Saint-Domingue

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Material Information

Title:
Saint-Domingue Étude et solution nouvelle de la question haītienne
Physical Description:
2 v. : plan. ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Lepelletier de Saint-Remy, R
Publisher:
A. Bertrand
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Finance -- Haiti   ( lcsh )
Finance -- Dominican Republic   ( lcsh )
History -- Haiti -- 1804-1844   ( lcsh )
Genre:
bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )

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Bibliography:
Includes bibliographical references.
Statement of Responsibility:
Par M.R. Lepelletier de Saint-Remy.

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Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 08915021
lccn - 02012854
ocm08915021
Classification:
lcc - F1931 .L59
System ID:
AA00008880:00002

Full Text

UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES













SAINTI-DOMLVINGU E.


ETUDE ET SOLUTION NOUVELLE
DE: LA


QUESTION HAITIENNE.


PAR I. R, LEPELLETIR DE SAINT-REllY,
Auditeur au Consell d'$tat.


TOIE 'SECOND`.


PARIS,
ARITHUS BEIRTRAND, EDI)TEUR,
L.IBRlitllE DE LA* SOC.IETE DE G:EOGRIAPIIIE, IILE IIAUTEF`EUILLE, 23.






























fit oB
ce


Bay















LIVRE TROISI~ME.



INTDEMNIT4.
INDEPENDENCE.


















CHAPITRE PREMIER.


NegOelations de 1814 & 1825.


Pr~cis des ndgociations entire la France et Sainlt-Domingue, de 1815 a
1825. -L'inl~r~t maritime et colonial durant les premieres anudees de
la Restaulration.-Situlation criee p~ar le traits de Paris.-Clause secrete,
et julsqu'ici ignoree. Correspondance a ce sujet entire le prince de Tal
leyrand et le baron Malouet. Texte de la clause secrbte. Son hlabi-
let6. Sa portee. Elle sulscite g la France l'antagonisme de l'aulgle-
terre qulanta jla replrise de possession de Saint-Domingnue. -Premieres
missions a Saint-Domingue. -Dauxion-Lavaysse, Mredina,Dravemnan.
D~saveu. Intrigue hlabilemecnt ourdie. -Le principle de f'indem-
niti est pose par Petionl. --Finl mystdriese de M~edina. La commis-
sion militaire quli le julge. Ce qlue produisit la mission de Danlxion-
Lavaysse.- II avait sainement apprdcid la situlation.- Seconde mission.
--MM\. de Fonltanges et Esmangart, commissaires royaus. Accueil
diffrent qule regoivent les commissaires dans l'Ouest et dans le Nord.
Potion continue g p~oser la question sur le terrain de f'indemnite. -
La politiqule anglaise dans les Antilles en 1815. Celte second mission
five I'opinion du gouvernlement. -Negociations secretes jusqu'en 1824.
Mlissionl du gindral Boyd en France. -Preoccupations dfe la colonie
dlont le president Boyer tire parti. -Deux nonvealx: agents hlaltiens ar-
rivent a Paris. Caract~re de la nouvelle ndgociation qu'ils suivent. -
Protectorat. Projet de Af. de Villele. Rupture de la negociation. -
Ha'iti anlrait pu alors oblenir que le chiffre de I'indemnit6 At fixd a
100 millions. -Let tre de AI. de VillBle a nt. de Cle rmon t-Tonnerre.--La
v6rite sur la ndgociation de 1824.





II fant etre just, mn~me avec les gouvernernents

dichus :nous ne pouvons border cette parties de

nlotre travail, sans rendre un eclatant t~moignage










4: LIVRE III. CHAP. I.
aux hommes d'Etat qui out inaugur6 en France le
gourernement de la Restauration. Les recherches
que nous avous 6tB oblig6 de faire dans les archives
de plusieurs ministries, pour saisir le premier fil
. des negociations entire la France et Saint-Domingue,
nous ont appris ce qu'avaient 6te les questions ma-
ritimes et coloniales pour les hommes politiques qui
out mis la main aux affaires, sous le gouvernement
du roi Louis XVIII. A la premiere, comme g la
second Restauration, au milieu dles graves prdoc-
cupations qui assidgeaient dlu dehors, et des dou-
loureux tiraillements de I'inticieur, I'int~rit mari-
time et colonial fut considered comme l'un des pilus
grands int~r~ts de la monarchie. Des ddlib~rations
approfondies, des instructions savamment m~dit~es,
une correspondence onl les mipistres, Bchangeant
leurs impressions, se dlemandaient mutuellement
conseil, tout rdvle une sollicitude intelligence et
elev~e, un sentiment religieux du devoir z. Quels
q~ue soient les r~sultats oblenus, justice doit Btre
rendue:; et c'est un devoir pour I'6crivain auquel il
a 6t6 donnd de pe6ntrer ces nobles secrets de la
politique, de payer un tribute d'hommage auxc noms

i. Dans la scule edgociation de 1822, nou~s al'ons compidl plus de vingt
leltres on billets aultographes de MI. de: Villble L MI. die (:Cleront-Tonnerre.










NEGcOCIATlONS DE 1824 A 1825e~.
des Malouet, des Portal, des Clermont-T'onnerrle et
des Vill~le.
Quelle position firent A Saint-Domingue, dans le
droit public europ~en, les grandes conventions re-
gulatrices de 1814 ? Cette question n'a et6 ap pro-
fondie par aucun des 6crivains qui out traits la ma-
tibre. A cette question se rattachent pourtant et les
micomptes qu'a 6prouves la France dans les n~go-
ciations entamees avec son ancienne colonie, et le
caracti~re peu d~finitif de ~la solution q~ui a mis fin
a ces n~gociations. Chacun a cite le trait6 de Paris
qui reserve les droits de la France sur la parties fran-
gaise de Saint-Domingue, et tout a 6td dit. 11 est.
d'abord g remarquer que le trait6 de Paris ne pou-
vait rien stipuler et ne stipute rien de pr~cis a cet
Bgard. Cette convention porte sculement que S. M.
T. C. rentrera en possession de tout ce qu'elle pos-
sedait en Am~rique, an 2er janvier 1792 <. Une
6poque est fixde pour la remise des lieux occupies
par S. MI. B.; mais Saint-Domingue ne pouvait 4tre
compris dans cette clause, attend que cette colonie
n'6tait occup~e ni par l'Angleterre ni par auctine des
autres puissances contractantes.


i Voy. le: texte de cette sli~nlation, d~th c~ite.










6 LIVRE III. CHAP. I.
VoilB pour le traits patent du 30 mai 18144. Son
caractbre pen explicit aurait dB faire comprendre
aux 6crivains''qui f'ont cit6, qu'il ne disait pas
tout ce qui avait dd Atre dlit, et qlue quelque article
additionnel suppliait B son silence. En effet, huit
jours apri~s sa signature d~fmnitive, le souverain nd-
gociateur de la France minutait de son Bcriture
imperceptible le billet suivant, adress6 i son col-
libgue dans les conseils du roi, le baron Malouet,
ministry de la marine et des colonies. a Monsieur le
a Baron, il a 6t6 sign, a la suite du traits defi-
(( nitif de paix avec l'AingleterrIe, un article secret
(( relatif a la colonie de SaintDomingue : Je dois
a naturellement vous en donner connaissance, et,
a B cet effet, j'ai l'honneur de vous en adresser,
a pour vous seul, une copie certified. Signe : le
a( prince de B~n~vent. n Cet article secret, qui est
un chef-d'oeuvre de diplomatic britannique, 6Btait
ainsi congu : (; Dans le cas on S. M. T. C. jugerait
a convenable d'employer quelque voie qlue ce soit,
a m~me celle des armes, pour r~cup~rer Saint-Do-
(( mingue, et ramener sous son obeissance la popu-
a( lation de cette colonie, S. M. B. s'engage B ne
a( point y mettre, ou permettre qu'il y soit mis par
(( aucun de ses su jets, ni directement, ni indirecte-











sfGOCIATIONSs DE 1814 A 182r. 7
<< ment, obstacle. S. Mi. B3. reserve cependant ai
<< ses sujets le dlroit de faire le commerce dans les
<< ports de fiPle de Saint-Dolpingue qui ne seraient
<< ni attaqluds ni occupies par les autorites fr~an-
<< raises. n Cette communication fut un coup inat-
tendu pour le bar~on MYalouet, dont la haute intelli-
gence dut ylire la destined: future des efforts que
tenterait la France pour rentrer en possession de son
ancienne colonie. Nous croyons ne pas nous laisser
aller a des longueurs inutiles, eD r~eproduisant ici une
par~tie de sa r6ponse a la notification q~ui lui etait
faite. Le 12 juillet, c'est-a-dire, au moment onl par-
tait la mission de Lavaysse et de Medina, dont nous
allons parler, ce ministry Bcrivait g son coll~gne :
<< J'ai lu avec autant de peine que de surprise l'article
<< secret du traitP6 de paix, relatif a Saint-Domingue,
<< que V. A. m'a communique par sa lettre du -8.
<< Tout occup6 en ce moment de faire rentrer cette
<< important colonie sous l'obeissance de S. M., et
<< d'assurer a la France les immense ~avanta~ges de
<< sa possession, sans Btre oblig6, pour y parvenir,
<< de recourir a P'emploi des forces majeures, je
<< rencontre une difficulty de plus, et tout B fait
<< imprevue, alors que j'en avais d~jl bon nombr~e,











n LIVRE III. CHAP. I.
<< et de tribs-grandes Q surmonter. Je dis tout a fait
(( imprevue :en effet, cet article est tellement en
a contradiction avec l'article 8 du traits rendu pu-
(( blic, que je ne puis concevoir qu'il ait 6te pro-
(( pos6 et consent; et dans l'ignorance oit je suis
a des motifs qui out pu faire passer par-dessus cette
(( contradiction, je demeure frapp6 de ceux qui au-
(( raient dd la prevenir '. > Le ministry deduisait en-
suite toutes les consequences qui dans son esprit
se rattachaient B cette malheur~euse stipulation.
Nous ne donnerons pas ici la reponse de M. de
Talleyrand aux logiques demonstrations de son col-
16gue. Nous dirons seulement qu'elle nous a sembl6
peu digne de la reputation de profondeur qu'a lais-
see cet homme d'Etat. AprBs s'4tre rejete sur la
necessity, it arrive a presenter comme un palliatif
serieux des inconvenients qu'on lui signal, I'assu-
rance qui lui a 6te donnee par le pl~nipotentiaire
anglais a qu'il suf~fr~ait qu'il y edt dans un port de
a Saint-Domingue un seul commissaire frangais,
a( ne s'y trouvllt-il avec lui aucune force militaire,

Lettre .du baron Malouet, ministry de la marine et des colonies, au
prince de Talleyrand, minlistre des affaires 4trangbres. (Papiers dt( dd-
partement de la marinee)










NtOoCIATIONS D)E 181S A 1825*L. O

<< pour que ce por~t fdt considered~ comm~e occupy
<< par nous, et que le commerce y fiit inter~dit auxi
<< sujets anglais'
Voila ce qui n'avait pas ete dit jusqu'ici, que
nous sachions, et voila ce qui vaut la peine d'4tre
un peu 6tudiB. On comprend d'abord quelle situa-
tion ressortait pour la France, au point de vue Bco-
nomique, de ces stipulations que M1. Mtalouet ap-
pelait avec raison contradictoires. Tandis que,
d'un cate, poussant jusqit'g l'exagdration les conse-
quences du principle qu'elle faisait ressortir du traits
de 1814, la France croyait donner une sorte de
consecration aux droits qu'elle s'6tait reserves, en
ouvrant ses ports aux products de sa colonie rd6-
voltee; en les maintenant sous le benefice du
privilege colonial, comme ceux des possessions fi-
dibles de la Martinique et de la Guadeloupe, blessant
ainsi a la fois l'6quite et la raison : le pavilion fran-
gais se haissai t hlonteusement aux atterrages de Saintr
Domingue, et ceux de nos products qu'importaient
Les bhtiments 6tranger~s 6taient frappes des plus rui-
neuses surtaxes. Au point de vue politique, au

i Lettre du prince de B~nivent au baron Malonlet, nalinistre de la marines
et des colonies, du 19 juillet 1814. ( Papier's du ddparlemlent de la
marine. )










10 LIVRE Ill. C~HP. I.
point de vue de la reprise de possession, on coml-
prend routes les consequences de la convention se-
cr~ite. La France cr~ait un obstacle r~edoutable a
ses efforts; elle allait se trouver en face de cel an-
tagonisme implacable qui ne se lasse jamais, et pour
lequel tous les moyens sont bons : elle allait avoir
affaire i l'intdrit commercial de la Gr~ande-Br~etagne.
A~joutons que, q~uant aux puissances qui n'6taient
pas parties contractantes au traits de Paris, et avec
lesquelles il n'avait Btd, par conse~quent, possible
de rien stipuler, on ne pouvait s'empic~her de les
admettre au bdadfice des relations qlu'elles avaient
depuis longtemps 6tablies, et qu'elles voyaient main-
tenir i l'Angleterre, sans qu'on pdt leur en notifier
la cause. Ce n'6tait done pas seulement l'Aungleter~re ,
c'6taient encore les Etats-Unis, don't les int~r~ts al-
laient faire Bchee a nos efforts.



L'empire ne s'6tait que peu occupy de Saint-
D~omingue. Les tend~ances de la Fr~ance t6laient alors
routes continentales. D'ailleurs, le gouvernement
imperial touchait de trop pres au consulate, pour
qu'lil pdt border une negociation avec quelque
chance de succhs. De l'expedition du general Le-











micocIATIONS DE 1$4 A 1825i. 1.1
clerc auxc Bvc;nements de 18~14, la colonie rd~voltie
etait restee dans l'oubli. Le cabinet qlui prit les af-
fair~es au retour des Bourblons se tr~ouva place dans
un d6ndment complete de tout document s6rieux
sur les resources et la situation morale du pays.
C'est 14 ce qui explique le caractere particulier et
les ftlcheuses consequences de la premiibre mission
h Saint-Domingoue : celle des agents Dauxion-La-
vaysse, M~edina et Dravreman.
Dauxion-Lavaysse 6tait le chef de cette agenlce,
comme on disait alors. Ancien conventionnel, an-
cien soldlat de Mur~at, auteur de plusieurs projects de
colonisation qui n'etaient pas sans port~e, c'6tait un
de ces aventuriers intelligents et hardis, comme on
en rencontre beaucoup dans la diplomatic britan-
nique et trop pen dans la nbtr~e. Franco de Mledina,
qui devait payer de sa vie son devouement A la
France, appartenait a une de ces nobles families de
la parties espagnole qui, une fois rallies aux; cons6-
qluences du traits de BAle, porthrent jusqu'a l'exal-
tation leur amour de leur nouvelle patrie. Aprhs
avoir valeureusement servi dans la colonie, sous
les gendraux Ferrand et Kerverseau, il avait fait
une parties des campagnes de l'empire, et avait











12 LIVitE III. CHAP. L.

conquis ii la pointe de l'6pde le grade de lieutenant-
colonel '.
MA. Draveman 6tait un negociant de Bordeaux que
f'on supposait en relation avec des hommes influents
du royaume de Christophe. 11 ne quitta pas la Ja-
mai'que, oil les agents se rendirent d'abord pour-
prendre leurs informations.
La premiibre revelation qdfon eut en France de la
mission dirigee sur Saint-Domingue, fut la note:
suivante qui parut dans le IMonriturn du lt8 janvier
1815 : Le ministry secrd~taire d'E~tat de la marine
a et des colonies a mis sous les yeux du roi des
a( lettres ins~rdes dans les papers publics, et qui out
a Bt6 adressees de la Jamarqyue, sous les dates des
a 6 septembre et ler octobre derniers, aux chefs
a actuels de Saint-Domingue par le colonel Dauxion-
a Lavaysse. MI. Dauxion, dont la mission toute pa-
a cifique avait pour but de recueillir et de transmettre
a au gouvernement des renseignements sur I'etat de
a( la colonie, n'6tait nullement autoris6 a faire des
a( communications aussi contraires A l'objet de cette

i Puisse le tardif' hommlage qui lui est icirlendu prou ver ise~s compatriotes
rlue leur rebellion, dont ils ont C6t si crulellemlent punlis, n'a pas fait oublier
la noble fidelitB qule qulelqu~es-uns d'entre eul\ ont su conlserver aul drapeaul










Ntsocurin oNS DE1814 A 1825. 13
a( mission. Le r~oi en a tdmoign6 un profondl md-
a~ contentement, et a or~donne de r~endre publique
a( sa disapprobation. n
Le Monziteur n'8tait qu'a moiti6 dans le vrai, en
fulminant cette protestation : les agents frangais
Btaient bien ceux du gouvernement, et non ceux du
ministry de la marine, comme on l'imprima alors;
enfin, ils avaient tous pouvoirs n6cessaires pour
fixer, dans la limited de~leurs instructions, les prdli-
minaires d'un ar~rangement amiable. Ces instruc-
tions se r~sumaient ainsi: Le roi concihde, parcel,
qu'il veur conceder. L'esolavage sera r6tabli avec
des adoucissements dans~le r6g~ime int6rieur. Les
anciens propriet~aires seront remis en possession. -
Parmi les anciens affr~anchis, les plus important r~e-
cevront des titres qui les reconnaltront blanrcs, et les
rendront aptes aux functions publiques, les autres
seront divis~s en deux classes, dont l'une aura la
jouissance des dlroits politiques, et f'autre, celle des
droits civils, avec perspective pour les- individus de
la derniere classes d'arriver a la second, lorsqu'ils
s'en rendraient dignes par leur conduite et leurs
SerVICeS '.

i Instrunctions pours MM~. Dauxionl de Levaysse,;Franco (10 Mstlina e
Dralvemn;l. (Papiers duc ddpattement dle la marinr. )










LIVRE HII. CHAP. I.


