L'urne close;

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Material Information

Title:
L' urne close;
Physical Description:
x, 11-47 p., 1 ℓ. : ; 22cm.
Language:
French
Creator:
Lataillade, Robert, 1910-1931
Amis de Robert Lataillade
Publisher:
Les Éditions des "Amis de Robert Lataillade,"
Place of Publication:
Port-au-Prince Haïti
Publication Date:

Subjects

Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Statement of Responsibility:
préface de Jean F. Brierre.
General Note:
Poems.
General Note:
"Préface" (p. iii-x) is a biographical sketch of the author.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01822995
lccn - 44053644
ocm01822995
Classification:
lcc - PQ3949.L36 U7
System ID:
AA00008864:00001

Full Text














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OF FLORIDA

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Les Edlitions des < Imprimerie LA PRESSE
HAITI
1933


PREFACE



JEAN F. BRIEtRRE











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AMERIC












PREFACE


Que pIrisse jusqu'au souvenir de la
joie, manis que tant de souffrance ne
tombe pas en~ vain, dans le ndant.
Andrd Gide.


Le Com~itk RO;BERT LATAILLADE m.'a demand d~e prrd-
senzter ce recueil de pokmes au public comme je le fis, il y
a un an, dans une causerie littdraire. J'kcris cette prdface a-
vec emotion, avec d'aurtnlt plus d'dm~otion qure je fus trd-
moin d'une parties de l'adolescence du po~te, I'ayantt rencon-
tre', entfant, sur les bancs de la ctitquib~me, auL Lycede Nord
Alexis, avanat e'crit dans son intimitk mes premiers vzers, reguL
la confidence de ses premiers essais ju~squ'aru se~uil de la secon-
de ou~ nous reglimes la me~me douloureuse commotion quanld
le diccret supprimant les hulmanitis dans les Lyd~es de p~rovinz-
ce vinzt nous frapper ar notre? tour. En attendant le ver~dict de
l'Histoire sur le deuxie~me attentat official commis contre les
g61n6rationzs d'apribs 1915-lan signaturiwe du traird fut le premier
- je voudrais tremper mca plume dlan~s l'amertume de ce gris
marin d'Octobre oil nous restdmes longlemps sans parrler, Lau-
vinsky Faucher, Robert Lataillade et mroi, interr~ogeant' les
murs d'une salle vid~e, sans pupjitre, sans professeur; re~troulver
nos sanglots e'touffis, la cr~ispation de nos doiges ner~veux,
quand Louis Arlet, couch depuis dans les thanbres de la
mort, nzous apprit que nous 4tions disormnais libres c'est a~ di-
re des homes; faire rem~onter a~ notre ccour et dans nos
mains la rage qui nous Btreignit ce jour-lai, pour en matrquer








- IV -


une 4poque et des hommes dont on ne condamnzera jamaik
assez les faiutes et les exactions.
La rue, quand~ nous laisscames le vieux Lyce'e, nous parut g-
trangibre et c'est ir son contact que nous comprimes qu~e l'dco-
le nous avait rejetis & jamais. La rue ne prit pas garde a nous,
elle aussi nous rejetait comme plus tard la vie elle-mam~e nours
rejlaterait: Elle n'avait pas nont plus de. place pour nous. Et
ce fut aillsi un peu part~out dans le pays. Des jeunes de 16
ans se voyaient chasser des Lycbes par un dicret mintistdriel
donnant auxc souls fortunes la chance d'assouvir la soi~f de
leur esprit et livrant les enfants de gueux comme nous ci la mb-
diocrite' d'une vie qui s'e'coule. tre~s souvenzt entire, une table de
dgs et- un 'verre de clairin; un p~eu partout, du Cap-Har'itien
aux Cayes, des adolesce~rits partaient vers la vie, cachiant sous
leurs vestes' rapes des volumes d'histoire on des essais me'-
ciiocres; ils venaientt de traduire l'Eneide et Cicgron et l'on
vreriait un beau jour leur dir~e: <&out cela, c'est inutile et ab-
sur~de. Gagnez votre vie.h Quelquies uns se rubrent avec fou-
gue dants le struggle for life iS~ la f~rocite' scutle triomphe mais
combies aussi gardi~rent aux lavres la nostalgaie des derniers
vers latins ou grecs et de ce monde de conznaissances dont ils
avaient it peine enztreuu la beauty dans quelques livres. Ce
ful affreucx. Les uns s'en alldrent vers une existence limiti'e;
vers la ritor~t prdrhnaturde, vers l'alcool; d'autres quittgrent la
province et vinr~ent tenzter la chance & Port. au Pr~ince qui
dita la ;vie des Etudiants de province dans les gargonniares,
-ce drriniie de tous les jours sous les yeux indiffkirents d'une
foule quzi vous tue afin de vous clever un socle -- d'autres,
vers la litte'rature et le mal d~e l'infini; tous, vers l'unique et
horrible deistin de's ecrase's que nous sommes.
Nott;e milieu forge des cimes pour qui il n'y a pas de nour-
ritres, des Alans pour lesq~uels il n'y a pas d'espace; des r@-
ves poi~rtr qu~oi il 7i'Y a pas d'horizon. C'est pouirquoi la vie est
ui ~peptuel~ tri'buchemientt pour certain tel Robert Laitail-











