Alexandre Pétion devant l'humanité;

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Alexandre Pétion devant l'humanité; Alexandre Pétion et Simon Bolivar, Haïti et l'Amérique latine
Physical Description:
129 p., 1 l. : illus. (map) plates, ports. ; 23 cm.
Language:
French
Creator:
Dalencour, François, 1880-
Marion, Cinus
Publisher:
En vente chez l'auteur
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
History -- South America -- Wars of Independence, 1806-1830   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Statement of Responsibility:
par le docteur François Dalencour ... et Expédition de Bolivar, par le sénateur Marion aîné ...
General Note:
Portraits on cover.
General Note:
"Appendice: Le centenaire de la mort de Pétion. La flotte américaine dans les eaux territoriales de la république d'Haïti. Fragments du discours du sénateur John J. Blaine au Congrès américain le 3 février 1928": p. 119-129.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01888615
lccn - 33008505
ocm01888615
Classification:
lcc - F1924 .P47
ddc - 972.94
System ID:
AA00008886:00001

Full Text


:


IT


~!~..._.___I


I


ii


rd


~


r


j


i..

1


9 9 9 9'

jd/3 9a.





THIS VOLUME HAS BEEII I
REVIEWED
FOR PRESERVATION.

Date:


I~

















UNIVERSITY
OF FLORIDA


LIBR ARIES






THIS VO;LUME HAS BEER~
REVIEWED
FOR PRESERVATl0N.


Date:





















Alexandre P~tion devant I'Humsanit6

Alexandre Pttion et Simon Bolivar

Haiti et L'Amridque Latine





























A mla Patrie


A man chere Haitfi











Alexandre PE TION

DEVANT L'HUMANITE
Alexandre POTION et Simon BOLIVAR
Hai'ti et I'Ambrique Latine


Le ~odleur Francois I)AlENCOURl.
J:1-Merll jlilbr (' ['lr:isi el it du1 5uly Al hl)li(l/ deI SnillC.l-.1ffr
1 -16dill~r cll l1~; duII Port deII. ( 1i~lli-Mrell~ ll/(

C:'cst v~ous, 'e'lionr, la( gloire
la( pluls pur'e die Ila race nc~oirc.
Anicieni I)irecteur du LySces Pelion
ETL

EXPEDITION DE BOLIVAR
P'ar le SEnatleur M~AHION Aine














Alexandre PET'IION Simoni BOLTIV'AH
L~es decux prinicipaux aiuleur~s de la LibcE ti e Il'Andr~ique( dIu Sud
Ils aIppartiennlent~ Islifumaniild entiibre


E~n vente chez i'Auteur
340, Rue Ferlon, PO(RT'-;AU-P)RINCE











AVANT-PROPOS


Ce petit opuscule n'6tait simplement qu'une conference qlue
je devais prononcer tout d'abord B la H-avane et dans d'autres vil-
les de Cuba, au m~me moment oil devait sieger la sixieme Con-
farence P-an-Am~ricaine auxr mois de janvieret de favrier de cette
annee,et ensuite dan~s plusieurs villes de toute l'Aimdrique Latine.
Des circonstances independantles de ma volont6 m'en ont scules
empache6. J'6tais convaincu qlue ces nations pour~raienlt s'intdrecs-
r~ser davantage g Hai'ti, enl touchlant du doigt la psychologies dies
faits glorieux qlui constituent un fonds commun g l'HIistoire
Sd'Halti et g l'&volution des republiques latiwo-ambricaines. D~ans
ce contact, je pensais qu'il fallait 6viter tout ce qui revit un ca-
racti~re politique tr~op accentui pouvanlt donner lieu B des diver-
gences de vues. Je garde toujours cette conviction, et je ne crois
pas m'2Stre trompea, eu egard 5 la march des Bavanements depuis
ce court space d~e temps.
Du~ reste, c'est une consttataion banale qlue pour inte~resser
sbrieusement et vivement les autres, il ne fait pas hon de paler
seudement de soi et de ses souffrances, car il est &terneliement
vrai que mal d'autrui n'est que songe. On provoque plus d'int6-
rat, plus de sympathie, quand on dit aux autres des faits aux-
q~uels ils ont ete miolss, et nous aussi. La solidarite, une solida-
rite agissante s'evecille alors spontandment...
IMais, pour bien rendre compete de l'i6volution de ma pensde'
sur ce sujet si passionnlant, je dois d~ire que tout d'abord j'avais
pense a faire un -rticle de revue, une mise au point, en lisant le
compete rendu de l'inauguraltionl & Paris auxr Buttes-Chaumont
des << Avenues Simon Boliv~ar et Gi'ndral San Mliartin n, au course
de laquelle plusieurs discours solennels furent prononcis qui ne
firent pas la moindre mention du geste fraternel du grand Hai'-
Stien qui fut le protecteur de Bolivar et lui permit de connaitre la
gt loire du triomphe final. L'Histaire en malins, on peut dir~e sans
ambages, sans crainte d'ancun di~menti, qlue sanls le secours donn8
si girn~reusement par Petion, Simon Bolivar e-at e~tB un vaincu,
done un oublie, un maconnu.
Ce fut done 1 Paris, la conspiration du silence autour du
nom d'Alexandre Pation, qlui fut pourtalnt celui q~ui permit cette
apothe'ose g Bolivar. C'est un crime con~tre l'Histoire qu'on n'a
pas le droit de danaturer, c'est une deloyout8 envers la memoire
de Simon Bolivar qui, de ses propres mains, a Ecrit qlue (< Pdlkion
est l'aulteur de la liberty' dans l'Amklrique du Surd n, c'est une inljus-
tice r~voltante A l'edgard de la memoir~e de Pdtion dont on vent
ensevelir la gloire.
J'ai pens6 qu'il fallait redresser cette injustice, j'en ai fait.un
devoir patriotique ineluctable. J'5crivis le titre et les sous-titres
que je n'ai plus modifies. Je pris des notes. Accapard par d'au-
tres travaux, j'abandonnai momentanament mon entreprise civi-




-8-


qlue... Aussi, quand se prdsents pour moi la perspective de par-
tir pour la Havane, I'idiae de convertir man article en conference,
en quelque chose de vivant, pour p~rovoquer une attention bien-
veillante, pour crd~er une symnpathie agipsanic g I'0gard des souf-
franices de ma patrie, cette idee me traversa l'esprit comme un
coup dl'6cinir, et je me mis B l'ceuv-re... Le travail dtait fait...
MIais des co~ntrari~tals ind~pendantes de ma \clant6 m'empechi-
rent die partic... Q~u'importe L'ucuvre Etait crf~e, i l ne faut pas
la laisser pairl...
D~one, nie pouvant pas prononcer de vive voix ma conference,
afin de creecr un de ces mouremecnts d'opinioni et de foule qui
conuibentun udioir, u pas, av~ec di'autant plus de faicilit8
qu'an dit lal varite ~je suis olg em ainrAl ar ie
g faire connailtr ma pensde a travers une forme moins vivante,
moins ansimee, momns passionnnante...
D~ans la vie on fait rarement tout ce q~u'on vent, encore mioins
ce qu'oni pense on faiit sc~ulemeint ce qu'on peut, ftant donnE les
innombrublels forces adverses qui paralysent inexorablement la
volonMt la p~lus d~eidie.
Je fais pour manl pays tout Cce que je peuxY. H~las C'eSt bien
peu, en regardl de tount clq que je oudrais falire C'etait pour
moi unie doulourecase anxlield finissanit par une tlouce joie de
pouvoir mcattre A-lexandrei Pation dans le cadrie fleuri et B1ev6 oft
il mritlie dl'iatre p~lacE au poin~;t e vue de l'Hiistoir~e universelle et
relatirementt 5 1I'umanit6 entiiare.
Cette conference, deveniue ce petit opuiscule, devait etre mon
passe~ort dl'Haition dans les paIys que j'avais l'intention de visi-
ter. 11 pent niussi Stre le pas~:~ sepr de toi:!,:,ut ,~ a Ha P'sllien q uicoc u vau 5 l'a
tranger et qui n'nlura qu' Icpa etraqioqepu ua
nom d'Alexandre Pdtion dont tous nous sommes les descendants,
if soft l'ob~jet du respect auguel il a droit comme Haitien...
Aussi,j ai decidE d'en dlonner une diionn anglaise ctune Edition
esp~agnole.
Port-au-Prince, janvier 1928 Dr F~nacors D~ALENCOUR

P'. S. Malgre l'indifference ge~ndrale, je me suis decide B
prononcer a Port-nu-Prince et a Jacmel une sErie de quatre con-
farences historiques. parmii lesquelles la premii-re Ptait celle qlue
je dlevais lire 5 la Hiavane Y1ur Pa'ition et Bolivar; clie a &tB lue au
Port-an-Priince, h Parisiana, dans ia mutinde du dimanche 18
mars 1928, cette lecture dlura deux heures; B Jaemel, au Club
E~xcelsor,elle aCata scindee en dteux parties quli out et& lues la pre-
miere dans la matinee du dlimanche 29 avril 1!,28, et la second
dans la matinde du mnardi 1" mai, fiate patronale de Jacmel.
Au course de la1 Lecture die mes confeirnces, j ai d it laguer
beaucoup de passagecs, afin dle ne pas Otre trop long.
Les trois autres confe~rences Anientt des chap~itres de mon His-
toire du Droit h:itionr, qlue j ai lus a Porlt-au-Prince les diman-
ches 25 mars, 15 avril et 22 arril 1928; h Jaemel le dimanche ma-
tin 6 mai et le lunidi soir 7 mai 1928.
Je profite de cette occasion pour remercier encore tri~s cha-
leureusement tous mes amis de Port-au-Prince et de Jaemel.


Dr F. D.


Mai 1928








Alexandre Pition devant I'Humaniti-

Alexandre Pttion et Simon Bolivar

Ha'iti et L'Amirique Latine





Il n'y a pas un haitien qui reste indifl~rent g l'evoca-
tion de la memoire de Simon Bolivar. Ce souvenir nous
est cher et precieux, parce qu il fait parties de l'Histoire
d'Hai'ti, dlont il constitute l'une des pages les plus glorieu-
ses, remiplie de cette 61evation morale transcendante qui
fait du Fondateur de la Ripulbliqule hoittelene I'un des plus
grands citoyens de l'humanite, la gloire la plus purl'e de la
race nozlre.
L'histoire est ce qui a ete. Aucun &tre au monde ne
peut empacher d'&tre un fait accompli ce qui a existed, ce
qui a 8tC v~cu par les hommes. Les faits historiques sont
ineffagables, impbrissables, immortels. Lte concours g606-
reux, franc et loyal qune le President Alexandlre P~tion a
spontanement donnC a Simon B~olivar qui se trouvait dans
un die ces moments de deception douloureuse qui abattent
l'homme le mieux trempC, le geste fraternel et noble de
Potion embrassant la cause de Bolivar et lui insuffiant
une nouvelle Cnergie et la persistence dens son sublime
Id~al, constitute par la grandeur de ses r6sultats un ev~ne-
ment imnportant del'histoire del'humanite.
On dirait qu'au contact de la terre d'Haiti fralchement
arrosee du sang des combatants de la Libert6 et de l'In-
dependance, aux effluves saves du coeur d'Alexandlre Pe-
tion qui fut un philosophy doux et hon, un parfait demo-
crate, on rdpublicain genial et un grand homme d'Etat, -
Simon Bolivar avait acquis de nouvelles forces qui redou-
blerent son enthousiasme et lui donn~rent l'iean irr~sisti-
ble qui a permis la liberation de l'Amerique du Stidl com-
primbe sous la domination espagnole.
Quel po~te haitien on sud-ambricain 'ioudra bien un
jour ext~rioriser cette communion spirituelle qui. au course
del'ann6e memorable de 1816, eat lieu entire l'lime de PC-
tion et celle de Bolivar, -- P~tion infusant ses grands sen-
timentss moraux, sociaux et politiques dans le coeur de




- 10 -


Bolivar, qui pen B peu est gagn6 par cette personnalite
exceptionnelle dont la renomm~ee avait traverse les mers
et conquis le monde entier.
Celte communion sentimental avait durC plusieurs
mois, Pbtion et Bolivar s'etant ecrit plusieu'rs lettres, qui
sont passbes sons les yeux des historians B. Ardouin et T.
Madiou.... Quelle mine psychologique precieuse pour
I'Amerique latino et pour Haiti! Malheureusement, beau-
coup de ces lettres qui existaient aux archives nationals
jusqu'en 1843, ont 8t6 disperses dans la tourmente de nos
lutes fratricides. Les a-t- on recueillies ? Sont-elles p~er-
dues g tout jamais ? Existent-elles en quelque part ? Un
petit nombre de ces lettres ont etB recueillies par le Sina-
teur Manrion nin8, le fils du G6neral Marion, un des heros
signataircs de l'Acte d'lndipendlance, qui commandait I'ar-
rondlissement des Cayes en 1816 et ful le premier A ac-
cueillir Simon Bolivar en Haiti. Le Sinateur Mlarion ain6
qui etait trbs june a cette epoque avait assisted son p~re
dans la r8eption chaleureuse faite a Bolivar Pt a le grand
merite d'avoir ecrit en 1849 une petite brochure d'une qua-
rantaine de pages intitulde : Expi~dition de Bolivar, oli quel-
ques; lettres de Petion et de Bolivar ont Ct6 sauv~es de

Laissons parler l'histoire. Relativement aux documents
haitiens, nulle part on ne pdeeut trouv-er un8 description
plus fiddle ni plus saisissante esliens spirituels et mat8-
riels qui unissent Alexandre P~tion et Simon Bolivar, que
dans les a Etudes sur l'histoire d'Hati', du plus grand his-
torien han'ien, Beaubran Ardouin, qui Jeune encore,
avait assistedh cet heureux Bvi~nement :
a( Ce n'8tait pas envers les Haitiens seals que P~tion
manifestait ses nobles sentiments..., dit Ardouin. Le
president prenait des measures qui devalent decider du
SOrt d'une grande parties de l'Ambrique m~ridionale, deja
e~n guerre avec l'E~spagne pour parvenir a sa complete in-
dependance de cette metropole.
(( Aprds des revers recidives et des fautes personnel-
les, le c616bre Simon Bolivar etait arrive aux Cayes (1)
dlans les derniers jours die D~cembre 1815j, venant de la
Jalmarque oft il avait passC quelqlue temps~~: dansne in~ac-
tion forcee. II preceda le commodoreAuyesoeca
dire, qui s'y rendirent le 6 Janvier, ayant 6vacuB la ville
de Carthagbne : les troupes espagnoles s'en emparidrent
apres un siege de plusieurs mois qui avait occasioinnd aux
;ndependan ts les plus grandes privations. Cet es<'adre,com-
pos6 de dix navires, amena aux Cnyes les principaux chefs
deVenizuela et de nombreases families, tous manquant
des choses de premiere n~cessite.

(1) La ville des Cayes est le chef-lieu du Departement du Sud
de la Re'publique d'Haiti.














































Simon BOLIVAR
1783-1830


L'immortel Libiralteur de l'Amerique du Sud. Pition fut I'ami
de Bolivar, 1 qui it conseilla l'aholition de l'esclav~age, spres avoir
- dit le grand journal venazudlien El Universal en 1911 com-
bld la R~publique de presents utiles, offers avec une dielicatesse
qui faisait dire au Liberateur : a Pre'sents couvertis de fleurs >.
Les palerins de la Libertd, guides par Bolivar, rencontra~rent
un asile gn&nreux et reconfortant pour l'ocuvre de la r~tdemption
dans la grandeur d'Lme de Pation. D'apres El U~niversal. 1911, P
a'occasion du premier centenaire de la Republique du V~ndzuela.







-- 11 -


ac Parmi les chefs v~nizudliens, on distinguait les gC-
n6raux Marino, Bermudes, Piar, Palacios et M~ac-Gregor,
le colonel Ducoudray-Holstein, I'intendant Zea, les deux
frdres Pineres,1es comriodores Louis Aury et Louis Brion,
et le pere Marimon qlue P~tion plaga pen de temps aprss A
la cure de Petit-Goive.Ce pr~tre quitta Haiti ensuite, pour
retourner dans sa patrie 06 il avait BtB nomme s~nateur.
cc Le General Marion,commandant de l'arrondissement,
second du colonel Poisson Pjris, commandant de la pla-
ce, et des autres autorites civiles et militaires, leur fit un
accueil cordial, auquel la population entire de la ville
ajouta des marques d'une gnenrosite sans example, en les
logeant .et en exergant, enfin envers eux une hospitality
digne des moeurs de cette belle cite, A cette 6poque.
cc Bolivar s'6tait empresse de se rendre au Port-au-Prin-
ce aupres de P~tion, pour reco~mmander ses compatriotes,
forces de s'exiler, et solliciter de lui des secours dans le
but de retourner dans son pays pour le reconquerir sur les
Espagnols.
<< C'Btait fournir a Petion une heureuse ocension de
servir la cause de la liberte et de l'independance dans le
Nouveau-Mlonde. II accueillit Bolivar avec une grande
bienveillance, la distinction la plus m~rit~ie, non sculement
par rapport a sa position de fugitif, mais en consideration
`des services qu'il avait d~j8 rendus A sa patrie. Cependant
P~tion, n'oubliant jamais son origine africaine et s'Inspi-
rant toujours d'une politique gbnereuse, fit comprendre a
Bolivar qune l'Independance des colonies espagnoles de-
vait n~cessairement profiter h tous les hommes qui en for-
ment la population, et non pas comme avaient proc~d6 les
colonies anglaises de l'Amerique septentrionale. 11 mit
done pour condition des secours qu'il allait lui donner en
armes, munitions, etc.., qlue Bolivar fit la promesse so-
lennelle, de proclamer < cc ves de la province de V~n~zuela et de toutes autres qu'il
(( reussirait g reun~ir sous le drapeau de l'independance ,,
c( N'est-il pas en lui-m&me un caract~re g~nereux, Bo-
livar aurait cede A l'ascendant de cet esprit superieur,
plaidant la cause des esclaves apr~s s'8tre devoue a la
defense de la liberte An Haiti. Il n'ignorait pas la carriibre
militaire et politique du chef auquel il s'adressait, et il n'a-
vait qu'd ouvrir les yeux pour voir les heureux effects de la
liberty dans le pays qu il visitaitt pour la premiere f'ois. En
ce temps-li, son independance national etait encore me-
nacee de toute la puissance de la France, et Bolivar voysit
toutes les classes de citoyens jaloux de defendre et de
maintenir leurs droits, mais calmes at rassur~s sur leur
triomphe indubitable, B l'ombre des lois et sous la con-
duite de lear modest president. 11 promit & P6tion de
remplir ses vues 6quitables. Et disons-le une fois, il fut
fiddle P sa parole, en proclamant la libertC gtndrale suc-




- 12 -


cessivement i ;Margarita, a Carupano, g Ocumare, en fai-
sanit plus encore pour cette cause: sacrbe, car il libera ses
propres esclaves au nomnbre de 1.500, dans son vaste do-
mnaine die San-IMateo, pre~sde Caracas. II acquit cette gloire,
plus pure aux yeux. des homames senses, plus meritoire
aux yeux de Dieu, qlue tous ses success Belatants, rien que
par' son contact avec P~tion, qu'en lisant, pour ainsi dire,
au fond de ce coeur bienfaisant.
a liolivar fut fidele g sa parole donn~e a P~tion, mais
uneu oppos"ition formidable s'eleva contre la liberty des es-
claves. En 1821, une libertC graduelle fut proclambe, et ce
n'cst qu'en 1854 qlue les deniers esclaves ont Bte liberbs,
ar l'influence du general Monagas, President de la R~pu-
bique de Vdnizuela.
a Le 4 Janvier, Petion avait deja vu Bolivar. Il ecri-
vait au general M~arion, que la ville de Carthag~ne 6tant
tombee au pouvoir dies royalistes espagnols, il devait ar-
r~ter toute exportation des grains et autres comestibles du
port des Cayes: c'etait en provision des secours alimen-
taires qu'il faudrait dlonner aux ind~pendants qui y arri-
v~rent le 6. E~t quoiqu'il apprit I'hospitali36 qu'ils y recu-
rent, le 26, il ordonna B ce general de leur faire delivrer
du magasin de l'Etat,.A chacun, une ration journalibre en
pain et en salaisons. ar C'est un acle d'humanitd, dit il, di-
gue due gouvoernement de la Republique. ,, Digne aussi, ajou-
tons-nous, du chef qui honorait ainsi son pays.
Le 26, une autre lettre au general Marion lui pres-
crivait de, meltre a la disposition de Bolivar, qu'il avait
prealablemeint recomnmand6 ft ses attentions, 2.000 fusils
et Icurs h~aionnettes et le plus de cartouches et de pierres
it fusil qu'il pourrait. << Vous ferez sortir ces objets dle I'ar-
a( senal comme envoi fait a la Grande-Anse... 11 est g pro-
<< pos qlue cela ne transpire pas, et je me repose sur les
a( precautions que vous prendrez a cet egard. > Et Petion
indiquait comment ces ob~jets devalent Btre transports sur
un des nav~ies indipendlants. Par d'autres lettres, il or-
donna de fournir a Bjoliv.ar de la poudrle, du plomb, etc.,
tonjours avec la mime prdtendue destination etles memes
precautions. Se4 mnotifs etnlent qu'il ne fallait pas donner
in penser qlue in Repubhlique violait la neutralite qu'elle
voulait harder enitre l'Espagne et ses colonies en insurrec-
Llon.
a( Petion poussa meme son scrupule h ce sujet, jus-
qu'it refuser une de ces satisfactions d'amour-propre que
Lout autre chef que lui se fit empress d'accepter. Le 8
Fevrier, Bolivar lui adressa des Cayes une lettre oil il lui
dissit :H a Mnsieur le President, je suis accable du poids
" de vos bien~faits... Nos affaires sont presque arrangees...
a Je n'attends que vos derniiares faveurs... Par M Inginac,
n votre digne secr6taire, j'ose vous faire de nouvelles priid-




- 13 -


cc res. (1) Dans ma proclamation aux habitants de VenC-
ac zuela, et dans les decrets qlue je dois exp~dier pour la li-
a berte des esclaves, je ne sais pas s'il me sera permis de tB-
<< molgner les sentiments de mon casur envers Votre Ex-
ac cellence et de laisser P la post~ritC un monument iirrvo-
ac cable de votre philantropie. Je ne sais, dis-je, si je de-
<< yirai uous Ionommer come l'auteur d~e..olvc-l-i~liber&.-.. J
<< prie Votre Excelleiace an exprmer sa volonte n cet
cc egard... r,
<< Le 18, Petion lui r~pondit : ac Vous connaissez, gB-
<< neral. mes sentiments pour ce que vous avez A coeur de
a( d~fendre et pour vous personnellement. Vous devez done
a( &tre pdn~tr8 combien je desire voir sortir du joug de
a L'esclavage ceux qui y gemissent; mais, des motifs qui se
<< rapportent aux managements qlue je dois B une nation,
a( qui ne s'est pas encore prononc~e contre la R~publique
<< d'une maniere offensive, m'obligent a vous prier de ne
a rien proclamer dans l'8tendue de la R~publique, ni de
a( nommer mon nom dans aucun de vos actes, et je compete,
((a cet Bgard, sur les sentiments qui vous caracterisent..,
<< Dnns la situation oil se trouvait Haiti, il Btait conve-
nable, sans nul doute, de ne pas donner aux Bourbons de
France use occasion, un sujet d'interesser les Bourbons
d'Espagne h faire cause commlune avec elle. La parties
de l'Est, r~trocad~e par la France B l'Espagne, etait en
paix avec la R~publipue d'Haiti et avec le territoire sou-
mis A Christophe, elle y entretenait un commerce de bes-
tiaux qui Btait utile g l'approvisionnement des Haitiens :
ce traffic ofit pu cesser par un ordre venu d'Europe, si l'on
n evitait pas de paraitre ostensiblement encourager l'ex-
pedlition de B~olivar. En le continuant, au contraire, PC-
tion jetait incessamment dans l'Est des jalons pour sa rbu-
nion future A la R~publique, car il maintenait de bonnes
relations avec son gouvernement local, et encore plus
avec les habitants des communes voisines et leurs com-
mandants, qui s'etaient tous inspires des idees et des sen-
timents de Cyriaco Ramirez, de meme qlue Christophe
agrissai envers- ceux qui suivalent la pensee de Juan San-
ches. Voila probablement les principaux motils du mo-
deste refus qu'il fit a Bolivar, et de la circonspection qu'il
recommandait au gbndral Marion, ind~pendamment de ce
qu'il ne fallait pas porter la population des Cayes, A mal
appr~cier les secours qu'il donnait aux ind~pendants de V6-
nezu61a, dans un temps oil l'Etat achetait des objets de


(1) a 11 n'y a pas, en effet, une scule affaire importanlte die la
Rd~publique d'Hiaiti, dans laquelic Inginac n'ait pris part. Sa haute
capacity, sa dexterit8, sa finesse, son patriotisme lui donnaient
droit g ce concours. II fut un homme vraiment remarquable, et
plus d'an personnel europ~en, parmi ceux qui vinrent B Hai'ti,
se plut B le dire. > B. Ardouin.




- 14 -


guerre pour I'Cventualite d'une invasion de la part de la
France.
<< Au surplus, qu'importait 9 un homme du caract~re
de Potion, la gratitude que Bolivar eut exprimee dans ses
actes, pour I'assistance qu'il en reput ? Il etait au-dessus
de ces pudriless vanites qui font faire tant de sottises a la
plupart des chefs d'Etat. Gouverner son pays avec intel-
ligence, jeter les fondements de sa prosp~rite future, en ob-
servant les vrais principles de l'ordre social, faire concou-
ric ses concitoyens gl '6mancipation politique de leuss
semb~~inbles dans une vaste contree die l'Amerique: c'etalent,
.dans sa pens~eecomme dans son caeur, des choses plus di-
gnes du chef de la premibreNation sortie de la race noire,
et s'Cmancipant elle-mime du joug europeen, sans aucune
autre assistance que celle de la Providence, sans autres
mioyens qlue ceux qu'elle puise dans son irresistibleanerg:ie.
a( Petion prata encore A Bolivarle concours de son au -
torit6 pour faire ceaser une division qui s'etablit entire lui
et le general Bermudes et le commodore Aury qui allaient
s'en separer : il dicta au gandral Marion des measures g cet
efft, et Marion remlplitt ses vues avec intelligence et un
veritable devouement g la cause des independants :il les
rbconcilia. Comme cette querelle entire eux avait eu pour
origine des rdparationss faites par Aury a I'un des navires de
son escadre, et d'autres avances qu'il fit, le president or-
donna de lui computer 2.000 piastres du tr~sor pour l'en in-
demniser. On verra que dans une autre circonstance, Aury
se ressouvint de la generosite de Petion. Ce marin fran-
gais avait etC contre-maitre it Toulon.
(( Enfin BZolivar reput du g~ndral Mfarion, en tout, 41.000
fusils, 15.000 livres de pondre, autant de plomb, des pier--
res it Iusil, une press 1 imprimer et des provisions pour
les hommres dormant son expedition. Le president la~i per-
mlit mim~ne d'y comp~~rendr~e des Hardeners quiv~oularent yI con-
courir. On ne pouvait pas faire davantage pour la faciliter
et donner au Libiratieur une occasion die retablir son auto-
rite da~ns sa patrie, afin d'en assurer l'independance politi-
que. Le 10 Avril, il partit du port de Ca\es avec son es-
cadre~ qu'il avait pjlacke sous les ordres ~de L~ouis BrIon.
Cat excellent1 martin lui emait devoud personnellemnent et
avait deijii rendlu de grands services aux independants : i1
naquit ii Curacaao.
<< Le ganbiral B~orgella avait accucilli Bolivonr et. ses prin-
cipnux of'ficicrs in Custinies, sa propriete, od il vivait commze
un Cincin natus; if y logea plusieurs familieset d'autresdrans
sa maison, aux Cayes. E~n lui temoignant I'estime que lui
inspiraient son caracte~re,ses services ei sa reputation mili-
taire, B2olivar lui proposal dl'aller l'aider it conquer~ir la C6-
te-Ferrme sur les Espagnois. Mais Borgella lui r~pondit;
a( Mon pays pourra avoir besoin de mes services, 30 ne puis
<< accepter ros offres. R




-15s -


<< L'abb6 Gaspard, cure de Port-au-Prince, accueillit
Bolivar et d'autres v~nezue1iens qui s'y rendirent aussi,no-
tamment I'aimable famille des Soublette, don't I'un de
ses membres, Charles Soublette, devint president de cette
R~publique :elle etait de la classe des M~antuanas de
Caracas et allide ii Bolivar. Ces personnel d'un rang dis-
tingue furent I'objet dies plus grandls egards des habitants
de la capitale., (I. Ardouin, Eltudes sur l'histoire d'Hiaiti,
tome 8, pages 180 A 187.)
Cette belle exposition historique n'a pas besoin de com-
mentaires. Nous voulons seulement insisted sur un passage
d'une des lettres die Simon Bolivar qui reconnait A lexandlre
Petion comm~e l'autreurl de lalibertde dans Idl'Amiiqu~e du Sud...
Ce passage est assez Bioquent par lui-m~me.
Mais admirez aussi la grande modestie de P~tion qui,
avec raison, ne voulut pas tirer vanity d'un acte de gtnero-
site qu'il trouvait tout natural.
En faisant ses adieux au Gen~ral Marion, Bolivar lui
exprima toute sa reconnaissance pour toutes les bontes
qu'il avait eues pour lui personnellement durant son sejour
aux Cayes, et le pria d'accepter, avec l'accolade frater~nelle,
son portraiteCnmindaillon, comme un timoignage de ses sen-
timents de profondle affection. DC~jB, avant de faire ses
adieux, Bolivaravait donned g la famille du General Ma~rion
une magnifique et grande timbale d'argent manssif.. Ce pr6-
cieux souvenir fut malheureusement perdlu i K~ingeton (Ja-
maique) a u cours d'un sdjour d'un memnbre die la fa mille Ma-
rion.
Ce qlue les documents officials n'ont pas pu rapporter,
c'est I'autorisation empressee que P~tion accorda B bea:!-
coup dl'Haitiens malgre l'etat die guerre avec Christophe,9
de s'enrbler dans le corps expeditionnair~e de Bolivar eLt d'al-
ler verser leur sang pour la libert6 die l'Ame~rique meridio-
nale Celle liberty est donle scellfe dun sang hardlen. Les ci-
toyens de la ville des Cayes surtout, qui ont si chaleureu-
sement accueilli Bolivar et ses dignes compagnons dlans
leurs propres maisons, ceux du Departemnent du Sud et de
i'Onest peuvent revendiqluer ce girandf honneur.
Mlais ce n'est pas lout. Les circonstances out dl~montre
qlue le noble geste de P~tion enters Bolivar au commence-
ment de l'annee 1816 n'etait pas un acte isole sans lentde-
main, et etait d'accord avec sa vraie nature qui elait, toute,
d'elevation morale et humainitaire. Apr~s le degar-t dies
Cayes, I'expedition de Bolivnr eprouva beaulcoup de con-
trarit6e. Bolivar personnellement, eut a subir de cruelless
deceptions, et une deuxieme fois, il vint encore se jeter
dans les bras de Pstion qui I'accueillit toujours av~ec la
mime bienveillance et la mime sympathie agiusantes que
la premiere fois.C'etait la fin de I'annee memorable de 1816.
Nous laissons de nouveau la parole au prince des his-
toriens haitdens, a Beaubrun Ardouin :




