Histoire diplomatique d'Haiti

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Material Information

Title:
Histoire diplomatique d'Haiti
Physical Description:
v. : ; 19 cm.
Language:
French
Creator:
Léger, Abel-Nicolas
Publisher:
Imprimerie Aug. A. Héraux
Place of Publication:
Port-au-Prince
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Foreign relations -- Haiti   ( lcsh )
History -- Haiti -- 1804-   ( lcsh )
Relations extérieures -- Haïti -- 1804-1844   ( ram )
Genre:
bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Bibliography:
"Bibliographie": t. 1, p. 319-320.
Statement of Responsibility:
par Abel-Nicolas Léger ...

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01904373
lccn - 30023568
ocm01904373
Classification:
lcc - F1924 .L51
System ID:
AA00008865:00001


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TiN












UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.












a













HISTOIRE DIPLOMATIQUE D'HAITI


PAR


ABEL-NICOLAS L GER _
Chevalier de la Legion d' her
Croix des Sts. Maurice & Lazare
Vice-President de la Societ6 d'Histoire
Vice-President de la Societ6 Haitienne de Droit International
Membre Adheren. de l'Acad6mie Diplomatique Ilernationale
Ancien professeur A la Faculte de Droit de Poau-Pririce
Ancien Jurisconsulte du Minist6re des Relation xtdrieures,
Ancien President des D6bats de la Commission d Reclamations.
Ancien D6elgu6 d'Haiti A la 2e. Commission Internationale
des Jurisconsultes Americains-



TOME PREMIER
(1804-1859)






PORT-AU-PRINCE
IMPRIMERIE AUG. A. H]RAUX
1721, rue Centre, 1721.
1930

































































r










HISTOIRE DIPLOMATIQUE D'HAITI



INTRODUCTION.--LA POLITIQUE EXTERIEURE DE DESSALINES


Un people n'est verita ment digne de
Sfigurer au rang des nati Walits que s'it
"participe A I'existence g&Trale du monde
Set A la communautd des Etats non seule-
ment par son unite ethnograahique et sa
representation exterieure, mais encore et
surtout par son action diplomatique, le
maintiende ses droits internationaux et la
defense de ses interats propres."
A. DE POUVOURVILLE : Des bases de la po-
litique Exterieure.

INTRODUCTION

LES CONTRE COUPS DE LA REVOLUTION
FRANQAISE.
LA REVOLTE DES NOIRS ET DES AFFRANCHIS
DE SAINT-DOMINGUE.
L'immortelle Revolution de 1789 accomplie
en V'rance pour la cause de la Libertd et de la
Justice, A une 6poque oil un peu A travers le
monde entier ces principles essentiels dtaient






miconnus, devait la force de choses pro-
duire une reaction particulibre a Saint-Do-
mingue. Le brilliant ideal que proclamait
Talleyrand au lendemain de la prise de la Bas-
tille ne pouvait demeurer l'iddal isold d'une
nation. Il rdsumait les aspirations de I'huma-
nit6 tout entire.
Le rdtablissement des droits de l'homme;
1'abolissement des privileges qui composaient
alors le dro(t public; la disparition des fdo-
dalites vex oires; la suppression de la ve-
nalite des charges ; le droit du people de dis-
cuter ses lois et ses impOts : I'dgalit6 de tous
devant la loi : quelle collectivite pouvait plus
ardemment desirer ces advantages politiques
et sociaux que les noirs et les affranchis de
I'ile de Saint-Domingue ?
LA, malgre le changement survenu dans
la mere patrie, en d6pit des progr&s arra-
chds par la violence et du movement irrdsis-
tibles qui entrainait les esprits, les colons, hau-
tains et depraves, comprimaient toujours les
esclaves et humiliaient sans cesse les affran-
chis, insoucieux du courage don't ceux-ci
avaient fait preuve sur les champs de ba-
taille de Savannah pour la conquete d'une
ind6pendance qui n'dtait pas la leur I La







Revolution franqaise avait ouvert dans toute
1'Europe l'6re des societes nouvelles ; partout
croulaient les vieilles institutions politiques,
mais A Saint- Domingue, ii n'6tait nullement
question pour les maitres de briser les chaines
de leurs esclaves et les colons continuaient A
refuser systematiquement aux Affranchis
I'6galitd des droits politiques, A les carter
de routes les Assemblees furmees dans 1'lle et
recouraient A la force et a la violence pour les
intimider et les dcraser, lorsqu'ils rent por-
ter leurs doldances jusqu'en Eu( pe. Ceux
qui rdclamaient un simple adou cssement a
leur sort dtaient tuds, haches, pendus, d4ca-
pitss, assassins ; on incendiait leurs proprid-
tes et on n'epargnait mfme pas leurs enfants !
De cette iniquitd et de toutes ces atrocitds
sortit un soulment g6enral des opprimds. La
lutte pour la liberty, pour l'inddpendance fut
terrible, gigantesque, grandiose. Elle aboutit
A I'dcrasement et A I'andantissement de la
fine fleur de l'armde francaise.
II s'agit de se placer au lendemain du ler.
janvier 1804, oA aux Gonalves, tous nos hd-
ros jurerent le serment glorieux de renoncer
A jamals A la France et de mourir plut6t
que de vivre sous sa domination ; au moe


-3-






-4-

ment oA Saint-Domingue est redevenu Haiti,
et de montrer, dordnavant, la lutte acharn6e
de notre pays pour consacrer A tout jamais
son droit de conquete, pour s'opposer aux
exactions internationales et pour marquer
dans l'indiff6rence g6n6rale ou l'hostilit6 A
peine deguisde des puissances 6trang4res, sa
place dans le monde civilise.











*-I

LA POLITIQUE EXTERIEURE DE
DESSALINES (1804-1806
DIFFICULTIES DU DEBUT. LES ANGLAIS. -
LES AMERICAINS DU NORD
INTRIGUES ET HOSTILITY OUVERTE
DE LA FRANCE. *
LA CHAMPAGNE DE L'EST. LES FAUTES
DE L'EMPEREUR.

Ce n'dtait pas tout pour les homes de 1804
d'avoir aboli le systdme colonial, le regime
de l'esclavage et expuls6 les Franqais d'une
parties de Saint-Domingue. Apres la victoire
ii fallait veiller aux convulsions des vaincus
et aux retours offensifs possibles ; car les
anciens maitres possedaient encore la parties
Est de I'ile. II fallaitdresser I'ddifice politi-





-6-


que de la Nation, 1'6tablir solidement et faire
consacrer ensuite par la diplomatic les suc-
ces de nos armes. Singuliere et rude tache
pour Dessalines, aujourd'hui Chef, mais hier
esclave Comment I'histoire ne pardonnerait-
elle pas les fautes commises par 1'homme d'E
tat, en souvenir des bi illants fait d'armes du
soldat et de sa farouchbenergie 'mairtenir
l'ind6pendance !
Apres la proclamation des GonaYves, Des-
salines s'dtait fait accorder des pouvoirs dic-
tatoriaux par 1'Assemblee des Gnedraux qui
avaient concouru avec lui A 1'dchec definitif
des troupes francaises. Cette aictature, au
point de vue de la politique ext6rieure, n'6-
tait pas mauvaise en soi : la concentration
de tous les pouvoirs entire les mains aussi
viriles 6tait un acte politique sur le sens du-
quel l'ancienne metropole ne pouvait gudre
se m6prendre. Mais, incomprehensible incon -
sequence, tandis que les mots de liberty, de
souverainete et d'ind6pendance enfievraient
les esprits et constituaient le trait dominant
des ecrits officials, I'ancien general en chef
prenait le titre de Gouverneur-general
d'Haiti laissant planer une equivoque re-
grettable sur la nature des liens qui devaient





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caractriker les relations du pays avec les
autres Puissances.
En effet, avant que 2ette equivoque ne fit
dissipee par I'Enpire, I'Angleterre crut le
moment propice pour offrir sa protection, en
change d'un privilege commercial exclusif.
D6ja, vers 1798, A l'6poque ofi les luttes d'in
flunce efre francais et anglais avaient pour
terrain I'ile de Saint-Domingue, elle avait eu
des provenances tres ddlicates pour Toussaint
Louverture. Sous les apparences d'intiret
commercial, elle cherchait en rdalitO un pro-
tectorat, pir crainte pour ses colonies des
Antilles. A la m6me 6poque oa les A 'glais
offraient a Toussaint de le recotrnaitre come
Roi, s'il voulait lear consentir des avntages
economiques, ils passaient des instructions
formelles a leurs agents A Saint-Domingue
de ne pas pousser leur protdgd A une decla-
ration formelle d'independance, parce que
d'apres eux 1'idde d'un gouvernement noir
inddpendant pourrait dveiller chez leurs
esclaves des sentiments d'une nature tr8s d6
sagreable. "
1) V. Lettre de Maitland du 17 juin 1799 au Lieute-
nant Colonel Grant, daps J. N. LUger: Haiti. Son His-
toire et ses Detracteurs p. 379.





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II est done tout nature, apres l'dcroulement
du joug francais, de voir les Anglais intriguer
A nouveau pour neutraliser les effects de notre
victoire, en essayant d'6tablir un lien de su-
jetion entire eux et I'ancienne colonie. Le Gou-
verneur de la Jamaique, le General Nugent,
charge Edward Corbet de la mission d'obte-
nir pour son pays un droit exclugf au com-
merce de I'ile et un protectorat A peine d~gui-
se, et d'offrir en retour A Dessalines une al-
liance centre la France. Cette mission n'abou-
tit pas. Le Chef haltien exigea un trait r6-
ciproquement avantageux," et lorsqu'il fut
r6digd, l'envoyd anglais ne I'accepta qu'ad-
referendum.
Le 1Gouverneur de la Jamaique, malgre le
d6sir exprim6 de Dessalines de ne voir jamais
interrompues la bonne amitid et la bonne
intelligence existant entire l'Angleterre et
Haiti, devant I'echec de son rave de pro-
tectorat, ne sanctionna pas la Convention. Ii
fit plus. II envoya Corbet notifier au Gouver-
neur General d'Haiti que l'Amiral Anglais
Duckworth etait charge de lui faire savoir
le traitement reserve A nos navires : tous nos
garde-cOtes, trouv6 A plus de cinq lieues
d'Haiti, devaient &tre immediatement d6-





-- 9 -


truits A cette menace injustifide, Dessalines
repondit sechement par celle d'une rupture
complete avec les Anglais et de la fermeture
des ports d'Haiti.
Les Etats-Unis, profitant de ce disaccord,
nous offrirent des approvisionnements de
guerre, en nous proposant de nouer des re-
lations commerciales, pour empkcher l'Angle-
terre de s'assurer la monopole exclusif si ar-
demment convoite. Ce facteur nouveau eut
pour consequence le statu quo dans les rela-
tions anglo-Haitiennes.
La nouvelle parvenait A Haiti, dans l'inter-
valle, de l'6elvation du Premier Consul A la
dignit[ Imperiale. Le complot de Cadoudal et
des Chouans avait accru l'adoration de, Fran-
qais pour Bonaparte. On le nomma Empereur
pour detruire l'esperance des conspirateurs
en assurant 1'existence du Gouvernement au
delay de la vie de son chef. Les Francais
voyaient aussi dans ce titre le symbol de
leur victoire sur les Habsbourg. A peu pres
les mfmes mobiles durent pousser Dessalines
A se faire proclamer Empereur. Pour lui n'6-
tait-ce pas aussi d6truire toute esp6rance
chez ceux qui conspiraient la ruine de la na-
tionalit6 qui venait de naitre A la vie politique,





10 -
et la dignite imperiale n'etait elle pas le sym-
bole de la victoire sur les Francais ? Se dire
et se consid6rer I'6gal de Bonaparte signifiait
que Dessalines ne reviendrait plus, et avec
lui le pays, sur la measure de l'Independance.
L'ancienne Metropole comprit si bien la
port6e de cet acte international qu'elle riposta
sans tarder. Le General Ferrand,, qui corn -
mandait la parties de 1'Est 'ancienne pArtie
espagnole de Saint- Domingue, publia le 6 Jan-
vier 1805, un arrWte qui 6quivalait A une re--
prise d'hostilite. Les Francais, disait il. 6taient
toujours preoccup6s des dispositions pro-
pres A aneantir la rebellion des noirs dans
la colonie de Saint Domingue. II recomman-
dait done d'en "diminuer la population, de
courier sus aux haitiens des deux sexes, de
faire ies uns prisonniers, de vendre pour I'ex-
portation les autres La lutte ne devait ces-
ser que lorsque les rdvoltes, reconnaissant
leur erreur, auraient faith acce de soumission
A I'Empereur des FranCais. Entre temps,
une mission secrete 6tait chargee de semer et
d'entretenir des divisions Darmi les Haitiens.
Elle etait composee de deux martiniquais
don't I'un etait noir et I'autre mulatre. Le noir
avait pour instructions d'exciter les noirs con-
tre les mulAtres ; le mulatre, de pousser les







mulatres contre les noirs. Mais ils devaient
travailler de concert A porter les deux classes
a retourner dans le giron de la F:ance. Les
Puissances avaient bien rdussi, dans le temps,
Adviser Rigaud et Toussaint-Louverture La
France se disait qu'un pays rendu A la liberty
par des noirs et des mulatres pouvait leur
clapper par des divisions habilement entre-
tenues. Elle se trompait. Nos peres n'6taient
pas des hommes A laisser une miserable ques-
tion de couleur emporter une nationality si
cherement acquise. L'un de ces agents de dis-
corde, Ducoudray, fut arrdt6,expddij A Dessa-
lines et execut6 comme espoin. Les intrigues
francaises furent dejoudes et l'Empereur se
decida a rdpondre A 1'arrtek arrogant, du G.-
ndral Ferrand.