Telle etait bien la pens~e du gouvernement. Seu-
lement, au premier toucher des hommes et des
choses, Dauxion-Lavaysse avait compris que ces
instructions qui parlaient du retablissement de l'es-
clavage, et d'une classification i 6tablir entire ceux
qui demeureraient en possession de la liberty, pour-
raient bien lui faire couric risque de la vie, ou au
moins lui former rigoureusement le pays. Il eut done
l'audacieuse idee de changer completement la lettre
de ses instructions, pour entrer en rapport avec
Potion, sauf B ne rien conclure '. 11 substitua la
question de souvlerainete & celle de l'occupation, et
demand a traiter sur cette base. Ce moyen lui
rdussit. II lui fut permis de debarquer au Port-au-
Prince, et il eut plusieurs conferences, tant avec le
chef mullitre lui-m~me qu'avec son secretaire, In-
ginac et son confident Boyer. Ce fut dans ces
conversations diplomatiques que P~tion posa lui-
m~me le principle de P'indemnite des anciens pro-
prietaires, qui a depuis fait la base de toutes les
n~goniations. 11 consentait h 1'Ctablir sur la propor-
Lettre cle Dauxion-Lavaysse as bar~on Malouel.
Snlivant Af. Dauxion-Lavaysse, le general Inginac aurait p~u sans ano-
malie etre reconnu blanc; car a~ detait antrefois un blanc, hlomme tres-fin
n~ et tribs-habhile, lequel a fait fire unle g~ndalogie pour prouver que par
" sa mere il Btait hlomme! de collleulr. 1* (Note mnarginale dur rapport de
MI. Daux~ion-L.tavasse. )










NEGOCLOTION'S DEI ~1X14 A 1825. 15
lion dies deux tier's die la pr'opriete te:lrritor~ialec, con-
sidd~rant comme un fait detinitivement acquis I'af-
fr~anchissement des individus qlue le gouvernement
avrait lui-mime proclam6 '.
Dauxion-Lavaysse en t'tait au plus fort de son
intrigue, lorsqu'un 6v6nement inattendu vint trou-
bler son assurance.
C:omme agent principal, il s'etait charge de la
province du Sud, parce qu'on tenait surtout B ra-
mener P~tion et Borgella, avec l'assistance desquels
on serait facilement arrive a soumettre Christophe.
Les renseignements recueillis sur les dispositions de
ce dlernier chef avaient appris g Lavaysse que cette
combinaison av-ait au mnoins le mderite de la pru-
d~ence; aussi avait-il fortement d~conseill6 Mledina
de p~netrer dlans le Nord. Mlais celui-ci n'en tint
compete. Arriv6 dlans fitle par Santo-Domingo, if
avait traverse toute la vast part~ie espagnole, et ve-
nail dl'arriver a la frontiibre, lorsqu'il fut saisi par les
satellites de Chr~istophe, et conduit au Cap, oil l'on
tr~ouva ses instructions, les ve'ritablers instructions
eachdes dans ses v~t~ements. Mralgr6 la mutuelle hos-
tilitc; des dleux chefs, C~hristophe fit porter k Petion

i 11 n'cest p~as lne! sles Ipike~s relatives a cette nIglac~riatio nl quli n'allc lscus










16 LIVRtE III. CHAP. 1.

les papers qu'il avait saisis, et la ruse de notr~e
agent du Sud fut deconverte. Quoiqu'il se defendit
assez adroitement, en expliq~uant comment son gou-
vernement avait ddZ lui laisser plus de latitude qu'h
Medina, a lui charge de traiter avrec des hommes
aussi 4clair~s qlue P~tion et Borgella, le chef mu-
I8tre obit g la mise en dlemeure qui lui arriviait du
Nord, et mit fin a la negociation. Il ne s'en tint pas
14, et crut prudent de publier la correspondence de
notre agent.-- Ce fut ainsi qlue Dauxion-Lavaysse se
trouva plac6 sous le coup du d~saven qui le frappa '
Q2uantA M edmna, il p~rit, ainsi qlue nous I'avons
dit, victim de son devouement g sa nouvelle patrie;
mais il perit sans qu'on ait mdme pu constater sa
mort. Un affreux mystere couvrit sa fin. On le voit
expose sur la place publique avec ses instructions
affichees sur la poitrine, puis assistant dans une
6glise tendue de noir au chant du requiem; puis
enfin passant devant une commission militaire. -
Et l'on n'en entend plus parler.

i Rien de tout celaj n'est indiqud dans le Prdcis histor~ique des ndgo-
ciations avec Saint*Domlingue, qui ne tient pas plus complex a Dauxion-
Lavaysse de sa perspicacity, qlu'a Medina de sa triste fin. Ce livre est d'ail-
lents toult entier dans son olill6sime de 18268. Aux yeuxs des derivainls de
crette Cpoqule, ainsi que nous avons ddji pu le constater, tout 6tait pour le
mienr, lorsque la Frane 4tait reponlssde et bafonde par les noir~s de sonl
anc~iennl e~ninnie











Le gouvernement de Christophe est tout entier
dans la cd~rdmonie judiciaire que suit le malheureux
Medina, et dont le procks-verbal est arrive jus-
qu'd nous. Faisons au moins connatltre ce triste do-
cument, puisqu'il est le seal que nous ait laiss6
prendre le roi noir.
La commission militaire Btait pr6sid~e par /I. le
dlue de la IMarmelade, et ses d61iberations portent
le protocole suivant :

<< ROYAUME D HAITI.

I< Commission militaire speciale, r6unie en l'hatel
a( de Sa Grace Monseigneur le due de la M~armelade,
<< gouverneur de la ville, a l'effet d'instruire la pro-
a( c~dure criminelle du jugement d'Agoustine Franco,
a( dit Mledina, un des trois espions frangais, envoys
<< par le cabinet frangais, et arr~td le 11 novembre
a presente annee; lequel jugement definitif aura lieu
<< lorsque l'affaire sera suffisamment instruite. a
Cette commission 6tait presidee Inous copions
toujours) de :
c Sa Grace Monseigneur le due de la Marmelade,
cc president;
<< Son Excellence M. le comte d'Ennery, lieu-
a( tenant general des armies dlu roi;










LIVRE III. CHAP. I.


<< Son Excellence M. le comte de Richeplaine;
<< M. le chevalier de Jean-Joseph, mardchal de
<< camp des armies du roi;
<< M. le baron de Cadet ( Antoine), secr6taire
<< general du d~partement du grand amiral, greffier
<< de la commission;
<< M. le baron de Ldo, colonel;
<< M. Joseph Leonel, lieutenant-colonel. nI
Telle fut I'issue de la premiere negociation entire
la France et son ancienne colonie. -La mission de
M. Dauxion-Lavaysse ne fat pas tout B fait sterile.
Le gouverne~ment lui dut les premiers renseigne-
ments serieux qui nous fussent encore parvenus sur
ce pays que nous croyions connaitre par la corres-
pondance confuse des colons re~fugies B la Jamai'que.
Esprit observateur et intelligent, malgr6 la defiance
qui Pentourait, notre agent sut 6tudier la nouvelle
nationality qui essayait de s'6tablir, p~netrer les
secrets de sa force et de sa faiblesse, et compren-
dre la situation du parti que representait P6tion en
presence de celui de Christophe. II comprit sortout
la situation qu'allait creer g la France I'antagonisme
de I'inter~t anglais; et les depiches de cette agence
secrete sont en quelque sorte la preface de celles
clue nous verrons partir de la mission officielle aui











va tout a l'heure la remplacer. Enfin, I'6v~nement a
prouv6, et nous prouve chaque jour, que notre en-
voy6 d6savoue avait parfaitement saisi la question,
et jet6 les veritables bases du seul arrangement qui
fd~t alors possible entire les deuxi pays.
Mais, d'un antre catd, I'Bv6nement vint aussi
donner, quant a M. Dauxion-Lavaysse lui-mime,
une nouvelle confirmation de cette v6rit6 adminis-
trative : que les agents ne doivent pas avoir plus
d'esprit que les gouvier~nements qui les emploient;
v6rit6 qui s'e~st depuis formulae dans cet aphorisme
si connu d'un grand politique : a Surtout, pas de
z~le! >> Malgre ses nouvelles offres de service, I'ad-
judant g~ndral Dauxion a ne put jamais se reliever
de la disgrace qui l'avjait frappe.
Peut-6tre n'oublia-t-on pas assez certain passa-
ges de ses d6piches, oix le soldat de Muurat, cedant
a ses habitudes de frondeur impgrialiste, rappor-
tait avec un peu trop de fid61it6 quelques-unes des
paroles du republican P~tion =.

11I avait repu le brevet de ce gradle ppendant le course de sa mission.
a Comlme je lui disals qu'il n'y avait plus de prdjughs, et que le rol
r 4tait entoure des hlommes die la1 rdcvolution et de I'emplire anlssi b~ien que
n de ceux de l'anlcien rgime: Vous nie lisez done plas I'Almnanach r'oyal ?
n~ me rdpondit-il; ouvrez-le, et rous ne verrez figure dans les grandes pla
n ces de la cours qule deux hommes de la revolution : un sot et un trat*
n~ tre..... Quant aux hlommes de l'empire, ce sont les muldetres de la










20LVR II HA.f
Si l'on fit entr6 immediatement dans la voie ou-
vrerte par notre agent, it est probable que dans la
situation ou se trouvait alors la colonie, on serait
arrive g la solution qui a ete si vivement recherche
depuis, et que quelques esprits r~vent encore au-
jourd'hui. Mvais on voulut tenter une second fois
la conqu~te, et un armement se prdparait B Tou-
lon, lorsque la prediction de P6tion s'accomplit, et
que le d6barquement de l'ile d'Elbe vint ajourner
tous les projects. Ce retard fut mis i profit par ceux
qui avaient inter~t A faire dchouer les projects de la
France. Les Anglais et les Am6ricains servirent d'in-
term~diaires entire les chefs don't Pantagonisme pou-
vait faire notre force, et une proclamation q~ue Chris-
tophe adressa i son rival, malgre sa forme ridicule,
servit g constater q~u'un danger commun rapproche-
rait les deux intraitables ennemis. Aussi, le gou-
vernement de la second Restauration r~enonga-t-il
a l'exp6dition projetee. Apres de nombreuses ddi-
birations, on s'arr~ta g une measure mixte. Une or-
donnance inseree au lon~iteur nomma des comnmis-
saires r~oyaux pour SaintDomingue.

n r~estauration..... Comment pnuis-je traiter avec vous? avant trois mois
* vous verrez Bonap~arte renter en Flrnce, et vos Boulrbons s'en aller pIls
aI vite qu'ils ne sont venuse..... = Correspondance de Dauxrion-Lal-
valysse. ( Papier~s du1 ddpartlement de la marine.)










NeGOCIATIONS DE 12514 A 125%D. 21
L'auteur de l'Hist~oire politique et statistique de
fiEle d'Hatti a parl6 sans la moindre notion de cette
commission de 1816, qu'il compose << d'anciens co-
lons en horreur au people noir; a qu'il suppose
avoir 6te formde, sans qu'aucun compete fdt tenu
<< du gouvernement de fait qui rdgissait notre an-
cienne possession, a et qu'il peint << longeant la
c~te j bord d'un b~timent ambricain. ,, 11 est diff-
cile de caricaturer plus lestement l'histoire. La com-
mission 6tait pr~sid~e par le g~ndr~al vicomte de
Fontanges, homme v6nerable, sous leqluel P~tion
avait autrefois servi, et qui partageait si peu les
pr~jug~s coloniaux, qu'il avait pour aides de camp
un n89gre et un mul~tre, en faveur desquels il dis-
posa m~me de deux des croix d'honneur que le roi
avait mises A sa disposition '. Quant aux autres
membres de la commission les p~rincipaux 6taien t:
M. le colonel de Jouette, M1. Esmangart, conseiller
d'Etat, et M. de Laujon, ancien membre du con-
seil superieur de Saint-Domingue. Ces deux ler-
niers furent depuis les conseiller~s n6cessaires des
n~gociations qui suivirent : tant etait grande la con-
fiance qlue leur t~moignaient tous les hommes in-
I L gouvernemnllt aIvait in~lis anl vicomnte die I'nltange s muille croix tlu
L~is, dix croix de Saintl-Louis, et donle de la Legion d'honneur. -Instrulc-
tions duI l icomlnl de FlnnanP nt /Panior dul rlinarI~lrl mo lp ,In la mainr 1










-LZ LIVRIE III. C`HAP. I.
fluents du pays qu'il s'agissait de ~alinener a la
France. Pour ce qui est du gouvernement de faith,
les instructions des commissaires qyu'on ne pouvait
porter B la connaissance de l'Angleterre et des Etats-
Unis en les ins~rant dans l'or~donnance, en parlaient
longuement. AprBs avoir place la question sur le'
terrain du retablissement de l'autor~it6 m~tr~opoli-
taine, mais avec renonciation A l'esclavage, les
commissaires avaient les pouvoirs necessaires pour
border la question de souvernainete ext~lrieure, et
traiter sur cette base. Enfin, ce fut sur des bhti-
ments de guerre frangais, battant pavilion blanc, et
non pas sur un navire 6tranger, que les commissaires
parurent en vue des cates de Saint-Domingue '.
P6tion regut les envoys de la France (( avec les
egards et les provenances qu'ils eussent rencontris
chez le gouvernement le plus anciennement police. ,,
Des notes trbs-nombreuses fulrent echangees entire la
frigate laI F/ore que montaient les commissaires
royaux, et la chancellerie du Port-au-Prince. Mal-
gr6 l'habilete et le tact que dgployerent nos n6go-
ciateurs, tous leurs efforts vincent se briser contre
cette r6ponse immnable du chef mul~tre : Indepen-

Itapport anl vi('Omfte e Flontanges. ( Papier~s du~ ddpartement de la
mariino










RHGUCI;ATIIURS 9E. 1019 A IOatle At.
dance absolue d'ab~ord, sauf g racheter les droits des
anciens colons sur le sol (les individus ayant 6te
declares libres)j par une indemnity, et les droits de
souverainetB de la France par les avantages d'un
traits de commerce '.
Nos envoys quitterent la rade du Port-au-Prince
sans avoir pu rien conclure. Mais, neanmoins, its
avaient trouv6 des 4tres vivants a qui parter, et its
allaient pouvoir faire connaltre a leur gouvernement
les bases qu'entendait poser le chef de 11'tat du
Sud. Ils farent moins heureux dans le Nord. La frd-
gate frangaise arrivanlt en vue du Cap, hissa son
pavilion et fit les signaux pour demander un pilote.
On esit dit cette plague deserte : les canons du fort
demeurerent muets, pas un cannot ne part sur la
mer, pas une forme humaine n'apparut sur la plage.
Le lendemain, la fregate rditera sa manoeuvre sans
plus de succes, et nos envoys, interpretant ce mu-
tisme diplomatique, s'eloignerent pour toujours de
cette cbte inhospitaliere.
Telle ful la mission de 1816. Entreprise deux an-
n~es plus tat, avant que la revolution politique des
cent jours fdt venue, au dedans comme au dehors,
6branler la confiance qui renaissait en la 16gitimite,
..... reonissanc (es dris a le sol, par PNtion, ressort encore









LIVIIE III. CHAP. I.


on peat avancer hardiment qu'elle edt ete couron-
nee de succhs. 11 est facile de comprendre comment
ce brusque retirement, si facilement accompli, dut
4tre exploit & Saint-Domingne par ceux-lk mime
qjui replagaient le roi de France sur son trane, et que,
dans la colonie comme dans sa metropole, I'instinct
populaire pouvait appeler A bon dlroit Iws amis les
ennemris. Les commissaires frangais eurent comme la
brutale r~dvdlation de ce retirement opede dans les
esp'rits, en posant le pied sur cette terre qui, dans
le droit des nations, 6tait encore n~tre. Tandis que,
rev~tus de leurs uniforms, ils traver~saient les rues
du Port-au-Prince au milieu d'une population plutat
6tonnee qu'hostile, on avait vu le chef de l'une des
principles maisons anglaises de la ville les pour-
suivre de ses provocations, Pt s'efforcer d'amenter
la foule B la porte de leur demeure. 11 fallut I'inter-
vention de la police africaine pour reprimer ces scan-
daleuses demonstrations de la cupidity europ6enne.
11 n'est pas sans intdrdt de voir quelle 6tait, a
cette epoque de grande complication politique, la lutte
des int6r~ts et des nationalists dans cette mer des
Antilles, oix le vie~ux continent civilise avait jete de-
puis deux siidcles tout un monde nouveau. Nous al-
lons emorunter' quelques Ivassages du r~emaruabale