-- 16 -


I Dans lcourant du mois de septembre, S. Bolivar
etait arrive au Port-au-Prince, encore en fugitif. Quand it
p'artit des Cayes, en avril, il se rendit avec sa tlotille A
f'ile de la Miargarita. Le 31 mai, it opera le d~barquement
de ses troupes sur la Ci~te-F~erme, A Carupano, oh deux de
ses mneilleurs geni-raux, Mlarino et Biar, se separidrent de
10i pour ailer recruler dies forces dans l'interieur. Bolivar
se porta alors a Ocumare oh il debarqua le 3 Juiltet. Le 6i,
dans une proclamation aux habitants de Vnenzuela il d$-
cretla c la liberty genBrale des eselaves a comme i l 'avait
deja fait a la Mlargarita et a Carupano. c Nos m~alheureux
(I forces qui endurent I'esclavage, dit-il. sont dc~s ce mo-
(( ment, dl~clares libr~es. Les lois de la nature et de l'huma-
ac nite, et le government lui-mame r~clament leur liberty.
ci Ddsormais, 11 n'y aura dlans V~nezuelal qu'une classes
aI d'llushitants: tous secont citoyens. >
cc Apri~s cc niouvel nocte, onl if tenait pour la troisieme
f'ois sa parole donnee a Pe'tion, il se rendait g Valen-
cla, lorsqlue le 10 juillet, il rencontra le general Moral~s,
E~spagnol royaliste, qui le vainquit dans un combat. Con-
traint de fair, Bolivar, revint Ocumare oid il s'embar-
qua" Sur la Diane, baitiment des independants. 11 se diri-
genit avec touted la flotille a f'ile hollandaise de Buenos-
Ayres, quand I'amiral Brion le joignit et le persuade de
retournerr aupriis die ses compagnons d'armes. Mais avant
r~ejoint Marino et Piar, ces deux gindr~aux l'accarbirent de
reproches, et Pilr menaca de le faire ar.-ter et juger : ce qui
I'indligna et le portla icse remnbar~quer et a~ revenir a Hlaiti. (1)
cc Ayant si loyalement rempli les promesses qu'il fit g
Petion, relativement aux esclaves, Bolivar ne pouvait qu'en
recevoir de nouveau un accueil distingu6, quoi qu'en ait
dlit Ducoudray-H-olstein, qui a Ccrit I'histaire de sa vie.
Pu cprnietio;n savait qu9;le tout militaire est sujet a des revers, et
quele rinipedela liberty g~ndrale, une fois proclam~e
dlans le V~nezuela, portrait n~cessairement sonfruit.
c( Le 9 octobre, en apprenant I'election g vie du pr~si-
dent, il lai adlressa une lettre des ~plus flatenses oh il ren-
dit justice a ses hautes qualities Wouvernementales: << Vo-
a( tre Excellence, lui dit-il, possade une facultC qui est au-
cc dess~us de tous les empires, celle de la bienfaisance...
(( II n'y a que le Prfisident d'Hlaiti qui gouverne pour le


(1) Bolivalr n'oublia pas l'offense qlue lui avait faite le g~ndral
Piar. Apris qlue celui-ci efit fait la conquete de la Guyane et pris
possession de la ville d'Angestura, en Juillet 1817, Bolivar s'y
rendit. Le g octobre, il fit fusiller Piar, qui fuit accusi, Btant mu-
Idtre de vouloir dtab~lir ulle R6publique de noirs et de mul~tres
dont it serait le president. Nous ne savons pas si cette accusation
6tait fondi~e, mais Bobvrar 6mit a cette occasion, une proclamation
o il texprimait le regret d avoir Bt6 contraint a cet acte de s~veriter.
(B. ARDOU1N).




- 17 -


ac peuple : il n'y a qlue lai qui command g ses Bgaux. l~e
a reste des potentats, contents de se faire obeir, m~prisent
ac l'amour qui fait votre gloire... VJotre Excellence vient
<< d'Ctre elev~e a la dignite perp~tuelle de Chef de la R~pu-
6( blique, aux acclamations libres de ses concitoyens, seule
<< source 16gitime de toute puissance humaine! Elle est donc
c( destinde a faire oublier la mI~moire du grand Wa~shingtonz,
a en se frayanlt une car~riare d~'aulant plus illustr~e qu~e les obs-
<< tacles sont supdrieurls ri tous les mroyens. Le HIi-ros dur
K Nor~d (W4ashingtoc) ne troluva que des soldals ennlemris a
a( vaincre, el 'son plus grand tr~iomphe full celuri de so propre
ac ambition. V~otre Excellence a tout Avaincre, ennemis et
cc amis, etrangers et nationaux, les pbres de la patric, et
.c jusques aux vertus de ses frares. C;ette tache ne sera pas
au la plus difficile pour Votre Excellence, car elle est au-
ac dessus die son pays et de son kpoque...Je prie Votr~e Excel-
cc lence d'agreer avec l'iadulgence qu'Elle a toujours eue
a( pour moi, I'expression candide d'une admiration sans
cc bornes, pour ses vertus, du respect pour ses talents, et
a( de la reconnaissance pour ses bienfaits.>>
cc On peut concevoir l'expression d'une telle admira-
tion, par les secours qlue Bolivar avait regus de P~tion au
commencement de l'annie, mais aussi par l'appr~ciation
qu'il put faire de toutes ses qualitis eminentes qui lui va-
Jurent de semblables eloges de la part de D. Ltavaysse (1),
parlant g son propre gouvernement. En ce moment, Boli-
vard voyait encore encore avec quelle dignity il r~ecevait
les commissaires franSais, des colons, forces eux-mimes
de rendre justice aux proc6dds de P~tion envrers eux.
c Pen aprils, I'amiral Brion reussit i porter les compa-
gnons d'armes de Bolivar a le rappeler aupr2bs d'eux, car
son influence pouvait davantage pour le succes de la cause
de l'ind6pendance de la C~te-Ferme. P~tion lui accords de
nouveaux secours en armes, munitions, etc., qu'il prit au
Port-au-Prince et g Jaemel : 14 ii s'embarqua sur la Diane
le 26 decembre, cette fois, pour aller triompber definitive-
ment de la puissance espagfnole dans ces contries.
cc Au moment oil il adressait sa lettre g Petion, le gCnC-
ral Mlina arrivuit au Port-nu Prince sur le raisseau le Ca-
Iddonien, escorted de la cornette la Carlypso, venant de Lon-
dres et en dernier lieu des Etats-Unis. Ce gBneral s'etait
rendu cC1Cbre,en Espagne,par la guerre de giu6rillas qu'il fit
3ux Francais, de 1809 g 1814, mais il avait quitter son pays
dans cette annie pour se refugier en Angleterre, g cause
du despotisme de F7erdinand VII,et il allait alors preter son
appui aux ind~pendants du Mexique. dans la lute qu'ils
soutenaient contre l'Espagne. La RdCpublique d'Harti. ddjd
renommde a1 l'dIranger par la haute rdputation de Pdtion t'

(1) iMissionnaire fr~ancais envoyE officiellement aupr~s de Pi-
tion vers 1814.




- 18 -


so solliciturde pour~l out ce qui feworisail la liberide et I'indipen-
dance de I'Amirique, paral it Mina comme la dernidrer e sta-
tion2 oli il detail s insp~r~er polr son entr~epr'ise. En rencon
trant B~olivar au Port-au-Prince, ilse fortifinit par lui dans
ses desseins.
u( La capital de la R~publique offrait en ce moment
I'interessant spectacle d'une reumion d'hommes de divers
pays, y venant s'abriter a l'ombre de ses 10is toutes favo-
rables a la liberty, assistant i l'edification de ses nouvelies
institutions et en t~moignage de la conflance d'un jeune
people qui remettait aux mains de son premier magistrat,
kes rencs du gouvernement de l'Etat pourtoute la durde de
sa vie. On y voyait outre les comimergants Ctrangers,
Mina et ses compagnons, Bolivar et plusieurs de ses com-
patriotes, des Francais fuyant leur beau pays a cause des
pr'oscriptions de la reaction de 1815, et parmi eux, I'ex-
coniventionnel Billand-Varenne qui trouva enfin un asile
dans ses mslheurs. Ce dernier et les plus eminents parmi
les autres, voynient Petion assez souvent parce que, dans
la simplicity de ses moeurs republicaines', il 6tait accessi-
ble i tous. Ils allaient admirer en lui, I'ami de ses conci-
toyens.le pc're de la patrie qui leur donnait refuge.,, (B.Ar-
douin,Etludes snr I'Hiistoir~e dl'Hai'ti,tome 8,pages 236 i 239).
Ce temoignage historique est inattaquable, parce que
l'historien Beaubrun Ardouin fut on t~moin oculaire et
auriculaire de tous ces fails qui rehaussent la mimoire du
plus 9rnnd de tous les Hai'tiens, la gloire la plus pure de la
race noire. D'ailleurs, tons ces faits cadrent merveilleuse-
ment avec le caracibre moral, bon, liberal, noble et B1ev6
d'Alexandre Petion, qui, alors, apparait comme l'incarna-
tion et I'expr~ession lan plus vivanle dle la penste latine dans
l'Amdriique.
Avec les nouveau secours donnas par P~tion B un mo-
ment psychologique, c'etait la dernibre carte, Bolivar con-
nait le triomphe. A peine debarqu8 g Mlargarita et i Bar-
celona, Bolivar met en pieces l'arm~e du gen~ral espaginol
Morillo et march ensuite de victoire en victoire. La Re-
publique du Venizu61a est d'abord proclamee; en 1819,
Bolivar passe dlans la Nuouvelle-Grenade, franchit les An-
des, et reunit la Nouvelle-Grenade au Venezuela sous le
nom de a( RI1~PlULIQUE DE COLOMlBIE )). F!UlS, Ce ful ]e fOU1.
dlu Perou : B3olivar entra en triomphe a Lima en 1823,
et Rssiste die son lieutenant Sucre fit prisonnier le vice-roi
La Serna, b la celebre hatnille d'Ayacucho, en 1824. La
prise die C:allao en 1826 mnit fan g la domination espagnole.
Bolivar songen alors g conf~ddrer les trois Etatsqu'il avait
affranchis: La Colombie, le Perou, et la Bolivie en une rC-
publique fd6drntive des Etats-Unis du Sod.Cette fP~ddration
remanie forme les cing republiques de Ven~zuela, de Bo-
livie, du Peron, de l'Equateur et de la Colombie. Pana-
ma ne s'est d~tach6 de la Colombie qu'en 1903.














'j
B


1'1


1


A.PCTION




Alexandlre PET:~ION



Cette Iravre: .I rep resen t le Peti on en IIcs tum ml li I[litaire,
la main dlroite tenant la Constitution et la main uniuche sur
la poigne~e die son epee. Cotte pose est symb~oliqlue de la
carriiare de~ l'incomupar~able Citoyen, qui fut un geni; e mnili-
taire et un genic civiqlue, apple juoste titre (I LE Pl RHE DE
LA PATHIE HAITIENNE. ))
Nul ne fut plus grand, avant comme apres,
dans les fastes de I'AmBrique.







- 1.9 -


Ce n'est pas seulement a Bolivar qlue Petion donne un
:concours moral et mat6riel, c'est aussi au general Mlina,
neven du grand general Espagnol da mbme nom, connu
pour sa resistance .opinitre aux armies de Bonaparte. Le
contact moral et spiritual avec Petion et Bolivar avait for-
tifie Mina qui, de Port-au-Prince, se readit au Mlexique
pour embrasser la cause des insurg~s indigenes mexicains
qui s'Ctalent soulevis des 1808 contre l'Espagne embar-
rassee dans ses luttes continentales. La tentative d'Hidalgo
en 1810 avait BchouB, de mame que celle de Mlorelos en
1815. Mina, en 1816, eut d'abord quelques succ6s mais ne
fut pas plus heurenx dans la suite que ses courageux pr6-
d~cesseurs, puisqu'il fut pris et fusilli par les Espagnols
Mlais l'id6e de l'ind~pendance mexicaine avait pris racine
et 6tait devenue invincible. Ce sont les dernierselforts de
Mina qui ont facility le triomphe final et definitif du gene-
Iturbide : le IMexiqrue 6tait d6sormais libre et ind~pendant.
Il n'y a dotic pas de doute qlue Ile Pr~sident Petion et Par-
tant Haiti, a sa petite part dans l'ind~pendance mexicaine,
par toutes les facilities qui furent accorddes au gen~ralMi-
na pour son ravitaillement et son approvisionnemnent mi-
litair~e.
Voild l'ceuvre magnifique d'Alexandre Petion, le r~sul-
tat merveilleux du concours donn8 en deux fois a Bolivar
et une fois au general Mina. Cette belle ceuvre rejaillit sur
toute Haiti. Potion, Btant mort en 1818, n'eut pas le bon-
heur d'assister a- cette riche eclosion deont il etait I'auteur,
le phre. Le people hatien peut &tre fier et se montrer di-
gne de cette glorieuse action II est vraimnent heureux pour
lanation haltiennie qlue Beaubrun Ardouin sit tird de nos
archives nationales, hdlas dispersdes depuis quelque
temps, le belle lettre de Simon Bolivar ccrite a Port-au-
Prince, au course de son second sejour de plusieurs mois
en Haiti, quand il eut appris l'61ection h vie d'Alexandre
P~tion g la Pr~sidence d'Haiti. Sans ce soin pieux de la
part de notre grand historien, I'histoire n'aurnit jamais
connu une relique aussi pr~cieuse pour la nation haitienne,
cette helle lettre dictee par la reconnaissance,dans laquelle
Simon Bolivcar met Alexandre P~tion au-dlessus de Georges
Washington, qu'il appelle le heros du Nord. Le senateur
Marion aind m~rite aussi les m~mes Cloges pour avoir ecrit,
en 1849, sa brochure intital~e << Exp~dition de Bolivar n
out il parle de la g~nerosit6 de Petion et reproduit une
grande parties de la correspondence officielle Cchangde a
ce sujet entire P~tion, Bolivar et son phre, le a~neral Ma-
rion, commandant de l'arrondissement des Cayes et les
principaux chefs de l'exp~dition.
Simon Bolivar savait bien en l'elevant si haute, qu'il di-
sait la v~ritC sur Alexandre P~tion, qui avait tant insist6 au-
orksi de lui pour qu'il abolitl'esclavage dans l'Am~rique du
Sud. Simon Bolivar savait que Georges Washington, meme




- 20 -


chefd'Etat, avait possedd des esclaves. Ce ne fut qlue prbs.
d'un sibcle plus tard qu'Abraham Lincoln rtpars la faiute
de Washington.
Si l'on vent bien reflechir a la situation perilleuse inte-
rieure et exterieure oh se trouvait la R~publique dePetion,
on comprendr~a naturellemnent le merite inappr~ciable du
concours donned a Bolivar : d'un cbte, a l'interieur, I'etat.
de guerre avec Christophe, la n~cessit8 d'6tre perpetuelle-
ment sous les ai'mes, les ennuis politiques suscites par les.
meilleurs haitiens de ]'epoque, ennuis dont Bolivar a ete
le temoin et qu'il a dep~lores ; de l'autre, la France n'ayant
pas desarme, oneCtaitsur un qui-vive continue, toujours en
Btat de guerre, I'arme aux bras, dans l'attente anxieuse
d'une expedition miilitaire et nav~ale du gouvernement fran-
Fuis excite par les fbr~oces colons qui ne desesperaient pas
de reprendre leurs belles habitations et de retabl!ir l'escla-
vage B lear profit; suite la monlarchie espagnole nous-
guettait ir cause des secoturs dejia donne~s aux patriots do-
minicains;, enfin les Anglais n'oubliaient pas leurs tentati-
ves avec Toussaint Louvierture pour supplanter la France
dans la possession de la perle des Antilles. Les trois plus
grandles puissances coloniales du mondie de cette 8poque
talent done mal disposes envers nous et ne cherchaient
qu'un pretexte, n'attendaient qu'une occasion favorable
pour fondre sur nous et pour nous andantir.
Toutes ces menaces formidables n'ont pas pu empicher
P~tion de tendre une main fraternelle et g~ndreuse i Bo-
livar, non pas une scule f~ois, mais en deux fois 11 faut
bien croire quie P~tion aviait la passion acharnee du Bien
et de la Charite. Tout son Ctre ne pouvait rayonner qune
du Bien. P~tion avait une foi indbranlable dans l'avenir
de la LibertB dans le monde et particulibrement dans l'A-
m~rique m~ridionale. Quandl il s'agissait de faire du bien
et de dbfendre la Libert6, Alexandre Petion ne connais-
sait pas la peur des responsab~ilitis ni la\ craintedes reprC-
snilles.
Plus encore qlue Simon Bolivar et San Mlartin, a cause
du milieu special on il vivait, Alexandre Petion a prouvC-
au monde qlue, malgrB d'infiniej difficultes;, ceux qui veu-
lent reussir ne doivent pas marchander avec leur cons-
cience et dolvent subir toutes les epreuves, touts les amer-
tumes, toutes les injustices auxquelles ils peuvent &tre en
butte par la mechancete, la folie ou l'ignorancee de cer-
tains de leurs contemporains.
Ce sont ses propres sentiments qu'Alexandlre Pation a
inculques a Simon Bolivar pendant les deux sejours qlue ce-
lui-ci fit au Port-a-Prince. C'est par ces sentiments ele-
v~s, plus qune par leur gloire ou leur genie qune Bolivar et
P~tion doivent rester comme un pur exemple dans l'Pme
et I'histoire des peuples, ainsi quell l' excellement exprim6




- 21 -


un publiciste sud-americain, Mi. de Hostos a propos de
B2olivar et de San M~artin.
Plus encore qlue Simon Bolivar et San Mc'artin, Alexan-
dre Pation n'apportient pas seulement g l'Ambrique Latine,
if ap'partient g l'Hum;:nitB toute entire.
Alexandre Petion d~passe Georges Washington, dnns
l'8chelle de l'HumanitC, parce que Simon Bolivar, apr~s
avoir vecu plusieurss mois en Haiti, avait constat6 les ef-
forts moraux inouis qlue le plus grand des hantiens eut a
accomplir afin de bien constituer la nation haltienne,
En ef~et, P~tion eut tout g vaincre, comme le dit Bol1i-
var : ennemis et amis, etrangers et nationaux; ses meilleurs
collaborateurs dans l'oeuvre die lIndetpendance lui susciti?-
rent dies difficultes sans nombre qlue seales, sa morality
B1ev~e, sa sagesse eprouv~e et sa patience infinie pouvaient
vaincre. Tandis qlue Washington n'eut qlue les soldats an-
glais g vaincre, comme Bolivar le precise si hien dans sa
comparison imag~e.
MSais, connaissant la grandeur morale de son protec-
tour, Simon Bolivar lui predit la victoire, suchant par le
t6moignage de ses yeuxc et de sa conscience, qu'Alexan-
dre Pdtion (( est au-dessus de son pays et de son eploque...u
La lettre du 9 octobre 1816 de Simon Bolivar a Ale-
xandre Petion constitute, nous le rip~tons, un document
pricieux et pour I'Histoire d'Haiti et pour I'Histoire uni-
verselle. Cette lettre constate un fait remnarquable : A cette
epoque toutes les nations du monde etaient gouvernees par
des potentats absolus, rois emipereurs et princes :il n'y
avait dans le monde entier qlue deux republiques, celle des
Etats-Unis de l'Ambrique du Nordi et la repiublique
d'Haiti. Partout ne r~gnent qlue l'absolutisme et le despo- i
tisme, et la r~publique de Washington renfermait dies es-
claves sonmis au dur et cruel pre~juge die coulcur. Seule, la
r~publique de P~tion off'rait i'imiage parfaite de la libertC,
de I'Cgalite et de la fraternitC humaines incarnies dnns les
immortels principles de 1789.
Ce n'est qu'un demi-sibcle aprds la foundation de la rB-
publique de Petion, que la republique de W~ashington,
grpce a Abraham Lincoln et au prix de d~chirements inte-
rieurs, abolit I'esclavage et voit rigner une egalite hu-
maine qui n'est encore que partielle par suite de la persis-
tance du pr~jug6 de couleur qui a dans ce pays la Force
d'une loi inexorable se manifestant par des cruaut~s cri-
minelles et des injustices inqualifiables.
Puisque nous parlons de Lincoln, n'est-ce pas le mo-
ment de d~truire cette 16gende fantaisiste sur la famneuse
guerre de Secession, qu'on reprdsente universellement
comme avant CtB faite uniquement dans un but humani-
taire, I'abolition de l'esclavage. Ce n'est qu'une fable qui
ne cadre pas du tout avec la mentalit6 ambricaine si egoiste..
Selon M. Andr6 Tardieu, qui est un specialiste des ques-




- 22 -


tions americaines, la guerre de Secession n'est pas nee des
campaigns abolitionnistes, mais simplement d'un des in-
nombrables incidents de la colonisation de l'Ouest. Au
dtbut die cette gruerre civil, Abraham Lincoln ne songenit
pas a abolir I'esolavage. Ce n'est'pas un combat de doctri-
nes, ni un duel philosophique qui va, pendant tant d'an-
nees, risquer de couper en deux la Rfp~ublique americaine.
Le pr'obleme estecono~nuque, et rien queconomrque. II s'agit
de savoir quel scra le regime d'exploitation de l'Ouest.
Servile ?' Ce serait f'ermer des Etats aux blancs qui, de-
puis 18153, s'y portent de plus en plus nombreux. Libre ?
C~e serait les fermner au Sud, dont les resources, comme
celles du Nord, ont contribute g les former. Il s'agit de
I'approprintion d'un sol, qlue l'ordonnance de1'787 a re-
serve 8 la Confeddration et pour lequel le NIord et le Sud
proposent deux formes inconciliables de mise en valeur.
Sans l'OuePst, dontl le Nor~d et le Sud out besoin2, le Sud eat
gardC ses esclaves et le Nor~d, plus anlti-nigr~e quep le Su~d, n'y
edtl rienl objerCi. ~incoln Ilai-mi~me l'a reconna. La g~uerre ve-
nue, non pour affranchir les noirs, mais poutr sanuer l'u-
nion l'emancipation s'en est suivie et mime l'admission
au vote. Mais les deux amendments ont 6te la conse-
quence, non le but, ou encore le << chapeau ,, mis apri~s
coup sur I'ensemble, commue plus tard le W~orld safe for De-
mocraocy de Woodrow Wilson. (Voy. AndrC Tar~dieu, De-
vant I'Obstacle. L'AmL:rzqu~e et Nous, 19)27, p. 47i-48).
Ce fait historique ne fait qlue rehausser davantage la
gloire de Petion qui imposa a Bolivar la liberation de tous
les esclaves de l'Ambrique du Sud, comme condition du
genereux concours qu'il donna en deux fois g Brolivar.
En ce temps glorieux die notre histoire, et en preuve de
l'incons~quence du gouvernement des Etats-Unis qjui vou-
lait accraditer aupri~s du gouvernement du Nord un agent
commercial en se servant desanciennes denominations co-
loniales, le brick de la Republique haitienne, la ConFlance
falsait flotter l'embl~me de la NationalitC d'HLaiti dans le
port de la Nouvelle-Orldmas, g la confusion des anciens co-
lons de Saint-Domingue, qlu' s'y 6taient refugiCs depuis
longlemps. Ils rHrent retenir leurs plaintes dans les jour-
naux, accusant les Americains de tiddeur, et parce qu en-
core de jeunes enfants de la classes de couleur de cette ville
s'avisbrent de pa-rcourir les rues avec un petit drapeau
han~ien, au cri de : VIive Pition! (B. Ardouin, Etudes sur
I'Histoire d'Hanii, t. 8r, p. 299).
C'est g ce moment qlue Billand-Varennes, le violent
conventionnel frangais, proscrit par son pays, reput en
mime temps qlue Bolivar l'hospitalitC de P~tion, et s'ecria,
en decouvrant la terre d'H~ai'ti : to C'est la seale terre oni .e
puisse respirer librement. Le people dans le sein duquel je
vais, sera pour moi indulgent, car, lui aussi a vu la li-
bertC, qlue la tyrannie avait enchain~e, terrasser ses op-
presseurs et dans sa fureur dbraciner un infame systi~me ,,.






