La parties de l'Est fut envahie par Dessali-
nes, A la tote d'une armee d'environ 25.000
hommes. Vers mi-mars 1805, la ville de Santo-
Domingo, completement investie, etait sur le
point de tomber en son pouvoir, ce qui aurait
couronn6 ses victoires dans I'ancienne partie-
espagnole, lorsque I'Empereur fut avis6 de
l'arrivde d'une escadre frangaise avec des ren-
forts. II crut prudent d'abandonner le siege de
Santo-Domingo et d'aller parer A toute agres-


- 11 --





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sion qui pourrait 6tre tent4e, en son absenc-
dans la parties de I'Ouest. Le retour fut signal
de fautes lourdes qui devaient peser, dans la
suite, sur les relations des deux pays voisins.
Dessalines, plus militaire que diplomat, ne
se rendit pas compete que s'il eut raison de
guerroyer ferme contre les Francais qui pos-
s6daient encore la parties de l'Est, il deait
cependant se bien garder de m4contenter
cette population, afin de la manager en vue
de I'unification possible de toute I'ile.
II donna, au contraire, I'ordre A ses lieute-
nants de rassembler tous les habitants de
l'Est et de les constituer prisonniers; il fit
capture et confisquer tous les bestiaux et tous
les aniinaux de la population ; sa cavalerie d6-
truisit et brala tout ce qu'elle rencontrait
sur son passage ; les bourgs. les villages, les
hattesetles villes furent incendids et rd-
duits en cendres ; on massacre tous ceux que
l'E.npereur ne tenait pas A faire prisonniers
et on pilla !...
Aprs toutes ces atrocit6s, les Haitiens de-
venaient forc6ment des ennemis pour leurs,
voisins de I'Est. .
Dans la pensde de Dessalines, la proclamation





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de l'Independance, en restituant par la force a
Saint-Domingue son nom primitif d'Haiti,
avait eu pour consequence de soustraire toute
I'ile A la domination franqaise. L'Occupation de
1'Est par le g6ndral Ferrand etait un accident
passage. Haiti n'avait pour limits, comme
1'a consacr6 la Constitution de 1805, que
cel!es traces par la nature et les mers."
C'est A just titre qu'en expliquant les mo-
tifs ae sa champagne de 1'Est, 1'Empereur a
pu dire, dans sa proclamation du 12 Avril
1805, qu'il avait voulu se ressaisir de la
portion integrante de ses Etats." Par quelle
aberration n'est-il pas rested consequent avec
ses cerits officials, en traitant les habitants
de l'Est comme des haitiens ? Au contraire,
il les appelle continulle ment des indige-
nes espagnols et les spoliations et les de-
predations commises chez eux r6vlerent
bien que du c6te haitien on ne les conside-
rait pas comme des concitoyens !
Dessalines constata heureusement, A son re-
tour, que les Francais ne s'dtaient livrds A
aucune demonstration contre Haiti, mais il
fit continue les travaux de fortification
pour Otre prdt A toutes 6ventualitds. La paix
ne convenait pas a son temperament. II de-






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vint vite impopulaire, imposa des entraves au
commerce, se montra arbitraire et despite
brutal dans tous ses actes. Il n'y avait plus
de s6curitd. Les Finances de I'Etat dtaient
ddlabrdes. Le people croupissait dans I'igno-
rance comme au temps de I'esclavage. L'ar-
mee dtait deguenillde.
Dessalines avait te 1'homme admirable de
la lutte ; mais, apres la victoire, il n'eut ni le
g6nie de l'organisation ni la comprehension
des besoins et des n6cessitds du people A 1'd-
mancipation duquel il avait si largement con-
tribud L'haitien n'avait pas aboli l'esclavage
du blanc pour retomber sous celui du noir.
Aussi, lorsque la rebellion eclata en Octobre
1806, ce ne fut qu'une trainee de poudre. Et
le glorieux fondateur dd notre ind~pendance
tomba timem, quelques jours apras, au Pont-
Rouge, d'un assassinat que l'histoire doit re-
gretter.












ALEXANDRE PETION
ET HENRY CHRISTOPHE (1806-1818.)
NOUVELLES INTRIGUES FRANQAISES. LA
REVOLTE DE L'EST.
LA PARTIES ORIENTALE REDEVIENT ESPAGNOLE.
HOSTTLITE DE LA RESTAURATION ET ECHEC
DE LA MISSION DE GARBAGE.
Aprds la catastrophe du Pont-Rouge, la
France dut garder I'impression qu'un people,
qui pouvait assassiner le Chef qui avait con-
quis pour lui de haute lutte la Libertd, n'6tait
guere discipline pour une existence politique,
et que t6t ou tard, en exploitant les rivalites
et en profitant des intrigues, elle pourrait
retablir sa domination. Les circonstances sepm
blrent justifier ces provisions.





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Une opposition irreductible avait kclatW
aprls la disparition de Dessalines, entire Chris.
tophe et Petion qui, tour A tour et en I'espace
do quelques mois, furent Mlus President d'Hai-
ti. La lutte d'influence entire ces deux Chefs,
compliqude par la rivalit6 des Assemblses
Constituantes du Cap et de Port-au-Prince,
aboutit au morcellement du territoire a peine
arrach6 A la m6tropole. Il y eut sous les or-
dres de Christophe un Etat d'Haiti, compre-
nant les Ddpartements du Nord et de I'Arti-
bonite, et sous l'autorit6 de Petion une R4pu-
blique d'Haiti compose de l'Ouest et du Sud !
Plus tard le Sud se ddtachera de la Rdpubli-
que, et un Royaume sera substtitu6 A 1'Etat.
Devant le spectacle du pays, qui ne pou-
vait s'sntendre ni sur le choix de son chef
ni sur les principles de son organisation paliti-
que, qui recourait dejA A la guerre civil,
affaiblissant ainsi ses forces vives, nos anciens
maitres, A l'affit de nos faits et gestes, cru-
rent le moment propice pour agir. Le Gen&-
ral Ferrand, commandant francais de la par-
tie de l'Est, offrit des secours A Petion contre
Christophe, tout en I'engageant A se soumet-
tre A la France, dans l'int6ert des mulAtres
menaces par la guerre civil. "





-*- 17 --


PAtion comprit sans doute qu'il y avait
quelque dignity pour un Chef d'Etat, mdme
menace, A ne pas 6tre redevable A 1'etranger
de son maintien au pouvoir, car il envoya ces
propositions au Sdnat en ajoutant qu'elles
meritaient le plus profound m6pris. II
s'empressa d'ailleurs de contrecarrer les in-
trigues qui se nouaient de l'autre co6t de la
frontiere, en poursuivant, par d'habiles me-
sures de sagesse et de bienfaisance, I'oubli
du passe et des .mauvais traitements de Des-
salines. Si les indigAnes de I'Est avaient aidd
le3 Francais a nous omrbattre en 1805, it ne
s'ensuivait pas qu'ils nous fussent hostiles ni
partisans chaleureux de nos adversaires. L'au.
torite du General r'errand etait] lourde; mais
ils craignaient de se d6faire de la sevrite
franqaise pour tomber sous I'arbitraire hai-
tien.
La politique des successeurs de Dessalines
devait tendre egalement a l'expulsion des
franqais et A l'unite territorial haitienne par
I'incorporation de I'Est. Depuis 1795 la France
avait obtenu par le trait de Bale que I'Es-
pagne lui cedat la parties espagnole de Saint,
Domingue, en change de la Catalogne, de
la Navarre et du Guipuzcoa. Notre triomphe
de 1804 devait done logiquement comprendre






toute 'ile. Sur ce point il n'exista aucurn d-
saccord entire les deux chefs qui se parta-
geaient alors la direction des destinies d'Haiti.
L'attitude de Napoleon pr6cipita les 6vene-
ments. Remaniant la carte europ6enne a sa
fantaisie, il soumettait le continent, au gre
de ses victoires, a la domination directed de
ses prefets on des personnages de sa famille.
La p6ninsule Ib6rique donna le signal des re-
sistances nationals, lorsque 1'Empereur,
anres le piege tendu A Bayonne aux Bourbons
d'Espagne, voulut instituer sa dynastie sur b1i
tr6ne de Ferdinand VIr, comme son g6nie'
'avait realis6 ailleurs. Les Espagnols se leve-
rent en masse, animbs par leurs pretres. Leur
defense fut h&roique et d6sesp6ree. Et au
moisie Juillet 1808, un corps d'armee fran-
caise, qui capitula au fond de l'Andalousie,
marqua le premier dchec de la gloriuse for-
tune militaire de Bonaparte et encourage les
coalitions qui devaient A la fin emporter 'erm-
pire napolonien.
L'Est de Vile d'Haiti se ressentit immedia-
tement de la rdvolte espagnole. La Junte de
Seville, qui etait 1'Arne de cette revolte, auto-
risa don Torribio Montes, Gouverneur de
Porto-Rico,. pousser les indigenes A chasser





- 19 -


les Francais qui occupaient I'ancienne parties
espagnole de Saint-Domingue. II eut pour
allies les Anglais, 6ternels adversaires de Na-
poleon, de meme que Christophe et PNtion.
L'insurrection de l'Est, prepare active-
ment par Ramir&s, Sanchez, Sarmiento, Bas.
quez, Carabajal, Felix et Christoval Huber,
une fois commencee, ne tardapas A triompher.
Le General Ferrand, ddfait au combat de
Palo-Hincado du 17 Novembre 1809 par les
redoutables lanciers Seybanos, se fit sauter
la cervelle. L'occupation franchise avait v4-
cu ; mais la victoire allait faire ressortir la
diff4rence.de proc6dds des allies.
Les Anglais, pour le blocus des ports de
Samana et de Santo-Domingo et en remVi&-
ration de leur concours, presentfrent aux
habitants-de I'Est un bordereau des ddpenses
qu'ils avaient faites. Affaiblis pecuniairement
par les efforts d6ployds pour mettre fin a la
domination franchise, ceux ci ne purent ac-
quitter la note sur le champ. On ne tint au-
cun compteide leurs embarras 16gitimes. Les
crdanciers s'emparkrent de Santo-Domingo,
et proc6derent A I'enlIvement des tableaux
historiques et des pieces de canon en bronze ;
ils s'attaquaient deja aux cloches des 4glises,





20 --


lorsque les d6biteurs se cotis6rent pour dr-
sinteresser les Anglais et sauver les riches-
ses de leur pays.
Devant I'attitude plus digne du people hai-
tien et de ses chefs qui no sol!icit6rent au-
cune retribution pour la poudre, les armes et
I'aide mat&rielle qu'ils n'avaient pas marchan-
dees, on aurait pu s'attendre a ce que nos vpi-
sins de I'Est, encore trop faibles pour s'eriget
en nation ind6pendante, se ralliassent sport,
tan6ment aux Haitiens. Ils eurent bien; il faut
en convenir, quelque velleite A cet dgard.
Ramir&s et Sanchez, leurs principaux leaders,,
penchaient bien tous deux vers -une,
alliance avec la parties occidental : maisjls
trouv6rent dans notre d6sunion le pretexte
ne'essaire pour ne pas la contractor. Le pre-
mier, reconnaissant envers Christophe, ne
consentait A s'unir qu'a I'Etat d'Haiti ; le se-
cond, ayant requ des secours de P.tion, vou,,
lait d'une alliance avec la Rppublique seule-
ment? Le 18 Ddcembre 1809, la Junte de
Bondilla trancha la question, en docidant que,
" les naturels de 1'Est de Saint-Domingue,
avaient pris les armes au nom de leur sou-,
verain 16gitime, Don Ferdinand VII, actuelle-
ment en captivity en France, et don't les pou-





-21 -
voirs dtaient exercds par la Junte de Sdville."
La g6nereuse politique de Christophe et de
Potion s'dcroulait ainsi au moment oi elle
touchait au succs ; mais la pensee de Des-
salines de donner A notre pays pour limits
' la nature et les mers etait tn rave na-
tional qui ne pouvait rester sans lendemain !
En depit des reproches l6gitimes d'ingrati-
tude qui peuvent dtre adressds aux deux chefs
de I'fst, il est just de reconnaitre que par
les malheureuses discordes intestines, surve-
nues apres la mort du fondateur de leur indd-
pendance, les Haitiens ont contribu6 a faci-
liter le retour l I'Espagne de la parties orien,
tale de 1'ile. Et cela est si vrai que la situa-
tion intdrieure allait encore s'aggraver par
la scission du d6partement du Sud de la Rd-
publique dePetion !
D'apres I'accusation des Anglais, cette scis-
siou du Sud, qui avait reduit I'autorit6 de
Pdtion au seul D6partement de I'Ouest, serait
due A Napoleon, qui aurait facility l'evasion
de France d'Andr6 Rigaud, pour essayer de
remettre Haiti sous le joug colonial. Celui-ci se
fit proclamer, en effet, dds son re:our, gene-
ral en chef du Sud. Cette accusatisn semble
confirmed par les historians francais Laviese





- 22-


et Rambaud qui erivent: Napolton songea
un moment, vers 1810, A reprendre la colonie
et envoya meme dans ce but Rigaud, I'an-
cien chef mulqtre. (1). Elle semble encore
corroborde par la mission secrete de Liot qui,
sur l'ordre du ministry de la Marine de Napo-
1eon, 6tait venu en 1813 enqukter sur la si-
tuation exacte d'Haiti et sur les causes de la
mort de 1'ancien g6enral en chef du Sud.
Petion profit de cette mission secrete
pour faire comprendre A i'agent francais -
qu'il avait d6masque que la resolution du
pays d'etre ind6pelndant 6tait irrevocable et
que le seul moyen d'entente etait de prendre
" des arrangements posant ainsi le premier
jalon des n6gociations diplomatiques entire
Haiki et I'ancienne m6tropole...
Les dv6nements d'Europe avaient march
rapidement, depuis que 1'Espagne avait trace
I'exemple des resistances nationals. Une coa-
lition formidable, suce dant aux d6sastres
de Russie et A la destruction de la Grande
Arm6e, s'6tait rormne pour 6craser Napoleon
qui ne voulaitpas laisser l'Europe en paix.
Leipzig permit aux allies d'envahir la France
et de mettre fin A la domination imperial.
1. Napol6on. p. 950.





