Histoire des affranchis de Saint-Domingue

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Material Information

Title:
Histoire des affranchis de Saint-Domingue
Physical Description:
367 p. : ;
Language:
French
Creator:
Lespinasse, Beauvais
Publisher:
J. Kugelmann
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Freedmen -- Haiti   ( lcsh )
History -- Haiti -- To 1791   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

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General Note:
No more published.

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Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 24184123
ocm24184123
System ID:
AA00008882:00001


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UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES






THIS VOL
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.


I







V
















HISTOIRE

DES

AFFRANCHIS DE SAINT-DOMINGUE




TOME I








BEAUVAIS LESPINASSE


HISTO RE


DES


AFFR.ANC HIS

DE

SAINT-DOMINGUE



TOME PRlEMIER




PA IIS
1MPRIMERIE JOSEPI KUGELMANN
12, rue de la GranigeBatelibre, 12


1882






LGTy

IB fcA

& DIP








PREFACE








Et tu te souviendras que tu as et6 esclave
en Egypte, et tu prendras garde a observer
ces status. Detlcronome, xvi, 12.


Notre g6ndration arretc avec orgueil son atten-
tion sur 1'6poque de notre histoire o Icls infants
de la race africaine chassent icurs oppresseurs,
of lc pays cesse d'appartenir a la France. Mais
elle parcourt avec horreur ou avec indignation
les pages de la servitude. Nous sommes trop
pros de l'esclavage pour Ic juger froidement;
mais nous ne pouvons effacer cette p6riode de
nos annales, ni l'ignorer, ni 'oublier. L'humi-
liation de notre race n'est point, selon nous, dans
les travaux excessifs, dans Ics chaines, dans les
dchafauds, dans Ics roues, dans tous les instru-
ments dc torture et de supplice de ancientn rd-
gime, mais dans les pines morales qu'on nous
a inllig6es. A ctol de nos douleurs physiques,
nous avons eu des douleurs morales poignantes





6 REiFACE

que notre g6ndration ne connait pas assez et qui
doivent remplir pourtant les pages fondamen-
tales de notre histoire. Des peuples puissants de
ce sickle ont vu a leur berceau 1'esclavage
regner chez eux. II y a eu des esclaves blancs
en Europe, come ii y a des esclaves noirs en
Ambrique. De tous temps, par des voies plus ou
moins directed, les hommes ont abuse de leurs
semblables. Les peuples oublient les maux de
l'esclavage, quand il est d6truit, comme toutes
les douleurs de leur existence. Mais perdra-t-on
aussi facilement le souvenir de l'injure odieuse
que le pr6jug6 a faite a toute une race d'hommes ?
( L'affranchi du v au x siecle, dit M. Guizot,
en cessant d'etre esclave, pouvait, parson habi-
let6 ou quelque heureuse chance, devenir un
des propri6taires important de sa contred et
prendre place dans l'aristocratic territorial de
la France, od entraient sans distinction d'ori-
gine, sans conditions 16gales, tous les riches,
tous les puissants, tous les forts. )
En France, maitres et esclaves avaient la cou-
leur blanche; on no discernait point l'affranchi
devenu un home puissant et riche, d'avec les
autres homes puissants et riches. A Saint-Do-
mingue, on distinguait l'affranchi partout oi il
passait, parce qu'il n'avait pas la couleur des
blancs. Cependant on no songea point d'abord a
lui contester les droits que lui donnait la liberty.
Pendant longtemps la coulcur de l'affranchi ne
fut pas un'motif d'exclusion. Mais quand l'heure
de la corruption arriva, cette circonstance per-
I






PREFACE

mit d'ajouter a 1'esclavage le pr6jug6 de couleur.
L'esclavage en France 6tait une simple exploi-
tation d'hommes, tandis qu'il fut, a Saint-Do-
mingue, une exploitation de race. II n'y avait de
pr6jug6 en France que contre les hommes pau-
vres et faibles; le pr6jug6 a Saint-Domingue fut
centre les homes de tous les degres de la race
africaine. Mais celui qui connait l'origine du pre-
jug6 de couleur ne peut incriminer le caeur hu-
main et toute la race blanche, a moins de vou-
loir s'aveugler soi-meme. < Louis XIII, dit Mon-
tesquieu, se fit une peine extreme de la loi qui
rendait esclaves les negres de ses colonies; mais
quand on lui eut bien mis dans l'esprit que c'6-
tait la voie la plus pure pour les convertir, il y
consentit. Son successeur maintint la servi-
tude. Dans le code noir, acte rigoureux, mais
non d6pourvu d'un certain esprit d'6quit6, le
plus grand soin de Louis XIV fut de montrer que
le noir est un homme. En accordant aux affran-
chis les memes privileges qui avaient 6t6 6tablis
en faveur des blancs des colonies, en permet-
tant le marriage du maitre avec l'esclave, Louis
XJV indiquale rapprochement et l'alliance des
deux races comme les choses les plus naturelles
du monde. En effet, les blancs de Saint-Domin-
gue se melaient aux noirs avec la plus grande
facility. Les homes de couleur ct noirs libres,
les esclaves meme, contractaiefit marriage en
France avec des blanches, sans rencontrer le
nmoindre obstacle. Ccs faits paraissent 6tranges
aujourd'hui : on les eit contests s'ils n'6taient





PREFACE


prouv6s par des actes officials irrecusables.
Pourquoi ? parce qu'il y a aujourd'hui dans le
monde un mot que l'on ignorait jusqu'a la fin du
regne de Louis XIV. Le pr6jug6 de couleur fut
cr6a, pendant la minority de Louis XV, par une
cour ayant une avide soif de richesses. Au lieu
de lait, I'enfant royal recut ce field pour nourri-
ture. Devenu majeur, il imposa le prdjuge aux
colonies franchises.
Dans nos gloires comme dans fios souffrances
se trouvent de grandes instructions.
Nous devons ttudier la condition dans laquelle
nos a'eux ont v6cu, afin d'avoir l'explication de
beaucoup de faits de notre histoire. I1 est des
actes et des 6vdnements du temps de l'esclavage
qu'il faut m6diter profond6ment pour connaitre
la nation elle-mmme. Nous devons appliquer
aux hommes ce que nous disons des choses.
Payons-nous a nos ancetrcs tout le tribute qui
leur est dd, en c6ldbrant les louanges de Dessa-
lines et de Pdtion ? II est des hommes qui les ont
devanc6s, qui m6ritent comme eux un culte,
quoiqu'ils aient v6cu au milieu de l'esclavage.
Notre g6n6ration ne peut rester injuste en rel6-
guant dans leurs tombeaux les fondateurs et les
ap6tres de notre liberty. Avant le l cjanvier 1804,
nous avons eu des 6poques qui ont produit et
fait d6velopper le germe de notre existence po-
litique. Dessalines a fond6 l'ind6pendance et
P6tion a rendu imp6rissable la base de la socie6l
haitienne; tous deux ont entretenu l'union des
cceurs apres des 6poques d6sastreuses : on ne





PREFACE


peut l6ever trop haut ces deux grands hommes.
Mais avant la proclamation de l'ind6pendance,
avant l'organisation du pays, il y a eu des hom-
mes qui se sont sacrifi6s pour l'avenir de la race
africaine. Pent-on cesser d'admirer le courage
d'esprit que les uns ont eu au milieu de l'escla-
vage et des pr6jug6s, les dures privations que les
autres se sont impose, en se fortifiant sur les
sommets inaccessibles de nos montagnes? Quel-
les tribulations et quelles souffrances ont pr6par6
l'heure ofi le sang fut vers6 pour deux causes
saints, la Libert6 et l'Ind6pendance! Julien
Raimond, Ferrand dcs Baudieres, Oge, Chavannes,
Boury, Pinchinat, Beauvais, Lambert, Rigaud,
Villate, Boukman, Jean Francois, Liassou, Pol-
verel, Sonthonax, Toussaint .Louverture, Mo'se,
Charles Bdlair, Sylla, Sans-Souci, Lamour De-
rance nous laisseront-ils en repos dans notre
ceuvre de 1804, si nous ne gardens pas un sou-
venir plus 6clatant des services qu'il ont ren-
dus ? On object g6n6ralement quc les exces de
Sonthonax effacent la gloire de ses travaux; que
l'ambition de Rigaud et la cruaut6 de Toussaint
ont fait au pays des torts irr6parables. La pos-
t6rit6 repousse avec horreur les exces et les cri-
mes; mais elle admire les actions immortelles
qui sont toujours dictdes par Dieu. Autrement,
Salomon ne serait pas un des grands hommes
bibliques. Si Sonthonax, Rigaud et Toussaint
sont s6evrement jug6s dans une parties de leur
vie politique, s'ils sont r6ellement les auteurs
de nos troubles civils, on ne peut s'empicher de





PREFACE


proclamer les titres qu'ils ont h la reconnais-
sance national, car ils ont W6t les deux pre-
miers, les plus intr6pides et les plus ardents dd-
fenseurs de la liberty, et Toussaint, l'ame de
notre ind6pendance. Sans les noms de Sontho-
nax et de Rigaud, la liste des apitres de notre
liberty n'est point complete. On ne peut parler
de l'ind6pendance sans citer Toussaint Louver-
'ture qui en est le principle.
Pour saisir les v6ritables bases de l'existence
politique de la race africaine en Haiti, nous
avons done laiss6 Haiti de cOt6 pour aller puiser
ces principles dans le vieux Saint-Domingue.
Nous avons expos consciencieusement les pre-
miers temps de la colonie, 6tudi6 avec quelque
soin ses institutions politiques, constat6 leur in-
fluence, montr6 l'tat des affranchis pendant un
siecle, de la fin du XVIIe i la fin du XVIIIe,
et fait l'histoire du pr6jug6 de couleur. Sans ces
notions prdliminaires, il est possible de saisir
l'esprit de l'histoire de Saint-Domingue. Pour
expliquer ces 6v6nements, pour chercher 1'autre
point de depart dans cet strange passe, nous
n'avons trouv6 que le flambeau de la foi; car la
revolution de Saint-Domingue a un caractere qui
porte invinciblement aux plus profondes et aux
plus saints r6flexions. Dans ce grand drame,
l'oeuvre de Dieu se montre dans toute sa majesty.
(( I1 n'est pas necessaire que Dieu parole lui-
meme, dit M. de Tocqueville, pour que nous
recouvrions des signes certain de sa volont6. )
Les choses humaines pregnant leur march





PREFACE


sous les ordres de Dieu, l'histoire n'a doln aucune
port6e si on ne la rapporte pas t la volont6 de
Celui qui incontestablement dirige les 6v6ne-
ments. Mais comment d6couvrir, comment sai-
sir cette volont6? cc Vous Rtes le Maitre du jour
et de la nuit, dit saint Augustin, et le temps ne
coule aue sous vos ordres : faites-m'en done
trouver ce qu'il m'en faut pour m6diter les se-
crets de votre loi, et ne permettez pas que la
porte des mysteres qu'elle cache demeure fermee
a ceux qui frappent pour y entrer. Car ce n'est
pas pour rien que vous avez voulu qu'on 6crivit
ces livres si profonds et qui renferment tant de
merveilles. ,
Voici le flambeau, void la clef que nous avons
demands avec une ardente foi pour entrer dans
les moindres replis de l'histoire de Saint-Domin-
gue. 11 est impossible d'attribuer a l'aveugle ha-
sard ni h l'activit6 de l'esprit human la march
des 6evnements qui out about i 1'un des plus
terrible chatiments qui aient te inflig6s a l'ini-
quit6 des homes; c'est un enseignement ivi-
dent, abohdant et efficace, que l'Eternel a dB-
ploy6.
L'esclavage etait un crime ancien, et on avait
vu des esslaves de toutes les couleurs sur lasur-
face de la terre. Mais jusqu'ici la race blanche
n'avait pas song k exclure la race noire de l'es-
pece humaine. Cet attentat fut la plus grande
et la plus rdvoltante audace de I'homme depuis
la creation. Le pr6jug6 de couleurfut institu6 en
1724 par Louis XV. Eh bien quarante-deux ans





PREFACE


s'dcoulerent sans que les colons blancs de Saint-
Domingue, malgr6 l'active instigation des gou-
verneurs envoys a cet effet, voulussent admet-
tre dans leur legislation on plutOt dans leurs
mceurs cette iniquity. Enfin, vaincus tant par la
violence que par l'adresse et les tentations d'une
cour corrompue, les blancs de Saint-Domingue
se jeterent dans le syst6me qui consistait a ex-
clure la race noire de la famille humaine.
C'est dans la correspondence qui eut lieu, en
1767, entire le conseil sup6rieur du Port-au-
Prince et le ministry des colonies, que l'on voit
le commencement des faiblesses de ce conseil,
jusqu'ici dnergique comme celui du Cap, qui
ploya des lors sous la volont6 royale et entraina
les colons dans l'abtme. L'ann6e 1767 dolt 8tre
indiquee comme le commencement d'une p6riode
de 36 ans, of l'or roula d'abord comme un fleuve a
Saint-Domingue, oif les colons se noyerent
dans les d6lices, mais oi se montr6rent les 61e-
ments de leur ruine, ou l'esclavage tomba comme
un 6chafaudage, et enfin, ofi la plus enviable
colonie des Antilles fut a jamais perdue pour
ceux qui avaient 6tabli une barridre insurmon-
table entire les deux races.
L'histoire de Saint-Domingue renferme ainsi
trois p6riodes:
1 Celle de la colonisation de la parties fran-
caise, de 1630 a 1724, qui compete 94 ans;
2 Celle of a eu lieu 1'action de la politique
inhumaine et pers6v6rante de Louis XV, de 1724
a 1766, qui offre 42 ans;





PREFACE


30 Celle de la revolution, de 1767 h 1803, qui
pr6sente 36 ans.
Maintenant, nous subdivisons cette premiere
periode comme suit:
10 1767 a 1773, 6poque ofi le prejug6 de cou-
leur entire dans le coeur de tous les blancs de
Saint-Domingue;
2 De 1773 a 1779, 4poque ol legouvernement,
sfr de l'assentiment des colons, se livre a tous
les d6bordements d'une 16gislation monstrueuse,
prodigue l'outrage et I'ignominie d'une manibre
ind6cente et extravagant a la race noire et a
tous ses descendants;
3o 1779 a 1785, 6poque ou cette 6crasante si-
tuation d6veloppe parmi les affranchis l'esprit de
corps, une patience et une resignation admira-
bles; oi les 6v6nements viennent prouver in-
contestablement qu'ils sont la principal force
armee de Saint-Domingue;
4 1785 a 1791, 6poque of les affranchis r6cla-
ment la jouissance des droits civils ct politiques
6tablis en leur faveur par Louis XIV en 1685, et
enfin les droits de la nature ct de l'humanit6, en
vertu de la Dcliaration des droils vote par l'As-
semblde national;
5 1791 a 1797, 6poqne des prises d'armes des
affranchis et des esclaves, oh a lieu la con-
quete de la liberty ec de Lons les droits polili-
ques : travail de lalibertd, influence deshommes
de couleur;
Go 1797 a 1803, 6poque ou se d6veloppe l'esprit
de l'iaddpendance parmi les enfants de la race





PREFACE


africaine, oft s'6tablit une transition qui prepare
le pays a son emancipation, et ofi, enfin, est
conquise cette ind6pendance, rendue inevitable
par les 'v6nements : travail de 1'ind6pendance,
.influence des noirs.
Le premier volume de l'histoire des affranchis
content un r6sum6 de la premiere periode, celle
de la colonisation; la second p6riode, celle oiY
la France met tout en ceuvre pour incul-
quer le pr6juge de couleur h Saint-Domingue, et
les quatre premieres 6poques de la troisieme
p6riode, celle de la revolution.
Le second volume sera enti6rement consacr6
& la cinqui6me dpoque rdvolutionnaire, celle de
la conquite des droits. Le troisieme volume ren-
fermera la sixieme 6poque revolutionnaire, celle
de l'ind6pendance. Les lecteurs verront, par les
actes officials abondants que nous mettrons sous
leurs yeux, que ce sont les dates et le caractere
different de ces actes qui 6tablissent eux-memes
ces p6riodes, ces 6poques, ces divisions. L'his-
toire d'aucunpeuple n'offreune protection divine
plus 6clatante. Dans cette reformation, nos
grands hommes paraissent avoir moins de g6nie,
parce qu'il n'y a de reelle initiative que celle
que leur indiquent, a l'heure fixe, des lois sou-
veraines, irrdsistibles. Partout, se montre clai-
rement la volont6 de l'tre souverain qui a cr66
l'univers, qui forme les peuples et qui gouverne
les mondes.
Deux faits dominant, comme deux pivots sur
lesquels tourne l'histoire de cette revolution :





PRI FACE


c'est d'abord l'esprit de liberty que I'homme de
couleur a inculqu6 au noir; ensuite, l'esprit d'in-
d6pendance que le noir a inculqu6 & 1'homme de
couleur.
Par la naissance du mulatre, l'esprit de liberty
cut aces dans la population esclave de Saint-
Domingue vivant dans l'6loignement de toute
lumiere. La procreation de l'homme de couleur
fut le germe de la destruction de la servitude.
Le blanc ayant donn6 de l'instruction a l'homme
de couleur parce qu'il 6tait son fils, l'homme de
couleur 6claira le noir parce qu'il 6tait son frere.
La revolution de 91 est essentiellement due A
l'esprit du mulatre. Les anciens noirs libres,
tous hommes du plus profound d6vouement, se
laisserent entrainer par cet esprit. Ils s'unirent
6troitement aux hommes de couleur pour armer
les esclaves et leur faire connattro cc qu'ils igno-
raient : leur nombre et leur puissance. Tel fat le
myst6rieux travail qui mina l'esclavage et
d6truisit l'infame prosperity de Saint-Domingue.
Mais, quand la liberty fut conquise, il y eut
une autre grande LAche & accomplir, et ce fut,
cette fois, le noir qui en prit l'initiative. L'esprit
d'independance d6coulait naturellement des idWes
de la population africaine de Saint-Domingue,
revenue libre et victorieuse. Instincts, moeurs,
I endances, traditions al'ricaines, tout Mloigne le
noir de la France. L'indipcndance d'Haiti fut
amended par l'espril, dii noir. Quoique les hommes
deo oulcur aient pris nue part fort active dans la
guerre de l'1ndependance, ils n'oat pas moins





