Du commerce des colonies

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Title:
Du commerce des colonies ses principes et ses lois, la paix est le temps de régler & d'agrandir le commerce
Physical Description:
1 online resource (63 p.) : ;
Language:
French
Creator:
Hilliard d'Auberteuil, Michel-René, ca. 1740-1789
Publisher:
s.n.
Place of Publication:
S.l
Publication Date:

Subjects

Subjects / Keywords:
Slaves -- Social conditions -- West Indies   ( lcsh )
Esclaves -- Conditions sociales -- Antilles   ( ram )
History -- West Indies, French -- 18th century   ( lcsh )
Commerce -- History -- West Indies -- France -- 18th century   ( lcsh )
Commerce -- History -- France -- West Indies -- 18th century   ( lcsh )
Colonies -- Economic policy -- France -- America   ( lcsh )
Antilles françaises -- 18e siècle   ( ram )
Commerce -- Antilles -- France -- 18e siècle   ( ram )
Commerce -- France -- Antilles -- 18e siècle   ( ram )
Colonies -- Politique économique -- France -- Amérique   ( ram )
Genre:
bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )

Notes

Bibliography:
Includes bibliographical references.
Citation/Reference:
Goldsmiths'-Kress,
General Note:
Title from PDF t.p. (LLMC Digital, viewed on Sept. 9, 2011)
General Note:
Attributed to M.R. Hilliard d'Auberteuil by British Library--Cf. Brit. Mus. cat.

Record Information

Source Institution:
Brown University
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
oclc - 65333745
ocm65333745
Classification:
lcc - HB151 .M35
System ID:
AA00008606:00001

Full Text

























This copy of a rare volume in its collections,
digitized on-site under the
LLMC Extern-Scanner Program,
is made available courtesy of the

UNIVERSITY OF FLORIDA LIBRARY





, UT


COMMER-CE


--DEPS P COLO ELOIS,

SES PRINCIPLES ET SES LOIS,


La Paix efl


le temps de rigler & d'agrandir
Ie Commerce.


.1


1 7 8;.
YSII1224


r

4









T AB L E.

IstTRO cr T pag. 1

P R'EMI ERE PART E.

CHAPIT RE PREMIER. Contre les lois pro-
hibitives appliquees aux Colonies Franfaifes de
P'Ame'rique. 9
CH AP TRE I Du Commerce, de la Na i-
gation, & des Matelots, des Negocians des
Fabriques. 18

SECO NDE P AR T I E.

CHAPITRE PREMixR. Du Commerce des
Etrangers dans les lies Franpaifis de AlAm'-
rique ; motifs de l' Arrit du Confeil du 30
Aolit 178' qui accord dans les Colonies
plhfieurs entrepots aux navires e'rangers. 32
CH APITRX JI. Pe la traite des Noirs. 48


Fin de la Table.


L--l- -~9~e~ sr~---- _.~ __~ u
I










I NTROD L C T lON. '

LA rcompenfe du travail feralt mefure
fur les products de chaque territoire, & la
nature du fol donnerait par-tout des boni'es
A la population, fi le Commerce netait pas,
entire les mains des Peuples, un effort uni.,
verfel qui fert a etablir une puiffance indireas
d'une Nation fur I'autre, & qui communique
fes impulfions jufqu'aux extrnjites de 'Uni-
vers.
Sous ce rapport, le feul don't les hommes-
d'Etat puiffent etre frappis, la dire&ion di,
Commerce ne doit pas etre foumife aux vues
des Negocians, don't unique fyftime eft d'a-
cheter a bas prix & de vendre cher: elle eft un
des principaux objets de I'adminiflration pu-
blique, qui a pour but de multiplier les
changes & les travaux, & ne confidere les
Marchands que come des etres adifs, que
le ddfir de gagner rendrait nuifibles a la Na-
tion elle- mmee, ii flon ne favoit pas leur.
donner des occasions de fire payer & strangerr
l'imp6t de leurs services..






Ci)
Cependant les Lois commercials de prefque
routes les Nations ont ete diAees par les Com
mnerans, parce que, dans des temps oh les
lumieres n'1taient pas gne'ralement r4pan-
dues, ils etaient a peu prhs les feuls que l'on
pit confulter fur les objets deleurs diverfes
entreprifes.
11 e eft refiltte de grandes contradifions
entire l'interet commercialde chaque Peuple ,
& les Reglemens particuliers de f6o Com-'
nierce.
Golbert, don't Ie genie a plus influx que
ne peut croire le vulgaire; fur la situation &
la politique a&uelle des principals Nations
de rEurope (1), avait devaace par fes lu-


(t) Colbert avbit attire en trance kls Arts & l'in-
'dufrie, que Louis XIV en chaffa dans fa vieilleffe.
Les hommies habiles & pleins d'Vnergie qui pafTerent
en Angleterre apris la revocation de 1'dit de Nantes, y
porterent les grades idWes de Commerce & d'adminiif-
tration civil: ddlivrds de toutes entraves, leurs rfpcula-
tions ie porterent au .degr, le plus dtonnant. C'eft A leurs
entreprifes que l'Angleterre dut fes fabriques, Ton cor..
merce, & fes navigations hardies. Maintenant que ces
germes de profpcriti fe difpofent a revenir dans leur
pays natal, ne les en chaffons pas par des id'es rcurecies
de mocopole & de ptohibitioa,
-






ineries ious fes contemporans. Ii peifalt
ique la France, pour rendre les autres Peu-
ples viritablement tributaires de fon induf-
trie h'e devait mettre dans ia iiaffe du Comn
imerc qte Pichange de fon fupeiflu i qu'ert
toute circonflande, le Commerce des objets
tnanufa&ures 6toit preferable it celui des ma-
tieres premieres, & que les encouragement
donnes a- la peche les voyages du Nord, I1
sabotage des c6tes de la France qui domi-
nent fti les deux -mers, etaient les feuli
moyens de fournir des Matelots a nos forces
navales, .
Avant iui, ta France avait deja def Colo4
tiesi mais, fbumifes & des Gouverneurs pto-
prietaires "veiXes par des Compagnies exclufi-
ves, elles ne produifaient Hen a la Nation
& leurs etabliffemens languiflaients.
"Les Hollandais & les Anglais dejla eabli
dans ies Antilles porterent aux Franais i
leurs voifins, des fecours en tout genre, &-
es Negres qu'ils firent fortir de leurs Colonies
paurt aider aux entrepiifres de nios Cultiva-
teuts, flient la reffource & les premieres caufes
de la fortune de ces derniers.
1 fallut alors fupprimer les Compagnies ex-
yufives, ~ les Colonies reflerent pou pr4
A ij







ouvertes aux Navigateurs franpals 48 trattr
gers. C'eft par des introdudions interlopes d'ef-
ctaves --dinfcrumens aratoies ,que ces
Colonies commencerent a fleurir: mais a peine
donnerent-elles des revenues, que les Fran-
_ais voulurent en bannir des rivaux don't la
concurrence leur impofait la neceffite du tra-
yail & de l'conomie; ils demanderent do
nouvelles lois prohibitives, afin de gagner
beaucoup en peu de temps- &ans pine : is
ne reuflirent dans leurs folliciations qu'ea
p72=7. Ce fut :epoque du privilege exclufifeR
faveur des Negocians franqais.
La peine de galeres & la confiscation des
biens fut prononcee centre ceux qui favo-
riferaient faces des strangers ou des mar--
chandifes etrangeres dans les Colonies (i j.
Aufli-t6t les Armateurs de France abandon-
merent toutesles autres branches de Commerce,
pour fe livrer a la navigation des Antilles &
I la traite des Noirs, qui, pendant foixante
ans, ont donne des profits toujours croilfans,
& don't il n'y appoint eu d'autre example dans
les annales du Commerce. UIs ont ainfi retire
tous les profits &etabliffemens qu'ils navalent
o es I'
( ) Lettres patentes de z727 centre, Ie Commere
i5rangr.:






pas fatsr, qu'ils etaient hors d'etat de fair,
& que leur aviditi ne ceffait pas d'dpuifer (j).
.Sous ces lois exclufives & barbares, tou-
jours enfreintes par les Colons &les Adminiftra-
teurs, toujours vainement reclamees par les
Wiegocians, les Colonies oat tprouve de
grandes detreffes : elles fe feraient detruites,
fi -a hardieffe-des fujets & l'humanit ede ceux
qui gouvernaient, n'avaient pas brave la ri-
gueurde-ces reglemens injuftes qui s'aneantif-
faient par leur cruaute meme. La navigation a
tet negligee, & tous les armmemns qui exi-
gent de r conomie, onet t6 abandonnas a
des Peuples moins favorifis par la Nature,
mais excites par de meilleures lois.
Les Negocians de nos ports n'ont point
ceffi de s'enrihir & d'etre cemplaces par des
hommes nouveaux, qui fe font enrichis a leur
S tour, tandis qu'il-a fallu quatre generations
pour former ces grades fucreries qui ne font
pas encore a leur plus haut degr6 de product: Ia
Colonie de Saint-Domingue n'eft pas a la moiti6
de ra culture. Ce retard eft proven du defaut

(x) .11 eit de faith que les N-gocians de la Mitropole
n'ont pas introduit la moitie des Negres qui ont itd ap-
porits a Saint-Domingue depuis l'tabliflement de cette
-- Colonie.
_ i
r







o Negres, & de la contrainteo h les Plan-
teurs ont et& pendant foixante ans de jeter -
%ne parties confiderablde d leuis revenues, que
1es Negocians de Prance refufaient' dexpor-
ter (r). us ne voulaiente ni fouffrir que les
strangers en fiffent des enlevemens, ni en
donner aucun prix,
On a done toujours &6 oblige de fufpendre
Yeffet de cestois injuRes &-- e les modifier, -
Les guerres, les ouragans, les tremblemens
de terre ont ndce(fit6 fins ceffe 'admiflion dis
strangers dans les Colonies frangaifes, don't
les Marchands nationaux ne craignaieist pas
d'occafionner les pertes, fans pouvoir aider ,-
les rdparer. Enfin, le Commerce des bois 8
des falaifons, & Iexportation des melaffes &
firops, ont donned lieu en 1768 ~i tabliffe-
went de deux entrep6ts, Fun au mBle Saint
Nicolas pour Saint Domingue, ,& 'autre I
$ginte-Lucie pour les Ifles du Veints
Ces deux entrep6ts exciterenti les reclamaa
tions des Negocians de tous les ports du
Royaume, qui ciaient : Les Colonies [fnt faites
our nous confondant toujours leur interest
evec celui du Royaume: mais Y1 Gouverne-