23 -
La Restauration des Bourbons eut lieu
avec Louis XVIII et nous fut hostile des le
debut. Le.premier element de cette hostility
se trouve dans les traits de 1814. La Grande-
Bretagne, amie du nouveau regime francais
et qui avait use de son influence pour faire
limiter les ambitions des puissances continen-
tales, stipulait en faveur de la Restauration
la faculty pour celle-ci de continue pendant
cinq annees consecutive la traite des noirs."
(1) C'6tait donner carte blanche A Louis XVIII
de reconqudrir Saint-Domingue et de le repen-
pier d'esclaves. Puis, dans l'accord particulier
sign le 20 Juillet 1814 avec l'Espagne, la
Restauration rdtroeedait en toute propridtd
A Sa Majest6 Catholique la parties de I'Est de
'ile d'Haiti. Talleyrand-Perigord, prince de
Bendvent, marquait ainsi A nos hommes d'E
tat que la France ne considdrait pas que la
parties orientale eat cesse. jusque-l d'8tre
frangaise, malgre nos victoires, notre Charte
constitutionnelle et notre participation aux
dv4nements de 1809. C'6tait en outre une
manidre de ratification de la decision de la
Junte de Bonlilla qui avait replace I'Eit sous
la protection espagnole, et une facon habile


2. De Clercq, Trait6s de France, t. II,





24 -
de se tirer d'un mauvais pas tout en nous
mettant un nouvel ennemi A dos.
Enfin, au Congres de Vienne, la'Restaura-
tion, en ddictant le principle de la l~gitimit6,
croyait pouvoir effacer d'un trait de plume
les glorieux episodes de notre guerre de I'In-
ddpendance. La Souverainete, y disait-elle,
ne peut 6tre ac quise par le simple fait de la
conquete ni passer au conqukrant si le souve-
rain ne la lui cede. Toute souverainet6 autre-
ment acquise n'a aucune raalitd pour les
autres Etats. "
PMtion et Christophe avaient cru qu'ils
pourraient par des pourparlers disarmer le
G)uvernement qui, avec T'appui des Allies,
avait remplac6 celui de Napoleon. Dans le
course de Juillet 1814 la Republique avait dd-
pch6 Garbage A Londres, avec mission de sol-
liciter la mediation anglaise on vue de con-
trecarrer toute expedition militaire francaise
centre nous et de poser des bases 6quitables
pour la reconnaissance de notre inddpendan-
ce. De son c68t, le Comte de la Limonade, Se-
cretaire d'Etat des Affaires Etrangeres de la
Royautd, dcrivit A Peltier, (.) journalist
1. V, cette lettre dans.-Placide Justin, Histoire de i'le
d'Haiti, Paris 1826 page 468.







francais A Londres qui d6fendait la cause des
Bourbons contre celle de Napol on et qui de-
puis 1397 dtait un agent salaries de Christo-
phe, de preparer des n6gociations entire Haiti
et la France, en donnant l'assurance que, s'il
reussissait, 1'ancienne colonie dcouterait les
propositions justes et raisonnables qu'on lui
ferait et se haterait de choisir un reoresen-
tant accrdit6 pour discuter ses intdr~s. La
mission: de Garbage revdlait une mdconnais-
sance de la politique anglaise de l'6poque.
Apres les traits de 1814, son interet consis-
tait a nirnager la France, et ce n'etait pas
au moment ofi, par la spitulation de la traite
des Noirs, elle donnait A la Restauration une
complete liberty d'action a Saint-Domingue
qu'elle.aurait pu, Ocoutant des suggestions
haitiennes, la contrar:er ou l'entraver dans ses
desseins. Aussi Lord Liverpool requt-il froide-
msct I'agent de P6tion et lui reponititl s&-
chemantque l'Angleterre ns p3avIit s'im.ris-
cer dans une pareille affaire.
L'inquidtude dtait assez vive, peu aprse le
depart de notre missionnaire pour Londres.
Les nouvelles reques d'Europe annonqaient
l'intention de la France de retablir son auto-
rit6 dans son ancienne colonie, et Petion, se
faisant l'echo des alarmes qu'elles provoqu6-


- 25





- 26


rent, prescrivait A tous ses comtmandants
d'Arrondissement, dans sa circulaire du 25
juillet 1814, de preparer immediatement des
torches et d'en remplir les arsenaux de la
R6publique. DNs I'apparition des Francais, les
maisons des villes, les bourgs et les planes ac-
cessibles devaient 6tre incendies. II ne fallait
pas, disait il, que les Francais, s'ils venaient,
trouvassent un seul ajoupa pour s'abriter
des intemperies du temps. Ces instructions,
inspirees par le souvenir du grand incendie
de Moscou don't la destruction avait sauve la
Russie, 6taient le d6veloppement de la for-'
mule plus lapidaire de la Constitution de
1805, constant et terrible rappel, pour ,es an-
ciens maitres, des cinquante mille soldats que
leuy avait pn vain cofits la lutte pour la pos-
session de Saint-Domingue :" Au premier
coup de canon d'alarme, les villes disparais-
sent et la nation est lebout "
De son c6t6, Chri.tophe avait augmented
ses moyens de defense, par une serieuse orga-
nisation de ses troupes et I'approvisionne-
ment de ses fortresses. Les deux- parties an
Pouvoir pouvaient mettre sur pied au delay de
soixante mille hommnes. En cas d'invasion, lI
people dtait pr&t A la guerre et A un3 resis-
tance opiniate ; il etait pret a do nouvellei








.- 27 -

scenes de sang et de massacre ; car il etait
decide A ne pas laisser rdinstaller, sur le sol
de I'ancienne colonie, les Commandeure avec
leurs fouets et leurs batons !
Mais les chefs haitiens se faisaient illusion
sur les moyens qu'allait employer la Restau-
ration. Ils s'attendaient A une nouvelle expe-
dition militaire, et la France, plus prudent,
ne songgait A reprendre le combat que sur le
terrain diplomatique, en nous envoyant la
plus perfde et la plus hypocrite de ses mis-
sions.












PETION ET CHRISTOPHE (Suite)
LES EXIGENCES DES COLONS.
LA MISSION DAUXION LAVAYSSE, FRANCO
DE MEDINA ET DRAVERMANN (1814) :
LE PROCESS DE L'ANCIEN REGIME, LES VERTUS
DE LA RESTAURATION, LES VERITABLES
INTENTIONS DE LA FRANCE.
L'OPINION ANGLAISE ET LE DESAVEU
DU COMTE DE BEUGNOT.
LES CENT JOURS ; L'ABOLITION DE LA
TRAITE DES NOIRS.

Avec la Paix qui suivit la Restauration, !es
Colons av.aiert renouveld avec insistence au-
pr6s du tr6ne franCais leurs doleances au su-
jet de l'dtat des choses en Haiti. 1ls ne pou-
vaient se consoler de la perte de leurs belles
propridtds de Saint-Domingue confisqudes





-- '29 -


au profit de I'Etat, et du mobilier humair
qui les garnissait. Ils saisirent leur Chambre
des D6put6s d'une petition A cet 6gard, et
c'etait A qui parmi euy proposerait la meil-
leure combinaison pour le retablissement, pal
la conquete ou par des negociations, de la
domination de la France sur I'ancienne co-,
lonie. Et le resultat semblait si peu douteux
que deja de multiples projects s'elaboraient
pour administration interieure de l'ile et que
des r6glements se redigeaient A l'intention
des Noirs qui s'y trouvaient et de ceux qui
ult&rieurement pourraient y ktre introduits I
L'erreur dans laquelle allait verser Louis
XVIII est imputable A la Commission 1gis-
lative charge de statuer sur cette petition,
Son rapporteur, le g6ndral Desfourneaux,
connaissait le pays, pour avoir pris part pen-
dant une douzaine d'anndes a toutes les guerJ
res contre nous. II donna tres la la 1gre l'asJ
surance que, par la connaissance personnelle
qu'il avait du caractere des Chefs qui se par-
tageaieut l'autorite en Haiti, ceux ci accep-'
teraient avec plaisir et sans difficult la sou-
verainetd franqaise. II recommandait bien A la
Restauration de faire accompagner par des
forces de terre et de mer la Mission qu'elle:





30--

enverrait, mais c'dtait plut6t pour la forme:
il etait persuade qu'avec des marques d'hon-
neur et des avantages de fortune, Christophe
et Petion feraient infailliblement amende
honorable.
La Restauration regla sa conduite sur ces
conjectures sans fondement, et convaincue
qu'avec des phrases, des mensonges, des de-
corations et de 1'argent elle etait en measure
de retablir l'esclavage et de faire cesser les
recriminations des anciens colons, elle char-
gea dans le courant de Juin 1814 trois com-
missaires d'aller faire flotter le drapeau blanc
sur Haiti. Et elle esccmptait tellement un fa-
cile succ&s diplomatique qu'elle ne se donna
meme pas la peine de les faire escorter par
des troupes et des navires de guerre.
La mission comprenait le Colonel Dauxion-
Lavaysse, Franco de Medina et Dravermann.
Le premier avait ete collogue de Robespierre
au Comit6 de Salut Public. Le second, ancien
lieutenant de Toussaint-Louverture, avait tra.
hi et livre un poste important qui lui avait 6tW
confi6 L'un devait se mettre en rapport avec
Petion, I'autre avec Christophe, le troisieme
avec Borgella, qui avait succde6 A Andre Ri-
gaud, et que la France croyait toujours general







en Chef du-Sud, dans l'ignorance no elle etait
de la soumission, survenue en 1812, de ce Dd-
partement au Gouvernement de la R6publi-
que ... -
Les commissaires ne voulurcnt pas abor-
der les c6tes d'Haiti, avant de connaitre les
dispositions de ceux qui y exercaient l'autorit6.
Is s'arrtri-ent A Kingston, et de 15, Lavaysse,
son chef, fit les premieres ouvertures a Pd-
tion (6 Septembre.) II s'attacha avec un soin
tout particulier A dresser un formidable re-
quisitoire centre Napoleon et I'ancien regime.
Les 'moindres 6pith6tes A I'adresse de Bona-
parte 6taient: Chef despotique et arbitraire,
haineux, sanguinaire et perfide usurpateur,
inergumtne, tyran en dMlire, roderne Attila,
homme de sang et de boue, 6cume et rebdt
de la nation francaise. "
Par contre Louis XVIII 6tait un Roi pa-
ternel, liberal, philosophy, eclaire, g6n6reux,
loyal, un nouveau Marc-Aurl.e, un nouvel
Henri IV, I'image et le Repr6sentant de la
Divinit,. le p&re de tous les Franqais, soit
qu'ils aient requ le jour sous le climat de 1'Eu-
rope ou sous celui de la zone torride, quelle
que soit la couleur que la nature ait imprirnm
sur leurs visages Quant au baron Malouet,





- 32 -


Ministre de la Marine, son portrait n'6tait pas
moins flatteur. Les noms de Nestor chez les
Grecs, celui de Caton chez les Romains, celui
de Sully au temps d'Henri IV ne rappelaient
pas, disait le Colonel, l'idde de plus de vertus
que celui de Malouet de notre temps, et tout
ce qui serait promise par un tel ministry, au
nom du meilleur des souverains, serait aussi
sacred que si c'6tait la divinity elle mrme qui
le promettait. Ap-ds avoir camp ainsi les
personnages de la com6die, le Chef de la Mis-
sion rddigea A l'intention du President de la
Rdpublique un monologue politique a reciter
et qui consistait A avilir Napoleon et a lever
aux nues Louis XVIII. Puis, sans formuler
aucune proposition precise, il passait A la me-
nPce, en d6clarant que son souverain nous fe-
rait partager les droits de sujets et de ci-
toyens francais, ce qui 6tait prdf6rable au
sort d'etre traits comme des sauvages mal-
faisants et d'etre traquds comme des ,ngres
marrons."

Le President ne put avec raison discerner
dans tout ce verbiage d6clamatoire la nature
et 1'Utendue de cette mission ; il invita en
consequence, Lavaysse a venir conf6rer avec
lui a la Capitale. Dans sa note du 9 Novembre,





33 -
I'agent -de la Restauration lui proposal de
reconnaltre et de proclamer la souverainet6
du monarque francais, aussit6t qu'il aura re-
connu, dans sa sagesse, le people de ce pays
suffisamment pr6pard A ce grand et heureux
6vdnement, et de se constituer, avec ses
principaux lieutenants, le Pr6sident et les
membres du gouvernement provisoire d'Halti
au nom de S. M. Louis XVIII. En cas d'ac-
ceptation, P6tion, en particulier, pouvait
computer sur des distinctions et des r6compen-
ses de la part "du digne petit-fils du bon
Henry IV, et les. Haltiens en general, sur
un avenir des plus riants. Le commerce ne
tarderait pas & raviver leur agriculture et
leur industries ; I'aisance, les richesses et le
bonheur se r6pandraient parmi eux, et la con-
fiance ferait cesser un 4tat d'inqui6tude et te
defiance "trop p6nible A des Ames bien
nees. "
Mais aucune eloquence ne pouvait d6truire
i'esprit de defiance iaddracinable de l'Haitien,
effacer le souvenir toujours vivace du regime
colonial avec son cortege d'exc&s, d'abus et de
cruautes, faire oublier les avantages que les
anciens esclaves s'dtaient procures, la liberty
et I'6galit6 don't ils jouissaient! Potion ne
pouvait se m6prendre sur le sentiment de





-. 31 .-
l'opinion publique; il aurait. pu.:et d.i, sur
l'heure, declarer inadmissible, les.prpp.sitions
de la France. II pr6fera convoquer A Port-
au-Prince ses gen6raux et les princip. Lx no-
tables de la Republiquepour les consulteret
dinner q sa reponse la force morale quq,prp-
cure, seule,' l'opinion publique,. C'est en vin
qu'avant cette reunion qui eut. lieu l,21.o-,9
vembre, Lavaysse supplia le Prsident, de se
garer contre les intrigues locales des Anglais
et des Amdricains. qu'il traitait de "..misera-
bles .qu'un cornmercant respectable .en An-
gleterre et en. France .n'admettrait pas; t sa
table. "
Ni les calomnies immdrities A .l'adresse de
la colonie Ctrangere ni les vertus. de Louis
XVIII, ni les d6fauts de Bonaparte,,. rien, ne
put faire hesiter mdme une second la hate
Assemble r6unie A la Capitale de !a RWpubli,
que, Les Haitiens ne pouvaient compromet-
tre leur sdcurit6 et leur existence par aucun
changement d'Etat. Les droits don't on you-
lait les priver, ils les avaient pays du plus
pur de leur sang et acquis par leur courage
et la force de leurs armes. C'est la reponse
que notifia Pdtion le 27 Novembre, en ajou-
tant qu'HaYti exigeait une reconnaissance
pure et simple de son ind~pendance et qu'en





35 -
retour le people s'engagerait solennellement
A payer une indemnity don't I'ancienne metro-
pole ferait application qu'elle jugerait con-
venable. La France ne devait voir dans la de-
termination haitienne, ".que la volontd d'un
people auquel ses droits et sa liberty sont plus
chers que la vie, qui n'agit que dans la cons-
cience intime.-de sa propre conservation."
Lavaysse considdra que la cl6ture de la rdu:
nion des notables et la decision presidentielle
avaient mis fin a sa mission. II sollicita le
jour mame ses passeports -de parlementaire
et promit de soumettre la proposition, hai-
tienne au Ministre des Colonies et de la Ma-
rine.

