Rimes haïtiennes

MISSING IMAGE

Material Information

Title:
Rimes haïtiennes poésies, 1874-1881
Physical Description:
157 p. 18 cm. : ;
Language:
French
Creator:
Edouard, Emmanuel, 1858-1895
Publisher:
E. Dentu
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
Bound with this are the author's La Republique d'Haïti à l'apothéose de Victor Hugo Paris, 1885 and Le panthéon haïtien Paris, 188-?.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 27258610
ocm27258610
System ID:
AA00008874:00001

Full Text






























NA















RIMES HAITIENNES









BIBLIOTHEQUE HAITIENNE


RIMES


HAITIENNES

TO._SIES

PAR
EMMANUEL DOUARD
EMMANUEL tDOUARD


1874-1881


E. DENTU,
Palais-Royal,


PARIS
LIBRAIRE-2DITEUR
15-17-19, Galerie d'Orleans
1882














A MONSIEUR JULES DOMINGUE


Mon cher Domingue,

Quoi qu'il advienne de ces vers, n'ou-
blie pas que c'est par affection pour toi,
pour te complaire, que je les public.

d toi cordialement,
EMMANUEL EDOUARD.

Paris, 1881.


I.



















DEDICACE




Je dddie ce livre a mon pays natal,
a la pittoresque ville de l'Anse-a- Veau.

EMMANUEL 2DOUARD.


Paris, jer ao't 1881.



















REMARQUE




Les Haitiens veulent, come tout people, avoir
leur littirature natienale. Le franpais itant la
langue don't se servant les gens cultivds de notre
pays, nos &crivains se sont toijours prdoccupds
d'empicher' que leurs ceuvres ne se perdissent dans
la littdrature franchise.
C'est pour cela que, par example, M. D. Delorme
a dcrit sur ses lives, tout prds de son nom, ces
mots : c du Cap (Haiti) que M. Enoch Disert
a jcrit sur les siens, A la inmme place, ces mots :
< des Gonaives (Haiti).
Rien n'est plus natural que ce souci de la part
de nos compatriotes. Mais il y a, malgrd tout,
dans le soin qu'ils mettent a bien indiquer leur
lieu de naissance, quelque chose d'extremement






8 REMARQUE

choquant. S'ils n'itaient pas dans le cas que j'ex-
pose, en agissant come ils agissent, ils seraient
absolument grotesques. Je leur done un autre
moyen trds simple et meilleur trds difficile a
trouver, parait-il d'obtenir le risultat qu'ils
ddsirent. Ils n'ont qu't mettre en tWte de leurs
ouvrages, ces mots : Bibliothbque haitienne, D
comme je le fais pour ce livre.
Les Haitiens savent bien, soit dit en passant, que
la grande France n'a que faire de'ce qu'on a dcrit
et de ce qu'on jcrira encore en Haiti.

EMMANUEL EDOUARD.


Paris, 9 aoi t x88r.















PREFACE



J'ai eu le bonheur de noter dans les pages
qui suivent quelques-unes de mes impressions
douces ou p6nibles. Je les ai rassembl6es ici
sans ordre, sans pr6tention, et je les offre a tous
ceux qui s'y veulent interesser.
Je serais heureux si j'arrivais par mon exem
pie h encourager les timides.

EMMANUEL tDOUARD.


Paris, 9 aouit S881.




















TOUSSAINT-LOUVERTURE

























TOUSSAINT-LOUVERTURE


A Gragnon-Lacoste




E En me renversant, on a bien
a abattu le trone de l'arbre de la liberty
a des noirs, mais il repoussera parce
a que ses racines sont nombreuses, vi-
a vaces et profondes. a
(Parolesprononciespar Toussaint-Lou-
verture, le I juin 1802 en metlant
le pied sur e1 navire a le Hiros a
qui allait l'enunener prisonlitr en
France).



Lorsque Brunet (i) sur vous mit sa main d6loyale,
Ce ne fut point la peur qui vgus rendit si pAle,
Vieux Toussaint; vous pensiez A 1'avenir rev6
Pour vos frires. Jamais nul homme n'a couv6


I. GI6nral franqais qui eut recours i la ruse pour arrhter, sur l'ordre
de Leclerc, Toussaint-Louverture vaincu pourtant. L'ignorance honteuse
oft 'on est en Haiti des faits m6me les plus remarquables de 1'histoire
pationale rend cette note nicessaire.