,lade qui, ci dix sept ans se colletait avec l'existence. cipre de'd
tudiant ci l'Ecole Centrale d'Agriculture.
Damien! L'Historien. de notr~e gindration en feral le? centre
d'une chroniqlue qui sera sa deposition devant le tribunlal de
l'Histoire. II parler-a du mzartyrologe de la jeurnesse qu'illus-
trent de route leu~r detresse refoulde et de leur 4trang~e d~es-
tite'e, Lataillade et Diaquois.
II dira cette thdorie de feunes hommzes penchdls sur le sol
et levant parfois la tete pour r~egar-der le cl~el implacablement
chaud. II dira les retours lentts vers la garconnilare, le soir;
les t~tes penchcies sur les livres ce la lueur d'ucn quinquet fu-
meux; il dira les ncuits sans lam pe et les jour~s sans pain, les
dimanchzes sans concert et les vies sawn la moindr~e tendresse -
qui voudrait sculement causer ei ce feune hzomme qfyi rode -et
qui porte dans les yeux et dans la triste apparence la phobie
de la lumiibre? Qui? II dira les Noels loin du foyer natall et les
larmes mangrees philosophiquem~ent avec le pain cacre de la
pauvredg.ll dira, par dessus cette objection mattirielle la rich~es-
se des (2mes, les voters essorant le soir des bousches blames qui
n'ont pas mange', les romances tristes dtidides a des fiance'es
impossible et qui n'd'coutent pas, il dira les longues matinees
sous le soleil, dants la lande ie di'fricher quand la faim uous
mord et que le microbe vous monte aux entrailles et a l'adme...
II dira. .. II dira. .. mais qui aura cet affr-eux courage?
Apras deux ans d'drudes agricoles cE Damien, Lataillade par-
tait pour Pre'vill6 (ie ]dre'mie) oA il ~venait d'8tre nomm6 Di-
recteur de la Fer~me Ecole du mam~e nom. Mais hilas son corps
de'bile n'avait pas connu tant de chtocs et de noir~es pr~ivations
sans S'en ressenztir pr~ofondiment. Le mince jeune homm~e R-
tait de'j& condamnk. Un mtatin, prb~s du gr~and tableau noir oil
il dessinait des chiffres et des phrases pour les mioches can-
dides des champagnes, il comprit le signe 6trantge dont la rurde
existence d'e'tudianzt l'avait marqud pour jamais. Alors il se
r~ecueillit et e'crivit p~age it page comme on marque d'un signet








- VI -


chaque feuillet du livre de la vie, les poames .poignants de
L'URNE CLOSE. 11 toussa beaucoup, sendst la mdme main qui
fit de Chopin et de Samain des ombres, vdtir sa jeunesse de
son costume raye de longs filers de sang. Il est more it vintgt
et un ans et on ne l'a comzpris et aimb 'que lorsque le tombeau
l'edit pris dans sa solitude~ et que le monde fult bien certain.
qu'il ne g~nerait plus personnel.
Sone cauvre est une suite d'impressions quintessencid'es, des
jours de souffrantce et de deuil dans de courts poames. Ce sent
d'abord les premii~res amours, les premieres fleurs cueillies
au bor~d du chzemin. L'inspiration s'.attr~iste de plus en plus cE
msesur~e que la mort tend son ombre sur sa vie pour finir
enfin, par Ila Course.Fun~bre, ulne vue panloramique duL mon-
de at son diclin, avant que son tombeau se ferme avec Stales
Vivantes. On peut dire qu'il s'est rega~dB m~ourir.
Le Comite' malheureusement n'a pu publier tous ses ~oe~-
mes. Nous avons fait une silect~ion de ceux qui marqluent le
mieux les tapes de sa vie et de son talent. ~Mais pour que~ le
lecteur ait une ide'e reielle de son centvre rdalisde entire dix
sept et vingSt ans, nous avons gland~ ga et 14r, parmi l'abondan-
te moisson, ces flours rares qui surgissent un jour sous la plu-
me d'un pridestind et viennent enrichir, d'un dclar nouvers,
d'une originalied de teinte on de parfumn, la colleg~ion littri-
raire d'un pays. C'est parfois un vers qui, detach6 d'uln po8-
me, a us seas complete, une vie parfaite, un rythme entier.
Parfois c'est un quatrain, souvent des vers nombreuxz. Nous
les avons recueillis dans cette preface.

Un baiser n'est qu'un souffle emport8 dans le vent,
Un peu du grand vide.

Pr6sence g rendre fou-d'une chair qui s'8loigne.

!V'est-ce: pas un podme entier que ce simple vers dd fiarnt darse








-- VII -


so: conzcision un Hai Kai japonais ou un roba'is persan?
Le quatrain. qui suit est use transfiguration sur le Tharbor
de l'amour. Ce besoin d'intfini qui tourme~nte les po~tes y
r~este fig4 comme ci la rampe des montagnes le d~sir dud sol
de touchzer aut ciel. Et comme ces coureurs qui barttent un re-
cord de I'6paisseur d'une poitrine, il semble que sa gorge
toute r-emplie d'unt cri de gloir~e ait bai~gad dans l'dblousisse?-
ment de l'espace e~t respird le souffle brlazlnt qu'agitent les
eagles hternzels.

Clame, came ton verbe et tes voeux dblirants
En te tordant les bras de disir et d'envie.
Et dressant tori beau corps en des spasmes troublants
Tends ta gorge enflamm~e au seuil d'une autre vie.

J'ai Il'me libre, un instinct de savage
Circle dans mon sang; I'horreur de l'esclavage
Fut-ce celui du coeur, a cuirassC mon coeur.
Je suis un fier nomade, un farouche coureur.
J'ai l'ipre passion des folles chevauchies,
Des routes, sur les pas des .cavaliers, jonchies
De fleurs d~goulinant de pourpre en les couchants...

