres, les fils d'un meme pare, puis
intervenait au noni de la justice, pour conqurtir i'hbritage.
II me semble qu'il y ait d6ja assez d'indices pour que le
nationalism haitien considere I'envoi d'une nouvelle com-
mission d'enqu~te en Haiti, comme l'un de ces accidents
qui ont marque d'autant de pierres noires, les Mtapes de
l'occupation assez mouvementee du pays. L'un de ces indi-
ces d'une valeur indisculable est 1'abstenlion du Senat am&-
ricain in-m6me de prendre part A ce que, apparemment, il
juge une nouvelle et macabre plaisanterie.
En v6ril6, enquler sur quoi?
Enquqter pour savoir qu'on a impose an pays on em-
prunt purement politique et don't les interets et les annui-
t6s 6crasent sa capacity financiere? Enqueter pour savoir
qu'on a impose A un gouvernement rendu sciemment






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impop)ulaire l'obligation de verser des valeurs tr6s impor-
tantes A des companies spoliatrices du pays?
EnquLter pour savoir que des millions de ce peuplle mi-
serable out 6t6 engloutis dans des entreprises hasardeuses,
dans des experiences nefasles, comme celles realis6es par
le Service Technique d'Agriculture!
Enqueter pour savoir que le pays expire sous le poids
d'une masse de pr6tendus experts strangers sans propor-
tion avec ses resources finaneieres et qui mangent et ex-
portent chez eux le plus clair de ses revenues!
Enqueter pour reconnaitre qu'il y a de I'indignit6 de la
part d'une grande nation a se saisir du tr6sor public d'un
petit people, sans admettre le plus l6ger contr6le, d'un tr6-
sor public qui est le fruit du travail de quelques centaines
de milliers de paysans en guenillel
Enqueter, enfin, pour savoir qu'un penple, si petit soil-il,
a droit A l'existence et que ce droit est d'autant plus sacri
que le petit people l'a conquis dans le sang, puis achet& de
ses deniers I
Et bien, non, aucun esprit s6rieux ne peut h6siter A re-
connaitre qn'il n'y a dans notre situation pr6sente, sous
quelque aspect qu'on l'envisage, qu'une mnlee confuse de
sordides int6rdts, oft le droit, la justice, I'humanite n'ont
aucune place.
En presence de cette situation embrouill6e, chaotique,
ouf ce qui manque le plus est la sinc6rit6, quelle position
le nationalisme haitien doit-il prendre?
A notre gre, un seul probl6me domine l'heure. C'est celui
d'une reconstruction r6guliere des POUVOIRS PUBLICS
dans le pays. Tout le resle est secondaire, parce que su-
bordoinn A cette question primordial. Le choix d'un hom-
me, si populaire soit-il, imported peu, si certain principes
de la vie constitutionnelle et d6mocratique des peuples ne
sont pas sauvegard6s; d'ofi l'urgente n6cessit6 d'un orga-
nisme provisoire de liquidation de la situation chaotique
du pays...
A coup s ir, le nationalism haitien prendrait une posi-
tion piloyable, si en face de cette question essentielle, il
se laissait berner par des discussions oiseuses sur des
points don't la solution relive de l'activit6 d'un gouverne-
ment stable et regulier. I1 imported peu, A l'heure qu'il est,
de savoir si Mr. Freeman sera ou non maintenu; si le Re-
ceveur-G6ndral obeira aux ordres du D6partement des Fi-
nances; si la direction technique des Travaux Publics sou-
mettra des comptes sinceres an ministry int.ress6, ou bien,






-28-


enfin, si Mr. Roy sera Ingenieur en Chef de ce service. 11
s'agit de savoir simplement, si le pays, dans le ddlai ne-
cessaire, choisira par les moyens constitutionniels et nor-
maux le chef et les corps appeles a presider A ses destinies.
Mon opinion personnelle, et j'esp~re qu'elle sera parta-
g6e par tous les gens r6fl6chis, si Washington s'obstine a ne
pas se prononicer sur notre problem politique; si la Com-
mission, certainement d6posilaire de sa pensee, garde h
son tour un mutisme r6evlateur, les nationalisles doivent
s'abstenir de tout contact avec cette derniere et se piepa-
rer A d6noncer an monde aujourd'hui attentif, la nouvelle
et macabre comidie que i'imperialisme d'un people de
proie voudrait jouer idans le pays. La plus sotte illusion est
d'atteidre pour soi une solution favorable de gens don't le
si6ge est fait. II est certaines conditions ins6parables de la
vie des peoples, et quand elles ne peuvent se realiser, ii
vant mieux qu'ils diparaissent.
Si, en definitive, le feroce pr'ejuig yankee a decide
l'aniantissement de ce pelit people noir du bassin des An-
tilles, qu'll le fasse eii plein soleil du 20eme siecle, mais
de grAce qu'il nous 6pargne les pompes funmbres de ses in-
terminables comnmissios d'enqumte.
Dans ces sentiments, venillez agreer, mon cher directeur,
1'assurance de ma consideration tres distinguee.









Notre defense social


< I1 n'y a pas dit Claude Bernard, d'organisme qui n'obdit
dans son maintien et son d6veloppement A une idde direc-
trice. ))
Celte pensde qui rdpond A la vieille conception de la fina-
lit6, d'une rigoureuse exactitude en biologie s'applique plus
n6cessairement encore A un 6tat social.
En biologie, il s'agit d'une donnee de la nature, d'un faith
general sur lequel la voloiit6 humaine ne peut rien. 11 d6-
veloppe ses consequences avec la rigueur inexorable deslois
qui president A la marcle du monde.
Dans un Mtat social qui doit vivre d'ordre on de rd-
gularit6, par suite du d6terminisme relatif des faits de la
croyance on de l'illusion de la puissance de la volont6 dans
ce domaine, I'idee direclrice resale confuse et ne se degage
pour certain esprits qu'au prix d'une serieuse allention.
II n'y a qu'une maniire de bien comprendre I'organisa-
tion social, c'est de la rapprocher de l'organisation anima-
le. Une telle comparison faith immidiatement saisir dans
I'un et l'autre ens, que la carence ou le deficit d'une fonclion
quelconque eiitraine pour le noins, la souffrance de toutes
les auttres.
S il pouvait encore nous rester un double sur l'Mtroile soli-
darit6 des choses sociales dans la vie des nations come
dans celle de l'humanild, la derniire guerre nous enlIve-
rait ce dole.
Tout le malaise actuel du monde vient de celle rude for-
midable au course de laquelle la portion la plus avanc6e de
I'lumanit6 a gaspill6 !ir' les champs de bataille des reserves
de richesses accumulkds par des siecles. Les 1.000 milliards
d'or de d6)penses que celle lutle insens6e a occasiondes,
sans mentionner les perles de vies humaines qui represen-
tent A leur tour un 6norme capital gaspill, present d'un
poids lourd sur la vie des sociedts. I1 en est r6sult6, cette
constatation inattendue qu'aucun des participants A cette
lulle, vainqueurs ou vaincus, n'en a tired un reel advantage.
Pour les moins maltraites, les Etats-Unis par example, les
avantages financiers ne compensent point les inconv6nients








resultant de la recherche d'un novel 6quilibre (du mnonde
avec tous les perils qu'elle comporte. Peut-on reliever une
preuve plus convaincante de 1'in -luclable solidarity des cho-
ses sociales dans l'ardente melee inimaine ? Ces r0flexions,
d'une tournure quelque peu philosophique, me sont venues
de attention que j'accorde A la champagne meneii par
( L'Haitien ) pour note defense social, plus parliculiere-
ment pour la defense de la propriUt6 fonciere contre 1'acca-
parement stranger.
Il n'est que trop visible que cette champagne menee par
f( L'Haitien ) se d6veloppe dans l'indiff6rence du grand pu-
blic par l'ignorance des masses et l'insouciance de la bour-
geoisie du pays. Haiti, dit-on est essenliellement agricole;
et l'on parait ne plus comprendre que le seul mnoyen de d(-
fense de la population contre l'emprise definitive de l'Otran-
ger est dans le maintien et 'accroissement du droit de pro-
pri et des r6gnicoles sur le sol. Assez recemment deux ob-
servateurs europeens, un francais et un beige constataient
avec effroi que la moilie du domaine cullivable de la Jamai-
que appartenait djA Ai quelques companies. 11 en est rlsul-
t1 que malgre l'inlense developpement du travail dans celle
ile, sa masse laborieuse, sensiblement prolifique est force
d'&migrer A la recherche de nouveaux inovens d'existence.
Le mal a paru si mengncant, que le gouvernement britanni-
que s'occupe maintenait de neulraliser celte cruise de de-
pa.ssession,en facilitant la creation de comipagnies agricoles
indigenes. Or, si le mouvenieni dminographique de lai J anni-
(iie est intense, le n6lre mie wn r'il i)lus rcwlsi(d ral)le encore.
Mr. Charles A.Alphl e, officer de I'Ei'nI civil A Plort-an--Pri:(ce
a eu I'heureuse idee de publier une plaiunelte offrail noire
medditation des renseignemenIs slalisliqlues sur la coniiiune
od il opere. Ces renseignements embrassent iune period
de Dix ans.
Au course de ces dix ann6es, de 1919 A 1928, le chiffre des
naissauces dans la commune de Port-aii-Prince s'est &1e'v6
a 33.464 et celui des (decs 'i 16.148.
L'exccdlenl des naissances sur les dcuis a done (li de
17.316eiifants. Ces chiffres out ulne (')loiqu nce i crc isantile p)olr
qui sail les inlerprl ter A la Inmini r dr (l el(lues (doinni 's
generales de la statislique et lquand ci t'ore, on sail que
Port-au-Prince est le point du pays qui donn e e poiircii-
tage de mortality le plus elev6.
Mais le faith le plus inleressant de la plaquette est Ie cis
de Gressier, un petit quarter malsain, foyer endmniique du
paludisme, rattachl derni6rement i la commune de Port-
au-Prince.






-31-


Le miouvemnent d6mographique de la nalalile et de la le-
Ithlil s'y d6comlpose cone suit pour iune p6riode de 4
;ns 7 nios : naissances : 2476; dces : 407. L'excedent des
naissances sur les deces a Mt1 pour cette periode de 2.069.
De tels chiftres font rever car un excedent de naissances
quadruplanii le chiffre des deces ne se consulate plus nulle
part dans le monde civilis6.
En relournant aux chiffres de Port-au-Prince, si 1'on ad-
met une population ide 150.000 Ames pour cette commune,
ce qui semble bien pros de la v eritn, en calculant le pour-
centage par 1.000 sur le nomlre des naissances, on aurait
iine moyenine ge6nrale pour la mine decade des 668.000
enfanls dans le pays lout enier, soit donc e ne moyenne
annuielle de 68.000 enfants.
Sans doute, ce chiffre de 68.000 enfanis par an pour line
population de 3 millions d'ames n'a rien d'extraordinaire,
mais il est surtout compens6 par le monlant des deces.
II est apparent, en consultant la slalistique de Mr. Alph6e
que nolre progression denographiqu e se fait surtout par
l'exc6deln des naissinces sur les deces. Le pourcentage de
noire nalalilt par 1.000 habilants me paiiilt faible. Autant
que je puis en juger par les donnees reslreintes don't je dis-
pose, il semble 6tre aux environs de 22 out3 /,,. D'ail-
leurs, en l'al)sence des donnees de la siatislique-de Mr. Al-
p)lie, la simple ob-servation pernielrait A ceux qui out la
pratique de ins campagnies et des villes de l'interieur d'ar-
ii ver A cette iI'ime cotclu.,ionl. J.'i vdcu deux ans dans tine
ville (e provi ii e de plus 4.000 Ames sans pouvoir noter uine
vinglaine de docs. D)ans lous les cas, quelque soit le mode
de notre progression delographique, il est constant que
nolte population est cn croissance rapid. Le gain annuel,
ci lenant complex de d I lataliI ce de la l6thalit6 a Porl-ai-
Prince, ne me semble Ias aou-dessous de 35 A 40.000 Ames.
Un tel chiffre doil conduire les gens qui ont de l'avenir dans
l'espril A de s"rieuses reflexions.
II est evident qu'avec un peu plus d'hygiene et moins de
miisre,le laUx de la Inlilil( d(ans le pays, tendra A s'61ever
advantage. Ainsi, A Porl-au-Prince de 1923 A 1928, ptriode
au course de nlquelle le ourcenllage d'naccroissement n'a pu
avoir qu'une influence Ires limilie, il a tel constamment au-
dessus de 3.200, A parl I'annee 1921 qui a offert une situa-
tion anormale, inexpliquie : 5.378 naissances contre 4.444
deces.
Quel avenir 6conomique est r6serv6 A cette population
don't la croissance est indisculable? II y a lA, n'en doutons
pas, l'un des plus inqui6tants problemes du pays, et si jus-






-32-


qu'ici il n'a point faith l'objet de notre constant prdoccu-
pation, n'y a-t-il pas lieu d'incriminer l'imprevoyance de
la race? Nous vivons trop dans le present sans de large
perspectives sur l'avenir. Cela est encore une consequence
de notre 6goisme, de notre incapacity A nous r6pandre an
dehors.
Cependant, je le rdp6te de nouveau, il n'y a pas entire
les divers groups d'une minme socildt de cloisons 6tan-
ches. Le mal qui s'6tend dans l'un quelconque de ces grou-
pes, a ses in6vitables repercussions sur les autres. C'est la
consequence d'une loi qui n'est pas d'invention humaine,
d'une donn6e de la nature qui s'applique A tous les groupe-
ments appeles a vivre sous des conditions idenliques. Quand
l'aristocralie romaine ne sut plus remplir ses grands de-
voirs publics les palliatits ing6nieux imagines par les
meilleurs empereurs d'Auguste t Diocl6tien, ne parent que
prolonger l'agonie d'une socitl6 qui se mourait.
Si on admet pour le pays une population de 3.000.0. 0 d'i-
mes,:cela donne un pourcentagede 11 habitants par kilometre
carr6,c'est-A-dire A peu pres le chiffre de l'Allemague,de l'Au-
triche et de l'Ialie. iTn tel taux d6mographique par kilome-
tre carrd dans un pays sans industries, ne jouissant par sur-
croit que d'une agriculture rudimentaire, esl dejA notable.
Sur tette population de 3.000.000 d'Ames, la classes paysan-
ne ne repr6sente pas moins de 2 millions d'individus. Je ne
spare pas d'ailleurs de celle categories la population de
nos pelits bourgs et vill Icge;. Ce soul, avec parfois uine
meilleure entente de la vie 'l de ses lesoins, les nimens
exigences sociales et 6conomiques (qui s'inmposent a loute
cette population.
Dans cette masse de plus de 2 millions de paysais,
doit-on computer plus de 200.000. pelils proprideli-
res? La chose me parait infiniment douleuse et c'est du
couIp aflirmer que la grande majority de ces paysans se
compose de mdtayers, d'otivriers agricoles et dejournalii s
don't les conditions d'existence sont tres precaires.- Nolve
mal dcn lonnique serait plus grand, vu le cairaclre pirolili-
que de la famille paysanne et noire regime successorale, si
commuiiiinent nos paysans n'accepllaient pas ivivre dans
l'indivisioi, A conserver sans partage oiinreux I'hdritage de
leurs peres. Rien n'explique mieux que la situation d6crile
plus haut comment ce pays a pu en un demi-sidcle essai-
mer au dehors au moins tn million de ses enfanls. Mais
bient6t tout exutoire va nous manquer. DejA, on demand
A Haiti des travailleurs, mais non des migrants. Il resulle
des considerations precedentes que la seule politique saine






-33-


et loyale dans le pays consiste A augmenter dans nos cam-
pagnes le nombre des propri6taires regnicoles.
L'Etat haitien commettrait un crime de l6se-nation, un
de ces crimes qui font vouer la m6moire de leur initiateur
a l'ex6cration, s'il livrait son domaine, qui est une reserve
social, au capital stranger.
Aujourd'hui, dans le monde enter, la tendance generale
est au morcellement des latifundia. En face des miseres
grandissantes de l'humanit6, la conscience commune s'ac-
comode mal de 1'existence de ces immense domaines qui,
comme celui de Costa au Br6sil, d6passe de plus de 3.000
k. c. I'6lendue de la Republique d'Haiti. Firmin Roz
dans son ouvrage: L'ENERGIE AMERICAINE, fait voir que
c'est une opinion toute faite et superficielle que celle qui
pr6sente les Etats-Unis uniquement comme le pays des
immense domaines, des trusts monstrueux, des usines tita-
nesques.
D'autre part, Pierre Leroy-Baulieu mentionne qu'en 1900
sur 512.254 6tablissements recens6s aux Etats-Unis 12.800
seulement occupent plus de 100 personnel et 443 d'en-
tre eux plus de 1.000. C'est dire que dans ce grand centre
ind'istriel et commercial, le petit atelier, la moyenne in-
dustrie dominant encore. Et si depuis, une nouvelle orien-
tation s'est effectune aux Etats-Unis on n'ignore pas qu'elle
s'est realisee au profit de la classes ouvriere.
Jusqu'ici, je n'ai pr6sent6 qu'un aspect de la question,
I'aspect par lequel elle int6resse plus particulierement la
classes paysaine.
Un aristocralisme de facade, fait autant d'ignorance que
de pudrile vanity, emp6che les l66ments sl6ectionn6s du
pays, par quelques accidents sociaux on historiques, de re-
connaitre les liens de solidarity qui les unissent a la classes
paysanne.
Je leur fais volontiers concession de cette superioritM
mais je prelends que dans les affaires economiques nos
sentiments et nos pr.jugts n'ont guere d'aelion sur la mar-
che incoercible des 6vCnements.
Un simple coup d'oeil jet6 sur l'organisalion actuelle
d'Haiti fait voir avec une evidence 6crasante qu'une politi-
que d'expropriation de nos paysans aurait sur notre elite la
plus n6faste influence.
Les diverse functions d'un (6at social ne sont pas en
nombre ind6fini. Elles se groupent en functions de produc-
tion et en functions de direction. Celles-ci vivent de celles-
lA qui en sont les raisons d'8tre.






-34-


Comprend-on dans 1'organisation animal l'existence d'un
systeme nerveux sans la presence des autres systmnies aux-
quels il command. Son action directrice embrasse tout,
mais cette autorit6 il ne I'exerce qu'en demandail A chacun
sa part de contribution. Mais si ce svsteme de l'harmionie re-
fuse cette part de contribution sa d6faillance est inevitable.
11 y a Lne frappanle analogie entire le r6le du systeme
nerveux et celui de l'l6ite d'inlelligence d'un pays. E:le
n'est point strictement productrice de richesses. Son arme
vraie, c'est l'idee. Mmie engage dans la sphire du travail,
son action demeure une oeuvre de coordination, d'organi-
sation, de progris. L'id6e de pr6cher le retour A la terre A
notre Mlite, est une de ces idees supeificielles s6paries de
la r6alit6 par toute l'impossibilil6 de la creation d'un pa-
tronnat sans capilaux et sans credit. En tout cas, 1'erreur
de cette 61jie, une erreur qui marquerait d6jA le commen-
cement d'une faillite, serail de croire sa vie ind6pendante
de celle du reste de la nation. J'ai ailleurs signal ce qu'il
y a d'anormal dans la position respective des classes qui
composent la soci6t6 haitienne.
Notre elite est A pen pr6s 6vince de toutes les positions
qu'elle occupait naguere dans le commerce et notre indus-
trie naissante. Et voila que, par suite de ses fautes polili-
ques, la direction effective de la nation lui a de m6me
6chapp6.
Visiblement se fonde dans le pays une classes blanche qui
par sa descendance tendra de plus en plus A s'haitianiser
sinon par le sentiment, mais par uine meilleure adaptation
an milieu. D6jb, elle d6tieni les inmillenres positions dui haul
commerce, a le monopole de I indstlrie et des inslrumenls
de credit. Minority, elle en a la discipline sans rien dire des
qualities d'organisation et de lutte de la race. Elle est et
sera toujours mieux soutenue que nous par le credit ext6-
rieur. Dans I'ordre moral cette classes tend de plus en plus
A s'isoler des divers groupements haitiens. Elle se creera chez
nous une nouvelle table des valeurs.
On pent objecter qu'il resale A notre lite 1'exercice des
professions liberales. Rien cependant n'est plus elroilement
li6 A l'activit6 6conomique que I'exercice de ces professions.
D6jA, nos m6decins et nos avocats sont pour la plupart des
fonctionnaires, et ils ne sont qu'uine infine minorile ceux
qui peuvent encore vivre maigrement de l'exercice de leur
profession.
Pourtant,il y a A peine une quarantine d'ann6es,nos m6-
decins pour le plus grand nombre, moins capable, moins
instruits que ceux d'aujourd'hui, formaient une corporation








ais6e,d6daignant la polilique et les fonctions.On les trouvait
rarement au S6nat et plus rarement encore au ministare. Le
docteur Roche Grellier,l'un des v6ndrables survivants de cette
epoque qui semble lointaine pouvait, rien que par 1'exer-
cice de sa profession, se payer de frequents sejours a Paris
( une vingtaine je crois ) oiu il comptait de solides amities.
Les plus remarquables d'entre ces M6decins, un Dehoux, un
Camille Joseph, un Duchatelier, un Destouches, un Ph. Z6-
phir, etc. etc. par patriotism ou par amour de 1'enseigne-
ment, ppuisaient leur activile A l'Ecole de Mddecine.
A cette situation que personnel ne peut s6rieusement con-
tester, y a-t-il des remedes ?
Je vois personnellement deux moyens de parer A la deca-
dence de notre lite : lo. la constitution dans nos campa-
gnes d'une forte classes paysanne par une appropriation de
plus en plus large du sol, 2o, la formation dans les villes
d'une grande classes moyenne.
Ce double moyen offre A mes yeux un double avanlage.
II crlerait des bases 6conomiques serieuses a notre Mlite,
tout en facilitant son recrutement par 1'6volution naturelle
des e16ments des classes inferieures.
Mais pour cela il faudrait nous debarasser de toutes nos
imbhcilitts sociales afin de voir clairemenl Ious les dangers
qui menacent notre democratic encore amorphe.
Je complex ferinement sur les hommes de la nouvelle g6-
nIralion pour saisir toute la portee d'une telle evolution,
car ceux des gnidrations qui s'en vont n'ont, pour la plupart,
ni le sentiment, ni la culture scientifique calablle de les de-
gager de quelques conceptions p6rimees. Ils sont encore A
croire, centre toutes les donnies du bon sens, que l'6volu-
tion |populaire constitue un danger pour leurs privileges in-
dividuels on de classes.
J'accuse posilivement la press haitienne independante de
se laisser hypnotiser par la politique de gouvernement sans
se preoccuper des questions de politique social qui s'im-
posent A son examen. Je n'eiiends point cependant dire
qu'il faille se d6sint~resser de la premiere politique. Je n'ai
pas l'habitude de ces vues unilatirales des choses et autant
que personnel je connais la place que le gouvernement oc-
cupe dans l'ordre social. Mais quand sous l'influence de
forces contraires, les peoples ne b6neficient plus de leur
plenitude d'aclion, il reste quand meme le domaine de la
pensee, de l'opinion, de l'effort individual ou collectif. 11 y
a la culture des imponderables






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Au course des siecles pendant lesquels la Pologne subit
la triple domination des puissances voisines, historians, so-
ciologues, moralistes s'employerent A mainteniij el A d6ve-
lopper l'ame polonaise. Les peuples ne meurent que par
leur faute. Is sont comparable, lorsqu'ils conservent la
conscience d'eux-memes a un 6norme creuset of 'on jette
les corps les plus disparates qui se combinent selon leur
affinity particulibre en laissant tonlefois au fond du vase lc
CAPUT MORTUUM, fatalement blimin6.