PREFACE


Wtd entraines par 1'espritd'ind6pendance du noir,
qui se montre et se d6veloppe avant cette
guerre.
Deux g6nics products par deux organizations
diff6rentes ont done 6et les moteurs des m6mo-
rables 6v6nements de 1791 a 1803. Ces deux
g6nies ont constamment domind 1'existence po-
litique d'HaYti. Ils ontdonn6 lieu a des luttes ; ils
ont pr6sent6 des circonstances singulieres en se
m6langeant. Nous tacherons de d6meler ces
luttes et ces circonstances, nous suivrons le
travail qui doit s'opirerjusqu'au moment oA la
complete fusion de ces deux g6nies enfantera
1'unit6 qui constituera la civilisation d'Haiti.
Nous avons constat6 les exceptions et distingu6
1'opinion des parties. Les exceptions n'arretent
point la march de 1'humanit6, et l'opinion qui
s'approche le plus de la perfection tombe par-
fois dans les plus d6plorables erreurs. L'oeuvre
de Dieu seule est parfaite, c'est le r6sum6, la foi
des actions humaines paraissant tantOt judicieu-
ses, tantot incohdrentes. Ainsi, nous n'avons
pas Rt6 arrt6 par 1'infamie des noirs dela Grand'-
Anse en 91, ni par l'infamie des hommes de
couleur de Saint-Marc et de l'Arcahaie en 93.
Nous n'avons pas 6cout6 toute l'indignation
qu'avaient Pinchina et Rigatid centre Sonthonax.
Nous n'avons pas Wtd guid6 par l'aveugle pas-
sion de Sonthonax qui voulait faire rejaillir sur
toute la population des hommes de couleur la
defection de quelques homes de couleur. Pour
traiter des questions qui semblent h6rissees de





PREFACE


difficulties, nous n'avons cherch6 que la direction
du doigt de Dieu, c'est-a-dire la manifestation
6vidente et incontestable de sa volont6.
On ne trouvera ni pr6jug6s ni pr6ventions
dans ce livrc. Nous croyons fermement que tous
les hommes sont d'un seul et meme sang. C'est
avec la meme plume que nous avons loud et
blAm6 le noir, l'homme de couleur et le blanc.
A c6t6 des monstres d'avarice et de cruaut6, tels
que les Praloto, les Caradeux et les Rochambeau,
il y a des Ferrand de Baudieres, des Polverel, des
Sonthonax, des Gregoire, des Brissot, des Benezet
et des Clarkson. ( Nous n'admettons pas, dit
M. Linstant, que les deux races doivent & jamais
rester s6par6es et vivre dans un 6tat d'hostilit6
permanent, parce qu'a certaines 6poques l'une
a fait sentir a l'autre le poids de sa tyrannie,
parce que dans des temps d'errours fatales l'une
6tait compose de maitres, I'autre d'esclaves.
Notre devoir a nous, enfants d'un siecle de
lumieres et de civilisation, est do ddtruire les
sentiments de vengeance que le souvenir des
injures passes a soulevds dans le cceur des ci-
devant esclaves, ainsi que les prejug6s de cou-
leur que la morgue colonial et une soci6t6
vicieuse avaient cr6ds dans l'Ame des blancs.
Les hommes de tons les points du globe sont
n6s pour s'entendre. Soyez-cn slur, l'industrie,
les talents et la vertu les rapprocheront. Un jour
le noir d'llaiti se rdconcilicra sincerement avoc Ie
blanc. Ce jour depend du movement philanthro-





PREFACE


pique dans le monde. Ce jour arrivera infailli-
blement quand l'esclavage sera aboli dans
toutes les Antilles, quand la servitude des Etats
du Sud des Etats-Unis cessera de former un con-
traste avec les institutions du people le plus
libre de la terre. Alors les noird'Haitin'auront
plus & redouter la presence des blancs dans tou-
tes les relations de la vie civil et de la vie poli-
tique, on verra alors les noirs eux-memes convier
les blancs a sejoindre a eux, car ils seront tour-
mentds par les besoins de progres, commetoutes
les nations qui entrent dans les grandesvoies de
la civilisation. Si les blancs se distinguent par
certaines qualit6s qui sont le propre de leur orga-
nisation, les noirs se font remarquer par cer-
taines qualit6s natives que 1'6ducation rendra
inappr6ciables en les faisant ressortir. C'est le
contrast qui fera le charme du rapprochement.
Que 1'on comprenne bien ce symbol. Ce sera
l'homme de couleur, internndiaire inevitable,
qui sera le fruit de cette alliance l6gitime. La
naissance du mulatre, daus la hideuse soci6et
de ]'ancien regime, avait Wt6 une pomme de
discorde. Sa naissance, dans une society oih
l'6galit6 absolue regnera, sera le lien des deux
races.
L'alliance des blancs et des noirs, qui avait eu
lieu malgr6 l'odieux regime colonial, s'effetuera
sur une base durable dans la society nouvelle ofi
I'on voit briller la belle et interessante popula-
tion noire d'Haiti qui a dejk fait taut de progr6s
et qui entire de plus en plus dans les voices de la





PREFACE


civilisation. C'est li un ordre trace dans le ciel
en lettres indffacables.
Mais peut-on parler de 1'6tat politique d'Haiti,
l'avenir des Antilles et de la race noire en Am6-
rique sans arreter sa pens6e sur l'Afrique? C'est
Sl1'Afrique notre mere que nous devons la cou-
leur qui est encore, aux yeux de quelques nations,
l'embleme de l'inf6rioritd. Ainsi, I'Afrique doit
etre l'objet de tous nos vceux, de tous nos sou-
haits de toutes nos esp6rances. C'est done pour
cette malheureuse terre que nous devons prier,
parce que dans son sein se trouve la cause de la
repulsion du d6dain don't ses descendants sont
frappes dans le monde. Haiti, fille ain6e de
I'Afrique, consider son histoire et sa civilisation
comme la premiere page de l'histoire de la reha-
bilitation de sa race. Elle doit donner l'exemple a
ses jeuncs soeurs, en renouvelant sans cesse ses
rdclamations pour la civilisation de l'Afrique,
devant le congris des nations appel6es a faire de
l'humanite une grande f/amille de fives.
La civilisation de cette contree est-elle une
question don't la solution est impossible? Non,
l'Afrique ne sera pas 1'exception 6ternelle de la
terre; elle ne restera point perp6tuellement dans
l'immobilit6. Quand la science prouve que les
gents de la creation ne sont pas immobiles,
pouvons-nous d6sesp6rer de l'6tat de l'Afrique'
Si les constellations accomplissent leur r6volu-
tion en 26,000 ans; si, par l'effet de la prdces-
sion, Vega de Lyre doit remplacer dans 72,000
ans 1'Ftoile polaire actuelle, la perp6tuit6 de la





PREFACE


barbarie d'un people n'est pas possible. < La
march des grands evenements, dit M. Alexandre
de Humboldt (Cosmos), est, comme la succession
des ph6nomenes naturels, enchainee a des lois
e'ternelles, don't quelques-unes seulement nous
sont clairement connues; en remontant par le
raisonnement aux causes, on se pe'netre de plus
en plus de cette antique croyance, que les forces
inhdrentes h la matire et cells qui rerlissent le
monde moral exercent leur action sous l'empire
d'une n6cessit6 primordiale et selon des mouve-
ments qui se renouvellent par retours p6riodiques
plus ou moins longs. ) Cette pens6e vivifiante
du livre de M. Humboldt I'a conduit n6cessaire-
ment a partager cette opinion: ( qu'il ldait dans
les destinies de l'humanit6 quc l'Amrrique fft d6-
couverte avant la fin du XVo si6cle. ) La savante
comparison des faits et la foi rcligieuse menent
au meme but. Les sicles nombreux qui separent
l'6tat de la science ancienne r6sum6 par Platon,
et l'etat de la science moderne r6sumd par Hum-
boldt, n'ont port6 aucune atteinte h l'antique
croyance. Plus la science advance, plus elle se
sent infirm, plus elle est r6signee quand clle
veut sonder les v6rit6s 6ternelles des saints
deritures.
La maturity qui regne actucllem nt parmi les
races du Nord n'est qu'une sorte de procession.
Les lois dtcrnelles s'opposent h ce que la civili-
sation soit la part exclusive du Nord. L'Afrique
et 1'Am6rique mdridionale, ces deux grandes
terres qui ont a peu pros les mimes formes et





PREFACE


qui se regardent comme deux sceurs jumelles,
ainsi qu'on l'a dit quelque part, attendant leur
destine. Ces deux continents Sud, les Antilles
et les fles innombrables de la mer Pacifique,
continueront l'oeuvre de la civilisation du Nord,
quand l'heure fix6e par la Providence aura sonne.
Aujourd'hui, celui qui croit que Dieu a inutile-
ment plac6 la race noire sur la terre, ne doit pas
etre consid6r6 seulement comme un impie, mais
comme un etre d6pourvu des moindres notions.
Il n'est pas un 6tre cr66, pas m6me les giants
de la creation, pas meme 1'dtoile polaire, qui
puisse computer sur un r6gne 6ternel; il n'est pas
m6me un 6tre infirme et d6grad6 qui n'ait le
droit de computer avec certitude sur une 616va-
tion, sur une rehabilitation. L'heure des races
du Sud n'est pas venue; mais, qu'on le croie fer-
mement, un jour elles enverront au monde civi-
lis6 actuel des travaux intellectuals avec leurs
marchandises et avec l'immense courant d'air
chaud qui va, chaque ann6e, adoucir le climate
de 1'Europe. Pourquoi les foyers de la civilisation
ne seraient-ils pas transports un jour dans les
contr6es du Sud? Des possesseurs d'esclaves
peuvent douter de 1'avenir r6serv6 aux races du
Sud, mais non point les homes qui ont demand
a la science et a la religion leurs myst6res.
L'id6e de l'humanit6, dit M. Guillaume de Hum-
boldt, tend a faire tomber les barri6res que des
pr6jug6s et des vues int6ress6es de toute sorte
ont 6lev6es entire leshommes, et a faire envisaged
l'humanild dans son ensemble, sans distinction





PREFACE


de religion, de nation, de couleur, come une
grande famille de frares, comme un corps unique,
merchant vers un seul et meme but, le libre de-
veloppement des forces morales; c'est-a-dire,
nous ajouterons une connaissance parfaite et
definitive des desseins que Dieu a forms a 1'd-
gard de 1'homme, en le faisant a son image et
pour dominer sur toute la terre (Gen. 26, 27);
une notion plus exacte de ]a pens6e qui l'a port
a 6tablir un Christ pour unir la divinity a l'hu-
manite.
L'extinction du pr6jug6, la liberty et la civilisa-
tion de la race africaine, se rattachent, comme
on l'a toujours pens6, a l'abolition de la traite.
On regardera comme homme l'Africain, quand
on ne le consid6rera plus comme un colis de
merchandise, quand on n'aura plus la facility de
l'acheter.
Cette esperance se r6alisera. L'esclavage du
Nouveau-Monde sera indvitablement aboli, car
l'Afrique a enfin cess6 de vendre ses enfants; on
est sur le point d'abandonner ce hideux com-
merce. Une jeune Reine appel6e par la Provi-
dence a de bien grandes choses, en prorogeant le
Parlement anglais en 1852, a annonc6 en ces
terms la suppression de la traite : a Des traits
out 6t6 conclus avec le roi de Dahomey et tous
les chefs africains don't l'autorit6 s'6tend le long
de la baie du Bdnin, pour l'abolition total de la
traite des esclaves, qui est aujourd'hui compl6-
tement supprimee sur cette cOte. ) Si le roi de
Dahomey et quelques autres souverains qui





PREFACE


avaient la clef de la traite ont renonc6 au traffic
des hommes, nous n'avons plus qu'a b6nir ceux
qui ont amen6 cet ordre de choses par leur zBle
infatigable. La pers6v6rance d6ployee dans la
suppression dv commerce des esclaves constate,
pour la premiere fois, l'apparition dans le monde
d'un veritable congrrs des nations. La forme de
cette nouvelle et grande institution est encore
incomplete, mais ses premieres measures laissent
une impression si profonde, que son existence,
son regne d'equit6 et de charity. sont a jamais
acquis a l'humanit6. Quel acte dans le monde
peut se compare a l'abolition de la traite? Les
stipulations au norn du genre humnain sont tres
clair-semees dans les annales du monde. a Le plus
beau trait de paix don't l'histoire ait parle, dit
Montesquieu, est celui que Gelon (roi de Syra-
cuse) fit avec les Carthaginois. II voulut qu'ils
abolissent la coutume d'immoler leurs enfants.
Chose admirable! apres avoir defait trois cent
mille Carthaginois, il exigea une condition qui
n'6tait utile qu'a eux, ou plutot il stipulait pour
le genre humnain. La convention sign6e le 1or
janvier 1852 est la reproduction de l'ouvre de
Gelon, mais une reproduction bien feconde. >
( L'exportation des esclaves pour les pays 6tran-
gers est a jamais abolie sur les territoires du roi
et des chefs de Lagos. Le roi et les chefs de Lagos
declarent qu'il ne sera jamais sacrifi6 d'6tres
humans dans toute l'etendue de leurs territoi-
res, a l'occasion des c6ermonies religieuses ou
autres, et qu'ils empecheront la barbare cou-





PREFACE


tume de mettre a mortles prisonniers de guerre.
Voici l'oeuvre de G6lon; mais la civilisation mo-
derne veut de plus la destruction de l'ignorance
africaine, cause de tels crimes; elle stipule en
consequence, art. 8 : (( pleine et entire protec-
tion pour les missionnaires ou ministres de
l'6vangile, quelle que soit leur nationality, appe-
16s a rdpandre la connaissance et les doctrines
du christianisme et a attendre les bienfaits de la
civilisation sur le territoire de l'Afrique. ,
C'est la une justice et une reparation. On doit
un large d6dommagement a cc malheureux pays
pour avoir abus6 de son etat; il est temps que la
philanthropic des peuples efface tous les torts
qu'on lui a faits. Car qui pent 6valuer les b6n6--
fices qu'ont procures les travaux faits en Ame-
rique par les enfants de l'Afrique, depuis plus de
trois siecles? Bien qu'il existe encore sept mil-
lions d'esclaves en Am6rique qui reclament la
liberty, les nations qui sont les d6positaires du
glaive de Dieu ne doivent point perdre de vue
1'Afrique. L'Europe sera indemnisee un jour de
ses sacrifices, si elle veut s6rieusement s'occuper
de cette terre, a laquelle un avenir immense est
r6serv6. 11 faut consid6rer comme la tache reli-
gieuse de l'6poque, la civilisation de l'Afrique.
Toute 1'Europe, toutes les nations civilis6es doi-
vent contribuer a cette oeuvre, qui attirera sur
le monde les b6n6dictions de Dieu. Le xixo sickle
trouvera, a sa gloire, le moyen de faire produire
en Afrique, sans esclavage, les cafes, les cotons
et ies sucres que des bras noirs enchainds pro-





PREFACE


duisent au Br6sil, aux Etats-Unis et h Cuba.
M. Carnot disait, en '1845, que (( l'unique branch
de commerce de 1'huile de palmier peut rap-
porter a l'Afrique plus que la traite ne lui a
jamais donn6 dans ses dpoques les plus produc-
tives. Avec la suppression de la traite, quelles
richesses agriculture ne pourrait-elle enfanter
dans cette terre vierge? Telle est certainement
la foi des missionnaires anglais. Nous d6sirons
que les economists et les capitalistes europdens
aient cette perspective devant les yeux. Mais les
Europeens qui out longtemps visit les cotes de
l'Afrique pour augmenter sa barbarie, ne doivent
plus 6tre uniquement guides aujourd'hui par des
interets mercantiles dans leurs relations avec ce
pays. Il faut faire en Afrique une euvre sur les
principles pos6s depuis quelques ann6es par la
Grande-Bretagne. Cette grande nation a eu l'ini-
tiative de cette politique philanthropique, qui
assurdment finira par domincr dans le monde.
Son 6clatante protection a l'6gard de la race noire
et des races aborigines indiennes prouve qu'elle
n'est pas aveugl6c par ses immenses int6rets
mat6riels; que Ia Providence, comme disait la
commission spdciale anglaise en 1837, lui a d6-
parti sa richesse et sa puissance pour un tout
autre but que pour assure sa prosperile commer-
ciale et sa renommde militaire. Cette conduit
persdv6rante lui a cred un nomi qui n'a pas nu-
jourd'hui d'dgal dans l'histoire. Cette politique
nouvelle enseigne que les peuples, comme les
individus, gagnent d rompre avec un passe vicieux






'26 PFRFACd

et a suivre les voies de la justice et de l'humanite.
Les Leopards ne peuvent plus se derober a leurs
destinies. Dans quelques siecles ils seront ma-
jestueusement places comme des Dieux Lares
dans les traditions de mille peuples nouveaux,
et le Maitre des mondes leur donnera, s'ils sont
persev6rants, une de ces reputations indestructi-
bles dans les Ages.






HISTOIRE

DES


AFFRANCHIS

DE

SAINT-DOMINGUE



CHAPITRE I"r

1630 A 1724
Elements de la Colonisation de la parties
frantaise de Saint-Doniingue.


DE L'AfRRILVEE DES PREMIERS COLONS FRANCAIS
JIKSQU'A LA PUBLICATION DU CODE NOIR

Commission donnee en 1626 pour l'etablis-
sement des colonies frangaises de l'Ame-
rique.
Le cardinal duc do lRicheliou, grand maitre ct
surintcndant du commerce de France, autorisa, lt
31 octobre 1626, les sieurs d'Esnambuc el du Rois-
sey, capitaines do navires, a pcupler el a exploiter,





28 HISTOIRE DES AFFRANCIIIS


pendant vingt ans, les lies de Saint-Christophe, de
la Barbade et d'autres miles voisines qu'ils avaient
rdcemment dicouvertes depuis le 41l jusqu'ca 48
degree du nord de la line cquinoxiale faisant partic
des Indes occidentales. Lcs sieurs d'Esnambuc et
du Roissey t6aient les agents et repr6sentants de
la Compagnie des Isles de l'Anmerique, form6e Ic
nmme jour A Paris. Cos colonisateurs s'engagercnt
a respecter les miles ddjb occupccs par des rois ou
princes chrdliens.

Arrivee des aventuriers a la c6te de
Saint-Domingue.