( I) e I firops 8i nelafres


------ -+_





S71
Inent, rafulre centre ces clameurs par futilit
Evidence de ces nouvelles mefures, a crude-
toir y perfifter. L'augmentation rapide de la
culture & du Commerce national ont juftifit
fa prevoyance.
L'6venement miimorable qui a rendu IPA
mrrique Septentrionale a elle-meme, exige do
nouvelles combinaifons politiques. Des peu.
p!es nouveaux, fobres, & navigateurs, qui no
font riches qu'en denrees d'utilite premiere
fe trouvant places entire la France & fes Co-
lonies de rfAmerique, ne tarderaient pas-
rompre les barriers qu'on voudrait leur op.
pbfer. 11 vaut mieux accorder aux befoins
refpe&ifs de nos Colons & des Americains du
Nord, tout ce qu'on peut c6der fans bleffer
les interts de la Nation, que de caufer, pat
des prohibitions mal entendues, une contre-,
bande fi generaie qu'elle ferait fiditieufe.
En affurant Ia Metriopole tous les pro"
duits des Colonies, foit qu'elle puiffe, ou no
puiffe pas fubvenir a leurs befoins, ce feraitocca-
fionne aux Colons des pertes qui ne tarderaient
pas a fe fire reffentir ans toute a nation.
.Un Arret du Confeil d'Etat dr 3o Aoiit
dernier, qui a fupprimd ces anciens entrep6ts
du m6le & de Ste; Lucie, & en a fubftitu4
__ ___A iv






i_'autres en plus grand nombre & plus port'
d'etre furveilles par 'Adminiftration, permet
aux strangers d'importer dans nos Colonies
des bois de charpente & merrains, des falai-
fons de toute efpece,- du-riz, des grains, des
fruits, & des animaux vivans.
Les Negocians des villes maritimes difent
gue par cette loi le Commerce eft ruined, la
navigation ditruite; que ladmiflion des dtran-
gers dans les-Colonies eft contraire aux pritn-
cipes de leur etabliffement.
Nous prouverons dans ces Mmoires, que"
loin d'avoir a redouter de femblables inconve-
niens d'ue tolerance devenue neceffaire &
lditee par experience, la politique, & lhuma.
nite, il en rdfultera les plus grands avantages
pour toute la Nation, & qu'on accdlererait le
-.. mfentde-jouir-deees-avantages,-en-aouttarrt
aux importations deja permifes aux strangers,
telle des Negres de Guinee.
Pour difcuter avec mithode ces objets
ilwre -grande importance pur toutei-la--
Nation, examinons d'abord quelles font les
lois prohibitive que ron veut maintenir
on rappeler, & quel en a &t6 reffet relative-
ment auxColonies, la navigation, & aux
manufadures du Royaume.





+9






DU COMMERCE

DE-S COLO N IE S .



cc_____ -I Ih-I *i *1 iU
PREMIERE PLATIE.,

CHAPITRE PREMIER.
Contre les lois prohibitwes appliquies aux Colonies
Franaifies-de FAmdnriue.
iE but que I'on fe propose en etablifant
des Colonies, e'eftdc procurer de Pouv aux
debouchess aux marchandifes fuperflues de la
Metropole, en change d'autres denrees utiles
ou plus faciles a commerce.
Les colonies des Iles de rAmdrique font
fortir tous les ans de la Metropole, des mar-
chandifes plus precieufes par la main d'ceuVre





r ro 1
qfe par leur matiereg & fourniffent en change
des denrees qui ont une faveur decide dans
tous les marchEs de l'Europe.
Pour coiferver ces deux avantages, falloit-
iI foumettre ces Colonies A un commerce ab-
folument exclufif? Nous nous croyons bien
fondes i dire qu'il ne le falloit pas, parce que,
fijamais on n'avait fufpendu ou modern cetto
exclusion, la fecondite des terres n'aurait pas
elle-mAme furmontd les obstacles que le pri-
vilige exclufif apportait lIa cultivation.
Ces Colonies font enitreprifes par des Blancs
& defrichees par des Negres enclaves.
Elles ne, produifent que la m,oindre parties
dees choes neceffaires A la fubfifance des
Blancs.
ElIes ne produifent pas mme fuffifamment
de vivres pour les Negres.
Mais elles donnent en abondance des den-
rFes precieufes au Commerce.
-La nation a-t-elle un veritable profit
Jeur fournir exclufivement tout ce don't elles
ont befoin? Non ; il fufli de s'affurer du
plus grand debouche des manufacturers na-
tionales, d de la recette du produit des Co-
lonies dans la plus grande extension poffible.
II n'eft jamais utile d'enlever la Mectro






o dle, des comeftibles ou artres objets de pre-
miere neceflite, pour les porter dans un autc.
hemifphere, tandis qu'on les vendrait auli
bien en'Europe, & qu'on pourrait en trouver
un emploi plus utile dans le fein de la
Nation nime par augmentation de fes fa-
briques (C).
Mais s'il etait impoffible a la Metropole
:4 d fournir des comeftibles a ces Colonies
un prix convenable, fi cela dtait demontr6e
par Vexperience & par le raifonnement; ne
ferait ce pas aller centre le but de ces eta-
bliffement, que.de s'y referver une fourniture
exclufive?
Quand meme les lois faites autiefois pour
les- colonies fucre eutlent ti fondees fur do
meilleurs principles que celui de donner aux
SNegocians nationaux deq occasions fans bor-
nes do seenrichir ces lois auraient depuls
long-temps cefl6 d'tre applicables. Les gre,
niers de ces Colonies font dans l'Amerique

(i) 11 ne peut farais etre avaniageux a ta lNation
de porter a Saint-Domingue des farines ou des grains;.
if ne faut y porter que des. objets de fabrique. C eft dans
I'Amdrique Septentrionale que font-4es-grenieis nacutcl
do e. aules Ic esd.e l Achifei occidentaLt






Septentrdonate, les marches o fe. vendent
leurs produits,dans toute I'etendue du monde,
& la recette genrrale de ces products dans
le fein du Royaume.
Les denrees que 'on export des lies Fran-
aaifes s'elevent chaque annie a cent cin-
quanti millions (i). Les habitations de St.
Domingue fourniffent les deux tiers de cette
fomme, qui, fe pregnant fur les confommateurs
de tous les pays, forme en ration une cir-
culation que lon ne peut calculer a moins de
ix cents millions : cette fomme immenfe fe
repartit entire les Ouvriers & Manufaturiers
en tout genre, -les Prepofls _auxFermes
Royales, les Banquiers, Negocians, Naviga-
teurs, les Colons _&leurs fubordonnes; enfin-
a un people innombrable aux profits du
quel les lois exclufives de toute importation
itrangere ne tarderaient pas i apporter une
diminution considerable.
Car pour produire il faut cultiver : empe-
cher les Colons de fe procurer les fournitures
don't its ont befoin au meilleur marched pof-

(i) Sans 'y comprendre te prir des melaffes &
firops. .







f~be, c'eft emp cher la culture & tarir la
force des richeffes.
C'eft du product qu'il faut s'occuper, &
non pas de la furniture. Queles Colons bi-
tiffent : peu de frais des mag2ins & des
fucreries, tant miexi; qu'ils nourriffent leurs
efclaves mieux a & meilleur' march, tant
mieux; qu'ils achetent mne des Negres de
trait trangere s'ils y trouvent -d bnedfice,
tant mieux encore, -puiqu is ne cultivent
que pour la1 Mtropole 8 felon fes vues, &
qu'apris que-- toutes les Nations ont paye
en achetant leurs denries, le tribute qielles
devaient a leurs etabliffemens, le refultat te
eit verfi dans les ports de a France (1).
II faut conciure- dces verit s, qu2il 4y--
-eu de grande erreurs dans la mnaniere don't
les Colonies des Iles Occidentales de rAmI-
rique out Ite jufqu'a prt ent dirigees, & la
premiere de toutes a ete re'tablifement des
lois prohibitive.
SOn allegue a ce fujet un pafage de Mon-

({) Nous ne croyons pas devoir rappeler ici tons les
principles de l'adminiffration des Colonies, is font connus
d4formais,, viennent d'pcre parfaitement refurms dans
an Ouvrage d'un ancien Adminiarateur.






tefquieu: mais cet Ecrivain ceiebre,- n traw
gant une idee general fur les Colonies, n'a
pas entendu qu'il ne dut etre fait aucuhi
attention r efpece particuliere des Colonies
&: fucre ni e aux r evolutions que fubirait le
Nouveau Monde hi eenfin l'impoflibilitd
d'approvifionner exclufvement des homes
qui vivent 4 deux mille lieues de la MItro.
pole, & qui ont en abondance dans leur voi-
finage toutes les chofes don't on les laifi.f
manque., II dit ailleurs, avec plus de juftefTis
que les Infulaires doivent tirer leur fubfiflance
de IUnivers entier .
Les lois prohibitives etaht Af nuifibles i nos
colonies de l'Amerique, que unique reffource
etait de lesenfreindre fans ceffe, les Colons
Sont OrfiftO pour 'interet -mene de--la-M&
tropole & les Adminiftrateurs ont fermti les
yeux fur des introductions qul ne pouvaient
jamais etre flrlles; enfin les etabliffmens
fe feraient aneantis, fi des .fecours puiffans
ne leur avaient ite fournis par les strangers
des leur naifance & dans les interruptions que
les guerres apportaient a a tyrannie du Com,
mnerce national.
SLefprit de faveur & d'exclulon eRl oppof6
A tout bon priacipe de Gouvernement,& quand