NtGOCIATIONS DE 1814 A 1825.LS


rapport que nos commissaires r~emir~ent a leur retour
au gouver~nement du roi '. On reconnahl, des les
premieres pages, I'ignorance oil 6taient nos agents
de l'existence de la clause secrete introduite au tr~aite
de Paris. AprBs avoir parld du danger pour les co-
lonies des autres peuples, des concessions qu'ils pu-
bliaient au nom de la France, ils ajoutent :
a( La consideration de leur position aurait peut~tr~e
a dd nous arr~ter; mais quand nous avons vu dans
a la rade du Port-au-Prince les pavillons de toutes
(( les puissances commercer avec cet~te Ile rdvolt~e;
a( quand nous avons su que les etats-Unis avaient
(( des agents publiquement accridit6s, et les autres
a( des agents secrets stipulant leurs inter~ts auprbs de
(( P~tion; quand nous avous eu la certitude que c'6tait
(( par ces puissances ou par leurs agents que la revolte
(( 6tait entreteliue et nourrie, et qu'elles employalent
a tous les moyens pour calomnier la France, et la
(( rendre odieuse B ce people ignorant; nous avons
a( cru que nous n'avions plus d'autres inter~ts a me-
a nager que les interits du roi. > Et plus loin : Les
a agents de I'Ang~leterre, on au moins des Anglais,
a qui, sans 4tre accredites directement pres de Pe-

i Ce: r~appor~t est signed sculeme~nt de MIM. Fontanlges, E~smlangar~t et de
InnllPII










Zt0 LIVRE III. CHAP. I.
I< tion, sont connus pour l'4tre secr~tement, ne cessent
<< de lui re6pter que la France n'a d'autre project que
<< de le remettre sous le joug lui et les siens; ils l'en-
<< couragent dans la d6sob6issance; ils l'entretiennent
<< dans la mdfiance; ils lui pr~omettent ai tout 8ve-
<< nement I'appui de leur gouvernement; its lui font
<< craindre son abandon, s'il fait la moindre d6mar-
<< che qui puisse 4tre utile a la France; et des notre
<< premiere. entrevue nous decouvrimes l'embarras
<< oix il 6tait, quoiqu'il u'osAt pas en faire connaltre
<< la cause.nArrivant B la question de I'independance
si fermement dehattue par P~tion, nos envoys e~x-
pliquent ainsi sa resistance : << Deux choses viennent
(< principalement augmenter la conflance de ces nou-
<< veaux republicains, et les encourager dans la rd-
<< volte. La premiere, c'est I'appui que leur donne
<< en ce moment le government americain; enfin,
<< celui qu'ils esp~rent bientat trouver dans les nou-
<< veaux itu~leyendants (l'Am~rique espagnole), avec
<< lesquels ils sont en relations ouvertes. Le gou-
<< vernement americain, comme Votre Excellence le
<< verra dans une des lettres de Petion, a des agents
< <( toute esp~he dlont il a besoin; et o'est par lui oue










micocunToNS DE 1814 A 1825Lf.'7
<< le gouvernement ambricain et l'Angleterre, qui ne
<< vent pas prendre dans tous ces dehats une couleur'
<< trop franche, font fournir aux ind~pendants des
<< armes, des munitions, des equipements, et tout ce
(< qui peut reparer leurs d~faites. Cette association
<< puissants, donne une grande assurance a P~tion,
<< et le porte a manager les interets de ces puissan-
<< ces. D'une autre part., la Fr~ance est d6nigr6e par
<< ces agents Btrangers. Sa pouissance est mise en
<< doute; on ex~agibre les difficultds et les embarras
<< qui pourraient empicher le roi de faire en ce mo-
<< ment on armement contre la colonie. Les transfu-
<< ges de France viennent confirmer ces assertions
<< par des assertions plus mensongbres, et its sont
<< regus avec d'autant plus d'empressement, que
<< leurs discours tendent g augmenter la security que
<< ce gouvernement recherche, et dont il aime a se
<< flatter. n
Enfin, il y a peut-4tre quelque utile enseignemnent
a rechercher, au moment oil nous sommes, quelles
etaient g cette 6poque, aux yeux dl'hommes impar-
tiaux et intelligent, les tendances de la politique
colonial de l'Angleterre. << Nous ne saurions trop,
<< disent les commissaires, fixer attention du aou-










LIVRE Ill. CHAP. I.


< << dans cette parties du monde. Tout, nous devons le
<< dire avec franchise a Votre Excellence, se dispose
<< j changer de face. Il n'y aurait qu'un accord par-
<< fait entire la France, l'bngleterre, I'Espagne et la
<< Hollande, qui pdit arr~ter le torrent qui grossit
<< tous les jours, et que bientbt aucune puissance
<< humaine ne pourra plus empicher de d~border.
<< Mais tout aussi doit faire craindre que cet accord
<< ne soit impossible, et que certain cabinet n'y
<< porte pas la franchise necessaire au succ~s. Si
<< I'Angleterre, dans cette circonstance, ne suit pas
<< la march la plus honorable, elle suit du moins la
< plus utile aux inter~ts de son commerce. Ses agents
< ou ses sujets ne parent, dans les colonies qui ne
< sont pas les leurs, que de liberty, que de phi-
< lanthropie, que d'humanit6, et presque que d'ega-
(( rlt. Dans leurs colonies, au contraire, ils r~esser-
<( rent davantage les changes, ils compriment 1'6lan
<( des revolutionnaires, et rejettent toutes les pr~ten-
<( tions des hommes de couleur qui reclament la
< jouissance des droits que leur caste essaye de
<( conquerir par~tout ailleurs avec le secours de ce
< gouvernement. Une chose tribs-remarquable, is
<( l'appui do ce(te assertion, c'est, aue pendant notDrer










mtsoclATIONS D)E 18114 A 1520~. 20

cc se~jour au Port-au-Prince, dans le moment mime
a oil le gouvernement de la Jarnaique faisait un nou-
n veau rbglement fort sdv~re contre les hommes de
a couleur qui venaient d'elever la voix, nous avons
a vu, le 26 octobre, mettre i la voile sous pavilion
a anglais, le vaisseau le (cale'donirln qui venait de
n Londres par les Etats-Unis, et la corvette la Ca-
a lypso, pour conduire aux insurges le general Mlina,
a et leur porter de l'artillerie, des armes, des mu-
a nations, des equipements, de l'argent et des re-
a crues. C'est ainsi qlue les Anglais s'assurent de leurs
a( colonies par un systhme s6vere, et qu'ils se me-
a nagent par la protection qu'ils donnent aux r6vol-
a tes des autres colonies un commerce plus 6tendu
a avec des privileges particuliers.
a La severite apparent de l'Angleterre dans ses
a( colonies ne doit cependant donner aucune s6cu-
a( rite aux autres puissances. Elle est trop active dans
a la surveillance de ses inter~ts pour laisser croire
a( qu'elle resistera longtemps a f'orage qui ne gros-
a sit que par ses soins. Tout announce, quand on sait
(( sa march, qu'elle finica au contraire par ceder la
" premiere, par prononcer l'affr~anchissement dans
" ses colonies; et., comme elle aura pris l'initiative
a sur cette important question, elle sera regard~e










LIVHE Ill. CHAP. I.


Spar tous les peuples de ces contrees comme la li-
ac beratrice du nouveau monde; elle fera valoir ses
ac droits a leur reconnaissance, et elle s'assurera, au
a detriment des autres puissances, un grand com-
ac merce, sans charges, avec des avantages que nous
a ne pourrons plus balancer. Nous donnerons a V. E.
a sur` ce point des dl~tails tres-particuliers et d'un
a haut inter&t, qui la meltront a mime d'apprecier
a les 6v~nements qui se preparent dans le nouveau
a monde, et qui menacent notre hemisphere d'une
cc manidre plus directed qu'on ne le croit commund-
a ment en Europe. a
La mission du vicomte de Fontanges eut ce rdsul-
tat de fixer nettement les iddes du gouvernement a
l'endroit de notre ancienne colonie. Nous avons
trouv6 que, di~s cette 6poque et malgre les paroles
dont il berga longtemps encore les infortunes des
anciens colons, le. gouvernement s'dlait arr~td a
I'idee que non-seulement il ne serait jamais possi-
ble de reconquirir utilement Saint-Domingue, mais
que le pays nous fdt-il m~me r~emis sans contesta-
tion et sans guerre, le retablissement de la souve-
rainet6~ metropolitaine n'entrainerait jamais la rein-
t~gration des proprietaires du sol. C'est ce~tte opinion
milrement fo~mde: qui explique le caract~re des mis-










NwhocwrIONS D)E 4 844 A 1825i. 31
sions qui se succedddrent jusqu'en 1824. D'un co~t6,
on h6sitait g se placer sur le terrain de concession
dout on sentait la n6cessit6; de L'autre, on compre-
nait I'utilit6 d'entretenir des esperances de rapproche-
ment qui portasse~nt quelque obstacle aux intrigues
envahissantes des residents anglais et amdricains.
Des ce moment, les ndgociations cessbr~ent d'avoir
un chtractere official, et elles tendirent plutat B pre-
parer les vioies qu'8 trouver une solution. Les pre-
mibres furent nouees par des agents obscurs dont
I'intervention, dit un document, n'a laiss6 d'autres
traces que ce~lle des d6penses qu'elle a occasionnees.
La premiere tentative qui m6rite attention se reitera
en 1819.
Un important 6venement venait de s'accomplir
dans notre ancienne colonie : la mort volontaire de
P~tion avait appele le general Boyer B la pr~si-
dence '. On fonda quelque espoir sur le caract~re e1ev6
et conciliant du nouveau chef et. un agent secret lui
fut envoy. C'Bt~ait 1\. Abel Dupetit.-Thouars, alors
lieutenant de vaisseau, et qui vient d'attacher une
grande popularity a son nom.
Quoiqu'il ne fdit revrdtu d'aucun caractere official,


i VoY. t. ler, p. 206.










42 LIVRE III. CHAP. I.

et qu'il se pr~oduisit plutat comme I'envoye de Mu. Es-
mangart que comme celui du gouvernement fran-
gais, des instructions tris-compli~tes lui avaient 6td
remises. Elles rev61aient la march qu'avaient suivie
les iddes depuis la mission du vicomte de Fontanges.
M. Dupetit-Thouars de~vait successivement discuter
la question de la souverainet6, celle du protectorat
tel que I'Angleterre l'exerce sur les fles loniennes,
celle de la *suzerainet6 et enfin border celle de
l'ind6pendance. L'indemnit6 pour les propri6taires
6vinc~s du sol demeurait~ toujours la base de ces
diff~rentes comnbinaisons, et des avantages com-
merciaux devaient 4tre la consequence de cellets qui
auraient fait perdre i la France le dr~oit de r~gler les
relations internationales de son ancienne possession.
M. Dupetit-Thouars revint avec une lettre du presi-
dent Boyer ', qui t6moignait de ses bonnes inten-
tions et du d6sir sincere qu'il avait d'arriver B un
arrangement mais qui revdlait en mime temps
toutes les difficulties de sa position et montrait un
pouvoir nouveau trop faiblement assis encore pour
tenter l'acte p6rilleux d'un rapprochement avec la
France. Eviidemment il 6tait trop tat.


SCef te latire 8ltnit adences~ a Ml. Esmannart.











Trrois ans s'6coul~rent, et au commencement dee
1823, MI. Liot, officer d'administration, que des
affaires particuliibres appelaient a Saint-Domingue,
r~egat une mission touted, confidentielle du ministry
de la marine.
Le pretexte dont on couvrit cette tentative nou-
velle prouve toute la circonspection que le gouver-
nement se croyait oblige d'apporter dans le manie-
ment de cette affaire, dont chaque annie venait ren-
dlre la solution plus difficile, en consolidant le fait
accompli de l'independance. Placide Louverture,
I'an des fils de Toussaint, qui vivait i Bordeaux d'une.
pension que lui faisait le gouvernement frangais,
demand des passe-ports pour se rendre g Saint-Do-
mingue, sous le pretexte de recueillic les debris de
la fortune de son phre. Notre agent devait pr~venir
le pr6sident de cette circonstance, et, faisant con-
sid6rer ce bienve~illant avis comme une marque des
bonnes dispositions de la metropole, I'engoager a
envoyer en France un agent qui serait admis A trai-
ter sur les plus favorables des bases poses par
M. Dupetit-Thouars. M. Liot s'acquitta de sa mis-
sion avec autant de tact que de discretion. 11 revint
avec la promesse formelle q~u'il serait bient~t suivi
d'un envoyd: de la republiqlue, muni de tous les










j4


LIVRE III. CHAP. I.


pouvoirs necessaires, et put fournir au gouverne-
ment les renseignements les plus pr~cieuxr sur les
resources du payls.
Le negociateur annonce se fit bient~t connattre.
C'6tait le g~ndral europeen Boyd, qui a ddji figur6~
dans la par~tie histor~ique de ce travail, et qui s'6tait.
assure, dit-on, la reconnaissance des officers noirs
et mul~tres en leur rev41ant la resolution qu'aurait
prise Lcler~c de s'en dl~faire A tout prix. EntrB au
service de la Russie, aun retour des Bourbons, il avait
6td faire un voyage B Saint-Domingue, et s'6tait
offert B la rdpubliq~ue comme mediateur entire elle
et la France. Sur l'avis qu'il donna au gouverne-
ment de la mission dont il 6tait charge, M. Esman-
gart fut envoyd vers lui g Bruxelles, afin que l'af-
faire prlt so traiter avec plus de secret. Le choix
fait par le president hai'tien n'6tait pas heureux. On
ne peut attribuer q~u'aux sentiments hostiles que
son agent dlevait nourrir contre le gouvernement
de la restauration, la tournure qu'il donna tout
d'abord aux: n~gociations. Peu s'en fallut qu'il ne
mena~gt la France d'une declaration de guerre de
la part de la r6publique, si elle ne se d~cidait g
traiter. 11 lui signifia au moins nettement que Saint-
Dominaue 6tait discosde i se ieter dans les bras











dl'une autre puissance, si on ne se rendait a son
dr~imatum, faisant ainsi jouer cet Bternel resort de
l'intervention anglaise et americaine, dont I'action,
loin de s'user, ne faisait que se developper chaque
jour. Quant aux bases du traits, le general BoyB
offrait des avantages commerciaux, et rien de plus,
la republique nedevant aucune indemnit6, pecuniaire
pour une ind6pendance qu'elle avait conquise. De
pareilles pr6tentions 6taient tellement contraires aux
prdliminaires que le president avait accepts dans
sa lettre i M. Esmangart, remise B M. Dupetit-
Thouars, qlu'il 6tait facile d'entrevoir un malen-
tendul. Notre ndgociateur rompit aussit6t les conf6-
rences, et dans une lettre pleine de dignity, timoigna
tout son 6tonnement au chef de la r6publique.
Cette rupture prodluisit une grande sensation B
Saint-Domingue. A measure que s'affaiblissait l'effer-
vescence des dernibres luttes, on trouvait moins
naturals les moyens desesp6res de resistance, sur
lesqluels il avait d'abord paru tout simple de comp
ter, et tout en persistent dans des id6es d'indepen-
dance auxquelles le pays s'habituait chaque jour
davantage, on tremblait a l'ide~e que la France
pourrait s'arr~ter a un parti rigoureux. La revolte
des Inde'pendantsll. de l'Am6rique espagnole attei-










31i LIVRlE III. CHAP. 1.

gnait 6 cette epoqlue son plus grand detveloppement,
et l'6troite union qui existait entire les dieux cou-
ronnes disait assez A la population qui avait au-
trefois donn6 asile i Bolivar fugitif, que la France
pourrait bien hisiter g 16gitimer l'insurrection, en
signant la premiere un traits avec sa colonie in-
surg~e a
Cette situation avait 6te, comme on le pense,
expliqude et exploit~e par les int~r~ts qui nous
6taient hostiles. Mais manquant pour la premiere~
fois d'habilet8, les intrigues de nos r~ivaux avalent
dd~passe le but et nous avaie~nt servis. A force d'exa-
gerer des perils auxquels ils ne: croyaient pas, ils
avaient fini par faire considerer comme imminent
une aggression de la part de la France. L'agitation
6tait dans tous les esprits. Le president Boyer tira
habilement parti de ces preoccupations. Tout en
reconnaissant, dans ses rapports avec les nombreuxt
agents de la France, le principle de l'indemnit6 que
P~tion lui-mime avait 6te le premiere i poser, pas
plus qlue Pgtion il n'avait jamais os6 proc~lamer
ouvertement ce principle. 11 n'oubliait pas sa cou-

i cette considdrationl a en elfet seidensement prdoccupe les conseils dul
roi, et nous on r~etrouvons partoult des traces dlans les pieces de la nd~gocia-
tion B laanelle nours gallons arriver.










