Le bouc émissaire;

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Material Information

Title:
Le bouc émissaire; petite étude sur l'état de la masse
Series Title:
Bibliothèque haïtienne
Physical Description:
30 p. : ; 23cm.
Language:
French
Creator:
William, Jonathas
Publisher:
N. Telhomme
Place of Publication:
Port-au-Prince, Haiti
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Social conditions -- Haiti   ( lcsh )
Economic conditions -- Haiti   ( lcsh )
Genre:
non-fiction   ( marcgt )

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 01492083
ocm01492083
System ID:
AA00008859:00001

Full Text



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Le Houc Emissaire

PETITE ETUDE SUR L'ETAT DE LA MASSE



PAR




JONATHAS WVILLIAM
Diploma de I'Ecole Normale, Lawrenceville, U.S.A.
DiplomB de I'Eeole de Thiologie, Petersburg, U. S. A.
Ex.-Pasteur de I'E(llise Episcopale,
mis I'linterdit dl61nitif, pour avoir ose (lever la voix
centre l'occupation ambricaine,
Professeur de Langue an Lyede National.


Port-au-Prince
Haiti
1931.


Bibliotheque I-Iaitienne








3c3;79
W'mmb
I4TSIN4
A..At;


. .. : .. !. I .. ..



























A ma m6re, Madame E. L.
et A Madame Alvin R., n6e Pratt, de Brooklyn, N. Y.

Temoignage de reconnaissance.






















PREFACE


Ce travail est sans pr6tention.Je ne l'ai faith que dans le
but d'etre utile a mon pays. 11 n'est sorti que du r6sultat
do constantes observations. Si j'avais une critique b
fire, je dirais que c'est 6crit dans un style simple ct
lAche, puisque je n'ai pu le travailler que dans les
courts intervalles que me laissait mon labeur; mais
que si on le lit jusqu'au bout, on verra aussi qu'il ne
manque pas d'id6es, et qu'il pourrait Otre instructif......

.L W.























Avant- Propos


Le people Juif, dans leur croyance primitive, pour se
purifier, chargeait un .bouc de rous les p6ch6s d'Israel,
et l'envoyait au loin dans le desert, pour se perdre et
perir.
J'ai, par analogie, donn i cet entretien sur In Masse,
le Litre du BOUC 9MMISSAIRE, parce que, apres 'avoir
charge de tous nos fardeaux, nous 'envoyons pour nous
en d6barasser, soit dans les champs de canne i Cuba,
soit dans la Dominicanie, pour se perdre aussi et perir.














SLe Bouc. Emissaire


It n'y a de plus grand ennemi d'un individu ou d'un
people, que celui qui le flatte. Mais on ne doit pas non
plus d6nigrer un people, sous pr6texte de ne pas le
flatter.
Sije n'entreprenais toujours que de flatter mon peu-
ple, je serais son plus grand ennemi. Mais sije I'aiguil-
lonne, mon aiguillonnement n'arrivera m6me pas aux
frontieres du d6nigrement, voire prendre comme taut
d'autres, un plaisir it le denigrer.
Le people Haitien comme.d'autres peoples, est rempli
de vices et de d6fauts; mais il ne manque pas de vertus
non plus. Done ce n'est pas une raison pour les anli-
Haitiefi de l'accablerA tout propos et hours de propose.
Ils devraient commencer par foutre le camp et nous
hlisser en paix. La chose pour nous i faire, est de fla-
geller ces vices et d6fauts; de magnifier. ces vertus de
telle sorte qu'elles finiront par d6border les vices et les
d fautls.
L'homme sous quelque latitude qu'il se Irouve, sous
quelque vari6tl qu'il .se pr6sente, est susceptible d'6vo-
lution et de progres. Sije n'tais.pas persuade de cette
verit, et si je ne l'avais pas toujours A Iesprit, je n'en-
Ireprendrais pas de faire: ce que je fais el ce moment-
Car, it faut avoir une foi bien solid pour croire que ce
people malgr.: ces d6fauts 6coeurants, :finira par s'im-
poser au. respect et i l'admiration dir monde civilis.,
de telle sorte que ses ressortissants, qui qu'ils soient,
come les ressortissants des autres peuples, soient un
jour consid6r6s, prolge~s, et respecles..
J'entreprends en ce moment d'attirer attentionn de
ce people inconslant, sur le niveau de sa masse,, qui
n'est pas acceptable aux yeux du monde civilis6; d'atti-
rer son attention sur .le niveau de so masse. que je
tconsidere come le bouc 6missaire, puisque pur, elle
pese tout: et de lui faire voir on comprendre, que c'est
pour lui un devoir imp6rieux, in devoir .inluctable,
s'il ne vent plus tlre la rise du mode et pirir, de
tirer sa masse de eel 6tat...









-10-


TAche ardue, s'il en ftit jamais. TAche que je sens
bien au-dessus de mes farces, mais qtu'il y a du m6ri-
te on de 1'laoi.neur;iaeiitreprendre. Tiche que de grands
noms tel qu'un Firmin ou Janvier avait deja entreprise,
mais pour avoir 6et1 rop abstrait, pour 6tre rested trop
sur les cimes, ils out Wet incompris.
SJe serai moi-mnme pratique; je serai concrel et resle-
'ai a ter.re Je lAcherai mAme id'lre un pen cru.
Mais je ne me dissimule pas encore une fois, qu'essayer
de rappeler A 1'Mlite son vrai devoir envers la masse,
c'est essayer de combler la mer. Celte elite a ...peur, pa-
rai-il, de la masse. Je rains aussi qu'elle n'eSt peur,
elle, si inconslante, si frivole, de s'arcbouler a une tA-
che quasi-decourageante ; vu I'6tat de fails dans lequel
nous nous Irouvons d6ja.
SCet- tat de choses, pourra-t-iljamais etre change ...?
Cependant, maigr6 tout, je vais essayer ..de metire a
nu I'6lat du bouc, emissaire, au point de viue intellec-
tuel, materiel et social.,Notez queje ne parole pas de
point de yue moral on religieux..
*Au point de .vue religieux, .quand la liumiAre de l'ins-
ruiction luira an seiii des tenebres de l'ignorance, c'est
dain lesa centres- 'r.vanx surtoul,. qu'il Se .recrulera le
plus d'individus pour le Sacerdoce et la formation du
Clerg6 national. II.y a -la sj.perstiti.on vaincre, mais
la superstition, elle aussi, reculera.
Cependant, je:tiens a le. dire ici, et on me le pardon-
nera, c'est nia marotte, et on': sait si cliacun Pn a la
sieiine, Si le Voudo pouvait..tre raffin6, avait une dis-
cipline et 6tait pratiquable, je .le prefbrerais au Catholicis-
me ronma.n ou au Protestantisme. Nolez que je ne dis
pas Christianisme..
La religion do,Voudo est la.grande parerite diV gl'is-
ti'dnismne On. sait si la religion du, .Christ est la'ile
du Judaisme. Le Voudo ,est 'Isembalble, .sur pres-
que .tus les rapports au Judaisme,;.Qui sa.it si le Judads-
me n'est pas sorti du Voudo. Et tout porte a croire que
leChrist fut durant sa vie, un adept diu Youdo; ou du
noinsg, en connaissait les knystbre. ..
-.-La religion du.Bouddlia, avec, son Nirvana, est apssi
bien allechante. Mais je.crains qu'on n'Aevoltfe pas sous
une tell religion,, et qu'elle. se ait in,. y.viicule de ie-
gression, plut6t que dvo.ltutior.. Car, ii faut 'cans colte
religion plus que les hommes.,de bone .volon.f e 'di









