La pratique médicale à Saint-Dominique ..

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Material Information

Title:
La pratique médicale à Saint-Dominique ..
Physical Description:
115 p. : ; 25 cm.
Language:
French
Creator:
Léon, Rulx
Publisher:
Les Presses modernes
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Medicine -- Dominican Republic -- Santo Domingo   ( lcsh )
Public health -- Santo Domingo (Dominican Republic)   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24330411
ocm24330411
System ID:
AA00008894:00001


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UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES





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D' RULX Leon










La Pratique Medicale


a Saint-Domingue









LES PRESSES MODERNES
45, RUB DB MAUBEUGB
PARIS
1928








LATIN
AMERICA



















DEDIE


AU SERVICE NATIONAL D'HYGIENE D'HAITI











AVANT-PROPOS


Beaucoup de mddecins ont dd dprouver comme moi la
curiosity de savoir avec quelque precision ce qu'a etd la pra-
tique medical & Saint-Domingue. Mais trop absorbed par ses
occupations, chacun n'a pas le temps de secouer la poussiare
des vieux livres et d'avoir de longs tete-a-tete avec ceux qui,
plus d'un siacle avant nous, exercrenit la medecine dans cette
Ile.
C'est en pensant aux medecins d'aujourd'hui que j'ai
essay de fixer ici la physionomie medicale de l'dpoque. J'ai
cite longuement les auteurs eux-memes au lieu d'en fair
une skche analyse, pour que leur pensee, dans ses nuances
les plus intraduisibles, pat 6tre intigralement comprise. Et
puis, quelle jouissance special que d'entendre l'accent archai-
que de ces medecins de Saint-Domingue I
R. L.










































.9









INTRODUCTION


Au XVIIIe si6cle, la doctrine m6dicale r6gnante 6tait le
solidisme. Cette clef, qui servait expliquer la pathog6nie de
toutes les maladies, etait utilis6e largement pour tirer au clair
celle des pays chauds. ( La connaissance de la situation d'un
pays et de ses productions, dit Dazille, tient de trbs pres A
celle des maladies de ses habitants; ceux d'un pays bas oi
les eaux s6journent, ont presque toujours la fibre relAch6e :
de la stase des fluides, les diff6rentes especes de fiMvres, les
obstructions et toutes les maladies chroniques.
( Au contraire, les habitants des lieux secs, arides, bri-
16s par le soleil, 6prouvent des maladies opposes, ddpendan-
tes de 1'drdthisme, de la s6cheresse et de la trop grande action
des solides ,.
Cette clef pourrait mtme livrer le secret de toute la thd-
rapeutique. II dit, en effet : ( Abstraction faite de la diversity
de forme, de grandeur et de couleur des plants, je pense
que d'apres leurs principles constituents et surtout d'apres
leurs effects, on peut les r6duire, ainsi que tous les medica-
ments, a deux classes, sous la denomination de remedium
movens et de remedium sistens .
< Dans'les maladies aigues oh il faut presque toujours
relAcher et d6tendre, les bains, les saign6es, les boissons tem-
pdrantes, mucilagineuses et adoucisantes seront le remedium
sistens, qu'il faut employer au moins tant que la violence des
sympt6mes inflammatoires subsiste... ).







-8-


( Dans les maladies chroniques, au contraire, oO il faut,
pour ainsi ,dire, ressusciter le ton et le resort des fibres par
les remedes les plus actifs, les toniques et les 6vacuants les
plus puissants seront les premiers du remedium movens;
ceux don't l'action est moins marquee seront les seconds ".
Malgr6 cette conception thdorique et toute simpliste de
la m6decine, les m6decins du Roi A Saint-Domingue ont envi-
sage les questions d'hygibne publique et privee et y ont ap-
port6 des solutions; ils ont 6tudiE de tres pres les maladies
des pays chauds et y ont rem6did par une th6rapeutique par-
fois heureuse, emprunt6e assez souvent aux plants du pays.
Poupp6-Desportes, de son c6te, exprime en d'autres ter-
mes, la meme conception : ( Outre la quality de l'air, qui est
telle que les Anciens nous la d6crivent, et selon les principles
physiques, la plus propre A engendrer et a entretenir la putr6-
faction, la difference des aliments, plus grossiers et moins
succulents que ceux d'Europe, doit former un chyle et un
sang dpais, enduire les intestins de matibres gluantes, en ra-
lentir les sdcrdtions, et enfin occasionner des engorgements
et des obstructions .dans les visceres ofi la circulation est na-
turellement augmentde et la quality alt6ere par le travail et
les debauches .
D'autre part, le meme auteur se sert de son hypothbse
pour expliquer le plus facilement du monde la frdquence des
hemoptysies survenues durant I'hiver ide 1786, qui fut trbs
sec, et conclut : ( L'air sec contribuant beaucoup a resserrer
toutes les parties du corps, le venture a dui etre moins suscep-
tible de relichement, et le venin contagieux par consequent
plus dispose A s'dlever et a se fixer vers les parties supe-
rieures. C'est a la meme raison que j'attribue la moindre
quantity de diarrh6e .









CHAPITRE PREMIER


HYGIENE PUBLIQUE




Poupp6-Desportes attache une infuence ndfaste aux
esteres, ( salines tres boueuses et mar6cageuses remplies de
mangles..., abreuv6es par intervalles d'une eau, parties douce,
parties sale, surtout dans les trous de crabes... La grande
quantity de maringouins et de moustiques, est aussi une in-
commodit6 presque continuelle dans les habitations voisines
des Esteres. Ces insects n'6closent que dans les eaux qui
sont corrompues, ou qui commencent a se corrompre ,.
Le danger de la stagnation des eaux est signal d'une
fagon precise par Dazille partout oiu il le rencontre : ( Dans
les quarters de la Petite-Anse don't la terre est compact et
oh les eaux s6journent, I'humidit6 de l'air produit des fib-
vres habituelles, .des obstructions, des diarrhdes, beaucoup
plus rares au quarter Morin, qui n'en est s6pard que par une
trbs petite rivibre, mais don't les terres 6tant plus 16g6res,
plus sablonneuses, les eaux s'y infiltrent mieux, y sejournent
moins et s'6vaporent plus promptement... ,
c I1 fallait faire cesser la putr6faction des eaux trop
voisines des bAtiments et m8me de la grande case ou conti-
nuer d'6prouver les funestes effects des miasmes qui s'en 6le-
vaient continuellement; les chefs 6taient tous attaqu6s de fib-
vres intermittentes, qui se seraient bient6t changes en fit-
vres continues. Le disordre aurait ft6 plus loin encore, si







10


le fond6 de procuration don't les connaissances en physique
et en chimie dtaient d'accord avec les miennes, ne se fQt
determine, d'apres mes conseils, a faire jeter dans ces mares
des barils de chaux, qui en absorbbrent entierement le gaz
ou acide m6phitique (En note : ce sont ces memes vapeurs
m6phitiques qui font le danger des mines, des puisards, des
fosses d'aisances, etc...).
(( A measure que l'on s'dloigne du bord de la mer, les
habitations deviennent plus salubres... Il y a des habitations
situ6es dans le milieu de quelques quarters sur lesquelles les
eaux s6journent une parties de l'ann6e, quoique leurs terrains
paraissent inclines vers la mer : telles sont les quelques habi-
tations du milieu du quarter de Limonade et de la Petite-
Anse, don't l'insalubrit6 est gale A celle des habitations des
bords de la mer ,.
A propos d'une maison de sant6e 6tablir au Dondon
pour les officers et soldats de la ville du Cap et de ses d6pen-
dances, Dazille dit : (( Cette maison, servirait aussi pour les
troupes de la ville de Fort-Dauphin, don't la situation est 6ga-
lement vicieuse, tant A cause des marais qu'elle a dans son
voisinage et des mauvaises qualit6s de ses eaux de puits ,
Des travaux sanitaires avaient Wt6 faits a Saint-Marc
G Cet officer (M. de Loppinot) avec trbs peu de moyens,
avait d6ja beaucoup fait pour la sant6 des habitants; plusieurs
endroits lagonneux, dans lesquels les eaux se corrompent et
d'oi elles r6pandaient dans l'air des emanations infectes,
venaient d'6tre remblay6es nouvellement; et sur le bord de
la mer, il achevait de faire niveler une 6tendue de terrain
tres considerable, pour y planter de jeunes arbres, qui, en
formant la plus belle avenue de Saint-Domingue, contribue-
rait encore a sa salubrit6 ,.







- II -


Le Petit-Goave est d6nonc6 aussi par Dazille comme
prdsentant un 6tat sanitaire d6fectueux : (( Les eaux de la
rivibre Abaret, au Petit-Goave, sont malsaines. Elles vont se
perdre et croupir dans des mar6cages, d'oi elles rdpandent
dans l'air tant d'6manations infectes, que cette insalubrit6
jointe la st6rilite d'une parties des terres de ce quarter en
ont pour ainsi dire fait abandonner le port, ce port qui fut si
c6l6bre du temps -des Flibustiers, le premier siege du Gou-
vernement et de la Justice et auquel il.reste h peine aujour-
d'hui quelques 16gers vestiges de son ancienne splendeur ,.
Les conditions d'insalubrit6 du Cap sont aussi passes
en revue et, note de fagon sp6ciale, la presence des ma-
rais. ( Le terrain du Cap est tellement circonscrit, que, pour
supplier 'a ce d6faut, on a 6t6 forc6 de bftir les maisons
de trbs pres les unes des autres, et de les clever au point que
dans un tremblement .de terre un peu considerable, la ville ne
pourrait manquer d'8tre culbut6e et les habitants d'etre ense-
velis sous ses ruines; on a meme et6 quelquefois oblige de
rapporter des terres et de batir dans la mer... L'air est done
arr8t6 dans sa circulation, les rayons du soleil, au lieu d'etre
bris6s, se trouvent partout tellement r6fldchis, que les cha-
leurs y sont insupportables ,.
( Dans ces derniers temps, quelques Administrateurs
bienfaisants ont porter les habitants h corriger l'insalubrit6 du
Cap, en aplanissant quelques monticules voisins de cette capi-
tale pour favoriser la circulation de l'air : ils les ont parti-
culibrement engages & dessecher les marais pour rendre cet
616ment si indispensable A la vie plus pur, plus 61astique et
par consequent plus propre A agir sur les organes de la res-
piration ,.
De son c6te, Descourtilz, dans son Guide sanitaire des







-- 12 -


Voyageurs aux colonies, parmi beaucoup d'autres conseils,
donne les suivants : ( On se d6tournera, dans les promena-
des, des lieux bas et fangeux, des bords de la mer, des cam-
pagnes humides et abreuv6es par les eaux stagnantes. On se
m6fiera .des promenades nocturnes pros des endroits mard-
cageux, I'air plus froid de la nuit rapprochant les emana-
tions d616tres, au lieu de les tenir en suspension dans une
quantity immense et fluide .
( On 6loignera sa demeure des lieux bas et mar6cageux,
et I'on s'abritera, autant que possible, des vents du Nord et
de'l'Est ,.
Les preoccupations d'Hygibne Publique sont telles que
le premier num6ro de la premiere revue m6dicale de Saint-
Domingue (1802) s'exprime ainsi : ( Les chefs du Gouver-
nement de Saint-Domingue, y dit-on, viennent de donner un
bel example, une grande preuve de leur sollicitude paternelle
pour tous les habitants de cette colonies lorsqu'ils ont permis
la publication d'un journal qui, en rdunissant les observations
relatives a l'art de guerir, et dtablissant une correspondence
active entire tous les officers de santd de l'arm6e et de la
colonie, leur donnera les moyens de s'6clairer mutellement
et de justifier par leurs travaux la confiance qu'inspire le
caractbre don't ils sont revetus ,.
( Notre profession ne se bornant pas uniquement a gu&-
rir les maladies, mais encore les pr6venir autant que pos-
sible, nous ne devons pas perdre de vue l'hygibne publique,
cette parties essentielle de la m6decine don't les avantages se-
raient inappr6ciables dans les pays que nous habitons ,.
Dans cette meme livraison, le citoyen Delorme, chirur-
gien en chef de l'H6pital Durand fait des Riflexions sur
la topographie rmdicale du Cap. Voici ce qu'elles sont:







- 13 -


Conditions d'insalubrite du Cap :
( io Le cimetiere situe dans le sud-est, a la porte de la
ville. LA dans un petit space, reposent le corps de 40.000
individus que les circonstances ont force .d'entasser jusqu'A
30 et 40 dans de trss petites fosses.
( 20 Les boucheries. Tout le monde sait qu'il se d6gage
dans ces lieux. beaucoup d'azote et d'autre gaz, rdsultats de
la decomposition des substances animals.
( 3 Le quai a l'est de la ville, depuis le Bacq jusqu'au
Carnage. La se trouvent les ordures d'une quantity prodi-
gieuse d'individus : l'humiditd de la nuit dispose ces ordures
A &tre le lendemain elevdes en vapeurs par 1'action du soleil,
et la brise du large les rejette sur la ville.
( 40 Le Cardnage, dans une savane pres le bord de la
mer oit il croupit une grande quantity d'immondices.
(( 5 Au nord, I'h6pital de la Providence. Cloaque infect,
adoss6 centre un mur qui arrete la brise et qu'il suffit de voir
une fois pour g6mir sur le sort des malheureux qu'on est
force d'y mettre ,.
Mesures A prendre pour combattre cette insalubrit :
(( I Empecher qu'il .ne sejourne des animaux morts
comme on en trouve tous les jours dans les savanes des
environs du Cap, jusque dans la ville meme et sur le bord de
la mer.
0 20 Combler, en attendant mieux, les marais les plus
voisins du Cap, depuis la Barriere-Bouteille, jusqu'au Bacq,
avec la terre que l'on retirerait abondamment d'un petit mor-
net situd sur la route meme, et qui ne parait 8tre qu'une boule
de terre rouge tres facile A entourer.
( 30 Faire pratiquer sur le quai, depuis le Bacq jusqu'A







'4 -

la case Lef6vre, sept a huit latrines allant a la mer avec la
defense express de ne rien jeter que dans ces endroits.
(( 4 Designer un lieu pour faire le d6pot .de cette grande
quantity de bois qui se trouve entassee sans ordre tout le
long du quai, qui arrete la libre circulation de l'air, favorite
l'amoncellement des ordures et s'oppose A l'issue des eaux
dans le bas de la ville.
( 50 Abattre la cabane qui servait anciennement de latrine
entire la case Lef6vre et celle de l'Etat.
(( 6 Etablir depuis la maison dite de Moyse jusqu'a l'Ar-
senal, une plantation d'arbres qui ferait de cet endroit une
promenade saine et agr6able, bien exposee A la brise du
large. Ordonner le d6blayement de toute cette parties du quai.
7( 7 Evacuer totalement I'H6pital de la Providence, par-
fumer ce bAtiment, le blanchir A neuf, avant de 1'employer
a un autre usage.
( 8" Remplacer cet hopital par celui qu'on 6tablirait pro-
visoirement A cette belle savane de la Fossette, dans I'empla-
cement des anciennes casernes les plus levees et qui ont e6t
brfil6s. Cet endroit est un amphith6~tre tres adre, voisin
d'un canal covert qui y conduit de trbs belles eaux et sus-
ceptible de recevoir par la suite un tres bel h6pital et tous
les embellissements qu'on pourraif designer.
( 90 Fermer absolument et pour toujours le cimetiere
de la Fossette, voisin tres dangereux, en etablir un au delA
de l'H6pital des PNres, -dans un enclos qui parait avoir servi
autrefois A cet usage, ou bien dans tel autre endroit 6loign6
qui serait ddsign6 a cet effet.
( o10 Ordonner de rigueur le d6blayement des rues dans
lesquelles on rencontre A chaque pas des monceaux d'ordures
exhalant une odeur infected, ainsi que des d6combres dans







- 15 -


des maisons brfilees qui ne sont pas fermdes. Faire passer
dans les rues l'eau des fontaines et des ravines du haut de
la ville; d6fendre qu'on ne jette rien dans les canaux tou-
jours pleins d'eau croupie et par une gale distribution, avoir
de l'eau courante partout.
( 11 Faire des plantations d'arbres dans les rues large,
telles que la rue Frangaise et quelques autres, ainsi que sur
les places d'Armes, Benezech et de Bonaparte. Outre que
les v6g6taux fournissent une tres grande quantity d'oxygene,
ces arbres seraient de grands eventails qui, en agitant et
d6plagant l'air au moindre vent, rafraichiraient singuliere-
ment la ville...
(( 2 Faire une autre plantation d'arbres sur le chemin
qui part de la place Bonaparte dans la direction de la rue
Leclerc, et qui formerait une tres belle promenade ainsi
qu'elle parait avoir exist autrefois.
( 130 Combler les marais de la grande savane qui avoi-
sine la boucherie qu'il conviendrait d'61oigner.
<( Beaucoup de gens diront que je propose des choses
impossible dans un temps of nos resources en hommes et
en argent sont 6puis6es. Mais je m'adresse aux hommes
instruits, aux administrateurs sages, aux d6positaires de l'au-
torit6; il ne s'en trouve pas un qui n'ait a regretter un proche
ou un ami. J'observerai que quelques-unes des choses que
je propose ne peuvent s'ex6cuter qu'avec le temps, que les
autres peuvent se faire de suite, que nous sommes dans la
saison la plus favorable, et que nous devons craindre le
retour d'une 6piddmie qui, en ramenant parmi nous l'6pou-
vante, nous laisserait encore livrds A toutes les horreurs ,.
L'approvisionnement des villes en eau potable a retenu
aussi l'attention des m6decins qui ont d6nonce avec force la









nocivite des eaux de puits. Ecoutons Dazille qui nous rensei-
gne pleinement sur ce chapitre : ( On a construit quelques
fontaines publiques (au Cap), oh 1'on a conduit les eaux
d'une montagne voisine; mais dans une ville .considerable,
oh les chaleurs sont excessive et continuelles, la consomma-
tion d'eau est telle que plus des 3/4 des citoyens se servent
encore des eaux de puits (dans les grandes s6cheresses, ces
fontaines sont entibrement A sec) ,.
(( Ces eaux de puits sont toutes terreuses tres contraires
a la sante et funestes pour les malades, comme on va le
voir. Mes experiences prouvent que depuis le Car6nage jus-
qu'au bac de la riviere du haut du Cap, space d'environ
un quart de lieue qu'occupent tous le bas de la ville, les eaux
sont les memes: toutes blanchissent beaucoup par l'alkali
fixe, la .dissolution d'argent ou l'eau mercurielle, et d6posent
a peu pres la meme quantity de terre grossiere; leur saveur
est crue, le savon s'y d6laie difficilement, les 16gumes n'y
cuisent qu'imparfaitement; ces eaux present enfin sur I'esto-
mac et occasionnent a la longue toutes les maladies. Mais a
measure que I'on approche de la montagne, ces eaux percent
peu peu et presque insensiblement ces mauvaises qualit6s.
J'ai analyst avec soin les eaux de toutes les parties de cette
ville, qui forme une espece d'amphithditre; et il resulte de
mon travail que les eaux des puits creusds a la hauteur de
la place Montarcher sont moins mauvaises que cells du bas
de la ville, et surtout du bord de la mer. En s'l6evant un
peu plus, les eaux des puits, A la hauteur du Gouvernement,
d6posent encore un peu moins de terre, sont moins insipides,
moins pesantes. Celles enfin des puits a la hauteur des caser-
nes et de la Petite Guinee, parties la plus 6lev6e de la ville,
sont encore moins mauvaises que ces dernieres ,.


