Une évolution nécessaire

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Material Information

Title:
Une évolution nécessaire
Uncontrolled:
Choser haitiennes
Physical Description:
2 p. l., 205, 2 p. : ; 16 cm.
Language:
French
Creator:
Marcelin, Frédéric, 1848-1917
Publisher:
P. Taillefer
Place of Publication:
Paris
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Foreign relations -- Haiti -- United States   ( lcsh )
Foreign relations -- United States -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

General Note:
With his Choser haïtiennes. Paris, 1896.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23297783
ocm23297783
System ID:
AA00008872:00001


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1


I I 1


UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIB RARIES


THIS VOLUI A)SS BEENV








FR$DeRIC MARC1E~k






vOlMIONr NikESSAIRE


PA RI S


SOCIETTO ANONYMIE
L'lMPRIMERIE KUGELMAMNN
12, rue Grange-B~atel~iire.


ENr VENTED
CHrEZ
P. TAILLEFER, LIBRAIRE
07, houlevard Manlesherbecs.


189E)












"dlqi S







UNE


EVOLUTION NICESSAIRE





Qua~ndl in~ guelrre delata ontre los Etats-Unis
at P'Espagne, aucnu homnme intelligent, au
couranut de la politique, aul faiit dos forces des
doux adversairecs, no pouv.ait avoilr ] la oindre
hiisitation sur issue finale : P'Espague 6tait
v-aincue. Co n'dtait pas seallemntc son inferio-
ritd~ mat~rielle et economiqcue, c otait encore la
cause injuste, rdltrograde, archailque, qu'elle
de~fendait, qui le voulait aussi. La force se trou-
vait, cette fo~is. du meume ctitd qlue l'~quite, at
e'cdtait tant mieux.
Q~u'on sougo it la situation de cet inf'ortund
Cuban depais tant d'aonees. Accablal d'impdts,
Cous au profit de la mdil~ropolc. afflige~ d'ane
dette de duux billiards cridde pour 10 dompter
at P'assorvir, il avcait vu sa population, ddcim~e
par la guerro~ at foxsil, decscendro it prbs d'un
milIlionl. Locs CubIai ns' epatric ds promlonnic ent








UNE eVOLUTION NECESSAIRE


d-ans les Antilles et aux Etats-Unis leurs dou-
leurs, leurs miseres at leurs espcdrances, tou-
jours ajourndes. A l'intiriour, tout dtait ravage,
pilld, d~truit, et les os des malhoureux paysans
morts de--faim, d'ordro de lours oppresseurs,
pourrisslient dans les champs ab~andounds.
L'Empagne s'entata. Systdmatique~ement mal-
gre; les avis clairvoyants q~ui lui furent donnas,
et de la part mInme de q~uelques-uns de ses en-
fants, mieux avisis, elle se boucha obstind-
ment les yeux. Canovcas voyait pour allo, of.
comme il 6tait avcoglo, il entr~aina, sous prd-
texte que l'honnour castillanl est intangible, sa
patrie dans l'abime. Ses successeurs recueil-
lirent le fruit de sa politique. C'est ainisi, trop
malheureuseme17nt, qlue bien dles pe~uples raglent
leurs affaires : ils font an sentimecnt 1& oh il
ne faut qlue du simple bon sens. Si l'Espagno
avai t accord~ a temilps fa~~u onom ic a ux C u~ba ins,
elle se f~t Cpargnl6 uno guer~re dlont los cons8-
quences financibros of politiques sont irr~pa-
rables pour elle. Ello no serait pas doscondue
au rang do puissance secondaire : 0110 cAt peut-
6tre conserve qualque influence dlans son an-
cienne colonie, ot, g d~fant1 do coltt injluenlce,








UNE EVOLUTION NEGi~ESSAIRE


tout au moins sa reconnaissance. Elle e~t.t en
tout cas, ivit8 l'intervention ambricaine et
permis g Cuba de proclamer qu'elle devait &
ses seuls efforts cette au-tonomie. Il est vrai
qu'elle n'y tenait gubre, B en juger par l'opi-
nion rancuniere qu'elle manifesta, .aprbs sa
difaite, de voir l'ile rester aux Amdricains.
Ces considerations Pltaient 6videntes; il n'y
avait qu'une press initeressde qui pouvait ex-
primer qluelqlue doute a cot Bgard. Ici P'on voit
combien la constitution moderne des grands
journaux, qui rappolle plut~t celle des asso-
ciations commuerciales, des hazars tels qlue 10
Louv~re at le Bon M~iarchd, ott le profit 6tant la
seule loi, on vend de tout, facility aisement,
en toute matiibre, la sophistication de P'opinioni
publique. Les peuples latinis sur~tout sont
encore t4 recovoir dies opinions toutes faites et
non dles c616ments d'information de leurs or-
ganes do publicitcd.
Cocst ainsi, qu'a on jugor par ces signs
extdrieurs, on a pu croiroe que la pre~sse en
F'rance n'avait aucuno iddo de 116crasante supB-
riorit6 dos Etats-Unis. 11 nl'en 6tait rien au fond
et si le people espagnol s'est laiss6 abuser par











UNE EVOLUTION NIECESSAIRE


ces demonstrations, il faut assurdment le plain-
dre. Elles, font conduit ~I sa perte. Elles out
crid dans la mier dles Antilles. et c'est ce qui
nious est plus special, une situation absolu-
ment prdponddaranto aux Etats-Unis. Cotte
situation, le poit pouple haitien est ob~lig8 d'en
tenir comlpte, s'il yout vivre.
Or, nous voulons vivre.
C'ost pourquoi nous no dlevons nous cacher
aucune des consdqunces dlu faiit redloutda'le
qui vicnt de se produire. Co: faiit, c'est la folie
espagnole qui a contribute it 10 poser dans des
conditions hasardeuses pour nous. En effet,
I'inddpendance do Cuba, sans l'intervention
officielle dos Etats-Unis, eht const~ituir appa-
remmient une force pour notre nationality.
D~ans les conditions oibello s'est faito, compli-
qude doe la. praise de po~ssession die P'orto-Rico,
elle est loin d'8tre sans paril.
Est-co it dire qlue totit est d~sespird~ et que
l'an~nexion nous attend it brbve ichdanlco?








UN~E REVOLUTION N~(ECESSIE


La g~uerre hispa~no-amb~ricaine a singulibre-
ment attire I'attention sur notre ile: il n'y a
personnel qui ignore. maintenant ces noms,
devenus families a force: d'i8tre rcdpdtes dlans
des tdligrammes sensationnels, de Port-au-
P'rince, du Cap-H~aition, du Mdile Saint-N'icolas.
etc., etc. De la A d~sirer dcs donnees pilus
exactes sur un pays qu'on connaissait mal,
qu'on connaissait plut~t par des rapports
calomnieux, il n'y a~va~it qu'un pas.
Co pas, s'il n'ost pa~s tout i fait fr~anchi, est
on bonne voic nie l'itro.
On s'ost souvenu que co mlervoilloux pays,
qu~i vient imml~~diatemen~t apri~s Cubaz comme
dtonduo, no lui caide on rien comme richesses.
Peut-citre bien le depasso-t-il. Co sol gras, noir,
ohl 10 grain port par le vent donne B notre
indolence de multiples mo7issons, Oil en trouver








UNE BTVOLUTION NBCESSAIRE


le similaire ? Ce nest pas seulement la fertility
dlu sol q~u'il faut vanter. Tandis qlue le chine,
I'acajou, le gai'ac, le bayaonde, le pin, le sapin,
le campache, le chdlre, nous font d'~inextrica-
bles forts oit pour passer nous portions inson-
ciamment la hache et 10 feu, notro sous-sol
regorge de houillo, d'or, de platine, d'argent,
de cuivre, d'6tain, de fer, de sel gemme, etc.
Certaines de nos lines de carbon sont g
peine distantes de q~uelques houres des ports
de mer, et dans les environs du Cap, apris les
pluies, on ramasse dans les course d'eau, des-
cendus des montag~nes, le mercure g la' cuiller,
Pourqluai done tout cola qlui reveille le sou-
venir d'une future Californie, d'Lun Transvaal
inddit, n'est-il pas en pleine activity, on pleine
exploitation ?
Vous connaissex l'histoire du gdant Ada-
mastor qui gardait le cap des Temi-pites...
Nous avons, nous aussi, notre gdant Ada-
mastor, et le n~tro. mioux qlue la fiction 'de
Camoians, somble ro~mplir A mocrvoille son rble.
Car tandis que le souveniir de la cruelle 6popde
do notre independance.. luubre encore, pour
employer 10 nd~ologisme de Bo0isrondl-Tonnerre,








UNE eVOLUTION NAGESSAIRE


nos campaigns, oh il plane, comme un cripe
noir, nous avons trouv6 qlue o'4t~ait insuf-
fisant. Nous l'avions renfored de toute notre
peur. Et contre des gens qlui ne demiandaient
guare it venir, nous avons 61ev6 P'article de
notre constitution q~ui dldnie au blnanc le droit
de prop-iet4.
Vraiment c'6tait trop, la fagon dont nous
nous 6tio~ns de~barrass~s de nos oppresseurs
n'etant pas pour s'cffa~cer tbt de leur souve-
nir... Dumas phre raconte, dans ses m~moires
je crois, qlu'aprhs la Rdvolution de 1830 il
prit tout soul, au nom do la Rdpublique, la
place forte: de Soissons, grice j ce cauchemar.
Faisant irruption dans le salon de l'h8tel mili-
toire, ses cho~veux cr~pus hdriss~s sur sa grosse
tito, dans toute l'exaltation d'une fibyre guer-
ribre qlue doublait dtrangement le saisissement
doe sa face de muhi~tre, il suggestionna a ce
point la femme! du gouverneur, ~une creole de
Saint-Domingue, dlont les parents avaiont et6
miassacr~s durant l'insurrection, qu'embras-
sanlt les genoux de son mlari cile lui cria tout
i! loree : a Cddoz; mon ami, addez. C'est une nou-
volle rdvolto des negres de Saint-Domingue ,








UNUE EVOLUTION NEC(ESSAIRE~


Haiti n'avait pas besoin de cotte nouvelle
barriibre. Ello pouvait. craindro, jusqlu'it la
reconnaissance officielle do son inditpend~ance.
un retour offensif de la France: elle nWavait pas
it apprdhender un envahissement pacifique de
l'6tranger. Dans tous les cas, il yva long~tomps
qu'elle aurait del enlever de sa Idgislation une
prohibition qui n'a plus sa raison d'8tre. Elle
est nonl soulement contraire is nos intdrits pro-
pres et au ddvoloppement dle nos richesse~s.
mais elle est encore on flagrante contradiction
avec les aspirations qune nous a\ffichons vers le~
progres et vers la civrilisation.
Ce n'est plus a offr~ayor que nos efforts doivent
tendre: d'aillours, nous n'effr~ayons plus por-
sonne. C'est plutat it rassurer, 1 donner con-
fiance it ous ceux qui peuvent nous aider it
realiser l'a deuxiiame par~tic do notro pro-
gramme" : constituer enfin une societd vraiment
digno de co nomi. La premiibre p!artio, colle qui
concern notre inddpendance, a dtB brillamment
remplio. 11 n'est au pouvoir d'auicuno volonta
de nous ravir cotte gloire~ qui restora unique
dans l'histoiro : d'av\oir conqluis notro libertcd,
d'avoir constitud notre nationalitC sans 10 se-








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


course de personne.Nious sommes le seul people
ncbgre qui peut le dire : ni Lib~ria, ni Cub~a
n'ont cette origin. C'est la notre originality et
notre marque.
Pour qu'clles aiont toute leur signification,
pour qu'elles reluisont vraim~ent dans l'avenir
de tout leur delat, il fant entreprendre enfin
l'asuvre de la mise en valeur du magnifique
domaine qlue nous arrachimes A la France et
dont jusqu'ici nous n'avons rien faith.









Comparons.
Ltile d'H~ai'ti tout entire n'a pas moins do
76,000 kilomptres carris ; elle content a peine
1,300,000 habitants. La B3elgique, qui n'a
qlue: 30,000 kilometres carries, en a 6 mil-
lions 5i00,000. L'Irlande, pays on la\ vie est
diure, sur ses S'2,000 kiilomi~tros carris, entre-
tient 6,000,000 d'habitants. Sans doute, il n1'y








UNE EVOLUTION NeCESSAIRE


aa B tablir aucune assimilation entire ces pays
vicillis dans la civilisation et notre petite ile qui
nait g peine g la vie. Alais il est bon de rappe-
ler qlue ce n'est pas la place qui, certes, nous
manquerait pour caser ceux qui voudraient
s'dtablir chez nous. Si on tient compete aussi
des exrceptidnnelles facilitis de l'existence dans
notre climate, de la fortilite prodigieuse d'un
sol qui n'est qu'une immense serre chaude oih
les moissons succedent anx moissons, de nos
iles adljacentes, vastos ruches qui attendant les
aboilles de l'avenir, on peut, sans tim~rit6,
esp~ror qlue dans 10 lent ddroulement dles ans,
H-ai'ti nourrira facilement dix millions d'indi-
vidus. C'est an ri~ve qu'il no notis est pas dd-
fendu d'avoir, B condition de l'aider quelque
peu B devenir une rdalit8. Posons-en done les
jalons selon nos moyens et nos forces actuels.
Nous avons I'inappriciable bonhour do pos-
sider un sol riche, fertile, une situation gdo-
graphique exceptionnelloment favoidable aux
changes commerciaux. Quel est, des lors, le
v~hicule indispensable pour mettre tout cola
on teuvr~e ?
Les capitaux et los bras.








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


Nous n'avons ni les uns ni les autres.
En dechors de la cause gbndrale :d'empitche-
ment qule les Hai'tiens signalent touls sans
avcoir le courage d'y romddier, cotte exclusion
ritrograc de IdoPtranger de laz possession de la
terro, il y avrait dlans notre vie national une
plaic dont nous 6tions la victim :nos frd6-
quente~s dissensions intestines. Nous en avons
triomph6, nous en aurions mime trioniphe
plus 16it on ouv\rant notre pays B fi~tranger au
lieu de f'entre-baillor au profit, prdcis81ment des
spculateurs politiques.
Voilk hientGt dix ans qune nous sommes arri-
v~s a acclim~ater chez nous cet dliment pr~cieux
de la paix publique. N\ous avons enfin compris,
apri~s l'espdrieclle du passi6, qune les capitaux
et les bras noC viennont pas oil la revolution
rigne. Quand dl'aventurce ils y sont, its se
LI~tent d'd nmigror. 11 lour faut un terrain solide,
on citat social non tourmentd, soit qu'ils se
dli cigent versles plainels pourlel s rc'veiller de leur
li~thlargic. soil qu'ils so portent vers f'industrie
a~t v:ersy 1 commece~c. De tou~te fagon, il est
nidcessaire de lcor inspircr conflance si on vout
los garder : il no ftant pas oublier qu'ils sont








UNE REVOLUTION\ NEC(ESSAIIRE


courus de par le mondo et ntont quei Pecmbar-
ras du choir.
Done, nous avons la paix. A partb la fo1rmen-
tation provoqude par IPattentat de 'Emnporear
Guillaume II, rien n'a troubl6i notre s~rdnild.
Le devoir est de rendro justice ici It P'homme
dlont c'est foeuvre et q~ui s'est survcu~ dalss
one partic rioellemnent me~ritoire de sa pensdo
politique. Le general flyppolite avait fait natu-
rolloment de la paix publiqu~e, comme7 d'a illeu rs
tous nos chefs. la base de son adlministration.
Mais les fondements do cotte base etaion-t bons
poisqu'ello a rdsist8 at parait dev~oir so conso,-
lider., chaque jour. Quel qlue soit le jugement
que P'on ait do ses actes et co jugemecnt
dlans Ph)istoire sera, some tloute, a sonl aanu--
taget il ne demleure pas moins qu'apris lui
la confusion no s'est pas faite et qlue le~jou
org~anique do nos institutions n'a\ pas it(6
Orou ble.
La conception do f'armde tello qu'il la prati-
qu~ait, p~ivot ulniqueI de la sC~curitell Ot ouveri-
nement, n'dtait ni large, ni nouv-elle. L~e sys-
ti~me voulait qlue los lourdls offe~ctifs fussent
soigneusement conisoryds pour le p~rofit des