Los Espagnols, qui prtlcndaient cLrc les maitres
de I'Amdrique, chasserent de Saint-Christophe les
sicurs d'Esnambuc et du Roissoy et les Anglais
qui, sous les ordres de Th. Vaiirnard, s'dtaicnt
aussi dtablis dans cctte ile. La petite population
franraise de Saint-Christophe so dispersa; les uns
se rendirent dans d'autrcs iles du vent, mais ils
all6rent pou apris rdoccuper Saint-Clristophe, que
venait d'abandonner la flotte espagnole commanded
par Don ]Fred6ric de Tolede, qui so dirigeait vers le
Bresil; les autres Frangais gagnirent la cute sep-
tentrionale de Saint-Domingue et se fixerent dans
cetle parties de 'ile alors inhabited ; c'6tait en 1630.
Cent trente-huit ans s'dtaient dcoulds depuis la
dcdouverte do cette ile que les indigenes nommaient
Iaiti. Depuis plus do cent ans, les Espagnols y
avaient introduit des Africains. La population es-
pagnole, dans laquelle figuraient quelques rares





DE SAINT-DOMINGUE


Indiens, etait compose de blancs, de noirs et de
mulAtres; elle se tenait dans la parties orientale de
l'ile. Les aventuriers venus de Saint-Christophe
trouverent done dans la c6te septentrionale de
Saint-Domingue un refuge d'autant plus agreable
que non seulement elle 6tait entierement abandon-
nee, mais on y voyait un grand nombre de cochons
et de bceufs sauvages provenant de la multiplication
de ceux que les Castillans y avaient transplants
depuis plus d'un siecle. Les aventuriers se procu-
r6rent par la chasse une abondante nourriture et
des cuirs qu'ils vendirent aux Hollandais qui vin-
rent d'abord trafiquer avec eux, puis aux Francais
de Dieppe qui leur amenerent quelques travailleurs
europdens. Dans des contracts passes en France,
ceux-ci s'engageaient a servir leurs patrons pen-
dant trois ans. Tous les aventuriers ne purent se
faire a la mrme vie. Les uns se tinrent a la c6te
de Saint-Domingue, les autres habit6rent l'ile de la
Tortue. Un petit nombre plant du tabac et le plus
grand nombre se livra a la piraterie. On eut ainsi
des chasseurs, des pirates, des habitants et des en-
gages qui servaient les uns et les autres. On appe-
lait les chasseurs boucaniers et les pirates flibus-
tiers; l'histoire a conserve ces noms.

Contrat entire le cardinal de Richelieu et la
Compagnie des Isles de l'Amerique.

En 1635, la Compagnie des Isles de 1'Amerique
ayant rdclamd des concessions plus 6tendues, le
cardinal due de Richelieu lui accord, le 12 fivrier





30 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


1635, le droit de s'dtablir non seulement dans les
iles de l'Amerique du 110 au 180 degree, comme en
1626, mais dans les isles depuis le 100 jusqu'au
500 degree, en decA de la ligne equinoxiale, qui
n'elaient occupe'espar aucun prince chre'ien. L'acto
renfermait, en outre, la disposition suivante qui
6tait un encouragement pour les conquktes, parce
que le cardinal due savait alors que des FranCais
avaient posd lI pied sur le beau territoire de Saint-
Domingue: < S'il y a quelques isles habitecs par
aucuns princes chrdtiens oui ils puissent s'dtablir
( avec ceux qui y sont a present, ils le front pa-
( reillement. ,> Les associds de la Compagnie des
miles de l'Amerique s'engageaient aussi a faire pas-
ser aux dies isles, dans 20 ans, Ic nombre de
4,000 personnel au moins de tout sexe. Enfin, le
6 juin de la mbme annee 1635, Louis XIII declara
la guerre au roi d'Espagne et donna A scs sujets
pouvoir d'entrer avec forces dans les pays appartc-
nant au roi d'Espagne, d'assaillir et surprendre les
villes et places qui etaient sous son obeissance.
En 1638, les Espagnols chasserent les FranCais
qui s'dtaient 6tablis A la Tortue, mais ils n'y laissO-
rent point de garnison. Ils se jeterent ensuite sur
les boucaniers et flibustiers de la cote de Saint-
Domingue, qu'ils ne purent si faciloment ddloger.
Ccux-ci so ddfendirent avec vigucur ot repousse-
ront les Espagnols. Jusqu'ici, les aventuriers ne
s'dtaient point donnd un chef; ils furent obliges
d'en elire un dans la guerre qu'ils soutinrent centre
les Espagnols. Ce fut un Anglais nommd Willis,
homme capable et entreprenant, qui fut choisi pour





DE SAINT-DOMINGUE


dinger la troupe des aventuriers, car plusieurs An-
glais dtaient venus de Saint-Christophe avec les
Francais. Mais le sentiment national aveugla Wil-
lis; le calme etaiLt peine retabli qu'il rallia d'au-
tres Anglais autour de lui et voulut faire de ces
possessions une colonies anglaise. Un aventurier
d6vou6 A la France s'empressa de se rendre A Saint-
Christophe pour en fire part au commander de
Poincy, qui avait Let nomme des le mois de fevrier
1638 lieutenant pour Sa Majeste des isles de l'Amd-
rique.

Levasseur gouverneur de la Tortue.

Le commander de Poincy envoya A Saint-Do-
mingue Levasseur, officer intelligent et brave, et
lui donna le titre de gouverneur de la Tortue. Lo-
vasseur se mit h la tlte d'une quarantine d'hom-
mes, s'arrkta A la cite de Saint-Domingue pour
complete sa troupe, entra dans l'ile de la Tortue
ofi se tenait alors Willis et le forga A s'embarquer
avec ses Anglais. Levasseur 6tablit de superbes
fortifications a la Tortue et rdsista plusieurs fois,
en 1643, aux Espagnols. Mais il 6tait huguenot; il
fut intolerant comme on l'avait 6td en France a
l'egard de ses coreligionnaires. 11 refusa d'executer
les ordres du gouverneur general des iles et enfin
se d6clara inddpendant en pregnant le titre de prince
de la Tortue. Le fanatisme et l'ambition le perdi-
rent. 11 devint un tyran insupportable et fut assas-
sine en 1652 par Thibault et Martin, ses neveux,
qui s'emparerent du gouvernement,





32 HISTOIRE DES AFFRANCIIIS


Fontenay gouverneur de la Tortue et de la
c6te de Saint-Domingue.

Dans ce moment, le commander de Poincy diri-
geait vers 'ile de la Tortue des forces sous les or-
dres du chevalier de Fontenay, nomm6 gouverneur
pour le roi de la Tortue et cdte de Saint-Domingue.
Le nouveau gouverneur fit taire sans difficult les
pr6tentions des deux assassins. De Fontenay etait
un ancien corsaire de la Mediterranee qui reprit
avec plaisir, dans la mer des Antilles, son metier.
La Tortue et les cotes de Saint-Domingue devinrent
aussitot les repairs de tous les pirates de I'Ameri-
que. ( Le nombre des 6cumeurs de mers, dit Char-
( levoix, croissait tous les jours. Les habitants
a laissoient leurs terres en friche pour aller en
a course, et bien loin que le gouverneur s'y oppo-
( sat, ii 6toit le premier A les y porter; d'ofu il ar-
a rivoit que l'isle se trouvoit quelquefois presqu'en-
a tierement deserte. ) Les Espagnols choisirent, en
1654, un de ces moments ou 1'ile de la Tortue etait
sans d6fenseurs pour s'en emparer. Ils y mirent
cette fois une forte garnison, parce que les fortifi-
cations levees par Levasseur faisaient de cette ile
un point important.

Du Rausset gouverneur de la Tortue.

Cinq ans apres, en 1659, un sieur du Rausset,
gentilhomme perigourdin, apres avoir obtenu du
roi un brevet de gouverneur et lieutenant gdne'ral
dans I'ile de la Tortue, partit de France, s'arrfta A





DE SAINT-DOMINGUE


la cote de Saint-Domingue pour recruter des flibus-
tiers et alla conquerir l'ile de la Tortue. c Du Raus-
c set, dit Moreau de Saint-MAry, pretendait 6tre
a le propri6taire de la Tortue et it meconnaissait
nC mme la Compagnie des Isles lorsqu'il passa en
c France, en 1663, pour y regler ses droits. Du
c Rausset levant trop haut ses demands, la
i Compagnie obtint qu'il fut mis a la Bastille. D

Suppression de la Compagnie des Isles de
l'Am6rique et formation de la Compagnie
des Indes occidentales.

Le 15 novembre 1664, on fit sortir du Rausset de
sa prison pour passer l'acte par lequel il vendit d
la Compagnie des Indes occidentales ses droits et
actions au fond et au gouvernement de l'isle de la
Tortue, conquise par lui, pour la some de 15,000
lives. Or, ]a Compagnie des ILes do l'Amerique
avait ete supprim6e par Louis XIV le 17 avril 1664
et remplacee le 28 mai suivant par la Comnpagnie
des Indes occidentales. Louis XIV donnait en pro-
pri6tW a la Compagnie des Indes occidentales, pour
1'espace de 40 ans, les isles de I'Ame'rique appele'es
Antilles, possedees par les Francais, I'Acadie, le
pays de la terre ferme de 1'Amirique depuis les
Amazones jusqu'A l'Orenoquo, etc., et toutesles tcr-
res qu'elle pourrait conquerir el habiter. L'ddit du
28 mai accordait, en outre, A la nouvelle Compa-
gnie le droit de nonmmer des gouverneurs et offi-
ciers, de reundr la justice, de lIver des arnmdes,
d'6quiper des vaisseaux, de fire la paix ct lo guerro






34 HISTOIRE DES AFFRANCHIS


et enfin de dresser et arrgder tels status et rigle-
ments que bon lui semblera pour la conduite et di-
rection de ses affaires, en suivant les lois et ordon-
nances du royaume, et en se conformant d la cou-
tume de la prev6dl et vicomte' de Paris.

D'Ogeron, gouverneur de la TortUie et c6te
de Saint-Domingue.
Le 7 octobre de cette annie 1664, les directeurs
gendraux de la Compagnie des Indes occidentales
nommerent le sieur d'Ogeron, gouverneur de l'Isle
de la Torlue et cdte de l'Isle de Saint-Domingue,
pour trois annees, et supplibrent le Roi de fire
expedier au sieur d'Ogeron toutes letires et provi-
sions necessaires. Ce fut au mois de f6vrier 1665
que la commission de gouverneur fut adress6e au
sieur d'Ogeron, qui se trouvait alors a la cite de
Saint-Domingue. D'Ogeron dtait gentilhomme et
ancicn capitaine du regiment de la marine; il avait
en outre des qualitts propres au gouvernement.
Quoique estirn et respect par les habitants de
cette cbte, il sentit n6anmoins toute l'importance
de la tAche qu'on lui imposait. Aprbs une trentaine
d'annees de complete ind6pendance, il n'6tait pas
ais6 de donner les premieres lois A cette strange
population. Des le ddbut de son administration,
d'Ogeron reconnut les difficulties que rencontre-
raient l'autorite et les privileges de la Compagnie
des Indes occidentales, car les Flibustiers et les
Boucaniers lui declarerent qu'ils ne pr6tendaient
point renoncer a leur commerce avec les strangers.





DE SAINT-DOMINGUE


Comprenant que le temps seul pouvait ramener A
l'ordre de tels hommes, il ne" chercha point A se
raidir centre leur resolution. 11 fit mille efforts pour
adoucir les mceurs des aventuriers et s'il n'y reussit
point absolument, il donna du moins A ces posses-
sions une certain forme qui les montra pour la
premiere fois comme une colonie frangaise. Au
moment ofi M. d'Ogeron prenait les renes du gou-
vernement, il existait A la Tortue et A la cote de
Saint-Domingue environ 400 personnel; les prin-
cipales bourgades de la cAte de cette derniere ile
dtaient le Port-Margot, le Port-de-Paix, le Petit-
Godve et Le'ogane. L'industrie des habitants con-
sistait toujours dans une horrible piraterie, dans
quelques petites plantations de tabac et dans la
chasse qui fournissait des cuirs. A l'expiration des
trois annees portees dans les provisions de M. d'Oge-
ron, il passa en France pour fair renouveler ses
pouvoirs. 11 pr6senta A M. Colbert, en 1669, un
m6moire dans lequel il s'exprimait ainsi: c I y
a avait A la Tortue et clte de Saint-Domingue
, 400 homes, lorsque j'en fus faith gouverneur, il
Sy a quatre ans; il y en a, presentement, plus de
, 1,500. J'y ai faith passer chaque annie A mes
a dpens, 300 personnel. ,

Premiere r6volte des colons de
Saint-Domingue.

M. d'Ogeron rentra dals la colonies a la fin de
1669 ou au commencement de 1670. Los directeurs
de la Compagnie des Indes occidentales ayant pro-





89 HISTOIRE DES AFFRANCHIS

bablement blam6 la grande condescendance du
gouverneur pour les habitants, celui-ci voulut se
montrer rigide et arriter entierement le commerce
avec les strangers. Mais les aventuriers tenaient a
leur coutume et protestaient contre les privileges
exclusifs accords A la Compagnie. Cela so congoit:
la Compagnic'leur vendait 300 pour cent plus cher
que les strangers. En mai 1670, deux navires hol-
landais vinrent mouiller dans le port de Leogane,
apres avoir pris des cuirs a Bahyaha et vendu des
marchandises au Port-dc-Paix. Les capitaines hol-
landais inviterent les habitants de L6ogane a une
fete qui cut lieu A bord dos deux navires. Des toasts
furent ports au bruit du canon. Les capitaines
hollandais burent naturellement A la destruction
du joug impose aux habitants de Saint-Domingue
par une Compagnie qui les privait meme des objets
de premiere necessitd. Le commandant du quarticr
du Cul-de-Sac qui demeurait au Petit-Goave, enten-
dant le bruit du canon, se rendit a Leogane. 11
defcndit aux habitants de trafiquer avec les deux
navires. En retournant au Petit-Goave, il fit saisir
deux chaloupos qui portaient des marchandises Io
long de la cote. Les capitaines hollandais arrivirent
aussitot au Petit-Goave avec quelques hommes
arms; ils reprirent leurs chaloupes, arret6rent le
commandant du Cul-de-Sac et le gardrrcnt a bord
come prisonnier. Quand M. d'Ogeron apprit ce
fail, il alia sur un navire de la Compagnie des Indes
occidentales reclamer le conimandantdu Cul-de-Sac
que les capitaines hollandais s'cmprcssrocnt de lui
rendre. II se dirigea ensuite vers le Petit-Goave





DE SAINT-DOMINGUE


of les esprits etaient tris excites. En paraissant
dans le port, il fut recu A grands coups de fusils.
11 quitta sur le champ ce lieu et gagna la Tortue,
car il sut que la revolte s'6tendait dans toute la
parties frangaise de Saint-Domingue, M. d'Ogeron
fit aussit6t part de ces 6evnements A M. de Baas,
gouverneur et lieutenant-gene'ral pour le roi des
isles franchises de l'Ame'rique, lequel sc tenait A la
Martinique. M. de Baas ordonna vainement A
M. de Gabaret, chef d'escadre de se porter sur les
ctes de Saint-Domingue pour ddfendre les intdrits
de la Compagnie. I1 fallut un ordre du roi pour
determiner M. de Gabaret. Apris beaucoup de
temps perdu, cet ordre arriva ct M. de Gabaret alla
joindre M. d'Ogeron au commencement de 1671.
Le gouverneur de Saint-Domingue se rendit alors
au Petit-Gobve avec I'escadre. 11 dll t les revoltds,
mais il ne reussit point a les rappeler A l'obdissance.
Copendant les mutins mirent has les arms peu
apres et ddclarerent de lour propre inouvement
qu'ils etaient prkts A suivre les ordres du roi et de
la Compagnie. M. d'Ogeron en donna avis au roi
qui envoya a Saint-Domingue une amnistie datee
du mois d'octobre 1671. Telle fut la premiere revolte
des colons de Saint-Domingue.

Measures pour 1'introduction de nouveaux noirs
dans les colonies.

Les esclavcs noirs qui se trouvaient alors dans
la parties franchise de Saint-D)oiingue, avaient d16
enlevds aux Espagnols ou achetds dos llollandais.






38 IIISTOIRE DES AFFRANCHIS


Les rdsultats des travaux de ces honimes defer
6taient si satisfaisants que Louis XIV vit la n4ces-
site d'en transporter un grand nombre dans les miles.
DNs le 26 aoit 1670, le Conseil d'Etat, Sa Majeste
assistant, avait pris la resolution suivante :
( Comme il n'est rien qui contribute davantage A
a l'augmentation des colonies et A la culture des
u terres que le laborieux travail des negres, Sa
< Majest6 desire faciliter autant qu'il se pourra la
e traite qui s'en fait des cutes de Guinde aux dites
isles. Et etant avertie qu'on faith payer cinq pour
a cent desdits negres A leur arrivee aux dites isles,
a Sa Majest6 ordonne que tous particuliers francais
a qui front A l'avenir la traite des negres de Guinde
c aux isles de l'Aml rique, seront exempts du droit
a de cinq pour cent. 3 Enfin, le 13 janvier 1672,
Louis XIV attacha la prime suivante A l'impor-
tation des noirs : ( Sa Majest6 declare qu'il sera
paye de ses deniers aux negociants francais, A
Scommencer du lPr fdvrier, la some de 40 livres
a pour chaque tate de noir qu'ils auront charge
a aux cites de Guyane et qu'ils apporteront aux
a dites isles et 5 lives aussi pour chacune, au
e capitaine de vaisseau dans lequel ils auront
a passe et ce des deniers de la Compagnie. D Le roi
ddsirait ardemment augmenter la population
noire de ses colonies, mais il ne r6ussit point a
faire importer imm6diatement beaucoup d'Afri-
cains A Saint-Domingue. Nous en dirons bientit
la cause.





DE SAINT-DOMINGUE


Suppression de la Compagnie des Indes occi-
dentales et incorporation des colonies au
domaine.

La rdvolte de 1670 avait preoccup6 Louis XIV,
elle influ* sans doute sur la resolution qui fut prise
au mois de decembre 1674. La Compagnie des
Indes occidentales fut supprimee au moyen du
remboursement du capital fourni par les int6resses.
En incorporant au domain de la couronne toutes
les terres qui avaient 6t6 conc6d6es a la Compa-
gnie, le roi invita tous ses sujets a aller trafiquer
dans ces iles et continent. Cette measure eit Wtd
dl'un grand secours pour la colonies naissante, mais
ie systeme des fermes, particulirement la ferme
general de la vente exclusive des tabacs, arrbta
l'essor de Saint-Domingue et de la seule culture
qui s'y opdrait sur une bien petite 6chelle.

MM. B61izani, Mesnager et d'Aulier, charges
de administration financibre des colonies.