EGocIATIlONi S DE 18 '1 aA 1825. 37
leur, et craignail ce levain de sombr~e defiance que
les accusations mnultipliees de Christophe avaient
laisse dans l'esprit du vieux parti nigr~e. Pour la
pr~emiere~ fois, il osa abor~der cette question de front.
11 r~unit le corps legislatif, lui parla des craintes
s~rieuses qui existaient, de la n~cessite de se prdpa-
rer A la defense; mais il fit en m~me temps par~t des
esperances qu'il conservait, annonga l'envoi qu'il
allait, fadire de deux agents, r~evcitus de pouvoir~s
e~tendus.
Enfin arrIivant a l'indlemnit6, aprbs avoir ainsi
insisted sur la situation, il en proclama la justice et
la n~cessite. Ses paroles rencontribrent une appro-
bation gener~ale, et depuis ce moment I'idde d'un
dedommagement p>~cuniaire A la France demeura
pour tous Btroitement liee h celle de l'independance
reconnue. Dans une lettre qu'il adressait en m~me
temps a M. Esmangart, le president d~savouait les
pretentions de son intermediaire offcieuxc, et an-
nongait la prochaine arrivee de ses agents sp6-
clauxi.
Its dlebarquerent au Havr~e dans le courant du
mois de juin 1824, et furent dirig6s sur Strasbourg,
oix l'homme honorable q~ui avait constamment tenu
le fil de ces negociations r~emplissait les functions de










JU LIVR1E Ill. CHAP. I.

pr''fet. Le president avait fait choix d'un noir e
d'un homme de couleur, s'efforgant d'offrir ains
une garantie gale aux deux classes de la popula-
tion .. Fide~le a la rbgle qu'il s'6tait imposee, le gou
vernement entoura l'affaire du plus profound secret
et si elle ne reussit pas tout d'abord, cette fois di
moins on ne dut en accuser ni les intrigues des co-
lons, comme on disait alors, ni celles beaucoup plu
redoutables de la politique 6trangi~re. De cette ne
gociation prochde imm~diatement la solution dl
~1825i. Comme cette solution, battue en bri~che e
profond6ment modifide en 1838, est encore chaqul
jour ramenee dans le champ de la discussion, il es
bon de rechercher quels en furent les veritables pre
liminaires.
Rien ne semblait si simple que de conclur~eI
convention a laquelle la metropole comme la coloni
voulaient Bgalement arriver. Les bases en avaien
8et si souvent discutees dans les missions secri~te
qlue nous avons fait connattre, qu'il semblait qu'
n'y efit eu qu'a signer. Aussi, durant le m1ois qlu
durerent les conferences, les envoyes repetaient-il
sans cesse a M. Esmangart : << Nous sommes venu
<< parce qu'on nous a dit : Venez, tout est prO~t
Lnn dfnit inl zrndonell I~rrr a rms of I'ndr o un ulninire u~nmmr( Unon-mne1










sicociarloNs uE ~1814 a 1825. 3H
a( Notre mission n'a pas pour but de discuter les
a conditions ni les articles d'un traits, mais uni-
a( quement de venir conclure un t~raite convenu an
a nom du gouvernement frangais et du gouverne-
a ment de la rdpublique, et dont toutes les condi-
a tions out 6te rdgl~es a l'avance '. ,, 11y avait 18
un peu de nai'vete et beaucoup d'exageration; mais
cependant il y avail aussi q~uelque chose de fond.
Nous avous vu que le~s dleux dlerniers agents du
gouvernement frangais, AIM1. Dupetit-Thouars et
Liot, avaient etB autorises a placer la question sur
le terrain de l'ind6pendance et de l'indemniti. Tant
que l'affaire, a l'dtatl d'e'tude?, etait demeurde dans le
domaine d'un seul ministry, ces mots avaient paru
simples et leur acception facile; mnais, port~e au
consei~l du roi, les choses changerent de face. On
trouva, trop tard peut-6tre, mais l'exp~rience rev~le
aujourd'hui que ce fut avec raison, que les plus gr~a-
ves considerations s'opposaient a ce que, tout en
faisant un abandon complete de la souverainet6 inte-
rieure, la France se d~pouillht 6galement de toute
esp~ce de droits a une influence exterieur~e. On pensa
qu'il 6tait de la plus vulgaire prudence de prevoir le

a Lettre de M. Esmangart aul minlistre de la marine. Letlre des en-
\oyd's haitions B Mr. Eismangaar~. (PaQpiers du ddplar'lement de I la maine.)










U LIVitE Ill. CHAP. I.
is ou, par suite d'une complication quelconque,
ancienne colonie de la France pourrait 4tre entrai-
Be, soit i figure dans une ligue contre sa me~tro-
ole, soit a invoqluer le protectorat d'une grandle
uissance. Les intrigues incessantes dont on 6tait
haque jour temoin posaient d'ailleurs d'elles-mi~mes
stte 6ventualit6, et faisaient une loi d'y pourvoir.
luant aux engagements dont croyaient pouvoir ex-
iper les envoys, il Btait facile d'y r~pondre: a( L'in-
dependance pouvait bien avoir 6te promise comme
possible Q accorder; mais son 6tendue, non plus
que la forme dans laquelle elle pourrait 4tre ac-
cordde, n'avaient jamais 6te discutees; on s'6tait
toujours tenu B cet egard dans une sorte de re-
serve naturelle, parce que cette parties delicate
de la question ne pouvait 4tre traitde que lor~s-
qu'on serait convenu des deux bases principa-
les, les indemnites pour les anciens colons, les
avantages pour le commerce '. a Quanta~ la me-
ure dans laquelle devait s'exercer le droit d'in-
uence exterieure que voulait se reserver la France,
etait impossible de la circonscrire dans de plus
troites limits que ne le faisait le gouvernement du

SLetire de M1. de Clerrnont-Tonnerre a M. Esmangart. ( Papiale rs d
sinnarlpnmen t de la mrninp. 1










NEGcocIATIONuS DE 1814 A 1825. 41

roi. Ce n'etait pas un protectorat tel que l'entendait
et surtout tel que l'exergait I'Alngleterre; ce n'6tait
mime pas la suzerainet6 proprement dite, dans l'ac-
ception de reciprocit6 que lui donnait I'ancien droit
feodal. Voici, en un mot, comment se formulaient
toutes les pr6tentions de souverainet6 de la France;
nous les trouvons dans P'art. 2 d'un project d'or-
donnance prepare par MI. de Clermont-Tonnerre,
corrig6 et amended par -MM. de Vill~le et de Peyron-
net : L'Etat d'Hai'ti ne pourra entrer pour aucune
a( raison que ce soit dans une alliance offensive ou
a defensive contre la France; il ne pourra se pla-
a cer s~ous aucane anutre~ protection q~ue celle de la
a France, qui lui restera offerte, mais ne lui sera
a pas imposee. II pourra, hor~s ces deux cas, con-
a clure tels traits d'amiti6, d'alliance et de com-
a merce qui lui parailtraient convenables '. ,, Ii fal-
lait une susceptibilite national bien farouche pour
se cabrer contre une pareille restriction.
M~ais, soit que les envoys n'eussent en realit6 qune
des pouvoirs rigoureusement limits, soit qu'ils c6-

S( Papiers dlu ddp~artemlent de la mwarine.) L'auteulr du Pricis des
ndgociations dit que les idees du gouvernement, quant a cette reserve des
droits de suzerainet8 exterieure, ul'onlt jamais it6 formnuldes. -On voit que
c'est une erreur. On voit enl m~me temps combien diait Jucieinlse la prd-
vn~vannes duI Ilnnvrna~ment










42L LIVRE III. CHAP. i.

dassent aux suggestions qui leur arrivaient de Lon-
dr~es, a celles qui les entouraient B Paris ', et qlue la
mnoindre r~serve riveill~t dans leur esprit la vieille
defiance laissee par le souvenir de la politique con-
sulaire, its se tincent sur une defensive obstinee, et
persistbrent a reclamer leur traits convuenu. Le gou-
vernmement maintint ses pretentions avec une louable
fermet6, et la negociation dut pr~endre fin.
Nous croyons pouvoir dire qlue la nouvelle rdpu-
blique fut en cette occasion mal service par ses en-
voyes et ses amis. De l'examen de cette affaire est
resultee pour nous la conviction qlue cette some
de 150,000,000, dont l'inscription ful si lourde sur
le bilan d'un Ejtat naissant, aurait pu, avec un peu
d'intelligence, cAtre reduite d'un tier~s. Le chiffre de
cent cinclrfuane n'avait ite pose B cbte de la reserve
politique qlue pour fournir ouverture B une transac-
tion. Si les ndgrociateurs hai'tiens, au lieu de se re-
fugier dans leur trait6 convuenul, avaient accord la
reserve politique pour prix d'une concession de cin-
quante millions, ils L'eussent obtenue. a Le ini~nli~lnw

'Aux premieres dliflentlll~s qui s'6taient elevies, on avait fait venlir les
enlvoyds a Palris, alint d'dviter la longneurll des communications, et le mystbre
dont onl les entonlrait n'avait pas tardl6 B Btre pendtre. II y eut alors pour
f'aire 6thloner la negociationl, entente cordiale entre lesi libdraux de Paris
at conv~ An I nnrlros










NEGocIATIONS DE 1L114 A 182L5. 43
de l'indemnit6 ne pourra en aucun cas 4tre de moins
die cent millions, n, Ccrivait le ministry de la marine
h 1\f. Esmangart, en lui envoyant ses premieres ins-
tructions. Enfin, le goouvernement du roi comptait
tellement sur I'adoption de ce terme moyen que le
project d'ordonnance auquel nous avons d~ji em-
prunt6 la formule du protectorat, et qui 6tait tenu
fort secret, ne stipulait qu'une indemnity de cent
millions '.
Nous avons lieu de croire qu'une autre difficulty
qui 6tait soulevee par le gouvernement frangais, et
que les envoys trouvaient fort embarrassante, serait
egalement disparue dis cette 6poqlue, comme elle a
disparu deptxis, s'ils enssent accede aux seules pre-L
tentions definitives de la France. 11 s'agissait de la
par~tie espag~nole de fI'le, que le gouvernement se
refusait a comprendre dans la stipulation. Voici, en
effet, ce que le ministry de la marine 6crivait B ce
suJet B 31. Esmangart, qui, dans sa sollicitude peut-
Atre un pen exagerde pour une cause qu'il avait
prise sous son patronagoe, voulait dissimuler la v6-
ritable cause de la rupture, et la rejeter sur la cir-
conspection qu'imposait a la France la situation de

i Article InI du projet pr~sente. Ce fait est anlssi curlieuxs que signi-
Itentif










LIVRE Ill. CHAP. 1.


I'A4merique espagnole : a Le conseil, a ce sujet, me
(( charge de vous prescrir~e de ne point. donner auxi
(( envoys d'autres motifs de notre determination
(( que ceux qui sont fond~s sur ces considerations
a (la reserve politique), c'est8-Adire de leur expli-
(( quer que c'est 14 ce qui est plus utile pour eux, en
a mime temps que o'est pour la France ce q~u'il y a
a de plus convenable; de ne point allbguer vis-ai-vis
(( d'eux des motifs de politique exterieure qui ne
a peuvent 4tre que trbs-secondaires, et qu'ils ne peu-
a vent pas comprendre; de ne point parler surtout
(( d'engagement avec les puissances secondaires, on
(( de crainte de faire chez nous quelque chose qui
(( derangerait notre situation i leur Bgard, attend
a( que ni ces engagements ni ces craintes n'existent.
a La verit6 est qlue nous ne pouvons ni ne de-
a vons les placer dans une position onl ils seraient
a exposes sans defense a l'action des puissances ri-
g vales, et que nous voulons leur donner leur ind6-
a( pendance dans le degree oil elle peut leur 4tre
(( utile, sans avoir pour eux et pour nous les incon-
(( venients les plus graves '. n

Lettre dnl tojulillet 1824.--Cette lettre avait ete mlotivie par unr
billet d'allure assez vive donlt nous a vons I'autogr~aphle sous les yeuxs, et qule
nous transcrivouls textuellement ponrl Inli conserver sonl cachlel.
~ ?Ilon I:her ansli. Esnanuartil~ fadit danls caltte ndsociatio n les demlanlde s el












Voila quelle fut cette negociation. Les lib~raux
de I'epoqlue, p)our lesquels tout ce qui Btait noir pas-
sait avant tout ce qui 6tait blanc, applaudirent a la1

r~upture, tandis qlue les residents anglais du Port-au-
Prince la cedlbraient par des f~tes. Toute la faute
fut r~ejet6e sur les pr6tentions extravag~antes de la
France, et un 6crivain que nous avons pourtant ddjh
cite comme l'un, des plus. impartiaux qui aient trait6
la matibre, ne manque pas d'attribuer l'insucces de
cette tentative, comme l'insucces de celles qui f'ont.
prdc~d~e, g l'exigence de la France, qui demandait
la remise d'un poste militaire avant de reconnaitre
l'independance d'Hai'ti '. Or, nous avons assez soi-
gueusement compuls6 toutes les pieces de cette af-
faire, depuis les instructions de Dauxion-Lavaysse,

a les rdponses; c'est forlt bien, pourvnl qu'il no la dirige p~as de manilere
n~ nouls engager plus qlue nonls ne vonllonls Petre. Prenez garde 1 la re~ponse
a~ qul'il fer a n la ote de ces gens-liA, it faut qlue vonts la~ voyiez et qul'elle
a~ contienne la veritb sur le mode d'ex~cutionl des concessions que inc
a~ Franlce ferait nux hlabitants de~ Saint-Domingule. La rnlpture doit etre
aI rejetie sur f'insufflisanlce des plonvoirs pour entrer dans les vures de ila
a~ France relativemenlt a ce mode; sans quloi, ils vous reviendron~t danls
Ssix mlois rlisant qu'll n~e scra pas question de la partic espagnole, et
a~ vous somnllant die tenlir la p~romesse die M. Esmangalrt.- on no venlt
aI dans tout coci que vouts entraltner et vous engager 5 fatire pilus quec vouts
n ne voulle7. et ue deve z: sovez fort en garde contr~e ce danger, je vousp
a~ en prie. De tonlt coulr a vonts. --Signd; V. Leltre de( MI. de ViliBle ir
M. de clermolnt-Tonnerre. (Papielr duL ddpartemenlt de la mlarine.)
'Histoire politiqule et statistiquce,p. 488 MI. Placide-Justinl a par.
fois onlblid qu'il derivait son livre suir les notes communiquies p~ar sir










46 IR II HA.1
qlui accordaient des lettreis de blanc aux principaux
chefs noirs et mul~tres, jusqlu'g celles si intelligen-
t~es et si sensees donn~es i notre dernier ndgocia-
teur, pour affirmer qu'il n'existe nulle part aucune
espice de trace de la pr~tention que I'on reproche a
la France.
Tel fut ce qu'on peut appeler les prdlim~inaires
de l'acte du 17 avril 1825i. Nous les avons pr~sen-
tes avec detail, parce q~u'ils nous out sembl6 ren-
fermer plus d'un enseignement, et qu'il importait
dl'ailleurs de bien pr~ciser les faits qui creent le ca-
ract~re et la morality -de la dette, don't le dernier
d6membrement constitute ce qu'on nomme auju~our-
d'hui la question hal'tienne.












DE L ORDLONN. DE 15%D AUX TRAITES D)E ladS~. 4T4




CHAPITRE II.


De l'erdononane de 1825 aux traltes de 1838.


Trexte de l'ordonnance de 1825.--Son caracibre.- Difficult6l de la faire
accepler. -Natulre de I'affaire Dip~lomatie militair~e. -M. le baron
ie Mackanl, capitaine de vaisseau, chanrge de la missionl.lD~monstra-
lion militaire mite. -HabiletB II que dploie le n~gociateulr. -Terrain
sulr lequrel portent les difficultds. Pikces offcielles a ce suljet. DBtails
surl la ndgociation. Procas-verbal d'acceptation. Note diplomatiqule
portanlt suir diffrents ploints.-- Premiers actes dul gonlvernement hlaltien
aprbs le depart die MI. de Mackal. Indication sommaire desa ndgocia-
tions quli interv\ielnnent depnlis I'entdrinement de 1825 jusqu'len 1838.
Versemlent anl premier cinqulibmle de I'indemnitd. ~Ce payment
est incomplet. -Premiere difficllb. L'uln des avantages commer-
cianxl stipulles par I'or~donnlance est retird a la France. Les premniires
dlifficulltes ne portent pas sur la qulotitb de I'indemnitd. TraitB sign
on 1831. -Le president Boyer di~savoue son plinipotentiaire. -Son
aIttitude B I'dgard de la dynastie noulvelle. Rurpture compli~te. Ren-
seignements rapportis. -Commission de 1835 pr sidee par le comlte
Simdon.-MBission de 1837.--Texte des deux conventions intervenes le
12 fivr~ier 1838. Discours probone8 a la chlambre des depultes par I'nn
dies ndegociateurs. appreciation des actes de 1820 et 1838. -Dans
qulelles circonstances e~st intervenlu le premier. Sa forme. Sa clause
conditionnelle quanall Iindlependance. Refutation die l'opinion qui ne
considered p~as I'ind6penldance comme un fait accompli. De l'ali6nation
dies territaires du royaulme.-- CaractBre ourticulier de la dette hailtienne.
Inlhabiletd dtans la c~onventionl de 1838. -Ce qui Btait B faire par la
France. L~a situation actuelle en fait une ambre: justie.




