La République d'Haïti et le gouvernement démocrate de M. Woodrow Wilson

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Material Information

Title:
La République d'Haïti et le gouvernement démocrate de M. Woodrow Wilson
Physical Description:
61 p. : ; 22 cm.
Language:
French
Creator:
Kernisan, Charles Emmanuel
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
s.l
Manufacturer:
Impr. Crété
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Foreign relations -- United States -- Haiti   ( lcsh )
Foreign relations -- Haiti -- United States   ( lcsh )
Foreign relations -- United States -- 1913-1921   ( lcsh )
Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Statement of Responsibility:
Ch.-Emmanuel Kernisan.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 23853461
ocm23853461
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BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.




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All










Ch.-Emmanuel KERNISAN
ANOIEN DtPUTt AU PARIEMENT HAITIEN





LA


REPUBLIQUE D'HAITI

ET

LE GOUVEINEMENT DEMOCRATE

DE'


M. WooDnow WILSON


6~i










3 2. ~~1`a31


,~y.

















DEDICACE

AU SENATEUR RUY BARBOSA,
DU BRSSIL, RIO-DE-JANEIRO.


Je vous dedie ces pages, honorable senateur, parce que non
seulement vous avez dt& la premiere voix oficielle amrricaine
qui s'est dlevde centre la violation de la neutrality belge, mais
aussi parce que vous avez prononcd ces paroles mimorables qui
ont une portge morale considerable : a Si les faibles n'ont pas
a la force par leurs armes, qu'ils s'arment de la force de lear
adroit D.
C'est ce que je viens faire au nom de la Rdpublique faible
d'Haiti.
Je vous prie d'agrder, Monsieur le senateur, mon profound
respect.


Ch.-Emmanuel KERNISAN.
















OBSERVATION




M. Wilson, tenant d la fois de Jaurds par ses discours et de
Bismarck par ses actes, est I'homme le plus extraordinaire de
ce temps.
M. Wilson a la reputation d'etre un enteit, et c'est bien cet
ent6tement qui jera le malheur du grand people ambricain si
les 6minents hommes d'Itat du parti rdpublicain n'y prennent
garde.
Les pages qu'on'va lire et qui ont attend, pour 6tre publishes,
que l'auteur se trouvdt sur une terre dtrangdre, d cause de la
grande tyrannie qu'exercent dans son pays les agents de
M. Wilson, essayeront de prouver l'hypocrisie du President des
A9tats-Unis. On verra combien ses discours sont en opposition
flagrante avec ses actes, quand il s'agit surtout de peuples
faibles et malheureux qui avaient le plus besoin d'une protection
bienveillante et salutaire, situds qu'ils sont hors de I'action
politique des grandes puissances de l'Europe.


Paris, le 3 Octobre 1919.











AVANT-PROPOS




Cette brochure, 6crite en 1917, n'aurait pu voir le jour
sans le triomphe des Allies qui lutterent pour la defense des
droits des peuples faibles et les nationalists opprimees.
Nous appuyant sur ces principles de haute humanity,
solennellement proclames devant Dieu et le monde civilise,
nous venons done demander justice aux nations liberales
qui forment 1'Entente.
Malgrd les grands 6v'nements qui sont survenus depuis
1917, nous n'avons rien & ajouter ni A retrancher de ce que
nous avons ecrit; mais nous tenons seulement & attirer
attention du monde, une fois de plus, sur les m6morables
paroles qui ont Utd pronounces au dernier moment par les
hommes d'Atat autorises des Allies de l'Entente, et par
M. Wilson lui-mgme.
Voild done le but de cet Avant-Propos.

Les hommes d'Etat qui auront le grand honneur de fire
parties du Congrds de la Paix vont-ils 6couter avec confiance
les suggestions de M. W. Wilson en faveur des nationalit6s
opprimees et du caractdre nouveau qu'il faut donner au
monde dans le sens du droit, de la justice, de la liberty et de
1'independance integrale des peuples quand, a l'instant
m8me oh il parole, ses agents oppriment certain peoples
faibles de l'Am6rique?...
Celui qui ecrit ces lignes est un de ces Haitiens qui ont
toujours demanded avec foi que des reformes politiques et







-6-


4conomiques viennent imprimer une nouvelle direction au
pays, avec l'aide sincere des homes du Nord.
Mais il n'entendait point que cette aide fOt octroyee bruta-
lement, come a une peuplade conquise, en foulant aux
pieds ce que le celIbre homme d'Atat francais, M. Clemen-
ceau, appelle les droits imprescriptibles de l'independance.
11 a toujours preconis6 l'union intime de toutes les repu-
bliques amdricaines, mais il entendait qu'elle fit 6tablie sur
la base absolue de 'lgalitd des droits.
Tous les homes d'Etat v6ritablement humans deman-
dent que la grande guerre soit la derniere par la victoire
definitive du droit. M. Lloyd George, entire autres, croit'que
la victoire des armes est indispensable pour faire que le
monde soit libre, mais il a eu soin de dire que s'il n'y avait
aucune perspective d'amrlioration des choses, ce serait une
infamie que de prolonger la guerre.
QuantA nous,de ce cot6-ci de l'Am6rique, nous ne voyons
aucune perspective d'amelioration de notre situation, car
nous sentons qu'avec le triomphe des Allies de l'Entente va
s'appesantir plus lourdement le poing gant6 de fer d'une
puissance qui a foul aux pieds nos droits imprescriptibles d
l'independance; d'une puissance qui ne peut pas reconnaltre,
comme a dit l'honorable M. Ernest Lavisse, ( qu'un people,
( qu'il soit tout petit ou qu'il soit tr6s grand, peu imported,
u mais qui a su former un groupement human ob6issant a
des lois et coutumes, honneur ch6rement pay6 toujours, a
a conquis le droit de singer dans une haute Cour d'huma-
s nite ); d'une puissance qui ne veut pas se rendre compete,
comme l'a fort bien dit le c61lbre homme d'Etat anglais,
Lloyd George : que le monde est fait pour le faible comme
t( pour le fort; sinon pourquoi Dieu aurait-il permis l'exis-
i tence des petites nations? Il n'y a pas deux especes d'indd-
a pendance : une espkce d'ind6pendance pour une grande
( nation et une esp6ce inferieure d'ind6pendance pour une
a petite nation ,, ajoute encore 'honorable homme d'Etat
anglais. C'est done pour anaantir tout ce que l'ancien monde









avait de mauvais, que la grande guerre se pursuit; et il
faut que toutes les races, totes les nations orgueilleuses
arrivent a savoir que le temps de 1'esclavage des hommes
comme des peuples est passe. Nous sommes en train de
a crer un monde nouveau; cette creation implique de
)r grands sacrifices, et de la grandeur de ces sacrifices naitra
a la grandeur du monde nouveau que nous enfantons
(LLOYD GEORGE).
M L'anit6 de direction qui regne parmi les Allies est due
a a ce que tous se rendent compete qu'ils d6fendent une
a grande cause, qu'ils combattent pour la justice et le droit
a centre la force. Si par notre victoire nous rdtablissions
a simplement le monde dans l'etat oi il dtait antdrieure-
( ment, non seulement nous aurions combattu en vain,
a mais nous aurions laissd dchapper la plus grande chance
a qui ait jamais Atd offerte h une g6ndration humaino
I d'accomplir une grande acuvre. II nous income d'dtablir
le system international sur des bases nouvelles (ROBERT
CECIL).
a Aucune puissance dtrangere, ni celle des raisonnements,
K ni celle des mitrailleuses, n'enseigne A un people l'art de
a se gouverner. L'experience seule instruit, et 1'experience
o exige du temps. Soyons patients n (Le Temps).
Tous leshommes d'itat sont obliges de se decouvrir devant
ces paroles d6cisives de ce grand journal independent. C'est
done cette patience, que je viens solliciter pour Haiti, ce
people jeune, don't les aspirations sont sollicitdes A la fois
par plusieurs forces extdrieures.
Le monde nouveau qui vient de s'ouvrir par la guerre de
1914-1918 n'admet que l'int6graliti des choses: la rdalisa-
tion complete des aspirations morales, des int6rets mat6-
riels; le droit, la liberty, la justice et l'ind6pendance int6-
grale. Pas de restriction possible au bdndfice d'aucune
nation prdtendue supdrieure.
M. Woodrow Wilson l'a tellement bien compris, qu'it vient
de poser ces questions c6elbres aux homes d'Atat du monde:







-8-


t Une puissance militaire d'une nation quelconque ou
K d'un group de nations peut-elle determiner le sort des
a peuples sur lesquels elle n'a pas d'autre droit de r6gner
c que le droit que lui confdre la force ?
c Des nations puissantes seront-elles libres d'opprimer
c des nations faibles, de les assujettir? Des peuples devront-
c ils continue a subir la volont6 d'autrui et ne pourront-ils
a faire leur propre volont6 ? R6alisera-t-on un ideal commun
c pour tous les peuples, toutes les nations, ou le puissant
c pourra-t-il continue ; agir comme il le voudra et faire
c souffrir le faible, sans reparation? Est-ce que la revendi-
c cation du droit sera aleatoire, ou y aura-t-il une entente
c commune pour rendre obligatoire I'observation du droit
c commun?
c Aucun homme, aucun groupement d'hommes n'avait
K pr6vu que ces questions se poseraient comme aboutisse-
Smrent du conflict, ajoute M. Wilson. Non, dit-il, ces r6sul-
c tats sont sortis directement du conflict mgme, et ils doi-
c vent 8tre r6gl6s non pas par un arrangement, par un
< compromise, par un ajustement d'int6rits; mais definitive-
c ment, une fois pour toutes, sans equivoque, et sur ce prin-
c cipe que l'int6ret du plus faible est aussi sacr6 que l'int6ert
c du plus fort.
c Voila ce que nous pensions, ajoute M. Wilson, quand
c nous parlons d'une paix permanente.Nous parlons sincA-
c rement avec une connaissance reelle de la grave question
c que nous traitons ).
En parlant de la sorte, M. Wilson s'est revel6 un veritable
homme d'Etat de l'humanitd, un vrai citoyen du monde, et
sa voix a fait echo puisque le plus grand homme d'ttat
frangais de nos jours, M. Clemenceau, a pu dire a son tour
que l'arm6e glorieuse de France, qui' hier 6tait l'arm6e de
Dieu, est aujourd'hui 'l'armee de l'humanit6. Alors que fait
M. Wilson en Haiti? A-t-il une sorte de pudeur a ne pas
avouer sa faute?
II ne faut pas que les grands hommes d'Etat fassent une







-9-


question d'orgueil' national des erreurs et mgme des injus-
tices qu'ils ont pu commettre avant l'avenement du monde
nouveau, car l'effet retroactif des lois morales est la plus
puissante base international pour l'Nvolution des peuples et
une n6cessitd de la civilisation.

Les 6v6nements qui viennent de s'accomplir ne sont que
la conclusion logique de plusieurs siecles d'histoire des
dirigeants du monde. I1 est done incontestable que cette
guerre est la condemnation de tout ce qui a 6t0 fait contrai-
rement au droit, A la justice, A la liberty et aux lois natu-
relies. Et il est non moins incontestable que les homes
d'ttat qui auront le privilege de s'asseoir autour du tapis
vert de la Conference de la Paix, doivent tenir compete des
lemons de l'Histoire gendrale pour faire ressortir pleinement
les fautes et les injustices qui ont pu 6tre commises au
detriment de chaque people. II n'y a plus une seule faute A
commettre; il n'y a plus un seul germa de trouble interna-
tional a laisser subsister dans le monde, pour me serv.ir
une fois de plus de la noble expression de M. Asquith.
L'organisation" du monde nouveau doit done avoir pour
base la force morale du droit.
Nous supplions les Puissances lib6rales de porter leur
attention sur notre malheureuse Patrie que nous ddsirons
voir jouir int6gralement de son independance, de sa liberty
et de sa vie de people.
Nous affirmons que lorsque M. Herbert et quelqucs hono-
rables membres de la Chambre des Communes Blevdrent la
voix pour demander l'appui du cabinet de Londres en faveur
de la. noble France cdras~e sous le poing allemand, afin
qu'un pareil crime n'efit pas de suite faneste pour le repos
du monde, aucun people, aucun homme d'litat du monde ne
se doutait alors du mal qu'il se faisait A lui-mgme et au
rest du monde en restant sourd a ces voix gen6reuses des
honorables membres de la Chambre des Communes.
Eh bien, je viens a mon tour clever ma faible voix de
*


















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citoyen d'un people faible et opprim6, et en meme temps de
citoyen du monde, pour demander que le droit, la justice et
la liberty soient respect6es dans la personnel de ma Patrie,
et que les agents de M. Wilson cessent de l'opprimer, afin
que son cri n'aille trouble le concert des nations lib6rales,
ne suscite la col6re divine.

Ce 26 novembre 1918.
CH.-EMMANUEL KERNISAN.








LA RIPUBLIQUE D'HAITI





Les droits des peuples, grands

ou petits, sont egaux.

Le premier coup de canon de la guerre de 1914 a 6t le
prelude de l'effondrement de l'ancien monde.
L'Univers entier est done en train de faire table rase de.
tous les edifices vermoulus qui le composaient.
Les trones don't les assises reposaient sur des coutumes,
des mceurs et des habitudes centenaires, j'ose mime dire
mill6naires, sont renvers6s comme des chAteaux de cartes.
C'est que rien ne resiste plus A la poussee de l'opinion pu-
blique, manifestation des interets immediats et primordiaux
des peuples; et tout cela pour la reconstruction d'un
monde nouveau.Quelles seront done les assises de ce monde
nouveau? Le respect des nationalities des peuples faibles;
des constitutions repondant pleinement aux aspirations
politiques de ces peuples; la.destruction de tout germe de
trouble international partout oi il se trouvera dans le
monde, pour me servir de la noble expression de M. As-
quith: le droit qu'ont tous les peuples de disposer d'eux-
mimes, quelles que soient les regions dans lesquelles ils se
trouvent, et cela dans tous les ordres.
Plus d'hdgemonie, plus de zone d'influence respective, et
j'ajoute meme : plus d'int6rets essentials a sauvegarder.,.
Les nations doivent agir d6sormais non dans le sens de
leurs inter6ts immediats respectifs, mais dans le sens de la
communaut6 international.
II faut que l'action national d'une puissance quelconque
soit en harmonie avec l'int6ret international des autres, de
facon que cette action, au lieu de porter atteinte aux intd-







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rats de toutes, serve au contraire de complement aux int6-
rots respectifs de chacune d'elles.
L'existence stable de chaque people doit avoir sa
source dans son g6nie d'organisation politique et 6cono-
mique.
Toutes ces idees, toutes ces nobles aspirations, tous ces
buts paraissaient chim6riques avant la grande guerre. Mais
comme l'homme s'agite et que Dieu le mene, tout ce qui
avait paru au premier abord chimBrique est devenu d'ordre
divin, r6alisable pour le repos de l'humanit4. L'Empereur
d'Allemagne lui-meme nous apparalt comme l'instrument
par qui le monde doit 8tre transform dans un sens qu'il ne
pouvait lui-meme pr6voir, car les desseins de la Providence
sont imp6netrables.