ta n&cerittI de prohiber n'eft pas P videmment
demontree, on dolt laifler fubfifter la told-
rance & la liberty.
En fait de Commerce, de finances ou de
manufaaures, ceux qui foutiennent le fyfteme
de la liberty n'ont point de preuves i four-
nir, parce que 'eft L' tat natural des chofes
c'eft ceux qui demandent le monopole ou
le privilege, a ddmontrer que des raifons d'-
tat le rendent indifpenfable; car les privileges
S- font-odieux-en- eu-x-m6mes; iit eft-de la fageffe
Sdia Gouvernement de les refteindre toujours,
Sans jamais les etendre ,
Qu'eft-il refulti du Commerce exclufif do
Saos Iles en faveur des Ndgocians du Royau-:
|me? L'abandon de toute autre efpce de na-
vigation, raffaibliffement & la dimipution de
la race des Matelots. Ce CommerFe eft de'
venu lucratif ; mais la ,culture .6 td retar-
dde: la fertility des terres inte4igence,'ac
tivite.des Cultivateurs, des capitaux tranfpor-
ts fur ces terres ficondes, de routes les par-
ties de tEurope, ont peine pu fu. re i ba-a
lancer les pertes & les prejudices qui reful-
taient de ces lois barbares.
Sans ceffe il a fall les fitfpendre pour evi-
ter la ruine des ~tabiffemens. Or rin nr
". .. '* '* ^ :' 1"' *





prouve ileux le vice des lois, que leur inex& |
cution.. Quand la raifon publique s'~ltve cin-
quante annees contre des reglemens, leGou-
vernement ferait inexcusable d'y vouloir per-
fifter.
L'affluence des denrCes commergables quil
viennent de nos Colonies, doit conflituer une
part, effentielle de la richefle publique &
ili fvrait abfurde de la donner en profit & fans
reserve a quelques particuliers qui fe croi-
raient bient6t intreffis & diminuer la quan-
tite de ces denrees pour les vendre plus cher;
ceft le patrimoine national.
LesCoompagnies exclufives bruilent ce quel-
les nie peuvent exporter, de m&tn pendant
foixante ans les Planteurs de nos Iles ont `t6-
reduits jeter dans lis paturages les matitres
don't les Negocians de France ne favaient &
ne Voulalent tire aucun part. L'interet du
gloyaume & celui du Commerce eft qu'il y ait
beaucoup de denrees commerrables &.beau-
coup d'hommes employes; Ifintert particulier
de chaque NMgociant et 'de diminuer la quan-
tite des objets commergables, afin de les
vendre plus cher, pace que c'ef toujours la
raretiquietablitle therprix. Airifile Commerce
exclufif nuit igalement aux Colonies & atw
people du Royaume. Tiret






Tirer des strangers les objets que la Me-
tropole ne peut fournir que difficilement & A
un prix excefif, c'eft augmenter dans la
Colonie une profperit4 toute a l'avantage do
la M6tropole, puifqu'elle en retire plus ded
denrees & y trouve un pits-girand debouch6
des ouvrages de fes fabriques.
tes Colonies ne doivent exifter que pour
lutilitd generate de la Nation; mais cette
utility n'eft point la confiquence des lois
prohibitives, qui ruinent i la fois les manu-
faCtures, le Commerce, la marine, & lesColo-
nies, pour enrichir quelques particuliers, au
prejudice du -Commerce quo ces derniers
s'emprefeont de quitter.








C HA PIT R E II.

Du Commerce, de la Navigation & des-- Mte--
lots, des Ne'gocians des fabriques.

iLE Commerce porte la puiffance des Etats
au delay de fes homes premieres (0I) & utility
des changes a fait nature la confiancc nceceffaire,
que Pon donne aux commergans; ils font A.
la fils les debiteurs & les crediteurs de la
Nation; & lorfque les changes qu'ils avoient
project n'ont pu fe realifer avec benefice,
les lois viennent a leur fecours, & leur font
indulgentes. Le Cultivateur & 1'Ouvrier font
en ce cas le sacrifice d'une parties de leurs
t__ ravaux J l' utiit g4ni ale du Commerce, qui
en realife le prix.
Les ouvrages inferieurs, le caprice des
confommateurs, & la reciprocity des advantages
entire les Nations voifnes, auraient rendu ces
pertes tres-fr6quentes, fi la puiffance publique

(i) Les clangers donnent aux homes 8& a leurs
travaux, des filbflances & un prix que la Nature du fol
qu'ils habicent ne Iauraieut leur promettroC







tfavalt pas: acquis de nouveaut efforts 'af*
la foundation des Colonies.
La bonne administration de ces 4tabliffe-
S nent iconfifte a multiplier les :dentres coloI
Iniales, pour les revendre !' stranger, & iiorl
pas a borner la fortune publique au plus grand
Benefice d'un..petit iombre d'agens. S'il eft
demontre que le Commerce de nos Colonies
occaflonne uie circulation annuelle de fiz
cents millions., il elt egalement conflant quit
fournit. aux finances dui Royaume plus de
cent-millions de tributs annuels, quife payment
fans 'efforts parce ique cette contribution
publique aft prdlevee fur les benefices du
travail, &fur les plaifirs du luxe que procure
Ja richeffe. il exile quelque moyep cd devie
l. malheur de dem.arder au pauvre une p.r-
S ion de fflqbfiftabce 4 e celle 4 fes en-
fans, pour Loutenir les charges de FEtat &
les depenfes, du Gouveinement ceft eni
augmentant dans les Colonies une opulence
qui rellue dans touted la Nation.
,fa conversion des marchandifes de lal -
Stropoe en denrdes colonials in'eft avantva
geife qu'T proportion. de la fuperfluite de cea
marchandifes, & delay difficult qu'il y aurait
B ij


IN







A les vendre autrement. (j) l peut done etrh
utile d'exciter les strangers & porter dans les
Colonies les objets qui font chers en France,
& que ron ne peut en fair fortir qu'avec
defavantage.
Les premieres importations de Noirs dans
les Colonies Fran9aifes de l'Amrique avant
1720, ont ete faites par les strangers; c'eft
la Mctropole qui en a retired le fruit.
Les strangers ont approvifionn fans cefe ces
Colonies de toutes fortes de comeftibles (),
& n'ont requ en payment que-des denrdes
inutiles a la France; il en eft rdfulti des


(,) Par confrquent la conversion ou I&change des
marines, de la more, ds bois, &c., ne pent pas atre
regarded come avantageufe ala France, parce que ces
objets ont une grande valour dans le Royaume &6 s'y
vendent-facilement. II n'en eft pas de mime des vins,
des hailes, & des objets manufatures, qui fe vendent
moins aifmernr t que ul cre, Ie coton, &c.
(I) Nos Colonies ont it. abandonnies des natio-
x naux pendant les guerres, & ce n'a et~ qu'i force
I de travau,- intelligence & de privations, que les
o Colons font parvenus a maintenir I'exiftence de lenrf
P trabliffemens *-. Infiruitons donnies I an Admi*
ilftrateut fous Ic i4iftcr de M. dO ChoifeiJ.





C'21 1
ipargnes, des' accroiffemens de cttture, des
amas de denies de quality fuperieure, don't la
Metropole A retire le prix; & nos Negocians,
qui ofent fe plaindre, ont encore enleve tous,
les metaux & toutes les efp&es numeraires que
le Commerce Amiricain fans ceeff renouvelle.
c fait circuler dans sos Colonies.
Ils parent toujburs de pertes & des fommes
qui leur font dues, difent-ils, dans' les Co-
lonies; mais it eft demontrd que toutes les
dettes de nos Colonies ne s'dlevent pas au
tiers d'une annee de leur revenue; & la fuccef-
fion rapide des ralfons de Commerce de nos
Villes maritime, prouve que beaucoup de os
Marchands fe retirent fans cefe ~S portent les
fommes qu'ils enlevent au people aborieux,
dans ces grandes families, cette oifivet6, ces
grandes charges, & ces biens honorifiques oh
tout fe perd & s'engloutit au milieu des chi-
Tmeres d'une vanity fans bornes.
Si malgre les guerres & Finfuffifance des
fournitures nationales, fi.malgre d'autres obf-
tacles & des abus fans nombre, les Colonies
font parvenues remplir en parties leur defti-
nation, par la feule ficondite du fol, aidee
de intelligence des Planteurs, il eft affez prouve
qu'il eft indifferent que la culture foit mife
ii







an mouvement par les Ngoctanis Franta~-
ou par la concurrence des Frangais & -des
strangers pourvu que e fuperflu des fabri-
ques du Royaume continue de s'echanger en
d'autres objets plus faciles a commierceir.
S11 eft vident que la Mdtr6pole 'ne peut
que gagner par les fournitures dccoineftibles
'de beftiaux, &c nme de Negres quee les
strangers front dans. les Colonies. r
Nos Ncgociars demarident A fournir feuls :
mais quels g;rans donnerbnt-its -de cette
furnituree, puifqu'il efl une infinite d'objets
qu'ils neo pourraient liver des prix corwve-
venables, & d'autres qu'il leur eft impoflibOle
de fournir a aucun prix
En demandant des lois 'toutes en leur fa-
veur & qu'ils favent eluder dis qu'eles- letr -
deviennent pdnibles, qu'ils nous difent du
moins quelle r-aifon d'Etat neceflite ces 't6is.
La Nation gagne-tielle' voir -perir dars les
voyages de Guine. 'la moitie des Matelots
qul y font employes (I)? gagie-t-elle fur des
) O n'1 It a'-" '- I. e a i
() On 'efme la perte des tatelos. qui fervent a Ir
traite des Noirs la la moide pour un' voyage 'de dix- '
luit meis, '& elle des Matefdts employs au Ct'dnitrt
ertAotilcs, i an cinquidme. ;
t'l: '






'ecours de comeftibles que nos pourvoyeut
ne veulent accorder qu'aprcs la difette, pour
en doubler le prix ? gagne-t-elle a obliger les
Planteurs d'abforber leurs rcvenus neither
pour nourrir leurs efclaves les mettre
ainfi dans Fimpoffibiliti de recrutcr leurs
ateliers, & d'acquitter a ces ma.rchands qui
fe plaignent toujours, des engagemens ufurai-
res? Enfin, n'eft il pas ruineux de laiffer per-
dre les denrees de quality infrieure, quil ff-
firalent a payer les importations etrangeres
de comeftiblws.& de Noirs?
,Ne ferait-il pas plus avantagcux l a M'-
tropole d'exciter ces importations & d'en
retire tUn revenue Royal, don't le produit ferait
appliqued encouragement de la navigation
& du cabotage?
SQuelle eft la raifon d'Etat qui pl rrait
Deterrniner le Gouvernement a facrifigr a la
cupidite de nos marchands tant d'objets de
bien public & d'une fi haute importance?
Cell, difent-ils, qu'ils font un Commerce de
luxe & non pas de'conomie (), que c'efl un vice


