Saint-Domingue

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Material Information

Title:
Saint-Domingue Étude et solution nouvelle de la question haītienne
Physical Description:
2 v. : plan. ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Lepelletier de Saint-Remy, R
Publisher:
A. Bertrand
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Finance -- Haiti   ( lcsh )
Finance -- Dominican Republic   ( lcsh )
History -- Haiti -- 1804-1844   ( lcsh )
Genre:
bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )

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Bibliography:
Includes bibliographical references.
Statement of Responsibility:
Par M.R. Lepelletier de Saint-Remy.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
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All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 08915021
lccn - 02012854
ocm08915021
Classification:
lcc - F1931 .L59
System ID:
AA00008880:00001


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Full Text










SAINT-DOMINGUE.

ETUDE ET SOLUTION NOUVELLE

DE LA

QUESTION HAITIENNE.











































































Paris. Typographie de Firmmi Didot freres, rue Jacob, 56.






SAINT-DOMINGUE.



ETUDE ET SOLUTION NOUVELLE

DE LA


QUESTION HAITIENNE.


PAR M. R. LEPELLETIER DE SAINT-REMY,
Auditeur au Conseil d'Etat.



TOME SECOND.


PARIS,
ARTHUS BERTRAND, EDITEUR,
LIBRAIRE DE LA SOCIETY DE GEOGIAPHIE, IUE HAUTEFEUILLE, 23.


1846.



























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Les evenements, plus forts que les traits,
ont ramend a I'ordre du jour la question de
Saint-Domingue. Mais on peut le dire: ce
n'est pas seulement h l'ordre du jour de la
France, c'est a celui de la civilisation. 11 y a,
a cette here, pour l'ancienne colonie, autre
chose qu'une dette payer, comme il y
a pour l'ancienne mitropole autre chose
qu'une quittance h donner.
J'avais entrepris d'ecrire un article de Re-
vue sur ce sujet : la matiere se revdlant a
measure que je l'etudiais, j'ai etd conduit a
fire un livre.
L'ouvrage est divise par le fond, comme
par la forme materielle, en deux parties.
J'ai rduni dans le premier volume tons les






faits revolutionnaires don't le developpement
a crde la situation au milieu de laquelle se
ddbat aujourd'hui notre ancienne colonies.
Dans le second volume, j'ai etudie les con-
sequences politiques et economiques de ces
faits, et j'ai cherche une solution.
Pour ce qui est de l'execution, je n'ai,
come on le pense, que peu de chose a en
dire. Je me bornerai, quant a la premiere
parties, a ces simples remarques : les crits
qui ont trait de la revolution de Saint-Do-
mingue sont, en general, ou l'ceuvre des co-
lons proscrits, ou celle du liberalisme fran-
cais de la Restauration : c'est-h-dire, des
recriminations ameres d'un c6td, des dithy-
rambes systematiques de l'autre. Tout en
restant dans ma nationality, j'ai church ah
me tenir entire ces deux extremes. Aujour-
d'hui que les annies ont amorti les ressen-
timents, et que de grands mecomptes ont
attiedi les enthousiasmes, sans pretendre a
une double approbation je crois avoir
moins de chance de recevoir la double
pierre a laquelle a droit tout ecrivain (Iui
ose viser a l'impartialite en politique. On





vii
comprend d'ailleurs que j'ai d6 passer rapi-
dement sur les evenements de ]a premiere
revolution. Je les ai abordes suffisamment
pour en retablir le caractere, et pour les
poser come des pr6misses don't je devais
avoir besoin, mais pas assez pour que je
puisse etre consider come ayant pretendu
m'en faire l'historien.
J'ai donned plus de developpement au recit
des dernibres revolutions, don't le premier,
j'ai essay de coordonner l'incohdrence. La
parties espagnole, qui prend tant d'interet au-
jourd'hui pour I'Europe, m'a paru devoir etre
I'objet d'une etude particulibre: entibrement
oublide par les ecrivains presque tous fran-
cais qui out trait des evinements de Saint-
Domingue, son histoire etait completement
a fire. J'ai essay de remplir cette tache; et,
apres avoir montre la vieille metropole de
Colomb se debattant contre I'envahissement
de la France, puis contre celle des Noirs, je
I'ai montree se constituent en Etat inde-
pendant sous le nom de RBpublique domni-
nicaine.
J'ai fait preceder ce recit des flits d'un





viij
historique de la colonisation telle que l'exdcu-
thrent les aventuriers de la Tortue, premiers
colons de Saint-Domingue. Un chapitre
particulier a etd consacrd a etudier au point
de vue moral, la formation des populations
que le commerce de la traite a credes dans les
etablissements transatlantiques de 1'Europe.
Dans le second volume, j'ai prdsente un
historique complete des negociations qui ont
about a l'independance de Saint-Domingue.
Pour donner quelque valeur h ce travail, j'ai
voulu, en quelque sorte, le retremper aux
sources authentiques. J'ai done laisse de c6td
les livres pour recourir aux archives du dd-
partement de la marine, qui m'ont etd tres-
hienveillamment ouvertes, et oui j'ai trouve
les indications les plus precieuses. Elles m'ont
permis non-seulement de presenter des aper-
cus nouveaux sur la question speciale, mais
encore d'en franchir les limits par quel-
ques rvidlations sur la politique colonial
sortie des traits de i8i4 et 1815. Amend a
formuler une opinion sur les derniers actes
diplomatiques intervenus entire l'ancienne
colonie et sa metropole, je n'ai pas hesit6






a dire ma pens&e tout entire : en com-
battant 1'opinion de ceux qui contestent la
validity de ces actes, j'ai demontre, ou plu-
t6t j'ai fait demontrer par les faits, que la
France avait ete rarement aussi malheureuse
dans ses negotiations.
Les nombreuses vicissitudes qu'a subies la
creance de la France ont rendu cette parties
de la question presque impenetrable h qui n'a
pas un long temps h lui consacrer. Apres
avoir fait un historique complete de la crean-
ce, j'en ai donned la liquidation jusqu'en
juillet 1845. Ramenant ses deux elements
indemnitye et emprunt) a la meme origine,
j'ai essay d'etablir qu'ils ne devaient pas etre
spares. J'ai essay de l'etablir, d'abord parce
que les considerations d'equite me semblent
devoir l'emporter sur les considerations de
finance; puis parce que, dans la solution que
je propose, il importe peu a la France -
c'est-a-dire h I'Etat que la dette d'Haiti
soit plus ou moins considerable; et cela, j'es-
saie de I'etablir: precisement parce que la
France se trouve avoir interet a la garantir
tout entire.






Peut-6tre, en presence de cette theorie,
dois-je, par le temps de speculation qui
court, ajouter que je ne suis porteur ni de
l'indemnit6 ni de l'emprunt. Je fais done
cette declaration et d'un cceur beaucoup
plus 1lger que ne peuvent 1'avoir les mal-
heureux qui se trouvent engages dans cette
malheureuse affaire.
Je dois parler de la solution a laquelle je
viens de faire allusion, et qui occupe une
grande parties du second volume.
On ne s'attend pas h ce que je l'expose
dans ces quelques pages. Je dirai seulement
que, penetre de cette idee que toute diffi-
culti de politique international qu'il n'est
pas possible d'amener a conciliation sur le
terrain economique, ne vaut pas qu'on s'en
occupe, je me suis efforce de trouver dans
]a region des interets materials une solution
au conflict permanent qui a presque toujours
exist entire la France et son ancienne co-
lonie. Rattachant cette pensee h la specialite
de nies etudes, je suis arrive a une combi-
naison qui, si elle dtait adoptee, donnerait
,i la fois satisfaction a la France et aux sujets





Xi
francais, porteurs de indemnityt6 et de I'em-
prunt; ah 1'tat occidental de Saint-Domin-
gue, et a la jeune Republique qui vient de
s'arracher de son etreinte.
Il me reste a dire un mot de l'introduc-
tion, qui occupe des pages assez nombreuses.
Je n'essayerai d'aucune feinte a cet regard :
ce travail presentait par lui-meme un en-
semble assez complete pour qu'il fit possible
de le fiaire figure ailleurs sans deranger
l'harmonie du livre. Je dirai mnme que si je
n'avais 6coute que mon interet, je l'aurais
reserve pour une publication special; mais
il n'est pas un lecteur intelligent qui, se
rendant compete des tendances gendrales de
1'ouvrage, ne saisisse les liens nombreux
par lesquels s'y rattache une etude sur l'or-
ganisation des anciennes companies de co-
lonisation.
Je n'ai done pas hesite a augmenter la va-
leur de mon premier ouvrage d'un travail
qui lui donne une veritable actuality, dans
un moment oih les iddes et les capitaux
semblent vouloir dc nouveau enter dans





xij
la voie que parcourut si glorieusement le
xvne siicle.
Je n'ai qu'un dernier mot a ajouter : le
manuscrit de ce livre venait d'etre remis a
1'editeur lorsque j'ai etd appeld a fire parties
de administration. J'ai cru qu'en me re-
fusant, h cause de cette circonstance, le droit
d'y rien ajouter, je me creais celui de n'en
rien retrancher. II est done dans toutes ses
parties 1'expression h la fois entire et indi-
viduelle de ma pensee; ce qui m'oblige a
dire, que s'il parait incomplete dans son en-
semble ou errond dans ses appreciations, ce
ne sera malheureusement pas h I'involon-
taire contrainte qui nalt d'une position offi-
cielle, qu'il faudra s'en prendre.














INTRODUCTION.

















DES

COMPANIES DE COMMERCE
ET DE

COLONISATION

DU DIX-SEPTIEME SIECLE.











INTRODUCTION.




On ne peut compare qu'a 1'action du christia-
nisme celle qu'ont exercde ces deux grands faits de
l'histoire moderne : l'Amdrique ddcouverte, le cap
de Bonne-Espdrance franchi. Apres ce premier mou-
vement d'enthousiasme, qui tint l'Europe comme
suspendue a la merveilleuse odyssde du Gdnois et
du Portugais, il y eut un immense entrainement de
toutes les passions et de toutes les intelligence vers
l'exploitation des mondes nouveaux, que la confu-
sion des iddes appela les deux Indes. Bient6t, on
vit le courant commercial du monde se deplacer,
les petites republiques marchandes de 1'Italie et la
confederation ansdatique perdre le monopole de
I'approvisionnement de l'Europe, don't elles s'dtaient
habilement emparees pendant les guerres incessantes
que se livraient les grands Etats; puis enfin, ces grands
Etats, rappeles en quelque sorte a eux-m&mes par
I'energique enseignement des plus surprenantes pd-
ripdties de l'histoire, arriver a comprendre que





Vj INTRODUCTION.
leur genie et leur vitality pouvaient se ddpenser
ailleurs que sur un 6troit champ de bataille.
Mais cette heureuse perturbation de ia vieille Eu-
rope ne pouvait se produire sans que chacune de
ses phases portAt le caractere de l'dpoque a la-
quelle elle se rattachait.
Ce fut d'abord un entrainement subit, inintelli-
gent et irrfflichi, sorte de rut brutal de l'ancien
monde sur les mondes nouveaux. La recherche des
metaux precieux, avec cette ardeur fidvreuse, qui se
perpetuait encore dans les laboratoires de l'astrologie;
le commerce sans arriere-pensde de civilisation, au
point de vue exclusif de l'extraction des richesses;
la guerre au point de vue exclusif de la rapine et du
pillage : telle fut, pour les terres decouvertes par
Colomb et par Gama, la rdvelation du continent
chretien.
Cette premiere periode fut longue, car le travail
de la civilisation europdenne ne se fit pas non plus
en un jour. II a fallu plus d'un siecle au jet desor-
donne pour se rdgulariser et se creuser un lit. Oui,
1'Europe mit cent ans a comprendre que Dieu
n'avait pu lui jeter le reste du monde, comme
une proie a divorer; ou plut6t, a l'aspect des po-
pulations nouvelles se dessechant a son contact, et





INTRODUCTION. VIJ
de ses vaisseaux revenant chaque jour moins riche-
ment charges elle s'apercut que le sol le plus fertile
finit par s'dpuiser, et qu'on ne pent toujours re-
cueillir sans semer. Les premieres ann6es du xvile
siecle ouvrirent une ere nouvelle dans l'action de
notre continent sur le monde transatlantique. Aux
tentatives isoldes et ephdmeres qui ne trouvaient de
force que dans la violence, et pour lesquelles elle etait
comme une necessite, succeddrent les entreprises
collectives, qui embrassbrent l'avenir et trouverent
la force en elles-mnmes. -- Les companies de com-
merce et de colonisation prirent naissance.
11 faut placer en dehors de ce movement de trans-
formation intelligence les deux nations qui, par dchit
d'invention, prdtendirent au monopole des nouvelles
d6couvertes: l'Espagne, h laquelle Rome avait adjugd
les Ameriques de Colomb et de Vespuce; le Portugal,
ce petit pays aujourd'hui oublid, et qui avait su
faire pr6valoir ce principle de droit public, qu'a son
pavilion seul il appartenait de franchir la route
trouvde par Gama. L'Espagne, si bien partagde, et
assez puissante pour faire longtemps respecter son
privilege de possession et de commerce, n'eut besoin
de recourir a aucune combinaison pour tirer de ses
nouvelles provinces les fabuleuses richesses qui l'd-
b.





Viij INTRODUCTION.
lev6rent si haut. Lorsque fut ddchird a coups de
canon par les marchands d'Amsterdam et de Londres
le singulier droit maritime qu'il avait inaugure a son
profit, le Portugal ne sut pas comprendre quelle
force nouvelle sapait sa puissance. D'un c6td, la rd-
sistance ne s'y 6leva jamais aux proportions d'une
lutte de pays a pays; de l'autre, les capitaux ne s'y
associbrent jamais que dans d'6troites limits.
C'est dans le nord de I'Europe qu'il faut aller
chercher les grandes associations auxquelles nous con-
sacrons ce travail; et c'est le plus faible des Etats du
Nord qui le premier en concut et en exdcuta la pensde.
Nous allons 6tudier dans leur organisation, dans
leur ddveloppement, et dans leurs consequences, les
companies de Hollande, d'Angleterre et de France.
Tandis que, tourment6 du desir de tenter la glo-
rieuse venture de cette navigation des Indes orien-
tales, don't les marchands de Lisbonne ne parlaient
qu'h voix basse, mais respectant le principle de sou-
verainet6 sur les eaux du cap de Bonne-Espirance
qu'avait posd le Portugal, le commerce hollandais
s'dpuisait h remonter vers le nord-est a la recherche
de ce passage que Cook seul devait trouver' ; un
On sait que Behring, plus heurenx que Christople Colomb, ie decou-
vrit que les premieres cotes du d6troit anquel la posteriti a cependant
laiss6 son nom.