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Christianisme. La Theosophie avec quelque chose
d'analogue, est aussi bien tentante, mais ne serait-ce pas
une utopie?
Au point de vue moral, les gens de la masse out plus
de morality que nous. Je parole en connaissance de cau-
se. Ils sont bons, hospilaliers, charitable, tous ce que
vous voulez. Mais allez essayer de fire chez eux le coq
du village, vous serez bien vile mis A la raison. L'on
sail, par ailleurs, que m6me dans une occasion propice,
il faut violenter brutalement une fille de la champagne
pour arriver A la poss6der; et encore. Cette v6rilt, per-
sonne ne me le contestera; je n'ai done pas besoin de di-
re plus que cela.
I
L'on a une tendance A croire que les gens de la cam-
pagne sont plus riches, que les gens de la ville, c'cst
une erreur. On peut trouver parfois deux ou Irois indi-
vidus d'une belle aisance ; mais de li, A croire que c'est
une r6gle g6nerale, on se Irompe. La majoril est pau-
vre, tres pauvre mnme, et vit dans un etat lamentable.
Mais alors nirme que les gens de la champagne se-
raient plus ais6s que les gens de la ville, est-ce que les
mille perip6ties par lesquelles ils passenl ne les appau-
vriraient pas?
Ils sont, A mon avis, surtaxes; sur eux repose l'assiette
budg6taire; el malgrA cela, on ne leur donne pas de
voices de communication pour le transport facile de
leurs denrees. Leur methode de culture se ressent en-
core de I'6tal primitif. S&rieusement, on n'enlreprend
rien encore pour leur enseigner comment multiplier et
intensifier leurs products d'exporlalion. Et routes ces
negiigences ne rejailliront que sur fious..
N'esl-ce pas une Irislesse, que dans un pays of il y a
mu Expert inghnicur Americain, quand il pleut, au moin-
dre petit d6bordement de I'eau, les routes soient impratica-
hles. Les Americains eux-memes lie se cachcnt pas, ils
disent ouverlement qu'ils ne nous (,nt pas donni de
routes carossables, mais des sentiers bons lout an plus
pour des mules. Cela c'esl tres bien et bonne note doit
etre prise. Mais ils doivent convenir aussi que ce n'est
pas tout i fait A leur honneur. Mais que dis-je, esl-ce
que les Americains out seulement une idde de ce que
c'est que l'honneur.









-12-


Cela ne nous fend-il pas le coeur, ne 1'envahit-il pas
d'unc minense pilie, a savoir que quand les petites
marchandes de carbon sont surprises par une averse
dans une riviere qu'elles traversent A gu6, faute de ponis,
qu'elles regardentle plus-souvent d'un ceil' desolM et sans
pouvoii' fire autrement, 1'eau emporler leurs betes et
charges, quand ce n'est pas leurs personnel; tout leur
avoir et toules leurs resources. Et quand elles finissent
par arrive en ville, elles ne trouvent m6me pas un en-
cdoit convenable pour la vente de leurs produils.
Elles sont obligees de rester dans des endroits A ciel d6-
couvert, on de se promener dans les rues, et dans
tous les cas, de broiler sous le soleil.
Avec une bonne administration, qu'est-ce qui nous
empecherait d'avojr des points solides et bien situls.
Pour les innondations, ne poitrrait-on pas eudiguer
I'eau. Ne parviendrait-on par aiisi a en contr6ler les
debordements, conmme on fait en pays strangers. Ne
pourrait-on pas avoir des canaux capable de contenir
les crues. Par 1'6rection des reservoirs retenant l'eau de
pluie ou autre, il n'y aurait plus de p6riode de sche-
resse, et partant de It, plus de morte-saison.
On aurait par cela fait oeuvre de sagesse, fail oeuvre
de pr6voyance. Pr6venir, comme on le sait, vaut mieux
que gu6rir. L'on n'aurait pas besoin apris chaque petite
averse, d'attirer sur tous les tons, et quelquefois m6me
en tr6molo el en prose funambulesque, la pili6 des pou-
voirs publics sur le sort des habitants de tel ou tel au-
tre bourg,quiauraient Mt6 des victims de l'innondation ;
ou encore d'attirer sur eux, la pitid de la collectivist.
Et on n'aurait pas besoin d'avoir non plus, perp6tuellc-
ment, pour ainsi dire, i faire de nouvelles sorties de
fonds.
Dans une ville come Port-au-Prince, n'y aurait-il
pas dt avoir au moims une bonne demi douzaine de
marches, dans le genre du march Vallliires ? Pourquoi
entretenir ainsi ce manque d'esthltique? Esl-ce que
nous croyons, que. c'est ce qui nous rend original?
Qu'on ne vienne pas nous dire. qu'on ie .voudrait bien,
mais qu'il n'y.a pas d'argent.
Mais au faith, il peut ne pas en avoir reellement;
quand c'est drains au dehors, d'un c616, par r'Occupa-
tion am6ricaine ; de l'autre,par l'occupation clericale ro-
maine, et Ie peu qui resterail, gob6 par les jouisseurs ...









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Ces jouisseurs qui autrefois, lant6t i Paris, lantot it
New-York, A Londres on aul Casino, avaient ga;'spillI
si prodiguement les deniers de la princess Noire, en
des ventures galantes, qui n'ont lien rapport it ce
pauvre pays ou t leui's anteurs. En effet, en quoi le
pays a-t-il mal6riellement profit (1) de tous ces sl6-
riles voyages...?
L'Occupation' clericale romaine, elle mine, nous
prend de l'argent, et cependant, c'est a peine' un iinal.
Si I'Eglise episcopale, de provenance Amdricaine, de-
vait la remplacer, (2) elle ne ious prendraiti' pis seule-
ment de I'argent, mais aussi tout ce qui vaut A lh vie
la peine de d'ie vcue, la liberty, lioui nous. ravaler
it 1'tat de sous-honimes, sous-'especes. Si'on ne me
croit pas, on n'a qu'i fire un tour aux Etlls -UhiS, i)pour
vyir comment y soul traits nos congneires q'fui '.vivent
IA presque a 1'etat d'iloles. Ou a lire les lives tell's qui
aFi'ele Noir B), aCivilisation)), ((Captini i i Et'ericore,
je dois ajouler que je ne paIrle pas pour ceux 'qiif on-
siderent (l'argenit.i plus quie l' dignilt, 'ho6nnbut,i' li-
berld, ou plus mme que Dien...
Devant ces Irislesses, que fafit' 'Elat? Quel effort s&-
rieux fail-il? Que fait l'initialive ipriv6e? Quels efforts
reels avons-nous jamais fits?
En posait ces questions, je n'envisage aiucun gouver-
nement. Le gouvernement acluel n'a done pas besoin ni
de s'effarouchetr ni de s'offusquer ; il ne saurail eire' pris
i partie,puisque on ne peut pas encore-raisonnablement
passer dejugement sur lui. Mais vu I'~lat des choses, je
pense tout simplenent el iar tinici patioii,-qiie petsoime
veut rien fire, et que personnel tie viendra rien fire.
Qu'ils sont tous les mnimes et que tons no pensent q(t'a
eux ieincs.
El come par surcroit, ceux-la qui n'aiment pas sin-
cnrenienl le pays, qui ti'offrir'aienil Its un seul instint
leurs poilrines pour sa defense; qui ne sont enfin lout
implement que des vampires, sont encore cenx (qit
toujouis occupy les plus hautes positions, jouissent (es
belles situations ; landis que les enfants .devoues dui ont
pays ont eu at vegeler. L'on se demand quelquefois,plus

(1) Intellectuellement? peut-6tre Scientifique pratique? profit
nul.
(2) On a a a mauvaise habittidle, dans cc pays, de ne pas com-
prendre, que dains la vie, loules les choses s'encl;inent.. .