L'Udit de revocation de la Compagnie des Indes
occidentales renfermait une clause par laquelle Ic
roi abandonnait pendant six annies les revenues
des colonies pour acquitter les dettes de la Com-
pagnie. Ainsi le roi so chargeait d'administrer
imm6diatement les colonies, mais il no devait avoir
la jouissance de lours revenues que le lcr janvier
1681. En consequence, il confia administration
financiere des nouveaux domains a MM. Belizani,
Mesnager et d'Aulier, qui Utaient los dirccteurs





40 HISTOIRE DES AFFRANCHIS


g6n6raux de la Compagnie et qui s'etaient faith, en
exergant leur charge, une reputation d'integritW.
Louis XIV leur donna entre autres pouvoirs ceux
de liquider les operations de la Compagnie et
d'affermer, comme ils le jugeront i apropos, les
droits seigneuriaux d'entrue, de s8r*'et tous
autres qui se event ou pourraient 6tre levis dans
lesdites colonies. Le 24 mai 1675, les droits du roi
dans ses colonies furent affermes pour sept ans a
Jean Oudietle, qui y procAda, sous le titre de fer-
mier general du domain d'Occident. Mais Jean
Oudiette qui etait le directeur de la Compagnie des
fermiers du domaine d'Occident, n'6tablit point de
comptoirs A Saint-Domingue comme nous le ver-
rons par la suite.

Gouvernement de M. de Cussy.

M. d'Ogeron dtant mort dans un voyage qu'il fit
en France en 1675, M. de Pouancey, son neveu,
fut nomm6 gouverneur le 16 mars 1676. M. de
Pouancey mourut a Saint-Domingue vers la fin de
1682. M. de Cussy qui dtait un des lieutenants de
M. d'Ogeron se rendit en France, obtint les pro-
visions de gouverneur le 30 septembre 1683.et
rentra dans la colonies en avril 1684.
La population de Saint-Domingue s'dtait consi-
ddrablement accrue sous les gouvernements de
MM. d'Ogeron et de Pouancey. En 1669, le nombre
des habitants de Saint-Domingue et de la Tortue,
ainsique nous l'avons dit, s'dlevaita 1,500; il y avait
en 1684, 7,848 personnel blanches, noires et jau-





DE SAINT-DOMINGUE


nes des deux sexes. Le corps ees boucaniers ou
chasseurs avait presque enti6rement disparu. Lc
petit nombre d'habitants vivait dans une affreuse
misbre, ne retirant point assez de la culture du
tabac poured etenir les esclaves et les engages.

D6sordres des flibustiers.
Les flibustiers, les plus c6lbres pirates don't
I'histoire fasse mention, formaient la majority de la
population. Ces homes s'dtaient enrichis des dd-
pouilles des peuples de toutes les miles et cotes dc
l'Am6rique. Passant leur vie sur les mers, au mi-
lieu des dangers incessants qu'ils bravaient, ils
dtaient devenus farouches et incapables de porter
le moindre joug. M. d'Ogeron avait vainement faith
venir de France de jeunes et timides orphelines,
come disent les 6crivains de l'dpoque, pour rete-
nir lus aventuriers ct les attached a la Socidte. Les
autres gouverneurs avaicnt chass6 les plus 16md-
raires, en los ddclarant forbans. Mais on ne r6ussit
point a d6tourner ces homes de cette existence
attrayante, pleine de fatigues et de loisirs. Les mi-
nistres des colonies, M. de Colbert et son fils et
successeur M. le marquis de Seignelay, avaicnt re-
command6 aux gouverneurs d'engager les flibus-
tiers A se livrer a la culture, mais tous ces soins
avaicnt d16 inutiles.

MM. Saint-Laurent et Begon envoys A Saint-
Domingue pour constater ses besoins.
En 1684, Louis XIV yant reconnu que la colonic
de Saint-Domingue avait une population suffisanto





4- IfISTOIP E bDsl AF'FlANCilIS


pour recevoir une s6rieuse organisation, vu l'ab-
sence du gouverneur g6n6ral des miles, M. le coite
de Ble'nac, charge M. le chevalier de Saint-Laurent,
qui venait d'etre nommn lieutenant du Roi au gou-
vernement des miles francaises de l'Al?'rique, de se
joindre a Ml. Be'gon, intendant general des miles, et
d'aller i Saint-Dominguc pour, de concert avec
M. de Cussy, gouverneur particulier de cette colo-
nie, examiner 1'Ntat de la dite colonies, dtudier et
constater ses besoins, et enfin presenter A Sa Ma-
jestd les moyens d'y 6tablir le regno de la loi.
MM. de Saint-Laurent et B6gon partirent de la
Martinique et ddbarquerent au Cap dans les pre-
miers jours d'aoit 1684. M. de Cussy avait prdpare
un travail qui les dclaira sur tout ce qu'il fallait
fair pour introduire graduellement dans la colonic
la religion, la justice, l'ordre et la discipline. Les
commissaires reconnurent avec M. de Cussy quo
les flibustiers formaient la majority des habitants
de Saint-Domingue, qu'ils 6taient les principaux
d6fenseurs de la colonie ot qu'on ne pouvait so
passer d'eux. Apres avoir admis la necessit6 de
conserver les flibustiers, ils reconnurent encore quo
pour les retenir a Saint-Domingue, il fallait former
les yeux sur leurs courses, et que pour assujettir
aux lois ces aventuriors, il y avail dos measures gra-
duelles A prendre. Enfin, tous les besoins de la co-
lonic furent consigns dans un mdmoire que MM. do
Saint-Laurent et Bigon adressiront au Roi. M[is
Louis XIV n'approuva pas toutes les measures pro-
posses par les commissaires. I1 d6clara qu'il no
fallait pas discsp6rer les flibustiers et les obliger





DE SAINT-DOMINGUE


A s'unir aux pirates anglais, mais qu'on devait Irou-
ver les moyens de les empicher de trouble la li-
bertd du commerce. II pr6tendit que les gouver-
neurs avaient excedd leurs pouvoirs et commis une
grande faute en donnant aux flibustiers dos com-
missions pour leurs courses; qu'il (tait temps d(
fair de ces vagabonds de bons hahiants. Tels
6taient les ordres du Roi exprimds dans la lettrc
quo le marquis de Seignelay 6crivit MI. le come
de Blinac, gouverneur general dos ilcs. MM. de
Sainl-Laurent et Begon, ayant accompli leur mis-
sion, quitterent le bourg du Cap le Ier d6comlro
1684 pour reprendre les functions qu'ils exercaient
a la Martinique, qui tLait alors le si'ge du gouvcr-
noment gdndral des iles. Peu apres, le lloi donna a
scs colonies une organisation par los ddits du mois
do mars ot du mois d'aoLt 1685.

Code noir.

Lo code noir est le titre qu'on donna A l'ddi do
mars 1685, mais cot acle no posait pas moins des
principles communs aux classes de la Socidtd des
ilos franchises. Ainsi leo oi inLerdisait 1'cxercice pu-
blic d'autre religion que la religion catholique,
apostolique et romaine, ordonnait d'obscrver los
dimanches ct fltes, ddfondait do travaillor, fair
travaillor et do tLnir march cos jours, ddclarait
batards les enlants nds d'unions contracltcs avec
des individus d'uno autro religion Lc prescrivait
pour les marriage los solcnnitds 6tablics par For-
donnance de Blois.





44 iIISTOiRE DES AFFRANCIIlS


Les habitants des iles 6taient divis6s en libres et
en esclaves. Tant que l'esclave n'6tait pas affranchi,
il 6tait regard comme meuble et oblige de souffrir
les chAtiments et d'ex6cuter les travaux que lui in-
fligeait ou lui imposait son maitre, pourvu quo ces
chtaiments et cos travaux ne ddg4nerassent point
en mutilation ou en torture. Dans ce cas, comme
dans le d6faut d'entretien, le procureur du Roi 6tait
tenu de proceder extraordinairement centre le
maitre et sans frais. L'6dit dtablissait l'esclavage
des noirs dans les colonies, mais ne d6clarait pas
que les noirs et leurs descendants n'dtaient point
des homes comme les blancs. Si l'esclavage rete-
nait le noir dans un complete 6tat d'avilissement,
l'affranchissement le plagait dans la classes des li-
bres, le rendait l'dgal des blancs, en faisant seule-
ment A chaque affranchi une loi d'oublier Ie pass
et de respecter son ancien maitre et sa famillo.
Cette clause avait pour but d'empecher les recri-
minations. Voici les articles de l'ddit qui so rappor-
taient particulierement aux affranchis :

(c ART. 56. Les esclaves qui auront ete fait
ah lIgataires universels par leurs maitres ou nom-
( mds exdcuteurs de Teurs testaments ou tuteurs
, de leurs enfants seront tenus et r6putes, et les
a tenons et r6putons pour affranchis.
a AnT. 57. D6clarons leurs affranchissoments
c faits dans nos isles, leur tenir lieu do naissance
( dans nog isles, et les esclaves affranchis n'avoir
(c besoin de nos lettres de naturalit6 pour jouir des
(ccavantages de nos sujets naturels dans notrc





DE SAINT-DOMINGUE


( royaume, terres ct pays de notre obdissance, en-
a core qu'ils soient nds dans les pays strangers.
c ART. 58. Commandons aux affranchis de
a porter un respect singulier a leurs anciens mai-
(( tres, 4 leurs veuves et 4 leurs enfants; en sorte
a que l'injure qu'ils leur auront faite soit punie
a plus grievement que si elle etait faite & une autre
a personnel. Les ddclarons toutefois francs et quit-
c tes envers eux de toutes autres charges, services
( et droits utiles que leurs anciens maitres vou-
Sdraient prdtendre, tant sur leurs personnel que
c sur leurs biens et successions en quality de pa-
c trons.
a ART. 59. Octroyons aux franchise s les d-
a mnes droits, privileges et immunites dontjouissent
(( les personnel nees libres, voulons qu'ils mdritcnt
a uae liberty acquise et qu'elle produise en eux,
c tant pour leurs personnel que pour leurs biens,
c los m8mcs effects que le bonl'eur de la liberty na-
t Lurelle cause a nos autres sujets.
L'6dit d6fendait le concubinage des maitres avec
leurs esclaves sous les peines les plus rigoureuses
(art. 9), mais encourageait leurs unions legitimes.
c N'entendons toutefois le present article avoir
a lieu lorsque l'homme qui n'dtait point marid A
c une autre personnel durant son concubinage avec
son esclave 6pousera, dans les formes observees
c par I'dglise, sa dite esclave, qui scra affranchie
c par ce moyen et les infants rendus libres et ldgi-
( times. a))
Ainsi, en 6tablissant la servitude des noirs, l'Fdit





46 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


dtablissait a cote l'affranchissement qui donnait
aux noirs les droits don't jouissaient les blancs.
Loin de trouver dans cet acte le prdjug6 de cou-
leur, on voit au contraire qu'il laissait aux blanes
et aux noirs touted la facility de se m&ler. Tel fut
l'esprit de 1'6dit du mois de mars 1685.

Organisation judiciaire.

L'6dit du mois d'aoft 1685 crda un Conseil sou-
verain et quatre sieges royaux ou s6nechauss6es.
Le Conseil souverain futl tabli au bourg du Petit-
Godve et les quatre sieges royaux, le premier au dit
bourg du Petit-Godve, le second a Leogane, le troi-
sime au Port-de-Paix et le quatrieme au Cap. La
jurisdiction du siege royal du Petit-GoAve s'6tendait
sur le Grand-Godve, le Rochelois, Nippes, la
Grande-Anse et l'lle d Vache; celle du siege royal
de Ldogane comprenait les 6tablissements de 1'Ar-
cahaie; celle du si6ge royal du Port-de-Paix comp-
tait le Port-Francois, le Mdle-Saint-Nicolas et la
Tortue, et celle du siege royal du bourg du Cap
touted la bande du nord tirant vers l'est.
Le Conseil souverain 6tait compose des gouver-
neurs et intendant g6ndraux des iles, du gouver-
neur particulier de Saint-Domingue, de deux lieu-
tenants, de deux majors, de douze conseillers.
Le Conseil souverain se rdunissait au moins une
fois par mois. Le gouverneur g6enral presidait et,
en son absence, l'intendant ou un autre membrc,
d'apres l'ordre ci-dessus. L'intendant recueillait les
voix et pronongait les arrests, et, en son absence, le






DE SAINT-DOMINGUE


plus ancien conseiller. Le Conseil souverain jugeait
en dernier resort tous les proces et diffi'ends, tant
civils que criminals, sur les appellations des sen-
tences des sibges royaux et ce sans aucun frais.
Chaque siAge royal etait compose d'un s6ndchal,
d'un lieutenant, d'un procureur et d'un greffier.
Les lois du royaume devaient s'observer tant en
premiere instance qu'en dernier resort. On se sou-
vient que la coutume de Paris avait ite prescrite
en 1664 pour les colonies, lors de la formation de
la Compagnie des Indes occidentales.
Avant la promulgation de l'edit du mois d'aoit
1685, la justice 6tait rendue A Saint-Domingue par
un conseil d'officiers de Sa Majestd et d'officiers de
milice, pr6sid6 par le gouverneur. Moreau de
Saint-Mery, dans le Recueil des lois et constitutions
des colonies, montre un arrit du lor f6vrier 1682
comme la plus ancienne piece qui fasse connaitre
l'administration de la justice A Saint-Domingue.
C'est un arret du Conseil de Leogane, compose
d'officiers de milices et d'habitants, jugeant en pro-
miere et derniere instance, le Conseil donnant acte
a la dame Anne Sillot du renonce qu'elle a fait au
greffe, de la communaute' d ddefint le sieur Fran-
cois Jannet.










DE LA PUBLICATION DIJ CODE NOIR
JUSQU'A LA SECOND IREVOLTE DES COLONS DE
SAINT-DOMINGUE


Formation des Compagnies du SenBgal et de
Guin6e pour la traite des noirs.

En donnant cette organisation aux colonies, le
Roi songeait serieusement A l'agriculture, qui pou-
vait les faire prosp6rer. Mais on rdussissait diffici-
lement A se procurer des noirs qui souls 6taient ca-
pables de se liver avec success au travail des
champs dans ce climate brflant. Les sieurs B6lizani
et Manager, auxquels Louis XIV avait confi6 la di-
rection de ses intdrets financiers dans les colonies,
avaient faith un trait avec Jean Oudiettc, le fermier
g6ndral du domaine d'occident, par lequel trait cc
dernier s'obligeait a porter 800 noirs par an aux miles
fran(aises. Mais Jean Oudietto n'ayant pas rempli
ses engagements, MM. B6lizani et MAnager avaient
sign le 21 mars 1679 un autre trait avec la Com-
pagaie du Sdnegal pour le transport do 2,000 noirs
par an. Cette Compagnie n'exdcuta pas mieux son
contract. Alors lI Roi rdvoqua, lI 12 septembre 1684,





DE S.INT-DOMILNGUE


les privileges accords A la Compagnie du Senegal
et invita tous ses sujets 5 faire la traite. Cependant,
des r6clamations ayant Wet adressdes au Roi par les
interesses influents de ladite Compagnie, Sa Ma-
jestd forma, au mois de janvier 1685, deux Compa-
gnies, cell du Sendgal pour faire la traite depuis
le cap Blanc jusqu' la riviere de Sierra-Leone et
celle de Guinee pour faire le meme traffic depuis la
riviere de Sierra-Leone jusqu'au cap de Bonne-
Esperance. Les deux Compagnies n'importkrent pas
plus de noirs dans les colonies, malgrd la prime de
13 livres par tate de noir et tous les autres privi-
liges qui leur furent accords. L'6tat des colonies
franchises 6tait encore tel que l'exprimait l'arret du
conseil d'Etat du 12 septembre 1684: La plupart
a des habitants des isles qui manquent de negres et
a n'ont point d'autres moyens de cultiver leurs ter-
K res ct habitations projcttent d'abandonner les
a isles. )

Indiscipline des flibustiers.

Deux mille flibustiers dtaient parties de Saint-
Domingue en 168i. Ils so jeterent sur les cites du
continent, rocueillirent tantit d'immenses butins et
tantft essuybrcnt des rivers. Par uno just reprd-
saille, les Espagnols desolaient les cotes do Saint-
Domingue. En 1685, M. de Cussy ayant su quodeux
c616brcs chefs des Ilibusticrs, Granmont ct Laurent
de Graft so disposaient a so rendroe Campicho, so
transport F'ile i Vacho ou l'on faisaitl'armcmcnt.
.I voulut empicher to depart des Ilibustiers, mais ii





0 IIISTOIRE DES AFFRANCHIS


vit son autorit6 m6connue et 1,100 aventuriers s'em-
barquer sans permission, laissant Saint-Domin-
gue dans un complete abandon. M. de Cussy eut quel-
ques anndes fort difficiles a traverser. La misere
continuait A rdgner parmi les habitants qui reje-
taient leurs maux sur le gouverneur; ils se soule-
verent au Cap pour un prdtexte futile et voulurent
en nommer un autre. Cetattroupement fut aismment
dissip6 par un lieutenant de M. de Cussy. Aussi,
celui-ci d6clara au ministry qui l'engageait A 6ta-
blir un droit de poids et de capitation qu'il y avait
tout A craindre d'une tclle measure, dans I'6taAoo
se trouvaient les habitants.

M. de Cussy s'empare de Saint-Yague.

Pour retenir les flibustiers dans la colonic ct faire
une utile diversion, M. de Cussy leur proposal d'en-
vahir la parties espagnolc. I1 se mit a lour tcte au
mois de juin 1869 ct se jeta sur Saint-Yague qu'il
enleva, mais qu'il abandonna aussitut, voyant ses
troupes ext6nudes et craignant le d6bordcment des
rivieres.

Attaques des Espagnols et des Anglais.

En 1690, les Espagnols vinrent A leur tour atta-
quer le Cap. Ils battirent les Francais dans un com-
bat oii M. de Cussy perdit la vie. a Ils parcouru-
a rent en vainqueurs, dit.Charlevoix, touted la plain
a du Cap, brCilrent le bourg, emmenrrent un
< grand nombre d'enfants, de femmes et d'esclaves





DE SAINT-DOMINGUE


i et massacr6rent tous les hommes qu'ils purent
a surprendre.... Enfin les Espagnols charges de
a depouilles, mais beaucoup plus contents de nous
a avoir humili6s, se retirerent chez eux. v
Les Anglais vinrent, de leur c8te, en 1691, de-
vant Ldogane, canonnerent pendant trois jours
ce quarter, se rendirent a Nippes et apres l'avoir
inccndie, s'eloignerent.


M. Ducasse est nomm6 gouverneur.

Lorsque M. Ducasse succeda a M. de Cussy
dans le gouvernement de cette colonies, la popu-
lation se trouva par les recensements reduite de
moiti6. Presque tous les flibustiers avaient disparu.
A peine en comptait-on sept cents. M. Ducasse
ayant fait connaitre au ministry des colonies, M. de
Pontchartrain, 1'6tat desolantde Saint-Domingue et
les projects qu'avaient forms les Espagnols et les
Anglais pour s'emparer de concert de cette colonie,
trois navires de guerre commands par M. du Rol-
lon furent envoys pour proteger les cotes de
Saint-Dnmingue.