10 TOUSSAINT-LOUVERTURE


Dans son cceur un dessein plus hardi que le v6tre,
Plus g6n6reux surtout, martyr, sublime ap6tre;
Nul homme n'a montr6 plus haute ambition.
Ceux qui ne seraient pas aujourd'hui nation
Si par votre g6nie incroyable, invincible,
Vous n'aviez pas rendu desormais impossible
Lejoug qu'ils abhorraient, ignorent votre nom
Ou I'insultent! Toussaint, sois came sous l'affront,
Car je ne suis pas seul a garder ta m6moire.
Oh! non, non, ne crains rien. L'impartiale Histoire
Te proclamera grand; triste, elle songera
Aux angoisses, aux pleurs des cachots du Jura,






















JEAN-JACQUES DESSALINES
























JEAN-JACQUES DESSALINES



FONDATEUR DE L'INDEPENDANCE D'HA'TI




A Jacques Durocher




S'il est des gens pour qui ton nom, 6 Dessalines,
Veut dire barbaric, atrocities, ruines;
Si des Hal'tiens passent en fr6missant
Pres de la pauvre tombe oii tu dors, 6 geant I



Et s'ils parent alors de forfaits, de rapines,
De trahison, de lois humaines et divines
Qu'il faut venger, devant ton humble monument,
Je m'inclinerai, moi, rcspectueusement :







22 JEAN-JACQUES DESSALINES


Violent ou cruel, qu'importe ? Ta vaillance,
A nos bourreaux chassis 6ta toute esp6rance;
jI suffit; Hai'ti se souviendra demain.



Le soldat fondateur de notre Ind6pendance
N'attendra pas toujours en vain sa recompense.
pors d'utn calme sommeil, 6 a sauvage africain a.






























A T. M. GUILBAUD
















Lorsque j'ecoute Philomdle,
Que je sens tressaillir mon coeur,
Si quelquefois ma voix se mIle
A celle du gentil chanteur;







26 A M. T. GUILA.UB


Toi don't le pied hardi veut fouler toute cime,
Toi qui bien loin de nous planes si fibrement,
Toi qui par tes accents m'6branlas si souvent,
Ne t'en indigne pas, ne m'en fais pas un crime.






CE QUE J'AIME


CE. QUE J'AIME





A Dieudonnd Durocher








J'aimc, dans un bosquet, quand la brise embaum6e
Vient caresser mes sens du doux parfum des fleurs,
Entendre un rossignol, d'une voix enflammne,
Raconter ses plaisirs, ses craintes, ses douleurs;



Quand, dans le Bois-de-Ch&ne, A mes amours je reve,
J'aime, en suivant les jeux de I'onde qui s'en va,
Voir tout A coup paraitre une blonde enfant d'tve
Le froot resplendissant d'un pudique incarnat








28 CE QUE J'AIME


J'aime, quand de Turgeau je monte la colline,
Voir le vert manguier pliant sous ses fruits d'or,
Et le grand cocotier don't la tate s'incline
Sous le vent furieux qui redouble d'effort;



Bien plus que tout cela, bien plus que Philomnle,
J'aime la poesie, un beau livre et 1'amour,
J'aime un baiser brilant des l1vres d'une belle,
Et deux yeux bleus fixes sur les miens tout le jour.






LE POETE ET LA MUSE


LE POMTE ET LA.MUSE







A Enoch Disert







LA MUSE





Enfin quels desirs fous, quelles rudes souffrances,
Quels regrets ont rendu si morne ton regard?
Ont-elles d6sert6 ton coeur, tes esp6rances ?
Ou veux-tu seulement du deuil te fair un art ?
3.







LE POETE ET LA MUSE


De l'6toile qui luit au-dessus de ta t&te
N'as-tu done plus souci, mon po6te?.. Et pourtant...
Ah! si de l'H6licon tu veux fouler le fate,
Il ne faut pas pleurer ainsi qu'un faible enfant.




Ce luth aux cordes d'or qu'en un moment d'ivresse
Je vins te confier, ce luth, mon seul tr6sor,
O toi qui m'appelais ta vie et ta maitresse,
Dis-moi, qu'en as-tu.fait, I'aimes-tu bien encr?




Quelle bise a mordu ta jeune Ame si belle?
Pourquoi restes-tu froid quand je te tends les bras ?
Pourquoi ne viens-tu pas alors que je t'appelle ?
Dis, pokte, pour toi n'ai-je done plus d'appas ?