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pourquoi a-t-on toujours donn6 dle si grands advantages
a de pareils vauriens. El encore, comment veut-on qu'un
pareil pays subsiste, quand ceux qui voudraienl le pla-
cer toujours plus haul ont Mt6 de cetle fagon, indirecte-
nent et sysl6matiquement supprimes. I1 n'a jamais eu
d'effels sans cause.
A part, dit-on, Boyer, Salomon, Hyppolite el peut-etre
Lecontd, qui out dans leur lemps r6alis6 quelque chose,
il n'y a plus rien A computer aujourd'hui ; ren, saf l'arl
de;inagnifier les moindres petites bagalelles.
Pour initiativee priv6e, elle est encore handicapped
tant du c6lc des pouvoirs publics, que de son propre
c6ti. Du c6te des pouvoirs publics, en ce que 1'6lal ne
lui done aucun ehcouragemenl, aucune facility. De son
propre c6bt, en ce-que nous n'avons pas encore assez
appris, que I'argent n'est pas fait seuleinent pour etre
thesauriz,' et pour rtre gaspill, plus tard, apris la mort
du tlisauriseur, par les fils A papa.
II y a lieu de noler que les gouvernements qui vou-
laient sincremenl s'occuper de la masse out toujours
6t& renverses... Je n'ai jamais pu comprendre com-
meht ceux de l'elite aient pu agir ainsi; et comment
n'ott-ils pu, voir que 1'hebetude, la quasi sauragerie
de la masse, rejailliraient un jour sur eux; ii tel point,
qu'aujourd'hui, ils sont tous logs i la ninme enseigne.
C'est.pourquoi aussi il y a aujourd'hui de nos compa-
triotes qui, en pays strangers, ont honte de se dire Hai-
tiens ; et ils.ne comprennent mtme pas apres cela, que
ce sont eux qui out fait leur propre tort.
.Ne s'est-on jamais demand. Ie pourquoi qu'un pays qui
compile des hommes aussi eminents tels qu'un Menos,
un' Lger Cauvin, un Demesvar Delorme,, un Janvier,
un Firmin, pour ne citer que quelques uns de nos morts,
ne s'est-onljamais d6mandd pourquoi un pays qui comp-
te tant d'hommes de? (1) I1 est vrai li'on ne critique que ce qui vaut la
peine. Mais il y-us igii ne difference entr- la risee et la
critique. ,
Ne s'est-on jmaia demand pourquoi un Spencer St.
John, un Wickus;'un Seabrook, un Paul Morand et

(1),Voyez cot me Cuba, la Jamaique et mime la Dominicanie
se croie't perfilis de traiter nos ressortisgants come des
ind6sirahles.









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consorts, se sont-ils crus autoris6s a d6blaltrer ainsi sur
le complex de notre pays? Je ne sais si on se l'est jamais
demaindi, mais dans tons les cas, on doit savoir que
c'est par rapport a l'6lat mime trop primitif de notre
Smasse.
Ces messieurs n'ont pas pu comprendre comment un
people qui a une .elite si raftin6e, ait, par centre, une
masse si primitive. L'esth6tique de notre masse a 0t6
pour beaucoup dans leur critique. Ils se sont"dit qu'un
people qui pr6sente une telle monstruositl n'est pas
' srieux. Que ce people n'est pas consequent avec lui-
mme. Que si dans. tous les pays du monde, il y n
une masse, jamais on n'a vu un niveau aussi bas
que le n6tre.- Voila pourquoi, ils se sont moqubs de
nous; cependant que cela nous a 6tonnes.
Croyait on qu'apres les avoir choyes, adults, fes-
toy0s, ils verraient autrement ? Croyions-nous qu'on pou
vait les adduler et les aveugler, A tel point, qu'ils au-
ralent des yenx pour ne point voir.
Malgr6 I'intelligence incontestable de ce people, com-
ment avec cetle insouciance prononcee, ne verraienl-ils
pas en nous des cyniques, des clowns, des melleurs en
scAne, des farceurs outdes bouffons.
Les touristes font aussi la m6me constalation et les
memes reflexions. Et a propose de tourists, j'ai vu une
fois une scene a navrer le coeur.
Un agent du fisc percevait d'une malheureuse, qui
n'avait rien encore vendu, les dix centimes de droit re-
clam6s par la Commune; ces dix centimes de droit qui
6taient autrefois 9 trois centimes, et qui representent
maintenant une iniquity; Comme la malheureuse lui
expliquait qu'elle n'avait encore rien vendu, et qu'elle
n'etait pas encore en Mlat de payer, I'agent, 6nerv6, vou-
lut emporler tout le baquet. D'oit pugilat; lulte inegale
entire l'agent du fisc et la petite marchande. A deux pas
de li, deux lourisles riaient i gorges dplloyves, tandis
qu'un autre plus rus6 kodaquait. Ces agents li, ne
pourraient-ils pas mettre un pen plus de souplesse dans
I'accomplissement de leur devoir.
J'ai not6 aussi en quelque part.qu'A I'arrivee du dernier
bateau louriste, il y avait une scane toule aussi navrante
sur la terrasse de la Cathedrale.
Cetix qui sont bien places pour les reveler ne le font
pas cependant. On'ne sait traimenit si l'on doit rire on









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-pl.earer deva:it l'iic3:iss:eice e de ces grands n6gres,
Et'apr6s its viendront dat4i des conferences bien tour-
n' es, vous d6biter de belies phrases quand, par ailleurs,
'ils nervous disent:pas la vbrite. No:tveaux loups d6vo-
rants itsviendront a vous sous des dehors de philosophies.
Ne nmettez pas en oux votre espoir, ne leur accordez pas
Svoire coifliance, cela vous sera prejudiciable At I'nvenir.
Qu'au moiihs les dures lemons dupass6 nous pi servent
i' 'avenir.
En some, 'pourquoi ne pourrions nous pas avoir
un Pe6u plus de d6cence chez nous. Pourquoi le mai'-
chand de Kolafrapp6e, qui va dans les rues deguenillU,
shle, nu-pieds, nu-tele, avec le banquet de Kola dessus,
ne pourrait-il pas fire autrement, si on le lui avait
enseign6. N'oublions pas que la tele est le siege de I'in-
Stelligente, et que celte fagon-de porter des charges sur
la tote, d6grade homen, et ne rappelle qtie trop le trisle
-sonrVenil'-de.:'eselavage.
D'autres, peul-Utre, ont.vt ces choses commne moi,
tiiaispa'rte ~iie plus' indiff~'rents, elles n'ont: jamais se-
-t'eitiiftieilinteternfi leur attention,jusqu'au pointd'en fair
in t
Pourquoi la marehande d'acassan,ne pourrait-elle pas
itrdifver un' :itrie moyen de Iransport ? P( urquoi le
'li4iarchni'd de viande doit-il quand-mmnie porter le
baquet sur la Iate ? Pourquoi eiiffn I'Haitien doit-il
vivre chezhlii a l'6tat de parias, tandis que-tonu les 6tran-
"ers p pei'enili l? -
Lt'pioduits HaNtiens sont: horinis, tandis que les pro-
1dliits'e'tiaiweer s-sont -consider6s avec adoralion. 11 est
,r'Aii'i eta.in..prdduils idu pays peuvent, ne pas avoir
thiptphi'pratin'adeqtiate. Mais pour ceux qui en out.
'Piir temple 'poiiquidi les sbuliers dti pays qui sont lout
'tahsi' bieinfabriqu6s que ceux de I'Ptranger, sont-ils de-
-iisses:pour ces dei'niers ? Pouqu'oi prl'f6ro'is-nous les
co npes -lrang'res aux coupes indig&nds, quand ii y a
-'d'auissi bond tailleiirs Haitiens qu'Mtrangers? Pourqioi
les chlpeaux- rangers sont-ils 'prff6rs aux Hailiens?
Pourquoi donnons-nous nos livres A imprimer plut6t a
1'6tranger, qu'en Haiti ? Poorquoi faisons nous tout le
temps nos. eipletles plulbt aux magasins ti-angers,
.qu'aux magasifis Hailiens, quand dans tons les pays du
m'onde,, on encourage plut6l les r.gnicoles ?
Troublarites questions quxquelles,epl verite,on ne peut