Expedition A la Jamaiqu.e.

Dans la situation of dtaient les chose, qui croira
que M. Ducasse osa fire une expedition ? Au mois
de juin 1694, il se mit avoc M. du Rollon A la tetc
d'une escadrille de 23 voiles portant 1,500 hommes
do la cOte de Spint-Domingue qu'il avail r6unis





52 IIISTOTRE DES AFFRANCIIIS


avec mille efforts. II se dirigea vers la Jamaique
oft iL opera une descent. II retourna au mois
d'aoitt suivant a Saint-Domingue avec un grand
butin compose de 3,000 esclaves, d'indigo, de mar-
chandises et de chaudieres A sucre.

Les Anglais et les Espagnols coalis6s s'empa-
rent du Cap et du Port-de-Paix.

Le resultat do cette expedition fut d'amener dd-
finitivement sur les cotes de Saint-Domingue les
Anglais et les Espagnols coalis6s. 4,000 hommes
de d6barquemcnt, Anglais et Espagnols, por-
tds par 22 voiles se joignirent au mois do juillot
1695 2,000 hommos envoys par terre par
!e gouverneur de la parties espagnole. Ils s'empa-
rerent du Cap et du Port-de-Paix, ravagrcont ces
bourgs et firent un grand nombro de prisonniers.
Les Anglais eurent pour lot les hommes, et les Es-
pagnols les femmes et les enfants.. Cette conqulte
ne fut pas poussde plus loin : les allies renoncerent
au project qu'ils avaient faith de chasser tous les
Frangais de 'ile parcel que le caractere des Espa-
gnols ne put pas denmeurer plus longtemps en con-
tact avec le caractLre des Anglais. Les deux ar-
mes coalisses s'dtaient fait jusqu'ici des conces-
sions qui en se prolongeant ktaicnt devenucs
intoldrables.
L'ann6e suivante, M. Ducasse, voyant les Anglais
menacer constamment les c6tes do Saint-Domingue
et redoutant uno nouvolle desconte, temoigna ses
craintes A M, do Pontchartraii, ministry des co-





DE SAINT-DOMINGUE


lonies. Celui-ci lui r6pondit qu'il fallait se jeter
sur la Jamalque. c Comment, lui 6crivit M. Ducasse
a serais-je en pouvoir d'attaquer ]a Jamaique? Je
W n'ai personnel. S'il y allait de me sauver la vie, je
C ne trouverais pas 50 flibustiers, le rebut de tous
* les autres : tous les quarters sont en proie aux
esclaves; je ne puis pas mettre 600 hommes en
c armes. >) Nous avons dcja dit que tous les bou-
caniers 6taient morts.

Expedition a Carthagene.

Le corps des flibustiers, qui, dans les anndcs prd-
cddentes, s'dtait 6lev6 jusqu'A 4,000 hommes, no
presentait plus que 6 ou 700 hommes. Cede-
bris de flibustiers 6tait alors en course ; cepen-
dant M. Ducasse rdussit, apres mille perquisilions,
A rallier l'ann6e suivante environ 650 aventuriers,
pour faire parties d'une expedition A Carthagene,
conform6mont aux ordres du ministry des colonies.
Ce fut le baron de Pointis qui eut la direction do
cotte entreprise. II vint a Saint-Domingue au mois
de mars 1697, A la tote d'une escadre compose de 7
vaisseauxet d'autres batiments portant plus de 2,000
hommes de d6barquement. M. de Pontchartrain or-
donnait A M. Ducasse d'ajouter A ces forces environ
1,000 A 1,200 hommes de Saint Domingue, sans
pourtant trop degarnir son gouvernement. M. Du-
casse, avec pine, forma le contingent de Saint-Do-
mingue, des 650 flibustiers qu'il avait retenus,
do 170 soldats des compagnics europicnnes, on
garnison, do 110 habitants ot do 180 affranchis ct





54 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


esclaves. L'cscadre, forte de 7 vaisseaux, 7 frigates
et d'autres bitiments, quitta les cotes de Saint-
Domingue vers la fin de mars. M. Ducasse s'em-
barqua avec le baron de Poinais,'apres avoir laissd
a la tete du gouvernemcint de Saint-Domingue
M. le come du Boissy Raymin, ex-gouverneur de la
petite colonies franchise de Sainte-Croix, mainte-
nant commandant do la partic nord de Saint-
Dominguc, avoc le droit, par son brevet, de com-
mander en chef pendant l'abscnce du gouverncur.
L'armie, commander par le baron de Pointis, s'em-
para de Carthagine au mois de mai 1697 ot fit un
butin estim6 a 20 millions de livres non compris les
marchandises de prix. La conduite des vainqueurs
fut infime. Ils profan6rent les eglises, cnlcverent
l'argentorie et les ornements dos aulels. M. Ducosse
retourna- a Saint-Domingue apres une absence do
pres de trois mois.
La France voulait diriger les flibustiors vers la
culture et elle encouragcait ouvcrtement d'un autre
cot6 leurs brigandages, en les associant iI des ex-
peditions qui n'dtaicnt qu'une pirateric officiollc.
Chaque expedition amenait une represaillc. Les
escadres anglaises et espagnoles ne cesserent done
d'envahir les cotes de Saint-Domingue, par pur
esprit de vengeance, car la mis6re dos habitants
et la prodigality des flibustiers no laissercnt point de
quoi indemniser les ennemis. Cos luttes inutiles
arrCirent longtemps le ddveloppoment de la cul-
ture de Saint-Domingu ; nous disons maintenant
Saint-Domingue seulemen)t, car, A cetle dpoque, 1p
Tortue Rtait presque ddlaisseo,





DE SAINT-DOMINGUE


L'insuffisance des noirs arrfte l'essor de la
culture A la fin du XVIIe siecle.

La culture de Saint-Domingue consistait, dans ce
moment, en tabac et en indigo. Les habitants
avaient plante du coton vers 1684, mais ils avaient
arrach6 leurs cotonniers aprbs la premiere r6colte,
en pretendant que le coton qu'un esclave pouvait
faire par an ne suffisait point pour couvrir les frais
qu'occasionnait cet esclave. L'indigo avait mieux
produit et les habitants qui en avaient essay la
culture demandaient i grands cris des noirs pour
faire prosp6rer la colonies. Quelques flibustiers di-
saient meme que, si on introduisait suffisamment
de noirs dans la colonies, ils so seraient d6cid3s h
s'attacher exclusivement a la culture, en y cm-
ployant lours 6pargnos.

RBsultat malheureux de 1'introduction des
travailleurs europ6ens dans la colonie. Com-
ment trouver une quantity suffisante d'es-
claves pour les besoins?

Les colons no voulaicnt plus d'engagds blanco ,
parce que, arrives sur ce sol brillant, lo plus grand
nombre perissait et los survivants devcnaicnt pa-
resseux et vagabonds. Par son ordonnance du 30
septemlbre 1(68(, Louis XIV avait dit que ce qui
avail conlribud I l'augmentation de la colonic tail
le grand nombre d'engagcs qui y avaient ed'





5 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


transport's, lesquels etaient devenus habitants par
la suite; qu'en consequence, il ordonnait qu'd partir
de 1687 tous les habitants de Saint-Domingue fus-
sent tenus d'avoir un nombre d'engage's pareil ,
celui des negres qu'ils entretiendraient pour fire
valoir leurs habitations. Ce systime 6tait conforme
a l'esprit de la legislation de 1685. Mais la colonies
ne pouvait se peupler do blancs quo par une tongue
suite de siocles, tandis qu'ello pouvait etre enti6rc-
rement peupl6e de noirs en quelqucs annies. Le
blanc mourait ou s'acclimatait, il s'acclimatait
come maitre et mourait comme travailleur. Le
noir, au contraire, fait h un climate plus violent,
n'avait pas bosoin de repos pour s'exposer au solcil
des Antilles. Jusqu'A l'introduction des noirs dans la
parties frangaise do Saint-Domingue, il faut le dire,
la culture n'en avait eu que le nom. Co furent cos
honmmes vigouroux et endurcis qui fircnt sortir de
cotte terror ses rdcolles prodigicuses. En IG699,
Louis XIV renonca done a peupler ses colonies
d'engages parce qu'on en perdait trop. I1 reconnut
qu'on ne pouvait pas introduire un grand nombre
d'engag6s a la fois clans les lies, et it ne songca
qu'a en fair des chefs d'ateliers. a Cet usage, dit
Moreau de Saint-M~ry, (description do la par-
c, tie franchise), don't il est assez remarquable que
a les Anglais aient les premiers donnd l'idec dans los
c colonies de I'Amdrique Septentrionale oi il exist
a encore aujourd'hui malgr6 leur independence,
a ne put pas se soutenir aux 'les franchises. Ce ne
a fut mmeo que jusqu'i 1'6poque oi le tabac fut
SI1'objet principal et m6mo unique du commerce





DE SAINT-DOMINGUE


Colonial que les engagds furent trouv6s propres
c aux memes emplois que les negres. Mais la cul-
a ture de l'indigo et surtout celle de la canne a su-
c ere exigerent impirieusement des individus plus
a capable de resistcr 5 l'effet continue d'un soloil
c ardent.... Les engages, qu'on avait continue de
a transporter en tres petit nombre, ne furent plus
a que des chefs d'ateliers de negrcs. Par les or-
donnances du Roi des 19 f6vrier 1698 et 8 avril
'1699, tous les navires allant aux miles frangaises de
l'Am6rique furent tcnus de porter : ceux de 60 ton-
neaux, trois engages, ceux au-dessus do 60 ton-
neaux, quatre engage's et ceux au-dessus de 100 ton -
neaux, six engage's. Ces ordonnances abrog6rcnt
l'ordonnance qui voulait que les habitants eussent
dans leurs ateliers un nombre d'engages 6gal A
celui des negres; polls exigerent que les colons
cussent sculement un engage par chaque vinglaine
de noirs. Nous verrons, par la suite, que l'on
rdussit A faire transporter pendant quelque temps
des engages dans los colonies, mais que l'on ne
parvint jamais a avoir dans les ateliers de Saint-
Domingue un blanc par 20 noirs ni mime par 60
noirs. Quand M. Ducasse apprit, par l'ddit du mois
de septembre 1698, la formation de la Compagnie
royale de Saint-Domingue, pour dtablir la parties du
sud qui dtait inculte jusqu'ici, ii dcrivit i M. de
Pontchartrain : a Les vieux habitants sont cmbar-
c rassds de leurs personnel et ceux qui ont du
c bien veulent so retircr. Ily a dix-sept ou dix-huit
c ans quo los Francaisn'ontpas apporlt un nigro...
c Of trouver des sujcts ? Les engages mourront, et





58 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


( c'est un grand hasard quand il s'en rencontre
" quelqu'un qui projette des 6tablissements ; ils
a sont trop rebuts du travail de la terre et de la
c misere. )

Les companies du Se6ngal et de Guin6e sont
si inactives que Louis XIV se voit oblige de
permettre aux colons de Saint-Domingue
d'acheter des esclaves dans les colonies voi-
sines.

C'6taient done des noirs qu'il fallait a Saint-Do-
mingue, puisqu'il etait 6videmment prouve quo
c'6taient les seuls hommes qui pouvaient s'occuper
do culture dans ce climate. On avail fait depuis
quelques annies des tentatives de tous cotes pour
en avoir. Les compagnics du S6negal et de Guinde,
soit qu'elles fussent plus maladroitcs que les An-
glais et les Iollandais, soit qu'elles ne fussent
existantes que par leurs titres, n'avaient introduit
aucun noir dans la colonies. Des 1692, le Roi avait
6td obhg6 de permettre aux habitants de Saint-
Domingue d'acquirir des noirs par routes les voices.
M. de Pontchartrain avait dcrit a M. Ducasse le 27
aoft 1692, en ces terms : ( Comme il ne faut point
esperer de pouvoir obliger les Compagnies du S6-
( negal et de Guinde A porter une quantity suffi-
Ssante de negres h Saint-Domingue, le Roi con-
a sent que vous permettiez aux habitants d'en ti-
c rer do tous les endroits d'oi ils pourront en
c avoir. )
Malgr6 cette measure, on no s'6tait procure que





DE SAINT-DOMINGUE


tres peu de noirs; et depuis sept ans que les habi-
tants usaient de ce droit, ils n'avaient cess6, comme
nous venons de le voir dans la lettre de M. Ducasse,
de se plaindre de l'insuffisance des noirs. Mais il
arrivera un moment of ce commerce d'esclaves
sera parfaitement 6tabli avec les colonies voisines
dtrangBres. Alors la France ne pourra plus le rd-
primer.

Causes de la misere des planteurs.

La misere qui rignait a Saint-Domingue en 1669
avait pour cause non seulementles repr6sailles que
les Espagnols et les Anglais exeraient, l'impossi-
bilit6 d'occuper les engages europeens aux travaux
de la terre et l'insuffisance des noirs, mais encore
los entraves qu'on avait imprudemment mises A
la plantation du tabac qui 6tait le plus important
produit de la colonies. Outre qu e e fermier gtinral
du tabac, par la vigilante police de ses commis,
cmpechait les habitants de disposer a leur gr6 de
leurs tabacs, il fixait des prix tres bas. Les colons
ne pouvaient oublier 1'dpoque ou ils donnaient une
poignde de tabac aux Hollandais pour une aune
de belle toile. Les gouverneurs precedents, en
voyant l'6tat de stagnation de la culture et en en-
tendant les plaintes perp6tuelles des colons, avaient
humblement demand la rdformo de cetto admi-
nistration. M. Bdlizani, directeur des int6rits
financiers du Roi dans les colonies, en considerant
la d6tresse de Saint-Domingue, avait laiss6 esp6rcr
aux colons quo la fermo des tabacs n'aurait pas t6W





GO IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


renouvel6e. Les colons allerent jusqu'A offrir au
Roi un quart des tabacs de Saint-Domingue trans-
portes en France, s'il voulait affranchir de tous
droits les trois autres quarts.


La ferme du tabac est renouvel6e et porte les
colons & arracher leurs tabacs.

Malgrd ces reclamations et supplications, la former
du tabac avait 6td renouveldc le 20 juin 1698. M. Ni-
colas Duplanty, fermier general de la vente exclu-
sive dcs tabacs de toute nature, avait d6clard, de-
vant le Conseil d'Etat, quo le defaut de consomma-
tion et la non-valeur des tabacs de Saint-Domingue
provenaient des vices des plantations et de la fabri-
cation; que si le Conseil voulait fire un riglement
sur cette culture, il s'ongagerait a prendrc pendant
six annees, A partir du lor janvior 1699, toute la re-
colte de Saint-Domingue, qui demeurerait fixee a
700 milliers, et que s'il y avait excedent dans la rd-
colte, il prendrait encore 100 autres milliers, cc qui
ferait en tout 800 milliers, a condition que tout le
surplus serait brCld ou jete a la mer, A la diligence
des commis de la ferme. Nicolas Duplanty avait
promise, en outre, de payer argent comptant et sur
les lieux, aux habitants, 16 livres le cent pour la
premiere quality de tabac, en rdclamant la faculty
de livrer A la m6tropolo 100 milliers et de porter le
reste a 1'dtrangcr, apris avoir vers6 3 pour 100 pour
droit d'octroi. Le Roi, en son conseil, avait accept
les conditions de Duplanty ot, en fixant la rdcolte





DE SAINT-DOMINGUE


du tabac de Saint-Domingue A 700 milliers, avait
ordonn6 au gouverneur de cette colonies de faire
annuelleient la r6partition de cette quantity entire
les plantours de tabac.
M. Ducasse donna ainsi son opinion sur cot actor
au ministry des colonies : a L'arret donn6 en fa-
v veur du fermier d6tcrmine touted l'esp6rance de
la colonies A 700 milliers, quantilt qui ne pout
( pas occuper 50 mis6rables, prive les habi-
- tants do touted esp6rance d'cn tirer d'autro b6nd-
Sfice que le simple achat ordonn6 par ledit arret,
6 Ltablit une police impraticable et d6terminera les
( colons a n'en point faire du tout plitit que de
( s'y soumettre. D
M. de Galiffet, lieutenant de M. Ducasse, 6crivil
aussi a MI. de Pontchartrain : II. me serait impos-
a sible d'exprimor tout Ie tort quo cetto culture a
c recu cctto anneo par lo contre-tomps survcnu de
( la part des 'ermiers; quantild d'habitants ont ar-
a rachd lIur tabac; coux qui n l'ont point faith no
( peuvent le'vcndrc ni aux friniers, faute d'argent,
Sni aux autres, do pour de confiscation. Telles
furent les consequences do la form du tabac.


Influence de administration de M. Auger,
gouverneur, et de MV. Deslandes, intendant,
sur 1'6tat de Saint-Domingue.

La colonies do Saint-Domingue 6tai dans cot dtal
de langueur quand s'ouvrit le dix-huiti6mo sicclc.
M. Ducasse, nommd chef d'escadro, ful rcmplac6





62i iISTOIRE Di1ES AFFRANC11S


par M. Auger, qui 6Lail gouverneur de la Guade-
loupe. ca 'Am6rique et savait comment il y fallait gou-
a verner. II avait Rtd pris dans sa jeunesse par les
a Saletins et avait pass quelque temps dans un
a rude esclavage; il avait appris dans cette cole A
o Wtre doux, human, compatissant et toujours pret
ac fair plaisir; routes los verLus chretiennes et
c militaires perfeclionnaicnt ce caractere et en ont
a faith un des plus accomplish gouverneurs quo la
, France ait eus dans l'Amerique. )
A la mime 6poque, le Roi envoya A Saint-Do-
mingue M. Deslandes come commissaire ordon-
nateur, faisant function d'intendant. Alors com-
menca a se faire le partage des functions militaires
et civiles dans le gouvernement particulier de Saint-
Domingue. Le gouvcrneur et l'intendant furent te-
nus de s'entendre pour administror la colonie.
Quelque temps auparavant, au mois de juin 1701,
le Roi avait complete l'organisalion judiciaire on
dtablissant un conseil sup6rieur au bourg du Cap,
compose de sept conscillers et ayant los mimes
attributions que le conseil sup6rieur du Petit-
Goive, cr6d par l'6dit d'aouit 1685. Les deux juri-
dictions supdrieures furent ainsi divis6es : les si6gos
du Petit-Goave et do Ldogano ressortissaient *au
conseil sup6rieur du Ptoit-GoAvo et les sidges du
Cap ct du Port-de-Paix ressortissaient au conseil
sup6rieur du Cap.
Pour le malheur des habitants de Saint-Domin-
gue, MM. Auger ct Doslandes, qui avaient l'cslime
g6ndralc, moururcnt, le premier le 13 octobre 1705





DE SAINT-DOMINGUE


et le second le 27 octobre '1707. Is parurent 6
Saint-Domingue pour clore la pdriode de tAtonne-
ments de cette colonies. Ils furent remplacds, le pre-
mier par le comte de Choiseul-Bcauprd et le second
par M. Mithon. M. Mithon fut d'abord nomme
commissaire ordonnateur et, quelquc temps apres,
intendant de Saint-Domingue. C'est de cette dpo-
que que datent les premieres ordonnances connucs
sous le titre d'ordonnances des administrateurs,
c'est-A-dire du gouverneur et de l'intendant.
Eu 1711, M. le comte de Choiseul mourut cn.se
rendant on France. II cut pour successeur M. de
Gabaret, qui succomba peu apres avoir pris les
renes du gouvernement. Enfin, en 1713, M. le come
de Bldnac arriva i Saint-Domingue avec le tire de
gouverneur g6n6ral des lies frangaises et, le orjan-
vier 1714, le Roi 6rigca Saint-Domingue en gouver-
nement g6ndral indlpcndant du gouvernement gd-
ndral des miles et donna au come de Bldnac lo titre
do gouverneur lieutenant-ge'ne ral des iles sous le
vent.