(l) a II. nous eft impoffible de foutinir dans nos
arememes la concurrence des &rangers,, parcel que
les Frangais font an Commerce de luxe, au lieu que
B iv






C'24)
ft&rent la nature des chofes, & que telle eJ
leur maniere d'etre.
C'eft ainr- qu'ils metent--l'abus a la place
du principle. Le vice don't it s'aglt n'eft point
inherent a la nature des chofes, mais a celle
des lois prohibitives, trop favorables a la pa.
reffe, i f'ignorance, a la cupidity de ceux
qui les avaient obtenues; il eft une fuite de
cet efprit de faveur & d'exclufion, trop facile
A sintroduire dans les Monarchies, & qui
falfait croire a Montefquieu quo les grandes
entreprifes de Commerce convenolent mal a
ces Gouvernemens.
Supprimez le privilege exclufif,le vice ne
fubfiftera~plus; la concurrence des strangers,
en tout ce qui n'ef pas contraire a la richeffe
national, donnera fexemple de flconomie


1 les strangers font un Commerce d'conomie; que c'et
* un vice inherent A la nature des chop-s auquel ii eft
" impoffible de porter aucun remede i cel dtent a la ri-
a chefle -du fol de la France I A la varite' de fes pro-
a dud~ions, & des jouifTances qui en font la fuite; enfin
* c'eft parce que nous fommes Franuais, & que tell
* eft notre maniere d'&tre ). Voyez Mimoire des Nego-
cians au Pliniftre de la Marine.
Mais fi votre manire d'/tre eft mauvaife, il faudrait
oen changer.







nos Armateurs, & leurs en demontrera la
neceflite.
Plus le fol et abondant en produ&ions
variees, moins la main d'ceuvre eft ichere.
Elle n'eft nulle part i plus bas prix qu'en
France, & tout le tort eft du c6te de nos
Armateurs,. puifque, malgre la fertility de ce
Royaume, une partie confiddrable du people
y endure des privations inconnues aux journa-
liers d'Angleterre, d'Hollande, & des Etats
Unis de lAmerique. Les falaires de ceux-ci
font mieux pays, & cependant les Armemens
& la navigation fe font peu de frais &
ne font point on6reux a FAgriculture.
Attribuer ce defordre & ces contradi&ions
entire la richeffe du fol de la France & Fin-
duftrie commercial de ce Royaume, au ca-
-ra&ere des Franais, c'eft une injure-gratuite
que l'on fait a la Nation: de tels maux po-
litiques ne proviennent que des erreurs du
Gouvernement, trop facile- A -cder aux cris
des Negocians; ,ils ne proviennent que du
Commerce exclufif des Iles de rAmfrique,
qui, en donnant trop d'injufes profits, a
caufd Ie delaiffement de tous les autres Com-
merces, C& fait ndgliger r conomie necef-
faire dans les armemens.






I! n'y a point de Commerce qui pure fe
foutenir fans economic & fi les services de
nos Negocians etaient trop chers pour qu'iI
fit poflible la Nation & a fes Colonies de
lcs payer fans s'affaiblir-& f-d-truire i fau-
drait rccourir au service des Ctrangers; car
pour que la Nation gagne, it fuffit que les
retours des navires fe faffent dans nos ports.
Le Monde enter nous fournirait des Matelots:
& fi 'on employait a de nouvelles decouvertes,
a fire voyager en 'temps de paix les efcadres
royals, & t offrir a. refpett des Nations les
plus reculees, le paviii,., FranSais, qui, pen-
dant la paix, parait fi rarement fur les rivages
Jointains, toutes les fommesqui proviendraient
des tributs que nos voifins payeraient volon-
tiers pour naviguer dans nos ports & dans nos
Colonies, nous ne tarderions pas a former
desNavigateurs habiles, courageux &robuftes,
& nous n'aurions jamais a craindre ni lta di-
fette des Matelots, niI I'abus des idees mer-
cantiles qui attiediffent leur valeur (i).

(r) Cette id e doic paraitre digne dektre ac-
cueillie dL Gouvernenclnt, parce que.le eft analogue
an caraCere dle la Nation, a a granrdeur de la Mo-
narchie, aux befoins de notr Matine, & A tla fituaio


I




4







-, 1








---1






C 27 I
L ~La tralte des Noirs, la vente du fucre ont
fixe toutes les 'attentions de nos Marchands;
nos Colonies-, qui devaient etre fecondes aut
profit de la Nation entire, ne font et5 quti
pour eutx. 1 On a mis dans les mains des Mar-
,, hands franqais lefiphon avec lequefilsiirent
a la fubflance de ia Nation elle-meme. Colbert
v avait voulu leur en donner un, autre pour
les strangers; mais.ceux-ci ont bient6t trouve
a les -myens de boucher-prefque entierement
ce dangereux tuyau.s
Se pbutrait-tl qu'un Roi:qui vellle au botn-
':heur de fes people's tardat long-temps : re-
"connOitre que la caufe fecrete de ;la mistre
de beaucoup -d'hommes laboriex fe troupe
dans les vices du Commerce national ? Vou-
l ant encourager le cabotage & les navigations
qui peuvent former les gens de mer., il deve-
naitindifpenfable de mieux regler leCommerce
'des Colonies:, &, de le turner entierement a
/ ; : t' '
des Peaples voifins, que leur fituarion oie rtaire
Plus co6ninietias que guerriers, & qui an'onr ja~ais
-dd leuts ptofp~rltRs navales qui .'i-ddulgence &' atlx
faces du regne de Louis XV, AV otiV 'a -Offi'
'gndrd de Ia Marine de 'Franr.
s. ..s





( 2a8 3
Ton but, qui n'eft pas la richeffe des Negocans,
mais celle du Royaume.
En temps de paix, nos Nigocians ontruinr
la navigation & tari refpece des Matelots par
le Commerce de Guinee & des lies a fucre (l).
Sans ceffe la Nation s'epuif fournir i ce
Commerce deftruf6eur, des homes qul font
perdus pour elle.
En temps de guerre, la furniture exclusive
qu'ils reclament fait tomber, dsa la prere
annie, un tiers de nos Matelots dansles fers
de 'ennemi (2); elle neceflite des convois qui
affaibliffent notre Marine & occupent les
vdiffeaux qui no devaient fervir qu'l des conm-
bats; elle emploie encore des navires don't


fi) La moitid des Matefots envoys en Guinies meurn-
pendant le voyage i un: uat_ de-ceux qui vont- A-S. -
Domingue y perit on diferte.
(s)' Dira-t-on que cette perte eft compenfte par ke
profit que fait un Marchand de Bordeaux a vendre aux
Colons, en temps de guerre, an barrit de marine cent
,: s, & 66 livres une paire de fouliers, & A prendre en
payment du Lucre A 2o livres le quintal; en forte quc
flon a vni dans la guerre de 7Y76, i LUogane, 13 bou-
cauds de Cucre ne pas ftfire A payer un compete de four-
aitures qui n'avaient pas coi6te n Fiance plus de I
yc3s.






at tles
TEtat a befoin pour transporter les munitions
& les armes neceflaires aux forces de terre &
de mer. On a vu, dans la derniere guerre, la
cupidity ,.les clanieurs, & la refiftance meme
de nos Armateurs retarder une champagne di-
cifive,-&-prendre place erntreJ.es caufes dd-
plorables d'un revers inoui.
Nos Ndgocians ne fe font pas born s a
detruire la navigation & tout commerce d'eco-
mie ce font eux qui, parleur privilege exclufif
d'acheter a bon march & de vendre cher, ont
fait tomber les bones fabriques. Aftlurs du
debit, its ont ceff de s'attacher a la quality
des ouvrages, & ont donned la preference i
des marchandifes de bas aloi, qu'ils achetaient
au rabais. N'ayant point de concurrens, it no
leur etait pas difficile de vendre ces marchan-
dies de rebut au meme prix queles meilleures,
iibftituant l'apparence A ia folidite.
Mais c'eft encoreunde leurs moindres.crimes
envers les Ouvriers nationaux: car il ne "faut
pas croire qu'ils n'aient port dans nos Co-
lonies que des marchandifes franyaifes ; toutes
cells qui donnaient plus d'efpoir de benefice
ont ete preferees, les toiles de Saxe ,de
Silebte, celles de I'frande & de la Flandre,
Its Indienges fuiffes & les toiles peintes ca







Angleterre, les marchandifes des Comnpagniek'
dtrangeres des Indes Orientales, ont ete in-
troduitts par eux chaque annie dans les Co-
lonies frangaifes. Telles font lescaufes qui ont
fait deferte -les atelier_s du Royaume & _ont
emp&chi nos fabriques de lin & de coton de
parvenir & la perfe&ion qu'elles pouvaient ac, "
qu6rir & qui les auraient miles, avec le temps,
en etat de foutenir la concurrence des toiles
etrangeres.
Toutes les fois que la loi prohibitive leur
eft avantageufe, ils la font valoir dii elle leur
devient contraire, ils 'enfreignent & 'eft
ici que nous avons droit de leur reprocher
que, fachant le befoin que nos Colonies ont
de Negres, &i que 'importation d'un Negre
fur une terre rival eft gale pour nous at.la ,
perte de deux, its en ont porter plus de dix
mille dans les Colonies efpagnoles, don't le
Gouvernement s'inflruit a nos depens &
femble fe prevaloir de notre pareffe.
Eft-ce done par le dfir de ces homes qui:
n'ont point de patrie que le Gouvernement
doit fe laiffer conduire ? N'eft ce pas ainfi que
la Nation voit perir fes Matelots, detruire
fes manufactures, les habitations manquer de
Negres, & les Negres d'alimes ? Le Commerce






c- edluf deffeche tout-,-& devore a leur nalf-
fance tous les germes de profprit ; & lorfque
le Gouvernement vient enfin a s'eclairer
lorfque, pour la premiere fois peut-etre, fes
lumieres femblent Adevancer cells des parti-
Scioer usY-o resi,~tt refIs4a- dur&e de I'abus
font retehtir leirs clameurs jufqu'au Trone du
Souvernin, is ofent lui demander hautement
le privilEge de fe repaltre touours & fans me-
fure de la fubftance fes peuples,









I ,-^ -








SECOND PARTIES.