INTRODUCTION. IX
bourgeois d'Amsterdam, Corneille Houtman, que
ses affaires avaient appeld dans la Peninsule, s'in-
formait avec soin de tout ce qui avait trait h la na-
vigation du Cap. Sa curiosity faillit le perdre. II fut
jete en prison, et condamne i une amende calculde
de maniere a ne pouvoir etre jamais acquittee. Mais
ses compatriotes ayant appris le fait et sa cause, se
cotisbrent et lui firent passer les moyens de se li-
bdrer.
Corneille Houtman revint dans son pays, et la
premiere association des marchands hollandais pour
le commerce des Indes prit naissance. Ce fut la
compagnie des pays lointains, qui remote a l'ann6e
i595.
Nous n'avons pu, malgre de pers6verantes recher-
ches, nous procurer I'acte constitutif de cette pre-
miere socidtd. Ce que nous en savons, c'est qu'elle
&tait assez considerable pour etre administree par dix
directeurs; qu'aucun privilege ne lui fut octroyd,
et qu'elle s'organisa en dehors de l'action du gouver-
nement. Sa tres-prompte modification semble d'ail-
leur impliquer l'idee que son contract ne fut qu'un
germe, et qu'il ne faisait que retracer les rgltes de
la r6partition des profits et des pertes. Aussit6t la
formation de la compagnie, quatre vaisseaux etaient





X INTRODUCTION.
parties sous la direction de Houtman nmarchand ou
chef du commerce de l'expedition.
Ces batiments rentrerent dans les ports de la Hol-
lande, apres un voyage de plus de deux ans. L'expe-
dition ne rapporta aucun profit. Toutefois, le fait seul
de ce retour agit si vivement sur l'esprit de ces har-
dis commercants, qu'aussit6t s'organiserent une
foule d'associations dans les differentes provinces des
Etats; et des flottilles de quatre et cinq navires parti-
rent de Rotterdam, du Texel et d'Amsterdam. Mais
1'dlan fut si gnd6ral, lorsque les nouveaux bhtiments
revinrent charges de richesses, que, prevoyant les fu-
nestes effects de la concurrence qui allait s'6tablir,
( Messieurs des Estats convierent les companies sd-
paries d'unir tous leurs intrgets ensemble, et d'en-
voyer des ddputds a la Haie pour tascher a ne for-
mer qu'une seule compagnie ,
Ce sage conseil fut suivi, et la grande compagnie


SRelation de l'dtablissement de la compagnie frangaise pour le
commerce des Indes orientales, etc., par Charpentier, page 148. Vie
des gouverneurs gcndraux des diablissements hollandaise aux Indes
orientales, etc., par Dubois, pages 5 et 8.
N. B. On trouvera, a la lin de notre second volume, une indication
raisonnee de tous les ouvrages que nous avons consultIs, soit pour la
r6daction de ce premier travail, soit pour celle du livre lui-meme, et
don't nos renvois ne donneront par consequent qu'une dnonciation som-
maire.





INTRODUCTION. xj
des Indes orientales hollandaises se trouva fondue.
Ce fut le 20 mars 1602.
11 imported de presenter la substance de ce con-
trat, module qu'adopta l'Europe pour les entrepri-
ses du meme genre, qui ne tarderent pas a s'orga-
niser dans les different Etats.
Un privilege de 21 ans fut accord h la compagnie
pour la navigation a l'est du cap de Bonne-Espd-
rance et celle du ddtroit de Magellan. Elle eut le
droit de passer, au nom du gouvernement, des con-
ventions avec les princes et naturels des pays oh se
porteraient ses operations; celui de bitir des forts,
d'6tablir des gouverneurs, d'entretenir des troupes
et des officers de justice, lesquels lui preteraient
serment pour les choses de commerce, mais au pou-
voir supdrieur pour les choses militaires. Tout ha-
bitant des Provinces-Unies dut 6tre admis h pren-
dre part a la formation du fonds social pour la some
qu'il voudrait deposer, h condition qu'elle n'excdde-
rait pas 5o,ooo florins sous le nom d'une seule per-
sonne. Pour faciliter cette accession des capitaux
de la masse, les payments de la some prescrite
furent stipulds ne devoir se faire qu'en trois anndes;
il fut dgalcment stipuld qu'apres la reddition d'un
compete general dress au bout de dix ans, tout as-





XIJ INTRODUCTION.
socie pourrait se retire en se faisant rembourser
son capital avec un intiret d'au noins 7 pour cent.
Toute province on ville don't la population aurait
fait un apport de 5o,ooo florins dans l'affaire, de-
vait avoir le droit de se faire ddlivrer, h chaque exp6-
dition, un 6tat des marchandises arrivees des Indes.
Si l'apport 6tait fait par un seul citoyen, il ouvrait a
sa province le droit d'avoir pros de l'assembl6e des
directeurs un agent qui put etre au courant des
operations. Quant a l'organisation, elle partici-
pait, pour sa forme de celle du pays '. La direc-
tion superieure etait conti6e i un conseil de dix-
sept personnel, don't huit d'Amsterdam, quatre
de Zilande, deux de la Meuse, deux de Nord-Hol-
lande, et la dix-septibme h tour de role entire ces
deux provinces. Le conseil superieur 6tait le pro-
duit d'une election a deux degres :il etait choisi
par quatre chambres reparties dans les principaux
centres commerciaux du pays, lesquelles fonction-
naient comme comptoirs, avaient compete ouvert
entire elles, et se transmettaient de l'une a l'autre les
denrdes don't elles manquaient. Ces chambres avaient


On sait qu'une partic de la Hollande s'dtait, a la suite de sa scission
d'avec I'Fspagne, constitute en republiqne, sous le nom de Provinces-
Unies.





INTRODUCTION. X1ii
l'adminiisration des affairs qui se faisaient dans leur
circonscription respective. Leurs operations venaient
ensuite aboutir par un bilan d6finitif a la chambre
superieure dite des dix-sept. Par le moyen de cette
repartition, soixante interesses prenaient part au
inaniement des affaires communes.
En retour des avantages qu'il concedait, 1'Etat
stipula un droit de 3 pour cent sur routes les mar-
chandises expedites aux Indes, a l'exception de l'ar-
gent, dont la sortie fut d6claree franche ', et l'octroi
d'une some de 25,ooo florins une fois payee. Mais,
par une conbinaison aussi habile que caracteristique,
il fut convenu que cette some ferait parties du fonds
social aux m&mes conditions et risques que l'apport
des particuliers.
Enfin, pour eviter toute collision et toute occa-
sion de rupture, il fut d6cide que les affaires impor-
tantes a.l'egard desquelles l'assemblke des directeurs
ne pourrait s'entendre, seraient renvoyees i la deci-
sion de leurs Hautes Puissances, les Etats-G6ndraux.
L'ouvrage auquel nous empruntons ces indica-
tions I ne fournit aucune donnee sur la maniere

Ce fail de la libre sortie de 1'argent a une epoque ol son exportation
etait si rigoureusement defendue dans tons les Ltats de l'Europe, n'est pas
noins remarquable que cc droit mis a la sortie des marchandises.
2 Voy. I'analyse de I'acte constitutif dans la Vie des gouverneurs pri-
cedemment citee, pages 8 et 9.





Xiv INTRODUCTION.
don't fonctionnait la compagnie aux lieux o' s'ex-
ploitait son commerce; mais nous trouvons des ren-
seignements sur ce point dans le r~glement d'admi-
nistration que lui octroyerent les Etats-Gendraux '.
A c6t du gouverneur general, de l'intendant,
et du conseiller des grandes Indes, qui represen-
taient le gouvernement au point de vue de la politi-
que, de administration et de la justice, se trouvaient
places les marchands, maitres et sous-rarchanIds,
charges du ndgoce proprement dit. Chaque navire
expedid avait son Marchand, et ce continuateur de
Corneille Houtman etait le maitre absolu de l'expd-
dition qui lui 6tait confine 1.
Telles sont les principles dispositions de la charter
constitutive de la compagnie des Indes orientales
neerlandaises, don't le fonds social fut fix 6,600oo,ooo
florins. L'instinct de ce people essentiellement com-
merqant, etl'intelligence superieure de l'assemblke qui,
le dirigeait, avaient comme atteint la perfection, des
son premier dlan. Car tandis que 1'Europe, apres avoir
emprunte l'organisation de leur compagnie la rema-
niait sans cesse dans l'application, ils la conserve-

Livre des articles concernant le r6glement et la police de Messieurs
de la compagnie des grandes Indes, par les Puissances de Messieurs des
Etats-Gendraux des Pays-Bas. (Manuscril du department de la marine.)
SArt. 2 du reglement pricitd.





INTRODUCTION.


rent a peu prbs ilmmuable durant les longues annies
de son existence.
A la premiBre expiration de son privilege, la
compagnie avait obtenu qu'il fut renouveld. Pour
arriver a ce nouvel octroi, elle fit don i l'Etat d'une
some considerable. Cette premiere transaction crea
un precedent don't on ne se departit plus. A chaque
pdriode de sa duree vint, moyennant finance, s'ajou-
ter une nouvelle p6riode. Ses principles proroga-
tions furent, outre la premiere qui eut lieu en 1622,
celles de 1647, 665, 1698, pour lesquelles la com-
pagnie paya toujours plus d'un million de florins.
A c6t de la compagnie des Indes orientales,
Amsterdam vit s'dlever celle des Indes occidentales,
fondue en 162 1. Les status de cette association sont
a peu pres calquds sur ceux que nous venons de
faire connaltre. Sa charte (io juin de l'annie indi-
quie) lui donnait pendant 24 ans le privilege ex-
clusif du commerce : d'un c6ot, depuis le tropique du
Cancerjusqu'au cap de Bonne-Espirance; de l'autre,
depuis Terre-Neuve jusqu'au cap Horn, et inme
dans la mer du Sud, en y pendtrant par les detroits
de Magellan et de Lemaire. L'administration fut
Igalement confide a des chambres qui formaient par
l'dlection une chambre directrice. La seule diff6-





XV' INTRODUCTION.
rence, et il n'est pas sans intdr1t de la remar-
quer, c'est que l'un des membres de cette chambre
supreme dtait a la nomination des Etats-Generaux,
qui se menageaient ainsi une sorte d'intervention
directed dans administration de la compagnie.
L'association des Indes occidentales n'eut jamais
la meme prosp6rit6 'que celle des Indes orientales.
Elle ne rdussit qu'a se soutenir avec honneur.


En 1588, le c6lkbre Francis Drake croisant sur
les c6tes d'Espagne pour emp&cher la sortie de l'in-
vincible armada de Philippe II, capture un vaisseau
portugais d'un dnorme tonnage, qui revenait de
l'Inde richement charged. Les Anglais, quiddjh tour-
naient leurs regards vers l'Orient, et qui n'avaient
jamais vu si gros navire ni si splendid cargaison, fu-
rent saisis d'un veritable enthousiasme. Les mar-
chands de Londres assaillirent la reine Elisabeth
d'instances et de suppliques pour obtenir les privi-
leges necessaires a la formation d'une compagnie sur
le module de celle d'Amsterdam. Mais cette prin-
cesse semblait croire que son people n'&tait pas mrir
pour de pareilles entreprises. Elle voulut que plu-
sieurs anndes fussent encore consacrdes i des voya-
ges et a des explorations prdparatoires. Telles furent





INTRODUCTION. xvij
celles de Richard Allot et de Thomas Broomfield en
1596, celle de John Mildenhall qui, en 1599, p6-
netra a travers la Perse jusqu'h Agra oi le Mogol
tenait sa court, et obtint des firmans qui ouvraient
tous les ports de l'Inde au future commerce anglais.
Ce ne fut qu'en cette annie que fut octroyde la
charge tant demanded.
Cet acte, qui ouvre une si grande dpoque dans
I'histoire d'Angleterre, etait en tout semblable a ces
autres chartres, dites d'incorporation, qu'obtien-
nent en Angleterre toutes les associations commer-
ciales. L'occupation du sol n'y 6tait pas en effect
pr6vue. L'ambition des nouveaux associ6s ne s'dle-
vait pas jusque-lh; les terms de la concession 6taient
fort simples. Un privilege de quinze anndes pour le
commerce de tous les pays situds au delh du cap de
Bonne-Espdrance et du cap Horn; la faculty d'ex-
porter chaque annie une quantity determine d'or
et d'argent; l'exemption de tons droits a la sortie
pour le chargement des quatre premiers voyages;
l'exemption de tous droits a l'entre jusqu'h I'ex-
piration du privilege; I'administration exercde par
un comity compose de vingt-quatre membres et
d'un president dlus par les interesses : telles en
etaient les bases. Le gouvernement se rdservait le





XViij INTRODUCTION.
droit de retire le privilege avant l'expiration de la
concession comme aussi de le renouveler h cette
expiration, suivant I'avantage que 1'Etat aurait tire
de l'entreprise. La denomination adoptde fut celle
de a Compagnie des marchands de Londres faisant le
traffic aux Indes orientales.) Quant au premier fonds
realis il fut de 68,373 liv. st. '
II faudrait des pages bien nombreuses pour indi-
quer meme en substance toutes les modifications qu'a
subies l'organisation de la compagnie des marchands
de Londres depuis l'octroi de son premier privilege.
Cette association fut loin de presenter d'abord cette
homog6ndit6 puissante et fondue en quelque sorte
d'un seul jet, qui des les premieres annees de son
existence eleva si haut la compagnie hollandaise. Jus-
qu'en i613, epoque h laquelle elle commenca a se
hasarder hors du commerce des lies, et a se risquer
sur le continent indien, chacune de ses expeditions
prdsenta ce caractrre particulier d'etre une comman-
dite distinct, don't la gestion superieure etait confide
au conseil dirigeant, mais don't la liquidation se fai-
sait a part et au prorata de chaque mise, sans aucune


I Voy. I'Histoire de la conqudte de l'lnde, par M. Bar(ion de Pen-
hoin, oU nous prisons les principles donnies de cette analyse de la prc-
miere charge.





INTRODUCTION. X1X
obligation pour les intdresses de participer aux opp-
rations ulterieures. Ce system, qui n'dtait pas dcrit
dans I'octroi, avait etd introduit par la force- des
choses des la premiere expedition. Au moment de
rdaliser les fonds souscrits, il dtait arrived ce qui se
voit souvent de nos jours: grand nombre de per-
sonnes avaient reculd. L'opdration se fit alors pour le
seul compete de ceux qui avaient versd; et comme les
capitaux anglais n'avaient pas alors cette admirable
hardiesse qui les a distinguds depuis, on continue a
proceder de cette maniere, jusqu'au jour oi l'entre-
prise, paraissant definitivement assise fiut considdree
comme un placement regulier. L'association devint
alors ce qu'elle etait en Hollande, et ce que sont nos
associations actuelles : la reunion d'un capital com-
pose d'apports divers d'une quotite determine et
represented par des titres transmissibles. Ces titres
prirent des lors le nom d'action, ( parce que ceux qui
en etaient nantis, avaient, comme int6resses, leur ac-
tion sur les effects de la compagnie '. ls n'etaient
pas au porteur, et ne se transmettaient que par
inscription sur les registres de la socidte, oi signaient
6galement le cessionnaire et le cedant. A partir de


I Charpentier, Op. cit., page 58.