L'organisation territorial


Essayons de nous abstraire des brutalit6s politiques de
l'heure, pour envisager, avec un peu de calme, I'avenir g6-
n6ral du pays. Dans ma derniire lettrej'ai cherch6, bribve-
ment il est vrai, it fire ressortir la pauvret6 de notre or-
ganisation administrative on si vous aimez mieux l'inadap-
tation de ce qui existe aux rIalil6s du milieu.
L'organisation politique d'un pays est comparable A une
producliou naturelle; et, dans son ensemble, elle est tou-
jours logique. Si dans certain cas, elle est trop theori-
que, elle reste inadaptable au milieu auquel on la des-
tine. Le present est gros du passe, disait Leibnitz, indiquant
par cette formule que dans I'ordre social surtout, les com-
mencements absolus sont voues A un irr6mediable 6chec.
Sans doute, l'organisation politique repose sur des lois
crimess, positives ; mais ces lois n'ont de chance de regler
'action que si elles experiment un Mlal de faits, d&coulant du
dtterminisnme social nimee. La vieille Grce a eu come on
le sait, uine s6rie de 16gislateurs. Au fond, les Pythagore, les
Solon, les Lycurigue, les Pisistrate ec., n'ont eu qu'A codifier
des coutulnes bien anitrieures a leur 6poque. Ils out cri6
nie 16gislat'lio comnime Arislote a cre6! la logique en 6tudiant
les raisotnnenietls de ses prdecesseurs.
A ce point de vue. les premiers organisateurs du pays
onIl d trop) dominos par l'influence des modules A suivre
et cela, en me n'a Atl que la consequence de la tournu-
re lioresque de I'intelligence hailienne.
Dans notre polilique terriloriale, TROIS UNITIS nous
ont oloionirs paru d'une importance r6elle : L'ARRONDIS-
SEMENT, LA COMMUNE ET LA SECTION RURALE.
Q'aiit an d6p'irtenment,i ii n'a jainis eu A nos yeux qu'une
valeni, gogralhique tr2-s relative. Mlime A l'6poque oit nous
y enitretenions un di66giA6 militaire, 'action de ce dernier
coimme celle de l'ancien gouverneur de province de St. Do-
mi ngue, ne s'elendait pas s6rieusement au-dela de l'arron-
dissement, siege de la d616gation. Les motifs graves qui sol-
licitaient son intervention ailleurs, relevaient plut6t de l'ac-
tion du gauvernement central. La d616gation militaire d6-
partementale a jou6 un r61e nefaste dans l'histoire du pays.
Elle est A l'origine de la plupart de nos guerres civiles.






-38-


11 n'en va pas de m6me de l'arrondissement, de la commu-
ne, de la section rural.
L'histoire en main, it est facile de fire voir que ces di-
visions gdographiques r6pondent a des causes nalurelles;
elles sont 16gitimees par des raisons plus nombreuses que
les grands accidents g6ographiques qui justifieit quelques
unes de nos divisions d6partementales. A peu d'exception
pres, nos arrondissements forment un tout g6ographique,
6conomique et parfois social, distingu6 par des partictilari-
tes de moeurs, de traditions, un esprit local qui n'est pas
toujours a condamner. Ces particularilts de moeurs, d'habi-
tudes se relevent surtout dans nos classes paysannes. Bien
sirement des remaniements s'imposent dans quelques uns de
nos arrondissements. De telles measures ne peuvent ce-
pendant 6tre livrees a 1'arbitraire d'un bureau Irop sou-
vent incompetent. Elles relevent d'un travail technique
pr6alable sur les diverse questions qu'elles solvent.
A n'envisager que les voies de communications, beaucoup
de communes du pays pourraient 6tre sensiblement rappro-
ch6es par des corrections ou un nouveau trac6 des routes
qui les relient. Qui ne voit pas, par exenmple,ce qu'un depla-
cement de la roule r6publicaine du Nord, de l'Ouest vers
l'Est, entrainerait d'avantages pour le pays. Au lieu de sil-
lonner cette route d6sertique qui, de la bordure Nord de la
vall6e de l'Artibonite va an bourg de Plaisance, ille traver-
serait des arrondissements don't les possibilities 6conoiii-
ques sont incalculables.
Historiquement le XIS chez le primilif indien de Quisque-
ya est dejA l'arrondissemenl Li sn nnissance. Avec la domi-
nation francaise, le quarter c est I'airrondissement definiti-
vement 6tabli, la paroisse de ville et ia paroisse de cam-
pagne, la commune et la section rurale. Le vieil officer
noble, autoritaire qui command le quarlier est I'antique
module de notre commandant d'arrondissement, tout comnme
le lieutenant du roi dans la ville, l'aide-major dans la cam-
pagne nous rappellent notre commandant de commune et
notre chef de section. Quand docn apres 1915, on boulever-
sait de fond en comble note administration, on abattail
un systi:ne plusieurs fois seculaire. Ce svsmnie albtliu ie
fut remplac6 par rien du toul, an poinil (iU' celle here, le
pays est encore victirne d'une vraie anarchic administrative.
Aucune autorit6 r6elle a la t6te de 1'arrondissenient el dans
la commune le gouvernement n'est pas effectivement repr6-
sent6, ce qui, en passant, le pousse A d6truire l'aulonomie de
administration communale.
I1 en r6sulte dans toute 1'adminislration une d6concer-
tante confusion des attributions d'autorit6s qui naguere me-






-39-


naient leur action dans in cadre determine. Prefecture.
office de police, parquets de tribunaux, Justice de Paix, ad-
ministration comminunale, tout cela forme un ensemble chao-
lique oil les preoccupations politiques dominant et effacent
les altributions reelles et les preoccupations purement ad-
ministralives.
< Il y a, a-I-on dit, une ime de bonlu dans les choses
mauvaises come il y a une ime de v6rit dans les choses
fausses. )
Sans aucun doute, pris dans son ensemble, le regime mi-
litaire a 6tl politiquement surtout funeste au pays. Mais 1'er-
reur serait de penser qu'il n'a enfant6 partout et loujours que
le mal. Le commandement mililaire valail ce que valait
I'hoime qui l'exercait, sa moralil son honnetet6, sa con-
ception de l'ordre, des besoins economiques du pays.La va-
leur d'un regime quelconque n'estpas attache A sa definition,
a une soite de bonit sp6cilique qu'on doit lui reconnaitre.
Dans l'histoire anecdotique du pays, il n'y a pas un seul
de nos commandements militaires qui n'ait 0te occupy A un
moment donn6 par un homme qui, par ses qualit6s person-
nelles, s'6levait au-dessus du vulgaire soudard. L'officieril-
lettir qui, dans la croyance que M. Firmin pouvait reg6n&-
rer ce pays, sacrifia pour son trionmphe sa position, sa vie
mnie, repr6sentait un exemplaire d'huinmanile infiniment
su)perieur A la plulpart de nos grands intellecluels au pou-
voir. L'inslriuclion n'est pas un signe posilif de moralild, de
droilure dni caractre. Quelques-uns done de ces braves com-
maindants mililiires, lels un baron Casimir, un Jeannot Moiu-
lines etc., soil resles l6gendaires dans le pays. Ce ne sont
pa.s nos chefs d'Elat les plus insruiils qui ont 0t6 les plus
altenlifs au d6velol)pement du pays, un mainlien de son
prestige.
Sur celte terre A v6gdtation puissanle of il suffit d'une ou
deux ann6es pour qu'une roule abandonnee disparaisse sous
les halliers, nos voies de communications ne se seraient
pas Inaiuleniues sans I'activiil incessante de nos comman-
danis d'arrondisse men, do nos commandants de commune
el de nos cliels de section. Hors de nos grades villes,
une tradition de nos chefs mililaires qui remontait A Tous-
sintu, ne leur ipermetlail point de tolirer levagahondagedans
leur commandement. Les tourn6es trimestrielles qu'entre-
preenaient nos commandants militaires forgaient nos chefs
de section a mnaintenir en 1on. Mat nos routes vicinales. Si
d'ailleurs, malgre nos revolutions incessanles, les continues
d6placements de nos paysans, le pays a joui dans le pass
d'une situation 6conomique qui, pour le moins, lui permet-






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tait de payer ses dettes, cela 6tait bien la consequence de
l'inspection agricole militaire de nos commandants territo-
riaux. Cyclones et innondations sont des faits courants de la
m6t6orologie. Devant la carence de l'administratioii central,
seuls les commandants militaires luttaient souvent par des
moyens de fortune contre les ravages de ces ph6nomenes
naturels. On les voyait pr6sider en personnel aux corv6es de
reparation des routes et d'endiguement des riviries. Voila
en r6sumc6 ce qu'une critique negative, inconstructive par
ailleurs, n'avait pas su voir jusqu'ici.
Or, en supprimant un corps de fonclionnaires, on ne
supprime pas pour cela la fiction qu'ils exercent. A-t-on
remarqu6 que si l'americain, du jour au lendemain, sortait
du pays, nous relomberions encore dans ce regime mili-
taire si abhor6, car la scule aulorit6 lerriloriale vivante,
reelle, est l'officier commandant du district on du sous
district. D'ailleurs le tour avail 616 bien jou6. Les comman-
dants d'arrondiss.ements supprim6s, grAce A l'indiff6rence
de la plupart des hominues qui occuplreit. le pouvoir de-
puis 1915;.. ces officers de district comnmuniment des
am6ricaius, les remplacerent dans la plus strange confusion
des attributions administrative. A vrai dire, on crea dans
la suite la prefecture, mais ce ne fut, suivant une expres-
sion chAre aux m6taphysiciens, qu'une forme vide de
matiere.
11 me semble done que si nous arrivons detain A 6car-
ter du pouvoir tous ces mandarins imbeciles qnui jusqu'ici
n'ont offert A l'admiration du pays que leur iom vide de
signification, notre premier scin sera Ide fonder uine orga-
nisation terriloriale administrilive sr'ieuse, don't la section
rurale, la commune, l'arrondissement seront les 6l6menls
essentiels. Le signe le plus inqui(tlant de notre d(sorgani-
sation est la persistance, I'acliarnement de quelques bones
ant6diluviens A vouloir s'imposer quand rnmne it la direc-
tion de la nation et cela pour perptuer sa staWgnation on
pour accentuer son recul. Dans notre monde actuel, la nn-
tion qui ii'avance pas recule.
La prefecture, disons-nous, esl si pen u e administration
que ses organisateui's n'on pas hesilt6 Ai lacer sons I'nu-
torit6 d'un seul home et quel hon'ime!-- souvent tn lertri-
toire qui, comme dans les arrondissemenis de LIganc-
Nippes, va du quarter d.e Gressier a la commune de Peslel,
dans la Grande Anse, quand ce n'est point, come dans le
Nord, tout un d6partemeit qui relIve de l'activilt d'un pr&-
fet. Aussi, ce fonctionnaire, lorsqu'il n'est pas un histrion
de la politique, fatiguant les populations par ses intrigues
et ses d6nonciations, brille-t-il par son inulilit6.







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Normalemenii. nos arrondissements c6tiers qui sont les
plus important, a part ceux de Saltrou, des C6teaux, de
Tiburon, du M61e, du Borgne et de Fort-Libert6, devraient
former des prefectures et le resle des sous-pr6fectures.
Dans notre organisation territorial, la prefecture ou la
sous-pr6fecture aurait dd ~Ire le gouvernement en miniatu-
re, le prefet par consequent, le principal agent de liaison
enlre les populations et le gouvernement central. A ce
fonctionnaire, on donnerait un droit de regard sur toutes
les branches de l'administration locale. A lui reviendrait
dans toute son extension la police politique de la region.
Tout autre combinaison finirait par fausser notre sysleme
administralif, en cr'ant come en ce moment, la confu-
sion des attributions.
A celte m6me organisation, je confierais les services de
statistique g6nerale et de d6mographie.
Le pr6fet comme le sous-prCfet serait assisted d'un con-
seil non form par suffrage direct mais par d616gation cor-
porative. Ces conseillers de prefecture seraient choisis
daiis la ville chef-lieu de celle administration et aux autres
communes seraient recolinn le droi d'v envoyer des d616-
guos temporaires. La I'onction de conseiller durerait un A
deux ans avec possibility de r66leclion et de plus serait
honorifique. Toulefois, elle comporterait des privileges que
la loi d6lerminerail, tels I'exemption temporaire de cer-
liins inIm l61s directs, I'eiIgagien ent par 1'eat de choisir le
prefel dnns le corps des conseillers; le droit de faire figu-
gi'rer les minnies p)assees au conseil de prefecture dans le
temps pri v pour la pension de retraite etc.
Pour toutes les measures d'inl6r6t g6n6ral on collectif, le
pr6ret serait obligatoirement lenu de transmeltre an pou-
voir central les suggestions et les objections de son con-
seil. De la prefecture je ferais reliever directement l'organi-
sation serieuse qu'il faudra coute que coite 6tablir un
jour dans la section rural.
La section rurale est la cellule 6conomique du pays. De
soII organisation, d oend, on n'a pas I'air de s'en douter,
la sante du corps so -ial tout enlier comme de la sant6 de
la cellule vivante depend I'accroissement, le maintien ou
le deperissemcnt de F'6tre vivant, animal on plante.











Quelques sugUestions


Nous ne recherchons guere la popularity, parce que trop
commun6ment elle s'acquiert en flattant les passions de la
foule on les sentiments exalts des meneurs trompeurs ou
trompes. Le patriotism le plus pur est-il exclusif de la
raison ou de la froide analyse des choses? Nous ne le cro-
yons pas.
Au vrai, une situation politique est toujours conditionn6e
par des faits, des r6alilts et la supreme gageure contre le
bon sens est de ne point lenir compete de ces faits, de ces
reolit6s.
Beaucoup de nos compatrioles, en ltudiant la situation
present du pays, raisonnent come si le nombre des cor-
rompus, des ambilieux, des focus et des imbeciles, avait
sensiblement diminu6 en Haiti. Dans la hAte tr6s 16gitime
de voir la nation se liberer sans dlai de la tutelle etran-
gere, ils oublient cette cruelle verite que durant 15 ann6es
d'occupation l'amnricain n'a rien enlrepris en vue de cette
liberation, qu'il a agi au contraire come s'il devait main-
tenir Ajamais sa domination sur le pays.
Le vieux cadre national bris6, aneanti, son premier soin
a Mt6 de se subslituer A l'haitien dans toutes les functions de
direction de la nation et de r6duire le gouvernement indi-
gene a unie domeslicitl doree pour quelques ren6gats.
Avec cela, il nous a impose sans profit reel pour le pays
une dette, qui, prtlend-il, lui assure un droit de regard dans
nos affaires int6rieures.
Dans de semblables conditions, comment ne pas consi-
d6rer le gouvernement de novembre dernier come un
gouvernement de transition don't le devoir essential, pri-
mordial, est de Iravailler mlthodiquement A la reprise
complete, definitive de la souverainete et de l'independance
du pays. Ce devoir, rien qu'en consultant la situation g6-
nirale, il ne pellt l'accomplir avec precipitation, talonn6
dans ses moindres decisions par une opinion publique
exacerbee.
Pour mille raisons. nous ne pouvons nous payer le luxe
de multiples interventions americaines et comme certain
pays du bassin des Antilles ou du pourtour de cette mer,
nous exposer A recevoir trop souvent la visit du gendarme






-44-


de l'Union. Quoiqu'en pense ceux qui raisonnent dans l'abs-
trait, I'ordre social repose sur de puissantes r6alil6s; l'ar-
m6e, la police, I'echafaud etc. et non- sur, des croyances
peu ou prou justifies ou sur des intuitions purement for-
melles de l'esprit. Au fond, les sociL6ts sont organisees
comme si tous les hommes etaient des malandrins et les
forces de coercition 1'emportent en definitive sur les forces
de persuasion. Incontestablement a cette here l'esprit pu-
blic haitien est A la paix, mais ne suffira-t-il pas demain des
fautes d'un gouvernement pour liousser le people aujour-
d'hui pacifique aux pires exces?
Dans la rialisation done du programme enlrevu par
nous deux choses nous paraissent imm6diatement indis-
pensables: lo La creation d'une forte armature civil dans
le pays par une bonne loi d'organisation; 20 l'organisation
d'une force armee, en dehors de la force de police qu'est
la Garde d'Haiti.
Ne serait-il pas vraiment penible de voir la nation, une
fois lib6r6e. retourner au regime des commandements mili-
taires?
Cependant, dans notre 6tude sur l'organisation territorial
nous avons fait pr1voir comment une lelle consequence
pouvait resulter logiquement de la situation presence. Dans
la nature come dans les societds, il n'y a pas de function
sans organe et ici comme IA, les organes doivent s'adap-
ter pour crier le syst6me dans la coordination el l'interd&-
pendance des parties. Antrement:le hasard preside A l'6la-
boration de quelques moiistruosit6s.
Il nous a toujotirs Pi lr liccessaire qu'un lerriloire de
plus de 27.000 k. c. coulp) dans lous les sens par de haules
montagnes, donnant naissance a de multiples regions iso-
1Ces, dlit b6n6ticier d'une certain decentra lisation adninis-
trative, n'excluant en rien un s6v6re contr6le du iGouverne-
ment central. It n'est pas os6 d'affirmer que les grands ser-
vices publics sitgeant a Port-au-Prince sont souvent pen
renseign6s sur les besoins reels des diverse localits dn pays.
Cela s'explique d'ailleurs par I'absence td'iiun e onne ogani-
sation territorial admii iistrative qui. (1 la section rurale re-
monterait a I'arrondissement en engllounit le quarter el la
commune.
A la v6rilt, le cadre d'u ne elle administration existed:
ce sont plut6t les pieces qui sont mal ajustees, les fonctions
mal d6finies, les agents d'ex6cution mal choisis et quand
ces derniers sont l6us I'absence d'un contr61e qui les em-
peche de meltre leurs fantasies interessees en lieu et place
de la loi.