UNE EVrOLUTION NE~CESSAIIRE


chiefs. Nulle r~iforme n'6~tait possible.. 11 n'est
pas moins vrai qlue rctto adlmir~able fiddlitd au
lendemaini do la souda~ine catastrophe doe sa
moert fait un bel clogo des officiers qlu'il avait
chloisis : ils ne furent pas los lieutenanis-
d';llexandre. Ses fundrailles no fnrent pas en-
sanglanties, grcce g leur entento et a lour
coh~sion. II c6tait plus difficile, on1 raison1 deS
pricidents et do la situation, de r~amener l'ar-
mde, dd~capitic sur la route de Jacmal, dans_
les mrurs de Port-au-Prince, qune de gagner une
Traie bataille. Les lieutenants d'Hyppolite
criibront : Le r~ol est mzort, vice le roi! e'est-h-d ire
le general Sam, president de la Rdpublique.
cBlu de F'hssemblie national.
L~e gendral Sam ast, sans allusion g un vers
famocux, un soldat heureux. Un autre ea~t pout-
i6tre did dl~popularisd aprcbs le dlouloureux rt3gle-
monnt de P'affaire Luders. 11 n'en a rien 6tc;. L~a
nrationi s'ost solidar~isde avc lui of a bonore sa
rI~signation h fIg~alo d'uno vaillance. Sur sa
pokirine do vaincu, la France a attach@ la2
Ldion d'~honnour. C'e~st qu il ya dcs a~faite~s
qu'-i no dishonorecnt point ot. qluoique jo no
va-nille pas dire que nous ayons fail. co! qu'il








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


fallait pour Bviter notre humiliation, il faut
reconnaitre qlue, lorsqu'ello est prodigude avec
usure, elle hum~ilie, par son exchs, surtout le
brutal redresseur. Entro P'Empcecur d'Allemia-
gue, pard de sa cotte de maillos, son gantelet de
for aul poing, pour 6craser cos snavagles calasLiti
lIgr~emenlet teintis die civilisatrionl francalise, 10, plus
sauvagee n'est pas encore nopus.,..
Toutefois, la sym~pathie respectueuse du
peuple hailtion et la L6gion d'honnour no suffi-
sent pas pour assurer, on fTace dos difficuiltds
dont P'agression allemandoe n'a dtd qu'un inci-
dent,, uno place binn ddfinic au gendr~lal Sam.
Elles lai creent plutbt dos devoirs qu'il aurait
tort de ndgliger. Cos devoirs se condensent
pour lui dans la formule tras notte du aldvolop-
pom~ent 6conomiq~ue et agricole d'Hlaiti. co'st
ce. d~veloppement qlui garanltira dofinitivement
la paix publique, mioux que los ba'ionnetttes
C'est co ddveloppemnt qu~i rendr~a difficile,
par la puissance docs intirits on jou. 10 rnl de
bbte fauve que les nations fortes 6prouvent-
assez fr~i~quomment B f'igardl dos faiibles. Cocst
ce di~voloppemlen t. nlin, q ui j us tiflorn auxr yeux
du monde, et peut-$tre aussi aux n~tres -








UNE EVOLUTION NBCESSAIRE


car ~de plus en plus nous avons nos heures de
dl~sesp6rance notre necessity dl'6tre comme
nation. Alctuellement, quand nous invoquons
obligation du respect de nos dlroits dl'Etat libre
ot ind~pendant, c'est tout juste si on ne nous de-
m1ande pas, comme ce grand seigneur B un mi-
s~reux qui essayait de lui d~mont~rer qu'il lui
fallait vivre : Oicenl estlIeane'cessitd'?
11 faut uno hase B tout %cdifice dont on pro-
jetto la construction. Or, colle de notre rigdnd-
ration iconomiqlue, agricole at sociate, e'est la
suppression total, r~adicale, sans r~ticencest
de ce famous palladium qui n'a jamais rien dd-
fendu, de cet article 6, ainsi congu :

Nul, s'il l 'est HItienz, ne peur &tre pr'opr'i'tair~e
de bienzs fonlciers enl Haiti, ci qluelque title qute ce soft,
nzi acquirir auccun itemeulble.

N~ous avons l'air, ma, foi, do croire! qu'aussi-
tit cet article supprimi,: une nude, una 16gion
de sauterelles via s'ab~attro sur Hai'ti pour enle-
ver nos stones au poids de f~or : il est B suppo-
ser que, pour beaucoup de gens, cotte perspec-
tive! n'aurait rien do desagrdable. Mtais qlue La
rdalit6 scra loin do ce rive Rien, ou bien peu








UNE BVOLUTIONi NECESSAIRE


de chose au ddbut, no marquera qlue cette im-
portanto ri~for~me aura 4te accomplie. Ai po~ine:
rdgularisera-t-on quelqlues ventes de propridt~s
que les rdels possesseurs placerent jadis sous
des noms de comlblaisance. II faudra qlue 10
temps faisso son cauvre. II faudra qlue les dd~-
fiances s'apaisent, qlue f'on sachc? enfin qlue
nous demandons sincerement & une humanity
plus avanede qlue nous les resources n~ces-
saires a notre td~veloppement.
Croit-on que cola puisse se faire on un jour ?
C'est pourquoi it est indispensable, des cette
fin do siecle, de marquer notre resolution
d'entrer dans une voie nouvelle. Nous ne rdpu-
dions pas le pass, nous nous soumettons & la
raison et au bon sens. Ce qui hier semblait une
sauvegarde n'est aujourd'hui qu'un embarras
et un danger. C'est I'dvolution progressive
des idees et dles choses qui, 10 veut ainsi.
S'ent~ter dans le pass, c'est proclamer une in-
firioritdt de jugement, une 6troitesse 6thique
contre laquelle nous avons toujours protests.
11 faut done d~truire notre muraillo de
Chine, ddtruire P'article 6 do notre Constitu-
tion. 11 faut enlever cotte pierre d'achopp~ement








UNE EYTOLUTION NECESSAZIRE


qu~i est. a P'heure actualle, oit la paix semble
delciddment fondle on H~alti, celle qu'on signal
chaque fois qu'il s'agit do nous apporter des
capitaux et dles bras.
Cocst une grande ttiche qui s'offre it Pinitia-
livec dl' nn chrc dl'Eta~t.
OnI ni'est pas toujours assurcd, par cola seul
qu"'on est au premier rang, do laisser apris
soi uin souvecnir dan-s la mdmoire des hemmes,
c~ar sait-oni dans quelle balance ils piaseront
domlainl les meirites doont nous faisons vanit.6 ?
Cer~tos. le p~rCsid ent de la mli nuscule rdpublique
dl'Haiti so mlent sutr uni thldalfro bien restreint,
si oni ose le coml~parerl it celuli d'oix le grand pre-
mier rdle de Berljin, hantdl par 10 souci do la
postc~rild et do sa lourde ascendance. lance ses
navires control Port-au-Prince et so croise en
Trcro-Sainto avoc ses photographs et ses onlu-
miinent's offcicils. Pourtant, bien modestement
at, assuremeaut plus legitimocment, le chef do
notre potit E~tat pent accomplir' un actor qui 10
fora vcivre? dans la mndmoire de son pays re~con-
naissant..... La radiation de article 6 serait
aussi la ineilloure rc'ponse it Guillaume, II nous-
traitant de saulvageCs ...








UNiE AVOLUTIONi NECESSAIRE


Qu'a-t-il done en soi de si terrible, que per-
sonne n'ose le terrasser ?, Que p~orto-t-il dans
ses flancs, qlue nul n'ose les lui ouvrir ?
Eh bien voilk : c'est qlue cotto exclusion
est mouins une acuvre de haine control l'6tran-
gor que do ddfiance rdciproque entre to noir
et le mulitre. Au d~but de la lutto, on lui do-
mandait -- et le muldtre voulait donner -
des gages de sa sinedritd et de sa tr~olonte: d'al-
ler jusqu'au bout. 11 rdclam-ait la liberty :
irait-il jusqu'a l'indepondance ? 11 apportait
bien g l'oeuvre commune l'instruction qlui
manqluait A la majority; do ses cong~nibros of
qui lui assurait une grande influence, on dcipit
do sa faiblesse numbriqlue. Prdcisdmont, il lui
fallait Atre radical pour ne pas btre suspectd.c
Sa nuance: of ses lumie~ros lui faisaient, malgedi
qlu'il on eait, uno affinit6 avoce ls oppressour~s
dl'hier. Pour se garer doe la suspicion, il fallait.








UN.E eVOLUTION NeCESSAIRE


la faire oublier. C'est pourquoi on a toujours
vu les hommes die coulcur, au pouvoir, prdoc-
cup~s de cette crainte, so montrer plus d~cid~s
que les noirs a maintenir P'exclusion consti-
tutionnelle. Ce spectre : On venzd le pacys au.7r
blancs! les a, toujours fait trembler et a suffl
pour paralyser toute leur volontt et. toute leur
dnergie. C'est un des motifs pour lesquels
lPdtranger pr6fttre, au fond, un Doir B la tate de
P'~tat. 11 accuse le muhitro de parti pris, de
jalousie systimalctique, r61rograde, et n'h~site
pas B diro qlue c'est poor d6fendre sa propro
influence qu'il lui est host~ile.
Comme cetto influence aujourd'hui est tris
contestable, cette jalousie qui n'existe pour une
bonne part qlue dans P'imagination de couxs
qui l'invoquent, serait sans ob~jet. C'est aillours.
dlans 10 souppon d'8tro moins patriots, de ri-
ver la2 vente du pays au blanc, qu'il faut cher-
chler et tro uver l'explication do f'attachem entdols
hommes do coulour it cetto exclusion stupid.
Sous leur dictde, on a corrig4 dans nos
constitutions subsdquentos la formule fr~anche.
hiardio, brutal, B la taillo des anchtres :
a Aulccun blanc, qulzlel~ quze soft so Inationz, nze








UNE RVOLUTION NIRCESSAIRE


mzettran le pied sur ce territoir~e & titre de maitrle one de
prop~~itritar~e.
Et on a mis :
<< NuIl_ s'il n'est Haitliena, ne peurt &tre pro-
pr~idtaire de bienzs f'onciers enz Hai'tir, c quelqule titr'e
que ce soit, ni acquirir aurcunl immeuble.
A qu"oi bon cette hypocrite! rddaction ?
On savait notre nationality si peu course que
nom bre d'Hai'tions s'en d~barrassaient, on d @pit
de nos efforts persuasifs, au premier rang des-
quals comptenit la prison at I'expulsion, pour
les y ratenir. Des petits-fils de ceux qui s'illus-
trdrent a l'avant-gardo dauls le massacre
national de 1804 rdpudiaiont av-ec entrain le
legs que leurs ai'oux ne crurant pas payocr trop
chetr d'un fleuvoe do sang. Ils ferment aujour-
d'hui une caste trhs honord~e, trias agissanto of
parfois mime tra~s utile auxs Haitions dans la
vie publique. Car qluand nous 6prouvonss quel-
qlue Cchc d'amour-propro, quelque humi-
liation national, nous nous en pronons it ces
renigats. C'est uine sort dl'cxutoire par oil
s'Qchappe le trop pleinl do notre indignation.
Cette function social, les renig~ats s'en accom-
modent sans humeur. Car ils out tout : hon-








UNE EVOLUTION NECES'SAIRE f21

neurs, dignitis, fortune. Ils savent, au fond, qlue
le vitupdrateur d'aujourd'h~ui sera f'ami chaud
do detain. Tout au plus accordent-ils vingt-
q~uake houres A l'epithi~te malsonnanto pour
se patiner avant de nous apporter B nouveau
leurs conseils of leurs plans financiers. C'cst h
croire vraiment que P'Hai'tion n'est jamais plus
patriote, nie s'occupe dlavantag~e des affaires do
son pays qlue lorsq~u'il P'a renid !
C'est done la defiance rdciproque do noir et
du muldtro qui a maintonu jusquta ce jour~
P~exclusion du blance (il faut rdpudlier lhypocrcite
pdriphrase de Panrticle 6) dans notro Constitu-
tion. Et quaind on song aux pdnalitis do
P~histoire, B la fate qui a toujours son chid-
timlent, on arrive B expliq~uer cotto dd~fiance.
L~a justice immlanente, qu'il est do miode drl
meltre A tant de sauces, trove ici uno judi-
ciouse applications.
Vous souvenez vous de P~his toi ro dcs
Suisses (1) ? Trois cents negres s'enfuirent on


(1) Pourq~uoiles appela-t-on Suzisses ? Ils eurent ceci
doe Iommun avec les merc~enalires a la mime epoque au
service du roi de France : les uns et les autres furent
sacrifids par ceuxs 9- qui ils se ddvoubrent.








22 UNE EVOLUTION NECESSAIRE

1791 des habitations'pour s'unir aux mulhtres
qlui avaient pris les arms i Diiague, aux envi-
ronls de Port-au-Prince. Quandl la paix ful faite,
comme rdcom-pe~nse do leur concours, les mu-
Ihtres consentirent 1A lour cd~portation dans la
haie dles IMosq~uitos afin qun'ils ne contamni-
nassent pas leurs freres esclaves. On so g~ardla
de les y transporter. Enchainds A fond de cale,
on les fit revenir au Md~le oib, toujours pour
l'exemple, les colors, leurs mattres, les d~capi-
, thrent. Ces humbles furent ainsi payds, en
Sbonne mesure, de leur ddvouement. Et les
hom-mes quicurenlt cette ~hichtd do les remottre
a leur~s hourreaux n'dlaient pas les premiers
venus : ils s'appelaiont Bauvais, Lambert, Pin-
chinat..... Com~me on congoit D~essalines disant,
lors de la tuorie, 8 un muhitre soupponlld de
mod~rantisme : Non, nzon, iMouchc;, i [acut one toudL
tou. (Non, non, M~onsieur, il faul, tuor aussi !)