- 16 -









(( J'ai continue mes experiences sur les eaux des peti-
tes habitations entire les mornets voisins dominants la ville
du Cap : elles n'ont aucune des mauvaises qualities de cells
des puits de la ville, elles sont bonnes, except dans les temps
de pluie, parce qu'alors elles entrainent des terres du som-
met des months, qu'elles d6gradent peu a peu; mais dans ce
cas, elles n'ont besoin que d'etre reposes et mieux encore
filtrdes, pour reprendre leurs premieres qualit6s.
< Ces eaux sont, pour la plus grande parties, pluviales
et coulent rapidement sur des cailloux : par cette agitation
continuelle, elles d6posent les malpropret6s et terrestreit6s
don't elles se chargent...
.... ( Chaque habitant de la ville du Cap, ou plut6t
chaque propridtaire de maison se fait illusion sur l'eau de
son puits ou sur celle de son voisin. <( Les eaux de la ville,
dit-il, sont nAuvaises, je le crois, mais pour celle don't je
fais usage, elle doit 8tre exceptde : de tout temps, feu M.
1'Administrateur en envoyait chercher pour boire; M. I'In-
genieur et meme M. le Medecin n'en buvaient pas d'autre;
elle est effectivement claire comme de l'eau de roche; done
elle est bonne et la preference qu'on lui accord bien md-
ritee : aussi le retour de mes vilaines petites fi6vres et la
grosseur de ma rate ne sauraient venir de l'usage que j'en
fais, au reste, il y a quatre vingts ans que l'on boit de cette
eau... ).
On a pens6 aussi A pourvoir Saint-Marc d'eau potable:
(( La ville de Saint-Marc, situde au fond d'une baie, a,
sur ses derrieres une riviere qui coule sur un terrain beau-
coup plus 6lev6 que son sol, il serait aussi ais6 qu'utile de
faire passer les eaux dans toutes les rues de cette ville :
M. de Loppinot qui y commandait, en 1783, 6tait fort


- If -










occupy de ce project; et c'est, en effet, le seul moyen d'em-
p6cher que d'habitant continue A boire des eaux de puits, et
d'6prouver les maladies qu; en sont la suite inevitable ,.
A Port-au-Prince, d'excellents travaux ont et6 r6aliss :
< Port-au-Prince, devenue en 1751, la capital de la Colo-
nie Frangaise, est infiniment plus salubre depuis que, par
de tres beaux et tres solides canaux, on y conduit de fort
loin d'excellentes eaux a des fontaines don't une est d&jA
digne B tous dgard de les recevoir. Ces eaux, viennent de
deux bonnes sources, mais celles de la fontaine Turgeot sont
encore plus parfaites que celles de la source Marquissan. Elles
coulent sans interruption pendant toute 1'ann6e et fournis-
sent aux habitants une eau suffisante pour tous les besoins
de cette grande ville.
(( Cette fontaine magnifique et presque tous les beaux eta-
blissements de cette parties de la colonie ont ete faits pendant
l'Administration de MM. de Valliere et de Vaivre ).


- I8 -












CHAPITRE II


HYGIENE PRIVEE




En dehors de ces deux questions d'hygiene publique
(assechement des marais et approvisionnement des villes en
eau potable), les m6decins de Saint-Domingue se sont atta-
ch6s A donner toute une sdrie de conseils relatifs A 1'hygiene
de chaque jour. Quelsques-uns d'entre eux ont encore toute
leur valeur au point de vue de la prophylaxie de certaines
maldies (paludisme, dysenterie, fibvre jaune). D'autres, pour
6tre ,desuets, n'en sont pas moins suivis, aujourd'hui encore,
par un grand nombre de gens. Ces conseils, Descourtilz les a,
pour ainsi dire, codifies a l'usage des colons. Nous le lais-
sons nous les exposer :
( La plupart des maladies aigues 6tant contagieuses, on
ne doit laisser aupres du malade que les personnel utiles pour
ses besoins. Le malade, d'ailleurs, en augurera plus avan-
tageusement et ne sera pas effraye par les propos que cer-
tains bavards ne peuvent retenir, qu'ils r6eptent a haute
voix et avec une figure sinistre.
( On enterrera le plus promptement possible les mala-
des qui ont succomb6 aux fi6vres malignes, et on ddsinfec-
tera les lieux oh ils ont rendu leurs derniers soupirs.
On se baignera de pr6f6rence dans les'eaux couran-
tes, et on 6vitera celles stagnantes et les bords de mer, tou-
jours encombr6s d'immondices impurs, qui deviennent trop







- 20 -


souvent la source de la fievre jaune, par la nocivit6 de leurs
emanations putrides. On distribuera A chaque lit un mousti-
quaire, pour soustraire les malades A l'incommodit6 .des ma-
ringouins et des moustiques, don't les piqfires irritantes
6chauffent, enflamment la peau et troublent un sommeil repa-
rateur.
Les m6decins previendr6nt souvent la contagion, en
ayant un surtout de toile ou de taffetas gomme, en 6vitant de
palper ou de tater le pouls des maladies, lorsque leurs mains
sont en sueur, et en n'entrant jamais dans I'h6pital sans
avoir pris prealablement une boisson tonique.
Les nouveaux d6barques se pr6serveront le plus sou-
vent des diarrh6es qu'on regarded comme end6miques aux
colonies, en usant mod6r6ment des fruits et des boissons spi-
ritueuses et en se privant de toutes crudites qui les engen-
drent.
a On recherchera le sue du fruit de l'oranger, du tama-
rinier, quelquefois de l'ananas... on cherchera dans les me-
.lons d'eau et dans l'eau du fruit du cocotier, prise mod6r6-
ment, des rafraichissements utiles et agrdables, si un vide
constitutionnel ne s'oppose pas A leur usage.
( On exigera grande propret6 de linge dans ces pays oh
la transpiration est excessive, afin d'6viter les affections cuta-
nees.
( On aromatisera avec des branches d'orangers ou au-
tres plants les lieux oh sent morts les malades atteints de
fievre maligne; on les sanifiera par l'aspersion de vinaigre,
en se frottant les mains avec des citrons coupes en deux, et
qui sont communs en ces climats; on Evitera, pendant cer-
taines 6poques de l'ann6e, I'usage des poissons qui fr6quen-
tent des fonds cuivreux, ou plutOt qui se sont nourris de






- 21 -


babies de mancenillier; ou bien l'on s'assurera de leur ino-
cuitd en les mettant bouillir avec une cuillere d'argent qui
noircira si le poisson a contract des qualitds v6n6neuses.
< Pour bien se porter aux colonies, il faut d6jeuner soli-
dement, .d'aprbs 1'usage du pays, mais souper tres peu.
On s'abstiendra, pour boisson, des eaux sAumAtres
des lagons, qui tiennent en dissolution 'des matibres organi-
ques corrompues et I'on filtrera, pour l'usage, les eaux des
rivibres limoneuses.
< On choisira pour boisson l'eau des rivieres basses, si
communes aux Antilles, et qui roulent leurs eaux limpides
sur un galet poli, de pr6f6rence A celles des rivieres, pro-
fondes et don't le lit nourrit des plants sujettes a se decom-
poser; les premieres, toujours agit6es, contiennent beaucoup
d'air.
(( II faut eviter de boire de l'eau froide ou de se baigner
dans une rivibre lorsqu'on a chaud, et de s'exposer enfin a
la transition subite du chaud au froid ,.

































B










CHAPITRE III

ADMINISTRATION DES HOPITAUX




Chaque habitation, ou A peu prbs, avait son h6pital. Da-
zille 6tait le m6decin de quatorze h6pitaux de manufactures
dans le bas du quarter Morin et de trois A Limonade. Ordi-
nairement, on mettait les negres malades coucher par terre
sur des nattes, dans leurs cases ou les hangars des hopitaux.
11 recommande qu'on leur fasse des cadres pieds garnis de
cordages, pour recevoir des matelas de coton, de leur donner
a moins des paillasses bien entretenues... ( L'homme de
bien qui gouvernait ces colonies, dit Dazille, en parlant de
M. Dumas, m'ayant ordonn6 de prescrire indistinctement a
tout 8tre malade, de quelque couleur qu'il fit, tous les secours
qui pourraient lui etre donn6s, je demandai des draps pour
les negres et meme du vin, lorsque cette liqueur leur etait
indispensable dans la convalescence. Mais M. P.... s'oublia
tellement dans cette circonstance, qu'il envoya par dcrit une
.defense express A l'h6pital de donner, dans aucun cas, du
vin aux negires malades... Les draps donn6s aux negres me
valurent la menace d'etre envoy en France. ,
On soignait, au contraire, dans les h6pitaux des grandes
villes (Cap, Port-au-Prince, L6ogane, etc...) les matelots et
les soldats. Ces h6pitaux 6taient donnes a l'entreprise. Les
entrepreneurs recevaient 24 liv. par jour pour certain ma-
lades et 6 liv. 15 "s. pour les autres. L'ordonnance du Roi







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pr6voyait un apothicaire pour 50 malades, un aide-chirurgien
pour 1o officers et un pour 25 soldats ou matelots; un inflr-
mier pour deux officers et un pour 25 malades, blesses ou
v6n6riens. Pourtant, Dazille ne. pouvait meme pas obtenir
un apothicaire pour 200 mal-des, un aide chirurgien pour
ioo f6bricitants. Le nombre des infirmiers 6tait reduit, la
mortality devenait excessive, mais l'entrepreneur faisait une
fortune 6norme. (( L'h6pital, dit Dazille, oh ces ddsordres
paraissent avoir 6te ports le plus loin, est celui qui 6tait place
au bord de la mer, pres du bac, et vis-h-vis de la maison du
fermier de ce passage. Dans cet hospice, des mourants sont
rests dans leur ordure pendant 24 heures, sans avoir pu
obtenir d'etre changes de linge, et ils croupissaient dans ce
cruel dtat pendant l'intervalle d'une visit a l'autre; et le
m6decin, ne pouvant obtenir des entrepreneurs ce que I'hu-
manit6 seule aurait dO les d6terminer A faire, futoblig6 dCn
porter des plaintes h MM. les Administrateurs g6n6raux, en
presence des entrepreneurs qu'ils en avaient pr6venus:
scene avilissante pour l'humanite, qui devrait faire proscrire
A jamais des colonies 1'Administration des h6pitaux par en-
treprise. )
Pour rem6dier aux d6pr6dations des entrepreneurs, il
faudrait que 1'Etat administre lui-meme les h6pitaux : ( Dans
les temps malheureux d'6pidemies, dit Dazille, oi trop sou-
vent la dizette et la chert6 des objets de premiere necessity
forcent h une augmentation de d6penses, qui mieux que le
Roi peut en supporter les frais ? Ne donne-t-on pas toujours
en pareil cas Ides indemnit6s A l'entrepreneur ? Et dans les
cas ordinaires, oh il y a beaucoup A benficier sur le prix fix6
pour chaque journee d'h6pital, qui peut, mieux que les Com-
missaires de la Marine ou autres Officiers d'Administration,







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faire rentrer ce b6enfioe dans la caisse de Sa Majestt, toute-
fois avec une 6conomie si sage, si prudent, et si just qu'elle
ne puisse nuire A I'humanit6 souffrante.
< D'ailleurs, MM. les Administrateurs gen6raux ne sont-
ils pas toujours les maitres de charger de ce soin important
et d61icat les hommes qui auront m6ritM leur conflance ? II
serait trop affligeant de penser qu'ils ne trouvent personnel
qui en soit digne, et I'administration par entreprise ne les
force-t-elle pas A s'en rapporter sur beaucoup d'objets aux
Entrepreneurs ? Qu'ils en fassent des Economes pour le Roi,
m8me des Administrateurs; qu'ils propo'tionnent les r6com-
penses et les dignit6s a l'6tendue des services qu'ils auront
rendus et a la grandeur des sacrifices qu'ils auront faits;
que malgr6 la confiance qu'ils leur accordent, ils les surveil-
lent encore; qu'ils 6tablissent surtout un tel ordre, que la
fraude et la rapine en so.nt 6pouvantdes, et qu'il soit impos-
sible a tout employee de s y livrer sans 6tre reconnu pour un
malhonnete homme. ,
En plus de la renonciation A I'administration par entre-
prise, Dazille conseille, pour am6liorer le sort des malades,
la creation d'une maison de sante au Dondon. Les soldats y
trouveraient de l'air pur, une eau potable excellent, des
16gumes et des fruits, et des animaux de boucherie qui les
pr6muniraient contre le scorbut di aux viandes salees.
Enfin, il demand que chaque espece de malades ait une
salle qui lui soit particulibrement affect6e, qu'il y ait des
latrines s6pardes pour les malades atteints de diarrhea et de
dysenterie et que l'on envoie dans les h6pitaux des Soeurs
Grises. ( Les avantages, dit-il, qui doivent les faire prdfdrer
aux hommes aupres des malades, sont leur douceur, leur
patience, leur propretd, l'habitude de la vie s6dentaire, leur.







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assiduit6, leur Constance, leur d6vouement, vertus qu'elles
doivent A leur sexe, a la manibre don't elles ont 6t6 levees,
ainsi qu'au vaeu de leur institute. ,
Decourtilz, pour 6pargner aux m6decins arrivant A Saint-
Domingue, la peine de rechercher. tous les rbglemnts r6gissant
les h6pitaux des colonies pour s'y conformer, resume pour
eux les recommendations qui s'y trouvent. Les voici :
( On dtablira de pr6f6rence les h6pitaux dans les mor-
nes, sur une plate-forme bois6e et oh l'air circle facilement.
( N'admettre dans chaque salle que deux rangees de lits
don't les rideaux seront toujours ouverts, afln de prot6ger
la libre circulation de l'air, et exposer les draps dbs que le
malade en sera sorti, avant de refaire la couverture du lit.
Surveiller les infirmibres negres qui manquent de soins, de
vigilance et d'exactitude, et qui, trop souvent, par une routine
meurtriere, se permettent d'administrer, de leur chef, aux
malades, des aliments, boissons et l6dicaments quelquefois
tres contraires, ou meme funestes A leur etat.
c Fixer la quantity d'infirmiers noirs A un pour dix
malades. Les fournisseurs ne doivent pas prescrire eux-me-
mes les fournitures; il serait A propos aussi d'6viter les
liaisons d'inter8t entire les fournisseurs, les administrateurs
et les medecins, chirurgiens et pharmaciens, ou les abus se
multiplieront toujours; on en devine ais6ment la cause.
( Ne point confier la distribution des rembdes A des
n6gres ignorants, don't les erreurs, meme involontaires, peu-
vent 8tre mortelles.
< Ne pas varier l'heure des distributions, de peur de
causer l'inanition des convalescents.
( En raison de la nature du climate, oii la maladie change
promptement de caractere, les visits des m6decins doivent







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se faire deux out meme trois fois par jour, d'aprbs l'urgence
des cas. Car, peut-on prononcer sur le sort d'un malade en
danger d'apres le rapport d'un infirmier ? Que deviendra le
moribond avec cette s6curitd funeste et inhumaine ? Aug-
menter dans ce cas les emoluments des m6decins chirurgiens
et infirmiers.
a Exiger du m6decin europeen, deux ans de pratique
dans un h6pital de la colonie, avant de parvenir A la place
de medecin en chef. Le m8me reglement serait applicable
aux officers de sante qui se proposent de s'6tablir dans la
colonies, oit les maladies ne se traitent point copime en Eu-
rope, et qui devront Wtre pr6alablement examines par un Jury
medical qui d6ciderait de leur capacity.
( Eloigner le cimetibre .des h6pitaux, autant pour les
garantir des emanations morbiferes, que pour en 6ter la vue
aux malades et convalescents p6niblement affects et inquiets
de ileur sort future.
( Surveiller l'exactitude des inhumations exdcut6es par
les noirs, qui souvent les font imparfaites par nonchalance ".
Les moyens de proprete consistent :
( A laver les mains et les pieds de ceux qui arrivent
A l'h8pital, A nettoyer souvent les vases destines A tous les
usages;
A porter au grenier le linge sale. et le tenir 6tendu
sur des perches jusqu'a l'instant oft il doit 6tre mis A la les-
sive, en observant de ne point laisser sojourner dans les
sales, et de longer dans l'eau jusqu'a la m8me 6poque,
celui qui a servi aux pansements. A rebattre, a carder les
lines des matelats; A lessiver leurs toiles ainsi que celles
des paillasses tous les six mois; a renouveler souvent la
paille des lits;







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( A 6tablir dans les h6pitaux, proximtt6 de l'eau, au-
tant de baignoires qu'il y a de sales, afin de ne pas les faire
servir alternativement aux galeux, aux v6ndriens, et aux f6-
bricitants;
( A peindre, a vernir interieurement et extdrieurement
les baignoires en bois;
< A arroser les planchers des sales avec de I'eau mr16e
de vinajgre, et a les balayer tous les jours; A laver le car-
reau avec des. ponges, et A le s6cher aussitot avec de la
sciure de bois pour 6viter les inconvdnients de la trop grande
humidity ;
< A blanchir au moins une fois l'ann6e les murs et les
plafonds des sales avec un. lait. de chaux; a laver les bois de
lits et des. croise.s, les tables, les planchers memes, avec
de I'ela de chaux, ou du moins avec une forte lessive alca-
line;
( A fournir aux malades des craehoirs, ayant la pr6cau-
tion de changer tous les jours les draps qui en tiendraient
lieu;
( A fournir abondamment les malades de chaises perches
pour remplacer celles enlev6es a measure des besoins; en n'en
plagant toutefois qu'auprbs de ceux affects gravement; en y.
tenant toujours de l'eau et lavant exactement leurs sieges,
recouverts exterieurement et interieurement d'une forte cou-
che A l'huile siccative, ou mieux goudronn6s;,
( A placer les latrines le plus avantageusement qu'il
se pourra, afin que leur odeur n'incommode point les ma-
lades; A en laver tous-les jours les sieges, les paves, et A les
6tablir, s'il est possible, sur un courant d'eau, ayant assez
de chasse pour entrainer continuellement les maties A