S----API TRE PREBE M I ER.
Du Commerce par les strangers dans les Iles
Franfaifes de rAme'rique. Motifs de- Vrrit du
Confeil d~Etat du 3o0 Aet 1784,, qui accord
dans ces Colonies plufieurs entrepots aux navires
strangers.
0o R s QU les denrees des Colonies ne fer-
vaient qu' la confommation de la Metropole
& que 1on dtait oblige d'y porter des farines
& autres objets de premiere neceflite, pour
nourrir les Colons, il pouvait paraitre dange-
reux de permettre aux strangers d'y border,
parce que la Nation faifant e sacrifice d'une
quantity d'objets de premiere nicefitf ri-
fultans de fon Agriculture, pour fe procurer
des fuperfluites, on devait craindre de voir
ces fuperfluites, pour lefquelles on faifait des
depenfes rdelles, fe perdre dans des ecoule-
mens interlopes, & d'tre enfuite oblige de les
racheter cherement de ritranger.
Cependant it eft de faith conflant que la fai-
bleffe de notre Marine, s indolence de nos
Marchands






Marciands, le dfcouragement occafloantn jp
le monopole de la Compagnie des indes
Occidentales, les guerres,a& une infinite d'au-
tres causes laiflaienti cette premiere epoque
l_ e Commerce denos Colonies de-Amerique
prefque tout enter centre les maibs des etran-
gers, & que les Armateurs franpais ne s'y
adonnaient que par intervalles & concurrem-r
ment avec eux.
Le Commerce des Antilles avait alors en
France des partisans & des contradideursi
-on trouve dans les Memoires du temps:
cQue gagnons nous dans i Commerce
a des Antilles ? Nous y portions nos marines,
nos vins, & ce que nous avons de plus
Sprecieux; nous courons erifques des hau-
frages, nous bravons in cilimat ennemi &A
4 les influences d&un ciel qui brule & qu dde
yore nous y perdons des Matelots; & tout
0 cela pour un peu de ucre & de caf& qu'
r nous achteterons aui bien des rangers.
Quand meme il nous en todtetait un peu
Plus cher, ce ne ferait rien en comparairon
des pertes & des embarras quel'on ~viterait ,,
D'autres difaient: s Pourquoi porter eri
a Amirique nos bleds & nos marchandifes.,
S-qui font utiles danrle Royaume, pour avoir
C'






h, du fucre & d'autres chores dont 8tn pet rd
a pafler ? Nos Colonies reffmblent a ces mai
SSfons de champagne qui t6t ou tard rui
nent le propritaire. a Enfin on a porter Iinad-:
vertance jufqu'a demanded dans le Confeil do
nos Rois quoi fervaient les Colonies.
Avec de tells idWes le Commerce excdufi
de ces Colonies devait etre, accord, fans
contradi&ion, A ceux qui offriraient de s'en
charger. Tirons des Colonies te qz nous pourrons
difait uwi Adminifra eur, avaant d'&re obliged
peut-gtre de les abandonner.
Mais ces Colonies ayant triomphe de routes
ces entraves, it a fall s'eclairer. Ce n'a et6
que ]entoment: on a permits aux Marchands
de faifir les Negres de jardin, pour fe payer
de ce qui leur etait d., avant de reconnoitre
que, pour fire fleurir le Commerce, ii faut
que les Colonies fbient bien cultivees, & que
pour qu'elles foient bien cultivees, it y faut
be'aucoup de Negres.
II a fall que des garnifons fuffent privees
'de vivres en temps de guerre, & qu'ii fit
impofible de leur en envoyer de la Mitropole,
avant que le Gouvernement s'apper^ilt que
'on pouvait ddcharger notre Agriculture du
furdeau de nourrir entierement nos Colonies t






On tolerant i propos les importations etrati-
geres. Mait combien n'a-t-il pas fall de
preuves & d'&ecits avant que Pon ait reconnu
qu'l n'etait pas prdpos que le Commerce
gagn-tbeaucoup fur les Colons, parcel que
gagner fur eux, j~eft affaiblir les moyens de
Oultiver, & que ce n'eft que du produit de
a culture que la Nation &c e Commerce peu-
vent retirer de glands 'profits ?
Nous fommes maintehant arrives a une heu'
teufe pboque, ou le Gouvernement eft infiruit
de ces erits
Dans radrmfinifration de coloniess, on ne
peuti admettre que deux pHncipes"
Vedrdre da'n s Cs Colonies lesmarcharidifes
qui j dans la Mitropole, ne trouveroient point
dcacheteurs.
Prendre eii echahge des deriees plus faciles
& omnmercercer.
Lei marines, le beuf & les viandeses s fales
a more & autres poifons fales, ies grains,
le riz, les fuifs lI cire les cairS, ls bois
de toute efpcei tes chanvres & cordages
trouvent beaucoup d'acheteurs ed France:
tous ces objets y font tres.:hers & tris-re-
sherches; il 'eAf point avantageux de los
Cij







porter dans leg Colonies des Ifles beiden-
tales.
La Metropole perdrait a ette pridve de
toutesces chofes, doit le manque ou le ren-
chdriffement pourrait etre fatal a fes manu-
faaures ; it faudrait les vendre trop cher aun
Colons, qui, y employant utne trop grande
parties de leurs revenues, ne pourralent augmen-
ter leur culture.
Cependant toutes ces provisions font de
premiere neceflite dans les Colonies il eneft
mnme que I!on ne faurait trop multiplier. Ce
font les grains & les falaifons pour la nour-
riture des Negres. 1 y a trois cent mille
Negres a Saint-Domningue; &la viciflitude
des fichereffes & des pluies, un derangement
de faifons que tout Ie monde appergoit, &
don't on nepeut donnerderaifon, ne permettent
pas de leur fire trouver une nourriture fufl-
Sfante & afluree dans les fruits & les racines
que le pays produit.
Les ateliers ont befoln d'etre augments,
puifque la culture eft encore bien eloignie
d'arriver a fon terme; & i Fron augment
ces ateliers par do nouvelles importations






Ole Noirs, it faudra de nouvelles importations
de vivres.
Mais fi dans le voifinage de ces Colonies
privees de comeftibles, & qui ne peuvent
ks tirer de la France'farns -dminuer les avan-
tages que ce Royaume retire de leur 4tabliffe-
ment, il fe trouvait des peoples nouveaux
, poffefleurs de grands products agricoles &
capable d'importer A peu de frais dans t6us
les Ports de nos Iles les objets dont:elles
manquent, ne dirait-on pas que la nature, les
a places 1A pour cette efpece de service ,& que
cette Providence qui raffemble les peuples &
fournit i leurs befoins par les liens du Com-
nerce, les a predeftines pour alimenter des
lies o& le bled ne vient point, & ne ferait
-cultive qu'au detriment de beaucoup de denrees
precieufes .
Si ces peuples ri'avaient point 'de manu-
fadures, ne dirait-on pas qu'il ferait du plus
grand intrePt pour la France de commerce
avec.eux, non feulement d'une manikre dire&6e,
mais encore A lfaide de fes. Colonies, qui lul
rapporteront annuellement le montant do
lepargne qu'elles auront faite fur l'acquiitionr
de leurs comeftibles & de leurs bois i batir 4
Car sette; pargoe feia mile,. en culture;
C ,.i-






(dont le product en fucre indigo, cafd 4
Soon, fera vendu par les Franois ou a leur
profit daas tous les m.irches de 'Europe.
Et fi ces 'nouveaux fouriifleurs. prenaient
on change de l.urs bois &-de leurs comeftli
bles dts denrees qui ne conviennent point
aux Negocians de la Mecropole, n'admirerait-
on pas les operations de cette Providence,
qui ne veut pas que rien derneure perdu dans
la nature, &i faith confommer dans le nord de
JIAmerique, ces firops & ces eaux- de-vie do
lucre qui appartiennent aux Franmals, mais
dont leurs bons vins les difpenfent de fair
ufage?
Aini les fublillances de premiere nkceflit
n'&rant plus d&tourndes en France de leur ve-
fitable objet, nos manufatures -ne tarderont
pas a refleurir, & les payfans du Limoufin
&c du Quercy redeviendront robuffes en man-
geant eux-memes les grains que l'avidirt de.s
Marchands portrait r Siint-Domingue. La
France vendra avec b6nefice A fes Colonies
les marchandifes don't la main-d'ceuvre eft
plus here que la matirre, & tous l1s peuples
acheteront d'elle les denrdes de fes Colonies
qui ne cofiteront Ila Nation qu'une augmen-
tation d travaux 8 & feron.t pa conTfquqn-





t39
une force intariffable de profperites, dans tout
le Royaume. Ainfi YAmcrique Septentrionale
vendra fes comeftibles & fes grains, & les.
Colons leurs firops, leurs eaux -de -vie, &
autres matieres inferieures, fans que les vi-
gnes & les diftilleies de Ia France en reoi--
vent aucun prejudice;. i en refuftera enfin une
a&fivite, une circulation, & dek changes mul-
tiplies de bboaheur & de travaux entire Ia
France fes Cdlonies, & fes Allies(r),


() It eff facile de prdfentes l.apperju de ces avans
ages.
On fabrique a Saint-Domingue pour cent millions de
denrds commerables ; .cequi fuppofe au.moins quinze
millions en firops ou denrdes de rebut* don't les Ami-
sicains fe contentment pour prix de leurs bois & de leurs
comeflibles. II y a plhs de moitiC de difference entire Ie
prix de ces comeltibles & celai des m~mes objets que
la France pent fournir. Deux quintaux "e arie,I achetis.
des. Am6ricainsv, ne content que za A 36 livres *
on aura done pour if millions ce qui et. codterait 34
par les importations franjaifes.
Prix des firops & dentees infk6ieures,
quinze millions, c.. tiy,ooooo .liv.
Ecoamie, fur racquifition des co-
meftibles -. .. .. y,ooeoe6
Miinudion fur la mortalitC dc. Ne-





C 40
Quets jours plus heureux pouvahori pro,
mettre a la vertu du Roi, lorfqu'ila couvert
de fa protein puifante les Amricains du t
Nord, opprimes par des Maitres fuperbes,
qui abufaient de 'empire qu'ils avaient ufurp6
fur les mers
F

gres, par la mcilleure qua!iU & la.
plus grande quantity des vivres, un,
cinquieme. Or il meurt chaque anne
un vingtieme de la rosaliiA des Negres
de Sainr-Domingae, dddu&ion faite
tdes naiffances; ce qui fair quinze rmille
Negres, don't Je cinquieme eft trois
-nille Negres I quinze cents lives,
t_": O0 O00 -it it t 0
4,5 00,00o..
34 Jooooo.
Cette fomme, empIoyle annuie o
t;ent en nouielles acquiftions de
Noirs, en donnera vingi-trois A lle,
dont Ie travail, e'valu A 30o I. par t&te,.
4onnera ,oo,oo0.
_. _, -** .,, ..
41,4o00,ooo.
Voill done U9 profit evident de quarante-un mil-.
lions quatre cent mille lives par an, fans ddpenfes ni
frais.
SE il en rlfultera dans les cultures.& les changes, ume
progrCefion aue lon ne peut appxcie. .