Alexande PETIO
Parsinard'H rride180 A 81


nd a ota -rne l vi 17 trv apti e2
ma ~rs 8
Ce potri avi t di .E .JenPer oeP-
dent d'at asn ~ ods iter epitefaci aicu
C'es leprri idl e1no paa l ate e iidn
l'ntmi6.qunditreevitse n mbeu a is etad irters







- 23 -


Le S~nateur iMarion avait done raison de dire que
an cette gloire die Petion rejaillit sur toute Haiti. Alors la
vraie liberty n'existait nulle part dans le Nouveau Mlonde,
si ce n'est en Haiti, le deuxisme Etat ind~pendant de l'A-
mirique. Nous disons la oraie liberid, car nous ne conce-
vons pasun epay3s libre, au 19. sidcle, dont les champs sont
corner d'selves sans cesse tortures. Le mot de libert6,
trace orgueilleusement sur le drapeau des Etats de l'Union
ambricaine ne peut enthousiasmer les coeurs, car c'est une
illusion n. (op cit., p. 43). Voils pourquoi Simon B~olivar
met Alexandre Petion au-dessus de Georges Washington !
En ce temps-lk, la renommbe d'Alexandre P~tion, tra-
versant les mers, etait devenue mondiale. Davns les plus
petites contr~es de l'univers, la belle figure democratique
et philantropique du plus grand des Haitiens etait con-
nue et admir~e. C'est ainsi qu'en 1821, les Grees, combat-
tant pour leur ind~pendance avec l'aide dies esprits gen8-
reux de l'Europe et le concours enflamme du grand po~te
anglais, Lord Byron, s'adress~rent au successeur de P~&-
tion, le President Jean-Pierre Boyer, pour avoir le con-
cours d'Haiti en armes, munitions, argent et en hommes.
Cette demarche ful faite die la part des Grees residant g
Paris dans une lettre signee par quatre d'entre eux : A. Co-
ray, ani savant illustre, A. Vogoridy, C. Polychroniandes
et Ch Clonares, et transm~ise au President Boyer par le cC-
14bre abbe Gr~goire, ancien evbque de Blois. C'Ctait, assu-
r~ment, i'efifet miraculeux du g6nereux concours donn6
par PEtion & Bolivar.
~Malheureusement, le meme concours ne fut pas possi-
ble, eu Bgard g la situation interieure du pays, A la veille
de la reunion de la parties de l'Est, BvBnement extraordi-
naire qui exigeait une grande concentration de troupes et
de trds fortes ddpenses, eu Bgard aussi g la grande dis-
tance, 2.500 lienes, qui nous s6pare de la Gr~ce. Cepen-
dant, le IPresident Boyer, syant envoy un cadeau de
25.000 livres de beau cafe d'Hlaiti cultiv8 et r~colt8 par les
mains d'hommes libres g I'abbe Gr~goire, celui-ci n'en con-
serva que deux livres qui furent hues par quelques amis
de la race noire, une parties fut employee A la publication
d'ouvrages de morale religieuse destines specialement aux
icoles d'Haiti, redig~s par le cC18bre religieux ; le reste,
quelques milliers de francs, fut envoyC 9 la revolution
grecque. Voilh comment, par l'interm~diaire de l'abh6 GrC-
goire, Haiti, grace g la grande renommee de P~tion, con-
tribua tant soit peu B l'independance de la Grace.
Seule, g cette epoque, la rdpublique d'Alexandre Pe-
tion a domino le monde par la conformit6 de sa conduite
auax principles immortels et sacr6s qui ennoblissent I'huma-
nite. Seule, g cette Cpoque, la rdpublique de Petion se
d~tache comme le joyan le plus pur et le plus brillant de
I'univers au point de vue politique et social. Et Simon Bo-




- 24 -


livar traduisait non seulement ses propres sentiments,
mais aussi le sentiment et le jugement de toutes les races
d'homnmes qui vivaient A cette epoque sur la terre, quand
iif Crivait avec une conviction stire qu'Alexandre Pdlion
Pltail au-dessus de son pays et de son dp~oqure...
C:e n'est pas une parole proferde a la legi~re, c.'est une
pense~e ecrite dans le calme de la reflexion, dans la s~re-
nite impartiale de la md~ditation d'un homme de g~nie, le
genie qui a cred la libert6 de tout un continent, de touted
l'Amedrique du Su~d. Les paroles s'en vont, mais les Ccrits
restent... Bolivar avait h~urine d'une mnaniere ineffagable
f'une des pages les plus b~rillantes et les plus sentimentales
de l'histoire universelle!i
Cette r~iflexion profonde de Bolivar etait base sur des
preuves d'une veracit6 eclatante : 1 la mise en pratique
de In Constitution die 1806 revisee en 1816 et imitee des De-
clarations franqu~ises des Droits deli'Homnme et du Citoyen
et dies Constitutionis reactionnaires issues die la R~volution
frangaise. La; Constitution de Petion amnplifia l'818vation
morale, politique et social de ces grands modules et les
surpassa par l'idec de la rehabilitation de la race noire,en
ouvrant les portes d'Haiti a tous les membres de cette race
aville par I'esclavagie dans le monde entier. Les Indiens
traques par les Nord-Arn~ricains et par les Espagnols-
dans l'Amrntique dlu Sud handficie~rent aussi de cette g~ne--
reuse 16gislation.
Pour Petion qui Btait hien penetre de son esprit, la rC--
publique avait sa vraie signification,1a Resp~ublca~,1achos
publique, le bien de tous. La R~publique d ~in 's
la maison accueillante et fr~aternelle qui dloit abriter Bgale--
ment tous les Haitiens,ne fermant sa porte qu'aux ingrats,
aux ennemis inlterieurs qui vont chercher leur mot d'or--
dre g l'etranger, chez nos ennemis dot dehors. PassionnC-
ment d~mocrate,Petion etait gendralement avide de l'amP-
lioration de la race noire et d'H-aiti dans l'Ordre, le Droit.
la Charity, la Justice. la L~galitC et la F~raternitB.
Le syst~me democratique fond en 1806 par P~tion et
continue par Boyer avait pour fondemnent la LibertC et ca-
drait hien avec la formantionn historique et les aspirations-
sociales du peup~le haition qui venait dle briser les fers de
l'esclavage et qui avait declare au monde entier,sous la foi'
d'un serment solennel, qu'il entendait vriore libre or2n orr-

Le sy-stiame democratique de P-'tion est le seul cadre
qui pouvait convenir i la jeune nationality haitienne qui
avait besoin de bonte et de douceur pour 6voluer normale-
ment. Le systame d~mocratique de P~tion, c'8tait I'appli-
cation pratique sur la terre d'Haiti de cette admirable doc-
trine chr~tienne rBvClee an monde par J~sus. Sans faire-
de profanation, on peut dire qu'Alexandre Petion, c'Ctait
J~sus Christ sur la terre d'Haiti. C'est Petion qui fit inse-




- 25 -


rer dans sa Constitution de 1806 son article 16 reprodai-
sant la maximne de Jesus, article ainsi congu : (( Tous les
devoirs de l'homme et du citoyen derivent de ces deux
principles graves par la nature dans les cceurs : a Ne fai-
a tes pas A autrui ce qlue vous ne voudriez pas qu'on vous
ar fit. c( Faites constamment aux autres tout le bien que
a( vous youdriez exi recevoir. ,,
VoilB done devenue un commandement constitutionnel
la plus belle parole de Jesus, qui resume toute la morale
humaine.Quand la Constitution de 1806 fut revisee en 1816,
la nouvelle Constitution conserve cette m~me maxime de
Jesus dans son article 20. Cet article, oil l'essence de la
doctrine du Christ a ete rappelbe, fait honneur B Petion,et
cet honneur rejaillit sur le people hai'tien qlue Petion a
trouve digne de lui appliquer.
Potion avait raison, 6tant donned les conditions gloierie-
ses q~ui ont preside a la naissance die In nation haitienne
dont la devise est : Liberldl on la Mort = P-'tion n'avait
pas trop presume des forces morales du people haitien
En effet, I'Histoire daaiti prouve qlue le people haltien a
toujours su faire an bon usage de la Lib~ertet, chaque fois
que ses ghefs lai out donnC cette liberty sans les reticen-
ces qui la paralysent ;et cela malgr6 son ignorance litte-
raire, parce qlue ce people, nB dans les entrailles de la Li-
berte poss~de l'instinct de la LibertB.
C'est en conformity de cette prescription de J~sus-
Christ devenue un article de la Constitution de 1806, qlue
le President P~tion plaga pendant quelque pitgem deu
chr~tiens de la communion des Quakes uprsyed
Palais National, et les autorisa g annoncer les sublimes.
verites de la parole de Dieu h l'Armee haitienne. Officiers
et soldats 6taient tenus d'assister B ces sermons, afin de
comprendre et d'appricier les bientaits moraux et sociaux
de l'Evangile du Christ.
Pour Petion, la Constitution qu'il avait inspire n'etait
pas un vain mnot.Chaque article de sa Constitution format
une rpgle de sa vie pratique, c'6tait on commandement in-
terieur auguel il obeissait et qu'il exboutait a la lettre. Ses
meilleurs amis ne l'ont pas compris, c'est pourquoi Boli-
var a pu dire qlue P~tion avait tout a vaincre, ennemis on
amis, Ctrangers et nationaux, mais les resultats de sa poli-
tique si moralement Clevee le justifient d'ane favon abso-
lue. Bolivar a parle en connaissance de cause. La grande
experience politique de P~tion servit de module a Bolivar
qui prit pour guide la Constitution haitienne de 1816 dans
la redaction des Constitutions g l'usage de tous les Etats
qu'il libdrait.
20 La realisation de la plus belle oeuvre agraire qui
existe au monde. P~tion inaugura sa distribution demo-
cratique des terres du domnaine de l'Etat des l'annee 180T~
et la poursuivit jusqu'it sa mort survenue en 1818. Au mo-




- 26 -


mienit dlu sejour de Bolivar en Haiti, I'ceuvre etait dans
toute so splendeur. Tous les meritants eurent leur part.
Potion n'oublia personnel : militaires, fonetionnaires, ju-
ges et mame les officers de sante qui prodiguaient des
soins aux blesses et auxc malades, enfin les employes les
plus infimes de I'ordre judiciaire. Celte measure, nous dit le
pasteur protestant Bird qui a pass toute sa vie en Haiti,
est sans contredit la plus grande qu~i ait jamais did effectle'e
en Ha'li.
Par sa helle oeuvre agraire, Pition s'ecrinit : a( Le plus
de prop~ridid possible, cau plus grand nombre possible...
Touls bourgeois, A tous la dignity et la s6curite de la vie,
les laborieux loisirs qu'assure la possession d'un bien pro-
pre, d'une terre, d'une maison, dl'un patrimoine, enfin qui
fixe la famille, la multiple et enracine au ccour l'amour de
la patrie. n Cette belle cieuvre agraire a fusionne les coeurs
et a engendre chez les Haitiens, I'Apargne quii est I'a entl
gbnerateur de la production, la source de la prosp~rit6,
I'expression sensible des vertus de pr~voyance, la mere de
la civilisation.
L'ceuvre de Petion est toute dans la LibertB et la Pro-
pri~tt, dl'accord avec l'immortelle Declaration frangaise de
1793 qui proclame elle-ma~me, en son article 16 << qune toute
societC dans laquelle la garantie de ces droits n'est pas as-
suree, n'a point de constitutions. ,,
On peut dire qlue c'est I'esprit de P~tion qui nons a per-
mis de resister victorieusement B i'Occupation ambricaine
et empache jusqu'8 present notre absorption, notre deli-
quescence finale. C'est I'esprit de P~tion qui r6alisera un
jour on l'autre une trave de l'union national, un Locarno
interieur.
Cette oeuvre agraire si g~ndreuse a cr86 l'unit6 hai'tienne
p'ar le sentiment Ide la propriety qui est si profound chez le
paysan. La terre est dtevenue le point de ralliement et la
base d'accord implicite, malgre toutes les divisions qui
out mine ce pays. D)is qu'il s agit de la terre, toutes les ri-
valitis de doctrine et de clan disparaissent. En effet, la
possession de la terre par I'Haitien est une tradition natio-
nale de par nos origins m~mes et surtout depuis P~tion.
Toutes les vagues r~volutionnaires sont venues se briser
contre ce dogme. 11 a fallu l'Occupation AmBricaine qui a
disax6 notre vie nationale, pour emietter ce point fonda-
mental qui Btait aussi un instinct de preservation collective
et de defense national.
L'a uvre agraire de Petion surpasse mbme la rblorme
agraire de la Revolution fran naise, parce qune P~tion fit une
distribution de terres entierem~ent gratuite, tandis qlue les
Revolutionnaires francnis organnisbrent simplement l'aliena-
tion des biens nationaux~n. P~tion fut done plus large, plus
liberal envers le people haltien que les grands r~volution-
naires frangais ne le farent enters le people frangais; il a




-- 27 -


devanc6 de pres d'un sidcle les plus grands hommes d'E-
tat de l'Ancien et du Nouveau Monde. On sait que c'est la
grande guerre de 1914-1918 qui a impose d'une favon dBfi-
nitive la solution d~mocratique de la question agraire dans
la 16gislation de tous les peuples civilises, tant europdens
qu'ambricains. Bolivar disait done vrai en Ccrivan~t que
P~tion 6tait an dessus de son pays et de son epoque.
3o QuantA l 'esprit de bienfaisance de P~tion, dont te-
moigne Bolivar, c'est un fait historique d'-ne exactitude
absolue. Potion ne fit verser de larmes qu a sa mort, et le
people haitien l'aimait comme on aime un hon pbre. La
boutC du President P~tion est proverbiale en Haiti. A sa
mort, les enfants haisaient le corps de P~tion, sur les
ordres de leurs parents,afin de recevoir une derniere binC-
diction de cet homme qui fut si bon et si grand, la gloire
la plus pure de la race noire. Bolivar avait done raison de
dire que Petion poss~dait une faculty, la hienfaisance,
c'est-8-dire la g~nerositC, la charit6, qui est an-dessus de
tous les empires.
Enfin, disons que l'esprit de P~tion a toujours Cte l'ins-
piration bienfaisante qui a preserve notre pays de bien des
malheurs. C'est l'esprit de P~tion qui forme la vraie gran-
deur de la nation haltienne. Chaque fois que nous avons
fait quelque chose de bean, de grand, de noble et de se-
rieux, au course de notre histoire, c'est I'esprit de P~tion
qui nous a animbs. C'est I'esprit de Petion qui doit 4tre le
phare incomparable qui illumine la route accident~e de
notre Evolution morale, politique et social.
Quel timoignage eIoquent que le cri du coecur de Simon
Bolivar guidant I'impartiale Histoire 1 C'est la Verite mame
qui a parlC...
Aussi les deuxr belles figures d'Alexandre P~tion et de
Simon Bolivar sont inseparables dans l'Histoire, dans l'Es-
pace et dans le Temps. Ce sont deux noms immortels qu'on
ne peut pas evoquer separ6ment. On ne peut penser A l'un
sans penser en m~me temps g l'autre. Ce sont les deux fr8-
res jumenuxr de l'impartiate Histoire.
Certains historians, qui ne le sont pas rdcllcment, car
l'Histoire est la conscience du genre human certains-
historiens auront beau faire, qu'ils ne rducsiront pas a sB-
parer ce que Dieu lui-mame, dans sa grande et lumineuse
bontC pour la race noire, a uni par la plus heureuse desfa-
talit~s :ALEXANDRE Panow SIMON BOLIVAR.
Ce fut, en effet, une fatality providentielle : Bolival ne
se decida g venir en Haiti, -grace a la renom m~e mond iale
de P~tion qu'apres avoir etB rdduit g la dlernidre e~xtr6-
mit6 du desespoir. Ouvrant ses grands yeux fous d'epon-
vante et de cruelle affiction sur la carte du monde, cher-
chant an abri stir pour pouvoir renaitre a l'esperance, Bo-
livar fit un peu partout des appeals reitbrds mais vains,
touite assistance lui fut absolument dinite de partout, tou-




- 28 -


tes les portes lui etaient s6v~rement et brutalement fermies,
personnel ne voulant se compromettre dans use entreprise
anssi t~meraire. A ce moment de faillite complete, apr~s
avoir frappe en vain A toutes les portes closes, et n'aytint
pu rien trouver aillieurs, Bolivar pensa A la rdpublique de
P~tion, et a tout hasard vint debarquer aux Cayes, en
Hai~ti. Ca- que fut la grandiose reception, pleine de cordiale
sympathiie, de d~vouement fraternel et d'aide materielle.
faite en dleux fois au course de l'annee 1816, g Bolivar, nous
I';vons adja longuement expose. La liberty de I'Amerique
du Sud avait trouve son dernior refuge et son seul salut
dans le coeur d'Alexandre Pe-tion.
Cependant, tous les hommes qui n'ontpas de parti-pris,
L quelque race qu'ils appartiennent, ne peuvent pas cons-
tater sans tristesse le silence glacial fait autour du nom
d'Alexandre Petion, cheque fois qu'il est question de Simon
Holivar, que le monde entier 616ve dans une apothbose
hien meritee.
11 est vrai que Bolivar lui-mbme avait oublie bien vite
l'hospitalit8 efficace qu'il avait reque de Petion. Au Con-
grias de Panama qu'il reunit en 1821, pour former de tous
les Etats ind6pendants du Nouveau-Mionde une amphictyo-
nie, il n'invita pas Haiti qui fut ainsi entibrement 6cart~e.
Bolivar sacrifia aux exigences des deput6s de l'Union am8-
ricaine qui refusi~rent de sieger anpr~s des d~putes noirs
et jaunes de notre pays (1). Q~uel que soit le motif de sa
conduite, Haiti stigmatise cette d~faillance morale de Bo-
lIvar, qui ne se rappelait pilus sa lettre d'adieu du 4 d~cem-
bre 1816, au g8ndral Marion au moment oft il laissait Port-
au-Prince et oix il dissit si fermement : Si les bienfaits
attanchent les hommres, croyez, ginderacl, qhue moie et mes com-E
pagnons aimlerons toujours le peuplehaleetesdne
chefs qui le rendent heureux e.
C'est I'6ternelle faiblesse` humaine I Bolivar sacrifia
Haiti au pr~juge die couleur, quand justement Petion ve-
nait de lui faire un si chaleureux accueil afin de contribuer
an rel~vement moral et international de la race noire. Cette
attitude 6quivoque de Bolivar provoqua naturellement une
emotion considerable parmi les Haitiens de l'Cpoque, et
cette emotion est encore douloureuse pour nous aujour-


(1) Dans son remarquable livre : Un sidcle de Diplomartie ami-
icaine, p. 453, le diplomat ecrivain bien connu, M. John W.
Foster s'exprime ainsi un pen timidement H propos du CongrBs
de Palnama : a Les dabats furent tribs acrimonieux au Congrbs des
Etats Unis et envisageaient principalement la repercussion P l'in-
tirieur, et les opposants votarent presqu'unanimement contre la
mission. Les deux motifs serieux de l'opposition talentt : d'abord
1'objection contre toute alliance surtout armie avec aucune autre
nation ; ensuite, la reconnaissance de la R~publique negre d'Haati
qmi ouvrirait la question de l'eselavage ,,.




- 29 -


d'hui, bien que ce fiit un congrbs insignificant que celui de
Panama de 1821.
A cette Opoque, I'Ind~pendance d'Haiti n'etait encore
reconnue par aucune puissance du monde, mais cela n'emn-
pacha pas le gouvernement ambricain de produire une re-
clamation d'argent pour un citoyen ambricain auprbs du
President Boyer, qu'il appelle Son Excellence. Le Pr~si-
dent Boyer nomma une commnissionn qui raduisit la r~cla-
mation B sa just valeur et paya, Notre grand histories, BI
Ardouin, reproduit int~gralement la quittance dans se
Eludes sur l'H-istoire d'Hai'ti, t. 9, p. 98-100, et fait la reflk
xion suivante : << Avec un gouvernement tel que celui des
Etats-Unis, ayant de tels citoyens, un pays comme Haiti
doit conserver dans ses archives diverse les preuves de
sa liberation, en fait d'argent, sous toutes les formes pos-
sibles. Convaincu de cette n~cessite, Boyer fit publier a ce
sujet une petite brochure, en janvier 1822 ,,.
L'emotion douloureuse provoquie par I'attitude Cqui-
voque de Bolivar etait encore aigue, quandt, de partout, le
bruit se repandait que le gouvernement frangais se pr6pa-
rait g lancer une grande offensive contre notre Indepen-
dance que les anciens colons voulaient andantir d'une fa-
90n on d'une autre, malgre la victoire Cclatante de nos ar-
mes consacree le lor janvier 1804. Nous sommes alors en
1824. Haiti, grace B l'administration savante du President
Boyer, est dans une situation stable et prospere, depassant
le niveau general des anciennes colonies espagnoles deve-
nues libres, scrtout depuis le beau concours donned par Pe-
tion g Bolivar. La France et I'Aingleterre reconnaissent
ces nouvelles nations et s'abstiennent g I'egard d'Haiti. Le
President Boyer fit, le 6 janvier 1824, une proclamation
au people et g I'armBe qui est une sorte de manifeste envers
les puissances strangdres, il prescrit des measures de de-
fense g6ndrale pour l'6ventualitC d'une aggression, il s'eton-
ne de l'abstention international envers notre pays, et fai-
sant peut-&tre allusion A la triste conduite de Bolivar en-
vers Haiti, i lfinit sa proclamation par cette reflexion em-
preinte de scepticisme et de fermetC : << Enfin, I'expir~ienlce
nours kclaire, nous ne demons compler que sur notr~e elergie.
Mais, en nous plaignant de l'injusltie exerche envers nous,
en pregnant des precautions pour l'avenir, nous persiv6-
rerons toujours dans nos principles de loyaute ...,
Tout le people haitien fut sur pied et se prdpara B resis-
ter vigoureusemnent. Le President Boyer remplit les arse-
naux d'armes et de munitions, la plupart des faml!es
envoybrent en d~pit i l'interieur, dans les montagnes sur-
tout, du linge, du savon, des salaisons, des medicaments
etc. Cependant, le President Boyer pensait que la France
n'6tait pas tout g fait en measure d'organiser une expedition
militaire et navale de grande envergure, mais ce fut une
manoeuvre habile qui devint comme un dBfi jetC a la France




- 30 -


et a I'Angleterre, pour rappeler a ces deuxt grandes monar-
chies coloniales leur injustice enters Harti,qu'elles ne you-
laient pas encore reconnaitre comme Etat independant. Ce
fut anssi une resolution admirable de la part du jeune
people haltien qui croysit son ind~pendance national
menace et qui s'appr&tait A la defendre jusqu'a extinction.
Le President Boyer faisait voir au monde entier que la
nation haitienne Btait decide Atout, pour faire cesser
cette grande injustice international qui pesait lourdement
sur ses destinees.Si vis pacem, para bellum...
Ce fut dlone une surexcitation national generale, r~sul-
tat : lo de l'exclusion d'Haiti au twongres de Panama, 2* de
l'attitude intransigeante des grandes puissances coloniales
europ~ennes et de la nouvelle Union americaine. Pour
d~gager cette atmosphere international chargee de gros
nuages noirs qui nous enveloppaient, le President Boyer
fit une nouvelle manoeuvre, celle-ci diplomatique. Apres
la manoeuvre interieure, la manoeuvre extbrieure. Mais Ai
qui s'adresser ?
Pour mettre g I'epreuve les sentiments qui devaient
d~couler naturellement de l'attitude g~nerease de Petion
qui avait donn8 la liberty h plusieurs pays de l'Ambrique
du Sud, maintenant officiellement reconous, ne voulant
pas avoir f'air de prendre au tragique la conduite tenue
envers Haiti par Bolivar qui venait de nous exclure du
Congr~s de Panama, le President Boyer cr~ut devoir faire
une demarche ostensible suprds du gouvernement de la
Colombie pour lui proposer a( une alliance purement d~fen-
sive a avec celui de la R~publique d'Haiti. Cette proposi-
tion Btait tondiee sur ce qu'Haiti croynit son independence
menace par la France.
Le President Boyer, se souvenant de I'incident du Con-
grasde Panama, ne se faissit pas beaucoup d'illusion sur
le r~sultat de cette demarche diplomatique, puisque, pr6-
voyant un refus, il eut la pensee malheureuse de reclamer
le montant integral de. la valeur de tout ce qui avait Bti
fourni B B3olivar en 1816, if y avait huit ans,pour lui donner
les moyens de reconquiirir sa patrie sur les Espagnols.
A cette epoque, Bolivar se trouvait au P~rou, et le
general Santarnder, vice-president, dirigenit la rdpublique
de Colombie. L'envoye haltien fut accueilli avec beaucoup
d'egards, mais le gouvernemenit colombien declina la pro-
position delI'alliance, parla raison, dissit-il, que les traits
faits avec d'autres Etats s'y opposaient. C'etait une raison
futile, une fagon die refuser pollment. En consequence, la
reclamation tr~s 16g~re fut pr~sentee, elle fu~t payee. En
elle-m~me, cette reclamation etait plutat une manneuvre
employde par Boyer pour essayer de vaincre la resistance
morale du gouvernement colombien, circonvenu par l'An-
gleterre et I'Union ambricaine. 11 se pourrait bien aussi
que le refus du gouvernement colombien fut en grande




-- 31. -


partieder B l'opposition formidable que Bolivar avait ren-
contr6 de la part des glands proprietaires surtout pour
mettre g exr~cution la prontiesse formelle faite h Petion de
lib~rer tous les eselaves des pays qu'il delivrerait de la
tyrannic espagnole.
II semble aussi que le gouvernement de Colomibie pre-
sid6 g cette epoque par Bolivar ait eu du ressentimen't
contre le P-rBsident Boyer qui, par son habilete politique
et par son eaergie, avait amene les Dominicains dens le
giron dela Republique d'Haiti, r~alisant ainsi l'unite
politique de f'ile. Ce fut une belle cauvre qui repandit une
gloire enviable sur la personnel du President Boyer et lui
donna un grand prestige international, puisque, avant lui,
ni le gouvernement frangais, ni Toussaint Louverture
n'avaient jamais pu l'accomplir d'une mianidre aussi heu-
reuse. Cette belle asuvre a hien dure vingt- et-un ans,prks
d'un quart de sidcle, et est un beau timoignage du g6nie
haitien. A cette epoque 1822 le gouvernement de Co-
lombie avait fait beaucoup de manoeuvres politiques pour
rallier les D~ominicains dans le sein de la Colombie,j cause
de leur origine semi-espagnole. Mais le g~nie politique du
President Boyer avait triomph6 de tous ces obstacles:
d'aft probablement un peu de depit chez Bolivar qui avait
Bte sensible A cet dchee qu'il n'avait pas prevu.
En cette circonstance, le President Boyer eut tort de
recourir A cette extramit8 diplomatique, il aurait dtz plutdt
persister a rester dans les terms de: sa proclamation au
people et I l'armee, ofx il dissit si bien que << nous ne dlevons
computer que sur notre i'nergie ,,.Cette manoeuvre diplomati-
que a BtB critique en Haiti, mdme du temps de Boyer. On
pr6tendit qlue c'8tait enlever g la memoire de P~tion le me-
rite qu'il avait en en secourant Bolivar et ses comnpagnons
dans le refuge qu'ilss vinrent chercher en Haiti.
C'est une grossiere erreur. Le concours g~ndreux que
P~tion avait donn8 si franchement a Bolivar a aussi un
caractere moral 61eve que rien au monde ne pent effacer,
quoi qu'll pt~t arriver dans la suite. Cet element moral
domine m~me le c~te materiel. Un acte aussi noble reste,
en depit de tout, surtout quand il a contribute B fonder la
liberl6 de plusieurs nations. Meme dans les relations pri-
v~es, notre conscience nous command imperieusement
de vouer une reconnaissance Cternelle B l'amii qui nousaa
sauve au moment d'une grande ditresse, meme si nous
remettons ce qui nous avait servi. La gi~ndrosit6 a un
caracti~re moral ineffagable en soi. Ici, cet element moral
est rehausse par les Haitiens qui ont combattu aux cbtis
de Bolivar. Voila un e16ment moral qui est incalculable I
D'autant plus incalculacle que Petion, comme l'a Fort bien
fait ressortir le grand historien B. Ardouin dej8 cite.pr~ta
encore g Bolivar le concours de son autorite officielle et
morale pour faire cesser cette malheureuse division qui




-- 32 -


s etait elablie entire lui et le general Bermudbs et le com-
modore Aury qui allaient se separer de leur chef. Potion
derivit au general M~arion sa belle lettre du 25 fb~vrier 1816
dont voici la teneur :
a( Sur ce que j ai appris, mon cher g~n~ral, qu'il s'eta-
blissait aux Cayes des dlivisions qui pourralient depen~ir
funestes a~ la cause de la liberte,par ceux des refugibs etran-
gers qui se disent, les uns pour la Nouvelle-Grenade, et
les autres pour le Mtexique, jcai rdsola d'y interposer mon
autoritk, afinl de faire finir ces sores de divisions qui, en
montrant un example dangereux au people de la republi-
que, 'eruvent dire le rtsultal des mzachin~ationzs des ennemis
cachLds de l'indipendance dul Nouveau-Mlonde. Et comme en
tout e~tat de cause, un gouvernement protecteur de l'huma-
nith, just, Cquitable et pire dupeuple qu'il rIegit, doit faire
ce qu Il convient pour la future prosp~rite et protection
de ceux qui vivent aI l'oinbre de son syst~me Btabli, j'ai
rasola que, jusqu'8 nouvel ordre,il ne serait point reconnu
aucune autorite dite mexicaine on du Mexique parmi nous,
que vous ne permettrez,sous aucun pr6texte dans l'8tendue
de votre commandement, g aucun bitiment d'arborer le
pavilion dit du~ Mexique, et que vous ne permettrez plus
non plus qu'aucune expedition se fasse pour le Mexique,
r~voquant A cet Bgard tous ordres contraires a ce que je
vous prescris par la pr~sente.
u Et comme le general Bolivar et M. Marimon sont
legalement reconnus pour des autorit6s de la Nouvelle-
Grenade, et qu'il doit convenir 4 la R~publique que cela
soit ainsi, vous remettrez en leurs mains tous les papers
des bitiments de Carthagane qui sont deposes entire les
v~tres. Vous ferez appeler les capitaines et armateurs de ces
batiments, et vous leur notifierez de vive voix que le gou-
vernement ne reconnait point d'autres autorit6s que 1M.
Marimon et le general Bolivar dans les mains desquels les
papers de leurs bitiments out Bt6 remis, et que ceux des
batiments qui ne suivront pas ces deux messieurs ne sorti-
ront pas du port des Cayes, sous n'importe quel pavilion;
et dans le fait uous vous opposer~ez: par tous les moyens en
votre pouvoir ar ce que tous les bdtimenlts quli ne suiuoront pas
l'expddition dur gindral Bolivar sortent des Cayes jusqu'dr de
nouveauxr ordr~es de ma parl .
a Je me r&f~re a ma lettre d'ordre relative g l'affaire de
la Constitution ;les d~penses de ce bitiment estimbes par des
arbitres, le gqouvernement rdpondant du montant de l'e stima-
tion, le batiment, bon grd, mal gqrd, sera mis ar la disposition
de :M. Marimon et du qdadral Bolivar. Pr~venez le general
Bolivar de toutes ces dispositions, et dites-lui de ma part
de ne pas perdre un moment de temps, car il pourrait arri-
ver d'Europe des bltiments et des secours qui le contrarie-
raient beaucoup. Dites-lui de ne plus perdre du temps,et
hisez-lux ma lettre ,,.