Lorsque j'6crivis l'annde derniere ma petite plaquette
intitulee : a Un mot pour ma Patrie ), j'6tais loin de m'at-
tendre au d6veloppement actuel des idees de haute mora-
lit6 international,
Et si, au premier abord, certaines grandes puissances
savaient l'id6al pour la defense duquel elles avaient pris les
armes, il n'est pas moins vrai que cet ideal paraissait imprd-
cis a bien d'autres, au point qu'il y en a meme qui ont osd
demander leurs buts de guerre aux combatants de la pre-
miere heure...
Done, si la victoire de l'Allemagne paraissait certain A
bien des peuples, peut-on en conscience faire un crime A un
d'entre eux, d'avoir pris ses precautions en vue des conse-
quences de cette victoire? L'Allemagne victorieuse aurait
organism 1'Europe en vue de la conquite du monde par une
guerre de continent a continent, ce qui eft amend neces-
sairement une alliance entire le Japon, les Etats-Unis,
quelques republiques am6ricaines et les debris de l'Europe
vaincue. Mais 1'Allemagne victorieuse aurait-elle permis'a
oette alliance de s'affirmer?







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L'Allemagne vaincue, I'Europe sera organisde en vue de
Ia liberty gnderale du monde. Done, tout pdril d'h6gdmonie
oppressive sera Bcartd pour le monde par la victoire des
Allies de 1'Entente, victoire qui signifie la fin de l'ancien
monde s'appuyant sur le militarism, la violation des droits
des peuples faibles et celle des nationalities par les peuples
forts.
11 a fallu que l'6quilibre ffit 4tabli entire le bien et le mal,
en attendant que la lutte qui se livre en ce moment soit de-
finitive pour le triomphe de l'un ou de i'autre. Des nations
g6n6reuses, sans doute, se virent dans l'obligation de prendre
des precautions qui ne tendaient a rien moins qu'a la viola-
tion des droits naturels de certain peuples faibles.
C'est cette lutte pour l'equilibre qui a absorbed les hommes
d'Etat du monde depuis la guerre de 1870-71.

*

Les ttats-Unis, que la nature a d6sign6s comme une na-
tion exclusivement agricole, se sont rvedls le plug puissant
people commercial du monde; et, de la, la nation la plus
democratique est devenue la plus absolutiste et la plus im-
perialiste parce que ses intdrits commerciaux lui en font
Obligation. I1 va sans dire que si elle 6tait seulement agri-
cole, elle aurait fait la conqukte morale du monde et le
bonheur de l'humanit6, mais il faut tot ou tard que ses int6-
rets commerciaux s'entre-choquent avec ceux des autres na-
tions moins grandes par 1'etendue et qui ne peuvent vivre
que de l'industrie.
Si la guerre europeenne n'avait pas eu lieu, cette nation
eft done 6t6 oblige de continue, soit par le dollar ou par
la force, sa politique d'oppression des peuples faibles de cet
hemisphere. Dans tous les cas, une pareille politique serait
consid6ree comme une measure preventive, et comme une
des consequences de la politique g6n6rale du monde.
Voila pourquoi, en plein xxe siecle, on voit les Etats-Unis







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commettre des crimes de l6se-peuple en s'emparant de Pa-
nama, en violent les nationalities haitienne et dominicienne
et en intervenant dans les affaires int6rieures de certain
autres peuples de l'Amerique central. Avaient-ils le droit
de proceder ainsi? Je r6ponds que oui, la politique mondiale
d'avant-guerre leur en faisait I'obligation. Mais cette polii
tique 6tant condamnee par les grandes puissances liberales
qui seront sOrement victorieuses, nous nous demandons
quelle sera la situation des ttats-Unis au Congres de la
Paix au point de vue international, en presence des
violence don't certaines nationalities ont Wt6 l'objet de leur
part.
Les Etats-Unis, en s'installant chez nous par la force, ont
place leurs int6rets au-dessus du droit international. Ils
seront done obliges de licher leur proie et d'en ref6rer a la
Soci6te des Nations, don't leur President demand la cr6a-
tion, on vue de rigler les litiges qui peuvent exister entire
eux et les petits peuples don't les droits naturels et impres-
criptibles viennent d'etre violas par eux.
Mais les t tats-Unis peuvent-ils 6tre passibles d'un verdict
de culpability de la Soci6t6 des Nations apres avoir prWte
leur concours pour vaincre l'Allemagne?
Je r6ponds que oui, pour la raison bien simple que les
ttats-Unis sont intervenus-dans la guerre parce que leurs
interets 6taient menaces par une Allemagne victorieuse, et
non guides par un sentiment d'ordre moral. D'ailleurs, leur
intervention est d'ordre militaire, non politique.
Ils semblent mmme dans leurs declarations manager le
people allemand, insinuant .qu'ils ont des raisons de ne pas
se brouiller trop profond6ment, puisqu'ils ont les memes
aspirations Bconomiques. Et s'il y a une influence 6trangrre
qui a pr6domind aux Etats-Unis au point de s'infiltrer dans
toute la vie national de ce pays, c'est bien I'influence
allemande.
Debarrassez-vous de votre Empereur, semblent-ils dire
au people allemand, et nous nous entendrons apres pour







- 15 -


dominer commercialement et Bconomiquement le monde.
S11 est done evident que le gouvernement de Washington
ne s'est decidMe intervenir dans cette guerre lib6ratrice
qu'au moment oi toutes les esperances d'6chapper i ses con-
sequences fatales lui ont paru vaines.
11 faut que la foi de l'Allemagne dans le triomphe de sea
sous-marins soit bien inebranlable pour qu'elle n'ait pas
consent A faire des concessions aux Rtats-Unis sur les con-
ditions de cette guerre, afin de conserver, au point culmi-
nant de la lutte, I'espoir d'une alliance avec ces Etats. Car
cette coalition pour la defense du droit, de la liberty et de
l'independance des peuples faibles doit peser lourdement
sur les destinies futures de ces deux nations.
Sans 1'entrecuidance excessive de l'Allemagne,
M. Woodrow Wilson aurait donn6 le spectacle d'un homme
d'ltat conduisant son people vers des mendes qu'auraient
reprouv6es peut-6tre ses sentiments intimes, mais don't
auraient certainement b6n6ficid ses intdr6ts mat6riels.

*
*

S'il nous a paru strange que, pendant la lutte des nations
lib6rales pour la liberty et la defense des droits des peuples
faibles, le Cabinet de Washington se laissft aller a violer lea
droits naturels de certain peuples de cet hdmisphre, 'nous
n'en avons pas moins analyse les conditions d'existence du
monde ant6rieurement a cette guerre, et nous avons trouv6
la justification de cette conduit dans la n6cessiti pour tous
les grands peuples d'assurer leur existence. Et toutes lea
amabilit6s du Cabinet de Washington A l'6gard de 1'Alle-
magne s'expliquent par ce fait qu'il avait le devoir de
prendre des precautions en vue d'une victoire allemande
qui aurait bris6 pour longtemps l'equilibre du monde.
Mais quelles que soient aussi les craintes du Cabinet de
Washington, il n'avait pas le droit de les manifester sous
une forme quelconque au detriment d'aucun droit d'autrui.







16 -

Cette politique de M. W. Wilson a-t-elle l'approbation du
people de tous les Itats-Unis ?. Non! Cette politique est
celle d'un parti don't les adherents ont 6t0 aveugles par la
prosp6rite materielle du pays, et qui veulent donner des
bases a cette prosp6rit6 au detriment de l'honneur ddmocra-
tique des descendants de Lincoln.
Cependant, il n'a pas manqu6 d'hommes ayant le sens
exact des realit6s pour criergare au Cabinet de Washington,
afin de le detourner de sa politique de violence a Pl'gard de
certain peuples de cette parties du monde. Nous qui 6cri-
vons ces lignes, nous sommes de ceux qui ont toujours
consid6rd les Ittats-Unis comme un people don't les res-
sources morales peuvent 1'6lever aux plus nobles aspirations.
Mais pour son malheur, il se laisse dominer par des
influences 6trangeres qui 6touffent la voix g6nnreuse des
descendants de Lincoln et de John Brown I

*

Nous avons v6cu longtemps dans l'incertitude. La France
ayant pour ainsi dire n6glig6 d'entretenir des relations sui-
vies avec un pays qui a presque tous les 6elments de sa civi-
lisation, occupee qu'elle 6tait a implanter cette civilisation
dans les pays neufs qui lui appartiennent, nous avons done
mend une vie quiavait besoin, pour Atre parfaite, de l'amitid
et de 1'aide sincere de cette nation.
Cette amiti6 et cette aide sincere nous ayant fait defaut,
des Haitiens patriots et de bonne foi, don't nous sommes,.
avaient cru que le seul moyen de tirer leur pays de l'im-
passe 6tait de s'adresser a une autre nation, don't les insti-
tutions d6mocratiques, analogues a cells de la France,
6taient la plus sfire garantie centre tout accaparement et
contre toute violation du droit.
C'est pourquoi, A la veille de la grande guerre, nous
avions cru devoir mettre nos concitoyens en garde contre
.tout jugement premature sur le compete de la diplomatic de







-17 -
Washington, sur la politique de l'homme surtout qui nous a
paru au premier abord comme un des cerveaux les plus
puissants de ce siecle.
Mais nous ffmes de6us amerement par la diplomatic a
deux faces du Cabinet de Washington, inspire par M. Wil-
son, president d6mocrate des Itats-Unis.
L'attitude du Cabinet de Washington et du president
Wilson 6tait presque indiff6rente au d6but de la grande
guerre.
Et comment veut-on d'ailleurs qu'un gouvernement qui
nourrissait d6ja la pensee de violer les droits des peuples
faibles de ce point du monde et de les maltraiter par ses
sicaires pit se laisser affected par la violation des droits de
la Belgique et de la Serbie, et I'envahissement de ces
pays par les puissances centrales, au point de protester des
l'exdcution d'un pareil crime?

*
*

La grande guerre va lib6rer tOus les peuples faibles de
la terre des contraintes internationales. Les droits des na-
tions lib6rales sont tellement 6gaux et confondus que nous
pourrons, nous faible people, nous appuyer 6galement sur
leur assistance respective. Nous devons done maintenant
computer sur elles toutes, car il n'y a plus de sphere d'in-
fluence capable de porter atteinte & aucun inter8t national.
Il n'y a done plus de privilege a accorder haucune puissanoe
au detriment des autres.
a Ce que ddcidera irr6vocablement cette guerre, a dit
l'illustre president Poincarh, ce n'est pas seulement les des-
tindes des nations qui y sont engages, c'est tout.l'avenir de
la plankte habitee par les hommes ,.
En v6rite, nous, petits peuples, nous aurions 6t0 vouds
4ternellement a l'esclavage, a l'oppression, a l'avilissement
et au m6pris, sans I'intervention divine qui a donned son sens
d6finitif a cette guerre mondiale en assujettissant compl&-
**







- 18 -


teirent les dirigeants du monde & ]a volont6 supreme des
peupies. Desormais ce n'est plus aux gouvernements quo
les faibles s'adresseront pour le redressement des torts qui
leur seront occasionn6s par les forts ; mais bion aux peuples
reprisentes par ce parlement international qui doit 6tre
compose des repr6sentants de tous les peuples.
Done, pour repondre aux nobles paroles de M. Poincare,
notre avenir d'hommes libres et independants est engag(
dans cette lutto.
*

Quels que soient les mauvais traitements don't les peuples
faibles ont Wte l'objet ant6rieurement a cette guerre, ils
doivent reconnaitre en conscience que la lutte d'influence et
de suprimatic que se livraient entre-elles les grandes puis-
sances en 6tait la cause principal.
Les petits peuples n'ont pas lour raison d'Ytre, il faut
qu'ils gravitent dans 1'orbite des grande puissances; c'etiit
la th6orie d'avant guerre : ces paroles ont 6td dites par un
Ministre des affairs 6trangeres de la plus puissante nation
militaire du monde a un ambassador, et elles prouvent
abondamment combien 6tait expose l'inddpendance des
petits peuples.
11 est done aver6 qu'il 6tait question d'un partage des
petits peuples faibles entire certaines grandes puissances ;i
la veille de la grande guerre et que c'est peut-etre i 1'crou-
lement de cotte combinaison diplomatique que nous devons
plus tot que nous le pensions la grande.guerre.
Est-il done 6tonnant que les ttats-Unis prennent des pr;-
cautions et fassent valoir dans toute son amplour la doctrine
de Monroe qui signific clairement le droit natural des peuples
de 1'Amerique a se gouverner eux-memes ?
Ce n'est done pas peut-ftre de gaite de ocaur que certaines
nations liberales ont viold certain droits : elles y 6taient
obligees en presence des app6tits insatiables de certaines
grandes puissances. Mais quand, apr6s la grande lutte qui se







19 -

livre actuellement, les destinies du monde seront definitive-
ment fixees, il n'y aura plus d'excuse A la violation d'aucun
droit.
Les peuples faibles trouveront alors de la security pour le
libre d6veloppement de leur nationality respective, et leurs
juges seront les nations liberales qui ont U6t les premieres A
proclamer leur droit a la liberty et au libre developpement
de leurs institutions.

*

Apres avoir reconnu des circonstances att6nuantes i cer-
tains actes oppressifs de certain pouples forts centre les
droits des faibles, on doit constater aussi que parmi ces
peuples faibles il y en a don't la constitution politique 6tait
loin de s'harmoniser avec leurs propres interits immediats et
l'avenir international. Ce n'est pas qu'il ait manqu6 de
Cassandres qui les invitaient a suivre une vie conforme i
leurs intierets nationaux ; mais des influences ndfastes se sont
introdultes dans leur vie intirieure et les ont detourn6s de la
vraie voie. Car chaque people recl6e dans son sein des eld-
ments de dissociation toujours prits a eclore a la moindre
occasion de gene interieure. Ces Blements hdt6rog6nes n'ont
jamais consult I'interit national puisque la nature mime
de leur composition leur impose l'obligation de ruiner tout
ce qu'une nation recl6e de force native. Et c'est pour le plus
grand malheur de ce people lorsqu'il est de plus un people
faible et l'objet de la convoitise de grande puissances.
Je ne prendrai pour example que mon pays, puisque tout
ce que je puis dcrire, ici, se rapporte A son ind6pendance et
h sa liberty menaces.