Qu'on prenne par example nos sections, en 6cartant celles
qui, presentement, n'ont pas une valeur d6mographique et
cultural, qu'A la place du pauvre paysan bizarrement ac-
coutr6 d'un costume mi-civil, mi-militaire, porlant tout le
long du jour un fusil en boudouliere, on mette un agent
conscient et honn6te; qu'on oblige les conseils ou les com-
missions communales A la strict observance de leurs de-
voirs; qu'on fasse de nos pr6fets des agents d'administra-
tion et non exclusivement des agents politiques; que par
dessus tout cela le ponvoir central organise un contil6e in-
cessant de toutes les branches de administration, il nous
semble qu'il en r6sulterait quelque bien pour le pays.
Nous ne croyons pas d'autre part que la Garde d'Haiti, pe-
tite force de police de moins de trois mille hommes, diss6-
mines en petits paquels s ur tout le territoire, soit capable
de garantir en toutes circonstances la s6curite publique.
D'ailleurs le coefficient moral de celle troupe, sa formation
psychologique, repondent-ils A ce qu'on peut attendre d'une
arm6e national?
Dans notre d6sir de nous pen6trer de la vraie situation
du pays, nous avons recemment visile des communes ot
des milliers d'hommes excites par toules les passions d'une
champagne 6lectorale de trois mois, allaient Itre mobilis6s.
Dans ces communes, la force militaire 6eait r6duite A une
dizaine de gardes et une police rurale de quelques hom-
nies. II faut avouer qu'ule Providence parliculierement
bienfaisanie veille ces jours-ci sur les destinies du pays!
,Conslatition encore plus grave: celle force de police qu'est
la Garde d'Haiti, par un acte delibei6 de la volont6 ameri-
caine, existe sans un cadre indigene. ls sont peut-4tre cinq
on six, nos compatrioles qui out le grade de capilaine dans
ce corps.
II en rssulle les choses out e1t minutieusement calcu-
16es -- que dans la liberation immediate du pays, le gou-
vernement iailien sera ol)lig6 d'improviser des officers
dans la direction de ce corps. l ne lui restera meme point
la ressource de recourir an cadre de I'ancienne arm6e vio-
lemment liberee en 1915, puisque les officers de cette ar-
mee sont aujourd'lui trop Ages pour prendre rang dans
une troupe active.
La repartition territorial du corps qui est plus celle
d'une force de police que d'une arm6e, n'est pas un danger
moindre A consid rer. Dans l'hypothese d'une sedition 6cla-
tant sur un point du territoire, le government sera dans la
dure necessity de d6garnir de troupes d'autres points pour
6touffer la sedition.






-46-


En consignant toutes ces dtlectuosit6s indisculables dans
notre actuelle organisation militaire, nous estimons que 1'un
des premiers devoirs du gouvernement est la creation d'une
force arm6e en rapport avec nos besoins de s6curilt et nos
resources financieres. Une semblable creation ne se com-
prend pas, de plus, sans une bonne cole militaire.
Cette formation totalement distinct de la Garde qui doit
rester une force de police eomme notre ancienne armbe
6tait distinct de notre ancienne force de police, nous l'es-
timons A 6.000 hommes,divis6s en trois groups. 3.000 hom-
mes dans la region Nord, Nord-Ouest-Artibonite; 2.000
hommes dans l'Ouest et 1.000 hommes dans le Sud.
Nous ne croyons pas n6cessaire, pour la formation d'une si
petite arm6e A recruiter dans une population de 3 millions
d' mes, qu'il faille recourir A un autre moyen que l'engage-
gement volonlaire.
La dur6e obligatoire du service n'exc6derait pas deux ans
tout en pratiquant largement le systeme des reengagements
volontaires. Quant aux officers forms A l'6cole militaire,
ils signeraient un engagement de dix ans, car on sait que le
cadre est tout pour une arm6e.
Le seul engagement non militaire qu'il conviendrait d'im-
poser A cette armee, serait l'obligation pour tout soldat il-
letr6 de parcourir le programme de culture 16Cmentaire des
6coles attachees A chacune des divisions de cette petite ar-
mie. L'analphab6tisme n'est point une cause d'inaptilude an
service militaire et I'on sait que le plus grand nombre des
soldats de la grande armbe de Napoleon 'laient des ill6tr6s.
La France du 196me si&cle n'a-t-elle pas connu un marechal,
grand homme de guerre, le marechal L... don't les fautes de
langue 6gayaient officers et soldats.
Inutile d'ajouter que les officers commandant cetle armde
ne doivent, sons aucun pr6texte, entrer dans le cadre de
notre administration, leur autorit6 toute militaire ne pour-
rait s'exercer qu'A la caserne et sur les troupes relevant
de leur commandement. L'6trange confusion des attribu-
tions civiles et militaires dans notre ancienne organisation
a 0t6 l'une des principles causes de nos malheurs. Ce passe
p6rilleux, il ne faut pas que le pays puisse le revivre.
Enfin nos forces de police devront t6t on tard reliever de
la prefecture d'arrondissement reorganisee.
Quant A l'occupation, elle n'est depuis des ann6es, A nos
yeux, qu'une humiliation inutile impose A l'orgueil natio-
nal. Cette opinion nous 1'avions deja formulae dans notre
etude : ORGANISONS NOS PARTIES POLITIQUES. A notre







-47-

sens. I'occupalion militaire du pays est plus solidement re-.
pr6sentee par les 200 officers amiricains lprs qui peuplent
la garde t'Haiti et ses annexes que par les petits contingents
de fusiliers marines canlonn6s dans le Nord, au plateau
central et h Port-au-Prince.
En terminant, nous n'ignorons pas que certaines conside-
rations 6mises ici ne plairont pas A tons. Nous ne r6clamons
q(u'un droit, celui de pouvoir offrir A notre pays des con-
seils, selon les lumieres de notre intelligence, les donn6es
de notre raison et les indications de notre conscience. Le
rest ne nous int6resse pas.










































;








Port-au-Prince, le Lopement ouvrier


Port-au-Prince avec ses 100.000 habitants pres et sa masse
floltante dr~j notable, est sans cotuesle l'une des capitales
iniportantes du bassin des Antilles.
Jamais peut-etre, tine villp ni'a occul6 une meilleure po-
sition A la surface de la planele. Le genie human n'a eu
en some A d6ployer auctin grand effort pour y career quel-
ques unes des conditions indispensables A la vie quoti-
dienne. Des dernieres penles des Matheux auxsommels dela
Seile, de la frontiere A la mer la grande zone d'approvi-
sionnements de Porl-au-Prince s'elagent tous les climates
que l'on peut rencontrer sous les tropiques. Au midi, A
I'ouest et A I'est, le demi-cercle de moitagnes qui enserre la
capital, tout en creant A la ville couchee sur les molles
ondulations du terrain son arriere phili grandiose, lui verse
line eau aboiidante et pure. Dans le giand couloir oui est
Port-au-Prince et oi le soleil, aux hetlres iiiiprIcises du
jour, met une incomparable gloire de nlmiire et d'ombre,
ce qu'on d6couvre de toutes les hauteurs, c'est uti immen-
se verger cq!ii recouvre de ses f'ronidnisons 6paisses et les
routes el les maisons.
Mais si prodigue qu'elle soit de ses heaults, la nature
n'arrive pt'- cepenidant A fire disparaitre certaines laideuirs
de I'inveintion huin aiie. Le g6nie humini i sell pent rem6-
dier aux malfacons de l'oeevre liumnine. 11 en rdsulte que
si n )s visiteurs vantent a l'envie le pilloresque des sites qui
enveloppent noire capital, la ville elle mmee n'a aucune
chance de meriter leurs suffrages.
Inconteslablemenit une ville de 100.000 Ames devrait
avoir une politique urbaine, line administration consciente
de ses imperfections et votilant travalller sansrelAche A les
fire disparaitre, en u11 mot elle devrait posseder une vraie
nmuiicipalilf. Conime les pays dont elles synth6tisent an
plus hautt point les conditions d'existence, les grandes villes
rencontrent souvent des administrateurs de g6nie. Les Ro-
mains furent par example d'admirables constructeurs de
routes et de villes, mais ce qu'on a moins solvent note,
c'est le soin qu'ils mettaient A les conserve et A les embel-
lir. Chaque ville du vaste empire prenait Rome pour mo-
dMle dans ce qu'elle offrait de plus antique,et de plus noble.
A vrai dire, tres t6t, l'Ndilil6 devint une function impor-






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tante de la Rome consulaire et de la Rome implriale. La
Rome municipal ne faisait pas semblant d'ignorer l'in61h-
gance de Subure et du Transt6vere.
Or, notre administration municipal, A part quelques
rares exceptions, a toujours i16 routiniere, sans initiative,
sans hardiesse, emprisonnie dans les lignes inflexibles d'un
texte 16gal presque s6culaire. 11 serait impossible d'tcrire
une histoire municipal de Port-au-Prince, plant les momes
gestes se sont r6l)~1s malgri un continue clangement de
personnel.
A la v6rit6, notre pays est peut-etre l'un des centres oil
une innovation quelconque reicontre sans qu'on s'en dou-
te la plus severe resistance. L'haitien cultiv6, form A l'6-
cole de la claire logique francaise, transport cette logique
faite sur des idees dans le romaine tout different de l'ac-
tion. II ne se dit pas souvent qu'aucune oeuvre social d'une
certain porlee, n'aurait chance de r6ussir, si ses initiateurs
s'embarrassaient trop des objections apparemment indiseu-
tables des homes et des choses. Les Romains, les grands
pragmatistes de I'antiquit6, du jour qu'ils se mirent A ergo-
ter sans measure a la suite des sophistes grecs, perdirent leur
mystique de l'aclion el le grand empire d6clina.
Siegfried faith, au sujet de ( l'Amerique au Travail ), une
remarque que l'observation des representanis de celle na-
tion chez nous confirm. Ponr le distingue sociologue,
I'Amtricain n'arrive pas le plus souvent au debut d'une en-
treprise A une id6e tres nelte ou compl6le de I'oeuvre A
realiser. C'est dans I'ali n que cette id6e se precise, c'est
en course d'ex6cution (I'f1 Ics lifficultes surgissant, il met au
diapason sa volont p)lus p)ia gmalique que logique. De IA
son indifference, son mepris imme, pour les grandes cons-
tructions abstrailes. L'eOiblissement du canal de Panama
est un example assez concluant de cette forme de pensee
toujours oriented vers l'action.
Prise isolement, intelligence est une faculty d6sschan-
te, initiatricede I Achet6s morales et d'irr6ductibles 6gois-
mes. Ses sollicilations out besoin de l'appui d'une action
correctrice du coeur.
Pour revenir a l'id6e principal de celle i~lde, nous di-
sons done qu'une politique nmnicipale, concernant routes
nos grande villes s'impose maintenant A notre attention.
Quelles pourront-ttre les grandes lignes de cette polili-
que?
Assurement, il ne nous vient pas A l'esprit d'envisager
dans cette 6tudeeet sous ses multiples aspects une telle po-
litique.






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Bagehot pose comme F'une dies conditions indispensable
de l'organisation social, la formation d'un ( milieu d'ordrev.
Ce milieu d'ordre affected toutes les forimes de noire activity,
pace que ( organiser c'est tout jusle ( ordonner ), c'est-
a-dire creer en imitant de pr6s la nature, une loi de hi6-
rarchie, de d6pendance, d'dvolulion facililant le processus
social. En definitive l'ordre dans la nature comme dans les
socite6s parait 6tre a la fois un moyen et un but, puisque
I'idee directrice de l'ceuvre de la creation n'est qu'une idee
d'harmonie en vertu de laquelle les etres tendent norma-
lement A la plenitude de l'etre.
La plenitude de 1'etre pour cette creation humaine
quest une ville, est de s'adapler de plus en plus A son r6le
d'habitat au triple point de vue materiel, esth6tique et mo-
ral. Une ville n'est qu'un spectacle qui se d6veloppe dans le
lemps. Si l'immense scene qu'elle represente a ses in6vitables
laideurs, ces dernieres doivent etre compens6es par quel-
ques impressionnantes beaut6s de I'art human. L'effort hu-
main devra done intervenir pour complete on redresser
au besoin certaines d6faillances de la nature.
Si Port-au-Prince par sa population est l'une des villes
importantes des Antilles, on ne saurait dire qu'elle r6alise
les conditions d'existence d'une ville moderne. Trop de
quarters d'aspect minable encombreii encore la ville et
un hasard deplaisant a vouln que les pires de ces quarters
soient tout just jets sur le lilloral.
Nos visileurs sont done accueillis A leur arrive par d'in-
terminables files de chutes s6parbes par de petites course A
demi nmarcageuses of grouille une population miserable.
Celle population, la plus dense de Port-au-Prince, nous ne
I'eslimons pas a moins de 20 A 25.000 Ames. Elle s'6tend en
masses compactes de l'extremit6 Nord de la Saline au quar-
lier Sainte Claire-de-Larnage et an delay.
Nous parlons d'un hasard d6plaisant, il s'agil plut6t d'une
loi d6mlographique.
Dans routes les villes mnirilimes, le proletariat non sp6-
cialis6 tend A se grouper sur Ie littoral. La mer ouvre un
champ de petites transactions, de services de tous genres
qui facililent beaucoup 1'existence de ce proletariat.
Done, come partout ailleurs, notre proletariat c6tier vit
en grande parties de la mer par les navires qui nous visi-
tent et par notre intense service de cabolage.
Dans ce monde la concurrence est vive. 11 faut 6tre t6t
sur la place pour s'approprier les regimes de bananes, les
paniers de fruits, les barils de sel, les paquets de canne A






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sucre, le poisson sec, les sacs de pois, de mais, de riz, les
lots de cassaves, de crutches, en un mot les inille objets du
commerce de ce proletariat Cque le cabolage, du M61e A J-
remie, transport quolidiennement A Port-au-Prinlce. Inu-
tile d'essayer d'ecarter ce prolelariat de la mer. Le probl&-
me que sa presence soulbve doit 6tre resolu sur les lieux.
C'est uine id6e acceplte, toutes les fois qu'on pale de la
n6cessite de d6truire les quarters excentriques de la ville,
de s'entendre dire qu'il faut recourir A une compagnie 6tran-
g6re pour r6aliser ce progr6s.
Cette idWe esl une erreur economique et financiere don't
on ne voit que trop les funestes consequences. Un pays
peut avoir un puissaiit int6ert A introduire dans son territoi-
re des companies de production, mais jamais une compa-
gnie de commerce dans une oeuvre administration intd-
rieure-
Depuis Corneille Houtman, I'iiventeur du systmie, aucun
pays n'a eu A se flatter d'un tel voisinage. MeWie continue
dans son r61e natural qni n'est que celui d'interm6diaire,
linvariable teindaice de la compngnie de commerce est
d'augmenler ses b6n6lices aux d6triients du milieu oh elle
opere. Si St. D)omingue a connu aux 17 mne et 18 6me
sitcles tant de troubles graves, ne cherchons pas ailleurs
les raisons de ces troubles.
Quoi qu'on veuille penser, la reconstruction de nos quar-
tiers populaires par une compagnie e~rangte e ne serail qu
une appropriation du sol et des constructions, seule garan-
tie effective des valemrs d6p(ensees, A moins que 'Elal pren-
ne A sa charge les sui, dliles valeurs, ce qui ne serait pas
moins une nouvelle hypothlquei sur les resources publi-
ques. Or, qu'on envisage la premi,'re on la second hypo-
thWque, i'Etat te pouvant fire don des nouvelles conslruc-
tions A notre prolelarial, voyons quelles seraient les cons6-
quences financires de l'operation.
Evidemment, aux p6riodes de construction, la compagnie
jetterait quelque argeilt dans le pays, don't profileraient nos
ouvriers et nos fouirisseiurs de maltriaux. Mais les construc-
tions achevees el mises en location, c'est le plus.clair des
resources de notre prol6lariat qui serait drain au deliors,
appaiivrissaiit encore plus le pays. II i'y a pas une autre fa-
Con de comprendre la question, I'Elat ne pouvaint jouer le
r6le de providence et dans le cas mnme qu'il tente de le
jouer, la communaul6 n'en ferait pas moins les frais de sa
charity mal comprise.
La plus forte d6pense a Port-au-Prince du budget de l'ouvrier
on du journalier, l'alimentation mise A part, est celle a du






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lover #. Le petit apparlement simplement habitable dans
nos quartiers )populaires les plus recules se loue mensuel-
lenient dix gourdes, soit 120 gourdes I'an. Les d6penses
de l'alimentation au jour le jour inquietent rnoins nos ou-
vriers que le pavement mensuel du lover qui introduit un
tiers souvent hargineux et meprisant dans les affaires de la
famille.
En definitive, il nous semble que la transformation de nos
quarters excentriques a la capital doit reposer sur le cr6-
dit public interne. Nous le disons encore une fois,:les vueS
purement logiques des choses n'incitent pas A F'action, n'en-
iintent point cette volont6 de puissance qui n'est dans le
cas present que la force qui garantitle progres national. A
Marengo, la logique indiquait a Napoleon d'ordonner la re-
traite de son arm6e. Battu, il consult sa montre, 6leva A la
hauteur des circonstances sa voloint de vaincre et ce fut
apres la d6faite des premieres heures, 'une des plus brillan-
res victoires de sa carriere militaire.
L'6mission de tires, actions, obligations par les grandes
communes, en sollicitant le credit interne, est aujourd'hui
une pratique mondiale. En France par example, durant la
grande guerre, avant de s'adresser au credit ext6rieur, par-
ticulierement an credit americajn, des communes comme
Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, verserent des millions
dans la caisse de la defense national. En temps normal, il
n'est point dit qu'un e administration jouissant de la p6ren-
nit coimme la commune, doit se contender de ses ressour-
ces ordinaires. dans I'accomplissement de certaines tAches
qui deviennent de plus en plus urgentes. Elle doit pouvoir
user hnibillement du credit public dans les oeuvres d'utililt
g6enrale. II no's semble done qu'une emission de titres sa-
gemen t proportion ne, et sous la garantie noiale formelle
de l'Elat, permeltiait A noire Administration Communale
d'entreprendre la reconstruction de ,ios quarters popu-
laires.
Nous sentons cependant venir l'objection commune, la
misere, la grande misere, la pauvrete de la caisse commu-
nale, etc. Oui, la misere, quand le capital hailien pour un
tr6s maigre intlert s'accumnule dans les caisses d'dpargne de
nos banques; quand pour l'annee fiscal qui vient de se clore
le pays a subi une importation de plus de 4 millions et de-
mi de gourdes en automobiles, gasoline et caoutchouc I
Est-il alors absolument impossible A l'Administration Com-
munale de Port-au-Prince de trouver dans son budget une
valeur de quarante mille gourdes pour assurer pendant cinq
ans au plus les intdrets d'une emission de trois mille actions








d6co:nposees comme suit : 1.000 A 50 gourdes, 1.000 a 100
gourdes, 1.000 A 500 gourdes, soil un total de 650.0CO
gourdes ?
It nous parait tout de suite que 1'Elt Haitien pourrail
s'inscrire pour une valeur au mnoiis de 50 000 dollars, quilte
Sjeler par le moyen qu'il jugcraiil conlvelbble sa part d'ac-
tions dans le march financier. Nous verrous plus loin les
motifs de cette decision.
D'aulre part, vu la haute port6e social de l'oeuvre a en-
treprendre, nos banques devraieit aussi s'intiresser au suc-
ces du project. La Banque de France n'abandonne-t-elle pas
une part de ses b&nifices t l'agricullure franqaise ?
A charge de reciprocile, les autres grades communes du
pays, en tenant nalurellemenil coniple des possibilities fi-
nancieres de la Commune de Porl-ai Prince, prendraient
leur quote-part de 1'emission. La capilale apparlient a tous
et son embellissement est une oeuvi'r national. 11 faut de
plus espl)ler qu'aucun haitien jouiissantl d'unie honnite aisan-
ce ne refuserait son concours, d'iiilleus profitable, A une
oeuvre de ce genre. Enlfin par la Inlodicit l mnre des actions,
I'emission fonctionnerait en caisse tld0argne pour notre pe-
tile bourgeoisie
L'une des causes de inoire malaise g'niral, on ne s'en
avise gutire, est f'insufisiiscC des valeurs n6gociables, la ra-
rete des instrumentIs de credit d;i'is noire march financier.
Ce dernier n'a pas d'elasticilt pa|rce lque ece pays ni'a res-
que pas de portefeuille invisible el les valenurs locales re-
lprsentatives de la richesse circiilanie on immnobilisee sc( t
aux environs de z6ro.
Haiti est pent-1ire le pays oh les tlilres dIe la propr'iee foln-
ciere entrelt le lpIlis ldans les transactions. Dl) IA. inle.rapi-
de transmniliiul.ion de la p)rui i6ti ,foncire urbaine qui s'oi )-
re aux delriinen ls des rCignicoles appiauvris par mille cir-
constances. Or, les tiles de la pri prio'ii fo(cir'i e in'n( t )as
d'61aslicilt el ne conslileiint pas des valeturs ftacilemel t ces-
stbles. Une telle situation estl i mal, tin ii;il qiii s'altaque
a f'un des 616e ents de stabilile de la fainille, la propriCl
fonciire. Cliez noiis, le p)re de faniille emnlarrass6 se voit
trop souveiil folr'e d'hy)othequer, sa maison d'habitation
avec toutes les chances de la perldre. Une saine politique
financiire consisterait donc t crer dans ce milieu par des
moye.ns bien combines, une masse de valeurs n6gociables.
Une telle masse de valeurs faciliterait l'Cpargne en m6me
temps que les petites transactions. Celtreremanrqne s'adreisse
tant aux grades communes q(' AIlEtat haitien lui-mn6me.
On ne I'ignore iars, c'est an prix (de s6v6res 6eonomies que


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les gens de nitre petite bourgeoisie deviennent des pro-
pritlaires d'imimeulbles. L'epargne A outrance de nos perits
bourgeois el de nos paysans a come consequence d'im-
mobiliser une partie de notre circulation mon6laire. De la,
1'allure 6triquee, difficile, du imarch6 filiancier. Les. trois
mille actions sus -parles meltraient done A la disposition
de la commune une valeur. de 650.000 gourdes qui sans
aucun double permetliait d'ouvrir les travaux. Qu'on se di-
se bien qu'il ne s'agit pas d'un emprunt classique, mais
d'une oeuvre nalionale A realiser.
Or, si nous estimons, les choses se passant an mieux de
l'int6ert general, le. coit d'une petite maison A deux appar-
tements, constriuite sur un terrain de 1'Etat on de la com-
mune, A 4.000 gourdes, c'est done 150 maisons qu'on pour-
rait construire. Les 51.000 gourdes r6serv6es serviraient A
couvrir les frais d'6mission, A salarier 'Ing6nieur, A am6na-
ger le terrain, A l'erection de certaines constructions con-'
munes etc.
En fixant A 10 gourdes le Ioyer mensuel de chaque ap-
partement de ces maisons d'une superficie de 30 pieds de
iong sur 15 pieds de large, c'est an bhs m.or, une valeur de
30.000 gourdes que la commune enciiisserait chaque annee.
Nous laissons done an compete de profits el pertes une va-
leur de 6.000 gourdes repr6sentant la sixieme parties du
montant total des locations. A la rigueur, la location pour-
rait ~Ire payee au mois, h la quinzaine on hebdomadaire-
ment.
Comme on le voit, rien n'empkcherait la commune des
!: second annie, de lancer une mission et de commencer
hi reconstruction d'un nouveau quarter dans des propor-
liois plus modestes, une centaine de maisons par example.
IPne poilitiqe pareille suivie durant quatre A cinq ans,
toul en iintroduisant dans note systlme financier de nou-
velles valeurs negociables el un proced6 rdmunerateur
d'ep|argne pour les peliles bourses, transformerait la ville
die Port-au-Prince.
L'amorlissement de ces petils emprunts commencerait
des la dixieme ann6e et se ferait en serie d'appel selon les
disponibilites du tr6sor communal.
La caisse d'amortissement serait alimentee par le supple-
ment du montant des locations par l'imposition locative sur
ces quarters, par des centimes additionnels sur l'imposi,
tion locative des autres quarters, etc. II y a un interet mo-
ral, esth6tique et d'hygiene pour tout le monde A voir la
ville de Port-au-Prince prendre 1'aspect attachant d'une
vraie capital.