-- 33 -


Le General Mlarion remplit les vues dte PBtion avec
intelligence et un veritable ddvouement a la cause des
Independants : il les r~concilia. Comme cette querelle entire
Bolivar, Bermudes et A ury avait pour origine des r~para-
tlions faites par Aury 8 l'un des navies de son escadre,
appeal la C:onstitution, et d'autres avances faites a Bolivar,
le President P-'tion d'accord avec la promesse formelle faite
dans sa lettre du 25 fevrier 1816, ordonna de computer
au commodore Aury la some de deux miilies piastres du
TrBsor pour l'en indemniser.
Pition reconnaissant pleinement la grandeur del'aeuvre
gigantesque entreprise par Bolivar, comprit que ce di~sac-
cord allait aneantir I'id~e magnifiqueincarnee par le grand
LibBrateur de I'Amerique du Sud. S'il ne s'etait pas mnter-
pose, c'etait la faillite de l'ceuvre et Bolivar elit ite ob~lig6
d'entrer dans une nouvelle phase, mortelle cette fois,
d'inaction force comme g la Jamaique d'od il revenait.
P~tion fit la reconciliation matdrielle et morale qui liquidait
tout et sans laquelle tout 6tait perdu pour Bolivar. Desor-
mais,Bolivar est libere envers ses collaborateurs et pou-
vait entreprendre avec assurance et autorite sa belle oeuvre
de liberation.
Un example actual me fera mieux comprendre. Voyes
done l'dprete avec laquelle le gouvernement ambricain
pursuit le recouvrement des dettes de guerre des nations
autourr desqueiles ifs'est range dans la grande hataille
liberatrice de 1914-1918. II faut avoir lu toutes ces trac-
tations penibles et embarrassantes pour s'en faire une just
idee. On dirait maeme que le seul lien qui existe depuis la
grande guerre, entrel1'Europe et les Etats-Unis,ce sont ces
dettes maudites. Et cependant tous les Frangais senses
reconnaissent volontiers les services extraordinaires que
les Am~ricains ont rendus g la cause des Allies,au moment
le plus p~rilleux de la gigantesque mal~e,et qui ont permis
plus rapidement la victoire finale. Le malentendu existe
toujours, mais la soudure se fait graduellement par ces
grandss Francais qui comprennent les devoirs de leur
pays.
Le President Boyer a en tort, mais il a une excuse qui
attenue sa faute. Cetre excuse se trouve dans I'irritation
g~ndrale des esprits aigris par Esattitude malheurcuse de
Bolivar quii avait carte Haiti du Congrds de Panama de
1821, rien que pour plaire au gouvernement ambricain qui
censiderait comme une degradation de voir ses d@legues
blancs s'asseoir g catC de ministres que le fils d'une nbg:esse
africaine y est envoyds. Il y a aussi que Bolivar n'a va it pas
6tB fiddle jusqu'au ~bout, g la promesse faite a Pction de
declarer la liberty g~ndrale de tous les esclaves des pays
.qu'il Cmancipait. Bolivar avait transige avec l'opposition
des grands propri~taires. Ce qui contribua encore a irriter
les Haitiens de cette Cpoque, puisque nous sommes tous




- 34 -


issues de la race noire. Jusqu'g present, beaucoup d'Hai-
tiens ne pardonnent pas cette defection g Bolivar. La
reclamation de Boyer n 6tait done qu'une r~plique, un peu
trop dure cependant, g notre exclusion du Congres de
Panama. Rien de plus. Boyer a 6te simplement I'ex6cuteur
d'un riflexe national instinctif un pou brusque, mais bien
comprehensible. Mvais l'acte gdndreux de Fa~tion qui a fondb
la liberty de plusieurs pays de I'Ambrique du Sud, reste
intact, immacul6, blatantnt de gloire.
Les relations internationales no sont jamais exemptes
de ces malentendus qui creusent des fosses dans la solida-
rite des peuples.11lappartient aux hommes de honne vo-
lonti de comhblerr ces foss~s et de faire la soudure des ami-
ties branches et durables. II faut le dire B l'honneur du
people venbzuelien : il a fait les premiiers pas envers Haiti
en reparant pompeusement I'erreur de Bolivar, par I'8difi-
cation d'une magmjfigue statue de Petion qui orne f'une
des plus belles places publiques de Caracas, portant aussi
le nom dlu plus grand des Haitiens. Ce ful, en 1911, une
imposante manifestation international oh P~tion fut glo-
riS6e; ce fut anssi l'apoth60se de Bolivar, de P~tion et
d'Haiti.
La nation v6nizuelienne donnait par 18 au monde entier
la preuve incontestable de sa noblesse morale et du carac-
thre inalterable de son indefectible amour pour P~tion et
Haiti. C'est une des plus belles pages de l'histoire du VB-
nizu61a, qui se confond avec l'une des plus belles pages
de l'Histoire d'Haiti. Par ainsi, le people v~nezuelien a su
bien apprecier non serilement le concours materiel, mais
anssi leconcours moral donn8 par Petion qui, par la haute
intervention de son autorit8 personnelle, a pu emp~cher
la dislocation definitive de l'expedition de Bolivar qui se
trouvait g un certain moment, dans un d6saccord insolu-
ble avec ses principaux officers et collaborateurs. Le pen-
ple venizudlien n' apas oubli6 non plus qu'il y eut quelqe
Haitiens qui,avec la permission de Petion,avaient suiiBo
livar et verse leur sangco elervepulalbrto
de I'A~merique du Sud. om eu i orlalbrto
Le people haltien ne peut pas &tre en reste de courtoi-
sie avec le people vin6zu61ien. 11 y a une gentilhommerie
international, comme il y a une gentilbommerie privde.
De mime que le people vn6nzuslien a r~parC la.faute de
Bolivar, le peuple haitien doit effacer l'erreur de Boyer.
Nous n'avons qu'd suivre lexemple du people v~nbzuellen
qui a fait les premiers pas vers nous. Voils pourquoi j'ai
pens6 qu'il fallait eriger deux statues doubles : l'une aux
Cayes reprisentant le general Marion acecueillant Bolivar,
I'autre au Port-au-Prince montrant le magnanime P~tion
ouvrant ses bras pleins de tendresse a Bolivar. VoilB
pourquoi j'ai fond le a( Comild Alexandre Pi'tion-Si-
mon Bolivar u, au succas duquel j'ai voue toute ma vie,




- 35 -


Je pense qu'il fa~ut aller au plus vite dans cette oeuvre d'a-
paisement. Ce scra aussi pour Haiti l'occasion de faire une
belle manifestation de solidarity international et d'union
latino en reponse du beau geste du Venezuela, geste qui
ne restera pas sans echo dans li8me national haitienne.
Jeserais heareux d'dtre l'artisan de l'union indissolu-
ble du people venizudlien et du people haitien qlue P~tion
et Bolivar ont faits frares.Humblementdje demand au peu-
ple haitien dl'agir envers la memoire de Bolivar, comme
P~tion l'eikt fait lui-m~me s'il Btait vivant, comime ce grand
chr6tien a fait, un dimanche des Rameaux, sur l'autel de
la ]Patrie dela ville des Cayes,en 1812, apres la pacification
de la Scission du Sud, quand it a fait allumer un brasier oid
il a brill6 toutes les archives de cette malheureuse affaire,
en pardonnant a tous ses plus cruels ennemis, au nom de
la Patrie haltienne divis~e par des querelles n~fastes. Oui,
jpe demande au peuple haitien d incarner en lui l'esprit de
PBtion et de faire le geste de Jesus-Christ, c'est-g-dire de
pardonner et d'oublier. Ce pardon et cet oubli auront la
valeur du geste magnanime accompli par Petion envers
Bolivar, en deux f~ois, au course de l'annee memorable
de 1816.
Ce geste de pardon et d'oubli, nous devons le faire
aussi envers les quatre autres r~publiques qui appellent
Bolivar le Pbre de la Patrie. Habituons-nous a ne voir en
Bolivar qlue le g~nie qui, soutenu par Alexandre P~tion,
est devenu le Lib~rateur de la moiti6 d'un continent et
continue, par le souffle puissant de son Ideal toujours vi-
vant, A animer des millions d'hommes.
Pour Haiti, une simple statue de Bolivar n'aurnit pas
une grande signification historique, comme pour tous les
autres pays.Le people haitien ne comprendrait pas Bolivar
sans P6tion. Le people haitien vent voir Pition et Bolivar
indissolublemlent un~is. Oui, Petion et Bolivar, c'est pour
nous un symnbole historique, un principle d'Cducation na-
tionale. Commen dans tous les autres pays latino-ambri-
cains, nous voulons consacrer g Port-au-Prince et aux:
Cayes, Simon Bolivar, le g~nie de la LibertC latino-ambri-
caine, aux ccat~s d'Alexandre P~tion.
Que le monde entier sache que sans Alexandre Petion,
le plus grand de tous les Hai'tiens, la gloire la plus pure de
la race noire, la memoire de Simon Bolivar n aurait jamais
pu recevoird'apothdose,car il n'ei~L tBt qu'an vaincu,oublie
de l'Histoire !
Aussi, dans toute apothbose faite g la memoire de Si-
mon Bolivar, if y a une belle Ame invisible, qui plane sur
les manifestations humaines emouvantes et qui sourit avec
hienveillance, m&me quand on ne cite pas son inompuarce
qu'elle sait que tout cela est I'asuvre d o npial
g6n~rosit6 tout comme en 1816 elle n'eut pa~s la puerile
ranit6 de laisser savoir et publiertoutle hien qu'elle faisait!




-- 36 -


Pettion aisunait a faire le bien dans l'ombre et le silence
avant une profonde horreur de toute publicity : ce qui est
la larquee st~re d'une superiority morale extraordinaire.
Oui, la belle Ame d'Alexandre Petion est inseparable
die la belle rime die Simon Bolivar Qu'importe qlue son
nomr ne soit pas cite, Alexandlre Petion est tonjours pre-
sent, vivant, quand il s'ngit dfe Simon Blolivar.
GuidC donepar I'impartiale Histoire qui est la vraie jus-
tice, nous pouvons mnaintenant juger die I'apothbose de Si-
mon B~olivar et de San Martin par Iinauguration, le 7 mai
1927, dies Avenues de Simon Bolivar et General San
Martinl, aux B~uttes Chaulout,, i Paris,au course de laquelle
dl'imnportants discours ontete p~rononces dlans lesquels il ne
mnanqu":it qu'une chose esseniticlie, la ve~ritC historique.
D)'abordl, le discours de M. Pierre Godin, Priasident du
Coniscil Muniicipal de Paris, qui dit qlue << Simon Bolivar,
10 Gendiral San Mlartin et Jacques de ~iniers, dans ces trois
nomis s'evoque toute la mnagnifigue epopee de l'indepen-
dlance sud-umbricaine. >>
VToilh unc die ces erreurs historiques qu-e Simon Bolivar
lui-mc'me a pris soin de dementir pair anticipation dans sa
belle !ettre du 8 Fevrier 1816 au Pre~sident Alexuandre Pe.-
lio~n, jletre qlue nous avons deja citee et oil il laisse i la
posterite, a l'Histoire impartiale et just, un t~moignage
irrefutnlble, irrefragrrable de la philanthropic democratique
dle l'illust;e Pr~si~dent d'Haiti qlue dans sa conscience it
nomme ala~ulr die la Libert? de l'Ambdrique du Sud.Encore
un autre t~moignage qui creve les yeux de l'Hlistoire.: la
statule dl'Alexandre Petion se trouvep sur la principale place
publique de Caracas, capital du Venezuela. N'est-ce pas
la preuve d'une evidence ineluctable !
Le President duo Conseil M\unicipal de Paris, se rejouit
die ce qlue a la c~remonic de co jour lui ait permis d'asso-
cler, une fois de plus, Paris au cult c que rendent aux hC-
ros nationaux die l'Ambrique du Sudl, sur toutes les terres
et sous tous les cleux, tous les hommes epris de justice, de
paix, et de fraternity >..
On ne saurait certes mieux dire. Et ce qlue l'histoire ne
cessera de repeter, c'est qlue la terre et le ciel d'Haiti sont
les premiers qui aicnt accueilli le plus grand h~ros natio-
naol de l'Amerique du Sud, Simon Bolivar, dans la per-
sonne de cot hiomme epris de libertC et de justice, de paix,
d'amour et de fraternity qu'etait Alexandre Petion. Aussi
Haiti attend le geste loyal de la Ville de Paris qui sait bien
que le souvenir de Simon Bolivar est inseparahle de la
h~elle et pure ilme d'Alexandre Petion. Si l'liospitalit8 de
la France est ouverte it toutes les gloires, Paris ne man-
quera certes pas de faire le mInme geste symbolique envers
la: m~moired'A~lexandre Ietion. La France donnlerait alors
le plus bel exemple de mansuetude international en ap-
pliquant le mot de Jesus : << Paix sur la terre aux hommes




0 7


de bone volontC ,; pour en faire un article du Droit In-
ternational universel.
L~e discours de MI. Paul Bouju, Prefet de la Seine, con-
tient les mimes inexactitudes hlistoriques. 11 n'est pas vrai
qu'il y ait seulement deux plus grands noms dont se re-
clame la liberty sud-americaine : B~olivar et San Martin.
Celui qui l'affirmlerait sans r~ticence, commettrait un tri-
ple crime, d'abord conitre l'Histoire, ensuite contre l'Hu-
manite, enfin ce serait anssi un crime contre Simon B~oli-
var lui-mamie, qui, spontandment, dians un temoignage
Ccrit, sa lettre du 8 fe~vrier 1816, proclame A4lexandcre
Pitionr l'auleur de lar liberild sud-amdrLiicaine.
En effet, commie i;a dcrit le fils du G;6ndral M~arion qui
a 6tB le premier g accueillir Simou Bolivar dans la ville
des Cayes, comme l'a Ccrit le Senateur Mlarion ainC, Boli-
var Ctait dans la plus absolue detresse morale quand il
s'est relfugie en Haiti pour demander du secours i P~tion,
<< alors qu'alillears toute assistance lai full absol~men~t dinicde i.
Ma~me en France ofi il avait beaucoup de relations trts so-
lides pour y avoir 6tudiB et v~cu pendant quelque temps,
comme tous les discours l'ant formellement rappelC B I'i-
nauguration du 7 janvier 1927, mame en France, Bolivar
ne put obtenir le moindre concours moral ni mat~riel, mu~l-
grB ses insistances anxieuses et reildrees.
Si la ville de Paris est vraiment heureuse de tradluire
le culte fervent de la noble France pour toutes les grandes
ceuvres de liberation, elle se dloit de penser B Alesandre
Potion. Que la Ville de Paris, obd6issant a sa mission d'hom-
mage public, d'enseignement et de souvenir, oilre a la me-
ditation de tous I'exemple de cet incomparable H-aitienn qui
a partage les mimes Gloires, les mimes amertumes, les
m~mes souffrances que Simnon B~olivar!
Alexandre P~tion, Bolivar, San Mlartin De quel re-
flet d'6popee et d'amour secolor~ent doe pareilles existenc~es,
auxqyuelles la nature et l'histoire ontoffert des cham~ps qui
dbroutent I'imagination C'est la belle et r~adieuse trinits
qui unit I'Afrique A l'Ambrique N\'oublions pas que da~ns
la ome antique, berceau de la latinite, le metissage drio-
latin avait dbji produit ses effects. C'est oine constatation~
ethnographique qui m~rite d'&tre etudie.
Parlanlt des quinze annees de lutte de Simon Bo~ivar.
le Pr~fe~t die la Seine, obeissant g la consigne du silence,
reste muet sur le passage du Liberateur sud-americain en
Haiti, oil il eut cependant g sojourner plusieurs moais. Qui
peut douter que ce soit la grosse renommbe de phillenthro-
pie et de repu"blicanisme d~mocratique d'Ailexandre Petiion.
qui ava it atti re Bolivar sur la terre d'Haiti ? 11 n'v 0 r pa ae
doute non plus que ce soft lar chaude sympathie'd'Alexan-
dre P~tion qui a permis a Simon Bolivar de mourir darsl
gloire du triomphe final.
A I'heure oft I'Amerique latine offre au monde le zaee-




--U


tacle de son magnifique 6panouissement, ou ses vues, ses
aspirations, son concours tiennent une place d'honncur
dans les conseils du monde civilis8, la grandeur des qua-
tre hommes Alexandre Pdlion, Simon Bolivar, San iMar-
tin et Jacques de Liniers qui ont contribu6 a la faire ce
qu'elle est, ces quatre grandeurs resplendissent d'un im-
mortel eclat.
Ce n'est pas settlement la Ville de Paris qui doit cette
place d'honneur et ce souvenir g Alexandre Pe'tion, ce sont
aussi toutes les capitals des dlix-neuf autres nations de
l'AmeriqLue Latine, qui doivent permettre h leurs citoyens
de denser quelquefo~is au plus grand des Haitiens dans le
cadre r6gulier de leurs rues on avenues. Le premier pas
est ddja fait depuis seize ans par le Van~zu61a qui, de son
propre gr6 et laissant parler son cemur plein de reconnai-
sance Bmue, a grige une statue commemorative A Petion
sur I'une des places publiques de Caracas qui porte aussi
le nom de Petion rparnnt ainsi avec une noble dignity
la defaillance morale de Bolivar envers Hai'ti lors du Con-
gr~s de Panama en 1821.
Les quatre autres r6publiques sud-ambricaines qui, de
con cert avec leVeneBzu ela,a ppellent Bol1iva r le Pere d e la Pa-
trie, rendraient sussi un hommage 6clatant B la V~ritB his-
toirique en rbalisant dans chacune de lears capitals, g
Bogota, A Quito, a Sucre, i L~ima et g Panama, comme &
Caracas, le vaeu formul6 par le s~nateur Marion aine dans
son petit livre Pcrit en l1849 sur l'Expidition de Bolivar :
(( Dans le Palais National de Santa-FC de Bogota, P~tion
ne devrait-il pas &tre devA\ sur un piddestal portant ces
mots de Bolivar :( a Vous &tes !'auteur de notre liberal. >> Alex-
andre P~tion est done un peu le P~re de cinq Patries sud-
americannes.
Les quatorze autres republiques de l'Am6rique Latine,
dans leur culle fervent g Simon Bolivar, ne peuvent pas
oublier celui qui lit le dernier refuge, le consolateur,
I'inspirateur du gr n d Lib~rateur, etltesauveur d e a Libert6
sud-ambricaine. S'illest vrai que a seule la connaissance
du pnss8 peut nous indiquer les vioies de l'avenir >>, toutes
ces rdpubliques n'ant qu'g se souvenir pour connaltre leur
devoir envers Hafit, envers P~tion.
A la sixiame Conf~rence Panam~ricaine de la H-avane
tenue le 16 janvier die cette ann6e, le President Calvin
Coolidgie a commis la meme m6prise, quand dons son dis-
cours dl'ouverture il a parl8 de Bolivar et de Washington,
sans dire le moindre mot d'Alexandre P~tion don't le con-
cours a seul fait de Bolivar an victorieux.
Qu'un President du Conseil ~Municipal de Paris on un
Prefet de la Seine m~connaissent I'importance considera-
ble de l'aide gn6nreuse donn~e par P~tion B Bolivar, cela
se congoit sans peine 1 Qu'un Pr~sident nord-ambricain ou-
blie l'histoire des petite peuples qui entourent sa grande




















































Cette gravure nous monte Pftion, encore jeune il est arrivi
a la premieree magistrature b peine tg6 de 36 ans,-n u daibut de sa
PrE~sidenice, en costume militaire imite des costumes des dlernibress
-&poques revolutionnaires francaises, a I'dpaque dlu Consulat. Cette
photographie est aussi symbolique : le bonnet de la Lib~erte, les
palmies et la branch dolivier, au-decssus, sonit des symiboles qui
caracterisent notre incomparable C~itoyen, avrc, au dessaup, I'ins-
cription suggestive : a( Il n'ae famals fait couller de larmes de per-
sonne u.







- 9 -


nation et commette la m&me m~prise, cela ne pent pas sur-
prendre, puisque tout le mondeconnait la morgue yankee I
Mais que le IMinistre des Relations exterieures de Cuba,
le Docteur Rafael Martinez Ortiz,Ctale une telle meconnais-
sance des faits glorieux qui out preside B la naissance des
cing r6publiques qui appellent B~olivar le Pare de la Patrie,
cela surpasse l'imagination et d6montre quelle negligence
conditionne la preparation politique, historique et intel-
lectuelle de la plupart des hommes d'Etat qui Gouvernent
les principaux pays de l'Amerique Latine.
D~ans son discours adresse aux DeleCgues die toutes les
nations de l'Ambrique, le Docteur Ortiz fait allusion g Si-
mon Bolivar, qu'ilintitule le premier executant du concert
fraternel et de la defense commune entire tous les Etats in-
dependants de l'Amdrique (el primer adalid del concerto
fraternal y de la c~omun defense entire todos los estados
independientes de America.)
C'est 19 une erreur historique facile h refuter. Le pre-
mier geste de -fraternite latine a etd execute par Petion
qui, seal au monde, tendit une main fraternelle a B~olivar,
abandlonntde tou~s, comme les fits le demnontrenlt.
Mais la oh le Docteur Ortiz etale an grand jour sa mB-
connaissance des faiits historiques, c'est quandl il attribue
g Bolivar I'idd~e gendreuse de l'abolition de la traite des es-
claves en ces termnes : a La pens~e de Bo0livar avait plus
d'amplitude, sa vision avait un horizon plus e~tendlu. 11 a
surpassed son sidcle, et son desir impiCrieux de reunrir le
Congrids de Panama doit toujours &tre rappele: dans ces
reunions de peuples americains, qui conduisent leur 6vo-
lation vers la mdme fin. La communication de don Jose
Maria Salazar, Ministre de Colombhica Washingiton, le 2 no-
vembre 1825, qui exprimait stirement les points de vue du
grand Lib~rateur, continent, entire autres, ces idies :c aA Pa-
nama il a etB offert aux Etats-Unis l'occasion la meilleure
et la plus opportune pour fixer certain principles de Droit
International dont la miconnaissancea cause beaucoup de
prejudice B Phbumanite>>. Et ensuite cette idde-ci : a( L'exa-
men des moyens quni dolvent Ctre adopts pour l'aholition
total de la traite des esclaves africains est un probl~me
sacr6 pour I'Humanit8 et intdresse la politiqqe des Etats
ambricains ,,. Et bien que le souvenir de cette dleuxidme
Declaration ne cadre pas avec la solennit6 die ce jour elle
est si gn6nreuse et si B1ev~e qu'elle m~ritait bien une men-
hiona.
Ces paroles du Dr. Ortiz constituent une falsification
flagrante de l'Histoire just, impartiale et imprescriptible.
Simon Bolivar n'a en1 cette idee genereuse et Clevie de la
liberty des esclaves africains, qu'apres qu'elle filt impose
par Petion comme la condition essentielle de l'aide morale
et matirielle qu'il donnait pour la liberation de la patrie de
Bolivar. L'exposition historique de B. Ardouin et les




- 40 -


lettres de Petion et de Bolivar en fond foi et donnent le
dimenti le plus formel a la narration fantaisiste du D
Ortiz. C'est P~tion qui fit comprendre $ Bolivar que l'in-
dependance dies colonies espag~noles dlevait necessairement
profiter a~ tous les homnmes qui en formnaient la population,
et non pas comme avaient procide les colonies anglaises
de l'Ambrique du Nord. P)Ction mit dlone, commne nous I'a-
vons deja dit, pour condition principal dies secours qu'il
allait lui donner que Bolivar fit la promnesse solennelle,
de proclamer a( la liberide gLindruile de touls les esclaves de la
province de V~nizus1a et die loates les autlres qu'il reus-
sirait A reunir sous les drapeaux die l'independance >>.
Aussi Bolivar, di~s son arrivt~e sur le theatre des op8-
rations s'emnpresse-t-il dans sa lettre dlu 27 juin 1816 date
du Quarter General die Carupanio, die faire savoir B P~tion
par I'entremise du General Mlarion qu'il a accompli sa pro-
messe : aI J'ai pr~oclamdn la liberld: absolvle des esclaves a dit
Bolivar dans celte lettre.Ainsi done, sans la enreruse
inspiration dictee par P~tion g Bolivar, I'honorable Minis-
tre des Relations exterieures de Cuba n'eiit pas pu faire
une si belle parade qui l'a servi g souhait.
Alexandre P~stion est ellectivenient -- les fa~its sont 1IA
pour I'attester une de ces creatures exceptionnelles qui
honorent un pays et une epoque, un die ces iStres privilB-
gibs dont la vie irradie le Bien, et qui, par arn miracle
rare, continent apr~s leur mort g en engendrerr, c.r il n'y
a pas de doute que la nation haltienne a pu d uir;:r et dure
encore tant hien que mal, grice a la helle cxau: re democra-
tiqu cet agraire de ce genial homme d'Etat.
Parce qu'Alexandre Petion a v~cu, pense et agi, le
peuple haitien a connu moins de souffrances et a pu faire
du bien g tout un continent. 11 a fallu le succes de la
guerre de l'Ind~pendance haitienne que, le premier, il a
inauguree, pour que se soient manifestees dans toute lear
ampleur les magnifigues puissances pour le Bien qui
talent latentes dans le noble coeur d'Alexandre P~tion,.
qui a pu ainsi accomplice des miracles de bonte, die soli-
dlarit6 et de fraternity, a un moment extramnement critique
oth tout Ctait h creer.
P~tion eut a livrer de vraies batailles morales : il y
avait a triomnpher die l'imprevoyance die la clalsse Cclairie
qui voulait se substituer h~atemnent auxs privil~gies du rC-
gime colonial si odlieux disparu dans le feul des reve~ndi-
cations violentes, aussi bien que de l'inertie et de L igno-
rance de cette intbressante masse noire sans le concours
materiel de laquelle l'Independance n'aurnit jamnais pu se
rdaliser. Il y avait done a vaincre f'indolence g~ndrale
succ~dant brusquement g l'6tat de travail forced i 'aidedes
traitements lesi plus horribles, anssi hien que l'indisci-
pline et I'irreflection des nouveaux libres, hier encore
esclaves.




- 41 -


Apr~s la mnalheureuse Scission du Sud dont il avait
triomph6 surtout par sa longanimit8, P~tion, comme nous.
favons dit sommairement deji,donlapeedes
magnanimit8 suchumaine, en faisant broiler toutes les ar-
chives de cette longue insurrection, comme une significa-
tion de l'entier oubli du pass6, de l'union, de la concorde
qi devaient desormais exister entire tous les Haitiens.
C~e tte destruction off'icielle eut lieu sur I'autel de la patrie
de la ville des Cayes, en presence des troupes et du peu-
ple, un dimanche des rameaux, un jour on~ l'Humanite
entire devrait se confondre dans un seul esprit celui
de la charity afin de bannir toute haine entire les
enfants d'un mame p~re. Le chef qui congut cette pens~e
d'union, qui comprit si hien ses devoirs envers ses conci-
toyens, ses fedres, qui dtait anim6 de cet esprit evangBli-
que, mbritait bien aussi les graces divines attachi~es aux
actes de son gouvernement, et d'emporter dans la tombe
les regrets universels du yieuple sur le coeur duquel il
r~gna (B. Ardouin)
En 1791, au fameux combat du camp de Pernier au
risque de sa vie, Petion sAuva la vie g un officer du r~gi-
ment d'Artois qui allait Itre tu8. Ce noble miouvement de
generosite est applaudi par tous et fait cesser. le carnage.
A vingt-sept ans de 18, sur le point de descendlre dans la
tombe, sa dernidre action fut encore d~terminde par un
sentiment human et g~nereux. President tout puissant
d'uene Rpuelblqe dqu'il avait fondde, il reclama le consen-
temnt rdaabl d'n colonel noir sous ses ordres, pour
exercer le droit de grace, qui Ctait dans les attributions
'de son autorith presque souveraine, envers un soldst noir
du regiment dont ce colonel avait le commandement, et
qui avait frapp6 son chel. Le militaire, graciC par Petion
trois jours avant sa mort versait, autour du cercueil de
P~tion, des larmes qui touchaient tous les assistants.
Son chef, g qui il avait d~sobei, n en versait pas moins :
il 6tait heureux de cet acte human. P~tion avait com-
menc6 sa carribre militaire en sauvant la vie g un blanc,
il terminal sa carri~re politique en sauvant la vie A un noir.
En pleine scission du Sud, malgre toute la crueut8 des
divisions int~rieures qui menagaient de d6truire I'exis-
tence mime du pays, P~tion no cesse d'appeler tous les
coieurs i la confiance, par son desintbressement et sa bontC.
Aussi le people lui prodigue son amour, et il y trouve
cette douce serenit6 de la conscience qui est, dissit-il, la
recompense la plus flatteuse pour les hommes dbvoues i
la f61icitg de leur patrie.
L'espritdte conciliation, le bon sens, in tanacite, la tolce-
rancernorale, la discipline philosophique, la be~lle humeur
de P~tion triomph~rent glorieusemecnt de tous ce~s obsta-
cles apparemment insurmontables et permirent de renouer
le faisceau encore fragile de la nationality haitienne. Par-




- 42 -


mi tous ses contemporains meme les plus cultives, P~tion
est celui qui avait le mieux compris qu'il fant beaucoup
de sugosse et d'esprit de sacrifice pour organiser une nou-
velle nationality~. Malgre tous les fits offensants qu'il eut
P subir, tant de ses propres concitoyens que des gouver-
nements strangers, il eut envers tous cette attitude digne
et td~bonnaire qui lui permit de realiser son grand Idbal :
la Nationl Hairtienlne.
Alexandre Petion fut et est le v6ritable cr~ateur de la
nation haitienne : c'est 14 un fait que d~montre sis~ment
I'etude approfondie de la psychologie de l'Histoire d'Hal-
ti. Cette explosion tout-j-fait unanime de regrets profon-
dement sinceres et dec reconnaissance gn6nrale, provoqude
par so mnort inattendlue, est un die ces nombreux temoi-
gnages dort la parfaite 6vidlence ne peut pas tromper.
Alexandre -Petion, par sa vie publique faite de la plus
haute philantrophlie,a 6te l'initiateur, I'animateur du grand
mouvementn universal qui d'Balti, s'cst r~pandu dans les
coeurs de tous les p~hilantropes qui ont combattu victorieu-
semtent, dans la7 P-resse, dans les Parlements, dans les
Gxouvernements en fa7veur le l'abolition de l'esclavage.
La ReCpublique de P-6tion, continue si dignement par
son successear le President Jean-Pierre Boyer pendant
un quart de sibcle, etait foargument decisif, pratique, exp6-
rimental, vivant, qui avait bris6' les dlernibres resistances
des esclavagistes.
Heureusement pour lui et pour le salut du people hai
tien, Petion n'a pas perdu son temps si pr6cieux a bitir
citadelles on forteresses extravagantes dont chaque pierre
a cot'ite la vie A un homime et qui n'etaient que les rnani-
festations pa thologiques d'une folie des grandeurs. Imbu
de cotte haute philosophie qui place la force morale au-
dessus de la force physique et qui met I'amour de la pa-
trie nu-dlessus de certaines formes extbrieures mensongiA-
res, Petion avait mis la resistance national dans le coeur
de chaque citoyen i qui il avait inculgu8 les sentiments
Inebranlables de la Liberte r~publicaine et de la PropriB-
te dl~mocratique. La vraie citadelle, la forteresse impre-
nable se trouvait, gr~ce h Petion dansla conscienceet dans
l'Aime des citoyens imnbus du plus profound amour de la
Patrie. P~tion avait hien raison, il avait l'Histoire avec
lui, I'Histoire qui prouve que seuls, restent libres les pen-
ples qui ont la ferme volont6 devuiore libres on de mlourrir.
Mlettez mille citadelles dans un pays de jouisseurs 9 l'ame
esclave, I'6tranger s'infiltrera insensiblementet finira par
dominer. Voyez ce qui s'est pass8 & Verdun, pendant la
grande guerre 1914-1918 : l'Ctat-major allemand avait
annonc8 d'avance la prise de Verdun, les batteries alle-
mandes avaient d~mantelC,Ccrabouill6 toutes les forteresses
hien aminag~es de cette place ;apr~s cette colossale prC-
paration d'artillerie, I'infanterie allemande se pr~sente