*
$*

Plus qu'aucun autre pays de I'Am6rique, Haiti avait pour
obligation d'adopter une politique extericure des plus pre-
voyantes a l'6gard des Etats-Unis; et cela pour des raisons







- 20 -


diverse : sa situation geographique, 1'analogie politique, le
nombre de noirs qui peuplent respectivement les deux pays,
'tout sollicitait la plus scrupuleuse attention des dirigeants
d'Haiti vers ce pays, mais malheureusement ces dirigeants
ne faisaient guere cas de la politique international. Ils se
contentaient de vivre leur vie de splendid isolement. Ils
restaient sourds aux avertissements et aux conseils qui
6taient loin d'etre int6ress6s. Is se contentaient de se donner
seulement, A l'instar des courtisanes, aux plus offrants, en
faisant de leur Patrie l'enjeu d'infAmes marches. C'est
ainsi que le pays est arrive a l'etat de d6sagr6gation social
qu'il a atteint A la veille de l'occupation des Itats-Unis...
Les peuples ne sont pas different, quelle que soit la lati-
tude sous laquelle ils vivent. Les memes causes mat6rielles
produisent n6cessairement chez eux les memes effects moraux
et sociaux. De meme que la grande misere sous Calonne et
le gaspillage des grands de la monarchie frangaise ont
enfante la Revolution; de meme la profonde misere du
people haitien et les b'ombances de ses politicians ont
enfant6 la funeste guerre social sous la forme politique de
Cacos.
*
$ *

Cette lutte social a attire outre measure l'attention du
gouvernement d6mocrate des ttats-Unis qui d'ailleurs atten-
dait une occasion pour nous assujettir.
Une champagne, soudoyde par d'importants personnages
qui avaient A coeur de se venger du procds de la consolida-
tion, a BtW entreprise par quelques journaux des ]tats-Unis,
entire autres le New York Herald, et ne tendait a rien
moins qu'a fausser et indisposer l'opinion publique de ce
pays contre notre pauvre Patrie.
Le gouvernement de Washington s'est empress d'envoyer
des agents en Haiti pour se rendre compete de la situation
interieure de ce pays. Mais ces agents, soit qu'ils aient Ut6
mal renseignds sur la politique interieure du pays, et aient







-- 21 -


par consequent fait un rapport contraire A la r6alite, soit
qu'il ait Ut6 dans I'intention du Cabinet de Washington de
ne pas tenir compete des griefs surtout sociaux de la masse
haltienne, ce Cabinet de Washington a proc6d6 comme si les
droits intangibles de ce pays 6taient la merci de la volonte
arbitraire de n'importe quelle grande puissance. Cependant,
un peu de patience, un peu de bonne foi eussent fait du
people haitien un des peuples les plus heureux de la terre
par l'action impartiale du gouvernement de Washington.
11 n'a pas manqud d'Haitiens de bonne foi qui ont fait des
efforts pour 6clairer le gouvernement de Washington sur la
veritable situation du pays.
Celui qui cerit ces lignes a 6t0 arrUt6 et incarcere pour son
opinion politique le jour mime qu'il venait d'avoir une
entrevue avec un des agents des 9tats-Unis A la ligation de
ce pays, le 20 juin 1914, pour essayer de le mettre au cou-
rant de la veritable situation du pays, en lui faisant sentir
que la vraie raison des troubles en Haiti est d'ordre social
plut6t que politique.
Qu'dtait-ce, en effet, que lr6volution dite des Cacos, sinon
la r6volte du people contre les dirigeants pr6varicateurs?
Cette masse si souvent trompee a voulu cette fois regler
definitivement son compete avec ses dirigeants. De IA sont
venues ces eliminations successives qui auraient pour abou-
tissement la revelation des capacit6s politiques capable de
panser nos plaies sociales.
11 est constant qu'aucune revolution, qu'elle soit politique
ou social, faite en Haiti, ne l'a jamais 6t6 d6finitivement.
Elle fut toujours arrgtde spontan6ment par ceux qui l'avaient
engendree en vue des jouissances faciles qu'offre toujours le
pouvoir. Mais cette fois les revoltes successives des Cacos
allaient mettre le pays sur une base solid de justice soeiale
par 1'Nlimination successive de tous les el'ments perturba-
teurs quand la presence insolite des homes du Nord de
1'Amerique arr8ta pr6matur6ment cette revolution politique
et social. Voila pourquoi V. Hugo a pu dire que les crimes







22 -
de lse-peuple sont des crimes de l1se-Dieu. II faut toujours
que ces crimes-la s'expient. Car seuls les peuples en gesta-
tion politique et social peuvent en connaitre les causes
et par consequent les remedes a employer pour un enfante-
ment conform A leurs aspirations nationals.
Ce n'est done pas une nation 6trangere quelconque qu'il
appartient d'appliquer aucun systeme personnel de facon a
contrarier ou A arreter le d6veloppement natural d'un autre
people, car il y a des causes de perturbations politiques,
sociales et 6conomiques que seule l'ame national peut, com-
prendre et resoudre.
Comment vcut-on d'ailleurs qu'un parti qui a toujours etC
reconnu comme l'ennemi de notre race et qui a entrepris
la guerre de Secession contre l'honorable Lincoln pour main-
tenir alors dans l'escldvage 4 millions de nos congeneres,
comment veut-on qu'un pareil parti travaille h notre bonheur
en nous indiquant avec sincerity les voios sires de la pros-
p6rit6, de l'indpoendance politique et de la liberty?

*

Depuis notre ind6pendance, nous avons eu parfois A subir
la pression de l'6tranger, mais jamais nous ne connfmes de
maitre; done, quelles que soient les advances du Cabinet
d6mocrate de Washington, il faut, pour que nous puissions
les accepter sans rougir, que nous nous sentions en fait libres
et ind6pendants.
N'avoir que les apparences d'un 6tat libre, sans disposer
des droits essentials qui caracterisent la souverainet6 ? Non,
cela ne doit pas 6tre, et il n'y a rien au monde qui puisse
nous faire accroire que cela puisse etre. Ou nous devons
etre libres intdgralement, ou nous devons redevenir esclaves
OFFICIELLEMENT. D'ailleurs, est-ce de notre faute si nous
n'avons pas su faire un usage uniform de la liberty quand
d'autres peuples plus anciens donnent, au moment, mme of
i'dcris ces lignes, l'exemple le plus infAme de l'anarchie ?







- 23 -


a Tant qu'un people n'est pas son maitre, il souffre et:
a s'agite. Les prescriptions n'y peuvent rien, et mgme la
prosperity materielle ne saurait endormir ses aspirations.
a Un instinct natural le pousse A prdfdrer 6tre mene mal
a gouvern6, mais par lui-m&me, an bonheur d'etre bien gou-
( verne par un autre people ou par un maitre... .

**

Nous disons que l'impr6voyance de nos homes d'Itat est
la cause principal de nos malheurs, et cette imprdvoyance
s'est manifestle dans 'ordre politique, 6conomique, social et
surtout international. Car ils auraient dfi avoir le courage
de poser au Cabinet de Washington eette question: c Voulez-
vous que le pays reste en paix? Eh bien! donnez-lui des
capitaux pour lui permettre de faire la rdforme mon6taire,
intervenez surtout en sa favour pour que la question de la
Banque national d'Haiti soit r6gl6e au mieux de ses interits
par la revision du contract ,. Grace a ce moyen, le bien-Atre
materiel reviendrait et la paix serait assure pour toujours.
On m'objectera que 1'Ntat international d'avant guerre etait
une objection A l'adoption d'une pareille politique, qu'iI
faudrait faire la meme offre a certaines autres puissances en
tenant compete de leurs intdrkts;j'en conviens, mais en s'adres-
sant en premier lieu au Cabinet de Washington, on aurait
eu tout de suite sa confiance. Ce n'6tait pas A notre petit
pays d'adopter une politique d'dquilibre envers les grandes
puissances, c'dtait au contraire a celles-ci de l'adopter A notre
,gard. II fallait, par une offre faite fermement a une grande
puissance, faire jouer la politique d'dquilibre d'alors. De
toutes fagons il fallait, en cas de refus de Washington de
nous donner lea mayens d'avoir la paix social et politique
chez nous, ddnoncer sa conduit et prauver par 1i: que ce
government ne fait Vien pour arrtter notre disagrega-
tion. Alors, comment pourrait-il, par la suite, justifier
aucun acte de violence a notre 6gard ? Nous savons bien







- 24 -


que la politique d'dquilibre d'avant guerre a Utd une
cause de perturbation pour 1'6volution des 6tats faibles, car,
comment veut-on qu'un 6tat 6volue quand il est sollicit6 en
meme temps par des int6rets contraires? Cette lutte d'in-
fluences 6trangeres suffit a paralyser son effort national. Mais
nous devons en conscience reconnaitre que la politique
d'dquilibre mondial est le plus ferme soutien de l'ind6pen-
dance des 6tats faibles. Car il va sans dire que nous
devons l'occupation violent des Etats-Unis, ainsi que cer-
tains autres petits peuples de l'Amerique, a la rupture de
cet dquilibre par la declaration de guerre de l'Allemagne.
Mais si la grande guerre a rompu l'dquilibre du monde, ce
n'est que momentandment, car le monde sera replace au
contraire dans une assiette plus conforme aux intdrets res-
pectifs des peuples forts ou faibles (1).

*
*

En faisant des ouvertures sinceres au Cabinet de
Washington, des la premiere heure de notre detresse, qui
sait si celui-ci n'eit pas rompu cet dquilibre pour soulager
cette detresse sur laquelle d'autres speculaient, et nous eft
empich6s, par consequent, d'atteindre ce dernier quart
d'heure de d6sagrdgation qui nous a valu l'intervention vio-
lente de ce gouvernement ? Ainsi done tous les hommes
d'Etat haitiens qui ont eu le pouvoir depuis la mort de
Leconte jusqu'A l'avenement de Vilburn Guillaume Sam
au pouvoir supreme sont plus responsables des malheurs de
la Patrie que ses dirigeants pr6c6dents.
: Le g6ndral Nord Alexis, le plus grand patriote que le pays

(1) AprBs un an d'intervalle j'ai eu le bonheur de lire ces lines,
d'un remarquable correspondent du Temps, sign H qui confirm ma
pens6e. La revolution russe est loin d'6tre termin6e : C'est labcds du
tzarisme qui a crev6, il faut que toute la pourriture accumul6e par
les siecles d'oppression et do servitude de tout un people semi-asia-
tique sorte pour que l'&me russe se transform dans de dures 6preuves
sous I'action du soleil.







25 -
ait jamais eu depuis les anciens fondateurs de l'Ind6pendance,
a relev6 un moment le drapeau national que son pr6deces-
seur avait laiss6 choir dans la honte. On sait ce qu'il advint
de ce regime d'inconscience national qui a compromise tout
ce qui constituait la reserve precieuse de la nation... On sait
aussi dans quelles conditions Cincinnatus Leconte a pris le
pouvoir au lendemain d'un autre regime que, seules, la
mauvaise foi et la cupidit6 ont pu donner au pays.
Cependant Leconte, qui avait paru un moment comme un
faux patriote pour avoir particip6 aux d6reglements d'un
de ces gouvernements n6fastes au pays, s'est r6vdl6 un
homme d'Atat de premier ordre. 11 precha l'dconomie, il
tenta de reorganiser nos finances, organisa notre arm6e et
la mit sur un pied vWritablement convenable pour la dignity
national. I1 constitua une reserve d'or pour parer aux 6ve-
nements impr6vus et il travailla a donner a notre gourde la
valeur du dollar americain, afin de rendre impossible l'exe-
cution des fameux contracts que son predecesseur lui avait
16gu6s. Le people commenga A etre heureux et se sentit gou-
verne avec justice : voilA l'homme qu'on culbuta dans une
de ces nuits terrible don't le pays gardera un souvenir 6ter-
nel. Le people qui peinait ne se doutait pas que le pays
venait de perdre, pour longtemps, son supreme espoir, et
qu'il allait etre de nouveau livr6 aux factieux...
On n'entendra plus que la voix des passions, de la cupidity
et de l'ambition. Et le people, don't la misere redevenait
plus grande A measure que se prolongeaient les luttes intes-
tines, demandait constamment un sauveur, qui pit donner
au pays la stability social A laquelle il avait droit.
Cependant Tancrede Auguste qui succida a Leconte 6tait
considdr6 comme un des hommes d'Itat les plus 5nergiques
du pays, mais il se montra ind6cis des le debut de son gou-
vernement; il semblait qu'il fat absorb par le souvenir
de la catastrophe qui l'amena prematur6ment au pouvoir. Et
une maladie, pour bien des gens mysterieuse, est venue
mettre fin a ses jours. I1 n'y a pas de doute que Tancrede
***







26 -
Auguste n'eft continue l'oeuvre de Leconte dans la measure
de sa capacity gouvernementale.

*

Tancrede Auguste mort, Michel-Oreste lui succeda. L'lec-
tion de chef d'ttat co0ta au pays plus de 120000 dollars,
valeur plus que suffisante pour la' creation d'une Banque
de credit foncier et agricole ; nous rappelons qu'apres le
coup d'Atat de Louis-Bonaparte en 1852, le Credit foncier
de France fut fond6 avec un capital de 500000 francs. Cc
Credit roule maintenant sur plus de 3 milliards de francs
La confiance publique fut 6branl6e par ce coup d'arreti
de credit supplementaire d'une valeur aussi important, a
un moment surtout oli la misere battait son plein. Ceux qui
fondsrent leurespoir en l'illustre tribune haltien furent deus;
la confiance publique s'6branla ; le change monta d'un coup
et la chert6 de la vie augment en consequence. Lee convoi-
tises du pouvoir s'aggravArent quand les politicians surent
que cette valeur de 120 000 dollars avait Wte partagee entire
les membres du parlement, les ministres et les autorites
militaires qui avaient contribu6 & l'dlection du fameux tri-
bun A la presidence d'Haiti.
Des measures financieres achev6rent d'aggraver la situation
6conomique et social du pays au lieu de 'am6liorer.
On 6tait a la veille des elections legislative. Le pays sc
preparait A envoyer au Parlement des repr6sentants dignes
de lui. Michel-Oreste, I'homme qui avait d6fendu toute sa vie
les liberties publiques, ne trouva rien de mieux que d'opposer
A des concitoyens de haute valeur morale un tas de stipendies
et d'immoraux qu'il fit Blire de force en violation de toutes
les liberties publiques.
N'est-il pas strange qu'une chambre 6lue dans de teller
conditions, et don't le pouvoir est p6rim6 plus d'une fois par
des revolutions protestant contre son election, soit apple
A voter une convention affectant lI'nd6pendance du pays ?