XX INTRODUCTION.
cette Cpoque, les actions de la compagnie tendirent h
prendre un course r6gulier, et, chose remarquable,
beaucoup moins variable qu'en Hollande, oh, dit
un auteur, c leur prix ne depend souvent que du
bruit le plus ldger qui se rdpand, soit de guerre, soit
de paix. )
Ce progres rdalisd ne doit pas d'ailleurs donner
une trop haute idWe de l'organisation de l'entreprise
a cette 6poque. 11 faut descendre au regne de CharlesII,
c'est-h-dire de plus d'un demi-sicle, pour trouver la
vaste association qui s'est perpetude jusqu'. nous. Ce
prince accord h la compagnie quatre chartes succes-
sives, don't la premiere, du 27 mars 1669, renferme
en 28 articles sa veritable constitution. Ce fut cet
acte qui l'erigea en corps politique, et en fit une puis-
sance dans l'Etat. Elle eut un conseil compose de 24
assistants, d'un gouverneur et d'un sous-gouverneur
nommes a l'election par les interesses. Elle eut le mo-
nopole du commerce des Indes, garanti par les peines
les plus s6dvres contre les interlopes; enfin, elle
eut le droit d'armer des vaisseaux, d'entretenir des
troupes, de bhtir forts et chateaux dans tous les lieux
de sa concession; d'y faire la guerre et la paix avec
tous les peuples non chrdtiens, et de s'opposer pat
les armes a toute entrave mise h son commerce.





INTRODUCTION. XX)
C'est a cette periode que se rattache la premiere
splendeur de la compagnie. Elle continue h grandir
jusqu'en 1680. Mais alors son succes meme souleva
des hostilitds contre elle. La chambre des communes
ddclara un jour ( i693 ), c que c'6tait le droit de tout
Anglais de trafiquer aux Indes orientales, aussi bien
que dans toute autre parties du monde. ) Cette reac-
tion aboutit non pas a l'effet qu'elle aurait df avoir,
mais a la formation d'une compagnie concurrente,
c'est-a-dire, a la creation de deux monopoles au lieu
d'un. Les deux associations rivals se livrerent une
lutte acharnde, parfois sanglante, et marcherent ra-
pidement h leur ruine. Elles n'en furent prdservdes
que par la fusion qui s'opera le 2 juillet 7o02, et
amena la formation d'une nouvelle socitd6 qui prit
le nom de ( Compagnie des marchands unis pour
faire le commerce aux Indes orientales. C'est
ainsi que des cette 6poque commencaient a se produire,
dans les associations commercials, les effects de ce
qu'on nomme la concurrence, mot qu'il faut souvent
traduire par ceux de constitution du monopole.
Cette fusion, qui imprima une grande impul-
sion aux affaires de la compagnie, dItermina de
nouvelles modifications dans son organisation intd-
rieure. La court des Directeurs, conseil de vingt-





xxij INTRODUCTION.
quatre incmbres, qui prit l'adninistration des affaires,
se partagea en dix comitds, qui furent charges des
principles branches de administration. Quatre as-
sembldes g6ndrales des intdresses (pour une some
d'au moins 5oo liv. ) durent se tenir chaque annie,
sans prejudice de la faculty reservee la cour des Di-
recteurs de faire de plus fr6quentes convocations.
Enfin, le droit fut reserve aux interesses eux-memes
de provoquer des assemblies extraordinaires en for-
mulant une requete appuyde d'au moins neuf signa-
tures.
Quant h l'organisation dans 1'Inde, elle dtait, sur
une plus grande 6chelle, celle qui fonctionnait dans
les comptoirs hollandais. Les possessions de la com-
pagnie furent partagdes en trois circonscriptions, ou
residences (Bombay, Madras, Calcutta), entibre-
ment independantes l'une de l'autre, et don't les chefs
supremes, ou presidents, ne relevaient que de la court
des directeurs de Londres. Les presidents 6taient as-
sist6s d'un conseil choisi parmi les employes civils de
la compagnie. Leurs functions superieures ne les ren-
daient pas incapables d'autres emplois; enormity ad-
ministrative qui donnait lieu aux plus scandaleux cu-
muls. Les autres employs se divisaient en dcrivains,
en commis, en facteurs, sous-marchands et mar-





INTRODUCTION. XXli
hands. L'enrolement commencait h 16 ans dans l'ad-
ministration central de Londres, aprbs la prestation
d'un serment minutieusement formula par 6crit, et
qu'une clause p6nale en argent defendait contre le
parjure. Chacune des denominations que nous venons
d'indiquer, constituait un veritable grade auquel l'an-
ciennetd, dans le grade inferieur, donnait regulib-
rement droit, la quality de marchand ouvrant la
carribre superieure du conseil et de la presidence: in-
telligente hierarchie, qui personnifiait d'ailleurs ad-
mirablement la grande association don't elle 6tait l'un
des rouages.
Avant d'arriver h la fusion de 1702, la compa-
gnie avait traverse des moments critiques. Telles
furent, en 1680, les hostilities des Hollandais, qui dd-
truisirent ses principaux 6tablissements; en 1685, la
guerre redoutable que lui fit le Mogol, qui la chassa
de Surate et confina son comptoir dans Bombay; en
1688, la perturbation interieure qui marqua cette
epoque, et la rupture avec la France, don't les cor-
saires enleverent ses flottes et ruinbrent son com-
merce; enfin, la lutte meme qui amena la fusion. Ce-
pendant, telle etait la vitality don't elle etait dejh
douee a cette epoque, \ain, toujours irpard ses fonds, et soutenu la repu-





XxiV INTRODUCTION.
station de son commerce '. )) Mais a partir du con-
trat d'union, les souscriptions nouvelles se realisant
avec une merveilleuse facility, et les profits augmen-
tant en proportion des capitaux heureusement en-
gages, la compagnie march rapidement vers ce fa-
buleux developpement qui en fit un Etat dans 1'Etat.
Notre but n'est pas d'jcrire l'histoire meme som-
maire des companies. Nous ne suivrons done pas
la Corporation anglaise dans les modifications qu'elle
a subies depuis celle que nous venons d'indiquer
jusqu'au bill qui lui a fait perdre son caractbre
d'association commercial privil6giee, pour lui don-
ner celui de corps politique qu'elle a de nos jours.
Les donnees que nous venons de detacher de ses
diff6rentes chartes suffisent a l'dtude que nous you-
ions faire. Constatons toutefois ce fait important dejh
remarqud quant h la compagnie hollandaise, que
la limited de durde fixee au privilege ne fut jamais
que nominale. A chaque expiration de son contract,
la compagnie mettait a profit les besoins continues
de l'Etat, pour obtenir un renouvellement moyen-
nant subsides. C'est ce qui eut lieu notamment en
171o, en 1733 et 174[t ann&e oh, bien avant l'ex-

v oy. le grand et curieux Dictionnaire universal de commerce de
Savary des Bruslons, ani mot Compagnie.







piration de la prolongation prdcddemment obtenue,
elle la fit proroger jusqu'en I780, moyennant une
some d'un million sterling. Nous avons vu ce
systeme se perpetuer jusqu'h nos jours.


Les premiers contracts d'association qui eurent
lieu en France en vue du grand commerce maritime
remontent aux premieres anndes du xvni siecle.
L'amiral de Montmorency en autorisa plusieurs dans
les annees 1600, i60o 16o-2, 1615 et 1618. Le
cardinal de Richelieu, qui lui succida dans l'ami-
raut6 sous le titre de grand maitre chef et surin-
tendant de la navigation et du commerce de
France; le due de Brze ', qui herita de sa charge
en 1642; la reine Anne d'Autriche, mere de
Louis XIV et rdgente du royaume, qui en devint
titulaire apres la mort du due, accorderent aussi
plusieurs autorisations de ce genre. Valin, qui nous
fournit ces indications n'a retrouv6 que la trace de
ces actes dans les manuscrits de la bibliotheque du
duc de PenthiBvre 2. 11 n'en donne pas la substance.
Le savant commentateur est un peu plus explicit


Armand de Mailld de Brdzd, neveu du cardinal, nomm ni la surin-
tendance en 1642, tu6 d'un boulet au siege d'Orbitel, en 1646.
2 Voy. le Nouveau Commentaire, t. I, p. 6.


INTRODUCTION.


XXV







pour ce qui est d'une compagnie former en mai
1626 entire le cardinal de Richelieu contractant au
nom du roi d'une part, et Nicolas de Witte, dit
Scapencas, Hollandais, Francis Belloly de Bruxelles,
et Jean de Meurier, demeurant h Redon en Breta-
gne, stipulant tant pour eux que pour leurs asso-
cids francais, flamands et autres. Le but de
cette association, qui avait pris la singuliere ddsigna-
tion de Compagnie de la nacelle de Saint-Pierre
fleurdelisee, etait a la fois la production, le com-
merce et la navigation. Elle devait etablir des ma-
nufactures dans le royaume, y faire construire des
vaisseaux, ou en introduire tel nombre qu'elle ju-
gerait h propos, et ouvrir des communications avec
les pays de 1'Europe, pendant que ses navires iraient
en 6tablir au del, des mers. Son contract n'a pas 6t6
conserve : nous retrouvons seulement l'indice que
les plus grands avantages lui avaient etd accords par
ce fait que le privilege de la noblesse 6tait acquis a
ceux de ses membres qui y engageraient pour six ans
un capital de 5,ooo livres.
La compagnie de la Nacelle fleurdelisde fut une
de ces iddes gigantesques qui, frappdes d'impuis-
sance par leur exaggeration, n'en sont pas moins
prIcieuses i recucillir, cn ce qu'clles tdmoignent tes


Xxvj


INTRODUCTION.







besoins et des instincts qui travaillent une 6poque.
11 est probable que malgr6 les grands avantages
qui lui 6taient faits, cette association h but univer-
sel ne fonctionna jamais.
Mais dBs la meme annde, le cardinal entrait
dans une autre voie qui, plus restreinte, devait un
jour aboutir h de bien autres rdsultats. En 1625,
un gentilhomme normand, Vaudrocque Diel d'Enam-
buc, capitaine entretenu de la marine du Ponant,
6tait all en quete d'aventures sur un brigantin ar-
mid ses frais. Aprbs un rude combat avec un gallon
espagnol qu'il avait resoldment attaqud malgre la
disproportion des forces, il arriva tout d6mantel6
SF'ile Saint-Christophe. S6duit par l'aspect et la ri-
chesse de cette lie, il y 6tablit une parties de son
monde, et, ayant radoub6 son navire, revint bien-
t6t en France avec un chargement de tabac et de
bois prdcieux qu'il vendit fort cher i Dieppe. ( Ils
( vinrent h Paris en si bel equipage, qu'ils firent
( naltre l'envie h bien du monde d'aller prendre part al
a leur fortune D'lnambuc et son ami du Rossey,
compagnon de ses ventures, furent presents au
cardinal, et demandbrent h aller fonder une colo-
nic a Saint-Christophc. Une commission lelur lul
Le P. Labat.


xxvii


INTRODUCTION.







accord ; et, ainsi que cela se pratique de nos
jours, ils cherchbrent des capitalistes qui les mis-
sent h meme de tirer parti de leur commission. -
Ils ne furent, come nous dirions, que les ge-
rants de l'entreprise, ainsi qu'il r6sulte de l'acte
d'association, ou il est dit que ( tout ce qu'ils out
fait ou front sera au profit des associds, auxquels
ils ne font que preter leurs noms pour l'execution
de ladite entreprise '. ,
Ainsi se forma, sur un capital de quarante-cinq
mille livres, don't le cardinal de Richelieu fournit
prbs du quart 2, l'association qui a 6td l'origine des
colonies de la France dans la mer des Antilles. Ce
contract n'est qu'un germe, il est fort simple, et, a
part la clause que nous venons de remarquer, au-
cune de ses dispositions ne merite d'etre particulib-
rement cite.
Quelques mois auparavant, par acte du mois de
mai, donnd au camp devant la Rochelle, avait 6t6
fondue la Comipagnie du Canada, qui devait com-

Voy. la commission de d'Enambuc et de du Rossey, et 'Acte d'asso-
ciation des Seigneurs des isles d'Amerique, dans les Lois et Constitu-
tions des Colonies franchises de Moreau de Saint-Mdry, t. I, p. 20. Ils
portent tous les deux la meme date, 31 octobre 1626. Mais il suffit de les
lire pour comprendre que l'un est le principle de 1'autre, et qu'ils out etc
classes en sens inverse.
Le P. Labat.


xxvllJ


INTRODUCTION.







mencer sur le continent 1'ceuvre de la colonisation
franchise que d'Enambuc et du Rossey allaierit enta-
mer dans les fles.
Le voyage qu'entreprirent nos deux capitaines
comme representants de la compagnie, ne fut pas
heureux. Battus par les vents, ils perdirent en mer
la plus grande parties des nouveaux colons que trans-
portaient leurs navires, et n'arriverent dans 'ile que
pour lutter contre les Espagnols et les Anglais. La
compagnie les crut perdus, et cessa un moment de
leur envoyer des secou'rs. Mais ils se soutinrent au
moyen des relations qu'ils ouvrirent avec les Hol-
landais, don't le pavilion se montrait toujours oh il
y avait ndgoce a entamer. Cette sorte de franchise
commercial que la colonies s'octroya, la developpa
rapidement. Les bases de l'association de 1626 de-
vinrent trop 6troites. II y eut lieu h une nouvelle or-
ganisation I; on y proc6da par acte du 12 f6vrier
i635, don't leprotocole m6rite d'etre conserve. 11 est
ainsi conqu : < Par-devant Gabriel Guereau et
< Pierre Parque, notaires garde-notes du Roi,
< Notre Sire, en son chAtelet de Paris sous-sign6s :
< Jht present monseigneur l'Eminentissime Armand


' P. Labat, t. V, p. 34.


xxix


INTRODUCTION.