LE POETE





Muse, tes yeux r&veurs, tes tresses ondoyantes,
Ton regard plus-profond pour moi que l'infin,
Tes baisers enflamm6s, tes l6vres odorantes,
Ton beau front, que jamais, souffle impur n'a terni,.







LE POiTE ET LA MUSE


Ma lyre aux cordes d'or, cette brillante 6toile
De mes nuits qui souvent me consola des jours
Me sont encor bien doux, quoique mon ceil se voile
De pleurs... Oh oui j'ai trop n6glig6 nos amours !




Mais si je te disais un mot de mes tortures!
Si tu voyais le sang qui coule de mon coeur I
Non, aucunes douleurs, non, aucunes blessures
N'exc6dent ma blessure, 6 Muse, et ma douleur!




Tu sais comme j'6tais de volupt6s avide
Comme je me grisais du vin des passions.
J'l iihrais que le mot bonheur f6t creux et vide,
Je marchais radieux dans mes illusions.



Enfin, je crus trouver cette femme idWale
Que tout homme chercha dans I'ombre de ses jours.
La beauty de Clara, certe, 6tait sans gale.
Oh! ses yeux si fatals, je les verrai toujours I



Je sacrifiai tout pour poss6der cet ange,
Tout.... De ma passion quand je lui fis l'aveu,
Elle sourit longtemps, mais d'un sourire strange.
Je pleurais, ji priais, elle combla mnionvoeu







LE POETE ET LA MUSE


Mais bient6t de la plus odieuse inconstance,
L'ange ador6 paya mon dl6irant amour.
Maintenant, dans mon coeur je n'ai nulle esperance;
Dans mon ciel bleu la nuit noire a chass6 le jour.


Non pourtant.... nul n'a vu les roses parfum6es,
Le lis et le jasmin brusquement se fl6trir,
A moins qu'aux verts sommets des branches embaum6es
Quelque implacable vent ne les ait fait souffrir.



Ah si la Destin6e, atroce en ses caprices,
Seule t'a pu contraindre a tant me d6cevoir,
Je te pardonne, enfant, mes terrible supplices,
Je porterai sans bruit le deuil de mon espoir.



Mais si de ton plein gr6 tu fus & ce point dure
Pour moi ; si tu voulus me d6chirer le sein,
Je serai le caillou, perfide creature,
Qui te fera tomber bless6e en ton chemin.








LE POETE ET LA MUSE


LA MUSE




A de pareils pensers ne livre pas ton Ame.
Crois-moi, sois g6enreux, m6prise ton bourreau;
Nul ctre, sous le ciel, n'est plus faux que la femme;
Tu souffres, prends ton luth, chante, chante bien haut.









ATRENNES


ETRENNES





A licie






kossignoi, je voudrais, a l'heufe of tout sommeflidi
D'accords m61odieux r6jouir ton oreille;
Cygne, au lieu de chanter aux sduls bords du tombeatfi
Je charmerais tes jours de mon chant le plus beau;


Abeille, on ni Verfait, sdr ta boudhe mi-close,
D6poser triomphant les parfums de la rose;
Lucioles j'irais, d'un vol capricieux,
M'offrir comme flambeau, la nuit, A tes beaux yeux;








3 TRENNES


Roi, pour te voir sourire, 6 ma trop belle idole,
J'arroserais tes pieds des flots d'or du Pactole;
Dieu, pour te dispute au sombre Esprit du mal,
Oh! je prodiguerais mon tonnerre fatal.




















ADIEU!













Adieu! s'il est 6crit que pour 1'Nternit6
Ce mot qui finit tout entire nous deux se dresse,
Maudissons du Destin la dure volont6,
Mais adieu pour toujours, 6 ma folle maitresse










LA JEUNE FILLE 'ET LE POETE


LA JEUNE FILLE ET LE POETE




A Lion Latortue





LE POETE




Jeune fille aux doux yeux, tu fais trembler mon coeur.
Je voudrais, un moment, respirer sur ta 16vre
Ce parfum don't le sort toujours trop t6t nous sevre,
Si tu pouvais m'aimer et devenir ma soeur !


J'ai promen6 mes yeux dans l'immense ftendue
Des cieux, tout en revant, enfant, A ta beauty.
Oh nul des astres d'or du firmament vant6
Ainsi que ton regard n'a pu trouble ma vue!