27 -
Cette chambre n6faste eut h 6lire en moins de deux ans
Iquatre chefs d'Atat.
Les procedes de gouvernement de Michel-Oreste rdvol-
tUrent le pays et l'augmentation de la chert6 de la vie
1'exasp6ra. Le people, ne trouvant pas encore le sauveur
qu'il cherchait, culbuta Michel-Oreste du pouvoir.
Cette fois les revendications. populaires revetirent un
caractAre plus Apre. Les Cacos, nouveaux Accaou, deman-
.dlrent la vie a bon march ; et ils savaient que c'6tait pos-
sible avec un peu de bonne foi et de desinteressement.
De nombreux citoyens haitiens don't nous sommes, qui,
eux, forment parties de l'Mlite morale du pays, pris de piti6
en presence de cette detresse national, s'empresserent
d'accorder leur sympathie A l'homme qui, par son origine
democratique et sa modestie toute paternelle, leur paraissait
personnifier les aspirations et les revendications populaires
et leur semblait destiny i venger la masse haitienne de
I'injustice social don't elle est l'objet depuis tant d'annees.
S'ils s'6taient trompds, ils le furent de bonne foi, et rien ne
prouve qu'ils s'etaient tromp6s et que le resultat qu'ils
esperent ne ffit au b6nefice reel du people, siles hommes du
passe, ceux-lh surtout qui ont pris part A toutes les turpi-
tudes qui ont amen6 la d6gendrescence politique, 6cono-
mique et social du pays, ne s'etaient hAits de faire le coup
d'etat des Gonaives, pour empicher le triomphe definitif de
la cause populaire.

*

Ce coup d'6tat a ouvert la p6riode la plus critique de
l'histoire politique, social et international d'Haiti, car il a
eu pour aboutissement l'occupation violent de la Repu-
blique parune nation 6trangere avec laquelle le pays n'6tait
pas en guerre, et centre laquelle il n'avait aucun grief.
Ce coup d'ttat ne pouvait ne pas Wtre fait, car le pro-
gramme de la revolution de Ouanaminthe 6tait trop plein de







28 -
revendications et comportait surtout, comme principal objet,
le procds des assassins de Leconte; la vie A bon march par
1'emission d'une bonne monnaie ou la garantie du papier-
monnaie par un stock d'or; enfin le triomphe d6finitif de la
democratic par l'abolition de toutes les inegalit6s politiques,
6conomiques et sociales. Les hommes du pass se montrerent
effray6s. Ils s'organiserent, firent une collect et envoyerent
aupr6s du malheureux Zamor des 6missaires qui avaient
pour mission de vaincre par la perfidie sa fiddlite a la revo-
lution.
Mais si Oreste Zamor avait des aspirations, il les avait
bien subordonn6es au triomphe de la candidature de Dovil-
mar Th6odore, car un homme digne de foi m'a r6vel ces
paroles d'Oreste Zamor : 4 J,e suis encore jeune, certain
hommes de Port-au-Prince me forcent & poser ma candida-
ture A la PrBsidence. Je suis pourtant en faveur de la candi-
dature d'un homme plus Ag6 que moi. ) Cet ami croyait que
c'ftait de Fouchard que Zamor parlait. Je lui dis: Non, je
connais le vieux don't il parole et je vous dirai son nom plus
tard. Ce qui vient d'8tre dit est d'autant plus vrai qu'A une
de ses visits & la prison de Port-au-Prince of j'6tais, j'ai
entendu dire par M. Charles Zamor que son frere n'6tait pas
son candidate A la Prdsidence. Ce qui prouve surabondamment
que le malheureux Zamor n'6tait pas candidate, car comment
veut-on qu'il ffit candidate alors que son frere avec lequel il
vivait en parfait accord n'6tait pas avec lui.
J'dcris ces pages au moment oC on c61bre, par une messe
de requiem, le troisieme anniversaire des massacres de la
prison, par l'ordre de Vilbprn Guillaume Sam. C'est pour
moi l'occasion de dire qi/Oreste Zamor fut d'une grande
noblesse d'Ame, mais il n'avait pas une base d'6ducation
assez forte pour lui permettre de s'dlever au-dessus des pas-
sions et des ambitions de certain de ces concitoyens.
De ce qui vient d'etre dit il resort clairement que les
hommes responsables du passe avaient un int6r&t evident A
detourner la revolution de Ouanaminthe de son but'initial en







29 -
la d6sagregeant. Ils y parvinrent. Et le pays connait les
instigateurs. L'heure de I'expiation sonnera bientot.
Le coup d'6tat accompli,' Oreste Zamor prit la route de ;
Port-au-Prince et Dovilmar Theodore reprit celle de Oua-
naminthe. Oreste Zamor, qui n'6tait pas le candidate du
people, fut requ froidement a la capital. Les d6putes et
s6nateurs hesiterent a se r6unir pour n'avoir pas a sanctionner
ce crime. Ils furent recherch6s partout. On leur fit des pro-
messes et ils c6derent. Oreste Zamor s'installa au [Palais
National, non pas comme un chef d'Itat, mais comme chef
de bande. II fut reconnu cependant apres par le gouverne-
ment des Etats-Unis, ce qui lui permit de mettre la R6pu-
blique au pillage une annee pr6s.
Le pays, ddja affaibli par des luttes politiques et surtout
par les measures financieres desastreuses des gouvernements
precedents, allait 8tre plong6 dans la plus profonde misere.
C'est sous le gouvernement d'Oreste Zamor que la guerre
europ6enne, le plus grand de tous les dv6nements, a com-
mence. Beaucoup de patriots haitiens 6taient alors en prison.
Celui qui 6crit ces lignes a protest ouvertemeit contre la
declaration de la neutrality d'Haiti, sachant qu'avec
1'appui de 1'Angleterre qui a l'empire des mers non
seulement les Allies de l'Entente triompheraient, mjais
qu'Haiti n'aurait a redouter, au course decette guerre, aucune
action directed de l'Allemagne; et que ce serait l'oc6asion
pour elle de se venger des humiliations subies d'elle. II a
trouve strange que, pendant un pareil 6v6nement, le gou-
vernement d'Oreste Zamor ait pu continue sa politique de
violence, en conservant en prison des patriots qui auraient
pu sugg6rer a son gouvernement de hautes idWes de renova-
tion national. Car il est evident que si la Rdpublique d'Haiti
avait declare la guerre a l'Allemagne, ce. gouvernement
serait en droit de demander aux Allies leur concours qu'ils
ne lui refuseraient pas et avec ce concours de toutes sorts
des Allies donn6 au gouvernement de Zamor, les rvvolution-
naires auraient mis forcement bas les armes, ou volontaire-







- 30 -


ment, car ils seraient assez perspicaces pour d6couvrir le
vaste horizon qui s'ouvrirait pour leur Patrie qui se serait
faite, des la premiere heure, l'alliee de puissantes nations
civilisees.
Mais les hommes du gouvernement de Zamor pouvaient-
ils s'6lever a une si haute conception national, occupies
qu'ils etaient A jouir et A maltraiter leurs concitoyens ?
Auraient-ils le courage de faire table rase de ]a vieille poli-
tique d'equilibre en presence de l'arrogance allemande et de
sa certitude de la victoire definitive ? N'6tait-il pas au con-
traire question sous ce gouvernement, pour repondre a la
n6cessite de cette politique d'equilibre, de partager notre
pauvre Patrie en plusieurs zones d'influences 6conomiques
4trangeres par le partage de nos douanes entire plusieurs
grandes puissances ?

*
**

Apres le coup d'6tat des Gonaives, DovilmarThdodore mit
tout son oigueil & triompher des felons de la revolution en
acceptant des alliances qui etaient le contre-sens du pro-
gramme de la revolution de Ouanaminthe-ar il ne s'agis-
sait plus alors de sauver la r6publique, mais de se venger
afin de sauver sa propre tate; et cette vengeance lui cofita
cher.'
Ce fut douze mois de lutte; plus de vingt millions de
gourdes gaspillees; des fusillades, I'emprisonnement de ceux
qui d6fendaient les aspirations du peuple;le pays affaibli
au point de ne pouvoir attendre aucune rdforme profonde.
Dovilmar Theodore triompha, mais ce fut au prix de
1'rpuisement complete du pays. Et les partisans de Zamor
qui avaient la sympathie des ]tats-Unis et I'appui des
Allemands ont tout fait pour ne laisser aucun espoir de salut
au gouvernement de Dovilmar Th6odore. La Banque natio-
nale lui ferma ses portes; une valeur de 500000 dollars en
d6pot A cette Banque pour la reforme mondtaire fut trans.







- 31 -


port6e par un bateau de guerre des Etats-Unis & New-York.
On lui ferma toutes les voies. Et Dovilmar Thdodore, homme
faible, domino plutot par le sentiment, n'a pas su frapper de
ces coups qui ressuscitent un pays...
tpuisd a son tour par des tiraillements politiques que son
caractdre ne lui permettait pas de dominer par la violence,
il se laissa choir.
Des hommes indignes, de vulgaires. ambitieux exploitant
toujours l'ing6nuit6 de la masse qui continuait a demander A
grands cris la vie a bon march, s'empresserent de s'offrir et
vinrent placer au pouvoir le fameux Vilburn Guillaume Sam.
La conspiration politique qui renversa a son tour Vilburn
Guillaume Sam du pouvoir cofita cher au pays, mais elle fut
salutaire; car cette election fut un des gestes les plus
malheureux de la Republique. Cet homme ayant appartenu a&
un passe odieux, et don't il fut un desacteurs les plus puissants,
ayant Ut4 humilid en 1902 et 1904, nourrissant constamment
des iddes de haine et de represailles politiques, ne manque-
rait pas, si son pouvoir etait raffermi par l'aide du gouver-
nement de Washington comme il en etait d'ailleurs ques-
tion de faire de la R6publique d'Haiti un champ de
carnage...
Rosalvo Bobo, homme jeune, instruit, plein d'ardeur et de
sentiments d'humanitd, vibrant de patriotism, nourrissant
le rAve d'etre le rigendrateur de son pays, tentade recueillir la
succession de Vilburn Guillaume Sam, mais ii buta contre
intervention de Washington qui n'a pas permits une nou-
velle consultation national, pourtant si n6cessaire aprds tant
de secousses politiques. On lui prdf6ra un politician de
carri4re.
L'dlection prdsidentielle eut lieu malgrd la protestation
des hommes senses du pays qui ont compris que rien de
solide ne pouvait Atre 6tabli avec les anciens 1e6ments du
passed. Mais Washington dtait press d'dtendre son ombre
sur la R6publique de nagres des Antilles et de l'enserrer de
ses ailes d'oiseau de proie.







- 32 -


Le gouvernement des ttats-Unis est done intervenu en
Haiti & un moment oai ce pays se trouvait a un tournant
decisif de son histoire. Vilburn Guillaume Sam reprdsentait 1
le dernier vestige du passe, et avec lui allaient disparaitre
tous les supp6ts de l'ancien systeme quand l'intervention
imposa I'election d'un chef d'Etat.
Un chef d'Etat issu d'une chambre qui 6tait loin d'etre
1'expression de la volortA national et don't la personnalitd
politique 6taitpresque ignoree du public haYtien ne pouvait pas
etre favorablement accueilli par le pays. Ce ne pouvait etre
d'ailleurs que l'expression de tout ce quele passe avait de
malheureux. Et ce fut la cause de tous les tiraillements qui
survinrent a la suite de l'occupation et don't le r6sultat a 60t
une suite de coups d'dtat qui ont change toutes les institutions
fondamentales de la Republique d'Haiti. Done depuis lors,
ce pays vit sous le regime de la dictature derriere laquelle se
cache le Cabinet de Washington. Et la raison puissante de
cette election se trouve dans l'int6ret qu'a le gouvernement
de Washington de nous ravaler, afin de prouiver aux autres
grandes puissances que nous sommes incapables de nous
Clever par notre propre action a la hauteur du self-govern-
ment.
La diplomatic des ltats-Unis a toujours A6t d'affaiblir les
peuples qui sont leurs voisins imm6diats en entretenant
4ans leur sein des germes de troubles nationaux et en con-
trariant les actes de leurs homes d'Etat qui leur parais-
sent capable par des actes 6nergiques d'asseoir lear pays
sur les bases solides de la prosp6ritd et de l'ordre, conditions
indispensables de l'evolution des peuples. C'est la facon de
montrer ; l'Europe que sans leur intervention la vie poli-
tique, Bconomique et social de ces peuples est impossible.
Mais nous esperons que ce jeu sera decouv'ertparles homes
d'Etat de I'Europe, s'il ne l'est dejA.







33 ,

Les Ittats-Unis sont intervenus chez nous sans aucun droit,
sans 6tre appeles par aucun parti politique organism, ni par
aucun gouvernement -officiel. Ils ont occupy notre pays et
nous ont impose une convention pendant cette occupation.,
Que diront les grandes puissances ? Nous n'en savons rien.
Mais ce que nous savons pertinemment, c'est que, malgre les
services rendus par les ttats-Unis A la cause des Allies de
l'Entente, notre pays ne peut 8tre l'enjeu d'aucune combinai-
son diplomatique, malgrd I'inf6riorit6 de notre race. Car ily a
une these.des peuples inferieurs et des races superieures don't
la grande guerre a commence a saper le fondement et qui ne
tardera pas A s'6crouler avec fracas et au detriment de bien
des peuples et des races pr6tendus supdrieurs.