1 n'en fera pas des avantages de ee Com-
merce comme des ventes de denrees coloniales
fates par nos Negocians, don't le prix n'eft
pas toujburs applique, .. .beaucoup pres,,
Augmentation de la culture: le proprietaire
de ces. denrees en donne fouvent une parties
en payment d'objets frivoles ; it ferait mnme
dangereux que cela ne fit pas, parce quri
faut fire vivre le pauvre, qui n'apour patri-
maine que la vanity des riches ; fouvent une
autre parties fe perd dans des voyages de
plaifir &..dans le luxe de la Capitale; fouvent
aufli va-t-elle s'engloutir dans les mers ou
dans les faillites des Marchands. Mais les avan-
tages que les Colons retireront du Commerce
qu'ils front avec les Amricains feptentria-
naux, front tous appliques a la culture; le
melaa & firops ne peuvent fe vendre qu'aux
'Americains; eeux- ci ne peuvent les payer
quivec des bois &-des comeflibles, t le.s
bois & comeftibles ne peuvent etre employes
.u'en nature fur les habitations.
Deux autres confiderations ajoutent a uti-
lito de ce Commerce, americain: 1i. un, quart
des equipages des navires franais. permit ou
-deferte a Saint-Domingue & il n'eft pasdou-
tiux que la mauvaife" quality des vivres de





t4l3
ces Eqeipages a toujours contribute A cette
perte de Matelots; nos Apmateurs pourront
deformais renouveler a peu de frais la meilt-
leure parties de leprs provisions; 2. les Amc-
ricains pourront prendre en change des vins,
des etoffes, des objets de manufadure. L'oc-
cafioad'un Commerce fait naitre d'autres occa-
fions; la frequentation amene entire les peu-
pies, des habitudes reciproques; ilpourra done
fe vendre Saint-Domingue un plus grand
nombre de cargaifons franqaifes.
Les Americains prendront a Saint-Domin-
gue, comme ils ont ddji faith, des charge-
mens entiers d'objets qui fans eux ne trou-
veraient point d'acheteurs, & ils donneront
aux ports de cette Colonie la prdefrence fur
tous les autres marchde qu'on pourrait leur
ouvrir, & caufe de la facility qu'ils aitht de
payer avec des denrees abondantes dans leou
pays & rares dans les Antilles. (I)


(1) J'ai fait i Newprovidence, difait ua Ameri-.
cala, flexpdition duan bateau qui m*a coit6 mIill
dollars j fy ai mis pour fix cents dollars en bois,
grains falaifons, b&cail, chanvres, refines & gou-
drons; j'ai vendu tout au Cap a un Negociant de
Bordcaux qui y eft iabli, eVn change da defit Ac





43_
S1s acheteront des Anglais les fcurnitures
'de I'hiver, les gross draps & lainages; & des
Frangais 14s habits de' 't&. Peut-etreporte-
ront-ils i nos Colons de la biere, des cuirs,


*argalfon de France, doet la vente languiffait. I
cm'a 'fift bo6n marcheh parce que j'abregeais Ie e-'
jour & les frals rde fon navire dans la Colonie,
Je lui ai vendu I' bon compete par la' mnie railo ,
parce que les denrhes que fe je hI lirais coitaient
mnoins -i a Nouvelle Angleserre, que les cargaifon
qu'on eft oblig de _porter a Bordeaux pour y fdira
les mames emplettes. J'ai double mes fonds dans ce
voyage : les Armateurs Frtanais y ohi aulli trouveleur
vantage & y onit ajoutd A leur benefice celui de la
revenue qu'lls ont faite acx habirans, des marchandifes
qu'ils-one acheres de moi, & fur le derail defquelkle
(ls ont gagnd plus de quinze pour cent. La France pour-
raic tu moyen de fes Cotonies--& en- proiiant le -
nos services pendant qu'ils font encore I bon march,
4oubler rapiderei nifes entreprifes de Commerce.
Cet homme avair rainn; il y aurait une fort mau-,
"* aire politique i no pas profiter des services des Amr.
*icains, pendant qu'ils font, come l le difait tes-
bien, encore 4 fon march. Quand ces services devien-
dront chers, quand il y aura une reciprocite d'avantages
entire les Americais & nous, alors on pourra les rdpu-
dier : miis A prdfent que tous les avancages font do
notre c6~Ce il Y uraii bien 4c la nal adrec' ne Ora
les faifir





C. 44 3
ide la coutellerxe d'Angteterre; mals, a coup
stir, ils acheteront de nos Marchands les
vms, les denrees du levant & cells de Pro-
vence & d'Italie.
Leurs ports etant ouverts k toutes les Na-
tions, is nous apporteront tout ce qu'ils
auront & bon march; mais ils prendront en
change ce qu'ils ne peuvent obtenir que do
nous.
Or, fi lon confidere la situation maritime
de la France', fes productions, & celles des
nations voifines, -Tancienne fplendeur de nos
Manufadures, celle qu'on peut leur redonner,
& enfin la multitude de nos avantages terri-
toriaux ,. on fera force de convenir que i, dans
une foire generale des quatre parties Monde,
tout Ie fucces ne nous demeure pas ce feral
faute de nos agents.
Mais a tous ces motifs qul ontdonnelieu !
Ia Arret du Confeil d'Etat du 30 aoit der-
nier, il s'en joint un encore plus. digne d'etre
remarque; la neceflite, plus puiffnte que les
lois. 1t ne faut pas fe perfuader que les Amd-
ricains auront ete places par la Nature entre'a
France & les Antilles, &qu'ils ne front aucun
Commerce dans nos lies: hardis navigateurs, fi
on leur refuse facccs des grands ports il abor-







iiront la nuit dans toutes les anfes, Bans les troui
de rochers, y front des ddbarquemensdan-
gereux ; its enleveront les denrees precieufes,
que Fon doit referver au Commerce national:
rien ne pourra les enpecher de faire ces en-.
levemens interlopes; car it eft impollible de
garder dans tous les points une c6te de cent
cinquante lieues; abordable par--tout, on ne
peut pas 'enceindre de barriers.
Les Colons leur preteraient afiftance; &
plus la prohibition ferait -fvere, plus ils au-
rident d'interet a la braver; car la prohibition
fair nattre le cher prix, & le cher prix eft
I'attrait de la contrebande.
Or, fi le nombre des delinquans eft plus
grand que celui des obfervateurs de la Ioi pro-.
hibitive, cette loi neft rier que Ie plus ridicule
& le plus meprifable des abus.
Le'feumoyen de rigle ler Commerce des
Americains avec nos Colonies, c'eft de Ie
rendre public eft de permettre a leurs nar
vires d'aborder dans les plus grands ports; iis
y front furveilles : donnons-leur promptement
un bendfice Idgitime de peur qu'ils ne foient
tents de s'en attribuer d'autres plus dange-
reux.
_Hatons-nous, pendant quil en eft temps






core a ne leur laiffons point de pretexte dt
fe fouilraire an joug moddrd qu'il eft nicefTaire
de leur impofer.
L'Arrit du 30 aoft dtait un rdglement in
iilfpenfable, ii eft. falutaire dans toutes fei
parties, & fi Fon pouvait y trouver quelque
chore A redire j ae ferait une forte de refpe&,
pour de vieux prejuges qui font autant d'abus.
Croit-on que les Colons payeront quarantd
francs un quintal de mauaife farine de Nantes,
tandis qu'ils pourraient avoir a quinze francs la
fine fieur de Philadelphie? L'attrait d'une tell
contrebande eft trop grand pour que ron y
puiffe reiifteri
II eft bien vraltermblable audi que les Amn-
ricains no viendront pas acheter i Bordeauw
e' fucre, le cafd & 'indigo ndceflaires pour
leur confommation. N'aurait-il pas edtd pro-
pos de prendre cet objet en confid ration
&8 de fixer, par exempie, les qualities & la
quantity des denrees qu'ils pourraient eipor-
ter (l), afin de rdferver les qualities fupirieures.

( t ) On pourralt permetrre a chaque navire au-deffus
'de iso tonneaux, d'exporter cinquance boucauds de Lucre
de la feconde quality, A la charge d'un droit qui le pour-
tait etre moindre de fix pour cent, & de m6me A propot-
tlon de la grandeur des navires*







lu Commerce national, & d'impofer fur ces
exportations limitdes un droit fuffifant pour
qu'lls ne puffent pas, en cas de revente, fou-
tenir la concurrence de nationaux.
II eft une d&rIiere efppco de Commerce qu'il
ferait enfin indifpenfable de leur permettre;
cieit la traite des Noirs. A ce mota, nous de-
vons nous attendre a do nouveaux cris de
ralliement de la part de nos Negocians ; mais
fans -nous arr8ter a leurs difcours,. tachons
de ddmortrer que la traite do Noirs par les
Francais n'eft qu'un imp6t, fur la Nation,
don't lesColonies font le lpretexte, & don't
II ferait facile & avantageux au Royaume da
f voir ddlivrd.


- t








C HA PITRE IIL.