Si' les negotiations de l'agent frangais avec
la Rdpublique avaient eu un resultat puie-
ment n6gatif, elles avaient dans le Nord avece
Christophe, pris un caratere presque tragique.
Lavaysse avait bien, des le ler Octobre: ecrit
au Roi Henry pour lui recommander Franco
de M6dina, en employant A peu pros dans sa
lettre le nimne style et les memes moyens de
persuasion, les m~mes menaces. Il eut beau
parler avec emphase de la puissance de la
France et de ses allies, surtout de la Gran-
de-Bretagne qui, au besoin, disait-il, uniraien





n.q -


leurs forces aux siennes it eut beau con-
fesser que la reserve stipuile dans les traits
de Paris en faveur de la France, au sujet de
la continuation do la traite des noirs, n'avait
d'autre but que de remplacer la population
d'Halti, si elle ne se soumettait pas A la
France. Christophe demeura intraitable. Au
contraire de Pftion qui discuta avec une mo-
deration que n'excluait pas la fermete pour
essayer de convaincre la mission de 1814 de
I'inutilitd de ses efforts, pour jeter les bases
6qUitables de la seule entente possible, des
seules nrgociations realisables pour l'orgueil
national, le Roi refusa brutalement d'entrer
dans la discussion d'aucun argument, d'au-
cun detail, d'aucune proposition. Un Conseil
general de la Nation, compose de sa noblesse,
de ses officers et des fonctionnaires du Royau-
me, lui avait adrsse une petition au refrain
6nergique: "Inddpendance ou la Mort."
Dans un Mlan convaincu, cette Assemblee
s'ceriait. Avant que le Frangais puisse as-
seoir ici sa puissance, qu'Halti; devienne un
vaste desert, que nos villes, nos manufactu-
res, nos maisons soient la proie des flames.
Qu'elle ne repr6sente qu'un moneeau de rui-
nes, que les regards effrayes ne rencontrent





- 37 -


que I'aspect de la mort, de la destruction et
de la vengeance! "
Cet dtat d'esprit dans le Nord ne pouvait
guere se concilier avec le caractere des dd-
marches frangaises. Le Roi, impassible devant
la menace d'une coalition europdenne, se re-
fusa A toute negociation : il se borna a faire
dresser A Lavaysse, par le chef de sa Chan-
cellerie, son manifesto paru rdcemment et oi
il disait "Jamais nous ne laisserons renverser
I'ddifice que nous avons lieve et cimentd de
notre sang, du moins sans nous ensevelir sous
ses ruined. Nous d6clarons solennellement
que nous n'accepterons jamais aucun trait,
ni aucune condition capable de compromet-
tre i'honneur, la liberty, et 1'inddpendance du
people d'HaIti... II ne se content pas 'de
cette rdponse skche et hautaine. Sur ses ordres
Franco de Medina fut arrete comme espien,
sans aucun dgard pour le caract&re don't il
dtait revetu ; ses papers furent saisis. Le
12 Novembre, il etait expose sur la place
publique du Cap, de manikre A ce que cha.
cun eat la faculty de le questioner. Une
commission militaire, presidee par le duc de
la Marmelade, proceda A son interrogatoire,
et finalementon le fit mourir.





- 38 -


La publication des documents saisis'sufr la
personnel de l'agent franqais, son interroga-
toire et ses aveux avaient :rv6Il la mission
perfide don't il dtait charge ainsi que ses col-
I1gues (1)
Les instructions donnestaux Commissaires
leur recommandaient de fair les concessions
suivantes, apres avoir tout faitpour de-
meurer en dea : "
r-
*' A Petion, Borgella et quelques autres (tou-
tefois que la couleur leur. rapprcche de la
caste blanche) assimilation entire aux blancs
et avantages honorifiques et de fortune :
"Au rest de leur caste actuellement exis-
tant, lajouissance des droits politiques des
blancs, a quelques exceptions pr6s qui les
placent un peu:au-dessous;
"A tout ce qui est moins rapproch6 du
blanc que fraic-mulatre, les droits politiques
dansuine moindre measure ;
Aux libres qui sont tout a fait noirs enco-
re un peu moins d'avantages,
1. V. Ces documents dans Emm. Chancy : Ihdpen-
dance Nationale d'Haiti Paris. 1884.





39 -


Attacher A la glebe, et rendre A leurs an-
ciens propridtaires, non seulement tous les
noirs qaitra;Vaillent actuellement:sur les ha-
bitatiodft, mais encore y ramener le plus possi-
ble de ceux qui se sont affranchis de cette
condition ;
Purger I'ile de cous les noirs qu'il ne con-
viendrait pas d'admettre parmi les libres, et
qu'itserait dafgereux de rejeter parmi ceux
attaches aux habitations ;
En un mot, te rapprocher le plus possible
de l'apcien ordre des choses colonial. "
GCih'ie renters clauses ne devaient, sous
au cun pr6texte, faire l'objet d'uni traits,
"chose qui-nre serait pas de la dignity du Roi."
Les diplomats de la Restauration devaient
simplement assurer que Sa Majest6 etait
" disposee A accorder ce don't ii aurait 6td
convenatpar une ddclarat:on emanne de sa
GrAce et qu'elle ne concedait que parce
qu'elle voultit c6nc6der Ainsi, le baron
Malouet, le Nestor de la France, voulait que
les n6grs ren.trassent en 1814 sur les habi-
tatioris:'d leurs: maitres et que les colons fus-
sent en possession de leurs habitations corn
me la Martinique et A la Guadeloupe II





- 40 -


voulait la deportation de tous les homes
considers dargereux a l'ile de Ratau, "expres-
sion imagine, disait de Medina dans son in-
terrogatoire, pour ne pas blesser I'esprit phi
lanthropique de Sa Majeste et qui signifiait
qu'il fallait recommencer les noyades et les
horreurs des temps jadis !
Les papers de Medina dicelaient encore
I'intention de la Restauration de profiter le
c as chant de la prochaine expedition mili-
taire contre Haiti, pour se d6barrasser d'un
tas de mauvais sujets. "
Des que Pdtion apprit le 30 Novembre ces
graves revelations, justificatives de 1'attitude
de son collgue du Nord, il fit dire A Lavaysse
encore present A Port-au-Prince, qu'il con-
naisait maintenant les vues perfides de Louis
XVIII et qu'il saurait mettre la Republique
en etat de se d6fendre. (1) II crut necessaire
dans sa proclamation du 3 decembre, de dis
siper toute 6quivoque sur la nature et !a por-
tee de ses recentes n6gociations. "Ne crai-
gnart pas la guerre, disait il au people et A
I'armee, vous avez voulu prouver que vous
desiriez !a paix et dviter A vos families, A vos
1. Wallez, Negociations centre la France et Saint-
Domingue, Paris, 1826.





41 -
enfants ce qu'elle entraine d'affligeant apres
elle, en offrant des sacrifices pecuniaires
pour imposer silence A nos pers6cuteurs don't
les cris et les plaintes importunent le tr6ne
frangais pour la restauration des biens qu'ils
craindraient d'aborder, s'ils pouvaient se con-
vaincre qu'ils seraient A leur approche trans-
formes en cendres brflantes... La vict ire ac-
compagne toujours une cause just; c'est
vous dire qu'elle vous est assure, si l'on pre-
tend vous trouble. Dans ce cas vous me ver-
rez toujours a votre tate, fier de vous y con-
duire ou de perir avec vous..."
Devant la fourberie de la Restauration, la
Royaute et la Republique se retrouvaient
unies pour la preparation de la defense ng-
tionale.
Le Ministre des Affaires Etrangeres de
Christophe tenta meme de convaincre Pdtion
de la ndcessite de se soumettre A I'autorite
du Roi, pour d6jouer les projects frangais.
C'est nous, derivait-il, en reconnaissant
leurs exdcrables intentions "de nous reunir
plus que jamais, et d'effacer le souvenir de
nos divisions pour ne penser qu'A nous en-
tendre pour combattre 1'ennemi commun, soit
.qu'il descende dans le Nord, soit qu'il descen-





- 42 -


de dans I'Ouest, soit enfin qu'il descende dans
le Sud. "
On r6imprima A des milliers d'exemplaires
les actes de 1804 pour rdveiller le feu sacr6
des populations. Des retraites furent amena-
g6es dans l'interieur de I'ile et on plant des
vivres de toutes especes. Le people se prdpa-
rait une nouvelle fois a renouvelgr, en cas
d'attaque, les hauts faits d'armes de la lutte
de l'Inddpendance...
L'acte energique de Christophe de saisir et
de divulguer les v6ritables instructions des
agents de Louis XVIII 6mut I'opinionri iglai-
se. Le "Times" reproduisit tous les*docu-
ments de la mission Lavaysse. Des philanthro-
pes, tels que Wilberforce et Clarkson, des
journalists influents s'indignerent de Ia fa-
Con don't les Francais entendaient restaurer
leur autoritd perdue dans les Antilles et re-
mettre en vigueur la traite des Noirs. Le
Comte Beugnot, qui avait dans le gouverne-
ment francais, remplac6 Malouet au Minis-
tore de la Marine, dut dans le Moniteur Uni-
versel du 10 Janvier 1815 insurer un d6saveu
en regle des pourparlers de 1814. Cette note
affirmait que la mission toute pacifique du





43 -
Colonel Dauxion-Lavaysse n'avait pour but-que
de recueillir et de transmettre au Gouverne-
ment des renseignements sur l'6tat actuel de
la colonie et ajoutait que le Roi a tdmoigne
son profound m6contentement et ordonn., de
rendre publique sa disapprobation.
Mais telle dtait I'hypocrisie du Gouverne
ment de la Restauration que pendant que
sous des pouss6es diverse se jouait cette co-
m6die diplomatique, dans les Ports de la
France s'armait avec hate contre Haiti une
formidable expedition militaire.
.Cette expedition devait avoir le double
advantage de punir Christophe et Potion
d'avoir-pen6trd trop profond6ment les des-
seins'de la r'rance et de d6barrasser L3uis
XVIII des vieilles troupes imp6riales tlui
commengaient A regretter I'Empereur. C'dtait
elles le tas de mauvais sujets" que de Medi-
na -affirmait que son Gouvernement voulait
6etigne', en les envoyant combattre en Haiti !
Le. plan semblait 8tre de faire occuper par
les troupes franqaises les Iles de la Gonave,
des Cay mittes, de l'Ile a-Vache et de la Tortue
et de les laisser s'y acclimater. .Dans l'inter-
valle on bloquerait nos ports et on enverrait
des 6missaires semer des troubles.et des dis-





- 44 -


cordes, exploiter les rivalit6s existantes, et
proposer A Petion de mettre des troupes eu-
ropdennes sous ses ordres pour ecraser
Christophe, sauf A andantir plus tard le parti
victorieux. (1)
Mais nous allions devoir notre tranquility
aux consequences de la haine farouche qu'-
avait voude la Restauration A Napoleon.
Louis XVIII faisait en effet une" guerre
acharnee A tout ce qui tenait A l'ancien regi-
me. Avec son Ministre Talleyand, il poursui-
vait sans rdpit 1'ancien maltre de l'Europe,
en appelant, malgrd les Trait6s, le vieux
Continent A se liguer contre lui et contre ses
parents. Napoleon profit des complications
italiennes cr6ees par la mobilisation des trou-
pes francaises contre Murat, roi de Naples,
pour quitter 1'ile d'Elbe et gagner la c8te de
Provence. Le Chef de la Restauration leo fit
decreter par le CongrBs de Vienne hors des
relations civiles et sociales, comme 'ennemi et
perturbateur du monde;" mais Louis XVIII
n'avait pas de popularity. En depit de tout il
n'dtait qu'un emigre sous la protection de l'd-
tranger. .. Aussi une semaine A peine aprds
1. Correspondence de Catineau-Ilaroche avec Petion,
Chancy, op. cit.





45 -
I'acces de colere des diplomats assembles a
Vienne, Napoleon porter sur les epaules de
zes vieux soldats, rentrait en triomphateur
au Palais-des Tuileries. Ces faits, s'ils n'em-
pechdrent pas Napol]on-d'essayer de ramener
par des pourparlers Haiti la France (2) sau-
verent le pays de l'expddition prepare par les
Bourbons, tant par la brusque interruption de
la politique de Louis XVIII que par I'influence
qu'ils de"aient exercer sur la suite des dve-
nements.

Les Cent Jours d6blayerent quelque peu le
terrain diplomatique pour Haiti. Le 20 Mars,
Napoleon signait un decret qui abolissait
la traite des Noirs dans les colonies franCai-
ses et de la part de tout frangais." L'indigna-,
tion haitienne avait communique on se le
rappelle une legitime emotion A la press an-
glaise, lorsqu'on connut les terms de la re-
serve stipul6e par I'Angleterre en 1814 en
faveur de la France. Sous l'empire de cette
emotion, le Ministre de la Grande-Bretagne
au Congrds de Vienne avait fait declarer" que
la traite serait definitivement abolie par une
convention posterieure qui reglerait I'dpoque
de la cessation. Napoleon, pensant se rendre
2, V, Proclamation du Roi Henry du 20 Mai 1816.





46 -
agreable aux anglais, devancait cette Conven-
tion.
Mais cette measure, just en elle-meme, et
consequence du movement d'opinions cr66
A Vienne, etait Je celles sur lesquelles il est
difficile A un Gouvernement de'revenir. -
Apres Waterloo, la clause des traits de Pa-
ris, visant a an6antir les populations d'Haiti,
si elles ne se soumettaient pas aux exigences
franqaises, 6tait effac6e en fait, sinon en droit
par les circonstances. D'ailleurs un protocol
collectif de I'Angleterre et de 1'Autriche, de
la Prusse et de la Russie, avait des le debut
invite la DeuxiBme Restauration a abolir 'ga-
lement la traite.
F6rce etait done Louis XVIIIde.ne..pas
renouveler les d6marches honteuses qui
avaient 6chou6 en Haiti en 1814, car dans 1'6-
ventualit4 meme d'une nouvelle guerre qui
aurait extermin6 les Hai'tiens, il ne pouvait
plus computer sur la Traite pour repeupler le
pays La logique des evenements devait en-
trainer la France A chercher une autre base
A ses negociations avec son ancienne colonie.
Haiti, en effet, allait saisir le rdpit que lui
donnaient les circonstances, lever sa politi:







47 -
que exterieure au delA des contingencies, con-
courir A l'Fmancipation des colonies de l'Ame-
rique, semer le feu de la revolte et le senti-
ment de la liberty sur le nouveau continent,
et ainsi l6argir singuliirement le problem ne
de la proclamation des Gonaives. Dresser
l'Amdrique centre 1'Europe. mettre aux pri-
ses deux mondes, c'dtait du meme coup forti-
fier notre position particuliere du fait des
complicatiorW mondiales. La diplomatic des
Bourbons devait etre rdduite bon gr6, mal-
gr6 A causer, mais Yane plus menacer !












PETION ET CHRISTOPHEI
LA REPUBLIQUE ET L'INDEPENDANCE
VENIZU9LIENNE : LES SECOURS DE PATION
A BOLIVAR, LA QUESTION DE L'ESCLAVAGE,
LA MODESTIE DU PRESIDENT.
jA MISSION DE FONTANGES-ESMANGART
(1816) : SON ATTITUDE CONCILIANTE, SES
PROPOSITIONS, SON ECHEC.
APPRECIATION DE LA POLITIQUE DES DEUX
CHEFS D'HAITI.