*

Maintenant nous dirons, puisqu'une intervention des
ttats-Unis :.tait arr8t6e et convenue, pourquoi ne s'6tait-
elle done pas produite lors du coup d'Etat des Gonaives,
alors que Dovilmar Theodore avait repris .la route de
Ouanamintle et Oreste Zamor, traitre a la Revolution, pris
celle de Port-au-Prince ? C'est qu'alors le pays n'6tait pas
rompletement 6puis6 et que la guerre europdenne n'avait pas
ete encore dcclar6e.
Le gouvernement des tItats-Unis s'est montr6 partial en
reconnaissant le gouvernement usurpateur de Zamor. Et,
s'il lui avait dit : t Je ne puis vous reconnaltre, car vous ne
repr6sentez qu'une parties de la revolution, I'autre est encore
debout et reprdsentee par votre adversaire Dovilmar Theo-
dore. Vainquez-le et retablissez la paix completement chez
vous; alors je vous reconnaitrai et vous donnerai mon appui, ,
le gouvernement usurpateur de Zamor n'aurait pas tenu un
mois apres ce language de Washington. Notre pauvre pays
n'aurait pas souffert d'une terrible lutte intestine qui a durd
pros d'un an, qui lui a cofit plus de vingt millions et qui
1'a 6puis6 profond6ment. II va sans dire que les autres grandes







- 34 -


puissances, par d6efrence pour le Cabinet de Washington,
auraient suivi son geste en refusant de meme de reconnaltre
le gouvernement de Zamor, sauf peut-6tre l'Allemagne qui
n'a jamais reconnu implicitement la doctrine de Monroe, et
don't la diplomatic tenait A faire 6chec A celle des autres,
puissances.
*

L'intervention des ttats-Unis est loin done d'etre sincere,
car, si elle l'6tait, son premier geste serait de consulter le
people haitien sous l'6gide d'un gouvernement provisoire;
et j'ose meme dire qu'ils auraient df placer un agent en
Haiti qui aurait pour mission d'6tudier les causes de notre
ddsagr6gation politique et social, et pr6sider purement et
simplement a la r6organisation despouvoirs publics avec des
elements sains et nouveaux. Mais au contraire, ce sont les
hommes qui pr6cis6ment personniflaient le passe de toutes
les injustices sociales qui ont eu a 6difier, avec- l'appui des
baionnettes de l'occupation, un nouveau gouvernement, et
par ce fait l'6lite morale de la nation se trouve une fois de
plus 6liminde. Et cependant cette l6ite morale qui a lutte si
longtemps pour la stability du pays existe plus que jamais,
et elle oompte descerveaux assez puissants pour reorganiser
le pays sur des bases essentiellement nationals en tirant ses
resources de la vitality indpuisable du people des montagnes
merveilleuses d'Haiti. Et qui done se permettrait de nous
condamner irr6missiblement ? Notre seul crime est d'8tre
une nation r6pudide de toutes les autres, comme si c'6tait
une insult faite a elles toutes, en arborant notre drapeau
national de people noir libr6 et ind6pendant. Car quels sont
les points d'appui qu'une puissance 6trangdre nous a jamais
donnas; quelle est l'aide sincere qu'elle nous a jamais
offerte; quels sont les conseils, quelles sont les consolations
qu'elle-nous a jamais prodigues ? Dans notre d6tresse, nous
ffmes toujours livr6s A nous-memes; en proie aux sarcasmes,
A la raillerie, tout en cherchant p6niblement notre voie de







35 -
salut. Cette aide sincere pour nous permettre de nous clever
par notre propre action, I'aurons-nous, ou devons-nous etre
toujours tributaires, comme le sont d'ailleurs tous ceux qui
appartiennent a notre race? C'est la question que nous
venons poser aux hommes d'Etat des puissances lib6rales
qui ont pris l'engagement d'affranchir le monde du regime
de la force et de la violence partbut dans le monde. Et,
comme l'a fort bien dit un illustre italien: a Un souffle de vie
nouvelle agite le monde. Des frissons precurseurs d'une
grande crise social et humaine s'unissent et se confondent
avec le fremissement et les plaintes des peuples entrains
dans l'6norme conflict ; et a travers les nuages dechir6s par
explosion des obus infernaux, on peut deja entrevoir de
nouveaux horizons; les premiers rejetons des verts prin-
temps sociaux que la lutte titanique a rechauff6s et a faits
dclore au soleil de ce troisieme fatidique printemps, serqnt en
mgme temps la fleur et le fruit le symbol et la r6alit6,
la palme de la victoire et la branch d'olivier de paix des
peuples et des races. s Je souligne a dessein ces derniers mots.
C'est done vers la reconciliation et la conciliation univer-
selles que le monde march; la r6ciprocit6 de l'amour et des
interAts. Et c'est a cette heure que notre pauvre Patrie serait
I'objet de la plus injuste violence I

*

Maintenant nous demandons a M. Wilson: Quel est le
crime que notre malheureux pays a commis pour se voir
priv6 de la direction effective de sa destinee ?
Emmanuel Kant a dit:
Aucun etat ne doit s'immiscer dans la constitution et le
gouvernement d'un autre 6tat. Par qui peut-il en effet y etre
autoris6 ? Serait-ce par le scandal que cet etat donne aux
sujets d'un autre etat? Nullement: bien au contraire, 1'exemple
des grands maux qu'un people s'est attires par son absence
de r4gles peut servir de lecon, et en g6n6ral le mauvais







- 36 -


example que donne une personnel libre a une autre personnel
ne l6se pas celle-ci.
Un people libre et independent doit pouvoir vaincre tous
les obstacles qui s'opposent A la realisation de son bien-6tre
et de ses aspirations nationals. Il n'est done permis A
aucun autre de le contrarier pendant sa gestation, sous le
pretexte que ses actes ne sont pas en accord avec les int6-
rats ou les droits essentiels de cet autre people. C'est un
pietre homme d'Etat que celui qui condamne les revolutions
int6rieures. 11 y en a pourtant qui, tout en condamnant les
revolutions chez les peuples faibles, font appel A la volont6
et a la liberty des grands peuples en vue de d4barrasser
l'humanit6 des tyrans qui l'oppriment, impuissants qu'ils
sont a intervenir par la force des armes chez ces grands
peuples. C'est done une necessity pour un petit comme
pour un grand people de faire des revolutions int6rieures
quand elles sont necessaires pour les d6barrasser d'un regime
qui est en retard sur son 6poque et qui, par consequent,
paralyse 1'evolution g6nerale de l'humanit6.
S'inspirant des doctrines d'Emmanuel Kant, M. Wilson
a propose la paix perpetuelle entire les nations dans sa
demand aux Allies de 1'Entente et a 1'Allemagne de leurs
buts de guerre. Nous dtions sur le point de battre des mains
et de nous proclamer grand prophete pour avoir etd peut-
6tre le premier a avoir 1'honneur de traiter M. Wilson de
philosophy humanitaire dans une lettre adressee A un
r6dacteur au ( Matin ) de Port-au-Prince, A l'occasion du
fameux discours qu'il a prononce A Mohile, lorsque cc
redacteur, critiquant ce discours, a parl6 de I'ombre am&-
ricaine qui s'6tend sur les petits peuples de cet hemisphere.
Mais M. Wilson, don't les idles changent au gr6 des interets
materiels de son pays, et qui peut-8tre professe a la fois
deux morales politiques et internationales, vient nous parler
aujourd'hui du droit qu'a un people de procurer a un autre,
en occupant son territoire, des chances de d6veloppement
et de liberty. Cela prouve clairement que M. Wilson admet







- 37 -


la continuation de 1'exercice du droit de conquete, et de
l'oppression des faibles par les forts. Cependant aucun
principle de droit international et priv6 n'admet le change-
ment de mains d'un pays quelconque libre et ind6pendant
pour la seule raison que .ce pays a besoin d'un plus grand
d6veloppement. Parti de ce principle de M. Wilson, il serait
facile An'importe quel grand people de s'emparer d'un pays
au moindre signe de fldchissement dans son regime politique,
6conomique et social. Le monde ne serait done jamais en
repos. Non, M. Wilson, votre principle est faux et relive
purement et simplement de l'ancien monde qui s'effondre
actuellement. Il cache les desseins que votre diplomatic
nourrit centre la vie ind6pendante des peuples qui avoi-
sinent votre grand et puissant ltat. Nous le i~pudions et
nous voulons croire aussi que tous les hommes d'Etat des
nations libdrales le repudient comme une cause 6ternelle
de perturbation international. C'est l'occasion pour nous
de rep6ter les paroles de lord Asquith : a Il ne faut pas qu'a-
( pres cette grande lutte il existe dans le monde aucun germe
a de trouble international D. Et que serait-ce si une nation
avait le droit de s'introduire A tout bout de champ dans
la vie d'une autre pour lui imposer sa fagon de voir ?...
Et nous admettons que les nations qui luttent pour la
liberty et le droit auraient forfait a l'honneur en manquant
A leur promesse, c'est-A-dire en permettant la domination
de certain peuples sur certain autres, ou.pour mieux dire
en imposant h certain peuples faibles une direction poli-
tique, ce ne pourra Atre que dans le sens de l'id6al de ces
peuples, afin d'6viter le plus possible de les froisser dans
leur orgueil national, leurs traditions, leurs moeurs, leur
langue et leur religion. Et nous admettons encore qu'une
tutelle soit imposee a certain peuples, meme apres le
triomphe des nations lib6rales qui luttent pour leur libera-
tion et leur libre d6veloppement politique, cette tutelle
ne peut s'6tablir que de concert entire toutes ces nations
libdrales, et par la nation don't les institutions politiques, les








38 -
mceurs, la langue et en un mot la civilisation est la plus
rapprochie du people don't 1'education politique laisse a
d4sirer; c'est cette nation qui doit etre d6signie par la
nature m8me des choses pour le diriger selon ses aspira-
tions. Car il ne faut pas qu'aucune tutelle soit impose
dans le sens des interets d'aucune nation, comme pour
fagonner le people don't 1'education politique est a parfaire
a des int6r8ts immediats et a des moeurs politiques et
sociales en violation de son droit natural de vivre la vie
civilis6e qui lui paratt la plus propre a ses instincts. C'est
pour n'avoir pas voulu observer ces hautes considerations
de politique international que l'Allemagne a pu ddchal-
ner centre elle presque le monde entier.

*
*

II va sans dire qu'au triomphe des puissances libdrales
1'6quilibre du monde sera rompu au prejudice des nations
dites Centrales, mais cet Aquilibre ne saurait etre rompu
au detriment d'aucune des puissances lib6rales au point de
voir l'une d'entre elles chercher & andantir l'influence civi-
lisatrice de l'autre en occupant ou voulant occuper un pays
,ou cette influence civilisatrice s'est deja implant6e.
Les peuples qui sont encore domin6s et les peuples indd-
pendants don't l'education politique est a parfaire doivent
8tre diriges de telle facon que, si un de ces peuples atteint
un degr6 d'6ducation politique tel qu'il puisse se passer du
concours d'une puissance tutdlaire quelconque, il faut que
tout ce que ce people a acquis de civilisation soit, dans la
measure du possible, do a son fonds propre.
Tout ce que nous venons d'admettre n'est d'ailleurs que
pure hypoth4se, car il vaut mieux que les petits come les
grands peuples cherchent eux-memes leur voie au prix de
tous les revers possibles, int6rieurs et exterieurs.







-39 -

*

Notre existence de people libre et inddpendant date d'un
siecle. Ce n'est pas enun si court space de temps que-peut
se former la conscience national d'un people.
La grande Allemagne n'a vu sa conscience national se
former qu'aprds le revers d'Ilna.
La France, qui est aujourd'hui la plus puissante nation
morale du monde, a pris des sickles avant de bien com-
prendre l'id6e de Patrie. Elle est restee jusqu'a Richelieu
avec des notions imprecises de patriotism.
Lincoln, poursuivant la guerre de Secession A outrance
jusqu'a 1'6puisement du people des ttats-Unis, a resolu le
probleme de l'unit6 politique de ces fItats. Done le droit
qu'a tout people de vivre sa vie est un droit absolu que les
nations lib6rales qui luttent maintenant pour le droit inte-
gral ont pour obligation de faire respecter m6me par I'usage
du canon. Car, comme l'a fort bien dit le grand philosophy
frangais : Le canon est le serviteur de la pensee.
Nous attendons done avec siernit6 le jour ou le droit uni-
versel sera, selon la noble expression de M. Viviani, implants
dans le monde. C'est, je crois, le meme M. Viviani qui a dit
aussi qu'il n'y a pas de fatality historique qui ne puisse 6tre
redressee par le courage et la volonte.

*

a Que les diverse nations, dit M. Wilson, adoptent la doc-
a trine du president Monroe comme la doctrine du monde :
a qu'aucune nation ne cherche a imposer sa politique & un
a autre pays, mais que chaque people soit laiss6 libre de
a fixer lui-meme sa politique personnelle, de choisir sa vie
a propre vers son d6veloppement, et cela sans que rien le
a gene, le moleste ou l'effraie, et de fagon qu'on voie le petit
u marcher c8te A c6te avec le grand et le puissant. j







- 40 -


Nous avons tellement bien compris la doctrine de Monro6
que nous avons intitul6 une brochure que nous avons 6crite
en 1901 : La doctrine de Monro6 ou le droit natural des
peuples ,. Nous n'avons done pas attend que M. Wilson
proposit de faire de la doctrine de Monroe la doctrine du
monde pour I'interpr6ter dans le sens le plus absolu de
l'ind6pendance respective des peuples, et j'ose meme dire
des continents. Le president de I'Uruguay vient de proposer
que tout pays americain qui, en defense de ses droits, se
trouve en 6tat de guerre avec une nation d'un autre conti-
nent, ne sera pas consid6r6 comme belligerant.
La doctrine de Monroe, dans le sens de son application
aux autres peuples du continent americain, doit etre fondue
sur l'int6rft qu'ont tous les peuples am6ricains de conserver
intactes leur liberty et leur independance respective, de
fagon qu'aucun droit particulier d'aucun people americain,
quelque puissant que soit ce people, ne puisse pr6valoir
centre aucun autre. De cette facon, l'existence de ce conti-
nent sera assuree d'une fagon collective, sur un pied d'dga-
lite absolue. C'est d'ailleurs ce que j'avais pens6 lorsque
j'6crivais dans ma brochure de 1901 les pages suivantes
qu'on me permettra de reproduire :. L'6quilibre americain
est bien dtabli; il suffit seulement de le sauvegarder en
a formant un congres pour determiner les drorts respectifs.
Tous les peuples de l'Amerique ont des aspirations qui
(i leur sont personnelles et qui ne peuvent etre satisfaites
a que par leurs propres actions respective. Et, en vertu
c mcme du principle de Monroe, ils auraient le droit d'en
a appeler a la raison et A la justice humaines, si les 1tats-
c Unis du Nord, par un amour insens6 de conqufte, devaient
a porter atteinte a leurs droits. Nous croyons avoir dejh dit
( que l'Europe est impuissante a s'opposer aux vues des
E ltats-Unis sur quelque terrain que ce soit, mais il ne doit
( pas Rtre dit pour cela que le bon vouloir doit etre la seule
( rigle de leur conduit. Cette grande nation possede dans
a son sein trop d'hommes de valeur, tant au point de vue