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maintenir les portes des latrines d'un poids qui puisse les
tenir toujours fermees;
( Empecher aux convalescents de sortir de I'hopital de
peur de communiquer la contagion, s'il existed dans l'inte-
rieur de I'dtablissement des maladies de mauvais caracteres.
( Les m6decins et chirurgiens peuvent 8tre aides, dans
les operations, par des negres, mais ceux-ci ne pourront ni
soigner, ni faire aucun pansement, a moins qu'ils n'aient
fait preuve de capacity (Extrait du raglement adopt pour
l'HOpital du Cap Frangois, le i" septembre 1787).
Les matelots malades transports a l'h6pital seront
sous la surveillance immediate des m6decins et chirurgiens
de cet 6tablissement. Les m6decins du bord qui viendraient
les visitor ne pourront rien leur prescrire, et devront se bor-
ner aux observations qu'ils croiront n6cessaires. 11 sera
dress, chaque semaine, un etat des malades, sur lequel on
indiquera la nature des maladies dominantes, et les moyens
curatifs qui ont ete employes. Ces etats seront signs par le
medecin et le chirurgien.
( Les officers auront un domestique blanc par quatre,
et un noir par trois, sauf A augmenter en cas de n6cessitM.
Si un officer prend un domestique a lui, ce domestique sera
A ses frais.
( La ration du matelot ou soldat, ou entretenu, sera par
jour de 26 once de viande de boucherie de bonne quality;
vingt onces de pain blanc frais et bien cuit; plus une chopine
de vin.
( Pour varier on donnera une forte volaille pour qua-
tre rations et demie de viande, et du vin blanc quand le m6-
decin et le chirurgien n'y trouveront pas d'inconv6nient.
Tous les jours 7 heures du matin, on porter dans







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les infirmeries un bouillon maigre aux herbes, fait au beurre
ou la .mantegue. A dix heures, on distribuera le bouillon
gras, la viande et le vin. II est d6fendu de rien r6server pour
le lendemain, soit bouillon, soit viande quelconque.
< Chaque soldat malade sera couch seul, il aura sur
une couchette un matelas de crin ou de barbe espagnole, une
paillasse, un traversin de paille de mil, mais ou bananier;
une couverture de laine ou de coton.
< II doit y avoir trois paires de draps, six chemises et
six bonnets de toile pour chaque lit. La vaisselle sera de
fer blanc. II y aura des chaises perches et autres ustensiles
A l'usage des malades.
< Les portes ,de l'h6pital seront fermres pendant la nuit,
et ne pourront 6tre ouvertes avant le matin, sans l'ordre des
chefs.
On fait imprimer les billets d'entree et de sortie, les
6tats et les extraits mortuaires ).
Sur la fagon -dont dtaient tenus les registres des h6pi-
taux, nous avons des pr6cisions, grace i Dazille
( Un aide-apothicaire est charge d'6crire les rem6des
ordonnds par le medecin; un 6elve en chirurgie, les saignees,
les cataplasmes, les fomentations, le pansement des v6sica-
toires, et un commis des entrepreneurs ou ,de la RWgie, ecrit
tout ce qui concern le regime : de sorte qu'A sa visit sui-
vante, le m6decin, pour se rappeler son ordonnance, est
oblige de parcourir successivement trois cahiers diff6rents;
souvent meme, pressed par le temps, il ne peut y jeter les
yeux ,.
Mais Dazille simplifie les choses:
( Partout oil j'ai fait le service de l'h6pital, j'ai eu deux
livres de visits sur lesquels etait ecrit exaetement tout ce










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qui conoernait la pharmacie, la chirurgie et le regime. L'un
6tait tenu par I'apothicaire, I'autre par un chirurgien. Ma
visit 6tait egalement suivie dans chaque salle par le pre-
mier e61ve-chirurgien qui y etait attache en chef. II me ren-
dait compete, son cahier A la main, des effects des remedes,
des changements survenus, de ce qu'avait 6prouve le malade,
en un mot de tout ce qui s'6tait passe depuis ma derniere
visited.
( Ce chef de salle, charge de tout surveiller, maintenait
chacun a son devoir, et principalement les infirmiers. Pen-
dant ma visit, dans les affections de la gorge, il examinait,
en ma presence, la luette, les amygdales; dans le scorbut, les
gencives, les teaches des jambes, et ainsi des autres parties
affectdes, suivant le genre et 1'espece de maladie. II m'en ren-
dait compete a l'instant, ou me mettait en etat d'en faire moi-
meme l'examen, sans retarder le service... Par ces moyens,
j'ai pu visiter cent malades par heure, et dans les epid6mies,
m6me les plus longues et les plus opinigtres, j'ai obtenu des
succ6s qui, j'ose le dire, dtaient autant 1'effet de l'ordre que
j'avais etabli que des principles de nos grands maitres ,.
La r6daction des ordonnances se faisait toujours en fran-
gais. Mais au Cap, un Religieux de la Charit6 ne pouvait
s'empecher de les r6diger en latin, alors m8me qu'elles lui
6taient dictees en frangais.












CHAPITRE IV


OBSTETRIQUE ET PUERICULTURE




Avant d'aller plus avant et d'envisager un peu dans le
detail les maladies les plus fr6quentes A Saint-Domingue,
essayons de nous rendre compete du cas qui 6tait fait de la
femme enceinte et de l'enfant, au double point de vue hygid-
nique et thdrapeutique.
On comprenait, depuis lors, la pudriculture pr6-concep-
tionnelle. Nous lisons, en effet, sous la plume de Descour-
tilz qu'il fallait ( s'opposer pour le bien de la post6rit6 A
l'alliance d'un phtisique qui, en portant la contagion, donnera
pour heritage A ses enfants, des infirmit6s et d'autres mala-
dies que les remedes souvent ne peuvent gu6rir et (( comme
c'est de la sante6 des peres et meres que depend souvent celle
des enfants, indiquer aux premiers tous les moyens capable
de fortifier leur constitution ".
La pu6riculture intra-ut6rine et post-partum est envi-
sag6e avec precision. Ecoutons Dazille: < Les m6decins et
chirurgiens charges de veiller a la conservation des negres
doivent visiter scrupuleusement tous les huit jours les ne-
gresses grosses pour s'assure si dans cet intervalle il ne
s'est pas d6clar6 quelque maladie, surtout du genre des vdn6-
riennes, parce qu'il est indispensa.blement n6cessaire d'en
faire le traitement pendant la grossesse.
(( I1 n'est pas rare de voir ces infortunds venir au monde







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tout couverts de pustules ven6riennes. Leur peau n'ayant
alors aucune consistance est quelque fois d6chir6e en piu-
sieurs endroits de la maniEre la plus hideuse.
< Ici l'humanit6 et l'intdret se r6unissent pour inviter
les propri6taires et leurs repr6sentants a n'occuper les n6gres-
ses grosses qu'aux travaux les moins p6nibles, surtout pen-
dant les derniers temps de leur grossesse, et a les faire pas-
ser, des l'instant que les premieres douleurs se d6clarent,
dans la salle particulire. Si le moment de l'accouchement
arrive avant qu'on ait eu le temps de gu6rir les sympt6mes
v6n6riens, on peut, en toute sdcuritd, d&s que la fi6vre de lait
sera terminde, reprendre 1'usage de la panache mercurielle
a la dose de deux grains par jour.
( Le lait de la mere suffit A faire rendre le m6coniurn,
mais lorsque le nouveau-ne a des tranchdes, il faut lui donner
tous les jours, jusqu'A leur cessation, une ,demi-cuilleree
d'huile de palma-christi. Quand les tranch6es ne cedent pas,
malgrd tout, il faut administer quatre A cinq gouttes de lau-
danum de Sydenham, dans une ou plusieurs cuiller6es du
lait de la mere...
( Les enfants meurent de convulsions. Elles se manifes-
tent souvent au moment de la dentition. Pour les prdvenir ou
les faire cesser, il faut inciser la gencive dans son milieu
et selon la direction de la machoire ,.
Si nous ne sommes plus tout A fait d'accord avec Dazille
sur le traitement des tranch6es et des convulsions des nou-
veau-n6s, nous ne pouvons que le fl6iciter sur les moyens
qu'il propose pour reconnaitre qu'une bonne'nourrice mer-
cenaire est saine. ( I1 imported de s'assurer qu'une nourrice
est n6e de parents sains et robustes, et qu'elle n'a eu dans
son enfance aucune incommodite suspect de rachitis, de









scrophule, d'6pilepsie, etc.., attend qu'elle pourrait en avoir
les germes en elle, et les communiquer A son nourrisson; il
faut .galement observer avec le plus grand soin l'etat de ses
enfants ),.
Pour reconnaitre les qualities du lait de femme, il recom-
mande d'en imbiber un linge blanc sur lequel on ne doit en
apercevoir aucune trace lorsqu'il est sec, mais il convient que
( les vices de cette liqueur sont, A la v6rite, souvent imper-
ceptibles aux sens, et il est meme arrive que des semences
morbifiques ont Wet transmises avec un lait de bonne appa-
rence ).
II reconnait aussi la grande fr6quence des vers intesti-
naux chez les enfants. Dans sa pratique, il administre sur
les habitations don't il est le m6decin et conseille d'adminis-
trer aux enfants le vermifuge suivant : de une cuiller6e a
cafe A une cuiller6e et demie a bouche de la solution d'un gros
d'aloes ,dans une pinte de tafia.
Descourtilz a le meme souci de la sant6 des enfants et
fait les recommendations suivantes :
(( Employer r6gulibrement, surtout dans la saison plu-
vieuse, les vermifuges pour les enfants a peine sevr6s, afin
de les garantir des convulsions qui sont presque toujours
mortelles. La presence des vers complique toujours leurs ma-
ladies dans miles pays chauds. Ne point 6couter les raisonne-
ments absurdes des bonnes femmes qui pr6tendent qu'on doit
abandonner A la nature le soin de la gu6rison des maladies
chez les enfants, ayant elles-memes l'audace de prescrire
un traitement aventur6 qui dbvient presque toujours' fatal.
L'experience a prouv6 que les maladies d'un enfant
docile, sont faciles A gu6rir, en raison du pouvoir d'une na-
ture riche en moyens a cet age. On doit done r6primer leurs


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caprices et tromper adroitement leur aversion pour les m6di-
caments lorsqu'il est indispensable de les ordonner, surtout
pour .dtourner I'influence des maladies hereditaires.
( Supprimer la bouillie et le moussa aux enfants comme
la plus mauvaise nourriture qu'on puisse leur offrir, et les
alimenter de preference avec des soupes lgberes, des panades,
de la creme de riz au lait: on ne doit leur donner de la
viande que Jorsqu'ils ont des dents pour la broyer.
( Les aliments sal6s, s6ch6s, fumes, les viandes grasses,
les bouillons consommes sont contraires aux enfants ,.
Si nous passons du point de vue de la pu6riculture A
celui de I'obst6trique, nous notons des faits tres interessants.
D'abord, les matrones qui presidaient A l'accouchement
des negresses esclaves semblaient avoir &te d'une ignorance
peu commune, s'il taut en croire Dazille, qui nous rapporte
le fait suivant : < En 1778, pendant la maladie de M. Balay,
chirurgien charge des accouchements sur l'habitation de Mme
de Bellevue, quarter de Limonade, le 20 fdvrier A minuit,
je fus appel6 pour aller au secours de deux n6gresses que
l'on croyait en travail. La plus avancde dans sa grossesse
etait encore A quatre mois de son terme; mais elle etait fille
de la sage-femme de l'habitation qui, persuade que la vo-
lonte de la femme grosse avangait ou retardait I'accouche-
ment, etait, au moment ou j'ar;ivais, dans la plus vive colbre
contre sa fille, de ce que son travail n'avangait point. Sa
furAur 1'avait port6e jusqu'a lui donner des coups de poings
sur le visage et plusieurs coups de genou dans le ,dos, ne
cessant de rep6ter que c'dtait une coquine qui retenait ses
douleurs ,.
Par contre, les m decins paraissent avoir 6td tres appli-
ques leur tache.







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Nous trouvons sous la plume de Poupp6-Desportes une
s6rie d'observations obltdtricales qu'il nh'eet malheureuse-
ment pas possible de reproduire. Une d'elles concern une
femme enceinte de cinq mois, qui eut une pneumonie, fut
soignee par des saignes et de la revulsion thoracique et finit
par guerir et accoucher a terme id'un enfant bien portant.
Une deuxieme se rapporte A une femme accouch.e sponta-
n6ment, mais d6livr6e incompletement. Elle eut une infec-
tion puerpdrale qui disparut graduellement a la suite de l'ex-
pulsion en deux fois de gros debris placentaires. Une troi-
sieme histoire a trait A une femme qui faisait un avortement
de trois ou quatre mois, mais-la tate de I'enfant dtait rete-
nue par le col de la matrice insuffisamment dilate. Pouppd-
Desportes la mit dans un bain, lui fit boire du vin et un quart
d'heure aprbs, elle expulsait le foetus et I'arriere faix. Ce
m6decin prefere ordi-nairement ne pas recourir aux moyens
mutilants; il y fut cependant acculd dans un cas oti il dut faire
une craniotomie.
D'autre part, I'histoire de Suzon cont6e par Dazille
denote chez celui-ci une connaissance de la pratique
obst6tricale, don't il peut 6tre fier a just titre. ( La
n6gresse, nommee Suzon, de I'habitation Desglereaux, du
Quarter Morin, a environ trois pieds de haut et est affected
d'une gibbosite considerable, qui lui 61eve le sternum pres-
que jusqu'au mention. Cette difformit6 n'empeche pas qu'elle
devint grosse en 1779, du fait d'un jeune n6gre, d'une taille
de plus de pieds six pouces. Mais, des le cinquibme mois,
le volume de la matrice repoussait tellement le diaphragme,
et celui-ci les poumons, que les movements d'inspiration et
d'expiration se faisaient avec une tres grande difficult. On
lui fait huit saign6es dans les quatre derniers mois de sa gros-







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sesse. I1 faut observer que cette n6gresse ainsi contrefaite
a cependant le bassin assez bien conform; mais en consid6-
xrant le volume excessif de son venture, les accidents qu'elle
avait eprouv6s dans sa grossesse et surtout la grandeur, la
force et la vigueur du pbre de l'enfant, je m'dtais persuade
que l'op6ration c6sarienne 6tait indispensable. Tous les es-
prits y etaient prepares, mais quelle fut ma surprise et
ma satisfaction, lorsque je vis comme dans tous les accou-
chements naturels, les eaux par leur effort continue, s'enga-
ger peu A peu avec les enveloppes en forme de coin dans
l'orifice de la matrice, et les contractions successives de ce
viscere pousser avec une lenteur sage et gradu6e la tete de
l'enfant qui, d'une part, pregnant la forme oblongue, autant
que la consistance de ses os le permettait, se moula au pas-
sage, et de l'autre, 6carta avec la meme sagesse et la meme
lenteur les os pubis, ainsi que cela se passe chez les femmes.
( A measure que cette heureuse gradation devenait plus
sensible et que le travail avangait, la tWte de I'enfant, dans
toutes les contractions de la matrice, continuant ses mouve-
ments pour se mouler au passage, s'engageait peu A reu
dans le detroit inf6rieur du bassin. Elle accoucha heureuse-
ment, apris trente-huit heures de travail, d'un gros gargon
vivant et bien constituM, qu'elle a nourri et elev6 ,.
L'accouchement une fois fait, voici qu'elle 6tait la con-
duite tenue relativement A la surveillance de la femme, A la
d6livrance artificielle ou naturelle : (, Aprbs avoir li6 le cor-
don ombilical suivant les, rgles..de..'art,; le premier soin de
l'accoucheur est de mettre la main sur le bas-ventre de la
femme pour s'assurer si la matrice se contract, ou si elle
reste dans l'inertie. Dans le dernier cas, il faut l'agacer, la
titiler et m8me quelquefois appliquer sur le bas-ventre des







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serviettes imbibes d'oxicrat froid, ce qui est indispensable
lorsqu'il survient h6morragie...
(( Sur toutes les habitations ot j'ai 6te charge des accou-
chements, les n6gresses attendaient que le placenta fut des-
cendu de lui-meme dans le fond du vagin, et ce n'6tait qu'a-
lors qu'il leur 6tait permis de .d6livrer ? Lorsque cette at-
tente se prolongeait trop, I'on m'envoyait chercher, rnais cela
est tres rarement arrive, et c'est en parties a la sagesse de
cette m6thode qu'a et6 du I'avantage qu'il ne soit survenu sur
ces habitations aucun accident de ce genre pendant tout le
temps que j'ai 6t6 charge de cette partie... et dans l'espace
de prbs de sept anndes que j'ai passes a Saint-Domingue,
je n'ai pas W6t appel6 une seule fois la nuit sur les habita-
tions oui j'avais 6tabli cette regle.
La matrice 6tant contractee sur le placenta, I'accou-
cheur met le cordon autour .de deux de ses doigts et porte
ensuite l'index et le m6dius de l'autre main sur la racine
du placenta. Alors, en 6branlant cette masse par de petits
movements, il la fait descendre peu A peu dans le fond du
vagin ).
Dazille, dans les suites de couches n'a trouv6 que la
lymphangite du sein : ( L'affection la plus frdquente est I'en-
gorgement des mamelles. Le meilleur rdsolutif est I'applica-
tion .de feuilles de palma-christi sur les mamelles, a moins
que le lait coagule dans les vaisseaux ne se soit endurci; car
alors il est difficile d'6viter les dep6ts, don't il faut hater
la maturity par les cataplasmes de mie de pain et de lait ,.
Pouppe-Desportes, au contraire, nous prdsente un beau
cas d'Cclampsie convulsive du post-partum : (( Une dame
ayant accouch6 fort heureusement, elle perdit connaissance
six heures aprbs sa couche, la langue devint 6paisse, les vui







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danges se supprimtrent, le venture se gonfla et devint dou-
loureux. Elle 6tait depuis quatre heures dans cet 6tat, lors-
que je fus appel6. Je la fis sur le champ saigner du pied. Les
convulsions se mirent de la parties; la matrice devint d'une
duret6 considerable. Trois heures apres je fis faire une sai-
gnee du pied trbs copieuse, et appliquer sur le venture des fo-
mentations ou .cataplasmes avec l'absynte sauvage, le pois-
puant et la verveine-puante qu'on fit bouillir dans parties 6ga-
les d'eau et de vin blanc. On les renouvelait de trois en trois
heures, et on donnait A chaque fois un lavement de la d6coc-
tion des m6mes herbes. Je n'ai jamais tant eu lieu de me
d6sesp6rer id'un malade que de cette femme-lI. Outre ces acci-
dents, elle avit la rate tres gonfl6e depuis plusieurs ann6es,
un visage tres bouffi et plomb6, des jambes tres enfl6e, tous
signes avants-coureurs d'hydropisie ou de diarrh6e. La ma-
lade passa la nuit dans un etat d'agonie. Je la trouvai le matin
un peu moins agit6e, la langue b6gayante, le venture toujours
gonfl6, tendu et douloureux. Je la fis encore saigner du pied,
et lui fis tirer au moins quinze onces de sang. Quatre heu-
res apres cette saign6e, les vuidanges commencerent a parai-
tre, et augmenterent peu A peu, de maniere que Idans vingt-
quatre heures tous les facheux sympt6mes cesserent. Au bout
de huit jours, nous purgeAmes la malade avec de doux hydra-
gogues, et on les lui r6it6ra sept ou huit fois ,.
Nous ne sommes pas peu dtonn6 d'apprendre la raison
d'un traitement si ad6quat. Ecoutons-la: ,( Cette dame 6tant
menace depuis trois a quatre ans d'hydropisie, on 6tait en
quelque fagon garanti par les accouchements, dans lesquelles
elle rendait une prodigieuse quantity d'eau. Dans celui-ci, elle
n'en rendit presque point, et ce fut sur ce fondement que je
posai la m6thode don't je me suis servi avec succes dans cette
maladie ,.