- 43 -


pour prendre possession du sol frangais, mais dans le coeur
de chaque poilu frangais talent Bcrits ces mots Cnergi-
ques: < Vous ne passerez pas ... ,, Et l'Allemand,
defait, n'a jamais pu passer. Vous voyez done que P~tion
avait partaitement raison de ne pas mettre la defense natio-
nale dlans des forteresses que peuvent d~traire les armes
perfectionnees ni dans la tyrannic qui abrutit les Ames par
la terreur.
S'il fallait Bdifier des citadelles ou des forteresses, je
dicais qlu'il faut en construire une dans le ccour de chaque
citoyen. I[nstruire serieusement tous les citoyens et leur
incullquer I'amour indlefectible de la Patrie haitienne:
voila les scules citadielles a construire A l'aide de l'educa-
tion ;nationale. La R~publique de PeCtion, suivant la voie
tracee par son illustre Foandateur, peut se passer de n'im-
porte quelle citadelle qui pourrait servir 9 double fin et
devenic a l'occasion le refuge: de la tyrannic et le tombeau
de la Lib~erte. A la longfue, comme nous venons de le dB-
montrer, on arrive g r~tduire n'importe quelled forteresse,
mais it n'y a aucun moyen au monde pour r~duire un
homme qui dit fermlement : a Non, je ne veux pas... n
On peut tuer un hommne qui ne vent pas, mais on ne pent
pas arriver a le soumettre. La mort dans ces conditions
honorables 6quivant h la plus magnifique apothe0se. La
Volonte toujours hand~e est done la seule citadelle qui
m~rite d'elre consid~r~e au point de vue moral et natio-
nal.
La volonte dans la LibertB constitute certesla scule dB-
fense Iiationale effective, c'est d'ailleurs l'ultime resistance
qui est invincible et qui dl~fie m~me la IMort.La force mora-
le est al- dessuis de tout. La question capital, d'oil depend
le jugement definitif sur notre civilisation, est celle du pro-
gra~s moral.
Alexandre P~tion fut un voyant et un illumlinB de la
Bonte, tout en tant en m~ime temps le plus judicieux et
le plus prutique des rdalisateurs, d'abord par la foundation
de la republique hantienne, ensuite par sa belle oeuvre
agraire qui le mettait en avant de pres d'un siacle de la
plopart dies hommes d'Etat modernes, et enfin parce qu il
est l'anteur de la liberty sud-ambricaine, selon l'expres-
sion de Bolivar.
11 v a encore d'autres faits peu connus que l'Histoire
doit delvoiler, afin de prouver que la magnanimite d'Alexan-
dre Petion Btait d'une puissance creatriceinfinie.
Longtemps avant que Simon Bolivar vint lui demander
du secours, Alexandre P~tion avait de~jB pensC g nos frd&res
dominicains qrui g~missaient sous la domination espagnole.
Disons d'ab~ord que la proclamation de l'Ind~pendance
d'Haiti, le le" janvier 1804, qui avait d~truit les fondements
les plus prolonds de i'esclavage, avait aussi provoquC
une emotion formiidable dans le monde entier, et surtout




- 44 -


autdur de nous, en Amerique Latine. Par le fer, par le feu
et dans le sang, nous avions mis fin a tout jamais i l'odieux
traffic humnain et proclam6 la race noire l'6gale de routes
les autres races humaincs.
Aussi l'asurre de 1804 content plus de grandeur morale
et plus d'humanit6 yraie que l'oeuvre liberatrice de Was-
hnington en 1776. Bolivar I'avait bien reconnu en disant
que << Petion est destind ai faire oublier la mimoire du grand
Washingtlon ,,. Les HaItiens de 1804 Ctaient digages de
toute id6e mosquine d'argent et de taxes donanibres, qui
avait r~volt8 les compagnons de Washington. Sous le
souffle puissant ct moralisateur de 1789, les premiers
Haitiens se sont redlress~s pour rdelamer, au nom de la
race noire, les D~roils sacred et imprescriptibles de l'Hom-
me et dlu Citoyen et fonder une nouvelle P-atrie qui avait
sa place au soleil.
Quand en 1806, Alexandre P'8tion fondala Republique
Hailiennee et fut Blu Pr~sident, la race noire leva encore
plus fiibrement la t6te, et osa regarder sereinement I'ave-
nir. Ce fut la rehabilitation die la race noire par la R~pu-
blique d'Hai'ti, grand problnme qi atoujoursi't cont itu6
la caracteristique la plus vraie de hitiedHtitdel
pensee haitienne, c'est le f'onds commun de fame national
haitienne, die Il'me de Petion don't la g~niale et noble
figure domine la Patrie haitienne.
La race blanche sentit alors d'une fagon plus aiguii qlue
l'exploitation de l'Africain, de l'Indien et del'Ambricain
du Sudl etait chose ignoble, d~gradante, monstrueuse. Du
MIexique au Chili, les populations indigi~nes de I'Am~rique
Latine s'habituarent plus qlue jamais a l'idl~e de vivre in-
dependantes; de leurs mettropoles : Iturbide, au Mexique
Bolivar et Sucre dans le V~nexui~al, an Peron, en Bolivie;
O'Higginis et San iMartin, au Chili ; Belgrano, Garcia
Moreno, Pueyrredon au UBrsil, en Argentine; Juan San-
chez et Ramires, rlans la parties de I'Est d'Hai~ti, surent
mieux comment 11 falunit commander, comibattre, pour
lasser la patience des dominateurs don't ils abhorraient le
joug, pour diectriser leurs soldats, pour remporter les
victoires d~cisives, en s'aidant die lears esclaves noirs,
qu'ils Ctalent tennis de liberer, conform~ment a la pro-
mnesse exigee par Petion dle Simon Bolivar.
Ce fut done un evi~noment ineluctable que la r~per-
cussion d~e I'Intdependance haitienne sur nos fridres de la
parties de l'Est de fi'le dl'HaIiti: nos deux pays se touchent
et se peni~trent par une frontiere oh des communications
nombreuses se tronvent B chaque pas. Cette comnmunaut8
topographique a toujours etB cimentee par une amitit
naturelle et n&cessaire due A la conformity de religionl,g la
coulur h l mblngedu angafricain trahit une origine
commune et surtout aux grandsitrt u ottuor
solidaires, a quelque point de vue que I'on se place.




- 45 -


Aussi quand, en 1808, quatre ans apr~s la proclamation
de l'Independance haltienne, Juan Sanchez et Cyriaco Ria-
mirez leverent I'etendard de la revolte contre la dominat-
tionn 6trang~re, its trouverent du secours moral et mate-
riel suprds des deux chefs ha'itiens qui se partagenient le
pouvoir, Christophe et P~tion .
Cyriaco Ramirez avait d~s les premiers moments de la
r~volte envoy son second Huber aupr~s du President PC-
tion pour sn obtenir de la poudre et des armes. Potion
donna tout ce qu'il pouvait donner, en raison des besoins
urgzents de la guerre avec Christoph~e qui menagait la Re-
publiquee haltienne. Co secours materiel n'8tait certes pas
grand, mais c'6tait beaucoup, eu agard aux difficultes qu'C-
prouvait le gouvernement de Pe'tion qui avait i faire face
a des assauts repet~s et a des sidges continues. L'histoire
impartiale tiendra compete de ces difficulties trds sbrieures
i cette epoque critique de notre vie politique, afin d'ap
pricier i sa just valeur le concours materiel et mora
doonn par P-6tion au chef dominicain, Cyriaco Ramirez.
Etant au siCge devant Saint-Ml~arc, Petion, malgr8 ses gra-
ves occupations militaires et politiques, ecrivit, a la date
du 2 octobre 1808, au missionnaire Cristobal Huber on
Tuver une lettre rbconfortante oh il lui dit : a le zile et
I'empressement avec lesquels il concourra a toute entre-
prise tendant h d~truire la funeste influence que les agents
du gouvernement frangais avaient conserve sur une par-
tie de cette Isle... N~anmoins, je suis dispos6, Messieurs
A seconder de tous mes efforts le people dlu territoire que
vous habitez. Ce people et celui d' ici sont freres, ils doi-
vent s'aimer, avoir les m~mes intbrits, et se secourir mutuel-
lement. Je vous engage done d'envoyer cher~cher des mulni-
tions, je vouscn fer~ai ddlior~er au Por~t-au -Prinlce. Je crois de-
voir aussi vous engager d'envoyer une on plusieurs per-
sonnes avec qui je pourrais confe~rer sur les bases quri dloi-
vent consolider notre union. Comptez sur ma loyaute, elle
ne se dementia jamais... ,,
Une deuxiime fois, Ramirez envoya son bean-frire, le
depute Manuel Xim~nds, auprds de PBtion pour avoir die
nouveaux secours. C~e seul fait prouve que le premier a p-
pel aupr~s de P~tion n'avait pas 6te vain, coinme le pre-
tendent quelques historiens de mauvaise foi 'qui vou-
draient ternic par tons les mioyens tout ce qu'Haiti a fait
de beau, de grand et de noble. C'est un fait incontesta-
ble que Ramirez ne se serait pas adress6 une d ux'm
fois i Pation, si celui-ci n'avaitp~as r~pondu favorablement
A son premier appel. C'est unelogique formelle, conforme
au hon sens le plus B16mentaire. Du reste, la lettre de PC-
tion du 2 octobre 1808 en fait foi.
Cette fois encore, P~tion envoy i Ramirez une honne
quantity d'armes et de munitions qu'''iltr de l'areal
Port-au-Prince. Potion fit encore plus, il permit aussi au




- 46 -


commerce du Port-au-Prince de vendre beaucoup d'armes
et de munitions qu'~il devait acheter pour repousser les
attaques continuelles de Christophe. Ce qui donne encore
plus de valour au concours fourni par P-'tion, puisque
Christophe etait constammnent I'agresseur.
D'une de~pache du gouvernear de Porto-Rico, Don Tor-
ribio Mlonths, it est recoinna que le President Pt'$ion avait
accordeC i Salvador Felix qui accompagnail 10 deputC Ma-
nuel Ximenens, quarante caisses die cartouches, quatre
mille pierres it fusil et cent fusils. L'historien B. Alrdouin
affirme formicliement que a( ni PdClion, nii Christophe nle fi-
rent palyer ce qu'lls avaientl fourn~i aux2 hommes qui avalent
le mdme inl~lterd politiqle que leur~s concitoyens immddiats 8.
Torribio Montes voulait cependant que ces armes et
muni tions fussent paye~es,a fin die prevenir toute alliance des
insurges dlominicains avec les deux gouvernements haItiens
qui re~gnaient alors et repoussbrent toutes questions d'ar-
gent, parce qu'il s'agissait de l'ind~pendance d'un people
frere et voisin.
Mais ce n'est pas tout. Potion permit aussi B beaucoup
d'hianienis ha bilant les frontieres de l'Est de former toist un
corps doe soldals qui allerent grossir les rangs du parti des
insurg6s commIa nd~s par J uan Sa nchez et Cyriaco Ramirez.
Cette perm'ission, Petion l'accords, malgre le danger mani-
festo qlu'il y avail g encourir les represailles des gouverne-
ments de F'ranc~e d'Espagne qui regentaient la parties orien-
talc.
L'Arm~e diominicaine @tait compose des hommes les
plus marquants, et I'historien franlais Guillermin qui n'ai-
mais pas b~eaucoulp Haiti a Cte oblig6 d'avouer qlue la prin-
cipale force de l'Armn~e dtominionine commander par Juan
Sanchez apras la retraite volontaire de Ramirez, se trou-
vai t dans ce corps die noirs et de mu~itres d'Hai~ti: c'etait
le corps de r~sistance qui donnait le plus grand appui.
M~cs ce moment, les D~ominicain s voulaient faire une
alliance avec la R~Cpublique die Pestion. Malh~eureusemrent,
les opiniions des principauxt chefs dominicains etaient tres
divisees, et I'entente ne put avoir lieu. Mais ce n'Ctait que
par-tie remnise.
L~es ljom~inicains n'aynient jamais oublie les hienfaits
de P~Ction et le prestige rayonnant de la Republique hai-
tienine. Le successearr et :Ihgne 6mnule de P~tion, le P-r~si-
dlent Jean,-Pierre B'oyer, mnaintint pendlant un quart de sit-
cle nvec uine grande ferrmete ce prestige. Aussi, en 1821,
les D~ominicniins, chierchant an refuge pour leur liberty et
leLar intdependance, se etlntch~rent violemment de l'Espa-
gne, et, spontanement toutes les villes dominicaines, lI'ne
apres I'nutre, arborbrent le drapeau haltien, cre6 depuis
1803 par Pdtion. L'esprit de Pe~tion avait op~rB ce mira-
cle.
L,'uniification de I'ile sous 1'l'uori te h~altienne est un pro-




- 47 -


blt~me extr~mement difficile qui recut une solution miagis-
trale et elegante par le P'r~sident Boyer. C'est une prcure
de la vigueur de l'esprit haitien a cette epoque ; ce glor-ieux
exploit est une preuve du genie adminiiistratif de ce chef
haltien qui sidt muaintenir i'accord fraternel pendant pr~s
d'un quar~t de siedce. Cefut aussi en grande parties le resul-
tat de la belle ceuvre philanthropique de P-etion envers
l'Amerique espagnole. En effet, le commodore Aury, qui
falsait partie de i'expe~dition de Bolivar aux Cayes en 1816,
etait venu trouver le Pr~sident Boyer qui etait au Cap Hial-
tieni a ce moment, en 1821, pour lui offric son concours a
unir la partiee de I'Est i Haiti et emipecher son annexion i
Colombie, comme le voulait Bolivar. Auryg agit ainbi parce
qu'il avait probablement garden du ressentiment contre Bo-
livar, tandis qu'il eprouvait pour la metmoiree die Petion
une gratitude qui'il voulait Cvide~mment f~aire rejaillirsur la
R26pubtique haitienne. C'est a partir de ce moment que le
President Boyer jugea qu'il Ctait oppportun defaire un tra-
vail dans les esprits des populations die l'Est, tout en con-
venant qu'il fallait attendre qlue ces populations se pronon-
vassent elles-m~imes en faveur de leur incorporation a l'E-
tat haitien. Ce qui ne tards pas A arriver.
Pen apres la mort de Petion, au moment oi le Presidlent
Boyer allait se mettre en champagne contre l'insurrection
de la Granide-Anse, Gregor Mac-Gregor, I'un dies anciens
officiers de Bolivar, arriva en janvier 1819 aux Cayes ovec
plusieurs navires die guerre et marchands, venant de Lon-
dres, ii allait attaquer Carthag~ne, encore au pouvoir des
Espagnols. Comme tout le Ddpartement du Sud e~tait dedja
eni pleine mobilisation militaire, Boyer fu t dans l'impossi-
hilite mlatdrielie de lui fournir aes armes et des munitions
qui devaient &tre tires de l'arsenal des Cayes, mais il lui
accordan la permission officielle dl'en acheter en grande
quantite, du commerce die cette ville. Son rAvitaillement
militaire ellectne, Mlac Gregor alla devant Carthagianc, od
il Bchoua mlalheurausement.. 11revint encore aux Cayes,
oftil reput la m&me hosp~italit6 bienveillante, et d'ouiil re-
partit ensuite pour une autre destination.
C'est encore I'esprit de Petion qui, en mars 1861, porta
le President Geffrard h protester ouvertement et publique-
ment co~ntre l'acle inlqualifiable dlu Pr~sident dominicain,
Pedlro Ss ntan~a, qui ava it livre so n pays Bl'Es pagne. Co mme
Potion, le Pr~sident Gefrard avait bien comp~ris le danger
que constitualt pour Haiti la colonisation de la parties de
l'Est. Se souvenant du geste philantropique, deux fois re-
nouivel d sident Gelfrardl callia tous les patriots dlominicains i qui
it fournit oine grandie quantity dl'armness t die munitions. 11
donna pendant qjuelques temps usile nu chef dominicain
F~rancisco del Rosario Sanchez et envoya beaucoup de
soldats de so gairde privilbgide, les Tirailleurs instruits par




-- 48 -


les meilleurs officiers frangais, pour aller grossir les rangs
des patriots dominicains qui se maintenaient difficilement
& San Juan de la Mfaguana.
L'attitude magnanime du gouvernement et du people
hal'tiens en faveur de nos freres de l'Est fit en grande parties
la victoire dominicaine, mais irrita l'Espagne A un tel
point qu'elle depicha, pen apres dans les eaux de Port-au-
Prince,1'Amiral R~ubalcava avec une escadrille qui station-
nait a Cuba. L'Amiral espagnol lance un ultimatum au
gouvernemient haltien, le rendant responsible de I insur-
rection eciatee dans l'Est contre le gouvernement espaenol,
et menace de bomnbarder Port-au-P1rince. Les consuls de
France et d'A~ngleterre intervinrent et empacharent la des-
truction de la ville die Port-au-Prince, mais le gouverne-
ment haitien, pour Cviter une guerre d6sastreuse avec
l'Espagne, dut payer une indemnity& de deux cent mille
dollars .
Le President Gelfrard n'avait fait que r~peter le noble
geste de P'etion envers Sanchez et Ramirez et Simon Boli-
var, mais fut moins heureux. Les exci~s du gouvernement
espagnol, en 1861, font clairement comprendre que P~tion
avait bien raison de prendre beaucoup de precautions
quand it rendait service, pour ne pas exposer le pays g des
represailles brutales et malencontreuses.
La victoire obtenue, le President Geffrard, malgr~tout,
mitses bons offices A la disp position du gouvernement Pro-
visoire de Santiago de los Caballeros, en 1862, pour I'6ta-
blissement de la paix avec le Gouvernement de Sa Majeste
Catholique paix qui mit fin d6finitivement g la guerre de
la Restauration et consacra d'une fagon formelle et in6-
branlab~le l'Independance Dominicaine.
H-uit ans s'etaient A peine Ccoulds, que le general Baez,
President Domninicain, et le general Cabral, s'entendirent
pour livrer leur pay~s aux Etats-Unis de I'Am~rique du
Nord,sous la forme d'un project dl'annexion dont les terms
avaienteCteredig~s d'un commun accord avec le President
ambricain Grant ; cela se passait en 1870. L~es vrais patrio-
tes dominicains en furent indignes et s'armbrent pour
empacher cette trahison. Le gouvernement hantien preside
par le General Nissage Soget et illustre par le: caltabre parti
liberal, intervint secrbtement en farveur die l'intCgralite de
]l'nd~pendance dlominicaine, on fournissant dies armnes,des
mnunitions,et mame dies soldats dCguises. Le gouvernement
nord-am~ricain on ful emu et fit dies remontrances au gou-
vernement haltien par son secretaire d'Etat, Hamilton
Fish, qui manqua de courtoisie envers Haiti jusq~u'a Ccrire
au consul americain de Port-au-Prince qu'il ne croyait
gu~re anx affirmations du Ministre des Relations exterieu-
res d'Haiti.
Le gouvernement nordl-americain dont l'impirialisme
Ctait encore jeune, insista,ne voulant pas I8cher cette proie




- 49 -


facile et envoya dans les enux d'Haiti l'Amiral Poor qui
menaga de faire sauter le Palais National de Port-au-Prince
par le feu de son escadre. Le President Nissage Saget se
redressa et, incarnant I'ame nationalehaitienne, I'esprit de
P~tion,fit cette r~ponse fibre et energiqlue : a Haiti a cons-
cience de sa faiblesse. Le Gouvernement saura y confor-
mer son attitude. Mlais le Gouvernement haltien no pourra
jsmais rien entrepren dre en ce qui concern les sympathies
du people haltienenvers les patriots dominicains combat-
tant I'annexion ,,. Ce fut comme un ultimatum de force
morale devant lequel s'arrata l'Amiral P-oor.
11 y avait alors au Senal amBricain une Ame genereusa
qui intervint dlans le sens du gouvernement haitien en pro-
testant Cloquemiment contre le traite dl'aninexion agree par
le President dlominicain, B~aez, et le Prisident ame~ricairn,
Grant. C'etait le philanthrope Charles Sumner, senateur
du Mlassachussetts, qui rallia le Congrds ame~ricain a sonl
id~e. Le tr-ait8 ne fut done pas vote, et le gouvernement
americain fht alors obige die ne plus inquidter la Repu
blique d'Haiti ni la R~publique Dominicaine. En signee
reconnaissance, HaIiti offrit une m~daille d'or an Senateur
Sumner, et une loi lu 27 juillet 1871 fit confectionner deux
portraits en pled dlu S~nateur amb~ricain dlevant etre deman-
d~s aux Etats-Unis et places, I'un au Seinat, I'autre ala
Chamber des D~putas. L~e dlernier considerant de cette loi
est a mdbditer, it est ainsi concu : cc Considerant qu'en ce
moment mime o i l lel~ntaive d'arnnexion de la parlie domni-
nicainle menace si manifestemlent I'Indelpen~dance d'Hai'ti, il
(le Senateur Charles Sumner) jette, g l'aide d'une logiqlue
inflexible et d'une morale elevee, le trouble dans la cons-
cience des annexionnistes sur la legitimit6 die leur but et
de lears moyens d'annexion ; qu'en consequence,si l'Ind6-
pendance des deux R~publicains soeurs d'Haiti est sauve-
gard~e, un r~sultat aussi desirable sera attribue g just
titre B ce grand Orateur... u (1)
Sur ce point, le gouvernement de Nissage Saget n'vait


(1) L'attitude gandreuse du Sianateur Sumnezr n'6tait qu'un fait
isole sans lendemain, puisque le gouvernement ambricain avait
mis ses griffes sur une fle adjacent hai'tienne, la Navase, dont il
s'est empar6 par la force et qu'il n'a jamais voulu remettre. C'est
ainsi que sous le mame gouvernement de Nissage Saiget,1'Assemn-
blee N\ationale, g la date du 29 mal 1879, s'exprimait ainsi dans
son Mlessage au Pr'1sident d'H~aiti: << Quant aux n~gaciations pen-
dantes entire votre gouvernement et le Cabinet die Washington et
relatives i la Navase, comme vous, President. I'Assemblee
National a la ferme assurance qlue la puissante Rdpublique am6-
ricaine, cette patrie de Washington, de Franklin et de Lincoln,
n'attentera jamais j. la propriedt6 des R~~publiques moins puis-
santes qui sont ses voisines dans notre h~misphere .s Cene fut
qu un voeu qui n'a jamais Ete realise dans la suite, puisque les
N~rord-Americains occupent toujours la Navase!..




-- 50 -


fait que suivre les tradlitions libbrales et mlagnanimes tra--
c~es par Petion et continues par Geffr~ard, La colonisa-
tion de la parties de l'Est constitue un danger pour la re-
publique haitienne, et vice versa.
Plus pr~s die nous, I'esprit de Petion n'avait jamais fai-
bli. Quand les Cubains faissient des efforts, if y a une
trentaine d'annees, en 1895, pour oblenir definitivement
leur inidependanice, Haiti etait devenu le refuge de beau-
coup de patriotes qui y ont organism maintes combinaisons
militaires et politiques. Port-au-Prince 6tait devenu le
principal rendez-vous du patriotism cubain. Beaucoup
d'HanLiens ont genereusement contribute au succbs des ar-
mes dies Liberateurs Mlaximlo Gomez et MaTceo. L'illustre
Marti, pourchasse par le gouvernement espagnol, fut secr8-
tement pro86ge pendant longtemps dans une maison de
Port-au Prince, dl'oil il ne sortit qlue pour aller rejoindre
la gran"de bataille liberatrice.
Pa'r I'esprit die Pe'tion, la terre haitienne a Cet tres
hospitaliibre aux patriotes cubains. C'est ainsi que dans le
salon dl'un grand quotidien cubain se trouve une relique
tras pr~cieuse et qui temoigne hautement die la bienveil-
lance haitienne : c'est la table sur laquelle travaillait I'il-
lust re M~aceo, pendant son exile I Port-au -Prince o~il s'6tait
refugi6 p~our se mueltre B l'abri des violence de l'Espagne.
Touls les Haitiens l'avalent regu avec cordialitC. Le gou-
vernemnent hantien fermna les yeux et laissa le people hai-
tien couvric d'attentions le patriote cubain qui etaitdans le
malheur... C'est ainsi qlue le remarquable medecin cubain
le Docteur Nunez pr~sidala ].lunte revolutionnaire cubaine
qeui si~genit a Port-au-Plrince et fut grandement aid8 par
lsjeunies intellectuels haltienss de cette epoque.
Se souvenant die la brutality de l'amiralespagnol Ru-
balcava, en 1861, les Haitiens durent mnettre beaucoup de
discretion dlans le concours moral et mat6riel qu'ils don-
naient de bonne grace aux patriotes cubains.C'est g partir
de cette epoque que beaucoupdt'artisans cubains fuyant I'op-
press'on esp ignole, se sont Gxess pour tonjours sur le sol
haitien. 11 rejte toujours en Hai'ti qulelques rares survi-
vants dle cette epoque. Ces laborieux cubains avaient fini
par adobpter leur second patrie et sont mnaintenant des
Haitions.
C'est avec un bien vif plnisi c que nous enregistrons
le b~el hommage rendu g Haiti & la troisieme Confe~rence
Commrercinle Pan-Americainetenue a Washington aumois
de mai 1927 par un Eminent cubnin, Monsieur Antonis
Anton, p'resident del' << Association de Commerciantes u
de la Havane, qui s expr-ima en ces termes A l'Cgard du
Pr-Csident Petion :( <<. Caracas soulement se dresse
un monument Q Petion. Non, dans la patrie du Lib~rateur
de l'OCenoque anx rivagees de la Mer des Antilles, il n'y a
pas une personnel dans le coeur de qui la reconnaissance




- 51 -


n'a elle-mime brige un monument g l'amni de Bolivar, A
l'ami qui, en fournissant au Libdrateur armes e~targent,
contribua si grandement B la realisation de l'epopDe qui
avec sa constellation de victoires : Boyaca, Pichincha, Ja-
nin, Ayacucho et Caracoho, donna I'ind~pendance i cing
nations >>
II Ctait bon qlue ces paroles fussent dites par un etran-
ger de marque,un cohain,h Washington mame, au moment
on Haiti est humiliee par les Etats-Unis, ii l'inde~pendlance L-
desquels elle a contribute, et au milieu de l'indiference g6-
nerale de ses soeurs latines, pour I'emancipation desquel-
les elle donna gendreusemlent son argent, son sang et la
haute autorite morale de Petion...
VoilB les miracles realis~s par Petion donit I'esprit hien-
faisant survivra toujours en Haiti. Petion nous a appris g
secourir les faibles et les opprimds, partout oilils peu-
vent se trouver. HaIti perpetuera toujours cc pr~cicux sou-
V6DIr.
Comme pour ces glands Saints mystiques du Moyen-
Age, on peut difficilement miesurer l'ordre de grandleurdes
services qlue Petion a rendus a son pays et auxg~ndrations
qui lui out succtd8. L~e pays a peine constitue 6tait piong6
dans' une anarchic morale, social et politique telle que les
heros die l'Ind~pendance se voilaient la face. Mais P~tion
6tait 15, e'&tait I'hommle providlentiel: les ycoxs lixes sur le
present, il travaille sortout pour I'avenic, il relbve les cou-
rages abattus, les ca urs bris6s et montre g touls la Rdpu-
blique, la Democratie; il renoue leschainecs fracass~es die
Il'Histoire d'Haiti; les membresengourdis par le decspotisme
et par I'ancien esclavage, se redressent, se di~tendlent, et
le people haitien reprend la marcheen avant, preedded de ce
phare lumnincux q~ui dlisperse les tenabres ensnnglantees et
encore fumnantes.
Inspire par la bontC chretienne, P~tion pale on language
nouveau qui 6branle, persuade et convince, et tous le sui-
vent, I'acclament. Christophe est oblige die fa~ire la trave,
car autremneuttons ses sujetspasseraient dlans la Ridpubli-
que de Pation. C'est I'aniverselle conflance, qui de la terre
d'Haiti va conquirir le monde, temoin de so manlabnnimit6
envers Bolivar, enters tous. Aussi P~tion vivra~ toujours
par le Bien qu'il a fait et qui dlemeure; son noble et tou-
chant sacrifice n'a pas desire d'autre recompense.
Prachant d'exemple par la volonte invincible dlu Bien,
P~tion, toute sa viedturant, s~me partout le Bien, A pleines
mains. Pour soulajier les mnalheureux, il est obig6i d'emn-
prunter de ses amis, quand so1 cassette est vide. 11 a vecu
comme an saint, et chef d'Etat, il n'avaitjamnais assez d'ar-
gent, tous seb appointemnents passaient pour diminuer les
souffrances de ses concitoyens. C'est I'honneur d'un pays et
d'une epoque d'avoir vu naitre un tel heros dont toutes les
grandeurs 6taient subordonnies g une seule, la Charit6.