La prosp6rite de Saint-Domingue commence
vers la fin du regne de Louis XIV.

Saint-Dominguc, qui avait quitt3 son Rtat do lan-
gueur des 1705, sous la sage organisation qu'ellc
avait rescue, prospirait vers la fin du regne de
Louis XIV. Les colons so procuraicnt des noirs par
mille voices et surtoul par Saint-Thomas. Les imdi-
gotorics Ct les sucrcries s'dlablissaicnt sur tous los
points de la colonies. Lo rest des llibusticrs s'dtait





04- IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


ddcid6 & se faire habitants. Mais a la mort de
Louis XIV, uno politique colonial nouvelle fut
substitute a celle qui avait amend les r6sultats quo
nous venons de presenter. Cepcndant on no voit
dans les quatre promieres anndes du nouveau regne
quo fort peu d'actes qui indiquent une tendance
oppose, une combinaison nouvello. Au mois de
janvier 1716, Louis XV, donna des lettres patentes
pour la liberty( du commerce de la cute de Guinde.
< Nous avons permis et permcttons a tous ndgo-
a giants do notre royaume do fair librement A
< l'avenir 1o commerce des nigres qu'ils pourront
a tircr des c6tes d'Afrique, depuis la riviore do
a Sierra-Leone inclusivcment jusqu'au cap de
a rcmarqucr un systime qui so ddvcloppe.


Grand monopole que Louis XV 6tablit au profit
de la Compagnie des Indes.

Au mois d'avril 1720, le Roi rdvoqua la Compa-
gnie royale de Saint-Domingue ct rdunit au do-
maine la parties du sud do cette colonie qui avait 6td
conc6dde depuis vingt-deux ans a ladite Compagnic.
11 subrogea, le 10 soptembre do la mime annde, la
Compagnie des Indes (orientales) aux droits ot prd-
tentions de la Compagnie royale de Sainl-Dominyuc,
en lui accordant le privilege exclusif pour l'isl de
Saint-Domingue seulcmnent, de liver des eirangers,
pendant le course de quinze annees, Irente mille ni-
gres pour les vendre dans ladite isle, sans dire lenuc





DE SAINT-DoUMINGUE


de payer aucun droil. Enfin quelqucs jours aprrs,
le 27 septembre, le Roi r6voqua la liberty accord6e i
tous les ndgociants frangais pour le commerce de la
cbte de Guinee et reunitl la Compagnie des Indes
(orientales) le privilege d perpdluild de la traite des
negres, depuis la rivi3re de Sierra-Leone jusqu'au
cap de Bonne-Esperance, d la charge par ladle
Compagnie de fire transporter, suivant ses offres
par chaque an, la quantild de trois mille nqgres au
noins aux isles franchises. Il fit, de plus, defense d
ses sujets de transporter des nigres, de quelque pays
que ce puisse etre, aux isles francaises de l'Amdri-
que, le tout d peine de confiscation des vaisseaux,
armes, munitions et marchandises au profit de la-
dile Compagnie des Indes.
Ainsi, par los arrets du Conscil d'Elat dos 10 ot
27 septembre 1720, tout Ie commerce d'csclaves dcs
miles frangaises devait Otre fail par la Compagnic dcs
Indes oricntales. En outre, cetle CompaJgnic avait
dans les miles francaises, par l'arret du 27 septembre
1720, tous les privileges don't ello jouissait dans la
colonies do la Louisianc, sous lc nom do Compagnic
d'Occident, en vertu des lettres patents qu'clle
avail regues au mois d'aoit 1717 pour le commerce
exclusif pendant vingt-cinq ans do ladite colonies de
la Louisiane. Les marchandiscs de la Compagnie
destinies pour les 'les franchises claient exempztes
de tous droits d'octroi et de sortie. et' les tlenrees
apporldes desdites iles, provenant de la vento el du
Iroc des noirs, elaient examples ,de la moilid des
droits appartenant au Roi ou aux fermiers. Toutcs
ces measures so rattachaicnt incontestablement ade





(6 HIST'OIlE DES A'FFRXNCHllS


grandes combinaisons. Los principaux personnages
de la court do Louis XV, actionnaires do la Compa-
gnie des Indes ou propridtaires d'habitations dans
les colonies, 6laboraient dans le moment les syste-
mes du prejuge de couleur el do la perpdtuit6 de
l'esclavage, systomes qui exigent des developpe-
ments que l'on trouvera dans notro chapitro sur
1'dtat des affranchis.

Second r6volte des colons de Saint-Domingue.

M. le comte de Bldnac, pass on France on 1716,
avait eu pour successeur M. de Chateau-Morand,
lequel avait 6td remplacd en 1719 par le marquis de
Sorel. C'6tait le marquis de Sorel qui gouvernait la
colonies quand eclata uno formidable r6volte qui fut
bien plus grave que le soulevement qui avait eu lieu
en1670, sous M. d'Ogeron, centre la Compagnic
des Indes occidentales. Or, il resultait des privi-
leges accords i la Compagnic des Indes oricntalos
que non seulement les colons de Saint-Domingue
so trouvaient priv6s do la faculty toldrde par les
gouverneurs depuis pres de trento ans do se procu-
rer des noirs dans les iles 6trangeres voisinos, mais
encore que l'accroissoment de leurs cultures serait
subordonnd au petit nombre de noirs quo la Com-
pagnie devait introduire dans la colonies, on vertu
de ses engagements.
Au moment oi nous sommes parvenus, 3,000
noirs par an no pouvaient point suffiro aux bosoins
d'un soul quarlier do la colonies. La cause de la rd-
volte fut la grande restriction que la Compagnio





DE SAINT-DOMINGUE 67
devait mettre A l'introduction des noirs, la forma-
tion d'une Compagnie qui, selon les colons, n'aurait
pas plus d'action que les Compagnies du Senegal ct
de Guinee, 'et particulierement les privileges exor-
bitants accords a uno seule Compagnie. Le 3 aoit
1722, le Roi rendit unc ordonnance qui contribua a
aigrir davantage les esprits. Par cet acte, les espe-
ces 6trangAres aux miles devaient 6tre reduites au
poids. Ainsi les piastres, pistoles et autres mon-
naies d'argcnt et d'or n'ayant pas le poids devaient
avoir course pour la valour de la matiere qu'elles of-
fraient. Le poids et Ic prix des dites especes 6taient
ainsi r6gles : 9 piastres ou 36 pistoles 1/4 devaient
poser 1 marc; la piastre au poids devait avoir course
pour 7 livrcs 10 sols et la pistol au poids pour
30 livres.
Enfin, le 16 octobre 1722, le Philippe, navire do
la Compagnic des Indes, command par le capilaine
Coutan, parut dans la rade du Cap avec Irois direc-
tours, trois sous-directeurs et des employes qui
devaient s'installer dans los trois principaux points
de la colonic, c'cst-a-dire au Cap, A Leogane et A
la Caye Saint-Louis. Apr6s avoir ddbarqud au Cap
lo director et los employes destines A la parties du
Nord, le capitaine Coutan se dirigea le 24 octobre
vers Ldogane, ofi descendirent les autres directeurs
ct employes. Le directeur de la parties du Sud pre-
senta requite au Conseil superieur de Leogane,
pour faire enregistrer et publier les arrkts rendus
en favour do la Compagnic des Indcs. Le 17 novem-
bro, lo Conscil supdricur de L6ogane dTbouta le
directcur de sa demand ct ddclara que des rcprd-





68 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


sentations seraientfaites au Roi au sujetde l'art.13
de l'arret du 10 septembre 1720, qui exemptait la
Compagaic des droits de sortie de l'isle de Saint-
Domingue. M. le marquis de Sorel, gouvcrneur et
M. de Montholon, intendant, qui residaient alors i
Ldogane, ayant recu vers le milieu do novembre
l'ordonnance du Roi concernant le poids des espices,
firent publier cet acte dans cette ville, l'adress6rent
aux autorites des autres points de la colonies et
rdclamBrent sa stride execution. Le 17 novembro,
immr diatemcnt apres la publication de l'ordonnance
sur les especes, les habitants de Ldogane qui attri-
buaient A la Compagnie des Indes cette measure,
firent des placards dans lesquels ils ordonnerent
aux directeurs do la Compagnie de sortir de lile
dans un mois. Ils vinrent onsuite prier les adminis-
trateurs de ne point faire exdcuter l'ordonnance
royale concernant les especes. Le ddsordre fut si
grand a Ldogane que les administrateurs furent
obliges d'annuler, le 19 novembro, cette ordonnance.
Mais cette measure n'arreta point le course de la
r6volte, car le but des colons 6tait de faire suppri-
mer la Compagnie des Indes. Tandis que les admi-
nistrateurs retiraient a Ldogane 1'ordonnance sur
les especes, cet acte parvenait au Cap. Dans la
lettre que les administrateurs avaient ecrite le
15 novembre, au comte d'Arquian, commandant de
la parties du Nord, ils lui ordonnaient de fair pu-
blier 1'ordonnance le jour meme de sa reception. La
publication de cet acte eut lieu au Cap, le 21 no-
vembre. Au Cap comme A Ldogane, on imputa A la
Compagnie des Indes l'ordonnance sur les espcoes.





DE SAINT-DOMINGUE


Dans la soiree du 21, une troupe de femmes armies,
commandoes par la veuve Sagona, apres avoir cri-
ble de pierres la maison de la Compagnie des Indes,
jeta par les fenetres les papers, registres, enfin
tout ce qui se trouva dans cette maison. Par bon-
heur, les directeurs et employs dinaient en ville ce
soir. Le lendemain, le comte d'Arquian fit placer
une garde devant la maison de la Compagnie, mais
ayant appris que la population du Cap voulait
briser cette maison, il conseilla au directeur de
changer de post. Le directeur se ddguisa en ma-
tolot et s'embarqua sur un navire do la Compagnio
nommr la Bellone. La population commenga
offectivement a executor son project, mais le comte
d'Arquian r6ussit A calmer sa fureur ct r6tablit
momentandment l'ordre au Cap en publiant, le
24 novembre, l'arrit6 des adminislrateurs du 19 no-
vembre qu'il venait de recevoir, Icquel supprimait,
comme nous l'avons d6jd dit, l'ordonnance sur les
espccs. Ce n'tlait l[ que le prelude de l'insurrec-
tion. On se donna le mot dans toute la colonies pour
une prise d'armes au milieu'de ddcembre. Enfin, on
cntendit au Cap, dans la nuit du 16 au 17 d6cem-
bro, Ic canon d'alarme. Les habitants do tous les
quarters du Nord s'armnrent en criant: vive le Roi,
sans Compagnie. Its so retrancherent au haut du
Cap ct imposrcont au come d'Arquian le depart de
la Bcllone avec lo directeur ct tons les employs
do la Compagnie. Le 19 dicembre, la Bellone
sortit de la rade du Cap, remorqude par toutes los
chaloupcs de cctte rade. Dans cc moment, los habi-
tapts de 1'Artibonile, deo Saint-Marc des JVaes, de





70 IIISTOIRE DES AFFRANCHIS


l'Arcahaie, du Boucassin, du Mirebalais, du Cul-
de-Sac, rdunis dans la plaine de ce dernier lieu se
disposaient A marcher contre Ldogane. Le 27 dd-
cembre, le marquis de Sorel et M. de Montholon
envoy6rent des d6put6s aupr6s des insurg6s pour
leur faire savoir qu'il avaient ordonnd l'embarque-
ment des directeurs sur le navire le Joly de Nantes.
Cette promosse n'ayant point satisfait les habitants,
les administrators furent obligds de fair, le 29 dd-
cembre, un trait avcc eux par lequel ils s'enga-
garent a faire partir par le navire de Nantes les
directors et employs de la Compagnie des Indes;
en outre, a renvoyer dans quatre jours, tout navire
de la Compagnie qui arriverait a Saint-Domingue.
Los principaux colons avaient promise aux petits
blancs le pillage du navire de la Compagnie, ceux-
ci, avant de se retire dans leurs quarters, furent
indemnisds par une some de 20,000 francs que
leur distriburrent les habitants ais6s. Apres cela,
on vit l'attroupement se disperser. Mais les habi-
tants ayant appris peu apres que los administra-
tours n'avaient point fait partir le directeur de
Saint-Louis, retournerent en grand nombre au
Cul-de-Sac, dans les premiers jours de janvier
1723. Le marquis de Sorel et M. de Montholon
voulurent so rendre au milieu des r6volt6s pour
teacher de les ramener. Arrives au Cul-de-Sac, ils
pass6rent la nuit dans une maison ofi ils furent tout
6tonnes, le lendemain, de se voir prisonniers ct
gard6s par des sentinelles. Le marquis de Sorel,
apres avoir connu le motif de sa detention, cnvoya
sur-le-champ un express pour ordonnor l'embar-





DE SAINT-DOMINGUE


quement du directeur de Saint-Louis. Un d6ta-
chement de 400 habitants se charge d'aller em-
barquer les directeurs. Mais les administrateurs no
purent retourner a Leogane que lorsque les habi-
tants assembles au Cul-de-Sac eurent recu la nou-
velle de l'embarquemont et du depart r6els des
agents de la Compagnie des Indes. C'6tait le 12 jan-
vier. Les habitants so s6par6rent en criant: vive le
Roi el le ycnedral, et point de Compagnie! La colonie
cut quelques jours de calme. Mais l'arriv6e, vers la
fin de janvier, d'un navire do la Compagnie des
Indes, avec 318 noirs et la vente desdits noirs, qui
eut lieu sur cette place, caus6rent une grande per-
turbation, malgr6 les motifs qui avaient port les
autorit6s A permettre cette vente. Les choses arri-
virent A un tel point que le gouverneur et l'inten-
dant craignant d'etre insults de nouveau, quitterent
Leogane, se retirement a board du naviro du Roi,
l'Argonaute, et se dirigercnt vers le port du Potit-
Goave.
Tel 6tait 1'6tat des affairs de Saint-Domingue,
lorsque le marquis do Sorel et M. de Monthclo,.
envoyorent en France M. de Nolivos pour presenter
leurs rapports. Le Roi donna, le 17 septombre 1723,
A M. le comte d'Enos Champmeslin, chef d'escadre,
les provisions de commandant g6n6ral dans les miles
ct a M. le chevalier de la Rochalard, la commission
de gouverneur g6ndral on remplacemcnt du mar-
quis de Sorel qui demandait instamment un succes-
sour. Le come de Champmcslin 6tail charged de
prcndre connaissance des ve'ritables causes des mou-
vemenis arrives dans la colonies, d'en rechercher les





72 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


moteurs, de fire procdder centre eux, de fire
avec les principles autorite's l'examen des exemp-
tions accordees a la Compagnie des Indes. ( Nous
voulons, disait le Roi, que la Compagnie des
( Indes jouisse du droit exclusif de l'introduction
( des negres; cependant notre intention n'a pas
(( dd, en accordant ce droit i la Compagnie, d'y
a joindre des exemptions qui puissent ktre nuisi-
c bles a nos interfts et A ceux des habitants de la
colonie..... Donnons en outre pouvoir audit sieur
d'Enos Champmeslin do fire tous les rigloments
a qu'il estimera n6ccssaires pour maintenir notre
c autorite dans ladite colonie, assurer la tranquil-
lit6 de nos fiddles sujots et les mettro A couvert
( de toutes s6ditions et pratiques qui ne tendent
( qu'au renvcrsement de la subordination et du
b bon ordre, lesquels reglements nous voulons 6tre
a ex6cutes comme s'ils 6taient rendus par nous-
(( mmes. )
Le comte de Champmeslin et le chevalier de la
Rochalard partirent de. Brest, avec quatre navires
de guerre, le 7 octobre 1723, et arrivSrent au Petit-
Goave le 25 novembre. Ils front recus avoc pompe
par los habitants de cettl ville oi ils trouvrcont
la plus grande soumission. Apres avoir faith enro-
gistrer leurs pouvoirs ct commissions au Conseil
supdrieur du Potit-GoAve, MM. de Champmeslin
et de la Rochalard se dirigerent avec l'cscadro vers
Ldogane oi ils firont assembler les troupes et mi-
lices pour les inspector. Elles pretlrent le serment
doe idclit6, mais clles crircont: vive le Roi, sans
Compagnic! M, do Champmcslin po rendit cnslito





DE SAINT-DOMINGUE


a Saint-Marc of il fit la revue de la milice de ce
bourg et des quarters environnants. Il entendit
encore les cris de: vive le roi, sans Compagnie! A
cette 6poque, il n'existait aucun prdjugd dans la
colonies, les blanks, mulatres et noirs libres 6taient
tres unis. Charlevoix pretend que cc furent les
muldtres et negres des milices qui profir6rent ces
mots. M. de Champmeslin dit, dans une de ses
lettres que ces cris venaient de quelques muldtres.
Mais M. de Champmeslin qui n'accusait ainsi les
mulAtres que pour disculper los blancs aux youx
du Roi, eut assez de perspicacity pour voir que tous
les blancs de la colonies reclamaient serieusement
la suppression do la Compagnie des Indes. Au
commencement de f6vrier 1724, il se dirigea avec
l'escadre vers la parties du Nord. Apres s'6tre arr8td
quelques jours au Port-de-Paix, il gagna le Cap.
Pensant qu'il devait user de ses pouvoirs dans
l'interet de la m6tropole ct de la colonies, il fit enre-
gistror ces pouvoirs au Conseil sup6ricur du Cap et
public, le 14 fdvrier 1724, l'ordonnance suivante :
( Le comte d'Enos Champmeslin ayant examine,
a suivant les ordres de Sa Majest6, les exemptions
( de droits accords a la Compagnie des Indes, par
( les arretis des 10 et 27 septembre 1720; la faculty
( accordee par I'arret du 10 septembre d'introduire
( 30,000 nigres strangers dans la colonies de Saint-
a Domingue, et de fair venir des vaisseaux 6tran-
( gers pour charger des sucres et autres denrdes;
( ensemble les raisons qui peuvent determiner A
a faire recevoir les espces d'Espagne A la pikce ou
au poids; et ayant pouvoir par la declaration de