XXX INTRODUCTION.
( Jean Duplessis, cardinal, due de Richelieu et de
F< Fronsac, commandant de l'ordre du Saint-Esprit,
< pair, grand-maitre chef et surintendant gednral
( de la navigation et commerce de France, lequel,
,( sur ce qui lui a 6td reprdsente par Jacques Ber-
< ruyer, 1'un des associds... etc. ) Suit le nouveau
contract, don't les clauses formuldes en seize articles
rivblent une plus complete elaboration de la matiBre,
et posent dedj assez nettement le grand principle de
'association, qui, se ddveloppant avec les anndes, va
crier le monde maritime et colonial de la France.
Voici la substance de cet acte:
Le roi accord a perpdtuitd h la companies la pro-
pridte des iles qu'elle occupera c en toute instance
et seigneurie, ne se reservant que le rcssort, la
foi et homage, qui lui sera fait par l'un des asso-
ci6s au nom de tous, a lui ct h ses successeurs, a
chaque mutation de roi, et les provisions des mem-
bres de la Justice Souveraine qui lui seront prI-
sentes par les associds. Les associds aiiront droit de
fondre canons et boulets, fire poudre et autres
munitions de guerre; distribuer les terres entire eux,
et a ceux qui habitent sur les lieux, avec rIserve de
tels droits et devoirs, et a tell charge (u'ils jugc-
ront a propos, mnime en fief, avec hate, Inoyennlc





INTRODUCTION. XXXj
et basse justice. Ces fiefs peuvent ktre erigds en
baronnies, comtds et marquisats, a la charge de se
retire par-devers le roi, pour l'obtention des let-
tres ndcessaires '. Is pourront mettre tels capitai-
nes et gens de guerre que bon leur semblera dans
les forts et places; mais le roi se reserve de nommer
un gouverneur gdndral, lequel ne fera que repre-
senter I'autoritd souveraine, et ne pourra s'entre-
mettre du commerce, ni de la distribution des terres.
Un privilege de vingt anndes est accord i la com-
pagnie pour le commerce avec ses iles. Durant ce
temps, le Grand Maitre de la navigation n'accordera
qu'h elle seule des conges h leur destination. Elle
pourra traiter de ces congas avec les sujets du royau-
mes. Le roi n'entend pas que ses sujets regnicoles
percent aucun de leurs avantages, en allant se fixer
aux iles. 1I veut que leurs descendants, et meme les
sauvages qui se seront convertis a la foi, et en au-
ront fait profession, soient rdputes naturels fran-
cais, capable de toutes charges, honneurs, succes-
sions, donations, etc. 11 veut que les prelats et autres
ecclesiastiques, seigneurs et gentilshommes, offi-

Cette clause ne se trouve que dans 1'ddit de mars 1642, confirmatifet
ampliatif des concessions de 1635. Elle est I'origine du titre de marquisat,
sons lequel furent longtemps ddsigndes plusicurs habitations des lies dn
vent, notamment la cdlhbre sicrerie de Honellourg, 4 la Guadeloupe.





XXXij INTRODUCTION.
ciers deses Conseils et Cours Souveraines qui se seront
associes a la compagnie, ne percent en rien de ce
qui est de leurs noblesse, qualities et privileges ; que
les artisans qui passeront aux miles, et y exerceront
leur mitier durant six annees, soient reputes Mai-
tres de chefs-d'ceuvre et puissent tenir boutique.
La principal obligation imposee a la compagnie, en
retour de ces avantages, etait de faire passer dans
l'espace de vingt ans au moins 400o personnel des
deux sexes dans leurs possessions. Un registre exact
devait etre en consequence tenu par le gouverneur
de tous ceux qui y debarqueraient.
La compagnie 6tait administree par quatre direc-
teurs qui avaient le maniement de ses affaires, tant
dans les miles qu'en France, nommaient ses agents,
contractaient en son nom, sans toutefois pouvoir rien
ordonner isolmment, ni obliger ses associes au delay
du fonds social. Il y avait tous les mois c( assemble
des directeurs, a laquelle pouvaient se trouver tous
les interesses pour donner leur avis. Tous les ans ii
y avait assemble gendrale pour entendre les comp-
tes, partager les b6nefices, proceder au renouvel-
lement de deux des directeurs, et a la nomination
des principaux employes, le tout h la plurality des
voix des associds presents. ,







Enfin, et nous verrons plus tard de grades in-
novations sur ce point, a aucun associe ne pouvait
vendre sa part i autre qu'h l'un de ses co-associds;
et en cas qu'il le fit, il etait loisible ~ la compagnie
de rembourser a l'acheteur le prix qu'il en avait
donnd, si elle ne voulait le recevoir dans l'associa-
tion.
A l'exception de ce fait assez significatif, que
routes les assemblies, mensuelles ou gdndrales, de-
vaient se tenir a au logis de M. Fouquet, conseiller
du roi en son conseil, et l'un des associds' ), on peut
remarquer que l'autorit6 du souverain, tout en se
juxtaposant a celle de la compagnie, au point de
vue supdrieur de la suzerainet6 politique, n'interve-
nait pas directement dans son organisation et son
administration.
Malgrd la faiblesse de ses moyens, qui placaient
alors la France si en arriere du reste de l'Europe,
la compagnie des iles d'Amerique dbaucha hardi-
ment son oeuvre, et fit faire un grand pas a la colo-
nisation. Mais elle se crea un 6l1ment de dissolution
par la position qu'elle fit h ses agents superieurs.
Elle leur donna assez de credit, dit un 6crivain du


Art. 11 et I 1 d(es Conventions arrdldes entire les associes.


xxxiij


INTRODUCTION.





XXXiv INTRODUCTION.
temps, pour se mettre hours d'dtat de les reduire.
Elle fut oblige de leur vendre sa proprietd. De 1l
ce singulier contract (septembre 1649), aux terms
duquel la Guadeloupe, Marie-Galante, la Desirade
et les Saintes furent vendues au sieur Houel, beau-
frere du gouverneur, pour la some de 60,000
livres, et une rente de 600 livres de sucre fin; la
Martinique, la Grenade, les Grenadines et Sainte-
Lucie (septembre 165o), au sieur Duparquet, leur
gouverneur, pour 60,ooo livres une fois paydes;
Saint-Christophe, Saint-Martin et Saint-Barthdlemy
(24 mai 1651), au chevalier de Poincy, lequel les
paya 120,000 livres, pour en faire don h l'ordre de
Malte, don't il 6tait commander.
Mais ces pays n'avaient pas encore assez de vi-
talit6 pour se suffire a eux-mnmes. Toutes leurs
chances de ddveloppement dtaient dans une sage ex-
ploitation en commun. Le morcellement les report
rapidement en arribre. 11 y eut des querelles entire les
seigneurs-propridtaires et des r6voltes parmi les co-
lons-vassaux.
L'esprit d'association, stimuld parce qui se passait
en Angleterre et en Hollande, faisait chaque jour die
plus grands progres en France. 1I venait de se former
(octobre 1663) une compagnie qui, sous le nom de





INTRODUCTION. XXXV
C'onpa'glnie de Ia France c(quiloxiale, devait entre-
prendre la colonisation de la Guyane franchise. On
rdsolut de lui donner une plus grande extension en
comiprenant dans ses concessions, non-seulement les
Antilles, mais encore le Canada, don't le fardeau avait
dlpasse les forces de ses premiers concessionnaires.
Ainsi fut cr66e la grande Compagnie des linv es occi-
(lenta.les (miai 1664), qui fut charge de disintdresser
les seigneurs-propri6taires, auxquels il fut enjoint de
produire leurs titres et I'dtat de leurs revenues. L'ddit
constitutif de cette nouvelle association ne fut que le
ddveloppement, et en quelque sorte la codification
des principles d6pos6s dans les actes que nous venons
de citer. II est en 43 articles. Sauf le droit d'driger
des fiefs nobles que nous n'y voyons plus figure, ses
clauses fondamentales sont a peu prbs les m&mes. Seu-
lement, il s'y montre quelques dispositions empreintes
d'un veritable libdralisme international, et qui td-
moignent des progris realists en quelques annees,
en mnme temps que de l'irresistible action politique
qu'exerce comme instinctivement toute grande asso-
ciation commercial: non-seulement les strangers fu-
rent admis dans la compagnie; non-seulement ils
furent declares aptes a 6tre 6lus directeurs, mais en-
core le roi voulut que ceux dont la part d'intiret





XXXVJ INTRODUCTION.
serait de 20,oo000 liv., fussent (( rdputes Francais et
regnicoles a toujours, et que leurs parents, quoi-
que strangers, pussent leur succ6der en tons les biens
qu'ils auraient dans le royaume, leur d6clarant qu'il
renoncait pour ce regard h tout droit d'aubaine.
(Art. iv.)
Le concours du gouvernement se manifesta d'ail-
leurs par une assistance distinct du privilege com-
mercial fixede h 40 ans). Ainsi le roi s'engage h aug-
menter pendant quatre ans d'un dixiMnme, le total
des fonds que la coinpagnie aurait rdalis6s; renon-
cant a tout int6ret, et consentant h ce que les pertes
soient imputes d'abord sur cet apport. De plus, le
systeme des primes se trouve inaugurd par l'octroi
d'une some de 30 liv. par tonneau de merchandise
exported, et de 4o liv. par tonneau de merchandise
import6e. La franchise a la rdexportation pour l'd-
tranger par voie d'entrep6t des marchandises venant
des territoires de la compagnie, s'y trouve egalement
ecrite. Enfin, c'est lh qu'intervient, pour la premiere
fois, le raffinage des sucres coloniaux pour la reex-
portation. Et ce fut en faveur des raffineries que la
compagnie avait C( fait 6tablir en France ) qu'apparut
ce fait 6conomique qui a joud depuis un si grand rBle,
et se trouve aujourd'hui la source de si criants abus.






Outre l'extension des privileges seigneuriaux sti-
pulds dans les pr&cidentes charges, le roi accord h
la compagnie le droit de traiter de la paix et des
alliances, en son nom, avec les rois et princes des
pays oh elle voudrait s'6tablir, promettant de ratifier
les pr6liminaires qu'elle aurait etablis, lui permettant
d'attaquer et de se defendre par la voie des armes.
Toute latitude fut laiss6e a la compagnie pour arr&-
ter ses reglements et status, le roi se rIservant de les
confirmer par lettres patentes afin de les rendre obli-
gatoires. Le p incipe de l'dlection est 6galement ecrit
quant h la nomination des directeurs; bien plus, I'int&-
r&t de la bourgeoisie y est sauvegard6 i ce point que
l'obligation est imposee de choisir au moins trois ( sur
neuf) de ces directeurs dans l'ordre des marchands.
Enfin, l'art. XLI content cette stipulation impor-
tante : Au bout de quarante ans du privilege, si le
roi ne le renouvelait pas, toutes les terres et miles que
la compagnie aurait colonis6es devaient lui appar-
tenir en toute propridtd, et h perpdtuitd, ~ condition
qu'elle ne pourrait les vendre h aucun stranger sans
la permission express du roi.
Pour ce qui est de l'etendue des terres qui faisaient
l'objet de cette concession, elle 6tait une des plus
vastes que l'esprit puisse embrasser. Les Antilles,
i. 1/


xxxvij


INTRODUCTION.





xXXViij INTRODUCTION.
Cayenne, et toute la terre ferme de 1'Amdrique depuis
la riviere de l'Amazone jusqu'h celle de l'Orenoque,
le Canada, I'Acadie, les miles de Terre-Neuve, et autres
miles et terres fermes depuis le nord dudit pays de
Canada jusqu'a la Virginie et Floride, ensemble toute
la c6te de l'Afrique, depuis le cap Vert jusqu'au cap
de Bonne-Esperance, tel fut le domaine que l'asso-
ciation des capitaux prives fut appelde a difricher.
Nous n'avons pu trouver le chiffre auquel s'dleva le
premier fonds de la compagnie. Mais il fut si consi-
derable, dit un auteur, que le premier armement
qu'elle expddia pour ses nouvelles possessions fut de
cinquante navires.
Nous verrons plus loin ce qu'il advint de cette
association, et comment elle s'acquitta de son oeuvre.
Nous allons achever cette histoire sommaire de
la formation des companies, en prdsentant avec
quelques details celle de la formation de la com-
pagnie franchise des Indes orientales. 11 y a
dans cette parties de notre tache quelque chose qui se
rattache d'une manibre tout a faith directed aux cir-
constances qui se produisent au moment oi nous
6crivons. Cette compagnie, on le salt, fut, entire les
mains de Law, le levier qui dbranla un moment la
France jusque dans ses fondements. Ce souvenir est





INTRODUCTION. XXXIX
souvent rappel6 aujourd'hui; mais il ne nous effraye
pas. Sans doute, il est facile, en ne tenant aucun
compete de ce qu'il y eut de sup6rieur dans l'esprit de
Law, de compare, a l'aide de quelques circonstances
traditionnelles, les folies de la rue Quincampoix aux
extravagances de nos jours. Mais h qui veut d6daigner
ce futile rapprochement, et remonter h l'origine de la
compagnie qui devint plus tard l'instrument de l'E-
cossais, se pr6sente un beau spectacle, un grand et
fecond enseignement. Nous ne savons pas de pom-
peuse manifestation de cour, ou d'orgueilleux triomphe
qui donne mieux l'id6e de la grandeur de Louis XIV
et de son immortel ministry, que leur intervention
dans la formation de la compagnie des Indes orien-
tales. Celle pour la colonisation de l'Occident, si
vaste que fit le but qu'elle se proposait, n'6tait que
la continuation d'une oeuvre de'j dbauch6e. Mais,
prendre son essor vers l'Orient oh se coudoyaient d6ja
les Portugais, les Hollandais et les Anglais, lancer ses
capitaux par delh ce cap de Bonne-Esp6rance dorit on
disait encore des choses si redoutables : pour une na-
tion don't les resources maritimes et les instincts
commerciaux 6taient encore peu d6velopp6s, c'6tait
une chose difficile. C'6tait une chose difficile, parce
qu'en presence des trois nationalities 6trangeres qui sc





XI INTRODUCTION.
disputaient I'Inde, il fallait pour i'honncur de la
France que ce fit une grande chose.
Des le commencement de I'ann6e 664, an moment
ou les esprits s'ouvraient en quelque sorte a la specu-
lation par la formation de la compagnie des Indes oc-
cidentales, le gouvernementfit publier par un membre
de l'Academie francaise une sorte d'appel h la France,
sons le titre de Discours cdaun fiddle sut/el du roi tou-
chant Ieta/lisselnent d'une colmpagnie pour le com-
merce des lnde. orientales '. L'auteur de a ces pr6-
mices, ) comme il appelle lui-meme son oeuvre, nous a
de plus laissi la Relation de 'e'tablissemnent de la
comptgnie, livre aujourd'hui fort rare et qui abonde
en renseignements et en details pr6cieux. Nous allons
lui emprunter quelques pages qui nous semblent
pleines d'interet. Ajoutons que celui qui les a 6crites
passait pour l'un des homes les plus diserts de son
temps. Apres avoir dit que la publication du Dis-
cours sous le patronage du roi avait attire I'atten-
tion de toute la France, il rend compete ainsi de la
maniere don't se noue cette grande affaire :
(( Les conferences que plusieurs personnel de

SCe fidle snjet du roi itait Francois Charpentier, doyen et directeur
perpdtnel de 1'Academie franaise.-Voy. a la bibliographie quelques iltaiL-
sur ses deux ecrils.