.CHAPITRE V


TETANOS




Le t6tanos n'6tait pas une maladie trbs rare a Saint-
Domingue. On le distinguait en essential et en accidental. Le
premier survenait lorsqu'6tant en sueur, on s'arr8tait dans les
lieux bas, trop frais ou trop humides, le second apparaissait'
A la suite de blessures, quoique l'air frais et, humide fat
encore consid6r6 comme sa veritable cause. C'est dans cet
ordre d'id6es qu'on a cherch6 l'explication de sa plus grande
fr6quence chez les enfants negres que chez les blancs, ceux-
ci 6tant logs dans des maisons mieux fermies et dtant in-
comparablement mieux couverts. Dazille est tellement pln6-
tr6 de la valeur de cette 6tiologie, qu'il r6clame dans les
h8pitaux la construction d'une salle sp6ciale, s6par6e par une
cloison, oh l'on mettrait les blessds et les femmes en cou-
ches, afin de pr6venir le t6tanos. Elle devrait 8tre faite en
magonnerie et d6pourvue de portes et de fenetres du c6te
des brises regnantes. ( Au Cap-Frangois, dit Dazille, la brise
du large venant du c6t6 nord et celle de terre du c6t6 sud, les
ouvertures seront pratiquees A l'est et h l'ouest, afir de re-
nouveler I'air autqnt de fois qu'il sera n6cessaire sans nuire
aux bless6s p.
A propos de la capacity de ces sales, il croit qu'une salle
.de cinquante lits suffirait a l'h6pital du Cap, mais que sur
les habitations il faudrait une salle de dix lits pour cent n6-







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gres, une de seize lits pour deux cents negres. Ces chiffres
nous donnent une id6e de la fr6quence.du tetanos parmi les
esclaves. Elle dtait peut-8tre plus grande parmi les nouveau-
nes. Certains y cherchaient la cause dans la plaie ombili-
cale, au point qu'on recommandait, pour prevenir le t6tanos,
1'expression du bout fetal du cordon, apres section. Elle
provoquait .la momification rapide du cordon au lieu de sa
putrefaction.
II y aurait meme eu, d'apres Dazille, des cas de tetanos
A la fois experimental et criminal. ( Certains n6gres, dit-il,
pour ruiner leurs maitres ou par jalousie, a cause de la,situa-
tion privil6gi6e accord6e A d'autres esclaves, faisaient pdrir
les nouveau-n6s de t6tanos, au point qu'on empechait les
negres strangers d'entrer dans la chambre de I'accouch6e
avant le onzieme jour... Quelques avorteuses ont avou6 avoir
perp6tr6 ces crimes, sans vouloir d6clarer les moyens qu'el-
les ont employs pour les commettre ,. Nous sommes ten-
t1s de croire qu'elles se sont services de vieux ciseaux souill6s
de bacilles de Nicolaer.
Par ailleurs, les m6decins tAchaient de d6pister Jes pre-
miers signes de ce mal et s'appliquaient meme a distinguer
si la difficulty que des nouveau-n6s avaient pour prendre
le sein et les plaintes qu'ils poussaient etaient un effet de leui"
d6bilite, de l'hdrddo-syphilis ou du tetanos.
Le traitement, toujours infructueux, de l'infection t6ta-
nique chez le nouveau-n6, se r6duisait A administration
de laudanum de Sydenham per os, en lavements et en appli-
cations sur la plante des pieds.
II faut dire aussi que le t6tanos a Wt6 tenu pour respon-
sable de beaucoup de cas de mort dus, en r6alit6, A des
causes tout autres ? Les meres de dix enfants etaient dis-







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pens6es des travaux de l'habitation. Malgrd cela, les infanti-
cides 6taient frequents. Dans une habitation, ce n'est qu'au
32e enfant mort qu'on d6couvrit le crime, car les nouveau-
nds succombaient tous dans les neuf premiers jours de leur
naissance : ( Le chirurgien de l'habitation, ayant trouv6 ce
32 enfant tres portant, le o10 jour de la naissance on fit
compliment au propri6taire, mais le lendemain de la visit,
on lui dit que l'enfant qu'il avait trouv6 si bien la veille etait
mort de t6tanos dans la nuit.
< Le chirurgien soutint que cela 6tait impossible. L'en-
fant fut'exhum6, et l'on reconnut qu'il avait W6t 6touff6 avec
plusieurs bouchons de filasse qu'on avait introduits dans
l'cesophage et la trachde-artere. Ce ne fut que sur l'6chelle
et pendant que le fouet faisait ruisseler le sang de cette mere
abominable, qu'elle r6v6la le crime de l'atelier enter; en
disant qu'elle n'6tait pas plus coupable que les autres n6gres-
ses qui avaient fait p6rir leurs enfants de la meme manibre ,.
Le t6tanos, qui a faith de nombreuses victims parmi les
esclaves n'a pas .davantage 6pargn6 les colons. M. Leydet,
habitant A I'embarcadere de la Petite-Anse, tombe de voi-
ture et se fait une fracture compliqu6e de la jambe droite.
Sept jours aprbs, trismus, torticolis, dysphagie, et il meurt au
dixibme jour de la maladie. Un m6decin chirurgien du Cap
opere d'une glande au sein Mme Riortier, don't le maria est
procureur de l'habitation de M. de Menoud, au Quartier-
Morin, aprbs quelques jours, t6tanos, mort.
( L'ann6e suivante, pursuit Dazille, dans le quarter
de Limonade, M. le Chevallier de Caduch, ayant le bras
appuy6 sur la crosse de son fusil et tenant le bout du canon
sur son pied, le coup partit dans cette fAcheuse position.
Les grains de plomb don't I'arme 6tait charge int6ressbrent









plusieurs tendons. Cependant, les premiers accidents se cal-
merent, la suppuration s'dtablit parfaitement et le malade hut
dans le meilleur ,tat jusqu'' ce qu'un changement subit 6tant
survenu dans l'atmosphbre,, il fut pris, comme les deux bles-
s6s que je viens de citer, du t6tanos accidental qui le con-
duisit au tombeau. Je ne fus point appel6 pour donner mes
soins A M. de Caduch, mais ces details sont d'autant plus
exacts que je les tiens du chirurgien meme du malade, et d'un
ami particulier A ce dernier. L'accident arrive a M. de Ca-
duch a fait beaucoup de bruit A Saint-Domingue et le nord
survenu apres la blessure m'empecha moi-meme, pendant
quelques jours, de passer la rivibre et d'aller secourir quel-
ques-uns de mes malades qui me donnaient les plus grandes
inqui6tudes .
Dazille, persuade que l'humiditd et le vent sont les cau-
ses du t-tanos, insisted sur le nord dans ces trois cas. A pro-
pos du cas de M. Leydet, il nous dit : ( Les precautions
centre le vent et I'humidit6 furent prises avec c 6!rit6; on
s'appliqua A remplir exactement avec des draps les vides qui
dans ces sortes de constructions r6gnent toujours autour du
bAtiment, entire les faces lat6rales et la charpente du comble ,.
Le cas de Mme Riortier lui fait faire une autre r6fle-
xion : < Je n'ai jamais cesse de recommander de ne se ser-
vir de bistouri qu'avec la plus grande circonspection et seu-
lement dans les cas ndispensables ).
Le tetanos est distingu6 soigneusement de certaines au-
tres maladies convulsives : ( Apres la suppression des rbgles
et des lochies, il survient dans tous les pays du monde des
maladies spasmodiques, quelquefois meme des convulsions.
mais point le t6tanos ). Et d'ailleurs: ( les nbgres sont sou-







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vent porteurs de vers. Ils peuvent avoir la fibvre et des con-
vulsions qu'on confondrait avec le t6tanos ,.
Dazille a vu des cas de t6tanos survenir A la suite d'ex-
traction de dents, mais il protest centre la nature des rap-
ports de Pouppe-Desportes a voulu dtablir entire la petite
verole et le t6tanos : ( Pouppe-Desportes ayant vu un n6gre
attaqu6 de tetanos la suite d'une petite v6role, y voit une
relation de cause a effet. Cependant je n'en ai jamais vu au-
cun example et n'ai m8me jamais oui dire qu'il y en eut. Le
fait rapport par Pouppe-Desportes n'est pas impossible,
mais ce medecin 6tait si peu praticen, qu'on peut croire, sans
offense sa m6moire, qu'il a attribu6 a l'humeur variolique
un effet qui etait dui h tout autre cause ,.
Dazille, de son c6t6, a meme consider le tetanos comme
une complication tardive de la fievre putride. Mais l'obser-
vation qu'il rapporte pour corroborer son opinion relate que
le. quatribme jour de la fievre, trois saigndes avaient 6t6 fai-
tes et que le onzieme jour, soit sept jours aprbs, les. symptb-
mes du t6tanos (trismus et convulsions gen6ralisees) ont fait
leur apparition. I1 semble bien, dans ce cas, que la maladie
a ete inocul6e par l'instrument qui a servi A pratiquer les
saignees.
Enfin, s'il faut croire le meme auteur, ( des Comman-
deurs ont fait p6rir des esclaves dans les convulsions, en
impregnant 1'extremit6 de leur fouet de certain sues de plan-
tes acrimonieuses qui ne sont dle6tbres, comme quelques au-
tres poisons, que lorsqu'ils touchent imm6diatement les vais-
seaux ouverts ,.

La Prophylaxie du TMtanos. Conform6ment aux id6es
sur I'etiologie du t6tanos h cette 6poque 1A, la prophylaxie







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gen6rale consistait essentiellement : ne pas stationner dans
les lieux bas, trop frais et trop humides, h prendre des bois-
sons stimulantes, A donner une bonne literie et des couver-
tures aux esclaves.
Quand on est en presence d'une blessure et elle con-
siste le plus souvent en la piqfre du pied par des clous, sur-
tout des clous rouillis Dazille recommande de fire cou-
cher le malade, de ne pas dilacdrer la plaie (A moins que le
t6tanos soit declare), mais d'appliquer le plus promptement
dessus un ou deux ravets, ou deux plumaceaux imbib6s de
l'huile de cet insecte, de placer 1'extrdmite blessee un peu fl6-
chie, afin de garantir le malade de toute humidity. Et l'on
parviendra ainsi, croit-il, A eviter le tetanos. 11 ajoute m6me,
peut-6tre imprudemment : Sur toutes les habitations don't le
traitement des malades m'a 6te confi et oh I'on a voulu ob-
server la conduite que je prescris, je n'ai jamais vu le teta-
nos survenir ,.
11 est une autre fagon de realiser la prophylaxie du teta-
nos. Elle consiste A ( proteger les plaies et blessures du
contact de l'air. Pour cela, s'empresser de la couvrir d'un
linge double, former en mmie temps les portes et fenetres
de l'appartement et pendant tous les pansements, avoir un
rechaud pres de lapartie blessde. Ensuite on en fait l'examen
avec une bougie allumde et toute la c~l~rit6 possible... Sou-
vent dans les h6morragies, je ne me sers que de l'agaric aid6
d'une douce compression, et je ne me decide. au retranche-
ment d'un membre que lorsqu'il ne reste aucun moyen de le
conserver ,. (C'dtait de la chirurgie conservatrice avant la
lettre).
Enfin, il est un autre moyen de pr6venir ce mal; il rd-
side dans la caut6risation des plaies: Un negre, nomm6







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Pierrot, de l'habitation des Gldraux, du Quartier-Morin, en
ramenant de la petite habitation un cabrouet charge de vivres,
fut bless par .la roue a la jambe gauche. Un chirurgien voi-
sin, l'insu de Dazille, appliqua sur le champ sur cette bles-
sure un de ces .topiques acres et stimulants, dans lequel
on fit entrer le sel ammoniac. I1 mourut le neuvibme jour.
Un propri6taire ayant 6t6 visiter la sucrerie d'une habitation
eut le malheur de tomber dans une chaudiere de sirop bouil-
lant, dans laquelle il ne resta pas assez longtemps pour y
p6rir. Un m6decin de la ville voisine fut mand6 qui, en vue
de provenir le t6tanos, faisait panser quelques-unes des par-
ties bral6es avec de l'esprit. Les cris de ce malheureux, pen-
dant les pansements, se faisaient entendre jusque sur les habi-
tations voisines. La mort mit fin aux'tourments affreux qu'il
souffrit pendant le peu de jours qu'il vecut dans ce cruel etat.
A la suite des punitions corporelles inflig6es aux escla-
ves, on appliquait sur les places sanglantes, un melange de'
jus de citron, .de sel marin, et meme de piment, afin de pre-
venir les suppurations, la gangrene et autres accidents fA-
cheux. Plus tard, dans nos moeurs, on a pu retrouver ces pra-
tiques, mais elles sont simplement consid6res comme un raf-
finement de torture.

Traitement du Tetanos. Le t6tanos a 6t6 soign6 a
Saint-Domingue de diff6rentes fagons.
On employait parfois la m6thode des Espagnols. Elle
consiste a saigner aux quatre membres, lorsqu'il y a pl6thore;
a faire vomir trois ou quatre fois, a donner ensuite la th6ria-
que dans du vin. Le lendemain, on fait des incisions depuis
la nuque jusqu'au mollet, et on frotte de deux heures en
deux heures, nuit et jour, la parties incisde avec du Karatas








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cult sous la cendre qu'on pile, et don't on exprime le sue.
Si les incisions se cicatrisent, il faut recommencer.
Dans la m6thode des Negres, on fait infuser dans six
a sept pintes de jus de citron des racines ide verveine puante
et d'herbe a chiques, coupes par morceaux, de chacune une
poignde. On en frotte le malade depuis la tdte jusqu'aux pieds.
A cette friction en succede une autre faite avec une lessive
de cendre, dans laquelle on fait fondre la moitie d'une bri-
que de savon et on ajoute une bouteille de tafia. Apres cette
second friction, on en fait une troisieme avec le ml6ange
de graines de palma-christi boucanees, c'est-a-dire r6ties et
pilees dans une ou deux livres de mantegue fondue. Toutes
ces frictions se font alternativement, de fagon que le malade
ne reste point en repos, et que le corps est toujours humide.
Pour obliger le malade A souffrir patiemment toutes ces fric-
tions, on 1'attache a une echelle et a measure qu'un membre
entire en contraction, on le lie dans 1'attitude oii la violence
du mal le met et on le frotte plus qu'un autre. Lorsque le ma-
lade parait trop fatigue, on le d6tache et on Iui permet de
s'asseoir, et dbs qu'il est repose, on le remet sur l'echelle.
Pouppd-Desportes, lui, trait le t6tanos de la fagon sui-
vante : il faith prendre pendant trois jours et' de trois heures
en trois heures, une tisane compose essentiellement de s6nd,
casse, feuilles de petit m6decinier, sel d'Epsom. On y ajoute
alternativement de l'dmrtique ou de la poudre de cornachine.
I1 applique toutes les deux heures, sur les parties les plus
tendues, des cataplasmes et embrocations corrn oss de feuilles
et tiges .de pois puants, grande sauge, franc-bizin, calebasse,
musqude, manioc fraichement grage et lCgerement exprimd,
tabac en corde, savon, sel ammoniac, vin blanc.
Dazille dit de ces deux ordonnances qu'elles sont si char-






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g6es que, dans le plus grand nombre de cas, les convulsions
6tant g6nerales, le malade serait mort avant qu'il eft dt6 pos-
sible de reunir une suffisante quantity de ces plants (de pro-
prietds diverse) pour en faire des cataplasmes de la grandeur
des parties affectees de spasmes, et les renouveler toutes les
deux heures.
Dazille soigne ses t6taniques par des saignees, des bains
tildes, la liqueur d'Hoffmann, le camphre, le muse, les lave-
ments et surtout 1'opium (un grain d'opium ou X gouttes de
laudanum de Sydenham). Localement, sur les parties atteintes
de convulsions, il fait des embrocations d'huiles douces et
mucilagineuses, surtout d'huile de ravets, toutes les trois
heures.