Car je me senls parfois l'Pme d'un prince mare.
C'est pourquoi si tu veux possider mon amour,
II te faut te parer coinme d'un bel atour
De mon instinct de cheik et, la gorge Bclatante,
Partager mes repas dangereux sous la tente.


Omar Kayyhanm aimerait ces vlers d'un scepticisni~e si dlicat:

Pourtant il est un mot qu'en ce monde nul Stre
Fut-il mame un damn ne devrait oublier.





- VIII -


Quand m~lme, -6 coeur lass6 pour vous refugier
Vous ne trouviez aucun asile et pas ~un maitre.
Lorsque viendra la fin, je vouis supplies, au pr~tre
Qui vous parle du ciel, Oh! r6pondes : >

Quelle trlistesse dans ce r~appel d~es visages atncienas!

Et du gouffre oublie d'un pass6 nostalgiqlue
Surgissent a mes yeux qui les reconnait tous
Des visages anciens au teint me~lancolique,
Des yeux maintenant froids qui me furent si doux.

El cette dd~finition de l'adieu comzplltantl presqlue celle de Sur
ly Pr-udhomtme:

Adieu Premiibre mort!
Adieu silencieux des yeux, o never more.

Et ces ver~s d'un r~ythme! si pur?

L'apache a desert les champs disormais clos.
Les cavaliers bronz6s sont parties vers la plainte.
Les lauriers de corail' fl~etrissent dans l'enclos.

Sa jeunesse immotbilisge et malheureu~se songe a~ ceux qlui sor
tombcbs pour l patrie.

Et vous seul, yous restez loin des arquebusades,
Songeant i ces gars bruns fauch~s sur les sols roux.

Je trouv~e delicieuse~mentl triste cette anntotationa d'un o
dl'amour finissant -


Ce soir, une fleur. qui se fane.









-- IX -


Nous en humlons I'haleine mauve d'encensoir.
Oh! humons la, ma mie, et respirons la toute,
Avant de nous lever sur domain, ce grand doute.

Omar, le per-san azurait sigadg ce podme.
Un soir de pluie, e'coutez; ce qu'il senzt pre~s de l'aimde.

Rien. Dans le soir tout mon Stre en silence
Grave et muet B tes pieds gracieux
S'extasiera loin de la brume dense
En regardant pleuvoir dans tes grands yeux.

11 ivoque' Venise et:

Nostalgique se plaint le cri des gondoliers.

N'est-ce pas un trlas beau vers que celui qlui va suivr~e:

Ne ternir sa toison qu'au b~lanc contact des neiges.

IIl revivr-a l'Epoque Indiennte dans ses Ar-eytos oil tr~anspire
l'intfluence heureouse? d'Emile Roum~er. La Reine aimeracit cer-
tainement accompagner sur sa flitte ces vers voluptueulx chi
se dgtache avec un saisissant relief ce tableau indies:
Au sein de la mer grise
Le soleil va longer sa face de roucott.
Elle pamerait au r~ythtme senzsuel de cette phranse meusicale:

Aguana Moita,... Moita haioulo...

Robert Lataillade, ad' i JerI-mie, le 28 No~vembr~e 1910 et
mor~t dans sa ville natale le? 28 Juin 1931, r~egut das le berceau
le cadeau des muses. Son Pere, Nerva Lataillade, e~xquis poi?-











te et fort prosateur, 6pousa la smeur d'Edmond Laforest, le
parfait ciseleur des SONNETS IMEDAILLONS, qui reput
l'hommage miritci des Mistral, Bourget, Bordeau, PoincarC,
Maurras. L'enfant puisa donte ci ces deux sources de po~sie
fgcondes le ta~lent rare et la haute inspiration dont la mor~t
arrdta l'ascension de fagon si 'cruelle.
L'(Euvre de Robert Lataillade le place d'emblee parmi les
meilleurs podtes hta'idiens. Certains d'entre eux ouzt peut Stre?
produit des m~uvres plus completes mais ce mince volume re'-
v41e un esprit citr~ieux, une inspiration profonde, humaine et
original que ne limitent ni les frontii~res d'un pays, ni les
contramntes d'ua sectarisme religieux ou artistique ,soit qlu'il
traduise l'Eccle'siaste, le Cantique des Cantiqu~es, soit qu'i~l
tente d'Bcrire un poame dramatique: Le Roi Salomon, soit
qu'il .inter~roge:
Les minarets aigus pointant au sein des nuits
Leurs flbches tout charges d'impossibles ennuis.
Ml/ind' au moranl commne au physique, il drtait le veritable ma-
ge de notr~e gindration. Aucune de nos aspirations ne lusi est
resti'e e'trangbre. Pas une de nos rkvoltes qui n'ait trouvb us
siir behC7o en lui. Son (E'uvre est l'hzistoire quintessencide d'une
gdnd'ration d'dcrasis, vgcue par une hme haute, une cons-
cience d'illumin6 que la solitude inclinait vers la pitied la dou-
ceur et la rksignationt. Et la differencee ~de lui & nous est que
l'acuide de la souffrance morale double de la douleur phy-
sique en a fait une sorte de transfigured' et de prophbte quli a
capt8 dans les regions iternelles le souffle magnifique par
quol les admes sonzt soulevies vers les cimes sacri'es, les md-
dailles sculpti'es dans le feu des eclairs, par quoi enfin un
nom et une m~uvre s'imposent a l'immortelle postgrite'.

ler et 2 Novembre 1932.
Jean F. BRIERRE.
