De la traite dies ntirs,

Lis Colonies dcs lies Occidentales de lAme-
rique font cultivdes par des Negres, leut
nombre eft la mefure des travaux & leur
travail efl celle des products.
;, Plus ii y aura de Negres, plus ii y aura de
terreins cultives. Les Colonies Anglaifes re
font pas. aufli fertiles que les n6tres isais des
ateliers nombreux leur font produire de grands
revenues,
De tous les Marchands de Negies, les plus
habiles font les Anglais is les-achetent I
bon march fe les prdourent en peu do
temps, &-les vendent a proportion de cette
diminution de frais. Un Negre brut, qui fe
vend deux mille lives & Saint-Domingue pat
les Traiteurs frangais, ne Vaut que la moitie
de ce prix ?. la Jama'ique.
Les Anglais ne font pas la traite des Noirs
dans les memes lieux ni de la meme maniere
que les Frangais; i s n'emploient pas a ce
,Commerce






Commerce les mcmres marchandifes ni lesi
rim~ies valeurs que nou's.
Eft-il avantageuk aU Commerce de la MeV-
tropole de tendre les Negres aux Colons
des prix exorbitans ? Non ; car fi la m'me
fomme qui paye dix Negres pouvait en payer
vingt, augmentation de la culture ferait dou-
ble,& l'augmentation des products fuivrait dans
la meme proportion.
Eft-il avantageux a la Nation que les egres
foient imports a Saint-Domingue par des
Franqais? Non l cat cd hell pas le benefice
de la vente qu'il faut confiniderr, maisle pro-
'duit du travail des Negres vendus. Peu im-
porte qu'uun Negre vienne de la C6te d'Or ou
des bords du Niger; qu'un Juif d'Angleterre
ou de France 'ait achete du brigand qui,
fous le nom de guerrier ou de Roi, ravait
tedult en' captivity, pourvu qu'au bout de-.
Iannee Ii ait, product la fomme de travail qu'on
devait en attendre..
Cependant nos Negoclans ne veuleht pat
icder a ces raifons. Le privilege de vendre
des Negres de' uinde & Saint-Domringue efl-it
done fi precieux, que, pour le conferver on
doive fire des efforts? Ils aimentmieux quo
les Colonies ne foient pas cultivees, que d
*- ? "






C so
ntre pas fouts a y fournir des Negres ;.plu
il en meurt, plus on en manque, plus its fe
r6jouiffent, parce qiuils les vendent d'autant
plus cher, & ils ne peuvent les tendre chet
que par la feverite du privilege exclufif car ils
abondent dans les Colonies Anglaifes & y
font A bon march (1),
Mais eft-il de fintdre national eft-il meme
convenable dans un fiecle eclaird de leur aq-.
S border exclufivement ce Commerce ? Eft-e le
genre de negoce don't les Franqais doivens
fe mortrer jalouxi, foit a caufe de fes opi-
xations, foit I caufe de fes products?
C'eft un Commerce deftrufteur & vicieux,
& qui, s'il n'tait pas dangereux & contraire
Sla profperitd publique ferait au moins efrayant
pour le moeurs?
Quand on voit les Negres fur les grande
habitations deSaint-Domingue, ayapt chacuzs
leur jardin qu'ils cuttivent leaur profit, lve


(t) Nos Marchands oat poedC (ucceffivneiec ile prix
des Noirs de mille lives payables en trois ans, a ry,oo
fivres payables en dix-huit mois, & de ix ,0o livrns A t,ooo
livres don'tt qn tiers comptant, Ie refte dans l'aone : enfis
ils 'n veulent plus en vendre qu'i z,4o0 lines, & aofoe
que fix mois dc srddic.






)poules, leur betail, un habit de toile fne
pour les jours de fete ou de repos, fe livrers
apres le travail, au plaifir d'etre ensemble,
danger ou caufer de leurs amours refclavage
he paraft plus une injuffice. Si 1on 6te 0
lefclave Findependance & la propriety, il perd
en mime temps la prevoyance & les foucis
qui tourmentent a vie. 11y a tant d'hommes
qui n'ont pas 1e courage de s'appartenir &
1efprit de fe conduire que la plupart feraient
heureux d'avoir un maitre riche, charge de
prdvoir leurs befoins phyfiques & qui ceft
un interet personnel a leur conservation. Les
Negres des Colonies font moins malheureux
que les Journaliers de I'Europe, qui,n'ayant
rien & ne pouvant computer fur rien, nexif-
tent que pour craindre & fouffrir. Mais quand
on confiderede quelles iniquites les Noirs one
te les vi(times avant de paffer A cet etat de
travail, d'infouciance & de tranquillity, 'ef-
prit fe r volte & le cceur fe refferre. ; un
movement d'horreur s'empare de toutes les
faculties de I'homme a qui 'avarice'n'a pas
fait perdre tout fentiment de compafjion (l),

:_(_) Mille defpotes falbles & inconnus fe partagent
la cOre d'Afrique. Les combats & quelques traditions
---- -~~J ^ ^- ^-






Quand on fe* rend & bord des navires de
nos Marchands de Negres, c'ef lI que l'on


fondent leur fouverainetd. L'adulation de nos marchands
deNegres leur done le nom de Rois. les Anglas Its
appellent Chefs. Les diffentions que les Europdens fuf-
cihent fans ceffe entire ces Chefs, caufent les guerres
les guerres, 1'efclavage ; lIefclavage, la traite ; la traite, la
adpopulation.
.Elle ift tell i prdfent, que les rivages font di~erts;
& qa'il faut alier chercher des efciaves jufqu'a deux cents
lieues dans l'intdr;eur des terres. Dans les plus grandes
& les moins barbares de ces mifrables hordes que nous
appelons Royaumes, les lois ne font que I'avarice da
Prince, & fes richefTes la vence des rtfra aires. Tout
dditU & toute faute eft an prretxte dC confifquer & de
vendre le diilnquaut, & le Souverain dtanout tot la
. oisle juge & Ic vendeur, on ne dolt pas s'.tonner de
fa tipugnance A1trouver des innocens.
Les artifices que lei Capitaincs de nos navires de
Guinee fe peimetter fojir faciliter la traite & multi-
plier au profit des Rois Negres les precextes de faire
des enclaves pour les vendre, font infinis, & le ricic
en ferait trop penible & trop huiiiliant. En un mao;
quand un grand navire eft ancre fur la c6te d'un de
ces petits Royaumes, Its maffacres, les guerres, les
zapts, les confifcations ne donaent point de reliche
aux malhcureux jufqu'au moment de fon deparr.
On arrache la filU es bras de fa mere, qui avale
a langue & s'dtrangle de ddlefpoir; les fits ne peu-






Cs5$
reconnait les traits de fefclavage & on igno4
minie. Rdduits i la condition des animaux,


vent plus fecourir la viilleffee e leur pere celle qil
fe croyait au jour de fon marriage, eft f(paT-e de fon
amant. Le pienier coup de canon, don't le bruit fe
prolonge & fC repete en frappant les rochers du ri-
vage, femble tre un ordre funebre qui ae laiffe de
pouvoir aux fentimens delay Nature, que pour accroftre
les fupplices des infortuns : les convulsions du dfefppcir
qui les faifit, ne peuvent 6mouvoir les acheteurs firoces
qui jes chargent de fers les entaffent les uns fur les
autres dans la cale de, leurs navires. C'eft 1 que .l6n
entend les pleurs & les fanglots; ceft le fejour inefit
& tendbreux de la douleur amere, od l home n'a pas
befoin de patler pour fire comprendre quel eft l'abume
de fon malheur.
La contagion & la mort n'y donnent point de treve,
& le fomnell n'y peut entrer. La garde y eft aufi vigif
late que e defefpoir eft affreux; des homes farduches ,
arms de chaines & de fouets, y r~alifenc ce que la
fable nous raconte de ''activird des Furies: mais epfin
quelquefois le Ciel eft jufte, & la Nature venge fon ou-
trage. Les cruels, que fappA~ de i'or entrance choifir
pour metier la pratique infame d'acheter d'emprifonner,
& revendre des homines, font immolds 4 la lhaine qu'Us
infpirent, ou plutoi a tequite terrible.
Le metier des brigarids a--il ien de plus affreux &
peut-il jamais fini d'une maniere plus finiftre, Et voili
ia mefure de crimes que nous voulons difputer a dei
<





C54
t ane leur refle pas mime la derniere prdroga-
tive de homem, celle de parler & de corn-
muniquer leurs fentimens: strangers a leurs
tyrans & au pays ou on les conduit, strangers
les uns aux autres & tires A la ronde des
cantons oiu on parole des idiomes diffirens,
ils ne peuvent s'expliquer querpar nges; igno-
rance de leur fort ajoute I leur infortune; la
plupart croient qu'on va les egorger, & Il
plaifir que leur caufe la vue des autres Negres
de nos Colonies, joyeux & bien vetus, doit
donner une idee de toutes les angoiles don't
ils ne font que fortir.
Laiffons done aux strangers, laiffons a nos
ennemis politiques ce que ce Commerce peut
avoir de lucratif, afin qu'ils fe chargent aufli
de ce qu'il a de deteftable & de vii. (i)
.* ...... _]'7 .J .. I l [ I ... .... ... -. ^ ..
anarchands rangerss Ah pluti' rejetons fur eux
cet odieur Coinmeice & n'achetons des efclaves
gue pour adoucir letir malheur. Le Mufulman qai
achete ut foract pour 'becler fes jardins, n'et pas oditieu
s'il e traite avec humanity; mais le Pirate qui cfnchaine
& Ie vend, elt un mot el abominable.
( ) 11 y a des homes que ces confiddrations ne
peuvent toucher; &S lorfque M. Turgot, Miniflre &
Contr61cur gindral des Finances, ne voulut pas laiffer
poster fon nom i an navire de Nantes deftinl ce





Mais des homes aux yeux defquels Ie gain
ennoblit tout, ne font pas jaloux de rejeter
fur autrui ce que ce ndgoce, malheureufcment
ndceffaire, peut avoir de honteux; houneur
eft le premier des facrifices qu'ils font I la
cupidity; & toutes les fois qu'il s'agit de leur
interdt personnel, la bienfiance n'eft pas plus
menagde que rinteret dut Commerce ou celui
de rEtat (i).