CHAPITRE VI


CHIRURGIE




I1 ne semble pas que la chirurgie, surtout la grande chi-
rurgie, ait Wte pratiqu6e avec entrain a Saint-Domingue. La
raison se trouve non pas dans l'incomp6tence des chirurgiens
du Roi, mais dans la fr6quence des infections post-opera-
toires, surtout 1'infection t6tanique centre laquelle les armes
don't on se servait 6taient inefficaces.
Cependant, lorsque le chirurgien croyait reconnaitre la
n6cessite d'une intervention sanglante, il n'h6sitait pas a la
pratiquer, en depit de ses alas.
Dans le premier num6ro du Journal des Officiers de
Santi de Saint-Domingue, nous lisons une ( observation sur
une chute, avec commotion du cerveau ),, oh l'auteur, le ci-
toyen Trabuc, est intervene.
Nous avons vu I'attitude d'expectative arm6e de Da-
zille ,devant le cas obstetrical de Suzon. Nous allons voir
- ce qui aujourd'hui nous parait d'une tdm6rit6 inoule -
la decision qu'il sut prendre vis-h-vis de lui-meme; 6cou-
tons-le :( En 1779, au Quartier-Morin, dans un temps d'epi-
d6mie qui me laissait a peine le temps de manger et de me
reposer, le pied d'un des chevaux de ma voiture m'ayant lanc6
un morceau de terre dans 1'ceil droit, des le soir meme la
conjonctive et tout le bord circulaire de la corn6e transpa-
rente commencerent A s'enflammer. L'irritation s'accrut par







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degres et devint si considerable que dans 1'espace de trois
jours on fut oblige de me faire huit saign6es. Les boissons
delayantes, la plus grande-aust6rit6 dans le regime, I'appli-
cation des calmants ne purent dliminer ni la chaleur ni la
douleur. Au contraire, elles devinrent si insupportables que
je courais dans la savane une parties de la nuit, tenant avec les
doigts mon ceil ouvert, dans I'esp6rance que la fraicheur de
I'air apporterait quelque soulagement, au moins momentane,
a ma cruelle situation.
( Rien ne put empecher la conjonctive de s'dlever et de
former un bourrelet assez considerable pour jeter les pau-
pibres au dehors. L'eil avait perdu sa forme et la cornde
transparent semblait place dans un enforcement. II m'etait
impossible .de soutenir le plus faible rayon de lumiere... Ce
fut dans cette cruelle position que je me decidai sur le champ
A faire d6truire par des sacrifications la masse rouge ou bour-
relet forri6 par la conjonctive.
( Les chirurgiens qui etaient A ma portde n'avaient ja-
mais op6r6 cet organe; mais le plus voisin avait une excellent
main et beaucoup d'intelligence. Je fis dessiner mon oeil et
des que j'eus marque l'endroit oi il fallait faire chaque sca-
rification et que ce chirurgien se fut p6n6tr6 de la maniere
don't l'opdration devait etre faite, il se rendit A mes instances
et avec une excellent lancette affermie par une bandelette,
il incisa transversalement le bourrelet par une trentaine de
moucheutres assez profondes pour le couper entitrement,
ainsi qu'une petite parties de la cornee transpatente. Des lors,
j'allai de mieux en mieux. Mais -deux jours apres, malgre mes
precautions (collyre au vitriol blanc : 2 grains par once),
I'oeil gauche fut pris de la meme maladie. Le bourrelet ne se
fut pas plutOt former que je me decidai A souffrir la meme









operation que j'avais ordonnde a l'autre ceil. II me resta
seulement, pendant quelque temps, une opacit6e la cornee
transparent de .'oeil droit, ce qui n'aurait pas eu lieu si
j'eusse et6 op6re plus t6t. Ce mal 6tait alors epidemique.
Plusieurs personnel, entire autres, M..., Administrateur d'ha-
bitation, et M. Dambreville, perdirent la vue pour n'avoir pas
Wte oprf6s... ,,
En dehors de ces cas exceptionnels, la chirurgie a beau-
coup consists dans le pansement des places. Et nous ne som-
mes pas peu 6tonn6, au milieu de couseils d6suets, de retrou-
ver des recommendations qu'on ne rougitait pas actuellement
de suivre et qui ont trait A la preservation des bourgeons
charnus de bon aloi, A l'utilisation du s6rum physiologique
pour les pansements et a la caut6risation A bon escient des
bourgeons exub6rants.
Voici comment Dazille proc6dait : Apres avoir nettoye
la plaie avec de l'eau tide, il fait les premiers pansements
avec de la charpie seche, puis il applique par-dessus un em-
platre assez grand pour la couvrir commod6ment. II met
ensuite une compresse double, plus grande que l'emplatre et
imbibee d'une infusion tide de fleurs de sureau et de gui-
mauve, afin de diminuer l'irritation de la plaie et des parties
voisines; enfin, il assujettit le tout A l'aide d'un bandage
convenable. A moins qu'il ne survienne une hemorragie, il
n'enlbve le pansement qu'apres 48 heures, sans le d6coller
violemment, en le laissant meme se d6tacher tout seul. Et
le meme auteur d'ajouter : a Je viens d'observer qu'il ne
faut jamais 6ter entibrement le pus de dessus les plaies en
les essuyant, parce que cette m6thode ,qui peut causer des
accidents, retarde toujours la gu6rison. Si la plaie est accom-
pagn6e de contusions, que les liqueurs se soient extravasees







- .54 -


dans les parties voisines, le meilleur, le plus puissant r6so-
lutif et I'eau charge de sel marin. II faut en imbiber des
compresses que l'on appliquera et renouvellera autant de
fois qu'il sera n6cessaire, avec la precaution de ne pas d6-
ranger l'emplAtre.
( On pourra meme se servir d'eau-'de-vie, de tafia, en
s'abstenant absolument d'en mettre sur la plaie. Aprbs avoir
lev6 le premier appareil et jusqua ce que la suppuration soit
bien etablie, on panse la blessure avec des plumaceaux garnis
d'un digestif fait avec le jaune d'oeuf et I'huile de lis, a la-
quelle on supple par toute autre huile douce... Enfin, lorsque
les chairs s'el6vent trop, on peut sans crainte les r6primer
avec I'alun calcin6, le pr6cipitd rouge ou m8me la pierre in-
fernale, pour faire une bonne cicatrice avec attention, tou-
tefois, de ne jamais employer ces remedes actifs, a moins
que la ndcessitd n'en soit d6montr6e. )
En dehors des places d'origine traumatique et don't nous
venons de d6crire les traitements, il existait une affection
sp6ciale don't Roux nous fait part tant au point de vue de sa
cause que de la fagon de la soigner. ( Une maladie singulibre
est celle qui est formte par une chique, petit insecte gros
comme une mite. II se loge aux jambes, aux orteils, sous les
ongles, perce l'6piderme, ronge la chair et produit bient6t de
petits abces oi il fait de petits ceufs. Les chiques qui en nais-
sent se d6veloppent de telle sorte que lorsqu'on n'a pas soin
de 'les tirer, elles forment un ulchre oh survient quelquefois
la gangrene.
<( Les n6gres retirent les chiques avec beaucoup d'adresse
ils ouvrent I'abces avec une aiguille, cement I'insecte autour
du trou qu'il a fait et le retirent avec tous les petits oeufs qui
l'environnent. Quand ils l'ont extrait, ils remplissent le trou







55 -

avec de la poudre h tabac pour achever de faire p6rir les
petits caufs qui peuvent y 6tre rests. )
Mais Descourtilz propose d'autres rembdes : a La d6coc-
tion du roucou, qui est encore preferable & celle du tabac.
est I'antidote de la piqfre des chiques... Si l'on parvient &
retire la chique entire, on remplit le trou avec du suif, ou
plut6t avec du c6rumen de l'oreille, qui termine promptement
la gudrison de cette petite plaie, si elle n'est point d6ji ul-
c6r6e. ))















































f









CHAPITRE VII


LES MALADIES DE LA PEAU





On en rencontrait un certain nombre Saint-Domingue
et leur diagnostic r6trospectif n'est pas facile a faire. Poupp6-
Desportes, parlant de la verole, I'assimile au pian: < On la
nomme pian, dit-il, chez les Africains. Cependant, il cons-
tate un d6calage entire les symptomes de ces deux maladies:
( On remarque que parmi les diff6rentes nations negres,
celle des Bambaras, la plus robuste de toutes, en est la plus
contamin6e, sans que dans la plupart il pr6sente aucun symp-
t6me de verole, comme gonorrh6e, poulains, chancres, etc. ,
Et le traitement de ces diff6rentes affections, y compris la
blennorragie, se r6duit aux frictions mercurielles. Roux, dans
sa topographie m6dicale de San Domingo, dit : (( Les mala-
dies syphilitiques sont enddmiques a San Domingo.... Les
habitants, possesseurs de la salsepareille, du gayac, du sas-
safras, de la lobelia n'ont pas besoin du mercure pour se
gu6rir; ils font avec ces simples une d6coction don't les effects
sont aussi certain que ceux du mercure et moins dangereux
que-lui ,.
Dazille rapporte deux cas de fracture spontande et n'ht-
site pas a incriminer la syphilis. Dans le pretnier cas, il
s'agit d'un n6gre qui travaillait a une briqueterie et s'est casse









le bras en levant un moule de trois ou quatre livres seule-
ment. Le second concern un negre, cocher de l'habitation
du Plaa, nomm6 Bouqui, qui se fracture le bras en soule-
vant le poids de son corps pour descendre d'une croisde
basse au rez-de-chauss6e. Dazille leur fait subir un traitement
qu'il qualifle d'6nergique, consistent en vingt frictions mer-
curielles d'un demi-gros chacune et de plus deux grains de
panache mercurielle par jour.
'Cette medication mercurielle 6tait parfois d'application
impossible, A cause,de la presence de gingivite scorbutique.
Le scorbut, en effet, 6tait assez frequent A Saint-Domingue.
En 6taient atteints surtout les esclaves et les soldats qui pas-
saient de longues semaines sur les bateaux et se nourris-
saient presque exclusivement de salaisons, avant d'atterrir
dans 'ile. Pour prevenir le scorbut parmi les troupes, Da-
zille propose d'am6nager a la Maison de Sant6, don't il re-
commande la construction au Dondon, ( un terrain suffisant
pour y faire des jardins, y planter des arbres fruitiers, y
cultiver les e1gumes et les fruits indispensables pour pr6venir
l'alkalescence des humeurs..., parce que les habitants des
villes et une parties de ceux de la plaine regoivent leurs 1gu-
mes des montagnes, ce qui y met n6cessairement un prix trop
haut pour que Jes soldats et matelots puissent s'en procurer.))
Par ailleurs, Roux parle aussi ,des dartres (( qui sont
communes A San Domingo; elles font des progrbs rapides et
deviennent incurables lorsqu'elles sont negligees. Les reme-
des qui m'ont r6ussi dans le trailement de cette maladie sont:
les sues d'herbes, le 'lait, le petit-lait, les lotions mercurielles,
le sue d'indigo don't on frotte le soir la parties affected pen-


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dant plusieurs mois, les purgatifs doux pris tous les quinze
jours, un cautere au bras entretenu pendant le traitement, le
regime v6g6tal et I'abstinence des boissons spiritueuses. ,
Ce terme est rest dans le vocabulaire des paysans du Nord
surtout, pour designer de grandes ulc6rations de la peau,
ressemblant a des lesions tertiaires de syphilis ou de pian.
A l'interrogatoire, ceux qui ont des dartres avouent presque
toujours avoir eu le pian. Les paysans emploient parfois
pour designer la m8me 16sion, l'expression de clous mouills.
Poupp6-Desportes ne voyait dans les dartres qi6'une maniere
d'ecz6ma, ca? pour les guerir, il dit : On y parviendra par
le long usage des bains, des tisanes, des bouillons antiscorbu-
tiques, des purgatifs r6it6r6s de cinq en cinq jours, par l'abs-
tinence .de vin et de toute liqueur, par une nourriture douce
et humectante, enfin par l'usage du lait qui terminera la cure.,
Enfin Roux mentionne une autre maladie de la peau,
la l6pre: a Elle a 6te de tout temps end6mique a San Do-
mingo... Elle donne un air hideux, determine la chute des
poils, le visage et la peau sont couverts de tubercules durs,
in6gaux, la voix est rauque, le front ride, les pieds et les
jambes sont gonfl6s, ulcers, semblables A une masse inor-
ganique.
( Un regime doux, les sues d'herbes, les frictions et les
lotions mercurielles, les diaphor6tiques, les purgatifs doux.
sont les rem6des qui conviennent : suivis avec constance, ils
produisent une amelioration et quelquefois la gudrison.
Le meme auteur dit aussi quelques mots de la petite v6-
role, qu'il a l'air de rapprocher des affections cutandes:
a La petite v6role 6tait inconnue aux habitants de Saint-
Domingue en 1500.... En 1517, elle fit beaucoup de ravages
a Saint-Domingue et aux Antilles : des cantons entiers furent







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dUpeupl6s; depuis qu'on a introduit 1'inoculation, elle est
sinon cess6, du moins beaucoup diminude. II faut esp6rer que
introduction de la vaccine finira par 1'eteindre ,.
Sur cette question, Pouppd-Desportes qui a v6cu A Saint-
Domingue pendant les epid6mies de 1738, 1740, 1741 (cette
dernibre assez meurtriere d'aprbs lui), vient nous faire part
de son experience : ( On croit dans les Iles, dit-il, que la
petite verole provient de la contagion don't les negres, qu'on
ach6te, sont quelquefois infects. II arrive tous les ans- plu-
sieurs navires charges de negres, oh il s'en rencontre pres,
que toujours quelques-uns attaquds par la petite v6role, sans
que cette maladie se communique. I1 y a plus d'apparence
qu'elle depend du caractbre de la constitution. On ne doit pas
au surplus en 6tre alarmed dans les colonies, parce que j'ai
remarque qu'elle n'dtait pas dangereuse et que si quelquefois
on perdait beaucoup d'esclaves, on devait plut6t I'attribuer au
peu de soin qu'on en avait, qu'A la malignit6 de la maladie
et a la violence des sympt6mes ,.
Et comme pour nous donner la preuve de ce qu'il advance,
Poupp6-Desportes nous raconte l'histoire suivante: ( Je fus
appeld la nuit pour une femme trbs replette, grosse de quatre
mois, qu'on avait saign6e deux fois du bras et qui etait dans
le cinquibme jour de la maladie; j'observai une petite v6role
confluente, don't les pustules avaient peine a sortir. La gorge
etait si enflammee ou surcharge du levain variolique, qu'elle
ne pouvait respirer. Je fis appliquer un fort emplAtre v6sica-
toire a la nuque du cou, pour dMfourner la matibre morbifi-
que et lui donner jour. Les emplAtres tirbrent abondamment,
les sympt6mes .diminubrent et la petite v6role 6tant bien sor-
tie, la malade n'eut besoin que de gargarismes et de tisane ,.
( Lorsque 1'6ruption des pustules est abondante aux jam-









bes des n6gres, on doit y faire beaucoup d'attention, parce
qu'ayant la peau des pieds fort dure et cartilagineuse, il se fait
entire cuir et chair une suppuration oit les vers ont coutume
de s'engendrer y.
Et Pouppd-Desportes note, sans avoir 1'air d'y attacher
d'importance, que les enfants sont plus souvent frappes par
la maladie. Cela n'expliquerait-il pas l'immunit6 relative don't
jouissaient les adults et la bdnignit6 de la petite v6role sur
laquelle il semble insisted, quand il nous rapporte l'observa-
tion de la femme enceinte de quatre mois ?
Pduppe-Desportes nous entretient aussi d'une maladie
qui fit son apparition en 6t6 1741, sous forme 6pid6mique :
II parut dans cette saison une espece de fluxion A qui on
donna le nom de mal de mouton, eu 6gard a la conformity
qu'elle semble avoir avec la tumeur don't ces animaux ont
coutume d'etre attaques A la gorge. Peu de personnel en fu-
rent exemptes. La gorge Idevenait considerablement enflee,
sans fi6vre, sans tension. Le mal avait rarement d'autie suite;
les cataplasmes rtsolutifs et quelques purgations suffisaient
pour le dissiper... I1 se faisait quelquefois une metastase ou
reflux de cette humeur sur les testicules, de fagon qu'a me-
sure que le gonflement de ces parties augmentait, celui de la
gorge diminuait... ,.


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CHAPITRE VIII


LES DIARRHEES




'Les affections du tube digestif, surtout celles qui s'ac-
sompagnent de .diarrh6e, n'dtaient pas exceptionnelles A St-
Domingue. On les rapportait assez volontiers aux vers intes-
tinoux, parce que des autopsies faites sur des negres avaient
montr6 que leurs intestins etaient farcis d'helminthes. Dans
ces cas, on utilisait le semen-contra A la dose d'un gros et le
mercury doux A celle de 8 grains pour les adults. Les enfants
recevaient une dose moiti6 moindre. D'autres fois, chez les
n6gres qui venaient d'arriver, apres avoir fait un voyage tres
long, parqubs et mal nourris dans I'entrepont des bateaux,
on incriminait le scorbut. I1 conviendrait peut-6tre mieux de
penser A une intoxication alimentaire. Le traitement consistait
alors en aeration, substances veg6tales fraiches, principale-
ment cresson. La tortue de terre et de mer dtait aussi recom-
mandee, ainsi que les citrons et les oranges, en condiments.
Dazille, A un autre point de vue, distingue la diarrhea
dans laquelle ( les malades rendent par les selles, plusieurs
fois par jour, les matieres de diff6rentes qualit6s, les unes
limpides et roussatres, les autres bilieuses et peu epaisses n,
de celles oi (( il survient des tdnesmes, des epreintes, une
douleur continuelle du venture avec des signes d'inflammation;
le malade rend quelquefois du sang pur, noir ou dissous, le
plus souvent des matieres sanguinolentes, d'autres fois, elles







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ne le sont point du tout, mais, on passant par 1'anus, elles
causent un sentiment de chaleur et des douleurs tres vives. ,
Ces dernieres lignes rappellent beaucoup les symptomes
de la dysenterie, et, ce qui est int6ressant, le traitement qu'on
oppose au mal se resume en ip6cacuanha, A la dose de un
gros, deux ou trois fois par jour comme vomitif, en limonade,
eau de riz et lavements emollients. Les astringents, I la
pdriode d'etat de la maladie, sont formellement contre-indi-
quds pour Dazille qui explique: < L'on sait.aisement que
si la putridit6 existait encore, l'usage des astringents serait
pernicieux... J'ai rarement vu le flux du venture arrdte par
ces rembdes, employes dans le commencement de la ma-
ladie ,.
Si le tenesme se prolonge, Descourtilz conseille d'admi-
nistrer des potions opiac6es.
C'est peut-6tre le lieu de dire qu'il existait A Saint-Do-
mingue une maladie don't il est fait mention dans Poupp6-
Desportes, sous le nom .de mal d'estomac ou de cachexie,
et don't Moreau, de Jonnes attribue la cause A la geophagie.
I1 la d6crit comme suit : (( Dans Ceux qui n'avaient pas con-
tracte cette manie (de manger la terre), depuis longtemps, et
que j'ai examines avec quelque soin, je n'ai remarque aucun
symptome d'affection gastrique, mais dans un grand nombre
d'autres qui s'y livraient depuis un laps de temps assez con-
siddrable, on trouvait rdunis les caracteres des maladies vis-
ctrales et intestinales: leur peau 6tait seche, aride, d'un
aspect terreux, et d'une teinte jaune qui se combinait d'une
maniere plus ou moins apparent avec la couleur naturelle
du tissu dermoide; le regard etait languissant, la respiration
difficile, I'haleine souvent infected, les extr6mites greles et
amaigries, le pouls intermittent, le venture ballonn6 et par-









fois douloureux; I'habitude du corps dtait celle de la souf-
france, et il y avait une paresse 'et une difficult extreme dans
toute esp6ce de movements ,.
Quand on se rappelle les conditions d'hygiene d6fec-
tueuse dans lesquelles vivaient les esclaves, au contact de la
terre, de la boue et de l'eau oi evoluent facilement les oeufs
et ofi vivent les larves des ankylostomes, qu'on retrouve ces
sympt6mes capitaux de douleur 6pigastrique, de perversion
du gofit et d'andmie grave, on ne peut s'empecher d'identifier
le mal d'estomac et la cachexie avec l'ankylostomiase.
Parfois les troubles intestinaux observes A Saint-Domin-
gue rel6vent d'une cause toxique; et des empoisonnements,
par des doses rdpdtdes de substance corrosives, dtaient con-
fondus avec d'autres maladies chroniques. Dazille cite le
cas d'un de ses amis mort en 1779, apres avoir souffert pen-
dant plus de cinq mois de douleurs inouies au venture ? Trois
m6decins et trois chirurgiens appelds en consultations opi-
nerent pour une maladie chronique des intestins, sans pou-
voir en saisir la cause. A l'autopsie, la parties inferieure de
l'estomac dtait rongde et une parties des intestins diminude de
calibre. On sut aprbs que c'dtait un cuisinier qui, de concert
avec quelques domestiques, melait de temps en temps des
substances corrosives aux boissons et aux lavements d'un
repr6sentant de leur maitre don't ils avaient jurd la perte.
A propos des empoisonnements faits A cette 6poque,
nous avons tendance a croire que les substances toxiques
employees ont Wt6 tires du regne veg6tal. II est possible qu'il
n'en soit rien, s'il faut ajouter foi au t6moignage d'Hilliard
d'Auberteuil : ( Le poison, dit-il, qui, depuis vingt ans, a
W6t fatal a tant d'hommes dans la d6pendance du Cap, n'est
pas composed de v6gdtaux; ce n'est pas un secret, un sor-


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tilege (ouanga) comme le people de la colonie le croit
imb6cilement. Un droguiste, qui avait chez lui une quantity
d'arsenic et de sublime corrosif, mourut pendant la guerre,
et son mobilier fut mis A I'encan; on vendit I'arsenic et le
sublime corrosif parmi d'autres drogues; un nbgre libre en
acheta et en fit acheter; il 6tait en liaison avec un negre, chef
de negres marrons (Macaridal) qui avait des intelligence dans
beaucoup d'habitations; il fut le distributeur du poison. II
n'y a pas d'apparence qu'il voulat empoisonner tous les
Blancs, qu'il efit une ligue, une conspiration pour se rendre
maitre de la colonie; car, au lieu d'empoisonner des Blancs,
il ne fit empoisonner que des N&gres et tres peu de Blancs.
Ainsi, on peut assurer que le poison ne fut entire ses mains
que l'instrument d'qne vengeance particulibre. On peut voir
au Greffe du Conseil du Cap les procedures criminelles con-
tre Macandal, Pomp6e, Angl6ique, Brigitte, Laurent et autres
brfiles depuis : tous ne se sont servis que d'arsenic et de
sublime... ,.