74 IIISTOIRE DES AFFRANCIHIS


a Sa Majest6 du 7 du mois de septembre dernier,
a de decider ce que nous jugerons de plus conve-
c nable au bien de son service et a 1'avantage de la
a colonies; apres avoir pris l'avis de M. dela Rocha-
a lard, gouverneur, de M. Montholon, intendant,
, nous, en vertu du pouvoir a nous donn6, avons
Sr6gle, que la Compagnie des Indes payera les
a droits d'octroi de toutes les denrees et marchan-
a dishes qu'elle fera sortir de la colonies ainsi et de
a la m6me maniere que les habitants et negociants
a les payment, qu'elle ne pourra introduire aucuns
a ncgre stranger dans la colonie, A peine de con-
c fiscation desdits negres; qu'elle no pourra aussi
a fair venir aucun vaisseau stranger dans la
a colonies, pour quelque cause ot prdtexte que ce
a soit, A peine de confiscation desdits vaisseaux et
a des marchandises de leurs chargements; en
, outre, pour ce qui regard les negres et vaisseaux
strangers, d'etre assujoetis aux autres peines
C port6es par les ordonnances et reglements de Sa
Majest6 contre ceux qui font le commerce 6tran-
c ger; avons r6gl6 aussi que la monnaie d'Espagne
a continuera d'avoir course, A la piece et non au
c poids, ainsi qu'il s'est pratiqu6 depuis l'dtablis-
C semcnt de la colonic.
M. du Champmeslin revint au Petit-Goave au
mois do mars. Le Conseil superieur de cette ville
se r6unit pour juger deux individus, auteurs prd-
tendus des movements de la colonies. Ils furent
condamn6s ai mort par contumace et pendus on
effigie, cc qui amusa beaucoup les habitants do ces
quarters ct fit passer M, de Champmeslin pour le





DE SAINT-DOMINGUE


plus spiritual et le plus aimable homme d'Etat du
monde. Vers la fin de mars 1724, M. de Champ-
meslin retourna en France avec 1'cscadre. Ainsi sc
terminal la r6volte de 1722 qui 6tait la second
rdvolte de Saint-Domingue.
Les colons de Saint-Domingue qui jouissaient
d'un privilege monstrueux, celui de tenir des hom-
mes dans l'esclavage, ne purent jamais lol0rer les
privileges que la metropole voulut dtablir A leurs
depens dans la colonies. La r6volte do 1670 avait
amen6 la suppression de la Compagnic des Indes
occidentales. La ferme du tabac s'etai abolic d'clle-
mime, puisque les habitants avaicnt arrachd leurs
tabacs pour ne pas s'y soumettre, puisqu'enfin,
depuis le 6 fevrier 1707, M. Deslandes, alors com-
missaire ordonnateur pour essayer de rdtablir celte
culture, avait announce aux habitants, conforme-
mcnt aux ordres du lloi, qu'ils auraient La l'avcnir la
liberty de vendro lIurs Labacs aux navires et mar-
chands franais qui voudraicnt les acheter. Joan
Oudiett,. fermier du domain d'occident, n'avait
loev aucun impit a Saint-Domingue; dans une
ordonnance des administratcurs du 8 juillet 1713,
nous voyons que le lioi avait ddclard qu'il ne laissc-
rait introduire, A Saint-Domingue, aucun /crmier
ni Irailant.
Enfin, la suppression des privileges de la Com-
pagnie des Indes orientals, par l'ordonnance de
M. de Champmeslin, fut la fin d'un systlme into-
ldrable pour des homes don't les p6ros avaicnt si
longteinps v6cu dans uno indlppendance absolute.
Saint-Domingue dtait dos lors enti6roment affranchi






6 IIISTOIRE DES A1':lANCIIIS

de cc systime que les autres colonies francaises
avaient subi et subiront longtomps encore.
Malgrd l'6chec qu'ils venaient de recevoir, les
grands agioteurs politiques qui cherchaient a
exploiter Saint-Domingue en se roulant en France
sur le velours, ne perdirent point de vue cette riche
colonies. Leurs capitaux se dirigerent d6s lors vers
la culture des terres. Les ordonnances qui gSnaient
l'introduction des noirs Rtant retirees, on vit arriver
A Saint-Domingue des masses d'esclaves et briller
cclte p6riode de prosp6ritd qui ne s'arritera qu'en
1791.







CHAPITRE II


Des Institutions de Saint-i)omingue
de 1685 a 1785.









ORGANISATION DE LA COLONIES
DE 168K A 1761


Nous ne d6sirons fair qu'un simple expose des
institutions de Saint-Domingue qui, en indiquant
la march du gouvernement de celle colonies, donne
les notions prdliminaires que r6clame, selon nous,
I'histoire des affranchis. Au lieu de r6sumer les
documents que nous avons recueillis et de surchar-
gor de notes notre travail, nous avons trouv6 plus
convenable de rapprocher ces documents, do les
enchainer entire eux et de laisser parler le lRoi, Ics
ministres, les gouverneurs et intendants eux-
mimes, auteurs de ces institutions. Nous perdons






78 HISTOIRE DES AFFRANCHIS


peut-6tre dans cette mkthode quelque vaine gloire
d'auteur, mais, A en juger par nos impressions or-
dinaires, nous gagnons la confiance du lecteur qui,
surtout pour les faits seculaires d'une certain por-
tee, aime a voir les acles essentiels qui les consta-
tent. En outre, nous n'avons expliqu6 ces actes que
quand nous n'avons point trouv6 leurs motifs : il
n'est pas, A notre.sens, de meilleures explications
que celles donnees par des pieces officielles qui
reunissent les lois et leurs motifs. En proc6dant
ainsi, il efLt et avantageux peut-etre de presenter
s6parement les ordonnances concernant chaque
institution, mais l'augmentation successive du droit
d'octroi se liant avec l'accroissement de la force
militaire, de la population et de la prospdrit6 de
Saint-Domingue, il est n6cessaire, pour l'intelli-
gence des ordonnances concernant l'adminislration
gdn6rale des milices, la mardchaussde et la troupe
de ligne, de suivre les modifications qu'une orga-
nisation a, selon les circonstances, apporties a
l'autre. Ce systeme aura d'ailleurs l'avantage d'of-
frir les d6veloppements historiques que nous ne
pouvons point perdre de vue. Nous reviendrons
A cette idde A la fin de ce chapitre en pr6sen-
tant au lecteur un rdsum6 de chacune de ces insti-
tutions. Nous commencerons par l'organisation ju-
diciaire qui occupera peu de place dans ce chapitre,
non seulement parce que nous en avons deja parle,
mais encore parce qu'elle ne fut point modifide
ndant touted cette pdriode.





DE SAINT-DOMINGUE


Organisation judiciaire de 1685 A 1724.

Aux 6dils du mois d'aoit 1685 et du mois de juin
1701 qui avaient crd3 un conseil supdrieur au Cap,
quatre sigeos ordinaires ou sdndchaussdes au Petit-
Godve, A Ldogane, au Port-de-Paix et au Cap,
furent ajoults ceux du mois de decembre 1721
et du mois d'aoft 1724, 6tablissant quatre au-
tres sieges ordinaires ou s6ndchaussecs A Saint-
Louis, A Jacmel, A Saint-Marc et A Saint-Jean-
du-Trou. Les sieges ordinaires duPetit-Godve,
de Ldogane, de Saint-Louis, de Jacmel ct de
Saint-Marc ressortissaient au Conseil supdrieur
du Pctit-Godue et les sieges ordinaires du Port-de-
Paix, du Cap et de Saint-Jean-du-Trou ressortis-
saiont au Conseil supe'rieur du Cap. Le Roi ordon-
nait do suivre les ordonnances ct raglements du
royaume, d la charge de se conformer a la coutumc
de la prdvduc et vicomte de Paris, suivant laquelle
les habitants pourraient contractor, sans qu'ils puis-
sent en introduire d'autres pour dviler la diversild.
Le reglement du Roi du 12janvicr 1717 avait Rtabli
dans chaquc port de la colonic un siege d'amiraut6
pour connaitre dcs causes maritime et compose de
juges nommes officers do l'amiraut6, savoir: un
lieutenant, un procureur du Roi, un greffier et un
ou deux huissiers. Les affairs do la compitcnce
deo 'amiraute devaient 5tre instruics ct jugdes
conformdmcnt A uno ordonnance de 1081, et les ap-
pels devaicnt Otre ports aux conscils supirieurs,
selon leurs jurisdictions. Tolle fut l'organisation u-





80 HISTOIRE DES AFFRANCHIS


diciaire de la colonie. Avec 1'accroissement des
villes, on augmenta le nombre des san6chauss6es
et des amirautes, mais los bases de cette organisa-
tion furent conserves jusqu'A la R6volution.

Attributions du gouverneur et de 1'intendant
en 1716.

Les attributions du gouverneur et de l'intendant,
qui furent par la suite modifies dans le memoire
du 31 juillet '1762, puis r6lablies dans les constitu-
tions du 24 mars 1763, du le' f6vrier 1766 ot du
22 mai '1775, avaient 6t6 ainsi expliquies dans Ic
memoire du Roi du 25 aoit 1716. Ce memoire avait
Wtd envoy dans la colonie lorsque M. do Militon
remplagait M. Deslandes comme commissaire or-
donnateur faisant function d'intendant. ( Le gou-
a verneur et le commissaire ordonnateur doivent
a se communiquer leurs vues et leurs sentiments
a sur tout ce qu'ils estimeront convenable pour le
a bien du service et l'avantage de la colonie, et
c ecrire conjointement des lettres communes sur
a toutes les affaires de la colonies commise A lours
a soins, apres s'8tre concerts sur tout ce que ces
( d6piches devront contenir, et sur lesquelles il
a leur sera envoy les ordres qui seront estimds
a n6cessaires ; et en cas que dans le compete qu'ils
a auront a rendre, ils ne fussent pas du m~me
a avis, ils expliqueront dans ces lettres communes
a les raisons qui les front penser diff6remmcnt,
a afin qu'apres qu'elles auront 6td examines, Sa
a Majestd puisse leur faire savoir ses intentions.





DE SAINT-DOMINGUE


c Copendant, pour pr6venir toute discussion entire
eux, elle a estim6 necessaire de leur expliquer les
( fonctions qui.les regardent chacun en particulier
a et cellos qui leur sont communes. Tout ce qui re-
a garde la dignity du commandement et le militaire
( est pour le gouverneur general; c'est A lui A d6-
a terminer les fortifications et les ouvrages sur les
a projects et devis de l'ing6nieur, apres toutefois en
c avoir confer6 avec le commissaire ordonnateur,
( que les marches, la d6pense et les moyens de
c trouver les fonds necessaires regardent unique-
c ment; et ils doivent envoyer conjointement les
" plans et les devis estimatifs pour recevoir les or-
a dres do Sa Majestd sur ce sujet. Le detail et I'ad-
c ministration des h6pitaux regardent le commis-
a sairo ordonnateur.... L'administration de la jus-
c twice regarded pareillement le commissaire ordon-
" natour. A l'dgard de la police, elle est commune
o entro le gouverneur general et le commissaire
. ordonnateur, et ils doivent la faire conjointement.
a Ils doivent aussi donner conjointement les con-
c cessions do terre et favoriser tout ce qui pourra
c avoir rapport au commerce dans lequcl ils ne
( doivent cependant entrer que pour donner pro-
c tection a ceux qui le font, les aider quand ils en
" auront besoin et qu'il sera en leur pouvoir, et
h leur procure? une justice prompted et facile. a
Ainsi le gouverneur g6ndraldirigeait seul la force
arm6e et los fortifications; le commissaire ordon-
nateur ou intendant administrait seul la justice,
les hopitaux et les revenues publics ; ils so rdunis-
saient pour fair la police ot ils 6taient tcnus de so





82 IIISTOIRE DES AFFRANCIIS


concerter pr6alablement sur toutes les measures
don't ils avaient en particulier la responsabilit6. En
outre, le Roi ordonna aux administrateurs qui r6si-
daient A cette epoque A LUogane de demeurer A
l'avenir quatre mois de l'annee au Cap. Ces attri-
butions du gouverneur et de l'intendant resterent
tellesjusqu'au gouvernement tout milit'aire du vi-
comte de Belzunce, vers la fin de la guerre de Sept
Ans.

Milice de Saint-Domingue. Son organisation
jusqu'en 1732.

L'6tablissement des milices date de l'6epque de
la foundation de la colonies francaise. En se r6unis-
sant pour se d6fendre contre les Espagnols, les
premiers habitants de la parties frangaise, c'est-A-
dire les flibustiers et les boucaniers, formerent los
premieres milices de la colonie. Chaque bourg,
chaque quarter, eut sa compagnie de milice avec
ses officers, longtemps avant que le gouvernement
de la m6tropole songeAt a organiser la milice de la
colonie. La milice 6tait partout compose de blancs,
de mulAtres, de noirs libres. Dans l'expedition A
Carthagene, en 1697, il y avait eu presque autant
d'affranchis que d'habitants blanks. Ce fut le
29 avril 1705 que Louis XIV crea a Saint-Domingue
sept regiments de milices, deux au Cap, un az
Port-de-Paix, un au Cul-de-Sac, un au Grand-
Godve et un dans le quarter du Sud.
< I1 sera 6tabli, disait l'ordonnance, des colonels
d de milice qui auront chacun sous leur comman-





DE SAINT-DOMINGUE


a dement un certain nombre de companies, tant
( d'infanterie que de cavalerie, qui sera regle sur
a l'avis du gouverneur des isles. ) Le 16 juillet
1732, le Roi Louis XV supprima les regiments
de milice 6tablis par son a'eul et ordonna que les
milices de Saint-Domingue seraient encompagnies,
tant d'infanterie que de cavalerie, independantes les
unes des autres. Le Roi pretendait que ce mode
convenait au maintien et 4 la bonne discipline des
milices.

Premieres companies de troupes europ6ennes
envoyees A Saint-Domingue.

Dans la description de Saint-Domingue, Moreau
de Saint-Mery faith remonter a 1688 l'arriv6e des
premieres companies de troupes de ligne. Mais de
mime que les engages, c'est-a-dire les blancs en-
voy6s de France pour travailler la terre, ces com-
pagnies ne furent pas d'un grand secours pour la
colonies. Accabl6s par le climate, les soldats frangais
p6rissaient ou se jetaient dans les bois ou dans la
parties espagnole pour se soustraire au service. Le
23 octobre 1694, Louis XIV avait rendu l'ordon-
nance suivante A cet 6gard : Sa Majest6 s'6tant
a faith representer les dernieres revues qui ont dt6
( envoyees des companies qui sont en garnison
a dans les forts des isles francaises de 1'Amdrique,
( elle a trouv6 que, quelque soin qu'on ait pris d'y
( envoyer de frequentes recrues pour les entretenir
a completes, elles sont tellement diminuees qu'd
a peine la plus forte a-t-elle les deux tiers des sol-





84 IIISTOIRE DES AFFRANCHIS


( dats qu'elle doit avoir et la plupart n'en ont que
4 la moitie, ce qui ne peut Atre que l'effet du peu
a d'application que les capitaines qui ne sont pas
( charges des recrues ont a empicher les soldats
d de deserter; a quoi voulant pourvoir, Sa Majest6
Sa ordonn6 et ordonne, veut et entend qu'a l'ave-
, nir les capitaines qui commandant les companies
C qui servent dans les isles de l'Amerique seront
a charges de remplacer ceux de leurs soldats qui
C deserteront. )
Dans cette ordonnance, le Roi parlait de desertion
sans parler de morLalite, pour ne point effrayer les
soldats destines a passer aux colonies. La meme
reserve se trouva dans tous les actes publics de
l'dpoque. Mais dans les correspondances on disait
les choses telles qu'elles dtaient en reality. Voici ce
que M. de Pontchartrain, ministry des colonies,
ecrivait A M. Ducasse, gouverneur, le 25 decembre
1697 : a Le nombre de soldats nouveaux qui seront
c envoys A Saint-Domingue pour rendre les com-
( pagnies completes et celui des passagers qui ne
( manqueront pas d'y aller, excites par la grAce
a que le Roi veut bien accorder A ceux qui s'y ren-
dront avant le ler juillet, m'oblige a vous fire
a part de la crainte que j'ai que ce secours ne soit
( pas aussi utile a la colohie qu'il est a desirer, par
o les maladies dans lesquelles tombent necessaire-
(a ment ceux qui ne sont point accoutume's au cli-
s mat de Saint-Domingue, qui en fera perir la
C meilleure parties, si on ne leur prepare des se-
A( course par lesquels ils puissent 6viter les suites
C de ces premiers accidents; pour y parvenir, ii





DE SAINT-DOMINGUE


c me parait que le soin le plus pressant est de pen-
a ser A etablir un h6pital au Cap et un autre a L6o-
c gane. ) Ces companies avaient 6t6 porties jus-
qu'a dix, ainsi que nous le voyons dans les ins-
tructions de M. Deslandes du mois de decembre
1703. En 1713, Louis XIV avait encore envoy une
compagnie d'artillerie de 60 hommes composes
d'ouvriers forgerons, serruriers, armuriers, clou-
tiers, taillandiers, magons, tailleurs de pierre,
charpentiers, scieurs delong, charrons, menuisiers,
tourneurs, tonneliers, bourreliers et boulangers.
Ces hommes avaient pay6 un effrayant tribute au
climate, comme nous le verrons bientot. Malgr6 les
recrues qu'on n'avait cess6 de faire passer A Saint-
Domingue, ces compagnics avaient toujours 6td rd-
duites a la moitie ou au tiers.

Etablissement de la mar6chauss6e et son or-
ganisation jusqu'en 1721.