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On ne doit pas non plus s'dlonner de nous voir parler,
an sujet de ces quarliers A construire, de location et d'im-
p6t locatif. Le proletaire n'est pas uil indigent. Au sens
strict du mot, le prolltaire est celui qui done A l'Etat des
enfants, c'est-A-dire des travailleurs, c'est un prolifique.
Maintenant et pour finir, faut-il s'arr~ler aux consequen-
ces 6conomiques imm6diates d'une, tell eitreprise?
La mise en chantier, au course d'une ann6e, de 150 mai-
sons procurerait du travail A un bon nombre de nos ou-
vriers mLgons, charpentiers, menuisiers, couvreurs etc.
C'est du coup un pen plus d'activit6 pour nos fournisseurs
de sable,.de pierres, de chaux, pour nos briqueries etc.
Au milieu de la misere gunerale si exlinuante pour nos po-
pulations, de telles perspectives ne sont certes pas A dedai-
gner. Mais pour la realisation d'une entreprise, nous con-
venons qu'il faut de la hardiesse, une large entente des
choses sociales, chez tous enfin le sentiment tres net de la
solidarity qui unit toutes les classes d'une meme soci6et et
non la beate Ioutine d'une administration incapable de
s'attaquer A la resolution 6nergique et continue des pro-
blames qui sollicitent son attention. Les eunuques de la
pensee, les abouliques de la volonii ne sonilpas des con-
ducteurs de peoples.









La Crise Haitienne


La question de la production




Incontestablement, le pays traverse une cruise, gendratri-
ce de grades inqui6tudes dans les fanmilles et don't les cau-
ses d6terminanles i'ont guere 616 analysees. L'accord mrme
ne s'est point faith sur la nature g6nerale de cette crise. Est-
lle une crise economique ? Est-elle une crise financibre ?
Nots n'avons pas la pr6tention d'avoir plus de chances
que d'autres dans l'analyse de cette crise. Seulement, en
heu et place des deductions purement doctrinales, nous y
appliquons la rigoureuse m6thode de l'observalion directed.
Des esprits superficiels, n6gligeant les causes locales, les
erreurs adminislralives, les programmes mal concus qui ont
engendre la crise haitienne, ne veilent la consideFer qu'en
fonction de la grande crise mondiale. Or, la crise.mondiale
est une crise de surprodiction, de sui-saluration des mar-
chels, cons6cqence lo.- d'tii d6veloppement extraordinai-
re de I'oulillage induslriel surtout diirant la guerre. 2o.-
des m6thodes cartellistes de concentration du capital dans
le finaicement. des industries. M1' F. Laur value A 500 mil-
liards de fran's le capital invest dan'.i les industries du
moiide. Si on acceptle le chiffre de un milliard 800 millions
d'ames come le ciiffre total de I'humanit6, c'est thlori-
quement ulte valeur important que l'industrie mobilise
pour la satisfaction des besoins de chaque Mtre human.
Quand on songe que des pays come les Etats-Unis, l'Aus-
tralie, I'Afrique du Sud qui, avant la guerre, n'occupaient
qu'une place nmdiocre dans la production de la houille.
fonl aujourd'lui une rude concurrence A l'Angleterre et A
I'Allemagne, on saisit tout de suite le m6canisme de la crise
mondiale. Aussi, le signe dominant de celte crise est-il le
chomage.
La cruise haitienne n'est pas un faith spontand. Elle a ses
causes visible, trop visible A l'observation. Elle est une
crise d'appauvrissement resultant d'une vue fragmentaire de
notre probl6me 6conomique;
Pour 1'Americain qui a dirig6 durant ces 15 dernieres
annmes notre administration, la chose essentielle 6tait d'im-






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poser A nos visileurs impression qu'on avail faiit raliser
au pays de notables progres. Dans ces conditions, ces pro-
gres devaient s'exltrioriser dans des choses tangibles, pour
tout dire, visible A I'ceil nu. De IA, sa conception unilatlrale
d'un vaste programme d'installation qui a embrass6 toutes
les branches dbe administrationi inIlhallaiolis de phares, cons-
tructions de wharfs, d'entrep6ts domaniers, de magasins g6-
neraux de l'Etat, de garages, election de tout un syslime
d'edifices pour loger la Garde d'Haiti, le service de salubriil
g6tnrale et d'assislance )publique, etc. etc. Souvent, pour ces
constructions nouvelles, on d6trtisait d'anciennes construc-
tions qui, au prix de modestes reparations, rempliraient
avahtageusement 1l r61e auquel on les destinait.
Theoriquement, c'6tait IA un beau programme qui, cepen-
dant,.comportait une contre-partie n6cessaire : le d6velop-
pement simultani des forces productive de la. nation.
Adopt sans cette conlre-partie, ce programme entraina
un drainage formidable des resources du pays A l'exterieur.
Ce ph6nomrne Utait d'autait plus fatal qu'il s'agit dun pays
jeune, sains industi'ie, condaminh A recevoir A peu pros tout
du dehors. On serait lidsitivement toiurdi si la slalistique
pouyait reliever la quanlilt de ciment imporl6 dans le pays
durant ces 15 dernieres annees.
Le programme d'iins[allation d'un pays, au fond, n'a
qu'une valeur esth6tique el de commodity. On nedoitpas le
confondre avec I'outillage eco(nomi(que, et il doit Alre stric-
temeiit bas6 sur les resources disponibles de la nation.
Paris don't les origins se percent dans les brumes du Mo-
yen-Age,possede-t-elle 'eclaiirage 6lectrique de New-York ?
Cette erreun serait celle d'une soci&I1 consliluce en vue
d'une production delermini0e, qui ulilisernil. en de cptleuses
et luxueuses installations, la plais forte part de sonl capital
de travail. .
Une nation n'est 6conomiquemefil qu'iine sociMt6 de pro-
diction. Dans 1'nn et I'atre cas ls l r6gles resent les mi-
mes, et la science n'indtique qu'un cas oni une nation pent
depenser an-delA de ses resources c'est justement quand
it s'agit de s'ouliller dalls la production agricole et indus-
trielie.
Le premier materiel d'nn i penpIle, celui aiiquel il doit ac-
corder un soin particiulier, est s on materiel huai in, pierce
que de ce 'materiel depend titles ses possibilities d'avenir.
Or, tandis que I'adminislration americaine s'acharnail A
nous dter d'une installation tullra-moderne, jusqiu' plalcer
des radios dans des. marches ruraux, notre matriiel humaii
6tait A pen prbs oubli6, quand on ne le massacrait pas. Lors-








qu'on y pensa dans la suite, ce fut pour nous donner au ini-
lien des plus touches transactions, le Service Technique don't
les experiences inalheureuses out coul6 an pays, 20 millions
de gourides. N'oublions pas toutefois que ce service 6tait a
double lin. En formant les cadres du travail il devait aussi
promouIvoir notre aclivit6 6conomique par les proceeds pra-
tiques que la science met maintenant A noire usage. Pour-
tant, si notre production, surtout dans la consommation
locale, A augnmert6, nous le devons uniquement A la tran-
quilit6 don't a joui le pays.
Nous avons d6jA dit, ici mnme, notre sentiment sur la fa-
con don't les ameridains out abord6 le probl6me de l'ou-
tillage economique du pays. C'est le m6me esprit de mon-
tre, de bluff, si vous aimez mieux, qui y a preside. En
!ious dotant d'un reseau am6lior6 de routes qui nous a cou-
t1 la bagattelle de 80 millions de gourdes, on s'est pr6oc-
cup6 exclusivement de relier entire elles des villes cotieres,
de ports ouverts au commerce qui nous frappent partieu-
li&rement, par la similitude de letir aclivit 6conomique.
Les routes de penetration out 0ti compl6tement negligees.
Notons que nos principles villes desservent des regions
.aturelles auxcuelles elles sont jusqu'ici relies par des
routes execrables. Les examples de Jacmel avec Sallrou et
Bainet, de JRr'mie avec Anse-d'Haynauld, et Tiburon des
Cayes avec Port-Salut, C6teaux, Port-A-Piment, etc. sont
ssez concluants. Par ailleurs, la question d'irrigation a
Cte envisage dans des proportions tellement exager6es,
qu'elle devenait du fait irrealisable.
Conmme on le constate, par ce racourci des fails, I'appau-
vrissement graduel du pays a M6t le resullat d'une oeuvre
sinon syslt miaique du moins, d'un p lan ial conc.u et tou-
jours ei disl)ro1)crlion avec l'otat mconomique de la nation.
Quelle a et, durant ce temps, la r6aclion de l'haitien?
Chass6, de toutes les. positions lucralives de I'administra-
lion, sa reaction n'a 06t que verbale, 6loquente, trop stric-
tement poliljque. Quand dans noire outrage: Organisons
nos parties poliliques A nous signalions le danger de la posi-
tion prise par l'hailien, cela nous valut les brimades d'une
parties de la press.
Avpc habil.el6, sp6culant sur notre vanity racial, notre
peu de goat de I'appr:cialion raisonnde des realites, I'amni-
ricain fit miroiler A nosyeux un Standard de.vie qui ne re-
pondait en rien A.la puissance de Fl'pargne nationale.-
Dans la course effri6ne A Ia mort nos revenues pass6rent,
puis le capital lui-meme quand ce n'est point une 6pargneu






-60-


familiale remontant h 'ind6pendance, ce que le gaspillage
Americain devait manager, I'impr"voyance haitienne A son
tour, le jeta dans le gouffre ouvert A nos pieds.
VoilA A notre avis, les principles causes de la misere ac-
tuelle du pays, et cette misere m6rite d'1tre srietisenlent
6tudi6e car elle rev6t des caracteres particuliers.
En g6n6ral, la misere se manifesto chez un people .par
une impossibility plus on moins marque de se nourrir, de
se v6tir, de se loger et de r6pondre aux frais d'education
des enfants. A peu prbs dans toutes les classes, impossihi-
lit6 d'6pargner, car l'6pargne est le signe de l'aisance. Elle
indique que les besoins sont satisfails.
Au-dessous d'un certain quantum de moyen de subsistan-
ce, on a la disette, la famine qui relive plus commun6ment
de perturbations naturelles. La Rome antique entouree du
sol ingrat du Latium, avec sa formidable, population pl6b6-
enne, connut plus d'une fois des, jours de sombre misere.
Les circonstances sus-mentionnees se relrouvent-elles dans
la misbre haitienne ?
On peut dire que nos populations souffrent anu milieu
d'une abondance relative des moves de subsistance et In
mistre frappe plus ci-uellemelt les classes mioyennes des
grandes villes.
Ces temps derniers, nous avons parcouru une bonne par-
tie du pays et ce qui a particuliremeiIt retenu notre al-
tention, ce sont les cris de d6tresse des populations en fawe
de l'abondance et du has prix des moyens de subsislaiice.
Au march urbain ou rural, tard dans la jouirne, les vivres
s'6talent, en quantilt notable, le menu bihil, la volaille
abondent. Dans certaines.r6gions d u ipa's, tin Iloef se vend
30 a 40 gourdes, un cabrit moyen 2 gourdes, el le rest A
l'avenant.Nous aijoutons que nos paysans Iravaillent, sanf
dans les endroils of dans un but de lucre et de politique
mesquine, l'autorit locale encourage les &carts. Rien n'i-
tablit mieux notre dire que le releveiment rapid d'iine
bonne parties de la region du Sud visilte par le dernier
cyclone. Le croira-l-on enfin ? Depuis plus de vingt ans,
jamais les articles d'habillement ne sont descendus A tin
prix aussi bas que ces jours-ci.
La conclusion s'impose. La crise d'appauvrissement que
subit le pays est plus tinanciere qu'6cononique. Elle est d6-
termin6e par le drainage sans compensation des resources
dii pays dans des commander fabuleuses, par le pavement
durant de longues ann6es de salaires exhorbitants. A une
nude de parasites, par les versements anticipes d'amorlvis-







semneftset's i'lt''dI t~t ':in :emprunt ntdont la min'jeure parties'
est retOurnde' son, point de partr, par le retrai't de A' cii'-
culati'oi 'int6rieu re 'd'une' parties de I'dpargue national, par
la m6contiaissaince enfin, inconsciente 'ou voulue des reels
probl!mes du.pays.Le signed: videnit,de notre otise est la r-a-
r6factidn de. 1'arge'nt r6duisant A! une limited ifit'liot 1ni6et ti-
puissaiince d'a'lhat du people. i. '
Une telle cri.se pqut-elle 6tre jugulte, pour le moins atit6
nutie, parades measures goQvernenme'ntUiles et administrative?
Nous,,;e c9nserivons aticun doute a c,e sujet. Le .peuj)e. lui-
mnme,, dans Toiiles.ses couches, indique bieln '.fe jpnal par
cette ,pompai;gsobn.i mag6e .wou pas oue cote I'ur:gent passe:
On nous'r6p6te A satikt&, reependant, que le seil p:roblnme
du pays ,onsisfe A :.produire;,tia.poduire' beaticonip, com-me
si pat; example le premier felliculaire venue, par. le faith que
production: intellectuelle est quandmi6me de la production,
pourrait 6crire 4La critique: de la raison pure owt les dilemnes
de .la mtaphgsiq-t ie.: ,
Daps le domaine'de la nmaltiercoinme dansle dpmaine
moral, la pd6'duction presuppose ine preI)i'alion premiire.
Seuls les esprits quiin'ont jamais rien produit out le droit
de croire la productioA une chos i, is6e. Le, facteur essen-
fiel de:tout travailhumaiiiest intelligence huiutinjle. L'hom,.
me nest i.ilune abeille;.ni un p)ppex; sa valeur -specifique-
est dans la nature de son intelligence r6duite.i.,comprendre
pourigir..l.es.mlthlodes inmpsees pour ainsi (di.j du dehors
A I'indivi'dn, sas. l'assentiment de son intelligence,, n;outja-
mais doinn6 de esliillats. L'csclave ne cree ipas, 1'esclave n'in-
venlte. pas. i
'Nous"'contliniins doln ? 'penser, t I'encbntire des tenants
de la inoivetle ldoctriie, qiie 16 pi-obleme capital du- pays
est celni de la forimaition morale des masses. Nos visiteurs
itran'ters ne tnous repraochent" ps Il'ta l tltmentairb de notre
prodifclio;ii, imis.bjen la situation miserable,. la profonde
ignorance de 'nos classeslaborieleties. Ceux-l 'connaisselit
al m6ias'1k fe .Idrs de I' conomie social tet les.besoins reels
d'lne"'soci6te. Pense-t.-on,'pari exeemple, que 1'avenir d'iaiti
puisse,6tree dans Iorgaisation d nAe-sorte de .seriitude' de-
guise ~ es, masses an .l)tofit d'iO e classes de joisseurs ? La
question a assez, dinmportance pour que nous ,y revenions.
bient6t a.ec les pricisions. 'ncess'ires..
Dais.notre onvrage,i < Les probl mes haitiens s; public:,
en pat1ie:dan$ le Jburnalhde Mr. J, C.,Pressoir,"notls avons
et6 p'elt-6tre le ,iprpunier k' nous: attaquer.la' h 16geIde d6jA
s6eculil, 1ed.Ilaiertii4W6- metveilleuse d'Haiti. II suffisait, ce-






-62-


pendant, de quelques donn6es de gdographie g6nerale poor
comprendre que cette ile au sol tourmentd, au climate sou-
danien, au paralldlisme orographique surprenant devait
offrir va et 1A de large bandes de terre semi d6sertiques.
En effet, en Haiti, tous les territoires places sons le vent
des montagnes et ou pr6dominent les associations v6g6tales
xdrophiles pr6sentent aux yeux du voyageur cet aspect at-
tristant. Les d6partements du Nord-Ouest, de I'Artibouite,
de I'Ouest sont caracteristiques A ce sujet. Nous ne disons
rien de ces longues c6tes basses, mar4cageuses oi se deve-
loppe une mongrove que Jumelle value A plus de 3 miles
kilom6tres. Si, A ces accidents geographiques, nous ajou-
tons les large terrains qu'il faut encore abandonner A la
course vagabonde de nos rivibres, on voit quelles series de
causes agissantes rdtrecissent le domaine cultivable d'Haiti.
Aussi, n'est-il point surprenant que notre pays soit d6jA
surpeupl6. Daus ses parties r6ellement fertiles, il compete
au moins trois A quatre cents habitants par K.C. Certes, sols
certaines conditions de culture, la terre la plus ingrate pent.
encore produire. Mais les difficilt6s vaincues confMrent-
elles, par example, une plus grande valeur 6conomique a
la plante qui pousse en serre chaude?
Chose curiense, des le 176me' sicle, le colon franciis se
plaignait de 1'6puisement du sol de St. Domingue. B. de-
St. Venant qui ne fut pas un technician d'universit6 et
qu'on appelait le mbdecin des habilations en danger, nous
a laiss6 a ce sujet d'iintressants details que nous n avons
pas A exposer ici.
La premiere conclusion que ces constalations iimposent,
c'est que rien ne seraiI plus mortel A ce people que le d&-
veloppement chez liii de pitissantes coqlpagnies de produc-
tion agricole. Trois A qiuatre companies de ce genre poilr
entreprendre un travail franchement remuniirateur se ver-
raient condamiees A Ini enlever la presque toltilil de son
domaine cultivable. A-t-on remarqu4 que la HASCO A' elle
seule occupe A pen pros In douzieme parlie de ce domain
et en d6pit des advantages qu'elle recueille dans le milieu
peut-on pr6tendre que la HASCO soit une Compagnie pros-
pare? Ce que l'on salt dne facon certain, e'est qu'elle
engendre un danger pour la plaine A moili aride ot elle
domine. Le forage continue de tout un systine de puits ar-
tbsiens dpuise les eaux de surface de la plaine tout en faci-
litant une plus grande infiltration dans les terres des eaux
sulfureuses du Trou-caiman et saumatres de l'Etang. Ce
danger, nous ne l'inventons pas. La Mission Americaine de
reconnaissance geologique, formde d'hommes comprtents,







-63- -


le sigtalait d6jA A I'attention dd I'adnrinist raion publique
On ne d6tri'it pas les lois de la physique. La th6orie des
vases commit niquants joue a I'air libre comme A travers
les couches permnables du sol.
Le XX6me si6cle a ouvert dans le monde mi phase d'or-
ganisalion 6conomique et financiere d'un pUissant inltret
d'dtude. II ne s'agit pas de savoir si cette organisation est
morale ou non, mais de l'examiner comme un faith qui
s'impose A notre attention. Aujourd'hui, dans presque tous
les domaines, 1'6conomie mondiale tend A se substituer A 1'6-
conomie national. Aucune nation ne pebt d6cider souverai-
nement des choses relevant de la vie 6conomique. Par des-
sus les gouvernements, nationaux se dressent des super-
gouvernements international irresponisables, mais terri-
les dans les proc6des de contrainte qu'ils utilisent pour
imposer leur volonte aux peoples.
On iprouve un certain effroi en pensant par example
que toute l'activitl financiere et productive des Etals-Unis
est regie par deux puissantes instiltiions de credit: lo La
Banque de Commerce groupe Morgan ), 2o la National City
Bank groupe Rockfeller). An vrni, les maitres dn monde
ne sont pas les politicians on mime les homes politiques
qui p6rorent A la tribune des assemblies parlementaires,
mais la mysterieuse oligarchie don't les memhbres se recru-
tent dans tons les centres fortement industrialists de l'Uni-
vers. Que represente 'action d'un chef de government
compare A celle d'un Deterding, d'nn Rathenan, d'un
Zaharoff, d'un Grenger, d'un Loewenstein, d'un Morgan,
d'un Rockfeller etc. etc. Deux idWes, formidables dans leurs
consequences, sont A la base de la nouvelle economic mon-
diale: lo la cooperation des institutions financieres et des
societes industrielles, 2o la concentration inlernationale
cartelliste du capital dans le financement des entreprises.
Or, des quatre groups de ph lnomines economiques, le
plus impitoyablement regle par I'oligarchie capitalist est
celui de la production industrielle et agricole. Les OUT
SIDERS doivent se soumettre on disparaitre.
En effet, quelle lutte les sociMles isolees de production
peuvent-elles soutenir contre des organizations telles que:
le Cartel du textile, le Cartel des Allumettes, le Cartel de
l'Acier, le Cartel du Coton, du paper, la United Fruit,
I'Atlantic Fruit, la Standard Oil, la Nobel Trust et cent
autres qui embrassent le monde dans un. reseau inextri-
cable d'organisations secondaires. DerriBre tous ces cartels,
me tiennent les plus formidable organizations bancaires des
deux continents.