PREMIERE PARTIES





Je suis ton m~uvre, ton vral moi,
je suis to pr~opr~e cime sculpted
par toi namem.
Zenrd-A vesta.



















UN SOIR







Tu m'acvis dit: terai cE cette messe de minuit, ma.
voix scule sera avec eux. .. mzais
ma pensee te restera.>>


Un soir, mblodieuse, essorera ta voix.
Ce sera le frisson mystique sur les cierges.
Des reflects v~ndrbs, saints fleurs des pavois,
Dans l'ombre Cclaireront la cohorte des vierges
Et ta voix montera, fraiche comme I'encens.
Et d'ivres calotins cuveront ton visage.
Oh! le kaiser nocturne et brulant sur mes sens...
De me savoir si loin de ton ardent language.
Dans l'ombre, oix longuement s'Cgr2bneront mes pleurs,
Ils chanteront ma messe, 8 Scleur, loin de tes fleurs.









-- 14 -


VIRGINITE







Ce que je te donne en cette m~i-
nute est vierge comme aux ours
de ma naissance.
Montherlant.


Je me suis d~pouill8 venant vers toi, amante,
De toute la senteur dbrob e aux chemins.
Regarde, pur mon front, chastes mes blanches mains;
Tu ne vois m~me pas, pudique et frissonnante
En mes prunelles poindre une lueur profane.
J'ai lach6 dans le vent tout ce qui ne test rien.
Tout ce que tu pourrasi prendre pour toi, ton hien,
J'en amibne la longue et rose caravane.
Que tu te contemples en eux comme en toi-m8me,
Car je les' ai cueillis vierges d'impuretbs.
Glane... glane... tant que le soir, de voluptis,
Ceindra ton coeur comme d'un riche diadbme.
Glane dans la moisson de ces fleurs virginales
Tout le parfum de tes dbsirs que je fis miens.
Je n'ai voulu, amante, en le soir t'offrir rien
Qui ne sugat de la blanheur jusques aux meelles.









- 15 -


POEME






Ton visage est nouveau comme
ton (2ime, toutes tes heures y sont
segne'es.
H. de Monatherlant.


J'encadrai de mes mains comme un pur ostensoir
Ton visage parfait en soi...
Je m'qf suis contempl6 ardent comme en moi-m~me,
Et je t'ai eue, chaste miroir
De tous mes sentiments nouveaux comme toi-m~me.
J'ai humC sur tes joues brulantes
Tout le parfum essential, 6vocatoire
Du kaiser recent de mes liavres.
J'ai senti palpiter une nouvelle vie,
Toute une vie pleine de nous,
Sur ton visage neuf comme aux feuillets d'un livre
Le parfum que laisse une main.









- 16 -


CERTITUDE





Je t'ai connue au temps lointain, imm~morial
Oix de l'antique monde erraient les formes vagues.
Princesse fauve, en l'or magique de tes bagues,
Je to connus, lascive en ton exil royal.

Je. t'ai connue aux jours de mon inconscience
-->-
Ange d'amour de langes roses couronnC,
.Je te connus dans l'Eden pile de I'enfance.

Je te connus parmni la mousse des chemins,
L~ors, infante du songe, une fleur, sur tes lbvres,
Pensive, tu r~vais i de futures fibvres:
Je ne prenais alors, candide, que tes mains.

Je te connais dans le present et ses chimeres.
Ma voluptC nest pas d'avoir ta bouche, amour,
Mais de savoir ~que je t'avais au lointain jour
Oh, rave, tu flbttais inconnu de nos spheres.









-- 17 -


PAROLES SUR LA ROUTE





La nigresse est en marabout
Et son madras dont les deux bouts
Palpitent gais tels des caprices
Est le phare de mes d61icesi.

L'ombre est douce dessious les kinbpiers en fleurs.
Dis... si tu derobais ces voyantes coul'eurs...
Pour que je voie ta chair tentante, ta chair d'omlbre.
J'aime au gre du bruit frais de l'eau ta splendeur
[ sombre
Oh! la douceur de l'ombre aprils le geste os8!










--i


NOUN





Oh Noun! vibrent en moi ce soir des dsisks faves.
J'ai de noirs crissements dans mes sens africains.
Pleine de miasmes la lagune aux vapeurs mauve~s
Prolonge les echos des bamboulas lointains.
La bacchanale'obsebne en ma chair, sourde, gronde
Mai chair tendixe ainsi que la peau d'un bocor.. .
J'ai des d~sirs vibrants comme des assators...
'Pagaie ta croupe, noir boumba; elle a I'immonde
Ricanement dedans mes sens, de mille dieux
Hirsutes ruisselant de sueur et de feux.









- 19 -


PUJRETE





Pour Elle.

Je n')8tais pas venu, un soir, pour te tromper...
Ce serait plus qu'indigne, de mon amour, i, femme.
D'ailleurs, contemple un peu ces yeux qui te regardent,
Femme, contemple-les...

Ils out des lueurs fauves ainsi qu~'une eau tapie,
Leur flamme a consume avant que de paraitre
Toutes les fleurs parses de mes raves anciens...

Mais rien d'impur, mes sens, n'a trouble dans mes
Je n'ai pas dbsird goiter comme un fruit mur [nuits...
Ton corps gonflC d'amour palpitant comme un sein,
O femme, non, bcoute..