INTRODUCTION. xlJ
grande quality eurent ensuite avec les principaux
nIgociants de Paris, leur ayant fait connoitre plus
particulirement que cette compagnie seroit forte-
tement appuyde de la part du Roy, ils r6solurent de
s'assembler, et de voir ce qu'ils avoient h demander
pour en favoriser 1'6tablissement. Ainsi, apres avoir
conf6re entire eux pour convenir de leurs intentions,
ils commencerent h tenir des assemblies publiques
sur ce sujet. La premiere se tint le mercredi 21
mai, oh se trouvbrent non-seulement les plus con-
siderables marchands de la ville, mais meme quan-
tit6 de personnel de toutes sortes de qualities, et en-
tre autres le sieur Berryer, secretaire du Roy et de
ses conseils, qui s'est toujours depuis employ
avec un zMle et une assiduit6 infatigables pour l'a-
vancement de la compagnie. On y commenca a lire
les avis et les propositions de plusieurs particuliers,
et on les examine ensuite avec beaucoup de liberty
et d'exactitude. Il se tint encore une autre assem-
blWe le vingt-quatriime du mime mois, et une troi-
sieme deux jours apres, dans laquelle toute la con:-
pagnie etant demeuree d'accord des demands que
l'on devoit faire i Sa Majeste, elles furent ridigees
en forme de requ&te sous 40 chefs ou articles, avec
cc titre : Articles el conditions sous lesquelles /es





XllJ INTRODUCTION.
marchands ne'ociants du royauwne supplient tris-
hunmblement le Roy de leur accorder sa declaration
etles grdces y continues, pour l'establissement d'une
compagnie pour /e commerce des ludes orientales.
En meme temps il fut r6solu que neuf de la compa-
gnie seroient deputez pour aller presenter ces arti-
cles i Sa Majeste, qui dtoit pour lors h Fontaine-
bleau, et que I'on partiroit le mercredi suivant, 28
du meme mois. M. Berryer s'offrit de les y con-
duire, et les ddputez 6toient les sieurs Poquelin,
Maillet, Lebrun, Faveroles, Cadeau, Sanson, Si-
monet, Jabac et Scot. Sur le chemin, ils apprirent
par une lettre de M. Colbert, derite h M. Berryer,
que le Roy, pour leur tmnoigner combien leur depu-
tation lui dtoit agr6able, avoit donn6 ordre qu'ils
fussent logs a Fontainebleau par les mareschaux des
logis de sa maison, et traits par les officers pen-
dant tout leur sejour. Des le soir meme qu'ils fu-
rent arrives ils allkrent saluer M. Colbert pour le
prier de les vouloir presenter a Sa Majestd, et de
vouloir appuyer leur demand de sa recommanda-
tion. II les requt avec beaucoup de bontd, et leur te-
moigna la joie qu'il avoit de voir avancer un dessein
don't il prevoyoit des suites si avantageuses pour la
gloire du Roy et pour le hien du people. Le lendc-





INTRODUCTION. xliij
main matin, il les conduisit a l'audience de Sa Ma-
jestd qui les requt dans son grand cabinet. Le sieur
Maillet, qui portoit la parole, voulut parler a ge-
noux, mais le Roy le fit reliever et il parla debout.
II reprdsenta d'abord les utilitds de la navigation et
des voyages de long course, qui sont les seuls instru-
ments du grand commerce. II fit voir ensuite l'hon-
neur qu'il y avoit a esperer pour la France dans
une semblable entreprise, et adjousta qu'ayant sceu
que Sa Majestd avoit pour agrdable que ses sujets
s'unissent et s'associassent pour les voyages, ils
estoient venus lui presenter quelques articles tou-
chant l'establissement d'une compagnie pour le
commerce des Indes orientales, et pour la supplier
tres-humblement de leur vouloir accorder les graces
et les privileges qu'ils lui demandoient pour cette
compagnie. Et, en meme temps, il remit entire
les mains de Sa Majest6 le cahier qui contenoit
leurs demands. Le Roy leur fit rdponse qu'il dtoit fort
aise de les voir dans cette resolution, qu'ils pou-
voient s'assurer de sa protection en toutes sortes
de rencontres; et que pour leur temoigner combien
il affectionnoit cette affaire, il alloit faire examiner
leurs articles en son conseil, et qu'ils sauroient sa
volont6 des le jour meme. Ensuite de cette au-





Xllv INTRODUCTION.
dience, ils furent traits magnifiquement par les
officers de Sa Majestd; et M. le due de Saint-Ai-
gnan, M. le comte de BMthune, et M. le marquis de
Vardes se trouvirent a diner avec eux par ordre du
Roy. L'apres-dinde, ils furent avertis de se rendre a
l'appartement de M. le mareschal de Villeroy, qui
les y attendoit avec M. d'Aligre. M. Colbert s'y ren-
dit pareillement, qui estoit charged de leur cahier
rdpondu de la propre main de Sa Majestd, article
par article. 11 le relut d'un bout h l'autre, et leur
expliqua les difficulties que Sa Majeste avoit faites
sur quelques-unes de leurs demands. Apres cela, le
cashier fut remis entire les mains du sieur Berryer
qui estoit present, et la compagnie s'estant levee,
comme les deputez jugerent que rien ne les arretoit
plus a Fontainebleau, et qu'ils pouvoient partir le
lendemain, ils prierent de nouveau M. Colbert
de leur procurer l'honneur de saluer encore une
fois Sa Majest6, pour la remercier des grilces qu'elle
leur avoit faites; ce qui fut recu du Roy avec cette
douceur auguste, et cette gravity charmante, qui
le rendent maistre absolu des cceurs de tous ceux
qui ont le bonheur de l'approcher. 1I les assura de
nouveau de sa protection, et les exhorta de presser
le plus qu'ils pourroient I'exdcution d'un si grand






INTRODUCTION. XIV

dessein. Le lendemain, ils partirent de Fontaine-
bleau et arriv6rent i Paris le jour mime. ,
Aussit6t apres ces premieres conferences, on fit
choix de douze syndics pris dans le corps des mar-
chands, et qui furent charges de constituer ddfini-
tivement la compagnie. Tout en r6unissanL les dld-
ments d'une premiere expedition destinde pour
Madagascar, terre alors rdputie franchise et qu'a-
vaient toujours respected les nations qui se dispu-
talent la mer des Indes, les syndics repandaient
dans toute la France des lettres adress6es aux prin-
cipales corporations marchandes. Cet appel fut en-
tendu. Charpentier nous a conserve les chiffres de
leurs plus fortes souscriptions.


Ainsi, Lyon envoya .
Rouen .........
Bordeaux .......
Tours..........
Nantes .........
Saint-Malo. .....
Grenoble .......
Dijon .........


1 000,000



i5o,ooo
550 000
400,ooo


200, 000
100,0()0
TI 3,000
100,000


Mais c'est i Paris surtout oi l'impulsion fut






XIvj INTRODUCTION.
considerable. Les course souveraines (le parlement,
la cour des comptes et celle des aides) contribub-
rent pour plus de 1,2oo,ooo livres.
C'est que le movement avait 6te donn6 par la
cour. A la thte des souscripteurs se trouvaient en
effet:

La reine mere pour...... 60,o00
La reine.............. 60,000
Le Dauphin ........... 60,000
Le prince de Cond6 .... 3o,ooo
Le prince de Conti ..... 3o,ooo

Quant aux autres princes, ducs, marechaux de
France, officers de la couronne, seigneurs et per-
sonnes qualifies, dit Charpentier, il n'y en a point
qui n'ait signed pour des sommes notables. En effect, la
liste des premiers actionnaires oh chacun dtait inscrit
au fur et measure de sa souscription, et sans autre clas-
sification que 1'ordre des dates, offre un curieux p6-
le-mele des noms les plus brillants et des appella-
tions les plus roturieres Ce sont les Colbert, les
due de Villeroy, marquis de Gordes, comte de
Charost, due de Roquelaure, duc de Montesquieu,
due de Noailles, a c6t des sieurs Jabac, Piques,







Batin, Pierre Simonnet, etc. C'etait come un
premier niveau dgalitaire que passait sur les privi-
16ges le noble desir de concourir i une oeuvre na-
tionale.
Quantau roi lui-meme, son intervention fut pleine
de grandeur, et il montra que le prince, alors jeune
et brilliant, qui depensait des millions en somptuo-
sitis, savait aussi en faire un emploi judicieux et
ficond. Dans lun des articles preliminaires pre-
sentes a la conference de Fontainebleau, il 6tait dit
que le roi avancerait, sans int6r&ts, le cinquieme
des fonds necessaires aux trois premiers armements.
Le roi avait 6crit de sa main a c6td de cet article :
accord. Le fonds de la compagnie ayant dtd fixd a
15,ooo,ooo de livres, some considerable pour
le temps, ce fut trois millions que le tresor royal
dut verser. Ce payment se fit exactement, aprbs
< qu'on eut 6te quelque temps en peine de quelle ma-
nibre serait dressde la quittance que le caissier devait
donner de cette some; le cas dtant assez extraordinaire
pour demander quelque expression particuliere. )
Ce n'est pas tout : lorsque la cloture des sous-
criptions fut faite, et que la compagnie fut defini-
tivement constitute, il y eut lieu de procdder a
la formation de la chambre des directeurs. Le roi


xlviJ


INTRODUCTION.





xlviij INTRODUCTION.
ordonna que les interesses c de la court et de la ville ,
seraient convoques en son palais du Louvre, pour
donner leurs voix par ecrit sur un billet signed d'eux, et
cachet de leurs armes. Nous laisserons h historiann de
la compagnie le soin de nous rendre coinpte de ce
qui se passa dans cette reunion, a laquelle etaient
presents c tous les princes, ducs, pairs, mar6chaux,
et autres officers de la couronne, presidents, con-
seillers et officers des finances. ,
( Cette cdlebre assemble s'etant rendue dans
l'antichambre du Roi, Sa Majeste y vint accompagnee
du chancelier de France et des secretaires d'Etat.
Le Roi s'&tant assis dans un fauteuil de brocart d'or,
au bout d'une longue table couverte d'un tapis de
velours vert en broderie, les syndics presentirent
Sa Majeste leurs lives, et ensuite on apporta deux
cassettes vides pour recevoir les billets des interesses;
cela fait, M. le chancelier s'etant approche de la
chaise du Roi, prit la parole, et remontra h toute
l'assemblke que le Roi les avoit mandes pour ache-
ver de donner la derniere main i l'etablissement de
la compagnie des Indes orientales, par la nomination
des directeurs. Ensuite, il s'etendit sur les louanges
duI commerce, sur les avantages que nos voisins ce
avoient retires, sur les utilities que nous en devion~







esperer, et fit remarquer h toute l'assemblke les heu-
reuses circonstances qui avoient accompagnd la nais-
sance de cette compagnie, entire lesquelles la princi-
pale est d'avoir commence sous le rigne du plus
puissant et du plus magnanime roi que la France
ait eu depuis la foundation de la monarchie. I1 fit
voir, apres les grands secours que Sa Majestd avoit
donnds a cet etablissement, la protection puissante
qu'il lui accord, ce prest gratuit de trois millions de
livres, don't il avoit ddjh avance la meilleure parties,
tant d'autres graces et privileges qu'il avoit rdpandus
sur cette compagnie, qu'il sembloit que Sa Majeste
ne pensAt plus h ses intre&ts a force de penser aux
inter&ts de ses peuples. II adjousta que Sa Majeste
ayant estimi d'abord que les marchands du royaume
seroient ceux qui fourniroient les principles sommes
de cet 6tablissement, il leur avoit accord la de-
mande qu'ils lui avoient fate, d'estre les seuls ad-
nis dans la chambre gne'rale de la direction. Mais
que l'experience ayant fait voir que les autres
ordres de l'Estat avoient fourni beaucoup plus que
le corps des marchands, il estoit de la justice du
Roi de leur accorder aussi le pouvoir de nommer
quelques-uns d'entre eux, pour etre directeurs,
quoique le plus grand nombre f6t toujours de


xlix


INTRODUCTION.





1 INTRODUCTION.
marchands. Qu'ainsi la volontd de Sa Majestd etoit,
que le sieur Colbert fit directeur pour elle et pour
toute la cour, et qu'il presidat toujours aux assem-
blies de la direction; que en son absence, le prd-
vost des marchands pr6sideroit aux memes assem-
blies; et que chacun nommat ensuite un directeur
pour les officers des companies souveraines; un
autre pour les officers de finances; et que le sur-
plus, qui consistoit en neuf places, seroit rempli de
marchands, pour I'dlection desquels Sa Majest6 leur
laissoit la liberty tout entire, aussi bien que pour
la nomination des trois principaux officers de la
compagnie, qui sont le caissier, le teneur de livres
et le secrdtaire. II finit en exhortant les directeurs
qui seroient 6lus, i s'appliquer avec assiduit6 h une
affaire si important, et.dans laquelle Sa Majest6 et
toute la France leur confioient leur hien et la rdpu-
tation de l'Estat, et oh il ne s'agissoit pas seulement
de I'avancement du commerce, mais encore de la
grandeur du nom francois, et de l'augmentation de
la religion chrestienne. Ce discours 6tant achev6,
tous les int6ress6s poserent leurs billets dans les cas-
settes qui estoient ouvertes, et cela estant fait, elles
furent ferm6es h clef. Le Roi, en se levant, fit appro-
cher les marchands qui se rencontroient dans I'as-





INTRODUCTION. lj
semblee, et particulierement ceux qui avoient jusqu'h
present compose le bureau de la compagnie, lesquels
il assura de nouveau de sa protection, en des terms
fort obligeants, et aussit6t, s'estant retire dans son
cabinet, fit faire le scrutiny en sa presence. Sa Majest6
ayant connu par ce moyen ceux qui avoient le plus de
voix, elle donna ordre h M. Colbert de les avertir
de leur nomination des le soir meme.
Nous disons que tout ceci est plein de grandeur
et d'intelligence politique. Nous disons que c'est ainsi
que les rois ddveloppent les instincts supdrieurs de
leurs peuples, et les poussent aux nobles entreprises;
enfin, nous disons que lorsque l'aristocratie veut se
rnler aux affaires d'argent, c'est ainsi qu'elle doit
proceder : avec ce cane, cette dignity, cette cons-
cience du but qui ennoblit et grandit les moyens.
Notre desir d'eviter toute exaggeration ne doit pas
nous empecher de le remarquer; il y a loin de ce
passe au spectacle que nous offre le present; et le
bazar financier oi se dimenent cans une moite pous-
sibre les derniers restes de notre aristocratic, ne
rappelle gubre le royal logis qui vit cette premiere
intervention de la noblesse dans une affaire de com-
merce. L'ddit constitutif de la compagnie des Indes
orientales, formula en 48 articles, est datd de Vin-





lij INTRODUCTION.
cennes du mois d'aofit 1664. Quant h ses dispositions,
elles sont les memes que celles de la compagnie des
Indcs occidentales. Ce sont les memes concessions
liberales, les memes rapports entire l'association et le
pouvoir royal, les mimes formes d'e.lection et d'ad-
ministration; tribute que, comme l'Angleterre, la
France payait a I'entreprenante et intelligence nation
qui enseignait en meme temps a l'Europe les formes
de association commercial et les combinaisons du
credit public; mais, ainsi que nous le verrons, or-
ganisation trop avancde pour elle, et don't pour cette
raison elle ne pouvait retire tons les fruits.


Ce fut cinquante-trois ans apres cette premiere
constitution que, sans modifications importantes dans
ses status, la compagnie de l'Orient prit entire les
mains de Law le nom de compagnie d'Occident, lors-
que ses operations durent porter principalement sur
l'exploitation du celebre territoire que traverse le
Mississipi (aoUt 17 7 ).
Nous n'essayerons pas, ainsi qu'on le pense, d'ex-
poser ici dans son ensemble ce que nos pares ont ap-
pel6 le esystime. Mais la pens6e de Law se rattache
trop i notre sujet pour que nous ne lui consacrions
pas quelques lines.