Ces temips sont Loin~ : il est bon, tosutefois,








UNE EVOLUTION .NECESSA;lRE


d'en parler, car lear souvenir noe doit pas nous
oppr'esser comme? un cauchem~ar et empis-
cher la, vie de renaitro parmni nous.....
L'exclusion de l'6tranger est, de nos jours,
un anachronisme, un non-sens, un pP~ril. Re-
gardlez, en fait, ce qlui se passe. Malg~rd notro
muraille de Chine, it cause de cette muraille,
I'otranger est le mnaitre, le roi. De lui, nousl
avons tous les enuuis, en raison de la situation/
sp~ciale q ue notro legislation lui fait : nous n'enj
avons aucun aivantage. Religud dans les villes,
il s'dpanoult dans le ndgoce, le traffic, I'agio.
11 s'attachle pou it un pays oil il lui ost d~fendu
de possider un pouce de terro, sauf celui ott il
dlormira son dernier sommeil. Comme cette /
possession in2 extremis ne lui sourit guere, 11 se yy"
cddhat at s'agite pour fairie fortune 10 plus vite
possible at s'en~ allor. De 14i le drainage de capi-
t~aux dont nous souffrons depuis un si~cle. De
lit1 cet appauvrissomocnt qui, comi-me un suaire,
couvre tout le pays. L'Etat n'est pas riche :
voyez nos villas privees du plus petit edifice
public, nos rues transformers on cloaq~ues,
nos routes abandlonnies, partout la misere et
le d~ninctmnt. Le pac'ticulier l'est-il davantaget








; UN EVOLUTION SviCESSAIIRE


Qucl est le pere de famillo qui a pu laisser
apres lui P'hiritage des ni'oux on conser~ver
mime jusqlu'a la finl do ses prop!:os jo~urs celu~i
quit force do travail, dl'economio, do priva~itions.
il avait amtasse ?
La seule immig-ration que nos lois tole~rent est
colle qui n'est pas faite sanls esprit de r~etour.
colle qlui forcement oblige Ed@tranger it vivrec
dlans nos villes. Ello nous limiito ainsi itL unce
class special, cello qlui pour rd~ussic a. besoinl
do certaines facultis de souplesso ot d'intrigue~
qui pen"vent trouver anssi bion lour emiploi
daans le collmmrce ri~gulier qu~e dlans la s~i~cu-
lation politique. Alussitat que l'uni mlanque..
P'autr'e supplic : plus gendr~alement los doux
vont ensembic. En ve@ritd, do co: c81ld nous
n'avions pas bosoin de rentort, car nous suffi-
sons amplement it la hosogne.
On parle assoz souvenit dies superstiboons
dont le paysan haition est encore la proic ct
q~ui le portent par~fois au' crime. Locs d crames
dont on voit frequemment la rapcitition danis
les campagnes en Europe at dans los pay~s civi-
lis~s semblent, it on croire numbilro do 'per-
sonnes: liver. qunandt ils so: m~anifecsle di chey'








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


nous, dans la~soule superstition leur principle
at lour caucs:e. Co ui rev-ient a dire quenc la cri-
minalitC, prosque nullo dlans les miultiples
muobiles: qui la font agic ailleurs, a son meil-
lour auxiliairo, on H~aiti, dans f ignorance.
Chacunn solon son temlpdradiontt, attenue ou
explique.
Tout on etant persuadtd de sa boutd native,
de sa d~oucour, do ses vertus hospitaliibres pro-
verbiales dans 10 pays, je ne nierai pas que
docs sedlerats, souvent venus des villes, n abju-
sent do ses ma~rites 111nime pour exploiter notre
pay3san. Ils vivent A ses cd~pen-s danus la
par'esse et 10r ddivergondlago. 1ien no contre~-
balang~ant lour influence, ils peuvent faiciloment.
gr~ico B sa simnplicild, le condluire au' crime,,
pour' lours finls propres, sons couleur dl'idolai-
trie. Cola no diminue, on aucune facon, los
responsabili tcs de~L notre soci6td, of plus oni fera
la part large AI la superstition. plus alles gran-
dliron t.
L'Eglise catholiqlue partago aussi cotte opi
nion of ello a contribud A la propager en lut
dlonnant le poids do son autorildi. Elle oublie,
toutofois, qlue et'ost avouer on miime temps








UNE EVOLUTION NECESSAIRlE


l'impuissance de son action sur dles popula-
tions oil elle regne depuis tant 'an'gndes. Le
fait est qlue si le paysan hai'tien est encore
superstitieux, sa superstitionl trouvo un ali-
mont dans le catholicismne mblme. Son imagi-
nation vive, enfantine, n'a peut-0tre pas lIh le
correctif sdvi~re qlu'il lui faudrait pour redag~ir
contre le _rite afr~icain, enclin qulil est a les
confondire tous dieux. 11 nl'est pas rare, on offet,
de le rencontrer catholique fer~vent at prati-
qluant tout oni restart attache au culled des
ancitres. L'un lui somble la contrefagon de
f'autre et on n'est pas she qlue pour lui la con-
trefagon ne soit le catholicismie.
Cette e4trange association ne so voil pas dans
le p-rotestantisme: lo noir pr~otestan~t nest plus
superstitieux. II a rdpudi-i la tare ancestrale
aussi hien on Hai'ti, aux Etats-Uinis qu'ailleurs.
Ce qlue je dlis ici n'est pas pour souhaiter~
qu'~on ossaie do faire pr~Idcominler le pr~otestan-
tism6 sur le cathiolicisme on ~ai'ti. Telle n'est
pas ma pensee.
Du reste, cela serait mnatdriellement impos-
sible. Le pays est catholique dans so-n absolute
majority ; les sects dissidenltes y sont oni si








UNE REVOLUTION~ NECESSAIRE


petite mlinorit6 qu'il est inutile d'en parler.
Elles peuvent, apporter leur contingent moral
it notre rigindration sans pouvoir la diriger.
La question est done oiseuse de rechercher si
la culture morale du people hai'tien n'aurait
pas gagni! davantag~e avoc le protestant~isme.
Co drnier somhle, it tous idgards, mieux con-
formid que-le catholicism~e pour combattre la
superstition- idohitre : les faits confirment cette
opinion dans tous los pays oti les deux religions
ont ou it exercer leur inflnuece sur les peuples
primi tifs.
Pour renteer dans notre sujot, it est evident
qlue si nous pouvons intdresser l:8tranger & la
culture de nios terrles, le pousser A entreprendre
des exploitations de longue haleino. basCies sur
Ila possession du sol, son influence morazlisa-
trico, collo dejlr considdrable on soi du travail
of de l'offort continue, viendr~ont aider lfonsei-
guecment du priotre catholique. Co qlui a mian-
q~d jusqlutici A nos camnpagnos, c'est f'exemple.
Le pr~itre catholique est impuissant a le dion-
nocr, !Inati~ricl et tangible, comme il convient h
cocs simiples. 11 prachec sans doute 10 travail. 00l
cest le cham-p qu'il a onsemened~, oil sont les








UNE EVOLUTION NECESRAIRE


recoltes, fruit do! sa suour et do sa poine ?
L'4mulation ne saurait sortic de son action.
Hilas a c6td de lai; au-dessus de lui. vit le
papa loi, roublardl et.cyfiq~ue, qtrPi, exploitant
le cr~dule paysan iressant autel contre autel,
demande, sans vergogne, q~u'on -nourrisso ct
entretienne son culte commRe celui du voisin.
Le priatre catholiq~ue pratcho, le metriago... Le
devouement, f'abnigation. 'la Charite, la ph~i-
losophic ultra-terrestre. qlue symibolise son
c61libat, d~passent f'intellect do ces pauvrecs
gons. De braves families, v'igacnt au milieul
d'oux, donnant P'exemple d'unoc gdndration
fcondle, forte et prospiare, honorant le travail.
trouvant 10 bonheur dlans f'union et dans le
respect de la morazle, viendlraient illustrer la
parole du pritre, dl~pou~rvue doc sanction jus-
qu"'ici.



VI


Nos Chambres 16gislatives voteraient-elles ?







UNE EVOLUTIONN NECESSAIRE


Elles ne sauraient h~siter si e~lles compren-
nent le vi~ritable devoir envers la Patrie.
Comme elles no pouvent, serieusement aroire
qu'on vendc le pa"ys auxzblanlcs, elles pe~rsuade-
raiont los crddules que 1e setdi moyen de ne pas
10 vendro on le lafsser prendro par quelques
uns, c'est de l'oqyvrir A tous. Du reste, sous ce
rapportt je orgi~s que les iddes populaires ont
chang6d. On ne .ersit plus avouglement tout ce
qu'un agitalour ~dit comme parole d:Evangile.
L'empire lui ichappe; il se denmode. Mime cet
antique cliche, si longtemps la terreur de nos
gUouvernements, n'aurait aucune prise sur la?
resignation passive du peuple.11I a tant vu, tant
dprouve, tant avale de couleuvres, entendu si
souvent le canon national risonner, en signe
dl'humiliation et de ditresse, pour salner le
pavilion de toutes les puissances du globe, qu'il
s'est raisonnd, qu'il a fait un retour sur lui-
mi3me et sur les choses qui l'entourent.. Et
landis qu'on agite autour do lui sa defiance
our' em'pdcher la lumiere, la civilisation et la
richesse de panetrar dans son sein, il s'est
decmand6 si ccos b~ons apitres no songeaient pas
p'lutit it loou inti~rtt qu'au sion. Notre anar-








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


chief social com~porte d~es alecras qui constituent
IPultime ressource d'uno notable portion de
nos concitovens. Or, une re~organisation dont le
travail. sous ses formc s dlivcrses at definitive-
mocnt ordonnies, scrait lo~~pivot, compromot-
trait essentiellement notre vioux gagno-pain.. 11
ne fant done pas que cola soit. Tous los espoirs
latents qlui vivent sur le ;fondls national do
notro pour~riture sont en idvoil aifin qu'on ne
dlirange pas f'ordroc que los aqids rcspecthrent.
Nre touched pas ai, la terry.L haf'tiennre clamecnt-
its. Et chaque jour, lambecau par lambeau. its
laissent cmporter par la maiins respectable
immigration, co~llo qu~i so confine dans los
villes, celle qlui retient touiL t o no donnc r~ien,
par' la corporation cosmiopolite des banqu(iors,
agiotours at spciculateurs, 10 pain. Pecxistence
des faimlles, l'ipurnipe tit f~anchido qui no niii-
rit jamais, la tonre hai'tiounno mounlayd, vla~-
tisda dans la ruine gdndr~ale !
Ah! s'il savail parloo, notro paysan!i 11 nous
dlirait fort sensdment: : < protc;gor de c~elloc faglon; jo veeux la lumi le,l je~
youx le progrhs. jo! youx 10r bien-8tre. Jo suis
las de rnes superstitions af'ricainos dont vous








UN\E liVOLUTION NIECESSAIRE


n'avez rien fait pour m'affranchir. D)'4chelon
on dcholon, vTous avez desccendu tous les degri~s
de l'abaisseme~nt sans avoir rien? tentB d'effi-
cace pour 10 salut, parce qlue vous l'avez cher-
ch6 lit on il u'est Bas. V'os villes, malgre, vos
rodomontades. sont de vi~ritables citadolles de
l'i~trlanger. Do la, bIte malfaisanto, it enserre.
l'llo dl'un bocut a L'autro : il la stdlrilise parce
qul"e vous lui avez: interdcit do la faire prospe~ror.
Le: canon du ipremier janvi;er de l'Ind~pendlance
nouns arrive it peine! C'est un son qui mocurt
dans la honte. Quand. par ailleurs, sa voix
gronde inque~u dans nos for~ls, nous distin-
g~uons, hcdlas cc qu'elle dlit : c'est votre maitre.
colui qui a pris la r~alit6 du pouroir en vous
on laissant la fiction. c'est I'dtraungr: qune vous
saluez uh~e fois encore dlans une indignat.ion
falcttice.
<< Domnaini, un ministre lui dlonner'a 10 coni-
trile official do nos douanes p~our s'assuror un
pou" d'argent..... Que parlez-vous do la jalouse
protection du dnrunnine national! L'i6miiate-
mncL. avc votre mnfthode,. s'en fait rapide-
molnt..... Ne me parq~uez! plus dans l'isolement,
Iignoranice, la ~dtltresse qlui out fait de moi un








UNE REVOLUTION~ NECESSAIRE


v:6ritable serf. Jo suis la vraie force?. Ia force
rdelle qui pout sauver tout le mnonde. Aygez la
loyaul.8, pendant qu'il on est tem~ps encore de
laisser venir a m~oi la lumie~re, 10 p~rogress et la
CilViSR 108. ))
Il n'est pas probable qlu'~aune action netto
et franche du gouvernement les Chambres
oppose~nt une sdrioiuse distance. Alais o'est it
lui a pron"dro cotte initiative :en H~aiti oile lui
appartient, du reste, on toute chose.
Notre histoire parlementairo, d'aillours, est
pauvre d'actes medritoires aIppartenant on
propre a nos assemblies. L~eur influence a Btd~
plutat agissante dans le mal, quand elle n'est
pas nulle. A cela rion qui dnive surprendre.
puisqu'elles ne sont gindralement qlue la reprd-
sentation d'interits etroits, de groupemnents
qui no sauraient merite~r la qualification de
politiques. car aucun programm~e no les divigo.
En principo, elles no sont que dos sortes
d'assembl60s consultatives nommcies son~s l'i,-
gide du Pouvoir. Cola no les empiache pas d'a-
voir. ix Ioccasion7. des accis intermittents do
turbulenc..C cost alors 10 choc comliquee du
riv~e et doi la rdialitc;. Le r~ive. c.est. laConlstitu-








UNE REVOLUTION NBCESSAIRE


tion, iddtal de toutes les garanties du citoyen,
do tous les privili~ges du parlementarisme; la
rdalitd, c'est la force effective, rdelle~, la seule
qui soit dans tout le pays et qui s'appelle le
President d'Hai'ti. Quand elle a parl6, celle-ci,
la tribune du Corps ligislatif, dlont chacun
connatt la redoutable prolixitid, se tait..... Les
votes de non-confiance, de cessation de rapport
avec le Cabinet, solennellement lands par nos
chalumeaux parlemenataires, criavent commne
dles bulles de savon.




VII



La radiation de I article 6i. cette base de tote
rdforme s6rieuse posde, it sera obligatoire d'y
joindlro une autro, qlui est correlative it la pre-
miere. Sa solution scra dtautant plus facile
q-ue colle-ci a~ura d6t rdsolue au prialable. Et
elle est d'autant plus indispensable qlue E'dtran-
ger. cn rentrant tlans le droit commun. en








UNE EVOLUTION NE~CESSAIRE


voyant s'abaisser la h~arriibre do notre souppon-
neuse defiance, aura un contact plus frdqyuent,
plits direct avoc nous.
Il s'agit d'une orieintation nouvellee do nos
relations diplonatiques.
En fait, ces relations pivotont exclusivement
sur la prisococ de l'etranger dans notre pays,
sur ses interminables rC~clamations, sur ses
infractions ;1 nos lois. Chlaque mouvement
qu'~il fait parm'i nous pout i8tre I'objet d'uneA
carte B payer. 11 est on dehors, au-dessus do
tout co que rt quai. nous Hai'tions. sommes
sonm1Tis. N\os 14gationl s seraliont ab)soIlument
inutiles on ridalitd, elles le sont, puisque co~s
affaires-lk so reglent dlans la r~ade de Port-au-
Prince si on n'avait pas ii tout instant des
reclamation s pour dLo"'unage on1 sdvice causia
& un 4tr~ang~er. 11 sembslle donle que' nou"s aurious"
dri, pour etre logiqlues, nion soulemencit I'x-
clure de la. possession du sol, mnais noe pas y
toldrer sa prdsence. Dans nos misibres natio-
nales, nousavTonIs dQ^ SOuvenClt re~gretter do n'a-
voir pas pu recourir is co! moyen. Et encore: il
sorait inefficacy, car mi~nie la pesto! at le chlo-
1lbra, dlont pourtant onl so gardoe him. arr~ivent








UNE EVOLUJTION NECESSAIRE


it franchir los cordouls sanitaires q~u'on leulr
oppose. L'dtr~anger que, par la faute de nos
lois, nous nie somme~s pas loin de consider it
l'6gal de ces floaux, aurait vite fait do los
briser.
Toujours est-il qlu'il n'existe pas do people
sur la surface du globe qui ait autant qlue nous
it pittir des executions soininaires. La force
fferme brusquement notre b~ourche au inorent
unhme oil, avocc le plus de candocur. 0110 invoque
ilartens, Blanutchli, Calvo, etc. 11 n'y en a pas
un aussi oil ce qlu'on appelle le fr m:r~isseeenlt
patr~iotiqule, q~ue nos gouvernants chovillent it
voulonto oni ces miomuents psychlologiques, q~uittes
10 miomient dl'aprihs it 10 rendormlir a grands
coups do cr~osse, n1'6prouve de plus cruels md-
coinptos.
C'est la situation spi~ciale! que notre 14gisla-
LI.on fatit ii I'6tranger qlui nous vaut, on mlajeure
p~artie, to traitomncit spdeial. en dochors de
toulte civilisatio~n, do tou~loejustice qui noua est
gdueralement appliqud. En rcdalitPi, nous ne
soimmes pas le soul petit peuple qui soit sur
cottlo Lorre: il y on a dl'autros qui noe sont gubre
plus granlds qiue nous. D'ott vienit que nous








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


avons a -peu pr1i:s senils le monopole de cos
avanies retentissantes q~ui no sont pas sim7ple-
ment un abus de la force, miais revetent uir
caractbre part~iculier d'ignomlinie: et dl'outragec,
C'est line question que nouns for~ions hienl
d'examiner avec calmle at mdthode.
En novembre 18937, je dlisais dans EdRit~
l'indenm~it& f, am air;? : (1I)