Un rave autrement pur j'ai senti me mercer;
J'ai voulu de tendresse parer ton existence,
T'asseoir, hibratique, en un divan moelleux,
Te sentir palpiter d'extase et de disir
A chacun des soupirs qui gonfleraient mon sein...
Car femme, muet,








20 -


Je me tiendrais pensif et seul i tes genoux
Pour. te voir dbfaillir, pile prbs des fleurs piles,
Et vers ta face, faire, adorable, monter
Un frais chuchotement tout parfum8 d'amour
Que tu recueillerais en fermant les paupiibres...

Et ce serait si doux et si triste a la fois,
Que, brune, dans le soir venu i pas feutrbs
Tu laisserais ton corps s'allonger, souple et lent
Dans le velours des roses tapies pour le mercer.
Et moi, si doucement que tu n'en saurais rien,
J'aurais, extasi6 devant ta nuditC,
En silence pos6 oh! longuement dans l'ombre,
Un kaiser d61irant dans ton mystbre intime.









- 21


POEME






Je me vitais d'indiff~rence comme d'une robe
Avec, au coin des Il~vres, le pli dur et hautain
Du stoi'que effleurant les choses sans amour.
Je dbdaignais la vie comme une femme impie,
R~servant mes pensers pour les noblesses fortes!
Point n'agita mon rable aux soirs matiriels
Ta hanche, borne Cparse en la rdalitb.


J'ai d~sirC etreindre
D'6treintes fortes
La vie...
La vie comme une amante
Dans mes bras...
Pour la voir sous mes riles
D~faillir


Je lachai ma hauteur comme un habit trop chaste.
Je sus faire vibrer de dbsirs forts, mes sens,
Avec au fond des yeux les lueurs reconquises,
Les morbides lueurs des soirs opiac~s.
Et je plongeni ma chair dans les nuits orgiaques








- 22


Comme en un hain ficond
Je me parai de d6sirs fiers

J'6treignis fortement
De tous mes sens,
Les nuits...
Les nuits toutes pleines
De femmes nues et fauves...
J'itreignis la vie
Et la puissante voluptC.


en jouissances fortes.
comme de joyaux.









- 23


DIALOGUE A VOIX BASSE






- Cette ombre, itrange...tout la-bas...sur mon chemin...

Pourquoi si seule, 8 femme, abandonne ta main...
Que je te guide... le temps passe et l'hleure est hrivie.

- J'attends le bien-aiind qlui mn'appelle en mes r~ves.


























DEUX'IEME PARTIES





Chacnte pour l'infinzi, chaste pour les gtoiles

Chtante pour toi, ton caeur est fI'cho de ton ccmxur
Et ne demande pas aux htom-mes d'4couter.

Ed. Haraucour~t.











- 27 -


DU CANTIQUE DES CANTIQUES
(fragments) -(traduction)





Les contours de ta hanche ont des rutilements.
On dirait, Sulamite, un collier d'amithyste,
Un collier pricieux, oeuvre de mains d'artiste.
L'amb~re de tes pieds d'ange est un enchantement...
Ton sein est une coupe et ronde et gracieuse,
Pleine d'un doux breuvage et d'un vin parfumb,
Une fontaine close, intime et pricieuse.
Ton venture est un monceau de froment embaumb,
Tout couronnC de lis; tes pieds : deux tourterelles;,
Tes deux seins sont deux faons, jumaux d'une gazelle.
Tonl cou est une tour d'ivoire; tes beaux yeux,
Pareils aux reservoirs de Heshon; tes cheveux
Ressemblent g des fils de pourpre pleins de flames:
Un roi mdme se laisse enchainer B leurs trames.
Ta tate est altibre, on dirait le Carmel.
Ta houche me distille ainsi qlu'un troublant miel.
Tes 18vres o~ix je bois... voluptueux calices;
Une source est ton corps, d'amour et de dblices...

Tourne toi, tourne toi... lascive Sulamite.
Tourne ta hanche souple et ta t~te princibtre.









- 28 -


Et pourquoi contempler la brune Sulamite
Pendant qu'elle execute une danse guerribre?




II*



Monl aim6, nous avons une petite soeur...
Mon frbre, 6coute bien ce que dira mon coeur
Car c'est la scleur de Sulamite
Oui c'est ma scleur, toute petite,
Dont le pudique sein n'est pas encor form.
Son corps vierge et sans tiche est un jardin ferm6.
Oh! que ferons-nous d'elle,
De son corps de gazelle
Si quelqu'un par amour,
Nous le demand un jour?
- Si comme un fier rampart, ferme, sa chair demeure
Si nous voyons que point notre soeur ne nous leurre...
Et que son coeur n'est pas changea'nt,
Nous bitirons dessus la tourelle d'argent.
Du-moins, si son jardin... comme une porte s'ouvre,
D'une planche de ce~dre, 8 Soeur, qu'on le recouvre,
Qu'on le cloture pour toujours.

Moi, mes seins comme des tours,
Fermes comme un rempart, comme une source close
Prbs de laquelle croit le cinamone rose...

- Mon 6pouse... ma soeur est un jardin ferm6,
Ubn bosquet enchanteur riant et parfumC.
























Bouddhi! dien calme et froid sous un masqune impassible,
Quel remords va glacer le profound de tes yeux?
Quel sentiment obscur, vague et myst~rieux
Peut encore hanter ton argile insensible?!

Quel divin ascitisme g ton malheur sensible
Sut figer pour jamais sous son fouet odieux
Ta chair antique et tendre oix l'esprit des grands dieux
N'avait pas encor mis le sceau de l'invisible?