CHAPITRE IX


LES FIEVRES




A tout Seigneur, tout honneu-, ei nous allons d'abord
considerer la fibvre jaune qui a marque particuliirement dans
l'histoire de la m6decine a Saint-Domingue. Elle dtait end&-
mique ,dans le pays et Pouppe-Desportes signal sa pre-
sence a Saint-Domingue, de 1733 A 1746.
De temps en temps le mal s6vissait sous forme 6piddmi-
que, 6pargnant beaucoup les lieux 6lev6s. Nous savons, en
effet, que les stegomias sont rares ou inexistants a une cer-
taine altitude. Voici ce qu'en dit Dalmas : ( Lorsqu'en 1792,
le Gouvernement de cette ile employa les regiments qui arri-
vaient de France centre les negres r6voltes de la province
du Nord, il y eut des camps places au pied des montagnes
oi la fievre jaune part trbs tard; d'autres situes sur leurs
sommets oh elle ne p6ndtra point, quoique tous communi-
quassen! par leurs approvisionnements avec les villes qui en
6taient ravages. II en a Wt6 de meme lorsqu'en 1796, la con-
qu6te de l'Ouest par les Anglais les forga d'6tablir diff6rents
postes dans les planes et dans les montagnes. La fievre jaune,
qui 6clata des le mois de juin au Port-au-Prince, ne parvint
A la Croix-des-Bouquets, oh j'avais Wte charge d'6tablir un
h6pital, que vers la fin de juillet, et n'atteignit pas les gar-
nisons de Mirebalais et des Grand-Bois. Ainsi, Iorsqu'en
1802, I'armee du General Leclerc s'empara de Saint-Domin-









gue, j'appris du general Thouvenot que les troupes station-
nees sur le plateau de Plaisance conserverent leur vigueur
et leur sante, quoique la fievre jaune y fit plusieurs fois im-
port6e par des personnel qui en avaient Wte infecttes au
Cap ou dans d'autres villes ,.
Les victims de ce mal furent nombreuses a Saint-Do-
mingue. Victor Bally rapporte que sur soixante-dix officers
de sante .debarquds au Cap le 5 Frimaire 1802, pros d'un
quart 6tait mort aprbs deux mois. D'autre part, sur ce sujet,
Dalmas nous donne les renseignements suivants : a La fievre
jaune, plus maligne encore, reparut en 1794 et ann6es sui-
vantes, et frappa particulierement sur les Anglais, qui s'e-
taient empares de quelques parties de Saint-Domingue. La
jaunisse cachectique, les h6morragies furent les sympt6mes
dominants A la Croix des Bouquets, don't l'h6pital etait con-
fi6 A mes soins. Rien ne resemble plus par la violence et
la malignit6 des sympt6mes, A 1'6pid6mie de 1798 que celle
qui, en 1803, d6truisit I'armde franqaise'envoyee A Saint-
Domingue : elle commenga A se manifester vers les premiers
jours du mois de mai; jusqu'alors les troupes avaient joui
d'une si bonne sant6, que les craintes des colons 6taient regar-
dees comme des chimbres. On m6prisa les avis que quelques-
uns d'entre eux crurent devoir adresser b l'autorit6. On
d6daigna les precautions qu'ils indiquaient comme indispen,
sables A la sante des troupes. Le succes que la m6decine
avait eu sur des fibvres ordinaires redoublait encore la s6cu-
rite dans laquelle on se plaisait A rester. Cependant, des le
commencement du moist de mai, quelques individus atteints
de sympt6mes nouveaux, frappes de mort au quatrieme ou
cinquitme jour de la maladie, malgr6 l'emploi des memes
moyens qui avaient r6ussi jusqu'alors, jeterent I'alrame et







-69--


la consternation dans la ville du Cap. Les h6pitaux s'encom-
brbrent de malades et chaque maison devint bient6t un h6pi-
tal. La terreur qui s'empara de tous les esprits ajouta a
l'horreur du fl6au et doit 6tre compt6e au nombre des cau-
ses qui le rendirent encore plus redoutable. Malgr6 le grand
nombre d'officiers de sante attaches a l'arm6e de Saint-Do-
mingue, malgr6 ceux qu'elle trouva au Cap et dans les autres
villes de la colonies, ils purent a peine suffire A la multitude
de malades qui r6clamaient leurs secours ,.
Par ailleurs, sous la plume de Charles-Fred6ric Roux,
ancien mddecin en chef des h6pitaux militaires du Cap Fran-
gais et de San Domingo, nous lisons ce qui suit: Pendant
I'epid6mie des ann6es 1802, 1803 et 1804, qui ont ravage
Saint-Domingue, les habitants de la ville du Cap 6taient ter-
rasses par la crainte, effrayes du present et de l'avenir, ils
se cachaient avec inqui6tude. La terreur 6tait partout A son
comble. A l'ile de la Tortue, les malades s'arrachaient le plus
e1ger aliment ,.
Pour expliquer la cause de la fiRvre jaune, on pouvait
choisir entire deux theories. ( Les contagionistes, 6crit Gu6-
rineau, pensent que chaque malade est empoisonn6 par un
miasme, nomm6 contagium, que lui transmet une autre per-
sonne atteinte- de la maladie, par un contact plus ou moins
imm6diat; les infectionnistes affirment que la maladie est
due seulement a l'influence des causes locales; que, la chaleur
aidant, la putr6faction de substances animals et v6getales,
donne naissance A un foyer d'infection don't les emanations
produisent un empoisonnement miasmatique ,.
P6an, dans sa ( Dissertation sur la fibvre jaune des
Antilles ,, precise l'etat de la question. II dit : Des m6de-
cins d'une grande reputation, tels que Chisolm, Wright,







- 70 '-


Lining, Currie, Makiltrick, Prignet, Arejula, Palloni, Cail-
lot, Thi6baut, Bally, Caisergues, assurent que la fievre
jaune est contagieuse. D'autres m6decins d'une autorit6 non
moins respectable, soutiennent l'opinion contraire : Deveze,
Valentin, Miller, Dalmas, Smith, Savarin, Le Fort; enfin
MM. Gilbert, Clarke, Humboldt lui accordent une contagion
relative... Mais la discordance des m6decins sur ce point ne
provient-elle pas de ce que tous n'attachent pas la meme
idee au mot contagion, les uns admettent une contagion trans-
mise par l'air une certain distance; d'autres, au contraire,
ne reconnaissent que la contagion -par contact imm6diat ou
m6diat.
( Le Docteur Peysson, pense que les maladies doivent
-6tre considerdes comme contagieuses non seulement quad
elles peuvent se transmettre par un contact imm6diat, mais
encore par I'interm6diaire d'un miasm8 ou gaz d61l6tre,
transmis lui-meme par un autre group que l'air... G C'est
oe que Trabue, par opposition au Quod divinum d'Hippocrate
appelait le quod infernale.
Le meme auteur voudrait qu'au lieu de demander si la
fievre jaune est contagieuse, on demand : est-il utile de
prendre des precautions contre la fi6vre jaune ? Est-il dou-
teux que beaucoup de m6decins r6pondissent par la negative ?
On peut appliquer A tous ceux, et ils sont nombreux,
qui ont 6crit sur la cause de la fibvre jaune, ce que Rochoux
disait de Poisonnier-Desperrieres : Ii se livre A un ddbor-
dement sans fin d'explications subtiles, inintelligibles pour
lui comme pour les autres sur la maniere d'agir des causes
morbifiques ,.
Descourtilz est un contagionniste mitigd et parmi les
causes pr6disposantes a la fibvre jaune, il cite (( l'extreme







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chaleur seche, le voisinage des criques, des cimetibres, des
matibres corrompues, .des warfs, etc...; le changement subit
de zone, I'accumulation des gros d'6quipage sur un vaisseau,
I'air concentre des prisons, des h6pitaux, les 6toffes infectdes
qui deviennent conducteurs du contagium, I'abus des nour-
ritures 6chauffantes, salees, Epic6es, fumes, des huileux et
de routes les substances irritantes; I'abus des limonades, des
plaisirs v6neriens et de tout ce qui peut conduire A la debi-
lit6 g6n6rale, les affections .de l'Ame, la crainte de la mort,
en affaiblissant les propri6t6s vitales et interrompant les fonc-
tions ,. La prophylaxie qui d6coule naturellement de ses
id6es consiste, ( pour les nouveaux arrives A ne sortir dans
les rues, s'il est possible, que le matin et le soir, avant la
chute du jour, epoque de d6veloppement des miasmes et
des vapeurs nuisibles. Ils devront se garantir du soleil et
de la pluie par le moyen d'un parasol, ou en suivant les gale-
ries don't les maisons sont commundment pourvues A leur
facade anterieure. Ils changeront d'air et habiteront .de prefe-
rence les lieux l6ev6s si la maladie regne dans la ville ou
l'endroit qu'ils habitent.
Moreau de Jonnes, de son c6t6, fait part des moyens
prophylactiques employs par ceux qui croient A la thdorie de
I'infection : ( Le danger auquel les militaires se croient expo-
ses les fait recourir a des prdservatifs la plupart inefficaces.
Les uns portent au cou de petits sachets remplis de camphre;
les autres coupent un citron, qu'ils se mettent sous le nez,
tant qu'ils sont dans l'atmosphere suppose infected, et ils
ont soin de cracher et de se moucher frdquemment.... I1 est
h supposed que l'epidemie se contract principalement par
les voies pulmonaires et cutanees. Les frictions d'huile qu'on







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a indiqu6es comme un remade contre 1'6piddmie semblent
plut6t propres A preserver de son invasion ,.
Sur le traitement oppos6.en ce temps l1 A la fi6vre
jaune nous sommes assez renseign6s.
Descourtilz conseille, (( ds l'invasion, d'administrer de
l'ip6ca-cuanha. Les purgatifs, contraires au d6but, doivent
etre mis en usage vers le d6clin de la maladie, s'il existe de
l'embarras abdominal et de la constipation contre laquelle il
faut employer de preference les lavements laxatifs. On utilise
les acides et l'on fait usage de l'opium, en embrocations sur
I'estomac et sur le venture, pour diminuer les vomissements ,.
( Les lotions d'eau froide sur la tate sont recomman-
dables en cas de c6phalalgie violent ou de congestion c6r6-
brale. Les immersions ont aussi l'avantage de faire cesser
les vomissements, souvent rebelles a tous les moyens de
l'art. Ces moyens doivent 8tre employs aussi, s'il se mani-
feste du dl6ire, ou si le coma survient. Cependant, les im-
mersions, si utiles dans la p6riode du chaud, c'est-A-dire
des l'invasion de la maladie, seraient mortelles dans celles
du froid. Si le sujet est faible et que, par I'effet de I'im-
mersion, il pAlit et que ses 16vres deviennent violactes, on
le retire pour l'essuyer et le replacer dans un lit bassini ,.
Pour J.-A. Rochoux, le traitement se r6sumait en sai-
gn6es, boissons et potions d6layantes (orge et chiendent, mie
de pain, laitue, raquette et gombeau, eau gomm&e), lave-
ments (surtout camphr6s), applications 6mollientes (cata-
plasmes, bains de pieds) regime convenable (cr6me de
riz, moussache). Pas de nourriture les deux premiers jours
et proscription complete des v6sicatoires.
11 mentionne aussi, comme moyen de traitement, les
frictions mercurielles, qui avaient la pr6tention d'agir par







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substition, <( la fire mercurielle 6tant sans danger bien
grand par elle-meme, devenait plus facile A gu6rir que
I'autre ).
On paraissait tellement croire A l'efficacite de cette m&-
dication que Victor Bally rapporte combien Kerverseau s'en
montrait le chaud partisan, dans une lettre ecrite au citoyen
Trabuc : II parait que vous avez au Cap la fievre jaune.
Voici ce que me marque le chef de brigade Villaret-Joyeuse, de
la Martinique, oh cette maladie a fait aussi de terrible rava-
ges. Trois hommes sur cinq y ont p6ri. Depuis un mois, on
est parvenu a sauver tous ceux qui ont 6t6 attaqu6s.
( Aussit6t qu'une fievre petite ou grosse se declare avec
des maux de tete, on applique sur le champ un v6sicatoire A
chaque bras. Quand on lve I'appareil, on prend du mer-
cure doux, on saupoudre la plaie et on frotte 1dgbrement
avec le doigt (j'avoue, ajoute Joyeuse que cela m'a fait la
douleur la plus vive que j'ai ressentie de ma vie).
<( On re6pte cela aux deux ou trois premiers pansements.
Si le mal de tete se soutient avec violence, un v6sicatoire au
cou, sans mercure, et une saign6e au bras. Cette m6thode
n'a pas manqu6 sur un seul des hommes qui ont W6t traits
aussit6t les premiers sympt6mes. En voilh bien long sur la
fibvre jaune, mais si ce proc6d6 peut sauver la vie h un seul
homme, je ne regrette pas le temps que j'aurai mis vous
l'6crire. KERVERSEAU ).
Victor Bally, qui parle de cette lettre pense que l'6pi-
d6mie etait en dtcroissance spontande A la Martinique et la
medication est difficile A employer, les malades n'allant trou-
ver le m6decin que vers le troisibme ou quatrieme jour.
Le meme auteur propose une m6thode personnelle sur
laquelle il n'ose pas se prononcer, mais qu'il croit avanta-







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geuse. Elle consiste en application de v6sicatoire sur la tSte,
consid6r6e par lui comme l'origine de la sensibility et des
nerfs qu'on peut atteindre l1 plus imm6diatement qu'ailleurs.




Si la fievre jaune, A cause de ses sympt6mes caract6-
ristiques et de son allure 6pid6mique est facile diagnostiquer
r6trospectivement, il n'en est pas de meme des autres affec-
tions dans la symptomatologie desquelles la fievre figure
au premier plan. On peut cependant identifier quelquefois le
paludisme en lisant les vieux livres de m6decine. La double
tierce bilieuse de Poupp6-Desportes en serait. II dit, en effect :
< Ces fievres se d6clarent ordinairement comme une sim-
ple tierce, et ce n'est que dans les accbs suivants que les com-
plications d'un nouvelle fibvre en fait une double tierce...
Ces aces sont accompagnes de naus6es ou vomissements ,.
Les deux observations suivantes que nous tirons du Traitd
de fitvres de l'Isle de Saint-Domingue, de Poissonnier-Des-
perrieres, nous permettent de saisir sur le vif, la fagon don't
le paludisme etait diagnostiqu6 et soign6. ( Septitme obser-
vation. Un jeune homme de Moulins, recommand6 a
M. Beudet, tomba malade huit jours apres son arrivee A Saint-
Domingue. Des le premier jour, il eut tous les sympt6mes
qui d6signent I'esp6ce de fievre qui attaque les nouveaux
venus dans cette ile. La chaleur 6tait trbs grande et la soif
considerable; il 6tait dans les sueurs continuelles; il avait des
naus6es,' et il rendait par le vomissement un peu d'humeur
verdAtre. Le malade, outre un mal de tate, avait le venture
un peu tendu et douloureux. II fut saign6 deux fois du bras
et une fois du pied par celui qui le voyait; et des le troisitme







75 -

jour, le chirurgien pregnant le vomissement qui subsistait pour
une indication qui annonqait la n6cessit6 de recourir a 1'6md-
tique, lui fit prendre du tartre stibi6 dans le temps de la
violence des accidents. Je ne vis le malade que ce jour-la
meme; tous les accidents avaient dt6 aggrav6s par l'usage
d'un remade de cette nature : une saign6e du bras que je fis
faire devint inutile, et le malade moui'ut ds le soir meme ,.
(( Cet example n'est pas le seul que j'aie de cette mau-
vaise m6thode de traiter les malades, en leur faisant prendre
de l'6m6tique, et cela, disent ceux qui l'emploient, parce que
le malade vomit un peu d'humeur bilieuse porrac6e. Mais
aussi de tous ceux A qui on a administr6 ce genre de rembde
on n'en voit presque point qui 6chappent a la mort; et s'il y
en a quelques-uns qui s'en tirent, apres avoir pris de !'6m6-
tique, c'est que la maladie prise en elle-meme ne pr6sente
absolument aucun danger, et encore arrive-t-il que, dans ce
cas, 1'irritation qui est la suite de ce remade fait p6rir le ma-
lade ou lui fait courir les plus grands risques ,.
(( Dixieme observation. Mme Moriniere, habitante du
Cul-de-Sac, nouvellement de retour de France oil elle avait
demeur6 dix ans, fut assaillie de la fibvre ordinaire a ceux
qui quittent un pays temp6r6 pour passer A Saint-Domingue.
Le mal de tete, la chaleur, la soif, la douleur, dans la region
des lombes et la fibvre furent extremes. II y eut, des le pre-
mier jour des naus6es et de petits vomissements d'humeur
verdatre. Les sueurs 6taient consid6rables, la respiration, se
faisait avec peine et le venture 6tait tendu et douloureux lors-
qu'on le touchait. Tous ces accidents prirent beaucoup d'in
tensit6, tant cause de la faible constitution de la malade
que par rapport a la repugnance qu'elle avait pour la petite
quantity de remede qu'exige le traitement de cette maladie.