INTRODUCTION. liij

On sait que cette pensde n'6tait autre que celle de
demander a l'association publique assez de forces pour
faire face aux engagements de l'Etat, tout en augmen-
tant les richessesindividuelles. On peut dire quejamais
l'esprithumain ne se posa un plus magnifique problkme,
et que jamais problkme ne fut plus pros de sa solution.
Suivant les 6crivains economists, Law aurait cru
qu'on pouvait multiplierla monnaie de paper sans avoir
6gard au capital charge d'en r6pondre. Et ce fut lh le
pied d'argile de son systeme. On ne peut s'empecher de
sourire en entendant imputer cette erreur d'enfant a
l'homme qui a crdi la science du credit public I. Pour
nous, qui ne sommes pas assez savant pour faire
passer les combinaisons de Law au crible de ce qu'on
nommne les vrais prilnci)es de l'dconomie politique,
mais qui avons cherch6 a les 6tudier au point de vue
des fits, et en les rattachant an principal objet de ce
travail, nous dirons que le systeme a crould: d'abord
par un detail, puis par une erreur tres-s rieuse et
trs-fondamentale, quoiqu'elle n'ait etd relev6e par

1 y a deux choses bien distinctes dans le system: ii y a la combi-
naison elle-mime, et les measures extravagantes auxquelles recourut Law
pour l'arreter dans sa chute. L'erreur que nons signalons consisle h impn-
ter k la premiBre phase les fautes de la second. M. Thiers se garde de cette
mdprise dans I'admirable 6crit oh il faut 6tudier le systbme (article Law,
dansl'Encyclopddie progressive).-Celte publication, entrepriseen 1826,
n'ayant pas el de suite, I'opusc.ile auquel nous renvoyons est devenu as-
seZ rare.
1. 9





Iiv INTRODUCTION.
aucun dcrivain. 11 y a presqu'un inter&t de circons-
tance A signaler aujourd'hui l'un et l'autre
Law 6tait stranger; il n'avait qu'une connaissance
superficielle du caractere francais; il y avait quelque
chose de si nouveau et combine de si redoutable pour
la France dans ce fait de la transformation de l'argent
en paper, qu'il dut croire que cette sorte d'alchimie
nouvelle trouverait des esprits rebelles; le peu d'em-
pressement du public lors de ses premieres emissions
le confirm dans cette idee. II ddploya done toutes
les resources de son esprit si fecond pour lancer
l'affaire, comme on dirait aujourd'hui.I1 avait comptd
sans 1'engouement fidvreux du caractere francais, lors-
qu'il s'eprend d'une nouveautd. L'impulsion une fois
donnee, on sait ce qui arriva. Les actions, qui s'd-
taient tenues quelque temps au dessous du course
d'dmission (500 liv.), monterent jusqu'h I oo pour
cent; le plus effroyable success qui ait jamais frappc
une operation basee sur le credit '. Le movement
une fois imprim6 en ce sens, il devenait impossible
de le mod6rer sans amener la ddbacle. Tout ce qui
put se rdaliser en France et meme a I'dtranger, en
fait de capitaux, se rua sur le paper de la rue Quin-


Les actions de la compagnie hollandaise n'avaient jamais edi qu'ii 650.





IN'rODUUCTION. IV
cainpoix. Law, malgrd sa resistance, fut entralin par
le R6gent a profiter de cette fureur pour crder de
nouvelles actions qui n'dtaient pas entrees dans ses
calculs. Ainsi, dit Dutot, l'un des premiers ecri-
vains qui aient compris le systBme: c Sept stages
se trouverent eleves sur des fondernents qui n'a-
vaient te' e'levus gue pour trois.
Ce qui veut dire que le capital attire par l'affaire
ne fut plus proportionnel a l'intr&et qu'elle pouvait
donner. En un mot, il arriva tout simplement h la
compagnie des Indes ce don't les voies de fer se trou-
vent menacees de nos jours, si elles continent i
progresser dans la faveur du public : la richesse de
son sang l'6touffa .
Ainsi la premiere faute de Law fut de n'avoir pas
compris le people avec lequel il engageait sa terrible
parties de pharaon 2. Sans doute, ce ne fut lh qu'une
erreur de detail. Mais cette erreur de detail dtait le
grain de sable qui fit mourir Cromwell.

M. Thiers demontre fort bien qu'il etait possible A la compagnie de
faire face au service des int6rets, meme apres 1'l6ivation de son capital I
150,000,000 (au lieu de 100 millions qu'il 6tait aux terms de l'Mdit consti-
tutif).
Law dtait le plus gross joueur de pharaon de son temps. Quand il n'e-
tait qn'aventurier, et taillait chez la Duclos, il n'entrait jamais an jeu
avec moins de 100,000 liv.





IVj INTRODUCTION.
La veritable argile du system, h notre avis, la
voici:
Si l'Ecossais dtait incapable de se tromper sur le
rapport qui doit exister entire le capital rdel et la fic-
tion qui le reprdsente, il prouva qu'il n'avait pas
compris celui qui doit exister en politique, aussi bien
qu'en dconomie politique, entire une metropole et ses
colonies Prendre une colonie pour le pivot du credit
de sa metropole, c'est absolument come si on vou-
lait en faire le sidge de son gouvernement. Une grande
operation de commerce et de colonisation comme
celle qu'avait revee Law, ne pouvait avoir chance
de rdussite qu'en commencant par etre bien assise sur
le credit de sa mdtropole. Or, ce fut prdcisement a
elle qu'on demand de retablir ce credit. C'dtait le
monde reverse, il en sortit le chaos.


Telles furent les principles companies souve-
raines du xvIi" siecle. Ainsi qu'on a pu le voir, leurs
rapports avec le pouvoir superieur se resumaicnt dans
la simple allgeance politique.C'dtait come un retour
fait en faveur de association commercial aux er-
rements de la sociedt fdodale que la royautd avait
brisde. Mais c'6tait un retour sans danger et ac-





INTRODUCTION. Ivij
compli en vue du profit de tous. Pour ce qui est des
rapports avec les citoyens, ils trouvaient leur formule
dans l'exercice absolu du droit de propriet. La
compagnie, maitresse souveraine du commerce et du
sol dans les limits de sa concession maritime et ter-
restre, cedait, moyennant redevance, le droit de ne-
goce, comme le droit de culture. C'6tait a peu de
chose pros le systhme 6gyptien, tel que nous le voyons
fonctionner aujourd'hui. Mais cette premiere pd-
riode dura peu : la propriedt individuelle ne tarda
pas a se constituer, tandis que le monopole du com-
merce 6tait rompu par les concessions que se faisaient
accorder des villes entieres.


11 nous reste a chercher l'influence qu'exer6erent
les companies sur le movement des grandes af-
faires 6conomiques, et sur la march des iddes.

De association des marchands d'Anmserdam,
de la corporation de Londres, des companies
franchises pour le commerce de l'Occident et de
I'Orient, date une ere tout aussi caractdristique
que celle ouverte par la grande transmigration des
croisades.
Constatons d'abord les rIsultats iat6riels.





INTRODUCTION.


Un petit people resserre dans un coin mareca-
geux de 1'Europe, aprbs s'Atre en quelque sorte fa-
miliaris6 avec la mer en posant a son envahisse-
inent des digues rest6es fameuses, s'adonne au
commerce maritime, c'est-h-dire, au grand cabo-
tage, le seul que les Portugais permissent alors a
1'Europe d'entreprendre. Tyranniquement exploit
par l'Espagne, sous la domination de laquelle d'heu-
reuses alliances 1'ont faith tomber, il se soulbve.
Mais l'unanimit6 qui pouvait faire sa force dans
cette circonstance redoutable oh il s'agissait de
lutter centre la terrible autocratic de Philippe II,
l'unanimitd lui manque : une parties des Provinces-
Unies reste soumise a la cour de Madrid, tandis
que, sous les braves princes de la maison de Nas-
sau, l'autre march a l'inddpendance i travers les
bichers et les dchafauds dresses par le due d'Albe.
L'Espagne, alors le plus puissant Etat du monde,
inaugure ce systeme que la France a voulu imiter
depuis : tous les ports de 1'Europe sur lesquels elle
peut dtendre son influence sont ferns a la nouvelle
rdpublique du Nord, tandis que par ses vastes posses-
sions de l'Amerique, et par le Portugal qu'elle vient
de conquerir, elle essaye de lui former la route des
deux Indes.





INTRODUCTION. lix
La H-ollande est ainsi privde de cette navigation
secondaire qu'elle avait enlevee aux r6publiques
italiennes, et qui l'avait rendue le facteur de 1'Eu-
rope.
De cette situation rendue si critique devait nal-
tre sa puissance.
Ces marchandises qu'elle ne pouvait plus aller
prendre dans les ports d'arrivee, elle rdsolut d'aller
les chercher aux lieux de production. Avec cette
impassibilitd calculatrice qui leur a fait faire de si
grandes choses, les Hollandais, au milieu de leurs
campagnes devastees et de leurs cites fumantes,
commencrent leurs premiers armements pour les
Indes orientales. C'est alors que, pour eviter la
rencontre des Portugais et des Espagnols, ils es-
say'rent, comme nous avons dit, de remonter par
le Nord-Est. Come ils avaient la conscience de
leur but, l'insucces de trois armements successifs
qu'ils dirigrrent vers cette voie, ne les decouragea pas.
Enfin, on prit la veritable route, la grande com-
pagnie se forma, et l'Asie hollandaise fut crede.
11 faut descendre de quelques anndes dans le
siecle qui vit cet 6venement, pour comprendre les
consequences mat6rielles d'un fait 6conomique sur
la destinee des Etats.





IX INTRODUCTION.
Lorsqu'en se reportant an rIgne de Louis X1V
on lit le nom hollandaise dans les pages de l'histo-
rien, aussi bien que dans les vers du poete qui ont
celdbrd les exploits du grand roi; lorsqu'on voit
sans cesse l'areie des Provinces-Unies, laflottedes
Provinces-Unies s'entre-choquant avec l'armee et la
flotte de la France, on dprouve d'abord un veri-
table embarras i se rendre compete de cette lutte
en apparence si inegale, et cependant si fierement
soutenue. Mais lorsque l'on dtudie l'ensemble de la
situation ; lorsqu'on se fait une idde de l'immensite
des resources que le commerce des Indes fournis-
sait a la Hollande, de la trempe 6nergique de ses
marines qu'avait bronzes cette navigation ou la terre
n'6tait plus qu'un accident pour l'homme on ar-
rive a comprendre le secret de cette puissance qui
fit de la Hollande le boulevard de l'Europe centre la
politique envahissante de Louis XIV, et lui permit i
elle, petite nation ayant en tete la France, de pren-
dre ce role de resistance obstinde que l'Angleterre a
eu de nos jours tant de peine a conduire h fin.
Alors, en remontant le fil des 6venements pour
se rendre compete de leurs causes determinantes,
on arrive a ce curieux rapprochement, que I'a-
venture tentee par un bourgeois d'Amsterdam, en





INTRODUCTION. Ixj
1602, a domine la politique du xvlee siecle.....
La compagnie hollandaise a fini, parce que, pour une
raison ou pourune autre, tout doit prendre fin. Sa pros-
perite durajusqu'h la guerre de 1780, quiluiportales
premiers coups en lui faisant perdre de riches
chargements, en enlevant une parties de ses posses-
sions territoriales, et en ddtruisant la marine na-
tionale qui pouvait la defendre. Celle de 1795 ache-
va 'oeuvre. La compagnie d6ji 6branlde n'dtait pas
de force a soutenir contre la France r6volutionnaire
la lutte qu'elle avait soutenue contre la France de
Louis XIV. La Hollande demeura un moment ef-
facke de la liste des nations, et avec elle disparut
la puissante corporation qui avait fait sa force.
La compagnie ne se releva pas avec la nationa-
lit6 nderlandaise ; mais lorsque les grandes conven-
tions de 18 1 et 18 15 replacant la Hollande au
rang des puissances, voulurent lui rendre en parties
les fleurons de sa couronne maritime, ce furent les
etablissements cr6ds par l'association de I1602 qui
lui furent ritrocedds. Elle eut Java, le royaume
de Jakatra oh s'dleve la cdlbbre ville de Batavia,
les provinces de Tayal, de Samarang, de Japara,
de Sourahaya, les royaumes de Cheribou et de Ma-
tarain ; dans 1'Ple de Madura qui l'avoisine, le beau





Ixij INTRODUCTION.
district de Pamakassi; a Sumatra, les provinces de
Lampong, les miles de Banka et de Billeton qui en
dependent; les provinces occidentales des Cl66bes
don't faith parties le royaumne de Ternate, la parties
occidental de 'ile de Timor, et les lies adjacentes;
enfin, les cdlbbres Moluques, que les Hollandais ap-
pellent les grandes Indes orientales (Groot oost),
an nombre desquelles se trouve Amboine oi prit
terre le premier armement de la compagnie. Tous
ces territoires et leurs nombreuses d6pendances
etaient ou tributaires de la compagnie ou possd-
des par elle. Ils relivent aujourd'hui au mime titre
du gouvernement nderlandais. Leur population est
6valu6e a 8,000,000 d'imes, c'est-a-dire, a pres du
double de celle de leur metropole.
Enfin, et ce rapprochement nous semble du plus
haut enseignement, lorsque de nos jours une revo-
lution est venue de nouveau rompre l'antique unite
des provinces de la NMerlande, et que l'heritier des
glorieux Nassau du xvil siecle a entrepris de r6sis-
ter a la politique de 1'Europe, c'est a ces mnmes
possessions des Indes, c'est a ce inme commerce
des Indes qu'il s'appuya dans son isolement.

Nous n'avons pas hesoin de constater quels out





INTRODUCTION. Ixiij
etd les r6sultats matdriels de l'incorlorlution des mar-
chands de Londres. La, le succes n'a pas seulement
combld les esparances, il a encore d6passd l'ambi-
tion. L'occupation d'une parties de 1'Asie par une
association de bourgeois europdens, la manibre don't
cette occupation est maintenue, resteront h tout
jamais I'une des pages les plus surprenantes de
l'histoire.