40 LA JEUNE FILLE ET LE POaTE


La-bas, tout pros de nous, au fond de ces vallons
Oh nul bruit importun ne trouble le silence,
Si tu veux a la mienne unir ton existence,
Enfant, nous passerons des jours heureux et longs.



Lorsque la nuit sur terre aura jet6 ses voiles,
D'agr6ables senteurs nous nous enivrerons;
L'oiseau dira pour nous ses plus folles chansons
Nous irons quelquefois contempler les 6toiles.



Comme A te caresser je mettrai de tendresse 1
Je ne chanterai plus que pour te c616brer;
Pour nulle autre mon luth ne saura plus vibrer;
De mon Ame, avant Dieu, tu seras la maltresse.






LA JEUNE FILLE





Non, tu n'as pas besoin, pour avoir mon amour,
De rendre insinuant A ce point ton language.
Je ne pense qu'& toi, la nuit comme le jour,
Depuis que je t'ai vu couch sous le feuillage,
9coutant des oiseaux le gentil babillage.







LA JEUNE FILLE ET LE POLTE


Sur ton front enflamm6 ta passion se lit...
Du supreme baiser ma 16vre est vierge encore...
Je me sens d6faillir, la fievre me d6vore...
Viens dormir dans mes bras, po6te que j'adore!
Que ton vceu, quel qu'il soit, maitre,soit accompli.-










APRES LE BAL


APRES LE BAL












Hier j'ai vu sans pleurer,
Sans m6me murmurer,
Celle don't le sourire
Faisait vibrer ma lyre.



Oh! comme je 1'aimais!
Je n'aurais cru jamais....
C'est sans doute mensonge,
Illusion ou songe.








44 APRAS LE BAL


Non ce n'est pas un songe et la r6alitM
Sinistre est 1l, devant mon esprit r6volt6 :
Elle en qui je plagais toute mon esp6rance
A voulu, pour jouer, briser mon existence.







RENOUVEAU


RENOUVEAU











Et mol, je me disais que la coupe 6tait vide,
Que 1'astre sous la nue, h6las I s'6tait cache,
Que jamais nulle fleur dans mon jardin aride
Ne se montrerait plus. Et je m'6tais couch



Triste, d6senchant6 dans la nuit de mon Ame.
Je tremblais en songeant aux heures & venir,
Heures oh 1'on maudit si la main d'une femme
N'apaise ces ennuis don't on se sent mourir.








46 RENOUVEAU


Mais hier j'ai retrouv6 la coupe bien remplie,
L'astre brille aujourd'hui d'un 6clat inoui,
Sous le poids de la fleur la forte branch plie:
Des heures A venir je n'ai plus le souci.







FLAVIE


FLAVIE











Lorsque de mes jours r6volus
Le tableau brilliant ou confuse
Se d6roule devant mon Ame
Qui s'attriste ou bien qui s'enflamme,
Je songe avec terreur a l'amour effrayant
Dont une jeune fille au charme tout-puissant
Emplit pendant longtemps ma vie;
Je songe que patrie, amis, famille et cieux,
Tout disparut pour moi dans 1'6clair de ses yeux,
Que je reniai tout pour adorer Flavie.









VISIONS 49


VISIONS











Pourquoi m'assaillez-vous de ces cris insenses,
O poignants souvenirs, esp&rances fl6tries ?
Doux r&ves qu'en pleurant de mon cceur j'ai chassis,
Pourquoi rev6tez-vous ces grAces infinies?



Fant6mes enchanteurs de Laure et de Cora;
Alice, Angelina. Louise, Coralie,
Vous que j'idolAtrais, H6loi'se, Clara.....
Oh! passez loin de moi.. .. passez, sombre Folie.....







0 VISIONS


Vos yeux resplendissants de candeur et d'amour
Ne m'ont-ils pas tromp6? Vos l6vres embaumses
N'ont-elles pas menti mille fois dans un jour?...



Po6te, taisez-vous, vous les avez aim6es...







A T. M. G.


A T. M. G.














Mon &me est sombre, ami, fais vite resonner
Ton luth qu'avec plaisir je sais toujours entendre;
De tes doigts inspires, vite, viens entonner
Sur ton doux instrument un chant plaintiff et tendre,



S'il me reste un espoir dans le fond de mon coeur,
Tes accords enchants le contraindront d'6clore;
Dans le creux de mon ceil, s'il me reste un seul pleur,
Peut-6tre pourra-t-il couler encore.