41 -
c politique que philosophique, pour ne pas comprendre qu'il
a y a une borne a la gloire. Et, en admettant meme qu'elle
c devrait franchir cette borne pour donner libre court s A son
a ambition, il ne sera pas dit non plus qu'elle ne trouverait
a jamais sur son chemin que des fleurs a cueillir et des
a lauriers A recueillir. ,
c( Car le jour of les R6publiques hispano-am6ricaines
a prendront au s6rieux leur r8le, elles seront i meme
( d'opposer une borne a toute vell6it6 de conquete de la
c part des Itats-Unis, si toutefois de pareilles 6ventualit6s
devaient se produire. Mais les ttats-Unis ne donneront
a jamais a l'Europe un tel spectacle, pour peu que ce pays
a soit toujours gouvern6 par des hommes semblables par
a leur jugement, leur profondeur de vues, a ceux qui le
a gouvernent en ce moment. (1902).
a Car c'eft Rtd I'occasion pour quelques peuples de
a l'Europe d'intervenir isol6ment en AmBrique, et de faire
c subir a la puissance des Etats-Unis un 6chec peut-6tre
c irreparable. Quoi qu'il en soit, on persist toujours Apreter
c a ce people des iddes de conquete que malheureusement ii
c n'a que trop justifies par ses publicists et par ses ten-
a dances agressives centre l'ind6pendance de certain
c peuples de I'Amerique. La doctrine de Monroe, dit-on,
a implique l'idde de conquete sous la forme d'une protec-
a tion ddsinteressee. En ce cas le devoir des peuples qui
c habitent collectivement l'Am6rique avec les Etats-Unis
a est d'interprdter cette doctrine dans le sens de leurs
c nationalit6s respective. M. Monroe n'a point du tout eta-
c bli sa doctrine dans un sens exclusif, car pour etre citoyen
c des Etats-Unis il ne cesse pas d'appartenir au continent
a amdricain; et, en posant son grand principle : L'Amd-
a rique aux Am6ricains, il a certainement entendu par lA :
a Le continent am6ricain aux peuples de l'Amerique. Et
c c'est ainsi que le comprennent les homes d'itat s6rieux
c des ttats-Unis.
, a Dans une tell vue, tons les peuples de I'Amerique se







42 -

( trouvent dans l'obligation d'adhdrer a cette doctrine qui
< est la sauvegarde meme de leur ind6pendance respective.
a Done le sens nature de la doctrine de Monroe est : Les
a Etats-Unis aux habitants des Etats-Unis; le Mexique aux
a habitants du Mexique et Haiti aux Haitiens, etc., etc.

a La doctrine de Monroe ne rejette pas cependant fid6e
s de toute association politique entire les peuples de 1'Am-
a rique en vue du d6veloppement de leurs int6rfts collectifs.
a Au contraire, le principle m6me de cette doctrine implique
1 I'id&e d'une vaste combinaison politique et commercial
K qu'il serait aisd de former si les Etats-Unis n'avaient pas
K inspire une sorte de terreur meme aux plus optimistes,
K par leur velleitd de conquete. Leurs journaux parent
a insolemment de la conqufte des Antilles; de ]'occupation
a des points strategiques de 1'Ame'rique, comme si, pour une
a defense commune, tous les peuples de l'Amerique n'4taient
a pas capable d'action. Et il y en a qui sont maintenant
( dans un ktat d'inferiorit6 assez notoire pour n'en pouvoir
( attendre aucun concours efficacy, mais il suffit de les
( encourager par des conseils pour les voir apres se r6veil-
a ler de leur lethargie ct devenir des peuples serieux. C'est
, bien l le rl1e des Etats-Unis : cclui de donner des con-
a seils de sagesse, de prudence et de patriotism aux autres
a peuples de 1'Amerique, au lieu de les insulter A tout bout
a de champ, et de songer a en fair des pendants a leur
I puissance deja trop 6norme. C'est done sur le terrain 6co-
a nomique que les ttats-Unis doivent songer a etendre leur
u puissance. Ils n'ont qu'k le vouloir pour faire du continent
a ambricain tout entier leur marehe exclusif. Les Etats-Unis
a n'ont rien perdre et tout A gagner par extension paci-
a fique de leurs intreits kconomiques, ce qui pourra facile-
a meant s'obtenir par des concessions mutuelles. L'empire
a des Etats-Unis est presque aussi vaste que 1'Europe,
u qu'ont-il's besoin encore d'6tendre leur territoire ? Ils
a auraient di avoir pour mission au eontraire de defendre







43 -
les droits des peuples faibles; car une nation qui se trouve
a dans les conditions d'existence des Etats-Unis peut tout
a oser de ce qui est grand et genereux. Les Etats-Unis n'ont
SA diriger aucun people. Ils doivent r6pudier tout ce qui
( peut porter atteinte aux droits et A l'independance des
autres. Ceux qui veulent mettre en pratique la theorie des
a grands empires sont les instruments de leur propre'
perte. Les grands empires, c'est la mort des nationalities,
a c'est le crime, c'est le despotisme, c'est 1'absorption de
toutes les vertus et de tous les vices dans un grand tout
( sans cohesion mutuelle, ce qui produira tot ou tard
( comme resultat la negation de puissance innee et defen-
a sive. Toute nation privie de principle mere est appelee A
i perir, et la theories des grands empires est la negation
( absolue do tout principle mere. Les Etats-Unis ne peuvent
, pas, apres avoir fonde Ie plus grand Empire domocratique
a que le monde ait jamais vu, aspirer a la domination uni-
, verselle : c'est une chose qu'ils savent Wtre centre la loi
a naturelle. Ils n'ont aucun interSt A courir apres ces grands
< disastres qu'ont connu tous ceux qui ont obei a une
t< ambition dtmesurde; et ils ne peuvent pas, apres avoir
( fond leur ind6pendance aux prix do tant de douleurs,
( rover d'user de leur puissance pour asservir la liberty et
( l'ind6pendance d'autrui. Sans doute la civilisation, le
a temps n'ont d'autre but que l'unitO des peuples, mais
a cette operation naturelle consommera encore bien des
a siecles avant do devenir une realite, et tout people
a qui veut devancer l'action du temps est appeld A porir
( immanquablement.
(( Chaque people, quelque petit qu'il soit, a un caract6re
a special. Il y en a qui sont plus avane6s les uns que les
( autres dans le vice, don't les moeurs sont pourries et qui
( portent dans leur sein un germe destructeur, et vouloir
( absorber dans un seul tout tant d'616ments divers et de
< nature si mauvaise, c'est courir le danger bien grave
r d'8tre absorb soi-meme par I'an6antissement du principle







44 -
( vital que tout people porte en soi. Nous sommes amene
c ici A citer un passage du celebre ouvrage de M. D. Delorme:
c Les peuples ne se forment pas par I'aveugle action du
c hasard. II y a des raisons intimes d'histoire, de sang, de
c langue, de traditions, qui forment ce qu'on appelle une
c nation. Quand on violent toutes ces raisons pour
c assimiler des peuples strangers a une seule et unique
c administration, ils semblent plier d'abord; mais c'est pour
( se ramasser I'instant d'apres et recouvrer la 16gitime
c ind6pendance qu'ils tiennent de ]a nature des choses.
c La th6orie des grands empires et la thborie socialist de
c negation des frontieres, quoique de nature different,
c concourent cependant au meme but. Non, c'est une chose
c qu'il faut conserver que les nationalists; les nationalities
( sont des personnalites qu'on ne peut tuer sans commettre
c un crime de 16se-humanite; non; c'est une chose qu'il
, faut conserver que les frontieres; les frontieres sont, comme
A l'a si bien dit un homme d'Etat franhais, des coupures
c dans la chair des nations c.

*

M. Th6odore Roosevelt, un des hommes d'Etat les plus
sinceres de notre dpoque, a dit ces cel6bres paroles : ( Un
individu pas plus qu'une nation n'a le droit de se sou-
mettre A l'injustice c. Et le parti republican don't il est, et
qui recele dans son sein des homes politiques moraux,
se prepare sans doute & redresser tous les torts qui ont 6t6
commis envers les autres peuples de ce continent par le
gouvernement de M. Wilson. C'est done vers ce parti que
les peuples faibles opprim6s de l'Amerique doivent turner
leurs regards. C'est done le triomphe de ce parti qui doit
amener aussi le triomphe de la justice dans les relations
internationales des Etats-Unis et des autres peuples faibles
de cet hemisphAre, et le debut d'une ere nouvelle de
solidarity interamericaine.







45 -
Le people amdricain, en 6lisant un chef de 1'Etat dans les
conditions prescrites par la constitution des ltats-Unis, se
repose entierement sur lui du soin de conduire ses destinies.
Et il suffit d'un discours, d'un message de ce chef d'Etat
pour qu'il ait des indications n6cessaires a asseoir son juge-
ment. Ce n'est pas une champagne de press parfois int6res-
s6e qui est capable d'alt6rer ce jugement. Ses yeux sont
fixes sur la Maison Blanche d'o6 on attend le mot d'ordre.
C'est que la politique gdn6rale des Etats-Unis est prdsiden-
tielle.
Je ne sais qui a dit que la parole a 6t0 crd6e pour permettre
a l'homme de deguiser sa pensee; c'est done par les actes
qu'on doit juger un homme d'Etat et non par la parole. Les
actes de M. Wilson ne nous permettent pas jusqu'ici de le
considerer comme un chef d'Etat voulant r6ellement le r6gne
d'une justice international gale pour tous les peuples et
toutes les races. M. Wilson a pu concentrer tous ses efforts
dans le sens des intd6rts imm6diats de son pays, mais il a
manqu6 de tact dans son appreciation des affaires interna-
tionales. Et si aujourd'hui il se montre plus ou moins assagi,
nous devons ce changement au choc des dv6nements qui se
se sont d6roul6s et qui ont quelque peu d6rout6 ses calculs.
11 a failli compromettre l'avenir de son pays pour avoir
voulu peut-6tre trop bien le servir, et il a, par ce fait,
froiss6 bien des grands peuples et humili6 bien des petits.
C'est done comme politician d'affaires qu'il a envisage, au
d6but, les grands 6venements qui s'accomplissent actuelle-
ment. Le partage, par example, des peuples faibles ferait
bien ses affaires. L'ind6pendance morale des peuples qui fait
qu'une nation consid6re comme une offense toute atteinte
portie aux droits d'une autre, il n'en avait cure. Pour
n'avoir pas compris ce qu'une nation, quelque puissante
qu'elle soit, doit de respect a une autre, quelque faible qu'elle,
soit, M. Wilson a fait envahir notre territoire durant la nuit,
sans declaration de guerre. La violation de la Belgique ne
pouvait exercer aucun effet moral sur cet homme; car, s'il







- 46 -


n'6tait pas dans sa pens6c de fair la meme chose dans la
sphere qui lui est propre, il aurait, au d6but de la grande
guerre, protest centre cette violation, ce qui aurait 6par-
gn6 a l'humanit6 bien des vies humaines et.des crimes qui
effraient I'imagination.

*

Lorsqu'une nation viole les droitsd'une autre, lespeuples
libres ont pour devoir, alors mmme que leur signature n'est
pas foulee aux pieds, d'accourir au secours de la victim,
sans consulter leurs intdrits, car la violation des droits
d'une senle nation est la violation des droits de toutes,
mime de celle qui a commis ce crime. Une nation qui viole
les droits d'une autre crie parfois un precedent qu'on
pourra invoquer un jour centre clle-mime.
L'Angleterre restera eterncllement grande a l'occasion de
la violation de la neutrality beige. Et,' mme que cette inter-
vention de l'Angleterre ffit dict6e par ses intricts, ellc n'a
pas moins donn6 l'exemple d'une action de haute morality
en pregnant la defense d'un peuple faible. Et cette action de
de la noble Albion a posd a jamais les bases d'un monde
nouveau.
Quant a nous, nous avons la conviction profondo-que les
nations lib6rales qui luttent pour le rigne du droit et de la
justice r6gleront la question haitienne qui fait aussi parties
des questions internationales. Car 1'occupation du pays a
et6 faite a un moment de trouble international. Aucun trait
liant ce pays A un autre ne peut avoir de valour internatio-
nale a un moment surtout ofi tous les traits internationaux
sont consid(res comme caducs et les grades puissances pri-
v6es de leur libertO d'action.
M. Asquith a dit: ( Que la guerre soit longue ou court,
nous ne nous arreterons pas en course de chemin, nous ne
s faiblirons pas avant d'avoir affranchi le monde entier du
a regime de la force. M. Asquith a encore dit: a Dans cette







47 -
alutte nous sommes nonseulement des champions des droits
s et des traits, mais de l'independance et du libre deve-
c loppement des pays les plus faibles )). cc Ce n'est pas l'int-
a rft de tel ou tel people, a dit I'honorable M. Bourgeois,
c mais l'interft common de tous les peuples que la con-
c science humaine voudra faire triompher : et qui dit int6-
a rets commune de tous les peuples, dit par l1 m&me droit
c commun h tous les peuples grands et petits, considers
a comme des 6gaux. C'est ce droit commun qu'il s'agira de
a d6fendre et de fonder.
II faut done que toutes les questions internationales soient
reglees au Congr6s de la Paix, pour qu'apr6s cette guerre
aucune voix discordante ne vienne trouble les nations qui
ont vers le plus pur de lenr sang pour la foundation d'un
monde nouveau. 11 faut que cc soit reellement le r6gne
de Diou qui arrive, c'est-h-dire : I'empire de l'Esprit sur la
matiere...
11 n'y a pas de doute que notre voix ne soit entendue
des Asquith, des Briand, des Lloyd George, des Viviani, des
Balfour, des Clemenceau, des Sonnino et surtout de tous les
homes d'Etat des peuples faibles de 1'Europe et du rest
de l'Amcrique, et d'autres illustres membres des Parlements
de l'Angleterre, de France, de l'ltalie qui se sont toujours
fait entendre en faveur de la defense des faibles. .