N\otre diplomatic a-t-elle, depuis 1825,q
dies succhs dlont elle pout s'enorgueillir? ?
II nest pas t8imrrair~e d'Gmeltre qulquell"s 5
A cot 6gard.
Personne no contest los difficult~s g6u6r
notre situation. Cependant., cotto situation ntl
comporte, dans Ja pr~pond6rance sans cosso g~an~-
dlissante de la Repub~lique dies Etats-Unis, un ~l6;-
ment qlui n'existait pas on 1825i et qui, pour
int6ress6 qu'il soil, pout M~ro mln~ag6 et u~tilistl
dlans 10 sens favorable do nos reclations avoce l~s
autres peuples. Puremon I ihoiicor iquusqu'ici, cel~I
e16ment peut devenic, solon le poin. augquel onl so
place et le plus ou moins doe radicalismo qu'ani
affiche, le pivot dl'uno orientation d~cisiv:e et proli
table dans notre politiqlue extdrioure. Toutofois,
il n'est pas prudent d'en recommander la pr~atique
sans reserve : il faut 8tre assure, avantl tou.,


(1) Hai'ti et I'indclmnzite' :I,:I an* 0- pages 137' L 1'7.








unE EVOLUTION NAGESSAIRE


q~u'on est on 6tat d'en user av-ec habilet8 et pa-
triotisme.
En dlehors de cotte 10i dl'attraction qui fait de
la R~publiqlue Btoili~o le soleil du Nouveau Ilonde,
soleil dont, avec un pen do savoir-faire, nous
pouvons profiter sans trop nous brliler a ses
wayons, il est d'autres observations qlue notre di-
plomatie, intbrieure surtout, a tout inltirit a ne
pas oublier. Elles sout du dlomaine du m~tier et
tiennent essentiallomnent B la pratique usuelle.
gfilles n'en constituent pas moins, et trop souvent,
no~~qint initial de nos si nombreuses dbfaites di-
matiq~ues.
Dans nos relations avec Ics puissances euro-
oennes, un facteur dotlu il faut quand mime tenir
,,ompte notre faiblesse en face de lout- force -
plane au-dessus de tout. Pourtant, q~ue de di~boires
et de dt~ceptions eussent dai stre Bvitbs ou att6-
nubs si, au sentiment de la place qlue nous occu-
pons, sentiment qlui n'ost pas incompatible avec
colui do la dlign-it6l national, nous ajoutions le
souci dl'une corrlection do forces at do nuances
qui nous a sou\-ent manqus Le mot parfois rE-
p6L6: gule nzous avonzs raisonl dans le fond et tort
danls la form~e, ar~bitrairement log~ique, est d'ap-
plication courante dans prosque toutes nos diffi-
cultc~s internationales. II conduit mdme B demander
que notro gouvernemenict surveillo sp6cialoment
l'ex6cution doenos lois quand il s'agit d~es 6trangers.
On s'appuio aIssurmontl pour hasardelr cotto opi-
nion extreme, sur co qlue, aux youx de tout le









UNE EVOLUTION NEICESSAIRE~


monde, 10 pouvoir, on HItn(i, est pcr~sonnec l el
r6side tout entier dans 10 checf do l"Etat. Cer~tains
vont jusqu'd pr6tendro que e'est s~urtout quand il
s'agit die conflict international qlue nous inv-oquousi
l'indl~pondance des tribunaux, la div-ision dles pou-
voirs et la lihort6 do la press.
Une telle situation 6tant donni60, il conv-cint
que, par la prudocnce et la sagesse, par la raisoni
froide, ma~th6mathique, sans emballomnent de 1'au-
torit6, on parvionne B ddtruire on B convaincro doc
monsonge coltt affirmation, trop visiblement inl6-
rossbe pour u'6tro pas fausse, que nous sommes
sans justice vis-h-v-is de l'6tranger. Le contrair~e
cri~ve los youx et I'i6tranger on,,,,, cas o stpr
suadti tout 10 pr~emici'. Cependant; quel que soit 10
dl61it commiis, on dl~pit do l'bv-idence, malgr6 la
mnatirialit6 du fail, il no! perdra pas l'espoir -
trop justifi6, helas!i par do nomnbroux pr6cidcnts
do s'en tirocr avc une gr~osse indeminit6. On
aurait tort do croiro qlue cot espoir~ so fondo uni-
quement sur I'injustice dos grandels puissances,
sur lour propension naturello A pidtiner les faibles.
Parfois, o'est tout 10 contr~airo qui ost la v6rit6.
1Mais, ici, I'int6rossd comipto principaloment sur un
di~faut die forme doe procedure, la fissure doe la
cuirasso, la boite ;i pihges. Il table sur coltt chii-
cane qu'il est facile do chler~cher et do trouvecr, on
no 10 suit qlue trop, danns les proct~d~s dies polils
E~tats qiui n'ont pa~s la force ni~eessaire pourlos c
sauvogardecr at clore la dliscussioni. A cola, un
sentimentn s'ajouto, uno id60 dl'olcrdre gcindrlal et1








UNE EVOLUTION NeCESSAIRE


qlui ne nous est pas assoz familibre. C'est que tel
fait qui, solon nos usages, notre politique, selon
l'dmohIaYioinne, parait tout natural, semble 6norme
6voqlu6 B B3erlin, A Paris on h Londres. Le mi-
liou a chang6i ot I'app~i~ciation aussi.
Co d~faut de form on cotte difference Bthiq~ue
die conception se dl~montre aves ses d6savantages
q~uand, de Port-au-Prince, on inv-ite~ un de nos
reprbsentants B l'btranger h suivre I'affaire. Il
support alors 10 poids de la mauvaise posture oih
nous somhblons plac~s. II est possible qlue si la dli-
plomatie C6tait une v\raie carriibre chlez nous, si ses
mlembros, reccrubb~s parmi d~es hlommecs rompus a
la hosogne, dZbcid6s a frayer avec leur~s colli~gues
et avec 10 gouvornement pris duqluel ils sont accrP-
dit6s, h so cr~cer ainsi dos relations utiles, profita-
bles h leur pays, co qiui est 1'essence mInme do la
profession, olle pourrait, dans une certaine mosure,
nous rendr~e des services signals. M~ais qluand
notro IMinistre des Affaires ext~ricures a 6~crit
itdrativement h notre roprbse~ntant de fadire valoir
le bon2 dro0it du gou~ver12nement, quLi est inzdiscu-
table, le diplomat, dlu premier coup, voit qlue
c'est 14 uno mauvaise atffaire o il ino recueillera
qu'ennuis et robuffades. N'insistons pas, les
exemples abondecnt.
Le bon dlroiti si on 10 d~gange de la g~angue oid
it est enferme, est incontestable. II est ~lumineux
j.Portl-au-Prince II cosse de l'dtre pris dl'un cabi-
not our~opeen qui vout qlue, mdme pour I'arresta-
t~ion dl'un faussairo av6rB, los forms les plus









UNE EVOLUTION NECESSAIRE


strictes soicnt observ6es. C'est pourquoi il nest
pas extraordlinaire q~u'un faux-monnayour, saisi
avc ses ustensiles, sorto doe nos prisons aprBs
avoir troqu6 le produit die son industrio, capital
et inl~rdts comnposts, nonl pas conitre notro papier-
mnon-naio, qu'il visit timidement, mais bion conare
do rutilantes pieces dL'or ambricauin, rangon de
son indemnit6.
L'Bv:idence de cotte situation qui, au regardl du
recprBsentant dl'une! puissance Etrangihre, fait tout
rolever du chocf ou do son gouvernement, si vous
aimez mioux, obligerait done, A en croir~e ceux
qlue la realit6 prboccupe, le Illinistre die la Justice
hia'tien B mnettre on 6voil touto sa vigilance quanld
il s'agit dl'un 6traiager. L'ind6pondance tios pou-
voirs, o'est bienti~t dit : co qlue nous content toutoo
les dbeisions cassies brutalomntcn par recours
diplomatique est bgalmentcn s~rieux, fait-on remar-
quer.Onajoute que nos prbtoires no v-oiont qlue trop
souvent1 les agents des puissanices 6trangAres, on
grand unifor~mo et transform is en veitiable s mna-
gistrats enrogistrours, suir-re, avoc ostentation at
p'om'po les audlincecs dos pr~oebts do leals rocssor-
tissants. Encore un peu, ot co scr~a la ri~gle g6nE-
ralo. If y a 14 unie hiumiliation soupponuouse,
d(:pre~ssive de I'autoritB morale do nos tribunaux,
qui vaut bien qu'on trouv-e les mocillours mioyons
do: la delr~uire ol do la rendro inutile. ,,


(! En 1825, uno r~volto do niotre patr~iotisme,
r~efusant doe souscr~ire a lat rrpudliation qu'onl lnos








UNsE REVOLUTION NECESSAIRE


imposait, 6tait logique et peut,-i~tre mtime ni~ces-
-saire. De nos jours, c'est k I'hlabilet6 de notre
diplomatic que revient 10 soin d'6viter, d'aplanir
des difficultis qui, pour grosses et d61icates
qu'elles soiont, pouvent, si nous adoptons i leur
Bg~ard une mi~thode intelligente et sage, ittre r6-
duites progressivement a un minimum insigni-
flant. II est rare, en offetl, qlue los grands Eitats
soicnt foncitrement et dblib~r~ment malhonntates.
Mime quad ils sont av-euglbs par la passion
injuste-, on peut en appeler R leur raison et espe-
rer, qu~and on le fait av-ec calme et. ignited, qlu'ils
y reviondront. Ce qui les emp~chie souvent d'd-
couter la r~aison, e'est lorsqu'ils ont en vue un
int6ri~t de conquatle ou d'occupation qui prime on
oux tout autre sentimient. Or, on ce qui concern
H-ai'ti, il est improbable qlu aucune puissance cur~o-
p~enne, on face des Etats-Unis et de leur doc-
tr~ine nettoment affichi~e, nourrisso une tello
penscde : 0110 strait trop grosse do complications.
Co qu'il nous faLut done, co sont dtes hionunes
intelligents, de homne foi, mattres dl'eux ot partant
dos autres, on 6tat do nous g~arantir des cruelles
blessures inflighos quotidiennemuen t notre amour-
propro national, blessures q~u'un pou de dext~rithC
nou's aurait prob~ablement 6pargnbes. Nous aveons,
du rest, il conv\ient de le rerpter, un av-antage
qui no tient, pas B notro propro m~rite at qui n'est
pas h didlaign ~r : nous- sommes" micux' protl~is,
du Ci~tdl do, I'Europe, que tocl gratndl empire, laz
('hinei, par' exen'Ipl, control les annexsius terri-








UNE EVOLUTION NCESSAIRE


toriales. Sachions on tirer profit on formant dies di-
plomates qui, dlerritbre ce rampart, sachont d16fn
dre nos droits et notre dignit@. A~yons, en plus,
le souci do les rendro ais6ment ddfondables par
une exacte, correction dles formes. ,,

11 y a 18 doux ordres d'id60s sur lesquels j'ai
t~chs d'appoler l'attention do mes concitoyons.
Le~ premier, c'est q~u'il convient, tout on sau-

vegardlant notre indl6pendance et pr6cisd-
ment vers les Etazts-Unis. 11 faut orien ter notre
politique extdrieure de ce c~tA. 11 faut s'en oc-
cuper dans la paix, prdvehtivement, ot nonl
quand on est en face d'une difficulty, d'uno
affaire mal- emmanchie, quand on est, on on
mot, sous le coup d'uno demonstration navalo
imminente. Aucun people, dans cos condi-
tions, ne risquera. une intervention quelconque
pour nous fair plaisir ou pour ce qu'on ap-
pollo choz nous facire tr~iomlpher la cause de la j~us-
tice et duL drloit. C'ost du sentiment, et la diplo-
matie, en ddpit des principles qu'elle affiche,
est la science la plus intdressde qui soit.
Doux motifs ont jusqu'ici rendu fort defiant
notro pays vis-8-vis dles Etats-Unis. C'est dl'a-








UTNE REVOLUTION NATCESSAIRE


bord 10 prdjug6 de couleur qui yr courbe encore
sous son inopto prdtention tous les hommecs
de notro race. Sans rappoler qlue 10c people
amdricain, dans une haute pensie chrdtionne,
n'a pas ha!sild entro une offroyable guerre civile
at I'esclavage, sans rccherchecr si le pr~jugd,
pourchassd par la loi, n'est pas on d~crois-
sance, il conviont do constater qu'rl n'ost pas
un article d'exportation chez nos voisins. L'Ai-
mldricain, on H~alti, ne 10 ciad con quoi qune ce soit
an Frana~is, par example, pour la libadralit8 ot
l'oldvation do ses sentimecnts. Rentrd chez lui,
P~attitude peut n't6tre plus la mi~me. Alais il faut
so demander q~uelle strait la situation si la
raco noire occupait on1 France la. place qu'olle
occupe aux Etats-Unis dans los ateliers, dans
los usinos, dans los chemins do fer, dans los
petits emiplois, dans 10 suffr~ago dloctoral, en
un mot si ollo y constituait un 616dmont do
concurrence social of politique. L'orig~ine do
tout prijug6 est d'abord fintcdrit. Co n'est pas
parce que" los juifs out uno form spdciale de
noz qu'on lcor on yout achecllcmont on FIrance :
ccost qu ils y outl accupard la richecsso. Los nonf
mrlillionss do ab~gres dos Etats-Unis sont uno







44 UNE EVOLUTION NBCESSAIRE

~-c force iblectoralo qlu'on craint et qlu'on combat
par tous les moyens. Du r'este, mihme on France,
i P~ Xest-on bien certain qlue le prdjug6 n'existe pas?
IIT faudrait done former l'oreille a coux q~ui
affirment que les qualitds strateg~iques at ad-
0 ministratives du vainq~ueur du Dahomey por-
ri $ dent quelque peu par rapport h son origino. b(
L'autre mlotif qlui nous a rotonus dans une
grande defiance, c'est la crainte d'une an-
nexioon plus ou moins AventueHe. Mlais quoi!
~Pcette crainte est-elle moins chmimdrique aujour-
d'hui qu'hier ? Tout, dans cette hypothi~so et
i apres les victoires am~ricaines, dtab~lit, au
1 contraire, que nous n'avons plus 10 choix :
Snous avons moins de chance de conserver
Snotre ind~pendance en persistent dans notre
Sisolement qu'en essayant de la sauver on ou-
\nP j want franchement notre pays A l'6tranger,
Ssous la sauvegardle de plus 6troites relations
'2diplomatiqrues avc los Etats-Unis. C'est 10
~zfseul people qui, dans notre situation, pout
nous donner un appui, une aide effective.
SC'est vers lui qlue doivent converger nos ef-
forts .
Nous n'avons pas d'alternative, si nous you-







UNE EVOLUTION NEICESSAIRE


lonls nous protciger contre les vexations do
l'Europe. On dira que c'est risquer gros. Il est
bon, avant de repondre, de so demanded si on
ne risque pas davantage avec la politique du
fa~ra da se, si on ne se forme pas ainsi la soulo
voie de salut, la soule quii nous perm~ettrait,
sous notre propro initiative, d'accomplir quel-
qlue cdvolution vers le progres et le bien-8tre.
Admettons qlue les Etats-Unis nous guettent
comme le lion sa proio .. C'est b~eaucoup dire.
Soit. Miais no risque-t-on pas plus.sitrement la
liberty ot l'inddpendance en s'isolant?
Ce n'est pas du c6td de l'Europe, pas mime
du c~td de la F(rance, que nous pourrions tour-
nor nos mains suppliants si les Etats-Unis
nous cherchaient une querelle... d'Allemand.
C'est dans les institutions d~mocratiqlues, dans
focsprit pratique do co people qui vout plut~t
des d6bouchds pour ses products qlue la gloriole
do fire flotter son pavilion sur doe nouveaux
territoires, qlue nious avons nos macillours ga-
rants. Tgchons do dd~volopper B son ombro nos
richesses agricoles et dconomniques. Si nous
manrehons, il no songera pas A nous faire mar-
cher. Le danger, maintenant qu'il est tout-