LE JEUNE HOMME ET LE POETE 5


LE JEUNE HOMME ET LE PORTE






A Jules Domingue






LE JEUNE HOMME





Comme toi, je voudrais bien aimer A mon tour,
Puisque tu dis qu'aimer a d'indicibles charges.
Mais pourquoi de tes yeux coule-t-il tant de larmes ?
Pourquoi si tristement souris-tu tout le jour ?







54 LE JEUNE HOME ET LE POkTE


D'une immense douleur ton front porte I'empreinte,
Qu'as-tu ? des souvenirs horribles, quelquefois,
Quand tu parles d'amour te font trembler la voix.
Qu'est-ce done que I'amour ? Lorsque sous son 6treinte



L'homme tombe vaincu, que se sent-il an cceur?
Voit-il avec regret la fuite des ann6es?
Se plaint-il un pen moins contre les destinies ?
Dis, qu'est-ce que l'amour? bonheur ou bien malheur?






LE POtTE




L'amour, c'est un 6clair sillonnant 1'6tendue;
C'est la foudre qui role et gronde dans la nue;
L'amour, c'est la chanson que toujours dans les bois
Le rossignol redit de sa magique voix;
C'est, devant la beauty, ce charme inexplicable
Qui vous fait chanceler... Personne n'est capable
Enfant, de d6finir ce sentiment b6ni
Et maudit : c'est I'enfer, le ciel, c'est I'infini.



Oui, j'ai beaucoup aim6... Je sais ce qu'une femme
Pent jeter, par un mot, d'ivresse dans notre Ame.








LE JEUNE HOME ET LE POETE


Je sais comme il est doux de presser sur son sein
Sans crainte, librement, du soir jusqu'Au martin,
Celle en qui l'on croit voir l'id6al que l'on reve.
L'arbre des voluptis m'a nourri de sa seve...
Mais le prix don't on paie un seul de ces moments
Est vraiment excessif. On souffre de tourments
Si forts, quc I'on voudrait 6ter de sa poitrine
Son cceur et 1'ecraser ainsi qu'une vermine
Sous ses pieds fr6missants. II vaut mille fois mieux
- Plut6t que d'etre en proie au supplice odieux,
Strange que 1'on sait, helas losque l'on aime,
Souvent, avec tant d'art se creer a soi-meme, -
Mourir; voir votre sang goutte A goutte couler,
Que voir de certain pleurs vos regards so voiler.
Non, je n'attends plus rien! En vain, dans la tempkte,
J'ai cherch6 quelque abri pour reposer ma tete !
Ah s'il est bon d'aimer, rien n'est plus dCcevant!
L'amour rend I'homme fou, garde-t'en bien, enfant.










L'lTOILE 57


L'ITOILE















Une 6toile brillait dans mon ciel solitaire.
Elle venait toujours, pergant l'immensit6,
Egayer mon front attrist6,
Et me faire oublier cette existence amere.








L8 L'ETOILE


Une nuit que j'ftais en proie au d6sespoir,
J'attendis, mais en vain, mon 6toile adore.
Belle 6toile, sais-tu comme je t'ai pleur6e ?
Cruelle, veux-tu pas me revenir ce soir?







SEPARATION 59


SEPARATION











Vous 6tes jeune et vraiment belle.
Soyez heureuse jusqu'au soir.
Evitez l'haleine mortelle,
L'ongle brutal du D6sespoir.



Oubliez-moi... je vous pardonne;
Riez, chantez, dansez..., riez :
Je ne sais pourquoi je frissonne.
Allez, foulez mon coeur aux pieds.








60 SEPARATION


Riez, car, avant tout, vous 6tes une femme,
Que vous en coOte-t-il de trahir un serment?
De briser une vie'?... Oh I non tu n'as pas d'Ame...
Moi je suis l&che et fou de t'adorer autant.







IMPUISSANCE 61


IMPUISSANCE












Je Veux faire vibrez
Les cordes de ma lyre
Pour b6nir ton sourire
Et pour te c6l6brer.
Mais jamais je ne puis supporter ta pens6e,
Par ton doux souvenir mon Ame est oppress6e,
Et devant ta beauty,
Ton regard enchant6,
Ma voix rest muette.
Je ne sais que g6mir, helas pauvre poete I








62 IMPUISSANdC


Je voudrais bien chanter
Ta candeur ingenue;
Je voudrais, dans la nue,
Sur mon vers t'emporter,
Mais je sens, B te voir, sous mon amour immense,
Chanceler et crouler ma faible intelligence,
Et devant ta beauty,
Ton regard enchant6,
Ma voix reste muette.
Je ne sais que g6mir, h61as I pauvre pote !