- 52 -


Quelques-uns de ses contemporains qui ne pouvaient
pas le comiprendre, parce qu'ils ne pouva-ient pas attein-
dre une si haute philanthropie,qluelques-uns de ses contem-
porains ont trouv6 qlue Petion se montrait faible en cer-
taines circonstances, ils ne comprenait pas, ces pauvres
d'esprit et de coeur, que cette faiblesse n'etait qu'une to-
lerance philosophique, done une vertu n~cessaire, indis-
pensable pour ne pas relitcher et mn~me riser les liens si
fragiles de l'unitC haltienne a cette 6poque de d~but et de
formation emnbryonnaire. Si P,8tion n'avait pas pousse P
l'exci~s cette tolerancevertueuse aussi necessaireen politi-
qlue qu'en religion, la nationalit6e haitienne, petite plante-
frdle et delicate. eiiltBte emportee par le mioindre orage ve-
nant de l'ext~rieur on de l'interieur. Pour bIen saisir le pas-
sB, on n'a qu'h compare les deux tableaux si opposes, si
suggestions qune nous montrent le faisceau vigoureux de la
rdpublique aprds la mort de Petioin,d'une part, et di'autre
part, la detsorgani station anarchique du De~partement du
Nord apres la mort die Christophe.
Et d'ailleurs, n'est-ce pas le plus bel homnmage qune
puissent rendre a un hommeses comtemnporains, apres sa
mort, quand tout intir~ta disparu, qlue ce jugement de la
Chambre des Repr~sentants, trois miois aprbs la mort de
P~tion, B snvoir qlue a les fautes md~mess de cel homme rd-
odrdC ont die utliles ri la Patr~ie.n
Par sa banltt6 suchumiaine, Petion .. releve le people
haitien. 11 a donned le coup die barre nnii orienite les gen6-
rations nouvelles, ii a evoque1'anite halitienne, il a detruit
tous les privileges absurdes par so belle meuvre agraire, il
a purille le pouvoir et. le people. Maintenantf on peut dire
que dlepuis Petion, quelque chose die pur, par lui, a pass
sur Haiti.
En accomplissant tant dl'actes ge~nereux, P~tion savait
hien qu'il construisait une reserve inlestimable qui servi-
rait un jour a degager l'avenir deji somlbyce de ses succes-
seurs, dont il avait pressenti, prevu la grave d~faillance.
C'est pourquoi il s'Cetit montre si bon, si gendreux, si
grand, qu(e ses qualitis morales touchaient g la divinity.
11 a fait du hien pour ses contemporains, afin qu'un jour
les autres nous le rendent. La Patrie est une association,
sur le meme sol, des vivants avec les morts et ceux qui
naitront. Oui, c'est pour le peuple haltien que P~tion
a fait tant de bien dans le monde.
En effet, une grande pensde de commiseration et de
rdconfort, venue de presque tous les peuples, s'8l~ve sur
notre malheureuse Patrie comme pour lui dire : a( Cou-
rage et conlflance, le Bien~ prodigud por Alexandre Pition B
travers le monde, ne sera pas per~du, courage et conflance. >
La petite nationality haitienne a une haute raison d'Ctre
dans le monde.Le people haitien a une destine providen-
tielle.




- 53 -


11 ya IA a9 u milieu de la Mer des Caraibes,an petit ter-
ritokre, le tiers dl'une ile de m~tdiocres dimensions, peuple
de deux millions de no rs et mul~tres, si peu riches si peu
instraits,si faibles enfin,qu'on se demnande avec etonnemient
par quel phenom~ne d'equilibre, se maintient debout, au
coeur de l'Ambrique cette ch~tive fille de l'Afriqlue.
Est-ce par l'indiff~rence du monde civilise ? Non.
Dans le concert des nations, dlepuis surtout qu'elle a ac-
cueilli avec tant de g~nerosit8 Simon B~olivar, elle attire
tous les regards. Qu'elle ait le front ceint des sure~oles de
gloire de Toussaint-Louverture, de D~essalines et de Pe-
tion, ou les 6paules couvertes du manteau carnavalesque
d'un Empereur Soulouque, depuis plus d'un sidCle, f'atten-
tion du monde civilise n's cesse d'&tre fix~e sur elle. Est-
ce du moins A la hienveillance, g I'admiration, B la piti6 du
monde civilise, qu'elle doit de rester vivante ? Oh I non.
Elle est meprisbe, conspube, dlenigree comnmeaucun people
ne I'a jamnais etC. Pour la designer, on se sert du miot d'un
monarque allemand, triste histrion couronne, aujourd hui
d~chu, mot qui a fait le tour du monle : << HaMIt, ce n'est
qau'ne bande de negres, IdgP1rement teintecs de civilisation
francaise !... D Un president ambricain l'a qualified << une
lidche sur la carte du Nouveau-!Mondte >>.
Etpurtant, personnel n'ose et ne peut proposer l'effa-
cmnde la tpche, ni d~truire la fille ainee die la RBvolu-
tion franCaise. Son nomn reste sur le rale des Nations civi-
lishes et chr6tiennes. Dans les grandes assises, elle retient
son fauteuil, et quand elle se pr6sente, modest, timide et
presque tremblante, dans son humble apparel, I'huissier
se demand indign6 : a Que vient-elle faire ici ? n, Mais
il s'incline, et lui dit respectueusemrent comme aux au-
tres : a( Passez, Madame.
Par le Trait6 de Versailles de 1919, Haiti est un des
premiers membres fondateurs de la SociatB des Nations
dont le rale bienfaisant pour I'Humanite s'affirme de plus
en plus.
Il en est ainsi, parce qlue D~ieu le vent, parce qlue l'exis-
tence die cette ch~tive nationalite hal'tienne est providen-
tielle, parce quele geste de fraternit&, de magnanimitC et
de mansuitude accompli per Alexandlre Petion envers Si-
mon Bolivar restera un symbole 6difiant pour tous les peu-
ples.. .
Jesus de Nazareth naquit dans une Clable et mournt sur
un gibet. Les hommes n'ont rien connu de si grand Jesus :
c'est l'Homme-Dieu. Les premiers seront les derniers, et
les derniers seront les prem iers. Cette gran de pa role Bvan-
gb8lique s'est verifide, se v~rifle sons cesse dans l'existence
delanantionalitC haitienne. Haiti, c'est un pctit peoplle,
dont Alexandlre Pation, In giloire la plus pure de la race
noire, a fait une grande nation. par ses conceptions politi-
qlues d'ind6pendance et par sa helle oeuvre d~mocratique




- 54 -


et agraire. L'hiistoire d'Haiti, c'est I'histoire de la r~habi-
litation de toute une race d'hommes.
D~e qluelle race ? La dernii~re... La race noire I
Haiti, c'est done l'histoire de la r6demption de tout ce
qI~ui est dedaigne,vilipende dans la grrande famille humaine.
Lanation haitienne a certainement une mission providen-
tielle it remplir en ce monde, et qu'elle ne peut trahir, sans
encouric la malediction de Dieu. Cette mission elev~e,
nous l'accomplirons par le Travail, I'Education et I'Ins-
truction rdpandus a profusion dlans toutes les couches du
peuple hailien.. E~n depit des moqueries et des calomnies
odieuses dont nous sommes abrcuv~s par les peoples qui
abusent de la Force, nous poursuivens la belle ccuvre que
Dien nous a assignee : la rehabilitation de la race noire par
l'616vation mat6rielle, morale,intellectuelle et social de la
Patric hailienne.
Le peupl-, haltien peut hien rire de toutes lescalomnies
versees a jets continues sur son 6tat politiqule, socialet Cco-
nomique. Quel people parti de si bas et avec si peu, eut pu
faire mnieux ? Qual people a done fourni de plus nobles et
de plus g~ndreuses contributions A la cause de la liberty
humaine ct des droits inalianables des nations, en un si
petit space de temps ?
L~'occupation americaine constitute certainement une
honte pour uni people qui a pris naissance dans une epo-
p~e aussi glorieuse, et qui a eu pour chef un Alexandre
P~tion. Mais nous sommes encore plus houteux des fates
qui ont amcen I'occupation 8trangi~re. Les traitres, les
marchandrs de patrie, existent dans tous les pays. La vie
est un melange du Bien et du Mlal. C'est Dien qui l'a voulu
ainsi zfin de. rehausser lar vertu, le B3ien. 11 y a hien long-
temps, plus de vingt~sidcles, depuis qlue Philippe II de Ma-
cedoine avait dit que s'il pouvait y fire arriver une mule
chargee d'or, il Ctait silr d'avoir Ath~nes, que le grand DB-
mosthi~ne d~fendait si bien par ailleurs. L'argent dimninue
la force de la Morale dans tous les pays, parce que par-
tout il ya" de mauvais citoyens qlui pr~f~rent les jouissan-
ccs it la diginite de leur Patrie. Pendant la grande guerre
1914 18, nous avons vu que, dans chacun des pays combat-
tants, il v a en des traitres qui ont trafigue de l'honneur de
leur patrie. Partout il ya des marchands de patrie.
L,'imlper~ilisme qlui ssit glisser adroitement quelques
sacs remplis d'or dans les poches des indig~nes etde
jouisseurs;, i qui on off're en m~me temps toutes les pue-
riles vanites d'un pouvoir reduit et avilissant, cet impdria-
lisme qui n'est qu'une grande escroquerie international
a done beau jeu.
Tant d'autres pays, plus grands et plus vieux qu'Haiti,
ont aussi connulI'occupation Btrangare avilissante : la Hol-
lande et la Belgique, si bien ordonn~es maintenant, ont
subi la domination espagnole pendant une longue piriode




- 55 -


de leur histoire ; la France, il y a quatre sidcles, a souf-
fert I'occupation anglaise pendant plus de cent ans et fut
enfin d61ivr6e providentiellement par Jeanne d'Are; toute
l'Allemague du Rhin et toute I'Italie septentrionale se sont
courb~es pendant des ann~es sous l'occupation frangaise;
la Pologne a subi une Eclipse total d'un siacle et connait
maintenant une belle resurrection. La resurrection hai-
tienne, viendra A son heure et sera aussi belle.
Aux grands hommes de l'Antiquite et des temps mo-
dernes nous pouvons montrer Alexandre P~tion, qui a
fond la R~publique haftienne, et dont toute la vie est un
module harmonieux de sagesse, d'abnigation, de bout6 et
de grandeur civique. P~tion a rbalis8 sa belle ceuvre agrai-
re par la creation de la petite propri~t6 urbaine et rurale
haitienne sans restriction, devangant par ainsi, comme
nous venons de l'etablir, certain pays de pres d'un sidcle.
P~tion est mort en parties de chagrin, voyant que ses con-
temporains ne le comprenaient pas assez,etne pr~voynient
pas le danger qui menagnit la Patrie haltienne. Alexan-
dre P~tion n'a fait verser des larmes qu'g sa mort, tandis
que Washington est mort propri~taire d'esclaves maltrai-
tds, tortures. A tous les points de vue, Alexandre P~tion
est plus grand que Georrges Washington, ainsi que l'a dit
Bolivar. Les 18vres de Pton n'ont jamais Bt6 souillees
par le moindre mal, ni ses mains par la plus petite goutte
de sang. Petion n'a jamais fait que du Bien, rien que du
Bien, etece Bien. il ne l'a pas reserve seulement g son pays,
il l'a rdpandu g profusion sur tout un continent.
Dans les Sciences, dans les Lettres et dans les Arts,
de nombreux haitiens se sont distinguds, cela ne fait I'om-
bre d'aucun doute, m~me pour les plus s~v~res parmi nos
calomnisteurs. Nous avons certes en des faiblesses, et quel
people n'en a jamais eues ? Rien ne peut done 16gitimer
certaines accusations manifestement exag~r6es de brutali-
t~s et de superstitions lances contre le people haitien.
-Les foules sont tonjours irr~fl~chies g certain moments,
dans tous les pays. Nos superstitions grotesques et ridicu-
les n'existent presque plus depuis longtemps. Et d'ailleurs,
elles ne sont pasplus grossieres que la religionpai'enne des
Grees et des Romains, qui g leur 6poque dominaient le
monde. M~me en plein vingti~me si~dce, ne signale-t-on
pas de temps g autre des pratiques supertitieuses tout-g-
fait ridicules dans les campagnes des pays les plus civili-
s~s de l'Europe ? La Revolution frangaise, malgr6 ses
principles si B1ev~s, n'a-t-elle pas donnE lica 8 des scenes
d'une violence et d'une atrocity inoules ?
Nous ne demandons donc, nous ne pouvons demander
au monde civilis6, pour accomplir notre destine, que les
seudes choses que, dans toutes les situations possibles,
tous les hommes se doivent les uns aux autres : JUSTICE ET
VSRITE !




- 56 --


Le people haltien n'est certes pas sans reproches, il
faut I'avouer. Nous avons commis des fautes trbs graves.
Mlais quel homme, quel pays n en-a-t-il jamais commises ?
De m~me qu'il n'y a pas d'hommes sans p~ch~s, il n'y a
jamais eu et if n'y aura jamais de pays sans piches. La na-
ture humaine 6tant faite d'esprit et de matibre, il n'est pas
possible de trouver sur la terre un homme qui n'ait jamais
commis d'erreur. Dieu seul est parfait. N~ous avons, certes,
beaucouip p~ch6: nous avons gach8 par nos luttes fratrici-
des si stupides le bel heritage de nos aleux. Cela, c'est un
grand mal, mais c'est un mal qu'avec un peu de bonne vo-
lont8 etde l'union, nous pourrons reparer facilement. Si
nos divisions intestines ont BtB en parties la cause de l'oc-
cupation militaire, politique et financibre que nous subis-
sons du gouvernement ambricain, depuis le 28 Juillet 1915,
les faits incontestables sont aussi Id pour demontrer que
I'intervention ambricaine en Haiti constitute le fiasco le
pl~us comnpl~e~t pour~ un people qui vent se mettre a la t~te
11 est en efflet malheureux qu'au debut de notre inde-
pendance la formation politique ait absorbed toutes les
energies du pays. C'est une chose fatale dans I'8volution
de tous les peuples jeunes, et particulibrement chez les
nations de l'AmBrique, qui toutes, sans exception, Ont et6
d'abord des colonies brutalises par des metropoles sous
forme de monarchies despotiques. La deuxi~me tape,
c'est-a-dire la formation tconomnique, ne pouvait venir
qu'aprds la premiere. Les Etats-Unis eux-m~mes a'ont
pas" BchappB a cetteloi d'8volution : la terrible guerre de
laSecession, qui a failli compromettre l'existense m&me
de la grande fPddbration nord-ambricaine, le prouve assez.
La r~publique d'Htaiti entrera d'amblee dans sa formation
6conomique, aussit~t apres l'Occupation ambricaine qui
aura C6tB pour nous une dure 6preuve, une legon ambre,
terrible, une vraie catastrophe, national et morale.
Les patriots haitiens ne d6sesp~rent pas de la Patrie
haitienne. Aucun haitien digne de ce nom ne doute du
brilliant avenir que Dieu reserve au people haitien. Un
pays ne meurt jamais tout-g-fait. Haiti ne mourra pas ;
le pays de Petion doit vivre pour accomplir dignement sa
mission providentielle : se rdhabiliter afin de rdhabiliter la
race noire.
Plus que jamais ces proph~tiques paroles de Tovssaint-
Louverture resent vraies, irrevocables : << En me ren-
versant, on n'a abatta it Saint Domingue que le tronc de
l'arbre de la liberty des noirs ; il repoulssera par les racines,
parce qu'elles sont profondes et nombreuses >.
Le sens de la proph~tie de Toussaint-Louveture ne
deviant bien clair que par les recommendations sussi
irr8vocables de Dessalines : << Noirs et faunes que la dupli-
cztd raffinde des Europe'ens a cherchi longlemps a~ diviser,




- 57


vous qui ne faites aujourd'hui qu'un mime tout, qu'une seule
failn'en doutez pas... Meimes calamitis out pesky vos
idtes proscribes, mdme ardeur a1 frapper vos ennemis vous a
signals, me'me sort vous est rkserod', mimes intirdis doi-
vent done vous rendr~e ajamais unis, indivisibles et insipa-
rables. Maintenez ceite pricieuse concorde, cette heureuse
harmonie parmi vous :c'est le gage de votre bonhear, de
voir~e salt et de vos succls, c'est le secret d'&ireinvincibles ,,.
11 a fallu la grandeur d'Bme, la profondeur de pens6e
et le g~nie politique d'Alexandre P~tion pour donner le
vrai sens, le sens national, le sens de la race, aux proph6-
ties de Toussaint-Louverture et aux recommendations
de Dessalines en cr~ant sur des bases indbranlables la
r~publique et la d~mocratie haitiennes,, en rbalisant sa
belle et g~ndreuse oeuvre agraire, en dessinant de ses pro-
pres mains ddfinitivement le Drapeau de la R~publique
d'Hai'ti, ronge et bleu horizontal, en y mettant nos armes,
les boulets et les canons qui seuls savent d6fendre tout
homme libre, avec le bonnet de la LibertB et le symbol
vivifiant a( L'UNION FAIT LA FORCE n) ce symbole qui fait
comprendre au monde que nous autres Haitiens sommes
des hommes convaincus, quand nous sommes arms, ma-
thriellement ou moralement, pour defendre notre LibertB
pleine et entire, notre Ind~pendance integrale...
Les trois profondes proph6ties de Toussaint-Louver-
ture, de Dessalines et de P~tion se complbtent et se con-
fondent dans cette pens~e de justice et de v6rit : Haiti,
c'est I'6galit6 des races humaines; Haiti, c'est la liberty et
l'ind~pendance de la race noire dans toute sa plenitude;
Haiti, c'est le 1789 de la race noire; Haiti, c'est la fille
ainbe de la Revolution frangaise; Haiti, c'est la France
noire de Michelet, Haiti, c'est I'instrument de la r~alisa-
tion parmi les hommes, de la grande pens~e chritienne :
a Aimez-vous les uns les autres a.
Toute l'histoire d'Haiti et de la pensee haitienne n'est
faiteque de la rehabilitation de la race noire:Og0 et Chavan-
ne, les premiers martyrs de la liberty haitienne ;Toussaint-
Louverture. Dessalines, Alexandre Pdtion, Capois,Christo-
phe, Jean Pierre Boyer, Boisrond-Tonnerre, Guy Joseph
Bonnet, B.Inginac, Fabre Geffard, Elie Du1bois, Beauhrun
Ardouin, Thomas Madiou, Delorme, Hannibal Price pdre,
Linstant Pradines, Plesance, Edmond Paul, Boyer Baze-
lais, Armand Thoby, Dr. Janvier, Dr. J.B.Dehoux, Camil-
Je Bruno, Saint-R~my, Drs. Louis et L60n Audain, Dr.
Destouches pere, Justin D~vot, Solonn~mos, A. Firmin,
Pommayrac, Massillon Coicou, F.D. L~gitime, etc., etc.
Un pays qui produit de tels hommes, n'est pas quoiqu on
en dise, perdu pour la civilisation. Les lumineuses Ctudes
de ces brands hardiens feraient honneur g n'importe quelle
bibliothdque du monde ancien on moderne.
L'existence de tous ces hommes si brillants si repr~sen-




- 58 -


tatifs, prouve jusqu a la r~alit6 6vidente qu'Haiti est doube
d'une viability: vigoureuse. Notre force vitale, notre physio-
logie o'est pas entambe, elle est encore intacte, malgre les
microbes virulents et subtils venus en masse du dehors. Le
pays de P~tion est rbellement riche d'intelligences et de
temperaments bien dou~s. Sili'occupation ame~ricaine nous
a desarm~s par surprise, elle o'a pas pu emp~cher le d~ve-
loppement de cette brillante resistance mo rale qui n'a j amais
d~sarm6 et qui fait honneur au people haltien.
L'Histoire impartiale et vraiment just tressera un jour
des couronnes de gloire a ce petit noyou de patriots ind8-
pendants qui out combattu et combattent toujours avec
acharnement pour qu'Haiti reste une, souveraine, indivi-
sible et sacree comme spri~s 1804, l'idte de nation est
insi'ar~able de l'idde de tradition et de territoire. Qui dit
Patr~ie dit dl'abordi TIerriloire. Le caract~re sacr6 et inviola-
ble du territoire formie la base du patriotism chez tous les
peuples. C'est un fait histor~ique ineluctable. Depositaires
incorruptibles du precieux heritage des Heros de l'Ind6-
pendance, les vrais patriots out tout brav6 : persicu-
tions sournoises dans leur vie privee, professionnelle et
publique, ostracisme feroce, privations sociales et mat6riel-
les de toutes sortes, mauvais traitements reit~rds et pro-
long~s, rien ne leur a BtB epargnB de mal sons une forme ou
sons une autre, mais ils ont tenu bon. C'est une bataille hB-
roique, tant au point de vue physique que moral. Nous n'a-
vons pas cede un pouce du terrain sacr8 qui est I'essence
mame de la Patrie. Ddjs, on peut dire que le patriotisme
national haitien a triomph6. La lutte continue tonjours,
cette lutte oid les plus meritants ne sont pas toujours ceux
qui out subi le plus de mal corporel. Assur~ment, les mieil-
leurs soldats sont ceax qui soutiennent le moral de la masse
et de l'elite par leur plume acerbe et tranchante, et surtout
par leur vie priv~e et publique oh l'examen le plus minu-
tieux, le plus scrupuleux, dans le passe et dans le present,
ne peut d~couvrir In moindre souillure, la moindre trace de
compromissions, de tractations eachies ni de d~magogie
int6ress~e et calculde.
VoilB les vrais soldats de la Defense national, qui sont
cependant parfois miconnus, parce qu'ils sont moins remu-
ants et moins irriflchis, parce qu'aussi ils sont tr~s mo-
raux et que la foule et les politicians n'aiment pas beau-
coup les hommes d'une honnatet6 integrale qui tranche et
se distingue un pen trop. Ce sont pourtant les vrais d~fen-
seurs de la Patrie et des traditions qui conditionnent et
honorent un people. 11 est m&meai se demander si cette
bataille morale doublee de tant de privations sociales et
physiques qui dure depuis treize ans, depuis 1915, ne pour-
rait pas soutenir la comparison avec les luttes piques de
la guerre de la Libert6 et de l'Ind~pendance qui a dure: de
1790 g 1803.




- 59 -


Celte petite armee de r~actionnaires bienfaisants, qui
pourra enumerer ses souffrances, ses affres, puisque
toute arm~e a b~esoin de grandes resources materielles
pour sa resistance et sa duree? Cela rend encore plus belle
la gloire qui r6sulte de cette brillante resistance morale.
C'est la victoire des vaincus. Cette victoire, pour ne pas
$tre pr~caire, doit Ctre suivie tras vite de la reconstitution
du faisceau national. N'est-ce pas P~tion qui a faith I'em-
bli~me, les armoiries d'Haiti de cette devise qui lui est pro-
pre : < L'Union faith la force... >>et qu'il a inscrit dans le
Drapeau National ? Le mot d'ordre doit 6tre : < on ne
passe pas n,.... commne g Verdun...
Nous autres patriots haitiens, nous sommes toujours
18, debout, f~arme au bras, fermes au poste de sacrifice,
les yeux fixes sur les yeux de Pe~tion, n'attendant qlue le rB-
veil de l'Q~me de D~essalines et de P~tion, pregnant patience
pour ne pas deranger inutilement le course normal des
evanements libbrateurs conduits par Dieu et suchant bien
qu~e chaque homme, chaque chose parait et vient a son
here, Al'heare choisi~e par Dieu. L'histoire, a dit un grand
pneur frangais, abal les grandes zmpatiences et soutient les

Dans la situation difficile et compliqube qui nous est
faite, il n'y a qlue deux; manidres : resister avec violence,
on subir malgre soi les ev~nements tout en cherchant a les
utiliser. En reality, nous n'avons pas 6t6 libres de choisir :
d~sarmes et dans l'impossibite materielle d'organiser une
resistance violent, nous avons pu sculement reagir contre
les 6v~nements, c'est cette reaction methodique et inlassable qui nous don-
nera le triompe final. Nous comptons sur la prodigieuse
endurance du people haitien, dont nous portions la douleur
avec stoi'cisme, et le people haitiens s'est reconnu en nous.
Perissent toutes les personnalites, mime la n~tre, mais qlue
la nation haitienne soit sauvee Tel est notre 6tat d'jme!i
On dit souvent, en ces jours, que nous manquons d'homr-
mes. C'es tun eerreur. No us n'avionsj amais, g aucuneeBpoque,
manqu8 d'hommes. Nous en avons toujours. Il y en a plus
qu'on ne le croit. Sealement, ils sont obliges de s'isoler
par rapport auxcirconstances actuelles. Que de forces per-
dues, qlue de grandes intelligence, qlue de nobles caracth-
res sans activity, parce ce qlue les hommes charges de choi-
sir des hommes ne s'y connaissent pas en hommes, ou plu-
t~t parce qlue des passions politiques ou mesquines ou ja-
louses, de trop basses et d6goutantes besognes out banni
dela route les grands courreurs I Pour qu'ils puissent par-
ticiper A la course, il faut des occasions extraordinaires.
Sans la guerre, le marichal Pbtain aurait etB retraite comme
colonel.
Parfois aussi, il est donn6 g quelques natures d'elite, B
force de tenacitC, de noble ambition du hien et de d~sin-




- 60 -


thressemsnt personnel, de percer g travers les broussailles
des obstacles on des vilenies, et de s'imposer par leur va-
le-ur, par lear energie calme et souriante.
L~a r8~babilitation de la race noire par la R~publiq~ue
d'Hai'ti, B la lumiere de la Justice et de laV~ritC, mais c'est
la grande et noble p~ens~e qui a toujours animC, inspire le
pe:uple hiltien. En effet, treize jours aprds la proclamation
de 'Inde~pendance, Dessalines prenait un d6cret date du
14 janvier 1804 accordant une recompense aux bitiments
americains qui ramaneront un grand nombre de noirs et
d'hommes de couleur, indig~nes, qui souffraient de l'escla-
vag:e aux Etats-Unis d'Am~rique, faute de moyens pour re-
tourner dans leur patrie.
La Constitution de 1805, en une formule briave,cat6go-
rique et imperative,dissit : << Art. 2. L,'esclavage est di
jamanis aboli. n Cette formule imposait Bnergiquement, dB-
~finitivement, I'abolition de l'esclavage, comme un ordre
moral formel aux nations du monde entier,comme un com-
mandlement militaire international. Nous pouvons rappe-
ler sans fausse modestie qlue c'est l'Ind6pendance haitienne
qui a fait abolic l'esclavage par tous les peuples civilis~s.
Haiti a Bte le grand et supreme argument d~montre victori-
eusement par les philanthropes abolitionnistes dul9e siacle.
Aussi, ce fut un immense cri d'admiration et d'alle-
gresse universelles parti de tous les coeurs sensibles et
nobles du monde entier,quand on eut apprisla conduite su-
blime et gen6reuse d'Alexandre P~tion envers Simon Bo-
livar.
Voila un petit people qui vient a peine de naitre,et qui
rencontre des difficultes inoules pour simplemnent vivre,
parce qlue dies ennemis puissants l'entourent et qlue des pid-
ges inextricables et innombrables se dressent a chacun de
ses pas chancelants! Eh bient C'est ce petit penple,a peine
sorti de l'esclavage, qui, par son incarnation merveilleuse
dans un homme die genie, se dresse sunls efforts, sans es-
poir de re'ciprocitd,avec une modestie simple et touchante,
et donne la liberty g la moitie d'un continent, a l'Amerique
du Sud. Cela, c'est un faith unique dans I'histoir~e du monde.
Fouillez les arehives de tous les peuples de la terre, dans
l'antiquild ou dans les temps modernes on g l'epoque con-
temporaine,vous serez dans I'impossibilit6 absolue de ren-
contrer un fait pareil g faction chevaleresque de P~tion
envers Bolivar. L'humanitB a produit bien pen de chefs
de l'envergure morale de Petion. Jesus, I'Homme-Dieu,
seul, le ddpasse. C'est parce qlue les peuples, comme les
hommes en general, sont Bgoistes. Voyez l'attitude pidtre
des Etats-Unis de l'AmBrique du Nord envers Cuba. Le
gouvernement nord-ambricain donne son concours aux Cu-
bains qui combattent pour leur independence. IVais com-
ment se conduit-il apr~s ? II fait de Cuba une republique
i appendice, il impose le fameux amendment Platt ; I'ai-




- 81 -


gle met ses griffes sur le territoire sacred de la Patrie cu-
baine, il pread sa proie, Guantanamo. Ce ne fut done
qu'une occasion pour implanter definitivement cet impe-
rialisme inhumain qui asservit le monde. Ce fut done an
acte d'6goisme Btroit et sans la moindre grandeur morale.
A4ussi, avec la longueur du temps, avec la recul~e de l'his-
toire, I'acte cheval~eresque de Petion grandit encore, gran-
dit toujours, sans jamais pouvoir trouver son egal en ce
monde. P~tion nous apparait alors transfigured, a l'egal des
grands Saints mystiques du Moyen-Age.
Cette g6nerosite et cette magrnanimite d'Alexandre Pe-
.tion firent plus pour consolider notre Inde~pendance a l'ex-
t6rieur qlue tous nos actes publics depuis 18504 g nos jours.
Aussi les esclaves noirs et muh^>tres devenus libres
dans l'Amerique du Sudl grace B l'aide efficace donnte par
Potion a Bolivar, tous les noirs et hommes de couileur
dans le monde, n'eurent qu'une pensee :venir en Haiti,
le premier pays oft I'homme noir avait conquis ses propres
forces,sans aucune aide etrangdre ni morale ni mat~rielle,
la Liberty et I'Independance, et voir de leurs y.eux, con-
naltre Petion.
Pdtion, voulant qu'Haiti devint une terre de refuge
pour tous les enfants de l'Afrique qui soulTraient ailleurs,
inscrivit dans la Constitution die 1816 l'article 44 qui on-
vrait les bras de la Rdpublique noire g ces nouveaux en-
fants : << Art. 44. Tout Africain~, Indien, et ceux: issus de
leur sang, nd's daus les colonlies onr enr pays Ctrangers, qui
vilendr~aient rdsider danls la Republiqle ser~ont reconnuls Hart-
tiens, mais nle jouironlt des dr~oils de citoyen quc'aprls une anl-
ne'e de reCsidence. n
Dans un Blan incomparable de gen~rositC, P~tion avait
pensC aussi aux Indiens, aux malheureux Indiens qlue les
Espagnols maltraitaientdans l'Ambrique du Sud,et qlue les
AmBricains du Nord massacraient avec une ferocitC sans
preille, et A leurs descendants indigbnes ou allies Q~uel
be example de noblesse morale et d'elevation sentimien-
tale Cela fut fait en souvenir des anciens Indiens d'H-aiti
massacres par la conqu~te espagnole lors de la decouv-erte
de f'ile par Christophe Colomb g partir die 1492.
Voild pourquoi notre immortel Alexandre Petion est si
grand et tient une place si 61e~ec dans l'histoire de Il'huma-
nite!iVoila pourquoi Petion est plus grand que Washington!i
C'est depuis cette Cpoque qlue beaucoup die noirs,
d'hommes de couleur et quelques Indiens vinrent en foule
en Haiti,sortant de l'Amarique du Sud et de touts lesAn-
tilles. Pelionl avait fail dl'H-ai'U la terrIe de liberty: et d'espe-
rance de la race nloire et des Inzdiens.
La prevoyance et la sollicitude die Peion pour ces nou-
veaux haititns aux terms de sa Constitution,e~talent telles
qu'il employa tous les moyens possibles pour faire arriver
en Haiti tonls ceux qui v~getaient et languissaient dans les