La Revolution haltienne exerqa sur le Con-
tinent americain A peu pros la m@me influen-
ce que 1789 sur I'Europe. A part les Etats-
Unis, le reste de I'Amdrique subissait et la
domination dtrangare et le regime de 1'escla-





- 49 -


vage, a Plpoque oa Haiti chassait de ses rives
les debris lamentables de l'armee de Leclere
et mettait fin A l'odieux traffic inaugurd de-
puis le XIVe sickle par les Portugais, traffic qui
qui avait pris des proportions si considdra-
bles A la decouverte du Nouveau-Monde A
quel example I'Amrrique latine doit-elle son
affranchissement des metropoles europ6ennes,
aux colonies anglaises ou aux esclaves de
Saint Dimivnue ? 1804 est assurement plus
human, plus grandiose que 1776 !
Les colons a-igyl is ne s'6taient revolt6d que.
sous l'injustice des taxes prohibitives de la
mnre-patrie ; mais, aux Antilles, dans un ges-
te superb et degag6 de toute question p6-,
cuniaire, nous nous 6tions dresses pour briser
nos chaines sur la tete de nos maltres, poifr
abolir les premiers l'esclavage, pour donner
A 1'6tre human qu'abrutissaient des civiiises
ta conscience de sa dignity, de ses facultds
morales et de ses capacities intellectuelles.
L'Am6ricain du Nord ne supprime chez lui
'infame commerce de l'exploitation de l'hom-
me par lhomme que plus de trois quarts de
siecle aprds la proclamation de son ind6pen-
dance; it ne tend aucune main gendreuse
aux autres peuples de ce continent cherchant





- 50 -


A s'emanciper A leur tour. L'haitien met fin
au traffic et aux souffrances des Noirs du
jour oil le succes de ses armes lui a donn6
la liberty et s'emploie activement A lib6rer
ailleurs ses congeneres et A secourirles col-
lectivitis luttant pour la liberty politique !
C'est done dans la rvolte heureuse des Ha'-
tiens que d6s 1810, A la voix des Iturbide,
des Hidalgo, des Artigas, des Saint-Martin
et des Bolivar, les colonies espagncles pui-
sent la hardiesse qui met le feu A l'Amerique
latine. Mais pour efres totes, Tes premiers
efforts demeir'rent infructueux, Et Simorp
Bolivar, qui poursuivait ra realisation de
l'lndependance du Venezudla proclarne de-.
puis 1811, dut, faute de ressourees et para-
1ys3 par le coneours donn6 aux espagnofs
par les Llaneros, tes sauvages des savanes,
s'enfuir de I'Am6rique du Sud. Aprds diver-
ses per6grinations qui ne lui apporterent au-
cune aide, it se r6figia sur le sol haRtien vers
la fin de decembre 1815 f Et plus tard l'esca-
dre du Commodore Aury amrena aux Cayes'
les principaux chefs vdrnzu&liens et feurs fa-
milies dans un complete 6tat de d6tnuemerrt.
Les eselaves de la veifre, qui se.priparaient
encore A la resistance pour la consolidation de





-51 -


leur emancipation, n'hesitkrent pas une se-
conde A embrasser la cause de Bolivar et de
1'Ambrique latine. Uls ne se dirent pas que la
France -'avait pas encore d6sarm6, qu'iI
6taitpeut-8tre imprudent de s'affaiblir par
un concourse effectif, et impolitique de se
mettre A dos la mona.rchie espagnole. La R&-
publique de P6tion prit imm6diatement posi-
tion sans crainte des responsabilitds, sans sou-
ci des represailles possibles de I'avenir. Elle
ranime le courage des rdvolutionnaires et leur
,donne Passistance n6cessaire : des rations,
des armes, des munitions. Elle autorise mame
des Haftiens A prendre part A lexpedition
projetee. La seale condition que pose notre
President, et cette condition est g6n6reuse et
desinteressde, c'est que l'indpendance deg
colonies espagnoles profit A tous les homes
sans distinction et que la race noire soit af-
franchie dans PAm.-rique du Sud '
La promesse solennelle de Bolivar de pro-
clamer ta Liberte gen'rale des esclaves de la
province de Ven6zu6la et de touted autres
provinces qu'ii Tussirait 4 rkunir sous les dra-
peaux de 'ind6pendance est certainement
C'un des plus beaus: succes de notre diplomatie-
*Si, en Juillet 1816,, lechampion de I.'indpen-





- 52 -


dance v6nezu6lienne ne libera que quinze
cents de ses propres esclaves, la faute en est,
non a lui, mais aux circonstances et aux obsta-
cles rencontres. En tous cas, dans l'Amdrique
du Sud, et grace a notre Chancellerie, le
premier chainon s'etait A tout jamais d6tach.
de la lourde chaine de l'esclavage.
P6tion ne prodigua pas seulement le re.
confort moral et i'aide mat6rielle. I precha
l'entente parmi les chefs de l'exp6dition, Bo-
livar, Aury et Bermudas, qu'une question
d'argent avait failli diviser, et au plus fort
de la querelle, lorsque les deux derniers voul
laient partir de leur c6te avec l'escadre, it
intervint dnergiquement pour emp@cher les
navires de quitter les Cayes et de compro-
inettre le success de 1'entreprise !
Tant de bienfaitsne purent laisser insensi-
ble Bolivar, qui demand au President de la
Rdpublique la permission de le nommer. dans
sa proclamation aux habitants du Ven6zubla
et dans les ddcrets qu'il allait expedier pour
la liberty des esclaves, comme I'auteur de
l'ind6pendance v6nezuelienne, afin de laisser
A la post6ritd un monument irrecusable de sa.
philanthropic f fvrier,) Le Chef d'Etat
haltien ne voulut pas que Von se servit de





- 53 -


son nom, prf6drant couvrir sa modestie du
pr6texte d'une convenance international A
sauvegarder: le management de l'Espagne
qui ne s'6tait pas encore prononcee contre
nous d'une maniere offensive.
L'exp6dition part pleine d'espoic et A la
fin de mai opere un d6barquement a Carupa-
no. Mais en Juillet Bolivar est ddfait par les
troupes espagnoles. C'est encore A notre terre
hospitalize qu'il revient demander des ar-
mes et des munitions. Le 4 decembre 1816,
au moment oil, ses prdparatifs terminus, ii
s'appretait A aller recommencer la lutte, il ne
put s'empacher d'6crire au Gendral Marion,
Commandant de l'Arrondiss3ment des Cayes,
que si les bienfaits attachent les hommes "
ui e.t ses compagnons aimeraient toujours,
le pe'uple haitien et les dignes chefs qui le
repdent heureux."
~Ces .nouveaux secours haitiens, donn6s A
une here decisive, assurent le triomphe. Dd-
barqu6 successivement A Margarita et a Bar
celona, Bolivar bat le general espagnol Morillo
et march ensuite de victoire en victoire. Le
17 decembre 1819 le Venzuela et la Nouvelle
Grenade formerent la Republique de Colom-
bie, qui ne tardera pas A absorber I'Equa-





54 -
teur et A aider fle Perou A secouer la tuteffe
6trangere. P6tion ne devait pas voir tous ces
6vdnements ; il nest pas moins certain, pour-
tant, que c'est A sa gen&rositd, A sa tenacitM et
au large concours qu'il fournit sans marchan-
der, A une period critique dans 1'histoire des
efforts v6nezueliens que le continent sud-amd-
ricain dut Vencouragement efficaee qui faci-
iita la realisation de ses aspirations nationales-,


Dans Vintervalle de la double exp6ditiors
&quip6e ainsi sur notre territoire, et au lende-
main de la publication de la Constitution de
18-16, une nouvelle mission frangaise arrivait
dans les eaux haftiennes. Elle dtait compose
de deux commissaires, (1) le Vicomte de Fon-
tanges, lieutenant-g6n&ral des armies de Fran-
ee, et Esmangart,. membre du Conseil d'Etat ;
de deux commissaires suppl6arts, Jouette,
colonel d'infanterie et Gotelle Labouterie, pro-
eureur au Tribunal de Gien et d'un seeretai-
re-gdneral, M. Laujon.
Elle avait pour objet, aux ternres de l'or-
donnance du Roi Louis en date du 24 Juillet
1. Il y avait urr troisimne Commissaire. M. Dupetit.
Thouars. capitaine de vaiaseau, qui mourut en mer avant
son. arrive.






1816 don't une copie fut communique au y6-
neral Pdtion, de calmer les inquietudes que
les habitants de Saint-Domingue pouvaient
avoir sur leur situation, faire ces-er leur in-
certitude, determiner leur avenir et legitimer
les changements que les evenements pour-
raient avoir rendus necessaires. Les agents
francais etaient en consequence habiles A s'en-
tendre avec les administrateurs actuels sur
tout ce qui tenait a la legislation de la colo-
nie, au regime int6rieur et d'ordre public, aux
fonctionnaires civils et militaires, A l'etat des
personnel et au r6tablissement des relations
commercials avec la metropole,
Cette mission dissimulait difficilement 'im-
puissance de la Deuxieme Restauration.
L'Uchec ds pouparlers de 1814, la brutality
exerc4e sur Franco de Medina, les prepara-
tifs de guerre qui avaient ete la consequence
de la divulgation des intentions secretes de
la France ne pouvaient laisser aucun doute A
I'ancienne metropole sur 1'impossibilite de
nous ramener par des n6gociations A& ancien
ordre des choses colonial. Elle I'avait si bien
comprisque, sans les Cent jours, elle nous r1-
servait une formidable expedition militaire.
Elle ne pouvait reellement s'imaginer qu'eile
etait en measure en 1816 de nous convaincre







par de simple arguments persuasifs. Et. puis,
e'est assez singulier de voir Louis XVIII son-
ger alors a calmer nos inquietudes et A faire
eessernotre incertitude, lorsque la France
elle-mem'e subissait au Nord de la Loire l'in-
vasion etrang&re et au Sud la Terreur Flan-
ehe avec tous les execs des Rovalistes r Plus
que jamais.elle devait done srattendre A urn
non possumus haltien,

11 faut rendre a la mission de Fontanges-
Esmangart cette justice qu'elle n'eneombra;
pas les n4gociations de vaines menaces. II ne'
s'agissait plus de nous traquer ,eomme '" des
nagres marrons et des sauvages- malfaisants, "
si nous ndecoutions pas ses propositions. Orn
nqps faisait grace du spectre habituel de la
P.uissance de la France et de ses allies. On ne
nous imposait plus en apparence aucunes con-
ditions. Les armes franchises consistaient emn
ian vocabulaire de douceur, de moderation, de
conciliation et en. des croix de Lis, de St-Louis
et de la L4gion d'honneur !' Des les premieres
ouvertures faites le 2 Oetobre, A bord de la
" Flore," les agents de fa Restauration man-
daient a Petion que c'6tait a lu-i indiquer'
tout ce qui pouvait atre pour fe people un ob-
jet& de dsir ou. d'inq.uiitudes, ce qui pouvait


- 56-





57 -
assurer sa prosperity et son repos, et plus tard.
ils cerivaient encore : Ceux que vous re-
"doutez viennent, 1'olivier A la main, vous of-
" frir la securite et le repos, Le Roi qui nous
"envoie, ne veut pas'm&ne choisir les moyens
" de vous les conserver ; il craindrait encore
" de se tromper ; c'est lui qui vous consulate
" sur ce qui pourrait vous les rendre. Parlez,
" et bientOt vous verrez jusqu'oi peut aller la
"bontd lu Roi, sa moderation, sa justice et
"son amour pour ses peuples "
Le President de la R6publique rappela, dans
sa reponse, ]a perfidie de 1814, tout en don
nant 1'assurance aux nouveaux agents qu'en
mettant pied A terre ils s'apercevraient que
le droit des. Gens dtait sacred dans son gouver-
nement. Sa diplomatic loin d'etre rebutante
comme celle de Christophe consistait A cau-
ser, A changer des vues, A essayer de con-
vaincre. II etait toujours pret a clouter les
propositions qui regardaient le bonheur et les
droits du people, sauf A les rejeter si elles
6taient inadmissibles. Une vaine etiquette
n'embarrassait jamais ses ndgociations.
Une double deception attendait de Fontan-
ges et Esmangart. Le 8 Octobre ils sollici-
taieit un entretien particulier. Ils ne furent





- 58 -


requs qu'en audience publique et en presence
des principles autorites de la R6publique. Ils
crayaient pouvoir conserver la colonie A la
mere-patrie et fair du chef de I'Etat un gou-
verneur-g6neral ; ils durent apprendre le soir
meme de leur entretien que le lendemain, 9
Octobre, P6tion allait 6tre 6lu, conform6ment
a la nouvelle Constitution, President A vie
d'Haiti. Cet 6v6nement 6tait sans nul dpuie in-
conciliable avec le but de leur mission, et pour
ne subir aucune gene, ils prefererent quitter
Port au-Prince dans la nuit du 8 au 9 Octo-
bre- IIs se proposaient de sonder, dans le Nord,
les dispositions du Roi Henry !
SMais IA, des d'abord, les agents frangais ne
parent guere concevoir de doute sur le rd-
sultat n6gatif de lEur mission. Christophe se
refusal positivement A entrer en relations
avec eux. Arrive au Cap, ia frigate la Flo-
re eut beau faire des signaux, le pilote du
Port ne se donna pas la peine de repondre. De
Fontanges et son collgue se rendirent alors
aux Gonaives ofi sous le covert du comman-
dant de la ville ils 6crivirent le 12 Octobre au
General Christophe.
C'6tait assur6ment feindre d'ignorer le ca-
ractre et I'attitude rdcente de l'homme que





-59 -


de lui demander, comme le faisaient les plini-
potentiaires de Louis XVIII, d'6clairer le peu-
pie du Nord sur la v6rit6 et les intentions du
Roi, de faire disparaitre tous les doutes que
la malveillance ou la cupidity pourraient cher-
cher A rdpandre sur le but de la mission et de
faire comprendre que la seule intention de S.
M. etait de consolider et de l1gitimer tout ce
qui pouvait l'8tre. Nous ne doutons pas un
instant, ajoutaient-ils, que vous ne saisissiez
avec empressement l'occasion de prouver A
vos concitoyens, dans une circonstance si so-
lennelle, que vous voulez leur bonheur. "
Mais Christophe comprenait si peu le bonheur
de son people, comme l'entendait la Restau-
ration qu'il renvoya sur I'heure et sans 1'ou-
vrir leur lettre aux agents frangais. Si FR-
tion avait accept sans recrimination .e sim-
ple qualificatif de G6neral, lui, ii cons'd6-
rait cette suscription comme injurieuse et
insultante au people haitien. "
-L'dchec du Nord 6tait piteux. II fallait
une revanche pour le prestige meme de la
mission. Elle pouvait 6chouer, mais pas d'une
manidre aussi lamentable, sans lutte, par le
m6pris Elle s'en revint vers PMtion, de tem-
perament plus accommodant. (23 octobre. )






Tel etait leur d6sir de rdussir, que les agents
francais confesserent alors tous les crimes de
la m6tropole. I!s reconnaissaient que St-Do-
mingue fut sans contredic, la terre, oil la R&-
volution s'dtait fait sentir avec le plus de
force, le pays oil il a 6t1 commis le plus de
barbaries, d'injustices, de cruautes et de
crimes. Ils demandkrent I'oubli du mal mu-
tuel que l'on s'dtait fait. Ils ne venaient pas
dicter des lois, mais rdpondre aux ddeirs et
aux besoins du people haitien. Louis XVIII
n'dtait pas 1'ennemi d'Haiti. C'dtait un pere,
" qui aprds avoir dte abandonn6 de ses en-
fants, leur tendait une main secourable, pour
les tirer du precipice dans lequel la plus ter-
rible des Revolutions les a jets. Les Hai-
tieps devaient accepter le bonheur, la secu-
rite et le repos qu'on leur offrait, car places'
sur un Oolcan ils n'osaient rien entrepren-
dre, rien reparer : leurs maisons sont en rui*'
nes, leurs champs sont incultes, leurs campa-
gnes sont ddsertes. Toujours inquiets des
malheurs qui peuvent fondre sur eux le len-
demain, ils ne songent qu'A se d6fendre, et
leurs torches sont prdtes pour les d6truire
eux-mrmes. "
Ce tableau dtait vrai. Depuis douze annres
qu'Haiti avait secoud la tutelle des frangais,