Un tendre hymne d'amour,
Une note joyeuse,
0 ma belle amoureuse,
Jaillira quelque jour
De ma lyre pour toi. Maintenant ma pens6e
Par ton cher souvenir, mignonne, est oppress6e,
Et devant ta beauty,
Ton regard enchant6,
Ma voix reste mueitte.
Je ne sais que g6mir, h6las I pauvre pokte I








LA CHASSE AU BONHEUR 60


LA CHASSE AU BONHEUR












De votre grand ceil noir la douceur infinie
- Vous semblez I'ignorer m'a frapp6 de folie.
Je voudrais, a vos pieds, passer toute ma vie...
Ce supreme bonheur auquel j'ai tant pens6,
Puis-je esp6rer qu'un jour ii soit r6alis6 ?









A EMILE ANDRE


A EMILE ANDRE






Riponse













Hier soir, il est vrai, la lune fut bien belle.
Nulle ombre ne voilait 1'azur du firmament.
Pourtant, le croiriez-vous ? dans un pareil moment,
Je n'ai pas pu tirer un vers de ma cervelle.








66 A MILE ANDRL


Pourquoi? c'est que la lune a la molle clart6
Ne saurait r6chauffer mon Ame refroidie,
Puisque d'H6va les yeux brulants de volupt6
N'ont plus pour moi de vie.




Revez, cceur jeune encore, aux bois, B vos amours,
R&vez au nom d'Esther, r&vez au nom d'Elise.
Lorsque ma voik maudit, la v6tre divinise,
Mais je vous comprendrai toujours.







A J. J. CHANCY 07


A J. J. CHANCY












Hier, aux pAles clartes de la reine des soirs,
A cette'heure oh I'amour embrase hommes et choses,
Oh l'air est embaum6 du doux parfum des roses,
Ami, j'ai rencontr6 mon amante aux yeux fioirs.



Quand j'ai pris dans mes mains les mains de ma maltresse,
Aucune motion n'a fait fremir mon scin.
Tant un d6goft profound constime ma jeunesse,
Tant I'Apre vent du nord d6sola mon matin.








68 A J. J. CHANCY


Vous m'avez plaisant6 pourtant sur ma tristesse;
Oui, vous avez sour lorsque je vous disais
Que mes illusions ne reviendraient jamais.
Sur moi, si vous m'aimez, pleurez plut6t sans cesse.







TOUJOURS 69


TOUJOURS












Toujours, avez-vous dit, Emma, pensez-y bien.
Plus tard, si votre coeur trompe mon esperance,
Songez que l'univers ne me sera plus rien,
Et que nul ne pourra consoler ma souffrance.










REGRETS


REGRETS














Hier, tu t'en souviens, sous un cruel affront,
Impitoyable enfant, tu fis courber mon front.
Pourquoi par tes regards enivres-tu mon Ame ?
Rien en moi ne peut donc 6teindre cette flamme!....
Oh I pourquoi ce d6dain, ce sourire moqueur ?
Comment faire?.. II faut bien ob6ir A son coeur.







72 REGRETS


Je ne te maudis pas pour toutes mes souffrances,
Pour mes jours d6sormais mornes, sans esperances;
Je voudrais seulement, a l'heure des ennuis,
Te voir un peu songer a ce que je t'offris.






IDEAL 73


IDtAL












0 toi que depuis si longtempS
Triste j'attends,
Chere femme adore, 6 maitresse rev6e,
Toi que j'ai tant cherch6e et n'ai jamais trouv6e,
Toi qui me fais passer tant de nuits sans sommeil,
Toi don't la chaste image, l'heure du r6veil
Obs&de ma pensbe encor, dans ma poitrine,
Bient6t, mon pauvre coeur ne sera que ruine.
D'autres femmes aux mains roses, plus que l'airain
Dures pourtant, mattresses au sourire hautain,








74 IDE-AL


Ch6re femme id6ale, 6 mon espoir, 6 reine,
D6vastent, en riant, ton noble et beau domain.
Ton grand-pr&tre, inquiet, en face de l'autel,
Demande quand viendra le moment solennel
Ob tu voudras enfin apparaitre, 6 d6esse,
OW ta bouche indign6e enfin et vengeresse,
Chassera pour toujours des lieux saints constern6s
Ceux par qui si longtemps ils furent profan6s.