-- 76


Je ne crus point rencontrer dans le vomissement et les
sueurs une contre-indication a la saign6e; au contraire, je
crus que ces accidents m'en indiquaient la n6cessit6, c'est
pourquoi je la fis saigner quatre fois du bras les deux pre-
miers jours et j'ordonnai pour boisson une limonade 16gere.
Je recommandai les lavements adoucissants et quatre fois par
jour 1'usage d'un bol avec le camphre et le nitre. Mais la
r6pugnance fit qu'elle n'usa pas exactement de ce remade.
La fievre continue d'8tre tres vive, le coma ne survint cepen-
dant point, malgre la violence des redoublements qui furent
tres forts, surtout les jours impairs. Celui du septieme jour
fut accompagn6 d'un malaise et d'un accablement extreme.
N6anmoins, dbs ce moment, la fievre et les accidents com-
mencerent A se mod6rer; quelques petites d6jections bilieu-
ses survinrent et la malade fut hors de danger le onzieme
jour. Je la purgeai ensuite avec le quinquina et le sel d'Ep-
som. Cette purgation fut r6p6t6e, et elle produisit toujours de
bons effects dans la convalescence qui fut plus longue qu'elle
ne l'est commun6ment dans cette maladie ,.
Nous .trouvons aussi dans Ie premier num6ro du Journal
des Officiers de Santd de Saint-Domingue, I'extrait ,de deux
observations du citoyen Decout, m6decin en chef de I'H8-
pital des Cayes. II s'agit de fibvre intermittent avec epis-
taxis trait6e au quinquina et de r6mittente trait6e avec suc-
ces par le meme moyen. Chs. F. Roux nous dit qu'on le
donne dans les remissions f6briles, a la dose de huit gram-
mes, quatre ou six fois par .jour toutes les trois heures.
Enfin, il existait A Saint-Domingue certaines fievres qui
m6ritent d'etre distinguees cliniquement de la fievre jaune
et du paludisme. Elles rappellent par leur allure la colibacil-
lose, et surtout la typhoide, sans que nous soyons autoris6s,







- 77 --


r6trospectivement, A mettre une etiquette sur ces affections.
Ce sont les doubles tierces lymphatiques de Poupp6-Des-
portes, don't il dit: ( qu'elles ont quelque chose de moins
violent et de moins tumultueux (que les doubles tierces bi-
lieuses), mais aussi plus d'obstination et de difficulty A gu6-
rir ). II les traitait par les saigndes, les lavements purgatifs
et la tisane royale (casse, send, manne, sel d'Epsom). Da-
zille en parole sous le nom de fievres putrides. ( Cette fievre
s'annonce plusieurs jours avant son invasion par le mauvais
6tat des premieres voies. Les -digestions lentes et difficiles,
les nausees, la langue chargee d'un limon 6pais et jaungtre,
le sommeil interrompu, les yeux rouges et enflammes, la di-
minution des forces, enfin un malaise universal sont les
avant-coureurs et les signes auxquels on ne peut la mdcon-
naitre. La fievre survient et dure dix-huit, quatorze, dix ou
vingt et un jours... On observe dans cette maladie du delire,
gene respiratoire, m6etorisme du venture, visage assez alter
et chaleur mordicante ,.
Voila pour la symptomatologie, voici pour le traite-
ment: ( Peu de saignees ou m6me pas du tout; dans les
premiers jours, une dose d'dm6tique capable de faire vomir
le malade ou mieux de l'ip6cacunanha. Il est dangereux de
provoquer plus de deux selles par jour (c'est-A-dire de don-
ner un purgatif) pendant l'augment et 1'dtat de la maladie ,.
( On donne aussi le camphre comme antiseptique, toni-
nique et en meme temps sedatif (camphre : i scrupule; nitre
purifi : 2 scrupules; sucre : i gros). Broyez exactement
ces substances pour en faire une poudre que I'on divisera
en douze prises : une toutes les quatre heures ,.
On peut rapprocher des fievres putrides la fievre ar-
dente don't Charles-Fr6deric Roux, ancien m6decin en chef








- 78 -


des H6pitaux militaires, du Cap Frangais et de San-Domingo,
donne la description et le traitement suivants : < Les nou-
veaux Europ6ens, principalement ceux d'une constitution
forte et sanguine, sont sujets a la fievre ardente. Elle se ma-
nifeste par la cephalalgie, soif ardente, lassitudes, yeux en-
flamm6s, les malades ne respirent qu'aves peine, poussent
.de profonds soupirs, la langue est rouge, la gorge enflam-
m6e, les arttres battent avec une violence extreme. Ces mal-
heureux, frappes quelquefois .de phr6ndsie brisent leurs
liens, s'echappent du sejour de l'horreur (il s'agit de l'h6pi-
tal) et finissent quelquefois par succomber A leurs maux.
< J'ai trait cette maladie par l'eau froide, les boissons
d6layantes, les lavements en grand nombre, les pediluves,
les demi-bains de corps, les sinapismes, le quinquina.
( Dans les cas de phr6nesie, les douches d'eau froide
et les aspersions donnent de bons resultats, comme en t6-
moigne une observation du Docteur Brandin,.
Certes, il imported toujours d'avoir un diagnostic exact
afin d'instituer le traitement convenable et de savoir quel
pronostic porter. Mais la question 6tait d'importance capi-
tale quand, comme A Saint-Domingue, le mddecin allait faire
des visits m6dicales, A sept, douze, quinze lieues et plus
et qu'il 6tait force de rentrer chez lui le jour m6me, laissani
au malade la prescription qu'il croyait n6cessaire pour toute
la duree de la maladie et se faisant renseigner par des cour-
riers speciaux, quand des incidents survenaient. Dazille a e6t
dans ces conditions A Jacquezy pour M. du Pody et M. le
Comte Felix de Pardieu, A Fort-Dauphin pour M. de Mathy
et aux Galeries du Dondon pour Mme Mesnard.










CHAPITRE X


LES EAUX THERMALES




Si nous voulons nous rendre compete un peu plus en
detail de la th6rapeutique applique A Saint-Domingue, nous
sommes frapp6s du grand cas fait des agents m6dicamenteux
indigenes. Ainsi ,il 6tait particulibrement recommande aux
m6decins du Roi dans les Colonies d'analyser les eaux ther-
males, d'6tudier leurs effects dans les maladies et d'en user
pour les malades, afin d'6viter au Gouvernement les frais
elev6s causes par le retour en Europe de ceux la qui pour-
raient etre soign6s sur place. Dazille est parti de Port-de-
Paix pour Boynes afin d'en analyser les eaux, et il nous
raconte : En' arrivant Boynes, on trouve sept A huit mai-
sons appartenant A divers particuliers, et on parvient enfin
A l'entourage de l'6tablissement des eaux par une belle ave-
nue plant6e .d'arbres toujours verts, principalement de fi-
guiers du pays et de quelques chines et ormeaux... Deux
fontaines jaillissantes d6corent une cour spacieuse, autour de
laquelle sont quinze bAtiments servant d'h6pital, de maga-
sins, de logement pour la garde et le reste pour les officers
de sante et autres personnel employees au service des mala-
des : savoir les sales de bains, de douches, baignoires, etc...
le tout biti en bois.
(( Dans I'enceinte se trouvent les sources de Valliire (43)







- So -


de la Ferronnais (40), de Montarcher (450), de Vaivre (440),
de Rameru (430), Dancteville (400) et des Dames (38), tou-
tes entourdes et couvertes en magonnerie... Les emanations
qui s'en sont levees pendant nos operations ont toujours
ete sulfureuses, et ces eaux ont, en effet, tous les caracte-
res de celles qui contiennent du soufre... ,.
Et si nous lui demandons son opinion sur la valeur cura-
tive de ces eaux, il nous r6pond : ( Le moyen le plus stir,
celui auquel on ne peut rien opposer est l'experience. Pen-
dant mon s6jour A Boynes, et pendant tout le temps que je
suis rest dans la Colonie, je me suis applique a connaitre
si le grand nombre de cures que ces eaux ont op6eres a fait
exag6rer leurs vertus et leurs proprietis, et si les reproches
qu'on leur faisait avaient quelque fondement : d'apres des
recherches et des examens particuliers, il a 6et demontre qu'il
n'y a point de meilleur rem6de pour gudrir toutes les mala-
dies de la peau, except dans les cas de complication du virus
venerien, scorbutique ou autres, qui ont besoin d'8tre traits
en mime temps avec leurs antidotes; les gens de I'art qui ont
suivi leurs malades aux eaux de Boynes m'ont assure, ainsi
que l'officier de sante qui y est ttabli, que, dans ces cas
memes, les gu6risons etaient promptes, et que les difficulties
qu'ils avaient 6prouvdes venaient toujours des irregularities
des malades, soit dans le regime, soit dans leur conduite ,.
D'apres une analyse chimique que Descourtilz croit avoir
6t6 faite avec soin, il dit que les eaux de Boynes contiennent
de I'alcali mineral, du soufre nature, du foie de soufre vola-
til, du sel marin, du sel de Glauber, urie terre calcaire trbs
divisee et une huile 16gere de la nature du p6trole. Sur les
proprie6ts de ces eaux, il s'explique abondamment : ( Ces
eaux mindrales sont ap6ritives, diur6tiques, toniques et vul-







- 81 -


n6raires. Elles sont sp6cifiques contre les rhumatismes, la
fievre inv6tdr6e et toutes sortes d'obstructions. Elles gudris-
sent la jaunisse, l'cedeme g6enral, les pales couleurs, les
fleurs blanches et retablissent les secretions supprimdes.
Elles dissipent les tumeurs dcrouelleuses, les exostoses, les
ankyloses, les d6pots goutteux, attaquent la pierre dans la
vessie et font rendre de graviers. Elles gudrissent les ulc&-
res les plus rebelles, la galle, les dartres et les affections
psoriques de toute espice. Assocides a !'usage -des anti-syphi-
litiques, elles ddlivrent de tous les accidents occasionn6s par
les mauvais effects du mercure mal administre, les caries des
os, en procurant l'exfoliation, les tumeurs aux glandes, les
ulchres fistuleux et carcinomateux et tous les symptOmes de
la maladie syphilitique la mieux confirm6e. Mais ces eaux
seraient contraires a ceux qui sont dans le .dernier degr6 de
pulmonie, de diarrhee scorbutique inv6ter6e et A tous ceux
qui sont menaces d'une inflammation prochaine au foie et A
la poitrine ? Elles sont nuisibles aussi dans la plupart des
h6morragies.
Quant aux Sources Puantes, Dazille, apres les avoir
situees, ajoute: < Ces eaux sont transparentes, mais dans
leurs sources, les plants aquatiques qui y croissent et s'y
pourrissent forment un limon qui leur donne une couleur ver-
datre ,.
(< L'odeur de ces eaux est infected et se fait sentir A plus
d'un quart de lieue, elles tiennent de la nature des eaux
croupissantes et des dissolutions de foie de soufre; leur goat
participe de l'amer et du saumatre. Au toucher, elles grais-
sent et salissent les doigts, a peu pres comme une eau de
vaisselle... Mes experiences, d'accord avec l'usage, prou-
vent que ces eaux ne contiennent aucun principle dangereux;








82 -

mais elles r6pugnent tellement au plus grand nombre des ma-
lades qu'il leur est impossible d'en avaler. II est pourtant de
notorie6t publique qu'elles dessechent les vieux ulceres, gud-
rissent radicalement le pian, les dartres et autres maladies
de la peau, lorsqu'on peut surmonter cette repugnance et se
determiner a en user tant en boissons qu'en bains et en dou-
ches .









CHAPITRE XI


LES PLANTS INDIGENES




Ce souci d'utiliser les agents m6dicamenteux que la na-
ture avait mis sans frais a leur disposition, se retrouve dans
l'emploi journalier que les mddecins de Saint-Domingue fai-
saient des plants m6dicales indigenes. II n'en est pour ainsi
dire pas qui ne s'en soient servi. C'6tait d'ailleurs tres aisd de
leur part. Descourtilz ne dit-il pas judicieusement : Ce
n'est pas I'arrivee des Europdens aux Antilles qui a procure
au Caraibe des moyens curatifs pour tous ses maux; son
instinct les lui avait, depuis longtemps, fait connaitre. Ce
n'est a I'dtablissement d'aucune officine ou d'aucune phar-
macie que le vieux et robuste Africain doit sa force et sa
sante; c'est A la d6couverte et A l'emploi des simples qu'il
a reconnues propres A dMtourner de lui touted affection mor-
bifique ,.
Gilbert, cite par Descourtilz, dit dans son Histoire md-
dicale de I'arm6e de Saint-Domingue : ( Le m6decin doit tou-
jours s'occuper A Saint-Domingue .de la substitution des m6-
dicaments indigenes aux exotiques, ceux-ci parvenant fort
rarement ou fort difficilement dans la colonie, en temps de
guerre surtout : il est done important qu'il connaisse assez
la botanique usuelle pour etre en dtat de faire des substitu-
tions bien entendues ,.
C'est ce A quoi s'6tait applique Poupp6-Desportes. ( La
grande quantity de maladies, dit-il, ayant mis la disette dans







- 84 -


les remedes les plus n6cessaires, comme la casse, la manne,
etc... je trouvai le moyen d'y supplier par les suivants. Je
fis faire des apozbmes laxatifs avec le m6decinier-bAtard, la
chicor6e sauvage, les 6pinards et le gros sirop. On les ren-
dait purgatifs avec le sen6 ou liane purgative du Pays, qu'on
faisait bouillir ensemble. Les potions cordiales simples se
faisaient avec la cannelle, des cloux de girofle, la muscade
et le sucre, bouillis dans parties 6gales d'eau et de vin: je
les rendais composes avec la poudre de vipere et le kermes
mineral. Les bols f6brifuges simples se pr6paraient avec les
ecorces d'oranger et de citronnier pulv6risees : les bols com-
pos6s se faisaient avec le sel ammoniac et la limaille de fer
bien fine, joints aux m6dicaments pr6c6dents. Les tisanes as-
tringentes se faisaient avec la racine de pourpier, I'herbe ap-
pel6e pied de poule, qui est une espece de gramen, I'6corce
de bois blanc et le machefer pile. L'ip6cacuanha du pays sup-
pl6ait A celui du Brisil... on pansait les ulchres avec le suc
de Karatas, quand les chairs etaient mauvaises... ,.
C'est pourquoi je considtre qu'il ne sera pas superflu
de donner ici la nomenclature des plants du pays le plus
habituellement utilis6es, de rappeler les propridt6s qu'on leur
pretait, et qu'elles ont assez souvent, en r6alit6, et de noter
contre quelles maladies on les employait. Nous userons pour
cela, de l'ordre alphabetique, qui nous parait plus com-
mode (i).

ABSINTHE (parthenium, hysterophorus, Synanthdrde) sert
A la confection des cataplasmes r6solutifs. Utilisde comme

(i) Cette nomenclature a d6jA paru dans la Petite Revue, dirig4e par
M. Fr6d6ric DORET (Port-au-Prince), No des 22 et 29 novembre
1919, 6, i3 et 20 d6cembre 1919; io, 17, 24 et 3i janvier 1920;
7, 14, 21 et 28 fevrier 1920; 8, i3, 20, 27 mars 1920; 3, o1, 17 et
24 avril 1920.







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pectorale, f6brifuge et vermifuge. On lui attribue des pro-
pridt6s emm6nagogues. Elle est un bon carminatif et son suc
est' de plus pr6conise dans I'ophtalmie, le pansement des
ulceres tuberculeux et syphilitiques, ainsi que dans le pian,
d'oI le nom d'herbe A pian sous lequel on la connait.

ACAJOU DE SAINT-DOMINGUE OU ACAJOU A PLANCHES
(sweitenia mahagoni, Miliacue) a une dcorce qui, en infusion,
est tonique, astringente antiseptique. On l'emploie contre la
diarrhee et la dysenterie, T la dose de 60 grammes par litre
d'eau.

ALOES (aloe vulgaris, Lilliacge) est nmolliente par ses
feuilles employees avec succ6s contre les brflures. Le suc
des feuiles est antiseptique et d6terge des ulceres oh il y a
des vers. La parties interne des feuilles, appliquee en topique
sur le venture, est diur6tique.

AMANDIER (terminalia catappa, Combritacee). Sa racine,
riche en tanin, est employee dans la dysenterie, la diarrh6e.
L'ecorce, astringente, administr6e a l'int6rieur, r6ussit dans
la blennorragie, les fleurs blanches, les fievres gastriques et
bilieuses.

AMITIt ou VERMICELLE (cuscuta americana, Convulvu-
lacde) trouve son indication dans l'ictere. On l'emploie a la
dose d'une petite poign6e pour mille grammes d'eau en in-
fusion.

ANANAS (bromelia ananas, Bromiliacie) par son fruit
demi-mfr est diur6tique et vermifuge. La poudre de sa ra-
cine est hydragogue et ses fleurs sont emm6nagogues.







- 86 -


ANIS VERT (pimpinella anisum, Ombellifjre). On admi-
nistre les fruits en infusion dans l'alcool ou en d6coction
dans les dyspepsies asth6niques, dans le tympanisme et les
coliques venteuses, dans les tranch6es de nourrissons (on
donne l'anis A la mere dans ce cas) et aussi pour stimuler
la s6cr6tion lact6e. *
A dose l6ev6e, il est emm6nagogue et diur6tique. En
lotions ou en cataplasmes, I'anis dissipe les engorgements
de lait et les ecchymoses.

AUBERGINE (solant0m melongena, Solanee). Ses feuilles
en cataplasmes, calment les douleurs des brfilures. On uti-,
lise son sue dans les maux d'oreilles ou de dents.

AVOCATIER (laurus persea, Laurinde). Sa graine est peut-
8tre aphrodisiaque, s'il faut en croire le vers suivant:
Excitat ad venerem tardos Persea maritos.
Les feuilles seraient stomachiques, pectorales, vuln6rai-
res et emm6nagogues. Elles sont surtout antidysent6riques.

BALAI DOUX scopariaa dulcis, Scrofulariacde). Les raci-
nes et les feuilles, en d6coction, sont diur6tiques. Toute la
plante est astringente, stimulante, b6chique, antispasmodi-
que. On en fait une pommade contre les h6morroides et une
d6coction contre le prolapsus du rectum.
Toutes les parties de la plante sont 6m6tiques et ser-
vent A faire vomir les enfants. La d6coction de la racine est
antiblennorragique et modbre le flux menstruel trop abon-
dant. La dose est celle d'une poign6e par litre d'eau.

BAMBOU (bambusa arundinacea, Graminde). La d6coc-
tion des feuilles est employee contre les rhumes et les ca-







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tarrhes. On pretend que le suc extrait des noeuds est bon
contre la dysenterie et la fievre bilieuse. Les bourgeons sont
stimulants, diur6tiques. Les poils sont toxiques.

BANANIER (musa paradisiaca, Musacee)., Son fruit, ex-
cellent eupeptique et astringent. Astringente aussi la save qui
s'6coule de la tige incisde; on s'en sert dans les diarrhdes
16geres. Le carbon de l'6corce du fruit (peau banane) sert
a gu6rir ces crevasses des pieds que nos campagnards appel-
lent crabes. Le suc des boutons floraux, appel6s popotes,
est astringent et bon centre les vieux ulceres. Le fumier des
feuilles, arrosd de quelques gouttes de terebentine, est em-
ploye dans la pourriture d'h6pital. Les feuilles bien fraiches
forment un excellent pansement pour les v6sicatoires, elles
servent de plus de couche aux varioleux.

BASILIC (ocymum americanum, Labide) est d6tersif, ape-
ritif, stomachique, c6phalique, b6chique, ophtalmique, car-
minatif et emm6nagogue. Les feuilles sont utilisdes surtout
chez les enfants.