- 64 -


les forces, les destins et I'id~al de tons les peuples latins,
sans aucune diminution de leur personnalit6 respective.
Voila pourquoi la situation international qui est faite g
la R~publique d'Haiti aura toujours sa repercussion dans
toute l'Amerique Latine. VoilB pourquoi P6tion a si g~nC-
reusement aide Simon B~olivar et les Dominicains. Voilg
pourquoi, en 1861, le President Geffrard, suivant I'exem-
ple de P~tion, a pris fait et cause en faveur des patriots
dominicains, en envoyant des soldats de la garde presiden-
tielle, les fameux tirailleurs, d~guis~s en civils, combattre
pour emnpacher I'annexion de la Rdpublique Dominicaine
A l'Espagne : ce qui, nous le r~p~tons, faillit causer le
bombardment de Port au-Prince par la flotte espagnole.
Par P~tion, la Republique d'Haiti peut done bien re-
vendiquer l'honneur d'avoir CtB le premier boulevard, le
premier champion de cette union latine, qui sera la barridre
tonjours dressee contre les forces amorales de tous les im-
p~rialismes. Alexandre P~tion, le premier, a form le fais-
ceau de solidarity mat6rielle et morale qui rendra invin-
cibles les nations latines.
Le premier de tous les Latins, Alexandre Petion a dit,
pour parler le language d'un romaniste frangais, M. Octa-
vien Bringuier : a( Latins, ne faisons qu'un INous som-
mes tous frbres et soeurs. Si nous voulons garder le timon
du vaisseau -que le souffle de Dieu prombne a travers le
monde si nous voulons l'abondance et la paix, soyons
ce que tenaient les licteurs :unfaisceau H Petion fit plus,
il realisa dans la conscience universelle ce que la nature
avait d~j8 fait, I'alliage de la race noire avec la race latino.
P~tion a tendu la main an heros national v~n~zudlien que
cing republiques sud-americaines appellent le Pbre de la
Patrie. Cinq peoples libres sont 18 pour nous dire que
c'est Alexandre P~tion qui, le premier, a allum8 le flam-
heau de la Fraternitd Latinze flambeau incandescent de
gloire et d'amour qu'il a passe ensuite g Bolivar et g tons
les autres heros de l'Amerique du Sud et du Centre.
La magnanimity et la gendrositC de P~tion porteront
toujours bonheur A Haiti et emp&cheront notre pays de
mourir dans la lichet6 et la dissolution. Non IHaiti ne
mourra pas comme people noir libre, independant I Haiti
vivra pour rbaliser le beau reve de P~tion, la r~habilita-
tion morale de la race noire !
La fatalite et nos luttes fratricides ontmalheureusement
laiss8 couper l'arbre majestueux de I'Ind6pendance hai-
tienne, mais les racines repousseront, plus vigoureuses,
plus belles, parce qu'elles sont profondes, nombreuses et
indestructibles. Haiti, libre et independante, aura sa rbsur-
rection glorieuse, comme la Pologue.
Et pour cette ceuvre sublime, il suffit d'un effort simple
mlais continue. Nous autres, patriots haltiens, nous nous
reportons toujours aux grands souvenirs historiques qui




- 65 -


planent sur notre naissance et se rattachent g un fait uni-
que, admirable, sublime, inoubliable, celui d'un group
d'hommes appartenant g une race jugde meprisable et infe-
rieure, tenus a ce tiire dans I'opprobe et I'abjection, youes
par leurs exploiteurs g la misbre, a l'ignorance perpetuelle,
g une existence grossidre et toute m~canique, d'une tris-
tesse infinie, qui, un jour, se soul~vent, r~solus et coura-
geux, pour conqu~rir lear liberty et leur titre d'hommes, et
parviennent, livrds a lears seules forces, sans aide et sans
soutien, a vaincre leurs oppresseurs, B se rendre maitres du
coin de terre temoin deleurs souffrances, ii l'eriger on pays
libre, h s'y organiser en Etat independant et autonome, au
milieu de l'hostilite ouverte ou sourde des autres grands
Etats charges de siidcles, et finalement ai leur imposer, a
tous, la reconnaissance et le respect du fait accompli par
leur energique volonte, au nom du Droit human, de la li-
bertb, de la dignity humaine outrageusement violas.
Cela est admirable I et quelles qlue soient les destinies
de notre malheureux pays, ce fait restera grav6 dans la me-
moire des hommes et des fasts de l'6ternelle Histoire.
Nous nous en souvenons sans cesse, nous y attachons tou-
tes nos pens~es, pour y puiser le desir et le courage de
remplir nos devoirs patriotiques, et de travailler g l'avan-
cement de la Patrie haltienne.. Nos padres eurent A d~ployer
surtout les miles vertus du soldat : le courage, I'energie, la
resistance g la fatigue, I'endurance, le dddain de la mort et
des tortures physiques, et, gr~ce Q eux, ils ont pu consti-
.tuer et nous 16guer une Patrie, materiellement et morale-
ment, car leur legs ne se compose pas sculement de cette
f~conde et belle terre d'Haiti, ce legs precieux comprend
aussi ces glorieux souvenirs d'une ind~pendance conquise
par l'eif'ort de la personnalitg humaine comprimee et ten-
dant g la liberty integrale. C'est un legs indivisible et sacr6
qlue nous devons garder et qlue nous garderons tel, sans la
moindre diminution et sans la plus lIgdre souillure, pour
le transmettre B nos descendants qui, g leur tour, auront g
le garder religieusement, indivis, pur, sans tiche et en ac-
creasoitrotin lavlur pur leurs successeurs. La Patr~ie est
une ssoiatin, ur e mme sol, des vivants avec les mor~ts el
ceuxt qui n~aitlont.
Iya dans la P-atrie un element moral interieur, une
Ame~d~o nt l'influence est gen~rale et se fait sentir a chacun
de ceux dont la reunion constitute cette Patrie, au point de
vue moral et materiel. Quand, le 28 juillet 1915,, par le fait
de nos malheureuses divisions, I'Am6ricain, puissant et
arm6 d'autant de convoitises qlue de canons, est venu occu-
per notre sol, en se couvrant du pr~texte de l'amitiC, notre
bonne foi a 6t6 surprise et trompee. D~sarmbs, nous n a-
vons pu rien faire, car ce serait un suicide sterile, un sa-
crifice inutile ; tous les vrais Haitiens ont senti fremir et
s'agiter d'indignation, cette &me collective, notre Ame natio-




- 66 -


nale, fadme de Dessalines et de P~tion. Cette Ame commune
de la Patrie haitienne est devenue sensible B tous les youx,
et nous f'avons reconnue a bien des choses que nous regar-
dions parfois d'un ceil distrait peut-&tre on indifferent, et
nous la sentons tonjours, I Ame national, I'Ame de la Pa-
trie haltienne, battre de joie a l'approche du terme de l'oc-
cupation ambricaine civil et militaire car tout a une fin
ici-bas sachant pertinemment qu'Haiti va remonter le
courant de nos dichirements interieu~rs pour connaitre de
beaux jours Bcoules dans le Travail, dans la Science, dans
la Paix et dans une LibertC digne et honnate.
Le Drapeau rouge et bleu de P~tion reste toujours ~le
symbol palpitant, aile de la Patrie mutilde, mais rgsis-
tante, vivante quand mame, et en le contemplant, nous
voyons voltiger autour de lui, nous indiquant le devoir
nouveau P remplir, tous les beaux souvenirs de l'Cpop~e
magnifigue de l'Ind6pendance. Nous avons toujours les
youx fixes avec emotion sur le Drapeau rouge et blett de
P~tion dans les plis duquel nous voyons inscrit un nouveau
1804, fait de labeur scientifique, materiel, social et intellec-
tuel, de paix et d'ind~pendance pleine et entire, c'est-g-
dire d'une absolue integralite, tel que I'avait realise Petion
quand il eut fond avec tant de bonheur et d'humanit& la
Democratie haitienne. Malgre tout, nous sommes les fils
des Heros qui, aprbs avoir vaincu Napole0s, ont forg6
1804.
Nous avons confiance dans l'avenir : nous ne d~sespC-
rons pas de la Patrie haitienne. Un bienfait n'est jamais
perdu. Nous sommes persuades que la gendrosite et la
magnanimity d'Alexandre P~tion deviendront un jour des
bienfaits pour Haiti, c'est comme une semence qui prend
du temps pour germer, mais qui germera tit on tard, pour
produire le fruit d'un concours general efficace de toute
l'Amerique Latine. La memoire de Bolivar y aidera.
Avant tout, nous comptons seulement sur nous-m~mes,
sur nos propres forces physiques et morales, sur la puis-
sance de notre h~rddite. Nous n'avons qu'd suivre l'exem-
ple de P~tion, qui, le premier, apr~s la d~b8ole de. Tous-
saint-louverture, organisa la guerre de l'Independance en
faisant appel a Dessalines, donnant ainsi g tous le module
de la sagesse, de la grandeur morale, du d6sint6ressement
personnel, de l'un~ion, de cette union symboisde par lui
dans le Drapeau rouge et bleu et qui a fait la force triom-
phant de tous les obstacles.
En attendant, nous pouvons affirmer et rip~ter solan-
nellement au monde en tier avec la sinc~rite la plus absolue
que nous avons confiance dans l'avenir et que nous ne dC-
sesperous pas de la Patrie haitienne, dans l'ind~pendance
la plus integrale. La R~publique de P~tion ne mourra pas.
Haiti vivra, parce qu'Alexandre P~tion, le Pare de la Patrie
hanienne,, est immortel.















657 -

La Providence n'a pas envoy un tel homme en son
temps pour en laisser perir la m~moire. Entretenons son
culte. Honorons sa memoire. Puisse son uteuvre nous ser-
vir d'exemple I Et que son esprit subsiste, imnmortel parmi
HOUS.
Haiti vent vivre, et elle vivra I Tel est le cri d'esp~ra nce
de tous les Ha'itiens.
D' Frangois DALENCOCR.

prT janvier 1928.























Expedition de Bolivar

PAR

Le S~nateur MARION atn8



Deuxitme Edition conforme d l'originale et revue

PAR

Le Docteur Frangois DALENCOUR

















































Le g~nB1ral Ignlace' MlAHION
1777-1831



-qui, en sa quality de commandant de l'arrondissement des Cayes,
Haiti, a accueilli Simon Bolivar et tous ses comnpagnons dans cette
cite hospitalized dans leur premier voyage on Haiti au debut die
l'anln6e 1816.
Le general MARION futl aussi un des glorieux signataires die
lI'Aete d'Ind~pendance dl'Haiti II fut un noble emxur et un grandl
administrateur. La m~moire du general Marion est en telle v6-
nfration aux Cayes, que l'on considiare com~me un sacrilege de
marcher sur sa pierre tumulaire qui se trouve a l'interieur de
I'Eglise de cette ville.













NOTICE PRELIMaINAI[RE


La premiere page de couverture du petit livre du re-
gretti Sinateur Marion ain8 6tait ainsi libellbe :

Expedition

BOLIVAR

Par le S~nateur M~ARION aind (1)


AU PORT-AU-PRINCE
De l'Imp. de Jh. COURTOIS


DitCEMBRE Isqe

Cette edition original s'est bien conserve, elle est in-
tacte, les pages sont simplement un peu jaunies apr~s 79
ans d'existence. Ce petit livre se trouvait dans la hiblio-
thieque de fen Linstant-Pradines, notre celebre juriscon-
sulte. Pendant I'incendie qui menagait sa maison. Lins-
tant-Pradines, aide du regrettb Semexant Rouzier, notre
vaillant bibliophile, qui conduisit lui-mbme le calvouet
transportant ses livres, fit deposer le tout au Se~minaire, et
parmi ceux qui furent sauvbs, se trouvait, par un miracle
provdeniel ource pays, le petit livre dont nous don-
nousaujurdhaila deuxibme edition. Autrement, beau-
coup de documents relatant ce grand 6vbnement cussent
CtC entiidrement perdus. C'est une preuve que Dieu aime
~beaucoup Haiti. La belle et grande memoire d'Alexandre
P~tion est d~sormais imperissable, On conspirera en vain

(1) Marion aind est le fils du general Marion. 11 fut constituent
en 1843 et sdnateur sous l'empire de Soulouque. C'est P cette 6po-
que, en 1849, qu'il de'rivit ce charmant petit livre qui per~p~tue
avec d'autres rares documents B travers les Ages la bontC inepui-
sable de Pition.




- 72 -


pour etouffer les graces du hienfait r~alise par Petion.
Un jour on l'autre, ce bienfait portera ses fruits, pour le
bien du people haltien.
D' Frangois DALENrCOUR


Avertissement

L'exp~dition que les patriots die Venezuela et de la
Nouvelle Grenade, form~rent aux Cayes en 1816, pour aller
delivrer leur pays dlu joug de l'oppression, fut une entre-
prise trop heroique et trop gdnereuse en meme temps, et:
elle a oblenu des resultats d'une trop haute importance
pour qlue ses moindlres circonstances ne deviennent aujour-
d'hui un objet absolument initeressant et dine de publi-
cation. Sans doute, beaucoup de personnel peuvent ne
point ignorer qlue cette expedition n'aurait pu s'effectuer
sans les secours qui ont 6te si g6nereusement accords
pa"r notre gouvernement au general Bolivar ; mais peu sa-
vent quelle est la nature, la measure de ces secours, et sur-
tout quelle sollicitude, quelle heareuse influence exerca le
president P~tion, pour rappeler l'union et la concorde
parmi ces enfants de la libertC, qui dlivisbs par l'inimiti8
ou la jalousie des chefs, allaient n~cessairement se frac-
tionner enl diff~rents parties. Le citoyen MLarion aine, pos-
sesseur d'un bon nombre de documents relatifs a cette ex-
p~dition, a cru devoir, dans l'int~rit de son pays, entre-
prendre die donner des details satisfaisants sur ces d~iff6-
rents points dans la relation qul'il offr~e aujourd'hui au pu-
blic. Cot ouvrage, qui est divis6 en chapitres, content non
sealement les faits qui se sont accomplis dans le pays,
mais encore l'historique des Bv~nements anterieurs qui ont.
precede la chute de Carthagbne. Et il y est insgrC des
pieces justificatives d'un trbs grand int~rat.
l:'auteur, qui s'est renseign6 a une assez bonne sources
(1) a di\ prendre les faits d'un peu haut, afin de faire con-
naitre les v~ritables causes qui amenerent les vicissitudes
des patriots, et pnr suite leur emigration sur le territoire
hardien .
On croit devoir prCvenir qlue ce petit ouvrage a 6t6
compose depuis 1842, et qlue des circonstances indepen-
dantes de la volontd de l'auteur en ont seules retarded jus-
qu'ici la publicity.
11 protested d'avance contre toute fausse interpretation
qlue. l'erreur on la malveillance pourrait attacher aux rC-
flexions que parfois il mele Cpisodiquement aux faits..
Elles ne lui ont 6tB sugg~r~es qlue par l'amour du bien, et
sont le r~sultat de ses convictions.

(1) H-isftore de Bolivar par Ducoudlray-Holstein.




- 73 -


CHAPITRE I


Apras la balaille de la Puerta, qui eut lieu le 14 Juin
1814, et oft les royalistes espagnols sous la conduite de
Boves triomphZarent des armies r~unies de Bolivar et de
Marinno, dictateurs, I'un des provinces orientales et I'au-
tre, des provinces occidentales de V~nizuela, ces deux
chefs: qui venaient g peine d'op~rer leur jonction, se trou-
v~rent dans la necessity de se s6parer aussit~t. Marinno
prit la route de Cumana, et Bolivar se retira precipitam-
ment vers Caracas, pour t~cher de rallier de nouvelles for-
ces et organiser une di~fense qui pfit mettre cette capital B
l'abri des atteintes de 1'ennemi. Miais la victoire qlue Boves
venait de reporter etait telle qu'il put avoir toutes les
facilities de poursuivre sa march triomphale; p~usque
tout-g-coup maitre des fertiles planes d'Aragua, il inter-
ceptait presque toutes les communications de la capital,
la s~parait des troupes r~publicaines qui formaient le slege
de Porto-Cabello, et l'isolait enfin des villes de l'intericur
qui, par leur position, pouvalent plus prochainement con-
courir $ so defense. Cependanit, i'intrepide Itibas h qjui
B3olivar avait confi8 le commandement de Caracas, crut
devoir tenter quelques efforts pour arr~ter la march de
l'eanemi ; et, quoique avec des forces inferieures, il se prC-
cipita couragreusement sur une de ses colonnes commian-
d6e par Mendloza, qu'il mit aussitat en complete deroute,
mais peu aprils, battu a Antimano par Gonzales, et force B
la retraite, Caracas dut hientat retomb~er sous le joug, et
devenir de nouveau la proie de ses abominables trans.
Bolivar qui s'Ctait flatte de trouver dans sa ville notale
des resso~urces suffisantes pour pouvoir continue la camn-
pagne, et rdparer enfin ses revers, ne tarda pas, en y arri-
vant, de voir toutes ses esperances deques. La ville man-
quait die tout, et d'un autre cbte le mecontentement et le
decournaement avaient singulierement attiedi ce ziale en-
thousiaste qui naguere encore, animnit les habitants de
cette ville, justement appelee le foyer de la liberty colom-
bienne. Dans cet Ctat de choses, et sur un pareil terrain
surtout, il n'etait guere possible g Bolivar, de resister g un
ennemi dont les forces talent sup~ricures, et les progribs
tellement rapides qu'il mettait en defaut toutes ses clombi-
naisons stratdgiques ; et comme il n'efit pas Cid d'ailleurs
prudent de so part de se laisser cerner dans une ville ou-
verte, sans fortifications et mal approvisionnee, le dicta-
teur dut se decider g abandonner le siege de son common-
dement, oil, un an auparavant, il s'dait vu saluer en triom-
phateur, et accueillir avec les demonstrations de In plus
trivejoie.11l fit done 6vacuer Caracns et Laguira, et se re-
tira avec ce qu'il put r6unir de troupes vers Barcelona.




-- 7i4 -


Miais il ne tarda g essuyer une nouvelle defaite B Arguita,
bourgadle pen distante de cette ville oft il perdit quinze
cents hlommess environ, son artillerie, son bagage et mille
fusils. Ce malheureux evdnement mit le comble a son in-
fortune, et ruina toutes ses esperances.
Nous allons laisser parler Bolivar lui-m&mre, (1) expo-
sant les embarras de sa retraite a Barcelona, et expliquant
ensuite les motifs de sa faite de Cumana avec son coll~gue
San-l ago Marinno:
a On commenga le 7 juillet a faire les preparatifs de dC-
ac part, mais le nombre prodigieux des personnel qui sui-
a virent I'armbe et qu'il etait die notre devoir de prot~ger,
ac la grande quantitB de hagage, le manque de chevauxpour
a( le transporter, et le mauvais 6tat des routes firent naitre
a( tant d'em~barras et d'inconvenients qlue malgre toute la
<< celdrite possible,on no mit pas moins de vingt jours pour
a( arriver ir Harcelona.
a Le g6ndral Marinno, dictateur des provinces orienta-
aI les die V~nezuela avait ddjs reuni dans la ville d'Aragua,
a sur la lisitre dies planes de Caracas, toutes les troupes
a que pouvalent fournir ces provinces pour continue la
a guerre : mais ces revues 8taient leaves A la hate et indis-
a( ciplinees, il etait donec necessaire de les instruire avant
a l'ouverture de la champagne. 11 s'occupait de ce soin,
a quand il reput la nouvelle qlue lennemi s'6tait empar6 de
at Chaparro, village situe g dix lieues d'Aragua. L'arm~e
a( rdpublcicain ne montait pas alors a quinze cents hom-
a( mes d'infanterie et h sept cents de cavalerie, tandis que
<< l'ennemi avait plus de trois mille homnmes de toute arme.
t( Les independlants prot~geaient la ville d'Araura con-
ac verte par la riviere du mame nom, qui 6tait si grosse B
a cette epoque de l'ann6e qu'il etait impossible de la passer
<< A go. Le 17 Aoiit, le general Bolivar apprit qlue sa
a( grandle garde placee pour d~fendre le poste principal odl
a( l'on pouvait traverser la riviere, s'8tnit retiree, et qlue
< a( qu'il ddpacha pour s'emparer de nouveau de ce poste,
a s'egara mulheureusement et laissa le passage libre g l'en-
<< nemi, qui bient~t vint tras pres de la garde qu'on avait
a( charge de prot6ger l'entrde de la ville. L'action s'engagea
a( par un feu terrible de mousqueterie qui dura plus de
<< quatreheures; mais les cartouches vinrent a manquer
<< aux dgfenseurs d'Aragua, quand un principal corps de
<< l'ennemi qui n'avait pas encore donn6 faissit des dispo-
ac sitions pour continue I'attaque. Dans cette conjoncture
(( difficile, qlue pouvait-on faire de mieux qlue d'essayer de
<< sauver quelques troupes ? Le general Bolivar s'avianga a
a la tate d'un piquet de cavalerie pour s'ouvrir la route de


(1) Mlemoire public par Bolivar 1 Carthagine.




- 75 -


a( Barcelona qu'on disait coup6e par l'ennemi. Le reste de
ac l'arm~e devait suivre la mime direction, mais ces trou-
cc pes etaient des recrues qui lorsqu'elles eurent cing ou
a six hommes de tuds ou de blesses, s'enfairent saisies
a d'ne errer pniqe. La plupart des chefs de bataillon
d'n avaientoth taiuedans faction, ce qlui augmentait la
cc difficulty de la i-etraite, qui s'ell'ectua dans le plus grandt
<< desordre sur Barcelona et San M~ateo. Ainsi furenlt de-
cc traites toutes les esperances die relever les forces de la
<< Rdpublique de V~nezuela.
cc Le general Bolivar nrr~ive ii Barcelona qu'il trouva
insurge~e. Lit il reunit le pen doe troup~es qui l'ardnent suivi
et dirigen sa march sur Cumnann, i ht suite dies famlilles
qui avaient quite Caracus. L~a peur avait saisi tout le
monde, et chacun ne pensait qu'aux moyens de fair p~lus
vite. Les troupes, qui s'etaicnt apergues du clanger, etaient
les premdre ii prendre la faite, et la confusion fut si
grandle que de sept cents homm~es dl'infanterie qui parti-
rent die Barcelona, if n'en resta pas deux cents reunis en
corps.
SAussiti~t que e g6neral Marinno eut appris la perte
qu'avait essuy~ee 'arinee d'Aragiua, il s'occupa de pourvoir
g sa strete, miais il se vit bientit abandlonne par ses trou-
pes et meme par le commandant du fort Cumant,qui s'etait
embarqu8 a bord de l'cscadre sons permission die son chef,
avant l'arrivee de B2olivar, qui eut lieu dans a unuit du
25 nod~t. L'avis qlui fut donned auxc dictateurs que le chef de
1'escadre Joseph Bianchi avait la perfide intention de met-
tre a la voile cette nuit mime, suins ordre on permission du
gouvernement ou plutibt de Marinno, qui lui avait confiC le
tr~sor et une grande quantite de munitions,forga les gene-
raux en chef de Venezuela die s'embarqu~er, afin de sauver
leur fortune.
cc Quand ils arrivi~rent rit Margarita et ensuite g Carupnno
ils trourbrent ces pay-s livres $ l'anarchie, consdquoence
fatale dies vues sedlitieuses die quelquecs chef mlilitaires dlont
I'ambition ne tendiait a rien mioins qu'j s'lever cux-mnneme
au rang des premiers mnagistrats die leur pays. Apries av-oir
propose tous les moyens de conciliation qlue la prudlenc~e
pouvait dlicter~, mnais inutilementl b cause dle I'osiLnution
deces m~prisables intrigans, les deuxu dictateurs s'etniient
resolus, pour ne pas comnpromefttre feur tlignite, et pour
epargner a leur pays des d~chirements intsrieulrs, a quitter
V~nizuela pour se rendre it Carthaghne. De 15i ils iraient
prendre le commandomeent de l'nrmee du ge~neral Urdaneta
qIui occupait les provinces occidentales die Venizueln, et
s'efforcernient d'opC1rer dnns leur marche l'entie~re ddli-
vrance die la Nouvelle Grenadle D.
On1 vsit quen quiltant le port die Cumana, ces dleux dic-
tateurs rvoagi~rent positivement er Fugitifs, ct qju'ils n'en-
rent pas beaucoup it se louer die I'accureil qlue leur fit le




- 76 -


general Arismendi a la Mlarguerite ni non plus des proc6-
des dlu colonel Bernudes a Carupalno. Ce dernier qui 6tait
parlOis tre~s violent, s'emporta, di-on, jusqu'd les traiter
de poltrons, on les menacant de les faire traduire devant
un conseil de guerre comme des deserteurs qui avaient
hIchement abandonn6 leurs troupes.
Repousses par leurs propres compatriotes,en butte aux
mepris des militaires, leurs subalternes, dont ils ne pou-
valent plus esperer de raviver la confiance, les dictateurs
durent se resoudre a quitterle sol de la patrie, s'imposant
ainsi un dur et penible ostracisme.
Q2uoique, par suite des de~faites esspuydes par ces deux
genieraux en chef de Venizuela, les points les plus impor-
tants die cette ancienne capitainerieg~nerale fussent tombes
tout-H-coup au pouvoir de l'ennemi, il s'en fallait pourtant
de beaucoup q~ue la cause des independants f~it alors enti8-
irement ruinee dlans cette parties. Les villes, il est vrai,
claient entre-les mnains des Espagnols, mnais l'int~ricur
oilvait encore aux patriotes des ressources immrenses; les
populations pouvalent 2tre subjuguees, mais nullement
sonmises on bien des endlroits, et si, au lieu de prendre
un parti aussi de~sesper8 qule celui die s'emnbarquer sur le
Bianchi, Bolivar et Miarinno eassent gagine l'intericur avec
les de~bris de leurs armies, comme l'hooneur le leur pres-
crivait, et comme l'ont tr~s h~ien fait, les Ribas, les Pinalles
Villapol, les Pai~z, les Urdaneta, et tant d'autres chefs
valoureux, ils enssent pu, sans nu! doute, par cette grande
influence que leur donnait une haute position politique,
rallier ais~ment au tour d'eux des forces nombreuses qui,
hien dirigees ensuite, eussent etB plus que suffisantes pour
harceler les troupes espagnoles diss~minees sur une grande
Ctendlue, et les exterminer en detail. Mais malheureuse-
ment, au genie des combats qjui leur manquait, j. l'absence
de ces inspirations soudaines qui font quelquefois ressalsir
la victoire prite g s'chapper, et qui,mame dans le refers,
savent encore enfanter des prodiges, d'heureuses combi-
naisons qui rdparent on pallient les d~faites a tout cela
se joignaient un defaut de resolution, et un manque de
concordance et de suite dans les operations militaires,qui,
au rapport des personnel comp~tentes, leur a fait perdre g
diverse epoques, les plus belles occasions d'aneantir les
forces del'ennemi, et qui, par la suite, a fait tout le succas
de celui-ci.
La fuite des dictateurs h Cumana a 6tC done une fate
capital, et quels que solent les pr6textes dont ils aient
voulu la couvrir, elle demeura p~our eux; une tache indC-
lebile, que ni le temps, ni leurs succes ulterieurs ne purent
entibrement effacer, car il s'en suivit immediatement des
maux incalculables, des consequences funestes g la cause
de l'indipendance, et qui en retard~rent longtemps le
triom phe.