A M. LEONCE M.


A M. LIONCE M.
















Quel que soit le sort du pokte,
Qu'il grandisse dans 1'avenir,
Ou que sa lyre, h6las! muette,
Sous ses doigts d6sormais refuse de fremir;








76 A M. LAONCE M.


Pour votre lettre, ami, si douce et si jolie,
Du profound de son coeur, oh il vous remercie.
Si 1'espoir quelque jour lui doit parler encor,
Ce sera sans nul doute avec votre voix d'or...
Mais il ne se peut plus que le ciel lui sourie I






CARESSE


CARESSE

















Mignonnette, puisque tu jures que tu m'almes;
Puisque le chemin triste oh j'allais m'engager
Par toi m'est d6fendu; dans mes raves supri&mes
De bonheur, puisque toi, tu viens m'encourager;
7.








78 CAR: iSSE


Que maintenant la foudre 6clate sur ma t6te,
Qu'un volcan furieux s'entr'ouvre sous mes pas,
Je n'en ai nul souci. Qu'importe la temp6te
A qui sent sur son cou 1'Btreinte de tes bras ?







A MADAME ***


A MADAME***






Qui me demandait des vers











Vous croyez que toujours le c6leste instrument
R6sonne, harmonieux, sous les doigts du poete?
Qu'on peut toujours chanter? Non, il est un moment
O toute lyre dolt etre muette.







80 A MADAME ***


Lorsque votre regard si doux, si velout6,
Daigne, pour un instant, se fixer sur ma tate;
Quand j'admire, 6perdu, votre front enchant6,
Ne me demandez rien, car ma lyre est muette.







REFUS


REFUS












Puisque vous 8tes gaie et belle,
Que faites-vous sur mon chemin ?
Puisque votre ceil tant 6tincelle,
Pourquoi me tendez-vous la main?



Pourquoi done toujours me sourire?
Pourquoi done toujours m'appeler
Quand je m'en vais sans rien vous dire?
Pourquoi done, enfant, me parler,








B! REFUSE


Puisqu'il n'est plus rien que j'envie;
Puisque j'ai ferm6 mon coeur;
Puisqu'une indicible douleur
Tarit les sources de ma vie.



Gardez-vous de penser a moi,
Car, voyez, mon front est tout bl&me;
Car devant votre beauty meme,
Je reste encore triste et froid.



Puisque vous ne pouvez me rendre
Mes illusions et la foi,
Belle enfant si douce et si tendre,
Gardez-vous de penser A moi.







fLt GIE 8


tLeGIE
















0 vous qui de l'amour avez connu les charmes,
Venez sur ce tombeau r6pandre quelques larmes !..



Encore quelques jours et sur son front brlant
De boutons d'oranger on posait la couronne;
Encore quelques jeurs et la cloche qui sonne
L'appelait A l'autel aux bras de son amant;








84 LiGIE


Encore quelques jours et la vierge rieuse
Etreignait sur son sein le reve de ses nuits,
Et, femme, bondissait, tremblante, ivre de bruits,
De musique et d'amour, belle, envi6e, heureuse
Au milieu d'une salle joyeuse.



. ..


SOh sont, demandez-vous, maintenant tous ces charmes ?
Venez sur ce tombeau r6pandre quelques larmes I






SOUVENIR


SOUVENIR




A Monsieur F. Duplessis





I





Les choses ce soir-lI n'avaient pas m&me un pleur.
Tout souriait joyeux, tout 6tait harmonic i
Et moi qui connaissais cette ivresse infinie,
Pour la premiere fois, je sentais dans mon coeur
Bouillonner par moments des flots de po6sie.


Oui, ee soir 6tait vraiment beau !
La brise agitait le feuillage,
Et la lune, ainsi qu'un flambeau,
Brillait dans le ciel sans nuage.







SOUVENIR


Et moi, dejh courb6, sous le poids de mes jours,
Moi si jeune et si t6t frapp6 par la tempete,
Moi d6nu6 d'espoir, moi qui maudis toujours,
Je trouvai sur mon luth fundbre un chant de fete.


Ces accords que j'ai rejet6s,
Pourquoi chercher a vous les rendre ?
Si je les avais conserves,
Je ne pourrais plus les comprcndre.