Sur ton front flotte encor un ancien souvenir
Et dans tes yeux de sphynx dont nul vibrant disir
N'obsihde plus le marbre au silence immuable,

On semble voir passer imperceptiblement
L'infini sentiment d'un didain pitoyable
Pour le niant human qu'8crase ton neant.


IN VOCATION









-- 50 -


MON CHAT






Accroupi comme un sphynxr dans P'ombre qui le hante,
Clignant ses fauves yeux aux reflects assassins,
Il rumine, songeur, de funbbres desseins
Et, I'oreille aux agnets, s'embusque dans l'attente.

Quand s'apaise sa soif carnassibre et saniglante,
II aime B se blottir sur les tiddes cousins
Et.1aisse librement hourdonner les essaims
D'insectes didaignis par sa fougue d~mente.

II a pour carresser des graces de filin,
Maiis qu'une tendre odeur riv'eille son instinct,
Aussitat du velours d'une patte mignonne

Une griffe surgit, et le clown de salon
En couvant la fureur qui -dans son sein ronronne,
N'est plus qu'un fauve ardent f~roce et vagabond.

















LE TABLEAU D'HIKATO
(pokme nippon)



A Jean Brierre

Car ils sont avant tout les fils d~e la chirnare.
J. Richepin.





Las d'avoir longtemps peint de jaunes cripuscules
Qui s'attardenti le soir, au long des bambous fins,
FatiguC de copier des maisons minuscules
Ofx sixr les senils, parfois, r~vent des mandarins;

Ne trouvant plus parmi la nature fig~e
Du Japon rabougri que parshment les nains
Une inspiration qui sur l'art Brig~e,
Va~incrait I'indiffbrence Ppre des lendemains;

Profond6ment desenchant6 des joliesses,
Des airs rapetissis, des pr~ciositis
Qui parent le Japon aux troublantes caresses;
Ne trouvalit nulle part de rbelles beaut~s,











Le vieux peintre Hikato, lentement se consilme
Et sent que son g~nie, en silence, s'6teint
Et s'ivapore ainsi que la 1Cgbre brume
Qui vers les months sacrbs essore le matin.

Comme en le soir lointain la p8le chrysanthme
S'effeuille au souffle du B~ouddha myst~rieux,
Ainsi tout son talent tel un pavot supr8me
Se dissout dans son mal profound et douloureux.

Alors, ne voulant pas qu'avant sa fin dernibre,
Ne s'6veil~e en son Stre une inspiration,
Hikato, de nouveau, chevauche la chimbre,
.Srir:d'y tlrouver encore la consolation.

Par les magiques soirs de 1'orient fierique
Amant: de la n~vrose et du vain IdBal,
Il recherche sa Muse et son chant nostalgique
'R~veille dans les bois un 6cho s~pulcral.

Les, langoureuses fleurs qui de 46sir se piment
~armi ;e~s jardins bleus difaillatit de parfums,
Sentant spasser -ce chant, pleurent telles des femmes
Exhalant des accords qui sembleraient d8'funts.

L'oiseau, comme !a fleur, comme le bois antique
-Frisson~ne -danslson nid oen Ccontant ce chant.
Et le paisibae!6tang B cet air nostalgique,
Sent passer sons1 sa moire un. long frissonnement

Partout un sentiment de terreur et de crainte :
.Buddha m~me, Bon~ddha, de soin obscur antel,
En. entendant passerr cette sinistre plainte
Frissonne: languement daus son~marbre immortel.












~Mais: toujours Hikato .pleure- santhrbne 6trange
Dans les -sous-bois profonds, sombres, myst~rieux,
Et la deception ainsi qu'un noir archange
Plane surison malheur profound et doulo'ureux.

Etne spouvant -atteindre en sa lente chimbe,
Une inspiration : son divin id~al,
De desespoir il fit une ultime pribre
A la teirre sterile et source de son mal

1I1 dit qu'il Btait n6 pour vivre de chimbre..
Et pour alimenter son g-8uie :immortel,
Des mille sentiments que -nous donne la te'rre,
Des inspirations qixe-nous donne le ciel.

Mais ,qu'il .a constate, sur le point de s'4teindre,
Qu'aprBs avoir en vain cherchC l'ultime. hut
Que dans sa soif du Beau son caeur voulait atteindre,
Il n'avait pas produit le chef-d'aeuvre attend

E~t alors... comme m~il par un bras satanique
.Sous le ciel d'orient limpide, ensorceleur,
DBroulant son manteau scintillant et magique
Hikato, le vieux peintre avec une vigueur

Que depuis trbs longtemps son corps avait perdue:
Se mit I peindre... A peindre oh! mais ferociment.
Et de sa toile alors, image inattendue,
Un terrible chaos o~ix pris de tremblement,

Tous les objets dansaient dans des danses funbbres.
Apparut; et Je plus effroyable: tableau











34 -


Qu'on eut pu contempler, oi trainaient des t6ndbres
Emer ea lentement de son vibrant pinceau.

Lui-m~me, contemplant cette toile ambigu6
Fut surprise de s'y voir Ccras6 sous deux rocs,
Et sur sa face peinte une souffrance aigu6,
Tandis que les maisons faisaient d'horribles choes.



Or quelque temps aprbs`, un tremblement de terre
Ravagea le Japon aux priciositis.
Hikato le vieux peintre, enfant de la chimbre,
Mourut dans. la plus triste des calamit~s.


Bordes le 7 Juillet 1930.






