PouL envisager une questipi qpi ipus t.uche de prI*., (a
culture A coup sAr la plus importance de l'Amerique tropi-
cale aprls celle de la canne A sucre, est la culture de la Fi-
gue-bianane. Or, toute cette production jest,sous le. contr61e
(un mot don't nous commenions A saisir toute la valeur),de
deux puissants organismes anglo-amnricains : la United"
Fruit'(groupe Rockefeller) I'Atlantic Fruit (gr6upe Vandel-
bilt). On s'accomoderait plus faciledrient du voisinage-de ces
organizations si elles restaient confihees dans leui" slitciali.
td. Le Trust est accapareur et tentpaulaire; II n'e'nlteid ltre
gene dans le milieu ou il dvoltie pAr la coucnrreirce d'aucu-
ne autre compagrie. De IA, ces cohnbinaisons dites horizon-
tales ou verticales' qui jetten-t parfois'sous t'1 conlr6le impi-
toyable de quelques capitaines d'iidustfi'e des i6iilions
d'itres humains'car;, c6ti d'iiii Rathengau .qui te croyait
pas que la puissance finlancire devait se fonder sur la d6-
tresse des peuples, ii y a place pour I'aclivil violent d'un
D6terding.:
Avec Morgan, Rockefeller, etc, c'esj ntssi la maniMre for-
te. Nous avoiis nagure raconlt I ltlle plf ique de la Stan-
dard Oil'et de la Royal DEUTCH'soius la direction respecti-
ve des deux piiisSants capitaines hockeleller et Deterding.
Le numero de Fevrier 1931 des Docum ents poliliques, Diplo-
matiques et fidancieres i'lhtsile pas A inommer .le dernidl-
comme I'u:n des responsahlts de 1a guerre mondiale.
Pour revetir A I'Amnrique Tropirale, on pent nffirmniey
qu'elle est en grande parlie contlr61ce par les-deux puissan-
tes companies : la United Fruit et I'Allanlic Fruit. Banques,
chemins de fer, toyrisme, moyens de transport :maritime,
centres de production el d'indq Itries agriicoleqs,ioh6elleries;
mines de ptrl61e, de6pct de guano, qfc, lout rele, on A pen
prbs de lettr activile tentlculaire. XJe mandei mcnitil bien
l'histoire de la fameuse. WHITE FLEJFFde ka.Uiniled Fruit.
Les considerations qui prcedenutfont bien voir qu'il tie
suffit pas de produire, mais Ade .situer avant lout sa produc-
tion particuli're datns la production moindidle. A mains de
conditions locales excessivemenit bhtanees, les prodiuils hiute-
ment carltlises laissenl les travaille,urs isoles (les out siders)
exposes au centre, cqup Oqle, lutle,ss szl ri q se se livrent
les grands capilaines de l'industrie..
La solution du pro'blme e la'production en Haiti inous
semble, r6pondre i aidxflr bis questio t suivanle.s : flo. Conm
ment-organiser notre production de fagon A d6tridre .ou A
alttnuer les eftels de drainage d'ufi las de serviludes e.ono-
miques subies par le pays ? 20. Comment organiser noire
production de facon A augmenter les changes commer-





-65-


ciaux d'lhIiti dans son voisinage geographique, c'est en uni
mot, la question du commerce haitien daiis le bassin des
Antlilles el au pounrour de l'Ain6rique caraibeenne. 30. Com-
ment itleiisitier el am6liorer la culture de nos grands pro-
disils d'exporlalion en fonclion de la production et de la
concurrence iionidiales ?.
Ces trois questions parlaissent definir les grades lignes
d'une riche action,.admin istrative el gouvernemenlale. Pour
bien meltre les choses .e.n,.relief, .pi'enons des examples se
rapportant aux trois questions, envisagees..
Elin moenne, la Republique d'Haili imported atinuellement.
pour plus de un million de gourdes de bois de conisi'uclion,
des pays diiuNord. S'agil-il d'uine servilude Ccono'mique ine-
vitable en toul on en partie ?
En d6pitdn 'd6boisement inintelligent don't le pays, de-
puis des .sidcles, connait.les d6saslreux effects, on y' dcou-
vre encore des zones' foreslieres d'uine reelle importance. I1
faut signaler les pentes de'la Selle dans ['Oftest, la region'
le Plynioulh danis le Sud,-le plateau Central, te plaleau de
Vallihre et de Moili-Organise, 1'Ac-Sl Samedi, etc. dans le
Nord. Ces zones fordsti-res nmlflrodiqti.nieiilt exp)loiltes di-
mninueraient A cet egard nolre servitude "eonomiqi.b: Nois'
:vons )pour nous'encourager dans ceite voie:l'exemple de'
hi Rppublique voisine. De la province de Bariihoina A celle
de Monte-Christi, "en passant.par la Vega et Cibao fontcion-
ient toute une suite' de petiles scieries. Les scieries; domii-
nicaines ulilisent les. boisC-de routes diienasiols. Celte in-
d(ilsrie locale a en la aplus- euneuse influence sur -le pays.
Les vili ages domi icaihs sont plus propres qt!.e les, n6lres.
Ii .faubou. rgs des villes .elles que St. .lean, Bonao, la Vga,
M l ,'.ef c. ii'off'eiit ,poiitL'dl .specl sordide. des fanubourgs.des
villess hailie nes.
Plrindns uii autre example. .os miners lerriloriales sont.
assez poissonneuses. Des elu'des recenles ont etabli qp'a; cer-
taiines-periodes de 1'ainne des coUnants niigraleu rs.de pois-
sons (dVnle grande valeur commercial traversent ces eaux
territoriales. Or. du fait de notre .grande 'imporlation de
poiisons-sals le pays subit'une servitude ecouomique : qui
se chiffre fA ipltisieurs.ceiitaines de, milliers de gotirdes.,
11 y a dans la baie de St. Louis du Sud-A pei de dislAnce
des marais ,alains d'Aquin un lots ofi'se dressent les murs
encore intacts.de la. forteresse dite ades. Aiglais ). Cet ilot
de 1'ele.ndue de iotre Champ de Mars-nous, parait.unendroit
tout d6sig i. pour la findation.d' due6cole,.de pche.et d'une
pecherie mo'd~le. Ces.exemples,: nous pourrions les rdp6ter
assez souvent nmontrant que-le -travail d'att6nuation de nos






-66-


'ervitudes 6conomiques n'est qu'un effort d'observations lo-
cales oi d'6tudt des conditions genkrales de la vie haitienne
qui ne r6clame aucune connaissance transcendante d'6cono-
mie financiere oi autre.
La question du d6veloppement de nos changes dans le
bassin des Antilles et dans I'Amerique caraibeenne s'offre A
nous sous les mnmes signes. Nos rkcentes tourn6es dans le
pays nous out confirm dans l'opinion que nous traversions
une crise de misbre en d6pit d'une abundance relative des
moyens de subsistence par suite d'une forte rar6faction de
l'argent. En face d'une pareille crise, la solution rationnelle
est tout indiquee : determiner par I'augmenlation de nos
changes l'apport d'argent dans le pays. Toute combinaison
financiere est illusoire si elle ne tend pas elle-mnme a l'aug-
mentation de la production et A la facility des changes.
Autour de nous s'6parpille .une s6rie de petits marches sus-
eeptibles d'absorber avantageusement cerlains de nos pro-
duits alimentaires et d'Olevages. Nous sigiialons Cuba, les
Bahamas, les lies Vierges, Porto-Rico, Panama, Colombie,
Curacao et quelanes uns de ces rochers surpeiplls que sont
les petites Antilles anglaises et fra! iiises vouees A la mo-
noculture, celle des citrus par example.
Les routes du commerce antilien,'on semble I'oublier,
nos femmes, ces hardies pacotilleuses, il y a a peine une
trentaine d'ann6es, les praliquaient largement. Elles allaient
A Curacao et ailleurs vendre Iaurs chargements de pois, de
cassave, et auties products. Aujourd hui cette energie de la
race qui n'a point disparu est handicapee par le cofil eleve du
fr6t. Une pole de poids move qui cole en Haiti deux
gourdes se revend A Panama a un dollar vingt, un dollar
quarante, mais le fri: enl6ve A pen pris le b6Clefice r6aliso.
Comment obvier h ces inconv6nients ? en redonn;anlt un
pen de vie A nolre commerce antileen. Nous n'enlrevoyons
que deux solutions A cello 6pineuse question : lo. la crea-
tion d'une ligie modest de navigation haiiienne, soil par
1'Etat, soil par l'iiiliative priv6e puissa moment aid('e inar
l'Etat. Celle line comlrendrail pour conmmencer, deux na-
vires don't I'un telieraif le pays A Cuba, la Jamaique et I'au-
tre A Cuba encore, aux Bahamas, les lies Vierges, Porto-
Rico,. etc.
Evidemment, il ne peut s'agir d6s l'abord de ligne rigide
de navigation, le moiivement des navires 6tant conditionn6
par l'importance du fi'rt pour un port d6termitne. 2o. L'appel
fait A desarnmateurs 6tlrangers A navigner sous pavilion hai-
tien sous le b6nefice des ni6mes droils reconnus aux regni-
cbles exerannt le mnme melier. A cela s'ajouteraient l'exo-






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n6ration de cerlaines taxes, le droil de recrutement d'une
parties des 6quipages dans le pays et 1'entretien A bord de
ces navires d'un certain nombre de boursiers haitiens des-
tin6s A 61rie les futurs capitaines de nos navires de commer-
ce. Dans ces conditions, 1'Etat haitien obtiendrait un tarif
pr6f6renliel pour le transport de nos products dans tons les
ports du bassin des Antilles et de 1'Amerique Caraib6enne.
Dans le meme ordre d'iddes, la creation d'un atelier de
construction de navires de cabotage dans noire enseigne-
ment professionnel s'impose a nous pour toutes sortes de
raisons. Nos charpentiers de marine disparaissent et le mo-
ment n'est pas loin oi il nous faudra faire venir nos canaux
et nos goelelles de 1'tlranger. Les champs de canne de Cuba
-nt garden en grand nombre nos habiles constructeurs de
S'Abacou. Le terrain conquis en parties sur la mer qui s'6tend
a l'Ouest de la Maison Centrale des Arts et M6tiers nous
semble particuliriement convenira l Etablissement d'un tel
chantier, la maison Centrale elle-mrime, fournirait A cet
Elablissement une parties de ia clientlle.Quoiqu'on pense, la
mer, le fleuve qui march, le lac qui unit des rivages oppo-
t6s restent encore la voie de transport la plus 6conomique.
II est presqu'inutile d'ajouter que des moyens de trans-
port, des d6bouch6s caraib6ens assures A nos products, nos
paysans qui aiment passionn6mnent I'argent se meltront an
travail. 11 n'v a pas tres longlenmps quand Cuba nous fit ine
forte demand de mais, le seul arrondissement de Port-au-
Prince en export pour 123.u03 dollars.
Le Iroisieme el le dernier point de note probl6me de
production est ssans atcuin double le plus dllicat. II compor-
le des considtlralion(s que nous n'avols pas le loisir d'abor-
der tdans inii expos si sommaire. C'est sur ce terrain que
le pays fail face A la concurrence mondiale service par la
technique, I'org.inisatioin, la science, toutes ces forces cons-
tilniies don't nous avoIs retrace rapidenmett la formidable
iiifluence.
II nous a loijourrs pariu (le 'l6intment indispensable A la
solution de ce Ii:oblmine est la transformation de la men-
talile mnie de nos classes laborieuses. En attendant la
ra i.salion d'un tel miracle, il faut quand mmn e agir en
maintenant pour le moins dans le march mondial nos
products qui v sont regus. La supreme habilet6 consistera
pour I'adminiistration A ne pas.6parpiller ses forces en des
tentatives mal tludiees. A concenlrer son 6nergie autour de
Irois A qualre produils don't les conditions de culture sont
les mienx Mtablies dans le pays. En some, la grande
prosperity de St. Domingue n'a repos6 que sur la culture de






-68-


la canne Ai sure, du cafeier el, du. colon i La culture. de
1'indigolier n'y fit que pericliler jusqu'A disparailre vers la .
fin du 186me siecle.
Neanmoins p6ui- rialiser u1n programmed inmein auissi li-
mite, il faut une itdee dir'ectrice, une unit i d'acilion et (de
pensee que senle utie drganisatl'ii publique bibn hierar-
chisbe pett offrir. De l4, n6tre '6r'yvtiicc que le qeryice de'.
propaganda et d'exteigsio). -agricole: du pays;. doiltconsliltier
un service administriai'f-avec son i)ei's.onniel d.e,direction et
de travailleurs accnomplissanit u e tAleh'e nelle,,clajre,. ilnd-
pentdanle.- Dans .1'Tlat d'imprl, pari) lion du, pays,enJ face
d'une crise moondiale qui ne peul fatalein.en que s'accen-
tuer deux choses ipous sembllent al)soluni)ent. indispensa-
bles lo Une participation diriec de .de Elta I des conm-
munes a, la producltioI, 2o l'oglpiiiali(,il d.ii,e;dictature
16gale du Iravail,.
Par oiganisatibn dir'lne*dictnauilre 1 lghtle: du 'travail hious
entendons la supplre'sion: de tlottes les catrses de; fainean-
tise, d'oisivelt. de P'vagabondiage danis ,no eam'pagries.- Au
milieu de la crises que traverse',1e j'ivs, etl-il :"ii'ssible'd'id-
metire que des centaines de'lphyoi us torises par des pd-
miniistralions Comnruimiia les je unii seni pour se' liver a
des:jeux':de hasard de s.niedli dapis I'apr .is mili;A riiei;c;edi
dans la n'tlit. Par organisalion id'Fune .(itlalture W'lgale dii
travail, nous eeilendolns uine (eii.vre d'epl.ipralion de nos gran-.
des villes d'e Joule.ceile arniiee. de Iresseux- qui s'y ..agglo-
in rent en se livrant a des -lacI.'i s qui a ri' ieiil d. etre ri-
se'rves aux femnes. Poiui'qupi d'ailleu rs., Ios grades coi-
m.unes ni.do pteni-elles pats in mode e la'sss'len d'es
services qui dcarleriil des ,Foutcli ouis x'ercoecs pam rout par
les faibles, lcs gail.lards Ca l les d(i1' ]i s gutand rel de-
inent economy iq(ue ? Pilri or(gaiisal:io'i f'rt1 ne. (ii aI ire' ''leg le
du travail. nous enlendons, Ielaboaltioni dm'n e Iegislation
agraire .qiii 'e p)ermel it )i i nos lroplri'tlires' aon iers,
grands et pelils. de laisser ent friche la .plus grande"pa.tie tide
notre donMaine cultivabl e.
SMais, tout cela suii,6ise l'niilisalion de la main d'oeiivre
hailienie, I'orugicaisatioi6 r;iationnelle du cr idit agricole,, l'irri-
gal,ion mielhodiiue. de jos p)laines, I creation enfin du mi-
lien d'ordre sons leiquel aucune society ne saurait tvoluer-
Aulant. de quesl-ions ,slr lesquelles n,ous .reviendrons par
line prochaine tld.e. Ce ifil fandra done carter de 1or-
ganisation de celle dictattire. gale du travail, c'est la fan-
taisie brutale du chef indigene, I'obscur instinct de com-
mandeur qui sommeille en chaque haitien. Dur'a lex sed
lex, telle sera la devise.























DEUXIEME PARTIES


























En marge d'un livre


Je ne me ferai pas prier pour affirmer ici que le livre
recent du Dr. Price Mars: t AINSI parla I'ONCLE ) est
une production remarquable.L'Auleur y envisage avec une
rlelle aisance quelques unes des questions les plus delica-
les de la psychologie religieuse.
Je ne sais mnme pas trop pourquoi le livre de Mr.
Mars me rappelle celui de Mr. Firmin I'Egalit6 des races
humaines.
Ce n'est point qu'il faille fire un rapprochement quel-
conque entire les deux oeuvres. Le livre de Mr. Firmin est
d'une tacture toule objective oh I'irudilion occupe la prin-
cipale et la meilleure place. On regrelle mmne parfois,
dans le heurt des doctrines, dans l'invocalion des syst6-
mes, de ne pas rencontrer plus souvent la pens6e diligent
de I'auleur. Mr. Mars pense beaucoup, les theories et les
doctrines il les examine, et chez lui, I'erudilion est *plus
discrete que chez Mr. Firmin. Mr. Mars est un psychologue
don't la quality mailresse est l'observation, mais une obser-
vation qui s'intdriorise vite, trop vile en pensee. Mr. Mars
joue admirablement sur le clavier psychologique. 11 va avec
l66gance des perceptions les plus positives aux plus fines
intuitions de l'Ame humaine. Son livre t6moigne d'une reel-
le connaissance de la matiere.


rvKrvuu~vur-r-~.r'~r.r\~u4rrvyvrrr\r


L lille llm mm






-72-


Je ne jurerai pas cependant que les qualiles mmie de
Mr. Mars ne lIi out pointjot6 un certain tour. Sa pens6e
tr6s subtle parfois; expil`mT e dans une forme qui est sou-
vent de la virtuosity, prend par moment une allure un peu
guind6e. Le livre, si je puis dire, est trop 6crit, il y manque
de la spontan6it6. Si vous le voulez bien, Mr. Mars est un
home de science qni se souvient toujours qu'il est un let-
tr6 on un lettri qui n'oubliejamais qn'il est un homnme de
science.
Une preuve decisive de ce que je dis est la magnifique
description qu'il consacre A noire ptlIrinage de Saut-d'eau.
Tout y est: geographie, histoire, g6ologie, psychologie de
foule, sans nime excepler les parlicularit6s mnilorologi-
ques de la region. Tout cela est aussi pr6seint dans une
forme excessivement travaillIe. Mr. Mars me parait bicn
averti du reproche qu'on fait souvent a nos 6crivains; d'6-
crire dans une langue franchise qui n'est pas la laingue fi an-
caise d'apjoutrd'hbi, nne langu'e lineaire,-rIgulihi'e, perio-
dique, parfois declamliqoire qui; ejl aucun cas, ne peut
rendre 1'enrichissement et la complexity de l'Ame contem-
poraine.
Je vais done essaycr de r6sumer en quelques pages pour
les lecteurs le livre..de Mr. Mars. Je pose d'ailleurs en prin-
cipe qu'un livr'e qui ne pent 6tre ainsi resume, est, ian li-
vre, mal fait. Or, le soii dominant de Mr. Mars, dais la
forme come dans.le fond, a 616 d''criie un livre, un livre
ofi l'id6e directrice de sa pensee se relotiuve pour ainsi di-
re A chaque page. Quelle est celle id6e direclrice?
Elle est belle et s'impose A la simplelecture du livre.
Retrouver A travers les multiples accideins de I'hisloire, les
titres de noblesse de la race noire, on poiurle imoins. saisir
et expliquer les ca'ises qtii .dit contrari6 l'6volulion de cette
race. A ce point de vue, Mr. Mars se rencontre encore avec
Mr. Firmiii dans sa vihbrnte defense, il v a prIs d'un de-
-mi sikcle, de la race centre les affirmaiioins inijiisifites
d'une science inceriti'ne. M. Mars n'st ploi.t de ceux qui
rongissent d'bire n gre. De la. sans nul doute, l'6nergi-
que preface oP il d6nonce ce qu'il appelle apres Gaultier,
notre bovarysnie collectif.
El d'abord pre io:ns le.litre de l'o'nvrage : Ainsi parla IlOn-
cle.
S'agii-il du vieil home de la race., concu A la maniare
d'Anatole France on simplement d'une r6miniscnce du li-
vre troub'ant, inacruel, du philosophy du retour 6ternel. ? 11
y a peut-ltre des deux conceptions dans le litie en apparen-