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pas (oujoursrepondre, sans en ressentir le plus cuisant
chagrin. Scrait-ce par indifference, m6pris, d6dain ou
manque.de solidarili, r6sultat d'une deformation de la
mentality ?
Il y a, peut-tlre,. un peu de lout cela. Mais la cause
principle est le manquo de confiance, le peu de con-
fiance que 1'Haitien place dans l'Haitien.
L'Hailien a 616 si souvent dup6, bafoiu et malmen6
( entendez ce mot dans son sens le plus complex ) par
l'Haitien, qu'ils out fini pas avoir peur I'un de l'autre.
Oni, 1lHailien a peur de l'Hailien ; et voi'h, abstraction
faite des autres n6fastes et dl66leres contingencies, ce
qui est cause de cette affreuse mentality.
.Je me rappelle tres bien,que quand je revins des Etals-
Unis oh je suis resle sept ans et oi aussi j'ai 616 di-
pl6m6, tant de l'Ecole Normale de Lawrenceville,que de
I'Ecole Th6ologie de Petersburg ; je me rappelle que
j'etais tout feu,tout flamme;j'etais tres confiant et mime
Irop conflant. Je croyais que je pouvais dire ccci oni
fire cela. Je pensais que c'6tail faire oeuvre qui vaille,
que d'ouvrir les yeux sur certaines laideurs. Je me met-
lais A l'id6e que en faisant cela, c'6tait payer mon tri-
but, apporter ma petile quole-parl, placer ma propre
pierre h I'tdifice glorieux de 'honneur de notre pays.
Mais pour ce qui m'est arrive dans la suite, je vous
avoue que j'ai fini par 6tre gagn6 par la peur moi-mnme
anssi. Je vous le declare, que j'ai peur et grand peur
meme ; mais que malgr6 cela, force m'est failed de par-
ler.
Que nous chanle-on done apres cela, de fatality his-
torique, de mauvais genie, quand le mal est en nous ...
el aussi, dans notre scin... Les strangers en g6ndral el
les Am6ricains en particulier, ne pourraient rien conlre
nous sans ce mal ; ils ne font tout simplement que de
l'exploiter. Fatality historique, genie maifaisant, lblague
de farceurs ou de d6serteurs.
Pour le bien 6tre collectif,pour le bon renom IIai'tien,
pour la dignil6 nalionale, pour notre propre sauvelage
du peril enfin, pourquoi he modifierons-nous pas, d'une
facon g6nei:ale, celte funeste rnentalit6. Car je vous le
dis sans ambages et franchement, nous finirons un jour
on I'autre par p6rir, si nous devons continue ainsi. Car,
alors mnme que 1'Am6ricain laisse le pays, si nous
n'avons pas une forte discipline, nous ne continuerons









-18-


pas moins A Alre des parias dans notre propre pays.
Nous avons 616, et jusqu'i preuvre du contraire,je crois
que nous nous trouvons encore dans le mauvais canal:
le canal de la perle.
II
Madame. Gina Lombroso, dit quelque part dans sa
savante Elude sur l'Ame de la Femme, que dans une
socii16 bien organis6e, on cr6e intenlionnellement des
classes diff6rentes, auxquelles on donne une education
diff6rente, pour les employer a des fonclions diff6renles.
Cela serait selon moi un peu excessif, et par dessus le
march, trop arbitraire. Parce que si, r6ellemenl, elles
pouvaient 6tre cr66es, il n'y aurait pas d'6lonnement a ce
qu'elles puissent 6tre dl6ruites tout aussi bien.
Mais ce qui estvrai, c'est que dans l'ordre social, ani-
mal ou v6g6eal, les classes se creent d'elles-m6mes et
naturellement, selon les milieux on les 6v6nements. Ce
qui est encore vrai, c'est qu'on cr6e intentionne)lement
desorganismes pour ces diff6rentes classes ; du moins,
1l oii les peupless se son bien d6velopp6s.
On ne peut pas donc d6truire ce qui est natural. Et c'est
pourquoi le Communisme qui prAconise le nivellement
g6n6ral et universal, ne pourra jamais aboulir a cette
chimnre, parce qu'il y aura tonjours des supl6rioritis el
des inf6riorit6s, ce qui est n6cessaire al lharmonie g6n6-
rale.
Entreprendre done de cr6er intentionnellement des
classes-,serait A la fois dangeureux et t6m6raire ; et les
classes qui se cr6ent d'elles-memes naturellement et par
la selection, ne doivent pas,comme dans 1'Inde,etre des
castes immuables, surtout quand on est en d6mocratie.
11 faut,pour 6viter les cataclysmes sociaux,qu'il puisse
avoir croisement, etque, selon le m6rite,la position ou
le talent. un individu puisse apres examen passer d'une
classes A une autre.
A part cette reserve, les distinctions sociales sorit
aussi n6cessaires A un pays, que 'air qu'il respire ou la
religion qu'il professe. Seulement, ces distinctions ne
doivent pas etre pouss6es jusqu'A l'absurdil6 ; et doi-
vent ktre, de temps A autre, temp6r6es par de la man-
su6tude. Mais le nivellement materiel ou intellectuel
est impossible sur la terre ; et je ne crois m6me pas
que ce soit,, possible au ciel. II y aura toujours des hom-
mes qui talent plus que d'autres ; il y aura toujours