Nous avons dit que les n6gociations avortdes de

1824 avaient Bt6 les pre'/~imrinaires de l'acte de 1825.
En effect M. de Villitle. imnatiente des difficulties et










48 LIVRE III. CHAP. 11.
de l'inintelligence qu'il avait r~encontrees, se de-
cida h brusquer un denodment qu'il comprit no
pouvoir plus demander aux tergiversations de la
diplomatic, et rdsolut d'imposer une solution qui
participate A~ la. fois des bases qu'avait pos6es le gou-
vernement, et des reserves dans lesquelles s'6taient
refug~ids les ndgoociateurs hardt~ens. Une ordonnance
qu~i rappelle la forme oct1~roy' de 1814, c'est-j-dire
qui imposait en donnant, fut r6dig~e au mois d'avril
1825. Voici sa teneur texutuelle :
(( Charles, etc., etc.
(( Vu les art. 14 et 73 de: la Charte : voulant pour-
a voir 1 ce que reclament les interits du commerce
a frangais, les malheurs des anciens colons de Saint-
a Domingue, et I'etat precaire des habitants actue~ls
a de cette Ple;
(( Nous avons ordonn6 et ordonnons ce qui suit:
(( Art. 4 Les ports de la parties frang~aise de Saint.-
(( Domingaue seront ouverts au commerce de toutes
a( les nations.
(( Les dr~oits pergus dans ces ports, soit sur les
a( navires, soit sur les marchandlises, tant a l'entree
(( qu'a la sortie, seront Bgaux et uniforms pour tous
a les pavillons, except le pavrillon frangais, en fa-
a( veur duoruel ces droits seront reduits de moitie.











(< Art. 2. Les habitants actuels de la parties fran-
<* gaise de Saint-Domingue verseront a la caisse g4-
<: nerale des d~pats et consignations de France, en
<< c~ing terms 6gaux, d'ann~e en ann~e, le pre-
<< mier dchdant au 31 d~cembr~e 1825;, la some de
<< 4 50 millions de francs, destine B d~dommager les
<< anciens colons qui r~clameront une indemnit6.
<< Art. 3. Nous concedons a ces conditions, par la
<< pr~sente ordonnance, aux habitants actuels de la
<< parties frangaise de PI'le de Saint-Domingue, I'in-
<< dependlance pleine et entire de leur gouverne-
<< ment.
<< Et sera la pr~sente ordonnance scell6e du grand
<< sceau.
<< Donn6 a Paris, au chateau des Tuileries, le 17
<< avril, I'an de grhce 1825, et. de notre r8gne le
<< premier. CHARLES.
<< Vu au sceau, comte de PEYRONNET.
<< Par le roi, le pair de France, ministry de la
;( marine, cotnte de CHABRno.
<< Jl de VILLBLE. n
II ne restait plus qu'a faire accepter le bienfait
en ces terms. Sans doute, le gouver~nement s'6tait
aIssure des bonnes dispositions dlu gC~ndral Boyer,










30 LIVRE Ill. CHAP. II.
mais nous avons dit que le pr6sident n'avait jamals
abord6 qiu'en tremblant la question de l'indlem-
nit6. Or si, d'un cbtd, malgrr6 les terms un peu
ambigus du considerant de l'ordonnance et de
son article 2, la France paraissait renoncer a ses
pr~tentions a la suzer~ainetd, et donner ainsi satis-
faction au people hai'tien, de l'autre, le prix 61ev6
qu'elle mettait i sa concession, pouvait bien jeter
de l'h~sit~ation dans les esprits, et faire naitre de la
resistance. Alors quel 6chec pour le rigne nouveau!i
et quelle responsabilitti de tribune pour l'homme
d'Etat qui l'inaugurait si mal!i Ici, en effet, ce n't6tait
plus une ndgociation ordinaire livrde aux hasards
de la diplomatic, et oul il est presque toujours plus
de gloire dans le succ~s~ que de honte dans la de~-
faite. C'6tait. un coup de thte quelque peu m~ridio-
nal, c'6tait le feu mis aux vaisseaux de la question.
- Enfin c'6tait I'obl nation de rdussir.
L'affaire, par sa nature, relevait g la fois du di-
plomate et de l'homme d'dpde : it fallait en quelque
sorte commander en priant, et, ainsi que nous l'a-
vous dlit, imposer en donnant. La restauration fai-
sait ainsi un premier pas dans cette diplomatic mi-
litaire que P'Empire avait inaugur~e par les Duroc.
et les Caulaincourt, et dlans laquelle, on le voit avec










D)E L ORDOlnN. DE 182$ AUXs TRAITS DE 1838. E~
bonheur, les officiers de notre marine font chaque
jour de nouveaux progrbs.
MI. le baron de Mackau, alors capitaine de vais-
seau, aujourd'hui ministry du roi, fut charge de
faire accepter aux Hai'tiens l'or~donnance qui re-
connaissait Leur independance.
II partit de Rochefort le 4 mai, montant la fr6-
gate la Ciredk, et se dirigea sur la Martinique, oil
devalient se trouver r6unis tous les b~timents de la
station des Antilles, placee sons les ordres du
contre-amiral Jurien, et compos~ie de deux vais-
seaux, sept fr~fgates, et cing bricks; tandis q~ue la
station du Br~sil, que commandait le contre-amiral
Grivel, devait en m~me temps rallier ces parages '
Un pareil deploiement de forces 6tait de nature a
dlonner g la solution un caractere de contrainte qui
pouvait peser sur ses consequences a venir. Ici en-
core on s'arrita g un parti mixte, en parfaite har-
monie avec le caractbre nouveau que prenait I'af-
faire. Prenant avec lui la frigate la Circe' et deux
dles blltiments 16gers de l'esc~ad~e., MZ. de Mlackau, B
la tite de ces forces, qui n'6taient plus qu'un cor-

Rapport au roi, par M. le comte de! Chlabrol, ministry de la marine et
dses olonies.











52k LIVitE 1I. CHAP. II.

tege, lth voile pour le Por~t-au-Prince. Le reste de
l'escadre ne devait le joindre qlue plus tard, et en
quelque sor~te comme dernibre resource.
Mais le marin ni~gociateur comprenait combien if
serait extreme et grave de recouric a une pareille
resource; assez puissante pour servir a un acte
de terrible rigueur, pas assez pour ar~river g une
occupation, qui d'ailleurs, nous avons lieu de le
croire, n'entrait pas dlans ses instructions. 11 de-
ploya done toutes les resources de son esprit pour
livrer un assault diplomatique Ai la solution qu'il you-
lait emporter, et vaincre les scr~upules du president
Boyer. Ces scrupules portaient sur deux points prin-
cipaux : la redaction peuet-4re rdellement ambigu6
des deux passages de l'ordonnance auxqluels nous
avons fait allusion, et le chiffre de l'indemnite. -
N\ous constatons qlue des objections portbrent sur ce
second point, parce qlue c'est la verite, et qlue nous
devons la vi~rit8 g tous. Mais nous dirons aussi,
parce o'est encore la v~rit6, et qu'on semble aujour-
d'hui chercher i l'oublier, nous dirons qlue la
grande, la s6rieuse diffculte s'eleva sur la r6daction
de l'ordonnance. Oui, cela parait peu croyable,
mais cela est : ce sont les mots << habitantsl actuels a










ae la pare trangalse ae samnt-vommngue qut
creBr3ent les seuls embarras v6ritables de M. de
Mackiau. On voulait voir sous ces expressions une
arrierle-p~ensbe, une reserve que la politiq~ue cher-
cher~ait 5~ utiliser un jour. On aurait volontier~s de-
mand6 au negrociateur de modifier de sa main le
texte de l'or~donnance r~oyale. 11 dut se porter p~er-
sonnellement gar~ant de la1 loyautd et de la franchise
de son gouver~nement, et consigner dans une note
officielle f'acception dles mots argues d'dquivoque.
Ce qu~i pr~ouve que ce fut la la seule difficulty se-
r~ieuse, c'est qu'il n'est mdme pas fait allusion g une
autr~e dans la note suivante qui re~pondit a celle de
M. le baron de Mackau, et dont nous avons I'ori-
g~inal sous les yeux :

Monsieur le Baron,


a L~es explications continues dans votre note of-
(( fcielle en date d'hier, prevenant tout malentendu
(( sur le sens de I'article 1"' de F'ordonnance du rol
a de France qui reconnait l'ind~pendance pleine et
a entire du gouvernement d'Hai'ti, et confiant dans
a la loyaut6 de Sa Majeste TrBs-Chretienne, j'accepte
e au nom de la nation cette ordonnance, et, je vais










04 LIVRE Ill. CHAP. II.
<< faire proc~der a son entdrinement au s~nat avec
a la solennite convenable.

a Recevez, monsieur le Baron, etc.,

Signed BOYER.

a Au palais national du Port-au-Prince, le 8
a juillet 1825i, an 22e de l'independance. n

Ainsi, des le moment oil ce point fut vide, la
question fut rdsolue. Toutes les observations faites
h l'encontre du chiffre de l'indemnite sont demeurees
6 l'etat de simple conversation dont on ne retrouve
aucune trace dans les papers de l'affaire. Sans doute
ce point a faith difficulty, et nous n'avons pas hesite
;i le reconnailtre; mais B quoi serviraient les nego-
ciateurs, si les actes international ne pr~sentaient
pas de difficulties? Et n'estece pas une singulibre
maniere de raisonner que de rappeler, pour 6chap-
per a l'ex~cution d'un contract, que l'on s'est soumis
avec peine g ses clauses?
MI. de Mackau avait debarqu6 au Port-au-Prince
le 3 juillet. Les conferences s'ouvrirent de suite
entire lui et trois commissaires qui avaient 6te de-
16gu6s par le president de la republique '. Comme


' AIIM. Infinare. Ronalnner7. Frcmontll










DE L ORDONN. DE 1825 bux TurriTb DE l838s. 55;
au bout de trois jour~s elles n'avaient pas ete amne-
nees h un point de solution, le n6gociateur frangais
ne voulut plus les continue qu'avec le president lui-
m~me. Une seule entr~evue mit dis lors fin a routes
les difficulties; et ce fut le lendemain de cette con-
f~rence que le president 6crivit la lettre que nous
venous de rapporteur.
Quatre jour~s avaient done suffi au commissaire
frangais pour mener B fin l'affaire don't l'avait charge
le gouvernement du roi, et tout etait arr~te, lors-
que l'escadre des amiraux Jurien et Grivel part
devant le Port-au-Prince. Elle regut l'invitation d'en-
trer dans le port. Le it juillet, on proc~da h l'ac-
ceptation et B l'enregistrement au senat de l'ordon-
nance royale. Ce fut une veritable c~remonie. L'acte
de l'ind~pendance, enferme dans un fourreau de
velours, fut solennellement port au s6nat par un
cort6ge militaire compose de l'6tat-major des fre-
gates frangaises, et l'enterinement eut lieu au milieu
des viuat pouss~s en l'honneur du roi et du n6go-
clateur.
Voici le procks-verbal de ce fait decisif dans l'af-
faire de Saint-Domingue, que nous transcrivons
d'apris la copie dlelivree au negociateur frangais :










GU


bilht III. CHAP. II.


REPUBLIQUE D'H-AITI.

A LA MAISON NA.TIONALE DU PORT-AU-PRINCE.

SE~NAT.

(< Aujourd'hui, onzieme jour de juillet de l'annee
1825, 22e de l'independance d'Hai'ti, vers huit
heures du matin,
<< Le s6nat completement r6uni g la Maison na-
tionale, un des secre~taires a donned lecture du mes-
sage du president d'Haitli, sous la date du jour
d'hier; leqluel message announce une ordonnance de
S. M. T. C. Charles X, de~clar~ant l'ind6pendance for-
melle, pleine et entire, du gouvernemlent dl'Haitli.
<< Et au m~me instant s'est present le~ general
Thomas, commandant de cette place, leq~uel a an-
nonce MZ. le baron de Mackau, porteur de l'ordon-
nance pr6citR~e. Le president du se~nat a invite M. le
baron de Mackau, ainsi que IMM. les contre-amiraux
Jurien de la GraviBre et de Grivel, qui l'accompa-
gnaient, B prendre les places qui leur ont ete de-
signees. Lecture faite de cet acte solennel, et apri~s
deliberation, le senat a arr~t6 l'acceptation et I'en-
registrement de I'ordonnance sus-mentionnee; a
arr~te~ de nlus. aun'une denutation dun senlltt se com-










D)E L OKURDUC. DE TOLD AUX TItAITES DE 1000. DI

posant des senateur~s Pitre, Daumec et Rouannez,
sera charge de presenter au president l'original de
ladite or~donnance royale, et qune mention sera faite
au present pr~oce~s-verbal du discours que vient d'a-
dlresser au sdnat M~. le baron de M~ackau, et de la rB-
ponse a lui faite par le president du senat. Lesquels
dliscours do~nt suit la teneur, out 6tB accompagnes
des cr~is repdtes de :Vive Charles X! vive (3 fois)
l'independlance d'H~aiti! vive le president! vive le
bar~on de Mlackiau!...
e~ Fait et clos, Mlaison national, les jour, mois
et an qlue docs autres parts.
(( Signi- au r~egistr~e:l L. Daumec, Pitre, Ca-
neaux, J. The@zan, Bir~ot, D. Chanlatte, Lev~ebour~s,
D~upuche, C. Dupiton, Degrand, Gayot, president,
Viallet et Rouannez, secretair~es.
tr Pour copie conforme, etc., etc. n
Le mInme jour, le president remit au negociateur
fr~angais une declaration q~ue nous r~eproduisons
egalement d'apris l'original.
a REPUBLIQUE D'HAITI.
(( JEAN--PIERRE BOYER PReSIDENYT D'HA'rI,

(( Declarons avoir regu des mains de M. le baron
i Nous ne rep~rodnlisons pas ces discours quni sont de purl ctirdmonial, et
IIn. fant Ilesonann lll~mbus ..v Almo.I thelr~ remakti on AInne In ndancialli tio










58 LIVRE Ill. CHAP. II.
de Mvackau, capitaine de vaisseau au service de
S. M. T. C., gentilhomme de la chambre du r~oi,
P'ordonnance royale qui a Bte enterinee ce jour p~ar
le senate, et dont la teneur suit.....
a( En foi de quoi, le present, signed de notre main
et revitu de notre sceau, a 6te remis a MI. le baron
de Mackau, pour lui servir ce que de raison.
a( Donn6 au palais national du Port-au-Prince, le
it juillet 1825, an 22e de I'independance.
a Signe': Boyer. -Par le president d'Hai'ti, le
secr8taire general: B. Inginac. -Par le president,
le secretaire d'Etat :J. C. Imbert. >
Enfin, le 16 juillet, iM. le baron de Mackau re-
cevait la communication suivante en reponse a une
note qu'il avait remise aprbs f'acte de f'ind~pen-
dance accompli, et que nous reproduisons encore
textuellement :

a REPUBLIQUE D'HA~rI.

a B. Inginac, general de brigade, secretaire g6-
neral pres Son Excellence le president d'Hai'ti ,

a A MI. le baron de Mackau, capitaine de vais-
seau de la marine royale de France, commissaire de
C.MTP, Dn Dm.Lon _Drilnl n










DE L ORDONN. DE 1825r ACK TRAITIES DE '1838~.

(( M. le Baron,

a Je suis charg6~ par Son Excellence le president
d'Hai'ti de vous accuser reception de la nouvello
note que vous lui avez adressee sous la date d'hier,
et de vous transmettre la pensee de S. E., ainsi
que vous en temoignez le desir, relativement auxr
qjuatre articles que vous y developpez.
a Pour plus de precision, je choisirai f'ordre que
VOUS RV6Z SulVI.
a to Les ministres du roi, et S. M. elle-m~me
(( (elle a daigne me f'exprimer), attachent beaucoup
a de prix A ce que I'emprunt que le gouverne-
a ment d'Hai'ti pourr~a contr~acter pour satisfair~e
a l ses engagements, ait lieu en France. S. M9.
a verrait avec bien du deplaisir que des 6tran-
a gers intervinssent dans le detail d'un arrangement
a qui a mene les deux pays a une reconciliation
a franche et finale. ,,
a Son Excellence a le desir bien sincihre d'4tre
agr~able au gouvernement frangais. Mais, comme
elle vous l'a dit elle-mime dans p~lusieurs confe'-
r~ences I, elle s'6tait vue par delicatesse dans I'obli-

i C'est nous quli soulignons ces mots dont nouls aurons lxesoin tout B
I'hleure en traitant de: I'emprunt(.