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c t-:Ir; siim le et pourtant tris suggestif du livre. Dans tous
les cas, coiime l'autre, Mr. Mars n'aime pas les specimens
de I'esprit de miurdeir, les victims du bovarysme..Sous la
conception dilrelrice de Mr. Mars, ii y a sa pensee genera-
le qu'il forimule d'ailleuirs clairemenl.
Ce qu'il vent nous fire suivre A Itravers des millnaires
  • imagine, pergu, conqu, rev% en face des niigmes du mon-
    dfe, pensee profonde, intuitive qui n'est point faite de logi-
    que abstraite, qui a plut6l sa logique propre, la logique af-
    fective, la logique du sentiment, alliee aux intuitions pri-
    mordiales de la race.
    J'avoue que Mr. Mars a le sens de cette m6laphysique ra-
    ('iale. II a bien compris que tout 1'homme n'est pas donned
    dans ses connaissances logiques et que dans le domaine
    (u'il exploit, il y.a. plus que ne contiennent toutes nos
    sciences et toutes nos philosophies.
    11 a fall done pour meltre en relief cetle pens6e de la
    race, remonter anx origins, essayer de la saisir dans sa
    p!uret6 primitive. Travail intdressaint et p6nible, parce que
    sous le symbolisme des represeilations apparentes, sous
    i'accumulation des forces grossieres et menie absurdes, il y
    a lieu de degager I'idee reelle, le sentiment vrai, l'intuition
    profonde qui out cr66 on organism ce que l'observateur non
    averti ne sent pas, ne comprend pas.-S'il y a quelque cho-
    se qui plaide en faveur de I'iiil de 1'espece humaine, c'est
    i'uiiit6 de celle pensde originelle.
    Partoii les thlogonies out prec6d6 les philosophies et les
    cosmInlogies, el. les primitifs de routes les races ont reagi
    :ivec la mime p)isisanite originality en face de ce qu'ils ont
    cru ~lre le divin.. Apres ine enquete de VINGT ans en
    Afrique, MsI Le Roy conclut que sous leur diversity cultuel-
    le, sous leurs fonres grossieres, sous I'horreur m6me de
    leurs pratiques, toutes les religions diles primitives de ce
    continent. aboulissenit A uine conception monoth6iste du
    monde.
    Je comprends done et je m'explique fort bien les pages
    qte Mr. Mars consacre A la pr6histoire, A l'histoire, A la
    giographie. A 1'lhnographie, a ce qu'il ose appeler, peut-
    ltre au grand scandal de beaucoup de ses lecteurs, les
    civilisations d'Afrique. II y a IA,' ma foi, des prolgomrnes
    qui jettent un, jour particulier sur la formation du people
    hailien compose aux 4/5 de purs descendants d'africains.
    Ce que.Mr. Mars tend alors A, prouver, c'est que cette
    Auie nigritienne qu'oi a pr6senlt comme si profond6ment






    -74-


    superstitieuse, se revele A l'analyse aussi rice que d'(aulres
    de determinations religieuses int6ressantes. D'ailleiurs les
    recentes enqueles psychologiques meneies sur les fits de
    conversions des primitifs ceartent les vues de l'ecole de
    Durkheim sur les signs reels de la,mentalit6 originelle des
    races. De Quatrefrage a sans dot.e raison de sotlenir (tlue
    la morality et la religiosity sont les vrais caracleres dislinc-
    tifs de 1'espece humaine.
    Les hypotheses, les theories, soulevees par Mr. Mars
    sont nombreuses, 11 ne nous vient pas A l'esprit d'examiner
    tons ces points de vue dans leur concordance avec sa these
    g6nerale. Cela nous enlraineruit beaucoupl trop loin.
    II est, en effect, str le r6le d(n milieu geographique, du
    milieu.psychique des theses developpdes par l'auleur qui
    offrent un reel interlt.
    II voit tres bien en s'inspiranl des magnifiques descrip-
    tions du Dr. Cureau, comment 'ordonnance geographique
    g6n6rale de l'Afrique a positivement influe sur la naissance,
    le maintien et le d6veloppement de ses civilisations.
    Je ne crois pas cependant que Mr. Mars soit dupe des
    theses trop rigides, de ces formules genirales qui, A force
    d'etre vid6es de leur contend concrete, s'appliquent A lont
    sans pourtant rien expliquer. Zone du littoral, zone des de-
    serts, zone des sleppes on de la brousse soudanaise, zone
    des grands lacs et des hates mon!agnes, zone de 1'immen-
    se fort 6quatoriale, aulant de milieux geograiphiques diff6-
    rents qui, aux yeux de I'aliletr, out mar(qlet de caracteres
    parliculiers les races inowbre)tises au sein du continent noir.
    Le Maure, le Touateg d(i (ldserlt, le herbere de la c6te, le
    kabyle de la montagne, le cavalier petl de la sleppe souda-
    naise, le Fang, le pahouin de la fort 6qualoriale, le )antoii,
    le n'grille de l'Afrique auslrale, sont des types huinains que
    separent des caraclres facilement observables, Mr. Mars
    s'appesantit sur cette question de la diversil6 des races (lui
    fait que l'Afrique e n mirie pas le norn de continent noir
    qu'on lui done souvent. 11 en lirera a vrai dire d'inleres-
    santes conclusions sur 'Iihl6roge6nMit ethnique de la masse
    noire de la population d'Haiti. 11 d li niile avec precision
    l'aire d'extension geogr'alphique des iigriliens sur le conti-
    nent. I fait voir comment en occuii)ant le, quadrilat~re dii
    Sondan, en s'ltendant sur la Guin e, en se glissant pour
    ainsi dire sur le littoral de I'Allanlique jnsqu'a I'Afrique
    equatoriale, la race a pu, particulircimenl ant Soudan, crier
    des empires (ui n'ont 616 ni moins slides ni moins brillanls
    que la phipart des empires des premiers siecles du moyen
    Age de l'Europe.






    -75-


    Mr. Mars nous fait remarquer en passant que la race
    noire n'est pas indigene a I'Afrique. En cela, il est parfaite-
    ment d'accord avec les doinnes de l'ethnographie la plus
    rccenle.
    Dl)ns 'inimense et consta'le migration qui a represents
    sins nul doute le genre de vie des homes de la prehis-
    toire, ballolOs Iar les cataclysmes et les folles ondulations
    de Il plalan6te, qu'elle part d'idees,de sentiments,de creations
    naturelles la race noire a-l-elle apporte dans l'tclosion des
    )pemieres civilisations ? On sait avec quelle passion notre
    inltressant confrere et ami le docleur H. Holly s'est atta-
    cha a 1'6tude de cette imporlanle question.
    Son recent volume qu'il m'a si gracieusement adress6, en
    te, un eclalant temoignage.
    Dans tons les cas, I'elhnographie de nos jours penche i
    croire que la vie humane a commence sur ce continent
    bresilo-australo malgache la L6mnrie de Schuter, englouti
    en grande parties dans I'oc6an indien et don't I'Australie et
    Madagascar ne sont que des vestiges.
    D'autre part, 'hypolhlse qui tend a recruiter le plus d'a-
    dhlrentsest cellede lacoexistence des qualre races humaines
    (dans la prehistoire en Amerique, on mieux sur la portion
    (i a continent brsilo-anustralo-malgachle que Platon, dans la
    Timee et le Critias, d'apres Solon et les pr61res 6gyptiens,
    n lns decrif sons le no11 d'WA-lantides. Scott Elliot en r6unis-
    sait loules les donn0 es 6pai-ses sur ce continent disparu, a
    LenI uine reelle r6surection de la civilisation de I'Atlantide.
    .e naturalisle Germiiin, cil6 par Edmond Perrier, I'au-
    tiir de ln Terre avanlIl'hisfoire, a r6uni les meilleures pro-
    lbalilit6s scienlifiques en faveur de l'existence de ce conti-
    ienl. Par l'6tude de fa fanne et de la flore vivantes, de la
    fanie et de la flore fossilles de la Foride, de la Mauritanie,
    des iles de l'Allanlique etc. Mr.Germain a 6mis l'hypothese
    de l'inion dans le pass de l'Afrique et de l'Amerique. De
    plhts; les lutdes ocanographiqnes ont r6v66l l'existence
    (dans l'ocean allanliiqe d'une chain de montagnes sous-
    mliriine couverle de debris volcaniques,qui s'el6ve brusque-
    meilt a pIls de 9.000 pieds du fond de l'Oc6an et don't les
    Acores, SI. Pat~, I'Ascension, Tristan d'Acunha, sont les
    pics les plus levCs. II est m me probable, tres probable, que
    la paltie Nord de File d'Haili, par la portion dense et sta-
    ble de Valli6re, ait appartenu i ce continent qui se prolon-
    genit fort avant dans la mer des Antilles et le golfe du Mexi-
    lque. Quel a 616 I'apport de la race noire dans cette civi-
    lisation de I'Allantide don't Strabon, Proclus, Platon nous






    -76-


    parent, puisqu'aucun ethnographe, jusqu'ici, ne In consid-
    ree comme un effort de la race blanche ? I n'y a lieu d 6-
    mettre aucune hypothese.
    Les 6crits v6diques, splcialement la Ramayana, etablis-
    sent qu'A I'arriv6e des Arveins dans I'Inde, ils Irouiv6rent le
    pays occupy par une forte th6ocratie noire. Chose curieuse,
    les chefs de cette theocratie noire nous sont pr-sent6s com-
    me des adorateurs du serpent. Its habitaient des forteresses
    de pierres analogues aux monuments cycloplens. qui sont
    d'ailleurs considers come des creations de la race.:
    En r6sum6, il semble q;ie la race rouge ait 6et l'initiatrice
    de toutes les autres aux choses de la civilisation. On entire
    la preuve de l'identit6l rlvele entire les monuments des ci-
    vilisations americaine, 6gyplienne. indienne el malaise.
    Dans quelle measure cette race .rouge se melangea des les
    temps pr6historiques A la race noire ? On ne peut le dire
    avec precision. Mais il est certain qn'en Amnrique, en Egyp-
    te, dans les iles de. la Mditerranee. en Gr(ce, dans l'lnde.
    etc., le contact des deux races a e6t intime,leur inlerp6n&-
    tration profonde, tandis quie la race blanche poursuivait
    plus au Nord sa migration vers le centre de l'Asie.
    Selon donc les meilleures probabililts, la I)remire nmi-
    gration des races humaines a eii lieu de i'ouest A l'est. Le
    movement indo-aryen de I'est A l'ouest el au Sud, enlrai-
    nant s6mites el _nigritiens danis le mnitme sels, n'na I61 q'-
    une tentative de retouir de l'humanit6 a jon berceau dt'ori-
    gine malheireusemenet d(jA d6lruit par les secousses riite-
    rees du plissement Al)p-hvin;nialen de lIn pi)lanle.-
    En some, les considerations geniralcs alxquei!lles Mr.
    Mars s'est livre n'onl en pour but qie d'appoi ler )plus de
    clarlt A l'exposilion de la I)artie franchement haitlicii e et
    locale de son livre: ((Folk-lore, croya;nces poptiliilres.
    mceurs et organizations de la famille paysanne. Encore lA,
    il a fall remonter A 1'Afi ique pour d(gagetr oinelilues idees
    initials relatives aux cr'ovnces haitiennes. Coninme on le
    sait, livr6e A elle-meime, I'hilmanit6 aboulit coni mmniumeunt
    a une conception pantllhislique du mode. On ne )peul mf-
    me pas affirmer que IPs forces, supl)rieures des. religions
    actuelles. soient absolument indemnes.d'une )parcille con-
    ception.
    Je ne m'arr6terai pas A rechercher si les explicalions four-
    nies parMr.Mars surl'animisme africain n'ont pas PIP depuis
    en grande parties revises. J'expose pour l'instant ses idPes
    et je ne les dispute pas. Cependant, il est possible de noter
    dans ces derniers temps que la distance qui spare la men-





    -77-


    talit6 du civilis6 de celle du primitif, a 06t quelque peu ra-
    courcie. Le probl6me est envisage plus au point de vue
    moral qu'au point de vue abstrait de la connaissance.
    Comme de raison, dans la masse confuse des croyances
    haitiennes, Mr. Mars donne au Vaudou une position cen-
    trale, sans qu'on puisse dire qu'il ait envisag6 la question
    daans toute son ampleur.
    11 cite avec 6loges les 6tudes qui ont Wte faites sur la m&-
    ime question par le Docteur Dorsainvil des l'ann6e 1912.
    Une chose 6tonne quand meme dans son expos: c'est
    l'idee qu'il a eue de comhattre certaines conclusions du Dr.
    Dorsainvil, par des aiteurs qui out expos leurs vues par-
    ticulieres de 1920 A 192ti. En toute conscience, I'auteur de
    l'6tude Vaudou et N6vroses, 6tait-il tenu en 1912 d'utiliser
    des conceptions qui ne devaient que bien plus tard prendre
    valablement rang dans la science, conceptions qui d'ail-
    leurs n'apportent pas un jour bien net sur la question? Mr.
    Mars a-t-il pens6 que sa possession theomaniaque n'intro-
    duit dans le probl6me en cause que la valeur de alliance
    de deux mots grecs sans rien dire de la theorie des consti-
    tutions qui ne rappelle que l'archaique nomenclature des
    temperaments? En 1912, i n'y avait de nouveau dans la
    science que les observations de Jacobi stir les psychoses
    de guerre, individuelles et collectives, mises A l'ordre du
    jour par le conflict russo-japonais. Or, les conclusions de
    Jacobi n'avaient pas paru au docteur Dorsainvil devoir
    modifier, A brlve 6cheance, les donnees de la science a ce
    sujel. Ce (uie le docteur Mars dit de I'hyst6rie ne concern
    p:is 1'elude du doceeur Dorsainvil qui, en 1912, a plut6t
    loniguement parl6I de la coincidence fr6quente de la psy-
    cliose vaudouique et de l'hystlrie chez les femmes di peu-
    pie.
    Mr. Mars parait vouloir mettre en doute le r61e de la sug-
    gestioti conscience on non dans l'6closion de la crise vau-
    (ldoiiqtie. J'avoiue ('ici Mr. Mars a plus souvent consult
    les lives que les faits. Le 'r6le de suggestion de hougan,
    come je 'ai constal6 chez Alphonse Digo, A la riviere
    froide, cliez. Pierre Toussaint, P. Jn. Pierre, A Guimbeau,
    A LIogAiie et dans le Sud, est le ph6nomene le plus appa-
    rent des ce6rdmonies vaudouesques. Le Hougan fait naitre
    la prise de possession quand il vent chez les servantes et
    les serviteurs du culte.
    D'autre part, Mr. Mars peut-il ignorer le fait le plus sai-
    sissantd dvu deloppement du protestantisme dans les ar-
    rondissements de Jacmel et de L6ogane?





    -78-


    Une enquile personnelle men6e en interrogearnt des cen-
    tai.nes de personnel de ces. lieux et don't d'autres elements
    m'ont Wte fournis par le Pasteur Salomon Lindor, me per-
    met d'affirmer que des milliers de personnel, Hougans,
    servileurs, simples fiddles du culte vaudonique, out e6t
    gueries de leur crise depuis des aniincs par la forte convic-
    tion crd6e dans leur Ame par la simple adoption d'un culle
    nouveau. Parnii ces personnel, beaucoup vont au protes-
    tanlisrie avec l'id6e arr tle qu'il pent seul les d6livrer,
    comme elles disent, de leurs obligations d'Afrique. Tout ce-
    la est bel et bien de la suggestion on de l'auto-suggestion,
    ou on ne s'y connait pas, mnoins de poser carr6ment la
    r6alilt de la possession, ce que ni Mr. Mars ni Mr. Dor-
    sainvil ne front pas, par pur respect human : Dans tons
    les cas, vraie on fausse, la rIalil ou la non r6alil6 de la
    possession ne saurail influer sur les signes somatiques et
    l'habitus nerveux de la cruise.
    Dans l'~tude s VAUI)OI et NEVROSES l'iuteur s'6tait
    arrit6 A une constatatlion o objective des fails, aux explica-
    tions que comportent qiielques groups de syndromes, sans
    se preoccuper d'une explicalion gtnirale qui a lui tout le
    premier paraitrait insutfisante, dans un domaine oi les hy-
    potheses r6duiles bien souvelt A un pur psittacisme, dissi-
    mulent A peiiie sons la sonoritl des terms le n6ant de
    leurs pr6misses.
    N'est-ce point par simple coinmodil6 de language on par
    simple aveu de note impniiissaiice A uniller nos doctrines,
    (quen pathologies nervense notis parlors de maladies lIsion-
    nelles et non-lesionnelles, piisqu'en derniire analyse, la
    vie n'est que ptr dynvii;n;isme. Totile I sion organique est la
    consequence d'iunie altriation cellulaire, et derriere cettle
    alteration que le microscope decouvre, que se passe-t-il
    dans les profondeurs ol s'oigaiiiseit reellemente les forces
    vitales? Je Iie crois A l'exislence d'un trouble psychique qui
    n'aurait pas originellemeiit pour cause un Irouble ner-
    veux...
    Le livre de Mr. Mars content d'excellentes choses sur
    nos contest, chansons, proveibes, etc. II a plaidW avec cha-
    leur la cause de la penise populaire, parce qu'il a su y d6-
    couvrir un enriChissemient parliculier 14 ofi le conmmnn des
    esprits ne voit qu'ignorance, superstilions et sots prejuges.
    Je ne co.nnaitrais pas Mr. Mars que je plaiderais sa vive
    et fine intelligence, rien qu'en regardant la photographic
    de l'oncle qui orne son ouvrage. Ahl cette gravure est
    delicieuse I Cet oncle IA, avec sa face patibulaire, son ac-
    coutrement bizarre, resume en lui toule la bonhommie de
    la race. Le rictus qui plisse ses joues d6ej rides par l'Age,






    -79-


    Ie cligiemeint des paupibres de ses petits yeux. recouvrent
    plus de malice que de sottise.
    C'est que, comprenez-vous, le siecle d'inddpendance pas-
    s6 i voir agir les homes, les pitres come les histrions,
    n'est pas une mince cole, minme pour l'oncle. Sous l'ai-
    guillon des circonslances, bones on mauvaises, 1'oncle a
    progress et sa conscience s'est enrichie par lout ce que
    nous avons pu y reveiller de rancoeur et de dugout par nos
    laideurs et nos pitreries.
    J'ai conserve comme une angoisse de l'Anie, le souvenir
    d'un paysan octog6naire rencontr6 au course de mes p6r6-
    grinations dans les campagnes du pays. Cette figure archai-
    que dress6e au bord du chemin avec ses joues amaigries ot
    pelotonnait une barbe grise et rare, me semblait la person-
    nification des souffrances populaires.
    II parlait et ce qu'il 6voquait ainsi, c'Mtait sa longue vie
    de garnison loin du foyer, ses nuits de bivouac A la suite
    de tons les ambitieux qui promettaient toujours d'amdliorer
    le sort du people. A plus d'un demi sickle d'intervalle, sa
    haine des hommes de 43, ceuxqui avaient promise la ((BON-
    DANCE ) an people, restait vivace et avait encore la force
    d'animer son corps d6charn6-
    Voili, done, brievement r6sumies, les idees de Mr Mars
    dans: < AINSI PARLA L'ONCLE ).
    C'est I'histoire de la formation morale du people haitien,
    des origines A nos jours, qu'il a voulu nous presenter. Cette
    histoire, Mr. Mars la trouve original, riche, tres riche de
    routes sorles de tdterminations psychologiques et Imorales.
    On corn prend, d&s lors, son reproche A nos 6crivains, po6-
    les, romninciers etc., de n'avoir pas su tirer un plus large
    profit de I'6eude dn milieu haitien.
    Ai-je en tort de dire an d6but de cet apergu que le livre
    de Mr. Mars, est une production remarquable ?











    Lettre a (.l'Haitien )


    An delay de ma pens6e, une explicalion peut etre utile.