-19-


des riches et.des pauvres. Comment alors ne pas avoir
de claase on de rang social, si n6cessaire a I'6volution
d'un., p.ys, .Et quand m.me cela ne serait pas, per-
spnolellement,n'etaiit pas encore un pourceau, la gamelle
boc6eh.vique me r6pugne; et jusqu'A ce que je.devienne
cheviil, je lie .po.urrai pas avoir de goait pour. I'abreuvoir
.connlmuniste...
.I1i, q0, lon croit qliI n'y a clue !a masse et l'elite,peit
s'oh.sery'rii c.intraiye quatre classes: la masse paysan-
ne, le prol l ie., la petite hturgeoisie et la haute bour-
go.isie. Miii :co I.iem pC'est superticiel, comme ce n'est
iai. accentu6,.o, Q dit tout court,qu'il n'y.a que la masse
e,tl flite, Cetle..,nasse et cette elile qui ressemblent a
deux petlples distincts, el non pas a un seil et nimme
p.,upI.e Haitien. A. mon avis, un peuple.e de parias et. un
people 'de coqoi4s. ..
,;ar,en. effet, pot!r pireidre uni eexemple, .en,l:e.:des
jiiyriades,qiuell .affinit. on rappjiochenie nt peut-il.y avoij
entire l petite nmarchandde A carbon qui.xa, dans,.les
rues nu-pieds, uil cordon aut.our de sa tallie,-un haillon
autlur de sa tote, en guise de cliapeau, un panie.,.,de
qharbon,sur la I.te.-- t une.petite patricienne dutlBpis-
yr .rl ,C,ouch ee dans toutce&que la nature pent iQ(frji;
te raffinement.
. Jusqu'in. ce q,' ,,ntixlrepr'e serieusement de !i4eyer
e niiveau I.atA;iqete intel ec6tuel de la masse,,cest-;A-dij;,,
Snla fournir d'un hlien-tlre relatif et d'un i'udjittli d'ins-
trctiQon, .il ne po.urrajamais. existejr inueel'omre d'up
rapprochmnient enitre la petite iioarlchande de cliarboli ,'t
la patricienne de Bois-Verna, qiLi est cependant sa scegtp.
Et s'il ,pouait.exisltq un comparison, ,ce.. elail,.~lle
qu'il y a entire 1.'esclaye et l'animal.., ... ..
J'ai dit queil'on ne doit. pas pousser les .distinctiops
soqcales.jusqu't absurdurd, et avqc, rais.on. En, France,
par exenmple., un Rousseau habitant :.dans un. taudia se
verra.recevoir dans .ui,.cercle des ,princes. Une Mada.i.'
Recamiei;, habkl tant uine nmansardese verra Aduiise dains
le cercle des grands. EqIitiiti,qel.que soit. vctre iimrite,
position ou talent, pourvu,.qle l'on demeure dans ~:un
certainn quiarlierf, 1'on est. en quelqte sorte ostracism.,.,
Mais, cest une imb6cilit6.de croire que la residence en
,un certain quarlier peit nous cqnfqier un litre de no-
blesse. On fait la noblesse de..son.quartier; et dans lous
:les quartie.rs, il y a des.gens d'Alite. tin seul endroit.ae










formie pas Port-au-Prince ;'Ce sont tous les endroits qui
forment Pbrt-aiu-Prince. Qu'6ait-ce que le Bois-Verna
autrefois? Un retnde-vous d'assassins.Une forMt inculte,le
nom nimpee Ie dit. Eli bien, aujourd'hui, c'est un endroit
chic. Qu'6tait-ce que le Morne l'H6pital, appele aujour-
d'hiui Bas-Peu-de-Chise ? Unrivai coiupe-gorge; o I 'on ne
pouvait passer en plein liidi. Eh bien, aujourd'Inii, le
Morne i'H6pital dubas Pen-de-Chose. est en plein Mlat
d'6volutioii;' ] en sera de inrine pour le Bbis-John on
St.'Martin, la SaiHhe, le Bel-Air, le Morne-A-Tuf; etc.
SOt, cdetle Sottise j'avoir d'absurdes murailles de chine
notus a'defi 4atis' blieeihde pr6judics.-- Faut-il qu'Ai
lg~id'"de ia nIasse, il nous'ari'ie la mnite chose, sin6n
pi.-re ;-: .. :.;. d. .. .
'Si a iiaassb teste i son niveau mal'eriel et intellecliel,
tel.qu'il est en ce moment, elle ne pourra jaamais aut
pdiflt de, vue social, alimenter I'1lite. El de son c6td,
s!e'6lite se cibnslitlue"coiiinLe dans I'lnde, en .une caste
im dinalfe, ell~ne p6dtrra pa's tre 'aliinent6e,; et finira
d ":li-s"'ieoler ou par 6tre reinplhace par les exoti-
q ties, / .-
.Sh bis''Voiis 'ds klifairts, nousli 1sk nianquons- pas
de'~~'ti' 'Aioinf his 6t lIoit li'ots pouvons les ineltre en
relief, je crois que nous les ferons.
Uni~ d'e-e'es Vrefe'tsls eat'ndtre ho6pithdit6 pioverbiale,
qhi a beauCplup coftribul6 a 'nolis .nietre dans 1'etat oi
nous'sbiniAes. Nous'"ad~is -L6t6 opi hspitalie'r dans le
pass,:'ei nous ciitijnuion's'encore, it 1 tre datis le pre-
sent. 'iUneaaitrc' vertu est notre 'seis: elev6 die la res-
6p'a sa ltfii / .. -" t 1 'i .. ..
-a'lgi1f6us hos dffuiirts, el 'est uhe bien grande vertu
que ntous Ivonsa l'encotltre lffs r i oNlt -_is iros respond riithilts je ne parole
pa~'u'ie'ld rtifnfv Mdi6-it. E'n 'lciril; nous' n'nivois
jiai4 s'T ntS~ttiiiOie '&chlargeir nios responsabililts sur
'afbe,; Nitifs- 'ie'tiOis laissons pasteoivaincrte on -n'agis-
s6p~ i pas ~Cb mm si itous rec6iihtaissois qtte le blan- seul
elt Wabi i k 'dniifsser:des rsiponisa lil ites.
'Po6iriii part; je Ciois qii'iun Sirl'eur des Etats-Unis,
qui fsitait i ino' bpis;: avail failt tuire inj u re gratu ii teitu n
Sniateuia,'H'Airti, eh lnii disailn qi'il'avait 6chipp6 belle.
Ce detrer- 6tait catrdidat a l" pr6sideiece el n'avait pas
fiussi:; et selon ce S6iYateur des Etals-Unis, I'antre
l'avait cliappe6 belle, parce -quelali prsidence comporte
trop de responsabilit6s.









-21-


Nous ne pouvons pas 6tre toujours constant duns nos
desseins, nais nous ne fuyons pas nos responsabiliits.
Apr6s cela, taut pis poui" ceux qui.pour fuir les respon-
sabilites,veulent les d6charger sur d'autres.
Tout Iinaturellement, nous ne devons pas 6ire si vani-
teux,jusqu'A repousser les concours nobles et desintlres-
s6s, mais nous ne devons pas fire preuve de veulerie
non plus.; et je.suis d'avis que les probl6mes ne peuvent
6tre bien r6solus, que par ceux qui y sont immediate-
ment intlress6s. Ceux-la dbivent tout faire pour se placer
au premier plan. Et je suis sir que l'l6ile finira par
comipreiidie toute l'importance dte sa responsabilil6
envers la masse, et tous les advantages qu'elle pourra en
tirer, apris l'avoir endoss6e et menue A bonne fin.
ll
)anls tous lesmanuels de Geographie d'Haiti nous lisons
que la langue officielle du pays et le fiancais, mais que
la masse parole un patois qui est 'le creole. Que l'6lile
parole celte langue el conserve jalousement sa culture
latine. Cela, c'est tr6s bien.
Mais si nous clamons A tout vent que le francais est'
notre langue, il doit I'elre en faith et hon pas en Iho'r"ie.
Je veux dire qu'il dait Ati-e parl6 par tous, et non par
une parties seulemint. Car en France, en Anglleerre. en
Allemagne,tous les regnicoles parent franCais, anglais;
ou allemand.
Pourquoi avoir encore une division linguale 'aupr6s
de toutes nos autres divisions.
Ce n'est pas qu'il y a humiliations A parler ce patrols
( le cradle ) come le pensent quelques uns. II pohr-
rait tout aussi bien devenir une langue.
Toutes les langues parl6es et ecrites au monde, n'ont
6t6 tout d'aboi'd que des patois.Ces patois,par le travail,la
culture et le temps sont devenus des langues: morles
pour cells qui ne sont plus en usage, vivanles pour
celles qui sont en course. II n'y a done pns de honte A
parler le creole : p il n'y a pas de doute qu'il arriverail,
A son tour, en temps o'lpportun, A montrer a I'Mtal de
langue. Du reste, il y a quelque consolation A consla-
ter que le creole 'ecrit i'essemble plus ou moins A l'al-
lemand.
Mais come nous avons toujoui's regard le francais
come note langue maternelle, et qu'ensuite nous