Nous avons indiqud les modifications successives
qui, de la petite association formde par d'Enambuc,
avaient fait la grande compagnie des Indes occi-
dentales. Crede pour quarante ans, celle-ci n'en
dura que dix, le roi ayant ordonnd la liquida-
tion et avant fait operer le retour h la couronne
des territoires qui lui avaient dtd conc6dds. Ce fait,
diversement interpr&td, ne saurait etre consider
come revilant une impuissance caractdristique de
la compagnie en presence de son ceuvre. L'6dit de
dissolution reconnatt que, malgrd (( les grandes et
ndcessaires ddpenses auxquelles l'avoient entrainde la
guerre qu'elle avoit &td d'abord oblige de soutenir
contre les Anglois, elle efit pu s'en dddommager
tant par son commerce que par les possessions de
tant de pays oi elle jouissoit ddjh de tant de reve-





IXIV INTRODUCTION.
ius. n Savary et Valin, si verses dans ces matieres,
confirment ce t6moignage official '.
Pour nous, la veritd est dans ce fait, qu'a la dif-
ference de la compagnie de l'Orient, celle de l'Occi-
dent 6tait plut6t de colonisation que de commerce;
d'oh cette consequence que trouvant une euvre
dejh vigoureusement dbauchbe par les differentes
associations qui l'avaient prdcedee, elle put, h l'aide
des grands moyens don't elle disposait, la faire ar-
river rapidement au point oh la royaut6 pouvait la
recevoir de ses mains. C'est encore li ce qui resulte
de l'ddit de revocation, qui reconnatt que ( le but
egalement utile et glorieux que le roi s'dtoit propose,
avoit eu le succes desirable. ) Loin done de trouver
aucun argument contre le rdle que nous attribuons
aux anciennes companies dans l'histoire du dix-sep-
tieme siecle, dans la court durie de celle des Indes
occidentales, on peut dire que cette association estde
routes, celle qui a le mieux concouru h son but.
11 ne faut point oublier que la function des entreprises
de cette nature est, avant tout, de preparer l'euvre
superieure de l'Etat; et ce qui, a premiere vue,
senble un insuccs, rend pour nous association des

Voy. le Dicltounaire dci Commerce precite, aun inot Comptiagie ldes
Iides occidentales. El Valin, Op. cil.,;t. I, p. 12.





INTRODUCTION. IXV
Indes occidentales la compagnie module, tandis que
nous considdrons come une monstruosite economi-
que et politique la corporation des marchands de
Londres.
Cette appreciation se trouve d'ailleurs dcrite dans
la carte du monde, tel qu'il dtait constitud avant la
paix honteuse et les vicissitudes de nos dernieres
luttes : qu'on y jette les yeux, on reconnaltra, mar-
quees aux couleurs de la France, i c6td de la Marti-
nique, de la Guadeloupe et de la Guyane, sauvees du
naufrage, ces memes limits qui figurent dans l'arti-
cle "er de la concession de Ic64.

Personne n'ignore parmi nous ce que fut un mo-
ment la compagnie des Indes orienlales '. Personne
n'ignore qu'il ne tint qu'a la France de se crier,
combine l'Angleterre, une Asie orientale. Ii suffit de
citer les noms de Labourdonnaie, de Dupleix et de
Lally, pour rappeler toute une epopde de gloire, de
malheurs, d'aveuglemcnts funestes, et de sanglantes
erreurs.- C'est un point sur lequel il ne faut pas
s'arreter, meme pour constater que la florissante co-
lonie de Bourbon, les faibles debris qui nous restent
dans l'Hindoustan et 'ile de France, aujourd'hui an-
'Par ddit de juin 1725, la compagnie avait 06I liquidee de son passO
avec le sy!ltme, et rendue it son rl6e primitif.





IXVj INTRODUCTION.
glaise, sont les anciens dtablissements de la compagnie'.

Telle fut la part des premieres companies dans
la grande ceuvre de l'occupation des mondes trans-
atlantiques. I nous reste a rechercher l'action
qu'elles ont comme indirectement exercde sur les
metropoles, d'oii elles rayonnaient aux extrdmites du
globe.
Il ne faut que se reporter aux circonstances au
milieu desquelles se sont faits les premiers armements
du long course, pour s'en convaincre : c'est du
risque maritime qu'est nee l'idke de la grande asso-
ciation des capitaux, et de la fusion des individua-
litis dans la corporation anonyme. II faudrait n'avoir
ouvert aucune des relations que les premiers naviga-
teurs commercants nous ont laissdes de leurs tribu-
lations, pour ne pas comprendre quels dtaient les
risques de la mer, h une 6poque oii les nations s'd-
taient partagd le monde a l'aide de lignes imagi-
naires, en se reservant le droit de courir sus a qui
franchirait ces limits fantastiques. Au xvrie siecle,
l'Oc6an 6tait encore completement en dehors du droit
Ce fnt en 1764, et par edit du mois d'aont, que les lies de France et de
Bourbon cesserent d'appartenir h la compagnie pour faire parties du do-
maine de I'Elat, qui les acleta, ainsi que les autres possessions de la com-
pagnie, moyennant une rente de 1,200,000 liv., liquid6e par edit de fcvrier
1770.







international; les sujets s'y battaient et s'y dechi-
raient sans creer aucun casus belli pour les souve-
rains. Alors, chaque navire du commerce portait
batteries et soldats ; et aller en ndgoce, comme on
disait, c'6tait aller en guerre. Cette situation est
d'ailleurs tout entire dans ce droit de fondre canons
et boulets, de faire paix et troves, que portent les
differentes charles que nous avons analyses. On
comprend de quelle impuissance etait frappee l'ini-
tiative individuelle, en presence d'un pareil dtat
de choses. Tout etait contre elle : insuffisante dans la
lutte a soutenir, elle avait a supporter l'integralitd
du dommage hi prouver. II fallait donc, ou s'abs-
tenir, ou suivre l'instinct qui a conduit i la forma-
tion des premieres socidtes humaines. On se rdunit
d'abord pour resister. De cette idde purement n6ga-
tive h celle plus avancee de l'exploitation en com-
Inun, il n'y avait qu'un pas '.
Plus tard, et come en s'inginiant pour recon-
(luerir sa personnalit qu('avaient fini par absorber
trop completement les companies, I'esprit de ndgoce

Si nous ne nous faisons illusion, c'est la march que semblent vouloir
prendre, en ce moment, les feddrations politiques de l'Europe; mouve-
ment qui a trouv6 sa formuile la veril(, encore incomplete, dans la ligne
alleniande dti Zollverein, premiere atteinte portee a la vieille pensde des
alliances offensives et ddfensives.


Ixvij


INTRODUCTION.





lxviij INTRODUCTION.
trouva l'idee de I'assurance. C'est ainsi que, de l'un
des exces de l'association coinmerciale, devait naltre
1'une de ses consequences les plus heureuses; branch
ficonde qui, malgre son rapid ddveloppement, n'a
encore port qu'une parties de ses fruits ; car, come
on l'a ddjh remarqud, l'assurance, en se g6ndralisant
et en se concentrant, sous la forme d'imp6t, dans les
mains de l'Etat, doit devenir une institution publique.
C'est ainsi, encore, que Law en revant le monopole
universal en faveur de la gigantesque compagnie gend-
rale, a fait disparaltre 1'odieux systime des fermes, et
ddcouvert la perception centralisee des revenues pu-
blics.
II faut aussi remonter aux grandes associations com-
merciales du xvie siicle, pour retrouver l'origine
de la circulation du capital mobilier proprement dit,
et celle de la monnaie du credit public.
Cela est facile a 6tablir. Nous avons dit comment,
en Hollande, le droit reservd h chaque interess6 de
transfer sa part d'intiert dans Ic capital des
companies, avait fait naltre l'.Iction; constatation
authentique ddlivree par le conseil administratif de
association, et transmissible a volontd. Les souscrip-
tions ouvertes par la compagnie une fois closes, le
success de ses premibres operations fit naltre le re-




INTRODUCTION. Ixix
gret chez ceux qui s'dtaient tenus en dehor's de l'af-
faire. Ils acheterent les titres de ceux qui voulurent
s'en dessaisir. Les magnifiques rdsultats qui ne.tard&-
rent pas a se produire, donnerent de la i.ivacit h
ces marches. On acheta au-dessus du course d'e'mission,
et par 1'effet des Chambres que -la compagnie comp-
tait dans les principles villes des provinces, son
capital social circula sous forme de paper dans toute
l'Ntendue du pays. c Le commerce des actions, dit un
ecrivain, devint un des plus important qui se fit i
la bourse d'Amsterdam, et des autres villes des Pro-
vinces-Unies ou il y avait des chambres de. a com-
pagnie des Indes orientales; et il y a indme quantity
de gens qui ne subsistaient et ne s'enrichissaient que
de ce n6goce '. De son c6te, Law, qui ne proce-
dait pas i demi, fit &crire dans l'ddit translatif de la
compagnie de l'Orient en celle.d'Occident, une dis-
position ainsi conque: c Et d'autant que les pro-
fits et pertes dans les companies de commerce-n'ont
rien de fixe, et que les actions de la compagnie
ne.peuvent etre-considdrdes que comme marchan-
dises, nous permettons a tous nos sujets et aux
rangersr, en compagnie on pour leur compete par-


SVoy. le graml Dictionnaire de Savary, dja citt au mot ACTION.
L /





Ixx INTRODUCTION.
ticulier, de les acheter, vendre, et commerce ainsi
que bon leur semblera. C'dtait la theorie de la cir-
culation des papers de credit formulde en aphorisme
ldgislatif.
Telle fut l'Action, qui, inventde par les Hollandais
en 1603, est demeurde jusqu'ici le dernier mot de
la transmission du capital mobilier.


Aucune notion sdrieuse ne nous est parvenue sur
les institutions financires qui ont, dit-on, fonctionn6,
soit a Venise vers 1 5o, soit en Espagne deux cents
ans plus tard, soit enfin h Genes dans les premieres
anndes du xve siecle. Mais, ce que nous en savons
ne permet pas de les consid6rer comme des dtablis-
sements de credit public suivant l'acception attache a
ces mots. D'aprbs un 6crivain qui a porter une grande
sagacity dans l'6tude de cette matiere, les pretendues
banques que nous venons d'indiquer n'auraient &td
que de grandes regies de perception a I'usage du gou-
vernement '. L'immense movement d'affaires que
ddvelopperent en Hollande les operations de deux
companies; cet emploi si nouveau, si frappant, et
dejh si usuel, d'un capital circulant sous forme de pa-


' Blanqui, Histoire de l'dconomie polilique, t. II, p. 4 I.




INTRODUCTION. Ixxj
pier, firent naitre l'idde d'un 6tablissement analogue,
mais spdcialement consacrd a cette transformation de
l'argent en paper. Ce fut ainsi que prit naissance la
celkbre banque d'Amsterdam; affinity curieuse que
n'ont pas saisie les ecrivains qui ont traits cette matiere,
quoiqu'elle rdsulte, jusqu' I' evidence, selon nous,
d'une analogie servile entire les operations de la ban-
que et cells que faisait naitre la transmission des
titres des deux companies. On sait en effet que le
celebre ktablissement d'Amsterdam 6tait une banquet
de deLpt, et non d'escompte; ses operations consis-
tant a donner en change de. l'argent qu'elle rece-
vait, des certificats de (depot qui ne subissaient pas
les variations de la monnaie d'alors, et que leur nature
rendait plus facilement transmissibles. Or, c'dtait l ',
ainsi cue nous I'avons dit, le movement qui s'dtait
naturellement etabli sur les actions des companies,
et ces valeurs eussent rendu la banque a peu prbs
inutile sans cette mobility dans leur course que nous
avons constatde. On ne saurait douter que Law, qui
avait mis a profit sa vie aventureuse pour etudier en
Hollande les questions financieres, a une epoque on
le dernier marchand d'Amsterdam en savait pro-
bablement plus long sur ce chapitre que le con-
Ir6leur general en France, n'ait puise, dans cette
I.





IXXjj INTI.ODUCTION.
juxtaposition de. la banquet et des conmpaguies I'i-
dee de la double institution qu'il cr(i a parmi nous.
Senleinent, son genie financier avait .comipris que
deux dldments de cette nature ne devaient pas fonc-
tioniier. siniiltan6dent sailss'dtayer et se faciliter
inutuelleiient leur .narche. De lh I'appui- que don-
nOrent les papiers de la. banque ceux des Miissis-
si).ien.s, comnie on.. disit; appui q'ui, apris avoir.
soutenu les uns par les.autres, les entraina dans dne
iuine commrune. Mais ce n'est pas tout:.Law, ave'
cette promnptitude de comiprehens.ibn qui spare le
genie de intelligence, avait dt.i fiappe de l'inmo-
bilite sterile. des capitaux dornt la representation en
paper avait sillonne la TIollande. De cette remarque
a l'idee de'tirer parti h la fois, dans-de certaines-li-
mites,; du capital et de sa representation en paper,
il n'y avait qu'un pas : la banque de Law fut a la fois
banque de- deptl et banquet d'escoimle.
Telle fut. la filiation de la nmonnaie du credit,
1'une- des plus .belles decotivertes. des. temps mo-
deines, qui., i elle seiule, a remilu .plus. de choses que
plusieurs. guerres et plusiears: revolutions;, et-qui
restera avec les.mondes qu'elle a f6jnds, come la
tiace glorieuse de l'existence des grades compa-
gnies du xvil' siecle.







11 fati cgaleinent constater le -rapprochement qlue
ces associations' duient etahlir entre'les individus de
nationality -distincte, par I'appel que leurs charges
faisaient aux.capitaux strangers, "et par le droit de
cite qu'elles accordaient a ceux'qui se rendaient a
cet appel- Au point.de vue plus special de la France.,
on aura de plus remarqud cette rehionciatioh au droit
d'aubaine, qui certainement. taiit quelque chose'an
temps oi nous nous reportons; cette sorte d'av&-
nement de la bourgeoisie par son intervention su-
pdrieure dans la gestion d'une: si grosse affaire, a
laquelle la royautd etait pourtant si fortemnent int6-
resse ; cet abandon. p.artiel des droits de. sou.ver!ai-
net6 en faveur d'une association deminarchands; et
cnfin jusqu'h cette manik e de proc.leer, oht.l'dlec-
tion s.eule dOterminait le choix des agents de I'ei.-
treprise.

A ctl de .ces consequences tris belles et t.res-
larges de I'association commercial telle que l'avail
organisde le xvilc.siecle, il convileht, pour l'eiseigne-
meiit du present, d'eii rcieherche les erreurs et les
vices. Nous dirons suril c point, et saris 6gard poti Ic(s
iddes inagistrales de notrie temps ce qui est ressorli
pour nous de I'dtude sdricusc de dla question. Par


Ixxi ij


INTIIODUCTION.






idWes magistrales, nous entendons celles qui, se gon-
flant dans l'aphorisme 6conomique, sont passes en
articles de foi.
Parmi ces idees, il faut incontestablement placer
au premier rang le principle de la non-intervention
de l'Etat dans les affaires de l'industrie, et la haine
du privilege.
Or, nous croyons qu'il y a, h propos des com-
pagnies, beaucoup h dire a ce sujet. Nous croyous
que si la France veut demander a I'association autre
chose que d'odieux tripotages de bourse, elle doit
modifier de'beaucoup les themes qu'elle a, sur ces
deux points, recus tout faits de la constituante.
L'esprit de toutes les nations n'a pas 6dt jetd dans
le meme moule. Il rdsulte pour nous de l'dtude qui
pr6cede, que jamais les companies franqaisesnefurent
administries comme celles de la Hollande et de
l'Angleterre. On n'y trouva jamais cette suite, cette
perseverance, cette unite traditionnelle de vues qui
faisaient des directeurs d'Amnsterdam et de Londres
de veritables hommes d'Etat. On ne le sait que trop,
pendant presque tout le regne de Louis XV, l'admi-
nistration de la compagnie des Indes orientales a dte
un conflict a peu pros permanent, don't les conse-
quences sont demeurdes irreparables. Ce fut done


Ixxiv


INTRODUCTION.