UNE eVOLUTION NECESSAIRE


puissan~t dans la mor dos Antilles, c'est qu'en
nous voyant so lomn on arrie~re di no s'avise do
vouloir nous faire presser le pas. Rien, absolu-
ment rion, mettons-nous cela dans la tite, noe
P'en empichorait. Une soule chose l'arritera ~:
si de nous-mim~es nous comprenons les nices-
sitds dlu temps et embottons La march en
avant.
Donc, I'appui diplomatique des Etats-Unis,
le raisonnoment PI'tablit, est sans influence
directed sur notre autonomie. 11 n'est pas dd-
montr4 qlue cet appui doive tourner fatalo-
mient A sa porto; mais il est Evident qlue, si
cetto crainte est justified, il n'est pas en notro
pouvoir de faire quoi qlue ce soit pour E'dcarter.
La soule facgon de la rendro viaiite serait prdei-
simcnt de s'appliquer B rdduire do plus on
plus los motifs qu'on pourrait melttro en avant
at qu'on met riollement chaque fois qu'il s'agit
do nous molostor: qlue nous sommens un people
it domi-barbare, on Jochors do la civilisation.
Craignons cet argument fort on honocur dans
le sii~cle of q~ui a justified~ ddjh tant d'interven-
tions. On l'a, rdcomment, servi dlans does tor-
mos un pou moins crus qlue ceux qu'on a P'ha-









UNE EVOLUTION NECESSAIRE1


bitude d'e n, sh1I!I-r vis-it-vis do nous, justoment
a P'Espagne. N~ous avons trouv6 qlue: c'6tait fort
h~ien, et nous avons en raison, tandlis que 1'Es-
pagno, de son c~tc;, affiriitait que Cuba no
ponvait souhaitter un macillour regime qlue celu:
auquel il 6tait sounmis. Domain, si parcillo
aventure nous survenaiit, il est fort probable
queC le mondoe penserait qlue c'est tou~t profit
p'our la civilisation.....
Do cotto orientation do notro diplomatic, il
est hlors do dlou te qu'H~ai'ti retirera Lun avantage
sensible, matc~riol, dans ses relations avoc les
autrecs peoples. R:aplonC1s-no0us, comme1I inldi-
cation, co qjui s'est pass6 lors de P'incident
B~oismare avc la Domninicanic. Nous avons- vu
uno escadro fra~ngaise s'dtornisor durant dos
semlainoss entibros dans la racdode Port-au-
Pri nce quandc son oj ecti f d tait San to-Dom ingo;
ello gtait charged ni plus ni muoins dl'une mis-
sion somb~lable it collo que Phllomand Thicle;
avc ses nanvires-Bcolos, a exdcutdo d arniibrom~ent
chez nous on quailques hoircrs. II ost permit de
power' que" son immlobiilit et le ri~glomon t d6-
linitif do I'fathric Par les voios rdgulibtros sont
s.lus aux soins des Etats Unis,








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


Dans la proclamation que le. president
d'Hai'ti adressa au people 10 8 dicembre
189'7, apris le denouement de l'affaire Luders,
il y a cette phrase :

<< *a Rdplubliquze avalnlt c'td, au dern)ier moment,
livrde ci ses secules ressources, mlgrn~,d l'espir,ance d'ran
pucissanlt appuri m~oracl, il parnlt plus sage dl'cdparguerl~
4 lad nation, asl fe~nlntes, auxz elfc.ants, les cccaltcunts
quci rdsulter~caiet dl'une agression violentc.n

Cette phrase a donnP1 lieu g qluelqlues coml-
me~ntaires.
Les uns f'ont applique B l'Anglotorroc, les
autres~ out voulu y voir une reculadle du gouver-
nement ambricain. Je crois qu'on se trompe,
car des le dPdbut le1 government amdricain,
fort net sur la question d'annexsion on d'occo-
pation de territoire cle la part do l'agressour,
ne l'avait pas 6td moins sur colle d'une inter-
vention. II n'avait pas ontendu prendlro posi-
tion dans le d6bat : il so bornait uniquement
A ne pas refuser ses h~ons offices, au cas oil
ils pourraient Btre utiles. La libertd du
condamnr4, sous le covert de son repr~sen-








UNE EVOLUTION NBCESSAIRE


tant, decvait plutdt lui rendre ce r81e difficile :
cette solution, du reste, a dd pescr d'un cer-
tain poids dans les outrecuidantes pr~tent~ions
qui nous furent imposees, dont P'une, par
example, nous obligeait A respecter le dbilin-
qluant h son retour dans le pays.
Cette partic do la proclamation prdsiden-
tielle qlue nous avons cite n~e parait viser, en
somme, qune la protestation qlue le corps dli-
plomatiq~ue s'dtait engag6 B signer contre 10
bombardment sans phrases et los proc~dd~s
sommaires du commandant allomand qui lais-
sait un d61ai ddrisoire pour l'enlbarq~uement
dcs strangers. C'est 16, semble-t-il, 10 puis-
sant appui moral dont il est, question. B3ien
qune no nous concernant q~u'indircctomen~t at
destine h etro assurdment do nul effet sur P'es-
prit du marin qui exudcutait los ordres de f'em-
pareur son maitre, il oit consacrd, une fois de
plus, co dont personnel no doutait : cotte
brutality gormaniqlue qui, impassible, frappe
sans pitia, sans humanit6, los youx.riv~s sur
10 but i atteindre.
Mais 10 corps diplomatique no signa pas la
pitco, la pratiqlue Ang~leterre la jugeant inop-








UNTE EVOLUTION NTIECESSAIRE


portuncOot h1occasionl so condIuisant deC momell.
Il y a tout licu de croire que c'est A cot espoir
dica que la proclamation du Pr6sident fait
allusion. Rien no fait supposer que los Etats-
Unis nous aient promise qluoi que ce soft. En
do tells circonlstances, pour un graupl pouple,
la ligno die demarca~tion est mlince: un appui
moral, sans ittre particulio~rement puissant,
peut se transformer instantandment on un
appui rdel.
11 ost done bon, jusqlu'8 prouvo du con traire,
do noe pas adlmettro q~ue 10 paragrapho~ do la
proclama~tion vise les Elats-Unis.





Vill




Le douxiome ordlro d'icdeas quni rossort du
pa"'~ssagoqoj'ai citd plls haut de Ha'si it l'in~dem,-
niid p-anguise, c'est qlue I'ou no saurnit mnon-
tier trop de vigilance dans la just applicatiott








UNE EVOLUTION NIACESSAIRE


do nos lois quand il s'agit doe I'6tranger. 11 faut
avec lui avoir deux fois raison. C'est triste,
mais c'est ainsi. Et qu'on nie croit pas qu'on
pourra. s affranlchir do cette obligation le jour
qu'on aura .1'appui des Etats-Unis :ce sera
justomorit' le contrairo. 11 faudra s'aippliqluer
d'autaznt plus g 4tro sago, ri Survoiller stricto-
ment nos autoritds afin qu'elles ne commettent
aucun abus do pouvoir. Le concours d'une
grande puissance, en nous assurant los igards
qlu'on doit aux nations civilisdcs, nous on im-
poserait aussi los obligations. Et au premier
rang, colle do reconnaltro spontandment une
errour lorsqu'elle a t6t commise. Ce no sont
pas, il no faut pas craindro de 10 dire, touts
les r~clamationsqsui, chez nous: sou t inj ustes;I si
h Port-au-Prince, sous Iosil do fautoritd, le fait
est plus raro, il est inddniable qu'en province
dos abus d'autorit6 so commnettent. Nous les
traitons aIlors avec une- mnithode qui, ii notro
regard, peut sembler dc~cisive, manis qui n~ous
vaut souvent dos contraridtds at des on-
nuis A l'extdriour. Commne nous proclamous
l'inddpondlance dos pouvoirs, nous semiblons
c~roire qlu'un jugement fortement motive suffit








UNE BYOLUTION NECESSAIRE


pour nous mettre g f'abri et qu'h touts los
demands nous n'aurous plus qu'h rdpondro :
a Adressoz-vous B la justice. C'cst un pouvoir
ind~pondant et souverain. Nops ne pouvous
rien sur ses decisions. La loi vous trace la voie
& suivro. > Cotte reponse n'est pas toujours du
godt do ceux qui, avant la force A lour dispo-
sition, incrimlinent tous nos acts et ne so gi-
nent pas pour pensor qu'un petit people n'a
de droits qlue couxs qu'on yout bion lui toldror.
Si, par malhour, le texte, article de loi sur
loquel nous nous appuyons pri~te B la contro-
verse, on nio manque pas do crior A no~tre
mauvaise foi,1anquallo condamno quand mnime,
quitte, le jugoment rendlu, h offricr sa grrjco au
ddlinquant. Les plus bionvoillants, s'ils no vont
pas jusqu'g nous accuser de haine systomati-
qlue control fIdtranger, inlclinlent h cr~oiro qlue
c'est une sorte do diformantio n mooralo q~uidcicto
un verd ict don t, dan s no tre iddo, 10 princi pal ob-
jectif ost d'dvitor oni d'amoindlrir nos responsa-
bitds. Nous pouvons sentlir qlue nous avons tort,
mais, dans notro faiblesso et notro misi~re,
nous pensons qule le bon moyon est d'avtoir
pour notre errour une sanction 16gale. Ce qui








UN~E BTVOLUTION NTECESSAIRE


ditruit, au dire de cos psychologues, touto
confiance daus notre justice.
Si done H-ai'ti arrivait, en matibre extirieure,
B s'assurer les bons offices des Etats-Unis, it
serait plus n~cossaire qlue jamais qlue notre
gouvernement survceilljt P'application? strict
de nos lois aux 6trangers. Autrement, ce: serait
les Etats-Unis qui nous y obligeraiont : co qui
serait nonl soulement humiliant, mais ne tar-
derait pas B transformer cette amitid on un
v~ritable protectorat. Co nest pas, certes, le
but qlue nous poursuivons. N'ous d~sirons sim-
plement que notre puissant voisin nous ga-
rantisse une justice gale entro tous les pouples
et qu'on ne nous ferme plus brutalement la
bouche avant mime qlue nous ayons essa~y6
notre d6fense.
Par example, ce qu'il faudrait difinitivement
r~pudier, c'est cotte exploitation criminally du
patriotism on face d'un conflict` stranger. IDe-
puis la guerre de notre Ind~pondance, on no
connait qu'un homme, un soul, Salnave, qui
carrdmont, ddlibdroment, A une injonction do
I'dtra~g~er, ait rdpondlu:Nonz On a bombarcdd
le Cap pour cotto parole; ~mais il a rd~pondu








UNE REVOLUTION NECESSAIRIE


coup pour coup aux Anlglais.. On no peut ni
avant, ni aprils lui, citer aucun autre exem-
ple. On a souvent dit comme lui au cddbut:- Nonl;
on a rappold au peuple les grands ancitros;
on l'a invit i suivre leur hdro~que examr-
plo; on a chauffit son exaltation B blanc. 1\lais
quand les vaissoaux apparaissaient 4 l'horizon,
on n'a janiais, com~me Salnave, conform l'acte
j la parole. A co moment on so rappolait op-
portundmocnt qlue la lutto dtait impossible, in-
sonsde, qlue, dlu rest, on n'6tait pas unli. Jo no
blhme pas ce raisoannmant, manrqui au coin do
la prudence. nlais qlue no I'avait-on la veillo ?
C'est done un sacr-ilige abus du patriotismle
qlue cotte comd~dio d une difonso qu'on procla-
me, sacha~nt fort b~ien qu'on n'en fora rien...
Los citoyens s'armont ; la vill cost- sillonnio par
do nombroux cavaliers qui, sans doute, revent
de prondro i I'abordage les vaissoaux ennemis.
Les offluves de 1804, inopindmenit ouverts,
grisont les cerveaux. C'est P'heore dos patrio-
tiques discours. La presse no reste pas on ar-
riire dans coltt ivrosso factico. Ello exalto los
sauvages vertus dos aieuxi, of son vocabulaire
n'ost jamais assoz riche d'dpithe~tos pour 11a-








UNE eVOLUTION NECESSAIRE


gellor I'ag~rossour. Pourquoi se g~n orait-elle ?L'.
Constitution, dans uno do ses dispositions fon-
damentales, ne conlsacre-t-elle pas la libertd
de la presse ? Si on so! plaint, on saura rap-
peler a propos P'article on question, et si ce
ddbordom~ent augmente l'addition qu'on nous
presente le couteau sous la gorge, c'cst qune
ces gens-lk n'ont auc~un respect dos libertis
publiques. ... M~ais l'ini~vitable s'est accomnpli.
Nous avons capituld. Nous nous sommesj sou-
mis, minme davantage, h toutes les exigences
du vainqueur. Il's'agit maintonlant do faire
rentrer dans son lit ce flot ddchaind par nous-
mimes. Car il y ades gens qui voudraient
diriger sa force aveugle contre le gouvernement
6tabli, ot, en insinuant qu'il a trahi l'honneur
national, pichor dans une eau qu'ils s'efforcent
do trouble le plus possible. N~otez qu'j sa
place ils cussent capituld do meme et qu'ils no
songent qu'au bouleversement politique dont
its pourrazient bindficier. L'honnour national
est le cadet de lours soucis.
C'est alors qu'on voit l'dnergique di~cision
du Pouvoir et comm~e ii -s'ntend a remottre
toutes choses on place. Coest alors qu'il faut








UNE EVOLUTIONN NE:CESSAIRE


regardler combine 16ger pibse deevant lui co grand
principle do la liberty de la press, tant invo-
quC naguiare Pour vous en convaincre, lisez
la lettre ci-apres du ministry amitricain i no-
tre ministre.decs affaires 6trangibres. Elle restera
com~me le lamentable Epilogue de c~ette aven-
ture allemande, et si elle pout priter a des
commentalires, ils ne peuvent tous qu'itro de
l'ordre le plus douloureux ot 10 plus navrant.
Ce n'est pas qlue jo fasse l'm~jure au g~ndral
Sam de croire qlu'ilpouvait sacrifier un con-
citoyon sur l'autel do I'humiliation national.
Non. Et c'est pout-8tre une chance pour le
journalist d'avoir eu affaire A lui plutit qu'h
un autre. Mais l'argument qu'il faut tircr est
autr : il est dans la rdalitd de la libertC do la
presso et de toutes nos liber~tds, si solonnelle-
ment affirmies quand nous10 pensons nices-
saire of violdes l'instant dl'apri~s quand nous
le jugeons utile a notro salut. 11 est meme A
remarqluer que, apris la satisfaction donnie
comme on sait & l'Allemagne, le gouvernemient,
dans co milieu don't on est forcdmont l'esclave,
ne pouvait hisitor : il devait, sous poino d'an-
hardir quiconque, s'imposer par la force. L'ar-








UN~E EVOLUTIONT NETCESSAIRE


restation et I'emprisonnement du journalist,
qu~i constitutionnellem~ent n'4taient qlu'un petit
coup dl'Etat, d~montri~rent qlu'il veillait : co ful
la pierre jetde dans la miare pour commander le
silence. Mlais qiuelles riflexions noe souleve-t-
clle pas, cette lottre d'un reprisentant diplo-
matique qui, sans arriere-pensie, plutit dans
un interit bienveillant pour notre pays, se
croit fondd de nous donner unc telle leg~on de
patriotismol .

<< Monsieur,
<< Je viens d'ente~ndro diro qlue Son Excel-
lonce a le dessein de fair exf~cuter le rddac-
tour en chef de l'Im~par~tial. Voulez-vous 6tre
assoz aimable pour voir le Prdsident de m~a
part at lui exuprimer la prii~ro. que je lui fais
d'dcpargnor la vie de cot homme? 11 a 6td un
amii de son pays, qu'il a d6fond~u de son mieux,
quoiqlue pent-etro trop crament, et il ne do-
vrait pas stro mnis g mort par coux qu'il a
ddfendus. Je crois qu'il ti 6tB un amni du gou-
verncment. Que le gouvernement tire von-
geance de ses ounenmis et non do ses am~is! Jod
no connais pas cot home et je no l'ai jamais








UNE $VOLUT~ION NiCESSAIRE


vu : aunssi, I intdri~t qu'il m'inspiro r6sido-t-il
sim~plement dans la cause de P'humanite Ct
dans la consideration de son intrdpidit6 i dd-
fondre son pays.
Jo yous deris ceci en hgte.
a Ag~riez mes remerciements.
a Votre obdissant servitour,
a W.-F. POWEL.

