Musique négre (poèmes)

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Material Information

Title:
Musique négre (poèmes)
Physical Description:
28 p. : ; 28 cm.
Language:
French
Creator:
Laleau, Léon, 1892-
Publisher:
ded.
Place of Publication:
Port-au-Prince?
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Author's autograph inscription on fly-leaf.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24130731
ocm24130731
System ID:
AA00008895:00001

Full Text













































































































































































































































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NEGRE


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(Po~mes)


Collection Incligene


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L.























M. Abel LACROIX


Gonaivoes






Mon cher Abel,



Lorsque j'inscris votre nom d la premiere page de ce cabier de podmes, ce
n'est pas ci la seule Amitid que je rends un culte. Mais aux Lettres aussi, dont

vous avez la religion, une religion fervente, avertie, et discrite.


AfFectueusement,


Lion LALEAU


La Coupe, ce 27 Septembre 1931.





























































































































































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Les longs outrages me font peur.


TRISTAN DEREME


LA FONTAINE



















Aujourd'hui la puissance lyrique ne sau-
rait se passer de concentration.

PIERRE REVERDY



















Etre concis. c'est 6trre habile.























TRAHISON




Ce cozur obsidant, qui ne correspond
Pas avec mon language et mes costumes,
Et sur lequel mordent, comme un crampon,
Des sentiments d'emprunt et des coutumes
D'Europe, sentez-vous cette souffrance
Et ce dbsespoir g nul autre 6gal

D'apprivoiser, avec des mots de France,
Ce coeur qui m'est venu du Sinigal?























HEREDITES


J'6coute en moi glapir, certain soirs, le lambi
Qui ralliai~t mes ancatres sur la montagne.
Je les re~vois, membres.fourlms, couteau fourbi,
. Avec le meurtre: aux yeux et du sang sur leur pagne.



Mais aussitat j'entends un air lent de Rameau
Qui s'englue aux clameurs de haines et de guerres.
Aux cris nkgres se mble alors an chalixmeau,
Et de fins escarpins aux savates vulgaires...


























O servantes de man enfance, je pense ci cous.
Div~inites au seuil de la maison profonde!

VALERY LARBAUD



Mon enfance berc~e au rythme des dodines

Tropicales, parmi la lenteur des chansons.

Et, pour ne pas trouer mon sommeil, les sourdines

Qui descendaien~t les voix aux ondes des frissons!



Panquita! Panquita! Car elle 6tait Cubaine,
Ma bonne au teint d'6bbne. (Et n'avait plus ses dents.)

Et par les longs samedis soirs, la riche aubaine

Que ses contest hach~s de refrains abondants.


PANQUITA
























Mais l'Enfance a filb. Vous aussi, Panquita,
En madras 6cossais et robe d'indienne.
Mais quelle de vous deux, en mon Ame, quitta
Ce lourd ferment de tristesse quotidienne?



Contes passes! -Malice on Bouqui, personage

De premiere plan! Chansons qui fasciniez mes jeux
Et mettiez uri bruit de pohme g mon jeune Age!...
Mais g tonjours sont clos, Panquita, vos chers yeux!...





















JAZZ


Le trombone vient d'Honolulu,
De la Barbade, le saxophone,
Et le grand mulitre au nez poilu

Qui grimace une chanson bouffonne,
Un soir, s'est enfui de Port-de-Paix.



< (Tous les trois ont de cr~pus toupets!i)
Se demand la putain flamande,
Avec qui passerai-je ma nuit,
Pour n'avoir pas une nuit d'ennui>>?


X 111























CANNIBALE


Ce d6sir sauvage, certain jour,
De miler du sang et des blessures
Aux gestes contracts de 1'Amour,
Et de percevoir, sous les morsures
Qui perpituent le gofit des baisers,
Les sanglots de l'amante, et ses rkles!!
Ah! vieux instincts inapprivoidss
De quelques anc~tres cannibales!




















EPITRE F~A1VILIERE


,i Thomas H. Lechand.


Le Temps, mon cher Thomas, fut traitre g nos chimbres
Et nos raves, tenus en laisse par les jours,
Ont Bmigr6, voyant nos caeurs qui s'enflammbrent
S'assoupir au regret d'inutiles amours.



Toi, du moins, le plus grand parmi nousrtous qui sommes
A sangloter encor sur des songes pars,
Comme l'autre, tu n'es qu'un homme entire les hommes,
Et ne te tentent point d'impossibles d~parts.
















Ton espoir le plus haut, ton yoeu le plus cher, vole
Des livres de ThirSbse au sexe de Fanny,
Et la Vertu t'accorde un regard malivole
Parce qua'au seul d~duit tu places l'Infini.



Chaque jour te retrouve en ce m~me veston
D'alpaga. Ton esprit s'assouplit au pokme
Valbryen. Et bien que vienne le Soir, ton
Amour n1e mollit pas des soirs d~e la Bohitme.



Tu jettes ton sourire aux foules, mais ne livres
Qu'au silence des nuits le secret de ton coeur.
Le Bonheur n'est qu'un mot de pobte. Et les livres,
L'urne d'or cisel8 qui recueille teS pleurs.



Tu mbprises la Gloire et ~te ris du, Pouvoir.
Un dbdain qui s'amuse a remplac8 tes haines.
Mais quand tu les entends disserter du Devoir
Tu ne crois qu'un pen plus g la Sottise humane.


XVI






















JAZZ NUMERO 2


Toque marron, gourmette en or g la cheville,
Tu disculpes l'amour oix ton coeur s'ennuyait.
]Et, comme au bout d'un vers trop fait, quelque cheville
Orgueilleuse, un rubis rutile B ton poignet.