-22-


n'avons pas de temps pour perfectionner le creole, puis-
que tant ltrs eiftretard,il nous faut aller an plus press,
pourquoi pas alors,pour etre plus cons6quents avec nous
memes, non seulement fire usage de ce v6hicule de la
pens6e, (Ie francais ) mais encore, le meltre A la port~e
de tout le monde.
C'est une erreur de croire que le paysan ne ipeut com-
prendre le frangais et que les course lui doivent ti'e faits
en creole, le paysan peut comprendre le fra'ncais aussi
facilement que le creole.
On en a vu qui,habitant une maison oh on parole nim-
porte quelle langue, arrivaient A parler celle langue
aussi facilement que n'iinporle qui. Cela n'est tout
simplement qu'une question d'habitude. Ceux qui vont
en Dominicanie ou a Cuba, parent I'espagnol apr6s
un s6jour de six mois seulement. Ceux qui resent aux
abords des wharfs parent Ioules sortes de langues.
Qu'y a-t-il de plus difficile que 1'Arabe ou la langue
chinoise? Eh bien, on a vu des servantes et des
domestiques, qui aprIs un assez long s6jour pass dans
les maisons of ces langues sont parl6es, arrivaienl f les
poss6der 6galement.
Apres toules ces considerations, quelle raison a-t-on
encore pour ne pas gratifier la masse du pain de l'ins-
truction. Je ne dis pas qu'ils doivent tous i6re des Jan-
vier on des Firmin.. c'est impossible. Mais au moins
ils doivent avoir les indispensable notions 616mentaires,
n6cessaires A tout home pour bien accomplir son
devoir de citoven.
Du reste, vu 1'Etat ou nous somnmes, c'est-h-dire,avant
une occupation 6trangire sur le dos, tout Haitien devait
pouvoir parler trois langues: le francais,l'anglais et l'es-
pagnol. Le francais qui est sa langue maternelle, pour
rayonner et briller au dehors. L'anglais et I'espagnol,
pour pouvoir nous fire comprendre lb bien pr6-
senter nos revendicalions. C'est ce qui devait 6Ire de
tout temps (1). Mais si cela n'est pas toujouirs possible,
qu'au moins alors, nous arriyons tous A bien parler la
langue francaise.
Depuis que je parole, c'est en Ce moment seulement

(1)Nous ne devons jamais oublier-que nous sommes an milieu de
deux blocs: au nord le bloc Anglo-Saxon; auSud,le bloc espagnol.









-23--


que j'aperqois queje pale come si nous n'avio!sjaml;ais
rien fail.
On a elu toujours A fire de belles processes au peu-
pie, mais on ne s'en est jamais occupe. Les gouverne-
men.ts out totjours eu A faire de bonnes lois a 1'egard
de l'6volution de la masse,mais Ca n'a toujours 6et que du
paper imprim6.Comnme on le sail bien,l'intention ne vaut
pas toujours le fail, surtlut quand dans l'arriere pensee,
il y a duperie. A quoi bon faire des lois, si elles ne
doivent pas 61re ex6cut6es et si leur non-ex6cutiq n ne doil
pas entrainer de sanction.
Le manque de sanction est undes fl6aux qui rongent
ce pays. Ce qui fail que dans ce pays, les honq6tes
gens sont timides et.peureux, landis que les coquins spnt
audacieux et m6chants. Mais a prjsenl, les gens de bien
doivent avoir autant d'audace que les coquins sinon
plus, pour les confondre.
A quoi est du ce manque de sanction ? A un 6tat
d'6volution imparfaite ? Pas du lout; mais bien A notre
e[al de people trop 6euotif, et aussi, peul-etre, a notre
mentality mal faite. Car nous faisons de Ia sentimen-
talit6 et de la faiblesse, la oft il ne faut que la froide
raison;; nous avons de la complaisance et de la tole-
rance, lA ofi il faut de la s6v6rilt et de la fernmet6. Et
nous savons pertinemment que la liberal mal com-
prise d6g6nCre toujours en licence.
Ce manque de sanction se trouve partout chez nous.
Un example de notre mnanque de sanction, au point
de vue social. Un individu qui pour u.n mefait grave que
reprouve la sociWtl, aurait (t .jug6 et coiidammk, s.e
verra apres cela, accepted par cette mime sociIel, s'il
est d'une certain famille et s'il appartient a une cer-
taine caste. Tandis qu'en France, les choses ne se pas-
sent pas ainsi. Vous aurez beau al)partenir ai n'imnpor-
te qu'elle famille. et A In plus elevce des classes, si
vous encourez la decheance, vous restez pour toujours
d6class6, et vous ne serez recu nulle part. Force vous
est doic faite de vous exiler etant un Iainni de la so-
ciete. Car vous ne serez requ imme pas chez le paysau,
qui a brin d'instrucltion, et qui sait que remain, son
fils on sa tille pent, par leur merile, arriver a occuper
de tr6s haules positions. Un Pasteur, un Drouot, un
Lincolln ne d6mbontrent que trop ce que nous venons
d'avancer.









-24-


Ici cependant, 'individu d6chu n'aura mrme pas be-
soin d'aller chez le paysan, qui l'accepterait avecjoie,
pourtant, et qui dans son ignorance, croirait que c'est
un honneur pour lui, puisqu'il ne peut avoir les m6mes
pr6tentions que le paysan Francais on autre ; ici dis-je,
I'individu d6chu et qui appartient A une certain caste,
n'aura pas besoin d'aller chez le paysan, puisque la
society lui rouvrira toutes grandes les portes; landis
que par une triste b6tise, les honn6tes gens se verront
ostracis6s.
Mais il faut voir aussi qu'elle socitt6
Une socit6 -compos6e de gens d6pourvus de bon
sens... de gens gonfl6s de pr6tentions b6tes et de sot-
tes suffisances d'6cervel6s d'un tas naifs et
de niais .. (1) de gens qui se renferment dans une mor-
gue, qui vous regardent de haut, qui vous toisent comme
s'ils 6taient au dessus de vous. .. de gens auxquels
on est peut-6tre suplrieur A tous les points de vue; car,
s'ils avaient votre conception, e'est-A-dire, une saine
conception des choses, si leur conception n'6tait pas
erronn6e, s'ils n'Mlaient pas en quelque sorte d6sax6s,
il y a bien des humiliations que nous n'aurions pas
eu a enregistrer. Et, Dieu veuille que nous n'en ayons
pas A enregistrer le comble....
En v6rit6, je puis atre un ignorant, je puis ne rien
savoir ; mais encore, et toujours est-il .que malgr6 mon
ignorance, je trouve qu'on est archi-b6te dans ce pays.
De plus, notre education social est encore A fire.
SToutefois, et pour revenir a nos moutons, m6me si
nous arrivions A avoir des 6coles dans tous les coins
et recoins de la R6publique, il ne faut pas nous le dis-
simnler, qu'il faudrait des d6vouements. Car en
Haiti, les professeurs ne jonissent pas de la consid6-
ration, et n'ont pas droit m6me :de la reconnaissan-
ce, puisque le professorat n'est pas consider comnme
une carriere, mais bien come un pis-aller. De plus,
la function n'est pas bien r6tribu6e, et il n'y a pas d'a-
vancement non plus. Ce qui fait que nosjeunes gens
pr6ferent autres chose: m6decine, droit, g6nie; mais
le droit surtout, on la maitrise dans I'art de parler, nous
conquiert vite des positions tres enviables.
(1) On comprendra que ce sont lh des invectives puremernt
platoniques; et que, personnellement, je n'ai rien co'fiUe cette
soci6t6, que je voudrais voir seulement un peu mieux organi-
see.