TROISIEME PARTIES






Lorsqu~e viendra la fin, je vous supplies, aut prhsre
Qui vou1s parle~ du... ciel, oht! rdponde~zr
PEUT-ETRE.











-- 37-


CERETAIN JOUR...





Certain jour, promenant un r~ve nostalgique
Dans la fort du songe et des lointains oublis,
Egrenant tristement le fil mblancolique
Des anciens honheurs trop t~t ensevelis,
Vous sentires monter comme une sourde peine
En votre coeur plus seul, plus triste en son couchant.
Vous demandant alors quelle douleur lointai~ne
Vient vous banter encor de son p~nible chant,
Triste, triste en ce jour, yous &voquerez, lente
En P'ind~cis brouillard des pales Souvenirs,
Un coeur brisC par.vous quand, jeune et plus aimante,
D'un geste nonchalant vous semies des disirs
Parmi les coeurs sacr~s des miles brotiques...

Et sombres passeront vos r~ves nostalgiques.








- 38 -


PLAINTE DES SONS




Plainte des sons. .. plainte des games,
Dans le silence vespiral...
Plainte des sons... plainte des Ames,
Cho~eur s~pulcral.

Plainte des sons... lente harmonie...
Plainte du~ coeur qui peine et meurt,
Plainte des sons, lente agonie
D'une douleur.

Plainte des sons... sublime andante
Qui d~chire I'8tre en lambeaux...
'Plainte, des sons... throne expirante...
Voix' du~ tombeau.

Plainte des sons... cortege d'ombres
Des tr6passis tristes du sort.
Plainte des sons... oai, spectre sombre,
Passe la mort.

Oh! oui... vous Loutes, tristes plaintes
Qui se percent dans les confins,`
Etes les funbbres complaints
Des grandles fins.







- 39 -


SIMPLE ANALYSE





Tout un printemps ma vie en fleurs s'est prodigube.
Je marchais, rayonnant, dans les sentiers du rire,
Broyant entire mes lbvres pourpres des fleurs pourpres.
La peine, loin de moi, 1Cgude aux 8mes faibles,
Je ruisselais de sairie ardeur par chaque fibre
Et sur mon corps bronz6, temple ardent de la force
Ruisselaient mes gaietds comme des pierreries.

On faucha la fleur de ma vie.
Mes d~sirs forts
Tomb~rent effeuillis tels des p6tales morts.
On faucha mon ardeur,
Mon ardeur forte et saine
Et j'ai souffert
Des impuissances tristes
Et stbriles de la faiblesse.

Toute une nuit j'ai larmoyC sur ma douleur.
L'ul~time ardeur sauv6e de mon triste d~sastre,
Je l'avais confi6e, un soir, A une femme
Comme la pile fleur qu'on confie au soleil.
Je la voynis si tendre et si douce et si bonne












- 40 -


Que je l'avais choisie pour Btre l'ange auguste
Qui, sous mon toit vierge de flames, prendrait gite.

Hilas! Elle ne comprit pas
Le sens sublime
Du noble a~ppetelatoque, r~clamait ma vie,
N'ayant pas senti
Que je d~pendais d'elle,
Moi et- ma vie,
Ma vie nouvelle et forte
Que j'attendais de sa bont8.

Et -fut. si :lourd- le sanglot.rapque en ma EoitrineI
Qug~~nd jmee ~rive:illaiadeinon reve impossible'
QBk~~je crus condamnuis~ son Stre et, ion-;epos.e
JeefuE pptleng6 dansilarnuit :morne du nron-8tre.
e-J putai Ila:douceur de ne. pas se: sentir;
Mais, un jour, .riveill8 de mon nloir canchemar,
,J'ai revu le soleil en blatantt de rire.

Et depuis je n'ai fait qu~e rire
,:P-uisqae le :monde,:
Ce cynique, spectacle :est: un .4clat de rite.
On ~sanglete on pleure,
On g~mit, on souffre;...
Mais la souffrance est un long sanglot
Qui finit tonujozrs. :par, un; longy rire,










-- 41 -


SEREN~ITE,







'Grav~e, tu passeras, femme, en mon souvenir.
Je n'aurai~ plus alors la -force. de- souffrir,
Ni cell d'un adieu car une autre musique,
Etrange, flottera, tendrement nostalgique
EIn:mon coeur db ola peine aura pris sort essor.
Des~pleurs! Jene: crois pas que j'en aurai encori...
Seule, une indifference Bnigmatique et sombre
Oa plus.d'un;.souvenir tu ne ~trouveras l'ombre...
Et toi, pensive et donee en tes habits de deuil,
Grrave; turpasseras come~ aupres d'un cercueil.










-- 42 -


REQUIESCAT INV PACE






Or, un jour, comme tous je quitterai la terre.
Pour kaiser mon corps froid, fig8 dans un suaire,
Je n'aurai que la dalle humide du tombeau.
Pour dernier reposoir, homme, g ton corps si.beau,
Un s~pulcre et non pas les bras nus d'une femme.
Du moins- qu'en I'an-deli se console ton Amei
Car- parmi ce disastre une ancienne voix,
Le nostalgiqjue 6chio d'un amour d'autrefois,
-A cette fuite brgve et triste de ton Stre,
Avec l'onction douce et mystique du prgtre,-
Peut 2tre laissera tomber sur ce pass
Le mot sacramentel : Requiescat in pace.