Conynerce, l'Armateur alma mieuxen changer Ie norn
que la destination.
(z) Comment pourroit-on excurer les fraudes done
nos Negocians font fire rapprentiffage a leurs agents
dans le Commerce de Guinee ? Avant de mettre les
Negres en venre, plutieurs Chirurgiens s'occupent a re-
percuter les fymptomes de toute nature qui pourroient at-
tefter l'acheteur les maladies de leur fang. Apres uan
dejednd oil Iavarice prodigue les liqueurs fortes & les
mets qui peuvent exciter 4 boire un vin choifi pour
enivrer, on. conduit les acheteurs dans une parties du
navire oil 'on a port& I'obcuritd fous le pretexte
d'oppofer des obstacles i la chaleur du jour. Les Ne-
gres, rafs dans touts les parties de lear corps, afinde
les raeunir, font frottds d'une huile noire, qui tend !es
plus malades femblables a ceux qui jouiffent d'une
fante-robufte; its von mourir fur les habitations, vitimgp
de ces mauz que 'en avoit caches.
D iv






La traltedes Noirs eft on0ereufe a Francb,
elle emploie. des marchandifes de prix, tandk
que nos rivaux dans ce ngace le font avec
des chofes de peu de valeur; ils out des ma-
tibres qu'il nous eft difficile de nous procurer;
leurs comptoirs & leurs etabliffemens fur ta
c6te leur facilitent des moyens d'economie.
La valeur des cargaifons frangaifes pour
!a c6te de Guinde & argent 'qu'eles font
fortir du Royaume ne font pas les plus
grands iconvdniens de ce nigoce; )a perte
de beaucoup de Matelots merite latteqtion
du Gouvernement,
Nos Negocians arment de grands navires
pour la traite des Noirs; les strangers n'y
emploient que de petits batimens: le fejour
.des navires fur la c6te eft proportionn6 a leur
grandeur, & la mortality ef t ne fuite :d4 a
duree do la traite.
Dix mille Noirs que les Fran9ais important
dai;s nos Colonies de rPAmerique avec beau.*
coup de peine pendant c;haqu. annne de paix,
ae, donnent a r6partir entire les Armateurs
qu'un benefice 4'environ deux millions. Cetto
fomme etant Ogale au cinquieme du capital
Semployd i ces armemens, femblo &tre "n
benefice exceffif mais elle n'eft que la com-





C 5.7
penfation "d'une infinite de peils; & en fup-
pofant que la concurrence etrangere dfit feur
enlever ce profit-, ne Ie retrouverait-on pas
dans Piparge que les Colons feraient fur
leurs acquisitions de Negres i5 pargnes qul
les mettraient en 6tat d'en acheter un plus
grand nombre, & par confequent de donner
au Commerce plus de denrees i exporter. On
ferait difpenfr de toute mile dehors, &des
rifques de la navigation, & de la perte do
beaucoup de Matelots (r).


(i) Eaevaluant a perse que nos Negocians trouve,
roient A ne plus fair le Commerce de Guinee, I deux
millions par annie de paix, 11 convent de voir ce que
la Nation gagnerair A abandonner ce Commerce- auS
Armateurs ttrasrgers.
La traire accupe 4,,0oo Matelots, done
la moiri p6rit :n Guinee ou dans les
Miles i~.conomje de. Matelots, ci, za7o homa
Les Colons Ce procureraient les memes "'"""' """
'Neres A un tiers de moins, ci, 3,330,000 liv
Inter&ts de cette fomme, epargnes &
employes a la cul:ure4 8 pour zoo,
c, .* '. .' 2 64,ooo
SInteierts de dix millions que les Ndgo.
cians employeraient a d'autres Commerces
P1 o pour 100 pour dix-huit mois que
duren les voyages dcs Franjais en GA,





C 58 a
Eft-il neceffaire d'enrichir dans un feua
voyage les Capitaines qui vont en Guinde ?
Eft-il indifpenfable de rendre ce voyage -f
coiteux, que ni les. Colons ni la Nation
n'en puiifent supporter les frais ?
Les Colons en voulant acheter les Negret
de Guinee au meilleur march poffible, no
difirent rien de contraire aux intirts de la
Nation; ce qu'ils demandent eft conform
aux vues du Gouvernement. Ils ne veulent
que les moyens de cultiver plus de. terres,
d'oii it rdfultera .un plus grand profit pour
ILEtat & pour les Ndgocians eux-mames.
Que les Ndgocians laitent aux strangers
importation des Negres de Guinee, puif
qu'ils ne favent point on faire la traite,, 8
que leurs services & leurs credits font trop
chers. D'ailleurs ils font obliges de tirer de
I'dtranger beaucoup de marchandifes pour ce
Commerce, out d&y fubftituer des objets do
prix ce qui tourne au detriment de la Md-
I *- .* o.1 v.
ne 9po000 0. li.:
4,494,coo.
L'Eiat gagnerait done 4,494,000 lives, & Z7So
Maielots, au lieu de perdre par I'abandon qu'elle feroit aau
Ecrangers du Commcsce de Guindc.






tiopole, qui fournit ces objets, & des Colo-
nies, fur lefquelles on les reprend avec ufure.
Et comment pourrait-on ne pas s'appercevoir
que nos Armateurs Negriers font deformais
dans 'impulfTance, non feulement d'augmenteri
-mais m-mee de recruter les ateliers de nos
Colonies ?
I1 y avoit & St. Domingue feulement
trols cent mille Noirs avant la derniere
guerre, qui a durd cinq ans. II eft cer-
tain que la mortality des Negres excede
les naillances de prbs de la moitie, & ce n'eft
ni la faute des Colons, ni la rigueur de la
discipline des habitations, mais une fuite des
fouffrances que les Negres endurent dans la
traite, & de ces difettes frequentes de vivres
auxquelles l'Arrt di 3o0 Aofit dernier a voulu
remedier. Par leffet de cet Arret 6n a lieu
d'efperer que les renaiffances de Negres ga-
gneront peu A peu le niveau d eli mortality;
mais les denombremens les plus furs atteftent
que, dans retat prefent,11 permit chaque annde
une vingtieme des Negres employes I la cul-
ture, & qu'il ne natt qu'un fur quarante. La
Colonie de St. Domingue a( done perdu
pendant la derniere guerre plus de trente mille
Negres, & tant que cette guerre a durd, les







importation de Noirs ont ete fufpendues:
Les Colons ont done a reparer cette perte,
'& a remplacer encore le deficit annuel de dix
mille Negres qui meurent de plus qu'il tnen
renait, & a augmenter leur ateliers pour
accroitre la culture.
De tels befoins exigent au moins pendant
cinq annees une importation de quarante
mille noirs; & it ef vident que. nos Arma-.
teurs font hors d'etat d'y fuffire.
Apras cinq annees d'importations libres
& confidcrables, ia population des Noirs
pourra prendre enfin le niveau de la culture.,
les Negres, mieux nourris, mieux vetus par
Ia prevoyanee des nouvelles lois, fe multiplie-
ront plus aifdment, & I'on pourra enfin renon-
cer pour toulours a ce Commerce cruel, dange-
reux, & pnible de la traite des Noirs., qu'i
eft d'ailleurs impoflible de fire durer long-
temps deformais (i).


(x) Cette perfpetive ne plaira peug-etre pas a no
Armateurs. Un de ceux de Nantes, qui 1'ofa fiaia ob-
ferver que 1Arrht du 30 Aoct eiait une loi d'humanieC,
& qu'll en rdfulterait que les Negres, mieux nourris, mour-
raient mo.iis & peupletaient davantagc, rcpondit froi-






teii
11 a etc introduit beaucoiup de Negres p
les strangers dans les Colonies, mats jamais
leur concurrence n'a empeche la verite d'au-
cune Icargairon franooife & il n'eft pas a
craindre que' cela puiffe jamais arriver. Les
Colons acheteront' a tout prix tous let
Negres qu'on leur prefentera parce ,que c
font les inflrumens de leur culture,: & quils
regagnent par le temps ,ce qu'ils paraiffent
perdre en achetant trop cher. Dans cette
situation il ferait contraire aux interest de la
Medtropole de prohiber' aucane :importation
lonies, foit par les nationaux, falt par les
strangers. II fuffit de fixer une ligne de dd-
mnarcation entire les uns & les autres, & de
maintenir la faveur qui eft due aux nationaux,
en les difpenfant d'un droit etabli fur chaqu-
t*te de Negres apportie par les strangers. ,
N'eft-ce pas une bonne politique que d'en-
courager le, Commerce & Agriculture des


element: Voitl le mal, cela fera tomber le Commerce de
la c6te, qui eft la richefle de nos mcilleures maifons i& f
'on avaitpenfe de m&me il y a trent an;, je g'aunispas
fail fortune.







Colonies, & de ddcharger ce Commerce 4es
principles depenfes, de toutes les entraves,
& des rifques & pertes, pourne lui laiffer qua
des b4ndfices affures (r)
Les Colons verraient evec plaifir deftiner
les imp6ts qui feraient mis fur les importa-
tions 6trangeres la reftauration de la peche,
du cabotage, & du Commerce du Nord, que
les gains trop grands & trop peu Idggitimes
du Commerce exclufif des Iles de IAmerique,
ont fait abandonner par nos Nigocians.
SRetablir les branches de Commerce trop
negligdes, rdgler fagement cells qui font
plus produ&ives, &'en diriger les moindres
rameaux auffi loin qu'ils puiffent s'dtendre
entretenir par des moyens dconomiques les
liens reciproques qui doivent nous attached
i nos Allies, redonner I nos manufadures do
nouveaux germes d'a&iviti, au negoce des
Smatieres nouvelles, i la Nation des Matelots,
& nos arfenaux tout ce que oe fo edpuifd leur
refufe; tel eft !e tableau que prefente l'admi-
niftration aduelle de notre Commerce mari-

.: r) La premiere science du Commerce eft d'en dlmi.
nuer les rifques. Aortimer's Elements of th/ trade,; .







tine, & nos Armateurs feraient d'autant plus
blamables de rdiifler .A de f fages projects,
Cue lon a commence par les delivrer de tous
les obfiacles don't ils avaient 'te environnds
par d'anciens Riglemens. On n'a rien negligee
pour affurer a leurs travauxde, juftes recom-
penfes ; on ne s'oppofe qu'a abus que plufieurs
d'entre eux voudraient fare d'une profeflioa
tile & digne d'etre honored,


FIN.