Nous avons essay do prouver que seule la lutte pour
l'hdgemonie a pu justifier I'action des Etats-Unis en Haiti,
mais qu'aprls la victoire des nations libdrales, toutes lea
raisonsd'intervention des l~tats-Unis seront 6vanouies. Cette
intervention a eu lieu A un. moment ofi les trois quarts du
monde croyaient a la victoire de l'Allemagne. Les grandes
nations lib6rales, menaoes dans ce qu'elles ontde plus cher
en Europe, ne pouvaient que former les yeux sur ce qui se
passait dans le rest du monde. Et d'un autre c6te le sens
de la guerre n'6tait pas encore nettement d6fini; il n'etait







48 -
done pas de leur int6rit de protester centre un acte des
Itats-Unis qui devait indisposer 1'Allemagne contre eux;
Nous avons lu beaucoup de r6velations apres l'intervention
am6ricaine sur les intentions de l'Allemagne A l'6gard
d'Haiti; mais aucune d'elles ne nous a 6tonn6; car nous
savons et tous les Haitiens savcnt que le ministry allemand
en Haiti s'est pr6sente un jour au Palais National pour
demander la part qui doit choir au puissant Empire alle-
mand, dans le partage de la Rpublique d'Haiti en plusieurs
zones.d'influences 6conomiques 6trangeres, ce qui suscita
I'indignation de tous les Haitiens patriots. Entre autres,
celui qui 6crit ces lignes a eu a declarer ouvertement que si
]a situation d'Haiti est telle qu'il faille absolument la direc-
tion de 1'6tranger, cette direction ne doit en aucune fagon
6tre collective, mais unique. Et avec sincerity, sans animo-
site aucune centre aucuie grande puissance europeenne,
lui surtout don't la second Patrie est la France, il a cru
devoir eclairer sqs concitoyens en essayant de prouver la
necessity pour eux d'adopter une nouvelle orientation dans
I'ordre international; ce qui lui a valu d'etre trait, par des
Haitiens peu eclairds, d'annexionniste. Nous avions sincere-
ment cru alors que les intentions du Cabinet de Washington
a notre regard seraient favorables a nos aspirations de people
libre et ind6pendant, et nous n'etions pas loin d'admettre
une intervention pacifique du gouvernement des tItats-Unis,
ayant pour objet la reconciliation de la famille haitienne par
la formation d'un gouvernement nettement national, don't
les pouvoirs seraient exerces sous l'6gide de cette interven-
tion temporaire. Et, mime dans le cas, qui s'est d'ailleurs
produit, of le gouvernement des lItats-Unis devait intervenir
par la force, tout ce que ]'humanitU, ou pour mieux dire la
civilisation, etait en droit d'attendre de lui, c'6tait d'y inter-
venir comme mediateur, pour se rendre compete des griefs
respectifs des parties en presence, afin de les reconcilier sur
le terrain de leurs aspirations et de leurs int6rits communs.
Mais, au lieu de cela, que voyons-nous? Nous voyons so







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renouveler les memes scenes du passe; c'est-a-dire : 'assas-
sinat, la dilation, 1'6rection des instruments de torture sous
forme de prisons; plus de mille families jetees sur le pave,
sous pr6texte d'6conomie; des citoyens de valeur humilies,
sans tenir compete de leur passe honorable et respect. Et
sous pr6texte de donner du travail au people, tous les reve-
nus de la R1publique employes a des travaux derisoires qui
n'ont aucune valeur pratique. On s'est empress de s'em-
parer de nos douanes avant qu'aucun traits, qu'aucune
convention soit intervene. Notre liberty de disposer
comme bon nous semble de nos revenues offusquait
Washington. Un people de race negre n'a pas le droit d'avoir
l'autonomie politique, 6conomique et financiere. Un miller
de nos concitoyens furent massacres sous pr6texte qu'ils
continuaient h trouble la paix publique. II faut que l'ordre
regne A Varsovie ; et il y regne. Parmi ceux qui 6chapperent
aux massacres comme Cacos, il y en a qui se rendirent en
France oui ils sont on train de se signaler dans les tranchees.

*

M. Wilson a dit: ( Nous sommes au commencement d'un
age of les gouvernements tout comme les individus doivent
6 etre tenus responsables de leurs actes. M. W. Wilson est
done tenu pour responsible devant le monde civilis6, le
people des Itats-Unis et celuid'Haiti, de l'arbitraire des actes
de ses agents en Haiti. II a done a repondre de ces actes
devant le tribunal des Nations.
Un journalist des titats-Unis a eu l'imprudence d'6crire
en pleine guerre europeenne qu'Ilaiti est le seul pays du
monde oa le negre command le blanc... C'est l8 qu'il faut cher-
cher la raison de I'action violent, d6daigneuse, inhumaine,
attentatoire aux droits sacris de la Republique d'Haiti,
A l'independance int6grale, du gouvernement de M. Wilson;
de telles paroles sont une insult d la race noire toute entire
qui a pu voir dans le drapeau haltien le symbol de ce que







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sera son avenir : 1'galit6 entire elle et les autres races. Et si
comme on le dit, la France est pour quelque chose dans
l'action violent du gouvernement de M. Wilson en Haiti,
ce geste restera comme un des plus malheureux de ce noble
pays. Car plusieurs millions de noirs font parties de la nation
francaise. Cette nation a done pour devoir d'6viter tout
geste devant contribuer a l'humiliation d'une race qui la
considere comme le foyer d'oil elle doit tirer tousles elements
definitifs de sa redemption. A l'avenir, la race noire sera
l'allide naturelle de' la noble nation francaise. Haiti de son
c6te a souffert pour la France apres la guerre de 1870-71, A
cause de ses manifestations en faveur d'elle. Elle s'est encore
manifest6e en faveur de cette nation le jour du depart des
soldats frangais, en 1914, manifestations qui 6taient consi-
der6es par les Allemands de Port-au-Prince comme une pro-
vocation. Mais il faut reconnaitro en conscience que le zBle
des Haitiens qui no pensent pas s'est quelque peu refroidi
pour la cause frangaise apres I'intervention violent des
Itats-Unis en Haiti. Et le decouragement s'est empar6
presque de tous les Haitiens apres ]'entree de ces I~tats dans
la guerre europeenne . .

De qui done le gouvernement de M. Wilson a-t-il requ la
mission de nous donner une legon de conduit, quand en
aucune maniere nous n'avons port atteintd aux droits, aux
interets et A l'honneur des Etats-Unis et d'aucune autre
nation? Serait-ce A cause de la France?
Le people haitien, dans un ddlire de colere et de vengeance,
s'est pr6cipite sur la l6gation de France pour se faire livrer
1'ex-president Vilburn Guillaume qui venait d'ordonner le
massacre des prisonniers politiques. Ce qui fut fait au cri de :
Vive la France. Et au dire mmme d'un Frangais, ancien com-
battant de 1870, M. Ferdinand Saint Gerand, ce fut avec le
plus grand respect que le people s'est present A la ligation
de France. La lgation n'a oppose aucune resistance, et
Vilburn Guillaume fut pris. Comme consequence de cet acte,







51 -
le president de la Republique d'Haiti, M. Dartiguenave, se
rendit a la ligation pour y apporter l'excuse du people
haitien..Done pour la France l'accident est considdr6 comme
clos par les Haitiens celairds. C'est done en raison de la doc-
trine de Monroe que nous sommes dominds en Haiti, mais
au dire meme de M. Wilson cette doctrine a cess6 d'8tre
am6ricaine pour devenir celle du monde, car elle signifie :
Le droit de tous les peuples a l'indppendance respective...
Qu'on le sache bien, des voix haitiennes et avec elles toutes
celles qui sont 6prises de l'idee de justice et du droit inte-
gral ne so tairont point tout le temps que les grandes nations
libdrales resteront sourdes a leur appel a la justice. Et ce
constant appel a la justice ne sera pas moins une cause de
perturbation pour le repos du monde. Car l'instabilit6 d'exis-
tence de l'infiniment 'petit a autant de consequence morale
que l'instabilite d'existence de l'infiniment grand.
Mais, nous n'avons pas le droit de desesp6rer quand
nous entendons des voix comme celle de l'illustre ministry
italien M. Phillipo Meda d6clarer : I II faut desormais
6 dcouter les voix de la nature, qui ne sont pas moins impd-
a rieuses lorsqu'elles reclament les droits de l'homme; il faut
c donner A chaque 6tat les conditions essentielles de son
c inddpendance et de son d6veloppement. Or toutes ces
conditions nous manquent, puisque nous sommes lies forc6-
ment par une convention qui fait d6pendre toutes nos con-
ditions politiques, financieres et 6conomiques d'un president
d'Itat stranger; quand nous sommes lids par une conven-
tion qui nous impose une vie politique contraire A nos tra-
ditions, a nos moeurs et ii nos habitudes. On a m6me essay
de substitute A nos affiches de langue frangaise des affiches
de langue anglaise. Les, costumes de nos forces nationals
avec leurs parements ont Ut6 remplacds par les costumes
des forces des Etats-Unis. Un bataillon de la r6forme mili-
taire qui devait servir de noyau a la future arm6e haJtienne,
a 6t0 brutalement congddie apres une belle revue. Un corps
de musique qui dtait l'orgueil de la nation a Ut6 dissous et







52 -

son chef, une des gloires nationals, mis sur le pave.
Aucune publication de compete. L'intervention violent dans
les affaires privees, sous pretexte de sauvegarder l'ordre. Le
non payment des int6rAts et de l'amortissement de nos dettes
publiques. On pousse le pays a la faillite national pour
s'acIuerir des droits a une domination illimitee. En un mot,
la negation de toute la vie national haitienne est l'objectif
du gouvernement de Washington. Ce sont l des procedes
qui relevent de l'ancien systeme du monde. Aujourd'hui
que nous sommes A l'aurore d'un monde nouveau et que les
nations liberales ont jur6 de lib6rer le monde entier du
regime de la force, aucun people ne peut etre violent, m8me
dans le sens de son bien-Atre materiel. Car, comme l'a fort
bien dit M. Viviani, le bien supreme n'est pas la vie, mais
l'honneur pour les individus, et I'independance pour les
nations.
*

Qui efit cru qu'une nation d6mocratique, r6putee humaine
et g6nereuse entire toutes, s'ingenierait a 1Pabaissement et
par consequent A l'andantissement de 1'elite morale d'un
pays, afin de detruire tous les 6elments de sa fierte natio-
nale, de fagon que la masse du people puisse m6connaltre a
jamdais tous ceux don't le savoir, I'intelligence et la bonne
foi auraient pu non seulement reconstituer la nation hai-
tienne sur de nouvelles bases, mais encore lui servir de sen-
tinelles toujours prates a defendre les interets matdriels et
la cause de l'ind6pendance national.
Non I les nobles nations lib6rales et meme la parties saine
des ttats-Unis ne peuvent se preter a ce jeu. II ne faut pas
que l'histoire puisse dire 'que, sous pr6texte de mettre de
l'ordre dans un petit pays, les lAtats-Unis s'y sont implants
au prix de l'honneur, de la liberty et de la bourse du dit
pays, avec l'intention de s'y dtablir delinitivement.
Non, notre vie national ne peut etre an6antie parce
qu'ii une p6riode malheureuse de notre histoire, nos diri-







- 53 -


geants ont manqu6 du sens de l'ordre, de la liberty et de la
justice social; parce qu'une parties de 1'elite intellectuelle a
failli dans la noble mission de diriger les destinies du pays,
en donnant l'exemple des fortunes illicites, et par 14, con-
tribu6 au relAchement des mceurs politiques et sociales
Nous reconnaissons done avoir commis des erreurs et
avoir meconnu les vrais int6rets nationaux, dirig6s que nous
6tions par cette parties de l'elite qui avait, en quelque sorte,
ferm6 toutes les avenues du pouvoir aux hommes de bonne
foi de ce pays. Mais c'est A l'Nvolution politique et social
seule A rem6dier a nos maux c'est h elle qu'il appartient de
faire disparaitre toutes les formes d'in6galitis politiques et
sociales, et non pas A I'action violent d'aucune nation
6trangere, car les raisons de vivre d'un people ne doivent
6tre discuties que par ce people.
Intervenir chez une nation pour lui imposer un mode de
vie qui ne d6coule pas de sa volont6 est un acte intolerable
qui ne tend A rien moins qu'A d6truire l'essence meme de sa
nationality; tentative 6ph6mbre don't la repercussion est
toujours dangereuse pour l'avenir meme de la nation qui
s'en est rendue responsible.
Et ce qui revolt d'autant plus la conscience national
haitienne, c'est qu'au moment of les actes les plus contraires
A l'independance d'un people se commettent en Haiti,
M. Wilson couvre d'or et comble de sollicitude la Russie
revolutionnaire, oi toutes les scenes de carnage se sont
donn6 course. Et pourquoi donc une tell inegalite de trai-
tement? C'est parce que Haiti est un people faible.
M. Wilson et son parti n'echapperont done pas A la respon-
sabilit6 d'avoir abus6 de la force pour humilier un people
faible.
Franchement il serait trop strange qu'au moindre geste
d'ind6pendance d'un people, il s'en trouvAt un autre pour
s'introduire chez lui avec des gendarmes. Dans une tell
condition, la vie ind6pendante des peuples deviendrait
impossible, quand on songe surtout que chaque people doit








54 -
manifester sa volonti de mieux-Atre politique et social, sui-
vant ses mceurs et les affinites de sa race.
*
Toutes les grandes nations, tous les petits et grands
peoples ont commis des horreurs : des reines et des rois
sont months sur 1'echafaud; il y a eu des assassinats politi-
ques; des empoisonnements ; des d6efnestrations de rois, de
reines, d'ambassadeurs; des meurtres de ministres et de
pauvres femmes innocentes. Quel plus grand crime que
1'assassinat de John Brown; et, s'il y a un acte qui r6volte
la conscience universelle, c'est bien le lynchage de mal-
heureux noirs sans defense, cc qui est aussi une forme de
guerre civil, et cependant quelle est la puissance, quelque
forte qu'elle soit, qui se permettrait d'en demander raison,
au nom de l'humanit6, au people des Etats-Unis?- On doit
remarquer que tous les crimes que nous venons d'dnumerer
sont des crimes d'avant-guerre.

HNlas! I'horreur partout, mnme chez les meilleurs ;
Toutes les grandes mains, h1las de sang rougies,

a dit le po6te.
Ce sont les crimes de toutes les nations et de toutes les
races qui ont amen6 le grand am6ricain Herrick a affirmer:
, qu'il y a dans toute race, toute nation des examples
a affin6s de l'instinct barbare, de la philosophic barbare de
a la vie; il connait, affirme-t-il, personnellement un grand
, nombre de barbares, la society amdricaine en pullule, et la
, connaissance qu'il a d'eux, de lour force et de leurs limi-
a stations, lui permet de comprendre les Allemands modernes
a tels que cette guerre les rv6le, des gens et un people qui
c ne connaissent pas l'id6al de goft, d'honneur, d'humanit6,
a les valeurs que les non barbares rdsument dans l'expres-
a sion : a dignity morale ,.