Le premier r6glement sur la marechaussie avait
paru le 16 mars 1705. II 6manait du conseil sup6-
ricur de Ldogane. x Comme il est d'une necessit6
( urgente de faire remettre dans l'obdissance les
( negres qui sont actuellement fugitifs et contenir
c les autres dans le respect et 1'obdissance, or-
a donne qu'il y sera tenu la main; en consequence,
a il sera entretenu 36 hommes par chaque quarter
Sdu Petit-GoAve, L6ogane et Cul-de-Sac, qui *
( seront pays h raison de 300 livres chaque
c( an, laquelle some sera prise du fonds a cet
Sefflet lcvd et rclgl6 par chaque tite de n6gro,





80 IIISTOIRE DES AFFRANCHIS


a depuis l'Age de quatorze ans, jusqu'A soixante
ans; pour lesdits hommes faire la recherche des
a negres fugitifs, suit dans la demeure des esclaves,
a de nuit ou de jour, ou dans les cannes, grands
( chemins et bois. ) Le produit de la capitation or-
donnec par le reglement pour subvenir aux d6pen-
ses de la marechaussde s'dlevait A 15,000 livres. Le
conseil supdrieur du Cap adopta cette institution
en 1707. Le 14 aolt 1717, les administrateurs,
MM. de ChAteaumorand et Mithon, nommerent le
sieur Vidant grand prev6t du quarter du Cap, en
lui donnant le rang de capitaine de milice, pour
arreter les esclaves marrons qui s'6taient dtablis
dans les montagnes de cette parties. Le dit Vidant
deyait former une compagnie de 25 hommes don't
il devait 6tre le capitaine. Comme le service de la-
marechaussie 6tait excessivement pinible, ilfallait
parcourir la frontiere pour arrdler les csclaves qui
se rendaient dans la parlie espagnole oiz is e'aient
varfhitement bien recus, on trouvait difficilcment
des blanks qui voulussent entrer dans ce corps. En
consequence, les administrateurs, MM. le marquis
de Sorel et Jean-Baptiste Duclos, publierent le 27
mars 1721 l'ordonnance suivante : % 11 sera form
c une compagnie de marechaussee compose de 75
a hommes. Cette compagnie sera ambulante, s6-
a parade en trois brigades, et plus s'il est besoin,
c ou jointe quand le cas le requerra et sera
a compose de blancs et muldtres, les nigres libres
c ne seront recus qu'd faute de blancs. )) Mais les
blancs ayant constamment refuse de fair ce service
les companies de mardchaussde n'6taient en gend-





DE SAINT-DOMINGUE 87

ral formdes que de mulAtres et noirs libres. Ce
furent done des affranchis qui traquerent ceux des
esclaves leurs freres qui fuyaient les souffrances et
les travaux des ateliers. Dieu seul comprend les
voies dans lesquelles il nous jette, les moyens
qu'il emploie pour nous conduire A ses fins Les
administrateurs rdclamerent une imposition de 50
sous par tate d'esclave pour la solde de cette
mar6chauss6e. Comme ils avaient promise dans
l'ordonnance du 27 mars d'6tablir deux corps de
garde de 25 hommes de troupes du Roi, l'un au
Massacre et l'autre 4 la Grande-Rivibre, tandis que
la narechaussee batirait l'estrade, les colons ne
voulaient point consentir A ce nouvel impbt en prd-
tendant que les administrateurs 6taient incapables
de tenir leurs promesses. Cela se passait dans l'an-
nde qui preceda la revolte gen6rale qu'apaisa M. de
Champmeslin. Dans le mdmoire que les adminis-
trateurs envoy6rent le 7 juillet 1721, au conseil su-
pcrieur du Cap, pour etablir cot impOt, ils s'expri-
maient ainsi : A la veritd on n'a pas pu jusqu'A
( present dtablir ces corps do garde par le petit
, nombre de soldats qui sont actuellement en ce
quarter; mais aussitOt que ceux qui sont A la
a mer seront revenues, et que les recrues que le
c conseil de marine nous a promises, et que l'on
( attend tous les jours seront arrives, on ne man-
( quera pas de l'dtablir. ) Dansce m6moire les ad-
ministrateurs pr6sentaient les objections suivantes,
faites par les colons du Nord : c que c'etait un
a nouvel impOt qu'on voulait 6tablir sur le quar-
x tier du Cap, sous le pr6texte d'une mar6chaussee;






*8S IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


a mais que dans quelque temps on ne manquerait
a pas de rdunirles fonds au domaine du Roi, de les
c remettre au Trdsor, et de congedier la mard-
c chausse ; aux lieu et place de laquelle, on subs-
tituera des troupes du Roi, qui ne seront jamais
c en assez grand nombre, ni capable de fire un
a pareil service, puisque quand bien mime ils se-
a raient suffisants par le nombre, les maladies
( auxquelles ces troupessont ocdinairement sujetles
c les en empdcheraient, ainsi que l'experience le
c fail voir tous lesjours, dtant certain que le non-
c bre de soldals qui vicnnent de France diminue de
c moitie' dans un an par la mortality, ce que l'on
a peut encore bien mieux remarquer aujourd'hui
qu'il n'y a pas assez de troupes pour e'tablir un
a corps de garden au Massacre, de 2S hommes seule-
c ment., Les administrateurs blamerent les injustes
accusations des colons relativement a la destination
de l'impOt, mais ils considdrbrent comme fondees
en raison el sans replique leurs objections a l'egard
des troupes europ6ennes. Cependant, ils ne trou-
verent point dans ces objections une cause pour
empbcher les habitants de payer un leger sur-
croit d'impot qui devait servir A conserver leurs
ateliers. Le conseil superieur du Cap ordonna que
les 50 sous par tete d'esclave r6clam6s par les ad-
ministrat.urs scraient lev6s pour 1'entretien de la
marachaussee.





DE SAINT-DOMINGUE


Impositions de Saint-Domingue
jusqu'en 1738.

Les impositions de Saint-Domingue consistaient
avant 1713, en un faible droit de capitation, comme
celui don't nous venons de parler que les colons
payaient pour l'entretien des routes ou pour d'autres
depenses municipales, et un droit de sortie de deux
sous par livre d'indigo 6tablidepuis 1696. Saint-Do-
mingue n'avait 6t6 assujetti A aucune taxe de
quelque importance avant 1703. Lorsqu'en 1713
Louis XIV envoyait A Saint-Domingue le premier
commissaire ordonnateur faisant function d'inten-
dant il s'exprimait ainsi dans les instructions qu'il
lui remit: c( L'administration des colonies dans les
c autres isles a trois parties: la finance, les habita-
Stions et le commerce. La finance a peu d'objet,
a dans celle de Saint-Domingue, parce que Sa
c Majest6 n'y fait percevoir aucun droit. Cette co-
c lonie s'est 6tablie d'elle-meme; elle a souffcrt
c des pertes pendant la derniere guerre, et pour
W n'en point empicher l'accroissement, Sa Majesle
cc a bien voulu laisser les habitants dans un enter
a afranchissement de droils ; mais come il ne
c serait pas just qu'elle fit des d6penses consid6-
, rables pour leur siret6 sans aucune charge, et
c sans qu'ils y entrassent, elle desire qu'aussitot
c que des temps plus tranquilles le permettront,
, le sicur Deslandes examine avec les principaux
a habitants des quarters de Loganc et du Cap les
f droits les moins ondrcux pour oux, qu'on pourra





90 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


imposer sur les denrees qui s'y consomment, sui
a les terres ou sur chaque tete de negre, pour en
a faire un octroi qu'ils donneront pour la depense
c ou 1'entretien des fortifications ou pour le paie-
a ment des troupes qui servent a les garder. C'est
a une vuc A manager avec application; et, en at-
a tendant que la conjoncture y soit propre, il
a peut voir par lui-mcme ce qui convienidra le
a mieux a la colonies en se souvenant que ce doit dtre
Siun octroi pour dviter aux habitants touted crainte
(( d'dtre exposes 4 des fermiers. ) Dix ans apres le 8
juillet 1713, les administrateurs, MM, le comte de
Blenac et Mithon rendirent l'ordonnance suivante:
Le Roi nous expliquant ses intentions par la
a lettre de M. de Pontchartrain, du 29 mars
a dernier, sur les fonds n6cesssaires pour le
a paiement des officers majors, l'entretien des
a troupes et des fortifications, que Sa Majest6 n'cst
a plus en 6tat de remettre en la dite isle, par l'6pui-
e segment de ses finances dans la longue guerre
a qu'elle a cue A soutenir, Sa dite Majeste ne
a trouvant pas just que tandis qu'elle a 6td oblige
a de surcharger son people en France pour fournir
a aux depenses immense de la guerre, les ha-
a bitants de l'isle de Saint-Domingue, loin de con-
a tribuer A des n6cessit6s si pressantes, lui soient
au contraire A charge, par la d6pense qu'elle a
a faite jusqu'A present pour leur sfiretW et la con-
a servation de leurs biens ; ce qu'elle ne peut plus
a soutenir a son grand regret et n'ayant rien de
c plus A cccur que l'accroissement de ses colonies;
a sur ce principle plein do justice, le Roi nous or-





DE SAINT-DOMINGUE


a donne de conferer avec les principaux habitants
a de cette isle pour trouver entire eux le moyen de
, payer un octroi qui puisse suffire a toutes ses
, ddpenses. La levee en sera faite par leurs soins
a pour Wtre moins A charge A la colonie, avec as-
, surance de la part de Sa Majest6 de ne laisser
, introduire en ladite isle aucun fermier ni traitant,
, leur laissant la liberty d'6tablir eux-m6mes les
( droits les moins a charge a la colonie, soit par
a une dixme sur les biens ou par des taxes sur les
c denrdes et marchandises du pays, ou tel enfin
a qu'ils jugeront le plus convenable, pour faire un
, fonds suffisant aux depenses de ladite colonie. )
Le conseil superieur du Petit-GoAve seant A Leo-
gane, 6tablit le 6 juillet suivant, pour deux ans,
un octroi de 6 livres par chaque tate de negre tra-
vaillant ou payant droit. Cet arret fut approuv6
par le conscil sup6rieur du Cap dans sa d6lib6ration
du 14 aouit suivant. Mais la capitation levee en 1713
ct en 1714 n'ayant produit que 78,000 livres pour
13,000 esclaves travaillant ddclards par les colons,
M. de Pontchartrain ecrivit aux administrateurs le
30 juin 1714: a Je ne sais si les 78,000 livres que
c vous comptez que produiront par an l'im-
( position des annees 1713 et 1714 seront suffisan-
( tes, avec les droits d'indigo, pour le pavement des
, ddpenses de la colonie: Je crains qu'il n'y ait un
a manque de fonds, parce que outre la dipense de
, I'3tat du Roi, il y a cell des farines et des ha-
a bits des troupes qui se fait en France, don't il est
a important de ddcharger Sa Majestd ; je vous prie
a d'examincr tout cola a fond et do fair tout ce qui





92 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


< d6pendra de vous pour que l'imposition qui se
f fera au mois do janvier prochain, soit suffisante
, pour satisfaire a toutes les d6penses g6nerales
qu'il faudra faire pour l'entrctien do la co-
lonie a Le mrmoire que Louis XIV adressa aux
administrators contenait, on outre, cc qui suit:
cc Sa Majestd ordonne auxsieurs do Blenacet Mithon
o do convoquer une nouvelle assemblee a L6ogane
< pour Ie mois do janvier 1715, et pour 6viter les
cc longueurs que 1'dloignement des quarters du Cap
cc apporterait a l'execution de la d6liberation qui y
, sera prise, ct afin qu'olle soit uniform, Sa Ma-
, jest6, veut que le conseil superieur du Cap se
< transport A Leogane pour assisted a cette assem-
( bl6e et que la d6liberation qui sera prise dans
< cette assembled soit faite au nom des deux con-
cc seils supdrieurs du Petit-GoAve et du Cap. ,
Les deux conseils sup6rieurs se r6unirent au
mois de janvier dans la ville de Leogane. Apris
avoir 6valu6 les depenses de la colonies a 190,000 li-
vres, l'assembl6e supprima le droit de 6 livres par
ttte d'esclave et 6tablit un octroi come suit : 20
sous par bannette de cuir, 30 sous par barrique do
sucre brut de 500 livres, 60 sous par barrique
de sucre blanc, 4 livres par tonneau sur los navires
arrivant dans la colonies, plus un droit sur les ca-
barets. Cet octroi fut lev en '1715, 1716, 1717 et
1718; mais le 2 aott 1717, Louis XV d6clara quelo
droit de tonnage interrompait le commerce et im-
posa A la colonie de Saint-Domingue a partir du I1c'
janvier 1719 les droits suivants: 2 sous par livro
d'indigo, on vertu do l'arrit do 1696, les droits do





DE SAINT-DOMINGUE


cabarets et de boucheries, 20 sous par bannette de
cuir, 40 sous par barrique de sucre brut et 3 livres
par tkte d'esclave. Les droits furent porous sur ce
pied jusqu'en 1737. Dans un mdmoire adress6 aux
administrateurs, le 10 juin 1737, le Roi s'exprimait
ainsi: ( Le produit de ces droits est constamment
o employ suivant leur destination, aux d6penses
(( ncessaires pour l'entretien et la suiretd de la co-
a lonie; mais il s'en faut de beaucoup qu'il soit
a suffisant pour pourvoir aux dipenses, et Sa Ma-
a jestd est obligee d'en fair annuellement de con-
( sid6rables tant pour les recrues, et lus vivres
a des troupes qui y seront entretenues, que pour
( d'autres articles... Elle a remarqu6 quo de tou-
, tos les marchandises qui se recueillent A Saint-
Domingue, il n'v a quo le sucre et l'indigo qui
a soient sujets A ces memes droits, parce que lors
( de leur 6tablissement il n'y avait pas d'autro
c culture dans la colonies, ot elle cstime qu'il est A
Spropos d'y assujettir los donr6es provcnant des
a plantations qui se sont 6tablies depuis comme le
a coton, le cafe, et meme le cacao; il est just, en
c effet, que chaque habitant contribucaux d6pcnses
d de la colonies et que la contribution tombe sur
( toutes les cultures. 1
En consequence, les deux conseils superieurs du
Petit-GoAve et du Cap, reunis A Leogane, dtablirent,
le 14 mai 1738, un droit de deux livres dix sous par
cent sur le coton, de trois deniers par livre de caf6
et d'un sou par livre de cacao. Le 26 septembre
suivant, le Roi approuva cettl imposition, mais pour
encourager la culture du cacao a Saint-Domingue,





94 IIISTOIRE DES AFFRANCIIS


il exempta pendant dix ans du droit impose, le
cacao du cru de cette colonie.

Organisation de la milice jusqu'en 1744.

Nous avons dit que les regiments de milices, cr66s
en 1705 par Louis XIV, avaient 6td supprim6s en
1732 par Louis XV et que les companies avaient
6te declar6es ind6pendantes les unes des autres.
Le 10 aofit 1739, M. le marquis de Larnage, gou-
verneur general, 6tablit deux revues gen6rales par
an pour la milice et ordonna aux companies de
cavalerie et d'infanterie, tant de blanks que de mu-
litres et noirs libres, de s'assembler tous les deux
mois pour faire l'exercice. Les blancs 6taient arms
de fusils d'ordonnance avec la bayonnette, d'un
gargoussier, de deux pistolets, d'p6oes ou de sabres.
Les mulatres et noirs libres portaient le grand fusil
boucanier, le gargoussier, le sabre ou la manchette
et des pistolets. Les affranchis se pretaient au ser-
vice de la milice avec le meme zele qu'a celui de la
mar6chaussee; les colons, au contraire, que le cli-
mat 6nervait, cherchaient constamment A se sous-
traire aux revues et exercices.

Mollesse des blancs de la milice.

Le 3 juin 1740, le ministry de la marine, M. le
comte de Maurepas, ecrivit A cet 6gard la lettre
suivante A M. de Larnage, gouverneur:
Il est assez surprenant que depuis l'Ntablisse-
c ment de la colonie, et avoc les avantages qu'elle a






DE SAINT-DOMINGUE


( par rapport aux cultures et au commerce, les
a milices se trouvent encore reduites A 6,000 hom-
( mes. II est vrai que le climate n'est pas favorable
a et qu'il eprouve cruellement les habitants; mais
( je ne sais si c'est 1a la seule cause de leur petit
a nombre, etj'espire que par la douceur et par la
( sagesse de votre gouvernement, on aura lieu de
c s'apercevoir que, malgr6 cet obstacle, les choses
h changeront avantageusement. Ce qu'il y a de
a plus facheux, c'est la mollesse qui s'est gliss6e
u parmi les habitants. Il est pourtant A croire que
, ceux qui auront a d6fendre leurs biens dans les
( occasions, s'y porteront avec valeur. Mais cela
, ne regarded que la premiere classes que vous avez
c distingu6e. On ne peut pas computer de meme sur
a la second (les petits blancs), ce n'est que par
t une grande discipline qu'on en pourra tirer
( parti, et c'est A quoi il faudra principalement
( vous attacher. Quant a la troisieme classes qui
c est celle des multires et nigres libres, on l'a tou-
s jours regardee come la principal force de la
c( colonie; et puisque vous jugez qu'on peut en faci-
a liter l'augmentation sans inconvenient, Sa Ma-
a jestd trouvera bon que vous suiviez les vues que
c( vous et M. Maillart avez sur cette matiere, sans
; neanmoins vous carter des r6gles prescrites par
( l'ordonnance, et empichant toujours les abus
( qui pourraient se commettre par rapport aux
a affranchisscments. )





96 IIISTOIRE DES AFFRANCIIIS


Etat des companies de milice de noirs et
mulftres libres sous le gouvernement de
M. de Larnage.

Sous le gouvernement de M. de Larnage, les
mulatres et noirs libres furent traits avec les plus
grands 6gards. Ce gouverneur augmenta consid6-
rablement le nombre des affranchis. Alors les
companies de mulhtres et noirs libres 6taient
commandoes par des officers tires de cette classes.
M. de Larnage ayant fait connaitre au ministry
leur constance dans le service, le Roi rendit, le
2 aott 1743, I'ordonnance suivanto qui prouve
qu'en cherchant A s'appuyer sur celte classes on
voulait en meme temps l'int6resser au mainLien de
l'esclavage : ( Sa Majest6 6tant informed que les
( officers des companies de nigres et mulitres
( libres, 6tablis i Saint-Domingue, ont joui, en
a consideration des services qu'ils rendent, de
a l'exemption de tous droits et travaux publics,
a savoir : les capitaines pour douze de leurs
a esclaves, les lieutenants pour huit, les ensei-
a gnes pour six et les sergeants pour quatre;
c ayant lieu d'etre satisfaile du comnple qui lui
a ted rendu de leur zble, de leur fidelite et de
c leur obeissance, veut les maintenir dans la
a jouissance des dites exemptions et ce, pendant
a le temps qu'ils seront dans leurs emplois. )
Nous voyons que ce principle avait td6 admis des
l'annde 1733 par le marquis de Fayet, en rdtablis-
sant la mar6chaussde; au lieu de donner des




Full Text
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