BO LIVRE Ill. CHAP. II.

nation de repondre B dliff~rentes propositions que
plusieurs capitalistes 6tr~angers lui avaient faites de-
puis j ce sujet. Cependant, S. E., pour donner li
S. MI. T. C. et ii ses ministres une preuve de sa
bonne voloute, m'autorise i dl~clar~er, q~u'except6 la
moindlre portion qlu'elle s'dtait ddjh engage a ac-
corder, tout le reste de I'emprunt, B conditions &ga-
les, sera fait dans les mnains des capitalistes fran-
Cals.
a 2ro Les bitiments de gnuerrle de S. MI. T. C. ne
a se pr~senteront dans les ports d'Hai'ti, qlu'ainsi
<< que cela se pr~atique entire nations amies, et Sa
a( Majesty compete qu'ils y ser~ont regus avec l'em-
a( pressement et les 6gards auxquels ils ont droit.
a 11 en sera de mime dans les por~ts de Fr~ance, it
a l'dgar~d dles biitimlents hai'dens. n
a Cette r~ciprocite! elant honorable pour la nation
hai'tienne, S. E. yi adher~le avec plaisir. Mais il sera
bien entendu qlue les btitiments de guerre de S. MI.
T. C. n'entrecont dans nos ports que partielle-
ment. Vous sentirez la n~c~essit6 de cette restriction
pour 6ter toute prise et tout pr~tex~te i la malveil-
lance.
a( 3o Mtais les ministres de S. M. d6sirent que les
at bAliments et. les citoyens d'Hai'ti s'abstiennent do










DE L ORD)ONY. DE .1825 AL'x TrubrTBS DE 1858. tif

a( se pr~senter dans les colonies de la France. La
a raison s'expliq~ue d'elle-mi~me; et B cet 6gard, ils
a( so reposecont avec confiance sur la promesse de
(( Son Excellence le president Boyer que j'ai ordre
( de leur rapporter. n
a( Les ministres de S. M. T. C. 6mettent un vceu
qui fut toujours dans le coeur de S. E., et qu'elle
promet de remplic strictement a
a 4" Pour le moment, la France ne se propose
a( d'ent~retenir ii Hai'ti qu'un consul g~6nral : le nou-
a( vel Etat en usera de mime 1' son 6gard. ,,
a( Les vues de S. E. s'accordent parfaitement sur
ce point avec les dlesirs du gouvernement frang~ais.
ae VoilB, monsieur le Baron, I'expression franche
des intentions de S. E. relativement aux differentes
questions que vous a~vez poses. S. E. se trouve,
heureuse que sa pense~e soit ainsi en harmonic avec
le desir des ministres de S. M. T. C.; et elle espbre
qIu'ilrIgnera toujour~s entreles deuxi gouvernements
le mime accord die sentiments.
(( Recevez, je vous prie, monsieur le Baron, I'as-
surance nouvelle de ma haute consideration. -



'II fanlt ~ec~onnaltre (I1n e t engageame lt ae dte relifiiensementn tenut.










6i2 LIVRE III. CH1AP. II.
Enfin, nous compl~terous ces documents par la
reproduction d'une lettre qui, quoique ayant au
premier aspect un caractbre plutbt priv6 que diplo-
matique, ne se rattache pas moins au cate politique
de la question : 6crite en entier de la main du pr6-
sident, dans le but de remercier M. le baron de
Mdackau d'avoir satisfait g un d6sir qu'il lui avait
souvent exprime, elle se trouve 4tre en m~me temps
I'expression de sa gratitude pour le souverain qlui
avait sign6 l'acte du 17 avr~il '.

<< Monsieur le Baron,

<< J'exprime difficilement la douce motion que j'ai
ressentie en recevant le portrait de l'auguste et bien-
aime monarque des Frangais que vous m'avez pro-
cure. Vous jugerez mieux que je ne~ pourrai le dire,
combien est vif le sentiment que j'eprouve pour le
souverain magnanime qjui a ferm6 avec tant de
gloire les plaies de la revolution, et combien j'ap-
precie l'avantage de posseder ici son image.
<< Veuillez aussi 4tre convaincu que le souvenir
de l'homme distingu6 de q~ui je tiens ce precieux

Cette lettlare st









DE L ORD)ONN. DE 1825 AUX TRAITS DE 1838. 63
cadeau, me sera toujours bien cher. Signdt~:
Boyer.
<< Port-au-Prince, 18 juillet 1825, an 22e. ,,

Tel a 6td le caractere de l'acte du 17 juillet 1825i,
premiere phase diplomatique de la question de Saint-
Domingue, qui devint des ce moment la question
hai'tienne .
N~ous conside~rons comme se plagant en dehors du
cadre de ce chapitre, toutes les communications
qu~i se sont dchang6es entire le nouvel Etat et son
ancienne metropole, de cette premiere 6paqune i a
convention de 1838. Leur caractbre est plutat fi-
nancier que diplomatique, et elles devront naturel-
lement se produire avec les d6veloppements qu'elles
comportent au chapitre suivant, qui traite des con-
siquences financii~res des deux conventions princi-
pales. Nous ne les mentionnerons done ici, qu'autant
qIu'il sera n~cessaire A l'intelligence de cet expose.
Ainsi que nous l'avrons constat8, les objections
ti1evies par le gouvernement hai'tien contre le chiffre
de l'indemnit6 avaient 6t;6 si loin d'$tre dirimantes,
qu'il n'en existe mime pas de trace dans les papers
relatifs A cette n~gociation. L~e commissaire fra7ngais










64 LIVRE 10l. CHAP. II.
une fois parti, on se consola, en songeant h cette
indeipendance enfin acquise, des rd8sultats que sa
fermet6 avait assures a la France; et on se prdpara
trbs-loyalement, il faut le reconnailtre, a ex~cuter
le contract intervenu. Tandis que les agents hai'dens
envoys en France pour la negociation de l'emprunt
n'6prouvaient que l'embarras du choix, et qune le
lib6ralisme des ecus se disputait leur preference,
le president, devangant I'epoque ordinair~e des ses-
sions, reunissait la chambr~e des representants, le
10 janvier 1826. Ii fit ressortir, dans un discours
vivement applaudi, I'import~ance du resultat obtenu
et la necessity de s'acquitter de la dette contr~actee.
L'assembl~le le comprit ainsi :le 20 fevrier, elle
vota une loi par laquelle les 150,000,000 fr., sti-
pgl6s dans I'ordonnance du I'7 avril, sont reconnus
dette de l'Etat. Cette loi, acceptee par le senal le
25 fevrier, est promulguce le lendlemain par le prd-
sident. 11 fallait trouver les voies et moyens pour
satisfaire 1' cette dette. On y pourvut par une se-
conde loi q~ui, inde~pendamment des contributions
ordinaires affectees aux divers services de l'Etat, 6ta-
blit une contribution extraordinaire de 30,000,000
de piastres payables en dix ans, A computer du 1"'









DE L ORDONN. DE 4825 AUX TRALTBS DE 1838. 65

janvier 1827. Enfin, la chambre adopta une adresse
au people hai'tien, qui s'exprimait ainsi =:
a Citoyens, la 16gislature, aprbs avoir vot6 une
loi qui reconnait dette national l'indemnit6 de
150,000,000 de francs consentie envers la France,
devait pourvoir aux moyens d'6teindre cet engagoe-
ment sacred. Une contribution regulibre, repartie de
la maniere la plus equitable et la plus reguliibre sur
la g6ndralit6 des citoyens, a paru le mode le plus
convenable Q employer. Une loi qui 6tablit une con-
tribution de 30,000,000 de gourdes payables en
dix ann~es, a done 6td rendue par la chambre.
a Hai'tiens, le sacrifice est grand; il sera peutc~tre
p6nible a supporter; mais vos mandataires ne vous
l'ont impose qu'avec la certitude que l'honneur et
la dignity national conserves, il yous garantira
pour l'avenir la paisible jouissance de vos pro-
pri6tP~s, la libre et tranquille exploitation de vos
champs, P'existence et la prosp~rit6 de vos families. >
Pendant ce temps, et mime avant cette manifes-
tation unanime des repr6sontants 16gaux du pays, les
commissaires envoys B Paris versaient a la caisse

i V. au Mioniteur du ler mai 1840 le discour~s de P'honorab~le M. Estan-
celinl, funl des orateurs quli ont le mieux 6claird la discussion a laquelle
nous allons arrived.
II. s










tit LIVRE Illr. CHAP. 11.
des d~pats et consignations le premier cinquibme de
l'indemnite, c'est-g-di~e', 30,000,000 de francs :
Mais ces aces 6taient A peine accomplish, que
d~ji les dliffic~ultes naissaient. L'ordonnance de 1825
contenait une disposition malheureuse :malheu-
reuse, parce qu'elle n'4tait pas equitable, et que
d'ailleurs on s'en 6tait exag6re l'importance : c'est
celle qui stipulait en faveur de la France une remise
de moitie sur les droits A l'importation et B l'expor-
tation. L~es products de la donane constituent le
principal revenue' de la r~publique, on lui enlevail
ainsi la plus nette de ses resources, au moment
mime oil on lui imposait une charge 6norme. -
C'etait prendre des deux mains. Le gouvernement
hai'tien trouva moyen, en changoeant I'assiette de
l'impat i la sortie, de se soustrair~e B une parties de
cette obligation. C'efit 6t6 de bonne guerre, si, en
le faisant, il se fidt moutr6 fiddle A l'engagement
principal. Toutefois, cette premiere difficulty ne
portait pas encore sur le fond de la question de
I'indemnite. On n'y~ toucha pas encore, lorsqu'en
1827i et 1828 tout fut en retard, et les termes sub-

SOu au moins 24 millions, 5,300,000 fr. nI'ayant 6td pays qu'u~n penl
plus tard en marchandises, et les 700,000 fr. restanlts n'ayant Btd versbs quec
longtemps aprbs et successivement dans les anades 1838, 1839 et 1840.









DE L ORDONCN. DE .1825; AUX TAnrITBS DE f i$$. tj7
s6quents de l'indemnit6 et les arrdrages de l'em-
prunt. C'est lA ce qui resulte de la proclamation du
17 aoblt 1829, dans laquelle le president disait :
a Des circonstances extraordinaires et un systhme
a vicieux de liberation n'ont pas permis de conti-
a nuer par les mimes moyens le payment des en-
a gagements contracts avec l'6tranger; mais, aus-
a sitat que possible, les plus grands efforts seront
a dirig6s vers l'acquittement- de cette dette, r/ui
(( est garantie par I la probite' et par l'konneurl
a national. n
Le systhme vicieux de liberation dont parlait cette
proclamation 6tait la liberation par voie d'extinc-
tion du capital. Un mode de capitalisation que nous
aurons B faire connaitre dans le chapitre suivant,
fut propose et accepte- par le president. On n'entre-
voyait plus que des diffcultes de detail, et l'on
croyait toucher an but, lorsque la question com-
merciale, que P'on voit sans cesse intervenir dans
cette affaire pour la compliquer, fit rompre les ad-
gociations; mais le gouvernement hai'tien, qui avait
alors serieusement B coeur d'arriver g une solution,
envoya un n~gociateur en France. Les conf~ren-
ces 6taient renouees, lorsque Bclata la revolution
de 1830.










OX LIVRtE Ill. CHAP. II.
Le goulvernement nouveau donna une marque do
sollicitude aux colons, en faisant reprendre, des la fin
de cette m~me annee, P'etude de la question par une
commission que presidait M. le comte Laind; cette
commission proposal des concessions assez avanta-
geuses pour qlue le negociateur hai'tien, que la nou-
velle revolution avait surprise a Paris, consentit d'en
faire la base d'un nouveau trait6 qui ful sign6 le
2 avril 1831, et qui faisait enfin disparattre la clause
du privilege commercial. M~ais les graves 6ventuali-
tes que la politique gen6rale semblait alors preparer
g la France firent nattre dans I'esprit des Hai'tiens
les plus singulibres iddes. Le general Boyer avisa
que le principle dynastique du gouvernement avec
lequel it avait traits se tronyant change, il pouvait
bien se considerer comme degag6 des obligations
contracts; et se fondant sur ce que son pl~nipo-
tentiaire n'avait pas 6te formellement accr6dit6 prbs
du gouvernement nouveau, il refusa de ratifier la
convention qu'il avait signee. Touxtefois, cette con-
vention parut assez bonne pour que la clause re-
lative g la reciprocit6 commercial fdtt mise en
vigueur. L~a France perdit ainsi le demi-droit com-
alercial qui lui restait sur les importations. II y eut
ilors rupture compl~te. Le consul general de France,










DE L ORDONN. DE 1825; AUX TRAITS DE i ii$. tiO
M. Mollien, demand ses passe-ports, et toutes re-
lations cess~rent, parce qu'aux remhontrances qui
lui furent faites, a le gouvernement hai'tien rdpondit
dans un language qui s'ecartait des biensdances qui
s'observent entire les nations civilis6es, et qui ne
permettait pas B la France de faire l'avance de nou-
velles relations '. >
Peut-4tre 6tait-ce IA1 un peu oublier que la France
faisait de la dignity aux depens d'autrui. Quoi qu'il
en -soit, Hai'ti comprit bientat qu'elle 6tait entree
dans une fausse voie; cessant de mettre en question
le principle de la dette, le president argua de l'im-
possibit6 dans laquelle se trouvait le pays de faire
face aux charges resultant des stipulations de 1825i.
11 proposait de reduire a 45i millions, payables sans
intdrits, en quarante-cing ans, les 120 millions de la
crdance.
De pareilles ouvertures ne pouvaient 6tre l'objet
d'un examen serieux; mais elles eurent un resultat
par leur 6trangete mime. Elles plagaient les parties si
loin de compete, que, tout en renouant les relations,
elles rendaient en quelque sorte les negociations im-
possibles a renouer. D'ailleurs, on comprenait trop

M. le due de Broglie, president dul conseil; Moniteur du 30 de-
combre 1832.










70 LIVR1E Ill. CHAP. II.
bien que ces negociations ne pourraient plus porter dd-
sormais que sur une reduction quelconque du chiffre
de la dette, et un grand mot avait 4td prononc6, un
grand principle avait 6t6 pos6 par la premiibre com-
mission qui avait conclu g la reduction. L~a garant~ie
de l'Etat avait et6 demand6e par elle comme conse-
quence de toute atteinte portee au chiffre de la dette.
Et ce principle, qui s'6tait Bcrit dans les consciences
avant d'4tre formule dans les conclusions de M9. le
comte Laine, pesait comme une go~ne sur les hom-
mes alors au pouvoir. On trouve l'expression de cet
honorable scrupule dans cette declaration que fit a
la tribune l'illustre comte de Rigny, alor~s ministr~e
des affaires 6trangBres, qu'aucune transaction ne
portrait sur le chiffre de la dette.
Le gouvernement temporisa done, restant en
quelque sorte sous le coup de sa propre d6clara-
tion. Mais un pareil 6tat de choses ne pouvait du-
rer. Les plaintes des colons se faisaient entendre avec
l'energie diu desespoir, et leurs petitions incessamu-
ment adressees aux chambres donnaient lieu parfois
B de vives interpellations.
En 1835i, un homme que nous avons d~ji vu
figurer B l'origine de cette affaire, M1. A. Dupetit-
Thouars, alors capitaine de va~issean, r~evint, d'Hai~ti










DE L ORDONNV. DE 1825 AUX HIAffliS DE: lt13. 71
avec des documents qui permirent au gouvernement
d'appricier la veritable situation de notre ancienne
colonie. On ne fit encore cependant, pour le moment,
que livrer de nouveau la question B l'examen d'une
commission. Presidee par M. le comte Simeon, elle
fut chargee d'6tudier tous les documents fournis, et
plus spbcialement les budgets de la r~publique durant
une p~riode decennale, de d6pouiller les etats com-
merciaux, les correspondances diplomatiques, d'en-
tendre les colons ou leurs de16gu~s, et d'6clairer le
gouvernement tant sur ses devoirs et sa responsabi-
lit6 que sur les veritables resources que pouvait
presenter la situation. Les conclusions de cette com-
mission etaient aussi redoutables que l'avaient 6tB
celles de la commission de 1830. On ne se press
done pas de mettre a profit les lumiibres qu'elle avait
recueillies sur la question.
Ce ne fut qu'en 1837 qu'il se rencontra une admi-
nistration assez courageuse et assez soucieuse de ses
devoirs pour a oser a se mesurer avec cette affaire '.
Le 29 novembre de cette ann6e, une nouvelle
mission partit pour Saint-Domingue. Elle arriva au
Port-au-Prince le 28 janvier 1838. Les conferences
commencerent le 5i fevrier, et duribrent six jours: les
' Expressions de Mi. le comle! Mol.i










72 LIVRE 1I. CHAPI. II.
cing premiers consacr6s g la question de la souver~ai-
nete et de l'independance; le sixibme, a cell de
l'emprunt. La mission repartit de Port-au-Prince le
21 mars.
Nous reproduisons ici textuellement dans I'ordre
oil ils out 6td sig~n6s et dans lequel ils se trouvent im-
primes au Bulletin des lois, les deux traits qui sont
sortis des conferences de fevrier 1838 :

<< Au nom de la trbs-sainte et indivisible Trinite,


a Sa Majest6 le roi des Frangais et le president de
la republique d'Hai'ti, desirant 6tablir sur des bases
solides et durables les rapports d'amiti6 qui dolvent
exister entire la France et Hai'ti, out resolu de les
r6gler par un traits, et out choisi B cet effet pour pl6-
nipotentiaires, savoir:
<< Sa Majeste le roi des Frangais, les sieurs Emma-
nuel-Pons-Dieudonne, baron de Las-Cases, officier
de l'ordre royal de la Legion d'honneur, et Charles
Baudin, officier dudit ordre royal de la Legion d'hon-
neur, capitaine de vaisseau de la marine royale;
*< Le president de la republique d'Hai'ti, le general
de brigade Joseph-Balthazar Inginac, secretaire g6-
ndral; le senateur Marie-E~lisabeth-Eustache Fr~mont,










DE L ORDONN. DE 1825i AUX TRAlTES DE 1838. 73
colonel, son aide-de-camp; les senateurs Dominique-
Frangois Labb6 et Alexis Beaubrun Ardouin; et le
citoyen Louis Mesmin Seguy Villevaleix, chef des
bureaux de la secretairerie g6ndrale;
a( Lesquels, aprbs avoir 6chang6 leurs pleins pou-
voirs respectifs et les avoir trouv6s en bonne et due
forme, sont convenus des articles suivants :

<< Art. 1"'. Sa MajestB le roi des Frangais reconnait
pour lui, ses heritiers et successeurs, la republique
d'Hai'ti comme etat libre, souverain et independant.
<<2. 11y aura paix constant et amitie perpetuelle
entire la France et la republique d'Hai'ti, ainsi
qu'entre les citoyens des deux Btats, sans excep-
tion de personnel ni de lieux.
<< 3. Sa Majeste le roi des Frangais et le president
de la republique d'Hai'ti se reservent de conclure le
plus tat possible, s'ily a lieu, un traits sp6cialement
destine a regler les rapports de commerce et de
navigation entire la France et Hai'ti. En attendant,
il est convenu que les consuls, les citoyens, les na-
vires et les marchandises ou products de chacun des
deux pays, jouiront a tous 6gards, dans l'autre,
du traitement accord, ou qui pourra Atre accord
g la nation la plus favorisde; et ce, gratuitement,










76 LIVRE III. CHAP. II.
si la concession est gratuite, ou avec la m~me coml-
pensation, si la concession est conditionnelle.
<< 4. Le present traits sera ratified, et les ratifica-
tions en seront echangees i Paris, dans un de1ai de
trois mois, ou plus tbt., si faire se .peut.
e En foi de quoi, nous, plenipotentiaires soussi-
gues, avons signed le present tr~aite, et y avons ap-
pos6 notre sceau.
<< Fait au P-ort-au-Prince, le 12e jour du mois die
fevr~ier de l'an de grhce 18383.
<< Signd : EMarNhUEL baroD DE LAs-C;ASES.
CHARLES BAUDIN.
B. INGINAC.
FROMONT.
LAstB.
B. ARDOUIN.
SEGUY VILLEVALElX.,


TRAITS~ RELATIF A L'INDEMZNITE.