    Mon cher Directeur,
    Je n'entends point passer afx yeux de la post6ril6 poui
    avoir WIe, A in moment-quelconque, le proph6te d'une reli-
    gion nouvelle odu simplement reniouvelee.
    Cette mission qui a sans double ses charges, je la laisse
    volontiers au mysticisme agissant d'un estime confrere et
    amni qui, parait-il, s'accommode fort bien d'une cerlaine al-
    lure proph6tique. Personnellement, j'ai le defaut, selon le
    not de Baudelaire, d'6tre un hdmnie pour qui le monde vi-
    -ible existed avant tout et le myslicinme sous toules ses for-
    mes n'est point mon affaire.
    Mes 6tudes secondaires achevees el d1s mies premiers ef-
    torts intellectuals iiidpendants, inconlr61es, je fts frapp6
    par le role immense, incroyable, jonu par le V6dou dans
    Fide g6n6rale qu'on se faith au dehors du people hailien. Au
    course de plusieurs ann6es, A c61e de mnes 6tudes m6dica-
    les, je m'aslrtignis A la' tche relativement lourde de lire
    auitaii que possible, tout ce qu'on avait ptibliC sur ce pen-
    ple, depuis surtout sa liberation en 1804. Ces efforts me con-
    duisirent ai quelques conclusions.
    La premiere el la plus imporlante :A mes yeux me part
    la necessilt d'6ludier le V6dou. Bon gr-, inal gri, ce terme
    vague dans l'esprit meme de mes compalrioles, entrait pour
    ainsi dire, dans la definition de l'hailien.
    Pouvait-on ramener toutes les manifeslalions de ce culte
    simplement A des croyances superstilueuses? on i une
    fourberie calculde de ses nombreux pratiquants? L'e V6dou
    est-il d'ailleurs un culte et dansl'affirmalive est-il, un pro-
    duit de terroir on une survivance de la lointaine Afrique ?
    Pouvait-on, en dehors de quelques sentiments 6lementaires
    qu'il realise, d6gager de ce culte quelques conceptions mo-
    rales susceptible de relenir I'attention ? Le V6dou enfin
    serait il,comme l'entend done la critique 6trangere, la cause
    du retard d'6volulion de ce people et la source ihd6niable
    de quelques d6plorables superstitions: qu'on rdleve dans le






    -82-


    milieu ? Telles furent les questions quii d6s le principle, gui-
    dbrent nos recherches.
    J'arrivai, avec les premieres observations prises sur le vif,
    a carter sans effort l'idde, chez tous les sujets observes,
    d'une supercherie voulue, conscience.
    Il me parent indeniable que la crise v6douique se nani-
    festait en dehors de lout milieu d'entrainenmeit, chez les
    adolescents, ou des personnel qui, par leur situation socia-
    le, avait un inl6r6t positif A echapper i une telle infirmity.
    DAs lors, ne fallait-il pas penser A un group de phinomn-
    nes s'organisant dans le subconscient de la personnalile,
    6chappant au contr61e volonlaire el susceaptibles d'engen-
    drer pour le moins des modifications fonctionnelles, dyna-
    miques, transitoires, dcelables A iune observation attentive
    et oh les predispositionis heredilaires .et raciales, pourraient
    jouer un r6le effeclif.
    J'orientai mes recherches.dans ce sens elje pris l'habitu-
    de de consid6rer la cruise vodouique authentique, come
    une psycho-nivrose. Un faith de nouveau ind6niable est hi
    participation diu lerrain hysl6rique '!ans l'6closion de la cri-
    se. Celui-ci joue souveit le r6le de cause pr6disposanlle.
    En these g6n'r le, je.m'occli pe plus des fails que des Ihlo-
    ries. Dans I'latt prtse'nt de nios coniaisspnces, toules les
    theories ne sonl-que des vues prIovisoires. Pour les reiidre
    compleAes on dfinilrives, il fatidrait EPUISEII le DONNE.
    Or, a l'rgard de l'eFxplic;aition, .dernibre des hoses. nous
    sommes, selon la remiiiti c dlie ll.lPoi icared, dans la siltalion
    d'une personnel qtuis iii 1ii specltcle par in troiu d'tWpingle
    faith au ridean de la scene. Les maiilres acluels des sciences
    morales et sociales, out iililnimcnt raison de s'accroclher i
    la m6thode historique,;c'esl-a-dire la simple Onumimratlion
    des choses, sous le contr6le des ca'isalils les plus prochai-
    nes. Les observations reienillies me conduisireni a i ul)lier
    l'6tude psycho-nmdiedaJede 1912-1913.. Mais iire lelle tl de
    n'lepisai, lie potvait.leuiser le )probleiie. 'avais trop lon-
    guement appris H r'Fcole'd'Hoffdiiig A conisid'ret" les divers
    aspects (d'lne question lp'(;f'rme owliei er d'li e vne soim-
    maire d'un problime coininlxe.. C.el; s imposai ita mon es-
    prit que par la.,iaf ilret, neme de I question envisag6e, les
    e16ments historiques et mooraux dli pIroll)6ne mne paliis-
    saient d'une polrte essenlielle.
    Je fus peut-6trele premier A signaler, avec des pr6eisions
    suffisantes, dans: cel ordre mnora l, I'trange conmpomis tna-
    bli dans le milieu entrel'e calholicisme et le v6douisnle.
    Cette. observation je. la .faiaiss sans pirti-pris, en loule -in-






    -83-


    d6peiiance d'esprit ou de conscience. Esprit profondement
    religieux,j e ne suis pourtant ni catholique, ni protestant,
    pace que je ne comprends le sentiment religieux que dans
    SI;pluscoinplile auilpnomie de la conscience. Entre l'homme
    el l)ieu, je n'admets intervention d'aucune aulorit6 extlrieu-
    re, sans perdre loutefois le respect que I'on doit A toules les
    vieilles traditions (qui out conhribu6 A enrichir la conscience
    morale de 'humniitd.
    Je sais d'attre part. l(gie je in'expose A. 1'objeclion classi-
    que'que les deux forces du clrislianisme occidental ont
    recueilli dans le temps I'adh6sicn des esprils les plus 6mi-
    nents. Mais il s'agil chez mnoi d'u' elat d'Ame qui n'appelle
    A son secour's..atcnine vainle et ridicule p'rtention scientifi-
    que. Les v6rilts de la foi ne sont pas les v6riis de la scien-
    ce etl e plus grand sayvint du monde, pourvu qu'il soit sin-
    cAre, peut totljoui's sails dechoir, s'agenouiller au pied de
    1'autel.,
    N'y a-t-il pa., cependant, une insupportable hypocrisie A
    confesser ce qu'oii ne sent pas dans la conscience A se sou-
    mellre A une ailoritl qu'on rtprouve en secret? Le catholi-
    cisme, par exemple,,est un lout hislorique don't toutes les
    parties s'enciainent, enil relnent- soustrail A l'autorit de la
    raison et de la crili(qiue. Douter de 1'une quelconque des
    parties de ce tout, c'est d(i c'oup se metire hors de l'ortho-
    doxie. Relian qui craignail tIiil" les affirmalions dogmali-
    ques et les hbrlalites de style n'avait pourtant pas assez de
    sarcasmes pour les ;io--c'alholi[ques. Pour le vrai catholi-
    (que, mnil i dans les closes qui louchent d'assez loin la foi,
    co'nine 'e;'laines opinions scientifiques, il n'y a pas d'autres
    dlireclives que In volnii6 de Roie. Ignore-l-on par example
    ('U'en droit canon. le Souliveirin Pontife en principle, le si-
    gnei-jaimis de conliiar svynillatgmanique parce que 1'autoritl
    apple ai d finir 'ex calheldra les choses de la foi, ne saa-
    rail ilienersa libeltld par a1m conlrat. Tout contract de ce
    ginre n'est qu'nn doni gracieux que le Souverain Pontife
    pitll revo(lqer sarns lenir couple de la volonti de l'autre
    pai;rlie coi it'a1elitelp .
    I)'auJl e part, Rome a-L-elle jamais- hesil6 a condamner
    avec la plus grande rigueur ceux-la mnme qu'on pourrait it
    hon droit consider come ses plus z616s d6fenseurs; tou-
    les les fois que dans la clialeur de la lulle, les idees 6mises
    lui semblaient contredire la doctrine r6v616e et enseignee ?
    Aussi, est-ce une attitude (uelque pen puerile de la part
    de certains comlpatriotes qui, brimant l'eglise, d6noncant
    les concordals signs, proclahient n6anmoins leir ind6fecti-
    ble catholidismeil 1s peu'venit 6tre des chretiens, mais ils ne.






    -84-


    sont plus des catholiques, parce que le Christ n'apparlient
    en propre A aucune 6glise. 11 est A mon sens 1'esprit mmne,
    la force immanente du progr6s moral dans l'humanit .
    Pour revenir A mon sujet principal, je me demandai si le
    compromise ,tabli entire le catholicisme et le v6douisne
    6tait le fait d'un simple accident m6sologique on le resul-
    tat d'une similitude originelle quelconque ? Celte nouvelle
    question ne conduisit naturellement a des recherches his-
    toriques sur les origins et la dogmatique primitive de ce
    culte.
    GrAce A une documentation s6rieuse base autant sir
    l'histoire que sur la philologie, je fus amen6 A abandon-
    ner la thhse de I'accident msologique pour m'arrdler A
    celle de la similitude originelle. Rien n'dtait de nature A
    offrir dans I'Ame populaire plus de points de contact Ius
    le culte des v6dous du Dahom6isme et le culte des sainte
    et toute la d6monologie catholique. Cependant le but de
    cette 6tude n'est point de reprendre ici avec d6lails une
    question pr6sent6e ailleurs avec suffisamment d'ampleur.
    II me semble qu'entre le public haitien et ceux qui se
    sont adonn6s i des points de vues divers A l'Mtude du v6-
    dou, s'est cr6 unnmalentendu que, pour nma part, je liens a
    dissiper.
    Par certain merits comme par des conversations, il s'est
    d6gag6 pour mfi i'id6e que nous pr6chons je ne sais quel
    retour vers l'Afrique, idWe d'aulant plus strange qiie l'Afri-
    que elle-m6me est loin d'etre slationnaire. Je liens cepen-
    dant A faire uine d6claralion. Mes conclusions sociologi-
    ques je les prends toujours en function de la grande masse
    du pays, sans trop m'occuper du cas restreint de mes com-
    patriotes qui peuvent se r6clamer d'une ascendance plus
    complex que celle de cette masse.
    Je suis personnellement un africain qu'un accident
    historique a d6plac6 de son milieu d'origine.
    Le v6dou dans son 6tat present n'est qu'un ensemble de
    croyances hbIhrognies, melees parfois A des pratiques de
    magie qu'aucun esprit s6rieux ne saurait presenter come
    id6al religieux A un ptuple.
    Primitivement cependant, les VODOUNOU, serviteurs des
    vodous bienfaisants, n',taient point confondus avec les pr&-
    tres d'Afa, les ancetres de nos BOCORS.
    D'ailleurs, c'est une idWe compl6tement mise en lumiere
    par l'histoire des religions, que les peuplades les plus pri-
    mitives n'ont jamais confondu la religion et la magie. Par-






    -85-


    toul, le prl6re est s6pare du sorcier. La, oil celte confu-
    sion s'6tablit on est lonjours en face de croyances deg6n6-
    rtdes. Religion monotheiste, on peut piJurtant reprocher au
    V6dou d'avoir concu le Dicu crealeur avec des attributes
    IrIp e.ssentiellement metaphy. iques. A vrai dire les attri-
    hbus iorausx, specialement la notion d'lun rIapport de pater-
    ni:t agissante entre I'homme et Dieu, soul des idCes chr6-
    liennes que les grades religions antiques, out A pen pres
    ignore.
    C'est tout de mrmne cetle conception nmetaphysique de
    Dien qui a conduit A IV notiion d'un mionde de d6ilts se-
    condaires, intermnndiaires entire l'h'omme et le Dieu unique.
    Une telle religion, pa'r un dtiveloppement tout natural, de-
    vait aboulir au culle des aitncetres. Le culte des anc itres,
    j'ose I'affirmer, c'est ln parlie vivante, aI plus original du
    v6douisme, celle qui dans le pays a survecu a routes les
    dechdances, a toules les adulltraions du culle.
    Sait-on que dans de nombieuses families hailiennes de
    la masse )populaire, aucune decision iimporlantile n'est prise,
    sans une consullalion de l'Fieul ou d'unii anclre quelcon-
    'lue.? Sons ce patronage occulle, les lines s'apaisent, les
    antipathies disparaissent. En Haiti, utie tell pratique est
    tie la superstition grossiere; mais an Japon, le Mikado con-
    sultera son impni)iial ancetre stir la slrat gie future de ses
    g r-nraux, sans inqui~eer aucuiineimeft I I conscience mon-
    diale si Ioleranie pour les forts. Je in'e liens a ce seul
    example )por ne point effrayer l'orlhodoxic de nos civili-
    s6s. Je i'nurai ipas I'audace de leur )pr, senter Gainbella et
    Spuler, consnllannl Iine devineresse sur des projects d'ave-
    nir. (iuttier disait (Iq e les hoinn les gens sont ceux qui
    fonl les... nicllons les mativaises choses en cachette.
    On me dira que le v6don alhouli au sacrifice human
    el siniiglant. La belle co sltatation en veril6 I quand ce sa-
    crifice se retrouve (dans touels les religions antiques, sans
    m6mee carter le Judaisme. Les sacrifices humans et san-
    glants des druides sons les grands clines oui tombait en
    reston le gui sacri, onl-ils empechl) les gaulois d'engendrer
    la grande nation franchise? Qui sait d'nilleurs si Troplong,
    Gerson, Eloi, Gregoire de Tours etc. n'avaient )pas dans les
    veines quelques goutlcs de sang d'un druide sacrificateur?.
    N'est-ce point, d'a ire part, sans aucune arriere-pensee,
    celle idWe iq i, idealis(e dans le chrislianisme, a abouli a
    la notion de Ia redemption, h la notion de la mort d'un
    Iieu, ponr le rachat de l'humaniit pecheresse, puisque la
    nonvenut6 de 1'enseignement du Christ, le pharisaisme
    6troit d'Israel, la haine stnpide du Sanh6drin, ne suffisent
    point A justifier sa mort ?.






    -86-


    Somme toule,les sublilit6s dogmatiques kcarl6es,le Christ
    s'est incarn6 et il s'incarnera loujours dans ]'lhumanile. 11
    est 16 ol s'effectue un progress moral quelconque de la
    conscience humainie. 11 est la banlniere vivante de Ious ceux
    qui aspirent I plus de justice, plus de charilt, plus d'a-
    mour dans le monde.
    Ce que je persisle done affirmer, c'est qu'il y avail sous
    les apparences grossieres du v6dou, quelques idees mora-
    les que le people hailien avail intl6rt A d6velopper, a in-
    tensifier pour la culture de son originally. Je ne choisis,
    comme example, que ce culte des anceires, si propre A fon-
    der l'unit6 d'une nation, ia consolider la famille. Dans Ious
    les cas, conCu avec netleld, cela vaudrait infiniment mieux
    que ce culte hybrid on. a cole des figures les plus aulhen-
    tiques de la catholicile, se presentent des creations de la
    plus pauvre imagination populaire.
    C'est une loi prouvee, qu'aiicun Ipeuple ne se d6veloppe
    en dehors de ses virtualilis raciales. La race, c'est l'auto-
    riti I'individu, c'est la liberle : mais celle liberty ne va ja-
    mais jusqu'a permellre d'enfreindre les droits imprescrip
    tibles de la race.
    Ecoutons le profound psychologue chritien, Auguste Sn-
    batier, nous rensciglier i ce sujet.
    a Toite vie individielle, dit le mailre, se trouve dLs l'a-
    bord dlterminee par la colleclivilt don't elle 6mane. L'hom-
    me ne nait pIas adulle on ind6pendant. II se dgagge pen a
    peu de l'esp6ce, coinmme l'nfant sort de la matrice dans la-
    quelle il s'est form. Si nul ne doit vivre pour soi, c'est que
    nul n'exisle par soi ).
    (J'appartlions A ma race, A ma famille par mon organis-
    me. C'est le fail de ma naiss.ance qui, par advance, a dclei-
    min6 les conditions de ma vie bl le cadre de ma destinie,
    qui a fail de moi un blanc, non un negre, un Europeen, un
    francais du XIXeme siccle, au lieu d'(n savage on d'un
    barbare. De mon bercean ne d6pond pas seulement ma san-
    te et mes instincis de race, mais encore les faculty s inlel-
    lectuelles et mes inclinations morale' ; de la sociele ait
    sein de laquelleje grandis je recois mi education et tout
    l'heritage ancestral. En v'rilH mon re commine un corps
    plonge tout enlier dans iin liquid qui Ic baigne et le p6en-
    tre.
    Heredit& que m'impose le poids irre-islible de la vie de
    mes ancetres, ordre politique qui m'enferme dans ses r1-
    glements, coulume qui me devient avec le temps, une se-
    conde nature, tradition historique et temoignage de mes






    -87-


    semblables qui 6tendent dans le temps et dans l'espace el
    6largissent ma conscience personnelle jusqu'aux limiles de
    experience morale de !'lhumanilC (qui diira les bornes que
    cel empire de 1'espece exerce snr la foriiiation de !'individu
    el sur le course de ses destineles.
    L'autori-l est une fonclion n6cessaire de l'espece qui,
    pour se conserver, veille sulr les rejetons en qui sa vie se
    prolonge. Prdtendre la sulppiiner,I c'est meconnaitre les
    conditions physiologiqucs ct hisloriques de la vie. soit in-
    dividuelle, soit collective. Moyen pedagogique et bien so-
    cial, elle peut se transformer ce union disparaitre. Les purs
    anarchisles sont des r\venrs inconscients. L'espece el l'indi-
    vidu, la tradition, qui est I experience du pass et 1'experien-
    ce d'aujourd'hui qui serla la Iiidilion de remain, sont des
    donn6es 6galemeiin positives el inviolables. Leur jeu r6ci-
    proque, les actions el les rdaclions qui en d6coulent, cons-
    tituent la trame miime de l'histoire. Nul ne s'isolerait impu-
    n6ment de sa race et de son berceau social...)
    Autant dire qu'il ne sauniait exister pour un ipeulple un
    commencement absolu. La vie do moment, malgrd I'apport
    de chaquejour determine ipar I'effort individn!el, plonge par
    ses plus profondes racines dans le passe le plus loinlain. A
    travers les plus conslanles transformations nous sommes
    les h6riliers de l'lomme primilif. Le sang d'Annibal 6touf-
    fait Pouchine et deux tloiis de glderalions slaves n'avaient
    pas Mleint en ce genial pelit-lils, le.s ardeurs inquidlantes de
    la brulante Afrique.
    Les vues de Sabalicr exposes plus haul, fruit de la sim-
    ple r6flexion sur la nature des choses sont maintenant cor-
    robur6es par des explriences dlcisives de quclqucs 6mi-
    nenis naluralistes de I'hliem l)e ces experiences est sortie
    title nouvelle philosolphie de Ia nialTue qui n'est plus un as-
    semblage dee purse concepts de l'esprit,mais une synlthse rai-
    soinne, basee sur les fails eux mImes. Parler aujourd'hui
    d'elhnologie, de sociologie sans tenir complex de cette phi-
    losophie de la nature, c'est conslrire un difice sans fonde-
    nentl qute la moindre secousse eparpillera sur le sol.
    Quand done, dans ces .tudes sur le v6don, je formulas
    la conclusion suivantc : Elle n'est point viable la race ou
    la nation qui, parvenue A une cerlaine civilisation, m6pri-
    se son pass come indigne d'elle, parce qu'alors, elle
    aura rompu sous ses pas la chain des traditions qui la lie
    avec ses ancetres, je n'envisageais que ce d6terminisme his-
    torique si bien post par Sabatier. II ne me venait, il ne pou-
    vait me venir I'idWe de precher A mes compatriotes une
    sorte de retour sous la tonnelle.