--61--
elle n'4tait qu'un vaste camp et viv ait sur un
qui-vive continue.
L'attitude de Potion fut ferme et 6nergi-
que. II ne pouvait violer le serment sacred
prononcd par un people indign6 et qui ftait le
palladium de la liberty publique. A l'6po-
que, aucun haitien n'aurait consent sans d6s-
honneur et sans infamie a r6tracter le ser-
ment de vivre libre et ind6pendant. Aucune
force htimaine n'aurait DU le faire revenir
sur cette idee la, pour laquelle on vivait et
pour laquelle chacun d'avance avait fait le
sacrifice de sa vie. Aucune fausse declama,
tion, aucuna forfanterie n'alterait les terri-
bles resolutions de jadis. Et force etait; A nos
adversaires de croire A la reality de nos me-
naces. Quand P6tion 4crivait a de Fontangas
et a Esmangart: Nous la possddons, cette
inddpendance, nous nous croyons dignes de
la conserver ; pour nous i'enlever, il faudrait
nous exterminer tous, il ne faisait que
transmettre les multiples et sinceres echos de
l'ame national. ( 25 octobre.)
Les agents francais semblent piques de
cette indbranlable resolution de ne pas vouloir
n4gociersur d'autre base que celle' de la re-
connaissance du Gouvernement haitien comme
libre et inddpendant. Ils le font sentir a P6-





62 -
tion, en lui demandant comment Louis XVIII
pourrait reconnaitre un pays rdgi par une
Constitution renfermant des clauses telles que
les articles 38, 39 et 44, et qui dtait un acte
d'hostilitd envers l'Europe, puisqu'il 6tablis-
sait la difference que la philanthropic depuis
un demi sikcle s'efforcait de faire disparaitre
entire les couleurs ? Il semblait habile aux
agents de la Restauration de faire ainsi de
leur cause' particuliere une cause gin6rale
avec toutes les Puissances de l'Europe. Im-
puissante A nous conqudrir par la force, in-
capable de nous ramener par la persuasion,
la France essayait de nous brouiller avec le
vieux Continent !
Notre loi fondamentale interdisait A tout
blanc, quelle que fft sa nation, de mettre le
pied sur notre territoire, A titre de maitre ou
de proprietaire. Elle reconnaissait haitiens les
blancs qui faisaient parties de I'armde, qui
exerqaient des functions civiles et ceux qul
4taient admis dans la Rdpublique lors de !a
publication de la Constitution de 1806. Elle
dictait qu'4 l'avenir nul autre ne pourrait
pr6tendre au meme droit, ni dtre employee,
ni jouir du droit de citoyen, ni acqudrir de
propriete dans la Rdpublique, Elle admettait







parmi les nationaux tout africain, indien et
ceux issues de leur sang, nes des colonies ou
pays strangers, qui viendraient habiter le
pays et !eur conferait les droits de citoyen
apr&s une ann6e de residence. Tout cela 6tait
vrai,mais en fait, les Europdens faisaient le
commerce dans nos villes et aucune proscrip-
tior de couleur ne les frappait. Les batiments
strangers frequentaient nos ports et nos na-
vires dtaient 6galement requs aux Etats-Unis
et en Europe.
Pktion ne put pourtant dissimuler son res-
sentiment de la critique adress6e A son Gou-
vernement qui n'avait pas eu l'initiave des
dispositions constitutionnelles incriminses,
puisqu'elles existaient depuis 1804 dans tous
nos actes. II sentait qu'on le traitait d'esprit
retrograde, en lui disant que les Haitiens
avaient combattu vingt-cinq ars pour soute-
nir le principle contraire A celui consign dans
la Charte de 1816, qui 6tablissait la distinc-
tion qu'au prix de notre sang nous avions
voulu d6truire. "
Le President lui rdpliqua que chaque pays
avait ses lois et que personnel ne s'6tait im-
misce dans les affaires de la France, lorsque
Louis XIV avait rdvoqud I'Edit de Nantes et


-63 -





-- 64 --
exclu des Francais meme de la France,
qu'Haiti voulait etre libre sous la seule
forme qui puisse l'assurer de 1'dtre. Et pour
couper court A toutes ces digressions et A ces
pourparlers qui prenaient une allure desa-
greable a son administration, Pdtion signifia
en ces terms, le 2 novembre, cong6 aux
agents de Louis XVIII, Si vos pouvoirs n'ont
pas la latitude necessaire pour vous permet-
tre de traiter sur la base que j'ai eu Y!honneur
de vous proposer, ou que vous ne jugiez pas
convenable d'en faire usage dans cette circons-
tance, je dois vous prevenir que je ne crois
pas devoir correspondre plus longtemps avec
Vous sur I'objet de votre mission. "
Fontanges et Esmangart avou&rent que
6'ils avaient dcoute leur premier movement
ils auraient immndiatement mis a la voile ; ils
crurent prendre une revanche suffisante en
qualifiant notre ind6pendance actuelle de
" veritable chimer', de pr6tention qui ne peut
se soutenir et its ne voyaient en elle que la
volontd de m6connaltre les droits de Sa Majes-
td Cependant l'int6rdt qu'ils nous portaient
4tait tel qu'ils ne pouvaient s'en aller en d6pit
de l'ex6at signifies, sans tenter une derniere
fois de transformer en ind6pendance ieelle





65 -

Iindependance fictive dans laquelle, d'apre
eux, nous persistions Et, pour fixer le bon-
heur du people, is proposerent les conces-
sions suivantes :
1. II serait declare au nom du Roi, que resclavage
est aboli A St Domingue, et qu'il n'y serait jamais
retabli.
2. Que les droits civils et politiques seraient
accords A tons les citoyens, come en France et
aux mrmee conditions.
3. -Que Parmse serait maintenae sur le m&me
pied ot elle se trouve aujourd'hui. Les officers g6-
n4raux, les officers superieurs et particuliers, se-
taient confirms par le Roi dans lears grades res-
pectifs, et tous jouiraient des memes traitements,
honneurs et distinctions don'tt jouissent les armies
,du Roi en France.
4. Que le Roi n'envetrait jamais de troupes en-
rop6ennes A St Domingue. La defense de la colonie
serait toujours confine au courage et A la fidelit
des arinme3 indigenes, qui ne seraient jamais em-
ployees hors de la Colonie.
5. Le Pr6sident de la Republique, les S&nateurs,
tconserveraient leirs prerogatives, et le Senat ses
attributions. Its esteraient, ainsi qae les autorites
administrative et judiciaires provisoirement tels
qu'ils sont, sauf les modifications que le Senat pro-
Voserait et arraterait lai-meme, d'accord avec 'les
Commissaires de S. M.; et dans le cas de change-
Inents A l'avenir, its ne s'effectueraient qae d'apres'
le mode qui serait arrat6 dans la revision de lr'acte
ConstitutionneL





66 -
6. -.Que les anciens colons ne pourraient arrived
et r6sider dans la Colonie, qu'en se souimettant atiu
!ois et rglements qui seraient ktablis, notammerit-'f
ceux qui concernent l'etat des personries et des droit'
civils.
6. Qu'il serait fait par les autorit6s actuielles,
de concert avec les Commissaires dra Roi un~xgt.e
ment general sur les propriet.s, afin de faire z~serI
les incertitudes et empecher que de riouVeauk-trou-
bles ne viennent encore retarder le r6tablisseilieit
de la Colonie. e; '
8. Que le President actuel serait nomm Go.u-
verneur-general de la Colonie; le commandant-ge-
neral actuel de l'arm6e serait, nomm6 lieutenant
general au Gouvernement. Ils conserveraient l'.I-
et I'autre les pouvoirs qui se trouvent-aujo,.rd'hu
dans leurs attributions, sauf les modifications iqe
1'6tat de choses pourraient commander mais cela
"ne se ferait que sur leurs avis; ils seraient nomm6s,
A l'avenir par Ie Roi, sur la presentation de-trois
candidates choisis par le S6nat.
9. Que les ports continueraient A ~tre buverts &
toutes les Puissances, aux conditions qui sont eta-
blies aujourd'hui pour les strangers. Le Snriat-, sui-
vant les circonstances et sur la demand dui G6u-
veur-general, representant du Roi, pourrait en min
difier les conditions.
10. Le Roi emploieraitses bons offices- aupre.
.de sa Saintete, pour obtenir un evch1: pour cette
colonie et tous les secours spirituels qui doiveht don-
ner au people une grande masse de consolation<.







11. Toutes les concessions du Roi s'6tendraient
au Nord, coinme au Sud et A l'Ouest de la Colonie.
12. L'acte Constitutionnel serait revise, dans
V'ann6e, par le S6nat, pour, de concert avec MM. les
Commissaires du Roi, en Coordonner toutes les dis-
positions avec l'ordre qu'on voudrait &tablir. Le Roi
serait suppli de vouloir bien l'accepter, apres cette
revision, et le garantir .pour lai et pour ses success
Sseurs.
A vgai dire, les agents de Louis XVIII ne
s'attendaient: pas & voir accueillir leurs pro-
positions. Leur experience malheureuse avee
Christophe,; 'indbran.lable fermet6 rencontrde
chez Pktion, I'tat d'ame du pays, tout con-
cordait A r.vdyer que nous n'admettrions que
'des propositions tendant A la reconnaissance
pleine et- entire de notre' inddpendance. Fp
transmettant ces propositions, ils g talent si
certain d'aHer au devant d'un dchec qu'ils
dcrivaient au Pr6sident de la. R6pubiique"
' Notre sejour dans -ce pays devenant inutile
et m8me inconviaant nous allons "nous reti-
rer des que vous nous aurez accuse recep-
tion de la presente. .. .. Nous partons avec
lie sincere regret de n'avoir pas reussi & faire
ece qui pouvait rendre le onheur A cette co-
lonie. "
Le project de traits; soumis..au.Pr6sident le





68 -
10 novembre, aurait peut-dtre en d'autres
temps satisfait les esclaves de St. Domingue ;
mais il arrivait trop tard, A une 6poque o01
les haltiens n'avaient plus A mendier leur li-
bertd et leur emancipation. En 1793 of l'on
n'envisageait que la liberty des NoirS, c'euit
tde sans doute pour eux un progras inespdre,
mais en 1816 un recul dpouvantable. Pdtion
ne voulut pas laisser une minute d'hesitation
A cet 6gard dans l'esprit des plenipotentiaires
de la France.
Le jour meme, ii leur rdpondit qu'il rece-
vait avec satisfaction I'assurance de leur part
qu'ils avaient rencontre pendant leur sdjour
dans la Rdpublique l'accueil et les dgards qui
leur 6taient dis. C'dtait en language diploma-
tique confirmer son cong.6 De Fontanges et
Esmangart durent partir le 12 Novembre,
sincerement convaincus de cette derniere vd-
rite, proclamde par le Prdsidtnt, que l'haitien
" savait que sa garantie ne pouvait etre qu'en
lui-meme, mais qu'il avait mesure toute la
force et l'dtendue de sa demarche puisqu'i)
avait pr6f6rese vouer A la mort plutot que
de revenir surses pas !"
Apr"s l'4ehee de cette mission Pitionr





- 69 -


et Christophe firent appel au people. Le pr6-
mier reservait aux F'rancais, en cas de retour
agressif, "des cendres melees de sang, du
fer et un climate vengeur;" le second, dans
une longue declaration contresignde par son
Ministre des Relations Exterieures, indiquait
qu'il ne traiterait avec le Gouvernement de
la Restauration que "sur le meme pied, de
puissance a puissance, de souverain A souve-
rain e? sur la seule base de l'inddpendance
du royaume d'Halti, sous la reserve qu'une
grande puissance maritime garantirait la foi
du trait & conclure avec le Cabinet francais
Jusque-la it ne recevrait aucun navire de I'an-
cienne metropole dans les ports du royaume,
ni aucun francais. Dussions-nous 6tre ex-
terminds ajoutait-il dans une imprecation
corndlienne, par I'Univers conjure, le dernier
des haltiens rendra son dernier soupir plut6t
que de cesser d'etre libre et inddpendant. "
(20 Novembre.)
L'idee de la garantie a donner par une
grande puissance a la Convention qui pour-
rait rgglementer les relations franco-haYtien-
nes tdmoigne du mepris dans sequel le Roi
Henry tenait la parole possible des Bourbons
et jusqu'oiZ pouvait aller sa mefiance, des qu'il





70'-
s'agissait de n6gociatiotis avec les Francais :
On se demand cependant s'il pouvait serieu-
sement croire A la rdussite d'un tel program-
me. II n'avait confiance que dans la Grande-
Bretagne, et c'est cette nation qui, da.ns sa
pensee, devait garantir tout engagement que
la Restauration consentirait A prendre avee
nous. Or, I'Anglaterre n'avait aucun intd-
r&t A modifier son attitude de 1814. ,'insuc-
ces de Garbage datait de la veille, et les
advantages commereiaux qu'elle possedait chez
nous, un monopole dans le Nord, un privilege
pour la reduction des droits d'importationr
dans la Rdpublique, ne pouvaient pas la d"-'
terminer A favoriser et A garantir la recon-
r.aissanee de notre ind6pendance. Le resul-
tat Ie plus clair de cette. garantie, en ia sup-
posant r6alisable d'un c&td et acceptable
de 1'autre, ne serait-il pas d'andantir ou de
r6duire les avantages don't les anglais b6n&-
ficiaient ? Et ceux-ci dtaient si peu disposes
A y renoncer ou A les voir limiter que 'de
l'aveu des Commissaires de 1816, consign
dans leur rapport au Ministre de la Marine
et des Colonies, ils auraient de concert avee
les americains du Nord, pendant tout le course
des pourparlers calomnid le- France en' la






rendant odieuse A ce people ignorant, en en-
tretenant la m6fiance de Potion, en ne ces-
sart de lui rrpeter que ]a France n'a d'autre
project que remettre sous le joug, lui et les
siens, en .1'encourageant dans la d6sobeis-
sance. (I) Proclamer dans ces conditions
qu'if fallait, come base pr6alable A, tous
potrparlers avec la Restauration. le con-
courg et"la garantie du Cabinet de Londres,
4tait a9surement se laisser aller A de gra-
ves illusiofis et A une fausse conception des
possibites de 1'epoque.
-.La diplomatic de Ption revWle plus d'ha-
biletd et plus de perspicacity. Apr&s 1814. elle
ge-.t9.rptait que sur ses propres resources
dans 1'oeuyre de la legitimation international
d,4 victoires haitiennes. Elle tendait toujours
a iaisser aux Puissances dtrangeres .'impres-
sion. de la parfaite correction du Gouverne-
mnnt,,EI.e fit preuve de solides qualities dans
les n6gociations avec la premiere et la deu-
xieme Restauration. Conciliante sur les ques-
tjons' de. frme pour considerer plutot les r&-
sqlat.s, A a:ttindre. elle 6tait toujours cour-
toise et respectait le caractere des, Envoy;
de France. Sa moderation n'excluait jamais
1,- V. Lepelletier. de St. R1my. L,a question Hai'ion-
ne, L. p. 25.-4'0.