An cendrier, ton Abdulah s'6puise, Hortense,
Bleuissant de parfum ton rave, onl ton ennui.
Et le nbgre du Jazz d~cuple d'importance
Quand jusqu'8 lui, tes yeux 61argissent leur nuit.


?CS(l~





























Son rire alors, bord6 de sang, fendu de nacre,
Vous griffe l'air qu'il hurle, en le scandant des reins.
Sanglots gluants du saxophone... Fumbe Acre...
Et meurt le blues, parmi des lambeaux de refrains.




























Ton visage que le Temps rida

Est pontill& des roses stigmates
De l'Amour, et ton nez, Carida,
A la boursouflure des tomatoes.



Ton mari se nomme Gbdbon.

Et bu son punch g la grenadine
Il s'arme de son accordion,

Le soir, et s'installe en sa dodine.


XIX


VAUDOU




















Ce sont alors ces airs de vaudon

Evocateurs des jours oi, pratresse,
Tu sentais, venu l'on ne sait d'oh,
Un dieu fou dans ta chair en dbtresse.



Tu dansais... Tu dansais ardemment,
Les reins vifs, P'extase en ta prunelle.
Et des d~sirs sauvag~es d'amant

Glapissaient vers toi, sous la tonnelle.



IMais ce temps, Carida, s'est enfui,
Plus souple qu'un vol de tourterelles,
Et cette musique dans la nuit,
Comme les notes t'en sont cruelles!























CONCERT DOMINICAL


Un parfum d'hnile de palma-christi
Stagne au fouillis noir d'une nuque,
Et l'homme qui vient de Monte-Cristy

Arbore un visage d'eunuque.



Le chef d'orchestre 6trenne un neuf k6pi

Et porte un nom chimique: Occide.
Le timbre des glaciers s'offre un rdpit.

Le cuivre d'un alto s'oxyde.


XXI
























Ily a des rires de jeunes gens,
Rires touffus, et comme en friche.
Le soliste sort son bugle en argent.
La lune, A l'horizon, s'en fiche.




Vers la codla, la musique s'apaise,..
Un gendarme qui pose, pro-
Nonce en Yankee une boutade anglaise.
Occide a cri6: da capro.























PAYSE


Bien que tu sois v~tue g la mode dernibre..

Et qu'un khol up-to-date ait creus6 ton regard,

Je n'ai qu'8 voir passer ta grice printanibre,
Flexible en son vison, le long du boulevard,
Pour qu'8 mes yeux lassis, soudainement, renaisse

Le manguier que l'Eti peuplait d'ors et d'accords,
Et sons lequel s'alanguissait cette jeunesse

Qu'Cnerve le dbsir aux lignes de ton corps.


XXIII


















THOMAZEAU i




L'horloge du presbytbre marque midi.
La montagne, au grand air, expose sa pelade
Et dort contre le ciel. Le vent s'est attibdi,
Et sa chanson semble bercer quelque malade
Que la fibvre recroqueville aux creux d'un lit,
Dans cette chaumibre g la toiture crevie.
Un b~tail en dbsordre, aeil sans but, p~oil sali,
Tond le gazon cuivr6. L'Eglise inachev6e,
D'une porte aux vantaux craquelds, regarde (et
Comme avec de grands yeux dichir~s par l'Envie
Et fatigues aux pleurs d'un chagrin d~brid6)
L'immeuble peint g neuf de la Gendarmerie.


xxwK





















SACRIFICE




Sous le ciel, le tambour conique se lamente.
Et c'est 1'8me mame du noir:

Spasmes lourds d'homme en rut,.gluants sanglots d'amante,
Outrageant le calme du Soir.




Des quinquets sont fixes aux coins de la tonnelle,
Comme des astres avilis.

L'ombre gue an parfum de citronnelle
S~chee A l'acajou des lits.





























Et montent, par moments, du ~houmfort tutblaire,
Parmi des guirlandes d'encens,

Les bblements du bouc qui, dans la brise, flaire

L'odeur prochaine de son sang.


XXVI




















LE LONG DES QUAIS...


Somnolents, les voiliers dansent le long des quais
Aux caprices du vent qu'heberge leur voilure.
Et I'ombre, maigrement bless~e g leurs quinquets,

Se perfume de moisissure et de friture.



Une lune imparfaite est berc6e aux cordages...
D'un group nostalgique une pauvre chanson
Monte, et son rythme mou s'enroule aux bavardages
D'un subr6cargue vain qui tr8ne en calegon.


XXVII





















Vers l'aube, ils partiront, les v~tustes voiliers
Dont les noms sont troublants de syllabes naives
Pour d'autres ports aux paysages families:

Jgr~mie on Pestel, Le M81e on Gona'ives...




Et puis, un jour, oni parlera d 'uni grand niaufraige.
Quel d'entr'eux a sombr6? Croyance, Le Riveil,
Ou Dieu-Protig-e? On se demand:




Et l'Cquipage ?
Mais la Mer est muette et ice pime au Soleil:..


XXVIII






















GLOSSAIRE




HOUMIFORT. ................... ...... Temple vaudou.



BOUQUI..-............... ..... .......... HeIros de contest haitiens dont l'im-
becillite est 16gendaire.


DODINE. ................... ............ Rocking-chair des Tropiques.



LAMIBI ................... ................Conqlue marine dont jouaient les

negres mar-rons les soirs de r-e-
volte.



MALICE.................................Hro de contest hai'tienls qui,

comme l'indique son nom, est le

prototype de la ruse.


THOMAZEAU........................Petit bour-g qui ro~tit au soleil, a

q~uelqlues minutes de Port-au-
Prince.







































De cet outrage, le troisibme de la collection Indighne, il a e'td tird 110 exem-

plaires, dont vingt--cinq sur velvetone, bors commerce, numberoti's de la ? 5, et

signs par l'auteur.





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