Non, non, mill fois non. Il y a une conduite
plus sage, plus loyale & observer : 0110 consists
g no pas encourager co que nous appelous 10
patr'iotismle indtig'nd. Il est compos6, du resto, ce
patriotism, do trop dl'dlaments divers, of 10
premier i en convenir, ctest le Pouvoir lui-
mimen qluaLnd il s'agit de 10 ridprimor at de le
faire rentrer dlans son lit.IDevant une azgrossion
commne colle de P'hllemagne, 10 soul gouverne-
ment qui pourrait donner la certitude que sa?
resistance n'4tait pas uno comidie est celui
qu~i, traits on sauvage, serait rdsolu h so con-
dauir~e on sauvago: c'est-h-dlire colui qlui, A P'an-
nonce do P'arrivdo ~prochlaine dos bateaux de
S. 31. I'Emnpere ur d'Allemagne forai t main hasso
sur tous les Allemnands at les expedierait,








UNE EVOLUTION NE~CESSAIIRE


conpuc otages, dans fiinteriour de nos f~ori~s.
Co gouvernement-lix strait vaincu finalement,
miais il aurait mis ses actes on rapport avoct
ses paroles et adopted une ligne de conduite
queC l'adversa~ire lui-mime lui imposait. Aucun
do nos chiefs d'Etat et jo les on fdlicite -
nl'a jamais song6 h recourir g cos moyens ex-
tri~mes. Ils ont toujours parld du mondo civi-
liscd qui los regarde et auqual ils on appolaient.
Alors quoi ? So laisser hombarder, i6mictter par
des canons A longue portde, sans pouvcoir mnime
occasionner la plus 1Pgi~ro agratignure it on
ounumi insaisissable et invuln~rable. Lie bon
sonls et la. sagesso do nos chefs d'Etal ont tou-
jouirs rdsistd & cotto tentation de suicide bitec.
Et ils out en raison. 11 faut di~fondro son droit,
quan"d onl la pour soi, et le plus souvent c'cst
nlotre cas, avc inorgio et; inddponldance. 11
faiut s'appliquer AI lo faiire triomnpherr par tous
les m~oyens on n~otro pouvoir. C'est outendu.
Mlais le procidd6 10 moins officace, le plus dd-
loyal, c'est de recourir h l'excitation populairo
qui scllcemhl idgitimecr l'emiploi do la force brna-
L~ale. Paus do comlddie, pas do manifestations do
par~ado quand 10 drapeau ost hiumilid, P'hon-







UNE EVOLUTION NECESSAIRE


nour soufflctC. L'hypocrisie de conunande y
ajoute une souillure de plus, autroinent grave :
c'est le ridicule.
Les Hai'tions dchapperon t cette honte qIuan d
par un patriotism clairvoyrant, digag4 de prd-
juges funestes i lour prosperity, ils detruiront
eux-mimes une disposition constitutionnelle
qui ferme notro pays h la civilisation et nous
fige dazns une attitude dl'host~ilit6 conginitale
covers l'4tranger. Il nous sera alors facile,
grice aux hons offices de la grande Rdpublique
ambericaine, d'empcher les tranrche-montague,
dont co monde scra tonujours affligd, do donner,/
sur notro dos, g lours navires-6coles, dos logons'
de choses (I)...

(I) Deruis 1'8poqlue od un messager Ilu Grand Frd-14ric,
allant reclamer d Voltaire los pohisies du roi son mrdz-
tre, le consigcnait dans une ville libre de 1'Allemagne,
les sergents des rois de PruIssP, proml1us empereurs de
nos jours, ont toujours tenu g itre brutaux et didai-
gneux du droit. Je ne veux pas plaisanter : mes compa-
triotes, toutefois, qui serairnt tents de postuler notre
poste diplomratique de Berlin agiront sagement en fai-
sant, au prialable, un sc~rupuleux examen de conscience.
-S'ils out dit qluelques verites di~sagrdables g l'empereur
d'Allemague, je Icur conseillo de mibditer la loi tris ex-
tensive qui traite dles crimes de 18se-majestd. It est vrai
qlu'ils pourront invoqluer, pour leur dl~fense, le principle,
garanti par notr~e Constitution, de la liberty de la prese
C;'est Bgal, il est bon de so mdfier et de faire un pei
examen de conscience avant d'aller a B3erlin.







UNE AVOLUTIONI NACESSAIRE


IX



En l'annd0 1893, durant absence du Prd-
sident do la Ri~publiqlue qjui voyageait dlans le
nord de f'ile avee ses mlinistres, jo restai i
Port-au-Prince en mla quality do secrdtaire
d'Eitat does finances. Jo fus charge par inti~rim
dlu portef~euille des relations extirieures et d~e
la justice dont le titulaire accompagnait le
chef de 1'Etat.
Clcst pendant cet interim qune P'affairo Mlews,
qu~i, depuis longtemps, prdoccupait' 10 gouver-
unomont, persuade toutefois de son bon droit
of de l'observance de toutes les formes legales,
fut reglie.
Je ne puis mieux faire, afin quton s'cn rende
un compete exact, qlue <10o mettre sous los youx
dlu lecteur les pieces officiolles q~ui s'y ratta-
chlen t.

Le 10 mars 1893, on la quality d'intdrimnaire








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


qlue jo vcious die dire, jo regus la colrrespon-
dance suivante :

Washington, jeudi 16 f6vrier 1893.

A Monlsieurl Edm~ondt Lesp~inacsse, Scoritair'e d'E~tal
dles Relactions zextr~ieur, es,
& Port-au~-P I~rinc.

MONSIEUR LE SECRETAIRE D')ETAT,

J'ai P'honnour do yous adressor la relation
ddtaillie qlue je vous avais annonede dans ma
priccidonto dcpiche du 13 du present mois,
mais ce nest pas encore pour vous apprendro
ma r~coption officialle par le gouvornemecnt
ambricazin.
Voici rco qui s'ost passi :
Le lendomain de mon arrived g Wiashington,
le 11 fdvrier, j'ecrivis i M. John W. Foster,
secretaire d'Etat, la lettre dont copie ci-jointe,
cote A, ot dans laqucle jo 10 priai do me faiire
savoir 10 jour of I'hcuroe anxquels il plairail, au
President dos Etats-Unis de mec recovoir pour
lui fair la remise de l'original do la2 1lottr do








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


crdan-~ce qui m'accrddite auprhs do lui on q~ua-
lit: dl'onvoydI extraordinaire at mninistre pleni-
potentiaire d'Haiti.
Q~uatro jours apris, c'est-B-dire hier mer-
credi, a dix houres du matin, .jo regus du
D~partoment d'Etat une note ver~bale (cotdo B~)
oib, sans faire mention de ma lettre dlu 11, le
sec~r~taire d'Etat m'invitait, on pr~sentant ses
compliments, g vouloir hien me rendre au D6-
partement d'Etat le meme jour & miidi.
D~ans la pensde qlue j'allais Otre presented au
President des Etats-Unis, je me trouvai au
rendez-vous i l'heure fixde. Introduit dans le
salon do rdeeption, je vTis arriver un~omployd
dont j'ignore 10 nom? et le titro et q~ui, s'adres-
sant a moi, me pria, en fort hons terms,
dl'excuser 10 secretaire d'Etat qlui regnrettait no
pas pouvoir 6tr~e present au rendez-vous; il
venait d'8tre appold on tote hitie aul Capitole
oh 10 Congrbs so trouv\ait on s6ance. Je retour-
nai a P'hbtel oih j'.al pris logement, et une heuro
apr~s, M. Stowart Jones, employ au Ddparto-
ment d'Etat,viint de la p~art du secrdtaire d'Etat
me renouvolor dos excuses on me disant qlue
M. Forster me recovrait h l'houre qlue je you-








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


dr~ais. J'eus soin do lui demander si c'6tait pour
me prdsenter au Prdsident. Non, me dit-il,
c'est pour vo~us entretonir. II 4tait trois heures;
jo promise de me rendre de nouveau B. l'invita-
tion, A quatre hearos. A cotte houre, je fus
introduit auprias du secrdtaiire d'Etat.
M~ionsieur H-aentjens, me dlit-il, je regr~ette!
infiniment de: n'avoir pu Btre ici, B midi,
pour vous recevoir.
Je concois, lui rdpondlis-jo, que le fait a
pu se prodluire, B cause des nomlbreuses occu-
pations qui rdsultant pour vous de la tin
prochaine de la session parlementaire of dos
questions qui s'agitont. M~ais je suis a votro
disposition, at vous voudlrez bien me faire con-
naitre 10 jour et I'heure auxquels le Prdsident
voudra bion recevoir ma lettre de orCance.
Jo noc puis pas maintenant vous rdpondro
B cet Agard, car le Prisident est parti en via-
ca~nce pour quelques jours at jo n'ai pas ou
connaissance do: votlre lettro jusqu'd son dl~part.
Mais je voudrais vous entrotonir tout de suite
de l'affaire Mews.
M~onsiour le secrdtaire d'Eltat, j'ai regu do
mon01 gouvernelen t la recomml~andation de vous








UNE 1WOLUTION NECESSAIREE


on parler immddiatement apres la pri~sontation
de ma lettre de cr~anco; mais, puisque vous ad-
sirez border sans retard cette question, je
vous ecoute.
Et alors, tout en feuillotant le dossier de l'af-
faire contenu dans los nom~brouses.di~piches
de la Li~gation des Etats-Unis A Port-au-Prince
qu"'ll s'6~tait faith apporter, 11. Foster s'expr~ima
on cos termes :
-- Monsieur, un honni~te citoyen smdricain,
nI. F'rederick Rlewrs, appartenant a une res-
pectable maison de commerce de Boston, i6ta-
blie g Port-au-Prince, les Green, K~naebel
at C'e, qlui paint aul trdsor hai'tien environ
75,000 dollars de droits par an, a Ctd ar-
rif6d, sur une suspicion de contrebande, et
incaredrd! pendant vingt-quatre jours dans une
prison salon et on compagnie de criminals, sans
avoir 6td interrog4: et finalement il a 6td jug6:
ot reconnu innocent. Votro gouvernem-~ent, prd-
venu par la Ldgation des Etats-Unis, dis 10
dimancho, avait promise d'examinor 10 cas dies
le lendomain. Le ministry dos affaires 6~tran-
gibres n'a pas tenu sa parole, car ce n'est qu'au
hout de trois jour~s qlue la Ligation a regu une.








UNE EVOLUTION NBCESSAIRE


lettre do lui pour dire quoit qu'il allait on rdf6-
rer j son collegue de la justice, q~uandl, en rda-
lite, ilest ni~nistre des deux portefeuilles des
affaires 6trangeres et de la justice. Tout cola
n'a 6te qu'un prdtexto, de mime qlue los pour-
suites contre M. Mlews- dinotent de J'hostilild
contre les citoyens ambdricains, car le ministry,
averti par la Ligation, pouvait bien mottre
M. Mows en libert6. Et alors, B q~uoi bon 6chan-
ger des discours oih il est question de bones
relations et d'amitie, quand au fond cela n'est
pas ?
Permettez-moi, maintenant, monsieur le
secretaire d'Etat, devous rdpondre onvous expo-
sant la question comme la comprend, de son
c~td, le g~ouvernement haftion on touted, dq~uitd.
Mais, tout d'abord, je dois repousser de la fagon
la plus formelle l'intention pritde au ministry
des affairess dtrangeres d'avoir cherch6 des pr8-
textes pour ne pas donnor son attention au cas
de M. Mews. C'est une coutume adlministra-
tive, qui ne date pas chaz nous do l'affa~ire
Mews, que le secr~tai're d'Etat charge~ do doux?
ddpartements derive, solon los ndcassilds du
service, h l'un ou a I'autre dos dilpartements








UNE liVOLUTION NIcEESSAIE


dont il a charge pour avoir des renseignements
pr6cis. Jo ri~pousso dg~aloment I'accusation
d'hostilit6! contre les citoyens am61ricains.
M. Mows n'est pas 10 soul stranger qui a 6td
poursuivi on Haiti pour dblit de contrebandle.
Au moment oih jo yous parlor, il y a devant nos
tribunaux dles poursuites dirigdes contre
M. Hannibal Miiot, citoyen frangais, qui a vai-
nemecnt faith appel i la Ligation de son pays.
Qua~nt au reproche fait au ministry des rela-
tions extdrieures do n'avoir pas mis on liberty
MV. Mows quand il a. Bti avisd de son arresta-
tion par la L~gation dos Etats-Unis, le ministry
ne pouvait pas, dans la circonstance, user d'~un
droit qu'il n'a pas. Voici, monsieur le secrdtaire
d'Etat, co~mmnt les choses se sont pauscs6
danis le cas de M. Mowrs. M. M~ews a etd arrite
ot amond: devant 10 commissaire dlu gouvernc-
m~ent sons la prevention d'un flagrant ddlit de
contrebandoc, on vortu de notre loi sur les
dlonanes, laquollo vise spe~cialoment la contre-
hando. L'article 8 do cotto loi de 1858 prescrit
positivemecnt qlue los poursuites pour ddlits de
controbando seront dlirig60s c~srt-raordirnairementl
par la3 ministhre public du rossort devant les








UNE 11VOLUTION NECES"ATRE


tribunaux compdtents-. Jde n'ai pas apport4 la
loi, ne sachant pas qlue vous alliez m'cntratenir
aujourd'hui de cetto question, mais je la tins
B votre disposition.) C'est ce qui a 6td faiit dans
10 cas de M\. Mews. Cite directoment par 10
commissaire du gouvernement pour la pre-
miere sdanc~e du tribunal correctionnel, il a
6te interrog6, jug8 et acquitt6 et son acqluit-
tement prouve qlue nos tribunaux rendent une
justice impartiale.
Monsieur Haont~jens, j'ai dcout6 tout co
qlue vous avez dlit, mais je maintains qlue vos
propres lois ont 6td violdes, car M. Mews est
restd on prison vingt-q~uatre jours sanls inter-
roga\toire, sans aucuno possibility d'ob~tenir
une liberty sous caution. J'estime que c'est une
injustice qlue votro gouvernement dloit rd-
parer.
Jo recomm~engai Si faire valoir les arguments
contenus dans les di~piches adressdes par vous
j la Lbgatinn des- Etats-Unis at j'ajoutai en
me rappelant qu'une pareille proposition avait
6td faite par vous A M. Durham j'ajoulai
qu'il y aurait peut-stro un moyan do mettro
fin Si ce conflict, si regrettable an moment sur-








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


tout oil je venais A WCashington anim4 du plus
ardent ddsir do d~velopper les rapports et de
resserror la bonne amitie entire mon pays at
les Etats-Unis, at qlue ce moyen consisterait g
soumettro le litigo a la d6cision d'une troisiame
part~ie pr~is, B Por~t-au-Prince et qlui pronronco-
rait sur le m~rite des arguments du gouverne-
mont hai'tion et de la Ligation des Etats-U~nis,
Non, monsieur, me rdpondit WI. Foster,
nous ne voulonls pas d'arb~itrage parce qlue le
cas n'est pas douteux, pas plus qlue nous n'a-
vons voulu do l'arbitrage qlue demandait le
Chili. Monsieur Haentjons. nous causerons une
here encore qlue nous ne pourrons que rd-
pdtor les mimes choses. J'ai d~sird vous entro-
tenir de cotte question afin qlue vous fassiez
connattro B votre gonvernement notre ferme
resolution de 10 voir rigler cette affaire avc la
L6gation dos Etats-Unis conformiment a l'@-
qu~itd. T616graphioz A votro gouvernement, et
si, en rdponse, yous avez des communications
A me faire, yous pou rrez me vcoir j usq~u'd mardli
passci ce ddlai, il sera trop tard, car jo m'em-
barquerai le samedi suivant pour 1'Europe oil
jo vals on mission,








UNE EVOLUTION NE~CESSAIRE


-- 11 est difficile, lui rdpondis-jo en me
levant, ear je compris qlue l'entration avait
pris fin, il est difficile de renformer touto
cette conversation dans un ciblegi-amme.
Nianmoins, je vais teldgraphier. Mais un dor-
nier mot, monsieur 10 secr6taire d'Etat, avant
de prendre congd de vous : si j'ai bien compris
quelques paroles dites par vous sur l'inutilit6
dans de telles circonstances de protestations
d'amiti8, il y a lieu pour mioi de penser qlue
roa rdeception officielle peut 6tre retardi~e par
la question Mews?
-- Je n'ai pas eu l'intention de le dire, m'a
r6pondu M. Foster.
Je me retirai; I'entretien avait dure: cin-
quante minutes. Rentra chez moi, je rddigeai
le tileigramme suivant qlue j'expddial & Son
Excellence le Prdsident d'H-ai'ti g sept heuros
du soir :

Hyppolite, Prdcsidenzt, Port-auc-Prince.