72-
Ia fermet6. Elle encourageait le commerce
meme francais, sachant que l'int6rgt fait son-
vent flichir l'orgueil, et s'efforcait de cultiver
de bons rapports avec l'Angleterre et les Etats
Unis, en envoyant dans leurs ports des navi-
res sous pavilion haitien. DNs 1817 elle avait
noue des relations de commerce avec Breme,
Une telle politique extdrieure, si elle ne ga-
gnait pas ent ierement les autres pays A no-
tre cause, les portait du moins ne pas
desirer voir Haiti retourner au regime colo-
nial frangais. Elle nous attira meme un cer-
tain respect de la'part de nos adversaires.
Tout cela est A 1'dloge de Pdtion. I1 tint
tras haut le drapeau national et tous ses ac-
tes ext6rieurs rd velent un souci tres caracte-
'ise de dignity et d'dnergie. Sa mort, surve-
nue le 29 Mars 1818, causa une affliction g4-
nerale. Aussi, est-ce d'une injustice criarde
que, dans l'ap pr6ciation d'une dpoque ohA la
vie national se rdsumait A obtenir la recon-
naissance de notre inddpendance, ofh tous les
progres d'ordre interne dtaient subordonn6s
A ce rdsultat, oh I'horizon exterieur absor-
bait toute attention, on ait pu dire de cat
home d'Ltat qu' i avait atteint les'limites
de la nullitd politique." (1)
1. A. Firmin : M. Roosevelt president des Etats-Unis
et Ia RMpublique d'Haiti, Paris 1906, p. S08,













JEAcN-PIERRE BOYER (1818-1843)
LA PACIFICATION DU PAYS ET LES INTRIGUES
DE SIR HOME POPHAM.
-INCORPORATION DE L'EST : LA PREPARATION
DES ESPRITS, LES AMBITIONS DE CACEREZ,
L'HABILETE DE BOYER.
L'EQUIPEE DE SAMANA.
L'hdritage politique laissd par P6tion
n'4tait pas lourd a recueillir, car la situation
ext&rieure n'avait pas ted compromise. Au
contraire, notre diplomatic avait bris6 l'effort
considerable tent par les deux Restaurations
pour nous ramener au regime colonial. Le
tout, pour Boyer qu'un ddcret senatorial du
30 mars 1818 nomma President d'HaIti, 6tait
de continue la meme politique de fermetd
vis-a-vis de I'ancienne mere-patrie.





- 74 -


Un l16ment indispensable de cette politique,
neanmoins totalement n6glig6 par Petion,
etait I'ordre interne. Depuis 1807, des bandes
insurg6es inquietaient la Grand'Anse, et le
Nord etait toujours spare de la Rdpublique.
Le nouveau Chef d'Etat se rendit tres bien
compete que pour fortifier l'action exterieure,
il fallait d'abord commencer par mettre fin A
toutes les dissensions qu'exploitaient nos ad -
versaires. Cela fait, et la parties de I'Es?'incor-
porte, ce serait, avec la realisation des aspi.
rations nationals, soustraire definitivement
I'ceuvre de 1804 A I'esprit de destruction du
gouvernement de Louis XVIII.
II se mit resolui1lent au traVail. Pour ne
p?,s tre contrarid, il fit partir, quelques jours
A peine apres son 61ection, une double mission
pour Kingston et Santo-Domingo, charge de
transmettre au Duc de Manche.ster, gouvyer.,
neur de la Jamaique, et a I'amiral sir Home,
Popham, chef de la station navale dan. les
eaux de 1'ile, de meme qu'au gouverneur espa-
gnol de la parties de l'Est, I'assura.n'cedu defsr,
de son gouvernement de vivre en:bon. : har-:
monie avec les anglais et les espagnols .
Si l'Angleterre laissa Boyer reprimer les'
troubles de la Grand'Anse, elle intei'vint pouir





75 -
I'empicher d'ecraser Christophe. L'appel que
fit le Pr6sident A ses troupes victorieuses, en
disant qu'il leur restait encore plus A faire
et qu'elles devaient se tenir prdtes au pre-
mier sigal A marcher avec lui 1 c i il faudrait
arriver pour consolider la stability et la gloire
national fut considered par le R6gime Royal
come une menace a peine deguisee. Le Roi
Henry que I'esprit de decision de son nouveau
collogue inqui6tait, oubliant la farouche di-
gnit6 montree dans ses relations avec la
France, n'hesita pas a invoquer les secours
anglais.
L'amiral sir Home Popham, .accuru A son
appel, accept la mission de convaincre le Pre-
sident de la R6publique de la ndcessitd de na
rien entreprendre cont:e le Royaume du Nord
et de l'int6rdt de tous les Haitiens de vivre
en'paix, en unissant leurs forces pour repous-
ser l'ennemi commnn : la France Mais dupe
ou non de l'officier anglais, qui essaya vers la
fin d'avril 1820 de le persuader que !es ou-
vertures vsnaient de sa propre initiative et
qu'il arrivait en droite ligne de la Jamaique,
Boyer refusal peremproirement de faire la
paix avec un execrable tyran don't la domi-
nation s'andantirait avant longtemps. "





-76-


On peut etre bon amiral et pidtre diplo-
plomate. Tel est le cas de sir Home, qui mal-
grd I'dchec rencontre A Port au-Prince, per-
sista A jouer la comedie d'aller dans le Nord
soumettre A Christophe les memes proposi-
tions de paix Le 14 Mai, .avec une naivete
sans gale, il manda au President que le
Roi 6tait sincerement dispose A entrer dans
un arrangement de la plus parfaite amitid
avec ses amis de I'Ouest et du Sud !" Et il
s'oublia meme jusqu'a ajouter des menaces A
sa lettre, ne se rendant pas compete que ces
menaces ne pouvaient pas en terms plus in-
telligibles traduire la faiblesse et les craintes
de son protege. Ne pensez jamais A faire la
uerre, ecrivait-il; ne tentez pas d'avancer
au d6lA de vos fontieres ; car si vous le faites,
je vous considdrerai comme agresseur. "
L'Angleterre voyait dans nos divisions un
:moyen tres pratique de faire maintenir le mo-
nopole commercial don't elle jouissait dans le
royaume du Nord. Boyer fit trds fermement
savoir A l'officier anglaia qu'il etait temps de
finir avec l'anarchie qui retardait les desti-
nies du Pays.
Le people haitien a dtonnamment de res-
sources. Boyer le fit bien voir A la diplomatic






britannique. II ne provoqua pas des comrpli-
cations, en s'attaquant ouvertement & Chris-
tophe. Mais personnel ne peut affirmer qu'il
resta indifferent aux trahisons, aux d6fec-
tions et aux revoltes qui aboutirent le 8 Oc
tobre 1820 au suicide de son coll6gue du Nord
et A la chute de la Royaut Et I'anglais, dd-
concerte, assista A la prise de possession pat
Boyer des deux nouveau d6partements que
les evendments avaient procures A la R6pua
blique.


L'unification du Royaume et de la Republi-
que, en depit du mauvals vouloir de la polite
que europdenne, etait une grande Victoire pour,
le President. Elle eut une large influence sue
les destinies extdrieures du pays. Tout d'a-
bord elle inspira conflance a nos voisins de
I'Est. L'dnergie de Boyer leur plut, et pendant
le sejour de celui-ci au Cap, Justo de Sylva,
muni des pouvoirs des principaux habitants
de Santo-Domingo, dtait venu lui donner I'as-
surance d'une aide efflcace, s'il voulait entre-
prendre la reunion a la Rdpublique de la par'
tie espagnole.
Le commondore Aury, ancien lieutenant de






Bolivar, lui fit les memes proposition. -
Le Chef de l'Etat haitien ne pouvait se
lancer A l'aveuglette dans aucune guerre de
eonqudte. II recommanda la preparation des
esprits, voulant d'un rapprochement sans
effusion de sang. Et des dnissaires adroits
commencerent A trawailler I'opinion publique.
Neanmoins, d3s le 10 decembre 1820, le g&
neral Kindelan, qui gouvernait la pzrtie es-
pagnole, faisait A notre diplomatic de vives
remantrances et la mattait mmre en demeu-
re de declarer si elle avait ou non confide A
des agents la mission d'entretenir les li-
gnes frontieres de la convenance de se rallier
a I'autorit6 haitienne, La r6ponse de Boyer'
,tait forc6ment negative ; elle calma les in-
quietudes espagnoles, bien qu'elle donnAt
I'assurance equivoque que le president ne
ferait jamais des conquetes ensanglanties."
C'etait demander aux populations de PEst de-
continuer la preparation de la revolution et
c'est ce qui se fit en effet pendant tout le
course de I'annne 1821,
Boyer ent raison de ne pas brusquer les
evenements, car l'accord n'etait pas parfait
chez nos voisins sur les consequences du coup
d'etit project. Nunez de Cacerez et une fai-







b9, minorit. voulaient .riger l'Fst. en EOat
inddpendant et ne conclure avec Haiti-qu'un
traits d'amiti6, d'alliance et de, commerce.;
La grande, majority de la population, .convain-..
cue du caractere restreint, des moyens d'ac-
tion don't elle disposait, aspirait a une incor-
poration pure et simple a la R6publique'd'HaI-
ti. Gaderez senta't si bien lui-meme la n8ces-
sit&ed'une protecti;in trangere, pour garan-
tir le caiangement qui'allait s'operer, uae
son intention 4tait de fire entrer le novel
Efat darns i;confde6ration colombienne. Le
commodore Aury, lors de ses offres de service,
Ai-ait mis Boy1er au courant de ce plan ; la di-
l'dihitie hattiehne, revenue A temp., ma-
iiceuvra si bien ju'elle fut miitresse des e6ve
niements.' .

Qa'Yize jours avant le coup d'4tat par lequel
Cacerez chassa de Santo Domingo le gouver-
neur Pascual Real ( 30 Nov. 1821) Monte-
Christ et Laxavon avaient arbor le pavilion
haitien. Et dke que le drapeau colombien flotta
sur les. boards de I'Ozama et que 1'Est fut 6ri-
g en R6publique Dominicaine, d'autres places,.
telles .que .Puerto Plata, la Vega, Cotuyi
M:aeoris, Banica, Azua, San-Yague hisserent.
nos couleurs. C'6tait IA la manifestation A la-







tqelle, depuis la fin de 1820, travaillatent nos
hommes d'Etat. La r6Volution triomphante
fut impuissante a neutraliser ces tendances,
et la maladresse de Cacerez facility au con-
traire notre action,
Son acte constitutif du Gouvernement Pro-
Visoire mecontenta I'opinion. L'union de la
Dom"iicanie A la Colombie, des distinctions
anti '4 iales entire paysans et militai2es, en-
.tre riches et pauVres, le maintien de I'es,
clavage, le droit de propri6te aux strangers,
c'dtait autant de griefs que vers la fin de
d6cembre 1821 Vint rdcapituler au president
d'Haiti une deputation envoy6e par la Junte
central provisoire de San-Yague. Ses mem-
t.es, MM. Nunez Blanco, Morel de Santa-Crus,
Jose Pdralto et Maria Salicedo, solliciterent
sans ambages nos secours et exprimerent le
ddsir des habitants de 1'Est de se ranger sous
la Constitution haitienne.
La REpublique ne pouVait rester sourde a
pareil appel. Comment aurait-elle pu ne pas
saisir I'occasion de donner une r6alite a l'arti'
tle 40 de notre Constitution) qui comprenait
dans notre territoire la parties de l'Est, et
comment pouvait elle tolerer la Charte de
Cacerez, qui allait a I'encontre des prineipes





81 -


mrme.s de notre R6volution, maintenait le
regime de I'esclavage et appelait ie blanc au
droit de propri&t6 fonciere ?
One tell crise ne pouvait durer ; elle de-
mandait une solution immediate. Le 25 d6-
cembre, Boyer questionne le Senat sur ce
qu'il faudrait faire si les habitants de l'Est
6taient en tout ou en parties, sourds a la voix
pacifiqu'de son Gouvernement. II recoit,. x
jours apr6Z, I'autorisation d'employer tous
les moyens possibles pour contraindre les ha-
bitants'e l'Est a deveiir heureux. "
Une force expeditionnaire est" aussit6tle-
vee. Devant ces pr6paratifs, Cacerez se rend
A l'vidence des faits. Toutes les places im-
portistes ont refused de reconnaitre son auto-
rite dt'fait appel aux secours haitiens. Boyer
mobilize, la Colombie est loin, et sa protec-
tion illusoire, A supposed qu'elle pft oublier
dekitot la g6ndrosite de Pktion. En presence
d'un pouvoir aussi pr6caire, il prend le par-
ti le plus sage, celui depressentir les inten-
tions du president (5 janv.1822). Boyer lui
annonca, dans sa reponse, la champagne qu'il
allai-ntreprendre Ala tate de forces impo
santes, en lui 4emandant d'arborer aussitot
a Santo Domingo I'unique pavilion qui con-






vient A I'existence des hastipns et qui est ce
lui de la Republique (1L janv.). AprIs avoir,
dans un ordre du jour public en francais et en
es pa.nol. nvise les populations de l'Est qu'ii
arrivait, il quitta le 18 janvier sa capital.
Les troupes s'6levaient a 14.000 homes et
6taient reparties en deux corps d'armee. Le
general Bonnet devait envahir le Nord-Est
de, la parties orientale ; Boyer devi;t s'ache-
miner par Azua. La jonction devait s'op6-
rer A San Carlos, village au dessus de San-
to-Domingo. Le plan s'executa tel qu'il
avait 6et concu et notre armee ne rencontra
aucune resistance. (1) II est vrai de dire que
Nunez de Cacerez, d&s reception de la rdpon-
Ise du President, avait hisse le drapeau rouge
et bleu sur la ville de Santo-Domingo.
Aussi le 9 f6vrier 1822, lorsque Boyer se
present A la porte del CondO, il y trouva les
membres du Corps municipal de Santo Do-
mingo, venus A sarencontre avec tout le ed-
remonial alors existant. Nos troupes firent
leur entree dans un enthousiasme g6ndral.
Lorsque le President p6entra dans la salle
municipal, Nunez de Cacerez, qui 6tait jus-
que-lA chef de I'Edilite, s'avanca pour lui re-
1. Souvenirs Historiques de Guy Joseph Bonnet Pa-
ris 1864





- 83


mettre les clefs de la ville, come symbol
de la soumission de toute la parties de l'Est
A la Repuhlique d'Haiti. Avec un tact remar-
quable, notre chef d'Etat refusa les clefs, en
expliquant que ses sentiments n'6taient pas
ceux d'un conqudrant, mais ceux d'un pere,
d'un frere, d'un ami qui venait embrasser
avec tout l'epanchement du coeur. les nou-
veaux haitiens qui s'etaient rdunis A la famil-
Je, (1) Un Te Deum fut ensuite chanted A I'Egli-
se Cath6drale pour I'heureuse reunion des
deux peuples.
L'Incorporation de 1'Est dtait un faith accom-
pli; elle ne cofta de larmes a personnel, com-
me le proclama le jour mfme le president
d'Haiti.
Ce n'etait pas tout que nos forces occupas-
sent pacifiquement le territoire ci-devant d&-
tenu par les espagnols. II y avait un travail de
fusion a op6rer, nos moeurs et nos habitudes
A faire partager. Le people haitien, ne d'hier
seulement A la vie politique, assume cepen-
dant avec conviction ses responsabilil6s. Dans
sa circulaire du 11 f6vrier, Boyer traca A ses
principaux agents un plan de conduite que
pourraient envier beaucoup de grandes puis-
1. Pradines, op cit.