-25-


-On nie trouvera done pas de professeurs; et qui pis
es.t, pas m6me une Ecole Normale, d'of ils pourraient
6tre d6fourn6s. Cependant, come a dit un auteur,
que dans tout Haitien instruil, il y a l'ombre d'un p6-
dagogue; et conite il ne s'agit pas ici de grades
choses, avec de la bonne volont;6 les d6vouemients
sont toujours possibles. Mais avec les salaires d6risoires,
le voudrait-on.
Qu'y a-t-il de.mieux, en effet, que d'6tre commod6-
ment install dans une function bien r6tribuee, que
vous aurail conquis votre talent de parole. C'esl pour-
quoi, nous qui aimons dejit taut A parler, et qui ne
le pouvons pias toujouirs, nous perdons un temps pr6-
cieux, et qui pourrait 6tre mieux employ, dans
I'apprenlissage de eel arl; et la politique aidani, nous
devenons complement aveugles et sommes incapa-
bles de voir bien d'autres choses ....
Parler esl done devenu pour nous une manie. A
propose de tout, nous ne faisons simplement que par-
ler; et rien que cela. L'un des Commissaires de la
derniere commission investigation americaine (1),
,je ne me rappelle plus son nom, eut aussi a en fire
la remarque.
En effet, nous sommes trop volubiles. Nous bavar-
.dons quelquefois sur des choses que notre inleret
aurait du nous commander de taire. Nous ne sommes
mnme pas capable de garder un secret, Sur ce chiapi-
tre, les Japonais pourraieni nous enseigner long.
Nous badinons avec tout, el mime avec notre 6tal de
de people occup&-nos actes dans une revue .. illus-
tee de .. Paris, ne le font voir que trop. Je crois
que c'est pour cel enfantillage, que le Haut-Commis-
saire (2),-je ne connais pas la valeur intrinseque de
1'homme -eut i dire de nous, que nous avons la men-
falite d'un enfant de s-pt ans.-Nous faisons des plai-
santeries. sur, toll et it propos de tout. N'etant pas s&-
rienx, cela nous reiid incotnsquents avec nous-mnmes.
(t NOIus prtsentons, par ainsi, le spectacle ld'uni peiuple
allanl en aveutle, qui esl el sera touijours d'une facon on
(d'line alire, un people Iribulaire, asservi, loul le temps
que nous ne strois prss orais avec nous-memes; loul le

( 1 ) Commission Forbes.
( 2) G1nera[l Iussell.









-26-


lemps qne nous ne voidrons pas considdrerrsdrieiseirnein
'nos problinies pour les resobdre. El come on le sail,
il'n'y a de pires avengles, que Cierx qui, volonloiremen.l
ne. veulent pas voii : ou qui le sont el, rien que par
apdihie. .
- 'Lon nte saurait cependant, sans eire passion. 6,
fairer un tort AU ii home de rechercher une foiietion
bien retribude, pour avoir de I'argent. Mais li o0i nous
ne sommes plus d'accord,c'est quand il brigue cette fonc-
tion, noli potir l'honneur d'y 6tre, oun pour le service
a rendfe au pays. ntaisu niquement pour en retire de
I'argent, pour satisfthirie A des desirs immoderes de ;lue
et de basses jouissances.. :
Haiti serait-elle 'seuilenient un nid de.:guepes? Les
guepes, comihe on le sait, ne produisent rioi d'utile,;
hinis piquelitet prominent simplement: le roflet bril-
lant de leurs venties, qui ne font (du bien :h person ic.
N'y aui-aii-il dan'i tout le pays, que des sacrificateurs
du venture seulement ?
J'ai deJA'entendu uri jeune homme, un toutjeune hom-n
me, qui' arait seulement 4 on 5 ans de plus'que Fige de
lIainajorit ; je I'ai eniindu dire, qu'il estjetine, et' qu'il
veut marcher : il fera tout cc que fait tn home Ionr
arriver.. .
'A' ur autre i quije d6clarais que ce qu'e cejeune homnme
di'ait rie devail pas 6Ire vrai, que ce n'6tait que pure an-
fa'nfaio'hnade de sa part ; car, si ce pouvait itre vrai, il
ne l'aui it pas dit li ouvertenient. Celui-li me r6pondit,
iie je ne' cohiaissais pas le jeune homme, qui est (dunet
ambilion f6rdce ;et que ce qui'il vient de dire .ahnnte
vbix uii vihlt diri ceur. -
Je r'eslai l6ahi eldevins songeuir. .: -...
Peuit-tire, me'dis-je, qu'il nie veut pas 6!re en resle
avec ses ain6s; peut-6tre encore qu'ila dans ses.co.ncep-
tions de li vie, que lasatisfaction materielle:et imili6-
diale'de sesappetifs, est tout ce qui compile, et le resle,
imme I'id6l'I ri'est rien. Faut-il dire, heureux le. people,
hlureux le pays qui poss6de dans son sein; de pareils
echantillous coinme ses repr6sentants les plus britlants.'et
les plus alliti6s ?
" Dans tous'les cas, et seulement pour i6re pralique,
nous devons dans la vie, fire la part de certaines com-
promissions, mais il y a des souillures que 1'9o ne doit
jamais accepter, m&me pour marcher.









-2,7--


.L',ducation civiquede :ce people est encore fire, et
-de tels repr6sentants devaient 6tre supprimes.
Pour ce qui me concern, le peu que j'ai eu a toucher
ou du tr6s6r public, ou d'ailleurs, n'a 6tL d6pens6 que
pour le plus grand profit de mon pays. Mais il y a des
honmines dans ce pays, qui pour de I'argent, vendraient
leurs pere et mnre, femmes et enfants... C'est peu. Ils
vendraient leur Patrie... Ce n'est rien encore. Et s'il y a
un Satan, ils vendraient leurs ames A Satan pour de l'ar-
gent. Que leur imported done seulemeint d'exploiter la
masse ? Que peut bien leur faire l'etat de cette dernii'e ?
Devant de pareilles tristesses, I'auteoir d'un article ter-
mine en s'ecriant : Dien save Haili !
t1 faudrait indiscutablement pourcela, au Pere Eternel,
-le bon vouloir-des Haitiens ; et ce dont je doute. Cepen-
dant, Dien pour sauver Haili, malgr6 elle, aurait d'abord
a rendre n;uets les Haitiens; ensuile, A les rendre malan-
des. Muets, pour qu'ils ne peuveni plus parler, mais agir;
inalades,-poult qu'ils ne peuvent plus jouir de luxe, mais
:1ire sobres. Et:c'est A peine, si malgr6 cela. 11 parvien-
.dIaitl la sauver.
- Je sais bien que t-o:s ce que j'ecris IA, ii'aliuolit peutt-
'tre pas la vertu de modifier l'etat des clhoes ; iiihis du
moimns j'aurai la conscience d'avoit fait io t~d'e voil, 'la
conscience d'un devoir accompli.
On n'a demanded un jour, pourquoi suis-je retourn6 dans
non pays ? Puisque j'etais a lI'traniger, je devais y rese:r.
Une: patreille question d(note le triste etat de notre men-
lli't6. Nous sominesarriv6s A consider le pays come
une vyraie galre, Et peut-61re aussi, m'a-t-on dit cela,
pI!ce que par ma franchise, je drange,! iarait-ii, les
plans criiiniiels d'e plus diun. .
pr6s cela, on peu ine. Iraiter de fou on de lunalique,
d'igniorantiton de riveur, je me. parerai de ces. tires
In,aec, fierte.
.e crois avoir mis sous ni ipur assez lumineux-,'6tat
de lan masse. Que d'autres vieinuenit e rendre.encor:e.pi)us
acculant. I'61ite, je n'en se!'ai qu.e que trop saltis'ait. Car,
il est temps pour nous de sorlir de cete 6tat de spasme
sentimental, quand il s'agit de( reliever le niveau de la
masse, pour ne pas le renvoyer aux Calendes.
Nous ne devons plus dire au commencement de taule
grande enterprise :- Haiti est trop-pelite ; ou bien encore,