INTRODUCTION.


une faute au point de vue du succes de l'affaire, que
cette concession liberale par laquelle la royaute, ca-
ressant les faiblesses de la bourgeoisie pour l'attirer
Sson oeuvre, lui permit de s'driger en petite corpora-
tion r6publicaine dans l'Etat. Les affaires comme
celle qu'avaient entreprise les companies, tout en
fonctionnant a l'aide des capitaux priv6s, deviennent
en quelque sorte chose publique, et par la multipli-
cit6 des resources individuelles qui y concourent, et
par les consequences qu'elles peuvent avoir. 11 y a
autre chose qu'un simple acte d'absolutisme imperial;
il y a, sauf application, une pensee just dans cette
organisation de la banque de France qui fait intervenir
l'Etat dans la haute direction de l'affaire, en lui con-
ferant la nomination de son personnel sup6rieur .
On peut done le dire, si notre gdndration voulait
faire quelques tentatives dans la voie qu'avaient si
hardiment ouverte nos peres, elle devrait renoncer
a cette sorte d'autocratie interieure, a ces faqons
d'independance qui n'avaient de valeur que celle
qu'elles recevaient du contrast. Qu'est-ce que le
droit d'dlection dans une compagnie pour ceux


Nous avons dit, sauf application, parce qu'il est permits de tronver
que I'Etat s'est fait la part du lion en nommant directemnent le gouverneur
et les deux sous-gouverneurs, desquels relMvent tons les autres agents.


lxxv





lxxy INTRODUCTION.
qui l'exercent dans la politique? Le plus habile se-
rait de faire payer au gouvernement I'action qu'il
ne saurait manquer de revendiquer, s'il a le senti-
ment de son r6le, en le faisant intervenir comme in-
tdresse dans l'affaire.


11 nous reste a parler du Privilege, qui va nous
conduire a la conclusion de ce travail. ddj trop
6tendu.

Le monopole, ou le privilege ( nous ne crain-
drons pas de lui donner tous ses noms), le mono-
pole, organism a un point de vue superieur, est une
idWe grande, feconde et necessaire. II est en
industries le commencement normal et r6gulier de
toute chose. Et, sous ce rapport, on petit dire que
le privilege accord. une association qui doit en-
treprendre une ceuvre nouvelle et important, n'est
que l'application gdndralis6e de celui que la loi
accord de nos jours .l'inventeur ou h l'impor-
tateur d'une industries jusque-la ignore. Oui, cc
que nous nommons le brevet inventionin n'est autrc
chose. que l'assurance cr66e en faveur de cette in-
dustrie pour lui tenir compete du risque plus grand
que court tout capital qui se lance dans une vpre





INTRODUCTION. IxXvij
inexplorde. Qu'ou. y prenne garden! C'est a ce point
de vue seulement que le privilege de l'inventeur
prend un caractere elevd et social; si. on ne veut le
considdrer que come une recompense pour avoir.
trouve, il devient odieux et mesquin. C'est la
pr6tention des Pertugais sur le passage par le cap
de Bonne-Esperance ddeouvert par Gama. Eh bien !
ce qui est rationnel pour l'industrie individuelle,
l'est aussi pour-l'industrie associde, et h bien plus
forte raison. Car, a .tout prendre, on pourrait bien
rdunir, sans l'assurance du privilege, des capitaux
pour une exploitation nouvelle devant fonctionner
dans des limits restreintes; mais comment espkrer
les trouver pour une de ces entreprises qui doivent
remuer de grandes choses, si on ne leur offre que
F'eentualite du ben6fice?
Toute la question est done dans l'organisation du
privilege h accorder..Cette organisation doit consis-
ter d'abord dans Ic fractionnement du capital social
en un assez grand nombre de parts pour que cette
diffusion attinue. le caractere du privilege; puis,
dans une dilimitation de tenips calculde plut6t en
provision de risques a courir, qu'en vue des bendfi-
ces a realiser. II faut que, lorsque le privilege col-
lectif a accompli son oeuvre, qui est de preparer la





lxxviij INTRODUCTION.
voie a l'initiative individuelle, il se retire et lui cede
la place. Et c'est ici que se presentent a la fois l'd-
loge et la critique quant aux anciennes companies.
Leur capital etait suffisamment divisd; une limited
raisonnable de temps avait dte fixde a leur privilege.
Mais, ainsi qu'on l'a vu, ce privilege etait prorog6
h chaque expiration. Et ce renouvellement du mo-
nopole dtait devenu une veritable resource finan-
ciere pour les gouvernements souvent aux abois. La
compagnie des Indes occidentales francaises, dissoute
apres dix annes d'existence, quand sa charte lui en
accordait quarante, parce qu'elle avait, suivant Valin,
suffisamment rdpondu a l'attente du roi, nous semble,
sous ce rapport, avoir ete bien mieux dans son r6le
que la monstrueuse corporation anglaise qui s'est per-
petuee de monopole en monopole jusqu'h nosjours.
Ce n'est done pas le privilege lui-meme qu'il faut
craindre, c'est l'abus du privilege. Ce n'est pas le
principle, c'est sa mauvaise application. Or, il faut
bien penser que les gouvernements modernes fonc-
tionnent d'une maniBre trop reguliere pour que la
crainte de l'abus puisse les detourner de l'applica-
tion.
Les faits d'ailleurs ont ddja h moitid confirmed ces
veritis parmi nous. La concession par la loi des





INTRODUCTION. Ixxix
voies de fer, qu'est-elle autre chose qu'uue garantie
de privilege ou monopole temporaire offert aux ca-
pitaux come une assurance contre les risques de
ces grandes entreprises ?

II faut conclure.
En rappelant ainsi le passe des grades compa-
gnies de commerce et de colonisation, et surtout en
rapprochart ce'passe des efforts qui, de nos jours,
tendent a reconstituer I'association des capitaux,
notre pensee a dt& celle-ci :

Il est des problkmes qui se formulent d'eux-memes
lorsque leur temps est arrived, et que les gouverne-
ments recoivent tout poses de la main des peuples.
C'est a l'intelligence du pouvoir superieur h en trou-
ver la solution. Sans quoi, ils se r6solvent tout seuls,
et se resolvent presque toujours mal. Qu'arrive-t-il
alors? C'est que le gouvernement, don't la function
est d'intervenir en definitive dans routes les choses
capitals qui s'accomplissent sous ses yeux, ne peut
longtemps faillir a son role: il intervient a la fin;
mais il intervient lorsque les complications sont
assez grandes pour qu'il ne puisse plus s'en tirer
avec honneur. Alors, sans avoir la gloire de l'initia-





lxxx INTRODUiCTIlON.
tive, il a l'enbarras et souvent la honte des conse-
quences. Or, nous croyons que la Colonisation
est un de ces problkmes que le temps a posds et aux-
quels on ne peut abandonner le soin de leur propre
solution. Nier qde cette tendance soit aujourd'hui la
notre, c'est nier ces instincts qui nous travaillent,
et qui dclatent, comme h notre insu, sous des former
diverse : cette preoccupation si vive, e.t parfois si
irritable, qui nous saisit a l'endroit de note puissance
maritime; les embarras si serieux que nous .valent
en ce moment a l'dtranger ces migrations considd-
rables de nos nationaux, qu'un esprit de prdvoyance
n'a pas su de longue main diriger vers un centre
francais; la sollicitude que nous cause h tous, gou-
vernants et gouvernes, la situation de nos anciennes
colonies au moment oh nous croyons devoir toucher
profondement a leur organisation; enfin c'est nier
cette lutte redoutable que nous avons entreprise
contre une parties de l'Afrique, duel terrible qui
miriterait d'etre h jamais odieux et maudit, s'il avait
te entrepris pour lui-mnme: si, a c6te des sanglantes
consequences du present, nous ne faisions flotter lcs
pacifiques et frcondes processes de I'avenir.
Recon naissons-le d'ailleu!rs, le p )uvoir slupricIur n
s'est pas montrC rebellc h ce inouveincnt des esprits.





INTRODUCTION. Ixxxj
En placant le pavilion de noire protectorat sur les iles
de l'Oceanie tandis qu'il inaugure la franchise con-
inerciale dans les mers Malegaches o'u Nossi-bd et
Mayotte occupies peuvent devenir la base d'operations
plus importantes ; en essayant de faire br6che a la bar-
barie africaine par les comptoirs de la Sindgambie,
tandis qu'il aborde h un point de vue nouveau l'6-
tude de la colonisation de la Guyane le gouver-
nenmeit fait acte d'intelligence, et. si nous pouvons
ainsi dire, d'actualite.
Mais c'es tentatives germes ficonds sans doute,
sont-elles .suffisantes ? Et y a-t-il lh de quoi satis-
faire aux appktits nouveaux que l'inunense.specula-
tion des voies de fer a fait naltre et developpes dans
les esprits ? Nous ne le pensions pas: I'association des
capitaux est evideminent arrive de nos jours a une de
ces 6poques qui Inarquent dans 1'histoire,. et qui crdent
des obligations aux gouvernements sous lesquels
elles se prodnisent..'Cette finvle dans laquelle nous
nous agitons en ce moment, qu'est-elle autre chose
que ce granrdnmouvement qui, parti de la Hollande,
parcourut successivement 1'Angleterre et la France,
et finit par crier le monde colonial de l'Europe? Or,
on peut se.le demanderr, cette idee don't les conse-
quences ont etc si fecondes, quel fruit e(tt-elle port





IXXxij INTRODUCTION.
si, au lieu de la laisser se gaspiller en d'innombra-
bles associations anarchiques, la haute sagesse du
gouvernement des Provinces-Unies ne l'eut discipli-
nee en quelque sorte en ]a ramenant h une puissante
unite? Le gdnie des gouvernements modernes se
montrera-t-il inferieur a celui d'un petit people se
d6battant au xvle siecle dans les angoisses de la
guerre civil ? Pour l'honneur de notre 6poque, on
ne saurait I'admettre; et nous croyons que plus d'une
intelligence 6lev6e a d6jh eu, dans les hautes regions
du pouvoir, la revelation de ce qu'on peut demander
a ces excis memes de la speculation que chacun dd-
plore.
L'agiotage, c'est le course d'eau qui inonde et de-
sole les campagnes, jusqu'au jour oih 'endiguement
lui tracant un lit, en fait le moteur des riches usi-
nes. C'est un mal uniquement parce que ce n'est pas
un bien.- Puisse-t-on le comprendre, et comprendre
en menie temps qu'il y aurait comme de l'enfantil-
lage a se preoccuper exclusivement de relations a
6tablir entire les peuples par la voie de terre, en
laissant entierement de c6te celles qui ne peuvent
s'ouvrir que par.la mer!

Telle fut l'Reuvre de l'association des capitaux ai





INTRODUCTION. lxxxiij
xviil sibcle. 11 ne faut qu'6tudier-et chercher, pour
comprendre qu'elle n'a pas dit son dernier mot, et
qu'il peut y avoir encore place pour elle sous le
beau soleil de ces contries qu'elle a jadis defrichees
et conquises a la civilisation.



















LIVRE PREMIER.



CO LONISATION.











CHAPITRE PREMIER.


Colonisation.


Idct generale du livre. Decouverte de I'ile. D6part et retour de Co-
lomb. Prosperit6 et decadence. rapides de la rolonie espagnole. -
Causes de la decadence. Extermination des Indiens. Le cacique
Henri. La Tortue. Les Flib'ustiers et les Boucaniers. Leur gou-
vernemnent. PremiBre intervention de la France. Elle nomme un
gouverneur de la Tortue. Les Francais colonisent sur les Espagnols
come ceux-ci avaient colonise sur les Indiens. Premieres cultures.
La canne i sucre.-Le tabac ou petun.-Le coton. -L'indigo.-Le
cacao. Premiers temps de la culture du cafdier. Ce qu'il fut pour
la Martinique. L'occupation de Saint-Domingne est la colonisation
modtle, parce qu'elle est la colonisation progressive. Querelles des
limites. Rapprochement avec ce qui a lieu de nos jours dans l'Ore-
gon. Question des limits. Erreurs accrdditees. Refutation. -
Fait singulier quant a la date des droits 16gaux de la France. Le pre-
mier gouverneur g6ndral, pour le roi, des miles sons le Vent. Les
comes de Bldnac. Le premier intendant. L'ancienne organisation
colonial etait la meme que celle de la metropole.-Cause de cette assi-
milation. -Les miles sous le Vent.--Marche progressive a partir de 1725.
Insurrection de 1768. Elle est causee par la question des milices.
-Situation jusqu'en 1790.-La parties espagnole ou I'Audience. -Expli-
cation pliilosophique de ce mot. -Organisation de la colonies espagnole.
Relations avec la parties frangaise. Situation en 1730. Population
en 1790. Rdpartition tie cette population, et recherchles, i ce sujet,
sur la legislation servile des Espagnols. Tendances liberales unies a
ine grande energie de repression. De l'esclavage dans la colonies es-
pagnole. Les difl'rentes classes y sont rapprocliees. Recherches
sur la situation dconomique de la colonie espagnole. La division du
livre indiquee quant a la parties espagnole.




Chose strange et qui faith penser : h la fin du

xvlle siecle, lorsque, fatigues de leur vie de meurtre





4 LIVRE I. CHAP. r.
et de rapine, quelques-uns des h6roiques forbans
de la mer des Antilles dressbrent leur tente sur la
c6te septentrionale de Il'/e Espaginole, et se firent
planteurs, ces hardis pionniers de la civilisation
purent reconnaitre qu'ils n'Mtaient pas les premiers
colons de cette terre. Comme le laboureur antique,
Fesclave africain ramena parfois sur le sol, aux re-
gards 6tonns de son maitre, des debris d'origine
bien distinct! C'6taient des fragments de poterie
grossibre, des petites idoles en glaise durcie tells
qu'en avaient encore les Indiens caraibes retires
dans l'une des ties de l'Archipel; c'etaient des us-
tensiles domestiques en usage en Europe, des mors
contourn6s, des 6perons aux large molettes d'a-
cier '... En moins de trois siecles, le nord de 'c
pays avait vu s'6teindre deux races d'hommes : le
people conquerant et le people conquis avaient mld;
leurs debris sous le vert niveau de son sol... Encore
moins d'un siecle, et une nouvelle transformation
est subie : la population qui succede aux Castillans
est comme balayee par un terrible ouragan, apris
avoir traverse le reve d'une fabuleuse prosp6ritd.
Enfin, cinquante annees ne se sont pas 6couldes


' Le P. L:hal parIle d'Inn de ces fou)illes 'aite en sa pr';sencc.




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