(< Sa Majeste le roi des Frang~ais, les sieurs, etc.
<< Le president de la republique d'Hai'ti, les
sieurs, etc.
<< Lesquels, apre~s avoir Bchang6 leur~s pleins pou-
voirs r~espectifs, et les avo~ir touves en bonne et










DE: LIORDONN. DE 18)25 AUX TRAITES DE 1838. 75
due forme, sont convenus des articles suivants :

<< Art. 1er. Le solde de I'indemnit6 due par la
r6publiq~ue d'Hai'ti demeure fix4B a la some de
soixante millions de francs. Cette some sera payde
conform6ment au mode ci-aprbs .
<< Pour chacune des annies 1838, 1839, 1840,
1841 et 1842, un million cing cent mille francs;
<< Pour chacune des ann~es 1843, 1844, 1845,
1846 et 1847, un million six cent mille francs;
<< Pour chacune des annees 1848, 1849, 1850,
1851 et 1852, un million sept cent mille francs;
<< Pour chacune des annees 1853, 1854, 1855,
~1856 et 185i7, un million hait cent mille francs;
<< Pour chacune des anudes 1858, 1859, 1860,
1861 et 1862, deux millions quatre cent mille fr.;
<< Et pour chacune des annies 1863, 1864, 1865,
1866 et 1867, trois millions de francs.
<< Lesdites sommes seront paydes dans les six pre-
miers mois de chaque annie. Elles seront verses i
Paris, en monnaie de France, a la caisse des d6pats
et consignations.
<< 2. Le payment de P'ann~e 1838 sera effectu6
immediatement .
(< 3. Le presents tralt6 ser~a ~at~ifie, et les r~atifica-










7(j LIVRE III. CHAP. 11.
tions en seront 6chang~es a Paris, dans un delai de
trois mois, ou plus tat, si faire se peut.
cc En foi de quoi, nous, plenipotentiaires soussi-
guis, avons signed le present trait6, et y avons ap-
pos6 notre sceau.
(( Fait au Port-au-Prince, le 12e jour du mois de
f~vr'ier de l'an de grace 1838.
SigndLk: EMIMANUEL barOR DE LAs-CASES.
CHARLES BAUDIN.
B. INGINAC.
FatMONT.
LAstB.
B. ARDOUIN.
S$GUY VILLEVALEIX' r

Cette parties de l'affaire Btait trop recente pour
que les pieces officielles nous fussent~ communiques,
au moment oil les Bv~nements semblaient la re-
mettre en question. Mais tous les documents en
avaient 6tB remis a la commission de la Chambre
des Deput~s, chargee de I'examen du project de loi
de 1840. Nous avons donc 6tudid avec le plus grand
soin le travail du rapporteur de cette commission,
travail dont nous avons pu critiquer l'esprit, mais

SCes denlx traits ont 4tB ratifids A Neuilly le 30 mnai 1838.










DE L ORDONN. D)E 182L5 AUX TRAITS DE 1838. 77i
dont nous reconnaissons l'e~xactitude, quant aux
donndes materielles. Toutefois, nous croyons que
ce n'est pas encore assez; et nous nous faisons un
devoir de reproduire in extlenso, d'apres le, Moni~teur,
le discours prononc6 dans la discussion par l'un des
n~,gociateurs de 1838, membre de la Chambre.
C'est un devoir de conscience auquel nous oblige
la nature de l'appriciation que nous ferons ensuite
de la convention de 1838.
<< M. EnMMANUEL DE LAs-CASEs. Je viens demander
B la Chambre la permission de repondre g plusieurs
des assertions pen exactes qui se trouvent dans le
dliscours de l'honorable preopinant 2. Mais il est nd-
cessaire, pour me faire comprendre de la Chambre,
de reproduire l'ensemble des faits. Je tdcherai d'8tre
court.
<< Dis 1814, Petion, qui 6tait alors president de la
r~publique hai'tienne, fit l'offre d'une indemnity et
en posa le principle. Le g~i1dral Boyer, qui lui stic-
c6da, r6itera cette offre, et proposal une indemnite
raisonnablement calculee. Ce sont les terms dont it
se servit. Lorsqu'on voulut savoir ce qu'il entendait
par une indemnity raisonnablement calculde, il fut
r~pondu qu'on entendait par 18 une annie des re-
I PhnnornhlP M FWatntaini










78 LIVRE III. CHAP. 11.
venus du pays. En change de l'indemnite, it de-
mandait que la France reconn~t I'ind6pendance die
la rdpublique. La France, de son ca6t, demandail:
d'abord, une souverainet8 absolue sur son ancienne
colonie, puis, une souverainet6 constitutionnelle;
ensuite, elle demandia un droit de suzerainete ou de
protection semblable a celui que l'Angleterre exerce
sur les iles loniennes.
(( Puis enfin, elle demand un droit de souverai-
net6 ext6rieure. Sur des bases aussi diff~rentes, il
Btait impossible de s'entendre. 11 n'y avait qu'une
manibre de rgsoudre la question, c'4t~ait, de la par
de la France d'envoyer une flotte et une armee.
a Teller 6tait la situation des choses, lorsqu'en 1823
parut dans la rade du Port-au-Prince la fr6gate la
Ciredc, commandee par M. le baron de Mackiau; il
6tait porteur de l'ordonnance du 17 avril 18L25.
Cette ordonnance dcisposait : Que les ports de la rd-
publique seraient ouverts au commerce de toutes
les nations; que toutes les nations payeraient un
droit 4gal $ l'entrde et a la sortie, except la France,
qui ne payerait que le demi-droit; que la r~publique
payerait une indemnity de 150i millions; enfin, qu'i
ces conditions les habitants actuels de l'ancienne
parties de Saint-Domingue seraient libres.










DE L'ORDONN. DE 1825 asx TAnadS DE 1838. 79
<< Des commissaires hai'tiens furent nommis; mais
lor~squ'ils vinrent g connaltre le texte de l'ordon-
nance, ils la repousserent, bien qu'ils sussent que
le commandant frangais Btait suivi et appuy6 par
une escadre de quatorze b~timents de g~uerre por-
tant six a sept cents pieces de canon, et qu'en cas
die refus la guerre commengait. Ils la repouss~rent
par les motifs suivants : une indemnit6 de 150 mil-
lions, disaient-ils, d6passait, et pour une some
considerable, tous les calcuis faits jusqu'a ce jour,
toutes les provisions et les resources du pays. Le
privilege du demi-droit que s'6tait reserve la France
allait amener une diminution tres-notable dans les
r~evenus de la republique : de sorte qu'en mime
temps que d'un cate on leur demandait une indem-
nit6 inorme, de l'autre cat6 on leur 6tait la possi-
bilit6 d'y satisfaire. On ne leur accordait qu'une in-
d~pendance conditionnelle, et parmi les conditions
il y en avait qui pouvaient 4tre des conditions im-
possib~les, car dependait-il de la republique d'avioir
toujours ses ports ouverts au commerce de toutes
les nations? Et si elle venait i Btre en guerre avec
l'une d'elles, pouvaitrelle lui ouvrir encore ses ports?
Et si elle les fermait, I'ordonnance se trouver~ait-elle
annulee pour cela? Enfin, pourquoi ne parlait-on










X0 LIVRE III. CHAP. 11.

que des habitants actuels de I'ancienne parties fran-
gaise?
<< On se demandait si les generations futures se-
raient exclues du bienfait de la liberty. La position
devenait tribs-ddlicate; les talents et la loyaut6 du nB-
gociateur en triomph~rent. II vit le president Boyer.
a Je connais, dit-il, P'esprit dans lequel a 6tB rendue
I'ordonnance. Le roi de France, dans sa magnani-
mite, a voulu accorder une independance veritable,
et il a entendu P'accorder sans condition. Je garantis
qu'une declaration du gouvernement du roi expli-
quera P'article premier de F'ordfonnance dans ce sens:
je m'en rends garant a tel point, que je vous offre de
rester ici en otage jusqu'8 ce que cette declaration
soit rendue. a. Il est vrai que M. de Mackau ne parla
en rien de la diminution de l'indemnite; mais les
Hai'tiens disaient qu'ils esp~raient qlue le roi de
France, instruit par lui de la position de leur pays,
diminuerait l'indemnit6, qu'ils 6taient dans P'impos-
sibilit6 de payer.
a A ces conditions, I'ordonnance fut acceptee. Des
commissaires hai'tiens partirent m~me pour la France
avec M. le baron de Mackau, et y contractibrent on
emprunt qui produisit 24 millions de francs pour
payer le premier cinquieme de I'indemnit6.











<< C'est IA que natt une premiere complication dans
:ette affaire, complication dont j'aurai occasion de
parler par la suite.
<< Cependant, aprts l'acceptation de l'ordonnance,
tout annongait que le gouvernement ha'itien 6tait de
honne foi pour payer l'indemnnite.
<< Ainsi que vient de le dire l'honorable M. Estan-
celin, qui descend de cette tribune, le gouverne-
ment hai'den rdunit cette annde-lk (en 1828) ses
chambres 16gislatives beaucoup plus t~t qu'8 I'ordi-
naire. Les cent cinq~uante millions~ furent declares
det~te national; on 6tablit un nouvel imp~t sur le
payrs, pour la payer en dix ans. Mais bientat les
commissaires hai'tiens, envoys en Europe par le
b~liiment de M. de M\ackiau, revinrent, n'apportant
avec eux qu'une convention comm~erciale. La ratifi-
cation de cette convention fut refuse par le gouver-
nement hai'den, et le motif de ce refus i6tait que les
commissaires ne rapportaient pas de France ce qu'ils
avaient 6te charg~~s d'y demander et d'obtenir, c'est-
a-dire, une clause exrplicative de P'article premier de
l'ordonnance de 1828i, et ensuite une diminution du
c~hiffre de l'indemnit6.
<< Ndanmoins, ce refus de ratification n'interrompit
pas les bons rapports 6tablis entire le gsouvernement










82 LIVRE III. CHAP. II.
hardten et.1a F~rance, et c'est mime h cette Ppoque
que le gouvrernement hai'tien env,oya en France ulne
some de six millions, pour completer le premiere
cinquie~me de l'indemnit6. Toutefois, quand vint
I'cheance du deuxibme cinqyuieme, le government
hai'tien n'envoya pas d'argent, et se content d'en-
voyer une simple obligation qui fut depose a la
caisse des depats et consignations.
<< Les deux annees 1823 et 182~4 avaient 6t6 les
ann6es les plus prospibres pour la rdpubliq~ue d'Hai'ti.
A dater de 1825i, la d~cr~oissance financibre comn-
menga. Le demi-droit, stipule en faveur de la
France, avait prive6 la republique d'une parties no-
table de ses revenues; car, sur un budget de sept
millions environ,.terme moyen, elle lui enleva pen-
dant dix ans u1n terme moyen de 1,600,000 fi-anes
par an.
<< On avait etB bientat oblige de combler ce deficit
par une creation de papier-monnaie; et le mime
6tat de choses s'Btait renouvele pour chaque exer-
cice. L'impat extraordinaire de trente millions de
piastres n'avait pour ainsi dire rien rendu, et sa
levee avait 6tB I'occasion et le pretexte de plusieurs
movements insurrectionnels. A partir de la fin de
1825, chaque ann~e avait vu Bclater une conspira-











tion, soit c~ontre le gouvernement, soit contre la?
personnel du president. Le pr6texte etait toujours ce
motif absurde, que le president Boyer, livrait le
pays a la France. Le prix du cafe, principal produit
d'Hai'ti, avait eprouve d'annee en annie sur les
marches une haisse considerable :de 2 f., 86 c. le
kiilogramme, il tombait successivement jusqu'g
I f., 30 c.; et comme le cafe est pour ainsi dire la
seule fortune de la rdpub~lique, cette fortune se trou-
vrait eprouver ainsi une diminution de plus de moi-
tie. Toutes ces causes reunies avaient completement
trompe les esperances de la r6publique. Elle avait
cru que la reconnaissance de son independance
allait occasionner chez elle un grand developpement
commercial, et bien au contraire le comnmer~ce etait
rest stationnaire, si mbme it n'avait pas dderu;
elle pensait que cela tenait a l'6quivoque des terms
de sa reconnaissance par la France, qui mainte-
nait les nations Btrang~res dans les mllmes defiances
qu'auparavant, en egard a son Btat politique. Elle
fut fortifiee et confirmee dans son opinion par un
passage du message du president des Ejtats-Unis,
M. Q. Adams, oul on lisait ces mots : << On trouve
die nouvelles raisons contre la reconnaissance de la
r6publique d'Hai'ti dans ce qui s'est passe derml~re-










LIVRE Ill. CHAP. II.


ment, quand ce people a accept de la France ume
souverainete nominale, accord~e par un princt
stranger, sous des conditions parfaitement conve-
nables a un 6~tat de vasselage colonial, et ne laissan
de l'independance rien qune le nom. a
<< On voit qlue la situation des choses 6tait nota-
blement chlangd~e.
<< Hai'ti disait a la France: Je vous ai demand unn
reconnaissance pleine et entire, telle qlue I'Angle-
terre l'avait accordde aux Etats-Unis d'Am6riqut
par le traite~ de 178S3. Au lieu de cela, yous m'ave;
accorde une indi~pendance conditionnelle, sous der
conditions que je puis etre hors d'etat d'accomplir
Je vous ai offert une indemnity raisollnnabllemen
calcule'e, proportionnee aux resources de mon pays:
au lieu de cela, yous m'avez demanded une indem-
nit6 de cent cinq~uante millions, qui sout autant pour
moi qune dix B douze milliards seraient pour la
France. A cela la France r~pondait : Vous avez ac-
cept6 l'ordonnance, il fant l'ex~cuter.
<< La consequence fut que, tout en protestant de st
bonne foi, tout en cherchant et pr~sentant des core
binaisons pour effectuer le payment, Hai'ti ne pays
plus rien. Elle alla plusloin : elle trouva moyen d'es-
camoter. nour ainsi dire. le b~n6fice du demi-droil










DE L ORDONN. DE 482r AUX TRAITS DE 1838. 8

que s'etait reserve la France par l'ordonnance de
1825. Elle alla jusqu'd dire, qu'8 moins de condi-
tions subseq~uentes et rdoiproquemnent avantagenses,
touts les nations seraient traitees, B partic de 1830,
sur un pied de parfaite 6galit6.
<< Je n'entrerai pas devant la Chambre dans des
details circonstancies sur les diffdre~ntes negotiations
entam6es depuis 4826 jusq~u'en 1830. I1 est bien evi-
dent qu'on 6tait si 6loigne sur les bases, qu'on ne
pouvait rien conclare, et qu'Hai'ti, dans toutes les
combinaisons qu'elle a pr~sentees, n'a cherch6 qu'Q
gagner du temps. Toutefois, il est une ndgociation
qui doit dtr~e remarqude, c'est celle de 1829 qu'avait
suivie M. Mlollien, consul general. Dans ce traits,
en 1829, la Franc~e renongait au b~ndfice du demi-
droit stipuld par l'ordonnance de 1825i, et posait
comme base principal la reciprocity tant pour to
commerce que pour la navigation.
<< Lorsq~ue la r~volution de Juillet vint changer le
gouvernement qui regissait la France, la republique
crut evidemment pouvoir profiteer de la circonstance
pour se liberer de sa dette. Un des comumissaii'es
hal'tiens l'exiprima mime lors des conferences en
1838. Certes, c'6tait bien mal appr6cier le grand
arcle Que venait d'acc~omolir la France: o'4tait cour