Entrevue aujourd'hui avoc ministry des af-
faires 6trangBros qui maintient point de vue
americain affaire M~ews. Refus arbitrage.








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


Minister avroir donn6 A entendre pr~senta-
tion mla lettre de cr~ance 4tre ajournde jus-
qIu'B rbglemecnt question on Haaiti. Details par
lettre prochainement.

Samedi, 18 f~vrier 1893.
2 heures de l'aprbs-midi.

Le lendemain do cette entrevue, e'est-8-
dire hier vendredi, voulant dissiper I'incer-
titudo qu'avaient fait nattre dans mon esprit
10 retard aIpport6 B m'acc~user reception de la
lottro par laqualle j'avais demand une au-
dience du Prcisident dos Etats-Unis et l'invrai-
somblance qu'il y avait qju'une lottre de cotte
imlportance, arrive au D~partement d:Etat le
ItI, avant midi, n'avait pas Btd mise sous les
yeux du secretaire d'Etat jusqu'au 15, le
mercredi, jour auguel le P'rdsident a quitter
Washington, voulant aussi savoir & quoi m'en
tonir, par uno explica~tion derite, sur la portie
dles paroles qun'avait dites Ri. Foster sur l'inu-
lilit6 dos protestations d'amitiid quand les faits
ddmontraient 10 contraire, jo lui adressai la
noto suivaznte cotdr0 C.








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


C'est apribs av:oir expddid ma lo:ttre au did-
partem~ent d'Etat que jo regus, vers los deux
houro~s de f'apris-mnidi, avis, -par le cable, do:
S. Exc. le Prdsident Hyppolite qlue mon tild-
gramme n'avait, pas 6te compris clt qu'il fallait
le renouveler.
Cela arrivait k propos, et j'ajournai la ri~pd-
tition du teldgramm-e, espirant bien pouvoir
transmeltre au Prdsident quelque chose de
plus positif qlue mon impression du moment
qlue j'avais traduite par les mnots suivants :
<< Mimstre des affaires P4trangiares donne 4 on-


La rdponse de M2. Foster' ne so fit pas atten-
dre cette tois et dans P'apri~s-midli du mime
jour je regus sa lettro cote D).
Le secr6taire d'Etat a beau dire, mais j'ai
Btd parfaitement dans la r~gle en no me croyant
pas autorisd B aller I'entretonir de l'affairo
Me~cws, au nom du g~ouvernoment d'H-ai'ti, avant
ma rdeeption officielle, c'est-h-dlire sans qlua-
lite, ot, au surplus, contrairement B mes ins-
truction-s qui me dilsont : << Vous aurez imm8-
diiatement a~pris votre reception officielle par 10!







UNE EVOLUTION NE~CESSAIRHE


P'rdsidecnt dos Etats-Unis g center en relations
avocc le mninistre des affaires 6trangbres. Vous
ddvoclopporoz dlans les dliffdrents entretiens
qune vous pourr'ez avoir av:ec lui les arguments
qlue j'ai prdsontds moi-11neme g la L6gation des
Elats-Unis pour repousser la reclam~ation
Mow~s, etc. ,, a1. Foster diit qu'il m'a oxplique
Ic10 rotardc do una rdeeption par l'absence du
President. Oui, cela est vrai; mais c'est aussi
on me do~nnnt le motif qlue j'ai relate plus
haute qu'il n'avait pas encore eu connaissance
au. ddpa~rt du Prl6sidecnt, 10 mercredli, de la
Icttre qlue j'avais adressde le samnedi pricident,
le 11.
Ily a encore cocci qui complete la v6rite,
c'ost qlue ces explications out CtB provoqluies par
mon interrogation directe et donn60s par lui
comme on passant. Lec point principal semblait
Btre pour lui l'affairo Biews. L~a preoccupation
qu'il mlont~re h la fin do sa lettre de savoir si
j'ai tdldgraphid k mnon gouvernement me donne
mnaintenant A penser que s'il n'y a rien en
d'apprchan"t une d~ircision concertie d'avance
do no pas mec rcevoir, f'on a du moins pens8,
pouLt-6 tre, qu unle imlpreCssion dlans ce sens m'auL







UNE EVOLUTION NBCESSAIRIE


rait porld: B faire, illico, uno dl~claration qlucl-
conquec contraire A Ilattitude prise par 10 gou-/
vernement hai'tion at a mos instructions, o
bien encore 4 consciller instamment un ri~gl'i
ment immddiat do la reclamation.
La suite docs choses fera voir' si jo e LC sulis
trompe, car je vous dcris cette dipi~cho oul
plutdt co journal do ma mission, au jour 1-7
jour et au fur et i measure qlue les incidents so~
produisont. Aussi, on rdponse au Secr~taire
d:Etat, j'ai riddig6 la ddpiche tri~s mosurde que
vous lirez dans la pideo cGtcie E, at, profitantl
do cette voic ouverte par lui B une correspon-
dance quasi officiello, j'ai, dans les terms les
plus propros a~ la f~iro? acceptor, renouveld la
propol'sition dl'arb~itrage on la mnodifiant do:
fag~on la fair 10 plus satisfaisanto possible
pour lo gouvernoment am6ricain : au lion d'une
tierco parties choisie 6l Port-au-Prince at dont
it avait t6t parld dans focntrovue, j'ai proposed:
do r~firer 10 litigo k la d6cisionl d'un juris-
constilte ambricain, choisi ici, aux 10tat-tinis
comme il avait dtd fait dans los affairecs ~LazareJ
Pellotier, V'an Bokkllcln. Jo n'ai pas encore
de reponse A ma lettre xpedciide hiecr 4 midigi








tJNE EVOLUTION NECESSAIRE


Si la proposition est acceptic, jo m'empros-
serai dole td16graphier au gouvernomecnt, at
4 considdrerai ce premier r~sultat comme tri~s
' a~;e~tisfaisant, parce que le: Ieg~lement do l'affaire
ne scra plus aux mains de Ml. Durham~, de qui
il semble que nous n'ay-ons plus g attendro qu'un
ulti matum .

Washington, mercredi 2~2 f6vrier 1893.
1 heure aprbs midi.

1\IONSIEUR LE SECRATAIRE D'ETAT.

Depuis qlue j'ai Bcrit vendredi dernier, B la
date dlu 17 du courant, au Socrl~taire d'Etat
Foster pour~ lui proposer l'arbitrage aux Etats-
Unis de l'affaire M~cwis, jo n'ai cu do lui auc~une
communication ni en rdponse ii ma proposition
d'abitrage, ni, co qui devient tres extraor~di-
nairo, i mna lottre diu If du courant demandernt
I'audience pour la presentation de ma lottre
de *crdance, bien qlue 10 Prdsidecnt Har isson
soit di~ rotour h Washington depuis samedi
apribs rnidi. Tout cela ost absolumecnt extraor-
dinaire, je le rdpiate, mais j'atte~ndrai encore,









UNE JiVOLUTION NJeCESSAIRE:


afin d'avoir la conscience d'avoir pouss6 la
patience jusqu'h sa dlerniibre limited avant do
revenir i mos promibre's impressions deartdes
par les explications du Secr~taire d'Etat.
J'ai eu, hier aprbs midi, une longue confi-
rence avec no0treC illustro ami bI. Fredericki
Douglass of jo P'ai mis au courant de toutes
cos particularitis alin d'~avoir son av-is. Jo me
reserve de transmottre de vive voix au Pri~si-
dent Hyppolite ainsi qu'a r~ous co que m'a dlit
Al. Douglass et qu'il mi'a recommlland4 de con-
sider~ier comme tout i faith confidential.. .



Mime jour, 5 heures apris m~idi.


La. rdponse du Secrdtaire d:Etat vient de ndi
parve~nir; ello est. date d'hier at adressic a,
Af. Clement flIaontjens, noumm6 ministry pl4-
nipo tentiaire d'lai~ti.
Son importance me parait telle qlue j'en in-
tercale dans mna prd~sente ddpiche lat traduction
suivanto :








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


D~partement d'Etat.
W~ashington, 21 feTvrier' 1893.

MONiSIEUR ,

En accusant rdeeption de la note qlue vous
m'avez fait P'honnour de m'adressor A la date
du 171du courant, j'aid vous exprim~erle plaisir
qlue j'dprouve de vcoir qlue le malentendu
qu'~indliquait votre pricidlent~e communication
a 6td dissipd.
Je remrarqlue qlue maintenant vous r~dpdtez
par derit la suggestion qlue vcous avez faite do
vive voix, dans notre entrevue du 15~ courant,
relativement 6 f'arbitr~age de l'affaire Mlews.
Jo ne puis consider cette suggestion d'aucune
autre fag~on qlue cello qlue jo vous ai oxpiqude
dans notro conference. Vous vous souviondroz
qlue je me suis longuement dte~ndu sue tous les
details dlc l'affaire, qlue j'ai rappel qlue tout
do suite apribs P'arrestation do co citoyon amd-
ricain, omployd do conflance d'une miaison doe
commerce amidricaino offr~ant dos garant~ies,
le reprisentant des E~tats-Unis filait inlterv~enul








UNE EVOLUTION\ NE~CESSAIRE


par ses offices diplomatiques; qu'on avazit
promis uno mnise on liberty imm6diate; qlue,
ces promosses n'ayant pas 6rts romplies, do
nouvelles repr6sontations ont 6td fa~ites 10 jour
suivant et dl'une fagon pressanto, at qlue le
ministry dles affairs 6tranugeros y a rdpondlu on
donnant los mimes assurances; qu'aprits plu-
sieurs jours d'inaction, 10 ministry dos affaires
6trango~res a donnd pour excuse qu'il s'6tait
adcressd, pour avToir' dCs conseignomentslt ~rCiciS,
au ministry de la justice, loqual n'dtait autre
qlue lui-mbme qui tient los doux portofo~uilles,
que" ces f~aux-fuyalnts et ces pri~textos out durd
trois semaines, pendant losquallcs cot honora-
ble citoven amiricain a Std forc6! de vivre on
compagnie des derniers criminels, au milieu
do touts les indignit~s d'un bagne, sans I'in-
terrogaztoire imm6dliat qlue proscrivent les lois
hai'tiennes, et qlue quand, outin, il a 6te jugd,
son innocence a d6t reconnue. Yous vous rap-
peloz qlue j'ai faith ressortir qlue cos proc~dds
vexatoires et azbsolument inutiles 6taiont une
outiere violation des droits d'uln citoyon dos
Etats-Unis of un manquoment au respect da B
un government ami et g son reprdsentant








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


accrdditd agissant on vertu do ses instructions.
Les questions qui so prdsentent dans de
telles conditions ne sont plus du tout de sim-
ples questions de droit at de fait ; elles attei-
gnent directoment les relations de deux gou-
vernomonts souvorains at lours obligations
r~ciproq~ues d'aminit6 et do respect. Elles tou-
chent h l'honneur national et & la dignity, et
par ainsi elles no pouvent, comme je vous l'ai
d~ji dit, Atre ar~bitries; le respect do soi-
mime ne permit pas do los soumettre A la. ddci-
sion judiciaire d'un arbitre. L~es procd6ds
dilatoires des autoritis haitionnes, leur rn16pris
des dlroits 14gaux dl'uu citoyen ambricain,
lour mauvaise toi envers un gouvernement
ami ot son representant, constituent, selon
mon jugement, uno offense qlui n'est pas du
resort de l'arbitrage; il n'y a lieu qlu'h un
arrangement fran c o honorable intervenu
directoment entro los parties ellos-mI~mes.
.ie nourris 10 sincihre espoir qlue votre grand
cd~sir .do trouver la voio A un arrangement
6quitalble et aussi l'exposC des faits de la cause
aminorount bion vite un r~glement amical, en
rdponse auxr communications qune vous av\ez








UNE VOLUTIv~ON NEC:ESSAIRE


faites par le crible A viotre gouver~noment.
Recevez, m~onsienr, la' nouvolle assurance do
ma haute consideration.

Sign,! : JonN WV. FO)STER.

Une rdponse dans co~s terms formels for-
mait la porte a la discussion ; il n'y avait plus
B la renouvelor apres que le Scr~taire, d'Etat
avail d~clard qlue.1'honnour national et la di-
gnitd 6taient on jen~.

Washiington, le 23 Ifkfief'.

JT'ai 6td co matin au .Departemenlt dl'Etat;
11. Foster vienait de remottre la direction intd-
rimaire du Ddpartement & hI. Wharton. Joe
dish & Wiharton q~ue le td616ramm o expddlio
par moi B Port-au-Prince avait 6td mal trans-
mis et qlue j'avais pris la decision d'aller mnoi-
mcim e n H-aati. mais que j'6tais lidi par 10 re-
tard inexplicable apporld par 10 Ddpartoment.
d'Etat A m'accuser ri~coption de ma lettre du
41 par laqluello j'avais demanded k prdsouter au
Prdsidenti des et~ate-U17is ma lettre dre creance;









UNE EVOLUTION NECESSAIRE


qlue toute lettre derite poliment mtaritait une
rdponse, que je ne pouvais, k cet 4gard, m'em-
picher de rappeler le m~contentement qu'a-
vait manifesto la 16gation des Etats-Unis, &
Port-au-Prince, g occasion d'un retard de
trois jours at domi de la part du ministry des
Relations Ext~rieures; qlue ce qlue je dleman-
dazis, c'dtait une rdponse, fcoavorale one non, favro-
1rable.
Et je finis en lui disant: Que me conseillez-
vous? dois-je attendre encorc'f

Mi. Wharlon sembla assez impressionn6 par
mes paroles.
--Je ne sais vraiment pas, monsieur, com-
ment il se fait qu'on n'a pas encore r~pondu B
votre lottre. Le jour at P~heure avait Ct6 arr~tds
avrec le Prisidecnt pour votre presentation, mais
10 pauvre PrrCsident a tault d'occupations on co
moment!... Vous recevrez une rdponse... A
votre place, j'attendrais une rdponse.
Jo suivrai vos conseils, lui rdpondis-jo on
me retirant.








UNE ItVOLUTION N]ECESSAIRE


Samedti 25 fivrior.
5 hours apri~s midi.


MIONSIEUR LE SECRIDTAIRE D ETAIT,

Enfin, jiU viens do recovoir uno lottre, A la
late d'aujourd'hui (pii~ce cotdo F), par laquelle
le sacrdtaire d'Etat intdrimaire rn'approndl que
le Prdsidlent des Etats-Unis sera houroux de rne
rccv~oir mercredli prochain, A uno heure moins
le quart, on quality d'Envoyd extraordinaire
ot Mlinistro pldnipotontiaire do la R~publique

J'ai, Monsieur 10 Secrdtairo d'Etat, fort peu
de commentairess a ajouter h la relation minu-
tiouse qlue je vous ai faite des incidents do ces
qu~inze derniers jou's ; il on rossort assez clai-
rement la conclusion qune jo no m'6tais pazs
trompd on dovinant qlue l'adlministration anc-
tualle, dans son disir tri~s ardlent do rdglor
]'affaire M'ews avant le 4k mars prochain, a
pens6 y rdussir on chorchant h me suggarer la
pensic qlue jo no serais reg;u qu'azpri~s uno so-
lution du litige et cola dans le but qlue j'ai dlit








UNrE SVOLUTIONT NECESSAIRE


plus haut. L'attitude a change quand on a re-
connu l'inutilit4 de ces moyens.
Quoi qu'il en.soit, il ne faiut pas moins rete-
nir ce rcdsultat acquis de savoir maintenant,
sans aucun doute possible, qlue le Gouverne-
mont ambricain refuse de sonmettre Ag l'arbi-
trage, soit g Port-au-Prince, soit ici, aux
Etats-Unis, I'affaire Mews, qlu'il on fait une
question d'amour-propre national, et qu'il est
certain, i mon avis, qune cette attitude no
changera pas sons la prisidence de M. Cleve-
land qui prendra dans queclques jours les re-
nos du Pouvoir exd~cutif.
11 reste & notro Gouvrernement & dl~cider
quelle est la ligne de conduite qu'il suivra dans
cos conjonctures.
Jo partirai B la finl de la somaine prochaine
pour' Port-au-Prince, afin de compldter de vive
voix, auprbs de Son Excellence 10 Prdsident
H~yppolite, par quelques ronseignements abso-
]umont confidecntials, 10 prisant rapport dont
jo yous prie do fairo donner lecture au Coliseil
dos secretaires d'Etat.
Veuillez agrier, Mi~onsieur le Secr~taire d'El








UNE EVOLUTION NBCESSAIRE


tat, les assurances do ma considdratio~n trb~s
distingude.
C. IIAENTJENS.s

(ANNEXE A)
LEGATIrON DTIIAITI
THE ARLINGTON


Washington, le 11 fi~vrier 1893.