- 55 -


*

Comme la Serbie, avant-t'avinement de la dynastie
actuelle, Haiti a eu le plus souvent des dirigeants corrompus
et corrupteurs.
Et le people, sachant apprdcier les bons gouvernements,
a compris qu'il etait tromp6 en vovant augmenter chaque
jour'ses charges. De la la facility avec laquelle cc bon people
a suivi certain sp6culateurs politiques, durant ces dernieres
ann6es. 11 est done loin d'etre rdfractaire ai la stability poli-
tique et social, consequence directed de la liberty dans
l'ordre. Done la cause de sa turbulence reside moins dans
son atavisme que dans la mauvaise foi de ses gouvernants.
Et par le faith que le pays a pu avoir de bons gouverncments,
quelque 6phidmres qu'ils aient 6td, il resort done qu'il y a
de bons 6elments don't le triomphe ddfinitif devait decouler
de I'impuissance dans laquelle allaient se trouver les politi-
ciens vdreux a s'emparer du pouvoir.
Nous etions a la veille de cette transformation politique,
quand sont apparus les agents de M. Wilson. II resort done
de tout ce qui vient d'etre dit, que la situation du people
haitien durant ces dernieres annees est due A tout un con-
cours de circonstances d6pendantes comme aussi indepen-
dantes de la volontd de ses gouvernants. Entre autres, la
menace constant d'une doctrine don't l'interpr6tation abu-
sive par certain homines du Nord de I'Arnmique montre
manilestement I'intention de fair du reste des habitants de
1'Am6rique des assujettis, est aussi une des causes de notre
instabilitO. C'est bien cetle doctrine telle que la veulent les
imperialistes du Nord qui a fait le plus de tort a ma Patrie.
Les Haitiens, menaces de se retrouver sous le joug d'une
puissance 6trangere, se sont empresses de se tailler une
part dans la chair vive de la nation, ne se doutant pas que
plus ils se montraient avides, plus devait 8tre proche leur
assujettissement.Depuis plus de vingt ans, on n'entend plus







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que ces mots : les Yankees sont en route ; pressons-nous de
faire notra part, afin d'assurer le repos de nos vieux jours,
car c'est ua people d'accapareurs qui ne nous laissera rien;
et, avec la force, point de resistance. De la toutes les con-
voitises du pouvoir qui ont trouv6 dans l'instabilit6 social
des pr6textes de revolutions. Et quand le people, 6claire,
s'est d6cid6 A &tre son seul juge, c'est alors que s'est pro-
duite l'intervention de Washington. C'est done la perspective
incessante de cette intervention qui a Ut6, nous le rep6tons
encore, la cause principal de nos malheurs.
Les Haitiens, affol6s par ce spectre, n'ont pas eu le sang-
froid n6cessaire pour diriger sagement leurs destinees....
I1 s'est done crU5 une nouvelle question pendant que les
nations liberales luttent pour les droits des peuples faibles
et pour 6tablir dans le monde le regne de la justice interna-
tionale. Nul doute qu'elle ne soit rHglee dans le sens des droits
des peuples de disposer d'eux-mmes. Et quelles peuvent etre
les objections qu'on pourrait opposer a nos droits inalie-
nables, pour ne pas accorder au people haitien, repr6sent6
par son elite morale, toute la satisfaction qu'il desire afin
qu'il cesse d'etre humilid et assujetti ?Car si ce sont les tra-
ditions, les moeurs, les habitudes, les sciences :pratiques, la
philosophies, la po6sie, la musique, la religion qui forment
les materiaux d'une nationality, Haiti est done une nation.
Et de quel droit est-on venu nous imposer un genre de vie
en opposition avec ces elements qui servent de base a nos
aspirations?
Nous n'avons pas la pr6tention d'etre mis au rang des peu-
ples superieurs, nous n'avons pas assez v6cu pour cela. Maisde
quel droit un de ces peuples sup6rieurs quelconque prdtend-
il nous dieter ses lois pour nous forcer d renier tout ce que
nous avons acquis de la nature et de l'histoire? Heureuse-
ment pour nous, la grande guerre a prouve que la force
mat6rielle ne suffit pas et qu'il faut aussi computer avec ces
imponderables don't seule la Providence a le secret.
Ces forces imponderables 6chappent A la direction hu-







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maine. Les hommes 6tant les instruments inconscients de la
Providence provoquent des 6venements qui les assujettis-
sent A leur volont6. Ce sont les forces morales plutot que
mat6rielles qui dirigent le course de l'histoire des peuples, et
que ne saurait arr8ter aucune force materielle. 11 faut done
admettre comme loi que les causes de la formation, de la
grandeur et de la decadence des ltats ne naissent pas de la
volonte humaine. Le.nom m'echappe de celui qui a 6crit ces
paroles profondes : c Ce qui ruine l'Empire ottoman, c'est
a l'action des forces r6elles et non les plans rumin6s par les
K diplomats et les hommes d'ltat; ce qui prouve que les
6a v6nements historiques ne sont pas le fait de l'esprit indi-
a viduel, mais bien celui des forces naturelles qui poussent
a en avant 1'Nvolution des peuples et del'humanite, soit vers
a le progres, soit vers la decadence ,.
Les forces materielles d'un lItat seraient, t6t ou tard, la
cause de sa ruine si elles n'avaient comme correctif ces
forces morales que repr6sentent la justice, le droit et le
respect human.
**

Comme un individu, une nation n'est pas exempte de
p6ch6 lorsqu'il s'agit surtout pour elle de se constituer une
vie national qui doit mettre son honneur et son bien-6tre
en 6tat d'etre d6fendus avec gloire. Mais lorsqu'elle a atteint
cette grandeur, son devoir est de se replier sur elle-meme, de
faire pour ainsi dire son mea culpa. II faut que, pour att6nuer
les fautes du pass, elle puisse accomplir de grands actes
d'humanitd. II faut en un mot que les fautes qu'elle a pu
commettre dans le pass soient pour elle des enseignements
pour sa conduite future.
Mon Ame frdmit A la pens6e qu'apres tant de sang verse,
et du plus pur de toutes les races, il puisse subsister encore
des questions d'inegalites de races, de peuples sup6rieurs et
inf6rieurs, d'assujettissement, de dependance et de violation
du droit. Sans doute, la vertu etle savoir restent, pour toutes







58 -

les races comme pour toutes les nations, des signed de dis-
tinctions personnelles, mais la seulement doivent s'arreter
les bornes des inegalit6s, si l'on veut que la paix future soit
universellement et sincerement accepted par toutes les races
et tous les peuples. Et c'est a ce point de vue que l'illustre
homme d'Etat italien, M. Sonnino, a pu dire ces memorables
paroles : a Loin de nous toute pensee, non seulement d'op-
a pression, mais aussi d'avilissement d'aucune race, d'aucun
u 6tat, voisin ou lointain, grand ou petit. Nous visons, au
a contraire, a coop6rer a la constitution de cet equilibre
( de force qui est la condition et ]a garantie du respect reci-
< proque et des concessions mutuelles, 61ements essentiels
d de la liberty et de I'equilibre dans la vie social commune
a des individus comme des peuples .

*
*

Il est n6cessaire que les nations liberales sachent que la
condition qui est faite au president actuel de la R6publique
d'Haiti n'cst rien autre que celle que se proposait de faire au
chevaleresque roi des Belges, le chancelier allemand
Bethmann-Hollweg ; tant il est vrai qu'il y a beaucoup
d'analogie entire la diplomatic de cet homme d'Itat envers
les faibles et la diplomatic de M. Lansing. Or, les raisons
pour lesquelles ces nations luttent en ce moment pour la
liberation de la Belgique et des autres peuples faibles de
l'Europe sont les memes qui condamnent la presence des
agents de M. Wilson et de M. Lansing en Haiti, et il n'y a
pas deux morales publiques.
Puisque les soldats de M. Wilson sont encore en Haiti, il
faut admettre que les raisons de l'intervention des NItats-
Unis dans la guerre europbenne ne sont pas les memes que
celles de 1'Angleterre, et nousne nous faisons pas d'illusion
A ce sujet. C'est au contraire l'occasion pour nous de dire:
la asance continue.
Nous avons le droit d'etre inquiets, nous autres Hai-







59 -
tiens ; mais nous le serions davantage si nous n'avions pas
eu l'engagement des plus illustres hommes d'Itat et des
6crivains de l'Europe de reorganiser le monde sur un pied
d'Agaliti absolue entire les peuples, d cause surtout des petits
peuples faibles. L'Angleterre, la France et l'Italie, la noble
nation latine moderne qui a h6rit6 de la Rome de Caton et
de Cic6ron toutes ses aspirations, luttent en ce moment
pour le triomphe definitif de la democratic dans le monde A
l'intIrieur come A l'ext6rieur de 1'Europe ; et M. Leon
Bourgeois, qui est universellement reconnu comme un
grand caractrre, a dit: ( que la d6mocratie, c'est, A l'int6-
c rieur des nations, la liberty et l'dgalit6 assurees A tous les
( hommes. La d6mocratie dansle regime international, c'est
c la liberty et 1'egalite assures A tous les peuples ). C'est
I'illustre M. Balfour, I'homme d'Etat anglais, don't l'esprit
fait honneur A l'humanitd, qui a dit : ( Les nations doivent
Laborer elles-memes leurs chartes de liberty, fondues sur
a leurs propres iddes, bases sur leur histoire, leurs tradi-
Stions et leurs esp6rances d'avenir ,. C'est I'illustre dcri-
vain universe, le v6etran du patrjotisme frangais, qui a dit:
, La paix doit 6tre organisde de facon que tout ltat pertur-
c bateur soit mis A la raison par la volont6 solidairement
a armee des autres Etats .
Ces lois protectrices, qui, selon la noble expression de
M. Barthou, doivent r6gler l'dvolution de l'humanit6, seront
sans doute observes A notre egard par les grandes nations
liberales.
Et le gouvernement do M. Wilson, pour n'avoir
pas voulu comprendre au debut le sens de la guerre euro-
peenne, doit rendre compete aux nations libdrales, comme
aussi A la parties saine du people des Etats-Unis, de l'action
violent de ses agents A l'6gard des homes libres d'Haiti.
Et c'est en France meme, pays ou toutes les formes de
gendrosit6 se donnent librement course, que iotre pays
trouvera le concours le plus efficace pour l'aider A s'affran-
chir du joug qui lui est impose par le gouvernement de







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M. Wilson. Car, qu'on le sache bien; Haiti n'a jamais cess6
d'etre frangaise par le cccur et par toutes les former de civi-
lisation qui constituent une nationality.



CONCLUSION

Rien ne peut remplacer l'injustice que la justice; rien ne
peut remplacer le droit que le r6tablissement du droit. II
n'y a pas de traits, pas de convention ulterieure a la viola-
tion du droit qui puisse l6gitimer cette violation et la
consacrer.
Si le gouvernement de M. Wilson avait besoin d'un trait
avec notre pays, que d'ailleurs la situation international de
1'ancien monde lui faisait peut-8tre une obligation d'obtenir,
il n'avait, la paix r6tablie en Haiti, qu'a donner l'ordre a
ses troupes d'evacuer ce pays, afin que le people haitien
puisse, en toute liberty, discuter ce trait. Mais s'emparer
preventivement des douanes de la Rdpublique d'Haiti et
mettre tous les services publics sous la direction d'une gen -
darmerie don't les officers sont la plupart des Germano-
Americains, dans un pays surtout oui les sentiments pour la
France sont naturellement amicaux et nous imposer une
convention pour sanctionner des actes deja accomplish, ce
n'est rien autre qu'un accaparement, un a'cte infame, atten-
tatoire a la morale publique des peuples...
,Nous n'avons pas besoin de savoir si la convention conclue
entire le gouvernement de Dartiguenave et celui de Wilson a
Ut6 ou non observe de l'un et de I'autre c6t6, mais ce que
nous savons, et ce que tous les honnetes hommes d'Aitat du
monde doivent savoir et savent peut-8tre d6j, c'.est que
cette convention, extorqude par la violence, est nulle et non
avenue, car un contract ne vaut que par le libre consentement
des deux contractants. Or Haiti a sign la convention 1'6pbe
sur la gorge. Le pays n'a pas Ut6 consult. II s'est courb6
tout simplement devant la force. La violence &tant une cause







- 61 -


de nullitM pour les conventions qui en sont entachdes, et au
surplus, en violation du principle, universellement reconnu
aujourd'hui, du droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-
mgmes, nous declarons a la face de 1'Univers, que tout ce
que le gouvernement de M. Wilson a entrepris en Haiti est en
opposition formelle avec la majority de la volont6 national.
De meme qu'il a paru absurde, dans ces derniers temps,
qu'un autocrate pft disposer a sa fantaisie de la vie et des
biens de plusieurs millions d'hlommes sans les consulter,
il est de meme au-dessous de notre epoque qu'une nation
quelconque s'6rige en gendarme pour en chAtier une autre,
sous pr6texte que la vie publique de cette autre nation.ne
repond pas A ses propres interets.
La convention, telle qu'elle est, constitute un privilege en
faveur des ltats-Unis, au detriment des interets des autres
grandes nations. Or, c'est M. Wilson lui-meme qui a dit :
SLes hommes d'I~tat qui ont la responsabilit6 de diriger la
a politique de leur pays doivent se rendre actuellement
a compete qu'aucune paix ne pourrait reposer avec certitude
c sur les relations politiques et diplomatiques bases sur les
c privileges accords a certaines nations, au detriment des
a autres ). C'est ce mime M. Wilson qui a dit encore : ( Les
c Ambricains estiment que la paix future'doit se reposer
a sur les droits des peuples, petits ou grands, qui doivent
c jouir 6galement de la liberty et de la s6curit6 la plus
c absolue et A qui personnel ne peut contester le pouvoir de
K se gouverner eux-memes ). Les pays envahis devant Atre
6vacuds par les occupants, il imported, eu dgard surtout
A la situation gendrale du monde, que M. Wilson fasse
6vacuer par ses troupes la R4publique d'Haiti, afin que la
dernire Chambre, .lue librement par le people, puisse
s'assembler librement sous l'Ngide de la Constitution et
s'occuper des affaires g6n6rales de la RBpublique. Nous
attendons le verdict du monde civilise I
17 octobre 1917.




Date Due


Returned


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Due


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I

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9r






























































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HICROFILi,,, "
By THE UNiVERSITY Op
FLORIDA LIBRARIES,
La Republiqued'Haiti et I UGL
327.7294 K39r


3 1262 01125 7374











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LATIN AMERICAN COLLECTION


17 57 JUL 91997

















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