    -88-


    Je n'ai pas d'opinion sur le probl6me de l'unill on de la
    plurality des races. J'ose mnime dire que la question in'a
    toujourii panru un peu oiseuse, car la nature realise I'l'hanio-
    nie dans la varile( I 11 esl possible que certaines individua-
    lit6s dans certaines races soient mieux dounes p)ourF les hau-
    tes abstractions que dans d'autres races. Qu'on I'oublie
    point cependant que l'inlelligence, prise en elle-mn., W.n'est
    pas un b)u. N'a-1-on pas vu dans I'histoire, lie socitel pro-
    digieuseinent intelligence, la soci06 romaine de la dtca-
    dence, somber cuisine tdans un catIchemar, parce qu'elle
    avail perdu par ailleurs les vertus qui constitnaient la beau-
    t1 et la solidil[ du lyp e remain d'autrefois.
    Ce que je said' ine facon certain, c'est que chaque race
    a son genie propre et i erreur la plus regrettable seiait tout
    just de croire qu'elle peuti s'assimiler par I'6lude ou par
    I'imitation le genie d'lne autre race. ('est peult-ere, celle
    impression de franqais caricalur6 (lqe nous donllons, qui, le
    long (d'un sibcle a reindu si maligne a notre regard la critique
    franC raise. Ce qui criee l'illsioii siglnale c'est que nous n'iso-
    loris pas assez le cole nm iloriel de la civilisalion, les adap-
    tations mecaniqcues do la science, de ce qui est specifique
    a l'hommie. Les adlaliolis mnecaniiques de la science sont
    les 616ments objectifs de la civilisalion, vasle domaine oc)
    friomphe l'intelligciice danls l'organisalion de la maliele. An
    delh commence le donaine des acquisitions morales, celui
    de. la vie humaine qui comporte les virlnalitls d(i pass',
    les r6alit6s d(u p)rsenl, les possibililes de l'avenir. Je ne
    vois nille part de solulicni de contain ile dans I nil ) psy-
    chologique de 1'tlre hll ii)ii. I.,- iasse pousse le I rc)[ CeI t dans
    I'avenirl, que dis-j'. le pr(,sc iit nine Inest que Ic pass
    accroclih fugilivenl ent a la vision d'l ne realit quii galope
    vers li'venir et devieii aussilot le pass.
    L'erreur fIoncie erede Pnore p'dagogie social a 61e dne de
    ne point tenir comp)le decelle autorile de la race, d'avoir
    voulu fire d'un gLroupement violemmenll arrachi de la ler-
    re d'Afri(que, n people de pure cullure francaise. Aussi,
    si je vonilis jonc(r III 1111 nIl1i is Iour- ii mes compatriotes, je
    pou1rrais imailhmtili(iICniqu enl d(6mo Irler (II,'ils onl gard6 anux
    4/5 une menlalile v6donesqle. Ia menil;li!d v6donesque est
    un ensemble td croyances q(li ie .e confond guire avcc
    les praliqunes v6doniqnues. Celle errelr de votloir fire de
    nous silmplement, purement des francais, est impul)t le i
    nos premiers intellecluels 6leves pres(iqe Ious a I'(cole du
    verbalisme m6(laphysiqnle de XVIIIme siecle. Je ne dis rien
    de ceux qui,dans la suite,vonulrent nous m6tanmorplhoser en
    anglo-saxons, car ceux-la n'ont leur place que dans un asile
    d'ali6n6s.






    -89-


    Je l'ai dit et je le r6pete, on relevera longtemps encore
    un troublant d6saccord entire l'idee et l'acte chez la plupart
    de nos compatriotes instruits, parce qu'ils ne vivent point
    les idWes qu'ils pensent. Dans le domaine politique par
    example, c'est toujours un travail facile d'opposer les actes
    de l'homme public aux idWes de l'6crivain. H6rard Dumes-
    le est I'un des premiers exemplaires de ce dualisme decon-
    cerlantl.
    L'intelligence congoil clairement les idWes, elle est nean-
    moins une force psychique amorale, 6goiste ou mieux 6go-
    centrique par nature et par destination. Les vraies forces
    initiales de Faction sont les inclinations auxquelles com-
    mandent malheureusement des appetits et des besoins d'un
    ordre inf6rieur.
    Or, qu'est-ce qu'une inclination? Une determination du
    caractere conditionn~e par le temperament.
    Le Temperament? Y a-t-il dans notre organisme une for-
    ce plus soumise i 1'empire de l'hdredit, de toutes les h6re-
    dit6s ? C'est par IA que nous tenons A la chaine illimit6e de
    nos anc6tres, le vieil homme qui le long d'une suite de
    g6n6rations, maintient des droits imprescriptibles sur la
    descendance.
    On comprend maintenant l'erreur ou mieux les sophis-
    mes de ceux qui croient on qui disent, qu'en naissant A la
    vie libre sur cette petite terre du continent am6ricain. nous
    avons pos6 pourainsi dire dans le temps un commencement
    absolu. Voix incomprises, barbares, illogiques, absurdes de
    la terre d'Afrique, hourrahs fr6ndtiques de corsaires eni-
    vr6s par I'horreur du carnage, lourd fardeau d'erreurs 16-
    gu6s A Haili par une colonie qui a connu tons les vices,
    tonles les superstitions, tous les pr6jug6s, toutes les aber-
    ratio.is sociales, voila en deux mots, ce qui, en des remous
    parfois inqui6tants, remote A la surface de notre vie na-
    tionale agit6e.
    II y a a travers les sidcles une r6elle histoire de la pens6e
    huniaine.
    D'abord strictement 6goisle, individuelle, elle s'est gra-
    duellement 1lev6e A la solidarity familiale et tribal. Les
    temps modernes l'ont vue aboutir A l'id6e int6ressante du
    people, de la nation solidaire en toutes ses parties compo-
    santes. Aujourd'hui, elle semble s'aiguiller vers la solidarity
    racial et sans doute dans un avenir qu'on ne pent pr6-
    voir, sa forme ultime, sera plan6taire, cosmopolite ou mon-
    diale. En attendant la genese lointaine de cette solidarity
    plan6taire, la pens6e politique des peuples est strictement






    -JO-


    national et parfois racial. Les rares esprits cosmopolites
    de l'heure sont considers on comnlme des illtimines ou
    conime des trailres A I'idee national. Toulefois, les lignes
    d'evolulion :e sont ipas par'lout les m ninis. Ici, elles s'al-
    longent; Ii-bas, clles se raccourcisseit.
    A quelle 6lape soniwes-nous de celte evolution de la
    pens6e humane?
    Je n'aurai rien invenld en allirnmant qu e nous.n'avons pas
    sensiblement d6pass6 la ,premii e dlape de celle evolution.
    Le mal don't souffre le pays est I'individualisme, unii i,-
    dividualisme mial comipris, anarchique qui n'arri.ve. mAme
    pas a la notion de coordinalion dte. cerlaines necessilts in-
    dividuelles et sociales. J'nau;i le courage de dire que cet
    individualism vaw dans cerlaines Ames particuli'remeint
    d6voydes jusqu'au sacrifice (e 'lhoilneur de la famille. Cel
    individualisme de basse form lion tue les meilleures initia-
    tives, d6sagr6ge les groups, dresse des personnalites dans
    une alltlude d'insincel ilt et de roublardise, destructive de
    tout effort colleclif. Sous son influence, toutes les functions
    politiques et socials du pays s'ex6cutent A contre-sens. Si
    Haiti doit survive ia ses inalheurs, une chose me parait in-
    dispensable: uine revision de toutes les valeurs en usage
    chez l'individu, d lis la famille, dans 1'6tat, dans la. soci6-
    16, en un niot, une refonte morale complete de la nation.
    A note pens6e 6goisle, individualiste.il faut substituer une
    pensee rrellement national. II faut que nous apprenions A
    .penser en fonclion de la nation et noui en.fonclion de no-
    Ire sewle personnalitA, de nolre seule individually.
    La logique de ce milieu est de pure affectivit6 attractive
    et repulsive. Les iddes rdellement sociales n'y out point
    des racines profondes. On se group autour d'un honime
    suivant le sens de ses intlerts; on ne se rallie point A une
    idee. De IA, l'impossibilit6 on la pr6carite de ce qu'on veut
    bien appeler parfois des parties poliliques. On est pour on
    centre un home, non pour ou contre une. idWe. Ce qui
    nous manque, c'est le sens de la sociali6t on mnme. de la
    sociabilitl. Po iliqucmient p;rtlant, nors sommes des-aso-
    ciauax.
    Impossible, par example, de faire enlendre au pouvoir
    que son autorit6 16gitime sans dole, est pourlant de pure
    d6elgation. Son action, par une aberration A peine conce-
    vable, rev6t souvent chez nous un caractlre aussi anarchi-
    que, aussi individaaliste que les has instincts populaires.
    Certes, dans les limits de ses droits et de ses devoirs,
    1'autorit est chose sacr6e. Cc caractere:: cependant ne






    -9 1-
    lii est recouiii que parce qu'elle est a;)pel6e a proteger les
    Idroits individuals et colleclifs.
    11 n'y a auncuii mi6ile a lai.~ser t'r63'chir I'autoritd qu'on
    til,'ient, tout coinme A l'exercer .avec deslpolisme, quand
    sirlto.il ce despotisme n'est pas impose !j):ir une necessile
    social relevant de la vie meme de la nation. En effect, il
    e.st biein A plaindre, le pays qui oscille de la faiblesse t la
    lyrannie, de la tyranni e i la faiblesse dans une sorte de
    carence des r6els 6l6ments du progr6s. A vrai dire, c'est li
    !a verta d'homme d'iIal, et ils ne sont ipas lgion, ceux qui
    dans l'histoire, out si garder, avec un prestige indiscu46,
    une position mitoyenne enire 'autloril6 et la liberal Ceux-
    it out pu comprenidre, intl pr6iler la nature qui partout a
    mis 1'autorit6 en face de la liberi16, on plus proprement, en
    face de la sponlanl it1.
    Toutes les d6eailes de 1'lile d'iiitelligence de ce pays, et
    ellles sont retentissantes, n'ouil pas line ailre explication
    (que cette aberration du sels social. Ses efforts les plus ge-
    ntreux out avo rl en de v6rilables crises d'individualis-
    ne. Ce qu'on relive malheureusement dans son activity,
    c'est une intransigence passionn6e, line ignorance des con-
    cessions opportunes, le sentiment enlfi que dans certaines
    :irconstances, seule 1'entente des 616ments qui concou-
    rent au m6me but, pent assurer an moins le demi-succes
    de tons. An lieu de cela, chacun se cramp;onne dans sa po-
    sition isole, dans une sorle d'admiration b6ale de sa per-
    sonnalile, se cuirasse d'illusion po)nr se r6veiller sous les
    coups de la plus humiliante d faile.
    Une telle situation est-elle desesp6rIe?
    Le d6sespoir est un terme (qelconqte qui n'a aucun
    conlenu positif.
    Le c6r'ps social hailiei nest mnie pt a atucun vice de de-
    cadence. Les mis6res que nous y relevons viennent plus
    qtt'n ne le pense d'une organisation sans prevoyance de
    la famille, par consequent de I'absence d'une s6rieuse or-
    gaitisation du travail assurant A tous leur existence dans
    une suffisante ind6pendance de la personnalite. Pour sauver
    moralement ce pays, il fault ter Fid6e de 1'Etat-Providence,
    en developpant les forces de base de la nation que nous
    analyserons dans une prochaine 6tude.
    D'ailleurs, par dessus 1'individu qui tombe, passent les
    generations. L'effort de ces dernieres, mime lorsqu'il s'effec-
    lue dans le domaine de la pens6e pure, n'est jamais inutile.
    PARTOUT OU QUELQU UN VIT, II. Y A OUVERT QUEL-
    QUE PART, UN REGISTRE OU LE TEMPS S'INSCRIT.







    -92-
    --93J--

    L'humanit6 entire, pour ciler le meme auteur, H. Berg-
    son, dans l'espace et dans le temps, est une immense ar-
    m6e, qui galope A c6td de chacun de nous en avant et en
    arriere de nous, dans une charge entrainante capable de
    culbuter les resistances et de franchir tous les obstacles,
    m6me peut-6tre la mort. P
    Bien vbtre, mon cher Directeur.










    Le grand home d'Etat
    -------3-m---------



    La question dpgrand home d'Etat est a l'ordre du jour,
    Toutes les soci616s Oparses sur la plan6te 6prouvent, ces
    temps-ci, un imp6rieux besoin de direction, de discipline
    qui rem6nerait un pen d'prdre dans les affaires du monde.
    L'humanili paie la rancon de ses progr6s, de sa vie g6ne-
    rale devenue infiniment complex. Les cadres sociaux sont
    bris6s et les categories qui servaient jusqu'ici de normes a
    la vie social sont violemment contesties dans leurs prin-
    cipes et leurs consequences. 11 faut pouriant cr6er pour le
    monde, sous peine de le voir sombrer dans une anarchie
    progressive, un nouvtl equilibre, car les passions s'enveni-
    ment, les haines de classes s'6largissenl. Aucune forme de
    government ie rallied plus, dans la presque unanimit;6
    l'opinion des foules et des elites.
    SCoinsiderant cependant I'extraordinaire complexity des af-
    faires du mt6nde, cerlains sociologues se demandent si
    1'6re du.grand honinie d'Elat n'est pas d6finitivement close;
    si I'hlnmailile pelt encore produiie I'un de ces grands es-
    prils, qui,dans tine vasle syntlhse psycho-sociale,embrassent
    toutes les i-aIlip6sprdsentes et les meilleures possibility 'de
    I'avenir.
    1l.'huanit6, en d6pit des relards, des d6vialions plus ou
    mnioins )prolongees, a pourisuivi A travers les siccles, une 6vo-
    lulion .rigourtlise. De 1'organisalion de famille et tribal,
    elle a passe anx groupements nationaux, puis A cette 6co-
    nomie mondiale qui cr6e )prsenlement lant de liens 6cono-
    iniicques et soci)uxx ind6fectibles entire les peuples.
    Malltiureusement, come on l'a trop g6nlralement cru
    jusqtu' la veille de la grande guerre, le faith 6conomrque
    n'est ni le'fait moral, tile) faith social. Les necessils. des
    deux ordres ne coincident pas et trop souvent la rigle ju-
    ridique est forcment counduite A ignore la loi economique.
    Le speethfle conlraire supposerait un paralll6isme d'6volu-
    lion nioarle, social, 6conomique de l'humanit6 qui est loin
    ,''tre constatW. De fait,.l'evolution 6conomique du monde
    a CC piun'rapide que son evolution social.






    -94-


    Le r6le done d'un puissant esprit politique consislerail.
    A 1'heurequ'il fait, a fonder par dessus les antagonismes
    nationaux, les oppositions interns de clas.es,,les frictions
    des interets 6conomiques en concurrence etc, I' milieu
    d'ordre international. A reprendre -.'vec l'autorit que con-
    fAre la transcendence du g6nie dans la pens6e et I'aclion,
    le rdve d'un Wilson, d'un Kellog, d'un Briand.
    L'humanit .succombant sous l'inextricaple c,ompIlexil
    de son existence presente peut-ell e'n'eore e'i ~r~ie eir de
    tels esprits ? LA est la question.
    Et pourtant, l'liistoire le conlstateseuls les -g 'ails mouve-
    ments religieux et les grands hoinmes d'Eiat oirt pu career
    une conscience nou.velle ou imposer de.nouvelles valeurs
    A l'humanit&.
    M.-Bergson note que les grands homes politiqites oult
    toujours &t6 beaucoup plus rares que les grandsaitleurs
    et les grands artistes.
    Rarement une .remarque a di6 aussi largement confirmed
    par l'histoire que celle de Toriginal penseur mindial de
    l'volution cr.atrice.
    Y aurait-il une difference de' nature entire le g6 ie de
    la volonte, car tin grand homme d'Elat n'est, avant lost,
    qu'un grai'lidomme d'action, un pole mbine de itFltiobn
    On constpte, en effect qu'A c6td des grandss aunle s i t .des
    grands artistes, -- ddj en nombre reslreint pouni.,c liaqu
    sitcle -- qui ont cr66 la plus haule penske huinuine, les
    grands politiques: un Diocltiein, utin (.harlemagne, tun
    Richelieu etc., ne constituent qu'une bien mince niino-,
    rite.
    Cette consultation faite et acceptle, fautl-i cotclure I que
    I'huumanit6 est d'ores et d4ja condainmAe A n'ir le menlie
    que par les esprits moyens ?
    A la veritA, cette conclusion nI deotltle pas absolumenti
    des faits de 'histoire et des dotpnes qte nous |poss6dons
    sur la psychologie humane.
    La complexity de la vie social, a:'ltelle, mise A part,, les
    grands politiques du; passe,;~Letat qui ont eu reellement A
    organiser leur 6poque, iAcrer de:nditvelles valeurs, n'ont
    pas rencontr6,dhns leur oeuvre mbins de difficult que :ceux
    du present a tramvailler, selon la pitloresque expression
    d'Ostwald, aux avants-postes de l'humanite. Personnel -Ii'a
    le droit de fixer :les limits infranchissables A l'intelligence
    humaine.








    :Lds stelder'cihchttjbh:s l.gitimes A tier de ces faits, ,cest
    que les grands maitres-de faction d.ijA rares dans Je passe
    selilencont;reroit dei mioins en nioins de nos jours et que la
    nimdioevilt ,6gar6e dans les liuatles spheres de 'action social
    pourira condtiure de-plus en plus l'hlumnianWtl i de troublan-
    tesaventlires .,
    N ai ini(s,,des;psychp-sociologues preoccupks dii pro-
    6e1ne de ine rectir. ineffective dujll'de croient jypuver
    dans la complexity n~m6e dte la vie social des mania res de
    compensation A celle rarel d'apparition des genies de l'ac-
    tion. Ils notent en premiere ligne de ces compensations:
    lo. La puissance et la rapidil de I'informalion qui fait des
    nations vivant sur la pIlante, en d6pit des aniagonistes, des
    opposition d'interets, une unique sociedi don't la solidarity
    est imposee par des lois sociales presqu'aussi rigides que
    celle de la nature,
    20. le groupelnent des intelligence superieures et di-
    versement orienties dans des associations scientifiques, ar-
    tistiques, pratiques, humanitaires appelees par destination
    a agiter tons les problemes qui preoccupent le monde,
    30. la puissante selection d'hommes qu'impose la direc-
    tion de toutes ces vasf ere"u- T -jit-es- de la vie 6conomique
    et financiere des nations.
    II imported pen de savoir pour 'instant, si leur action est
    oriented ou non vers des buts humaniltires, les plus puis-
    sants cerveaux de notre 6poque, nous ne disons pas les
    inieux meubl6s de connaissances, se recrutent surtout dans
    le monde des grands capitaines de l'industrie.
    II ne s'agit point de patronner ici une doctrine psycho-
    biologique quelconque, mais de conslater un faith. Le cerveau
    est bien I'organe tangible adaplt A la production de la pen-
    see. Or, s'il se produit dans noire universe une d6perdition
    de force, elle se realise dans un ensemble tellement prodi-
    gieux, qu'elle 6chappera peut-etre toujours A nos calculs.
    Dans ces conditions, les fortes virlualit6s, il ne s'agit pas
    de possibilities, crimes dans l'ascendance humaine, devront
    se relrouver Ca et la dans la descendance. II n'y a doncpas
    lieu de desesperer du devenir mental de l'espece.
    Au surplus, 1'6vQlution humaine est cr6atrice en un cer-
    tain sens. Sa loi n'est pas la repetition ind6finle des mdmes
    possibilities A travers une s6rie de sujets stereotypes. Elle
    agence, combine des symbioses pleines du passe et grosses
    de possibles.






    -96-


    En conclusion, toutes.:ces considerations, pousFent l'hl'mi-
    me public A la modestie.et A s'ecarter de cette puerile a-
    nitd qui trop souvent croit que. la simple perception abs-
    traite et intelleclualiste d'un problme human comporte
    tous les 61ements de sa solution. Au vrai, le problme so-
    cial, par consequent human, est bien infiniment plus-cona-
    plexe. a Devant la vie, nous dit A. Thibaudet, reussit seule
    en l'homme une tension'qui n'est pas celle de l'inlelligelice
    discursive et qui s'appelle let:bon sens.


    -4--











    L'intelligence, force universelle


    Dans un des numernos de la se'maine dernir e k La
    Presse reproduisait la livraison d'octobre de 1'6tude
    extrdmement interessante'que public le docteur Labourd
    dans une revue de p6diatrie de simple vulgarisation scien-
    tifique. Le but poursuivi par I'auteur dans cette etude com-
    mencee, il y a d6ej quelques mois, est nouveau. II ne s'a-
    git rien de moins que d'aborder, par la voie strictement
    scientifique, la solution'de quelques probl6mes religu6s
    jusque-lA dans le domaine de la plus nuageuse m6taphysique.
    Des questions deja aborddes par le docteur Labour6, 'je ne
    veux retenir aujourd'hui que sa conception de l'intelligence
    humane. Cette conception m'interesse d'autant plus qu'il
    y a quinze ans, dans une 6tude psycho-m6dicale, en inter-
    prdtant certaines experiences d'Hypolite Gely, j'arrivais
    a peu pres A la m6me conclusion que I'auteur.
    SA l'observation rien ne semble plus individuel,,plus par-
    ticulier que intelligence. Or, dans.la liste des forces nou-
    velles mises en evidence par la science, le docteur Labou-
    re n'hesite pas it In comprendre comme'le dernier term
    de l'enumbralion.
    < Al'heure actuelle nous dit-il -- la science ne laisse
    plus subsister en deriieire analyse que des forces.
    < Parmi ces forces, les unes sont cqnnues : pesanleur,
    chale 'r, lumiere, electricity, magnln tisme,. radio-activile,
    rayons X. ullra-violels, infra-rouges maiis d'autres, plus
    nombreuses encore, nous soul inconnues.
    Parmi celles que nous connaissons. on peut encore
    placer la vie, la pensee, l'intelligence, etc.
    Selon done le docteur LabourS, I'intelligence serait une
    force cosmique A l'dgal du magn6tisme, par example, et le
    cerveau un mecanisme que cetle force de la nature met
    en branle. Dans ces conditions, la force d'intelligence, le
    talent, le genie, ne serait, que, le pouvoir plus on moins d6-
    velopp6 du,,cervean de chapter les ondes intelligentes re-
    pandues dans l'univers.
    Et de faith, cerlaines observations dtablissent assez stfre-
    nient que le cerveau est un' appareil accumulateur et 6met-




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