A UNE JEUNE FILLE


A UNE JEUNE FILLE











Tu veux savoir pourquoi
Je reste ainsi reveur, les yeux fixes sur toi :
C'est que rien n'est plus doux a voir, 6 jeune fille,
Que ton ceil noir qui brille,
Et ccs globes vermeils que couvre ta mantillc.



Dis, quel philtre est cach6 dans ton rire enchanteur?
Tu n'as fait que passer et tu m'as pris mon cceur.
Oh! ferme, par pitie, ton grand ceil noir qui brille,
Derobc-moi ces seins que couvre ta mantille,
Sinon je serai fou, demain, 6 jeune fille.







88 A UNE JEUNE FILLE


Ne laisse pas ainsi flotter tes blonds cheveux,
Quand ton regard s'attache h l'6toile qui brille.
Car la brise, en baisant ces longs cheveux soyeux,
En extrait un parfum subtil et capiteux,
Et qui me rendrait fou sans doute, 6 jeune fille.






LASSITUDE


LASSITUDE










De peur qu'un indiscret n'en d6coupAt les pages
Et qu'il n'y d6couvrit la trace d'un seul pleur,
J'ai triplement scell6 le livre de mon coeur.



A l'Age ob la gaite brille sur les visages,
Moi je ne souris plus, et le grave manteau
Dont me voila couvert, je le trouve fort beau.



A cet Age oh l'on aime, oh I'on volt tout en rose,
Mon ceil sur I'avenir tristement se repose,
Je reste tout le jour ma tete dans ma main.







90 LASSITUDE


Fatigue du fardeau de pass qui m'obs&de,
Si j'appelle l'6tude elle-meme A mon aide,
Un d6gobt infini d6borde de mon sein.



Puisque depuis longtemps je n'y vois plus qu'6cume,
C'est que j'ai bien vid6 ma coupe d'amertume.
Rien ne troublera plus le came de mes sens.



Et dire apres cela que je n'ai pas vingt ans !



4 avril 1876.







LELIA L... 91


LELIA L....









L'existence pour elle 6tait un long delire.
Elle allait en chantant, et par son doux sourire,
Captivait tous les jeunes coeurs;
Jamais aucun souci ne voilait son visage,
Avide, elle courait aux plaisirs de son Age
Le front toujours couvert de fleurs.



Lorsque dans une fete, au milieu d'un quadrille,
On la voyait bondir, h6las! la pauvre fille,
Quel charm elle exergait!
Oh! quand elle valsait, maitresse de la salle,
Ardente, 6chevelde, ivre et de bonheur pale,
Quelque funebre voix sans doute lui parlait.








92 LELIA L...


Car elle avait encor dans sa main fr6missante
Son verre tout rempli de la liqueur brblante,
Car l'6clair de ses yeux nous subjuguait encor,
Quand elle s'endormit dans les bras de la mort.



6 avril i876.








MELANCOLIE 93


MELANCOLIE






A ***








Si personnel jamais ne m'a maudit, pokte,
D'oi vient done que ta voix de ma lyre muette
Ne tire pas un chant d'amour?
D'ob vient qu'apres avoir entendu ta parole
Si douce que, toujours, on dit qu'elle console,
D'ob vient que mon fardeau soit encore aussi lourd ?










POURQUOI? 95


POURQUOI?










Quel est, quand je vous vois, ce bonheur infini
Qui tout A coup remplit mon Ame ?
Pourquoi suis-je tout fier si sur moi j'ai senti
S'arr&ter vos yeux, belle dame?









FOL ESPOIR 97


FOL ESPOIR












Bient6t je vais partir pour un pays lo;ntain,
Je vais sous d'autres cieux, triste, et I'ame inquiete
De voir jusqu'aujourd'hui, ta bouche, h1las! muette,
Et ta main repousser ma main I



Je vais dans le pays de mes reves, en France,
Plonger ma coupe avide aux sources du savoir.
Mais j'ai le cceur bris6..... le consolant Espoir
Ne bercera point mon absence!







98 FOL ESPOIR


Je penserai souvent a ma belle HaTti I
Souvent je pleurerai! Quand la pale Insomnie
Me fera regretter le ciel de la patrie,
Comment ferai-je dans la nuit?



Si je pouvais sentir sur ma tete enflamm&e
Quand serait-ce une fois! ton haleine embaumee.....