- 77 -


CHAPITRE II

Bolivar et Marinno arrivi~rent a Carthagene dans le
courant de Septembre 1814. Ils y furent parfaitement ac-
cueillis. Leurs revers n'avaient rien diminue de cette
haute condid~ration attache h leurs noms, de cetic esti-
me qu'on leur portait g~neralement, et que du reste ils
meritaient, car ces deux hommes, aprds tout, avaient ren-
du d'imnportants services g leur pays, avaient fait a la
cause de l'ind~pendance les plus grands comme les plus
genereux sacrifices ; et Bolivar, surtout, etait recommlan--
dable par son Cducation et ses mnianires toutes Gracieuses
qui prevenaient beaucoup en so faveur.
A cette epoque, la province de Carthagidne faisait par-
tie de la Republique de la Nouvelle-Grenade: c'etait une
union f~d~rale compose de huit provinces dont le sidge
Btait alors g Tunja. Un Congri~s, qui r6unissait en lui
seul les pouvoirs legislatif et ex~cutif, avait la haute di-
rection des Etats de l'Union, dont chacun possedait d'ail-
leurs une administration particulitbre. Cundinamarea, la
plus riche, comme la plus fertile province de I'ancienne
vice-royautC, et quelques autre~s qui s'6taient jointes a
elle, formaient un Etat s~parC, n'ayant point voulu adhe-
rer au pacte d'union qui liait les huit provinces f~dtrees ;
circonstance qui avait entrained des dissentions graves,
nuisibles & la prosp~rite de la cause commune,, et qui
subsistaient encore lors die l'arriv~e des ex-dictateurs.
Le giouvernement provincial de Carthagcbne etait com-
pose d'un President et d'un vice-Pr~sident. 61us par I'as-
semiblee des Representants du Peuple ;d'un gindral en
chef commandant l'armee de la province, et d'un president
de la Haute Cour de Justice. 11 y avait en outre un cor-
rdgidor, chef de la police. Manuel Rodriguez Torrices,
4tait president, et Manuel Castillo, son parent, general on
chef.
Le president fit aux ex-dictateurs un accueil tout ~irn-
veillant et amical. C'etait un homme doux, human, d'une
humeur gale, et surtout d'une profonde sagiesse. Quoi-
qu'il fat d'un Age assez avance,1I'amour du bien pupl~ic fut
pour lui un tel stimulant qu'il put supporter sans flechir
lelourd fardeau des affaires publiques,dont il fit I'occupa-
tion de tous ses instants. Et assur~ment ce n'Ctait pa3s peu
de chose que d'avoir pu, dans un temps de rdvoilution,
maintenir, comme il le fit, la paix et I'union parmi ses
administrbs, et les preserver des dissentions intestines,
dont les autres provinces n'avaient pu toujours se giaran-
tir. 11 sut d~s son av~nemnent inspire assez de confiance
aux Btrangers pour les faire affluer dans sa ville, et y por-
ter leurs industries. Le commerce Ctait partout languis-





sant, et il put h~ientdt le raviver par des encouragements
et tous les g'enres die protection dontil s'empressa de I'en-
vyironner. Car il comprit hien qlue ce lien des rapports en-
tre les pcuples, etait aussi une dies sources les plus fe~con-
des de leur prospirite, comme un des v~hicules les plus
propres a hiiter et d~velopper leur civilisation. Tels sont
en resumed les hienfaits qlue p~cu die temps lui suffit pour
procurer AI son p'ays, et qui lui valurent I'estime et la v4-C
neratlion de touls les hommes de bien.
Torrices cltait dej8 rev~tu de cotte haute foniction de
president, quandit Bolivar, n' tant ue lieutenant-colonel,
vint en 1812 offrir ses services nu gouvernement de la pro-
vince, et c'cst lui-mime qui l'eleva nu grade de colonel, et
lui facility en 1813 les moyens d'effectner sa memorable
expetdition contre Caracas, qui fut couronn~e de tant
dl'heureux succes, et qui jeta les fondlements de sa brillan-
te renommee. (1)


(1) An commencement de jnnvier 1813, Bolivar, second& par
son cousin Feix Ilihas, formal une expiedition de 300 hommes en-
viron, comlposie des C:araquins qui se trouvalent is Carthage~ne et
de quelques 6trangecrs, pour aller delivrer son pays de la tyrannie
espagnale. L~e president Torrices, qui avait approuv6 hautement
cette resolution, fit fournic h Bolivar tout ce qui- lui Btait nEces-
sulre pou"r cctte entreprise,, des armes, des munitions, de fasrgent,
dies provisions, etc., et lui donnla en outre pour auxiliaire an
corpS de troupes de 5001 hommes, sous le commandement du co-
lo~nel Castillo, son parent.. Apri~s quelques jours de marched, it
s'c~leva entre ces deux officiers un~e contestation relative au com-
mandelmenlt qui fult pa'ussde fort loin. Le Colonel Castillo pr~ten-
danit nu conulnandtemenlt exclusif de Ilatroupe de Carthagene, par-
ce qu~e c'EG:ili i lui, dlisait-il, que le president, avait confii6 les
500 lonmmes. Ma~is B3olivar lui rd~pliquait qlue le mime president
favnait autorise it commander en chef touted l'exp~dition, et par-
tant qu'ilse trouvait sons ses ordres. Cette mi~sintelligence entire
ces decux chefs ne tardan pas flre partagic par leurs troupes res-
pectives, die telle sorte qun'il no faliait pas graud'chose qu'elles ne
vinssenit, desves s nutneit es voices de fait.. Au lieu de
s'nppliqu~er, commie il aurnit dct le faire, It calmer I'irritation de
ses saidlats qui, en ra:ison de leur nomhre. so montraient plus
prov.ocal euris, Cans tillo reb~roussa ch~emin ;out-ft-coup, ireinit it Car-
thaglinle. L:1 11 excuse sa d~ser~tion, eni distant que le caract~re
hnuaini i et despoliquee de B3olivarne pouvait s'accorder avec ie
sie; t cos 6rangeC, cotted~ser~tion dlemrnci imnpunle. Bolivar11,
radul~it :\ 'Ss scubeCS f.ceS, ('tail dleseSpirE ; il pe1nsit: muume i 'en
retournevitr Canrthagbene pour oblenir d'autres ren~forts. s'il ro po~u-
vait, lorsqu'll se Ihti.ssa enfin persua~der par H~ibas et B3ricelnna, ess
derux prinlcipalux lieutenan:its die continued sa marchle du moilns
jusqu"'E Tunija. oil 6tait aliors 6tabli le congrais de la Nou\elle-
Grenadte~et quec 15 if trouveraitt des secours immanuableml~ e nt.En
effet, embanrqud avoc sa petite troupe sur la; Magndeleine, il arrive
hientr6t i 110npox ofil at accueilli parfaitement. 11y trouva de
l'argent. des provisions et quelques centainecs de recrues. A Tunjan
oil i! ariva ensuite, i! n'eut qu'it se loue: dies hons procedis du
congrit qlui l'deva~, ainsi que H~ibns, au I::ade de gdadral et lui






On touchait it l'epoque du renouvellement des memibres
dlu gouverneinent, et I'assemb~lee legislative de la province
allait incessamment se reunir p~our y pourvoir. Tout e-tait
alors mouvement et agitation. On conyoit qlue dans un'e
parcille conjoneture, chiacun dtevait en elret s'exe~cuter, em-
ployer tous les moyens pour tricher de faire triompher
son parti, ainsi que cela arrive souvent dlans les etats po-
pulaires. A la teke done d une puissantc faction dlont 10 but
ostensible etait depuis longtemlps ie s'emp)arerl du pouvoir,
et qui prenai t de 1la cir~constance une nouvrelle activitc;, so
trouvaient les freres Pinere~s, Germlan et Gab~riel. Ces decux
personuages qlui ne r~valent, no pensaient qu'aux Iinoyens
deconcentrer tous les pouvoirs dants leur famiille, di'une
condiitionl tre~s infecrieure, s'elaienlt rapidlemenlt ele\es, de-
puis la revolution, it une hiaute position sociole ; I'un e~tait
vice-president dlu government, et l'autr~e president de la
Hau te-Cour de J justice, quoiqu'ils n'eussent pourtant11 :Iucun
mnerite transcendlant, mais ils Ctaicnt intrigants, et ils p~os-
sediaient en souplesse, en flatterie, en ruse, en de~lation tous
les menus talents die la mgrdiocrite. C'est par de tels
moyens qlue ces deux indivuidus etalent parvenus it se
'r~ayer le chemiin des honneurs et des d~ignitis, et il acque-
ric une immense fortune qui leur serviit i se fire des p:!r-
tisans surtoult dtans la populace. Les gens die hienl, cecux
diu moinis quieCtaient assex clairvoyants pour ne pas se inris-
ser abuser par leurs dlehors trompeurs et astucleux, ne les
consideraient qlue comnme dies i6tres dlangereux, et r~e-
doutaient leur am~bition.
Ce :ut sons dfoute une circonstane ficheuse pour H3oli-
vanr qlue d e s'8tre trouve da ns dies ra pports l'u ne trop gran- "
de intimiti avec les frerecs P'increis de~s son arriveie : car onl
verra bientiat combien cette intimite influn sur sa con-
duite, qu'elle l'avengla jusqu'a le porter ii I'oubli die touts
les convenances.
Dans un die ces mometnts di'effusion qjui n'arrivaientt que
trop? frequemment entre ces chaudls amis, et oul ils s'entre-
te nR ien toujours decs affairecs pol itiq ues, Gra bri el exposa en-
fGn it Bolivar ses viues it I'egard die la pre~sidence, en lui
proposanlt de lui faire avoir la place die general on chef', s'll
voulait consentir it servir ses int~rdis, c'cst-it-dir~e nlappuyr
ccux de ses partisans q~ui tr~availlaient it le pineer ii la1 clej
du gouvernement. On s'attend sans dloute s appronorl~ e que
B~oivar, indligad, rejettit avec mepris cetto detlitutiii e In-a--
p'osition; mains non,il l'accepta, au contraire sons temioi-

procuira de nouvenux secours. Au r~cittles vex::tions et dies cruau-
tes exerc~es par les E~spagnols sur les habIitanLts e Venaczuela. on;
fut saiid dl'ne telle indigniabon qlue des volontaires vincenit de
tout c;,ta grosir la tro~upe die Bolivar qui s cleva. enl pe de temp's
a plus die 2000J hommes. C'est onve ces fiores qiu'il marchn die
succes en s'1'cas jusqu'a V ICnizuela dont 11 s'emnPora:Lde la capDital"
ninsi quae dies princlipaux points dn pays.




- 80 -


gner le moindre scrupule. Ce futcertainement de tous ses
torts le plus grand : ca'r d'abord, comme stranger, les con-
venances exigeaient qu'il gardit au moins la neutrality ; et
ensuite la reconnaissance est un sentiment si beau, si no-
ble qu'on a droit de s'6tonner qu'il etit pu l'8touffer au point
de consentir B agir contre les inthr~ts du president Tiorri-
ces, d'un homme dont il avait regu des bienfaits et, A qui
d'ailleurs on ne pouvait rien reprocher,sice n'estd'avoir us6
de trop de patience et de moderation g l'egard de deux am-
bitieux dont les intrigues et les machinations ne tendaient
qu'A pr~cipiter le pays dlans l'anarchie, et par suite dans
toutes les calamites dont I'imagination puisse s'eficayer(1).
Quelques personnel ont pretendlu, et cela ne justifie pas
davantagie B~olivar, qu'en acceptant un r81e si pen digne de
lui, if songenit a la possibility die se faire dictateur, pour
ensuite employer les resources de la province a la d61i-
vrance die sa propre patrie. Quelque chose qu'il enfat, onest
fondeb a croire, en clkct, qu'un homnme de ce temperament
ne pouvait consentir h tenir un rang secondaire que pro-
visoirement.
La parole de B~olivar une fois engagee, le logement
qlu'il occupait ne fut plus qu'un centre d'activite pour la
conjuration. La, se reunissaient les membres les plus in-
fluents die ce parti, comnme se discutaient les moyens di-
vers dont le succas de l'entreprise pouvait nicessiter l'em-
ploi. Mais le parti de Torrices ne s'etait point non plus en-
dormi, it s'6tait recrute non seulemnent des ennemis des
Pinerds, miais encore die tous ces hommes paisibles et cons-
ciencieux, qui, contents du present et de lear position, re-
doutent toujours les innovations qu'on cherche a introduire.
Au surplus la force arme~e, comimandee et dirigee par un
parent du president, allait Itre au besoin an auxiliaire so-
lide pour ce parti. Tel etait I'etat des choses, quand arrive
enfin le jour dies elections.
Mais un incident malencontreux qui survint semblait
un instant devoir service la cause des P-ineres. Le president
Ctait retenu au lit par une indisposition subite, et ne pou-
vait point se rendre a l'assemblee pour en faire l'ouverture,
ainsi que cela se pratiquait; et le vice-president, appele
tout naturellement a le remplacer, allait done profiter do
tout I'avantage de cette position. On devine aise~ment qu'elle
dut Stre so joie, son extreme h~onheur.
A l'heare fixce pour la reunion, un numbreux cortege
compost des employes civils et militaires, et quelques
strangers de marque, s'assemble en consequence chez le
vice-president, et de sa demeure I'accompagne en grande
solennit6 a7u palais de l'ex-Inquisition, devenu le siege de

(1) Il existait alors j. Carthnagne beaucoup de V~nezuelilens,na-
turellement sous l'influence de Bolivar c'etait sur leur concours
que les Pinerbs comptalent surtout en voulant avoir ce g~ndral
dans leur parti.




- 81 --


I'assembl~e. La, il est regu avec tons les honneurs dus a
son rang. Apr~s qu'il eut prononce son discours d'ouver-
ture, chef-d'ceuvre du pathetique, oh, faisant un 6talage de
beaux, de sublimes sentiments, il se donnait pour le plus
.grand patriote, le citoyen le plus sincerement attache au
bien-Ctre de son pays, divers orateurs d~vouds a sa lone-
tion, se succbdent a la tribune, et pirorent dans le sens de
ses int~r~ts. Toutefois, et lorsque tout semblait lui sourire,
lui promettre le plus complete succes, il n'obtient qu'une
faible minority se~duite ou circonvenue par ses intrigues.
La grande majorite, restee fiddle g l'honneur, proclame
bientat Manuel Rodriguez Torres president, et dlon Juan
de Toledo, vice-president.
Frustres, par cette defaite, dans leurs plus chiares et
leurs plus flatteuses esp~rances, les Pincres sont commie
frappes de la foudre, il semblent aneantis, pour ainsi dire;
mais le moment d'apres, revenues on eux, et s'abandlonnant
g toute l'exaltation de la coli~re et die l'indignation, ils pro-
testent, crient a la violation de la loi, font en un mot de
grandss movements. A les entendre, la force armBe avait
CtC assemblee expressement pour comprimer la libertC des
opinions, toutes les r~gles avaient ete meconnues et I'or-
dre social sap6 enfin dans ses principes constitutifs. Mcais
de ces clameurs furibondes et seditieuses, il ne r6sulta
rien de ficheux heureusement, car les precautions les plus
.sages avaient ete prises a l'avance, afin qu'aucune atteinte
ne pt~t Ctre port~e a l'ordre et g la tranquillity publique.
Les efforts de la faction reduits ainsi g l'impuissance, il
ne fut plus possible a Bolivar de rester plus longtemps
dans une ville oia il avait agi si ostensiblement contre ses
premiibres autorit~s. 11 s'empressa done de quitter Cartha-
gene, pour se rendre a Tunja, lieu 06 siegeait le gouverne-
Inent central, ainsi que nous I'avous deja dit.




CHAPITRE III


La renomm~e de Bolivar I'avait devancC dans la capital
~de l'Union, oh il arriva le 22 Novembre 1814. Sa presence
y excita une vraie explosion d'alligresse. Les membres
du Congras, comme les particuliers lui firent I'accueil le
plus distingu6. Chaque jour Btait une fete a son inten-
tion, et amensit des divertissements varies, differents de
ceux de la veille. Son Bloge Btait dans toutes les bouches,
des protestations lui arrivaient de toute part ; enfin, it
n'est sorte de congratulations qu'on ne s'Ctait empres-
s6 de- prodigner g l'homme providentiel dont la venue etait
considerde comme un des plus heureuxr Bv~nements.




- 82


Si pourtant quelques personnel mieux renseignees sur
le compete du general, on qui le connaissaient plus parti-
culibrement, 61evaient parfois la voix pour interrompre ce
concert incessant de louanges qu'on lui prodignait avec
emphase; si, elles osaient dire qlue cette renomm~e dont
ii jouissait avec tant d'orgueil et de bonheur, n'etait, apres
tout que chose factice, et qlue sous le masque du patrio-
tisme, le ci-devant dictateur cachait uns ambition deme-
suree, et des vues personnelles qui ne pouvaient point s'al-
lier avec les vertus et les sentiments d'un vrai r~publicain,
aussitat leur voix etait foulee, etoufT~e par les exclamations
de la jubilation publique. On citait avec complaisance ses
bauts faits, on ne tarissait plus sur la brillante march
qu'il excuta die Carthag~ne a Caracas eni l813, et qu'on
signalait comme une des entreprises militaires les plus
heureuses comme les plus 6tonnantes: Enfin on faissit a
Bolivar l'honneur de le compare au plus c616~bre capi-
taine de l'antiquite et des temps modernes et I'enthousias-
me public, on plut~t I'ivresse de l'admiration etait por-
tee a un tel point qu'on ne voyait qlue lui seul capable de
donner une bonne direction aux operations de la guerre.
Aussi s'empressa-t-on de le nommer g~ndralissime de toute
les troupes patriots, sous le titre de capitaine-gendral de
la Nouvelle-Grenadle et de V~nezuela.
La premiere operation qu'il eut A executer fut de mar-
cher contre la ville de Santa-F6 de Bogota, chef lieu de la
province de Cundinamarca, et capital de toute la Nouvel-
le-Grenade, afin de la contraindre par la force A se sou-
mettre au gouvernement central, dont elle d~clinait depuis
longlemps I'autorit8. Cette measure etait de la plus haute
importance dans un moment ou la rdpublique devait faire
de grandls efforts, et oth, par consequent, I'union de toutes
sesforces dievenait une necessity pressante. Car des nou-
velles d'Europe, fraichement revues, annongaient qu'une
expedition formidable se pr~parait avec la plus grande
c816rite: dans le: port de Cadix, et quelle Ctait destine g ve-
nirrenforcer a la C~te-Ferme,ceux qui soutenaient la cause
de l'oppression et de la tyrranniell1 etait done important qlue
les divisions intestines, qlue ces querelles de famille qjui
avaient consuml6 un temps precieux, qui eut dex &treem-
ploye contre l'ennemi commun, cessassent sans plus de
retardl, et qu'aux voies de conciliation et de douceur, jus-
qu'alors employees infructueusement, on fit succeder en-
fin les moyens onergiques die la force.
Bolivar n'eut pas grand'peine a r~duire Bogota, car ne
possedant alors aucune de ces fortifications permanentes
qui puissent meltre une ville i l'abri d'un coup de main
ni un Ctat militaire suffisant pour rt~sister au choc d'une
arm~e regulibreP bien discipnlinde et pourvue de toutes
choses, elle fut prise au premier assault donned. Cette faci-
le conquite determina bient~t la sonmission de toute la




- 83 -


province, et, B l'exemple de Cundinamarca, les autres
departements qui avaient epouse sa querelle, se rang8-
rent aussi sans dif'ficult6 sous les bannieres du Congras.
Pen apres, sur I'invitation dela junte central de Bo-
gota, le Congres r~tablit son siege dans cette capital,
qu'il avai;t ete oblige d'ahandonner dans les derniers jours
de 1811, afin de se soustraire aux effets des manoe~uvres
criminelles d'Antonio Miarino, president alors de la pro-
vince. (1)
L'heureuse pacification qui venait de s'operer fit sentir
A cette Assemblee la ncessit6 de quelques reformes,, que
l'opinion reclamait depuis iongtemps, et qu'elle s'empressa
alors d'ex~cuter g la grande satisfaction de tous les Etats.
Plusieurs lois reconnues abusives furent ab~olies; le titre
de President de province, fut remplace par celui de Gou-
verneur ; un conseil on convention, compose de trois
membres, fut creek pour exercer le pouvoir executif' dont le
congres s'etait jusqu'alors reserve la direction lui-mi~mee
non, toutefois sans beaucoup d'inconv~nients.11l est impos-
sible, en effet, qu'une assemblee delib~rante, toujours oc-
cupee de graves discussions16egislatives puissent 6tre en-
core chargee de l'executif, dont les ramifications infinies
exigent une sollicitude toute speciale ; et sans computer les
dangers qui ti~t ou tard, peuvent r~sulter pour les ga-
ranties d'un people die l'accumulation de tous les pou-
voirs entire les mimes mains, il est. indubitable qlue l'ad-
ministration de la chose publique n'en peut qlue languir,
que souffrir.
Libre desormais de tout souci, comme die toute entrave,
le gouvernement federal dut penser alors i turner tous
ses efforts contre I'ennemi comnmun, et la ville de Sainte-
Marthe, occup~e par les Espagnols, dut tout dl'nbord fixer
son attention. La possession die cette place etait de la plus
haute importance pour la Rbpublique, car situde A l'em-
bouchure de la Miagdeleine qui ouvrait la route des pro-
vinces de l'int~rieur, et dela ville de Bogota, elle donnait
g l'ennemi de glands avantages commerciaux. et en memee
temps toutes les facilities de nuire aux communications des
patriotes. 11 fut done decide qlue Bolivar s'cn emiparerait
immediatement. A cet effet, on s'empressa de faire de
grands pr-Cparatifs, et de pourvo~ir l'armee expeditionnaire
de toutes les choses qlue l'on crut n6cessaires h cette en-
treprise. Aprds quoi, on fit partir le capitaine general pour
la ville de Hunda, situde sur le bord de la Mlagdeleine, oh
il s'embarqua bientit avec son armbe sur de grandes har-
qlues qu on v avait fait preparer.
Bolivar ddharqua g Monpox, ville pleine d'agriments
situee sur f'ile de la Magdeleine,et au pouvoirdes patriots.

(1) Mlarino qlui avait des idies aristocratiques s'efforcait d'en-
traver les operations du Congrias.




-- 84 -


11 y sejourna quelque temps au milieu des f~tes et des re-
jouissances de tous les genres que les habitants s'etaient
em presses de lui preparer h l'envi. Ces estimables citoyens
dont le mdle courage dat triompher plus tard des forces
espagnoles et lib~rer leur ville du joug de la tyrannie,
etaient ivres de joie g l'id~e de la prise prochaine de Sainte-
IMarthe, et des avantages qui allaient en resuh~er pour leur
commerce, si circonscrit par la difficulty des communica-
tions.(1 )I!s exhort~rent done Bolivar h ne pas ditbrerlI'exe-
caution de l'entreprise qu'ils montribrent facile par le man-
vais etat dies fortifications, et I'exiguit8 de la garnison der
cette place, s'offront d'y concourir eux- mdmes de tous leurs.
moyens.
Mais malheureusement Bolivar avait pris logement chez
Celedionio Pineras, homme trbs insinuant qui avait un inti-
ri~t actuel g l'en dissuader. 11 etait le chef du corps munici-
pal die Monpox,etlI'aind deGerman et GabrielPinarids, clont
nous a~vons eu de:j;' occasion de parler. Comme il pouvait
a~voir doe freqluents entretients avec le gP~neral,il ne mangua
point die le meltre bientcit au courant de tous les evene-
ments survenus h Carthagbne dlepuis son absence, et de
l'interesser vivement au sort de ses freres, d~portes die
cette ville par ordre du Gtineral Castillo. Mais voyons un
peu comment cela arrive.
Aprks Ir depart de MIanuel Rodriguez Torraces pour
Tunja, oh i l etit appel6 pour faire pri el ovn
tion excutive, Jean die Dios Amador l'avait remplac ren-
qualite de gouverneur die la province.. Quelques mois e-
talent a peine e~coules depuis l'avtnement de celui-ci, que
la faction dies Piner~s qu'une premiere deifaite n'avait point
degjouthe de son project, et qui n'attendiait sans doute pour
I'excecuter qu'une occasion propiec, crut la trouvier dans
l'absencedu G~ndralCastillo, qui Ctait all~camper A Baran-
quille avec son armbe. Cette circonsta nce, en effet, laissaith
la faction les mayens de tout oser. Elle parvint done un
jour, A force de monceuvres et d'intrigues, A exciter un
movement siditieux dans la ville, dont elle profit aussi-
ti~t pour di~poserle gouvernear et s'emparer de l'autorit8.
A cette nouvelle, le gi~neral Castillo, justement indign6
d'un tel attentat, et pouvant computer sur la majority des
habitants, se met g la tite des troupes et march sur Car-
thagbne. A son apparition les factieux se dispersent et les
portes lui sont ouvertes. 11 se saisitaussit~t des principauxir
membres de cette faction, au nombre d'une vingtaine,
qu'il fit ddposer dans les prisons d 'inusto;e ul


(1) Les; femmes de cette ile partageaient I'enthousiasme de
leurs maris;. Ce fut li qlue dans la nuit du 16 Juin 1816 400 es-
pagnols hien arms et hien disciplines, qlue Morillo y avait envo-
yi~s temir garnison, fur~ent massacres g l'instigation et avec la
participation de ces femmes courageuses.




- 85 -


ques jours apres ils furent tous d~portis hors du terri-
toire de la province. Et quand tout fut tranquille,'que
l'ordre eut repris son course natural, il retablit le gouver-
neur legitime dans l'excercice de ses functions.
Celedonio que l'exil de ses freres aff~ligenit profondC-
ment, et qui, pour ce motif, youaitunehaine incaplacabled
Castillo, employa done tous les moyens de sediuction que
sa position et son 61oquence lui fournissaient, pour per-
suader ]Bolivar de la necessitC d'aller a Carth~agene tir~er
vengeance de ce qu'il appelait un crime inoui. Soit que
les ressentiments qlue Bolivar entretenait lui-mime contre
ce general I'aveuglassent dans ce moment, ou qu'entrai-
ne par cette fatality qui le portait toujours a se fourvoyer
dans les grandles circontances, les suggestions perfides de
son h~te l'emportcbrent aisement sur les scrupules die la con-
science et de l'hoaneur. L'expedition contre Sainte-Mar-
the est done ajournde, et Bolivar, en timlernire, va armer
son bras contre ses propres concitoyens, allumer enfin la
plus funeste des guerres dans le sein de sa nouvelle patrie.
Toutefois il marque si hien ses intentions en quittant
Monpox, qu'ils laisse toujours croire qu'il va extcecuter la
mission dont il est charge; mais & Carahano ou~ il debar-
que bientat, il quite derriere lui la route qui conduit di-
rectement h Ste-Mlarthe, et se dirige B march forcee sur
Carthag~ne, en passantpar Baranquille, Solealnd, San-Sta-
nislas et Pur Bello, oil il s'arr&te enfin pour dlonner quel-
que repos g sa troupe. Lg de nouvelles fetes se succcadent
pendant plusieurs jours.
Sans doute, pour se jeter dans une si folle entreprise,
il a fallu n~cessairement que le general Boliver pensdt que
lA prise de Carthagane, etait la chose loplus facile dumnon-
de, et qu'il lui suffirait de se presenter dlevant cette ville,
pour qlue ses habitants effrayes lui ouvrissent leurs portes.
Etalors quelle jouissance pour lui, en effet, de vo~ir a ses
pieds ceux qu'ilconsiddrait comme ses ennemis .
M~ais combien grande fut son erreur et lorsqu'en rou-
te ilapprit les prdparatifs de defense qui se faisalent &
Carthagbne et que les braves habitants de cette ville etnient
rdsolus A lui dispute couragieusement I'entrde de leur cite,
il comprit toute l'enormite de sa faute et devint soucieux
En effet, son crime etait flagrant, manifesto; il avait de~so-
bdi aux ordres du Congras; vainqueur on vaincu, so po-
sition allait &tre toujours emnbarrassante. Ma8is il n'v avait
plus moyen de reculer, et comme C~sar, en passant le Ru-
hicon, il put se dire: enfin le sort en est jete I .
Cependant arrive sur le territaire de Carthagane &
Turbaco et B lfl veille de commettre decs acts dl'hos-
tilitC, Bolivar sentit qu'il lui fallaiit quelgue preten-te
pour se justifier d'av-oir ainsi tr~abi la conflannce.de son
Rouvernement, et abuse si etrangiement dies pouvoirs
et des mayens qui lui avaient et& confines; et il ne trouva







rien de mieux qlue de rejeter s~ur la necessity la responsa-
bilite de sa coupable conduite. Agissant done comme s'il
n'avait effectivement fait qlue c~der aux raisons les plus
puissantes du hien public, il tint un conseil de guerre, on
apres avoir longuement dshlaterei contre les autorites de
Carthagi~ne, et avoir fait un tableau hideux de la position
de cette ville, qu'il representait en proie a l'anarchie et Q
tous les moux qui en sont la suite ordinaire, il protest
de n'avoir 6t6 md~ par d'autre motif qune le hien public qui
le portait A vouloir aller B Carthage~ne mettre un terme
au de~sordlre qui y regnait, afin d'obltenir la participation
de la province A l'entreprs oteSeMrhesie
feinan dene oulir e aisser conduire desormais qlue
p;ar les avisut du conseil, il le pria de lui indiquer la con-
bres doc ce conseil qui ne pouvalent manquer d'i8tre dans
le secret de cette jonglerie, ae purent qu'opiner dans le
sens des voloaths qu'ils connaissaient 4 leur g~nbral, en
disant qu'il fallait aller a Carthag~ne, chbtier les coupa-
bles et retablir I'ordre et la tranquillit6. Pais tous d'une
voix ils firent retentir f'air des acclamations bruyantes de
vive notre libLdratleur Bolivar,mortB Castillo el a ses partisans I
Apr~s avoir jou6 cette combdie, Bolivar alla prendre
position tout pri~s des murailles de Carthagi~ne, mais a
peine ses troupes furent-elles arrives g portee de canon,
qu une grble de mitrailles les obliges a se reploy-er sur un
couvent de mojines, situ8 sur une haute colline, et pen
eloigne de la ville, appele Ndiestra Senora de la Pop~a, de
la Candleliera.
La il arbora le pavilion de la province, comme si dejB
il en etait le maitre.
L'arm~e assiegeante qui n'avait qu'une seule pibae de
4, ne pouvait faire nucun tort g la ville, ni rendre formi-
dable sa position de la Popa. Cependant elle s'y maintint,
malgre plusieurs sorties faites contre elle par les assi~g6s,
qu'elle repoussa vigoureusement chaque fois.
Quelques jours apr~s qlue Bolivar se fut 6tab~li A ce
poste, diverse maladlies se manifest~rent parmi ses trou-
pes ;le manque d'eau fratche en etait la cause. Le seul
puits qui s'y trouvait avait CtB empoisonne au moyen de
peaux corrompues et d'autres matiares Aussi malfaisantes
qu'on y avait jetbes a dessein. Cette odieusepratique eut
pour effet necessaire d'engendlrer des maladies qui firent
p~rir un grand nombre de ces assiegeants. Lorsqu'on fut
convaincu que l'eau du puits Ctait empoisonnie, il devint
indispensable de s'en procurer a une autre source, mais
l'eau de source vive Ctant tras rare dans les e~ivirons de
Carthagbne, il fallut n~cessairement envoyer de loin une
grande quantity d'animaux de toute esp~ce, pour en rap-
porter au camp, ce qui compliqua singulibremen1 la posi-
tion de l'a rm~e.














,


Le ge~nc~ral J. 1'1. Borgealla, d\evenu :Ipr~is MarIIion, ommandant~:I~ I eL
I'arrondtissement des Cayes. L~e ga~niral H~orglla necords~ une b~ien--
v.eillante hospitAllite a H~olivar et nux grrandes fiiinilles vecnEzuell ciennes
dlans so helle proprii ata rurale l Custines, p~res les :a!es. Commllle
becaucoup dl~aitions~ s'ftaienit tlcja emloles da~ns soni expeditionl pr~ite
:i partir, BJolivar dlesiruit avoir I'aide dl'uni militair~e Oprou\-i comime
le g~naral ~orgella1, Chlristophe : << )Ion pays" pourra avo'\.ir besoin die Iucs services; je nie
po'is accepter vos offr~es. o