nous ne te pourrcms. La Suisse, la Hollande, la Bellegi-
que, sont-elles Irop petites pour entieprendre de gran-
des choses?
Meltons-nous bien dans la tte, que nous ..iouvons ar-
river A lout, par le Iravail, le courage, I'at lfation, la
technique, I'espril decorps, I'espril de suite, el surtout,
par la volojlt de primer.
11 est done grand temps pour nous de cesser les atten-
drissemaents faclices ; de ces alteadrissements jusqu'aux
larmes, ces tirades lyriques en tremolo, pour passer d6-
finitivement de la theorie a la pratique, de la pensee A
l'action, de la belle intention au faith, dans le relevement
du niveau materiel, intellectuel et social de la masse.
Car, Le d6laissement insouciant, continue et systematique
de la masse finira par constituer pfor nous. le boulet
que le format train a son pied, qui l'emp&che; d'aller
vite, de prendre son essor, et qui !ne pourra que I'en-
trainer dans l'abime.
Ce serait vraiment- A d6sesp6rer d1e la. race, si nous
devions toujours resler ainsi, et si nous nie devions pas
reagir.- Cependant la conduite on I'inconduite d'Haiti,
peut-elle affecter en rien le sort de .a race;,et cela,,
dune facon absolue?
Oui, lout le temps qu'Haili Mlail consid6r6e coinmme-l
boussole de la race, comme celle qui devait la r6habili-
ter, C'6lait, du moins, ce que nous croyions toujours
6tre notre Ipission. Mais la race noire' i-L-elle besoin
d'6tre rehabilitee, a-t-elle besoin d'apiples?
D'uOe fa;on relative, non. Car beauc6di de gens igno-
rent que 'Ethippie, l'empire negre d'AI4sinie; fail tout
aussi: bien hoinegur i-la race, Que cet e*itpie'it:a jhimais
6t6 subjugu6. (1) II a une superficie Olus gitrainde que
celle.de'la France, et complex 16 millions d'habitanls. Sa
Capital, Addis-Abeba, (2) nom donirp par 1'imperatrice
Taitou, est; petit-tre, auissi lairgee qe Nw-York.
Me.nlik, le grand empereur qui a fonde Tuini~ det
I'empirie est aussi grand que Toussaint Louveirture:
Le'ras' Makonen, p6re dui ras Taffari, qui.a gagne6 ui
les Italiens la c616bre victoite d'Adua, en 189(, et a de
celle faigon consolid6 l'unite de I'empire, est 6galemeni
admnirable.- Le ras Taffari, I'empereur actuel, meritp

(.1) D'apr6s A. Liano.- Ethiopie, empire n6gre d'Abyssinie.
(2) Addis-Abeba, en language Abyssin :Nouvelle-Fleur.











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de retenir notre attention, en ce.qu'il dirige son people
rapidement vers la civilisation.
Le people Abyssin, d'apres A. Liano, est un people
a demi-barbare. a demi-civilis6 et sanguinaire. Ils raffo-
lent des femmes blanches, don't ils sont, parait-il tris
friends. Ils poussent, parait-il, letr amour pour les
femmes blanches, jusqu'A la d6mence. Mais je suppose
que quand ils s'en seront bien rassasis, ils finiront par
s'apercevoir que les chairs blanches n'ont pas plus de
saveur qu'aucune autre chair, (et peut-6tre, en ont-elles
mtins) et alors, ils s'en passeront.
Cependant, malgr6 cela, les Abyssins nous sont sup6-
rieurs. Ils out le culte de la Patrie. Ils ailment farouche-
ment leurs. pays et son independance. Ils ailment sin-
cerement et d'une faqou d6sint6ress6e leur Patrie. Ce
ne sont pas des mercenaires don't I'amour de la Patrie
consist uniquement ai faire de l'argent par n'importe
quel mnoyen, ( ils sont nombreux ceux-lA dans notre
pays) on i tromnper habilement, tout en se faisant passer
pour des personnel honorable. De plus, leurs pr-tres,
leurs 6veques, leur archev4q.ue ou Aboune d'Abyss.inie,
tous sont des Abyssins, et non Francais ou Bretons,
Anglais, Italiens, Allemands on Amiricains. Tandis
qu'ici... ( 1 )
J'eus a dire autrefois, que s'il me venait un jour l'idee
de me naturaliser, je me ferais Japonais. Parce que, en
dehors d'Haiti,je ne voyais aucun Mlat autre negre qui me
lenlerait. Je n'ai jamais eu A prendre le Lib6ria e6n con-
sid6ration ; et je ne me ferais pas Dominieain; pour des
millioifs. Eh bien,. aujourd'hui, modifiant mon opinion,
si j'avais. a me naturaliser, je me ferais volonliers Abys-
sin,etje pourrais, par cous6quent, jurer par ( lIa Mene-
lik Am6llak. )) (2)


(1) On ne vent pas comprcndre.jusqiu" present, dans ce pays,que
-dans la vie, toutes les choses s'enchainent. .
(2) Ba Menelik Amdlak : Par !'Ange de MWn6lik.










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POSTFACE.
..... Comme je l'ai dejA dit dans la petite preface, une
fois de plus, je le r6p6te, ce travail est sans pr6tention.
Je l'ai fait malgr6 une grande fatigue, effet de la d6pres-
sion physique. Je I'ai 6crit quoique harass, done pas
des plus dispos. Vingt fois, j'ai failli le laisser; mais
l'obsession, la hantise quest pour moi le triste dtat de
la masse, m'a toujours ramen6 A la tAche. C'est aussi
mon tribute que, humblement, je paie A la masse. Je me
d6couvre devant elle: devant sa valeur, son importance
et son indispensabilit..
Je regrette qu'il ne m'a pas 6t6 possible, vu ma dis-
position d'esprit, d'en faire un travail d'art. Car, peut-
etre, le puis-je, et ne le puis-je pas toujours. Mais,
qu'imporle. Du reste, je ne desire pas faire de la pour-
suite litteraire, le but de ma vie non plus.
Je sais qu'en le livrant, je m'expose A une critique, qui
ne sera pas des plus tendres ; et cependant, je le livre
quand m6me, eourageusement. J'ai aussi la naive idle
que, peut- tre, il donnera A penser.
Ma consolation anticipee, est que les esprits large ne
seront pas des plus s6v6res.
SJem'attends done paisiblement aux coups de couteau
des petits Boileaux d'ici; de ceux qui veulent encore
6tre plus royalistes que le roi. Ces br6teurs de peu d'en-
vergures, ces esprits 6troits sont quelque fois sans
piti. (1) ; que serait-ces'ils avaient le cerveau d'un Bour-
get, France, Bordeaux ou Bazin, ils se croiraient des
demi-dieux.


(1) J'ai d'autres Etudes, peut-Atre, encore plus curieuses que
celle-ci ; et auxquelles, je voudrais faire voir le jour. Je livre
celle-ci d'abord, parce que, peut-etre, plus essentielle. Si l'on me
raille trop, je laisserai les autres dans leur sommeil.

Imprimerie Nemours TELHO&MME. 1607. Rue Dr.Auhry. 1W07 Port-au.Prince (Haili).

















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Date Due


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