43 -








LA COURSE FUNEBRE





Les morts eachis sout bien dans cette terre
Qui les richauffe et sihche leucr myst re.
Paul Valery


Pitres revenues de la Ch'aldie
Qui vites l'humanisme ancien
Fleurir du Vallon de Jud~e
Jusqu'A l'oued 6gyptien,

Les doux chants qlu'exhalaient vos pipeaux buccoliques,
Plus n'entends disormais leurs plaintes nostalgiques
Par les soirs d'a present lourds et mblancoliques.

L.'Euphrate a dessich ses eaux.
Le long des merges immobiles,
Sous les vents glac~s les roseaux
Courbent, mornes, leurs chefs tranquilles.

Le monde est au tournant aigu, le cycle human
Dbvie, aux sibcles noirs, du scintillant chemin
Qu'aux Iges enchanters traga l'auguste main.








i 4;4 -


De son piddestal qui s'isole
L'infaillibjle divinity
Voit s'81oigner I'humanith
Que hante la moderne idole.

Des ab sides d~serts- les sacrificatezi-s,
En vain des chandeliers attisent les lueurs;
La vestale a siduit le~s pr~tres imposteurs;

Du saint parvis fuyant les dalles,
Le monde obschne et d~chain6
S~e pric~ipite auxi bacchianales .
SQuer conduit I'archange ~damn6.

Prince m6ditatif, son rire fatidique-
Carillonne dbja pour le convoi cynique
Des fianc~s qu'attend I'Eurbebe-fam~ilique









--65 -


STELES VIVANTES





Simple me'ditation philosophi-
que sur la tombe d'une morte.
Pruisse son nSme me pardonner
d'avoir viold le sacred: et gternel
silence du dernier~ asile. R. L.




Evanoui, le souffle essential.
Tourne :la roue, insensible B nos larmes.
R6ponse froide aux terrestres~alarmes,
Le soir, Id-Irant, s'est fig6 dans le cial.

Chaste visage, ambre des chevelures,
Front incline dans un rave attentif,
Rires joyeux, regard triste et pensif,
Tout a -could par I'immense fissure.

Fini, le songe iclos des chairs f~condes,
Le grand mystbre a repris de son moi,
L'8tre L'atome Bpars dans le cycle des mondes.








14 -2s


O nostalgie aigue des voix viriles t
1)6semparC, I'81,re implore, Id-haut,
ILe soir brilliant en fluide oripeau;5
IVais au soupir r~pond I'Bcho st~rile.

Oa s'est fige lypsoir dez sphires fortes?
On discourage, et les 61kans anciens,
Vers l'inconnu qui ne nous-r8pond rien
~Retombent las comme des feu~illes mortes.

Voix dans la` nuit, voix lointaines, eteintes,
'Baisers- troublants, ;caresse au long des jours,
Prunelles d'or` t~outes pleines d'amour..
O~ix s'en vont-ils? oiz l~es fortes 6treintes?

En vain~il'esprit A~ I~eprit mort aspire,
En vain le prisme 6clos du souvenir
Fait vivre l'gtre : essential desir;
Rien ne r~pond 21 l'ime qui soupire.

D~sastre .intime...~8 nigntL. on t'impplore.
Las de claer- vers celui qui n'est plus,.
L'homme doaumis A I'au~guste re~fus
CrBe en l'esprit le perdu qu'il adore.

Coeur attentif et memoire ten~due, .
L'8tre penchB:~sur l'indecis, pass6,..,.:
L~ve son vile : jaspais~~8laiss6, : :i
Lui demandant I'Ame qu'il a rendue.

Moites vapp~urs, lIgSebrues bz.me Ianches,
Chaque fragment, d'4tre imparfait ~ea soi.;:










- 41t -


Se lbve- alors et rdpond g sa voix
Du fond obscur des souvenirs Ctanches.

Tels les cristaux d'une joaillerie
Ils viennient tous, en r~ve, Cpanouis,
Faire revivre l'8tre evanoui,
Ils viennent tous, vivantes pierreries.

Victoire insigne et parfaite en soi-mgme
Le souvenir jaloux du grand oubli
Pur et serein, se contemple et se lit
Dans P'oeuvre close, 6mouvant diadbme.

Rires joyeux, caresses des prunelles,
Cheveux d'amour, regards tristes et doux,
Front inclinC, corps souple qui rend fou,
D~vres broyant une blanched asphodble.

-Voix dans le soir, 6treintes familibres,
Langage ardent qu'6crase un long baiser,
Communion, gestes craintifs, osis,
Tout ce qui rentre en l'ivresse premibre,

Se r6unit, se condense, fiddle;
Et fort, malgrC l'8pre refus du ciel,
Compose l'8tre aim8, essential,
Dress vivant B la voix qui l'appelle.


FIN


















TABLE DES 1MATIERES


,ages

PCr~face ......................... .........:..... II
Un soir ................... ................. 13
VirginitB .......:,................... ........ 1.4
Pohme ................................... 15
.Cert~itude ........................ ......... 16
Paroles sur la route .............. 17
Noun ................. .. .... ............ 18
Purete ................ ................... 19'
PoBme .. .. ..21
Dialogue g voix basse ........................ 23
Du Cantique des Cantiques ... .. ... ... .. 27
Invocation ................... ... ;......... 29
Mon Chat ................... ............... 30
Le Tableau d'Hikato ........................ 31
Certain Jour ......... ....................... 37
Plainte' des sons ...~........................... 38
Simple Analyse .. z....................~.~..... 39
SSir~nite ............ ................... .. 41
14~`Rquiescat in. Pace .. ................... .... 42
La Course Fundbre ............ 43
?; Stles Vivantes .. .. .. ..45






FIN








Date Due


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