BOIS COCHON OU SUCRIER DES MONTAGNES (dacryodes he-
xandra, Tdrebinthacee). L'6corce infuse ainsi que l'huile
fine aromatique tire des amandes, est excellent dans les
affections de la poitrine. Par incision de l'6corce, on obtient
un suc gommeux et rougeAtre, qui est un bon vulndraire.

Bois COUILLES (margraavia unibellata, Margraaviace).
Ses racines d6coct6es s'emploient contre les manifestations
de la syphilis.

Bois 9PINEUX-JAUNE (Zantoxylon martinicense, Rutacte).







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Son 6corce est la fois ou excellent f6brifuge et un vuln6-
raire astringent. 11 se prescrit comme le quinquina. On dit
aussi qu'il est antisyphilitique.

BoIs DE FRENE (simaraba excelsa, Rutacee). Le bois et
I'ecorce sont amers et employs en infusion centre les fit-
vres. L'ecorce annihile ou diminue la propri6t6 des boissons
alcooliques. Les feuilles constituent, infuses et prises a I'in-
tdrieur, un m6dicament excellent dans le rhumatisme articu-
laire chronique.

Bois MARIE ou DALMARIE (calophyllum calabas, Gutti-
fare). L'ecorce, par incision, donne un baume vert, servant
au pansement des ulceres. Les fleurs et l'6corce sont astrin-
gentes; on en use cdans les gonorrhees, les leucorrh6es et le
catarrhe bronchique a la dose de une ou deux pinc6es par
litre de dcoction.

Bois D'ORME (sponia micrantha, Urtic6e). L'6corce se
met comme topique sur les entorses, qu'elle amliore. Sa d6-
coction A 1oo pour i.ooo se prend en lavement emollient.

Bois APHRODISIAQUE (richeria grandis, Euphorbiacee).
L'6corce est antisyphilitique. On lui prete aussi la proprie6t
d'ofi il tire son nom.

Bois TROMPETTE cecropiaa peltata) donne un sue qui
sert au pansement des blessures. La pellicule interne est as-
tringente et sert h la gu6rison de certain ulceres. Descour-
tilz a vu employer a 1'ext6rieur le sue de bois trompette dans
plusieurs dermatoses, et avec succbs. L'ecorce A la dose d'une
once (32 grammes) ou deux par pinte (93 centilitres) sert de
vehicule dans la blennorragie.







- 8n -


Bois SAVONNETTE (sapindus saponaria, Sapindacge) est
un diur.tique s6datif. Le suc visqueux des fruits renferme
du tanin et sert, en injections vaginales, dans les m6trorra-
gies. La d6coction de l'6corce et de la tige est bonne, en
injections, centre la leuccorrde et I'urethrite, en lotions con-
tre les vieux tilchres.

BONNET CARRt OU PERSIL BATARD (cardiospermum hali-
cabum, Sapindacee). Cette herbe est un diur6tique excitant.
La racine, en d6coction se prend dans les affections de la
vessie et des voies urinaires. On se sert souvent des feuilles
et des tiges dans les bains tides et en cataplames emollients
centre les abcbs, les phlegmons et les furoncles.

CACAOYER Xtheobroma cacao, Bythdriacee). Le cacao est
un stimulant stomachique. Le beurre de cacao est employ
comme topique sur les brulires pour en faire disparaitre les
cicatrices superficielles et en frictions dans les douleurs rhu-
matismales.

CAIMITIER (chrysophyllum cainito, Sapotacie). Les
fruits verts sont astringents et les mfrs laxatifs. On assure
que les feuilles appliquees sur une plaie par la face central
verte causent une abondante suppuration, alors qu'appli-
quees par la face dorsale soyeuse et rougeAtre elles produi-
sent une constriction du tissu. Descourtilz ne croit pas A ces
propri6tes contradictoires.

CALEAASSIER (crescentia cujete, Bignognacie). Le jus de
la calebasse, 16gerement amer, est diuretique, aphrodisiaque,
hydragogue. 11 s'emploie aussi dans les diarrhees et les affec-
tions des branches, ainsi que pour pr6venir la formation d'ab-









ces internes. On l'administre A la dose de trois a quatre cuil-
ler6es A bouche. En applications externes, la pulpe du fruit
sert A la cure des crabes, des blessures et des contusions.

CALEBASSSE MUSQUfE OU COURANTE (lageneria vulgariis,
Curcubitacie). Les racines, infuses dans du tafia, se don-
nent dans l'ascite et 1'anasarque A march lente.

CAMP2CHE (hnmatoxylon campechianum, Cesalpinde).
Les feuilles sont aromatiques. L'6corce a des propri6t6s to-
niques, astringentes et d6sinfectantes. La d6coction sert, a
I'exterieur, au pansement des plaies et A l'intdrieur contre la
dysenterie. On la prescrit A la dose d'une once par demi-
litre d'eau.

CAPILLAIRE (adianthum pedatum, Fougkre). Les feuil-
les sont pectorales, b6chiques, expectorantes et anti-asthma-
tiques, en infusion.

CAPRIER RAMPANT Ou BOIS COULEUVRE (capparis cyno-
phallophora, Capparidde). Les grains sont diur6tiques, em-
m6nagogues, odontalgiques. La racine est aperitive, anthel-
mintique.

CASCARILLE OU QUINQUINA GRIS AROMATIQUE crotonn cas-
carilla, Euphorbiacde). L'6corce, aromatique, et ambre, se-
rait de plus, stimulante et f6brifuge, galactopoi6tique et an-
thelmintique.

CASSE (cassia fistula, Coesalpinee). Sa pulpe est laxa-
tive a la dose *de soixante grammes et purgative A celle de
cent-vingt grammes. Les feuilles et la pulie en tisanes sont


- qo -









de bons cholagogues donnent des r6sultats dans les fi6vres
bilieuses. On y met une bonne poign6e dans un litre d'eau.

CASSt-ZO (boherhavia scandens, Myctaginge). Les raci-
nes prises A l'int6rieur sont antiblennorragiques.

CELERI MARRON (apium graveolens, Ombellif&re). La ra-
cine est lgberement stimulante et antiscorbutique. C'est un
diur6tique administr6 dans les hydropisies, la cachexie palus-
tre, I'ictbre. Les fruits sont aromatiques et carminatifs. A
l'ext6rieur, les feuilles piles sont rdsolutives des contusions
et d6tersives des ulceres. Les feuilles infuses dans du tafia
et appliques sur la peau enlevent, dit-on, les vestiges d'6-
ruptions cutandes.

CERISIER-CAPITAINE, BONBON-CAPITAINE OU BOIS-CAPI-
TAINE (malpighia urens, Malpighiacie). Le fruit, rouge pale,
donne un suc qui, 6paissi par 1'6vaporation, se prend h jeun
A la dose d'un gros (4 grammes) a quatre gros (16 grammes)
par jour dans les fi6vres bilieuses. L'6corce de la tige et la
racine se prescrivent en d6coction centre les h6morragies, les
m6trorragies et la leucorr6e.

CHARDON argemonee mexicana, Papaveracie). Les feuil-
les pilees combattent avantageusement les pouss6es inflam-
mtoires et la d6coction des racines gu6rit la blennorragie. Le
latex s'emploie contre les affections cutan6es (verrues, chan-
cres). Les fleurs sont pectorales et somniferes.

CHARDON ETOILE PUANT ou COULANT (eryngium fcetidum,
Ombellifere). La racine, la tige et les feuilles de cette plante
ont des propri6tes. sudorifiques et f6brifuges.


- 91 -







- 02


CHICORtE SAUVAGE (cichorium, intybus, Composde). Les
feuilles sont d6puratives, toniques, diur6tiques. Les feuilles
ing6r6es amenderaient certaines dermatoses.

CHIENDENT (triticum repens, Graminee). Sa racine est
diuretique. En tisane, de 20 A 30 %, on 1'emploie dans les
maladies du foie, les coliques n6phr6tiques.

CIROYER OU .CIROUELLIER (rhectia lateriflora, Guttifjre).
Les feuilles piles sont employees en cataplasmes rosolutifs.

CITRONNELLE (andropogon citratus, Graminde). L'infu-
sion des feuilles est stimulant et sudorifique.

CITRONNIER (citrus medical, Aurantiacee). L'dcorce de la
racine est un bon f6brifuge. Dans l'urdthrite blennorragique,
on coupe la racine en trenches et on prend la d6coction.
Dans la fievre jaune et la fibvre bilieuse, on prend une
demi-cuilleree de graines d6pouilldes de leur envelope B
laquelle on ajoute deux cuillerdes d'huile d'olive. On broie le
tout et on additionne d'une cuiller&e de jus de citron. De
temps en temps, on prend une cuillerde A cafe de cette com-
position.
Les frictions sur tout le corps, faites du jus de citron,
provoquent la transpiration. Pour arrater les vomissements,
on prend chaque demi-heure une cuillerde de jus de citron
mis en effervescence dans de la cendre ou en ing6rant coup
sur coup un peu d'eau de cendre et de jus de citron. Comme
anthelmentique, on donne a boire aux enfants une cuillerte
d'huile d'olive ml6angde a deux cuiller6es de jus de citron.
Contre le tocnia, on avale un demi-verre a un verre de jus
de citron, dans lequel on a d6lay6 deux pincdes de cendres.







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Le tcenia meurt, et une heure aprbs, on prend un purgatif
pour l'expulser. I1 est, en outre, conseille dans les empoi-
sonnements par les alcalins et les Euphorbiac6es (mauve,
palma-christi, m6deciniers).

COCHLEARIA (cochleria officials, Crucifire). La d6coc-
tion des tiges et des feuilles est un excellent sudorifique et
un puissant antiscorbutique. Quand on mache les feuilles, les
gencives se raffermissent, les ulc6rations se modifient. La
decoction se fait de 16 a 30 % et le suc se donne a la dose
de 16 A 64 grammes.

COCOTIER (cocos nucifera, Palmier). Le brou ou fibre
de la noix est un vermifuge de premier ordre. On le donne
en d6coction aux malades A la dose de 80 grammes aprbs un
jefne de douze heures..I1 sert, sous la meme forme, en gar-
garismes stypiques contre les ulcerations de la bouche, des
gencives et la chute de la luette.

CONCOMBRE ZOMBI daturaa stramonium, Solanee). Cette
plante, prise A l'int6rieur A la dose de 5 A 15 centigrammes
pour 100 d'infusion, a 6t6 employ dans I'incontinence d'u-
rine, le pryapisme et la nymphomanie. Les feuilles, appli-
qu6es en cataplasmes prepares avec peu d'eau, combattraient
la douleur dans les brfilures du premier degr6, les gergures
du mamelon, les h6morroides, la sciatique; elles seraient 6ga-
lement efficaces dans les gingivites, les engines, la toux ner-
veuse et les c6phalalgies.
Les feuilles et les fleurs du concombre zombi s6ch6es et
fumes, seules ou avec du tabac, att6nuent les crises d'as-
thme. Elles ont 6t6 employees aussi contre la rage (40 gram-






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mes pour 750 grammes d'eau r6duite a la moitie de son vo-
lume apres 6bullition).

COQUELICOT (papaver rheas, PapavYracie). Les fleurs
sont pectorales, employees A 5 %, en infusion, dans les ca-
tarrhes plilmonaires, les engines, la coqueluche, les fi6vres
druptives. Elles sont un peu narcotiques.

COROSSOLIER (amona muicata, Amonacle). Les feuilles
sont utilis6es en tisanes sudorifiques, A la dose de 15 %. Seu-
les, elles donnent de bons cataplasmes emollients. On pr6-
tend que ces fruits sont antiscorbutiques, les graines 6m6ti-
ques et que les feuilles guerissent les places sur lesquelle on
les applique.
Les fruits verts, sechds et pulv&rises, sont antidiarrhei-
ques. Leur d6coction s'applique topiquement sur les aphtes
des enfants.

COTONNIER (gossypium herbaceum, Malvacde). Les raci-
nes sont considerees comme emmdnagogues et abortives. Les
feuilles se mettent sur les places. Les graines, r6duites en
pate sont appliquees sur le front contre la cephalalgie; en in-
fusion thdiforme, elles sont f6brifuges.

CRESSON DE SAVANE (lepidium virginicum, Crucifere).
Les feuilles jeunes et les tiges sont antiscorbutiques, diapho-
r6tiques, expectorantes, diuretiques et ap6ritives. Applique
en cataplasmes sur les ulceres atoniques, le cresson hate leur
cicatrisation. On donne ordinairement 30 A 60 grammes de
cresson dans un litre de vin.

DERRItRE-DOS (phyllantus urinaria, Euphorbiacde). Ses
feuilles, sa racine et sa tige sont toniques, diuretiques, f6bri-







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fuges. Les feuilles et les fruits sont employs dans l'anurie
essentielle, les maladies v6enriennes, la dysmenorr6e.

D9GONFLt (gobba nutans, Zinzibiracie). C'est un puis-
sant stimulant don't I'infusion -des feuilles s'administre dans
les indigestions.

EBENE VERTE (tacona leucoxylon, Bignognacee). Les
fleurs sont antisyphilitiques, le bois sudorifique et les feuil-
les demtocathartiques'; elles trouvent leur emploi dans l'em-
poisonnement par le mancenillier.

EPINARD (phytolacea incossandre, Phytolacie). Les raci-
nes et les babies non mfres sont purgatives. La plante adulte
est vomitive et purgative a l'intdrieur, irritante et rub6fiante
A I'extdrieur. On l'emploie en usage interne dans la syphilis,
les dartres et chez les h6morroidaires.

FLAMBOYANT poincianaa regia, LUgumineuse). L'ecorce
est f6brifuge.

FOUGtRE MALE (polypodium filix mas, Fougere). Avec
les rhizomes et les bourgeons, on fait une excellent pr6pa-
ration centre le tcenia, a la dose de 8 grammes pour huit cuil-
ler6es d'eau sale.

FRANCHIPANIER BLANC (plumeria alba, Apocynke). On
l'emploie a traiter les ulchres, les dartres et le pian. La racine,
en tisane, est ap6ritive et le sue purgatif et hydragogue, mais
dangereux A manier.

FRANCHIPANIER ROUGE. Ses fleurs sont pectorales et son
ecorce drastique.









GAiAC (galacum officinale, Zygophyllie). Son dcorce est
anti-syphilitique, sudorifique, antigoutteuse. Ses feuilles sont
purgatives.

GALATA GEANT OU KARATAS (agave fetida, Amaryllidee).
Les racines infuses sont purgatives. Le suc des feuilles est
lgberement caustique. Les feuilles. broytes auxquelles on
ajoute du sel et du tafia sont appliques sur les entorses et
les plaies. Les bulbilles bourgeonss croissant A l'aisselle des
feuilles) sont acides et astringentes. On en fait un sirop con-.
tre les dysenteries chroniques.

GINGEMBRE (Zinziber officinalis, Zinziberace). Ses raci-
nes sont stermutatoires, stomachiques, carminatives, anti-
scorbutiques, aphrodisiaques. En infusion chaude, elles ser-
vent dans la grippe et les autres maladies des voies respira-
toires.

GOMBO (abelmoschus esculentus, Malvacie). La d6coc-
tion des graines est diur6tique. Le fruit, bouilli et appliqu' en
cataplasme, est maturatif et emollient.

GIROMON (cucurbita pepo, CucurbitacBe). Les graines
sont vermifuges et particulibrement toenifuges. On prend les
graines fraiches ou s6chees, on enleve la parties blanche sans
toucher A la petite peau verte qui content le rembde. On broie
60 A 150 grammes de ces graines, en y m6lant du sucre. On
le donne au malade pour son d6jeuner. Deux heures et de-
mie apres, on administre 40 grammes d'huile de ricin. S'il
n'y a pas eu d'dvacuation, le soir lavement d'eau sal.e.

GOMMIER ROUGE (bursera gummifera, Teribinthacee). Le







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sue de la racine est un bon vulneraire et sert aussi au trai-
tement des luxations.

GOIWMIER BLANC (icica heptaphilla). Sa gomme rdsine
s'emploie a l'interieur dans la dysenterie; son corce entire
dans les tisanes 16nitives A la dose de deux pincees par demi-
litre d'eau.

SGOYAVIER (psidium goyavia, Myrtacee). La d6coction
des racines est astringent et les fruits verts aussi, on en donne
8 a 24 grammes de racine par jour. Les feuilles piles ser-
vent en applications externes chez les rhumatisants.

GRAND COUSIN (triumfetta lapulla, Tilliacees) appartient a
la m6me famille que le petit cousin (triumfetta semetrilaba).
L'infusion de leur racine et de leur 6corce est rafraichissante
et sans une certain measure antidiarrh6ique. Elle sert en gar-
garisme dans l'amygdalite et l'angine A la dose d'une once
pour la racine et de 4 grammes pour l'ecorce. Les feuilles pi-
lees, infuses dans I'eau sont employees dans I'hMmoptisie.

GRAND MAHOT OH BOIS DE LIEGE (hibiscus tiliaceus, Mal-
vac6e). Les fleurs sont purgatives avec action sp6ciale sur le
foie. L'eau tiUde oi l'on fait macerer les fleurs est utilisee
dans certaines maladies des yeux. La racine et les feuilles
en infusion ont des vertus sudorifiques (a peu pres une poi-
gn6e par litre d'eau).

GRANDE SAUGE ou TABAC JACOT (cocyza odorata, Synan-
thdrie). L'infusion des feuiiles est stimulante. Employees en
bains chauds, elles servent dans les paralysies. L'infusion







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des feuilles et des boutons se prend dans les fi6vres et les
maladies des voies respiratoires.

GRATTE-GALLE OU GRAS DE GALLE (acacia arborescens, Mi-
mosdes). Les feuilles bouillies dans l'eau et appliques en ca-
taplasmes gudrissent les vieux ulchres.

GRENADIER (punica granatum, Granatie). L'6corce de la
tige et les fleurs sont astringentes et efficaces .dans la dysen-
terie et la diarrh6e chronique. L'6corce de la racine est un
excellent toenifurge; on la prend a la dose de 60 grammes
pour 700 grammes d'eau, r6duite aprbs ebullition A 500 gr.
On l'administre en huit fois, de dix en dix minutes. Puis, on
donne deux cuiller6es d'huile de ricin.

HERBE A BL9 (panicum distichum, Graminde). Ses raci-
nes prises en infusion sont diurdtiques.

HERBE A CHARPENTIER (rivima humilis, Phytolacde). On
fait avec les feuilles ,des cataplasmes r6splutifs et un sirop
pectoral.

HERBE A CHIQUE OU MAPOU PUANT (tournefortia foetidis-
simum, Borraginge). Les feuilles donnent de bons r6sultats
appliques en .cataplasmes sur les perforations des orteils pro-
duites par la chique.

HERBE A COLLET ou COLLETTE-A-DAME (juper peltatum).
Sa racine est l'un des plus puissants diur6tiques que l'on con-
naisse.

HERBE A DARTRES (cassia alata, Ccesalpinde). Les jeu-
nes feuilles et les fleurs r6duites en poudre constituent un




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