8ti LI\'I:E Ill. CHAP'. II.
le maintien dlu droit que la nation frangaise venait
die changer une dynastie :comment pouvait-on sul>
poser qu'elle laisserait s'annihiler ses droits sur qluel-
q~ue point dlu globe ~qu'ils se trouvassentJ
<< L'indiemnite que la F~rance demandait a Hai'ti
n'6tait pas le prix de son independance, c'4tait la
representation des biens des anciens colons, et la
nation frangaise ne pouvait ni ne voulait laisser
p~ricliter les droits d'aucun de ses sujets.
<< cette epoque, le gouvernement d'Haitli en agit
assez mal avec le consul de France au P~ort-an-
Prince, pour que ce dernier crbt devoir quitter le
pays, et le gouvernement frangais prit des measures
pour envoyer une flottille bloquer les ports de la
v6publique; mais une lettre du gouvrernement ha'i-
tien lit abandonner ces measures de rigueur et ren-
trer dans la voie de la n~gociation. C'est aussi vers
cette Bpoque que le cabinet du r~oi exprima pour la
premiibre fois l'opinion que l'indlemnild demandee is
la republique d'Hai'ti pourrail bien 4tr~e diminuee.
<< Jusqu'en 1837, il n'y eut qu'un echrangoe de notes
verbales, faites a de longs intervalles; mais la ques-
tion ne fit pas le plus. 16ger progrbs.
<< A cette Bpoque, le cabinet prit la resolution d'en-
oyer a Hai'ti une mission avec des pouvoirs suffi-










DE L ORDONN. DE 182Y AUX TAITits DE 4 838. 87
sants pour conclure un arrangement definitif, et, a
son defact., 6tablic le blocus de I'ile.
<< Dans les deux; premiers mois qui.pr~cidbrent son
dlepar~t de France, la mission s'occupa, avec le soin
le plus scrupuleux, a r~unir des documents vrais sur
I'etat int~rieur de la rdpublique. Elle parvint g s'en
pro0curer, et depuis, sur les lieux;, elle a pu verifier
prom0'ptement leur exactitude. C'est la maniibre dont
l'affair~e avait 6t6 prepare, qui explique sa mar~che
et sa solution rapide; et ce n'est pas sans 6tonne-
ment qu'on a vu cette r~apidit8 de solution si singu-
lierement~ c~aract~risde par un membrle de l'autre
Chamnbre, qui ne s'est pas m~me donned la peine de
s'informer des faits. Que la Chambre venille ne
pas perdre de vue les questions principles dans
cette affaire. Je laisse de c~ate les points secondair~es,
qui ne feraient que pr~oduir~e la confusion. Les ques-
tions principales sont celles-ci : les terms dans les-
quels ser~ait reconnue l'ind~pendance de la nouvelle
rdpublique, et le chiffre de l'indemnit6 ai donner aux
colors.
<< Une troisibme question avait surgi, qui ne devait
pas Btre ndgligde, c'6taient les inter~ts des porte~urs
de l'emprunt de 1825.
<< Quant auxl~ terms dalns lesquels I'indetpendancec










na LIVRtE 1I. CHAP. 11.
de la rcpublique serait reconnue, le chef du cabinet
qiui envoyait la mission, pensant qu'un pays fort
et puissant comme la France devait 4tre franc et
loyal autant que ferme, Btait resolu it fair~e dlispa-
r~aitre l'ambigui'te des terms de l'or~donnance de
1 825. Quant au chiffre de l'indemnite, il voulait que
la mission se rendlit compete, par une just et r~igou-
reuse appreciation, des possibilities de la rd~publique,
afm que les int~rits des colons fussent defendlus le
mieux qyu'il serait possible; il voulait aussi que l'in-
te6rit des porteurs de l'empr~unt de 1825 no filt pas
negolige.
<< Quant au chiffr~e de l'indiemnile, la republique
offrait 45 millions payables en quar~ante-cing ans.
Elle annongait ce chiffrec comme la limited de toutes
ses possibilites. Elle par~aissait compl~tement re~solue
a n'y rien ajouter; car, ai deux reprises diffdr~entes,
en 1835 et 1837, elle avait fait rendre par son senal
deux declarations dans ce sens, avec totes les pa-
r~oles et toutes les formes propres a monter et exci-
ter l'opinion publique du pays.
<< Quant aux porteurs de l'empr~unt de 1825i, la
re8publique disait qu'elle ne niait pas la dette, qu'elle
voulait la payier, mais que c'etait une affaire parti-
cunlibre et pour ainsi dire toute personnelle entire elle










DE LIORDONN. DE 1825 AUX TRAIT S DE 1838. 89
et les porteurs de I'emprunt, que le gouvernement
frangais n'avait pas le dr~oit de s'y immiscer.
<< Lorsque la mission arriva i Hai'ti, elle trouva le
pays tout dispose pour la guerre.
<< Apris de nombreuses conferences, tant particu-
lib~res qu'officielles, la mission obtint, non pas 45f
millions en quarante-cing ans, mais 60 millions paya-
bles en tr~ente ans, ce qui, joint au 30 millions deja
paydis en 1826, portait le chiffre de l'indemnite a 90
millions. QuanS h I'interdet des porteurs de l'emprunt
de 1825, la mission, bien qule le gouv~ernement
d'H~aiti ait dl'abordl refuse de negocier sur ce sujet,
dlisant qlue la` France n'avait aucun droit d'inter~ve-
nir, la mission, dlis-je, obtint qu'un million de fr~ancs
ser~ait affected par an au payment de cette dette jus-
qu'li liquidation.
<< La mission a rapporte avec elle pre~s de 3 millions
de francs argent comptant; Mi. le ministry des finan-
ces peut attester avec quelle fidelite le gouver~nement
hai'len a rempli ses obligations jusq~u'a ce moment.
<< Mais, dira-t-on, 150O millions n'etalent. que le
dixibme des propritets des colons. Qu'est pour eux
une indemnity: de 90 millions? Helas! j'en conviens,
je le reconnais, les colons sont bien B plaindr~e; ils
sont dignes de tout I'intdr~t de la Chambre, et de plus










?10 LIVRE Ill. CHAP. II.
mdme que de son interit., si la Chambr~e se laissait.
toucher. Mais qlue la Chambr~e veuille bien ne pas
per~dre de v;ue les circonstances dans lesquelles se
trouvait la mission. Le chef du cabinet qui l'envoyait
voulait que P'on fit quelque chose d'ex6cutable; il
voulait que les colons et les porteurs de l'emprunt
eussent enfin quelque chose!i C'otait la le sens, I'es-
prit de ses instructions tant verbales qu'ecrites. 11
fallait done ne demander 6 la re~publique que .ce
qu'lelle pouvait donner. Or, je le demand B toutes
les personnel eqluitables et impartiales, n'est-ce pas
IA le seul bon, le seul veritable moyen de tr~aiter?
En effect, je suppose qu'on arrive, par un moyren
quelconque, A fair~e pr~omettr~e a quelqu'un ce qu'il
net pent pas donner, onl aura bien une pr~omesse,
mais on n'aura pas autr~e chose.
<< C'est ce: qui est arrived en 1825. Le gouver~nement
s'obstina alors b faire donner 150 millions A la re-
publique : c'etait evidemment au-dessus de ses
moyiens. On out une promesse, et onl eut b~ien peu
de chose avec, car, des 30 millions qui furent payeis,
24 out Bet pris par voie d'emprunt dans la bour~se
des Frangais. Si, au lies de s'opiniatrer a demander
150O millions, le government d'alors s'6tait borne
A demander ce rlu'a oblenul la mission, urne indemn-










DE L ORDONS. DE 182$ AUX TRAITES D)E 1838. 91
nite de 90 millions, j'en suis profond6ment con-
vaincu, les colons, a l'heure qu'il est, seraient pays,
sinon en totality, du moins pour la plus grande
parties.
<< M1ais on a dit : La republique fait la pauvre; elle
feint la misere, et elle est bien en 6tat de payer,
non-seulement les 150O millions, mais mIme au
dlelai.
a Si l'attention de la Chambre n'etait pas fatiguee,
et si elle daignait me le permettr~e, je lui demande-
rais la permission de lui donner quelques details sur
I'6tat interieur de ce pays. ,Oui, oui!i Parlez, parlez !)i
Je demand pardon de ne pouvoir parler plus haut,
je suis souffrant depois longtemps, et ma voix est
extr~mement faible.
<< La republique a plusieur~s sortes d'impbts; mais
le seul qui soit un revenue important et rdel est.1a
donane. En 1836 et 1837i, elle a r~apporte de 4 mil-
lions a 4,300,000 francs; mais une autre ann~e elle
avait rapport 6,5i00,000 francs. Tous les aut~res im-
pbts pris ensemble, au nombre de douze on quinze,
rapportent au maximum 1,200,000 fir. C'est done
environ un revenue moyen de 6 a 7 millions qu'a la
republiqlue; c'est avec cette some qu'elle est dans
I'oblig~ation de pourvoir a des charges interieures,










92 LIVRE Ill. CHAP. II.

de payer I'indemnite et de rembour~ser l'empr~unt
de 1825~.
<< Les charges interieures de la r~epublique sont
non-seulement son budget de d~penses, mais des
dettes interieures et d'autres objets particuliers.
<< Par example, son systi~me mon~taire est dans un
de~sordre complete; et on peut dire cque depuis 1827
le gouvernement hai'tien vit d'excpedients.
<< Voici une gourdle : c'est la monnaie cour~ante it
Hai'ti; sa vialeur legale est de 3 fr~ancs, et un peu
plus, un peu moins, selon le prix du caf6; mais on
peut dire de 3 frijncs.
<< Sa valeur intrius~cque, elle a ete analysee is la
MI~onnaie, est de 1 f. 33 c. La masse de la monnaie
courante en Hai'ti est estimee ii six millions, valeur
legale; mais, valeur intrinseqyue, deux millions et
demi. La difference, tr~ois millions et demi, est ulle
some qlue le p~ays so doit la lui-mdme, et qu'il ser~a
dans l'obligration de se rembourser; it lui faudra re-
tirer sa mauvaise monnaie de la cir~culation; ce qui
ne peut tar~der.
< L,'Bnor~me dlifferlence qjui existe entire la valeur
intrinsibque et la valeur 16gale de la monnaie fait
que les etrangers, particulibrement les Americains
des Etats-Unis, out appor~te une masse considerable










DE I ORDONNK. DE .1825 brx' TnRrITS DE 1838. y3
die fausse monnaie :je -dis fausse monnaie, bien qlue
le titre de cette monnaie soit 6gal, sinon superieur,
a la viraie monnaie dl'Ha'iti; mais comme il est im-
possible de distinguer l'une de I'autre, il faudra que
litat rembourse l'une et l'autr~e. C'est ce qui est
dliji arrive en 1829, dans une operation de rem-
boursement d'une monnaie dlite mounaie 6 ser~pent.
<< Depuis 8286, les budgets se sont tonjours clos
en deficit, et en 1827 le gouvernement fut oblige de
crder un papier-mlonnaie.. En 1837, la masse dlu
papier-monnaie cre6 etait de huit millions de francs;
et on no compete pas ici le papier--monnaie faux;, qui
est estim6 h une vraleur de dleux millions de francs,
et qu'il faudra rembourse~r aussi par l'impossibilit6
oil l'on est de le reconnaitre.
I< On voit done que la republique est grevee di'une
dette int.drieure d'environ quinze k seize millions de
francs; c'est comme si la Fr~ance avait une dette d'un
peu plus de deux milliardls.
<< Une des causes principles die l'etat de d~tr~esse
du pays, est la difference enorme qui existe entire le
chiffre de la production et le chiffr~e de la consom-
mation. Le goht; excessif die la consommation est
autant et peut-&tre plus developpe en Hai'ti que dans
les autres pays du tr~opique.










'34 LIVRE~ 1Il. CHIAP. 11.
< penses de luxe, qlue les femmes d'Europe, mime
les plus frivoles, n'oseraient pas avouer, mais qui
en Hai'ti sont inapergues, parce que c'est I'usage ge-
neral. Ce gorth exicessif de la consommation fait
q~u'il est pen de families qui ne depensent au deli
de leurs revenues. La consequence est que le pays
doit au commerce Btranger des sommes Bnormes.
Cette espi~ce de dette est fort diffcile B appr~cier;
cependant, les personnel qui l'6valuent au .maxi-
mum, la portent i 80 ou ,90 millions de francs,
mais personnel ne l'estime au-dessous de 40 millions
de francs.
<< Depuis 1825, la culture n'a fait aucun progress;
les productions qui demandent en m~me. temps du
travail et du soin sont i peu pris abandonnees:
telle est la canne a sucre, par example. La canne a
sucre ne se cultive guere que pour faire ce qu'on
appelle du tafia~. La culture qui ne demand que du
soin, le caf6, par example, est dans un 4tat pen
florissant :l'arbre b caf6 est pen on mal taille; la
seve est Bpuis~e par des parasites. La graine est: mal
rdcoltie; la terre et les cailloux qui s'y trouvent
m416s sont estim~s quelguefois g un dixrieme du
poids. La seule production qui ait. pris de l'exten-










DE L :ORDONN. D: .1825i AUX TRAITE~S D)E 1838. yE
sion est celle qui ne demand rii travail ni soins;
par' example, la coupe des bois d'eb6nisterie, tels
que l'acajou, le gal'ac, et autres. M~ais c'est 18 un
mauvais genre de prodluit pour. le pays; car les
bras appliques B cette industries sont tous enleves B
l'agricul ture.
<< Les grands products de l'ancienne colonie de
Saint-Domingue Btalent le sucre et le caf6; mais
alors la colonje se trouvait sous le systhme de la
grande propriety. Depuis, par un plan politique sa-
gement congu, j'en conviens, car la republique lui
doit sa pacification; mais. enfin, par suite de ce
plan, la.grande propriete a ete partout ou d('truite
on abandonnee. Ce qui lui a succede a ete le systihme
de la tri~s petite propriete ; mais avec la grande pro-
priet6 la production du sucre a completement dis-
paru, et la production du caf6 a consid~rablement
diminue. Par suite de ce changement de systhme
dlans le mode de la propri6te, la production g6ne-
rale du pays a consid6rablement diminue, et ses
progrbs moraux out Bte completement arrdt~s.
<< Une des grandes causes de la diminution de la
production dans ce pays, est la difficult d'obtenir
du travail des populations de ces climats.
En effet, un jour de travail par semaine (et










96 LIVRE Ill. CHA~P. II.

q~uand je ~dis un jour, c'est encore trop), huit B dix
heur~es seulement de travail par semaine suffisent at
un noir pour pourvroir a ses besoins et g ceux d'une
famille; et par la ~famille il ne faut pas entendre,
comme en Europe, une femme et trois enfants,
mais ii fant doubler ce nombre. Comment peut-on
venir demander du trav~ail it ces hommes, les autres
jours de la semaine, pour les objets de luxe dont
ils n'ont aucun besoin ? Sous les chefs noirs, Tous-
saint-Louverture, Christophle, le travail ne s'etait
gui~re maintenu qlue piar la coercition. Sous Tous-
saint-Louverture, par example, i I'~poque de l'abo-
lition de I'esclavage, le fouet avait Btci aboli, mais
remplace par un k~log bitonl tr~icolore, symbol de
I'abolition de l'esolavage (rire g~ndral). Sous ces
chefs noirs, le travail 6tait exig6 avec une plus
grande rigueur et une plus grande severite qune
sous les anciens colons.
<< Sous le gouvernement des hommes de couleur,
au contrairo, par des motifs qu'il serait trop long
de d~velopper ai cette tribune, la coercit~ion n'est
jamais entree dans les principles politiques du gou-
vernement. 11 y a un code rural tri~s-s~vere, tres-
rigoureux, mais qui n'est aucunement exu~cute.
<< ~L'industrie~ est dans un etat languissant; on peal




Full Text

IThi'nir /apIdf/~/U' (I,)/I/f(e],ar Ia Revue Coloniak, (I?.dr~zit dt~r Arni .J~!ard)


Detail. d'un Moulin a grader le


Decutl d' eIt long panv


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Colonlale, (Araz2e des Ann.Marit.)


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CAISSE INDEMNITY DE SAINT-DOMINGUE '.
nos oirdrs
t No CERTIFICATE DE LIQUIDATION
CONSIGITAIONS.
CONSIGNI. pour la some de

Execution del loi du Le porteur a droit pour la some de
i8 mai 184o et de r'or-
doance role du 26 alx repartitions des soixante millions dus par le gouvernememt d'Haiti en execution du trait du 12 fe-
du mime mois. vrier 1838, et payables en trente ans; lesquelles repartitions auront lieu au marc le franc des
liquids en execution des lois des 30 avril 1826 et 18 mai 1840, au fur et A measure des R
versements qui seront effectues par Haiti.
Et apres I'avertissement qui sera insere au Moniteur, en execution de ]'article 8 de l'ordonnance royale du
26 mai 1840, le porter pourra r6clamer a la caisse des d6p6ts a Paris on A celle de ses pr6pos6s dans les
departements, la portion lui revenant en capital et int6rkts, s'il y a lieu, dans chacun des versements qui
seront effects par Haiti, et dans la part aff6rente aux certificates de liquidation qui n'auront pas kt4 retires
dans les delais fix6s par Particle 8 de la loi du 18 mai 1840.

Paris, le B
Vise an contr6le n Paris, le
Paris, le issc Le Conseiller d'Etat Directeur gdndral,
Pans i le I \ss


I Bulletin des Lois, annexe i la loi du 18 mai 1840.