84 -
sances, plus avancees en colonisation et eln ti -
vilisation. II na faut rien heurter, il ne faut
rien pr6cipiter, 6crivait-il ; il faut 6tudier le
caract6re des principles personnel, I'inclina-
tion de la basse classes, pour se mettre au
courant de tout, afin de se comporter de tel-
le sorte qu'on leur inspire de la confiance,
pour, par ce moyen, leur donner.'en.conver-
sation et sous forme de conseils, la direction
convenable. Rappelez vous que votre mis-
sion n'est pas d'employer la force pour as-
surer la domination ; mais qu'elle est dans
1'obligation d'employer le language de la dou-
ceur, de la persuasion pour faire rechercher
et chdrir cette domination. Aussi avec une
pareille politique, les couleurs nationals al-
laient-elle flotter, pendant vingt-deux anndes,
du Cap Tiburon au Cap Engano!
La seule anicroche vint du c6te des fran-
cais qui, bien qu'i!s n'eussent absolument rien
A voir dans les ve6nements'rde la parties de
l'Est, tenterent un effort pour nous empicher
d'asseoir'completement notre domination. A
Saint-Jean,: pendant sai march vers Santo
Domi,'f o, Boyer avait 6t6 surprise d'apprendre
que la frigate franchise "Duchesse de Berry"
avwA' tent6 de communiquer avec la capital
de 'Est, et n'y avait renonc6 qu'en voyant flot-





- 85 -


ter notre drapeau. Son 6tonnement 6tait d'au-
tant plus legitime que vers la fin de Novem-
bre 1821, le Gouverneur de la Martinique
I'avaitpr6venu que cette frigate croiserait
sur les cotes d'Haiti, contre les pirates qui
nuisaient au commerce francais, entire La-
grange et les Gonaives, la pointe de Maysi et
la GonAve.
Il acc6lra sa march, et le jour meme de
.O
son arrive a ~anto Domingo, Nunez de Cace-
rez lui communique une lettre reque de Sa-
mana du Capitaine Douault, commandant de
la Duchesse de.Berry. pour demander que no-
tre pavilion ne fit pas arbord dars la pres-
qu'ile. II pr6textait que les francais etablis A
Samana 6taient A laveille de voir renouve-
ler sur eux les 6venements affreux don't ils
avaient d6ja Wte victims. Il ajoutait qu'il
resterait dans la baie jusqu'A la reception
des objets qu'il avait fait demander aux iles
du Vent!
Le President n'etait pas d'humeur a plai-
santer. 11 envoya !ui meme l'ordre A l'officier
francais de deguerpir imm6diatement, mena-
cant de considdrer un -ejour plus long come
un acte d'hostilite. II promit toute protection
aux francais qui pouvaient resiJer dans la





86 -
presqu'ile, car les annales de la Republique
n'offraient aucun example A l'appui des crain-
tes manifestoes A cet 6gard. Le Capitaine
Douault r6pliqua qu'il voyait avec peine que
son sdjour 6tait rnal jugO, mais qu'il n'atten-
dait pour partir que les moyens so!licitis du
Gouverneur de la Martinique.
Tout ce mystdre ne pouvait rassurer 1'es-
prit inquiet et pr6venu du President. Il expd-
dia A Samana le Gen6ral Toussaint a' la tote
d'un corps de troupes.
Nos soldats arriverent une demi-journde
avant les objets et les moyens asi impatiem-
ment attendus, et qui consistaient en. .. neuf
bitiments de guerre Cette escadre ne put
ppdrer aucun d1barquement A Samana, qui
6tait occupy par nos troupes. Elle alla le faire
A Savannah-la-Mar, oi nous n'avions qu'une
petite garnison de quinze hommes. Boyer fit
reprendre la ville. Tout ce que I'amiral Jacob,
quicommandait la flottille, put obtenir fut
la permission d'embarquer les colons francais.
Ainsi avorta la combinaison du Commandant
de la Duchess de Berry "et du Gouverneur
de !a Martinique.
L'attitude des franqais A Samana n'a ja-
mais ete trds nettement dffinie. Pour les uns,





- 87 -


ils auraient ted appelds par les Espagno's,
afin de les aider A enlever leurs ci-devant es-
claves. Pour d'autres, et Boyer est de ce n-m-
bre,les navires de guerre ne seraient venus que
pour faciliter I'embarquement des francais.
II faudrait plutOt interpreter la demarche
du Capitaine Dauault pour emp6cher d'arbo-
rer le pavillon haltien, I'arrivie de 1'escadre
et la prise de Savanah-la-Mar dans le sens
d'un effort pour contrarier la politique 6tran-
gere de la Republique, rdtablir si possible
I'autorit6 espagnole dans la p6ninsule de Sa-
mana, ce qui ndcessiterait une action militaire
haitienne don't n ne pouvait prevoir les con-
sequences.
L1 R[?taiuratio n p)lvait assurdment
voir d'un ceil favorable, elle qui avait toujours
spicule sur nm division,, la cessation non
seulement de nos troubles domestiques, mais
encore l'unification de toute I'Ile sous le regi-
me haitien.
Par la pacification du pays et I'incorpora-
tion de I'Est, Boyer dtait A. I'apogee de sa for-
.ce A 'interieur.II ne manquait A la gloire de la
R6publique que le triomphe au dehors, c'est A
dire la r6gularisation diplomatique de notre in
dependance de fait, et notre participation par
voie de consequence A la communaute des Etats.













MISSION CONFIDENTIELLE D'AUBERT' DUPETIT
THOUARS (1821) LA FRANCE RECLAME
UNE SIMPLE SUZERAINETE.
M. LIOT DEMAND A BOYER DE PRENDRE
L'INITIATIVE D'UNE DEMARCHE DE
CONVENANCE (18?3 ).
NEGOCIATIONS DU GENERAL J. BOYE
A BRUXELLES ( 1823 ) ; LEUR ECHEC,
DESAVEU DU PRtSIDNET.
Apr&s l'insucces de ses deux missions de
1814 et de 1816, la Restauration ne pouvait
guere se m6prendre sur la volont6 bien arre-
tee des gouvernants haitiens de soustraire
definitivement la jeune nationality des An-
tilles a la domination franqaise. La reunion
du Nord A la Rdpublique, en 1820, en donnant
plus de cohesion au people haitien, vint faire
tomber ses dernieres illusions d'un rdtablis%




89 -
sement possible du regime colonial. Les hom-
mes politiques qui suivaient la march des
affairs d'Haiti s'empresserent, aussit6t qu'ils
connurent la reconciliation des hommes du
Nord et de l'Ouest, d'attirer I'attention de
L3uis XVIII sur I'importance de cet evene-
ment. Le Conseil des Ministres, r6uni sur la
demand d'Esmangart, I'ancien commissaire
de 1816, decida qu'il fallait en finir avec la
question haitienne.
Les aspirations franchises d'alors, il faut en
convenir, dtaient inconciliables avec l'idde
d'une nouvelle expedition militaire centre
nous. Apres Waterloo et la perte de ses frontid-
res naturelles, I'invasion dtrangere et la lour-
de indemnity de deux milliards de francs que
cofta en 1818 la liberation du territoire, la
France ne pouvait retrouver, aux Antilles, le
prestige perdu dans l'ancien monde.
La revanche, que poursuivait 1'opinion pu-
blique, en invoquant les souvenirs de la Revo-
lution et en reclamant une politique de com-
bat et de gloire, devait porter sur les traits
de Vienne. C'dtait, dans ces conjonctures, au-
tant de motifs serieux pour ne pas compliquer
la situation haitienne.
Les diplomats de la Restauration, tenant





- 90 -


co npte des circonstances, ne nous soumettent
plus des conditions arretees en dehors de
toute discussion. Esmangart entire en corres-
pondance avec Boyer, sollicite l'assurance que
nous serions heureux d'un accommodement
avec la France, nous demand de formuier
nos propositions. II recherche un accord eta-
bli sur des bases honorablement calculees
pour les deux pays ( 5 fevrier 1821. ) II en-
voie aupres du Cabinet de Port-au-Prince,
en mission confidentielle, Aubert Dupetit
Thouars, et cet agent, admirablement style,
parole le language de son maitre. Des le 4 mai,
il laisse au President le soin d'indiquer les
bases sur lesqueiles les pourparlers pourraient
avoir lieu, car dit-il, dans un aveu qui trahit
ladassitude de nos adversaires, il est temps
" de terminer A l'amiable cette lutte beau-
coup trop longue Et, pour ne pas d4cou-
rager notre chancellerie, il affirme que les
pr4tentions francaises sont justes et modd-
rees.

Du moment que la France avait encore des
" pr6tentions, il 6tait plus habile de lui lais.
ser la parole en premier. D'ailleurs P4tion
n'avait-il pas assez crime nos volontds A nos an-
ciens maitres? Aubert se resigna, devant





- 91 -


notre mutisme, A soumettre un prcjet de
traits. La France consacrait l'independance
de la Republique d'Haiti, A la condition que
celle-ci reconnfit sa simple suzerainetd ou un
droit de protection semblable A celui que I'An-
gleterre exerce A l'6gard du Gouvernement
des iles loniennes, lui accordat des indem-
nitds pour le territoire et les proprietes, et lui
permit de faire le commerce sur la base de la
puissance la plus favorisee !
C'est la premiere fois que la Restauration
renoncait d'une maniere aussi nette A )'idde
d'une domination complete.
II est vrai que la restriction qu'elle appor-
tait nous constituait en Etat mi-souverain
Mais une telle concession marquait djiA un
pas enorme dans la voie de I'accommodement
recherche. Boyer 6tait dispose a faire revivre
l'indemnite offerte par son prddecesseur et A
s'entendre sur les avantages commerciaux
demands. La seule contraridet venait de ce
droit de suzerainetd sollicite par les Bourbons,
car I'honneur national n'aurait toldre la pro-
tection d'aucune puissance: ii exigeait une
reconnaissance pure et simple de notre indd-
pendance. C'est la reponse que transmit di.
rectemant le President au Prefet de la Man-





92 -
che ( 10 mai, ) et quelques jours apr6s, il con-
firma encore ses vues et, dans un appel A la
franchise et A la loyaut6, il rappela "qu'en
cherchant des sentiers tortueux, on s'6carte-
rait de la route qui seule peut mener A une
reconciliation sincere, A un traits d6finitif."
( 16 mai. )
Mais, quelque d6sir qu'eft Louis XVIII de
clore les pourparlers au sujet de Saint-Domin-
gue, il ne pouvait, sans trahir en A:ndrique
une faiblesse incompatible avec les aspirations
de la France en Europe, se ranger subitement
A nos vues. II fallait arriver A ce resultat in-
sensiblement, sans brusquerie. II laissa les
choses en 6tat pendant quelque temps. Et la
meilleure preuve des dispositions de la Res-
tVauration A traiter avec nous sur la base indi-
quee par PWtion et rappel6e par Boyer, c'est
que, apres l'incorporation de 1'Est, le Marquis
de Clermont-Tonnerre, Ministre des Colonies
et de la Marine, chargeait au commencement
de Janvier 1823 un autre agent confidential,
M. Liot, d'aller insinuer au Gouvernement
haicien que c'6tait A son tour a faire une de-
marche de convenance et A envoyer en France
des agents. Jusqu'ici, en effet, la R-publi-
que n'avait jamais pris l'initiative d'aucune
demarche officielle aupres du trOne francais.





-93 -
Le moment 6tait des plus propices pour re-
prendre la conversation. En effet, A defaut du
ghin, la France, pouss6e par Chateaubriand,
s'embarquait, en quote de victoires pour r6-
parer les desastres de 1815,- dans I'expddition
de la peninsule [bWrique, pour conserver le
tr6ne d'Espagne A un petit fils de Henri IV ',
Le general francais Jacques Boyd 6tait alors
de passage a la capital. Personne ne connais-
sail, mieux que Boyer la sincerity de ses sym-
pathies pour notre pays. Depuis .1819, alors
qu'il dtait au service de la Russie, il 6tait en
correspondence suivie avec le Chef de )'Etat
haitien au zujet de la question de la recon-
naissance de notre ind6pendance. II fut meme
charge de presenter quelques propositions au
Gouvernement russe, et cette ouverture flit
communique au Congres de Laybach, au
comte de la Ferronays, ambassadeur de
Frarce.
Boyer pensa A cet stranger pour accomplir
" la demarche de convenance reclamde par
le Gouvernement de Louis XVIII et le char-
gea, en consequence, d'obtenir la reconnais-
sance solennelle de l'ind6pendance national
du people haitien, reconnaissance qui devait
6tre consignee dans un trait de commerce
entire les deux pays. ( 5 Mai. )





- 94


On peut se demander si ce ne fut pas une
faute pour le President, a la minute psycholo
gique oil la France tenait A terminer ces d6
bats qui, de sin propre aveu, l'incommodaient
d'avoir confiU notre premiere mission aupr6s
de I'ancienne metropole A un stranger, a for-
tiori A un francais ? Christophe, quelque temps
avant sa mort, avait pride l'anglais Clarkson,
partisan z6ei de I'abolition de la traite et de
l'esclavagp, de tenter des demarche' dans le
meme sens auprss du Cabinet de Par's II dut
avouer au Roy Henry, apres de multiples ef-
forts qu'il fallait envoyer en Europe un Hai-
tien, s'il voulait avoir l'espoir d'etre 6cout6
par les hommes d'Etat francais C'6tait en
effet gdner le Gouvernement de la Restaura-
Wion que de faire n6gocier la reconnaissance
de notre inddpendance par l'un de ses res-
sortissants.
D'autant plus que, meconnaissant la delica-
tesse de ces negociations et de sa propre si-
tuation, le Gendral Boyd entra en matiere en
veritable militaire. D'Amsterdam oi il venait
d'arriver, ii mandait au Marquis de Clermont-
Tonnerre qu'il avait des pouvoirs pour mettre
fin aux differends entire Haiti et la France,
que les pourparlers devaient Wtre secrets pour
d6gager leur march de toute entrave et avoir




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