P~ONSIEUR LE SECRIETBIlRE D'EThT,

J'ai l'honneur de vous remottro ci-incluse
la copie de la lettre autographoc par laquello
le President d'H~ai'ti m'accrc~dite aupri~s de Son
Excellence le Prisidou~t decs Etats-U~nis on qlua-
lild d'envoyd extraordinaire et ministry pl6ni-
potentiaire dbe la. Rdpubliqlue dl'Hai'ti ; et jo
yous prior de me faire savor 10 jour et I ho~uro
auxq~uels il plaira au Prdsident des Etats-Unis
de me recovoir pour lui faire la remiise do
l'original.
Je renferatle aussi, sous 10 present couvert,
le texte du discours que j'aurai P'honnour








UNE EVOLUTION NBCESSAIRE


d'adresser au Ped~sidenlt des Etats-Unlis dans
cotte occasion,
Veuillez agrier, Moansieur 10 Socrdtaire
d'Etat, les assurances de ma tris hauto consi-
ldr~a tion .
Signr': CLEDIENTI IIAENTJESST


(TRiADITCTIONr)

(ANCEXE B3)

Le~ Secrdtaire! d'Etat prdsento ses comlp~li-
menits it M. H-aentjens, nom~md min ini s re
d'llai'ti pri~s les Etats-Unis, of 10 prior deo you-
lo~ir- hion se rendro au Dtdpartemuent d'Etat
a~njourd'hui, 6 midi.

D~partement d'Etat.

Wa'tshington, le 15 fivrier 1893.

LEG~CATION D'HAI?'I

(ANNEXE, C)

Le soussignd, envoyd extraordinairo- et mi-








UNE EVOLUTION NIECESSAIRE


nistre planipotentiazire di'Hai'ti, a P'hounour
d'dtablir ce: qui suit :
to" Que 10 onzihme jour du courant mois il~a
adiress6 a l'honorable John WY. Foster, Socrd-
taire d'Etat, une lettro daus laquello il lui a
dem'and6~, daansles formes dl'usage, do lui faire
savoir le jour of P'houro auxquals il plaira au
President dos Etats-Unis doe le recovoir pour la
remise de la lottro do cr6ance q~ui P'accriddite
on la susdite quality aupri~s du gouvornement
americaln ;
4?o Que le mercredi suivant, rleuin-
ziibme, Af 10 Secrdtaire d'Etat a, dans uno note
non signed at sans accuser reception de la sus-
dite lettro du'12, mvith 10 soussigni & so ren-
dro le mime jour, B midi, au 04partement
d'Etat ;
So" Que 10 -soussignd, s'dtant ompressa de
so rendro B cotte invitation, a ou P'honnour
d'avoir avoc Itf. le Secridtaire d'Etat un long
ontration sur la rdelamation faito au gouverno-
ment halitien par le gouvernement amblricazin
en favour dou nommd Frddlerick MoIws ;
4o Qu'au course do cotte 'conf~orsation le









UNE EVOLUTIONN NECESSAIRE


soussignd a cru comprendre ot il souhaite
d'avoir mal interpretd la sons dos paroles de
AI. 10 Secrdtaire d'Etalt qlue la. presentation
de la lottre quni ]'accr~dite en la, susdlite qlua-
litd dl'envoyd6 extraordinaire et ministry plitni-
potentiairo sera plus opportuundment faite
aprbs le r~gloment de la ques'tion pondante
entro los deux gouvernaments.

En consdqluene do ce qui pri~ci~de, 1 sous-
sign6 croit devoir prier Af le Socr~t~aire d'Eta\t
de le tirer d'incertitude en lui faisant savoir
s'ily a lion dl';iltendro encore uno rdponse dii
D~partement d'Etat A sa susdite lotre du 11
f~vrior, ou hien si la presentation do la lettro
de crdance est ajournde jusqu'aur rciglomont de
l'af'fairo F. Alow-s.
Dans I'attente d'une reponse, le soussignd
saisit cotto occasion do donnuer A nI. 10 Secrd-
taire d'Etat los assurances do sa~ considdration
la plus distingude.
Washington, le 16 f~vrier 1898.


Signe' :CLAIENT ITAENiTJEN~?S.








UNE EVOLUTION NSGESSAIRE


(ANNEXEi D)
Dipartement d'Etat,
Washington, le 10 f~vrier 1893.

nIONSIEUR,

Jai~ P'honnour de vous accuser ri~ception do
la communication qlue vTous avez bien voulu
m'adresser aujourd'hui, relative aux circons-
tances qui so sont prbsonties lors de votre
ontrevue avec moi. au ddpartement d'Etat,
dlans l'apri~s-midi du l16 courant.
En co quai a rapport it la critiqlue que vous
somblaz dispose it fair do ce qlue, on \ors
demandant la faveur d'une conf~ronce person-
nollo, aucun a~ccusd do rdeeption n'avait dto
onvove it votro noto dlu 11I coura~nt, dlans la-
quaLlle vous ddsircz etre inform du jour at de
Phuc~rro pour une audience, afin do prdsenter
votro lettro do crdanice au President, il est just
d'~observer qlue, confolrmdm ent au ribglement
ordinairoe doe co dl~ipatemenllt. ~i~glement bastS
sur des conscidaratiions falciles it comprendro,
iln'est pas d~'usago doe rdpondro form~ellemerit








UNE IAYOLUTION NACESSAIRE


aux notes demandant une audience du Prisi-
dent pour prdsonter des lottros de cre~ance,
qu"'aprias st8tre assurcd prialablalment dos dlis-
positions du Pri~sidecnt B cot Pgard.
Toutefois, la. circonstance o'empcache pas
une entrevue officiouse entire la ministre nou-
\-ollement arrive! et 10 Secr~taire d'Etat. avant
qlue les formalitds de son audiouce officiollo
avec le Prdsident soient d~termindeis ; et en
rdalitd, dans la plupart decs cas, une visit au
Socr~taire d'Etat par 10 mninistro nonunid
pr~dcedo on suit sa denanldo dlaudience ,de
rdcoption. Comme vous no m'aviez pas faith cot
honneur, j'ai fait invitation do cotto visit
personneflle on mne servant du moye~n ordinaire
d'une note decrite & la troisicbmle personne,
mon mUotif principal 6tan t dictd: par un dfsir
de vous informer do la cause dlu retard ni~ces-
saire B rdpondro formollement a votre de-
mando.
Jo no puis pas admottro que v-ous sovez
justified par~ce qlue je yious ai dlit pendant notr~e
conversation du 15 courant do tldddire la
conclusion mentionude danis votro: lettre d'au-
jourd'hui,











UNE RESOLUTION N~eCESSAIRE


Apres vous avoir inform6 que le Prdsident
6tait absent do la ville av\ant qlue je n'aio pris
connaissance de votre note pour obtenir une
audience, et qu'j son retour je demanderai
ses instructions 9 co sujot, j'ai a~joutd que,
pendant cot intervallo, je southaitais profiter do
I'occasion qu'offr~ait notre entrovue pour faire
des efforts diigents afin d'arriver, si c'dtait
possible, B un regloment de l'affaire Mowc~s.
J'ai bien compris que, commc mnoi, yous par-
tagiez sinci~rement coddsic ; q~ue vous trans-
mottrioz immddiiatomont h votro gouvernoment:
uno d~piche pa~r le c~ble sur cetto question,
offr~ant de me communiquer le rdsultat le
plus tit possible. Je regrotterals profonddment
si jo m'4tais tromp6 dans cotte interpr6tation
do votre desir.

Jo saisis cotto occasion, etc., etc.


Signde: JonN W. FOSTER.








TJNE AVOLUTION\ NeCESSAIRE


(ANNEXE E)
LEGATIO~N D'HAIITI

Washingtoon,~l le sq fivier 1893.


MONSIEUR L~E SECRETAIRE D')ETAT,


JPai P'honnour de vous accuser rdeeption de
la r~pon1se clue vous avez h~ion v-oulu fair, it la
date d'hier, A ma note du mime jour.
JTe voius prio de cr~oiro qlue si j'avrais su qlue
je pouvais aller vous entrotenir avant ma rd-
caption officiolle, jo o'eusso pas manquC de le
fire, car jo souhaitais do v'oir alrriver' 10 jour'
oib, conformdm-ent aux instructions do mon
gouvernement, il me serait possible do yous
parler de l'affaire Mo~ws.
En co qui concerne le adilai nd~cessairo pour
prendro les ordres du Prdsident des Etats-
Unis au sujot do ma rdcoption officiollo, je vous
remorcio d'av\oir fixd ma pensde, dont l'incerti-
tude a 6td cause par la connaissance imipar-
fai re qlue j'aLi de! la langue1 anglaise.








UNE EVOLUTION N\ECESSAIRE


Je cer~tifie, M\onsieur 10 Secrc~taire di'Et.at,qcue
vous ne vous 6tes pas du tout trompe on
croyant qlue jo cdisirais, de mon c~td, de tout
coa~ur, une solution 6qluitable do l'affaire Riews.
An sortir de l'entrevue qlue j'ai eu l'honnour
d'avoir avc vcous, j ai ttiligraphid g mon gou-
vernement ce qlue vous m'avez dit, autant qlue
j'ai pa~ 10 faire dans los homnes 6troites d'run
cablograimme; of si d'ici a mardi prochain,
commlle il a idtd conv~n u. je recois dies nouvellos
on 'dpon~se, jo! m~I1P'emrssor'ai do youIs enl faire
part. Quoi qu ~il on sait, par 10 prochain stea-
mo7r, j'derirai longuement A monl gouverne-
ment a ce sujct.
Tel est mon di~sir, Mlonsiour le Socrdtaire
d'Etat, de voir s'aplanir los difficulties soulo-
voos par cot~te affaire 3Ilows juste au mnoment~
oil je viens aux Etats-Unis anim6d du plus sin-
ciare enthousiasmo pour 10 ddveloppomen"t do
tous los rapports qlui pouvent contribuer g
consolider los liens qui unissent monl pays A la
Gra~ndde nldpblique, que jo sorais personnolle-
mocnt ho~uroux s'il dtait possible do tronver dans
une comin~iaison le chomin 10 plus court au
raglement de cette question,










UNE EVOLUTION NE~CESSAIRE


Inspire par ces sentiments, je fais la propo-
sition suivanto qlue je soumets A votre apprC-
ciation : J'cnverrai ii nllon g~ouvernement, lui
demandant pleins pouvoirs do rif~rer le litige,
ici, aux Etats-Unis, B un jurisconsulto am~id-
cain-dont la decision serait sans appol. Dijh,
dtans les affaires Lazare, Pelletior at Van Boki-
kcolo, 10 gouvernomecnt amdricain a cu la ma1-
gnanimit6 de consentir B co mode do reglor decs
cas litigioux avoc la R~publique d'Haaiti. C'est
une v~oie dans laqualle los Etats-Unis out on la
gloire do convier tons los peoples au nom do
l'humanitd.
Si vous consentioz g donner votro adhi~sion
h cotte proposition, je m'estimerais tres hou-
reux d'avoir obtenu co r~sultat et je le tC16gra-
phierais inmm~diatement h mon gouverne-
mont.
Veuillez agrier, Mlonsieur le Socrdtaire d'E-
tat, etc., etc.


Si,"nd: CLAMEN~~ T IHAENTJENS.








UNE EVOLUTION NECESSAIRE


(ANN~EXE F)' (1SrafaClill0)

DE~PARTEM1ENIT D'E~TAT

WVashington, le 25 f~vrier r893.

RfONSIEUR,

J'ai l'honneur, en rdponse A votro note dlu
11 courant, do yorcus informer que le Prdsident
scra heorroux de vous recovoir mecrcredii pro-
chain, B midi quaranto-cingl minutes, pour la
presentation do la lottro qui vous accrddite on
qua"lit6 d'Envoyd Extraordlinaire at Mlinistr~e
pl~nipotentiaire dl'Hai~ti pres dlu gouverne-
mient des EtaLts-Unis.
En consequence, si vous voulez vous rendre
au D)~partement i midi et demi, j'aurai 10
plaisir do yous accompagnor h la M~aison Blan-
che at do yous prdsonter au P'rdsident.
Agrdoz, M~onsieur, los assurances do ma plus
haute cols'icd~ration.

\ Sl~lrd WILLIAM F. HAT;RTONT.
Acting Secretary.
1Monsieur Clmentlez Ha~entjenzs.








UNE EVOLUTION~ NACESSAIRE


On remarquera qlue, devant la demande
pr~cisode notre reprdsentant, le gouvernement
amiiricain ne soutintl pas qlue la reception
officielle de MI. Haientjens ftit subordonnie aur
riglomont de l'affaire M~ews. Nous n'avons pas
tonjours et partout trouvd cotte dquitd.
En attendant, M4. Haentjens, conformeiment
A sa depiche, azrriva biont~t a Port-au-Prince.
11 vint aux Gonai'ves t~rouver le Prisident ot,
sans doute, il lui donna les rcnscignements
confidentials annonc~s. J'y allai de mon c~td,
onnuyd do la tournure que semnblait prendre
l'affairo, place sur 10 terrain do la violation
do nos propros lois. P~ourtant, il mie somblait
que f'on pouvait s'assuror de facon precise,
on soumnettant la q~uestion A dos jurists, si
les prdtontions aIm6ricaines 6taient, fondles ou
non. Jo ne pouvais non plus rester indiffi6-
rent dlevant les communications officiolles de
M. John S. Durham, ministry dos Etats-Unis: il
insistait que los instructions de son gouver~no-
ment lui ordonnaiont dl'attirer sans aucun
rotard notre attention surI cla qestion afin
qu'ollo filt prom-ptomlent rigle. Avant tout, il








UNE EVOLUTION NECESSAIRE~


fallait s'assurer, au moins. que le bon droit
otait do notre e~td.
Brof, le Conscil des secrdtaires d'Etat. lenu
le 14 mars 1893 aux Gonai'ves, sous la prisi-
dence du g~ndral Hyppolito, ddcida :

a Une commission, coinposio decs doyons
docs tribunaux do cassation et civil. dlu comn-
missaire du gouvernement on cassation. do
MI.Dalbdmlar J. Joseph oltdudcirec teur docl'Ecole
do droit, sera formde B Port-au-Prince pear
6tudier 10 dossier nlows of fair savoir au
gouvernoment, dans on rapport, si toutes les
formalitis ont 6td replies dans la~ circons-
tance. a

Le 16 miars, le Conseil revint encore sur la
question, j laquelle il attachait la plus extri~me
importance, of dl~cida que le ministry intitri-
maire dos relations extdricures devait a inind-
diatemaent tenzirI le ouvernremrenlt auI couraCtL de' l'avis
de la comm,,issionr n.

De retour a Port-au-Prince, jo mTe hital
d'adresser la lettre suivante & AIM. Lechand,
Dyor, Dauphin, D. J. Joseph at L. Dominiqjue.




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